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FÉVRIER 2015 / n°204 / 1,70 € Comment construire l’avenir ? Les médias vous ont rebattu les oreilles de l’élection législative partielle dans le Doubs pendant la semaine qui a précédé le premier tour du 1er février. C’est au lendemain de ce premier tour que j’écris cet édito. Vous trouverez quelques échos de la campagne à l’intérieur de La Feuille Verte. Cette élection s’est vue percuter par les attentats de début janvier. De l’élection on retiendra un taux d’abstention écrasant, plus de 60 % : notre démocratie est malade. Le Front national arrive en tête, avec une candidate qui n’a pas fait de campagne de terrain, qui habite à 120 km du Pays de Montbéliard et qui n’a aucune proposition concrète : les votes qui se portent sur elle sont des votes de refus des autres partis, pas des votes d’adhésion. Le candidat socialiste se qualifie pour le second tour mais en perdant 55 % de ses voix de 2012. Ces 9 000 voix perdues forment l’essentiel des nouveaux abstentionnistes. J’ajouterai que de nombreuses personnes rencontrées pendant la campagne disait « Je voterais bien pour vous mais j’ai peur du Front National ». Alors bien sûr, on pourra retrouver un peu de baume au cœur : le candidat écologiste est le seul qui conserve ses électeurs. Il voit son score passer de 1,99 % à 3,11 %. Cela n’effacera pas que le désarroi est grand. Les votes d’adhésion, les votes constructifs sont très minoritaires. Les attentats de début janvier commencent à s’effacer de l’actualité. Ils sont encore très présents dans cette Feuille Verte. Normal, parce que les victimes de Charlie sont nos amis, nos compagnons de route. Normal aussi parce qu’ils ont provoqué un vrai choc parmi nos concitoyens. Normal enfin parce que l’élan des manifestations qui ont suivi ont créé un espoir : l’espoir d’une unité nationale qui permet de trouver la force nécessaire à changer notre société ; toutes proportions gardées, un élan comparable à celui qui est né à la sortie de la seconde guerre mondiale. Mais cet élan n’aura sans doute été qu’un feu de paille. Ces évènements omniprésents dans les premiers jours de la campagne ont été très vite récupérés par les candidats. Alors oui, comme je le disais au début, notre démocratie est malade. Nous sommes sans doute un des seuls espoirs, c’est en tout cas ce que nous avons observé pendant cette campagne. Nous pouvons être un point de cristallisation des femmes et des hommes qui ont envie de changer le monde, des hommes et des femmes qui sont proches de nous dans leurs engagements politiques, proches de nous dans leurs engagements associatifs, proches de nous dans leur vie de tous les jours. Ouvrons notre parti, ne craignons pas la dilution de nos idées, créons des convergences, c’est sans doute comme cela que nous construirons l’avenir. Je terminerai par notre slogan de campagne : J’ose croire que nous pouvons changer le monde ! Bernard Lachambre Cosecrétaire EELV-FC Candidat à l’élection législative partielle du Doubs Sommaire P 1 : Edito P 2 : Pays de Montbéliard. Législative partielle P 3-4-5 : Législative partielle : paroles d’écologistes P 6 : Ciao, oncle Bernard ! P 7-8 : Y-a-t-il une recrudescence de l’antisémitisme ? P 9-10-11 : Laïcité P 12 : Lettre à Mme Latifa Ibn Ziaten P 13 : Syriza entre rêve et réalités P 14 : La victoire de Syriza fait renaître l’espoir en Europe P15-16 : Drôles de drones P 16-17 : Une abeille royale et une Royal pas piquée des hannetons P 18-19 : Big brother, usine du futur, coopération et révolution photovoltaïque P 20-21 : Un mois, émois, et moi P 22-23 : J’essuie Charlie P 24 : Bulletin d’adhésion Pays de Montbéliard LÉGISLATIVE PARTIELLE QUELQUES RÉSULTATS Participation : 39,56 % Abstention : 60,44 % 2 Frédéric BARBIER PS 28,85 % 7416 voix Charles DEMOUGE UMP 26,54 % 6824 voix Sophie MONTEL FN 32,60 % 8382 voix Vincent ADAMI FDG 3,66 % 941 voix Bernard LACHAMBRE EÉLV 3,11 % 799 voix Discours d’Emmanuelle COSSE lors du meeting du 26 janvier 2015 à Seloncourt. De gauche à droite : Daniel FEURTEY, Anna MAILLARD, Alain FOUSSERET, Bernard LACHAMBRE, Éric ALAUZET, Odile JOANNES Photos : credit@SimonDaval.fr Pays de Montbéliard LÉGISLATIVE PARTIELLE : PAROLES D'ÉCOLOGISTES La Feuille Verte reproduit ci-après de larges extraits des allocutions prononcées, lors du meeting du 26 janvier (en présence d'Emmanuelle Cosse et d'Éric Alauzet), par nos deux candidats, Bernard Lachambre et Anna Maillard. Les élections législatives partielles ne mobilisent généralement pas les foules. Mais celle-ci a un retentissement important, par son rapport avec les événements récents - c’est la première après l’attentat contre Charlie Hebdo (1) -, par son origine (la démission de Pierre Moscovici), mais aussi du fait de la situation locale. Sochaux, deuxième site industriel de France avec encore 11 000 employés, n’est plus en mesure de fournir un emploi à tous les habitants du Pays de Montbéliard. Le chômage dépasse les 13 %. Les questions du chômage et de l’emploi auront été omniprésentes dans nos rencontres avec les habitants ; il en a sans doute été de même pour les autres candidats … du moins ceux qui sont allés à la rencontre des électeurs ! de pollution. Une pollution due pour une part importante au trafic routier. Au pays de l’automobile, la question est sensible et la pollution par les véhicules diesel inquiète. Enfin, troisième thème abordé : le bien-vivre ensemble et la défiance envers le monde politique. Sept quartiers ANRU (2) parsèment le Pays de Montbéliard, dont quatre dans notre circonscription. Ils ont été construits à la va-vite il y a 40 ans pour répondre au besoin de main-d’œuvre de la filière automobile. 3 D’autres questions nous ont été aussi fréquemment posées, tournant autour de l’environnement. Le Doubs, qui arrose Audincourt, est malade. Au printemps dernier, le préfet a interdit la pêche dans le Dessoubre, un affluent du Doubs, classé il y a quelques années seulement comme l’une des plus belles rivières de France. 1 500 habitants de notre région se sont mobilisés le 17 mai 2014 à Saint-Hippolyte pour dénoncer des règlementations trop laxistes ou non appliquées dans les domaines de l’agriculture, de l’assainissement, de la filière bois, etc. Autre question environnementale : la pollution de l’air. L’Aire Urbaine Belfort-Montbéliard est un des 25 territoires français qui ont dû mettre en place un Plan de Protection de l’Atmosphère pour lutter contre les pics Aujourd’hui, les opérations de rénovation urbaine ne suffisent pas à panser les plaies ouvertes par la dégradation du bâti, la hausse des charges de chauffage, le manque d’équipements publics dans certains lieux, le manque de perspective pour des habitants en proie aux difficultés économiques, etc. Et à ces problèmes concrets rencontrés par une part croissante de la population s’ajoute une inquiétude plus sourde pour l’avenir, inquiétude renforcée par le manque de lisibilité du message donné et par le défaut d’analyse de la crise qu’offre la majeure partie du monde politique. Nos concitoyens perçoivent plus ou moins clairement que notre modèle social, basé sur la croissance et l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles, va dans le mur. Alors, bien sûr, il va falloir changer, il va falloir faire des efforts ; mais quel est l’objectif et comment cet effort sera-t-il réparti ? Nos propositions, elles, sont ancrées dans le réel et peuvent apporter dès maintenant des solutions aux difficultés rencontrées par nos concitoyens ; elles s’appuient sur une analyse de notre modèle social et économique pour proposer des solutions viables sur le long terme. Penser globalement, agir localement ! Le dérèglement climatique ne fait plus débat. Nous savons que l'augmentation des températures moyennes sera au mieux de 2°C en 2100, au pire de 6°C, ce qui serait une catastrophe. Nous avons vécu cette année en France un nombre d’ « épisodes cévenols » sans précédent. En 2015, se tiendra à Paris la conférence mondiale pour le climat (COP21). Des engagements seront pris à l’échelle mondiale, et certains le sont déjà au niveau européen et en France dans le cadre de la loi pour la transition énergétique - loi largement travaillée et enrichie par les députés écologistes. Concrètement, sur notre territoire, cela doit se traduire par des économies d’énergie dans le chauffage des bâtiments, par le développement des transports en commun et des modes doux de déplacement, par la production d’énergies renouvelables. Au cours de mon mandat comme vice-président de PMA (Pays de Montbéliard Agglomération), j’ai pu mettre en place un guichet unique pour la rénovation énergétique des bâtiments, et cela avant l’adoption de la loi ALUR, conduite par Cécile Duflot, alors ministre de l’Égalité des territoires et du Logement. Le respect de l’engagement pris par le Conseil régional ramené à notre territoire, c’est au moins 750 emplois directs par an pendant 30 ans et, en bonus, la réduction des charges de chauffage, donc plus de pouvoir d’achat. Les aides des pouvoirs publics doivent être en cohérence avec ces objectifs. 