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TABLE DE MATIERES

L' Edito du Journal de Notre Amérique

Alex Anfruns & Michel Collon

Le dessin du mois: Guillermo

Venezuela, le coup d'état permanent

Jean Ortiz

USA - Cuba : à quand la fin du blocus ?

Atilio A. Boron

"Le revirement des USA est la démonstration de l'échec de leur politique contre Cuba"

Fabrice Leclerc

Leçons de l'ALBA pour l'Afrique

Saïd Bouamama

Interview exclusive de Manuel Zelaya, président renversé du Honduras

Jean Araud

Les Brèves & Les Média-mensonges du mois

Investig'Action Caracas & Buenos Aires

La Chine, la Celac et le Venezuela

Luis Britto

L' intégration latino-américaine au XXI ème siècle

Pablo Gandolfo

Notre Amérique: entre réussites et nouveaux défis

Tarik Bouafia & Raffaele Morgantini

Changement climatique et Amazonie

François Houtart

Notre histoire - José Marti

Tarik Bouafia

"La pensée critique est en danger en Colombie !"

Jorge Freytter-Florian

L’Edito du Journal de Notre Amérique

ALEX ANFRUNS ET MICHEL COLLON

Nous sommes heureux et fiers de vous présenter ce premier numéro du Journal de Notre Amérique que vous recevrez chaque mois. Le 5 exactement.

Connaître l'Amérique Latine en ce tournant de son histoire n'est pas simple en Europe. Comment se fait-il ? On se croyait à l’ère de la société de l’information ? Mais que vaut notre info sur ce continent si la source principale en est le quotidien El Pais, propriété d’une multinationale espagnole alliée à l’oligarchie latino-américaine, jusques et y compris dans des tentatives de coups d’Etat militaires ? Que vaut notre info sur Cuba quand son “correspondant spécial” n’y a pas mis les pieds depuis vingt-cinq ans ? Que vaut notre info quand elle se limite à recopier les médias de milliardaires latinos liés aux USA ? Toujours se demander “qui me parle dans cette info ?”

C'est pourquoi Evo Morales veut “en finir avec l'Etat colonial”. Pour nous, cela implique d’en finir avec l’info coloniale. Et d’abord avec la version coloniale (européenne) de l’Histoire. Ecouter les Indiens, décimés par les conquistadores, exclus par les nouvelles nations mais qui jouent aujourd’hui un rôle d'avant-garde dans leur pays. Un autre monde est possible par “l’unité dans la diversité”. Ecouter les nouveaux libérateurs : 200 ans après s'être débarrassée de l’impérialisme espagnol, l’Amérique Latine se dirige vers une Seconde Indépendance. Avec deux expériences qui nous intéressent fortement :

1. De nouvelles formes de démocratie participative. La transition vers le socialisme du 21ème siècle,

selon la formule frappante d’Hugo Chavez. Qui visite ces pays est frappé par l’élan dynamique des

nouvelles forces progressistes. La réalisation du rêve de l’unité régionale du premier libérateur Simon Bolivar (1783 – 1830).

2. L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), une forme nouvelle de

relations entre onze nations, où la solidarité et la coopération l’emportent sur le profit. Mais aussi par la

Communauté d'Etats Latinoaméricans et Caribéens (CELAC), un organisme d'intégration régionale actif depuis 2010.

Le chemin fut difficile et même tragique. Les Latinoaméricains ont dû traverser un vingtième siècle extrêmement violent. Avec le souvenir douloureux de ce Chili d’Allende et de Victor Jara martyrisé par les Etats-Unis et leur coup d’Etat via la CIA. Avec une interminable liste d’actions criminelles made in USA :

Guatemala, Nicaragua, El Salvador, juste quelques-uns des conflits sanglants offerts par le pays “qui- défend-les-droits-de-l’homme”.

Sommes-nous en train de perdre la mémoire ? Ce serait dramatique. Car cette page de l’Histoire n’est pas encore tournée. Les sept bases militaires US en Colombie menacent toujours la région. Le rôle de Washington dans le renversement de Manuel Zelaya au Honduras pour empêcher le Honduras d’adhérer à

l’ALBA. Et la tentative permanente de coup d’Etat au Venezuela, directement recopiée de la “réussite” du Chili. Alors, ne tombons pas dans le piège de remercier les Etats-Unis pour leur bienveillance envers

le 7 février

Cuba. Leur changement d’attitude exprime l’échec d’un blocus économique qui dure depuis

1962 ! 54 ans d'une politique criminelle. Allons-nous remercier Washington d’avoir avoué son échec et de

tenter une autre méthode ?

Nous sommes donc très heureux de vous présenter ce premier numéro du Journal de Notre Amérique. Notre but : vous permettre à vous, lecteurs, de contrecarrer les médiamensonges. Car ils empêchent les citoyens du monde de connaître ces expériences très inspirantes. Des peuples fiers prennent leur destin en mains avec des dirigeants qui leur ressemblent. A étudier en Afrique, au Moyen-Orient, partout ! Comme vient de le dire le président ouvrier Nicolas Maduro lors de la 69ème session de l'Assemblée Générale de l'ONU :

« Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique »

Le dessin du mois GUILLERMO

Le dessin du mois GUILLERMO

Venezuela: le coup d'état permanent

Barack Obama semble pressé de redorer son blason finissant, de rétablir des relations

diplomatiques avec Cuba (pour la levée du blocus, c’est autre chose

d’Etat en charge de l’Amérique latine, Roberta Jakobson , et une importante délégation étatsunienne, viennent de rencontrer leurs homologues cubains, à La Havane, le 21 janvier 2015, pour y traiter (sans trop avancer) des questions migratoires entre les deux pays, de la « loi d’ajustement cubain » (que Washington refuse de supprimer) et de

l’ouverture d’ambassades. Du jamais vu depuis plus de 50 ans

unilatérales contre Cuba.

La sous-secrétaire

)

50

ans d’agressions

par Jean Ortiz

) 50 ans d’agressions par Jean Ortiz Comme était obligé de le reconnaître le président Obama

Comme était obligé de le reconnaître le président Obama dans son important

« discours cubain » du 17 décembre 2014,

la stratégie américaine envers l’île insoumise a finalement isolé Washington,

et s’est avérée contreproductive pour

« l’empire ». Quelle victoire pour ce

peuple cubain qui n’a cessé de résister, dans des conditions particulièrement dures, parfois même inimaginables. Cet échec historique amène aujourd’hui l’impérialisme à changer de méthode (« invasion » de touristes, de dollars, aide au secteur privé, à « l’opposition »), mais, rappelons-le, sans abandonner son objectif de faire plier « la dictature cubaine ».

En apaisant ainsi le front cubain, Washington compte pouvoir se consacrer davantage au renversement de la révolution vénézuélienne et de son président, Nicolas Maduro. Cette

liquidation, prioritaire, pourrait entraîner, selon la stratégie impérialiste, un effet

Si Caracas

« dominos », boule de neige

tombe, suivraient La Paz, Quito, La

Havane, Managua, San Salvador

Le Venezuela constitue donc bien, pour la Maison Blanche et le Pentagone, le « cœur d'une cible ». Qu’attendent de nombreux démocrates pour s’en convaincre et agir en conséquence ? Faudra-t-il que le sang coule à flots pour porter la solidarité à la hauteur des enjeux ?

Au Venezuela, une « guerre de basse intensité » implacable, menée sous la supervision et planification nord-américaine par une opposition haineuse, revancharde, se poursuit quotidiennement, plus ou moins violemment. Il s’agit pour l’extrême droite, la droite, les ex sociaux-démocrates, les agents et agences de Washington, les fondations « made in USA », de parvenir à battre le chavisme par la conjugaison, crescendo, de tous les moyens possibles:

créer les conditions d’une défaite

électorale aux législatives de décembre

2015

fatiguer la population par les pénuries

organisées, l’insécurité

déstabiliser le pays, en développant une guerre économique multiforme (accaparement, à des fins spéculatives, d’aliments, de médicaments, de produits

sanitaires), spéculations tous azimuts, hausse des prix, contrebande, marché noir, stockage illégal de produits de première nécessité, mise en place par les institutions financières internationales d’une sorte d’embargo financier du pays

mener une guerre idéologique de tous

les instants, pour désinformer, manipuler, créer un effet extérieur repoussoir, un climat général de défaitisme (faux sondages ; « Le Parisien » du 23 janvier 2015 attribue à N.

Maduro 22% d’opinions favorables ; « sondage » repris par « Le Monde » du même jour) et d’échecs inéluctables (« Maduro tombe tout seul », « La Nacion », 23 janvier 2015, « le postchavisme est une marche vers l’abîme », « TalcualDigital », 23 janvier

2015)

et

isoler

nationalement

internationalement la cible à abattre

intensifier la stratégie anxiogène de la

peur (conspiration permanente, crimes des paramilitaires infiltrés depuis la Colombie,

sabotages, coupures d’électricité

redoubler d’ingérence pour tenter de

diviser le chavisme et l’armée populaire bolivarienne

et au final, de nouvelles « guarimbas » :

un soulèvement cette fois-ci réussi.

)

Lors de son discours de clôture à la « Rencontre des intellectuels pour la défense de l’humanité », le 14 décembre 2014, à Caracas (Cuartel de la Montaña), le président Nicolas Maduro révélait qu’en mars 2014, une tentative de coup d’Etat avait avorté. Un groupe d’officiers, « approchés par Washington », devait exécuter un plan élaboré au Pentagone et à la CIA. Un avion mercenaire, repeint aux couleurs du Venezuela, bombarderait en premier lieu les studios de « TeleSur » dans le nord de Caracas, afin d’étouffer l’information, puis le ministère de la Défense et le palais présidentiel de Miraflores.

Le plan fut détecté 48h avant sa mise en

application

et

les

putschistes

furent

emprisonnés.

Selon

le

président :

« ils

auraient

tous

avoué »

et

« se

repentiraient ». Comme leurs compères (une centaine) protagonistes du « golpe » de 2002-2003, ils se retrouvent lâchés par les politiciens qui les ont manipulés. Quelques officiers démis, écartés pour

« activités complotistes », et les secteurs les plus « ultras » de l’opposition, préparent la seconde étape du « plan de Sortie », afin d’obliger par la force le

président Maduro à jeter l’éponge

gouvernement vient de rendre publiques, le 23 janvier 2015 (« Ciudad Caracas », « Correo del Orinoco »), des transcriptions d’écoutes téléphoniques qui mettent en cause le vice-amiral Iván Carratu Molina, les généraux Antonio Rivero et Ángel Vivas, le colonel de la GN José de Jesús Gómez Bustamante. En mars 2014, trois généraux avaient été arrêtés (« RT », 25 mars 2014)

Le

Dans les dernières semaines de 2014, le gouvernement américain a fait adopter une provocatrice « loi de sanctions » contre un groupe de dirigeants chavistes et d’officiers loyalistes vénézuéliens ; il leur refuse notamment la possibilité d’obtenir un visa s’ils souhaitent se rendre aux Etats-Unis. Ces sanctions visent, selon leurs instigateurs, à saper le moral des forces armées. On peut donc effectivement parler de « coup d’Etat permanent », de « stratégie (globalement) à la chilienne » (« Laverdad.com », 23 janvier 2015). L’opposition a mis au point une nouvelle stratégie : provoquer des pénuries, puis des affrontements et le pillage de magasins lorsque des queues se forment devant tel ou tel supermarché (« Laverdad.com », 19 janvier 2015)

Face à l’offensive déstabilisatrice multiforme, le « président-prolétaire » met les bouchées doubles sur le front principal :

l’économie. Malgré la crise, l’effondrement du prix du baril de pétrole (au-dessous de 40 dollars), les budgets sociaux ne sont pas amputés .

Une nouvelle augmentation de 15% des salaires et pensions permet de maintenir le pouvoir d’achat face à une inflation élevée

(64% fin 2014). La « Loi des prix justes », qui entre en vigueur en janvier 2015 (« Ciudad Caracas », 22 janvier 2015), doit permettre de s’attaquer à la spéculation et de contrôler des prix qui souvent s’envolent. La marge maximale de bénéfice ne doit pas désormais dépasser 30%. Les importants accords de coopération signés à Pékin avec la Chine, lors de la visite du président Maduro, les 6 et 7 janvier 2015, s’élèvent à 20 milliards de dollars

d’investissements

préoccupent

« l’Occident ». C’est plutôt bon signe ! Sur ce front économique se jouent les prochaines législatives de décembre 2015.

et

ils

L’effort de redressement économique passe par l’intervention citoyenne, fortement stimulée, par la démocratisation de l’Etat, la création et l’installation, à partir de

septembre 2014, de « conseils présidentiels » intégrant les mouvements sociaux, par l’élargissement du « pouvoir populaire ». La « Loi organique de planification publique et populaire » oblige l’Etat à consulter en permanence les citoyens, à planifier avec eux, avec les « communes socialistes » (gouvernements locaux) et les conseils communaux l’attribution des ressources, aujourd’hui limitées par la baisse inquiétante des prix du pétrole

Comme on le voit, « Maduro ne s’en remet pas à Dieu pour résoudre la crise économique », comme ironisait platement « Le Parisien » du 23 janvier 2015, mais au peuple. Le « président peuple » s’en remet au peuple. Chiche

Le « président peuple » s’en remet au peuple. Chiche Face aux sabotages économiques, le Venezuela

Face aux sabotages économiques, le Venezuela augmente le salaire minimum!

Le président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro a annoncé une augmentation de 15du salaire minimum de tous les travailleurs et retraités du pays, une augmentation qui prendra effet a partir du 1er février. Avec cette hausse, le salaire passe de 4899 Bolivares a 5634 bolivares. La hausse concerne également les tickets d'alimentation. Toujours dans le cadre de la lutte contre ladite guerre économique, le gouvernement a distribué 415 mille tonnes d'aliments dans tout le territoire national.

   

Venezuela: l'Eglise assume le rôle d'un parti d' opposition

 
 

L'Eglise vénézuélienne a publié un

 
  L'Eglise vénézuélienne a publié un    
 

document au ton partisan, contre le Gouvernement Bolivarien et dans laquelle elle adopte comme propres les inventions de l opposition.'

Son diagnostique est clair et de tradition maccarthyste: "La cause de

cette crise est la décision du Gouvernement National d'imposer un système politico-économique de nature socialiste marxiste ou communiste."

Pendant

le Gouvernement qui a le

plus investit en matière sociale en

200

ans

d'

existence

de

la

République, l'Eglise

de

son

coté

signale que "le peuple se voit soumit à des difficultés jamais vues à cause de la crise économique à laquelle le pays est confronté".

 

Photo: Soeur appelant à l'"insurrection" contre le gouvernement bolivarien à la Place Altamira.

 
 

De plus, l'Eglise se dresse en arbitre et initiatrice de l'armée électorale de l'

opposition : "les leaders de l' opposition sont dans l' obligation de présenter un projet commun pour le pays et de travailler pour le bien du Venezuela, en dépassant les tentations individualistes".

La recette que qu' elle présente pour le pays, dégage l'énigme du lieu où s'écoule la renommée Doctrine Sociale de l'Eglise : "en promouvant l' activité

privée dans l'économie".

 

Capitalisme sans adjectifs, avec Francisco bien sûr.

 
 

P. G.

Liberté pour le Nelson Mandela portoricain !

