25/02/2015

ARRÊT N° 261/2015
N° RG: 14/06106
PHD/CC
Décision déférée du 03 Novembre 2014 Président du TGI de Toulouse ( 14/01591)

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
***
COUR D’APPEL DE TOULOUSE
3eme Chambre Section 2
***
ARRÊT DU VINGT CINQ FEVRIER DEUX MILLE QUINZE
***
APPELANT

Octavien NGENZI
C/
Alain GAUTHIER
Association COLLECTIF DES PARTIES
CIVILES POUR LE RWANDA

Monsieur Octavien NGENZI
Maison d’arrêt de Fleury Mérogis
91705 Sainte Geneviève des Bois
Représenté par Me Françoise MATHE, avocat au barreau de
TOULOUSE
(bénéficie d’une aide juridictionnelle totale numéro 31555-2015-001554
du 30/1/2015 accordée par le bureau de TOULOUSE)
INTIME
Monsieur Alain GAUTHIER
61 avenue Jean Jaurès
51100 REIMS
Représenté par Me Stéphane SOULAS de l’AARPI DIALEKTIK
AVOCATS, avocat au barreau de TOULOUSE
(bénéficie d’une aide juridictionnelle totale numéro 31555-2015-000574
du 16/1/2015 accordée par le bureau de TOULOUSE)
Association COLLECTIF DES PARTIES CIVILES POUR LE
RWANDA
61 avenue Jean Jaurès
51100 REIMS
Représentée par Me Stéphane SOULAS de l’AARPI DIALEKTIK
AVOCATS, avocat au barreau de TOULOUSE
COMPOSITION DE LA COUR
En application des dispositions des articles 786 et 907 du code de
procédure civile, l’affaire a été débattue le 26 janvier 2015 en audience
publique, les avocats ne s’y étant pas opposés, devant P. DELMOTTE,
conseiller chargé du rapport. Ce magistrat a rendu compte des
plaidoiries dans le délibéré de la cour composée de :

le

P. DELMOTTE, président
A. MAZARIN-GEORGIN, conseiller
A. BEAUCLAIR, conseiller

à

Greffier, lors des débats : M. BUTEL

Grosse délivrée

ARRET :
- contradictoire
- prononcé publiquement par mise à disposition au greffe après avis
aux parties
- signé par P. DELMOTTE, président, et par M.L. DUFLOS, greffier de
chambre

Exposé du litige
M. Ngenzi, bourgmestre, jusqu’au mois d’avril 1994, de la
commune de Karabondo au Rwanda, a fait l’objet d’une ordonnance de mise
en accusation devant la cour d’assises de Paris des chefs de génocide et
crime contre l’humanité. Un arrêt de la chambre de l’instruction de la cour
d’appel de Paris du 28 mai 2014 l’a renvoyé devant la cour d’assises de
Paris de ces deux chefs ; cette décision fait l’objet d’un pourvoi, actuellement
pendant devant la chambre criminelle de la Cour de cassation.
Parmi les parties civiles constituées dans cette procédure
pénale figure l’association dénommée Collectif des parties civiles pour le
Rwanda (le Collectif) dont M. Gauthier est le président.
Le 14 mai 2014, M. Gauthier a fait publier sur le site Internet du
Collectif un article intitulé “Octavien Ngenzi et Tito Barahira bientôt devant la
cour d’assises ?” dans lequel figurait la phrase suivante “Octavien Ngenzi et
Tito Barahira ont participé au génocide des Tutsi dans l’ancienne préfecture
de Kibungo, est du Rwanda, et plus précisément à Karabondo”.
Estimant que cet article violait la présomption d’innocence dont
il bénéficie, M. Ngenzi a, par acte d’huissier du 4 août 2014, saisi le juge des
référés du tribunal de grande instance de Toulouse sur le fondement de
l’article 9-1 du code civil à l’effet de voir ordonner la suppression de l’article
litigieux, la publication d’un communiqué rectificatif et la condamnation
solidaire de M. Gauthier et du Collectif à lui payer la somme de 10.000 € en
réparation du préjudice subi.
Par ordonnance du 3 novembre 2014, le juge des référés, qui
a relevé que la phrase litigieuse avait été modifiée, dès le 5 août 2014, pour
être transformée ainsi : “Octavien Ngenzi et Tito Barahira sont suspectés
d’avoir participé au génocide des tutsi dans l’ancienne préfecture de
Kibongo, est du Rwanda, et plus précisément à Karabondo”, a donné acte
à M. Ngenzi du désistement de sa demande tendant à voir ordonner la
suppression de l’article litigieux sous astreinte, a dit n’y avoir lieu à référé sur
les autres demandes présentées par M. Ngenzi et a condamné M. Ngenzi à
payer à M. Gauthier et au Collectif la somme de 2.000 € en application de
l’article 700 du code de procédure civile.
Par déclaration du 4 novembre 2014, M. Ngenzi a relevé appel
de cette décision.
Vu ses conclusions RPVA du 24 décembre 2014 demandant
à la cour
- d’infirmer la décision entreprise
- de dire que l’article intitulé « Octavien NGENZI et Tito BARAHIRA bientôt
devant la cour d’assises ? » rédigé par M. Gauthier, édité par le
Collectif sur son site internet, viole la présomption d’innocence dont il
bénéficie
- de lui donner acte du fait que la phrase litigieuse a fait l’objet d’une
suppression à réception de l’acte introductif d’instance et que la demande de
suppression de l’article litigieux sous astreinte définitive est désormais privée
d’objet
- d’ordonner la publication, aux frais des intimés sur la page d’accueil
du même site jusqu’à l’intervention d’une décision définitive sur l’action
publique et dans deux quotidiens de diffusion nationale, du communiqué
suivant : « Par arrêt en date du (la date de l’arrêt à intervenir), la cour
2/4