4 J’ai aussi œuvré pour un ambitieux programme de pistes cyclables. Ce n’est pas encore parfait, loin de là, mais ces six dernières années, de gros progrès ont été faits. J’ai argumenté pour une extension de la plage horaire de fonctionnement des bus urbains et j’ai obtenu gain de cause. Citons encore l’étude que j’ai pilotée sur le potentiel d’énergie hydroélectrique de notre territoire. Ces différentes actions sont bonnes pour la planète, bonnes pour l’emploi et bonnes pour le porte-monnaie de chacun. Parlons du nucléaire. La centrale de Fessenheim est à moins de 60 km de chez nous à vol d’oiseau. Elle est construite sur une faille sismique. Un accident nucléaire n’est pas exclu et même les autorités nucléaires ne le contestent plus. En cas d’accident similaire à celui de Fukushima, le Pays de Montbéliard, mais aussi Belfort, Bâle, Colmar, Fribourg devraient être évacués pour des années, voire des dizaines d’années. L’association de scientifiques Négawatt propose un scénario de sortie progressive du nucléaire, sans recours massif aux énergies fossiles produc- trices de gaz à effet de serre. Citons un exemple très concret : la création, il y a quatre ans, d’une coopérative citoyenne (ERCISOL) de production d’énergie renouvelable en Franche Comté, une des premières de France. Nous soutenons ce scénario créateur d’emploi et bon pour l’environnement. Sortir du nucléaire, c’est possible ! La demande d’aliments bio augmente et la production française ne suit pas. Notre horizon dans le domaine de l’agriculture : rétablir une alimentation saine, redonner sens au métier d’agriculteur, protéger les ressources naturelles et revivifier les territoires ruraux. Le Pays de Montbéliard est au départ un pays agricole, il a vu naître la vache montbéliarde et, il y a moins de 50 ans, des maraîchers entouraient notre agglomération. Si l’on s’éloigne un peu, on sait que les agriculteurs produisaient bien sûr du fromage, mais qu’ils élevaient aussi quelques cochons avec le petit lait et diversifiaient leur production. Les soutiens à l’agriculture doivent être orientés en direction de la production bio, qui crée plus d’emplois et préserve l’environnement. Les aides doivent être données en fonction du nombre d’emplois et non en fonction du nombre de litres de lait ou de tonnes de céréales produits. Terminons par les questions de sécurité : c’est d’actualité après les attentats de début janvier. La réponse du tout-sécuritaire est souvent la plus facile à mettre en œuvre. C’est aussi celle qui répond directement à la demande de nombre de nos concitoyens. Cette demande est légitime et des réformes doivent être entreprises pour éviter que ne se reproduisent des actes terroristes. Dans nos communes aussi, le sentiment d’insécurité existe et la tentation de la réponse sécuritaire est grande. Nous savons que, si elle peut être efficace à court terme, elle ne l’est pas à long terme. Pour répondre sur le long terme, il faut aussi mener des actions d’éducation, remettre des concierges dans les immeubles, qui connaissent les habitants, qui sont les plus à même de lutter contre ces petites incivilités qui nuisent au bien-vivre ensemble. Il faut donner plus de moyens aux conseils de quartier et mieux écouter la parole des habitants. J’ose croire que nous pouvons changer le monde ! Bernard Lachambre (1) « Ces actes immondes portent atteinte aux valeurs fondamentales de notre démocratie et de la République, notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté de pensée. » (Communiqué de presse d'EÉLV) (2) Agence nationale pour la Rénovation urbaine. Pays de Montbéliard : suite Toute mesure gardée, je suis un peu un résumé de l'histoire de l'Aire urbaine. Je suis issue de la rencontre des immigrations ukrainienne, polonaise, allemande et suisse. J'ai 33 ans. Je suis née à Belfort, ai grandi à Hérimoncourt. J'ai travaillé à Montbéliard, Belfort, Béthoncourt, Audincourt. Je vis près d'Héricourt pour ensuite m'installer à Écot. Je prône depuis longtemps la protection de la nature mais j'ai choisi de rejoindre l'écologie politique quand j'ai compris que l'on ne peut pas mettre la nature sous cloche, comme dans un sanctuaire. Les hommes ont besoin de vivre, de produire, de consommer avec mesure, de façon « soutenable » par notre terre. Car, quand nous le faisons mal et trop fort, cela nous revient dans la figure comme un boomerang : changement climatique, pollution, maladies, misère... On le voit, une société plus écologique est possible, et elle constitue un vivier d'emplois de transition industrielle, avec des postes de tout niveau de qualification, ici et maintenant ! À conditions que les pouvoirs publics soutiennent notre tissu de l'économie sociale et solidaire et nos PME. Ce soutien, nous pouvons le souhaiter et l'attendre ; nous pouvons aussi le créer nous-mêmes. J'ai choisi de rejoindre et de soutenir EÉLV afin que de plus en plus d'élus écologistes entrent dans les conseils municipaux, les conseils régionaux, les agglomérations et, bien sûr, soient encore plus nombreux à l'Assemblée nationale pour écrire les lois ! Je sais que des gisements d'emplois importants existent pour produire mieux et donner du travail à tous ; je collabore d'ailleurs bénévolement à deux structures de l'économie sociale et solidaire : - À Bavans, nous produisons des légumes en agriculture biologique, en accompagnant des chômeurs vers un nouvel emploi. - Près de Valentigney, les équipes en parcours d'insertion traitent, dépolluent, chaque mois, 700 tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques. Une partie des composants pourront être réutilisés : c'est ce qu'on appelle l'économie circulaire. Photos : credit@ SimonDaval.fr Alors, les écolos au pouvoir ? « Nous ne savions pas que c'était impossible, alors nous l'avons fait ! » (Mark Twain) Anna Maillard Suppléante de Bernard Lachambre 5 Hommage à un économiste critique CIAO, ONCLE BERNARD ! Bernard Maris était économiste, professeur, mais aussi chroniqueur à France-Inter et à Charlie Hebdo, où il signait sa rubrique « Oncle Bernard ». Il est mort le 7 janvier assassiné avec ses copains de Charlie, tous victimes de la haine et de l'obscurantisme. Aussi bien à Charlie qu'à France-Inter, où il croisait le fer avec Dominique Seux qui, lui, défendait la doxa libérale, Bernard a été un résistant à la vague néolibérale qui a déferlé sur le monde à partir des années 80. 6 Pour contrer le TINA (There is no alternative) de Thatcher et Reagan, repris ensuite par Chirac, Sarkozy et maintenant par Hollande, il s'appuyait en partie sur les théories de Keynes, l'inspirateur de l'État providence, du New Deal d'après la crise de 1929 et de la régulation. Ce que l'on sait moins, c'est qu'il était écolo et qu'il avait été candidat des Verts aux élections législatives de 2002, dans le 10e arrondissement de Paris, réalisant un joli score de plus de 10 %. Dans ses chroniques sur France-Inter, il dénonçait souvent le mythe du retour à la croissance et il était partisan de la semaine de 32 heures. Encore merci pour ta contribution à la vulgarisation d'une économie au service de l'humain. Ciao, oncle Bernard ! Gérard Mamet. C'était un pédagogue, un vulgarisateur de l'économie qui savait aussi utiliser l'humour et la dérision. Il contestait le caractère scientifique des théories économiques, considérant que c'était avant tout des idéologies. Il avait écrit un livre en deux tomes, l'Antimanuel d'économie, pour contrer les théories libérales. Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté (14, rue de la République, 25000 Besançon) Directeur de publication : Gérard Roy Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet, Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot CPPAP: 0518 P 11003 Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine Après les attentats de Paris Y A-T-IL UNE RECRUDESCENCE DE L'ANTISÉMITISME ? Après les odieux assassinats de 2012 dans une école juive et ceux de janvier 2015 à l'Hyper Cacher à Paris, la question se pose. Au moment où l'on commémore le 70e anniversaire de la libération des camps de concentration, il est nécessaire de rappeler, encore et encore, les horreurs absolues engendrées par le racisme et l'antisémitisme. Il faut néanmoins se garder des interprétations erronées et des comparaisons simplistes. L'antisémitisme classique est en net recul Voici ce que dit le sociologue Michel Wieviorka : « L'antisémitisme classique, nationaliste, catholique, a régressé. La France de droite est beaucoup moins antisémite qu'il y a cinquante ans. Et l'État français condamne tout acte qui s'en réclame, sans hésitation ni faiblesse. Je ne crois pas que nous assistions à une vague généralisée d'antisémitisme, mais il ne faut pas minimiser son expansion dans certains secteurs de la société. » Globalement, dans la société française, il n'y a plus grand monde pour assimiler les Juifs au « peuple déicide », comme ce fut longtemps le cas dans les milieux catholiques conservateurs. Dans les années 60, Vatican II a permis à l'Église catholique de rompre définitivement avec cet enseignement. Le discours de De Gaule du 27 novembre 1967, après la guerre des Six Jours, parlant des Juifs (1) comme d' « un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur », serait aujourd'hui tout simplement impossible. On peut donc dire que la société français s'est très largement débarrassée de son antisémitisme « historique ». Et même dans les milieux de l'extrême-droite française, les relents d'antisémitisme deviennent de plus en plus marginaux autour de Jean-Marie Le Pen et d'Alain Soral. La cible « bouc émissaire », ressort traditionnel de l'extrême droite et des populistes, s'est déplacée vers l'immigration et les musulmans. Un islamisme obsessionnellement antisémite Cette formule est aussi de Michel Wieviorka. Dans l'immigration arabo-musulmane, « certains membres s'identifient à la cause palestinienne, avec le raccourci : les Palestiniens sont opprimés par Israël, et Israël c'est les Juifs. Une frange minoritaire verse dans l'islamisme radical, obsessionnellement antisémite. » Internet joue un rôle considérable dans le développement de cet antisémitisme-là, en permettant aux auteurs de ce genre de discours d'échapper à la loi, qui traite les propos antisémites comme des délits. Et il ne s'agit pas de minimiser ce phénomène qui a conduit encore récemment à des assassinats de juifs parce qu'ils étaient juifs. Il faut sans cesse réaffirmer que rien ne peut justifier ces crimes et les idéologies qui les sous-tendent. L'étrange complicité de Netanyahou avec les islamistes Mais nous sommes devant une grave difficulté