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Rapport d’observations définitives SOCIETE D’ECONOMIE MIXTE D’EXPLOITATION DE L’ESPACE DE CULTURE ET DE

Rapport d’observations définitives

SOCIETE D’ECONOMIE MIXTE D’EXPLOITATION DE L’ESPACE DE CULTURE ET DE COMMUNICATION DE LA VILLE D’EVREUX (SEM ESPACE)

(Eure)

Exercices 2007 et suivants

Observations délibérées le 21 octobre 2014

SOMMAIRE

SYNTHESE

1

PRINCIPALES RECOMMANDATIONS

2

I – RAPPEL DE LA PROCEDURE

2

II – LA GOUVERNANCE

3

A – Objet social

3

1 – Enoncé de l’objet statutaire

3

2 – L’utilisation d’un nom commercial : « Le Cadran »

3

B – La participation des collectivités territoriales au capital social

4

1

– La composition du capital social

4

C – Les assemblées générales

4

D – La composition du conseil d’administration

5

E – Le président du conseil d’administration

5

F – Le mandataire social

6

1 – En 2007, le choix de désigner un directeur général

6

2 – Les rémunérations versées au mandataire

7

3 – En 2011, le choix de confier la direction générale au président du conseil d’administration

7

G - Conclusion concernant la gouvernance

7

III – LA CONFORMITE DES ACHATS AU REGARD DE L’ORDONNANCE DU 6 JUIN 2005

8

A – Marché d’entretien du système de chauffage ventilation

8

B – L’entretien des locaux

8

C – Les prestations de communication

9

IV – LES CONVENTIONS REGLEMENTEES AU SENS DU CODE DU COMMERCE

9

A – Les modalités de deux passations de conventions avec des actionnaires au regard des statuts…

9

1 – Le marché de prestation entre la ville d’Evreux et la SEM ESPACE

9

2 – Le marché de prestation entre la SEM ESPACE et la SCET

10

B – Les dispositions du code du commerce

10

1

– L’obligation d’une autorisation préalable du conseil d’administration

10

2 - Les modalités d’intervention d’un rapport spécial du commissaire aux comptes, en l’absence de l’autorisation préalable du conseil d’administration

10

C - Conclusion

V – LES RELATIONS AVEC LA VILLE D’EVREUX

A – La convention d’affermage

11

11

11

1 – Le contrat initial et ses avenants

11

2 – Les subventions d’exploitation et un engagement initial de clientèle

12

3 – Une obligation de renouvellement des immobilisations

13

B – Le marché de prestation de service

15

1 - La SEM ESPACE devient prestataire de la ville d’Evreux

15

2 – Les clauses du marché concernant ses modalités d’exécution

17

3 – La mise en œuvre effective

18

C – Conclusion : l’évolution des flux financiers entre la ville et la SEM

VII – LA SITUATION FINANCIERE

20

21

A – La situation patrimoniale de la SEM

21

B – Les comptes de résultat

22

1 – Le résultat d’exploitation

22

2 – Conclusion

23

C – Les résultats par secteurs d’activités

24

1 – Approche analytique

24

2 – Approche synthétique

25

VIII - CONCLUSION

26

ANNEXE

28

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

SYNTHESE

La société d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’évreux (SEM ESPACE) a pour principaux actionnaires la ville d’Evreux, la Caisse des dépôts et consignation, et le Conseil général de l’Eure.

Depuis sa constitution en 1990, son objet statutaire principal n’a pas été modifié, à savoir, assurer par tout moyen l'exploitation du centre de culture et de communication d'Evreux et de tous équipements de type parc d’exposition et salle de spectacles qui pourraient lui être confiés.

Le renforcement des obligations de libre accès à la commande publique l’oblige donc, désormais, à postuler pour ces prestations au même titre que d’autres entreprises.

La SEM ESPACE fut délégataire de la ville d’Evreux pour l’exploitation du Cadran jusqu’au 7 mars 2012. De 2007 à 2011, ses activités de salons et congrès régressent alors que ses activités culturelles progressent jusqu’à devenir majoritaires dans sa production propre vendue. Dans le même temps, ses marges d’exploitation se dégradent fortement et ne couvrent plus les frais fixes. Alors que le capital de la société est de 450 000 €, le déficit cumulé dépasse 220 000 € au 31 décembre 2011.

Au terme de ce premier contrat, la SEM ESPACE a bénéficié de l’attribution par la Ville d’Evreux d’un marché de prestation de service. Elle met fin au même moment à une convention de mise à disposition d’un directeur avec la société centrale pour l'équipement du territoire (SCET), filiale de la Caisse des dépôts et consignation (CDC).

Cela lui permet de renouer avec un résultat positif. Mais une part de l’amélioration apportée est absorbée par la poursuite d’une augmentation des charges plus forte que celle des recettes propres.

En effet, les problèmes de marges auxquels est confrontée la société perdurent. De plus, elle rencontre un problème de visibilité de son action, entre activités économiques et culturelles.

Il s’y ajoute la prise de risques juridiques tenant aux conditions d’attribution, puis d’exécution de ce marché de prestation de service

A la fin du contrat d’affermage, en conseil d’administration, un des actionnaires avait exprimé son souhait de quitter la SEM ESPACE parce que l’objet du marché avec la Ville ne correspondait plus au secteur culturel, et parce que, dans un tel contrat, le seul objet perenne, l’exploitation du Cadran, n’existe plus.

Mais si le secteur des activités économiques est celui qui dégage des marges, son développement peine à être assuré. Le conseil d’administration en imputait la responsabilité au non renouvellement des équipements techniques et à l’obsolescence du bâtiment du Cadran construit en 1990. Ce point de vue n’est pas partagé par la ville d’Evreux.

La chambre rappelle que le risque inhérent à une société commerciale doit être assuré et partagé entre les actionnaires. Il ne saurait incomber au seul contribuable ébroïcien.

Une réflexion sur le devenir de cette société s’impose.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

PRINCIPALES RECOMMANDATIONS

1. Rechercher l’entrée de la communauté d’agglomération du Grand Evreux dans la société, eu égard à sa compétence en matière touristique.

2. Intégrer le groupement de commande d’entretien de chauffage-ventilation et être l’interlocuteur de l’entreprise retenue, pour la réalisation et la facturation des prestations auxquelles la SEM s'est engagée, dans le marché de prestations avec la Ville.

3. Mettre l’administration en conformité avec les dispositions du code du commerce, du code général des collectivités territoriales (CGCT) et de l’ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005.

4. Dans le cadre du marché qui lui a été attribué par la ville d’Evreux, et au-delà, construire un plan de développement propre à reconstituer ses marges d’exploitation et respectant la liberté d’accès à la commande publique.

I – RAPPEL DE LA PROCEDURE

La chambre a inscrit à son programme l'examen de la gestion de la SEM ESPACE, société d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux, à partir de l'année 2007. Il a été confié à Monsieur Jean-Marc LE GALL, premier-conseiller. Par lettres en date du 22 novembre 2013, puis du 28 et 29 janvier et 6 février 2014, le président de la chambre en a informé Monsieur Gérard Silighini, président directeur général alors en fonctions depuis le 1 er janvier 2012, ainsi que Monsieur André Sanchez, directeur général du 1 er janvier au 31 octobre 2007, Monsieur Philippe Laurence, directeur général par intérim du 1 er au 19 novembre 2007, et Monsieur Edouard Cabasse, directeur général du 19 novembre 2007 jusqu’au 31 décembre 2011. Les entretiens de fin de contrôle ont eu lieu les 25 et 28 mars 2014 entre Monsieur Edouard Cabasse d'une part, et Monsieur Gérard Silighini, d'autre part, et le rapporteur.

Lors de sa séance du 24 avril 2014, la chambre a arrêté ses observations provisoires portant sur les années 2007 à 2012. Celles-ci ont été transmises dans leur intégralité à Madame Sylvie Lebec, directrice générale en fonctions, ainsi qu’à ses prédécesseurs et aux personnes prévues par la loi, pour les parties qui les concernent.

Après avoir entendu le rapporteur et pris connaissance des conclusions du procureur financier, la chambre a arrêté, le 21 octobre 2014, le présent rapport d'observations définitives.

Le rapport a été communiqué à la directrice générale en fonctions et à ses prédécesseurs, ainsi qu’au maire de la ville d’Evreux et au président du conseil général de l’Eure qui ont apporté un concours financier à la société. Ce rapport devra être communiqué par les ordonnateurs à leur assemblée délibérante lors de leur plus proche réunion suivant sa réception. Il fera l'objet d'une inscription à l'ordre du jour, sera joint à la convocation adressée à chacun de ses membres et donnera lieu à un débat.

Ce rapport sera, ensuite, communicable à toute personne qui en ferait la demande en application des dispositions de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978.

L’examen de la gestion a été principalement conduit selon les axes suivants :

- l’objet et la gouvernance ;

- les achats effectués par la SEM ESPACE ;

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-

les conventions réglementées ;

-

les relations de la société avec la ville d’Évreux ;

-

la situation financière.

II

LA GOUVERNANCE

La société anonyme d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication (SEM ESPACE) de la ville d’Évreux a été constituée le 18 décembre 1990.

L’assemblée générale extraordinaire du 8 novembre 2002 a modifié les statuts pour en assurer la mise à jour monétaire (euros) et légale (loi du n° 2002-1 du 2 janvier

2002).

L’article 1 des statuts fixe la forme de la société anonyme définie par le livre II du code du commerce.

A – Objet social

1 – Enoncé de l’objet statutaire

Les statuts et le nom de la société « société anonyme d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Évreux », la lient à l’exploitation de l’équipement intitulé « espace de culture et de communication ».

Cependant, l’article 2 définit une série d’élargissements de l’objet social, qui, in fine, devient extrêmement vaste.

La chambre observe que les statuts de la société n’ont pas été modifiés à la suite de la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 relative à l a prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des procédures, dite loi SAPIN.

Il en résulte que la SEM ESPACE est ramenée à un objet principal, celui de se porter candidate pour réaliser des prestations de service par le biais de marchés publics ou de délégations de service public.

