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LESANNONCES DELASEINE

Jeudi 16 juin 2011 - Numéro 35 - 1,15 Euro - 92 e année

107 ème Congrès des Notaires de France Cannes - 5 / 8 juin 2011 Benoît
107 ème Congrès des
Notaires de France
Cannes - 5 / 8 juin 2011
Benoît Renaud
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35 V IE DU DROIT 107 è m e

VIE DU DROIT

107 ème Congrès des Notaires de France

Etre utiles

par Henri Brugerolle

2

Sentinelles de la société française

par Benoît Renaud

4

Confiance et stabilité

par François Fillon

9

Ministère de la Justice et des Libertés

1 er Forum sur le Travail d'Intérêt Général (TIG)

13

JURISPRUDENCE

Catégorie professionnelle et différence de traitement

Cour de cassation - chambre sociale - 8 juin 2011

12

INTERVIEW

Entretien avec Alain Bensoussan

14

EUROPE

L’Institut Européen du Droit

Congrès fondateur « L’Europe dans la globalisation du droit » Intégration juridique européenne

par Michel Mercier

15

Vers une culture juridique commune

par Jean-Marc Sauvé

16

ANNONCES LEGALES AU FIL DES PAGES

19

Coups et blessures par Roland Dumas

50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand

32

L e Congrès des Notaires qui s'est déroulé du 5 au

8 juin à Cannes, a choisi cette année de consacrer

ses travaux à la rencontre du chiffre et du droit

avec le thème : « Le financement : les moyens de

ses projets, la maîtrise des risques ». Cette réflexion a été menée au sein de quatre commissions correspondant aux

quatre étapes successives de la réunion des fonds nécessaires à la réalisation d’un projet : « Débuter », « Entreprendre », « Développer », « Valoriser ». La 107 ème édition de ce rendez-vous incontournable, qui avait pour Président Henri Brugerolle et pour rapporteur général Olivier Herrnberger, fut également force de pro- position puisque dix-sept propositions ont été formulées dans un but de modernisation et de simplification de la législation en vigueur. Plus de 35 délégations étrangères mais aussi pour la première fois le Premier Ministre François Fillon accompagné du Garde des Sceaux Michel Mercier ont honoré de leur présence la séance inaugurale de ce congrès ayant rassemblé plus de 3 500 notaires. Devant cette prestigieuse assistance, le président du Conseil Supérieur du Notariat, Benoît Renaud, a livré les inquiétudes de la profession notariale. Il a ainsi évoqué la récente décision du 24 mai 2011 rendue par la Cour de Justice de l’Union Européenne (affaire C- 50/08, Commission c/ France, Les Annonces de la Seine, numéro 31, page 11) qui réfute la condition de nationalité comme condition d’accès à la profession de notaire, au motif que le rôle public du notaire « ne constitue pas une partici- pation directe et spécifique à l’exercice de l’autorité publique ».

C’est le cas de l'activité d'authentification comme des autres activités confiées aux notaires, telles la participa- tion aux saisies immobilières ou l'intervention en matière de droit successoral qui sont exercées sous la surveillance d'un juge ou conformément à la volonté des clients. La Cour de Luxembourg estime en effet que « le notaire ne décide ni n’impose sa décision quand bien même il appose sur les actes qu’il reçoit le sceau de l’Etat ». Benoît Renaud a souligné que « l’authenticité est au cœur du système de droit continental. Et la France en est le berceau ». Déplorant que les institutions de l’Europe n’ont de cesse d’élargir leurs domaines d’intervention, il a interpellé les autorités nationales présentes : « L’Etat français attend-il des institutions européennes qu’elles lui dictent à qui il entend déléguer une parcelle de son autorité ? » Le Premier Ministre François Fillon s’est voulu rassurant. Estimant qu’il s’agit d’un « arrêt nuancé » ne devant pas nourrir des craintes excessives, il a rappelé que la Cour de Justice de l’Union Européenne a de « la notion d’autorité publique, une interprétation particulière, restrictive qui ne remet pas en cause le statut d’officiers publics et ministé- riels » des notaires. Par ailleurs, il a estimé que les termes de la décision « donne les moyens de défendre les caractères essentiels du notariat et les structures de son organisation ». Le notariat est un pilier de la tradition juridique française mais aussi de nombreux pays en Europe. Le Premier Ministre a souligné que les notaires étaient aussi dotés d’une dimension internationale grandissante, et étaient à cet égard « appelés à jouer un rôle d’exemple et de réflexion ». Jean-René Tancrède

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des affaires juridiques, Groupe Essilor International 2010 Publicité : Légale et judiciaire : Didier

2010

des affaires juridiques, Groupe Essilor International 2010 Publicité : Légale et judiciaire : Didier Chotard

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Légale et judiciaire :

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Le journal “Les Annonces de la Seine” a été désigné comme publicateur officiel pour la période du 1 er janvier au 31 décembre 2011, par arrêtés de Messieurs les Préfets :

de Paris, du 23 décembre 2010 ; des Yvelines, du 16 décembre 2010 ; des Hauts-de- Seine, du 22 décembre 2010 ; de la Seine-Saint-Denis, du 21 décembre 2010 ; du Val-de-Marne, du 31 décembre 2010 ; de toutes annonces judiciaires et légales prescrites par le Code Civil, les Codes de Procédure Civile et de Procédure Pénale et de Commerce et les Lois spéciales pour la publicité et la validité des actes de procédure ou des contrats et des décisions de justice pour les départements de Paris, des Yvelines, de la Seine- Saint-Denis, du Val-de-Marne ; et des Hauts-de-Seine. N.B. : L’administration décline toute responsabilité quant à la teneur des annonces légales.

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35

avec suppléments culturels

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avec suppléments judiciaires et culturels

COMPOSITION DESANNONCES LÉGALES NORMES TYPOGRAPHIQUES

Surfaces consacrées aux titres, sous-titres, filets, paragraphes, alinéas

Titres : chacune des lignes constituant le titre principal de l’annonce sera composée en capitales (ou majuscules grasses) ; elle sera l’équivalent de deux lignes de corps 6 points Didot, soit arrondi à 4,5 mm. Les blancs d’interlignes séparant les lignes de titres n’excéderont pas l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Sous-titres : chacune des lignes constituant le sous-titre de l’annonce sera composée en bas-de-casse (minuscules grasses) ; elle sera l’équivalent d’une ligne de corps 9 points Didot soit arrondi à 3,40 mm. Les blancs d’interlignes séparant les différentes lignes du sous-titre seront équivalents à 4 points soit 1,50 mm. Filets : chaque annonce est séparée de la précédente et de la suivante par un filet 1/4 gras. L’espace blanc compris entre le filet et le début de l’annonce sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot soit 2,256 mm. Le même principe régira le blanc situé entre la dernière ligne de l’annonce et le filet séparatif. L’ensemble du sous-titre est séparé du titre et du corps de l’annonce par des filets maigres centrés. Le blanc placé avant et après le filet sera égal à une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Paragraphes et Alinéas : le blanc séparatif nécessaire afin de marquer le début d’un paragraphe où d’un alinéa sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Ces définitions typographiques ont été calculées pour une composition effectuée en corps 6 points Didot. Dans l’éventualité où l’éditeur retiendrait un corps supérieur, il conviendrait de respecter le rapport entre les blancs et le corps choisi.

de respecter le rapport entre les blancs et le corps choisi. Vie du droit Henri Brugerolle

Vie du droit

le rapport entre les blancs et le corps choisi. Vie du droit Henri Brugerolle Photo ©
Henri Brugerolle Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35
Henri Brugerolle
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Etre utiles

par Henri Brugerolle

O n trouve sa définition dans la pre-

mière édition de 1694, du diction-

naire de l'Académie Française.

« C'est une des armes certaine-

ment les plus primitives qui semble avoir été universellement utilisée par l'homme », nous dit aujourd'hui Wikipédia. Le gourdin. Le gourdin, Mesdames et Messieurs, fut pro- bablement le premier moyen de financement, expression de la loi la plus ancienne et la plus naturelle qui justifiait l'appropriation : la loi du plus fort. Tout projet, à l'exception de la création des cieux

et de la terre que nous relate le livre de la Genèse,

a nécessité, nécessite et nécessitera un financement. Parmi les premiers écrits connus, sans remonter

à la création du monde ou à la préhistoire, mais

à cinq mille ans tout de même, les tablettes de

glaise qui nous sont parvenues de Mésopotamie relatent essentiellement des transactions économiques. C'est en effet dans son activité de commerce que l'homme eut d'abord la volonté

de conserver des traces écrites.

Et, croyez-moi, il n'y a pas de philanthropie dans tout ça ! Les transactions inscrites dans la glaise faisaient état de remboursements de marchandises prêtées pour financer une activité commerciale, elles mentionnaient le montant et la date du remboursement. Vous le voyez : déjà le financement. L'intérêt aussi, déjà, qu'il nous faut, disent les Grecs, rapprocher du principe de la croissance naturelle du troupeau de bétail. Le troupeau pouvait circuler comme monnaie :

c'était donc de l'argent qui fructifiait. L'intérêt encore, mais composé cette fois, dont on trouve le principe mathématique dans l'ancienne Babylone pour les prêts à long terme. La confiance surtout, Et c'est autour de cette valeur, la confiance, que les parties se retrouvèrent après s'être débarrassé du gourdin. Le monde économique aurait-il pris son essor sans la confiance de ses acteurs les uns envers les autres dans leurs relations commerciales, la confiance qu'a le prêteur d'être remboursé de sa créance ? Les mots « créanciers », « confiance », « crédit » ont une racine commune, le verbe latin « credere » : avoir confiance, se fier. « L'argent n'est pas un métal, c'est de la confiance écrite » nous dit l'économiste anglais Niall

REPÈRES

Propositions valies par la première commission

Débuter

intervient trop tardivement pour permettre un comparatif des différentes offres financières,

calcul du TEG, en plus des intérêts, les frais et commissions directement versés à la banque.

-

-

D’unifier les méthodes

Première proposition

Pour une simplification

que les éléments financiers pris en compte pour le calcul du TEG sont trop nombreux et que cela

mathématiques de calcul du TEG et du TAEG.

du taux effectif global

entraîne une insécurité juridique,

-

Que les intérêts conventionnels ne

Considérant :

-

que la sanction de l’inexactitude

puissent être remis en cause que

-

que la liberté donnée à

du TEG ne se justifie pas lorsque le

lorsque le TEG est omis ou lorsque

l’emprunteur de s’assurer auprès

TEG réel s’avère inférieur à celui

le TEG réel est supérieur au TEG

de la compagnie de son choix ne

indiqué dans l’acte.

indiqué dans l’acte.

permet plus à l’établissement de crédit de connaître, lors de

Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

Deuxième proposition

l’émission de l’offre, le coût définitif de l’assurance et par voie de conséquence de calculer le TEG,

- que le calcul définitif du TEG

- De modifier la rédaction de

l’article L.313-1 du Code de la consommation, en indiquant que

seuls sont pris en compte pour le

Pour une nouvelle approche du financement des études supérieures

Considérant :

Photo © Jean-René Tancrède

Ferguson et pour appuyer son propos, il cite la formule magique inscrite sur les billets anglais « je promets à sa demande, de payer au porteur

» Et nous voici au cœur de notre sujet : le financement. Sujet vieux comme le monde économique.

la somme de

Le financement, outil qui sous-tend tout projet,

projet dans la réalisation duquel les acteurs ont confiance, acteurs qui facilitent ce projet et

acteurs qui le réalisent. Mais acteurs qui, l'un comme l'autre, vivent dans

la

crainte du risque qu'il faut, autant que faire

se

peut, juguler et a minima contrôler.

Tout est dit ; le financement, les moyens de ses

projets - la maîtrise des risques. Examinons ensemble les moyens de réaliser ses projets tout d'abord.

A la lumière des explications données il y a

quelques minutes par Oliver Hernnberger

apparaissent trois grands leviers au financement :

les

établissements de crédit, la famille et le droit.

Je

ne ferai qu'évoquer les établissements de

La création ou la reprise d'une entreprise passe bien souvent par l'aide familiale, comme la famille est aussi dans les moyens des nécessaires projets d'une autre époque de la vie, le financement de la dépendance. Notre confrère, Philippe Potentier rappelait à juste titre à la tribune de notre congrès de Strasbourg en 2006 que les personnes vulné- rables imploraient le secours, tant de la société tout entière que de nous tous, pris individuel- lement ou familialement.