pour faire reculer cette nouvelle forme d'antisémitisme, parce qu'il y a une complicité, de fait, entre les islamistes et la droite dure israélienne de Netanyahou et ses correspondants français du CRIF (2). Ils font le même amalgame : juif = sioniste ou sioniste =juif (3), et participent à une forme d'escalade qu'il est difficile de contrer. On l'a bien vu au moment des bombardements de l'armée israélienne sur Gaza au cours de l'été 2014. Délibérément, toute critique de l'attitude 7 criminelle de Tsahal envers les civils palestiniens était assimilée, par Israël ou par des gens comme Arno Klarsfeld, à de l'antisémitisme. Pire, le CRIF a organisé des manifestations de soutien à l'armée israélienne et donc à ses exactions. Pas étonnant dans ces conditions que certains jeunes des cités se retrouvent empêtrés dans cette confusion, si savamment et si délibérément entretenue. D'ailleurs les discours pro-israéliens irresponsables de Hollande et de Valls à propos de Gaza, pendant l'été 2014, portent aussi une lourde responsabilité dans le développement de cette confusion. La solution était pourtant simple : rappeler le droit, pas simplement celui d'Israël de se défendre, mais aussi celui des Palestiniens à disposer d'un État, et l'affirmation que l'occupation des territoires palestiniens et le blocus de Gaza sont illégaux au regard des lois internationales. Le massacre de civils par des tanks et des avions serait-il moins criminel que celui utilisant des roquettes artisanales ou des kalachnikovs ? Il a fallu des centaines de victimes civiles pour que Hollande reviennent en partie sur son soutien à Netanyahou. Méfions-nous donc des pompiers pyromanes… 8 Comme cela a été dit ailleurs, l'islamisme radical, antisémite et criminel se développe sur le terreau favorable de la pauvreté, de l'échec scolaire, des ghettos, du rejet, des discriminations, de l'islamophobie ambiante. Mais l'absence de solution de la question palestinienne joue aussi son rôle, par cette impression de deux poids, deux mesures qui contribue au sentiment d'injustice et de frustration dans la population française d'origine arabe, spécialement chez les jeunes. Une des clés est donc l'application de la justice internationale, avec la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967. À nous aussi de faire le travail pédagogique nécessaire contre tous les amalgames, en dénonçant sans relâche tous les racismes et en particulier, avec la même fermeté, l'antisémitisme et le racisme antimusulman. Gérard Mamet (1) La citation complète est : « Certains redoutaient même que les Juifs, jusqu'alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tout temps, c'est-àdire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur, n'en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu'ils formaient depuis dix-neuf siècles. » (2) Conseil représentatif des Institutions juives de France. À l'origine Conseil représentatif des Israélites de France. D'où le sigle. Le CRIF, qui ne peut pas prétendre représenter tous les Juifs français, fonctionne trop souvent comme une officine de propagande de l'État d'Israël. (3) Rappelons que le sionisme est une idéologie politique de type nationaliste, qui est à l'origine de la création de l'État d'Israël. Cette idéologie est contestée, par exemple, par l'UJFP, l'Union juive française pour la Paix, qui la considère comme raciste et qui pense que les idées sionistes sont à l'origine de la colonisation des territoires palestiniens et des formes d'apartheid qui en découlent. Sur ce sujet, on peut lire le livre de Pierre Stambul, de l'UJFP : Le Sionisme en question, éditions Acratie, septembre 2014. Laïcité Cette contribution est la reprise d’un texte rédigé en 2004 autour des débats liés à la loi sur le voile. Proviseuradjoint dans un lycée de province, je voulais d’abord affirmer que les perspectives d'application de la loi sur le voile ne me réjouissaient pas du tout. Pour ne pas en rester à un simple sentiment, je voulais donc mettre en débat deux ou trois choses que je pense sur le sujet et qui trouvent dans les événements du début janvier une prolongation à la fois tragique, si on pense au drame des 7 et 9 janvier, et presque encourageante, si on pense aux mobilisations des 10 et 11. Question du voile au début des années 2000, égalité hommes-femmes, laïcité, intégration : toutes ces questions s’entrecroisent. Puisqu’il faut bien partir de quelque part, je choisis l’intégration ; pour faire simple : entre communautarisme et assimilation, peut-on trouver une voie médiane ? Sur cette question, deux attitudes s'opposent : Celle de la fermeture, autour du repli identitaire « français-républicain » ; je veux parler ici non pas des communautarismes, sur lesquels je reviendrai, mais de celui qui cherche à identifier une communauté « dominante » dans la société française. Communauté qui se serait fabriquée au fil des siècles, autour d'éléments culturels partagés, y compris la valeur « laïcité », cette quasi-exception française ; dans cette perspective, on demande, gentiment ou pas, à tous ceux qui viennent d'ailleurs de bien vouloir se plier à cette identité. Consigne : l’étranger, celui qui arrive, doit s’adapter. L'autre attitude est celle de l'ouverture, plutôt choisie par les écologistes, qui permet, voire valorise, l'expression des différences culturelles, sources d'enrichissement et considérées comme autant de supports à l’intégration : la République française s’enrichit des apports successifs. Consigne : pour accueillir les nouveaux, il faut aussi adapter au préalable la société pour leur faire une place. La difficulté, assez française encore une fois, est que nous valorisons en même temps deux principes : l'idée qu’il existe des valeurs universelles, partagées par tous, qui conduisent donc « naturellement » à des formes d’uniformisation, avec tous les risques que cela comporte si on pousse l’exigence au delà des seuls principes et qu’on l’applique aux comportements. Le risque, c'est le totalitarisme ; et par ailleurs, l'hyper-valorisation des particularismes. Certains qui affirment parfois ne pas aimer le « communautarisme » sont les mêmes qui défendent (de mon point de vue, à raison) le respect et le droit à l’existence des communautésethnies-peuples-nations (comme on parle de nation cheyenne et pas de nation française)nationalités-tribus-etc., surtout quand elles apparaissent très homogènes, et par ailleurs qu’elles ont disparu ou qu’elles sont en danger. Exemples : - Qui n’a pas le souvenir de Tristes Tropiques, ou des Derniers Rois de Thulé ou même du Cheval d’orgueil, et de ce sentiment extraordinaire de découvrir l’existence de mondes différents et de s'en enrichir ? - Qui n’a pas été fasciné par les 150 nationalités « redécouvertes » avec la fin de l’URSS, et pour certaines (les Tchétchènes par exemple) objets de combats néo-coloniaux ? - Qui ne rêve pas de voir reconnue la réalité des ethnies (c’est un mot consacré mais ambigu) en Afrique et ailleurs pour démonter le partage de territoires selon le modèle de l’Étatnation ? J’arrête là cette liste, qu’il faudrait compléter d’une mosaïque bigarrée de Gagaouzes, Cris, Toucouleurs, Aborigènes, Maorais, Corses, etc., pour montrer la richesse infinie de nos appartenances et 9 pour défendre une sorte de droit à la diversité sociopolitique. Tout cela paraît peut-être éloigné de la laïcité, mais c’est tout le contraire. Parce que tout le problème consiste, dans la situation qui est la nôtre, à faire vivre tout ce petit monde ensemble et sur un même territoire, alors même que, dans nos têtes, par facilité intellectuelle (mais pas seulement), nous avons pris l’habitude de concevoir chacun de ces territoires comme autant de surfaces homogènes. De là vient la folie de la purification ethnique : un peuple (je fais l’impasse sur la définition), une organisation (État ou autre), un territoire. Je n’oublie pas ce que je viens de dire plus haut : cette homogénéité a quelque chose de fascinant. Mais depuis longtemps, les hommes bougent et doivent s’arranger entre eux sur une même surface, le plus souvent limitée par des frontières qu’ils ont tracées euxmêmes. Pour vivre ensemble, il faut se respecter, accepter des compromis ; tout cela est d’ailleurs ressenti de façon variable selon que l’on fait partie du groupe des dominants ou des dominés… 10 En France, ce vivre-ensemble est plutôt fondé sur le principe de ce qu’on appelle, faute de mieux, l'intégration. Dans beaucoup d’endroits dans le monde, on juxtapose, selon des formules et des fortunes diverses. Je ne développe pas cet aspect, mais de ce point de vue, les empires ont quelquefois des avantages... Notre problème, c’est la prise en compte de la durée, qui dépend pour une large part du degré de différence entre ceux qui sont « déjà là » et ceux qui arrivent ; mais c’est aussi la mauvaise prise en compte des contextes particuliers de chaque vague d’immigration (contextes coloniaux et/ou économiques, par exemple pour les immigrés les plus récents). On a tous entendu dire que l’intégration était une question de génération et qu’il suffisait d’attendre… Je pense pour ma part qu’il faut commencer à accepter que plusieurs identités peuvent et doivent coexister simultanément et sur une longue période. Commencer à accepter aussi que ceux qui viennent d’arriver peuvent et doivent vivre plusieurs identités superposées. Physiquement, ça peut paraître impossible, mais mentalement, la géographie des individus peut comporter plusieurs territorialités recomposées. Pour le dire simplement : on vit à la fois dans sa banlieue et dans le village de ses parents ou arrière-grands-parents. En marquant les territoires de façon tranchée, on empêche la confrontation par frottement, par empathie progressive. J’ai connu un lieu et une époque où l’École permettait l’expression des identités, y compris religieuses, et cela