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-1Initiation à la Religion Romaine (CM)

I. Qu’est-ce qu’une religion antique ?


Une religion polythéiste, comprenant des strates très
anciennes ; mais qui consiste également en un système ouvert qui
s’enrichit de nouvelles divinités.
Une religion ritualiste. Ni révélée, ni dogmatique. Ce qui
compte, c’est l’exactitude de la cérémonie religieuse. Il n’existe
pas de définition intangible, ni d’écrits à la religiosité sacrée. Bien
sûr, existence de croyances, mais beaucoup de marges
l’interprétation, notamment personnelle. Grandes diversités. > pas
de corpus dogmatique par écrit. Mais pas de variations personnelles
dans les rites et leurs accomplissements.

religio : scrupule (avec lequel on exécute le rite)

Une religion publique, communautaire. Pas essentiellement


pratiquée pour le salut de chacun. Représentants du peuple (prêtres
et magistrats) pour la communauté étatique. Prières et sacrifices
pour la gloire et la prospérité de Rome, en parallèle de
l’expansion quasi continue de celle-ci (entre -753 et -506, la Cité
État a multiplié sa surface par 12, voire 15). Facteur identitaire
très fort. C’est moins l’individu que la communauté/collectivité qui
compte dans cette pratique religieuse.

Pratique privée ? Certainement, mais très peu de renseignements


nous sont parvenus. Privilégiait sans doute la présence masculine
(pater familias), en quelque sorte comme le prêtre de chaque foyer.

Une religion sélective dans son public, exclusive. Ne


comptaient que les citoyens romains mâles, et marginalement les
femmes et filles de citoyens. Pas de place pour les étrangers et les
esclaves (période républicaine offrira la possibilité de
l’affranchissement). Religion d’un état impérialiste et sûr de lui.

II. La part latine de la religion romaine


Particularité de la langue.
Région du Latium (limité au nord par le Tibre (et l’Anio). Cités
étrusques au nord, Carre et Veies ; frontière.

Cité = ville + territoire = Cité État

Ouest maritime, au sud jusqu’au Cap Circé, à l’est montagnes.


Centre géographique : les Lacs Albins. Région existante avant la
naissance de Rome.
XIe avant JC, vestiges religieux comme l’Urne Cabane en
terre cuite, cendres, à l’image de l’habitat du mort. Rite qui ne
concerne que les personnalités importantes, homes et femmes, long
à réaliser. Forme de survie dans l’au-delà, incinération qui apporte
une forme d’héroïsation. Rite religieux élaboré. (Indices sur les
structures sociologiques, sur la hiérarchie). Miniatures de vaisselles,
d’armes. Enterrées avec soin.
> Communauté latine perceptible, identifiable par le
rite funéraire. Arrivée des Latins au Latium vers 2000, 2500
avant JC.
Éléments indo-européens dans les rites primitifs.

Lavinium, Alba Longa, Rome.


Les Rois d’Albe (-430, 300). Silvii.
Mythe d’Énée placé aux origines.
Manière de refuser une origine complètement autochtone. Énée se
marie à une princesse locale, Lavinia > les rois Albins jusqu’à
Numitor et Amilius, parent de Romulus et Remus.
Conception profondément différente de l’identité romaine par
rapport à d’autres cités telles que Sparte ou Athènes. Citoyenneté
romaine beaucoup plus ouverte que la citoyenneté grecque.
Région des monts Albins centrale. Vestiges archéologiques les
plus anciens de la civilisation latine. Rites funéraires qui
transforment le mort en ancêtre divinisé ; héroïsation. Conception
religieuse assez avancée.

Phénomène indo-européen. Entre -2200 et -1800 arrivés au Latium.


-1150 et -1100 pour les identifier comme Latins.

III. Rome
Le site de Rome : fleuve et reliefs, façonnés par l’ancienne
activité volcanique. Site naturellement accessible ;
communication aisée avec l’arrière-pays. Tibre cours d’eau très
important pour la région ; navigable et relie Rome à la mer.
Échanges avec Veii, ville étrusque importante, et le monde
grec. Les marchands grecs s’arrêtent à Rome, car méandre
important.
Importance d’abord du Capitole et du Palatin ; entre les deux
le Forum Boarium, halte facile de navigation. « Terminus » de
nombreuses routes, dont la Via Salaria (sel nécessaire pour les
bovins, zone de salines dans la région de Ficana) et Via Campana.
Présence de ce sel cause majeure de la naissance et de la
prospérité de Rome.
Sites aisément défendables.
Gué pour passer le fleuve.
Salines qui fournissent une denrée essentielle.
IV. La Rome Romuléenne
-753, fondation légendaire de Rome.
Figure du fondateur : Romulus, frère de Remus.
Première phase : division en trois tribus : les Ramnes, les Tities et
les Luceres. Indices institutionnels et religieux qui attestent
la tripartition de la population. 30 curies, groupements de
citoyens. Divisions démographiques et territoriales.