En réponse à la proposition du vice-président des USA Joe Biden, le Président du Venezuela Nicolas Maduro a proposé d'échanger Oscar Lopez Rivera, prisonnier politique de Puerto Rico emprisonné aux USA depuis 34 ans, contre Leopoldo Lopez. L' un des leaders d' extrême droite qui a participé le 11 avril 2002 au coup d'Etat contre Hugo Chavez alors que celui-ci était Président.

contre Hugo Chavez alors que celui-ci était Président. Oscar Lopez Rivera Né en 1943 au Porto

Oscar Lopez Rivera

Né en 1943 au Porto Rico, Oscar Lopez Rivera est vétéran de la guerre du Vietnam où il a défendu le drapeau des USA et fut même décoré pour son courage au combat. De retour à Chicago, lieu de résidence de sa famille, il intègre la lutte pour les droits du peuple portoricain, participe à des actes de désobéissance civile et de militantisme pacifique.

En 1973, il participe à la lutte clandestine en faveur de l'indépendance de Porto Rico en tant que membre des Forces Armées de Libération Nationale (FALN).

En 1981, il est capturé par le Bureau Fédéral d'Investigation (FBI) et accusé de conspiration en raison de son appartenance aux FALN. Au moment de sa capture, il réclamait que lui soit reconnue la condition de prisonnier de guerre, telle qu'explicitée dans le Protocole de la Convention de Genève de 1949.

Le protocole de Genève protège Oscar Lopez Rivera en tant que personne détenue pendant un conflit ou une lutte contre une occupation coloniale. Les USA n'ont pas reconnu les exigences de Oscar Lopez Rivera et l'ont condamné à 55 ans de prison. Après une tentative d'évasion, sa condamnation fut portée à 70 ans d'emprisonnement et il a déjà passé 12 ans en isolation totale.

Leopoldo Lopez

Leopoldo Lopez fut membre fondateur du parti d'extrême droite Primero Justicia, parti financé illégalement par les fonds de l'entreprise d'Etat PVDSA, par le biais de souscriptions émises par la mère de Leopoldo Lopez qui occupait le poste de directrice des affaires publiques de l'entreprise pétrolière.

Leopoldo Lopez a également coordonné Voluntad Popular, un autre des partis d' extrême droite vénézuélienne et a été déchu par la justice vénézuélienne du droit d'exercer des charges publiques pendant une période de 3 ans à dater du mois de novembre de 2008.

La Contraloria de l'Etat l'a sanctionné pour détournement de fonds pendant sa gestion en tant que maire de la municipalité de Chacao, dans l'état du Miranda.

Début 2014, il incita aux déchaînements de violence des guarimbas pendant l'opération appellée "La Salida" (La sortie).

USA-Cuba : à quand la fin du blocus ?

L’ année s’ achève sous de bons auspices : les trois combattants antiterroristes cubains sont rentrés chez eux. Fin d’une injustice flagrante, qui a plongé le système judiciaire américain au coeur de l’ignominie. Et Barack Obama, devant l’échec indéniable d’un demi-siècle de politique vis à vis de Cuba, a décidé d’un changement de cap qui, bien qu’insuffisamment radical –pour ce faire, il faudrait que le Congrès abroge la loi sur le blocus économique, commercial et financier de l’île–, a le mérite d’ au moins ouvrir la voie à un certain nombre de changements qui vont améliorer les conditions de vie du peuple cubain. Par Atilio Boron

Ça n’est pas pour rien si Obama dans son discours a promis d’intervenir auprès du Congrès pour faire abroger cette loi qui fait obstacle à la normalisation des relations diplomatiques avec Cuba. En effet, comment pourrait-il atteindre son objectif si ce pays reste sous le coup d’un blocus condamné en diverses occasions par la communauté internationale, à l’Assemblée Générale des Etats-Unis, par l’OEA elle-même, ou encore l’Unasur et la Celac ?

La décision d’Obama va sûrement déclencher bon nombre d’analyses et une foison d’interprétations. Mais, d’ors et déjà, il semble impératif d’y apporter certains éclaircissements.

Un, l’échec retentissant des politiques conventionnelles.

Deux, l’isolement paradoxal dans lequel se trouvent les Etats-Unis, fait entériné par le Secrétaire d’Etat, John Kerry, quelques heures après le discours présidentiel. Isolement et hostilité croissante dans l’hémisphère et ahurissant abandon mis en évidence, année après année, par le vote écrasant contre le blocus à l’Assemblée Générale de l’ONU.

Trois, le rôle clé joué par le pape François et le gouvernement canadien, qui ont mené leur mission dans le secret le plus absolu et d’une manière extrêmement efficace, comme l’ont souligné autant le président des Etats-Unis que son homologue cubain Rául Castro.

Quatre, la lutte sans relâche des parents « des 5 », et leur mobilisation d’une puissante

coalition internationale à la volonté inébranlable qui n’a jamais baissé les bras depuis le premier jour de détention des combattants cubains, afin d’exercer des pressions

le

gouvernement des Etats-

Unis.

le panorama

géopolitique international préoccupant pour les intérêts US :

- au Moyen Orient, avec l’Etat Islamique –créé en partie grâce aux Etats-Unis et au Royaume Uni– à l’origine de massacres de portée incalculable ;

- en Asie Centrale, où les talibans ne cessent de perpétrer d’horribles atrocités comme celle de l’attaque de

continues

Cinq,

sur

l’école au Pakistan ;

- en Extrême Orient (crise

de la Mer du sud de la Chine et menace d’affrontement armé avec le Japon)

- déstabilisation progressive de régions entières et, comble de tous les maux, la très sérieuse perspective

d’une

éventuelle

en Afrique avec la

confrontation armée en Europe ayant pour toile fond la crise ukrainienne,

Autant de raisons pour lesquelles il devient très fortement souhaitable de préserver la paix en Amérique Latine et dans les Caraïbes–en fait de les préserver comme uniques oasis de paix !– où l’emprise américaine du passée est sérieurement compromise. Renouer des relations avec les pays de cette zone, dans un esprit de respect et d’égalité, devient une priorité absolue.

si

Washington peut tenir ses promesses, car ses opposants, dans le pays comme à l’extérieur sont nombreux et très puissants.

Mais, il faudra voir

Traduit pour El Correo par Florence Olier-Robine.

Fabrice Leclerc: "Le revirement des USA est la démonstration de l'échec de leur politique contre Cuba"

En décembre l'administration Obama ouvre les portes au changement de la nature des relations diplomatiques avec Cuba, entreprenant un pas historique, lourd en conséquences. Comment interpréter ce tournant? Quelles sont les

raisons en amont à cette décision? Quelles sont les conséquences, à la fois pour les USA et pour Cuba? Quelle sera la nouvelle stratégie des USA pour s'opposer et essayer d'abattre le "régime" cubain? Entretien réalisé par Raffaele Morgantini américains. Des échanges et collaborations

scientifiques existent également entre les 2 pays. Les sondages récents aux Etats-Unis (en faveur de la levée du blocus contre Cuba) et la campagne médiatique du New-York Times allant jusqu'à saluer la mission sanitaire des médecins cubains contre l'Ebola dénotent une préparation de l'opinion publique américaine à un changement de stratégie politique et diplomatique vis-à-vis de Cuba.

Raffaele Morgantini: Il y a quelques jours, le président Barack Obama a déterminé un tournant politique et historique, en rétablissant les relations diplomatiques avec Cuba. Il y a plusieurs avis sur cet événement : pour certains c'est une grande victoire de la révolution cubaine, pour d'autres le président Castro a fait une grande erreur stratégique comparable à celle de Yasser Arafat avec les accords d'Oslo de 1993. Quel est votre avis?

Fabrice Leclerc: Il est difficile de faire un

parallèle avec la situation de Yasser Arafat et de l'OLP au moment des accords d'Oslo de 1993 du fait des différences de contexte et de rapport de force. Certes, on peut y retrouver dans les deux cas une volonté d'indépendance et de souveraineté qui existe à Cuba depuis Carlos M. de Céspedes et José Martí pendant les guerres d'indépendance contre l'Espagne. Cela mis à part, l'OLP était à l'époque toujours en quête d'une forme de souveraineté alors que Cuba luttait pour préserver la sienne acquise au moment de la révolution de

1959.

Malgré l'absence de relations diplomatiques normalisées entre les 2 pays, chacun a conservé une section d'intérêts: américaine à la Havane et cubaine à Washington. Malgré le maintien du blocus contre Cuba et son accentuation au niveau financier ces dernières années, les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et Cuba se sont accrus via l'octroi de licences et dérogations diverses en faveur de certaines sociétés et états

Ce changement même s'il est motivé par la défense d'intérêts économiques est aussi une reconnaissance de Cuba et un aveu d'échec de la politique menée jusqu'à présent largement influencée par la communauté cubano- américaine de Miami. C'est l'échec d'une politique qui repose sur un double langage:

sanctionner Cuba pour des raisons politiques mais préserver ses intérêts économiques "futurs" sur l'île. Il s'agit de maintenir un blocus économique en imposant aussi des sanctions extra-territoriales vis-à-vis de sociétés étrangères commerçant avec Cuba (exemple récent de la BNP-Paribas) en espérant la concrétisation de la politique du "fruit mûr" qui aurait conduit à la chute du gouvernement cubain et à l'ouverture du territoire cubain aux sociétés américaines.

aurait conduit à la chute du gouvernement cubain et à l'ouverture du territoire cubain aux sociétés

Quelle est à votre avis la véritable raison de ce changement dans la nature de la politique extérieure de la part de l'administration Obama envers Cuba?

Les changements socio-politiques sur le continent sud-américain ont conduit à une modification du rapport de force avec les Etats-Unis dont le tournant correspond au rapprochement entre le Vénézuela et Cuba avec l'arrivée au pouvoir du président Hugo Chávez. L'échec de l'ALCA supplanté par l'ALBA avec l'alliance de pays d'Amérique Latine et des Caraïbes est un des signes de ce changement de rapport de force. Les prises de parole très critiques à l'ONU de pays membres de l'ALBA ou d'autres pays latino- américains comme le Brésil vis-à-vis des Etats-Unis et la solidarité entre pays latino- américains envers Cuba en est un autre signe. Ce soutien à Cuba est une reconnaissance de son engagement dans la défense des principes d'indépendance et de souveraineté contre l'impérialisme et pour sa solidarité avec ces pays via ses missions internationalistes (alphabétisation/éducation, médecine/santé publique). Ce changement d'orientation dans la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis de Cuba est donc le résultat d'une pression indirecte de pays d'Amérique Latine sur les Etats-Unis au niveau international et d'un affaiblissement de la communauté cubano- américaine au niveau national. Libéré des enjeux d'une réélection, le président Barack Obama a amorcé un rapprochement historique.

Est-ce que c'est un assouplissement ou, dans le meilleur de cas, la fin du blocus, est- elle à ce point envisageable?

Le blocus économique mis en place contre Cuba par les Etats-Unis en 1962 est encadré du point de vue juridique et ne peut être levé que par un vote majoritaire au congrès. Toutefois, le président américain a une marge de manoœuvre importante pour l'assouplir. Rappelons-nous que Jimmy Carter avait facilité les voyages des cubano-américains entre 1977 et 1982 et que Bill Clinton avait octroyé une dérogation sur les produits

alimentaires en 2000 (même si la loi Helms- Burton renforçant les sanctions contre Cuba est votée lors de son second mandat). Au cours de son premier mandat, Barack Obama prend également quelques mesures pour faciliter les voyages des cubano-américains sur l'île.

Quel est le rôle que pourrait jouer l'ALBA ou les BRICS dans ce nouveau scénario? Est-ce que leur poids politique à niveau mondial et un possible soutien au gouvernement cubain pourrait protéger l'île caribéenne d'une nouvelle stratégie d'agression de la part de l'impérialisme étatsunien?

L'ALBA et les BRICS ont déjà joué un rôle politique important dans l'évolution de la stratégie étasunienne pour les raisons mentionnées précédemment.

Le développement de relations économiques avec différents partenaires de l'ALBA et aussi avec le Brésil (construction du port de Mariel) permet à Cuba de compenser les effets du blocus économique. Dans le même temps, d'autres pays y compris européens souhaitent renforcer leurs échanges avec Cuba (visite de Laurent Fabius à Cuba en 2014).

Peut-il y avoir un revirement de la position américaine vis-à-vis de Cuba suite au rapprochement amorcé par Barack Obama ? Le parti républicain s'est montré très critique, certains membres démocrates du congrès également mais ce n'est qu'un prolongement du double langage de la politique étrangère américaine envers de Cuba. Certains républicains du congrès soutiennent par ailleurs l'initiative de Barack Obama. Dans une perspective à plus long terme, l'intégration de Cuba au sein de l'ALBA et des BRICS est effectivement une stratégie qui permet d'avoir un ensemble de partenaires dans différents secteurs économiques et de garantir une meilleure indépendance dans ses échanges commerciaux et son développement futur.

Communiqué de l'Association France-Cuba LAssociation’ France-Cuba salue l’ assouplissement des relations entre

Communiqué de l'Association France-Cuba

LAssociation’ France-Cuba salue l’ assouplissement des relations entre les Etats- Unis et Cuba. France-Cuba se félicite que ce début de rétablissement de relations entre les deux pays ait conduit à la libération ultime de 3 des 5 Cubains anti-terroristes pour laquelle notre Association a tant milité dès la première heure depuis 2002.France-Cuba s’associe à la satisfaction du peuple cubain du retour des 5 dans leur patrie et partage la joie des familles qui sont désormais réunies. L’initiation de nouvelles relations entre les 2 pays est une reconnaissance de Cuba sur le plan international: Cuba qui a toujours œuvré sur le plan politique et diplomatique, social et humanitaire avec son implication récente et majeure dans la lutte contre Ebola qui s’inscrit dans la ligne politique suivie depuis la révolution de 1959.

France-Cuba est consciente des perspectives futures ouvertes par cette reconnaissance et l’évolution souhaitable de la levée du blocus économique maintenue depuis un demi-siècle et condamné régulièrement aux Nations- Unies à la presque unanimité chaque année.

France-Cuba reste attentive à l’évolution de la situation internationale concernant le blocus économique et continue de militer pour la levée de ce blocus injuste et inhumain afin que les Cubains puissent poursuivre en toute indépendance le chemin de développement original qu’ils ont choisi depuis leur révolution.