Vie du droit

la rencontre du chiffre et du droit, il peut être aussi la rencontre du patrimoine lui-même et du droit. En effet, le patrimoine contient en lui-même de nombreuses sources de financement tant pour accroître ou consolider un capital que pour générer des revenus. Voilà les trois leviers du financement. Vauvenargues écrivait : « la science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution ». La science avec la conscience.

Mais incertitude et risques ne sont pas juridiquement synonymes. De l'incertitude nait le risque qu'il faut s'efforcer de maîtriser tant pour le financeur que pour le financé. Il faut toujours prendre le maximum de risques avec le maximum de

précautions. Henri Brugerolle

crédit qui effectuent les opérations de crédit réalisées « à titre habituel ». Celles-ci relèvent, avec d'autres opérations, du monopole bancaire prévu par le Code monétaire et financier. De nombreux économistes s'accordent à penser que l'évolution des techniques de crédit a été aussi importante que toute autre innovation technologique pour le développement de la civilisation.

Et il serait parallèlement intéressant d'appro-

fondir avec les Professeurs Aynes et Croq, la notion selon laquelle toute création de richesse nouvelle génère nécessairement un nouvel instrument de crédit.

Le deuxième levier, la famille, maintenant.

La famille en effet est le creuset même de la solidarité financière qui permet les premiers

projets.

Après les établissements de crédit et la famille, voici le troisième levier : le droit. Le droit, la règle de droit, protègent la mise en place des moyens des projets. Permettez-moi de prendre cet exemple, curiosité du capitalisme américain :

A la fin du 19 ème siècle, les Etats-Unis ont instauré

pour chaque citoyen ce que certains ont appelé un droit inaliénable à la faillite, c'est-à-dire la possibilité de faire table rase des dettes insupportables, donc non remboursables. Après l'échec du premier projet, voire du deuxième, il est donné à l'entrepreneur, pris au sens de preneur de risque, la possibilité de tirer les enseignements de ses erreurs dans la mise en œuvre d'une création nouvelle. On dit même que la fortune de certains grands industriels américains n'a pas commencé autrement.

Il faut maîtriser les risques. Tout créancier aujourd'hui s'attache à garantir son risque, à obtenir des sûretés. Comme le constate la doctrine, la sécurité est devenue un besoin contemporain profond. La règle de droit n'aime pas l'incertitude. « Comment remédier à l'instabilité créée par les changements trop rapides de la législation », s'interrogent d'éminents juristes dans un ouvrage au titre significatif : « Le traitement juridique et judiciaire de l'incertitude », alors que nous vivons « dans un environnement économique, social, scientifique et technique caractérisé par l'emprise croissante du

et technique caractérisé par l'emprise croissante du Qu'il soit imposé ou volontaire, développé par Le

Qu'il soit imposé ou volontaire, développé par

Le droit permet, si j'ose dire, d'oublier le projet

de

nouvelles solidarités nées de l'augmentation

raté et son financement.

de

l'espérance de vie, ou même encouragé par

Sans aller chercher cet exemple extrême, il

les

pouvoirs publics, le financement familial est

nous vient immédiatement à l'esprit la règle

fondamental.

d'ordre public imposant d'ériger en condition

Le

Rapport de notre congrès relève à raison que

suspensive l'obtention du financement néces-

fil rouge qui traverse la filiation est bien

le

souvent entrelacé d'un fil d’argent.

saire à la réalisation d'un projet immobilier. Au-delà de cette protection, et si comme nous

Regardez par exemple :

l'a

dit Olivier Hernnberger, le financement est

-

que les frais d’entretien et

Troisième proposition

économiques mais également

sources de difficultés,

l’acquisition et les dépenses de

d’éducation représentent

Pour la création d’un fichier

Considérant :

sociales, est un objectif

-

que la contribution au

toutes natures y afférentes,

aujourd’hui des dépenses importantes qui peuvent créer

positif

prioritaire. Le 107 ème Congrès des Notaires

remboursement du prêt ayant financé le logement commun

acquittés aux moyens de fruits et revenus de l’un ou l’autre,

-

que le mode de distribution du

de France propose :

doit pouvoir, si les époux et les

constituent une charge du

un déséquilibre entre les enfants lorsque tous n’en ont pas

crédit à la consommation, et en

particulier du crédit

-

De prendre position en faveur

partenaires le souhaitent, être

mariage tant que dure la vie

profité,

de la création, en France, du

une personne physique pour

qualifiée de charge de la vie

commune, sans recours de l’un

-

que le rapport prévu par

renouvelable sur le lieu de

registre national des crédits aux

commune,

contre l’autre au titre de la

l’article 852 nouveau du Code

vente, n’est pas satisfaisant

particuliers géré par la Banque

-

que cette contribution, une

contribution.

Les partenaires pourront

civil repose sur une décision

faute pour le professionnel de

de France, dont la consultation

fois acquittée, doit pouvoir, si

2°) De compléter l’article 515-4

unilatérale des parents dont la

-

d’éducation devraient pouvoir, a

que les frais d’entretien et

disposer d’une information

-

qu’un fichier positif recensant

lui permettrait de déterminer la

serait obligatoire pour tout

les époux et les partenaires le

du Code civil par l’alinéa

mise en œuvre peut être source de difficultés,

fiable sur l’endettement réel du demandeur,

professionnel du crédit avant l’octroi d’un crédit accordé à

souhaitent, être définitive pour éviter des recours contributifs au moment de la séparation,

suivant :

prévoir, dans l’acte d’acquisition

l’ensemble des prêts souscrits

des besoins non professionnels.

-

que ce souhait doit pouvoir

en commun de l’habitation

posteriori, être réincorporés dans une donation-partage.

par un particulier, consulté obligatoirement par le prêteur,

Quatrième proposition

s’exprimer au moment de l’acquisition.

commune principale, que le financement de l’acquisition et

Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

capacité d’endettement réelle

Pour un nouveau statut du financement du logement

Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

les dépenses de toutes natures y afférentes, acquittés aux

-

De rajouter à l’article 1078-1

Considérant :

1°) De compléter l’article 214

moyens de fruits et revenus de

du Code civil un deuxième alinéa

ainsi rédigé : il (le lot de certains

du demandeur et ainsi de limiter le risque de

-

que les recours contributifs

du Code civil par l’alinéa

l’un ou l’autre, constituent une

surendettement,

entre époux ou partenaires

suivant :

charge de la vie commune,

-

que la lutte contre la

pacsés, relatifs au

Les époux pourront prévoir,

pendant la durée de celle-ci,

gratifiés) pourra, de même, être formé des frais engagés au titre de l’entretien et de l’éducation des enfants.

progression du surendettement, compte tenu de ses conséquences non seulement

remboursement de l’emprunt ayant financé le logement indivis, sont aléatoires et

dans l’acte d’acquisition en commun du logement de la famille, que le financement de

sans recours de l’un contre l’autre au titre de la contribution.

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

de l’un contre l’autre au titre de la contribution. Les Annonces de la Seine - jeudi

3

Vie du droit concept d'incertitude, que celle-ci soit réelle qui chercha à augmenter, par tous

Vie du droit

concept d'incertitude, que celle-ci soit réelle

qui chercha à augmenter, par tous les moyens,

Le notaire a toute sa place dans l'architecture

ou simplement ressentie

».

le nombre de ménages propriétaires.

du projet, dans la maîtrise des moyens, il est le

Et

c'est dans cet ouvrage d'ailleurs que Monsieur

Je m'arrête là, la littérature et la critique sont

point d'appui commun des trois leviers que

le

Premier président Lamanda rappelle que la

abondantes sur le sujet.

j'évoquais il y a quelques instants.

deuxième chambre civile de la Cour de cassation a été quelques fois qualifiée de

« chambre du risque ».

Mais je voudrais maintenant que vous soyez attentifs à l'opinion qu'exprime Robert Shiller dans son ouvrage « The Subprime Solution » :

L'acte authentique est fondamental dans la maîtrise des risques, la sûreté, la garantie. Au-delà de cela et comme le soulignait le

Mais incertitude et risques ne sont pas

«

une option pourrait être, pour l'emprunteur

président Renaud, il y a dans le sous-titre de

juridiquement synonymes. De l'incertitude nait

le risque qu'il faut s'efforcer de maîtriser tant

pour le financeur que pour le financé. Il faut toujours prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions. Le monde économique l'a bien compris puisqu'apparaissent depuis quelques années des sociétés d'« expertise en Gestion de risques ». Le risque, c'est bien ce qu'ont ignoré les banquiers américains, générant avec les subprimes la tourmente financière que nous savons. Mais, entre nous, c'est un risque inconsidéré, qu'ils ignorent encore aujourd'hui en confiant à de nouveaux logiciels des tâches qui étaient du ressort exclusif de décideurs humains spécialistes de l'octroi des prêts immobiliers. « Des banques américaines ont décidé de faire mentir l'adage selon lequel on ne prête qu'aux riches. Elles ont aussi prêté de l'argent à des individus auxquels habituellement on ne prête pas. », écrit à juste titre le professeur Xavier Lagarde. Ajoutons à cela que les experts en gestion de risques des banques utilisaient des instruments pour le moins défectueux, comme le fit remarquer Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie. Ces emprunts hypothécaires de sous-ordre, réunis en portefeuilles de créances - douteuses par excellence - ont été facilités par une politique

hypothécaire, d'être assisté par un professionnel

tel qu'un notaire de droit civil

à haute voix, l'interprète et fournit des conseils juridiques aux deux parties ». N'est-ce pas la reconnaissance du rôle stabilisateur du notaire dans un environnement économique et juridique en perpétuelle évolution ? N'est-ce pas la reconnaissance de son rôle de régulation - au sens « assurer le bon fonction- nement » - régulation mesurée de l'économie dans la quête de concilier efficacité écono- mique et sécurité juridique ? La mondialisation n'est ni un drame, ni une chance, c'est une réalité, comme est une réalité

« L'irrésistible ascension de l'argent », titre de

l'ouvrage du professeur Ferguson que je citais tout à l'heure, argent que notre monde électronique, virtuel, ne matérialise même plus. Les rapports Doing Business de la Banque Mondiale, études annuelles de l'environne- ment juridique dans lequel l'entreprise exerce son activité, mettent régulièrement en accusa- tion la tradition juridique française, et particu- lièrement le rôle du notaire et le coût de son intervention. C'est un parti pris idéologique et la réponse est notamment dans la force probante et la force exécutoire de l'acte authentique et Robert Shiller analysant la crise des subprimes en a bien été conscient.

notre congrès, les moyens de ses projets - la maîtrise des risques, un raccourci saisissant de notre fonction, de notre rôle et de notre mission d'accompagnement de nos concitoyens tout au long de leur vie pour rendre leurs projets plus sûrs. Et c'est dans cette optique que, cette année encore, le congrès sera force de propositions. Mais pour ce faire, il n'est pas absolument nécessaire de basculer dans la nomophilie, autrement dit la passion de légiférer. « La complexité croissante de la société contemporaine commande l'excroissance des lois,

à condition que celle-ci soit fondée pour répondre

à des besoins sans cesse renouvelés. Lorsqu'il en

va autrement, leur raison d'être disparaît et l'apparence trompeuse du changement nuit au droit dans son ensemble », voilà ce qu'écrivait récemment le professeur François Terré. Ce congrès souhaitera certes proposer quelques précisions et ajustements législatifs pour tenir compte de l'évolution du monde d'aujourd'hui, mais il voudra surtout, dans un but de simpli- fication, se débarrasser de certains textes, véri- tables scories législatives et dépoussiérer, réac- tiver quelques institutions, qui, vues quelque- fois à travers un autre prisme, ne demande- raient qu'à servir, au sens de « être utiles ». Etre utiles, c'est ce que nous devons être, Etre utiles, c'est ce que nous sommes.

qui lit le contrat

utiles, c'est ce que nous sommes. qui lit le contrat Sentinelles de la société française par

Sentinelles de la société française

par Benoît Renaud

(…)

Le passé : quatre années émaillées de rapports

U n quotidien national rapportait récemment que le chef de l’Etat avait souhaité pour le bilan de son action présidentielle, je cite, « un simple

document très notarial qui constitue un outil pour les élus… ».

A la lecture de cet entrefilet, j’ai adressé mes

remerciements à Monsieur Sarkozy pour cette

référence que j’interprétais comme une forme

de reconnaissance pour la rigueur avec laquelle

mes confrères dressent ce qu’il convient d’appeler en termes notariés un inventaire. C’est à cet exercice bien connu, que je vous

invite.