d’appel de Toulouse statuant a constaté que Monsieur Alain GAUTHIER
et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda ont porté atteinte à la
présomption d’innocence dont bénéficie Octavien NGENZI en publiant
sur le site http://www.collectifpartiescivilesrwanda.fr le 14 mai 2014 un
article intitulé « Octavien NGENZI et Tito BARAHIRA bientôt devant la cour
d’assises ? » dans lequel il est présenté comme ayant participé au génocide
des Tutsi dans l’ancienne préfecture de KIBUNGO, est du RWANDA,
et plus précisément à KABARONDO », et ce dans un délai de quinze
jours à compter de la date de l’ordonnance à intervenir sous astreinte
définitive de 200 € par jour de retard à compter de la notification de la
décision
- de condamner solidairement M. Gauthier et le Collectif à lui verser la
somme de 10.000 € en réparation du préjudice qu’il a subi en raison de
l’atteinte causé à la présomption d’innocence par l’article susvisé
- de les condamner sous la même solidarité à lui verser la somme de 5.000 €
sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
Vu les conclusions RPVA de M. Gauthier et du Collectif du 21
janvier 2015 demandant à la cour
- de dire que l’article
publié le 14 mai 2014 sur le site
http://www.collectifpartiescivilesaurwanda.fr ne porte pas atteinte à la
présomption d’innocence de M Ngenzi
- de confirmer l’ordonnance déférée
- de rejeter les demandes adverses et de condamner M. Ngenzi à leur
verser la somme de 5.000 € au titre de l’article 700 du code de procédure
civile.
Motifs de la décision
Attendu que l’article incriminé s’inscrit dans le cadre d’une
information générale donnée aux membres de l’association “Collectif des
parties civiles pour le Rwanda” et à toute personne intéressée sur l’état
d’avancement de la procédure pénale engagée contre M. Ngenzi et M.
Barahira ; qu’il relate dans le premier paragraphe le sens du réquisitoire
définitif du procureur de la République de Paris et le cheminement possible
de l’affaire à l’issue de ce réquisitoire ; qu’on ne s’arrêtera pas à l’usage de
l’expression “deux présumés génocidaires” tant l’emploi du terme “présumé”
associé à une qualification correctionnelle ou criminelle a été galvaudé et
détourné, de façon habituelle, de son véritable sens dans la presse écrite
comme parlée, et est même utilisé par des élus de la République ; que
l’appelant a d’ailleurs lui-même admis dans son acte introductif d’instance
que cette expression était désormais utilisée à contre emploi dans le langage
courant ;
Attendu que le deuxième paragraphe de l’article retrace le
parcours de MM.Ngenzi et Barahira après leur départ du Rwanda et les
diligences effectuées par le Collectif pour retrouver ceux-ci ; que la phrase
litigieuse “Octavien Ngenzi et Tito Barahira ont participé au génocide des
Tutsi...”, pour maladroite que soit sa formulation, ne doit pas être prise
isolément mais analysée en fonction de son contexte et de l’article dans sa
globalité ; qu’à cet égard, loin d’être rédigé dans des termes outranciers ou
exprimant un préjugé délibéré de l’auteur sur la culpabilité de M. Ngenzi,
l’article est présenté sous un titre neutre, à la forme interrogative, excluant
d’emblée l’affirmation de la culpabilité inéluctable de M. Ngenzi, et retrace,
dans un but d’information du public, les aléas d’une procédure pénale et les
circonstances présidant au renvoi éventuel de M. Ngenzi devant une cour
d’assises ; qu’ainsi que l’a retenu le premier juge, par des motifs que la cour
adopte, les termes et le contenu de l’article ne sont donc pas de nature à
caractériser une atteinte à la présomption d’innocence dont jouit M. Ngenzi ;
3/4

Attendu qu’il sera observé surabondamment que le juge des
référés n’est pas le juge du fond et que M. Ngenzi ne peut solliciter, dans le
cadre d’une procédure de référé, des dommages et intérêts mais seulement
une provision de sorte que la demande en paiement d’une somme de
10.000 € se heurte, là encore, à une contestation sérieuse ;
PAR CES MOTIFS
La cour
Confirme l’ordonnance déférée, sauf en ce qu’elle a condamné M. Ngenzi au
paiement d’une somme de 2.000 € au titre de l’article 700 du code de
procédure civile ;
Condamne M. Ngenzi aux entiers dépens ;
Vu l’article 700 du code de procédure civile,
Rejette les demandes de M. Ngenzi, de M. Gauthier et du Collectif des
parties civiles pour le Rwanda.
LE GREFFIER

LE PRESIDENT

M.L DUFLOS

P. DELMOTTE.

4/4

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful