MARCEL KURZ

ALPINISME HIVERNAL
LE SKIEUR DANS LES ALPES
Préface de M. EDOUARD SAUVAGE
Président honoraire du Club Alpin Français
Ouvrage orné de 20 héliogravures hors texte PAYOT, PARIS ST-GERMAIN 1928 Tous droits réservés
A MON PÈRE qui me fit connaître Les Alpes.
Premier tirage Mars 1925. Deuxième tirage Février 1928.
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright 1925, by Fayot, Paris.
PRÉFACE
Les vieux alpinistes ont vu se développer simultanément, depuis une trentaine d'années, les courses d'hiver en
montagne et d’usage des skis qui donnent pour ces courses de grandes facilités. Toutefois, au début, on craignait assez
généralement que le ski ne pût guère servir en haute montagne, soit que les trajets où on ne pourrait en faire usage
fussent trop étendus, soit que le ski même, avec sa grande longueur, fût mal approprié au parcours des régions très
accidentées et dût être modifié.
La hardiesse et la persévérance des explorateurs de la montagne ont amené l'évolution de ces idées
anciennes : après avoir reconnu que les courses d'hiver n'étaient pas nécessairement limitées aux sommets secondaires,
mais que les cimes les plus hautes restaient abordables en cette saison, ils ont démontré que les skis pouvaient servir
presque continuellement, sinon jusqu'aux sommets mêmes, du moins jusqu'au pied des arêtes terminales.
Tous les alpinistes qui ont parcouru le massif du Mont Blanc connaissent le guide et la belle carte de Louis
Kurz; nous sommes redevables à son fils,
Marcel Kurz, ami passionné de la montagne et bon skieur, d'une belle étude de cette évolution.
La première partie de l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz débute par un historique du développement des
courses d'hiver avant l'emploi du ski, puis lorsqu'on en a fait usage; ensuite elle examine l'état des Alpes pendant
l'hiver, le climat, l'effet des vents ; vient ensuite une magistrale étude des avalanches et de l'état des neiges. Les
transformations qu'elles subissent sous l'action du soleil et du vent sont minutieusement analysées, sans que soit oublié
le côté pratique pour le skieur, la manière dont se comporte le ski sur les diverses surfaces.
Les différentes espèces d'avalanches, les circonstances qui les produisent, l'aspect des régions dangereuses,
sont l'objet d'une description claire et approfondie. Même en été, l'appréciation d'une pente de neige, au point de vue
du degré de sécurité — ou de danger — qu'elle offre, est un des points qui demandent au montagnard le plus
d'expérience et de jugement; en hiver, les difficultés d'appréciation sont encore augmentées.
Si la suite de l'ouvrage nous montre un artiste épris des beautés de la montagne, cette première partie porte la
marque de l'esprit scientifique de son auteur.
Viennent ensuite l'équipement du touriste hivernal, la technique du skieur alpin. Ce chapitre n'est en rien un
manuel de ski, mais il indique comment, en haute montagne, on utilise les divers modes de progression, d'arrêt,
glissade des pentes, qui doivent être bien connus du skieur.
La lecture de la deuxième partie de l'ouvrage décrivant les courses d'hiver de l'auteur dans les Alpes,
passionnera les alpinistes, dont quelques-uns reéchapperont pas sans doute à des sentiments de regret — faut-il dire
d'envie ? — devant une si belle série de grandes ascensions. A chaque ligne des descriptions de l'auteur , on respire le
charme de l'admirable nature alpestre. Les menus incidents des courses, tels que gites, repas, bivouacs, sont indiqués
sommairement dans la mesure où ils intéressent le lecteur, sans le fatiguer par leur monotonie.
Dans son ensemble, l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz est une précieuse addition à la littérature alpine,
dont l'auteur mérite de vives félicitations.
ED. SAUVAGE,
Président honoraire du C. A. F.

PRÉFACE DE L'AUTEUR
En commençant la rédaction de ce livre — il y a déjà bien des années — mon intention était de l'intituler Le
Nouvel Alpinisme. A cette époque, en effet, ce genre d'alpinisme était encore à ses débuts : nous traversions l'âge d'or de
ce qui fut la deuxième conquête des Alpes, celle des skieurs. Dans les Pennines, par exemple, il leur restait à conquérir
plus d'une vingtaine de cimes supérieures à 4000 mètres. Mais, faute de temps, la rédaction resta inachevée.
Depuis lors, l'exploration hivernale des montagnes a pris une telle extension, tant d'alpinistes sont devenus
skieurs et tant de skieurs alpinistes, qu'au moment de remettre mon Nouvel Alpinisme sur le chantier, ce titre ne lui
convenait plus. C'est pourquoi j'ai préféré l'intituler Alpinisme hivernal (1).
Un titre bref et suffisamment explicite n'était pas facile à trouver. Les Anglais et les Allemands possèdent une
langue qui permet toutes les combinaisons de mots composés : Alpine skiing, Skilauf, Skitouristik sont des expressions
concises et parfaitement claires qu'il est impossible de traduire en deux mots français.
Ceci provient évidemment du fait que, pour nous, le mot ski désigne aussi bien le sport que l'instrument luimême. On dit le ski, les skis, faire du ski, — par contre, on n'est pas encore d'accord sur ce point : faut-il dire : aller en
ski ou aller à ski ? Il nous manque donc en français un terme équivalant à skiing ou Skilauf. On pourrait suggérer
skiisme, mais c'est un terme antipathique, qui a peu de chances de s'implanter jamais.
La richesse d'une langue est en rapport avec le développement d'une théorie? On pourrait le croire vraiment :
Alpiner Skilauf et Alpine skiing sont les titres de deux manuels parus, le premier en 1910, le second en 1921 (2).
La décade qui sépare ces deux publications coïncide précisément avec le développement maximum du nouvel
alpinisme. Aussi la brochure de Lunn est-elle inspirée par les expériences et les idées nouvelles. Mais qui de nous
connaît ces deux bréviaires ? et pourquoi n'ont-ils pas été traduits en français ? Car il n'existe rien de pareil en notre
langue, pas plus qu'en italien. A quoi donc attribuer cette lacune ? Sans doute au fait que la théorie est toujours
subordonnée à la pratique. Or, le Mont Rosé fut gravi en ski par un Allemand en 1898 déjà et, en 1904, c'est encore un
skieur allemand qui gravissait pour la première fois le Mont Blanc. A cette époque, le skieur français était encore dans
ses langes et l'italien n'était guère plus avancé...
D'autre part, n'est-il pas curieux de constater que les Anglais (qui furent les premiers à explorer nos Alpes et les
derniers à les parcourir en ski) possèdent depuis 1921 le meilleur ouvrage sur ce sujet? Évidemment, la théorie d'un
auteur ne crée pas la règle et Arnold Lunn restera une exception. Il a vécu des années entières dans les Alpes, comme
autrefois Zdarsky dans les neiges de Lilienfeld. Mais son enthousiasme a porté des fruits qui lui font honneur
aujourd'hui. Il a créé à Londres, en 1908, l’Alpine Ski Club, et, grâce à lui, les Anglais ont rattrapé tout le temps perdu.
Entre la Suisse romande et la Suisse allemande, le développement du ski a présenté une sensible différence.
Alors que les Suisses allémaniques pouvaient lire dans leur langue une quantité de publications et s'inspirer des
meilleurs principes, les Romands n'ont eu à leur service qu'une bibliographie assez pauvre, réduite à de rares récits de
courses. Depuis quelques années cependant, ils semblent être secoués par certains spasmes de bon augure, non pas tant
les skieurs proprement dits que les alpinistes-skieurs.
En France, après de premiers essais (1895-1896) effectués par quelques personnes isolées, officiers et civils,
l'emploi du ski fut introduit dans l'armée des Alpes (1900-1901) et fit de rapides progrès sous la direction d'une mission
militaire norvégienne (1902). Les troupes alpines s’en firent une spécialité presque exclusive et réalisent une forte
avance sur les skieurs civils. Certes, beaucoup d'officiers sont membres du Club Alpin, appliquent dans le civil les
connaissances acquises au service militaire. Grâce à l'intime collaboration des deux éléments, le ski prendra un bel
essor (1907). Cependant son développement s'est orienté vers le sport, plutôt que dans son application à l'alpinisme.
En Italie, à ce que m'écrit le comte Aldo Bonacossa, grand skieur et grand alpiniste, les Ski Clubs de Milan et
de Turin ont pris la haute main sur le tourisme hivernal. L'Italie semble avoir une légère avance sur la France, car elle
va publier prochainement un guide et une carte pour skieurs de sa frontière septentrionale des Alpes.
Un jour viendra où l'alpinisme hivernal surpassera l'alpinisme estival. De fait, la durée de l'hiver alpin est déjà
plus longue que celle de l'été alpin. Devant les flots de touristes que déversent nos chemins de fer de montagne, les
alpinistes préféreront aller passer leurs vacances d'été dans le Caucase ou l'Himalaya et ne visiteront leurs propres
montagnes qu'en hiver, en ski. Qui vivra verra...
Il m'a été très difficile de trouver des illustrations artistiques se rapportant à la haute montagne hivernale. Je
tiens cependant à remercier tous les collègues qui ont bien voulu m'en envoyer à choix, et tout spécialement MM. Pries,
Gysi et Hug qui ont si gracieusement mis leurs clichés à ma disposition. MM. pal-banne, A.-E. Kuhlmann et Louis Kurz
ont pris la peine de revoir toutes mes épreuves, et j'ai envers eux une grosse dette de reconnaissance.
M. K.
Neuchâtel (Suisse), décembre 1924.
1

Comme on le verra, l'alpinisme hivernal a présenté deux phases bien distinctes. Durant la première, ce fut la conquête des plus hautes cimes par des
alpinistes allant à pied (elle est exposée dans mon premier chapitre : Les précurseurs). Puis ce fut le triomphe du ski, et la deuxième conquête des
Alpes, par la horde des skieurs.
2

Oberleutnant Georg Bilger, Der Alpine Skilauf (2e édition. Munich, 1911, petit *).
Arnold Lunn, Alpine Skiing, at ail heights and seasons, Londres 1921 (petit *).

CHAPITRE PREMIER
LES PRÉCURSEURS
(Ceux qui allaient à pied.)
En janvier 1862, plus de trois ans avant la conquête du Cervin, Thomas Stuart Kennedy, un des plus audacieux
grimpeurs de l'Alpine Club, eut l'idée d'attaquer le colosse en plein hiver, idée vraiment extraordinaire à cette époque.
Accompagné du vieux Peter Taugwalder et de Peter Perren, il alla passer la nuit dans la petite chapelle du Lac
Noir et, le lendemain (7 janvier), il tenta l'ascension par l'arête du Hôrnli. Mais un vent violent, qui faisait tourbillonner
la neige, arrêta bientôt la caravane et l'obligea à battre en retraite.
« Non content de nous souffler au visage d'épais flocons de neige et de véritables aiguilles de glace, le vent
faisait voler autour de nous des plaques neigeuses de 30 centimètres de diamètre, qu'il avait enlevées en passant au
glacier inférieur. Cependant, aucun d'entre nous ne semblait vouloir lâcher pied le premier, lorsqu'une rafale plus
violente que les précédentes nous obligea à nous abriter quelque temps derrière un rocher. A dater de ce moment, il fut
tacitement convenu que notre expédition devait prendre fin, mais nous résolûmes en même temps de laisser aux
touristes futurs quelque souvenir de notre visite, et, après être descendus à une distance considérable, nous trouvâmes
un endroit convenable pour y construire un cairn, avec des pierres détachées. En une demi-heure, nous érigeâmes une
pyramide haute d'environ 2 mètres. Une bouteille, contenant la date de notre tentative, fut placée à l'intérieur, et nous
battîmes en retraite le plus promptement possible (1). »
Bien que cette tentative eût échoué au pied même des premières difficultés du Cervin, il est piquant de constater qu'à
cette époque déjà, un homme ait pu croire à la possibilité des ascensions hivernales. Il est vrai que Kennedy comptait
précisément bénéficier de la quantité de neige qui, selon lui, devait recouvrir les rochers et en faciliter l'escalade. « En
effet, dit-il, je ne voyais pas comment, même avec l'aide de longues échelles, ces rochers pourraient être surmontés,
lorsque l'idée me vint qu'en hiver ils seraient peut-être couverts de neige, et c'est en partie la raison qui me conduisit à
Zermatt... »
Whymper lui-même, qui pourtant ne s'étonnait de rien, relate cette équipée sur un ton très ironique et trouve
cet échec tout naturel. « Mr. Kennedy, écrit-il textuellement (Escalades, p. 96), conçut un jour l'idée singulière que cette
montagne devait être moins impraticable au mois de janvier qu'au mois de juin... mais il ne tarda pas à constater qu'en
hiver la neige obéissait aux lois ordinaires et que le froid et le vent n'étaient pas moins rigoureux qu'en été. »
Aujourd'hui, cette idée nous paraît moins « singulière », et il est probable, en effet, que, dans neuf cas sur dix,
l'escalade du Cervin est plus facile en janvier qu'en juin.
Comme le font remarquer Cunningham et Abney ( 2), la tentative de Kennedy n'en restera pas moins la
première expédition hivernale entreprise dans les Alpes après le commencement de l'alpinisme systématique ( 3).
Cette première expérience n'était guère encourageante.
Aussi faut-il attendre quelques années encore avant de pouvoir enregistrer de véritables succès. Ce fut
l'Oberland bernois qui devint alors le principal théâtre des explorations hivernales, et ce sont des Anglais encore qui
s'avancent sur la scène (4).
A la fin de décembre 1866, par un temps gris et maussade, deux membres de l'Alpine Club, A. W. Moore et
Horace Walker, arrivaient à Grindelwald, avec le vague sentiment d'avoir commis une bévue et persuadés que leur
expédition n'aboutirait qu'à un fiasco complet ( 5). Le temps avait été superbe durant trois semaines; mais, au moment
précis de leur arrivée, il s'était gâté, comme cela arrive si souvent, hélas !
Après s'être amusés à poursuivre des lièvres et des renards dans les bois environnants, nos Anglais purent enfin
profiter d'une belle journée et s'aventurer plus haut dans la montagne, sous la conduite de leurs guides Christian Aimer
et Peter Bohren. Ils passent une affreuse nuit dans la vieille cabane très inconfortable de Peismeer, où ils étaient
parvenus, non sans peine, en taillant des marches dans la glace épaisse qui recouvrait le sentier.
La journée du lendemain fut consacrée tout entière à une chasse aux chamois sur les flancs du Mettenberg.
Une nombreuse escouade d'Oberlandais leur servait de rabatteurs, et les deux Anglais avaient été postés en embuscade à
l'endroit où le gibier devait passer dans sa fuite. Mais la chaleur intense du soleil, succédant brusquement au froid de la
nuit, fit son effet accoutumé et les deux touristes s'endormirent à leur poste. Ils ne se réveillèrent que trop tard, tout
honteux de constater à leurs pieds les traces évidentes des chamois.
Après un si piteux résultat, il fut décidé d'abandonner la chasse et de poursuivre un but plus sérieux en
attaquant quelque grand pic. Mais, à ce que prétend Moore, les rochers étaient généralement verglacés, et il fallut
renoncer aux sommets les plus tentants, tels que l'Eiger ou le Schreckhorn. Ils choisirent donc un col glaciaire et se
décidèrent finalement à tenter la traversée combinée du Finsteraarjock (3 360 m.) et de la Strahlegg (3 351 m.), sorte de
boucle qui devait les ramener à Grindelwald en une seule expédition.
1

Alpine Journal, 1863, p. 82. — D'après Whymper (Escalades, p. 96-97), ce cairn marquait exactement le point 3 298 A. S. (tout près duquel se
dressent aujourd'hui la cabane et l'hôtel du Hôrnli) et n'était guère que 60 à 80 mètres au-dessous du point atteint par Kennedy.
2
The Pioneers of thé Alps, p. 61.
3
Voir encore la note de la page 5 (Hugi à la Strahlegg).
4
Entre temps Bennen avait été tue par une avalanche au Haut de Cry, le 28 février 1864 (WHYMPER, Escalades, p. 86).
5
A. W. MOORE, On some Winter Expéditions in thé Alps (in Alpine Journal, vol. IV, 1869, p. 309 sq.).

Au retour. Suivant son plan primitif. salua en eux les précurseurs d'une ère nouvelle et l'avantgarde d'une foule de touristes hivernaux. si étrange que cela puisse paraître. nos pieds étaient chauds et parfaitement à l'aise. Quelques jours plus tard. Puis. proposèrent inopinément de gagner l'Agassizjoch par le grand couloir (vierge alors) et de rentrer à Grindelwald par la Grunhornlûcke et le Mônchjoch. Moore ne put résister à la tentation de revoir les Alpes en hiver. la caravane soupait sur la Mer de glace. mais Moore avait négligé cette précaution et la course lui parut fort pénible. et cela recrutés.. et Moore nous raconte que Mr. au col de la Strahlegg. Krafft. après s'être glissée avec les ombres bleues entre ces séracs menaçants. c'est un spectacle féerique qui laisse de profondes impressions.Melchior Anderegg était venu les rejoindre de Meiringen et renforcer la caravane dans ce but. rudement éprouvés par le froid. qui fut atteint à 7 heures du matin. il monta également au Faulhorn (2 684 m. en décembre. Le 12 décembre. les deux Anglais s'arrêtèrent à Berne. dans la cabane de bergers qui lui servait de base. mais il préféra à Grindelwald une contrée « où le confort moderne fût moins prodigué. Aucune difficulté sérieuse ne devait entraver l'accès du col lui-même. Vers 8 heures du soir. « L'expédition. vingt-deux heures après l'avoir quitté. il n'y avait pas un souffle d'air et la lune était si brillante que des notes au crayon pouvaient se lire facilement. spectres fantastiques scintillant doucement dans la clarté bleue de la nuit. Les guides. tournant résolument le dos aux invites hospitalières de la Grimsel. puis une course facile au Faulhorn termina ces vacances excentriques.). «l'excellent et jovial hôtelier du Bernerhof ». Aucun ami n'ayant voulu l'accompagner. dans les neiges profondes de ces immenses glaciers. 1 En janvier 1832 déjà. mais fut repoussé par l'énorme quantité de neige. scrutant ses flancs dans l'espoir d'y trouver une voie possible pour l'été suivant. sous les rayons obliques d'une lune étincelante. tandis que. comme quartier général. A cette époque encore. ayant doublé le cap rocheux des Strahlegghôrner. en attendant lever la lune pour continuer sa marche. derrière nous. la marche devint monotone. Les deux chasseurs qui l'accompagnaient dans cette traversée étaient chaussés de raquettes. entre de hautes parois rocheuses. et notre Anglais passa bien des heures à l'admirer. Cette expédition à la Strahlegg est probablement la plus ancienne dans les Alpes en hiver. qui pointait farouche au-dessus du glacier de Grindelwald. de Berne (Hugi. durant quelques instants. Nos chaussures gelées étaient aussi dures que le fer et l'on pouvait les battre à coups de piolet sans éveiller la moindre sensation. Diving into chasms where all was literaly « blue ». Devant nous s'étendait la longue avenue du glacier. la caravane atteignait la vaste encolure du Finsteraarjoch. la caravane retrouvait sa trace sur la Mer de glace et rentrait par le même chemin à Grindelwald. afin d'étudier le mouvement du glacier de Grindelwald qu'il parcourut à plusieurs reprises.).). ils avaient été. grâce à cette lune et à une neige excellente où l'on enfonçait à peine. Valloire et le col du Goléon (2 880 m. et laissa tout le village de Grindelwald dans un grand émoi. Le passage du labyrinthe au clair de lune et le spectacle du Finsteraarjoch à minuit auraient été une récompense suffisante à des peines infiniment plus grandes que celles auxquelles nous fûmes exposés...). Une forte couche de neige recouvrait tous les environs. Durant tout son séjour là-haut. enthousiasmés par cette chance inespérée. Hugi était accompagné de nombreux guides . Mais leurs touristes. la vue était limitée par les rochers menaçants du Schreckhorn. Inutile de dire que la scène était d'une rare magnificence. où il fut retenu durant trois jours avait de pouvoir profiter d'une neige gelée pour redescendre dans la vallée. elle contournait les premiers séracs et parvenait à 10h30 au pied des tours de glace qui défendent le Finsteraarjoch. La Meije était encore vierge de ce temps. Quelques heures plus tard. crawling round pinnacles transparent and weird like in the moonlight. les conditions avaient été très favorables et la marche rapide. au moment où une aube grandiose se levait sur les neiges (1). Ueber das Wesen der Gletscher und Winterreise in das Eismeer). le temps fut superbe. fut moins ardue et beaucoup plus réussie que nous n'avions osé l'espérer. il franchit le col de la Lauze(1 543 m. écartèrent prudemment cette audacieuse suggestion. mais. mais les nuits très froides et naturellement peu confortables. the depth of which seemed more than ever unfathomable. Traverser la chute d'un glacier en hiver. grâce à une succession de journées ensoleillées sa surface s'était durcie et facilitait singulièrement la marche. accompagné d'Alexandre Pic et de deux porteurs. ce même coi avait été atteint par le professeur Hugi. et ce devait être une joie incomparable pour les yeux : . elle se dirigea lentement vers le col de la Strahlegg. and crossing snow bridges over gulfs. et ce n'est qu'à force d'énergie que la caravane ne fut pas terrassée par le sommeil qui l'accablait. Le départ eut lieu le 23 décembre. » Le jour de Noël fut fêté à Grindelwald. de Saint-Michel par le col des Trois Croix (l 651 m. A notre droite surgissait l'immense pyramide du Finsteraarhorn. le 12 janvier. en partie pour examiner la possibilité d'y construire un chemin facilitant le trafic entre Grindelwald et le Haut-Valais. Une heure plus tard.. La température descendit jusqu'à — 20°. » Jusqu'ici. C'est de la Stieregg que Hugi monta. « La nuit était parfaite . le ciel parfaitement clair. il s'y rend seul. il eut même l'audace de s'attaquer à l'Eiger (!). tandis que. la somme des plaisirs familiers à la montagne pût être plus sérieusement éprouvée». on prétendait que les glaciers n'avancent pas en hiver. Dans l'étroite vallée neigeuse qui conduit au col. De ce village. la caravane commença donc à descendre vers la Grimsel. prévoyant toutes les difficultés de la marche. plus sceptiques. deux heures auparavant. L'année suivante (1867). A une heure du matin. Il choisit donc la Grave. conclut Moore. Mais. Hugi fit un séjour de plus de deux semaines dans la hutte de la Stieregg (1 705 m. à Grindelwald. à 3 heures de l'après-midi. par contre. dominée par le cirque de l'Oberaar. mais les expériences du célèbre savant prouvèrent précisément le contraire. mais où. non sans peine. en Dauphiné.).

enchanté de ses vacances. en escaladant l'arête rocheuse qui sépare les deux glaciers suspendus sur le versant de la Grave. qui ne fut marquée par aucun incident digne d'être mentionné (ici. Encore est-il difficile de persuader les gens qu'il en est bien ainsi : on se figure généralement que. L'expédition à la Jungfrau fut une entreprise beaucoup plus compliquée. La pente qui. « Mr. 1 W. de Bale. Mais.). Aimer réussit néanmoins à convaincre ses touristes et à les ramener d'Interlaken. Ainsi. Moore. à 2 heures de l'après-midi. de plus en plus. suivait avec intérêt les progrès des grimpeurs. obscure et froide. Le fait de choisir le mois de décembre pour de grandes excursions était évidemment une erreur. les deux premiers sommets importants qui tombèrent sous les attaques de la nouvelle cohorte (1). malgré un vent violent. Coolidge rencontra au Zàsenberg la caravane du professeur Bischoff. En janvier 1874. à travers des pentes de neige poudreuse. et ce fut l’un des porteurs qui conduisit la caravane. encore si pauvre à cette époque. qui semblaient interminables. Toute la population de la Grave. le col était gagné. cette fois-ci. promenade grandiose. par un temps superbe. puis traverser le Fiescherfirn. Cette expédition eut lieu le 14 décembre. Mais. il se décida à rentrer en Angleterre. Alpine Studies. « avec presque tous les représentants de la race animale domestique et avec tous les insectes dont le corps humain peut devenir la proie ». grâce à une neige si dure. en route pour l'Angleterre. Durant une halte prolongée sur les rochers qui dominent les précipices du Rotthal. tout spécialement en hiver. Pour son guide. Les plus hauts sommets deviennent la proie des conquérants. dit-il. dans ces hautes régions.). était naturellement de glace vive et exigea une longue taille de marches. et l'on tendra de plus en plus à éviter les cols glaciaires pour s'attaquer à de rentables cimes. 24 janvier.). Deux jours furent nécessaires pour gagner la cabane du Bergli. Le jour suivant.Sans difficultés. le style de l'auteur est aussi froid que l'ombre du Wetterhorn en janvier).) et la Jungfrau (4 166 m. B. COOLIDGE. Bischoff et ses guides réussirent la première ascension hivernale du Mônch (4105 m. Malgré l'article enthousiaste de Moore dans L’Alpine Journal. Coolidge constata. il nous fallut reconnaître l'exactitude de ses affirmations. en outre. on comprend qu'elle n'ait pas tenté plus tôt les explorateurs. Pic était à moitié fou de joie. ils partent à 7 heures et suivent l'itinéraire habituel du Wetterhorn. Malgré une bise glaciale. qui devaient contribuer à la connaissance de la montagne hivernale. non sans étonnement. qu'une telle rencontre est bien faite pour nous étonner. la caravane traverse les deux Mônchjoche. Nous avons reconnu. et qui doit être bien inhospitalière. nous entrons définitivement dans la phase caractéristique des grandes ascensions hivernales. ils reprennent la descente. qu'il avait déclarée tout à fait impossible le jour précédent. ces touristes arrivent à Grindelwald et montent le 14 janvier à la cabane du Gleckstein. Moore persiste à croire que les conditions de la montagne sont meilleures avant qu'après les grandes chutes de neige de Noël ou du mois de janvier. Coolidge termine sa relation par quelques remarques fort judicieuses. rassemblée sur la route près du village. passe au pied du Jungfraujoch et monte au Rotthalsattel. Pour gagner le Bergli. qui montait à son tour au Bergli. Après un séjour à Chamonix et quelques promenades d'entraînement dans les environs. à cette époque. après dix minutes de halte au sommet. Le 22 janvier. et. et le seul ennui de la course fut le retour au Mônchjoch. p. Moore passa cette nuit dans L’Etable de Rodier. et il fut facile désormais de le décider à tenter la traversée de la Brèche de la Meije (3 300 m. ce fut une véritable révélation. où ils arrivèrent à la nuit noire. le froid doit être intense. Les explorations hivernales étaient si rares. qu'il peut faire très chaud. que l'on aurait pu y passer avec un char attelé de quatre chevaux. 103 . avait déjà parlé de cette chaleur excessive. Miss Brevoort et son neveu Coolidge réussirent à vaincre successivement le Wetterhorn 2 703 m. il faut attendre sept ans encore avant de trouver la mention d'une expédition importante. Le 15. Les deux guides oberlandais qui devaient le rencontrer à Saint-Michel n'étant toujours pas arrivés. auberge de pierre. A. Nous verrons plus tard que ce n'est pas nécessairement le cas et que les glaciers sont rarement aussi crevassés et dangereux qu'en décembre. que la quantité de neige recouvrant les hautes cimes est bien inférieure à celle des basses altitudes ou des vallées. Une vue grandiose agrémenta la sieste. où ils étaient déjà descendus. mais encore dans sa relation. Il ne fallait pas songer à franchir les glaciers suspendus sur le versant du Guggi et. Le lendemain. On passa la première nuit à la Bàregg. au milieu des avalanches tombant du Mettenberg. lorsqu'on est à Grindelwald. au sujet de laquelle nous avions exprimé quelques doutes. en quelques jours. il fallut monter par le Zàsenberg qui se dresse comme une citadelle de roc solitaire dans l'immensité des glaciers. même en hiver. de là. sous la conduite du fameux guide Christian Aimer et secondés par une forte escouade de porteurs. ils jouissent d'une vue parfaite et. dit-il. comme c'était le cas ce jour-là. Ces deux campagnes de 1866 et 1867 peuvent être considérées comme les premières expériences sérieuses faites dans les Alpes en hiver. Son courage et sa grande habileté eurent raison de toutes les difficultés. lorsque l'air est parfaitement calme. trois grands pics oberlandais étaient tombés sous l'assaut des précurseurs. Une descente rapide dans le vallon des Etançons les conduisit ensuite à la Bérarde. au retour. conduit au sommet. écrite en 1869. sous le soleil de janvier et sous les parois luisantes du Fieschergrat. Malgré tous les charmes de cette montagne. c'est un bien long détour que d'aller rejoindre la route habituelle venant de la Concordia.

plutôt. cette fois-ci. enfin. qu'il put enfin livrer l'assaut définitif. pour rejoindre plus haut la route habituelle. En moins de deux heures. avait encore baissé. Au Grand Plateau. . Trois heures de marche effective avaient suffi pour descendre du sommet. empêchèrent Miss Straton de dépasser les Bosses. un vent violent soulevait cette neige en nuages épais. les Bosses? Dans le défilé. le peintre de montagne bien connu. immédiatement après sa chute. ils partent à l'aube (6 h. exigea une longue taille de marches. Ce fut un véritable blocus. Arrivant au Sattel. Miss Straton. ils jouaient de malchance. Au sommet de la première bosse. l'entassement de la neige sèche pouvait rendre la marche impossible . les difficultés ne furent pas extraordinaires. Voici comment Durier (1) raconte cette première ascension hivernale du Mont Blanc (4 807 m. Gabriel Loppé. et tous les touristes semblaient s'être donné rendez-vous à Chamonix. grâce à sa généreuse clarté. 35. 7* édition. 181 Alpine Studies. Miss Brevoort et le Révérend Coolidge. toujours ravagées par les avalanches. C'est pourquoi il semble que la neige. accompagnés de leurs guides oberlandais.). la caravane rentrait à Grindelwald. sur la rive droite de la Mer de glace : itinéraire bien préférable. p. Le thermomètre centigrade marquait — 24°. Malgré un temps merveilleux et une vue stupéfiante. mais. à 9 h.étant probablement enlevée par le vent. elle fut plus heureuse. cette fois-ci. l'heure avancée. devant la furie du vent qui soulevait des tourbillons glacés. qui rend si dangereuses les ascensions en mai ou au commencement de juin. enfin. Christian Aimer. ou. et ils surent habilement profiter des traces laissées par leurs prédécesseurs. quel chemin prendre.) par l'Anglais Watson et ses guides. Aimer avait eu l'heureuse idée d'emporter une pelle qui lui servit à déblayer cette neige et à découvrir les rochers de la crête. « La vue était belle au delà de toute expression ». plus haut. le 19 janvier. Après être monté trois fois aux Grands Mulets et y avoir passé cinq nuits. remarquablement beau et sec. Le lendemain. dans l'hospitalier refuge. excessivement dure. —C'est en février 1880 que fut réussie la première ascension hivernale du Piz Bernina (4 055 m. L'immense quantité de neige accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. » La caravane resta une demi-heure au sommet. un peu au-dessous vers le sud. à 3 heures de l'après-midi (31 janvier). Mais le lendemain. Les conditions de neige étaient excellentes et. après avoir passé. Le 1 er février. On se remit en route et. Le lendemain matin à 5 2 CHARLES DURIER. à leur tour. le Corridor. quatre jours pleins et quatre nuits sur les glaciers. il fallut finalement se rendre. Quelques jours plus tard. il monte à la nouvelle cabane Schwarzegg. dit Miss Straton. son guide habituel Jean Charlet. partent les premiers à l'assaut. ils trouvèrent dans la neige traces de la dernière caravane (5 octobre 1878). de l'Alpine Club. elle ne s'y arrêta que quelques instants et reprit presque immédiatement le chemin du retour. un accident survenu à l'un de ses porteurs. Miss Straton s'aperçut qu'elle avait deux doigts gelés. La descente fut très rapide. prête à recommencer. après une nuit assez confortable. Jusqu'aux Grands Mulets. la caravane arrivait triomphalement au sommet. « J'avais fait l'ascension trois fois pendant l'été. Mais. 40 de nuit). passant au pied du Mittelegg. le ciel s'était rasséréné. Mais. ne présenta pas de difficultés . La caravane poursuivit néanmoins son ascension jusqu'au Grand Plateau. et le vent se mit à souffler violemment. le vent eut beau faire rage. Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat se tenaient sur la cime du colosse. étant sèche. 40) et suivent la route ordinaire. ils franchirent le labyrinthe et atteignirent le sommet à 15h20. mais la température. Mais le temps fut incertain. ils furent surpris sur le Grand Plateau par une violente tempête et obligés de battre en retraite définitivement. La première partie de l’arête rocheuse. p. sentaient le froid les prendre par les pieds. 1 Le Mont Blanc. par un fœhn qui eût exclu toute ascension. elle était couronnée d'une aigrette neigeuse qui ralentit considérablement la marche. la musique s'était portée au-devant de la vaillante alpiniste et une députation lui adressa une harangue de félicitations et de bienvenue. naturellement. la rimaye était atteinte et franchie à la tombée de la nuit. et James Eccles. presque au terme de ses vacances. on avait rarement vu si peu de neige à cette saison. et ce n'est que le 26 janvier. la neige devint atrocement poudreuse. ils arrivaient à la rimaye ouverte au pied des rochers du Schreckhorn. ce fut une joyeuse veillée autour de l'âtre. mais là. Janvier tirait à sa fin. 35 déjà. Elle s'arrêta aux Grands Mulets et y prit un jour de repos. A Chamonix. ne soit que les restes de celle tombant au printemps. et de ses deux fils. La lune se leva au même instant et. aux pentes de la Baregg. au cœur de l'hiver. En janvier 1879. sur les pentes du Dôme. Le lendemain. mais jusqu'ici je n'avais jamais parfaitement contemplé ce spectacle. durant l'hiver. » L'hiver de 1875-76 fut. pour attaquer le Mont Blanc. tentative qui échoua comme les autres. Elle avait du reste déjà fait une tentative en décembre. profonde. Le jour suivant (27 janvier). dans sa première moitié du moins. Partant de la cabane Boval a 2 heures du matin. lorsque Miss Straton (plus tard M me Charlet) manifesta le désir d'essayer à son tour. Dans les vallées. A 4 h. Vous pensez qu'elle redescendit à Chamonix? Nullement. 115 sq. la caravane put éviter un bivouac toujours malencontreux et gagner à temps la Schwarzegg. Aussi. Sous la conduite de son guide habituel. elle rentrait à Chamonix. Pendant trois quarts d'heure qu'on passa là à les lui frotter de neige et d'eau-de-vie. On se décida pour l'arête. les hommes. On partit plus tôt (3 h. sur l'arête. afin de s'abriter contre le vent.) : « Les brouillards. le Révérend Coolidge revient à Grindelwald avec l'espoir d'exécuter une course dont il caressait depuis longtemps le projet : l'ascension du Schreckhorn (4 080 m. partaient à leur tour. où elle fut reçue avec des honneurs bien mérités (2). quatre heures furent nécessaires pour gagner le Sattel par le grand couloir où la neige. ce soir-là. De là.

dû à la plume de Sella lui-même. avec l'intention de gravir le Mont Blanc. il fallut chausser des raquettes et. Quittant la cabane à 4 heures le lendemain. mais l'auteur admet. presque dure. Estimant l'entraînement désormais suffisant et profitant de leurs traces du 20 janvier. la marche devint très lente. Le thermomètre de Cunningham. assez tôt pour franchir le Théodule (3322 m. tout ensoleillé. Ces deux dernières traversées ne semblent pas avoir présenté de difficultés sérieuses. Jamais le ciel n'est aussi étonnamment beau et transparent qu'en hiver. Dans sa description de Chamonix en hiver. Que Sella n'ait pas publié et illustré un volume entier sur ses remarquables expéditions dans les Alpes. que. Vittorio Sella. ils parviennent. Là. Mais le temps était trop incertain et les conditions trop défavorables pour s'obstiner à grimper plus haut. A Orsières. La conquête hivernale du Cervin ne se fit pas du premier coup. 1 Alpine Journal. le lendemain. où M. qui les conduit une fois de plus à Chamonix Pour compléter cette glorieuse campagne.) et le Petit Saint-Bernard. où ils admirent un merveilleux lever de soleil. organisée par la Section Mont Blanc du Club Alpin Français . ils arrivent à midi au Corridor. il part. et c'est fort regrettable. récit si vivant qu'il nous paraît intéressant de le traduire in extenso. le célèbre photographe italien. L'air est si limpide et il semble exister un tel vide atmosphérique dans ces paysages que. on perdrait toute notion de distance.). le ciel et la terre semblent confiner en une ligne parfaitement nette. il nous dit entre autres ceci : « . la neige étant très profonde dans les régions basses et boisées. et cette ombre les glaça. heures seulement. chap. CUNNINGHAM. où il passe une mauvaise nuit et constate que le froid ne fait qu'augmenter l'appétit déjà vorace des puces qui habitent ces lieux. car il n'en parle qu'incidemment. sur le glacier du Géant. 3 The Pioneers ot the Alps. pour 1882. A. sur le col du Géant (3 370 m. à l'entrée dans une serre en plein hiver. belvédère remarquable. D. Cunningham se contente alors de tourner autour du géant qu'il n'avait pas réussi à vaincre. Ce fut la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc. III. et 1882 restera une date importante dans l'histoire du nouvel alpinisme. Deux tentatives eurent lieu en février 1882. la neige fut suffisamment dure pour permettre une descente rapide jusqu'au Tacul. cela paraît incompréhensible. le lendemain de son arrivée (20 janvier). tous de Chamonix . 253 à 262. Ambroise Bossoney et Edouard Cupelin. en moitié moins de temps qu'il n'en avait fallu la première fois. Il revint ensuite à Orsières par Aoste et le Grand Saint-Bernard. en mars de la même année. par un temps toujours merveilleux. Cunningham est un des rares auteurs qui aient consacré un chapitre à l'alpinisme hivernal ( 3). s'il était possible de les reproduire exactement sur une toile. sans aucun changement notable.. détérioré au cours de l'ascension. lui aussi. La journée du lendemain fut consacrée à l'ascension de l’Aiguille du Tour (3 540 m. ses exploits hivernaux en traversant le Cervin du Breuil à Zermatt. puis Cunningham passa la Tête Noire et se rendit à Zermatt avec ses guides chamoniards. « en règle générale. La montée se fit dans l'ombre jusqu'à la cime. comme bien l'on pense.). Cunningham compare l'arrivée au sommet. ne passa pas moins de quatre semaines à parcourir les montagnes et. moins le froid est sensible ». pour les Grands Mulets. un des premiers. réussie par un des membres les plus distingués du Club Alpin Italien : Vittorio Sella. Le séjour à Chamonix se termina par une course au Buet (3 097 m. Les péripéties de la première expédition sont brièvement relatés dans l’ Alpine Journal (1).Durant l'hiver de 1881-82. Un vent glacial les avait détournés de l'arête des Bosses. il se hâte d'en profiter et. on trouve le récit de cette étonnante traversée. Dans le Bollettino du C. il engage quelques hommes pour transporter des couvertures et du bois à la cabane d'Orny. nous voulons parler d'une conquête italienne. le Caucase et l'Himalaya. où Tairraz les attendait avec du vin chaud. Cunningham.) et gagner Valtoumanche. celle du Cervin. où le beau temps durait depuis six semaines déjà. Il traverse successivement le col au Bonhomme (2 340 m. malgré ces accessoires. 1883. et il eut quelque peine à en repartir. Disons tout de suite que. Craignant de le voir changer.. 12 heures après avoir quitté le mont Fréty. Les pics les plus distants se dressent contre le ciel aussi nettement que ceux des panoramas de Baedeker . la caravane parvint jusqu'à la hauteur de la Cravate (4000 m. puis à la traversée du col du même nom. Le manque d'entraînement et l'idée préconçue de rencontrer plus haut des conditions de neige plus défavorables encore engagèrent la caravane à rentrer le jour suivant à Chamonix et à méditer des plans moins ambitieux et plus méthodiques. commença. The Alps in Winter 2 Avec ses guides : Léon Simond. I.). Après une nuit passée au petit hôtel du mont Fréty. le temps fut particulièrement favorable. Couttet leur avait préparé une grandiose réception. Cunningham se rend tout d'abord à Chamonix. ils gravissent finalement l’Aiguille du Tacul (3 438 m. Lors de la seconde (21 février).). ils rentraient triomphalement à Chamonix. La montée au refuge fut très laborieuse et n'exigea pas moins de treize heures de marche pénible. et ils prirent l'ancien passage. — C. auteur des Pioneers of the Alp. illuminant toutes les cimes d'alentour. ils remontent alors aux Grands Mulets le 29.). Il y parvint un samedi soir. » Et maintenant. ne put fournir aucune indication précise sur la température. où ils parviennent sans peine à 9 heures du matin. Le retour ne présenta aucune difficulté et. p. . le beau temps persista. durant les quatre semaines qui suivirent. 101). négligeant tout entraînement préliminaire. VII : Mountaineering in Winter. plus on monte. Les rochers du versant sud étaient parfaitement secs et. n° 81. audacieuse entreprise à laquelle on n’avait jamais osé songer plus tôt.. Les vues dont on jouit des sommets sont simplement merveilleuses. ils parvenaient au Montenvers. p. ils rentraient à Boval par la Fortezza (STUDER. à l'aube du 27 janvier. le lendemain matin. pour se rendre à Courmayeur ( 2)..

devait le conduire au but et même au delà (1). C'était une belle journée qui commençait. « A deux heures de ce village. tout cela écartait les mauvais pressentiments. mais le sentiment du triomphe nous réconfortait de plus en plus et nous prêtait force et courage.. « Le 16 mars. les seules de toute l'escalade. sur les moraines du glacier du Furggen. la sagacité pratique des Carrel réussit à les surmonter. 38 sq. SELLA. avec les balles de neige qui s'attachaient aux semelle il était facile de glisser. A 2 heures de l'après-midi. Sella revint au Breuil. Je partis du Breuil 20 heures du soir avec mes guides Louis. où nous arrivâmes au lever du soleil. Nous suivîmes sans peine la crête qui relie le sommet italien au sommet suisse pour. «Il fallut jouer du piolet pendant plus d'une demi-heure pour ouvrir la porte du refuge. Plus bas. à travers maintes difficultés. s'allongeait une fine crête de neige. Vers 6 heures. paraissait devoir nous être propice. nous avions rencontré deux guides qui venaient à notre rencontre. je refis une troisième tentative qui. dans les mauvais passages. je trouve que l'estomac rempli a beaucoup d'analogie avec la conscience lorsqu'elle est satisfaite. Inutile de dire que notre satisfaction fut immense . ce sont là deux plaisirs. en avançant pas à pas avec la plus grande attention. n°49. les chaussures étaient gelées. à même le sol gelé.). nous éclairait encore faiblement. Le ciel était serein : des teintes froides vers le couchant et les teintes très chaudes de l'aube vers le levant. nous songions avec orgueil aux difficultés rencontrées et surmontées. qui. avec l'assurance presque certaine de parvenir au sommet tant désiré. qui marchait derrière moi. et voici ce qu'il nous dit de sa troisième tentative. sans dormir. la douceur infinie des teintes à l'horizon. « Ce sera difficile. 30. Grisés par le succès de notre entreprise. Sella seul semble avoir rencontré de la neige entre l'Epaule. émerveillés de notre entreprise. presque sacrée. je rentrais à Châtillon par le col du Théodule et. Lorsqu'elle fut ouverte enfin. Sur le glacier éblouissant de lumière. Notre émotion était indescriptible. « Encouragé par ce succès. C'est dans cette position que nous passâmes toute la nuit. et.En mars. je voulus tenter quelque chose de plus : la descente sur Zermatt. la paroi fut déclarée praticable. ils nous avaient aperçus de Zermatt. cette ombre s'allongeait lentement vers le vieux Weissthor. Peu de fois en ma vie. 66). qui se maintenait sec et beau. le 20 au matin. celle-ci. A 7 h. soit quinze heures après avoir quitté le Breuil. Comme il était 2 heures. aux périls courus et évités. Assez vite les chaînes furent atteintes et. « Nous étions déjà bien fatigués. A Zermatt. » Cependant. Ici nous fîmes halte pour déjeuner. La masse du Cervin projetait alors son ombre sur le glacier du Gorner. une heure ne suffit pas à débarrasser le refuge de la neige fraîche et farineuse qui s'y était insinuée par les fentes de la porte et les ouvertures du toit. Nous nous assîmes enfin. Il détacha la première des chaînes et la fixa à l'extrémité de la seconde. et bientôt le soleil disparut à nos yeux. « A 9 h. » 1 2 V. sur l'Épaule suisse. En moins d'une heure. de sorte que. cette ombre de cobalt était magnifique à voir. Nous y rencontrâmes de sérieuses difficultés. Le peu de neige nous facilita tous les passages jusqu'à la Cravate et au Pic Tyndall. A. Antoine. nous fûmes accueillis avec enthousiasme par tous les guides et les habitants du village. qui nous empêcheraient d'arriver à la cabane suisse. jusqu'au pied de la Grande Tour. /. mais je crois que nous réussirons. serrés les uns contre les autres. Sa crête était couverte de neige et prenait plus haut l'aspect d'une lame de couteau. inconvénient très dangereux. corsées par cette neige farineuse attachée aux rochers. De cette façon. elles ns rendirent de précieux services (2). comprit le danger. Le jour précédent. Un sentiment de bien-être profond et d'énergie morale m'avait envahi. vol. j'étais de retour à Biella. Nous commençâmes immédiatement à descendre. s'offrait une réalité qui semblait inconcevable et nous admirions ce spectacle. La crainte nous tourmentait bien un peu de rencontrer sur ce versant-là des obstacles infranchissables. Ma satisfaction était immense de me trouver si haut. L'azur du ciel. et. quoique recouvertes de neige et de glaçons. Le temps. durcies et. dans l'angle le moins exposé aux courants d'air. «Une neige farineuse recouvrait tous les rochers. répondit Louis. alors que les étoiles scintillaient déjà dans l'immensité du ciel et que seule une lueur mourante. je demandai à Carrel si nous pourrions la suivre. A l'aide de cette rampe prolongée. les mains doublement gantées enfonçaient profondément et ne saisissaient plus les prises avec sûreté. p. nous reprîmes notre marche vers Zermatt. tout en nous racontant les histoires les plus variées. 30 du soir nous arrivions enfin à la vieille cabane. battant continuellement de la semelle pour empêcher nos pieds de geler. mince comme une lame de couteau. notre caravane touchait la cime du Cervin. tant elle était bloquée par la neige. XVI. Ascensione invernale del Cervino (Botlettino del C. XVII. ils montaient à notre rencontre pour nous féliciter et nous secourir au besoin. nous surmontâmes miraculeusement toutes les grandes difficultés. réfléchie par les neiges du Mont Rosé. la sérénité de l'heure. p. Comme nous devions y passer. je me sentis aussi fort physiquement et aussi satisfait moralement que dans ces instants. examiner de là plus facilement le versant sur lequel nous devions nous engager. où nous arrivâmes à 2 heures après midi. mes idées se mouvaient dans une ambiance délicieuse. A nos yeux. sans en discerner les détails. finalement. . Il fallut cheminer à la lanterne. Le jour suivant. devait réussir. à la pensée de pouvoir enfin subjuguer cette belle montagne . nous reprenions notre marche le long de l'Épaule. A mesure que nous descendions et que le soleil baissait vers le couchant. la vue était grandiose. avec des précipices béants de chaque côté. Jean-Antoine et Baptiste Carrel. en hiver (voir Ski. il nous restait encore quatre heures et demie de jour pour y parvenir. Dans cette neige froide. toujours sagace et prévoyant. « Arrivés au cairn qui couronne la cime. le matin fut bientôt venu.. « Faire bien les choses et manger. deux joies . plantant notre drapeau sur la cime. nous franchîmes heureusement la crête neigeuse..

de Chamonix à Lognan. plutôt que de s'occuper d'alpinisme. La nuit les surprit dans la combe d'Orny. et cela aussi fut une satisfaction. lui répondit : 1 The High Alps in Winter. tout en se demandant « ce qu'elle pourrait bien faire encore pour étonner Chamonix». Certes. mais d'une endurance étonnante. Burnaby déclare fort monotone. le brouillard nous eût bien indiqué sa position. Le titre de son livre était fort alléchant et bien fait pour éveiller la curiosité des grimpeurs anglais. elle arrivait. le récit de ces aventures fut une cruelle déception et le Révérend Coolidge. Ce livre est un récit d'aventures.) et découvraient le plateau du Trient. en six heures de marche seulement. « Il était juste 2 heures. au retour d'une longue campagne qui s'étend de décembre 1882 à mars 1883 et dont les péripéties constituent presque toute la matière. Londres. Mais. Ils vont donc coucher au Montenvers et réussissent (le 20 décembre) la traversée d'un col vierge : le col du Tacul (3 331 m. au moment où elles sont minimes. si mesquine fût-elle. contraire au principe du moindre effort dans l'accomplissement des plus grandes choses.). était l'atmosphère. la neige fut très favorable. dépassa même le Mur de la Côte. mais. Plus pénible encore. dans ces conditions hivernales. au lieu de le faire en été. Main. Quelques jours plus tard (le 15 janvier).) et franchissait le col du même nom. où l'on distinguait des prés verts. beaucoup plus claire qu'en été.. à 10 heures. où elle retrouve le soleil et le ciel bleu tant désirés. fut l'ascension de l’Aiguille du Midi (3 843 m. mais n'est-il pas curieux de constater que. après avoir passé la nuit à Lognan. dressant nettement leurs cimes sur le bleu délicat du ciel. Ce passage n'est évidemment pas d'une grande utilité pratique.Tel est le simple récit de ce qui. quiconque a pu constater combien l'aspect des montagnes et des vallées change au cours de l'hiver. que Mrs. bouleversée par les avalanches et qui leur réservait encore bien des surprises désagréables. Mrs. Il est écrit sans prétention aucune. écrit à Chamonix. celui-là sera d'accord avec moi pour déclarer que l'homme qui soulève de pareilles objections fera mieux de se promener en plaine. Burnaby ne raconte que ce qu'elle a vu. semblera à beaucoup une idée originale. Le même soir. peu raisonnable et. elle arrive au milieu de décembre 1882 à Chamonix. pour la plupart d'entre eux. par un beau clair de lune. Ce jour-là. et plus longue surtout. et aucune course ne put être tentée avant le 4 janvier 1883. Derrière ses deux guides. aux fins de gravir le Mont Blanc le lendemain. elle fut suffisamment récompensée par la vue grandiose.. Elle semble ignorer complètement les acteurs qui l'ont précédée sur une scène qui paraît toute nouvelle à ses yeux. vers la gauche. Tout ce que nous contemplions paraissait ouaté de blanc. Dès le plateau du glacier d'Argentière. Dans un style alerte et gai. Mais. la course ne semble pas avoir présenté de difficultés extraordinaires. si nous n'avions su où la chercher. restera un des plus grands exploits de l'alpinisme hivernal. effrayée à leur vue. nombreux furent les lecteurs. or Mountaineering in search of health. la caravane rentrait au Montenvers. c'était une entreprise remarquable pour une alpiniste à ses débuts. toujours farceur. puis Mrs. A midi.. si l'on songe qu'elle fut envoyée à la montagne par ses médecins et pour y recouvrer la santé. la caravane gravissait l’Aiguille des Grands Montets (3 300 m. elle dut rebrousser chemin par suite du brouillard et du vent qui annonçaient un brusque changement de temps.» On entendait le canon tonner à Chamonix. le Cervin sans rival dépassait de la tête les montagnes environnantes. sur le col. leur demanda d'où ils pouvaient bien venir ainsi et qui ils étaient. Cupelin.). la magnificence du spectacle qui se déroule à ses yeux. Burnaby ne semble pas avoir éprouvé beaucoup de fatigue et. la puissance des contrastes. dans toutes ces courses hivernales. Mrs. qui devint plus tard Mrs. mais. il y avait tant de neige que la cabane était invisible. arrivée au sommet. sauf la vallée de Sallanches. Mais. Son guide habituel. combien les grands froids purifient l'air et combien s'accroît la vivacité des teintes. et cela par une femme : Mrs. A part la corniche qui surplombait le couloir du versant de Léchaud (par lequel ils étaient montés). en tout cas. Il fallut plus de douze heures pour arriver au sommet. La Grivola élancée se haussait bien au-dessus. nos touristes jetaient des regards curieux à travers la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m.. Une femme. Sella termine sa relation par ces quelques lignes : « Le fait de gravir les hautes montagnes en hiver. Edouard Cupelin. l'attendait. Mais. aucun ne se soit décidé à entreprendre une œuvre plus complète sur un sujet encore si nouveau ? Ouvrons ce livre et voyons quels furent les exploits de cette courageuse Anglaise. Ils perdirent un temps infini dans la gerge qui en forme l'issue et ne se décordèrent qu'en arrivant au village de Som-la-Proz. 1883 . la critique était facile. termine sa critique en déclarant ce livre « le plus frivole et le plus insignifiant qui fut jamais présenté au public alpin ». le temps se gâta. Aussi. et il fut décidé de commencer la campagne dès le lendemain. au départ du Montenvers. par une alpiniste encore novice. le principal effort est pour celui qui marche en tête et doit faire la trace. Elle parvint sans trop de peine au Corridor. Comme il arrive souvent vers la fin de l'année. » En 1883 parut à Londres un ouvrage consacré presque entièrement aux Alpes hivernales. Très claire. au moment précis où l'alpinisme hivernal prenait son essor. tandis que. A Orny. la caravane monta aux Grands Mulets. aujourd'hui encore et toujours. parmi tant d'alpinistes déçus et capables d'un meilleur effort. arrivée à une heure seulement du sommet. sur le col du Chardonnet (3 325 m. Le 2 février. course sans grand intérêt et qui doit être bien fatigante en partant de la vallée. le vent faisait rage et précipita la descente. Les Alpes Graies surtout attiraient les regards. Aubrey Leblond et qui publia différents écrits bien connus dans la littérature alpine. alors rédacteur de l’Alpine Journal. Quittant les brouillards de Genève.). alors que les difficultés sont maximales. Burnaby (1). Quant à Genève.

car les brouillards traînaient sur les montagnes et. et l'on décida d'aller coucher le lendemain au Théodule. elle préféra gagner directement Zermatt et prit congé de Sella sur le Gorner. ils durent enfin céder leur place aux guides italiens. une mauvaise nouvelle attendait l'ambitieuse Anglaise : Vittorio Sella venait de passer. elle apprit par Cupelin lui-même que Sella venait de rentrer bredouille. la cabane Bétemps n'existait pas encore . Celle-ci accepta immédiatement. Burnaby prit les devants: Sella et ses guides (J. Mrs. mais. Quelques jours plus tard. » Les guides de Sella eurent eux-mêmes plusieurs orteils gelés. Bich) suivaient à une courte distance. où la neige était restée poudreuse et très profonde. champagne. à l'abri d'un immense sérac. en tout cas. ce fut une promenade exquise. le soir. dans la vallée d’Aoste. là grande avenue du Gorner s'ouvrit devant eux. What next? Question embarrassante. elle partit fort inquiète pour Valtournanche. bien nettoyé. soulevée en tourbillons par une bise glaciale. la descente fut moins terrible qu'on ne l'avait supposé. Connaissant l’expérience de Sella. écrit Sella dans sa relation. Le 6 février. Mais ses vœux semblaient devoir se réaliser. moins enneigé.— Nous sommes des brigands. à 11 heures du matin. plus le froid et la bise augmentaient. une fois au col. Ah ! combien elle souhaitait maintenant que le temps fût mauvais ! Durant toute la soirée. les deux alpinistes firent connaissance. mieux exposé aux rayons du soleil et. Mais. propriétaire de l'hôtel. Sur le versant suisse. Le Cervin tout d'abord. les fouettait en plein visage ! Le Gorner semblait interminable . Le temps fut merveilleux. et la montée continua jusqu'au col. sauf le cognac. Ceux-ci en eurent vite assez. la caravane dut rebrousser chemin et rentrer à Chamonix par la Tête Noire. Son ambition allait grandissant au cours des succès et elle ne doutait plus de rien. épuisés par une marche si pénible. — Je vois bien que vous n'êtes pas des brigands. on simula une visite au Grand Saint-Bernard. dressait sa masse gigantesque et noire dans ce paysage bleu-blanc. Là. Dans les bois de mélèzes. dans la petite salle de l'auberge. pour être au net sur ses intentions. si les gros gants de laine et le froid me permirent de donner une signification à la cordiale poignée de main par laquelle je pris congé de Mrs. Pour gagner le Gorner. La traversée ayant échoué de Suisse en France. Burnaby. Jusqu'ici les Cupelin avaient courageusement tenu la tête. ce fut une fuite précipitée jusqu'au Gorner. Sella se montra gentilhomme. mais. la partie la plus pénible de toute la course. « Poulet. Il était x heures. Ce ne fut du reste que partie remise. sinon elle eût servi de point de départ. elle préféra le détour par Genève et les rives du Léman et se mit en route vers la fin de février. mais. L'espoir renaissait. répondit la femme. rétorqua Cupelin. Elle arrêta son choix sur le Cervin et le Mont Rosé. elle renonça d'emblée à l'idée de tenter le Cervin. Durant la soirée. fixé à une heure du matin (3 mars). aussi fut-ce un soupir de soulagement lorsque. Sur la longue avenue du glacier d'Argentière. Celle de Mrs. Miss Walker et l'un des Cupelin devaient rester au refuge et attendre le retour des alpinistes qui partirent en deux caravanes. Mais une semaine de mauvais temps lui permit de réfléchir et de forger de nouveaux plans. A quelque distance du Sattel (à 4 200 m. elle se retrouvait à Lognan. C'est pourquoi. il fallut descendre à la lueur des lanternes par le glacier inférieur du Théodule et là. mais vous avez fait une jolie promenade ! — Ah ! ces gens. plusieurs reprises. ce fut une marche pénible dans une neige poudreuse et profonde. J. environ). on s'arrêta pour déjeuner chez Maquignaz. mais. ils ne savent rien! La caravane comptait rentrer à Chamonix par le col d’Argentière (3516 m. Au Théodule. A cette époque. de méchants séracs entourés de gouffres béants exigèrent d'ennuyeuses contremarches. arrivé au pied des pentes du Mont Rosé. la vue merveilleuse fut une agréable compensation. Vers 9 heures du soir. au lieu de revenir au Breuil par le Théodule. Enfin. tout. le temps semblait se gâter et. soupe. à Valtournanche. sans avoir exécuté la fin de son programme. long voyage qui consuma plusieurs journées de beau temps. et le thermomètre marquait — 23° centigrades.. la caravane arrive à Châtillon. après lui avoir adjoint l'un des Cupelin qui devait ramener Miss Walker le lendemain. Tournant le dos à la montagne et au vent.. la bise dégénéra en véritable ouragan et décida la troupe à battre en retraite. on put s'élever plus rapidement. par conséquent. Burnaby en conclut que le mois de mars est le plus froid de tout l'hiver et. je tiens à lui . Plus on montait. prétend l'auteur. mais que de peines encore leur réservait la neige poudreuse. elle se décida à tenter l'escalade par le versant italien. ce fut encore le parcours du val Ferret. on put s'arrêter un instant et se restaurer. sous un ciel de nouveau limpide. Malheureusement. Tandis que ses guides passaient une fois de plus la Tête Noire. était aussi dur que la pierre. où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et qui. en compagnie de son amie Miss Alice Walker . en route pour le Mont Rosé. une légère brise tempérait l'ardeur du soleil. le lendemain. il fallut quelque temps pour aménager l'intérieur de la vieille cabane encombrée de neige et de glace. « Je ne sais. La nuit fut bientôt venue et s'écoula rapidement jusqu'au moment du départ. Au Breuil.). ayant traversé le Grand Saint -Bernard. Comment ne peut-il pas été en face d'une si jolie femme ? Il dévoila franchement tous ses plans et offrit à l'Anglaise de les partager. L'auteur avoue ne pas en avoir admiré de plus stupéfiante. nous venons de Chamonix à travers l'Aiguille Verte et le col du Chardonnet. Maquignaz et J. Mais il fallait gagner Châtillon et le Valtournanche. Là. elle supputa les maigres chances qui lui restaient d'arriver première au but et. B. profonde. craignant de s'exposer à de nouvelles rigueurs. la caravane arrivait enfin à Orsières et rentrait le lendemain à Chamonix par la Tête Noire. arrivée à la cantine de Proz. et le Cervin. on allait la tenter en sens inverse.