A l’origine, on se souvient qu’un souci légitime

de simplification comme d’économie par une révision des politiques publiques avait conduit à l’annonce de recourir au service du

Benoît Renaud Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35
Benoît Renaud
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

notariat pour la résolution des divorces par consentement mutuel. Ce ne fut pas la seule initiative en la matière loin s’en faut. Il convenait d’alléger les services de la Justice afin de consacrer leurs moyens à d’autres fonctions plus essentielles, ce que chacun pouvait comprendre.

Mais s’agissant du divorce, les notaires qui n’y pouvaient rien ont été vilipendés et l’on sait ce qu’il s’en est suivi. Or, c’est dans ce contexte qu’un rapport fut confié à Monsieur Attali entouré d’un bataillon d’experts pour libérer la croissance. Quel ne fut pas notre étonnement de découvrir dans un inventaire à la Prévert, une succession

Vie du droit

Vie du droit Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35 de propositions dont les moins
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

de propositions dont les moins étonnantes n’étaient pas celles du chapitre sur les professions juridiques et la 216 ème décision qui évoquait le notariat, alors même qu’aucun notaire n’avait été enrôlé dans cette commission. Pourtant, les rédacteurs, loin de demander la suppression de notre belle profession, en recommandaient l’accroissement. Dès lors que ce rapport se préoccupait de sou- lager la société française des contraintes qui entraveraient ses progrès, cette demande d’une présence plus nombreuse ne peut s’in- terpréter que comme un hommage. Je le cite « tout en maintenant des critères très stricts de qualification, de compétences et d’exercice pro- fessionnel, il convient d’accroître massivement le nombre des offices notariaux… ».

la procédure d’homologation par la CLON pour la rendre plus rapide comme je le remercie de nous avoir entendus pour réduire le délai d’instruction des dossiers des notaires salariés. Les nouveaux plans quinquennaux seront signés avant l’été et je salue l’effort des présidents de chambre et de conseil régional pour cette élaboration à marches forcées. Dans cette indispensable perspective de croissance, confirmée dès mon élection, Mes chers confrères, je vous invite à l’audace tant il est prouvé que la multiplication de l’offre entraine celle de la demande. Le recours au notaire salarié est une voie qui ne saurait se substituer bien sûr à celle traditionnelle du nombre de notaires titulaires facilité par les nouvelles formes d’exercice. Mais elle est aussi

Le recours au notaire salarié est une voie qui ne saurait se substituer bien sûr à celle traditionnelle du nombre de notaires titulaires facilité par les nouvelles formes d’exercice. Benoît Renaud

Il se trouve que nous n’avions pas attendu l’expression de cette sentence pour nous engager dans une politique de développement concerté avec la chancellerie. En effet dès 2006 nous avions rédigé les plans quinquennaux d’adaptation structurelle dont les résultats démontrent que le nombre de notaires a augmenté de 11,7%. Ce résultat se situe en deçà de nos objectifs, car la crise économique a, entre autres consé- quences, vu les bénéfices de nos offices chuter de plus de 40% et les effectifs salariés de 12%. Nous traçons aujourd’hui les lignes d’expansion des 5 ans à venir, et je sais infiniment gré au ministre de la Justice d’avoir consenti à revoir

une formidable opportunité de renforcer l’authenticité et d’offrir aux diplômés notaires une passerelle supérieure à l’habilitation. Quant aux nouvelles formes d’exercice propo- sées par la loi de modernisation, elles ne peu- vent être conçues que dans l’intérêt du citoyen et dans celui de l’Etat. L’ingénierie juridique notariale ne peut avoir d’autre fin. Et l’inter- professionnalité capitalistique, n’est envisagea- ble qu’à la condition que notre tutelle exige avec la même fermeté que toutes les struc- tures soient soumises aux mêmes obligations de contrôle qu’il s’agisse de la société d’exer- cice ou des éventuelles sociétés participatives. Si le rapport Attali n’était qu’un rapport parmi

d’autres, nous n’étions pas pour autant au bout de nos tracas. Monsieur le Président de la République allait confier à Maître Darrois, maître du Barreau parisien, une exploration des professions du Droit dont la loi dite de modernisation est une conséquence. Par une lettre du 30 juin 2008, il était institué une commission de réflexion ayant pour objectif la création d’une grande profession du droit. Ce rapport à la conclusion imposée n’était pas consenti, et le moins qu’on puisse dire et qu’il ne nous a pas fait plaisir. La fusion était un non-sens. On ne peut tout à la fois vouloir plus de notariat et nier ce qui le fonde. De ce point de vue, le rapport Darrois est clair, je le cite :

« L’idée de recourir à un rédacteur professionnel impartial investi par la puissance publique, afin de doter l’acte d’une force probante égale à celle d’un serment judiciaire, et de la force exécutoire d’un jugement, dès lors qu’il s’agit d’un acte engageant l’avenir est traditionnel d’un système de civil law ». Monsieur le Premier ministre, les notaires seront heureux de vous entendre sur votre attachement à notre tradition juridique dont le droit de la preuve et donc l’authenticité est une clé de voûte. La crise des subprimes aura démontré a contrario la modernité de l’authenticité et il s’est même trouvé des voix autorisées outre- Atlantique pour déplorer que ce grand pays ne bénéficie pas de la garantie notariale. Cependant, il importait pour Me Darrois de répondre à cette tendance démultipliée par internet de l’automédication juridique et de proposer là où le citoyen évitait l’appui d’un professionnel, une sécurité accrue par un conseil.

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

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Vie du droit Très vite, il fut entendu que ce rôle ne pouvait être confié

Vie du droit

Très vite, il fut entendu que ce rôle ne pouvait être confié qu’à des avocats, lesquels n’enten- daient pas que d’autres pourtant dotés de compétences avérées puissent l’exercer. Et la commission Darrois d’inventer le contreseing. L’exposé des motifs de la loi publiée le 29 mars dernier qui le concrétise, précise justement :

« L’acte contresigné par avocat n’a pas vocation à constituer un troisième type d’acte ». C’est bien ce que nous avions compris. Quand bien même on dénommerait Sceau ce qui n’est qu’un simple tampon, quand bien même on dénommerait Minutier ce qui n’est qu’un archivage, quand bien même on se fourvoierait en parlant d’Authentifier ce qui n’est que vérifier. On ne créera jamais par la magie de l’artifice un acte assimilable à l’acte authentique ! En fait, mes chers confrères, il n’y aurait pas matière à inquiétude face à cette nouveauté juridique si j’en crois le mot du professeur Théry

qui dans cette intervention, voit comme une assurance contre un évènement hautement improbable, en l’espèce la dénégation de signature. Cependant je comprends ceux qui se sont émus

d’une communication agressive qui pourrait entretenir la confusion dans l’esprit des usagers du droit en promettant dans un amalgame peu soucieux de précision juridique des résultats que seul l’acte authentique garantit.

Et si le président du CNB a pu citer en nous

évoquant l’opéra de La Chauve-souris, je

l’enverrai volontiers revoir Casse-noisette. Mais cette loi de modernisation contient bien d’autres dispositions qui nous intéressent davantage.

A commencer par le fait de hisser dans le Code

civil les dispositions du décret de 1955 et de faire en sorte d’interdire la publication au fichier d’actes non juridictionnels. Par surcroît, ce nouvel article 710-1 du Code

civil prévoit que le dépôt au rang des minutes d’un acte sous seing privé, contresigné ou non, même avec reconnaissance d’écriture et de signature, ne pourra donner lieu aux formalités de publicité foncière. Alors mes chers confrères, OUI nous avons douté, mais voilà inscrit dans la loi, le symbole de la reconnaissance de la prépondérance de l’acte authentique que nous appelions de nos vœux. Et vous conviendrez que ces dispositions si elles nous contentent nous obligent aussi. Car enfin porter l’étendard de l’officier public n’a de sens véritable que si dans notre exercice quotidien, l’authenticité est toujours promue et respectée. Promue ? Par la préférence constamment donnée à son recours qui serait sans doute plus aisé si un droit d’enregistrement n’en venait alourdir singulièrement le coût, notamment pour les procurations.

REPÈRES

Propositions validées par la deuxième commission

Entreprendre

 

utilisées pour sa valorisation.

-

que ce fichier pourrait être

garantie, d’autre part parce

-

Au législateur, que les articles

860 (rapport en valeur), 861

ouvert à toutes les autres

praticiens de savoir avec certitude si elles sont ou non possibles,

qu’elle peut profiter à un prêteur par voie de subrogation,

 

(rapport en nature) et 922

sûretés personnelles consenties par des personnes physiques,

-

qu’en outre, la même question

-

que, depuis la réforme des

Première proposition

 

(réduction) du Code civil soient

-

qu’il n’y a donc pas lieu

sûretés de 2006, cette

Sécuriser le financement familial de l’entreprise

complétés de la manière suivante :

d’attendre plus longtemps une

intervention du législateur pour

se posera en sens inverse lorsque le patrimoine

professionnel d’un entrepreneur

convention est dotée d’un fondement indiscutable en droit

Considérant :

 

« Lorsque la donation a eu pour

créer ce fichier.

individuel sera sollicité pour

civil, qui permet même

-

que, lorsqu’une donation a eu

objet une entreprise individuelle

Le 107 ème Congrès des Notaires

garantir un financement

d’envisager avec sécurité son

pour objet une entreprise ou les

prouver, lors du règlement de la

 

à caractère industriel,

de France propose :

personnel,

utilisation en matière de vente

-

-

immobilière,

-

qu’il n’existe pas de réelle

contractuellement les relations

deniers servant à l’acquisition

commercial, artisanal, agricole

Que le notariat prenne

l’initiative de la création d’un

d’une entreprise, il incombe à l’entrepreneur donataire de

ou libéral, ou les droits sociaux d’une société exerçant une telle activité et dont le donataire a eu

Fichier Central des cautionnements et autres

qu’il serait donc souhaitable que le législateur vienne rapidement lever toute équivoque,

-

conventions de

et que, dans le cas où ces

impossibilité à organiser

succession du donateur, que les plus-values enregistrées par le

la direction effective, Et lorsque la valeur de

sûretés personnelles consentis par actes authentiques, pour en

des parties pendant la période de réserve de propriété,

fonds résultent de son fait

l’entreprise se trouve

permettre la révélation aux

« décloisonnement » seraient

-

mais qu’il importe :

personnel,

augmentée ou diminuée au

héritiers du garant lors de

admises, il conviendrait de

.

d’organiser une publicité

-

qu’à défaut de rapporter cette

temps du partage ou de

l’ouverture de sa succession.

respecter la logique de

obligatoire de la clause de

preuve, le rapport ou la

l’aliénation,

 

transparence patrimoniale qui

réserve de propriété en matière

réduction sont calculés en

La plus ou moins-value est

Troisième proposition

de cession d’entreprises et

considération de la valeur de

présumée, jusqu’à preuve

Préciser les possibilités, pour un

préside au fonctionnement de l’EIRL en organisant leur

publicité.

Le 107 ème Congrès des Notaires

de France propose :

d’immeubles, pour assurer à

l’entreprise au jour du décès,

contraire, advenue du seul fait

EIRL, de garantir un engagement

cette sûreté toute son efficacité,

-

que, sur un plan pratique, cette

du donataire ».

professionnel sur son patrimoine

.

et de revoir les positions

preuve est souvent difficile à

 

personnel (et vice-versa)

exprimées à ce sujet par

rapporter, alors qu’en termes

 

Deuxième proposition

Considérant :

-

Que soit rapidement précisée

l’administration fiscale, afin

que de sa mise en œuvre.