Histoire de Notre Amérique - José Marti -

par Tarik Bouafia

Il nous est impossible de comprendre et d'analyser les événements d'aujourd'hui sans étudier le passé. L'histoire est ce miroir qui nous permet de voir ce qui nous a précédés et d'anticiper ce qui adviendra dans le futur. Voilà pourquoi on ne peut s'intéresser aux transformations qui secouent l'Amérique Latine depuis plus de 15 ans sans en chercher les racines. Comprendre les révolutions cubaines, vénézuéliennes, équatoriennes, boliviennes, c'est aussi et avant tout étudier ceux qui ont pensé ces révolutions, ceux qui en ont été les instigateurs, ceux qui ont à travers leurs écrits et leurs luttes permis l'émancipation du continent latino-américain. Parmi eux, le célèbre Simon Bolivar, El Libertador, éminent combattant pour l'indépendance de l'Amérique Latine, San Martin, père de l'indépendance chilienne et argentine, Sucre, vainqueur de la décisive bataille d'Ayacucho qui débouche sur l'indépendance du Pérou. Et parmi ces grandes figures de la libération, un homme va particulièrement marquer l'histoire de l'Amérique de son empreinte, il s'agit du cubain José Marti

Vie et lutte de José Marti

José Marti naît le 28 janvier 1853 à la Havane, dans une famille d'immigrés espagnols. Cuba est alors avec Porto Rico la dernière colonie espagnole d'Amérique. José Marti est à la fois un homme complexe et complet. Personnage énigmatique, il continue

à fasciner ceux qui dévorent ses œuvres monumentales. A la fois poète, journaliste (il écrit dans de nombreux journaux latino- américains), homme de lettre, intellectuel

Selon Eusebio Leal, Docteur en

Histoire et Directeur du musée José Marti de

engagé

la Havane, Marti était un homme d'une «grande humanité». Toujours selon Leal, il était «capable de nous éclairer avec sa

plume, capable d'épouser l'univers américain, de donner vie à l'Amérique indigène». Il est le prototype même de l'homme qui unit théorie et action. Celui qui utilisa l'arme des idées pour mener à bien son projet d'indépendance à Cuba. En somme, un philosophe de la «praxis». Très tôt, José Marti développe une conscience politique et patriotique grâce notamment à son professeur, Rafael Maria De Mendive. En 1868, alors qu'il n'a que quinze ans, Marti a l'occasion de mettre son amour de la patrie au service de Cuba. Il s'engage dans la guerre qui oppose son pays à l'Espagne. Quinze ans et déjà sur les champs de bataille, ceci en dit long sur le rejet viscéral qu'éprouvait le patriote cubain envers le colonialisme espagnol. Pour Marti, la lutte pour l'indépendance est un devoir sacré.

la lutte pour l'indépendance est un devoir sacré. Néanmoins, son action aux côtés des indépendantistes

Néanmoins, son action aux côtés des indépendantistes cubains ne l’empêchent pas de continuer à utiliser sa plume au service de la libération de sa patrie. En effet, en 1869, il publie dans la revue qu'il a créée Patria Libre, un vibrant et puissant poème: Abdala. Ce dernier se présente comme un violent réquisitoire contre l'occupation espagnole. Marti y met en scène une conversation entre une mère et son fils, Abdala. Ce dernier demande à sa mère: «Tu veux savoir ce que c'est la Patrie?», « La Patrie, c'est la haine envers celui qui l'opprime et la rancœur éternelle envers ceux qui l'attaquent».

A travers les mots du jeune homme, c'est tout le ressentiment de Marti qui s’exprime. Abdala, c'est Marti. Un jeune homme révolté, enragé, fatigué de cette domination qui n'en finit plus et qui condamne le peuple cubain à la misère, à l'exploitation et à la soumission. Ce poème d'un grand courage condamna Marti à l’exil en 1871. D'abord à Cadix en Espagne puis en France alors en pleine effervescence révolutionnaire avec la Commune de Paris, avant de rejoindre Londres et enfin New-York en 1878. Depuis quelques années déjà, José Marti en grand visionnaire voyait la fin de l'empire espagnol arriver à grands pas. Un empire était sur le point de s'effondrer bientôt remplacé par un nouveau : l'empire états-unien. Lors de son séjour aux Etats-Unis, Marti peut constater les effets du capitalisme sur la société états- unienne. Il est frappé de voir la masse des ouvriers souffrir de pauvreté, de chômage, pendant qu'une petite minorité de personnes ne cesse de s'enrichir. Puis, il découvre également les injustices dans les campagnes. La terre est accaparée par les grands propriétaires terriens au détriment des petits paysans. Mais surtout, et c'est là que la pensée de José Marti devient cruciale pour comprendre la politique états-unienne en Amérique Latine au XXème siècle, le patriote cubain voit dans les Etats-Unis une nation expansionniste, impérialiste, qui ne va cesser de chercher de nouveaux territoires dans le but d'affirmer son hégémonie, d'abord sur le continent américain puis dans le monde entier.

La bourgeoisie industrielle états-unienne en pleine expansion a en effet besoin de nouveaux espaces pour écouler ses marchandises. Marti voit dans ce pays, une nouvelle puissance coloniale ou plutôt «néocoloniale» qui, contrairement aux puissances coloniales classiques comme la France ou l'Angleterre, n'occupera pas directement des pays mais les inondera de capitaux et y enverra ses multinationales afin de piller les ressources naturelles. Néanmoins, et l'histoire est là pour nous le rappeler, les Etats-Unis n'ont pas hésité à utiliser tous les moyens même les plus sauvages et les plus barbares pour s'assurer

de la soumission du sous-continent et ainsi faire taire toute contestation. José Marti avait donc vu juste. Voilà pourquoi il n'a cessé de lutter autant contre l'Espagne que contre les Etats-Unis. De plus, il avait compris très tôt que, seule, Cuba aurait beaucoup de mal à se libérer. C'est pourquoi il fut aussi un fervent défenseur de l'union des nations et des peuples latino-américains et caribéens.

Dans la lignée de ses prédécesseurs

il prôna

l'alliance des pays du sous-continent afin de contenir les visées impérialistes et expansionnistes de Washington. Seule l'unification du continent sud-américain pouvait faire face au néocolonialisme états- unien et en même temps promouvoir le développement économique et commercial entre les nouvelles républiques récemment libérées du joug espagnol. En réalité, José Marti, tout comme Ernesto Guevara plus tard, ne possédait pas de véritable patrie. Même si Cuba était la terre qu'il l'avait vu naître et pour l’indépendance de laquelle il allait donner sa vie, il était un combattant de la Grande Patrie, l'Amérique Latine. Son idéal de justice, de liberté, de solidarité, ses profondes convictions sur la démocratie et le pouvoir populaire dépassait les frontières cubaines et se répandait lentement pour embrasser les terres récemment libérées de l'Amérique Latine. C'est pourquoi il a affirmé: « Maintenant, je risque tous les jours de donner ma vie pour mon pays et pour mon devoir qui est d’empêcher avant qu'il ne soit trop tard, au moyen de l'indépendance de Cuba, que les Etats-Unis ne se s’étendent dans les Antilles avant de s'abattre avec cette force supplémentaire sur nos patries d'Amérique ». Cuba devait être ainsi la nation qui empêcherait les Etats-Unis de conquérir l'Amérique Latine. Malheureusement, le rêve de José Marti se brisa brutalement en 1898, trois ans après sa mort, lorsque les Etats-Unis sous prétexte de «libérer» le peuple cubain de l’oppression espagnol, envahit Cuba et fit de l’île caribéenne une semi-colonie. Mais le valeureux peuple cubain ne dit pas son dernier mot et, le 26 juillet 1953, José Marti ressuscita en la personne de Fidel Castro.

Bolivar, San Martin, O'Higgins

L'éternel héritage de José Marti

La guerre cubano-hispano-états-unienne prend fin en 1898. L'Espagne est vaincue et perd ses dernières colonies. Les Etats-Unis sont les grands gagnants de cette guerre en s'emparant de Cuba et de Porto Rico. Officiellement, ces pays sont «libres» mais dans les faits la situation est bien différente. En effet, en 1901, l'amendement Platt, du nom du sénateur républicain Orville H.Platt, fait de Cuba un protectorat des Etats-Unis en établissant des «liens spéciaux» entre Washington et La Havane. Concrètement, cet amendement confère aux Etats-Unis un pouvoir quasi illimité dans l'île qui devient presque un nouvel Etat des Etats-Unis. Par exemple, il est établi que : «Le gouvernement de Cuba ne conclura avec aucune autorité locale ou étrangère aucun traité ou accord qui pourrait diminuer ou tendre à diminuer l'indépendance de Cuba, ni en aucune manière autoriser ou permettre à une quelconque autorité d'obtenir, par colonisation ou par des sommations militaires ou navales, la possibilité de s'installer ou de contrôler quelque portion de cette île que ce soit».

Sous prétexte de garantir «l'indépendance» de Cuba, les Etats-Unis vont imposer pendant près de 60 ans une domination cruelle en mettant au pouvoir des pantins qui serviront leurs intérêts : Machado, Batista et autres marionnettes à la botte de Washington. Pendant ce temps-là, l'immense majorité des Cubains ne mangent pas à sa faim, l'analphabétisme frappe des millions de personnes et les soins de santé sont quasi inexistants. Les idéaux de liberté, d'égalité, de souveraineté populaire défendu par Marti semblent bien loin. Ce que redoutait Marti est arrivé. L'impérialisme s'est jeté comme un chien sur Cuba et le reste de l'Amérique Latine qui reste le continent des « veines ouvertes ». L'union latino-américaine a été court-circuitée par les ambitions impérialistes de Washington. Les Etats-Unis comprirent très vite qu'une alliance entre les pays d'Amérique Latine nuirait à leurs intérêts.

Mais les tensions et les contradictions inhérentes à la société cubaine vont bientôt exploser au grand jour. Et le 26 juillet 1953, Fidel Castro, accompagné de 130 hommes et deux femmes lancent l'assaut contre la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba. Il souhaite ainsi provoquer un soulèvement populaire contre la sanglante dictature de Fulgencio Batista. Peu après, il est arrêté et un des enquêteurs lui pose cette question:

« Qui est l'idéologue de cette révolte? » Et Castro lui répond: « Comment qui est l'idéologue? C'est José Marti bien sûr! ». Évidemment, la pensée et l'idéal de José Marti n'avaient jamais disparu. Ils étaient extrêmement présents dans la conscience du peuple cubain. Il suffisait juste d’un homme pour mettre de nouveau à nu le projet et les aspirations de celui-ci.

La révolution cubaine de 1959 sonne ainsi comme un coup de tonnerre pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. Elle vient rendre un vibrant hommage à la pensée martienne. En effet, pour la première fois depuis très longtemps, Cuba redevenait une nation libre et souveraine. La conquête de l'indépendance politique puis économique fit de Fidel Castro, d'Ernesto Guevara, de Camilo Cienfuegos les dignes héritiers du combat de José Marti. Mais au-delà du gouvernement cubain, c'est tout le peuple en chair et en os qui symbolisait comme un seul homme la figure emblématique de Marti. Les nationalisations, la réforme agraire, les campagnes d'alphabétisation, les vaccinations gratuites, le rôle majeur donné à l'art et la culture allaient parfaitement dans le sens de ce qu'avait prôné le leader patriote. N'oublions pas que Marti était un grand homme de lettres et qu’il défendait ardemment la diffusion du savoir et de la culture. Ce que ne manqua pas de faire le nouveau gouvernement révolutionnaire en donnant à tous l'accès à une éducation de qualité et gratuite. Comme l'a dit très justement Fidel Castro un jour où il rendait hommage à Marti: « La révolution, c'est la fille des idées et de la culture ». Mais la poursuite de l'idéologie martienne ne s’arrêta pas là. Le nouvel Etat cubain tenta à maintes reprises de fédérer l'Amérique Latine et de la

sortir de l'orbite des Etats-Unis. Cependant, mise à part la forte alliance avec le gouvernement révolutionnaire de Salvador Allende, peu de gouvernements latino- américains suivirent le chemin de Fidel Castro. Et pour cause! La grande majorité des gouvernements sud-américains étaient dans les années 1970-1980 des alliés inconditionnels des Etats-Unis. Pire, ces Etats étaient pour la plupart des régimes fascistes et sanguinaires (Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Stroessner au Paraguay). Ne trouvant pas de partenaires en Amérique Latine, le pays se tourna vers le monde et plus particulièrement vers l'Afrique. Aide militaire à l'Angola dans sa lutte pour l'indépendance, envoi de médecins

aux quatre coins de la planète

l'héritage de Marti est fondamental. Car, au- delà de fédérer les peuples latino-américains, le patriote cubain plaidait pour une solidarité internationale. Un internationalisme des pays du Sud. Ernesto Guevara fut sans doute celui qui assimila le mieux ce message. Il comprit la nécessite d'unir les peuples du «tiers- monde» contre l'impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme, ceux contre qui José Marti s'était battu en y laissant sa vie. Enfin, depuis maintenant plus de quinze ans et la victoire du commandante Hugo Chavez à la présidence du Venezuela, la pensée de José Marti est plus que jamais d'actualité. Après sa sortie de prison en 1994, Chavez se rendit à Cuba sur invitation de Fidel Castro. Il y prononça un discours très remarqué dans lequel il déclara notamment:

Là aussi,

«Le siècle qui va s'ouvrir est le siècle de l'espoir, c'est notre siècle, le siècle de la résurrection, du rêve de Bolivar, du rêve de MARTI, du rêve latino-américain».

Quatre ans plus tard, ce rêve devint réalité. Avec Cuba et le Venezuela, les rêves de Marti pouvaient commencer à se réaliser. Ils se concrétisèrent le 14 décembre 2004 lorsque Fidel Castro et Hugo Chavez annoncèrent la création de l'Alternative Bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA). Cette nouvelle organisation a pour but de contrer tout ce que Marti combattait, comme la Zone de Libre Echange des Amériques (ALCA en espagnol)

qui visait à instaurer une zone de libre- échange de l'Alaska à la Patagonie. Un nouvel instrument de domination impérialiste et néocoloniale dans le but de soumettre les pays latino-américains à la dictature néolibérale. L'ALBA a aussi pour but de promouvoir l'intégration latino-américaine en s'appuyant sur divers mécanismes de solidarité comme l'envoi de médecins cubains en Bolivie par exemple où 300000 personnes ont été soignés grâce à la mission «Milagro» qui soigne les yeux malades. On pourrait également citer la Communauté des Etats latino-américains et caribéens ou l'Union des Nations sud- américaines (UNASUR). Autant de processus d'intégration qui visent à concrétiser les projets d'union et de solidarité entre les pays latino-américains.

Comme nous avons pu le constater, la trace laissée par José Marti dans l'histoire de Cuba et de l'Amérique Latine en général est plus que jamais indélébile. Sa pensée, son idéal, ses écrits, ses poèmes, son action révolutionnaire continuent d'inspirer aujourd'hui encore ceux qui aspirent à transformer la société en profondeur et à imaginer un autre modèle de civilisation que celui imposé par les gouvernements capitalistes occidentaux. Le combat mené par ce nationaliste pour l'indépendance de la nation cubaine et de la patrie latino- américaine est plus que jamais à l'ordre du jour. Quoi de plus beau que les révolutions démocratiques qui ont secoué le continent sud-américain ces dernières années pour rendre hommage au combat de José Marti?

Les nouveaux processus d'intégration

impulsés par les gouvernements progressistes latino-américains suivent parfaitement les enseignements de la pensée martienne. Rejet de l'impérialisme et de toute forme de néocolonialisme et, dans le même temps, construction d'une alternative au modèle économique et politique dominant. Hugo Chavez, Evo Morales, Rafael Correa, Daniel

autant de responsables

Ortega, Fidel Castro

politiques qui ont rendu leurs lettres de noblesse au combat désintéressé et héroïque du grand patriote José Marti!

Leçons de l'ALBA pour l’Afrique

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe». par Saïd BOUAMAMA

La jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent. La solidarité régionale pour desserrer l’étau du

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la

nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale :

«Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien

certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ; etc.

des échanges régionaux sans utiliser le dollar ; etc. La nouvelle dynamique régionale basée sur le

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ; le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes, etc.

Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c'est-à- dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à- dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance aux impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque. Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

« Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire,

l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression « droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante :

« la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique, culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’ appuyer sur les mouvements sociaux

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabè d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que :

« La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-

démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). »

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise :

« Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA, appelons et nous engageons à réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin. »

Notes:

L'Afrique doit s'unir, Éditions

Présence Africaine, Paris, 2001 et Le néo-colonialisme :

Dernier stade de l'impérialisme, Éditions Présence

Africaine, Paris, 2009.

2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations

Unies,

2014,

1. Kwame Nkrumah,

29

septembre

nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.

3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris,

1980.

4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan,

Paris, 1989.