dans le respect de la laïcité. Mais il fallait pour cela que les uns et les autres aient accepté de ne pas pratiquer une laïcité « anti-cléricale », mais une laïcité « tolérante ». Ce n’est pas facile, parce qu’intellectuellement, l’idée même de religion, peut paraître inacceptable. C’est l’opium du peuple, c’est le refus du monde réel, etc. Mais il faudra aussi revenir sur « l’émotion religieuse » elle-même, parce qu’aujourd’hui un grand vide existe pour les jeunes sur cette inévitable question du sens de la vie. Je propose donc qu’on tempère un peu ce combat ultra-positiviste qui voudrait que cette aliénation disparaisse ici et maintenant. Notre boulot, me semble-t-il, est d’engager le débat, sur ce terrain, avec plusieurs objectifs : - démonter les mécanismes de peur, qui nourrissent les intégrismes et qui donnent du poids aux agitateurs dont le projet politique est dangereux ; - proposer d’autres discours, montrer d’autres pistes, identifier, en les analysant, les processus de l’aliénation. Mais, dans le cadre de ce débat, pas d’anathèmes. Tous les professeurs et éducateurs savent faire ça, pour peu qu’on les rassure sur la légitimité de l’entreprise. Combien d’instituteurs anticléricaux, combien de professeurs d’histoire-géographie incroyants ont su, dans le respect des consciences des élèves, non seulement expliquer l’histoire des religions (ce qui est bien, mais insuffisant), mais aussi montrer les éventuels risques et impasses de telle ou telle position dogmatique. J’ai pu mesurer professionnellement combien on peut dédramatiser une situation créée par des demandes manifestement ostensibles d’élèves musulmans (sur le ramadan, sur les fêtes, sur la piscine…) parce que, dans la discussion, on peut introduire quelques connaissances (même modestes) sur l’islam. Quelle surprise, et souvent quelle reconnaissance de leur part lorsque quelqu’un, pourtant non musulman de culture, a simplement accepté, à l’école, de parler de religion. Il n’en suffit pas plus pour que, souvent, le soufflé retombe de luimême. Attention, je ne suis pas naïf ; face à une volonté affichée de perturber, plus massive, plus construite, il faut aussi envisager d’autres solutions, mais qui seront globalement de même nature. Un mot encore sur ce point. La religion catholique, qui a dû s’adapter, s’est en quelque sorte laïcisée : elle a cessé globalement en France d’être messianique et de vouloir évangéliser à toute vapeur ; pour la religion protestante et la religion juive - et l’association n’est pas fortuite -, on pourrait dire que les choses étaient fixées au départ : la pratique religieuse est une affaire privée (bien sûr je ne parle pas du judaïsme en Israël) et la religion se construit aussi à travers la rationalité (pardon pour les caricatures). Il en va autrement pour l’Islam qui, entre autres différences, ne s’est jamais confronté à la notion de laïcité. (Sans doute quelque spécialiste trouvera-t-il des exceptions, Tunisie ou Turquie, mais l’exemple de l’Irak sera à manipuler avec précaution.) Si l’on n’admet pas que, pour un certain temps au moins, le religieux et le non-religieux seront structurellement liés, non seulement chez les musulmans croyants, mais aussi chez les non-croyants de culture islamique, alors on aura du mal à avancer. Pour approcher cette réalité, j’invite les uns et les autres à regarder le fonctionnement des orthodoxes, pourtant chrétiens eux aussi, pour comprendre la difficulté d’une séparation entre le religieux et le non-religieux, au moment même où ils sortent, dans l’ex-monde communiste, d’une situation théorique de non-reconnaissance et de laïcité imposée. Je souligne enfin que cette association des deux, cette confusion « sphère publique-sphère privée » affichée au grand jour, remue (interpelle !) de nombreux chrétiens : ils peuvent légitimement se dire qu’ils sont battus sur leur propre terrain, non seulement celui de la foi, mais peut-être surtout celui de la pratique et des règles de vie qui en découlent. Dans une époque et une société à la recherche de repères, il y a en effet de quoi douter… Séparer le public et le privé ne se fait pas en un tour de magie, surtout quand on a terriblement envie de montrer qu’on existe, qu’on commence à sortir la religion des caves et des ghettos, et qu’on veut exprimer aussi un peu de liberté. Claude Mercier 11 Comment recevoir La Feuille Verte ? Pour les non adhérents à EELV, dans les bonnes résolutions que vous avez prises pour 2015, n’oubliez pas de vous réabonner à La Feuille Verte. C’est le moment !  Vous n’êtes pas adhérent d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté ? Et du même coup, vous ne recevez pas systématiquement La Feuille Verte, le mensuel des écolos comtois ? Abonnez-vous ! Réabonnez-vous! Et faites abonner les gens autour de vous ! Ainsi, vous serez sûr de ne rater aucun numéro, et cela pour la modique somme de 16,00 euros seulement (11 numéros par an). Nom : ………………………………………. Prénom : …………………………………………………... rue : ……………………………………………………………………………………………………………………. CP : ……………………  Ville : …………………………………………………………………………………. Chèque à l’ordre d’EELV-FC, à adresser à : EELV-FC — 14, rue de la République — 25000 Besançon Après les rassemblements du 11 janvier LETTRE À MME LATIFA IBN ZIATEN En ces jours de tristesse et de deuil, parmi tous ces visages qui ont pu incarner quelque chose d'une République que nous célébrons autant que nous la cherchons, j'ai retenu le vôtre. Vous faisiez face au père de Yoav Hattab, jeune juif mort dans l'attaque sanglante de la porte de Vincennes. Vous ne lui avez pas témoigné de cette compassion un rien de circonstance, un rien condescendante ; vous avez partagé sa douleur, qui était aussi la vôtre, au-delà de toute appartenance religieuse. Mère, française, républicaine et musulmane, ainsi vous êtes-vous présentée : mère meur- 12 trie, à jamais inconsolable d'un fils lui aussi assassiné (1) ; française et républicaine jusqu'au bout du voile, si j'ose écrire, ce voile porté sans ostentation qui encadre votre visage et souligne votre regard lumineux ; musulmane ensuite, sans colère, attentive à cette souffrance insupportable qu'engendrent la violence et la folie. Comment ne pas entendre votre désarroi et votre espérance ? Comment ne pas se laisser saisir par votre profond désir de république ? Par votre témoignage, par la douceur des mots, par la force de vos convictions énoncées dans le respect de ceux qui vous écoutent, j'ai été saisi d'une émotion vive et intense : je vous ai vue en cet instant symboliser à votre manière quelque chose de la République. Je ne suis pas antireligieux, même si le bourrage de crâne de l'enfance aurait pu me rendre anticlérical jusqu'à la caricature, mais les religieux m’insupportent lorsqu'ils prétendent m'imposer leur manière de vivre, de penser et d'aimer ; les religieux m'exaspèrent lorsqu'ils ambitionnent de faire de leur vérité la vérité de tous. Loin des fanatiques de tous bords prêts au nom de Dieu à dénier à autrui le droit de penser par luimême, vous avez su rappeler que votre croyance vous aidait à faire face au monde sans en faire une arme de combat, ce que je respecte infiniment. Quand d'autres plantent leur déraison, leurs assurances divines, leurs vérités révélées dans le pacte républicain, vous avez parlé avec le cœur et la raison, sans haine, sans chercher à abolir le point de vue d'autrui. Je sais votre patience à expliquer dans les écoles une approche apaisée de l'islam et je vous admire pour cette démarche si loin des évidences. Ici, certains se montrent pour le moins circonspects envers les caricaturistes, mais restent silencieux face aux propos scandaleusement discriminatoires des Le Pen, Tesson et autres Zemmour, qui se complaisent dans le fumier de leurs idées nauséeuses. Comme si ces dessins - qui ne sont que des dessins - portaient plus atteinte à la dignité que l'islamophobie rampante, l'antisémitisme congénital de ces hordes qui conspuent l'idéal républicain. À croire que ce sont les journalistes de Charlie qui ont ordonné l'abandon de la construction de lieux de culte dans deux villes conquises par le FN. Ailleurs, pour laver ce qu'ils perçoivent comme une insulte, d'autres en viennent à brûler des églises au Niger, Boko Haram et l'État islamique poursuivent leur œuvre purificatrice dans les larmes et le sang, et des anti-balaka massacrent, en Centrafrique, des musulmans au nom sans doute de la chrétienté. La tâche est immense et vous paraissez bien seule. Et vous comprendrez sans doute, sans multiplier les exemples, qu'on puisse douter des religions, voire s'en défier. Mais je n'oublie pas non plus que quatre millions de personnes dans les rues n'effacent pas du jour au lendemain les manquements de notre république à l'égard des victimes de la discrimination. Nous n'avons pas seulement besoin de manifester, nous avons besoin de femmes de courage comme vous pour redonner du sens au vivre-ensemble. Respectueusement. Michel Boutanquoi (1) Par Mohamed Merah. On a gagné SYRIZA ENTRE RÊVE ET RÉALITÉS À en croire certains, la victoire de Syriza en Grèce devrait beaucoup à la France plus ou moins radicale. Cocorico ! Et les prophètes (bien laïques) de nous annoncer qu'après l'Espagne (re-cocorico !) viendra le tour de la France (le coq en reste sans voix). Il faut quand même se demander, face à cette « libération » qui doit tant à la radicalité bien française, pourquoi elle n'a pas commencé son épopée par notre beau pays. Serait-ce que notre Tsipras apparaîtrait moins entraînant que l'original ? Ou plus prosaïquement que nos augures tendent à oublier que, pour s'entendre, il faut d'abord accepter de discuter et de s'écouter ? On peut certes espérer que la victoire de Syriza (entachée d'une alliance guère compréhensible avec un parti nationaliste) secoue l'Europe, secoue la politique européenne engoncée dans des choix