économiques il n’est pas réaliste

Créer un fichier notarial des

Considérant :

-

que la loi du 15 juin 2010

par le législateur la possibilité

d’assurer la neutralité du

de concevoir la progression d’une entreprise indépendamment de l’action de son dirigeant, même dans un

cautionnements (et autres sûretés personnelles) consentis par actes authentiques

donne aux entrepreneurs individuels la faculté d’isoler, au sein d’un patrimoine d’affectation, les biens, droits et

ou l’impossibilité pour un EIRL de garantir, sur l’un de ses patrimoines, des engagements relevant, normalement, de

procédé, tant au stade de sa transmission par subrogation

Le 107 ème Congrès des Notaires

contexte dynamique ou en

-

que malgré l’évolution

l’autre patrimoine :

de France propose :

présence d’un marché porteur,

jurisprudentielle et législative,

obligations en rapport avec leur activité professionnelle,

.

soit en constituant une sûreté

-

Aux praticiens, que soit

-

que cette situation,

l’absence de publicité des

-

que le droit de gage général

réelle,

développé le recours à la

potentiellement pénalisante

 

cautionnements constitue

des créanciers professionnels

.

soit en renonçant, en faveur

réserve de propriété, tant

pour un entrepreneur, peut

encore et toujours un facteur

est alors limité à ce seul

 

comme garantie d’un paiement

constituer un frein au développement des entreprises

d’insécurité pour l’héritier appelé à recueillir une

patrimoine d’affectation, dont la

d’un créancier déterminé, à se prévaloir des effets de l’affectation patrimoniale,

à terme que, par subrogation, comme garantie d’un

et un facteur néfaste d’instabilité

succession,

composition est rendue publique au moyen de diverses

-

Et que, dans le cas où cette

financement tiers.

des règlements familiaux,

-

qu’il n’existe aucun obstacle

déclarations,

dernière convention serait

-

Au législateur, que soit

-

que, pour autant, on ne peut

circonstances économiques dans

 

-

organisée une publicité

réserve de propriété en matière

d’inopposabilité.

nier totalement le rôle des

les variations de la valeur d’une entreprise. Le 107 ème Congrès des Notaires

technique à la mise en place d’un fichier central des cautionnements, sur le modèle du Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés,

que la loi autorise l’EIRL à

renoncer erga omnes à l’affectation patrimoniale, mais ne prévoit expressément ni

l’éventualité d’une renonciation conventionnelle profitant à un

admise, soit organisée, à l’article L.526-15 du Code de commerce, sa publicité obligatoire, à peine d’inopposabilité dans le registre public dont dépend l’entrepreneur concerné.

obligatoire de la clause de

de cession d’entreprises et d’immeubles, à peine

de France propose :

-

que ce fichier, accessible en

 

-

Que les positions exprimées

-

Aux praticiens chargés de

temps réel et à très peu de frais,

créancier déterminé, ni même la possibilité de constituer une

Quatrième proposition

Promouvoir la réserve de

Considérant :

par l’administration fiscale sur

rédiger la donation d’une entreprise ou des deniers destinés à acquérir une

constituerait le nécessaire complément de la sécurité juridique qu’apporte

sûreté sur un bien dépendant du patrimoine personnel pour garantir un engagement

propriété dans les cessions d’entreprises

les clauses de réserve de propriété en matière de cession d’entreprise et de vente

entreprise, de préconstituer la

l’intervention des notaires dans

professionnel,

d’immeuble soient regroupées

preuve de l’état de cette

le règlement des successions,

-

qu’en l’absence de toute

-

que la vente avec réserve de

sous un seul document et

entreprise en déposant, en

-

que la confidentialité

jurisprudence, la doctrine est

la validité de telles conventions,

propriété peut favoriser le

revues dans une optique de

annexe ou au moyen d’un acte autonome, les données

commande de réserver la consultation de ce fichier aux

actuellement divisée au sujet de

financement d’une cession d’entreprise, d’une part en

neutralité fiscale de la transmission et de la mise en

comptables et financières

seuls cas de décès de la caution,

-

qu’il importe pourtant aux

raison de l’efficacité de cette

œuvre de cette sûreté.

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Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

Vie du droit

Vie du droit N’avons-nous pas le devoir de faire bénéficier tous ceux qui poussent notre porte

N’avons-nous pas le devoir de faire bénéficier tous ceux qui poussent notre porte de la force incomparable de l’acte notarié. Ne viennent-ils pas chercher chez nous la sécurité la plus grande :

celle que confère la foi du sceau de l’Etat ? Ainsi devrait-il en être des avant- contrats. Respectée ? Et je veux avec solennité rappeler la valeur de notre déontologie admise par chacun lors de sa prestation de serment. Ceux qui la voient comme un fardeau n’ont pas leur place dans nos rangs. L’authenticité a son corollaire : l’honneur de l’officier public ! La loi du 28 mars non compté qu’elle rétablit le notaire à sa juste place dans l’établissement des PACS, porte enfin un sort aux mentions manuscrites. Nous saluons la disparition d’une obligation qui suscitait au moins l’incompréhension. La loi attribue encore une nouvelle mission de service public à la profession dans l’établisse- ment des statistiques immobilières, consa- crant par là même notre place prépondérante dans ce secteur essentiel à la vie de la nation. Les bases notariales par une alimentation exhaustive acquerront une fiabilité sans égale qui nous permettra à la fois de répondre à l’attente du citoyen sur la valeur de son bien, mais aussi à celle des pouvoirs publics et des professionnels sur l’évolution du marché, comme le souhaitait Monsieur le Ministre du logement. Ce marché connait des variations considérables, soumettant les ménages à une incertitude préjudiciable à l’acquisition alors même qu’il a été souhaité un accroissement du nombre des propriétaires. Nous constatons que cette crise de confiance a interrompu le parcours résidentiel des Français qui était devenu la règle d’un cercle vertueux dans la dernière décennie. Les produits de nos offices sont la traduction de cette situation très contrastée qui aggrave le sort de ceux installés en zone défavorisée. C’est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, la profession vous est particulièrement reconnaissante d’avoir décidé sur la proposition de Monsieur le garde des Sceaux l’ajustement de notre tarif qui, à la fois, a compensé les effets de l’inflation et a ajouté aux mesures de simplification en forfaitisant les frais fixes. Ainsi deux rapports auront durant ces quatre années mobilisé les énergies notariales. Ils auront eu le mérite, non seulement de raffer- mir notre solidarité, mais encore de nous rap- procher de la représentation nationale qui percevait davantage l’authenticité dans ses effets que dans ses causes. Notre mission n’est pas finie, car il est important que la pertinence de notre modèle juridique comme son adaptation aux réalités du monde contemporain soient encore plus largement comprises. Monsieur le Premier ministre, vous avez à votre service, des femmes et des hommes de consensus. C’est là notre tâche quotidienne de rapprocher les intérêts divergents, de résoudre les conflits, d’apaiser les colères, de rapprocher les bonnes volontés. Vous nous trouverez toujours disponibles sur ce terrain-là, et nous sommes prêts à oublier les affronts pourvu qu’ils cessent enfin. Un candidat à la présidence du CNB reconnaissait que notaires et avocats ne sont pas de la même nature.

Il a fallu quatre ans pour que cette vérité simple soit partagée. Il convient maintenant qu’elle le soit par tous.

Le présent :

actualité européenne

Si donc l’actualité à l’intérieur de nos frontières n’a pas manqué de conforter notre unité légendaire, celle venue de Bruxelles n’est pas en reste. Car les institutions de l’Europe n’ont de cesse d’élargir leurs domaines d’intervention. Le Conseil des notariats de l’Union européenne, le CNUE présidé par notre confrère autrichien Me Kaindl que je salue, entretient un dialogue constant avec la Commission et le Parlement européen, ponctué de hauts comme la résolu- tion du parlement en décembre 2008 contenant des recommandations à la Commission sur l’acte authentique européen et de bas comme l’arrêt récent de la Cour de justice. L’acte authentique pourrait être mis en exergue dans les projets du Conseil ou de la Commission qui traitent de la création du cer- tificat successoral européen, ou des régimes matrimoniaux. Le notariat manifeste ainsi son engagement pour une Europe de sécurité, de liberté et de justice. En retour les institutions de l’Union semblent intégrer la dimension authentique dans leur législation, et vouloir faire bénéficier le citoyen européen des bienfaits de la sécurité juridique attachée à l’intervention notariale. Pourtant depuis le 8 novembre 2000, la France, et au fil des années de nombreux autres Etats membres, ont fait l’objet d’une mise en demeure sur la condition de nationalité. La cour a, on le sait, réfuté cette condition d’accès à la profession de notaire, prétendant que le rôle public du notaire ne constitue pas une participation directe et spécifique à l’exercice de l’autorité publique. La Cour précise dans ces considérations limi- naires que le recours formé par la Commission européenne concerne uniquement la condi- tion de nationalité, et qu’elle ne porte ni sur l’organisation du notariat en France, ni sur les conditions d’accès autres que la nationalité. Elle souligne par ailleurs que ce recours ne concerne pas l’application des dispositions du traité relatives à la libre prestation des services. Pour justifier sa décision, la Cour estime que le notaire dans ses fonctions ne décide ni n’impose sa décision quand bien même il appose sur les actes qu’il reçoit le Sceau de l’Etat. Quelles conséquences doit-on aujourd’hui en tirer ? Tout simplement qu’un ressortissant européen qui aurait passé avec succès les examens de contrôle des connaissances professionnelles pourrait en théorie demander sa nomination dans un office notarial. Cependant, comme le souligne la Chancellerie dans son communiqué, la suppression de cette condition ne modifie en rien le statut du notariat, pas plus qu’elle n’affectera la qualité des services rendus aux familles et aux entreprises par les notaires qui continueront à garantir la sécurité juridique des actes qu’ils reçoivent.

Olivier Herrnberger Photo © Jean-René Tancrède
Olivier
Herrnberger
Photo © Jean-René Tancrède

La Cour insiste sur le fait que les activités notariales poursuivent des objectifs d’intérêt général qui visent notamment à garantir la légalité et la sécurité juridique des actes conclus entre particuliers ; la poursuite de cet objectif constitue, selon la Cour, une raison impérieuse d’intérêt général qui permet de justifier certaines spécificités propres à l’acti- vité notariale telles que l’encadrement des procédures de recrutement, la limitation de leur nombre ou encore les règles de rémuné- ration, d’indépendance, d’incompatibilités et d’inamovibilité qui sont affectées aux notaires. Ainsi, il convient bien sûr de prendre acte de la décision des juges européens, mais de ne pas se laisser impressionner par des conséquences hasardeuses autant que prématurées. Au regard de la définition du traité, les notaires remplissent une mission d’intérêt général, de service public qui justifie la délégation que l’Etat leur fait d’une parcelle de l’autorité publique. Vous le savez, Monsieur le Premier ministre, cet arrêt interpelle logiquement les notaires. Ils seront heureux d’entendre l’interprétation que vous en faites. L’authenticité est au cœur du système de droit continental. Et la France en est le berceau. L’Etat français attend-il des institutions européennes qu’elles lui dictent à qui il entend déléguer une parcelle de son autorité ?

L’avenir : les propositions

Et maintenant ? Serais-je tenter de dire. Les notaires ont trop connu d’évènements au travers des décennies pour s’émouvoir des péripéties de l’histoire dès lors, et c’est une condition majeure, qu’ils agissent avec le soutien de celui qui les nomme. Les questions sont simples. L’Etat ressent-il le besoin de notaires pour délivrer la confiance liée au sceau de l’Etat dans les actes fondateurs en droit de la famille, comme dans ceux portant transfert de droits réels ou constitution de sûretés ? Entend-il répondre à l’attente des entreprises de disposer de services notariés innovants conformes aux standards internationaux ? Veut-il par un maillage du territoire plus serré que bien d’autres services publics que les citoyens disposent d’un service juridique de proximité basé sur la recherche constante de l’équilibre entre la volonté des parties ? Cependant, en attendant les réponses de l’Etat, mes chers confrères, pour justifier nos attentes, il convient sans relâche de démontrer notre capacité d’adaptation comme notre loyauté sans faille.

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

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Photo © Jean-René Tancrède

Photo © Jean-René Tancrède 8 Vie du droit En l’espèce, le président du conseil supérieur ne

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Vie du droit

En l’espèce, le président du conseil supérieur ne

manque pas de preuves de la bonne volonté des

notaires et de leur alliance forte avec les services

de l’Etat, notamment en matière de lutte contre

le blanchiment où la contribution notariale en

dépit des risques que les déclarations de soupçon génèrent, a été saluée par Tracfin.

Il conviendrait peut être d’ailleurs que ces

signalements transitent par une structure spécifique du conseil supérieur afin de créer une distance de précaution opportune. Dans le domaine des nouvelles technologies qui

participe à la modernisation de l’Etat, la profession continue de faire la course en tête, mais il importe de ne pas relâcher nos efforts pour maintenir notre avance.