2 – L’utilisation d’un nom commercial : « Le Cadran »

de

communication par la ville d’Evreux, son propriétaire, n’avait pas été indiqué dans les statuts et dans le nom de la société.

Le

nom

« Le

Cadran »,

qui

sera

donné

à

l’espace

de

culture

et

Cet intitulé fut repris en 2009 dans le logo de la société : « Le Cadran, palais des congrès du Grand Evreux », expression également utilisée à cette date pour dénommer son site internet.

Cependant, « Grand Evreux » est le nom de la communauté d’agglomération avec laquelle la SEM ESPACE n’a pas de convention, et qui n’en est pas actionnaire.

La chambre constate que la société a déposé un nouveau logo auprès de l’INPI le 18 juillet 2014. Celui-ci comporte désormais la mention « Le Cadran, palais des congrès d’Evreux ». Le site internet a d’ores et déjà été modifié en conséquence.

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B – La participation des collectivités territoriales au capital social

1 – La composition du capital social

La composition du capital social, inchangée depuis 2007, est présentée dans le rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels pour l’exercice 2012.

ACTIONNAIRES

Nombre d'actions

% d'actions

Collectivités territoriales

   

Ville d'Évreux Conseil Général de l'Eure Participation des collectivités territoriales

Actionnaires autres que les collectivités territoriales Caisse des Dépôts et Consignations Crédit Agricole Normandie Seine Caisse d'Epargne de Normandie Groupama Centre Manche C.C.I. de l'Eure B.R.E.D. BSD-CIN (Banque CIC) Fédération Professionnelle du Batiment et des Travaux publics Evreux Pharmacia SAS Société Fil à Film Participation des autres actionnaires

17 600

58,67%

3

000

10,00%

20

600

68,67%

3

600

12,00%

1 200

4,00%

1 000

3,33%

700

2,33%

600

2,00%

500

1,67%

500

1,67%

500

1,67%

500

1,67%

300

1,00%

9 400

31,33%

Total composition du capital social

30

000

100,00%

source: rapport CAC 2012

Le montant du capital s’établit à 450 000 euros (€) sur l’ensemble de la période. La répartition du capital social est conforme à :

- l’article L. 225-1 du code du commerce : nombre d’actionnaires supérieur

à 7 ;

- l’article L. 224-2 du code du commerce : montant du capital supérieur

à 37 000 € ;

- l’article L. 1521-1 du CGCT : au moins une personne privée actionnaire ;

- l’article L. 1522-2 du CGCT : au moins 15 % du capital détenu par des actionnaires autres que les collectivités territoriales et leurs groupements.

C – Les assemblées générales

L’article 23 des statuts précise que les collectivités, publiques ou privées, sont représentées aux assemblées générales par un délégué ayant reçu pouvoir à cet effet.

S’agissant de la Ville d’Evreux, ses délibérations des 31 mars 2008, 28 avril 2008 et 19 décembre 2011 avaient désigné plusieurs représentants. La chambre observe que, par cette pluralité, les délibérations de la ville d’Évreux, sur la période examinée, n’étaient pas conformes à l’article 23 des statuts de la société. Cela constitue un risque juridique.

S’agissant du Conseil général de l’Eure, il n’a pas désigné de représentant à l’assemblée générale, mais seulement un administrateur. La SEM ESPACE indique avoir formulée une demande auprès du conseil général afin qu’il le fasse.

Dans cette attente, la chambre observe que c’est à tort que la convocation du conseil général de l’Eure aux assemblées générales de la société est adressée à cet administrateur. Elle devrait l’être au Président du conseil général.

En pratique, le président du conseil d’administration de la SEM ESPACE convoque chaque année une assemblée générale ordinaire en juin.

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La lettre de convocation vise, sans les dénommer, des « documents joints. »

L’ordre du jour comprend chaque année, au moins les points suivants :

l’approbation des rapports du conseil d’administration et du commissaire aux comptes ; le quitus donné aux administrateurs et au commissaire aux comptes ; la ratification des conventions visées à l’article 225-40 du code du commerce ; les pouvoirs pour l’accomplissement des formalités légales.

Les actionnaires ne sont pas informés de leur faculté, prévue à l’article R. 225-89 du code du commerce, de consulter le rapport du conseil d’administration et le rapport du commissaire aux comptes pendant le délai de quinze jours précédant la date de la réunion.

Ainsi, une assemblée générale a été convoquée le 3 juin 2013 pour le 25 juin suivant, alors que le rapport du commissaire aux comptes était adressé au président de la SEM ESPACE par un courrier en date du 20 juin 2013.

S’agissant du rapport du conseil d’administration il comprend le rappel des événements de la vie sociale, le compte rendu d’activité de l’année écoulée, l’examen des états financiers arrêtés au 31 décembre, les activités de la société en matière de recherche et développement, les événements importants survenus depuis la clôture de l’exercice et les évolutions prévisibles pour l’année en cours.

En conformité avec les dispositions de l’article L. 225-100 du code du commerce, la chambre recommande qu’un chapitre soit consacré aux « principaux risques et incertitudes auxquels la société est confrontée. »

La SEM Espace s’est engagée à y procéder pour l’avenir.

D – La composition du conseil d’administration

L’article 12 des statuts indique que la SEM ESPACE a fait le choix d’un conseil d’administration comprenant 12 administrateurs, élisant en son sein un président.

Huit sièges d’administrateurs sont réservés aux collectivités locales ou leurs groupements, dont 7 pour la ville d’Evreux et 1 pour le Conseil général de l’Eure.

Sur la période contrôlée, la chambre constate la conformité de la composition du conseil d’administration aux dispositions de l’article L. 1524-5 du CGCT.

E – Le président du conseil d’administration

Le code de commerce impose que ce soit un actionnaire personne physique qui assure la présidence d’un conseil d’administration. Par dérogation, l’article L. 2253-5 du CGCT donne la possibilité à la commune, personne morale, d’avoir la qualité de président du conseil d’administration d’une société anonyme dont elle est actionnaire.

Dans ce cas, suivant l’article 14 des statuts, la commune agit par l’intermédiaire du représentant qu’elle désigne pour occuper cette fonction. Le même article 14 prévoit la possibilité pour le conseil d’administration de désigner un ou plusieurs vice-présidents.

Suivant l’article 17, les représentants des collectivités territoriales ne peuvent, accepter des fonctions dans la société telles que celles de président du conseil d’administration ou de président assumant les fonctions de directeur général, qu’en vertu d’une délibération de l’assemblée qui les a désignés.

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Une délibération du conseil municipal d’Évreux est intervenue le 28 avril 2008. Elle finalisait la représentation de la commune au sein de la SEM ESPACE. Le maire d’Évreux, et lui seul, y était désigné comme « président de droit », le « de droit » étant d’ailleurs superfectatoire au regard des statuts.

Puis le conseil d’administration de la SEM ESPACE s’est réuni ensuite, le 19 mai 2008, pour procéder à l’élection de son président.

Les membres du conseil d’administration ont désigné la ville d’Évreux à la présidence. Mais ils ont pris acte de la désignation, par le conseil municipal, d’un adjoint au maire en fonctions à cette date, comme représentant permanent de la ville d’Évreux qui aurait été prétendument autorisé à occuper les fonctions de président au sein de la société. Ils ont pris acte également de la désignation du maire de l’époque, qui aurait été prétendument autorisé à occuper les fonctions de vice-président.

La chambre observe que la désignation d’un adjoint au maire d’Evreux comme président de la SEM, sans autorisation du conseil municipal, n’était pas conforme aux statuts. La situation ne fut régularisée que par une délibération du conseil municipal d’Évreux intervenue le 19 décembre 2011, et qui sera présentée ci-après.

Plus récemment, dans le cadre de la séance du conseil municipal du 28 avril 2014, la ville d’Évreux a désigné de nouveaux représentants au sein du conseil d’administration de la SEM ESPACE.

Conformément à l’article L.1524-5 du CGCT, cette délibération désigne le maire d’Évreux afin de pouvoir accepter toutes les fonctions qui pourraient lui être confiées au sein de la SEM ESPACE, comme celles d'exercer la fonction de président du conseil d'administration.

Cette délibération du conseil municipal a été proposée et validée par le conseil d'administration de la SEM ESPACE en date du 23 mai 2014, qui a ainsi désigné la ville d’Evreux comme président du conseil d’administration, représentée par le maire.

F – Le mandataire social

1 – En 2007, le choix de désigner un directeur général

Un contrat de prestation entre la SEM ESPACE et le réseau SCET, prévoyait la possibilité de mise à disposition d’un directeur technique, et un ensemble de prestations de type conseils, expertises et assistance.

Ce contrat de mise à disposition de personnels avait fait l’objet d’un avenant concernant la mise à disposition d’un nouveau directeur technique. L’avenant prenait acte qu’un mandat de directeur général était susceptible de lui être attribué, assorti d’une rémunération spécifique et d’un avantage en nature. Il précisait que ces fonctions étaient de la responsabilité directe et personnelle de l’intéressé.

Le conseil d’administration (CA) du 19 novembre 2007 avait désigné un directeur général, pour une durée prolongée jusqu’au 31 décembre 2011. Il s’agissait effectivement du nouveau directeur technique, mis à disposition par la SCET.

Dans sa délibération de désignation, le conseil d’administration n’autorisait pas le directeur général à signer tout nouveau contrat avec la SCET, le contrat SCET de personnel mis à disposition ou les demandes d’expertises à la SCET, ces décisions nécessitant un accord préalable du conseil.

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Le conseil d’administration lui allouait, au titre de ses fonctions particulières une rémunération brute spécifique de 3 360 € par an, fixe, versée mensuellement. Il lui était consenti également un véhicule de fonction de type Peugeot 407.

La chambre constate que, dans les organigrammes de la SEM, le poste de directeur technique n’existe pas, mais seulement celui de directeur général.

Elle observe que l’intéressé, avec l’accord de la SCET, se trouvait en situation d’avoir deux employeurs. Sa position de directeur général de l’un, le plaçait en situation d’avoir à surveiller la bonne fin d’un marché de prestation conclu avec l’autre.

2 – Les rémunérations versées au mandataire

La chambre a examiné les indemnités versées au directeur général à compter de novembre 2007, ainsi que les avantages en nature qui lui étaient consentis.

La chambre rappelle les dispositions de l’article L. 225-53 du code de commerce. Celui-ci dispose que le conseil d’administration détermine la rémunération du directeur général. Cette disposition est reprise par l’article 17 des statuts de la SEM ESPACE.

La chambre constate que cette prérogative du conseil d’administration n’a pas été respectée, certes pour des montants modiques, s’agissant des indemnités et avantages en nature effectivement servis entre le 19 novembre 2007 et le 31 décembre 2011.

3

Le

choix

de

confier

la

direction

générale

au

président

du

conseil

d’administration

Lors du conseil d’administration du 9 décembre 2011, le président, représentant la ville d’Évreux, informait le CA de la fin du contrat de mise à disposition du directeur général avec effet au 7 mars 2012.

Il précisait que l’intéressé pouvait partir avant cette date si la prise d’un nouveau poste l’exigeait. Afin d’assurer cette flexibilité, le conseil d’administration décidait de ne pas renouveler son mandat de directeur général au-delà du 31 décembre 2011.

Le président du CA était désigné pour remplir les fonctions de directeur général à compter du 1 er janvier 2012.

Le conseil municipal d’Évreux a entériné ce choix, par une délibération du 19 décembre 2011. Celle-ci autorise ce représentant à assurer les fonctions non rémunérées de président directeur général à compter du 1 er janvier 2012. Il y est désigné comme « président du CA de la SEM ESPACE. »

La chambre observe que cette délibération respectait les exigences de l’article 17 des statuts. De plus, elle régularisait la désignation de cet administrateur de la ville d’Evreux comme président du conseil d’administration, intervenue le 19 mai 2008.

Elle a constaté par ailleurs, que de 2007 à 2012, les délibérations des assemblées générales et des conseils d’administration, ainsi que les bilans, comptes de résultats et annexes et les rapports des commissaires aux comptes ont bien été transmises au représentant de l’Etat dans le département, comme il se doit suivant l’article L. 1524-1 du code général des collectivités territoriales (CGCT).

G - Conclusion concernant la gouvernance

Au cours de la période contrôlée, et pour ce qui concerne l’administration de la société, la chambre observe que le fonctionnement était susceptible de marges de progrès.

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Elle constate certaines améliorations récentes apportées à l’administration de la société suite à ses premières observations.

Un nouveau logo a été déposé conforme à l’actionnariat actuel de la société. Les désignations respectives du président du conseil d’administration et de la directrice générale apparaissent conformes aux stipulations du code général des collectivités territoriales et du code de commerce.

La chambre engage la société à poursuivre cette remise en ordre, en particulier s’agissant du respect des prérogatives des assemblées délibérantes des collectivités territoriales, et de celles du conseil d’administration.

III – LA CONFORMITE DES ACHATS AU REGARD DE L’ORDONNANCE DU 6 JUIN 2005

L’ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 s’applique aux sociétés d’économie mixte « qui ont été créées pour satisfaire spécifiquement aux besoins d'intérêt général ayant un caractère autre qu'industriel ou commercial, » suivant les termes de l’article 3.I.1°.

Jusqu’à présent, la SEM ESPACE a considéré que cette disposition l’incluait dans le périmètre de l’ordonnance de 2005, en tant que pouvoir adjudicateur.

C’est dans ce cadre que la chambre a examiné le marché d’entretien du système de chauffage ventilation, le contrat d’entretien des locaux, et les achats des prestations de communication.

A – Marché d’entretien du système de chauffage ventilation

Se référant à l’ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 20 05, la SEM ESPACE avait passé en 2007 un marché d’entretien des installations de chauffage et ventilation, pour 3 ans, non reconductible.

Ce marché incluait le combustible (P1), le petit entretien (P2), et la garantie totale de fonctionnement (P3).

Au motif de la fin prochaine du contrat d’affermage, un avenant du 12 avril 2010 avait prolongé le contrat jusqu’au 28 février 2012. L’avenant lui-même ouvrait la possibilité de prolongations supplémentaires successives de 3 mois, par simples courriers. De tels courriers sont intervenus. Ils ont prolongé le marché jusqu’en octobre 2013.

Interrogée sur l’absence de facturation pour la suite, la SEM ESPACE indique qu’un nouveau marché a été passé par appel d’offre ouvert en 2013, par un groupement de commande entre la ville d’Evreux, la régie d’exploitation du Cadran, et la caisse des écoles. Ce marché inclurait les prestations P1, P2 et P3.

En conclusion, la chambre observe qu’aucune procédure de mise en concurrence n’est intervenue entre 2010 et 2013, pour les prestations d’entretien du système de chauffage-ventilation et ce, en contradiction avec les principes généraux d’accès à la commande publique.

B – L’entretien des locaux

Après mise en concurrence, un marché non formalisé a été passé en 2009 par la SEM ESPACE pour l’entretien des locaux. Le contrat signé est d’une durée d’un an, reconductible sans limitation de durée.

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La chambre observe que l’absence de limite au nombre de reconductions possibles de ce marché d’entretien ne respecte pas l’article 5 du décret n° 2005-1742 du 30 décembre 2005. Il ne permet pas d’établir son montant prévisionnel et de justifier du choix de la procédure de mise en concurrence.

La SEM ESPACE indique cependant qu’elle entend corriger cette pratique pour l’avenir et mettre en concurrence ces marchés d’entretien des locaux sur une durée de 1 an reconductible 4 fois, soit une durée totale de 5 ans.

C – Les prestations de communication

Environ 33 000 € de prestations de communication sont achetées chaque année à la même agence de communication.

Une consultation avait été organisée en 2008 à l’occasion du renouvellement du logo et du site internet, sans signature de contrat.

La SEM ESPACE indique qu’ensuite les commandes furent passées à la même agence, sur la base d’un devis préalable, mais sans mise en concurrence avec d’autres prestataires potentiels. Elle précise qu’une mise en concurrence serait difficile car ces prestations impliquent la reproduction de son logo sur différents supports. Suivant les affirmations de la Sem, cette agence a créé son logo et en serait propriétaire.

La chambre observe que la procédure initiée ne respecte pas le principe de libre accès à la commande publique posée par l’article 6 de l’ordonnance de 2005.

En

réponse,

la

société

précise

qu’une

mise en

concurrence

relative

aux

prestations de communication est en cours de préparation.

Ces exemples montrent que des progrès importants restent à accomplir par la société en matière d’achats publics.

IV

LES

CONVENTIONS

REGLEMENTEES

AU

SENS

DU

CODE

DU

 

COMMERCE

 

A

Les

modalités

de

deux

passations

de

conventions

avec

des

actionnaires au regard des statuts

1 – Le marché de prestation entre la ville d’Evreux et la SEM ESPACE

Dans le procès-verbal (PV) du conseil d’administration du 9 décembre 2011, le président informe les administrateurs de la création de la régie municipale du Cadran, ainsi que du lancement, par cette régie, d’un marché de prestation de service sur lequel la SEM ESPACE se positionnera. Cette information se heurte à une opposition exprimée par le représentant de la Caisse des dépôts et consignations (CDC).

Le PV ne mentionne aucun vote d’une délibération, et a fortiori quels administrateurs y auraient pris part ou pas. Par la suite, c’est dans le PV du conseil d’administration du 9 mai 2012 qu’il est précisé que « la SEM ESPACE s’est positionnée (sur le marché de prestation de service) en répondant à l’appel d’offres et a remporté le marché. » A nouveau, le PV ne mentionne aucun vote d’une délibération, et a fortiori quels administrateurs y auraient pris part ou pas.

Pourtant, l’acte d’engagement a été signé par le président directeur général (PDG) de la SEM ESPACE le 6 février 2012. Celle-ci a reçu la notification du marché par le maire d’Evreux datée du 6 mars 2012.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Le rapport annuel 2011 du conseil d’administration à l’assemblée générale, comme celui de 2012, comportent la reproduction in extenso des ordres du jour des CA qui se sont tenus pendant l’année écoulée. Aucun des deux ne mentionne l’autorisation préalable donnée de signer l’offre du marché de prestation de service.

Le 14 mai 2013 a été présenté aux administrateurs le bilan de la première année du marché de prestations de services. Le PDG a alors souligné que son exécution sécurise la situation financière de la SEM ESPACE.

2 – Le marché de prestation entre la SEM ESPACE et la SCET

De la même façon, aucun PV de conseil d’administration n’a mentionné la convention de prestations de services (prestations réseau et appui management) conclue le 29 juin 2012 entre la SEM et la SCET, pour une durée de trois ans.

En conclusion, la chambre observe que ces deux marchés ont été signés sans délibération du CA. Cela est contraire à l’article 15 des statuts qui stipule que le conseil d’administration règle, par ses délibérations, les affaires le concernant.

B – Les dispositions du code du commerce

1 – L’obligation d’une autorisation préalable du conseil d’administration

Le marché de prestation a été signé par la SEM ESPACE et son principal actionnaire (à plus de 58 %), la ville d’Evreux, représentée par son maire. Pour sa part, la convention de prestation a été signée avec la SCET, filiale de la CDC, elle-même actionnaire à hauteur de 12 % du capital social de la SEM.

Or, l’article L. 225-38 du code du commerce énonce notamment que toute convention intervenant directement ou par personne interposée entre la société et l’un de ses administrateurs, ou l'un de ses actionnaires disposant d'une fraction des droits de vote supérieure à 10 %, doit être soumise à l'autorisation préalable du conseil d'administration.

A cette fin, l’article L. 225-40 précise que « l'intéressé est tenu d'informer le conseil, dès qu'il a connaissance d'une telle convention. Il ne peut prendre part au vote sur l'autorisation sollicitée. »

De plus, le président du conseil d'administration doit aviser les commissaires aux comptes de toutes les conventions autorisées et soumettre celles-ci à l'approbation de l'assemblée générale. Les commissaires aux comptes présentent alors sur ces conventions un rapport spécial à l'assemblée. Celle-ci statue sur ce rapport. L'intéressé ne peut pas prendre part au vote et ses actions ne sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité.

Ces deux conventions répondent à la définition de l’article L. 225-38 du code du commerce cité précédemment.

A ce titre, elles auraient dû faire l’objet d’une autorisation préalable explicite du conseil d’administration de la SEM ESPACE, sans que les actionnaires intéressés ne prennent part aux votes.

2 - Les modalités d’intervention d’un rapport spécial du commissaire aux

conseil

comptes,

d’administration

en

l’absence

de

l’autorisation

préalable

du

Les commissaires aux comptes présentent, sur les conventions dont ils ont été avisés, un rapport spécial à l’assemblée.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

En application des dispositions de l’article R. 225-161 du code du commerce, les commissaires doivent établir et déposer au siège social le rapport spécial, quinze jours au moins avant la réunion de l’assemblée générale ordinaire.

S’agissant de la convention de prestation de services conclue avec la SCET sans l’autorisation préalable du CA, elle a fait l’objet d’un signalement par le commissaire aux comptes.

Son rapport spécial du 20 juin 2013 a été approuvé par l’assemblée générale du

25 juin 2013. La date de convocation de l’assemblée générale n’a donc pas respecté le délai

de dépôt au siège de la société, 15 jours avant sa réunion.

Lors de l’assemblée générale ordinaire du 25 juin 2013, les actionnaires présents sont la ville d’Evreux, la chambre de commerce et d’industrie, et la CDC. Il a été procédé à la ratification de cette convention réglementée à l’unanimité.

Il apparaît donc que le rapport spécial sur la convention entre la SEM ESPACE et la SCET, filiale de la CDC, a été adopté sans que la CDC ne s’abstienne de prendre part au vote.

Concernant la passation du marché de prestation entre la SEM ESPACE et la ville d’Evreux, celle-ci n’a fait l’objet d’aucun rapport spécial.

Le commissaire aux comptes estime, pour sa part, que cette convention pouvait être qualifiée « d’opération courante » au sens de l’article L. 225-39 du code de commerce. Cette position n’est pas partagée par la chambre qui rappelle qu’elle représentait un choix stratégique pour la société, et un élément essentiel à son bon fonctionnement.

Néanmoins, les comptes 2012 ont été adoptés par l’assemblée générale du

25 juin 2013, et le rapport d’activité comme le rapport de présentation des comptes annuels

rendent compte de l’exécution du marché.

C - Conclusion

La chambre constate que le conseil d’administration n’a pas été saisi à fin de délibérer pour autoriser la signature d’un marché de prestation avec la ville d’Evreux, ni celle d’un marché de prestation avec la SCET, filiale de la CDC.

Ces deux contrats n’ont pas été considérés comme des conventions spéciales, impliquant délibérations du conseil d’administration puis de l’assemblée générale, sans que les actionnaires concernés prennent part au vote.

Cependant, au moins s’agissant du marché avec la ville d’Evreux, ce contrat engageait l’avenir de la société et, suivant les procès-verbaux des conseils d’administration, ce choix et donc son adoption, n’allait pas de soi.

V – LES RELATIONS AVEC LA VILLE D’EVREUX

A – La convention d’affermage

1 – Le contrat initial et ses avenants

L’objet statutaire « d'assurer l'exploitation, la gestion, l'entretien et la mise en valeur par tout moyen, du centre de culture et de communication d'Evreux » était mis en œuvre dans le cadre d’une convention d’affermage établie le 7 mars 1991 entre la ville d’Evreux et la SEM ESPACE, initialement pour 20 ans.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Ce contrat prévoyait :

- d’une part, une redevance d’occupation fixe, payée par la SEM à la ville, représentative de l’amortissement de l’équipement construit par cette dernière ;

- d’autre part, des subventions d’exploitation annuelles de la ville à la SEM, motivées à l’article 25 du traité d’affermage par les contraintes de service public et de tarification, et fixées chaque année sur la base « des documents prévisionnels de gestion. »

Compte tenu du coût définitif de construction du Cadran, un avenant n° 1, du 25 février 1994, avait porté la redevance d’occupation de 172 267 € HT à 183 243 € HT, montant qui est resté à ce niveau jusqu’à la clôture du contrat.

Un avenant n° 2, du 3 janvier 1996, a mis à disposi tion de la SEM ESPACE un terrain pour lui permettre d’y construire une extension de 14 % de la surface. Celle-ci devait revenir à la ville gratuitement en fin d’affermage. La ville s’appuyait sur l’article 25 du contrat pour attribuer à la SEM ESPACE une subvention d’équipement de 75 224,51 €.

Par un avenant n° 3 du 7 juillet 1997, la ville d’E vreux a renoncé à la gratuité du retour. La restitution de l’extension à la ville fut prévue pour sa valeur nette comptable. Cela a été le cas à la clôture de l’affermage, puisque la ville a versé une somme de 455 440 €. Le calcul de cette valeur nette a fait l’objet d’un contrôle du commissaire aux comptes à l’occasion de son rapport sur les comptes 2012.

Un avenant n°4 du 1 er mars 2011 a prolongé le contrat jusqu’au 7 mars 2012. La prolongation fut motivée par le besoin d’une réflexion globale sur la synergie entre Le Cadran, la Halle des expositions, la salle des sports et la future scène des musiques actuelles (SMAC) en tant qu’îlot urbain. Ils sont en effet réunis sur le site du « Bel Ebat ».

Enfin, un protocole de fin de contrat a été signé entre la ville et la SEM ESPACE, le 20 août 2012. Il établit la somme due au titre de la restitution de l’extension, les autres biens de retour étant de valeur nulle. Il liste les biens de reprise évalués à 2 795,01 €, auxquels la ville renonce.

Il omet cependant d’organiser le transfert à la ville du bail commercial passé par la SEM ESPACE avec une discothèque. Ce bail était intervenu dans le cadre de l’article 12.1 de la convention d’affermage, lequel prévoyait la possibilité, pour le fermier, de louer les cellules commerciales et les sous-sols, sous réserve de l’agrément de la ville. L’agrément avait été demandé le 26 février 1993 et donné le 4 mai 1993.

Le bail commercial a été signé le 21 juin 1993 pour une période de 9 ans. Puis prolongé par avenants. Le dernier avenant de prolongation a été signé par le directeur général de la société le 17 décembre 2009, pour 9 ans à compter du 1 er janvier 2010. La signature du dernier avenant va donc au-delà de la fin de l’exploitation du Cadran par la SEM ESPACE, dans le cadre du contrat d’affermage.

Cette situation conduit la société à disposer d’un bien dont elle n’a plus le plein usage, ce qui n’est pas sans risques de toutes natures.

2 – Les subventions d’exploitation et un engagement initial de clientèle

Des subventions d’exploitation sont versées chaque année à la SEM ESPACE, sur la base de l’article 25 susvisé.

la

subvention d’exploitation représente environ le tiers des produits de la société. Elle augmente de 1,5 % en moyenne annuelle, entre 2007 et 2011.

Dans

les

comptes

de

la

SEM ESPACE

qui

seront

analysés

ci-après,

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Cependant, l’article 10 de la convention d’affermage de 1991 précise que la première année, la ville réserve 5 jours d’occupation à la SEM ESPACE pour ses besoins généraux, et 50 jours pour son service culturel. Cet engagement initial traduit une volonté de départ d’utilisation municipale pour les activités culturelles. La ville ne prend aucun engagement pour la suite. Le contrat indique qu’elle fera connaître chaque année ses besoins, sans s’engager au maintien de ces 55 jours.

Sans maintenir son niveau initial d’engagement de « clientèle », la ville a néanmoins apporté chaque année un chiffre d’affaires à la SEM ESPACE qui s’est ajouté aux subventions versées.

Au total, la part de ressources générées par la ville, qui seront présentées dans l’analyse de la situation financière, atteint 40 % des produits d’exploitation :

 

2007

2008

2009

2010

2011

Total des flux d'exploitation venant de la Ville Total des produits d'exploitation

649 389 1 759 295

663 634 1 745 716

712 210 1 780 925

717 156 1 784 056

717 722 1 804 014

37%

38%

40%

40%

40%

Source : SEM ESPACE + CRC

Ces contributions n’empêchent pas la SEM ESPACE d’accumuler, entre 2007 et 2011, 193 418 € de pertes.

S’ajoutant aux pertes précédentes, cette évolution conduit à un montant de capitaux propres au 31 décembre 2011, légèrement inférieurs à 262 000 €, soit 58 % du capital social.

S’agissant des subventions, et en l’état des pièces produites, la chambre constate que celles versées à la SEM ESPACE se réfèrent à l’article 25 du contrat d’affermage. Mais cela est purement formel.

En pratique, elles ne sont pas justifiées sur la base de contraintes de service public clairement chiffrées dans leurs modalités de calcul, et leur durée, ce qui n’était pas sans risque. En effet, dans son arrêt du 24 juillet 2003 (Altmark Trans GmbH – C-280/00), la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé les conditions cumulatives nécessaires pour que ces versements puissent ne pas être considérés comme des aides soumises à leur notification à la Commission européenne pour examen.

3 – Une obligation de renouvellement des immobilisations

a – Description des immobilisations

Société classée en établissement recevant du public (ERP) de 1 ère catégorie, « Le Cadran » représente un ensemble bâti de 5 170 m² de surface hors œuvre nette (SHON).

Comme indiqué précédemment, cet ensemble construit en 1991, inclut une extension de 854 m² supplémentaires affectés à des surfaces d'exposition, de réunions, de cuisine, construites par la SEM ESPACE en 1997, dans le cadre des avenants 2 et 3.

« Le Cadran » est aujourd’hui constitué d’un ensemble immobilier qui comprend notamment une grande salle de spectacle d’une capacité de 900 places, un auditorium pouvant accueillir 200 personnes, deux halls d’exposition représentant 2 000 m² de surface et un ensemble de régies, cabines de traduction, salles de réunion, deux bars et deux cuisines, des locaux techniques et administratifs.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Il s’y ajoute un espace de bureaux de 250 m² et un espace discothèque d’environ 600 m² loués à la société LGD Loisirs.

Le mobilier mis à disposition du fermier faisait l'objet d'une annexe à convention d’affermage.

la

L’inventaire des biens mobiliers dressé le 17 octobre 2011, à l’issue du contrat d’affermage, a permis d’identifier ceux qui ont été mis à disposition par la ville, de ceux acquis ou loués par la SEM ESPACE, dont l’essentiel date de 1991.

Le protocole de fin de contrat d’affermage précise que ces biens ne sont pas repris par la ville.

b – Les visites de sécurité

La SEM a produit les deux derniers comptes rendus des visites de sécurité qui ont eu lieu en 2010 et 2012, conformément à l’arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public.

À l’issue de ces rapports, la sous-commission des EPR a rendu deux avis « favorables à la poursuite de l’activité. »

c – La problématique du renouvellement des immobilisations

Les procès-verbaux des conseils d’administration de la période contrôlée signalent l’intervention récurrente du directeur général concernant l’insuffisance des travaux d’entretien qui seraient réalisés par le propriétaire.

Pour ce qui est de l’entretien proprement dit, l’article 21.1 de la convention énonce que la SEM ESPACE tiendra constamment les constructions, équipements et aménagements en parfait état d'entretien, de propreté et de salubrité. L’article 28.1 précise qu’à l'expiration de la convention, le fermier sera tenu de remettre gratuitement à la collectivité, en état normal d'entretien et de fonctionnement, tous les ouvrages et équipements qui lui ont été confiés. La collectivité pourra reprendre, contre indemnités, les biens nécessaires à l'exploitation, financés en tout ou partie par le fermier et ne faisant pas partie intégrante de l'affermage.

Le fermier est donc responsable du maintien des équipements en état de marche (charges de l’occupant).

Entre 2007 et 2011, les charges d’entretien et de maintenance supportées par la société augmentent
Entre 2007 et 2011, les charges d’entretien et de maintenance supportées par la
société augmentent de 5 % en moyenne chaque année, c'est-à-dire plus vite que la
subvention d’exploitation (1,5 %), et plus vite que la moyenne des charges (1,8 %).
Évolution annuelle
Évolution annuelle
Entretien + Maintenance
2007
2008
2009
2010
2011
2012
moyenne 2011/2007
moyenne 2012/2007
Total
84 638
86 635
84 087
102 064
103 031
109 358
5,0%
5,3%

Source : SEM ESPACE

Pour ce qui est du gros entretien et du renouvellement, l’article 21.4 du contrat d’affermage précise que la ville aura en charge le renouvellement de l’ensemble immobilier et mobilier confié à la société. La société devra, dans la mesure du possible avant le 31 décembre de chaque année, fournir à la ville un état prévisionnel des investissements de renouvellement à réaliser. Le renouvellement tiendra compte des délais normaux d'utilisation des biens mobiliers et immobiliers.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Le bâtiment « Le Cadran » et nombre d’équipements datent de 1991. Si l’on se réfère aux durées comptables d’amortissement, les équipements mobiliers devraient être amortis, mais tel n’est pas le cas du bâtiment. D’ailleurs, l’extension construite par la SEM ESPACE a été sortie de son bilan à la clôture de l’affermage, pour une valeur nette comptable non nulle.

La société considérait qu’ils étaient désuets relativement à des équipements de congrès concurrents, alors même que la région d’Evreux ne bénéficierait ni d’une attractivité touristique, ni de l’assise d’un territoire économique important par le nombre ou la taille de ses entreprises.

Le maire d’Evreux fait connaître que, de son point de vue, l’état actuel de l’équipement ne constitue pas un handicap au développement de son activité.

En conclusion, la chambre observe que, d’un point de vue juridique, le traité d’affermage datant de 1991, d’une durée de 20 ans, ne pouvait se prolonger sans nouvelle délibération du conseil municipal d’Evreux. Celui-ci devait se prononcer, tant sur le choix d’un mode de gestion de l’équipement que, le cas échéant, sur une mise en concurrence correspondant à celui retenu.

D’un point de vue économique, l’accumulation de pertes, malgré des subventions de fonctionnement non justifiées, conduisait à une réduction continue des capitaux propres de la société commerciale et, par conséquent, soit à un plan de redressement, soit à une cessation d’activité.

B – Le marché de prestation de service

1 - La SEM ESPACE devient prestataire de la ville d’Evreux

La SEM ESPACE a répondu à un appel à concurrence de la ville d’Evreux publié le 28 décembre 2012 au journal officiel de l’Union européenne (JOUE) et, le 29 décembre 2011 au bulletin officiel d’annonces des marchés publics (BOAMP).

Les dates limites de demande du dossier de consultation des entreprises (DCE) et de remise des offres par les entreprises candidates, étaient fixées au 6 février 2012. C’est la date à laquelle la SEM ESPACE a remis son offre.

La société est devenue prestataire de la ville d’Evreux par une notification du marché qui lui a été adressée à la date du 6 mars 2012.

L’article 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) précise que la liste des pièces contractuelles du marché notifié prévaut dans l’ordre suivant, qui s’impose en cas de contradiction : acte d’engagement, CCAP, cahier des clauses techniques particulières (CCTP), note méthodologique.

L’acte d’engagement, signé du PDG de la SEM ESPACE, en date du 6 février 2012, est accepté et signé par le maire d’Evreux en date du 6 mars 2012.

Le CCAP et le CCTP sont signés du maire d’Evreux en date du 6 mars 2012.

La note méthodologique n’est pas signée par le maire d’Evreux, mais constitue la dernière pièce de la liste énumérée à l’article 2 du CCAP.

L’acte d’engagement précise que les principes de la mission sont :

- la gestion et la commercialisation du Cadran ;

- l’encaissement des recettes pour le compte de la collectivité ;

- l’entretien courant de l’équipement.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Le CCTP indique que la régie municipale d’Evreux conserve le contrôle du service. Elle tient le planning général des lieux et définit les procédures de coordination. Il n’est fait mention d’aucune refacturation ou convention à intervenir entre la SEM ESPACE et la Scène Nationale, toutes deux, dorénavant, utilisatrices du Cadran.

Mais, il précise que la gestion et la commercialisation confiées à la société sont consacrées aux seules activités économiques, notamment de congrès. La Scène Nationale Evreux-Louviers développera les spectacles et actions du domaine culturel dans le cadre d’une convention avec la ville.

Le CCTP précise également que l’entretien courant confié à la société inclut l’ensemble des fluides, le maintien en ordre de marche et la poursuite des contrats en cours.

La note méthodologique évoquée ci-dessus exprime l’offre formulée par la SEM

ESPACE qui est donc intégrée dans les pièces du marché.

a - L’offre d’un prix couvrant les charges fixes

La note méthodologique produite par la SEM ESPACE détaille le prix de marché

de 811 095 € HT, comme étant la somme d’un budget prévisionnel des « charges fixes de la

SEM ESPACE, » et d’un budget prévisionnel des « charges fixes du Cadran. »

Les charges fixes, dites de la SEM ESPACE, sont calculées avec une recette en atténuation qui est la perception du loyer de 34 400 € payé par la société LGD Loisirs pour la discothèque New World. Or, l’information de l’existence de ce bail ne figure pas au CCTP.

A l’inverse, les charges fixes de la SEM ESPACE n’incluent aucun loyer

d’occupation des bureaux à l’intérieur du Cadran, pour son siège et ses services.

Si le CCTP précise à l’article 1.3 que la ville met les lieux à disposition du

prestataire, cette disposition ne l’autorise pas ipso facto à y installer son siège et ses bureaux, sauf à bénéficier en sus d’une convention d’occupation.

Les charges fixes, dites du Cadran sont calculées compte tenu d’une recette de 185 300 € en atténuation. Il s’agit de la refacturation à la Scène Nationale de l’ensemble des charges de fluides, de travaux d’entretien et de maintenance, de poursuite des contrats existants et des autres charges fixes.

De même, cette recette n’est pas prévue au CCTP qui met à la charge du prestataire l’ensemble des missions correspondantes.

b – L’offre de reversement de la marge sur coûts variables

Après cette décomposition du prix du marché, la note méthodologique présente ensuite un décompte prévisionnel des recettes de commercialisation « reversées à la collectivité. » Celles-ci sont définies comme la marge sur charges variables, c'est-à-dire les recettes, nettes des charges variables supportées pour les obtenir.

note

méthodologique, comme résultant d’activités qui seront développées dans les deux catégories suivantes :

- activités économiques ;

- activités culturelles : Club Ivoire (club d’entreprises finançant des spectacles en contrepartie de la possibilité d’inviter leurs clients), spectacles des écoles de danse, spectacles des arbres de Noël, tourneurs.

De

plus,

ces

recettes

sont

présentées

dans

l’article

9.2

de

la

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Cela contredit l’acte d’engagement qui fixe une mission d’encaissement des recettes pour le compte de la collectivité, et cela contredit également le CCTP qui assigne les activités économiques au prestataire, et les activités culturelles à la régie municipale par une convention avec la Scène Nationale.

c – Conclusion concernant l’offre

Il ressort de tous ces éléments que, dans son offre, la société se substitue à la collectivité pour établir son propre cahier des charges.

Elle donne sa propre définition de ses missions. Elle fixe ses propres conditions de rémunérations. Elle intègre en atténuation de son prix des refacturations et minorations basées sur des éléments ne figurant pas au dossier de consultation des entreprises qui lui avait été communiqué.

Au final, la chambre constate que l’offre formulée par la SEM ESPACE ne correspondait en aucun point au cahier des charges du marché public.

Bien que non conforme, cette offre est acceptée par la collectivité. Le contrat est passé pour un an, à compter de sa date d’effet, et renouvelable deux fois.

2 – Les clauses du marché concernant ses modalités d’exécution

a – Prestations de gestion, commercialisation et entretien

Suivant l’article 6.2 de l’acte d’engagement, les prestations faisant l’objet du marché seront réglées par application d’un prix global forfaitaire égal au montant du marché, 811 095 € HT, soit 2,433 M€ HT sur 3 ans.

Les prix comprennent tous les éléments nécessaires à la réalisation des prestations. Le prix est révisable dans les conditions définies par le CCAP.

Les articles 4 et 7 du CCAP prévoient que le prix du marché est fixé valeur décembre 2011. Les prestations sont réglées au prorata par acomptes trimestriels. Ceux-ci sont accompagnés de la décomposition des prix forfaitaires et du détail des prix unitaires. La demande du paiement du solde s’accompagnera d’une récapitulation des acomptes perçus.

b – Clause incitative

L’article 7 du CCTP s’intitule « clause incitative. » Il est demandé aux candidats de proposer une clause incitative basée sur les facteurs du nombre de dates commercialisées au-delà de la partie récurrente, d’objectifs de fréquentation, du nombre de manifestations au-delà de la partie récurrente, ou sur une proposition complémentaire, chiffrée et mesurable.

C’est la note méthodologique qui comporte, en sa partie 8, la proposition d’une clause incitative basée sur les trois facteurs du CCTP.

c – L’encaissement des recettes pour le compte de la collectivité

S’agissant de l’encaissement des recettes pour le compte de la collectivité, l’article 1.3 du CCTP reprend et complète la mention de l’acte d’engagement. Le prestataire perçoit auprès des usagers, au nom et pour le compte de la collectivité, les produits de la location des salles et des services afférents. Les missions et les activités du prestataire sont placées sous l’autorité de la ville par l’intermédiaire d’une régie à autonomie financière.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

L’article 8.2 du CCAP précise que le titulaire produit mensuellement un rapport comprenant un compte rendu technique, un compte rendu financier et une analyse de la qualité du service, tels que définis au CCTP.

L’article 8 du CCTP reprend en effet cette obligation. Il précise leurs contenus et renvoie à une annexe V, « tableau de bord ».

La « note méthodologique » produite par la société comporte une partie 4 intitulée « engagements de la SEM ESPACE. » Comme déjà signalée, cette partie présente la décomposition du prix offert sur la base du détail des « charges fixes de la SEM ESPACE » et des « charges fixes du Cadran. » Il est ensuite mentionné le reversement à la ville d’Evreux, non pas des recettes sur les activités mais d’une marge brute prévisionnelle, calculée par différence entre les produits variables et les charges variables et évaluée à 332 600 €.

La note méthodologique précise le calcul de cette prévision de 332 600 €, en nombre de manifestations, de jours d’occupation, de chiffre d’affaires moyen facturé par jour, et de taux de marge brute sur frais variables.

La note méthodologique précise que la SEM ESPACE sera attentive et s’engage notamment :

- à la sécurité des recettes publiques revenant à la collectivité (procédures, contrôles internes, coffre-fort – tous les équipements informatiques seront sécurisés par l’installation d’un onduleur et la mise en place de procédures de sauvegarde) ;

- à un partenariat mutuellement profitable avec un certain nombre d’acteurs, et, notamment, le Trésorier municipal – par le respect des procédures et délais et le contrôle supplémentaire exercé par la responsable administratif.

3 – La mise en œuvre effective

a – Les informations transmises

En ce qui concerne les tableaux de bord mensuels, la SEM ESPACE indique ne pas transmettre de rapport tous les mois, mais par trimestre.

Les rapports trimestriels produits pour la période de mars - août 2013 ne reprennent ni le dessin et ni le contenu des comptes rendus et rapports annexés aux CCTP.

Ces documents se limitent au seul compte rendu financier défini par la note méthodologique. Les rapports d’activité et comptes rendus techniques n’apparaissent pas fournis à la ville d’Evreux.

La chambre observe que les comptes rendus fournis par la SEM ESPACE ne respectent ni les contenus, ni les rythmes prévus au CCTP.

La ville d’Evreux précise que la Régie du Cadran veillera à l’avenir à les

réclamer.

b – Les facturations effectuées

Au cours de la première année d’exécution du marché, la SEM ESPACE a facturé à la ville d’Evreux, deux fois 202 773,75 € HT, en juin, puis en septembre 2012. Chacune de ces deux factures se réfère au prix du marché de 811 095 € HT. Elles se justifient comme un quart de ce prix, soit la somme due pour un trimestre.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Au 30 avril 2013, une facture de 256 703,42 € HT a été adressée à la ville pour solde de la première année du marché. Elle fut accompagnée d’un bilan financier récapitulatif pour la période de mars 2012 à mars 2013, première année d’exécution du marché. Ce bilan est présenté comme un rapprochement entre le « marché initial » et le « réalisé. »

En fait, ce qui est présenté comme le « marché initial » est différent de qui figure effectivement dans la note méthodologique du marché notifié à la SEM ESPACE. La répartition des postes entre charges fixes, dites de la SEM, et charges fixes, dites du Cadran, a été modifiée. La SEM indique que la ville aurait fait « remonter » des charges de travaux d’entretien, de poursuite des contrats existants, et « autres charges fixes », de la rubrique des charges fixes, dites du Cadran à la rubrique des charges fixes, dites de la SEM ESPACE.

Or, suivant la note méthodologique, les charges fixes, dites du Cadran, devaient donner lieu à refacturation intégrale à la Scène Nationale au prorata des jours d’occupation (« 133 jours sur 274 à 1 403 € par jour »). Dans ces conditions, la refacturation de 185 285 € HT de charge à la Scène Nationale devient impossible à mettre en œuvre.

Cette modification ne fait que corriger un des points sur lesquels la note méthodologique ne respectait pas le CCAP et le CCTP, qui prévalent comme mentionné à l’article 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP).

La correction de ce point, au moment de la formulation de l’offre, auraient été cause, à elle seule, d’une majoration du total net des charges, et donc du prix proposé, de 16 %.

Le total des charges fixes de la SEM et du Cadran effectivement supportées par la société, net de recettes encaissées sans titre, ressort dès lors à 962 364,81 € HT. C’est 151 269,81 € HT de plus que le prix global et forfaitaire de 811 095 € HT figurant à l’acte d’engagement, soit une augmentation de 18 %

C’est pourtant ce montant réalisé de charges nettes de 962 364,81 € que la SEM facture à la ville. De plus, elle contracte celui-ci avec la marge sur recettes à reverser (300 113,89 €). Enfin, elle déduit les acomptes déjà facturés (405 547,50 €).

Cela conduit à présenter une facture de solde de 256 703,42 €, acquittée par la

ville.

Au final, la chambre observe que le prix du marché a été majoré de plus de 18 % passant de 811 095 € à 962 364,81 €, en l’absence d’avenant justifiant d’une modification du prix forfaitaire ou d’une décision de poursuivre.

La chambre rappelle que la décomposition du prix figurant dans la note méthodologique n’était pas conforme au CCTP, pièce du marché qui prévaut.

La chambre constate que les recettes perçues pour le compte de la ville d’Evreux ont été contractées avec le prix du marché sans qu’aucune de ses dispositions ne l’autorise, et suivant des modalités défavorables à la collectivité. Leur imputation sur les sommes facturées s’est opérée à un rythme différent de la facturation elle-même, et sans respecter les dates des exercices budgétaires et comptables de la ville d’Evreux.

c – Des prises en charge de dépenses par la ville d’Evreux

Comme indiqué précédemment, la SEM ESPACE avait prolongé, sans mise en concurrence, et jusqu’au 31 septembre 2013, un marché de fourniture de combustible (P1), d’entretien courant (P2), et de garantie de bon fonctionnement (P3).

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La prestation d’entretien de l’équipement est prévue aux articles 6.3.3 (entretien de tous les équipements en bon état de fonctionnement) et 6.3.4 (poursuite de tout contrat passé avec des tiers) du CCTP du marché de prestation avec la ville.

La ville d’Evreux confirme qu’à compter du 1 er octobre 2013, c’est la régie du Cadran qui a signé un marché d’entretien des installations de chauffage, dans le cadre d’un groupement de commande. Elle précise qu’il ne peut y avoir plusieurs commanditaires pour un même équipement.

La SEM ESPACE comme la ville d’Evreux indiquent que les dépenses prévues au titre du P1 et du P2 seront remises à l’avenir à la charge de la SEML. Cette dernière fournit la copie des factures correspondantes d’acomptes au 31 décembre 2013, reçues par elle le 26 mai 2014, et affirme son intention de les payer.

La chambre constate le transfert, à la régie municipale, de l’important poste de dépense que constitue le P3. Cela fait suite au changement de mode de gestion. La chambre recommande néanmoins à la SEM ESPACE d’intégrer ce groupement de commande et d’être l’interlocuteur de l’entreprise retenue pour la réalisation et la facturation des prestations prévues au CCTP du marché de prestations dont elle est elle-même titulaire.

C – Conclusion : l’évolution des flux financiers entre la ville et la SEM

Le tableau annexé récapitule les flux financiers réellement intervenus entre la SEM et la ville d’Evreux, tels qu’ils ressortent des comptes de la SEM ESPACE et des rapports de présentation du CA à l’assemblée générale. Ils correspondent aux années 2007 à 2012, complétés par les comptes 2013 provisoires transmis par la SEM ESPACE.

Sur ce laps de temps, sont d’abord intervenus l’application de la convention d’affermage puis, à compter du 7 mars 2012, l’exécution du marché de prestation de service dans les conditions présentées précédemment.

Le flux net réel payé par la ville d’Evreux à

la SEM ESPACE passe de

534 482 € en 2011, à 578 659 € en 2012 (+ 8 %), hors l’indemnisation de 455 440 € payée par la ville pour la reprise du bâtiment construit par la société.

Il s’établit à 727 000 € dans les comptes provisoires 2013, soit une nouvelle augmentation de + 26 % par rapport à 2012.

Encore convient-il de souligner qu’à compter du 7 mars 2012, la SEM ESPACE occupe des locaux sans verser de loyer pour son siège social et ses bureaux. Et depuis le 1 er octobre, c’est la ville d’Evreux qui assure, en tant que gestionnaire de l’équipement, la garantie de bon fonctionnement des installations de chauffage-ventilation (P3).

La chambre prend bonne note que la ville d’Evreux a engagé une remise en

ordre.

La ville a émis deux titres de recettes en 2014, pour près de 607 000 €, correspondants aux marges sur recettes brutes 2012-2013 2013-2014. Elle paraît évaluer à 148 844,09 € HT le solde de tout compte restant dû sur les prestations des deux premières années d’exécution du marché.

La chambre souligne que ces régularisations ne sauraient être suffisantes. Les termes du contrat initial ne sont toujours pas respectés.

Des activités commerciales interviennent sur le secteur d’activités culturelles qui ne lui est pas ouvert : club Ivoire, spectacles de tourneurs.

Les recettes de commercialisations ne sont pas reversées mensuellement à la ville, appuyées par les informations financières et techniques prévues.

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Des recettes non prévues au dossier de consultation des entreprises ont été perçues et continuent de l’être : loyer d’un bail commercial sur un bien dont le prestataire n’est pas commanditaire, refacturation de charges de fluides qui relèvent de sa mission.

Des charges de combustibles, d’entretien courant et d’occupation de locaux par le siège et les bureaux du prestataire restent à acquitter.

VII – LA SITUATION FINANCIERE

Afin de prendre en compte les répercussions liées au passage d’une délégation de service à un marché de prestation de service, les évolutions financières sont présentées à la fois sur les périodes 2007/2011 et 2007/2012.

Des comptes provisoires 2013 synthétiques avaient été fournis par la SEM

ESPACE.

A – La situation patrimoniale de la SEM

Le bilan fournit l’état du patrimoine de la SEM. Il recense, à une date donnée, les ressources dont dispose la structure et les emplois qu’elle en a faits.

La chambre en a examiné l’évolution depuis 2007.

Le tableau ci-après présente la situation nette et les capitaux propres par rapport au capital social, et l’évolution du fonds de roulement de la société.

La situation nette représente le total du capital social, des sommes mises en réserves, et des résultats cumulés, bénéfices ou pertes. Les capitaux propres représentent la situation nette plus les subventions d’équipement reçues. L’article L. 225-248 du code de commerce crée une obligation d’alerte de l’assemblée générale extraordinaire dans l’hypothèse où les capitaux propres se trouvent réduits à 50 % du capital social.

Il résulte de l’analyse des postes du bilan que la SEM ESPACE respecte les dispositions
Il résulte de l’analyse des postes du bilan que la SEM ESPACE respecte les
dispositions de l’article L. 225-248 du code du commerce.
2013
Ratios significatifs
2007
2008
2009
2010
2011
2012
provisoire
Situation nette / capital social (OK si > 100% )
Capitaux propres / capital social (OK si > à 50% )
93%
92%
80%
69%
50%
57%
68%
104%
102%
90%
78%
58%
57%
68%
Fonds de roulement
-38 760
-138 356
-165 470
-138 149
-1 95 698
317 260
377 605

Source : comptes annuels Experts comptables

En revanche, il apparaît que sa situation nette se dégrade de 2007 à 2011, au rythme de - 14,5 % par an, du fait de déficits répétés.

Si l’on considère la valeur de liquidation potentielle comme le total des capitaux propres, on constate un appauvrissement continu de la société du 31 décembre 2007 au 31 décembre 2012.

La SEM ESPACE a ainsi pratiquement perdu sur cette période, plus de 45 % de sa valeur, passant de 468 000 € à 257 000 €.

Une amélioration intervient en 2012 et 2013 par le retour aux bénéfices, grâce à une exécution non conforme du marché de prestations de service. De fait, cette amélioration n’apparaît pas comme pérenne.

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Elle n’est pas suffisante pour escompter une recapitalisation à hauteur du capital social de 450 000 €, d’ici au terme du marché de prestation au 7 mars 2015, après deux renouvellements.

La chambre observe que la gestion 2007-2011 de la société a placé celle-ci sur une trajectoire qui conduisait à une fin d’activité ou à un plan de redressement. Cette évolution est intervenue alors que le terme du contrat d’affermage signifiait que la ville d’Evreux devait délibérer à nouveau sur le mode gestion du Cadran.

B – Les comptes de résultat

La chambre a examiné les produits et les charges annuels, ainsi que le résultat de chacun des exercices contrôlés.

1 – Le résultat d’exploitation

Le résultat d’exploitation est négatif de 2007 à 2011. Il revient à un excédent de près de 25 000 € en 2012, et de 51 000 € dans les comptes provisoires 2013.

a – Les produits d’exploitation

Sur la période 2007 à 2011, les produits d’exploitation progressent en moyenne annuelle de 0,6 %, alors que la période 2007 à 2012 traduit une régression de 2,2 %.

Sur la période 2007 à 2011, les subventions versées par la ville ont progressé, en moyenne annuelle, de 1,5 % pour s’établir à 649 000 € en 2011. Elles représentent de 35 % à 36 % des produits enregistrés par la SEM ESPACE.

En 2012, intervient la fin des subventions d’exploitation versées par la ville d’Evreux dans le cadre du contrat d’affermage, et les premières facturations à la commune en exécution du marché de prestations de service.

Aux factures adressées à la ville d’Evreux, il convient d’ajouter des refacturations adressées à la SNEL au titre des consommations de fluides.

Quant aux recettes provenant de ce qui relève exclusivement de la location des salles et prestations, de l’organisation de manifestations culturelles et de salons, elles affichent une évolution annuelle moyenne négative de - 0,7 % entre 2011 et 2007, et négative de - 4,3 % si l’on intègre l’année 2012.

Ce dernier constat s’explique, pour partie, par le report du « salon des loisirs créatifs » d’octobre 2012 à février 2013.

De plus, il convient de préciser que, depuis la conclusion du marché de prestations de services, la SEM ESPACE ne facture plus de loyers au titre des manifestations organisées tant par la régie municipale du Cadran, que par la Scène Nationale qui bénéficie d’une convention avec la ville d’Evreux, dont la société indique n’avoir pas connaissance.

Enfin, rappelons que la SEM ESPACE conserve le bénéfice du loyer perçu auprès de la société LGD Loisirs (discothèque New World), dans le cadre d’un bail commercial qu’elle avait été autorisée à signer en application du contrat d’affermage.

Au final, l’analyse détaillée des produits et des charges met en évidence que l’amélioration constatée en 2012 ne résulte pas d’une augmentation de l’activité de la SEM ESPACE, mais de la marge qu’elle dégage sur la rémunération issue de son contrat de prestataire de services avec la ville, démarré en mars 2012.

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b – Les charges d’exploitation

Dans le même temps, l’accroissement annuel moyen des charges d’exploitation s’établit à 1,8 % sur la période 2007 à 2011, alors que l’évolution moyenne 2007 à 2012 est négative de - 2,5 %.

Ce constat résulte notamment de la disparition, à compter du 8 mars 2012, du loyer versé à la ville d’Evreux, dans le cadre du contrat d’affermage (183 240 €/an) et de la fin de la rémunération versée à la SCET, dans le cadre d’un contrat de mise à disposition d’un directeur technique (147 000 € en 2011).

A ce stade, il convient également d’évoquer le montant des dépenses d’entretien

et de maintenance qui, passant de 84 638 € en 2007 à 109 358 € en 2012, affichent une progression annuelle moyenne de 5,3 % sur cette période.

Selon la société, ce constat serait à mettre en relation avec l’absence de renouvellement des équipements et d’engagement de travaux par la ville d’Evreux, estimés entre 5 M€ et 12 M€ par la SEM, lors du CA du 22 février 2011.

Les charges de personnel (hors personnels remboursés), qui progressent en moyenne annuelle de 4,6 % sur la période 2007 à 2012, représentent de 26 % à 29 % du total des dépenses.

c – Le résultat d’exploitation

Les nouvelles conditions d’exploitation conduisent la SEM ESPACE à passer d’un déficit d’exploitation de - 89 538 € en 2011 à un bénéfice d’exploitation 2012 de + 24 780 €. Cela représente une amélioration d’environ 115 000 €.

Or, ces nouvelles conditions se traduisent par :

- le passage d’une recette de subvention sur 12 mois en 2011, à une subvention sur 3 mois et une facturation sur 9 mois en 2012 ;

- la fin du versement d’une redevance d’occupation sur les 9 derniers mois de 2012 ;

- la fin de mise à disposition de personnel du réseau SCET sur 9 mois de

2012.

Elles dégagent une ressource de 225 000 € au bénéfice de la SEM ESPACE. Cette amélioration ne se retrouve que pour 115 000 € dans celle du résultat. L’écart, soit environ 110 000 €, a été absorbé par l’évolution du différentiel sur les autres charges et produits d’exploitation.

2 – Conclusion

La chambre observe qu’il est prématuré de mesurer l’effet réel du passage d’un contrat d’affermage à un marché de prestations de service sur les équilibres d’exploitation. En particulier, les titres de régularisation émis en 2012 par la ville d’Evreux n’étaient pas provisionnés dans les comptes.

Les comptes 2012 enregistrent une amélioration du résultat beaucoup moins importante que les apports issus de la fin du contrat de mise à disposition d’un directeur technique, de la suppression d’une redevance d’occupation, et de la mise en place du marché de prestation de service.

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C – Les résultats par secteurs d’activités

Dans le cadre de ses rapports d’activité annuels, la SEM ESPACE différencie les produits engendrés par sa propre programmation de ceux provenant de programmations extérieures.

Au sein de chacune de ces composantes, la société identifie les activités qui relèvent des secteurs culturel ou économique. Il convient de préciser que suivant la SEM ESPACE, pour aucune de ces activités, ni la ville d’Evreux ni l’assemblée générale n’ont fixé d’objectif, tant en matière de fréquentation, qu’en terme de notoriété.

1 – Approche analytique

Pour chaque manifestation réalisée, la SEM ESPACE établit une balance analytique qui, en face des produits encaissés, identifie les charges spécifiques à chaque manifestation, tels que l’achat de spectacles, la publicité, la décoration, les prestations de traiteur etc.

Cette balance détermine la marge directe dégagée par la manifestation, avant répartition des dépenses de structure.

A titre d’exemple, le tableau ci-après présente le bilan de la production vendue au titre de la première année d’exécution du marché de prestation de services.

Cette présentation reprend celle retenue par la SEM dans ses rapports annuels d’activités, en regroupant toutefois les données par secteurs d’activité (culturel et économique) et non par origine de la programmation (SEM ESPACE et extérieur).

Bilan du Marché de prestation de services

08/03/2012 au 07/03/2013

 

Charges

Produits

Marge brute

Activité culturelle Programmation SEM ESPACE

359

627

472

410

112

783

329

559

325

895

-3 663

Cub Ivoire

329

559

325

895

-3 663

5 à 7

0

0

 

0

Vendredi du Jazz

0

0

0

Les + du Cadran

0

0

0

Divers

0

0

0

Programmation Extérieure

30

068

146

514

116

446

SNEL

0

7

643

7

643

Ville d'Évreux

6

826

24

407

17

580

Autres

23

242

114

465

91

222

Activité économique Programmation SEM ESPACE

146

530

366

007

219

477

60

660

82

314

21

654

Salons

59

729

45

096

-14 633

Connaissance du Monde

932

5

073

4

141

Loyers discothèque New World

0

32

146

32

146

Programmation Extérieure

85

869

283

693

197

823

Congès / Séminaires

83

655

245

339

161

684

Salons

2

215

38

354

36

139

Total

506

157

838

417

332

260

dont programmation SEM ESPACE

390

219

408

210

17

991

dont programmation Extérieure

115

938

430

207

314

269

Source : Bilan SEM MPS mars 2012 à mars 20123

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

La chambre observe que la marge sur coûts variables résulte en 2012 pour un

tiers des activités culturelles, et pour les deux tiers des activités économiques.

Elle résulte essentiellement de la programmation extérieure. La marge sur les activités programmées par la SEM ESPACE, tous secteurs confondus, n’est positive que parce qu’elle y inclut le produit du bail commercial établi avec la discothèque.

2 – Approche synthétique

a – L’orientation de l’activité

Le tableau suivant permet de résumer la décomposition de la production vendue

au cours des six exercices sous revue. Il convient de préciser que dans cette approche, la SEM ESPACE n’incorpore pas la rémunération qu’elle perçoit, à compter de 2012, au titre du marché de prestations de service, soit 499 248 € comptabilisés. En revanche, elle y inclut les loyers qu’elle perçoit au titre de la location à la société LGD Loisirs, pour la discothèque « New World » :

Production vendue

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Activité culturelle

505

584

556

778

672

160

679

953

699

360

537

594

Programmation SEM ESPACE

341

459

354

531

467

972

425

002

439

570

340

935

Cub Ivoire 5 à 7 Vendredi du Jazz Les + du Cadran Divers (remboursement CNV*)

315

340

311

883

322

548

346

984

330

812

340

935

26

119

27

569

26

203

20

996

11

418

0

0

8

603

20

889

22

731

13

846

0

0

6

476

98

332

34

291

72

388

0

       

11

106

 

Programmation Extérieure

164

125

202

247

204

188

254

951

259

790

196

659

SNEL

44

259

40

710

18

662

34

872

41

327

58

407

Ville d'Évreux

16

539

23

913

33

160

42

110

39

633

32

659

Autres

103

327

137

624

152

366

177

969

178

830

105

593

Activité économique Programmation SEM ESPACE

630

110

569

183

445

379

440

409

403

518

376

333

119

684

55

271

91

045

158

979

85

540

58

357

Salons Connaissance du Monde Loyers discothèque New World

91

488

25

109

59

885

121

927

46

989

19

155

3 529

4

570

3 696

4 532

5 651

4 780

24

667

25

592

27

464

32

520

32

900

34

422

Programmation Extérieure

510

426

513

912

354

334

281

430

317

978

317

976

Congès / Séminaires Salons

461

620

459

527

304

256

229

898

255

624

275

412

48

806

54

385

50

078

51

532

62

354

42

564

Total production vendue

1 135 694

1 125 961

1 117 539

1 120 362

1 102 878

913

927

dont programmation SEM ESPACE

461

143

409

802

559

017

583

981

525

110

399

292

dont programmation Extérieure

674

551

716

159

558

522

536

381

577

768

514

635

*Centre National de la Chanson, des Variétés et du Jazz Source : rapports d'activité SEM ESPACE

Il ressort de ces données que la part de l’activité culturelle dans la production vendue progresse. Elle en représente 63 % en 2011 contre 44 % en 2007 mais elle repasse à 59 % en 2012 avec le démarrage du marché.

A l’inverse, l’activité économique se réduit de 56 % en 2007, à 37 % en

2011 avant de remonter à 41 % en 2012. Elle repose principalement sur la programmation extérieure.

La chambre observe que les évolutions d’activités présentent un caractère

paradoxal.

En effet, le marché de prestations de service attribué par la ville d’Evreux oriente

l’activité de son prestataire vers le développement exclusif des activités économiques. Ce serait son intérêt puisque c’est de cette activité que proviennent les deux tiers de la marge.

Pourtant, la production vendue à ce titre régresse. Hors subvention d’exploitation et prix du marché de prestations, elle devient même minoritaire dans le chiffre d’affaires, à compter de 2009, et même dès 2008 si l’on en exclut le loyer de la discothèque.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

b – L’activité du personnel

Sur la période 2007 à 2012, et en évolution annuelle moyenne, la baisse du nombre de manifestations s’établit à - 1,4 %.

Le nombre de jours d’occupation des salles et halls d’exposition enregistre une régression de - 3 %.

La production vendue, hors subventions et marché de prestations, enregistre une évolution annuelle moyenne encore plus négative, de - 4,25 % sur cette même période.

Cependant, avec les subventions de fonctionnement puis la rémunération perçue au titre du marché de prestations de services, l’évolution négative annuelle moyenne du total des produits d’exploitation n’est que de - 2,2 %.

Dans le même temps, il apparaît que la masse salariale progresse, en moyenne annuelle de + 4,6 %, pour un nombre de salariés permanents inchangé jusqu’à la suppression du poste mis à disposition, et un nombre d’heures de vacataires qui régresse de - 0,9 %.

Dans ces conditions, les ratios de rendement (production vendue/nombre de jours d’occupation) et de productivité (production vendue/nombre d’ETP) sont en diminution, notamment sur les deux derniers exercices connus.

Au cours de la période 2007 à 2012, alors que le nombre de jours d’occupation décroît, la productivité par agents enregistre une baisse de - 2,74 % en moyenne annuelle et le rendement d’une journée d’occupation décroît, en moyenne annuelle de - 1,24 %.

Ratios de productivité

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

Nb. d'agents ETP y compris Directeurs généraux

14,03

13,9

14,00

14,14

14,59

12,97

 

Production vendue

1 135 695 €

1 125 962 €

1 117 539 €

1120 361 €

1 091 772 €

913 927 €

 

Nb. de jours d'occupation

181

188

175

178

179

155

 

Productivité par agents

80 948

81 004

79 824

79 233

74 830

70 465

 

Rendement par jour d'occupation

6 275

5 989

6 386

6 294

6 099

5 896

 

Source : SEM ESPACE + CRC

La chambre constate qu’il faut à la SEM ESPACE de plus en plus de jours d’occupation pour dégager le même chiffre d’affaires, mais qu’il faut de plus en plus de chiffre d’affaires pour couvrir les frais de personnel, part essentielle des frais fixes.

Dans ces conditions, le maintien d’un équilibre et d’une autonomie de gestion de la SEM ESPACE, entre 2007 et 2012, aurait nécessité, soit une amélioration de ces deux termes de rendement et de productivité, qui se sont dégradés, soit une augmentation du nombre de jours d’occupation, qui ont diminué.

VIII - CONCLUSION

Il reste certes à la SEM ESPACE de faire aboutir les améliorations engagées en matière de respect des régles de gouvernance. Mais bien davantage encore, il se pose la question d’une stratégie possible pour surmonter plusieurs difficultés.

La chambre observe que la société est confrontée à des problèmes de marges d’exploitation dont la dégradation est à l’origine des déficits.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

Ces difficultés ont causé une forte diminution de la valeur de liquidation de ses actions, ce qui constitue un handicap pour l’avenir.

La société se trouve confrontée à des problèmes de visibilité à moyen terme quant au devenir du marché de prestations de service qui lui a été attribué, et quant à son positionnement entre activités économiques et activités culturelles.

Enfin, l’analyse des termes de ce marché et des modalités suivant lesquelles il est mis en œuvre, malgré certains correctifs qui paraissent engagés, l’exposent toujours à des risques juridiques.

Rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Basse-Normandie, Haute-Normandie sur la gestion de la socié d’économie mixte d’exploitation de l’espace de culture et de communication de la ville d’Evreux (SEM ESPACE)

ANNEXE

Tableau de l’évolution des flux financiers entre la SEM ESPACE et la ville d’Evreux

Mouvements financiers SEM ESPACE€€€€ ville d'Évreux (du point de vue de la SEM)

           

2013

2007

2008

2009

2010

2011

2012

provisoire

Total (selon rapports d'activité sauf précision contraire)

466 149

480 394

528 970

533 916

534 482

1 077 907

727 861

En tant que Fermier

Subvention d'exploitation reçues de la Ville

612 000

612 000

649 300

649 300

649 300

119

360

0

Loyers versés à la Ville Indemnisation reçue de la Ville au titre des biens de retour

-183 240

-183 240

-183 240

-183 240

-183 240

-33 728

0

 

455

440

0

En tant que Prestataire de services

Recettes reversées à la Ville

             

Facturation perçue auprès de la Ville

         

499

248

692 000

 

Facturation de prestations à la Ville (balance analytique) Nombre de jours d'occupation correspondant Participation 5 à 7 (bilans manifestations SEM ESPACE) Participation Vendredi du Jazz (bilans manifestations SEM ESPACE) Participation Club Ivoire (bilans manifestations SEM ESPACE)

23

171

31

729

33

052

41

089

51 155

34 536

32 794

En tant que "Fournisseur"

7

14

11

20

 

20

 

18

17

14

218

17

062

17

062

12

796

7

109

0

0

0

2 844

12

796

12

796

7

109

0

0

 

0

 

0

0

1 175

3

049

3 051

3 067

Source : SEM ESPACE