5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie

M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984. 6. Evo Morales, 9 ème sommet de l’ALBA,

consulté le 3 février 2015 à 17 h 04. 7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2

octobre 1983, "Oser inventer l'avenir" - La parole de

Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46. 8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009, http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_B

18

heures 15. 9. Rafael Vicente Correa Delgado , 9 ème sommet de l’ALBA,http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment /200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.

consulté

le

«

février

2015

à

Interview exclusive de Manuel Zelaya, président renversé du Honduras

Après le coup d'état qui a eu lieu en 2009, le Honduras est devenu l'un des pays les plus violents du monde. Le président mis en place lors du coup d´état, Roberto Micheletti, ainsi que son successeur Porfirio Lobo, bien qu’élu par élections populaires, n´ont dans un premier temps été reconnus par aucun des pays d ´Amérique Latine. Le Journal de Notre Amérique offre à ses lecteurs une interview du président constitutionnel du Honduras Manuel Zelaya, réalisée par Jean Araud, notre correspondant au Venezuela.

Jean Araud: Monsieur le président, vous avez été victime d´un coup d´état. Vous vous étiez déclaré de gauche, éloigné de Washington, et vous avez permis au Honduras d’incorporer l’ALBA, l´Alliance Bolivarienne. Quand le coup d'état eut lieu, Chavez se montra très préoccupé. Vous avez souvent parlé avec amitié de lui. Quels souvenirs gardez-vous du Président Chavez?

Manuel Zelaya: Chavez est un produit de l’histoire. La dynamique sociale n’est rien d’autre que l´inter-relation des conditions dans lesquelles vivent les êtres humains. Ce qui a créé Chavez, ce sont les conditions de soumission, de pauvreté, de dépendance, une hégémonie qui s´exerce sur toute l´Amérique Latine dans une ambiance propice à créer une guerre civile. Et vous savez ce qui forme tout cela… Considérez la dynamique sociale, on l ´appelle la dialectique, la façon dont l´être humain progresse. L´oppression forme un révolutionnaire qui devient libérateur. C’est Chavez. Un révolutionnaire du XXIème siècle. Fidel a été le révolutionnaire du XXéme siècle. Chavez est un révolutionnaire même si nous ne négligeons pas les mérites de Fidel en ce siècle. Mais Chavez a été un révolutionnaire du XXIème siécle, il nous a appris à organiser des élections, il nous a appris à vaincre l´empire avec ses propres armes, avec ses propres systèmes. Il a élevé la dignité d´un peuple et éliminé les frontières…Chavez a éliminé les frontières. Chavez était un internationaliste

solidaire. Il a internationalisé la solidarité. Il a parlé de l´humain. Il s'est réuni avec les peuples palestiniens, arabes, opprimés. Chavez est une personnalité dont nous ne pouvons pas encore mesurer la dimension.

dont nous ne pouvons pas encore mesurer la dimension. A mesure que passeront les années, nous

A mesure que passeront les années, nous pourrons mesurer, non pas la dimension messianique et “ prophétique” qu´il avait aussi, mais l’importance de son legs, les leçons que nous devons apprendre de la vie de Chavez. Que, plus précisément il créa une dynamique sociale, une force qui maintenant nous permet d´avancer. C´est comme le conte de la mythologie grecque, l´Icare qui va vers le soleil et qui, dans son espoir d´embrasser le soleil, fait fondre ses ailes et tombe et meurt. Mais il laisse une trace dans l´espace, dans l ´univers, il laisse un repère que nous devons suivre. C’est cela Chavez.

Pouvez-vous nous résumer la situation actuelle du Honduras?

Nous avons un niveau de pauvreté de 73%. La pauvreté a augmenté durant ces cinq dernières années. A 73%, avec des personnes qui vivent avec moins d´un dollar par jour. C ´est grave. Deuxièmement, nous occupons à ce jour la première place des pays les plus violents du monde, avant l´Irak et l ´Afghanistan. Les massacres, les morts, les assassinats, la torture, les homicides sont quotidiens. La commission interaméricaine vient de faire un rapport précis sur ce thème, ils ne sont donc pas sans ignorer la situation. En même temps, le Honduras est gouverné par un parti très conservateur de la droite et dirigé par les Etats-Unis.

Les politiques de sécurité au Honduras sont directement appuyées par les Etats-Unis et le Pentagone. Ce qui nous préoccupe beaucoup car, au lieu de renforcer l´état démocratique et l ´état de droit, cette situation accentue la violence et la barbarie. La politique mise en oeuvre au Honduras a pour résultat de désarticuler le pays, non de l’unifier, ni de créer un systéme démocratique.

non de l’unifier, ni de créer un systéme démocratique. Comment les pays de Notre Amérique peuvent-ils

Comment les pays de Notre Amérique peuvent-ils vous aider à résoudre la crise au Honduras ?

En fait, la politique d´intervention des Etats-Unis a augmenté au lieu de diminuer. L’agression contre le Venezuela s'est renforcée… de même que la violence au Mexique… Il y a peu, le procureur général des Etats-Unis a créé deux programmes. L’un s’appelle “catway” et l´autre “rapide et furieux”, l´un s'appliquant au Mexique et l ´autre au Honduras, pour remettre des milliers d´armes au crime organisé afin de le renforcer. Vous imaginez ! Une enquête est d'ailleurs menée aux Etats-Unis à ce sujet.

Je ne crois pas que le comportement dominateur des Etats-Unis diminue envers nous. Mais je crois que les peuples d' Amérique Latine ont acquis plus de conscience politique et résistent donc mieux. Nous devons nous organiser pour nous défendre et surtout pour proposer une issue au modèle économique qui a appauvri une grande partie de notre région.

Nous saluons cette résistance pacifique de l ´Amérique Latine envers l´interventionnisme et l´agression nord-américaine et européenne, envers les grandes transnationales qui vivent dans ces régions…Nous estimons que les meilleures manières de les bloquer sont l´unité et l´intégration. Il n´y a pas autre chose à faire que créer des blocs d´opposition qui puissent nous permettre de négocier, de nous asseoir aux réunions de discussions et aux réunions de négociations. Car il n´y a aucun signe que les Etats-Unis vont céder dans leurs prétentions.

Les Brèves de janvier 2015

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10ème anniversaire de l'ALBA

10ème anniversaire de l'ALBA Les chefs d'État et de gouvernement des pays membres de

Les chefs d'État et de gouvernement des pays membres de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce du Peuple (ALBA-TCP), se sont réunis à La Havane le 14 Décembre 2014, pour commémorer le 10 ème anniversaire de l'Alliance, une organisation d'intégration d'Amérique latine et des Caraïbes véritablement, fondée sur les principes de solidarité, de justice sociale, la coopération et la complémentarité économique.

Inauguration du canal transocéanique au Nicaragua

du

du

Nicaragua et les

représentants

l'entreprise chinoise HKND ont réalisé l'inauguration des travaux du début de la construction du méga projet du Grand canal Interocéanique qui devrait changer la géopolitique

de

Les autorités gouvernement

régionale. Le méga-projet changera la géopolitique régionale en enlevant son hégémonie au canal de Panama contrôlé par les intérêts etats-uniens. La longueur de la voie interocéanique sera d'environ 278km.

Sommet du CELAC

Le Costa Rica a accueilli le

28 et 29 janvier

troisième

Communauté

2015 le

la

États

sommet

des

de

Latino-américains

et

Caribéens

(CELAC

en

espagnol). Ce sommet a été

marqué par la

volonté de

l’intégration

consolider

régionale,

guidée

par

la

devise «L'unité diversité».

dans

la

Ce nouveau sommet a pour but d'adopter une déclaration politique et un plan d'action commune entre les 33 pays membres de l'organisation. Les ministres des affaires étrangères se sont d'ailleurs réunis à San José, la capitale pour élaborer la déclaration finale.

Parmi les thèmes évoqués lors du sommet: la lutte contre la pauvreté et l'intégration sociale (l'Amérique Latine reste le continent le plus inégalitaire au monde), le financement du développement ainsi que le développement durable.

En 2015, c'est l’Équateur qui assumera la présidence de la CELAC. Le ministre des affaires étrangères équatorien Ricardo Patino a d'ailleurs commencé à évoquer les sujets qui seront

abordés tels que la lutte contre l’extrême pauvreté, la construction d'une architecture financière régionale (afin de financer

l'économie),

le

développement de la science et la technologie et enfin la construction d'infrastructures

productives et énergétique.

Unasur exhorte les États-Unis a s'abstenir d'imposer des sanctions au Venezuela

Les pays membres de l'Union des Nations Sud Américaines (UNASUR) ont manifesté leur total et absolu rejet face au projet de loi avec lequel le gouvernement nord américain prétend sanctionner de manière unilatérale le gouvernement vénézuélien. Les membres de l'UNASUR ont dénoncé l'évidente intrusion de l'administration Obama dans la politique intérieure des pays de la région.

Tournée de Nicolas Maduro aux pays membres de l'OPEP Pendant que le Dollar se bat

Tournée de Nicolas Maduro aux pays membres de l'OPEP

Pendant que le Dollar se bat en duel avec le duo Rouble- Yuan, pendant que les Etats- Unis tentent de déstabiliser les économies, entre autres russe et vénézuélienne, par le truchement d´un “fracking”, la fracturation hydraulique déprédatrice de notre planète, le Président de

la Republique Bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, s'est réuni ce mois de janvier avec ses homologues de grandes puissances, pays pétroliers et membres de l'OPEP, pour des accords stratégiques et économiques.

En Chine, Maduro a pu assister à la cérémonie d'ouverture de la première réunion ministérielle du Forum Chine-CELAC (Communauté d'Etats latino- américains et des Caraïbes) à Beijing.

(Lire article de Luis Britto dans ce numéro, NDLR) Les mécanismes de financement bilatéral, dont le Fonds Chine-Venezuela, ont atteint plus de 50 milliards de dollars et ont soutenu financièrement quelque 256 projets, selon des experts vénézuéliens.

Sources: TeleSur, Venezolana de Television, Agencia Xinhua

quelque 256 projets, selon des experts vénézuéliens. Sources: TeleSur, Venezolana de Television, Agencia Xinhua

Les Médiamensonges du mois

Argentine: la souveraineté en danger

Depuis la mort du procureur Nisman, la campagne de déstabilisation des médias dominants internationaux à l' encontre du gouvernement légitime de la présidente Cristina Fernandez de Kirchner ne cesse de s'amplifier. Une campagne qui s'ajoute à celle menée par les fonds vautours contre la souveraineté du pays. Dans un communiqué rendu public fin janvier, le Réseau d'Intellectuels, d'Artistes et de Mouvements sociaux en Défense de l'Humanité a dénoncé les manipulations médiatiques des journaux oligarchiques La Nacion et Clarin. En effet, ces derniers ont accusé le gouvernement d'avoir entravé l'enquête du procureur dans le but de maintenir de bonnes relations avec l'Iran, le principal accusé dans l'attentat qui a frappé l'ambassade israélienne et la mutuelle juive de Buenos Aires en 1982. Une enquête dont était en charge le procureur Nisman.

Or, les accusations de Nisman à l'encontre de l'Iran manquaient de preuves. Il a par ailleurs été démontré grâce à des câbles de WikiLeaks que Nisman était soumis a l'ambassade états-unienne à Buenos Aires, à la CIA et au Mossad, les services secrets israéliens.

à la CIA et au Mossad, les services secrets israéliens. Cette déstabilisation à l' encontre de

Cette déstabilisation à l' encontre de la présidente argentine a notamment pour but d'empêcher la victoire du candidat kirchneriste à la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en octobre prochain.

Enfin, le Réseau appelle à être vigilant face aux plans de déstabilisation contre l'Argentine, pays qui a refusé d'adhérer a l'Accord de libre échange des Amériques (ALCA en espagnol) et a participé activement à la consolidation de l'Union des peuples latino-américains.

Venezuela : Pourquoi l´opposition vénézuélienne accapare les produits de première nécessité

Au Venezuela, les médias opposés au processus révolutionnaire négligent leur rôle d´information. Ils assument sans vergogne une position d´acteurs politiques et leurs grands titres et articles évoquent de manière réitérée les files d´attente dans les supermarchés en espérant ainsi générer au sein de la population l’idée d’un gouvernement incompétent menant des politiques erronées et l´associer même au problème de la chute actuelle des cours du pétrole. Le but recherché est de susciter la déception de la population pour que l ´opinion publique se transforme en juge et questionne l´administration du président Nicolas Maduro

La vérité est toute autre. La réalité est que les propriétaires de chaînes de distribution de vivres, qui d´ailleurs sont bénéficiaires de devises préférentielles pour importer leurs produits, accaparent les produits de première nécessité dans des centaines de dépôts pour générer une situation de chaos.

La même stratégie fut utilisée au Chili contre Salvador Allende en 1971 pour renverser son gouvernement progressiste. Une preuve de plus des agissements de ces grands propriétaires de droite et d ´opposition, complices d´une conspiration contre une administration Maduro qui entend poursuivre la politique initiée par Hugo Chavez.

Un autre élément très important à souligner est que ces médias ne divulguent pas les informations relatives aux centaines de tonnes de produits trouvés par les autorités dans de nombreux dépôts, passant sous silence tout ce qui pourrait contredire et atténuer leur stratégie de discrédit.

Les informations des médias sont totalement déséquilibrées, l ´équité brille par son absence, l´éthique journalistique doit être remise en question quand une véritable prostitution des médias est à l´ordre du jour pour servir les intérêts de quelques-uns. Ceux-ci ne cherchent qu’à s´emparer du pouvoir économique et politique du pays et à profiter de ses ressources. Ce sont les laquais de l´empire des Etats-Unis.

par Richard Moya, Caracas

Venezuela : Mensonges, manipulations et cachotteries Titrés “á la une” par les quotidiens du mois
Venezuela : Mensonges, manipulations et cachotteries Titrés “á la une” par les quotidiens du mois

Venezuela : Mensonges, manipulations et cachotteries

Venezuela : Mensonges, manipulations et cachotteries Titrés “á la une” par les quotidiens du mois de

Titrés “á la une” par les quotidiens du mois de janvier:

“á la une” par les quotidiens du mois de janvier: “El Nuevo Pais” : " Le
“á la une” par les quotidiens du mois de janvier: “El Nuevo Pais” : " Le

“El Nuevo Pais” :

" Le mot d' ordre: IL N´Y A PAS "

“El Impulso”:

"Les files d´attente s´installent.“

Impulso”: "Les files d´attente s´installent.“ "El Nacional” : "Les files d´attente font le
Impulso”: "Les files d´attente s´installent.“ "El Nacional” : "Les files d´attente font le
Impulso”: "Les files d´attente s´installent.“ "El Nacional” : "Les files d´attente font le

"El Nacional” :

"Les files d´attente font le tour du pays.

Or, aucun de ces quotidiens n´a publié “à la Une” certains petits détails

 

Petits exemples, parmi beaucoup d´autres:

10

septembre 2014. L´Armée et les

S´il y a de si longues files d´attente, c’ est bien sûr parce que certains produits de première nécessité manquent dans les magasins mais c’est aussi parce que le peuple vénézuélien dispose désormais des ressources économiques pour acheter, ce qui n’était pas le cas dans le passé. Un peuple mieux alimenté qu’auparavant et qui enfin prétend manger à sa faim.

D´ailleurs ce peuple fait également la file pour acheter des produits comme des frigidaires, des cuisinières, des télévisions, des portables, des ordinateurs, etc. Enfin, dans de nombreux dépôts, les autorités ont trouvé des centaines de tonnes de denrées et de produits soustraits au commerce. (voir photo ci-dessous)

Services d´Intelligence de la Marine saississent 5 tonnes de produits tels que du beurre, de la mayonnaise et de la farine cachés dans un magasin de Zorca-Providencia.