A commencer par télé@ctes où il nous faut

parachever l’œuvre entreprise. Le CSN ira à la rencontre des rares offices en difficulté pour une mise à niveau indispensable. Le déploiement de la Version 4 va nous permettre d’arriver à un potentiel de 75% des actes télé- publiés. De manière plus générale, la dématérialisation des échanges entre les offices et les collectivités publiques devra passer du stade des tests à la réalisation effective qu’il s’agisse de l’état civil ou des déclarations d’intention d’aliéner ; comme nous devons la promouvoir dans nos relations

; comme nous devons la promouvoir dans nos relations avec les SAFER ou dans le contrôle

avec les SAFER ou dans le contrôle des comptes de tutelle. Mais le grand défi qui nous attend, mes chers confrères, tient au déploiement de l’acte authentique électronique. 20 offices pilotes bientôt suivis de 300 permettront au premier janvier prochain une ouverture à tous. Nos clients attendent ce service nouveau qui trou- vera dans la visioconférence son exploitation maximale en abolissant les distances. La formation est un autre vecteur d’amélioration de la performance des offices. L’obligation de l’actualisation des compétences inscrite de longue date dans notre règlement national mais récemment consacrée par la loi ajoutera à cette volonté. Il reviendra au CSN de déterminer les participations qui concourront au quota de 30 heures qu’un prochain décret définira. Il va de soi, pour moi, que suivre les travaux des commissions de nos congrès doit être reconnu. Cet engagement collectif et individuel se traduit aussi dans l’adhésion à la qualité qui ne cesse de se développer si j’en crois la hausse continue des effectifs du club des certifiés qui s’enrichit désormais en nombre significatif de la présence des instances. Investissez dans la qualité : le prix s’oublie, la qualité reste. Mais nous entendons aller plus loin par la mise en œuvre du projet des notaires de France- horizon 2020 dont les premières réalisations relayées par les groupes pilotes en région sont désormais à disposition des offices. Nous présenterons d’autres pistes tels le projet d’entreprise ou encore le questionnaire sur les besoins des offices dans le domaine du droit international privé à l’heure où la chancellerie rédige le décret d’application relatif à l’assistance des consuls dans leurs missions notariales. Ce vaste mouvement, sans pareil dans les annales de la profession, est une preuve de dynamisme. Comme l’est aussi l’élection de notre confrère Jean-Paul Decorps à la tête de l’UINL. L’union internationale du notariat réunit

désormais 81 pays après les adhésions de la Tunisie, la Corée du Sud, la Bosnie-Herzégovine, et la Mauritanie. D’autres pays demandent à leur tour leur admission : la Mongolie, l’Ukraine et même l’Etat de Victoria en Australie, pays pourtant de common law. (…) Monsieur le Premier ministre, je ne prétends pas être un spécialiste de l’import/export, mais je constate qu’il y a un produit français qui conquiert chaque année des marchés, qui a été adopté par la Chine comme par la Russie, et qui répond aux besoins des deux tiers de la population mondiale. Ce produit d’excellence a un beau nom :

Authenticité ! Aidez-nous à le promouvoir ! Par ailleurs l’opération titrement qui vise à aider les Etats et les notariats à délivrer des titres sécurisés et simplifiés aux propriétaires de parcelles dans les pays en développement suscite un intérêt exceptionnel. Ces opérations démontrent s’il en était besoin le lien étroit qui arrime la croissance écono- mique à la sécurité juridique. Cette activité internationale intense ne nous fait pas oublier que notre pays va connaître dans moins d’un an des échéances majeures. Notre fonction nous met dans l’intimité des familles et des entreprises auprès desquelles nous exerçons le noble métier d’instituteur de la loi. Mais elle nous transforme aussi en sentinelles de la société française. (…) J’en viens à la fin de ce voyage dans l’histoire récente, dans l’actualité et dans notre avenir proche. Puisse-t-il, Monsieur le Premier ministre vous avoir convaincu de notre engagement à remplir notre mission au mieux des intérêts de l’Etat et du citoyen. J’ai mis dans mon propos plus de passion qu’il n’aurait convenu à un instant aussi solennel, en espérant que vous mettrez cette fougue au compte de la sincérité des convictions d’un nouveau président. (…)

REPÈRES

Propositions validées par la troisième commission

Développer

donc plus en matière de prêt à

Considérant d’une part :

droit commun de la vente

-

Que le transfert de propriété

finalité professionnelle. Le 107 ème Congrès des Notaires

que le contrat de crédit-bail est une opération de nature

-

immobilière ne sont pas justifiées dans la relation entre

réalisé en exécution de la promesse de vente contenue

 

de France propose :

essentiellement financière, dans

le crédit-bailleur et le crédit-

dans un contrat de crédit-bail :

Première proposition

- De modifier l’article L.313-2 du

laquelle le bien qui en est l’objet

preneur.

-

Soit exempté de la production

Supprimer la mention du taux

Code de la consommation et

est choisi par le crédit-preneur,

Considérant d’autre part :

des documents et diagnostics

effectif global dans les prêts à

l’article L.313-4 du Code

-

que le crédit-preneur est en

-

que dans le cadre du droit de

prévus par :

finalité professionnelle

monétaire et financier en y

mesure de connaître la situation

préemption des surfaces

.

L’article L.274-1 du Code de la

Considérant :

ajoutant l’alinéa suivant :

juridique et physique de ce bien,

commerciales, la commune a

construction et de l’habitation,

que les règles de calcul du T.E.G. ne permettent à l’emprunteur ni de mesurer le coût global du

-

« A l’exception des découverts en compte, pour lesquels elles sont applicables, les dispositions du

tant lors de son acquisition, qu’au cours de l’exécution du contrat de crédit-bail,

été en mesure d’exercer sa prérogative lors de l’acquisition qui a précédé la conclusion du

concernant les diagnostics à produire (amiante, termites, DPE, ERNT).

crédit ni d’effectuer une

présent article ne s’appliquent

-

que dans le fonctionnement du

crédit-bail,

.

L’article 46 de la loi du 10

comparaison entre différentes

pas aux crédits consentis :

crédit-bail, les responsabilités de

-

que ce droit de préemption ne

juillet 1965 (Loi Carrez),

propositions de financement,

1°) A des personnes morales se

propriétaire sont

se justifie plus lors de la levée

concernant l’indication de la

-

qu’en pratique les acteurs des

livrant à une activité industrielle,

contractuellement placées sur la

d’option qui intervient en

superficie des lots de

prêts à finalité professionnelle,

commerciale, artisanale, agricole

tête du crédit-preneur,

exécution d’un contrat de crédit-

copropriété.

qu’ils soient prêteurs,

ou professionnelle non

-

que le transfert de propriété

bail,

-

Ne soit pas soumis au droit de

emprunteurs, conseils, considèrent le T.E.G. comme une indication sans réelle portée,

commerciale. 2°) A des personnes physiques agissant pour leurs besoins

qui intervient au profit du crédit- preneur à l’issue ou au cours du crédit-bail n’est que l’exécution

qu’il existe déjà une exemption

-

au droit de préemption urbain, prévue à l’article L.213-1 d du

préemption prévu en matière de vente de locaux à usage commercial par l’article L.214 -1

-

que les prêts à finalité

professionnels ».

de conventions financières

Code de l’urbanisme,

du Code de l’urbanisme.

professionnelle échappent

contenues dans le contrat de

-

qu’il paraîtrait légitime

dorénavant aux dispositions

Deuxième proposition

crédit-bail qui ne sont pas

d’étendre cette exemption au

Troisième proposition

applicables à l’usure,

Assouplir les règles du transfert

susceptibles d’être modifiées,

droit de préemption sur les

Plaidoyer pour l’agent des

Considérant :

-

que la sanction attachée à

de propriété lors de la levée

-

qu’il en résulte que les

locaux commerciaux.

sûretés / Pour une réécriture de

l’omission d’un T.E.G. ou à son caractère erroné ne se justifie

d’option en matière de crédit- bail immobilier

obligations d’informations incombant à un vendeur dans le

Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

l’article 2328-1 du Code civil

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

François Fillon et Michel Mercier Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35
François Fillon et Michel Mercier
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Confiance et stabilité

par François Fillon

(…)

L es notaires accompagnent l’existence dans ses moments graves, qu’ils soient heureux ou douloureux. C’est une mission qui s’enracine dans une

tradition ancienne et profonde qui établit votre autorité et la confiance que vous inspirez. Les valeurs qui sont votre marque - celles de la probité, de la rigueur, de la confidentialité - vous ont permis de tisser des liens puissants avec nos concitoyens. A travers les minutes notariales qui remontent au passé le plus lointain, vous êtes les garants d’une mémoire collective, d’une mémoire des droits qui défend l’œuvre humaine

contre les assauts de l’oubli. La sécurité dont vous entourez les transactions est de longue date une base essentielle pour notre contrat social et notre développement économique. Alors comment imaginerait-on qu’une profession si attachée aux grandes permanences de la vie sociale, à ses événements et à ses rythmes intemporels, soit bousculée par des mouvements et des sollicitations éphémères ? Mais comment peut-on croire qu’étant si intimement au fait des drames, des passions, des intérêts qui traversent notre société, vous n’en perceviez pas aussi les bouleversements les plus récents avec une acuité singulière ? Le rôle historique des notaires ne contredit pas leur inscription dans la modernité. Il la fonde, il l’enrichit, il l’aiguise. (…)

Vie du droit

Les clichés ont la vie dure, mais la réalité des faits est là pour les démentir ! L’image que vous nous donnez n’est pas celle - si elle l’a jamais été - d’un exercice routinier. Elle est celle d’une profession qui se renouvelle dans ses moyens et dans ses réflexions, pour étudier et pour prévoir les évolutions de notre société. Derrière votre travail d’expertise, d’anticipation, de proposition, je vois une ambition pour la France. Dans votre mission de conciliation, de régulation, de sécurisation, je vois un pôle de référence, de solidité, pour une société qui aspire à la confiance face aux bouleversements des temps. Au cœur de votre activité, au cœur de votre mission de service public, il y a l’acte authen- tique. C’est une prérogative ancienne et intangible de votre profession, et nos concitoyens ne sont pas prêts à renoncer à la sécurité qu’elle procure, aux engagements les plus décisifs de leur vie. Mais je n’ignore pas les inquiétudes dont plusieurs d’entre vous se sont faits l’écho depuis la création récente de l’acte contresigné par avocat. Ces inquiétudes, je veux les écarter aujourd’hui.

L’acte contresigné par avocat

L’acte contresigné par avocat n’a jamais été destiné à se substituer à l’acte authentique et aucune confusion ne saurait s’établir entre les deux. Il est motivé par des enjeux qui lui sont spécifiques et qui définissent en même temps les limites entre lesquelles sa mise en œuvre doit impérativement demeurer bornée. Il répond à une attente ancienne et il introduit une modernisation qui s’imposait. Je crois que le Président de la République a eu raison d’en prendre l’initiative au terme des travaux menés par la commission Darrois. Il n’était pas illégitime de vouloir donner une force

Il n’était pas illégitime de vouloir donner une force - que l’institution en droit par les

-

que l’institution en droit

par les créanciers de l’obligation

ne remettent pas en cause le

transmises de plein droit à son

Quatrième proposition

-

que le crédit-bail est une

-

De compléter l’article L.313-7 2°

de la subrogation consentie par

- Que dans le cadre de la

français d’un Agent des Sûretés constitue un élément de

français, tout en le rendant plus

garantie, l’agent des sûretés disposant de plein droit en sa

opération destinée à permettre le financement d’un bien

du Code monétaire et financier par la disposition suivante, à la

« Pendant toute la durée du

le débiteur, des sûretés constituées en garantie du prêt

simplification non négligeable, ne remettant pas en cause la

qualité du pouvoir de gérer, d’administrer, de mettre en

immobilier en vue de son acquisition par le crédit-preneur,

suite du premier alinéa :

d’origine, tant pour le capital remboursé que pour les intérêts

sécurité juridique et permettant

œuvre et de donner mainlevée

-

que lorsqu’ils portent sur un

crédit-bail, le crédit-preneur

conventionnels à échoir, mais

d’harmoniser avec des législations étrangères le droit

attractif,

des sûretés. Toute limitation des pouvoirs de l’agent des sûretés est inopposable au débiteur ou à tout autre tiers. Ces dispositions

immeuble déjà loué, les rapports juridiques relativement à cette location doivent être

 

exerce seul, pour les baux autorisés par le crédit- bailleur, les prérogatives de bailleur à l’égard des autres locataires de

aussi pour les accessoires. Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

-

que l’Agent des Sûretés doit

institutionnalisé, rendant ainsi

-

que l’Agent des Sûretés doit

l’immeuble »

être reconnu légalement et

caractère accessoire des sûretés de l’obligation ainsi garantie.

précisés entre les différentes parties pendant le temps où le

bien est mis à la disposition du crédit-preneur,

Cinquième proposition

subrogation consentie par le débiteur, visée à l’article 1250 § 2 du Code civil, la

inutile le recours à une

En cas de changement dans la

-

que la technique de la

Favoriser et simplifier la

jurisprudence admette :

qualification particulière de

personne de l’agent des sûretés,

subrogation assortie d’une

 

subrogation consentie par le

.