Éléments religieux importants : limite religieuse faite par


Romulus autour du Palatin, sillon avec charrue, le pomerium.
> Ville Carrée (Rome Carrée, Roma Quadrata). Nom donné à la
nouvelle ville par le fondateur vainqueur.

1988, découverte archéologique des restes d’un mur du milieu


du VIIIe avant JC au pied du Palatin qui a rouvert le débat sur la
possible historicité de la légende romuléenne. Fonction du
pomerium plus religieuse que défensive. Matérialisation du
pomerium possible.

La linguistique comparée permet d’autres observations.


« Fonder la ville » : condere urbem. Urbs, étymologie inconnue,
longtemps attribuée à l’étrusque, mais présence étrusque au VIIe
avec la monarchie des Tarquins. Fondation romaine par les
Étrusques ?
L’étymologie indo-européenne trouve peut-être un mot hittite qui
signifie « tracer un cercle consacré ». Désigne donc Rome en tant
qu’espace religieux.
> La fondation de Rome est avant tout un acte religieux ;
espace privilégié sous la protection de Jupiter, dieu concerné
par la prise d’auspices.
Acte de prendre les auspices central. Gardé dans la
mémoire civique romaine.
Étiologie : explication d’un rite et de ses origines.
Omniprésent dans la religion, dans la vie publique romaine.
Romulus est le paradigme du magistrat qui consulte les
auspices. Histoire qui a une fonction dans la cité.

V. Les auspices à Rome


aves spicere : regarder les oiseaux
Rite auspicial/augural < ornithoscopie, en regardant les
oiseaux on peut en tirer des normes de comportements ou des
indications sur l’avenir. L’oiseau est censé être en communication
avec les dieux, être un messager. Forme de divination, fait de
deviner l’avenir.
On parle alors de divination augurale.
Il n’y a pas d’acte public à Rome qui ne soit précédé
d’une consultation auspiciale, dès la période royale. Il s’agit
d’actes qui engagent la communauté romaine dans son
ensemble : construction d’un mur, d’un édifice, d’une
structure publics ; batailles ; réunions des citoyens.

Augure < augurium, ii .n. le signe


augur, is .m. le prêtre
Auspicium : observation des oiseaux.
Augurium : message envoyé par les dieux.
Le roi est celui qui prend les auspices.
Dieu de la souveraineté publique : Jupiter. Mais à partir de
-506, sous la république, bipartition : le magistrat d’une part
et le prêtre d’autre part, afin d’atténuer le pouvoir du roi.

Le templum : 1) enclos consacré.


L’augure monte sur une hauteur, une plate-forme consacrée (le
Palatin dans la tradition royale) avec le lituus en main droite avec
lequel il va tracer un espace rectangulaire d’observation des oiseaux
dans le ciel. En prononçant des prières. Direction des oiseaux,
espèces, cris… formalisé dans un savoir augural (disciplina, ce qui
s’apprend).
Le dieu est-il d’accord ou non avec la décision qui va être
prise. Pas de présage ni de prédiction de l’avenir.
Pour le templum : 2) projection sur le sol de l’espace aérien pour 3)
la construction matérielle d’un sanctuaire.

Pomerium, limite abstraite mais essentielle à la vie institutionnelle.


Augures qui ne peuvent être pris qu’à l’intérieur du pomerium ; en
revanche pas de rites funéraires dans l’enceinte.

La citadelle (arx) et l’Aventin restent exclus du pomerium.


Distinction entre pouvoir civil et pouvoir militaire. Commandement
effectif qu’à l’extérieur. Espace privilégié, bénédiction spécifique de
Jupiter.

Pratique auspiciale essentielle. Réponse favorable pour une question


précise et pour une seule journée. A 95% des cas, la réponse sera
favorable. Pratique auspiciale n’est pas faite pour annoncer l’avenir,
mais pour s’assurer de l’accord de Jupiter sur l’initiative qui va être
prise > conviction de la part du pouvoir romain d’agir en conformité
avec les dieux. Forme d’automatisme : donner au peuple romain
une grande conviction dans la légitimité de leurs actes et du
pouvoir.
> Marque la plus éminente du pouvoir du roi : continuité avec la
période républicaine. Les consuls conserveront le pouvoir de
prendre les auspices. L’auspicium, la prise d’auspices, est le
fondement de l’imperium, le pouvoir.