24

octobre 2014. La Garde Nationale

Bolivarienne saisit 80 tonnes d’aliments accaparés par la Société Miranda (distribution) à Maracaibo dans l’Etat Zulia

13 janvier. Le gouvernement vénézuélien saisit mille tonnes d’aliments et de produits d’hygiène “mis de côté” par la société de distribution Compagnie Herrera dans l’Etat Zulia. Entre autres choses, 1.500.000 couches pour bébés et 360 tonnes de détergent.

22

janvier. La Police Nationale

Bolivarienne confisque plus de 300 kg de farine dans un supermarché de la ville de Tucacas.

24

janvier.

Plus

de

91

tonnes

d’aliments retenues par la Garde

Nationale Bolivarienne au sud de l’état

Anzoategui. Source:

Ministére de l

´Intérieur

 
Voici en bref quelques exemples du travail quotidien des services de sécurité au Venezuela pendant

Voici en bref quelques exemples du travail quotidien des services de sécurité au Venezuela pendant que la population fait de longues files d´attente dans des magasins où les rayons sont vides.

   

par Jean Araud, Caracas

Au Venezuela : Il n'y a pas et il y a ?

Informations recueillies sur place par Jean Araud, notre correspondant à Caracas :

sur place par Jean Araud, notre correspondant à Caracas : mais des fromages, des boissons á
sur place par Jean Araud, notre correspondant à Caracas : mais des fromages, des boissons á
sur place par Jean Araud, notre correspondant à Caracas : mais des fromages, des boissons á

mais des fromages, des boissons á base de lait et

des yahourts de toutes les saveur. Pas de café dans les

magasins

Pas de lait

mais du café dans toutes les cafétérias.

Pas de lait mais du café dans toutes les cafétérias. Pas de de shampooings mais tous
Pas de lait mais du café dans toutes les cafétérias. Pas de de shampooings mais tous
Pas de lait mais du café dans toutes les cafétérias. Pas de de shampooings mais tous

Pas de de shampooings mais tous les produits de luxe pour le bain. Pas de papier hygiénique mais des serviettes en papier et des rouleaux de papier essuie-tout pour la cuisine.

et des rouleaux de papier essuie-tout pour la cuisine. Pas de sucre mais tous les désserts
et des rouleaux de papier essuie-tout pour la cuisine. Pas de sucre mais tous les désserts
et des rouleaux de papier essuie-tout pour la cuisine. Pas de sucre mais tous les désserts

Pas de sucre mais tous les désserts ainsi que toutes les boissons style Pepsi ou Coca Cola. Etonnants, ces manques de produits de base avec cette profusion de produits élaborés, mais bien sûr plus onéreux et sans le contrôle de prix des produits de base

J.A.

La Chine, La CELAC et le Venezuela

par Luis Britto Garcia

La République Populaire de Chine est devenue depuis octobre 2014 la première puissance économique mondiale avec un PIB de 17600 milliards de dollars, dépassant ainsi les 17400 milliards des États-Unis. J'avais prévu cela pour 2020 mais la puissante économie socialiste a pris une avance de 6 ans à tel point que le FMI estime maintenant que le PIB chinois sera de 26900 milliards de dollars en 2019 contre 22100 milliards pour les Etats- Unis. De plus, la Chine achète systématiquement de l'or pour tenter de se libérer de l'hégémonie d'un dollar qui n'a plus d'autre appui que sa valeur d'impression.

Ce n'est pas seulement la Chine qui avance vers la domination de l'économie mondiale. Entre le 8 et le 10 septembre 2014, les 21 pays du Forum de coopération Asie-Pacifique ont formé la Zone de Libre échange Asie Pacifique dont les économies représentent plus de la moitié du commerce mondial. Ces pays ont créé la Banque Asiatique d'Investissement pour stimuler les infrastructures, cette banque agissant comme un contrepoids potentiel au FMI . La Chine, seule, dispose de 40 milliards de dollars d'investissement pour «La route de la soie», un réseau de ports, de trains, d' oléoducs d'énergie et de conducteurs de fibre optique qui connectent la Russie, l'Iran, la Turquie, l'Océan Indien et des villes comme Berlin, Rotterdam et Venise. Cet ensemble de phénomènes ne peut cesser d'exercer une influence en Amérique Latine, aux confins orientaux de l'Océan Pacifique car, avec le futur canal qui s'ouvrira au Nicaragua, il ouvrira une autre voie indépendante vers les Caraïbes et l'Océan Atlantique. L'Amérique Latine et les Caraïbes sont les régions qui possèdent les plus grandes ressources naturelles du monde en eau douce, en biodiversité, en hydrocarbures, et qui présentent un potentiel agricole capable d'alimenter la planète. A la différence de l'Afrique, empêtrée dans des conflits, l’Amérique Latine possède une culture

prépondérante qui prend le chemin de l'intégration à travers des organisations comme le Mercosur, l'ALBA, l'UNASUR, la CELAC La demande chinoise a permis à l'Amérique Latine d’être moins touchée par la crise économique globale. La Chine est le second partenaire commercial de la région avec des échanges atteignant les 260 milliards de dollars annuels et n’est devancée que par les États- Unis. L'Amérique Latine est un énorme marché. Ses échanges commerciaux ont décuplé en dix ans et Pékin envisage d'atteindre les 500 milliards d'ici à la prochaine décennie.

Le projet des États-Unis d'imposer la Zone de Libre Echange des Amériques (ALCA en espagnol) a échoué en 2005. Il n’en va pas de même avec le Forum ministériel entre la Chine et la CELAC, réunis à Pékin les 8 et 9 janvier. Les États-Unis et le Canada se trouvent en dehors de la colossale alliance des 33 pays qui, en ce moment, définissent les grandes lignes des relations commerciales avec la nouvelle première puissance économique mondiale. Cette alliance a mis à la disposition des pays de la CELAC un fonds de 35 milliards de dollars dont les modalités d'investissement seront définies lors du Forum. De son côté, le Venezuela dispose depuis 2008 de crédits chinois pour environ 50 milliards de dollars, qu'il rembourse avec 524000 barils quotidiens d'hydrocarbures, une quantité qui pourrait être doublée l'an prochain. De nombreuses entreprises et plusieurs entrepreneurs du pays asiatique ont rencontré le président Maduro lors de sa visite à Pékin. La présence asiatique est un fait irréversible pour l'Amérique Latine, pour le Venezuela comme pour le monde entier.

Les nouveaux investissements ne doivent cependant pas nous confiner à la mono- production exportatrice et dépendante. Ils ne doivent pas imposer des traités de libre échange qui nous interdisent de défendre notre écologie, notre agriculture et nos industries. Nous ne devons conférer aux investisseurs ni l'immunité ni l'impunité face aux tribunaux locaux ni des zones franches où seraient suspendues les lois sociales et les lois du travail. Il nous incombe de fixer les conditions de cette présence, en évitant les erreurs du passé.

L' intégration latino-américaine au XXIème siècle

En 2000, le Commandant Hugo Chávez et le Président brésilien Fernando Henrique Cardoso furent les initiateurs d'une réunion à laquelle participèrent tous les mandataires d'Amérique du Sud. Cette réunion fut le point de départ d'une nouvelle étape dans la politique régionale et du processus d'intégration subcontinentale qui se développe depuis 14 ans. L'intégration latino-américaine a dès lors recommencé à occuper une place dans l'agenda des gouvernements de la région. par Pablo Gandolfo

bourgeoisie en Argentine qui a réussi à s'emparer du gouvernement du pays en 2002 et, ensuite, des fractions bourgeoises et gouvernementales dans le reste du continent.

En 2005, lors de la conférence du Mar del Plata, l'Amérique Latine a infligé un dur revers à la stratégie états-unienne de rejet du traité grâce à ces deux forces. A cette occasion, Hugo Chávez prononça un discours incisif et présida, dans un stade de football, une cérémonie à laquelle ont participé d'innombrables personnalités, du

troubadour cubain Silvio Rodriguez jusqu'à Diego Maradona et au futur président bolivien, Evo Morales. Nestor Kirchner, pour sa part, personnifia les contradictions, les faiblesses et les inconséquences du secteur économique qu'il devait représenter: il prononça un discours critique sous le nez de Bush alors que, la veille au soir, il doutait de la position à adopter. Le chargé de politique internationale de son gouvernement, le chancelier Rafal Bielsa, avait, quelques mois auparavant, écrit un article dans le principal journal du pays défendant un "ALCA avec des principes".

L'ALBA, l'UNASUR, LA CELAC furent créées en prolongement de cet élan et le Mercosur, comme d'autres processus en cours, fut revitalisé. Les deux forces qui se sont jointes pour donner vie au projet se trouvaient représentées dès le début et ce sont elles qui aujourd'hui marquent ses limites. Chávez, en représentant un de

processus

ses limites. Chávez, en représentant un de processus mobilisation populaire en ascension - qui, avec

mobilisation

populaire

en

ascension - qui, avec le temps, s'étendra au-delà du Venezuela-, se définira d'abord anti- impérialiste et ensuite comme révolutionnaire et socialiste.

comme

De son côté, Cardoso, incarnait la réaction défensive du secteur des bourgeoisies sud-américaines face à la progression de l'impérialisme, désireuses de s'emparer d'une portion croissante de l'excédent commercial via le traité de libre échange continental proposé par les Etats-Unis et dénommé l'ALCA. La réaction a commencé par la bourgeoisie brésilienne qui avait, de par la taille de son marché interne, le plus à perdre. S'y sont ajoutées une fraction de la

Une troisième force doit être mentionnée dans la configuration actuelle de l'Amérique Latine et elle n'est pas des moindres : des secteurs économiques et leur représentation politique correspondante, dont le projet d'intégration est subordonné aux Etats-Unis et qui auraient voulu dire oui à l'ALCA. Parmi eux se trouvent les gouvernements du Mexique, de la Colombie, du Pérou et du Chili dont le projet d'intégration est l'Alliance du Pacifique, une pièce majeure dans la stratégie du Département d'Etat en faveur du repositionnement états-unien dans le scénario global. Beaucoup d'autres gouvernements, désireux de se joindre à cette initiative, n'ont toujours pas rejoint le bloc.

Cet aperçu est le point de départ qui permet de comprendre l'enchaînement des faits que l'Amérique Latine vit en ce moment et vivra dans le futur. D'un côté l'ALBA (Alliance Bolivarienne Pour les Peuples de Notre Amérique) conduit par le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l'Equateur, le Nicaragua et d'autres petits pays des Caraïbes. C'est l'unique processus d'intégration régionale au monde qui cherche à dépasser les logiques capitalistes et qui se définit comme révolutionnaire et socialiste. Et, de l'autre côté, la contre-offensive états-unienne à l'Alliance du Pacifique, proposant une intégration dépendante, destinée à "moderniser" les économies, qui serait à la base de la constitution d'une zone de libre- échange et de l'attraction d'investissements étrangers. Au milieu, comme en équilibre, se retrouvent des gouvernements ambivalents, comme ceux du Brésil , de l'Argentine (les deux pays-clés de l'Amérique du Sud) et de l'Uruguay, qui rejoignent les pays de l'ALBA dans la défense formelle (je dis bien "formelle") de leur souveraineté face à l'ingérence extérieure mais qui, à cause de leurs inconséquences, sont livrés à la contre- offensive états-unienne.

Le Mercosur (qui s'est imposé tant dans les pays de l'ALBA tels que le Venezuela et la Bolivie qu'au Paraguay, nettement aligné avec les Etats-Unis) illustre ce groupe. Le

bloc défend correctement ses membres dans ses déclarations politiques. Les principaux bénéficiaires de ce mécanisme d'intégration sont cependant les automotrices états- uniennes, européennes et japonaises.

Débloquer cette situation nécessite des avancées populaires dans des pays qui appartiennent aujourd'hui aux deux derniers groupes mais, actuellement, on ne peut pas présager ces avancées pour bientôt. Cependant, l'extrême faiblesse des systèmes politiques latino-américains permet l'émergence de phénomènes de ce type endéans des périodes très courtes. Cela fut l'expérience de la Bolivie et de l'Equateur et, dans une moindre mesure, du Venezuela. Pour donner un exemple européen: l'émergence de Podemos aurait été impensable dans l'Espagne des années 80, elle est maintenant réalisable après 30 ans de dégradation des conditions de vie d'une grande partie des citoyens.

En 2014, les triomphes électoraux du Parti des Travailleurs au Brésil, le Front large en Uruguay et Evo Morales en Bolivie empêchèrent la contre-offensive de gagner plus de terrain. En 2015, le principal conflit électoral sera l'élection présidentielle en Argentine. Tous les candidats qui ont des chances de remporter l'élection se situent de la droite à l'extrême droite. Le mouvement populaire est le Front large, mais pour le moment, il est incapable de s'unir et de construire une force politique (électorale ou non) à la hauteur des défis historiques qui approchent. La cohésion ne sera sûrement pas réalisée avant les élections présidentielles. Il est donc probable que la résistance contre un gouvernement plus franchement de droite que le gouvernement actuel activera des dynamiques difficiles à envisager aujourd'hui.

De la capacité des mouvements populaires à s'unir, à construire une organisation, élaborer une stratégie de pouvoir et résoudre ces situations dépendra le futur du continent. La question est ouverte.

Notre Amérique: entre réussites et nouveaux défis

Après les décennies perdues des années 1980 et 1990 qui ont vu l'Amérique Latine sombrer dans la pauvreté extrême, le chômage de masse et l'explosion des dettes publiques, le

continent a depuis relevé la tête et est aujourd'hui devenu un ambitieux laboratoire d'expérimentations de nouvelles politiques sociales et économiques. Venezuela, Bolivie,

cures d’austérité imposées à

certains pays de la région par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont été abandonnées au profit de politiques de relance où l'Etat a repris avec plus ou moins d'importance un rôle prépondérant dans la gestion de l'économie. Par Tarik BOUAFIA & Raffaele MORGANTINI

Equateur, Argentine

Les

Pendant que certains pays d'Amérique latine retrouvent leur dignité et leur souveraineté, en

Europe en revanche, l'austérité fait des ravages.

