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MARCEL KURZ

ALPINISME HIVERNAL
LE SKIEUR DANS LES ALPES
Préface de M. EDOUARD SAUVAGE
Président honoraire du Club Alpin Français
Ouvrage orné de 20 héliogravures hors texte PAYOT, PARIS ST-GERMAIN 1928 Tous droits réservés
A MON PÈRE qui me fit connaître Les Alpes.
Premier tirage Mars 1925. Deuxième tirage Février 1928.
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright 1925, by Fayot, Paris.
PRÉFACE
Les vieux alpinistes ont vu se développer simultanément, depuis une trentaine d'années, les courses d'hiver en
montagne et d’usage des skis qui donnent pour ces courses de grandes facilités. Toutefois, au début, on craignait assez
généralement que le ski ne pût guère servir en haute montagne, soit que les trajets où on ne pourrait en faire usage
fussent trop étendus, soit que le ski même, avec sa grande longueur, fût mal approprié au parcours des régions très
accidentées et dût être modifié.
La hardiesse et la persévérance des explorateurs de la montagne ont amené l'évolution de ces idées
anciennes : après avoir reconnu que les courses d'hiver n'étaient pas nécessairement limitées aux sommets secondaires,
mais que les cimes les plus hautes restaient abordables en cette saison, ils ont démontré que les skis pouvaient servir
presque continuellement, sinon jusqu'aux sommets mêmes, du moins jusqu'au pied des arêtes terminales.
Tous les alpinistes qui ont parcouru le massif du Mont Blanc connaissent le guide et la belle carte de Louis
Kurz; nous sommes redevables à son fils,
Marcel Kurz, ami passionné de la montagne et bon skieur, d'une belle étude de cette évolution.
La première partie de l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz débute par un historique du développement des
courses d'hiver avant l'emploi du ski, puis lorsqu'on en a fait usage; ensuite elle examine l'état des Alpes pendant
l'hiver, le climat, l'effet des vents ; vient ensuite une magistrale étude des avalanches et de l'état des neiges. Les
transformations qu'elles subissent sous l'action du soleil et du vent sont minutieusement analysées, sans que soit oublié
le côté pratique pour le skieur, la manière dont se comporte le ski sur les diverses surfaces.
Les différentes espèces d'avalanches, les circonstances qui les produisent, l'aspect des régions dangereuses,
sont l'objet d'une description claire et approfondie. Même en été, l'appréciation d'une pente de neige, au point de vue
du degré de sécurité — ou de danger — qu'elle offre, est un des points qui demandent au montagnard le plus
d'expérience et de jugement; en hiver, les difficultés d'appréciation sont encore augmentées.
Si la suite de l'ouvrage nous montre un artiste épris des beautés de la montagne, cette première partie porte la
marque de l'esprit scientifique de son auteur.
Viennent ensuite l'équipement du touriste hivernal, la technique du skieur alpin. Ce chapitre n'est en rien un
manuel de ski, mais il indique comment, en haute montagne, on utilise les divers modes de progression, d'arrêt,
glissade des pentes, qui doivent être bien connus du skieur.
La lecture de la deuxième partie de l'ouvrage décrivant les courses d'hiver de l'auteur dans les Alpes,
passionnera les alpinistes, dont quelques-uns reéchapperont pas sans doute à des sentiments de regret — faut-il dire
d'envie ? — devant une si belle série de grandes ascensions. A chaque ligne des descriptions de l'auteur , on respire le
charme de l'admirable nature alpestre. Les menus incidents des courses, tels que gites, repas, bivouacs, sont indiqués
sommairement dans la mesure où ils intéressent le lecteur, sans le fatiguer par leur monotonie.
Dans son ensemble, l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz est une précieuse addition à la littérature alpine,
dont l'auteur mérite de vives félicitations.
ED. SAUVAGE,
Président honoraire du C. A. F.

PRÉFACE DE L'AUTEUR
En commençant la rédaction de ce livre — il y a déjà bien des années — mon intention était de l'intituler Le
Nouvel Alpinisme. A cette époque, en effet, ce genre d'alpinisme était encore à ses débuts : nous traversions l'âge d'or de
ce qui fut la deuxième conquête des Alpes, celle des skieurs. Dans les Pennines, par exemple, il leur restait à conquérir
plus d'une vingtaine de cimes supérieures à 4000 mètres. Mais, faute de temps, la rédaction resta inachevée.
Depuis lors, l'exploration hivernale des montagnes a pris une telle extension, tant d'alpinistes sont devenus
skieurs et tant de skieurs alpinistes, qu'au moment de remettre mon Nouvel Alpinisme sur le chantier, ce titre ne lui
convenait plus. C'est pourquoi j'ai préféré l'intituler Alpinisme hivernal (1).
Un titre bref et suffisamment explicite n'était pas facile à trouver. Les Anglais et les Allemands possèdent une
langue qui permet toutes les combinaisons de mots composés : Alpine skiing, Skilauf, Skitouristik sont des expressions
concises et parfaitement claires qu'il est impossible de traduire en deux mots français.
Ceci provient évidemment du fait que, pour nous, le mot ski désigne aussi bien le sport que l'instrument luimême. On dit le ski, les skis, faire du ski, — par contre, on n'est pas encore d'accord sur ce point : faut-il dire : aller en
ski ou aller à ski ? Il nous manque donc en français un terme équivalant à skiing ou Skilauf. On pourrait suggérer
skiisme, mais c'est un terme antipathique, qui a peu de chances de s'implanter jamais.
La richesse d'une langue est en rapport avec le développement d'une théorie? On pourrait le croire vraiment :
Alpiner Skilauf et Alpine skiing sont les titres de deux manuels parus, le premier en 1910, le second en 1921 (2).
La décade qui sépare ces deux publications coïncide précisément avec le développement maximum du nouvel
alpinisme. Aussi la brochure de Lunn est-elle inspirée par les expériences et les idées nouvelles. Mais qui de nous
connaît ces deux bréviaires ? et pourquoi n'ont-ils pas été traduits en français ? Car il n'existe rien de pareil en notre
langue, pas plus qu'en italien. A quoi donc attribuer cette lacune ? Sans doute au fait que la théorie est toujours
subordonnée à la pratique. Or, le Mont Rosé fut gravi en ski par un Allemand en 1898 déjà et, en 1904, c'est encore un
skieur allemand qui gravissait pour la première fois le Mont Blanc. A cette époque, le skieur français était encore dans
ses langes et l'italien n'était guère plus avancé...
D'autre part, n'est-il pas curieux de constater que les Anglais (qui furent les premiers à explorer nos Alpes et les
derniers à les parcourir en ski) possèdent depuis 1921 le meilleur ouvrage sur ce sujet? Évidemment, la théorie d'un
auteur ne crée pas la règle et Arnold Lunn restera une exception. Il a vécu des années entières dans les Alpes, comme
autrefois Zdarsky dans les neiges de Lilienfeld. Mais son enthousiasme a porté des fruits qui lui font honneur
aujourd'hui. Il a créé à Londres, en 1908, l’Alpine Ski Club, et, grâce à lui, les Anglais ont rattrapé tout le temps perdu.
Entre la Suisse romande et la Suisse allemande, le développement du ski a présenté une sensible différence.
Alors que les Suisses allémaniques pouvaient lire dans leur langue une quantité de publications et s'inspirer des
meilleurs principes, les Romands n'ont eu à leur service qu'une bibliographie assez pauvre, réduite à de rares récits de
courses. Depuis quelques années cependant, ils semblent être secoués par certains spasmes de bon augure, non pas tant
les skieurs proprement dits que les alpinistes-skieurs.
En France, après de premiers essais (1895-1896) effectués par quelques personnes isolées, officiers et civils,
l'emploi du ski fut introduit dans l'armée des Alpes (1900-1901) et fit de rapides progrès sous la direction d'une mission
militaire norvégienne (1902). Les troupes alpines s’en firent une spécialité presque exclusive et réalisent une forte
avance sur les skieurs civils. Certes, beaucoup d'officiers sont membres du Club Alpin, appliquent dans le civil les
connaissances acquises au service militaire. Grâce à l'intime collaboration des deux éléments, le ski prendra un bel
essor (1907). Cependant son développement s'est orienté vers le sport, plutôt que dans son application à l'alpinisme.
En Italie, à ce que m'écrit le comte Aldo Bonacossa, grand skieur et grand alpiniste, les Ski Clubs de Milan et
de Turin ont pris la haute main sur le tourisme hivernal. L'Italie semble avoir une légère avance sur la France, car elle
va publier prochainement un guide et une carte pour skieurs de sa frontière septentrionale des Alpes.
Un jour viendra où l'alpinisme hivernal surpassera l'alpinisme estival. De fait, la durée de l'hiver alpin est déjà
plus longue que celle de l'été alpin. Devant les flots de touristes que déversent nos chemins de fer de montagne, les
alpinistes préféreront aller passer leurs vacances d'été dans le Caucase ou l'Himalaya et ne visiteront leurs propres
montagnes qu'en hiver, en ski. Qui vivra verra...
Il m'a été très difficile de trouver des illustrations artistiques se rapportant à la haute montagne hivernale. Je
tiens cependant à remercier tous les collègues qui ont bien voulu m'en envoyer à choix, et tout spécialement MM. Pries,
Gysi et Hug qui ont si gracieusement mis leurs clichés à ma disposition. MM. pal-banne, A.-E. Kuhlmann et Louis Kurz
ont pris la peine de revoir toutes mes épreuves, et j'ai envers eux une grosse dette de reconnaissance.
M. K.
Neuchâtel (Suisse), décembre 1924.
1

Comme on le verra, l'alpinisme hivernal a présenté deux phases bien distinctes. Durant la première, ce fut la conquête des plus hautes cimes par des
alpinistes allant à pied (elle est exposée dans mon premier chapitre : Les précurseurs). Puis ce fut le triomphe du ski, et la deuxième conquête des
Alpes, par la horde des skieurs.
2

Oberleutnant Georg Bilger, Der Alpine Skilauf (2e édition. Munich, 1911, petit *).
Arnold Lunn, Alpine Skiing, at ail heights and seasons, Londres 1921 (petit *).

CHAPITRE PREMIER
LES PRÉCURSEURS
(Ceux qui allaient à pied.)
En janvier 1862, plus de trois ans avant la conquête du Cervin, Thomas Stuart Kennedy, un des plus audacieux
grimpeurs de l'Alpine Club, eut l'idée d'attaquer le colosse en plein hiver, idée vraiment extraordinaire à cette époque.
Accompagné du vieux Peter Taugwalder et de Peter Perren, il alla passer la nuit dans la petite chapelle du Lac
Noir et, le lendemain (7 janvier), il tenta l'ascension par l'arête du Hôrnli. Mais un vent violent, qui faisait tourbillonner
la neige, arrêta bientôt la caravane et l'obligea à battre en retraite.
« Non content de nous souffler au visage d'épais flocons de neige et de véritables aiguilles de glace, le vent
faisait voler autour de nous des plaques neigeuses de 30 centimètres de diamètre, qu'il avait enlevées en passant au
glacier inférieur. Cependant, aucun d'entre nous ne semblait vouloir lâcher pied le premier, lorsqu'une rafale plus
violente que les précédentes nous obligea à nous abriter quelque temps derrière un rocher. A dater de ce moment, il fut
tacitement convenu que notre expédition devait prendre fin, mais nous résolûmes en même temps de laisser aux
touristes futurs quelque souvenir de notre visite, et, après être descendus à une distance considérable, nous trouvâmes
un endroit convenable pour y construire un cairn, avec des pierres détachées. En une demi-heure, nous érigeâmes une
pyramide haute d'environ 2 mètres. Une bouteille, contenant la date de notre tentative, fut placée à l'intérieur, et nous
battîmes en retraite le plus promptement possible (1). »
Bien que cette tentative eût échoué au pied même des premières difficultés du Cervin, il est piquant de constater qu'à
cette époque déjà, un homme ait pu croire à la possibilité des ascensions hivernales. Il est vrai que Kennedy comptait
précisément bénéficier de la quantité de neige qui, selon lui, devait recouvrir les rochers et en faciliter l'escalade. « En
effet, dit-il, je ne voyais pas comment, même avec l'aide de longues échelles, ces rochers pourraient être surmontés,
lorsque l'idée me vint qu'en hiver ils seraient peut-être couverts de neige, et c'est en partie la raison qui me conduisit à
Zermatt... »
Whymper lui-même, qui pourtant ne s'étonnait de rien, relate cette équipée sur un ton très ironique et trouve
cet échec tout naturel. « Mr. Kennedy, écrit-il textuellement (Escalades, p. 96), conçut un jour l'idée singulière que cette
montagne devait être moins impraticable au mois de janvier qu'au mois de juin... mais il ne tarda pas à constater qu'en
hiver la neige obéissait aux lois ordinaires et que le froid et le vent n'étaient pas moins rigoureux qu'en été. »
Aujourd'hui, cette idée nous paraît moins « singulière », et il est probable, en effet, que, dans neuf cas sur dix,
l'escalade du Cervin est plus facile en janvier qu'en juin.
Comme le font remarquer Cunningham et Abney ( 2), la tentative de Kennedy n'en restera pas moins la
première expédition hivernale entreprise dans les Alpes après le commencement de l'alpinisme systématique ( 3).
Cette première expérience n'était guère encourageante.
Aussi faut-il attendre quelques années encore avant de pouvoir enregistrer de véritables succès. Ce fut
l'Oberland bernois qui devint alors le principal théâtre des explorations hivernales, et ce sont des Anglais encore qui
s'avancent sur la scène (4).
A la fin de décembre 1866, par un temps gris et maussade, deux membres de l'Alpine Club, A. W. Moore et
Horace Walker, arrivaient à Grindelwald, avec le vague sentiment d'avoir commis une bévue et persuadés que leur
expédition n'aboutirait qu'à un fiasco complet ( 5). Le temps avait été superbe durant trois semaines; mais, au moment
précis de leur arrivée, il s'était gâté, comme cela arrive si souvent, hélas !
Après s'être amusés à poursuivre des lièvres et des renards dans les bois environnants, nos Anglais purent enfin
profiter d'une belle journée et s'aventurer plus haut dans la montagne, sous la conduite de leurs guides Christian Aimer
et Peter Bohren. Ils passent une affreuse nuit dans la vieille cabane très inconfortable de Peismeer, où ils étaient
parvenus, non sans peine, en taillant des marches dans la glace épaisse qui recouvrait le sentier.
La journée du lendemain fut consacrée tout entière à une chasse aux chamois sur les flancs du Mettenberg.
Une nombreuse escouade d'Oberlandais leur servait de rabatteurs, et les deux Anglais avaient été postés en embuscade à
l'endroit où le gibier devait passer dans sa fuite. Mais la chaleur intense du soleil, succédant brusquement au froid de la
nuit, fit son effet accoutumé et les deux touristes s'endormirent à leur poste. Ils ne se réveillèrent que trop tard, tout
honteux de constater à leurs pieds les traces évidentes des chamois.
Après un si piteux résultat, il fut décidé d'abandonner la chasse et de poursuivre un but plus sérieux en
attaquant quelque grand pic. Mais, à ce que prétend Moore, les rochers étaient généralement verglacés, et il fallut
renoncer aux sommets les plus tentants, tels que l'Eiger ou le Schreckhorn. Ils choisirent donc un col glaciaire et se
décidèrent finalement à tenter la traversée combinée du Finsteraarjock (3 360 m.) et de la Strahlegg (3 351 m.), sorte de
boucle qui devait les ramener à Grindelwald en une seule expédition.
1

Alpine Journal, 1863, p. 82. — D'après Whymper (Escalades, p. 96-97), ce cairn marquait exactement le point 3 298 A. S. (tout près duquel se
dressent aujourd'hui la cabane et l'hôtel du Hôrnli) et n'était guère que 60 à 80 mètres au-dessous du point atteint par Kennedy.
2
The Pioneers of thé Alps, p. 61.
3
Voir encore la note de la page 5 (Hugi à la Strahlegg).
4
Entre temps Bennen avait été tue par une avalanche au Haut de Cry, le 28 février 1864 (WHYMPER, Escalades, p. 86).
5
A. W. MOORE, On some Winter Expéditions in thé Alps (in Alpine Journal, vol. IV, 1869, p. 309 sq.).

Une forte couche de neige recouvrait tous les environs. il eut même l'audace de s'attaquer à l'Eiger (!). et notre Anglais passa bien des heures à l'admirer. qui pointait farouche au-dessus du glacier de Grindelwald. de Berne (Hugi. Cette expédition à la Strahlegg est probablement la plus ancienne dans les Alpes en hiver. mais il préféra à Grindelwald une contrée « où le confort moderne fût moins prodigué. Les deux chasseurs qui l'accompagnaient dans cette traversée étaient chaussés de raquettes. Diving into chasms where all was literaly « blue ». au moment où une aube grandiose se levait sur les neiges (1). en partie pour examiner la possibilité d'y construire un chemin facilitant le trafic entre Grindelwald et le Haut-Valais. de Saint-Michel par le col des Trois Croix (l 651 m. la somme des plaisirs familiers à la montagne pût être plus sérieusement éprouvée». Mais leurs touristes. à 3 heures de l'après-midi.. Puis. comme quartier général. proposèrent inopinément de gagner l'Agassizjoch par le grand couloir (vierge alors) et de rentrer à Grindelwald par la Grunhornlûcke et le Mônchjoch. Aucun ami n'ayant voulu l'accompagner. Aucune difficulté sérieuse ne devait entraver l'accès du col lui-même. Traverser la chute d'un glacier en hiver. on prétendait que les glaciers n'avancent pas en hiver. à Grindelwald. Hugi fit un séjour de plus de deux semaines dans la hutte de la Stieregg (1 705 m. les conditions avaient été très favorables et la marche rapide. A cette époque encore. Le passage du labyrinthe au clair de lune et le spectacle du Finsteraarjoch à minuit auraient été une récompense suffisante à des peines infiniment plus grandes que celles auxquelles nous fûmes exposés. dominée par le cirque de l'Oberaar. grâce à une succession de journées ensoleillées sa surface s'était durcie et facilitait singulièrement la marche. Ueber das Wesen der Gletscher und Winterreise in das Eismeer). en Dauphiné. les deux Anglais s'arrêtèrent à Berne. Le départ eut lieu le 23 décembre. le ciel parfaitement clair. A une heure du matin. la caravane retrouvait sa trace sur la Mer de glace et rentrait par le même chemin à Grindelwald. vingt-deux heures après l'avoir quitté. le 12 janvier. conclut Moore. elle se dirigea lentement vers le col de la Strahlegg. spectres fantastiques scintillant doucement dans la clarté bleue de la nuit.Melchior Anderegg était venu les rejoindre de Meiringen et renforcer la caravane dans ce but. afin d'étudier le mouvement du glacier de Grindelwald qu'il parcourut à plusieurs reprises. prévoyant toutes les difficultés de la marche. elle contournait les premiers séracs et parvenait à 10h30 au pied des tours de glace qui défendent le Finsteraarjoch. et ce devait être une joie incomparable pour les yeux : . mais Moore avait négligé cette précaution et la course lui parut fort pénible.. Moore ne put résister à la tentation de revoir les Alpes en hiver.). c'est un spectacle féerique qui laisse de profondes impressions. Valloire et le col du Goléon (2 880 m. salua en eux les précurseurs d'une ère nouvelle et l'avantgarde d'une foule de touristes hivernaux. La Meije était encore vierge de ce temps. Mais. et laissa tout le village de Grindelwald dans un grand émoi. il n'y avait pas un souffle d'air et la lune était si brillante que des notes au crayon pouvaient se lire facilement.). Quelques heures plus tard. La température descendit jusqu'à — 20°. plus sceptiques. Durant tout son séjour là-haut. il monta également au Faulhorn (2 684 m. la marche devint monotone. » Le jour de Noël fut fêté à Grindelwald. « La nuit était parfaite . qui fut atteint à 7 heures du matin. Le 12 décembre. puis une course facile au Faulhorn termina ces vacances excentriques. mais fut repoussé par l'énorme quantité de neige.). derrière nous. la caravane soupait sur la Mer de glace. Il choisit donc la Grave. la vue était limitée par les rochers menaçants du Schreckhorn. mais où. 1 En janvier 1832 déjà. Les guides. Nos chaussures gelées étaient aussi dures que le fer et l'on pouvait les battre à coups de piolet sans éveiller la moindre sensation. ils avaient été. durant quelques instants. et cela recrutés. » Jusqu'ici. tournant résolument le dos aux invites hospitalières de la Grimsel. Vers 8 heures du soir. « L'expédition.). L'année suivante (1867). il franchit le col de la Lauze(1 543 m. le temps fut superbe.. en attendant lever la lune pour continuer sa marche. Hugi était accompagné de nombreux guides . deux heures auparavant. mais les expériences du célèbre savant prouvèrent précisément le contraire. tandis que. par contre. après s'être glissée avec les ombres bleues entre ces séracs menaçants. C'est de la Stieregg que Hugi monta. crawling round pinnacles transparent and weird like in the moonlight. au col de la Strahlegg. «l'excellent et jovial hôtelier du Bernerhof ». Dans l'étroite vallée neigeuse qui conduit au col. ce même coi avait été atteint par le professeur Hugi. et ce n'est qu'à force d'énergie que la caravane ne fut pas terrassée par le sommeil qui l'accablait. A notre droite surgissait l'immense pyramide du Finsteraarhorn. entre de hautes parois rocheuses. Suivant son plan primitif. De ce village. enthousiasmés par cette chance inespérée. Inutile de dire que la scène était d'une rare magnificence. mais les nuits très froides et naturellement peu confortables. et Moore nous raconte que Mr.). fut moins ardue et beaucoup plus réussie que nous n'avions osé l'espérer.. Au retour. scrutant ses flancs dans l'espoir d'y trouver une voie possible pour l'été suivant. tandis que. Krafft. écartèrent prudemment cette audacieuse suggestion. où il fut retenu durant trois jours avait de pouvoir profiter d'une neige gelée pour redescendre dans la vallée. dans la cabane de bergers qui lui servait de base. si étrange que cela puisse paraître. il s'y rend seul. la caravane commença donc à descendre vers la Grimsel. the depth of which seemed more than ever unfathomable. non sans peine. la caravane atteignait la vaste encolure du Finsteraarjoch. Devant nous s'étendait la longue avenue du glacier. mais. grâce à cette lune et à une neige excellente où l'on enfonçait à peine. Une heure plus tard. and crossing snow bridges over gulfs. sous les rayons obliques d'une lune étincelante. dans les neiges profondes de ces immenses glaciers. en décembre. Quelques jours plus tard. accompagné d'Alexandre Pic et de deux porteurs. nos pieds étaient chauds et parfaitement à l'aise. ayant doublé le cap rocheux des Strahlegghôrner. rudement éprouvés par le froid.

En janvier 1874. « avec presque tous les représentants de la race animale domestique et avec tous les insectes dont le corps humain peut devenir la proie ». La pente qui. Moore. enchanté de ses vacances. c'est un bien long détour que d'aller rejoindre la route habituelle venant de la Concordia. nous entrons définitivement dans la phase caractéristique des grandes ascensions hivernales. trois grands pics oberlandais étaient tombés sous l'assaut des précurseurs. L'expédition à la Jungfrau fut une entreprise beaucoup plus compliquée. malgré un vent violent. Nous verrons plus tard que ce n'est pas nécessairement le cas et que les glaciers sont rarement aussi crevassés et dangereux qu'en décembre. avait déjà parlé de cette chaleur excessive. Après un séjour à Chamonix et quelques promenades d'entraînement dans les environs. qui semblaient interminables. dit-il. et. Pour gagner le Bergli. cette fois-ci. Malgré tous les charmes de cette montagne. il se décida à rentrer en Angleterre. On passa la première nuit à la Bàregg. obscure et froide. le style de l'auteur est aussi froid que l'ombre du Wetterhorn en janvier).Sans difficultés. qui ne fut marquée par aucun incident digne d'être mentionné (ici. en quelques jours. Moore passa cette nuit dans L’Etable de Rodier. 1 W. qui montait à son tour au Bergli. Pic était à moitié fou de joie. dit-il. encore si pauvre à cette époque. Encore est-il difficile de persuader les gens qu'il en est bien ainsi : on se figure généralement que. promenade grandiose. sous le soleil de janvier et sous les parois luisantes du Fieschergrat. en route pour l'Angleterre. écrite en 1869. A. Malgré une bise glaciale. qu'une telle rencontre est bien faite pour nous étonner. Mais. le froid doit être intense. Les explorations hivernales étaient si rares. Il ne fallait pas songer à franchir les glaciers suspendus sur le versant du Guggi et.) et la Jungfrau (4 166 m.). Une vue grandiose agrémenta la sieste. ils reprennent la descente. à 2 heures de l'après-midi. de là. 103 . que l'on aurait pu y passer avec un char attelé de quatre chevaux. puis traverser le Fiescherfirn. au sujet de laquelle nous avions exprimé quelques doutes. Durant une halte prolongée sur les rochers qui dominent les précipices du Rotthal. même en hiver. Coolidge rencontra au Zàsenberg la caravane du professeur Bischoff. Deux jours furent nécessaires pour gagner la cabane du Bergli. conduit au sommet. qui devaient contribuer à la connaissance de la montagne hivernale. Le lendemain. comme c'était le cas ce jour-là. Bischoff et ses guides réussirent la première ascension hivernale du Mônch (4105 m. dans ces hautes régions. et ce fut l’un des porteurs qui conduisit la caravane. et il fut facile désormais de le décider à tenter la traversée de la Brèche de la Meije (3 300 m. au retour. à cette époque. de Bale. Moore persiste à croire que les conditions de la montagne sont meilleures avant qu'après les grandes chutes de neige de Noël ou du mois de janvier. lorsqu'on est à Grindelwald. Une descente rapide dans le vallon des Etançons les conduisit ensuite à la Bérarde. sous la conduite du fameux guide Christian Aimer et secondés par une forte escouade de porteurs. Le fait de choisir le mois de décembre pour de grandes excursions était évidemment une erreur. B. à travers des pentes de neige poudreuse. p. COOLIDGE.). en outre. on comprend qu'elle n'ait pas tenté plus tôt les explorateurs. Coolidge termine sa relation par quelques remarques fort judicieuses. tout spécialement en hiver. où ils étaient déjà descendus. par un temps superbe. ils partent à 7 heures et suivent l'itinéraire habituel du Wetterhorn. grâce à une neige si dure. rassemblée sur la route près du village. ces touristes arrivent à Grindelwald et montent le 14 janvier à la cabane du Gleckstein. lorsque l'air est parfaitement calme. les deux premiers sommets importants qui tombèrent sous les attaques de la nouvelle cohorte (1). Son courage et sa grande habileté eurent raison de toutes les difficultés. suivait avec intérêt les progrès des grimpeurs. la caravane traverse les deux Mônchjoche. Nous avons reconnu. et le seul ennui de la course fut le retour au Mônchjoch. Ces deux campagnes de 1866 et 1867 peuvent être considérées comme les premières expériences sérieuses faites dans les Alpes en hiver. était naturellement de glace vive et exigea une longue taille de marches. qu'il peut faire très chaud. Toute la population de la Grave. mais encore dans sa relation. il faut attendre sept ans encore avant de trouver la mention d'une expédition importante. « Mr. Coolidge constata. non sans étonnement. Pour son guide. Alpine Studies. 24 janvier. il fallut monter par le Zàsenberg qui se dresse comme une citadelle de roc solitaire dans l'immensité des glaciers. le col était gagné. de plus en plus. Le jour suivant. Les plus hauts sommets deviennent la proie des conquérants. qu'il avait déclarée tout à fait impossible le jour précédent. après dix minutes de halte au sommet. il nous fallut reconnaître l'exactitude de ses affirmations. au milieu des avalanches tombant du Mettenberg. auberge de pierre. Le 15. Le 22 janvier. Ainsi. ce fut une véritable révélation. en escaladant l'arête rocheuse qui sépare les deux glaciers suspendus sur le versant de la Grave. et l'on tendra de plus en plus à éviter les cols glaciaires pour s'attaquer à de rentables cimes. passe au pied du Jungfraujoch et monte au Rotthalsattel. Malgré l'article enthousiaste de Moore dans L’Alpine Journal. où ils arrivèrent à la nuit noire. et qui doit être bien inhospitalière. Les deux guides oberlandais qui devaient le rencontrer à Saint-Michel n'étant toujours pas arrivés. que la quantité de neige recouvrant les hautes cimes est bien inférieure à celle des basses altitudes ou des vallées. Aimer réussit néanmoins à convaincre ses touristes et à les ramener d'Interlaken. Cette expédition eut lieu le 14 décembre. Mais. Miss Brevoort et son neveu Coolidge réussirent à vaincre successivement le Wetterhorn 2 703 m.). ils jouissent d'une vue parfaite et.

ou. devant la furie du vent qui soulevait des tourbillons glacés. la musique s'était portée au-devant de la vaillante alpiniste et une députation lui adressa une harangue de félicitations et de bienvenue.) par l'Anglais Watson et ses guides. Trois heures de marche effective avaient suffi pour descendre du sommet.étant probablement enlevée par le vent. Au sommet de la première bosse. à 9 h. enfin. La caravane poursuivit néanmoins son ascension jusqu'au Grand Plateau. et James Eccles. Partant de la cabane Boval a 2 heures du matin. mais la température. elle fut plus heureuse. sur la rive droite de la Mer de glace : itinéraire bien préférable. on avait rarement vu si peu de neige à cette saison. 1 Le Mont Blanc. empêchèrent Miss Straton de dépasser les Bosses. C'est pourquoi il semble que la neige. sentaient le froid les prendre par les pieds. ils arrivaient à la rimaye ouverte au pied des rochers du Schreckhorn. la neige devint atrocement poudreuse. lorsque Miss Straton (plus tard M me Charlet) manifesta le désir d'essayer à son tour. Dans les vallées. p. dit Miss Straton. au cœur de l'hiver. avait encore baissé. mais jusqu'ici je n'avais jamais parfaitement contemplé ce spectacle. et de ses deux fils. Pendant trois quarts d'heure qu'on passa là à les lui frotter de neige et d'eau-de-vie. ils furent surpris sur le Grand Plateau par une violente tempête et obligés de battre en retraite définitivement. qui rend si dangereuses les ascensions en mai ou au commencement de juin. 7* édition. Les conditions de neige étaient excellentes et. étant sèche. et tous les touristes semblaient s'être donné rendez-vous à Chamonix. Arrivant au Sattel. partent les premiers à l'assaut. prête à recommencer. afin de s'abriter contre le vent. Mais le temps fut incertain. la rimaye était atteinte et franchie à la tombée de la nuit. Sous la conduite de son guide habituel. ne présenta pas de difficultés . p. . Christian Aimer. à 3 heures de l'après-midi (31 janvier). les difficultés ne furent pas extraordinaires. naturellement. et le vent se mit à souffler violemment. A Chamonix. l'heure avancée. dans sa première moitié du moins. un vent violent soulevait cette neige en nuages épais. à leur tour. le vent eut beau faire rage. 35 déjà. Ce fut un véritable blocus. quatre heures furent nécessaires pour gagner le Sattel par le grand couloir où la neige. presque au terme de ses vacances. par un fœhn qui eût exclu toute ascension. » L'hiver de 1875-76 fut. elle rentrait à Chamonix.). Miss Straton s'aperçut qu'elle avait deux doigts gelés. Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat se tenaient sur la cime du colosse. Jusqu'aux Grands Mulets. pour rejoindre plus haut la route habituelle. il fallut finalement se rendre. Vous pensez qu'elle redescendit à Chamonix? Nullement. Le lendemain. On partit plus tôt (3 h. A 4 h. cette fois-ci. 40) et suivent la route ordinaire. l'entassement de la neige sèche pouvait rendre la marche impossible . Janvier tirait à sa fin. et ils surent habilement profiter des traces laissées par leurs prédécesseurs. un peu au-dessous vers le sud. cette fois-ci. partaient à leur tour. le 19 janvier. le Révérend Coolidge revient à Grindelwald avec l'espoir d'exécuter une course dont il caressait depuis longtemps le projet : l'ascension du Schreckhorn (4 080 m. aux pentes de la Baregg. sur l'arête. passant au pied du Mittelegg. et ce n'est que le 26 janvier. le peintre de montagne bien connu. ils jouaient de malchance. enfin. Le jour suivant (27 janvier). ils partent à l'aube (6 h. mais là. après avoir passé. Voici comment Durier (1) raconte cette première ascension hivernale du Mont Blanc (4 807 m. tentative qui échoua comme les autres. immédiatement après sa chute. La première partie de l’arête rocheuse. sur les pentes du Dôme. plus haut. quel chemin prendre. Elle s'arrêta aux Grands Mulets et y prit un jour de repos. De là. Le lendemain matin à 5 2 CHARLES DURIER. Le thermomètre centigrade marquait — 24°. son guide habituel Jean Charlet. grâce à sa généreuse clarté. elle ne s'y arrêta que quelques instants et reprit presque immédiatement le chemin du retour. Elle avait du reste déjà fait une tentative en décembre. un accident survenu à l'un de ses porteurs. la caravane arrivait triomphalement au sommet. Le lendemain. elle était couronnée d'une aigrette neigeuse qui ralentit considérablement la marche. ne soit que les restes de celle tombant au printemps. « J'avais fait l'ascension trois fois pendant l'été. Miss Straton. En janvier 1879. 40 de nuit). Mais. —C'est en février 1880 que fut réussie la première ascension hivernale du Piz Bernina (4 055 m. les Bosses? Dans le défilé. la caravane put éviter un bivouac toujours malencontreux et gagner à temps la Schwarzegg. profonde. excessivement dure. L'immense quantité de neige accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. les hommes. En moins de deux heures. 35. plutôt. Miss Brevoort et le Révérend Coolidge. il monte à la nouvelle cabane Schwarzegg. le ciel s'était rasséréné. quatre jours pleins et quatre nuits sur les glaciers. On se décida pour l'arête. la caravane rentrait à Grindelwald. Aimer avait eu l'heureuse idée d'emporter une pelle qui lui servit à déblayer cette neige et à découvrir les rochers de la crête. ils franchirent le labyrinthe et atteignirent le sommet à 15h20. dans l'hospitalier refuge. « La vue était belle au delà de toute expression ». On se remit en route et. Quelques jours plus tard. Gabriel Loppé. toujours ravagées par les avalanches. exigea une longue taille de marches. La lune se leva au même instant et. accompagnés de leurs guides oberlandais. après une nuit assez confortable. ce fut une joyeuse veillée autour de l'âtre. le Corridor. pour attaquer le Mont Blanc. Aussi. 115 sq. remarquablement beau et sec. Mais. de l'Alpine Club. Mais le lendemain. La descente fut très rapide. Le 1 er février. ils trouvèrent dans la neige traces de la dernière caravane (5 octobre 1878). durant l'hiver. où elle fut reçue avec des honneurs bien mérités (2). mais. Au Grand Plateau.) : « Les brouillards. Après être monté trois fois aux Grands Mulets et y avoir passé cinq nuits. Malgré un temps merveilleux et une vue stupéfiante. ce soir-là. qu'il put enfin livrer l'assaut définitif. » La caravane resta une demi-heure au sommet. 181 Alpine Studies.

. où il passe une mauvaise nuit et constate que le froid ne fait qu'augmenter l'appétit déjà vorace des puces qui habitent ces lieux. puis Cunningham passa la Tête Noire et se rendit à Zermatt avec ses guides chamoniards. durant les quatre semaines qui suivirent. La conquête hivernale du Cervin ne se fit pas du premier coup.). la neige étant très profonde dans les régions basses et boisées. chap. on trouve le récit de cette étonnante traversée. Le manque d'entraînement et l'idée préconçue de rencontrer plus haut des conditions de neige plus défavorables encore engagèrent la caravane à rentrer le jour suivant à Chamonix et à méditer des plans moins ambitieux et plus méthodiques. 12 heures après avoir quitté le mont Fréty. Un vent glacial les avait détournés de l'arête des Bosses. The Alps in Winter 2 Avec ses guides : Léon Simond.) et le Petit Saint-Bernard. commença. à l'aube du 27 janvier. plus on monte. car il n'en parle qu'incidemment. où ils admirent un merveilleux lever de soleil. on perdrait toute notion de distance. où Tairraz les attendait avec du vin chaud. La montée se fit dans l'ombre jusqu'à la cime. il nous dit entre autres ceci : « . Les rochers du versant sud étaient parfaitement secs et. un des premiers. L'air est si limpide et il semble exister un tel vide atmosphérique dans ces paysages que. lui aussi. Lors de la seconde (21 février).. pour 1882. Les vues dont on jouit des sommets sont simplement merveilleuses.Durant l'hiver de 1881-82. où ils parviennent sans peine à 9 heures du matin. sans aucun changement notable. audacieuse entreprise à laquelle on n’avait jamais osé songer plus tôt. ils remontent alors aux Grands Mulets le 29. mais l'auteur admet. Ce fut la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc. pour se rendre à Courmayeur ( 2). sur le col du Géant (3 370 m. auteur des Pioneers of the Alp. A. que. Le retour ne présenta aucune difficulté et. La journée du lendemain fut consacrée à l'ascension de l’Aiguille du Tour (3 540 m. le Caucase et l'Himalaya. n° 81. récit si vivant qu'il nous paraît intéressant de le traduire in extenso. la neige fut suffisamment dure pour permettre une descente rapide jusqu'au Tacul. Le séjour à Chamonix se termina par une course au Buet (3 097 m. 1 Alpine Journal. et 1882 restera une date importante dans l'histoire du nouvel alpinisme. le ciel et la terre semblent confiner en une ligne parfaitement nette. en moitié moins de temps qu'il n'en avait fallu la première fois. s'il était possible de les reproduire exactement sur une toile. 101). p. par un temps toujours merveilleux. Dans sa description de Chamonix en hiver. illuminant toutes les cimes d'alentour. » Et maintenant. comme bien l'on pense. Dans le Bollettino du C.). tous de Chamonix . Mais le temps était trop incertain et les conditions trop défavorables pour s'obstiner à grimper plus haut. Cunningham. il part. il engage quelques hommes pour transporter des couvertures et du bois à la cabane d'Orny. puis à la traversée du col du même nom. le lendemain matin. ses exploits hivernaux en traversant le Cervin du Breuil à Zermatt. ne put fournir aucune indication précise sur la température.. ils rentraient triomphalement à Chamonix. négligeant tout entraînement préliminaire. Vittorio Sella. ils parvenaient au Montenvers. où M.). il fallut chausser des raquettes et. détérioré au cours de l'ascension. pour les Grands Mulets. Ces deux dernières traversées ne semblent pas avoir présenté de difficultés sérieuses. Les péripéties de la première expédition sont brièvement relatés dans l’ Alpine Journal (1). ils arrivent à midi au Corridor. 1883. VII : Mountaineering in Winter. La montée au refuge fut très laborieuse et n'exigea pas moins de treize heures de marche pénible. Cunningham se contente alors de tourner autour du géant qu'il n'avait pas réussi à vaincre. 253 à 262. Cunningham se rend tout d'abord à Chamonix. ne passa pas moins de quatre semaines à parcourir les montagnes et. le célèbre photographe italien. . — C. cela paraît incompréhensible. p. « en règle générale.). 3 The Pioneers ot the Alps. et il eut quelque peine à en repartir. Jamais le ciel n'est aussi étonnamment beau et transparent qu'en hiver. Quittant la cabane à 4 heures le lendemain. heures seulement. organisée par la Section Mont Blanc du Club Alpin Français . qui les conduit une fois de plus à Chamonix Pour compléter cette glorieuse campagne. III. presque dure. I. Cunningham compare l'arrivée au sommet. Disons tout de suite que. le lendemain. Il traverse successivement le col au Bonhomme (2 340 m. avec l'intention de gravir le Mont Blanc.) et gagner Valtoumanche. ils rentraient à Boval par la Fortezza (STUDER. où le beau temps durait depuis six semaines déjà. moins le froid est sensible ». Il y parvint un samedi soir.). réussie par un des membres les plus distingués du Club Alpin Italien : Vittorio Sella. tout ensoleillé. Cunningham est un des rares auteurs qui aient consacré un chapitre à l'alpinisme hivernal ( 3). la marche devint très lente. D. Deux tentatives eurent lieu en février 1882. Estimant l'entraînement désormais suffisant et profitant de leurs traces du 20 janvier. Les pics les plus distants se dressent contre le ciel aussi nettement que ceux des panoramas de Baedeker . la caravane parvint jusqu'à la hauteur de la Cravate (4000 m. nous voulons parler d'une conquête italienne. à l'entrée dans une serre en plein hiver. dû à la plume de Sella lui-même. en mars de la même année. belvédère remarquable. ils gravissent finalement l’Aiguille du Tacul (3 438 m. il se hâte d'en profiter et. le lendemain de son arrivée (20 janvier). Que Sella n'ait pas publié et illustré un volume entier sur ses remarquables expéditions dans les Alpes. assez tôt pour franchir le Théodule (3322 m. et c'est fort regrettable. Le thermomètre de Cunningham. celle du Cervin. sur le glacier du Géant. Ambroise Bossoney et Edouard Cupelin. Là. A Orsières. Il revint ensuite à Orsières par Aoste et le Grand Saint-Bernard. et cette ombre les glaça. Craignant de le voir changer. et ils prirent l'ancien passage. Couttet leur avait préparé une grandiose réception. le beau temps persista. malgré ces accessoires. CUNNINGHAM. Après une nuit passée au petit hôtel du mont Fréty. le temps fut particulièrement favorable. ils parviennent..

« A 9 h. et. mes idées se mouvaient dans une ambiance délicieuse. La crainte nous tourmentait bien un peu de rencontrer sur ce versant-là des obstacles infranchissables. nous avions rencontré deux guides qui venaient à notre rencontre.. de sorte que. qui marchait derrière moi. en hiver (voir Ski. nous surmontâmes miraculeusement toutes les grandes difficultés. je rentrais à Châtillon par le col du Théodule et. vol. finalement. Le ciel était serein : des teintes froides vers le couchant et les teintes très chaudes de l'aube vers le levant. ils nous avaient aperçus de Zermatt. sur l'Épaule suisse. Nous nous assîmes enfin. notre caravane touchait la cime du Cervin. XVI. tant elle était bloquée par la neige. 30. nous reprenions notre marche le long de l'Épaule. A mesure que nous descendions et que le soleil baissait vers le couchant. p. A. « Ce sera difficile. nous éclairait encore faiblement. Inutile de dire que notre satisfaction fut immense . Jean-Antoine et Baptiste Carrel. où nous arrivâmes à 2 heures après midi. A 2 heures de l'après-midi. qui. devait réussir. 30 du soir nous arrivions enfin à la vieille cabane. Nous commençâmes immédiatement à descendre. le matin fut bientôt venu. alors que les étoiles scintillaient déjà dans l'immensité du ciel et que seule une lueur mourante. nous franchîmes heureusement la crête neigeuse. Je partis du Breuil 20 heures du soir avec mes guides Louis. battant continuellement de la semelle pour empêcher nos pieds de geler. inconvénient très dangereux. nous reprîmes notre marche vers Zermatt. A Zermatt. « Nous étions déjà bien fatigués. cette ombre s'allongeait lentement vers le vieux Weissthor.. Il détacha la première des chaînes et la fixa à l'extrémité de la seconde. qui nous empêcheraient d'arriver à la cabane suisse. s'allongeait une fine crête de neige. tout cela écartait les mauvais pressentiments. examiner de là plus facilement le versant sur lequel nous devions nous engager. les seules de toute l'escalade. 38 sq. «Une neige farineuse recouvrait tous les rochers. nous fûmes accueillis avec enthousiasme par tous les guides et les habitants du village. « Arrivés au cairn qui couronne la cime. A nos yeux. je demandai à Carrel si nous pourrions la suivre. Nous suivîmes sans peine la crête qui relie le sommet italien au sommet suisse pour. avec des précipices béants de chaque côté. corsées par cette neige farineuse attachée aux rochers. soit quinze heures après avoir quitté le Breuil. Ici nous fîmes halte pour déjeuner. je refis une troisième tentative qui. j'étais de retour à Biella. Peu de fois en ma vie. C'était une belle journée qui commençait. Grisés par le succès de notre entreprise. ce sont là deux plaisirs. les mains doublement gantées enfonçaient profondément et ne saisissaient plus les prises avec sûreté. aux périls courus et évités. en avançant pas à pas avec la plus grande attention. Le jour précédent. Sur le glacier éblouissant de lumière. Vers 6 heures. « Faire bien les choses et manger. plantant notre drapeau sur la cime. Dans cette neige froide. la sérénité de l'heure.En mars. Le peu de neige nous facilita tous les passages jusqu'à la Cravate et au Pic Tyndall. celle-ci. Le temps. cette ombre de cobalt était magnifique à voir. la paroi fut déclarée praticable. toujours sagace et prévoyant. avec l'assurance presque certaine de parvenir au sommet tant désiré. Antoine. dans l'angle le moins exposé aux courants d'air. sans dormir. Le jour suivant. /. Sa crête était couverte de neige et prenait plus haut l'aspect d'une lame de couteau. p. deux joies . je me sentis aussi fort physiquement et aussi satisfait moralement que dans ces instants. A l'aide de cette rampe prolongée. à la pensée de pouvoir enfin subjuguer cette belle montagne . comprit le danger. émerveillés de notre entreprise. » Cependant. En moins d'une heure. mais je crois que nous réussirons. paraissait devoir nous être propice. Un sentiment de bien-être profond et d'énergie morale m'avait envahi. elles ns rendirent de précieux services (2). je voulus tenter quelque chose de plus : la descente sur Zermatt. n°49. L'azur du ciel. où nous arrivâmes au lever du soleil. « Le 16 mars. je trouve que l'estomac rempli a beaucoup d'analogie avec la conscience lorsqu'elle est satisfaite. mince comme une lame de couteau. Comme il était 2 heures. une heure ne suffit pas à débarrasser le refuge de la neige fraîche et farineuse qui s'y était insinuée par les fentes de la porte et les ouvertures du toit. quoique recouvertes de neige et de glaçons. De cette façon. Sella revint au Breuil. Il fallut cheminer à la lanterne. SELLA.). Notre émotion était indescriptible. presque sacrée. il nous restait encore quatre heures et demie de jour pour y parvenir. s'offrait une réalité qui semblait inconcevable et nous admirions ce spectacle. Lorsqu'elle fut ouverte enfin. la sagacité pratique des Carrel réussit à les surmonter. dans les mauvais passages. la douceur infinie des teintes à l'horizon. Ascensione invernale del Cervino (Botlettino del C.. devait le conduire au but et même au delà (1). la vue était grandiose. à travers maintes difficultés. A 7 h. réfléchie par les neiges du Mont Rosé. durcies et. tout en nous racontant les histoires les plus variées. mais le sentiment du triomphe nous réconfortait de plus en plus et nous prêtait force et courage. « Encouragé par ce succès. « A deux heures de ce village. Plus bas. Sella seul semble avoir rencontré de la neige entre l'Epaule. XVII. ils montaient à notre rencontre pour nous féliciter et nous secourir au besoin. et. C'est dans cette position que nous passâmes toute la nuit. le 20 au matin. jusqu'au pied de la Grande Tour. «Il fallut jouer du piolet pendant plus d'une demi-heure pour ouvrir la porte du refuge. serrés les uns contre les autres. Ma satisfaction était immense de me trouver si haut. . et bientôt le soleil disparut à nos yeux. et voici ce qu'il nous dit de sa troisième tentative. sans en discerner les détails. Nous y rencontrâmes de sérieuses difficultés. à même le sol gelé. Assez vite les chaînes furent atteintes et. qui se maintenait sec et beau. 66). répondit Louis. sur les moraines du glacier du Furggen. La masse du Cervin projetait alors son ombre sur le glacier du Gorner. nous songions avec orgueil aux difficultés rencontrées et surmontées. Comme nous devions y passer. les chaussures étaient gelées. avec les balles de neige qui s'attachaient aux semelle il était facile de glisser. » 1 2 V.

Elle semble ignorer complètement les acteurs qui l'ont précédée sur une scène qui paraît toute nouvelle à ses yeux. Le titre de son livre était fort alléchant et bien fait pour éveiller la curiosité des grimpeurs anglais. puis Mrs. Edouard Cupelin. contraire au principe du moindre effort dans l'accomplissement des plus grandes choses. Il est écrit sans prétention aucune. la course ne semble pas avoir présenté de difficultés extraordinaires. mais n'est-il pas curieux de constater que. Burnaby déclare fort monotone. Plus pénible encore. le brouillard nous eût bien indiqué sa position. à 10 heures. si l'on songe qu'elle fut envoyée à la montagne par ses médecins et pour y recouvrer la santé. dans toutes ces courses hivernales. Mrs. semblera à beaucoup une idée originale. aucun ne se soit décidé à entreprendre une œuvre plus complète sur un sujet encore si nouveau ? Ouvrons ce livre et voyons quels furent les exploits de cette courageuse Anglaise. et cela aussi fut une satisfaction. où l'on distinguait des prés verts. Dans un style alerte et gai. le temps se gâta. Sella termine sa relation par ces quelques lignes : « Le fait de gravir les hautes montagnes en hiver. parmi tant d'alpinistes déçus et capables d'un meilleur effort. il y avait tant de neige que la cabane était invisible.. quiconque a pu constater combien l'aspect des montagnes et des vallées change au cours de l'hiver. la caravane monta aux Grands Mulets. où elle retrouve le soleil et le ciel bleu tant désirés. restera un des plus grands exploits de l'alpinisme hivernal. bouleversée par les avalanches et qui leur réservait encore bien des surprises désagréables. A part la corniche qui surplombait le couloir du versant de Léchaud (par lequel ils étaient montés).) et découvraient le plateau du Trient. alors que les difficultés sont maximales. peu raisonnable et. en tout cas.) et franchissait le col du même nom. elle arrivait. Mrs. Quelques jours plus tard (le 15 janvier). qui devint plus tard Mrs. course sans grand intérêt et qui doit être bien fatigante en partant de la vallée. mais. Burnaby ne semble pas avoir éprouvé beaucoup de fatigue et. et aucune course ne put être tentée avant le 4 janvier 1883. lui répondit : 1 The High Alps in Winter. alors rédacteur de l’Alpine Journal. le vent faisait rage et précipita la descente. arrivée au sommet. or Mountaineering in search of health. sauf la vallée de Sallanches. nombreux furent les lecteurs. » En 1883 parut à Londres un ouvrage consacré presque entièrement aux Alpes hivernales.» On entendait le canon tonner à Chamonix. beaucoup plus claire qu'en été. la caravane rentrait au Montenvers. Ce passage n'est évidemment pas d'une grande utilité pratique. Derrière ses deux guides. au moment précis où l'alpinisme hivernal prenait son essor. mais. 1883 . sur le col du Chardonnet (3 325 m. était l'atmosphère. au départ du Montenvers. et il fut décidé de commencer la campagne dès le lendemain. Mais. c'était une entreprise remarquable pour une alpiniste à ses débuts. Main. dans ces conditions hivernales. et cela par une femme : Mrs. vers la gauche. Le 2 février. au lieu de le faire en été. elle arrive au milieu de décembre 1882 à Chamonix. Dès le plateau du glacier d'Argentière.). si nous n'avions su où la chercher. Mais.. leur demanda d'où ils pouvaient bien venir ainsi et qui ils étaient. le principal effort est pour celui qui marche en tête et doit faire la trace. pour la plupart d'entre eux.Tel est le simple récit de ce qui. nos touristes jetaient des regards curieux à travers la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. par un beau clair de lune. Il fallut plus de douze heures pour arriver au sommet. dépassa même le Mur de la Côte. fut l'ascension de l’Aiguille du Midi (3 843 m. l'attendait. Ce livre est un récit d'aventures. aujourd'hui encore et toujours. que Mrs. Tout ce que nous contemplions paraissait ouaté de blanc. la puissance des contrastes. A Orny. Mais. effrayée à leur vue. Certes. Ils perdirent un temps infini dans la gerge qui en forme l'issue et ne se décordèrent qu'en arrivant au village de Som-la-Proz. La Grivola élancée se haussait bien au-dessus. Très claire. le récit de ces aventures fut une cruelle déception et le Révérend Coolidge. tout en se demandant « ce qu'elle pourrait bien faire encore pour étonner Chamonix». le Cervin sans rival dépassait de la tête les montagnes environnantes. la neige fut très favorable. sur le col. et plus longue surtout. dressant nettement leurs cimes sur le bleu délicat du ciel. Ils vont donc coucher au Montenvers et réussissent (le 20 décembre) la traversée d'un col vierge : le col du Tacul (3 331 m. toujours farceur. Londres. Burnaby ne raconte que ce qu'elle a vu. plutôt que de s'occuper d'alpinisme. au retour d'une longue campagne qui s'étend de décembre 1882 à mars 1883 et dont les péripéties constituent presque toute la matière. de Chamonix à Lognan. elle dut rebrousser chemin par suite du brouillard et du vent qui annonçaient un brusque changement de temps. par une alpiniste encore novice. Aubrey Leblond et qui publia différents écrits bien connus dans la littérature alpine. « Il était juste 2 heures. Quittant les brouillards de Genève. tandis que.. elle fut suffisamment récompensée par la vue grandiose. Cupelin. mais d'une endurance étonnante. Son guide habituel. Mais. Le même soir. Burnaby (1). Elle parvint sans trop de peine au Corridor. Ce jour-là. la magnificence du spectacle qui se déroule à ses yeux. celui-là sera d'accord avec moi pour déclarer que l'homme qui soulève de pareilles objections fera mieux de se promener en plaine. si mesquine fût-elle. en six heures de marche seulement.). aux fins de gravir le Mont Blanc le lendemain.). termine sa critique en déclarant ce livre « le plus frivole et le plus insignifiant qui fut jamais présenté au public alpin ». la critique était facile. A midi. Aussi. combien les grands froids purifient l'air et combien s'accroît la vivacité des teintes. arrivée à une heure seulement du sommet. Comme il arrive souvent vers la fin de l'année. Une femme. La nuit les surprit dans la combe d'Orny. Quant à Genève. après avoir passé la nuit à Lognan. la caravane gravissait l’Aiguille des Grands Montets (3 300 m. au moment où elles sont minimes. Les Alpes Graies surtout attiraient les regards.. écrit à Chamonix.

Sella se montra gentilhomme. dressait sa masse gigantesque et noire dans ce paysage bleu-blanc. en tout cas. on s'arrêta pour déjeuner chez Maquignaz. J. était aussi dur que la pierre. Il était x heures. Vers 9 heures du soir. là grande avenue du Gorner s'ouvrit devant eux. Son ambition allait grandissant au cours des succès et elle ne doutait plus de rien.— Nous sommes des brigands. la vue merveilleuse fut une agréable compensation. où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et qui. Mais. Plus on montait. prétend l'auteur. ils durent enfin céder leur place aux guides italiens. on allait la tenter en sens inverse. Ah ! combien elle souhaitait maintenant que le temps fût mauvais ! Durant toute la soirée. on put s'élever plus rapidement. Mais une semaine de mauvais temps lui permit de réfléchir et de forger de nouveaux plans. le lendemain. après lui avoir adjoint l'un des Cupelin qui devait ramener Miss Walker le lendemain. la bise dégénéra en véritable ouragan et décida la troupe à battre en retraite. mais. elle se décida à tenter l'escalade par le versant italien. Tournant le dos à la montagne et au vent. Au Théodule. au lieu de revenir au Breuil par le Théodule. long voyage qui consuma plusieurs journées de beau temps. C'est pourquoi. mais. Jusqu'ici les Cupelin avaient courageusement tenu la tête. — Je vois bien que vous n'êtes pas des brigands. la partie la plus pénible de toute la course. Miss Walker et l'un des Cupelin devaient rester au refuge et attendre le retour des alpinistes qui partirent en deux caravanes. L'auteur avoue ne pas en avoir admiré de plus stupéfiante. elle apprit par Cupelin lui-même que Sella venait de rentrer bredouille. Burnaby. par conséquent. fixé à une heure du matin (3 mars). profonde. moins enneigé. de méchants séracs entourés de gouffres béants exigèrent d'ennuyeuses contremarches. Celle de Mrs. mais vous avez fait une jolie promenade ! — Ah ! ces gens. nous venons de Chamonix à travers l'Aiguille Verte et le col du Chardonnet. craignant de s'exposer à de nouvelles rigueurs. elle préféra gagner directement Zermatt et prit congé de Sella sur le Gorner. la descente fut moins terrible qu'on ne l'avait supposé. La nuit fut bientôt venue et s'écoula rapidement jusqu'au moment du départ. et le Cervin. soulevée en tourbillons par une bise glaciale. ayant traversé le Grand Saint -Bernard. ce fut une promenade exquise. What next? Question embarrassante. en route pour le Mont Rosé. L'espoir renaissait. Le Cervin tout d'abord. mais. soupe. le temps semblait se gâter et. Pour gagner le Gorner. Ce ne fut du reste que partie remise. La traversée ayant échoué de Suisse en France. plusieurs reprises. car les brouillards traînaient sur les montagnes et. mais. sauf le cognac. A cette époque. tout. il fallut quelque temps pour aménager l'intérieur de la vieille cabane encombrée de neige et de glace. Durant la soirée. Enfin. en compagnie de son amie Miss Alice Walker . elle supputa les maigres chances qui lui restaient d'arriver première au but et. « Poulet. Dans les bois de mélèzes. sous un ciel de nouveau limpide. Elle arrêta son choix sur le Cervin et le Mont Rosé. Burnaby en conclut que le mois de mars est le plus froid de tout l'hiver et. et la montée continua jusqu'au col. A quelque distance du Sattel (à 4 200 m. rétorqua Cupelin. dans la vallée d’Aoste. Quelques jours plus tard.. ce fut encore le parcours du val Ferret. ce fut une marche pénible dans une neige poudreuse et profonde. il fallut descendre à la lueur des lanternes par le glacier inférieur du Théodule et là. Comment ne peut-il pas été en face d'une si jolie femme ? Il dévoila franchement tous ses plans et offrit à l'Anglaise de les partager. Mais il fallait gagner Châtillon et le Valtournanche. on put s'arrêter un instant et se restaurer. arrivé au pied des pentes du Mont Rosé. bien nettoyé. champagne. les deux alpinistes firent connaissance. une légère brise tempérait l'ardeur du soleil. Bich) suivaient à une courte distance. la caravane dut rebrousser chemin et rentrer à Chamonix par la Tête Noire. Le 6 février. épuisés par une marche si pénible. elle préféra le détour par Genève et les rives du Léman et se mit en route vers la fin de février. plus le froid et la bise augmentaient. Burnaby prit les devants: Sella et ses guides (J. à 11 heures du matin. Au Breuil.). sans avoir exécuté la fin de son programme. où la neige était restée poudreuse et très profonde. la caravane arrive à Châtillon. dans la petite salle de l'auberge. ce fut une fuite précipitée jusqu'au Gorner. écrit Sella dans sa relation. à Valtournanche. la caravane arrivait enfin à Orsières et rentrait le lendemain à Chamonix par la Tête Noire. mais que de peines encore leur réservait la neige poudreuse. Mais ses vœux semblaient devoir se réaliser. arrivée à la cantine de Proz. elle se retrouvait à Lognan. Sur le versant suisse. Tandis que ses guides passaient une fois de plus la Tête Noire. Là. » Les guides de Sella eurent eux-mêmes plusieurs orteils gelés. et l'on décida d'aller coucher le lendemain au Théodule. si les gros gants de laine et le froid me permirent de donner une signification à la cordiale poignée de main par laquelle je pris congé de Mrs. la cabane Bétemps n'existait pas encore .. répondit la femme. on simula une visite au Grand Saint-Bernard. Mrs. Malheureusement. elle partit fort inquiète pour Valtournanche. à l'abri d'un immense sérac. une fois au col. je tiens à lui . Ceux-ci en eurent vite assez. ils ne savent rien! La caravane comptait rentrer à Chamonix par le col d’Argentière (3516 m. et le thermomètre marquait — 23° centigrades. Sur la longue avenue du glacier d'Argentière. sinon elle eût servi de point de départ. aussi fut-ce un soupir de soulagement lorsque. propriétaire de l'hôtel. Le temps fut merveilleux. environ). Connaissant l’expérience de Sella. une mauvaise nouvelle attendait l'ambitieuse Anglaise : Vittorio Sella venait de passer. pour être au net sur ses intentions. B. Maquignaz et J. les fouettait en plein visage ! Le Gorner semblait interminable . Là. elle renonça d'emblée à l'idée de tenter le Cervin. mieux exposé aux rayons du soleil et. le soir. « Je ne sais. Celle-ci accepta immédiatement.

principal obstacle à la réalisation de ses plans. « En montant à travers les forêts. p. la puissance des rayons solaires à travers une atmosphère aussi sèche qu'elle peut l'être en hiver reste considérable sur tous les versants sud. l'année suivante. partant comme précédemment du Théodule avec J. La nuit venue. Sella abandonna alors l'idée de franchir le Théodule et descendit à Zermatt. serait considéré comme une «bonne» neige. par suite de l'intensité solaire. Par contre. et sous un ciel couvert. » Tandis que les Italiens remontaient au Théodule. I. dans les vallons et dans les endroits abrités. Mais. 30. à battre en retraite. il arrive vers 6 heures du soir à cet îlot rocheux et il y plante sa tente par -15° de froid. « Pendant l'hiver de 1881-82. dans un mélange de notes diverses. et. 30 au Sattel (4 354 m. la seule trace conduisant à Zermatt. de la Dent Blanche et du Weisshorn flottait un panache de brume dont la forme changeait constamment et n'annonçait rien de bon.20. l'Anglaise et ses guides franchissaient le Gornergrat (au Moritzloch) et trouvaient près du Riffel. et Daniel Maquignaz.). La campagne était terminée. la neige fut poudreuse. Mais le temps empirait rapidement. nous trouvons quelques remarques toutes nouvelles sur la consistance de la neige en hiver. à la tombée de la nuit. elle devenait favorable sur les pentes méridionales. plusieurs ponts de neige s'effondrèrent sous notre poids. Au cours de ces formidables randonnées dans la neige poudreuse. Il fallut se résigner à bivouaquer de plus. alors que l'effort continu. une succession de beaux jours fut une rareté durant l'hiver 1882-83. le troisième. A la fin du volume. les conditions de neige furent rarement favorables. il parvint jusqu'au Plattje. le vent cessa brusquement et il se mit à neiger. réussit à fondre partiellement la neige fraîche et qui peut la durcir dans l'espace de quarante-huit heures. Après plusieurs journées de beau temps. et l'hiver s'écoula sans permettre une nouvelle tentative. après dix-sept heures de marche presque ininterrompue. » (2). à 5 h. Ce bivouac devait manquer de tout confort. J. Aussi le retour fut-il accéléré et. » Quinze jours plus tard. 2 . le vent s'était levé et soufflait avec rage. on suivit à la lanterne la trace encore visible sur le Gorner. A. Cunningham. j'ai toujours rencontré une neige farineuse. 51 II est certain maintenant que. presque invariable. la caravane arrivait au village. à la durcir. est poussé jusqu'aux dernières limites. nous rencontrions généralement une neige très molle. très faible durant les mois d'hiver. L'arête terminale se présenta en bonnes conditions et à 1 h. mais la bise qui soufflait dans les hautes régions par ces jours de ciel bleu était un obstacle plus considérable encore que le brouillard. même un mois après sa chute. le temps s'était montré tout différent. dès que l'on quitte la route pour s'aventurer sur les pentes voisines. mais heureusement l'air resta parfaitement calme. il n'y eut qu'un seul jour nuageux. durant le plein hiver et dans les régions élevées. cette fois-ci. Jusqu'à 3 800 mètres environ. bien que la température ne fût que de .. mais il s'accorde avec Mrs. mais. Le lendemain vers 4 heures. Il manquait au soleil cette ardeur qui. La stabilité du temps ne dura jamais plus de cinq jours. au confluent des glaciers du Petit Cervin et du Théodule inférieur.. il fut récompensé. sur les pentes nord. Sella revint à la charge. Le vent contribue. Le 10 janvier. j'ai rarement trouvé une neige molle dans les lieux exposés au vent . Pour une raison qu'il n'indique pas. Dix minutes au-dessus du Breuil. sur les rochers inférieurs du Plattje. le soleil n'a presque aucune influence sur les étendues neigeuses et que le vent est le principal facteur de transformation (durcissement). exposés normalement à ces rayons. une fois de plus. L'action alternative de la fonte et du gel peut former en hiver une légère croûte superficielle. où la neige exécrable l'obligea. Là. Quittant le Breuil le 25 janvier. 1 Bollettino Del C. La nuit se passa à grelotter et à battre la semelle. sauf une dizaine entre le 19 février et le 5 mars. dans ce cas. la caravane se rendit à Valtournanche en dix-huit heures de marche. évidemment. Sella eut souvent l'occasion d'étudier les mystères de la neige hivernale. Mais. Durant cette période. « Durant notre séjour sur les hauteurs. en été. dont le fondement reste discutable. mais. mais une neige vraiment favorable sur des pentes nord est une rareté.. où elle fut rejointe le lendemain par Miss Walker Deux jours plus tard. et Mrs. Le lendemain à 9 heures. écrit-elle. dit-il. 1883.. il comprit la nécessité de la scinder en deux étapes et de bivouaquer à l'endroit où se dresse aujourd'hui la cabane Bétemps. elle restait partout exécrable. la neige était aussi dure qu'elle peut l'être.. par contre. 30 la caravane touchait au but. Mon guide m'assura néanmoins que. Burnaby se mit immédiatement à retracer ses souvenirs. elle rentrait à Chamonix. avec une admirable persévérance. La distance entre le Théodule et le Mont Rosé étant si grande. Burnaby pour attacher une importance beaucoup plus grande à l'action du vent qu'à celle du soleil sur les neiges. la tempête dura deux jours entiers et. mais celleci cédera presque toujours sous les pieds et. A 8 heures du soir. La conquête hivernale du Mont Rosé restait donc inachevée. puis durcit par le vent. sur le versant opposé (nord du Théodule). la caravane retrouvait sa tente et profitait de son abri pour se restaurer et prendre un léger repos. sa caravane partait à la lanterne et parvenait à 11 h. ils ne rencontrèrent jamais ce qui. Sa stabilité dura près de trois mois et l'enneigement fut minime. « Durant toutes mes courses hivernales. et l'on dressa la tente à l'abri d'un gros bloc. En arrivant sur la moraine. un piolet devient absolument nécessaire.exprimer ici toute mon admiration pour son courage (1). Sur les sommets du Cervin. Ses théories sont encore bien compliquées. en été. durant les excursions qu'il entreprit en janvier et février avec Mr. et l'on préféra se rapprocher du Théodule. la marche est plus fatigante encore. Sella revenait à la charge.. Or.

tous deux de Grindelwald. Ce n'est que le lendemain. qui semblait former une chaîne ininterrompue.1885. les uns après les autres. au lieu de rentrer par le même chemin. p. précurseurs de la tourmente. XIII. Maquignaz. plus loin encore. Celle-ci ne tarda pas à se déchaîner et leur fit perdre la trace sur le glacier de Lys. la nature présentait l'image glacée d'un paysage polaire. entre 1874 et 1885. . 2 V. Ainsi. Celle-ci les conduisit sans trop de peine au sommet qui fut atteint à 1 h. Voici quelques lignes traduites des Hochgebirgswanderungen et qui donnent bien l'impression de ce que devaient être ces formidables randonnées dans la neige poudreuse : 1 Le 2 mars 1885. tous les principaux sommets des Alpes étaient tombés. la principale conquête à mentionner est celle du Lyskamm (4 538 m. superbe et resplendissant sous le baiser du soleil. les deux Bernois eurent la malheureuse idée de descendre dans la vallée du Rhône en suivant le glacier de Fiesch. mais. après une longue et pénible randonnée. arrivé sur la Mer de glace supérieure. et la seconde en s'habillant bien chaudement. L'ascension fut favorisée par d'excellentes conditions. 1885. 118 5 Neujahr auf dem Finsteraarhorn.53) 3 Le Colle della Fronte est une selle neigeuse qui s'ouvre au pied dé l'arête sud du Lyskamm. Emil Boss et le guide Ulrich Aimer. et malgré les expériences précédentes. Là-haut. dit-il. La caravane se mit en route. où ils rencontrèrent une neige excessivement profonde et de terribles difficultés. Les détails de cette expédition sont sommaires. L'instinct de Guglielmina les sauva néanmoins. bloquant l'horizon. toute encombrée de neige et inutilisable. les Apennins de Piacenza. L'ascension du Finsteraarhorn devait être répétée neuf ans plus tard par Andréas Fischer qui nous en a laissé un vivant récit dans ses Hochgebirgswanderungen (5). en l'espace d'une décade. en se tournant au midi. le 14 février. à l'horizon. que de traverser ce col dont le passage fut très pénible au retour. A cette époque encore. après vingttrois heures de marche presque ininterrompue. le Mont Viso. Ceci ressort d'une façon évidente du récit de Fischer. 65. On ne comprend pas que Sella n'ait pas choisi cette arête rocheuse pour monter au sommet. 269. et. Vous aurez alors la joie sublime d'admirer un coucher ou un lever de soleil cent fois plus beau qu'en été. à 4 heures du matin.). Guglielmini (première hivernale) (voir Rivista Mensile del C. SELLA. Vittorio Sella passa tout son temps à photographier le panorama. Ce fut en réalité la seconde. L'artiste qu'est Sella ne semble pas avoir regretté ces heures inoubliables. 30. J.. le 17 mars 1885. II. n'avait pas encore été touché par la nouvelle cohorte. Ascensione Invernale al Lyskamm (Bollettino del C A. écrit Sella. par A. passées à admirer le jeu des nuages et les teintes extraordinaires des montagnes. cimes oppressées et suffoquées par la tourmente.) et deux fois ils durent redescendre au col d'Olen. 92). par le même Sella qui. Fischer en conclut que les neiges devaient fondre jusque dans les régions élevées. ils remontent le glacier de Lys. C'est par erreur que cette ascension est mentionnée comme erste Winterbesteigung. même chez les montagnards . après avoir couché à la Schwarzegg. où la marche devint atrocement pénible.« Pour terminer. Maquignaz les rejoignit à Alagna. chassées par un fœhn violent. Il est vrai que les grandes conquêtes étaient réalisées et que l'attrait des nouveautés allait diminuant.. Il ecrit : « Vers le nord. Et vous rentrerez chez vous avec des satisfactions intimes et des idées nouvelles sur la population de nos villages alpestres.I. ouvert par son propriétaire. p. vers minuit. Deux fois un ciel menaçant les arrêta à la cabane Gnifetti (3 647 m. Laissant la cabane Gnifetti à leur droite. le guide Pietro Guglielmina. Le 22 mars. P.» (2). I. elle fut bien étonnée de rencontrer une masse de neige fraîche. Au commencement de mars 1887. enfin. Mosso et A Sella avec G. Les grands hôtels seront fermés et vous trouverez peu de confort. les yeux découvraient une scène aussi tranquille et sereine que l'aspect du Mont Rosé était horrible et bouleversé: le ciel. J. La première sera vaincue avec un peu d'énergie. les deux principaux centres d'où s'était déclenché l'assaut vers les cimes. le ciel s'éclaircit et la température s'abaissa légèrement. et dans STUDER. Sur les plus hautes cimes. qu'ils arrivaient à Fiesch. s'était terminée à Grindelwald par des pluies torrentielles. cet hiver-là. semble être resté solitaire sur la scène magnifique et déserte des hautes Alpes ( 1). roi de l'Oberland. doucement illuminés de teintes chaudes et reliés aux Alpes Maritimes par un long natrum de brumes dorées. puis des cimes qui allaient en s'obscur-cissant jusqu'au Grand Paradis et à la Grivola. le Finsteraarhorn (4275 m. et l'on n'en trouve qu'une courte mention (4). franchissent le Colle Délla Fronte (3) et suivent la Cresta Perazzi. Mais le temps était des plus incertains. Chamonix et Grindelwald. Mais il ne tarda pas à tomber lui aussi. grimpaient le lendemain (8 mars) à l'Agassizjoch et suivaient l'arête jusqu'au sommet. L'enthousiasme de Sella décida deux de ses frères.. On continua donc à descendre malgré la tourmente et. barré de longs nuages rouge orange. Mais. à l'accompagner au Lyskamm.A. La Pyramide Vincent (4 212 m. J. ils arrivaient au col d'Olen. Sella fit la première ascension hivernale du Grand Paradis (4061 m. L'année 1895. paraissent délaissés durant toute cette saison par les alpinistes de marque. mais de l'hospitalité et de la gentillesse là où vous ne comptiez pas en rencontrer. Corradino et Alphonse. l'attaque fut décisive. sous les assauts de l'alpinisme hivernal. je dirai aux alpinistes : allez voir les Alpes en hiver ! Les ascensions peuvent présenter deux seules difficultés : la neige molle et le froid. p. p. ou bien se basait-elle sur des principes erronés.) du Mont Rosé fut également visitée cet hiver-là. ils montèrent coucher au refuge du col d'Olen. la connaissance de la montagne hivernale était fort rudimentaire. voie inaugurée l'été précédent par le guide J. » Durant l'hiver de 1884-85.).). 4 Dans l’Alpine Journal. des panaches de brouillard flottaient au vent. et ils parvinrent de nuit à la cabane Vincent. mais. Dans la nuit du 1er au 2 janvier. Seul. et il n'attendait qu'un beau gel pour partir à l'attaque.

. mais sûrement et plus profondément encore. 1887. Main). pour ceux du moins qui allaient à pied et ne connurent point les agréments du ski. A la descente. nous avions progressé vite et bien durant une petite heure . malgré l'énorme quantité de neige fraîche. entrecoupées ça et là de nouvelles conquêtes. A Courmayeur.«Un sac pesant est une absurdité lorsqu'on enfonce dans la neige jusqu'à la poitrine. en 1899. tandis que quatre porteurs redescendaient à Courmayeur. en compagnie de ses trois frères et des guides Maquignaz. Eiger (3 974 m. enfin. en montant au Finsteraarjoch : « Sur la rive plane du glacier. 52). ils descendaient à Chamonix et rentraient en Italie par le Mont Cenis ( 3). Le soleil était voilé de vilains nuages. là aussi. Pour continuer notre marche vers le Finsteraarjoch. Dans les autres régions des Alpes. XIV. Entre de sinistres crevasses à demi couvertes. en 1896. Jackson au Lauteraarhorn (4043 m. p. Plus loin. sinon évitées ». ils engagèrent encore Emile Rey et cinq porteurs. Ce fut une marche pénible et fatigante de rocher en rocher. Le 4 janvier (1888). en bon Italien. » Depuis 1887. dans le brouillard et la nuit. Jackson et son mari avaient tenté plusieurs fois sans succès la traversée de la Jungfrau en été. 7 janvier 1890). Vittorio Sella voulut. en neuf heures. I. En janvier 1888. nous continuions à brasser la neige.). ils se dirigèrent ensuite vers les Grands Mulets. Guglielmina (Rivista Mensile del C. Janvier 1888 fut une véritable saison pour Grindelwald. les ascensions hivernales se succèdent et se répètent. Mais les conditions de la montagne étaient beaucoup moins favorables qu'en février. par la Cresta Rey. que l'autre.. où seules les courtes haltes procuraient quelque jouissance. deux caravanes s'illustraient à une courte distance l'une de l'autre : de Carteret au Schreckhorn et Mrs. La même année.. aux Aiguilles Grises. A. nous atteignîmes les hauteurs du Finsteraarjoch. 1-8 . à son tour. mais l'air restait calme et le froid de -17°. dont les une s‘emplètent déjà sur la seconde phase du nouvel alpinisme : en 1891. Le thermomètre descendit jusqu'à . A 1h20 seulement. Une tentative avait déjà eu lieu en février 1887. sur les pentes rapides de la Strahlegg. par la neige et le vent. nous en avions parfaitement assez l'un et l'autre. Nous espérions toujours encore trouver de meilleures conditions sur le col et. la conquête des Grandes Jorasses (4 205 m. le temps était superbe et semblait devoir se maintenir. A. 2 Citons la première hivernale de la Punta Gnifetti (4 559 m. n° 55. celle de la Grivola (3 1 Pour toutes ces courses. Jackson était accompagnée de M. D. mais leur importance ira toujours decrescendo. de la cabane Gnifetti.25°. et l'idée lui vint que. Le bilan des joies et des peines ne pouvait plus satisfaire aux exigences de la nouvelle génération . la troupe s'ébranla en deux caravanes. ils parvenaient au sommet. Quelques jours plus tard. Nous touchons ici au terme de notre historique. La neige recouvrait tous les rochers et rendit la marche très lente. où ils n'arrivèrent qu'à 10 h 30 du soir. Les années 1880 resteront l'âge d'or de l'alpinisme hivernal. Pour terminer. C'est ainsi qu'après une lutte de presque six heures. il y monta par le versant italien.) au Mont Rose le 18 janvier 1886. il neigeait et trois guides se rendirent à leur tour dans la vallée pour y quérir des provisions supplémentaires. 1888. Le 5 janvier. I. première ascension hivernale. nous citerons encore quelques dates importantes. le quatuor des Sella (Vittorio. p. Mais les jours sont bien courts en janvier et. celles de la Disgrazia (3 680 m.) fut un des derniers à se rendre (Meade et Woodroffe. Emi Boss et des guides Ulrich Aimer et Johann Kaufmann.) et traversait la Jungfrau en descendant par le Guggi (1). mais. Mrs. Les conditions étaient excellentes alors. malgré d'excellentes conditions. Gaudenzio et Erminio) revenait à l'assaut. de Grindelwald (voir Mrs. après avoir occupé près de quatre heures à traverser le glacier du Gorner (Bollettino del C. le 19 février 1889. « avec la neige hivernale et en partant du Bergli plutôt que du Guggi.). Burnaby. Par contre. 1886. L'année suivante.. Le 31 décembre. Lorsque enfin nous reprîmes le glacier. On fêta le jour de l'an à la cabane. 3 Bollettino del C. concurrente de Mrs. mais alors le caractère de la montée changea brusquement. Mais les heures s'écoulaient et le travail restait le même. gravissait la première en hiver le Gross Fiescherhorn (4049 m. Le lendemain. JACKSON. 107 sq. on ne compte pas moins de trois ascensions hivernales au Schreckhorn. il nous fallait éviter le glacier en passant bien au-dessus. les difficultés rencontrées en été seraient diminuées. A Winter Quartette (Alpine Journal. Mrs. les conquêtes furent plus rares et les conquérants moins nombreux aussi (2). p. A peine a-t-on péniblement retiré des profondeurs l'un de ses pieds p'our l'avancer. E. Plus tard. resté en arrière. la caravane dut bivouaquer au Riffel. Voici quelques détails sur cette formidable traversée. infatigables. A. et l'on y vit plusieurs alpinistes de marque. les conquêtes se poursuivront.). la caravane dut battre en retraite devant un terrible ouragan qui harcela son retour à Courmayeur. gravir le Mont Blanc et.) et du Piz Zupo (4 002 m. accompagné des trois Maquignaz.) par Gussfeld .. treize à quatorze heures furent nécessaires pour gagner la cabane Quintino Sella (3 370 m. à travers une neige poudreuse. nous dûmes tracer péniblement notre chemin à travers de lourdes masses de neige. par un temps calme et un froid de -10° seulement. P. A minuit. C'est avec une touchante modestie qu'après un court intervalle chacun de nous renonçait à prendre place en tête de la caravane . Maquignaz et P. I. lentement. réussies pour la plupart par des alpinistes anglais.) par Mrs. Burnaby (devenue Mrs. Ces guides revinrent le 3. rien ne s'améliorait. qui semblent manifester une préférence pour l'Oberland bernois. arrivée à 4400 mètres environ. et l'on finira par se lasser de cette lutte inégale contre des éléments par trop rebelles. Suivant l'arête des Bosses. Un des derniers exploits de Sella fut la traversée du Mont Rosé. 200 sq. la caravane fut surprise par la nuit dans les séracs du Guggi et obligée à bivouaquer dans une grotte de glace.. Corradino. ne trouve rien de mieux à faire que d'enfoncer à son tour. Le lendemain. le temps fut superbe. par Corradino et Gaudenzio Sella avec J. à la fin de décembre. cette courageuse Anglaise.).

il ne reste dans l'Oberland bernois plus aucun sommet important qui n'ait été visité en hiver.). par des alpinistes devenus skieurs. plus rares aussi les explorateurs. et celle du Dôme des Mirabel (4554 m. celle du Rimpfishorn (4 203 m. sous les assauts de la nouvelle cohorte. par Hermann Woolley. Sidney Spencer. l'exploration hivernale fut beaucoup plus lente et ne s'achèvera définitivement qu'en 1921.) par des Suisses. Le Weisshorn (4512 m.) dut attendre son visiteur hivernal jusqu'en janvier 1904 et les deux derniers (GrossGrunhorn et Hinter-Fiescherhorn) ne devaient être atteints que plus tard encore.) par un Italien. les conquêtes deviennent plus rares. sept seulement furent gravis par les précurseurs. en janvier 1893. une seconde ascension du Lyskamm en 1889 (par des Italiens). Dans les Alpes Pennines. celle des skieurs. par un Anglais qui ne pratiquait pas encore le ski.) ne fut conquis que beaucoup plus tard. par des skieurs naturellement. six furent conquis avant le printemps de 1888. en janvier 1894. soit dans la première. une seconde escalade du Cervin en 1894 par un Alsacien (Dr Charles Simon) .969 m. Les vingt autres ne devaient tomber que plus tard. . Il faut mentionner cependant l'ascension du Breithorn de Zermatt (4 171 m. Ainsi. L’Aletschhorn (4 182 m. Depuis 1908. en janvier 1888. également par un Anglais. sur vingt-sept sommets pennins dépassant 4 000 mètres. en janvier 1902 seulement. Après les exploits de Sella.). soit dans la seconde période du nouvel alpinisme. par contre. Sur les neuf sommets dépassant 4 000 mètres dans l'Oberland bernois.

tu replonges de 1 Die Ekre der Hertogtums. Praktische Ergebnisse des Schneeschuhlaufens in den Glarnerbergen im Winter 1892-93 (Alpina. cette neige fut particulièrement favorable aux skis : une couche pulvérulente sur un fond de vieille neige durcie. ce même hiver. 6 Relation reproduits dans le British Ski Year Book. Munich. précisément par ceux qui venaient de franchir si heureusement le Pragel et qui gravirent encore le même hiver les sommets du Schild (2 302 m.). Il est particulièrement intéressant pour nous de savoir à quelle époque les premiers skis furent introduits dans les Alpes. Oesterr. qu'à partir du VIII siècle. 1689.CHAPITRE II LE TRIOMPHE DU SKI (La deuxième conquête des Alpes. Mais. Mais à la descente. Ce garçon n'était autre que Wilhelm Paulcke. ISELIN . il en conclut trop vite que «le skis ne valaient rien pour nos montagnes. Le menuisier de l'endroit copia le ski norvégien et put ainsi en livrer plusieurs paires aux jeunes gens du village. Pour d'autres raisons encore. Aussi peut-on s'étonner que les montagnards de nos Alpes ne l'aient pas adopté plus tôt. 1879 . fut une révélation pour tous les continentaux et donna une puissante impulsion au dévelloppement du ski. les dates de fondation d'autres Ski-Clubs: Christiania. l'hiver suivant. 62).) (4). Le Dr Naef. dont la souplesse et l'habileté réussirent finalement à maîtriser ces engins rebelles. Les historiens ne sont pas 'accord sur ce point. — D. Des mètres de neige recouvraient toute la montagne et. se trouvant alors à Arosa (Grisons). pour voir s'ils te regardent. qui chaussait les raquettes. une paire de skis ne présente en soi rien de bien malicieux. fut fondé le premier Ski-Club suisse. et il s'en débarrassa. 4 CHRIST. Iselin et ses compagnons s'étaient donné rendez-vous samedi soir. 1890 .). un touriste improvisé : Sir A. aussi les progrès furent-ils très lents et ces premières expériences n'eurent-elles qu'un avantage : celui d'égayer les nombreux spectateurs. Il est certain cependant qu'en 1883. tu plonges comme un fou de la tête dans un tas de neige et tu trépignes furieusement des deux pieds jusqu'à ce que. 2 . 1899. tous les habitants des pays nordiques connaissaient ce moyen de communication. Trois d'entre eux (dont un Norvégien) étaient chaussés de skis. qui nous en a laissé une amusante relation dans le Strand Magazine (6). à cette époque. dit-il. Mais le ski fut connu à une époque bien antérieure. de Zurich. un jeune écolier de Davos recevait en étrennes une paire de skis norvégiens. Mais. les frères Branger de Davos franchissaient la Mayenfelder Furka (2 445 m. à titre comparatif. Tu les chausses donc et tu te tournes en souriant vers tes amis. au même moment. En mars de la même année (1893). à première vue.) Jean-Weichard Valvasor raconte que les paysans de la Carmole employaient des skis au XVII siècle déjà pour faciliter leur marche sur les neiges. Le quatrième seul portait des raquettes. à demi relevé. Aussi fut-il bien obligé de reconnaître la valeur incontestable des skis en montagne : « Leur utilité dans les régions favorables était clairement démontrée. 1893 restera une date importante dans les annales du ski. l'inhospitalité des hautes régions en hiver. le Dr Herwig. à travers laquelle ils devaient conduire. Il est probable. et qu'ils étaient devenus fort habiles à glisser sur les pentes de leurs montagnes. à Claris également. Personne ne se douterait. Laibach. Rappelons qu'entre temps Nansen avait traversé le Grônland en ski et que son livre. et leur supériorité sur tous les autres moyens de communication suffisamment attestée. nr 35 et 36). fit venir une paire de skis norvégiens et qu'il les essaya sur les pentes du voisinage. comme il ne savait pas s'en "servir. Der Prageipass als Skitour . 1891 . et la course devait décider si le triomphe serait aux raquettes ou aux skis. Ski-Verein (Vienne). Il transforma la fixation de jonc norvégienne en une sorte de planchette. traversée considérée à juste titre comme l'origine des courses de montagne en ski (2). p. vol. 5 Voici. Ce n'est qu'en janvier 1893 que Christophe Iselin de Claris et trois de ses amis. sur l'autre versant de la montagne. un médecin allemand.) et du Mageren (2 528 m. Schwarzwald. 1893. on n'avait pas la moindre notion sur la technique du ski . A cette même époque. 1895 : Grenoble. 1892 . suivit ses compagnons sans trop de peine. le perpétuel danger des avalanches et le froid intense étaient enfin battues en brèche — du moins dans les cantons de Claris et de Schwytz » (3). puisque Procopeet Jodanis en parlent 550 ans après Jésus-Christ. Conan Doyle. traduit en 1891. Todtnau. grâce à son entraînement. après s'être longtemps adonnés à l'exercice du nouveau sport. durant l'ascension déjà. disparurent bientôt à sa vue dans un tourbillon de neige poudreuse et parvinrent à Muottathal plus d'une heure avant lui. NAEF. écrit l'auteur de Sherlock Holmes. 3 Ski. ses collègues. ils se mettaient en route pour le Pragel. Cette année-là. des facultés qui couvent en eux. Reminiszenzen (Winterthurer Tagblatt. 11. qui s'adaptait à la semelle du soulier et tournait autour d'une charnière. 245-49. qui devint plus tard le plus grand pionnier du ski en montagne. Les légendes sur l'impraticabilité des cols alpins. 1893. à la tombée de la nuit et à une distance respectable de Claris. qui étaient déjà habiles skieurs. et le lendemain (29 janvier 1893).) (5) et. 1. Les préjugés et les idées endurcies venaient de subir une sérieuse défaite. le Dr Staubli. « Extérieurement. mais. ceci pour échapper aux moqueries de leurs concitoyens. Un chalet du Klonthal les abrita durant la nuit. parvenait en ski au sommet du Rothhorn d’Arosa (2 985m. en effet. comme à s'arrêter brusquement dans leur course ( 1). réussirent à franchir le Co1 du Pragel (1 554 m.

même dans les hautes Alpes» (1). et dans les entreprises de ce genre. lorsque tu as réalisé quelques progrès. L'alpiniste remplissait donc simultanément toutes leurs fonctions. et. tu te trouves sur une surface qui te semble être aussi plane qu'un billard. A 10 heures. nous changeâmes de tactique et nous commençâmes à pratiquer le ski.) en 1898. il n'était naturellement pas question d'engager des guides ou même des porteurs. la caravane chaussait ses skis trois heures plus tard et poursuivait sa course vers le sud. les voici qui filent comme des flèches. Claudio Saratz. Au pied des rochers qui forment le sommet. la minute d'après. Tes amis jouissent ainsi d'un spectacle dont ils ne t'auraient jamais cru capable.nouveau dans le même tas de neige.. il manquait une action d'éclat. la traversée de l'Oberland bernois en 1897 et le Mont Rosé (jusqu'à 4 200 m. Mais leurs succès ne joue pas un rôle bien important dans la conversion du montagnard. Furka. qui sont faciles en été et dangereuses en hiver.. qui se rendit en cinq heures et demie de Pontresina à Silvaplana. Et leurs malices se manifestent précisément au moment où l'on s'y attend le moins. est connu pour être très dangereux en hiver. « C'est à peu près ce qu'il arrive au débutant.). elles ne durent pas susciter un grand enthousiasme parmi les alpinistes. Jusqu'au Brunniboden. tandis que leurs compagnons. Toutes ces entreprises nous semblent bien mesquines aujourd'hui. étaient restés couchés près des skis. sans doute parce qu'ils ne s'écartèrent point des routes traversant Saint-Gothard. Le retour fut naturellement beaucoup plus rapide que .. Il triompha successivement dans trois expéditions. Cette course eut lieu le 5 janvier 1896. Le ski nous semblait être incompatible avec les principes dictés par la prudence. Partie du bivouac au clair de lune (à 2 heures du matin). l'année suivante (le 9 mars 1895). mais on ne comprend pas ce qui devait l'attirer spécialement vers cette montagne qui n'est guère favorable au ski et dont l'ascension fut très rarement répétée dans la suite. les choses deviennent bien pires encore. 20. mais tes skis collent sans bouger et tu tombes le visage en avant. dont Victor de Beauclair. aussi les skis ne furent-ils chaussés qu'au Brunniboden (2 047 m. ce fut l'ascension du Hochsgloch (2 278 m.) fut traversée par un skieur solitaire. par le même temps et la même neige. un précurseur téméraire et heureux. Grimsel et Brunig. Ou bien.. la Futura Surlej ? ? (2 756 m.. Ce que ces premières expériences ont dû coûter d'énergie et d'endurance à ceux qui les entreprirent. on déposa les skis en sûreté et l'on chaussa par-dessus les lampars norvégiens des sandales ferrées (une invention de Paulcke).la montée et procura une superbe glissade jusqu'au Brunniboden. 45). Pour convaincre définitivement la nouvelle génération des avantages du ski. Le panorama. tout marche à souhait . tu tombes en arrière et regardes fixement le ciel. tu t'apprêtes à une glissade rapide. p. ils poursuivirent tranquillement leurs courses hivernales à pied ou en raquettes. et que. on s'imaginait être moins exposé aux avalanches en suivant des routes connues. réalisent un audacieux crescendo : l'Oberalpstock (3 330 m. Paulcke devait l'être durant la seconde. un autre. d'une pureté admirable. La plupart étaient rédigés en langue allemande. Paul Montandon. à une altitude de 2 600 mètres environ. dont les difficultés. Rappelons cependant qu'en 1894 (le 15 mars). Paulcke et de Beauclair parvenaient au sommet de l'Oberalpstock. un cours sur skis norvégiens aurait une excellente influence morale. sans espoir d'être sauvé. 84. D'autres sommets supérieurs à 3 000 mètres se fussent prêtés mieux encore à de telles expériences : par exemple le Blindenhorn. et l'on est rarement déçu. » C'est aux environs de 1893 que parurent les premiers manuels de ski.). nous ne pûmes réprimer une forte aversion contre l'incertitude des évolutions en ski et contre l'emprisonnement du pied dans la fixation. durant plusieurs années. aucun indigène ne pratiquant encore le ski. A 7 h. Comme tel. premier succès important dans les Alpes autrichiennes. on s'attend naturellement à certaines difficultés. 1 British Ski Year Book.) en 1896 . Perché au sommet d'une pente.. qui devinrent plus tard les buts préférés des skieurs. Voici ce qu'écrit M. 2 . Son altitude est évidemment une des raisons qui poussèrent Paulcke vers ce but. L'auteur conclut en affirmant que les skis sont destinés à jouer un rôle prépondérant dans les courses d'hiver en montagne. de fait. la caravane put cheminer à pied ou à l'aide de raquettes que Paulcke déclare très incommodes et encombrantes. Mais. trop fatigués pour les suivre. Voyons tout d'abord quelle fut la conquête de l’Oberalpstock (2). Le Maderanerthal. Paulcke était accompagné par trois amis. qui devint plus tard un des principaux champions du ski. A cette époque. elle atteignait le plateau supérieur du glacier de Brunni. augmentant chaque année. Quand cependant notre habileté et notre enthousiasme prirent peu à peu le dessus. les Clarides ou le Titlis. qui conduit au pied de la montagne. 1923. Ce que furent Coolidge et Sella durant la première phase de l'alpinisme hivernal.. Durant la semaine de Pâques 1893. A cette époque encore. Les skis sont les engins les plus capricieux du monde. Une heure plus tard (à 2 h. six membres du nouveau Ski-Club de Todtnau font une expédition à travers les montagnes de la Suisse centrale. un des skieurs de la première heure : « Les vieux alpinistes suisses doutaient encore de la possibilité d'utiliser le ski dans les hautes Alpes et. après une nuit passée dans la misérable hutte de Hinterbahn. tu ne pourras rien en faire. et. Paulcke arrivait bon premier à Hinterbahn. on le comprend facilement. « Pour un homme qui souffrirait d'une dignité exagérée. s'étendait du Tyrol au Mont Blanc. Longtemps encore. bien qu'elles fussent le plus souvent complètement invisibles sous la neige. et ce fut pour tous les continentaux la solution d'une énigme obsédante. Un certain jour.. Ces premières randonnées furent donc modestes. d'autres furent traduits du norvégien. et ceux qui les entreprirent semblaient encore entravés par des idées fausses ou préconçues.

pour des skieurs. 1897. mais la caravane était outillée en vue des réparations et. ne doit pas encourager les courses d'hiver. il faut traverser des pentes abruptes plongeant directement dans le gouffre où tourbillonnent les eaux du torrent. mais. et de deux porteurs. le lendemain. Alpen Zeitung. il fut sérieusement question de rebrousser chemin. Paulcke. tombe brusquement à -18°C. La route n'est visible qu'en partie et. Aussi est-ce avec un soupir de soulagement que l'on débouche dans la petite plaine précédant le col et que l'on traverse le lac gelé pour gagner l'hospice de la Grimsel. Au crépuscule. Le 19 janvier. 15 du matin avec des sacs de 20 kilogrammes sur le dos. dans la gorge par où s'écoulent les eaux du glacier de l'Oberaar. les charges basculaient et tombaient. 45. à l'immense glacier qui s'étend devant eux. véritables tours de force.. voilà qui ne tenterait personne en été. mais le lendemain au réveil le temps était brumeux et ne s'éclaircit que trop tard pour permettre l'escalade projetée. la neige durcie transforma tout naturellement nos skieurs en piétons. la caravane reprenait ses skis au pied de la montagne. Une merveilleuse glissade sur la neige poudreuse et unie du Galmifirn les conduit comme des flèches au carrefour du glacier de Fiesch. Vers 1 heure de l'après-midi. après bien des efforts.). elle pouvait reprendre sa course. A 4 heures elle rentrait à la Concordia. espérant par là consacrer définitivement le triomphe du ski en haute montagne ( 3). On préféra donc s'en tenir au plan primitif et continuer la traversée de l'Oberland vers l'ouest. vers 9 heures. nos skieurs quittent l'hospice à 3 h. après une pénible montée. Au pied du Rotthalhorn. Après bien des hésitations. essayèrent d'alléger leurs épaules en chaussant des raquettes canadiennes et en tirant leurs sacs sur les skis. Sur des pentes rapides et par de nombreux zigzags. Dans la nuit. non sans admirer tout alentour l'aspect grandiose des montagnes dans leur parure hivernale. la caravane arrive à l’Oberaarjock (3 233 m. on parvint sur l'arête qui conduit au Sattel et celui-ci n'était plus qu'à une courte distance lorsque le ciel se couvrit. on se décida à battre en retraite. les brouillards s'évaporèrent et. tirant chacun un traîneau lourdement chargé. des flocons de neige cinglaient l'obscurité et. Ils s'y dirigent en droite ligne. qui avait déjà essayé toutes ces combinaisons sans succès. A. PAULCKE. entrepris par pure gloriole (! ! !) ». En outre. dans la brume diaphane. mais glaciale. alors que la neige est molle et que la chaleur du soleil accable la marche du piéton. après une forte montée en zigzags. A 4 h. Paulcke ne se contente plus d'une simple ascension : il prépare une longue expédition à travers les glaciers de l'Oberland bernois. La température. Le soleil s'est levé derrière les crêtes qui frangent ces vastes étendues de neige et illumine déjà les cimes sur la rive opposée. Au bas du glacier. Une lune quasi pleine éclaira leur marche jusqu'au glacier de l'Unteraar. transformés en traîneau. très favorable aux skis. la croûte superficielle cédant à chaque pas. Elle était composée de cinq alpinistes : Paulcke. Eine Winterfahrt auf Schneeschuhen durch das Berner Oberland (Oesterr. La journée du lendemain (21 janvier) ne promettait pas grand chose de bon. La lune était voilée et des brouillards se traînaient sur les cimes. après une folle glissade. Dans cette nature polaire.. qui n'était que de -5° C. là-haut. P x) . où elle s'était élevée jusqu'à une altitude de 3 700 mètres environ. la marche en raquettes était plus pénible que le glissement sur skis. aussi brusquement qu'il s'était éclairci. doucement incurvée sur le bleu du ciel. considérait ses compagnons d'un œil amusé. selon la judicieuse remarque d'un correspondant à l’Alpina. ici ils ne s'accordent qu'une courte halte. la caravane reprend sa marche et pointe ses skis vers le col de l'Oberaar.L'hiver suivant. Le temps ne semblait pas devoir s'améliorer. Au cours de cette longue étape. Au lever du soleil. on enfonçait jusqu'aux hanches dans la neige. les cabanes du Club Alpin Suisse n'étaient pas encore pourvues de bois en hiver parce que. qu'envahissait une nuit glaciale. Mais l'espoir et l'énergie triomphèrent. aussi. la cime convoitée s'illumina de teintes rosés. jamais refuge ne leur parut si confortable. Mônnichs. S. Après une heure de halte. que . Mais plus haut. « le C. En janvier 1897.). Il faut maintenant obliquer au sud. Des flocons commençaient à tomber. à plusieurs endroits. Une heure plus tard. gorge profonde et dangereuse dont on évite le fond. et ce ne fut pas en vain.) et gagne immédiatement la cabane érigée sur les rochers voisins. et la bourrasque se mit à souffler sur les crêtes voisines. A cette époque. de Beauclair brisa l'un de ses skis. durant une halte sur le glacier. Bien que le ciel fût absolument clair ce jour-là.. Tous ceux qui ont parcouru ces gorges de l'Aar en hiver en ont gardé une impression grandiose. Enfin. On partit néanmoins dans la direction de la Jungfrau. obsédés par le poids de leurs charges. la seule de la journée. dont ils atteignent la langue terminale au lever du jour. Dès qu'il fallait traverser une pente latérale. on discuta les possibilités d'une ascension au Finsteraarhorn (4275 m. le thermomètre ne marquait. après quarante minutes seulement. au départ de la Grimsel. ce fut une marche ongue et monotone . où elle passa une seconde nuit. en dehors de leur itinéraire. d'où l'on découvre l'encolure de la Grunhornlucke.3° R. sur une neige poudreuse. ils contournent ce ravin au nord et parviennent. les voici sur la Grunhornlucke (3 305 m. trois Strasbourgeois : le D’Ehlert. de Beauclair. Quitter la cabane de l'Oberaar à midi pour aller coucher à la Concordia. les Strasbourgeois. rien n'est plus facile et agréable. si pénible que fût cette décision. prit-on la direction de la vallée 3 Dr W. ils déposent leurs skis sous les rochers de la Concordia et gagnent à pied la cabane (6 heures du soir). à perte de vue. et il fut heureux de les voir revenir à des principes plus orthodoxes. Mais ce glacier facile les conduirait au Pavillon Dollus. mais reste très supportable. Cette nuit fut très froide. Ce soir-là. Lohmùller. Mais cette expérience fut décevante. lorsque la petite troupe reprit ses skis au pied des rochers. une longue caravane suivait la route de Guttannen a la Grimsel.

. Oui. jusqu'aux premiers jours de cette année. Sur le rocher ou la glace. on double la peau . Trois porteurs nous accompagnent.. le ciel s'éclaircit.. La cabane Egon von Steiger. devenue très sombre. et nous n'en étions nullement gênés. en 1893 déjà. 1898. mais de 20 centimètres seulement. à leur grande surprise. on obtient une imperméabilité parfaite. dans toute sa longueur. mais juste à point. c'est précisément pour prouver que les skis peuvent être utilisés même sur un terrain compliqué. allègres et dispos. attacher ces sandales si solidement aux pieds que la marche se faisait aussi sûrement qu'avec la meilleure chaussure de montagne « En un clin d'œil (?) on pouvait les mettre ou les enlever. Voir aussi : Oesterr. «A 2 h. Trois relations ont été publiées sur cette tentative . en même temps qu'eux. Il fallut même un moment rallier la rive droite. S'il choisit cette montagne plutôt qu'une autre. pour le Mont Rosé. de cette façon. Il chaussait des bottines norvégiennes. p.Le lendemain. ou le montagnard le plus expérimenté. et aussi pour dépasser les 4 000 mètres.. Mais les porteurs sont exténués. Sous nos skis. Lorsque la pente devenait trop rapide ou glissante. Au crépuscule. du genre laupars. Il préconise celles en peau de chien ou de veau. il préféra en suivre le cours le plus longtemps possible. p. Après bien des peines. il neige pendant trois jours... on a de la fourrure à l'intérieur et à l'extérieur et. avec le poil en dehors. . Nos porteurs montent en ligne droite. l'immense glacier d'Aletsch. Nous connaissons tous les tentations qui brillent aux yeux d'hommes affamés.. Alpen Zeitung. I*99. Nous portons nos skis jusqu'au Riffelberg. si souvent répétée depuis et qui sera toujours un des itinéraires préférés des skieurs alpins. il partait pour sa première course en ski. où les gens furent ébahis de les voir arriver. elle eût agréablement prolongé cette merveilleuse haute route à travers l'Oberland. mais. équipement qu'il avait eu l'occasion d'éprouver lors de son ascension à l'Oberalpstock et dont il avait encore perfectionné les détails. celle du Dr Robert Helbling dans l’Écho des Alpes est de beaucoup la plus savoureuse (1). 10. De toutes façons. j'avais pour ce moyen de locomotion un souverain dédain. pas âme qui vive ! Il ne reste plus qu'à enfoncer la porte de l'hôtel. mais nous nous contenterons d'en citer quelques passages. « Dans la soirée du 2 janvier (1898).. Si l'on désire rendre cette chaussure particulièrement chaude. au Rotenboden. c'est l'inspection des lieux. L'hôtelier de Belalp leur apprit. Dès le lendemain. sans gêner en aucune façon la circulation du sang. Paulcke et moi avons chaussé nos skis. nous étions en route pour les hauteurs. Paulcke va tenter une entreprise plus audacieuse encore : l'ascension du Mont Rosé (4 638 m. mais il est juste de reconnaître qu'elle n'avançait que très prudemment et que ceux qui portaient les deux cordes restaient toujours en queue de la colonne. on pouvait. » A Zermatt. n'était évidemment pas construite à cette époque... voyage de découvertes à travers les salles à manger. 10 de l'après-midi. Il faut y parvenir coûte que coûte ! Ce sont deux heures de rude grimpée sur une côte ardue. minces et non cloutées. ou plutôt vers le Rotenboden. qui se dresse aujourd'hui sur les rochers de la Lotschenlucke. ces chaussures sont naturellement inutilisables. bien qu'elles fussent employées avec succès à Davos. écrit Helbling.. 1 Écho des Alpes. « Mais. sur Belalp. car il n'en fait aucune mention dans son récit. L'usage des peaux de phoque lui semblait également inconnu ou peu pratique. en injectant de l'huile entre les deux peaux. Qu'on juge combien fatigante avait dû être leur marche : à chaque pas. ne nous faisons pas passer pour plus malin que nous ne sommes et confessons franchement que nous avons longtemps professé à l'égard du ski norvégien toutes les préventions que nourrissent contre lui la plus grande majorité des alpinistes.. La relation de Paulcke se termine par quelques notes techniques sur l'équipement du skieur en haute montagne. sous l'œil vigilant de Paulcke. Au lieu de quitter le glacier d'Aletsch au lac de Marjelen. la neige cédait bien aussi. Riche de toutes ces expériences et grisé par le succès. où la neige fut profonde et très pénible. il employait des crampons à quatre pointes qui s'adaptaient sous les skis.. nous quittons le Riffelberg pour nous élever vers le Gornergrat. 377-397 . tous les brouillards avaient disparu. perche un superbe hôtel. » L'usage des crampons ne lui était donc pas venu à l'idée et il semble que ces sandales. vers 8 heures. nous arrivons au bout d'une heure. mais il semble néanmoins que la traversée Concordia-Falleralp n'eût pas exigé plus de temps que la descente dans la vallée du Rhône. Durant toute cette traversée de l'Oberland. malgré tout le bien qu'il en dit. car le chemin est frayé. 29-31. et sans qu'on pût s'y attendre. marchait en tête. devaient être bien compliquées et difficiles à soigner. ils enfonçaient jusqu'aux hanches. et la neige très glissante nous oblige à décrire de grands lacets à la montée.. Et là. tout est fermé. une fois les courroies gelées. Mais non ! Tout là-haut.). la caravane put enfin quitter le glacier et gagner les chalets d'Oberaletsch. Nous voudrions pouvoir la reproduire in extenso dans ces pages. Il est probable que Paulcke n'y avait même pas songé.. 1898. et le ski n'est pas fait pour être utilisé sur des sentiers battus. avec la triste perspective d'y passer la nuit. la caravane ne s'était jamais encordée pour parcourir les glaciers. et. Quoique le chemin que nous avons ainsi à parcourir soit beaucoup plus long que le leur. Tous ceux qui ont connu le Dr Helbling et suivi ses exploits d'alpiniste auront été frappés de la chance extraordinaire qui a toujours favorisé ses entreprises. mais Paulcke avait fait fabriquer des sandales ferrées qui s'enfilaient par-dessus les bottines. tandis que le meilleur skieur. dans la partie inférieure. nos touristes pénétraient en rampant dans une élable délabrée. que le vin qu'ils avaient tant goûté chez lui n'était en realité que du vinaigre.du Rhône en suivant. Après quoi. brusquement. Au moyen d'une seule courroie.. à semelles souples. Après deux jours seulement d'exercices à Zermatt. la cuisine et les chambres à coucher. une descente rapide les conduisait à Naters. de nombreuses crevasses rendirent la marche lente et hésitante.

assis sur nos skis. habilement distribuées dans nos poches et sous nos habits. nous avions fort à faire. que nous ne quitterons plus jusqu'à notre retour à cette place. c'étaient des flots de lumière. les skis ne pouvaient plus être utilisés. tout mouvement semble disparu. à l'ouest seulement. autour de nous. la même tranquillité ! De bonne heure. Une halte s'imposait . «Paulcke. car nous étions pesamment chargés. « Quand. là. A ce moment.. le soleil répandit des flots de lumière qui roulèrent sur les flancs des monts jusqu'au fond de la vallée. comme on n'en saurait voir dans la plus éclatante journée de l'été. nous reprenons nos skis. monter en été au Matterhorn que de refaire la course qu'il venait d'exécuter. toute vie éteinte à jamais. il n'y a plus qu'un petit bout de chemin. l'émotion ressentie si violente. « Et toujours la même solitude. cette étonnante affirmation : « II ne faut pas grimper avec des skis » . Vous voyez ça d'ici. De là à la cabane. Je me mets à jurer comme seul un enfant des rives du lac de Zurich sait le faire. nous avions pu jouir pleinement de l'admirable spectacle qui se déployait devant nous. même avec nos patins. par degrés. aucun d'eux ne voulut nous accompagner. nos deux skieurs traversent les pentes rapides du Gornergrat pour gagner le glacier du Gorner. où ils parviennent au clair de lune. à Pendrlit où la moraine se confond avec lui. La chaîne des hauts sommets était d'une pureté merveilleuse et. A partir de ce point. la voûte splendide d'un ciel sans nuage. la neige fraîche et pulvérulente s'entassait sur une épaisseur de 1. nous rentrions à la cabane. je ne trouve pas de termes pour les décrire..Tiens ! te voilà. ne nous écartant de la route habituelle que pour faire les lacets nécessités par la raideur de la pente. et bientôt. cher lecteur. dès le début nous empruntons la moraine dont la crête assez étroite est presque entièrement dégarnie de neige .. 15. Le thermomètre marque — 8°. dans un coin. il nous fallait faire un rude effort. mais je jetai avec volupté. prolongeant le crépuscule par de magiques colorations du ciel . ils font une première reconnaissance. pour le même prix. nous nous remettons en marche. les délicieuses chaufferettes japonaises sont allumées et.. nous nous enveloppons de tout ce que nos sacs renferment de vêtements de réserve .5m. l'immense amphithéâtre des sommets était là.. au lieu de nous fatiguer inutilement avec nos skis sur les plaques rocheuses qu'il nous faut franchir au-dessus de la cabane. je puis vous assurer que ce n'était pas folichon du tout. 30 du matin pour le Mont Rosé. » Tandis que les porteurs redescendent à Zermatt. j'avais épuisé mon répertoire. Nous avions fait en quinze minutes un trajet qui. avec dix minutes de retard seulement. On voit par là l'utilité et des reconnaissances et des sandales garnies de bons clous. puis la lune avait inondé de sa lumière d'argent ces immensités glacées. nous sortîmes de notre cabane. bien que l'image de tant de magnificences gise décolorée au fond du souvenir. « La grandeur du spectacle était si impressionnante. « Après un court repos. que nous n'avions pas de mots pour exprimer nos sentiments. La lune s'étant assez sensiblement rapprochée de l'horizon. L'endroit où nous étions parvenus se trouve précisément au-dessous du Sattel. qu'on me permette d'ajouter : « Et que Dieu vous garde de vous engager avec des skis sur des moraines couvertes de neige fraîche ! » Le lendemain. Je ne répondis pas. nous nous abritons de notre mieux contre le vent glacé.. s'élever à travers d'affreux blocs que couvrait une neige poudreuse. Il s'agissait d'escalader la moraine. le plus âgé et le plus prudent des deux. « Il était 6 h. quelques nuages troublaient la pureté du ciel. et.« Tout en montant. répandent leur douce chaleur. Les colosses se dressent immobiles. mon pesant sac. la clarté se fit plus vive. nous avait pris une heure et quart. rigides dans leur calme sublime. la lune inondait de sa blanche clarté le merveilleux panorama . aucun souffle d'air ! Le silence est profond. sur les cimes. nous arrivions à Gadmen. « A 6 h. Même avec le secours de ces excellents engins. à une altitude de 4 200 mètres. L'un d'entre eux déclara même qu'il aimerait mieux. «Il était 8 heures quand nous arrivâmes au pied du Plattje inférieur. Mais c'est ce bout-là qui nous donna le plus de mal. Profitant de l'expérience de la veille. 55. je te croyais encore tout en bas. le rosé tendre s'effaça. occupé à dire des aménités aux divinités de la montagne. A l'aide de nos sandales. la solitude démesurée. des rejaillissements de soleil. nous prenons pied sur le glacier. cette diminution de clarté rendait passablement compliquée la circulation à travers les crevasses de plus en plus nombreuses. nous eussions sans doute atteint la cime sans beaucoup de . Le soleil invisible ne colorait encore que les plus hautes cimes. Aujourd'hui encore. je n'en n'ai trouvé moins d'un mètre. « Comme le soir précédent. Aucun bruit. Que de peine eût coûté la traversée du glacier sans ski. Depuis longtemps le soleil avait disparu derrière les montagnes. J'ai lu quelque part. nulle part. l'après-midi. A beaucoup d'endroits. « .. Dans l'univers. ils partent à 2 h. le jour avant. aussi était-il midi passé quand nous atteignîmes les pentes inférieures du Sattel. 20 quand nous atteignîmes le névé légèrement incliné du Plattje supérieur. j'atteignis la cabane Bétemps. sans hâte. « . L'énorme quantité de neige pulvérulente dans laquelle nous glissons eût rendu l'ascension sans skis absolument impossible et.. je fus brusquement pris de maux de tête si violents que j'avais toutes les peines du monde à suivre Paulcke et fus forcé de m'arrêter un moment. Enfin. avance avec une constance que je ne puis imiter. nous arrivons ainsi commodément au-dessus de la chute du glacier. vu l'état de la neige. mais.. si tant est qu'elle eût été possible. dans le même calme impressionnant que la veille et.. « Nous avions projeté de nous faire suivre par un de nos porteurs jusqu'à la cabane Bétemps. par dessus. fit Paulcke. A tout moment je m'arrête. imposant . satisfaits de notre reconnaissance. chaussés de sandales et portant nos skis. » Le 5 janvier enfin. A 7 h. le 4 janvier.

C'est une jouissance sans pareille. le faisaient ressembler à quelque colossale torche incendiaire . aux environs de Zermatt.). l'Ulrichshorn (3 929 m. La relation de Paulcke sur cette même tentative au Mont Rosé est d'un ordre purement technique et se termine par quelques suggestions qui. est un centre merveilleux pour exécuter les plus belles courses en ski de toutes les Alpes. je vole à travers l'espace. Depuis 1898. Nous avons vu au prix de quelles difficultés et de quelle énergie la cohorte des piétons s'était jetée à l'assaut des grandes cimes. Tous les préjugés vont s'effacer peu à peu. le skieur trouvera. En outre. avant que les skieurs s'inspirent de ces vérités et choisissent Zermatt comme centre. les sommets et les glaciers d'invraisemblables colorations . le Breithorn (4 171 m. 29. le Briton doit s'incliner. Les premiers pionniers furent presque tous des Anglais. l'aube d'une ère nouvelle. quel enthousiasme parmi la jeune génération. 1898.. comme d'une pierre angulaire. l'Alphubel (4 207 m. les différents sommets du Mont Rosé et beaucoup d'autres encore. franchement. l'Allalinhorn (4034 m. Mais les conditions furent beaucoup moins favorables qu'en janvier.). les Suisses ont su reprendre possession de leur patrimoine et. filant comme une flèche. Loin d'être à son déclin actuellement. « A 4 h. nous semblent prophétiques : « Zermatt. et son guide Heinrich Moser. un célèbre alpiniste. avec la clarté de la lune. rétrospectivement. le Jàgerhorn (3 975 m. fouillant l'avant-terrain du regard afin d'éviter les crevasses. dans une contrée relativement éloignée et difficilement accessible en hiver. le Klein Matterhorn (3 886 m. nous rejoignons l'endroit où. le corps incliné en avant. p. Mais la conquête des Alpes par le ski ne fut point leur chose. Des Anglais encore de-iraient nous ravir nos plus hautes cimes au cœur de l'hiver et lancer nos grandes stations hivernales. mais il était déjà 2 h.. Un fait doit être constaté en terminant : c'est le caractère national du nouvel alpinisme.). du Zillertal..).. « Paulcke prend les devants. dont les vagues toujours grandissantes iront déferler vers la montagne hivernale. complétaient l'ascension de la Pointe Dufour. devenu skieur lui aussi. Dans une quantité d'expéditions. Aussi. de trouver le bon chemin. les explorateurs furent nécessairement moins nombreux que dans l'Oberland bernois. s'ils supposent une certaine persévérance de la part du skieur. Les retentissants succès de Paulcke allaient jeter l'éveil dans le monde des alpinistes. il se démène . il barbote. les skis peuvent être employés jusqu'au pied même des rochers et rendront d'inestimables services. la caravane reprenait le chemin de Zermatt et gravissait en route le Riffelhorn (2 931 m. par exemple. au contraire. et ce genre d'alpinisme était nécessairement destiné à s'éteindre peu à peu. depuis Saas-Fee . et de s'y maintenir. Les montagnes fuient. c'était bien le moment ! Avant de clore ce chapitre. et cela agréablement. à mesure aussi que diminuaient les problèmes intéressants. il nous paraît intéressant de poursuivre notre étude historique jusqu'au point où elle se laisse analyser. mais quelle course endiablée !. Je citerai.. puis. nous avions chaussé nos skis . le 23 mars 1898.). plus personne . Ici. Elle a conservé dans chaque pays un caractère purement autonome. Ceux qui persévérèrent sont bien rares. comme la cabane Bétemps. d'excellents points de départ. la vaste solitude reprit son aspect de mystérieuse grandeur. le jour baissait . les skieurs deviendront plus audacieux. Il s'écoulera bien quelques années encore. — ou des passages comme le Théodule. n'exigent pas une technique extraordinaire. Après les démonstrations préliminaires de l'Allemand Paulcke. dans la poussière de cristaux blancs où l'enthousiaste skieur vient de disparaître. se relevant. comme les mailles 1 2 Ostterr. les voies nouvelles se faisaient de plus en plus rares et les chercheurs de nouveautés commençaient à se plaindre de n'avoir plus que des os à ronger. grâce au ski.).. 55. le sol se dérobe sous mes pieds. Les skieurs. Des sommets tels que la Cima di Jazzi (3 818 m. » Le 6 janvier. et celle de la Gandegg 1 ». et il ne leur fallut pas moins de quatorze heures pour monter de la cabane au sommet (2). Les Alpes étaient conquises. Quelques semaines seulement après la tentative de Paulcke au Mont Rosé. Leurs étonnants succès ont consacré le triomphe du ski et prouvent assez le rôle immense qu'il a joué dans la deuxième conquête des Alpes. Cependant. Chaque année. et ils conservent la douce illusion d'explorer à leur tour ces Alpes qu'ils croyaient « finies ». lorsque le problème se présenta sous une forme nouvelle : gravir les montagnes en hiver. Les joies de ces conquérants devaient être singulièrement diminuées par les obstacles formidables de la neige. cette phase restera infiniment plus brillante que la précédente. et plus rien n'arrêtera désormais la nouvelle invasion. en suivant l'arête. Si grandes sont son habileté et son expérience que je suis ses traces sans la moindre appréhension . des nuages enflammés.. force nous fut donc de renoncer à la conquête du sommet et de redescendre.. le soleil à son déclin drapait le firmament. se recroisent et couvriront bientôt la chaîne entière. L'alpinisme hivernal entrait dans sa deuxième phase. Heureux skieurs ! Ils ont retrouvé cet âge d'or chanté par Javelle. il était aisé de suivre pas à pas les premiers conquérants. N'est-il pas très humain de suivre les traces de ses prédécesseurs et de s'en écarter le moins possible? Le gros des skieurs ne devait guère échapper à cette loi et. ils ne s'attaquaient qu'à de hautes cimes. p. Ses trois campagnes de 1896-1898 marquent. tourbillonnant autour du Cervin. il nous avait fallu onze heures pour atteindre le Sattel et deux pour en redescendre.. il repart de plus belle en poussant un joyeux hourra en l'honneur des skis.difficultés. Leurs traces se croisent. dit-il. par exemple : le Balfrin (3 802 m.). pour rayonner dans les massifs environnants. sont devenus innombrables et ils ont repris systématiquement l'exploration des Alpes. le matin. 161-162 . Ibid. le nouvel alpinisme a traversé son âge d'or. Oscar Schuster. 30. en comparaison du nombre toujours croissant des skieurs alpins. Dans la période précédente. Alpen Zeitung. enfin. puis les étoiles s'allumèrent et.). des nuages de neige tourbillonnent autour de moi.). je souffrais du mal de montagne . Rares.

). par n'importe quel itinéraire (1). Pas plus que les deux premières.). au départ de Findelen. 1899. outre la tentative de Paulcke et la première ascension du Mont Rosé par Schuster. — Beaucoup de conquêtes importantes : le Blindenborn (3 384 m. Pour les Alpes suisses du moins. 1901 est de nouveau une date importante. il faut encore signaler la traversée de la Sefinenfurgge (2 614 m. Dans les Alpes autrichiennes. La première fut dirigée par Paulcke en personne. Les conditions étaient défavorables. 1901. p. qui est actuellement. alors que leur joyeuse caravane montait à la cabane Gnifetti. au-dessus d'Engelberg. Enfin. le sommet le plus fréquemment visité par les skieurs . Tous ces sommets devinrent à la mode par la suite et sont parmi les plus visités en hiver. Le lendemain. au Vorab (3 020 m. on constate un léger relâchement dans l'exploration hivernale des hautes Alpes. en octobre . fut également gravi pour la première fois cet hiver. L'arête conduisant du Rotthalsattel au sommet était naturellement de glace vive et exigea une taille de marches de deux heures et demie. une tentative au Titlis (3 239 m. course rendue très dangereuse par une forte couche de neige fraîche. avec une nouvelle tentative à la Jungfrau (le 3 avril). Au cours de la seconde (fin avril). A la fin de cette même année. David gravissent en janvier le Gross Fiescherhorn (4 048 m.d'un immense filet. le Piz Lucendro (2 959 m. Aussi.).) et le Joch-pass (2 215 m.) et le Mont F élan (3 765 m. puis. Une première tentative en fut faite en décembre 1898 déjà. date à laquelle fut gravi l’Oberalpstock. toujours sans succès. La seule ascension importante à signaler est celle du Gross Venediger (3 673 m.) et la Diavolezza (2 977 m. . le jour suivant. Signalons encore. dans l'Arlberg. — Cette année (et déjà durant la précédente).). sous la direction de Victor de Beauclair et Albert Weber. en hiver aussi bien qu'en été. montait coucher au Tauernhaus. 47 sq. furent réussies par les skieurs.). Hoek et ses guides arrivaient à 5 h. Cette même année.).).) et de la Gamsbergspitze (2 846 m.).). toutes trois par des skieurs allemands. Alpen Zeitung. l’Oberaarhorn (3 642 m. 1900.). accompagné de plusieurs amis. et cette course restera toujours dangereuse.).-J. — Une seule ascension importante : le Breithorn de Zermatt (4 171 m.) par les frères Kœnig. il faut mentionner encore les ascensions du Rotpleisskopf (2 938 m. après la traversée de l'Oberland bernois : la Fuorcla d’Eschia (3 008 m. à la Concordia. On signale en outre une traversée de l'Oberland bernois (la cinquième ?). l'ascension si souvent répétée du Wildstrubel (3 253 m. Paul Kœnig et J. à la Pragerhûtte (2 492 m. elle n'est pas loin de l'être. le Monte Cevedale (3 774 m.). pas moins de trois traversées de l'Oberland bernois. mais elle échoua par suite du mauvais temps et du danger d'avalanches. la Scaletta (2 619 m. le Breithorn est devenu le sommet le plus fréquenté de la région de Zermatt. 1902. le Pizzo Centrale (3 003 m. course facile et si souvent répétée depuis. le Pischahorn (2 982 m. relâchement succédant tout naturellement au premier élan. De même le Stegborn (3 152 m.) en décembre. la traversée du Petersgrat.) (par Schucan et Fischer). En 1896. La caravane n'était pas encordée. relativement tard si l'on considère son importance actuelle. et celle de la Fuorda Sella (3 304 m. au Piz Corvatsck (3 458 m. déjà recommandée par Paulcke quatre ans auparavant. le 26 février 1902. de Kandersteg à Lauterbrunnen et en décembre la traversée du massif des Hohe Tauern avec l'ascension du Riffeltkor (3115 m.). Hoek et Schottelius gravissaient le Dammastock (3 633 m. d'autres ascensions encore.).).) en mars et le Strahlborn (4 191 m. au Theodulhorn (3 472 m. d'Innsbruck. Ce fut le premier accident de skieurs sur un glacier.) et finalement la Jungfrau (le 24). course souvent répétée dans la suite . trois cols très fréquentes actuellement. avec de grands projets.).) 1903. le malheureux Kœnig et son ami Walter Flender devaient périr misérablement dans une crevasse du Grenzgletscher.).) par les frères Kœnig. et celle du Seopi (3 200 m.) fut gravi en route et la Jungfrau tentée pour la troisième fois. dans les Alpes autrichiennes. Partant de la cabane de l'Oberaar. Dans l'Oberland bernois. au départ de la cabane du Bergli.). Deux en avril et mai et la troisième en novembre. mais qui va précéder le triomphe définitif du ski en haute montagne. le Jakobshorn (2 594 m. Ces deux caravanes ne semblent pas avoir été favorisées par le temps. Une seule ascension : celle du Claridenstock (3 270 m. par Helbling et ses amis. par Othmar Sehrig. il parvenait en neuf heures au sommet et ne rentrait qu'à 11 heures du soir à la cabane. cette année-là. dans toutes les Alpes de la Suisse. Un mois plus tard. Le 25 décembre 1900. en 1900.) et du Mônch (4 105 m. On ne compte. cours qui se termina par une ascension à la Cima di Jazzi (3818 m. ascension tentée en 1902 déjà par Hoek et Schuster et qui est devenue maintenant une des courses préférées des skieurs suisses1 Oesterr. le même skieur. à 2 heures du matin. on signale des courses au Stockhorn (3 534 m. En 1897. cette fois-ci du Lôtschental à la Grimsel. D'autres cours eurent lieu ce même hiver à Rauris et Sankt-Anton.).) . du Furgler (3 007 m. 30 du soir au sommet du Finsteraarhorn et le jour suivant.) par Reichert et Dorn de Chiesa à Pontresina. de la Riederalp à la Grimsel. et cette catastrophe suscita de longues polémiques entre ceux qui discutaient la nécessité de s'encorder sur les glaciers. En 1898. — En janvier eut lieu le premier cours de ski pour guides à Zermatt. la troisième expédition ne rentre dans l'hiver du calendrier.) par le célèbre skieur Henry Hoek.). Le Titlis (3 239 m. Elle eut lieu au commencement de novembre et fut rehaussée par l'ascension du Finsteraarborn (4 275 m. moins importantes il est vrai. Signalons entre autres : la Parsenn Weissfluh (2 848 m.).). la statistique suivante n'a-t-elle pas la prétention d'être absolument complète.

Cependant. mais les conditions furent généralement favorables. puisqu'à 8 h. pour la première fois. col de Seilon (3 240 m. Il réussit également l'ascension du Buet (3 097 m. sur l'instigation du D r Payot. Inutile de dire qu'à partir de ce moment. C'est évidemment la raison pour laquelle les Français se laissèrent ravir cette belle conquête. qui employèrent des skis jusqu'au pied de la 1 2 3 4 SA*.malgré le feu de bois pétillant dans Pâtre. A 5 heures du soir enfin. ils arrivaient au sommet.). la première en ski à travers la chaîne des Alpes Valaisannes. Par la vallée de Bagnes ils gagnèrent la cabane de Chanrion et parvinrent jusqu'au col de l’Evêque (3 393 m. De Chamonix. Elle se fit assez rapidement cependant. — La principale ascension est celle du Mont Blanc (4 807 m. p. il faut encore mentionner. la caravane quittait le refuge et montait en ski jusqu'à la cabane Vallot (4362 m. retiré dans la boule inférieure. mais elle eut du moins l'occasion d'engager des guides du pays pour sa première ascension hivernale au Mont Blanc. Signalhorn (3 212 m. et probablement dans les Alpes entières (1). « Cette course. certaines parties glacées exigèrent la taille de marches. ils franchissent ensuite le col d'Hérens(3 480 m. Il réussit néanmoins à s'y coincer et fut retiré sans peine par ses compagnons. Schilthorn (2 973 m. deux heures lui suffirent pour gagner Chamonix (4). Outre cette ascension au Mont Blanc.Cima di Rosso (3 371 m. tous du Hasli.). avec ascensions du Finsteraarhorn et de la Jungfrau. la plus longue expédition en ski réussie dans les Alpes suisses. et le guide Tànnler tomba dans une crevasse. la sixième ( ?) traversée de l’Oberland bernois par Hugo Mylius. 70 . .). p. et ses entreprises hivernales ont fait époque. Le lendemain. A la fin de cette même année.). malgré un froid très sensible. A ce moment. la corde fut déployée et utilisée en toute circonstance.) (3). ils durent battre en retraite.allemands . col d'Hérens (3 480 m. il fallut près de quatre heures à la caravane pour franchir les 450 mètres d'altitude séparant le refuge du sommet. le Wetterborn (3 703 m.). Mais. I. — la traversée du Finsteraarjoch (3 360 m. A cette époque. col de Riedmatten (2 916 m. Hugo Mylius était un Allemand. dans l'Oberland bernois. A Chamonix.) de Grindelwald à la Grimsel et à la Furka par Helbling . lui aussi.). 67 sq Le 25 février 1904. Petit Cervin (3886 m. Chanrion (2 465 m.). Alpen Zeitung. à 7 heures du matin seulement. Aux Grands Mulets. Le touriste et ses guides eurent plusieurs orteils gelés. mais. Kaspar Maurer et Heinrich Zurflùh. Mylius et ses guides.). la descente aux Grands Mulets fut gâchée par l'obscurité. Simmenthaler Niederhorn (traversée) et Rinderberggrat . une caravane de Chamoniards avait fait une première tentative.).). et ses guides des Oberlandais : Alexandre Tànnler. En dépit d'une excellente neige poudreuse (chance très rare dans ces régions exposées aux vents). dont le développement fut tardif dans toute la France. il conduisit une caravane de skieurs au col du Midi (3 544 m. Le lendemain. commençaient seulement à pratiquer le ski. Oesterr. où le thermomètre ne marquait que -8°. Henry Hoek et Fritz Reichert. Tête de Valpelline (3 813 m. en février. Leur itinéraire fut le suivant : Bagnes-Panossière. 2. la traversée complète.). 30. 142 Cette altitude resta longtemps la plus haute atteinte en ski et ne sera surpassée que plus tard sur les pentes de la Punta Gnifetti (4 561 m. Plus importante et mieux réussie fut. 1904. par sa durée ininterrompue de sept jours. p. le froid devint excessif et Mylius l'évalue à près de -30°. où elle s'arrêta de 1 heure à 1 h. accompagna Mylius jusqu'aux Grands Mulets pour ouvrir le refuge. La neige fut excellente jusqu'au Grand Plateau. » L'année 1903 est importante encore parce qu'elle marque le premier essor du ski dans les montagnes françaises. et la marche en fut naturellement facilitée. La chaîne des Alpes Pennines fut traversée dans sa longueur. p.) par Hugo Mylius (i).).). la caravane rentrait au refuge. dont la Vallée Blanche offre de superbes glissades. par Hasler et ses guides. 30 déjà.) (un affreux casse-cou). ils étaient de retour au refuge Vallot. par Helbling et Reichert. Au crépuscule.) et le Dossenborn (3 140 m.). la température ne s'éleva pas au dessus de -10°.). devant la tempête.) et la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. Un seul Chamoniard. depuis longtemps. malgré les ennuis qu'elle procure. sous la direction du Dr Payot.). Eckhorn (3 158 m.) (première?). puis le brouillard envahissant la vallée les déroba à la vue et Mylius fit ouvrir l'observatoire Jansen pour y déposer sa carte de visite. Alpiner Wintersport (supplément au Ski). Il est vrai que Miss Straton n'était pas française non plus. . écrit Helbling. qui devint le centre le plus fameux du tourisme hivernal en France. Son thermomètre n'était pas gradué au-dessous de — 20° et le mercure s'était. Zermatt. 1903. Alpen Zcttung. En janvier déjà.). est bien. la 'première ascension hivernale de l’Aletshorn (4 182 m. Arola. en traversant le glacier des Bossons. Elle avait été tentée deux ans auparavant (en mars 1902) par deux fameux skieurs allemands. De Lognan ils étaient arrivés à Orsières par le col du Chardonnet (3 325 m. les guides chamoniards. Gross Buin (3 316 m. exténués et probablement incommodés par la raréfaction de l'air. Sur l'arête des Bosses.).).) et d'autres cols encore . ils durent battre en retraite devant la tempête (2).). le guide Balmat. Gùmels (3 523 m.) et descendent à Zermatt. le D r Payot en fut le principal initiateur.). Arrivés au Petit Plateau (3 800 m. Schattenspitze (3 225 m. un mois plus tard. le Piz Kesch (3 420 m. col du Mont Rouge (3 341 m. t. la caravane avait négligé de s'encorder. Oesterr.) par Hoek.col du Tournelon Blanc (3 600 m. 1904. I. Cette montée exigea douze heures. devaient s'arrêter tous les 4 ou 5 mètres et même se coucher dans la neige. Silvrettahorn (3248 m. D'énormes quantités de neige recouvraient la montagne. cabane de Bertol (3 423 m. Des Haudères. de la cabane de Panossière (dans le massif du Grand Combin) à Zermatt. on avait pu suivre leur marche jusqu'aux Bosses.).

Passo Ver (2500 m. Il serait donc plus naturel de distinguer deux saisons seulement.) fut gravie par le professeur Roget au départ d'Orny. Wildspitze (3 774 m. dans les hautes Alpes. Grand Combin.). Traversée Diablerets-Wildborn-Wildstrubel. Circuit de la Bernina (3). Le printemps et l'automne n'existent pas en haute montagne.).). . Également une traversée Wildhorn-Wildstrubel.) . et l'on voit défiler entre les arbres une colonne de mulets. Ochsenhorn (3 905 m.). — Traversée du massif de la Silvretta. selon que l'une ou l'autre empiétera davantage sur elles.).). Piz Segnes (3 102 m. l'alpiniste ne passe pas douze mois par an dans les Alpes.) et Atyhubeljoch (3 802 m. dès lors. 1909. L'hiver dont nous voulons parler ici n'est pas celui du calendrier. 1907. dans sa partie centrale (les sommets du groupe de l'Aletsch ne devaient être visités que beaucoup plus tard.). en 1917).) (1). ont pris une teinte de vieux feutre.). Cette transition est généralement lente et peu connue des alpinistes. Ebneftuh (3 964 m. Par les belles après-midi ensoleillées. Wlesbadenerhutte (Gross Buin). 1910. sans caractère particulier. Les troupeaux qui égayaient les alpages sont tous descendus dans la vallée. En octobre.). arrosés avant le départ des bergers. Jamhùtte. de Zermatt à Saas. nos observations ne concernent pas exclusivement la zone des neiges éternelles. été. Piz Glùschaint (3 600 m. deux membres du Club Alpin Académique de Zurich. mais encore toutes celles qui nous en séparent.).).). Cevedale (3 774 m. et il est obligé de considérer les choses vues d'en bas.).). Scbeerhorn (3 296 m.). si facilement accessible à tous depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau.) fut traversé pour la première fois par les guides de Saas. Elles peuvent être reculées. Adlerpass (3 798 m. — Cette année-ci. avancées ou prolongées. Dans l'Oberland bernois.). Passo Muretto (2557 m.). de Ferret et des Grands Montets. humide et sombre. Voyons donc. l'air résonne gaiement d'un tintement de grelots. Portjenpass (3 244 m. Weiss-Sfitze (3 534 m. Casanapass (2692 m. et l'époque la plus favorable est certainement celle de mai à juin. Mont Rosé (deuxième ascension en ski) (2). Dans les Alpes autrichiennes (groupe de l'Ortler) : Eisseespitzf (3 246 m.). Mittelrûck (3 324 m. d'une façon générale. Skt. on n'y trouve qu'un vide glacé.) (1). Suldensptze (3 383 m. les indigènes — et tout particulièrement les chasseurs — connaissent la montagne à cette époque et peuvent en apprécier le charme et l'étrange beauté. sans qu'un nuage apparaisse au ciel.). celle propice au skieur dure près de sept mois consécutifs (soit du milieu de novembre jusqu'en juin). le ski se pratique durant toute l'année. la première du Grand Galibier (3 229 m. L’Aiguille au Tour (3 540 m.).). le mois de l'année durant lequel on entreprend le moins d'excursions. s'étend du 23 décembre au 23 mars. une traversée de l'Oberland bernois est citée comme étant la treizième et. Seuls.). suivant l'état général des précipitations qui les caractérisent : la pluie en été la neige en hiver. de Seigne. qui varient naturellement d'une année à l'autre et selon la région alpine.).). automne. le Dème de Polset (3 512 m. Hinter Fiescherhorn (4 020 m.).).) et le Monte Adamello (3 548 m. Aiguille du Croissant (env. — Feehoff (3 912 m. car aucun d'eux ne s'applique particulièrement aux Alpes. 4 290 m. Monte Moro (2 862 m. Ils gravirent successivement : Forder Galmihorn (3 524 m. Pallon della Mare (3 705 m. — Aiguille du Chardonnet (3 822 m.).). Dans les Alpes autrichiennes : Weisskugel (3 746 m. Alpbubel (4 207 m. Ochsenscharte (3 000 m. Les Chamoniards firent cette année le tour du Mont Blanc par les cols de Voza.). en effet. Passo Lavirun (2819 m.). la montagne passe peu à peu des conditions qui la caractérisent en automne à celles qui la rendent praticable au skieur.). 1906. avec Lunn. Steiner et Trûmpler. selon les conditions météorologiques. qui furent.face septentrionale . par exemple. Wannenhorn (3 905 m.). Le Schwarzberg-Weissthor (3 612 m. selon les années. Cependant.). à la fin d'un cours de ski à Saas-Fee. Les noms de nos saisons (printemps. 1905. par Nœlting et Hutchinson. terni par le gel nocturne. Passo di Val Viola (2 460 m. par un skieur suisse-allemand (Rudolf Martin). la saison favorable aux courses d'été s'étend du commencement de juin au milieu d'octobre (soit une période d'environ quatre mois).).). En outre. — En janvier.). sous la direction du fameux skieur Gustave Walty (Klosters). on ne les comptera plus. d'Ischgl à Klosters. Mont Rossole (3 531 m.). ainsi qu'une exploration du massif des Grandes Rousses. Grand Combin (4317 m. mais. irrévocablement fixée par des dates. Petersgrat de Kandersteg au Lôtschenthal. Gr. course souvent répétée depuis. X. Fuorcla del Confin. Allalinhorn (4 034 m. le Weisshorn (Wildstrubel) (2953 m. En décembre. dans les Alpes françaises. Les pâturages. Cima da Flex (3287 m) et Piz Bernina (4052 m). L'hiver alpin est beaucoup plus long. Alors que. Dans les Alpes françaises. Fluchthorn (3 403 m. Joderborn (3 040 m. Gr. la saison morte par excellence.). La troisième eut lie« en 1908 et la quatrième en 1912 Voir chap. Novembre est. il n'est pas rare de voir les beaux jours se succéder durant plusieurs semaines. Similaun (3 607 m. lorsqu'on y pénètre curieusement. les premiers skieurs anglais à s'aventurer dans les Alpes. plus ou moins étranglées entre les saisons principales. Ils sont chargés 1 2 3 Voir la relation originale au chapitre VIII.). dont la durée. la Fuorcla d'Agnelli (3050 m. Finsteraarrothorn (3 549 m.). Cima Marmotta (3 338 m. Dreilànderspitze (3 212 m. quelles sont les caractéristiques de l'hiver alpin. Ces deux saisons sont du reste plus ou moins élastiques. la montagne n'est pas encore absolument déserte. hiver) n'ont certes pas été inventés par un montagnard.). Klein Attalinborn (3 077 m. Sivrettapass. 1908. eurent l'heur de terminer l'exploration hivernale de l'Oberland bernois. Le Furggrat (3 482 m. Ce ne sont que de courtes phases transitoires. Les portes des étables sont restées ouvertes pour en aérer l'intérieur. du Bonhomme.). En octobre ou novembre. Cependant. par le Corridor) . par Schucan et Marcuard : HeidelberghûtteSchneejoch (2960 m. — Col de la Dent Blanche (3 544 m.

cette bruyante caravane laisse derrière elle un calme immense. (Gnberrll. MAJESTÉS ENNEIGÉES) . avant de pouvoir les transporter dans la vallée. époque à laquelle les troupeaux remonteront.des derniers fromages qu'il a fallu saler et entretenir jusque tard en automne. Ce sont les derniers convois qui descendent. Malgré un temps radieux. qui semble devoir persister éternellement. qui va durer jusqu'au printemps . Thnltril.

Dans l'autre cas. Puis les nuées. Tandis que nous. les renseignements exacts sur ce premier enneigement font généralement défaut. Il est donc dangereux de parcourir la montagne en ski avant que l'enneigement préliminaire soit parfait. Elles sont subtiles encore et semblent refléter l'azur du ciel. Après la mi-octobre. Elles ne sont évidemment pas identiques dans toutes tes parties des Alpes. maître et seigneur. skieurs citadins. attendons patiemment l'annonce des premières neiges dans nos journaux. Un soir. Mais la première chute de neige importante ne fixe pas nécessairement le début de l'hiver alpin. comme celle des glaciers. bien au contraire. Dans ce but. Ainsi. la zone des grands pâturages où. et l'on rencontre enfin la première neige. qui vivons dans le brouillard des plaines. avec le feuillage roussi des buissons de myrtilles et rhododendrons. sans tenir compte du calendrier. grâce auxquels il put s'échapper. car elle favorisera la formation des avalanches. le chasseur s'avance seul. on ne découvre plus que de rares fleurettes. Mais peu s'en faut.CHAPITRE III L’HIVER ALPIN Sous la voûte pâle du ciel et lumière délicate du soleil. on trouve une neige plus abondante que dans la haute montagne. Les conditions dans lesquelles se produit cette première chute de neige ont une importance capitale pour la sécurité du skieur qui s'aventurera plus tard en montagne. Or. Masqués sous une mince couche de neige. les mélèzes ont pris leur parure dorée. Plus la neige s'est fait attendre et plus le froid a été rigoureux. On a eu des années où la neige ne venait qu'après Noël. Du reste. à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. à pied sec. Il importe dès lors de savoir si la première neige est tombée par une température voisine de zéro. En montagne. Sur le sol que les gels nocturnes ont durci et jauni. elle était sèche. La première neige qui tombe au début de l'hiver ne marque pas le commencement de la saison favorable au ski. par le froid qui semble s'être établi définitivement dans ces hautes régions. le skieur doit tout d'abord s'entraîner. les chutes de neige abondantes sont généralement définitives. exige un sérieux enneigement avant d'être praticable au skieur. les îlots de gazon sont encerclés de glaces poudrées à frimas. il y a bien des chances que le terrain — les gazons et les pâturages tout spécialement — soit déjà profondément durci par le gel. et le beau temps peut durer jusqu'en décembre. ne disparaisse plus avant le retour du printemps. a ia poursuite de son gibier. légère et ne s'est pas attachée au sol. si elle était chassée par un vent du sud ou par un vent du nord. cependant . semant leurs flocons toujours plus bas dans la vallée. ces mélèzes s'en vont grimper bien haut sur le flanc des montagnes. . et voici qu'à leur rencontre. les premiers jours d'automne semblent mettre un terme précoce à la belle saison. Celle-ci est toujours en retard sur l'hiver alpin et ces premières chutes de neige ne font que préparer le terrain. C'est que l'hiver peut tarder ou s'établir brusquement. Si l'enneigement ne se produit que tard en automne. une forte chute de neige peut fondre rapidement sous l'action des pluies ou du fœhn et disparaître complètement. Certaines années. On y monte sans décrocher la moindre pierre. ou par un grand froid . dès le commencement de l'hiver. Il faut laisser à la neige le temps de combler les trous et de niveler les blocs de pierre. la neige découvre des gazons roussis. l'été de la Saint-Martin réserve parfois d'agréables surprises aux montagnards. Plus cette transformation est lente. il choisira les régions d'altitude moyenne. saupoudrant rochers et gazons. Novembre est déjà bien avancé et. le 3 octobre 1917. cette fois-ci. toutes desséchées et dont le parfum s'est envolé dans l'air froid. l'enneigement préliminaire dure parfois jusqu'à fin décembre. sans réussir pourtant à masquer les gouffres béants des crevasses. Dans cette nature enchanteresse. le chasseur peut s'élever très haut encore. chassées par le vent. Mais nous reviendrons sur cette particularité dans notre chapitre sur les avalanches. rutilant dans l'air limpide et sur le fond rouillé des gazons. On en reconnaîtra les effets. précisément par le fait qu'à ce moment de l'année la montagne est très peu visitée par les alpinistes expérimentés et qu'il est difficile d'obtenir un rapport suffisant de la part des indigènes. mais sur le glacier. avant de s'aventurer en montagne. tels qu'ils étaient en automne avant la première chute de neige. Il avait neigé sans interruption pendant plusieurs jours. Dans le premier cas. ont dévalé les pentes de la montagne. En poses ridicules ou magnifiques. enfin. et ce ne fut qu'après une longue semaine d'attente que la garde des forts lui apporta des skis. Lui seul pourra constater les progrès de l'hiver sur l'automne. La zone des éboulis. plus elle sera profonde et complète. l'or des mélèzes est la plus avancée. plus le sol sera profondément gelé et plus la neige aura de peine à s'y fixer. Le terrain passe peu à peu des conditions qui le rendaient praticable au piéton à celles qui le rendent propice au seul skieur. Mais en novembre. Les ruisseaux sont frangés de glaçons et de givre. La neige s'est mise à tomber sur les sommets. elle a blanchi les taches luisantes et noires. qui tombe de maintenant. Cette simple particularité va constituer un sérieux danger pour le skieur alpin. ceux-ci sont plus dangereux que s'ils restaient proéminents et visibles. cette neige était presque fondante en touchant le sol et elle se sera congelée en y adhérant fermement. Dans les combes marécageuses. là-haut. De toutes les teintes si riches d’automne. descendent des horizons lumineux les premières neiges. Il faut la douce chaleur de midi pour rendre à leurs eaux un cours éphémère. Il s'en faut de beaucoup encore. Plus haut encore. L'auteur se souvient d'avoir été bloqué dans les baraques militaires de l'Oberalp. si l'on constate qu'en s'effondrant. Cette neige est peu profonde encore. à la suite d'un été très chaud. Toutes les éventualités sont possibles. des nuées grises ont envahi les cimes. durcie aussi. où pointent les tiges revêches des grarmuées. il y a peu de chances que la neige. le sable des éboulis est devenu compact sous l'action du gel.

mais leur niveau diurne ne dépassera généralement pas de plus de 300 mètres leur niveau nocturne. caractérisée par des pluies et par la fonte progressive des neiges. L'époque la plus favorable aux grandes ascensions est naturellement celle durant laquelle l'inversion de température atteint son maximum. Si la série typique ne se prolonge pas. plus ou moins distinctes selon les années. un thermomètre placé à même une surface exposée aux rayons solaires indiquera souvent plus de 40° centigrades. cette neige est soumise à l'action de tous les vents qui soufflent dans les hautes régions. présentant des pentes orientées au nord. Tant que ces conditions météorologiques persistent en haute montagne. les périodes de beau temps sont plus rares ou plus courtes. entrecoupées de chutes de neige. même par le mauvais temps A partir de la mi-janvier et jusqu'en mars. tandis que le baromètre se maintient continuellement au même niveau. C'est précisément là l'inversion de température dont nous voulions parler. A ce moment. Les couches d'air qui lui sont superposées en bénéficieront et leur température augmentera en conséquence . c'est-à-dire durant toute la deuxième période de l’ hiver alpin. Une surface neigeuse est un puissant réflecteur qui. Outre l'incertitude du temps. peut être continue ou alternative. selon les années. le second négatif. la plus curieuse et la plus intéressante des trois. les chutes de neige deviennent moins fréquentes et leur durée moins longue aussi. une succession de périodes plus courtes. Ils pompent jusqu'à épuisement complet l'humidité qui échappe au gel. ces conditions inverties sont moins caractéristiques. loin d'absorber la chaleur solaire. cette couche de brouillard. les effets d'une chaleur pareille sont presque nuls. qui ne manquera pas de surprendre celui qui les parcourt pour la première fois. La nuit. les hautes régions présentent un aspect particulier. Sur une étendue neigeuse. La neige et les vents sont les deux principaux facteurs qui régissent les conditions hivernales de la haute montagne. et cette humidité se condense en vapeurs qui descendent dans les zones inférieures. durant laquelle la plaine se couvre d'un brouillard opaque. Que la série soit continue ou sectionnée. Plus l'atmosphère des hautes régions se dessèche. Ces chutes de neige présentent du moins l'avantage d'entretenir le terrain du skieur. la puissance du soleil tend à soulever ces brouillards. L'hiver alpin compte en somme trois phases principales. accompagné de températures toujours ascendantes. nous pouvons poser deux principes fondamentaux : 1er . la renvoie dans l'air. où elles flottent et forment la mer de brouillard. le thermomètre descend très bas. on observera néanmoins. Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques de la deuxième phase. A cette époque. Dans la seconde quinzaine de janvier ou la première de février. La sécheresse de l'air et la puissance solaire se combinent alors et se complètent d'une façon remarquable.Vers la fin de décembre. Pour le citadin observateur. Mais la fin de l'année est souvent marquée par des tempêtes et de fortes chutes de neige. Plus tôt ou plus tard dans la saison. Mais. 2eme . Pour ses vacances de Noël. même de plusieurs semaines consécutives. Tandis que la température de l'air reste voisine de zéro durant toute la journée. Ces longues périodes de beau temps sont particulières en janvier et février. D'autre part. au grand dépit de ceux dont les vacances sont irrémédiablement fixées entre Noël et le Nouvel An. ou bien quelque cabane plus élevée. il n'est pas rare de voir s'établir en montagne une longue série de beaux jours. Après quelques jours de régime sec. Il est donc préférable de remettre à plus tard les expéditions en haute montagne. les jours sont très courts et l'état des glaciers encore loin d'être satisfaisant. nous l'avons vu. C'est une constatation qui se vérifie presque chaque année. on verra qu'elle est bien supérieure à la température moyenne de la plaine. ces effets resteront généralement les mêmes. il faut précisément un froid sensible dans la plaine. constitue un puissant réflecteur de la chaleur solaire. Le premier est positif. en montagne. Indépendamment du temps qui règne sur les hautes régions. l'action du soleil sur la neige est presque nulle : c'est dire qu'elle n'en altère pas la consistance. le skieur choisira donc un centre bien enneigé. Nous avons tout d'abord une période d'enneigement préliminaire . les conditions de température en plaine et à la montagne sont véritablement inverties. à proximité d'un terrain favorable. Mais qu'on imagine leur puissance sur tous les corps dont l'orientation ou la substance favorisent l'absorption de la chaleur. puis une période de sécheresse maximale dans les hautes régions . facilement accessible et d'où l'on puisse redescendre sans danger. il pourra généralement gagner les refuges alpins. il suffit de quelques jours ensoleillés pour rétablir dans l'air une sécheresse parfaite. plane ou fuyante. augmentant encore la température des couches super-jacentes. Cette dernière phase de l'hiver alpin précède immédiatement la première de l'été alpin. situé entre 1 500 et 2 000 mètres. enfin un enneigement définitif. tout contribue à maintenir la sécheresse de l'air et la douceur du climat. comme un jet d'eau la patinoire. celle qui correspond à l'hiver proprement dit. C'est la fameuse série. humide et froide. Les belles journées sont rares à cette époque et ne commenceront guère qu'après la mijanvier. En mars par exemple. Nous croyons avoir suffisamment parlé de la première phase qui peut donc s'étendre d'octobre à janvier et qui correspond à l'enneigement préliminaire. d'un temps parfaitement stable. 1 Durant la journée. si l'on calcule la moyenne nocturne et diurne à l'ombre. plus elle devient perméable aux rayons solaires et plus leur intensité augmente. en janvier et février. car. alors que la montagne rutile sous un soleil généreux et un ciel immuablement bleu C'est le moment où nos bulletins météorologiques indiquent généralement : « Brumeux dans la plaine : hauteurs claires. Le phénomène principal est cette inversion de températures qui. cette mer de brouillard est un signe infaillible de beau temps en montagne (1).La neige tombant dans les hautes Alpes est absolument sèche de la fin de décembre au milieu de mars. Pour obtenir cette inversion et la maintenir un certain temps. sans plus rencontrer ces blocs proéminents qui rendent le terrain scabreux et désagréable.De par sa consistance sèche (et poudreuse au moment de sa chute).

On pourra donc constater d'une façon générale que. ces névés offrent au ski une surface douce et régulière. restent dénués de neige -pendant tout l'hiver. Elle tombe par une température très voisine de zéro. Les basses températures empêchent le soleil de la fondre. En été. mieux encore. Ces deux facteurs sont en lutte presque continuelle durant tout l'hiver. toutes les arêtes. Voici ce que dit Arnold Lunn dans son Alpine Skiing. et la neige poudreuse reste au contraire une exception. qui enlèvent aux glissades tout leur charme et les rendent même fort pénibles. ils se trouvent sur le flanc des montagnes. est sèche. Si le vent ne soufflait jamais dans les Alpes. Elles ne se produisent guère que lorsque la neige est déjà bouleversée par la tempête. parce que moins exposé au vent. pour jouir pleinement des névés en formation. Sous la chaleur toujours croissante du soleil. reste houleuse jusqu'à la prochaine précipitation. Or. plus la neige devient coriace et désagréable. à cette époque précisément. ni adhésif. hérissés de vagues. mais dans les régions inférieures. non pas dans les régions les plus hautes (où la chaleur solaire les dissipe aisément). en collaboration avec les vents. qui peuvent sembler paradoxales au premier abord. Comme on le voit. moins il y a de neige. après une tempête de neige. le skieur alpin est donc réduit à se plier aux conditions très spéciales qui l'attendent en montagne. la neige est adhésive. qui rendent les hautes cimes quasi inabordables. La neige hivernale. c'est-à-dire durant la deuxième période de l'hiver alpin. Vers le milieu du jour. où les crevasses bâillent le plus souvent entre d'immenses étendues de glace noire.Ceci posé. En été. et la chaleur solaire. Ou bien. le phénomène inverse se produira. Un temps stable constituera toujours dans son jeu le principal atout . A la faveur des neiges coriaces. en hiver. qui permettent des montées rapides et directes. la neige. Le vent détruit constamment ce que la neige édifie . Elle ne peut donc pas s'attacher aux rochers et n'offre . l'enneigement des hautes Alpes dépend en somme de deux facteurs principaux : la quantité des précipitations et la violence des vents. où les glissades deviennent un véritable enchantement. L'alpiniste. Lorsque nous observons ces nuages de la vallée. S'il néglige ces précautions. au moment où les conditions météorologiques sont stabilisées. ou plus loin. sur lesquels les vents n'ont plus aucune prise. il attendra le printemps et les premières semaines de l'été. il faut parfois attendre plusieurs jours avant que les arêtes rocheuses soient nettoyées. La plupart des arêtes et des faces neigeuses sont verglacées durant tout l'hiver et exigeraient une taille de marches beaucoup trop longue. Au printemps. — Comme conséquence. mais il n'en est pas ainsi. les neiges se transforment lentement en névés. Mais. plus on monte. comme elle est composée de légers cristaux. Les glaciers exposés à la furie des vents d'ouest et du sud-ouest sont eux-mêmes dépouillés de neige. et c'est là qu'ils se précipitent presque entièrement. les précipitations sont beaucoup moins fortes qu'on ne le suppose. Il évitera de préférence les montagnes exclusivement neigeuses et se rabattra sur des sommets mixtes ou rocheux. Ceci s'explique par le fait déjà mentionné que les nuages qui produisent cette neige tendent à se condenser. Celle-ci s'accumule plus bas encore. alors qu'en réalité. au sujet des arêtes rocheuses et des pentes de glace : «Les arêtes rocheuses sont généralement aussi sèches en hiver qu'en été. de la sécheresse des sommets pour les gravir au cœur de l'hiver. En plein hiver. légère et poudreuse. mais dont l'exactitude est prouvée par les faits : 1e La neige beaucoup moins sur Les sommets que dans les vallées et. au contraire. voyons maintenant dans quelle proportion interviennent ces deux facteurs : neige et vent. où il sait trouver un élément abondant et poudreux. par contre. et au détriment des régions supérieures. au moment où les arêtes et les sommets sont secs — c'est généralement le cas de janvier à la fin de mars — les neiges et les glaciers sont ravagés par les vents. directe ou indirecte (tourbillonnement). profitera. suivie du froid nocturne. les hautes Alpes contenteront donc rarement le skieur et l'alpiniste en mêmetemps. De nombreuses observations ont permis à l'auteur de formuler les lois suivantes. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. d'une façon générale. il risque fort de s'exposer à de cruelles déceptions. celui qu'attirent les hautes cimes. du rapport dans lequel ces deux facteurs se contrarient. Car. Les périodes pendant lesquelles l'atmosphère reste absolument calme sont très rares dans les Alpes. il déplace cette neige au profit des régions inférieures ou abritées. car il contribue à la sécheresse des hautes régions. En élaborant ses plans de campagne. Qu'il ne se laisse pas entraver. 2° Les vents — surtout ceux d'ouest et du sud-ouest — jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes régions. ou. en haute montagne. dans les hautes régions que dans les basses. elle n'a pas un pouvoir cohésif. une fois labourée par les vents. et il faut savoir lui subordonner tous les autres petits avantages. C'est pourquoi. l'action du soleil n'est pas assez puissante pour transformer sa surface et l'améliorer comme au printemps. ils paraissent flotter à la hauteur des cimes. les arêtes ourlées de corniches — conditions printanières . Les neiges qui tombent par un temps calme (castrés rare en montagne) sont arrachées ultérieurement par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. Celui qui cherche avant tout la « bonne neige » devra donc se confiner dans les régions d'altitude moyenne. Car ils sont franchement opposés. convertit cette neige en une croûte qui lui permet d'adhérer fermement aux rochers. Ce fait est important. qui vont intervenir à leur tour et disperser le peu de neige tombée aux hautes altitudes. Car. Plus le beau temps dure. Elle conserve son caractère poudreux et. il gagnera le pied des arêtes et troquera au bon moment ses skis contre des crampons. ni par les préjugés. les sommets sont surchargés de neige. Il évitera également les plateaux ravagés par les vents et les glaciers dénudés. les faces et les sommets exposés à l'action de ces vents. ni par les objections telles que la brièveté des jours ou le froid intense des nuits.

Lorsque Zermatt sera desservi toute l'année par son chemin de fer. beaucoup de pentes neigeuses conserveront leur blancheur immaculée et resteront neigeuses durant tout l'hiver. mais jamais de glace. qui resteront glacées durant tout l'hiver. car la neige qui y tombe n'a aucun pouvoir adhésif et sera enlevée au premier coup de vent. le skieur exigeant sera donc rarement satisfait par les conditions de la neige en haute montagne. ou phase centrale. C'est dire que. C'est en mai et juin qu'a lieu cette transformation. pareil à celui des séries hivernales. Durant la deuxième. « Le vent. Aux basses altitudes. on peut du reste monter en train au Gornergrat et trouver là-haut d'excellentes conditions sur d'immenses glaciers. plus séduisants et moins éloignés des villes. C'est là le ‘playground’ par excellence. Par conséquent. fondant en eau. elle reste la meilleure pour tous ceux qui sont alpiniste et skieur au même degré. Mais reprenons notre examen météorologique au point où nous l'avons abandonné. et surtout du fœhn. Ce n'est pas le cas. Par exemple. si favorable à l'alpiniste. qui nettoie si bien les arêtes rocheuses. le terrain choisi. durant tout l'hiver du calendrier. Actuellement encore. et. bien que la neige. réservé tout spécialement au sportsman. surtout si le toit est en tôle ou en pierre. Selon l'inclinaison et l'orientation des pentes. lorsque la neige repose sur des plaques rocheuses. Par conséquent. Si le temps est beau et calme. mais qui. mais beaucoup plus rare. Ceci dépendra beaucoup du temps. plus ou moins englobé dans l'une ou l'autre de ces phases. Les montagnards prétendent parfois qu'un été très chaud produit des pentes de glace. Durant un été chaud. c'est-à-dire en mars. » Durant les deux premières phases de l'hiver alpin. mars conserve tous les agréments du plein hiver. ensuite parce que le printemps en offre d'autres. il préfère suivre le cours des frais ruisseaux et cueillir des violettes. Selon les années. Le danger des crevasses est donc moins grand. en fondant. et la glace qui se forme sur les rochers devient apparente. mais s'explique pour deux raisons au moins : d'abord parce que les charmes du ski printanier sont encore méconnus . En haute montagne. Il représente le dernier mois de la période centrale. Si l'on préfère l'alpinisme. mais son épaisseur n'est généralement pas suffisante. se dépose sur une fondation rocheuse. La fonte et le gel alternatifs produisent une neige de plus en plus dure. Alors que celle-ci favorise presque uniquement l'alpiniste. Pourquoi donc une pente de neige ne se transforme-t-elle jamais en glace dans les hautes Alpes ? Je suggere l'explication suivante : une pente de neige se transforme en glace parce que la neige. au lieu d'aller tâter des neiges printa-nières en haute montagne. une pente de glace est transformée en une pente de neige lorsque la neige tombant à une température juste inférieure à zéro s'attache à la glace. dont l'accès se fera sans peine et dont la descente offrira tous les charmes de la glissade sur une neige parfaite. marque en somme l'apothéose de la saison hivernale. Ceci peut sembler paradoxal. tend également à enlever toute neige tombant sur les pentes de glace. où il pourra goûter toutes les joies du ski. étudié. et cette surface absorbe la neige fondante. sans en éprouver ni les désagréments. Par le beau temps. Le processus usuel de fonte et de gel alternatifs permet à cette neige de s'attacher fermement à la glace et finit par la couvrir d'un tapis compact et croûte. il n'est guère que l'Oberland bernois qui soit assez facilement accessible pour attirer les skieurs au printemps et même en été.aucune résistance au vent. il n'aura pas absolument tort. c'est l'époque durant laquelle les skieurs sont les plus rares en haute montagne. entre autres cette sécheresse parfaite des hauts sommets. cette neige peut être favorable. Cette humidité n'est pas absorbée par le rocher et elle gèle conséquemment. la neige superficielle fond au soleil. entre 1 500 et 2500 mètres d'altitude.. dans les hautes Alpes. Durant la première phase (novembre-décembre). «Aux basses altitudes. Si l'été n'est pas très chaud. les conditions sont certainement meilleures en mars qu'en décembre. de fait. il est probable que la plupart des skieurs s'y rendront au mois de mai. vous trouverez parfois des pentes de glace en miniature. janvier et février sont plus avantageux. les arêtes rocheuses exposées au vent sont normalement dégagées de toute neige. Mars présente en outre deux grands avantages: une clarté diurne plus longue et des glaciers mieux couverts. les pentes supérieures présentent toujours autant de glace en janvier qu'en octobre. celle que l'on appelle généralement printemps. L'auteur a longtemps considéré le mois de mars comme l'époque la plus favorable à l'alpinisme hivernal. pour les raisons exposées . est toujours possible. la neige repose sur de l'herbe ou de la terre. ni les arrières désillusions. Celui-ci fera donc mieux d'éviter ces hautes régions jusqu'en mai. connu.. de larges vallons. Les alpinistes inexpérimentés sont souvent surpris de constater que les pentes terminales des sommets sont plus glacées (plus noires) en hiver qu'en été. le mois de mai venu. on. c'est-à-dire jusqu'en mars. Mars forme le trait d'union entre l'hiver et le printemps du calendrier. Malheureusement. Et si. une quantité de pentes favorables. les hautes Alpes n'offrent rien de bien tentant pour le skieur proprement dit. Mais un bel automne aura comme conséquence de découvrir les pentes glacées. Disons tout de suite qu'elle diffère complètement de la phase précédente. Une surface neigeuse ne peut jamais devenir une surface glacée. Aux altitudes moyennes. rencontrera des neiges de caractère hivernal ou de caractère printanier. Aussi fera-t-il bien de s'y confiner.. Il existe.. sa surface est le plus souvent durcie et «houlée » par les vents. D'autre part. Dès le 1 er juin. La sufarce glacée inférieure devient de plus en plus épaisse et la couche de neige superficielle de plus en plus mince. il servira de tampon entre les deux dernières phases de l'hiver alpin. celle-là n'est guère propice qu'au skieur. en hiver. par suite de ce gel superficiel. Une pente glacée en octobre restera glacée tout l'hiver. il est souvent plus facile d'escalader une arête rocheuse en hiver qu'en été. Un temps stable. L'eau pénètre le sol au lieu de se congeler à sa surface. et même qu'en janvier. alors que la couche serait suffisante. Il nous reste à étudier la troisième phase de l'hiver alpin. c'est même la seule qui lui soit franchement favorable. de cols faciles et même de sommets bénins. la neige qui couvre un toit de chalet présentera généralement une couche inférieure de glace. Peut-être s'imaginent-ils qu'une pente de neige se transforme en pente de glace par suite du gel superficiel. puisse disparaître de la glace qu'elle recouvrait.

Les avalanches sont évidemment plus fréquentes en mai qu'en janvier. c'est. du reste. les avalanches ont un horaire et un cours beaucoup plus réguliers. au commencement de mai au plus tard. Vers la fin du mois. avant tout. n'a plus sur elles aucune influence. en tirant ses skis derrière soi. Le soleil est si puissant à cette époque qu'il finit par exercer un pouvoir érosif considérable. les séries de beaux jours sont fréquentes. en juin. C'est. la neige est soumise alternativement à la fonte diurne et au gel nocturne. Au printemps. Plus souvent la neige sera fondue et gelée. d'une altitude même inférieure à 1 500 mètres. Juin est également excellent. Car. les améliore constamment et les rend bientôt insensibles à l'action du vent. « Jamais. je ne puis m'empêcher de citer ici quelques lignes de mon ami Arnold Lunn. il est plus facile d'en prédire le début et surtout la fin. Enfin. il est mieux d'attendre le mois de mai. Mais. les efforts de l'ascension sont bien diminués. Le vent. même exposé au vent. les Alpes ne sont plus merveilleuses qu'en mai. Même ea fondant. vous atteignez quelque fenêtre ouverte suc les vallées et sur la verdure extraordinaire du printemps. alors que la neige peut. hors de leur portée. Ce que nous allons dire des conditions nivales du mois de mai est encore valable en juin et même au commencement de juillet. lorsque la surface des neiges est suffisamment adoucie par l'action du soleil. il fera mieux de clore la saison. Sa consistance plus homogène diminue le risque des avalanches.précédemment. Le danger d'enfoncer ces ponts est donc très minime. de par sa consistance. Parfois il rentre dans la période transitoire de l'hiver au printemps. qui procure au skieur une immense confiance. la traversée des eols glaciaires et l'ascension des cimes neigeuses. Sous l'action réitérée du soleil. Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent. le froid presque insensible. à poursuivre sa campagne à pied. écrit Lunn ( 1). et cela sans constater de variations sensibles dans la surface neigeuse. le temps se rétablit généralement et. plus le beau temps dure. Ce qui fait le charme de cette neige printanière. Avril offre beaucoup d'analogie avec le mois de mars. si l'on préfère le ski. sur laquelle vous glissez toujours à la même vitesse. les beaux jours sont rares en avril. car l'été est venu. le terrain favorable ne commence guère qu'au-dessus de 3 000 mètres : c'est la zone des glaciers proprement dite. p. La limite inférieure des neiges est naturellement beaucoup plus élevée au printemps qu'en hiver. humide. . — S'il est difficile de prévoir la durée d'une période de beau temps. Nul n'a réellement entendu le murmure des eaux. en règle générale. séparés entre eux par des crêtes en miniature. En évoquant les charmes du mois de mai. C'est une neige confortable par excellence. Quant à la descente. En mai. dans les hautes régions. On évite ainsi tous les longs détours d'une piste en zigzags. jusqu'à la rivière plus bas. et c'est là un avantage qui n'est certes pas à dédaigner. et finira par disparaître complètement sous l'action du fœhn et des pluies. Le soleil les transforme. J'ai fait des courses à toutes les saisons et j'ai vécu durant des années parmi les montagnes . Mais. 99. Vous pouvez partir en ski d'un sommet supérieur à 4 500 mètres et descendre d'une seule glissade jusqu'à la cabane. cette neige s'améliore constamment. et jamais les glaciers ne sont mieux couverts. On part à pied. l'époque où le fœhn souffle avec le plus de violence. Les neiges se creusent de légers sillons ou d'entonnoirs circulaires. mais une caravane de skieurs expérimentés courra moins de risques au printemps qu'en hiver. C'est le premier stade de la neige des pénitents (nieve pénitente) et si le skieur ne veut pas devenir pénitent lui-même. Les neiges se tassent. et l'on monte sur la neige gelée. le skieur pourra compter sur une neige parfaite. En hiver. Une fois sur les glaciers. selon les années. elle ne commencera que vers midi. tant qu'il n'a pas perçu le concert par lequel la montagne salue le printemps. c'est tout le contraire. le temps est presque toujours moins stable qu'en mai. adhérer à un terrain quelconque. à travers des pâturages émaillés de gentianes et d'anémones. les glaciers s'améliorent considérablement et les crevasses finissent par se ponter solidement. de bon matin. le skieur alpin va trouver des conditions parfaites aux hautes altitudes. elle est au contraire compacte et résistante. Dans les régions d'altitude moyenne. mais. elle conserve ce caractère cristallin particulier aux névés. ce terrible ennemi des neiges. La neige qui ponte les crevasses n'a plus cette consistance poudreuse qui la rend si fragile . Dès le fin d'avril. le grand apôtre du ski printanier. par contre. leur beauté est faite de contrastes. et cela à toute heure du jour. C'est la meilleure saison pour les longues expéditions. En mai et juin. Mai est sans contredit la meilleure époque pour le parcours des glaciers en ski. plus leur enneigement sera tardif ou minime. en effet. et. En mai. on est. En hiver. son étonnante régularité. l'enneigement ne commence réellement qu'en avril ou mai. meilleure elle deviendra. Vous flânez durant des jours dans l'éclat lumineux des glaciers. On pourra se passer de corde pour parcourir la plupart des glaciers. les avalanches peuvent tomber n'importe où. on puisse pratiquer le ski matin et soir jusqu'au milieu de mai. Prévision du temps. brusquement. dangereuse. mais il est généralement caractérisé par des tempêtes et un fort enneigement. dont la musique n'est jamais plus agréable à ceux qui ont vécu dans le silence des neiges. les jours sont longs. » Juin ne diffère de mai qu'en ce que la limite inférieure des neiges est encore plus élevée. Au printemps. En mai. la neige deviendra lourde. bien qu'en certaines régions. plus la neige devient coriace et houleuse. Aussi longtemps que le beau temps persiste. Vous commencez votre journée en décrivant des virages à la descente d'un col glaciaire et vous la terminez au coucher du soleil par une flânerie entre les pins odorants. en mai. Aussi n'est-il plus question ici de la zone subalpine. je sais qu'il n'y a pas de beauté égale à celle des montagnes en mai et pas de skiing comparable à celui du printemps sur les glaciers. Certains journaux publient un bulletin météorologique accompagné d'une carte 1 Alpine Skiing.

nous observons presque régulièrement un changement de vent. Autour d'une dépression barométrique. de Zurich (Hongg) à 13 heures et 19 heures. Comme conséquence. En plus. Les vents d'est et du sud-est sont les plus rares dans nos Alpes. de munir certains refuges d'appareils de réception permettant de se rendre compte de la situation générale du temps. sur la base d'une carte du temps qui n'est pas publiée. la voie la plus fréquente des minima et maxima à travers notre continent. les vents d'ouest-sud-ouest ne tardent pas à tomber. les effets de ces vents se vérifient d'une façon frappante sur toutes les arêtes et les faces orientées au sud-ouest. En haute montagne. Ils ont le droit d'exiger que les sociétés de développement mettent à leur disposition ces renseignements dans tous les centres du tourisme . et nous y reviendrons plus loin. A. pour reprendre peu après. Ce sont là des augures infaillibles. et par conséquent dans toutes les Alpes). Celui-ci a commencé par souffler du sud. car il ne sait jamais combien de temps elle durera. puis sur les sommets. qui est en train de se réaliser. comme on le sait. plus les précipitations diminuent .représentant par des courbes isobares la pression barométrique telle qu'elle est répartie sur notre continent. Ils soufflent rarement en phases déterminées. . le skieur ne peut évidemment pas consulter les bulletins météorologiques. mais le froid. soulève la neige en tourbillons. 1 En Suisse. Le cycle dont nous voulons parler ici est constitué par des vents soufflant successivement du sud-ouest. Lé vent redouble de violence. les vents prennent la direction même des isobares. une température élevée et de fortes précipitations sur le versant méridional des Alpes. Les vents du sud présentent souvent les caractéristiques du fœhn. Le ciel se voile légèrement. envahissent la montagne. les isobares sont généralement plus ou moins concentriques et les vents prennent une direction tangentielle à celle dé cès isobares. Cycle des vents. le temps dépend toujours de la répartition des pressions barométriques (1). A mesure que la dépression se rapproche. il doit se fier aux signes du temps. et mieux vaut ne pas être bloqué dans une cabane. En arrachant la neige superficielle. de Quervahn. qui semblent surgir des vallées. du sud-ouest et de l'ouest. Plus la dépression s'éloigne. nous avons vu qu'ils jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes Alpes. Lorsqu'elle franchit notre méridien. les Alpes sont généralement évitées par le centre des dépressions et. chaque bureau téléphonique doit posséder à partir de midi la prévision émise à 11 h. Puis des brouillards. enfin il saute assez brusquement au nord-ouest et au nord. Or. s'il ne porte pas de baromètre sur lui. se déplace vers l'est. au moment où la dépression franchit notre méridien. 15. de sorte que les dernières neiges tomberont généralement « de bise ». Celui qui a éprouvé la violence d'une tempête en haute montagne peut seul comprendre les risques qu'elle présente pour la vie du malheureux qui s'est laissé prendre. sous le nom de bise. les deux prévisions journalières du bureau météorologique central sont répandues par radiotéléphonie de Lausanne à 13 h. en passant au nord des Alpes. Les bureaux téléphoniques communiquent ces prévisions contre une taxe minime de 20 centimes. en effet. si elle ne s'attarde pas dans la région des Iles Britanniques. Ce bulletin s'affiche également dans les principales villes et dans certaines stations de montagne. puis du nord et du nord-est. où les vivres peuvent manquer avant la fin de la tourmente. Un maximum de pression barométrique s'établit sur l'Europe centrale et. Si la dépression barométrique se déplace rapidement à travers notre continent. nous avons toutes les chances de beau temps. Leur intensité est généralement moins régulière. Il commente brièvement la situation météorologique et prédit le temps du lendemain. Dès qu'une nouvelle dépression apparaît à l'ouest du continent. 55 . Ceux du sud-ouest sont les plus violents. mais plus grande que celle des autres vents. qui accompagne toujours le vent. puis il a tourné à l'ouest. Elles permettront probablement de réaliser la proposition que je crois avoir été le premier à faire. mais il reste assez clair jusqu'au dernier moment. et le skieur prudent fera bien de fuir devant la tempête. S. de l'ouest. toutes luisantes au soleil. Au moment où cette dépression aborde la région de la Manche. ces précipitations augmentent et s'étendent encore. Le cas le plus généralement observé est le suivant : la dépression barométrique venant de l'ouest (océan Atlantique). il y a plusieurs années. le ciel s'éclaircit et le froid augmente. et. Les émissions de 13 heures contiennent aussi la description générale de l'évolution isobarique en Europe. les touristes disposent maintenant en Suisse de moyens rapides pour se renseigner. engourdit et démoralise bien vite celui dont la volonté et l'énergie ne seraient pas à toute épreuve. 30 et 19 h. à constituer une commission chargée de s'occuper de ce problème. telles que les phases diurnes de la bise. Les effets du vent dépendent non seulement de sa violence. nous observons des vents du sud. Ces propositions ont été publiées dans l'Alpina et ont amené le Comité Central du C. au Congrès international de l'Alpinisme.Nous avons dit que les vents qui accompagnent les tempêtes de neige soufflent généralement du sud. A ce moment. m'écrit ML. mais aussi de sa durée. Non pas que cette violence soit beaucoup plus grande en hiver qu'en été. tant qu'il s'y maintient. C'est le moment psychologique pour entreprendre de grandes ascensions. La phase transitoire entre le vent et la bise marque presque toujours la fin des précipitations. et. elle annonce un changement de temps presque certain et plus ou moins imminent. bien qu'ils apportent précisément le plus de neige. C'est. à une altitude de 2 000 mètres. Mais. en soufflant du nord. hauteurs claires ». de sorte que les flèches indiquant la direction des vents sur la carte du bulletin décrivent une rotation inverse à celle des aiguilles d'une montre (dans notre hémisphère nord. 15 à partir de 18 heures la prévision émise à 17 h. les bulletins météorologiques indiqueront généralement l'inversion de température dont nous avons parlé plus haut : « Brumeux dans la plaine . nous enregistrons une baisse de température. le professeur A. ils découvrent des rochers secs qui nous apparaissent plus noirs qu'en été et des parois de glace d'un bleu verdâtre. Les vents du sud-ouest apportent dans l'air une certaine humidité qui va se condenser en brouillards au flanc des montagnes. En tout cas. Au cœur de l'hiver.

Même si le parcours d'une crête était possible. ses effets sur les neiges sont aussi plus considérables. plus le soleil est chaud. diminue à mesure que la dépression barométrique s'éloigne. 1 Sur le versant nord des Alpes. L'air est parfaitement calme. par suite du contraste. ravageant en quelques heures le tapis de neige encore épargné par les vents. Comme elle succède le plus souvent à des précipitations et que sa durée est généralement plus longue que celle des vents d'ouestsud-ouest. la température de l'air semble d'une douceur exquise. montera en quelques minutes à 40 centigrades. Un thermomètre. plus les vents nous paraissent froids. assez forte au début. car. le froid nous paraîtra désagréable. Le fœhn est le vent typique du printemps. il est souvent impossible de tenter une ascension. Il est provoqué par une forte différence de pression sur les deux versants des Alpes. Le fœhn humide est peu connu : il souffle violemment du sud-ouest et peut provoquer des pluies même en plein hiver. ces contrastes de température sont beaucoup plus sensibles en hiver qu'en été et finissent par éprouver sérieusement le skieur alpin. En hiver. Ce sont les fameuses séries dont nous avons parlé plus haut et qui sont plus stables encore que celles produites par les vents du nord. Cependant. Lorsqu'une dépression passe au nord des Alpes. et l'air du versant sud. il peut souffler en plein hiver et nous apporter des conditions printanières anormales. tantôt humide. lorsque tous les nuages se sont dissipés. il serait en tout cas fort désagréable. Le fœhn sec (ou fœhn proprement dit) est moins violent que le fœhn humide : c'est une sorte d'atmosphère chaude qui semble absorber l'humidité de l'air. pour peu qu'un vent se mette à souffler. L'équilibre est alors rompu. en montagne. Ceci est important. nos vêtements absorbent toute cette chaleur. nous n'éprouvons guère les températures diurnes que par le beau temps. Le fœhn doit précisément sa chaleur et sa sécheresse à cette chute sur le versant nord. Le fœhn est moins fréquent. ce sont précisément les vents qui règlent la température. passant par-dessus la chaîne. sur le versant opposé. la chaleur solaire peut même devenir incommodante. et provoque toujours une élévation de température et une fonte considérable des neiges. A ce moment.La violence de la bise. parce qu'elle coïncide régulièrement avec un sensible abaissement de la température. jusqu'à de hautes altitudes. Lorsque les vents du sud prédominent. Or. Or. imperméable à l'air comme à l'humidité. le temps est presque toujours mauvais. le fœhn souffle du nord pour les mêmes causes et les mêmes raisons. est indispensable. La houle qui se forme sur les champs de neige (et dont nous parlerons au chapitre suivant) est presque toujours due à l'action de la bise. Tant que dure le beau temps. Dans certains endroits abrités. En haute montagne. Il est caractérisé par des périodes plus ou moins longues de ciel intensément bleu et de chaud soleil. le fœhn peut souffler et la pluie tomber par une forte pression barométrique. tous les vents sont froids et détestables pour celui qui n'est pas équipé en conséquence. Le fœhn est tantôt sec. Ou bien elle présentera une période diurne dont l'intensité sera maximale au milieu du jour. succédant à la précipitation sur le versant sud de toutes les nuées formées durant son mouvement ascensionnel (1). C'est un vent intermittent qui vient et passe. à cause de la violence de la bise. placé sur un habit étendu en plein soleil. E est ce que les Tessinois en particulier et les Italiens en général appellent la tramontana . C'est pourquoi un vêtement ad hoc. elle produit une aspiration qui entraîne l'air des vallées. la bise peut souffler en ouragan. Mais. mais. Cette bise est plus froide et plus désagréable encore que les vents d'ouest-sud-ouest. nous ne connaissons que le fœhn du sud (ou fœhn proprement dit). Par un temps radieux. par suite du courant d'air. tombe dans les vallées ouvertes au pied nord des Alpes. Mais. où l'air ne circule pas. Le skieur prudent restera donc chez lui ou attendra patiemment au refuge l'éclaircie désirée. mais plus caractéristique que les autres vents. étonnant a qui n'y est pas accoutumé et permettant des siestes en bras de chemise à 4 000 mètres d'altitude.

) La neige tombe en cristaux hexagonaux. la neige poudreuse peut être transformée en neige molle par la fonte. Dès que la fonte se produit. 3. la neige finira par disparaître complètement. et lorsque sa profondeur ne dépasse pas 20. s'allongent et peuvent prendre l'aspect de feuilles. Sous l'action d'une fonte persistante. elle forme des cristaux. et moins encore qui nous aient fait part de leurs expériences. Cette neige est poudreuse. Dans ce cas. Le vent n'exerce sur elle plus aucune altération apparente. le soleil la transforme peu à peu en neige printanière. Elle est produite en grande partie par la condensation des brumes qui stationnent durant la nuit auprès des cours d'eau. Arnold Lunn est probablement l'homme qui a passé le plus d'heures à scruter les neiges. à moins que les skis ne soient préalablement mouillés par le passage dans une neige humide. plus vite elle se tasse. ou névé.CHAPITRE IV LA NEIGE ET LES AVALANCHES A. ou en neige croûteuse par le soleil ou le vent. à mesure que la neige se tasse. Disons tout d'abord brièvement quelles sont les transformations successives de la neige. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. mais cette transformation n'a généralement lieu qu'au printemps. douces et collantes. 2° Neiges molles (collantes) . mais la durée du cycle est toujours limitée par deux chutes de neige consécutives. le vent et la fonte (2). Tout en restant poudreuse. En attendant. Nous sommes donc tout naturellement appelés à profiter de ses expériences et nous lui devons gré du temps et de la patience consacrés à ces recherches. Pour rendre sa synthèse plus claire au lecteur. Si le vent ne soufflait jamais et que la température fût toujours inférieure à 0°. légère. la neige croûteuse peut disparaître. nous allons la simplifier et l'ordonner quelque peu. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. un léger souffle de bise peut également produire une congélation fibreuse. (température de l'air inférieure à 0°. Ces cristaux grandissent chaque jour. qui craquent sous les skis comme des feuilles mortes en automne. II. Lorsque la fonte n'intervient pas. Cette cristallisation (stage intermédiaire entre la neige poudreuse et la neige croûtée) est encore très favorable au ski. à son tour. Dès son origine. il en est bien peu qui se soient donné la peine d'étudier à fond sa consistance. Cette neige fraîche est loin d'être compacte. Nous adoptons ce terme de fonte pour caractériser une température générale de l'air supérieure au point de congélation (fœhn). Cette neige feuilletée est excessivement glissante et présente un charme tout spécial pour le skieur. Nous pouvons donc classer les neiges en quatre grandes catégories : 1° Neiges poudreuses . chap. pour peu que la pente soit exposée en plein soleil. 30 centimètres. En quelques jours. elle s'améliore constamment sous l'influence du gel. 1 Alpine Skiing. Une fois croûtée. la neige fondra et sera croûtée par le gel subséquent (neige croûteuse). Elle contient une grande quantité d'air qui s'échappe peu à peu. Trois facteurs peuvent alors intervenir et modifier sa consistance : le soleil. Il est probable que la prochaine décade verra paraître une monographie complète de la neige. il est bien entendu que la température de l'air à l'ombre reste inférieure à 0°. 3° Neiges croûteuses (éventées) . si cette fonte persiste assez longtemps. Tant qu'elle n'a pas été abîmée par le vent ou la fonte. causée par les rayons du soleil. il se forme sous les skis une couche de glace. Jamais elle ne colle. à laquelle elle adhère fortement. — NEIGES. alors que la chaleur solaire est maximale. parallèles à la direction du vent. qui forme de longs cristaux. par opposition a la fonte purement locale. cette neige est poudreuse. Moins il fait froid. cette neige peut subir de légères transformations. Que savons-nous de la neige au point de vue scientifique? Sur les millions d'êtres qui la foulent aux pieds ou la parcourent en ski. aucun auteur n'en a poussé l'étude aussi loin que Lunn. Mais. 1° Neiges poudreuses. le soleil et le vent (indépendamment ou simultanément) contribuent à durcir la surface poudreuse. cette surface deviendra croûteuse. Lorsqu'elle vient de tomber et que la température est inférieure à 0°. la neige n'est plus affectée que par deux facteurs sur trois : le soleil et la fonte. 4° Neiges printanières (ou névés). les neiges poudreuses deviennent molles. Dans ce cas. 4. Par contre. Dans les endroits abrités et dans le voisinage des ruisseaux ou des marécages. est la meilleure neige pour le ski. Après deux ou trois jours. Une quantité de combinaisons intermédiaires sont possibles. sur les différentes espèces de neiges. Au milieu du jour. Au cours de l'hiver alpin. 2 . 2. et. le cycle des neiges ne présentera que rarement la régularité chronologique 1. des détails poussés jusqu'au raffinement par un skieur de premier ordre. et son chapitre intitulé Snowcraft (1) — bien qu'il ne soit pas une étude scientifique proprement dite — nous donne. la couche aura diminué de 30 à 40 %.

les légères strates (mentionnées au premier stade) se transforment en de véritables vagues qui peuvent atteindre plus d'un demi-mètre de hauteur. Nous avons déjà parlé de la neige molle croûtée par le gel. Elle devient lourde et colle sous les skis. on trouvera rarement cette neige en vagues. lourde et lente.) Au moment où la température de l'air devient supérieure à 0°. les arêtes proéminentes font face au vent et soustraient à son pouvoir érosif une surface légèrement inclinée vers l'arrière. 3. Un léger vent (d'où qu'il provienne) exerce sur la neige poudreuse une sorte de stratification. Lorsqu'on parcourt ces neiges en ski.. (température de l'air supérieure à 0°. b. Il faut précisément de vastes étendues pour laisser libre cours aux forces déchaînées du vent. Ces croûtes sont généralement plus épaisses comme celles produites par le soleil et le gel. Ce phénomène s'explique de la même façon que celui des vagues. Les neiges croûteuses peuvent être formées : a. Elle est également contraire à 1 Le fœhn a toujours sur la neige un effet plus nuisible que le soleil. et sur toute pente rapide en général. Elle est normale au printemps. Cette neige en vagues (en norvégien : skavla est la surface la plus atroce qu'il soit donnée au skieur de parcourir. cette neige refondue ne sera jamais très glissante. la neige molle se couvre d'une croûte glacée. Nous appellerons cette neige neige stratifiée. qui augmente sa densité. plus ou moins épaisse selon le gel. 4. au contraire. Leur hauteur dépasse à peine quelques millimètres. perd rarement sa consistance cristalline et granulée. Bien qu'elle n'adhère jamais aux skis. Par l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. L'épaisseur de cette croûte varie entre un et plusieurs centimètres et casse irrégulièrement sous le poids ou les ébats du skieur. si désagréable au skieur. dans une atmosphère sèche. Le troisième stade de détérioration correspond à la formation d'une véritable croûte. La neige.2° Neiges molles. S. La neige poudreuse. est. très commune dans les hautes Alpes en plein hiver. Elle est très fréquente dans nos Alpes. Lorsque le vent devient très violent. sans perdre complètement sa consistance poudreuse originale. Le passage des skis dans la neige exerce sur elle une certaine pression. La neige qui fond au soleil. présente superficiellement des parties plus denses que d'autres (densité due à l'action du soleil ou des vents primitifs). son action sédimentaire s'accroît naturellement. Sous l'action d'un vent violent et persistant. La formation des vagues procède à l'inverse de celle des dunes de sable. la victime favorite des vents. Le vent a seul le pouvoir de former une croûte sans que la neige fonde préalablement. Après la fonte et dès que la température tombe au-dessous de 0°. Ceci provient de la formation de cristaux granuleux. Ces strates correspondent aux zones les plus résistantes de la surface neigeuse. même s'ils sont humides. 2. Voyons maintenant les effets du vent sur la neige poudreuse. voir Avalanches). Elles irisent la neige.. Vous aurez peut-être remarqué sur un champ de neige des traces de skis en relief. Sur les pentes latérales. Il faut distinguer quatre variétés de neiges croûteuses éventées (2) : 1. c. et celles-ci se transforment en îlots de formes et de grandeurs variées. surtout à la fin d'une série de beau temps. dont l'aspect est d'autant plus apparent que leur direction était parallèle à celle du vent principal. ne reprendra plus jamais sa consistance poudreuse originale. En outre. creusant toujours davantage autour de leur base. Il attaque les flancs des îlots qui lui sont opposés. Leur direction générale est perpendiculaire à celle du vent principal. et la surface neigeuse devient dense et compacte. est très dangereuse parce qu'elle forme des gonfles (qui crèvent sous le poids du skieur) et des avalanches connues sous le nom de planches de neige (Schneebrett . comme les rides formées par le zéphyr sur un étang. il arrache la neige tout autour de ces parties denses. mais peut se manifester également en plein hiver (1). on n'éprouve qu'une très faible résistance. peu glissante et très dangereuse sur lea pentes rapides (voir Avalanches). une fois fondue. l'action du soleil (qui est beaucoup plus efficace sur ces pentes que sur des plateaux) précède généralement celle du vent et en annule les effets. et spécialement au fœhn. Cette neige cartonnée.). Ici. La neige poudreuse. contrastant avec la surface des secondes. Le vent est venu: il a dissipé l'élément poudreux partout où sa densité était faible.-E. les cristaux de neige s'agglutinent et la neige se tasse. semblable à celle des vents sur les nuages (stratus) ou sur les sables (dunes). de par sa consistance. sèche et légère.. durcie par le vent. C'est la neige cartonnée. et l'érosion a laissé en relief deux barres neigeuses. Ce sont de beaucoup les plus intéressants et les plus compliqués. Son action est donc tout d'abord érosive. et qui sont d'autant plus gros qu'ils sont plus près de la surface neigeuse. 3° Neiges croûteuses (ou éventées). C'est une des neiges les plus désagréables au skieur. Par l'action du vent sur une neige poudreuse . S.-W. Par l'action du gel sur une neige molle ou printanière .-W. 2 Nous appelons neiges éventées celles dont la croûte est due exclusivement à l'action des vents. stratifiée durant le premier stade. le fœhn provoque une atmosphère lourde qui détruit la formation cristalline de la neige fondante et transforme cette neige en une pâte mouillée et lourde. Les neiges éventées se distinguent des neiges croûtées par leur teinte crayeuse et mate. Par contre. La fonte est due aux vents du S. C'est ce que Lunn appelle : cake powder (poudre à gâteau). sur les plateaux ou les glaciers exposés à la furie des vents (et principalement de la bise). . Par contre.-S. Si le vent augmente en intensité ou en durée. une fois gelée. sur des pentes rapides (S. et c'est précisément cette consistance qui la rend propice au ski. elle peut refondre sans plus jamais coller. Elle reste. semblables à ceux des névés.

qui brille au soleil comme de l'argent en fusion. Peu à peu. Sous l'action alternative du soleil et du gel. Au milieu delà journée. ce film de glace molle est rasé et procure une excellente friction qui empêche tout dérapage. Mais l'action du vent n'est pas exclusivement érosive. que favorables au skieur. avant le lever du soleil. sa puissance n'étant guère suffisante avant cette époque. juste suffisanté pour éviter le dérapage. le soleil fondra la neige. De bon matin. Il nous reste encore à voir quelle est l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. Nous venons de voir que l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse produit une neige croûteuse. 4° Neiges 'printanieres'. La croûte « filmée » est merveilleuse pour la glissade en ligne droite. avons-nons dit plus haut. Elle forme des cristaux qui conservent un certain temps leur caractère feuilleté. Croûte perforée. La fonte peut intervenir à n'importe quelle saison. Cette dureté devient parfois si grande que les skis se brisent contre elles. Même si l'on chemine à pied. Lorsque le processus de fusion diurne et de gel nocturne se répète jour après jour sous un ciel sans nuage. Par contre. et cette neige. En parlant de la neige poudreuse. Lorsque les skis commencent à tourner dans le virage. bien entendu. sauf de rares exceptions favorisées par une chute de neige récente. par exemple.n'offrant aucune résistance latérale. « On la trouve. La poussière neigeuse entraînée par son souffle va se heurter violemment aux vagues en formation et finit par y adhérer en partie. Elle est également commune en mai et juin sur les glaciers. La croûte mince cassera. la surface de ces vagues finit par se glacer. très mince. En plein hiver. Les skis n'y laissent aucune trace et dérapent latéralement. plus elle sera propice au skieur qui la parcourt de jour. et sous l'action du soleil printanier. mais elle reste plus ou moins unie. il arrive que l'érosion découpe des plaques de neige. même si elle n'est pas glacée. Nous trouverons là du « carton » ou de la « poudre à gâteau ». L'effet du soleil sur la neige dépend beaucoup plus de l'inclinaison et de l'orientation de la pente neigeuse que de la durée de l'insolation. se couvrira d'une croûte. nous avons déjà mentionné deux premières modifications (cristallisation) qui n'étaient. les pentes nord peuvent conserver leur neige poudreuse des semaines. avec Lunn. la vitesse peut être modérée en virant. Il y a donc simultanément érosion et sédimentation. La surface est dure et croûteuse. Comme le terrain parcouru par un skieur varie à tout moment d'inclinaison et d'orientation (dans ses détails. couverte d'un film glacé. C'est pourquoi les cols glaciaires et les cimes neigeuses ne sont généralement pas accessibles en ski au gros de l'hiver. Sur les parties du champ de neige où la densité superficielle était parfaitement régulière (éventualité toujours possible). Elle est composée d'une croûte solide. Ou bien. une croûte dure et glissante que nous appellerons. Plus le pente sud est rapide. La neige une fois croûtée. Croûte filmée. — même si la pente est généralement méridionale). les effets du soleil sur ces pentes seront directement opposés à ceux du gel nocturne. Sa consistance perforée a l'avantage d'offrir aux skis une certaine résistance. écrit Lunn. Au début. Plus la pente est rapide et plus la croûte était solide durant la nuit. Nous appellerons donc cette dernière catégorie : neiges printanières. C'est une délicieuse surface de glissement. et sa formation n'est pas encore bien expliquée. il faut de bons clous à ses souliers. parce qu'à tous moments. A température égale (de nuit. par contre. Elle doit son nom à une quantité de petits trous qui peuvent avoir le diamètre d'une pièce d'un sou. Plus on s'élève dans les hautes régions. qui sont finalement arrachées par le vent et lancées au loin. parce que le soleil ne les frappe que sous un angle très aigu. sur des glaciers couverts de croûte « filmée ». c. La densité de la neige étant maximale à sa surface. pour devenir de plus en plus compacts et granuleux sous. aux basses altitudes et au début du printemps. la croûte moyenne freinera sur les arêtes des skis (les virages impossibles). Rien n'est plus excitant qu'une glissade au lever du jour. Elle comprend toutes les sortes de neiges . L'action du soleil sera maximale entre 12 et 14 heures environ sur une pente orientée en plein sud et dont l'inclinaison est normale par rapport à ses rayons. L'élément poudreux une fois épuisé. croûtemarbrée. la croûte s'épaissit et devient de plus en plus dure. — Celle-ci est beaucoup plus rare. plus l'action solaire y sera puissante. plus la neige est dure et soufflée. on peut dire que la solidité de la croûte superficielle est directement proportionnelle à l'inclinaison de la pente et à son orientation méridionale. les vagues se durcissent. gelée durant la nuit. qui rendront les glissades scabreuses. et nous rencontrons alors des vagues à moitié formées. En étudiant attentivement la consistance des neiges sur ces pentes sud.. mou et transparent. Le jour. Elle perd sa teinte mate et brille au soleil. cette croûte fond superficiellement et devient skiablé.. séparant des espaces de neige encore poudreuse. le vent tombera avant que le processus soit achevé.la formation des vagues sur l'eau. b. la sédimentation et l'érosion cessent lentement. et par un beau gel). sous l'effet du fœhn. au lieu de les crever de leurs pointes. du reste. n'est plus affectée que par deux facteurs : le soleil et la fonte. l'action du soleil sur une neige croûtée (et surtout éventée) est plus particulière au printemps. l'action alternée du soleil et du gel. ou un coup de piolet pour pouvoir avancer.provoquera un pénible dérapage.et la croûte solide. cette croûte est mince et cassante. les vagues n'existent pas. Lunn a distingué différentes espèces de croûtes que nous allons brièvement passer en revue : a. ce terrain présentera des croûtes d'épaisseur très variable. après avoir complètement ravagé les hauts plateaux glaciaires. Le jour.

Cependant. Les avalanches peuvent être divisées en deux classes : les avalanches de fond (Grundlawineri). des théories et des principes désormais acquis. Si la neige poudreuse est le rêve du skieur hivernal. que ces bulletins météorologiques nous indiquent la direction des vents.. comme nous l'avons dit. la neige poudreuse est très rare au printemps et tout à fait inconnue aux basses altitudes. A cette époque. la neige printanière. les surfaces les plus houleuses se nivellent et. mais encore de l'inclinaison des pentes supérieures ou inférieures. plus ou moins épaisse. il ouvre les yeux et tâte la neige. Les conditions préliminaires sont celles qui précèdent la chute de neige. des pentes même très faibles ont été envahies par des avalanches détachées de pentes supérieures. — et cela en dépit de toutes les belles théories. durcie et gelée la nuit. la neige printanière retrouve tous ses charmes. alors que le sol en est encore dénué. on ne trouve plus en haute montagne qu'une neige parfaitement régulière. Peu à peu cependant. elle présente une quantité de cristaux granuleux et brillants. Certes. bien entendu). sous une forme nouvelle. tandis qu'après deux ou trois jours de soleil seulement. La consistance si variable des neiges. tout comme le chamois. Lunn s'adresse au skieur tout simplement. Mes lecteurs lui en sauront gré autant que moi. Les pentes qui l'hiver sont généralement houleuses et balayées parle vent. la topologie du terrain. les pressions barométriques et la prévision du temps. qui fondent à leur tour sous la puissance toujours croissante du soleil et finissent par se cristalliser sous forme de névés. La formation neigeuse la plus rebelle à l'action du soleil printanier est naturellement la neige en vagues (skavla). par-ci par-là. plutôt qu'avec nos physiciens les plus illustres. déjà signalé en plein hiver. les pentes concaves sont plus sûres que les pentes convexes. SCHUSSFAHRT 2 Nous emploierons ce qualificatif pour toute pante où la neige est stabilisée. celle-ci ne s'améliore pas avant la prochaine précipitation. La principale transformation est celle des neiges éventées. . sur des pentes invisibles et pour des causes objectives. il y a peu de chances que la neige recouvrant la pente supérieure puisse supporter la traction inférieure au point où la pente s'infléchit. pour ainsi dire. quelques notes personnelles. et le skieur se meut en toute liberté. Les indications météorologiques sont trop générales pour remplacer les observations personnelles faites sur place. on a rarement observé des avalanches glissant sur des pentes d'une inclinaison inférieure à 23°. Idetboden. Lorsque la croûte commence à fondre sous l'influence du soleil. les avalanches peuvent se détacher bien au-dessus de lui. Mes amis Maurice Croftez. Par contre. l'action irrégulièr» des vents. caractérisées par le glissement d'une couche superficielle. En général.. c'est-à-dire les avalanches qui arrachent la neige jusqu'au sol. il est bon d'examiner les conditions préliminaires qui favorisent la formation de ces avalanches. présentent au printemps une merveilleuse surface de glissement. E. en état de suspension. il faudra bien quelques années au skieur alpin. l'inclinaison et la nature du terrain sur lequel va reposer la neige. elle permet de très belles glissades. Le processus de fonte diurne et de gel nocturne.. mais en pratique?.croûteuses et éventées dont nous avons parlé précédemment. Une pente qui pourrait offrir toute la sécurité désirable si elle finissait en mourant. se prolonge au cours du printemps. La transition entre l'hiver et l'été n'est pas définie. Joseph Knubel et Casper Grass n'ont probablement jamais enfin parler de poids spécifique. enfin. a bien voulu m'autoriser à traduire ici le chapitre IV de son Alpine Skiing.. — et les avalanches superficielles. cristalline ou granulée le jour. peut être excessivement dangereuse lorsqu'elle se termine rapidement. telles sont les notions qui serviront à guider le skieur et a le préserver du danger qui le menace. Renonçant habilement à toute pédanterie scientifique. Arnold Lunn. car la neige recouvrant la pente douce est. en mai et juin. que ce poids spécifique est le quotient de deux chiffres indiqués journellement par nos bulletins météorologiques (hauteur de la couche de neige fraîche et hauteur de précipitation en millimètres d'eau). est tout aussi bonne et même plus sûre. Je ne me suis pas attaché aveuglément à son texte . Cette neige granulée est familière aux skieurs printaniers et leur offre une excellente surface de glissement. Dans ce cas. ou de glace. Ce qui caractérise la neige printanière aux hautes altitudes. et lui parle de ce qu'il ne devrait pas ignorer avant de s'aventurer en montagne. Le montagnard. Elle ne bénéficie plus du support naturel que procure une base concave finissant en pente douce. Tout cela est très joli en théorie. Ce sont : les formes topographiques. Aussi longtemps qu'elle conserve cette consistance granulée. et j'ai ajouté. La neige printanière a sur la neige poudreuse un gros avantage : une fois abîmée par les vents. B. un des grands avantages du ski printanier. et cependant je préférerais beaucoup mem cr avec eux pour traverser les Alpes en ski. — AVALANCHES1. Des pentes qui s'incurvent brusquement après avoir été faibles sont toujours sujettes à caution. et celles dont l'inclinaison diminue plus sûres que celles dont l'inclinaison augmente vers la base. Avant de discuter des avalanches en général et d'analyser plus exactement leurs subdivisions. Kygrr. possède un instinct qui ne la trompe guère. c'est. Une pente rapide (et concave par exemple) dont l'inclinaison diminue progressivement pour finir en horizontale est infiniment plus sûre (2) qu'une pente convexe dont la partie inférieure est plus inclinée que la partie supérieure.. Jusqu'à présent. c'est sa parfaite régularité. car un glissement superficiel (qui serait anodin si la pente se terminait en mourant) peut être fatal pour un skieur entraîné vers les rochers inférieurs 1 On a tant écrit sur cette question des avalanches qu'il serait outrecuidant de vouloir exprimer. Lorsqu'il sent le danger. Toute pente dominant une paroi rocheuse est naturellement plus dangereuse. Pour acquérir cet instinct. j'en ai supprimé tout ce qui me paraissait inutile (ou même douteux). sur une couche de neige durcie. les vents n'ont presque aucune influence sur les neiges (sauf le fœhn. un des skieurs les plus versés dans la matière. La stabilité d'une pente neigeuse ne dépend pas uniquement de son inclinaison. Mais il sondera toujours avec son bâton ce qu'il ne peut scruter du regard. Ce sont les neiges typiques du printemps. Les skis glissent sans y enfoncer. Il est entendu que le danger des avalanches est une fonction directe du poids spécifique de la neige (ie poids d'un mètre cube de neige varie entre 50 et 800 kilogrammes). adoucie par les premiers rayons du soleil.

les dernières. Elle du reste beaucoup avec la consistance de la neige.La chance d'échapper à une avalanche dépend beaucoup de la nature du terrain où elle finit par s'immobiliser. si vous êtes surpris par une avalanche dans un couloir. la masse neigeuse nécessaire pour former une véritable avalanche est infiniment plus considérable. 4° Avalanches de vieille neige mouillée (Grundlawinen des anciens auteurs). est très dangereuse. réalise précisément ces conditions : l'avalanche ira butter et s'entasser contre elle. comme le bord d'un précipice. Une herbe que l'on ne fauche jamais finit par se coucher en aval et présentera une surface excessivement glissante. et la glace est naturellement la pire de toutes les surfaces. Le torrent coulant au fond de cette vallée exerce une forte érosion sur la neige qui le recouvre. CLASSIFICATION DES AVALANCHES. Une avalanche glissant sur cette pente ira s'entasser contre l'arête. Heureusement. ou que l'avalanche s'étalait en éventail sur les pentes inférieures. A certaines époques. dont la croûte a été foncièrement fondue) . est beaucoup plus sûre qu'une pente de gazon. au contraire. inclinaison et formes topographiques de la pente sur laquelle l'avalanche se détache. par contre. parce que la victime est engloutie dans la neige et que cette neige. Elle offre par conséquent un meilleur support à la neige. Un danger analogue est à craindre partout où une arête tributaire strie la pente. La nature du terrain sous-jacent est un facteur d'importance vitale. Jusqu'ici. envahissant le fond de la vallée. Bien des skieurs s'en sont tirés indemnes. au cours de l'hiver. ces éboulis se couvrent de neige. De telles vallées doivent donc être évitées. Les anciens auteurs subdivisaient les avalanches en Grundlawinen (avalanches de fond) et en Staublawinen (avalanches poudreuses). il est parfaitement indifférent pour lui que l'avalanche soit plus ou moins épaisse. plus le rôle de la surface sous-jacente originale devient négligeable dans le problème des avalanches. — par opposition aux avalanches de vieille neige mouillée. Une forêt épaisse offrira une sécurité suffisante. Les pentes de gazon rapides offrent une surface dangereuse. beaucoup d'avalanches sont superficielles et glissent sur une couche de neige durcie . Il arrive parfois qu'une couche superficielle se détache et entraîne le skieur. Le fond d'une vallée n'est pas seulement dangereux pour les raisons que nous venons d'indiquer. 2° Avalanches de neige fraîche humide (c'est-à-dire «le neige poudreuse qui a commencé à fondre. puisse facilement écraser les buissons et même les arbres. toute la masse neigeuse s'effondre en glissant. L'herbe régulièrement coupée est généralement courte et drue en hiver. ou parcourues seulement lorsque les conditions offrent une sécurité absolue. Une couche fortement croûtée. Les trois premières sont des avalanches gén. après avoir été charriés sur plusieurs centaines de mètres. lancée en pleine course. si l'on a soin d'éviter les clairières ou les couloirs qui sont la voie préférée des avalanches. ce qui exigera quelques efforts pour regagner le point atteint. De fait. de sorte que la nature du terrain sous-jacent et les aspérités éventuelles qu'il présente ont une très grande importance. couverte d'arbres ou de buissons. Je propose le nom de glissement neigeux (snow-slide) pour désigner ces petites avalanches qui ne sont dangereuses que lorsqu'elles entraînent le malheureux vers un terrain coupé. Je préfère donc diviser les avalanches en quatre classes principales : 1° Avalanches de neige poudreuse sèche . De gros éboulis offrent une excellente garantie contre le danger des avalanches. la neige s'y attache parfois très fermement et transforme la pente glacée en pente neigeuse. sera presque toujours fatale. plus l'hiver avance. 1 On appelle neige poudreuse sèche celle qui tombe par de grands froids. des avalanches typiques de printemps. vous serez étouffé par la pression. car une avalanche de fond peut très bien être composée de neige poudreuse et donner l'illusion d'une Staublawine. les inconvénients se réduiront à une perte d'altitude et de temps. et cette neige peut s'effondrer brusquement. mais. cou verte de neige molle. et cela uniquement parce qu'ils avaient réussi à se maintenir à la surface de l'avalanche. vos chances de salut sont plus grandes lorsque le couloir s'élargit au-dessous du point où vous avez été atteint. sur laquelle une nouvelle couche pourra glisser à son tour. 3° Planches de neige (Schneebrett) . sans être retenue par les éboulis sous-jacents. Une grosse moraine. 1° Avalanches de neige poudreuse sèche (1). nous avons examiné les conditions préliminaires: nature du terrain avant la chute de neige. au moment où la neige force son chemin entre les parois resserrées du couloir. Mais une avalanche qui suit le fond d'une vallée étroite. surtout lorsqu'elles tombent de hautes parois rocheuses. par exemple. et le skieur sera écrasé entre l'arête et l'avalanche. Un autre facteur important est l'épaisseur de la couche neigeuse. Les nuées de poussière neigeuse sont communes dans presque tous les types de grosses avalanches. hivernales . Cette classification me paraît défectueuse. S'il s'étrangle. au commencement de l'hiver ou à la fin du printemps. par exemple. Mais. surtout au commencement de l'hiver et à la fin du printemps. moins inclinées. Bien qu'une mince couche de neige (quelques centimètres à peine) soit suffisante pour former un glissement (surtout si cette couche repose sur de la glace). se congèle instantanément par suite des pressions latérales. persistant même après sa chute. surtout lorsqu'elles ne sont jamais fauchées. Mais. resserrée entre deux versants rapides. Je réserverai. De même. si le glissement entraîne le skieur par-dessus une paroi rocheuse ou dans une rimaye. Si la pente finit en mourant. bien qu'une grosse avalanche. Elle ne forme pas de pelotes et ne colle pas . Une pente jonchée de blocs rocheux. le nom d'avalanche à toutes celles qui sont assez puissantes pour engloutir le skieur et le tuer éventuellement.

suspendues comme celles de la lave après les éruptions volcaniques. De jour. couche des forêts entières de l'autre côté de la vallée (Val Ferret). une foi croûtée. par contre. Cette neige fraîche humide est très dangereuse. D'autre part. suivant la quantité de neige mise en mouvement. Elle se produit après des chutes de neige tombée par de grands froids. plus fertiles en avalanches. les skis ne glissent pas dans cette neige lorsqu'elle est à l'ombre. à condition qu'elle présente une neige poudreuse cristalline. quand le vent persistant accumule de grandes quantités de neige derrière des arêtes par le beau temps et le froid. A moins d'être très violent. ils seront souvent tentés de traverser une pente sud où la neige poudreuse est précisément en train de fondre. Mais. emporte les maisons des villages. Dans l'Himalaya. L'avalanche engendre un courant d'air excessivement puissant et destructif. les pentes sud sont généralement plus sûres que les pentes nord. elle en conserve encore une certaine quantité. D'autre part. Lorsque souffle le fœhn. il peut rendre la neige douce. Au printemps et aux hautes altitudes. Le fœhn sec est beaucoup moins dangereux que le fœhn humide. deux ou trois jours clairs et froids rendront aux pentes nord toute leur sécurité. Celles qui sont très longues et rapides (ou qui dominent des parois rocheuses) restent. Les avalanches de neige poudreuse sèche vraiment dangereuses n'ont lieu que sur des pentes longues et rapides. ces glissements s'arrêteront après quelques mètres. comme elle est également détestable pour le ski. il est vrai. Des arbres et des maisons peuvent être balayés. et le danger des avalanches également. car il n'a jamais le temps de se sauver. les pentes nord conservent généralement leur neige poudreuse plusieurs aux skis. je n'hésiterais pas à traverser toute pente inférieure à 35° d'inclinaison. La violence du courant d'air augmente encore lorsque le flux s'engouffre dans un espace resserré. Parmi ces pressions. sans qu'ils aient aperçu une particule de neige. mais. C'est celle que le vent soulève en fumées sur les crêtes et qui vient se déposer dans les bas-fonds à l'abri du vent. même en plein hiver. Une forte pression externe est nécessaire pour la détacher. cette croûte peut devenir douce ou cassante. C'est surtout une avalanche d'hiver qui n'a pas besoin de soleil ou de fœhn pour descendre . 7. il est toujours très dangereux de faire du ski en haute montagne. Mais. la neige est bientôt fondue de part en part. mais. toutes les pente rapides (et beaucoup de pentes modérées) deviennent très dangereuses. Après quoi. Après deux ou trois jour de beau temps. presque aussi destructives que celles qui tombent au printemps. on peut voir dans l'air des particules neigeuses. couverte de croûte dure. Sur une pente sud rapide. Par un jour sans vent et une température au-dessous de zéro (à l'ombre). XVIII. les pentes sud sont débarrassées de leurs avalanches. vous verrez souvent de grosses avalanches de fond. Sous l'action du fœhn humide ou d'une fonte générale. humide et dangereuse. Mais. Sa fluidité est énorme et sa friction interne presque nulle. 2° Avalanches de neige fraîche humide. toujours dangereuses. sinon les accidents seraient beaucoup plus fréquents. une pente n'émettra plus d'avalanche avant de recevoir une nouvelle chute de neige. J'ai souvent expérimenté la neige fraîche à de basses températures et j'ai constaté qu'il était presque impossible de détacher une avalanche sur une pente inférieure à 35° d'inclinaison et à 100 mètres de hauteur. Longtemps après la chute de l'avalanche. elle part à toute heure de la journée ou de la nuit et est à redouter encore longtemps après la dernière chute de neige. L'effet de la fonte donne à la neige cette cohésion et cette densité qui lui manquent précisément lorsqu'elle est encore sèche et poudreuse. Lorsque la neige poudreuse s'est transformée en neige cristalline (c'est-à-dire lorsque la poudre légère et sèche a été convertie en cristaux de grandeur appréciable). le danger des avalanches poudreuses sèches peut durer un jour ou deux. « Cette avalanche est foudroyante et la plus dangereuse de toutes pour le skieur. sans chute. Ce qui la rend particulièrement dévastatrice. il affecte rarement les pentes nord. le danger des avalanches diminue sensiblement ( 1). Par un fœhn violent. » (Ski. peut jeter un char de fumier attelé de deux chevaux et le cocher d'un côté de l'Inn à l'autre. De petits glissements sont naturellement possibles. une avalanche tombant sur un versant de la vallée peut en détacher d'autres sur le versant opposé. surtout lorsque la surface sous-jacente est durcie. Un coup de vent peut transformer une vallée en une véritable souricière. mais ces avalanches tomberont généralement dans les deux ou trois jours qui suivent la chute de neige . L'humidité de l'air sature la neige et augmente son poids. qu'elle diminue vers la base et qu'elle ne surplombe pas une paroi rocheuse. Après quatre ou cinq jours de ce régime. L'hiver. Dès que la neige poudreuse est soumise à une fonte superficielle (provenant soit d'une hausse de température. mais coule entre les doigts comme du sable fin. la neige tombera à une température supérieure à zéro. ordinairement (sauf au printemps). 1 Ceci parce que la neige est tassée et par le fait que la friction interne de la neige cristalline est plus grande que celle de la neige poudreuse. mais de telles hausses de température sont rares en hiver. au-dessus de 6 ooo mètres environ. Même une fois tassée. lorsque la couche de neige est suffisante pour former une grande avalanche. ou si le froid suit immédiatement une chute de neige humide. Davantage même. c'est le courant d'air qui la précède et qui. et la neige qui les recouvre encore n'est plus qu'une croûte plus ou moins dure et glissante. sur une pente sud. la neige fraîche contient une grande quantité d'air. Elles sont. Les charmes sont du reste minimes à ce moment-là. celle du vent est la plus dangereuse. même lorsqu'ils se trouvent en dehors de la voie de l'avalanche. peu de skieurs se mettront en route en ce moment-là . Quelques jours de beau temps rendent la plupart des pentes nord absolument sûres. Une forte hausse de température peut rendre une pente croûtée dangereuse à son tour. Parfois. de sorte que les avalanches de fond sont normales. les pentes sud sont généralement dégagées de leur neige superficielle. soit de l'action solaire). son poids et sa cohésion augmentent. Celle qui reste fond le jour et gèle la nuit. en règle générale.Avant d'être tassée. . ou. la pente sud sera croûtée et offrira une sécurité suffisante. tel que le fond d'une vallée étroite.) Après une forte chute de neige.

Cette poudre sèche repose souvent à même le sol. c'est-à-dire d'une neige fraîche (1). ou encore neige cartonnée. La neige arrachée du versant exposé au vent viendra se déposer sur le versant abrité du vent. quoique désagréable au skieur. Parfois cependant. Le skieur devra observer très attentivement les effets du vent. Il faut être excessivement prudent en traversant une pente où la neige s'est accumulée sous l'action du vent. qui laisse un espace creux (gonfle) entre le carton et la neige sous-jacente. des avalanches de neige fraîche humide. la neige sera chassée en tourbillons par-dessus des arêtes et viendra se déposer sur les versants abrités ou dans les combes. D'autre part. Bien qu'elle offre encore une excellente surface. La gonfle est simplement un cas particulier (assez rare. La neige soufflée. Une formation plus dangereuse encore est la planche de neige (Schneebrett). suivie d'un nouveau gel. sèche et légère de neige hivernale. peut former par endroits une voûte. Nous dirons donc qu'une neige poudreuse est nouvelle tant qu'elle reste poudreuse. La poudre printanière. ce carton. On a prétendu que ces gonfles se formaient à l'abri du vent et le Schneebrett sur les pentes exposées au vent. de sorte que la neige qui tombe (soufflée par le vent) ne s'attache pas facilement à la neige sous-jacente. Mais la direction des vents change d'un jour a l'autre. Elle se rencontre sur les glaciers et. Toute arête divisant une pente balayée par le vent présentera un côté exposé au vent (windside) et un côté abrité du vent (leeside). Scbneebrett). Une croûte tout comme une neige douce (formée par la fonte d une croûte superficielle) sont donc toutes deux des vieilles neiges. Jusqu'ici. Pour que deux neiges de densités différentes forment un tout homogène. Des avalanches de poudre printanière sont. tandis que la poudre printanière provient de la fonte d'une neige poudreuse. La neige étant presque imperméable aux rayons solaires. à proprement parler. les combes neigeuses conduisant aux cols glaciaires et les champs de neige les mieux abrités reçoivent la plus grande quantité de neige. la poudre printanière est très propice aux avalanches. Dans les hautes Alpes. il sera très méfiant en traversant le côté abrité d'une arête. dense ou légère. au lieu d'être en contact intime avec la neige sous-jacente.jours. enneigement des versants abrités) se manifestent tout à la fois à une grande et à une petite échelle: à une grande échelle lorsque les combes neigeuses sont alimentées par la neige arrachée aux arêtes qui les dominent . neige en vagues). nous nous sommes occupés de neige soufflée (ou éventée) dont la consistance poudreuse peut être douce. L'expansion et la contraction résultant des changements de température affectent différemment les couches de densités et de caractères 1 Une neige est dite nouvelle lorsqu'elle n'a pas encore été croûtée et vieille lorsqu'elle est croûtée. elle peut rester longtemps poudreuse sous une croûte dure et soufflée. comme toute pente où la neige s'est déposée en tourbillon. à une petite échelle. C'est l'avalanche la plus traîtresse de toutes. La poudre printanière est la plus dangereuse de toutes. les skieurs ignorants sousestiment son danger. C'est une erreur commune de croire que les pentes sud sont plus dangereuses que les pentes nord. Elle est plus humide et plus cohésive que la neige poudreuse sèche. et ceci augmentera les difficultés du diagnostic. En hiver. sont des exemples à petite échelle. Elles doivent cependant être distinguées des avalanches de vieille neige humide. C'est pourquoi elle tend à glisser durant les heures chaudes de la journée et doit être abordée avec toute la prudence nécessaire. que par l'action du soleil. est une croûte dure et glissante. Cette sorte de neige est produite par la fonte de la croûte superficielle. une neige tombée en juin peut être transformée en croûte et vieillir en moins de vingt-quatre heures. ou bien elle présentera une de ces croûtes dues au vent (neige stratifiée. cette différence n'existe pas. comblement des trous. parce qu'au moment où d'autres pentes sont abîmées par le soleil. et elle est plus propice aux avalanches. Ainsi. sur une pente exposée au vent et striée par des arêtes minuscules. 2 Certains auteurs font une différence entre le Schneeschild (gonfle) et le Schneebrett. elle reste très favorable au ski et devient par conséquent très tentante. Les effets du vent (dénudation des arêtes. Elle est formée par une croûte durcie de neige soufflée. nous l'avons dit plus haut. 3° Planches de neige (Windslab . La neige soufflée (ou éventée) est plus lourde et plus adhésive que la poudre ordinaire. C'est précisément ce carton que l'on appelle planche de neige. c'est presque toujours le contraire : les avalanches printanières sont provoquées par la température générale de l'air et l'état de l'atmosphère. Un mur. Si le vent est violent. les chutes de neige sont généralement accompagnées de vent. de façon à produire une fonte. Dans les deux cas. l'intimité du contact entre la planche neigeuse et la neige sous-jacente est sujette à caution. sera d'une densité différente de celle de la neige sousjacente. Cette neige perdra peu à peu sa consistance poudreuse. Lorsqu'il remarquera que des neiges ont été exposées à sa violence. Celle-ci peut être une neige douce ou une croûte durcie. une haie. Les planches de neige ie se forment qu'à la longue. La neige cartonnée. « poudre à gâteau ». la température est généralement bien inférieure à zéro. . etc. lourde. elle présente dans bien des cas une sécurité suffisante. par conséquent plus dangereuse. Comme elle se rencontre généralement sur les pentes nord. il faut précisément une température supérieure à zéro. sous l'action combinée du soleil et du vent. formée par le vent. Ceci est un facteur absolument nécessaire à la fusion commune de deux couches successives de neiges différentes. Au printemps. La couche supérieure et la neige sous-jacente sont soumises à des tractions différentes. Pratiquement. Sa densité étant différente de celle de la neige sous-jacente. dû au fait que l'endroit ou se forme la gonfle est plus ou moins excavé. par contre. Elle se détache plus facilement de la surface sous-jacente. une fois transformée en croûte dure. Les pentes épargnées par le vent au moment de la tempête sont ravagées par la bise dès que le temps s'éclaircit. ou poudreuse que la neige poudreuse ordinaire . Une neige soufflée peut naturellement se couvrir d'une nouvelle couche. la plus difficile à prévoir et la plus incalculable comme effet. repose invariablement sur une croûte dure. La neige chassée d'un versant à l'autre peut être plus ou moins dense. . du reste) des planches de neige. elle tend à se décoller de sa base (2).

. La croûte formée par le soleil et le gel subséquent épouse progressivement la neige sous-jacente. laissant l'air s'échapper comme par une soupape. Ceux qui visitent les Alpes en mai peuvent seuls apprécier à sa juste valeur la puissance des avalanches. qui agit comme lubrifiant entre la couche de neige et la croûte sous-jacente. La neige est saturée d'eau. Ces avalanches de vieille neige humide sont naturellement beaucoup plus mortelles que celles de neige fraîche. Parfois. à la fin du printemps. Une pente sud. croûtée par l'action alternative du soleil et du gel. entraînant avec elle une grande partie de la neige sous-jacente. Il n'existe pas. Dès que le soleil a fondu la croûte superficielle. C'est une expérience intéressante. Les couloirs ou les clairières allongées qui strient les forêts sont leurs voies préférées. ne produira pas d'avalanche tant que la croûte n'est pas fondue. Une étude approfondie des pentes sud permettra au skieur de distinguer les croûtes formées par la fusion et le gel de celles formées par le vent. qui trahit l'action du vent par une légère apparence stratifiée. les avalanches sont provoquées par la fusion interne de la neige couvrant le sol. L'avalanche finit par s'arrêter bien bas. on peut la considérer comme absolument sûre. si vous êtes englouti par cette vieille neige humide. Mais. En outre. tirant une langue chargée de blocs neigeux. Ces planches de neige peuvent s'effondrer à n'importe quelle température. Cette vieille neige humide est naturellement très dangereuse. aussi longtemps que la croûte n'est pas en fusion. un plan de clivage régulier. Lorsque cette cabane n'est accessible que par des pentes rapides ou par une vallée étroite. Sa surface dure et polie donne une fausse impression de sécurité. Au printemps. plus le soleil devient puissant. On aura tantôt de la neige douce. car une croûte ainsi formée s'effondre rarement en avalanche. L'autre est au contraire brillante au soleil. la plupart des pentes sont soumises plus ou moins profondément à la fusion due au soleil. Les avalanches superficielles de vieille neige humide sont plus fréquentes que les Grundlawinen. Le bruit des grandes avalanches alterne avec celui des petits glissements et les parois se renvoient des milliers d'échos. L'expert pourra très bien différencier ces deux croûtes: la planche neigeuse est généralement composée d'une neige plâtrée. Les routes qui traversent leur voie habituelle doivent être protégées par des tunnels. sondez la neige avec le piolet et tâchez de reconnaître si elle est homogène ou si elle repose sur une couche de neige tendre. Il est important de bien distinguer entre la croûte formée par l'action du soleil et celle formée par l'action du vent. il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre patiemment la chute du fœhn. vous aurez toutes les peines du monde à vous en dégager. dure et glissante. Une croûte absolument indépendante est susceptible de différentes tractions. le carton devient cassant. la formation d'une planche de neige est anormale. la neige finit par devenir compacte et lourde. La croûte superficielle et la neige sousjacente s'épousent insensiblement. de sorte que. Les grandes avalanches du printemps (Grundlawinen) suivent généralement des voies connues et bien définies. foncée par la boue et piquée d'arbres ou de buissons. Les planches de neige ne se rencontrent généralement qu'en plein hiver. d'où résultera finalement la voûte (gonfle) décrite plus haut. d'être cloîtré dans une cabane au mois de mai. des ponts et même des villages entiers. la planche de neige. Livintsu. n'a pas en réalité la solidité apparente.différents. Si vous soupçonnez la présence d'une de ces gonfles. Le fait que la première est dangereuse tandis que la seconde ne l'est pas. le danger d'avalanche existe. Une neige soufflée peut recouvrir une neige poudreuse. Par un froid excessif. Car. tend à former un arc sur une voûte plus ou moins creuse. par une brusque tempête de fœhn. si la pente est concave. mais bien de la différence de contact entre la croûte supérieure et la neige sous-jacente. Des quantités incroyables de neige s'effondrent alors de la montagne. 4° Avalanches de vieille neige humide. Le skieur traverse ces pentes sans se douter que la croûte superficielle. ces avalanches détruisent parfois des chalets. Plus le printemps avance. A la suite d'un hiver rigoureux. entre ces deux neiges. entraînant des arbres et des blocs de pierre. nous avons : * Lmutun. ne provient pas de ces différences superficielles. sinon agréable. indiquant l'homogénéité plus ou moins grande de deux couches superposées. A chaque instant. Ces deux croûtes présentent un contraste fort instructif. Il est difficile de déceler sur la neige des signes certains. La vieille neige humide du printemps pèse environ dix fois plus que la neige fraîche hivernale. La croûte formée par le vent est parfois complètement détachée de la couche sous-jacente. même si vous n'êtes 1 En Suisse. car le soleil de mai est si puissant qu'il fond toutes les croûtes. Quelques-unes d'entre elles portent des noms locaux (1) et tombent à date fixe. reposant sur une croûte. dans ces combes abritées du vent où s'amasse la neige enlevée des arêtes. Celles-ci sont particulières au printemps. Dans l'après-midi (et aux basses altitudes bien avant midi). il entendra un sourd craquement : la croûte s'affaissera sous son poids. alors que toutes les avalanches ordinaires sont déjà tombées. ces avalanches superficielles tombent journellement. Il peut craquer après des jours et même des semaines de beau temps. et toute la planche s'effondrera en plaques disjointes. même celles formées par le vent. Dès le mois de mai. tantôt une neige superficiellement croûtée. par exemple. sans qu'il y ait entre elles la moindre connexion. A force d'être fondue et regelée. le terrain devient assez chaud pour fondre la neige qui le recouvre. une avalanche s'écroule. Tout à coup. La planche de neige est la variété la plus dangereuse et la plus décevante de toutes les avalanches. La couche superficielle (ou planche de neige) peut se contracter plus ou moins fortement que la couche sousjacente. en se contractant. mate et crayeuse. On rencontre ces planches de neige à l'approche des cols glaciaires.

Ce phénomène se produit. ou en roulant sur soi-même hanche sur hanche. après neuf heures du matin. Je n'ai été pris qu'une seule fois par une avalanche et. en ouvrant une trace continue. les buissons. Elle laisse derrière elle une tranche parfait nette. et dans la poussière de neige qui pénètre sous une forte pression dans le nez et la bouche et provoque la mort par asphyxie. Une fois englouti. En mai. Vous n'y parviendrez que si vous avez eu le soin de détendre leurs fixations avant de traverser la pente fatale. Des pentes dangereuses devraient toujours être traversées le plus haut possible. dominées par une paroi rocheuse. et d'autres obstacles naturels au glissement de l'avalanche. ce temps. Dès qu'une croûte commence à se former sur la neige. Tactique à suivre sur un terrain avalancheux. tout danger d'avalanche disparaît. Celui qui se laisse aller est perdu. qui descend sur une pente raide et qui se précipite dans le vide. qui permet une traversée moins exposée. pour descendre ensuite seulement dans la vallée. Mais l'avalanche printanière ne contient que de l'eau et provoquera une asphyxie presque instantanée. deviennent immédiatement très dangereuses. Les limites du danger sont élastiques et mal définies. entre le coucher et le lever du soleil. entre la neige et les rochers. Il existe souvent là un petit corridor. il ne vous reste plus aucune chance de le faire. elle m'avait emporté vingt mètres plus bas. Il est vrai que les chamois sont parfois tués par les avalanches. Si l'on est pris par une avalanche en poussière. p. Les avalanches printanières franchissent parfois une rivière. par exemple. J'ai souvent été frappé de voir des traces de chamois sur des pentes de 40° à 50° d'inclinaison. Le piéton. la neige s'éparpille dans les airs en tout ou en partie. qui peut entraîner le touriste. paroi neigeuse qui mesure exactement l'épaisseur de l'avalanche à son origine. Une avalanche sera beaucoup plus dangereuse si elle fond sur vous que si elle se détache sous vos skis. en été. tâchez de conserver la tête hors de la neige (1). puisque la neige s'éparpille sur une grande étendue. surtout par le fœhn. Par suite de sa friction sur la base. Avant que le courant s'arrête tout à fait lever les bras si la tête n'émerge pas. Il est souvent impossible de faire le moindre mouvement à l'arrêt du torrent. vous devriez adopter la tactique du nageur. 91-92. La raison en est bien simple : le chamois ne coupe pas la neige. Les éboulis. juste au pied des rochers. La règle la plus simple serait d'éviter complètement tout terrain avalancheux. cette croûte s'adoucit très vite et. Lorsque le fœhn souffle au printemps. On a prétendu qu'un skieur pouvait échapper à une avalanche en pointant ses skis vers le bas et en fuyant à toute allure. Tenir la tête en l'air. on devra. L'avalanche ne roule pas comme une simple boule de neige. il faut se maintenir à la surface en exécutant des mouvementn de natation. au-dessous de la zone des glaciers. il faut avant tout protéger la bouche et le nez. mais offrant la seule voie possible. immédiatement après. de sorte que vous pouvez survivre quelque temps même si vous en êtes entièrement recouvert. Chaque avalanche dépose un peu de neige sur ces sortes de vires transversales et finit par égaliser peu à peu la pente qui devient glissante et ne présentera plus aucun obstacle à l'avalanche. Estimez-vous très heureux si vous avez le temps d'enlever vos skis. même modérées. Avant tout. invariablement. de façon à y parvenir dans les premières heures du jour. le risque des avalanches devient bientôt formidable. ou même plus tôt. Essayer de se creuser un trou d'air au dernier moment. 1 « Si l'on est pris par l'avalanche. Elles glissent sur des pentes qui. Des pentes rapides. de sorte que presque toutes ces pentes pourront être traversées sans crainte. Malheureusement. Débarrassé de vos skis. Elle se détache avec un sourd craquement et provoque le brusque effondrement d'une profonde couche de neige. et les ponts de neige couvrant ces tunnels ne doivent être traversés qu'avec beaucoup de prudence. Les routes et les saillies étroites qui coupent une pente rapide ne tardent pas à se niveler complètement. Il consiste alors dans le déplacement d'air dans le sens de la chute. mais entre la certitude d'un bivouac et l'éventualité d'une avalanche. Plus d'un skieur a trouvé la mort en passant une rivière sur ces restes d'avalanche. un temps pendant lequel la couche glisse. le danger diminue. Il faudra choisir non seulement entre l'abandon de l'expédition et le risque d'une avalanche. Si c'est une avalanche sèche. vous aurez beaucoup plus de chance de vous en tirer. il faut lutter à l'extrême. car les skis vous entraînent dans le remous et suppriment tout espoir de revenir à la surface. Ceci est absurde. surtout si la neige est mouillée. Lorsqu'une avalanche vient de partir. plus le danger augmente. Celle-ci devra alors s'y creuser un tunnel. Tant que la neige est en mouvement. il y a toujours.recouvert que par une mince couche de neige. La plupart des avalanches printanières se détachent au-dessous de la limite neigeuse estivale. En descendant dans une vallée. La région des névés une fois atteinte. ce mouvement d'abort. de la puissance du soleil et de la température plus élevée de l'air. divise la pente en deux et prive la neige de son support naturel. La neige poudreuse contient une grande quantité d'air. les chances d'y échapper sont infinitésimales. Etho fas Alpes.traverser une pente apparemment dangereuse. Une fois l'avalanche sur vous. 1916. Un skieur détachera beaucoup plus facilement une avalanche qu'un homme à pied. le touriste peut se maintenir à la surface. finissent par être recouverts d'une couche toujours plus épaisse. sont complètement dénuées de neige. pendant. Si l'avalanche vous atteint dès son début. il se produira un gel sensible. Non seulement par suite de la quantité de neige. Durant les nuits claires. le skieur doit souvent combiner son retour au refuge. La trace d'un chamois forme un chapelet de petits trous et provoque rarement un effondrement. glissant devient un roulement. les blocs. offrent généralement un passage favorable. En mai. comme le skieur qui. » (RuTOKRS. Mais il existe bel et bien. toutes les pentes. Il y restera alors jusqu'au coucher du soleil. Plus l'hiver avance. mais aussi parce que les inégalités du terrain disparaissent peu à peu. il est souvent possible d'atteindre la rive du torrent et de se sauver en exécutant des mouvements de natation. ce qui renverse le touriste et l'entraîne dans l'intérieur de la masse en mouvement. bien avant d'avoir pu diriger mes skis vers la pente. et vous comprendrez combien l'avalanche peut être brusque et homicide.) . Tant que le torrent de neige est en mouvement. Observez la neige glissant d'un toit. ce n'est pas toujours chose possible. mais ils bénéficient certainement d'une grande immunité. Le danger ne consiste plus à être enseveli.

C'est là une précaution souvent négligée. En l'observant. on évitera non seulement d'exposer plusieurs skieurs à la fois.comme le chamois. il y a bien des chanee-pour qu'une portion du cordon reste à la surface. il peut encore être sauvé de l'asphyxie ou du gel plusieurs heures après avoir disparu. Ne vous encordez jamais pour traverser un terrain avalancheux. etc. on choisira l'itinéraire qui emprunte des replats ou des côtes. des couches. de continuer. En prenant une pente de neige en écharpe. ses pieds enfonceront jusqu'à la vieille croûte sous-jacente. Ils éviteront de se dépasser l'un l'autre. Dans ce cas. «A la descente. retournez en arrière. la mettre en mouvement et découvrir éventuellement le corps du skieur» ( 3). asseyez-vous sur vos skis et laissez-vous descendre par une glissade assise et directe. S'il est nécessaire. Bilgeri. Si le terrain est strié de plusieurs côtes (arêtes). observer l'inclinaison. 3 Bilgeri recommande l'usage du Lawinenschnur pour traverser les pentes exposées aux avalanches. Si le skieur emporté n'a pas été blessé mortellement par la chute de l'avalanche. C'est un cordon rouge d'une vingtaine de mètres de longueur. et mettez les peaux de phoque. bénéficie de certains avantages. la configuration et l'enneigement des pentes. enlevez vos skis. Si le skieur est englouti par l'avalanche. sondez avec un piolet ou un bâton et tâchez de déceler si la neige est homogène ou. A moins que la neige superficielle soit très profonde. Une notion très claire sur le temps. ni aucune peine. les attirera dans le remous. On trouvera au premier paragraphe du chapitre suivant la topographie des lieux où se sont produites des avalanches mortelles en Suisse. Si deux ou trois skieurs encordés sont enlevés par une avalanche. de façon à glisser le plus directement possible. on risque beaucoup de la couper et de provoquer l'avalanche. On inspectera tout d'abord la surface de l'avalanche pour voir s'il y reste quelque trace du disparu. mais tout au plus celui qui traverse le terrain dangereux. Dix à vingt pas ne sont pas suffisants. Si le temps vous manque. il est recommandé de passer de l'une à l'autre. de façon que tous les membres de la caravane ne se trouvent pas en même temps sur une seule et même côte. Sur un terrain dangereux. il faut donc retirer ses skis à temps et cheminer à pied. du moins. CHAPITRE V LA NOUVELLE TACTIQUE 1 Ici. Si la pente est suspecte. « Dès que l'on prévoit un danger d'avalanche. «Pour passer d'un point à l'autre. une des autorités les plus connues en Autriche. et l'on évitera les combes et les contreforts rapides. à moins qu'un membre de la caravane puisse s'ancrer fermement sur quelque point solide (rochers. car ils peuvent être enfoncés beaucoup plus profondément que les bâtons ordinaires. . « Seul l'alpiniste expérimenté est à même de prévoir le danger des avalanches. de l'extension. éventuellement creuser des fossés à la pelle. Si l'on doit surmonter une pente dangereuse. qui ne doit être traversée que par un seul skieur à la fois. quelle en est la couche sous-jacente (1). La répartition des skieurs dépendra de leurs qualités personnelles. il faut sonder avec piolets et bâtons. gardez-les aux pieds. Si l'avalanche se détache. la distance entre les skieurs doit être plus considérable encore qu'à la montée. En ski. mais les risques de provoquer l'avalanche seront bien diminués. Si la caravane conserve ses skis aux pieds. une avalanche ultérieure pouvant tomber sur la première. Il faut étudier la neige au point de vue de la résistance. on suivra la voie la plus directe. La corde. la neige et les conditions du terrain est absolument nécessaire durant toute la course. Elles seront proportionnées à la largeur de la pente dangereuse. ne doivent se faire que sur les points où l'on peut se réunir en toute sécurité. 2 Jahrbuch des Ski-Club Salzburg. un des participants doit constamment surveiller la pente supérieure et avertir ses compagnons au cas d'un nouveau danger. Si vous êtes pressé. du contact sous-jacent. On ne négligera aucun effort. une fois enfouie dans l'avalanche. il faut s'y mettre immédiatement et de toute son énergie. il faut avant tout prendre ses distances. que chaque skieur s'attache à la taille et laisse traîner derrière lui. Si vous êtes dans le doute. Pendant ces travaux de recherches. elle devrait mettre les peaux de phoque. qui les suffoquera. On ne quittera l'emplacement qu'après avoir tout essayé. donne encore d'autres conseils qui nous paraissent utiles d'être relevés (2). On évitera donc les brusques arrêts et surtout les chutes. il est beaucoup plus facile de provoquer une avalanche et très difficile de la retenir une fois qu'elle est déclanchée. un homme descendra immédiatement dans la vallée pour y chercher du secours. « Si la caravane n'est pas assez nombreuse. Procéder systématiquement. Rien n'irrite la neige comme des virages en vitesse. il sera bon de forer des trous pour permettre à l'air d'arriver jusqu'à elle. Un terrain dangereux ne devrait être abordé que par un seul homme à la fois. il ne faut pas que plusieurs skieurs soient emportés. Des haltes. leurs chances de s'en tirer sont presque nulles. et quelques commentaires à ce sujet. de façon qu'aucune partie ne reste inexplorée.) et assurer celui qui traverse un court espace dangereux. « Quant au sauvetage. Si l'on ne trouve rien à la surface. 1911-1912. ce qui permet de déterminer la situation de la victime. les bâtons pourvus de disques amovibles seraient fort utiles. même très brèves. Une ascension directe ou une descente en file indienne sont toujours préférables à une traversée oblique. Un observateur devra rester sur le lieu de l'accident.

I. — COMMENT LE SKIEUR DOIT LIRE SA CARTE (4).
Le skieur suisse peut s'estimer heureux et privilégié : il habite au pied des plus belles montagnes et il possède
de son pays une carte admirable, que lui envient tous ses voisins. L :'Atlas Siegfried, au 50 000e, dont nous voulons
parier, est certainement, en clarté, en relief et en exactitude, bien supérieur aux cartes officielles des États limitrophes.
C'est du reste la seule sur laquelle le skieur puisse projeter ses itinéraires de courses en haute montagne. Celle au 25000 e
ne s'étend pas encore aux Alpes, et celle de Dufour au 100 000 e, qui couvre toute la Suisse, est insuffisante pour une
étude détaillée du terrain.
Tant que l'Association suisse des Ski-Clubs et le C. A. S. n'auront pas publié tous les volumes de leurs «Guides
du skieur», décrivant minutieusement et systématiquement chaque itinéraire, l'Atlas Siegfried au 50 000 e restera
l'auxiliaire indispensable du skieur, — de celui surtout qui quitte volontiers les traces toutes faites pour pointer ses skis
vers de nouveaux buts. Pour qui sait l'interpréter en détails, cette carte est comme un livre ouvert, révélant la solution
d'une quantité de problèmes alpins. L'indigène lui-même, auquel le skieur confie parfois la direction de la caravane, ne
possède pas les notions fondamentales du nouvel alpinisme. Comme le professionnel, il est routinier et conservateur; il
ne connaît guère que les sentiers d'été et ne comprend pas que la neige hivernale transforme la tactique orthodoxe du
vieil alpinisme.
Si notre carte est indispensable aux alpinistes, elle est plus précieuse encore aux skieurs. En été, l'alpiniste suit
des chemins tout tracés ou minutieusement décrits dans un guide détaillé, et les seules difficultés des problèmes qui le
préoccupent résident dans l'escalade de parois ou d'arêtes pour lesquelles la carte au 50 000 e est d'un secours bien
illusoire, les parties intéressantes étant beaucoup trop réduites par la projection.
Pour le skieur, au contraire, les versants rapides et les parois rocheuses n'offrent aucun attrait. Il cherchera
même à les éviter. Ce qu'il scrute avidement, c'est le terrain à parcourir en ski, depuis le village dans la vallée jusqu'au
glacier, jusqu'au col élevé où il compte monter. Tout ce terrain devient alors l'objet d'une étude minutieuse et parfois
passionnante. Des mètres de neige recouvrant la montagne, le skieur commencera par supprimer mentalement sur sa
carte toutes les voies de communications qui s'étendent au delà du dernier village habité. Ce qu'il doit considérer
presque exclusivement, ce sont les formes topographiques et leur inclinaison relative, exprimées en courbes de niveau.
Les formes et l'inclinaison du terrain ont pour le skieur une importance capitale.
La plupart de mes lecteurs sont des alpinistes ou des officiers sachant lire une carte ; mais il leur manque une
notion fondamentale, étrangère à la tactique ordinaire et particulière à celle du nouvel alpinisme. Il faut arriver à lire sa
carte "avec les yeux d'un skieur" et pouvoir dire en la consultant : ici je passe ; là je ne passe pas (en ski). L'assimilation
de cette nouvelle notion nous est facilitée pour deux raisons :
-premièrement, nous nous servons toujours de la même carte (A. S. : 50 000) dont l'échelle et l'équidistance des
courbes de niveau sont constantes; nos yeux finissent par s'adapter à ces deux constantes; secondement, le skieur
parcourt en un seul jour des pentes d'inclinaison très variable, et il pourra du même coup juger de leur viabilité ; sur sa
carte, il peut ensuite comparer les pentes parcourues à celles qui lui sont encore inconnues, et tirer de là des déductions
fort simples et très utiles. Plus il compare, plus sa notion s'enrichit, et il finit par acquérir un certain coup d'oeil, une
notion visuelle, grâce à laquelle il déterminera presque infailliblement la viabilité d'un terrain quelconque.
Avant d'étudier en détails les formes et l'inclinaison du terrain montagneux, il est nécessaire de faire une
réserve. Je n'ai, en effet, tenu aucun compte, jusqu'ici, d'un facteur qui joue pourtant un rôle considérable dans la
viabilité de la montagne en hiver : c'est la consistance de la neige qui la recouvre. On comprendra facilement que, si
telle pente, disons de 30°, est viable sans le moindre danger lorsqu'elle est couverte de neige stable, il n'en est pas de
même lorsque cette neige manifeste une tendance à s'écrouler en avalanches. La question des avalanches est traitée au
chapitre précédent. On sait que la neige obéit à des lois statiques et météorologiques et que les premières dépendent
directement des secondes. Ces conditions météorologiques viennent donc compliquer le problème que nous étudions.
Pour plus de simplicité, nous allons supposer des conditions normales. C'est la supposition que fera tout naturellement
l'alpiniste-skieur en élaborant ses itinéraires, en se réservant, bien entendu, de modifier son plan si les conditions
n'étaient pas remplies au moment de partir en course. Nous verrons plus loin quelles sont ces conditions
météorologiques normales.
Pour familiariser les yeux du skieur avec la notion visuelle dont je parlais plus haut et qu'il est si nécessaire
d'acquérir, j'exposerai une série de schémas représentant des pentes plus ou moins rapides et des formes topographiques
plus ou moins compliquées, cela à la même échelle et à la même équidistance de courbes (30 m) que C.A.S. au 50000e.
Les formes figurées par ces schémas ont presque toutes été calculées sur C.A.S. et se retrouvent donc un peu partout sur
la carte et dans la nature. Les six premiers schémas sont des figures préliminaires, représentant des pentes presque
régulières, dont l'inclinaison va décroissant de 1 à 6, depuis la pente très rapide jusqu'à la pente douce. Le terrain étudié
par le skieur pourra donc toujours être comparé à l'un de ces schémas.
Les pentes figurées par les schémas 1 à 3 sortent du domaine propre au skieur et n'offrent pour lui aucun
attrait. Il peut être appelé à traverser de telles pentes sur de courts espaces ; mais lorsqu'elles présentent l'étendue
4

La nouvelle tactique est basée essentiellement sur l'étude de la carte, et c'est l'objet que nous allons traiter dans ce premier paragraphe. Cet article
paru sous le même titre.mais sous une forme sensiblement différente, dans … des Alpes de mars 1920, après avoir été publié en allemand dans …,
vol. XIV (Wie liest der alpine Skilaufer seine Karte?). Ce premier paragraphe ne concerne que les Alpes suisses.

correspondant aux schémas, il doit les éviter en toute circonstance. On peut considérer la figure 4 comme une transition
entre les terrains à éviter et les pentes viables. Enfin, toute pente dont l'inclinaison est inférieure à celle du schéma n° 6
est viable en toute circonstance.
Ces six premiers schémas constituent en quelque sorte une échelle d'inclinaison. Il nous faut maintenant
soumettre cette échelle à la variabilité des conditions météorologiques.
Je distinguerai trois cas principaux : conditions normales, conditions parfaites, conditions défavorables.
A. — Conditions normales.
Le skieur trouvera la montagne dans des conditions normales par le beau temps, après une série de quelques
beaux jours, lorsque la dernière chute de neige n'a pas été abondante. Sur les versants méridionaux, la neige sera
légèrement tassée par l'influence du soleil. Sur les pentes nord, au contraire, elle conservera encore sa consistance
poudreuse. Dans ces conditions, le skieur peut parcourir, sans danger, toutes les pentes analogues aux schémas 5 et 6.
Éviter les pentes 1 à 3. Sur de très courts espaces, on peut affronter les pentes d'inclinaison 3 (voir le cas de la figure 9).
4 est viable, sans exclure l'éventualité du danger d'avalanches (le pointillé indique la voie la plus favorable).
B. — Conditions parfaites.
En janvier et février, comme nous l'avons dit au chapitre III, le beau temps dure parfois des semaines. Tandis
que la plaine est couverte d'un épais brouillard, les hauteurs restent parfaitement claires, et il y règne une température
diurne beaucoup plus élevée que dans les fonds. Le soleil et les vents travaillent la neige, durcissent sa surface et
augmentent constamment sa stabilité. Après quinze jours de ce régime, nous trouvons la montagne dans des conditions
exceptionnelles. Elles ne satisferont évidemment pas le skieur pur, qui trouvera difficilement la neige rêvée pour ses
skis. Mais l'alpiniste profitera de ce moment psychologique pour tenter les grandes ascensions, et il aura bien des
chances de les réusoir aussi facilement qu'en été. Dans ces conditions, examinons à nouveau les schémas. Je dirai
brièvement : Éviter 1 à 3. Sur de courts espaces seulement on peut affronter les inclinaisons 2 et 3 (voir le cas des
figures 9 et 29). 4 à 6 sont viables sans danger.
C. — Conditions défavorables.
Un skieur prudent ne s'aventurera jamais en montagne par le mauvais temps. Mais il arrive trop souvent, hélas,
qu'il soit surpris là-haut par une brusque intempérie et qu'il soit obligé de fuir dans les pires circonstances. Les
conditions sont défavorables, lorsque le temps ne serait même que douteux, par une température voisine de zéro, une
couche de neige fraîche abondante et des vents du sud ou de l'ouest.
Dans ces conditions, le skieur évitera soigneusement toutes les pentes analogues à celles des schémas 1 à 4,
même sur de courts espaces. 5 est viable, sans exclure l'éventualité du danger des avalanches. 6 est sans danger (si la
neige fraîche est profonde, les skis glisseront à peine).
Les schémas 7 à 12 expriment des formes plus compliquées, d'inclinaison variable et que le lecteur doit
comparer à l'échelle constituée par les figures 1 à 6. Je me bornerai à les commenter brièvement :
Schéma 7. — Pente d'inclinaison décroissant de haut en bas, variant entre 3 et 5. La partie inférieure,
d'inclinaison 5, est viable en elle-même en toute circonstance, mais, lorsque les conditions de neige ne sont pas
parfaites, elle sera menacée par les avalanches qui peuvent se détacher de la partie supérieure.
Schéma 8. — Pente d'inclinaison 5, large d'environ 400 mètres, comprise entre deux pentes rapides
d'inclinaison 3. Cas à rapprocher du n° 20. Éviter la traversée de la pente médiane, sauf dans des conditions parfaites.
Schéma 9. — Cas inverse du précédent : pente médiane d'inclinaison 3 séparant deux terrains viables au ski.
A éviter lorsque les conditions sont défavorables. Dans d'excellentes conditions, on pourra franchir la pente médiane en
zigzagant en ski ; mais le chemin le plus sûr sera le parcours direct à pied de la crête entre A et B. La ligne AB est une
ligne de moindre inclinaison, suivant une forme convexe et offrant le minimum de danger.
Schéma 10. — Vallée encaissée entre des pentes d'inclinaison 2-3, mais dont le fond ne présente qu'une
inclinaison 5-6. Dans de bonnes conditions, on pourra la parcourir en suivant le torrent. Dans de mauvaises conditions,
les avalanches tombant des pentes supérieures menaceront tout le fond de la vallée.
Schéma 11. — Vallée très encaissée, à éviter en toute circonstance.
Schéma 12. — Vallon arrosé par un torrent, dominé sur la rive droite (à gauche sur le schéma) par une pente
rapide d'inclinaison 2 et bordé sur sa rive gauche (à droite sur le schéma) par une large côte d'inclinaison 5-6. On évitera
le fond du vallon et on s'élèvera le long de la côte, entre le torrent et la paroi de rochers limitant la . côte à l'est. Eviter
complètement ce terrain lorsque les conditions sont défavorables. De fortes avalanches pourraient balayer la côte ellemême. On peut aussi suivre le faîte arrondi, couronnant la grande pente de la rive droite.
Le problème de la viabilité se présente généralement au skieur sous la forme suivante : étant donné un point
connu (but de la course), trouver le meilleur chemin pour y parvenir en ski. Par le meilleur chemin, j'entends le plus
facile, le plus sûr (le moins exposé aux avalanches) et le plus court. Ces conditions sont rarement remplies
simultanément. Mais on peut dire que la solution la plus naturelle du problème revient à déterminer, entre le point de
départ et le but, la route viable de moindre inclinaison. Ceci est une notion nouvelle à la tactique du skieur alpin. Il ne
faut pas la comprendre exclusivement dans son sens géométrique qui, par opposition à la ligne de plus grande pente,

équivaudrait alors au thalweg topographique. Il est vrai que, dans des cas, la ligne viable de moindre inclinaison se
confond avec la ligne réelle d'un thalweg, ou bien elle suit le cours d'une rivière, d'un torrent, d'une combe, d'un glacier;
mais elle épouse souvent aussi des formes topographiques convexes, telles que de larges crêtes dorsales.
De toutes façons, c'est la première solution à envisager lorsqu'on étudie le problème de la viabilité. Mais, au
lieu de chercher à tracer notre route en partant d'en bas (soit du village dans la vallée), transportons-nous au sommet, ou
au but quel qu'il soit. Ce but n'est pas toujours le sommet convoité lui-même, mais bien le point terminus où le skieur
compte arriver sur ses skis et d'où commencera alors l'escalade finale.
Voyons dans quelle direction le terrain descend le moins rapidement. Déterminons ensuite, dans cette
direction, la ligne de moindre inclinaison. Cette ligne n'est pas nécessairement viable en elle-même. Il faudra
probablement s'en écarter plus ou moins, pour éviter des pentes encore trop fortes, des rochers, des obstacles de toute
sorte ; ou même remonter quelque temps, pour rejoindre une autre ligne plus favorable. Souvent la route viable de
moindre inclinaison équivaut à la route la plus directe et la plus commode — mais d'autres itinéraires, quand bien même
ils seraient plus longs, offriront peut-être davantage de sécurite, ici, la sécurité doit toujours primer la commodité.
Parfois la carte révèle, au premier coup d'œil, une particularité morphologique qui facilite singulièrement l'accès au but
et détermine tout naturellement la ligne générale d'attaque, comme un jalon principal dans l'itinéraire. C'est le cas,
lorsqu'un grand glacier ou une combe doucement inclinée s'avance profondément au cœur d'un massif.
Le parcours des glaciers en ski nécessite une tactique spéciale, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Les schémas 13 à 18 représentent des portions de glaciers dont il est intéressant de comparer l'inclinaison. Tous
sont viables, sans aucun danger d'avalanches.
Schéma 13. — Glacier d'Otemma, entre 2 760 et 2 970 mètres, sur la Haute-Route entre Chamonix et Zermatt.
Schéma 14. — Partie centrale du Gornergletscher entre 2 550 et 2 640 mètres.
Schéma 15. — Glacier de Findelen, entre 2 910 et 3 420 mètres.
Schéma 16. — Griesgletscher, entre 2 550 et 3060 mètres. [La route pointillée représente l'itinéraire ordinaire
du Blindenhorn (3 384 m.)].
Schéma 17. — Gkcier d'Aletsch, entre 2 440 et 2 640 mètres.
Schéma 18. — Grosser Aletschirn, entre 2 850 et 3 150 mètres.
En comparant ces derniers schémas à notre échelle d'inclinaison (schémas 1 à 6) on voit que, sauf les n° 15 et
16, dont l'inclinaison varie entre 5 et 6, tous les autres présentent une inclinaison inférieure à 6. Le Gornergletscher
semble plat lorsqu'on en parcourt la portion représentée au n° 14. Il faut des conditions exceptionnelles pour que les skis
y glissent naturellement. Lorsque la neige est poudreuse et régulière, on peut suivre en une seule glissade la ligne
pointillée du n° 16.
Un glacier compris entre deux rives montagneuses présente généralement une surface concave dans le haut et
convexe dans le bas. Dans la partie supérieure et concave du glacier, le skieur trouvera une voie large et facile. Là où il
devient convexe, le glacier est presque toujours limité par des moraines latérales. Au contact des moraines et des
rochers, ses bords se crevassent fortement et sont dangereux. Par contre, entre la moraine latérale et le flanc de la
montagne qui forme la rive, il existe très souvent une combe plus ou moins large et peu profonde, où le skieur trouvera
une voie facile et agréable, évitant le glacier lui-même. Dans ces combes, la neige est souvent meilleure que sur le
glacier. Il y a donc tout avantage à les suivre. Les zones de séracs doivent être évitées en ralliant les rives. Parfois on est
obligé de les franchir à pied, en portant les skis.
Les crêtes des moraines sont, comme presque toutes les crêtes dans les Alpes, plus ou moins dénudées de
neige, et il arrive qu'on les suive à pied aussi facilement qu'en été. On en profitera, par exemple, lorsqu'une moraine
latérale sépare des pentes très rapides ou couvertes de neige très dure, ou bien lorsqu'une moraine domine un glacier
tourmenté ou difficilement abordable.
Certains glaciers ont des langues peu inclinées. En été, elles nous apparaissent luisantes et dénudées. Le skieur
les franchit insensiblement, et passe souvent, sans s'en douter, du glacier à la combe morainique qui lui succède.
Les torrents qui coulent au fond des combes sont, à la fin de l'hiver surtout, complètement invisibles, sous la neige
uniforme. Ces torrents forment des lacs, et le skieur est amené naturellement à les traverser. Un lac gelé et recouvert de
neige offre une piste beaucoup plus directe et plus facile à suivre que les sentiers tortueux qui contournent ses rives.
Mais les torrents ne forment pas que des lacs : ils creusent des gorges souvent profondes, resserrées entre de
hautes parois rocheuses. Ici la carte est rarement suffisante pour permettre d'en juger la viabilité. Dans le cours
supérieur des torrents secondaires, ces gorges sont généralement peu profondes et comblées de neige. On passera là plus
facilement qu'en suivant l'itinéraire estival qui les évite presque toujours. Dans chaque cas, on examinera
soigneusement les pentes qui dominent et les dangers qu'elles présentent pour le skieur parcourant le fond de la gorge.
Lorsque la gorge est rapide, elle devient la voie préférée des avalanches alimentées par le neige des pentes supérieures.
Ces avalanches finissent par combler en partie le lit du torrent et, par un beau gel, on peut s'y hasarder impunément.
Certaines zones rocheuses formées de roches moutonnées ou de rocs érodés peu proéminents, sont souvent
nivelées par la neige, vers la fin de l'hiver. On peut alors les traverser sans peine. C'est le cas pour la région à l'est du
glacier de Zanfleuron ; le versant sud-est du Schneidehora (Rawyl) ; la partie supérieure de la Weissfluh (Parsenn).
Dans ces régions, la carte ne fait souvent qu'esquisser les courbes de niveau, et il n'est pas toujours possible de juger la
viabilité du terrain.

ne seraient pas sans péril. Ed. une inclinaison plus forte que 4-5 . peu incliné et peu crevassé. J'ai dit que les facteurs météorologiques s'enchaînaient aux facteurs topographiques. avec courbes de niveau équidistantes de 30 mètres. l'arête nord . Plus haut encore. le théâtre de la catastrophe à laquelle il a si miraculeusement échappé. elle est exempte de tout danger d'avalanches. mais dont les rives sont dangereuses. les forêts épaisses constituent une excellente digue contre les avalanches. p. — Alpage du Vacheret (rive droite de la vallée de Bagnes). que cette route est la vraie et qu'en temps normal. Dans les Grisons et sur le versant méridional de nos Alpes. Dans bien des cas. comme tous les précédents. Avalanche du 17 novembre 1915. j'ai topographie les principaux endroits où des touristes ont été surpris par des avalanches. De la combe de Médran. déboisées. dans le Valais et les Grisons. l'alpiniste-skieur doit prévoir de quelle façon il attaquera le sommet lui-même de la montagne. Avalanche du 15 janvier 1911 (10 h. 128 : VIII. mais elle est dominée par une pente concave d'inclinaison 2-3. 46 . descendant d'un col ouvert entre deux belles montagnes et précédant une combe régulière. 1911. la neige était bien tassée et la montagne se trouvait dans d'excellentes conditions.) et les lacs de Fenêtre. du matin). L'inclinaison moyenne des pentes qu'il parcourt est supérieure à celle du plateau où coule le bisse de Levron. Quelques jours plus tard (le 25 janvier 1920). au-dessus de Davos. Avalanche citée par Richardson dans son SkiRunner. 79-80). espacés sur les pentes. Inclinaison 2-3. Schéma 21. les avalanches sont beaucoup plus à craindre dans ces combes que sur les arêtes. Planche de neige (Schneebrett) 1 Ainsi pour le Grand Cornier. Ces schémas sont exécutés. Enfin. Terrain à rapprocher du n° 10. entre elles. Celles de sapins sont souvent très épaisses et. pas trop encaissée. 66. qui sont faciles et parfois même très agréables à parcourir.). sur l'itinéraire du col de Fenêtre (val Ferret). 345). pour le Zinal-Rotborn. Journal de Genève du 19 janvier 1911). L'itinéraire indiqué par une ligne en traits et traversant la selle au-dessus du P. 39 . Pente dangereuse en toute circonstance et très facile à éviter en traversant le col d'Arpalle (à l'Est du P. Éliminant d'emblée les pentes condamnées. Fœhn après une forte chute de neige. Écho des Alpes. J'ai eu l'occasion de visiter. — Bremenbûhl (2 261 m. mais j'avoue que l'aspect de la pente fatale me fit une forte impression. convergeant doucement vers ia vallée principale. Planche de neige (Schneebrett) emportant trois hommes. Avalanche du 22 janvier 1909. on obtient généralement la solution la plus simple et la plus naturelle du problème de viabilité posé au skieur. du matin). de Vevey. Ce jour-là. et le skieur qui les traverse se trouve relativement à l'abri de ce danger. Vallée encaissée. une courte descente (50 m. sur laquelle la neige était en équilibre instable. Schéma 23. Certaines grandes montagnes n'offrent qu'une seule voie praticable en hiver. 2452 au pied de l'arête rocheuse sudouest duMont Gelé. Lorsqu'il sait l'interpréter. même si la voie finale n'était pas la plus facile ( 1). Schéma 20. jalonnent la limite inférieure des pâturages. Le passage de la caravane suffit à ébranler la masse en suspens. l'arête sud est. Dans une dernière série de schémas (n 0 19 à 27). dont trois furent ensevelis (Ski. pour franchir des pentes rapides et qui. Le skieur doit savoir par anticipation que les neiges offrent une consistance plus favorable sur les versants nord et est que sur les pentes tournées vers le sud et l'ouest. Le sommet lui-même est généralement accessible par plusieurs routes différentes. col reliant Berisal à Binn. 2709) (Revue alpne. Six victimes (Alpina. Correvon. En déterminant la ligne viable de moindre inclinaison. I. 1915. Très beau temps. froid. C'est en appliquant ces principes et en combinant intelligemment tous ces facteurs que l'alpiniste-skieur détermine son chemin sur la carte. 2 . à l'endroit où elle est coupée par le bisse. Courte pente de 300 mètres. à peine) et une marche de flanc conduisent au pied du glacier de la Chaux. tout le plan d'approche en ski dépend du point où doit se donner l'attaque finale. s'il n'existe pas de chemin pour les traverser. 2452 est préférable. La carte ne permet guère de déterminer l'essence ou la densité des arbres composant ces forêts. Celles-ci sont indiquées par des flèches. voir aussi le chapitre XV. le guide Maurice Crettez et moi suivîmes l'itinéraire suggéré par la ligne en traits dans mon schéma n° 20. 261-269). 1914. Nous avons vu que certaines particularités morphologiques. Cas à rapprocher du n° 8. (Voir Guide du skieur dans les Alpes valaisannes. D'autrepart. Inclinaison 2-3. Inclinaison 1-3. 1916. Neige croûteuse. dont le fond est praticable dans de bonnes conditions. L'orientation générale du terrain en est un. Schéma 19. Neige croûteuse recouvrant 80 centimètres de neige poudreuse. il recherchera même cette protection naturelle. pour le Tàschhorn. Deux planches de neige (Schneebrett) superposées cédant successivement sous le poids d'une caravane de quatre hommes. Nous avons constaté. — Pente située entre le Plan de la Chaux (2 040 m. Schéma 22. Dans ce cas. p. dans les combes abritées du vent que sur les arêtes qui y sont exposées. L'itinéraire idéal est celui qui parcourt un large glacier. Inclinaison 4. — Versant nord du Saflischpass. — Col de la Furka (2421 m. La ligne indiquée alternativement par un trait et un point représente le bisse de Levron que suivait la caravane. Inclinaison 2-4. mais elle est régulière et inférieure à celle de la pente dominant ce bisse (2) (Echo des Alpes. avec M. celle qui prolonge l'itinéraire choisi préalablement pour ses skis. on peut franchir en plusieurs endroits et sans aucune difficulté la large croupe courant dn P.) avec route cantonale et hôtel Passhôhe.Les zones boisées sont des obstacles fréquents sur la route du skieur. c'est là une exception assez rare dans nos Alpes. les mélèzes croissent en forêts moins denses. La pente traversée par la caravane ne présente pas. vol. les aroles. Les rescapés prétendent avoir « crevé une gonfle » (Schneeschiltty. Pourtant. Neige croûteuse. i'arête nord . Par contre. le skieur fera bien de les éviter autant que possible. 238). Conditions défavorables. en montant de Verbier à la Rosablanche. il procède par déduction et finit par déterminer la voie la plus sûre. D'autres motifs encore peuvent influer sur le choix des itinéraires. certains jalons caractéristiques. Avalanche du 1 er mars 1914 (7 h. peuvent écarter le skieur de la route viable de moindre inclinaison. Sur l'autre versant. itinéraire que j'avais déterminé au moyen de la carte. ne connaissant absolument pas la région ea question. au 50 000e. et je conseillerai alors au skieur de choisir. Crettez et moi. V. elle prend à ses yeux l'image d'un relief.

Avalanche du 7 janvier 1918 (soir). Les sommets cités en exemple et classés dans ces deux catégories dépassent tous 3 000 mètres. le Finsteraarhorn (4 275 m.) par l'arête sud .). en suivant une arête caractéristique ou en escaladant une face. Combe comprise entre deux forêts. Ces combinaisons sont innombrables en Suisse.). — les Diablerets (3 222 m. En étudiant la carte de nos Alpes. 24). 136). — Pente très raide.) de la Fuorcla Buin.). bien entendu. on constate que leur viabilité en hiver est considérable.provoquée par deux skieurs (Ski. je comprends les sommets neigeux dont on peut atteindre en ski le point culminant ou ses abords immédiats. Mauvaises conditions : tempête de neige avec fœhn et température élevée (Ski. Schéma 27. 73-76 . Temps clair. Avalanche du 20 février 1916 (6 h. Si l'on cherche à les classer. Schéma 26. on trouve. 215). d'inclinaison 1-2. La plupart des accidents (en tout cas les nos 20. Patrouille de dix hommes échelonnés à de courts intervalles coupant la pente (Ski. les sommets méridionaux du Mont Rosé.) près du Hundsruck. E. S. — le Claridenstock (3 270 m.). On peut désigner ce genre de course sous le nom de combinaison (combinaison d'une approche en ski et d'une ascension finale dans le rocher. Gonfles (Windschilde) dans la partie supérieure.) par l'arête nord . par des conditions excellentes. Elle confirme les principes établis plus haut. la Tête Blanche (3 750 m. 1 En juin 1917.) par le Hughsattel .). du soir). Avalanche du 22 décembre 1911 (11 h.).) par l'arête du Lysjoch . 123 . Ils sont assez rares en Suisse. Courte pente de 150 mètres. au lieu de se tenir sur l'autre rive (Ski. on verra qu'ils rentrent dans deux grandes catégories : a. Au-dessous de cette altitude. — la Mongia (3 419 m. Schéma 30. je citerai : le Grand Follat (3 671 m. Inclinaison 3-4. Schéma 24. surtout dans les Grisons et sur les contreforts septentrionaux de l'Oberland bernois et des Alpes Pennines. en partie en ski. le Wildhorn (3 264 m. Alpina. suivie par les caravanes montant au Breithorn de Zermatt et marquée sur l'A. VIII. — Terrain à l'est du col du Sanetsch. située entre la Drance le Bagnes et l'arête de Corbassière (2227 m. la Bernina (4 055 m. le Capùtschin (3 391 m.).) dans les Alpes Pennines . La crête sera généralement dénudée de neige et facile à parcourir en portant les skis. Une étude préalable du terrain sur la carte aurait révélé une route plus sûre et souvent plus agréable. — Ce schéma reproduit une grossière erreur de l'A. 1912. — Stand (1 939 m.) par l'arête est . 53-60).). la Tête de Valpelline (3 813 m. XII.) ainsi que la plupart des sommets du massif de l'Err. à Coire). L'inclinaison de leurs pentes permet théoriquement l'usage des skis jusqu'à la cime . mais dans la partie supérieure. le Piz Tremoggia (3 452 m. Schéma 29. Pente située entre le glacier le Théodule et le plateau du Breithorn. Inclinaison 4. 21.A. Conditions défavorables après une chute de neige d'environ 50 centimètres. à la fin de mars. Meisser.). S. au-dessus de Fionnay. Auparavant on n'avait jamais observé d'avalanches à cet endroit (Ski. — Val d'Eschia au-dessus de Maduleim (Engadine).) et le Titlis (3 239 m. toujours en se basant sur la carte.) et le Bieshorn (4 161 m. Voici encore les commentaires relatifs aux trois derniers schémas: Schéma 28. surtout dans les régions où les montagnes forment de grandes chaînes et où les sommets sont séparés par des cols bien caractéristiques. la Dent Blanche (4 364 m. — Parsenn (près Davos).) par l'arête de l'OberMônchjoch . léger fœhn . Ceci prouve qu'on peut quelquefois affronter impunément des pentes très rapides. la neige ou la glace). neige superficiellement gelée. Le pointillé indique l'itinéraire suivi. parmi les plus hautes montagnes : le Lyskamm (4 538 m. l'Ebnenuh (3 964 m. Ce sont en général des dômes isolés. Inclinaison 3. Mauvaises conditions : temps humide. communication personnelle de M. au-dessus des Saanenmôser.) sur le sentier de la cabane de Panossière. 22 et 26) semblent résulter du fait que les caravanes suivaient les itinéraires habituellemént parcourus en été et pointillés sur l'. Le pointillé indique la route habituelle. le Piz Mortel (3 442 m. le Pigne d'Arola (3 801 m. On cherchera naturellement à combiner une courte escalade avec une partie de ski agréable. XIII. en partie à pied. la Cima di Jazzi (3 818 m. mais beaucoup peuvent être complètement ou partiellement gravis à skis. avec ligne pointillée indiquant la meilleure route pour se rendre de ce col vers la région du Wildhorn : une arête caractéristique. le Combin de Chessette (environ 4120 m. une quantité de montagnes très favorables au ski. Mauvaises conditions : 30-40 centimètres de neige fraîche et fœhn. le Brunnegghorn (3 846 m. C'est la plus haute altitude atteinte en ski en Suisse.). le Mônch (4 105 m. etc. après-midi). le Basodino (3 277 m. X. — Val-Bella sur Parpan.) dans les Alpes Lépontines . au pied même de la pente dangereuse. Or on y monte en ski sans danger ni aucune peine. — le Blindenhorn (3 384 m. b. S. Dans cette première catégorie. Cette pente aurait une inclinaison 1. dans l'Oberland bernois . dans les Grisons ( 1).). Schéma 25. le Piz Buin (3 316 m. Dans cette seconde catégorie. Inclinaison 1-2. L'étude de ces schémas est instructive. Arnold Lunn et Jos. VTII. Les conditions de la neige printanière étaient parfaites et la descente du sommet à la cabane Festi ne prit que quarante minutes. Knubel sont montés en ski jusqu'au sommet même du Dôme des Mischabel (4 554 m. Comme exemples. situés dans de grands massifs. Avalanche du 28 décembre 1913 (2 h. Avalanche poudreuse tuant deux hommes qui remontaient la rive droite du torrent. Je me bornerai à citer ici quelques exemples typiques. Mais c'est une imprudence à déconseiller (voir p. que l'on suit à pied pour passer des champs de neige du Sanetsch aux pentes supérieures dont l'accès en ski est barré par des rampes d'inclinaison 2-4.) dans les Alpes centrales . .).). les Gùmels (3 513 et 3523 m. 30 du matin). je comprends les sommets dont on ne peut atteindre en ski que le pied et dont il faut compléter l'ascension comme en été. 27-30). la neige exposée au vent est souvent si dure que l'alpiniste abandonnera ses skis dès que la marche sera plus facile ou plus rapide à pied.). Tous les sommets ne sont pas destinés à devenir la proie du skieur.

lorsqu'il allait à pied. les skis en bandoulière. on suivra naturellement la plus facile. écrit Lunn vingt ans plus tard. écrivait ceci : « Jusqu'à présent. Ceci est admis par tous en théorie. évitait ces grandes artères. Mais le retour par le glacier de Tseudet est infiniment préférable . lorsqu'il s'agit d'une face ou d'un versant escarpé. Mieux encore : autrefois 1 \ pionniers n'en parcouraient guère que la partie supérieure. un des alpinistes-skieurs de la première heure. Si les alpinistes modernes s'en écartent volontiers maintenant. et je conseillerai à l'alpiniste d'éviter les versants orientés au nord. on en parcourt deux. elle ne joue pas un grand rôle. Ces sages conseils auraient dû convertir d'emblée tous les amateurs de ski en haute montagne. au lieu de parcourir une seule route. les pionniers remontaient leur cours. que le glacier est. S. ce choix dépend en partie du point terminus atteint en ski. De ce fait. L'alpiniste hivernal. et qu'une trace bien marquée relie ce dépôt improvisé au refuge qui lui offrira son toit pour la nuit (1).). Au premier âge. il faut se persuader qu'en hiver. quand bien même la couche de neige serait très épaisse . bien qu'en pratique les skieurs aient beaucoup trop attendu pour se décider à mettre la corde à la montée.. ignorant ou dédaignant le ski. alors que la tentation de s'en passer n'est pas plus grande pour un skieur que pour un piéton. les skieurs croyaient ne pas devoir s'encorder sur les glaciers bien couverts de neige. depuis les hauts névés jusqu'à la langue terminale. les traversées de sommets ne sont guère possibles. profondément ancrés dans la neige. en descendant par l'arête ouest. un terrain très perfide et qu'il est absolument nécessaire de conserver de grandes distances. parce que très enneigés et très froids. Sur les arêtes. C'est du reste pour lui un sentiment de sécurité très appréciable de savoir que ses skis l'attendent au pied de la montagne. les glaciers ont repris toute leur importance d'antan. sachant qu'il enfoncerait là. Un autre de mes amis a également traversé le Mont Velan (3 765 m. six eurent lieu à la montée et dans un cas seulement deux skieurs encordés furent tués. Depuis vingt-cinq ans qu'est arrivé le premier accident de ski en montagne. « Les skieurs qui sont disposés à assumer tous les risques d'une descente libre doivent être autorisés à le faire sans reproche et. S. de l'équilibre plus difficile à conserver et aussi parce qu'une corde très longue était nécessaire. L'hiver les recouvre uniformément de neige et rend leur cours navigable. Les deux seuls cas qui nous concernent sont ceux où des skieurs enfoncèrent un pont alors qu'ils descendaient sans corde : Streinz en 1912 et von 1 Pas de règle sans exception : deux de mes amis. plus encore qu'ailleurs. l'hiver transforme beaucoup moins les hauts sommets que les zones inférieures de la montagne. les skis sur l'épaule. — PARCOURS DES GLACIERS EN SKI. En été. qui dépose ses skis au pied de la montagne et doit les reprendre au retour. Lorsqu'on a le choix entre plusieurs routes. les arêtes étant presque toutes exposées aux vents et l'action de ceux-ci étant infiniment plus considérable que celle du soleil.).-W.). les voies naturelles de l'alpinisme. tandis qu'aujourd'hui. En 1902 déjà. une masse énorme de neige peut s'effondrer tout à coup.Tant qu'il est en ski. elle est balayée par les vents et le reste fond au soleil. Pourtant cette question d'orientation doit intervenir en tout dernier lieu. M. Dans deux autres cas. s'il arrive un accident. les arêtes deviennent les voies naturelles pour gagner les sommets. Comme j'ai pu le vérifier souvent. il ne soupçonne pas toujours les crevasses cachées qui le guettent . Paul Montandon. leurs guides devraient être absous de tout blâme. et l'on se demande si les dangers de la marche sans corde ne surpassent pas ses avantages. Entre une face et une arête. Leur inclinaison est généralement modérée. puisque. ont pourtant réussi la traversée de l'Aletschhorn (4 182 m. De tels accidents n'ont pas plus d'importance que des actes de folie similaires chez les alpinistes estivaux. Si l'on hésite entre deux arêtes faciles. En tout cas.. le skieur les utilise sur presque toute leur longueur. Dans les combinaisons. que le sondage avec le piolet ne suffit pas . A. on préférera celle dont l'orientation est la plus favorable (S. pour s'engager ensuite dans quelque couloir conduisant vers la cime qu'ils convoitaient. montant par le Dreieckhorn et descendant par le Sattelhorn sur la cabane Egon von Steiger. à la suite du terrible accident du Grenzgletscher où périrent Kœnig et Flender. Mais. l'alpiniste peut se diriger au moyen de la carte. la neige qui tombe dans les hautes régions n'offre aucune consistance. aux yeux du skieur. La majorité des skieurs acceptera toujours ce risque. II. Par contre. c'est pour attaquer des parois escarpées et chevaucher des arêtes déchiquetées plus dignes de leur témérité ou de leurs capacités. et ceci double l'intérêt de la course. et le skieur est moins exposé au danger des avalanches que sur les pentes inférieures de la montagne. Or il s'en faut encore de beaucoup ! « Sur un point. Pour l'alpiniste d'hiver. on choisira toujours l'arête. Comme nous l'avons vu. partant de la cabane Concordia. autre danger qui n'est certes pas à dédaigner. Par contre. Grâce à la sécheresse de l'air. les victimes avançaient à pied. où ils avaient fait transporter leurs skis. Comme je l'ai dit plus haut déjà. qui est bien minime. à cause de la liberté des mouvements. dans la neige poudreuse. tous les skieurs sont d'accord : la corde doit être employée tant que l'on marche à plat ou que l'on monte sur un glacier. De ces accidents. en hiver aussi bien qu'en été. de tout temps. l'ascension finale du pic s'exécute selon les règles habituelles et d'après les indications et les itinéraires décrits dans les guides publiés par le C. Cette opinion est maintenant bien ébranlée. le touriste se plaît à traverser les sommets comme on traverse des cols. l'orientation entre alors sérieusement en considération. Les glaciers ont été. neuf skieurs ont été tués dans des crevasses. S-E.

en mars 1921. Mais il en est beaucoup qui considèrent la combinaison du ski et de l'alpinisme comme le plus beau des sports. Chacun est libre d'agir à sa guise et selon son caractère. le plus souvent. l'autre. D'autres accidents confirment l'existence et l'étendue du danger. « Les guides. » Le ski présente sur la neige une surface de sustentation évidemment beaucoup plus considérable que celle du pied. donc il faut s'encorder. deux trouvèrent la mort dans une avalanche et cinq sur six à des altitudes moyennes. là où il n'existe pas la moindre crevasse. il estime les ennuis de la corde plus grands que le danger de s'en passer . aux dépens de ceux que nous jugeons sans aucun attrait. par suite de la consistance même de la neige.Allmen. la personnalité du skieur et celle de l'alpiniste entrent en conflit : le premier se laisse entraîner par le charme de son sport favori . Dans cette même période de vingt-cinq ans. On peut donc faire toutes les suppositions. » Un de mes amis (qui n'est jamais tombé dans une crevasse) a prétendu que les skis remplacent la corde sur les glaciers. la question est facile à résoudre : le danger existe. Mais. onze skieurs suivaient la même piste: le pont s'effondra sous le poids du onzième. Ceux qui considèrent les montagnes comme un playground pour le ski devraient se confiner dans la zone subalpine. le parcours des glaciers sans corde équivaut à une vaste vrie dont le gros lot serait caché au fond d'une crevasse. Ceci serait vrai si la largeur des crevasses n'était supérieure à un mètre par exemple: le danger d'y tomber serait alors nul. Il est inutile de vouloir le nier : il faut au contraire s'en persuader et chercher à le parer autant que possible. Une connaissance locale peut réduire les risques. au printemps et non en hiver. Les alpinistes sans guide. Mais nous savons bien que ce n'est pas le cas. Tâchons de ne pas le gagner ! Pour se faire une idée exacte de l'état d'un glacier en hiver. il faut observer ses différentes phases d'enneigement. les ponts se sont effondrés ou menacent ruine . Kœnig et Flender enfoncèrent un pont de 3 à 4 mètres d'épaisseur. Mais ce n'est qu'une chance . Les victimes de l'alpinisme en ski proprement dit sont donc très rares : deux morts (sur 1 500) résultant d'une descente libre sur des glaciers. rendue à l'atmosphère par la chaleur du soleil. ou presque nul. » Tel est l'avis d'Arnold Lunn. Au cours d'une glissade. comme nous l'avons déjà dit. à la descente aussi bien qu'à la montée. ajoute Lunn. au contraire. Sur le Grenzgletscher. p. Le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde. les preuves sont évidentes. en mars 1921. Un peu plus loin. les premières neiges tombent sur ce glacier dénudé. Elle reste personnelle. Théoriquement. et quant au sondage il est parfaitement inutile. lorsque la saison a été chaude. le skieur finit par l'emporter sur l'alpiniste. Il est inutile de s'attendre à l'impossible et il serait futile de prétendre que tous les skieurs devraient toujours s'encorder (2). elle ne les éliminera pas. 88 . p. figurant toutes les crevasses . nous sollicitons la même indulgence que celle accordée à tous les montagnards qui trouvent dans l'alpinisme quelque chose de plus que la satisfaction d'arriver au sommet avec le maximum de sécurité. 1 2 Alpine Skiing. Sur trois skieurs. ou bien elle a été sublimée. Aucun de nous n'a le droit d'excuser les périls que nous sommes préparés à affronter. jusqu'au torrent alimenté par ses eaux. prétendent parfois qu'une connaissance locale exacte élimine tout danger. Ce serait vrai si les guides pouvaient emporter une carte à grande échelle. elles sont sans valeur. et chacun doit le résoudre au plusieurès de sa conscience. A l'Oberaar-joch. vous avez des chances. la glace est à nu. « Ceux qui considèrent le ski comme un moyen pour arriver au but peuvent s'encorder. de la franchir avant l'effondrement du pont. En somme. pour lesquels une expédition en ski n'est pas complète si elle ne comprend l'ascension d'une haute montagne. grâce à la vitesse de vos skis.. Comme aucune de ces conditions n'est satisfaite. Pratiquement. 85 Alpine Skiing. « Nous qui glissons sans corde. Il nous faut donc distinguer entre les accidents évitables et ceux qui sont inhérents au plein développement du sport. sur de grands espaces. Donc les skis ne remplacent pas la corde. Mais. pourvu qu'il respecte les lois de solidarité par lesquelles il est engagé envers ses compagnons. Sur la partie inférieure du glacier. les dimensions des crevasses sont très variables et la fragilité des ponts dépend aussi bien de la longueur de leur arche que de l'épaisseur de la neige. 1 500 personnes furent tuées dans les Alpes. s'il ne pouvait pas aller dans les Alpes en mai. Et c'est ainsi que le ski nous entraîne à commettre des imprudences que nous ne risquerions jamais en été. subjective. Un skieur a donc beaucoup moins de chance d'enfoncer un pont qu'un touriste à pied.. à la fin de février 1902. connaît l'étendue du danger et veut rester prudent à tout prix. Du reste. Au commencement de l'hiver alpin (octobre-novembre). Il est bon d'ajouter que Lunn s'est fait une spécialité de parcourir l'Oberland bernois en skieur et non en alpiniste. surtout s'il a soin de traverser ces crevasses perpendiculairement à leur direction. Si la crevasse est faiblement couverte. Vous connaissez l'aspect d'un glacier en automne. Une part considérable de la neige superficielle a fondu : elle s'est écoulée à travers les mille fissures de la glace. le phénomène est très apparent : les bords des crevasses sont dégarnis de neige. si de nouvelles crevasses ne se formaient pas entre l'été et l'hiver et si tous les membres de la caravane suivaient exactement les traces de leur guide. semblent prouver que le risque de négliger la corde à la descente est moindre que celui de traverser Paris en taxi. si les glaciers ne changeaient jamais . il essayerait de se réconcilier avec le ski à la corde. la question est un peu plus délicate. la traversée d'un grand col glaciaire et si elle n'offre au skieur la joie sans mélange d'une glissade parfaite sur un grand glacier ( 1). sur l'Oberaarjoch. il avoue très franchement que. les chercheurs de nouvelles routes et les skieurs non encordés ont tous considéré les risques de leur sport favori et jugé que le jeu valait bien la chandelle.

Une fois nivelé. Lorsque les pentes latérales d'un glacier sont rapides. soufflant la neige. et les trous se former précisément sur une glace solide. En été. La neige qui les forme est beaucoup plus compacte. lorsque la caravane est composée d'éléments qui ne se connaissent pas. En réduisant l'épaisseur de la neige. qui existe bel et bien à cette époque. Le vent. Mais cette épaisseur varie aux caprices du vent. et tout l'échafaudage sera à recommencer. Elle se tasse insensiblement. uniforme. Malheureusement. et par conséquent moins dangereux que ceux qui sont traîtreusèment cachés. en somme. Mais ce froid n'a aucune influence sur la neige hivernale. On a prétendu que les ponts s'effondraient moins facilement en hiver qu'en été par suite du froid. Cette neige n'offre aucune résistance. la solidité des ponts augmente à mesure que la couche de neige s'épaissit. et un pont qui a résisté à la chaleur du jour précédent peut généralement mériter notre confiance pour le jour suivant. le vide n'existe que peu ou pas . pratiquement. Mais la neige suspendue dans les crevasses ne les soutient pas et celle qui les revêt ne les renforce que bien faiblement. séparant les crevasses où la neige s'engouffre. Guides et touristes devraient s'astreindre également à pratiquer une seule et même technique à la corde. à demi ruinés par la chaleur estivale. On confond simplement deux constructions exécutées avec des matériaux tout différents. Le vent la poursuit sans trêve et ne la laisse en repos que lorsqu'elle s'est infiltrée dans les fentes et dans tous les trous du glacier De grandes étendues de glace vive restent ainsi à découvert. Sous le pont nouvellement formé. En été. « En été. qui ne supporterait pas une seule heure de soleil estival. En envahissant les rives du glacier. les variations de température sur la neige sont très faibles : un pont fragile. les ponts de neige sont soumis à une sélection naturelle. Elle ne se maintient souvent que par un miracle d'équilibre. la neige qui recouvre une crevasse s'évase légèrement et nous apparaît sensiblement plus foncée. En hiver. ces corniches opposées finissent par se rejoindre. Ils restent plus ou moins béants. En hiver. n'offre aucune résistance. mais une crevasse masquée par une couche de neige est très difficile à prévoir. . La même opération se répète plusieurs fois au cours de l'hiver. Sur cette neige. Les glaciers reçoivent. peut se maintenir durant des semaines. le glacier se couvre peu à peu. au hasard de l'équilibre et selon la direction du vent qui la chasse. l'alpiniste avance à l'allure d'un piéton ordinaire : il a le temps de prévoir et de sonder les crevasses au moyen du piolet. » Nous en arrivons finalement à la conclusion que la fragilité des ponts et le danger de les enfoncer sont beaucoup plus considérables l'hiver que l'été (1). le soleil augmente sa cohésion et sa force. Au cours de l'hiver. même à l'œil le plus exercé. et c'est alors seulement que commence la construction des nouveaux ponts. mais avant que le soleil ne le touche. un pont d'un mètre d'épaisseur s'effondrera plus facilement qu'en été un pont deux fois plus mince. Mais choisissons une crevasse bien comblée de neige. pour avoir pratiqué le ski en haute montagne. achève la construction en les réunissant et en les nivelant enfin. En hiver. les expéditions à travers des glaciers difficiles ne devraient être entreprises que par des caravanes dont les éléments se connaissent mutuellement. Puis une nouvelle couche de neige recouvre le tout et la couche précédente est assez forte pour supporter ce nouveau poids. la neige conserve sa blancheur mate. écrit Lunn. ceci surtout aux heures chaudes de la journée. et l'on part trop souvent avec des compagnons plus ou moins inconnus. On peut toujours éviter une crevasse franchement ouverte. plus encore qu'en été. de telles combinaisons se présentent rarement. Elle s'y maintient en suspens. La fonte et le gel alternatifs augmentent sans cesse sa densité et finissent par la transformer en glace. Les anciens ponts. Les vagues peuvent recouvrir des crevasses. par transparence et par suite du vide. lorsque l'on considère les matériaux utilisés. quitte à s'effondrer brusquement sous la pression accidentelle d'un skieur. et il est impossible. qui l'arrache aux arêtes et aux versants exposés. Lorsque le skieur alpin ne peut s'assurer le concours de ses compagnons habituels. ces ponts commencent par se former latéralement. se plâtrent de neige fraîche et finissent par inspirer confiance. En hiver. 1 II serait intéressant d'étudier sur place la formation des ponts de neige sur de larges crevasses. le glacier se trouve superficiellement nivelé. ou bien elle s'effondre brusquement. Le vent forme des vagues et creuse des trous. et le vent. de façon à ne pas être embarrassés. Ces caravanes pourraient alors profiter des premières neiges pour exercer le ski à la corde en dehors des glaciers et se préparer à en affronter les dangers avec tous les atouts dans leur jeu. La solidité d'un pont dépend beaucoup plus de la consistance de la neige qui le forme que de son épaisseur. le soleil et le vent parviennent enfin à combiner leur action. il faut naturellement ne pas négliger cette occasion. elles produisent des avalanches. A notre avis. vient précisément la déposer dans ces combes glaciaires. beaucoup plus de neige qu'il n'en tombe normalement. Cette neige est poudreuse. il ferait mieux d'engager des guides. ceci est impossible et parfaitement inutile : le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde là où il n'existe pas le moindre trou. Toute la couverture hivernale du glacier est d'une fragilité bien évidente. Ils la durcissent superficiellement en formant une croûte plus ou moins épaisse. Les grandes variations de température et de traction produisent l'effondrement des ponts les plus faibles. Peu à peu. Au cours d'une glissade en ski. Elle est donc très irrégulière. sur chaque côté de la crevasse (et selon la direction du vent) comme les corniches sur les bords d'un précipice. de soupçonner la présence d'une crevasse cachée.Ces précipitations sont presque régulièrement accompagnées d'un vent violent et d'un froid sensible. mais d'une façon très irrégulière encore. Les ponts que nous traversons en été sont autrement plus solides et mieux construits. Supposons une crevasse remplie à pleins bords de neige poudreuse. En débordant de plus en plus. Si l'on peut profiter de la détection de ces avalanches pour traverser une zone glaciaire. Seuls ceux qui sont assez solides survivent. Bien des gouffres sont assez larges et profonds pour défier longtemps l'envahissement de la neige. ces avalanches combleront les crevasses beaucoup plus solidement que la neige et le vent ne pourraient le faire. mais il n'est comblé que par une neige folle qui.

En cas d'accident. surtout s'ils se connaissent et s'ils sont de force égale. comme on en organise maintenant dans nos Alpes. plus q ue partout ailleurs en montagne. en maniant la corde comme on le fait d'habitude et l'on suivra exactement la même piste. . légère et très maniable. et si la séparation devient nécessaire. Il oblige les trois skieurs à marcher à une seule corde. comme on l'a prétendu. 1 J'avais imaginé autrefois un moyen de faciliter la glissade d'une cordée de trois. et. tout en montant. et vous n'aurez aucune force pour aider vos sauveteurs. Par contre.5. au lieu de s'attacher à la corde. Elle est constituée par trois torons de fils anglais. Quatre bons skieurs alpins forment la meilleure combinaison. Ces deux cordes seront réunies pour la marche à plat et pour la montée. une seule se rompit à 690 kilogrammes. sur le glacier de Seiloa (janvier 1911)." La descente est naturellement beaucoup plus compliquée que la montée. De cette façon. Si le retour doit s'effectuer par le même itinéraire. Lorsque des skieurs non encordés parcourent un glacier.5 mm et les 2. Non pas qu'une corde casse plus facilement lorsqu'elle est gelée. Elle a l'avantage d'être à la fois solide. Le skieur du milieu. Si vous restez suspendu par la corde nouée autour de votre taille. Sur cinq cordes gelées. La corde reliant le skieur (qui plonge dans la crevasse) aux autres membres de la caravane (qui glissant a une certaine vitesse) est naturellement soumise à un choc considérable. la marche à la corde est aussi facile qu'en été. à quatre. En cas d'accident. si le glacier n'est pas incliné. lorsque la corde est exposée à l'humidité et au gel. dépressions. une corde qui. retarde l'usure. par suite du glissement de la corde dans la boucle. Les quatre autres furent plus résistantes qu'à l'état sec Ceci s'explique assez facilement si l'on considère la texture de la corde. Ils glisseront ainsi beaucoup plus facilement que si la cordée était de trois ou quatre. Les expériences que j'ai fait faire par la suite à l'Eidg. gelée. Les cordes doivent naturellement être de la meilleure qualité. chacun de ses fils s'entoure d'une carapace de glace qui diminue le frottement. Nous avons dit plus haut déjà que le danger des crevasses est plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure du glacier. trois skieurs courent moins de risques que deux skieurs seulement. les cordes doivent être portées par les derniers de la caravane. Chaque skieur devrait avoir. Les deux méthodes peuvent se combiner ( 2). plus les chutes seront fréquentes. On vérifiera donc soigneusement l'état des cordes avant de partir en course. Son diamètre est de 9. on procédera. généralement couverte de névés. 4 On profitera des parties concaves du glacier (combes. Prufungsanstalt de Zurich et dont les résultats furent publiés dans l'Alpina (1912. Le nombre trois n'est guère suffisant en hiver. Disons maintenant quelques mots sur la composition de la caravane et sur la façon de s'encorder. qui ne fondent jamais complètement (4). de preférence aux parties convexes. les skieurs se diviseront en deux caravanes de deux. laissait celle-ci couler dans un anneau de fer fixé à son ceinturon de cuir. surtout pour la descente. L'occasion est excellente parce que l'instruction est réglementaire et uniforme. mieux pontées. 2 Ceci est important. J'ai expérimenté ce système sur le glacier de la Sivretta. En employant des antidérapants. 23-4) ont démontré que le gel n'a pas sur les cordes l'influence qu'on li prêtait. mais parce que les tractions produites par la chute d'un skieur sont généralement beaucoup plus considérables qu'en été (le skieur se mouvant à une vitesse beaucoup plus grande que le piéton) (3). surtout lorsque la caravane ne connaît pas le glacier à parcourir. Sur les glaciers. on peut s'élever directement. les fils qui la constituent exercent l'un contre l'autre un frottement qui sera maximum aux endroits où les fils s'entrecroisent. on pourra passer un pied dans la boucle et soutenir son poids plus facilement encore. A trois. C'est pourquoi le concours d'un guide local n'est jamais inutile. En cas de séparation. sous la direction de guides ou d'alpinistes expérimentés. On s'attachera à des intervalles égaux (10 mètres).5 mètres ne pèsent que 1. Nous indiquerons au chapitre VII quels sont les exercices à pratiquer à la corde. et c'est évidemment la raison pour laquelle on a tant d'aversion à l'exercer préalablement. même à la descente. Ils porteront deux cordes de 25 à 30 mètres. Car il est impossible de glisser à une allure modérée dans la piste ouverte à la montée — à moins de conserver les peaux de phoque sous les skis et de freiner fortement au moyen des bâtons. et la couverture neigeuse plus épaisse aussi. une boucle de corde dans laquelle il passera le bras s'il tombe dans une crevasse. à une inspection minutieuse du terrain et l'on tracera la piste de façon à pouvoir la considérer à la descente comme axe des serpentines (slalom). à condition d'avoir trois cordes et de former trois caravanes de deux à la descente. qui sont naturellement moins exposés que les premiers au danger d'une chute. résultant de deux forces. Pour le Retirer. Les guides ont parfois la mauvaise habitude de «finir» en hiver les cordes qu'ils n'estiment plus suffisantes en été. la manœuvre est déjà plus difficile. Nous avons trouvé. Ce frottement produit une usure. A la descente. de façon à pouvoir se porter secours mutuellement. on suivra les itinéraires habituels de l'été. en dehors des glaciers. Il pourra ainsi soutenir plus aisément son poids et diminuer la traction de là corde qui lui scie les côtes. Deux skieurs s'en tirent assez facilement. les crevasses étant généralement moins nombreuses. Plus la cordée est grande. La plupart des participants sont du reste étonnés de constater combien la technique de la corde est moins compliquée qu'il ne semble au premier abord. l'une horizontale et l'autre verticale. la séparation est dangereuse (1) Vingt mètres d'intervalle ne sont pas de trop. Une des rares occasions favorisant cette pratique est un cours de ski alpin. Sollicités par un poids suffisant. au heu de 700 kilogrammes a l'état sec. et par conséquent la rupture. Ces deux caravanes marcheront toujours de conserve. etc. Le nombre six est encore meilleur que le nombre quatre. A la montée.Il est certain qu'une glissade à la corde manque decharme. 3 Lors de l'accident du guide Louis Theytaz. Le skieur du milieu tendait entre les deux skieurs extrêmes. on avait prétendu que la corde avait cassé parce qu'elle était gelée. ne se rompt qu'à 108o kilogrammes et qui peut donc être recommandée aux skieurs. au cours de nos expériences. vous serez à moitié mort de fatigue avant d'être retiré de la crevasse. qui entraîne la rupture successive des différents fils. la caravane pourra se diviser sans s'exposer à de graves dangers. à portée de la main. Mais il est encore préférable de faire la boucle tout au bout de la corde et de s'attacher à un mètre et demi environ de cette boucle. iî n'était pas facile de combiner les tractions. on est rarement obligé de décrire des zigzags.

On tiendra ses deux bâtons réunis. Les stemmbogen doivent être très lents. chacun décrira un brusque christiania et se laissera tomber de côté dans la neige en y enfonçant profondément ses bâtons. immédiatement après le christiania (voir chap. il faudra descendre en zigzags avec arrêt et conversion de pied ferme à chaque tournant. le désordre ne tarde pas à régner dans la caravane et dégénérera en déroute. En glissant. le skieur relié à celui qui est tombé dans la crevasse restera fermement à son poste et laissera aux autres le soin de jeter une corde de secours à la victime. il aura une tendance à dépasser les autres. Je connais cette situation pour l'avoir souvent éprouvée C'est pourquoi je voudrais donner ici un conseil. on passera naturellement le pont perpendiculairement à la crevasse. Une glissade encordée est toujours une grande épreuve de tempérament. le second skieur sera toujours entraîné dans le sillage du premier. si la neige est poudreuse. accroupissez-vous sur eux. sans tenir compte de ses capacités de skieur. et partez simultanément. C'est l'application pure et simple des règles observées en été. mais. Si. en décrivant des méandres pour couper la direction des crevasses sous un angle plus ou moins grand. la seconde se portera immédiatement au secours de la première. Si le glacier est très incliné et que l'on puisse utiliser ses pentes latérales. Si le glacier le permet. Lorsqu'une crevasse est visible et qu'il faut absolument la franchir. n'hésitez pas à mettre vos peaux de phoque. sera certainement apprécié. quitte à les la enlever lorsque le glacier deviendra moins incliné. pour repartir ensuite dans une direction parallèle à celle du premier skieur. Des skieurs encordés doivent toujours maintenir leur corde tendue. De cette façon. mais bien de glisser prudemment. dans cette trace. A ce cri. Ceci est particulièrement facile et agréable sur la rive droite d'un glacier (christiania à droite. Sinon. dans une main. 197-98) (1). . La piste tracée à la montée servira d'axe au slalom. VII). les meilleurs skieurs courent plus de risques que des skieurs sans corde s'ils vont lentement. De cette façon. deux ou trois spires de corde pour éviter les à-coups. et la corde sera mal tendue. C'est pourquoi j'ai recommandé la combinaison deux par deux.. il y aura avantage à décrire des festons. Si la pente du glacier s'accentue. l'un d'eux légèrement avancé et donnant la direction. Si l'un des skieurs est plus faible que les autres. Tous les membres de la cordée devront s'appliquer à faire leurs christianias simultanément. Il ne s'agit pas d'épater la galerie. être prêts à s'arrêter si l'un d'eux tombe dans une crevasse. Plus la cordée est longue. Rétablissez les intervalles normaux. et finalement tout le monde se décorde. les skieurs s'échelonneront en Hauteur : le premier en contre-bas. vous ménagerez vos forces et vous éviterez les chutes. en combinant le christiania et le stemmbogen. car. Si tous sont d'égale force. mais simplement modérer la vitesse en brisant l'élan. en tendant constamment la corde. les virages sont moins brusques qu'en télémarks ou en christianias et l'on risque moins d'enfoncer un pont au moment du virage. puis son piolet. il y aura alors avantage à n'ouvrir qu'une seule piste. le premier skieur n'accélérera jamais sa vitesse sans avertir ses compagnons. la vitesse acquise dans la piste est encore trop grande. Et surtout pas de scrupules ! Personne ne vous regarde ! Le ski est au service de l'alpinisme. car la position la plus facile est celle du premier. toujours dangereuses. le dernier plus haut sur la pente. De cette façon. Si l'un ou l'autre des skieurs n'est pas assez habile (ou qu'il soit trop fatigué) pour réussir ses virages. la glissade se fera en stemmbogen (voir chap. mais qui. il est préférable de laisser guider le montagnard le plus expérimenté. placez en tête celui dont les skis glissent le plus vite. En traversant un glacier perpendiculairement à son cours la caravane marche dans le sens initial des crevasses et doit être d'autant plus prudente. malgré le freinage. n'ayez pas de scrupule : écartez vos skis de 20 à 30 centimètres environ. Réunissez vos bâtons et relevez-vous. Sur un signe du premier. En cas de chute. S'il y a deux caravanes. Pendant ce temps. on fera de longues serpentines et le moins de virages possible. on évite les serpentines. Ces christianias ne doivent pas arrêter complètement la glissade. Les skieurs devront alors s'échelonner de façon que leurs différentes traces soient séparées de plusieurs mètres et que tous ne se trouvent pas simultanément dans l'axe d'une même crevasse. le plongeur avertira ses compagnons par un cri. En tombant brusquement sur un pont. Les skis seront disposés perpendiculairement à la corde. Cette règle est générale et ne doit jamais être négligée. Oubliez ensuite tout ce que vous avez appris sur la technique du ski. Chacun s'imagine volontiers que ses compagnons sont ligués contre lui pour le faire tomber sur le nez. stemmbogen à gauche). Chacun jure et tire de son côté. et le stemmbogen ne sert qu'à reprendre la direction initiale. lorsque le glacier est complètement inconnu. et s'il en a le temps. peu orthodoxe il est vrai. la caravane s'arrêtera par un lent virage en amont et chacun tournera sur place. VII. Il doit cependant éviter de suivre exactement la même trace. vous serez mieux à même de résister à une traction latérale de la corde. On peut glisser de différentes façons.elle devient très désagréable. en suivant la piste tracée à la montée ou celle que choisira le premier d'entre vous. ses skis glisseraient plus vite que ceux du premier. fatigués par une longue course. Enfin. Au moment où tout le monde est tombé dans la neige. Si celle-ci n'est 1 En descendant sur une pente latérale. Lorsqu'une cordée de trois skieurs. C'est là le principal. Mais procèdez lentement. De cette façon. moins le danger est grand. en général. exigez quelques minutes de repos pour calmer la fureur générale. p. A moins que le glacier ne soit que faiblement incliné. Si la neige est très profonde. Enfourchez vos bâtons. vous risquez beaucoup de l'enfoncer. dans ces circonstances. laissez-le conduire. le glacier est incliné. sur un signe ou un avertissement du premier. prêts à freiner du côté de la montagne et. évolue sur une neige houlettte et que. La principale condition pour cheminer avec sécurité est de glisser lentement et d'éviter les chutes. Même. de plus.. le plus bas possible.

Deux hommes arriveront tout juste à le retirer. Il faut donc une antenne. Il faut tâcher surtout de ne pas perdre la téte et de conserver tout son calme. à moins d'aller le quérir elle-même. puis une combe ou une vallée — qui sont faciles à suivre sans boussole. Si la caravane a commis l'imprudence de partir sans boussole et que le brouillard soit trop épais pour laisser percer le soleil et permettre l'usage d'une montre. Ceci est beaucoup plus facile sur les plateaux ou à la montée qu'à la descente. A défaut d'une boussole. Les petites breloques que l'on pend à sa chaîne de montre ne sont pas suffisantes pour s'orienter. en apparence insignifiants. Si les pentes sont rapides. on finira toujours par gagner la rive du glacier. même en dehors des glaciers. La consistance de la neige peut à l'occasion servir de critère. pour ne pas dire indispensables. pour empêcher la corde de se déchirer ou d'enfoncer trop profondément dans la neige. Si la cordée est formée par trois skieurs. il n'arrivera pas à s'en défaire et pourra à peine aider ses sauveteurs. . comme par le brouillard. il est bon de repêcher les skis en premier lieu et de débarrasser les abords de la crevasse. S'il y a des rochers dans le 1 Dès que le ciel se couvre. Dans certaines régions. III. Lorsque la caravane est surprise par la nuit. La position du télémark. sinon impossible. Le dernier à la corde fonctionne alors comme pilote : il porte la boussole et compare fréquemment la direction de l'aiguille aimantée avec celle de la caravane. on disposera des bâtons. on parvient à retirer la victime. Le meilleur des modèles est tout juste assez bon. Les moraines (généralement visibles. La lumière et les ombres se confondent. est la seule façon de prévenir les chutes tout en glissant normalement. mais il en est un troisième: c'est le brouillard. les lunettes jaunes vertes accentuent le relief des premiers plans et sont fort utiles. avant d'affronter les glaciers. il faut immédiatement commencer les observations à la boussole. chaque skieur devrait allumer sa lanterne et pouvoir la suspendre à sa ceinture. assez rares il est vrai. Si l'on n'a pas un guide professionnel. On procédera ensuite selon les règles d'un sauvetage habituel. les neiges deviennent ternes. En les suivant prudemment. disparaisseat peu à peu. Pour marcher à la boussole. d'autant plus sensible que la brume est plus épaisse. il faudra autant que possible choisir la rive d'un glacier. sans vouloir à tous moments lui donner des conseils. — Pour une cause ou pour une autre. Le froid affaiblit les forces et démoralise. penchent toujours vers le sud. A l'endroit où la corde plonge dans la crevasse. il est préférable de s'encorder. qui risque de l'étouffer et qui compliquera en tout cas la manœuvre. Le système dioptère également. et leur réparation est toujours une opération longue et énervante. dans le brouillard. Dans ce cas. on fixera les antidérapants pour diminuer la vitesse. plus puissants de ce côté. S'il existe des arbres ou des rochers dans le voisinage. Les arbres surtout donnent assez bien la notion de la pente. Les skis augmentent son poids et embarrassent ses mouvements. de façon à former une file rectiligne. qui conservent plus longtemps leur neige poudreuse. terrible agonie. La situation du skieur de tête est naturellement beaucoup plus compliquée que celle de ceux qui le suivent et profitent de ses expériences. Un des membres de la caravane portera un baromètre anéroïde. brisés même. Durant l'observation. selon le procédé connu. telle que l'Atlas Siefried. mort par la faim. Pour la descente. Seul un skieur sachant lire sa carte et pourvu d'une bonne boussole a des chances de pouvoir lui échapper. on peut employer une montre ordinaire. La combinaison du baromètre et de a boussole assure une sécurité étonnante dans le brouillard le plus épais — à condition. ses skis seront peut-être restés dans la crevasse. C'est pourquoi une caravane devrait toujours être assez nombreuse pour pouvoir se subdiviser en deux cordées. Le skieur entraîne parfois dans sa chute une masse de neige considérable. la caravane peut être obligée de bivouaquer. La marche d'un skieur est naturellement plus rectiligne que la marche d'un piéton qui. il ne faut pas hésiter à freiner fortement. par opposition aux pentes septentrionales. on fera bien de s'en rapprocher. Les pentes sud seront croûtées ou fondantes. a toujours une tendance à dévier vers sa gauche. il faut choisir un chef et lui laisser toute la responsabilité. la caravane se trouvera complètement isolée et ne devra espérer aucun secours d'autrui. Tous ces détails. bien entendu. Bivouac. Enfin.Un pareil sauvetage est toujours plus compliqué en hiver qu'en été. Si. les tables de glacier. Si la pente s'accentue. qui rend l'orientation fort difficile. Lorsque le brouillard s'épaissit au point de masquer les moindres détails. à gauche. Dans le brouillard. Ces boussoles sont pourvues d'une alidade minuscule. les efforts d'un seul compagnon sont parfaitement inutiles. après bien des efforts. Que le skieur songe bien. d'avoir en mains une carte exacte et détaillée. ou bien ils seront endommagés. — QUELQUES CONSEILS. par suite des rayons solaires. il reste encore d'autres moyens d'orientation. aux périls qu'il court et à la mort qui le guette au fond des crevasses : mort par le froid. et puisse cette perspective le faire réfléchir et l'engager à ne pas se lancer à l'aventure sans avoir tous les atouts dans son jeu.pas tombée très bas et si elle a conservé ses skis aux pieds. il faut naturellement éloigner tout objet métallique. et il est très difficile d'en discerner le relief. il est facile au pilote de viser le premier skieur par-dessus la tête du second et de corriger la direction par des ordres : à droite. on perd toute notion du terrain. avec un ski fortement avancé. un ski ou un sac. Dans ce cas. même au printemps) indiqueront toujours la direction initiale d'un glacier. Les crevasses seront presque toujours perpendiculaires à cette direction. Celui de Bézard est excellent. peuvent être utiles à l'observateur perspicace et l'aider à retrouver sa direction (1). permettant de déterminer sa direction par une visée. Tout devient uniformément gris. Les crevasses et les avalanches sont les principaux ennemis du skieur. et si le brouillard n'est pas assez dense pour voiler complètement le soleil. Souvent. et la plastique avec elles.

A. le Comité Central du C. Si l'on a recours à des professionnels. et éventuellement du bois. on allumera la lampe à alcool. tout en se faisant payer comme guides. le soleil trop chaud et le danger des avalanches menaçant . Il est toujours bon de s'informer si la cabane en est pourvue. On ne dormira qu'à tour de rôle. en se servant des skis comme pelles à neige. L'entrée se fera du côté abrité du vent. Un skieur sachant lire sa carte pourrait du reste s'en passer et judger du danger d'après l'inclinaison des pentes. Il est étrange de constater qu'en Valais par exemple (à part Zermatt et Saas. De cette façon. on peut encore en tapisser l'intérieur de la hutte. On place deux skis sur les bords de la fosse. parallèlement l'un à l'autre et à une distance légèrement inférieure à la longueur des bâtons. surtout pour celui qui peut s'envelopper dans son sac de couchage (1). à la lumière des principes exposés au début de ce chapitre. qui sont des œuvres particulières. et il ne reste plus qu'à la recouvrir de neige. Ces indications correspondent à des conditions météorologiques et nivales normales. Le ski les a rendu trop indépendants de leurs touristes. mais à cette pléiade de guides de seconde classe qui marchent volontiers comme simples porteurs. porter les provisions. indiquant toutes les routes principales. Une caravane bien équipée sera toujours pourvue de batiste. « Si l'on a suffisamment de toile. Il existe maintenant pour les principaux massifs de nos Alpes des Guides du skieur. il peut très bien se passer d'aide professionnelle et engager simplement des porteurs pour transporter ses provisions et son bagage. Il faut donc la prendre « tout à la douce » et s'assurer tous les agréments possibles.. Cette critique ne s'adresse pas aux grands guides. est tout à fait recommandable dans ces occasions. Ceci provient encore des débuts du ski en montagne. Le système Bilgeri. Ils sont encore peu nombreux. Si la voie n'est pas tracée et que le but soit éloigné. suffisante pour abriter tous les skieurs. par contre les frais de voyage. En hiver. décrivant les meilleures routes à suivre en ski. A. très ingénieux. Par une neige favorable. Lorsque le skieur alpin possède une expérience suffisante. on en profitera naturellement pour s'abriter contre le vent. Ils en ont conservé une impression d'infériorité technique qui n'est plus justifiée et qui doit disparaître à tout jamais. p. Si leur tarif est réduit. ne manquez pas d'engager deux ou trois porteurs pour faire la trace. Mais rares sont les skieurs assez prudents pour en emporter. qui restent des professionnels parfaits et dont l'hiver n'altère pas les qualités. Ceci n'est pas difficile lorsque la caravane est nombreuse. Dans l'Oberland bernois et dans les Grisons. il est préférable d'engager des guides locaux et de tout premier ordre. par les porteurs ou par des jeunes gens du village. il fera bien d'étudier à fond la carte de la région qu'il va parcourir. . voire même en plein glacier. S. j'ai cru bien faire en indiquant par des flèches les endroits où les avalanches sont le plus à craindre. A plusieurs d'entre eux sont annexées des cartes itinéraires. Dans ce cas. à l'occasion. Avec des tentes ou des sacs de couchage. Il faut y arriver à temps pour pouvoir prendre toutes ses dispositions. La batiste est tendue par dessus. Nous entendons par là des guides entreprenants. Le touriste a besoin d'être entouré et soutenu en hiver tout comme en été. les avalanches peuvent se détacher n'importe où. on gagnera du temps en faisant ouvrir la piste la veille. Engadine. qui sont les deux principaux centres hivernaux des Alpes Pennines). la caravane lourdement chargée est encore mal entraînée. on peut construire cette hutte en une demi-heure. la neige profonde. Les guides actuels ne sont pas suffisamment stylés. « Six hommes assis. c'est une journée durant laquelle les jurons ne manqueront pas. d'hôtel et de provisions se chiffrent souvent beaucoup plus haut qu'on ne le prévoyait. les frais diminuent. qui permet d'édifier une hutte de neige. On mettra sur soi tous ses vêtements de rechange . les meilleurs guides consentent parfois à des conditions d'engagement très modestes. écrit Bilgeri. publiés par le Club Alpin Académique de Zurich. Les derniers venus sont ceux des Alpes Valaisannes où les numéros du texte correspondent aux itinéraires tracés sur la carte ( 2). En hiver. mais il existe certainement bien des guides capables ne détenaat pas de brevet et qui pourraient. Les autres skis serviront de sièges et de petits bancs pour les pieds (chacun peut aussi mettre ses pieds dans son sac). 2 BILGERI. le bivouac involontaire peut devenir supportable. Les patentes de guide-skieur ne devraient être accordées désormais qu'à ceux qui ont réussi un cours de ski alpin. — En Suisse. les guides-skieurs de premier ordre se comptent sur les doigts d'une seule main. puis ceux de Klosters. ou bien l'équipement n'est pas tout à fait au point : bref. dont nous étudions plus loin le programme. alors qu'ils étaient engagés comme simples porteurs par des skieurs beaucoup plus habiles qu'eux. Comme porteurs. II est évident qu'après une forte chute de neige. le bivouac peut être très supportable. l'expédition commence au village. Si vous devez gagner un refuge où vous comptez séjourner plusieurs jours. Le même espace suffit à trois hommes couchés. rendre de grands services au touriste hivernal. Arnold Lunn a publié en anglais deux volumes sur l'Oberland bernois. on rencontre au contraire beaucoup plus de guides qualifiés.voisinage. dans la vallée. Davos. y trouveront place et seront parfaitement à l'abri. En collaboration avec Othmar Gurtner et sous les auspices du C. En se les répartissant. où les montagnes sont moins difficiles qu'en Valais. Les premiers à paraître furent ceux de la Silvretta et de la Bernina. il a également édité une carte itinéraire pour la région de l'Oberland s'étendant de Gadmen au Bietschhorn. indiquée eu courbes de niveau. S. qui servira en même temps à chauffer la hutte et à préparer des boissons chaudes. disposés en travers. 101-102 Sur les cartes annexées au Wattiser schifûhrer (Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes). La montée à la cabane est souvent la partie la plus pénible et la plus compliquée de l'expédition. a délivré quelques patentes de guide-skieur à ceux d'entre eux qui avaient fait leurs preuves. Le terrain peut être rapide. il faut naturellement engager les meilleurs skieurs de 1 Der alpine Skilauf. qui se sont distingués par leur esprit d'initiative. Mais il n'est pas toujours possible d'éviter un bivouac dans la neige. » Guides-skieurs et guides du skieur.

Bien des sentiers sont tracés par les bûcherons même en plein hiver. rentrez vos skis et laissez-les sécher. C'est autant de gagné pour le lendemain. . mais. de façon à ne fatiguer ni son cœur. en prévision d'une retraite forcée. même si elle n'est pas la plus courte. lorsqu'elle forme un C. surtout à la montée. Avoir toujours sous la main des vêtements surnuméraires pour parer aux coups de vent et pour traverser les zones d'ombre froide. 30 du soir. la clarté diurne commence à 7 heures du matin et finit entre 5 heures et 5 h. Ne pas s'habiller trop chaudement pour éviter des transpirations inutiles. En mars et avril. vous pouvez renvoyer vos porteurs immédiatement. Peut-être n'est pas inutile de rappeler que la lune se lève dans la soirée lorsqu'elle croît et après minuit seulement lorsqu'elle décroît. Un simple quartier de lune projette sur les neiges une lumière suffisante pour guider une caravane dans un terrain peu accidenté. sinon leur piste sera interminable. vous ressentirez peut-être. cette clarté est insuffisante. de façon qu'ils soient froids au moment où vous les chaussez. on enlèvera les skis et l'on déposera son sac. fixez les antidérapants dès la veille. Il est bon de faire une petite reconnaissance dans la direction que vous prendrez le lendemain. Il faudra sortir vos skis de la cabane un bon moment avant le départ. elle décroît. et il y aura parfois avantage à louer un mulet pour porter tout le bagage. Elle dessèche votre transpiration. Si vous arrivez au refuge assez tôt. ni son estomac. Il serait bon alors de jalonner son itinéraire. et il suffira d'une vigoureuse friction de la peau en changeant de linge pour faire disparaître les résidus acides et procurer un bien-être complet. Si la course doit commencer par une longue montée (ou même par une courte descente. On restera donc au chaud.l'endroit et s'assurer qu'ils sont munis de peaux de phoque ou d'antidérapants suffisants. en plein hiver. en évitant tout effort inutile. il est bon de partir tôt et d'aller très lentement. et ne renvoyez jamais un porteur solitaire. Les pentes qui conduisent dans la vallée sont généralement rapides et deviennent très dangereuses lorsque la neige fraîche les recouvre. l'ombre est la meilleure douche que l'on puisse prendre avant d'arriver à la cabane. Même si la soif vous tourmente. en faire une infusion ou une citronnade. Si la caravane n'a pas su prévoir le mauvais temps et qu'elle soit confinée dans une cabane par la tempête. elle croît. A la descente. on choisira pour cela la voie la plus sûre. vous pourrez chausser vos crampons dans la cabane. vous fixerez les crampons par-dessus les peaux. En hiver. Ce serait immoral et en contradiction avec vos principes. suivie d'une longue montée). Mais ne le faites que s'ils ont le temps d'arriver à leur village de jour. lorsque le terrain est dangereux ou le village éloigné. Si le chemin n'est pas trop mauvais et que le mulet soit robuste. on dormira le plus possible et l'on mangera peu. on peut se passer du clair de lune pour des courses de treize à quatorze heures. par contre. Si l'on persiste à vouloir s'échapper. elle fera bien d'y rester cloîtrée jusqu'à la fin de la tourmente. dans le refuge . il peut porter 100 kilogrammes de bagages et une dizaine de paires de skis. — Au début de janvier. pour se délasser en toute liberté. A chaque halte. Si la neige ne porte pas. cette clarté dure de 6 heures du matin à 7 heures du soir. Ne mangez jamais de neige en course et ne buvez pas d'eau froide en arrivant. C'est donc un gain très appréciable de deux heures à deux heures et demie. Préparez-les pour le lendemain et vérifiez leur état. S'il a fait très chaud durant la journée. Ce serait folie de s'y risquer. en arrivant. le skieur doit remédier à la brièveté des jours en coordonnant la daté de ses courses avec celle de la lunaison. On dit que la lune est trompeuse: lorsqu'elle forme un D. Clarté diurne et lunaison. A la fin de mars. Si vous constatez que la neige supporte le poids du piéton. Dès que la cabane est chaude. quelques maux de tête qui passeront vite en prenant une poudre d'aspirine. On fera de nombreuses haltes et de légers repas. attendez d'avoir de l'eau bouillante pour y diluer un cube de bouillon. mais qu'elle soit trop dure pour les peaux de phoque. Pour cette première journée.

on glisse toujours assez vite. elle s'est acquis une immense expérience qui tend de plus en plus à la perfection. en plein hiver et aux hautes altitudes. sur les skis alpins. par suite de leur plus grande surface de sustentation. construit selon le type de Telemarken. Lorsque les conditions de neige sont favorables. mettez de côté quelques paires de cette longueur et considérez maintenant la texture du bois. Observez la coupe transversale à l'arrière du ski. de préférence à un profil rectiligne. en montagne. on trouve parfois dans le nombre un hickory plus léger que le frêne ordinaire. Si ces fibres ne sont pas parallèles aux arêtes. Le frêne remplit toutes les conditions désirables : solidité. l'autre aux Alpes. Pour la montagne. la pointe du ski postérieur risque de passer derrière le pied antérieur. Plus l'alpinisme se développe. Rappelez-vous. sans jamais les trouver trop longs ( 1). Une bonne paire de skis coute au moins 60 francs (suisses). Un équipement de première qualité est nécessairement cher. il est facile d'observer l'allure des fibres. L'hickory est plus dense. un ski court sera toujours préférable à un ski trop long. en levant le bras verticalement.CHAPITRE VI ÉQUIPEMENT Avant d'examiner la technique du skieur alpin. et une paire de laupars davantage encore. Nous en reparlerons plus loin. dans l'arrêt dit télémark. Les fibres verticales sont excellentes. Ceci est très important. Skis. nous conseillons donc de le faire sans compter. La pointe du ski doit être très élastique pour pouvoir résister aux chocs éventuels de la descente. est parfaitement suffisant. Il est certain cependant que. si la solidité est la première condition. la simplicité est certainement la seconde. comme en montagne. à condition d'être très espacées et parfaitement parallèles aux arêtes du ski. les neiges sont presque toujours soufflées et durcies. A celui qui n'est pas encore équipé. — Quel est le meilleur ski alpin ? C'est là une question brûlante et qui reste actuellement à l'ordre du jour. pour tout le reste de l'équipement. appropriées l'une au Jura. le modèle ordinaire. la face la moins compliquée du problème. Ils sont très agréables pour les descentes en ligne droite. mais il est très solide aussi et s'use moins vite que le frêne. par Armand Schmitt. Le véritable ski alpin n'est pas encore inventé. sur toute sa longueur (ce qu'il est facile de vérifier en examinant la surface inférieure ou surface de glissement). Une économie serait bien mal placée ici. Il faut écarter d'emblée tous ceux qui présentent des nœuds. mais. Les fibres horizontales peuvent être excellentes si la fibre inférieure se prolonge sur toute la longueur du ski. La largeur et l'épaisseur du ski varient suivant des règles fixes qui sont généralement respectées par le fabricant. Cette question de longueur est. Mais ceci est peu de chose si l'on songe qu'un bon équipement peut durer une dizaine d'années et faciliter des expéditions qui nous vaudront des trésors de souvenirs. Lisez donc attentivement les conseils qui suivent. Mais. Le plus souvent. vos skis auront une tendance à dévier d'un côté ou de l'autre. 90 ! Ceci est une question de glissement et de dérapage. On fera donc mieux de prendre la moyenne entre ces deux normes. pratiquer le slalom. On choisit ordinairement la longueur des skis de façon à pouvoir toucher leurs pointes du bout des doigts. Le poids du skieur est aussi un facteur à considérer. il nous faut l'équiper de pied en cap pour la haute montagne. surtout pour traverser des pentes de neige durcie ( 3). par conséquent plus lourd. et l'on pourrait s'en repentir tôt ou tard. Tous ces détails sont d'une grande importance. mais leur usage est plus compliqué lorsqu'il faut. Mais ceux qui pratiquent le ski exclusivement en haute montagne sont rares. Les longs skis glissent naturellement mieux que les courts. Dans la section transversale. plus glissant . faites le compte de ce qu'il vous faut et rendez-vous chez le meilleur fournisseur en compagnie d'un ami expérimenté. Mais ceci est très rare. une longueur égale à la taille même du skieur (des pieds à la tête) est bien suffisante. 312 sq. Les fibres obliques favorisent la formation d'esquilles sur les arêtes du ski. légèreté. Pour le skieur comme pour l'alpiniste. C'est une erreur de prendre des skis trop larges. On reconnaîtra la qualité du bois à la disposition de ses fibres. L'auteur a réussi la plupart de ses courses de montagne avec des skis de 2 m40. Il existe actuellement en Suisse des maisons de sport qui ne livrent que du matériel de première qualité. que. mais en hiver plus encore qu'en été. pour la haute montagne. à l'arrière du ski. élasticité. Des skis courts engendrent souvent un mauvais style et. en outre. horizontales ou obliques. le meilleur est tout juste assez bon. Lorsque vous aurez déterminé la longueur qui convient à votre taille. p.et rares aussi ceux qui peuvent se payer deux paires de skis. Celles-ci sont verticales. Pour la montagne. Notre industrie est arrivée à fabriquer des skis aussi parfaits que ceux qui nous venaient autrefois du Norvège et. en croyant qu'ils facilitent l'équilibre latéral. plus les skieurs deviennent exigeants. et choisissez un profil bombé. Les skis bombés sont naturellement plus solides que les skis plats. du reste. les fibres seront toujours parallèles à cette courbure. Un article intéressant et suggestif a paru dans \ Alpina de décembre 1923. Il faudra donc trouver un ski spécialement approprié à ces neiges (2). 1 II est vrai que ma taille est de 1 m. ces fibres coupent la surface de glissement sous un certain angle et rendent le ski très cassant» La courbure de la pointe s'exécutant après la coupe du ski lui-même. partiellement résolue par les accessoires du ski. 3 Voir la note au bas de la page 186 2 . On est beaucoup plus à l'aise sur des skis étroits. le frêne et l'hickory entrent seuls en considération. Lorsque le choix est très grand.

la direction du ski est assurée. Ellefsen et BB. sur laquelle le frottement est très minime et presque inefficace. La seule pièce qui s'use rapidement est la courroie traversant le ski. parce que trop compliquée à mettre et à enlever. de façon à fendre aisément la neige. Elle sera percée de nombreux œillets aux extrémités qui viennent se fixer dans les boucles de la courroie talonnière. 2° solidité . inscrivez-y votre nom et recommandez au marchand de les imprégner plusieurs fois d'huile de lin. facilité de réparation) . qui permet de serrer automatiquement les courroies de talon. doublée? de cuir intérieurement. Actuellement. les skis présentent une surface de glissement parfaitement horizontale. Une seule rainure n'est généralement pas suffisante pour glisser sur des neiges durcies sans déraper. ce qui peut être un avantage. il est bien préférable d'entourer la courroie (à l'endroit où elle sort du ski) par des spires très serrées de fil de cuivre étamé. triple et très solidement cousue. et cela durant de longues années. elle exerce sur cette courroie une friction considérable. de peur de faire sauter le ski. Les fixations Huitfeld et Ellefsen sont pourvues toutes deux du tendeur Hoyer-Ellefsen. mais elles passent dans une ouverture pratiquée à même le bois. on visse sur les côtés de la semelle de petites plaques en tôle. L'élasticité de la fixation Huitfeld est suffisante pour permettre de s'agenouiller sur les skis. La couleur est une question de goût. tout manuel de ski vous renseignera. Ces mâchoires ne sont pas vissées sur le ski. mais ceci est toujours ennuyeux. Une fixation conforme au but que nous nous proposons doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° direction assurée sur le ski . . 4° pouvoir s'ajuster et s'enlever très rapidement . dans le genre du drib actuel (voir plus loin). par conséquent. on peut aussi emporter une courroie de cuir gras. d'environ 2 mètres de longueur. A la longue. Lorsque vous aurez choisi vos skis (ne vous gênez pas de prendre tout votre temps pour cela). de façon à pouvoir l'introduire sans peine dans le canal où passe la mâchoire. lorsque celle-ci est croûteuse. — II existe actuellement une quantité de fixations. Comme les efforts latéraux se donnent tous au même ea-droit. ces trois fixations sont munies de fortes mâchoires en tôle de fer. Cependant. il n'en est pas toujours de même pour la courbure et le cintrage. 3° simplicité (et. Mais cette tige de fer se casse très facilement et ses inconvénients sont plus grands que ses avantages. On passera d'avance un fil de fer dans le dernier œillet. attendrie par l'humidité. il se produit un ébat latéral qui permet au talon de sortir de l'axe du ski ( 2). La courbure de la pointe doit commencera 30 ou 40 centimètres de cette pointe et s'élever progressivement jusqu'à 15 centimètres au-dessus du sol. — C'est la plus ancienne de toutes les fixations à mâchoires et celle qui est généralement adoptée. Elle s'introduit facilement dans le canal du ski et on la fixe autour du pied à volonté. La courbure médiane ou cintrage du ski doit être telle que. Les courroies doivent être réglées de telle façon que l'on puisse cheminer avec le tendeur détendu et sans que la courroie arrière tombe du talon débordant. résistant et pratiquement inaltérable. Si cette courroie se rompt. En somme. Fixation Huitfeld (1). quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. Lorsque la température est supérieure à zéro. elle ne vaut rien pour l'usage courant. cède peu à peu sous la morsure des mâchoires. et il faut alors s'avouer dépendant de la température. L'auteur a eu l'occasion de les éprouver toutes les trois en haute montagne. la semelle.Si les proportions d'un ski sont généralement observées par le fabricant. très souple. Ceci est très important pour la traversée de terrains avalancheux. 5° être souple et ne pas gêner la flexion du pied durant la marche. Fixations. La courroie qui passe dans le bois doit être en cuir gras. Un avantage qui n'est pas à 1 II me parait inutile do représenter ici par des figures les différentes fixations dont nous allons parler. Si l'on admet volontiers cette courroie comme fixation de réserve. elle est facilement remplaçable par une courroie de réserve. Comme pièce de rechange. Pour obvier à cet inconvénient. On a reconnu que l'affaiblissement que en résulte pour le ski est à peu près négligeable. à cet endroit. Elle est en contact direct avec la neige et. Le tendeur ne doit pas se trouver derrière le talon. les courroies se détendent légèrement et la commande laisse à désirer. la courroie par une tige de fer (fixation Huitfeld-Eleffsen). 2 Si les mâchoires elles-mêmes se mettent à bouger dans le canal du ski on enfoncera entre le fer et le côté du canal une petite fiche de bois dur. Quant à la façon de les entretenir durant leur sommeil estival. Cette surface de glissement est creusée d'une rainure longitudinale qui facilite la direction et dont l'utilité est indiscutable. qui sont envoyés gratuitement /demande. avec une seule boucle à l'extrémité. mais sur son côte extérieur. les skis noirs se détachent mieux sur la neige. On a cherché à supprimer cet inconvénient en remplaçant. Trois fixations ont fait leurs preuves en haute montagne et peuvent être recommandées : ce sont les fixations Huitfeld. les skis sont couverts d'un vernis destiné à les préserver de l'humidité. bonnes et mauvaises. Voyons ce qui caractérise ces fixations. A l'exception de leur surface inférieure. Pour éviter l'usure du cuir. sous le poids du skieur. la traction se faisant directement sur la pointe du soulier. La solidité et la simplicité de la fixation Huitfeld sont très grandes et facilitent les réparations. Lorsque les mâchoires épousent exactement la forme des semelles du soulier. Dans la fixation BB. mais sous une forme différente. les petits inconvénients de cette fixation sont largement compensés par ses avantages. On peut évidemment y remédier en raccourcissant les courroies. qui use le cuir et oppose naturellement une certaine résistance au glissement. ce tendeur existe aussi. Le ski alpin de l'avenir sera probablement creusé de plusieurs rainures. On trouve ces figures dans tous les catalogues de sport. Ne pas forcer cette fiche sous la mâchoire.

Or l'étrier est rivé à la semelle balata. moyen très pratique de les porter. Grâce au tendeur automatique. La fixation Eleffsen assure une excellente direction sur le ski. Si vous n'êtes pas encore convaincu. l'auteur témoignait une aversion particulière contre ce système sans courroie et l'étonnante simplicité de son levier métallique. Comme beaucoup d'alpinistes. II existe des bâtons de frêne munis de demi-disques en forme de D et pouvant s'accoupler solidement. Depuis douze ans. grâce à l'absence des courroies talonnières. ils sont sensiblement plus lourds. vous ménagerez beaucoup les muscles de vos jambes en faisant travailler ceux de vos bras. pour ne pas être obligé de se pencher trop en arrière. Lorsque celle-ci est maintenue par les languettes latérales. l'auteur a fait toutes ses courses avec la même paire de bâtons en racine de bambou. ils doivent vous arriver à la hauteur de la poitrine. et celles-ci doivent être d'une solidité exceptionnelle pour ne pas se relâcher sous la torsion des semelles. De ce fait. comme nous l'avons indiqué précédemment. au lieu de deux seulement. première qualité. L'un d'eux lui servit de canne pour gravir une demi-douzaine de sommets supérieurs à 4 ooo mètres : c'est dire leur solidité. Les efforts latéraux se répartissent autant sur l'étrier que sur les mâchoires. sur un terrain rapide. Dans les longues ascensions. Les bâtons seront solidement ferrés. beaucoup de crochets se rompirent au début. mais il est inutile et même dangereux que ces pointes soient aiguës.dédaigner non plus est la possibilité de passer un des skis dans la fixation de l'autre. — Beaucoup plus récente que les deux premières. Tels qu'ils sont actuellement. elle est simple. — Le skieur est un être essentiellement symétriqe : il a deux jambes. Les mâchoires Eleffsen sont peu différentes des mâchoires Huitfeld. il est très facile de s'agenouiller sur le ski. Elle sert de trait d'union entre les systèmes à mâchoires et les fixations à semelles. qui devait être fort désagréable au moment de la varappe et pouvait casser au moindre choc. mais en la vissant devant le pied par quatre vis. Après avoir essayé dans les Alpes le modèle Eleffsen tel qu'il fut patenté. ceci n'est possible qu'avec deux bâtons. pas trop grandes. Elles présentent deux languettes qui viennent se rabattre latéralement sur la semelle balata. 3 Le point faible du bâton est le canal par où passent les courroies de la rondelle. fixées à une distance suffisante de la pointe du bâton pour ne pas gêner le freinage ( 3). Ces bâtons très pratiques à la descente. si pratique et si simple. Il est préférable d'avoir des bâtons assez longs. les bâtons ne servent à rien. et c'est alors seulement que l'on comprit la nécessité de les fabriquer en fer forgé. Ces rondelles sont inutiles et parfois gênantes à la descente. couvert de mauvaise neige. Les préjugés s'élevaient principalement contre le crochet fixé à la pointe du soulier. de pouvoir se fixer et s'enlever instantanément et de permettre une génuflexion complète sans le moindre effort. Or. mais presque indispensables à la montée. Fixation BB. vous serez parfois obligés de réunir vos bâtons pour freiner fortement. 2 . même dans le rocher ( 1). esseyez un jour de monter 2000 mètres en ski avec un seul bâtoyuet refaites ensuite la même course avec deux bâtons. et éprouvez-en la solidité sans ménagements (2). deux skis. ménager ses forces et forcer les virages. sinon à faciliter l'équilibre. A la descente et tant qu'un style orthodoxe est possible. Par contre. on obtient une rigidité latérale parfaitement suffisante. solide et facile à réparer. Bâtons. Il est alors très agréable de pouvoir passer l'une des cannes dans le disque de l'autre et d'attacher les extrémités supérieures au moyen des dragonnes. et le pied est constamment maintenu dans l'axe du ski Les changements de température n'ont sur elle aucune influence sensible. Par contre. Les bâtons doivent être munis de disques ou rondelles d'un diamètre suffisant pour ne pas enfoncer trop profondément dans la neige. Choisissez donc deux bâtons en racine de bambou. ils paraissent à peu près incassables. Ne les prenez ni trop minces ni trop courts. la semelle n'est plus fixée latéralement par les languettes. il est impossible de faire une réparation de fortune. En montagne. je l'ai fait transformer légèrement pour mon usage personnel. récemment de nombreux préjugés. les plus résistants que vous puissiez trouver. Transformée comme je l'ai indiqué plus haut. Les bâtons de frêne sont très estimés en haute montagne. De fait. si vous avez remplacé les mâchoires Eleffsen par des Huitfeld. qui tendent de plus en plus à disparaître. présentent néanmoins un 1 On me signale de nouveau des cassures de crochets BB (décembre 1924). mais ils ne sont pas nécessairement plus solides que de bons bambous. Il arrive parfois que les étriers Eleffsen se cassent au sommet des angles formés par le métal. j'ai fait poser des mâchoires Huitfeld du plus gros numéro et des étriers plus solides aussi. cette fixation n'a triomphé que tout. Fixation Eleffsen. il suffit d'enlever la semelle en la dévissant et de passer dans le canal du ski une longue courroie de réserve. Les rondelles amovibles ne sont guère pratiques. — Cette fixation est l'invention d'un ingénieur norvégien. tous les efforts latéraux sont concentrés sur les mâchoires. Verticaux. assez longues pour y passer aisément la main gantée. En outre. Vous abandonnerez toute hésitation. Le grand avantage de cette fixation est d'être absolument insensible aux changements de température. Il est préférable d'en avoir de très mobiles. Les pommeaux seront garnis de fortes dragonnes en cuir. ils sont d'une nécessité absolue pour freiner. Par contre. La pointe du pied ne s'enfonçant que peu entre les mâchoires. Il peut être renforcé à cet endroit par une douille métallique présentant des œillets pour les courroies de la rondelle. Le principal défaut de cette fixation est l'accumulation de la neige entre la semelle balata et la plaque sous-pied (aluminium ou linoléum). auquel nous devons également le tendeur automatique. A la place des mâchoires Eleffsen (primitivement trop légères). deux bras et par conséqueau deux bâtons. elle se met et s'enlève plus vite encore que la Huitfeld.

par les grands froids. on les passe à l'huile goudronnée (Ski-Oel. Ainsi. Mais cet enduit n'est efficace qu'à certaines températures. parce que ses poils ne sont presque jamais ramollis par l'humidité de la neige et qu'ils conservent très longtemps leur raideur naturelle. C'est alors que les crampons interviennent. puis on les enroulera de façon qu'elles ne prennent pas de faux plis et que leur poil ne se hérisse pas ( 3). 3 Durant l'été. surtout lorsqu'on marche à la corde. Appliquer 1 11 existe encore des gens pour vous soutenir que les antidérapants sont parfaitement inutiles et qui s'acharnent à ne pas vouloir les utiliser. Lors des Jeux olympiques de Chamonix. soit en adaptant le fer aux bâtons de frêne accouplés. en vente dans tous les magasins de sport) qui leur conserve toute leur souplesse et les garantit également contre les teignes . Les rubans transversaux exercent naturellement dans la neige un certain freinage. de façon que les griffes métalliques serrent légèrement le bois. mais qui proviennent de bien d'autres animaux. Elle est prolongée aux deux extrémités par un fort ruban de chanvre. Le piolet peut se porter de différentes façons. Cette question. on aura soin de mettre les peaux de phoque à l'abri des teignes. on le tire latéralement d'un coup sec. il faut que tous les membres de la caravane soient munis d'antidérapants. La plus simple et la plus agréable à notre avis est de le passer horizontalement dans les bretelles du sac. les peaux sont parfaitement suffisantes. Toutes les pièces de cette garniture sont cousues les unes aux autres. Piolet. les meilleurs antidérapants sont les peaux de -phoque (2). Le piolet court et léger peut aussi s'introduire tête en bas dans le sac même du touriste. il n'en n'est pas ainsi. tant discutée actuellement encore. Il existe plusieurs systèmes de peaux de phoque. L'auteur a essayé tous les autres systèmes de peaux. qu'on les conserve jusqu'au début de la descente finale. Selon les difficultés prévues. la différence de poids entre le bâton ordinaire et le piolet à rondelle est fort désagréable. mais plus sensible à la descente. la pointe sortant par en haut. Le tendeur que l'on intercale volontiers au ruban antérieur se décroche facilement et ne fait que compliquer le système. la peau ne colle pas. La peau doit couvrir toute la surface inférieure du ski. et il en est finalement revenu au modèle le plus simple. Dans toute autre circonstance. 2 On vend sous ce nom des peaux qui n'ont évidemment jamais appartenu à des phoques. le ruban postérieur double le talon du ski et vient se fixer dans une boucle vissée sur le ski. Lorsqu'elle est poudreuse. négligeable à la montée. Il faudra vérifier de temps en temps leur solidité. Malheureusement. Sur la neige dure. De toute façon. la croûte superficielle et vous enfoncerez plus ou moins profondément. l'homme du milieu peut très souvent s'en passer. Antidérapants... Dans le second cas. On les saupoudre de naphtaline ou. Mais vous rencontrerez souvent en montagne des pentes où la neige poudreuse est recouverte d'une croûte gelée. De cette façon seulement on économise ses forces et son temps. puis on le décroche et l'on ouvre les deux leviers. pour éviter les blessures en cas de chute. on emportera un à deux piolets pour trois. serait tranchée depuis longtemps si la neige offrait toujours la même consistance. Pour enlever les peaux. Le ruban antérieur forme une boucle qui se fixe à la pointe du ski . il est prudent de garnir le fer d'un fourreau de cuir. ou bien elle se détache. Dans le premier cas. ou deux à trois piolets pour quatre. ces crampons peuvent très bien s'adapter sous les skis et supprimer l'emploi de crampons spéciaux. dans un endroit chaud. La largeur des extrémités des Laupars (auxquelles s'adaptent les crampons) étant généralement inférieure à celle des skis. il faudra régler l'écartement des crampons d'après les skis. Ces combinaisons ne sont guère satisfaisantes pour de grandes ascensions. ce qui peut être fatigant et même dangereux (sur un glacier. A la fin de la course. on les brossera vigoureusement. Tant que la neige n'est pas trop dure. le piolet improvisé ne vaudra jamais un véritable piolet. On en a imaginé bien des systèmes différents. il faut passablement de temps pour les ajuster. en l'attachant du côté de la hache par une ficelle ou par la dragonne. Pour pouvoir suivre la même piste. La supériorité de la fourrure du phoque est incontestable. Le plus simple est encore le meilleur. Ce système est parfait lorsqu'on peut fixer les peaux chez soi ou à la cabane. Comme le skieur caussé de laupars doit nécessairement emporter des crampons de fer à huit ou dix pointes pour la glace et le rocher. Si vous enlever vos skis pour continuer votre marche à pied. — On a cherché à combiner piolet et bâtons. les peaux et surtout les rubans transversaux s'usent assez rapidement. le système le plus simple sera toujours préférable. on les fera sécher. On les serre au moyen de petits leviers qui doivent jouer facilement. — Nous entendons par là tous les moyens imaginés contre le glissement des skis en arrière ou «le côté (1). à cause de leurs disques minuscules. Deux rubans transversaux situés aux tiers de la garniture servent à la maintenir latéralement. Voici la meilleure façon d'ajuster ces crampons : introduire la partie postérieure du crampon à l'arrière du ski et glisser le crampon (tête en avant) jusqu'à ce que ses griffes antérieures parviennent devant les mâchoires. qui en sont très friandes. On tend la peau en tirant fortement. Il est du reste rarement nécessaire que chaque membre de la caravane soit armé d'un piolet. Dans une cordée de trois. sinon la neige s'insinue entre deux et forme de la glace. si dure que les peaux ne seront plus à même d'empêcher le recul des skis. Malheureusement. l'auteur rencontra un guide du pays qui lut avoua franchement n'en avoir jamais fait usage. par exemple). et il est impossible d'en perdre en chemin.inconvénient à la montée : celui d'enfoncer profondément dans la neige poudreuse. mieux encore. même pour de très longues ascensions. Le système Sohm supprime cet inconvénient en supprimant les rubans transversaux et en collant la peau au ski au moyen d'un enduit spécial. on saisit le ruban de chanvre postérieur sous le ski. Il faut avoir soin de bien tendre la peau sous le ski. et ceci est d'une importance capitale en alpinisme. vous casserez. soit en fixant un disque amovible au piolet ordinaire. Il eût été intéressant de faire concourir cet original avec um skieur muni d'antidérapants.

L'auteur ne l'a éprouvé que tout dernièrement. les neiges sont rarement collantes. Avec les crampons fixés de cette façon. Sur les versants sud. Malheureusement. L'usage des crampons n'exclut pas nécessairement celui des peaux de phoque. longues d'environ 25 centimètres. Dans la neige poudreuse. Au emploie-t-on dans ce but un petit appareil breveté dit « Para » qui se chauffe au moyen de tablettes « Meta » et qui sert à lustrer les skis. . après quelques heures de marche. ces produits ne sont guère efficaces que dans les neiges poudreuses ou humides. Si les entailles transversales affaiblissent le ski. Par contre. Grâce à des conditions de neige exécrables. 2 Inventeur. Cet antidérapant n'est guère connu qu'en Suisse romande. par contre. Malheureusement. dans les environs de la cabane Britannia. il est certes bien inférieur aux peaux de phoque. comme cela se présente si souvent dans les Alpes. de sorte que. un contre-placage Paiourdira. on peut aussi employer un chiffon ou un simple bouchon et étaler l'enduit par une vigoureuse friction. Les avantages du drib se révèlent surtout à la descente. la résistance des coins ne se produisant qu'après un léger recul et le tassement de la neige. le skieur peut prendre la pente plus directement et éviter le slalom toujours fatigant. Dans la neige poudreuse.. sur des neiges dures. en mars 1924. toute contrepente devient presque insurmontable. lorsque le fœhn se met à souffler. de Ribeaupierre. le drib est lourd et encombrant et n'exclut pas la nécessité des crampons pour un skieur chaussé de laupars. sur la neige dure. tantôt poudreuse. Sur une neige dure. Enrouler la longue lanière de chanvre autour du ski. Le drib complet est formé de trois à cinq éléments articulés et pouvant se replier les uns sur les autres. le drib a prouvé certaines qualités indéniables. en la serrant principalement devant et derrière les mâchoires. de la cabane Bétemps au pied du Sattel du Mont Rosé . les crampons. tant les skis sont glissants. Le drib assure une direction parfaite. on peut. et au Blanc de Moming depuis la cabane Mountet. présentant des ceins transversaux et quatre rainures longitudinales. alors graisser ses skis. sans aucun zigzag et sur une neige très dure. A défaut de ce moyen. par le mauvais temps. après quelques jours de beau temps et de bise. Une fois les skis graissés. de façon à ne pas trop gêner le glissement. Les coins eux-mêmes freinent très agréablement. ce sont les peaux qui travaillent . et il existe des produits norvégiens spéciaux pour chaque neige. Les enduits mous qui s'appliquent facilement par toutes les températures sont aussi les moins résistants et. et ne sont naturellement d'aucune utilité pour une ascension directe. Si l'on entame la descente finale et qu'il n'y ait plus de contrepentes à franchir. qui ont la prétention d'empêcher le recul à la montée et de faciliter le glissement à la descente. C'est un « chapelet de lames de bois cunéiformes ». les crampons ou « couteaux » (Plarscheisen) de Bilgeri sont recommandables. où la neige est si variable qu'il faudrait à tout moment changer d'enduit. ils auront complètement disparu. où les rainures deviennent un antidérapant latéral incomparable. la neige peut devenir collante et s'attache plus ou moins fortement aux skis. on évitera tous les faux pas. on n'obtient pas une sécurité aussi parfaite. Il existe une quantité innombrable de farts. mais c'est là une habitude qui s'acquiert très facilement. En adoptant un tempo lent. avec des lames cunéiformes plus minces. Les premiers se fixent naturellement par-dessus les secondesLe drib2 est d'une invention plus récente. et il faut l'avoir essayé sur des neiges dures et « tôlées » pour en apprécier les avantages. 1 Pour donner une idée de leur efficacité : l'auteur est monté directement. — En haute montagne. L'auteur se rappelle avoir fait trois campagnes successives dans les Alpes sans jamais graisser ses skis. qui lui a valu ce nom par abréviation » O» trouvera une figure du drib dans VAlpina de novembre 1924. et en montagne il est préférable de graisser les skis le moins possible. dans des terrains rapides. surtout à la descente. C'est là le principal avantage du drib. Ces enduits sont difficilement applicables à froid. ou qui puisse s'enduire d'un fart tenace. très exposés au soleil. Ces dernières années. Même avec les « couteaux » Bilgeri. Les neiges dures et poudreuses sont au contraire très glissantes. Les aspérités cunéiformes étant peu prononcées. Faits ou enduits facilitant le glissement. M. vous pouvez attaquer de très fortes pentes sans décrire aucun zigzag 1. Les crampon* mordent précisément là où les peaux glisseraient. Il est préférable d'employer des produits à base de goudron. au moyen de deux griffes. même sur des neiges où les skis ne laisseraient pas la moindre trace. surtout à la montée et pour les traversées obliques. Avec la fixation Eleffsen. le drib vaut à peu près les crampons lorsque la pente n'est pas trop forte. ainsi qu'à l'arrière de la fixation. il est préférable de s'en abstenir (à moins de remettre chaque fois les peaux de phoque). Comme nous l'avons dit plus haut. il faut naturellement laisser à la semelle balata toute sa liberté. La climbingwax de Sohm est excellente pour la neige poudreuse.fortement le crampon sur le bois du ski. La meilleure solution sera peut-être de revêtir le ski d'un drib métallique. Ce sont des lames d'acier. ne collant pas dans la neige. parfois aussi en descendant dans une vallée. Ce qui peut être avantageux pour des excursions en Norvège ne l'est pas dans les Alpes. plus ou moins résistants et recommandables. ils rendent le stemmbogen assez difficile et se perdent facilement en route. au Titlis depuis le Tribsee . Ces crampons ne font que couper la neige parallèlement au ski. à la hauteur du pied. Vous pouvez même les combiner très avantageusement sur des pentes où la neige est tantôt dure. qui se fixent latéralement sur les côtés du ski. on a lancé sur le marché des enduits spéciaux. qui s'attachent très fortement au bois et finissent par l'imprégner complètement. au Passo di Verona par le glacier de Palti. le ski glisse sans qu'il soit nécessaire de le soulever à chaque pas. Il faut naturellement lever les skis à chaque pas. Mais il est probable qu'il faudra s'inspirer d'un modèle à plusieurs rainures. le ski alpin de l'avenir n'est pas encore inventé.. C'est ce que l'avenir démontrera. Contre le dérapage latéral. Mais s'il y a des montées (même courtes) en perspective. pour lesquelles les peaux de phoque sont déjà parfaitement suffisantes.

Les bords latéraux des semelles de laupars modernes sont à peu près parallèles l'un à l'autre. Après les avoir soigneusement débarrassés de toute neige et des moindres particules de glace (au moyen d'un racloir ou du couteau). Ces crampons sont évidemment lourds. emportez toujours des crampons à huit ou dix pointes et ne faites ferrer vos laupars que très légèrement. 4 Sur le rocher. avec que fixation Huitfeld ou Elefisen. on s'y habitue très rapidement. renforcé par les maisons suisses et qui supprime les coutures d'avant-pied. est très souple et agréable à porter Mais les trois coutures qui se rencontrent sur la pointe du pied ne résistent pas longtemps dans nos régions. Cette dernière condition n'est généralement pas remplie par les bottines de montagne ordinaires. Les pointes cassées se réparent assez facilement au moyen d'une pointe de réserve. Un ski réparé de cette façon ne sera jamais bien solide et exige beaucoup de ménagements. les clous refroidissent le pied. il faudra des crampons dès que l'on quitte les skis pour terminer l'ascension sur le rocher ou la glace. Le modèle Beglom. on tend de plus en plus à la diminuer. Quant à la ferrure. qui s'enfilaient 1 II ne s'agit. Il faut se méfier tout spécialement des blocs de glace et même de neige en traversant les cônes de déjection de vieilles avalanches. est à peu près parfait actuellement. épaisses 2. coupé en biseau pour maintenir la courroie talonnière. sinon la neige poudreuse s'y attachera fortement par congélation. sa pointe est naturellement la plus exposée aux chocs. Un ski répare dure souvent plus longtemps qu'un ski neuf. porter une paire de chaussettes en laine et une seconde paire beaucoup plus épaisse. Chaussure. même si elles sont du genre Begsom. Si la pointe seule est cassre. et l'on est étonné de leur résistance. la tension des courroies talonnières risque de plier la semelle en cet endroit. sinon. Si la cassure se produit plus près du pied. en tôle ou en bois. les skis de frêne sont excessivement flexibles. juste de quoi éviter les chutes sur les chemins verglacés. la réparation est naturellement beaucoup plus compliquée. bien entendu. Elle est pourvue de semelles souples. Louvoyer à une folle altare entre des écueils semi-masqués est un plaisir dont on pourrait se repentir brusquement. L'épaisseur normale rane entre 1. Il en existe bien des modèles différents. Si le soleil est caché et que ces enduits soient inapplicables à cause de l'humidité des skis. il faut avoir soin d'enlever ses skis et de les sécher au soleil. Toute caravane de skieurs prudents emportera au moins une pointe de réserve et plusieurs brides de réparation. Lorsque le ski se rompt en son milieu. mais. Le cuir doit être robuste et souple" à la fois . il reste encore un moyen de glisser sur la neige collante : c'est de fixer les peaux de phoque. D'autre part. sur le devant. Celles d'aluminium sont préférables à celles de bois. Une bonne chaussure doit être chaude. on visse à ces semelles de petites garnitures en tôle. entre les deux garnitures de tôle. on arache beaucoup plus sûrement avec des crampons. et c'est pourquoi il est nécessaire d'avoir pour le ski une chaussure de forme spéciale. — Nous avons indiqué plus haut comment on pouvait réparer les fixations. sans être gêné. Comme nous l'avons dit plus haut. Ceci est très important pour se garantir du gel. avec un peu de pratique. enfin. quelques bons clous. La cassure se produit généralement à l'endroit où le canal traverse le ski (point faible). ou les blocs de rochers à moitié enneigés. pour qu'elles ne soient pas abîmées au contact des mâchoires. abîment la fixation et donnent à la semelle une rigidité qui fatigue à la longue. par exemple.5 et 2 centi mètres. De retour en ville. auxquelles la neige ne s'attache presque jamais. imperméable et assez grande pour que l'on puisse. on évitera facilement les chocs. on peut la remplacer très solidement. Quant au ski lui-même.La plupart de ces enduits ne s'appliquent aux skis que lorsque leur surface de glissement est parfaitement sèche. si l'on est chaussé de laupars (3) non ferrés. même au cou-de-pu i. mais ils sont si précieux que beaucoup d'alpinistes les portent même avec des bottines ferrées (4). on remettra le ski bris* 5 au marchand. sans couture inutile. Les fissures longitudinales peuvent également être réparées au moyen de brides plus courtes. Une ferrure complète est très désagréable lorsqu'on a les skis aux pieds : le contact est moins intime entre la semelle et le ski (et par conséquent la maîtrise moins grande) . La chaussure laupar. très solides. les crampons sont désagréables au premier moment. à cause de leurs longues pointes . Ces brides métalliques peuvent être achetées dans toutes les maisons de sport. 2 Ceci sur toute leur longueur. Paulcke recommandait d'emporter des chaussons extérieurs en toile à voile imperméable. Il présente une résistance très suffisante à k pression des courroies de mâchoires et les orteils y conservent une grande liberté de mouvements. du modèle tyrolien dit « aile de mouche » d'un petit numéro. quelques clous à tête carrée ou conique et. et il faut alors ajuster les deux morceaux au moyen de brides. Avec un peu de prudence. et l'eau finit par y pénétrer. en poil de chèvre. dans k zone des éboulis et des moraines. 3 Nous emploierons ce terme de laupar d'une façon générale pour désigner les bottines spéciales au ski. Et lorsque les rochers sont recouverts de verglas. ici que de réparations de tortune et provi-soiree. Réparation des skis (1). qui nous vient de Norvège. on les essuiera avec un chiffon et on les exposera au soleil. parce que plus légères et plus facilement ajustables. et c'est bien l'endroit où se produisent le plus souvent les cassures. Après avoir traversé des neiges ramollies par le soleil et avant de passer à l'ombre sur des neiges froides et poudreuses. — La chaussure est un des points les plus importants de l'équipement. la pointe de exchange n'est souvent plus suffisante. la neige s'attache aux clous et forme des mottes. la chaussure aussi imperméable que possible. Au talon. Pourtant. très légèrement dantes et d'un talon bas. Il faut alors clouer ou visser tant bien que mal la fixation sur la partie antérieure et ajuster les deux morceaux au moyen des brides. Donc. .

et servant de petites chancelières. par le plus beau temps du monde. confectionné sur le modèle introduit autrefois par les Norvégiens. Le pantalon doit coller à la cheville. ou en poils de chèvre. il la faudra très courte. On confectionne en Burberry de ravissants costumes pour skieuses. par congélation. puis à parcourir la haute montagne et hiver. On serrera simplement la cheville par une bande de drap étroite et souple. de façon à empêcher l'infiltration de la neige. coupe Norfolk. passé par-dessus un pantalon de montagne ordinaire. Qu'elles veuillent bien me pardonner. plutôt court. II se ferme par un poignet à deux brides sur la tige du soulier. La gabardine est très légère. mais on peut la faire doubler de flanelle. imprégné. Les vêtements de loden ou de cheviote. il est recommandé de porter une semelle intérieure poreuse. Mais c'est un luxe auquel on attache de moins en moins d'importance. Lorsque k temps est beau et calme. en hiver.. en relevant le bouffant jusqu'au genou (4). peut être remplacé éventuellement par une vareuse militaire. Il faut en emporter plusieurs paires. Elle n'est pas chaude. il est moins agréable et. caria neige s'y attache 2 . moufles. Un de mes guides avait l'habitude de se graisser les pieds avec de la graisse de porc. La neige n'y adhère pas. — Dans cette question d'habillement. et la neige ne peut pas y adhérer. à peu près imperméable à l'air et à l'humidité et d'un poids presque négligeable. Comme le dit très justement Paulcke : « ce n'est pas dans l'hypothèse des meilleures conditions extérieures. et il est facile de la retirer pour la sécher. Mais la graisse ne vaut rien pour les pieds qui transpirent. en crins de cheval par exemple. Les sweaters peuvent se porter dessous. L'hiver dernier. le goût personnel peut intervenir largement. il importe d'employer une étoffe à laquelle la neige ne puisse pas adhérer. en outre. un sérieux avantage : c'est de protéger les jambes et de supprimer les molletières qui serrent le mollet. Elle complète donc parfaitement les qualités du tissu de Saas.pardessus les laupars. le vent peut être très froid et devenir un sérieux danger pour celui qui n'est pas habillé en conséquence. 4 J'allais oublier les clames. On peut aussi protéger les chaussures par des peaux fixées poil en dehors. Le veston. La seconde en laine épaisse. ». lisse. qui laisse passer l'air. L'excellence et l'imperméabilité des laupars actuels ont rendu ces chaussons presque inutiles. et la neige ne s'y attache pas. raisins secs. Mais. Ce pantalon est fendu à la cheville et se boutonne. Les chaussettes. Dans les laupars. la chaussette s'attache à la semelle même du laupar. Quatre poches extérieures à rabats sont de rigueur. Le pantalon étant souvent en contact avec la neige. ceci est beaucoup moins important. en tissu de Saas. et ils sont très rarement employés dans nos Alpes. Habillement. Les manches sont munies de pattes à boutons. de façon à ne porter que des chaussettes parfaitement sèches. Les alpinistes qui s'en sont servis dans les ascensions de rocher se plaignent qu'elle s'use et se déchire assez rapidement. sont d'une étoffe plus ou moins poreuse. Le skieur proprement dit porte volontiers un complet de drap bleu foncé (ancien drap militaire). etc. il est bon de l'entourer d'une molletière. Si nos skieuses tiennent absolument à conserver leur jupe. On y fera adapter des pattes pour fermer les manches aux poignets. on risque d'en déchirer les parties bouffantes. ils sont toutefois très agréables par les grands froids. est absolument imperméable à l'air comme à l'humidité. pas plus que les laupars. il est parfaitement inutile de porter des bas. Dans la neige poudreuse. portent des vestes. Le talc a l'avantage de pomper la transpiration. les premières. comme dans les bottines de montagne. ainsi qu'un capuchon. Mais. et il prétendait ne jamais avoir froid. Celle-ci absorbe l'humidité. dont les ailes se boutonnent sous le menton.réserve un surtout en toile à voile assez grand pour être porté par-dessus la veste ordinaire. Les personnes qui transpirent beaucoup des pieds feront bien de les frotter avec de la poudre de talc avant d'enfiler leurs chaussettes. nuisent à la circulation du sang et facilitent la congélation. même dans de grandes ascensions comme le Mont Bose. Le pantalon offre. on est plus souvent dans la neige et sur ses skis que dans les rochers (2). lanoline. et elles s'en trouvent très bien. généralement adoptés en été. 3 Les Anglais. Avec un caleçon chaud. Plus elle est courte. On trouve dans le commerce le costume complet (veste et pantalon) tout fait. à grandes poches. La coupe et l'étoffe sont très pratiques pour le ski. ne doivent serrer le pied. Cette étoffe. mais il peut rendre de bons services en cas de tempête. Celles qui se hasarderont à lire ces pages. Pour la varappe. et il l'a trouvé parfaitement suffisant. etc. mais il est très pratique... parfaitement imperméable à l'air et à l'humidité. Pour la veste. biscuits. L'usage du pantalon de même toile est moins fréquent. 1 Le Usmer de l'armée suisse est fort pratique et juste assez chaud sous la vareuse L'auteur a longtemps porté le costume norvégien. mais bien des circonstances les plus défavorables qu'il faut se placer. Ceci n'exclut pas le port d'une culotte et de molletières. Dans les rochers. gens pratiques. Le pantalon bouffant dans le bas n'est pas gêné par le revers ordinaire du pantalon de dessous. devant la fixation. l'auteur a fait de très bonnes expériences avec un pantalon de gabardine. par contre. Deux grandes poches latérales sont de précieux réservoirs pour tout ce qui est d'un usage fréquent : gants. de couleur kaki. feront bien de copier le plus possible 1 équipement et surtout l'habillement du skieur masculin. C'est à quoi il faut parer le mieux possible en emportant comme . Il est évidemment moins gracieux qu'une culotte. chocolat. de façon que le laupar puisse se lacer par dessus. ou se ferme au moyen d'un lacet. plus elle est pratique. le Lyskamm et le Rothhorn de Zinal en février. par contre. Il doit être assez ample pour pouvoir se porter sur un sweater ou chandail (1). mais jamais dessus. Les skieurs anglais portent généralement le costume de coupe norvégienne. lorsqu'on est chaussé de crampons. non dégraissée. Le drap de la culotte et de la jupe devra êtrr très lisse. par les grands froids. Il arrive sans cela que. à condition de les compléter en prévision du mauvais temps et du froid. plus larges dans le bas que dans le haut. mais ils remplacent le drap bleu par du Burberry (3). Les Anglaises. se sont mises à porter le long pantalon. L'alpiniste peut fort bien utiliser en hiver ses vêtements de montagne habituels. où l'on rencontre pourtant une rude varappe. La première paire doit être en laine douce et très chaude. Le drap est solide. de façon à pouvoir être fermées aux poignets. la température est très agréable l'hiver et n'exige pas un vêtement plus chaud qu'en été.

Il en faut deux ou trois paires pour pouvoir les changer. avec claie en acier tabulaire. il se met dans la poche. Au printemps (avril. le béret blanc. A l'extérieur. le béret est parfait et très gracieux. un chapeau de feutre (ou etoile blanche) à larges ailes est absolument indispensable 2 Pour la corde. 11 est très précieux dans les cabanes qui n'en sont pas encore pourvues et durant la marche dans le brouillard. — Le sac tyrolien. telles que biscuits. Par exemple du lait en poudre. le chef de course fera bien de procéder à une inspection minutieuse de tout l'équipement de sa caravane (y compris l'habillement et les provisions). chocolat. Leur longueur doit être assez grande pour couvrir les manches de 20 à 25 centimètres. Gants. au contraire. D'après les expériences de l'auteur. — Comme coiffure. en épousant la courbure du dos. voir p. . Pour les longues descentes.. beaucoup de beurre frais . ou pour le soir à la cabane. du sucre. Un peu de vieux cognac dans une petite gourde. on emportera : une bouteille thermos. — L'alimentation du skieur en montagne diffère très peu de celle de l'alpiniste en été. 1 Pour les courses de printemps (mai et juin). Lorsque le sac est rempli. et a vite fait de les tra~ percer. qui paraîtra même pédante à beaucoup. mai. on attachera le sac autour des hanches au moyen d'une courroie qui se boucle sur le ventre et passe dans deux œillets fixés au sac. Les skieurs portent généralement des bonnets beaucoup trop chauds. des œufs crus . Ceux qui transpirent beaucoup peuvent employer une claie en osier. Lorsqu'il fait froid. éventuellement un baromètre anéroïde (4) Alimentation. Comme son bagage est considérable. aussi plat que possible. nourrissantes et légères. très riches en calories . comme remède. On peut lui donner toutes les formes imaginables et s'abriter contre le vent et le soleil de n'importe quel côté. la carte. 3 En plein hiver. du fromage . beaucoup de raisins secs. on emportera des matières grasses et sucrées en quantité suffisante et sous un volume minimum. est le meilleur. chacun suivra son goût. Il est bon alors d'avoir dans ses poches certaines friandises toujours appétissantes. sa couleur blanche irradie la chaleur solaire. mais il faut en avoir une seconde paire de réserve (ordinaires) dans un étui. Les moufles s'enfileront par-dessus les gants. Les gants seront de laine chaude. mais rester. etc. une boussole. une cuisine à esprit-de-vin liquide ou solide (meta) : une lanterne pliante . en laine légère et solide. plutôt que condensé . il a le grand défaut d'être trop lourd. 146. raisins secs. de la viande séchée des Grisons (Bùndnerfleisch) . On mettra dans ces poches les objets dont l'usage est fréquent en cours de route. Par la tempête. du thé et du café. il faudra seulement chercher à gagner sur le poids. Comme coiffure. Le modèle le plus simple. on complétera cette coiffure par une écharpe de laine dont on s'entoure le cou et le menton — à moins que l'on ne préfère endosser le suroît en toile à voile et rabattre son capuchon (1). — Les mains sont très exposées au froid. même lorsqu'il est vide. ce qui est très malsain. on le rabat sur les oreilles . la réverbération des neiges est à son maximum et il est bon d'avoir des lunettes plus foncées et grillées. il ne doit pas affecter la forme d'une poire. semble être la coiffure idéale. On les protège par des gants et des moufles.. pour compléter les observations à la boussole. du roastbeef avec de la mayonnaise en tube . Elles doivent être absolument imperméables et ne pas serrer.. à condition d'être imperméable et assez grand pour contenir tout le bagage du skieur. 4 Un baromètre anéroïde suffit amplement pour une caravane. est suffisant pour les courses d'hiver. avec deux grandes poches latérales. on fixera le moins d'objets possible : la corde (2) et les crampons. juin). etc. Un sac qui ballotte de droite et de gauche est fort désagréable : il déplace le centre de gravité et complique l'exécution des virages. des biscuits légers et nourrissants . très pratique et très simple.. Plié. A la veille du départ.Coiffure. Sac. C'est une tâche désagréable. On en trouve avec une fermeture à pression. Outre les objets d'équipement déjà mentionnés. des légumes en conserve : des cubes bouillon . des lunettes de glacier ( 3). si les gants le sont suffisamment. un sifflet pour signaux. En plein hiver et aux hautes altitudes. mais qui peut éviter de grands ennuis et de grosses désillusions.. du lard . La couleur jaune verte est reconnue comme étant la meilleure pour préserver les yeux. jes "unettes en écaille sont très pratiques. avec ou sans doigts. Deux paires ne sont pas de trop. dont l'alpiniste se sert en été. Quant au sac norvégien. du chocolat . une pharmacie. lorsqu'il fait chaud. du riz et des pâtes . Il n'est pas nécessaire qu'elles soient chaudes. il fait parfois si froid que l'on est obligé de manger en marchant. En prévision du froid..

le skieur alpin jugera d'emblée s'il vaut la peine de fixer les antidérapants. — Sur une neige légère. p. 1 Vivian Caulfield. où la marche à plat est minutieusement décrite. — S'il ne s'agit que de courtes montées. Lorsque le skieur de tête sera fatigué. Si la neige est dure ou peu profonde. Ceci exige un œil exercé. et BILGERI. dans les endroits où la surface est légèrement fuyante. à la hauteur des fixations. bien écrit tout un livre sur les seuls virages Voir à ce sujet ZARN et BARBLAN. Si la neige est très dure. On gagne ainsi plus rapidement en hauteur. Si l'on est pressé et qu'on ne soit ni trop chargé. Dans une neige fraîche et profonde. parce que très fatigante. Avec un peu d'expérience. alors que des manuels entiers y sont consacrés (1). ni trop fatigué. et surtout celle en ciseaux. rien n'est plus facile. Ceci nous dispensera de faire son éducation de sporstman. Il faut surtout éviter de se pencher trop en avant. Mais. la fixation Huitfeld exige une piste plus large que les fixations Eleffsen et BB. Si l'on n'a pas ces « couteaux ». le relief des neiges est souvent difficile à discerner. Lorsque celles-ci sont en contact avec une neige trop dure pour y mordre. alors que la féerie d'un paysage grandiose attire les yeux et que les jambes et les bras travaillent automatiquement. et rien n'est plus désagréable que de suivre une piste trop étroite. 33. Ce qui pourrait paraître monotone en plaine ou dans le brouillard offre un charme indéfinissable en haute montagne. Il s'agit donc d'examiner ici quelles sont les connaissances techniques nécessaires au skieur qui va s'aventurer en haute montagre. le meilleur skieur professionnel d'Angleterre. C'est une opération assez longue et ennuyeuse. la montée en escalier. de façon à empêcher le dérapage latéral. on cherchera à accélérer son allure par le pas glissé et même par le pas du -patineur. Elle ne peut être utilisée que sur de courts espaces. dans les hautes Alpes. avant tout. p. on peut traverser des pentes rapides en tenant le bâton intérieur horizontalement. Ils sont vite fixés. en les rapportant à la haute montagne et en nous basant sur nos expériences personnelles. où la marche à la corde exige naturellement une trace unique et le moins d'efforts possible. car rien n'est plus fatigant que de glisser en arrière et de chercher à se retenir. mais qui remplace parfois utilement une halte reposante. il nous reste à voir si la montagne exige une technique spéciale. c'est-à-dire initié à toutes les finesses du sport. Marche à flat2. où l'on enfonce à peine. une technique spéciale à la montagne. Nous chercherons également à prouver qu'il n'existe pas. suivies de terrains plats ou de descentes. et qu'il est beaucoup plus facile de devenir skieur alpin que véritable alpiniste. il faudra conserver la direction initiale et éviter tous les détours inutiles. doit être évitée. 2 . 4 Pour ces traversées en écharpe. Le skieur qui marche en tête de la caravane choisira donc sa route de façon à éviter les contre-pentes mutiles et les pertes de niveau. Si la neige profonde rend la marche pénible. 89. ces changements auront lieu à tour de rôle et à intervalles réguliers. tout près des skis. aux alpinistes* expérimentés. Suivant l'éclairage. de façon à profiter de toute leur longueur. Dès qu'on emploie ce système.. les « couteaux » Bilgeri peuvent être fort utiles. nous avons admis d'emblée que l'alpiniste estival était skieur en hiver. et non pas devant soi. il est préférable de combiner la marche en avant avec la montée latérale en escalier. on lèvera le ski à chaque pas et on l'appliquera d'un coup sec sur la neige. convertis sur le tard. trop étroits pour permettre des zigzags. La façon la plus simple de procéder sera de suivre pas à pas l'ordre d'instruction adopté par les manuels les plus récents et de commenter ces notions désormais connues. la largeur de la piste dépendra du skieur dont les fixations exigent le plus grand écartement. Lorsque l'aide des bâtons devient indispensable. pour marcher en queue. sans se fatiguer davantage. le skieur saura discerner sur chaque neige la pente qu'il peut affronter sans glisser en arrière. sur des pentes de neige dore. ou que l'on soit trop paresseux pour les mettre. il est bien rare que les neiges soient parfaitement nivelées. on appuiera les mains non pas dans les dragonnes. la pointe contre la pente (comme un piolet en été) et en piquant à chaque pas le bâton extérieur juste au-dessous du ski extérieur. pour les avoir toujours derrière soi. sans qu'il soit nécessaire d'enlever les skis. En outre. il quittera la piste et laissera passer devant lui tous les membres de la caravane. il est inutile de fixer les antidérapants. mais sur les pommeaux des bâtons. à proprement parler. Il aura soin de se tenir plutôt en deçà de la limite.CHAPITRE VII LA TECHNIQUE DU SKIEUR ALPIN Le but de ce livre visant simplement l'application du ski à la montagne. où ils ne seraient d'aucune utilité. et à tous ceux qui n'ont jamais pratiqué le ski dans les hautes Alpes. 3 Ainsi. il est préférable. On déplacera alors les bâtons simultanément 4. comme me l'a fait observer un de mes amis. il est avantageux de ne pas avoir des skis trop larges. En outre. Selon la longueur et l'inclinaison des pentes. On placera leurs pointes dans la neige. et chercher à répartir habilement le poids du corps sur les bâtons et sur les skis. L'art du ski. A la montée. où les courroies latérales se heurtent à chaque pas (3). Dans une neige profonde. Dans une neige profonde. Der alpine Skilauf. elles déverseut les skis en aval et nuisent à l'équilibre du skieur. même si l'on est lourdement chargé. dans ces occasions : d'avoir des mâchoires vissées sur le ski plutôt que des mâchoires passant dans le bois. Dans notre préface. les grandes surfacei planes ne se rencontrent guère que sur de vastes glaciers. La meilleure façon d'arrêter le glissement en arrière est de placer aussi vite que possible le ski postérieur en travers de la pente. car il est difficile de faire mordre leurs arêtes intérieures. Nous nous adressons donc. Chacun n'a pas la même fixation. Il serait du reste prétentieux de vouloir traiter en un seul chapitre la technique du ski.

vous démoraliseront et vous gâcheront tout le plaisir de la course. il y aura souvent avantage à suivre à pied la crête des moraines : c'est une digression qui peut varier agréablement la monotonie d'une longue marche en ski. arrivé au sommet de la pente. Vous perdrez ainsi à la descente tout le temps gagné à la montée. Vous serez souvent étonné. C'est généralement le cas dans les endroits exposés aux vents. De même. On les attachera an moyen d'une lanière de chanvre et on les portera en bandoulière. la peau ne sert à rien. En hiver. Dans ces œillets. tant qu'il existe des traces de chemin ou de sentier. Si la pente devient rapide ou le terrain escarpé. Mais ce sont là des considérations tactiques plutôt que techniques. et c'est alors que les crampons interviennent. Chi va piano VA sano. Il vaut aussi mieux de tirer ses skis que de les porter. en l'adaptant aux particularités du terrain. la marche oblique est très désagréable et les peaux sont presque inefficaces : quand le ski repose à plat sur la neige. quand il est déversé intérieurement. Tant que la neige supporte votre poids. Comme nous l'avons dit dans notre chapitre sur la tactique. on trouvera des traces de sentier. des zones éventées et durcies. Sur beaucoup d'entre elles. vous épuiseront.1 1 Voir par exemple la figure 28 de la page 131. et qu'il trace la piste de façon que son dernier compagnon puisse la suivre sans glisser en arrière. on aura soin de percer leurs pointes d'un petit trou. il sera préférable de cheminer à pied. les skis seront retenus par le cordon de réserve. Mais. surface de glissement en l'air. de constater combien elle s'élève doucement. vous tomberez à toute occasion. on s'élève plus facilement avec des peaux de phoque. puis elle s'adoucit rapidement et devient excellente pour le ski. dans la neige molle ou farineuse. le drib est préférable. vous vous exposez à une quantité de faux pas et vous serez fatigué avant d'arriver au but. Ceci est très fatigant. Les mains restent libres et l'on marche à deux bâtons. Munis de la fixation Huitfeld. Les dos balayés par le vent. au cours de la montée. on a avantage à les suivre à pied plutôt que de chausser les skis. Un cas analogue s'est présenté à l'auteur pour traverser le point 3. mais conservez à votre piste son inclinaison générale. les cônes d'avalanches présentent également des voies faciles et souvent plus agréables que de nombreux zigzags en ski. Comme nous le verrons plus loin. Si la croûte n'est pas suffisamment épaisse. Si l'un d'eux vient à se rompre. elle cassera sous votre poids et vous enfoncerez à chaque pas. la marche sera plus facile à pied qu'en ski. Si l'arête est rocheuse. Dans une montée en zigzags. vous devez traverser un couloir ou une combe étroite. ils peuvent s'enfiler l'un dans l'autre et se porter facilement. Au contraire. Jamais cet adage n'est plus vrai qu'en haute montagne et en ski. C'est précisément dans ces occasions que quelques clous sous les laupars sont utiles et très appréciés. Dans d'autres circonstances encore. plus ©u moins profondément. Il est très important de rester frais et dispos pour la descente. avant le lever du soleil. La marche est alors aussi facile que si l'on ne tirait rien après soi. en suivant dans la neige poudreuse la trace d'un bon guide. il est impossible de tramer les skis derrière soi : ils pendront toujours dans la verticale et basculeront à tout moment. la croûte est suffisamment solide pour porter le piéton jusqu'au lever du soleil . et finalement vous aurez mis plus de temps qu'en décrivant sagement vos zigzags. Au printemps. Dans ce but. le second aboutissant aux fixations des skis. les peaux de phoque ne mordent plus sur cette neige.672. les crêtes des moraines sont presque toujours dégagées en hiver. vous rencontrez des zones poudreuses. Il peut arriver aussi qu'une arête soit la seule voie praticable entre deux terrains skiables. En traversant obliquement des pentes de neige dure. Avec des crampons sous les skis. II faut alors les porter et marcher très prudemment. Mais il est beaucoup plus agréable de les tirer derrière soi. Si. mais directement. en montant au Schallihorn (Voir . Plus vous montez. Dans la piste. Vous manifesterez même quelque impatience. pas à pas. Ces neiges croûteuses et cassantes sont particulières à l'hiver. sans décrire de zigzags. Si la pente est forte. quitte à les rechausser plus loin. Même lorsque les pentes environnantes sont favorables au ski (ce qui. et ces chutes continuelles. on s'en tire très bien avec le« « couteaux » Bilgeri et la montée oblique en escalier. la fixation venant buter contre l'épaule (la gauche généralement). Il ne suffit pas de les tenir en équilibre sur une épaule. sur les versants supérieurs des cols et sur les neiges printanières. plus votre allure se ralentira. Avec les peaux et sur une neige durcie. Le cordon doit être assez long pour que sa traction ne soulève pas les skis à chaque pas. pointes en avant. C'est pourquoi nous avons recommandé la combinaison des peaux et des crampons. il faut chercher à donner à la piste une inclinaison régulière et décrire le moins de zigzags possible. des zones où la glace elle-même est à nu. outre le grand danger qu'elles présentent sur les glaciers. il faucha se résoudre à porter ses skis en bandoulière.Lorsque la neige est dure. Si vous êtes fatigué avant de commencer la glissade. la neige est beaucoup plus irrégulière qu'au printemps. il n'est pas toujours possible de monter à pied sur une neige croûteuse. du reste n'est pas toujours le cas). on fera bien de fixer deux cordons au lieu d'un. il dérape latéralement . pour parer à toutes les éventualités. on passe un cordon solide dont on s'entoure la taille. il y a avantage à s'élever très lentement. vous reconnaîtrez que la montée s'est faite sans fatigue et beaucoup plus vite que vous ne le pensiez. Par contre. ne descendez pas dans le couloir ou la combe. dans le voisinage des sommets. Durant la montée. de façon à avoir les mains libres. Si vous montez trop rapidement. ce qui n'est pas le cas sans 'peaux. Examinez bien la pente avant de l'attaquer. il faut alors que le premier songe au dernier. le dernier skieur avance aussi sûrement que le premier. Dans ce cas. où l'on fixera à demeure un œillet de ficelle. et tracez mentalement votre itinéraire.

ses « planches » sont les simples instruments de sa volonté. quelques provisions dans vos poches. avaient été enlevés par le vent. En disant prudent. Mais il est important que les skis reposent éans une piste horizontale et bien foulée. les conversions sont tris faciles.nécessaire à une digestion normale. II agira en être de sang-froid et pourra paraître blasé. la neige s'y attachera et tout sera à recommencer. Un skieur craintif tombera souvent par simple appréhension. les parcours à pied étant indiqués par des pointillés 1 Si vous pouvez les enfoncer verticalement et jusqu'aux fixations dans une neige consistante. — Dans les hautes Alpes. Une fois sèches et refroidis. vous pourrez prolonger votre sieste. 34). Beaucoup de skieurs plantent leurs skis dans la neige plus ou moins profondément. vol. Dans ce cas. La prévoyance et la volonté domineront en lui la passion du sport. vos skis ne colleront plus. On prendra tout SON temps pour tourner. La descente. Or sa volonté est d'être prudent et de le rester en toute circonstance. Arrivé à l'endroit où l'on veut tourner. S'il brise un ski ou se casse une jambe. et les neiges des hautes altitudes lui sont rarement propices. Profitez du soleil pour faire sécher les peaux de phoque. le vent ne pourra guère les arracher. adossé à vos skis. Mais ceci n'est guère possible que sur des pentes fleces. L'alpiniste hivernal se trompera rarement sur la consistance des neiges qui lui restent à parcourir. avant de partir dans une nouvelle direction. Sur une pente modérée. Comme nous l'avons recommandé. le skieur alpin est embarrassé par son bagage et plus ou moins fatigué par l'ascension. Ceci dépend naturellement du terrain. nous ne voulons pas dire peureux ou craintif. il est rare que le skieur puisse atteindre en ski le but de sa course. elles sécheront très rapidement. on peut s'en servir pour charger les skis. Les exercices d'un sporisman diffèrent totalement de la technique du skieur alpin. assis sur votre sac. Et cela pour plusieurs raisons. on aura soin d'enfoncer profondément ses bâtons dans la neige au-dessus de soi et du côté de la montagne. si l'on est kabile. et vous les enroulerez au retour. vous préférerez parfois rester couché sur le col qui s'évase à ses pieds et fumer tranquillement votre pipe. Si l'endroit est dangereux. — La montée en zigzags exige des conversions de pied ferme. p. Préparatifs de descente. La conversion s'exécute alors comme elle est prescrite dans tous les manuels. Cette sage philosophie ne s'acquiert malheureusement qu'après des années d'expérience. vous pouvez alors vous remettre en route. en se relevant. où il prévoit des embûches. Le mieux est de l'attacher sur eux. et reconnaîtra.. Avec des notions techniques rudimentaires. Comme on laisse généralement son sac au dépôt. Mais il serait stupide de tenter ces acrobaties au cours d'une longue expédition et de compromettre toute la course pour soi et pour ses compagnons. Il préférera enlever ses skis et les porter dès que sa raison le commande. la conversion étant une excellente occasion de reprendre son souffle. ce système n'est pas suffisant : il faut les coucher à plat. où les conversions sont inutiles si l'on a fixé tes antidérapants. les conversions s'exécutent du côté aval. en pas tournants. on s'en tire souvent beaucoup mieux qu'un excellent skieur qui s'aventurerait pour la première fois en montagne. De cette façon. de son inclinaison et des obstacles qu'il présente. Fût-il à portée de la main. En montagne. négligemment piqués dans la neige. On enlèvera les antidérapants et l'on nettoiera soigneusement les skis. Lorsque la pente est rapide et la caravane lourdement chargée. on ramène les skis horizontalement et l'on tasse soigneusement la neige. Nous avons déjà vu sous quel aspect les hauts sommets se présentent en hiver. mais la neige est souvent si dure qu'il est impossible de les y enfoncer. le skieur alpin saura résister aux charmes d'une folle glissade. il ne réussira pas à enlever vos skis (1). qu'il n'y avait aucune raison de tomber à cet endroit. Là où se termine l'approche en ski et où commence l'attaque de la montagne. il n'est pas perdu pour cela. et les ancrer solidement au moyen des bâtons passés dans les fixations et enfoncés verticalement (disques en l'air). Fixez-les solidement aux disques des bâtons et étendez-les. Mais votre intention n'est pas toujours de gravir un sommet. . Mais il faut en être absolument certain.Conversions. on peut même tourner tout en marchant. on les exposera au soleil jusqu'à ce qu'ils soient paifaitement secs. Certaines précautions sont nécessaires. Les crampons chaussés. Les cartes accompagnant les guides pour skieurs sont très instructives. sur une neige poudreuse et tourbillonnante. et surtout des avalanches. avant de les coucher sur la neige. en en fera le moins possible. avant de les serrer dans votre sac. puis on les tournera un moment à l'ombre. l'alpiniste n'a pas de style particulier. Wattiser skifûhrer. Plusieurs caravanes ont failli périr parce que leurs skis. Sur un terrain suspect. On les exécute face à la montagne et. il les abandonnera dès qu'il sera sûr d'avancer plus vite à pied. avant de laisser ses planches derrière soi.. et songer au succès final. Il est entouré de dangers.. Les skis n'étant pour lui qu'un moyen d'y parvenir. Tandis que le sportsman est relativement frais. A vrai dire. En haute montagne. il faut savoir considérer la sécurité générale avant tout. II. Même à la descente. parallèlement l'un à l'autre. on fera un dépot. et quelques conseils sur la manière d'ancrer les skis ne seront peut-être pas superflus. de façon que tout soit sec et propre au moment du départ.. le vent peut faire rage. Si vous les mettez dans la neige immédiatement après les avoir exposés au soleil. On choisira si possible un endroit abrité du vent. Avec un peu d'expérience. Mais faites les nettoyages prescrits avant le repas. Le premier peut s'ébattre à quelque distance de son hôtel. Ces soins matériels vous serviront d'apéritif et procureront à vos organes la détente . Dans l'air de la montagne. S'ils sont verglacés. — C'est à la descente surtout que le style du skieur alpin diffère de celui du sportsman. en laissant errer vos regards sur les cimes d'alentour — quitte à reprendre le même itinéraire ou à franchir le col que vous venez d'atteindre. le skieur alpin saura déterminer d'avance et fixer sur sa carte le point où il compte troquer ses skis contre ses crampons.

l'équilibre latéral se conserve tout naturellement. et il est prêt à les affronter prudemment. on la parcourt en slalom. Le slalom s'applique beaucoup plus fréquemment en haute montagne que sur un terrain d'exercices. Le skieur alpin. surtout le pas tournant. — Le skieur s'arrête par un télémark. Lancé à toute allure.. C'est là une acrobatie qui n'est pas recommandable en haute montagne. Lorsque ces ondulations sont assez brusques pour vous projeter en l'air. en christianias ou en stemmbogen 1. Elle ne se fera que sur une neige parfaitement régulière (poudre hivernale ou névé printanier). Dans une neige poudreuse molle. il tentera le christiania. si l'on n'est pas dans la position normale pour les prévenir et les parer. Dès qu'une pente devient trop rapide pour être descendue directement. Dès que la neige est ventée. Il n'y a que les ondulations du terrain ou la variabilité des neiges qui puissent provoquer des chutes en avant ou en arrière. Si vous êtes enlevé dans la position du télémark. un christiania ou une conversion sautée. mais ils peuvent être employés sur de courts espaces. qui constituent en somme le véritable slalom alpin. si la pente n'est pas rapide. Nous adoptons donc stemmbogen. « tôlée ». C'est précisément sur cette houle maudite que l'on distinguera le skieur alpin du sportsman fringant et multicolore. puis le saut tournant. exécutera instinctivement les virages qui s'adaptent le mieux à la situation du moment et aux formes du terrain qu'il parcourt. La brutalité du saut peut provoquer une rupture des skis ou des fixations. sauf sur une neige durcie. ou simplement stemm (abr). de tomber et de rebondir. vous risquez fort de tomber sur le dos. il n'y a qu'une chose à faire: ce sont des zigzags. — Les télémarks et les christianias ont le désavantage de projeter le skieur en dehors de sa courbe lorsqu'il est pesamment chargé. connaît toutes ces embûches. C'est évidemment la glissade par excellence. la plus simple. où l'on peut s'adonner librement aux glissades droites et vertigineuses. — On appelle slalom une suite ininterrompue de virages en serpentine. La descente droite. Seule son expérience lui dira à quel moment et de quelle façon il doit virer. Le slalom en télémarks se fera dans la neige poudreuse. En suivant la ligne de plus grande pente. On l'a traduit par virage en chasse-neige. La consistance de la neige. il est parfo's impossible de décrire un virage. Mais. La seule façon de se dégager et de s'arrêter sera alors la conversion sautée ou saut tournant. humide ou même collante. éventuellement l'effondrement d'un pont si l'on traverse un glacier. C'est à peu près le seul moyen de s'arrêter brusquement sur une surface durcie. le christiania est beaucoup plus facile que le télémark. Celui en christianias est beaucoup plus difficile et se remplace avantageusement par les stemmbogen. freinage-virage : expressions peu sympathiques et trop compliquées pour s'implanter. pour ralentir la vitesse en traversant des pentes. Cette difficulté une fois vaincue. ou légère et peu profonde. Après avoir essayé du télémark. Stemmbogen. en jurant que jamais — non. A force de déraper. le moins brutal et le plus confortable. II voguera bien tranquillement par le travers de la pente. Ce que nous avons dit de la neige pour les arrêts équivaut au slalom. molle. Le skieur alpin doit s'appliquer à modérer constamment son allure. mais d'avancer prudemment en fouillant des yeux le terrain. humide ou collante. c'est à peu près le seul moyen de virer confortablement et d'éviter des chutes fréquentes. lorsqu'on est lourdement chargé. avec conversion de pied ferme à chaque extrémité. il sera bientôt fourbu autant que furieux. . C'est la méthode la plus utile en montagne et la plus amusante lorsque la neige est favorable. Sous le poids du skieur. Le stemm est un virage beaucoup plus lent et qui n'exige pas la vitesse nécessaire aux autres. puis en tendant les jambes après l'avor traversée. Aussi lui consacrons-nous ici une attention toute spéciale. Ces trois virages peuvent du reste se combiner à volonté. tout en évitant les vagues les plus grosses et choisira précisément la surface la plus unie pour tourner en virages. 1 Nous conservons ce mot allemand. Le -pas tournant et le pas du patineur ne se pratiquent guère en montagne. il faut ramener à temps le ski de front en arrière et traverser ces tremplins naturels dans la position du sauteur. Éventuellement des pas tournants. les particularités du terrain et la vitesse du skieur décideront dans chaque cas lequel d'entre eux doit être appliqué. lui. Pratiquement. il ira crever de ses skis une vague plus résistante que les autres : il tombera sur le nez et brisera ses skis. son but n'étant pas de faire de la vitesse. Mais il faut prendre garde de ne pas se laisser entraîner à une vitesse excessive. Les débutants ont beaucoup de peine à adopter la trace serrée. Le freinage en chasse-neige (Schneeplugfahren) est très fatigant. dont l'acrobatie charme la galerie des palaces.Encore y a-t-il bien des manières de descendre. C'est donc la première chose à apprendre par le skieur novice qui veut parcourir la haute montagne. le télémark est le meilleur des arrêts. on peut l'exécuter sur toutes les neiges. en trace serrée (pur style norvégien). le skieur maintient son équilibre longitudinal en avançant plus ou moins le ski antérieur et en fléchissant les genoux. Sur la neige houleuse des hautes Alpes. possédant le sens de la neige. aussi facilement d'un côté que de l'autre. Sur une neige croûteuse et cassante.. Slalom. En montagne on ne l'applique guère que latéralement. n'ayant trouvé aucune expression française digne de le remplacer. On peut aussi diminuer l'effet des ondulations en s'accroupissant sur les skis pour passer la bosse. La consistance de la neige reste évidemment le critère important. ou pour briser son élan juste avant de commencer un virage. Ce sont là des réflexes presque inconscients qui lui permettront d'éviter ou de franchir aisément tous les obstacles. la plus agréable et la plus reposante. parce que l'équilibre latéral est plus difficile à obtenir qu'avec des skis écartés. est rarement applicable en haute montagne. dans la neige croûtée et cassante. Le slalom s'exécute en télémarks. Un bon skieur. plus jamais — on ne le reverra dans ces montagnes « tôlées ». les skis enfoncent la croûte et conservent obstinément leur direction autonome. on conservera le ski frontal bien en avant. Dans ce cas. Arrêts.

Lorsque le virage est presque terminé. en le soulevant lestement. les changements de neige. 2 C'est ce que les Anglais appellent lifted stemm ou stemm levé. parce que le premier est plus vite exécuté et que son rayon est plus petit. Au moment où l'on dégage le ski intérieur. Un œil exercé. Mais au lieu de s'arrêter complètement. tournera en stemm jusqu'au moment où l'on fait face à la pente. Ailleurs que dans une combe. On évite ainsi le slalom. Les débutants décrivent trop souvent leurs virages dans des creux. Après quelques jours de beau temps ou de vent. et le placer contre l'autre. au moment où l'on va tourner. Certaines observations faciliteront beaucoup la glissade. il vire à droite en christiania. par exemple. Le skieur rompu à la technique des stemms les appliquera même sur une bonne neige poudreuse. Quand on sait les discerner. sur la neige dure. le guide s'arrête sur une pente rapide. bien entendu. Il faut évidemment une longue expérience pour acquérir le sens de la neige et cette notion du terrain qui réduisent de moitié les difficultés techniques du ski. Le skieur longe cette rive et. même rectilignes. même dans la meilleure des neiges. Rien n'est plus agréable que de se laisser bercer en oscillations d'un versant à l'autre. Il faut se retourner fréquemment et considérer attentivement l'aspect du terrain. Pas n'est besoin de suivre exactement la trace du chef. choisir la meilleure voie et profiter des moindres avantages.Le stemm se fera très lentement et. et dicte au skieur l'attitude à prendre avant que son équilibre ne soit rompu. à condition qu'elle ne soit pas trop glissante et que le ski extérieur ne dérape pas au moment où l'on soulève le ski intérieur. Avec un gros sac sur le dos et un piolet en travers. qui sont précisément plus faciles sur les pentes fuyantes. En déversant celui-ci intérieurement. combinaison du stemm et duchristiania. sa trace. Sur une neige poudreuse. Il faut toujours être sur ses gardes et prendre à temps une position ramassée. où la caravane 1 C'est ce que les Anglais ont appelé le slemmiama. comme un cycliste en plein virage sur une piste de course. on peut aussi terminer le stemm par un télémark. Lorsque. Les glissades. dès qu'il va trop vite. sur un glacier. la consistance des neiges sera presque toujours en rapport avec les formes du terrain. Un autre avantage du stemm est de faciliter l'amorçage du télémark et du christiania. Sur un dos convexe. Cette méthode est très pratique lorsqu'on descend à la corde sur un glacier incliné. . Le ski frontal est semblable à une antenne qui pressent les changements de pente. est-il préférable de finir le stemmbogen par un christiania. le corps penché en avant et les deux skis freinant en chasse-neige . pour un moment. Le skieur exercé préférera toujours le rythme harmonieux de ces oscillations à la glissade directe le long d'un thalweg. les télémarks ne sont pas toujours faciles. Certaines ondulations prédisent au skieur averti une neige particulière. dans la direction voulue à travers la pente (2). pour franchir sans tomber les zones de neige dure ou collante. — à condition qu'elles soient skiables. les stemms ne valent rien. puis on placera le ski intérieur de front et Ton terminera le virage par un christiania. toujours difficile à cause de la corde. Aussi le meilleur skieur devrait-il toujours être en tête lorsque la caravane n'est pas encordée. Ce virage est très utile sur les mauvaises neigea et permet de modérer l'allure au moment précis où le virage tend à dégénérer en dérapage. on étudiera le chemin tout en montant. On. peuvent se faire aune allure modérée. Il existe une combinaison de stemms et de christianias que l'auteur n'a jamais vu décrite nulle part et qui pourtant est fort utile en montagne pour descendre directement tout en modérant son allure : c'est une glissade festonnée par des christianias latéraux. alors qu'ils sont toujours plus faciles sur des bosses ou des replats. sans avancer. avec son inclinaison et son orientation. une prompte décision et une volonté inflexible sont nécessaires pour pouvoir. il faut alors décrire les christianias à gauche. le poids du corps se porte entièrement sur le ski extérieur. on les évite ou les franchit sans tomber. Ceci n'est évidemment pas toujours possible. Le terrain idéal se rencontre. où la place manquerait pour les serpentines. mais ininterrompue. Aussi. c'est un jeu passionnant. Si la neige est profonde. et pourront en tirer des déductions qui simplifieront considérablement leur glissade. Si la descente doit s'effectuer par le même itinéraire que la montée. le ski extérieur se met parfois à déraper. Les combes évasées constituent le terrain le plus favorable au slalom en stemmbogen. tandis que le stemm exige toujours une allure lente et confortable Dans la neige poudreuse. son style. il est parfois difficile de terminer le stemm. En terminant le stemm par un christiania. Au lieu de soulever le ski intérieur. le skieur paraîtra tourner sur lui-même. on termine le virage plus ou moins brusquement. Lorsqu'on a la pente à sa gauche (sur la rive gauche d'un glacier par exemple). Sur les neiges durcies. en effet. pour un skieur droitier. est généralement moins facile. En outre. Le skieur de tête est naturellement beaucoup plus exposé aux embûches de la neige et du terrain que ceux qui le suivent. on l'apprendra plus facilement qu'en négligeant cette combinaison et en voulant l'exécuter exclusivement. Il est facile. en écartant plus ou moins les skis. et ceci est fort utile dans les passages resserrés. on est tenté de les faire trop brusquement. selon la rugosité de la neige (1). pour une cause ou pour une autre. Ceux qui viennent derrière lui observeront constamment son allure. Cette méthode peut aussi très bien s'appliquer sur une neige dure. les skieurs expérimentés préféreront même le stemmiania au stemm proprement dit. il faut toujours chercher à avoir la pente contre soi. de passer de la phase médiane du virage en chasseneige à la phase finale du télémark. le ski intérieur s'y embourbe plus ou moins. au cours d'une glissade rapide. il profite de son dernier élan pour exécuter un stemm qui le relance dans sa direction initiale. Il faut alors le dégager. Les flancs de la combe vous renvoient alternativement. mais il faut savoir s'en servir comme ligne de conduite. On préférera alors les télémarks ou les christianias. sur les pentes dominant la rive droite d'un glacier rapide. ce qui.

Les bâtons réunis se placent entre les jambes. le S. Elle a confirmé le fait qu'en haute montagne. on désire s'y lancer directement. qui est seule efficace sur de fortes pentes ou de mauvaises neiges. qui leur était presque complètement inconnu à cette époque. en gravissant les sommets d'alentour. il faut éviter les attroupements. au contraire. il ne faut pas hésiter à chevaucher ses bâtons. En les écartant suffisamment. Les skis sont écartés de 30 à 40 centimètres. comme cela se pratique en été dans les cours de 1 Schweizer Ski Verband : Association suisse des clubs de ski. sous la direction de deux fameux skieurs : Victor de Beauclair et Albert Weber. Les mains étreignent fortement leurs pommeaux et les coudes viennent reposer sur les genoux. et qu'il ne s'abaisse pas assez facilement. En montagne. . Il faudrait arriver à régler uniformément entre eux une seule et même technique alpine. on passait presque immédiatement aux applications. S. dans l'espoir surtout de faire une belle course de montagne à bon marché. et non pas dans celui du S. Encore faut-il savoir freiner efficacement. on y porte tout son poids et. que normales en plein hiver. La comparaison n'a pas manqué d'intérêt. C'est lui. il serait stupide de vouloir condamner l'usage des bâtons pour freiner. S. celui qui a l'avantage n'est pas le meilleur skieur. en prenant la cabane Britannia comme base. V (1). mais celui qui a le mieux compris la façon d'utiliser ses skis en montagne. En Suisse. il faut prendre garde à ce que les disques ne s'accrochent pas aux vagues. en les tirant ou en les portant. en somme. En mars 1924. prêts à partir au premier élan. En réduisant la partie préparatoire. sous les auspices du C.et spécialement peur les prévôts des groupes de ski de la Suisse française. Il avait pour but de rechercher quelles sont les principales lacunes dans la préparation du skieur à la montagne. leurs pointes entre les skis. Les méthodes décrites dans les manuels sont anodines et beaucoup trop fatigantes. selon sa consistance. on ramène le ski intérieur parallèlement contre lui. — Lorsque. mais. comme nous l'avons déjà dit. s'ils sont bien organisés. il faut des glaciers. On peut aussi décrire un stemm usqu'au moment où l'on fait face à la pente. Cours de ski alpin pour guides et touristes. quelques touristes se laissèrent tenter. on peut faire ainsi de longues descentes sans se fatiguer. Lorsque le freinage devient nécessaire. Si le talon du ski est trop engagé dans la neige. qui réglera l'allure de la caravane. On placera donc ses skis en travers de la pente. des alpinistes romands organisèrent. Lorsque la neige est houlée. un véritable cours de ski alpin pour clubistes. Dans ce cas. on se trouve parfois embarrassé pour pointer ses skis dans la ligne de plus grande pente. S. on prendra la position du christiania ouvert (skis écartés) et l'on appuiera ses bâtons du côté de la montagne. Une fois le ski aval pointé dans la direction voulue. On pourrait évidemment exécuter un saut tournant. Mais les skis ne sont pas faits pour suivre les chemins battus et l'on sera généralement tout heureux de les enlever et de poursuivre sa route à pied. La position doit se prendre avant de commencer la glissade.. Le dérapage se règle facilement en déversant plus ou moins les skis. D'autre part. Il l'a du reste spécifié dans ses nouveaux statuts. le Comité Central du C. Plusieurs skieurs réunis au même endroit peuvent provoquer une avalanche ou l'effondrement d'un pont de neige. est également applicable sur les chemins battus. en montagne. Dès 1908. Depuis lors. la fesse gauche reposant à peu près au milieu des bâtons. Quelques « trucs ». Il s'agissait alors d'instruire les guides dans l'art du ski. il peut y avoir avantage à se laisser déraper latéralement ou obliquement. Non seulement. On suivra naturellement la ligne de plus grande pente. La position est accroupie. la section Monte Rosa organisait un cours de ski pour guides à Zermatt. les pointes légèrement en aval. on porte alors le poids du corps sur l'autre ski. Avec un peu d'habitude. a pris la haute main sur toutes les organisations relativesau nouveau sport. Selon l'inclinaison de la pente. Les conditions nivales et glaciaires rencontrées à Britannia pendant le cours de ski de 1924 sont les pires que j'aie observées depuis 1907. Il s'agissait donc moins de former les participants aux courses de montagne que de comparer les résultats auxquels ils étaient parvenus. c'est une erreur de croire que ces cours puissent s'exécuter utilement en dehors des glaciers. Grâce à des prix très modiques. au moment où il s'abaisse sur la neige. peuvent être aussi utiles aux guides qu'aux touristes.. Par contre. mais il est encore beaucoup plus simple de planter le talon du ski aval perpendiculairement à l'autre et plus ou moins profondément dans la neige. A. a compris que l'application du ski à la montagne rentrait bel et bien dans son domaine. Je m'en suis réjoui parce qu'elles confirment mes théories sur l'enneigement et qu'elles ont considérablement augmenté l'intérêt du cours. pour la première fois. C'est ce qui se réalisa du reste dans la plupart des cas. il ne faut pas non plus se disperser en laissant loin derrière soi le skieur le moins habile ou le plus fatigué. mais il faut surtout ces conditions de neige que nous taxons de « mauvaises » et qui ne sont. A. En 1902 déjà. Cette méthode. Des cours de ski alpin pour guides et pour clubistes sont non seulement utiles. il vaut mieux éviter ces sauts. Sur des pentes rapides ou dans des passages étroits et lorsque la neige est très dure. on maintient aisément son équilibre. Ces cours.n'est pas encordée. mais nécessaires. On peut alors démarrer dans cette position. mais rares sont les skieurs qui savent le faire. V. les guides de Saas organisèrent à titre privé des cours de ski en montagne>et nous devons les en féliciter. on règle sa vitesse en portant le poids du corps soit en arrière sur les bâtons. et la glissade commence immédiatement. S. Ce ceurs eut lieu à Saas Fée et aux environs de la cabane Britannia. soit en avant sur les skis. arrêté sur une pente rapide.

1919. ils s'entendront beaucoup mieux entre eux et l'usage de la corde. une autre à un sommet neigeux. Comme applications : une ascension type à un sommet rocheux . la lecture des cartes. 65-72. voir mon article dans l'Echo des Alpes. . d'abord sur un terrain d'exercices. ensuite sur des glaciers . descente en stemm sur pentes de plus en plus rapides et sur neiges de plus en plus dures (avec sac et piolet) . p. Les principaux exercices à pratiquer sont les suivants : montée en zigzags au moyen de différents antidérapants. les corniches ( 1). réparation de fixations et de skis détériorés. Lorsque guides et touristes seront familiarisés avec les mêmes notions. on traitera : l'enneigement. cessera d'être un cauchemar et deviendra un usage courant. bivouac dans la neige . Ceci est très important et pourrait éviter bien des accidents à l'avenir. marche dans le brouillard . l'emploi de la corde sur les glaciers.guides. les vents. les avalanches. montée et descente à la corde en caravanes de deux ou trois skieurs. par exemple. sauvetage d'un skieur descendu à la corde dans une crevasse . etc. Dans la partie théorique. les différentes sortes de neiges. 1 Au sujet des corniches et de leur formation. Le programme de ces cours devra comporter des heures de théorie et des heures d'exercices.

Quant à l'Aiguille du Tour. il faisait un temps radieux. Le Grand Combin. m'était complètement inconnu et je m'attendais à y rencontrer de sérieux obstacles. à la Brévine et nous revînmes tard par-dessus le mont Racine. Sous sa casquette à visière. F. Ceci me paraissait admissible. J'étais fier d'être avec lui ! . Un bon mètre de neige recouvrait toute la plaine de Saleinaz. Il ne comptait pas s'attaquer directement au Grand Combin. je descendis au village et j'y trouvai mes compagnons en train de faire leurs dernières emplettes. Un large sourire illuminait sa face et il me tendit sa grosse main calleuse. dominé par les formidables parois du Portalet. Depuis une semaine déjà. je crois). de Genève. Le Val Ferret est. on pouvait cueillir les premières fleurs entre les taches de neige. de ne pas être partis plus tôt pour pouvoir monter tout droit. par contre. Le professeur Roget me raconta comment. Il avait un air de fête ce jour-là. des cheveux grisonnants encadraient un visage fin. partaient en course. me proposa de l'accompagner dans une course de Pâques. trapu. Quel dommage.) et Grand Combin(3 317 m. Le soleil se levait dans un ciel sans nuage. tout en me demandant ce qu'elles allaient nous réserver. perdant patience. Roget. elle était encore durcie par le gel nocturne et l'on pouvait y cheminer à pied sans enfoncer. si la course était possible ou non. L'un d'eux cependant m'était inconnu. peu à peu. cette fois-ci. je scrutais les pentes conduisant à Orny. je l'avais gravie plusieurs fois l'été et son ascension ne présente aucune difficulté. pensais-je. A Lausanne. J'avoue que sa proposition me parut téméraire autant qu'alléchante et. je fus bientôt harnaché et prêt à partir. Ce fut une joyeuse journée. Dans mon ardeur juvénile. l'année précédente (en mars 1906). C'était l'époque des grosses avalanches. De ma fenêtre. le professeur Roget. A cette heure. Arrivé la veille pour fêter l'anniversaire de notre République. bien calé sur ses jambes. ce fut sans grand espoir de voir ses projets se réaliser. et j'avais souvent parcouru le Val Ferret en ski. D'autre part.. Jamais je n'oublierai ce dimanche 2 mars 1907. la passion grandissait en moi.les vacances de Pâques étaient généralement si tardives qu'en arrivant à notre chalet. Ce ne devait pas être un Neu-châtelois.CHAPITRE VIII PREMIÈRES EXPÉRIENCES 1907 : Aiguille du Chardonnet (3 836 m. aux yeux très clairs et malicieux. le froid était souvent intense et la neige poudreuse si profonde qu'il fallait de rudes efforts pour monter jusqu'à la Neuvaz. je contemplais le tableau si familier à mes yeux : la trouée du vallon de Saleinaz et la partie frontale de son glacier. Mais mon père avait une confiance illimitée en la personne de Maurice Crettez. Notre chalet est situé à l'orée de la petite plaine de Saleinaz. au Grand Combin. Lorsque nous nous séparâmes (à Montreux. Sa moustache tombante. Le professeur Roget n'y était jamais monté et nous lui fîmes observer qu'elle n'était pas facile. et comment ils avaient réussi l'Aiguille du Tour (3 548 m. l'ascension serait certainement possible. C'est là que je m'éveillai de bonne heure le jour suivant.. avec lequel j'avais lié connaissance. je me trouvais au rendez-vous et revoyais dans la pénombre du :our naissant les figures sympathiques de mes compagnons habituels. lui. Il n'eut pas de peine à me communiquer sa joyeuse humeur et son enthousiasme habituel : c'était le « grand beau » . Mais il nous répondit que. au milieu de ces hautes montagnes. et je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être la haute montagne en hiver. Tant de fois j'avais admiré les lignes grandioses de cette scène i Mais. et le plateau du Trient devait. A Noël. Mon père m'avait initié aux secrets de la montagne et. Mais jamais l'idée ne me serait venue de m'attaquer l'hiver à une grande cime. Ce jour-là. Il avait rédigé un itinéraire pour ce massif et il savait donc à quoi s'en tenir. sa barbe poivre et sel et sa bouche souriante ajoutaient une pointe ironique et bienveillante à son profil aquilin. qui devait nous guider et qui saurait bien voir. se prêter fort bien au ski. par l'arête nord-est. vers 7 heures du matin. du reste. On me présenta. et je fis la connaissance du professeur F. très encaissé et les sommets d'alentour ne sont guère tentants à cette époque. J'avais alors dix-neuf ans. Nous avions alors de véritables hivers dans le Jura suisse et suffisamment de neige pour faire la joie des skieurs. tout irait pour le mieux. Le ski n'était alors pour moi qu'un simple instrument de sport. Enfin. L'arête nord-est du Chardonnet ! Une des courses les plus difficiles du massif? en hiver? allons donc ! Et pourtant mon père passait pour la plus grande autorité alpine de la chaîne du Mont Blanc.. Au retour. dès le 24 mars. tous les beaux dimanches. et j'étais impatient de les voir arriver. et. Je connaissais les lieux.) dans d'excellentes conditions. Je craignis un moment de devoir renoncer à l'expédition. il était monté à Orny avec le guide Maurice Crettez. éclairée d'un grand soleil et arrosée d'excellents vins. il avait emporté ses skis et comptait sur nous pour l'aider à ne pas perdre ce beau dimanche d'hiver. je partais avec mon père pour Saleinaz. en effet. Mon père et moi conna ssions cette montagne pour l'avoir gravie trois ans auparavant. au pied des sombres forêts qui revêtent la montagne. Il s'était formé à Neuchâtel un petit clan d'amateurs qui. mon père ne put s'empêcher de sourire en me disant que jamais nous n'arriverions. Mes compagnons devaient me prendre en passant. « Vous verrez comme ça va marcher ! » Je n'ai jamais rencontré de guide qui vous inspire spontanément une plus grande confiance. Maurice Crettez m'apparut plus grand.). Fort. comme on en Toit rarement en mars. si je l'acceptai.. Nous allions régulièrement passer nos vacances de Noël et de Pâques en notre chalet de Saleinaz. il avait l'air d'un Anglais dans son costume Burberry. Les vacances de Pâques eureat lieu très tôt cette année là. nous rejoignîmes le professeur Roget qui nous exposa les détails de son plan. mais s'entraîner tout d'abord en montant à Orny et à l'Aiguille du Chardonnet. plus fort que jamais. Nous fûmes à Tête de Ran. et nous étions bien placés pour les voir descendre.

L'aube passe sur les cimes et les frôle de son aile légère. Le soleil se couche. inerte. Une ombre bleue.hamnex et le Val d'Aroette. à 6 heures du matin. car on sent la neige solidement attachée au sol. 14° de froid. comme Crettez. tout étonné et content de ronfler de nouveau. Mais. V). enfouie. nous reprenons notre marche. aussi solide que son propriétaire. Roget avait emporté des crampons à quatre pointes. Après une heure de repos. sinon la toute première. fixées dans une plaque de bois dur qui s'appliquait sous le ski. puis dans les gazons et les rochers. A 10 heures seulement nous quittions le chalet de Saleinaz. Tout resplendit d'un immense éclat.. Le souffle âpre du glacier passe sur la vieille moraine. Les gros blocs projettent leur ombre bleue. et nous pouvons sans danger nous passer de la corde (2). La nature est merveilleusement belle. On peut enlever ses lunettes et jouir de sa fraîcheur dans la nature frémissante.Mais il se faisait tard. C'est le réveil du monde. Puis vient un terrain ennuyeux. nous faisons halte. Mais l'ombre dévie rapidement et nous reprenons notre marche. Enfin. au bord du petit lac qui sommeille. effilée comme une lance. nous gagnons péniblement une coulée d'éboulis qui descend à notre rencontre. Les sapins dépouillés tranchent en masses sombres sur la neige d'un blanc cru. sur la moraine. ici. et l'état des montagnes est parfait. j'avais pris ce qui m'était tombé sous la main : des crampons à talons. Mes compagnons sont chaussés de souliers à clous et s'élèvent facilement dans ces pierres. de nous prouver leurs avantages. arrivés au pont jeté sur la Reuse. la neige se fit « douce». excellente.on préfère monter nar r. un vrai poteau. Heureusement pour moi. Quant à moi. Tant que la neige fut assez dure. nous tirâmes nos skis derrière nous. tout seuls pour jouir de cette nature morne . et sur la carte qui lui est annexée. C'est bon signe1. et nous rechaussons bientôt nos skis. vol. du reste. Le ciel est comme hier : sans un nuage. mais je les conservais précieusement pour l'escakde du Chardonnet ! Et nos bâtons ? Seul M. Quant à moi. Trois heures plus tôt. alors que les mondaines aux ombrelles rouges se promènent dans les pier-riers et sur le glacier. s'allonge sur les neiges étincelantes : c'est l'ombre projetée par le Petit Clocher du Portalet. Etre seuls à Orny. Il les déclara lourd s et encombrants. Au Plan Manier. cette fois sur une neige poudreuse. dit mon journal. Nous allions « tout à la douce ». le soleil a bien travaillé ces derniers jours. C'est précisément là que commencent les fortes pentes conduisant à Orny. Oh ! que c'est triste ici. Il fallut payer notre retard en décrivant de longs zigzags. et je les fixai tout à l'arrière de mes skis. la piste ouverte par Crettez décrivait de longs zigzags peu inclinés. L'hiver a bouché toutes les crevasses. Les skis ne mordent plus. Notre joie est débordante. La consistance de la neige devient brusquement croûteuse. dans l'intimité secrète du refuge. La neige était excellente : un gros sel printanier. Lui aussi croyait au grand beau. Aucun danger. Avec mes laupars. pour contempler ce vieux Portalet qui semble rêveur . sur la montagne. comme disent les Valaisans. ces deux itinéraires sont dangereux autant l'un que l'autre. accompagnés des vœux de mon père. Actuellement. j'ai indiqué les deux meilleurs itinéraires pour monter à Orny celui que nous suivîmes et celui qui passe par la combe d Orny. ni collant. Dans une main je tenais un piolet et dans l'autre le demi-bâton. Voici ce fameux plateau du Trient. On bourre le petit fourneau. A cette époque. En moins d'une heure. Les skis sur le dos. nous arrivons à la cabane. On monte lentement. Sur le névé du Trient. I. 2 Ces lignes furent écrites en 1908. c'est une autre affaire. Et pourtant j'avais dans mon sac des crampons tyroliens à huit pointes. directement. Il est cinq heures. si grandioses et si tranquilles. Je souris en songeant à notre équipement. comme on en porte dans les chemins verglacés. qui s'incurve là-haut sur l'azur. semblable à un calice resplendissant frangé d'ombres bleues et de pinacles dorés. Au col. Crettez portait son « passe-partout ». bouleversé par les avalanches et pénible à parcourir. nous touchons à cette ombre tant désirée. nous chaussons nos skis devant la cabane. Roget en avait deux et il eut bientôt fait. C'est un prétexte pour admirer les lointains lumineux : la hardiesse 1 Dans le Guide du skieur pour les Alpes valaisannes. mais alors la croûte casse sous les pieds et l'on enfonce jusqu'aux genoux. Au dehors. en obliquant à gauche jusqu'au dernier mélèze.. C'est ainsi que nous attaquâmes les pentes du Plan Manier. et je pressai mes compagnons de partir.et il fallut chausser nos planches. Il faut les enlever. Tous ces beaux granits sont dégarnis de neige . en ce moment. et grandiose aussi ! Et quel contraste avec l'été. le thermomètre est bien au-dessous de zéro. L'ascension du professeur Koget à 1 Aiguille du Tour (1906) fut une des premières en ski. nous y serions montés à pied. la neige est rosé. dorant longuement les cimes les plus hautes. Aucun de nous n'avait de peaux de phoque. j'avais eu la malheureuse idée de laisser à la maison la moitié de mon double bâton de frêne. sympathiquement retranchée derrière sa moraine grise. A l'intérieur. obliquant à droite dans la direction des Chevrettes. sur le glacier où l'on décrit un large circuit pour gagner régulièrement le plus de pente. nous sommes suffisamment « cuits » et affamés pour faire une halte. Elle se puise dans la radieuse beauté du jour et dans celle des montagnes. . Mais cela dure peu. pour écouter le silence pesant et solennel I Avec un soupir de satisfaction. mes principes ont changé (voir chap. Depuis lors. Lorsque les conditions ne sont pas parfaites. M. et nous sommes assis au milieu d'eux en plein midi. fabuleux obélisque de granit pointé dans le ciel. les skieurs visitant le plateau du Trient étaient encore très rares. On passe sur le petit lac gelé et couvert de son linceul. Crettez croisa les spires d'un long cordon autour de ses planches. ni très glissant. A moi maintenant de faire un bout de piste. mon piolet dans les bretelles de mon sac. au chaud. Je reconnus bien vite que leur différence de poids était gênante et je passai. qui recouvre tout le bassin d'Orny. Nous prenons la direction du col d'Orny. nous sommes installés. au grand dam de leurs mignons souliers. Le 26 mars.

Voici une dernière vague neigeuse : le Pizzo Bianco du Chardonnet. nous commençons la montée. où nous plantons nos skis dans la neige. Nous préférons la parcourir en longues serpentines et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. JÏD août. nous retrouvons la bonne vieille cabane d'Orny 2 Le lendemain. passa par ici. dépôt des skis: 10 h. sur une neige soyeuse. . Elle qui. sommet : 13 h. Toutes les montagnes qui nous entourent semblent accessibles en ce moment. Et voici déjà le soir de cette belle journée. puis nous grimpons sur le dos voûté qui doit nous conduire à l'arête nord-est. pour former une tour rouge qui n'est autre que le sommet. . enfin. Orny : 6 h. droit en bas de la pente. nous restaurer et contempler la vue. Sur le versant d'Argentière. l'Aiguille d'Orny captive les regards par l'étrange beauté de ses contrastes : roches cuivrées. admirant dans les courts moments de halte le soleil couchant dorer la cuirasse du Grand Combin. Cette fois. Le rocher est absolument sec. 35. le Jura et les Vosges se distinguent très nettement. nous glissons sur la surface houleuse du plateau du Trient. Ici commence la vraie descente. En quelques minutes. 30 lorsque nous y parvenons. 40 à 18 h. que le soleil a soigneusement dépouillés de neige durant notre absence. nous nous restaurons légèrement et.des grandes vagues que forment le Weisshorn. 20 . col du Tour : 1711. couloirs blancs. La neige du plateau a été soufflée : le vent et la bise ont combattu sur cette plaine désolée. La vue s'étend à l'infini. C'est un moment inoubliable : nous volons sans bruit dans la demi-obscurité du crépuscule. et nous nous décidons pour la plus belle d'entre toutes : l'Aiguille du Chardonnet (3 836 m. le Rothorn. Le col passé. les neiges si blanches et les ombres si bleues que le paysage semble irréel. 2 Voici notre horaire : dép.. A 10 heures. dont l'arête élancée et délicate dépasse déjà de ses créneaux dorés les molles épaules de la Tête Blanche. au pied des beaux gendarmes dorés qui hérissent la crête du Chardonnet. nous atteignons le col d'Orny. le Gabelhorn et la Dent Blanche. superbe dans l'azur pâle du ciel. Mais on n'a pas le droit de songer à ces petites misères. le premier. délassés par cette dernière glissade. nous suivons nos traces vers le col du Tour. La bise souffle par intermittences. repris les skis : 16 h. Bientôt nous sommes dans le petit vallonnement près du « col Forbes ».. nous passons en revue la fameuse garde de la grande arête. malgré un temps immuable. Crettez pratique de gros trous dans la neige. 20 à 10 h. le 18 août 1907. col d'Orny : 7 h. il faut quitter ses skis un instant et les rechausser sitôt après. La crête s'argente de nouveau. les parties neigeuses recouvertes d'une poudre de 20 centimètres dans laquelle nous enfonçons les pieds et où les crampons se fixent à merveille. Dans un creux de neige. de loin. Elle réalise d'un seul jet le prototype de l'Aiguille du Mont Blanc. Par la Fenêtre de Saleinaz. si l'on préfère). semblait nous appeler. qui n'a jamais mieux mérité son nom. Orny : 19 h. ramassant sur la grande paroi glacée de la montagne la neige poudreuse qui y stationne. on débouche sur le névé supérieur. Quant aux premiers plans. Il est i h. BOOS la conduite de Maurice Crettez. Maurice. Sur les pentes des Chevrettes. C'était la premiers ascension hivernale du Chardonnet (ou la première en ski. elle nous en saupoudre et nous coupe la respiration. 40. aux grandes ondulations. Après avoir taillé une quinzaine de marches. 15à 8 h. 15 . la plus légère et la plus somptueuse : il semble que l'on puisse toucher de la main les plis immaculés de sa robe. Crettez a filé à toute allure. nous contemplons la rare magnificence de cette scène. arête nord :est: 12 h. Nous sommes probablement seuls dans toute la chaîne du Mont Blanc. Et quel plaisir d'être seuls avec sa montagne ! Seuls les échos répondent à nos yodels. 1 Crettez nous avoua que les conditions étaient rarement meilleures en été. mais il nous fallut trois heures pour l'arête nord-est. Depuis lors. n'est guère favorable aux skis. C'est lui qui. Pas un nuage dans toute l'immensité du ciel.. aux brusques écarts. nous jetons un coup d'œil vers le Tour Noir.. 30. et le champ de bataille. Mais déjà Crettez sonne la retraite. Nous étions partis trop tôt. Après une courte halte. la cabane Dupuis n'abritait pas moins de trente skieurs ! . se découpe fièrement devant nous. nous pouvons nous abriter quelques instants.. tout content. nous serons assis sur ce trône glorieux. notre aiguille a terriblement grandi.. Cinq mois plus tard. sous l'action du soleil. dont les roches fauves évoquent le souvenir de Javelle. Nous reprenons exactement tous les passages de la montée et parvenons sans difficulté à nos skis. Toutes les conditions étaient si favorables que nous avons mis moins de temps qu'en été pour monter jusqu'ici (1). le massif du Trient est devenu un but favori des skieurs. mais le retour beaucoup plus agréable qu'en été. quitté arête nord-est : 15 h. col du Tour : 8 h. sans la moindre parcelle de glace. corde déployée et crampons chaussés.). La croupe de la montagne. aussi tient-il à nous faire les honneurs. Pour franchir le toi du Tour (3 280 m. Les rochers sont si noirs. sitôt après. lorsque l'on transpire au soleil et que l'on enfonce à mi-jambe dans la neige fondante. Elle fut répétée en mars 1910 par M. ombres violettes. sur les neiges du versant savoyard. je refis cette même course avec deux amis. A Pâques 1924. A 7 heures du soir. et. Nous longeons la sombre muraille des Aiguilles Dorées. nobles cimes dont le profil se découpe nettement sur un fond d'émeraude. 25 à 14 h. Parmi tant de montagnes dressées autour de nous. les gendarmes étaient beaucoup plus enneigés qu'en hiver. nous reprenions le chemin du retour. Plus bas. 25. la neige était encore gelée et nous descendîmes un bon bout à pied. C'est une balade royale. sans nous douter que. Paul Montandon et consorts.). Puis l'arête se redresse une dernière fois. la voici hautaine maintenant. Nous étions tr^s bien entraînés. cinq jours plus tard. l'Aiguille Verte est certainement la plus frappante. Muets. nous sommes à son pied. alors qu'en mars elle n'avait pas exigé plus de i h. et nous nous sentons tout petits en nous en rapprochant. Lentement. hérissé de vagues durcies. La neige est très dure. Crettez a retrouvé son humeur des grands jours. D'un coup sec de ses énormes souliers. pointe ses skis vers le col du Toiar.

pour monter le lendemain à la cabane de Valsorey. Vers midi. comme nous n'avons pratiqué que deux petits trous aux extrémités des frêles coquilles. Bientôt notre guide avise un couloir tapissé d'ombre et qui monte tout droit vers un premier plateau. et nous verrons cela. il semble que on arrive dans le ciel. avec un pour de mélèzes. colla piuma sul capello. Nous en venons aujourd'hui par le col de Fenêtre. de temps en temps. mais il devait coucher le même soir à Bourg-Saint-Pierre. Je le regrette maintenant. Cette neige éclatante et ce ciel bleu : que rêver de plus simple et de plus beau ? . Midi : autour de nous. échelonne ses traces au-dessus de moi. nous arrivions en voiture au Châble. puis il faut se glisser lestement entre les gouttières qui tombent des toits dans l'unique rue du village. la chaleur solaire avait dissous mon énergie. la crête brille comme auparavant : les yeux suivent avec ravissement les festons blancs découpés sur l'azur. les arbres gris sont tout dépouillés. A Lourtier. et personne ne nous empêche d'y aller. Le printemps sera bientôt venu. laissant errer mes regards sur ces montagnes merveilleuses qui forment le cirque de la Neuvaz. et paraissaient bien fatigués. M. j'étais monté seul dans le val Ferret. mon ardeur m'ayant repris. les neiges flamboient. M. je fais une halte délicieuse. Malheureusement. par un ciel toujours sans nuage. le surlendemain. il s'adresse à Crettez : — Voyez s'il est possible de nous trouver ce soir à Bagnes et de monter demain à Panossière. tirant nos skis sur la neige durcie. De tous côtés l'eau coule et ruisselle. L'espoir renaissait et je m'empressai de monter à leur rencontre. tandis que la neige s'étale . le soleil réussit à décrocher quelque avalanche. En voilà un qui comprend l'hospitalité : ne va-t-il pas jusqu'à nous fournir de bonnes pantoufles bien chaudes et à faire bassiner nos lits ! Il n'avait certes pas tort. à pied. par un beau clair de lune. sur le plateau ensoleilé. Et là-haut. Le 30 mars à 7 heures. dans les vergers. le torrent semble écouler plus vite ses eaux vertes sous le petit pont qui ploie gracieusement : partons ! La Drance franchie. je me trouvais couché à l'ombre des chalets de la Fouly. ils avaient rencontré deux skieurs en train de déjeuner et qui semblaient venir du Grand Saint-Bernard. Le même soir. Les forêts descendent en longues coulées bleues. nous surgissons en pleine lumière. aux teintes chaudes . pour admirer la brillante nature. C'est à peine si. Nicollier nous fit le plus chaleureux accueil. une vie intense passe dans la nature . les oiseaux ont repris leurs chants. Mais les « Monthey » sont tout simplement des œufs frais et crus dont nous sommes très friands. après un moment d'hésitation. nous arrivions au chalet de Saleinaz.elle reprit sa consistance granuleuse. au Bourg. le Combin est toujours en place. celui qui écrivit dans le livre des voyageurs : Je voudrais avoir mérité Ce Bagnes à perpétuité. puis tout rentre dans le silence. Au delà du village s'ouvre le monde des neiges . exprimant dans mon gosier desséché le jus d'un citron. Vis-à-vis. Mais. les brouillards traînaient dans le Valsorey. Il m'engagea vivement à le suivre. Longtemps nous montons. Au pied de ce couloir. nous nous anê-tons dans une sorte de grotte pour déjeuner à l'ombre. Ils arrivaient de Cour-mayeur. La côte est rude et glissante . Enfin. Vers midi. Le soleil est déjà chaud. Avant de passer sur l'autre rive. La réponse ne se fit pas attendre : on irait coucher à Bagnes et l'on monterait le lendemain à Panossière. dans les bois. Le carton est bientôt vidé. et j'étais très satisfait d'avoir réussi cette belle course. nous chargeons les skis et les sacs sur nos épaules. par le col Ferret. Il se produit alors un brusque craquement. assez monotones l'été. la nature s'éveille et. L'air est frais et le fond de la vallée légèrement brumeux. et nous avons préféré monter au Saint-Bernard. Crettez s'amuse à remballer soigneusement la douzaine. au bord de la Drance. Elle est longue. ce sont les montagnes de Fionnay. mais on respire le souffle embaumé des forêts et l'on sent la chaleur vivifiante du printemps qui vous pénètre jusqu'au cœur et vous rend fort. et la glissade fut parfaite. je les vis descendre et m'assis à l'ombre pour les attendre. mon père s'était absenté et je ne pouvais partir sans son consentement. Tout là-haut. réfléchissez-y. les mazots brunis s'égrènent sur la pente . mais il comprend mon désir. frémissant sous l'ardeur joyeuse du soleil . Je ne comptais pas les revoir si tôt. dit mon journal. Au chalet du Clou. — Peuh 1 fait Crettez. et. les skis sur l'épaule. nous y montons. nous quittons Bagnes en voiture. pour jouer un tour à celui qui la trouvera. le mayen du Revers : un petit groupe de chalets noirs blottis dans la neige. J'accompagnai mes amis jusqu'au village de Praz-de-Fort et les quittai en leur souhaitant bonne chance. tandis que Crettez. puis. Crettez sort de son sac une belle boîte de cigares Monthey qu'il ouvre devant nous. brusquement. car le temps a l'air parfaitement stable. Une halte encore. toute vie cesse et le sol devient éblouissant. et. Il aurait volontiers prolongé sa sieste. Ils furent bien étonnés de me revoir ! — Moi qui vous croyais au Combin ! — Eh bien non ! Hier matin. mais en ce moment couvertes de neige et pimpantes comme des reines. je reconnus le professeur Roget et ce grand diable de Maurice. il faut gravir les pentes opposées pour rejoindre au-dessus de Fionnay le chemin habituel de la cabane Panossière. Roget n'a sans doute pas oublié mes fameuses « croûtes au fromage ». érodant la glace épaisse et sale. Deux contrebandiers italiens vinrent à passer. Roget est probablement un peu lassé par ces cinq jours de courses consécutifs. Lorsque l'échelle est faite. de la Rosablanche au Pleureur. fraîche oasis au milieu des neiges éblouissantes. voici. arrosées de Neuchâtel blanc et le café qui lui fut servi au soleil par 40° C. par une chaleur accablante. Aux chalets de Ferret. A leur signalement. où M. D'autre part.

sur cette fameuse arête que nous allons suivre. Un bon feu pétille dans Pâtre. il fait froid. dans la neige unie et poudreuse : au retour. Cette route est marquée sur la carte annexée au Guide 2 Ce mur était très probablement en glace. pour atteindre un terrain plus facile. Mais bientôt la lune se lève derrière le Grand Tavé et inonde de sa lumière le sommet du Combin de Corbassière. tout rosé dans le bleu intense du ciel. Elle aboutit à la moraine dont nous escaladons la crête dépouillée de neige. 31 mars (dimanche de Pâques). nous avançons plus rapidement à travers un premier plateau que forme le glacier . et nous rencontrons bientôt le soleil. un poudroiement de teintes somptueuses monte doucement. au pied du col du Meitin : une selle peu profonde dans la grande arête occidentale du Combin. caravane n'aura déjeuné si calmement à cette heure tardive avec l'intention de monter au Grand Combin. plus fières et plus élancées que jamais. Notre guide compte « trois p'tites heures » jusqu'au sommet. elle se confond presque avec le sentier d'été. vol. Une demi-heure plus tard. La nature transfigurée semble devenir irréelle. mais ceci n'était pas une con-fiéquence de l'insolation hivernale. . nous nous dirigeons vers ce col : il s'ouvre sur le ciel. un dernier effort. de suivre obstinément les itinéraires d'été. Le glacier traversé. et par cette fenêtre on aperçoit de merveilleuses montagnes : le hérissement superbe des aiguilles du Mont Blanc. mais nous le savons très optimiste. Mais notre guide redoute les avalanches. les skis sur l'épaule . elle se fit à pied. M. Comme nous l'avons vu plus haut. c'est la nuit : tout est mort. en sortant d'une combe obscure. Lentement le crépuscule descend sur la montagne . En longs lacets nous remontons la rive gauche. C'est la première fois que je passe ici. nous partions joyeux. La bise est très forte tout à coup. Jamais. nous enlevons nos skis et les plantons. — Tranquillement. je pense. légère. si c'est nécessaire. C'était évidemment une erreur de notre part. et la grosse main de Crettez se tend pour nous aider à franchir ce dernier obstacle. pour venir jusqu'ici. les skieurs trouvèrent une route de beaucoup préférable. Crettez ouvre une belle piste. par des pentes très rapides. Extasiés. une petite lumière brille à nos yeux : c'est le salut. Jusqu'à l'arête de Corhnssièie. Deux routes s'offrent à nous pour escalader le géant : l'une prend à gauche et longe un « corridor » qui conduit tout près du sommet. entre les premiers plans qui s'abaissent en rives sauvages. Pour la même raison. Le déjeuner est rapidement expédié et la montée commence. nous pourrons la suivre à toute allure. les skis chaussés et chaudement habillés. Là-bas. nous sentons que l'ombre est froide et que la nuit va bientôt venir. Une fois les séracs tournés. nous déjeunons dans la petite cuisine. un peu plus haut. La cabane est toute dégarnie de neige . Le ciel est sans nuage : depuis huit jours. Voici le haut plateau du glacier. Le froid nous gagne . Dans la peite comêbe. et il nous entraîne sur le glacier. mais une halte s'impose. nous restons là jusqu'au moment où le dernier spasme de vie s'évanouit dans l'obscurité envahissante. Au niveau du col (3 426 m. la vallée est plongée dans une ombre violette et rosé . puis la pente nous oblige à grimper tout droit. Enfin. 1 Dans le Guide du tkieut pour les Alpes viaisannes. et Crettez me regarde de ses gros yeux en souriant. Nous dominons directement la gorge profonde où le glacier de Corbassière s'écroule en séracs et vient mourir insensiblement à 1900 mètres. qui s'évase entre les parois bleues du Combin et la chaîne hérissée des Maisons Blanches . directement. radieuse. fréquent chez les professionnels. Tel fut le simple prélude d'une des plus étonnantes journées que j'aie vécues. Il faudrait maintenant se faufiler entre le Bec de Corbassière et le glacier^ sur des pentes ravinées. pour regagner le temps perdu. Nous touchons à notre montagne : elle a secoué ses séracs jusque tout près d'ici. Plus tard. cette arête de rochers que nous voyons en profil. la montagne nous attend. au pied du col des Pauvres. en été. la route que nous suivîmes n'est pas indiquée sur la carte annexe. descendant au col des Maisons Blanches. c'est un site que je désirais voir depuis longtemps. Roget arrive peu après et nous étalons nos provisions sur les tables (1). Brusquement. il est ainsi. une pente toujours plus rapide monte à l'arête de Corbassière. On ne compte guère moins de temps. mais bien excusable à cette époque. entourant le massif des Diablerets. Longtemps les lacets se déroulent . au pied du « mur de'la côte ». dont l'arête orientale est bien visible.Derrière nous. Nous saluons familièrement a le Chardonnet . Crettez taille quelques marches et nous atteignons bien vite le col du Meitin. Arrivés tout en haut. accoutumés aux vues de l'été. il fait très chaud. qui conservent leur aspect automnal jusqu'au printemps . Le soleil est très chaud et le second carton d'œuf s bientôt vidé. nous arrivons au pied du Combin de Corbassière. car le soleil a bien travaillé ces jours derniers (2). et la cabane me semble bien éloignée. malgré le mouvement de la marche. dans le névé durci. Quant à la descente au glacier. Voici trois heures que nous marchons. Crettez est parti en avant pour dégager l'entrée de la cabane. Aussi faut-il se déptcher. dans le bleu infini. 300 mètres plus bas. Crettez avait alors ce défaut. nous préférons l'autre itinéraire et suivre l'arête ouest de la montagne. comme des vapeurs d'encens. au-dessus des séracs. la neige est molle et nous enfonçons profondément. la geine est poudreuse et nous cheminons avec plaisir. Il est 7 heures. Sans hésiter. Brrrr ! Quel froid ! Là-haut. La grandiose magie des neiges se révèle à nos yeui étonnés. j'y pénètre sur mes skis et me secoue avec satisfaction. le spectacle du Grand Combin nous arrête : une ombre violette baigne la montagne et l'entoure jusqu'au sommet. I. et cela nous semble maintenant tout naturel. comme une fenêtre. qui conduit directement au glacier et le suit jusqu'à Panossière. dont seul le « Croissant » se détache.). Là. et pour allumer le feu : tranquillement. commode et sûre. puis les zigzags reprennent. Mais nous prévoyons que ce mur est en glace. Enfin. la neige sèche et poudreuse ne s'attache pas à ces pentes de glace. en plein jour. nous suivons sa piste.

clair-obscur. Je suis en tête.) et touchons enfin à son gros cairn. nous tournons le dos à la chaîne du Mont Blanc. je trouve Crettez arrêté: — Et M. et il est 3 h. Presque au bas de la descente. Nous allions passer outre. Quelques secondes s'écoulent. chacun pour soi.) semble s'élever avec nous : cela m'exaspère . la descente me paraît interminable. La bise nous cingle. Il est 7 heures. Une pente verglacée descend à la selle qui sépare la pointe de Grafeneire du Combin de Valsorey. Je prolonge à plaisir cette minute de solitude immense. ivre de joie. le soleil du printemps nous « rôtit » . Genève. Ce que j'ai vécu là-haut durant cinq minutes. et la . La vitesse s'accentue alors nous décrivons de longs virages. Voici la cime ultime. pour fêter ce beau dimanche de Pâques ! Nos pensées s'envolent un instant bien loin . Un dernier coup d'œil. puis une cheminée. où carillonnent les cloches de tous les clochers. long. nous disant : « C'est très bien de grimper ainsi. une lumière brille à la fenêtre. reparaît. Je me penche frémissant sur la corniche monstrueuse. Il faut les gros doigts de Crettez pour les délier. 30. ici. Crettez. le Velan est enfoncé. Roget sent bien qu'il nous causerait un gros crève-cœur en refusant. Le rocher est absolument sec.. mais rappelez-vous que nous faisons une partie de ski avant tout et que je tiens à revenir de jour pour jouir de la glissade. elles caressent des villes ensoleillées. Mais voyons cette arête ! Nous commençons par la suivre un peu au-dessous du faîte. dès que nous regagnons l'arête. et je plonge mes regards dans l'abîme : quelle chute vertigineuse. Et voici qu'il est déjà 2 h. à condition d'être exécutée avant la nuit. Enfin voici le col du Meitin. Le soleil se couche derrière l à chaîne du Mont Blanc : les noires aiguilles se dressent contre un ciel d'or pâle et les robes de toutes ces reines sont violacées et mystérieuses. par un temps pareil? Alors qu'une demi-heure suffit pour y arriver? Et « Mossieu Kurz » qui n'y est jamais allé ! M. où le printemps fleurit. à gauche. Il me semble que nous marchons sur un beau nuage blanc. un instant cachée à mes yeux. la bise nous glace. d'une étonnante mémoire des lieux : il vous indique à 25 mètres la prise cachée que vous cherchez et vous fait des descriptions enthousiastes d'une vire minuscule ou d'une cheminée restée inaperçue. Mais. et ce mouvement cadencé nous grise délicieusement. et Crettez me reproche de ne pas retrouver le chemin exact. Puis. la descente commence. le Velan (3 765 m. Roget qui. en plein ciel. nous passons dans la neige du versant sud . dans la direction de la cabane. sur le plateau des Maisons Blanches. Pour éviter la taille des marches. il lance un yodel. Inouï 1 Avec un élan formidable je remonte sur le glacier . il est nécessaire de se restaurer un instant. de loin. Nous aussi. Le crépuscule tombe lentement sur la montagne et jette son voile uniforme. je saurais bien le retrouver ! Il est doué. La coupole attirante du Grand Combin se dresse devant nous comme un grand calice. Nous dominons le monde. puis il ne reste plus qu'à remonter les névés faciles qui conduisent au sommet. Cette fois-ci. Bientôt nous remontons au Combin de Valsorey. Les changements de température sont très brusques : tant que nous montons dans la face sud. Un bon moment se passe avant que les crampons soient enlevés. Malgré cela. Pourquoi devoir quitter ce trône ? Je me promets bien de revenir ici et de savourer longuement cette vue. au delà d'ua abîme où nous cherchons en vain la petite cabane de Valsorey : elle se cache par là-bas . Tout autour de nous. Roget s'arrête en. Voici un bout de piste rectiligne : c'est vertigineux. nous prenons en écharpe les pentes sud du Combin de Valsorey (4184 m. Roget ? Est-ce qu'il suit ? — Oui. il n'est pas loin d'ici. Un instant après. tandis que Crettez me tient à la corde. qui.. a bientôt disparu. économise sagement la pente. L'escalade est facile. on aperçoit de temps en temps le glacier de Corbassière. Si j'étais monté le premier. dans un vide immense. et il a du mal ! Il montre les dents et manifeste une folle envie de s'en servir ! Puis ce sont les skis dont les courroies sont toutes raidies. la lumière. C'est long. Le voici dans l'ombre : continuons. puis je le vois traversant à toute allure le gros dos du glacier.Le Velan se dresse dans toute sa gloire. Je suis le dernier à partir. Mais il faut attendre M. Là. semblait nous narguer. mais. la pente de neige et nos skis. presque monotone . Voici un joli passage : une vire. tant les lanières sont gelées. Je m'arrache à ce spectacle pour commencer la plus étonnante descente que j'aie faite en ma vie. 30 ! Mais Crettez s'indigne à l'idée d'abandonner l'ascension : ne pas monter au sommet. lui. En un clin d'œil je rejoins mes compagnons. sur le versant de Sonadon . à l'abri des rochers. Puis. lorsque M. Crettez prend alors la tête et nous glissons sans bruit sur le beau désert immaculé. et la masse énorme de la montagne nous cache la moitié de l'horizon. nous célébrons la grandeur de Celui qui créa ces merveilles — et nos cœurs vibrent heureux et reconnaissants. je ne saurais le repasser dans ma mémoire. et nous redescendons à grands pas. et l'on arrive sur une épaule qui présente une crête de neige. Mes compagnons ont volé dans l'espace et sont déjà comme des points. nos yeux ne parviennent pas à la distinguer. Je ne puis attendre plus longtemps et je m'élance sur sa trace. saute sur la pente et plonge dans l'obscurité d'une combe. dans toute la pureté de ses lignes. Cette glissade en ski promet bien des joies. A droite. puis elle se redresse en petites parois que nous franchissons sans peine. Crettez se sent libre. lui. et c'est pourquoi nous continuons très vite. Neuchâtel. les montagnes entassées jusqu'à l'infini s'en vont rejoindre la voûte du ciel : quelle gloire et quelle suprême allégresse dans la nature.

des champs verts et des petits mazots ! Les yeux fatigués se délectent dans les grisailles du printemps. Nous sortons et crions. serait-ce la fin de cette étonnante période de beau temps ? Voici de nouveau d'immenses pentes. La Drance est franchie sur un vieux pont et. La glissade nous entraîne à travers PAlpe de la Lys. issu des neiges du Follat. Tant pis 1 Nous nous enfonçons dans cette maudite forêt. Roget arrive à l'instant et ne peut articuler qu'un seul mot : « Stupéfiant ! » Ce mot résume bien l'impression que m'a laissée cette inoubliable journée ( 1). Nous utilisons. 45 . une fois là-haut. 15. Dans le couloir. nous quittons la cabane et traversons en ski le glacier. à travers les pâturages. par un sentier tournant sous les mélèzes. Il faut décrire quelques lacets à leur pied. Nous sommes à Tougne : un ravissant mayen. Cette fois. Roget nous conduit chez un de ses amis. Grand Combin (4 317 m. col du Meitin : n h. La montée à Panossière restera toujours la partie la plus pénible de la course. mais sur la pente. Ier avril. seule la trace de Crettez qui file.descente continue. Combin de Valsorey : 14 h. bien «rembourré» de neige. puis monter tout droit par un couloir au col des Avouillons (2 647 m. et nous pouvons nous y lancer.) : 15 h. Crettez saisit sa lanterne. cabane Panossière : 7 h.) Au moment où Crettez arrive sur l'arête. fiers de la réussite de notre belle course (2). la neige est très profonde. 15 . puis. Longtemps les lacets se déploient. pied du col du Meitin : ion. Roget tarde à venir. Enfin! nous voici sortis de ce casse-cou. des branches qui craquent et un juron qui résonne. est assis à l'ombre d'un mazot : il a l'air tout étonné de nous revoir et ne peut s'empêcher de rire en apercevant mes égratignures. 2 Le Grand Combin est devenu une course à La mode étiez les skieurs. ce défilé original. un couloir descend en s'élargissant vers les pâturages de Séry qui étalent à nos pieds leur ondoyante blancheur. jusqu'à la lisière des bois de Tougne. Un léger brouillard flotte sur les montagnes de Fionnay . toute éclatante de lumière. A certains endroits. Lourtier. nous montre qu'il eût été facile d'éviter ces bois et de passer plus haut. s'engage dans une petite gorge. consultée trop tard. droit au but. Tout à coup.Parfois on entend. nous aussi. file toujours. — A 9 heures. il se contente de leur faire le poing. 30!. Pas de sentier . on suivra de préférence notre itinéraire par l'alpage de la Lys. Crettez allume le feu. Mais M. nous obliquons à gauche et remontons légèrement vers le nord pour contourner les flancs de la montagne. plus loin. pris de remords. 1 Voici notre horaire (31 mars 1907) : dép. la descente est finie : voici la vallée de Bagnes. à travers des fouillis inextricables. . plusieurs chamois partent sous son nez et disparaissent dans les rochers. nous dirigeant vers la chaîne des Avouillons dont les becs noirs sont bientôt dressés au-dessus de nos têtes. notre guide devait avoir le diable à ses trousses. Crettez. notre guide n'hésite pas un instant sur le chemin à suivre dans ce désert inconnu. Impuissant. au milieu d'une clairière idyllique. car il a passé. vaut-il la peine d'y stationner quelques jours.. et nous buvons tous à sa santé. 40. nous prenons en écharpe les pentes qui tombent vers la vallée . Au retour. Le Combin de Corbassière et le Grand Follat sont facilement accessibles en une petite journée (voir le Guide du skieur). Sans descendre. 3oà 15 h. avec ses bruyantes gouttières. Finalement. Au delà. Alors commence une folle glissade: légers nous fendons l'air et volons. elle devient parfaite. Panossière : 20 h. qui épouse mollement la forme des toits. Sur l'autre versant du col. nous retrouvons la rue pittoresque de Lourtier. A 8 heures.et très souvent depuis lors. avec descente sur Lourtier ou même sur Champsec. Pas de réponse. 55 à n h. Quelques chalets se cachent sous la neige. Mais M. une descente directe nous conduit à l'endroit où le torrent. chausse ses skis et va se mettre en route. Aussi. M. le guide Maurice Fellay. on ne sait comment. volons sans que rien puisse nous arrêter. dans le silence. L'ascension fut répétée quatre ou cinq fois entre 1907 et igi6. j'entre à Panossière. nous faisons la grimace : « Ça colle ! » La carte.

ils remontent alors à Evolène et gagnent Zermatt en un jour par le col d'Hérens. Fenêtre de Salei-naz . En janvier 1911. qui les accompagnait. Anatole Pellaud. ils atteignent non sans peine la cabane de Panossière. départ à minuit de Chanrion. du Mont Brûlé et de Valpelline. le terme de Haute Route n'est plus exact. 1903. du reste.GLACIER DE RIKO ET MISCHAUKL CHAPITRE IX LES ALPES PENNINES (du Grand Saint-Bernard au Simplon)1. glacier d'Otemma . Alf.tandis que les deux alpinistes couchaient dans les misérables huttes de la Petite Chermontane. col de Valpelline . glacier de Zmutt . Les alpinistes anglais du milieu du siècle passé ont. une troisième caravane quittait Chamonix pour se rendre à Zermatt : M. Mon maître avait préparé grandement les choses et mis tous 1 2 3 4 Nous décrivons dans ce chapitre la classique Haute Route de Bourg Saint-Pierre à Zermatt. 30 du soir par les cols de l'Ëvêque. du Lôtschental à la Grimsel. Quatrième journée : col d'Hérens (3 480 m. offrant chacune tout l'attrait de la nouveauté (2). ce parcours nous avait tenté. En janvier 1908 seulement. 269-284. à l'ascension de la Tête de Valpelline et à la descente sur Zermatt (3). est la seule dépression de cette High Level.). Mais l'étape fut longue et la descente du glacier de Zmutt se fit de nuit. ces trois expéditions suivirent un itinéraire qui s'écarte plus ou moins de la classique High Level et qui évite complètement les trois premiers cols : ceux d'Argentière. Mais si. Le lendemain. M. La dernière journée de cette traversée fut consacrée au passage du col d'Hérens. le seul endroit aussi où l'on quitte un instant les glaciers . p. se mettent en route : le D r R.) . 2079». montée à Chanrion. p. Troisième journée : Chanrion . Helbling et le Dr F. col du Mont Brûlé . fut très laborieuse . Chanrion. Partis de la vallée de Bagnes. et la Haute Route peut y passer sans scrupules. Zermatt.). vous vous rendez à Zermatt. col de l'Évêque . Le col des Planards (2 736 m. ils durent naturellement porter leurs skis. mais enfin. de Sonadon. Sans se décourager. qui n'avaient sans doute pas connaissance de ce premier exploit. à 2 400 mètres. bien des variantes de la vraie Haute Route et l'on comprend qu'une telle traversée soit faite pour tenter des skieurs. Les premiers qui se lancèrent à l'aventure étaient quatre Chamoniards : le D r Payot. col et cabane de Bertol (3 421 m. Châble (dans la vallée de Bagnes). Ils partirent de Chamonix au milieu de janvier 1903. et voici le plan que nous avions arrêté : Première journée : cabane de Valsorey (3 100 m. arrivée à Zermatt à 6 h. Le lendemain. deux autres pionniers. de Seilon et de Riedmatten. il n'y a là qu'une cabane. pour autant qu'une route puisse en avoir. En passant de Chamonix à Zermatt. Ce fut une des plus belles expéditions exécutées en ski a cette époque. toujours par les cols. 80. sur la rive droite du glacier de Corbassière. sont supérieurs à 3 ooo mètres et reliés entre eux par des glaciers. col de Collon (3 130 m. ils marchent sur Arola par es cols du Mont Rouge. p. Erste Durchquerune der Walliser Alpen (Alpina.F.) sur le Six du Meitin. notre beau rêve fut réalisé. le versant suisse du col d'Argentière présentant une paroi de rochers où personne n'ira s'aventurer en ski. des Planards. Deuxième journée : Châble . partant de Bourg Saint-Pierre. Troisième journée : col de l'Ëvêque ( 3 393 m. déterminé sous le nom de High Level Road un itinéraire conduisant de Chamonix à Zermatt par les cols d'Argentière. qui devait les conduire en trois jours de Lognan à Zermatt : Première journée : col du Chardonnet . ils rebroussèrent chemin par la vallée de Bagnes jusqu'à Martigny. 1908. mais il n'offre pas l'intérêt d'une traversée de glaciers. Revue Alpine. de Paris. Il existe. Après une tentative pour passer le col des Maisons Blanches et gagner la cabane de Valsorey. cabane de Chanrion (2 460 m. Roget et moi. ils reviennent à Panossière et traversent alors la chaîne des Mulets de la Lia. Un mois plus tard (en février 1903). dans la face qui regarde Chanrion. des Planards et de Sonadon. Orsières. couchent dans une grange et montent ensuite à la cabane Bertol. de l'Ëvêque. F. cabane de Chanrion. Comme on le voit. Le premier jour. Joseph Couttet. Beaujard. Tous ces cols. La descente. Depuis longtemps.) . enfin.) qui conduit du Val Ferret à Bourg Saint-Pierre est certainement favorable au ski. 1903.). ayant choisi l'itinéraire suivant. de ce fait. Reichert. La ournée suivante se passa en flâneries autour de la cabane de Chanrion. comme vous le savez. La variante par le col du Chardonnet (ou le col du Tour) et Orny est du reste la meilleure façon (sinon l'unique) de franchir cette partie de la chaîne du Mont Blanc. une variante quelque peu fantaisiste les conduit au Châble par le col des Montets et la Forclaz. Ravanel. du Mont Brûlé et de Valpelline4. comme ils manquaient de provisions. Le troisième jour. Revue Alpine. Simond et le guide Joseph Ravanel (le Rouge). . Un temps incertain arrêta les skieurs sur le col de l'Ëvêque et. La Haute Route se trouvait ainsi scindée en trois traversées partielles. perdit même les siens et redescendit par la vallée de Bagnes. vous êtes donc obligés de descendre une fois au moins dans la vallée (à Orsières) et. Seule la première partie de cette traversée fut exécutée conformément au programme.) . sauf le second. Zermatt. vous parcourez une route glaciaire presque ininterrompue et comparable à celle qui traverse l'Oberland bernois. puis sa prolongation à Saas et jusqu'au Simplon.) . Deuxième journée : col de Sonadon (3 489 m. de Martigny. avec Joseph Ravanel (le Rouge) et Ed.

À. ce fin compagnon qui devait seconder notre chef. En tout cas. fut nommé chef de l'expédition. et nous sommes restés enfouis sous nos couvertures.de Praz-de-Fort. Au crépuscule. La cabane de Valsorey fut construite par la section de la Chaux-de-Fonds du C. On arrive ainsi sans trop de peine sur ce glacier. du reste — ce qui n'est pas toujours le cas pour les établissements de ce genre. Je pensais que nous allions prendre cette route nous aussi. de légers laupars qui pourraient bien lui jouer un mauvais tour et auxquels je préférerais beaucoup de fortes bottines à semelle ferrée. la situation est plutôt ridicule. Tant d'hommes. Après une magnifique tempête. les bottines de Pollux me rendent rêveur ! En voulant se mettre à la mode. dans son premier quartier. puis aux Grands Plans. ou bien serait-ce moi qui lui porte guigne chaque fois que j'y viens ? Pour tuer le temps. Je remarque avec plaisir et non sans amusement que chaque guide a enfin troqué son gros bâton d'antan contre deux légères cannes — voire même des bambous — et qu'il possède dans son équipement des peaux de phoque. Jusqu'au chalet d'Amont (2 191 m. nous nous lançons à sa poursuite. Maurice Crettez. méfiez-vous des contrefaçons ! 10 janvier. I. Un bon point à ces messieurs. A 10 heures. au lieu de grimper dans une cheminée que domine une croix. Le passage de Bourg Saint-Pierre à Chanrion par le col de Sonadon présente un obstacle qui aura sans doute découragé les précédents skieurs de la Haute Route et les aura engagés à tourner cette chaîne plutôt que de la franchir : c'est le rempart que constituent l'épaule du Combin et la chute du glacier de Sonadon. légère. Bien qu'il ait été traversé fréquemment par la suite. parce qu'il nous fallait emporter des vivres pour une semaine et pouvoir. et même dans les deux directions. on a le beau temps : c'est sûr ! affirme Crettez. la bise triomphe du vent et. Avec nos skis. nous sommes perchés sur le bord de la formidable paroi qui domine le glacier de Sonadon.). mon ami. ce monsieur s'est acheté.). mieux appropriées au travail d'un guide. 2 . devant l'hôtel du Déjeuner de Napoléon. Lançons est beaucoup dire. objets autrefois méprises. puis de prendre la pente en écharpe (danger d'avalanche) pour arriver au plateau du Couloir. « Cette fois. sur les deux heures. Ces messieurs de la Chaux-de-Fonds ( 2) ont-ils jeté un sort au rocher du Meitin. mais les professionnels de la caravane lui préférèrent l'ancien passage. le guide Murisier. superbe gaillard de vingt-quatre ans. comme si nous étions montés ici tout exprès pour l'admirer. nous diviser en deux caravanes suffisamment fortes et indépendantes. Le rendez-vous était à Bourg-Saint-Pierre 9 janvier1. Chacun enlève ses planches et chausse ses crampons r puis 1 Je transcris ici mon journal de 1911. surnommé Pollux lorsqu'il voyage avec son ami Castor. dans le premier bazar venu. Un peu avant huit heures. en la sympathique personne de Louis Theytaz. projette une lumière suffisante pour que nous ne perdions pas la piste qui s'élève en lacets. — Pollux. — « II neige ». Une journée de mauvais temps à Valsorey : il n'y a pas là de quoi s'étonner. excellent skieur. un yodel troue le silence : c'est la voix de Maurice Crettez dont la silhouette se dresse tout au haut du rocher. poudreuse. cherchant à nous persuader que c'est bien ici que l'on passe. mais alors. Si la neige est bonne. furieux. Les anciennes éditions de l'Atlas Siegfried indiquent un tracé passant derrière l'Aiguille du Déjeuner (3 009 m. car Pollux se trouve chargé d'un gros sac qui lui enlève toute idée de faire de la vitesse. mais la lune. Du renfort était venu de Zinal. Avant de quitter la vallée d'Entremont. elle file au sud et s'engage dans la gorge même par où s'échappe l'eau du glacier de Valsorey. nous recevons en plein visage quelques bouffées d'un vent chaud et caractéristique qui jette dès le début un doute dans notre âme. après un léger repas. qui peut être très dangereux. et je tiens à le dire tout de suite. vol. — Vers midi. Le thermomètre marque 18° au-dessous de zéro et descend encore. S. après avoir traversé le petit glacier du Meitin. et un sien cousin : Léonce Murisier. Elle fut détruite par un incendie en 1924 3 Dans le Guide du skieur pour les Alpes vétaisannes. durant toute la course. mais il est reconnu que ce chemin est exposé aux chutes de pierres et toutes les caravanes montent maintenant au plateau du Couloir pour redescendre ensuite sur le glacier de Sonadon et gagner le col du même nom. Il était tombé 15 centimètres de neige. dont la ligne fortifiée de façon ininterrompue relie du sud au nord les Aiguilles Vertes au Combin de Valsorey. Ce fut une erreur. la lune surgit derrière une arête déchiquetée.les atouts dans son jeu. le cas échéant. C'est néanmoins le seul passage entre Bourg Saint-Pierre et Chanrion qui puisse être recommandé en ski. et il prit sous ses ordres son frère Jules. Par contre. dans l'intérêt de ceux qui tenteraient après nous ce passage3. nous pourrons apprécier son moelleux tapis sans regretter cette journée d'inaction. nous quittons la cabane par un ciel sans nuage. Le gros de la troupe nous précède de quelques heures et. et ce ne sera pas la dernière fois. et il s'agit d'en sortir vivement. Enfin. il est préférable de s'élever tout d'abord dans la direction du col du Meitin. on peut alors descendre en ski sur le glacier de Sonadon et gagner de là le col du même nom. Laynuit est venue. dont il a pourtant reconnu les avantages. un soleil ardent. ce n'est pas la première. j'arrive au Bourg et trouve. j'ai supprimé intentionnellement notre itinéraire. — A 9 heures. 11 janvier. le col de Sonadon ne sera jamais une route parfaite pour skieurs. tout le monde est réuni sous le toit hospitalier de la cabane et nous passons une charmante soirée à faire plus ample connaissance. a crié notre chef. éclairant les neiges du Velan qui trône là. la piste suit le même tracé qu'en été. nous transformons la petite cabane en observatoire météorologique —avec un plein succès. vis-àvis. fondant la glace des fenêtres. et. fait aussi renaître dans nos cœurs l'espoir un moment abandonné. d'où l'on aperçoit la cabane sur le Six du Meitin. qui nous avait conduits en mars 1907 à l'Aiguille du Chardonnet et au Grand Combin.

les deux Crettez encordés partent en éclaireurs.
Bientôt des appels nous engagent à les suivre, et, grâce à une neige excellente, le chemin se trouve être —
comme souvent — beaucoup moins mauvais qu'il n'en avait l'air.
Nous longeons une sorte de vire où le vent a accumulé la neige sous un angle de 45°, de façon à la dissimuler
presque entièrement. Il faut toute l'expérience de notre chef pour se frayer un chemin sur une base si étroite.
Lorsque nous arrivons à la brèche minuscule séparant l'Aiguille du Déjeuner de la paroi de Sonadon, les
Crettez sont déjà sur le glacier et, dans leur piste, nous rechaussons nos skis, tout contents de ne les porter sur le dos.
Vers 3 heures de l'après-midi, nous étions couchés en plein soleil sur le col de Sonadon (3 489 m.) ; il n'était
plus question de cette vilaine paroi, et je n'eus pas même le courage de montrer aux guides les pentes faciles descendant
du plateau du Couloir.
Une heure plus tard, nous voici lancés en pleine glissade sur le glacier du Mont Durand, admirant le coucher
du soleil sur les montagnes de Chanrion. Sans descendre trop bas, nous franchissons l'arête nord-est du Mont Avril et
repartons à toute allure dans la combe du glacier de Fenêtre, décrivant un immense circuit pour aboutir vers la langue
du glacier d'Otemma.
Au clair de lune nous remontons vers Chanrion et, à 6 heures, lorsque nous y arrivons, les guides ont déjà
déblayé la neige devant la porte et allumé le feu dans la cabane. M. Roget fait les honneurs, au nom de la section
genevoise : voici cinq cuillères, cinq fourchettes, cinq couteaux, cinq tasses et cinq assiettes ; des couvertures, une pour
chacun et la septième pour la communauté ; de la paille, du bois et un poêle : n'est-ce pas charmant dans sa simplicité ?
Et cela, grâce aux contrebandiers qui profitent volontiers du nécessaire, mais emportent le superflu.
Ce soir, les pronostics du temps sont mauvais : malgré un ciel parfaitement pur, le baromètre a baissé, un halo
entoure la lune et le froid est à peine sensible. Excellente nuit.
12 janvier. — Ciel gris. La nature paraît infiniment triste sous ce voile terne qui efface le contour des neiges et
rend tout uniforme. Tant pis! nous nous sentons forts, et, sans hésiter, nous poursuivons notre course selon le
programme. Départ à 8 h. 30.
Des amas considérables de neige ont réussi à boucher les immenses crevasses ouvertes en été au confluent des
glaciers d'Otemma et de Crête-Sèche, et nous passons là sans entrevoir le moindre trou. La grande avenue du glacier
s'étend bientôt devant nous à perte de vue. J'avais rêvé de m'y promener les mains dans les poches au bon soleil de
l'hiver, mais le soleil, ce génie bienfaisant, est retranché derrière des nuées grises qui avancent lentement, venant de
l'Italie. Or, en l'absence du soleil, le skieur est triste.
Mais aussi, quelle joie, quels cris de joie, lorsque, arrivée au bout de la route blanche, notre petite troupe
aperçoit, au-dessus d'elle, les nues se déchirer et l'astre bienfaisant reparaître, versant généreusement sur tous la lumière
et la chaleur, la gaîté et la bonne humeur.
Youhée ! Voici notre premier col atteint. C'est celui qui s'ouvre à 3 300 mètres, entre le Petit Mont Collon et la
Becca d'Oren (1). Des pentes douces conduisent de là au col de l'Evêque (3 393 m.), que nous atteignons à 2 h. 30. Du
côté de l'Italie, le ciel est encore bien noir, mais, au nord, les montagnes dégagées brillent dans un bleu légèrement
panaché. Jusqu'au col de Collon, vers lequel nous descendons, la neige est dure, mais, sitôt après, sur le versant nord,
elle retrouve tous ses charmes (2).
Les Crettez sont déjà hors de vue, préparant le chemin,et nous nous amusons à décrire de longues serpentines
sur le glacier d'Arola, jusqu'au moment où l'on s'engage (vers la courbe de niveau 2670) sur les pentes rapides qui
environnent le plan de Bertol. Le jeune Crettez n'a pas daigné quitter ses planche s pour traverser cettevilaine côte, et il
semble avoir pleine confiance dans la stabilité des neiges qu'il prend en écharpe si témérairement. Lorsque nous
arrivons enfin au pied du glacier de Bertol, notre gaillard a déjà filé plus loin, ouvrant une piste profonde qui zigzague
dans la direction de la cabane.
— Il est allé faire le thé, nous dit Maurice, tout fier de cette jeune ardeur.
La lune nous est fidèle : ce soir encore, elle éclaire notre tranquille montée au refuge. Dans le haut du glacier,
la pente s'accentue, mais la neige reste parfaite et, vers 7 heures, nous arrivons en débandade au pied du rocher de
Bertol. Les skis sont déposés dans une niche pour la nuit, et l'on se met en devoir d'escalader les échelons du perchoir
sur lequel les Neuchâtelois ont juché leur cabane. Les cordes fixes sont fortement glacées, en partie enfouies sous la
neige. La porte du refuge étant bloquée, nous pénétrons dans la cuisine par l'une des fenêtres.
A moi de faire les honneurs, ce soir ; je suis heureux de pouvoir offrir à mes compagnons un toit si hospitalier : du bois
bien débité qui flambe à merveille ; un bon fourneau qui chauffe en peu de temps la petite pièce où nous nous sentons
1

Le point 3 300 s'appelle aujourd'hui col du Petit Mont Collon. On ne le franchit pas à sa plus basse dépression, mais légèrement plus au sud. Il est
beaucoup plus direct que 1« col de Chermontane, qui oblige à décrire un grand circuit autour du Petit Mont Collon, et qui n est presque jamais utilisé
lorsque l'on suit la véritable Haute Route. On le traverse pour passer ensuite celui des Vignettes et se rendre à Arola. Sur le col des Vignettes se dresse
maintenant un nouveau refuge, construit en 1923 par l'alpiniste bien connu A. Stuart-Jenkins. Outre son utilité évidente pour les ascensions du Pigne
d'Arola, du Mont Collon et de l'Evêque, il pourra servir éventuellement à scinder le trajet Chanrion-Bertol ou Chanrion-Zermatt en deux étapes.
2
Entre le col de l'Evêque et le col de Collon, il existe de grosses crevasses presque toujours ouvertes. En 1911, je ne me rappelle pas les avoir vues,
mais elles sont rarement bouchées, et l'on fera bien alors de passer au pied même de l'Evêque, où la neige s'accumule volontiers. Au col de Collon,
nous laissions donc à main droite l'itinéraire conduisant directement à Zermatt par le col nord du Mont Brûlé et le col de Valpelline. On trouvera au
dernier chapitre une courte mention sur la traversée de ces deux cols, avec ascension de la Dent d'Hérens.

vite à l'aise ; des matelas, des couvertures à profusion et une batterie de cuisine : « Voyez un peu, Monsieur Roget !
après Chanrion, c'est le paradis ! »
Durant la soirée, je gratte de l'ongle le givre d'une certaine fenêtre qui donne vers la Dent Blanche : son échine
se dresse colossale dans la lumière blonde de la lune.
On en parle ce soir. Il est question de lui rendre visite, puisqu'elle se trouve si naturellement sur notre route.
Pourquoi pas ? Après une série de beaux jours, l'arête sud de la Dent Blanche ne présente pas plus de difficultés qu'en
été. Bien au contraire : tandis que les roches se sèchent au soleil, les couloirs et les corniches, balayés par le vent, sont
tapissés d'une bonne croûte neigeuse qui épargnera au piolet beaucoup de travail. L'expérience l'a prouvé. La neige
tombée il y a trois jours, légère, poudreuse, tourbillonnante, ne s'attache pas sur une arête comme celle-là et, d'ailleurs,
si le soleil n'a pas su la faire disparaître, nous irons, nous, la balayer de nos mains.
Vendredi 13 janvier. — A 5 heures, des brouillards traînent sur les glaciers qui nous séparent de la dent ; la lune
joue à cache-cache avec de vilains nuages ; bref, le temps est très incertain, mais nous descendons néanmoins de notre
perchoir avec tout notre bagage ; nous chaussons nos skis et partons dans la direction dm col d'Hérens. Deux longues
heures nous en séparent et, si le temps s'améliore, nous tenterons le coup; sinon, nous filerons sur Zermatt.
Lentement, le jour est venu, et nous sommes maintenant sur le glacier de Ferpècle. « La Dent Blanche fume sa pipe du
bon côté », s'écrie Theytaz, et Maurice, impatient, roule de gros yeux. De fait, le vent a changé de direction. Les nuages
ont pris meilleure tournure et la teinte du ciel n'est plus si crue.
Allons-y !
Et, d'un commun accord, notre petite troupe dépose au pied du col d'Hérens le gros des bagages, ne conservant
qu'un seul sac, trois piolets, des crampons et deux cordes. Ainsi allégés, et toujours en ski, nous filons contre la bise,
longeant le pied tle la grande arête méridionale, pour gagner une petite terrasse située au-dessus du Roc Noir.
A leur grand étonnement, les skis sont plantés profondément dans la neige, et nous continuons sans eux notre
balade. Dans les premiers rochers nous faisons halte, pour nous sustenter un peu (il est 9 h 15), sangler nos crampons et
nous encorder en deux caravanes qui partent bientôt dans l'ordre suivant : les deux Crettez et moi, puis Theytaz, M.
Roget et Pollux en queue, portant le sac de la troupe.
Maurice, dans son optimisme, a parié une bouteille contre Theytaz que le sommet serait atteint avant midi.
L'un et l'autre connaissent la Dent Blanche pour l'avoir gravie souvent, mais Theytaz est plus réfléchi dans son
jugement, et il n'a sans doute pas tort.
C'est au pas de course que les Crettez me font gagner l'arête méridionale, et nous arrivons ainsi au point 3729.
La vue est un prétexte pour reprendre son souffle, mais Maurice, qui pense à sa gageure, et la bise, qui a pris le dessus,
nous pressent de partir.
Près du point 3 912, nous sommes encore une fois réunis pour le lunch ; de brillants glaciers s'étalent tout
alentour, et les ombres effilées du matin s'enfoncent dans la neige comme des lames bleues.
Jusqu'au premier grand gendarme, l'arête ondulée est facile, la promenade agréable, avec de beaux coups d'œil
sur l'Obergabelhorn ou le Cervin, encadrés par des corniches frangées de glace. Vient ensuite l'endroit réputé par ses
plaques : elles sont aujourd'hui plâtrées d'une neige excellente, où nous taillons quelques marches ; puis il suffit de
piquer la pointe des souliers pour avancer rapidement. L'arête est regagnée immédiatement au-dessus du grand
gendarme. Crettez a perdu sa bouteille, car il est passé midi, mais, sûr de vaincre maintenant, il s'écrie, joyeux : « Cette
fois, elle est à nous, la Dame Blanche ! »
Sur les rochers de l'arête, nous trouvons un semblant de neige fraîche, très sèche et qu'il est facile d'écarter
pour se cramponner solidement dans les prises. La varappe est intéressante et le temps passe extraordinairement vite.
Theytaz insiste à plusieurs reprises pour passer le premier, mais Crettez n'en veut rien entendre et repart à l'assaut. Enfin
le rocher cesse, la crête devient blanche et se termine par un dernier petit cône de neige que nous abattons d'un coup de
piolet. Il est 3 h. 30. La vue est voilée par un brouillard passager, et il fait trop froid pour s'attarder longtemps. Aussi
nous redescendons à grands pas et rencontrons bientôt la seconde caravane.
Tandis que celle-ci gagne le sommet, nous nous engageons dans la face occidentale de la montagne, celle qui
regarde Bertol et qui semble être aujourd'hui tout en neige. Malgré la raideur effrayante de la pente, nous avançons
sûrement, grâce aux crampons, et nous gagnons ainsi beaucoup de chemin jusqu'au moment où Crettez découvre de la
glace. Alors, de rage, il brandit son piolet et en frappe la pente glacée. Il nous faut regagner l'arête vite en taillant.
Lorsque nous l'atteignons, la nuit est presque venue, mais, à travers les brumes de ce crépuscule d'hiver, les
rayons de la lune fusent doucement et favorisent notre marche dans les traces du matin. Dans cette lumière fantasque,
les glaçons qui frangent l'arête semblent être autant de piliers d'albâtre, courbés et tordus. C'est un conte des Mille et
une Nuits. De temps en temps, une corniche s'effondre dans l'abîme : un sourd craquement, puis une fumée blanche
sortant du gouffre et submergeant l'arête sous le souffle de la bise.
Il est 8 h. 30 lorsque nous reprenons nos skis. Nous avions pensé nous rendre le même soir à la cabane
Schônbûhl, mais, par cette lune voilée, la glissade manquerait de charmes, et nous préférons attendre à demain pour en
bien profiter. Au col d'Hérens, nous retrouvons nos sacs et, en dépit de la nuit glacée, nous faisons au clair de lune un
souper réconfortant. Les oranges sont dures comme des boules de croquet et l'on peut les entailler sans faire perler une
seule goutte de leur sang.
Vers 10 heures, nous reprenons notre trace à travers le glacier de Ferpècle, mais je ne dirai pas de quelle allure

somnolente six fantômes rentrèrent à Bertol cette nuit-là (1).
14 janvier. — Au heures seulement, après une longue et paresseuse matinée, nous commençons joyeusement
notre dernière journée. Pour le coup, le soleil est de la fête, et ce fut, grâce à lui, grâce à la neige excellente, une
délicieuse promenade. Au col d'Hérens, un dernier signe d'adieu à la Dame Blanche, puis nous franchissons à pied la
rimaye pour rechausser nos skis sitôt après et nous laisser emporter par eux vers Zermatt.
Ce ne fut qu'un charme et déjà nous étions dans l'ombre du Cervin, sur le glacier de Z'mutt. Là où l'on trébuche
sur les pierres en été, nous glissions tout droit, une féerie devant les yeux : dominant les profondeurs bleues de la vallée,
le Rimpnschhorn, le Strahlhorn et les modelés du glacier de Findelen baignaient dans les ondes mauves du crépuscule.
Tandis que nos regards s'attardaient sur ces grandioses montagnes, nos skis nous emportaient, trop vite cette fois-ci,
entre les aroles de Staffelalp, glissade enivrante qui ne devait s'arrêter qu'à Zermatt. Zermatt déjà !
La première personne que je rencontre depuis six jours est une paysanne, semblable à Perrette portant le pot au
lait. En voulant l'éviter, c'est moi qui fais la culbute et la pointe de mon ski vole sur le dernier caillou du chemin...
Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la traversée de Bourg Saint-Pierre à Zermatt fut répétée par le D r
Krenig, de Genève, avec les deux Crettez. Au lieu de s'attaquer à la Dent Blanche, il préféra gravir le Grand Combin en
passant de Valsorey à Chanrion et en quittant ses skis au plateau du Couloir. Le temps était alors au beau fixe (une série
étonnante qui dura jusqu'à la fin de février), mais la neige, déjà croûtée, rendait les glissades désagréables.
A Zermatt, le Dr Kœnig rencontra le capitaine Meade, de l'Alpine Club, qui venait de faire une tentative
infructueuse au Rothorn, mais qui se rattrapa quelques jours plus tard au Cervin. Le jour même où le capitaine Meade
escaladait le Cervin, le guide Louis Theytaz, qui nous avait accompagnés à la Dent Blanche, périssait dans une crevasse
en descendant du Pigne d'Arola en compagnie de ses frères et de trois skieurs anglais. Il était encordé, mais la corde (la
même qu'il avait à la Dent Blanche) était usée et se rompit sous son poids ou sous la traction des skieurs le précédaient.
Ses compagnons ne réussirent pas à le retirer, et, le lendemain, la caravane de secours constata que la crevasse
dans laquelle il était tombé mesurait plus de 50 mètres de profondeur. La mort avait dû être instantanée.
En arrivant à Zermatt, nous aurions volontiers prolongé notre randonnée jusqu'à Saas, à travers la chaîne des
Mischabel, et même jusqu'au Simplon. Malheureusement, nos vacances étaient finies et il était temps de rentrer. L'année
suivante, en compagnie de deux amis et collègues du Club Alpin Académique de Zurich, je pus consacrer «ne dizaine
de jours à l'exploration du massif compris entre les vallées de Saas et de Saint-Nicolas 2.
Partant de Saint-Nicolas (en mars 1912), nous remen tâmes tout le glacier de Ried pour franchir le Windjoch (3
848 m.) et descendre à la cabane des Mischabel. La neige était si dure dans les régions supérieures que nous
abandonnâmes nos skis au pied du col. Nous comptions ks reprendre le lendemain, après l'ascension du Nadelhorn (4
334 m.) ; malheureusement, ce jour-là, il soufflait un vent furieux et, comme j'avais déjà une fois &é enneigé dans cette
cabane, j'entraînai me? compagnons à Saas-Fee. Nous y descendîmes à pied en moins de deux heures. Ce fut une
retraite inutile, car le temps resta clair et le vent (une sorte de fœhn sec) ne provoqua aucune précipitation. J'ai toujours
regretté d'avoir manqué cette ascension au Nadelhorn, qui n'avait pas encore été gravi en hiver.
De Saas, nous revînmes à Saint-Nicolas en traversant le Gemshorn et l'Ulrichshorn (3 929 m.), rechaussant nos
skis au pied du Windjoch. A cette occasion, nous constatons que la région de Saas et surtout celle de Saint-Nicolas est
une des plus sèches de tout le Valais. Certaines parties du Riedgletscher étaient dénudées comme en automne.
En quête de neige, nous pénétrâmes plus avant dans le massif pennin, remontant la vallée jusqu'à Tâsch, pour
gagner ensuite la Tàschalp, où nous pûmes nous installer dans une hutte assez confortable. Le lendemain, nous
réussîmes l'ascension du Rimpfischhorn (4 203 m.) dans des conditions excellentes et sans la moindre difficulté (en
suivant toute l'arête ouest). Le jour suivant, nous comptions gravir l'Alphubel (4 207 m.), mais le temps se gâta et nous
allâmes passer une journée à Zermatt pour revenir ensuite à notre hutte de la Tàschalp. Depuis ce jour, je poursuivis ma
campagne seul avec le Dr Odermatt. Une bise formidable nous empêcha de monter à l'Alphubel, mais nous traversâmes
le col du même nom pour arriver à Fée, course que je ne puis décidément pas recommander à deux skieurs seuls, à
cause des énormes crevasses du glacier de Fée.
Poursuivant notre randonnée, nous allâmes ensuite coucher à Mattmark, dont l'hôtel est ouvert, mais
complètement vide en hiver (à cause des contrebandiers). Nous y passâmes une soirée atroce à vouloir obstinément
chauffer un immense poêle en pierre olaire, qui ne fut chaud que le lendemain, au moment de partir pour le
Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Ce fut encore une longue journée sur les glaciers et une grande imprudence pour
une caravane de deux.
A Zermatt, nous rejoignîmes deux amis avec lesquels nous réussîmes, le jour de Pâques, l'ascension du Mont
Rosé (4 638 m.). Puis le temps se gâta, et notre campagne se termina avec nos vacances.
En mars 1915, je pus compléter l'exploration du massif de Saas par un séjour à la cabane Britannia, qui est
décrit au chapitre XL
Celui qui, de Zermatt, veut se rendre à Saas a plusieurs cols à son choix. Je les ai tous traversés à différentes
époques. Autrefois, le Schwarzberg-Weissthor était le plus fréquenté de tous. En mars 1912, huit heures nous suffirent
1

Ce fut la première ascension hivernale de la Dent Blanche (4364 m.). Elle ne semble pas avoir été refaite jusqu'à présent. Voici notre horaire :
départ Bertol : 6 heures ; çied ouest du point 3714; 9h.15 a 9.45 ; arête sud : 10 h. 10 à ii heures ; point 3912 : 11.25; arête sud, au-dessus du grand
gendarme : 13 heures ; sommet : 15 h. 30.
2
Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. VIII 1912, p. 41-55).

pour nous rendre de Mattmark à Findelen. Mais, depuis la construction de la cabane Britannia, l'Adlerpass (3 798 m.)
est presque exclusivement utilisé en hiver, bien qu'il soit de 200 mètres environ plus élevé que le SchwarzbergWeissthor. Celui-ci a l'inconvénient d'être plus éloigné et moins intéressant que son voisin. Dans les deux cas, on est
obligé de coucher au-dessus de Zermatt, soit à Z'Fluh, soit au Grûnsee ; mais, si vous passez l'Adlerpass, vous pouvez
vous arrêter à la cabane Britannia, et c'est là un gros avantage.
Vous pouvez aussi descendre à Tàsch et coucher à la Tàschalp pour franchir l'Alphubeljoch qui conduit
directement à Fée. Mais l'Adlerpass est certainement préférable. Malheureusement, les hôtels de ZTluh et du Grûnsee
sont chers, et c'est pourquoi je voudrais recommander aux skieurs une autre route, plus longue, mais plus belle encore.
Premier jour : cabane Bétemps. Deuxième jour : Stockhornpass (3 415 m.), Adlerpass (3 798 m.), Britannia
(éventuellement ascension du Strahlhorn en passant). Troisième jour : Saas-Fec (éventuellement Saas-Balen, si l'on
veut gagner le Simplon le lendemain).
En venant de Bertol par le col d'Hérens ou de Chanrion par le col de Valpelline, vous pouvezvous arrêter a la
cabane Schônbuhl. Lendemain, au lieu de descendre à Zermatt, gagnez directement la cabane Gandegg par la Staffelalp.
Mais il vous faudra deux porteurs pour quérir la clef de cette cabane, qui est fermée, et pour y monter des provisions.
De la Gandegg (3 031 m.), vous pouvez alors gravir le Breithorn (4 171 m.) durant la matinée et vous rendre le
même jour à la cabane Bétemps par les glaciers de Théo-dule et du Gorner. Mais, en admettant que vous veniez de
Bourg Saint-Pierre par la Haute Route, vous préférerez vous arrêter un jour à Zermatt. C'est pourquoi la meilleure façon
de prolonger la Haute Route jusqu'à Saas est de passer par les cabanes Bétemps et Britannia.
La route conduisant de Saas à Zermatt par l'Adlerpass, le Stockhornpass et le glacier de Gorner est décrite en
deux étapes aux chapitres XI et XIII. En sens inverse, il suffira de quitter Zermatt de jour pour arriver à Bétemps dans
l'après-midi, en remontant le Gorner dans toute sa longueur (1).
Le lendemain, il faudra descendre tout d'abord au lac du Gorner pour remonter ensuite à pied la moraine
latérale gauche du glacier — à moins que Tétât de la neige permette une traversée directe de la cabane au glacier, ce qui
peut être examiné la veille, en montant à la cabane. Une fois sur les névés supérieurs du Gorner, d'immenses champs de
neige s'étendent devant vous. Vous gagnez la plus basse dépression à l'est du Stockhorn (Stock bornpass, 3 415 m.), puis
vous descendez sur le grand gkcier de Findelen que vous traversez perpendiculairement (attention aux crevasses, dont
vous suivez la direction générale!). Une forte pente, à l'est du Strahlknubel, vous conduit à l'Adlergletscher et de là à
l'Adlerpass. Ensuite, il ne reste plus qu'à vous laisser glisser jusqu'au pied de la cabane Britannia.
De même que l'on a gravi le Grand Combin et la Dent Blanche en marge de la Haute Route, de même vous pouvez
consacrer une journée à l'ascension du Mont Rosé au départ de la cabane Bétemps, du Rimpfischhorn ou de
l'Allalinhorn depuis la cabane Britannia. Ces combinaisons d'itinéraires sont innombrables (2).
S'il est préférable de suivre la Haute Route dans le sens de Bourg Saint-Pierre à Zermatt (ceci pour profiter des
belles descentes du col de Sonadon et d'Hérens), il est, par contre, indifférent de passer de Zermatt à Saas ou vice versa.
Si vous vous arrêtez à Zermatt, il vous reste 36 kilomètres de route avant d'atteindre la gare de Viège, et c'est toujours
un parcours fort ennuyeux. Par contre, la vallée de Saint-Nicolas présente des avantages que vous n'aurez plus dans
celle de Saas. De Zermatt à Saint-Nicolas, vous pouvez descendre en traîneau assez rapidement. De là à Stalden, on
peut facilement suivre à pied la voie ferrée. De Saas à Stalden, il faut quatre heures de marche, mais il est impossible de
fréter un traîneau.
Arrivé à Saas, il ne reste plus qu'une étape pour compléter la Haute Route du Grand Saint-Bernard au
Simplon : c'est la traversée de la puissante chaîne du Fletschhornau Weissmies. Ici, le choix n'est pas embarrassant. Il
n'y a qu'un seul itinéraire recommandable : celui qui quitte le thalweg à Balen et conduit à la route du Simplon par le
Simelipass (3028 m.) et le Sirwolteapass (2 664 m.)
Selon l'horaire de la poste et l'heure à laquelle vous rejoindrez cette route, vous jugerez s'il est préférable de
descendre sur Iselle ou sur Brigue. S'il est trop tard pour prendre la poste, vous pouvez encore louer un traîneau à
Simplon-village ou passer la nuit à l'hospice.
J'ai fait cette traversée du Simplon à Saas en mars 1915, en compagnie de mon ami de Choudens, de Genève,
et nous avons trouvé que c'était un des itinéraires les plus agréables pour se rendre à Saas. La traversée de l'hospice à
Balen se fit en neuf heures (haltes comprises). Celle en sens inverse est tout aussi belle et n'exige pas plus de temps.
L'orientation des. pentes est même plus avantageuse. Un seul endroit peut être dangereux : c'est la pente située au nord
des lacs de Sirwolten, pente indiquée sur la carte comme paroi rocheuse. Je n'ai jamais passé par cet endroit en été,
mais, en mars, on ne voyait pas le moindre rocher. Le dessin de la carte est certainement exagéré. Pour se rendre
directement à Simplon-village, il y aurait sans doute avantage à quitter notre itinéraire aux lacs de Sirwolten et à passer
immédiatement au sud du point 2619 (Weissboden). C'est une contre-pente d'une centaine de mètres à laquelle succède
une belle glissade par Galen et la Rossbodenalp. On évite ainsi le seul endroit dangereux de toute cette traversée.
CHAPITRE X
LE CIRCUIT DE LA BERNINA
1

A partir du 11 juin, on peut monter par le chemin de fer du Gor-Bergrat jusqu au RothenBoden et gagner de là le Gorner où l'on chausse ses skis à 2
600 mètres.
2
Tous ces itinéraires sont décrits dans le Wallistrskifuhrer II. et tracés sur la carte qui lui est annexée.

(29 décembre 1910)
C'était l'heureux temps où nous pouvions quitter le Poly vers la mi-décembre pour n'y rentrer qu'à la mijanvier. Ah ! les bons souvenirs de jeunesse, sans peine et sans souci ! Quatre semaines de vacances dans les neiges,
sous le ciel bleu, au grand soleil ! Et quelles vacances excentriques : commencer à Davos pour finir à Zermatt !
Je ne raconterai pas comment, mon ami Stàubli et moi, nous étions arrivés à Pontresina, négligeant le chemin
de fer et traversant par trois fois le massif de la Silvretta ; notre joyeuse partie de ski-kjôring en remontant l'Enga-dine
au grand trot ; nos folles escapades au Piz Muraigl, au Languard au Gluschaint. Il y eut bien quelques tempêtes, une
marche forcée dans le brouillard, en pleine nuit ; mais le mirage des neiges lumineuses, des séracs étincelants, des
brumes échevelées, la féerie des crépuscules, la mélancolie des sombres forêts... tout cela ne s'oublie pas.
Un souvenir pourtant dominera toujours l'ensemble, brillant comme une gemme plus éblouissante que d'autres
dans un collier de diamants : cette divine randonnée sur les glaciers, tout autour de la Bernina.
A cette époque, Pontresina n'était pas encore devenu la station hivernale à la mode, et Sir Henry Lunn désirait
précisément savoir s'il valait la peine de la lancer. Notre séjour là-haut ne fut pas inutile, puisque ses hôtels ouvrent
désormais leurs portes en hiver comme en été et que Stàubli est devenu un célèbre géologue. Comme il me l'avoua plus
tard, nos courses dans le massif de la Bernina avaient attiré son attention sur ces montagnes et éveillé en lui le désir de
les étudier. Tous ceux qui s'intéressent à la géologie connaissent maintenant les savants travaux du D T R. Staub sur la
tectonique des Alpes en général, et de la Bernina en particulier.
Schucan, digne successeur de Marcus Paltram sur le trône de la Bernina, nous avait chanté les merveilles de
son royaume. Là-haut, derrière les crêtes de Scerscen, se dressait un refuge adossé aux rochers du versant italien : la
cabane Marinelli, située au carrefour d'immenses glaciers. Quelques rares skieurs s'étaient aventurés jusque-là, venant
de l'Italie par des vallées profondes et dangereuses, ou par la Fuorcla Sella. Mais personne n'avait encore tenté le tour de
cet Eden, en montant par le glacier de Palû et en descendant par celui de Sella. Depuis le jour où, sous la conduite de
Schucan, nous entrevîmes ces merveilles, ce fut pour Stàubli et moi un rêve... un rêve qui devait se réaliser.
Nous ne réussîmes pas du premier coup. A Pontresina, un seul guide consentait à nous accompagner : Casper Grass, qui
n'était guère plus âgé que nous et qui passait alors pour le meilleur skieur de la contrée. Mais, ce jour-là, la tempête
nous arrêta au pied du glacier de Palû, et nous dûmes battre en retraite précipitamment. Au retour, sur l'alpe Grûm, nous
rencontrâmes le vieux Martin Schocher (roi des guides et parfois guide des rois), venu là tout exprès avec son télescope
pour observer notre montée sur le glacier de Paiû.
Dans la tempête qui faisait rage, il était superbe à voir, sa longue barbe flottant au vent, son grand feutre
enfoncé jusqu'aux yeux et son costume de loden aussi blanc que la neige qui nous cinglait de ses flocons. Il avait, ma
foi, fort bien choisi son poste d'observation, sur ce Prato del Vento, et celui-ci n'avait pas volé son nom ! Là vis-à-vis, au
delà d'un vide immense, le glacier de Palû s'effondrait en cascades, comme un Niagara figé dans sa chute. Nous nous
étions retournés pour l'examiner une fois de plus et, comme nous interrogions Schocher pour savoir ce qu'il en pensait,
il se contenta de hocher k tête d'un air embarrassé, qui trahissait bien ses doutes.
L'année touchait à sa fin, et notre départ était imminent. Il nous restait deux jours encore. Le 28, vers midi, les
brumes se dissipèrent lentement sous le souffle de la bise, découvrant les forêts saupoudrées et les cimes toutes
blanches. C'était notre dernière chance. Après une courte discussion, nous nous décidâmes à la tenter et, une demi-heure
plus tard, le train nous emportait vers le col de la Bernina.
Grûtzi Herr Staub ! Grûtzi Herr Kurz ! c'était la voix sympathique de la jeune fille de l'hospice, qui semblait
tout heureuse de nous revoir dans la solitude de ces neiges. Voici la Wohnstube où nous avions passé la «oirée de Noël
avec Casper Grass et où le patron réunit volontiers ses hôtes durant les longues veillées d'hiver. Ce soir-là, pas une
étoile ne brillait au ciel ; le vent hurlait en secouant les volets, et nous regrettions la brillante fête du Kronenhof. Pour
couvrir les rugissements de la tempête, nous avions déclenché le phonographe, mais il ne parvenait pas à dissiper notre
mélancolie.
Cette fois-ci, Grass n'était pas avec nous. Malgré son grand désir de nous accompagner, il avait dû reste t à
Pontresina. Le temps était beau et froid, très froid même, et nos chances de succès semblaient s'affirmer. Nous avions
repris confiance.
Depuis longtemps déjà, le réveil avait sonné et notre chandelle était allumée, illuminant le blanc virginal de
nos couches où seuls pointaient deux nez cuivrés. Les vitres givrées d'arabesques retenaient au dehors l'obscurité de la
nuit et le souffle âpre de la bise. Jamais lit ne m'avait paru aussi confortable... Mais, dans mon corps inerte, l'esprit
vagabondait : mes pensées s'étaient échappées bien loin déjà, sondant l'infini comme la lueur d'un phare, égrenant le
chapelet des étapes dont cette journée serait faite. Qu'allait-elle nous réserver? Nous avions cinq glaciers à parcourir et,
pour en sortir avant la nuit, je calculais qu'il faudrait franchir la Fuorcla Sella entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Pour
cela, à midi déjà, le glacier de Palù devait être derrière nous. Serait-ce possible ? Question troublante, car personne ne
s'était encore aventuré en ski dans ces parages.
Ainsi mes pensées voguaient au loin, tissant les éventualités probables, jusqu'au moment où elles sombrèrent
une fois de plus dans les rêves. Mais ce ne fut pas long : d'un bond nous étions debout, rattrapant le temps perdu.
A 6 h. 30, nous quittions l'hospice. Du haut d'une fenêtre, une voix mutine nous souhaita bonne chance (viel
Gluck) et, avec la résonance de ces douces paroles dans l'oreille, nous nous mîmes en route.

Il faisait nuit noire et nos planches clapotaient drôlement sur les pentes qui descendent jusqu'au lac. fendillé de crevasses bleues... La première chute de séracs fut abordée par la gauche. Nous évitions les zones de neige poudreuse pour rester sur les neiges durcies. Herrgott ! Fut notre seule exclamation. t'avenue du glacier s'élevait en gradins magnifiques dans le bleu du ciel. dégoûtés de cette neige trop dure.. . en arrivant sur le lac. Laissant les chalets de Palû à main gauche. Entre deux bouchées. estompée sous un voile diaphane qui tamisait les contrastes entre les forêts bleues et les neiges éclatantes. Il fallait s'élever en ligne directe pour ne pas déraper latéralement. les regards pénétraient par des coulisses profondes jusqu'à de sombres forêts et jusqu'en Valtelline. contre les pentes du Cambrena. Tout là-haut. Une voie royale s'ouvrait devant nous. où les chalets formaient un tas minuscule. En route donc ! Après nous être encordés. Les séracs suspendus sur nos têtes interdisaient les jurons trop sonores. Stâubli esquissa une danse infernale sur le bord du précipice. et presser le pas en prenant en écharpe des neiges que les avalanches avaient semées de blocs pareils à d'immenses émeraudes. Puis il fallut appuyer à droite. éclairant faiblement les crêtes. Midi bientôt. que nous montions sans nous en douter. Mais il nous restait encore bien des obstacles à franchir avant d'atteindre la ligne blanche et pure qui brillait làhaut sur le ciel. il fit grand jour.. était-ce son lac enneigé ? Derrière le profil tourmenté de ses montagnes. et brusquement nous fûmes dans l'azur. la pente s'adoucit et la ligne blanche se rompit devant le bleu du ciel. Nous avions traversé le lac et la petite plaine qui lui succède. Au delà s'ouvrait l'inconnu. les cimes et les brumes. Puis. des cimes et des glaciers innombrables luisaient comme dans une splendeur méridionale. frappant de nos skis la neige durcie. et. Mais la pente s'accentuait et nos peaux de phoque avaient peine à mordre sur cette neige croûteuse. dans la direction de l'Ortler. marquent la naissance de l'arête qui monte au Pizzodi Verona et domine un chaos de glace. nous admirions ce monde fabuleux. Lentement nous montions. que c'était vaste et que tout cela brillait sous le soleil ! Quel contraste entre ces horizons lumineux et le sombre cloître d'où nous étions surgis. entre des tours de glace qui semblaient grimacer dans l'ombre. Fou de joie. où flottaient quelques brumes attardées. Une bise âpre soufflait de l'Engadine. et nous en profitâmes pour faire un joyeux déjeuner. la pente fuyait brusquement vers le plan lumineux de l'alpe Palù. Les heures s'écoulaient et. la dalle qui lui servait de plancher se couvrit pour le lunch. Mais à quoi bon ? N'étions-nous pas bien ici ? Nous préférâmes donc admirer la vue qui s'étendait au loin. Par une combe ouverte entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. puis nous passâmes sur l'autre rive en longeant un corridor neigeux dont nous avions déterminé la situation des hauteurs de Palpe Qram. très tendres. par ces gradins. elle cessa brusquement. Des rochers en terrasse. là-haut. nous reprîmes notre marche lente et régulière. Notre route conduisait. nous atteignîmes enfin le premier plateau du glacier. Le soleil était haut sur l'Italie . songeant qu'il nous en restait quatre encore à parcourir. et ce fut un calme complet : plus un souffle d'air.. dans cette ombre. Depuis le Pozzo del Drago (le puits du dragon). La neige était si haute qu'il fallut se baisser pour passer sous la conduite à haute tension qui traverse le col. nous arrivâmes brusquement à la lisière des bois. Elle fut la bienvenue. vers la plus basse dépression de la ligne blanche. Arrivés dans la combe qui se creuse au pied du Carale. se demandant où pouvaient bien aller ces deux bonshommes. un croissant de lune mourait dans le noir du ciel. nous aurions eu tout le temps de suivre l'arête jusqu'au sommet du Piz qui nous dominait. nous nous dirigeâmes droit vers le glacier qui nous dominait maintenant de sa masse formidable. à l'orée d'un monde nouveau. Jamais les montagnes ne m'avaient paru aussi éclatantes. sur ces pentes rapides qui forment comme un entonnoir. Stàubli lançait de joyeux yodels qui allaient se répercuter dans les parois du Pizzo di Verona. les séracs prenaient des teintes d'opale. mais régulière. lorsque l'aube se leva. où pendaient des corniches barbues. Entre eux. nous les rechaussions pour ne plus les quitter jusqu'à Pontresina. Que c'était beau. Pour y descendre. il fallut enlever ses skis. et nous étions toujours sur le même glacier. Dans la nuit. les montagnes estompées semblaient nous regarder. Derrière nous. sitôt après. Ce fut l'affaire d'un instant. Tandis que la neige fondait dans notre casserole. des affres et du danger. Devant nous. nous nous décidâmes un peu tard à fixer sous nos skis les crampons restés au fond de nos sacs.. au fond duquel est tapie Palpe Palù. Mais où donc étions-nous? Nous touchions l'extrémité d'un immense balcon glaciaire qui court au revers de la Bernina et domine toute l'Italie. Alors la marche devint lente. la ligne blanche s'abaissait insensiblement. comme une gracieuse fossette. où les crampons mordaient à merveille. rien que le rythme allongé de nos skis sur l'onde endormie. Jusqu'ici nous étions parvenus en compagnie de Casper Grass. Peu à peu. le chaos s'apaisa. à la lueur tremblotante de leur lanterne. Le sphinx gisait vaincu derrière nous. Après une rude montée. Lentement nous sortîmes des ombres. L'ombre noyait encore le glacier et. Puis il me présenta plusieurs vieilles connaissances dont les têtes caricaturales se profitaient au loin. Couchés. Nous voguions en plein sud. mais. l'épaule blanche du Pizzo di Verona s'incurvait doucement sur l'azur. tout inondé par les rayons du soleil qui venaient de fuser derrière l'arête de Verona et nous invitaient à une halte. sur la rive gauche du glacier. vers la vallée de Poschiavo qui baignait dans une brume laiteuse — ou bien. très fines. Plus loin. Puis les gorges boisées s'engouffraient dans la vallée de Poschiavo. Mais tant de merveilles dans ce paysage distrayaient nos yeux.

un calme immense régnait sur la montagne. je voyais entrer au restaurant et t'asseoir à la table voisine pour y faire ta partie d'échecs. réflexion des roches incandescentes du Piz Roseg qui flambaient là-haut sous l'ardeur mourante du soleil couchant. serré entre les glaces qui s'écroulent de tous côtés. Et cela tous les jours de la vie ! Pitié à toi. Il n'y avait plus un souffle d'air . au retour du Piz Glûschaint. Il fallait décrire un vaste circuit pour éviter les gouffres béants qui précèdent la chute du glacier supérieur. allumais ton cigare. pourquoi donc étions-nous seuls à contempler tant de merveilles? Ah ! si j'avais pu vous transporter là-haut. une collerette blanche encadrait la cime de la Bernina qui fit une courte apparition. ce ne sont que falaises rocheuses et couloirs neigeux dont le relief s'accentuait sous la lumière oblique du crépuscule. dont le toit de zinc brillait deux cents mètres plus bas dans les rochers. pauvre malheureux ! Avais-tu jamais songé aux régions lumineuses qui brillent au-dessus des brouillards? Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ceux qui nous ont fait connaître la montagne et ses merveilles !. Nous aurions pu nous arrêter ici et descendre à la cabane Marinelli. à chaque angle de ce balcon magique. les glaciers miroitaient à contre-jour comme des flaques d'argent en fusion. les ombres s'allongeaient et des brumes violacées venaient flotter aux flancs de la Disgrazia. lugubre fonctionnaire. Leurs neiges s'étendaient à perte de vue. l'on eût aimé finir ses jours. Faut-il tenter de décrire les scènes féeriques découvertes à chaque pas? Nous voici au pied du Zupo et de l'Argient qui dominent de leurs hautes falaises ces déserts neigeux. interrompue seulement par la ligne bleue des Apennins. vous tous qui croupissiez dans le brouillard des villes! Toi surtout. Je le vois encore. Tout là-haut. c'était une féerie. il soulevait des nuées blanches qui allaient s'irradier un instant contre le soleil avant de s'engloutir dans les crevasses. La corde fut reléguée au fond du sac. Et quel contraste : d'un côté. nous parvînmes lentement sur le dernier col qui nous restait à franchir. nous caressâmes des yeux le site grandiose que nous venions de parcourir si rapidement. trônant comme un autel sacré dans le ciel flamboyant. c'était un nouveau coup d'œil sur des splendeurs inattendues. Mais à quoi bon? Grisés d'enthousiasme. que chaque jour. Une dernière fois. déjà baignées dans les teintes mauves du crépuscule. Vers l'occident. puis nous obliquâmes à gauche vers le cirque de Fellaria. déjà la Disgrazia était livide. promontoire avancé qui nous cachait de nouvelles féeries. Nous suivîmes ce large dos glaciaire qui marque la frontière en s'élevant doucement vers les pointes blanches du Palû. Lentement la nuit montait vers les cimes . De l'Argient au Roseg. Au moment où l'astre allait disparaître. s'étageait le chaos brouillé des Alpes bergamasques. à la même heure. le soleil s'abaissait. Plus d'une heure s'était écoulée. soit pour lever les yeux vers les parois qui nous dominaient. leurs arêtes tourmentées s'enfoncent comme des vrilles dans le bleu du ciel . Sans la moindre transition. dont le torse se dressait dans le ciel. bien haut dans le ciel. Puis nous prîmes la direction d'un cap rocheux. Il n'y avait plus qu'à descendre. Elle durait bien une heure sans qu'un mot fût prononcé. Il nous fallait maintenant gagner la selle évasée entre le Piz Zupo et le Sasso Rosso. Ce fut l'apothéose.. on voyait briller les lumières de Pontresina. et une promenade grandiose nous attendait.. après tant d'heures de longue montée. Tournant le dos à ces merveilles. Lentement. soit pour jeter un regard vers le mur sombre de la Disgrazia où. nous abandonnâmes nos coursiers à la pente : elle s'évasait doucement comme une anse polaire. . sa svelte silhouette détachée à contre-jour. une tache rosé fondait doucement sur la coupole de la Bernina. avec les crampons. glissant sur les neiges étincelantes. lentement. nous plongeâmes dans l'ombre. puis un gouffre se creusait. de toute la vitesse de nos skis. l'étendue des neiges apaisées. Nous ne pouvions nous lasser de l'admirer. Sur les hauts névés du glacier de Fellaria. nous montions maintenant vers la Fuorcla Sella. Ivres de joie. Ainsi. Une courte glissade nous déposait bientôt au milieu du cirque supérieur de Scerscen.. de l'autre. De temps en temps. devenu chamois. Ce fut une balade lente et paresseuse sur les neiges éblouissantes. nous contournâmes sa base et brusquement nous découvrîmes les deux glaciers de Scerscen dominés par les falaises dorées des Giûmels et du Roseg. D'un mauve foncé. Virant entre les gouffres bleus des crevasses. Mais pourquoi. Nous étions assis immobiles. où la nuit tombait comme un voile. Youhée 1 une fois de plus la voix de Stâubli éveillait les échos de la montagne. tordant sa piste en larges christianias. nous comprenant sans mot dire. connaissant le terrain pour l'avoir parcouru trois jours auparavant.. Là-haut. dernier signe de vie dans ce cirque de neiges. Le vent du soir soufflait des hauteurs : en passant sur ces névés. 30.. la première de la journée. nous préférâmes poursuivre notre marche. isolant une montagne sublime. noire sur la houle incandescente. Puis venait une mer floconneuse. Le soleil s'abaissait rapidement. laissant derrière nous le cirque de Scerscen et pénétrant du même coup dans les ombres du glacier de Sella. Depuis tant d'heures nous tournions à ses pieds ! Encordés une fois de plus. Vu à contre-jour. Et quelle glissade : une fuite éperdue qui nous arrachait des yodels d'allégresse. unique en son genre : la Disgrazia. fermé comme un amphithéâtre par de hautes et formidables murailles : véritable Eden où.vers le sud. soulevant à chaque virage une nuée de poussière blanche. nous passions sa vaste selle. nous passâmes du glacier de Sella sur celui de Roseg. nous nous arrêtions. une première glissade s'offrait à nous. et nous caressâmes amoureusement nos planches avant de les chausser. nous allions comme des fous. Bien loin dans l'échancrure du val Roseg.. Une légère brise vint nous tirer de notre extase. A 4 h. La neige était poudreuse et mauve. gros îlot rocheux. et la partie commençait. Tu saluais ton partenaire.. moirées d'ombres.

(Du premier plateau du glacier. le Verkehrsverein St-Moritz fit paraître une carte du skieur pour la Haute-Engadine et le massif de la Bernina. et ce fut le seul trajet ennuyeux de toute k course. mais ils reflétaient des visions plus lointaines.. aucune carte n'est jointe à ce guide. Ainsi notre itinéraire sur le glacier de Palii ne correspond pas à la réalité (1). je l'avoue. près du restaurant Roseg. descendre sur le Lago Bianco et marcher en droite ligne jusqu'au Pozzo del Drago. basée sur l'Atlas Siegfried. Plus avant dans la saison. le val Roseg est merveilleux. mes yeux. Le premier col atteint à l'ouest du PizzodiVerona (Veruna sur cette carte) s'appelle Passa ai Gambrè (nom qui doit provenir de l'alpe de Gembrè. il 1 II est à souhaiter qu'une nouvelle édition du Bermnaskifûhrer soit accompagnée de la carte Siegfried avec des tracés plus rigoureux . Remonter la rive gauche du glacier jusque vers le 9 de la cote 2 789. On passe à peu près par le e de Vedrrtta di Palù et à l'ouest de la cote 3 068. La nomenclature a été revisée et considérablement augmentée : c'est le principal avantage de cette carte. 22) et qui ne sera peut-être pas inutile pour préciser notre itinéraire. où nous brisions notre élan par d'immenses christianias . Le quatrième est connu de longue date sous le nom de Fuorda Sella ou Sellapass. Malheureusement. l'abîme ne m'avait jamais semblé plus immense. Ils n'avaient pas vu ce que nous avions vu .. Plus tard. Ici.. et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces vers de Giacosa : Dio lega opposte cose.. que de choses reçues. femmes jolies. laisser à droite le col 3 247 par où l'on est tenté de passer et remonter légèrement vers l'ouest pour redescendre ensuite et doubler l'extrémité verticale de l'arête sud du point 3323 (Passa Marinelli : trente minutes). mais très courte. et sa face cuivrée contrastait singulièrement avec son impeccable smoking. On atteint ainsi à sa plus basse dépression l'arête frontière venant du Pizzo di Veroria (deux à trois heures). le tracé des routes (indiquées en rouge)n'est pas toujours exact. Que de merveilles entrevues. Le second (entre le Sasso Rosso et le Piz Zupo): Passe Ai Sasso Rosso (pourquoi pas dél Sasso Rosso?). Une heure plus tard. il manque décidément de charme. cette journée allait se terminer comme les autres.Dans la combe mi-obscure qui descend de la Tschierva. jamais ils ne pourraient évoquer ces souvenirs. je l'écoutais. une déception nous attendait : notre belle piste du Glûschaint avait été défoncée par le passage des traîneaux de bûcherons. au pied même des rochers. puis. on rechausse ses skis pour les garder aux pieds jusqu'à Pontresina. le glacier fait une chute que l'on contourne à droite.. Là. entre l'aube et le crépuscule de cette étonnante journée : cascades opalines de Palii. II rigor délie nevi e la beltà delle rosé. Il y a là une pente raide. pour terminer. rêveur. blancs névés de Fellaria. Et quel contraste entre le silence de ces neiges et les ondes mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles !. De jour. Sur l'autre versant. Suivre alors la frontière vers le nord-ouest jusqu'à la courbe de niveau 3 480. elle bruissait comme elles sous nos skis. bruissante. J'avais repris mentalement le chapelet des étapes. descendre la petite combe entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. Stàubli lui racontait les péripéties de cette longue journée. on découvre parfaitement la route à suivre.... descendre en lacets le glacier peu crevassé de Fellaria . Par contre. ce fut une dernière glissade. une robe surtout avait captivé mes regards : elle avait cette couleur mauve des neiges où nous glissions au crépuscule et. sur une neige légère. qui donne accès au glacier et. On arrive au haut d'une pente boisée et rapide qui domine la plaine de l'alpe Palii. puis cette courbe elle-même jusqu'au col ouvert entre le Piz Zupo et le point 3 546 du Sasso Rosso (Passa diSasso Rosso . Mais ce charme était fait de contraste. nous débouchâmes comme deux flèches dans la petite plaine qui s'étend au pied du glacier. Ce dernier élan nous porta jusqu'au pont jeté sur la rivière. Quant à moi. Entre les courbes 2 100 et 2 040. publié en 1913 par le Club Alpin Académique de Zurich. Mais pourquoi ces deux orthographes différentes?). piquant droit. Et pourtant.. comme chaque soir. goûtant le contraste de leur grâce avec les visions neigeuses qui hantaient mes rêves. (Si l'on veut gagner la cabane Marinelli pour couper la course en deux. Voici maintenant notre itinéraire : de l'hospice de la Bernina.. apothéose violacée de Sella. fatigués par l'éclat des neiges. tout ce grand cycle commencé de nuit sur les plateaux ventés du col de la Bernina et terminé de nuit dans les sombres bois du val Roseg. De là. A 8 heures du soir. On peut passer à droite ou à gauche de cette moraine. dans le tourbillon de la danse. 1911. Pour eux tous. Sous la lumière des lustres.. Cette moraine est mal dessinée sur l'Atlas Siegfried. Se diriger vers la moraine latérale gauche du glacier de Palû (à droite en montant). dans le grand hall de l'hôtel. la note technique que j'avais publiée à la suite de notre course (Alpina. Entre eux et nous.. cirque rosé de Scerscen. nous fêtions la réussite de notre belle randonnée en trinquant à la santé de notre ami Casper Grass. on fera bien d'arriver à cet endroit avant que le soleil échauffe les pentes du Carale. sitôt après. enfin. Le troisième (entre les points 3 083 et 3 323) : Passa Marinelli. La descendre à pied directement est l'affaire d'un instant . mais de nuit après treize heures de marche presque ininterrompue. Oui.. on se trouve sur un premier plateau (deux heures). il y avait du charme en vous toutes.. suivaient volontiers le tourbillon des danseuses. située au sud de ce col. Cet itinéraire est également décrit dans ie Skifuhrcr durch die Bernina Gruppe. de façon à atteindre l'endroit où elle se soude aux rochers du Carale. quarante minutes). peu après.) Se diriger alors vers] le col neigeux (Passa di Cambre) qui se découpe sur le ciel dans la direction sud-ouest.. autant que là-haut sur les solitudes glacées. Mes regards erraient dans le hall. les hôtes se pressaient vers la baie lumineuse où l'orchestre les invitait à la danse. nous déchaussions nos skis devant la porte du Kronenhof. comme du reste toute la partie inférieure du glacier de Palû. Voici. au 1/50 ooo.

Pour accéder à la Fuorcla Sella (3 304 m. puis par le col de Vadret a. qui sont du reste bien dessinées sur l'Atlas Siegfried. au sud de la Punta Marinelli. éviter la région du point 2469 et passer bien à droite. De là. .est préférable d'y parvenir par le glacier de Caspoggio. en passant le col ouvert immédiatement au nord du point 3083. on peut descendre un bon moment avant d'apercevoir les crevasses. restant au milieu du glacier. Dans la partie inférieure du glacier. il est bon de se diriger d'abord vers le nord.) On découvre alors le glacier supérieur de Scerscen. filer en droite ligne jusqu'au restaurant Roseg (une heure un quart). on peut. on décrit quelques lacets (une heure un quart). du côté de PAguaglious. En raison des crevasses cachées. Sur l'autre versant. avec les haltes. De l'hospice de la Bernina à Pontresina en treize heures et demie. puis de suivre la courbe de niveau 3090.). sur lequel on arrive après une faible glissade. Roseg.

242. la poste nous avait transportés (pour trois francs !) de Brigue à l'Hospice et. Cet excellent Mitten venait tout naturellement compléter le trio habituel. il nous a raconté le réveil de son village au milieu des neiges. qui cherche à fendre le mélèze rebelle. les joyeuses parties. Une vie intense palpite dans l'air et.). Othrnar. où l'on respire la quiétude et la paix. c'est moi qui prends la plume et qui déchirerai le voile. Et pourtant. Voici trois ans qu'on l'a inaugurée. où viennent s'entasser. qui vous attend sur le seuil de sa porte et vous introduit si simplement dans son antique demeure.+ 4NUR EINMAL WIRST HIER UBERNACHT SEIN + + + GEDENKE STETS AN TOD. Il débutait par ces lignes : « Oscar Supersaxo (der Skikonig von Saas) aurait trouvé dans les pages de votre revue une place tout indiquée pour célébrer l'heureux avènement de cette nouvelle cabane et la beauté des montagnes qui l'entourent. le transport de nos provisions obligeait notre porteur — Oscar Supersaxo — à faire deux voyages. Cette chambre basse et gaie. presque à la même heure. le visage brûlé et les yeux fatigués. A. la lampe épanche sa douce lumière sur la nappe. et toujours prêts à partir. il a gravé en grandes lettres ces pieuses paroles : GEDENKE. Par un hasard inespéré. vol. Pas de voie ferrée.nous avions été licenciés le même jour. des guides pareils. et d'un accès peu commode. S. offrant largement l'hospitalité de son toit et ouvrant bien grande la porte d'un paradis d'où l'on peut monter sans façon sur quatre trônes de 4 ooo mètres. il fait bon se soustraire un instant à l'éclat des neiges et retrouver.petite satisfaction personnelle . La nuit tombée. Chouchou et moi partions pour la cabane après avoir laissé à Mitten quelques lignes. descendant tout droit de l'Alphubel. Ses skis ont fendu les premiers de leur proue les neiges vierges du Feegletscher et. entreprenants. rivalisant de séductions avec la Bétemps et la Concordia. 85 sq. il a su atteindre aux cimes blanches qui couronnent le grandiose amphithéâtre de Saas. Une fois de plus. Comme deux col s. et voilà trois gaillards. C'est à peu près la seule façon de franchir aisément la grande chaîne du Fletschhorn et . p. la table ronde.4. sa large cime profilée sur le bleu du ciel et son immense glacier étalé au soleil. puisqu'il n'en veut pas sortir. ce vieil Alphubel. quelle solitude et quelle tranquillité ! Et quel accueil surtout ! Je me réjouis chaque fois de serrer la main du vénérable montagnard. les folles glissades. par le Sir-wolten et le Simelipass (3 028 m. et. que l'on aurait pu 1 La cabane Britannia est située à 3 030 mètres d'altitude. dans son coin. Or. 2 Cet itinéraire est décrit au chapitre IX. p. trois hivers qu'elle attire les fidèles. toute la maisonnée est remplie de braves gens. . propres à lui faire comprendre qu'un jour d'oisiveté à Saas serait évidemment chose fort agréable. GERICHT UND EWIGKEIT + UND HALT DICH BEREIT ZUM STERBEN ALLEZEIT + + Au reste. elle lui reste confiée et fut inaugurée solennellement le 17 août 1912. le vieux poêle. mais vibrantes d'enthousiasme. Du reste. O DU NACHFOLGER MEIN + 4. que de souvenirs elle évoque en moi ! Voici le fameux canapé. Le récit qu'on va lire a été publié dans le Ski. en effet. ils ont pris la peine d'explorer les montagnes en hiver pour pouvoir y conduire leurs touristes. une fois là-haut. et un air frais exquis agrémentèrent notre montée. tant de merveilles culinaires . A. De jour. Il a guidé vers elles les premiers skieurs. En arrivant à Saas (le mars 1915). On ouvre l'une des fenêtres et l'on entend la joyeuse mélodie des gouttières. tout juste un chemin muletier. XI. Et Supersaxo nous le cache? Pourquoi donc? Serait-il devenu jaloux en voyant ses trésors découverts? Son silence prête à le croire. (Association of British Memoers of thé S. de là. Sur une poutre. là-haut. S. au milieu des plus beaux glaciers valaisans.) en reconnaissance de l'hospitalité qu'ils reçoivent dans les cabanes de nos Alpes. A. L'air frais des neiges pénètre par bouffées. la « saison morte » transformée en un temps de saine récréation. enguirlandé de molletières et couronné de nos laupars. Elle fat offerte au Club Alpin Suisse par l'Association des membres anglais du C. sur la selle ouverte immédiatement à l'ouest du Klein Allalinhorn (3 077 m. sur une nappe blanche.). là-haut. par de savants détours. C. dont l'un avec nous. où l'on enfonce délicieusement ses fatigues . Je suis étonné qu'il n'en ait pas profité. dans la vallée d'Entremont. nous avions choisi un itinéraire évitant le long thalweg de Viège à Balen et conduisant à Saas par le Sim-plon.CHAPITRE XI AUTOUR DE LA CABANE BRITANNIA (1) Saas ! C'est bien loin. mais qu'une telle relâche n'avait jamais été prévue au programme. la face toujours souriante. robustes. pas de voiture postale. Annuaire de l'Association suisse des Ski-Clubs. nous avions trouvé un télégramme de Mittendorff (dit Mitten) annonçant son arrivée pour le lendemain et nous priant de l'attendre pour monter à la cabane Britannia. C'est très loin. En quelques pages sobres. mon ami de Choudens (dit Chouchou) et moi attribués à deux armes différentes .. le soleil entre gaiement dans la chambre par toutes les fenêtres et vient caresser le tapis et les vieilles boiseries. je suis revenu à Saas. nous étions arrivés sur nos skis à Balen ( 2). au pied du Gothard.cette traversée réunissait définitivement les traces de mes skis entre Bourg Saint-Pierre. C'est lui. direz-vous. Il ferait tout naturellement l'autre en compagnie de Mitten. Désirez-vous un guide ? un porteur ? Papa Supersaxo entr'ouvre la porte et appelle ses neveux : Oscar. vous en trouverez peu dans tout le Valais : hommes intelligents dont les efforts tendent à vulgariser le ski et à l'appliquer sur les glaciers. suivant les caprices de la Viègeet malmené par l'hiver. et Airolo. Il est comme l'âme de cette demeure. Pour plusieurs raisons. car ce sont ses montagnes et il s'y promène en roi comme autrefois Marcus Paltram sur les glaciers de la Bernina. l'intimité reposante de cette demeure. le lendemain vers midi. Il fut décidé d'utiliser les premiers beaux jours de notre congé par une visite à cette fameuse cabane Britannia. devisant sagement sur la montagne et sur les gens. Le vieux papa Augustin se promène à petits pas. ou le bruit intermittent d'une hache. Augustin Supersaxo. lorsqu'on descend des glaciers. Un grand soleil. que la grande chaleur de midi fait tomber du toit . comme une oasis. Heinrich. flamboyant dans l'azur. «La cabane qu'il avait longtemps rêvée se dresse maintenant sur le rocher de l'AHalin. Mais. Construite par les soins de la section genevoise du C.

le chemin où l'on rencontre toute l'année les mêmes visages. au delà. pour l'Allalinhorn (4 034 m. Laquelle de ces inconnues faut-il éliminer en premier lieu ? L'hésitation n'est pas longue. contigu à la cuisine) . la cabane Britannia est devenu le but prêferee des skieurs dans les Alpes valaisannes . excitée parla faim. si mesquins en face des joies que nous offre la montagne Le soleil a disparu derrière l'arête glacée . et ces pensées s'en vont à leur gré. le glacier envahi par les ombres du crépuscule . On ouvre la porte de la « glacière » (c'est ainsi que Chouchou désigne le dortoir des guides. La brume flotte un instant. la chaleur (évidemment très relative) de la cuisine s'y précipite. d'autres fois.. d'environ — 4° ou — 5°. dans la ville fédérale. Sans la moindre fatigue et sur une neige parfaite. partagées entre l'amitié et la rêverie. le feu s'éteint. je maudissais leurs cris énervants et leur vol vertigineux. c'est un facteur constant et désormais connu. et chacun s'ingénie à perfectionner le menu du souper. Elle fut explorée par les frères Super-saxo qui lui préfèrent finalement celle du glacier de Fée. les pipes s'allument. en méandres dans les moraines. dans l'abîme. en plein midi. et à travers l'échancrure de l'Egginerjoch (3 009 m. ayant préalablement admis la supposition suivante : Mitten est un habitué de Saas : il aura sûrement fait l'Allalinhorn et n'aura aucune envie de le refaire. Tout en bas. Ainsi. la route la plus directe est la moins recommanda blé. impassible en apparence. dans ce monde immobile. et de considérer d'un œil rêveur le feu qui pétille dans le fourneau. dans l'intimité de cette petite cuisine. que nous avons passé des heures inoubliables. engagé dans un passage difficile ou sur quelque plaque sans prise. Vingt minutes plu s tard. La cabane enfumée devient obscure et le thermomètre descend au-dessous de zéro. Supersaxo ne tarda pas à nous quitter pour redescendre à Saas : Chouchou et moi restions maîtres et seigneurs.. par la fenêtre. C'est là. se heurte maintenant aux objets familiers meublant un refuge. sous une forme si franche et si avenante. chacun s'empresse de quitter son bureau et refait. celui-ci à son rendez-vous. en fumant sa pipe. monté si haut dans l'immensité des neiges. que l'on étanche avec force tasses de thé. vous avez le choix entre deux routes : l'une par le glacier de Fée . bien qu'elle oblige à passer l'Egginerjoch (3 009 m. Nous avions adopté un ordre du jour qui consiste à partir quand on est prêt et à rentrer à la cabane au plus tard pour le thé de l'après-midi. et mon ami dort profondément. La joyeuse vie de cabane reprend de plus belle. réalisent de leurs ailes la mobilité la plus parfaite. très propice au sommeil. les quatre trônes sur lesquels nous espérons bien monter tour à tour. plus directe. Une douce béatitude vous envahit. qui berce la paresse de l'esprit.. l'usage du réveil-matin n'étant pas encore monté jusque là-haut. la lumière s'assombrit. augmentant l'impression de quiétude et de bien-être qui vous envahit lorsque. Quel délice de se balancer doucement dans un hamac. puis revient. Aussi les départs sont-ils tardifs. un peu de glace mordorée . une arête ondulée montant vers la lumière . la main à portée d'une tasse de thé bien chaud. alors que. et quatre heures après avoir quitté Saas.. et il règne bientôt dans les deux pièces une température égale. Six heures ! C'est l'heure où. on arrive par une marche de flanc à la cabane Britannia. où le regard. se déploie autour du fourneau.). Un bon coup de poing réveille Pendormi. Le temps. Après quoi. on franchit tout naturellement ie seuil et l'on passe sans transition dans un intérieur confortable. pour la quatrième fois de la journée. Quel appétit. à mon sens. Une bruyante activité. l'autre. On dort fort bien à Britannia et l'on ne s'y lève pas trop tôt. les souliers qui sèchent près du tuyau. Rimp-fischhorn et Strahlhorn. en lançant dans l'air froid leurs cris rauques. nous pouvons nous coucher. plaisirs coutumiers de la vie citadine. vous descendez 'pour voir un peu. toujours immobile à vos yeux. justement proportionnés aux conditions de la montagne en hiver. Mais il ne se passe rien du tout : c'est la grandiose nature. La conscience tranquille. L'habitude aidant. celui-là à son Abendschopp. l'une aboutit au Feejoch. Aujourd'hui. Entendons-nous. Vos pensées se revêtent de visions. Visages indifférents. les pieds dans une couverture. nous suivîmes la trace de Supersaxo. à l'aller comme au 1 1915 Actuellement. Chacun s'en va. qui surgissent du souvenir. Allalinhorn. mes amis ! J'ai faim rien que d'y penser. l'autre sur une selle entre le sommet et le point 3 607. Nous nous décidons pour F Allalinhorn. Le fourneau. puis sur le glacier. Lorsque votre pipe est éteinte. sur lesquels on lit pourtant la satisfaction de pouvoir un instant jouir de sa liberté. la douceur des victoires et l'espoir des lendemains. Ils sont évidemment tardifs en comparaison de ceux auxquels nous astreignent les guides en été . ce qui se passé. on n'en parle pas : il est officiellement au beau . et surtout les monceaux de provisions jetées sans ordre sur toutes les tables. on remonte dans les hamacs et l'on devise sur l'emploi du lendemain.augurer très chaude. il faut rallumer le feu et préparer la soupe du soir. je les observe d'un œil sympathique. comme deux aigles dans leur nid. et quelle belle soif il s'ensuit. votre pipe et le cigare de votre ami se chargent bientôt d'enfumer l'atmosphère et la rendent propice aux rêveries. Pour cette course. comme le soleil de la brume.). La discussion roule donc sur les quatre inconnues : Alphubel. Un rayon de soleil attardé éclairait sa charpente neuve. C'est ainsi que nous prîmes possession de la cabane Britannia. et quêtent une miette de subsistance. — Voici pourtant deux choucas. on rencontre subitement l'hospitalité. les choucas Be sont retirés dans les trous où ils nichent . puis notre installation. un ciel d'émeraude où vont bientôt scintiller les premières étoiles. nous avons quitté la cabane à 8 heures du matin et nous étions de retour à 3 heures. Comme souvent lorsqu'on est en ski. par le Hohlaubgletscher . Vite. mais ils sont. Vous ne remuez pas d'idées compliquées et vous n'êtes point soucieux de l'avenir. En hiver seulement et dans un site comme celui-ci. si bien harmonisés aux bruits de la montagne. qui glissait tantôt sur un désert illimité. vous pouvez vous dire enfin : nous voilà chez nous et personne ne viendra plus nous déranger (1). Ils ont épie notre arrivée.). ces oiseaux noirs et mystérieux qui.

au milieu des amas de provisions qui l'entouraient. En avril 1912 déjà. Malgré tous les virages. nous avait interdit le parcours de l'arête qui monte du col au sommet. nous avions été frappés par la beauté remarquable et la diversité des sites qui entourent l'Egginerjoch. Mais n'essayez pas de spéculer en passant juste au pied nord du Hinter Allalin : il y a là une pente que vos skis ne franchiraient pas. cachant précisément ce que l'on voudrait voir. Un vent perçant vint troubler notre extase. une halte s'impose. brillant au soleil comme un formidable casque phrygien. limitée par les deux hautes arêtes descendant de l'Allalinhorn à gauche et du Feekopf (3 912 m. Seul l'Allalinhorn domine ce beau désert de neige. paraît-il. On ne viendra donc pas nous traiter de « flemmards » si j'avoue maintenant que. ainsi désignée par nous à cause de son odeur désagréable. plus merveilleuse que jamais. toutes au même instant. l'allonger de serpentines. Puis. A l'abri de ces 1 2 Veste en toile à voile. et il reçut immédiatement les marques très vives de notre sympathie (ce qui. Mais on ne fait que croiser cette trace imaginaire. On procède alors au « changement de décors » habituel : les skis sont solidement ancrés. lorsqu'il fallut quitter la piste de la veille. 1912. l'inclinaison de la pente très favorable : on peut donc sans crainte suivre à toute allure la piste tracée à la montée ou. Il n'était. Sur le col. La pente du Feejoch exige ensuite quelques zigzags. plus considérable encore que le premier. Il avait préparé du thé bien chaud et il se mit à nous le servir. Après avoir traversé un désert éblouissant. N'empêche que ce rien est très goûté. au crépuscule. pour avoir quitté la Tâschalp de trop bon matin. en l'occurrence. jamais monté à l'Alla-linhorn.) à droite. qui cherche souvent à jouer de mauvais tours. Le vent est un visiteur importun. les crevasses très peu nombreuses. et j'eus l'horreur de constater par de vaines recherches que ni lui. Un peu de brume. tamisant l'éclat des neiges et jetant sur la blancheur laiteuse des glaciers ces ombres mouvantes et bleues qui rôdent mystérieusement dans l'immobilité. la montagne était. ni Supersaxo n'avaient emporté la précieuse liqueur. nous avions manqué l'ascension de PAlphubel. et nos meilleures photos proviennent de cette région. Odermatt et moi. ne quitta la cabane qu'à 8 h. C'est court. Il accourt généralement du côté où la vue est la plus belle et vous oblige à vous retrancher derrière quelque corniche. Une demi-heure suffit pour atteindre le sommet et quinze minutes pour en redescendre. il vous reste encore 200 mètres à gravir pour atteindre le sommet de l'Allalinhorn. et l'on rejoint ainsi. ça prend de la place et il n'y a rien dedans ». après une rude montée. Dans la pure clarté du matin. Cette fois. le matin aux premiers feux. et surtout le soir. p. changeant brusquement d'humeur. effilochée par la bise. cette année. Lorsque. mais c'est merveilleux. la neige est presque toujours excellente. on arrive trop vite au pied de l'Egginerjoch. il nous adressa d'amers reproches sur notre façon peu courtoise de le précéder ainsi. Il n'est pas nécessaire de descendre toute la pente du col vers Saas : on peut passer au pied d'un rognon rocheux où l'on traverse une crevasse (ou plutôt une rimaye) généralement couverte. lorsque mon ami Odermatt et moi étions descendus de l'Alphubeljoch sur Saas. comme elle nous avait saisis le premier jour. C'est l'occasion de sortir la thermos. signifie une bonne bourrée decoups de poing). il faut bien un moment pour les admirer et retrouver dans sa mémoire tant de noms aimés. avec beaucoup de bonne grâce tout d'abord. Puis chacun chausse ses crampons et s'en va à son gré. mais. Il me considéra vaguement. La vue est bornée. pour se rapprocher davantage encore du banc rocheux qui déchire d'un trait noir tout le glacier de Fée (des hauteurs de l'Alphubel jusqu'au point coté 2991).la neige étant presque toujours durcie par le vent. le 14 mars. En rentrant à la cabane. La violence de la bise. on débouche alors dans l'immense arène du Feegletscher.retour. au moyen des bâtons et chargés des sacs. on zigzague sur une pente rapide et crevassée où l'emploi de la corde est de rigueur. instruit par l'expérience. a plat sur la neige. J'ai dit en deux mots (2) comment. puis l'on monte dans la direction d'un autre rocher. j'ai pu me rattraper. chaque fois. si justement définie par Chouchou : « C'est lourd. La grandiose beauté des montagnes l'avait saisi brusquement. Il nous apparut souriant. Lorsque vous êtes sur le Feejoch. notre trio. ce fut lui qui s'avança le premier sur la neige vierge et poudreuse. Tous les deux sont marqués sur la carte. 53-54). Qui donc avait inventé cette légende ? J'interrompis à propos la discussion pour lui demander où se trouvaient les trois décis de kirsch dont j'avais recommandé l'achat. pour se diriger vers notre sommet. qui souffla ce jour-là jusqu'à midi. ce jour-là. derrière une corniche. et il est bien rare qu'on puisse les franchir en ski plus facilement qu'à pied. comme si j'avais parlé turc. La question de l'Allalinhorn fut désormais classée et nous pûmes discuter tranquillement notre prochaine visite à l'Alphubel (4 207 m. je n'avais plus de plaques photographiques. . 30 pour traverser une fois de plus l'Egginerjoch et suivre la piste déjà familière sur le glacier de Fée. Chouchou et moi avons franchi ce col cinq fois en trois jours et. La joie pétillait dans ses petits yeux et. On endosse alors la puante (1) et l'on se résigne à déjeuner selon ses goûts et son appétit. on n'a plus vu les grandes Pennines et qu'elles surgissent ainsi.). Mais le charme de cette course réside avant tout dans la glissade. le 3 avril 1912. nous trouvâmes Mitten qui venait d'arriver. nous nous sommes attardés à contempler l'aspect toujours nouveau des glaciers. Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. le chemin (pointillé sur la carte) qui vient de Saas par la Lange Fluh. surtout par celui qui ne porte pas la bouteille. en compagnie de Supersaxo et de deux jeunes skieurs de Saas. Sur cette branche orientale du glacier de Fée. Mitten faisait plaisir à voir. depuis longtemps. mieux encore. Ayant doublé le deuxième îlot rocheux en passant sous quelques séracs. jouait sur la crête des Mischabel et se condensait en masses floconneuses sur les glaces de l'Alphubel.

Partis de la Tàschalp. Au crépuscule. sur cette face de la montagne. l'Alphubel fumait toujours comme un volcan de laves blanches. nous avançâmes en ski jusqu'à la grande rimaye qui coïncide. le 17 janvier. à la fin de mars 1912. le Rimpfischhorn hasarda un instant sa corne noirâtre hors du brouillard. Malgré la dureté soudaine de la neige. et je ne pus m'empêcher de comparer cette exquise promenade à celle que nous fîmes un jour. Le sommet est un vaste plateau. la première ascension hivernale du Rimpfischhorn fut réussie en 1893. C'était aussi l'heure où. Depuis lors. le dos tourné au vent. le même charme et la même pureté. telles des âmes en peine. une fois les skis aux pieds.) à cause d'une brume légère qui se condensait sur la neige et ne s'évaporait que plus loin. mais. A main droite et si près qu'on pouvait la toucher. Le temps était parfaitement pur. C'était précisément le sommet que nous aurions désiré voir . puis elles fondirent lentement. L'élan est si formidable qu'il nous porta sans faillir dans notre trace de l'Allalinhorn et celle-ci jusqu'au pied de l'Egginerjoch. Sur le col. Mais la carte est fausse à cet endroit. dans nos hamacs. la formidable paroi de l'Allalinhorn se dresse comme les falaises tourmentées du Zupo et de l'Argient : le soleil joue dans ses roches fauves et ses couloirs blancs fuient tout droit dans l'azur. nous primes la trace du retour. ce trajet s'accomplit en ski sans le moindre obstacle. Si elle rend impraticable l'arête du col. La vue fut presque nulle. Je m'étais mis en route sans beaucoup d'enthousiasme . il est plus merveilleux encore que dans la clarté matinale : lorsque les ombres s'allongent sur ses flots blancs et qu'elles accentuent le relief de ses vagues. ce jour-là seulement. On laisse les skis à cet endroit. On se dirige ensuite vers un petit col anonyme. à mesure que nous montions. mais. Ce soir-là. Dame Nicotine revendiquait avidement tous les droits qu'elle avait dû abandonner durant la course. comme trois pingouins sur une banquise. lorsqu'on utilise ce refuge comme point de départ. Le 15 mars. nous restâmes longtemps à contempler le Feegletscher. coupé net du côté de Zermatt et dont nous eûmes quelque peine à trouver le point culminant (4207m. ou nous nous laissions bercer en oscillations régulières. les frères Supersaxo. le retour était régulièrement fêté par un hé fort joyeux où la boisson coulait à flots. Nos yeux devaient garder longtemps cette vision. Très haut dans le ciel. Malgré les indications de la carte. que la bise. je fus saisi par la beauté nouvelle de ces montagnes : elles nous dominaient d'un côté. Les sites grandioses du glacier d'Allalin et les névés éblouissants de Fellaria ou de Scerscen présentent. avaient ouvert une nouvelle voie traversant PAllalin-pass (3 570 m. la suivant à pied. Je compris. nous étions montés par le glacier de Langenfluh à la longue arête occidentale. Peu à peu. à pied naturellement. on débouche en ligne droite dans la plaine immaculée du glacier. au retour de Vallala (comme dit l'ami Sillig). comme il semblait ne pas vouloir risquer de nouvelle apparition. C'est un jeu excitant et voluptueux qui finit par griser. pour se condenser plus bas sur le glacier. il fallait louvoyer adroitement entre les gouffres béant sur notre route et réussir les virages aux bons endroits. Puis.) et remontant jusqu'à l'épaule même du sommet. En effet. avec une courtine de glace dont la traversée ne semblait possible qu'en un point. si forte soit-elle. vous objecterez peut-être que la pente conduisant à cette épaule est d'une raideur excessive. n'est pas une raison suffisante pour ne pas tenter l'ascension de l'Alphubel. l'immense avenue du glacier s'élève insensiblement vers un col idéalement beau 1 Comme je l'appris plus tard. nous savourions la douce satisfaction de la victoire et forgions de nouveaux plans pour le lendemain. qui nous entourait de son suaire. nous filions en ligne droite. chaussé de crampons. On commence par descendre sur le glacier de Hohlaub par une pente rapide. partant de la nouvelle cabane Britannia. mon ami Stàubli et moi. mais. Montée en douze heures. nous avions terminé la course sur une neige très dure et des rochers absolument secs. autour de la Bernina. et. de Zermatt. sur la surface unie du glacier. Notre plan de campagne se déroulait avec une régularité presque monotone. par la route ordinaire des Rimpfischwange. Le jour précédent. à 4 000 mètres environ d'altitude. Seul. Je me hâte de dire que c'est bien la meilleure reute. Quant à moi. la chaleur délicieuse. où on peut s'élever sans danger. le Rimpfischhorn (4 203 m. j'avais déjà gravi le Rimpfischhorn en compagnie de mon ami Odermatt. il reste encore le versant oriental. décuplée par la proximité du danger et par la tension de toutes les facultés. je crois. de brume et de bleu . Ici. mes compagnons m'entraînèrent à la conquête de ce sommet. Au pied de cette muraille. et cette volonté. A la cabane. Si l'épaule était cotée.roches et au creux d'une combe. elles resplendissaient à contre-jour sur le ciel d'Italie. Bruissant sur la neige soyeuse. on est peu contemplatif et chacun s'abandonne au plaisir de la glissade. La descente nous offrit quelques visions fantastiques de glace.) fut l'objet de notre discussion. par Hermann Woolley (de l'Alpine Club) et les guides Gabriel et Joseph (junior) Taugwalder. Au sortir de ce labyrinthe. C'était. Descente en cinq heures. Chez mes compagnons. de toute leur hauteur et. les skis filent où la volonté les dirige. dans le bleu. où elles restèrent un temps à rôder. règle les mouvements avec une précision qui étonne et rend plus audacieux encore. à 8 heures du matin. la première ascension hivernale du Rimpnschhorn et en tout cas la première à l'aide des skis ( 1). jusqu'au souper. situé immédiatement à l'ouest du point 3150 et par lequel on passe sur le glacier d'Allalin. le désir d'en faire l'ascension était évident et bien naturel. « Bien dit ! » s'écria Chouchou en achevant son dernier télémark. arrosant ce que chacun dérobait sur les tables d'abondance. La neige favorisait toutes les audaces. ses vapeurs devinrent rosés . on verrait qu'il y a quatre ou cinq courbes de niveau de trop dans le dessin. En examinant la carte de près. et. nous fîmes une halte délicieuse et un gai déjeuner. l'air absolument calme. de l'autre. on surmonte ce dernier obstacle. en effet. juste au-dessous de la cabane. .

55. Mais jusqu'à quand durerait-elle. environ) : 8 h. Il est bon de descendre une centaine de mètres sur le versant occidental du col. 20 . Or. était naturellement d'un avis tout différent . Précédant mes compagnons de quelque distance. d'anéantir ces amas de victuailles à coups de grands festins. disait-il. Mitten se lança dans les rochers et j'en fis autant. en attendant le retour de mes camarades. cette belle humeur? Il fallait en profiter. l'air était aussi calme que sur le glacier. Chouchou se mit à remonter le couloir principal dans toute sa hauteur. et il me fallut les suivre. Deux heures après avoir quitté Britannia. la descente en ski nous délassait et la fatigue disparaissait comme par enchantement. l'air était si calme et le soleil si chaud.. nous discutions tranquillement. où flottaient des macaronis et des croûtes de fromage. dont les rochers nous renvoyèrent l'écho. Dans la clarté matinale. l'apparition vaporeuse d'une montagne telle que la Disgrazia manquait à mes yeux pour compléter l'analogie de ce décor avec les siteà de la Bernina. chacun faisant valoir son point de vue. toujours en ski. Un plantureux souper occupa cette dernière soirée. le lendemain. comme pour mieux marquer le contraste de ces deux sommets : le premier. séparé du point culminant par une série de gendarmes où résident évidemment toutes les difficultés de la course. C'est pourquoi. qui préconise les solutions prudentes et raisonnables. nous aurions facilement trouvé une quantité d'excellentes raisons pour adopter la solution du repos et des grands banquets . sommet: 13h. il est vrai. pour essayer l'arête nord dm Rimpnschhorn. Ce soir-là. dans notre discussion nocturne et enfumée. avec sa haute paroi de rocs et sa crête déchiquetée . Converti par une démonstration si claire. Mitten. Uae bonne demi-heure s'écoula. Chouchou. emportant sur nos dos de formidables laques. Nous avions beau faire bombance chaque jour. La varappe est amusante et n'exige pas plus d'une heure depuis le Sattel. s'il n'avait eu le visage barbouillé de lanoline. bien sagement. Perdus dans la fumée de nos pipes. et le moins possible sur nos dos. je fus précipité dans une mare d'eau grasse. Derrière les ondulations et les blanches épaules du Fluchthorn. Nous étions si bien installés. Jusqu'ici.). dès notre retour à la Britannia et jusqu'au moment du coucher. et dans nos cœurs le souvenir des moments inoubliables passés sous son toit. Sattel: 12 heures à 12h. en face des montagnes de Zermatt. Suivant mes conseils. Nous fîmes là une longue halte. Je ne regrette pas d'avoir poussé une seconde fois jusqu'au sommet. notre trio fut réuni en conseil de guerre. On escalade une sorte de côte. Il s'était produit en moi comme une scission entre la machine humaine actionnant le mouvement de 1 II est intéressant de comparer les horaires de mes deux ascensions ait Rimpfischhorn : 31 mars 1912: départ Untere Tàschalp : 4 heures . Mitten vint nous réveiller.— l'Adlerpass — ouvert entre le Rimpfischhorn et le Strahlhorn. nous quittions Britannia. nous partîmes à l'assaut du sommet. Si vraiment nous avions été fatigués. que conservait le souvenir brumeux de l'Alphubel. Je coulai à pic et me trouvai au fond de la mare. l'autre. elle était vraiment séduisante. la montée fut très agréable. autour du petit fourneau qui ronflait gentiment. Ce brave Mitten ! je l'aurais bien embrassé. Britannia: 16h. il n'admettait pas de relâche avant l'exécution intégrale de notre programme. qui forme la rive droite du couloir et aboutit au premier sommet. à 3800 mètres d'altitude. Il s'agissait de résoudre le grave problème du lendemain. proposait un jour de repos afin.50Allalinpass: 10 heures à 10h. en compagnie de couteaux. j'avais l'illusion d'avancer seul sur le gkcier immense.). que j'y serais volontiers resté. tant pour nous restaurer que pour admirer la soudaine apparition du Moat Rosé et du Lyskamm. les provisions qui encombraient les tables semblaient à peine diminuer. et il traitait familièrement Mitten de « dix-huitième de boue ». eh prévision des grands nettoyages du lendemain. La perspective de traverser l'Adlerpass avec une charge de vingt kilogrammes sur le dos ne l'effrayait nullement. farouche et sombre. qui lui arracha de puissantes exclamations. Nous nous contentâmes d'admirer ces fiers ciéneaux et nous poursuivîmes notre chemin. où les neiges festonnées se découpeat sur le ciel lumineux de l'Orient. Chacun à sa façon. Si la neige n'est pas trop dure. nous déjeunions tranquillement sur l'Allalinpass (3 570 m. et Mitten.20. Une seule journée bien remplie suffisait à compléter l'exploration que nous nous étions proposée des sommets entourant la cabane Britannia. le beau temps avait favorisé tous nos projets et livré la montagne à tous nos caprices.30 . après trois longues heures de nettoyage. Le lendemain à 6 heures (à 6 heures 1). mais chaque soir. Mitten sembla se résigner. ne perdait pas un coup d'œil.50 à 14h. 15 mars 1915: départ Britannia: 7h. éblouissant dans le ciel bleu.35. en nous annonçant que le chocolat était servi. et ce fut l'occasion d'un joli travail au piolet. mais. au pied du Mont Rosé : longue course qui nous obligeait à franchir l'Adlerpass. relié au point culminant par une courte arête. bon gré mal gré. au creux de cette selle .50. tout de neige et de lumière. A 9h30 seulement. Ils étaient presque aussi secs que lors de ma première visite. avant de prendre la direction du Rimpfischhorn : on évitera ainsi une marche de flanc. Un privilège rare nous récompensa : à 4203 mètres. de fourchettes et de cuillers. Pour concilier mes amis. La nuit fut agitée : emporté par une avalanche où les boîtes de conserves voisinaient avec les oranges et les saucisses. Il y rencontra de la glace. ce jour-là. on apercevait jusqu'aux moindres détails. Mais ceux-ci ne l'entendaient pas de cette oreille. sommet : 12 h. 10 à 9 h. je n'hésitai pas à me déclarer partisan de l'action. nous devions quitter la cabane pour nous rendre à Bétemps. toujours fatigante. je proposai d'emporter le plus possible dans nos ventres. et rien ne troubla la contemplation d'une vue sans nuage (1). sans laisser de traces apparentes. de ces victuailles encombrantes. et Ton sonna la retraite très tôt. arête occidentale (3 320 m. On en dit beaucoup de mal. le regard échappe enfin à l'obsession de cette enceinte titanesque et glisse vers un horizon plus tranquille. on peut s'élever ensuite. jusqu'à l'épaule du sommet . Seule. La journée était pure comme la précédente et l'air parfaitement calme. au retour. Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas laissé nos skis sur ce col. lui. Malgré le soleil et les lourdes charges. Use élégante crête neigeuse conduit au premier sommet (4 119 m. deux géants qui ne manquent jamais leur effet et dont la proximité est toujours intéressante.

mais la réalité surpassait de beaucoup ce que mon imagination avait cru concevoir. le Strahlhorn est certainement celui que je recomman derai en premier lieu aux hôtes de la cabane Britannia : c'est la course en ski par excellence. Cette fois-ci. Aussi loin que nous pouvions voir. Une dernière crête. Chacun sortit une orange de sa poche et la savoura lentement en face des montagnes. distrait par ce que voyaient mes yeux.. nous prolongions notre sieste avec délice. je laissai mes amis cheminer devant moi. Elle passait sur nous comme un souffle de vie que nous respirions avidement : il coulait dans nos veines et gonflait nos cœurs d'allégresse. C'est une des raisons qui peuvent l'engager à combiner cette ascension avec la traversée de PAdlerpass. du sommet du Rimpfischhorn. Elle nous arracha à notre contemplation et nous poussa. sans pouvoir se fixer longtemps au même endroit : tant de sites les attirent ! D'ici. tant la violence de la bise était grande (1). Les ombres étaient du même bleu. subjugué. sur le dos bienveillant de la montagne. trois hommes comme nous avaient dû ramper sur la neige. sur la croupe étincelante du Strahlhorn (4 191 m. Il n'est pas rare cependant que la neige soit complètement dure sur le glacier d'Allalin. pendant une demi-heure. par une claire journée de janvier. L'Alphubel exige beaucoup de prudence à cause des nombreuses crevasses. Vous ne voyez pas au delà. Si l'on dispose. au gré des vagues irrégulières que forme la neige.) large selle ouverte entre le Stockhorn et la Cima di Jazzi. je distinguais mes amis comme deux points sur 1'immensité blanche. le traverse perpendiculairement et remonte au Stockhornpass (3 415 m. GOEHRS. J'étais sur le col. il est tout naturel de réserver cette traversée pour le retour. On commencera alors par l'Allalinhorn. incurvée sur le ciel.). mais le col semblait si proche que je poursuivis ma promenade solitaire. il fallut céder à une ardeur insatiable. Seule.mes skis dans la piste toute tracée. sous le même angle que les flots blancs du glacier de Findelen. le retour à la cabane n'offrira pas un grand charme au skieur pur et simple. Je ne connaissais pas l'Adlerpass. de l'autre. le cadre et l'éclairage y furent pour beaucoup. Le bleu profond du ciel découpait nettement les contours étincelants de la montagne. La ligne blanche de l'Adlerpass. Leurs visages cuivrés surgirent bientôt de la neige comme ceux de deux Indiens sortant d'une embuscade et ils furent illuminés d'enthousiasme. Plus loin. 1906. vous vous laisserez peut-être tenter par une autre route. Il était midi et demi : trois heures suffisent donc pour monter de la cabane au col. c'en était bien un ! Les mains dans les poches. au lieu de suivre le glacier de Findelen. escaladait le Cervin. aux flancs somptueux du Mont Rosé. explorant les couloirs et détaillant la structure des créneaux qui couronnent son faîte. Mais si vous devez redescendre sur 2 . En vérité. le rythme des skis battant sur les vagues m'annonça l'arrivée de mes compagnons. ce cadre n'existe pas. les séracs du Strahlhorn cascadaient dans le bleu . Sur cette même arête. Par un hasard de la nature. réfléchie par les neiges. Lentement la neige s'abaissa. l'un derrière l'autre. qui coule à ses pieds. 257-282). Le temps s'écoula trop vite. Quelques rocs. et ses lignes. Une ascension d'hiver au Strahlhorn (Écho des Alpes. nous invitèrent à prendre place. Notre balade nonchalante me rappelait un titre de Jérôme : Three men on thé Bummel. mais toujours il revenait. nous conduisit au sommet. Je le savais — et j'appréciais d'autant mieux notre heureuse chance. Pourquoi l'effet du Mont Rosé est-il si surprenant ? Nous l'avions contemplé le jour précédent. La ligne qui séparait la neige du ciel s'abaissa peu à peu . comme nous. envahis par la chaleur exquise du soleil et par la douce quiétude du moment. contrastaient par leur légèreté avec la proximité brutale du premier plan. lorsque les conditions sont aussi favorables qu'elles l'étaient ce jour-là. émergeant de la neige. la brise légère tempérait agréablement la chaleur du soleil. nous avancions sur la neige durcie. Derrière la corniche qui m'abritait. en face des montagnes. p. la vue est illimitée et les yeux errent inconsciemment. Mes skis avançaient toujours. les formes vaporeuses du Mont Rosé surgissaient derrière une pente illuminée de soleil. il n'y a qu'à suivre le pied des Rimpfischwànge et le sentier de Z'Fluh à Findelen. s'y cramponner des mains et faire appel à toute leur énergie pour atteindre le sommet. Dans ce cas. je vis qu'ils s'arrêtaient à l'ombre d'un sérac . à l'abri de la bise légère qui soufflait. Au lieu d'aboutir à Zermatt. dont l'ascension est relativement courte. comme trois paysans suivent une route par un beau jour de foire. facile à repérer du sommet du Strahlhorn et qui. rien ne troublait le joyeux hymen entre l'azur du ciel et la neige des montagnes. Sous la corniche. le regard suivait les corniches du Breithorn.. lorsque la bise a soufflé quelques jours. traversait la Dent Blanche . Dans l'air. dix ans auparavant. la ligne ondulée de ses arêtes de glace fuyait doucement. facile et sans danger. d'un côté. Au pied du Rimpfischhorn. 1 Dr O. vous arrivez à la cabane Bétemps. Un coup d'œil en arrière suffisait à détruire ce sentiment de solitude : tout là-bas. Quelques pas encore sur le versant opposé et je m'assis instinctivement. semblait attirer irrésistiblement mes pas et la grandiose avenue du glacier s'ouvrait devant eux. impatient de surprendre la beauté du spectacle qui m'attendait là-haut. le bâton sous le bras. fondues dans la pâleur du ciel. Des quatre sommets gravis successivement en quatre jours. De joyeux yodels résonnèrent dans les rochers voisins et notre trio s'installa dans la neige pour diriger une sérieuse attaque contre les provisions qui gonflaient les sacs. Si vous voulez descendre sur Zermatt directement. et cette haute route Britannia-Bétemps constitue une des traversées les plus belles et les plus intéressantes des Alpes ( 2). de plusieurs jours pour rayonner autour de la cabane Britannia. et il ne m'avait pas procuré l'extase qui m'envahit en franchissant la corniche de l'Adlerpass/ Certes. Du sommet du Rimpfischhorn. Mais. Mitten m'avait bien averti du coup de théâtre qui nous attendait là-haut. les regards erraient sur la paroi mystérieuse du Rimpnschhorn. infiniment étroite. Au lieu de rester couchés ainsi. ne fût-ce que pour réjouir mes yeux à la vue de leur alkire confortable. et l'esprit. Comme intermezzo. mais la carte est assez éloquente pour vous renseigner. une dernière corniche me séparait du inonde nouveau qui allait s'offrir à mes yeux. le Rimpnschhorn présente une heureuse combinaison de ski et de varappe.

dans une belle neige poudreuse. dans l'échancrure profonde du col du Lion. Comme la pente du col est très raide au début. la silhouette du Cervin paraissait plus -noire. Contournant la rive glacée du petit lac. un peu au-dessous de la rimaye. vol. Tous ces itinéraires sont décrits minutieusement dans le Walliserski-Inner. . heurtant ses vagues à la puissante digue qui court du Breithorn au Théodule. Nous arrivâmes là-haut aux derniers rayons du soleil. qui commençait à devenir précieux. lorsque. dans un paysage polaire d'une sauvage beauté. avait transformé le lumineux paysage de midi en une puissante fantasmagorie. s'entourait d'une écharpe de brumes rosés. qui confinait par le rosé au bleu noir du firmament. les neiges montaient vers le ciel comme une gamme de teintes pâles. nous glissions comme des fous sur la neige légère qui bruissait sous la proue des skis. Pointu. nous étions de nouveau réunis sur l'Adlerpass. le ciel était constellé d'étoiles. enfin. Ivres d'enthousiasme. Ce furent les derniers spasmes du crépuscule. nos skis filèrent en plein sud. et nous en profitâmes sans perdre notre temps. 20. La carte indique à cet endroit quelques grandes crevasses et invite à la prudence. Du côté opposé. une tache de rosé fondait lentement et. Chouchou prit la tangente pour tâcher de découvrir le pied de la pente et lança bientôt un *odel de satisfaction. Chouchou nous cria : « Regardez le Mont Rosé ! » Là-haut se jouait l'apothéose de cette merveilleuse journée : baignées d'ombre dans le bas. Nous quittâmes le glacier sur un pont chargé de neige et suivîmes la petite combe derrière la moraine. Détachée à contre-jour sur un ciel éblouissant. il est préférable alors de commencer par l'ascension du Strahlhorn et de combiner celle de l'Allalinhorn avec le retour. il nous fallut trois quarts d'heure pour passer d'une rive à l'autre. l'arche du salut. baissant toujours. D'un côté. 3 415 m. nous suivions amusés les méandres hésitants de notre piste. La corde reléguée au fond du sac. la corde fut déroulée sans hésitation. Il restait encore 200 mètres à gravir pour gagner notre dernier col (le Stockhornpass. Je coupais ainsi perpendiculairement la direction des crevasses — qui restèrent invisibles — et nous fûmes bientôt réunis au point coté 3 208. sur la rive droite du grand glacier de Findelen. et soudain une haleine froide nous caressa le visage. Tout près se dressaient les séracs du glacier. et le Strahlhorn. Et. à travers l'Adlergletscher et s'arrêtèrent hésitants au bord de la rive escarpée qui domine le glacier de Findelen. II. Le Gorner scintillait à ses pieds. Parti le premier. menue comme un fil d'araignée sur une nappe blanche. Lorsque la neige est favorable. Ce n'était plus très loin ni très haut. Une combe glaciaire y conduisait. Nous franchîmes à toute vitesse la ligne qui séparait l'ombre de la lumière. nous parcourûmes une centaine de mètres en portant nos skis. le néant et l'immensité des montagnes nous entouraient et nos yeux confiants cherchaient làhaut. son voisin.A 3 h. La nuit tombait . De ce large dos qui sépare les deux immenses déserts neigeux de Findelea et du Gorner. ce que je fis en freinant fortement de mes deux bâtons réunis.). comme une nappe d'argent en fusion. puis nous pûmes sans danger les chausser. Malgré une allure rapide. une heure suffit pour descendre du Feejoch à Saas. Comme il fallait maintenant traverser celui-ci dans le sens même des crevasses. parmi les blocs de pierre. Au flanc du Lyskamm. Après avoir décrit quelques serpentines. Saas. le soleil. en me faisant signe de piquer droit en bas. nous arrivâmes à la cabane Bétemps. nous abandonnâmes à la pente nos coursiers impatients. un peu après 7 heures. le cube brun du refuge. je m'arrêtai bientôt pour voir descendre mes compagnons : ils semblaient voler dans leur sillage de neige poudreuse. la vue était grandiose. le Rimpnschhorn était presque méchant. et notre fugue s'acheva au Gornersee. Le soleil n'avait pas encore abîmé ce que la bise ne pouvait atteindre et la neige fut partout excellente — à notre grande surprise. plus fine et plus haute que jamais. Une heure avait suffi pour gagner le sommet du Strahlhorn et vingt minutes pour en redescendre. nous rejoignîmes le chemin habituel qui vient de Gadmen. embellie encore à cette heure par la magie du crépuscule. la lueur d'émeraude disparut. Nous l'aperçûmes enfin.

. S. Mais. le Lôtschental et la Grimsel ont été tracés par Arnold Lunn et Othmar Gurtner sur lacarte Gadmen-Bietschhorn. j'avais l'esprit parfaitement tranquille. J'espérais que ce ne serait rien de plus que l'orage du soir. La neige était parfaite : couche poudreuse sur croûte gelée. Or il manquait à mon livre un chapitre sur l'Oberland au printemps. pp. Mais la course fut retardée. Les guides s'amusèrent à essayer des balancés ( 2). endroit où se termine généralement la Haute Route. ce matin-là. lorsqu'on en a le temps. Ceux qui préfèrent éviter ce palace peuvent arriver le même soir àla cabane Concordia. déployées sur les trois crêtes du Wetterhorn et flottant au-dessus des rochers imposants du Schreckhorn. A.) le lendemain et descendre coucher à la Concordia. 45-64. II. il vaut la peine de rester un ou deux jours au Junfraujoch pour gravir les sommets voisins avant d'entreprendre la grande traversée. malgré les nuages sombres qui planaient dans le nord de la Suisse. Au ciel vibrait la claire et vive lumière qui suit l'aurore.K. 1919. Lunn a bien voulu combler cette lacune en m'autorisant à publier le récit qu'on va lire.. Il n'existe pas d'ombres pareilles à celles qui tombent sur la neige poudreuse. En mai 1924.) et le Moine (4105 m.). depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. ouvert toute l'année. Au chapitre II. Mes trois camarades a vaient pas se le s deux hivers précédents à Mûrren et étaient devenus de très bons skieurs de haute montagne. le quatrième jour. lorsque le soleil brille bas sur l'horizon. il neigeait à gros flocons lorsque nous atteignîmes le Jungfraujoch où nous comptions passer notre première nuit. un orage éclata . ils avaient qukté leurs études ardues à Lausanne pour retrouver le monde des neiges. mais beaucoup plus intéressant aussi. Nos derniers doutes s'évanouirent en atteignant le Mônchjoch à 5 h. soit à la Goescheneralp. Peu de panoramas sont mieux groupés que celui de l'Obermônchjoch. puis en gravissant les Fiescherhôrner plutôt que le Finsteraarhorn. de Mûrren. Les longues bannières de nuages courroucés. à la cabane Egon von Steiger sur la Lôtschenlûcke. Mais la descente du Trift dans la vallée de Gadmeo «st très dangereuse. soit pour les courbes et balancés de toute espèce. sauf peutêtre sur une longueur de 200 mètres. Cet itinéraire est naturellement plus compliqué et plus long que la classique Haute Route. mais on trouvera tous les renseignements nécessaires dans The Alpine Ski Guides: The Bernese Oberland. et l'on peut jouir de la vue entre le Mônchjoch et la chute de séracs 1 II est inutile de présenter Arnold Lunn à mes lecteurs : son nom revient fréquemment dans cet ouvrage. On n'y trouve pas ce contraste entre le soleil et la brume qui prêtait tant de charme à cette vue du Mônchjoch. par la Triftfimmi (3 100 m. annexée à l'Annuaire du C. On peut aussi s'arrêter à mi-chemin. était notre guide chef. bordés d'argent. avec d'autres officiers rapatriés depuis. L'arrière-plan présentait des flaques de lumière. il obliqua à l'ouest et gagna le pavillon Dollfus pour compléter sa traversée. et il est préférable de pousser plus loin encore : soit au Susten par le Zwischentierbergpass. C'est ce que firent Lunn et ses compagnons. Arrivé à une heure de l'hospice de la Grimsel. La montagne avait fait la conquête de mes amis et. 2 Ce que j'ai appelé pas glissés au chapitre VII. à travers le glacier du Rhône. où chaque cristal reflétait l'aurore. en descendant par l'Ewigschneefeld plutôt que par le Jungfraunrn. près du pied du Hinter Fiescherhorn. La Jungfrau (4166 m. et elle est tout à fait sûre. gravir l'Ebnefluh (3 964 m. en janvier 1898. à 4 h. Evans. dans la suite si souvent parcourue. et nous le connaissons désormais comme le plus fervent spécialiste du ski printanier dans 1'Oberland. Joseph Knubel. je devais précisément traverser cette région avec lui. ou même jusqu'à la cabane du Trift. En 1917.) sont des buts facilement accessibles en quelques heures. et finalement remise. Pour nous. Librement traduit par M lle Roget. vol. quand nous quittâmes le Jungfraujoch. semblaient être celles des dernières légions des armées nocturnes en fuite. il a paru dans l'Écho des Alpes. Lorsqu'on y glisse. Le volume III est eu préparation et comprendra la région orientale de 1'Oberland. converti par son enthousiasme. trois charmantes expéditions en ski sur les glaciers de l'Oberland. Ce détour n'ajoute qu'une heure au trajet. le vent venait de l'est et. de Saint-Nicolas. pour devenir la tameuse Haute Route. entre lesquelles couraient les nuages sombres. S n'a pas encore publié de guide spécial pour cette région.) et descendre sur Meiringen. Mais. La station du Jungfraujoch possède aujourd'hui un confortable hôtel. surface particulièrement douce et ferme à la fois. Ce genre de beauté n'est pas donné aux aurores sans nuages. de la Goescheneralp on rejoint la ligne dn Gothard à Goeschenen. Heureusement. 30 du matin le 18 mai.CHAPITRE XII L'OBERLAND BERNOIS (Course de printemps) par ARNOLD LUNN (1) Nous nous rencontrâmes à Interlaken le 17 mai. 50. Captain Carlyon. il n'est agréable ni d'un côté. C'est pourquoi. soit pour la vitesse. Tous les itinéraires entre le lac de Thoune et la vallée du Rhône. le beau temps paraissant bien établi. plutôt que d'aller directement à la Concordia. Du Susten. on revient à Meiringen directement . il était dans toute sa perfection. vol. Celui qui méprise le confort du Jungfraujoch ou les avantages de son chemin de fer fera mieux alors de partir du Lôtschental. celle conduisant de la Concordia au Lôtscliental. Le premier plan était un fouillis d'étoiles minuscules. sa contrée favorite. En tout cas. En couchant à l'hôtel de Fafleralp. on part volontiers de la station du Jungfraujoch (3 457 m. habituel en mai il y avait cependant de vilains brouillards noirs au ciel. lors de sa première traversée de la Grimsel à la Concordia. A. Comme nous arrivions à la station du glacier de l'Eiger. de Wengen. Le C. Pour le skieur printanier. avant que la croûte de neige ait le temps de s'amollir. on a cherché à prolonger la Haute Route jusqu'à la Furka. Middleditch et moi. et nous avions pris comme porteurs Bischoff. nous avions fait. ceux qui ont le temps feraient bien de traverser le Mônchjoch. Il ne manquait à cet itinéraire qu'une dernière étape. on a l'impression de caresser du velours. surtout en sens inverse. il fut possible de parcourir presque toute la distance entre le Mônchjoch et la Concordia. Il n'y a pas de neige plus sûre. — M. VII.) pour rejoindre la Haute Route à la Concordia. l'Oberland bernois est sans contredit le plus beau champ d'action des Alpes. Quant au retour de la Grimsel. il arrivera en une forte journée à la Concordia. Une telle neige permet une allure plus rapide que la neige poudreuse profonde. et. ni de l'autre. Dans des circonstances normales. il faudrait la faire de très bonne heure. by Arnold Lunn (1920).. Nous n'oublierons jamais cette première longue descente du Mônchjoch sur l'Ewigschneefeld. et les frères Feuz. en franchissant le Lauter-aarsattel (3 156 m. nous avons suivi la caravane de Paulcke.

tombée deux jours auparavant. glissait et descendait la pente avec un bruit d'eau courante. L'ascension se fit sans incident. si ennuyeuse en plein hiver. le soleil semble au zénith. La neige était encore en excellent état et faite pour des télémarks combinés. bien que les premiers skieurs — passés là en février — eussent eu toutes les peines du monde à contourner cet obstacle. Ceci pour plus de sûreté. belliqueux. Elle est du reste exceptionnelle dans les hautes Alpes en toute saison. par exemple 1 L'endurance admirable de la bande de Lausanne. Le Fiescherhorn a deux pointes. La chute de glace. Nous suivîmes la rive gauche des séracs : une descente très amusante sur une croûte de neige dure. avait aussi contribué à conserver à la neige. Les christianias allongés y étaient extrêmement faciles. se détachant sur le bleu du ciel. entre autres. mais c'était encore un indice fâcheux que le jour viendra où des aérobus sans vergegne déposeront leurs bandes de touristes dans les sanctuaires les plus recttlés des Alpes. Après déjeuner. Mônchjoch 5h50 à 6h10. c'était un bourdonnement désagréable. tout en remarquant avec joie que le dernier nuage avait disparu du ciel. télémark sur télémark. On prend ainsi les deux tiers du temps et on fournit un effort de moitié moindre qu'en cheminant en ski. faisait l'étonnement de tous. outre la ficelle passée par les trous perforés dans les pointes des skis. nous fournit encore une excellente descente. Comme je montais lentement. puis une descente longue et directe nous amena à la cabane Concordia. 40 pour le Fiescherhorn. Entre les crevasses. on plongeait sur la merveilleuse fraîcheur des prés de Grindelwald. Quelques virages rapides entre crevasses. La montée du Fiescherfirn jusqu'à la cabane du Finsteraarhorn fut une des plus échauffantes que j'aie connues. cabane du Finsteraar: 13h20. Il fallut redescendre 400 mètres pour les retrouver. Bêtement. christianias et télémarks étaient également faciles. le monde que nous avions laissé bien loin. nous partîmes à 4 h. Nous montions sur la neige dure avec nos crampons. des lunettes très foncées et une ration supplémentaire de lanoline sont indispensables. La vue du Hinter Fiescherhorn est très étendue. un aéroplane tournoyait. Le vent d'est. cherchant vainement à s'abriter sous des manteaux tendus entre des bâtons de skis. cet aperçu de verdure était comme une averse dans le désert. ne cesse de hanter les glaciers de sa présence importune. Vainement je parcourais du regard la surface de neige étincelante qui attisait ma soif. Grunhornlûcke 10h50 a 11h40. la montée en ski nous aurait certainement pris deux heures de plus. Jungfrauhorn: 4h40. tel celui d'une oasis dans le désert. sa qualité poudreuse. . j'entendis la fraîche musique d'un ruisseau turbulent. je m'étais chargé d'un sac très lourd pour mettre tout le monde sur le même pied. deux minutes et demie après. comme un écho des rumeurs de la guerre que nous pensions être restées dans les vallées. Nous choisîmes le Hinter Fiescherhorn (4 020 m. à demi couchés. Après les pentes douces du Walliser Fiescherfirn. à peu près de même altitude. on arriva à la crête de l'Ochsenhorn (trois minutes et demie) où cessait la neige poudreuse et. la neige poudreuse cessait. qui nous avait rafraîchis à la montée. Il faut avoir soin de passer une ficelle de réserve à travers les fixations.de l'Ewigschneefeld. 55. déjeuné et fumé la meilleure pipe de la journée. et l'on fila. Si l'on a le malheur de s'arrêter un instant sur la neige. d'une manière inopportune. Prenant les choses très « à la douce ». Les Wetterhôrner. Dans la neige amollie superficiellement. tirant nos skis avec une ficelle. six heures un quart après avoir quitté la cabane. Car. En descendant tout droit. ennemi par excellence de la bonne neige. comme nous approchions du col. les travées de neige fondaient jusqu'à la profondeur de quelques centimètres seulement. Ce fut pour nous un des plus beaux moments de la journée. Apparemment. au Mont Rosé.). vinrent les pentes rapides de la cascade de glace. La descente fut admirable. Au mois de mai. j'ai vu une ficelle se casser et une paire de skis disparaître dans la nuit. j'avais été trop bon (1) ! Le lendemain matin. de sorte que le sport était à la fois sain et divertissant. Au mois de mai. nous attaquâmes les pentes menant à la Grùnhornlùcke.) comme étant meilleur pour le ski. nous étions de nouveau au sommet de la cascade de glace — cela faisait six minutes de merveilleuse descente sur un déclin de 400 pieds. Cette illusion s'explique de la manière suivante : à mesure que les skis des guides mordaient la neige. lorsqu'enfin je me rendis compte que le ruisseau était un mirage. On chaussa les skis à 50 mètres sous le sommet. Un détour d'une heure vingt exactement nous permit de gravir le séduisant petit Ochsenhorn ou Klein Fiescherhorn (3 905 m. Impossible de s'abriter. mais assez rugueuse pour permettre le christiania ou les stemm. sauf peut-être sous quelque rocher surplombant. en tirant les skis. Presque toute notre troupe atteignit la cabane à I h. juste au-dessous de l'Ochsenhorn. 20. nous avons déposé nos sacs. Concordia: 7h25 à 8h15. la croûte supérieure se détachait. qui ne pouvait guère être entraînée. une onde sonore vint troubler la tranquillité des hautes Alpes . Arrivée au sommet à 10 h. Celle-ci ne présente aucune difficulté. à pied. Et l'on est grillé plus cruellement encore que pendant la marche ! La pente était semée de gens lassés. Non seulement cela nous rappelait. Après bien des heures passées dans les neiges aveuglantes. Encore quelques courbes. Juste au-dessus de cette cascade de glace. Soudain. tout compris. Là. se présentaient très bien. dans la profonde neige poudreuse. une dernière longue 1 Départ du Jungfraujoch 4h20. Pas moi. la lumière semble réfléchie par une loupe qui aurait pris votre visage pour foyer. nous ne quittâmes le col que vers midi. Du sommet d'une arête. Le vent. En effet.

Nous partîmes le lendemain matin à 5 heures. sommet Ochsenhorn: 9h10. sans inconvénient. Sur cette pente égale et sans crevasses une chute dangereuse est presque impossible. vous me prêtez des ardeurs que je n'ai plus. Le glacier s'élève en pente douce : nous avancions vite et sans peine. Vers le bas de la pente. et plus tard sur le Finsteraarhorn. rapides. Le vent et la neige chantaient à nos oreilles . leurs pointes vibrant au contact de la neige. connaît une joie rarement accordée aux mortels. K. 45. et l'on recommença à grimper. avec une journée de ski en perspective. 2 Non. la vue était étonnante : on apercevait le glacier du Rhône et les cimes du Gothard. . on ne devrait pas quitter le col plus tard que 7 heures. on ne pouvait tomber. A 8 heures. à chaque virage rapide. se mettre nu jusqu'à la ceinture. balayée par le vent. voilà ce qu'il aime. baignent dans une atmosphère lumineuse. la démarche lente et insouciante. Nous avions un léger retard. à certains égards. 45. passées sur les glaciers au mois de mai.glissade. Il y avait eu de tout : longues glissades sur terrain découvert. hélas. et. — M. les montagnes. une des plus belles randonnées dont j'aie jamais joui. Les ombres s'allongent sur la neige. on fit une halte. La bande arriva au bas du glacier vingt minutes après avoir franchi le Joch. désiraient prendre le raccourci qui passe sur le Scheuchzerjoch. il estimerait n'avoir pas gagné son dîner » ( 2). descentes courtes et rapides. comme s'il savait fort bien que. fortement chargés. ont quelque chose de magique. nous avions mis trente-cinq minutes pour descendre. suivis de 300 mètres en pente douce. S'il ratait cette dernière grimpée. En somme. dit-il. et à 6 h. L'après-midi se passa à prendre des bains de soleil sur les rochers près de la cabane. un des plus intéressants. C'était fini. Ns avions goûté la joie intense du skieur accomplissant une des plus belles glissades de sa vie. La vue qui s'ouvre sur le Schreckhorn. les parcourant en deux minutes. Les skis bondissaient en avant. Celui-ci est un des glaciers de l'Oberland les moins fréquentés et. En regardant le col. il aurait pris les premiers 600 mètres tout droit. après une absence de neuf heures. halte pour déjeuner: 7h15 à 7h45. libérée de la main glacée de l'hiver. mérite déjà qu'on visite l'Unteraar. et ceci sur de la neige de toute sorte. sur le ciel. arête ouest de l'Ochsenhorn: 8h20. Si l'ami Klopfenstein avait connu le terrain aussi bien que moi. dont ils avaient consommé trop vite les joies éphémères. 40 nous avions remonté la profonde cheminée qui mène à la Gemslucke. Les christianias se succédaient. C'est le terrain rêvé pour le skieur. Faire 2 ooo mètres de grimpée avec 80 kilogrammes sur le dos. et je vous engage à lire ma « dernière campagne ». sur ce tapis blanc. retour aux skis: 11h45 à midi. car la neige commençait à s'amollir. Comme la plupart des pentes conduisant à un col. Les guides. parcourir tout le glacier en moins de dix minutes. Le vent d'est rendait la montée facile et agréablement fraîche. Nous avions mis cinq minutes. le pavillon Dollfus apparut. Sur cette merveilleuse neige. nous nous retrouvions à la cabane. mais sans dureté. Au-dessous de nous. Le soleil n'étant pas encore trop chaud. et en avant ! Je glissai avec précaution jusqu'à ce que j'eusse déterminé la place exacte de la rimaye. le pays était nouveau pour moi. Une caravane descendant le Wannehorn à pied éveilla notre respectueuse sympathie (1). et nous nous trouvions sur les pentes douces des Walliser Fiescherhôrner. le Lauteraarboden était encore couvert de neige. je tirai ma montre. redescendre sur de la bonne vieille neige durcie. qui rappelait la musique des ruisseaux glaciaires par une chaude journée d'été. Elle en valait la peine. puis je rendis les rênes. La pente se terminait en courbe douce. et quatre skieurs hors d'haleine se trouvèrent au pied des neiges. à cette heure dorée du matin. Fin de la glissade: 12h15. cette glorieuse « plongée » dans l'air du matin était passée. le vent s'apaisa. Middleditch poussa un soupir résigné. Cette vallée qui conduit à la Grimsel est sauvage entre toutes. Un skieur de premier ordre pourrait. c'est la même histoire que pour la cabane du Finsteraarhorn. séracs: 5h50. la partie supérieure de l'Oberaarjoch est concave et revêt la forme d'un entonnoir peu profond. Au mois de mai. la rivière coulait sombre et vivante. Depuis ici. nous regardions le col. Adossés à nos sacs.. Je connais peu de glissades qui soient à la fois aussi rapides et confortables. comme un cycliste sur une piste de course. un regret nous étreignait: le regret inévitable de ce qui a passé trop vite. et j'entrepris de faire goûter à mes amis la descente de l'Oberaargletscher. A 9 h. 45. brusques virages entre des obstacles. Mais ce serait dommage de bâcler une si belle descente. la croûte de neige dure était rasée par le bord du ski et descendait la pente avec un bruissement d'eau. délicieux à parcourir sur de la neige dure. purifiées par la fraîcheur de la nuit. 1 Départ de la cabane du Finsteraar: 4h40. Nous filions accroupis. Enfin. de ce qui ne reviendra plus.. On peut. On dirait que ces cabanes ont été construites pour amuser l'ami Kurz. qui rayonne avec une transparence opaline.. Nous atteignîmes l'Oberaarjoch (3 233 m. trop tôt. Nous allions d'une rive à l'autre du glacier en nous servant de ses bords pour tourner et changer de direction. mon cher Middleditch.la solitude ne serait pas troublée par des bipèdes importuns ! La halte dura une heure. j'en suis sûr. Les premières heures du jour. Un eliamois traversait le glacier. retour au pied de l'arête: 9h40. Au delà de l'Oberaarjoch. Les premiers 600 mètres sont raides..) à 7 h. A 1 h. Il y a une dénivellation d'environ mille mètres entre le col et la langue du glacier d'Oberaar. C'est un glacier idéal pour le ski : peu dangereux et relativement peu crevassé. cabane: 1h45. nous nous mîmes à glisser tout droit. car. en sortant du glacier. dans le vent qui sifflait et. En comptant les haltes. « Tiens. je regardai mon anéroïde. Hinter Fiescherhorn: 10h55 à 11h40. puis l'on skia jusqu'à la langue du glacier d'Unteraar. sur un col de glace. Il y a toute une gamme de couleurs qui disparaît quand le soleil est plus haut sur l'horizon. jusqu'à ce que l'été eût chassé les neiges delà vallée. Les arêtes se détachent clairement. Celui qui a la chance de se trouver. lui. et terminer la journée en montant jusqu'à la cabane. je donnai une dernière secousse à mon sac.

et il la chantera quand les hommes auront disparu. c'est un col idéal. on ne devrait avoir conscience que des quelques mètres carrés qui sont droit devant. nous contemplions la moraine où Agassiz peina. nous commencions l'ascension de la dernière pente aboutissant au Lauteraarsattel (3 156 m. notre col se montra. qui se présentent comme de vastes plateaux ondulés. vous commencez toujours par monter. non seulement entre deux vallées. Les Meyer avaient franchi notre second col (l'Oberaarjoch) en allant à la Jungfrau. et les souliers à 10 h. pis encore. Du Dollfus.). ava nt le lever du rideau. tandis que sa femme. et l'aurore sur le Finsteraarhorn ne fut pas la moins belle que j'aie vue. avant sa tentative — qui fut d'ailleurs bien près de réussir — d'attaquer le Finsteraarhorn par la grande arête sud-est. dit Middleditch. il y eu un moment précis : le lever du rideau. En contournant un promontoire. Le rideau s'est levé sur une scène inconnue et d'une beauté insoupçonnée. la ceinture à 10 h. la verdure et les couleurs du printemps. 06. J'ai joui pleinement des longues heures paresseuses de l'après-midi au Dollfus. Elle devient graduellement plus raide. Les guides devaient les haler au moyen d'une longue corde. Sur un col idéal. qui ne ressemble en rien à certaines dépressions neigeuses qui n'ont pas de véritable crête ou. même dans la contrée de Zermatt. Ainsi. J'appuyai la main sur la crête. Les cols qui ne sont pas clairement dessinés. sur le tapis vert entourant la cabane. mais un souvenir tel que le regret que nous aurons des joies simples de notre passé terrestre en rendra le Paradis insupportable — si jamais nous y entrons (1) ! L'orage qui menaçait au moment du soleil couchant éclata avec force lorsque nous nous mîmes au lit. Passer un col a de l'intérêt lorsqu'on voit surgir brusquement ce qui se trouve de l'autre côté. On voyait rire le ciel à travers l'ouverture pratiquée dans la crête surplombante. pied du glacier d'Oberaar: 8h20 pavillon Dollfus: 15h. pendant une brève seconde mon nez resta comme collé contre la muraille de neige. on allumait une autre pipe. sur le mur de neige abrupt qu'on escalade. Je sortis et je vis que les claires étoiles avaient reparu au ciel. Nous laissâmes nos skis près de la rimaye. Celle-ci a environ 600 mètres de hauteur. et nous avancions à une allure agréable. Entre deux. C'est sur la Gemslùcke. l'arrivée devrait s'opérer comme suit : le nez du touriste passe la ligne de faîte à 10 h. Après notre voyage à travers les glaciers. En résumé. la vue du Dollfus est sans rivale. A mesure qu'on approche du col. même si vous voulez descendre sur le glacier. Le glacier n'était pas raide. de l'autre. » Nous nous attendions à ce que la pluie douce. mais entre deux mondes ! D'un côté. Il faut de l'herbe et de l'eau courante pour en faire autre chose qu'une halte dans l'attente de quelque chose de mieux. A i heure. Ces considérations mises de côté. que Rudolph Meyer avait bivouaqué en 1812. nous trouvâmes que la neige avait gelé . Lentement. Demi-nus. nous pouvions doac marcher en traînant nos skis. On est enfermé dans un petit espace. et cette journée idéale. On est comme au théâtre. ne fut plus qu'un souvenir. nous pouvions contempler le site des travaux d'Agassiz. et pas assez de ces braves frères Meyer qui firent l'ascension de la Jungfrau et peut-être du Finsteraarhorn avant que Napoléon eût vu Waterloo. sans effort. Noua nous étions fidèlement acquittés des rites qui doivent précéder le passage d'un col. .C'était pourtant la peine de faire une montée de plus. la vue devrait se rétrécir peu à peu. on parlait de tout. et le dernier rempart de neige présente une pente d'env. A notre grande joie. nous éprouvions la nostalgie des plaines verdoyantes. Finalement. Et maintenant. une Allemande. nous écoutions avec une joie tranquille un petit ruisseau murmurer dans les rochers tout près. se plaignait du manque de confort de l'hôtel des Neuchâtelois et de l'inconvenance des histoires que Desor contait après le repas 1. il la chantait avant que le monde fût pris de folie.les rochers et la neige de l'hiver. 05. Chaque pas avait son charme. c'était merveilleux de retrouver des fleurs et la douceur du gazon. puis sur un replat. appartiennent à une catégorie tout à fait inférieure. Encore quelques secondes d'efforts. Les guides décidèrent de suivre la route d'été. Nous partîmes à 3 h. clairsemées dans le gazon. Je m'arrêtai un instant. notre premier col. ce qui nous eût forcés à faire la montée en ski. En venant de la cabane du Finsteraarhorn. tout un monde nouveau s'étale à vos yeux. l'après-midi s'envola. sauf de la guerre. en montant du glacier qui s'étale en pente douce. 50°. comme un prisonnier sur le seuil de sa prison. Knubel me réveilla. tels que le Théodule. Les gens qui ont construit ces cabanes avaient un sens du drôle tout à fait remarquable. ait fondu la neige . tombée durant la nuit. et vous émergez au sommet de la crête. Après quatre jours passés au cœur des neiges. puis un dernier 1 Départ de la cabane du Finsteraar 5h. « Vous comprenez. Environ trois heures après avoir pris pied sur le glacier. 07. Nous avions parcouru tout le glacier depuis la langue jusqu'à la rimaye. On entend un peu trop parler de Whymper et de Mummery. on se réveillait. au delà desquels les montagnes apparaissent peu à peu. Je montai dans l'escalier facile taillé par Knubel. Au pied se trouve une rimaye et au sommet une corniche. On somnolait. passée dans les Alpes. Quelle merveille de sentir que le col était la limite. Oberaarjoch: 7h45 à 8h. la nuit enveloppa les montagnes. Rotkornsattel: 6h40. tandis que les gentianes et les anémones soufrées. ascension estimée difficile actuellement encore. nous avions franchi des lieux historiques. nous rendaient la notion de la couleur que nous avions perdue sur les glaciers. l'horizon est limité. La rimaye était plus effrayante en apparence qu'en réalité. si renommée. Vallée et montagnes surgissent d'un seul bloc. et l'on commença par une courte grimpée. Une cabane perchée sur un désert rocheux n'est pas idéale. Quelques pas dans la glace. Un souvenir seulement. et je me trouvai sous la corniche. 10. comme par hasard. Et le ruisseau chantait toujours sa chanson. au delà de l'étendue du glacier.

Chaque fois que tu me trames sur tes sommets maudits. la prochaine fois que nous nous trouverions au pied d'un pic. Ici comme partout. je fais le serment de n'en jamais plus gravir d'autres . Le Wetterkessel doit être un des plus beaux champs de neige des Alpes. après s'être levé. Pour les habitants des vallées. il y a des chances pour que ce cairn se trouve à l'extrémité sud. la verdure du mois de mai n'a rien d'étonnant. Les trois grandes pointes du Wetterhorn le dominent d'un côté. Lunn. je me trouvai pataugeant dans la neige sur le faîte. où les nuages souples. et la même crête basse nous séparak d'une chaîne de cimes éloignées.effort. pointe méridionale du Wetterhorn. que j'a*e les pics. ne reste que quelques secondes sur l'horizon. parbleu ! Mais. qui était très belle. avec des skis bien graissés. Le monsieur qui protestait avait toutes les qualités requises pour faire un bon montagnard : l'amour de l'alpinisme. il est entouré de montagnes plus ou moins insignifiantes. la pente douce devenait abrupte pour descendre à pic sur les séracs du glacier de Grindelwald. pour s'élancer brusquement jusqu'au zénith ! Une demi-heure après l'aube. tels sont les cinq tableaux d'une beauté parfaite qui surgissent devant mes yeux quand je songe à cette expédition du mois de mai. le Dollfus. Mais le Rosenhorn n'est pas assez élevé pour dominer tous les sommets environnants. cette montagne ? » Je lui rappelai la règle que voici. puis remontez un glacier encaissé jusqu'au col. Cette remarque servit de stimulant. qui sont raides. bien connue des alpinistes : lorsqu'on suit une crête du sud au nord. de garde entre le monde des neiges et le monde des humains.. ensuite. Middleditch irait au sommet. on peut garder ses skis jusqu'à 150 mètres du sommet. tâche de comprendre à temps que je hais les pics. Le sommet fut atteint à 2 h. pendant que les guides allaient explorer le chemin de la cabane du Dossen. si l'on fait-la traversée du nord au sud. au-dessous. Nous repartîmes à 10 h. La neige avait commencé à regeler et elle était recouverte d'une croûte encore tendre. en atteignant un sommet secondaire. 25. Quelques-uns d'entre nous étaient fatigués et. et il faut bien compter une bonne heure pour y arriver. en effet. qui empruntait au ciel les teintes du couchant. Pour le reste. Les champs de neige du Dammastock remplaçaient le Mont Rosé. que je déteste les pics ! J'adore les cols et j'aime assez ces bonnes vieilles pointes quand je les vois d'en bas . lorsque le soleil verse toute sa chaleur. Au mois de mai. départ pour le Rosenhorn (3 691 m. Lunn. dorés de soleil. Le Mônchjoch. Une longue traversée. 10. bien que les panoramas des plus hautes cimes soient souvent ennuyeux. l'envie vous prend de se débarrasser de ses habits et d'escalader les montagnes en costume d'Adam. et. Le regard plongeait sur les toits de Meiringen. qui remonte jusqu'au bord de la cuvette. par contre. ici? Tu ne vas pourtant pas nous faire suivre toute cette sacrée arête ? Combien de pointes a-t-elle. qui avait lu la belle description que fait Conway de la Plaine Morte. La vue était charmante. qui n'auraient jamais vu la verdure et seraient saisis par la force de la couleur. au nom de ce que tu as de plus sacré au monde. Il est à l'ombre du Schreckhorn. et la vallée de la Grimsel remplaçait le grand sillon de la vallée du Rhône. Les petits lacs de Lungern et de Sarnen donnaient comme un apaisement à ce paysage baigné dans la lumière du soir Des amas de brouillards diaphanes. les collines de Grindelwald nous ramenaient au printemps. Il y avait ce même premier plan neigeux en pente douce. en partant de Rosenegg. C'est une montagne idéale pour le skieur . Vous les regarderez avec des yeux tout neufs. Au delà. car je savais fort bien que. est-ce que cela ne ressemble pas un peu à la Plaine Morte ? » Et. le Lau-teraarsattel et le Wetterkessel. et la souriante vallée d'Engstligen. dix heures et demie après avoir quitté la cabane. 15. La neige du premier plan s'argentait en se détachant sur les nuages d'orage qui bouillonnaient au-dessus des chaînes du Brunig. toute sa lumière sur la blancheur éclatante de ces grandes étendues . Vous aurez l'illusion de contempler un paysage peint sur un vitrail d'église au travers duquel le soleil brille. Nous repartîmes de Rosenegg à 4 h. se tramaient sur les plaines septentrionales et s'en allaient. nous amena au Rosenegg vers midi. ne me laisse pas oublier que je les déteste. De l'autre côté. lucarne dominant le monde des vivants : alors seulement vous aurez pleinement conscience de la couleur verte des prés au mois de mai. On éprouvait une joie indicible à rester ainsi couché sur la neige et à contempler le ciel. L'endroit était par trop précipitueux pour plaire à Midd-leditch. au nom du ciel. Ce dernier est une longue crête irrégulière. qui se dresse comme une sentinelle. tu n'as qu'à me fixer de ton œil rond et ironique pour que je m'exécute — et je monte. j'entendis un cri de rage derrière moi. . Nous fîmes certains bouts à pied. comme il l'a toujours fait. Une heure encore s'envola. nous commençâmes à fumer et à nous délecter delà vue.. Et le souvenir du dolce farniente dont nous avons joui sur le col de neige ensoleillé me hante encore tandis que j'écris. en une lente procession. Au lieu de cela. « Seigneur. Du côté du nord. s'écria tout à coup : « Dis donc. A I h. ils descendirent à gauche sur les pentes supérieures du glacier de Rosenlaui. les skis auraient pu entamer la pente et provoquer une avalanche. en maudissant l'altitude et en m'accablant d'injurec pour avoir contribué à le fourrer dans un pareil guet-apens. « Dis donc. Vivez quelques jours sur les glaciers. mais. bonne pour la vitesse et les télémarks. » Je me contentai de sourire. se pourchassaient doucement. Evans. Il faisait chaud. c'est le contraste qui fait ressortir la valeur exacte des choses. l'analogie était frappante. hors d'haleine. 10. Lunn. goûtez la puissance des heures de midi. chaude et fatigante. on a l'impression que le soleil. l'endurance et le pied sûr. La neige étant molle. Mais la chaleur n'était pas insupportable. c'est le sommet. le cairn se trouve à l'extrémité nord . la vue était très imposante. Chacun de nous se construisit un abri — des sacs et des manteaux soutenus par des bâtons de ski — et s'étendit à l'ombre de sa tente. dès que j'arrive au pied de la prochaine montagne. aux formes multiples. sous les falaises du Berglistock. Les guides ne prirent pas la bonne route qui mène à la cabane Dossen. en traversant le Dossensattel.). Nous fîmes une halte délicieuse au Wetterkessel. la Gemslûcke. Après avoir mis fin aux jours d'un excellent plum-pudding.

mais je m'endormis au cours du second service pour ne me réveiller que le lendemain à midi. « Si nous arrivons à il heures. la marche était fort supportable. non contents d'avoir placé leurs cabanes à 5 ooo mètres au-dessus de la mer et leurs cairns au mauvais bout de chaque arête. pour me retrouver au Dollfus. fit Middleditch. partant sous les calmes étoiles vers la lucarne magique du Lauteraar. reprit Middleditch. N'empêche que je donnerais bien une journée de ma vie. pour lui expliquer que. et nous avions été en route pendant vingt heures exactement. mais ce retour au pays des couleurs et des sons fut une des heures les plus mémorables de ces mémorables journées. s'arrangent encore à planter leurs hôtels à l'extrémité opposée de la ville. Quand les choses vont de travers. Le changement est d'autant plus étrange que souvent la chaleur est intolérable sur les glaciers. de toute façon. .. « C'est bien ce qu'on peut faire de mieux en une journée. chaque parfum. Les membres flasques et la démarche molle. pour commander le dîner. qui luisait sur les Wetterhôrner . son verre encore à moitié plein. Mais combien ne serionsnous pas exténués avant d'avoir achevé notre journée de vingt heures ! Sauf Evans pourtant. Le grand charme du ski au printemps est de faire. Nous laissions derrière nous le monde des neiges. Pendant quelques minutes. tandis que. Se rappelant que l'hôtel de l'Ours se trouvait à l'autre extrémité du village. déclara Evans . » — Et si nous arrivons à 5 heures. ne cessait de nous donner des renseignements d'ordre statistique. un cycle complet d'expériences. Je propose de descendre sur Meiringen. — Moi. C'est d'autant plus drôle que voilà plus de quinze heures que nous marchons. phénomène tout à fait significatif et peu habituel. A. vaincu les glaces. Nous avions apprécié chaque heure de ces quatre longues journées passées dans le silence des glaciers. qu'on me damne si je fais un mètre de plus. Entre l'aube et le couchant on a goûté à la fois les joies de l'hiver et celles du printemps.. défiant l'ombre du crépuscule. Un torrent cascadait de la montagne. Carlyon et moi étions les plus fatigués. du fait qu'il existe des « pointes » vertigineuses et des cabanes inaccessibles. Il est le chroniqueur attitré de nos expéditions. et lui fourra un « brandy and soda » dans les mains en s'assurant qu'il l'avalait. Même ainsi il s'endormit. étendus sur le gazon.. Une masse de populages. tout criait le renouveau du printemps. de tout cela je suis responsable. La descente sur le glacier de Rosenlaui fut très agréable. je téléphonai à l'hôtel de l'Ours à Mei-ringen. je n'y vais pas. sous la clarté de la lune. En quelques heures. Peu au-dessus de Rosenlaui. pkcer la prochaine dans une fosse profonde. quatre skieurs éreintés entrèrent enfin à Meiringen. nous allumâmes notre dernière pipe. de la mauvaise qualité des neiges.. on passe de la patrie des christianias au royaume des gentianes et des anémones. cependant. nous lui serions cependant infiniment reconnaissants s'il voulait bien. Bischof pointa la cabane d'un doigt triomphant.. la Suisse a rendu la vigueur et la joie de vivre. annonça Carlyon d'une voix endormie. nous avons le record. c'était de toute beauté. — Tu sais. son eau qui avait enfin. Chancelants de sommeil.. inconnues dans les enclos de fil de fer barbelé. De petits ruisseaux murmuraient une note plus douce. qui étonna tout le monde. pour changer. Evans. De la configuration des montagnes en Suisse. et nous suivions une route plate. mon vieux Lunn. De Rosenlaui. A lui. — Une excellente plaisanterie.. une des plus courtes expéditions de deux jours qui aient jamais été faites. qui nous pilotèrent jusqu'à nos chambres et restèrent à nous contempler avec sollicitude tandis que nous chaussions des pantoufles.Au moment où nous tournions un épaulement rocheux. L'hôtelier nous avait préparé un excellent dîner. au sommet d'un couloir de rochers dans lequel était suspendue une corde. comme à beaucoup d'autres. Bien que nous fussions très fatigués. piquée au sommet d'une espèce de Schreckhorn vermeil !. Middleditch fit la réflexion amère que les Suisses. Certes nos skis paraissaient bien dépaysés au cœur de ces bois où chaque son. tandis que les vallées sont délicieusement fraîches. il est convenu que c'est toujours ma faute. Regarde-moi cette sacrée cabane du Dossen. rayonnait sur le noir de la forêt comme un lac d'or éclatant. et il a son agenda toujours prêt pour noter une date ou l'altitude d'un sommet. nous tombâmes dans les bras de nos hôtesses. tu ferais bien d'écrire au président du C. encore meilleure que celle du Dollfus. le bruit lointain des eaux nous arrivait comme atténué et purifié par la distance. La fille de la maison réveilla Carlyon quatre fois pendant qu'il enlevait ses souliers.. Evans avait été bien plus fatigué sur cette même route après sept heures seulement de marche facile. et ce n'est qu'arrivés à une altitude de I 700 mètres qu'il fut nécessaire d'enlever nos skis. Notre enthousiasme tomba brusquement : la cabane était perchée à 1000 pieds au moins au-dessus de nous.. on ne souffla mot. sur un long parcours. Je songeais à certaine journée de mars de Tannée précédente. remarquait-il avec satisfaction. d'un furieux élan. Il valait pourtant la peine de faire un kilomètre de plus pour trouver l'accueil cordial auquel on nous avait accoutumés. avec fracas. L'arôme du tabac se mêlait agréablement à la bonne senteur résineuse des pins. de la vallée au-dessous. S.. Nous avions peu dormi au Dollfus les uns comme les autres. nous jouissions de la pleine lune. nous aurons été en route vingt-six heures. si ses impayables cabanes nous font mourir de rire. où nous avions passé la grande Scheid-egg. ou ma ration de beurre d'une semaine. Au début. puis nous nous mîmes en route. nous aurons été en route vingt heures».

et cette fraîcheur éphémère nous rendait un peu de courage. avec un bruit sourd bientôt étouffé. il est un site dont j'évoque souvent le souvenir. cette île n'est qu'un dédale de pierres. G. On aurait dit qu'un incendie faisait rage sur le versant italien et qu'il allait déborder l'horizon de ses flammes. G. La troisième expédition au Lyskamm n'eut lieu que beaucoup plus tard. construite par le C. quelque distance plus haut. Après deux tentatives. XVII. on pouvait se demander ce qu'elle vaudrait en hiver ? Lors de ma première visite — à Pâques 1912 — nous n'eûmes pas l'occasion de l'éprouver. Knubel qu'en mai 1913. Robert Mittendorf et moi. 1912. semblaient nous souhaiter la bienvenue par leurs cris. ils atteignirent le contrefort sud-ouest en quatre heures. La note de la Revue Alpine ne précise pas l'itinéraire. p. devenus familiers. Eh bien ! le souvenir de ces heures d'oisiveté et de rêveries se perpétue en moi. 23). dont les blocs s'écroulent de temps en temps sur le glacier. comme un point. p. à moitié nus. Perruquet. écrivais-je dans l'Écho. Et pourtant. Je restais seul avec un ami. Tout au fond du glacier. Alfredo Dalgas et Giuseppe Pozzi. où l'on trouverait à peine un peu de mousse et quelques fleurettes. Il devint brun. Longtemps je m'attardai à contempler ce curieux spectacle. j'ai appris par le guide Jos. 29). en admirant sans me lasser le jeu des ombres et de la lumière.Le sommet fut atteint à 2h. au confluent des glaciers qui entourent le Mont Rosé.CHAPITRE XIII LE LYSKAMM (4 538 m. A. 159). Derrière elle se dresse une cabane de bois et. L'ombre et les courants d'air séchèrent la sueur de nos fronts. Je n'en voulus rien dire à mon compagnon. « Quant au Lyskamm. contre la témérité des hommes. festonné ses arêtes de corniches fragiles et sabré ses glaciers de crevasses profondes. Mais. le soleil superbe et la vue enchanteresse (Rivista Mensile. un petit îlot de rocs perdu dans les neiges. après le coucher du soleil. Nous mesurions nos progrès aux dimensions de ce point qui grossissait peu à peu.. on apercevait l'îlot et. de loin. p60). A Zermatt. Dès que son ombre approchait. collaborateur de Siegfried. je n'ai trouvé nulle part mention d'une ascension réussie par des skieurs. le lundi fut décrété jour de repos. 1889. accompagnés des guides Antoine et Auguste Welf et Joseph Favre. J'ai passé deux journées sur ses rives. avortées toutes deux par suite du mauvais temps. en janvier 1907. l'une le 8 décembre 1906. et je crois pouvoir affirmer que mes amis G. l'autre le I er janvier 1907. Maquignaz et G. Ils partirent fort (Rivista Mensile. De temps en temps. 1 Ce récit a paru dans l'Écho des Alpes de mars 1916. B. on confond souvent le bloc et la cabane. avec les guides G. C'était la première fois que je me trouvais sur le Gorner. J'ai fait ce trajet en ski par une éblouissante journée d'avril. On l'aborde par une vieille moraine. B. Il y avait des heures que nous marchions. je l'avoue.35 du soir. Quels bons souvenirs de vie insouciante et joyeuse ! Le gardien n'était pas là pour nous recevoir. le 18 mars 1915. aussi vivant que celui des luttes et des victoires. Lorsqu'on y monte en hiver. et je n'ai pas pu obtenir d'autres renseignements. devant la cabane Bétemps. l'air était parfaitement calme. Son humeur étant si mauvaise en été. Nous restâmes couchés. il faut quitter Zermatt de bonne heure. sur le glacier. en face des montagnes. Il est vrai que les deux fois nous nous reposions sous des lauriers bien gagnés et les deux fois aussi nous attendions l'occasion de monter au Lyskamm. Le soir. Sous l'ardeur du soleil. Nous avons relaté au chapitre premier la première ascension hivernale du Lyskamm par les frères Sella. . et l'on n'arrive là-haut que le soir. 1907. Ils ont. nous fûmes les premiers à le visiter.79). Charles Silvestri et Alexandre Balz. et le soleil avait harcelé notre troupe durant l'après-midi. nous nous remettions en route.) 1 Sur les rives ensoleillées du Gorner. Le 23 février 1912. pas un nuage ne vint troubler l'azur tranquille du ciel. Toutes ces expéditions se firent à pied ou à l'aide de raquettes. à rêver du matin au soir. on l'aperçoit de loin et l'on y dirige ses pas comme vers une oasis dans l'aridité du désert. vol. Aymonod. B. à ne rien faire. durent quitter le refuge dans l'après-midi. On dit que de mauvais esprits hantent le mont et qu'ils tendent des pièges à ceux qui le bravent.. Quand on remonte le cours immense du Gorner. et l'on distingua enfin un toit et des fenêtres. le 22 mars 1885 (voir p. Leur couleur est toute pareille et. réussirent pourtant à toucher le sommet le 17 janvier. Celui qui n'a vu le Gorner qu'en été ne peut se faire une idée de ce qu'il est en hiver. S. qui touchaient au terme de leurs vacances. réussirent également l'ascension en partant de la cabane Gnifetti (Revue Alpine. Le 5 mars 1889. nous jetions sur la neige nos lourdes charges et nous nous couchions en guettant le passage de quelque nuage dans le ciel. bien lentement. Ce n'était pas sans une légère appréhension. en face du Cer-vin. Partis à 7 heures de la cabane Sella (3601 m. Albert et Edouard Lazier. il y avait conduit un skieur roumain.. au grondement des avalanches. M. soulevée par le vent du sud et que je vis un instant irradiée par les lueurs rouges du crépuscule. comme des lézards sur un mur de vigne. porte le nom de l'ingénieur Bétemps. en épiant les contrastes successifs de cette nature changeante. puis sa forme se précisa. Carrel. les premiers skieurs s'aventurèrent dans l'amphithéâtre du Gorner (Paulcke et Helbling an Mont Rosé). Mario Piacenza et les guides Antoine Curta. une bonne odeur s'exhalait du bois. ayant peiné tout le jour sur la neige. réussirent à nouveau l'ascension du Lyskamm. B. La température descendit au-dessous de -30°. En 1898 seulement. de Turin. le refuge qui s'y dresse. Nous arrivâmes en ski jusqu'au seuil de sa porte. C'est. de Grèssoney. un cube de gneiss tombé du Mont Rosé. en prêtant l'oreille aux mille bruits de la montagne. et nous avancions à peine. tant il a fait de victimes. on le surnomme Menschenfresser. de Choudens. Ce jour-là encore. mais une bande de choucas. et nous étanchâmes notre soif avec le jus d'un citron mélangé à l'eau qui tombait du toit. Nous avions fêté le dimanche en gravissant le Mont Rosé par un ciel sans nuage et en moins de temps qu'il n'en faut d'habitude.). Après une longue discussion qui donna raison aux plus paresseux de notre troupe. Cette ascension serait donc la première en ski (voir Ski. Nous étions quatre : deux des nôtres. et nous les suivîmes longtemps des yeux. au pied de la montagne. Mazlam. P. La neige profonde rendait la marche très fatigante. Celle-ci. Nous avions lunché en bras de chemise au pied du Riffelhorn.» Depuis lors. Portes et fenêtres furent ouvertes. les crêtes découpées sur le ciel d'Italie se hérissèrent d'une fine aigrette neigeuse.

au lieu de venir tenter la gloutonnerie du Menschenfresser. mes amis et moi. nous serions descendus bien sagement à Zermatt. servait d'écran contre le soleil et projetait sur mon visage une ombre agréable. Les contrastes diminuèrent peu à peu : la lutte touchait à sa fin. Mitten est la prudence personnifiée. et Mitten. couraient vers le gouffre ouvert dans l'ombre du Cervin. Le froid était venu et j'avais quitté mon poste. je m'installai en vue d'un dolce farniente prolongé. tout près . une vie intense passait dans l'air bleu . grâce au soleil. Et pourtant. Les premières lueurs du jour frissonnaient sur la neige. Si nous l'avions écouté. comme dans un duel mythologique. moindres bruits. dans les ombres qui glissaient à ses pieds. Mes craintes furent vaines : l'horizon resta parfaitement net. épiant l'apparition du navire qu'il attendait en vain. Ce n'étaient encore que ces teintes pâles. Le lendemain matin. et cela avec tous les raffinements du confort. Ils allaient décider. la réduisant à une simple silhouette. Comme un brahmane de l'Inde. et. Adossé à la porte du refuge. à 6 heures. mais décidément je jouais fort mal mon rôle de brahmane. ne soufflait mot. cédant le terrain aux ombres. le ciel était noir de nuages. tout emmitouflé. comme la dernière fois. et l'astre du jour descendait lentement vers les neiges alanguies du Théodule. rester des siècles figés dans leur contemplation. cherchant inconsciemment quelque point mobile : tel Robinson dans son île. les crêtes du Breithorn s'animaient d'une fine aigrette. de l'autre le Gorner étincelant. Devant elles. vibraient d'un rythme étrange au contraste de l'immobilité glaciale du Gorner. là encore. derrière le Cervin. de deux amis. en face des montagnes. Un instant. et. je rentrai dans la cabane où mes amis préparaient la soupe du soir. quelques heure s plus tard. Mais nous devions rester longtemps encore dans l'ombre froide du Mont Rosé. à qui des deux resterait la victoire. je contemplais les derniers spasraes du crépuscule. comme les siens. car j'avais faim. je m'absorbai alors dans l'extase. et il nous avait ouvert un chemin facile et agréable. Nous suivions une piste tracée la veille par Chouchou. . frémissants de lumière. Une autre couverture. Mais. en non plus ne frappait mon ouïe. lorsque nous risquâmes le nez à la fenêtre. La sieste me retrouva à mon poste . mes yeux furent déçus. comme une douce agonie. peu après. lorsque le silence l'impressione. nous avions avalé quatre sommets de 4 ooo mètres (1). sur le glacier. et le Gorner semblait figé dans un éternel oubli. Plusieurs fois durant la journée. les flots blancs du Gorner. Jugez-en plutôt : un brancard démontable double (modèle de l'armée) fut disposé sur la neige avec une couverture et des coussins. Mais. et leurs formes s'étaient précisées sous les coups d'un ciseau magique qui striait leurs flancs et accentuait le relief de leurs tailles. Castor et Pollux charmaient les yeux comme les seins blancs d'une vierge assoupie .le lendemain. nous partions à l'assaut du Lyskamm. il prête volontiers l'oreille aux. et c'est alors qu'on put voir comme elle cherche à contrefaire le Cervin. le brouillard et la tempête envahissaient le Gorner. devant la porte du refuge. en léchant les séracs. Lorsque je m'éveillai enfin. Les brahmanes de l'Inde peuvent. làhaut.. je dominais le Gorner comme d'un îlot escarpé. Une lutte gigantesque s'était engagée entre la lumière éclatante des neiges et l'ombre des montagnes . dit-on. je suivis encore des yeux les crêtes découpées sur le ciel. après avoir fumé trois pipes. ou du bon dîner que nous venions de faire. La saison était moins avancée que la première fois et l'hiver avait été rude. Ce fut le triomphe des ombres. Alors seulement. qui flottent un instant dans l'ombre avant de prendre vie. Nous venions de la cabane Britannia. en copiant son haussement d'épaule. Et ce fut tout. En quatre jours. la nuit tomba sur les neiges. Quant à moi. il cherche instinctivneent un signe de vie. Chouchou est l'Achille de notre caravane. les ombres s'étaient allongées. même le sphinx noir du Cervin. Dès le matin. que la neige serait excellente et que le Grenzgletscher ne semblait pas trop mauvais. L'homme est ainsi : dans un monde immobile. et je m'endormis sous l'effet du soleil. craignant de les voir. par l'Adlerpass. le 17 mars fut-il un jour de repos bien mérité. sur sa corniche ondulant dans le ciel . Un bon mètre de neige recouvrait encore les dalles de gneiss. l'aube frôla les crêtes les plus hautes. les montagnes de Zermatt avaient quitté leur parure bleue du matin et s'animaient comme une ronde de nymphes se tenant par la main . J'étais accompagné. je fouillai la longueur du chemin. espérant peut-être découvrir quelque acteur nouveau sur la scène dont nous étions. Trois ans plus tard. et le jour se leva aussi brusquement qu'il avait mis de temps à mourir la veille. et mes regards erraient sur son cours éblouissant. effleurant doucement l'ardeur des neiges. Rien ne troublait "l'immobilité des neiges. ce fut une journée délicieuse. au milieu de mars 1915. l'or et la pourpre couronnaient leurs têtes. il était parti sur ses skis. auxquels le charme hivernal de ce paradis n'avait pas encore été révélé. deux combattants se narguaient encore : d'un côté le sphinx noir du Cervin. ayant gravi le Strahlhom en route.. Très lentement. je revins à la cabane Bétemps. La féerie du crépuscule commençait et j'allais pouvoir en savourer chaque phase. Mais. cette fois. s'animer sous le souffle du vent. et la lumière reculait lentement. on la sentait palpiter aux flancs du Lyskamm. Le froid piquait au visage. le soleil baissait toujours. Nous savions d'avance. Seuls. Il ne resta plus qu'un peu d'émeraude au creux du col du Lion et. les yeux protégés par le verre jaune des lunettes et les narines dilatées dans le parfum de ma pipe. par son rapport. soutenue par des skis plantés debout. Aussi. les seuls spectateurs. Ici. Tandis que je reposais dans les douceurs du farniente. une étoile s'alluma au-dessus du Lyskamm. pour voir un peu ce qui se passait là-haut. à part la discrète mélodie d'une gouttière tombant du toit et les soupirs intermittents de la brise. Ses propos pessimistes faisaient enrager Chouchou et augmentaient encore son ardeur belliqueuse. Mais. et toutes ces montagnes. Au fond de la scène. De mon poste. je me rendis à l'appel de mes compagnons. 1 Voir chapitre XI. avant de me retirer. Le soleil frôla un instant les crêtes de k Dent d'Hérens.

. «L'ordre de marche était à ce moment le suivant : en avant. Le 28 février. tomba le plus bas et probablement le premier. Ces brouillards montant si haut et paraissant si denses ne manquèrent pas de jeter un doute sur la stabilité du beau temps qui durait depuis huit jours déjà. Une masse de neige énorme (environ 140 mètres cubes) s'effondra d'un seul coup. par une nuit claire. par 0. les courses en ski dans la haute montagne étaient encore très rares et l'on négligeait volontiers la précaution de s'encorder sur les glaciers. Il nous communiqua facilement son enthousiasme. Kônig et Hans Perren. Ceci s'explique par la consistance même de la neige hivernale qui présente bien une croûte superficielle. Mitten. mais ce sont précisément ces corniches qui valent au Lyskamm sa réputation. nous décidâmes de suivre la rive gauche plutôt que la droite. Leurs volutes étant recourbées vers l'Italie. Au delà. Après leur retour avec le guide Lauber (qui était resté à la cabane). il est impossible d'en juger le profil tant qu'on monte encore sur le versant suisse.. . entre le Lyskamm et la Ludwigshôhe. Sa mort était due à une rupture de la colonne vertébrale. en partie seulement. et nous le traversâmes pour gagner l'autre rive. L'ombre nous enveloppait toujours. toute la plaine italienne disparaissait sous une mer de brouillards. dégelé instantanément. et nous attendions avec impatience le moment où nous pourrions découvrir ses fameuses corniches. C'est par erreur que Studer (Ueber Eis und Schnee) attribue à ce rocher la cote 4 366 de l'A. combien une cnute dans une crevasse est pins compliquée en hiver qu'en été. avec l'ombre. Fehr et von Steiger. Ainsi. Zumtaugwald et von Steiger descendirent en toute hâte à la cabane Bétemps pour y quérir la corde de réserve. En été. Un vent soufflait violent. c'est le petit roc si caractéristique qni se dresse au beau milieu de la neige.50m. L'accident eut ueu entre les cotes 3300 (courbe de niveau) et 3 344. P. un pont de cette épaisseur présente une solidité absolue. Le cap rocheux de la Cresta Rey une fois doublé.50m seulement. sauf d'une jambe. sur la plus basse dépression de la frontière. nous fîmes à cet endroit une courte halte pour nous restaurer. puis MM. aussi vite que possible. sur ces lieux désolés. Mais rien ne vint troubler notre marche. 30 du matin. Hans Perren travailla de sa main libre et réussit à se dégager. Perren et à découvrir le cadavre de Flender. entre les séracs dressés d'un côté et ce nouveau danger menaçant de l'autre. 2 Ce point fut atteint par des gens de Gressoney en 1778 déjà. recouvert d'une couche de neige compacte de 3 mètres. La neige était devenue très dure et nous avancions avec une rapidité réjouissante. qui marchait au centre. après l'arrivée de la colonne de secours. le 26 février 1902 (1). Il montre. Le guide H.. Sans doute. L'arête que nous devions suivre (et qui sépare le Valais du Piémont) paraissait être en excellent état. Une corde de cinquante mètres nous reliait. comme on le constata plus tard.25m de neige dure. Il n'est pas marqué sur la cartes mais l'omission est excusable. C'est (en Suisse) un des points les plus élevés où l'on puisse monter aussi facilement en ski.. et il nous sembla que la mort planait encore. Trois personnes se trouvèrent au même instant sur la crevasse: Flender. Kônig.. Il avait la tête et l'avant-bras gauche libres. G. et nous lançâmes de joyeux yodels que se renvoyèrent les échos du voisinage. on n'apercevait que l'extrême sommet du Viso (3843 m). p. c'est qu il doit nous servir d'avertissement et nous mettre en garde contre le danger des crevasses. c'est que. La cassure se produisit sur une longueur de 20 mètres environ et. Une longue corde se trouvait dans le sac de Flender . La hauteur de la chute fut de 25 à 28 mètres . On traverse ensuite un monticule neigeux d'où l'on domine le col et d'où nous découvrîmes enfin une vue très encourageante de notre montagne. Malgré les protestations de Mitten qui grelottait. des corniches en festonnaient la crête. et nous cherchâmes un abri dans les rochers de l'Entdeckungsfels (2). H. 1902. tandis que. presque toujours accompagnée qu'elle est par l'effondrement d'une masse de neige qui risque d'étouffer le malheureux skieur. Les gens de Gressoney n'ont donc pas pu apercevoir ces rochers. nous débouchons par une pente rapide sur les plateaux ensoleillés qui précèdent la frontière italienne. au pied de la Cresta Rey. Zumtaugwald. Le sondage ne servit à rien non plus. celui-ci relaya H. forte de douze guides. En comparant la carte au dédale de ses séracs. curieux petit îlot perdu au 1 Leur caravane se dirigeait comme la nôtre vers le Lysjoch. une arête de rocs fauves que dorait justement le soleil et par où l'on grimpe parfois au Mont Rosé. Tout notre intérêt se portait maintenant sur la crête du Lyskamm. sous la direction de M. A cette époque. et elle venait de s'engagersur le glacier à l'ouest du point 3 344. dans une neige peu consistante. Le glacier s'apaisa peu à peu. avant même qu'on puisse lui porter secours. mais vainement. Perren . « Ce qui prouve bien du reste qu'il n'y avait rien d'urgent à tenter. en outre. Perren fut immédiatement descendu jusqu'à un petit socle de glace où il put s'asseoir et jeter un gant à son frère. Nous évitions également le lieu de la catastrophe où périrent Kônig et Flender. Le triste souvenir de cette catastrophe était présent à notre mémoire. pour choisir une voie plus longue sans doute.. S.. Le point 4 366 est la première bosse neigeuse de l'arête orientale du Lyskamm. dont les flots cotonneux léchaient le flanc des montagnes à une grande hauteur. Il était couché avec le visage vers le bas. Pendant ce temps. et c'est grâce à cela qu'il échappa à la mort. la largeur de la crevasse était de 0. Flender et Kônig. Flender était sur le dos et recouvert. Notre chemin passait juste au pied de la formidable pente du Lyskamm. mais mieux appropriée à nos skis. » (Alpina. attira notre attention sur une cascade de séracs tombée récemment du Mont Rosé et dont les mille diamants rutilaient dans la belle lumière du matin. et l'hiver n'avait rien changé à leur aspect ordinaire. Cette bosse présente des rochers très raides sur le versant suisse et qui sont invisibles lorsqu'on se trouve sur le Lysjoch ou qu'on y monte d'Italie. il réussit à dégager complètement H. Durant une demi-heure. mais qui n'est congelée nulle part ailleurs. 51-53.. vis-à-vis. tous en ski. Ils disparurent sans un cri et presque simultanément dans le gouffre. les guides locaux Hans Peter Perren et G. P. et nous commençâmes à louvoyer à travers les gouffres à moitié comblés qui bâillaient à l'entour. toutes les glaces du Lyskamm étincelaient sous l'ardeur du soleil. et nous nous faufilions. d'atteindre celui de Kônig. quatre hommes munis des meilleurs outils durent travailler pendant une heure et demie pour arracher le cadavre à la neige qui l'enveloppait. coïncidât avec la direction de la marche. il essaya encore. nous nous écartions volontairement du chemin que l'on suit d'habitude.) Si je rappelle ici les tristes détails de cet accident. Les avalanches couvraient la neige de leurs débris. légèrement arqué et large de deux mètres seulement. Seiler. Derrière eux.Le glacier apparut à nos yeux. Nous descendîmes vers le Lysjoch en traversant le monticule dont j'ai parlé plus haut et dont l'altitude atteint près de 4 300 mètres. au fond. Elle avait quitté la cabane Bétemps à 3 h. Une barre de séracs d'un effet magnifique défend l'accès direct à la plus basse dépression du Lysjoch et nécessite un détour jusqu'au pied de la Ludwigshôhe. Chacun était donc tombé d'une manière différente. l'autre était d'un bon bout trop courte. Dethleffsen. Des Alpes Cottiennes. le guide Hans Perren et enfin MM. les deux victimes furent transportées à Zermatt sur des traîneaux. Un malheureux hasard voulut qu'un grand tronçon de la crevasse. en même temps que la neige qui l'environnait. mais ce qui a frappé leur vue. le lendemain. Durant deux heures et demie. comme un petit cône bleu posé sur la houle de l'océan. Hans Perren était debout contre la paroi de la crevasse. « Enfin. la couche de neige mesurait une épaisseur de 3.

la bise rendait le séjour au sommet peu agréable. partaient de la cabane Bétemps pour monter au Lyskamm. Dix-neuf ans plus tard. Elle présente beaucoup d'analogie avec la partie supérieure du versant suisse du Mont Dolent. le grondement d'uue avalanche se fit entendre. 3 J'ai appris plus tard seulement qu'un livre est déposé dans le cairn. furent précipités sur le versant italien. à l'abri des rochers qui font face au Mont Rosé. deux Anglais. La longueur des parties effondrées était d'environ 15 métrés de chaque côté. Lewis et Paterson. les Alpes Graies et celles du Dauphiné. A plusieurs endroits. car je ne sais trop quel eût été notre sort. et ils virent un nuage de neige descendre de l'autre du Lvskamm. une corniche de neige. Et si le glacier est rapide ou dangereux. que le danger des corniches avait disparu. la plaine du Piémont.) 2 Voici notre horaire: départ du Lysjoch: 11 heures . adhérant à la montagne. Ce n'est qu'en arrivant au pied du sommet que nous pûmes nous convaincre. l'accident se répéta par une triste fatalité. Sur cette face glacée. ils aperçurent les corps du D1 Gûnther et des guides. La température est un facteur dont nous nous préoccupions beaucoup au cours de nos premières expéditions d'hiver. Sans être forte. nous relevâmes les traces évidentes d'anciennes marches taillées dans la glace — ce qui prouve bien que l'enneigement des crêtes élevées est presque nul durant l'hiver. . Mais ce qui manquait à nos yeux. Il était 10 h. Il fuient accompagnés jusqu'au Lysjoch par un Allemand et son guide. Nous nous résignâmes à les sucer philosophiquement. vues en enfilade et réduites par la perspective. l'œil s'habitue au vide et le pied s'affermit grâce à la morsure si franche des crampons dans la neige. Malgré toutes ces précautions. On sentait la tempête approcher à grands pas. congelée en vagues. J'avoue sans honte qu'aucun de nous n'avait emporté de thermomètre. L'heure tardive précipita notre fuite . et finalement nous préférâmes nous installer tout bonnement dans une combe neigeuse. tous les moyens de descente devenaient bons. Ceux qui relevèrent leurs cadavres racontent que la cause de l'accident était très apparente . jour pour jour. les sacs à cet endroit. Le même vent sans doute qui nous avait déjà persécutés le matin. Seul. Zermatt and thé Matterhorn. d'environ trois mètres. la partie la plus intéressante du panorama. Nous nous assîmes sur nos skis et nous commençâmes à dévorer à belles dents un déjeuner dont la substance devait soutenir nos forces jusqu'au retour. Dès que nous fûmes sur l'arête. la vue du Lyskamm est moins belle que celle de la plupart des grands sommets valaisans. le premier d'entre nous était armé d'un piolet. car nous comptions bel et bien arriver à Zermatt le même soir. Le 6 septembre 1896. restaient enfouies sous la mer de brouillard qui montait toujours. mais nos prévisions furent toutes dépassées par la réalité. nous ne savions jamais exactement si nous foulions la partie surplombante des corniches. Après cet accident. bien ensoleillée. La dernière pente du sommet se dressait devant nous. lorsqu'elle est assez lourde pour s'attacher et.corniche de l'arête et l'on pouvait voir le trou par lequel ils étaient tombés. et dont notre sommet n'est pas le moindre joyau. Les grandes ondulations du faîte. sur de vastes champs de neige. bien entendu. le Dr Giinther et ses guides. A mon avis. La descente s'effectua rapidement et me parut agréable. si formidable et si classique dans sa grandeur. En outre. Peu à peu seulement. tout en étant moins vertigineuse. grâce à la confiance que m'inspirait la trace ( 4). 4 Soixante-dix minutes nous suffirent pour le parcours de l'arête jusqu'au Lysjoch. Nous ne perdîmes pas un instant. et ce fut une heureuse chance. Et le sommet lui-même était peu confortable 3. à Zermatt. Aucun de nous ne connaissait l'arête où nous étions engagés. avec trois guides Knubel de Saint-Nicolas. Roman Imboden de Saint-Nicolas et Peter Joseph Ruppen de Saas Balen. avait cédé sous le poids de la caravane. Cette incertitude provoque un sentiment fort désagréable.. p. La corniche s'était détachée de l'arête à deux endroits différents. point 4306:11h. quelque 500 mètres plus bas. Notre appétit aurait fait honneur au plus somptueux des banquets . A 10 h. nous découvrîmes à coups de piolet toute une échelle d'anciennes marches qui nous conduisit facilement sur la cime (2).milieu des neiges. Lorsqu'on s'est promené pendant des heures en ski. Le 6 septembre 1877. 173-175. malheureusement. Des brèches profondes obligeaient à de savantes manœuvres. située à 200 mètres environ du sommet. En s'avançant sur le versant italien. car nous laissions. on s'imagina. on prend ses bâtons entre les jambes et l'on file par la ligne de plus grande pente. c'était précisément la chaîne du Mont Rosé au Breithorn. s'il avait fallu disputer là-haut son équilibre à la violence des rafales. et que l'on quitte brusquement ses longues planches pour chausser des crampons et s'engager sur une crête comme celle du Lyskamm. Ils avaient crevé une. 30. Il y a longtemps que nous avons renoncé à pareilles fantaisies. etc. que notre trace passait bien au-dessous de la ligne de suture. 15. il ne restait pour le tromper qu'une dizaine de pruneaux secs au fond de nos poches. façonnée par le vent. en regardant derrière nous. Les deux autres ne portaient qu'un simple bâton de frêne. le vent cessa comme par enchantement. 30. La neige étant mauvaise. Les corps portaient des blessures telles que la mort avait dû être instantanée. et celle-ci était tombée sur le glacier 400 mètres plus bas. paraît-il. Au Lysjoch.45. la font paraître beaucoup plus courte qu'elle n'est en réalité. Des paris s'engagèrent sur l'heure à laquelle nous toucherions la cime. Quand la neige est mauvaise. La neige ne s'y accumule que beaucoup plus tard. et le passage des corniches nous forçait bien souvent à quitter la crête pour traverser de flanc la pente vertigineuse qui domine le Grenzgletscher. Mais les rafales soufflaient de tous côtés. c'est-à-dire coriace. sommet 4 538 : 13 h." (WHYMPER. former les corniches que nous rencontrons au début de l'été. couchés dans la neige au pied d'un précipice. ceux-ci ancrés à plat sur la neige au moyen des bâtons. comme c'était le cas pour le 1 C'est à cet endroit qu'eurent lieu les accidents de 1877 et 1896. il faut un moment de transition pour retrouver le dédain superbe qui se rit du danger et des abîmes. en compagnie des skis. un vent formidable salua notre retour. Il soufflait maintenant sur toutes les crêtes et soulevait des tourbillons de neige. mais que nous coniidérons maintenant comme tout à fait secondaire. Il nous parut inutile de faire du style comme on pourrait en faire pour éblouir la galerie d'un Kurort. et cette constatation nous tranquillisa pour le retour (1). Ceux-ci se dirigèrent ensuite vers la Ludwigshôhe pour observer l'ascension de l'autre caravane qui quitta le Lysjoch à 9 heures. laissant ainsi une portion médiane.

la consistance de la neige changeait du tout au tout. C'est ainsi que nous parcourûmes le Grenzgletscher du haut en bas. arrivés au pied du Gagenhaupt. Là-bas dans la plaine. que l'approche de la tempête. Une angoisse terrible passa sur son visage tout pâle : il s'épuisait et croyait à tout moment retomber au fond du gouffre. Lorsque nous quittâmes la cabane Bétemps. ce fut sans doute pour nous punir d'avoir affronté les glaciers avec tant d'insouciance. Je commençai par précipiter sur sa tête toute la neige qui embarrassait les bords du trou. nous le retirâmes d'un seul coup hors de ce vilain trou. prudemment soustraite au . on traverse la zone pénible et suspecte d'un glacier avec le minimum d'efforts et de risques. Il poussa même la bonne humeur jusqu'à lancer des yodels pour encourager notre zèle. au grand scandale de Mitten. on conserve ses peaux de phoque sous les skis pour diminuer encore leur glissement. Les brouillards d'Italie avaient débordé la frontière et s'écrasaient comme des paquets de plumes grises sur les neiges du Théodule. les skis convenablement nettoyés. J'étais en tête. je m'avançai. ne faisait qu'augmenter notre gaîté. J'allais regretter le beau paquet de bougies laissé à la disposition de nos successeurs sur la table du refuge. qui venait derrière moi. Ses skis étaient restés accrochés en travers de la crevasse. Cette situation demandait à ne pas être prolongée. Ce dernier plaisir suffisait à effacer le mauvais souvenir du Grenzgletscher. Cependant. tant il l'avait refusé de fois à nos supplications réitérées. A l'endroit où nous nous étions encordés le matin. aspiraient maintenant aux verdures du printemps. Qu'il serait doux de revivre ces impressions d'hiver au bord des flots bleus. il fallut renoncer à soulever notre ami par la seule force de nos cordes. après avoir remis tout en ordre. tout tranquillement. Nous étions si contents d'avoir réussi toutes nos courses et exécuté jusqu'au bout notre programme. sur le boulevard des Tranchées. Après deux essais infructueux. et il en résulta une hausse réjouissante dans la situation de notre infortuné compagnon. pour ne pas enfler notre vanité au souvenir de victoires faciles. Aussitôt. mais le malin profita de l'occasion et vida le flacon d'un coup. poussa un cri que j'attribuai naturellement à ma chute. la demie de cinq heures était passée. Au beau milieu des séracs. du moins. Comme je tenais un ski en balance dans chaque main. Nous voguions en plein Gorner. dans la tiédeur de l'air et le parfum des premières fleurs ! Et je songe maintenant (au bord de ces flots bleus) que si les dieux qui règlent l'aquilon déchaînèrent sur nous cette tempête. il était près de fleurir. lorsque Mitten. Toutes les crêtes fumaient sinistrement sous la rafale. sans faire la moindre chute et en suivant presque constamment la piste tracée à la montée. Par un flot de prose colorée. en rampant. et mille voix mugissantes s'unissaient pour rompre enfin le silence qui régnait depuis si longtemps sur la montagne. en enfonçant parfois jusqu'au ventre. lorsque. Lui-même se trouvait suspendu à une profondeur de 5 à 6 mètres environ. et Chouchou se trouva coincé au travers de la crevasse. et nous eûmes alors l'idée de disposer ses skis en travers de la crevasse. sortit de son sac l'une d'elles. raidissant son corps entre les deux parois de glace. nous tombâmes chacun dans une crevasse. qui semblait avoir tout prévu. Les yodels se transformèrent immédiatement en malédictions. Tandis que je tirais sur ce bout. Puis. Ému jusqu'aux larmes. et j'entendis bientôt sa voix qui me rassura sur son compte. aucune trace ne guidait nos pas. Ses excuses ne tarissaient pas. avec le vent. à ses côtés. la situation se corsa brusquement. Mais la crevasse présentait une disposition peu favorable à nos efforts : elle était oblique par rapport à la surface du glacier et formait un angle aigu avec la composante de nos cordes. Chouchou n'en croyait pas ses yeux . Chouchou nous exprima tout son regret d'être tombé si bêtement dans ce gouffre. cette fois-ci. lorsque. Combinant alors tous nos efforts.Grenzgletscher. Tandis que Mitten restait ancré à son poste. et nous pûmes goûter librement toute la volupté d'une glissade en style norvégien. que nous avions procédé l'autre fois. Les progrès du bissage devinrent bientôt nuls. Nos yeux. en côtoyant la rive droite. au moment de franchir le seuil de sa porte. aussi vite que nos skis le permettaient. Il m'expliqua avec humeur qu'il ne s'agissait pas de moi. je pus facilement arrêter mon plongeon et je me retournai pour tranquilliser mon compagnon. mais ses bâtons avaient dû tomber beaucoup plus bas. de sorte qu'il pût passer un bras sur chacun d'eux et se soutenir ainsi dans le vide. En effet. les peaux de phoque furent enlevées. Mais. celui-ci avait complètement disparu à notre vue. la nuit s'était faite aussi noire que possible. nous nous apprêtâmes à traverser les séracs que forme le glacier à cet endroit. De cette façon. la brume et les flocons de neige. Il devait être près de 7 heures. et le vent nous soufflait au visage des tourbillons de neige. où rien ne l'attirait apparemment. Nous avancions tant bien que mal. Car elle mettait plus de prix à la victoire et rendait moins pénible la séparation d'avec les montagnes. il fallut donc procéder avec la plus grande prudence. Je le rassurai de mon mieux. du moins. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient la neige. mais bien de Chouchou. devenu légendaire. J'avais trop escompté la rapidité de nos skis et la facilité de notre fuite. je lui coulai mon bout de corde dont il se ceignit le torse. La tempête approchait rapidement. Il fallait vraiment qu'il jugeât le moment psychologique pour se résoudre à ouvrir ce flacon sacré. ou. Mitten sortit d'un geste noble et généreux la gourde qu'il serrait jalousement dans la plus profonde de ses poches et où il conservait depuis huit jours un reste de cognac. Il fallait porter les skis et marcher à la corde. La réaction fut assez comique. il se cramponna à celui qui le reliait à l'inébranlable Mitten. et cela beaucoup plus rapidement qu'en s'obstinant à faire du style. et ce passage n'avait guère exigé plus de vingt minutes. m'étant détaché. au moment où nous allions leur échapper. Trois ans auparavant. mon ami et moi. loin de nous effrayer. Chouchou et moi. qu'il ne vide généralement qu'une fois la course terminée. simultanément. C'est ainsi. Un système très compliqué de crevasses invisibles semblait nous entourer . La nuit était venue. rassasiés par l'éclat des neiges. le plus près possible de la crevasse où notre ami avait si brusquement disparu. nous avions parcouru en moins de deux heures ce même chemin de la cabane Bétemps à Zermatt. Mitten.

Nous avions déjà composé mentalement tout le menu du festin qui serait ordonné et que l'enjeu liquide des paris engagés durant la course devait arroser de ses flots généreux. nous découvrîmes les petites lumières de Zermatt. Je lui fis entendre qu'elle avait à se lever immédiatement pour héberger trois touristes affamés. ce fut sans éveiller le moindre juron. Il fallut ensuite quitter le glacier pour gagner les mazots de Furri. Si quelque gnome avait aperçu le falot que je tenais entre les dents. Une piste nous mit ensuite sur le chemin d'Aroleit où nous pûmes enfin quitter les skis et allumer une pipe bien méritée. A l'entrée du village. Je reconnaissais très bien maintenant le petit chemin qui nous guidait et qui de Zumsee s'insinue dans le gorge de Z'mutt pour franchir ensuite le torrent et longer son cours sur la rive opposée. Onze heure? avaient sonné à plusieurs horloges. nous parvînmes à un endroit que je crus reconnaître et qui me prédisait le terme prochain de cette acrobatie diabolique. La perspective d'un bon gîte. nous tînmes conseil et décidâmes de faire une tentative désespérée pour nous sortir de Charybde sans tomber dans Scylla. Herr ! exclamation qu'affectionné particulièrement la famille Graven et qui m'avait déjà bien amusé. dont la patience ne souffrirait plus une longue attente. puis nous gagnâmes promptement la jolie chambre qu'on nous avait préparée et nous nous endormîmes dans de fort bons lits. Mais nous ne découvrîmes rien qui pût ressembler à un chalet. — et raconter plutôt la fin de notre voyage. Elles étaient bien éloignées encore. Là. s'éteignant et renaissant dans les ténèbres. l'électricité remplaçait avantageusement sa lumière. et nous commencions à douter de l'hospitalité rêvée. et c'est en titubant de sommeil que nous parvînmes aux premières maisons de Zermatt. Notre allure s'accéléra. ne devait pas nous lâcher de si tôt. . Celles-ci disparurent bientôt à nos yeux derrière un petit bois de mélèzes dont la traversée nous valut de nouvelles égratignures. Avant de nous résoudre à bivouaquer dans ces lieux inhospitaliers. mes deux compagnons. en effet. j'escaladai le premier étage et je me mis à frapper à une porte dont les ais laissaient filtrer un mince rayon de lumière. L'espoir revenait. Dans la longue rue de mazots et d'hôtels. Quant aux lanternes. puis de remonter vers l'endroit où je pensais trouver les mazots que nous cherchions. serrés autour d'une petite chapelle que je reconnus pour être celle de Furri. Une jeune voix me répondit. dans le haut du village. succédant aux menaces d'un bivouac. mais où nous comptions trouver une piste conduisant dans la vallée. mais leur apparition confirma notre espoir de finir cette nuit ailleurs que dans la neige ou sous quelque bloc de rocher. Une sérieuse morale terminerait dignement le récit de notre odyssée et rachèterait peut-être notre insouciant trio aux yeux de certains lecteurs critiques et timorés. A bout d'arguments. nous chaussâmes nos skis pour diminuer les risques d'un nouveau plongeon et — comme la pente était très raide et qu'il fallait procéder avec une extrême lenteur — nous nous résignâmes à avancer en escaliers. faute de combustible : elle avait brûlé plus de trois heures et ne mourait qu'après nous avoir sauvé la vie. Ce fut un moment de satisfaction pardonnable et de joyeuse détente. qui sont naturellement inhabités l'hiver. quelle était cette pauvre âme errant dans la tempête. La guigne. lorsque nous nous mîmes à les bombarder à boules de neige. lors d'une précédente visite à Zermatt. attardée sans doute à lire quelque roman dans son lit. elle ne cessait de satisfaire notre appétit et nous prodiguait amplement les sourires et les Jawohl. la fatigue se faisait mieux sentir. De l'autre côté de ce bois. plongés dans une obscurité complète. avec une confiance dont j'aurais voulu être digne. qui devait être celle de la fille du patron. ouvrit toutes les soupapes de notre gaîté. nous envahissions la cuisine. Elle me rassura par un vigoureux : Jawohl. notre bougie s'éteignit. Nos appels restèrent sans réponse. En tendant la faible lumière du falot dans toutes les directions. qui tient la pension du Trift.paquet. je pouvais me faire une vague idée du terrain. titubant. plaçant à chaque pas nos skis en travers de la pente. Peu à peu. car. lorsque nous nous arrêtâmes devant la « dépendance » de Seiler. Après bien des manœuvres et bien des jurons. Quelques minutes plus tard. ce soir-là. Herr ! Nous mangeâmes aussi longtemps que notre faim put lutter contre la fatigue . lorsqu'il me vint à l'idée d'entraîner mes compagnons chez Graven. Nous parcourûmes cette rue d'un bout à l'autre sans trouver à qui parler. et nous faisions main basse sur tout ce qu'elle s'avisa de tirer de ses buffets. sur les talons de la patronne. Il était troué de gouffres exhalant une haleine humide et froide. nous en avions trois. suivaient mes traces à bout de corde. Je me laissais guider par mon instinct et le souvenir presque effacé de ces lieux. qui nous avait accostés si brutalement sur le Gorner. tout en bâillant. et nous choisîmes la meilleure pour y loger notre chandelle. Tout au fond du gouffre noir qui s'ouvrait maintenant à nos pieds. Notre arrivée nocturne devait être une chance rare pour la prospérité de son auberge. Nous continuâmes donc dans la direction des lumières. Nous avions donc quitté le glacier beaucoup plus haut que je ne le supposais. levée elle aussi. Elle nous conduisit finalement à une agglomération de mazots. il aurait pu se demander. Aucune lumière n'éclairait les fenêtres et. et il en résulta naturellement des chutes aussi nombreuses que grotesques et fatigantes. Craignant les crevasses invisibles qui semblaient nous entourer. nos manifestations ne suscitèrent pas plus d'indignation. Derrière moi. Tout le village semblait endormi. la pente de neige reprenait plus douce. avant notre départ. secoué. Le vent éteignait fréquemment la lanterne et nous perdions du temps à la rallumer. Mais je préfère laisser à chacun le soin de déduire cette morale selon son goût. Nous eûmes l'impression de glisser dans une combe. A mesure aussi que diminuait la tension des nerfs. et nous commençâmes à rire de notre aventure. les obstacles diminuèrent et je pus m'orienter : nous étions arrivés sur la partie inférieure du Gorner (le Bodengletscher) et nous pouvions désormais nous passer de la corde.

et son cocher. lorsque je voulus chausser mes laupars. le train devait être parti lorsque nous enfilâmes la rue pavée de Viège au fi de tous les règlements et au grand trot de notre mule. qui remplaçait bien entendu le cheval dont on BOUS avait assuré le concours. hésita un instant. Vous connaissez ce chemin de Stalden à Viège : coupé d'escaliers. ce dont nous commencions à nous douter. après sept mois de mobilisation. mais rien n'y fit. Mitten et Chouchou cramponnés sur la planche qui leur servait de banc . aussi bien que la nôtre. malaisé et dominant sans cesse la rivière* comme la corniche d'un toit domine la rue. CHAPITRE XIV LES ALPES LÊPONTINES . Que faire. Mais. à mesure que l'espoir diminuait. au moment où notre carriole démantibulée quitterait le chemin pour filer dans la rivière. il faut partir à temps ! Lorsque nous arrivâmes à la station. Sur cette piste aérienne. pour ne pas la perdre en route. prudemment agenouillé à l'arrière. Se croyant peut-être sous le bât. nous engagea vivement à ne pas tarder davantage. nous rencontrâmes un ouvrier qui rentrait du travail. Nous quittâmes donc la famille Graven. la patronne. Après une demi-heure de cette vive allure. 05. C'était seulement lorsque le chemin se transformait en dévaloir et côtoyait le bord du torrent. Nous ralentîmes peu à peu le pas. et il nous apprit que le train était parti depuis longtemps. nous expédiâmes le dîner à regret et nous confiâmes nos skis à la poste. sinon de suivre cette longue voie ferrée? C'est bien. rapide. Le cocher fut donc payé et son mulet envoyé à tous les diables. Enfin. et il paraissait peu disposé à repartir en campagne. ce furent les brusques tournants et les virages penchés sur le vide. Je reverrai toujours aussi le regard angoissé que me lança Mitten lorsque nous nous engouffrâmes. Plus loin. nous y trouvâmes un cocher entre deux vins et nous lui mîmes le marché à la main : « C'est à prendre ou à laisser : si vous nous descendez à Viège pour l'heure du train. Les étincelles jaillissaient de toute part et les gosses éperdus fuyaient sous les jupes de leurs mères. de peur qu'on ne veuille absolument les sécher en les brûlant. malgré les coups de fouet et les injures du cocher qui ne cessait de l'apostropher dans son patois savoureux : sacries ! sacernona ! Nous joignîmes volontiers nos cris et nos gestes menaçants à ceux du patron. La monotonie de la marche fit germer dans nos cerveaux hallucinés un projet nouveau : celui d'arriver à Viège à temps pour prendre le train du soir. Il lui fallut dix bonnes minutes pour harnacher son mulet et l'atteler dans les brancards d'un chariot à fumier où nous entassâmes nos sacs et que nous suivîmes bientôt en courant à travers le village. vous touchez vos cent sous de pourboire. Lorsque enfin nous arrivâmes à Saint-Nicolas. prévoyant les obstacles. il conservait obstinément le pas. nous apprit qu'un train d'ouvriers était monté dé Viège jusqu'à une courte distance au-dessous de Saint-Nicolas et qu'il serait facile d'en profiter au retour en s'adressant à l'ingénieur dirigeant les travaux de la voie. en risquant fort de précipiter la fin de nos aventures. Nous franchîmes cet obstacle je ne sais comment. et nous ordonnâmes un grand festin à l'Hôtel du Mont-Rosé. notre bonhomme mit sa mule au galop dans l'avenue de la Gare. Mais rien ne sert de courir. Le mulet. Il exposait sa vie. pour tâcher d'accélérer l'allure désespérante de sa bourrique. On n'est jamais assez prudent quant à ses chaussures. Au cours du repas. le train venait de partir. pierreux. venait de rentrer à son village natal. le dernier qui nous assurât la correspondance avec les express partant de Lausanne. Le train devait quitter Viège à 7 h. esquissait un temps de galop. Nous arrivâmes à Stalden quelques minutes avant 6 heures. et c'était à moi de la soutenir du pied. prêt à sauter. pour suivre la voie ferrée aussi vite que nos jambes le permettaient. touchant du nez la queue de son mulet. comme une trombe. faisant ressort de mes bras. La longueur de la course nous avait mis en appétit. entre les murs resserrés du petit pont arqué sur la Viège et qui m'apparut comme le tremplin au skieur qui va prendre son vol pour le saut.Le lendemain. Détraquée par les secousses du chariot. commença une course à la mort. je trouvai que leur pointure avait diminué de trois ou quatre numéros. Le traîneau. le meilleur chemin à l'usage des maiheureux piétons. nous courûmes au premier café . Sans perdre un instant. aucun wagon n'était encore en vue. après nous avoir salués. Le mulet trottait toujours. Le thalweg se trouvait dans les pires conditions imaginables pour un attelage tel que le nôtre : un demi-mètre de neige gluante reposait entre deux remparts de blocs congelés. J'ai parcouru trois fois ce « chemin » de Zermatt à Viège. et le cocher. le cocher accroupi devant eux. Je reverrai toujours notre bruyant attelage lancé au grand trot. toute la mécanique des freins pendait à l'arrière en raclant. Mieux vaut les cacher sous son oreiller. Mitten surtout y tenait beaucoup. avec un sang-froid et un j'menfichisme superbes. suivant les méandres du chemin. et moi enfin. qui devait bientôt repartir. et je me jure chaque fois que ce sera la dernière. Cette métamorphose s'expliquait facilement par les soins diligents dont la patronne et sa fille les avaient entourés. nous avions abandonné toute idée d'attraper à Viège l'express de l'après-midi. malgré sa cuite. où le traîneau pouvait tout juste passer. jeté de droite et de gauche . grinçant dans les ornières. vu le mauvais état des chemins. nous attendait dans la rue. Elle nous assurait qu'en vingt minutes nous arriverions à l'endroit où s'était arrêté le convoi. puis se décida à tenter l'aventure. cahoté par les pierres. que le mulet. que nous avions commandé pour descendre à Saint-Nicolas. malgré mes plus strictes recommandations. malgré son héroïsme et la diligence de son mulet. du reste. Heureux d'être enfin favorisés par une chance inespérée. dont le souvenir fait pâlir en moi celui du Lyskamm lui-même. » II tira sa montre. Jouant son va-tout. manœuvrait avec une précision étonnante. en emportant toutes ses bénédictions et le souvenir de sa large hospitalité. talonné par le traîneau qui lui chatouillait les jambes. et les derniers wagons disparurent dans un nuage de fumée. sans jamais faire le moindre faux pas. grasse et réjouie. tournant. complètement abrutis par les secousses.

p. Mon intention n'est pas de vous parler de ces courses que vous avez sans doute faites avant moi. ça et là quelques pans de roche fauve. outre une très riche collection de jurons. A. ils semblent aimantés : l'inconnu les attire et ils pointent volontiers vers de nouveaux buts. et qu'arrivé sur quelque sommet. c'est le menu habituel des hôtes du Bedretto. dans le Bedretto. durant cette course. Fischer (3) et Tauern (4). Les petits villages du Bedretto. toute la montagne était recouverte d'une carapace de neige dure. Après une longue promenade sur la neige houleuse. — car.1909. d'une pureté admirable. sachant fort bien que le massif en question est l'un des plus courus et que tout skieur qui se respecte l'a visité une fois au moins. et. quelque bizarre silhouette blanche prêtent à cette nature son cachet et son charme. sous ses formes les plus originales. En été. 166). Mais. je lui tourne volontiers le dos pour admirer autre chose. Dans le volume IV (Simplon-Furka) du Guide des Alpes valaisannes. dit-on. — et je lisais dans le regard désormais protecteur de ce monsieur l'impression de pitié que lui causait mon ignorance. Vers 11 heures du matin. Sa femme préparait le repas : minestra. durant tout le mois de janvier 1911. mais c'est lui qui provoqua ma sympathie pour les Alpes Lépontines. Toutefois. le Dauphiné et. ni passer pour plus malin qu'un autre. présente des contrastes saisissants et des tableaux tels qu'on en rencontre seulement sur le versant méridional des Alpes. et lorsque nous arrivâmes. Je crois que mon ami n'a jamais mis son projet à exécution. frittata. menu pimenté dont il fait bon goûter dans ces montagnes. L'Oberland bernois m'a toujours été peu sympathique . nous causa un moment d'enthousiasme. quelques mots d'italien. avec un superbe glacier. il y a quatre ans. 35. Mais. sans hésitation. j'ignorais totalement le nom de Blindenhorn. étouffées bientôt dans l'ombre envahissante. par exemple. le dernier hameau habité dans la vallée. mêlant la fumée de son Stump à celle de votre pipe. l'angélus tombait en notes graves. il ressemble si bien à une gigantesque crevasse que notre repas fut vite expédié.(Du Simplon au Gothard)1. dans le train.. ne ferait de nous qu'une bouchée. Nous y arrivâmes au crépuscule. Mais ce que virent nos yeux. saccadées. 7-10). alors que. salami.. de vastes horizons. je ne voudrais pas me faire la réputation d'un sauvage. mais cette région sera comprise dans le volume III du Walliserskifuhrer qui est annoncé et sera publié avec une carte annexe par les soins du C. 1905. nous préférâmes dans la suite nous arrêter à Ossasco. Mittendorff et moi. La vue immense. sous un soleil glorieux. Cette étude approfondie est illustrée de cartes schématiques indiquant les routes à suivre. le même hiver. Le mélèze. Mais. plus tard. Ce monde était vaste : on voyait les Apennins. le torrent capricieux dans ses méandres. si régulièrement espacées qu'il semble avoir été incliné tout exprès pour le plaisir des skieurs. pp. mais j'ai couché sous le toit de la Rotondohùtte et j'ai bel et bien lié connaissance avec les Alpes Lépontines en visitant tout d'abord le Blindenhorn. hiver. L'avouerai-je ? Mes skis ont une tendance à quitter les traces toutes faites . ce lac doit présenter l'aspect d'un Màrjelen en miniature. nous étions enfin arrivés au sommet de la montagne. suivi d'une longue extase. pp. Villa. le départ ne fut donné qu'à 7 heures. n'est pas encore près de s'effacer de ma mémoire. nous avions traversé le Cornopass. et je m'attendais à faire une course merveilleuse. Ossasco. ma rétine est encore impressionnée par les courbes bleues du Griesgletscher. à l'idée que la crevasse. Une première contribution au Guide du skieur XVIII. Bien des fois il me fallait répondre négativement — et j'en avais presque honte. Connaissez-vous la cabane Rotondo? le Blindenhorn ? les Clarides? la Segnes ? le massif de l'Err?. Grâce à Staub. Le récit qu'on va lire est de l'Echo des Alpes. 1913. égrenés le long d'un chemin capricieux. Or. en s'ouvrant. pour le skieur. mais. J'avais lu sur cette montagne deux ou trois récits d'ascensions : ceux de Hoek ( 2). une belle carte toute neuve à la main. qui possède de vrais lits. qui possède. 3 FISCHER. pp. le Blindenhorn avait baigné dans un azur parfait. au grand étonnement de Forni. comme le gîte laissait beaucoup à désirer. Skifahrt auf das Blindenhorn (Zeitschrift des deutschen und œsterreichischen Alpen Véteins. par quelque skieur entrevu durant la journée et qui. je rencontre dans la rue un de mes amis. de guide des Alpes Lépontines. au commencement de février. 195-199) 4 TAUERN. pp. de ce fait. et comme la bise était fraîche malgré le grand soleil. gardé un mauvais souvenir du Blindenhorn. vino nero. je lui demande ce qu'il projette. Bd. — Un jour. A l'heure qu'il est. d'où s'ouvrirent à moi. Piz Lucendro und Blindenhorn (Ski. n 13. cette fois-ci. ne peut donner que ce qu'elle a. par le D' Oscar Hug. Il ouvre sa carte et me montre un sommet de 3 384 mètres. Bedretto. ont chacun leur aspect particulier et leur nom sonore : Fontana. Mes muscles et mes skis ont. au retour de courses. 2 HOEK. Si je ne suis pas monté au Piz Lucendro. L'accueil simple et cordial reçu à Ronco restera un des bons souvenirs de cette excursion. je saluai ses pics comme les rois du monde. entre eux 1 II n'existe pas encore. je partais pour remonter le Bedretto et visiter ce fameux Blindenhorn. parcourue à l'aube et le soir au crépuscule. à demi enfouie sous là neige . je dois même dire que je ne l'ai jamais visité. se trouve comme par hasard assis en face de vous. 43-63 : Die Blindenhorn-Ofenkorngruppe. Voilà des questions que je me suis souvent entendu poser. Two guideless ascents in winter (Mont Rosé and Blindenhorn) Alpine Ski Club Annual . paru en 1920. La partie supérieure du Bedretto. 125-156. du haut de son clocher. on trouvera quelques notes succinctes destinées aux skieurs qui désireraient visiter ces montagnes. est bien le plus pittoresque et le mieux situé de tous. h plus belle fille du monde. Staub. Signor Anselmo Forni nous ouvrit sa porte et nous prêta son toit pour la nuit. la Bernina. la vieille alpe ruinée. Le lendemain. c'est qu'il n'a pas voulu de moi . . nous nous arrêtions pour déjeuner à l'abri d'une paroi de glace qui forme la rive la plus haute d'un petit lac. — Ronco. sur le plateau neigeux du Gries. S.

Le système orographique de ces montagnes est bien différent de celui que traverse la Haute Route : il n'y règne pas cette belle ordonnance . avec quel espoir mélangé de doutes. la High Level Road s arrête à Zermatt. du Simplon au Gothard. par le fait qu'on descend dans une vallée. Ce fut une délicieuse flânerie. irradié dans l'or du couchant. Au retour. et Mittendorff dut payer mon triomphe en ouvrant péniblement la piste. sur les pentes rapides qui séparent le Piano Secco de l'Alpe Nuova. tenue à Ossasco par la famille Pervangher. s'insinuait par de longs méandres à travers les glaciers ou les forêts. Comme je l'ai dit au chapitre IX.tous. Peu au-dessous du Gerenpass. J'essuyai d'amers reproches. J'ai parlé ailleurs (1) de cette traversée combinée des cols de Geren et de Wyttenwasser. son moral était tombé très bas. Mittendorff fut difficile à convaincre. De quel œil amoureux. Ce fut une course infernale. répondant aux yodels qui partaient de la cabane Rotondo. 1912. Quelque temps avant cette course. et nous volions à toute allure sur la neige unie du glacier. Plus tard. en bras de chemise. du Simplon au Gothard. Nous n'osions pas nous lancer. car il avait trouvé la neige du Blindenhorn trop dure à son goût et il craignait de renouveler de fâcheuses expériences. je me hasardai à tracer an crayon un trait continu qui traversait toute la carte. Au Simplon commencent les Alpes Lépontines. dans une sorte de coulisse gigantesque. des hennissements. plutôt que celui de fer. Enchantés de me faire supporter la responsabilité de cette audacieuse hypothèse. j'attendais le moment où. ne pouvant manger et boire que peu. Sur l'autre versant de ce col. Le temps d'apprêter les skis. pour rentrer chez moi (2). Mais ce ne fut qu'une fausse alerte : après être descendus une centaine de mètres sur une pente raide. tant l'hospitalité y est grande. quelque mystérieuses pour moi et qui excitait ma curiosité. ils se laissèrent enfin persuader. de lancer un dernier adieu au Blindenhorn. presque entièrement située en territoire italien. la nuit nous surprit à Ronco. A Hospenthal. je réussis à détourner mes compagnons du chemin d'Airolo. Dans la nuit noire et froide. Il s'agissait de se rendre à Andermatt par le Wyttenwasserpass (2 885 m. nous pûmes doubler ce cap inattendu et chausser les skis. de Choudens et moi. Mes prévisions se réalisaient. qui. on n'y retrouve plus le parallélisme presque géométrique des vallées latérales du Valais. le cheval au galop nous emporta bientôt. en considérant cette route sur la carte. aboutissant perpendiculairement à la grande chaîne pennine. mes compagnons étant dès lors suffisamment stimulés par la beauté du jour. p. la neige devint si dure qu'il fallut fixer les crampons sous les skis. de Lebendun et du Vannino. La lune devait favoriser un départ nocturne et nous permettre d'arriver en un jour à l'alpe Devero par les cols du Gries. dont la mâchoire s'était démise à la descente du Val Corno. Distances à vol d'oiseau .long d'une corde fixée à l'arrière du traîneau. — dans la neige poudreuse cette fois. . mais les brouillards du versant septentrional des Alpes avaient une tendance à dépasser la crête des montagnes pour venir s'accrocher aux cimes tessinoises. C'est un but que je voudrais recommander aux skieurs qui ont une journée à perdre 1 2 Alpina. Staub. nous fîmes un jour une promenade jusqu'à la Forcla di Cristallina. je prendrais ce chemin. et avec quelle impatience. Il me fallut un certain toupet pour leur assurer que. puis jusqu'au Gothard. tantôt s'élevant. nous aussi. Après bien des hésitations. Quant à Staub.— et c'est une des raisons pour lesquelles nous nous étions arrêtés là. 55 kilomètres. échelonnés le. Sous les chauds rayons du soleil de midi. le dernier à la corde rasa les murs et plus loin il faillit passer dans la Reuss : dernière folie d'une journée mouvementée et riche en contrastes. qu'on atteint facilement d'Ossasco en trois heures. si la neige était mauvaise sur le versant du Bedretto. pour leur faire suivre un sentier plus étroit. 109. l'arête nord-ouest du Kûh-bodenhorn nous procura un instant d'émotion . Le temps était malheureusement d'une inconstance exaspérante. Mittendorfî était décidément confondu. je crois bien que j'étais le dernier à zigzaguer. avions établi notre quartier général à la petite pension du Nufenen. il me vint à l'idée de la prolonger jusqu'au Simplon. tantôt descendant. des myriades de pics dont j'oublie les noms. Très peu connue des alpinistes suisses. je suivais maintenant ce fil menu. de Bourg-St-Pierre à Zermatt. Une heure plus tard. elle descend beaucoup plus bas que ne l'indique la carte et semble fermer le passage par lequel nous comptions accéder aux névés supérieurs du Gerengletscher. où nous couchâmes une seconde fois. elle était alors ignorée des skieurs. une forte patrouille d'officiers en civil nous assura que la descente à Realp présentait tous les charmes désirables. attendant un traîneau pour gagner Andermatt. Nous nous sentions là comme chez nous. j'avais traversé les Alpes Pennines par la Haute Route de Bourg-Saint-Pierre à Zermatt. La zone praticable au ski est rejetée sur le versant méridional. aussi. Il y avait du fœhn dans l'air . Une première tentative pour mettre ce projet à exécution eut lieu en mars 1911. des coups de fouet et des cris inhumains. Le lendemain. Pour occuper notre temps. Sur le Wyttenwasserpass. il ne soufflait mot et. et en revivant mentalement toutes les émotions de la traversée.). 44 kilomètres . nous étions attablés à Realp devant un grog. les vacances venues. elle serait excellente sur celui de la vallée d'Urseren. et rejoignait notre route du Blindenhorn. le ciel était bleu du côté de l'Italie. Le niveau général se trouve abaissé et la nature y revêt un tout autre caractère.

pas un souffle de vent sur la neige tout unie. il s'échappait dans l'obscurité en bonds sauvages et craintifs. les premiers rayons du soleil jouaient sur la neige une gamme de tons où l'ocre et le rosé se fondaient lentement dans l'azur. Cette petite chapelle du San Giacomo. les plus blasés trouveront là de quoi émerveiller leurs yeux. Il avait sans doute mangé depuis longtemps toutes les souris du logis. la Cristallina (2 910 m. en plein sud. dès l'aube. Après nous être étirés longuement. un peu au-dessous de la Forcla. assez fréquent dans e Bedretto. le Basodino présentait son large glacier bombé et luisant sous le soleil. dès le lever du soleil. le gîte familier nous attendait. Vers midi. au pied d'un mélèze centenaire. de Choudens. 2 . Mais. symbole de modestie et de renoncement dont la poésie toucha mon âme. j'entendais Staub derrière moi me gagner en vitesse. et maintenant l'aube se levait déjà dans un ciel sans nuage. L'air doux était imprégné des senteurs qui annoncent la tempête. vous auriez voir dans le haut du Bedretto. outre une descente splendide et variée. que la muraille de nuages s'rrrêtait régulièrement derrière la chaîne du Gothard. La Forcla franchie. perdue au milieu des neiges. Un an plus tard. le soleil perça un trou de ciel bleu . L'après-midi fut consacrée à l'exercice du saut. De là. il s'approcha souvent de nous pour dévorer ce que nous laissions tomber delà table . peur voir le temps qu'il faisait en Valais. nous fîmes une marche forcée à une allure folle et sans desserrer les dents. — Disons pourtant ce qui se laisse dire : après avoir traversé le Passo di Naret. se révéla à nos yeux comme un bijou. une note de gaîté tomba sur la nature et réchauffa nos cœurs. le plan d'attaque fut modifié et nous décidons de passer par le San Giacomo. Aussi. Il neigeait encore! Notre intention n'était pas de tenter la fameuse traversée. Or. Sur la carte. Pour rattraper le temps perdu. je fus réveillé en sursaut par un grand vacarme : Staub. debout au milieu de la chambre. très longue. A Ossasco. A l'alpe du Valtorta. A part ces teintes vives de l'aurore. Après cinq minutes de glissade vertigineuse.). La neige fut parfaite. les nuées débordent parfois la frontière et couvrent le Bedretto. « Mitten » allait de l'avant. deux heures plus tard. enfin. mais le désir de descendre enfin était trop puissant pour permettre une longue halte. nous montâmes encore jusqu'au col du Nufenen.) et le Basodino (3 277 m. A la dernière lueur du jour. J'avais l'impression que deux heures plus tard nous serions de retour. car il soufflait un vent chaud et lugubre dont les rafales faisaient plier la ramure des mélèzes. nous couchions à l'Ospizio del'Acqua. Ce phénomène atmosphérique. dont Forni voulut bien nous confier la clef.dans le val Bedretto. notre désespoir fut noyé dans le chianti. nous étions de nouveau à Airolo. couchés. nous descendions dans une petite plaine et remontions vers le sommet par une large croupe ondulée. serait fort pénible à tracer dans la neige profonde. immobiles. un peu fade. comme nous poussions la porte. le long d'une large terrasse au pied du Marchhorn. nous avions esquissé une voie d'approche passant par la Forcla Cristallina. qui flamboyait dans l'azur. 1912. Demain. Mittendorff et moi. p. A Ossasco. les brumes se fondirent ou restèrent accrochées sur les sommets. nous irions donc lui rendre visite. trois êtres démoralisés. nous admirions. avec un ciel sombre au-dessus d'eux. 85 lequel amasse des nuages sur le versant septentrional des Alpes et laisse le ciel du Tessin parfaitement bleu. La vue de la Cristallina est certainement bien belle et très étendue. mes yeux ont gardé de la Cristallina une impression de blancheur immuable. suivant une piste ouverte la veille. la glissade reprit. nous étions couchés 400 mètres plus bas. Le soir. Cependant. Durant la soirée. 109. freinant de toutes ses forces et hurlant à tue-tête : Furt ! Furt ! Le lendemain. suivant une piste à demi effacée. Au delà. pas le moindre incident ne vint troubler la tranquille félicité du jour . nous prîmes à gauche. avec son parvis entouré de corniches. dès qu'on voulait le caresser. en train de déjeuner (2). nous bouclions la boucle de la Cristallina et retombons dans notre trace. Le matin. Une nuit. 1 Alpina. pas un nuage au ciel. Un coup d'œil suffit pour nous décider à battre en retraite. nous étions en route pour le San Giacomo. Le lendemain. venait de pulvériser son réveil sur le plancher. deux heures plus tard. Ce que je résume ici en quelques mots nous coûta de longues heures de marche. et nous montions ainsi rapidement à travers les arbres clairsemés de la forêt. Peu à peu. J'ai déjà attiré l'attention des skieurs sur ces deux pics tessinois (1) et je me bornerai à tracer ici quelques souvenirs. Scène navrante dans le grandiose de ces montagnes. et assez loin dans l'azur. avant de monter à la Bocchetta Val Maggia. Il était tombé pas mal de neige et le temps s'éclaircissait lentement . pour crier famine si lamentablement. mais nous pouvions maintenant nous rendre compte que cette route. est dû à l'action du fœhn du nord (voir p. jour pour jour. mais. un pauvre petit chat blanc et tout tremblant se mit à miauler dans l'obscurité de sa prison. dans la nuit noire. le lever du soleil sur le Lucendro. nous prîmes possession de nos quartiers et. suivant des yeux les méandres gracieux de nos serpentines sur le flanc de la montagne. C'était bien fait : ce sacré réveil n'avait pas voulu marcher. Nous glissions muets vers cette chaude lumière. Par un curieux hasard. il neigeait à Airolo. Durant cette course. le chemin était couvert de verglas et. Le lendemain. Une puissante arête rocheuse projetée par la Fiorina (et qui n'est pas indiquée sur la carte) nous obligea à descendre sur le Bodensee. entre les mélèzes de la forêt. il n'y avait plus un nuage au ciel : nous étions tranquillement adossés à la petite chapelle du San Giacomo. Et plus loin. et nous partîmes fort gais pour Airolo. mais bien de rendre visite aux dignes voisins du Blindenhorn. dans l'évasement gracieux du col. l'alpe Robiei et le glacier du Basodino. mais nous pûmes constater ce jour-là.

nous surprîmes un petit coin de verdure. mais — autant le dire tout de suite pour ne plus y revenir — dès le lendemain et jusqu'à la dernière heure de la traversée. dont la préparation est du reste identique et tout aussi simple. Nous reprîmes au retour exactement le même chemin qu'à la montée. et l'on se dirige droit vers la face triangulaire du Monte Leone. Quelques mèches de brouillard traînaient aux flancs des monts. et moi. à renvoyer à Genève les trois quarts de son contenu. nous pûmes enfin choisir l'endroit le plus favorable pour traverser cette paroi qui se trouve n'être qu'une forte pente de neige. Depuis ce col. nous découvrîmes au delà de l'abîme notre route de demain : le col de Kaltwasser. qui conduit vers l'alpe Devero. bien plus intéressante et plus variée que celle de la Cristallina. se mit à gigoter au milieu. e il le considérait d'un air mélancolique. il y eut une courte lutte : de Choudens. en queue. constituent le charme de cette course. Le lendemain. mais la corde ne servit qu'à tirer mes skis sur la route du Simplon et dans le Bedretto. nous étions installés à l'hospice du Simplon. en évitant et repérant les quelques crevasses visibles. de la vallée du Rhône. Ayant éliminé le superflu. Si vous avez pu voir. qui nous permit de partir tard et légèrement chargés. dressée au milieu d'une prairie. sur la neige bruissante et légère. et atteindre ainsi la branche principale du glacier. Ce coup d'œil dans la réalité nous 1 Le Clubfûhrer durch die Tessineralpen du C. (1908) prétend que 1e Basodino fut gravi en ski avant 1908. Jusqu'au Breithornjoch. les mazots de Morast ressemblent à un jeu de dominos. les brouillards se retirèrent en Italie. une fugue endiablée. Au pied des rochers. nous eûmes presque continuellement les meilleures conditions de neige et les plus grandes chances de succès.Et celle-ci une fois atteinte. et plus loin. c'est moi qui l'emportai. C'est en suivant une de ces vires que nous atteignîmes l'arête occidentale. le Passo di Val Tendra. le temps fut beau et doux . On distinguait une vieille ruine. il fallut descendre encore. vous comprendrez le plaisir que nous eûmes à trôner là-haut. le seul qui fît tache dans toute l'immensité blanche. sans guère monter ni descendre. nous mîmes le nez à la fenêtre. Finalement. restant neutre. nous déposions nos skis comme deux Indiens auraient amarré leur canot en touchant la rive de quelque îlot sauvage. un vrai Paradis enclos de rochers et de mélèzes. brusquement arrêtée à All' Acqua. Ce devrait être quelque part dans le val Bavona. Notre reconnaissance s'allongea et finit par nous conduire au sommet du Monte Leone (3558 m. dans'une profonde échancrure de la montagne. On sait — nous avions pu le vérifier durant nos courses précédentes — que la neige est généralement bonne sur les pentes inclinées versle nord et l'est. plutôt qu'en sens inverse. par où Ton gagne le sommet. Avant les derniers rochers du sommet.). car il était passé 2 heures ( 1). je prétendais n'avoir aucun plaisir à varapper sur des dalles recouvertes de neige. où ils restèrent en suspens. Et c'est pourquoi. on traverse les névés supérieurs de l'Alpiengletscher. la montée est longue et passablement raide. En nous avançant un peu sur l'arête nord. De Choudens avtait son sac légendaire aux mille poches. et les aspects de la nature qui change à l'instant. le dernier acte : la traversée du Simplon au Gothard. en janvier 1913. nous fîmes une deuxième constatation coïncidant très heureusement avec la première : c'est que les plus belles pentes sont inclinées vers le nord et l'est. le 5 janvier 1913. A. Le gneiss du Monte Leone est disposé en couches régulières qui apparaissent très distinctement sur cette face de la montagne et forment de larges vires. . Arrivé sur le col entre le Basodino et le Piz Cavergno (Passo Basodino). Mais ces accidents de terrain. mais nos yeux s'intéressaient presque exclusivement aux Alpes Lépontines. mon fidèle ami de Choudens et moi. On ne s'écarte guère de la route d'été. qui s'ouvre dans la crête séparant les glaciers de Hohmatten et d'Alpien. ce fut. Une angoissante inconnue nous attendait : la paroi de glace qui sépare les deux branches du glacier et qui s'obstinait à rester dans l'ombre. Du brouillard couvrait le col . la blanche pyramide de cette montagne s'élever sereine dans l'azur d'un ciel d'hiver. Conclusion : il fallait effectuer la traversée du Simplon au Gothard. étourdissante. Après avoir remonté la branche occidentale du glacier. Chacun tira sur la corde et Mitten. mais je n'ai trouvé dans la littérature aucune mention de cette ascension. Finalement. Très loin. l'alpe Veglia. genre Tar-tarin. S. C'était la première fois que je goûtais à ce produit valaisan : il me parut aussi nourrissant et plus savoureux que celui des Grisons. en tête. devant l'asti moussant dans nos verres. sur mes instances. voulait poursuivre. répandus sur le tapis blanc de la vallée du Gries. à travers un terrain coupé de vallonnements. sur celles opposées au sud. et nous descendîmes bien vite. en étudiant de plus près le profil de notre traversée. Ce fut un excellent prétexte pour se borner à faire une reconnaissance. découvre un monde nouveau de pics chamarrés de neige et de lumière. alors que. Mon dernier souvenir du Basodino est notre descente du San Giacomo. Le brouillard couvrait tout ï'Ossola et la plaine lombarde. passant du Mont Rosé au Finsteraarhorn. la course étant réussie et la possibilité d'atteindre le Basodino en ski démontrée. à une altitude de 2000 mètres environ. Comme nous montions. un piolet et nos crampons. Première constatation. elle prend assez vite une consistance très dure. Juste à nos pieds. pour atteindre la branche occidentale du glacier du Basodino. D'autre part. nous pûmes nous assurer du nécessaire : un peu de viande séchée dont les bons pères nous taillèrent de belles tranches dans un quartier de bœuf. Et maintenant. Les crampons et le piolet furent très utiles. Nous avions emporté une corde de vingt-cinq mètres. l'abîme se creuse devant vos skis et le regard. le glacier d'Avrona. il se décida. Descente n'est pas le mot : à travers les arbres espacés de la forêt et les ombres allongées du crépuscule.

tout joli dans la lumière du matin. je vis. au propriétaire de l'hôtel de Devero. une batterie complète et. un traîneau glisser lentement dans l'immensité blanche. Je le crois volontiers. mais. si nous n'avions eu des skis. restera toujours pour moi un des meilleurs souvenirs de notre randonnée. Palpe Veglia n'a Pair de rien . rien ne bougeait. Ces mélèzes aont merveilleux et bien différents des nôtres. J'ai passé là une heure de quiétude comme il en est peu dans la vie. au-dessus de 1' « Alte Gallerie. je laissais mes regards errer sur les cimes bleues du Valais. Il nous répondit qu'il serait à son poste au jour désiré. nous ne quittions l'hospice que vers 10 heures. Le soleil était couché lorsque nous arrivâmes à Veglia. d'où le Bietschhorn surgissait. Palpe Veglia et ses petites maisons restaient éclairées. Mon style est impuissant à évoquer les beautés ignorées de ce site grandiose. La veille. où nous sommes entrés. nous arrêtâmes notre choix sur une petite maison rosé de modeste apparence. devient moins raide et s'étrangle finalement entre ses moraines resserrées. ce serait faire à la neige des compliments qu'elle ne méritait pas. ». il fallut dire adieu aux cimes du Valais . promenez-vous au soleil sur les névés du Kaltwasser en contemplant de larges horizons. de Choudens avait perdu son piolet — un superbe Anthamatten. La piste de la veille nous guidait. Allez vous y aventurer avec des skis ! Bon gré mal gré. Après une inspection détaillée des cases. dont k plupart sont en pierre et bardées de fer. Sur une dalle de gneiss. et nous décidâmes d'emblée de la couper en deux en passant une nuit à Veglia. et la carte porte des erreurs à cet endroit. se tordent en poses superbes. qui cache complètement la vue de la Scatta (échelle). et nous arracha bien imprécations lorsque la nuit fut venue. Sur le col. au-dessus de Ponte. Cette soirée passée à Veglia. Une surprise désagréable nous y attendait. il faut la voir dominée par le Monte Leone. comme nous. Et pourtant. jusqu'au moment où il disparut à mes yeux derrière l'arête noire du Hûbschhorn. Je ne dirai pas que la descente fut charmante . tout au bas du vallon d'Avrona. qui conduit à Devero par le val Buscagna. Sur le col. La vue grandissait derrière notre dos et. Faites comme nous. toutes les clefs du logis. Menacés par les séracs fantastiques du Monte Leone.révéla la longueur impressionnante de l'étape qui unit le Simplon à Devero. on lit ces mots tracés en rouge et d'une insolente ironie : Per Devero a sinistra sotto le rocce. Et pourtant il nous fallait un toit pour la nuit. Il nous ouvrit le logis où certes nous étions bien tombés : il y avait là. suspendues à un clou. où le prieur nous reçut avec du vin chaud. Le pied du Hùbschhorn était atteint lorsque me vint la malheureuse idée de quitter notre piste pour essayer une variante évitant la pente très raide que nous avions traversée le matin. il semble possible de traverser de flanc vers la Scatta d'Orogna. cuivrés. Ici noua entrions dans l'ombre et dans l'inconnu en même temps. mais leur vision ensoleillée demeura dans nos yeux. nous parcourions notre petit paradis. nous serions montés à reculons. dans une petite cuisine. partez du Simplon. lui demandant si l'on pouvait y coucher. pointant le ciel de son obélisque doré. où ils prêtent à la nature un grand cachet d'originalité. Nous nous sentions tout petits et nous étions seuls. nous descendîmes prudemment sur le glacier qui. du bois sec. Plus bas. nous reprîmes la montée. ayant retrouvé son piolet. Toujours d'après la carte. il se dresse là uae paroi de rochers absolument verticale. les skis glissent aisément entre les mélèzes espacés. dans la forêt. sur le plateau neigeux du Simplon. Il pensait que nous étions les premiers 1 réussir le Monte Leone en ski. dominé par son Lion : alors. Tandis que nos regards se heurtent à ces falaises dorées. La ressemblance qu'offrait ce jour-là le Fletschhorn avec le Mont Blanc vu des hauteurs du val Ferret italien était frappante. Personne à Veglia. La perspective de faire cette longue étape en deux flâneries était reposante et sagement adaptée à la brièveté des-jours et à l'absence de lune. Il me quitta bientôt pour aller à sa recherche et nous nous donnâmes rendez-vous sur quelque roche qu'échauffait le soleil. Il faut la prendre tout à gauche (nord) et s'élever en lacets le long des rochers du Monte Moro. tel un point. Je me hâtai d'y arriver pour jouir plus longtemps de la halte. Vue du Monte Leone. dans l'intimité et la solitude. vous serez saisis et ravis par la sublime beauté du contraste. Nous avions télégraphié à Baceno. Seules. Le Val Dantro. Leurs troncs sntiques. ciselés. dont l'hospice m'était caché. En réalité. Le passage que je visais — et qui est du reste le bon — nous fit perdre un temps précieux. Nous devions en rencontrer plus loin. et descendez au crépuscule dans ce cirque dantesque de Veglia. nous dûmes . puis disparaître vers l'Italie. la croix a été remplacée par un banal écrit eau : Caccia riservata. Aussi. peu à peu. Nous réussîmes pourtant à nous échapper et à descendre tant bien que mal vers les lumières de l'hospice. à Devero et dans la partie supérieure des vallées de Binn et de Bedretto. le matin du 7 janvier. Je me retournais souvent pour le regarder. longeant la moraine où l'on voyait des lièvres blancs folâtrer entre les blocs. ayant déjeuné et causé longuement avec Paimable prieur. Le piolet fit le reste. Pas un bruit. dont le Weisshorn est roi . Les montagnes rutilaient sous le généreux soleil de l'hiver. un poêle. audessous de la vieille moraine du Kaltwassergletscher. Le jour suivant. puis je les portais vers l'Oberland. doit ressembler à quelque sauvage vallon du Tyrol par le somptueux décor des rochers qu l'enferment et par ses forêts. à la descente du glacier de Hohmatten. La pente conduisant du fond du Val Dentro au Passo di Valtendra est franchement raide. Après qu'il se fut restauré. on en mesurait de nouveau plus d'un mètre. Tout en fumant ma pipe. pas un souffle. la combe était presque dénuée de neige. Trop tôt mon ami revint.

je montai à pied. lorsque cette pente nous parut abordable. Sa pipe rivée au coin de la bouche. Je ne vous raconterai pas les démarches qui furent nécessaires pour arriver à nous asseoir devant une soupe fumante qu'un hôte improvisé nous confectionna avec du jait. comme des bras cassés. nous déposâmes la plus grande partie de nos bagages. directement. L'alpe Devero est plus étendue et moins encaissée que celle de Veglia. ayant renoncé à l'idée de contourner l'Ofenhorn par l'est en franchissant les cols du Vannmo et de Lebendun. qu'ils cuisent en galettes originales. il fallut y monter sous le soleil de midi. Demain serait la grande journée : il nous fallait passer de Binn au Bedretto en traversant l'épaule du Blindenhorn et en prenant en route d'Ofenhorn. nous quittâmes la Capone d'Alberti pour continuer notre voyage. comme de Choudens est très mauvais coucheur. Le brave homme voulut porter nos skis jusqu'à l'endroit où cessait le sentier battu. et c'est le seul itinéraire à conseiller lorsque la neige présente le moindre danger d'avalanche. — une minestra valaisanne comme j'en ai rarement goûté. nous glissâmes en longues serpentines sur les vastes champs de neige qui occupent toute cette partie supérieure du Binntal. des légumes et du fromage. Ces braves gens ne possèdent pas la moindre goutte de vin dans leurs caves. le soleil brillait dans un ciel pâle et sans nuage. On vérifiait cet effondrement à la roture courant au long de ses rives et aux mélèzes trop avancés dont les branches ankylosées dans la glace étaient rompues et pendaient lamentablement. A perte de vue s'étendaient vers le nord les plus beaux champs de neige qu'un skieur ait jamais rêvés. certains ivrognes de ma connaissance. Et. à travers un site grandiose et après une rude besogne. elle me parut peu favorable au ski. on évite les pentes les plus raides. Cette descente à Devero par le val Buscagna est stupéfiante. à la Scatta d'Orogna. Dans une misérable hutte écrasée sous la neige. où se trouve Palpe Bondolero. dont la pâte est mélangée d'anis : bel exemple de sobriété que nous donnent ces montagnards et que feraient bien de suivre. plus ensoleillée. Ils vivent de lait. ivres de volupté et de joie. tandis que toute la plaine et les forêts de Devero reposaient sous une masse étincelante de neige cristalline. j'étais réveillé et je pus jouir de sa stupeur en me voyant couché près de la fenêtre ouverte. notre hôte nous dévorait des yeux. de fromage et de pain bis. Aussi la halte ne fut pas longue. Une heure après avoir quitté la Scatta.descendre dans je vallon anonyme. sur un vieux grabat que l'hôte avait déclaré inhabitable. Le Rio d'Arbola nous conduisit tout naturellement au pied de l'Albrun. lorsque ses torrents bondissent des rochers dans les prés verts. surveillant des yeux la pente à notre gauche. étudiant la route de demain. Il n'était pas inhabité et j'ai rarement passé une nuit plus atroce. Il était recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace qui. lorsqu'elle n'est pas fermée. puis nous primes le chemin de la vallée. Quelle flânerie ce fut 1 Nous étions bien reposés. se précipita vers moi pour constater si j'étais gelé ou endormi. a triplé son étendue primitive au point de l'allonger vers le nord jusqu'à la gorge du Rio d'Arbola. à Veglia. le triomphe fut aux skis. dès l'aube. Dès qu'il eut tourné le dos. A midi. ouvert pour nous par l'aimable Signor Alberti. pour en juger. la voir en été. en quête d'un gîte. Nous eûmes le plaisir de traverser ce lac dans toute sa longueur. Le versant italien du col offre une rude montée. nous ouvrîmes avec peine une des fenêtres de la chambre qui semblait n'avoir jamais été aérée. nous pressant de questions auxquelles il fallait répondre dans le plus affreux patois pour être compris. A 5 heures déjà. On n'en trouve qu'à la pinte du chef-lieu. sur les débris congelés d'une ancienne avalanche et. moins cloîtrée. l'heure. avec sa pipe à la bouche et une heure d'avance sur la diane. bien entraînés. nous étions tranquillement assis sur le col. Mais. et les skis glissaient d'euxmêmes dans la neige poudreuse. Lorsque. Au pied du mont Orfano. l'alpe Auf dem Blatt était atteinte. Je la trouve moins belle. Toujours ces mélèzes enchantés ! Nous glissions au milieu d'eux. On arrive ainsi. en élevant son niveau. il fallut gagner notre gîte en suivant la lanterne de notre hôte à travers un dédale de ruelles obscures et scabreuses. Notre plan fixé. Ses eaux alimentent des turbines installées plus bas et fournissent la lumière et la force à la vallée de Devero. C'était la première fois que je visitais la vallée de Binn . Là-haut. mais il faudrait. le Lago Codelago est barré d'une digue qui. malgré l'éblouissante vision que m'avait laissée Devero. plongeant des regards curieux dans la vallée de Binn ouverte à nos pieds. Une fois de plus. c'était pour nous retourner et contempler à contre-jour les noires silhouettes des mélèzes découpées sur l'immense éclat des neiges. passage que nous avions choisi pour nous rendre dans la vallée de Binn. à l'autre bout du Valais. Il faillit lâcher sa lanterne. tout y contribua. En faisant un détour par l'alpe Forno inférieure. Je lui éclatai de rire au nez. Et pourtant. nos cris de joie firent retentir tous les échos de la montagne. Ayant obtenu le manger et le boire. et il commença à jurer dans sa barbe qu'il n'y comprenait rien. Lorsque le patron revint. l'éclairage. C'est là que. — et je crois qu'alors vraiment la comparaison serait à son avantage. La neige. la neige était dure et complètement gelée. du riz. je préférai m'étendre le plus près possible de cette fenêtre. ce fut à qui arriverait le premier en haut. En quelques minutes. et malgré la neige durcie. Il nous coucha maternellement dans un grand lit. comme une arête nous séparait. Elle est moins sévère aussi. nous franchissions le seuil de l'hôtel du Cervandone. et. mais très pittoresque. nous étions prêts à partir. Lorsque nous nous arrêtions. para suite d'un abaissement subit du niveau de 1'eau. s'était affaisée et s'affaissait encore en sourds craquements. Nous fûmes initiés peu à peu aux étranges coutumes des habitants de Binn. nous devions commencer la montée vers l'Ofen-gletscher. le lendemain. puis il redescendit vers son . ce jour-là. le lendemain. comme deux petits garçons. on pouvait monter n'importe où: de Choudens prit en lacets sur la droite.

nous leur demandâmes pourquoi ils n'employaient pas des skis. le torrent était comblé par les débris de nombreuses avalanches qui remplissaient le fond de la gorge. il était tout naturel de franchir des cols sans nous attarder à gravir des cimes et l'étape de ce jour. Au reste. Il y eut alors une courte discussion.village. Je ne risquerai. aurait dû nous engager à renoncer à l'ascension. Les malins ont tout avantage à ignorer ce moyen de communication : sans ski. Mais celle-ci ne tarda pas à fa blir. Cette dernière chance nous épargna un bivouac. une allusion au Griespass. A Tosa (l'hôtel était fermé). nous avions compté faire une traversée de flanc de Zum Sand par Gemsland. déjà si longue. Ici devait s'évanouir notre dernier espoir : celui de passer le Gries pour gagner le Bedretto le même soir. lorsqu'un paysan nous cria dans l'ombre : « Alle or un quarto d'or a fing alla prim' osteria ». nous dûmes user d'une tactique savante. J'avoue que la vue dont nous jouîmes là-haut vers midi est la plus belle que j'aie découverte d'un sommet en hiver. avec la ferme intention de coucher dans des lits et de faire un sérieux repas avant de revenir ici pour franchir notre col. et nous continuâmes. En un rien de temps nous étions dans le lit du Hoh-sandbach. Il était d'une hauteur prodigieuse. nous prenions pied sur le glacier où de Choudens. j'avais le diable au corps et. Fruttwald est le premier village habité du Formazza. Une fois de plus. puis une rapide descente et une fuite éperdue sur le beau glacier de Hoh-sand. ayant abandonné nos skis à mi-chemin (1). vers 10 heures. non sans nous demander comment finirait l'aventure. nous découvrîmes enfin le Blinden-horn. tandis que nous remontions la vallée suivant notre trace dans la nuit. il fallut s'arracher à la contemplation et regagner le Hohsandpass. Après une halte beaucoup trop courte. comme nous l'avions baptisé. lorsque deux superbes doganieri firent leur apparition. le thalweg était frayé par les traîneaux qui servent au transport du foin. En une heure et dix minutes nous atteignîmes le sommet par le versant italien. Le soleil venait de poindre et il réchauffa notre halte dans les rochers. la lanterne fut allumée pour descendre dans le gouffre noir où le chemin zigzaguant se transformait en une glissière verglassée. non sans ronchonner. Cette traversée est impraticable en ski. Le Hohsandpass évoqua en nous le souvenir de la Fuorcla d'Eschia. dans l'ombre froide du matin. savoir d'où l'on vient. — à l'exception peut-être de celle du Grand Combin. en révélant mes plaques photographiques et en constatant que la moitié avait été anéantie par ces fonctionnaires imbéciles. Ce matinlà. entre Tschampigenkeller et Kiihstafel. la lanterne entre les dents et les mains cramponnées aux vernes rampantes. nous nous retournions constamment pour les admirer et signaler quelque nouvelle apparition. pour éviter de nous rompre le cou dans ce maudit dévaloir où l'on ne pouvait risquer un pied sans perdre l'équilibre ou esquisser les contorsions les plus grotesques. . faite de tâtonnements énervants. dans une gorge de la Binna. En sortant de la gorge. et ceci simplifie beaucoup la patrouille! Ils parurent fort étonnés en apprenant que nous allions passer le Gries et que nos skis nous attendaient à Morast. et je dus me soumettre à son irrésistible plaidoyer. Il ne restait plus qu'à descendre dans la vallée par la gorge même du Hohsand. Arrivés sur le col. ils ne sortent pas des chemins battus. l'Ofenhorn devint l'objet de notre discussion : il se dressait maintenant juste au-dessus de nous. les cimes du Valais surgissaient de l'ombre . Le réveil effectif n'eut lieu que beaucoup plus tard. Comme nous faisions une traversée. où l'on va. c'est la cupidité qui les poussa à nous voler une paire de lunettes de glacier dont de Choudens dut se passer pour la dernière journée. pourquoi nous voyageons et ce que nous sommes : étudiants ou militaires ? Avec mes quelques mots d'italien. j'avais peine à satisfaire cette curiosité maladive. et nous comptions bien nous y arrêter. A notre grande satisfaction. au « passage des Vernes ». ce qui ne l'est pas. avec laquelle il présente une analogie. Rude fut la montée qui nous conduisit ensuite au Mittlen-bergpass (ouvert entre le Hohsandhorn et les Strahlgràte) : une chaleur accablante avait succédé au froid matinal et la fatigue commençait à se faire sérieusement sentir. Ces douaniers sont les gens les plus curieux du monde . Un vent froid aous en chassa bientôt et nous commençâmes a zigzaguer sur la pente des Lange Eggen qui conduit à l'Ofengletscher. Nous fiant aux courbes de niveau de la carte. Entre deux immenses parois de rochers.). Mais il fallut près d'une heure pour trouver à la poste de Wald le toit hospitalier et le festin rêvé. 1 Première ascension hivernale de l'Ofenhorn (3 242 m. connaître le prix de chaque objet. ils veulent tout voir. et bientôt nous déclarions cette pente assommante. pas un mot de description. et nous attaquâmes ces nouvelles pentes avec une nouvelle ardeur. décourageante. nous tournâmes le dos au Gries et descendîmes à Morast. du reste. Peu à peu. je lui laissai tout le soin de guider mes pas sur sa montagne. Nous partîmes en même temps d'un franc éclat de rire qui rompit la torpeur noctune. mais. L'aube se levait comme nous arrivions à l'alpe Auf dem Blatt pour y quérir nos bagages. Nous déposâmes dans une grange nos skis et le plus lourd de nos charges. Le lendemain matin. Mais nous comprîmes en y arrivant que les perfides doganieri s'étaient moqués de nous. le petit hameau que nous avions aperçu autrefois du haut du Basodino. puis nous partîmes gaiement à pied. jusqu'au Gries. tout toucher. Qu'ils aient agi par simple ignorance cette ignorance est excusable de leur part . Nos bagages avaient subi une inspection dont je ne pus fixer l'étendue que plus tard. ce que nous fîmes. nous étions assis sous le porche de la chapelle de Tosa. Dans la lumière tremblotante. pointa ses skis sur le Hohsandpass. passant le premier. une heure plus tard. rentrant d'une patrouille dans le Griestal. Je reverrai toujours de Choudens affalé sur le ventre au milieu d'un fouillis de branches. Mais de Choudens envisageait la question d'un œil très optimiste. Une courte glissade dans l'ombre fraîche nous reposa. Comme leurs souliers étaient ferrés de crampons. C'était alléchant.

Ces contrastes sont fréquents en hiver. Aujourd'hui. mon âme s'émut au souvenir de ma première vision du Bedretto. je descendais. Le haut Bedretto présentait une neige coriace et dure. lorsqu'une dernière chance nous sourit : une ancienne trace de ski. et nous fûmes contents de goûter ensuite la fraîcheur de l'ombre . en nous retournant. c'eût été un plaisir d'y voguer. nos yeux cherchèrent en vain les pics de l'Oberland qui d'ici font généralement une belle apparition . Le versant italien de ce col présentait deux pentes successives exposées en plein soleil et séparées par une petite plaine baignée d'ombre. En arrivant sur le col. je le laissais filer en avant sur le chemin désormais battu. de Choudens entama la dernière montée. Quelques jurons ingrats avaient déjà troublé le silence. tout le nord et l'ouest étaient noirs de nuages. me suivaient ou me précédaient. J'allumai ma pipe et je m'en fus à petits pas. lorsque l'air n'est pas absolument calme. toutes les émotions. de quoi réchauffer mon cœur durant les vieux jours. que le rêve s'était réalisé. Avec un malin plaisir je contemplais les nuages bas qui cachaient le ciel et je riais en moi-même : demain il neigerait. avaient agrémenté la course. Le minuscule sosie du Màrjelen évoquait le souvenir des amis absents. avait recueilli l'élément poudreux dissipé ailleurs par le vent et offrait à nos skis deux rails huilés où la vitesse devint bientôt vertigineuse. mais personne ne répondit à nos appels. La première montée se fit en bras de chemise. ne fût-ce que pour tirer mes skis sur le thalweg dont la dureté commençait à m'exaspérer. C'était peut-être la dernière fois que je voyais cette belle vallée. selon la pente. et les brouillards arrachés à cette masse sombre venaient par bandes se déchirer sur les cornes du Blindenhorn. tranquille et sans vague. moirée d'ombres. descendant la vallée. du Simplon jusqu'ici. traînant mes planches qui. mais. ou bien glissaient à côté de moi comme de fidèles compagnes. J'avais dans mon sac la corde que je transportais depuis huit jours sur mon dos et je voulus m'en servir une fois. tout en songeant.Furieux. tous les incidents qui. il soufflait un vent qui nous fit endosser nos plus chauds vêtements. Bientôt. Je repassais dans ma mémoire tous les souvenirs du voyage. et. et je verrais tomber cette neige à travers les vitres d'un wagon du Gothard ! Comme l'angélus sonnait au clocher d'un village. et je voulais emporter en moi un peu de sa poésie. un peu las et l'esprit rêveur. Et. et nous fûmes nous reposer un instant à l'abri de sa rive de glace avant de diriger nos skis vers notre dernier col : le Cornopass. nous nous dirigeâmes vers le Gries où flottaient quelques brouillards. et de Choudens ne voulut pas s'attarder. sur le col. Une chance inouïe nous avait accompagnés. et je trouvais au total que les promesses ne s'étaient pas démenties. sur la pente supérieure. la cime du Blindenhorn laissait glisser sa longue écharpe blanche. . nous surprîmes une dernière vision : illuminée d'ocré par le soleil couchant. Je tenais à passer tranquillement cette dernière heure de traversée. L'hospice d'Ail' Acqua était ouvert. Dans la neige profonde. surpassant en grandeur et en magnificence ce que nos pauvres cerveaux avaient imaginé. Le beau glacier de Gries coulait vers nous comme un large fleuve laiteux.

) en compagnie du jeune porteur Théophile Theytaz de Zinal (3). La catastrophe de Bagnes (où trois skieurs périrent dans une avalanche) avait laissé des souvenirs encore trop vivants dans la contrée. . Voir Addenda.. le point culminant du massif du Pelvoux. mais la descente promet d'être rapide et agréable. Je franchis l'étroite ruelle qui me sépare du café Michelot. On y monte de ce côté par une pente courte. je lui expose mes plans. Il était libre et nous fixâmes le rendez-vous au lendemain soir (4). je pousse une porte et trouve Crettez en tenue de guerre dans la petite cuisine. Qu ils en profitent donc: il en est encore temps. Comme elle m'est devenue familière. où nous coucherons.) . mais ce raidillon n est pas pour effrayer ceux qui préfèrent la rusticité valaisanne aux splendeurs des palaces. mais personne n'en parle et. à l'abri du vent matinal qui balaie la combe de Médran. Trois amis devaient m'accompagner dans une première étape à travers la Rosablanche. et il restait encore dans les Pennines deux beaux sommets à vaincre en hiver: l'Obergabelhorn (4 073 m. nous quittons le village endormi et débouchons par une ruelle tortueuse sur les champs de neige. à l'endroit où celle-ci tourne au nord et monte vers le col des Vaux (2 690 m. Tout en déjeunant. plus calme. il ne tardera sans doute pas à retrouver sa belle humeur des grands jours. — les deux derniers grands pics des Alpes (2). Pour lui comme pour moi. Cette épaule forme une large encolure. Je me décidai donc à frapper à la bonne porte. personne ne pouvait ni ne voulait m'accompagner. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes plus revus : dix ans bientôt ! C'est à peine s'il a vieilli. lorsqu'un brusque rappel hâta le terme de mes vacances. entre la vallée du Rhône et la « Haute Route » désormais connue.CHAPITRE XV DERNIÈRE CAMPAGNE 1 (1920. plus long aussi. 2 Des Alpes centrales. 1915. et ce fut Maurice Crettez en personne qui répondit à mon coup de téléphone.). Dimanche 25 janvier. il s'agira simplement de monter à la Rosablanche et de gagner Nendaz. et tracés sur les cartes annexes. enfin. la montée est rude. il reste dans les Alpes Craies et Cottiennes une quantité de routes à explorer par les skieurs (voir ma conclusion).) Ce serait la dernière. et celles-ci n'étaient pas faites pour tenter de nouveaux conquérants. mais — est-ce un effet du réveil matinal ? — il me semble plus réservé. est certainement destiné à devenir un jour une station d'hiver à la mode. Trois ans plus tard.. Lassés par le mauvais temps. pp. au pied des rochers de la montagne. 3 Voir Écho des Alpes. leurs traces l'avaient couvert d'un véritable réseau dont les mailles se resserraient de jour en jour. il me fallait retourner à Zermatt une fois de plus. la Bernina comme le Grand Paradis étaient déjà d'anciens trophées. Crettez suit dans l'ombre. le 19 janvier. mais nous avons pour nous guider la piste des jours précédents. il n'existe aucun sommet de 4 ooo mètres. J'allais quitter la Suisse pour longtemps. La dernière occasion étant venue. Pour aujourd'hui. A 5 heures. Mais nous étions arrivés trop tôt. pensais-je. et l'on descend sur l'autre versant une cinquantaine de mètres à pied. et c'est pourquoi je préférai choisir un itinéraire plus intéressant. j'étais parti avec l'intention d'attaquer l'Obergabelhorn. C'est une longue journée. Wellenkuppe leurs horaires dans le Guide du skieur pour les Alpes Valaisannes.. et nous allons maintenant gagner l'alpage de la Chaux en passant sur l'épaule du Mont Gelé. En attendant. nous sommes tapis dans un creux de neige. La lune a disparu. qui ne possède encore qu une humble auberge. Du Chable. plus sûr de lui. Deux hivers s'écoulèrent encore. ils disparaîtront sans laisser de trace. le ciel est sans tache et nous partageons gaiement un second déjeuner. C'est ainsi que. En février 1914. j'arrivais à Verbier. et lorsqu'enfin le ciel s'éclaircit. un peu voûté sous la charge. Dans le ciel. nous nous serrons cordialement la main. Aux extrémités de la grande chaîne. charmant village situé au bord d'une terrasse qui domine la vallée de Bagnes. les Pennines conservaient encore dans leurs plis le charme mystérieux de la nouveauté. les précurseurs s'étaient partagé les rares sommités accessibles en hiver. un funiculaire depuis le Chable et des hôtels confortables au seuil de ses merveilleux champs de neige. en pleine guerre. L'aube venue. ces deux dernières cimes n'eussent été ravies à leur tour. le Rothorn (4 223 m. mais en Dauphiné. mais rapide. profitant d'une étonnante série de beaux jours. Depuis longtemps. des nuages panachés flottent indécis. Mais quel chemin prendre? Le thalweg de Saint-Nicolas ne me souriait guère. et il fallait en profiter. Une 1 Rosablanche (3 341 m. Dans les Alpes orientales. et je m'étonnais qu'entre temps. lorsque le soleil se sera levé.). je prends les devants en portant la lanterne.) et le Tàschhorn (4 498 m. Que faire? A Verbier.I et II. Avis aux amateurs ! En outre. Seules. Bien souvent j'étais rentré au logis sans avoir rencontré un seul skieur sur toute l'immensité de leurs glaciers..). Trois heures plus tard. par contre. avançant au rythme lent et régulier de ses longs skis. Le jour est venu . Instruits par l'expérience. nous n'avons fait que franchir le bisse de Levron au lieu de le suivre. dans son maintien comme dans ses propos.) et le Grand Cor-nier (3 969 m. et je suis heureux de constater que mes prévisions se sont réalisées. 177 sq 4 Verbier. la course est toute nouvelle. n'ont pas encore été visités en hiver. Voûtés tous les deux sous un plafond trop bas. — Ciel étoile. Dans la chaîne du Mont Blanc. on trouve chez Michelot des chambres propres et une pension parfaitement suffisante. je me trouvais seul en face de la montagne. Nuit froide.) . l'Oberland bernois était devenu l'arène favorite des skieurs alpins : en s'entrecroisant. devrais-je dire. les Ecrins (4 103 m. vol.). Encore quelques années et nous verrons un chemin de fer dans la vallée de Bagues. C'est là le véritable passage pour se rendre de Verbier à la Chaux. Dent d'Hérens (4 180 m. ils me quittèrent l'un après l'autre. une longue montée surtout . je m'étais amusé à gravir successivement le Bieshorn (4 161 m. Nous savons cependant qu'elle n'offre aucune difficulté et qu'elle n'exige qu'un peu d'endurance et beaucoup de patience.

nous pouvons nous élever presque directement sur sa rive droite jusqu'au col ouvert entre le Bec des Rosses et le Mont Fort : le col de la Chaux (3 050 m. S. vertigineuse. nous piquons en ligne droite.). voir le Guide du skieur dans Its Alpes Valaisannes. Tandis que Crettez. Tantôt en ligne droite. C'est une longue montée. Entre les moraines tortueuses du glacier de la Chaux. La glissade qui succède n'est pas longue : en dix minutes. nous pourrions nous accorder une longue halte. Elle ne pouvait guère être meilleure. largement ouvert à nos pieds. Dans notre lassitude. Comme nos skis sont restés au pied du sommet. C'est ici la seconde étape. c'est un fouillis de sommités rocheuses. Ce Sont deux longues heures durant lesquelles la marche devient monotone. sur le Grand Désert. nous poursuivons notre route. nous abandonnons nos skis au creux d'une petite combe et poursuivons l'ascension à pied. teurnant à contre-pente pour replonger dans l'ombre des combes. Crettez marche devant. vol. presque obsédante. Que tout cela est déjà loin ! Le crépuscule tombe lentement sur cette alpe sauvage. la montée semble rude après cette longue traversée. L'air est calme et. Lentement la nuit est venue. se creuse une combe encore vierge de traces humaines et qui s'évase en méandres jusqu'au pied du col de Louvie. l'on domine le glacier que nous venons de parcourir : notre piste y file presque en droite ligne pour aller se perdre dans les champs éblouissants de la Chaux . I. de Bagnes. Là-haut. ni loquace aujourd'hui. elle nous dépose dans l'anse d'un petit lac. après six ans d'intervalle. sachant la neige excellente sur le Grand Désert. couronnée d'un gros cairn à demi ruiné. qui manquerait de charme si les yeux ne pouvaient se délecter dans les mirages de la scène qui s'ouvre à notre droite : le massif entier du Combin. nous filons au gré du terrain. nous désirons ardemment deux choses : un souper et un gîte. Enfin. Sortant brusquement de l'ombre. n'était l'heure tardive. nous suivons une combe sinueuse où l'air est surchauffé. A. nous nous étendons en plein soleil dans la tiédeur des rochers. évitant d'innombrables mamelons et cherchant à descendre le moins possible. Il nous sépare seul de la Rosablanche qui se dresse toute proche maintenant. Dès que la neige est suffisamment durcie. Voici la crête rocheuse qui culmine cent mètres plus haut. On prend alors la direction d'une selle ouverte à l'est du point 2 872 : c'est ainsi. comme un détour inutile. Par les immenses champs de neige de la Chaux. Le ciel est étoile. que j'avai s compris les indications du guide Bruchez. où plusieurs sections romandes du C. piaffant dans la neige avec régularité. La trêve n'est pas longue et nous reprenons notre route. à l'abri des avalanches . Les skis sur l'épaule. le vent n'avait pas encore abîmé la neige. Je renonce volontiers à ce premier projet. soutenant notre élan le plus loin possible. On sort de Cleuson par une gorge étroite et l'on quitte bientôt le chemin habituel pour descendre à droite sur une pente raide. On laisse donc le cal de Louvie à main gauche. nous attaquons la dernière montée. nous nous étions réfugiés lors de notre siège à la Rosablanche ? Quelle malheureuse équipée ce fut ! Trois jours de tempêtes et deux nuits de bivouac pour échouer piteusement au pied du but ! Aujourd'hui. 30 de l'après-midi. J'ai souvent admiré le Combin. N'est-ce pas ici qu'avec mes collègues Egger et Kônig. de l'autre. Une glissade presque ininterrompue d'une demi-heure nous porte d'un dernier élan dans la plaine de Cleusen. et cela de tous côtés. nous découvrons le col de Cleuson. La glissade est finie. Dans l'obscurité. d'un promontoire où nous sommes parvenus. Longtemps. Il était temps. car la fatigue commençait à se faire sentir ( 1). du moins. nous avons quitté l'éclat des neiges pour tomber sans transition dans les voiles du soir. et il faut un bon coup de collier pour en sortir. D'un côté. et. aussi régulièrement que possible. aussi peut-on espérer qu'un avenir prochain verra le projet se réaliser. et nous hâtons le pas en suivant les rives de la Printze jusqu'aux chalets de Cleuson. nous touchons enfin la cime et nous couchons paresseusement au pied du signal. Lentement. nous avançons en écharpe sur les pentes sans apercevoir notre montagne. Entre les mélèzes clairsemés nous filons joyeusement. — beaucoup trop vite. découpé sur le ciel. s'ingénie à puiser de l'eau par-dessus les corniches du torrent. je m'assieds un instant au seuil d'un mazot bruni. Il y a là plus d'un site favorable. Mais il faut encore beaucoup de patience et d'énergie pour y parvenir. On contourne ainsi toute la base des Monts de Cion. qui connaît parfaitement cette contrée. Grâce à nos peaux de phoque et à la consistance favorable de la neige. dix heures et demie après avoir quitté Verbier. mais je n'en connais pas d'aspect plus grandiose. Dans la chaleur de midi. tourmenté par la soif. éclatant de lumière. nous dévalons une forte pente et gagnons ainsi le plateau du Grand Désert. nous chaussons nos planches et nous préparons à la glissade. tantôt en serpentines. De vieux souvenirs s'éveillent en moi. Ce n'est pas long. encadré dans la trouée sombre du vallon de Louvie. le corps ramassé pour éviter les branches. A 3 h. derrière lesquelles pointe la Rosablanche. au pied du Mont Fort. Plus loin vers le sud. route 114 . le glacier est moins rapide qu'il ne paraît sur la carte. et Crettez désaltéré m'appelle. Ici la lumière est diffuse. Il est 2 heures déjà et la chaleur insolite nous a passablement éprouvés. lorsque la pente s'accentue. il faut maintenant suivre les rives du torrent jusqu'au moment où nous trouverons des traces de bûcherons. Mais Crettez n'est ni contemplatif. ont projeté tour à tour l'érection d'une cabane destinée spécialement aux skieurs et qui deviendra le meilleur point de départ pour la Rosablanche. il n'est plus question de descendre par le glacier de Prazfleuri. A 4 heures. le chemin direct de Nendaz-Basse nous échappe et nous arrivons finalement à Nendaz-Haute 1 Pour l'itinéraire exact de la Rosablanche. et celle-ci restera bonne jusqu'à Nendaz : 10 à 15 centimètres de poudre légère dans laquelle les virages deviennent un jeu enivrant. j'apprécie la revanche et je ris de ma rancune. Pour gagner Nendaz. Il craint d'être surpris par la nuit et presse le départ. mais sans lune. Par une chance rare.étude préalable de la carte avait suffi à déceler cet itinéraire qui peut être recommandé à tous les skieurs. Par contre.

saturé d'humidité : vilain présage. A 5 heures. douze ans auparavant. A travers champs. puis nous retrouvons le soleil sur le plateau supérieur. il s'agit de se hâter. secoués de hoquets et de rires idiots. seul maintenant avec un guide comme Crettez. contraste par sa gracieuse envolée avec les horreurs figées à ses pieds. Mais là-haut. ils résisteront au vent le plus violent. je finis par le découvrir. comme un point minuscule au fond du gouffre. animés d'un faible espoir. une délicieuse promenade nous conduit à Vex. — A 5 h. la scène est d'une sauvagerie saisissante. Crettez me conduit chez son ami.qui n'offre pas de quoi satisfaire notre appétit. dans l'ombre épaisse. Le fourneau lui-même semble être d'excellente humeur et ronronne agréablement. mais on distingue pourtant l'angle d'un mur. — Pendant la nuit. Du col de Valpellme à celui des Bouquetins. il n'y a pas une étoile au ciel. à la hauteur du Plan de Bertol. A Satarme. après une dernière grimpée dans les éboulis. en compagnie de quelques ivrognes. nous débouclions sur la frontière et plongeons des regards curieux sur le versant italien. alors que. Si nous voulons y parvenir de jour. après avoir dévalé un grand couloir de neige dure. à gauche du Mont Collon. En passant de Verbier à Zermatt. ne croit pas au mauvais temps. tirant nos skis. nous partons dans la nuit. blottis frileusement l'un contre l'autre à l'orée du bois. Là. Aux Haudères. prudemment fixée à l'extérieur. mais. les nuées se déchirent et laissent entrevoir un coin de ciel bleu. nous arrivons au refuge. nous doublons un cap rocheux. alors que nous suivions la Haute Route. et nous quittons cet antre pour aller nous coucher. nous entamons nos provisions. et nous bénéficions de sa trace. Ici nos traces se soudent à celles de janvier 1911. on dirait que ça va s'arranger ! Une heure plus tard. leurs volets verts clos devant la désolation des neiges. Je comptais pour cela sur le concours des amis qui m'avaient accompagné jusqu'à Verbier . En quelques lacets. Quelques jours auparavant. Aussi notre souper est-il vite expédié. le jour se lève sur un ciel opaque qui ne laisse percer qu'une triste lumière. où nous arrivons vers midi. Comme nous devrons repasser en cet endroit pour nous rendre à Zermatt. nous permet de dégager la porte qui. la fameuse chute de séracs est franchie. sauf quelques brumes effilochées qui flottent au gré de la bise. je désirais m'arrêter à la cabane des Dix pour explorer les environs. Par Brignon. Voici les hôtels. Mais. A 7 heures enfin. nous abordons le glacier d'Arola et le remontons dans toute sa longueur. Une pelle. Plus je cours la montagne. En route donc. toute rosé sous la caresse mourante du soleil. — Tiens. n'est pas fermée à clef. plus je constate qu'il faut savoir les adapter aux circonstances du moment. Quel accueil glacial. Il est trop tard aujourd'hui pour gagner Zermatt : nous irons donc coucher au Rifugio Aosta. Notre brusque irruption les a fait taire un instant et de leurs yeux sanguinolents ils nous ont dévisagés comme des brutes. c'est un brusque retour à la réalité : l'horreur d'un dimanche soir dans l'atmosphère empestée d'une pinte valaisanne. et que les skis paraissent inutiles pour l'ascension projetée. à pied. une fois sur place. afin d'exécuter la partie principale de mon programme. nous descendons au village inférieur. La Dent d'Hérens elle-même présente une face aussi sèche qu'à la fin d'un bel été. 30. Coincés dans une faille et chargés de pierres. nous les déposons dans les rochers. Si l'état du glacier est désastreux pour le skieur. et vivement ! Sans transition aucune. tiens! fait Crettez. Mais Follonier. . Lentement. par bonheur. Tout ce cirque de Tsa-de-Tsan semble dégarni de neige. en comparaison de la vie intense qui anime ces lieux l'été ! Sans gaîté. et il n'en faut pas davantage pour nous remettre de joyeuse humeur. le guide Maurice Follonier. le glacier de Tsa-de-Tsan s'écroule et se brise en cascades. je devais gagner Zermatt au plus vite. Puis leurs gros rires ont repris. et c'est à se demander où a pu passer la neige tombée au cours des deux derniers mois de tempêtes. auquel nous avons annoncé notre arrivée et qui nous reçoit comme des princes. au lieu de nous diriger vers Bertol ou vers ie col de l'Évêque. Toute la journée ils ont bafouillé en mâchant leur chique autour d'une table noyée de « fendant ». par contre celui de la Dent confirme mes prévisions et nous engage à pousser une tentative de ce côté-là. un peu las. tous les nuages ont disparu. Il est 10 heures. Tout au fond. nous avions dû le mettre à la porte pour le décider à tirer. j'ai changé mes plans. qui s'est levé lui aussi. Cela n'empêche pas de caresser ses projets longtemps d'avance. nous pointons maintenant vers celui du Mont Brûlé. il importe de rester très souple et de ne pas vouloir s'attacher aveuglément à sa première idée. En cherchant bien du regard. Il disparaît presque sous la neige. Une heure plus tard. par dépit plus que par appétit. Le vent a dû souffler furieusèment dans cette région. le bétail était descendu d'Arola. nous faisons halte à l'abri du vent et. par la nuit noire. on peut chausser ses skis et suivre les rives du torrent jusqu'à Arola. L'obscurité qui semble s'exhaler du gouffre monte lentement aux flancs de la Dent d'Hérens dont les arêtes convergent très haut dans le ciel et qui. Nous poussons un cri de joie en découvrant toute une provision de bois et une pile de couvertures déposée dans le dortoir : c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre à l'aise. et laissons à main gauche la classique Haute Route pour tourner au sud. L'air est doux. Quel triste contraste avec le silence d'où nous sortons ! Mon guide lui-même en est impressionné. lorsqu'on vient m'éveiller. Une heure plus tard. le Rocher de la Division (point 3 291). Veysonnaz et le bisse de Salin. Lundi 26 janvier. La « bise »! une fois de plus elle a sauvé la situation. Mardi 27 janvier. leurs voix gutturales articulant péniblement les fadaises que nourrissent leurs cerveaux hallucinés. Par ce crépuscule d'hiver. mais. Les chemins sont du reste si mauvais que l'on avance plus vite à pied. la combe glaciaire creusée au pied de la Tête Blanche est noire de glace et striée de crevasses. trop tard pour y prendre la poste.