J. Ses théories sont encore bien compliquées. sur les rochers inférieurs du Plattje. Le vent contribue. et l'on dressa la tente à l'abri d'un gros bloc. 30 au Sattel (4 354 m. Pour une raison qu'il n'indique pas. Il manquait au soleil cette ardeur qui. principal obstacle à la réalisation de ses plans. le temps s'était montré tout différent.. exposés normalement à ces rayons. « Pendant l'hiver de 1881-82. presque invariable. dit-il. évidemment. mais il s'accorde avec Mrs. Mon guide m'assura néanmoins que. et Daniel Maquignaz. dont le fondement reste discutable. « En montant à travers les forêts. I. les conditions de neige furent rarement favorables. Sella eut souvent l'occasion d'étudier les mystères de la neige hivernale. à la tombée de la nuit. 1 Bollettino Del C. à 5 h. une succession de beaux jours fut une rareté durant l'hiver 1882-83. l'Anglaise et ses guides franchissaient le Gornergrat (au Moritzloch) et trouvaient près du Riffel. 2 . la caravane se rendit à Valtournanche en dix-huit heures de marche. Durant cette période.. où la neige exécrable l'obligea. un piolet devient absolument nécessaire. dès que l'on quitte la route pour s'aventurer sur les pentes voisines. durant les excursions qu'il entreprit en janvier et février avec Mr.. L'action alternative de la fonte et du gel peut former en hiver une légère croûte superficielle.). sur le versant opposé (nord du Théodule). Cunningham. alors que l'effort continu. Il fallut se résigner à bivouaquer de plus. la puissance des rayons solaires à travers une atmosphère aussi sèche qu'elle peut l'être en hiver reste considérable sur tous les versants sud.. sa caravane partait à la lanterne et parvenait à 11 h. la seule trace conduisant à Zermatt. La campagne était terminée. j'ai rarement trouvé une neige molle dans les lieux exposés au vent . j'ai toujours rencontré une neige farineuse. et l'hiver s'écoula sans permettre une nouvelle tentative. Le 10 janvier. la neige était aussi dure qu'elle peut l'être. Burnaby se mit immédiatement à retracer ses souvenirs.exprimer ici toute mon admiration pour son courage (1). il comprit la nécessité de la scinder en deux étapes et de bivouaquer à l'endroit où se dresse aujourd'hui la cabane Bétemps. l'année suivante. « Durant toutes mes courses hivernales. mais une neige vraiment favorable sur des pentes nord est une rareté. après dix-sept heures de marche presque ininterrompue. 51 II est certain maintenant que. on suivit à la lanterne la trace encore visible sur le Gorner. il n'y eut qu'un seul jour nuageux. A. Or. à battre en retraite. Quittant le Breuil le 25 janvier. A 8 heures du soir. est poussé jusqu'aux dernières limites. le vent cessa brusquement et il se mit à neiger. le vent s'était levé et soufflait avec rage. mais. plusieurs ponts de neige s'effondrèrent sous notre poids. Sella abandonna alors l'idée de franchir le Théodule et descendit à Zermatt. A la fin du volume. Le lendemain vers 4 heures. durant le plein hiver et dans les régions élevées. » Quinze jours plus tard. La stabilité du temps ne dura jamais plus de cinq jours. Au cours de ces formidables randonnées dans la neige poudreuse. la marche est plus fatigante encore. Sella revenait à la charge. » (2). avec une admirable persévérance. très faible durant les mois d'hiver. ils ne rencontrèrent jamais ce qui. en été. cette fois-ci. La nuit venue. 30. la caravane arrivait au village. Ce bivouac devait manquer de tout confort. Le lendemain à 9 heures. Mais. mais heureusement l'air resta parfaitement calme. en été. La distance entre le Théodule et le Mont Rosé étant si grande. nous trouvons quelques remarques toutes nouvelles sur la consistance de la neige en hiver. et Mrs. Là. et sous un ciel couvert. mais. Sa stabilité dura près de trois mois et l'enneigement fut minime.20. par contre. écrit-elle. nous rencontrions généralement une neige très molle. mais la bise qui soufflait dans les hautes régions par ces jours de ciel bleu était un obstacle plus considérable encore que le brouillard. dans un mélange de notes diverses. la neige fut poudreuse. elle devenait favorable sur les pentes méridionales. le troisième. dans les vallons et dans les endroits abrités. elle rentrait à Chamonix. puis durcit par le vent. il parvint jusqu'au Plattje. sauf une dizaine entre le 19 février et le 5 mars. » Tandis que les Italiens remontaient au Théodule. La nuit se passa à grelotter et à battre la semelle. serait considéré comme une «bonne» neige. dans ce cas. par suite de l'intensité solaire. même un mois après sa chute. La conquête hivernale du Mont Rosé restait donc inachevée. partant comme précédemment du Théodule avec J. p. Burnaby pour attacher une importance beaucoup plus grande à l'action du vent qu'à celle du soleil sur les neiges. 1883. « Durant notre séjour sur les hauteurs. En arrivant sur la moraine. réussit à fondre partiellement la neige fraîche et qui peut la durcir dans l'espace de quarante-huit heures.. Mais. où elle fut rejointe le lendemain par Miss Walker Deux jours plus tard. et. la caravane retrouvait sa tente et profitait de son abri pour se restaurer et prendre un léger repos. 30 la caravane touchait au but. Sur les sommets du Cervin. Dix minutes au-dessus du Breuil. une fois de plus. au confluent des glaciers du Petit Cervin et du Théodule inférieur. à la durcir. et l'on préféra se rapprocher du Théodule. Par contre. Mais le temps empirait rapidement. Jusqu'à 3 800 mètres environ. de la Dent Blanche et du Weisshorn flottait un panache de brume dont la forme changeait constamment et n'annonçait rien de bon. il arrive vers 6 heures du soir à cet îlot rocheux et il y plante sa tente par -15° de froid. il fut récompensé. Après plusieurs journées de beau temps. Aussi le retour fut-il accéléré et.. la tempête dura deux jours entiers et. bien que la température ne fût que de . mais celleci cédera presque toujours sous les pieds et. sur les pentes nord. le soleil n'a presque aucune influence sur les étendues neigeuses et que le vent est le principal facteur de transformation (durcissement). elle restait partout exécrable. Sella revint à la charge. L'arête terminale se présenta en bonnes conditions et à 1 h.

Emil Boss et le guide Ulrich Aimer. 118 5 Neujahr auf dem Finsteraarhorn. semble être resté solitaire sur la scène magnifique et déserte des hautes Alpes ( 1). Là-haut. 269. C'est par erreur que cette ascension est mentionnée comme erste Winterbesteigung.A. que de traverser ce col dont le passage fut très pénible au retour. L'instinct de Guglielmina les sauva néanmoins. Laissant la cabane Gnifetti à leur droite. On continua donc à descendre malgré la tourmente et. le 17 mars 1885. grimpaient le lendemain (8 mars) à l'Agassizjoch et suivaient l'arête jusqu'au sommet.). et l'on n'en trouve qu'une courte mention (4). roi de l'Oberland. Ce n'est que le lendemain. ouvert par son propriétaire. I. Ascensione Invernale al Lyskamm (Bollettino del C A. ou bien se basait-elle sur des principes erronés. entre 1874 et 1885. SELLA. en se tournant au midi. voie inaugurée l'été précédent par le guide J. P. La caravane se mit en route. passées à admirer le jeu des nuages et les teintes extraordinaires des montagnes. Chamonix et Grindelwald. Celle-ci les conduisit sans trop de peine au sommet qui fut atteint à 1 h. La première sera vaincue avec un peu d'énergie. Il ecrit : « Vers le nord. tous les principaux sommets des Alpes étaient tombés. et malgré les expériences précédentes. 2 V. elle fut bien étonnée de rencontrer une masse de neige fraîche. après avoir couché à la Schwarzegg. Celle-ci ne tarda pas à se déchaîner et leur fit perdre la trace sur le glacier de Lys. enfin. p. Maquignaz les rejoignit à Alagna. le Mont Viso. les deux principaux centres d'où s'était déclenché l'assaut vers les cimes.» (2). s'était terminée à Grindelwald par des pluies torrentielles. n'avait pas encore été touché par la nouvelle cohorte. après vingttrois heures de marche presque ininterrompue. à l'horizon. Ce fut en réalité la seconde. le ciel s'éclaircit et la température s'abaissa légèrement. qu'ils arrivaient à Fiesch. où la marche devint atrocement pénible. Guglielmini (première hivernale) (voir Rivista Mensile del C.I. Dans la nuit du 1er au 2 janvier. 30. en l'espace d'une décade. la nature présentait l'image glacée d'un paysage polaire. Les grands hôtels seront fermés et vous trouverez peu de confort. superbe et resplendissant sous le baiser du soleil. Sella fit la première ascension hivernale du Grand Paradis (4061 m. 1885. le 14 février. la connaissance de la montagne hivernale était fort rudimentaire. par A. La Pyramide Vincent (4 212 m. tous deux de Grindelwald. paraissent délaissés durant toute cette saison par les alpinistes de marque. Voici quelques lignes traduites des Hochgebirgswanderungen et qui donnent bien l'impression de ce que devaient être ces formidables randonnées dans la neige poudreuse : 1 Le 2 mars 1885. mais de l'hospitalité et de la gentillesse là où vous ne comptiez pas en rencontrer. L'artiste qu'est Sella ne semble pas avoir regretté ces heures inoubliables. les deux Bernois eurent la malheureuse idée de descendre dans la vallée du Rhône en suivant le glacier de Fiesch. cet hiver-là. II. et. dit-il. sous les assauts de l'alpinisme hivernal. la principale conquête à mentionner est celle du Lyskamm (4 538 m. écrit Sella. Mais le temps était des plus incertains. où ils rencontrèrent une neige excessivement profonde et de terribles difficultés. Les détails de cette expédition sont sommaires.« Pour terminer. franchissent le Colle Délla Fronte (3) et suivent la Cresta Perazzi. Maquignaz. p. On ne comprend pas que Sella n'ait pas choisi cette arête rocheuse pour monter au sommet. A cette époque encore. J. doucement illuminés de teintes chaudes et reliés aux Alpes Maritimes par un long natrum de brumes dorées. ils montèrent coucher au refuge du col d'Olen. Au commencement de mars 1887. barré de longs nuages rouge orange. qui semblait former une chaîne ininterrompue. Ainsi. mais. p. bloquant l'horizon.) et deux fois ils durent redescendre au col d'Olen. L'ascension fut favorisée par d'excellentes conditions. L'année 1895. Fischer en conclut que les neiges devaient fondre jusque dans les régions élevées. et ils parvinrent de nuit à la cabane Vincent. ils arrivaient au col d'Olen. Le 22 mars. cimes oppressées et suffoquées par la tourmente. Et vous rentrerez chez vous avec des satisfactions intimes et des idées nouvelles sur la population de nos villages alpestres.. arrivé sur la Mer de glace supérieure. le guide Pietro Guglielmina. L'ascension du Finsteraarhorn devait être répétée neuf ans plus tard par Andréas Fischer qui nous en a laissé un vivant récit dans ses Hochgebirgswanderungen (5). Mais il ne tarda pas à tomber lui aussi. et la seconde en s'habillant bien chaudement. et dans STUDER. Vittorio Sella passa tout son temps à photographier le panorama. et il n'attendait qu'un beau gel pour partir à l'attaque. des panaches de brouillard flottaient au vent.. 92). . Deux fois un ciel menaçant les arrêta à la cabane Gnifetti (3 647 m. » Durant l'hiver de 1884-85. ils remontent le glacier de Lys. 65. chassées par un fœhn violent. après une longue et pénible randonnée. les uns après les autres. p. Mais. Corradino et Alphonse. Ceci ressort d'une façon évidente du récit de Fischer. précurseurs de la tourmente. Mosso et A Sella avec G.. XIII. 4 Dans l’Alpine Journal. le Finsteraarhorn (4275 m. au lieu de rentrer par le même chemin. les Apennins de Piacenza. J. vers minuit. à 4 heures du matin. J. Il est vrai que les grandes conquêtes étaient réalisées et que l'attrait des nouveautés allait diminuant. les yeux découvraient une scène aussi tranquille et sereine que l'aspect du Mont Rosé était horrible et bouleversé: le ciel.).1885. Vous aurez alors la joie sublime d'admirer un coucher ou un lever de soleil cent fois plus beau qu'en été.). Sur les plus hautes cimes.) du Mont Rosé fut également visitée cet hiver-là. à l'accompagner au Lyskamm.53) 3 Le Colle della Fronte est une selle neigeuse qui s'ouvre au pied dé l'arête sud du Lyskamm. même chez les montagnards . mais. Seul. je dirai aux alpinistes : allez voir les Alpes en hiver ! Les ascensions peuvent présenter deux seules difficultés : la neige molle et le froid. L'enthousiasme de Sella décida deux de ses frères. par le même Sella qui. l'attaque fut décisive. puis des cimes qui allaient en s'obscur-cissant jusqu'au Grand Paradis et à la Grivola. plus loin encore. toute encombrée de neige et inutilisable.

Mais les heures s'écoulaient et le travail restait le même. réussies pour la plupart par des alpinistes anglais. JACKSON. le temps était superbe et semblait devoir se maintenir. Les conditions étaient excellentes alors. la caravane dut battre en retraite devant un terrible ouragan qui harcela son retour à Courmayeur. où ils n'arrivèrent qu'à 10 h 30 du soir. 1888. Guglielmina (Rivista Mensile del C. où seules les courtes haltes procuraient quelque jouissance. A Winter Quartette (Alpine Journal. resté en arrière. On fêta le jour de l'an à la cabane. en 1899. Jackson et son mari avaient tenté plusieurs fois sans succès la traversée de la Jungfrau en été. A 1h20 seulement. dont les une s‘emplètent déjà sur la seconde phase du nouvel alpinisme : en 1891. sinon évitées ». Eiger (3 974 m. 7 janvier 1890).«Un sac pesant est une absurdité lorsqu'on enfonce dans la neige jusqu'à la poitrine. il nous fallait éviter le glacier en passant bien au-dessus. C'est avec une touchante modestie qu'après un court intervalle chacun de nous renonçait à prendre place en tête de la caravane . en 1896.). A. ils descendaient à Chamonix et rentraient en Italie par le Mont Cenis ( 3). Main). et l'on y vit plusieurs alpinistes de marque. Le 31 décembre. nous atteignîmes les hauteurs du Finsteraarjoch. les conquêtes furent plus rares et les conquérants moins nombreux aussi (2). il y monta par le versant italien.) et traversait la Jungfrau en descendant par le Guggi (1). Corradino. nous citerons encore quelques dates importantes. 52). Emi Boss et des guides Ulrich Aimer et Johann Kaufmann.. Mrs. Le soleil était voilé de vilains nuages. Une tentative avait déjà eu lieu en février 1887. par la neige et le vent. à travers une neige poudreuse. mais l'air restait calme et le froid de -17°. Voici quelques détails sur cette formidable traversée. Nous espérions toujours encore trouver de meilleures conditions sur le col et. Par contre. ils parvenaient au sommet. lentement. Quelques jours plus tard. Lorsque enfin nous reprîmes le glacier. là aussi. Vittorio Sella voulut. en neuf heures. ne trouve rien de mieux à faire que d'enfoncer à son tour. 3 Bollettino del C. mais. et l'on finira par se lasser de cette lutte inégale contre des éléments par trop rebelles. en compagnie de ses trois frères et des guides Maquignaz. 2 Citons la première hivernale de la Punta Gnifetti (4 559 m. la troupe s'ébranla en deux caravanes. celles de la Disgrazia (3 680 m.) et du Piz Zupo (4 002 m. les conquêtes se poursuivront. que l'autre. par un temps calme et un froid de -10° seulement. 107 sq. Le thermomètre descendit jusqu'à .25°. nous en avions parfaitement assez l'un et l'autre. Un des derniers exploits de Sella fut la traversée du Mont Rosé.). les ascensions hivernales se succèdent et se répètent.. » Depuis 1887. « avec la neige hivernale et en partant du Bergli plutôt que du Guggi. p. on ne compte pas moins de trois ascensions hivernales au Schreckhorn. en montant au Finsteraarjoch : « Sur la rive plane du glacier. ils engagèrent encore Emile Rey et cinq porteurs.. la conquête des Grandes Jorasses (4 205 m. Burnaby (devenue Mrs. enfin. concurrente de Mrs. A la descente. Plus loin. Le lendemain. 1887. Jackson au Lauteraarhorn (4043 m. n° 55. mais alors le caractère de la montée changea brusquement. la caravane fut surprise par la nuit dans les séracs du Guggi et obligée à bivouaquer dans une grotte de glace.) au Mont Rose le 18 janvier 1886. mais sûrement et plus profondément encore.. P. p. p. Ces guides revinrent le 3. A minuit. dans le brouillard et la nuit. XIV. 1886. Mais les conditions de la montagne étaient beaucoup moins favorables qu'en février. Mrs. infatigables. Le 5 janvier.) fut un des derniers à se rendre (Meade et Woodroffe. D. gravissait la première en hiver le Gross Fiescherhorn (4049 m. à la fin de décembre. Entre de sinistres crevasses à demi couvertes. Janvier 1888 fut une véritable saison pour Grindelwald. Burnaby. par la Cresta Rey. qui semblent manifester une préférence pour l'Oberland bernois. malgré d'excellentes conditions. E. pour ceux du moins qui allaient à pied et ne connurent point les agréments du ski. C'est ainsi qu'après une lutte de presque six heures. nous avions progressé vite et bien durant une petite heure . I.). treize à quatorze heures furent nécessaires pour gagner la cabane Quintino Sella (3 370 m. accompagné des trois Maquignaz. le quatuor des Sella (Vittorio. gravir le Mont Blanc et. nous continuions à brasser la neige. La neige recouvrait tous les rochers et rendit la marche très lente. le temps fut superbe. Dans les autres régions des Alpes. rien ne s'améliorait. aux Aiguilles Grises. de la cabane Gnifetti. le 19 février 1889. 1-8 . Le 4 janvier (1888). Plus tard.. nous dûmes tracer péniblement notre chemin à travers de lourdes masses de neige. L'année suivante. Le lendemain.) par Gussfeld . ils se dirigèrent ensuite vers les Grands Mulets. sur les pentes rapides de la Strahlegg. par Corradino et Gaudenzio Sella avec J. tandis que quatre porteurs redescendaient à Courmayeur. Suivant l'arête des Bosses. et l'idée lui vint que. Le bilan des joies et des peines ne pouvait plus satisfaire aux exigences de la nouvelle génération . celle de la Grivola (3 1 Pour toutes ces courses.. Mais les jours sont bien courts en janvier et.). Pour continuer notre marche vers le Finsteraarjoch. il neigeait et trois guides se rendirent à leur tour dans la vallée pour y quérir des provisions supplémentaires. Les années 1880 resteront l'âge d'or de l'alpinisme hivernal. Nous touchons ici au terme de notre historique. 200 sq. A. première ascension hivernale. Gaudenzio et Erminio) revenait à l'assaut. à son tour. mais leur importance ira toujours decrescendo. entrecoupées ça et là de nouvelles conquêtes. I. Pour terminer. Maquignaz et P. I. A Courmayeur. les difficultés rencontrées en été seraient diminuées. la caravane dut bivouaquer au Riffel. deux caravanes s'illustraient à une courte distance l'une de l'autre : de Carteret au Schreckhorn et Mrs. de Grindelwald (voir Mrs. A peine a-t-on péniblement retiré des profondeurs l'un de ses pieds p'our l'avancer. en bon Italien. arrivée à 4400 mètres environ. après avoir occupé près de quatre heures à traverser le glacier du Gorner (Bollettino del C. En janvier 1888. cette courageuse Anglaise. malgré l'énorme quantité de neige fraîche. Ce fut une marche pénible et fatigante de rocher en rocher. La même année.) par Mrs. Jackson était accompagnée de M. A.

) dut attendre son visiteur hivernal jusqu'en janvier 1904 et les deux derniers (GrossGrunhorn et Hinter-Fiescherhorn) ne devaient être atteints que plus tard encore. Depuis 1908. par des alpinistes devenus skieurs.) par des Suisses. sous les assauts de la nouvelle cohorte. en janvier 1888. en janvier 1893.) par un Italien. six furent conquis avant le printemps de 1888. Ainsi. sept seulement furent gravis par les précurseurs. également par un Anglais. une seconde ascension du Lyskamm en 1889 (par des Italiens). il ne reste dans l'Oberland bernois plus aucun sommet important qui n'ait été visité en hiver. Sidney Spencer.). Après les exploits de Sella.) ne fut conquis que beaucoup plus tard. par contre. Le Weisshorn (4512 m.969 m. les conquêtes deviennent plus rares. Les vingt autres ne devaient tomber que plus tard. soit dans la première. et celle du Dôme des Mirabel (4554 m. Il faut mentionner cependant l'ascension du Breithorn de Zermatt (4 171 m. une seconde escalade du Cervin en 1894 par un Alsacien (Dr Charles Simon) . plus rares aussi les explorateurs. Dans les Alpes Pennines. . celle du Rimpfishorn (4 203 m. L’Aletschhorn (4 182 m. par des skieurs naturellement. Sur les neuf sommets dépassant 4 000 mètres dans l'Oberland bernois.). en janvier 1894. soit dans la seconde période du nouvel alpinisme. par Hermann Woolley. sur vingt-sept sommets pennins dépassant 4 000 mètres. l'exploration hivernale fut beaucoup plus lente et ne s'achèvera définitivement qu'en 1921. celle des skieurs. en janvier 1902 seulement. par un Anglais qui ne pratiquait pas encore le ski.

1893 restera une date importante dans les annales du ski. puisque Procopeet Jodanis en parlent 550 ans après Jésus-Christ. un touriste improvisé : Sir A. un jeune écolier de Davos recevait en étrennes une paire de skis norvégiens. A cette même époque. Ski-Verein (Vienne).) (5) et. 4 CHRIST. de Zurich. Le Dr Naef. précisément par ceux qui venaient de franchir si heureusement le Pragel et qui gravirent encore le même hiver les sommets du Schild (2 302 m. Il est certain cependant qu'en 1883. comme à s'arrêter brusquement dans leur course ( 1). 1890 . ceci pour échapper aux moqueries de leurs concitoyens. p. qu'à partir du VIII siècle. Trois d'entre eux (dont un Norvégien) étaient chaussés de skis. dit-il. dont la souplesse et l'habileté réussirent finalement à maîtriser ces engins rebelles. réussirent à franchir le Co1 du Pragel (1 554 m. durant l'ascension déjà. Pour d'autres raisons encore. « Extérieurement. fit venir une paire de skis norvégiens et qu'il les essaya sur les pentes du voisinage. ils se mettaient en route pour le Pragel. Les légendes sur l'impraticabilité des cols alpins. une paire de skis ne présente en soi rien de bien malicieux. — D. tous les habitants des pays nordiques connaissaient ce moyen de communication. Munich. à titre comparatif. Personne ne se douterait. nr 35 et 36). 1879 . 6 Relation reproduits dans le British Ski Year Book. 2 . grâce à son entraînement. on n'avait pas la moindre notion sur la technique du ski . le Dr Herwig. 1689. 1891 .). Le quatrième seul portait des raquettes. 1899. Les historiens ne sont pas 'accord sur ce point. Le menuisier de l'endroit copia le ski norvégien et put ainsi en livrer plusieurs paires aux jeunes gens du village. fut une révélation pour tous les continentaux et donna une puissante impulsion au dévelloppement du ski. pour voir s'ils te regardent. Mais. à travers laquelle ils devaient conduire. Aussi fut-il bien obligé de reconnaître la valeur incontestable des skis en montagne : « Leur utilité dans les régions favorables était clairement démontrée. l'hiver suivant. les frères Branger de Davos franchissaient la Mayenfelder Furka (2 445 m. qui nous en a laissé une amusante relation dans le Strand Magazine (6). Mais à la descente. Ce n'est qu'en janvier 1893 que Christophe Iselin de Claris et trois de ses amis. en effet. après s'être longtemps adonnés à l'exercice du nouveau sport. 1892 . 1895 : Grenoble. ce même hiver. tu replonges de 1 Die Ekre der Hertogtums. à première vue. cette neige fut particulièrement favorable aux skis : une couche pulvérulente sur un fond de vieille neige durcie. 245-49. au même moment. NAEF. 1893. et le lendemain (29 janvier 1893). écrit l'auteur de Sherlock Holmes. Mais. Oesterr. Il transforma la fixation de jonc norvégienne en une sorte de planchette. Il est probable. il en conclut trop vite que «le skis ne valaient rien pour nos montagnes. à demi relevé. suivit ses compagnons sans trop de peine. comme il ne savait pas s'en "servir. Des mètres de neige recouvraient toute la montagne et. Iselin et ses compagnons s'étaient donné rendez-vous samedi soir. et leur supériorité sur tous les autres moyens de communication suffisamment attestée. traversée considérée à juste titre comme l'origine des courses de montagne en ski (2). Laibach. et la course devait décider si le triomphe serait aux raquettes ou aux skis. fut fondé le premier Ski-Club suisse. des facultés qui couvent en eux.) (4).) et du Mageren (2 528 m. le perpétuel danger des avalanches et le froid intense étaient enfin battues en brèche — du moins dans les cantons de Claris et de Schwytz » (3). et il s'en débarrassa. à cette époque. Schwarzwald. Cette année-là. Conan Doyle. se trouvant alors à Arosa (Grisons). Ce garçon n'était autre que Wilhelm Paulcke. Il est particulièrement intéressant pour nous de savoir à quelle époque les premiers skis furent introduits dans les Alpes. qui étaient déjà habiles skieurs. Les préjugés et les idées endurcies venaient de subir une sérieuse défaite. et qu'ils étaient devenus fort habiles à glisser sur les pentes de leurs montagnes. aussi les progrès furent-ils très lents et ces premières expériences n'eurent-elles qu'un avantage : celui d'égayer les nombreux spectateurs. tu plonges comme un fou de la tête dans un tas de neige et tu trépignes furieusement des deux pieds jusqu'à ce que. qui chaussait les raquettes. 5 Voici. qui s'adaptait à la semelle du soulier et tournait autour d'une charnière. 3 Ski. l'inhospitalité des hautes régions en hiver. Todtnau. Reminiszenzen (Winterthurer Tagblatt. 1893. vol. Mais le ski fut connu à une époque bien antérieure. disparurent bientôt à sa vue dans un tourbillon de neige poudreuse et parvinrent à Muottathal plus d'une heure avant lui. Rappelons qu'entre temps Nansen avait traversé le Grônland en ski et que son livre. Der Prageipass als Skitour . qui devint plus tard le plus grand pionnier du ski en montagne.CHAPITRE II LE TRIOMPHE DU SKI (La deuxième conquête des Alpes. parvenait en ski au sommet du Rothhorn d’Arosa (2 985m. ses collègues. ISELIN . 1. Aussi peut-on s'étonner que les montagnards de nos Alpes ne l'aient pas adopté plus tôt. 11. 62). En mars de la même année (1893). à Claris également. un médecin allemand. à la tombée de la nuit et à une distance respectable de Claris. traduit en 1891. les dates de fondation d'autres Ski-Clubs: Christiania.). Un chalet du Klonthal les abrita durant la nuit. le Dr Staubli. Tu les chausses donc et tu te tournes en souriant vers tes amis. mais.) Jean-Weichard Valvasor raconte que les paysans de la Carmole employaient des skis au XVII siècle déjà pour faciliter leur marche sur les neiges. sur l'autre versant de la montagne. Praktische Ergebnisse des Schneeschuhlaufens in den Glarnerbergen im Winter 1892-93 (Alpina.

nous ne pûmes réprimer une forte aversion contre l'incertitude des évolutions en ski et contre l'emprisonnement du pied dans la fixation. Partie du bivouac au clair de lune (à 2 heures du matin). elles ne durent pas susciter un grand enthousiasme parmi les alpinistes. sans doute parce qu'ils ne s'écartèrent point des routes traversant Saint-Gothard. on déposa les skis en sûreté et l'on chaussa par-dessus les lampars norvégiens des sandales ferrées (une invention de Paulcke). tu te trouves sur une surface qui te semble être aussi plane qu'un billard. Quand cependant notre habileté et notre enthousiasme prirent peu à peu le dessus. Comme tel. Le retour fut naturellement beaucoup plus rapide que . un autre. Mais leurs succès ne joue pas un rôle bien important dans la conversion du montagnard. dont Victor de Beauclair.) en 1896 . tandis que leurs compagnons.). Grimsel et Brunig. Voici ce qu'écrit M. les Clarides ou le Titlis. Tes amis jouissent ainsi d'un spectacle dont ils ne t'auraient jamais cru capable. les choses deviennent bien pires encore. de fait. durant plusieurs années. tout marche à souhait . trop fatigués pour les suivre. on s'attend naturellement à certaines difficultés. L'auteur conclut en affirmant que les skis sont destinés à jouer un rôle prépondérant dans les courses d'hiver en montagne. D'autres sommets supérieurs à 3 000 mètres se fussent prêtés mieux encore à de telles expériences : par exemple le Blindenhorn. 2 . un précurseur téméraire et heureux. la minute d'après. ils poursuivirent tranquillement leurs courses hivernales à pied ou en raquettes. d'une pureté admirable. A cette époque encore. Ces premières randonnées furent donc modestes. la traversée de l'Oberland bernois en 1897 et le Mont Rosé (jusqu'à 4 200 m. elle atteignait le plateau supérieur du glacier de Brunni..). Au pied des rochers qui forment le sommet. dont les difficultés. Paul Montandon. Furka. ce fut l'ascension du Hochsgloch (2 278 m. par le même temps et la même neige. A 10 heures. qui sont faciles en été et dangereuses en hiver. « Pour un homme qui souffrirait d'une dignité exagérée. Il triompha successivement dans trois expéditions. tu ne pourras rien en faire. A cette époque.. étaient restés couchés près des skis. Pour convaincre définitivement la nouvelle génération des avantages du ski. et ceux qui les entreprirent semblaient encore entravés par des idées fausses ou préconçues. Cette course eut lieu le 5 janvier 1896. Voyons tout d'abord quelle fut la conquête de l’Oberalpstock (2).la montée et procura une superbe glissade jusqu'au Brunniboden.. il n'était naturellement pas question d'engager des guides ou même des porteurs. augmentant chaque année. A 7 h. on s'imaginait être moins exposé aux avalanches en suivant des routes connues. tu tombes en arrière et regardes fixement le ciel. la caravane chaussait ses skis trois heures plus tard et poursuivait sa course vers le sud. L'alpiniste remplissait donc simultanément toutes leurs fonctions. Longtemps encore. mais tes skis collent sans bouger et tu tombes le visage en avant. Toutes ces entreprises nous semblent bien mesquines aujourd'hui. on le comprend facilement. 1 British Ski Year Book. à une altitude de 2 600 mètres environ. Paulcke et de Beauclair parvenaient au sommet de l'Oberalpstock.. Mais.. lorsque tu as réalisé quelques progrès. 20. qui devinrent plus tard les buts préférés des skieurs. Les skis sont les engins les plus capricieux du monde. Paulcke était accompagné par trois amis. les voici qui filent comme des flèches.. il manquait une action d'éclat. Rappelons cependant qu'en 1894 (le 15 mars). qui se rendit en cinq heures et demie de Pontresina à Silvaplana. un des skieurs de la première heure : « Les vieux alpinistes suisses doutaient encore de la possibilité d'utiliser le ski dans les hautes Alpes et. un cours sur skis norvégiens aurait une excellente influence morale. 1923. Son altitude est évidemment une des raisons qui poussèrent Paulcke vers ce but.) fut traversée par un skieur solitaire. réalisent un audacieux crescendo : l'Oberalpstock (3 330 m. bien qu'elles fussent le plus souvent complètement invisibles sous la neige. l'année suivante (le 9 mars 1895).nouveau dans le même tas de neige. Ou bien. qui conduit au pied de la montagne. aucun indigène ne pratiquant encore le ski. p. Un certain jour. Durant la semaine de Pâques 1893. nous changeâmes de tactique et nous commençâmes à pratiquer le ski. s'étendait du Tyrol au Mont Blanc. même dans les hautes Alpes» (1). aussi les skis ne furent-ils chaussés qu'au Brunniboden (2 047 m. 45). est connu pour être très dangereux en hiver. Une heure plus tard (à 2 h. tu t'apprêtes à une glissade rapide. sans espoir d'être sauvé. la Futura Surlej ? ? (2 756 m. et dans les entreprises de ce genre. et ce fut pour tous les continentaux la solution d'une énigme obsédante. qui devint plus tard un des principaux champions du ski. 84. et que. « C'est à peu près ce qu'il arrive au débutant.. Jusqu'au Brunniboden. Le ski nous semblait être incompatible avec les principes dictés par la prudence. La plupart étaient rédigés en langue allemande. Paulcke devait l'être durant la seconde.. Ce que ces premières expériences ont dû coûter d'énergie et d'endurance à ceux qui les entreprirent. et l'on est rarement déçu. premier succès important dans les Alpes autrichiennes. Et leurs malices se manifestent précisément au moment où l'on s'y attend le moins.) en 1898. Paulcke arrivait bon premier à Hinterbahn. d'autres furent traduits du norvégien. six membres du nouveau Ski-Club de Todtnau font une expédition à travers les montagnes de la Suisse centrale. Le Maderanerthal. la caravane put cheminer à pied ou à l'aide de raquettes que Paulcke déclare très incommodes et encombrantes. mais on ne comprend pas ce qui devait l'attirer spécialement vers cette montagne qui n'est guère favorable au ski et dont l'ascension fut très rarement répétée dans la suite. et. Le panorama. et. » C'est aux environs de 1893 que parurent les premiers manuels de ski. Claudio Saratz. Perché au sommet d'une pente. après une nuit passée dans la misérable hutte de Hinterbahn. Ce que furent Coolidge et Sella durant la première phase de l'alpinisme hivernal.

Après une heure de halte. après une pénible montée. on parvint sur l'arête qui conduit au Sattel et celui-ci n'était plus qu'à une courte distance lorsque le ciel se couvrit. Au lever du soleil. La lune était voilée et des brouillards se traînaient sur les cimes. la marche en raquettes était plus pénible que le glissement sur skis. Le temps ne semblait pas devoir s'améliorer. mais le lendemain au réveil le temps était brumeux et ne s'éclaircit que trop tard pour permettre l'escalade projetée. il fut sérieusement question de rebrousser chemin. Alpen Zeitung. Une heure plus tard. tirant chacun un traîneau lourdement chargé. Enfin. de Beauclair. dont ils atteignent la langue terminale au lever du jour. Elle était composée de cinq alpinistes : Paulcke. Ce soir-là. dans la brume diaphane. « le C. doucement incurvée sur le bleu du ciel. ce fut une marche ongue et monotone . Mônnichs. et la bourrasque se mit à souffler sur les crêtes voisines. Cette nuit fut très froide. où elle s'était élevée jusqu'à une altitude de 3 700 mètres environ. où elle passa une seconde nuit. La température. on se décida à battre en retraite. Après bien des hésitations. ils contournent ce ravin au nord et parviennent. Mais ce glacier facile les conduirait au Pavillon Dollus. et il fut heureux de les voir revenir à des principes plus orthodoxes. au départ de la Grimsel. à plusieurs endroits. A.) et gagne immédiatement la cabane érigée sur les rochers voisins. on discuta les possibilités d'une ascension au Finsteraarhorn (4275 m. trois Strasbourgeois : le D’Ehlert. durant une halte sur le glacier. Au crépuscule. une longue caravane suivait la route de Guttannen a la Grimsel. véritables tours de force. mais. pour des skieurs. considérait ses compagnons d'un œil amusé. à perte de vue. les charges basculaient et tombaient. Ils s'y dirigent en droite ligne. aussi brusquement qu'il s'était éclairci. Lohmùller. très favorable aux skis. S. Des flocons commençaient à tomber. 45. ils déposent leurs skis sous les rochers de la Concordia et gagnent à pied la cabane (6 heures du soir). les brouillards s'évaporèrent et. la caravane arrive à l’Oberaarjock (3 233 m. En janvier 1897. de Beauclair brisa l'un de ses skis.). qui n'était que de -5° C. Sur des pentes rapides et par de nombreux zigzags. lorsque la petite troupe reprit ses skis au pied des rochers. Tous ceux qui ont parcouru ces gorges de l'Aar en hiver en ont gardé une impression grandiose. aussi. on enfonçait jusqu'aux hanches dans la neige. Le 19 janvier. d'où l'on découvre l'encolure de la Grunhornlucke. Dès qu'il fallait traverser une pente latérale. Une lune quasi pleine éclaira leur marche jusqu'au glacier de l'Unteraar. les voici sur la Grunhornlucke (3 305 m. et de deux porteurs. tombe brusquement à -18°C. le thermomètre ne marquait. après quarante minutes seulement. mais glaciale. P x) . que . 15 du matin avec des sacs de 20 kilogrammes sur le dos. Aussi est-ce avec un soupir de soulagement que l'on débouche dans la petite plaine précédant le col et que l'on traverse le lac gelé pour gagner l'hospice de la Grimsel. A 4 heures elle rentrait à la Concordia. Mais plus haut. dans la gorge par où s'écoulent les eaux du glacier de l'Oberaar. On partit néanmoins dans la direction de la Jungfrau. la neige durcie transforma tout naturellement nos skieurs en piétons. Au bas du glacier. Dans cette nature polaire. Le soleil s'est levé derrière les crêtes qui frangent ces vastes étendues de neige et illumine déjà les cimes sur la rive opposée. essayèrent d'alléger leurs épaules en chaussant des raquettes canadiennes et en tirant leurs sacs sur les skis. Mais cette expérience fut décevante. Vers 1 heure de l'après-midi. ici ils ne s'accordent qu'une courte halte. sur une neige poudreuse. la seule de la journée. la caravane reprenait ses skis au pied de la montagne. la caravane reprend sa marche et pointe ses skis vers le col de l'Oberaar. les Strasbourgeois. Bien que le ciel fût absolument clair ce jour-là. Quitter la cabane de l'Oberaar à midi pour aller coucher à la Concordia. si pénible que fût cette décision. obsédés par le poids de leurs charges. selon la judicieuse remarque d'un correspondant à l’Alpina. En outre.. Paulcke. 1897. Une merveilleuse glissade sur la neige poudreuse et unie du Galmifirn les conduit comme des flèches au carrefour du glacier de Fiesch.. transformés en traîneau. en dehors de leur itinéraire. rien n'est plus facile et agréable. vers 9 heures. voilà qui ne tenterait personne en été. les cabanes du Club Alpin Suisse n'étaient pas encore pourvues de bois en hiver parce que. ne doit pas encourager les courses d'hiver. jamais refuge ne leur parut si confortable. PAULCKE. A 4 h. La route n'est visible qu'en partie et. non sans admirer tout alentour l'aspect grandiose des montagnes dans leur parure hivernale. Paulcke ne se contente plus d'une simple ascension : il prépare une longue expédition à travers les glaciers de l'Oberland bernois.). là-haut. alors que la neige est molle et que la chaleur du soleil accable la marche du piéton.3° R. Au pied du Rotthalhorn. gorge profonde et dangereuse dont on évite le fond. prit-on la direction de la vallée 3 Dr W. Il faut maintenant obliquer au sud. à l'immense glacier qui s'étend devant eux. la cime convoitée s'illumina de teintes rosés. la croûte superficielle cédant à chaque pas. La journée du lendemain (21 janvier) ne promettait pas grand chose de bon. après bien des efforts. A cette époque. On préféra donc s'en tenir au plan primitif et continuer la traversée de l'Oberland vers l'ouest. elle pouvait reprendre sa course. le lendemain.. espérant par là consacrer définitivement le triomphe du ski en haute montagne ( 3). entrepris par pure gloriole (! ! !) ». Au cours de cette longue étape. des flocons de neige cinglaient l'obscurité et. après une forte montée en zigzags. qui avait déjà essayé toutes ces combinaisons sans succès. après une folle glissade.L'hiver suivant. qu'envahissait une nuit glaciale. Dans la nuit. mais reste très supportable. Eine Winterfahrt auf Schneeschuhen durch das Berner Oberland (Oesterr. nos skieurs quittent l'hospice à 3 h. Mais l'espoir et l'énergie triomphèrent. mais la caravane était outillée en vue des réparations et. il faut traverser des pentes abruptes plongeant directement dans le gouffre où tourbillonnent les eaux du torrent. et ce ne fut pas en vain.

et sans qu'on pût s'y attendre. nous arrivons au bout d'une heure. mais. Mais les porteurs sont exténués. 377-397 . Lorsque la pente devenait trop rapide ou glissante. L'usage des peaux de phoque lui semblait également inconnu ou peu pratique.. tous les brouillards avaient disparu. Oui. nos touristes pénétraient en rampant dans une élable délabrée. si souvent répétée depuis et qui sera toujours un des itinéraires préférés des skieurs alpins. Il fallut même un moment rallier la rive droite. Il préconise celles en peau de chien ou de veau. p. 29-31. Mais non ! Tout là-haut. marchait en tête... sans gêner en aucune façon la circulation du sang. Il faut y parvenir coûte que coûte ! Ce sont deux heures de rude grimpée sur une côte ardue. qui se dresse aujourd'hui sur les rochers de la Lotschenlucke. Trois porteurs nous accompagnent. n'était évidemment pas construite à cette époque. Au moyen d'une seule courroie. et le ski n'est pas fait pour être utilisé sur des sentiers battus. pour le Mont Rosé. brusquement. du genre laupars. ces chaussures sont naturellement inutilisables. Alpen Zeitung. le ciel s'éclaircit. dans toute sa longueur.. elle eût agréablement prolongé cette merveilleuse haute route à travers l'Oberland. I*99.. Nous voudrions pouvoir la reproduire in extenso dans ces pages. » L'usage des crampons ne lui était donc pas venu à l'idée et il semble que ces sandales.. on double la peau . la cuisine et les chambres à coucher. L'hôtelier de Belalp leur apprit. que le vin qu'ils avaient tant goûté chez lui n'était en realité que du vinaigre. Paulcke et moi avons chaussé nos skis. ou plutôt vers le Rotenboden. Il chaussait des bottines norvégiennes. Durant toute cette traversée de l'Oberland. mais nous nous contenterons d'en citer quelques passages. Riche de toutes ces expériences et grisé par le succès. avec la triste perspective d'y passer la nuit. il employait des crampons à quatre pointes qui s'adaptaient sous les skis. j'avais pour ce moyen de locomotion un souverain dédain. Quoique le chemin que nous avons ainsi à parcourir soit beaucoup plus long que le leur. 10. malgré tout le bien qu'il en dit. bien qu'elles fussent employées avec succès à Davos. où les gens furent ébahis de les voir arriver. en même temps qu'eux. 10 de l'après-midi. . sur Belalp. Et là. Voir aussi : Oesterr. mais Paulcke avait fait fabriquer des sandales ferrées qui s'enfilaient par-dessus les bottines. une descente rapide les conduisait à Naters. 1898.du Rhône en suivant. sous l'œil vigilant de Paulcke. tout est fermé. pas âme qui vive ! Il ne reste plus qu'à enfoncer la porte de l'hôtel. et. à semelles souples. en injectant de l'huile entre les deux peaux.. voyage de découvertes à travers les salles à manger. Après deux jours seulement d'exercices à Zermatt. Nous portons nos skis jusqu'au Riffelberg. au Rotenboden. en 1893 déjà. et nous n'en étions nullement gênés. Nous connaissons tous les tentations qui brillent aux yeux d'hommes affamés. vers 8 heures. «A 2 h. Paulcke va tenter une entreprise plus audacieuse encore : l'ascension du Mont Rosé (4 638 m. dans la partie inférieure. La cabane Egon von Steiger.. Trois relations ont été publiées sur cette tentative . la caravane put enfin quitter le glacier et gagner les chalets d'Oberaletsch. la caravane ne s'était jamais encordée pour parcourir les glaciers. Sur le rocher ou la glace. tandis que le meilleur skieur. minces et non cloutées.. on a de la fourrure à l'intérieur et à l'extérieur et. Après quoi. nous étions en route pour les hauteurs. « Dans la soirée du 2 janvier (1898).. Sous nos skis. Qu'on juge combien fatigante avait dû être leur marche : à chaque pas. c'est précisément pour prouver que les skis peuvent être utilisés même sur un terrain compliqué. jusqu'aux premiers jours de cette année. on pouvait. 1898. celle du Dr Robert Helbling dans l’Écho des Alpes est de beaucoup la plus savoureuse (1). Au lieu de quitter le glacier d'Aletsch au lac de Marjelen. Il est probable que Paulcke n'y avait même pas songé. on obtient une imperméabilité parfaite.Le lendemain. p.. Nos porteurs montent en ligne droite. une fois les courroies gelées. équipement qu'il avait eu l'occasion d'éprouver lors de son ascension à l'Oberalpstock et dont il avait encore perfectionné les détails. à leur grande surprise. c'est l'inspection des lieux. 1 Écho des Alpes. écrit Helbling. Si l'on désire rendre cette chaussure particulièrement chaude. où la neige fut profonde et très pénible. perche un superbe hôtel. attacher ces sandales si solidement aux pieds que la marche se faisait aussi sûrement qu'avec la meilleure chaussure de montagne « En un clin d'œil (?) on pouvait les mettre ou les enlever. « Mais. allègres et dispos. car le chemin est frayé. Tous ceux qui ont connu le Dr Helbling et suivi ses exploits d'alpiniste auront été frappés de la chance extraordinaire qui a toujours favorisé ses entreprises. il préféra en suivre le cours le plus longtemps possible.. et la neige très glissante nous oblige à décrire de grands lacets à la montée. de cette façon. et aussi pour dépasser les 4 000 mètres. nous quittons le Riffelberg pour nous élever vers le Gornergrat. il neige pendant trois jours. Au crépuscule. car il n'en fait aucune mention dans son récit. avec le poil en dehors. de nombreuses crevasses rendirent la marche lente et hésitante. La relation de Paulcke se termine par quelques notes techniques sur l'équipement du skieur en haute montagne. mais il semble néanmoins que la traversée Concordia-Falleralp n'eût pas exigé plus de temps que la descente dans la vallée du Rhône. Dès le lendemain. De toutes façons. ou le montagnard le plus expérimenté.. ils enfonçaient jusqu'aux hanches. il partait pour sa première course en ski. Après bien des peines. » A Zermatt. S'il choisit cette montagne plutôt qu'une autre. mais il est juste de reconnaître qu'elle n'avançait que très prudemment et que ceux qui portaient les deux cordes restaient toujours en queue de la colonne. mais de 20 centimètres seulement. devaient être bien compliquées et difficiles à soigner. l'immense glacier d'Aletsch.. devenue très sombre.. mais juste à point. ne nous faisons pas passer pour plus malin que nous ne sommes et confessons franchement que nous avons longtemps professé à l'égard du ski norvégien toutes les préventions que nourrissent contre lui la plus grande majorité des alpinistes.. la neige cédait bien aussi.).

l'immense amphithéâtre des sommets était là. Enfin. je te croyais encore tout en bas. « A 6 h. nous sortîmes de notre cabane. mon pesant sac. 20 quand nous atteignîmes le névé légèrement incliné du Plattje supérieur. chaussés de sandales et portant nos skis.. j'avais épuisé mon répertoire. j'atteignis la cabane Bétemps. Depuis longtemps le soleil avait disparu derrière les montagnes. occupé à dire des aménités aux divinités de la montagne. Vous voyez ça d'ici. » Le 5 janvier enfin. « Comme le soir précédent. aussi était-il midi passé quand nous atteignîmes les pentes inférieures du Sattel. cette étonnante affirmation : « II ne faut pas grimper avec des skis » . « Quand. le rosé tendre s'effaça.. cette diminution de clarté rendait passablement compliquée la circulation à travers les crevasses de plus en plus nombreuses. pour le même prix. la même tranquillité ! De bonne heure. le soleil répandit des flots de lumière qui roulèrent sur les flancs des monts jusqu'au fond de la vallée. au lieu de nous fatiguer inutilement avec nos skis sur les plaques rocheuses qu'il nous faut franchir au-dessus de la cabane. Mais c'est ce bout-là qui nous donna le plus de mal. Il s'agissait d'escalader la moraine. Nous avions fait en quinze minutes un trajet qui. Je ne répondis pas. puis la lune avait inondé de sa lumière d'argent ces immensités glacées. 15. dès le début nous empruntons la moraine dont la crête assez étroite est presque entièrement dégarnie de neige . Le soleil invisible ne colorait encore que les plus hautes cimes. « La grandeur du spectacle était si impressionnante. habilement distribuées dans nos poches et sous nos habits. nous rentrions à la cabane. « Nous avions projeté de nous faire suivre par un de nos porteurs jusqu'à la cabane Bétemps.« Tout en montant. « . Une halte s'imposait .. nous nous abritons de notre mieux contre le vent glacé. à Pendrlit où la moraine se confond avec lui. le jour avant. il nous fallait faire un rude effort. quelques nuages troublaient la pureté du ciel. je ne trouve pas de termes pour les décrire. L'énorme quantité de neige pulvérulente dans laquelle nous glissons eût rendu l'ascension sans skis absolument impossible et. la clarté se fit plus vive. mais.. que nous ne quitterons plus jusqu'à notre retour à cette place.. mais je jetai avec volupté. autour de nous. avec dix minutes de retard seulement. fit Paulcke. la neige fraîche et pulvérulente s'entassait sur une épaisseur de 1. c'étaient des flots de lumière. nos deux skieurs traversent les pentes rapides du Gornergrat pour gagner le glacier du Gorner. nous avions pu jouir pleinement de l'admirable spectacle qui se déployait devant nous. A ce moment. « Et toujours la même solitude. s'élever à travers d'affreux blocs que couvrait une neige poudreuse. et. à une altitude de 4 200 mètres. cher lecteur. aucun d'eux ne voulut nous accompagner.. là. ils font une première reconnaissance. Dans l'univers. nous nous enveloppons de tout ce que nos sacs renferment de vêtements de réserve . « . je fus brusquement pris de maux de tête si violents que j'avais toutes les peines du monde à suivre Paulcke et fus forcé de m'arrêter un moment. dans un coin. si tant est qu'elle eût été possible. rigides dans leur calme sublime. nous nous remettons en marche. De là à la cabane. Même avec le secours de ces excellents engins. Que de peine eût coûté la traversée du glacier sans ski.. tout mouvement semble disparu. nous reprenons nos skis.. 30 du matin pour le Mont Rosé. Profitant de l'expérience de la veille. « Après un court repos. «Paulcke. la solitude démesurée. le 4 janvier. le plus âgé et le plus prudent des deux. la lune inondait de sa blanche clarté le merveilleux panorama . par degrés..Tiens ! te voilà. vu l'état de la neige. nulle part. les délicieuses chaufferettes japonaises sont allumées et. ne nous écartant de la route habituelle que pour faire les lacets nécessités par la raideur de la pente. prolongeant le crépuscule par de magiques colorations du ciel . aucun souffle d'air ! Le silence est profond. par dessus. comme on n'en saurait voir dans la plus éclatante journée de l'été. car nous étions pesamment chargés. nous prenons pied sur le glacier. que nous n'avions pas de mots pour exprimer nos sentiments. sur les cimes. dans le même calme impressionnant que la veille et. l'après-midi. La lune s'étant assez sensiblement rapprochée de l'horizon. il n'y a plus qu'un petit bout de chemin. La chaîne des hauts sommets était d'une pureté merveilleuse et. Le thermomètre marque — 8°. sans hâte. nous avions fort à faire. l'émotion ressentie si violente. nous arrivions à Gadmen. nous arrivons ainsi commodément au-dessus de la chute du glacier. bien que l'image de tant de magnificences gise décolorée au fond du souvenir. satisfaits de notre reconnaissance.. imposant . A tout moment je m'arrête. A beaucoup d'endroits. je puis vous assurer que ce n'était pas folichon du tout. ils partent à 2 h. 55. qu'on me permette d'ajouter : « Et que Dieu vous garde de vous engager avec des skis sur des moraines couvertes de neige fraîche ! » Le lendemain. répandent leur douce chaleur. les skis ne pouvaient plus être utilisés. L'un d'entre eux déclara même qu'il aimerait mieux. où ils parviennent au clair de lune. Aujourd'hui encore. des rejaillissements de soleil. «Il était 8 heures quand nous arrivâmes au pied du Plattje inférieur. A partir de ce point. » Tandis que les porteurs redescendent à Zermatt. avance avec une constance que je ne puis imiter. je n'en n'ai trouvé moins d'un mètre.5m. On voit par là l'utilité et des reconnaissances et des sandales garnies de bons clous. assis sur nos skis. Je me mets à jurer comme seul un enfant des rives du lac de Zurich sait le faire. nous avait pris une heure et quart. A 7 h. et bientôt. A l'aide de nos sandales. L'endroit où nous étions parvenus se trouve précisément au-dessous du Sattel. nous eussions sans doute atteint la cime sans beaucoup de . même avec nos patins. Aucun bruit. monter en été au Matterhorn que de refaire la course qu'il venait d'exécuter. toute vie éteinte à jamais. la voûte splendide d'un ciel sans nuage. J'ai lu quelque part. « Il était 6 h. Les colosses se dressent immobiles. à l'ouest seulement.