Irlande, Espagne, Portugal, Grèce

n'est épargné. Le PIB s'effondre, la pauvreté et le chômage explosent et la dette ne cesse de s'accroitre. Ces politiques antisociales ont provoqué des soulèvements populaires qui ont ébranlé les pouvoirs en place. Les partis de la gauche radicale Syriza en Grèce et Podemos en Espagne (qui affirment vouloir s’inspirer des orientations prises par l’Equateur ou encore l’Argentine au sujet du fardeau de la dette), en tête dans les intentions de vote, sont en train de faire hurler les sirènes de Bruxelles et des marchés financiers. De plus, on ne compte plus les associations, syndicats, partis politiques, médias alternatifs qui en Europe ont applaudi les succès latino-américains. Une euphorie de la gauche radicale européenne qui contraste avec la vision réactionnaire, caricaturale, grossière et mensongère de ceux qui ont tout d'intérêt à que les choses ne changent pas.

aucun pays

L'Amérique Latine, un espoir pour l'Europe

Pendant très longtemps, beaucoup de Latino- Américains regardaient l'Europe avec admiration. Et aujourd'hui encore, l'Europe fascine. Ce regard porté vers le vieux continent provient de nombreux facteurs: culturels,

historiques, économiques. Certains souhaitent connaître leur «mère patrie» comme l'Espagne ou le Portugal. D'autres, comme en Argentine, veulent se rendre en Italie, dans le pays de leurs ancêtres. Enfin, certains associent l'Europe à son histoire, sa grande culture et son architecture. Mais depuis quelques temps, les choses commencent à s'inverser, en tout cas en ce qui concerne l'attrait économique de l'Europe. Même s'il reste bien sûr des Latino- Américains qui tentent de rejoindre l'Europe pour de meilleures conditions sociales et économiques, la donne a changé depuis quelques années. Les changements politiques survenus dans de nombreux pays du continent bolivarien ont freiné l'exode massif qui caractérisait les années 1980-1990 et début 2000. Les politiques économiques et sociales novatrices impulsées par certains pays de la région dans le but d'apporter à leur peuple une vie plus digne ont incité de nombreux citoyens à rester dans leurs pays plutôt qu'à émigrer. D'autant que l'histoire s'est retournée et qu'aujourd'hui, c'est l'Europe qui pâtit des politiques d'austérité. Les forts taux de chômage que connaissent l'Espagne et le Portugal ont rendu ces pays de moins en moins attrayants. Cette Europe qui avait tant dominé et s'était montrée si méprisante envers ses anciennes colonies est aujourd'hui malade et ne fait presque plus rêver. La situation est si dramatique que de nombreux citoyens latino-

américains, notamment argentins, qui avaient émigré au début des années 2000 pour fuir la terrible situation économique du pays ont décidé de rentrer dans leur pays. L'Histoire est en train de s'inverser doucement mais sûrement. Ainsi, les ravages causés par les politiques d'austérité en Europe couplés aux réussites fabuleuses des politiques sociales au Venezuela, en Bolivie ou en Equateur ainsi qu'au poids important de pays émergents comme le Brésil ont permis à L'Amérique Latine de s'attirer la sympathie et l'admiration de ceux qui en Europe luttent pour un système économique alternatif et un monde multipolaire où chaque pays jouerait de manière égale sa partition dans le concert des nations libres. Alors bien sûr, il ne s'agit pas de copier ou de calquer l'expérience latino- américaine en Europe, mais de s'en inspirer et de prendre exemple sur des pays qui ont vécu la même situation que celle que vit le vieux continent aujourd'hui et qui peuvent désormais se targuer d'avoir des taux de croissance importants, une baisse significative de leur dette, une diminution spectaculaire de la pauvreté et, au Venezuela et en Bolivie, la disparition pure et simple de l'analphabétisme.

la disparition pure et simple de l'analphabétisme. Lors d'une conférence donné en français en novembre

Lors d'une conférence donné en français en novembre 2013 à la Sorbonne, le Président équatorien Rafael Correa avait très justement affirmé que «l'Europe endettée reproduit nos erreurs», se référant aux erreurs commises par les gouvernements néolibéraux sud-américains comme Carlos Menem en Argentine ou Carlos Andrès Pérez au Venezuela. Les orientations révolutionnaires et progressistes prises par certains pays d'Amérique du sud depuis

environ quinze ans ont été un sacré pied de nez à ceux qui proclamaient la «fin de l'histoire». Les maux dont souffre l'Europe sont les mêmes dont a souffert l'Amérique Latine il y a 20 ans. Et pourtant, grâce à des présidents courageux

et déterminés à mettre fin à cet état de fait, les choses ont beaucoup changé : reconquête des souverainetés populaires, nouvelles orientations économiques, nouvelle vision de

la politique et de la démocratie

Latine, malgré un passé symbolisé par l'exploitation et le pillage, décrit comme un continent violent soumis aux dictatures, montré avec l'Afrique comme un continent où règne la misère, cette Amérique Latine-là a depuis bien changé. L'Europe, et plus généralement l'Occident, devrait s'en inspirer au lieu de vouloir la déstabiliser par le biais d’un vieil outil qui reste toujours à la mode :

l’impérialisme.

L'Amérique

Notre Amérique, une menace pour l'idéologie dominante

Néanmoins, le moins que l'on puisse dire, c'est que les transformations qui ont eu lieu en Amérique latine n'ont pas fait que des émules outre Atlantique. En effet, si la gauche radicale européenne a salué les transformations latino- américaines, les principaux partis des gouvernements européens, ainsi que les médias, se sont eux lancés dans une guerre ininterrompue contre les présidents insoumis du sous-continent. Depuis que le Venezuela, suivi d'autres pays de la région, ont commencé à tenir tête aux puissances impérialistes occidentales et aux multinationales, ces pays sont devenus les cibles récurrentes des médias dominants. Le Monde, Libération, El Pais, La Repubblica etc., tous ces puissants médias aux mains de richissimes hommes d'affaires ont tout fait pour donner une image désastreuse des nouvelles expériences qui jalonnent l'Amérique Latine. La déontologie journalistique a été abandonnée pour laisser la place aux invectives, aux mensonges et aux caricatures ignobles. Les médias, redoutables professionnels de la propagande, ont ainsi tout essayé pour tenter de donner une image néfaste des présidents Chavez, Morales, Correa Souvent, ils ont volontairement occulté les réussites en matière de politique économique et

sociale des pays concernés, préférant traiter les présidents en question de «dictateurs» ou de «populistes». Les puissances impérialistes ont de leur côté vivement soutenu l'opposition fasciste, d'abord au Président Chavez puis à son successeur, Nicolas Maduro. La même chose se passe dans les autres pays, avec le soutien financier nord-américain à l’oligarchie bolivienne ou équatorienne par exemple.

à l’oligarchie bolivienne ou équatorienne par exemple. On sait maintenant le rôle fondamental qu'ont joué les

On sait maintenant le rôle fondamental qu'ont joué les gouvernements occidentaux, notamment Washington, pour détruire la vague socialiste qui déferlait dans le continent de Bolivar. Mais pourquoi tant d'acharnement à vouloir s'en prendre à des pays démocratiques et souverains? Pourquoi tant de médiamensonges? Cette méfiance des nations occidentales envers ce qui se passe en Amérique Latine s'explique par la peur que suscite une contagion régionale puis internationale des révolutions latino- américaines. Les maitres de l'économie mondiale tremblent face à une possible «théorie des dominos». On en est bien sûr assez loin mais la violence avec laquelle les médias et les puissances occidentales traitent certaines nations latino-américaines en dit long sur le danger que celles-ci représentent pour l'ordre économique et géopolitique mondial. Après la disparition de l'URSS, les Etats-Unis étaient devenus les maitres du monde et se permettaient tout, dans la plus grande impunité. L'économie néolibérale était imposée un peu partout et la «fin de l'histoire» était déclarée. Mais le réveil des peuples d'Amérique Latine est venu bousculer un système qui se croyait tout-puissant et à l'abri des révoltes. Les tentatives d'expérimentation de systèmes économiques alternatifs visant à dépasser le capitalisme et l'émergence de

puissances émergentes ont donné à l'Amérique Latine un nouveau statut et une nouvelle aura dans le monde. Désormais, le continent a son mot à dire et ne se soumet plus, du moins certains pays, à l'impérialisme et au néocolonialisme états-unien et européen. Le continent lutte jour après jour pour arracher son indépendance économique, sa «véritable et définitive seconde indépendance» tel que le proclamait le Commandante Chavez. Le chemin est encore très long et le combat contre les ennemis intérieurs et extérieurs ne se fera pas sans dommages. Les contradictions inhérentes au processus de changement qui touche le continent constitueront de grands défis pour le futur.

Quels défis pour l’avenir de Notre Amérique ?

Les contradictions et les défis restent à l’ordre du jour en Amérique latine et dans les pays concernés par ce processus de changement social historique. Dans ce sens, si l’on veut contribuer à faire évoluer le processus, si l’on veut voir la révolution des peuples latino-américains s’approfondir et se radicaliser pour dépasser pas seulement le système néolibérale mais aussi le système capitaliste, il est nécessaire d'assumer ces difficultés et de s’en approprier. Les pays de Notre Amérique ont plus que jamais besoin de notre solidarité et d'un regard d'égal à égal. Une attitude amicale consisterait donc à signaler les risques et les défis existants sans le moindre trace du paternalisme et de l'arrogance si caractéristiques du passé colonial européen. Par conséquent, nous devons faciliter les conditions pour l'approfondissement des politiques progressistes, en vue d'une transition politique, économique et sociale dépassant le système capitaliste.La responsabilité historique de la gauche européenne doit être celle d’interpréter quel est le besoin de solidarité concrète à chaque instant, dans un monde dominé par la désinformation, et de contrecarrer la propagande qui se développe au quotidien sous nos yeux. Notre but est simple : manifester au monde entier qu’en Amérique latine une révolution est en marche. Une révolution qui représente un espoir et une alternative pour

tous les pays du Sud. Une révolution qui est en train de contribuer à un progrès social généralisé. Dans cette période de crise systémique du capitalisme mondiale, les politiques sociales latino-américaines devraient inspirer autres parties du monde en difficulté, notamment l’Europe et l’Amérique du nord de l’austérité, de la précarité et de la dégradation sociale. Comme nous l'avons vu auparavant, la situation et les conditions socio-économiques dans les différents pays touchés par ce processus se sont assurément améliorées. Des importantes réformes politiques ont vu le jour dans la majorité de ces pays, favorisant l'accroissement de la participation des populations (notamment les populations indigènes) jadis exclues de la vie et de l’action politique et, aujourd’hui, finalement propriétaires d’une « conscience politique », leur permettant d’avoir une influence majeure. La promotion de l’inter-culturalité et la plurinationalité ont aussi été une réalité, comme le témoignent l’instauration de L’Etat Plurinational de Bolivie et sa nouvelle Constitution politique.

Un nouveau modèle de développement est-il possible?

La voie vers un nouveau modèle de développement a tout de même commencé, avec l’introduction, au niveau normatif et des discours, de l’élément naturel (la Pachamama, la Madre Tierra, en espagnol) comme caractère de premier plan dans les stratégies de développement. C’est un bouleversement à ne pas sous-estimer. Malgré ce qu’écrivait Marx à propos du lien entre capitalisme et destruction de la nature, les expériences socialistes passées n’ont pas mis l’accent, pour de claires raisons historiques et stratégiques, sur la nécessité de placer la nature au centre des politiques de développement. C’est-à-dire que la conception dominante restait fondamentalement anthropocentrique au lieu de biocentrique. Des avancées plus importantes dans ce sens peuvent être observées en Equateur et en Bolivie, où l’introduction des droits de la nature au sein de la constitution représente une nouveauté pionnière. Néanmoins, à cause de l’état de dépendance de l’économie extractive,

ces avancées et ces discours restent sur papier. Mais au moins, ils sont inscrits. La concrétisation du processus de changement (avec notamment l’émancipation du système capitaliste, l’intégration économique au sein du bloc progressiste latino-américain, la création d’institutions supranationales latino- américaines dans les secteurs-clés des économies et la mise en oeuvre d’une stratégie économique nationale basée sur la diversification économique) aura le devoir de transposer ces discours et ces lois dans des politiques concrètes et efficaces. Or, tout ce qui brille n’est pas or. Les hiérarchies et les structures de domination héritées des périodes précédentes (la période coloniale et celle néocoloniale) sont encore en place. Comme le dit François Houtart, le processus latino- américain est aujourd’hui un processus post- néolibéral mais pas encore post-capitaliste. Pour lui, le caractère post-néolibéral est très affirmé, par la volonté de concrétiser la reconstruction de l’Etat, de récupérer ses rôles et de se libérer de l’ingérence hégémonique des chiens de garde du capital financier international que sont la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International. Néanmoins, à l’heure actuelle, on ne peut pas parler de tout cela comme d’une transformation post-capitaliste : les pays latinos (sauf Cuba) restent essentiellement dans une logique organisationnelle de leur économie qui est capitaliste, l’exploitation de la force de travail est toujours une réalité même si, à la différence des pays à économie néolibérale, des politiques rédistributives ont amélioré les conditions de vie des travailleurs. Au Venezuela par contre, la transition est allée plus loin, l’approfondissement de la révolution bolivarienne a contribué à créer de nouvelles formes d’organisation au sein des entreprises et des communes socialistes autogouvernées. En outre, dans tous ces pays (sauf à Cuba et en moindre mesure au Venezuela), les multinationales continuent à dicter la loi, notamment pour l’extraction des ressources naturelles, des hydrocarbures et des produits miniers. En Equateur, Chevron est toujours très influent dans les politiques extractives du pétrole amazonien. En Bolivie, malgré d' importantes vagues de nationalisation dans l’industrie minière et des

hydrocarbures, initiées par le gouvernement Morales en 2006, les multinationales sont encore sur place, puissantes, agressives comme d’habitude, en train de polluer les écosystèmes et d'asservir les populations locales. A l’est du pays, encore sous contrôle de l’oligarchie blanche du pays, Monsanto dicte la loi dans les immenses plantations de soya. Inutile de discuter du cas du Brésil et de celui de l’Argentine, pays encore plus en retard dans ces processus de changement structurel.

Origine et nature de ces contradictions

Mais pourquoi, se demande-t-on, en dépit des discours des acteurs politiques de ces pays, le processus tarde-t-il à prendre son essor ? Nous pensons que cette question est peut-être mal formulée. Le processus ne tarde pas à progresser. Le processus est, par son étymologie même, quelque chose qui avance par étapes. Cela suppose des contradictions inévitables, des « tensions créatives au sein de la révolution », comme l’affirme le vice- président bolivien Alvaro Garcia Linera. Des tensions inévitables qui, «d’un côté, elles menacent la poursuite (de la révolution) ; de l’autre, elles permettent d’imaginer les moyens de passer à l’étape ultérieure ». Comme on peut le lire dans un précédent article d'Investig’Action, « pour dépasser cette contradiction, le premier pas sera la démocratisation et puis l’appropriation par la société du processus juridique d’arbitrage. Il faut pousser une avant-garde garante de l’intérêt commun. Dans un premier temps, l’objet devrait être la réduction des inégalités par une redistribution des richesses. La deuxième étape constituerait la transformation progressive du peuple en instance collective ». Ces contradictions seront d’autant plus marquées au début du 21ème siècle dans les pays d'Amérique Latine du fait de leurs caractéristiques. La Bolivie, L’Equateur et le Venezuela, par exemple, ont probablement été les pays les plus touchés par la dévastation néolibérale de l’Amérique latine amenée par les gendarmes du néocolonialisme occidental, la Banque Mondiale et le FMI, en accord avec les grandes puissances occidentales. Tout résidu de tissu industriel a été anéanti, les populations indigènes spoliées de leurs droits,

la pauvreté se trouvant à des niveaux catastrophiques (en 2005 la Bolivie était, après Haïti, le deuxième pays le plus pauvre de tout l’hémisphère occidental)… L’un des héritages les plus douloureux de la période néolibérale, dont on ne fait pas assez souvent mention, est sans doute la totale dépendance des économies de ces pays aux exportations de produits non-finis (notamment pétrole brut, produits miniers, gaz et autres hydrocarbures). Sans oublier que cette dépendance se manifeste aussi dans le domaine du savoir technologique et administratif. Ce qui implique qu'au moment de leur entrée en jeu, les présidents progressistes latino- américains se sont trouvés dans un état de (totale) dépendance envers les marchés internationaux et dans le « jeu » du commerce international des matières premières. Sortir d’un jour à l’autre de ce « jeu » aurait signifié l’impossibilité, pour ces pays, de financer leurs politiques sociales et de soutenir leurs dépenses en général. Par conséquent, dans le court-terme, le maintien de liens des pays progressistes avec le système capitaliste international est une condition nécessaire pour leur survie. Le processus d’intégration latino- américain et la route vers le socialisme du 21 ème siècle s’inscrivent dans un processus long, complexe, semé d'embûches et inéluctablement contradictoire.

semé d'embûches et inéluctablement contradictoire. C’est justement en raison de ces difficultés qui, de

C’est justement en raison de ces difficultés qui, de surcroît, s’accompagnent d’une intensification de la machine impérialiste à l’échelle globale, que nous avons la responsabilité de suivre et d'appuyer ce mouvement émancipateur. Cela engage notre avenir à tous, au nôtre et à celui de tous les peuples qui luttent pour la paix, la liberté et la justice sociale.