VI. Le calendrier
Les Fastes d’Ovide.
Sources épigraphiques : mode sous Auguste de faire afficher
le calendrier religieux sur les parois des temples.
La semaine romaine compte 9 jours, qualifiés par une lettre :
jours fastes et jours néfastes (jours où il n’est pas permis aux
hommes d’avoir leurs activités).
Année luni-solaire : « menses », mois, de « men », la lune.
Calendes, Nones, Ides. 12 mois.
Rythme naturel : équinoxes, solstices.
Scandé par les fêtes religieuses.

Calendrier établi par Numa.


A l’origine, année lunaire.
Année romaine à douze mois, mais sans doute dix auparavant.
Traces d’une année qui commençait en Mars (nombreux rites qui
prennent place en Mars, dont le renouvellement du feu des
Vestales).
Début de l’année en Janvier, réforme attribuée à Numa, avec
passage de l’année à douze mois.
Janvier, mois de Janus. Porte en tant que passage.
Février, Februarius, divinité de la purification.
Mars, sous l’égide du dieu de la guerre.
Avril, divinité féminine proche de Vénus.
Mai, dieu de la croissance des plantes.
Juin, attribué à Junon. Mariage et union.
Théonymes.
Divinisation ultérieure de Jules César (juillet) et d’Auguste (août).

Les plus anciennes fêtes religieuses :


certaines fêtes au neutre pluriel, écrites plus gros que les autres,
parfois peintes en rouge, au nombre de 45. Correspondent à la
strate la plus ancienne du calendrier, à ce que la tradition littéraire
attribue à Numa. Datation au VIe - VIIe avant JC. Autres théories
préfèrent attendre le Ve. Fêtes de l’époque archaïque.
Janvier : Janus.
- 15 : Carmentalia. Sanctuaire au pied du Capitole. Déesse de la
prophétie et de la naissance, et de l’aurore. Place significative. A
une limite de la cité, de l’année.
> correspondance entre la valeur du dieu et son emplacement dans
la cité.
Février : Februa.
- 15 : les Lupercales. Purification et fécondité. Grotte (le Lupercal)
dans le Palatin, où la Louve aurait retrouvé Romulus et Remus.
Course de deux confréries religieuses, les Luperques, dans le sens
anti-horaire (course du soleil) > purification de l’année (début de
l’année en mars ?). Fécondité. Prêtres en pagne. Luperques du
Palatin et Luperques du Quirinal. Fouet fait avec une chèvre
sacrifiée. Femmes au pied du Palatin qui en sont frappés pour
assurer fécondité. Les coureurs s’essuient le visage avec un linge
imbibé de lait, puis éclater de rire. Se comparent à des loups ou à
des pics verts. Cérémonie extrêmement ancienne.
Document pontifical qui adjure les Romains de ne plus
célébrer les Lupercales.
Important en 44. Chef des Luperques, Marc Antoine, s’arrête
devant César avec une couronne à la main et dit « honneur au roi
César » et la foule gronde. César fait renvoyer la couronne au
temple de Jupiter.
- 23 : Terminalia, après lesquelles on intercale un mois pour la
cohérence du calendrier républicain.
Mars :
- 15 : Anna Puenna. Vieille femme. Invocation du début d’année
(bonne année ?). Transformée en personnage.
- 17 : Liberalia - Liber. 17-18 ans, les garçons romains montent sur le
Capitole et prennent la toge virile. Offrande de la bulla.
- 23 : Tubilustrium, purification des trompettes. Rituel d’ouverture de
la guerre.
Avril : Aprilis, déesse étrusque ?
- 19 : Cerialia, Cérès, divinité de la croissance végétale.
- 21 : Pacilia, jour de la fondation de Rome, sur le Palatin.
Purification des troupeaux.
- 23 : Première fête des Vinalia, consommation du vin de l’année
précédente.
Mai : Maius.
- 9-10-11 : Les Lémures, fêtes des morts.
- 23 : Tubilustrium
Juin : Junon.
- 9 : Vestalia. Temple de Vesta sur le Forum. Déesse du foyer public.
Juillet :
- 7 : Nones Ceprotines ; sacrifice d’une chèvre au pied d’un figuier.
Référence à Romulus.
Août :
- 17 : Portunalia, Port du Forum Boarium. Rome archaïque au rôle
économique et commercial important.
- 19 : Vinalia, fête de la vendange.
Septembre :
Octobre :
- 1 : la Poutre de la Sœur. Horace y aurait tué sa sœur. Réalités
religieuses : porte d’une ancienne Rome flanquée de deux autels :
Janus et Junon. Rituels d’initiation pour filles et garçons.
- 15 : le Cheval d’Octobre. Course de chevaux, rivalités entre
quartiers. Cheval vainqueur sacrifié au dieu Mars. Rituel indo-
européen.
- 19 : Armilustrium, purification des armes.
Novembre :
Décembre :
- 17 : les Saturnales : les esclaves prennent la place des maîtres.
Repas offerts aux passants. Fin d’année qui célèbre l’abondance.
Saturne dieu du chaos qui aurait précédé Jupiter.
- 23 : Larentalia, Acca Larentia, nourrice de Romulus et Remus. Fête
funéraire sur le Vélabre.