Que le nouveau prêteur puisse

cette notion,

les sûretés réelles sont

délégation imparfaite, résultant du Code civil, ne permet d’y

débiteur (article 1250-2° du Code civil)

être subrogé par l’emprunteur dans tout ou partie des droits de

être le seul bénéficiaire des

successeur.

parvenir que de façon

Considérant :

l’ancien créancier, selon la

sûretés et à ce titre disposer des

En cas de disparition ou

incomplète,

-

que la subrogation consentie

volonté exprimée par

pouvoirs les plus larges à l’égard

d’incapacité de l’agent des

-

que la nature essentiellement

par le débiteur est un moyen

l’emprunteur et le nouveau

des débiteurs et des tiers au contrat de prêt, pour les gérer, les administrer, les mettre en œuvre ou en disposer.

sûretés, les créanciers de l’obligation garantie sont réputés titulaires de plein droit des sûretés ainsi constituées à

financière du crédit-bail, contrat sui generis, conduit à proposer des dispositions spécifiques pour aboutir au résultat

juridique permettant de faciliter le refinancement des dettes à moindre coût, qui doit être favorisé,

prêteur dans l’acte de prêt ou quittance subrogative, la subrogation pouvant être limitée aux seules sûretés de la créance

Le 107 ème Congrès des Notaires

proportion de leurs droits

souhaité,

-

que la solution adoptée par la

initiale, le tout dans la limite des

de France propose :

respectifs ».

-

que la sécurité juridique serait

Cour de cassation en matière de

sommes ainsi remboursées.

1°) de modifier l’article 2328-1 du

2°) Et d’étendre à l’ensemble

améliorée par l’affirmation, dans

subrogation consentie par le

.

Que les effets de ces sûretés

Code civil de la façon suivante :

des sûretés personnelles le

les dispositions du Code

 

créancier, ne nous semble pas

soient maintenus :

« Toute sûreté réelle peut être constituée par le débiteur de l’obligation garantie ou un tiers

concept de l’Agent des Sûretés.

monétaire et financier, de la qualité de chacun au cours de l’opération de crédit-bail, au

transposable à la situation dans laquelle la subrogation a été consentie par le débiteur,

(i) pour les intérêts à échoir dans le cadre de la nouvelle créance, dans la limite du montant du

et inscrite en faveur et au nom

Clarifier le régime juridique du

Considérant :

regard des baux conclus ou à

-

que le prêteur, ayant consenti

taux d’intérêt résultant du prêt

de la personne désignée en qualité d’agent des sûretés, qu’elle soit ou non créancière,

crédit-bail portant sur un immeuble loué

conclure. Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

un nouveau prêt productif d’intérêt conventionnel, doit pouvoir bénéficier, dans le cadre

initial, (ii) et pour les accessoires dans la limite du montant garanti par l’inscription d’origine.

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

9

1 0 Vie du droit probante plus grande à certains actes sous seing privé établis

10

Vie du droit

probante plus grande à certains actes sous seing privé établis en y introduisant la signature d’un avocat. Il n’était pas illégitime de limiter les contestations dont ces actes peuvent faire l’objet, en les entourant lorsque cela est nécessaire, de garanties qui soient à la hauteur des enjeux. Il n’était pas illégitime d’investir les avocats d’une mission de contrôle et d’information des parties signataires. Et je veux rappeler aussi les distinctions établies par la loi entre l’acte contresigné par avocat et l’acte authentique dont sont garants les notaires. L’acte contresigné par avocat est un acte sous seing privé investi d’une sécurité nouvelle mais qui ne se situe pas au même degré que l’authentification. Seule l’authentification fait d’un acte un titre exécutoire qui lui donne la valeur d’un jugement ! Seule l’authentification lui donne une force probante telle qu’il ne peut être contesté que par l’inscription de faux ! Et seule l’authentification peut recevoir le sceau de la République ! C’est pourquoi nous ne sau- rions encourager les avocats - et je veux le dire en toute franchise et en toute amitié au prési- dent Wickers - à entretenir l’idée que l’acte contresigné pourrait tenir lieu d’acte authen- tique et encore moins à l’entourer par mimé- tisme de formes qui doivent rester réservées à l’authentification. Au fond, la différence entre les deux types d’actes atteste d’un côté les nouvelles respon- sabilités qu’il était juste de reconnaître aux avocats, et de l’autre côté la confiance renou- velée du législateur envers ceux qui sont les dépositaires de l’authentification, et singuliè- rement les notaires. La loi de modernisation des professions juridiques réaffirme d’ailleurs cette confiance dans votre profession et dans l’acte authentique qui en est la marque, que ce soit en réservant expressément la publicité foncière à cet acte, ou bien en confiant au notaire l’enregistrement des PACS lorsque les partenaires choisissent de passer une convention par acte authentique. Cette loi, nous l’avons conçue dans un esprit de complémentarité des différentes professions du droit. Entre les missions des notaires et celles des avocats, c’est une vision d’équilibre qui doit prévaloir. Aucune de vos deux professions ne sortirait gagnante d’une logique de concurrence ou d’affrontement. C’est ma conviction et je suis sûr que vous la partagez.

Condition de nationalité de l’accès à la profession de notaire

Un autre sujet d’inquiétude est intervenu récemment. Il y a quelques jours, la Cour de justice de l’Union européenne rendait un arrêt excluant la condition de nationalité de l’accès à la profession de notaire. Elle a considéré que les activités des notaires ne participent pas directement et spécifiquement à l’exercice de l’autorité publique, au sens du Traité de l’Union. Cette décision est-elle de nature à remettre en cause le statut et l’organisation de votre profession ? Fait-elle planer une menace sur l’avenir du notariat dans notre pays ? Vous avez eu raison de le dire, Monsieur le Président : il ne faut pas se laisser impressionner par une

lecture hasardeuse et prématurée de cet arrêt qui vient tout juste d’être rendu. Je veux dire tout d’abord, que la Cour de justice de l’Union européenne a de la notion d’autorité publique, une interprétation particulière, restrictive qui ne remet pas en cause le statut d’officiers publics et ministériels qui est le vôtre dans notre droit. Je veux dire ensuite que dans ses termes mêmes, l’arrêt nous donne les moyens de défendre les caractères essentiels du notariat et les structures de son organisation.

traditions - comme si une nation pouvait subitement renoncer à l’une des marques les plus profondes de son héritage et de son destin. Le droit continental établit sur des fondements puissants le notariat qui en est une expression achevée. La manière dont cette Institution répond concrètement à des interrogations juridiques et philosophiques lui vaut d’ailleurs d’être considérée avec la plus grande attention par beaucoup d’experts anglo-saxons. Elle lui vaut aussi cette dimension internationale qui

Le droit continental établit sur des fondements puissants le notariat qui en est une expression achevée. La manière dont cette Institution répond concrètement à des interrogations juridiques et philosophiques lui vaut d’ailleurs d’être considérée avec la plus grande attention par beaucoup d’experts anglo-saxons. Benoît Renaud

La Cour reconnaît en effet la raison impé- rieuse d’intérêt général qui régit l’exercice de vos missions. Elle reconnaît que la nature de votre action peut autoriser des restrictions éventuelles à la liberté d’établissement des res- sortissants de l’Union européenne. Elle recon- naît que les procédures de recrutement des notaires, la limitation de leur nombre, l’enca- drement de leur compétence territoriale, leur régime de rémunération, d’indépendance, d’incompatibilités et d’inamovibilité, en un mot tout ce qui fait la spécificité de votre pro- fession, peuvent être justifiés, légitimés par les objectifs d’intérêt général que vous poursui- vez. Et je veux vous assurer que nous utilise- rons toutes les armes que cet arrêt nous donne pour préserver notre organisation notariale. Cet arrêt nuancé ne doit pas nourrir des craintes excessives. Parce que malgré les interrogations qu’il suscite, il montre que la Cour a compris votre rôle fondamental, qu’elle a compris qui vous êtes, qu’elle a compris que votre organisation mérite une attention particulière. Parce que je veux le rappeler aussi, la France n’est pas isolée dans la défense du notariat. La majorité des pays membres de l’Union européenne sont à notre côté et notre voix est entendue lorsque nous veillons à préserver votre profession. Il y a quelques années, l’Union européenne a exclu le notariat de la directive services, à notre initiative. Elle lui a donc déjà reconnu une spécificité qui ne doit pas à nouveau être contestée. Et j’ai la conviction qu’il n’en sera rien. Nous avons été et nous serons à vos côtés pour garantir la pérennité de votre vocation et de votre activité. Les notaires sont en France une institution ancienne. Ils sont un pilier de la tradition juridique qui est la nôtre, mais qui est aussi celle de nombreuses nations en Europe et partout dans le monde. On sait les divergences historiques et philosophiques qui séparent les pays de common law et ceux où prévaut le droit continental romano-civiliste. Il importe que les deux systèmes se respectent et apprennent l’un de l’autre. Il serait vain de prétendre à je ne sais quelle victoire ou à l’effacement d’une de ces

va croissant et au sein de laquelle les notaires français sont appelés à jouer un rôle d’exemple et de réflexion. Et j’en veux pour preuve la présence aujourd’hui des représentants des délégations étrangères qui vous font l’honneur de participer à votre congrès et que je suis heureux à mon tour de saluer chaleureusement. Qui pourrait prétendre reprocher aux notaires une attitude de repli obsidional, quand on voit cette logique d’expansion et de dynamisme qui est la réalité et l’actualité de votre profession ? L’avenir vous est ouvert et les enjeux de la modernité ne cessent de requérir votre expertise juridique et votre ancrage profond dans la vie économique et sociale.

Le financement

Le thème sur lequel vous avez choisi de réfléchir cette année - le financement - en est une illustration particulièrement pertinente. Je veux d’ailleurs rendre hommage au travail de Maître Henri Brugerolle et de ses équipes qui ont préparé de longue date l’événement qui nous réunit aujourd’hui. Le rôle économique des notaires n’est pas nouveau. Le grand historien des passions fran- çaises, Theodore Zeldin, a écrit qu’autrefois « les notaires avaient une influence détermi- nante sur le développement économique du pays par le contrôle qu’ils exerçaient sur les pla- cements des particuliers ». L’exemple est par- lant mais il faut naturellement actualiser cette idée en considérant toute la diversité des sec- teurs de l’économie moderne où vous êtes appelés à intervenir de nos jours. L’enjeu du financement, c’est la réalisation des projets. C’est en un sens le fondement même de toute activité. Il concerne chacun de nos conci- toyens, lorsqu’il veut acquérir un logement ou financer les études de ses enfants. Mais il concerne aussi la dynamique de notre sys- tème économique, lorsqu’il s’agit de financer la création ou le développement d’entreprises qui vont amener à la productivité, à la crois- sance et à l’emploi.

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

Entre la prudence et l’audace, entre garantie et prise de risques, le financement nécessite des équilibres subtils, raisonnés que les notaires sont particulièrement bien placés pour déterminer. Poser la question du financement, c’est se demander comment libérer les énergies, encourager les initiatives, donner à chacun les moyens d’accomplir ses aspirations, tout en prémunissant ceux qui les portent et ceux qui les soutiennent contre les aléas les plus graves. C’est se demander comment créer du potentiel, construire l’avenir, concrétiser l’espoir, accorder

la réalité avec la volonté. C’est là que vos réflexions rencontrent nos ambitions politiques. Il y a l’accession des Français à la propriété, que nous n’avons cessé de favoriser dans un contexte de hausse des prix sur le marché de l’immobilier qui rend trop souvent cette ambition difficile. Au début de l’année, nous avons rénové les dispositifs d’aides pour qu’ils soient plus simples, plus lisibles, accessibles à tous sans distinction. La création du prêt à taux zéro renforcé est une mesure importante qui doit encore monter en puissance, et nous avons besoin pour cela, de

REPÈRES

Propositions valies par la quatrième commission

Valoriser

le prix de la licitation, par

-

-

que les héritiers de l’emprunteur

l’inscription faite à sa diligence sur

peuvent payer la dette plafonnée ou

 

chacun des immeubles en la forme prévue aux articles 2426 et 2428, et

à défaut, laisser le créancier poursuivre la saisie et la vente de

Première proposition

dans un délai de deux mois à dater

l’immeuble ou s’en faire attribuer la

que l’ouverture du prêt viager

Pour un privilège de prêteur de

Considérant :

de l’acte de partage ou de

propriété,

deniers en cas de partage

l’adjudication par licitation ou de l’acte fixant l’indemnité prévue par

hypothécaire aux particuliers

-

que la fréquence des divorces et

l’article 924 du présent code ; le

offrirait un nouvel outil d’assistance

des liquidations qui en résultent suscite un important besoin de financement,

privilège prend rang à la date dudit acte ou adjudication.

financière, particulièrement entre proches. Le 107 ème Congrès des Notaires de

-

que l’attribution d’un bien à un

Deuxième proposition

France propose :

époux entraîne souvent le paiement

Pour un viager sécurisé

Considérant :

-

Que la loi autorise les prêts viagers

d’une soulte,

hypothécaires entre particuliers.