sans avenir plus que ne l'a fait François Hollande qui, malgré ses engagements, a cédé trop rapidement devant l'obstination allemande. Notre voisin oublie un peu trop facilement ce qu'il doit à l'Europe, justement. Mais la situation grecque n'est pas la situation française. Et si l'Europe a prodigué à la Grèce des soins pires que le mal, provoquant dans ce pays un appauvrissement sans précédent, si cela doit être condamné avec force, nul ne peut oublier que le mal n'était pas européen, mais inscrit dans la déliquescence même de l’État grec, organisée par les deux grands partis qui se sont régulièrement succédé au pouvoir. Syriza apparaît alors porteur d'un double espoir : celui d'un renouveau politique (en finir avec Nouvelle Démocratie et le Pasok) et celui d'une possible nouvelle voie face à l'austérité, tout en restant au sein de l'Europe, pour enfin émerger des années de douleur. C'est ce que nous pouvons souhaiter de mieux au peuple grec. La situation française et la politique gouvernementale, pour critiquable que soit cette dernière, ne relèvent pas de la même faillite. Dès lors, comparer les situations grecque et française confine à l'escroquerie intellectuelle en renvoyant à l'usage de raccourcis racoleurs. Les hérauts de ces lendemains qui chantent semblent vouloir ignorer que la gauche ne se reconstruira pas à coup d'incantations, d'effets de manche, de bons mots ou de condamnations. Localement, nous avons pu constater combien les écarts demeuraient importants avec la gauche dite radicale : refus quasi maladif de toute discussion avec le PS, refus de choisir entre le FN et le PS, propension à n'accepter l'échange qu'à la condition de signer une déclaration qu'on ne pourra amender… qu'une fois signée ! Autrement dit, il n'y a d'autre choix que de se rallier sans condition ou d'être renvoyé au rang de traître. L'échec de candidatures de rassemblement à Besançon s'explique en partie par cette attitude, qui semble intransigeante mais qui relève surtout d'un enfermement, d'un aveuglement (1). Nous sommes nombreux à penser que la reconstruction à gauche ne se fera pas sans tout ou partie du PS - quels que soient nos profonds désaccords actuels avec lui et sans préjuger de son devenir – et qu'il faut laisser ouverts les fils de discussion, sans préalable, avec tous ceux qui sont prêts à s'engager à assurer des responsabilités. Emmanuelle Cosse le dit à sa manière: « Je n’ai pas de problème à discuter avec l’ensemble des partis, y compris le PS. Ne demandons pas de tickets d’entrée à la table de négociation. Je n’ai jamais cru à la guerre des gauches. Nous ne construirons rien sur l’agonie et les cendres d’une partie de la gauche. » (2) Construire un espoir semblable à celui suscité par Syriza suppose le renoncement à toute tentative hégémonique, d'où qu'elle vienne, et aux postures plébéiennes qui sonnent comme autant d'artifices pour masquer l'échec et l'impuissance. Michel Boutanquoi (1) Nous y reviendrons le mois prochain. (2) Libération du 29 janvier 13 Résultat des élections en Grèce LA VICTOIRE DE SYRIZA FAIT RENAITRE L'ESPOIR EN EUROPE Depuis le 25 janvier, Syriza, coalition de la gauche radicale, est le premier parti du berceau de la démocratie. Avec 149 députés sur 300, il a raté de peu la majorité absolue au Parlement grec. C'est un refus indiscutable des politiques d'austérité qui ont imposé tant de souffrances inutiles dans ce pays, sans diminuer les dettes publiques. Mais c'est aussi une occasion pour redéfinir la politique européenne en matière économique, sociale et écologique. Un refus clair des politiques d'austérité En remportant les élections générales en Grèce, Syriza met un grand coup de pied à la politique européenne d'austérité d'inspiration libérale. Le peuple grec qui a beaucoup souffert depuis 4 ans, a voulu en finir avec la baisse des salaires, les restrictions budgétaires, la dégradation dramatique du système de santé et la braderie des infrastructures grecques par leur privatisation. Voilà déjà de quoi nous réjouir. 14 le débat sur la politique économique européenne. On voit bien que l'austérité ne marche pas. Elle n'est pas efficace pour faire diminuer la dette et a un grave effet récessif avec son cortège de millions de chômeurs supplémentaires. L'Europe est maintenant au bord de la déflation. « On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression » vient de déclarer Barack Obama en ce début février 2015. L'Europe est donc à un tournant. Soit elle persiste dans des politiques économiques libérales néfastes, basées sur une logique comptable, soit elle met la priorité à la stimulation de l'activité économique, la création d'emplois et la réduction des inégalités, et cela implique de ne plus faire de la dette et des équilibres budgétaires la priorité. Pour les écologistes, la relance de l'activité économique doit se faire autour de la lutte contre le changement climatique et par la transition écologique. L'enjeu c'est la création de millions d'emplois utiles et durables. Mais, la victoire de Syriza, c'est aussi la défaite d'un système gangréné par le clientélisme et la corruption et qui était aux mains de deux partis, le PASOK (un peu l'équivalent du PS) et la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie. Ces partis ont achevé de se discréditer en mettant en œuvre la logique financière et comptable imposée par la Troïka (BCE, Commission Européenne, FMI) Et il y a parfois des gestes symboliques qui font plaisir, par exemple, quand le leader de Syriza, Alexis Tsipras, rejette la cravate et refuse que ce soit sur la bible qu'il prête serment comme Premier Ministre. Mais ce sont d'abord les mesures sociales d'urgence qui s'imposent : l'augmentation du Smic et des pensions, la restauration du système de santé etc. Vers une politique européenne plus juste ? Syriza a montré aussi sa volonté de faire le ménage dans son propre pays en luttant contre le clientélisme, la fraude fiscale et la corruption et il faut être prudent dans les comparaisons entre la France et la Grèce (lire à ce sujet l'article de Michel Boutanquoi : Syriza entre rêves et réalités). Mais les Grecs ne veulent pas pour autant abandonner l'euro. La victoire de Syriza réouvre donc La victoire de Podemos en Espagne, à l'automne 2015, pourrait être la prochaine étape de ce changement de rapport de force en Europe. Après l'occasion ratée de 2012 et la capitulation en rase campagne de Hollande puis le tournant libéral de Valls, la gauche française est au pied du mur. A nous de travailler, avec une partie au moins des militants PS, ceux du Front de Gauche et de Nouvelle Donne, et la mouvance associative, pour constituer en France, cette nouvelle majorité alternative. Et la tâche s'annonce ardue… Gérard Mamet. Sécurité des sites nucléaires DRÔLES DE DRONES De la mi-octobre à fin novembre 2014, on a recensé une trentaine de survols de sites nucléaires par des drones : 15 centrales, 3 usines de combustible nucléaire et un centre de recherche (1). Aucune image de drone en survol de centrale n’a été rendue publique. Cependant les médias et la gendarmerie ont fourni des témoignages suffisamment inquiétants pour que l’on prenne ce phénomène au sérieux. L’envergure des appareils varierait entre 20 ou 30 cm et deux mètres, ce qui tendrait à prouver que certains ne sont pas des jouets. De plus, des survols simultanés de sites éloignés de centaines de kilomètres indiqueraient une opération concertée (Cf. la revue Sortir du nucléaire n°64, février 2015). Or, ces survols représentent un risque réel. En effet, équipé d’une caméra, un drone pourrait repérer des points de vulnérabilité des équipements ou de l’organisation du site. La France dispose de 58 réacteurs nucléaires fonctionnels (sans compter les réacteurs de recherche), répartis sur 19 centrales à travers le territoire. Parmi ceux-ci, 34 réacteurs de 900 MW disposent d’enceintes de confinement à paroi unique, constituées d’une paroi cylindrique d’une épaisseur de 90 cm et d’un dôme d’une épaisseur de 80 cm. N’ayant pas été construites en béton armé, ces protections sont les moins résistantes de notre parc nucléaire. Ce bâtiment a pourtant fonction de résister aux accidents aussi bien qu’aux agressions externes et résisterait prétendument à une chute d’avion - tout dépendrait de sa taille et de son chargement, notamment en kérosène (2). Par ailleurs, d’autres éléments aussi vulnérables que stratégiques – comme les piscines de désactivation des combustibles irradiés ou les transformateurs électriques – sont à la portée de n’importe quelle attaque menée par ou à l’aide d’un drone. Il faut savoir qu’une défaillance du système de refroidissement de ces piscines mènerait en quelques heures à un risque de fusion, avec relâchement d’iode radioactif. Les faits n’ont jamais été revendiqués. Greenpeace, qui avait envoyé un drone au-dessus de la Hague en 2012, et donc mis en cause, a clamé son innocence et a réclamé une enquête. La mise en place de systèmes de radars mobiles militaires pour détecter des drones approchant les centrales, tout comme le déploiement d’hélicoptères Gazelle pour intercepter ceux-ci et leurs pilotes, ont été une première réponse cohérente à ces intrusions, mais elle est restée insuffisante puisque ces dispositifs n’ont permis ni de « capturer »les drones, ni d'interpeller leurs pilotes. La loi française encadre, par deux arrêtés du 11 avril 2012, « l’utilisation de l’espace aérien par les Mais il n’y a pas que le risque d’un accident nucléaire majeur. Le survol de différentes centrales aéronefs qui circulent sans personne à bord » et « la conception des aéronefs civils qui circulent sans aucune personne à bord, [les] conditions de leur emploi et [...] les capacités requises des personnes qui les utilisent ». Mais force est de constater que cette loi ne suffit pas à encadrer l’utilisation de tels drones, puisque