Changement climatique et Amazonie

A la fin Décembre 2014, les Nations Unies ont organisé la dernière réunion

préparatoire à la Conférence de Paris sur le Changement climatique. Durant

ce

sommet, il a été fait référence à plusieurs reprises à la forêt amazonienne,

le

Tribunal d’opinion sur les droits de la Nature qui s’est tenu en marge de la

réunion onusienne a également abordé le sujet.

Par François Houtart

Le problème climatique est assez simple. Alors que les activités humaines produisent de plus en plus de gaz à effets de serre, on assiste à la destruction progressive des puits de carbones, ces réserves naturelles qui absorbent ces gaz : les forêts et les océans. Le résultat est que la planète ne parvient plus à se régénérer complètement. Il faudrait à cet effet une planète et demi et, malheureusement, nous n’en disposons que d’une.

Trois grandes régions du monde abritent des réserves forestières jouant un rôle clé dans la régulation les écosystèmes régionaux: l’Asie du Sud-Est (Malaisie et Indonésie), l'Afrique centrale (Congo) et l’Amazonie. La première a quasiment déjà disparu: la Malaisie et l'Indonésie ont détruit plus de 80% de leurs forêts originelles pour planter des palmiers à huile et de l'eucalyptus. Au Congo, la guerre avait mis un terme à l'exploitation forestière et à l’extraction minière, mais ces activités ont repris au cours des 10 dernières années. L'Amazonie, quant à elle, se trouve en plein processus de dégradation. Le Pape François, qui prépare une encyclique sur les questions climatiques, parle de la destruction des forêts tropicales comme d'un péché.

Les fonctions géologiques de la forêt amazonienne

Avec

4.000.000

de

km2

dans

neuf

pays, la forêt amazonienne stocke un total de 109 660 millions de tonnes de CO2 [1], ce qui représente 50% de la capacité des forêts tropicales du monde. [2] Un total de 33 millions de personnes vivent dans cette région, parmi lesquelles on dénombre 400 peuples autochtones.

Une étude réalisée par un chercheur brésilien, Antonio Donato Nobre, O futuro Climatico da Amazõnia - Relatorio Avaliação cientifica, décrit de manière impressionnante les fonctions de la forêt amazonienne [3]. Il a rassemblé plusieurs études scientifiques menées au Brésil. Il rappelle tout d’abord que l'histoire géologique de l'Amazonie est très ancienne. Il a fallu des dizaines de millions d'années pour que se constituent les bases de la biodiversité de la forêt, ce qui lui a permis de devenir "un instrument de régulation environnemental" d'une grande complexité. Il s’agit d’un «océan vert» en complémentarité avec l'océan gazeux de l'atmosphère (eau, gaz, énergie) et l'océan bleu des mers, fait remarquer l'auteur.

Les fonctions principales sont au nombre de cinq. Tout d'abord, la forêt retient l'humidité dans l’air, permettant aux précipitations d’atteindre des endroits éloignés des océans, grâce à la transpiration des arbres. Deuxièmement, les pluies abondantes contribuent à préserver la pureté de l'air. Troisièmement, la forêt permet de conserver un cycle hydrologique positif, même dans des circonstances défavorables, parce qu’elle aspire l’air humide des océans vers l'intérieur des terres, assurant des précipitations en toutes circonstances. La quatrième fonction est l'exportation de l’eau par les rivières sur de longues distances, empêchant toute désertification, en particulier à l'est de la Cordillère des Andes. Enfin, elle permet d'éviter les phénomènes météorologiques extrêmes grâce à la densité de la forêt, qui empêche l’apparition de tempêtes alimentées par la vapeur d'eau. C’est pour cela que l’on doit défendre cette richesse naturelle exceptionnelle.

La dégradation de la forêt

Les effets de la dégradation actuelle de la forêt amazonienne sont déjà visibles: réduction de la transpiration, bouleversement des précipitations, prolongation des saisons sèches. Rien qu’au Brésil, en 2013, la déforestation a atteint 763 000 km2, soit trois fois l'État de São Paulo ou 21 fois la Belgique, ou encore 184 millions de terrains de football.

On estime qu'une réduction de 40% de la forêt signifierait le début d'une transition vers un état de savane. Actuellement 20% ont été détruits et 20% sont gravement menacés. Selon un communiqué de la FAO publié lors de la Journée internationale de la Forêt de Mars 2014, si l'évolution reste semblable, dans 40 ans, il n'y aura plus de forêt amazonienne, mais une savane parsemée de quelques bois. Pour cette raison, l'auteur de l'étude appelle à un changement radical, considérant cependant que la partie n’est pas encore perdue. Il propose une restauration de la forêt détruite, la diffusion d’information pour sensibiliser l’opinion publique et des décisions des dirigeants politiques.

Mais, en fait, que constatons-nous? Tous les pays qui ont sur leur territoire une partie de la forêt amazonienne, ont de «bonnes raisons» pour l’exploiter. Dans les pays néo- libéraux, il s’agit d'utiliser les ressources naturelles pour contribuer à l'accumulation du capital. Dans les pays « progressistes », les arguments sont différents: ils ont besoin d'extraire des ressources naturelles et de promouvoir les exportations agricoles pour financer les politiques sociales et dans les pays sociaux-démocrates, on observe un mélange de ces deux discours. Mais, quel que soit le discours, le résultat est le même.

A l'ouest de l'Amazonie, l'exploitation pétrolière progresse vers l’Amazonie. Il suffit de visiter une région comme le Putumayo colombien pour observer les dégâts qu’entraine la seule phase d’exploration. Le Président de VETRA, une société pétrolière canadienne, M. Humberto Calderón Berti, a déclaré en 2014 que, malgré les difficultés

(baisse des prix du pétrole, l'opposition publique, les activités de la guérilla) : "Nous ne quitterons pas l'Amazonie, car c’est une mer de pétrole qui va du haut de La Macarena (Colombie) et passe par l'Équateur et le Pérou ". Actuellement, cette société extrait 23 000 barils par jour dans le Putumayo colombien.

[4]

Au Venezuela, de nouveaux gisements sont en projets pour contribuer, entre autres, au financement des politiques solidaires de l'ALBA (Organisme d’intégration bolivarienne des pays de l’Amérique latine, réunissant une douzaine de pays du sous-continent et des Caraïbes). En Equateur, le projet prophétique de ne pas exploiter le pétrole du Yasuni (parc national) a été abandonné à cause du faible soutien international et de la pression des intérêts locaux ; la frontière du pétrole continue de progresser. Au Pérou et en Bolivie, les puits de pétrole et de gaz se multiplient. Partout, des déchets continuent de polluer les eaux et les sols, à cause de négligences coupables, comme dans le cas de Chevron (anciennement Texaco) en Equateur, à cause d’accidents survenus lors de l'exploitation ou le transport ou tout simplement parce que les technologies propres sont trop chères.

Quelques exemples concrets. En Équateur, plus de 16 milliards de gallons (environ 4 litres) d'eau contaminée ont été déversés par Texaco dans les rivières de l'Amazonie [5]. Quelques 1 000 fosses à déchets continuent à polluer les sols d’huile toxique, 30 années après le départ de l'entreprise. En 1993, 30 000 Équatoriens touchés par ces dégâts ont déposé une action en justice à New York. Il s’agit d’une catastrophe qui dépasse en ampleur tous les récents désastres maritimes.

A Loretto, au Pérou, les déversements total atteignirent 2,637 millions de barils (353 000 tonnes). En 1979, il s’est agit de 287 000 tonnes (10 fois plus que la catastrophe de l'Exxon Valdez). Ce sont des dégâts presqu’irréversibles, qui prendront parfois des siècles pour être résorbés.

Les métaux lourds, cadmium, arsenic, plomb, etc. ont dépassé 322 fois les limites maximales autorisées. L'état d'urgence a été déclaré : 100 communautés ont été touchées, soit plus de 20.000 personnes, sans mentionner les conséquences sur la santé (cancers, mutations génétiques, avortements) et socioculturelles [6]. Dans le même pays, en 2009, des milliers de personnes se sont mobilisées à Bagua contre les projets d'extraction détruisant forêts et rivières et à Curva del Diablo, il y eut 53 morts et 200 blessés. Deux autres entreprises [7] ont reçu une extension de 658,879.677 hectares en concession.

À l'est se trouvent les mines qui mangent de grandes parties de la forêt. Dans l'état de Para, au nord du Brésil, la société Vale a obtenu une concession de plus de 600 000 hectares. Les mines de cuivre et d’or s’ajoutent à celle du fer, transformant de grandes surfaces en paysages lunaires. L'activité minière se retrouve également dans plusieurs régions de l'ouest et du centre. Ainsi, au Pérou, dans la Cordillère du Condor, la compagnie canadienne Afrodita s’est étendue sur une partie du parc Ichigkat Muja, pour développer des activités minières. Du côté équatorien, la mine-Condor Mirador (une entreprise chinoise) est entrée en conflit avec les communautés autochtones, par manque de souci environnemental et d’études d’impact environnemental.

Depuis le sud remontent les monocultures de soja et de palme, en grands rectangles qui, vus d’avion, apparaissent comme des plaies ouvertes dans le paysage. Le code forestier brésilien mentionne dans son introduction que le pays veut promouvoir "l'agriculture moderne", c’est-à-dire industrielle. Le «roi du soja » est le gouverneur de l’état du Mato Grosso.

Les barrages hydroélectriques occupent principalement le centre de la forêt amazonienne, inondant des dizaines de milliers d'hectares de terres forestières. Au Brésil, le projet de la rivière Madeira dans l'Etat de Rondonia a contraint 10 000 personnes à quitter leur habitat [8]. Le barrage hydro-électrique de Belo Monte sur le fleuve

Xingu a inondé 500 km2, touchant 40 000 familles sans consultation préalable [9]. Le réservoir de Balbina, rien que pendant les trois premières années de son existence, a rejeté 23 750 tonnes de CO2 et 140 000 tonnes de méthane [10].

Malgré les mesures gouvernementales, l'exploitation légale ou illégale du bois, demeure agressive, sur toute la superficie de l’Amazonie. Les incendies, volontaires ou accidentels, détruisent de vastes zones de la forêt. La construction de routes, de pipelines, de chemins de fer, d’infrastructures fluviales, contribuent également à la destruction écologique.

Au centre de ces problèmes environnementaux se trouvent des millions de personnes touchées par la transformation de leurs moyens de vie, par l'expulsion de leurs terres ancestrales, par la colonisation de leurs territoires et par la criminalisation de leurs protestations. Or, les peuples autochtones qui n’acceptent pas la scission entre nature et culture, sont les meilleurs défenseurs de la forêt amazonienne, mais en même temps, ils sont les premières victimes de son exploitation irrationelle. Beaucoup d'espèces vivantes, animales et végétales, paient également le prix de ce «progrès de la civilisation ».

Les oublis du discours officiel

Dans les discours officiels, on entend rarement parler des coûts de ces politiques de développement, c’ est à dire des millions de tonnes de CO2 rejetées dans l'atmosphère, ni de l’usage qui est fait des minéraux extraits ou des produits de l’agriculture industrielle : or qui pour sa majorité vient s’entasser dans les réserves bancaires pour garantir le fonctionnement du système financier, le fer, entre autres pour fabriquer des armes, le soja pour nourrir le bétail, qui à son tour produit plus de gaz à effet de serre que le transport, etc. La plus grande responsabilité revient au Nord, mais en adoptant le même schéma de production et de consommation, le Sud reproduit les mêmes conséquences, ce qui n’est pas d’abord un problème moral ou politique, mais bien mathématique.

Quelles solutions

De toute évidence, il ne s’agit pas de transformer l'Amazonie un jardin zoologique ou les peuples autochtones en objet de musée, mais d’adopter une vision d’ensemble, c’est à dire sans segmenter le réel. C’est une telle attitude de fractionnement qui permet au critère de croissance économique d’être le seul référent, sans prendre en compte les « externalités » environnementales et sociales et de poursuivre ainsi des politiques de court terme qui obstruent l’avenir. Changer de cap peut se traduire par des mesures très concrètes.

Il ne s’agit pas non plus, pour les pays latino-américains, de perdre leur souveraineté et de permettre à d'autres puissances de leur imposer des réglementations basées sur leurs propres intérêts. Mais on est en droit d’attendre que les dirigeants politiques prennent des mesures en faveur de la préservation de forêt amazonienne, en collaboration avec les peuples concernés. L’UNASUR (Union des Pays d’Amérique du Sud) pourrait être l'endroit idéal pour mettre en œuvre une collaboration institutionnelle afin d’atteindre cet objectif.

La crise qui affecte la région, la baisse du prix du pétrole et d'autres commodities,

peuvent être l'occasion de nouvelles initiatives. Les pays qui les prendront, seront retenus dans l'histoire comme des visionnaires.

François Houtart, Professeur à l'Institut national des hautes études (IAEN), Équateur.

Notes:

[1] Réseau de l'Amazone pour le développement socio- environnementales géoréférencées (RAISG), 2014.

[2] Andrés Jaramillo, El Comercio, 05/12/14.

[3] Publié par Amazon régional Articulation, San Pablo, Octobre 2014.

[4] Nohora Caledon, www.portofolio.col

[5] Le Dr Rodrigo Perez Pallares (représentant de Texaco), bref, 05.03.07.

[6] Les données du rapport Sarah Kerremans à la Cour pour les droits de la nature, Lima, Décembre 2014.

[7] Maurel et Prom-Pacific Rubiales Energy.

[10] Mongabay.com

"Los 7 Pecados de Hugo Chavez" de Michel COLLON

(disponible en français et en espagnol)

. [10] Mongabay.com "Los 7 Pecados de Hugo Chavez" de Michel COLLON (disponible en français et

Jorge Freytter-Florian : « La pensée critique en Colombie est en danger !!! »

Jorge Freytter-Florian a été le coordinateur du livre « Présent et futur de la Colombie », qui aborde le travail de reconstruction de la mémoire historique de ce pays à partir de la mémoire de son père Jorge Freytter-Romero, assassiné par le terrorisme d'Etat en Colombie en 2001. Dans cet entretien réalisé par Alex Anfruns, Freytter offre les clés nécessaires pour comprendre le contexte et les défis des actuels pourparlers de paix en Colombie.

Par exemple, le Mouvement Social et

Politique "Marcha Patriótica" compte à ce jour 80 personnes assassinées partout dans le pays. Cela prouve que la solution à cette violence politique doit être une solution structurelle et pas à court terme, où les différents secteurs

victimes de cette violence politique deviennent de vrais acteurs dans la solution du conflit social et armé.

Alex Anfruns: L'enseignant, l’homme engagé dans la lutte sociale qu’a été votre père, Jorge Freytter-Romero, fut assassiné en 2001 pour avoir été un opposant politique. Comment expliquez-vous le fait que la violence dans ce pays se soit surtout acharnée contre les professeurs, les étudiants et les dirigeants syndicaux ?

professeurs, les étudiants et les dirigeants syndicaux ? J. Freytter-Florian: A vant tout, je veux préciser

J. Freytter-Florian: Avant tout, je veux préciser qu'il ne s'agit pas d’une violence pure et simple, mais d’une violence politique. D’après une définition de la politologie, cette violence politique est :

« un Terrorisme comme instrument d'État, se nourrissant des réactions des grandes entreprises (multinationales) et des corps de sécurité de l’Etat. Cette violence politique que je dénonce s’exerce au travers d'opérations extrajudiciaires.

Ce sont des Crimes d'État dont sont victimes beaucoup d’enseignants, des syndicalistes, des dirigeants sociaux. Cette violence s’exerce non seulement contre eux, mais aussi contre les syndicats du secteur de la santé, de l'alimentation, contre les paysans, les femmes et même les artistes et les humoristes.

La lutte que, jour après jour, mènent

dans les universités

le

mouvement étudiant et les

syndicats est remarquable. Ce sont des acteurs de la lutte des classes qui ont été et sont toujours très actifs dans un Etat qui ne garantit pas leurs droits. Un autre exemple de résistance a été la lutte menée face à la hausse du prix des inscriptions pour les étudiants des universités car il existe de nombreux faits de corruption et d’exactions paramilitaires dans ces institutions.

publiques

Le syndicalisme colombien continue à subir l’impunité. Les enquêtes pénales menées sur des cas de syndicalistes assassinés (d’après l'ENS – École Nationale Syndicale) révèlent que moins de 10% des assassinats commis sur plus de 3.000 syndicalistes ont été suivis d’une condamnation. Cette lutte pour laquelle mon père a donné sa vie est toujours d’actualité et davantage de fils et de filles du peuple sont disposés à la poursuivre pour réaliser la transformation politique sociale et culturelle qu’attend la Colombie et parvenir ainsi à une seconde et définitive indépendance. Comme le dit mon amie Piedad Córdoba dans la préface du livre consacré à la mémoire de mon père : « Nous, éternels militants de la Paix, avons sacrifié nos vies dans ce combat. Aujourd'hui, nous rendons hommage au champ des possibles ».

Comment analysez-vous le phénomène du terrorisme d'Etat ? Quelle est selon vous la solution au problème de l’impunité ?

Le Terrorisme d'État en Colombie n'est pas seulement le para-militarisme, une doctrine militaire. L'état colombien dans son ensemble est gangrené : le système de partis, la police secrète, la Fiscalia (organe accusateur), en passant par toutes les sphères de la société, principalement cette partie qui accumule les grands profits économiques, les élites médiatiques, les agences de loteries, les hôpitaux. Beaucoup de parlementaires, maires, gouverneurs, recteurs d'universités publiques et privées font l’objet d’enquêtes à cause de leurs liens avec le narco-para- militarisme (mafia de la drogue et paramilitaires). En tant que victime du Terrorisme d'État, je considère que nous devons commencer par donner un nom au narco-para-militarisme, car le processus de démobilisation du para- militarisme connu comme « Accord de Ralito » (conclu à Sanfé de Ralito, Córdoba) a été en réalité la légalisation du para- militarisme dans le Gouvernement d'Alvaro Uribe Velez. Alors, en tant que victime de Crime d'État et en désaccord total avec ce mécanisme gouvernemental qui est la Loi de Justice et Paix, j'affirme haut et fort qu'elle bafoue les droits des victimes. Les assassins

jouissent de grands privilèges dans les prisons, comme la télévision par câble, la téléphonie cellulaire, internet, ils organisent de grandes fêtes et continuent à commanditer des assassinats depuis la prison. Par contre, les prisonniers et prisonnières politiques vivent dans une situation humiliante et inhumaine dans les prisons, on ne respecte pas leurs droits, on ne leur garantit pas le droit à la santé, certains meurent à cause de problèmes de santé, d’autres à cause de la torture. Tous ces crimes doivent faire l’objet de sérieuses enquêtes judiciaires qui fassent disparaître l’impunité comme mécanisme en faveur des criminels. Ensuite il faut se baser sur les principes fondamentaux tels que Vérité, Justice, Réparation et Non Répétition. Et j’ajoute que la construction d'une Mémoire Historique cohérente doit être érigée par le peuple colombien, et pas par l'oligarchie et ses instruments de guerre.

Nous devons également signaler le rôle des grandes multinationales et des gouvernements qui promeuvent les crimes contre le peuple colombien. Il y a beaucoup d'éléments qui n'ont pas été suffisamment investigués, comme les binômes : industriel-militaire et para-militarisme ; élites et para-militarisme ; grosses entreprises nationales et para- militarisme; multinationales et para- militarisme ; Alvaro Uribe Velez et État narco-para-militaire et, au niveau international, le rôle des Etats-Unis, d'Israël et même de l’Union Européenne. Nous espérons qu’une Commission de la Vérité sera constituée et que des personnages tels qu’Alvaro Uribe Velez ou Francisco Santos seront jugés et punis comme l’a été Fujimori au Pérou.

Quelle est votre analyse sur les cinq points abordés dans le cadre des pourparlers de paix à la Havane ? Selon moi, le point sur les victimes est très important parce qu’il a engendré un débat national à propos des victimes du terrorisme d’Etat et du rôle de celui-ci dans la solution politique au conflit social et armé. Lors des précédents pourparlers de paix, la discussion sur ce sujet si important n’était même pas entamée. Cependant, on ne peut pas en rester

là et nous en contenter, il faut aller plus loin. L'État colombien doit reconnaître son implication et sa responsabilité dans beaucoup de meurtres et de massacres, il faut que les demandes des victimes soient vraiment satisfaites, que l’État formule et développe des politiques publiques en direction des nombreuses familles qui souffrent à cause du Terrorisme d'État. L’absence de politiques sociales affaiblit encore plus leur moral et leur état d’âme. Les familles ne peuvent même pas assister aux Forums Nationaux des victimes, fautes de moyens. Nombreuses sont les victimes du terrorisme d’Etat qui sont restées à l'écart de ces discussions et cela nous inquiète.

Un autre point de haute importance dans le débat national, qui doit favoriser le rétablissement de la dignité des femmes dans le cadre de la Mémoire Historique, c’est la Création de la commission de la Femme. A mon avis, il s'agit là d'un regard nouveau sur le conflit par rapport aux précédents pourparlers de Paix. Par conséquent, j'espère que d’importants documents et des propositions relatives aux violations des Droits de l'homme provoquées par le Terrorisme d'État seront adoptés. J’en profite pour dire que, tout au long du conflit, les femmes colombiennes ont joué différents rôles et elles continuent à jouer un rôle primordial dans la transformation sociale, politique, économique, culturelle et académique du pays. Nous avons une responsabilité historique, qui consiste à remettre en question le système patriarcal en Colombie, ainsi que la double répression qui cible les femmes. Car, à la condition de femme, on doit rajouter l'identité de genre, d’ethnie, de classe, etc.

Considérez-vous que les organisations d'intégration régionale telles que l’ALBA et la CELAC pourraient jouer un certain rôle dans ce processus ? Sur ce sujet, je reviens à la déclaration du commandant Chavez Frías le 2 décembre le 2011. C'est un texte que nous devons lire, il expose les lignes politiques qu’il faut prendre et maintenir comme prémisses historiques

pour Notre Amérique latine et les Caraïbes. Il y souligne l'anti-impérialisme et l'anticolonialisme comme principes qui doivent orienter et fonder notre intégration.

L'ALBA et la CELAC sont des organisations qui jouent un rôle important en tant qu’observateurs et garants de la construction de la paix, en assurant la justice sociale en Colombie au bénéfice des peuples. Ces organisations peuvent nous aider grâce à leurs expériences (pensons aux cas de Cuba, du Nicaragua, de la Bolivie, de l'Équateur et du Venezuela). Nous espérons que ce processus d’intégration continuera à se consolider car il est en train de mettre en déroute les modèles d’intégration néo-libéraux tels que les Traités de libre-échange. Ces organisations nous montrent que le pays peut aller de l’avant en créant des modèles de coopération Sud-Sud dans les domaines les plus importants, comme ils le font déjà ailleurs en Amérique latine et aux Caraïbes.

Pouvez-vous nous décrire, en quelques mots, quelle est la situation des exilés colombiens Europe et quels obstacles ils rencontrent ?

La situation n'est pas facile, il y a de nombreux problèmes tels que le racisme, des difficultés pour obtenir des papiers, des problèmes d’adaptation et d’intégration, la

désarticulation des familles. L’Etat colombien mène des opérations d'espionnage contre beaucoup d’exilés colombiens en Europe. Mais on doit aussi souligner le fort activisme des exilés colombiens dans divers pays de l'Union Européenne. A Bilbao, au Pays Basque, il y a eu lieu récemment le Forum « Rencontre des exilés colombiens persécutés par l’état colombien » qui a rassemblé environ 70 Colombiens exilés par le terrorisme d’Etat dans 10 pays

ce forum on a formulé des

d’Europe

propositions pour la construction de la paix en Colombie, à savoir : le soutien aux pourparlers de paix entre le Gouvernement et les FARC-EPL à La Havane ainsi que le dialogue qui vient de commencer entre le Gouvernement et l’ELN (Armée de Libération Nationale) en Equateur. Nous

Dans

exigeons la reprise immédiate d'un processus de paix avec l’EPL (Armée Populaire de Libération). C'est pourquoi nous considérons indispensable l'accord immédiat d'un cessez le feu bilatéral qui permette un climat de confiance favorable aux accords et garantisse la participation de l'ensemble de la société colombienne à la construction de la paix. Il faut promouvoir les actions politiques et juridiques nécessaires pour arrêter la persécution que le gouvernement colombien continue à exercer dans la plus grande impunité (comme l’« Opération Europe » qui consistait à pratiquer des écoutes téléphoniques illégales via le DAS, le Département Administratif de Sécurité, contre les exilés colombiens, s’attaquant ainsi une nouvelle fois à l’exilé et exerçant une persécution extraterritoriale contre le mouvement populaire via des accords entre l’Etat colombien et d’autres Etats). Nous exigeons que la protestation sociale et la pensée critique ne soient plus criminalisées. En effet, il y a actuellement plus de 9.500 prisonniers politiques et sociaux dans les prisons colombiennes et dans les prisons d’autres pays. Nous demandons d’ailleurs la remise en liberté immédiate de ces prisonniers. Le 18 décembre, nous avons fait parvenir un dossier au Bureau des Nations Unies à Genève (Suisse) pour qu'il en soit question lors des pourparlers de paix à La Havane ainsi qu’à toutes les organisations et organismes accompagnant les pourparlers de paix, tant en Colombie qu'au niveau international.

de paix, tant en Colombie qu'au niveau international. Le livre récemment publié « Présent et futur

Le livre récemment publié « Présent et futur de la Colombie » est un travail de reconstruction de la mémoire historique à travers l'exemple et le parcours de votre père. L'oeuvre collective dispose d’une préface de Piedad Cordoba et d'importants témoignages et analyses d'auteurs tels que François Houtart, Nestor Kohan, Maurice Lemoine…Quelle est d’après vous la principale contribution de cet ouvrage au développement d'une culture de la Paix ?

Je profite de l’occasion pour saluer et remercier tous les auteurs qui ont participé dans l'élaboration du livre. Cet ouvrage reconstruit la Mémoire Historique à partir des exemples de la criminalisation, le harcèlement et le meurtre de personnes liées à l'Université del Atlántico dans la Région de la Caraïbe colombienne. En effet, en soulignant le point numéro 5 des pourparlers de paix, qui aborde la question des victimes, nous voulions favoriser le débat autour de la création d'une Commission d'étude sur les cas des professeurs et des syndicalistes assassinés en Colombie. D'ailleurs, il faut savoir qu'il n'existe pas de limite de temps pour la reconstruction de la mémoire historique. Dix ans se sont passés depuis l’assassinat de mon père, dix ans de silence de l’État, dix ans d'activité politique. Ce que mon père préférait avant tout, c'était de forger des outils pour que ses disciples prennent en main les justes luttes de notre peuple colombien.

Lors d'une présentation du livre, vous avez participé à une table ronde avec le Professeur Miguel Angel Beltran. Et justement, ces jours-ci, un communiqué a été rendu public (lire encadré ci-dessous) qui dénonce l’emprisonnement du professeur Beltran pour des raisons politiques et exige sa libération. En tant qu’ami personnel du Professeur Beltran, pouvez-vous décrire la situation particulière qu’il a vécue ces dernières années ?

Mon cher collègue le professeur Beltrán souffre de la persécution la plus horrible que puisse exercer l'État colombien contre un académicien. Il a créé une chaire qui nous

aide tous et toutes à réfléchir sur le type de pays que nous voulons et sur le type d'histoire que nous avons vécue en Colombie. Le professeur Beltrán est victime d’un montage judiciaire, il a été victime de destitution administrative à l'Université Nationale. La seule chose que je peux vous dire c’est qu'ils ne le feront jamais taire. Le silence n'est pas une alternative ! La vie du professeur Beltrán est en danger. Nous demandons que la solidarité internationale se manifeste contre ce montage judiciaire car, tandis que le gouvernement parle de paix, l’Etat veut l’éliminer et porter un coup mortel à tous ceux et celles qui contribuent depuis l’académie à la solution politique du conflit

social et armé en Colombie ou donner un coup mortel à tous ceux qui, depuis l’académie, proposent, analysent et veulent contribuer à la Solution politique du conflit social et armé qui régne en Colombie. La Pensée Critique en Colombie est en danger !

Jorge Fleytter Florian est chercheur et

président

de

l’association

Jorge

Adolfo

Freytter Romero http://www.ascjafr.org,

qui

développe

un

important

travail

de

recherche

sur

la

violence

politique

en

Amérique latine.

Photo : Andrea Gago Menor

Liberté pour Miguel Angel Beltran !

Déclaration du Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux de

défense de l'Humanité, 19 décembre 2014

sociaux de défense de l'Humanité, 19 décembre 2014 Nous les intellectuels, artistes et mouvements sociaux

Nous les intellectuels, artistes et mouvements sociaux faisant partie du Réseau de Défense de l'Humanité, nous refusons énergiquement la condamnation à huit années de prison du Dr. Miguel Ángel Beltrán, sociologue colombien reconnu qui collabore avec diverses universités latino-américaines, et qui avait été déclaré innocent par un tribunal des charges pour lesquelles il avait été emprisonné, outre le fait qu’il a été destitué récemment de son poste de professeur de l’Université nationale de Colombie. Il s’agit d’un nouveau message lapidaire de réduction au silence des voix les plus critiques en Colombie, et de l’étouffement de la pensée critique dans les universités colombiennes et autorisées de la société colombienne, qui touchent non seulement le Dr. Beltrán, mais aussi les professeurs et intellectuels Renán Vega Cantor et Francisco Toloza, comme ce fut le cas avec les assassinats de Alfredo Correa de Andreis, Darío Betancourt Echeverry et Jorge Adolfo Freytter Romero, parce qu’ils défendaient tous le libre exercice d’une pensée différente, et un enseignement public digne et de qualité, dans la justice sociale.Nous exigeons la libération immédiate du professeur Miguel Ángel Beltrán et la fin de la persécution des universitaires et intellectuels colombiens engagés avec leur peuple. Le chemin de la paix pour la Colombie comporte également le respect plein et sans restriction de ceux qui stimulent la pensée critique.

Le Journal de Notre Amérique n°1

Bruxelles, Février 2015

INVESTIG ACTION'

Directeur de publication : Michel Collon

Rédacteur en chef: Alex Anfruns

Equipe de Rédaction: A.Anfruns, Tarik Bouafia, Raffaele Morgantini, Pablo Gandolfo, Richard Moya, Jean Araud.

Graphisme et illustrations: Cecilia Zamudio, Guillermo & yAce

Traductions: Tarik Bouafia, Maeva Otte, Ligia Uribe, Jean Araud.

Correction: Elisabeth Beague

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