). la vaste solitude reprit son aspect de mystérieuse grandeur. Mais les conditions furent beaucoup moins favorables qu'en janvier. depuis Saas-Fee . à mesure aussi que diminuaient les problèmes intéressants. nous rejoignons l'endroit où. dans la poussière de cristaux blancs où l'enthousiaste skieur vient de disparaître. dont les vagues toujours grandissantes iront déferler vers la montagne hivernale. l'Alphubel (4 207 m. nous avions chaussé nos skis .. Des sommets tels que la Cima di Jazzi (3 818 m. les skis peuvent être employés jusqu'au pied même des rochers et rendront d'inestimables services.). les sommets et les glaciers d'invraisemblables colorations . du Zillertal. La relation de Paulcke sur cette même tentative au Mont Rosé est d'un ordre purement technique et se termine par quelques suggestions qui. il était aisé de suivre pas à pas les premiers conquérants. enfin. 161-162 . des nuages de neige tourbillonnent autour de moi. dit-il. je souffrais du mal de montagne . des nuages enflammés. par exemple : le Balfrin (3 802 m. Nous avons vu au prix de quelles difficultés et de quelle énergie la cohorte des piétons s'était jetée à l'assaut des grandes cimes. Elle a conservé dans chaque pays un caractère purement autonome. avant que les skieurs s'inspirent de ces vérités et choisissent Zermatt comme centre. les explorateurs furent nécessairement moins nombreux que dans l'Oberland bernois. le Briton doit s'incliner.. Des Anglais encore de-iraient nous ravir nos plus hautes cimes au cœur de l'hiver et lancer nos grandes stations hivernales.. l'Ulrichshorn (3 929 m. en comparaison du nombre toujours croissant des skieurs alpins. les Suisses ont su reprendre possession de leur patrimoine et. Chaque année.). comme d'une pierre angulaire. Après les démonstrations préliminaires de l'Allemand Paulcke. il repart de plus belle en poussant un joyeux hourra en l'honneur des skis. le Breithorn (4 171 m. grâce au ski. puis. et plus rien n'arrêtera désormais la nouvelle invasion. d'excellents points de départ. pour rayonner dans les massifs environnants. le nouvel alpinisme a traversé son âge d'or.). Si grandes sont son habileté et son expérience que je suis ses traces sans la moindre appréhension . — ou des passages comme le Théodule. le skieur trouvera.). En outre.). rétrospectivement. « A 4 h. Les montagnes fuient. Depuis 1898. 29. ils ne s'attaquaient qu'à de hautes cimes. s'ils supposent une certaine persévérance de la part du skieur. plus personne . en suivant l'arête. Les Alpes étaient conquises.. mais quelle course endiablée !. l'aube d'une ère nouvelle. la caravane reprenait le chemin de Zermatt et gravissait en route le Riffelhorn (2 931 m. les skieurs deviendront plus audacieux. et il ne leur fallut pas moins de quatorze heures pour monter de la cabane au sommet (2). fouillant l'avant-terrain du regard afin d'éviter les crevasses. Dans une quantité d'expéditions. comme les mailles 1 2 Ostterr. devenu skieur lui aussi. Ibid. cette phase restera infiniment plus brillante que la précédente. au contraire. « Paulcke prend les devants. par exemple. 1898. un célèbre alpiniste. Les premiers pionniers furent presque tous des Anglais. Rares. le soleil à son déclin drapait le firmament. l'Allalinhorn (4034 m. c'était bien le moment ! Avant de clore ce chapitre. le jour baissait . se recroisent et couvriront bientôt la chaîne entière. Ceux qui persévérèrent sont bien rares. p. le matin. et celle de la Gandegg 1 ».. Ses trois campagnes de 1896-1898 marquent. et cela agréablement. le faisaient ressembler à quelque colossale torche incendiaire . N'est-il pas très humain de suivre les traces de ses prédécesseurs et de s'en écarter le moins possible? Le gros des skieurs ne devait guère échapper à cette loi et. nous semblent prophétiques : « Zermatt. Leurs étonnants succès ont consacré le triomphe du ski et prouvent assez le rôle immense qu'il a joué dans la deuxième conquête des Alpes.difficultés. le 23 mars 1898. Il s'écoulera bien quelques années encore. dans une contrée relativement éloignée et difficilement accessible en hiver. » Le 6 janvier. Tous les préjugés vont s'effacer peu à peu. comme la cabane Bétemps.). Leurs traces se croisent..). Mais la conquête des Alpes par le ski ne fut point leur chose. Aussi. Loin d'être à son déclin actuellement. le Jàgerhorn (3 975 m.. 30. et ils conservent la douce illusion d'explorer à leur tour ces Alpes qu'ils croyaient « finies ». filant comme une flèche. force nous fut donc de renoncer à la conquête du sommet et de redescendre. Dans la période précédente. 55. le sol se dérobe sous mes pieds. de trouver le bon chemin. le corps incliné en avant. il nous paraît intéressant de poursuivre notre étude historique jusqu'au point où elle se laisse analyser. mais il était déjà 2 h. Oscar Schuster. aux environs de Zermatt. et son guide Heinrich Moser.. Je citerai. sont devenus innombrables et ils ont repris systématiquement l'exploration des Alpes. les voies nouvelles se faisaient de plus en plus rares et les chercheurs de nouveautés commençaient à se plaindre de n'avoir plus que des os à ronger. n'exigent pas une technique extraordinaire. quel enthousiasme parmi la jeune génération.).. Les skieurs. Cependant. le Klein Matterhorn (3 886 m. avec la clarté de la lune. C'est une jouissance sans pareille. L'alpinisme hivernal entrait dans sa deuxième phase. Ici. Les joies de ces conquérants devaient être singulièrement diminuées par les obstacles formidables de la neige. Heureux skieurs ! Ils ont retrouvé cet âge d'or chanté par Javelle. se relevant. et ce genre d'alpinisme était nécessairement destiné à s'éteindre peu à peu. lorsque le problème se présenta sous une forme nouvelle : gravir les montagnes en hiver. et de s'y maintenir. franchement. p. complétaient l'ascension de la Pointe Dufour. puis les étoiles s'allumèrent et. il barbote. je vole à travers l'espace. Alpen Zeitung. Un fait doit être constaté en terminant : c'est le caractère national du nouvel alpinisme. Les retentissants succès de Paulcke allaient jeter l'éveil dans le monde des alpinistes. les différents sommets du Mont Rosé et beaucoup d'autres encore. tourbillonnant autour du Cervin. il nous avait fallu onze heures pour atteindre le Sattel et deux pour en redescendre. il se démène . est un centre merveilleux pour exécuter les plus belles courses en ski de toutes les Alpes. Quelques semaines seulement après la tentative de Paulcke au Mont Rosé.

d'Innsbruck. Partant de la cabane de l'Oberaar. montait coucher au Tauernhaus. furent réussies par les skieurs. l’Oberaarhorn (3 642 m.) et le Mont F élan (3 765 m. . le Pischahorn (2 982 m. et celle de la Fuorda Sella (3 304 m.) 1903. cette fois-ci du Lôtschental à la Grimsel. course rendue très dangereuse par une forte couche de neige fraîche. Pour les Alpes suisses du moins.). à la Concordia. le même skieur. Alpen Zeitung. outre la tentative de Paulcke et la première ascension du Mont Rosé par Schuster. avec de grands projets. Les conditions étaient défavorables. par Othmar Sehrig.) et la Diavolezza (2 977 m. Le lendemain.) par Reichert et Dorn de Chiesa à Pontresina. Enfin.) par les frères Kœnig.). La seule ascension importante à signaler est celle du Gross Venediger (3 673 m. en 1900. et cette course restera toujours dangereuse. Hoek et Schottelius gravissaient le Dammastock (3 633 m. au Theodulhorn (3 472 m. le 26 février 1902. le Jakobshorn (2 594 m. qui est actuellement. Deux en avril et mai et la troisième en novembre. on signale des courses au Stockhorn (3 534 m. sous la direction de Victor de Beauclair et Albert Weber. la statistique suivante n'a-t-elle pas la prétention d'être absolument complète. et cette catastrophe suscita de longues polémiques entre ceux qui discutaient la nécessité de s'encorder sur les glaciers. par Helbling et ses amis. alors que leur joyeuse caravane montait à la cabane Gnifetti. Une seule ascension : celle du Claridenstock (3 270 m. La caravane n'était pas encordée.) et de la Gamsbergspitze (2 846 m. relativement tard si l'on considère son importance actuelle. déjà recommandée par Paulcke quatre ans auparavant. la traversée du Petersgrat. 47 sq.) en décembre. dans les Alpes autrichiennes. par n'importe quel itinéraire (1). toujours sans succès. Tous ces sommets devinrent à la mode par la suite et sont parmi les plus visités en hiver. Le 25 décembre 1900. trois cols très fréquentes actuellement. Signalons encore. Un mois plus tard. Paul Kœnig et J.). on constate un léger relâchement dans l'exploration hivernale des hautes Alpes. fut également gravi pour la première fois cet hiver. dans l'Arlberg.). en octobre . la Scaletta (2 619 m. de Kandersteg à Lauterbrunnen et en décembre la traversée du massif des Hohe Tauern avec l'ascension du Riffeltkor (3115 m.) par les frères Kœnig. le Pizzo Centrale (3 003 m. dans toutes les Alpes de la Suisse. le Piz Lucendro (2 959 m. de la Riederalp à la Grimsel. il parvenait en neuf heures au sommet et ne rentrait qu'à 11 heures du soir à la cabane. avec une nouvelle tentative à la Jungfrau (le 3 avril).). On ne compte.). ascension tentée en 1902 déjà par Hoek et Schuster et qui est devenue maintenant une des courses préférées des skieurs suisses1 Oesterr.).). mais elle échoua par suite du mauvais temps et du danger d'avalanches. et celle du Seopi (3 200 m. au Vorab (3 020 m. course souvent répétée dans la suite . à 2 heures du matin.). En 1897.). Au cours de la seconde (fin avril).). En 1896. l'ascension si souvent répétée du Wildstrubel (3 253 m. En 1898. Ces deux caravanes ne semblent pas avoir été favorisées par le temps.). au départ de la cabane du Bergli. Dans les Alpes autrichiennes. le jour suivant.) (par Schucan et Fischer).) fut gravi en route et la Jungfrau tentée pour la troisième fois. en hiver aussi bien qu'en été.). 30 du soir au sommet du Finsteraarhorn et le jour suivant. 1899. course facile et si souvent répétée depuis.) par le célèbre skieur Henry Hoek. La première fut dirigée par Paulcke en personne. le Monte Cevedale (3 774 m. p. — Beaucoup de conquêtes importantes : le Blindenborn (3 384 m. Signalons entre autres : la Parsenn Weissfluh (2 848 m. date à laquelle fut gravi l’Oberalpstock. cours qui se termina par une ascension à la Cima di Jazzi (3818 m. au Piz Corvatsck (3 458 m.).). De même le Stegborn (3 152 m. au-dessus d'Engelberg. L'arête conduisant du Rotthalsattel au sommet était naturellement de glace vive et exigea une taille de marches de deux heures et demie. moins importantes il est vrai. — Une seule ascension importante : le Breithorn de Zermatt (4 171 m. Aussi.). relâchement succédant tout naturellement au premier élan. elle n'est pas loin de l'être.) et finalement la Jungfrau (le 24). une tentative au Titlis (3 239 m.d'un immense filet. du Furgler (3 007 m. cette année-là. puis.).). après la traversée de l'Oberland bernois : la Fuorcla d’Eschia (3 008 m. Le Titlis (3 239 m. le sommet le plus fréquemment visité par les skieurs . On signale en outre une traversée de l'Oberland bernois (la cinquième ?). D'autres cours eurent lieu ce même hiver à Rauris et Sankt-Anton. Une première tentative en fut faite en décembre 1898 déjà. — Cette année (et déjà durant la précédente). A la fin de cette même année. la troisième expédition ne rentre dans l'hiver du calendrier. le Breithorn est devenu le sommet le plus fréquenté de la région de Zermatt.). pas moins de trois traversées de l'Oberland bernois.).) et du Mônch (4 105 m.) en mars et le Strahlborn (4 191 m. David gravissent en janvier le Gross Fiescherhorn (4 048 m. à la Pragerhûtte (2 492 m. toutes trois par des skieurs allemands.). au départ de Findelen. 1901.). le malheureux Kœnig et son ami Walter Flender devaient périr misérablement dans une crevasse du Grenzgletscher. Hoek et ses guides arrivaient à 5 h. d'autres ascensions encore. Pas plus que les deux premières. Ce fut le premier accident de skieurs sur un glacier. 1902. il faut encore signaler la traversée de la Sefinenfurgge (2 614 m. 1901 est de nouveau une date importante.) et le Joch-pass (2 215 m. il faut mentionner encore les ascensions du Rotpleisskopf (2 938 m. Elle eut lieu au commencement de novembre et fut rehaussée par l'ascension du Finsteraarborn (4 275 m. 1900. — En janvier eut lieu le premier cours de ski pour guides à Zermatt. Dans l'Oberland bernois. mais qui va précéder le triomphe définitif du ski en haute montagne. accompagné de plusieurs amis. Cette même année.) .-J.

» L'année 1903 est importante encore parce qu'elle marque le premier essor du ski dans les montagnes françaises. A ce moment. où le thermomètre ne marquait que -8°. et la marche en fut naturellement facilitée. La neige fut excellente jusqu'au Grand Plateau.). commençaient seulement à pratiquer le ski. deux heures lui suffirent pour gagner Chamonix (4). Arola.). Sur l'arête des Bosses. il conduisit une caravane de skieurs au col du Midi (3 544 m. le guide Balmat. Outre cette ascension au Mont Blanc. En dépit d'une excellente neige poudreuse (chance très rare dans ces régions exposées aux vents). la corde fut déployée et utilisée en toute circonstance. Oesterr. I. et ses guides des Oberlandais : Alexandre Tànnler. ils franchissent ensuite le col d'Hérens(3 480 m. la sixième ( ?) traversée de l’Oberland bernois par Hugo Mylius. 2. Il est vrai que Miss Straton n'était pas française non plus.). en février. on avait pu suivre leur marche jusqu'aux Bosses. . cabane de Bertol (3 423 m. devaient s'arrêter tous les 4 ou 5 mètres et même se coucher dans la neige. 30. Aux Grands Mulets. qui devint le centre le plus fameux du tourisme hivernal en France. I.) (première?). le froid devint excessif et Mylius l'évalue à près de -30°. Tête de Valpelline (3 813 m. Au crépuscule.) et d'autres cols encore .). 30 déjà. accompagna Mylius jusqu'aux Grands Mulets pour ouvrir le refuge. par Helbling et Reichert. Leur itinéraire fut le suivant : Bagnes-Panossière. la descente aux Grands Mulets fut gâchée par l'obscurité. Petit Cervin (3886 m. p. Hugo Mylius était un Allemand. A la fin de cette même année. Signalhorn (3 212 m. certaines parties glacées exigèrent la taille de marches. 70 . mais. la 'première ascension hivernale de l’Aletshorn (4 182 m.). malgré les ennuis qu'elle procure. par sa durée ininterrompue de sept jours.) et la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. Elle se fit assez rapidement cependant. ils durent battre en retraite. exténués et probablement incommodés par la raréfaction de l'air. A 5 heures du soir enfin. la température ne s'éleva pas au dessus de -10°. En janvier déjà. et probablement dans les Alpes entières (1). Gross Buin (3 316 m.Cima di Rosso (3 371 m. il faut encore mentionner. le Piz Kesch (3 420 m.).).). le D r Payot en fut le principal initiateur. col de Seilon (3 240 m. une caravane de Chamoniards avait fait une première tentative. sur l'instigation du D r Payot. Schattenspitze (3 225 m. un mois plus tard. Son thermomètre n'était pas gradué au-dessous de — 20° et le mercure s'était. ils étaient de retour au refuge Vallot. col d'Hérens (3 480 m.). puis le brouillard envahissant la vallée les déroba à la vue et Mylius fit ouvrir l'observatoire Jansen pour y déposer sa carte de visite. Oesterr. dont le développement fut tardif dans toute la France. ils durent battre en retraite devant la tempête (2). le Wetterborn (3 703 m. Zermatt. De Chamonix. dans l'Oberland bernois. malgré un froid très sensible. p.). A cette époque.). écrit Helbling. Cette montée exigea douze heures.). 1904. Cependant. les guides chamoniards.). Des Haudères. — la traversée du Finsteraarjoch (3 360 m.). depuis longtemps. mais les conditions furent généralement favorables. 1903.) par Hoek. Eckhorn (3 158 m.). « Cette course.). la caravane quittait le refuge et montait en ski jusqu'à la cabane Vallot (4362 m. la première en ski à travers la chaîne des Alpes Valaisannes. Simmenthaler Niederhorn (traversée) et Rinderberggrat . Arrivés au Petit Plateau (3 800 m.) (un affreux casse-cou). Plus importante et mieux réussie fut. Mylius et ses guides. Mais. avec ascensions du Finsteraarhorn et de la Jungfrau. il fallut près de quatre heures à la caravane pour franchir les 450 mètres d'altitude séparant le refuge du sommet.). et le guide Tànnler tomba dans une crevasse. Alpen Zeitung. la plus longue expédition en ski réussie dans les Alpes suisses. p. de la cabane de Panossière (dans le massif du Grand Combin) à Zermatt. tous du Hasli. pour la première fois. C'est évidemment la raison pour laquelle les Français se laissèrent ravir cette belle conquête. t. p. en traversant le glacier des Bossons.) de Grindelwald à la Grimsel et à la Furka par Helbling . Le touriste et ses guides eurent plusieurs orteils gelés. Il réussit également l'ascension du Buet (3 097 m. mais elle eut du moins l'occasion d'engager des guides du pays pour sa première ascension hivernale au Mont Blanc. col de Riedmatten (2 916 m. sous la direction du Dr Payot. retiré dans la boule inférieure. lui aussi.).). où elle s'arrêta de 1 heure à 1 h. De Lognan ils étaient arrivés à Orsières par le col du Chardonnet (3 325 m. 142 Cette altitude resta longtemps la plus haute atteinte en ski et ne sera surpassée que plus tard sur les pentes de la Punta Gnifetti (4 561 m. 1904. puisqu'à 8 h. D'énormes quantités de neige recouvraient la montagne. la caravane avait négligé de s'encorder. ils arrivaient au sommet. la traversée complète. Il réussit néanmoins à s'y coincer et fut retiré sans peine par ses compagnons. Elle avait été tentée deux ans auparavant (en mars 1902) par deux fameux skieurs allemands. .col du Tournelon Blanc (3 600 m. Silvrettahorn (3248 m. qui employèrent des skis jusqu'au pied de la 1 2 3 4 SA*. Un seul Chamoniard. A Chamonix. Le lendemain. devant la tempête.) (3). par Hasler et ses guides.) et descendent à Zermatt.allemands .) et le Dossenborn (3 140 m. est bien. 67 sq Le 25 février 1904. Par la vallée de Bagnes ils gagnèrent la cabane de Chanrion et parvinrent jusqu'au col de l’Evêque (3 393 m. Alpen Zcttung. col du Mont Rouge (3 341 m. Henry Hoek et Fritz Reichert.) par Hugo Mylius (i). Kaspar Maurer et Heinrich Zurflùh. la caravane rentrait au refuge.). et ses entreprises hivernales ont fait époque.). — La principale ascension est celle du Mont Blanc (4 807 m.malgré le feu de bois pétillant dans Pâtre. La chaîne des Alpes Pennines fut traversée dans sa longueur. dont la Vallée Blanche offre de superbes glissades. à 7 heures du matin seulement. Alpiner Wintersport (supplément au Ski). Inutile de dire qu'à partir de ce moment. Schilthorn (2 973 m. Le lendemain.). Gùmels (3 523 m. Chanrion (2 465 m.

). En outre. le Dème de Polset (3 512 m.). Grand Combin. Passo di Val Viola (2 460 m. arrosés avant le départ des bergers. 1907. le Weisshorn (Wildstrubel) (2953 m. Cependant. Également une traversée Wildhorn-Wildstrubel. de Seigne. terni par le gel nocturne. Les pâturages. lorsqu'on y pénètre curieusement.).). humide et sombre.). Elles peuvent être reculées. Par les belles après-midi ensoleillées.). Mont Rosé (deuxième ascension en ski) (2). En octobre. dès lors. les indigènes — et tout particulièrement les chasseurs — connaissent la montagne à cette époque et peuvent en apprécier le charme et l'étrange beauté. par un skieur suisse-allemand (Rudolf Martin). — Aiguille du Chardonnet (3 822 m. 4 290 m. la montagne passe peu à peu des conditions qui la caractérisent en automne à celles qui la rendent praticable au skieur.). Portjenpass (3 244 m. Ils sont chargés 1 2 3 Voir la relation originale au chapitre VIII. Fuorcla del Confin. Le Furggrat (3 482 m. Skt. le ski se pratique durant toute l'année. Cima da Flex (3287 m) et Piz Bernina (4052 m). 1910.). — Col de la Dent Blanche (3 544 m. l'alpiniste ne passe pas douze mois par an dans les Alpes. de Ferret et des Grands Montets.).). qui varient naturellement d'une année à l'autre et selon la région alpine. dans les Alpes françaises. automne. d'une façon générale. Aiguille du Croissant (env. à la fin d'un cours de ski à Saas-Fee. par Nœlting et Hutchinson. les premiers skieurs anglais à s'aventurer dans les Alpes.). — En janvier. — Cette année-ci. en effet. Circuit de la Bernina (3). Joderborn (3 040 m. Dans l'Oberland bernois. Petersgrat de Kandersteg au Lôtschenthal. Gr.).). En octobre ou novembre. 1909. . sans qu'un nuage apparaisse au ciel. celle propice au skieur dure près de sept mois consécutifs (soit du milieu de novembre jusqu'en juin). — Traversée du massif de la Silvretta. Ils gravirent successivement : Forder Galmihorn (3 524 m. par Schucan et Marcuard : HeidelberghûtteSchneejoch (2960 m.). Casanapass (2692 m. Cependant. sans caractère particulier. Jamhùtte.).). Mittelrûck (3 324 m. l'air résonne gaiement d'un tintement de grelots. Alors que. dont la durée. Similaun (3 607 m. sous la direction du fameux skieur Gustave Walty (Klosters). 1906. — Feehoff (3 912 m. Ces deux saisons sont du reste plus ou moins élastiques.). Traversée Diablerets-Wildborn-Wildstrubel.). s'étend du 23 décembre au 23 mars. été. et l'époque la plus favorable est certainement celle de mai à juin.). Wildspitze (3 774 m. Pallon della Mare (3 705 m.). avancées ou prolongées.). Alpbubel (4 207 m. Le printemps et l'automne n'existent pas en haute montagne. du Bonhomme. Mont Rossole (3 531 m. Monte Moro (2 862 m.). eurent l'heur de terminer l'exploration hivernale de l'Oberland bernois. Cevedale (3 774 m.). Voyons donc. Allalinhorn (4 034 m. Wlesbadenerhutte (Gross Buin). qui furent.) fut gravie par le professeur Roget au départ d'Orny. Fluchthorn (3 403 m. Les portes des étables sont restées ouvertes pour en aérer l'intérieur.). Cima Marmotta (3 338 m. dans les hautes Alpes.).) et Atyhubeljoch (3 802 m. Seuls. Piz Glùschaint (3 600 m. la montagne n'est pas encore absolument déserte. Les troupeaux qui égayaient les alpages sont tous descendus dans la vallée. Grand Combin (4317 m. Suldensptze (3 383 m. selon les conditions météorologiques. Passo Ver (2500 m. Finsteraarrothorn (3 549 m. 1905. de Zermatt à Saas. on n'y trouve qu'un vide glacé.). la première du Grand Galibier (3 229 m. car aucun d'eux ne s'applique particulièrement aux Alpes. Hinter Fiescherhorn (4 020 m. dans sa partie centrale (les sommets du groupe de l'Aletsch ne devaient être visités que beaucoup plus tard.). si facilement accessible à tous depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau.). selon que l'une ou l'autre empiétera davantage sur elles. L'hiver alpin est beaucoup plus long. par le Corridor) . Cette transition est généralement lente et peu connue des alpinistes.) . L'hiver dont nous voulons parler ici n'est pas celui du calendrier. hiver) n'ont certes pas été inventés par un montagnard. Les Chamoniards firent cette année le tour du Mont Blanc par les cols de Voza. Ochsenscharte (3 000 m. Le Schwarzberg-Weissthor (3 612 m. Dans les Alpes françaises. avec Lunn. suivant l'état général des précipitations qui les caractérisent : la pluie en été la neige en hiver.).). et il est obligé de considérer les choses vues d'en bas. Dans les Alpes autrichiennes (groupe de l'Ortler) : Eisseespitzf (3 246 m. nos observations ne concernent pas exclusivement la zone des neiges éternelles. mais encore toutes celles qui nous en séparent. Passo Lavirun (2819 m. Adlerpass (3 798 m. Passo Muretto (2557 m. irrévocablement fixée par des dates.).). mais. Dreilànderspitze (3 212 m. la Fuorcla d'Agnelli (3050 m.) et le Monte Adamello (3 548 m. La troisième eut lie« en 1908 et la quatrième en 1912 Voir chap. Wannenhorn (3 905 m. Steiner et Trûmpler. Sivrettapass.).face septentrionale . le mois de l'année durant lequel on entreprend le moins d'excursions. il n'est pas rare de voir les beaux jours se succéder durant plusieurs semaines. ont pris une teinte de vieux feutre.). course souvent répétée depuis. par exemple.).). deux membres du Club Alpin Académique de Zurich. Novembre est. Ochsenhorn (3 905 m.) fut traversé pour la première fois par les guides de Saas.). Ebneftuh (3 964 m. Ce ne sont que de courtes phases transitoires.). la saison favorable aux courses d'été s'étend du commencement de juin au milieu d'octobre (soit une période d'environ quatre mois). Les noms de nos saisons (printemps. Klein Attalinborn (3 077 m. quelles sont les caractéristiques de l'hiver alpin. Scbeerhorn (3 296 m. En décembre. Weiss-Sfitze (3 534 m.). en 1917).) (1). 1908. d'Ischgl à Klosters. ainsi qu'une exploration du massif des Grandes Rousses. Il serait donc plus naturel de distinguer deux saisons seulement.).).). Piz Segnes (3 102 m. L’Aiguille au Tour (3 540 m. la saison morte par excellence. on ne les comptera plus. plus ou moins étranglées entre les saisons principales. et l'on voit défiler entre les arbres une colonne de mulets. X. Gr. selon les années. une traversée de l'Oberland bernois est citée comme étant la treizième et. Dans les Alpes autrichiennes : Weisskugel (3 746 m.) (1).

qui va durer jusqu'au printemps . MAJESTÉS ENNEIGÉES) . époque à laquelle les troupeaux remonteront. qui semble devoir persister éternellement. Ce sont les derniers convois qui descendent. (Gnberrll. avant de pouvoir les transporter dans la vallée. Thnltril. cette bruyante caravane laisse derrière elle un calme immense. Malgré un temps radieux.des derniers fromages qu'il a fallu saler et entretenir jusque tard en automne.

exige un sérieux enneigement avant d'être praticable au skieur. Un soir. plus le sol sera profondément gelé et plus la neige aura de peine à s'y fixer. Dans cette nature enchanteresse. cependant . par le froid qui semble s'être établi définitivement dans ces hautes régions. Il est donc dangereux de parcourir la montagne en ski avant que l'enneigement préliminaire soit parfait. précisément par le fait qu'à ce moment de l'année la montagne est très peu visitée par les alpinistes expérimentés et qu'il est difficile d'obtenir un rapport suffisant de la part des indigènes. et ce ne fut qu'après une longue semaine d'attente que la garde des forts lui apporta des skis. le chasseur peut s'élever très haut encore. ont dévalé les pentes de la montagne. grâce auxquels il put s'échapper. Cette simple particularité va constituer un sérieux danger pour le skieur alpin. attendons patiemment l'annonce des premières neiges dans nos journaux. La zone des éboulis. plus elle sera profonde et complète. à la suite d'un été très chaud. les renseignements exacts sur ce premier enneigement font généralement défaut. descendent des horizons lumineux les premières neiges. et l'on rencontre enfin la première neige. Puis les nuées. En poses ridicules ou magnifiques. avant de s'aventurer en montagne. Mais en novembre. cette neige était presque fondante en touchant le sol et elle se sera congelée en y adhérant fermement. à pied sec. mais sur le glacier. comme celle des glaciers. Il s'en faut de beaucoup encore. saupoudrant rochers et gazons. Dans le premier cas. des nuées grises ont envahi les cimes. En montagne. il y a peu de chances que la neige. chassées par le vent. avec le feuillage roussi des buissons de myrtilles et rhododendrons. le chasseur s'avance seul. Elles ne sont évidemment pas identiques dans toutes tes parties des Alpes. . Plus cette transformation est lente. les mélèzes ont pris leur parure dorée. cette fois-ci. Il faut la douce chaleur de midi pour rendre à leurs eaux un cours éphémère. sans tenir compte du calendrier. à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. Si l'enneigement ne se produit que tard en automne. On en reconnaîtra les effets. La première neige qui tombe au début de l'hiver ne marque pas le commencement de la saison favorable au ski. Certaines années. maître et seigneur. ceux-ci sont plus dangereux que s'ils restaient proéminents et visibles. Plus la neige s'est fait attendre et plus le froid a été rigoureux. De toutes les teintes si riches d’automne. Dans ce but. tels qu'ils étaient en automne avant la première chute de neige. Novembre est déjà bien avancé et. Toutes les éventualités sont possibles. l'enneigement préliminaire dure parfois jusqu'à fin décembre. On y monte sans décrocher la moindre pierre. Plus haut encore. rutilant dans l'air limpide et sur le fond rouillé des gazons. dès le commencement de l'hiver. le skieur doit tout d'abord s'entraîner. sans réussir pourtant à masquer les gouffres béants des crevasses. Ainsi. Tandis que nous. qui vivons dans le brouillard des plaines. Les conditions dans lesquelles se produit cette première chute de neige ont une importance capitale pour la sécurité du skieur qui s'aventurera plus tard en montagne. où pointent les tiges revêches des grarmuées. légère et ne s'est pas attachée au sol. les îlots de gazon sont encerclés de glaces poudrées à frimas. Le terrain passe peu à peu des conditions qui le rendaient praticable au piéton à celles qui le rendent propice au seul skieur. Or. L'auteur se souvient d'avoir été bloqué dans les baraques militaires de l'Oberalp. Sur le sol que les gels nocturnes ont durci et jauni. On a eu des années où la neige ne venait qu'après Noël. Il faut laisser à la neige le temps de combler les trous et de niveler les blocs de pierre. Cette neige est peu profonde encore. le sable des éboulis est devenu compact sous l'action du gel. Du reste. si elle était chassée par un vent du sud ou par un vent du nord. Celle-ci est toujours en retard sur l'hiver alpin et ces premières chutes de neige ne font que préparer le terrain. si l'on constate qu'en s'effondrant. la neige découvre des gazons roussis.CHAPITRE III L’HIVER ALPIN Sous la voûte pâle du ciel et lumière délicate du soleil. Les ruisseaux sont frangés de glaçons et de givre. Mais peu s'en faut. l'été de la Saint-Martin réserve parfois d'agréables surprises aux montagnards. et voici qu'à leur rencontre. Masqués sous une mince couche de neige. et le beau temps peut durer jusqu'en décembre. elle était sèche. elle a blanchi les taches luisantes et noires. toutes desséchées et dont le parfum s'est envolé dans l'air froid. qui tombe de maintenant. le 3 octobre 1917. car elle favorisera la formation des avalanches. skieurs citadins. Il importe dès lors de savoir si la première neige est tombée par une température voisine de zéro. il y a bien des chances que le terrain — les gazons et les pâturages tout spécialement — soit déjà profondément durci par le gel. enfin. l'or des mélèzes est la plus avancée. une forte chute de neige peut fondre rapidement sous l'action des pluies ou du fœhn et disparaître complètement. ces mélèzes s'en vont grimper bien haut sur le flanc des montagnes. on trouve une neige plus abondante que dans la haute montagne. La neige s'est mise à tomber sur les sommets. on ne découvre plus que de rares fleurettes. la zone des grands pâturages où. ne disparaisse plus avant le retour du printemps. Après la mi-octobre. Lui seul pourra constater les progrès de l'hiver sur l'automne. Il avait neigé sans interruption pendant plusieurs jours. là-haut. Dans les combes marécageuses. Mais nous reviendrons sur cette particularité dans notre chapitre sur les avalanches. Elles sont subtiles encore et semblent refléter l'azur du ciel. il choisira les régions d'altitude moyenne. Mais la première chute de neige importante ne fixe pas nécessairement le début de l'hiver alpin. semant leurs flocons toujours plus bas dans la vallée. les premiers jours d'automne semblent mettre un terme précoce à la belle saison. bien au contraire. a ia poursuite de son gibier. les chutes de neige abondantes sont généralement définitives. C'est que l'hiver peut tarder ou s'établir brusquement. ou par un grand froid . Dans l'autre cas. durcie aussi.

tout contribue à maintenir la sécheresse de l'air et la douceur du climat. d'un temps parfaitement stable. Pour obtenir cette inversion et la maintenir un certain temps. Ils pompent jusqu'à épuisement complet l'humidité qui échappe au gel. une succession de périodes plus courtes. les jours sont très courts et l'état des glaciers encore loin d'être satisfaisant. Mais la fin de l'année est souvent marquée par des tempêtes et de fortes chutes de neige. nous pouvons poser deux principes fondamentaux : 1er . D'autre part. on observera néanmoins. alors que la montagne rutile sous un soleil généreux et un ciel immuablement bleu C'est le moment où nos bulletins météorologiques indiquent généralement : « Brumeux dans la plaine : hauteurs claires. celle qui correspond à l'hiver proprement dit. Pour le citadin observateur. En mars par exemple. 2eme . La neige et les vents sont les deux principaux facteurs qui régissent les conditions hivernales de la haute montagne. Les couches d'air qui lui sont superposées en bénéficieront et leur température augmentera en conséquence . nous l'avons vu. Outre l'incertitude du temps. les conditions de température en plaine et à la montagne sont véritablement inverties. qui ne manquera pas de surprendre celui qui les parcourt pour la première fois. peut être continue ou alternative. caractérisée par des pluies et par la fonte progressive des neiges. Mais. sans plus rencontrer ces blocs proéminents qui rendent le terrain scabreux et désagréable. situé entre 1 500 et 2 000 mètres. selon les années. Tant que ces conditions météorologiques persistent en haute montagne. Dans la seconde quinzaine de janvier ou la première de février. il suffit de quelques jours ensoleillés pour rétablir dans l'air une sécheresse parfaite. A cette époque. Cette dernière phase de l'hiver alpin précède immédiatement la première de l'été alpin. Nous avons tout d'abord une période d'enneigement préliminaire . Une surface neigeuse est un puissant réflecteur qui. même par le mauvais temps A partir de la mi-janvier et jusqu'en mars. cette mer de brouillard est un signe infaillible de beau temps en montagne (1). accompagné de températures toujours ascendantes. puis une période de sécheresse maximale dans les hautes régions . Mais qu'on imagine leur puissance sur tous les corps dont l'orientation ou la substance favorisent l'absorption de la chaleur. les effets d'une chaleur pareille sont presque nuls. mais leur niveau diurne ne dépassera généralement pas de plus de 300 mètres leur niveau nocturne. il faut précisément un froid sensible dans la plaine. plus ou moins distinctes selon les années. plane ou fuyante. Tandis que la température de l'air reste voisine de zéro durant toute la journée.De par sa consistance sèche (et poudreuse au moment de sa chute). Nous croyons avoir suffisamment parlé de la première phase qui peut donc s'étendre d'octobre à janvier et qui correspond à l'enneigement préliminaire. C'est précisément là l'inversion de température dont nous voulions parler. Si la série typique ne se prolonge pas. ces effets resteront généralement les mêmes. les hautes régions présentent un aspect particulier. la plus curieuse et la plus intéressante des trois. cette couche de brouillard. L'hiver alpin compte en somme trois phases principales. même de plusieurs semaines consécutives. facilement accessible et d'où l'on puisse redescendre sans danger. durant laquelle la plaine se couvre d'un brouillard opaque. et cette humidité se condense en vapeurs qui descendent dans les zones inférieures. Ces longues périodes de beau temps sont particulières en janvier et février. car. Indépendamment du temps qui règne sur les hautes régions. C'est une constatation qui se vérifie presque chaque année. il n'est pas rare de voir s'établir en montagne une longue série de beaux jours. Le phénomène principal est cette inversion de températures qui. enfin un enneigement définitif. le second négatif. Ces chutes de neige présentent du moins l'avantage d'entretenir le terrain du skieur. c'est-à-dire durant toute la deuxième période de l’ hiver alpin. comme un jet d'eau la patinoire. le skieur choisira donc un centre bien enneigé. la renvoie dans l'air. Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques de la deuxième phase.Vers la fin de décembre. on verra qu'elle est bien supérieure à la température moyenne de la plaine. un thermomètre placé à même une surface exposée aux rayons solaires indiquera souvent plus de 40° centigrades. Il est donc préférable de remettre à plus tard les expéditions en haute montagne. Plus tôt ou plus tard dans la saison. les périodes de beau temps sont plus rares ou plus courtes. L'époque la plus favorable aux grandes ascensions est naturellement celle durant laquelle l'inversion de température atteint son maximum. C'est la fameuse série. à proximité d'un terrain favorable. augmentant encore la température des couches super-jacentes. tandis que le baromètre se maintient continuellement au même niveau. Plus l'atmosphère des hautes régions se dessèche. Le premier est positif. Sur une étendue neigeuse. les chutes de neige deviennent moins fréquentes et leur durée moins longue aussi. entrecoupées de chutes de neige. en montagne. en janvier et février. cette neige est soumise à l'action de tous les vents qui soufflent dans les hautes régions. plus elle devient perméable aux rayons solaires et plus leur intensité augmente. Que la série soit continue ou sectionnée. humide et froide. Pour ses vacances de Noël. La nuit. il pourra généralement gagner les refuges alpins.La neige tombant dans les hautes Alpes est absolument sèche de la fin de décembre au milieu de mars. ou bien quelque cabane plus élevée. au grand dépit de ceux dont les vacances sont irrémédiablement fixées entre Noël et le Nouvel An. si l'on calcule la moyenne nocturne et diurne à l'ombre. l'action du soleil sur la neige est presque nulle : c'est dire qu'elle n'en altère pas la consistance. Après quelques jours de régime sec. loin d'absorber la chaleur solaire. La sécheresse de l'air et la puissance solaire se combinent alors et se complètent d'une façon remarquable. A ce moment. le thermomètre descend très bas. où elles flottent et forment la mer de brouillard. Les belles journées sont rares à cette époque et ne commenceront guère qu'après la mijanvier. présentant des pentes orientées au nord. 1 Durant la journée. constitue un puissant réflecteur de la chaleur solaire. la puissance du soleil tend à soulever ces brouillards. ces conditions inverties sont moins caractéristiques.

Celle-ci s'accumule plus bas encore. En été. au moment où les arêtes et les sommets sont secs — c'est généralement le cas de janvier à la fin de mars — les neiges et les glaciers sont ravagés par les vents. du rapport dans lequel ces deux facteurs se contrarient. les faces et les sommets exposés à l'action de ces vents. De nombreuses observations ont permis à l'auteur de formuler les lois suivantes. Les glaciers exposés à la furie des vents d'ouest et du sud-ouest sont eux-mêmes dépouillés de neige. et au détriment des régions supérieures. il déplace cette neige au profit des régions inférieures ou abritées. ni adhésif. non pas dans les régions les plus hautes (où la chaleur solaire les dissipe aisément). La plupart des arêtes et des faces neigeuses sont verglacées durant tout l'hiver et exigeraient une taille de marches beaucoup trop longue. Car.Ceci posé. une fois labourée par les vents. celui qu'attirent les hautes cimes. A la faveur des neiges coriaces. Le vent détruit constamment ce que la neige édifie . pour jouir pleinement des névés en formation. il faut parfois attendre plusieurs jours avant que les arêtes rocheuses soient nettoyées. où il sait trouver un élément abondant et poudreux. mais il n'en est pas ainsi. profitera. mais dont l'exactitude est prouvée par les faits : 1e La neige beaucoup moins sur Les sommets que dans les vallées et. sur lesquels les vents n'ont plus aucune prise. voyons maintenant dans quelle proportion interviennent ces deux facteurs : neige et vent. Vers le milieu du jour. le skieur alpin est donc réduit à se plier aux conditions très spéciales qui l'attendent en montagne. hérissés de vagues. reste houleuse jusqu'à la prochaine précipitation. les arêtes ourlées de corniches — conditions printanières . qui permettent des montées rapides et directes. Si le vent ne soufflait jamais dans les Alpes. plus on monte. ou plus loin. Sous la chaleur toujours croissante du soleil. — Comme conséquence. Au printemps. il risque fort de s'exposer à de cruelles déceptions. Voici ce que dit Arnold Lunn dans son Alpine Skiing. les sommets sont surchargés de neige. directe ou indirecte (tourbillonnement). Un temps stable constituera toujours dans son jeu le principal atout . Elle conserve son caractère poudreux et. il gagnera le pied des arêtes et troquera au bon moment ses skis contre des crampons. toutes les arêtes. à cette époque précisément. ces névés offrent au ski une surface douce et régulière. Ceci s'explique par le fait déjà mentionné que les nuages qui produisent cette neige tendent à se condenser. comme elle est composée de légers cristaux. au sujet des arêtes rocheuses et des pentes de glace : «Les arêtes rocheuses sont généralement aussi sèches en hiver qu'en été. Elle ne peut donc pas s'attacher aux rochers et n'offre . restent dénués de neige -pendant tout l'hiver. mais dans les régions inférieures. qui peuvent sembler paradoxales au premier abord. il attendra le printemps et les premières semaines de l'été. C'est pourquoi. au contraire. qui enlèvent aux glissades tout leur charme et les rendent même fort pénibles. la neige. au moment où les conditions météorologiques sont stabilisées. Les périodes pendant lesquelles l'atmosphère reste absolument calme sont très rares dans les Alpes. En plein hiver. mieux encore. où les crevasses bâillent le plus souvent entre d'immenses étendues de glace noire. car il contribue à la sécheresse des hautes régions. en collaboration avec les vents. En été. Qu'il ne se laisse pas entraver. Mais. de la sécheresse des sommets pour les gravir au cœur de l'hiver. convertit cette neige en une croûte qui lui permet d'adhérer fermement aux rochers. Il évitera également les plateaux ravagés par les vents et les glaciers dénudés. L'alpiniste. d'une façon générale. où les glissades deviennent un véritable enchantement. dans les hautes régions que dans les basses. suivie du froid nocturne. après une tempête de neige. ni par les objections telles que la brièveté des jours ou le froid intense des nuits. ou. On pourra donc constater d'une façon générale que. Car ils sont franchement opposés. l'enneigement des hautes Alpes dépend en somme de deux facteurs principaux : la quantité des précipitations et la violence des vents. qui rendent les hautes cimes quasi inabordables. Ce fait est important. Les neiges qui tombent par un temps calme (castrés rare en montagne) sont arrachées ultérieurement par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. Plus le beau temps dure. Il évitera de préférence les montagnes exclusivement neigeuses et se rabattra sur des sommets mixtes ou rocheux. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. Celui qui cherche avant tout la « bonne neige » devra donc se confiner dans les régions d'altitude moyenne. Comme on le voit. S'il néglige ces précautions. 2° Les vents — surtout ceux d'ouest et du sud-ouest — jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes régions. ils paraissent flotter à la hauteur des cimes. et c'est là qu'ils se précipitent presque entièrement. en haute montagne. légère et poudreuse. ni par les préjugés. Elles ne se produisent guère que lorsque la neige est déjà bouleversée par la tempête. En élaborant ses plans de campagne. elle n'a pas un pouvoir cohésif. est sèche. Car. l'action du soleil n'est pas assez puissante pour transformer sa surface et l'améliorer comme au printemps. et il faut savoir lui subordonner tous les autres petits avantages. Lorsque nous observons ces nuages de la vallée. alors qu'en réalité. Ces deux facteurs sont en lutte presque continuelle durant tout l'hiver. La neige hivernale. les hautes Alpes contenteront donc rarement le skieur et l'alpiniste en mêmetemps. le phénomène inverse se produira. Ou bien. les précipitations sont beaucoup moins fortes qu'on ne le suppose. les neiges se transforment lentement en névés. qui vont intervenir à leur tour et disperser le peu de neige tombée aux hautes altitudes. en hiver. ils se trouvent sur le flanc des montagnes. Or. plus la neige devient coriace et désagréable. Les basses températures empêchent le soleil de la fondre. Elle tombe par une température très voisine de zéro. parce que moins exposé au vent. moins il y a de neige. la neige est adhésive. par contre. et la chaleur solaire. et la neige poudreuse reste au contraire une exception. c'est-à-dire durant la deuxième période de l'hiver alpin.

Il existe. C'est là le ‘playground’ par excellence. Si l'été n'est pas très chaud. de fait. mais son épaisseur n'est généralement pas suffisante. Aux basses altitudes. Si l'on préfère l'alpinisme. bien que la neige. «Aux basses altitudes. mars conserve tous les agréments du plein hiver. Ceci peut sembler paradoxal. Ce n'est pas le cas. il n'est guère que l'Oberland bernois qui soit assez facilement accessible pour attirer les skieurs au printemps et même en été. Selon l'inclinaison et l'orientation des pentes. lorsque la neige repose sur des plaques rocheuses. est toujours possible. Une surface neigeuse ne peut jamais devenir une surface glacée. ni les arrières désillusions. Alors que celle-ci favorise presque uniquement l'alpiniste. Malheureusement. Un temps stable... il est souvent plus facile d'escalader une arête rocheuse en hiver qu'en été. vous trouverez parfois des pentes de glace en miniature. ensuite parce que le printemps en offre d'autres. les hautes Alpes n'offrent rien de bien tentant pour le skieur proprement dit. qui resteront glacées durant tout l'hiver. D'autre part. Il représente le dernier mois de la période centrale. il servira de tampon entre les deux dernières phases de l'hiver alpin. de cols faciles et même de sommets bénins. le skieur exigeant sera donc rarement satisfait par les conditions de la neige en haute montagne. la neige superficielle fond au soleil. C'est en mai et juin qu'a lieu cette transformation. de larges vallons. Ceci dépendra beaucoup du temps. il est probable que la plupart des skieurs s'y rendront au mois de mai. Aux altitudes moyennes.aucune résistance au vent. Si le temps est beau et calme. Pourquoi donc une pente de neige ne se transforme-t-elle jamais en glace dans les hautes Alpes ? Je suggere l'explication suivante : une pente de neige se transforme en glace parce que la neige. où il pourra goûter toutes les joies du ski. la neige repose sur de l'herbe ou de la terre. Mars présente en outre deux grands avantages: une clarté diurne plus longue et des glaciers mieux couverts. dont l'accès se fera sans peine et dont la descente offrira tous les charmes de la glissade sur une neige parfaite. une quantité de pentes favorables. entre 1 500 et 2500 mètres d'altitude. réservé tout spécialement au sportsman. « Le vent. c'est-à-dire en mars. Mais reprenons notre examen météorologique au point où nous l'avons abandonné. Il nous reste à étudier la troisième phase de l'hiver alpin. le mois de mai venu. L'auteur a longtemps considéré le mois de mars comme l'époque la plus favorable à l'alpinisme hivernal. mais jamais de glace. la neige qui couvre un toit de chalet présentera généralement une couche inférieure de glace. et surtout du fœhn. connu. Par le beau temps. Et si.. C'est dire que. mais beaucoup plus rare. qui nettoie si bien les arêtes rocheuses. ou phase centrale. elle reste la meilleure pour tous ceux qui sont alpiniste et skieur au même degré. Peut-être s'imaginent-ils qu'une pente de neige se transforme en pente de glace par suite du gel superficiel. et la glace qui se forme sur les rochers devient apparente. durant tout l'hiver du calendrier. Les montagnards prétendent parfois qu'un été très chaud produit des pentes de glace. Par conséquent. beaucoup de pentes neigeuses conserveront leur blancheur immaculée et resteront neigeuses durant tout l'hiver. plus ou moins englobé dans l'une ou l'autre de ces phases. marque en somme l'apothéose de la saison hivernale. surtout si le toit est en tôle ou en pierre. rencontrera des neiges de caractère hivernal ou de caractère printanier. les pentes supérieures présentent toujours autant de glace en janvier qu'en octobre. par suite de ce gel superficiel. La sufarce glacée inférieure devient de plus en plus épaisse et la couche de neige superficielle de plus en plus mince. en fondant. Actuellement encore. et cette surface absorbe la neige fondante. Une pente glacée en octobre restera glacée tout l'hiver. Celui-ci fera donc mieux d'éviter ces hautes régions jusqu'en mai. tend également à enlever toute neige tombant sur les pentes de glace. au lieu d'aller tâter des neiges printa-nières en haute montagne. L'eau pénètre le sol au lieu de se congeler à sa surface. car la neige qui y tombe n'a aucun pouvoir adhésif et sera enlevée au premier coup de vent. mais qui. c'est-à-dire jusqu'en mars. pareil à celui des séries hivernales. il n'aura pas absolument tort. on peut du reste monter en train au Gornergrat et trouver là-haut d'excellentes conditions sur d'immenses glaciers. c'est même la seule qui lui soit franchement favorable. Mais un bel automne aura comme conséquence de découvrir les pentes glacées. étudié. mais s'explique pour deux raisons au moins : d'abord parce que les charmes du ski printanier sont encore méconnus . sa surface est le plus souvent durcie et «houlée » par les vents. Durant un été chaud. entre autres cette sécheresse parfaite des hauts sommets. Mars forme le trait d'union entre l'hiver et le printemps du calendrier. Disons tout de suite qu'elle diffère complètement de la phase précédente.. Selon les années. si favorable à l'alpiniste. celle-là n'est guère propice qu'au skieur. il préfère suivre le cours des frais ruisseaux et cueillir des violettes. Durant la deuxième. janvier et février sont plus avantageux. Par exemple. en hiver. et même qu'en janvier. pour les raisons exposées . Le processus usuel de fonte et de gel alternatifs permet à cette neige de s'attacher fermement à la glace et finit par la couvrir d'un tapis compact et croûte. Lorsque Zermatt sera desservi toute l'année par son chemin de fer. alors que la couche serait suffisante. on. une pente de glace est transformée en une pente de neige lorsque la neige tombant à une température juste inférieure à zéro s'attache à la glace. Les alpinistes inexpérimentés sont souvent surpris de constater que les pentes terminales des sommets sont plus glacées (plus noires) en hiver qu'en été. Durant la première phase (novembre-décembre). La fonte et le gel alternatifs produisent une neige de plus en plus dure. Par conséquent. cette neige peut être favorable. puisse disparaître de la glace qu'elle recouvrait. sans en éprouver ni les désagréments. Aussi fera-t-il bien de s'y confiner. et. fondant en eau. Cette humidité n'est pas absorbée par le rocher et elle gèle conséquemment. celle que l'on appelle généralement printemps. Le danger des crevasses est donc moins grand. Dès le 1 er juin. le terrain choisi. En haute montagne. se dépose sur une fondation rocheuse. » Durant les deux premières phases de l'hiver alpin. dans les hautes Alpes. plus séduisants et moins éloignés des villes. les conditions sont certainement meilleures en mars qu'en décembre. les arêtes rocheuses exposées au vent sont normalement dégagées de toute neige. c'est l'époque durant laquelle les skieurs sont les plus rares en haute montagne.

le temps se rétablit généralement et. il est plus facile d'en prédire le début et surtout la fin. Au printemps. et jamais les glaciers ne sont mieux couverts. En mai et juin. séparés entre eux par des crêtes en miniature. Les avalanches sont évidemment plus fréquentes en mai qu'en janvier. Parfois il rentre dans la période transitoire de l'hiver au printemps. plus la neige devient coriace et houleuse. et cela sans constater de variations sensibles dans la surface neigeuse. En évoquant les charmes du mois de mai. Ce que nous allons dire des conditions nivales du mois de mai est encore valable en juin et même au commencement de juillet. En mai. en mai. Aussi longtemps que le beau temps persiste. Avril offre beaucoup d'analogie avec le mois de mars. à poursuivre sa campagne à pied. écrit Lunn ( 1). Dans les régions d'altitude moyenne. dangereuse. le skieur pourra compter sur une neige parfaite. » Juin ne diffère de mai qu'en ce que la limite inférieure des neiges est encore plus élevée. Une fois sur les glaciers. lorsque la surface des neiges est suffisamment adoucie par l'action du soleil. plus le beau temps dure.précédemment. adhérer à un terrain quelconque. mais. plus leur enneigement sera tardif ou minime. tant qu'il n'a pas perçu le concert par lequel la montagne salue le printemps. qui procure au skieur une immense confiance. les Alpes ne sont plus merveilleuses qu'en mai. de par sa consistance. les efforts de l'ascension sont bien diminués. même exposé au vent. « Jamais. la neige est soumise alternativement à la fonte diurne et au gel nocturne. La limite inférieure des neiges est naturellement beaucoup plus élevée au printemps qu'en hiver. C'est la meilleure saison pour les longues expéditions. En hiver. n'a plus sur elles aucune influence. et. Sous l'action réitérée du soleil. d'une altitude même inférieure à 1 500 mètres. Vous commencez votre journée en décrivant des virages à la descente d'un col glaciaire et vous la terminez au coucher du soleil par une flânerie entre les pins odorants. hors de leur portée. il est mieux d'attendre le mois de mai. bien qu'en certaines régions. en règle générale. Au printemps. en tirant ses skis derrière soi. Nul n'a réellement entendu le murmure des eaux. et finira par disparaître complètement sous l'action du fœhn et des pluies. Vous flânez durant des jours dans l'éclat lumineux des glaciers. la neige deviendra lourde. C'est le premier stade de la neige des pénitents (nieve pénitente) et si le skieur ne veut pas devenir pénitent lui-même. le grand apôtre du ski printanier. selon les années. Le danger d'enfoncer ces ponts est donc très minime. les beaux jours sont rares en avril. brusquement. Aussi n'est-il plus question ici de la zone subalpine. Sa consistance plus homogène diminue le risque des avalanches. le skieur alpin va trouver des conditions parfaites aux hautes altitudes. les avalanches ont un horaire et un cours beaucoup plus réguliers. . le terrain favorable ne commence guère qu'au-dessus de 3 000 mètres : c'est la zone des glaciers proprement dite. vous atteignez quelque fenêtre ouverte suc les vallées et sur la verdure extraordinaire du printemps. Mais. car l'été est venu. Dès le fin d'avril. c'est. Le vent. C'est une neige confortable par excellence. Mais. de bon matin. On pourra se passer de corde pour parcourir la plupart des glaciers. Ce qui fait le charme de cette neige printanière. C'est. Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent. par contre. On évite ainsi tous les longs détours d'une piste en zigzags. je sais qu'il n'y a pas de beauté égale à celle des montagnes en mai et pas de skiing comparable à celui du printemps sur les glaciers. Vous pouvez partir en ski d'un sommet supérieur à 4 500 mètres et descendre d'une seule glissade jusqu'à la cabane. Plus souvent la neige sera fondue et gelée. Le soleil les transforme. dont la musique n'est jamais plus agréable à ceux qui ont vécu dans le silence des neiges. sur laquelle vous glissez toujours à la même vitesse. Enfin. En mai. Les neiges se tassent. il fera mieux de clore la saison. la traversée des eols glaciaires et l'ascension des cimes neigeuses. Certains journaux publient un bulletin météorologique accompagné d'une carte 1 Alpine Skiing. avant tout. le temps est presque toujours moins stable qu'en mai. l'enneigement ne commence réellement qu'en avril ou mai. Quant à la descente. Les neiges se creusent de légers sillons ou d'entonnoirs circulaires. Mai est sans contredit la meilleure époque pour le parcours des glaciers en ski. En hiver. dans les hautes régions. en effet. du reste. Même ea fondant. et c'est là un avantage qui n'est certes pas à dédaigner. en juin. si l'on préfère le ski. p. 99. son étonnante régularité. elle conserve ce caractère cristallin particulier aux névés. alors que la neige peut. au commencement de mai au plus tard. ce terrible ennemi des neiges. et cela à toute heure du jour. les améliore constamment et les rend bientôt insensibles à l'action du vent. les séries de beaux jours sont fréquentes. elle ne commencera que vers midi. Juin est également excellent. le froid presque insensible. elle est au contraire compacte et résistante. cette neige s'améliore constamment. En mai. les glaciers s'améliorent considérablement et les crevasses finissent par se ponter solidement. — S'il est difficile de prévoir la durée d'une période de beau temps. jusqu'à la rivière plus bas. on puisse pratiquer le ski matin et soir jusqu'au milieu de mai. On part à pied. Prévision du temps. meilleure elle deviendra. Vers la fin du mois. humide. mais une caravane de skieurs expérimentés courra moins de risques au printemps qu'en hiver. les jours sont longs. l'époque où le fœhn souffle avec le plus de violence. les avalanches peuvent tomber n'importe où. et l'on monte sur la neige gelée. c'est tout le contraire. on est. Car. leur beauté est faite de contrastes. La neige qui ponte les crevasses n'a plus cette consistance poudreuse qui la rend si fragile . Le soleil est si puissant à cette époque qu'il finit par exercer un pouvoir érosif considérable. à travers des pâturages émaillés de gentianes et d'anémones. J'ai fait des courses à toutes les saisons et j'ai vécu durant des années parmi les montagnes . je ne puis m'empêcher de citer ici quelques lignes de mon ami Arnold Lunn. mais il est généralement caractérisé par des tempêtes et un fort enneigement.

15. Ce bulletin s'affiche également dans les principales villes et dans certaines stations de montagne. de Zurich (Hongg) à 13 heures et 19 heures. Ceux du sud-ouest sont les plus violents. Le ciel se voile légèrement. se déplace vers l'est. Celui-ci a commencé par souffler du sud. mais aussi de sa durée. Ils soufflent rarement en phases déterminées. Comme conséquence. A mesure que la dépression se rapproche. Plus la dépression s'éloigne. Non pas que cette violence soit beaucoup plus grande en hiver qu'en été. chaque bureau téléphonique doit posséder à partir de midi la prévision émise à 11 h. mais le froid.représentant par des courbes isobares la pression barométrique telle qu'elle est répartie sur notre continent. au Congrès international de l'Alpinisme. C'est. de sorte que les flèches indiquant la direction des vents sur la carte du bulletin décrivent une rotation inverse à celle des aiguilles d'une montre (dans notre hémisphère nord. et. les deux prévisions journalières du bureau météorologique central sont répandues par radiotéléphonie de Lausanne à 13 h. du sud-ouest et de l'ouest. Ces propositions ont été publiées dans l'Alpina et ont amené le Comité Central du C. puis il a tourné à l'ouest. Un maximum de pression barométrique s'établit sur l'Europe centrale et. ces précipitations augmentent et s'étendent encore. 1 En Suisse. une température élevée et de fortes précipitations sur le versant méridional des Alpes. nous avons toutes les chances de beau temps. S. Les vents du sud-ouest apportent dans l'air une certaine humidité qui va se condenser en brouillards au flanc des montagnes. les bulletins météorologiques indiqueront généralement l'inversion de température dont nous avons parlé plus haut : « Brumeux dans la plaine . les Alpes sont généralement évitées par le centre des dépressions et. tant qu'il s'y maintient. En tout cas. Autour d'une dépression barométrique. 55 . et par conséquent dans toutes les Alpes). Au cœur de l'hiver. Mais. La phase transitoire entre le vent et la bise marque presque toujours la fin des précipitations. mais plus grande que celle des autres vents. Ils ont le droit d'exiger que les sociétés de développement mettent à leur disposition ces renseignements dans tous les centres du tourisme . engourdit et démoralise bien vite celui dont la volonté et l'énergie ne seraient pas à toute épreuve. Puis des brouillards. A. si elle ne s'attarde pas dans la région des Iles Britanniques. le skieur ne peut évidemment pas consulter les bulletins météorologiques. telles que les phases diurnes de la bise. et nous y reviendrons plus loin. les effets de ces vents se vérifient d'une façon frappante sur toutes les arêtes et les faces orientées au sud-ouest. enfin il saute assez brusquement au nord-ouest et au nord. au moment où la dépression franchit notre méridien. Celui qui a éprouvé la violence d'une tempête en haute montagne peut seul comprendre les risques qu'elle présente pour la vie du malheureux qui s'est laissé prendre. Les émissions de 13 heures contiennent aussi la description générale de l'évolution isobarique en Europe. Si la dépression barométrique se déplace rapidement à travers notre continent. En haute montagne. les vents d'ouest-sud-ouest ne tardent pas à tomber. Or. en effet. la voie la plus fréquente des minima et maxima à travers notre continent. puis du nord et du nord-est. Elles permettront probablement de réaliser la proposition que je crois avoir été le premier à faire. le ciel s'éclaircit et le froid augmente. et le skieur prudent fera bien de fuir devant la tempête. Leur intensité est généralement moins régulière. à constituer une commission chargée de s'occuper de ce problème. nous enregistrons une baisse de température. C'est le moment psychologique pour entreprendre de grandes ascensions.Nous avons dit que les vents qui accompagnent les tempêtes de neige soufflent généralement du sud. de sorte que les dernières neiges tomberont généralement « de bise ». Les vents d'est et du sud-est sont les plus rares dans nos Alpes. en soufflant du nord. qui semblent surgir des vallées. Ce sont là des augures infaillibles. . hauteurs claires ». elle annonce un changement de temps presque certain et plus ou moins imminent. Le cas le plus généralement observé est le suivant : la dépression barométrique venant de l'ouest (océan Atlantique). bien qu'ils apportent précisément le plus de neige. où les vivres peuvent manquer avant la fin de la tourmente. les isobares sont généralement plus ou moins concentriques et les vents prennent une direction tangentielle à celle dé cès isobares. il doit se fier aux signes du temps. en passant au nord des Alpes. En arrachant la neige superficielle. les vents prennent la direction même des isobares. toutes luisantes au soleil. puis sur les sommets. Le cycle dont nous voulons parler ici est constitué par des vents soufflant successivement du sud-ouest. qui accompagne toujours le vent. car il ne sait jamais combien de temps elle durera. ils découvrent des rochers secs qui nous apparaissent plus noirs qu'en été et des parois de glace d'un bleu verdâtre. sous le nom de bise. et. soulève la neige en tourbillons. Les bureaux téléphoniques communiquent ces prévisions contre une taxe minime de 20 centimes. m'écrit ML. 30 et 19 h. comme on le sait. le temps dépend toujours de la répartition des pressions barométriques (1). A ce moment. Cycle des vents. Lorsqu'elle franchit notre méridien. Dès qu'une nouvelle dépression apparaît à l'ouest du continent. nous observons presque régulièrement un changement de vent. le professeur A. les touristes disposent maintenant en Suisse de moyens rapides pour se renseigner. de Quervahn. de l'ouest. envahissent la montagne. Les vents du sud présentent souvent les caractéristiques du fœhn. pour reprendre peu après. mais il reste assez clair jusqu'au dernier moment. 15 à partir de 18 heures la prévision émise à 17 h. Les effets du vent dépendent non seulement de sa violence. sur la base d'une carte du temps qui n'est pas publiée. de munir certains refuges d'appareils de réception permettant de se rendre compte de la situation générale du temps. s'il ne porte pas de baromètre sur lui. plus les précipitations diminuent . et mieux vaut ne pas être bloqué dans une cabane. il y a plusieurs années. En plus. nous observons des vents du sud. Lé vent redouble de violence. qui est en train de se réaliser. nous avons vu qu'ils jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes Alpes. à une altitude de 2 000 mètres. Au moment où cette dépression aborde la région de la Manche. Il commente brièvement la situation météorologique et prédit le temps du lendemain.

Le fœhn sec (ou fœhn proprement dit) est moins violent que le fœhn humide : c'est une sorte d'atmosphère chaude qui semble absorber l'humidité de l'air. diminue à mesure que la dépression barométrique s'éloigne. plus les vents nous paraissent froids. tantôt humide. jusqu'à de hautes altitudes. Il est provoqué par une forte différence de pression sur les deux versants des Alpes. ses effets sur les neiges sont aussi plus considérables. Le fœhn est tantôt sec. L'air est parfaitement calme. Dans certains endroits abrités. et l'air du versant sud. il peut souffler en plein hiver et nous apporter des conditions printanières anormales. placé sur un habit étendu en plein soleil. montera en quelques minutes à 40 centigrades. nous ne connaissons que le fœhn du sud (ou fœhn proprement dit). tous les vents sont froids et détestables pour celui qui n'est pas équipé en conséquence. Cette bise est plus froide et plus désagréable encore que les vents d'ouest-sud-ouest. Lorsque les vents du sud prédominent. L'équilibre est alors rompu. il serait en tout cas fort désagréable. la bise peut souffler en ouragan. C'est pourquoi un vêtement ad hoc. lorsque tous les nuages se sont dissipés. Il est caractérisé par des périodes plus ou moins longues de ciel intensément bleu et de chaud soleil. passant par-dessus la chaîne. tombe dans les vallées ouvertes au pied nord des Alpes. par suite du contraste. Le fœhn doit précisément sa chaleur et sa sécheresse à cette chute sur le versant nord. le fœhn peut souffler et la pluie tomber par une forte pression barométrique. ces contrastes de température sont beaucoup plus sensibles en hiver qu'en été et finissent par éprouver sérieusement le skieur alpin. plus le soleil est chaud. mais plus caractéristique que les autres vents. par suite du courant d'air. nos vêtements absorbent toute cette chaleur. succédant à la précipitation sur le versant sud de toutes les nuées formées durant son mouvement ascensionnel (1). E est ce que les Tessinois en particulier et les Italiens en général appellent la tramontana . Tant que dure le beau temps. En hiver. Comme elle succède le plus souvent à des précipitations et que sa durée est généralement plus longue que celle des vents d'ouestsud-ouest. sur le versant opposé. Lorsqu'une dépression passe au nord des Alpes. la température de l'air semble d'une douceur exquise. C'est un vent intermittent qui vient et passe. Un thermomètre. Ce sont les fameuses séries dont nous avons parlé plus haut et qui sont plus stables encore que celles produites par les vents du nord. Le skieur prudent restera donc chez lui ou attendra patiemment au refuge l'éclaircie désirée. assez forte au début. La houle qui se forme sur les champs de neige (et dont nous parlerons au chapitre suivant) est presque toujours due à l'action de la bise. Mais. et provoque toujours une élévation de température et une fonte considérable des neiges. elle produit une aspiration qui entraîne l'air des vallées. 1 Sur le versant nord des Alpes. pour peu qu'un vent se mette à souffler. Mais. étonnant a qui n'y est pas accoutumé et permettant des siestes en bras de chemise à 4 000 mètres d'altitude. la chaleur solaire peut même devenir incommodante. à cause de la violence de la bise. Or. parce qu'elle coïncide régulièrement avec un sensible abaissement de la température. nous n'éprouvons guère les températures diurnes que par le beau temps. Le fœhn est le vent typique du printemps. Ceci est important. en montagne. le temps est presque toujours mauvais. imperméable à l'air comme à l'humidité. est indispensable. Par un temps radieux. car. le fœhn souffle du nord pour les mêmes causes et les mêmes raisons. Cependant. le froid nous paraîtra désagréable. ravageant en quelques heures le tapis de neige encore épargné par les vents. Le fœhn est moins fréquent. où l'air ne circule pas.La violence de la bise. ce sont précisément les vents qui règlent la température. Ou bien elle présentera une période diurne dont l'intensité sera maximale au milieu du jour. Le fœhn humide est peu connu : il souffle violemment du sud-ouest et peut provoquer des pluies même en plein hiver. Or. A ce moment. Même si le parcours d'une crête était possible. il est souvent impossible de tenter une ascension. En haute montagne. mais.

à moins que les skis ne soient préalablement mouillés par le passage dans une neige humide. parallèles à la direction du vent.) La neige tombe en cristaux hexagonaux. et. aucun auteur n'en a poussé l'étude aussi loin que Lunn. Moins il fait froid. le vent et la fonte (2). 4. à son tour. — NEIGES. elle s'améliore constamment sous l'influence du gel. Jamais elle ne colle. Cette cristallisation (stage intermédiaire entre la neige poudreuse et la neige croûtée) est encore très favorable au ski. la neige poudreuse peut être transformée en neige molle par la fonte. Dès son origine. Sous l'action d'une fonte persistante. Après deux ou trois jours. le soleil la transforme peu à peu en neige printanière. la couche aura diminué de 30 à 40 %. un léger souffle de bise peut également produire une congélation fibreuse. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. Cette neige est poudreuse. Tout en restant poudreuse. pour peu que la pente soit exposée en plein soleil. plus vite elle se tasse. 3. qui craquent sous les skis comme des feuilles mortes en automne. ou névé. 4° Neiges printanières (ou névés). Il est probable que la prochaine décade verra paraître une monographie complète de la neige. et moins encore qui nous aient fait part de leurs expériences. il en est bien peu qui se soient donné la peine d'étudier à fond sa consistance. mais cette transformation n'a généralement lieu qu'au printemps. et son chapitre intitulé Snowcraft (1) — bien qu'il ne soit pas une étude scientifique proprement dite — nous donne. cette surface deviendra croûteuse. s'allongent et peuvent prendre l'aspect de feuilles. Dans les endroits abrités et dans le voisinage des ruisseaux ou des marécages. la neige n'est plus affectée que par deux facteurs sur trois : le soleil et la fonte. la neige croûteuse peut disparaître. des détails poussés jusqu'au raffinement par un skieur de premier ordre. le cycle des neiges ne présentera que rarement la régularité chronologique 1. la neige fondra et sera croûtée par le gel subséquent (neige croûteuse). sur les différentes espèces de neiges. elle forme des cristaux. En attendant. causée par les rayons du soleil. Dans ce cas. Que savons-nous de la neige au point de vue scientifique? Sur les millions d'êtres qui la foulent aux pieds ou la parcourent en ski. Au cours de l'hiver alpin. il se forme sous les skis une couche de glace. Arnold Lunn est probablement l'homme qui a passé le plus d'heures à scruter les neiges. la neige finira par disparaître complètement. les neiges poudreuses deviennent molles. Dès que la fonte se produit. mais la durée du cycle est toujours limitée par deux chutes de neige consécutives. Nous sommes donc tout naturellement appelés à profiter de ses expériences et nous lui devons gré du temps et de la patience consacrés à ces recherches. (température de l'air inférieure à 0°. Une quantité de combinaisons intermédiaires sont possibles. 2.CHAPITRE IV LA NEIGE ET LES AVALANCHES A. le soleil et le vent (indépendamment ou simultanément) contribuent à durcir la surface poudreuse. Nous pouvons donc classer les neiges en quatre grandes catégories : 1° Neiges poudreuses . qui forme de longs cristaux. à laquelle elle adhère fortement. nous allons la simplifier et l'ordonner quelque peu. douces et collantes. légère. Ces cristaux grandissent chaque jour. Trois facteurs peuvent alors intervenir et modifier sa consistance : le soleil. Au milieu du jour. cette neige est poudreuse. 1° Neiges poudreuses. et lorsque sa profondeur ne dépasse pas 20. II. si cette fonte persiste assez longtemps. Par contre. Elle contient une grande quantité d'air qui s'échappe peu à peu. 30 centimètres. 1 Alpine Skiing. Dans ce cas. cette neige peut subir de légères transformations. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. 3° Neiges croûteuses (éventées) . à mesure que la neige se tasse. ou en neige croûteuse par le soleil ou le vent. Si le vent ne soufflait jamais et que la température fût toujours inférieure à 0°. Lorsque la fonte n'intervient pas. 2 . Nous adoptons ce terme de fonte pour caractériser une température générale de l'air supérieure au point de congélation (fœhn). Lorsqu'elle vient de tomber et que la température est inférieure à 0°. Une fois croûtée. Cette neige fraîche est loin d'être compacte. Pour rendre sa synthèse plus claire au lecteur. Elle est produite en grande partie par la condensation des brumes qui stationnent durant la nuit auprès des cours d'eau. il est bien entendu que la température de l'air à l'ombre reste inférieure à 0°. alors que la chaleur solaire est maximale. Disons tout d'abord brièvement quelles sont les transformations successives de la neige. Tant qu'elle n'a pas été abîmée par le vent ou la fonte. Cette neige feuilletée est excessivement glissante et présente un charme tout spécial pour le skieur. 2° Neiges molles (collantes) . Mais. Le vent n'exerce sur elle plus aucune altération apparente. par opposition a la fonte purement locale. est la meilleure neige pour le ski. chap. En quelques jours.

et la surface neigeuse devient dense et compacte. La neige. Nous avons déjà parlé de la neige molle croûtée par le gel. si désagréable au skieur. de par sa consistance. même s'ils sont humides. stratifiée durant le premier stade. Bien qu'elle n'adhère jamais aux skis. et l'érosion a laissé en relief deux barres neigeuses. Lorsque le vent devient très violent. Elle devient lourde et colle sous les skis. et sur toute pente rapide en général. Vous aurez peut-être remarqué sur un champ de neige des traces de skis en relief. Lorsqu'on parcourt ces neiges en ski. durcie par le vent. Cette neige cartonnée. Voyons maintenant les effets du vent sur la neige poudreuse. 3.-W. La fonte est due aux vents du S. contrastant avec la surface des secondes. perd rarement sa consistance cristalline et granulée. est très dangereuse parce qu'elle forme des gonfles (qui crèvent sous le poids du skieur) et des avalanches connues sous le nom de planches de neige (Schneebrett . Elle reste. c. sèche et légère. Un léger vent (d'où qu'il provienne) exerce sur la neige poudreuse une sorte de stratification. Par contre. le fœhn provoque une atmosphère lourde qui détruit la formation cristalline de la neige fondante et transforme cette neige en une pâte mouillée et lourde. semblables à ceux des névés. Ici. au contraire. ne reprendra plus jamais sa consistance poudreuse originale. et spécialement au fœhn. mais peut se manifester également en plein hiver (1). et qui sont d'autant plus gros qu'ils sont plus près de la surface neigeuse. les légères strates (mentionnées au premier stade) se transforment en de véritables vagues qui peuvent atteindre plus d'un demi-mètre de hauteur. qui augmente sa densité. très commune dans les hautes Alpes en plein hiver. comme les rides formées par le zéphyr sur un étang. plus ou moins épaisse selon le gel. une fois fondue. C'est ce que Lunn appelle : cake powder (poudre à gâteau). Elle est très fréquente dans nos Alpes. Ce phénomène s'explique de la même façon que celui des vagues. . Sous l'action d'un vent violent et persistant. Son action est donc tout d'abord érosive. Le vent a seul le pouvoir de former une croûte sans que la neige fonde préalablement. Il attaque les flancs des îlots qui lui sont opposés. Après la fonte et dès que la température tombe au-dessous de 0°. C'est la neige cartonnée. présente superficiellement des parties plus denses que d'autres (densité due à l'action du soleil ou des vents primitifs). Cette neige en vagues (en norvégien : skavla est la surface la plus atroce qu'il soit donnée au skieur de parcourir. l'action du soleil (qui est beaucoup plus efficace sur ces pentes que sur des plateaux) précède généralement celle du vent et en annule les effets..2° Neiges molles. La neige qui fond au soleil. et c'est précisément cette consistance qui la rend propice au ski. L'épaisseur de cette croûte varie entre un et plusieurs centimètres et casse irrégulièrement sous le poids ou les ébats du skieur. Elle est normale au printemps. 2 Nous appelons neiges éventées celles dont la croûte est due exclusivement à l'action des vents. lourde et lente. Elles irisent la neige. 4. Nous appellerons cette neige neige stratifiée. Si le vent augmente en intensité ou en durée. son action sédimentaire s'accroît naturellement. les cristaux de neige s'agglutinent et la neige se tasse. En outre. on trouvera rarement cette neige en vagues. sur les plateaux ou les glaciers exposés à la furie des vents (et principalement de la bise). Ceci provient de la formation de cristaux granuleux. Ces strates correspondent aux zones les plus résistantes de la surface neigeuse. la neige molle se couvre d'une croûte glacée. Par l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. une fois gelée.-S.. S. S.).-E. on n'éprouve qu'une très faible résistance.) Au moment où la température de l'air devient supérieure à 0°. Par l'action du vent sur une neige poudreuse . Sur les pentes latérales. sur des pentes rapides (S. surtout à la fin d'une série de beau temps.-W. est. Elle est également contraire à 1 Le fœhn a toujours sur la neige un effet plus nuisible que le soleil. C'est une des neiges les plus désagréables au skieur. Par contre. les arêtes proéminentes font face au vent et soustraient à son pouvoir érosif une surface légèrement inclinée vers l'arrière. b. voir Avalanches). creusant toujours davantage autour de leur base. et celles-ci se transforment en îlots de formes et de grandeurs variées. La neige poudreuse. Le troisième stade de détérioration correspond à la formation d'une véritable croûte. Le passage des skis dans la neige exerce sur elle une certaine pression.. Il faut précisément de vastes étendues pour laisser libre cours aux forces déchaînées du vent. Ce sont de beaucoup les plus intéressants et les plus compliqués. Leur hauteur dépasse à peine quelques millimètres. Il faut distinguer quatre variétés de neiges croûteuses éventées (2) : 1. La neige poudreuse. Leur direction générale est perpendiculaire à celle du vent principal. la victime favorite des vents. (température de l'air supérieure à 0°. dont l'aspect est d'autant plus apparent que leur direction était parallèle à celle du vent principal. dans une atmosphère sèche. Les neiges croûteuses peuvent être formées : a. elle peut refondre sans plus jamais coller. sans perdre complètement sa consistance poudreuse originale. cette neige refondue ne sera jamais très glissante. Le vent est venu: il a dissipé l'élément poudreux partout où sa densité était faible. 3° Neiges croûteuses (ou éventées). 2. Ces croûtes sont généralement plus épaisses comme celles produites par le soleil et le gel. peu glissante et très dangereuse sur lea pentes rapides (voir Avalanches). semblable à celle des vents sur les nuages (stratus) ou sur les sables (dunes). il arrache la neige tout autour de ces parties denses. Les neiges éventées se distinguent des neiges croûtées par leur teinte crayeuse et mate. La formation des vagues procède à l'inverse de celle des dunes de sable. Par l'action du gel sur une neige molle ou printanière .

La croûte mince cassera.n'offrant aucune résistance latérale. Nous appellerons donc cette dernière catégorie : neiges printanières. Le jour. avant le lever du soleil. avons-nons dit plus haut. L'action du soleil sera maximale entre 12 et 14 heures environ sur une pente orientée en plein sud et dont l'inclinaison est normale par rapport à ses rayons. et sous l'action du soleil printanier. Au début.. La poussière neigeuse entraînée par son souffle va se heurter violemment aux vagues en formation et finit par y adhérer en partie. Il y a donc simultanément érosion et sédimentation.provoquera un pénible dérapage. Nous venons de voir que l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse produit une neige croûteuse. Elle forme des cristaux qui conservent un certain temps leur caractère feuilleté. L'effet du soleil sur la neige dépend beaucoup plus de l'inclinaison et de l'orientation de la pente neigeuse que de la durée de l'insolation. ce terrain présentera des croûtes d'épaisseur très variable. En étudiant attentivement la consistance des neiges sur ces pentes sud. les pentes nord peuvent conserver leur neige poudreuse des semaines. Lorsque le processus de fusion diurne et de gel nocturne se répète jour après jour sous un ciel sans nuage. Il nous reste encore à voir quelle est l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. et nous rencontrons alors des vagues à moitié formées. Ou bien. séparant des espaces de neige encore poudreuse. la croûte s'épaissit et devient de plus en plus dure. même si elle n'est pas glacée. par contre. A température égale (de nuit. le soleil fondra la neige.et la croûte solide. Par contre. Croûte filmée. En parlant de la neige poudreuse. sur des glaciers couverts de croûte « filmée ». Le jour. que favorables au skieur. pour devenir de plus en plus compacts et granuleux sous. Sa consistance perforée a l'avantage d'offrir aux skis une certaine résistance. plus l'action solaire y sera puissante. Plus la pente est rapide et plus la croûte était solide durant la nuit. l'action alternée du soleil et du gel. Lorsque les skis commencent à tourner dans le virage. qui rendront les glissades scabreuses. Sous l'action alternative du soleil et du gel. Croûte perforée. Les skis n'y laissent aucune trace et dérapent latéralement. et cette neige. et par un beau gel). aux basses altitudes et au début du printemps. La fonte peut intervenir à n'importe quelle saison. Même si l'on chemine à pied. la sédimentation et l'érosion cessent lentement. il arrive que l'érosion découpe des plaques de neige. avec Lunn. Au milieu delà journée. Rien n'est plus excitant qu'une glissade au lever du jour. au lieu de les crever de leurs pointes. couverte d'un film glacé. mais elle reste plus ou moins unie. Mais l'action du vent n'est pas exclusivement érosive. nous avons déjà mentionné deux premières modifications (cristallisation) qui n'étaient. on peut dire que la solidité de la croûte superficielle est directement proportionnelle à l'inclinaison de la pente et à son orientation méridionale. sous l'effet du fœhn. C'est pourquoi les cols glaciaires et les cimes neigeuses ne sont généralement pas accessibles en ski au gros de l'hiver. ou un coup de piolet pour pouvoir avancer. Elle comprend toutes les sortes de neiges . la surface de ces vagues finit par se glacer. Elle doit son nom à une quantité de petits trous qui peuvent avoir le diamètre d'une pièce d'un sou. Elle est composée d'une croûte solide. 4° Neiges 'printanieres'. sauf de rares exceptions favorisées par une chute de neige récente. la vitesse peut être modérée en virant. il faut de bons clous à ses souliers. Elle est également commune en mai et juin sur les glaciers. De bon matin. et sa formation n'est pas encore bien expliquée. mou et transparent. Plus le pente sud est rapide. bien entendu. Plus on s'élève dans les hautes régions. qui brille au soleil comme de l'argent en fusion. La croûte « filmée » est merveilleuse pour la glissade en ligne droite. c. juste suffisanté pour éviter le dérapage. le vent tombera avant que le processus soit achevé. « On la trouve.. cette croûte fond superficiellement et devient skiablé. Nous trouverons là du « carton » ou de la « poudre à gâteau ». parce que le soleil ne les frappe que sous un angle très aigu. la croûte moyenne freinera sur les arêtes des skis (les virages impossibles). Elle perd sa teinte mate et brille au soleil. les vagues se durcissent. La surface est dure et croûteuse. une croûte dure et glissante que nous appellerons. se couvrira d'une croûte. du reste. sa puissance n'étant guère suffisante avant cette époque. n'est plus affectée que par deux facteurs : le soleil et la fonte. La neige une fois croûtée. parce qu'à tous moments. plus la neige est dure et soufflée. plus elle sera propice au skieur qui la parcourt de jour. les effets du soleil sur ces pentes seront directement opposés à ceux du gel nocturne.la formation des vagues sur l'eau. l'action du soleil sur une neige croûtée (et surtout éventée) est plus particulière au printemps. C'est une délicieuse surface de glissement. Lunn a distingué différentes espèces de croûtes que nous allons brièvement passer en revue : a. gelée durant la nuit. après avoir complètement ravagé les hauts plateaux glaciaires. écrit Lunn. Peu à peu. La densité de la neige étant maximale à sa surface. Comme le terrain parcouru par un skieur varie à tout moment d'inclinaison et d'orientation (dans ses détails. par exemple. cette croûte est mince et cassante. Cette dureté devient parfois si grande que les skis se brisent contre elles. b. — même si la pente est généralement méridionale). L'élément poudreux une fois épuisé. qui sont finalement arrachées par le vent et lancées au loin. ce film de glace molle est rasé et procure une excellente friction qui empêche tout dérapage. Sur les parties du champ de neige où la densité superficielle était parfaitement régulière (éventualité toujours possible). croûtemarbrée. — Celle-ci est beaucoup plus rare. En plein hiver. les vagues n'existent pas. très mince.

B. mais encore de l'inclinaison des pentes supérieures ou inférieures. Dans ce cas. elle permet de très belles glissades. en état de suspension. Renonçant habilement à toute pédanterie scientifique. les surfaces les plus houleuses se nivellent et. possède un instinct qui ne la trompe guère. cristalline ou granulée le jour. — AVALANCHES1. Je ne me suis pas attaché aveuglément à son texte . Ce sont : les formes topographiques. Les avalanches peuvent être divisées en deux classes : les avalanches de fond (Grundlawineri). plutôt qu'avec nos physiciens les plus illustres. qui fondent à leur tour sous la puissance toujours croissante du soleil et finissent par se cristalliser sous forme de névés. Des pentes qui s'incurvent brusquement après avoir été faibles sont toujours sujettes à caution. les avalanches peuvent se détacher bien au-dessus de lui. Lorsqu'il sent le danger.. déjà signalé en plein hiver. il est bon d'examiner les conditions préliminaires qui favorisent la formation de ces avalanches.. car un glissement superficiel (qui serait anodin si la pente se terminait en mourant) peut être fatal pour un skieur entraîné vers les rochers inférieurs 1 On a tant écrit sur cette question des avalanches qu'il serait outrecuidant de vouloir exprimer. il faudra bien quelques années au skieur alpin. Le processus de fonte diurne et de gel nocturne. la neige printanière. Pour acquérir cet instinct. bien entendu). la topologie du terrain. Lorsque la croûte commence à fondre sous l'influence du soleil. il y a peu de chances que la neige recouvrant la pente supérieure puisse supporter la traction inférieure au point où la pente s'infléchit. des théories et des principes désormais acquis. adoucie par les premiers rayons du soleil. La principale transformation est celle des neiges éventées. Toute pente dominant une paroi rocheuse est naturellement plus dangereuse. durcie et gelée la nuit. en mai et juin. A cette époque. La transition entre l'hiver et l'été n'est pas définie. enfin. Aussi longtemps qu'elle conserve cette consistance granulée. l'action irrégulièr» des vents. Elle ne bénéficie plus du support naturel que procure une base concave finissant en pente douce. Le montagnard. Les skis glissent sans y enfoncer. sur des pentes invisibles et pour des causes objectives. tout comme le chamois. Peu à peu cependant. La neige printanière a sur la neige poudreuse un gros avantage : une fois abîmée par les vents. Mais il sondera toujours avec son bâton ce qu'il ne peut scruter du regard.croûteuses et éventées dont nous avons parlé précédemment. et le skieur se meut en toute liberté. on ne trouve plus en haute montagne qu'une neige parfaitement régulière. Jusqu'à présent. Ce sont les neiges typiques du printemps. c'est-à-dire les avalanches qui arrachent la neige jusqu'au sol. car la neige recouvrant la pente douce est. les pentes concaves sont plus sûres que les pentes convexes. quelques notes personnelles. il ouvre les yeux et tâte la neige. l'inclinaison et la nature du terrain sur lequel va reposer la neige. Avant de discuter des avalanches en général et d'analyser plus exactement leurs subdivisions. la neige printanière retrouve tous ses charmes. plus ou moins épaisse. Joseph Knubel et Casper Grass n'ont probablement jamais enfin parler de poids spécifique. que ce poids spécifique est le quotient de deux chiffres indiqués journellement par nos bulletins météorologiques (hauteur de la couche de neige fraîche et hauteur de précipitation en millimètres d'eau). Certes. est tout aussi bonne et même plus sûre. . celle-ci ne s'améliore pas avant la prochaine précipitation. — et cela en dépit de toutes les belles théories. Mes lecteurs lui en sauront gré autant que moi. c'est. on a rarement observé des avalanches glissant sur des pentes d'une inclinaison inférieure à 23°. comme nous l'avons dit. et celles dont l'inclinaison diminue plus sûres que celles dont l'inclinaison augmente vers la base. Si la neige poudreuse est le rêve du skieur hivernal. Il est entendu que le danger des avalanches est une fonction directe du poids spécifique de la neige (ie poids d'un mètre cube de neige varie entre 50 et 800 kilogrammes).. caractérisées par le glissement d'une couche superficielle. se prolonge au cours du printemps.. Cette neige granulée est familière aux skieurs printaniers et leur offre une excellente surface de glissement. Les conditions préliminaires sont celles qui précèdent la chute de neige. La consistance si variable des neiges. La stabilité d'une pente neigeuse ne dépend pas uniquement de son inclinaison. les vents n'ont presque aucune influence sur les neiges (sauf le fœhn. tandis qu'après deux ou trois jours de soleil seulement. La formation neigeuse la plus rebelle à l'action du soleil printanier est naturellement la neige en vagues (skavla). un des skieurs les plus versés dans la matière. telles sont les notions qui serviront à guider le skieur et a le préserver du danger qui le menace. présentent au printemps une merveilleuse surface de glissement. c'est sa parfaite régularité. peut être excessivement dangereuse lorsqu'elle se termine rapidement. mais en pratique?. Idetboden. En général. les pressions barométriques et la prévision du temps. j'en ai supprimé tout ce qui me paraissait inutile (ou même douteux). la neige poudreuse est très rare au printemps et tout à fait inconnue aux basses altitudes. Les pentes qui l'hiver sont généralement houleuses et balayées parle vent. pour ainsi dire. elle présente une quantité de cristaux granuleux et brillants. Arnold Lunn. Par contre. Les indications météorologiques sont trop générales pour remplacer les observations personnelles faites sur place. sur une couche de neige durcie. SCHUSSFAHRT 2 Nous emploierons ce qualificatif pour toute pante où la neige est stabilisée.. et cependant je préférerais beaucoup mem cr avec eux pour traverser les Alpes en ski. et lui parle de ce qu'il ne devrait pas ignorer avant de s'aventurer en montagne. un des grands avantages du ski printanier. Mes amis Maurice Croftez. ou de glace. et j'ai ajouté. Cependant. a bien voulu m'autoriser à traduire ici le chapitre IV de son Alpine Skiing. des pentes même très faibles ont été envahies par des avalanches détachées de pentes supérieures. Tout cela est très joli en théorie. — et les avalanches superficielles. Kygrr. que ces bulletins météorologiques nous indiquent la direction des vents. Ce qui caractérise la neige printanière aux hautes altitudes. E. Lunn s'adresse au skieur tout simplement. alors que le sol en est encore dénué. par-ci par-là. Une pente qui pourrait offrir toute la sécurité désirable si elle finissait en mourant. sous une forme nouvelle. Une pente rapide (et concave par exemple) dont l'inclinaison diminue progressivement pour finir en horizontale est infiniment plus sûre (2) qu'une pente convexe dont la partie inférieure est plus inclinée que la partie supérieure.

Le fond d'une vallée n'est pas seulement dangereux pour les raisons que nous venons d'indiquer. mais. 3° Planches de neige (Schneebrett) . L'herbe régulièrement coupée est généralement courte et drue en hiver. ce qui exigera quelques efforts pour regagner le point atteint. Les anciens auteurs subdivisaient les avalanches en Grundlawinen (avalanches de fond) et en Staublawinen (avalanches poudreuses). Une forêt épaisse offrira une sécurité suffisante. Je réserverai. le nom d'avalanche à toutes celles qui sont assez puissantes pour engloutir le skieur et le tuer éventuellement. vos chances de salut sont plus grandes lorsque le couloir s'élargit au-dessous du point où vous avez été atteint. persistant même après sa chute. nous avons examiné les conditions préliminaires: nature du terrain avant la chute de neige. des avalanches typiques de printemps. ces éboulis se couvrent de neige. lancée en pleine course. surtout au commencement de l'hiver et à la fin du printemps. Il arrive parfois qu'une couche superficielle se détache et entraîne le skieur. et cela uniquement parce qu'ils avaient réussi à se maintenir à la surface de l'avalanche. plus le rôle de la surface sous-jacente originale devient négligeable dans le problème des avalanches. si l'on a soin d'éviter les clairières ou les couloirs qui sont la voie préférée des avalanches. ou que l'avalanche s'étalait en éventail sur les pentes inférieures. Si la pente finit en mourant. cou verte de neige molle. la masse neigeuse nécessaire pour former une véritable avalanche est infiniment plus considérable. et le skieur sera écrasé entre l'arête et l'avalanche. Le torrent coulant au fond de cette vallée exerce une forte érosion sur la neige qui le recouvre. A certaines époques. surtout lorsqu'elles tombent de hautes parois rocheuses. S'il s'étrangle. sans être retenue par les éboulis sous-jacents. moins inclinées. la neige s'y attache parfois très fermement et transforme la pente glacée en pente neigeuse. les dernières. beaucoup d'avalanches sont superficielles et glissent sur une couche de neige durcie . Mais une avalanche qui suit le fond d'une vallée étroite. et la glace est naturellement la pire de toutes les surfaces. de sorte que la nature du terrain sous-jacent et les aspérités éventuelles qu'il présente ont une très grande importance. Jusqu'ici. De fait. Les nuées de poussière neigeuse sont communes dans presque tous les types de grosses avalanches. De gros éboulis offrent une excellente garantie contre le danger des avalanches. Heureusement. par contre. Je propose le nom de glissement neigeux (snow-slide) pour désigner ces petites avalanches qui ne sont dangereuses que lorsqu'elles entraînent le malheureux vers un terrain coupé. puisse facilement écraser les buissons et même les arbres. 4° Avalanches de vieille neige mouillée (Grundlawinen des anciens auteurs). au moment où la neige force son chemin entre les parois resserrées du couloir. car une avalanche de fond peut très bien être composée de neige poudreuse et donner l'illusion d'une Staublawine. par exemple. vous serez étouffé par la pression. surtout lorsqu'elles ne sont jamais fauchées. — par opposition aux avalanches de vieille neige mouillée. Une pente jonchée de blocs rocheux. sera presque toujours fatale. Cette classification me paraît défectueuse. se congèle instantanément par suite des pressions latérales. Un autre facteur important est l'épaisseur de la couche neigeuse. Une grosse moraine. Un danger analogue est à craindre partout où une arête tributaire strie la pente. Une herbe que l'on ne fauche jamais finit par se coucher en aval et présentera une surface excessivement glissante. 1 On appelle neige poudreuse sèche celle qui tombe par de grands froids. sur laquelle une nouvelle couche pourra glisser à son tour. il est parfaitement indifférent pour lui que l'avalanche soit plus ou moins épaisse. Elle ne forme pas de pelotes et ne colle pas . ou parcourues seulement lorsque les conditions offrent une sécurité absolue. est très dangereuse. par exemple. bien qu'une grosse avalanche. et cette neige peut s'effondrer brusquement. Je préfère donc diviser les avalanches en quatre classes principales : 1° Avalanches de neige poudreuse sèche . les inconvénients se réduiront à une perte d'altitude et de temps. inclinaison et formes topographiques de la pente sur laquelle l'avalanche se détache. La nature du terrain sous-jacent est un facteur d'importance vitale.La chance d'échapper à une avalanche dépend beaucoup de la nature du terrain où elle finit par s'immobiliser. Bien qu'une mince couche de neige (quelques centimètres à peine) soit suffisante pour former un glissement (surtout si cette couche repose sur de la glace). parce que la victime est engloutie dans la neige et que cette neige. Bien des skieurs s'en sont tirés indemnes. plus l'hiver avance. au contraire. Une avalanche glissant sur cette pente ira s'entasser contre l'arête. couverte d'arbres ou de buissons. 2° Avalanches de neige fraîche humide (c'est-à-dire «le neige poudreuse qui a commencé à fondre. 1° Avalanches de neige poudreuse sèche (1). au cours de l'hiver. CLASSIFICATION DES AVALANCHES. est beaucoup plus sûre qu'une pente de gazon. Elle du reste beaucoup avec la consistance de la neige. si le glissement entraîne le skieur par-dessus une paroi rocheuse ou dans une rimaye. réalise précisément ces conditions : l'avalanche ira butter et s'entasser contre elle. resserrée entre deux versants rapides. Une couche fortement croûtée. dont la croûte a été foncièrement fondue) . si vous êtes surpris par une avalanche dans un couloir. Mais. au commencement de l'hiver ou à la fin du printemps. envahissant le fond de la vallée. Elle offre par conséquent un meilleur support à la neige. Mais. hivernales . comme le bord d'un précipice. Les trois premières sont des avalanches gén. toute la masse neigeuse s'effondre en glissant. après avoir été charriés sur plusieurs centaines de mètres. De même. De telles vallées doivent donc être évitées. Les pentes de gazon rapides offrent une surface dangereuse.

suspendues comme celles de la lave après les éruptions volcaniques. Lorsque la neige poudreuse s'est transformée en neige cristalline (c'est-à-dire lorsque la poudre légère et sèche a été convertie en cristaux de grandeur appréciable). peut jeter un char de fumier attelé de deux chevaux et le cocher d'un côté de l'Inn à l'autre. peu de skieurs se mettront en route en ce moment-là . Cette neige fraîche humide est très dangereuse. De petits glissements sont naturellement possibles. Sous l'action du fœhn humide ou d'une fonte générale. 7. lorsque la couche de neige est suffisante pour former une grande avalanche. deux ou trois jours clairs et froids rendront aux pentes nord toute leur sécurité. L'effet de la fonte donne à la neige cette cohésion et cette densité qui lui manquent précisément lorsqu'elle est encore sèche et poudreuse. Même une fois tassée. il est vrai. sans chute. . ils seront souvent tentés de traverser une pente sud où la neige poudreuse est précisément en train de fondre. C'est celle que le vent soulève en fumées sur les crêtes et qui vient se déposer dans les bas-fonds à l'abri du vent. à condition qu'elle présente une neige poudreuse cristalline. Quelques jours de beau temps rendent la plupart des pentes nord absolument sûres. une pente n'émettra plus d'avalanche avant de recevoir une nouvelle chute de neige. il peut rendre la neige douce. ordinairement (sauf au printemps). la neige fraîche contient une grande quantité d'air. D'autre part. ou si le froid suit immédiatement une chute de neige humide. les skis ne glissent pas dans cette neige lorsqu'elle est à l'ombre. humide et dangereuse. Au printemps et aux hautes altitudes. je n'hésiterais pas à traverser toute pente inférieure à 35° d'inclinaison. en règle générale. Sa fluidité est énorme et sa friction interne presque nulle. couche des forêts entières de l'autre côté de la vallée (Val Ferret). Mais. Celle qui reste fond le jour et gèle la nuit. toujours dangereuses. surtout lorsque la surface sous-jacente est durcie. L'hiver. A moins d'être très violent. mais. La violence du courant d'air augmente encore lorsque le flux s'engouffre dans un espace resserré. Elle se produit après des chutes de neige tombée par de grands froids. Lorsque souffle le fœhn. C'est surtout une avalanche d'hiver qui n'a pas besoin de soleil ou de fœhn pour descendre . Un coup de vent peut transformer une vallée en une véritable souricière. les pentes sud sont généralement dégagées de leur neige superficielle. Des arbres et des maisons peuvent être balayés. L'avalanche engendre un courant d'air excessivement puissant et destructif. J'ai souvent expérimenté la neige fraîche à de basses températures et j'ai constaté qu'il était presque impossible de détacher une avalanche sur une pente inférieure à 35° d'inclinaison et à 100 mètres de hauteur. même lorsqu'ils se trouvent en dehors de la voie de l'avalanche. sur une pente sud. mais. presque aussi destructives que celles qui tombent au printemps. D'autre part. mais de telles hausses de température sont rares en hiver. c'est le courant d'air qui la précède et qui. 1 Ceci parce que la neige est tassée et par le fait que la friction interne de la neige cristalline est plus grande que celle de la neige poudreuse. « Cette avalanche est foudroyante et la plus dangereuse de toutes pour le skieur. le danger des avalanches poudreuses sèches peut durer un jour ou deux. soit de l'action solaire). celle du vent est la plus dangereuse. Après deux ou trois jour de beau temps. Dans l'Himalaya. les pentes nord conservent généralement leur neige poudreuse plusieurs aux skis. une avalanche tombant sur un versant de la vallée peut en détacher d'autres sur le versant opposé. suivant la quantité de neige mise en mouvement. XVIII. vous verrez souvent de grosses avalanches de fond. de sorte que les avalanches de fond sont normales. cette croûte peut devenir douce ou cassante. 2° Avalanches de neige fraîche humide. ou. Les avalanches de neige poudreuse sèche vraiment dangereuses n'ont lieu que sur des pentes longues et rapides. Davantage même. Mais. il est toujours très dangereux de faire du ski en haute montagne. comme elle est également détestable pour le ski. les pentes sud sont généralement plus sûres que les pentes nord. Elles sont. L'humidité de l'air sature la neige et augmente son poids. toutes les pente rapides (et beaucoup de pentes modérées) deviennent très dangereuses. Longtemps après la chute de l'avalanche. son poids et sa cohésion augmentent. on peut voir dans l'air des particules neigeuses. Une forte pression externe est nécessaire pour la détacher. Dès que la neige poudreuse est soumise à une fonte superficielle (provenant soit d'une hausse de température. et la neige qui les recouvre encore n'est plus qu'une croûte plus ou moins dure et glissante. car il n'a jamais le temps de se sauver. Parmi ces pressions.Avant d'être tassée. elle part à toute heure de la journée ou de la nuit et est à redouter encore longtemps après la dernière chute de neige. plus fertiles en avalanches. même en plein hiver. la neige tombera à une température supérieure à zéro. par contre. Une forte hausse de température peut rendre une pente croûtée dangereuse à son tour. la pente sud sera croûtée et offrira une sécurité suffisante. Après quatre ou cinq jours de ce régime. couverte de croûte dure. Ce qui la rend particulièrement dévastatrice. Sur une pente sud rapide. au-dessus de 6 ooo mètres environ. Le fœhn sec est beaucoup moins dangereux que le fœhn humide. quand le vent persistant accumule de grandes quantités de neige derrière des arêtes par le beau temps et le froid. De jour. et le danger des avalanches également. la neige est bientôt fondue de part en part. emporte les maisons des villages. il affecte rarement les pentes nord. mais ces avalanches tomberont généralement dans les deux ou trois jours qui suivent la chute de neige . Après quoi. qu'elle diminue vers la base et qu'elle ne surplombe pas une paroi rocheuse. Par un fœhn violent.) Après une forte chute de neige. elle en conserve encore une certaine quantité. ces glissements s'arrêteront après quelques mètres. » (Ski. sans qu'ils aient aperçu une particule de neige. tel que le fond d'une vallée étroite. Mais. Par un jour sans vent et une température au-dessous de zéro (à l'ombre). mais coule entre les doigts comme du sable fin. Celles qui sont très longues et rapides (ou qui dominent des parois rocheuses) restent. le danger des avalanches diminue sensiblement ( 1). sinon les accidents seraient beaucoup plus fréquents. Parfois. une foi croûtée. les pentes sud sont débarrassées de leurs avalanches. Les charmes sont du reste minimes à ce moment-là.

la neige sera chassée en tourbillons par-dessus des arêtes et viendra se déposer sur les versants abrités ou dans les combes. L'expansion et la contraction résultant des changements de température affectent différemment les couches de densités et de caractères 1 Une neige est dite nouvelle lorsqu'elle n'a pas encore été croûtée et vieille lorsqu'elle est croûtée. La poudre printanière est la plus dangereuse de toutes. Une formation plus dangereuse encore est la planche de neige (Schneebrett). Elle se rencontre sur les glaciers et. à une petite échelle. enneigement des versants abrités) se manifestent tout à la fois à une grande et à une petite échelle: à une grande échelle lorsque les combes neigeuses sont alimentées par la neige arrachée aux arêtes qui les dominent . La neige cartonnée. Toute arête divisant une pente balayée par le vent présentera un côté exposé au vent (windside) et un côté abrité du vent (leeside). C'est une erreur commune de croire que les pentes sud sont plus dangereuses que les pentes nord. la température est généralement bien inférieure à zéro. Jusqu'ici. une fois transformée en croûte dure. Si le vent est violent. sèche et légère de neige hivernale. quoique désagréable au skieur. est une croûte dure et glissante. les skieurs ignorants sousestiment son danger. Sa densité étant différente de celle de la neige sous-jacente. elle tend à se décoller de sa base (2). Parfois cependant. Scbneebrett). une neige tombée en juin peut être transformée en croûte et vieillir en moins de vingt-quatre heures. Une croûte tout comme une neige douce (formée par la fonte d une croûte superficielle) sont donc toutes deux des vieilles neiges. 3° Planches de neige (Windslab . repose invariablement sur une croûte dure. comblement des trous. Un mur. etc. Elle est plus humide et plus cohésive que la neige poudreuse sèche. Les effets du vent (dénudation des arêtes. au lieu d'être en contact intime avec la neige sous-jacente. à proprement parler. cette différence n'existe pas. tandis que la poudre printanière provient de la fonte d'une neige poudreuse. Pratiquement. nous l'avons dit plus haut. « poudre à gâteau ». ou poudreuse que la neige poudreuse ordinaire . Cette sorte de neige est produite par la fonte de la croûte superficielle. l'intimité du contact entre la planche neigeuse et la neige sous-jacente est sujette à caution. C'est l'avalanche la plus traîtresse de toutes. La gonfle est simplement un cas particulier (assez rare. il sera très méfiant en traversant le côté abrité d'une arête. Dans les hautes Alpes. et ceci augmentera les difficultés du diagnostic. c'est presque toujours le contraire : les avalanches printanières sont provoquées par la température générale de l'air et l'état de l'atmosphère. Cette neige perdra peu à peu sa consistance poudreuse. elle peut rester longtemps poudreuse sous une croûte dure et soufflée. Dans les deux cas. . ce carton. D'autre part. En hiver. de sorte que la neige qui tombe (soufflée par le vent) ne s'attache pas facilement à la neige sous-jacente. Bien qu'elle offre encore une excellente surface. Il faut être excessivement prudent en traversant une pente où la neige s'est accumulée sous l'action du vent. C'est précisément ce carton que l'on appelle planche de neige. La poudre printanière. sont des exemples à petite échelle. . ou encore neige cartonnée. La couche supérieure et la neige sous-jacente sont soumises à des tractions différentes. sur une pente exposée au vent et striée par des arêtes minuscules. Celle-ci peut être une neige douce ou une croûte durcie.jours. elle présente dans bien des cas une sécurité suffisante. Elle est formée par une croûte durcie de neige soufflée. des avalanches de neige fraîche humide. les combes neigeuses conduisant aux cols glaciaires et les champs de neige les mieux abrités reçoivent la plus grande quantité de neige. Le skieur devra observer très attentivement les effets du vent. Des avalanches de poudre printanière sont. de façon à produire une fonte. La neige soufflée (ou éventée) est plus lourde et plus adhésive que la poudre ordinaire. peut former par endroits une voûte. une haie. Cette poudre sèche repose souvent à même le sol. Ceci est un facteur absolument nécessaire à la fusion commune de deux couches successives de neiges différentes. il faut précisément une température supérieure à zéro. c'est-à-dire d'une neige fraîche (1). Lorsqu'il remarquera que des neiges ont été exposées à sa violence. par conséquent plus dangereuse. Ainsi. les chutes de neige sont généralement accompagnées de vent. Nous dirons donc qu'une neige poudreuse est nouvelle tant qu'elle reste poudreuse. ou bien elle présentera une de ces croûtes dues au vent (neige stratifiée. et elle est plus propice aux avalanches. Une neige soufflée peut naturellement se couvrir d'une nouvelle couche. lourde. 2 Certains auteurs font une différence entre le Schneeschild (gonfle) et le Schneebrett. Comme elle se rencontre généralement sur les pentes nord. Les pentes épargnées par le vent au moment de la tempête sont ravagées par la bise dès que le temps s'éclaircit. sera d'une densité différente de celle de la neige sousjacente. Pour que deux neiges de densités différentes forment un tout homogène. La neige chassée d'un versant à l'autre peut être plus ou moins dense. suivie d'un nouveau gel. dû au fait que l'endroit ou se forme la gonfle est plus ou moins excavé. nous nous sommes occupés de neige soufflée (ou éventée) dont la consistance poudreuse peut être douce. Mais la direction des vents change d'un jour a l'autre. formée par le vent. du reste) des planches de neige. neige en vagues). comme toute pente où la neige s'est déposée en tourbillon. que par l'action du soleil. La neige étant presque imperméable aux rayons solaires. La neige soufflée. Les planches de neige ie se forment qu'à la longue. C'est pourquoi elle tend à glisser durant les heures chaudes de la journée et doit être abordée avec toute la prudence nécessaire. Elles doivent cependant être distinguées des avalanches de vieille neige humide. parce qu'au moment où d'autres pentes sont abîmées par le soleil. On a prétendu que ces gonfles se formaient à l'abri du vent et le Schneebrett sur les pentes exposées au vent. La neige arrachée du versant exposé au vent viendra se déposer sur le versant abrité du vent. Elle se détache plus facilement de la surface sous-jacente. qui laisse un espace creux (gonfle) entre le carton et la neige sous-jacente. par contre. Au printemps. dense ou légère. la poudre printanière est très propice aux avalanches. elle reste très favorable au ski et devient par conséquent très tentante. sous l'action combinée du soleil et du vent. la plus difficile à prévoir et la plus incalculable comme effet.

Sa surface dure et polie donne une fausse impression de sécurité. Mais. sondez la neige avec le piolet et tâchez de reconnaître si elle est homogène ou si elle repose sur une couche de neige tendre. ces avalanches détruisent parfois des chalets. Il n'existe pas. Cette vieille neige humide est naturellement très dangereuse. foncée par la boue et piquée d'arbres ou de buissons. Ces deux croûtes présentent un contraste fort instructif. Si vous soupçonnez la présence d'une de ces gonfles. Une croûte absolument indépendante est susceptible de différentes tractions. L'expert pourra très bien différencier ces deux croûtes: la planche neigeuse est généralement composée d'une neige plâtrée. Le bruit des grandes avalanches alterne avec celui des petits glissements et les parois se renvoient des milliers d'échos. dure et glissante. La planche de neige est la variété la plus dangereuse et la plus décevante de toutes les avalanches. même celles formées par le vent. A force d'être fondue et regelée. la plupart des pentes sont soumises plus ou moins profondément à la fusion due au soleil. A la suite d'un hiver rigoureux. Celles-ci sont particulières au printemps. La neige est saturée d'eau. qui agit comme lubrifiant entre la couche de neige et la croûte sous-jacente. il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre patiemment la chute du fœhn. mate et crayeuse. Il est difficile de déceler sur la neige des signes certains. A chaque instant. Une étude approfondie des pentes sud permettra au skieur de distinguer les croûtes formées par la fusion et le gel de celles formées par le vent. On rencontre ces planches de neige à l'approche des cols glaciaires. Livintsu. nous avons : * Lmutun. La croûte formée par le vent est parfois complètement détachée de la couche sous-jacente. une avalanche s'écroule. Le fait que la première est dangereuse tandis que la seconde ne l'est pas. Le skieur traverse ces pentes sans se douter que la croûte superficielle. car une croûte ainsi formée s'effondre rarement en avalanche. ne provient pas de ces différences superficielles. alors que toutes les avalanches ordinaires sont déjà tombées. à la fin du printemps. mais bien de la différence de contact entre la croûte supérieure et la neige sous-jacente. reposant sur une croûte.différents. Les couloirs ou les clairières allongées qui strient les forêts sont leurs voies préférées. n'a pas en réalité la solidité apparente. des ponts et même des villages entiers. les avalanches sont provoquées par la fusion interne de la neige couvrant le sol. il entendra un sourd craquement : la croûte s'affaissera sous son poids. ne produira pas d'avalanche tant que la croûte n'est pas fondue. la neige finit par devenir compacte et lourde. L'avalanche finit par s'arrêter bien bas. Il peut craquer après des jours et même des semaines de beau temps. laissant l'air s'échapper comme par une soupape. Lorsque cette cabane n'est accessible que par des pentes rapides ou par une vallée étroite. entre ces deux neiges. Les routes qui traversent leur voie habituelle doivent être protégées par des tunnels. si vous êtes englouti par cette vieille neige humide. croûtée par l'action alternative du soleil et du gel. le terrain devient assez chaud pour fondre la neige qui le recouvre. le carton devient cassant. La couche superficielle (ou planche de neige) peut se contracter plus ou moins fortement que la couche sousjacente. On aura tantôt de la neige douce. Ceux qui visitent les Alpes en mai peuvent seuls apprécier à sa juste valeur la puissance des avalanches. Ces planches de neige peuvent s'effondrer à n'importe quelle température. ces avalanches superficielles tombent journellement. le danger d'avalanche existe. sinon agréable. Ces avalanches de vieille neige humide sont naturellement beaucoup plus mortelles que celles de neige fraîche. Dès que le soleil a fondu la croûte superficielle. Quelques-unes d'entre elles portent des noms locaux (1) et tombent à date fixe. Les grandes avalanches du printemps (Grundlawinen) suivent généralement des voies connues et bien définies. Car. on peut la considérer comme absolument sûre. Dès le mois de mai. d'être cloîtré dans une cabane au mois de mai. si la pente est concave. Tout à coup. Les avalanches superficielles de vieille neige humide sont plus fréquentes que les Grundlawinen. d'où résultera finalement la voûte (gonfle) décrite plus haut. entraînant avec elle une grande partie de la neige sous-jacente. La croûte superficielle et la neige sousjacente s'épousent insensiblement. La vieille neige humide du printemps pèse environ dix fois plus que la neige fraîche hivernale. Au printemps. et toute la planche s'effondrera en plaques disjointes. de sorte que. Des quantités incroyables de neige s'effondrent alors de la montagne. L'autre est au contraire brillante au soleil. car le soleil de mai est si puissant qu'il fond toutes les croûtes. la planche de neige. Par un froid excessif. un plan de clivage régulier. vous aurez toutes les peines du monde à vous en dégager. aussi longtemps que la croûte n'est pas en fusion. Une pente sud. Parfois. entraînant des arbres et des blocs de pierre. qui trahit l'action du vent par une légère apparence stratifiée. Dans l'après-midi (et aux basses altitudes bien avant midi). La croûte formée par le soleil et le gel subséquent épouse progressivement la neige sous-jacente. C'est une expérience intéressante. tantôt une neige superficiellement croûtée. En outre. dans ces combes abritées du vent où s'amasse la neige enlevée des arêtes. tirant une langue chargée de blocs neigeux. Une neige soufflée peut recouvrir une neige poudreuse. indiquant l'homogénéité plus ou moins grande de deux couches superposées. Il est important de bien distinguer entre la croûte formée par l'action du soleil et celle formée par l'action du vent. par une brusque tempête de fœhn. tend à former un arc sur une voûte plus ou moins creuse. Plus le printemps avance. Les planches de neige ne se rencontrent généralement qu'en plein hiver. . plus le soleil devient puissant. même si vous n'êtes 1 En Suisse. sans qu'il y ait entre elles la moindre connexion. en se contractant. la formation d'une planche de neige est anormale. par exemple. 4° Avalanches de vieille neige humide.

ce mouvement d'abort. En mai. en été. Il est souvent impossible de faire le moindre mouvement à l'arrêt du torrent. tout danger d'avalanche disparaît. Malheureusement. Elle laisse derrière elle une tranche parfait nette. par exemple. Il y restera alors jusqu'au coucher du soleil. qui permet une traversée moins exposée. toutes les pentes. Observez la neige glissant d'un toit. Un skieur détachera beaucoup plus facilement une avalanche qu'un homme à pied. ou même plus tôt. J'ai souvent été frappé de voir des traces de chamois sur des pentes de 40° à 50° d'inclinaison. Vous n'y parviendrez que si vous avez eu le soin de détendre leurs fixations avant de traverser la pente fatale.) . La région des névés une fois atteinte. sont complètement dénuées de neige. Le danger ne consiste plus à être enseveli. il est souvent possible d'atteindre la rive du torrent et de se sauver en exécutant des mouvements de natation. divise la pente en deux et prive la neige de son support naturel. Les routes et les saillies étroites qui coupent une pente rapide ne tardent pas à se niveler complètement. Non seulement par suite de la quantité de neige. le skieur doit souvent combiner son retour au refuge. surtout si la neige est mouillée. L'avalanche ne roule pas comme une simple boule de neige. il y a toujours. En mai. La règle la plus simple serait d'éviter complètement tout terrain avalancheux. Mais il existe bel et bien. La raison en est bien simple : le chamois ne coupe pas la neige. ce temps. entre le coucher et le lever du soleil. Il consiste alors dans le déplacement d'air dans le sens de la chute. Les éboulis. entre la neige et les rochers. de sorte que vous pouvez survivre quelque temps même si vous en êtes entièrement recouvert. Mais l'avalanche printanière ne contient que de l'eau et provoquera une asphyxie presque instantanée. on devra. offrent généralement un passage favorable. finissent par être recouverts d'une couche toujours plus épaisse. un temps pendant lequel la couche glisse. Débarrassé de vos skis. Avant que le courant s'arrête tout à fait lever les bras si la tête n'émerge pas. Ce phénomène se produit. tâchez de conserver la tête hors de la neige (1). Des pentes rapides. Une fois englouti. il ne vous reste plus aucune chance de le faire. même modérées. mais entre la certitude d'un bivouac et l'éventualité d'une avalanche. Une avalanche sera beaucoup plus dangereuse si elle fond sur vous que si elle se détache sous vos skis. Chaque avalanche dépose un peu de neige sur ces sortes de vires transversales et finit par égaliser peu à peu la pente qui devient glissante et ne présentera plus aucun obstacle à l'avalanche. Tenir la tête en l'air. ou en roulant sur soi-même hanche sur hanche. il faut se maintenir à la surface en exécutant des mouvementn de natation. ce qui renverse le touriste et l'entraîne dans l'intérieur de la masse en mouvement. Si c'est une avalanche sèche. les buissons. elle m'avait emporté vingt mètres plus bas. Si l'avalanche vous atteint dès son début. mais aussi parce que les inégalités du terrain disparaissent peu à peu. puisque la neige s'éparpille sur une grande étendue. Essayer de se creuser un trou d'air au dernier moment. mais offrant la seule voie possible. Par suite de sa friction sur la base. deviennent immédiatement très dangereuses. vous devriez adopter la tactique du nageur. qui descend sur une pente raide et qui se précipite dans le vide. juste au pied des rochers. comme le skieur qui. 1916. Dès qu'une croûte commence à se former sur la neige. Je n'ai été pris qu'une seule fois par une avalanche et. Estimez-vous très heureux si vous avez le temps d'enlever vos skis. Etho fas Alpes. Lorsque le fœhn souffle au printemps. p. les blocs. ce n'est pas toujours chose possible. le touriste peut se maintenir à la surface. Durant les nuits claires. La trace d'un chamois forme un chapelet de petits trous et provoque rarement un effondrement. vous aurez beaucoup plus de chance de vous en tirer. de sorte que presque toutes ces pentes pourront être traversées sans crainte. les chances d'y échapper sont infinitésimales. Celui qui se laisse aller est perdu. La neige poudreuse contient une grande quantité d'air. au-dessous de la zone des glaciers. En descendant dans une vallée. Il existe souvent là un petit corridor. et dans la poussière de neige qui pénètre sous une forte pression dans le nez et la bouche et provoque la mort par asphyxie. Il faudra choisir non seulement entre l'abandon de l'expédition et le risque d'une avalanche.recouvert que par une mince couche de neige. mais ils bénéficient certainement d'une grande immunité. et vous comprendrez combien l'avalanche peut être brusque et homicide. glissant devient un roulement. Si l'on est pris par une avalanche en poussière. Tactique à suivre sur un terrain avalancheux. Il est vrai que les chamois sont parfois tués par les avalanches. il faut avant tout protéger la bouche et le nez. » (RuTOKRS. et d'autres obstacles naturels au glissement de l'avalanche. surtout par le fœhn. Ceci est absurde. le risque des avalanches devient bientôt formidable. dominées par une paroi rocheuse. Des pentes dangereuses devraient toujours être traversées le plus haut possible. car les skis vous entraînent dans le remous et suppriment tout espoir de revenir à la surface. le danger diminue. Avant tout. On a prétendu qu'un skieur pouvait échapper à une avalanche en pointant ses skis vers le bas et en fuyant à toute allure. plus le danger augmente. en ouvrant une trace continue. cette croûte s'adoucit très vite et. Les limites du danger sont élastiques et mal définies. après neuf heures du matin. paroi neigeuse qui mesure exactement l'épaisseur de l'avalanche à son origine. 1 « Si l'on est pris par l'avalanche. Elle se détache avec un sourd craquement et provoque le brusque effondrement d'une profonde couche de neige. qui peut entraîner le touriste. Lorsqu'une avalanche vient de partir.traverser une pente apparemment dangereuse. il se produira un gel sensible. La plupart des avalanches printanières se détachent au-dessous de la limite neigeuse estivale. pendant. et les ponts de neige couvrant ces tunnels ne doivent être traversés qu'avec beaucoup de prudence. Tant que le torrent de neige est en mouvement. Une fois l'avalanche sur vous. Celle-ci devra alors s'y creuser un tunnel. de façon à y parvenir dans les premières heures du jour. de la puissance du soleil et de la température plus élevée de l'air. bien avant d'avoir pu diriger mes skis vers la pente. immédiatement après. Plus l'hiver avance. 91-92. Le piéton. Les avalanches printanières franchissent parfois une rivière. Elles glissent sur des pentes qui. Tant que la neige est en mouvement. la neige s'éparpille dans les airs en tout ou en partie. invariablement. pour descendre ensuite seulement dans la vallée. il faut lutter à l'extrême. Plus d'un skieur a trouvé la mort en passant une rivière sur ces restes d'avalanche.

gardez-les aux pieds. Dans ce cas. il faut donc retirer ses skis à temps et cheminer à pied. on risque beaucoup de la couper et de provoquer l'avalanche. de façon que tous les membres de la caravane ne se trouvent pas en même temps sur une seule et même côte. On trouvera au premier paragraphe du chapitre suivant la topographie des lieux où se sont produites des avalanches mortelles en Suisse. de façon qu'aucune partie ne reste inexplorée. les bâtons pourvus de disques amovibles seraient fort utiles. il est recommandé de passer de l'une à l'autre. qui ne doit être traversée que par un seul skieur à la fois. la neige et les conditions du terrain est absolument nécessaire durant toute la course. les attirera dans le remous. il y a bien des chanee-pour qu'une portion du cordon reste à la surface. bénéficie de certains avantages. Si deux ou trois skieurs encordés sont enlevés par une avalanche. «Pour passer d'un point à l'autre. il ne faut pas que plusieurs skieurs soient emportés. Pendant ces travaux de recherches. Il faut étudier la neige au point de vue de la résistance. des couches. Sur un terrain dangereux. etc. quelle en est la couche sous-jacente (1). de continuer. on évitera non seulement d'exposer plusieurs skieurs à la fois. Si l'avalanche se détache. leurs chances de s'en tirer sont presque nulles. Rien n'irrite la neige comme des virages en vitesse. Si la caravane conserve ses skis aux pieds. «A la descente. un des participants doit constamment surveiller la pente supérieure et avertir ses compagnons au cas d'un nouveau danger. retournez en arrière. 1911-1912. En ski. Une ascension directe ou une descente en file indienne sont toujours préférables à une traversée oblique. et l'on évitera les combes et les contreforts rapides. « Quant au sauvetage. un homme descendra immédiatement dans la vallée pour y chercher du secours. il peut encore être sauvé de l'asphyxie ou du gel plusieurs heures après avoir disparu. C'est là une précaution souvent négligée. On évitera donc les brusques arrêts et surtout les chutes. de façon à glisser le plus directement possible. 3 Bilgeri recommande l'usage du Lawinenschnur pour traverser les pentes exposées aux avalanches. 2 Jahrbuch des Ski-Club Salzburg. ses pieds enfonceront jusqu'à la vieille croûte sous-jacente. Un observateur devra rester sur le lieu de l'accident. la mettre en mouvement et découvrir éventuellement le corps du skieur» ( 3). du moins. elle devrait mettre les peaux de phoque. il faut avant tout prendre ses distances. Si l'on doit surmonter une pente dangereuse. car ils peuvent être enfoncés beaucoup plus profondément que les bâtons ordinaires. Un terrain dangereux ne devrait être abordé que par un seul homme à la fois. à moins qu'un membre de la caravane puisse s'ancrer fermement sur quelque point solide (rochers. donne encore d'autres conseils qui nous paraissent utiles d'être relevés (2). CHAPITRE V LA NOUVELLE TACTIQUE 1 Ici. Si vous êtes dans le doute. Si le skieur emporté n'a pas été blessé mortellement par la chute de l'avalanche. Ils éviteront de se dépasser l'un l'autre. du contact sous-jacent. S'il est nécessaire. que chaque skieur s'attache à la taille et laisse traîner derrière lui. il faut sonder avec piolets et bâtons. Si le terrain est strié de plusieurs côtes (arêtes). une fois enfouie dans l'avalanche.comme le chamois. On ne négligera aucun effort. « Seul l'alpiniste expérimenté est à même de prévoir le danger des avalanches. Elles seront proportionnées à la largeur de la pente dangereuse. la distance entre les skieurs doit être plus considérable encore qu'à la montée. Bilgeri. une avalanche ultérieure pouvant tomber sur la première. mais les risques de provoquer l'avalanche seront bien diminués. En prenant une pente de neige en écharpe. On inspectera tout d'abord la surface de l'avalanche pour voir s'il y reste quelque trace du disparu. Si le skieur est englouti par l'avalanche. On ne quittera l'emplacement qu'après avoir tout essayé. il sera bon de forer des trous pour permettre à l'air d'arriver jusqu'à elle. ce qui permet de déterminer la situation de la victime. il est beaucoup plus facile de provoquer une avalanche et très difficile de la retenir une fois qu'elle est déclanchée. Si le temps vous manque. on suivra la voie la plus directe. observer l'inclinaison. Une notion très claire sur le temps. éventuellement creuser des fossés à la pelle. Si vous êtes pressé. La corde. asseyez-vous sur vos skis et laissez-vous descendre par une glissade assise et directe. la configuration et l'enneigement des pentes. même très brèves. « Dès que l'on prévoit un danger d'avalanche. Procéder systématiquement. En l'observant. Des haltes. on choisira l'itinéraire qui emprunte des replats ou des côtes. et mettez les peaux de phoque. mais tout au plus celui qui traverse le terrain dangereux. ne doivent se faire que sur les points où l'on peut se réunir en toute sécurité. A moins que la neige superficielle soit très profonde. . de l'extension. Ne vous encordez jamais pour traverser un terrain avalancheux. une des autorités les plus connues en Autriche. La répartition des skieurs dépendra de leurs qualités personnelles. Si la pente est suspecte. « Si la caravane n'est pas assez nombreuse. Si l'on ne trouve rien à la surface. sondez avec un piolet ou un bâton et tâchez de déceler si la neige est homogène ou. qui les suffoquera. Dix à vingt pas ne sont pas suffisants. et quelques commentaires à ce sujet.) et assurer celui qui traverse un court espace dangereux. C'est un cordon rouge d'une vingtaine de mètres de longueur. ni aucune peine. enlevez vos skis. il faut s'y mettre immédiatement et de toute son énergie.