-

que l’époux attributaire doit

-

que près des trois quarts des

-

Que l’aliénation qui pourrait

fréquemment financer cette soulte au moyen d’un emprunt,

retraités sont propriétaires de leur résidence principale,

survenir en exécution d’un tel prêt viager hypothécaire soit

-

qu’il doit alors consentir à son

-

que la vente moyennant

expressément exclue du champ

prêteur une garantie satisfaisante,

constitution d’une rente viagère

d’application de l’article 918 du

-

que la subrogation dans le

pourrait satisfaire le besoin de ceux

Code civil.

privilège de copartageant ne

d’entre eux qui souhaitent des revenus complémentaires,

Quatrième proposition

-

 

Pour une fiducie protection

Considérant :

garantit aujourd’hui les intérêts qu’au taux légal et doit donc être complétée par une hypothèque qui

garantit les intérêts du prêt au taux

que les risques qu’elle présente, tant pour le vendeur que

-

conventionnel,

l’acquéreur, dissuadent ceux qui voudraient réaliser une telle

que le financement des besoins

d’une personne qui ne peut pourvoir

-

que cette complexité s’accorde

opération,

seule à ses intérêts nécessite une

-

que le régime de révision des

protection particulière,

mal avec les procédures d’octroi de prêt des établissements de crédit. Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

rentes et les règles d’imposition qui les régissent contribuent à cette défaveur.

-

que la nature de certains biens et les exigences de leur gestion

s’accordent mal avec les régimes de

-

Que, même en l’absence de

Le 107 ème Congrès des Notaires de

protection des personnes

subrogation, celui qui prête les

France propose :

vulnérables,

-

Au notariat, de protéger le

-

que le mandat à effet posthume,

fonds nécessaires au paiement d’une soulte et de toutes les autres

vendeur en utilisant la réserve de

propriété.

-

l’acquéreur contre l’aléa d’une

Aux assureurs, de protéger

-

le mandat de protection future pour

sommes dues à l’occasion du

autrui ou les libéralités graduelles et

partage bénéficie d’un privilège semblable au privilège de prêteur

résiduelles ne répondent qu’imparfaitement à ce besoin,

de denier de l’article 2374-2° du

longévité exceptionnelle du

que ce besoin de protection

Code civil.

vendeur, au moyen d’un contrat d’assurance en cas de vie.

s’accroît au décès des parents de la personne vulnérable.

Rédaction proposée :

Article 2374 du Code civil 3° bis ) Même en l’absence de subrogation, sur les immeubles compris dans le partage, ceux qui ont fourni les deniers pour le paiement d’une soulte et de toutes autres sommes dues à l’occasion d’un partage, pourvu qu’il soit authentiquement constaté, par l’acte d’emprunt, que la somme était destinée à cet emploi et, par quittance du copartageant, que ce paiement a été fait des deniers empruntés. Article 2381 du Code civil Le cohéritier ou copartageant ou le prêteur qui a fourni les deniers pour le paiement d’une soulte et de toutes autres sommes dues à l’occasion d’un partage, conserve son privilège sur les biens de chaque lot ou sur le bien licité pour les soulte et retour de lots ou pour

- Au législateur, d’harmoniser le

régime de révision des rentes servies par les particuliers et par les compagnies d’assurances, pour favoriser le remplacement de l’une par l’autre, et de rendre cohérent le traitement fiscal de la rente viagère pour le vendeur et pour l’acquéreur.

Troisième proposition

Pour un prêt viager hypothécaire entre particuliers

Considérant :

- que l’ordonnance du 23 mars 2006 a réservé aux seuls

établissements de crédit le droit de consentir des prêts viagers hypothécaires,

- que le régime de ce prêt est

pourtant plus protecteur que celui des prêts de droit commun, car le montant de la dette ne peut excéder la valeur du bien hypothéqué lors de l’échéance du terme,

Le 107 ème Congrès des Notaires de France propose :

- D’autoriser la constitution d’une

fiducie-protection au bénéfice des personnes faisant l’objet d’une mesure de protection juridique en

vertu de l’article 425 du Code civil.

- De prévoir qu’une telle fiducie ne

prend pas fin au décès du constituant, mais seulement par le rétablissement des facultés

personnelles du bénéficiaire, ou son décès.

- De soumettre ces fiducies

protection et le fiduciaire désigné à

un régime semblable à celui des articles 482 à 487 du Code civil.

- Au décès du constituant et pour le

calcul de la réserve, de traiter cette fiducie comme s’il s’agissait d’une libéralité et de l’imputer sur la quotité disponible, l’excédent étant réductible sauf renonciation des héritiers réservataires.

Vie du droit

votre rôle de conseil et d’information auprès de nos concitoyens. Il y a notre fiscalité du patrimoine que nous sommes en train de rénover en réformant l’Impôt sur la fortune, avec la volonté de rendre notre pays plus attractif, plus respectueux du travail, plus équitable dans les efforts qui sont demandés à tous. Au fil des ans, 300 000 foyers s’étaient vus assujettis à l’ISF, notamment à cause de la hausse de la valeur de leur logement, et je crois qu’il était juste qu’ils sortent du champ de cet impôt. Je crois aussi qu’il était juste, comme nous avons décidé de le faire, de financer cette réforme par un relèvement des droits applicables aux donations et successions les plus élevées, sans remettre en cause les avancées de la loi de 2007 qui permettent à ceux qui se sont constitués un patrimoine par leur travail, de le transmettre à leurs enfants. Il y a le défi démographique de la très longue durée de vie et de la perte d’autonomie, qui touche l’ensemble de notre

société. Je sais que vous y êtes sensibles, vous que votre travail place au plus près des interrogations des familles, vous dont les conseils sont précieux

lorsqu’il s’agit d’organiser au mieux la retraite et

la fin de vie. (…)

d’organiser au mieux la retraite et la fin de vie. (…) La mondialisation des enjeux oblige

La mondialisation des enjeux oblige la France

à plus de compétitivité, à plus d’innovation, à

plus de solidarité, à plus de discipline budgétaire,

à plus d’influence internationale. Et tout ceci

exige du courage, de la cohérence et de la

confiance. Confiance entre les citoyens et les pouvoirs. Et cette confiance qui ne se décrète pas, impose un discours de vérité. Confiance aussi entre les Français eux-mêmes. Notre société contemporaine est traversée par des aspirations contradictoires : d’un côté, elle est en quête d’un Etat protecteur et de l’autre elle sacralise l’individu.

Aucune de ces deux aspirations n’est en soi illé- gitime. Mais entre l’espace public et la sphère intime il y a au centre ce pacte civil, ce pacte

civique, familial, intergénérationnel qui vitalise et structure la société française. La force de ce pacte, dont vous êtes les intermédiaires et les médiateurs, dépend de la solidité de nos

valeurs communes. Je crois aux valeurs du tra- vail, de la responsabilité, du respect. Je crois aux valeurs de la famille et de la transmission. Je crois à la dignité des héritages qui se bâtis-

sent et se lèguent. Je crois que le rêve de l’acces- sion à la propriété n’est pas le rêve d’une élite conformiste, mais un idéal populaire.

Après trois années de récession, beaucoup de

nos concitoyens sortent de l’épreuve affaiblis et angoissés face à l’avenir. Nous devons les écouter, les sécuriser, les entraîner à choisir l’espoir, à choisir le rassemblement, à choisir la

responsabilité plutôt que de se laisser aller vers le repli ou des solutions extrémistes. Au milieu du changement, il vous revient à vous, les notaires, d’assurer la préservation des repères et des valeurs qui donnent tout leur sens aux

vies de nos concitoyens. D’un côté, vous pré- servez le fil de la mémoire et de l’autre vous accompagnez les évolutions de notre temps.

Eh bien chacun selon ses responsabilités nous avons, Mesdames et Messieurs, un devoir commun : c’est celui d’éveiller l’esprit de confiance qui est à la source du progrès.

2011-280

Jurisprudence Catégorie professionnelle et différence de traitement Cour de cassation - chambre sociale - 8

Jurisprudence

Catégorie professionnelle et différence de traitement

Cour de cassation - chambre sociale - 8 juin 2011 - Arrêts n os 1464 et 1465

La différence de catégorie professionnelle peut justifier une différence de traitement entre les salariés placés dans une situation identique, dès lors qu’elle a pour objet ou pour but de prendre en compte les spécificités telles les conditions d’exercice des fonctions, l’évolution de carrière ou les modalités de rémunération.

Arrêt n° 1464

La Cour, Sur le moyen unique :

Vu le principe d’égalité de traitement, ensemble l’article 22-9 de la convention collective de l’industrie pharmaceutique ; Attendu que la seule différence de catégorie professionnelle ne saurait en elle-même justifier, pour l’attribution d’un avantage, une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés placés dans

une situation identique au regard dudit avantage, cette différence devant reposer sur des raisons objectives dont le juge doit contrôler concrètement la réalité et la pertinence ; que repose sur une raison objective et pertinente la stipulation d’un accord collectif qui fonde une différence de traitement sur une différence de catégorie professionnelle, dès lors que cette différence de traitement a pour objet ou pour but de prendre en compte les spécificités de la situation des salariés relevant d’une catégorie déterminée, tenant notamment aux conditions d’exercice des fonctions, à l’évolution de carrière ou aux modalités de rémunération ;

a été engagé par la société

Laboratoires Ciba Ceigy, devenue la société Novartis Pharma, en qualité de visiteur médical le 24 septembre 1979 ; qu’ayant été nommé délégué hospitalier, groupe VI, niveau C, selon la convention collective de l’industrie pharmaceutique à compter du 1 er janvier 1998, il a saisi la juridiction prud’homale afin d’obtenir le paiement d’un rappel de salaire au titre de la prime d’ancienneté conventionnelle pour la période courant de février 2003 à février 2009 ; Attendu que pour accueillir la demande du salarié, l’arrêt retient que les cadres et assimilés cadres sont placés dans une situation identique au

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X

NOTE

P ar deux arrêts rendus le 8 juin 2011, la chambre sociale de la Cour de

cassation a précisé les conditions de mise en œuvre du principe « à travail égal, salaire égal » lorsque l’inégalité de traitement prétendue repose sur des stipulations conventionnelles. Elle avait jugé, le 20 février 2008 (n°05- 45.601, affaire dite des « tickets restaurant », Bull., V n°39) et le 1 er juillet 2009 (n°07- 42.675, Bull., V, n°168), que la seule différence de catégorie professionnelle (cadre ou employé) ne pouvait justifier une différence de traitement entre des salariés placés dans une situation identique au regard de l’avantage en cause, que celui-ci ait été institué unilatéralement par l’employeur (1 ère espèce) ou soit le fruit de la négociation collective (2 ème espèce). Les réactions parfois vives suscitées par ces deux arrêts et notamment par le second dont certains ont prédit qu’il allait remettre en cause tout l’édifice conventionnel, ont conduit la chambre sociale à approfondir sa réflexion, en particulier par l’organisation d’échanges avec les représentants des organisations patronales et syndicales. Les décisions du 8 juin 2011 sont l’aboutissement de cette démarche. Sans remettre en cause le principe du

contrôle incombant au juge dans la mise en œuvre du principe sus évoqué, ces arrêts s’efforcent toutefois d’en circonscrire les contours lorsque, comme dans chacune des deux espèces, l’inégalité résulte de l’application de dispositions conventionnelles négociées. La chambre sociale admet dans cette hypothèse que la différence de traitement puisse être justifiée par une différence de catégorie professionnelle, dès lors qu’elle a pour but de prendre en compte, notamment - la liste n’est donc pas limitative -, les spécificités des conditions d’exercice des fonctions des uns et des autres, l’évolution de leurs carrières respectives ou les modalités de leurs rémunérations. Il s’agira cependant, pour les juges du fond, de procéder aux recherches utiles pour vérifier, sous le contrôle de la Cour de cassation, que tel ou tel traitement catégoriel différencié institué conventionnellement est justifié par une raison objective et pertinente tenant, en particulier, à l’une des raisons énumérées. C’est dans le même sens qu’avait conclu l’avocat général.