Données antiques anciennes.


Vie religieuse de la Rome archaïque.
Pas de fête dédiée à Jupiter dans la tradition archaïque. Fêtes qui
concernent souvent la purification de la cité en tant
qu’espace collectif. Préoccupation du nombre (conquêtes),
fêtes liées à la prospérité.

VII. Le Sacrifice
Mise à mort d’un animal. Animaux domestiques. Bovins, ovins,
cochons…
Côté irréversible du sacrifice animal. Entrée en
communication avec les dieux.
Sacrifices humains à l’origine.
codifiés, cérémonial précis.
Croyances en actes : credo gestuel.
Rite public et communautaire, à l’époque royale associe le roi et
les prêtres.

Choix de l’animal.
Probatio, selon le dieu. Pour les dieux ouraniens, pelage clair.
Femelles aux déesses, mâles aux dieux.
Choix de la santé de l’animal, conditions rituelles pour certains
animaux : implique que l’animal ait été élevé dans des fermes
surveillées par les prêtres.
Procession.
Faire arriver l’animal au lieu de la mise à mort, conduit par les aides.
Cortège. Animal nettoyé et orné (cornes dorées pour les bovins).
Époque impériale, objet de terre cuite peinte entre les cornes.
Bandelettes pour décorer l’animal, censé être content du
sacrifice. Si l’animal s’enfuyait, on ne pouvait plus le sacrifier.
Parcourir les rues de Rome pour informer la population.
Sacrifices nombreux et réguliers. Les collèges de prêtres
devaient avoir des élevages, pour satisfaire aux conditions rituelles.
Champs (des) flamines. Prata Flamina
Bovin décoré par un manteau (dorsale). Époque républicaine :
panneau pour indiquer le motif du sacrifice et le dieu concerné.

Déroulement du sacrifice même :


- praefatio, offrande augurale de vin et d’encens. Le vin est la
reconnaissance de la souveraineté des dieux (« boisson de
souveraineté »). L’encens est la reconnaissance de l’immortalité
divine, souvent importé par les marchands phéniciens. Salutation
respectueuse à l’attention des dieux, se signaler à l’attention des
dieux.
- immolatio. Verser sur l’animal de la « mola salsa ». Une farine
sacrée, fabriquée par les Vestales.
Consécration de la victime, passage du domaine
humain/terrestre au domaine divin. Quelques gouttes de vin sur
le front de l’animal : propriété divine. Passage rapide du couteau sur
le dos de l’animal pour annoncer le sacrifice.
Moment liturgique fort, par métonymie, définit le sacrifice, car pas
de termes pour la mise à mort.
- mise à mort, réalisée par un esclave. Assomme, puis égorge. +
precatio, prière à haute voix.
- litatio, vérification de l’acceptation du sacrifice par la divinité
grâce à l’examen du foie de la victime, réalisée par un prêtre
d’origine étrusque, l’haruspice (en Étrurie, fonction divinatoire).
> usque ad litationem, jusqu’à l’acceptation.
- partage sacrificiel. Viscères aux dieux, chair aux humains
(l’inverse chez les Grecs). Offrandes cuisinées, cuisine du sacrifice.
Autour des sanctuaires romains, bâtiment pour réaliser cette
cuisine. Trépieds en bronze portatifs sur lesquels on fait cuire les
viscères.
- le sacrifice doit aboutir à un banquet sacrificiel.
Repas partagé entre mortels et immortels. Les dieux sont « servis »
en premiers. Distinction entre ce qui est « sacer », les entrailles, les
exta. Propriétés de la divinité. Et le reste, profanum (devant le
temple, fanum, i non construit). Distinction essentielle car établit
une hiérarchie importante, de respect et de bienveillance.
Parallèle de la relation entre citoyens et magistrats (gens auxquelles
il faut manifester du respect) et entre patrons et clients.