Mercredi 28 janvier. Puis une croûte incassable nous porte jusqu'à la rimaye. un douanier Welche. . car c'est plus qu'un voyage ! Voici Bonacossa et ses soldats. transi. car j'ai commencé le livre parla fin). dont le clocher pointe au centre d'un petit village : Bionaz. entre précisément dans son premier quartier Crettez émet de sérieux doutes sur la stabilité du temps. en direction du col de Valpelline. La nuit est venue. au fond de ce gouffre désolé. le contraste est saisissant. toujours la même obsession (1) I Ce soir. et il faut toute la sagacité de Crettez et sa connaissance approfondie des lieux pour atteindre sans encombre les premiers rochers. et il leur a fallu douze heures de marche harassante depuis Bionaz. si lumineuse. et le cirque entier de Tsa-de-Tsan est plongé dans l'ombre. Il est presque 9 heures lorsque nous quittons le refuge. les malheureux. La lune. je songe à la sienne. Son église ! sa seule consolation et son seul espoir ! Mes pensées vont à lui ce soir. 45. je crois entendre l'angélus épancher ses notes graves et il me semble le voir. Nous profitons de ses derniers rayons pour étendre les couvertures sur une croupe de gazons dénudés. De là. et nous glissons entre elles. le pont sur la Viège et. si courte. — Crettez avait raison . en abordant la rive droite. C'est là qu'il faudrait descendre pour trouver âme qui vive. Trois quarts d'heure de halte dans l'air immobile. petit cône neigeux d'où pointe un bout de perche fracassée par la foudre. légèrement voilée. présentant son arête italienne en raccourci et celle de Z'mutt de profil. 1 Quant à l'ascension du touriste américain mentionnée dans \'Alpine Journal (XXXII. la gorge se resserre et tourne vers Prarayé. nous la suivons. Sur la perspective unie et blanche du glacier. aussi vite que le permet la neige fraîche. en obliquant à gauche. J'avais rêvé d'y faire une longue sieste au soleil. nous abordons le glacier. le temps s'est gâté pendant la nuit. des chalets brunis égrenés dans la solitude. ce brave curé de Bionaz. Voyageurs ? avons-nous donc mérité ce nom. puis nous descendons par le même chemin et rentrons au refuge à 3 h. Inutile d'y monter : nous passons juste au-dessous pour déboucher bientôt dans une piste qui semble venir du Théodule. Piacenza et ses guides. déjà. et nous disparaissons bientôt dans k brume. dans ma solitude. parce qu'elle se déroula sans heurt et sans le moindre accroc. sauf de grandes étendues où la glace noire nous oblige à décrire des méandres qui compliquent singulièrement la marche à la boussole. qui sont secs et faciles. enfin une église paroissiale. J'avais souvent admiré des vues prises de la Dent d'Hérens en été. 275). tombée sur une surface quasi plane. pour y célébrer l'office. nous apercevons l'hôtel de Staffelalp. nous retrouvons nos skis dans leur niche. comme on le fait en été. Mais nous verrons demain: chaque jour suffit sa peine. il a disparu. par ce brouillard. mais sur aucune d'elles sa pyramide ne m'avait semblé aussi sèche. sur le seuil de la cabane. nous gagnons les rochers. se dirigeant à grands pas vers son église. Mais quelle âme. Ils allaient encore à pied. Plus loin. Un quart d'heure plus tard. aussi noire que par cette journée de janvier. 20. Mais les jours sont courts en hiver et. Peu à peu. — Que dire de cette journée ? Elle fut si simple. Sur le glacier de Z'mutt nous avons du moins les moraines pour nous guider. harmonieuse. Neige dure avant la moraine dont nous suivons la crête jusqu'au haut. posté en faction. jusqu'au sommet. Je n'avais du reste pas l'impression d'être en janvier. je me retire à l'abri. nous autres qui montons ici en hiver ? Non. sauf dans le cirque du Tiefenmattenjoch où l'on enfonce profondément pendant un quart d'heure. le brouillard se fait moins dense et. la situation n'est pas très rassurante.mais bien la deuxième. cette pauvre cure de montagne. Parvenus à l'arête frontière. de vastes pâturages. il s'élance d'un seul jet. Nous devons être sur le col. Neige excellente. la pente s'évase et diminue. L'hiver comme l'été. je m'amuse à feuilleter le «livre des voyageurs ». l'astre est près de disparaître derrière les hautes falaises qui nous enserrent. au grand jour. les pieds dans ses sabots de bois blanc. le chemin creux. et j'ai fermé la porte. Dès que les skis se mettent à glisser sur l'autre versant. elle n'était pas la première. le fourneau fume terriblement. et pourtant il est. après mon guide. Après une journée si gaie. Le feu pétille dans l'âtre et. Après avoir mis la corde. » Au delà de l'abîme. entre les parois invisibles de la Tête Blanche qui renvoient l'écho de nos voix et les pentes de la Tête de Valpelline qui s'élèvent à droite. Tout là-bas. Tout est gris ou blanc. De la conque évasée de Tiefenmatten. Toute une journée de marche nous sépare. nous nous encordons pour louvoyer très prudemment entre les formidables crevasses qui précèdent le Stockje. Simple. l'apparition du Cerrin est stupéfiante. Peu à peu. et les brouillards flottent très bas contre les parois du Mont Brûlé. heureux de nous souhaiter la bienvenue. causa neve molle. et la nôtre serait donc la troisième. les mains dans les poches de sa soutane. A deux. si harmonieuse que je ne puis en parler sans tomber dans la banalité. je ne vois pas. Voici quelques notes relevées de mon journal : « Départ à 7 h. la meilleure route sera toujours celle partant du Rifugio Aosta. parce que tout se passa comme nous l'avions souhaité. Jeudi 29 janvier. en crampons. l'ami le plus rapproché. qui ont réussi la première ascension hivernale de la Dent d'Hérens (ceci en janvier 1910. et de quelle vie ! Dans le crépuscule qui monte. et. presque froid et. Le gazon se met à frissonner sous le souffle âpre qui descend des hauteurs. venus en patrouille pendant la guerre . Brusquement il fait très frais. cube rosé et blanc sur la sombre frondaison des cimbres. Il ne reste plus qu'à la suivie : voici Zum See. parce que nous étions bien entraînés . mais je devine la suite : des forêts de mélèzes centenaires. en attendant le repas du soir. Au haut du grand couloir. mes regards glissent avec mes pensées. courte.

Mais. il nous servira en même temps de porteur. Mais. De l'Hôtel du Trift ils parvinrent assez facilement au sommet de la Wellenkuppe. Je téléphone à Saint-Nicolas : Knubel se déclare marschbereit. plus haut. sans fumée. traînant leurs ombres bleues sur l'éclat des neiges lumineuses : une vraie féerie. ce séjour en Italie. cette cuisine du Trift 1 Crettez s'y sent à l'aise et s'y promène triomphalement. presque à regret. Sydney Spencer. Lundi 2 février. Peut-être aussi que l'Obergabelhorn ne lui sourit guère ? En douze minutes. Je proposerai donc à Knubel de nous attaquer directement à l'Obergabelhorn. lorsque je les écarte. le ciel est complètement nettoyé. Samedi 31 janvier.. Par contre. devant la scène grandiose du Mont Rosé. les neiges scintillent et. il n'est que juste qu'il participe à la revanche. devient en hiver un chenal fort agréable. ouvrant une piste que nous pourrons suivre demain à la lumière de notre lanterne. Une heure plus tard. Tout là-haut. Dans le petit salon attenant à la cuisine et que Dame Graven réserve à ses hôtes hivernaux. Le sentier d'été serpente sur des pentes abruptes qu'il serait imprudent d'affronter à cette époque. 386-387). Crettez-Gargantua prépare de plantureux banquets. Crettez est confortablement installé.. mais l'arête reliant celle-ci à l'Obergabelhorn était toute en glace. la route est tout indiquée : une moraine escarpée. lit une tentative à la Wellenkuppe (3 910 m. Crettez me quitte pour rentrer chez lui. Il veut bien consentir à nous ouvrir son hôtel. En sortant de cette gorge. je ne puis retenir un cri d'étonnement en découvrant un ciel sans nuage. bien que nous ayons encore une autre ascension en perspective (1). C'est ici le chemin d'hiver. Le porteur est parti en avant. très doux vers midi ( + 4°) Inspection de notre Capone dans ses moindres recoins. le Tàschhorn pointe sa corne noire qui fume légèrement sous la bise. au dehors. Arnold Lunn et Joseph Knubel partirent en ski à l'assaut de l'Obergabelhorn. au cœur de l'hiver. Par la moraine et l'arête séparant le glacier du Gabelhorn de celui du Trift.. la montagne eût été impraticable pour plus d'une semaine. Une vraie Capoue. et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à partir dès la tourmente passée. à condition de nous adjoindre son fils. Knubel n'arrivera que ce soir.) Il partit de Zermatt même. Il y a là certaine corbeille remplie d'excellentes bouteilles. ces simples lignes neige toute la journée . Mais. Elle semble à peine saupoudrée par les trois derniers jours de tempête. . pour ne pas perdre mon temps. l'esprit désormais tranquille. — Quel délicieux réveil dans cette chambre basse. nous débouclons nos skis sur le seuil de la pension Graven.. membre de l'Alpine Club. Crettez et moi sortons de table une seconde fois et. confortable et familière dont les parois exhalent un salubre parfum de mélèze i A travers les rideaux tirés. Celle-ci est reliée à l'Obergabelhorn par une formidable arête dont je scrute anxieusement les moindres détails. dans l'azur très pâle. rembourré de neige et où l'on peut s'élever directement. je pars pour le Trift. Demain. et ils durent également battre en retraite.. il poussa jusqu'à la base du sommet et dut battre en retraite à cause de l'heure tardive (Alpine Journal. Inutile de pousser plus loin ce soir. Vendredi 30 janvier. Je n'ai pas connaissance d autres tentatives.. On installe des paillasses pour en faire un dortoir. — Journée merveilleuse qui va marquer le début d'une longue série de beaux jours (du 2 au 20 février. XVIII. Comme il nous faut du bois. jeune gars de dix-huit ans. Bes brumes folâtres viennent jouer alentour. A 2 heures déjà. et j'ai toute la journée devant moi. puis la conque glaciaire du Trift que dominent les parois rocheuses de la Wellenkuppe. sans cohue. Vers 2 heures de l'après-midi. hein ! et quelle veine ! — Ah oui ! et un appétit du diable. grâce aux peaux fixées sous les skis. la neige ne s'attache pas aux arêtes exposées à l'action du vent. le soleil se couche derrière une arête voisine. Knubel 1 En janvier 1893. Des travaux urgents l'attendent chez lui et il manifeste un désir évident de ne pas s'attarder ici. — Dans mes notes. au crépuscule. ça m'a creusé l'estomac ! Il s'agit maintenant d'aller trouver le patron du Trift et de lui faire notre demande. En été. Le mauvais temps serait-il déjà fini ? Zermatt ! Zermatt en hiver! Un Zermatt sans bastringue. avec une seule bourrasque le 11. et Crettez s'impatiente. le temps s'éclaircit et. entrain d'achever un plantureux déjeuner. inabordable l'été. J'ai vu aujourd'hui ce que je désirais voir et. vers minuit.. Après le dîner. Vers 10 heures. et prit quatre heures pour arriver au Trift. le soleil fuse joyeusement et. Par la combe où coule en été le torrent. et nous suivons sa trace par le fond de la gorge. on aperçoit l'hôtel posé sur la neige. Le fils du patron nous en fait les honneurs et nous ouvre la grande cuisine du rez-de-chaussée où nous serons chaudement installé. Herr Aufdenblatten est au logis et de fort bonne humeur. Je m'en doutais. Comme j'avais projeté cette course avec lui autrefois. les perspectives sont moins avenantes : le ciel s'est brusquement couvert et nous suivons avec anxiété la course furibonde des nuages chassés par le vent. sans portiers à casquette galonnée. Le 26 mai 1917. nous arriverons ici aux premières lueurs de l'aube et. paresseusement. je pars en ski. — Quel temps. comme suspendue. plus haut.. la gorge du Triftbach. sans sifflet de locomotive.A quatre heures. nous acheminons vers le Trift. sans bruit !. Arrivé làhaut. souriant de sa façade rosé à notre arrivée. — La neige continue à tomber. on débouche au bout d'une heure dans la plaine où se cache le petit lac enneigé du Trift. Ainsi l'hiver nous réserve d'agréables surprises. je puis redescendre au Trift.. nous redescendons à Zermatt par la gorge du Trift. Trift-sec épatant! Dimanche 1er février. j'ouvre portes et fenêtres pour laisser pénétrer la chaleur bienfaisante du soleil et je m'installe dans un rockingchair sur le seuil de l'hôtel.

se font plus sérieux. Il est 8 h. des voiles parallèles. à l'endroit où celle-ci vient se souder à la roche. Knubel ne manque pas de trouver cela merkwurdig. Et pourtant. je vois mon guide surgir du gouffre. et j'avoue franchement n'avoir jamais rencontré en hiver tant d'obstacles sur ma route. Je le crois volontiers. la face ronde et souriante. D'une seule envolée. dans le caractère aussi bien que dans la physionomie. fort dispos ce matin. à travers le lac enneigé. par une forte pente. nous découvrons aisément les anciennes marches taillées en septembre dernier. Ses impayables histoires ont égayé bien des soirées de cabane et ensoleillé les attentes les plus moroses. du reste. je ne puis m'empêcher de songer à celui qui m'a quitté hier et de comparer ces deux grands guides. du reste.. un instant plus tard. plus formidable. en même temps que le soleil disparaît derrière les nuages : tout devient terne. un moment dissipés. et rien ne semble pouvoir l'arrêter. A l'endroit où elle cesse. au pied du Triftjoch. nous gagnons le pied du Grand Gendarme. Les dalles sont plus faciles qu'il ne semblait de loin. Knubel prend le s devants et pointe ses skis vers les moraines. On passe sous les rochers du Rothorn et. Sur l'épaule de lu Wellenkuppe. l'immense tour de roc se dresse devant nous. sous laquelle s'allonge une large bande de ciel bleu cru. Plus bas. mais Crettez fait exception à la règle.mais il inspire une confiance illimitée Sa stimmung dépend du temps. Fixée l'année précédente par les guides de Zermatt. Il fait grand jour.). — en supposant que le temps n'empire paa. malgré la hausse régulière du baromètre. car il est trop bien stylé. aimée.. mais la tempête le plonge rapidement dans le plus sombre pessimisme. On objectera qu'un guide blagueur est rarement un bon guide. nous déposons nos skis à l'abri des rochers. Nous sommes. on pénètre dans la conque évasée. Pour varier la marche. quand il se trouve aux prises avec les difficultés. dans la vallée de Zermatt. et il se plaît à entretenir ses clients de sa faconde. nous touchons l'extrémité supérieure de cette moraine. à droite d'une pente de glace luisante. Une corde se balance à son flanc. Tranquillement. de sorte qu'à 10 heures déjà. un rosé vif qui ne tarde pas à fondre. En le voyant venir ainsi. Les parties neigeuses sont excellentes et les rochers faciles. Autant il est gai et rieur au refuge. il voit tout en rosé. c'est cependant un des grimpeurs les plus agiles que je connaisse. et son estimation ne me paraît pas excessive. plein d'attrait. et je l'engage à poursuivre notre marche. Knubel grimpe sans l'ombre d'hésitation. Lentement les nuées se tassent. Ce matin. moins violents aussi . Knubel n'a rien de cette humeur exubérante et ne connaît pas les bonnes blagues qui peuvent remonter le moral du touriste épuisé. Elle ne sera jamais exécrable. autant vous le verrez calme. vif et nerveux comme toujours. Dans le névé de l'arête. nous suivons la piste de la veille. il existe entre eux un frappant contraste. elle en facilite considérablement l'escalade et permet d'éviter la traversée toujours périlleuse par le versant du Mountet. Crettez passe pour le meilleur professionnel du Bas-Valais et. je m'avance au bord de la gorge qui se creuse vers Zermatt et lance un long yodel dans le vide. . Brusquement nous sommes debout. Le problème est plus sérieux que je me l'étais figuré. plonger une seconde fois. la frange neigeuse de la Wellenkuppe s'est illuminée de rosé. — A notre réveil. s'étirent en une barre rougeoyante. et l'escalade commence. Mardi 3 février. le ciel est voilé. Tous deux ont joué un rôle prépondérant dans l'exploration de leurs montagnes en ski. Vers 7 heures. Aux flancs du Mont Rosé. dans la tristesse lugubre de cette matinée d'hiver. les coups de vent se tont plus rares. Pour moi tout est nouveau ici. Là-haut. Tout espoir n'est pas encore perdu de voir le soleil percer les nuages. C'est une rude montée qui nous arrache des soupirs et des jurons. endossons nos vestes de toile et nous nous encordons à courte distance pour pouvoir cheminer de conserve. Une marche rapide nous a permis de gagner une forte avance sur l'horaire prévu. La silhouette brune du géant de Champex est familière au monde des alpinistes romands : c'est une figure sympathique. Knubel a dépassé en quelques années tous ses collègues. sûr de lui. Il a derrière lui un glorieux passé et il a su triompher habilement des plus folles aventures. La lune inonde tout le bassin du Trift et nous pouvons nous passer de lanterne. le jour a beaucoup de peine à venir. Flanqué à gauche d'une lame rocheuse. il frappe la pente de ses skis. les brumes semblent plus diaphanes. nous arrivons au sommet de la Wellenkuppe (3 910 m. Il le sait. Longtemps nous zigzaguons entre les coulées d'éboulis. mais qui nous permet de gagner rapidement de l'altitude. A grandes enjambées. la lune jette quelques lueurs tamisées par les brumes. légèrement penchée sur le vide. Cependant. Le doute dans l'âme. se redresser doucement et venir mourir à nos pieds. à l'endroit où elle s'enfonce dans les névés du Trift. nous chaussons nos crampons. où la concurrence est beaucoup plus grande. Blond. plus abrupte à mesure qu'on s'en approche. elle se festonne de corniche?. observant d'un œil inquiet les spasmes de cette aube. et nos doutes. Il compte au moins cinq heures et demie pour gagner le sommet et revenir ici. l'Obergabelhorn laisse une impression saisissante. sur une neige parfaitement dure. 45. cinq heures et demie après avoir quitté le Trift Vu de là-haut. Knubel fait une mine grave (le ciel couvert en est évidemment la cause). Mais ne cherchons pas à comprendre et partons bien vite. réfléchi.n'y est pas encore arrivé. il reflète le dévouement et la fidélité. A l'orient. Knubel aborde la moraine principale dont nous escaladons la crête en portant nos skis. il s'élance d'un seul jet dans un ciel gris aux reflets d'acier. lorsque le soleil brille. Impatient. qui restera légendaire. Beaucoup moins grand que Crettez. puis se cabre brusquement pour former le Grand Gendarme. Avec une régularité d'automate. Une voix toute proche me répond joyeuse et. presque immobiles. La partie supérieure de son arête paraît fort enneigée et fume sinistrement sous les rafales. et nous touchons . Au contraire.

si riche en aléas et pourtant si bien réussie. penchés sur les corniches. Mais je préfère tourner mes regards de l'autre côté et admirer les gracieuses volutes des corniches ployées vers le Trift. sur la cime. Knubel prétendait même qu'un jour de repos serait indispensable. et l'on aborde l'arête. Mais le temps est si beau qu'il serait dommage de n'en pas profiter. les rudes contours de la montagne s'atténuent . Dès lors. la plus difficile à gravir.. ses crampons crissent joyeusement: mais. j'aurais volontiers passé une journée entière à savourer la fraîcheur de mes impressions. cornes noires. 50. Dans la pureté de l'atmosphère. il allume sa pipe — signe infaillible de bonne humeur chez lui — et nous enlevons avec brio ce dernier bout d'escalade. comme la dernière glissade nous a complètement délassés. puis à la cime. Vers le Mountet. une accolade à la gourde et la fumée bleue de nos pipes montant rejoindre le bleu du ciel.. Nous scrutons les moindres détails. le film se précipite devant mes yeux : un Knubel triomphant qui me tend la main.A vrai dire. Comme les skis sont indispensables pour parcourir le glacier supérieur. Malheureusement. Qu'elle était gaie.assez rapidement à l'extrémité de la corde. nous pouvons accorder un coup d'œil au paysage : les nuages ont fondu comme par enchantement. Sans doute. Quelques gradins. tout seuls dans l'immense amphithéâtre de Zermatt. et tout resplendit sous un brillant soleil d'hiver. suivant par la pensée la crête festonnée qui nous relie aux premiers rochers.. Knubel s'en saisit adroitement et s'élève à grandes brassées... agile comme un mousse. Et quelle vue. son arête des Quatre Anes (noire comme du charbon) violemment découpée sur la face blanche et lumineuse du Schônbùhl. dans un gouffre éblouissant de lumière. c'est une fuite impressionnante : bombée. Le Schallihorn (3 978 m. arrivé au milieu de la corde. Prudemment nous côtoyons l'abîme sur une neige heureusement très ferme. nous sommes en lieu sûr. nous respirons plus aisément . il est optimiste et. Knubel y taille avec soin de larges escaliers où je puis descendre sans crainte. Cette fois-ci. et comme il riait en pointant le tuyau de sa» pipe vers les cimes!.. Hélas ! le temps fuit. jusqu'à l'endroit où elle s'incurve de nouveau et forme la frange d'une combe doucement inclinée vers le Hohlicht. A 4 heures. grisé par le succès. un vigoureux shake-hand. Silencieusement... Un large sourire illumine sa face — le premier de la journée... nos cœurs sont gonflés d'espoir. Jamais je n'oublierai ce trône or et blanc dressé dans l'azur. cette selle est infranchissable en ski : nous allons donc suivre l'arête rocheuse dans la direction du Rothorn. Assis sur un gradin tout doré. les montagnes tordues. Cornes grises... alors que tant d'autres.. l'acier craque soudain et je vois l'un d'eux rebondir en cascade argentine sur la pente du Mountet. nos regards plongés dans les gouffres. Au sommet de la moraine. dressées vers le ciel. Entre elles seulement la blancheur éclatante des neiges. quelle vue ! Plus un nuage ! Tout alentour. une autre au sommet du Grand Gendarme. le noir restant la note dominante sur les crêtes de ces vagues gigantesques qui vont déferler vers l'horizon. Ah ! quel beau moment nous avons passé là-haut. nous découvrons de nouveau un chapelet de vieilles marches qu'il est facile d'aménager et d'utiliser à notre tour.. puis nous dévalons à la corde pour remonter lentement la croupe neigeuse de la Wellenkuppe. A l'endroit où le fil blanc de la crête vient se nouer à la roche du sommet. Mais il faut quitter ce gendarme avant tout. frangées de bleu. Hier. deux hommes réunis au sommet de cette montagne. Puis la crête blanche s'élève vers les rochers du sommet.. Et nous étions seuls. Tout près de nous maintenant. Déjà nous avons repris la descente. Après cette course aventureuse.. avec prudence. nous décidons de profiter du lendemain pour monter au Schallihorn.) me tente beaucoup : il promet une grandiose balade dans un vaste cirque de glaciers et un contraste reposant avec l'escalade aérienne du Gabelhorn. la Dent Blanche surtout. A 12 h. où je le rejoins. nous ne savions de quel côté nous tourner pour tout voir et fixer dans notre mémoire la glorieuse image de tant de merveilles.. Mais ce soir. debout pour mieux voir. plus avenantes. Sur le gneiss granuleux. nous sommes à peu près certains d'arriver au but. nous suivons deux heures durant la trace de la veille. — Wir band's. la pente plonge brusquement et s'étale tout au fond. je crois bien. Knubel s'est arrêté et jure en patois valaisan . monsieur K..— Partis à 6 heures.. comme jamais je ne crois les avoir vues. nous franchissons en sens inverse tous les passages du matin. Les rochers sont faciles 1 Nous le tenons. Mercredi 4 février. attendaient en vain une visite. Sur quoi. Pour la première fois aussi. le sommet semble moins terrible que de la Wellenkuppe. wir bandas bald ! (1). il nous faut les transporter là-haut. Une courte halte au pied des rochers. luisante. ses créneaux dorés enguirlandés de volutes blanches. Knubel attire à lui la corde à mesure que je grimpe. la course sera longue. formidables. espérant m'en tirer avec une chaussure légèrement ferrée..nous retrouvons nos skis : une trace continue nous relie au Trift. Le Cervin. et partout. Dans cette arête s'ouvre une selle neigeuse où l'on parvient en ski et d'où l'on découvre d'un seul coup d'œil le vaste chaos du Hohlicht que dominent deux cimes formidables : le Schallihorn à gauche et le Weisshorn à droite. mais mes pensées s'attardent encore là-haut. suspendues comme par miracle dans l'espace azuré. huit heures exactement après avoir quitté le Trift. des cornes farouches. confiant en mon unique crampon. Revenus de nos émotions. puis il se décide à grimper jusqu'au sommet du gendarme. la voix de Knubel. Et là. nous foulons la plus haute cime de PObergabelhorn. nous le tenons bientôt ! . Comme il n'a pas le moindre clou sous ses laupars. nous obliquons à droite pour gagner la longue arête qui descend en ondulant du Rothorn au Mettelhorn. Le sommet lui-même était une féerie. Herr K. je lui passe un de mes crampons.

Il est content : le ciel s'éclaircit et le feu ronfle . la complainte du vent. nous plongeons dans l'ombre et gagnons d'une seule glissade le creux du Hohlicht. Merveilleuse parce qu'en hiver. le Rimpnschhorn dans le fond. Voilà qui serait plus intéressant ! Mais à quoi bon discuter ces projets d'avance ? nous aurons tout le temps d'en parler plus tard. — Rentrés à Zermatt. comme nous. le ciel est voilé. le patron se décide à nous faire accompagner.. Sur ce versant. Mais. je dirai oui. Jeudi 5 février. Vendredi 6 février. C'est un misérable petit village. nous arrivons à Tâsch. je reviendrais en arrière. dans la piste.et. à 12 h. demanderez-vous. merveilleuse sans doute ? Au sportsman je répondrai non. Mais par qui ? Le Schulmeister se dévouera. vasques neigeuses striées de crevasses.. La marche est lente et. pour un rien. Au seuil d'un mazot solitaire. Une cloche épand ses notes graves : elles vibrent tantôt dans l'air immobile. Voici l'hôtel rosé perdu dans les neiges. 30. Pendant plus d'une heure. c'est un délice de voguer sur les neiges. ourlées d'ombres bleues. Sur l'éclat éblouissant des neiges. Au son d'une sorte de glas. devient presque une obsession. l'heure où les contrastes deviennent le plus frappants entre les ombres grandissantes et les lueurs mourantes sur les neiges. burinée en tous sens et couronnée par la crête si connue de ceux qui ont visité le Mountet ou gravi la montagne par le Blanc du Moming.. il faut zigzaguer dans une forêt de mélèzes pour rejoindre le sentier venant de Zermatt. Secouant ces pensées. tout en guettant les ombres du soir. éblouissant dans la radieuse lumière du soleil. Mais après ? Après ? mon programme sera achevé et tous mes désirs réalisés. Mais. En sortant de l'ombre. en face du Cervin. Il est vrai que c'est aujourd'hui vendredi. pointe sa pipe vers la gigantesque falaise et trace à mes yeux la route suivie autrefois par sa caravane. Knubel discute âprement pour obtenir les clefs de l'hôtel de la Tâschalp. Déjà il a déroulé la corde. mais à celui qui. nous passons l'après-midi sur la terrasse de l'hôtel Graven. ils sont frappés par le contraste entre les neiges éclatantes et les masses sombres des rochers. évoquant de vieux souvenirs. Les pentes neigeuses qui conduisent delà au Schallijoch sont orientées au sud. Mais mon guide ne l'entend pas ainsi. la course débute sous des auspices peu encourageants. personne ne voulait croire au mauvais temps. dressée dans un ciel sans tache. Knubel préfère passer par Blasi. un quart d'heure plus tard. sans hâte et sans souci. Jouissons de ne pas y être ! Aujourd'hui. que samedi nous tenterons le Tâsch-horn et que dimanche nous reviendrons ici. Les transactions sont longues et pénibles. seul endroit où nous puissions passer confortablement la nuit. et nous sommes partis quand même. tout encombré de troncs d'arbres qui ont été retirés d'une avalanche voisine. Nous sommes couchés sur le dos pour mieux l'admirer. d'un geste encourageant. On le fait appeler : c'est un pauvre bougre. Le ciel voilé. le temps est beau qu'on en profite. à Zermatt. il dresse à 600 mètres de hauteur sa paroi rocheuse.. Vu d'ici.. je m'enfonce dans la forêt pour arriver une demi-heure plus tard à la Tâschalp. Ici encore l'air est parfaitement calme. enthousiasmé par cette apparition et par les souvenirs qu'elle évoque en lui. et le soleil y frappe en plein. Le Cervin se dresse là comme un glorieux point final. il n'a pas de skis et il lui faut courir le village pour s'en procurer une paire. Du Mettelhorn jusqu'aux parois du Weisshorn. le contraste est accablant : il fait si chaud que nous devons nous mettre en bras de chemise pour affronter la montée. mais c'est un détour bien inutile. Et la descente. entre les ombres bleues et les glaces étince-lantes. cascades de séracs. et Knubel. le joli vallon de Mellichen. nous voici prolongeant notre sieste dans la chaleur exquise du soleil. elle n'offre plus le charme de la nouveauté. Merveilleuse aussi parce que le sentiment du triomphe embellit toute chose. brusquement arrachées par les coups de vent. Je me sens las et. Dans une pinte enfumée et puante.. les yeux clignotant derrière des lunettes bleues. Seulement. et nous regretterions de n'avoir pas poussé jusqu'au bout.. notre trio se met en marche. De retour au col. Que n'ai-je avec moi mes joyeux amis d'autant. le chemin est plus intéressant. merveilleuse : la descente aussi bien que la montée. mais. il me montre la croupe blanche du Schallihorn. ce ne sont que glaciers tourmentés. Sa sombre silhouette. Les skis aux pieds. Rassasiés par la splendeur du Hohlicht. tantôt s'envolent. cette arête du Hôrnli ? Gravie deux fois déjà en hiver. Avec le soleil du soir.. sur ces névés évasés. Peu à peu.. Il a raison : c'est une victoire facile. vient ici pour admirer la nature et conquérir une noble cime.. comme en deuil. toujours en bras de chemise. car la neige était durcie. nos pensées se tournent vers l'arête de Z'mutt. tandis que mes compagnons vont préparer le gîte. Décidément. comme toujours dans ces hautes régions . le crépuscule est le plus beau moment de la journée. je m'arrête. Certes. nous parvenons au point coté 3 672 mètres. où nous arrivons. est-ce bien tentant.. Vous qui prétendez qu'en hiver tout est blanc.). qui nous coûtera peu d'efforts. C'est le grand agrément des courses en ski de pouvoir s'attarder sur les hauteurs. chétif et timide. Il est entendu que demain nous irons coucher à la Tâschalp. chaussé son unique crampon et. le Rothorn est écrasant. que n'êtes-vous ici aujourd'hui? Le paysage est si beau que j'hésite à pousser plus loin. Depuis ce matin.. Le fœhn souffle en rafales. maigre. comme nous l'avions fait en 1912. sachant qu'une trace infaillible vous relie au toit qui vous protégera pour la nuit. La porte s'ouvre et Knubel me reçoit avec un large sourire. la réverbération devient moins intense et nous respirons plus librement. — Vers midi. la tristesse des cloches et ce Schulmeister en noir m'ont donné le cafard. scintillant dans l'azur du ciel. Au Ijeu de monter directement à la Tâschalp. éveillant d'étranges senteurs et plongeant la nature dans la mélancolie. avivant les teintes. Cependant. Le fœhn qui souffle dans les arbres répand sa désolation jusque dans mon âme. j'ai tout loisir d'admirer les contrastes de ce monde prodigieux. la pente diminue et une petite baie s'ouvre entre les rochers du Moming et le cône neigeux du Schallihorn : c'est le Schallijoch (3 745 m. nos yeux plongent dans les profondeurs d'Arpitetta. striée de couloirs. A quoi bon? la vue du sommet ne vaudra certainement pas celle que l'on découvre d'ici. Finalement.

et la résistance de la neige également.20° C. Cette fois. Knubel. s'ouvre un large couloir où la neige est parfaitement dure et où l'on peut s'élever très rapidement sans enfoncer. Mais la Tàschalp est déjà plongée dans l'ombre. la pente diminue. à cause des raquettes et de la neige encore poudreuse par endroits. et par le même chemin. Malgré cela. Il nous quitte au crépuscule.. Par curiosité. nous arrivons au pied de la côte. par exemple).. Laissant mon guide prendre les devants. Il est 8 heures bientôt . Mais notre enthousiasme ne vaut pas celui qui nous animait au sommet du Gabelhorn. La montagne est éclairée comme en plein jour. Un faible son de cloches monte jusqu'à nous : comme elles me semblent gaies. mais la lune s'abaisse vers une crête voisine. c'est toujours le même ciel bleu : le vallon de Mellichen et la Tàschalp tout entière sont inondés de 1 Ce n'est pas la première tois que l'observe ce curieux phénomène en Arrivant sur un sommet ou même sur une arête (voir au Lyskamm. En vain nous cherchons un endroit abrité pour nous arrêter : ce n'est qu'à notre arrivée au sommet. et. toujours rosé au milieu des neiges éteintes. en ski au long du Rothenbach. Il faut les éviter par le versant de Tàsch. tout s'est passé comme nous l'avions prévu. à cette même heure. plus un souffle d'air (1) ! Pas un nuage au ciel. que le vent cesse brusquement : calme plat. il faut nous aplatir au-dessous du faîte pour nous soustraire aux rafales et pouvoir goûter un instant. mais tout cela n'a pas été sans peine et le Schulmeister s'est rendu indispensable. Six ans déjà ! six années de guerre. les conditions seraient parfaites. Il ne reste plus qu'à suivre notre piste. Samedi 7 février. notre souffle et toute notre énergie. et l'ombre de cette crête nous poursuit : il s'agit de ne pas se laisser rattraper avant l'aube. passées je ne sais comment — et le Rothorn est toujours là. Sans les rafales de la bise. noir comme en 1914. 15 du matin nous quittons notre gîte par un brillant clair de lune. je consulte mon thermomètre : il marque . la bise soulève des tourbillons de neige qui se rabattent en fumée de notre côté. 7 février. Au dehors. Couchés dans la rocaille. et j'ai rarement dû partir si tôt en hiver. c'est une trêve délicieuse. après une escalade sans trêve. — A 3 h. En une heure trois quarts. Il est probablement dû a l'équilibre atmosphérique entre les versants opposés de la montagne. Les crampons chaussés. nous trônions au sommet du Rothorn. mais faciles.. Il faut partir encore. reprenant mes skis. enthousiasmé. sauf vers l'Italie. L'approche en ski n'est pas longue aujourd'hui : le terrain ne s'y prête pas et le Tàschhorh ne sera jamais une montagne pour skieurs. sur l'arête. alternant avec des névés durcis. la même ombre qui nous poursuivait ce matin. nous restons assis près d'une heure pour faire chauffer un peu de thé. les premiers rayons du soleil.je glisse à mon tour par le creux de la combe jusqu'au petit hôtel.). Lorsque nous y parvenons. l'église blanche et les mazots bruns du village. chausser les crampons et nous préparer à l'attaque. Cette fois-ci. parcourant du regard l'immensité qui nous entoure. Au pied du Teufelsgrat. nous touchons à notre montagne. en raquettes sur le glacier. le sphinx meurt. enlever nos raquettes. En courant. Hier la bise a triomphé du vent . en crampons dans le couloir. et c'est elle qui nous vaut ce brusque abaissement de température. Voici pourtant deux formidables corniches dressées dans le bleu du ciel. après avoir fait la grasse matinée. content de sa journée et des écus qui sonnent dans son gousset. je songe qu'il y a six ans. et sur la neige les crampons mordent solidement. Là-haut. je m'installe entre deux blocs de rocher.. pas plus d'un côté que de l'autre. à l'abri. Les rochers sont rares et faciles. je ne lui échapperai pas. tout en bas. Un immense circuit nous amène finalement au pied de la côte rocheuse détachée de l'arête du Mischabeljoch. « Quand l'énigme est résolue. au pied de la moraine. Un souffle âpre descend des hauteurs et le froid devient plus vif encore (— 22° C. Le froid est intense et semble augmenter à mesure que nous nous élevons. — Knubel est déjà parti pour la messe lorsque je me lève enfin. où flotte un léger voile diaphane tamisant l'éclat des neiges. après avoir été toute la matinée exposés aux morsures de la bise. nous fumons silencieusement. juste à côté. nous pouvons nous aventurer sur la crête aérienne qui monte au sommet. Ayant récupéré nos forces. » Aujourd'hui même. Durant trois quarts d'heure. Peut-être la conquête fut-elle trop facile? De tait. en taillant des marches dans une pente impressionnante qui domine un vilain couloir. . Il nous conduit au pied des moraines qui viennent s'étrangler dans une combe où nous déposons nos planches. Une fois sur le glacier. prétend même que nous grimpons plus vite et plus facilement qu'en été. Mais les pipes se sont éteintes et Knubel s'est levé. grignoter quelques biscuits. issu du glacier de Weingarten. nous suivons le cours tortueux du Rothenbach. Immédiatement après. aujourd'hui ! Je consulte ma montre : il est une heure. il faut s'arrêter un instant pour chausser les raquettes que nous avons emportées par prudence. La chambre contiguë est déjà tiède. on distingue le bois de mélèzes. Pourquoi ? je ne saurais le dire. Dans la chaleur du soleil. elle fait encore rage sur les hauteurs. La marche se poursuit lentement. sa crête échevelée comme celle d'une vague. nous prenons la crête au pas de course. mais. le dernier grand pic des Alpes est maintenant conquis en hiver. nous remontons la côte : elle eit formée de roches brisées. Théophile Theytaz et moi. Il y a 2 300 mètres de différence de niveau à franchir pour atteindre le sommet du Tàschhorn. les ombres ont fondu sur les neiges livides et l'aube s'est levée dans cette conque resserrée. Vers SaasFee s'écoulent en flots laiteux d'immenses glaciers et. Dimanche 8 février.dans la petite cuisine. par ce même temps radieux. Et puis. nous pensions suivre le dos de la principale moraine pour gagner le glacier. Pour en finir le plus vite possible et afin d'échapper aux atteintes de la bise. pour fumer une pipe et rédiger mes notes de la journée. on attaque la paroi rocheuse de la pyramide finale.. et je tiens à'jouir des derniers rayons du soleil. Lentement l'ombre monte à moi. alors que les pierres s'éboulent à chaque pas.

Que va-t-elle nous réserver? 1 J'ai dit plus haut que l'arête du Hôrnli avait été escaladée deux fois déjà en hiver. Il ne doute pas non plus que l'arête de Z'mutt soit possible. p. F. Je le suis des yeux le long du sentier dont on distingue les lacets comme en été. 45). nous profiterons davantage des rayons du soleil. et je déjeune tranquillement devant l'âtre. le soleil frôlant à peine durant la journée. Le 2 mars 1907. Jamais nous n'avons constaté un pareil dénudement. la dernière en date. le 31 janvier 1921. Aloïs est un vieux loup qui connaît bien la montagne hivernale. affaire de casser une croûte et de faire chauffer une tasse de thé. descente par le Hôrnli ! J'avoue que cette idée m'enthousiasme plus que la perspective de parcourir deux fois la route habituelle. sans aucune difficulté. avec les guides Jos. Dans la forêt. j'hésite à poursuivre ma campagne. — Notre ascension fut donc la cinquième. La halte serait délicieuse si l'air était calme. nous ne sommes plus seuls dans la petite salle. accompagné des fameux guides Alexandre Burgener et Aloïs Pollinger. 1907. Le beau temps a attiré un diplomate russe qui va monter au Trift pour tenter demain le Rothorn avec Aloïs et Joseph Biener. lieu préféré de nos discussions. — Encore une radieuse journée. Les tempêtes du sud-ouest qui s'engouffrent par la trouée du col de Valpelline doivent être terribles. à la descente.A.. 1911. par l'arête du col du Lion. La chaleur qui pénètre mes vêtements est infiniment douce et pourtant. et le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons joyeux sur le chemin de Staffelalp. C. Malgré ce temps merveilleux. en exposant mon thermomètre à l'air. Les pans d'éboulis alternent sans transition avec des champs de neige jonchés de fragments de schiste très fins. Mario Piacenza. Ici. et je commence à me lasser d'être seul avec un guide. La traversée est décidée maintenant. une idée avait germé dans nos cerveaux à la vue du Cervin tout noir. faciles à transporter. Je n'ai pas l'impression d'aller au Cervin. nous arrivons à Staffelalp et nous nous arrêtons sur le seuil de l'hôtel. 15 sq. et c'est pourquoi aussi le Cervin est si noir sur le versant de Z'mutt. tandis qu'en montant par le Hôrnli. Loch-rnatter. mais jamais la nature ne m'a paru aussi resplendissante qu'aujourd'hui. monta et descendit par l'arête du Hôrnli (Alpina. Vers une heure. Rien ne presse aujourd'hui. 467). L'arête de Z'irmtt semblait meilleure encore que celle du Hôrnli : jamais on ne l'avait vue aussi sèche. Et pourtant. et jamais leurs effets ne sont plus apparents que l'hiver. et maintenant me voici prêt à le réaliser. Mardi 10 février. elle nous réserve un travail bien désagréable. Hier également. mon programme est exécuté intégralement. à l'heure actuelle (1922). A Zermatt. Mais. je constate qu'il descend brusquement à — 7° C. . En sortant de l'ombre du Cervin. chez Graven. réussit la quatrième ascension hivernale. de l'Alpine Club. qui fut suivie à la descente comme à la montée (Rivista Mensile del C. trois ans plus tard. avec les mêmes guides. le projet a mûri.soleil. Knubel part en avant pour aller faire du feu à la cabane. Charles Simon. plus que partout ailleurs. je prends à mon tour le sentier qui longe la crête et je gagne tranquillement le refuge (1). nous nous décidons à monter par le Hôrnli. sinon à l'action du vent ? Il a dû souffler furieusement dans toute cette région. La première ascension et l'unique traversée est relatée en détails au chapitre I. trompé par cette pétrification superficielle. on aurait peine à se croire en hiver. Mon enthousiasme n'est pas grand non plus : j'ai simplement hâte d'arriver au sommet et d'entamer la descente par Z'mutt. alors que la neige poudreuse s'enlève facilement. — Quatre heures sont passées lorsque nous quittons le refuge dans la clarté incertaine d'une lune décroissante. pour ce trajet du moins. Knubel également. n'était la température assez fraîche. même par-dessus le Cervin. Il suffit donc de choisir son chemin d'une côte à l'autre pour gagner sans peine la base de la montagne. Enfin. nous constatons que la neige est restée poudreuse malgré le vent. Plus un souffle dans l'air. Bref. Pollinger et Jos. Le 27 mars 1894. l'autre jour. 118 et 251-257).I. seul avec mes pensées. si nous les laissons au Hôrnli. mais dans quel sens allonsnous l'exécuter? Je préférerais monter par Z'mutt . et c'est. Tandis que sa caravane part en raquettes pour le Trift. sans un nuage du matin au soir. on enfonce par endroits. et il n'est pas étonné d'apprendre que nous avons réussi le Tàschhorn en moins de temps qu'en été. Le terrain affecte en général une teinte grisâtre et. mais le Cervin lui-même avait été gravi quatre fois avant nous. Si nous tentions la traversée ! montée par Z'mutt. même sur celui de Staffelalp. comme je tiens à le prolonger jusqu'au coucher du soleil. Meade. le même qui fit. bien que très froide. Voilà trois semaines que je cours les neiges. comment rentrer du Schônbûhl ? Il nous paraît préférable de nous en passer complètement et de nous munir de raquettes. la première hivernale de la Dent d'Hérens. Comme le soleil va disparaître derrière l'arête de Furggen. et nous regrettons de ne pas avoir emporté nos skis. mais nous y serons dans l'ombre jusqu'au sommet. A quoi l'attribuer. qui semble assuré désormais. mais il souffle de la vallée de Z'mutt un vent glacial qui nous engage à partir. p. arrachés aux rochers du voisinage et où l'on enfonce brusquement. le vent a dissipé la neige et nous pouvons nous étendre sur des dalles presque tièdes. comme le sable du désert. nous sommes tout heureux de nous arrêter au soleil sur la crête du Hôrnli. Le sentier d'Hermattje n'est pas suffisamment battu pour s'y engager et. il n'y avait pas un nuage. Nous nous levons tard. C'est le meilleur moment de la journée et. Les raquettes sont inutiles : partout les dos de gazons et d'éboulis émergent de la neige et l'on peut les suivre à pied sec. si la crête neigeuse de l'arête de Z'mutt est en glace. à Zermatt. Et nos skis? Impossible de traverser la montagne avec eux. arrivait à une heure de l'après-midi au sommet. Knubel et moi nous installons une fois de plus sur le toit de la pension Graven. déjeunons copieusement. XXV. pp. M. un Alsacien. Lundi 9 février. montant et descendant par 1 arête du Hôrnli (Alpine Journal. Entre temps. D'autre part.

Nous patientons deux heures entières. Ce matin. beaucoup trop exposé aux bourrasques du sud-ouest. plus la neige diminue. Entre temps. Après quinze minutes de halte. où nous nous engouffrons avec le vent. l'immense cuvette du Breuil avec ses hôtels et ses mazots piqués sur la blancheur éblouissante. sans le vent terrible qui souffle. mais c'est entre cette cabane et le refuge Solvay que se dressent aujourd'hui les principales difficultés. 15 nous sommes réunis sur la cime. en même temps que les premières bourrasques du vent. Pendant plus d'un quart d'heure. s'est maintenu parfaitement chaud.. comme il ferait bon se laisser emporter pour aller se poser doucement tout là-bas. la neige n'y est pas compacte et. A partir de 4 ooo mètres. non graissé. Laissant au refuge nos raquettes. Ail h. et. sont encore le plus bel attrait du paysage. On se trouve si haut que les sommets voisins semblent écrasés. et je donnerais bien un jour de ma vie pour être là-bas. nous sommes plongés dans l'ombre. Comme elle ne reçoit que les premiers rayons du soleil et qu'elle est relativement abritée des vents d'ouest. Néanmoins. à cette époque.) où nous faisons une courte halte afin de nous encorder. Par contre. Plus on monte. nous nous décidons à pousser jusqu'au but. Elle me paraît interminable.Sur le revers de l'arête. Mais Knubel connaît si bien le chemin qu'il est inutile d'allumer la lanterne : elle ne ferait que nous éblouir et embarrasser nos mouvements. la montagne est exactement dans les conditions prévues. Pour les passages scabreux. pour se refaire. on n'apercevait aucun nuage. Sur l'Épaule nous trouvons d'anciennes marches toutes taillées. le ciel s'est un peu rasséréné et. Peu à peu. que l'exiguïté de l'espace fermé de bois blanc rend plus confortable encore. dont les doigts sont insensibles depuis assez longtemps. Notre halte se prolonge. Après deux heures d'escalade ininterrompue. Et que penser de ces rafales qui secouent paj intermittences notre abri ? Tout cela n'annonce rien de bon. La Dent d'Hérens. Couchés sur le ventre afin d'offrir moins de prise au vent. Jusqu'ici. Au départ du Hôrnli. je l'avais enduit de graisse pour juger de l'effet que celle-ci pouvait avoir contre le gel. on pourrait s'attarder au soleil. Tout me paraît indifférent : j'admets déjà la possibilité d'un échec et je renonce peu 1 peu à la traversée. tout en cherchant à éviter les couches de neige les plus profondes. comme elles le sont au mois de septembre. plus d'une fois. mérite son nom. nous n'avons pas pris plus de temps qu'en été.. nous commençons la lescente. Mais maintenant d'immenses traînées strient l'espace bleu qui est d'une coloration trop crue pour que cela dure longtemps. nous enfonçons jusqu'aux genoux. Un sentiment d'ennui envahit mon âme. et il serait dommage de ne pas achever l'ascension.. sur le seuil d'un chalet ou à la lisière de ce bois de mélèzes. nous n'emportons qu'un Kodak et quelques provisions dans nos poches. conditions excellentes. comme le ciel semble s'éclaircir légèrement. fort belle à voir sous cet angle.. mais qui nous tire d'embarras dans bien des cas. ce serait folie de vouloir tenter le versant de Z'mutt. l'aube se lève et la face de la montagne nous apparaît. Enfin. Il est du reste impossible de suivre rigoureusement le chemin habituel : nous devons choisir les rochers dégagés. en bien des endroits. . mieux que tout autre. détache à peine son casque glacé sur le chaos des arrière-plans. L'expérience a prouvé plus d'une fois qu'au-dessus de l'Épaule. au Hôrnli. Perché si haut et dans une nature si sauvage. et la lumière est à peine suffisante pour discerner les prises. Je suis dans un curieux état d'esprit : une paresse intellectuelle complète m'empêche de rassembler mes idées. nos sacs et un piolet. nous observons non sans anxiété l'état du ciel : depuis ce matin il a complètement changé d'aspect. Ce dernier bout d'escalade — le seul intéressant de toute l'ascension — n'a pas réussi à dissiper mon désenchantement : je suis profondément déçu et par la nécessité de renoncer à Z'mutt et par la perspective de reprendre à la descente le même itinéraire qu'à la montée. avant de reprendre l'assaut. L'itinéraire est mal défini : les grimpées directes alternent avec des traversées obliques sur la gauche. plus enneigée qu'elle ne semblait de loin. courant jusqu'à la porte du Hôrnli. C'est une opération qui manque de charmes poui le pauvre Knubel. En outre. à en juger par l'autre pied qui. Mais cette précaution a produit un effet contraire. Ah ! si nous avions des ailes. le temps peut se gâter sérieusement d'un moment à l'autre. C'est comme une trêve au cours d'un combat et une agréable détente. Mais non ! il va falloir reprendre tous les passages du matin et redoubler de prudence. après un bel été. Avant 8 heures. il faut passer sans transition de la neige profonde à des rochers escarpés et. Knubel s'est muni de son Rebschnur (corde de rappel) qu'il manie avec une habileté surprenante. A plusieurs endroits. Ainsi nous franchissons sans crainte toutes les difficultés. par un vent pareil. ce refuge. (3818 m. la neige ne pouvait pas se maintenir en hiver Les conditions seront donc meilleures dans le haut. Seule la lune était ceinte d'un léger halo. les bas-fonds. voici le dernier rocher : un saut et nous sommes dans les éboulis. les vallées. J'en profite pour déchausser mon pied gauche. Knubel va plus loin : il déclare que. plus haut les cordes entièrement dégagées et sur le « toit » un joli sentier qui nous mène droit au but. nous plongeons nos regards vers l'abîme. le trajet d'une cabane à l'autre exige le même temps à la descente qu'à la montée. nous arrivons au refuge Solvay. La vue ? elle ne présente pas grande nouveauté à mes yeux. On s'y blottit comme dans une tranchée. je suis obligé de grimper en crampons sur les épaules de mon guide pour arriver à saisir les premières prises qui s'offrent au-dessus. J'ai rarement apprécié autant l'hospitalité d'une hutte. Knubel est obligé de masser le membre gelé et de le frictionner avec de la neige pour rétablir enfin la circulation du sang Par le petit carreau de la porte. nous débouchons brusquement sur le toit de la vieille cabane .

An sommet du Cervin scintille une étoile qui luit comme un phare. Dans le brouillard. Knubel descendra à Zermatt pour y quérir skis et provisions. Vers 8 heures. je me sentais rassasié d'escalade et je m'étais promis de rentrer au logis par le plus court chemin. Mais qu'importé maintenant — la campagne est finie. il soulève des plaques de neige et de schiste qui s'envolent comme des fétus de paille. en voyant le ciel s'édaircir. Nous serions sans doute parvenus au sommet et descendus jusqu'au refuge Solvay.. — Mais non ! cette fois c'est bien fini ! La tempête s'est déchaînée pendant la nuit et l'on n'y voit pas à deux mètres. afin de passer le lendemain à Zinal par le coi Durand. Ah ! nous avons été bien inspirés en montant par ici plutôt que par Z'mutt. tant l'air est glacé. . le ciel se dégage tout à fait . par ce temps couvert. bien que ses lacets orientés contre le vent nous obligent à marcher à reculons pour pouvoir respirer. mais il est tard et. et nous monterons coucher au Schônbùhl. la nuit est bientôt venue. nous quittons le Hôrnli par le vent le plus violent que j'aie éprouvé en montagne. En cas de beau temps. et une neige fine et serrée vient nous rappeler que nous sommes encore en hiver. Là-haut. le vent cesse brusquement. A 8 heures. Mercredi 11 février. nous nous mîmes à forger de nouveaux plans.. A Staffelalp. mais c'eût été pour nous réveiller ce matin dans une tourmente infernale. Mais ce soir.J'aurais voulu rentrer à Zermatt le même soir. soudain. les brumes descendent et se tassent dans la vallée. Le sentier nous guide sans erreur possible.

. en une heure.) par la vallée du Bon Nant. au col du Clôt des Cavales (3 128 m. De là au col de Voza (1 675 m. — De Nancroit au col de la Châle (2 474 m. — Du Monetier. En attendant. De là au Monetier en trente minutes. Descente par les chalets de l'Arc et des Têtes.. topographe de profession. — De Brides-les-Bains à Champagny-le-Haut (hameau du Bois .) en cinq heures. Si l'on trouve à coucher au Casset. Neuvième jour. env. par le chemin muletier en cinquante minutes. Quatrième jour. . sur la future carte de France au 1 : 50 ooo. Remonter au col d'Arsine (2 400 m. Descente aux Contamines (1 162 m. de manière à s'accorder une journée de repos.) remonter la vallée jusqu'au bassin de la Plagne de Champagny. Descente par le glacier du Clôt des Cavales au chalet-hôtel de î'Alpe (2 118 m.. Cinquième jour. 1 II est probable que les skieurs de l'avenir trouveront une route plus haute encore. Descente aux Houches en quarante minutes. par la vallée des Étançons et le refuge du Châtelleret (2 267 m.). l'exploration fut poussée très activement durant la guerre par les troupes alpines italiennes et autrichiennes. que tous les alpinistes attendent impatiemment. On peut faire ce trajet en traîneau. . je me contenterai de poser ici quelques jalons.. Descente par le vallon du Petit Tabuc au Casset (1 515 m. Troisième jour. étendre l'exploration hivernale des Alpes jusqu'à leurs extrémités. il est difficile de projeter cette route sur les cartes françaises actuelles. Gaillard. au i : 40000. auberge Ruffier). Plus loin. Cette jour viendra sans doute où quelque enthousiaste parcourra les Alpes from end to end. De là par le train à Chamonix. . 2 Jusqu'ici l'itinéraire décrit est très facile à suivre sur une carte déjà ancienne. il est vrai. F.).) en une heure et demie. 30.) par l'itinéraire estival en deux heures et demie. que ma tâche n'est pas complète et qu'il faudrait. env. entre le Dauphiné et le Mont Blanc. Ce serait là une belle tâche en effet ! Du Mont Blanc à la Bernina. et dans les Alpes françaises en général. Deuxième jour. Septième jour. mon ouvrage n'aura pas été tout à fait inutile. Huitième jour.) par l'itinéraire estival en six heures. env. dont les guides sont connus et appréciés de tous. et elles s'entrecroisent sans lacune importante. Descente directe à Saint-Michel de Maurienne. le Commandant E.. Descente à Brides par les Allues en cinquante minutes. M. Descente à Saint-Martin de Belleville (1 400 m. les tracée des skieurs se sont soudées définitivement. mais très claire : Le Massif du Mont Pavoux. et j'espère que mes collègues du Club Alpin Français compléteront eux-mêmes l'exploration de leurs montagnes. — De Saint-Michel (702 m. puis la rive gauche de cette vallée jusqu'à Nancroit (1 460 m. il reste encore beaucoup à faire. Une fois la région suffisamment explorée par les skieurs.) par l'itinéraire estival en trois heures et demie. Je n'ai jamais eu la prétention d'étendre le réseau de mes traces d'un bout des Alpes à l'autre. pour l'achever. à l'instar de Sir Martin Conway. A.). on pourra tracer une haute route hivernale longeant le faîte des Alpes de Grenoble à Innsbruck. De Saint-Martin. traversant le massif de la Vanoise pour gagner Bonneval et suivant ensuite la chaîne franco-italienne jusqu'aux environs du col de la Seigne. Des Chapieux au col de la Croix du Bonhomme (2 483 m. Sixième jour. De Valloire au col des Trois Croix (1 651 m. suivre la route du Lautaret jusqu'au Lauzet (6 km. rien ne sera plus facile. Pour un Suisse. — De Bourg Saint-Maurice aux Ghapieux (1 550 m. fermé l'hiver). étant donné. à Paris. il est inutile de pousser jusqu'au Monetier (2). vers l'est et jusqu'au Tyrol. de manière à franchir la crête au sud du Signal de Geffriand. esquissant à grands traits les étapes de cet itinéraire.) par l'itinéraire estival en quatre heures. — De Grenoble à La Bérarde (Hôtel Rodier. rue du Bac.). qui s'obtient au prix de 2 francs au siège du C.) en une heure.) et au col du Bonhomme (2 340 m. — De La Bérarde. — Du Bois (1 470 m. Descente par le vallon de la Ponsonnière (rive droite de préférence) jusqu'au Plan Lâchât. Remonter le vallon du Rif par la rive droite. — Des Contamines à Bionnay par la route de Saint-Gervais en une heure.) en cinq heures. Par contre.) (hôtel de Tarentaise ouvert toute l'année) en une heure et demie. 1 738 m. puis par le Courbaton et la forêt de Malgovert au pont des Oulets et à Bourg SaintMaurice (810 m. deux heures). Par contre. Si les pages de ce livre réussissent à les pousser sur cette voie.CONCLUSION Mon éditeur désire une « conclusion ». monter en écharpe vers le nord par Villaraboux et Béranger jusqu'au col de la Lune (l 700 m. puis par le fond du vallon jusqu'au col de la Ponsonnière (2 600 m.) en une heure dix. Traverser horizontalement vers le nord. Descente par la vallée du Ponturin au nord-est. 17 kilomètres de route. où l'on prend la route du Galibier à la descente jusqu'à Valloire (l 400 m.) au col des Encombres (2 367 m. 13 kilomètres (hôtel Pugin). et même pour moi.) en une heure et demie.) en une heure et demie.) par la route. en quatre heures et demie. dit-il. a bien voulu me fournir les notes suivantes sur la haute route de l'Oisans à Chamonix (1) : Premier jour. puis se diriger au nord-est et ensuite au nord jusqu'au col de la Grasse (2 640 m. en une heure quinze.) en deux heures et demie.

GAILLARD : Les Alpes de Savoie.) pour descendre à Orsières (887 m. — De l'hospice du Mont Cenis (1 925 m. Passo Pian Bornengo (2 636 m. . Le Val d'Avers est connu comme un dorado pour 1 Pour toute cette haute route. le col Bassac Déré Nord (2 984 m. Sixième jour.) et d'Orny (3 119 m.) par le Val Veni.Variante: II peut être dangereux de monter à La Bérarde l'hiver. on rejoint l'itinéraire venant du col de la Seigne et conduisant à Courmayeur (1).) et franchir le jour suivant les cols du Jour (3 280 m.).). Mais. On trouvera sans doute plus tard une haute route directe Mont-Cenis-Ciamarella. La route méridionale traverse les Alpes Pennines et Lépontines. pour monter le lendemain à la Medelserhûtte.) .. Descendre aux Sables et coucher à Allemont. voir Itinerari skiistici dello S.). Descente par le glacier au refuge du Ruitor (2 465 m. gagner le Lukmanier (Santa Maria.. mais les détails manquent. On peut ensuite descendre sur Oli-vone et chercher une route pour gagner le Saint-Bernardin en passant par le Rheinwaldborn (3 406 m. Dans le Val Veni.). — Du refuge du Ruitor à l'hospice dm Petit Saint-Bernard. — Du Fornet au col de Rhêmes-Calabre (3 062 m. — De la Chambre (500 m. — De l'hospice du Petit Saint-Bernard. Bocca di Cadlimo (2 573 m. Torino. Du Gothard on peut. ouvert toute l'année) passer le M ont Cenis (2 084 m. descendre au Fornet-la-Valgrisanche (l 731 m. on arrive à Orsières par le Petit Col Ferret (2 493 m.). — N.). à pied. en une journée. La haute route du Commandant Gaillard s'arrête à Chamonix. au lieu de passer dans la vallée du Bon Nant. Il est préférable de descendre par la route à Curaglia (1 332 m. au sud et au nord de la ligne du Rhône au Rhin.). auquel je dois ces notes. Descente par Saint-Colomban à la Chambre en trois heures. De là à Moutiers. le trajet entre le Plan du Lac et Saint-Christophe présentant un réel danger d'avalanches. voir le guide du Commandant E. par le glacier de Vaudet. Quatrième jour. il est préférable de se diriger au nord-ouest . Pour le Ruitor. et qui conduit du Mont Cenis au col de la Seigne : Premier jour. B. De là. — Jour de repos . En ce cas.) et celui de la Forclaz (l 520 m.). Du Grand Saint-Bernard au Saint-Gothard. on pourra partir du Bourg d'Oisans et rejoindre Moutiers par l'itinéraire ci-dessous qui permet d'aller du Bourg d'Oisans à Chamonix en sept jours. — De la Bethaz. De Chamonix on peut. .). 3 kilomètres de route. le col de la Colette.). pour gagner le lendemain Inn Ferrera (1 486 m. — De Moutiers à Champagny-le-Haut : 23 kilomètres de route. On retrouve ici l'itinéraire précédent.) (2). Du village. 2 Des Chapieux à Martigny. il est inutile de monter jusqu'au Bourg d'Oisans. sept à huit heures depuis le col de Rhêmes). puis prendre le flanc droit de la vallée de Celliers en écharpe (par le canal d'irrigation) et franchir la crête entre le vallon de Celliers et des Avanchers. par une haute route suivie quelquefois : Sellapass (2 704 m. Septième jour. D'Allemont. vol. puis par le Val Cadlimo à Santa Maria.) et gagner Courmayeur (l 228 m.). logement modeste).) à travers le Surettaborn (3 031 m. Premier jour.).) au col de la Madeleine (l 984 m. Cette traversée a été faite pendant la guerre. Les Alpes suisses offrent deux hautes routes parallèles. Deuxième jour.) . On peut aussi coucher au Fornet (1 936 m. éventuellement jusqu'à la Bethaz ( l615 m. descente à Val-grisanche (1 664 m. — Si l'on vient de Grenoble. De là en traîneau à Bonneval (l 835 m. Troisième jour. du col de Rhêmes.) et descendre sur Lanslevillard (1462 m. Troisième jour.) par l'itinéraire estival en cinq heures. qui est le meilleur guide-skieur pour toute la région entre Bonneval et le Petit Saint-Bernard. cabane). La région entre le Saint-Bernardin et le Splùgen n'est guère favorable et le terrain ne devient vraiment propice qu'à l'est du Splùgen. on la trouve décrite aux chapitres IX et XIV.). Descente dans le fond du vallon. de manière à descendre sur Doucy et Aigueblanche en trois heures. pour l'un ou l'autre itinéraire. monter par le glacier du Morion au col du Ruitor (3 350 m ) en six heures De là. remonter la vallée d'Olle jusqu'au col du Glandon (six heures). on montera donc par la route au col du même nom (2 118 m. on peut aussi franchir le col de la Seigne (2512 m. Gîte chez Pierre Blanc.) en quatre heures et demie. se rendre à Martigny par le col de Balme (2 205 m. Voici un autre itinéraire préconisé par le comte Aldo Bonacossa.) et d'y coucher. I et II. . en une longue journée.) en trente à quarante minutes.).) qui n'est guère favorable au ski. voir la Carte de la Chaîne du Mont Blanc au 1 : 50000 de Barbey. à la Tête du Ruitor (3 486 m.). 1 842 m. — L'auteur me fait observer que tous les horaires indiqués ici sont des minimes et supposent d'excellentes conditions. passer le col de la Tsanteleina (3 167 m.) par le col de Fiseran (2 769 m. Des Chapieux (l 550 m. Deuxième jour. on a gravi le Scopi (3 200 m. sur la Fuorcla da Lavaz (2 509 m. sans descendre dans les vallées. mais c'est un massif escarpé qu'il ne faudra aborder que par d'excellentes conditions.) : puis. ascension éventuelle de la Punta Léchaud (3 127 m. — ou bien aller coucher au Tour (l 462 m. Cinquième jour. par Mario Santi.) . — De Bonneval à Val d'Isère (1 849 m. C. en longeant la crête frontière sur le versant italien . — De là. qui ouvre aux skieurs tout le massif de Medel. La descente sur Rhêmes Notre-Dame est merveilleuse et toute cette contrée est un paradis pour les skieurs.

de l'Err. Jamhûtte (2 163 m. Si l'on vient de Chamonix.) . chef-lieu des Grisons. 89. Le jour après : Schneejoch (2 960 m.) se fait en passant et sans difficultés.). où l'on rejoint l'itinéraire décrit plus loin par le comte Bonacossa.). De Juf (2 133 m. le quatrième jour. on peut utiliser la carte en relief de Gustave Walty : SMottrenkarte von KlosUrs.) — Fuorcla del Confin (3 058 m. La vallée de la Reuss. descendre par le val Cavardiras et coucher à l'âlpe Cavrein ou Rusein (i 800 m. — ou bien l'on traversera les montagnes formant la rive gauche de l'Inn ( 2) : en train à Zuoz (1 712 m. Wildstrubd (3 251 m. on montera coucher à la carabane du Mutthorn (2 906 m. Au contraire.).). au col de l'Oberalp (2 048 m. on descend sur Flims. remontée au Wildhorn (3 264 m. et il est mieux de l'éviter en toutes occasions.) qui présente une belle descente du côté des Grisons. d'où une route conduit à Graun.) . les massifs de la Bernina. La route septentrionale traverse tout d'abord les Alpes bernoises d'un bout à l'autre. 1 Du Gothard à l'Engadine. le Julier.). Le lendemain par la Cavreinlucke (2 856 m. les autres préféreront s'arrêter à Matt (au lieu de Elm) et passer dans le massif du Spitzmeilen pour coucher à la ca"bane du même nom. la traversée est décrite dans l' Alpina.).). Le lendemain.) et descente à la cabane du Kesch (2 680 m. en suivant la route.) : Silvrettapass (3013 m. on a bien d'autres cols à son choix pour arriver dans la Basse-Engadine. En passant à Sargans. .). on peut monter en ski presque jusqu'au sommet du Piz Grialetsch (3131 m. Reichenau et Coire. Splùgen et Berninapass. p. dans le Lôtschenthal. mais le Maderanerthal est une trappe à souris en cas de mauvais temps. on passera par le Stauerberg ou le Septimer à Bivio et de Bivio dans le massif de l'Err.). Les « assemblages » entrant en considération sont : Gothard. on arrive à Flums (450 m. De St-Moritz (1 840 m. par le Petersgrat.). Par la Silvretta. par le Gasterenthal. Nous avons vu qu'elle conduisait à la Grimsel et qu'on pouvait la prolonger jusqu'à Goeschenen. La haute route septentrionale se termine ici. par la Fuorcla d'Escbia au Piz Kesch (3 420 m. Pour rejoindre celle des Alpes orientales à la Bernina ou à la Reschen Scheideck. ou la vallée de Bevers. l'Atlas Siegfried est le meilleur guide pour celui qui sait le lire. il ne reste plus qu'à descendre à la Gemmi et à Kandersteg (1 179 m.les skieurs. où passe la ligne du Gothard. on passera ensuite dans l'Engadine (1). on descendra à Linthal et à Schwanden pour aller coucher à Elm le même soir. où l'on retrouve la classique haute route de l'Oberland bernois proprement dit. Le jour suivant : Ochsenscharte (Dreilà-derspitze. on montera tout naturellement à la cabane de la Silvretta (2 344 m. On peut passer en ski d'Amsteg à Glaris. on peut monter à L'Oberalpstock (3 330 m. on descendra par le Val Vereina à Klosters (3). on se laissera tenter par l'ascension du Pizol (2 848 m.) en passant).) près du Rawyl. On préférera monter par le train à Andermatt et de là. Wiesbadenerhutte.) et montée le même jour à la cabane Rascher (2 610 m. C'est le terrain idéal pour le ski. au bord du Rhin. qui conduit à la cabane du même nom (2 457 m.).) pour la traversée longitudinale du massif delà Silvretta (voir la carte de Walty et le Silvretta Skifùhrer du A. où l'on peut aussi monter directement de Disentis. 3 212 m. un autre paradis. avec itinéraires en rouge.).) et le Voralp (3030 m.) — (éventuellement le Piz Buin (3 316 m. à travers la Plaine Morte au Làmmernjoch et au sommet sud du. Lukmanier. Depuis la route du Pillon jusqu'à Kandersteg. et au nord jusqu'au Piz Kesch. De Kandersteg. En descendant du Spitzmeilen.) et descente rapide à la cabane du Wildhorn (2 306 m.). 2 Pour la Haute-Engadine. est un profond sillon qui coupe la haute route à une altitude de 1000 mètres environ.).). on passera par Genève ou par la Tête Noire pour arriver à Bex et de là à Villars. Il n'existe pas encore pour cette région de guide du skieur.). Heidelbergerhutte (2 265 m. de la Heidelbergerhûtte. L'ascension du Claridenstock (3 270 m. sise au milieu de merveilleux champs de neige. pour descendre sur la cabane Segnes. au 1:50000. publiée par le Verkehrsverein St-Moritz. Selon la quantité de neige. Ensuite. L'une et l'autre de ces cabanes sont bien connues des skieurs de la Suisse allemande et desservent des régions merveilleuses pour le ski. si l'on vient de la Segneshùtte. en traversant le Weisshorn (3 088 m. passer la Fuorcla Sarsura (2925m.) on gagnera l'immense glacier des Clarides. pour passer le jour suivant. qui possède également une nouvelle cabane. Z. 1910.) on montera en chemin de fer à l'hospice de la Bernina pour suivre la route décrite plus loin par le comte Bonacossa. Le lendemain. Le lendemain. avec itinéraires en rouge. A. on poussera en traîneau jusqu'à Sedrun ou même jusqu'à Disentis. — La première journée est la plus longue : montée au sommet des Diablerets (3 246 m.) et descendre dans l'Engadine.). 3 Depuis le Weisahorn. franchissant la frontière autrichienne au Samnaunerjoch (2545 m. on passera aux Ormonts pour monter le lendemain à la cabane des Diablerets (2487m. Enfin. on descendra le Val Samnaun pour arriver à Nauders. C. De Klosters. on reprend le même itinéraire jusqu'au glacier de Ténéhet et l'on couche au Rohrbachhaus (2 794 m. desservi par une cabane d'où l'on peut gravir sans peine une douzaine de cimes supérieures à 3 ooo mètres. route dont nous avons suffisant ment parlé déjà. voir la carte au 1:50000 : Skitowenkarte oom Oberengtulin.).). descente sur le col du Sanetscb (2 234 m. Le jour suivant. — ou bien rejoindre la route de la Flùela et gagner le même soir l'hospice de ce col (2 388 m. Ceux qui ne craignent pas les longues montées et les sommets passeront par le Panixer (2 400 m.). Le lendemain.) en passant tout d'abord le col du Pillon (1 550 m. les Grisons offrent toutes les combinaisons possibles. Le jour suivant. Les descentes sur Schuls ou Sent sont certainement les plus belles de toutes.). sur la ligne Zurich-Coire. Mais. Par le col de la Croix ou Bretaye (Chamossaire).). De Sedrun.

) en deux heures. De là à Graun en traîneau (15 km.).) et à Vent (l 893 m.) en trente minutes.). traversée du Passo delLago Gelato (Eisseepass. Retour à la cabane. à Vienne. Dixième jour. Ce guide est accompagné de cartes itinéraires. Journée de neuf heures environ (1). Il comprend encore la Basse-Engadine et le massif de la Sil-vretta.) et descente par le glacier de Sulden à Sulden (1845 m.) en cinq heures. Les trois volumes coûtent actuellement 122 ooo couronnes.) par la route du Stelvio. le glacier dei Camosci et le Passo dei Folontari (3 040 m. dans sa partie supérieure. à Bormio.). ascension du Cevedale (3 774 m.) en deux heures. Descente en ski à Spondigna (Spondinig.) en trois heures et demie. Descente à l'hôtel Viola à Arnoga (1846 m ouvert toute l'année). station du chemin de fer venant de Meran. montée à Schneeberg (St-Martin .) et revenir coucher à la cabane. — De la Il Cantoniera au col du Stelvio (2 759 m. à l'ouest jusqu'au Stelvio et à la Reschen Scheideck. puis en deux heures et demie à Hinterkirch (1 874 m. — De la cabane Milano à la Cima délia Miniera (3 402 m. Mais.) et de là. Colle délle Pale Rosse (3347 m.). Septième jour.) en quatre à six heures.). Quatrième jour. Tunnel sous la Schneebergscharte (2 690 m. — De Schônau.) en deux heures et demie. Descente par le fond de la vallée de Ridnaun à Sterzing (948 m.).) sur )a ligne du Brenner. Cinquième jour. — On peut le consacrer à l'ascension du Zebru (3 735 m.). Huitième jour. Neuvième jour. De là par le Timmelsjoch (2 509 m. Medretta di Cede. De là en trois heures à Bormio (1225 m.) en cinq heures à Schônau (1 682 m. voici qu'a bien voulu me fournir le comte Aldo Bonacossa : Premier jour — De La Rôsa au Passo di Faviola (2460 m. le Passo dei Camosci (3 195 m. au Passo di Luckett (3349 m. Descente par le glacier de Campo. . voir le Skifûhrer in den Ostalpen de Radio-Radiis et Biendl.). Clef chez Tuana. Troisième jour.) dans la vallée de Langtaufers. Monter le même soir en trois heures et demie à la cabane de la Weisskugel (2 504 mètres). 3 267 m. — De Vent à Zwieselstein (1 472 m. Descente par le glacier de Hintereis à l'ancien hospice du Hochjoch (2 448 m.) en trois heures. 2 356 m. habité toute l'année. 3 133 m. — Montée au Weisskugeljoch (3 383 m. chez Artaria. Passo dei Cevedale et cabane Casati (tout près du col . en trois volumes. 1 Pour les Alpes orientales. Guide skieur: Giuseppe Tuana. — De la cabane Casati.) à la cabane Milano (2 877 m. — De Bormio à la Il Cantoniera (2 313 m. 885 m. Sixième jour.). par le glacier.Pour la haute route de la Bernina au Brenner.) trois heures.) en deux heures et demie. Ascension de la Weisskuget (3 746 m. Deuxième jour. 10 kilomètres de chemin de fer.) en trois heures et demie. — De Spondigna à Mais. — Ascension éventuelle de la Punta Tuckett (3 458 m. le Rofental est très resserré et excessivement dangereux 'par le mauvais temps.

t. 207) (1). 1903. la seconde avec un Anglais. et cet exploit donna une certaine impulsion à l'alpinisme hivernal dans les Alpes autrichiennes. gravi l'Eiger (3 975 m. il se spécialisa dans l'escalade hivernale des tours dolomitiques. Le 24. Herzog et le guide Christian Guler. p.) deux fois. : Die Anfange des Skisports in der Schweiz. auquel je tiens à exprimer ici toute ma gratitude. V.) par F. le Gross Glockner (3 798 m. reproduit en partie aux pages 38-39 et qui le traduisit en allemand pour le Ski. Boë (3 152 m) et Pragser Seekofel (2 880 m. Baillie-Grohmann avec quatre guides. en moins de six jours. — Dans les Alpes orientales. p. 1898. de Waidbruck à Innichen. et c'est lui qui découvrit l'article de Conan Doyle. Hochvogel (2594 m. 1898. mais je n'ai pas suffisamment insisté sur l'étonnante série d'ascensions exécutées par eux dans la courte période du 13-24 janvier 1902. le 14 mars. (1) Ces renseignements m'ont été obligeamment fournis par M. Car-Egger. Franz Francisci. Théodor Wundt réussit de nombreuses ascensions dans les montagnes du Rhàtikon et de la Silvretta. Valbusa (Alpina. 1902. 1898 (4 janvier) : Piz Buin (3 316 m. Voici ce qu'écrivait D r David dans l'Alpina. mais qui resta complètement isolée. 120). Le 22. p.ADDENDA Chapitre premier. la première fois en compagnie de M. Mâdelegabel (2646 m. nous traversâmes le Gross Fiescherhorn : montée en cinq heures et demie et retour au clair de lune par l'Ewigschneefeld.). p. En meme janvier: Gamchilùcke (2833 m. Ortler (3 902 m. En janvier 1880.) par Wilhelm von Artl. Pellaud (Alpina. t. 58) (1). par P. Traversée du Silvreltapass (3 013 m. un moine. 1908 : Traversée des Dolomites par Henry Hoek et Oscar Schuster. Plus tard (1892-1893). Denzler en raquettes et son guide Guler (de Klosters) en ski. au départ de Grindelwald. 81 sq. Helbling avec A. 45 et suivantes. Le 23. . -— Toujours dans les Alpes orientales et en partie dans les Alpes centrales. par les deux Mônchjôche.) et Cevedale (3 774 m. J'ai également puisé avec profit dans l'article qu'il publia dans le Ski. p. p. VII.) et descente sur Guarda (Alpina. J'ai déjà cité (p. réussit l'ascension du Klein Glockner (3 764 m.). entreprise extraordinaire à cette époque.). au Mônch. Entre 1885 et 1890.). Egger fut longtemps le rédacteur zélé de cet annuaire. Hasler. 57) les premières ascensions du Gross Fiescherhorn et de la Jungfrau par le Dr David et le jeune Paul Kœnig. après une longue taille de marches dans la glace.86) (1). Voici cependant quelques dates pour compléter notre statistique : En 1853 déjà. de Baie. p. Chapitre II.) dans le Tyrol. 1902.). il faut encore mentionner les courses suivantes où les skis fiirent employés avec succès et pour la première fois : 1894 : Hochjoch (2 846 m. Comme on sait. troisième ascension par R. Le Ier janvier 1875. nous reprenions nos skis sur le Mônchjoch et glissions jusqu'au pied du Rottalsattel. entre autres : Scesa-plana (2969 m. Montandon (Alpina. 37 : « Après avoir. 1897 : Johannisberg (3 467 m. dans la semaine du 13 au 18 janvier.). qui fut atteint en six heures. le 15 février (Alpina. 1900 (avril) : Fluela-Weisshorn (3 088 m.) de ta Fluela à Klosters par Th. avec ascensions de la Cima Cadina (2 826 m. mais qui sembla prouver aux initiateurs que le ski ne se prêtait à la montagne (1) 1896 : Sonnblick (3 106 m. Robert von Lendenfeld gravit successivement les trois plus hauts sommets du groupe de l'Ortler : Kônigspitze (3 857 m. Celui-ci fut gagné à pied à midi et le sommet de la Jungfrau à 2 h.).) fut gravi par William A.) par U. 1902: Adamello (3554 m.) entre autres. nous gagnâmes la cabane du Bergli par le Kalli en onze heures.) de Kandersteg à Kienthal. » La caravane descendit ensuite a la cabane Concordia où elle subit une tempête de deux jours et dut renoncer à l'ascension du Finsteraarhorn 1903 : Seconde ascension hivernale de la Jungfrau par Hugo Mylius avec les guides Maurer et Tànnler. le beau temps et les conditions favorables nous engagèrent a entreprendre une expédition plus longue. la première phase du nouvel alpinisme ne connut pas l'âge d'or qui caractérise les années 1880 dans les Alpes occidentales.) et Hocharn (3 258 m. 1904.). 30. une course à laquelle on attribua une importance comme premier essai en ski dans les Alpes orientales. Le 21 janvier. M. 51) .

. etc.. Bien qu'elle semble très raide. d'autre part. MISCHABEI. Rnubel...... jusqu'à présent....... On distingue la piste montant de Wolfgang (près Davos).. Le Stoos est un petit paradis pour skieurs situé au-dessus de Brunnen (lac des IV cantons). LA CABANE DE L'OBERAARJOCH .) ............ Aube ENNEIGÉE. de Gries. Ciel de foehn..Cette vue fut prise par Daniel Chalonge.......... de Forno.. MAJESTÉS ENNEIGÉES .. Cette vue est prise sur l'arête reliant la Weissefrau (3660 m....)... ou bien leurs films n'étaient pas suffisants au point de vue technique........ le versant méridional de la chaîne Ortler-Cevedale. le massif de l'Err vu de l'est ... en avril 1926..... prise du Nadelhorn à travers le glacier de Hohberg....... au pied des séracs du glacier de la Selle............. Pour toutes les autres. Au fond..... LE GRAND VIRAGE .. avec le glacier de Panossière en enfilade .. il m'a été très difficile de trouver de bonnes photographies pour illustrer cet ouvrage...) se dresse à gauche. Au centre...... Il me serait également agréable de recevoir une bonne photographie du Grand Combin prise en montant à la Rosablanche......... Cette vue.. Cette photo est tirée d'un film tourné dans les environs d'Adelboden. d'Oberaar .. Ces vues devraient être prises de préférence dans les mois de janvier à mai.) au Morgenhorn (3 629 m. La course favorite est de franchir la Wasserscheide (qui s'ouvre à gauche) pour descendre ensuite les deux mille mètres sur Kublis........ elles peuvent être directement opposées. Selon la structure de leur base..... la Ihtschen-lucke (3 204 m. en juin 1917................ le massif du Monte Leone ............ la fameuse cabane Parsenn (2 205 m..... SCHUSSFAHRT .... CORNICHES DE NEIGE . aucune photographie convenable..... AIGUISE DU PLAT DE LA SELLE . D'une part. une du Gornergrat vers le Mont Rosé et le Grenzgletscher..... cette pente fut parcourue en ski.. les photographes professionnels ne se risquent pas volontiers en haute montagne avec de gros appareils ........ Schussfahrt..) dans l'Oberland bernois.... je n'ai reçu.... cirques de Fellaria..... C'est dans cette cabane que l'on couche généralement avant .......... représente le versant nord du Dom.... lors de la première ascension hivernale de la Tête Nord du Replat... Des photographies prises d'avion. L'Aletschhorn (4 182 m...).. GRUNHORNLUCKE ET ALETSCHHORN ... j'aurais désiré une caravane de skieurs encordés sur un glacier................... si elles ne sont pas toujours très artistiques. à condition qu'il ne masque pas certains détails importants............. LA CREVASSE QUI NOUS GUETTE ... Il manque également dans mes illustrations : une avalanche de neige poudreuse et un Schneebrett ... En prévision d'une nouvelle édition. choisir des motifs vraiment intéressants.......... les glaciers de Z'mutt... LE DORADO DE LA PARSENN..... les amateurs n'ont pas su....... par lequel se fait généralement l'ascension en été... dans un cadre pittoresque de hautes montagnes..........-DOM (4 554 m.. etc.. DANS LA RÉGION DU STOOS ..TABLE DES ILLUSTRATIONS Je me vois obligé de répéter ici ce que je disais dans la première édition : Malgré la quantité de skieurs parcourant les Alpes en hiver.. une du Plateau du Trient avec les Aiguilles Dorées et les Aiguilles du Tour ......... le cirque de la cabane Rotondo . Comme frontispice.. un premier plan de skieurs est toujours recommandable...... Malgré les annonces publiées dans différents périodiques alpins. par Arnold Lunn et Jos.... celui de la Silvettra vu de l'ouest . grâce a une neige pulvérulente et parfaitement régulière.)... Ces corniches sont formées par le vent et surplombent le versant le plus abrupt de l'arête.... etc..... une cordée de deux ou trois skieurs glissant en stemmbogen . dans ce genre.......... sont du moins fort instructives et intéressantes...) s'ouvre sur la Haute-Route qui traverse l'Oberland bernois et dont nous avons parlé ici. Frontispice..... de bonnes photos prises sur le versant méridional de la Bernina (glacier de Palii vu de l'alpe Grum ...... de Gauli........ qui héberge chaque hiver des milliers de skieurs.. Un léger brouillard recouvre la Place Concordia........ une du Mont-Blanc prise de la Flégère ou environs ............ à la montée comme à la descente.. L'Oberaarjoch (3 233 m. représente la chaîne du Kaiserstock........ de Scerscen. prise en montant au Klingenstock.. Cette vue. je prie ceux qui pourraient m'aider à combler ces lacunes de bien vouloir m'envoyer les photographies désirées......... c'est-à-dire descente droite et vertigineuse comme elle est possible ici en position allongée de Télémark... une des environs du Théodule.. C'est un des plus hauts sommets où l'on soit parvenu en ski... lorsque l'enneigement est suffisant.. Des vues d'hiver prises d'avion et représentant : le glacier d'Otemma en enfilade ........... vers le Breithorn .

l'Adlerpass (3 798 m.d'entreprendre la merveilleuse descente sur la Grimsel... la plus haute selle neigeuse à gauche du sommet...... grâce au ski..).......ACIER DE RIED ET MISCHABEL .. FlNSTERAARHORN (4 275 m).... le Fiescherfirn que l'on traverse pour gagner la cabane du Finsteraar-horn. LA COMBE DES MORTS ............. perchée à 3 227 mètres (dans l'ombre). Pollux et l'arête du Breithom. Cette combe désolée qui conduit au Grand Saint-Bernard est réputée par ses avalanches et les accidents qui s'y sont produits autrefois. Le point culminant (3 912 m... du bord supérieur..). SUR LE GLACIER D'ALLALIN ......a vue est prise du glacier de Morteratsch qui présente ici d'énormes crevasses.............. A. Le sommet neigeux à l'extrême gauche est le Fluchthorn (3 802 m.) à droite et la Lenzspitze (4 300 m. S......... Une superbe cabane a été construite et inaugurée en 1927 par la section genevoise du C....... Piz PALU ......) à gauche...........) est le large sommet central. Elle se dresse sur l'épaulement rocheux de la rive droite du glacier... L'itinéraire mentionné à la page 238 longe la rive gauche (à droite sur la photo) jusqu'au petit plateau entre la première et la deuxième chute....Cette vue est prise juste au-dessus de Wolfgang avec la chaîne du Rhâtillon dans le fond. Vue prise en montant à la Grunhornlûcke. Lorsque les conditions de neige sont favorables....... Vue prise du Hahnensee (sur Saint-Moritz) vers la Maloja et le lac de Sils..) à droite et le Strahlhorn (4191 m.......... les crocus envahissent le pâturage.) à gauche... le Lyskamm.............. du bord droite et 70 mm..... Devant lui s'étire tout le Nadelgrat.. Aujourd'hui tout cela a bien changé.... Sur l'alpe Drusatscha...... dernière étape lorsqu'on fait la traversée de l'ouest à l'est. A gauche du Dora se dressent deux sommets aigus : le Nadelhorn (4 334 m...... Seule la partie centrale du glacier est visible sur cette photographie. près Davos.. TEMPETE SUR L'ENGADINE ... à gauche sur la photo.. Au fond. où ils mourraient souvent de froid et d'épuisement avant que les moines et leurs chiens n'aient le temps de les secourir......... ouvert entre le Rimpfischhorn (4 203 m............... Au fond à gauche se dresse la Margna... on peut monter de là en ski jusqu'au Hugisattel (4 089 m.....).Cette vue est prise immédiatement à l'ouest du point 3 150 de l'Atlas Siegfried... par 60 mm. PREMIER PRINTEMPS ........... ... et sera fort utile aux skieurs parcourant cette région... SUR LE CHEMIN DE PARSEN .... GI.......)........ A mesure que la neige se retire...... Dans l'ombre. que l'on atteint généralement de la Diavollezza par l'arête de gauche. lorsque les pauvres voyageurs s'aventuraient à pied dans ces neiges. Dans le fond....... I.. Castor..... Puis il traverse obliquement le glacier pour remonter les pentes vers la gauche et aboutir au Winjoch (3 848 m..........)........ Le plus haut sommet de la photo est le Mischabel-Dom (4 554 m.

P. J'en ai été profondément touché et j'ai bien volontiers autorisé la traduction italienne de ce livre par M.). 15.). Pour procurer une véritable jouissance. les . Armand-Delille arrive seul au sommet de la Barre des Écrins (4. En vue de cette nouvelle édition.). A. Tout d'abord. Piz Roseg (3.843 m.Il a fallu m'arrêter.) par G.) par Hasler et Jossi. Grande Ruine (3. une seconde le serait moins. 3. Dans le récit de mes courses personnelles.) par le même et P.442 m. Odermatt et moi. Jossi.. Leur terrain étant quasi-vierge. Signalons plusieurs nouvelles ascensions au Grand Combin. Dôme de Neige des Écrins (3. il n'est plus possible de les suivre sans dresser une véritable statistique. l'alpinisme hivernal semble lui imprimer une nouvelle orientation en lui inoculant un regain de vie féconde.POSTSCRIPTUM à la deuxième édition Cette deuxième édition étant coulée sur les empreintes de la première.980 m. par D. Durant ces trois dernières saisons. A. par Pierre Dalloz . Klein Fiescherhorn (ou Ochsenhorn.. j'espère. En Italie. tout spécialement) ont remporté plus de victoires que partout ailleurs en l'espace de quinze ans. 7. organe officiel et mensuel du C. l'on s'inquiétait de l'avenir et des destinées du C. Puis quelques prouesses qui m'avaient également échappé : 1887. — à moins que. A mon avis.746 m. A. 1916. III (1926). Gspaltenhorn (3.905 m.754 m. 106-08). qui vient de paraître à Turin. Jossi (à la page 62. vol.000 francs pour le développement de l'alpinisme hivernal.) par Leopoldo Bar aie. H. Faes à Lausanne. Disons que ce développement était nécessaire en Suisse romande. la nouvelle génération sortie des tranchées s'est complètement emballée dans cette direction et les lettres les plus touchantes qui me soient parvenues. le C. point culminant du Dauphiné.274 m. première ascension hivernale de la Meige (3. la rubrique : Alpinisme hivernal est maintenant devenue familière et depuis janvier 1926. Au moment où. il est certains pays où l'alpinisme hivernal ne s'est véritablement épanoui que dans l'aprèsguerre. Aiguille Verte (4. sous l'impulsion du Comité Central présidé par le Dr. Elle est suffisamment éloquente et s'allongera sans doute.) par G. le 21 février 1926.. la conquête des sommets importants est terminée depuis plusieurs années déjà. l'ascension hivernale du Grépon par exemple. elle enregistre fidèlement les succès triomphants des skieurs français. nos saisons modernes soient bouleversées et que les hivers deviennent dit étés. Le 16 mars de la même année.). En Suisse. 1908). D. 1904. j'avais naïvement commencé à enregistrer les premiers grands exploits des alpinistes fiançais dans leurs montagnes du Dauphiné et je notais : Pelvoux (3945 m. Zermatt cet hiver pour la première fois. chaque hiver. Eugénie Ferreri : Alpinismo invernale. la conquête des Alpes terminée. en lui-même. depuis lors. par Plossu et Michelet . S. je n'ai rien pu modifier à mon texte et il me reste ces quatre dernières pages pour condenser différentes notes en postscriptum. alors qu'en Suisse allemande il est depuis longtemps déjà un fait accompli. chantent la gloire de la montagne hivernale dans la belle langue de Dante. Leur attrait hivernal est urt pure illusion. voire août. I. juillet. a voté un budget annuel de 15-30. au Lyskamm.) par Swaine avec Christian Klucker. 1893. par un revers du sort. L'alpinisme hivernal. Weisskugel (3. Mais toutes les aiguilles de Chamonix sont dans le même cas. à la Dent Blanche et même une au Rothorn depuis Zermatt et au Taeschhorn depuis Britannia. XII. I. une course fort ancienne : la toute première traversée du Col du Trient (2. car. Hasler avec Chr.) et la toute première ascension de la Pointe â'Ceny (3. Je terminerai ce postscriptum par quelques addenda. 20. S.927 m. ils avaient beau jeu et les coudées franches. Mont Visa (3. Les cabanes Britannia et Bétemps abritent de nombreux visiteurs et les sommets environnants sont fréquemment gravis par les skieurs. le Gemshorn. l'Ulrichshorn et le Schattihorn étaient des premières ascensions hivernales et que nous fûmes. Mon chapitre II sur le Triomphe du ski prouve suffisamment à quel point nous en étions à cette époque. j'avais par erreur attribué cette première hivernale à Steiner et Trumpler. M. III. sans skis. j'ai oublié de dire que le Grand Combin. 1902. Il s'agissait évidemment ici de remplir une case vide dans la statistique toujours croissante des premières ascensions hivernales. . elle n'ajoutera jamais rien à la gloire du nouvel alpinisme et elle ne sera.).. les alpinistes français (ceux du G. Une première ascension est excusable . n'a de valeur que dans sa primeur. Que l'on me permette une objection cependant : certains grimpeurs semblent altérer le sens véritable de l'alpinisme hivernal en s'attaquant en plein hiver à des aiguilles de roc qui ne rentrent plus du tout dans notre domaine. A part celle du Midi. Je n'ai pas la prétention de l'avoir lancé. 1876.121 m.) par Morgenthaler et Chiardola.) par le fameux Javelle et Paul Rouget. Hasler avec Chr. même en mai. ces aiguilles de roc doivent être escaladées dans la pleine ambiance estivale.100 m. elles n'attireront jamais le vrai skieur alpin qui réserve ses ardeurs pour des cimes plus hospitalières et moins aiguës. En Suisse.987 m. le 30 mars 1872 (Écho des Alpes. on constate depuis 1925 une véritable ruée vers les cimes hivernales. Toutes ces courses furent exécutées à pied. juin..982 m. En France notamment. Bietschhorn (3. Cette statistique a du reste paru dans le British Ski Year-Book. Dalloz. 1903.953 m. toutes débordantes d'enthousiasme. Les Alpes Pennines sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. pas renouvelée. 1903. Armand-Delille . Cependant. semble triompher définitivement et sur toute la ligne. Encore fallait-il s'y lancer ! Dans la chronique alpine de La Montagne. 28..

hébergeant les marchands qui venaient échanger là-haut les vins du Valais contre les fromages du Hasli. Il était onze heures lorsque nous nous trouvâmes à la hauteur de notre ancienne habitation . dans ces circonstances. et. durant ces trois jours passés en haute montagne. dit à la plume de ce dernier et qui avait complètement échappé à mes recherches. OCR : Roşioru Gabi rosiorug@yahoo. nous en éprouvions alors un soulagement extraordinaire. dans l'Unteraar était. la neige fut heureusement meilleure et la marche plus facile. la chaleur était excessive .500 m. Desor était découragé par cette'mauvaise neige. que Desor veut bien reconnaître. S. nous ôtâmes même nos redingotes et nos gilets. sous le titre : Le ski.. Nos montagnards n'avaient pas même de raquettes. par MM. mais l'enthousiasme d'Agassiz réussit à l'entraîner plus loin.premiers skieurs à visiter le Rimpfischhorn. Dans la Gazette de Lausanne du 12 juin 1925. Or à cette époque. un des premiers en hiver.). et dont le sommet avait souvent ranimé le courage de nos visiteurs. les crevasses au reflet brillant. qui. Il est juste d'ajouter que cette expédition coïncida précisément avec une période de foehn sec qui lui assura un temps merveilleux. De Meiringen. L'auteur évalue à trente pieds l'épaisseur de la reige à cet endroit. nous découvrons à quelque distance un renflement dans l'arête neigeuse . en 1912. la caravane poussa sa reconnaissance jusqu'aux rochers de l'Abschwung (soit à une altitude d'environ 2. La nécessité de garder nos doubles voiles était. K. un véritable supplice. La cabane de Valsorey a été reconstruite en 1925. 346) a été construite la même année par la section de Jamam (Vevey) du C. les chutes. Mercanto» m'a fait observer. P. n'est plus pénible pour l'homme qui a la conscience de quelque énergie. » Desor fut très étonné de constater. Les contours des montagnes se dessinaient avec une netteté inconnue en été sur le fond bleu du ciel. » Ses genoux étaient écorchés jusqu'au sang. dans la Bibliothèque Universelle d'avril 1842 un « Récit d'une course faite aux glaciers en hiver. Il leur fallut 2 heures pour atteindre la langue terminale du glacier d'Unteraar. Elle se dresse sur le mamelon coté 2. C'était en effet. à cette époque. le Capit. Wahren (du Hasli) et secondés par deux porteurs. . en comparant plus tard les températures. La neige était recouverte d'une croûte cassante qui rendit la marche des plus pénibles. un spectacle unique que celui que nous avions sous les yeux. Le lendemain. heureux de se voir par un jour aussi magnifique au milieu de cette mer de glace dont il avait fait le théâtre de ses investigations. S. En décembre 1924. Depuis lors et presque simultanément avec l'apparition du présent ouvrage l'Alpine Skiing d'Arnold Lunn était publié en français par un fervent skieur alpin. Il nous semblait que jamais nous n'avions vu l'air si transparent. non sans raison. Celle de l'alpe de 1a Chaux (p. D s'agissait. alors que dans le Jura. sur les glaciers (Dardel. de Gennes. que je n'avais pas mentionné l'expéditùm de mes compatriotes Agassiz et Desor au glacier d'Unteraar. On trouve... c'était là notre Hôtel. A. Tous les pics qui bordent le glacier étaient revêtus de neige depuis leur base jusqu'à leur sommet . Nos deux savants choisirent tout naturellement pour leurs recherches le théâtre de leurs explorations précédentes : le fameux glacier d'Unteraar. « Au soleil. Le thermomètre ne descendit pas au-dessous de -4° C. Neuchâtel (Suisse). je souffrais le martyre » (!!). Chambéry). mais pour être plus à l'aise. aussi. serait-il entièrement enterré sous la neige ? Enfin. car ses parois sont trop roides du côté du glacier pour que la neige puisse y adhérer et rester. après avoir cherché de tous côtés sur la moraine. restée complètement invisible. Cet immense bloc. que l'on voit de si loin en été. mais notre étonnement fut grand de ne pas découvrir l'Hôtel des Neuchâtelois.com/ Carte obţinută prin amabilitatea dlui Radu Hera. le Finster-aarhorn seiil était noir comme en été. jusqu'à ce que la neige se brisât de nouveau sous nos pas et vint calmer notre ardeur. au départ (5. M. nous courions comme des enfants sur cette surface durcie. coucher à l'hospice de la Grimsel. M. non seulement ne fîmes-nous pas usage de nos manteaux. de prouver que la fonte des glaciers n'est pas due à la chaleur terrestre et que le peu d'eau qui s'en écoule en hiver provient exclusivement de sources intérieures.. à laquelle manquait ce charme magique que donnent les moraines.com Corectura : Alin Ciula Alte titluri disponibile la : grupul HARTI_CARTI la http://groups.. « Rien. en effet. on y parvenait en été en moins de quarante minutes. cachées sous le glacier. en mars 1841. . en dépit de la fatigue. I. de glace et ces mille filets d'eau au babil harmonieux qui en font les délices en été. Sur le glacier. décembre 1927.465 A. écrit-il. que de se sentir succomber sons le poids d'obstacles matériels. » Malgré une chaleur accablante. au printemps. Agassiz était d'une gaîté folle. h) le thermomètre ne marquait que -2° C.. en hiver. c'était la bise qui soufflait. Scanare.« Nous rencontrions aussi des espaces où la neige portait . ils montent le 11 mars. ils visitèrent encore le glacier de Rosenlaui et purent ainsi compléter leurs observations sur la glace même.yahoo. Accompagnés des guides Jacob Leuthold et J. Agassiz et E. il n'existait pas pour nous dans ce moment : nous n'avions devant nous qu'une immense étendue de neige très uniforme.. La réverbération des neiges valut à nos deux savants des brûlures tres douloureuses au visage et Desor avoue naïvement : « J'eus beau m'asperger d'eau froide. j'écrivais dans mon avant-propos qu'il n'existait aucun ouvrage en langue française sur la pratique du ski en montagne. Depuis longtemps déjà. cet hospice était habité par un gardien solitaire. le prof. Desors. qu'il avait fait plus froid au Locle que dans l'Oberland. Quant au glacier.