Source : Communiqué de la Première présidence de la Cour de cassation du 8 juin 2011.

regard de la prime d’ancienneté litigieuse, car il n’existe aucune raison objective pour que l’ancienneté des seconds soit rémunérée par une prime et que celle des premiers ne le soit pas ; qu’il est donc inutile de rechercher si le salarié est resté cadre ou est devenu assimilé cadre puisque dans les deux cas il avait droit à la prime ; Qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si la différence de traitement résultant de la convention collective de l’industrie pharmaceutique entre les cadres et les assimilés cadres en matière de prime d’ancienneté n’avait pas pour objet ou pour but de prendre en compte les spécificités de la situation de chacune de ces deux catégories professionnelles distinctes, définies par la convention collective, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;

Par ces motifs :

Casse et annule, sauf en ce qu’il a rejeté la demande de dommages intérêts pour résistance abusive, l’arrêt rendu le 21 janvier 2010, entre les parties, par la cour d’appel d’Orléans ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles pour qu’il soit statué sur les points restant en litige.

Président : Mme Collomp - Rapporteur : M. Gosselin, conseiller - Avocat général : M. Weissmann, avocat général référendaire - Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini ; SCP Masse-Dessen et Thouvenin.

Arrêt n° 1465

La Cour, Sur le moyen unique pris en sa première branche :

Attendu que la société Sopafom fait grief à l’arrêt d’avoir dit le licenciement nul alors, selon le moyen, que le salarié dont le mandat de représentant du personnel s’est interrompu à la suite d’un jugement d’annulation des élections professionnelles ayant permis sa désignation perd la qualité de salarié protégé à compter de ce jugement sans pouvoir bénéficier de la protection de six mois allouée aux anciens représentants du personnel ; que le licenciement du salarié, auquel il est reproché des faits commis au cours de la période de six mois postérieure à la date du jugement d’annulation des élections professionnelles ayant permis sa désignation en qualité de représentant du personnel, n’a donc pas à être autorisé par l’inspecteur du travail ; que la cour d’appel qui, pour décider que l’employeur

aurait dû solliciter l’autorisation de l’inspecteur du travail avant de procéder au licenciement du salarié et juger, en conséquence, que faute d’avoir sollicité cette autorisation le licenciement était nul, a relevé que le licenciement prononcé après l’expiration de la période de protection était fondé sur des faits commis pendant la période de protection expirant six mois après le jugement d’annulation des élections professionnelles, a violé l’article L. 2411-5 du Code du travail par fausse application ; Mais attendu que, selon l’article L. 2411-5 du Code du travail, le licenciement d’un délégué du personnel ne peut intervenir qu’après autorisation de l’inspecteur du travail, et que cette autorisation est également requise durant les six premiers mois suivant l’expiration du mandat de délégué du personnel ou de la disparition de l’institution ; Qu’il en résulte que c’est à bon droit que la cour d’appel, qui a relevé que l’élection des délégués du personnel de la société Sopafom avait été annulée par un jugement du 24 février 2007, et qui a constaté que la

après avoir cessé ses

période de protection dont bénéficiait M. X

fonctions expirait le 24 août 2007, a décidé que le licenciement, qui reposait sur des faits survenus le 4 juillet 2007, aurait dû être soumis à l’autorisation de l’autorité administrative ;

Jurisprudence

à titre

d’indemnité de préavis d’une part et d’indemnité de licenciement d’autre part, en application de la convention collective régionale du bâtiment de la région parisienne des sommes correspondant à trois mois de salaire, la cour d’appel énonce qu’en vertu des principes d’égalité de traitement et de prohibition des discriminations, l’employeur ne peut arguer de ce que l’indemnité compensatrice de préavis et l’indemnité conventionnelle de licenciement auraient été calculées comme s’il était un cadre alors qu’il ne serait qu’ETAM ; Qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si la différence qu’elle constatait dans les dispositions de la convention collective régionale de la région parisienne relatives à l’indemnité compensatrice de préavis et à l’indemnité de licenciement au bénéfice des cadres, par rapport à celles prévues au bénéfice des employés, techniciens et agents de maîtrise, n’avait pas pour objet ou pour but de prendre en compte les spécificités de chacune de ces deux catégories professionnelles distinctes, définies par la convention collective, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision ;

Attendu que pour condamner la société Sopafom à verser à M. X

Par ces motifs :

Casse et annule, mais seulement en ce qu’il a condamné l’employeur au paiement de la somme de 9 948 euros au titre de la violation du statut protecteur, de la somme de 4 974 euros au titre de l’indemnité de préavis et de 4 974 euros au titre de l’indemnité de licenciement, l’arrêt rendu le 10 décembre 2009, rectifié le 11 février 2010, entre les parties, par la cour d’appel de Colmar ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nancy.

Président : Mme Collomp - Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier, conseiller référendaire - Avocat général :

Que le moyen n’est pas fondé ;

Mais sur le moyen unique pris en sa deuxième branche :

Vu l’article L. 2411-5 du Code du travail ; Attendu que la cour d’appel énonce qu’il y a lieu de condamner la société

une somme de 9 948 euros pour violation du

statut protecteur ; Attendu cependant que l’indemnité pour violation du statut protecteur est égale à la rémunération que le salarié aurait perçue depuis son éviction jusqu’à l’expiration de la période de protection ; qu’il en résulte que le salarié, licencié en méconnaissance de son statut protecteur après l’expiration de la période de protection, ne peut bénéficier de cette indemnité qui couvre le préjudice lié à la perte du mandat ; Qu’en statuant comme elle l’a fait, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

Sopafom à verser à M. X

Et sur le moyen unique pris en sa troisième branche :

Vu le principe d’égalité de traitement, ensemble les articles 4 et 7 de la convention collective régionale du bâtiment et des travaux publics ; Attendu que la seule différence de catégorie professionnelle ne saurait en elle-même justifier, pour l’attribution d’un avantage, une différence de traitement entre les salariés placés dans une situation identique au regard dudit avantage, cette différence devant reposer sur des raisons objectives dont le juge doit contrôler concrètement la réalité et la pertinence ; que repose sur une raison objective et pertinente la stipulation d’un accord collectif qui fonde une différence de traitement sur une différence de catégorie professionnelle, dès lors que cette différence de traitement a pour objet ou pour but de prendre en compte les spécificités de la situation des salariés relevant d’une catégorie déterminée, tenant notamment aux conditions d’exercice des fonctions, à l’évolution de carrière ou aux modalités de rémunération ;

M. Weissmann, avocat général référendaire - Avocat(s) : SCP Roger et Sevaux ; SCP Barthélemy,
M. Weissmann, avocat général référendaire - Avocat(s) : SCP Roger et Sevaux ; SCP Barthélemy, Matuchansky
et Vexliard.
2011-281

Vie du droit

Ministère de la Justice et des Libertés

1 er Forum sur le travail d'intérêt général (TIG) - Signature d’une convention nationale Chancellerie, le 14 juin 2011

L e Garde des Sceaux Michel Mercier et Jean-Paul Bailly, Président du Groupe La Poste, ont signé à la Chancellerie ce 14 juin 2011 une convention nationale

ayant pour objectif d’établir un partenariat qui recouvre notamment les :

- mesures de réparation pénales ;

- stages de formation civique ;

- stages de citoyenneté ;

- travaux d’intérêt général ;

- actions d’insertion développées dans le cadre

du dispositif d’accompagnement mis en œuvre par les établissements et services du secteur public de la protection judiciaire de la jeunesse et qui aura pour vocation à être déclinée au niveau des territoires. Cette convention traduit l’attachement du Ministre de la Justice et des Libertés au développement du T.I.G. afin de favoriser la réinsertion et la prévention de la récidive. Elle traduit également sa volonté d’expliquer aux acteurs du ministère de la justice (magistrats, fonctionnaires, personnels de l’administration pénitentiaire et de la protection

Jean-Paul Bailly et Michel Mercier Photo © MJL/DICOM/C.Montagné
Jean-Paul Bailly
et Michel Mercier
Photo © MJL/DICOM/C.Montagné

judiciaire de la jeunesse) tous les moyens pratiques dont ils disposent pour redynamiser le travail d’intérêt général afin que sonne une

nouvelle ère pour la réinsertion sociale des condamnés.

Jean-René Tancrède

2011-282

Les Annonces de la Seine - jeudi 16 juin 2011 - numéro 35

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Interview Entretien avec Alain Bensoussan Convaincu de la nécessité d’associer les technologies à un principe

Interview

Entretien avec Alain Bensoussan

Convaincu de la nécessité d’associer les technologies à un principe de protection des libertés, passionné de leur relation avec le droit, Alain Bensoussan, avocat, président de l'Anaafa et expert sur le sujet répond aux Annonces de la Seine, à quelques jours d'AnaafaTech, le 1 er workshop des technologies nouvelles du cabinet d'avocat qui se tiendra le 24 juin 2011 à Paris.

Alain Bensoussan D.R.
Alain Bensoussan
D.R.

Frédéric Bonaventura : Qu'est-ce qui a conduit un homme de loi comme vous à se spécialiser dans l'alliance entre le droit et les nouvelles technologies ?

Alain Bensoussan : Je suis devenu avocat après avoir effectué un cursus sciences éco, droit, puis Science Po et j’ai toujours été intéressé par les technologies. J’ai très rapidement trouvé le triptyque évolution technologique, évolution du droit et protection des libertés, passionnant. Cela m’a amené à fonder l’activité de mon cabinet sur le concept du « droit de l’innovation à l’innovation du droit ».

F. B. : Témoin privilégié des avancées technologiques des 30 dernières années, aviez-vous mesuré les enjeux de votre positionnement professionnel vis-à- vis de l'essor du numérique ? Comment y avez-vous pris part ?

A. B. : Si en 1978, je me suis positionné sur le droit des technologies par passion, je n’imagi- nais pas à cette époque un tel essor profession- nel. A tel point que j’ai publié en 1985, aux édi- tions Berger-Levrault, le premier traité de droit de l’informatique à partir d’une analyse stratégique du développement des marchés des systèmes d’information.

La même année, j’ai participé à l’élaboration de la réglementation sur la protection des logiciels et défendu l’idée que les logiciels devaient être protégés par le droit d’auteur. J’ai pu plaider cette position avec succès auprès des tribunaux et à partir de cette nouvelle loi, j’ai commencé à être reconnu dans ce domaine. J’ai aussi cru en la révolution de l’Internet et publié l’un des premiers ouvrages « Internet, aspects juridiques » en 1996, ce qui a permis une deuxième étape de développement.

F. B. : Vous avez fondé votre cabinet l'année où est

intervenue la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. Y a-t-il un rapport entre l'actualité juridique de l'année 1978 et l'émergence de votre spécialisation dans ce domaine ?

A. B. : Oui en effet. J’ai tout de suite été inter-

pellé par cette loi et par l’idée de la nécessité d’associer les technologies à un principe de protection des libertés. J’ai fait ma première conférence à ce propos en 1978, à partir d’une réflexion sur les droits de l’homme numé- rique, menée en résonance à l’article de Philippe Bouchet dénonçant le caractère liberticide du projet Safari (1) qui m’a fait décou-

vrir l’origine historique du numéro de Sécurité sociale. Le droit de l’informatique et des liber- tés est mon activité dominante à plus de 95 %, depuis plus de 30 ans.

F. B. : Comment évaluez-vous l'adhésion de vos

confrères aux évolutions technologiques des 30 dernières années ?

A. B. : La profession adhère incontestablement

aux évolutions technologiques, comme en témoigne le RPVA (Réseau privé virtuel des avocats). L’évolution des outils et des techniques est extrêmement rapide. Il y a par ailleurs néces- sairement une « fracture digitale » entre les utilisateurs seniors et juniors. Il peut être enfin difficile et coûteux de s’y retrouver dans les différentes offres technologiques C’est ce qui a conduit l’Anaafa, à créer la pre- mière édition AnaafaTech qui se tiendra à Paris, le 24 juin prochain.

Cette journée réunit à la fois un salon où seront présentées des solutions professionnelles pour exercer le métier d’avocat, et des ateliers confé- rences permettant de s’informer sur la déonto- logie dans un univers informatisé que j’aime à qualifier de « déontologie de l’électronique ».

F. B. : Quels sont les impacts des NTIC sur la