leur identification est impossible si son pilote n’est pas intercepté rapidement. peut laisser à imaginer une attaque simultanée des transformateurs électriques. Un tel scénario n’aurait certes pas de conséquences radiologiques, mais des répercussions catastrophiques. Le remplacement d’un transformateur se fait en quelques jours, et la perte d’électricité induite par l’arrêt d’une seule centrale pourrait facilement être compensée par la mise en marche d’autres moyens de production d’électricité. Mais si plu- 15 sieurs transformateurs étaient visés simultanément, leur remplacement rapide ne serait pas acquis : il faudrait en construire de nouveaux. Cela signifierait que le réseau électrique pourrait être brutalement et durablement affecté : un black-out serait possible à l’échelle régionale, voire nationale. Et un black-out en France pourrait avoir des conséquences sur l’Europe entière. Non seulement les particuliers seraient affectés dans leur quotidien, mais les entreprises et l’industrie aussi : sans électricité, l’économie s’arrêterait brutalement. Et notre société en paierait le prix fort, avec une panique généralisée dont les conséquences sont inimaginables car l’ensemble de nos systèmes de protection et de surveillance repose sur notre système électrique. Le 24 novembre dernier, Greenpeace France a remis aux autorités françaises un rapport « Confidentiel France » sur la vulnérabilité des centrales nucléaires face aux drones et sur les risques induits par l’utilisation de ces derniers. En parallèle, des députés européens, dont Michèle Rivasi, ont interpellé le gouvernement sur ce qu’il prévoit pour mettre fin à cette menace. Ces mises en garde ne semblent pas ébranler les autorités. Pourtant, si un certain nombre de gens ont déjà réfléchi à ces scénarios catastrophes, on peut imaginer que d’autres, animés d’intentions malveillantes, l’ont fait également. Le risque d’attentat est donc réel. Il conviendrait, dans l’urgence, de réviser la loi pour une traçabilité accrue des détenteurs de drones, avec notamment un recours à l’immatriculation des drones pour connaître l’identité de leurs détenteurs. L’État devrait également s’attaquer à la sécurisation des piscines de désactivation et des transformateurs électriques. Cependant, le risque zéro n’existe pas et les conséquences, dans le domaine du nucléaire, ne sont jamais négligeables. C’est pourquoi il serait temps que la France développe massivement l’usage des énergies renouvelables. Un drone survolant une éolienne fera certainement moins peur aux agents chargés de la sécurité ! Suzy Antoine (1) Ainsi que, plusieurs fois en janvier, le site militaire nucléaire de l'Île-Longue, dans la rade de Brest. (2) Drones et sécurité nucléaire : http://tinyurl.com/ m49ms6b) 16 Trophées UNE ABEILLE ROYALE ET UNE ROYAL PAS PIQUÉE DES HANNETONS Connaissez-vous Laurence Abeille ? Avec un nom pareil, me direz-vous, elle ne peut être qu'écolo. Bingo ! Laurence est en effet, depuis les législatives de 2012, députée EÉLV de la 6e circonscription du Val-de-Marne (Fontenay-sous-Bois, Saint-Mandé, Vincennes). Une circonscription pas très rurale, donc (y a-t-il encore un bout de campagne dans le 9-4 ?) et encore moins méridionale. Ce qui n'empêche pas Laurence de se montrer particulièrement attentive à la biodiversité (elle préside le groupe d'études « Préservation et reconquête de la biodiversité » de l'Assemblée nationale) et de s'opposer farouchement à la corrida, prétendue « tradition » du Midi : elle est l'une des trois parlementaires (1) qui ont déposé l'an dernier une proposition de loi pour l'abolition de la corrida en France. Proposition qui demande l’abrogation de l’alinéa 7 de l’article L521-1 du Code pénal, lequel permet de faire de la corrida une exception (!!) à l'interdiction légale des sévices graves et des actes de cruauté sur les animaux. Rien d'étonnant à cela, puisque Laurence, membre du groupe Protection des animaux, est une des élues les plus actives pour défendre les droits de ces derniers : elle s'oppose à la chasse, à l' « industrie » de la fourrure, aux expérimentations sur l'animal, à la pêche intensive, etc. En outre, Laurence Abeille, membre de la commission du Développement durable, vient de voir adopter un texte qui portera son nom et qui inscrit dans la loi les principes de sobriété dans l’exposition aux ondes électromagnétiques, d’information et de protection des utilisateurs face aux risques et de concertation lors de l’installation d’antennes-relais. L'ASPAS (2) a tout récemment décerné à Laurence le Trophée de Plume 2014, qui « honore la qualité d'une action en faveur de la nature », et souligné « ce précieux soutien d'une élue, si rare dans les combats pour la protection de la nature ». Le Trophée de Plomb de la même association, qui dénonce « une attitude anti-écologique », a par la même occasion récompensé l'ineffable Christian Estrosi, l'hypersarkozyste député-maire de Nice et (un comble !) administrateur du Parc National du Mercantour. Estrosi, le maniaque qui voit des loups partout… loups ». Loups dont elle déclarait au Monde, l'été dernier, qu' « il y en a beaucoup trop ! […] Même les enfants ont peur, ça les empêche de dormir. » Et au moment où je m'apprête à boucler cet article, voilà que j'apprends la dernière royalerie : Ségolène et sa copine Sylvia Pinel (6) lancent le Grand Prix d'Aménagement : « Comment mieux bâtir en terrains inondables constructibles » ! Une qui aurait pu prétendre au même Trophée de Plomb, vu tout le bien qu'elle fait à l'écologie, c'est Ségolène Royal ! Manque de bol, l'ASPAS ne décerne chaque année qu'un seul trophée de ce métal (il faut bien choisir !) et de toute façon, notre chère ministre de l'Écologie (on ne rigole pas !), du Développement durable et de l'Énergie a d'office été déclarée... hors concours ! Il faut dire que, depuis son arrivée à l'hôtel de Roquelaure en avril 2014, elle a été royale, Ségolène (3) : l'ASPAS, dans le n°120 (janvier 2015) de son magazine Goupil, croit pouvoir d'ores et déjà affirmer qu'on tient en elle « un spécimen unique qui passera à la postérité comme le ministre de l'Écologie le plus désastreux de la cinquième République ». Pire que Bachelot ? Noooon ! Si, si ! Bon, je n'ai aucune compétence en psychiatrie, mais notre Ségo, manifestement piquée par une autre bestiole qu'une abeille, faudrait peut-être envisager de la soigner, non ? Gérard Roy À la fois incompétente, stupide (4), inapte, méchante, nocive (c'est toujours Goupil qui parle), la Walkyrie du PS (là, c'est moi) a jusqu'à présent été capable (entre autres et en vrac)) d'enterrer, au nom du refus de l' « écologie punitive » (5), une écotaxe votée par tous les parlementaires ; de proposer la gratuité des autoroutes le week-end ; de réclamer plus de centrales nucléaires ; de déclarer que l'ours n'a pas sa place dans les Pyrénées ; de prétendre faire abattre 400 bouquetins, espèce protégée ; de promettre des mesures contre le vautour fauve (protégé aussi) en Ariège ; de se réfugier dans le silence et/ou la langue de bois au sujet de la surpêche ; d'ouvrir grandes les écoles au prosélytisme des chasseurs, dont elle souligne le « rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité » ; et bien sûr de réclamer aux Parcs nationaux qu'ils organisent des battues pour « les nettoyer des (1) Les deux autres sont un socialiste et... Damien Meslot, député UMP de Belfort ! Ma foi, ça lui fait au moins un bon point... (2) Association pour la Protection des Animaux sauvages – BP 505 – 26401 CREST Cedex – Tél. 04 75 25 10 00 – animaux@aspas-nature.org – www.aspasnature.org (3) J'ai honte... (4) Avant de juger cet adjectif abusif ou inutilement blessant, lisez plutôt la suite. (5) Je ne sais pas pourquoi, mais « écologie punitive », ça me file les mêmes boutons que « laïcité positive ». (6) Ministre du Logement, de l'Égalité des Territoires et de la Ruralité. 17 Science et écologie BIG BROTHER, USINE DU FUTUR, COOPERATION ET REVOLUTION PHOTOVOLTAÏQUE La science pour éclairer les choix de l'écologie politique. La réflexion politique pour développer la critique de la science. Comment se protéger de Big Brother ? 18 C'est Edward Snowden, un consultant en informatique, qui a rendu public le programme de surveillance de masse de la NSA (1). Celle-ci collecte et stocke des quantités considérables de données sur des serveurs clandestins, sans contrôle d'une autorité judiciaire. C'est la porte ouverte à des atteintes à la vie privée et aux libertés individuelles. Pour limiter les risques d'abus, un article paru dans Pour la Science propose trois principes : répartir les données dans des centres séparés, sécuriser la transmission et le stockage, notamment par le chiffrement, et actualiser les adaptations au fur et à mesure des évolutions techniques. (Pour la Science n° 447, janvier 2015, pp. 64-67) 2. En route vers l'usine du futur L'usine change. L'informatique permet de mieux adapter les lignes de fabrication à la demande et à la gestion des stocks. Les unités de production deviennent davantage modulables. De nombreux capteurs connectés permettent d'optimiser les procédés. Pour la fabrication de certains objets, on envisage de remplacer l'usinage – enlèvement de matière – par le principe des imprimantes 3D : adjonction successive de couches, à partir de poudre de métal fondu par laser. Les robots collaboratifs ou cobots sont promis aussi à un bel avenir. Les cobots assistent l'opérateur et réduisent son effort musculaire. Airbus utilise des cobots depuis 2013. (Pour la Science - supplément innovation- n° 447, janvier 2015, pp. 55-59) Commentaire : Ce sont les pratiques ellesmêmes, sans contrôle démocratique ni même judiciaire, qui doivent être refusées. Il faut d'autant plus s'en méfier qu'on assiste à un retour inquiétant des idéologies sécuritaires. Au fond, ces pratiques secrètes de collecte de données personnelles et leur utilisation pourraient présenter un danger mortel pour la démocratie, par le contrôle politique qu'elles permettent, par l'intoxication des opinions qui pourrait en résulter. Elles décupleraient les risques de manipulation des citoyens, en particulier en période de crise. Offrir l'asile politique en France à Edward Snowden signifierait clairement aux États-Unis (2) que ces pratiques sont inacceptables. Commentaire : L'auteur de l'article l'affirme : « L'usine tout automatique est stérile par nature, car la créativité reste l'apanage de l'homme. » Certes ! Il y a dans ces perspectives d'usine du futur des économies de matières premières et d'énergie, une diminution de la pénibilité des tâches dont nous ne pouvons que nous féliciter. Reste une question-clé : à qui profiteront les gains de productivité ? Soit nous allons vers une réduction globale de la durée du travail pour tous, soit les innovations vont encore une fois profiter aux 1% les plus riches, avec le « chômage technologique » comme horizon pour les autres. 3. La coopération comme outil d'innovation Le modèle proposé est celui de logiciels libres et les sites et réseaux collaboratifs. Ce domaine de coopération semble poser bien peu de problèmes, parce qu'il n'est pas basé sur l'échange d'argent mais sur l'échange d'informations. Une information est un bien que l'on peut donner tout en le conservant. Un groupe qui coopère en sait plus que l'un quelconque de ses membres auparavant. Une des difficultés, c'est d'assembler des informations complémentaires, qui sont libellées généralement dans des langages distincts, propres à chaque communauté. (Pour la Science - supplément innovation- n° 447, janvier 2015, pp. 10-11) Commentaire : Il y a encore des obstacles à l'industrialisation des cellules à pérovskites du fait de leur sensibilité à la chaleur et à l'humidité. On voit bien, néanmoins, qu'un développement conséquent de la recherche peut permettre de trouver des solutions techniques, facilitant les alternatives aux énergies fossiles. Le problème, c'est qu'en France, dans le domaine de l'énergie, c'est encore le nucléaire qui consomme l'essentiel des crédits de recherche. Gérard Mamet Commentaire : Voilà qui change du discours habituel sur la concurrence, la compétitivité, le secret bien gardé des affaires que l'on trouvait dans la première version de la loi Macron. Le diable est dans les détails… On voit bien quels pourraient être l'intérêt et la force d'une coopération scientifique et technique renforcée au niveau européen pour faire face au dérèglement climatique et engager la transition écologique. 4. Une révolution pour le photovoltaïque Les cellules photovoltaïques à pérovskites (2) constituent une alternative aux cellules en silicium : elles sont transparentes et fines (elles peuvent s'appliquer sur un vitrage ou une carrosserie de voiture), cinq fois moins coûteuses et plus faciles à fabriquer. Pour l'instant, le rendement reste inférieur à celui des cellules en silicium, mais il atteint déjà 17,9 %, avec une limite théorique à 30 %. (La Recherche n° 495, janvier 2015, pp. 30-33) (1) NSA : National Security Agency, l'Agence de Sécurité nationale des États-Unis. Snowden a révélé qu'elle enregistrait les conversations téléphoniques (dont celles d'Angela Markel) et les données sur le trafic Internet, dans le monde entier. (2) Les pérovskites, du nom du minéralogiste russe Perovski, sont des minéraux formés d'oxydes métalliques qui sont très répandus dans l'écorce terrestre. 19 UN MOIS, ÉMOIS, ET MOI Pas d'Émois, ce mois. Ou plutôt un seul, un gros, très gros... 20 D'abord, la stupéfaction, l'incrédulité, en entendant à la radio, dans la matinée du 7 janvier, qu'une fusillade a éclaté dans les locaux de Charlie Hebdo et qu' « il y aurait » (à ce moment-là, le conditionnel représente encore un espoir) des victimes. Quand, au fil des minutes et des flashes d'info, le conditionnel cède la place à l'indicatif - « il y a » quatre, cinq victimes... -, on se surprend à faire des choix, à émettre des préférences (ben oui, c'est idiot, mais c'est comme ça, on ne le contrôle pas) : pourvu que ce ne soit pas Charb ! pourvu qu'il n'y ait pas Bernard Maris ! pourvu que... Et puis il y aura Charb, il y aura Bernard Maris, et Cabu, et Wolinski, et Tignous, et Honoré, et Elsa Cayat, et les autres, et à ce moment-là, c'est la colère, sourde, rentrée, et l'émotion, le chagrin, comme rarement. Et dans les jours et les semaines qui suivent, le reste – Sarkozy, Valls, les socialistes, Poutine, le bon roi Abdallah et tous les minables guignols de la politique, du showbiz et des médias qui suscitent les mensuels Émois, bof, on s'en tape un peu, hein… Après le temps de la sidération, de la stupeur, de la rage (bien loin d'être passé chez moi) qui a suivi ce massacre, la recherche des responsabilités, c'est normal, a commencé. Au premier rang des accusés, l'école : cible facile, sur laquelle tirent à boulets rouges tous ceux qui n'y ont plus jamais mis les pieds depuis la terminale, voire le Certificat d'études, et qui pensent que les enseignants sont de tels branleurs (eh ! oui, il y en a, bien sûr, comme il y a des journalistes qui ne sortent pas leur cul de leur bureau et des élus qu'on ne voit jamais dans leur assemblée) qu'ils passent leur temps à raconter aux élèves leurs vacances au lieu de les faire réfléchir. Mais passons… Ce que j'attends, moi, c'est qu'on revienne aussi (pas seulement) sur la responsabilité indirecte de tous ceux, à gauche et à l'extrême gauche surtout, mais pas seulement - politiques, journalistes, éditorialistes, leaders d'opinion, responsables syndicaux ou médiatiques, penseurs plus ou moins autoproclamés, etc. - qui, depuis des années, par ignorance ou par couardise, par complicité ou par lâcheté, par désintérêt ou par stupidité, ont au mieux cultivé la cécité et l'ambiguïté, au pire systématiquement choisi le refuge mensonger de la langue de bois et du politiquement correct (1) et refusé d'appeler les choses par leur nom. Sous le très généreux prétexte de ne pas « stigmatiser l'islam » et de ne pas froisser les musulmans, on n'a pas non plus su ou voulu voir venir, chez un certain nombre de fidèles, les dérives de l'islam, leurs exigences de plus en plus insupportables (y compris et surtout pour la très grande majorité des musulmans), dérives qui culminent sous la forme d'un véritable fascisme islamiste (Malek Boutih parle même d' « islamo-nazisme »), pas plus d'ailleurs qu'on n'a élevé de réelles digues contre toutes les autres formes de totalitarisme religieux. (Quoi d'étonnant à cela dans un pays dont les dirigeants vont régulièrement baiser la mule du pape (2), voire assister à de ridicules cérémonies vaticanesques sans que cela ne provoque un haut-le-cœur dans ledit pays ?) Laissant à une extrême droite ravie de l'aubaine le soin de propager ses amalgames nauséabonds, on a benoitement suivi le boulevard qu'elle traçait : l' « islamophobie » de cette dernière n'étant que le cache-sexe de son racisme (il faut vraiment être bien naïf pour croire qu'elle s'en prend plus à la religion musulmane qu'à sa cible préférée, les Arabes), on s'est mis à pousser des cris d'orfraie à la moindre critique de l'islam et de ses dérives. On a fait semblant de croire (mais on s'est bien gardé de le dire) que les musulmans étaient bien trop limités intellectuellement, ou que leur culture n'avait pas atteint le stade nécessaire, pour comprendre que ce n'est pas eux qu'on vise quand on défend la laïcité, la laïcité tout court (quel est le premier salaud qui lui a collé l'étiquette de « positive » ?...) et qu'on refuse de se plier, et de voir les autres se plier, aux diktats d'énergumènes exaltés. Énergumènes qui voudraient nous ramener - et ramener les musulmans au premier chef ! - aux temps bénis d'un islam « des origines » fantasmé par leur désespérante ignorance, aux franges d'un moyen-âge où l'obscurantisme le plus obtus pactise allègrement avec les merveilleux joujoux de la technologie moderne (3) : téléphone portable, caméra GoPro, pick-up et kalachnikov. Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Robert Redeker, Malala Yousafzai, Asia Bibi, Raef Badaoui et tant d'autres, célèbres ou anonymes, assassinés, mutilés ou condamnés à vivre cachés, sont passés par profits et pertes, au grand soulagement d'un petit confort rabougri, pétri de mauvaise conscience post-coloniale et préférant s'aveugler plutôt que voir la réalité (4). Tous ces beaux esprits ont leur part de responsabilité dans la tragédie de Charlie, qu'ils ont, chaque fois que l'hebdomadaire a été menacé ou attaqué (par l'extrême droite, par des cathos, par des représentants plus ou moins officiels de l'islam), défendu du bout des lèvres et en tortillant du popotin, quand ils ne l'ont pas carrément démoli pour cause de « vulgarité » ou de « provocation ». Le fanatisme s'en prenant de préférence aux plus faibles, c'est aussi de ce manque de solidarité que sont morts Charb et ses potes. C'est bien d'ailleurs ce qu'ont souligné les survivants du massacre, appréciant qu'on les soutienne aujourd'hui, mais regrettant qu'on ne l'ait pas fait plus tôt et plus franchement. Est-il normal, est-il admissible que, depuis de trop longues années, ce soient des humoristes, des cartoonistes, des amuseurs publics (oh ! pas tous, certes, et même, pas la majorité) qui disent tout haut ce que politiques et médias ont renoncé à dire même tout bas ? Que ce soient eux, en particulier, qui affirment, envers et contre toutes les petitesses timorées et les insolentes fatwas, qu'il y a des fascistes musulmans comme il y a des fascistes chrétiens, juifs, incroyants, etc. ? Et qu'on a le droit, que cela plaise ou non à leurs fidèles, de se payer la tête des religions, de toutes les religions (5) ? Le délit de blasphème n'existe pas dans la plupart de nos sociétés : c'est pour l'avoir inlassablement rappelé que nos copains sont tombés dans une mare de sang ; c'est pour cela, parce qu'ils défendaient des libertés dont ceux qui applaudissent les frères Kouachi ne sont même pas capables d'envisager l'importance, qu'ils ont été flingués. À qui le tour, maintenant ? (6) J'espère que certains de ceux qui montrent leur affliction aux caméras après avoir été plus que tièdes dans leur défense de la liberté d'expression éprouvent aujourd'hui quelques remords ; et j'aimerais être bien sûr qu'il n'y a pas, chez quelques autres, comme un lâche soulagement... Gérard Roy 1) Attention : je ne suis pas pour autant un fanatique du « politiquement incorrect » sous lequel une bonne partie de la droite tente maladroitement de camoufler ses idées les plus antipathiques ! (2) Ne vous méprenez surtout pas sur le sens de cette expression : on parle bien là d'une pantoufle ! (3) Moderne et, qui plus est, fruit de l'Occident honni ! (4) Toutes proportions gardées, cette façon de considérer que les musulmans, en quelque sorte, ne sont « pas encore » aptes à comprendre la laïcité, me rappelle la raison pour laquelle, il n'y a pas si longtemps, on excusait largement la dictature de Pékin : les Chinois n'étaient pas culturellement prêts pour la démocratie ! (5) Au risque d'ailleurs d'être sans cesse menacés de mort, comme Sophia Aram, par cette lie de l'humanité qui grouille sur Internet. (6) S'il arrivait quelque chose à Caroline Fourest, nul doute qu'on verrait pleurnicher l'extrême gauche qui la voue aujourd'hui aux gémonies ! 21 J'ESSUIE CHARLIE.... J'essuie Charlie, mais la tache tient et ne s'effacera pas si facilement. Des fêlés ont assassiné des dessinateurs qui m'aidaient depuis longtemps, avec d'autres, à interroger le réel, à en rire ou à le supporter avec dérision. Et aussi un analyste qui m'aidait à porter un regard critique sur la pensée économique unique en vigueur de nos jours. Sans compter ceux que je ne connaissais pas, qui permettaient à cette équipe de travailler et qui sont morts avec elle. Les nettoyeurs du vide ont fait leur œuvre et me voilà un temps bien seul. Du coup, les propos qui suivent pourront paraître au lecteur quelque peu décousus... Comment ce pays a-t-il pu produire de tels fous ? Ils ne sont pourtant pas venus d'ailleurs, ils sont bien d'ici et cette barbarie est bien issue de notre culture, qui en est venue peu à peu à casser toutes les solidarités et, dans notre pays, à détruire tout ce qu'avait su introduire le Conseil national de la Résistance au niveau économique et social. 22 Au sortir de la manif à Besançon, j'ai vu une femme qui rentrait avec ses enfants, la tête baissée, l'air fataliste, portant une grande affiche sur laquelle était écrit : « Nous ne sommes pas des terroristes. » Affligeant ! Comment a-t-on pu en arriver là et laisser monter ce malaise identitaire ? Que va-t-il arriver désormais dans notre « beau pays », qui refuse l'inhumation d'un bébé étranger, où des maires mettent des bancs en cage et où trouver du travail n'est pas facile quand on a un nom arabe ? Arabe, comme l'écrit Éric-Emmanuel Schmitt, « ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche dans l'épicerie »… Pour ce qui est de l'ascenseur social, t'as qu'à prendre l'escalier ! Malek Boutih le reconnaît luimême La République s'occupe de ses Français d'origine contrôlée mais... « dans une pièce à côté ». Au mieux ils ont accédé un temps au statut condescendant de « potes » et maintenant ? De la Marche des Beurs à Charlie Hebdo : que comprendre ? Que pensent aujourd'hui ceux qui ont créé la Marche des Beurs, en octobre 1983, marche pour l'égalité et contre le racisme ? Que pensent aujourd'hui ces « Français d'origine contrôlée » (1) ? Pourquoi cette désillusion ? Et plus récemment, que s'est-il passé de positif permettant de reprendre espoir depuis l' « affaire » Merah ? Il est clair que l'humour de Charlie n'était pas toujours compris dans un tel contexte par ceux qui se sentent humiliés d'être nés en France et d'être cependant sans cesse traités de bougnoules, tout comme l'avaient été leurs pères. Ne se sentant chez eux nulle part, ni en France, ni en Algérie, ni ailleurs, certains ont donc vraiment pété les plombs. Beaucoup sont depuis en deuil de façon profonde mais pas tous. Chaque génération a sa culture et visiblement des relais n'ont pas été transmis et si quelque chose de positif doit sortir de ce « sursaut » des Français méfions-nous cependant de certains imposteurs qui brandissent un très opportuniste Front républicain. N'oublions pas en effet qu'en tête du cortège unitaire à Paris, on a vu quelques personnages qui faisaient plutôt désordre quant au respect de la liberté d'expression dans le monde. S'il y a eu un temps social pour le recueillement depuis les massacres des 7 et 9 janvier, il est à craindre que « je suis Charlie » se noie dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique dans laquelle nous nous trouvons actuellement. C'est pourtant cette lutte pour l'égalité et contre le racisme qui devrait rebondir aujourd'hui, avec un gros effort culturel global, car la République sera métissée ou disparaîtra. Heureusement, notre Président va aller prendre le pouls des banlieues !!! Un sentiment de déjà vu mais l'espoir fait vivre. Un immigré héros de la République Paradoxalement Lassana Bathily, employé dans le super marché casher où 4 clients ont été assassinés, obtient la nationalité française pour en avoir protégé 6 autres... c'est bien mais que devrons faire les prochains candidats à la nationalité ? Dans son discours lors de la cérémonie du 20 janvier, B.Cazeneuve n’a éludé ni le rejet de la demande de régularisation de Lassana en 2009 ni la réception d'une obligation à quitter le territoire (OQTF), évoquant à ce sujet l’erreur manifeste d’appréciation de la préfecture, ni l’aide apportée à Lassana par « les associations » après plusieurs années de galère et l'obtention d'un titre de séjour. Depuis ces événements Lassana Bathily est allé se reposer parmi les siens au Mali et signale qu'à son retour il créera une association d'aide aux sans papiers. Les membres de RESF qu'il avait invités ont interpelé le ministre au sujet des lycéens jeunes majeurs dans le futur projet de loi de l'immigration. Un problème culturel, social et économique Puissent nos concitoyens et politiques, c'est-àdire chacun d'entre nous, comprendre en profondeur ce qui se passe depuis 30 ans dans notre société, sans oublier certes la situation internationale, mais en pensant qu'il est atterrant de voir que notre société et son école n'ont pas donné à chacun de leurs enfants les outils nécessaires pour se construire, sans se cacher hypocritement derrière l'égalité des chances... Force est de constater que les enfants défavorisés socialement font les frais de notre système d’instruction et d’éducation français inégalitaire, alors que pour les autres, les parents se substituent à l’école défaillante parce qu'ils en ont les moyens. Le problème est surtout culturel, social et économique, la religion en étant l'habillage. Or comme la laïcité , qui n'est pas un bréviaire anticlérical, reste encore mal comprise dans notre pays, on s'attaque à tort à une religion. Quand, dans Charlie, un dessin de Cabu a montré Allah se lamentant devant ce qui se passait, débordé par les intégristes, criait « c'est dur d'être aimé par des cons », il y a eu des jeunes pour croire que les cons étaient les musulmans ! Tous les caricaturistes sont confrontés aux risques du second degré. On peut toujours dire qu'il faut être con pour ne pas comprendre et alors.... le fossé ne fait que se creuser et notre société continue à fabriquer de la « distinction » au sens de Bourdieu. Aujourd'hui, le dessin en question a été transformé par Carali dans Siné mensuel et me paraît bien rendre compte de notre situation. Au fait, la lecture de l'image, cela s'apprend ; mais où ? Cette capacité n'est pourtant pas évidente et n'appartient pas à toutes les cultures. Donner du sens au Vivre ensemble laïc: à nous d'agir J'approuve Shlomo Sand (2) quand il dit : « Bien sûr, il faut être un assassin cruel et pervers pour tuer de sang-froid des personnes innocentes et désarmées, mais il faut être hypocrite ou stupide pour fermer les yeux sur les données dans lesquelles s’inscrit cette tragédie. C’est aussi faire preuve d’aveuglement que de ne pas comprendre que cette situation conflictuelle ira en s’aggravant si l’on ne s’emploie pas ensemble, athées et croyants, à œuvrer à de véritables perspectives du vivre-ensemble sans la haine de l’autre. » Que fera-t-on de de cette injonction : « Je suis Charlie » ? Car en tant qu'injonction, elle pose aussi problème à la liberté d'expression car elle contraint et empêche de réfléchir. Je retiens surtout du propos de Shlomo Sand l’ambiguïté dans laquelle l'occident se trouve, et à quel point nous devrions cesser de nous mentir surtout à nos propres yeux, car à l'heure d'Internet, les méthodes machiavéliennes de conservation du pouvoir éclatent en morceaux. Le dialogue nécessaire est préférable aux décrets verticaux. A nous de créer de nouvelles conditions favorisant un Vivre Ensemble laïc effectif , chacun là où il vit et où il se bat. L'initiative récente à Vesoul de créer un lieu de dialogue, un « café Charlie » pour « panser les fractures de l'après Charlie », va dans ce sens , mais la voie sera longue car selon le Monde les jeunes se réunissent ailleurs et ne se sentent pas invités par « les gens de la ville » malgré leur besoin de dialoguer. « Ici on n’est pas Charlie, mais tous on condamne ce qui s’est passé à Charlie ». Thierry Lebeaupin ( 1) Français d'origine contrôlée part 1 : http://tinyurl.com/lah9ydf Français d'origine contrôlée part 2 : http://tinyurl.com/ po7fv88 (2) Shlomo Sand : http://tinyurl.com/l46sbs4 23 24