I. — COMMENT LE SKIEUR DOIT LIRE SA CARTE (4).
Le skieur suisse peut s'estimer heureux et privilégié : il habite au pied des plus belles montagnes et il possède
de son pays une carte admirable, que lui envient tous ses voisins. L :'Atlas Siegfried, au 50 000e, dont nous voulons
parier, est certainement, en clarté, en relief et en exactitude, bien supérieur aux cartes officielles des États limitrophes.
C'est du reste la seule sur laquelle le skieur puisse projeter ses itinéraires de courses en haute montagne. Celle au 25000 e
ne s'étend pas encore aux Alpes, et celle de Dufour au 100 000 e, qui couvre toute la Suisse, est insuffisante pour une
étude détaillée du terrain.
Tant que l'Association suisse des Ski-Clubs et le C. A. S. n'auront pas publié tous les volumes de leurs «Guides
du skieur», décrivant minutieusement et systématiquement chaque itinéraire, l'Atlas Siegfried au 50 000 e restera
l'auxiliaire indispensable du skieur, — de celui surtout qui quitte volontiers les traces toutes faites pour pointer ses skis
vers de nouveaux buts. Pour qui sait l'interpréter en détails, cette carte est comme un livre ouvert, révélant la solution
d'une quantité de problèmes alpins. L'indigène lui-même, auquel le skieur confie parfois la direction de la caravane, ne
possède pas les notions fondamentales du nouvel alpinisme. Comme le professionnel, il est routinier et conservateur; il
ne connaît guère que les sentiers d'été et ne comprend pas que la neige hivernale transforme la tactique orthodoxe du
vieil alpinisme.
Si notre carte est indispensable aux alpinistes, elle est plus précieuse encore aux skieurs. En été, l'alpiniste suit
des chemins tout tracés ou minutieusement décrits dans un guide détaillé, et les seules difficultés des problèmes qui le
préoccupent résident dans l'escalade de parois ou d'arêtes pour lesquelles la carte au 50 000 e est d'un secours bien
illusoire, les parties intéressantes étant beaucoup trop réduites par la projection.
Pour le skieur, au contraire, les versants rapides et les parois rocheuses n'offrent aucun attrait. Il cherchera
même à les éviter. Ce qu'il scrute avidement, c'est le terrain à parcourir en ski, depuis le village dans la vallée jusqu'au
glacier, jusqu'au col élevé où il compte monter. Tout ce terrain devient alors l'objet d'une étude minutieuse et parfois
passionnante. Des mètres de neige recouvrant la montagne, le skieur commencera par supprimer mentalement sur sa
carte toutes les voies de communications qui s'étendent au delà du dernier village habité. Ce qu'il doit considérer
presque exclusivement, ce sont les formes topographiques et leur inclinaison relative, exprimées en courbes de niveau.
Les formes et l'inclinaison du terrain ont pour le skieur une importance capitale.
La plupart de mes lecteurs sont des alpinistes ou des officiers sachant lire une carte ; mais il leur manque une
notion fondamentale, étrangère à la tactique ordinaire et particulière à celle du nouvel alpinisme. Il faut arriver à lire sa
carte "avec les yeux d'un skieur" et pouvoir dire en la consultant : ici je passe ; là je ne passe pas (en ski). L'assimilation
de cette nouvelle notion nous est facilitée pour deux raisons :
-premièrement, nous nous servons toujours de la même carte (A. S. : 50 000) dont l'échelle et l'équidistance des
courbes de niveau sont constantes; nos yeux finissent par s'adapter à ces deux constantes; secondement, le skieur
parcourt en un seul jour des pentes d'inclinaison très variable, et il pourra du même coup juger de leur viabilité ; sur sa
carte, il peut ensuite comparer les pentes parcourues à celles qui lui sont encore inconnues, et tirer de là des déductions
fort simples et très utiles. Plus il compare, plus sa notion s'enrichit, et il finit par acquérir un certain coup d'oeil, une
notion visuelle, grâce à laquelle il déterminera presque infailliblement la viabilité d'un terrain quelconque.
Avant d'étudier en détails les formes et l'inclinaison du terrain montagneux, il est nécessaire de faire une
réserve. Je n'ai, en effet, tenu aucun compte, jusqu'ici, d'un facteur qui joue pourtant un rôle considérable dans la
viabilité de la montagne en hiver : c'est la consistance de la neige qui la recouvre. On comprendra facilement que, si
telle pente, disons de 30°, est viable sans le moindre danger lorsqu'elle est couverte de neige stable, il n'en est pas de
même lorsque cette neige manifeste une tendance à s'écrouler en avalanches. La question des avalanches est traitée au
chapitre précédent. On sait que la neige obéit à des lois statiques et météorologiques et que les premières dépendent
directement des secondes. Ces conditions météorologiques viennent donc compliquer le problème que nous étudions.
Pour plus de simplicité, nous allons supposer des conditions normales. C'est la supposition que fera tout naturellement
l'alpiniste-skieur en élaborant ses itinéraires, en se réservant, bien entendu, de modifier son plan si les conditions
n'étaient pas remplies au moment de partir en course. Nous verrons plus loin quelles sont ces conditions
météorologiques normales.
Pour familiariser les yeux du skieur avec la notion visuelle dont je parlais plus haut et qu'il est si nécessaire
d'acquérir, j'exposerai une série de schémas représentant des pentes plus ou moins rapides et des formes topographiques
plus ou moins compliquées, cela à la même échelle et à la même équidistance de courbes (30 m) que C.A.S. au 50000e.
Les formes figurées par ces schémas ont presque toutes été calculées sur C.A.S. et se retrouvent donc un peu partout sur
la carte et dans la nature. Les six premiers schémas sont des figures préliminaires, représentant des pentes presque
régulières, dont l'inclinaison va décroissant de 1 à 6, depuis la pente très rapide jusqu'à la pente douce. Le terrain étudié
par le skieur pourra donc toujours être comparé à l'un de ces schémas.
Les pentes figurées par les schémas 1 à 3 sortent du domaine propre au skieur et n'offrent pour lui aucun
attrait. Il peut être appelé à traverser de telles pentes sur de courts espaces ; mais lorsqu'elles présentent l'étendue
4

La nouvelle tactique est basée essentiellement sur l'étude de la carte, et c'est l'objet que nous allons traiter dans ce premier paragraphe. Cet article
paru sous le même titre.mais sous une forme sensiblement différente, dans … des Alpes de mars 1920, après avoir été publié en allemand dans …,
vol. XIV (Wie liest der alpine Skilaufer seine Karte?). Ce premier paragraphe ne concerne que les Alpes suisses.

correspondant aux schémas, il doit les éviter en toute circonstance. On peut considérer la figure 4 comme une transition
entre les terrains à éviter et les pentes viables. Enfin, toute pente dont l'inclinaison est inférieure à celle du schéma n° 6
est viable en toute circonstance.
Ces six premiers schémas constituent en quelque sorte une échelle d'inclinaison. Il nous faut maintenant
soumettre cette échelle à la variabilité des conditions météorologiques.
Je distinguerai trois cas principaux : conditions normales, conditions parfaites, conditions défavorables.
A. — Conditions normales.
Le skieur trouvera la montagne dans des conditions normales par le beau temps, après une série de quelques
beaux jours, lorsque la dernière chute de neige n'a pas été abondante. Sur les versants méridionaux, la neige sera
légèrement tassée par l'influence du soleil. Sur les pentes nord, au contraire, elle conservera encore sa consistance
poudreuse. Dans ces conditions, le skieur peut parcourir, sans danger, toutes les pentes analogues aux schémas 5 et 6.
Éviter les pentes 1 à 3. Sur de très courts espaces, on peut affronter les pentes d'inclinaison 3 (voir le cas de la figure 9).
4 est viable, sans exclure l'éventualité du danger d'avalanches (le pointillé indique la voie la plus favorable).
B. — Conditions parfaites.
En janvier et février, comme nous l'avons dit au chapitre III, le beau temps dure parfois des semaines. Tandis
que la plaine est couverte d'un épais brouillard, les hauteurs restent parfaitement claires, et il y règne une température
diurne beaucoup plus élevée que dans les fonds. Le soleil et les vents travaillent la neige, durcissent sa surface et
augmentent constamment sa stabilité. Après quinze jours de ce régime, nous trouvons la montagne dans des conditions
exceptionnelles. Elles ne satisferont évidemment pas le skieur pur, qui trouvera difficilement la neige rêvée pour ses
skis. Mais l'alpiniste profitera de ce moment psychologique pour tenter les grandes ascensions, et il aura bien des
chances de les réusoir aussi facilement qu'en été. Dans ces conditions, examinons à nouveau les schémas. Je dirai
brièvement : Éviter 1 à 3. Sur de courts espaces seulement on peut affronter les inclinaisons 2 et 3 (voir le cas des
figures 9 et 29). 4 à 6 sont viables sans danger.
C. — Conditions défavorables.
Un skieur prudent ne s'aventurera jamais en montagne par le mauvais temps. Mais il arrive trop souvent, hélas,
qu'il soit surpris là-haut par une brusque intempérie et qu'il soit obligé de fuir dans les pires circonstances. Les
conditions sont défavorables, lorsque le temps ne serait même que douteux, par une température voisine de zéro, une
couche de neige fraîche abondante et des vents du sud ou de l'ouest.
Dans ces conditions, le skieur évitera soigneusement toutes les pentes analogues à celles des schémas 1 à 4,
même sur de courts espaces. 5 est viable, sans exclure l'éventualité du danger des avalanches. 6 est sans danger (si la
neige fraîche est profonde, les skis glisseront à peine).
Les schémas 7 à 12 expriment des formes plus compliquées, d'inclinaison variable et que le lecteur doit
comparer à l'échelle constituée par les figures 1 à 6. Je me bornerai à les commenter brièvement :
Schéma 7. — Pente d'inclinaison décroissant de haut en bas, variant entre 3 et 5. La partie inférieure,
d'inclinaison 5, est viable en elle-même en toute circonstance, mais, lorsque les conditions de neige ne sont pas
parfaites, elle sera menacée par les avalanches qui peuvent se détacher de la partie supérieure.
Schéma 8. — Pente d'inclinaison 5, large d'environ 400 mètres, comprise entre deux pentes rapides
d'inclinaison 3. Cas à rapprocher du n° 20. Éviter la traversée de la pente médiane, sauf dans des conditions parfaites.
Schéma 9. — Cas inverse du précédent : pente médiane d'inclinaison 3 séparant deux terrains viables au ski.
A éviter lorsque les conditions sont défavorables. Dans d'excellentes conditions, on pourra franchir la pente médiane en
zigzagant en ski ; mais le chemin le plus sûr sera le parcours direct à pied de la crête entre A et B. La ligne AB est une
ligne de moindre inclinaison, suivant une forme convexe et offrant le minimum de danger.
Schéma 10. — Vallée encaissée entre des pentes d'inclinaison 2-3, mais dont le fond ne présente qu'une
inclinaison 5-6. Dans de bonnes conditions, on pourra la parcourir en suivant le torrent. Dans de mauvaises conditions,
les avalanches tombant des pentes supérieures menaceront tout le fond de la vallée.
Schéma 11. — Vallée très encaissée, à éviter en toute circonstance.
Schéma 12. — Vallon arrosé par un torrent, dominé sur la rive droite (à gauche sur le schéma) par une pente
rapide d'inclinaison 2 et bordé sur sa rive gauche (à droite sur le schéma) par une large côte d'inclinaison 5-6. On évitera
le fond du vallon et on s'élèvera le long de la côte, entre le torrent et la paroi de rochers limitant la . côte à l'est. Eviter
complètement ce terrain lorsque les conditions sont défavorables. De fortes avalanches pourraient balayer la côte ellemême. On peut aussi suivre le faîte arrondi, couronnant la grande pente de la rive droite.
Le problème de la viabilité se présente généralement au skieur sous la forme suivante : étant donné un point
connu (but de la course), trouver le meilleur chemin pour y parvenir en ski. Par le meilleur chemin, j'entends le plus
facile, le plus sûr (le moins exposé aux avalanches) et le plus court. Ces conditions sont rarement remplies
simultanément. Mais on peut dire que la solution la plus naturelle du problème revient à déterminer, entre le point de
départ et le but, la route viable de moindre inclinaison. Ceci est une notion nouvelle à la tactique du skieur alpin. Il ne
faut pas la comprendre exclusivement dans son sens géométrique qui, par opposition à la ligne de plus grande pente,

équivaudrait alors au thalweg topographique. Il est vrai que, dans des cas, la ligne viable de moindre inclinaison se
confond avec la ligne réelle d'un thalweg, ou bien elle suit le cours d'une rivière, d'un torrent, d'une combe, d'un glacier;
mais elle épouse souvent aussi des formes topographiques convexes, telles que de larges crêtes dorsales.
De toutes façons, c'est la première solution à envisager lorsqu'on étudie le problème de la viabilité. Mais, au
lieu de chercher à tracer notre route en partant d'en bas (soit du village dans la vallée), transportons-nous au sommet, ou
au but quel qu'il soit. Ce but n'est pas toujours le sommet convoité lui-même, mais bien le point terminus où le skieur
compte arriver sur ses skis et d'où commencera alors l'escalade finale.
Voyons dans quelle direction le terrain descend le moins rapidement. Déterminons ensuite, dans cette
direction, la ligne de moindre inclinaison. Cette ligne n'est pas nécessairement viable en elle-même. Il faudra
probablement s'en écarter plus ou moins, pour éviter des pentes encore trop fortes, des rochers, des obstacles de toute
sorte ; ou même remonter quelque temps, pour rejoindre une autre ligne plus favorable. Souvent la route viable de
moindre inclinaison équivaut à la route la plus directe et la plus commode — mais d'autres itinéraires, quand bien même
ils seraient plus longs, offriront peut-être davantage de sécurite, ici, la sécurité doit toujours primer la commodité.
Parfois la carte révèle, au premier coup d'œil, une particularité morphologique qui facilite singulièrement l'accès au but
et détermine tout naturellement la ligne générale d'attaque, comme un jalon principal dans l'itinéraire. C'est le cas,
lorsqu'un grand glacier ou une combe doucement inclinée s'avance profondément au cœur d'un massif.
Le parcours des glaciers en ski nécessite une tactique spéciale, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Les schémas 13 à 18 représentent des portions de glaciers dont il est intéressant de comparer l'inclinaison. Tous
sont viables, sans aucun danger d'avalanches.
Schéma 13. — Glacier d'Otemma, entre 2 760 et 2 970 mètres, sur la Haute-Route entre Chamonix et Zermatt.
Schéma 14. — Partie centrale du Gornergletscher entre 2 550 et 2 640 mètres.
Schéma 15. — Glacier de Findelen, entre 2 910 et 3 420 mètres.
Schéma 16. — Griesgletscher, entre 2 550 et 3060 mètres. [La route pointillée représente l'itinéraire ordinaire
du Blindenhorn (3 384 m.)].
Schéma 17. — Gkcier d'Aletsch, entre 2 440 et 2 640 mètres.
Schéma 18. — Grosser Aletschirn, entre 2 850 et 3 150 mètres.
En comparant ces derniers schémas à notre échelle d'inclinaison (schémas 1 à 6) on voit que, sauf les n° 15 et
16, dont l'inclinaison varie entre 5 et 6, tous les autres présentent une inclinaison inférieure à 6. Le Gornergletscher
semble plat lorsqu'on en parcourt la portion représentée au n° 14. Il faut des conditions exceptionnelles pour que les skis
y glissent naturellement. Lorsque la neige est poudreuse et régulière, on peut suivre en une seule glissade la ligne
pointillée du n° 16.
Un glacier compris entre deux rives montagneuses présente généralement une surface concave dans le haut et
convexe dans le bas. Dans la partie supérieure et concave du glacier, le skieur trouvera une voie large et facile. Là où il
devient convexe, le glacier est presque toujours limité par des moraines latérales. Au contact des moraines et des
rochers, ses bords se crevassent fortement et sont dangereux. Par contre, entre la moraine latérale et le flanc de la
montagne qui forme la rive, il existe très souvent une combe plus ou moins large et peu profonde, où le skieur trouvera
une voie facile et agréable, évitant le glacier lui-même. Dans ces combes, la neige est souvent meilleure que sur le
glacier. Il y a donc tout avantage à les suivre. Les zones de séracs doivent être évitées en ralliant les rives. Parfois on est
obligé de les franchir à pied, en portant les skis.
Les crêtes des moraines sont, comme presque toutes les crêtes dans les Alpes, plus ou moins dénudées de
neige, et il arrive qu'on les suive à pied aussi facilement qu'en été. On en profitera, par exemple, lorsqu'une moraine
latérale sépare des pentes très rapides ou couvertes de neige très dure, ou bien lorsqu'une moraine domine un glacier
tourmenté ou difficilement abordable.
Certains glaciers ont des langues peu inclinées. En été, elles nous apparaissent luisantes et dénudées. Le skieur
les franchit insensiblement, et passe souvent, sans s'en douter, du glacier à la combe morainique qui lui succède.
Les torrents qui coulent au fond des combes sont, à la fin de l'hiver surtout, complètement invisibles, sous la neige
uniforme. Ces torrents forment des lacs, et le skieur est amené naturellement à les traverser. Un lac gelé et recouvert de
neige offre une piste beaucoup plus directe et plus facile à suivre que les sentiers tortueux qui contournent ses rives.
Mais les torrents ne forment pas que des lacs : ils creusent des gorges souvent profondes, resserrées entre de
hautes parois rocheuses. Ici la carte est rarement suffisante pour permettre d'en juger la viabilité. Dans le cours
supérieur des torrents secondaires, ces gorges sont généralement peu profondes et comblées de neige. On passera là plus
facilement qu'en suivant l'itinéraire estival qui les évite presque toujours. Dans chaque cas, on examinera
soigneusement les pentes qui dominent et les dangers qu'elles présentent pour le skieur parcourant le fond de la gorge.
Lorsque la gorge est rapide, elle devient la voie préférée des avalanches alimentées par le neige des pentes supérieures.
Ces avalanches finissent par combler en partie le lit du torrent et, par un beau gel, on peut s'y hasarder impunément.
Certaines zones rocheuses formées de roches moutonnées ou de rocs érodés peu proéminents, sont souvent
nivelées par la neige, vers la fin de l'hiver. On peut alors les traverser sans peine. C'est le cas pour la région à l'est du
glacier de Zanfleuron ; le versant sud-est du Schneidehora (Rawyl) ; la partie supérieure de la Weissfluh (Parsenn).
Dans ces régions, la carte ne fait souvent qu'esquisser les courbes de niveau, et il n'est pas toujours possible de juger la
viabilité du terrain.

Dans bien des cas. Inclinaison 2-4. Schéma 23. 128 : VIII. 1914. — Alpage du Vacheret (rive droite de la vallée de Bagnes). La carte ne permet guère de déterminer l'essence ou la densité des arbres composant ces forêts. l'alpiniste-skieur doit prévoir de quelle façon il attaquera le sommet lui-même de la montagne. Crettez et moi.) avec route cantonale et hôtel Passhôhe. 2452 au pied de l'arête rocheuse sudouest duMont Gelé. p. mais j'avoue que l'aspect de la pente fatale me fit une forte impression. 66. le skieur fera bien de les éviter autant que possible. — Col de la Furka (2421 m. qui sont faciles et parfois même très agréables à parcourir. V. Planche de neige (Schneebrett) 1 Ainsi pour le Grand Cornier. Journal de Genève du 19 janvier 1911). descendant d'un col ouvert entre deux belles montagnes et précédant une combe régulière. Neige croûteuse recouvrant 80 centimètres de neige poudreuse. dont trois furent ensevelis (Ski. Celles-ci sont indiquées par des flèches. froid. itinéraire que j'avais déterminé au moyen de la carte. ne connaissant absolument pas la région ea question. elle est exempte de tout danger d'avalanches. du matin). Vallée encaissée. une courte descente (50 m. 238). L'itinéraire idéal est celui qui parcourt un large glacier. Dans une dernière série de schémas (n 0 19 à 27). et je conseillerai alors au skieur de choisir. peuvent écarter le skieur de la route viable de moindre inclinaison. c'est là une exception assez rare dans nos Alpes. 1915. i'arête nord . 39 . Avalanche du 17 novembre 1915. il recherchera même cette protection naturelle. Correvon. Certaines grandes montagnes n'offrent qu'une seule voie praticable en hiver.) et les lacs de Fenêtre. on obtient généralement la solution la plus simple et la plus naturelle du problème de viabilité posé au skieur. En déterminant la ligne viable de moindre inclinaison. l'arête sud est. vol. — Pente située entre le Plan de la Chaux (2 040 m. D'autrepart. mais elle est régulière et inférieure à celle de la pente dominant ce bisse (2) (Echo des Alpes. Pente dangereuse en toute circonstance et très facile à éviter en traversant le col d'Arpalle (à l'Est du P. mais elle est dominée par une pente concave d'inclinaison 2-3. les aroles. Les rescapés prétendent avoir « crevé une gonfle » (Schneeschiltty. 2 . L'itinéraire indiqué par une ligne en traits et traversant la selle au-dessus du P. 79-80). à peine) et une marche de flanc conduisent au pied du glacier de la Chaux. que cette route est la vraie et qu'en temps normal. Ce jour-là. Sur l'autre versant. Inclinaison 2-3. Quelques jours plus tard (le 25 janvier 1920). sur l'itinéraire du col de Fenêtre (val Ferret). mais dont les rives sont dangereuses. Le skieur doit savoir par anticipation que les neiges offrent une consistance plus favorable sur les versants nord et est que sur les pentes tournées vers le sud et l'ouest. entre elles. l'arête nord . Lorsqu'il sait l'interpréter. voir aussi le chapitre XV. les forêts épaisses constituent une excellente digue contre les avalanches. la neige était bien tassée et la montagne se trouvait dans d'excellentes conditions. Courte pente de 300 mètres. Éliminant d'emblée les pentes condamnées. j'ai topographie les principaux endroits où des touristes ont été surpris par des avalanches. 1916. La ligne indiquée alternativement par un trait et un point représente le bisse de Levron que suivait la caravane. dont le fond est praticable dans de bonnes conditions. Avalanche du 15 janvier 1911 (10 h. 345). de Vevey. La pente traversée par la caravane ne présente pas. jalonnent la limite inférieure des pâturages. une inclinaison plus forte que 4-5 . Six victimes (Alpina. dans le Valais et les Grisons. Terrain à rapprocher du n° 10. on peut franchir en plusieurs endroits et sans aucune difficulté la large croupe courant dn P. L'orientation générale du terrain en est un. — Versant nord du Saflischpass. 261-269). Pourtant. I. peu incliné et peu crevassé. Nous avons constaté. Dans les Grisons et sur le versant méridional de nos Alpes. avec M. Deux planches de neige (Schneebrett) superposées cédant successivement sous le poids d'une caravane de quatre hommes. elle prend à ses yeux l'image d'un relief. Schéma 21. J'ai eu l'occasion de visiter. Inclinaison 4. certains jalons caractéristiques. et le skieur qui les traverse se trouve relativement à l'abri de ce danger. 2452 est préférable. pour le Tàschhorn. les avalanches sont beaucoup plus à craindre dans ces combes que sur les arêtes. pour franchir des pentes rapides et qui. du matin). C'est en appliquant ces principes et en combinant intelligemment tous ces facteurs que l'alpiniste-skieur détermine son chemin sur la carte. L'inclinaison moyenne des pentes qu'il parcourt est supérieure à celle du plateau où coule le bisse de Levron. J'ai dit que les facteurs météorologiques s'enchaînaient aux facteurs topographiques. Avalanche citée par Richardson dans son SkiRunner. espacés sur les pentes. Schéma 19. D'autres motifs encore peuvent influer sur le choix des itinéraires. convergeant doucement vers ia vallée principale. au-dessus de Davos. — Bremenbûhl (2 261 m. en montant de Verbier à la Rosablanche. Planche de neige (Schneebrett) emportant trois hommes. De la combe de Médran. sur laquelle la neige était en équilibre instable. Ed. Dans ce cas. Nous avons vu que certaines particularités morphologiques. col reliant Berisal à Binn. comme tous les précédents. Inclinaison 1-3. 1911.). dans les combes abritées du vent que sur les arêtes qui y sont exposées. même si la voie finale n'était pas la plus facile ( 1). les mélèzes croissent en forêts moins denses. ne seraient pas sans péril. au 50 000e. Enfin. Le passage de la caravane suffit à ébranler la masse en suspens. Plus haut encore. p. tout le plan d'approche en ski dépend du point où doit se donner l'attaque finale. il procède par déduction et finit par déterminer la voie la plus sûre. Conditions défavorables. Avalanche du 1 er mars 1914 (7 h. Écho des Alpes. Neige croûteuse. Schéma 20. à l'endroit où elle est coupée par le bisse. Avalanche du 22 janvier 1909. Neige croûteuse. pour le Zinal-Rotborn. Fœhn après une forte chute de neige. celle qui prolonge l'itinéraire choisi préalablement pour ses skis. Par contre. 46 . déboisées. Le sommet lui-même est généralement accessible par plusieurs routes différentes. le guide Maurice Crettez et moi suivîmes l'itinéraire suggéré par la ligne en traits dans mon schéma n° 20. Schéma 22. Celles de sapins sont souvent très épaisses et. Cas à rapprocher du n° 8. pas trop encaissée. le théâtre de la catastrophe à laquelle il a si miraculeusement échappé.Les zones boisées sont des obstacles fréquents sur la route du skieur. s'il n'existe pas de chemin pour les traverser. Ces schémas sont exécutés. (Voir Guide du skieur dans les Alpes valaisannes. 2709) (Revue alpne. Inclinaison 2-3. Très beau temps. avec courbes de niveau équidistantes de 30 mètres.

). La crête sera généralement dénudée de neige et facile à parcourir en portant les skis. Combe comprise entre deux forêts. mais dans la partie supérieure. Dans cette seconde catégorie. Le pointillé indique la route habituelle. 1 En juin 1917. l'Ebnenuh (3 964 m. 123 . Comme exemples. VIII. 27-30). on trouve. On cherchera naturellement à combiner une courte escalade avec une partie de ski agréable. le Piz Tremoggia (3 452 m. Inclinaison 4.). la Tête Blanche (3 750 m. VTII. la Dent Blanche (4 364 m.) dans les Alpes Lépontines . parmi les plus hautes montagnes : le Lyskamm (4 538 m. Inclinaison 3-4. surtout dans les régions où les montagnes forment de grandes chaînes et où les sommets sont séparés par des cols bien caractéristiques. Ceci prouve qu'on peut quelquefois affronter impunément des pentes très rapides.) dans les Alpes Pennines . Avalanche du 20 février 1916 (6 h. on constate que leur viabilité en hiver est considérable. Schéma 27.A.) par l'arête sud . 21. Ces combinaisons sont innombrables en Suisse. 136). 24).). — le Blindenhorn (3 384 m. Schéma 24. b.) par l'arête est . — Stand (1 939 m. le Brunnegghorn (3 846 m. etc.) dans les Alpes centrales .). Cette pente aurait une inclinaison 1. le Piz Buin (3 316 m. la Bernina (4 055 m. — le Claridenstock (3 270 m. Les sommets cités en exemple et classés dans ces deux catégories dépassent tous 3 000 mètres.).). 1912. dans l'Oberland bernois .) par l'arête de l'OberMônchjoch . je comprends les sommets dont on ne peut atteindre en ski que le pied et dont il faut compléter l'ascension comme en été. en suivant une arête caractéristique ou en escaladant une face. les sommets méridionaux du Mont Rosé.) et le Bieshorn (4 161 m. Je me bornerai à citer ici quelques exemples typiques. Mais c'est une imprudence à déconseiller (voir p. Schéma 25. au pied même de la pente dangereuse. — Parsenn (près Davos). Avalanche du 22 décembre 1911 (11 h. la neige exposée au vent est souvent si dure que l'alpiniste abandonnera ses skis dès que la marche sera plus facile ou plus rapide à pied. Pente située entre le glacier le Théodule et le plateau du Breithorn. on verra qu'ils rentrent dans deux grandes catégories : a. à Coire). Inclinaison 3. à la fin de mars. le Mônch (4 105 m. — Terrain à l'est du col du Sanetsch. S. une quantité de montagnes très favorables au ski. Inclinaison 1-2. — les Diablerets (3 222 m. L'étude de ces schémas est instructive. Courte pente de 150 mètres. le Wildhorn (3 264 m. d'inclinaison 1-2. On peut désigner ce genre de course sous le nom de combinaison (combinaison d'une approche en ski et d'une ascension finale dans le rocher.) de la Fuorcla Buin.). le Pigne d'Arola (3 801 m. le Piz Mortel (3 442 m.) et le Titlis (3 239 m. Gonfles (Windschilde) dans la partie supérieure. le Capùtschin (3 391 m. Alpina. Auparavant on n'avait jamais observé d'avalanches à cet endroit (Ski. Ce sont en général des dômes isolés. au lieu de se tenir sur l'autre rive (Ski. Si l'on cherche à les classer. — Val d'Eschia au-dessus de Maduleim (Engadine). située entre la Drance le Bagnes et l'arête de Corbassière (2227 m. 215). Avalanche poudreuse tuant deux hommes qui remontaient la rive droite du torrent. S. En étudiant la carte de nos Alpes.). le Basodino (3 277 m. Arnold Lunn et Jos. Mauvaises conditions : tempête de neige avec fœhn et température élevée (Ski. je citerai : le Grand Follat (3 671 m. Elle confirme les principes établis plus haut. dans les Grisons ( 1). au-dessus des Saanenmôser. La plupart des accidents (en tout cas les nos 20. en partie à pied. 73-76 . Patrouille de dix hommes échelonnés à de courts intervalles coupant la pente (Ski. mais beaucoup peuvent être complètement ou partiellement gravis à skis. 22 et 26) semblent résulter du fait que les caravanes suivaient les itinéraires habituellemént parcourus en été et pointillés sur l'. Les conditions de la neige printanière étaient parfaites et la descente du sommet à la cabane Festi ne prit que quarante minutes. suivie par les caravanes montant au Breithorn de Zermatt et marquée sur l'A. la Cima di Jazzi (3 818 m. Avalanche du 28 décembre 1913 (2 h. Meisser. 30 du matin). par des conditions excellentes. au-dessus de Fionnay. — Pente très raide. Or on y monte en ski sans danger ni aucune peine. XII. les Gùmels (3 513 et 3523 m. le Combin de Chessette (environ 4120 m. — la Mongia (3 419 m.) par l'arête nord . communication personnelle de M. S.). surtout dans les Grisons et sur les contreforts septentrionaux de l'Oberland bernois et des Alpes Pennines. Knubel sont montés en ski jusqu'au sommet même du Dôme des Mischabel (4 554 m. Schéma 29. XIII.). Conditions défavorables après une chute de neige d'environ 50 centimètres. avec ligne pointillée indiquant la meilleure route pour se rendre de ce col vers la région du Wildhorn : une arête caractéristique. Au-dessous de cette altitude. situés dans de grands massifs.). Le pointillé indique l'itinéraire suivi. Tous les sommets ne sont pas destinés à devenir la proie du skieur. en partie en ski. le Finsteraarhorn (4 275 m. L'inclinaison de leurs pentes permet théoriquement l'usage des skis jusqu'à la cime . — Val-Bella sur Parpan.provoquée par deux skieurs (Ski. que l'on suit à pied pour passer des champs de neige du Sanetsch aux pentes supérieures dont l'accès en ski est barré par des rampes d'inclinaison 2-4.) par l'arête du Lysjoch . toujours en se basant sur la carte.) ainsi que la plupart des sommets du massif de l'Err. Schéma 26. X.) sur le sentier de la cabane de Panossière.). la neige ou la glace).). Schéma 30. C'est la plus haute altitude atteinte en ski en Suisse. 53-60). Ils sont assez rares en Suisse. léger fœhn . après-midi). Avalanche du 7 janvier 1918 (soir). du soir). — Ce schéma reproduit une grossière erreur de l'A. Voici encore les commentaires relatifs aux trois derniers schémas: Schéma 28. je comprends les sommets neigeux dont on peut atteindre en ski le point culminant ou ses abords immédiats. la Tête de Valpelline (3 813 m.) par le Hughsattel . . bien entendu. E. Mauvaises conditions : temps humide.). Dans cette première catégorie.) près du Hundsruck. neige superficiellement gelée. Mauvaises conditions : 30-40 centimètres de neige fraîche et fœhn. Temps clair. Une étude préalable du terrain sur la carte aurait révélé une route plus sûre et souvent plus agréable.

Pour l'alpiniste d'hiver. sachant qu'il enfoncerait là. une masse énorme de neige peut s'effondrer tout à coup. tandis qu'aujourd'hui. Comme j'ai pu le vérifier souvent. les arêtes deviennent les voies naturelles pour gagner les sommets. six eurent lieu à la montée et dans un cas seulement deux skieurs encordés furent tués. L'hiver les recouvre uniformément de neige et rend leur cours navigable. II. Ces sages conseils auraient dû convertir d'emblée tous les amateurs de ski en haute montagne. Par contre. les pionniers remontaient leur cours. qui dépose ses skis au pied de la montagne et doit les reprendre au retour. Mais le retour par le glacier de Tseudet est infiniment préférable . la neige qui tombe dans les hautes régions n'offre aucune consistance. Dans deux autres cas. S-E. les skieurs croyaient ne pas devoir s'encorder sur les glaciers bien couverts de neige. que le sondage avec le piolet ne suffit pas . on choisira toujours l'arête. au lieu de parcourir une seule route. l'orientation entre alors sérieusement en considération. on suivra naturellement la plus facile. on préférera celle dont l'orientation est la plus favorable (S. de tout temps. Sur les arêtes. La majorité des skieurs acceptera toujours ce risque. écrit Lunn vingt ans plus tard. depuis les hauts névés jusqu'à la langue terminale. De tels accidents n'ont pas plus d'importance que des actes de folie similaires chez les alpinistes estivaux. on en parcourt deux. les traversées de sommets ne sont guère possibles. à cause de la liberté des mouvements. que le glacier est.). neuf skieurs ont été tués dans des crevasses. de l'équilibre plus difficile à conserver et aussi parce qu'une corde très longue était nécessaire. partant de la cabane Concordia. à la suite du terrible accident du Grenzgletscher où périrent Kœnig et Flender. Lorsqu'on a le choix entre plusieurs routes. il ne soupçonne pas toujours les crevasses cachées qui le guettent . dans la neige poudreuse. l'hiver transforme beaucoup moins les hauts sommets que les zones inférieures de la montagne. tous les skieurs sont d'accord : la corde doit être employée tant que l'on marche à plat ou que l'on monte sur un glacier. Paul Montandon. évitait ces grandes artères. écrivait ceci : « Jusqu'à présent. et ceci double l'intérêt de la course. c'est pour attaquer des parois escarpées et chevaucher des arêtes déchiquetées plus dignes de leur témérité ou de leurs capacités. Si l'on hésite entre deux arêtes faciles. s'il arrive un accident. En tout cas. en descendant par l'arête ouest. lorsqu'il s'agit d'une face ou d'un versant escarpé. elle ne joue pas un grand rôle. Cette opinion est maintenant bien ébranlée. Leur inclinaison est généralement modérée. Grâce à la sécheresse de l'air. S. Depuis vingt-cinq ans qu'est arrivé le premier accident de ski en montagne. et qu'une trace bien marquée relie ce dépôt improvisé au refuge qui lui offrira son toit pour la nuit (1). C'est du reste pour lui un sentiment de sécurité très appréciable de savoir que ses skis l'attendent au pied de la montagne. puisque. Entre une face et une arête.. autre danger qui n'est certes pas à dédaigner. ont pourtant réussi la traversée de l'Aletschhorn (4 182 m. Comme nous l'avons vu. et je conseillerai à l'alpiniste d'éviter les versants orientés au nord. lorsqu'il allait à pied. où ils avaient fait transporter leurs skis.Tant qu'il est en ski. en hiver aussi bien qu'en été. Mieux encore : autrefois 1 \ pionniers n'en parcouraient guère que la partie supérieure. le skieur les utilise sur presque toute leur longueur. ignorant ou dédaignant le ski. Par contre. Dans les combinaisons. pour s'engager ensuite dans quelque couloir conduisant vers la cime qu'ils convoitaient.). Ceci est admis par tous en théorie. elle est balayée par les vents et le reste fond au soleil. De ces accidents. Pourtant cette question d'orientation doit intervenir en tout dernier lieu. les skis en bandoulière. alors que la tentation de s'en passer n'est pas plus grande pour un skieur que pour un piéton. Si les alpinistes modernes s'en écartent volontiers maintenant. Les glaciers ont été. Au premier âge.-W.). un terrain très perfide et qu'il est absolument nécessaire de conserver de grandes distances. les glaciers ont repris toute leur importance d'antan. les victimes avançaient à pied. En été. De ce fait. « Les skieurs qui sont disposés à assumer tous les risques d'une descente libre doivent être autorisés à le faire sans reproche et. M. bien qu'en pratique les skieurs aient beaucoup trop attendu pour se décider à mettre la corde à la montée. quand bien même la couche de neige serait très épaisse . S. les arêtes étant presque toutes exposées aux vents et l'action de ceux-ci étant infiniment plus considérable que celle du soleil. Or il s'en faut encore de beaucoup ! « Sur un point. montant par le Dreieckhorn et descendant par le Sattelhorn sur la cabane Egon von Steiger. les skis sur l'épaule. leurs guides devraient être absous de tout blâme. A. qui est bien minime. Mais. le touriste se plaît à traverser les sommets comme on traverse des cols. un des alpinistes-skieurs de la première heure. Les deux seuls cas qui nous concernent sont ceux où des skieurs enfoncèrent un pont alors qu'ils descendaient sans corde : Streinz en 1912 et von 1 Pas de règle sans exception : deux de mes amis. Un autre de mes amis a également traversé le Mont Velan (3 765 m. — PARCOURS DES GLACIERS EN SKI. aux yeux du skieur. En 1902 déjà. et l'on se demande si les dangers de la marche sans corde ne surpassent pas ses avantages. l'alpiniste peut se diriger au moyen de la carte. Comme je l'ai dit plus haut déjà. plus encore qu'ailleurs. il faut se persuader qu'en hiver. et le skieur est moins exposé au danger des avalanches que sur les pentes inférieures de la montagne. parce que très enneigés et très froids. les voies naturelles de l'alpinisme. ce choix dépend en partie du point terminus atteint en ski.. L'alpiniste hivernal. l'ascension finale du pic s'exécute selon les règles habituelles et d'après les indications et les itinéraires décrits dans les guides publiés par le C. profondément ancrés dans la neige.

les premières neiges tombent sur ce glacier dénudé. les dimensions des crevasses sont très variables et la fragilité des ponts dépend aussi bien de la longueur de leur arche que de l'épaisseur de la neige. la question est facile à résoudre : le danger existe. le skieur finit par l'emporter sur l'alpiniste. et quant au sondage il est parfaitement inutile. Le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde. rendue à l'atmosphère par la chaleur du soleil.. Il nous faut donc distinguer entre les accidents évitables et ceux qui sont inhérents au plein développement du sport. On peut donc faire toutes les suppositions. onze skieurs suivaient la même piste: le pont s'effondra sous le poids du onzième. Chacun est libre d'agir à sa guise et selon son caractère. 1 2 Alpine Skiing. Mais ce n'est qu'une chance . grâce à la vitesse de vos skis. par suite de la consistance même de la neige. donc il faut s'encorder. A l'Oberaar-joch. Sur la partie inférieure du glacier. prétendent parfois qu'une connaissance locale exacte élimine tout danger. à la fin de février 1902. Sur le Grenzgletscher. la traversée d'un grand col glaciaire et si elle n'offre au skieur la joie sans mélange d'une glissade parfaite sur un grand glacier ( 1). les chercheurs de nouvelles routes et les skieurs non encordés ont tous considéré les risques de leur sport favori et jugé que le jeu valait bien la chandelle. Il est inutile de vouloir le nier : il faut au contraire s'en persuader et chercher à le parer autant que possible. jusqu'au torrent alimenté par ses eaux. il essayerait de se réconcilier avec le ski à la corde. si les glaciers ne changeaient jamais . En somme. vous avez des chances. s'il ne pouvait pas aller dans les Alpes en mai. aux dépens de ceux que nous jugeons sans aucun attrait. Donc les skis ne remplacent pas la corde. lorsque la saison a été chaude. Au cours d'une glissade. sur de grands espaces. il estime les ennuis de la corde plus grands que le danger de s'en passer . de la franchir avant l'effondrement du pont. Mais. en mars 1921. comme nous l'avons déjà dit. l'autre. il faut observer ses différentes phases d'enneigement. nous sollicitons la même indulgence que celle accordée à tous les montagnards qui trouvent dans l'alpinisme quelque chose de plus que la satisfaction d'arriver au sommet avec le maximum de sécurité.. le phénomène est très apparent : les bords des crevasses sont dégarnis de neige. Dans cette même période de vingt-cinq ans. » Le ski présente sur la neige une surface de sustentation évidemment beaucoup plus considérable que celle du pied. 88 . le parcours des glaciers sans corde équivaut à une vaste vrie dont le gros lot serait caché au fond d'une crevasse. p. si de nouvelles crevasses ne se formaient pas entre l'été et l'hiver et si tous les membres de la caravane suivaient exactement les traces de leur guide. au printemps et non en hiver. « Les guides. Tâchons de ne pas le gagner ! Pour se faire une idée exacte de l'état d'un glacier en hiver. elles sont sans valeur. Pratiquement. D'autres accidents confirment l'existence et l'étendue du danger. Un skieur a donc beaucoup moins de chance d'enfoncer un pont qu'un touriste à pied. pour lesquels une expédition en ski n'est pas complète si elle ne comprend l'ascension d'une haute montagne. Les victimes de l'alpinisme en ski proprement dit sont donc très rares : deux morts (sur 1 500) résultant d'une descente libre sur des glaciers. Sur trois skieurs. pourvu qu'il respecte les lois de solidarité par lesquelles il est engagé envers ses compagnons. la glace est à nu. Il est inutile de s'attendre à l'impossible et il serait futile de prétendre que tous les skieurs devraient toujours s'encorder (2). Du reste. il avoue très franchement que. Une connaissance locale peut réduire les risques. Les alpinistes sans guide. 1 500 personnes furent tuées dans les Alpes. le plus souvent. surtout s'il a soin de traverser ces crevasses perpendiculairement à leur direction. Elle reste personnelle. Mais. Ceux qui considèrent les montagnes comme un playground pour le ski devraient se confiner dans la zone subalpine. « Ceux qui considèrent le ski comme un moyen pour arriver au but peuvent s'encorder. figurant toutes les crevasses . Si la crevasse est faiblement couverte. les ponts se sont effondrés ou menacent ruine . connaît l'étendue du danger et veut rester prudent à tout prix. Kœnig et Flender enfoncèrent un pont de 3 à 4 mètres d'épaisseur. sur l'Oberaarjoch. subjective. 85 Alpine Skiing. elle ne les éliminera pas. Il est bon d'ajouter que Lunn s'est fait une spécialité de parcourir l'Oberland bernois en skieur et non en alpiniste. Comme aucune de ces conditions n'est satisfaite. Théoriquement. Ceci serait vrai si la largeur des crevasses n'était supérieure à un mètre par exemple: le danger d'y tomber serait alors nul. Mais il en est beaucoup qui considèrent la combinaison du ski et de l'alpinisme comme le plus beau des sports. là où il n'existe pas la moindre crevasse. Au commencement de l'hiver alpin (octobre-novembre). Un peu plus loin. en mars 1921. la personnalité du skieur et celle de l'alpiniste entrent en conflit : le premier se laisse entraîner par le charme de son sport favori . ou presque nul. Et c'est ainsi que le ski nous entraîne à commettre des imprudences que nous ne risquerions jamais en été. « Nous qui glissons sans corde. semblent prouver que le risque de négliger la corde à la descente est moindre que celui de traverser Paris en taxi. Ce serait vrai si les guides pouvaient emporter une carte à grande échelle. la question est un peu plus délicate. p. Vous connaissez l'aspect d'un glacier en automne. ou bien elle a été sublimée. Une part considérable de la neige superficielle a fondu : elle s'est écoulée à travers les mille fissures de la glace. ajoute Lunn. Mais nous savons bien que ce n'est pas le cas. Aucun de nous n'a le droit d'excuser les périls que nous sommes préparés à affronter. les preuves sont évidentes. » Tel est l'avis d'Arnold Lunn. deux trouvèrent la mort dans une avalanche et cinq sur six à des altitudes moyennes. et chacun doit le résoudre au plusieurès de sa conscience.Allmen. à la descente aussi bien qu'à la montée. au contraire. » Un de mes amis (qui n'est jamais tombé dans une crevasse) a prétendu que les skis remplacent la corde sur les glaciers.

En débordant de plus en plus. mais il n'est comblé que par une neige folle qui. et c'est alors seulement que commence la construction des nouveaux ponts. Sous le pont nouvellement formé. Les vagues peuvent recouvrir des crevasses. Les glaciers reçoivent. Ils restent plus ou moins béants. La fonte et le gel alternatifs augmentent sans cesse sa densité et finissent par la transformer en glace. la neige qui recouvre une crevasse s'évase légèrement et nous apparaît sensiblement plus foncée. A notre avis. Cette neige est poudreuse. lorsque la caravane est composée d'éléments qui ne se connaissent pas. elles produisent des avalanches. La même opération se répète plusieurs fois au cours de l'hiver. Cette neige n'offre aucune résistance. beaucoup plus de neige qu'il n'en tombe normalement. il ferait mieux d'engager des guides. et il est impossible. soufflant la neige. et le vent. la neige conserve sa blancheur mate. ceci surtout aux heures chaudes de la journée. écrit Lunn. Mais ce froid n'a aucune influence sur la neige hivernale. Le vent forme des vagues et creuse des trous. séparant les crevasses où la neige s'engouffre. Sur cette neige. le soleil et le vent parviennent enfin à combiner leur action. même à l'œil le plus exercé. de soupçonner la présence d'une crevasse cachée.Ces précipitations sont presque régulièrement accompagnées d'un vent violent et d'un froid sensible. On confond simplement deux constructions exécutées avec des matériaux tout différents. par transparence et par suite du vide. Au cours de l'hiver. ces corniches opposées finissent par se rejoindre. de telles combinaisons se présentent rarement. les ponts de neige sont soumis à une sélection naturelle. au hasard de l'équilibre et selon la direction du vent qui la chasse. lorsque l'on considère les matériaux utilisés. mais d'une façon très irrégulière encore. Supposons une crevasse remplie à pleins bords de neige poudreuse. La solidité d'un pont dépend beaucoup plus de la consistance de la neige qui le forme que de son épaisseur. Lorsque le skieur alpin ne peut s'assurer le concours de ses compagnons habituels. Le vent. En hiver. On peut toujours éviter une crevasse franchement ouverte. et les trous se former précisément sur une glace solide. le vide n'existe que peu ou pas . Ils la durcissent superficiellement en formant une croûte plus ou moins épaisse. les expéditions à travers des glaciers difficiles ne devraient être entreprises que par des caravanes dont les éléments se connaissent mutuellement. achève la construction en les réunissant et en les nivelant enfin. En hiver. pour avoir pratiqué le ski en haute montagne. Elle est donc très irrégulière. En hiver. le glacier se couvre peu à peu. mais avant que le soleil ne le touche. Elle se tasse insensiblement. Le vent la poursuit sans trêve et ne la laisse en repos que lorsqu'elle s'est infiltrée dans les fentes et dans tous les trous du glacier De grandes étendues de glace vive restent ainsi à découvert. La neige qui les forme est beaucoup plus compacte. Les ponts que nous traversons en été sont autrement plus solides et mieux construits. En été. En envahissant les rives du glacier. Les grandes variations de température et de traction produisent l'effondrement des ponts les plus faibles. En réduisant l'épaisseur de la neige. Peu à peu. à demi ruinés par la chaleur estivale. Au cours d'une glissade en ski. Puis une nouvelle couche de neige recouvre le tout et la couche précédente est assez forte pour supporter ce nouveau poids. Elle s'y maintient en suspens. qui ne supporterait pas une seule heure de soleil estival. Les anciens ponts. de façon à ne pas être embarrassés. Elle ne se maintient souvent que par un miracle d'équilibre. la solidité des ponts augmente à mesure que la couche de neige s'épaissit. Mais choisissons une crevasse bien comblée de neige. Ces caravanes pourraient alors profiter des premières neiges pour exercer le ski à la corde en dehors des glaciers et se préparer à en affronter les dangers avec tous les atouts dans leur jeu. ces ponts commencent par se former latéralement. qui l'arrache aux arêtes et aux versants exposés. « En été. Si l'on peut profiter de la détection de ces avalanches pour traverser une zone glaciaire. Mais la neige suspendue dans les crevasses ne les soutient pas et celle qui les revêt ne les renforce que bien faiblement. et tout l'échafaudage sera à recommencer. n'offre aucune résistance. On a prétendu que les ponts s'effondraient moins facilement en hiver qu'en été par suite du froid. un pont d'un mètre d'épaisseur s'effondrera plus facilement qu'en été un pont deux fois plus mince. Seuls ceux qui sont assez solides survivent. Toute la couverture hivernale du glacier est d'une fragilité bien évidente. et un pont qui a résisté à la chaleur du jour précédent peut généralement mériter notre confiance pour le jour suivant. 1 II serait intéressant d'étudier sur place la formation des ponts de neige sur de larges crevasses. se plâtrent de neige fraîche et finissent par inspirer confiance. » Nous en arrivons finalement à la conclusion que la fragilité des ponts et le danger de les enfoncer sont beaucoup plus considérables l'hiver que l'été (1). uniforme. qui existe bel et bien à cette époque. Mais cette épaisseur varie aux caprices du vent. les variations de température sur la neige sont très faibles : un pont fragile. vient précisément la déposer dans ces combes glaciaires. peut se maintenir durant des semaines. Malheureusement. En hiver. en somme. En été. quitte à s'effondrer brusquement sous la pression accidentelle d'un skieur. plus encore qu'en été. mais une crevasse masquée par une couche de neige est très difficile à prévoir. ou bien elle s'effondre brusquement. et l'on part trop souvent avec des compagnons plus ou moins inconnus. l'alpiniste avance à l'allure d'un piéton ordinaire : il a le temps de prévoir et de sonder les crevasses au moyen du piolet. pratiquement. le glacier se trouve superficiellement nivelé. . Bien des gouffres sont assez larges et profonds pour défier longtemps l'envahissement de la neige. il faut naturellement ne pas négliger cette occasion. Guides et touristes devraient s'astreindre également à pratiquer une seule et même technique à la corde. ces avalanches combleront les crevasses beaucoup plus solidement que la neige et le vent ne pourraient le faire. Une fois nivelé. sur chaque côté de la crevasse (et selon la direction du vent) comme les corniches sur les bords d'un précipice. ceci est impossible et parfaitement inutile : le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde là où il n'existe pas le moindre trou. et par conséquent moins dangereux que ceux qui sont traîtreusèment cachés. Lorsque les pentes latérales d'un glacier sont rapides. le soleil augmente sa cohésion et sa force.

En cas de séparation. sur le glacier de Seiloa (janvier 1911). 23-4) ont démontré que le gel n'a pas sur les cordes l'influence qu'on li prêtait. Les guides ont parfois la mauvaise habitude de «finir» en hiver les cordes qu'ils n'estiment plus suffisantes en été. laissait celle-ci couler dans un anneau de fer fixé à son ceinturon de cuir. à une inspection minutieuse du terrain et l'on tracera la piste de façon à pouvoir la considérer à la descente comme axe des serpentines (slalom). une boucle de corde dans laquelle il passera le bras s'il tombe dans une crevasse. les fils qui la constituent exercent l'un contre l'autre un frottement qui sera maximum aux endroits où les fils s'entrecroisent. on procédera. A la descente. Ces deux cordes seront réunies pour la marche à plat et pour la montée. surtout lorsque la caravane ne connaît pas le glacier à parcourir. Les expériences que j'ai fait faire par la suite à l'Eidg. à quatre. La corde reliant le skieur (qui plonge dans la crevasse) aux autres membres de la caravane (qui glissant a une certaine vitesse) est naturellement soumise à un choc considérable." La descente est naturellement beaucoup plus compliquée que la montée. Quatre bons skieurs alpins forment la meilleure combinaison. Si vous restez suspendu par la corde nouée autour de votre taille. et la couverture neigeuse plus épaisse aussi. La plupart des participants sont du reste étonnés de constater combien la technique de la corde est moins compliquée qu'il ne semble au premier abord. de façon à pouvoir se porter secours mutuellement. . Sur les glaciers. une seule se rompit à 690 kilogrammes. Les deux méthodes peuvent se combiner ( 2). sous la direction de guides ou d'alpinistes expérimentés. par suite du glissement de la corde dans la boucle.5 mètres ne pèsent que 1. On vérifiera donc soigneusement l'état des cordes avant de partir en course. la marche à la corde est aussi facile qu'en été. résultant de deux forces. et si la séparation devient nécessaire. et par conséquent la rupture. on avait prétendu que la corde avait cassé parce qu'elle était gelée. 4 On profitera des parties concaves du glacier (combes. ne se rompt qu'à 108o kilogrammes et qui peut donc être recommandée aux skieurs. Plus la cordée est grande. surtout s'ils se connaissent et s'ils sont de force égale. De cette façon. et vous n'aurez aucune force pour aider vos sauveteurs. Le nombre trois n'est guère suffisant en hiver. A la montée. au lieu de s'attacher à la corde. lorsque la corde est exposée à l'humidité et au gel. Elle a l'avantage d'être à la fois solide. chacun de ses fils s'entoure d'une carapace de glace qui diminue le frottement. on pourra passer un pied dans la boucle et soutenir son poids plus facilement encore. surtout pour la descente. 3 Lors de l'accident du guide Louis Theytaz. comme on en organise maintenant dans nos Alpes. Ce frottement produit une usure. Nous avons dit plus haut déjà que le danger des crevasses est plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure du glacier. Prufungsanstalt de Zurich et dont les résultats furent publiés dans l'Alpina (1912. On s'attachera à des intervalles égaux (10 mètres). à condition d'avoir trois cordes et de former trois caravanes de deux à la descente. 2 Ceci est important. au cours de nos expériences. qui ne fondent jamais complètement (4). Nous indiquerons au chapitre VII quels sont les exercices à pratiquer à la corde. Par contre. on suivra les itinéraires habituels de l'été. Lorsque des skieurs non encordés parcourent un glacier. Elle est constituée par trois torons de fils anglais.5 mm et les 2. les skieurs se diviseront en deux caravanes de deux. retarde l'usure. En cas d'accident. et c'est évidemment la raison pour laquelle on a tant d'aversion à l'exercer préalablement. tout en montant. Les cordes doivent naturellement être de la meilleure qualité. Si le retour doit s'effectuer par le même itinéraire. Chaque skieur devrait avoir. Non pas qu'une corde casse plus facilement lorsqu'elle est gelée. En employant des antidérapants. C'est pourquoi le concours d'un guide local n'est jamais inutile. de preférence aux parties convexes. Sollicités par un poids suffisant. même à la descente. Son diamètre est de 9. Ces deux caravanes marcheront toujours de conserve. trois skieurs courent moins de risques que deux skieurs seulement. Le nombre six est encore meilleur que le nombre quatre. En cas d'accident. Sur cinq cordes gelées. Les quatre autres furent plus résistantes qu'à l'état sec Ceci s'explique assez facilement si l'on considère la texture de la corde. Disons maintenant quelques mots sur la composition de la caravane et sur la façon de s'encorder. Car il est impossible de glisser à une allure modérée dans la piste ouverte à la montée — à moins de conserver les peaux de phoque sous les skis et de freiner fortement au moyen des bâtons. Il pourra ainsi soutenir plus aisément son poids et diminuer la traction de là corde qui lui scie les côtes. Il oblige les trois skieurs à marcher à une seule corde.5. en dehors des glaciers. vous serez à moitié mort de fatigue avant d'être retiré de la crevasse. et. J'ai expérimenté ce système sur le glacier de la Sivretta. généralement couverte de névés. si le glacier n'est pas incliné. Ils porteront deux cordes de 25 à 30 mètres. A trois. gelée. Le skieur du milieu. Mais il est encore préférable de faire la boucle tout au bout de la corde et de s'attacher à un mètre et demi environ de cette boucle.Il est certain qu'une glissade à la corde manque decharme. légère et très maniable. au heu de 700 kilogrammes a l'état sec. la manœuvre est déjà plus difficile. qui sont naturellement moins exposés que les premiers au danger d'une chute. la caravane pourra se diviser sans s'exposer à de graves dangers. L'occasion est excellente parce que l'instruction est réglementaire et uniforme. iî n'était pas facile de combiner les tractions. mieux pontées. etc. plus les chutes seront fréquentes. qui entraîne la rupture successive des différents fils. Pour le Retirer. 1 J'avais imaginé autrefois un moyen de faciliter la glissade d'une cordée de trois. une corde qui. en maniant la corde comme on le fait d'habitude et l'on suivra exactement la même piste. Deux skieurs s'en tirent assez facilement. on peut s'élever directement. on est rarement obligé de décrire des zigzags. l'une horizontale et l'autre verticale. Nous avons trouvé. dépressions. comme on l'a prétendu. plus q ue partout ailleurs en montagne. les crevasses étant généralement moins nombreuses. à portée de la main. la séparation est dangereuse (1) Vingt mètres d'intervalle ne sont pas de trop. mais parce que les tractions produites par la chute d'un skieur sont généralement beaucoup plus considérables qu'en été (le skieur se mouvant à une vitesse beaucoup plus grande que le piéton) (3). Une des rares occasions favorisant cette pratique est un cours de ski alpin. Ils glisseront ainsi beaucoup plus facilement que si la cordée était de trois ou quatre. les cordes doivent être portées par les derniers de la caravane. Le skieur du milieu tendait entre les deux skieurs extrêmes.

car. mais bien de glisser prudemment. Si celle-ci n'est 1 En descendant sur une pente latérale. accroupissez-vous sur eux. si la neige est poudreuse. il aura une tendance à dépasser les autres. il est préférable de laisser guider le montagnard le plus expérimenté. dans une main. prêts à freiner du côté de la montagne et. en tendant constamment la corde. Sinon. Chacun jure et tire de son côté. immédiatement après le christiania (voir chap. le plongeur avertira ses compagnons par un cri.elle devient très désagréable. Même. En tombant brusquement sur un pont. dans ces circonstances. on évite les serpentines. Cette règle est générale et ne doit jamais être négligée. De cette façon. Et surtout pas de scrupules ! Personne ne vous regarde ! Le ski est au service de l'alpinisme. Des skieurs encordés doivent toujours maintenir leur corde tendue. mais. et la corde sera mal tendue.. chacun décrira un brusque christiania et se laissera tomber de côté dans la neige en y enfonçant profondément ses bâtons.. La piste tracée à la montée servira d'axe au slalom. laissez-le conduire. le premier skieur n'accélérera jamais sa vitesse sans avertir ses compagnons. Ces christianias ne doivent pas arrêter complètement la glissade. lorsque le glacier est complètement inconnu. être prêts à s'arrêter si l'un d'eux tombe dans une crevasse. pour repartir ensuite dans une direction parallèle à celle du premier skieur. stemmbogen à gauche). les skieurs s'échelonneront en Hauteur : le premier en contre-bas. Si la neige est très profonde. On tiendra ses deux bâtons réunis. Si l'un ou l'autre des skieurs n'est pas assez habile (ou qu'il soit trop fatigué) pour réussir ses virages. Ceci est particulièrement facile et agréable sur la rive droite d'un glacier (christiania à droite. le désordre ne tarde pas à régner dans la caravane et dégénérera en déroute. mais simplement modérer la vitesse en brisant l'élan. De cette façon. il faudra descendre en zigzags avec arrêt et conversion de pied ferme à chaque tournant. Une glissade encordée est toujours une grande épreuve de tempérament. toujours dangereuses. Enfourchez vos bâtons. les meilleurs skieurs courent plus de risques que des skieurs sans corde s'ils vont lentement. C'est pourquoi j'ai recommandé la combinaison deux par deux. Si le glacier le permet. moins le danger est grand. on fera de longues serpentines et le moins de virages possible. et le stemmbogen ne sert qu'à reprendre la direction initiale. . Tous les membres de la cordée devront s'appliquer à faire leurs christianias simultanément. Si. en général. n'hésitez pas à mettre vos peaux de phoque. l'un d'eux légèrement avancé et donnant la direction. Sur un signe du premier. le glacier est incliné. de plus. puis son piolet. en combinant le christiania et le stemmbogen. sur un signe ou un avertissement du premier. VII). p. Au moment où tout le monde est tombé dans la neige. Si tous sont d'égale force. le skieur relié à celui qui est tombé dans la crevasse restera fermement à son poste et laissera aux autres le soin de jeter une corde de secours à la victime. les virages sont moins brusques qu'en télémarks ou en christianias et l'on risque moins d'enfoncer un pont au moment du virage. peu orthodoxe il est vrai. Si l'un des skieurs est plus faible que les autres. ses skis glisseraient plus vite que ceux du premier. Plus la cordée est longue. Lorsqu'une cordée de trois skieurs. Pendant ce temps. évolue sur une neige houlettte et que. on passera naturellement le pont perpendiculairement à la crevasse. quitte à les la enlever lorsque le glacier deviendra moins incliné. mais qui. la seconde se portera immédiatement au secours de la première. deux ou trois spires de corde pour éviter les à-coups. Enfin. placez en tête celui dont les skis glissent le plus vite. On peut glisser de différentes façons. S'il y a deux caravanes. Oubliez ensuite tout ce que vous avez appris sur la technique du ski. C'est l'application pure et simple des règles observées en été. il y aura alors avantage à n'ouvrir qu'une seule piste. vous ménagerez vos forces et vous éviterez les chutes. sans tenir compte de ses capacités de skieur. vous risquez beaucoup de l'enfoncer. Réunissez vos bâtons et relevez-vous. A moins que le glacier ne soit que faiblement incliné. Si la pente du glacier s'accentue. De cette façon. Lorsqu'une crevasse est visible et qu'il faut absolument la franchir. la glissade se fera en stemmbogen (voir chap. car la position la plus facile est celle du premier. En traversant un glacier perpendiculairement à son cours la caravane marche dans le sens initial des crevasses et doit être d'autant plus prudente. Les skis seront disposés perpendiculairement à la corde. et finalement tout le monde se décorde. vous serez mieux à même de résister à une traction latérale de la corde. A ce cri. Rétablissez les intervalles normaux. Les skieurs devront alors s'échelonner de façon que leurs différentes traces soient séparées de plusieurs mètres et que tous ne se trouvent pas simultanément dans l'axe d'une même crevasse. 197-98) (1). le dernier plus haut sur la pente. le second skieur sera toujours entraîné dans le sillage du premier. Si le glacier est très incliné et que l'on puisse utiliser ses pentes latérales. en décrivant des méandres pour couper la direction des crevasses sous un angle plus ou moins grand. et s'il en a le temps. En glissant. La principale condition pour cheminer avec sécurité est de glisser lentement et d'éviter les chutes. malgré le freinage. il y aura avantage à décrire des festons. De cette façon. le plus bas possible. fatigués par une longue course. Chacun s'imagine volontiers que ses compagnons sont ligués contre lui pour le faire tomber sur le nez. n'ayez pas de scrupule : écartez vos skis de 20 à 30 centimètres environ. sera certainement apprécié. VII. Je connais cette situation pour l'avoir souvent éprouvée C'est pourquoi je voudrais donner ici un conseil. Mais procèdez lentement. et partez simultanément. Les stemmbogen doivent être très lents. en suivant la piste tracée à la montée ou celle que choisira le premier d'entre vous. exigez quelques minutes de repos pour calmer la fureur générale. Il ne s'agit pas d'épater la galerie. dans cette trace. la caravane s'arrêtera par un lent virage en amont et chacun tournera sur place. C'est là le principal. En cas de chute. Il doit cependant éviter de suivre exactement la même trace. la vitesse acquise dans la piste est encore trop grande.

Les pentes sud seront croûtées ou fondantes. III. ses skis seront peut-être restés dans la crevasse. Si la pente s'accentue. les efforts d'un seul compagnon sont parfaitement inutiles. mais il en est un troisième: c'est le brouillard. sans vouloir à tous moments lui donner des conseils. Les moraines (généralement visibles. A défaut d'une boussole. il est facile au pilote de viser le premier skieur par-dessus la tête du second et de corriger la direction par des ordres : à droite. aux périls qu'il court et à la mort qui le guette au fond des crevasses : mort par le froid. d'autant plus sensible que la brume est plus épaisse. En les suivant prudemment.Un pareil sauvetage est toujours plus compliqué en hiver qu'en été. La combinaison du baromètre et de a boussole assure une sécurité étonnante dans le brouillard le plus épais — à condition. chaque skieur devrait allumer sa lanterne et pouvoir la suspendre à sa ceinture. il reste encore d'autres moyens d'orientation. Le meilleur des modèles est tout juste assez bon. on fera bien de s'en rapprocher. Les petites breloques que l'on pend à sa chaîne de montre ne sont pas suffisantes pour s'orienter. les tables de glacier. Durant l'observation. telle que l'Atlas Siefried. on fixera les antidérapants pour diminuer la vitesse. même en dehors des glaciers. Ces boussoles sont pourvues d'une alidade minuscule. Le froid affaiblit les forces et démoralise. bien entendu. Dans ce cas. pour empêcher la corde de se déchirer ou d'enfoncer trop profondément dans la neige. il est bon de repêcher les skis en premier lieu et de débarrasser les abords de la crevasse. brisés même. il faut immédiatement commencer les observations à la boussole. Pour marcher à la boussole. La position du télémark. Si les pentes sont rapides. Si l'on n'a pas un guide professionnel. la caravane peut être obligée de bivouaquer. — QUELQUES CONSEILS. S'il y a des rochers dans le 1 Dès que le ciel se couvre. il faut naturellement éloigner tout objet métallique. Si la cordée est formée par trois skieurs. à gauche. on peut employer une montre ordinaire. il faut choisir un chef et lui laisser toute la responsabilité. Dans certaines régions. Tout devient uniformément gris. et il est très difficile d'en discerner le relief. Seul un skieur sachant lire sa carte et pourvu d'une bonne boussole a des chances de pouvoir lui échapper. sinon impossible. il ne faut pas hésiter à freiner fortement. peuvent être utiles à l'observateur perspicace et l'aider à retrouver sa direction (1). penchent toujours vers le sud. assez rares il est vrai. selon le procédé connu. A l'endroit où la corde plonge dans la crevasse. S'il existe des arbres ou des rochers dans le voisinage. on finira toujours par gagner la rive du glacier. dans le brouillard. mort par la faim. Enfin. et la plastique avec elles. de façon à former une file rectiligne. on parvient à retirer la victime. plus puissants de ce côté. avec un ski fortement avancé. il faudra autant que possible choisir la rive d'un glacier. Un des membres de la caravane portera un baromètre anéroïde. a toujours une tendance à dévier vers sa gauche. même au printemps) indiqueront toujours la direction initiale d'un glacier. est la seule façon de prévenir les chutes tout en glissant normalement. puis une combe ou une vallée — qui sont faciles à suivre sans boussole. qui risque de l'étouffer et qui compliquera en tout cas la manœuvre. qui rend l'orientation fort difficile. on perd toute notion du terrain. il est préférable de s'encorder. Tous ces détails. et puisse cette perspective le faire réfléchir et l'engager à ne pas se lancer à l'aventure sans avoir tous les atouts dans son jeu. Pour la descente. permettant de déterminer sa direction par une visée. Dans le brouillard. — Pour une cause ou pour une autre. Le dernier à la corde fonctionne alors comme pilote : il porte la boussole et compare fréquemment la direction de l'aiguille aimantée avec celle de la caravane. La lumière et les ombres se confondent. on disposera des bâtons. Dans ce cas. ou bien ils seront endommagés. qui conservent plus longtemps leur neige poudreuse. avant d'affronter les glaciers. Les crevasses et les avalanches sont les principaux ennemis du skieur. Les crevasses seront presque toujours perpendiculaires à cette direction. Lorsque le brouillard s'épaissit au point de masquer les moindres détails. Le système dioptère également. pour ne pas dire indispensables. Souvent. d'avoir en mains une carte exacte et détaillée. disparaisseat peu à peu. et si le brouillard n'est pas assez dense pour voiler complètement le soleil. les lunettes jaunes vertes accentuent le relief des premiers plans et sont fort utiles. un ski ou un sac. Les arbres surtout donnent assez bien la notion de la pente. Lorsque la caravane est surprise par la nuit.pas tombée très bas et si elle a conservé ses skis aux pieds. . Celui de Bézard est excellent. Ceci est beaucoup plus facile sur les plateaux ou à la montée qu'à la descente. la caravane se trouvera complètement isolée et ne devra espérer aucun secours d'autrui. et leur réparation est toujours une opération longue et énervante. La marche d'un skieur est naturellement plus rectiligne que la marche d'un piéton qui. Il faut donc une antenne. il n'arrivera pas à s'en défaire et pourra à peine aider ses sauveteurs. Deux hommes arriveront tout juste à le retirer. Bivouac. On procédera ensuite selon les règles d'un sauvetage habituel. La situation du skieur de tête est naturellement beaucoup plus compliquée que celle de ceux qui le suivent et profitent de ses expériences. La consistance de la neige peut à l'occasion servir de critère. les neiges deviennent ternes. C'est pourquoi une caravane devrait toujours être assez nombreuse pour pouvoir se subdiviser en deux cordées. comme par le brouillard. terrible agonie. Que le skieur songe bien. Si. par suite des rayons solaires. Il faut tâcher surtout de ne pas perdre la téte et de conserver tout son calme. Si la caravane a commis l'imprudence de partir sans boussole et que le brouillard soit trop épais pour laisser percer le soleil et permettre l'usage d'une montre. à moins d'aller le quérir elle-même. après bien des efforts. en apparence insignifiants. par opposition aux pentes septentrionales. Les skis augmentent son poids et embarrassent ses mouvements. Le skieur entraîne parfois dans sa chute une masse de neige considérable.

le soleil trop chaud et le danger des avalanches menaçant . Mais rares sont les skieurs assez prudents pour en emporter. En se les répartissant. et éventuellement du bois. Avec des tentes ou des sacs de couchage. Le touriste a besoin d'être entouré et soutenu en hiver tout comme en été. On ne dormira qu'à tour de rôle. il fera bien d'étudier à fond la carte de la région qu'il va parcourir. on gagnera du temps en faisant ouvrir la piste la veille. a délivré quelques patentes de guide-skieur à ceux d'entre eux qui avaient fait leurs preuves. De cette façon. les meilleurs guides consentent parfois à des conditions d'engagement très modestes. Ceci n'est pas difficile lorsque la caravane est nombreuse. Il faut donc la prendre « tout à la douce » et s'assurer tous les agréments possibles. Une caravane bien équipée sera toujours pourvue de batiste. Par une neige favorable. ne manquez pas d'engager deux ou trois porteurs pour faire la trace. la caravane lourdement chargée est encore mal entraînée. le bivouac involontaire peut devenir supportable. Il faut y arriver à temps pour pouvoir prendre toutes ses dispositions. Si la voie n'est pas tracée et que le but soit éloigné. Nous entendons par là des guides entreprenants. En hiver. les frais diminuent. qui restent des professionnels parfaits et dont l'hiver n'altère pas les qualités. surtout pour celui qui peut s'envelopper dans son sac de couchage (1). j'ai cru bien faire en indiquant par des flèches les endroits où les avalanches sont le plus à craindre. on rencontre au contraire beaucoup plus de guides qualifiés. le bivouac peut être très supportable. qui servira en même temps à chauffer la hutte et à préparer des boissons chaudes. Davos. indiquée eu courbes de niveau. voire même en plein glacier. il faut naturellement engager les meilleurs skieurs de 1 Der alpine Skilauf. à l'occasion. à la lumière des principes exposés au début de ce chapitre. La batiste est tendue par dessus. Les autres skis serviront de sièges et de petits bancs pour les pieds (chacun peut aussi mettre ses pieds dans son sac). décrivant les meilleures routes à suivre en ski. Le même espace suffit à trois hommes couchés. . 2 BILGERI. l'expédition commence au village. et il ne reste plus qu'à la recouvrir de neige. En hiver. Ceci provient encore des débuts du ski en montagne. porter les provisions. par contre les frais de voyage. où les montagnes sont moins difficiles qu'en Valais. Un skieur sachant lire sa carte pourrait du reste s'en passer et judger du danger d'après l'inclinaison des pentes. rendre de grands services au touriste hivernal. p. il peut très bien se passer d'aide professionnelle et engager simplement des porteurs pour transporter ses provisions et son bagage. Si l'on a recours à des professionnels. Le terrain peut être rapide. qui sont des œuvres particulières.voisinage. suffisante pour abriter tous les skieurs. Le système Bilgeri. par les porteurs ou par des jeunes gens du village. Les derniers venus sont ceux des Alpes Valaisannes où les numéros du texte correspondent aux itinéraires tracés sur la carte ( 2). mais il existe certainement bien des guides capables ne détenaat pas de brevet et qui pourraient. « Si l'on a suffisamment de toile. disposés en travers. Le ski les a rendu trop indépendants de leurs touristes. On place deux skis sur les bords de la fosse. Lorsque le skieur alpin possède une expérience suffisante. II est évident qu'après une forte chute de neige. qui sont les deux principaux centres hivernaux des Alpes Pennines). S. alors qu'ils étaient engagés comme simples porteurs par des skieurs beaucoup plus habiles qu'eux. la neige profonde. Si vous devez gagner un refuge où vous comptez séjourner plusieurs jours. puis ceux de Klosters. Les premiers à paraître furent ceux de la Silvretta et de la Bernina. on allumera la lampe à alcool. Dans l'Oberland bernois et dans les Grisons. En collaboration avec Othmar Gurtner et sous les auspices du C. dans la vallée. ou bien l'équipement n'est pas tout à fait au point : bref. on peut encore en tapisser l'intérieur de la hutte. est tout à fait recommandable dans ces occasions. publiés par le Club Alpin Académique de Zurich. les guides-skieurs de premier ordre se comptent sur les doigts d'une seule main. Il existe maintenant pour les principaux massifs de nos Alpes des Guides du skieur. Les guides actuels ne sont pas suffisamment stylés. L'entrée se fera du côté abrité du vent. écrit Bilgeri. Comme porteurs. Arnold Lunn a publié en anglais deux volumes sur l'Oberland bernois. 101-102 Sur les cartes annexées au Wattiser schifûhrer (Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes). y trouveront place et seront parfaitement à l'abri. A. c'est une journée durant laquelle les jurons ne manqueront pas. Engadine. qui permet d'édifier une hutte de neige. Il est toujours bon de s'informer si la cabane en est pourvue. tout en se faisant payer comme guides. Ils sont encore peu nombreux. très ingénieux. indiquant toutes les routes principales. en se servant des skis comme pelles à neige. Si leur tarif est réduit. » Guides-skieurs et guides du skieur. — En Suisse. A. Ils en ont conservé une impression d'infériorité technique qui n'est plus justifiée et qui doit disparaître à tout jamais. On mettra sur soi tous ses vêtements de rechange . le Comité Central du C. Ces indications correspondent à des conditions météorologiques et nivales normales. La montée à la cabane est souvent la partie la plus pénible et la plus compliquée de l'expédition. qui se sont distingués par leur esprit d'initiative. S. il a également édité une carte itinéraire pour la région de l'Oberland s'étendant de Gadmen au Bietschhorn. Dans ce cas. « Six hommes assis. il est préférable d'engager des guides locaux et de tout premier ordre. Mais il n'est pas toujours possible d'éviter un bivouac dans la neige. on en profitera naturellement pour s'abriter contre le vent. d'hôtel et de provisions se chiffrent souvent beaucoup plus haut qu'on ne le prévoyait. on peut construire cette hutte en une demi-heure. Cette critique ne s'adresse pas aux grands guides. mais à cette pléiade de guides de seconde classe qui marchent volontiers comme simples porteurs. dont nous étudions plus loin le programme. Les patentes de guide-skieur ne devraient être accordées désormais qu'à ceux qui ont réussi un cours de ski alpin. parallèlement l'un à l'autre et à une distance légèrement inférieure à la longueur des bâtons. A plusieurs d'entre eux sont annexées des cartes itinéraires. les avalanches peuvent se détacher n'importe où.. Il est étrange de constater qu'en Valais par exemple (à part Zermatt et Saas.

S'il a fait très chaud durant la journée. vous fixerez les crampons par-dessus les peaux. Même si la soif vous tourmente. vous ressentirez peut-être. sinon leur piste sera interminable.l'endroit et s'assurer qu'ils sont munis de peaux de phoque ou d'antidérapants suffisants. Pour cette première journée. On restera donc au chaud. Si le chemin n'est pas trop mauvais et que le mulet soit robuste. mais. on enlèvera les skis et l'on déposera son sac. Avoir toujours sous la main des vêtements surnuméraires pour parer aux coups de vent et pour traverser les zones d'ombre froide. C'est donc un gain très appréciable de deux heures à deux heures et demie. dans le refuge . lorsqu'elle forme un C. Si la course doit commencer par une longue montée (ou même par une courte descente. et il suffira d'une vigoureuse friction de la peau en changeant de linge pour faire disparaître les résidus acides et procurer un bien-être complet. pour se délasser en toute liberté. Préparez-les pour le lendemain et vérifiez leur état. on choisira pour cela la voie la plus sûre. de façon à ne fatiguer ni son cœur. A chaque halte. et ne renvoyez jamais un porteur solitaire. Les pentes qui conduisent dans la vallée sont généralement rapides et deviennent très dangereuses lorsque la neige fraîche les recouvre. on dormira le plus possible et l'on mangera peu. le skieur doit remédier à la brièveté des jours en coordonnant la daté de ses courses avec celle de la lunaison. cette clarté dure de 6 heures du matin à 7 heures du soir. On dit que la lune est trompeuse: lorsqu'elle forme un D. l'ombre est la meilleure douche que l'on puisse prendre avant d'arriver à la cabane. vous pourrez chausser vos crampons dans la cabane. Ne pas s'habiller trop chaudement pour éviter des transpirations inutiles. Si la caravane n'a pas su prévoir le mauvais temps et qu'elle soit confinée dans une cabane par la tempête. quelques maux de tête qui passeront vite en prenant une poudre d'aspirine. elle croît. Si vous arrivez au refuge assez tôt. ni son estomac. Ce serait folie de s'y risquer. En hiver. en évitant tout effort inutile. C'est autant de gagné pour le lendemain. en arrivant. 30 du soir. elle décroît. et il y aura parfois avantage à louer un mulet pour porter tout le bagage. Clarté diurne et lunaison. . en prévision d'une retraite forcée. en plein hiver. Un simple quartier de lune projette sur les neiges une lumière suffisante pour guider une caravane dans un terrain peu accidenté. Dès que la cabane est chaude. — Au début de janvier. en faire une infusion ou une citronnade. Il est bon de faire une petite reconnaissance dans la direction que vous prendrez le lendemain. fixez les antidérapants dès la veille. cette clarté est insuffisante. Mais ne le faites que s'ils ont le temps d'arriver à leur village de jour. Ne mangez jamais de neige en course et ne buvez pas d'eau froide en arrivant. elle fera bien d'y rester cloîtrée jusqu'à la fin de la tourmente. lorsque le terrain est dangereux ou le village éloigné. surtout à la montée. Il faudra sortir vos skis de la cabane un bon moment avant le départ. attendez d'avoir de l'eau bouillante pour y diluer un cube de bouillon. Peut-être n'est pas inutile de rappeler que la lune se lève dans la soirée lorsqu'elle croît et après minuit seulement lorsqu'elle décroît. A la fin de mars. par contre. Si l'on persiste à vouloir s'échapper. même si elle n'est pas la plus courte. Ce serait immoral et en contradiction avec vos principes. Bien des sentiers sont tracés par les bûcherons même en plein hiver. mais qu'elle soit trop dure pour les peaux de phoque. On fera de nombreuses haltes et de légers repas. il peut porter 100 kilogrammes de bagages et une dizaine de paires de skis. suivie d'une longue montée). de façon qu'ils soient froids au moment où vous les chaussez. on peut se passer du clair de lune pour des courses de treize à quatorze heures. il est bon de partir tôt et d'aller très lentement. la clarté diurne commence à 7 heures du matin et finit entre 5 heures et 5 h. Si la neige ne porte pas. rentrez vos skis et laissez-les sécher. Elle dessèche votre transpiration. Si vous constatez que la neige supporte le poids du piéton. Il serait bon alors de jalonner son itinéraire. A la descente. vous pouvez renvoyer vos porteurs immédiatement. En mars et avril.

Il est certain cependant que. On choisit ordinairement la longueur des skis de façon à pouvoir toucher leurs pointes du bout des doigts. comme en montagne. Lorsque les conditions de neige sont favorables. 1 II est vrai que ma taille est de 1 m. la face la moins compliquée du problème. légèreté. 312 sq. et l'on pourrait s'en repentir tôt ou tard. est parfaitement suffisant. par Armand Schmitt. pratiquer le slalom.CHAPITRE VI ÉQUIPEMENT Avant d'examiner la technique du skieur alpin. et choisissez un profil bombé. Mais ceux qui pratiquent le ski exclusivement en haute montagne sont rares. L'auteur a réussi la plupart de ses courses de montagne avec des skis de 2 m40. C'est une erreur de prendre des skis trop larges. Un équipement de première qualité est nécessairement cher. Une économie serait bien mal placée ici. la simplicité est certainement la seconde. que. on trouve parfois dans le nombre un hickory plus léger que le frêne ordinaire. Le plus souvent. le frêne et l'hickory entrent seuls en considération. l'autre aux Alpes. en croyant qu'ils facilitent l'équilibre latéral. mais. nous conseillons donc de le faire sans compter. mais en hiver plus encore qu'en été. Pour le skieur comme pour l'alpiniste. partiellement résolue par les accessoires du ski. du reste. Une bonne paire de skis coute au moins 60 francs (suisses). si la solidité est la première condition. A celui qui n'est pas encore équipé. la pointe du ski postérieur risque de passer derrière le pied antérieur. On est beaucoup plus à l'aise sur des skis étroits. plus les skieurs deviennent exigeants. Pour la montagne. on glisse toujours assez vite. le modèle ordinaire. de préférence à un profil rectiligne. Les fibres verticales sont excellentes. il est facile d'observer l'allure des fibres. Les fibres horizontales peuvent être excellentes si la fibre inférieure se prolonge sur toute la longueur du ski. mettez de côté quelques paires de cette longueur et considérez maintenant la texture du bois. Observez la coupe transversale à l'arrière du ski. Lisez donc attentivement les conseils qui suivent. Plus l'alpinisme se développe. Dans la section transversale. sur les skis alpins. en levant le bras verticalement. La pointe du ski doit être très élastique pour pouvoir résister aux chocs éventuels de la descente. sur toute sa longueur (ce qu'il est facile de vérifier en examinant la surface inférieure ou surface de glissement). appropriées l'une au Jura. Le frêne remplit toutes les conditions désirables : solidité. Si ces fibres ne sont pas parallèles aux arêtes. Tous ces détails sont d'une grande importance. en montagne. Des skis courts engendrent souvent un mauvais style et. plus glissant . horizontales ou obliques. Ils sont très agréables pour les descentes en ligne droite. On fera donc mieux de prendre la moyenne entre ces deux normes. Mais. en outre. le meilleur est tout juste assez bon. les fibres seront toujours parallèles à cette courbure. Pour la montagne. Il existe actuellement en Suisse des maisons de sport qui ne livrent que du matériel de première qualité. Les fibres obliques favorisent la formation d'esquilles sur les arêtes du ski. élasticité. sans jamais les trouver trop longs ( 1). Il faut écarter d'emblée tous ceux qui présentent des nœuds. une longueur égale à la taille même du skieur (des pieds à la tête) est bien suffisante. elle s'est acquis une immense expérience qui tend de plus en plus à la perfection. La largeur et l'épaisseur du ski varient suivant des règles fixes qui sont généralement respectées par le fabricant. Nous en reparlerons plus loin. Le poids du skieur est aussi un facteur à considérer. Cette question de longueur est. Mais ceci est peu de chose si l'on songe qu'un bon équipement peut durer une dizaine d'années et faciliter des expéditions qui nous vaudront des trésors de souvenirs. L'hickory est plus dense. pour la haute montagne. surtout pour traverser des pentes de neige durcie ( 3). en plein hiver et aux hautes altitudes. On reconnaîtra la qualité du bois à la disposition de ses fibres. Mais ceci est très rare. Celles-ci sont verticales. Lorsque vous aurez déterminé la longueur qui convient à votre taille. par suite de leur plus grande surface de sustentation. Lorsque le choix est très grand. Rappelez-vous. Notre industrie est arrivée à fabriquer des skis aussi parfaits que ceux qui nous venaient autrefois du Norvège et. il nous faut l'équiper de pied en cap pour la haute montagne. un ski court sera toujours préférable à un ski trop long. Skis. Les skis bombés sont naturellement plus solides que les skis plats. à l'arrière du ski. — Quel est le meilleur ski alpin ? C'est là une question brûlante et qui reste actuellement à l'ordre du jour. mais il est très solide aussi et s'use moins vite que le frêne. Ceci est très important. pour tout le reste de l'équipement. ces fibres coupent la surface de glissement sous un certain angle et rendent le ski très cassant» La courbure de la pointe s'exécutant après la coupe du ski lui-même.et rares aussi ceux qui peuvent se payer deux paires de skis. les neiges sont presque toujours soufflées et durcies. vos skis auront une tendance à dévier d'un côté ou de l'autre. dans l'arrêt dit télémark. faites le compte de ce qu'il vous faut et rendez-vous chez le meilleur fournisseur en compagnie d'un ami expérimenté. Un article intéressant et suggestif a paru dans \ Alpina de décembre 1923. p. 90 ! Ceci est une question de glissement et de dérapage. Le véritable ski alpin n'est pas encore inventé. par conséquent plus lourd. construit selon le type de Telemarken. Il faudra donc trouver un ski spécialement approprié à ces neiges (2). 3 Voir la note au bas de la page 186 2 . mais leur usage est plus compliqué lorsqu'il faut. et une paire de laupars davantage encore. à condition d'être très espacées et parfaitement parallèles aux arêtes du ski. Les longs skis glissent naturellement mieux que les courts.

Lorsque la température est supérieure à zéro. d'environ 2 mètres de longueur. qui use le cuir et oppose naturellement une certaine résistance au glissement. Quant à la façon de les entretenir durant leur sommeil estival. Elle est en contact direct avec la neige et. dans le genre du drib actuel (voir plus loin). On passera d'avance un fil de fer dans le dernier œillet. Lorsque vous aurez choisi vos skis (ne vous gênez pas de prendre tout votre temps pour cela). Lorsque les mâchoires épousent exactement la forme des semelles du soulier. Le ski alpin de l'avenir sera probablement creusé de plusieurs rainures. Elle sera percée de nombreux œillets aux extrémités qui viennent se fixer dans les boucles de la courroie talonnière. triple et très solidement cousue. La courroie qui passe dans le bois doit être en cuir gras. très souple. Comme les efforts latéraux se donnent tous au même ea-droit. Cependant. il n'en est pas toujours de même pour la courbure et le cintrage. On a reconnu que l'affaiblissement que en résulte pour le ski est à peu près négligeable. — II existe actuellement une quantité de fixations. La seule pièce qui s'use rapidement est la courroie traversant le ski. à cet endroit. qui sont envoyés gratuitement /demande. les skis noirs se détachent mieux sur la neige. Mais cette tige de fer se casse très facilement et ses inconvénients sont plus grands que ses avantages. Dans la fixation BB. Voyons ce qui caractérise ces fixations. et cela durant de longues années. 2 Si les mâchoires elles-mêmes se mettent à bouger dans le canal du ski on enfoncera entre le fer et le côté du canal une petite fiche de bois dur. attendrie par l'humidité. Ceci est très important pour la traversée de terrains avalancheux. L'auteur a eu l'occasion de les éprouver toutes les trois en haute montagne. il est bien préférable d'entourer la courroie (à l'endroit où elle sort du ski) par des spires très serrées de fil de cuivre étamé. la courroie par une tige de fer (fixation Huitfeld-Eleffsen). Ellefsen et BB. de façon à pouvoir l'introduire sans peine dans le canal où passe la mâchoire. sous le poids du skieur. les petits inconvénients de cette fixation sont largement compensés par ses avantages. Les courroies doivent être réglées de telle façon que l'on puisse cheminer avec le tendeur détendu et sans que la courroie arrière tombe du talon débordant. la semelle. On a cherché à supprimer cet inconvénient en remplaçant. ces trois fixations sont munies de fortes mâchoires en tôle de fer. de peur de faire sauter le ski. Comme pièce de rechange. Un avantage qui n'est pas à 1 II me parait inutile do représenter ici par des figures les différentes fixations dont nous allons parler. on peut aussi emporter une courroie de cuir gras. 4° pouvoir s'ajuster et s'enlever très rapidement . On trouve ces figures dans tous les catalogues de sport. il se produit un ébat latéral qui permet au talon de sortir de l'axe du ski ( 2). Elle s'introduit facilement dans le canal du ski et on la fixe autour du pied à volonté. La couleur est une question de goût. elle est facilement remplaçable par une courroie de réserve. Pour obvier à cet inconvénient. les skis présentent une surface de glissement parfaitement horizontale. — C'est la plus ancienne de toutes les fixations à mâchoires et celle qui est généralement adoptée. Si cette courroie se rompt. 2° solidité . Les fixations Huitfeld et Ellefsen sont pourvues toutes deux du tendeur Hoyer-Ellefsen. Une fixation conforme au but que nous nous proposons doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° direction assurée sur le ski . ce qui peut être un avantage. La courbure médiane ou cintrage du ski doit être telle que. 5° être souple et ne pas gêner la flexion du pied durant la marche. lorsque celle-ci est croûteuse. facilité de réparation) . Si l'on admet volontiers cette courroie comme fixation de réserve. qui permet de serrer automatiquement les courroies de talon.Si les proportions d'un ski sont généralement observées par le fabricant. Cette surface de glissement est creusée d'une rainure longitudinale qui facilite la direction et dont l'utilité est indiscutable. doublée? de cuir intérieurement. Fixation Huitfeld (1). par conséquent. avec une seule boucle à l'extrémité. elle ne vaut rien pour l'usage courant. Ne pas forcer cette fiche sous la mâchoire. mais elles passent dans une ouverture pratiquée à même le bois. la traction se faisant directement sur la pointe du soulier. de façon à fendre aisément la neige. mais sous une forme différente. bonnes et mauvaises. Trois fixations ont fait leurs preuves en haute montagne et peuvent être recommandées : ce sont les fixations Huitfeld. Fixations. 3° simplicité (et. on visse sur les côtés de la semelle de petites plaques en tôle. Une seule rainure n'est généralement pas suffisante pour glisser sur des neiges durcies sans déraper. ce tendeur existe aussi. . En somme. tout manuel de ski vous renseignera. Le tendeur ne doit pas se trouver derrière le talon. elle exerce sur cette courroie une friction considérable. cède peu à peu sous la morsure des mâchoires. A l'exception de leur surface inférieure. sur laquelle le frottement est très minime et presque inefficace. A la longue. Actuellement. quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. La solidité et la simplicité de la fixation Huitfeld sont très grandes et facilitent les réparations. les skis sont couverts d'un vernis destiné à les préserver de l'humidité. Ces mâchoires ne sont pas vissées sur le ski. parce que trop compliquée à mettre et à enlever. mais ceci est toujours ennuyeux. résistant et pratiquement inaltérable. L'élasticité de la fixation Huitfeld est suffisante pour permettre de s'agenouiller sur les skis. inscrivez-y votre nom et recommandez au marchand de les imprégner plusieurs fois d'huile de lin. Pour éviter l'usure du cuir. les courroies se détendent légèrement et la commande laisse à désirer. et il faut alors s'avouer dépendant de la température. La courbure de la pointe doit commencera 30 ou 40 centimètres de cette pointe et s'élever progressivement jusqu'à 15 centimètres au-dessus du sol. mais sur son côte extérieur. la direction du ski est assurée. On peut évidemment y remédier en raccourcissant les courroies.

Dans les longues ascensions. Fixation Eleffsen. De fait. la semelle n'est plus fixée latéralement par les languettes. et celles-ci doivent être d'une solidité exceptionnelle pour ne pas se relâcher sous la torsion des semelles. Si vous n'êtes pas encore convaincu. Elles présentent deux languettes qui viennent se rabattre latéralement sur la semelle balata. La fixation Eleffsen assure une excellente direction sur le ski. Les rondelles amovibles ne sont guère pratiques. mais presque indispensables à la montée. l'auteur a fait toutes ses courses avec la même paire de bâtons en racine de bambou. qui devait être fort désagréable au moment de la varappe et pouvait casser au moindre choc. sur un terrain rapide. tous les efforts latéraux sont concentrés sur les mâchoires. Par contre. ceci n'est possible qu'avec deux bâtons. Après avoir essayé dans les Alpes le modèle Eleffsen tel qu'il fut patenté. Verticaux. elle se met et s'enlève plus vite encore que la Huitfeld. Lorsque celle-ci est maintenue par les languettes latérales. Grâce au tendeur automatique. Bâtons. qui tendent de plus en plus à disparaître. et éprouvez-en la solidité sans ménagements (2). L'un d'eux lui servit de canne pour gravir une demi-douzaine de sommets supérieurs à 4 ooo mètres : c'est dire leur solidité. A la place des mâchoires Eleffsen (primitivement trop légères). Depuis douze ans. mais en la vissant devant le pied par quatre vis. Vous abandonnerez toute hésitation. II existe des bâtons de frêne munis de demi-disques en forme de D et pouvant s'accoupler solidement. les plus résistants que vous puissiez trouver. mais il est inutile et même dangereux que ces pointes soient aiguës. En montagne. Les efforts latéraux se répartissent autant sur l'étrier que sur les mâchoires. 3 Le point faible du bâton est le canal par où passent les courroies de la rondelle. Les bâtons de frêne sont très estimés en haute montagne. Ne les prenez ni trop minces ni trop courts. Ces bâtons très pratiques à la descente. Choisissez donc deux bâtons en racine de bambou. même dans le rocher ( 1). il est très facile de s'agenouiller sur le ski. Il peut être renforcé à cet endroit par une douille métallique présentant des œillets pour les courroies de la rondelle. deux skis. je l'ai fait transformer légèrement pour mon usage personnel. Il est préférable d'en avoir de très mobiles. Il est alors très agréable de pouvoir passer l'une des cannes dans le disque de l'autre et d'attacher les extrémités supérieures au moyen des dragonnes. présentent néanmoins un 1 On me signale de nouveau des cassures de crochets BB (décembre 1924). elle est simple. Par contre. j'ai fait poser des mâchoires Huitfeld du plus gros numéro et des étriers plus solides aussi. l'auteur témoignait une aversion particulière contre ce système sans courroie et l'étonnante simplicité de son levier métallique. il est impossible de faire une réparation de fortune. il suffit d'enlever la semelle en la dévissant et de passer dans le canal du ski une longue courroie de réserve. de pouvoir se fixer et s'enlever instantanément et de permettre une génuflexion complète sans le moindre effort. Le grand avantage de cette fixation est d'être absolument insensible aux changements de température. assez longues pour y passer aisément la main gantée. La pointe du pied ne s'enfonçant que peu entre les mâchoires. couvert de mauvaise neige. on obtient une rigidité latérale parfaitement suffisante. ils doivent vous arriver à la hauteur de la poitrine. récemment de nombreux préjugés. grâce à l'absence des courroies talonnières. A la descente et tant qu'un style orthodoxe est possible. Elle sert de trait d'union entre les systèmes à mâchoires et les fixations à semelles. esseyez un jour de monter 2000 mètres en ski avec un seul bâtoyuet refaites ensuite la même course avec deux bâtons. ils sont sensiblement plus lourds. mais ils ne sont pas nécessairement plus solides que de bons bambous. vous serez parfois obligés de réunir vos bâtons pour freiner fortement. Le principal défaut de cette fixation est l'accumulation de la neige entre la semelle balata et la plaque sous-pied (aluminium ou linoléum). Ces rondelles sont inutiles et parfois gênantes à la descente. au lieu de deux seulement. Comme beaucoup d'alpinistes. fixées à une distance suffisante de la pointe du bâton pour ne pas gêner le freinage ( 3). Or. ménager ses forces et forcer les virages. — Beaucoup plus récente que les deux premières. Les mâchoires Eleffsen sont peu différentes des mâchoires Huitfeld. vous ménagerez beaucoup les muscles de vos jambes en faisant travailler ceux de vos bras.dédaigner non plus est la possibilité de passer un des skis dans la fixation de l'autre. si vous avez remplacé les mâchoires Eleffsen par des Huitfeld. auquel nous devons également le tendeur automatique. Tels qu'ils sont actuellement. et c'est alors seulement que l'on comprit la nécessité de les fabriquer en fer forgé. Les bâtons doivent être munis de disques ou rondelles d'un diamètre suffisant pour ne pas enfoncer trop profondément dans la neige. — Le skieur est un être essentiellement symétriqe : il a deux jambes. Transformée comme je l'ai indiqué plus haut. Par contre. Fixation BB. cette fixation n'a triomphé que tout. première qualité. deux bras et par conséqueau deux bâtons. 2 . si pratique et si simple. ils sont d'une nécessité absolue pour freiner. beaucoup de crochets se rompirent au début. et le pied est constamment maintenu dans l'axe du ski Les changements de température n'ont sur elle aucune influence sensible. solide et facile à réparer. Il arrive parfois que les étriers Eleffsen se cassent au sommet des angles formés par le métal. Il est préférable d'avoir des bâtons assez longs. ils paraissent à peu près incassables. Or l'étrier est rivé à la semelle balata. Les bâtons seront solidement ferrés. De ce fait. moyen très pratique de les porter. En outre. pour ne pas être obligé de se pencher trop en arrière. — Cette fixation est l'invention d'un ingénieur norvégien. comme nous l'avons indiqué précédemment. les bâtons ne servent à rien. Les pommeaux seront garnis de fortes dragonnes en cuir. Les préjugés s'élevaient principalement contre le crochet fixé à la pointe du soulier. pas trop grandes. sinon à faciliter l'équilibre.

Le piolet court et léger peut aussi s'introduire tête en bas dans le sac même du touriste. dans un endroit chaud. si dure que les peaux ne seront plus à même d'empêcher le recul des skis. Malheureusement.. tant discutée actuellement encore. en l'attachant du côté de la hache par une ficelle ou par la dragonne. On les serre au moyen de petits leviers qui doivent jouer facilement. soit en adaptant le fer aux bâtons de frêne accouplés. Cette question. On les saupoudre de naphtaline ou. parce que ses poils ne sont presque jamais ramollis par l'humidité de la neige et qu'ils conservent très longtemps leur raideur naturelle. Dans le second cas. qui en sont très friandes. et ceci est d'une importance capitale en alpinisme.inconvénient à la montée : celui d'enfoncer profondément dans la neige poudreuse. à cause de leurs disques minuscules. ce qui peut être fatigant et même dangereux (sur un glacier. Il faut avoir soin de bien tendre la peau sous le ski.. A la fin de la course. on les brossera vigoureusement. Dans une cordée de trois. Dans le premier cas. puis on le décroche et l'on ouvre les deux leviers. pour éviter les blessures en cas de chute. le ruban postérieur double le talon du ski et vient se fixer dans une boucle vissée sur le ski. il est prudent de garnir le fer d'un fourreau de cuir. ou deux à trois piolets pour quatre. La plus simple et la plus agréable à notre avis est de le passer horizontalement dans les bretelles du sac. de façon que les griffes métalliques serrent légèrement le bois. — On a cherché à combiner piolet et bâtons. ou bien elle se détache. Ainsi. par exemple). L'auteur a essayé tous les autres systèmes de peaux. mieux encore. mais plus sensible à la descente. Le piolet peut se porter de différentes façons. la croûte superficielle et vous enfoncerez plus ou moins profondément. les peaux sont parfaitement suffisantes. mais qui proviennent de bien d'autres animaux. Ces combinaisons ne sont guère satisfaisantes pour de grandes ascensions. Pour enlever les peaux. On en a imaginé bien des systèmes différents. on le tire latéralement d'un coup sec. C'est alors que les crampons interviennent. Le plus simple est encore le meilleur. en vente dans tous les magasins de sport) qui leur conserve toute leur souplesse et les garantit également contre les teignes . les meilleurs antidérapants sont les peaux de -phoque (2). l'homme du milieu peut très souvent s'en passer. Pour pouvoir suivre la même piste. Le tendeur que l'on intercale volontiers au ruban antérieur se décroche facilement et ne fait que compliquer le système. la peau ne colle pas. la pointe sortant par en haut. Mais vous rencontrerez souvent en montagne des pentes où la neige poudreuse est recouverte d'une croûte gelée. le piolet improvisé ne vaudra jamais un véritable piolet. Elle est prolongée aux deux extrémités par un fort ruban de chanvre. Lors des Jeux olympiques de Chamonix. par les grands froids. Toutes les pièces de cette garniture sont cousues les unes aux autres. Ce système est parfait lorsqu'on peut fixer les peaux chez soi ou à la cabane. le système le plus simple sera toujours préférable. 2 On vend sous ce nom des peaux qui n'ont évidemment jamais appartenu à des phoques. on saisit le ruban de chanvre postérieur sous le ski. il faut passablement de temps pour les ajuster. Il faudra vérifier de temps en temps leur solidité. Piolet. puis on les enroulera de façon qu'elles ne prennent pas de faux plis et que leur poil ne se hérisse pas ( 3). Sur la neige dure. De toute façon. on les fera sécher. La supériorité de la fourrure du phoque est incontestable. on les passe à l'huile goudronnée (Ski-Oel. Lorsqu'elle est poudreuse. Comme le skieur caussé de laupars doit nécessairement emporter des crampons de fer à huit ou dix pointes pour la glace et le rocher. Le ruban antérieur forme une boucle qui se fixe à la pointe du ski . Malheureusement. Selon les difficultés prévues. Il eût été intéressant de faire concourir cet original avec um skieur muni d'antidérapants. Dans toute autre circonstance. La largeur des extrémités des Laupars (auxquelles s'adaptent les crampons) étant généralement inférieure à celle des skis. Antidérapants. On tend la peau en tirant fortement. Les rubans transversaux exercent naturellement dans la neige un certain freinage. Deux rubans transversaux situés aux tiers de la garniture servent à la maintenir latéralement. l'auteur rencontra un guide du pays qui lut avoua franchement n'en avoir jamais fait usage. Voici la meilleure façon d'ajuster ces crampons : introduire la partie postérieure du crampon à l'arrière du ski et glisser le crampon (tête en avant) jusqu'à ce que ses griffes antérieures parviennent devant les mâchoires. De cette façon seulement on économise ses forces et son temps. même pour de très longues ascensions. Appliquer 1 11 existe encore des gens pour vous soutenir que les antidérapants sont parfaitement inutiles et qui s'acharnent à ne pas vouloir les utiliser. — Nous entendons par là tous les moyens imaginés contre le glissement des skis en arrière ou «le côté (1). soit en fixant un disque amovible au piolet ordinaire. 3 Durant l'été. sinon la neige s'insinue entre deux et forme de la glace. Le système Sohm supprime cet inconvénient en supprimant les rubans transversaux et en collant la peau au ski au moyen d'un enduit spécial. surtout lorsqu'on marche à la corde. La peau doit couvrir toute la surface inférieure du ski. la différence de poids entre le bâton ordinaire et le piolet à rondelle est fort désagréable. Il est du reste rarement nécessaire que chaque membre de la caravane soit armé d'un piolet. qu'on les conserve jusqu'au début de la descente finale. et il en est finalement revenu au modèle le plus simple. vous casserez. serait tranchée depuis longtemps si la neige offrait toujours la même consistance. Si vous enlever vos skis pour continuer votre marche à pied. il n'en n'est pas ainsi. il faudra régler l'écartement des crampons d'après les skis. on emportera un à deux piolets pour trois. et il est impossible d'en perdre en chemin. il faut que tous les membres de la caravane soient munis d'antidérapants. négligeable à la montée. Il existe plusieurs systèmes de peaux de phoque. ces crampons peuvent très bien s'adapter sous les skis et supprimer l'emploi de crampons spéciaux. Tant que la neige n'est pas trop dure. on aura soin de mettre les peaux de phoque à l'abri des teignes. Mais cet enduit n'est efficace qu'à certaines températures. les peaux et surtout les rubans transversaux s'usent assez rapidement.

Dans la neige poudreuse. le ski glisse sans qu'il soit nécessaire de le soulever à chaque pas. dans les environs de la cabane Britannia. C'est ce que l'avenir démontrera. Au emploie-t-on dans ce but un petit appareil breveté dit « Para » qui se chauffe au moyen de tablettes « Meta » et qui sert à lustrer les skis. Contre le dérapage latéral. on évitera tous les faux pas. 2 Inventeur. par le mauvais temps. tant les skis sont glissants. le drib vaut à peu près les crampons lorsque la pente n'est pas trop forte. au Passo di Verona par le glacier de Palti. Même avec les « couteaux » Bilgeri. toute contrepente devient presque insurmontable. on peut. Avec la fixation Eleffsen. au moyen de deux griffes. ils rendent le stemmbogen assez difficile et se perdent facilement en route. Enrouler la longue lanière de chanvre autour du ski. de sorte que. de la cabane Bétemps au pied du Sattel du Mont Rosé . très exposés au soleil. Les avantages du drib se révèlent surtout à la descente. ne collant pas dans la neige. Vous pouvez même les combiner très avantageusement sur des pentes où la neige est tantôt dure. Ces dernières années. on a lancé sur le marché des enduits spéciaux. M. ou qui puisse s'enduire d'un fart tenace. qui ont la prétention d'empêcher le recul à la montée et de faciliter le glissement à la descente. et en montagne il est préférable de graisser les skis le moins possible. sur la neige dure. les neiges sont rarement collantes. comme cela se présente si souvent dans les Alpes. Ces crampons ne font que couper la neige parallèlement au ski. les crampons ou « couteaux » (Plarscheisen) de Bilgeri sont recommandables. il faut naturellement laisser à la semelle balata toute sa liberté. qui lui a valu ce nom par abréviation » O» trouvera une figure du drib dans VAlpina de novembre 1924. Avec les crampons fixés de cette façon. Ce qui peut être avantageux pour des excursions en Norvège ne l'est pas dans les Alpes. même sur des neiges où les skis ne laisseraient pas la moindre trace. la neige peut devenir collante et s'attache plus ou moins fortement aux skis. pour lesquelles les peaux de phoque sont déjà parfaitement suffisantes. sur des neiges dures. ils auront complètement disparu. Mais s'il y a des montées (même courtes) en perspective. présentant des ceins transversaux et quatre rainures longitudinales. Les enduits mous qui s'appliquent facilement par toutes les températures sont aussi les moins résistants et. le skieur peut prendre la pente plus directement et éviter le slalom toujours fatigant. La meilleure solution sera peut-être de revêtir le ski d'un drib métallique. En adoptant un tempo lent. mais c'est là une habitude qui s'acquiert très facilement. vous pouvez attaquer de très fortes pentes sans décrire aucun zigzag 1.. en mars 1924. il est certes bien inférieur aux peaux de phoque. Le drib complet est formé de trois à cinq éléments articulés et pouvant se replier les uns sur les autres. où les rainures deviennent un antidérapant latéral incomparable.. Comme nous l'avons dit plus haut. tantôt poudreuse. où la neige est si variable qu'il faudrait à tout moment changer d'enduit. à la hauteur du pied. Les coins eux-mêmes freinent très agréablement. ainsi qu'à l'arrière de la fixation. de façon à ne pas trop gêner le glissement. La climbingwax de Sohm est excellente pour la neige poudreuse. et il existe des produits norvégiens spéciaux pour chaque neige. on n'obtient pas une sécurité aussi parfaite. le drib a prouvé certaines qualités indéniables. on peut aussi employer un chiffon ou un simple bouchon et étaler l'enduit par une vigoureuse friction. dans des terrains rapides. 1 Pour donner une idée de leur efficacité : l'auteur est monté directement. ce sont les peaux qui travaillent . ces produits ne sont guère efficaces que dans les neiges poudreuses ou humides. après quelques jours de beau temps et de bise. avec des lames cunéiformes plus minces. et au Blanc de Moming depuis la cabane Mountet. Les crampon* mordent précisément là où les peaux glisseraient. Il existe une quantité innombrable de farts. le drib est lourd et encombrant et n'exclut pas la nécessité des crampons pour un skieur chaussé de laupars. Une fois les skis graissés. qui s'attachent très fortement au bois et finissent par l'imprégner complètement. au Titlis depuis le Tribsee . Sur une neige dure. C'est un « chapelet de lames de bois cunéiformes ». L'usage des crampons n'exclut pas nécessairement celui des peaux de phoque. Sur les versants sud. Les aspérités cunéiformes étant peu prononcées. lorsque le fœhn se met à souffler. un contre-placage Paiourdira. Grâce à des conditions de neige exécrables. les crampons. surtout à la descente. Malheureusement. Le drib assure une direction parfaite. Il faut naturellement lever les skis à chaque pas. et ne sont naturellement d'aucune utilité pour une ascension directe. . de Ribeaupierre. Les premiers se fixent naturellement par-dessus les secondesLe drib2 est d'une invention plus récente. en la serrant principalement devant et derrière les mâchoires. qui se fixent latéralement sur les côtés du ski. Mais il est probable qu'il faudra s'inspirer d'un modèle à plusieurs rainures. et il faut l'avoir essayé sur des neiges dures et « tôlées » pour en apprécier les avantages. Les neiges dures et poudreuses sont au contraire très glissantes. Cet antidérapant n'est guère connu qu'en Suisse romande. Si les entailles transversales affaiblissent le ski. Ces enduits sont difficilement applicables à froid. alors graisser ses skis. — En haute montagne. L'auteur se rappelle avoir fait trois campagnes successives dans les Alpes sans jamais graisser ses skis. longues d'environ 25 centimètres. A défaut de ce moyen. L'auteur ne l'a éprouvé que tout dernièrement. Malheureusement. Faits ou enduits facilitant le glissement. surtout à la montée et pour les traversées obliques.fortement le crampon sur le bois du ski. après quelques heures de marche. Par contre. Ce sont des lames d'acier. Si l'on entame la descente finale et qu'il n'y ait plus de contrepentes à franchir. parfois aussi en descendant dans une vallée. il est préférable de s'en abstenir (à moins de remettre chaque fois les peaux de phoque). la résistance des coins ne se produisant qu'après un léger recul et le tassement de la neige. le ski alpin de l'avenir n'est pas encore inventé. plus ou moins résistants et recommandables. sans aucun zigzag et sur une neige très dure. C'est là le principal avantage du drib. par contre. Dans la neige poudreuse. Il est préférable d'employer des produits à base de goudron.

Après les avoir soigneusement débarrassés de toute neige et des moindres particules de glace (au moyen d'un racloir ou du couteau). on évitera facilement les chocs. renforcé par les maisons suisses et qui supprime les coutures d'avant-pied. Comme nous l'avons dit plus haut. Elle est pourvue de semelles souples. sinon. très légèrement dantes et d'un talon bas. la chaussure aussi imperméable que possible. Quant au ski lui-même. enfin. sans couture inutile. D'autre part. coupé en biseau pour maintenir la courroie talonnière. Ces brides métalliques peuvent être achetées dans toutes les maisons de sport. même si elles sont du genre Begsom. emportez toujours des crampons à huit ou dix pointes et ne faites ferrer vos laupars que très légèrement. les skis de frêne sont excessivement flexibles. à cause de leurs longues pointes . du modèle tyrolien dit « aile de mouche » d'un petit numéro. Un ski réparé de cette façon ne sera jamais bien solide et exige beaucoup de ménagements. Au talon. en tôle ou en bois. Cette dernière condition n'est généralement pas remplie par les bottines de montagne ordinaires. par exemple. 2 Ceci sur toute leur longueur. et il faut alors ajuster les deux morceaux au moyen de brides. Lorsque le ski se rompt en son milieu. il faut avoir soin d'enlever ses skis et de les sécher au soleil. sur le devant. Donc. avec un peu de pratique.5 et 2 centi mètres. porter une paire de chaussettes en laine et une seconde paire beaucoup plus épaisse. Les pointes cassées se réparent assez facilement au moyen d'une pointe de réserve. Si le soleil est caché et que ces enduits soient inapplicables à cause de l'humidité des skis. on s'y habitue très rapidement. il reste encore un moyen de glisser sur la neige collante : c'est de fixer les peaux de phoque. Une ferrure complète est très désagréable lorsqu'on a les skis aux pieds : le contact est moins intime entre la semelle et le ski (et par conséquent la maîtrise moins grande) . en poil de chèvre. quelques bons clous. . et c'est bien l'endroit où se produisent le plus souvent les cassures. Il présente une résistance très suffisante à k pression des courroies de mâchoires et les orteils y conservent une grande liberté de mouvements. Réparation des skis (1). la tension des courroies talonnières risque de plier la semelle en cet endroit. et l'eau finit par y pénétrer. on les essuiera avec un chiffon et on les exposera au soleil. Il faut se méfier tout spécialement des blocs de glace et même de neige en traversant les cônes de déjection de vieilles avalanches. Pourtant. il faudra des crampons dès que l'on quitte les skis pour terminer l'ascension sur le rocher ou la glace. Et lorsque les rochers sont recouverts de verglas. Les bords latéraux des semelles de laupars modernes sont à peu près parallèles l'un à l'autre. Il faut alors clouer ou visser tant bien que mal la fixation sur la partie antérieure et ajuster les deux morceaux au moyen des brides. dans k zone des éboulis et des moraines. ou les blocs de rochers à moitié enneigés. De retour en ville. imperméable et assez grande pour que l'on puisse. épaisses 2. la neige s'attache aux clous et forme des mottes. juste de quoi éviter les chutes sur les chemins verglacés. les clous refroidissent le pied. très solides. Un ski répare dure souvent plus longtemps qu'un ski neuf. sa pointe est naturellement la plus exposée aux chocs. La cassure se produit généralement à l'endroit où le canal traverse le ski (point faible). est très souple et agréable à porter Mais les trois coutures qui se rencontrent sur la pointe du pied ne résistent pas longtemps dans nos régions. 3 Nous emploierons ce terme de laupar d'une façon générale pour désigner les bottines spéciales au ski. les crampons sont désagréables au premier moment. Une bonne chaussure doit être chaude. — La chaussure est un des points les plus importants de l'équipement. entre les deux garnitures de tôle. abîment la fixation et donnent à la semelle une rigidité qui fatigue à la longue. et c'est pourquoi il est nécessaire d'avoir pour le ski une chaussure de forme spéciale. bien entendu. parce que plus légères et plus facilement ajustables. Ces crampons sont évidemment lourds. Louvoyer à une folle altare entre des écueils semi-masqués est un plaisir dont on pourrait se repentir brusquement. si l'on est chaussé de laupars (3) non ferrés. quelques clous à tête carrée ou conique et. Les fissures longitudinales peuvent également être réparées au moyen de brides plus courtes. Si la cassure se produit plus près du pied.La plupart de ces enduits ne s'appliquent aux skis que lorsque leur surface de glissement est parfaitement sèche. Quant à la ferrure. mais ils sont si précieux que beaucoup d'alpinistes les portent même avec des bottines ferrées (4). on visse à ces semelles de petites garnitures en tôle. auxquelles la neige ne s'attache presque jamais. L'épaisseur normale rane entre 1. Toute caravane de skieurs prudents emportera au moins une pointe de réserve et plusieurs brides de réparation. et l'on est étonné de leur résistance. Il en existe bien des modèles différents. sans être gêné. Paulcke recommandait d'emporter des chaussons extérieurs en toile à voile imperméable. Si la pointe seule est cassre. on remettra le ski bris* 5 au marchand. Le modèle Beglom. Chaussure. Le cuir doit être robuste et souple" à la fois . qui nous vient de Norvège. Ceci est très important pour se garantir du gel. on peut la remplacer très solidement. même au cou-de-pu i. est à peu près parfait actuellement. ici que de réparations de tortune et provi-soiree. la pointe de exchange n'est souvent plus suffisante. on tend de plus en plus à la diminuer. on arache beaucoup plus sûrement avec des crampons. 4 Sur le rocher. mais. avec que fixation Huitfeld ou Elefisen. qui s'enfilaient 1 II ne s'agit. pour qu'elles ne soient pas abîmées au contact des mâchoires. la réparation est naturellement beaucoup plus compliquée. Après avoir traversé des neiges ramollies par le soleil et avant de passer à l'ombre sur des neiges froides et poudreuses. La chaussure laupar. sinon la neige poudreuse s'y attachera fortement par congélation. — Nous avons indiqué plus haut comment on pouvait réparer les fixations. Avec un peu de prudence. Celles d'aluminium sont préférables à celles de bois.

par contre. La gabardine est très légère. Les alpinistes qui s'en sont servis dans les ascensions de rocher se plaignent qu'elle s'use et se déchire assez rapidement. Le pantalon doit coller à la cheville. Le skieur proprement dit porte volontiers un complet de drap bleu foncé (ancien drap militaire). un sérieux avantage : c'est de protéger les jambes et de supprimer les molletières qui serrent le mollet. et ils sont très rarement employés dans nos Alpes. Mais. la chaussette s'attache à la semelle même du laupar. à peu près imperméable à l'air et à l'humidité et d'un poids presque négligeable. de façon à empêcher l'infiltration de la neige. 4 J'allais oublier les clames. La première paire doit être en laine douce et très chaude. Le drap de la culotte et de la jupe devra êtrr très lisse. de façon à ne porter que des chaussettes parfaitement sèches. ne doivent serrer le pied. et elles s'en trouvent très bien. moufles. Deux grandes poches latérales sont de précieux réservoirs pour tout ce qui est d'un usage fréquent : gants. C'est à quoi il faut parer le mieux possible en emportant comme . Mais. L'excellence et l'imperméabilité des laupars actuels ont rendu ces chaussons presque inutiles. Pour la varappe. confectionné sur le modèle introduit autrefois par les Norvégiens. la température est très agréable l'hiver et n'exige pas un vêtement plus chaud qu'en été.. Le pantalon bouffant dans le bas n'est pas gêné par le revers ordinaire du pantalon de dessous. 3 Les Anglais. Dans les rochers. biscuits. imprégné. gens pratiques. mais on peut la faire doubler de flanelle. Elle n'est pas chaude. mais il peut rendre de bons services en cas de tempête. Celle-ci absorbe l'humidité. caria neige s'y attache 2 . Elle complète donc parfaitement les qualités du tissu de Saas. II se ferme par un poignet à deux brides sur la tige du soulier. Dans la neige poudreuse. chocolat. Il est évidemment moins gracieux qu'une culotte. le goût personnel peut intervenir largement. parfaitement imperméable à l'air et à l'humidité. de façon à pouvoir être fermées aux poignets. Le talc a l'avantage de pomper la transpiration. est absolument imperméable à l'air comme à l'humidité. ou se ferme au moyen d'un lacet. Quatre poches extérieures à rabats sont de rigueur. Les manches sont munies de pattes à boutons. Mais la graisse ne vaut rien pour les pieds qui transpirent. pas plus que les laupars. même dans de grandes ascensions comme le Mont Bose. Ceci n'exclut pas le port d'une culotte et de molletières. où l'on rencontre pourtant une rude varappe. Les vêtements de loden ou de cheviote. Habillement. le vent peut être très froid et devenir un sérieux danger pour celui qui n'est pas habillé en conséquence. il importe d'employer une étoffe à laquelle la neige ne puisse pas adhérer. Dans les laupars. généralement adoptés en été. On y fera adapter des pattes pour fermer les manches aux poignets. Avec un caleçon chaud. et il l'a trouvé parfaitement suffisant. sont d'une étoffe plus ou moins poreuse. On serrera simplement la cheville par une bande de drap étroite et souple. L'alpiniste peut fort bien utiliser en hiver ses vêtements de montagne habituels. de couleur kaki. en relevant le bouffant jusqu'au genou (4). se sont mises à porter le long pantalon. plutôt court. L'usage du pantalon de même toile est moins fréquent. Les chaussettes. mais il est très pratique. — Dans cette question d'habillement. ils sont toutefois très agréables par les grands froids. ou en poils de chèvre. à condition de les compléter en prévision du mauvais temps et du froid. et la neige ne s'y attache pas. dont les ailes se boutonnent sous le menton. par contre. Mais c'est un luxe auquel on attache de moins en moins d'importance. Les skieurs anglais portent généralement le costume de coupe norvégienne. puis à parcourir la haute montagne et hiver. en crins de cheval par exemple. Si nos skieuses tiennent absolument à conserver leur jupe. Le pantalon offre.pardessus les laupars. le Lyskamm et le Rothhorn de Zinal en février. peut être remplacé éventuellement par une vareuse militaire. lorsqu'on est chaussé de crampons. comme dans les bottines de montagne. et il prétendait ne jamais avoir froid. feront bien de copier le plus possible 1 équipement et surtout l'habillement du skieur masculin. Le veston. Un de mes guides avait l'habitude de se graisser les pieds avec de la graisse de porc. On confectionne en Burberry de ravissants costumes pour skieuses. Le pantalon étant souvent en contact avec la neige. il est recommandé de porter une semelle intérieure poreuse. ». Pour la veste. et il est facile de la retirer pour la sécher. en tissu de Saas. etc. 1 Le Usmer de l'armée suisse est fort pratique et juste assez chaud sous la vareuse L'auteur a longtemps porté le costume norvégien. en hiver. et la neige ne peut pas y adhérer. passé par-dessus un pantalon de montagne ordinaire. qui laisse passer l'air. en outre. etc. ceci est beaucoup moins important. les premières. Comme le dit très justement Paulcke : « ce n'est pas dans l'hypothèse des meilleures conditions extérieures. Les Anglaises. on risque d'en déchirer les parties bouffantes. Il arrive sans cela que. mais jamais dessus. mais ils remplacent le drap bleu par du Burberry (3). Qu'elles veuillent bien me pardonner. L'hiver dernier. il est parfaitement inutile de porter des bas. à grandes poches. plus larges dans le bas que dans le haut. mais bien des circonstances les plus défavorables qu'il faut se placer. l'auteur a fait de très bonnes expériences avec un pantalon de gabardine. devant la fixation. ainsi qu'un capuchon. Lorsque k temps est beau et calme. par congélation. Ce pantalon est fendu à la cheville et se boutonne. portent des vestes. coupe Norfolk.réserve un surtout en toile à voile assez grand pour être porté par-dessus la veste ordinaire. par le plus beau temps du monde. il est bon de l'entourer d'une molletière. non dégraissée. il est moins agréable et. nuisent à la circulation du sang et facilitent la congélation.. On trouve dans le commerce le costume complet (veste et pantalon) tout fait. Celles qui se hasarderont à lire ces pages. on est plus souvent dans la neige et sur ses skis que dans les rochers (2). Le drap est solide. et servant de petites chancelières. La coupe et l'étoffe sont très pratiques pour le ski. Cette étoffe. lisse. Les personnes qui transpirent beaucoup des pieds feront bien de les frotter avec de la poudre de talc avant d'enfiler leurs chaussettes. On peut aussi protéger les chaussures par des peaux fixées poil en dehors. Les sweaters peuvent se porter dessous. Il faut en emporter plusieurs paires. lanoline. de façon que le laupar puisse se lacer par dessus. plus elle est pratique. La seconde en laine épaisse. raisins secs. Il doit être assez ample pour pouvoir se porter sur un sweater ou chandail (1). il la faudra très courte. La neige n'y adhère pas. Plus elle est courte.. par les grands froids.

. en laine légère et solide. on le rabat sur les oreilles . on attachera le sac autour des hanches au moyen d'une courroie qui se boucle sur le ventre et passe dans deux œillets fixés au sac. chocolat. A la veille du départ. qui paraîtra même pédante à beaucoup. Pour les longues descentes. et a vite fait de les tra~ percer. du chocolat . 11 est très précieux dans les cabanes qui n'en sont pas encore pourvues et durant la marche dans le brouillard. On peut lui donner toutes les formes imaginables et s'abriter contre le vent et le soleil de n'importe quel côté. Il en faut deux ou trois paires pour pouvoir les changer. Lorsqu'il fait froid. il fait parfois si froid que l'on est obligé de manger en marchant. du roastbeef avec de la mayonnaise en tube . avec deux grandes poches latérales. comme remède. Comme son bagage est considérable. jes "unettes en écaille sont très pratiques. ou pour le soir à la cabane. etc. est suffisant pour les courses d'hiver.Coiffure. En prévision du froid. très riches en calories . avec ou sans doigts. la carte.. des œufs crus . Outre les objets d'équipement déjà mentionnés. mais rester. On les protège par des gants et des moufles. — L'alimentation du skieur en montagne diffère très peu de celle de l'alpiniste en été. La couleur jaune verte est reconnue comme étant la meilleure pour préserver les yeux. éventuellement un baromètre anéroïde (4) Alimentation. au contraire. le chef de course fera bien de procéder à une inspection minutieuse de tout l'équipement de sa caravane (y compris l'habillement et les provisions). On mettra dans ces poches les objets dont l'usage est fréquent en cours de route. Les moufles s'enfileront par-dessus les gants. — Le sac tyrolien. en épousant la courbure du dos. beaucoup de raisins secs. Gants. C'est une tâche désagréable. — Comme coiffure.. Par exemple du lait en poudre. mais qui peut éviter de grands ennuis et de grosses désillusions. Elles doivent être absolument imperméables et ne pas serrer. En plein hiver et aux hautes altitudes. si les gants le sont suffisamment. Plié. Les gants seront de laine chaude. mais il faut en avoir une seconde paire de réserve (ordinaires) dans un étui. un chapeau de feutre (ou etoile blanche) à larges ailes est absolument indispensable 2 Pour la corde. de la viande séchée des Grisons (Bùndnerfleisch) . voir p. Un peu de vieux cognac dans une petite gourde. raisins secs.. etc. on complétera cette coiffure par une écharpe de laine dont on s'entoure le cou et le menton — à moins que l'on ne préfère endosser le suroît en toile à voile et rabattre son capuchon (1). beaucoup de beurre frais . des lunettes de glacier ( 3). avec claie en acier tabulaire. Ceux qui transpirent beaucoup peuvent employer une claie en osier. on emportera des matières grasses et sucrées en quantité suffisante et sous un volume minimum. dont l'alpiniste se sert en été. Un sac qui ballotte de droite et de gauche est fort désagréable : il déplace le centre de gravité et complique l'exécution des virages. 4 Un baromètre anéroïde suffit amplement pour une caravane. des biscuits légers et nourrissants . est le meilleur. Comme coiffure. la réverbération des neiges est à son maximum et il est bon d'avoir des lunettes plus foncées et grillées. 1 Pour les courses de printemps (mai et juin). 3 En plein hiver. semble être la coiffure idéale. des légumes en conserve : des cubes bouillon . Lorsque le sac est rempli. il se met dans la poche. Il est bon alors d'avoir dans ses poches certaines friandises toujours appétissantes. Leur longueur doit être assez grande pour couvrir les manches de 20 à 25 centimètres. mai. du lard . du sucre. lorsqu'il fait chaud. telles que biscuits. sa couleur blanche irradie la chaleur solaire.. du riz et des pâtes . il faudra seulement chercher à gagner sur le poids. aussi plat que possible. Quant au sac norvégien.. Il n'est pas nécessaire qu'elles soient chaudes. — Les mains sont très exposées au froid. chacun suivra son goût. Par la tempête. juin). Au printemps (avril. même lorsqu'il est vide. . une pharmacie. un sifflet pour signaux. Le modèle le plus simple. on emportera : une bouteille thermos. il ne doit pas affecter la forme d'une poire. une boussole. très pratique et très simple. nourrissantes et légères. Deux paires ne sont pas de trop. plutôt que condensé . D'après les expériences de l'auteur. on fixera le moins d'objets possible : la corde (2) et les crampons. du fromage . une cuisine à esprit-de-vin liquide ou solide (meta) : une lanterne pliante . le béret blanc. le béret est parfait et très gracieux. 146. pour compléter les observations à la boussole. du thé et du café. il a le grand défaut d'être trop lourd. Sac. A l'extérieur. ce qui est très malsain. On en trouve avec une fermeture à pression. à condition d'être imperméable et assez grand pour contenir tout le bagage du skieur. Les skieurs portent généralement des bonnets beaucoup trop chauds.

il faudra conserver la direction initiale et éviter tous les détours inutiles. tout près des skis. Marche à flat2. 1 Vivian Caulfield. à la hauteur des fixations. alors que des manuels entiers y sont consacrés (1). il est inutile de fixer les antidérapants.CHAPITRE VII LA TECHNIQUE DU SKIEUR ALPIN Le but de ce livre visant simplement l'application du ski à la montagne. C'est une opération assez longue et ennuyeuse. Si la neige est très dure. en les rapportant à la haute montagne et en nous basant sur nos expériences personnelles. il quittera la piste et laissera passer devant lui tous les membres de la caravane. Dans une neige fraîche et profonde. sans se fatiguer davantage. une technique spéciale à la montagne. Dans notre préface. Le skieur qui marche en tête de la caravane choisira donc sa route de façon à éviter les contre-pentes mutiles et les pertes de niveau. la montée en escalier. mais qui remplace parfois utilement une halte reposante. on cherchera à accélérer son allure par le pas glissé et même par le pas du -patineur. ni trop fatigué. Lorsque celles-ci sont en contact avec une neige trop dure pour y mordre. Il faut surtout éviter de se pencher trop en avant. et à tous ceux qui n'ont jamais pratiqué le ski dans les hautes Alpes. 2 . Si l'on n'a pas ces « couteaux ». où la marche à la corde exige naturellement une trace unique et le moins d'efforts possible. comme me l'a fait observer un de mes amis. p. Der alpine Skilauf. où ils ne seraient d'aucune utilité. L'art du ski. la fixation Huitfeld exige une piste plus large que les fixations Eleffsen et BB. même si l'on est lourdement chargé. doit être évitée. de façon à empêcher le dérapage latéral. il est préférable de combiner la marche en avant avec la montée latérale en escalier. alors que la féerie d'un paysage grandiose attire les yeux et que les jambes et les bras travaillent automatiquement. Nous chercherons également à prouver qu'il n'existe pas. Lorsque l'aide des bâtons devient indispensable. En outre. Nous nous adressons donc. La meilleure façon d'arrêter le glissement en arrière est de placer aussi vite que possible le ski postérieur en travers de la pente. Mais. elles déverseut les skis en aval et nuisent à l'équilibre du skieur.. et rien n'est plus désagréable que de suivre une piste trop étroite. aux alpinistes* expérimentés. On gagne ainsi plus rapidement en hauteur. convertis sur le tard. de façon à profiter de toute leur longueur. — S'il ne s'agit que de courtes montées. On placera leurs pointes dans la neige. Dans une neige profonde. la pointe contre la pente (comme un piolet en été) et en piquant à chaque pas le bâton extérieur juste au-dessous du ski extérieur. Dans une neige profonde. et chercher à répartir habilement le poids du corps sur les bâtons et sur les skis. sans qu'il soit nécessaire d'enlever les skis. Ils sont vite fixés. on lèvera le ski à chaque pas et on l'appliquera d'un coup sec sur la neige. le skieur alpin jugera d'emblée s'il vaut la peine de fixer les antidérapants. dans les hautes Alpes. c'est-à-dire initié à toutes les finesses du sport. la largeur de la piste dépendra du skieur dont les fixations exigent le plus grand écartement. Chacun n'a pas la même fixation. car rien n'est plus fatigant que de glisser en arrière et de chercher à se retenir. où l'on enfonce à peine. dans ces occasions : d'avoir des mâchoires vissées sur le ski plutôt que des mâchoires passant dans le bois. Suivant l'éclairage. En outre. On déplacera alors les bâtons simultanément 4. il nous reste à voir si la montagne exige une technique spéciale. Si la neige profonde rend la marche pénible. car il est difficile de faire mordre leurs arêtes intérieures. le skieur saura discerner sur chaque neige la pente qu'il peut affronter sans glisser en arrière. Avec un peu d'expérience. le meilleur skieur professionnel d'Angleterre. parce que très fatigante. Ceci exige un œil exercé. il est préférable. bien écrit tout un livre sur les seuls virages Voir à ce sujet ZARN et BARBLAN. A la montée. où les courroies latérales se heurtent à chaque pas (3). Si la neige est dure ou peu profonde. à proprement parler. 4 Pour ces traversées en écharpe. nous avons admis d'emblée que l'alpiniste estival était skieur en hiver. Il serait du reste prétentieux de vouloir traiter en un seul chapitre la technique du ski. le relief des neiges est souvent difficile à discerner. rien n'est plus facile. où la marche à plat est minutieusement décrite. il est bien rare que les neiges soient parfaitement nivelées. trop étroits pour permettre des zigzags. Si l'on est pressé et qu'on ne soit ni trop chargé. il est avantageux de ne pas avoir des skis trop larges. Il s'agit donc d'examiner ici quelles sont les connaissances techniques nécessaires au skieur qui va s'aventurer en haute montagre. et BILGERI. on appuiera les mains non pas dans les dragonnes. ou que l'on soit trop paresseux pour les mettre. 89. et non pas devant soi. Elle ne peut être utilisée que sur de courts espaces. ces changements auront lieu à tour de rôle et à intervalles réguliers. et surtout celle en ciseaux. et qu'il est beaucoup plus facile de devenir skieur alpin que véritable alpiniste. 3 Ainsi. Ceci nous dispensera de faire son éducation de sporstman. suivies de terrains plats ou de descentes. La façon la plus simple de procéder sera de suivre pas à pas l'ordre d'instruction adopté par les manuels les plus récents et de commenter ces notions désormais connues. 33. sur des pentes de neige dore. dans les endroits où la surface est légèrement fuyante. — Sur une neige légère. Ce qui pourrait paraître monotone en plaine ou dans le brouillard offre un charme indéfinissable en haute montagne. Selon la longueur et l'inclinaison des pentes. Dès qu'on emploie ce système. les « couteaux » Bilgeri peuvent être fort utiles. p. avant tout. pour les avoir toujours derrière soi. mais sur les pommeaux des bâtons. les grandes surfacei planes ne se rencontrent guère que sur de vastes glaciers. on peut traverser des pentes rapides en tenant le bâton intérieur horizontalement. pour marcher en queue. Il aura soin de se tenir plutôt en deçà de la limite. Lorsque le skieur de tête sera fatigué.

le dernier skieur avance aussi sûrement que le premier. la peau ne sert à rien. Si l'arête est rocheuse. Au printemps. il sera préférable de cheminer à pied. Dans d'autres circonstances encore. pas à pas. Vous manifesterez même quelque impatience. Il peut arriver aussi qu'une arête soit la seule voie praticable entre deux terrains skiables. il dérape latéralement . Dans ce cas. En hiver. Durant la montée. surface de glissement en l'air. en l'adaptant aux particularités du terrain. on trouvera des traces de sentier. Mais ce sont là des considérations tactiques plutôt que techniques. Si vous montez trop rapidement. on s'élève plus facilement avec des peaux de phoque. Vous serez souvent étonné. Comme nous le verrons plus loin. dans la neige molle ou farineuse. Le cordon doit être assez long pour que sa traction ne soulève pas les skis à chaque pas. puis elle s'adoucit rapidement et devient excellente pour le ski. vous devez traverser un couloir ou une combe étroite.Lorsque la neige est dure. on fera bien de fixer deux cordons au lieu d'un. ne descendez pas dans le couloir ou la combe. Examinez bien la pente avant de l'attaquer. Sur beaucoup d'entre elles. Vous perdrez ainsi à la descente tout le temps gagné à la montée. et qu'il trace la piste de façon que son dernier compagnon puisse la suivre sans glisser en arrière. en suivant dans la neige poudreuse la trace d'un bon guide. les cônes d'avalanches présentent également des voies faciles et souvent plus agréables que de nombreux zigzags en ski. Mais. avant le lever du soleil. la fixation venant buter contre l'épaule (la gauche généralement). plus ©u moins profondément. du reste n'est pas toujours le cas). Avec des crampons sous les skis. on a avantage à les suivre à pied plutôt que de chausser les skis. Même lorsque les pentes environnantes sont favorables au ski (ce qui. Il ne suffit pas de les tenir en équilibre sur une épaule. pour parer à toutes les éventualités. et finalement vous aurez mis plus de temps qu'en décrivant sagement vos zigzags. Ces neiges croûteuses et cassantes sont particulières à l'hiver. vous épuiseront. il faut chercher à donner à la piste une inclinaison régulière et décrire le moins de zigzags possible. En traversant obliquement des pentes de neige dure. Il est très important de rester frais et dispos pour la descente. le drib est préférable. Chi va piano VA sano. De même. les crêtes des moraines sont presque toujours dégagées en hiver. Dans une montée en zigzags. Dans ce but. Comme nous l'avons dit dans notre chapitre sur la tactique. de façon à avoir les mains libres. mais directement. Un cas analogue s'est présenté à l'auteur pour traverser le point 3. tant qu'il existe des traces de chemin ou de sentier. il est impossible de tramer les skis derrière soi : ils pendront toujours dans la verticale et basculeront à tout moment. pointes en avant. la marche oblique est très désagréable et les peaux sont presque inefficaces : quand le ski repose à plat sur la neige. le second aboutissant aux fixations des skis. vous tomberez à toute occasion. au cours de la montée. il y aura souvent avantage à suivre à pied la crête des moraines : c'est une digression qui peut varier agréablement la monotonie d'une longue marche en ski. ce qui n'est pas le cas sans 'peaux. Ceci est très fatigant. et tracez mentalement votre itinéraire. et ces chutes continuelles. Si la pente devient rapide ou le terrain escarpé. Les mains restent libres et l'on marche à deux bâtons. plus votre allure se ralentira. Jamais cet adage n'est plus vrai qu'en haute montagne et en ski. arrivé au sommet de la pente. où l'on fixera à demeure un œillet de ficelle. On les attachera an moyen d'une lanière de chanvre et on les portera en bandoulière. Au contraire. Si la croûte n'est pas suffisamment épaisse. Si. des zones éventées et durcies. dans le voisinage des sommets. quitte à les rechausser plus loin.672. Si l'un d'eux vient à se rompre. Si vous êtes fatigué avant de commencer la glissade. Les dos balayés par le vent. Si la pente est forte. II faut alors les porter et marcher très prudemment. Plus vous montez. il faut alors que le premier songe au dernier. la neige est beaucoup plus irrégulière qu'au printemps. vous démoraliseront et vous gâcheront tout le plaisir de la course. C'est pourquoi nous avons recommandé la combinaison des peaux et des crampons. on s'en tire très bien avec le« « couteaux » Bilgeri et la montée oblique en escalier. ils peuvent s'enfiler l'un dans l'autre et se porter facilement. La marche est alors aussi facile que si l'on ne tirait rien après soi. vous rencontrez des zones poudreuses. vous reconnaîtrez que la montée s'est faite sans fatigue et beaucoup plus vite que vous ne le pensiez. les skis seront retenus par le cordon de réserve. de constater combien elle s'élève doucement. la croûte est suffisamment solide pour porter le piéton jusqu'au lever du soleil . vous vous exposez à une quantité de faux pas et vous serez fatigué avant d'arriver au but. la marche sera plus facile à pied qu'en ski. Dans ces œillets. et c'est alors que les crampons interviennent. Munis de la fixation Huitfeld. des zones où la glace elle-même est à nu. Dans la piste. on passe un cordon solide dont on s'entoure la taille. Mais il est beaucoup plus agréable de les tirer derrière soi. quand il est déversé intérieurement. Avec les peaux et sur une neige durcie. C'est précisément dans ces occasions que quelques clous sous les laupars sont utiles et très appréciés. Tant que la neige supporte votre poids. il y a avantage à s'élever très lentement. sans décrire de zigzags. en montant au Schallihorn (Voir . on aura soin de percer leurs pointes d'un petit trou. Il vaut aussi mieux de tirer ses skis que de les porter. sur les versants supérieurs des cols et sur les neiges printanières. Par contre. C'est généralement le cas dans les endroits exposés aux vents. elle cassera sous votre poids et vous enfoncerez à chaque pas. les peaux de phoque ne mordent plus sur cette neige.1 1 Voir par exemple la figure 28 de la page 131. outre le grand danger qu'elles présentent sur les glaciers. il n'est pas toujours possible de monter à pied sur une neige croûteuse. mais conservez à votre piste son inclinaison générale. il faucha se résoudre à porter ses skis en bandoulière.

vous pouvez alors vous remettre en route. Mais faites les nettoyages prescrits avant le repas. la conversion étant une excellente occasion de reprendre son souffle. il est rare que le skieur puisse atteindre en ski le but de sa course. Wattiser skifûhrer. le vent ne pourra guère les arracher. . et les ancrer solidement au moyen des bâtons passés dans les fixations et enfoncés verticalement (disques en l'air). Là où se termine l'approche en ski et où commence l'attaque de la montagne. nous ne voulons pas dire peureux ou craintif. Arrivé à l'endroit où l'on veut tourner. Avec un peu d'expérience. les conversions sont tris faciles. adossé à vos skis. et surtout des avalanches. en se relevant. on aura soin d'enfoncer profondément ses bâtons dans la neige au-dessus de soi et du côté de la montagne. On enlèvera les antidérapants et l'on nettoiera soigneusement les skis. Même à la descente. en laissant errer vos regards sur les cimes d'alentour — quitte à reprendre le même itinéraire ou à franchir le col que vous venez d'atteindre. On prendra tout SON temps pour tourner. qu'il n'y avait aucune raison de tomber à cet endroit. de façon que tout soit sec et propre au moment du départ. Ceci dépend naturellement du terrain. — C'est à la descente surtout que le style du skieur alpin diffère de celui du sportsman. 34).. on s'en tire souvent beaucoup mieux qu'un excellent skieur qui s'aventurerait pour la première fois en montagne. Mais il est important que les skis reposent éans une piste horizontale et bien foulée. ses « planches » sont les simples instruments de sa volonté. vous pourrez prolonger votre sieste. puis on les tournera un moment à l'ombre. Profitez du soleil pour faire sécher les peaux de phoque. le skieur alpin saura résister aux charmes d'une folle glissade. et les neiges des hautes altitudes lui sont rarement propices. le skieur alpin est embarrassé par son bagage et plus ou moins fatigué par l'ascension. Beaucoup de skieurs plantent leurs skis dans la neige plus ou moins profondément. les parcours à pied étant indiqués par des pointillés 1 Si vous pouvez les enfoncer verticalement et jusqu'aux fixations dans une neige consistante. il faut savoir considérer la sécurité générale avant tout. Mais il serait stupide de tenter ces acrobaties au cours d'une longue expédition et de compromettre toute la course pour soi et pour ses compagnons. Dans l'air de la montagne. en en fera le moins possible. La prévoyance et la volonté domineront en lui la passion du sport. on les exposera au soleil jusqu'à ce qu'ils soient paifaitement secs. — La montée en zigzags exige des conversions de pied ferme. Mais votre intention n'est pas toujours de gravir un sommet. il les abandonnera dès qu'il sera sûr d'avancer plus vite à pied.. La conversion s'exécute alors comme elle est prescrite dans tous les manuels. le skieur alpin saura déterminer d'avance et fixer sur sa carte le point où il compte troquer ses skis contre ses crampons. on fera un dépot. avaient été enlevés par le vent.nécessaire à une digestion normale. Mais il faut en être absolument certain. Avec des notions techniques rudimentaires. vol. II agira en être de sang-froid et pourra paraître blasé. et songer au succès final. de son inclinaison et des obstacles qu'il présente. Comme on laisse généralement son sac au dépôt.Conversions. si l'on est kabile. Mais ceci n'est guère possible que sur des pentes fleces. négligemment piqués dans la neige. avant de les serrer dans votre sac. vos skis ne colleront plus. mais la neige est souvent si dure qu'il est impossible de les y enfoncer. Tandis que le sportsman est relativement frais. En montagne. avant de les coucher sur la neige. il n'est pas perdu pour cela. Il est entouré de dangers. L'alpiniste hivernal se trompera rarement sur la consistance des neiges qui lui restent à parcourir. sur une neige poudreuse et tourbillonnante. Ces soins matériels vous serviront d'apéritif et procureront à vos organes la détente . Un skieur craintif tombera souvent par simple appréhension. Fixez-les solidement aux disques des bâtons et étendez-les. En disant prudent. on peut même tourner tout en marchant. il ne réussira pas à enlever vos skis (1). Et cela pour plusieurs raisons. elles sécheront très rapidement. Les crampons chaussés. S'ils sont verglacés.. Il préférera enlever ses skis et les porter dès que sa raison le commande. Lorsque la pente est rapide et la caravane lourdement chargée. Comme nous l'avons recommandé. Une fois sèches et refroidis. le vent peut faire rage. Si vous les mettez dans la neige immédiatement après les avoir exposés au soleil. Or sa volonté est d'être prudent et de le rester en toute circonstance. où les conversions sont inutiles si l'on a fixé tes antidérapants. Nous avons déjà vu sous quel aspect les hauts sommets se présentent en hiver. l'alpiniste n'a pas de style particulier. avant de partir dans une nouvelle direction. et reconnaîtra. Les exercices d'un sporisman diffèrent totalement de la technique du skieur alpin. Le premier peut s'ébattre à quelque distance de son hôtel. A vrai dire. On les exécute face à la montagne et. quelques provisions dans vos poches. on ramène les skis horizontalement et l'on tasse soigneusement la neige. ce système n'est pas suffisant : il faut les coucher à plat.. assis sur votre sac. Sur un terrain suspect. Les cartes accompagnant les guides pour skieurs sont très instructives. — Dans les hautes Alpes. la neige s'y attachera et tout sera à recommencer. La descente. avant de laisser ses planches derrière soi. De cette façon. On choisira si possible un endroit abrité du vent. Si l'endroit est dangereux. vous préférerez parfois rester couché sur le col qui s'évase à ses pieds et fumer tranquillement votre pipe. Plusieurs caravanes ont failli périr parce que leurs skis. Dans ce cas. où il prévoit des embûches. Le mieux est de l'attacher sur eux. S'il brise un ski ou se casse une jambe. parallèlement l'un à l'autre. on peut s'en servir pour charger les skis. les conversions s'exécutent du côté aval. Sur une pente modérée. Cette sage philosophie ne s'acquiert malheureusement qu'après des années d'expérience. Les skis n'étant pour lui qu'un moyen d'y parvenir. Fût-il à portée de la main. p. Certaines précautions sont nécessaires. et quelques conseils sur la manière d'ancrer les skis ne seront peut-être pas superflus. En haute montagne. en pas tournants. et vous les enroulerez au retour. II. Préparatifs de descente.

et il est prêt à les affronter prudemment. ou simplement stemm (abr). puis en tendant les jambes après l'avor traversée. Sur une neige croûteuse et cassante. le moins brutal et le plus confortable. parce que l'équilibre latéral est plus difficile à obtenir qu'avec des skis écartés. la plus agréable et la plus reposante. « tôlée ». il n'y a qu'une chose à faire: ce sont des zigzags. le télémark est le meilleur des arrêts. les particularités du terrain et la vitesse du skieur décideront dans chaque cas lequel d'entre eux doit être appliqué. aussi facilement d'un côté que de l'autre. On peut aussi diminuer l'effet des ondulations en s'accroupissant sur les skis pour passer la bosse. éventuellement l'effondrement d'un pont si l'on traverse un glacier. Ce que nous avons dit de la neige pour les arrêts équivaut au slalom. Cette difficulté une fois vaincue. puis le saut tournant. La descente droite. Lorsque ces ondulations sont assez brusques pour vous projeter en l'air. Les débutants ont beaucoup de peine à adopter la trace serrée. on la parcourt en slalom. C'est précisément sur cette houle maudite que l'on distinguera le skieur alpin du sportsman fringant et multicolore. on peut l'exécuter sur toutes les neiges. son but n'étant pas de faire de la vitesse. les skis enfoncent la croûte et conservent obstinément leur direction autonome. freinage-virage : expressions peu sympathiques et trop compliquées pour s'implanter. sauf sur une neige durcie. ou pour briser son élan juste avant de commencer un virage. A force de déraper. La seule façon de se dégager et de s'arrêter sera alors la conversion sautée ou saut tournant. C'est à peu près le seul moyen de s'arrêter brusquement sur une surface durcie. qui constituent en somme le véritable slalom alpin. C'est là une acrobatie qui n'est pas recommandable en haute montagne. il sera bientôt fourbu autant que furieux. si l'on n'est pas dans la position normale pour les prévenir et les parer. II voguera bien tranquillement par le travers de la pente. mais d'avancer prudemment en fouillant des yeux le terrain. la plus simple. Aussi lui consacrons-nous ici une attention toute spéciale. — Le skieur s'arrête par un télémark. Le slalom en télémarks se fera dans la neige poudreuse. Celui en christianias est beaucoup plus difficile et se remplace avantageusement par les stemmbogen. Lancé à toute allure. il ira crever de ses skis une vague plus résistante que les autres : il tombera sur le nez et brisera ses skis. Pratiquement. humide ou collante. il faut ramener à temps le ski de front en arrière et traverser ces tremplins naturels dans la position du sauteur. Il n'y a que les ondulations du terrain ou la variabilité des neiges qui puissent provoquer des chutes en avant ou en arrière. en christianias ou en stemmbogen 1. Slalom. Après avoir essayé du télémark. Ces trois virages peuvent du reste se combiner à volonté. Dans ce cas. Dès qu'une pente devient trop rapide pour être descendue directement. pour ralentir la vitesse en traversant des pentes.Encore y a-t-il bien des manières de descendre. Stemmbogen. il tentera le christiania. La consistance de la neige reste évidemment le critère important. Le -pas tournant et le pas du patineur ne se pratiquent guère en montagne. Le freinage en chasse-neige (Schneeplugfahren) est très fatigant. Le skieur alpin. où l'on peut s'adonner librement aux glissades droites et vertigineuses. l'équilibre latéral se conserve tout naturellement. c'est à peu près le seul moyen de virer confortablement et d'éviter des chutes fréquentes. C'est évidemment la glissade par excellence.. n'ayant trouvé aucune expression française digne de le remplacer. La consistance de la neige. C'est la méthode la plus utile en montagne et la plus amusante lorsque la neige est favorable. lorsqu'on est lourdement chargé. mais ils peuvent être employés sur de courts espaces. ou légère et peu profonde. si la pente n'est pas rapide. surtout le pas tournant. Le stemm est un virage beaucoup plus lent et qui n'exige pas la vitesse nécessaire aux autres. En suivant la ligne de plus grande pente. .. vous risquez fort de tomber sur le dos. Mais. La brutalité du saut peut provoquer une rupture des skis ou des fixations. Le skieur alpin doit s'appliquer à modérer constamment son allure. Ce sont là des réflexes presque inconscients qui lui permettront d'éviter ou de franchir aisément tous les obstacles. humide ou même collante. un christiania ou une conversion sautée. Un bon skieur. C'est donc la première chose à apprendre par le skieur novice qui veut parcourir la haute montagne. Nous adoptons donc stemmbogen. Dans une neige poudreuse molle. Éventuellement des pas tournants. En montagne on ne l'applique guère que latéralement. de tomber et de rebondir. — Les télémarks et les christianias ont le désavantage de projeter le skieur en dehors de sa courbe lorsqu'il est pesamment chargé. dont l'acrobatie charme la galerie des palaces. Arrêts. Dès que la neige est ventée. en jurant que jamais — non. possédant le sens de la neige. avec conversion de pied ferme à chaque extrémité. il est parfo's impossible de décrire un virage. 1 Nous conservons ce mot allemand. le skieur maintient son équilibre longitudinal en avançant plus ou moins le ski antérieur et en fléchissant les genoux. molle. — On appelle slalom une suite ininterrompue de virages en serpentine. on conservera le ski frontal bien en avant. le christiania est beaucoup plus facile que le télémark. en trace serrée (pur style norvégien). Sous le poids du skieur. Elle ne se fera que sur une neige parfaitement régulière (poudre hivernale ou névé printanier). Sur la neige houleuse des hautes Alpes. Si vous êtes enlevé dans la position du télémark. tout en évitant les vagues les plus grosses et choisira précisément la surface la plus unie pour tourner en virages. est rarement applicable en haute montagne. exécutera instinctivement les virages qui s'adaptent le mieux à la situation du moment et aux formes du terrain qu'il parcourt. Le slalom s'applique beaucoup plus fréquemment en haute montagne que sur un terrain d'exercices. dans la neige croûtée et cassante. lui. plus jamais — on ne le reverra dans ces montagnes « tôlées ». connaît toutes ces embûches. Le slalom s'exécute en télémarks. Seule son expérience lui dira à quel moment et de quelle façon il doit virer. On l'a traduit par virage en chasse-neige. Mais il faut prendre garde de ne pas se laisser entraîner à une vitesse excessive.

en écartant plus ou moins les skis. même dans la meilleure des neiges. une prompte décision et une volonté inflexible sont nécessaires pour pouvoir. sur les pentes dominant la rive droite d'un glacier rapide. ce qui. Il est facile. on est tenté de les faire trop brusquement. même rectilignes. On évite ainsi le slalom. Le terrain idéal se rencontre. par exemple. Le skieur exercé préférera toujours le rythme harmonieux de ces oscillations à la glissade directe le long d'un thalweg. les changements de neige. Rien n'est plus agréable que de se laisser bercer en oscillations d'un versant à l'autre. le poids du corps se porte entièrement sur le ski extérieur. au moment où l'on va tourner. Ceci n'est évidemment pas toujours possible. le skieur paraîtra tourner sur lui-même. selon la rugosité de la neige (1). pour un moment. Le skieur longe cette rive et. Lorsque. pour un skieur droitier. où la place manquerait pour les serpentines. il faut toujours chercher à avoir la pente contre soi. En terminant le stemm par un christiania. le guide s'arrête sur une pente rapide. Si la neige est profonde. En outre. pour franchir sans tomber les zones de neige dure ou collante. parce que le premier est plus vite exécuté et que son rayon est plus petit. Au moment où l'on dégage le ski intérieur. Il existe une combinaison de stemms et de christianias que l'auteur n'a jamais vu décrite nulle part et qui pourtant est fort utile en montagne pour descendre directement tout en modérant son allure : c'est une glissade festonnée par des christianias latéraux. Ailleurs que dans une combe. Le skieur de tête est naturellement beaucoup plus exposé aux embûches de la neige et du terrain que ceux qui le suivent. Il faut se retourner fréquemment et considérer attentivement l'aspect du terrain. Avec un gros sac sur le dos et un piolet en travers. Le skieur rompu à la technique des stemms les appliquera même sur une bonne neige poudreuse. sur un glacier. il faut alors décrire les christianias à gauche. sur la neige dure. Il faut toujours être sur ses gardes et prendre à temps une position ramassée. tournera en stemm jusqu'au moment où l'on fait face à la pente. choisir la meilleure voie et profiter des moindres avantages. et le placer contre l'autre. on étudiera le chemin tout en montant. les stemms ne valent rien. sa trace. et dicte au skieur l'attitude à prendre avant que son équilibre ne soit rompu. .Le stemm se fera très lentement et. Un œil exercé. Sur les neiges durcies. où la caravane 1 C'est ce que les Anglais ont appelé le slemmiama. le corps penché en avant et les deux skis freinant en chasse-neige . Les débutants décrivent trop souvent leurs virages dans des creux. sans avancer. Mais au lieu de s'arrêter complètement. Les glissades. Les combes évasées constituent le terrain le plus favorable au slalom en stemmbogen. avec son inclinaison et son orientation. et pourront en tirer des déductions qui simplifieront considérablement leur glissade. qui sont précisément plus faciles sur les pentes fuyantes. les télémarks ne sont pas toujours faciles. est généralement moins facile. Lorsque le virage est presque terminé. le ski extérieur se met parfois à déraper. dans la direction voulue à travers la pente (2). Les flancs de la combe vous renvoient alternativement. comme un cycliste en plein virage sur une piste de course. En déversant celui-ci intérieurement. Il faut alors le dégager. Si la descente doit s'effectuer par le même itinéraire que la montée. en le soulevant lestement. On. mais ininterrompue. le ski intérieur s'y embourbe plus ou moins. mais il faut savoir s'en servir comme ligne de conduite. — à condition qu'elles soient skiables. toujours difficile à cause de la corde. on peut aussi terminer le stemm par un télémark. Au lieu de soulever le ski intérieur. dès qu'il va trop vite. peuvent se faire aune allure modérée. à condition qu'elle ne soit pas trop glissante et que le ski extérieur ne dérape pas au moment où l'on soulève le ski intérieur. on termine le virage plus ou moins brusquement. Quand on sait les discerner. Il faut évidemment une longue expérience pour acquérir le sens de la neige et cette notion du terrain qui réduisent de moitié les difficultés techniques du ski. Aussi le meilleur skieur devrait-il toujours être en tête lorsque la caravane n'est pas encordée. et ceci est fort utile dans les passages resserrés. Ceux qui viennent derrière lui observeront constamment son allure. Cette méthode peut aussi très bien s'appliquer sur une neige dure. il vire à droite en christiania. Un autre avantage du stemm est de faciliter l'amorçage du télémark et du christiania. Sur un dos convexe. son style. il est parfois difficile de terminer le stemm. tandis que le stemm exige toujours une allure lente et confortable Dans la neige poudreuse. Ce virage est très utile sur les mauvaises neigea et permet de modérer l'allure au moment précis où le virage tend à dégénérer en dérapage. 2 C'est ce que les Anglais appellent lifted stemm ou stemm levé. Le ski frontal est semblable à une antenne qui pressent les changements de pente. de passer de la phase médiane du virage en chasseneige à la phase finale du télémark. on les évite ou les franchit sans tomber. Aussi. est-il préférable de finir le stemmbogen par un christiania. On préférera alors les télémarks ou les christianias. puis on placera le ski intérieur de front et Ton terminera le virage par un christiania. Lorsqu'on a la pente à sa gauche (sur la rive gauche d'un glacier par exemple). Cette méthode est très pratique lorsqu'on descend à la corde sur un glacier incliné. bien entendu. en effet. alors qu'ils sont toujours plus faciles sur des bosses ou des replats. Après quelques jours de beau temps ou de vent. combinaison du stemm et duchristiania. on l'apprendra plus facilement qu'en négligeant cette combinaison et en voulant l'exécuter exclusivement. pour une cause ou pour une autre. les skieurs expérimentés préféreront même le stemmiania au stemm proprement dit. la consistance des neiges sera presque toujours en rapport avec les formes du terrain. il profite de son dernier élan pour exécuter un stemm qui le relance dans sa direction initiale. Certaines observations faciliteront beaucoup la glissade. c'est un jeu passionnant. au cours d'une glissade rapide. Sur une neige poudreuse. Pas n'est besoin de suivre exactement la trace du chef. Certaines ondulations prédisent au skieur averti une neige particulière.

on règle sa vitesse en portant le poids du corps soit en arrière sur les bâtons. en les tirant ou en les portant. le S. un véritable cours de ski alpin pour clubistes. on se trouve parfois embarrassé pour pointer ses skis dans la ligne de plus grande pente. en montagne. a compris que l'application du ski à la montagne rentrait bel et bien dans son domaine. Des cours de ski alpin pour guides et pour clubistes sont non seulement utiles. Grâce à des prix très modiques. Ces cours. Selon l'inclinaison de la pente. Je m'en suis réjoui parce qu'elles confirment mes théories sur l'enneigement et qu'elles ont considérablement augmenté l'intérêt du cours. selon sa consistance. Lorsque la neige est houlée. En les écartant suffisamment.. quelques touristes se laissèrent tenter. Il avait pour but de rechercher quelles sont les principales lacunes dans la préparation du skieur à la montagne. Il l'a du reste spécifié dans ses nouveaux statuts. On pourrait évidemment exécuter un saut tournant. on y porte tout son poids et. C'est ce qui se réalisa du reste dans la plupart des cas. leurs pointes entre les skis. qui réglera l'allure de la caravane. on ramène le ski intérieur parallèlement contre lui. V (1). qui leur était presque complètement inconnu à cette époque. mais il est encore beaucoup plus simple de planter le talon du ski aval perpendiculairement à l'autre et plus ou moins profondément dans la neige. on passait presque immédiatement aux applications. Les skis sont écartés de 30 à 40 centimètres. il ne faut pas non plus se disperser en laissant loin derrière soi le skieur le moins habile ou le plus fatigué. On peut aussi décrire un stemm usqu'au moment où l'on fait face à la pente. peuvent être aussi utiles aux guides qu'aux touristes. mais celui qui a le mieux compris la façon d'utiliser ses skis en montagne. sous les auspices du C. des alpinistes romands organisèrent. la fesse gauche reposant à peu près au milieu des bâtons. Par contre. dans l'espoir surtout de faire une belle course de montagne à bon marché. on porte alors le poids du corps sur l'autre ski. A. soit en avant sur les skis. S. il vaut mieux éviter ces sauts. Dès 1908. mais rares sont les skieurs qui savent le faire. qui est seule efficace sur de fortes pentes ou de mauvaises neiges. Le dérapage se règle facilement en déversant plus ou moins les skis. comme cela se pratique en été dans les cours de 1 Schweizer Ski Verband : Association suisse des clubs de ski. Cette méthode. Les méthodes décrites dans les manuels sont anodines et beaucoup trop fatigantes. Si le talon du ski est trop engagé dans la neige. On placera donc ses skis en travers de la pente. C'est lui. s'ils sont bien organisés. et qu'il ne s'abaisse pas assez facilement. en somme. Les conditions nivales et glaciaires rencontrées à Britannia pendant le cours de ski de 1924 sont les pires que j'aie observées depuis 1907. Encore faut-il savoir freiner efficacement. et la glissade commence immédiatement. Une fois le ski aval pointé dans la direction voulue. c'est une erreur de croire que ces cours puissent s'exécuter utilement en dehors des glaciers. Lorsque le freinage devient nécessaire. il faut des glaciers. en gravissant les sommets d'alentour. En mars 1924. Les mains étreignent fortement leurs pommeaux et les coudes viennent reposer sur les genoux. le Comité Central du C. Avec un peu d'habitude. En montagne. . il ne faut pas hésiter à chevaucher ses bâtons. La position doit se prendre avant de commencer la glissade. on peut faire ainsi de longues descentes sans se fatiguer. arrêté sur une pente rapide. est également applicable sur les chemins battus. Il faudrait arriver à régler uniformément entre eux une seule et même technique alpine.n'est pas encordée. La position est accroupie. Cours de ski alpin pour guides et touristes. — Lorsque. on désire s'y lancer directement. au moment où il s'abaisse sur la neige. En 1902 déjà. Dans ce cas. A. prêts à partir au premier élan. celui qui a l'avantage n'est pas le meilleur skieur. il serait stupide de vouloir condamner l'usage des bâtons pour freiner. En réduisant la partie préparatoire. Elle a confirmé le fait qu'en haute montagne. Quelques « trucs ». que normales en plein hiver. En Suisse. en prenant la cabane Britannia comme base. Non seulement. V. on prendra la position du christiania ouvert (skis écartés) et l'on appuiera ses bâtons du côté de la montagne. S. S.et spécialement peur les prévôts des groupes de ski de la Suisse française. il peut y avoir avantage à se laisser déraper latéralement ou obliquement. Mais les skis ne sont pas faits pour suivre les chemins battus et l'on sera généralement tout heureux de les enlever et de poursuivre sa route à pied.. D'autre part. Il s'agissait alors d'instruire les guides dans l'art du ski. Ce ceurs eut lieu à Saas Fée et aux environs de la cabane Britannia. On peut alors démarrer dans cette position. La comparaison n'a pas manqué d'intérêt. comme nous l'avons déjà dit. les pointes légèrement en aval. les guides de Saas organisèrent à titre privé des cours de ski en montagne>et nous devons les en féliciter. la section Monte Rosa organisait un cours de ski pour guides à Zermatt. S. mais nécessaires. et non pas dans celui du S. pour la première fois. Les bâtons réunis se placent entre les jambes. On suivra naturellement la ligne de plus grande pente. a pris la haute main sur toutes les organisations relativesau nouveau sport. Il s'agissait donc moins de former les participants aux courses de montagne que de comparer les résultats auxquels ils étaient parvenus. sous la direction de deux fameux skieurs : Victor de Beauclair et Albert Weber. mais il faut surtout ces conditions de neige que nous taxons de « mauvaises » et qui ne sont. on maintient aisément son équilibre. Depuis lors. mais. Sur des pentes rapides ou dans des passages étroits et lorsque la neige est très dure. Plusieurs skieurs réunis au même endroit peuvent provoquer une avalanche ou l'effondrement d'un pont de neige. il faut éviter les attroupements. il faut prendre garde à ce que les disques ne s'accrochent pas aux vagues. au contraire.

Lorsque guides et touristes seront familiarisés avec les mêmes notions. Ceci est très important et pourrait éviter bien des accidents à l'avenir. Le programme de ces cours devra comporter des heures de théorie et des heures d'exercices. réparation de fixations et de skis détériorés. les avalanches. les corniches ( 1). d'abord sur un terrain d'exercices. descente en stemm sur pentes de plus en plus rapides et sur neiges de plus en plus dures (avec sac et piolet) . la lecture des cartes. 1 Au sujet des corniches et de leur formation. cessera d'être un cauchemar et deviendra un usage courant. ensuite sur des glaciers . voir mon article dans l'Echo des Alpes. . 65-72. les différentes sortes de neiges. montée et descente à la corde en caravanes de deux ou trois skieurs. par exemple. une autre à un sommet neigeux. on traitera : l'enneigement.guides. Dans la partie théorique. Comme applications : une ascension type à un sommet rocheux . bivouac dans la neige . 1919. les vents. p. ils s'entendront beaucoup mieux entre eux et l'usage de la corde. sauvetage d'un skieur descendu à la corde dans une crevasse . Les principaux exercices à pratiquer sont les suivants : montée en zigzags au moyen de différents antidérapants. etc. l'emploi de la corde sur les glaciers. marche dans le brouillard .

Un bon mètre de neige recouvrait toute la plaine de Saleinaz. Maurice Crettez m'apparut plus grand. peu à peu. Tant de fois j'avais admiré les lignes grandioses de cette scène i Mais. si la course était possible ou non. par l'arête nord-est. tout irait pour le mieux. Mes compagnons devaient me prendre en passant. Le professeur Roget me raconta comment. et. ce fut sans grand espoir de voir ses projets se réaliser. la passion grandissait en moi. L'un d'eux cependant m'était inconnu. Mon père m'avait initié aux secrets de la montagne et. le froid était souvent intense et la neige poudreuse si profonde qu'il fallait de rudes efforts pour monter jusqu'à la Neuvaz. elle était encore durcie par le gel nocturne et l'on pouvait y cheminer à pied sans enfoncer. De ma fenêtre. « Vous verrez comme ça va marcher ! » Je n'ai jamais rencontré de guide qui vous inspire spontanément une plus grande confiance. Il n'eut pas de peine à me communiquer sa joyeuse humeur et son enthousiasme habituel : c'était le « grand beau » .. F. et je fis la connaissance du professeur F. L'arête nord-est du Chardonnet ! Une des courses les plus difficiles du massif? en hiver? allons donc ! Et pourtant mon père passait pour la plus grande autorité alpine de la chaîne du Mont Blanc. dès le 24 mars. il avait emporté ses skis et comptait sur nous pour l'aider à ne pas perdre ce beau dimanche d'hiver. me proposa de l'accompagner dans une course de Pâques. dominé par les formidables parois du Portalet. Il avait un air de fête ce jour-là. C'était l'époque des grosses avalanches. sa barbe poivre et sel et sa bouche souriante ajoutaient une pointe ironique et bienveillante à son profil aquilin. Quant à l'Aiguille du Tour. et comment ils avaient réussi l'Aiguille du Tour (3 548 m. A Noël. D'autre part. je crois). Depuis une semaine déjà. je fus bientôt harnaché et prêt à partir. Le ski n'était alors pour moi qu'un simple instrument de sport. au milieu de ces hautes montagnes. aux yeux très clairs et malicieux. Lorsque nous nous séparâmes (à Montreux. Ce ne devait pas être un Neu-châtelois. de ne pas être partis plus tôt pour pouvoir monter tout droit. et j'avais souvent parcouru le Val Ferret en ski. Sous sa casquette à visière. Ce jour-là. Nous allions régulièrement passer nos vacances de Noël et de Pâques en notre chalet de Saleinaz. Mais mon père avait une confiance illimitée en la personne de Maurice Crettez. du reste.) dans d'excellentes conditions. tous les beaux dimanches. éclairée d'un grand soleil et arrosée d'excellents vins. trapu. m'était complètement inconnu et je m'attendais à y rencontrer de sérieux obstacles.. Roget. C'est là que je m'éveillai de bonne heure le jour suivant.). mais s'entraîner tout d'abord en montant à Orny et à l'Aiguille du Chardonnet. avec lequel j'avais lié connaissance. pensais-je. Mais il nous répondit que. J'avoue que sa proposition me parut téméraire autant qu'alléchante et. Les vacances de Pâques eureat lieu très tôt cette année là. Le Grand Combin. On me présenta. au pied des sombres forêts qui revêtent la montagne. à la Brévine et nous revînmes tard par-dessus le mont Racine. tout en me demandant ce qu'elles allaient nous réserver. Je connaissais les lieux. partaient en course. cette fois-ci. des cheveux grisonnants encadraient un visage fin. plus fort que jamais. l'ascension serait certainement possible. lui. Il s'était formé à Neuchâtel un petit clan d'amateurs qui. Je craignis un moment de devoir renoncer à l'expédition. J'étais fier d'être avec lui ! . Mais jamais l'idée ne me serait venue de m'attaquer l'hiver à une grande cime. se prêter fort bien au ski. Nous avions alors de véritables hivers dans le Jura suisse et suffisamment de neige pour faire la joie des skieurs. et le plateau du Trient devait. le professeur Roget.. je descendis au village et j'y trouvai mes compagnons en train de faire leurs dernières emplettes. nous rejoignîmes le professeur Roget qui nous exposa les détails de son plan. je contemplais le tableau si familier à mes yeux : la trouée du vallon de Saleinaz et la partie frontale de son glacier. de Genève. et j'étais impatient de les voir arriver. vers 7 heures du matin. au Grand Combin. Quel dommage. il était monté à Orny avec le guide Maurice Crettez. en effet. A Lausanne. Enfin. Arrivé la veille pour fêter l'anniversaire de notre République. Au retour. il faisait un temps radieux. Mon père et moi conna ssions cette montagne pour l'avoir gravie trois ans auparavant. si je l'acceptai. on pouvait cueillir les premières fleurs entre les taches de neige. Le Val Ferret est. Fort. Le professeur Roget n'y était jamais monté et nous lui fîmes observer qu'elle n'était pas facile..les vacances de Pâques étaient généralement si tardives qu'en arrivant à notre chalet. je l'avais gravie plusieurs fois l'été et son ascension ne présente aucune difficulté. J'avais alors dix-neuf ans.) et Grand Combin(3 317 m. Ceci me paraissait admissible. je partais avec mon père pour Saleinaz. je scrutais les pentes conduisant à Orny. très encaissé et les sommets d'alentour ne sont guère tentants à cette époque. Nous fûmes à Tête de Ran. perdant patience. comme on en Toit rarement en mars. Le soleil se levait dans un ciel sans nuage. Il avait rédigé un itinéraire pour ce massif et il savait donc à quoi s'en tenir. Ce fut une joyeuse journée. mon père ne put s'empêcher de sourire en me disant que jamais nous n'arriverions. qui devait nous guider et qui saurait bien voir. Notre chalet est situé à l'orée de la petite plaine de Saleinaz. je me trouvais au rendez-vous et revoyais dans la pénombre du :our naissant les figures sympathiques de mes compagnons habituels. par contre. l'année précédente (en mars 1906).CHAPITRE VIII PREMIÈRES EXPÉRIENCES 1907 : Aiguille du Chardonnet (3 836 m. Jamais je n'oublierai ce dimanche 2 mars 1907. et je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être la haute montagne en hiver. et nous étions bien placés pour les voir descendre. Il ne comptait pas s'attaquer directement au Grand Combin. il avait l'air d'un Anglais dans son costume Burberry. A cette heure. Sa moustache tombante. Dans mon ardeur juvénile. Un large sourire illuminait sa face et il me tendit sa grosse main calleuse. bien calé sur ses jambes.

aussi solide que son propriétaire. ces deux itinéraires sont dangereux autant l'un que l'autre. qui recouvre tout le bassin d'Orny. Crettez portait son « passe-partout ». j'avais eu la malheureuse idée de laisser à la maison la moitié de mon double bâton de frêne. dit mon journal. dorant longuement les cimes les plus hautes. au bord du petit lac qui sommeille. M. nous sommes installés. Dans une main je tenais un piolet et dans l'autre le demi-bâton. C'est le réveil du monde. arrivés au pont jeté sur la Reuse. La nature est merveilleusement belle. Enfin. L'hiver a bouché toutes les crevasses. nous faisons halte. pour écouter le silence pesant et solennel I Avec un soupir de satisfaction. Il fallut payer notre retard en décrivant de longs zigzags. et nous sommes assis au milieu d'eux en plein midi. Etre seuls à Orny. un vrai poteau. Lui aussi croyait au grand beau. La consistance de la neige devient brusquement croûteuse. Actuellement. Nous prenons la direction du col d'Orny. sympathiquement retranchée derrière sa moraine grise. 14° de froid. comme Crettez. j'ai indiqué les deux meilleurs itinéraires pour monter à Orny celui que nous suivîmes et celui qui passe par la combe d Orny. C'est bon signe1. c'est une autre affaire. et nous pouvons sans danger nous passer de la corde (2). au chaud. la neige se fit « douce». tout seuls pour jouir de cette nature morne . L'ascension du professeur Koget à 1 Aiguille du Tour (1906) fut une des premières en ski. Le 26 mars. nous sommes suffisamment « cuits » et affamés pour faire une halte. Et pourtant j'avais dans mon sac des crampons tyroliens à huit pointes.. 2 Ces lignes furent écrites en 1908. Le souffle âpre du glacier passe sur la vieille moraine. I. On monte lentement. le thermomètre est bien au-dessous de zéro. A l'intérieur. Une ombre bleue. mes principes ont changé (voir chap. Les skis ne mordent plus. nous tirâmes nos skis derrière nous. Je reconnus bien vite que leur différence de poids était gênante et je passai. bouleversé par les avalanches et pénible à parcourir. Depuis lors. s'allonge sur les neiges étincelantes : c'est l'ombre projetée par le Petit Clocher du Portalet. ici. effilée comme une lance. Il est cinq heures. ni collant. fabuleux obélisque de granit pointé dans le ciel. Mais l'ombre dévie rapidement et nous reprenons notre marche. Tout resplendit d'un immense éclat. mais alors la croûte casse sous les pieds et l'on enfonce jusqu'aux genoux.hamnex et le Val d'Aroette. au grand dam de leurs mignons souliers. sinon la toute première. Quant à moi. fixées dans une plaque de bois dur qui s'appliquait sous le ski. semblable à un calice resplendissant frangé d'ombres bleues et de pinacles dorés. Les sapins dépouillés tranchent en masses sombres sur la neige d'un blanc cru. Le ciel est comme hier : sans un nuage. Je souris en songeant à notre équipement.. pour contempler ce vieux Portalet qui semble rêveur . Après une heure de repos. Roget avait emporté des crampons à quatre pointes. L'aube passe sur les cimes et les frôle de son aile légère. A moi maintenant de faire un bout de piste. sur le glacier où l'on décrit un large circuit pour gagner régulièrement le plus de pente. Tant que la neige fut assez dure. excellente. comme on en porte dans les chemins verglacés. de nous prouver leurs avantages. obliquant à droite dans la direction des Chevrettes. cette fois sur une neige poudreuse. Mais cela dure peu. Mes compagnons sont chaussés de souliers à clous et s'élèvent facilement dans ces pierres. Mais. car on sent la neige solidement attachée au sol. Nous allions « tout à la douce ». et sur la carte qui lui est annexée. Lorsque les conditions ne sont pas parfaites. On peut enlever ses lunettes et jouir de sa fraîcheur dans la nature frémissante. tout étonné et content de ronfler de nouveau. Tous ces beaux granits sont dégarnis de neige . Il les déclara lourd s et encombrants. Le soleil se couche. et grandiose aussi ! Et quel contraste avec l'été. et nous rechaussons bientôt nos skis. La neige était excellente : un gros sel printanier. Oh ! que c'est triste ici. ni très glissant. vol. le soleil a bien travaillé ces derniers jours. la neige est rosé. Avec mes laupars. sur la moraine. et je pressai mes compagnons de partir. et je les fixai tout à l'arrière de mes skis. dans l'intimité secrète du refuge. Au Plan Manier. Quant à moi. A cette époque. On passe sur le petit lac gelé et couvert de son linceul. nous arrivons à la cabane. nous y serions montés à pied. enfouie. A 10 heures seulement nous quittions le chalet de Saleinaz. Les gros blocs projettent leur ombre bleue. Roget en avait deux et il eut bientôt fait. du reste. en obliquant à gauche jusqu'au dernier mélèze. mais je les conservais précieusement pour l'escakde du Chardonnet ! Et nos bâtons ? Seul M. puis dans les gazons et les rochers. nous touchons à cette ombre tant désirée. si grandioses et si tranquilles. comme disent les Valaisans. et l'état des montagnes est parfait. nous reprenons notre marche. . mon piolet dans les bretelles de mon sac. Au col. Au dehors. Heureusement pour moi. alors que les mondaines aux ombrelles rouges se promènent dans les pier-riers et sur le glacier. Elle se puise dans la radieuse beauté du jour et dans celle des montagnes. j'avais pris ce qui m'était tombé sous la main : des crampons à talons.Mais il se faisait tard. la piste ouverte par Crettez décrivait de longs zigzags peu inclinés. C'est précisément là que commencent les fortes pentes conduisant à Orny. C'est un prétexte pour admirer les lointains lumineux : la hardiesse 1 Dans le Guide du skieur pour les Alpes valaisannes. inerte. C'est ainsi que nous attaquâmes les pentes du Plan Manier. Aucun danger. à 6 heures du matin. Trois heures plus tôt. En moins d'une heure. qui s'incurve là-haut sur l'azur. nous gagnons péniblement une coulée d'éboulis qui descend à notre rencontre. Crettez croisa les spires d'un long cordon autour de ses planches. V).on préfère monter nar r. Il faut les enlever. accompagnés des vœux de mon père. Sur le névé du Trient.et il fallut chausser nos planches. nous chaussons nos skis devant la cabane. en ce moment. les skieurs visitant le plateau du Trient étaient encore très rares. directement. Notre joie est débordante. Voici ce fameux plateau du Trient. Puis vient un terrain ennuyeux. sur la montagne. Aucun de nous n'avait de peaux de phoque. On bourre le petit fourneau. Les skis sur le dos.

passa par ici. hérissé de vagues durcies. mais il nous fallut trois heures pour l'arête nord-est. au pied des beaux gendarmes dorés qui hérissent la crête du Chardonnet. malgré un temps immuable.. corde déployée et crampons chaussés. sitôt après. délassés par cette dernière glissade. Maurice. alors qu'en mars elle n'avait pas exigé plus de i h. Le col passé. nous atteignons le col d'Orny. le Gabelhorn et la Dent Blanche. Bientôt nous sommes dans le petit vallonnement près du « col Forbes ». ombres violettes. Il est i h. arête nord :est: 12 h. le 18 août 1907. La croupe de la montagne. dont l'arête élancée et délicate dépasse déjà de ses créneaux dorés les molles épaules de la Tête Blanche. Puis l'arête se redresse une dernière fois.. Après avoir taillé une quinzaine de marches. puis nous grimpons sur le dos voûté qui doit nous conduire à l'arête nord-est. Orny : 6 h. les neiges si blanches et les ombres si bleues que le paysage semble irréel. sans nous douter que. 2 Voici notre horaire : dép. je refis cette même course avec deux amis. Muets. repris les skis : 16 h. nous retrouvons la bonne vieille cabane d'Orny 2 Le lendemain. superbe dans l'azur pâle du ciel. Elle réalise d'un seul jet le prototype de l'Aiguille du Mont Blanc. nous sommes à son pied. col du Tour : 8 h. 30. 40.). admirant dans les courts moments de halte le soleil couchant dorer la cuirasse du Grand Combin. Pas un nuage dans toute l'immensité du ciel. 30 lorsque nous y parvenons. tout content. sommet : 13 h. pointe ses skis vers le col du Toiar. Mais déjà Crettez sonne la retraite. 25 à 14 h. mais le retour beaucoup plus agréable qu'en été. Crettez pratique de gros trous dans la neige. En quelques minutes. . Nous étions tr^s bien entraînés. sans la moindre parcelle de glace. nous passons en revue la fameuse garde de la grande arête. si l'on préfère). droit en bas de la pente. dépôt des skis: 10 h. le Jura et les Vosges se distinguent très nettement. col d'Orny : 7 h. 15 . n'est guère favorable aux skis. Orny : 19 h. Quant aux premiers plans. cinq jours plus tard. Après une courte halte. la neige était encore gelée et nous descendîmes un bon bout à pied. A 10 heures. Et quel plaisir d'être seuls avec sa montagne ! Seuls les échos répondent à nos yodels. quitté arête nord-est : 15 h. La bise souffle par intermittences. l'Aiguille Verte est certainement la plus frappante. ramassant sur la grande paroi glacée de la montagne la neige poudreuse qui y stationne. nous restaurer et contempler la vue.. Depuis lors. 40 à 18 h.. 1 Crettez nous avoua que les conditions étaient rarement meilleures en été. la plus légère et la plus somptueuse : il semble que l'on puisse toucher de la main les plis immaculés de sa robe. l'Aiguille d'Orny captive les regards par l'étrange beauté de ses contrastes : roches cuivrées. . nous nous restaurons légèrement et. Crettez a retrouvé son humeur des grands jours. col du Tour : 1711. qui n'a jamais mieux mérité son nom. et nous nous sentons tout petits en nous en rapprochant. Mais on n'a pas le droit de songer à ces petites misères.des grandes vagues que forment le Weisshorn. Paul Montandon et consorts. enfin. Le rocher est absolument sec. Par la Fenêtre de Saleinaz. nous contemplons la rare magnificence de cette scène. Toutes les montagnes qui nous entourent semblent accessibles en ce moment. Les rochers sont si noirs. C'était la premiers ascension hivernale du Chardonnet (ou la première en ski. A 7 heures du soir. Voici une dernière vague neigeuse : le Pizzo Bianco du Chardonnet. où nous plantons nos skis dans la neige. notre aiguille a terriblement grandi. que le soleil a soigneusement dépouillés de neige durant notre absence. C'est lui qui. lorsque l'on transpire au soleil et que l'on enfonce à mi-jambe dans la neige fondante. Dans un creux de neige. Cinq mois plus tard. elle nous en saupoudre et nous coupe la respiration. se découpe fièrement devant nous. Pour franchir le toi du Tour (3 280 m. Elle fut répétée en mars 1910 par M. il faut quitter ses skis un instant et les rechausser sitôt après. aux grandes ondulations. aussi tient-il à nous faire les honneurs. Sur le versant d'Argentière. La neige du plateau a été soufflée : le vent et la bise ont combattu sur cette plaine désolée. les gendarmes étaient beaucoup plus enneigés qu'en hiver. Nous sommes probablement seuls dans toute la chaîne du Mont Blanc. semblait nous appeler. Nous reprenons exactement tous les passages de la montée et parvenons sans difficulté à nos skis. nous commençons la montée. Sur les pentes des Chevrettes. Lentement. et. la cabane Dupuis n'abritait pas moins de trente skieurs ! . nobles cimes dont le profil se découpe nettement sur un fond d'émeraude. nous pouvons nous abriter quelques instants. Toutes les conditions étaient si favorables que nous avons mis moins de temps qu'en été pour monter jusqu'ici (1). La crête s'argente de nouveau. Et voici déjà le soir de cette belle journée. Nous étions partis trop tôt. nous serons assis sur ce trône glorieux. JÏD août. 20 à 10 h.. La neige est très dure. 25. C'est une balade royale. dont les roches fauves évoquent le souvenir de Javelle. le Rothorn. Nous préférons la parcourir en longues serpentines et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. nous suivons nos traces vers le col du Tour. et le champ de bataille. C'est un moment inoubliable : nous volons sans bruit dans la demi-obscurité du crépuscule. et nous nous décidons pour la plus belle d'entre toutes : l'Aiguille du Chardonnet (3 836 m. on débouche sur le névé supérieur. sur une neige soyeuse. D'un coup sec de ses énormes souliers. Plus bas. sur les neiges du versant savoyard. de loin.. Ici commence la vraie descente. le premier. Crettez a filé à toute allure. sous l'action du soleil. nous reprenions le chemin du retour. Elle qui. A Pâques 1924. 35. La vue s'étend à l'infini. la voici hautaine maintenant. 20 . Parmi tant de montagnes dressées autour de nous. nous jetons un coup d'œil vers le Tour Noir. aux brusques écarts.). nous glissons sur la surface houleuse du plateau du Trient. couloirs blancs. BOOS la conduite de Maurice Crettez. 15à 8 h. les parties neigeuses recouvertes d'une poudre de 20 centimètres dans laquelle nous enfonçons les pieds et où les crampons se fixent à merveille. Nous longeons la sombre muraille des Aiguilles Dorées. pour former une tour rouge qui n'est autre que le sommet. Cette fois. le massif du Trient est devenu un but favori des skieurs.

exprimant dans mon gosier desséché le jus d'un citron. je les vis descendre et m'assis à l'ombre pour les attendre. la chaleur solaire avait dissous mon énergie. Au chalet du Clou. les brouillards traînaient dans le Valsorey. dans les vergers. il faut gravir les pentes opposées pour rejoindre au-dessus de Fionnay le chemin habituel de la cabane Panossière. j'étais monté seul dans le val Ferret. le torrent semble écouler plus vite ses eaux vertes sous le petit pont qui ploie gracieusement : partons ! La Drance franchie. C'est à peine si. par le col Ferret. le Combin est toujours en place. je me trouvais couché à l'ombre des chalets de la Fouly. Les forêts descendent en longues coulées bleues. aux teintes chaudes . Je ne comptais pas les revoir si tôt. dit mon journal. dans les bois. les skis sur l'épaule. M. Bientôt notre guide avise un couloir tapissé d'ombre et qui monte tout droit vers un premier plateau. Le carton est bientôt vidé. Elle est longue. pour monter le lendemain à la cabane de Valsorey. Vis-à-vis. Il m'engagea vivement à le suivre. de temps en temps. par un ciel toujours sans nuage. la crête brille comme auparavant : les yeux suivent avec ravissement les festons blancs découpés sur l'azur. voici. Nous en venons aujourd'hui par le col de Fenêtre. L'espoir renaissait et je m'empressai de monter à leur rencontre. et personne ne nous empêche d'y aller. brusquement. les oiseaux ont repris leurs chants. Aux chalets de Ferret. Ils arrivaient de Cour-mayeur. assez monotones l'été. mais il devait coucher le même soir à Bourg-Saint-Pierre. Et là-haut. après un moment d'hésitation. Tout là-haut. puis. il semble que on arrive dans le ciel. J'accompagnai mes amis jusqu'au village de Praz-de-Fort et les quittai en leur souhaitant bonne chance. et paraissaient bien fatigués. Le même soir. toute vie cesse et le sol devient éblouissant. pour jouer un tour à celui qui la trouvera. où M. Mais les « Monthey » sont tout simplement des œufs frais et crus dont nous sommes très friands. Avant de passer sur l'autre rive. tandis que la neige s'étale . Il se produit alors un brusque craquement. fraîche oasis au milieu des neiges éblouissantes. nous nous anê-tons dans une sorte de grotte pour déjeuner à l'ombre. Nicollier nous fit le plus chaleureux accueil. arrosées de Neuchâtel blanc et le café qui lui fut servi au soleil par 40° C. les arbres gris sont tout dépouillés. et j'étais très satisfait d'avoir réussi cette belle course. le surlendemain. par un beau clair de lune. Malheureusement. La côte est rude et glissante . Je le regrette maintenant. En voilà un qui comprend l'hospitalité : ne va-t-il pas jusqu'à nous fournir de bonnes pantoufles bien chaudes et à faire bassiner nos lits ! Il n'avait certes pas tort. tirant nos skis sur la neige durcie. colla piuma sul capello. et nous avons préféré monter au Saint-Bernard. sur le plateau ensoleilé. il s'adresse à Crettez : — Voyez s'il est possible de nous trouver ce soir à Bagnes et de monter demain à Panossière. Au pied de ce couloir. nous arrivions en voiture au Châble. mais on respire le souffle embaumé des forêts et l'on sent la chaleur vivifiante du printemps qui vous pénètre jusqu'au cœur et vous rend fort. nous arrivions au chalet de Saleinaz. D'autre part. mais en ce moment couvertes de neige et pimpantes comme des reines. mais il comprend mon désir. nous quittons Bagnes en voiture. A Lourtier. la nature s'éveille et. et la glissade fut parfaite. le soleil réussit à décrocher quelque avalanche. M. pour admirer la brillante nature. Deux contrebandiers italiens vinrent à passer. de la Rosablanche au Pleureur. et. avec un pour de mélèzes. Crettez s'amuse à remballer soigneusement la douzaine. et nous verrons cela. Ils furent bien étonnés de me revoir ! — Moi qui vous croyais au Combin ! — Eh bien non ! Hier matin. mon ardeur m'ayant repris. celui qui écrivit dans le livre des voyageurs : Je voudrais avoir mérité Ce Bagnes à perpétuité. mon père s'était absenté et je ne pouvais partir sans son consentement. au Bourg. je fais une halte délicieuse. Le soleil est déjà chaud. Crettez sort de son sac une belle boîte de cigares Monthey qu'il ouvre devant nous. Roget est probablement un peu lassé par ces cinq jours de courses consécutifs. le mayen du Revers : un petit groupe de chalets noirs blottis dans la neige. comme nous n'avons pratiqué que deux petits trous aux extrémités des frêles coquilles. nous y montons. les neiges flamboient. Au delà du village s'ouvre le monde des neiges . car le temps a l'air parfaitement stable. je reconnus le professeur Roget et ce grand diable de Maurice. ils avaient rencontré deux skieurs en train de déjeuner et qui semblaient venir du Grand Saint-Bernard. Une halte encore. à pied. nous chargeons les skis et les sacs sur nos épaules. par une chaleur accablante. Enfin.elle reprit sa consistance granuleuse. les mazots brunis s'égrènent sur la pente . Il aurait volontiers prolongé sa sieste. au bord de la Drance. une vie intense passe dans la nature . Mais. De tous côtés l'eau coule et ruisselle. réfléchissez-y. tandis que Crettez. Lorsque l'échelle est faite. Midi : autour de nous. Le printemps sera bientôt venu. La réponse ne se fit pas attendre : on irait coucher à Bagnes et l'on monterait le lendemain à Panossière. puis tout rentre dans le silence. Vers midi. — Peuh 1 fait Crettez. et. frémissant sous l'ardeur joyeuse du soleil . puis il faut se glisser lestement entre les gouttières qui tombent des toits dans l'unique rue du village. L'air est frais et le fond de la vallée légèrement brumeux. érodant la glace épaisse et sale. Vers midi. échelonne ses traces au-dessus de moi. Cette neige éclatante et ce ciel bleu : que rêver de plus simple et de plus beau ? . Longtemps nous montons. ce sont les montagnes de Fionnay. Le 30 mars à 7 heures. A leur signalement. laissant errer mes regards sur ces montagnes merveilleuses qui forment le cirque de la Neuvaz. Roget n'a sans doute pas oublié mes fameuses « croûtes au fromage ». nous surgissons en pleine lumière.

Le ciel est sans nuage : depuis huit jours. dans le bleu infini. vol. Comme nous l'avons vu plus haut. les skieurs trouvèrent une route de beaucoup préférable. malgré le mouvement de la marche. En longs lacets nous remontons la rive gauche. nous sentons que l'ombre est froide et que la nuit va bientôt venir. un poudroiement de teintes somptueuses monte doucement. Sans hésiter. en plein jour. La bise est très forte tout à coup. Pour la même raison. pour atteindre un terrain plus facile. la route que nous suivîmes n'est pas indiquée sur la carte annexe. descendant au col des Maisons Blanches. fréquent chez les professionnels. dans le névé durci. Dans la peite comêbe. comme des vapeurs d'encens. nous déjeunons dans la petite cuisine. Enfin. un dernier effort. il fait froid. Aussi faut-il se déptcher. directement. Extasiés. Lentement le crépuscule descend sur la montagne . si c'est nécessaire. dont l'arête orientale est bien visible. Le froid nous gagne . Mais nous prévoyons que ce mur est en glace. Nous saluons familièrement a le Chardonnet . cette arête de rochers que nous voyons en profil. Le déjeuner est rapidement expédié et la montée commence. Quant à la descente au glacier. nous enlevons nos skis et les plantons. caravane n'aura déjeuné si calmement à cette heure tardive avec l'intention de monter au Grand Combin.). car le soleil a bien travaillé ces jours derniers (2). il fait très chaud. Plus tard. mais ceci n'était pas une con-fiéquence de l'insolation hivernale. et par cette fenêtre on aperçoit de merveilleuses montagnes : le hérissement superbe des aiguilles du Mont Blanc. un peu plus haut. Il faudrait maintenant se faufiler entre le Bec de Corbassière et le glacier^ sur des pentes ravinées. et pour allumer le feu : tranquillement. 1 Dans le Guide du tkieut pour les Alpes viaisannes. sur cette fameuse arête que nous allons suivre. c'est un site que je désirais voir depuis longtemps. Crettez avait alors ce défaut. Jusqu'à l'arête de Corhnssièie. plus fières et plus élancées que jamais. radieuse. puis la pente nous oblige à grimper tout droit. nous partions joyeux. il est ainsi. Elle aboutit à la moraine dont nous escaladons la crête dépouillée de neige. — Tranquillement. je pense. entre les premiers plans qui s'abaissent en rives sauvages. en été. nous préférons l'autre itinéraire et suivre l'arête ouest de la montagne. Jamais. j'y pénètre sur mes skis et me secoue avec satisfaction. Brusquement. Nous dominons directement la gorge profonde où le glacier de Corbassière s'écroule en séracs et vient mourir insensiblement à 1900 mètres. entourant le massif des Diablerets. Crettez ouvre une belle piste. mais une halte s'impose. pour regagner le temps perdu. par des pentes très rapides. Notre guide compte « trois p'tites heures » jusqu'au sommet.Derrière nous. Il est 7 heures. I. Cette route est marquée sur la carte annexée au Guide 2 Ce mur était très probablement en glace. et la cabane me semble bien éloignée. Mais bientôt la lune se lève derrière le Grand Tavé et inonde de sa lumière le sommet du Combin de Corbassière. au pied du col des Pauvres. mais bien excusable à cette époque. La grandiose magie des neiges se révèle à nos yeui étonnés. Nous touchons à notre montagne : elle a secoué ses séracs jusque tout près d'ici. les skis sur l'épaule . nous avançons plus rapidement à travers un premier plateau que forme le glacier . Deux routes s'offrent à nous pour escalader le géant : l'une prend à gauche et longe un « corridor » qui conduit tout près du sommet. elle se fit à pied. nous nous dirigeons vers ce col : il s'ouvre sur le ciel. la montagne nous attend. Roget arrive peu après et nous étalons nos provisions sur les tables (1). tout rosé dans le bleu intense du ciel. qui s'évase entre les parois bleues du Combin et la chaîne hérissée des Maisons Blanches . légère. dont seul le « Croissant » se détache. Le soleil est très chaud et le second carton d'œuf s bientôt vidé. la neige sèche et poudreuse ne s'attache pas à ces pentes de glace. c'est la nuit : tout est mort. On ne compte guère moins de temps. la vallée est plongée dans une ombre violette et rosé . Mais notre guide redoute les avalanches. la geine est poudreuse et nous cheminons avec plaisir. en sortant d'une combe obscure. C'est la première fois que je passe ici. nous suivons sa piste. Longtemps les lacets se déroulent . accoutumés aux vues de l'été. la neige est molle et nous enfonçons profondément. au-dessus des séracs. Brrrr ! Quel froid ! Là-haut. et il nous entraîne sur le glacier. Tel fut le simple prélude d'une des plus étonnantes journées que j'aie vécues. les skis chaussés et chaudement habillés. puis les zigzags reprennent. Arrivés tout en haut. La cabane est toute dégarnie de neige . une pente toujours plus rapide monte à l'arête de Corbassière. une petite lumière brille à nos yeux : c'est le salut. 300 mètres plus bas. Une fois les séracs tournés. nous pourrons la suivre à toute allure. au pied du col du Meitin : une selle peu profonde dans la grande arête occidentale du Combin. qui conservent leur aspect automnal jusqu'au printemps . et cela nous semble maintenant tout naturel. Là-bas. Voici trois heures que nous marchons. Le glacier traversé. qui conduit directement au glacier et le suit jusqu'à Panossière. Crettez taille quelques marches et nous atteignons bien vite le col du Meitin. Là. nous arrivons au pied du Combin de Corbassière. Enfin. Voici le haut plateau du glacier. . le spectacle du Grand Combin nous arrête : une ombre violette baigne la montagne et l'entoure jusqu'au sommet. Au niveau du col (3 426 m. et la grosse main de Crettez se tend pour nous aider à franchir ce dernier obstacle. de suivre obstinément les itinéraires d'été. C'était évidemment une erreur de notre part. comme une fenêtre. Une demi-heure plus tard. 31 mars (dimanche de Pâques). et Crettez me regarde de ses gros yeux en souriant. pour venir jusqu'ici. Un bon feu pétille dans Pâtre. et nous rencontrons bientôt le soleil. M. elle se confond presque avec le sentier d'été. nous restons là jusqu'au moment où le dernier spasme de vie s'évanouit dans l'obscurité envahissante. dans la neige unie et poudreuse : au retour. La nature transfigurée semble devenir irréelle. commode et sûre. Crettez est parti en avant pour dégager l'entrée de la cabane. mais nous le savons très optimiste. au pied du « mur de'la côte ».

la lumière. dans toute la pureté de ses lignes. L'escalade est facile. Crettez se sent libre. puis il ne reste plus qu'à remonter les névés faciles qui conduisent au sommet. je saurais bien le retrouver ! Il est doué.. Le soleil se couche derrière l à chaîne du Mont Blanc : les noires aiguilles se dressent contre un ciel d'or pâle et les robes de toutes ces reines sont violacées et mystérieuses. les montagnes entassées jusqu'à l'infini s'en vont rejoindre la voûte du ciel : quelle gloire et quelle suprême allégresse dans la nature. sur le versant de Sonadon . Inouï 1 Avec un élan formidable je remonte sur le glacier . ici. Quelques secondes s'écoulent. nous passons dans la neige du versant sud . il est nécessaire de se restaurer un instant. à gauche. Nous allions passer outre. à condition d'être exécutée avant la nuit. nous tournons le dos à la chaîne du Mont Blanc. A droite. long. Je me penche frémissant sur la corniche monstrueuse. et il est 3 h. où carillonnent les cloches de tous les clochers. elles caressent des villes ensoleillées. la descente commence. le Velan (3 765 m. et c'est pourquoi nous continuons très vite. Malgré cela. semblait nous narguer. La coupole attirante du Grand Combin se dresse devant nous comme un grand calice. Roget s'arrête en. Voici la cime ultime. Roget ? Est-ce qu'il suit ? — Oui. Voici un joli passage : une vire. En un clin d'œil je rejoins mes compagnons. le soleil du printemps nous « rôtit » .) et touchons enfin à son gros cairn. Le rocher est absolument sec. Bientôt nous remontons au Combin de Valsorey. C'est long. tandis que Crettez me tient à la corde. Si j'étais monté le premier. Je suis le dernier à partir. et je plonge mes regards dans l'abîme : quelle chute vertigineuse. La vitesse s'accentue alors nous décrivons de longs virages. Un dernier coup d'œil. on aperçoit de temps en temps le glacier de Corbassière. Une pente verglacée descend à la selle qui sépare la pointe de Grafeneire du Combin de Valsorey. ivre de joie. a bientôt disparu. Le voici dans l'ombre : continuons. par un temps pareil? Alors qu'une demi-heure suffit pour y arriver? Et « Mossieu Kurz » qui n'y est jamais allé ! M. puis elle se redresse en petites parois que nous franchissons sans peine. Puis. Il est 7 heures. Je prolonge à plaisir cette minute de solitude immense. nous célébrons la grandeur de Celui qui créa ces merveilles — et nos cœurs vibrent heureux et reconnaissants. à l'abri des rochers. tant les lanières sont gelées. Roget qui. Genève. Cette fois-ci. et Crettez me reproche de ne pas retrouver le chemin exact. il lance un yodel. et la . Crettez prend alors la tête et nous glissons sans bruit sur le beau désert immaculé. reparaît. Presque au bas de la descente. en plein ciel. je ne saurais le repasser dans ma mémoire. qui. dans la direction de la cabane. dans un vide immense. Roget sent bien qu'il nous causerait un gros crève-cœur en refusant. saute sur la pente et plonge dans l'obscurité d'une combe. Et voici qu'il est déjà 2 h. Ce que j'ai vécu là-haut durant cinq minutes. une lumière brille à la fenêtre. économise sagement la pente.. nos yeux ne parviennent pas à la distinguer. et ce mouvement cadencé nous grise délicieusement. Mais. puis je le vois traversant à toute allure le gros dos du glacier. et la masse énorme de la montagne nous cache la moitié de l'horizon. de loin. sur le plateau des Maisons Blanches. Neuchâtel. Je suis en tête. Mes compagnons ont volé dans l'espace et sont déjà comme des points. où le printemps fleurit. 30. lui. Cette glissade en ski promet bien des joies. Nous aussi. Mais voyons cette arête ! Nous commençons par la suivre un peu au-dessous du faîte. d'une étonnante mémoire des lieux : il vous indique à 25 mètres la prise cachée que vous cherchez et vous fait des descriptions enthousiastes d'une vire minuscule ou d'une cheminée restée inaperçue. mais rappelez-vous que nous faisons une partie de ski avant tout et que je tiens à revenir de jour pour jouir de la glissade. je trouve Crettez arrêté: — Et M. le Velan est enfoncé. Je m'arrache à ce spectacle pour commencer la plus étonnante descente que j'aie faite en ma vie. presque monotone . Là. Crettez. Un instant après. la descente me paraît interminable. Je ne puis attendre plus longtemps et je m'élance sur sa trace. 30 ! Mais Crettez s'indigne à l'idée d'abandonner l'ascension : ne pas monter au sommet. dès que nous regagnons l'arête.Le Velan se dresse dans toute sa gloire. nous disant : « C'est très bien de grimper ainsi. Enfin voici le col du Meitin. nous prenons en écharpe les pentes sud du Combin de Valsorey (4184 m. et il a du mal ! Il montre les dents et manifeste une folle envie de s'en servir ! Puis ce sont les skis dont les courroies sont toutes raidies. La bise nous cingle. Voici un bout de piste rectiligne : c'est vertigineux. il n'est pas loin d'ici. et l'on arrive sur une épaule qui présente une crête de neige. Les changements de température sont très brusques : tant que nous montons dans la face sud.) semble s'élever avec nous : cela m'exaspère . Le crépuscule tombe lentement sur la montagne et jette son voile uniforme. Pour éviter la taille des marches. chacun pour soi. Pourquoi devoir quitter ce trône ? Je me promets bien de revenir ici et de savourer longuement cette vue. la bise nous glace. Un bon moment se passe avant que les crampons soient enlevés. lorsque M. Il me semble que nous marchons sur un beau nuage blanc. et nous redescendons à grands pas. Tout autour de nous. un instant cachée à mes yeux. la pente de neige et nos skis. Puis. mais. clair-obscur. puis une cheminée. Nous dominons le monde. pour fêter ce beau dimanche de Pâques ! Nos pensées s'envolent un instant bien loin . Il faut les gros doigts de Crettez pour les délier. Mais il faut attendre M. au delà d'ua abîme où nous cherchons en vain la petite cabane de Valsorey : elle se cache par là-bas . lui.

La Drance est franchie sur un vieux pont et. Roget tarde à venir. consultée trop tard. Tant pis 1 Nous nous enfonçons dans cette maudite forêt. A 8 heures. nous aussi.) Au moment où Crettez arrive sur l'arête. plusieurs chamois partent sous son nez et disparaissent dans les rochers. Mais M. 2 Le Grand Combin est devenu une course à La mode étiez les skieurs.Parfois on entend. — A 9 heures.descente continue. puis. 55 à n h. s'engage dans une petite gorge. Enfin! nous voici sortis de ce casse-cou. et nous pouvons nous y lancer. j'entre à Panossière. 15 . on ne sait comment. avec ses bruyantes gouttières. elle devient parfaite. Roget arrive à l'instant et ne peut articuler qu'un seul mot : « Stupéfiant ! » Ce mot résume bien l'impression que m'a laissée cette inoubliable journée ( 1). par un sentier tournant sous les mélèzes.. Crettez saisit sa lanterne. nous obliquons à gauche et remontons légèrement vers le nord pour contourner les flancs de la montagne. nous quittons la cabane et traversons en ski le glacier. nous dirigeant vers la chaîne des Avouillons dont les becs noirs sont bientôt dressés au-dessus de nos têtes. 15. Tout à coup. une fois là-haut. Aussi. A certains endroits. Dans le couloir. ce défilé original. Finalement. nous prenons en écharpe les pentes qui tombent vers la vallée . Combin de Valsorey : 14 h. Panossière : 20 h. un couloir descend en s'élargissant vers les pâturages de Séry qui étalent à nos pieds leur ondoyante blancheur. la neige est très profonde. 45 . seule la trace de Crettez qui file. 30!. des champs verts et des petits mazots ! Les yeux fatigués se délectent dans les grisailles du printemps. notre guide n'hésite pas un instant sur le chemin à suivre dans ce désert inconnu. cabane Panossière : 7 h. au milieu d'une clairière idyllique.) : 15 h. Alors commence une folle glissade: légers nous fendons l'air et volons. le guide Maurice Fellay. file toujours. droit au but. une descente directe nous conduit à l'endroit où le torrent. Roget nous conduit chez un de ses amis. . la descente est finie : voici la vallée de Bagnes. il se contente de leur faire le poing. Grand Combin (4 317 m. Crettez. chausse ses skis et va se mettre en route. Pas de sentier . et nous buvons tous à sa santé. avec descente sur Lourtier ou même sur Champsec. toute éclatante de lumière. Pas de réponse. Mais M. Nous sommes à Tougne : un ravissant mayen. jusqu'à la lisière des bois de Tougne. L'ascension fut répétée quatre ou cinq fois entre 1907 et igi6. Le Combin de Corbassière et le Grand Follat sont facilement accessibles en une petite journée (voir le Guide du skieur). est assis à l'ombre d'un mazot : il a l'air tout étonné de nous revoir et ne peut s'empêcher de rire en apercevant mes égratignures. Sur l'autre versant du col. à travers des fouillis inextricables. fiers de la réussite de notre belle course (2). vaut-il la peine d'y stationner quelques jours. La glissade nous entraîne à travers PAlpe de la Lys. Au delà. Quelques chalets se cachent sous la neige. Lourtier. pris de remords. M. car il a passé. col du Meitin : n h. qui épouse mollement la forme des toits. 3oà 15 h. des branches qui craquent et un juron qui résonne. Nous sortons et crions. on suivra de préférence notre itinéraire par l'alpage de la Lys. volons sans que rien puisse nous arrêter. mais sur la pente. Crettez allume le feu. Longtemps les lacets se déploient. dans le silence. Au retour. Impuissant. Sans descendre. pied du col du Meitin : ion. Un léger brouillard flotte sur les montagnes de Fionnay . Cette fois. Ier avril. Nous utilisons. notre guide devait avoir le diable à ses trousses. nous retrouvons la rue pittoresque de Lourtier. puis monter tout droit par un couloir au col des Avouillons (2 647 m. Il faut décrire quelques lacets à leur pied. nous faisons la grimace : « Ça colle ! » La carte.et très souvent depuis lors. bien «rembourré» de neige. 1 Voici notre horaire (31 mars 1907) : dép. plus loin. nous montre qu'il eût été facile d'éviter ces bois et de passer plus haut. serait-ce la fin de cette étonnante période de beau temps ? Voici de nouveau d'immenses pentes. La montée à Panossière restera toujours la partie la plus pénible de la course. à travers les pâturages. 40. issu des neiges du Follat.

). une troisième caravane quittait Chamonix pour se rendre à Zermatt : M.) . . Deuxième journée : Châble . En janvier 1908 seulement. En janvier 1911. enfin. comme ils manquaient de provisions. glacier de Zmutt . La descente. En passant de Chamonix à Zermatt. 1908. qui n'avaient sans doute pas connaissance de ce premier exploit. ils marchent sur Arola par es cols du Mont Rouge. Revue Alpine. Sans se décourager. Un mois plus tard (en février 1903). qui devait les conduire en trois jours de Lognan à Zermatt : Première journée : col du Chardonnet . perdit même les siens et redescendit par la vallée de Bagnes. Revue Alpine. ils remontent alors à Evolène et gagnent Zermatt en un jour par le col d'Hérens. départ à minuit de Chanrion. Comme on le voit. de ce fait. Beaujard. Quatrième journée : col d'Hérens (3 480 m. ils rebroussèrent chemin par la vallée de Bagnes jusqu'à Martigny. bien des variantes de la vraie Haute Route et l'on comprend qu'une telle traversée soit faite pour tenter des skieurs. partant de Bourg Saint-Pierre. à l'ascension de la Tête de Valpelline et à la descente sur Zermatt (3). notre beau rêve fut réalisé. cabane de Chanrion (2 460 m.) qui conduit du Val Ferret à Bourg Saint-Pierre est certainement favorable au ski. du Lôtschental à la Grimsel. qui les accompagnait. Orsières. glacier d'Otemma . Tous ces cols. se mettent en route : le D r R. Un temps incertain arrêta les skieurs sur le col de l'Ëvêque et. Helbling et le Dr F. La Haute Route se trouvait ainsi scindée en trois traversées partielles. de l'Ëvêque. 2079». ayant choisi l'itinéraire suivant. La dernière journée de cette traversée fut consacrée au passage du col d'Hérens. col de l'Évêque . Le troisième jour. Alf. Troisième journée : Chanrion .) . 1903. Mais si. vous vous rendez à Zermatt. Roget et moi. M. Le premier jour. Ce fut une des plus belles expéditions exécutées en ski a cette époque. col de Collon (3 130 m. 30 du soir par les cols de l'Ëvêque. toujours par les cols. couchent dans une grange et montent ensuite à la cabane Bertol. de Seilon et de Riedmatten. Depuis longtemps. et voici le plan que nous avions arrêté : Première journée : cabane de Valsorey (3 100 m. Seule la première partie de cette traversée fut exécutée conformément au programme. p. Le lendemain. p. Deuxième journée : col de Sonadon (3 489 m. F.). du Mont Brûlé et de Valpelline4.F. comme vous le savez. le terme de Haute Route n'est plus exact. col et cabane de Bertol (3 421 m. Troisième journée : col de l'Ëvêque ( 3 393 m. dans la face qui regarde Chanrion. Il existe. vous parcourez une route glaciaire presque ininterrompue et comparable à celle qui traverse l'Oberland bernois. Ils partirent de Chamonix au milieu de janvier 1903. ils durent naturellement porter leurs skis. Anatole Pellaud. offrant chacune tout l'attrait de la nouveauté (2). sauf le second. ce parcours nous avait tenté. une variante quelque peu fantaisiste les conduit au Châble par le col des Montets et la Forclaz. cabane de Chanrion. à 2 400 mètres.GLACIER DE RIKO ET MISCHAUKL CHAPITRE IX LES ALPES PENNINES (du Grand Saint-Bernard au Simplon)1. et la Haute Route peut y passer sans scrupules. du reste. Mon maître avait préparé grandement les choses et mis tous 1 2 3 4 Nous décrivons dans ce chapitre la classique Haute Route de Bourg Saint-Pierre à Zermatt.) sur le Six du Meitin. Mais l'étape fut longue et la descente du glacier de Zmutt se fit de nuit. montée à Chanrion. mais il n'offre pas l'intérêt d'une traversée de glaciers. Après une tentative pour passer le col des Maisons Blanches et gagner la cabane de Valsorey. 80. Joseph Couttet. Partis de la vallée de Bagnes. col de Valpelline . arrivée à Zermatt à 6 h. déterminé sous le nom de High Level Road un itinéraire conduisant de Chamonix à Zermatt par les cols d'Argentière. Châble (dans la vallée de Bagnes). de Paris. Le col des Planards (2 736 m. Le lendemain. des Planards. ils atteignent non sans peine la cabane de Panossière. sur la rive droite du glacier de Corbassière. Simond et le guide Joseph Ravanel (le Rouge). 1903. sont supérieurs à 3 ooo mètres et reliés entre eux par des glaciers.) . du Mont Brûlé et de Valpelline. col du Mont Brûlé . 269-284. le versant suisse du col d'Argentière présentant une paroi de rochers où personne n'ira s'aventurer en ski. La variante par le col du Chardonnet (ou le col du Tour) et Orny est du reste la meilleure façon (sinon l'unique) de franchir cette partie de la chaîne du Mont Blanc. ces trois expéditions suivirent un itinéraire qui s'écarte plus ou moins de la classique High Level et qui évite complètement les trois premiers cols : ceux d'Argentière. Erste Durchquerune der Walliser Alpen (Alpina. Reichert. vous êtes donc obligés de descendre une fois au moins dans la vallée (à Orsières) et.) .). avec Joseph Ravanel (le Rouge) et Ed. mais enfin. puis sa prolongation à Saas et jusqu'au Simplon. est la seule dépression de cette High Level.tandis que les deux alpinistes couchaient dans les misérables huttes de la Petite Chermontane. il n'y a là qu'une cabane. de Sonadon. des Planards et de Sonadon. Zermatt. Les premiers qui se lancèrent à l'aventure étaient quatre Chamoniards : le D r Payot. Fenêtre de Salei-naz . Chanrion. deux autres pionniers. La ournée suivante se passa en flâneries autour de la cabane de Chanrion. ils reviennent à Panossière et traversent alors la chaîne des Mulets de la Lia. Ravanel. le seul endroit aussi où l'on quitte un instant les glaciers . Zermatt. pour autant qu'une route puisse en avoir. Les alpinistes anglais du milieu du siècle passé ont. p. fut très laborieuse . de Martigny.

fondant la glace des fenêtres. au lieu de grimper dans une cheminée que domine une croix. tout le monde est réuni sous le toit hospitalier de la cabane et nous passons une charmante soirée à faire plus ample connaissance. d'où l'on aperçoit la cabane sur le Six du Meitin. et ce ne sera pas la dernière fois. on peut alors descendre en ski sur le glacier de Sonadon et gagner de là le col du même nom. le col de Sonadon ne sera jamais une route parfaite pour skieurs. qui peut être très dangereux. 2 . nous nous lançons à sa poursuite. durant toute la course. Au crépuscule. Le passage de Bourg Saint-Pierre à Chanrion par le col de Sonadon présente un obstacle qui aura sans doute découragé les précédents skieurs de la Haute Route et les aura engagés à tourner cette chaîne plutôt que de la franchir : c'est le rempart que constituent l'épaule du Combin et la chute du glacier de Sonadon. j'ai supprimé intentionnellement notre itinéraire. le cas échéant. Tant d'hommes. Si la neige est bonne. un yodel troue le silence : c'est la voix de Maurice Crettez dont la silhouette se dresse tout au haut du rocher. j'arrive au Bourg et trouve. Elle fut détruite par un incendie en 1924 3 Dans le Guide du skieur pour les Alpes vétaisannes. nous quittons la cabane par un ciel sans nuage. car Pollux se trouve chargé d'un gros sac qui lui enlève toute idée de faire de la vitesse. projette une lumière suffisante pour que nous ne perdions pas la piste qui s'élève en lacets. éclairant les neiges du Velan qui trône là. Je remarque avec plaisir et non sans amusement que chaque guide a enfin troqué son gros bâton d'antan contre deux légères cannes — voire même des bambous — et qu'il possède dans son équipement des peaux de phoque. la situation est plutôt ridicule. superbe gaillard de vingt-quatre ans. on a le beau temps : c'est sûr ! affirme Crettez. Lançons est beaucoup dire. après avoir traversé le petit glacier du Meitin.de Praz-de-Fort. vol. sur les deux heures. Un bon point à ces messieurs. Bien qu'il ait été traversé fréquemment par la suite. dans le premier bazar venu. puis de prendre la pente en écharpe (danger d'avalanche) pour arriver au plateau du Couloir. Le gros de la troupe nous précède de quelques heures et. nous recevons en plein visage quelques bouffées d'un vent chaud et caractéristique qui jette dès le début un doute dans notre âme. À. Chacun enlève ses planches et chausse ses crampons r puis 1 Je transcris ici mon journal de 1911. ce fin compagnon qui devait seconder notre chef. nous sommes perchés sur le bord de la formidable paroi qui domine le glacier de Sonadon. Il était tombé 15 centimètres de neige. qui nous avait conduits en mars 1907 à l'Aiguille du Chardonnet et au Grand Combin. furieux. mais la lune. mais les professionnels de la caravane lui préférèrent l'ancien passage. — Pollux. Je pensais que nous allions prendre cette route nous aussi. 11 janvier. en la sympathique personne de Louis Theytaz. dans son premier quartier. Jusqu'au chalet d'Amont (2 191 m. et même dans les deux directions. Du renfort était venu de Zinal. Avant de quitter la vallée d'Entremont. nous diviser en deux caravanes suffisamment fortes et indépendantes. mais alors. ou bien serait-ce moi qui lui porte guigne chaque fois que j'y viens ? Pour tuer le temps. Un peu avant huit heures. la piste suit le même tracé qu'en été. et un sien cousin : Léonce Murisier. mais il est reconnu que ce chemin est exposé aux chutes de pierres et toutes les caravanes montent maintenant au plateau du Couloir pour redescendre ensuite sur le glacier de Sonadon et gagner le col du même nom. puis aux Grands Plans. nous pourrons apprécier son moelleux tapis sans regretter cette journée d'inaction. la bise triomphe du vent et. ce monsieur s'est acheté. et nous sommes restés enfouis sous nos couvertures. devant l'hôtel du Déjeuner de Napoléon. le guide Murisier. parce qu'il nous fallait emporter des vivres pour une semaine et pouvoir. S. fait aussi renaître dans nos cœurs l'espoir un moment abandonné.les atouts dans son jeu. elle file au sud et s'engage dans la gorge même par où s'échappe l'eau du glacier de Valsorey. et je tiens à le dire tout de suite.). Laynuit est venue.). dont il a pourtant reconnu les avantages. de légers laupars qui pourraient bien lui jouer un mauvais tour et auxquels je préférerais beaucoup de fortes bottines à semelle ferrée. après un léger repas. Ces messieurs de la Chaux-de-Fonds ( 2) ont-ils jeté un sort au rocher du Meitin. dans l'intérêt de ceux qui tenteraient après nous ce passage3. ce n'est pas la première. légère. la lune surgit derrière une arête déchiquetée. fut nommé chef de l'expédition. a crié notre chef. A 10 heures. cherchant à nous persuader que c'est bien ici que l'on passe. un soleil ardent. du reste — ce qui n'est pas toujours le cas pour les établissements de ce genre. méfiez-vous des contrefaçons ! 10 janvier. vis-àvis. — A 9 heures. surnommé Pollux lorsqu'il voyage avec son ami Castor. Maurice Crettez. — Vers midi. Par contre. nous transformons la petite cabane en observatoire météorologique —avec un plein succès. objets autrefois méprises. — « II neige ». Enfin. Après une magnifique tempête. Une journée de mauvais temps à Valsorey : il n'y a pas là de quoi s'étonner. Le thermomètre marque 18° au-dessous de zéro et descend encore. les bottines de Pollux me rendent rêveur ! En voulant se mettre à la mode. Les anciennes éditions de l'Atlas Siegfried indiquent un tracé passant derrière l'Aiguille du Déjeuner (3 009 m. I. C'est néanmoins le seul passage entre Bourg Saint-Pierre et Chanrion qui puisse être recommandé en ski. Ce fut une erreur. et il s'agit d'en sortir vivement. On arrive ainsi sans trop de peine sur ce glacier. dont la ligne fortifiée de façon ininterrompue relie du sud au nord les Aiguilles Vertes au Combin de Valsorey. Le rendez-vous était à Bourg-Saint-Pierre 9 janvier1. et. « Cette fois. comme si nous étions montés ici tout exprès pour l'admirer. excellent skieur. Avec nos skis. il est préférable de s'élever tout d'abord dans la direction du col du Meitin. poudreuse. En tout cas. mieux appropriées au travail d'un guide. mon ami. et il prit sous ses ordres son frère Jules. La cabane de Valsorey fut construite par la section de la Chaux-de-Fonds du C.

les deux Crettez encordés partent en éclaireurs.
Bientôt des appels nous engagent à les suivre, et, grâce à une neige excellente, le chemin se trouve être —
comme souvent — beaucoup moins mauvais qu'il n'en avait l'air.
Nous longeons une sorte de vire où le vent a accumulé la neige sous un angle de 45°, de façon à la dissimuler
presque entièrement. Il faut toute l'expérience de notre chef pour se frayer un chemin sur une base si étroite.
Lorsque nous arrivons à la brèche minuscule séparant l'Aiguille du Déjeuner de la paroi de Sonadon, les
Crettez sont déjà sur le glacier et, dans leur piste, nous rechaussons nos skis, tout contents de ne les porter sur le dos.
Vers 3 heures de l'après-midi, nous étions couchés en plein soleil sur le col de Sonadon (3 489 m.) ; il n'était
plus question de cette vilaine paroi, et je n'eus pas même le courage de montrer aux guides les pentes faciles descendant
du plateau du Couloir.
Une heure plus tard, nous voici lancés en pleine glissade sur le glacier du Mont Durand, admirant le coucher
du soleil sur les montagnes de Chanrion. Sans descendre trop bas, nous franchissons l'arête nord-est du Mont Avril et
repartons à toute allure dans la combe du glacier de Fenêtre, décrivant un immense circuit pour aboutir vers la langue
du glacier d'Otemma.
Au clair de lune nous remontons vers Chanrion et, à 6 heures, lorsque nous y arrivons, les guides ont déjà
déblayé la neige devant la porte et allumé le feu dans la cabane. M. Roget fait les honneurs, au nom de la section
genevoise : voici cinq cuillères, cinq fourchettes, cinq couteaux, cinq tasses et cinq assiettes ; des couvertures, une pour
chacun et la septième pour la communauté ; de la paille, du bois et un poêle : n'est-ce pas charmant dans sa simplicité ?
Et cela, grâce aux contrebandiers qui profitent volontiers du nécessaire, mais emportent le superflu.
Ce soir, les pronostics du temps sont mauvais : malgré un ciel parfaitement pur, le baromètre a baissé, un halo
entoure la lune et le froid est à peine sensible. Excellente nuit.
12 janvier. — Ciel gris. La nature paraît infiniment triste sous ce voile terne qui efface le contour des neiges et
rend tout uniforme. Tant pis! nous nous sentons forts, et, sans hésiter, nous poursuivons notre course selon le
programme. Départ à 8 h. 30.
Des amas considérables de neige ont réussi à boucher les immenses crevasses ouvertes en été au confluent des
glaciers d'Otemma et de Crête-Sèche, et nous passons là sans entrevoir le moindre trou. La grande avenue du glacier
s'étend bientôt devant nous à perte de vue. J'avais rêvé de m'y promener les mains dans les poches au bon soleil de
l'hiver, mais le soleil, ce génie bienfaisant, est retranché derrière des nuées grises qui avancent lentement, venant de
l'Italie. Or, en l'absence du soleil, le skieur est triste.
Mais aussi, quelle joie, quels cris de joie, lorsque, arrivée au bout de la route blanche, notre petite troupe
aperçoit, au-dessus d'elle, les nues se déchirer et l'astre bienfaisant reparaître, versant généreusement sur tous la lumière
et la chaleur, la gaîté et la bonne humeur.
Youhée ! Voici notre premier col atteint. C'est celui qui s'ouvre à 3 300 mètres, entre le Petit Mont Collon et la
Becca d'Oren (1). Des pentes douces conduisent de là au col de l'Evêque (3 393 m.), que nous atteignons à 2 h. 30. Du
côté de l'Italie, le ciel est encore bien noir, mais, au nord, les montagnes dégagées brillent dans un bleu légèrement
panaché. Jusqu'au col de Collon, vers lequel nous descendons, la neige est dure, mais, sitôt après, sur le versant nord,
elle retrouve tous ses charmes (2).
Les Crettez sont déjà hors de vue, préparant le chemin,et nous nous amusons à décrire de longues serpentines
sur le glacier d'Arola, jusqu'au moment où l'on s'engage (vers la courbe de niveau 2670) sur les pentes rapides qui
environnent le plan de Bertol. Le jeune Crettez n'a pas daigné quitter ses planche s pour traverser cettevilaine côte, et il
semble avoir pleine confiance dans la stabilité des neiges qu'il prend en écharpe si témérairement. Lorsque nous
arrivons enfin au pied du glacier de Bertol, notre gaillard a déjà filé plus loin, ouvrant une piste profonde qui zigzague
dans la direction de la cabane.
— Il est allé faire le thé, nous dit Maurice, tout fier de cette jeune ardeur.
La lune nous est fidèle : ce soir encore, elle éclaire notre tranquille montée au refuge. Dans le haut du glacier,
la pente s'accentue, mais la neige reste parfaite et, vers 7 heures, nous arrivons en débandade au pied du rocher de
Bertol. Les skis sont déposés dans une niche pour la nuit, et l'on se met en devoir d'escalader les échelons du perchoir
sur lequel les Neuchâtelois ont juché leur cabane. Les cordes fixes sont fortement glacées, en partie enfouies sous la
neige. La porte du refuge étant bloquée, nous pénétrons dans la cuisine par l'une des fenêtres.
A moi de faire les honneurs, ce soir ; je suis heureux de pouvoir offrir à mes compagnons un toit si hospitalier : du bois
bien débité qui flambe à merveille ; un bon fourneau qui chauffe en peu de temps la petite pièce où nous nous sentons
1

Le point 3 300 s'appelle aujourd'hui col du Petit Mont Collon. On ne le franchit pas à sa plus basse dépression, mais légèrement plus au sud. Il est
beaucoup plus direct que 1« col de Chermontane, qui oblige à décrire un grand circuit autour du Petit Mont Collon, et qui n est presque jamais utilisé
lorsque l'on suit la véritable Haute Route. On le traverse pour passer ensuite celui des Vignettes et se rendre à Arola. Sur le col des Vignettes se dresse
maintenant un nouveau refuge, construit en 1923 par l'alpiniste bien connu A. Stuart-Jenkins. Outre son utilité évidente pour les ascensions du Pigne
d'Arola, du Mont Collon et de l'Evêque, il pourra servir éventuellement à scinder le trajet Chanrion-Bertol ou Chanrion-Zermatt en deux étapes.
2
Entre le col de l'Evêque et le col de Collon, il existe de grosses crevasses presque toujours ouvertes. En 1911, je ne me rappelle pas les avoir vues,
mais elles sont rarement bouchées, et l'on fera bien alors de passer au pied même de l'Evêque, où la neige s'accumule volontiers. Au col de Collon,
nous laissions donc à main droite l'itinéraire conduisant directement à Zermatt par le col nord du Mont Brûlé et le col de Valpelline. On trouvera au
dernier chapitre une courte mention sur la traversée de ces deux cols, avec ascension de la Dent d'Hérens.

vite à l'aise ; des matelas, des couvertures à profusion et une batterie de cuisine : « Voyez un peu, Monsieur Roget !
après Chanrion, c'est le paradis ! »
Durant la soirée, je gratte de l'ongle le givre d'une certaine fenêtre qui donne vers la Dent Blanche : son échine
se dresse colossale dans la lumière blonde de la lune.
On en parle ce soir. Il est question de lui rendre visite, puisqu'elle se trouve si naturellement sur notre route.
Pourquoi pas ? Après une série de beaux jours, l'arête sud de la Dent Blanche ne présente pas plus de difficultés qu'en
été. Bien au contraire : tandis que les roches se sèchent au soleil, les couloirs et les corniches, balayés par le vent, sont
tapissés d'une bonne croûte neigeuse qui épargnera au piolet beaucoup de travail. L'expérience l'a prouvé. La neige
tombée il y a trois jours, légère, poudreuse, tourbillonnante, ne s'attache pas sur une arête comme celle-là et, d'ailleurs,
si le soleil n'a pas su la faire disparaître, nous irons, nous, la balayer de nos mains.
Vendredi 13 janvier. — A 5 heures, des brouillards traînent sur les glaciers qui nous séparent de la dent ; la lune
joue à cache-cache avec de vilains nuages ; bref, le temps est très incertain, mais nous descendons néanmoins de notre
perchoir avec tout notre bagage ; nous chaussons nos skis et partons dans la direction dm col d'Hérens. Deux longues
heures nous en séparent et, si le temps s'améliore, nous tenterons le coup; sinon, nous filerons sur Zermatt.
Lentement, le jour est venu, et nous sommes maintenant sur le glacier de Ferpècle. « La Dent Blanche fume sa pipe du
bon côté », s'écrie Theytaz, et Maurice, impatient, roule de gros yeux. De fait, le vent a changé de direction. Les nuages
ont pris meilleure tournure et la teinte du ciel n'est plus si crue.
Allons-y !
Et, d'un commun accord, notre petite troupe dépose au pied du col d'Hérens le gros des bagages, ne conservant
qu'un seul sac, trois piolets, des crampons et deux cordes. Ainsi allégés, et toujours en ski, nous filons contre la bise,
longeant le pied tle la grande arête méridionale, pour gagner une petite terrasse située au-dessus du Roc Noir.
A leur grand étonnement, les skis sont plantés profondément dans la neige, et nous continuons sans eux notre
balade. Dans les premiers rochers nous faisons halte, pour nous sustenter un peu (il est 9 h 15), sangler nos crampons et
nous encorder en deux caravanes qui partent bientôt dans l'ordre suivant : les deux Crettez et moi, puis Theytaz, M.
Roget et Pollux en queue, portant le sac de la troupe.
Maurice, dans son optimisme, a parié une bouteille contre Theytaz que le sommet serait atteint avant midi.
L'un et l'autre connaissent la Dent Blanche pour l'avoir gravie souvent, mais Theytaz est plus réfléchi dans son
jugement, et il n'a sans doute pas tort.
C'est au pas de course que les Crettez me font gagner l'arête méridionale, et nous arrivons ainsi au point 3729.
La vue est un prétexte pour reprendre son souffle, mais Maurice, qui pense à sa gageure, et la bise, qui a pris le dessus,
nous pressent de partir.
Près du point 3 912, nous sommes encore une fois réunis pour le lunch ; de brillants glaciers s'étalent tout
alentour, et les ombres effilées du matin s'enfoncent dans la neige comme des lames bleues.
Jusqu'au premier grand gendarme, l'arête ondulée est facile, la promenade agréable, avec de beaux coups d'œil
sur l'Obergabelhorn ou le Cervin, encadrés par des corniches frangées de glace. Vient ensuite l'endroit réputé par ses
plaques : elles sont aujourd'hui plâtrées d'une neige excellente, où nous taillons quelques marches ; puis il suffit de
piquer la pointe des souliers pour avancer rapidement. L'arête est regagnée immédiatement au-dessus du grand
gendarme. Crettez a perdu sa bouteille, car il est passé midi, mais, sûr de vaincre maintenant, il s'écrie, joyeux : « Cette
fois, elle est à nous, la Dame Blanche ! »
Sur les rochers de l'arête, nous trouvons un semblant de neige fraîche, très sèche et qu'il est facile d'écarter
pour se cramponner solidement dans les prises. La varappe est intéressante et le temps passe extraordinairement vite.
Theytaz insiste à plusieurs reprises pour passer le premier, mais Crettez n'en veut rien entendre et repart à l'assaut. Enfin
le rocher cesse, la crête devient blanche et se termine par un dernier petit cône de neige que nous abattons d'un coup de
piolet. Il est 3 h. 30. La vue est voilée par un brouillard passager, et il fait trop froid pour s'attarder longtemps. Aussi
nous redescendons à grands pas et rencontrons bientôt la seconde caravane.
Tandis que celle-ci gagne le sommet, nous nous engageons dans la face occidentale de la montagne, celle qui
regarde Bertol et qui semble être aujourd'hui tout en neige. Malgré la raideur effrayante de la pente, nous avançons
sûrement, grâce aux crampons, et nous gagnons ainsi beaucoup de chemin jusqu'au moment où Crettez découvre de la
glace. Alors, de rage, il brandit son piolet et en frappe la pente glacée. Il nous faut regagner l'arête vite en taillant.
Lorsque nous l'atteignons, la nuit est presque venue, mais, à travers les brumes de ce crépuscule d'hiver, les
rayons de la lune fusent doucement et favorisent notre marche dans les traces du matin. Dans cette lumière fantasque,
les glaçons qui frangent l'arête semblent être autant de piliers d'albâtre, courbés et tordus. C'est un conte des Mille et
une Nuits. De temps en temps, une corniche s'effondre dans l'abîme : un sourd craquement, puis une fumée blanche
sortant du gouffre et submergeant l'arête sous le souffle de la bise.
Il est 8 h. 30 lorsque nous reprenons nos skis. Nous avions pensé nous rendre le même soir à la cabane
Schônbûhl, mais, par cette lune voilée, la glissade manquerait de charmes, et nous préférons attendre à demain pour en
bien profiter. Au col d'Hérens, nous retrouvons nos sacs et, en dépit de la nuit glacée, nous faisons au clair de lune un
souper réconfortant. Les oranges sont dures comme des boules de croquet et l'on peut les entailler sans faire perler une
seule goutte de leur sang.
Vers 10 heures, nous reprenons notre trace à travers le glacier de Ferpècle, mais je ne dirai pas de quelle allure

somnolente six fantômes rentrèrent à Bertol cette nuit-là (1).
14 janvier. — Au heures seulement, après une longue et paresseuse matinée, nous commençons joyeusement
notre dernière journée. Pour le coup, le soleil est de la fête, et ce fut, grâce à lui, grâce à la neige excellente, une
délicieuse promenade. Au col d'Hérens, un dernier signe d'adieu à la Dame Blanche, puis nous franchissons à pied la
rimaye pour rechausser nos skis sitôt après et nous laisser emporter par eux vers Zermatt.
Ce ne fut qu'un charme et déjà nous étions dans l'ombre du Cervin, sur le glacier de Z'mutt. Là où l'on trébuche
sur les pierres en été, nous glissions tout droit, une féerie devant les yeux : dominant les profondeurs bleues de la vallée,
le Rimpnschhorn, le Strahlhorn et les modelés du glacier de Findelen baignaient dans les ondes mauves du crépuscule.
Tandis que nos regards s'attardaient sur ces grandioses montagnes, nos skis nous emportaient, trop vite cette fois-ci,
entre les aroles de Staffelalp, glissade enivrante qui ne devait s'arrêter qu'à Zermatt. Zermatt déjà !
La première personne que je rencontre depuis six jours est une paysanne, semblable à Perrette portant le pot au
lait. En voulant l'éviter, c'est moi qui fais la culbute et la pointe de mon ski vole sur le dernier caillou du chemin...
Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la traversée de Bourg Saint-Pierre à Zermatt fut répétée par le D r
Krenig, de Genève, avec les deux Crettez. Au lieu de s'attaquer à la Dent Blanche, il préféra gravir le Grand Combin en
passant de Valsorey à Chanrion et en quittant ses skis au plateau du Couloir. Le temps était alors au beau fixe (une série
étonnante qui dura jusqu'à la fin de février), mais la neige, déjà croûtée, rendait les glissades désagréables.
A Zermatt, le Dr Kœnig rencontra le capitaine Meade, de l'Alpine Club, qui venait de faire une tentative
infructueuse au Rothorn, mais qui se rattrapa quelques jours plus tard au Cervin. Le jour même où le capitaine Meade
escaladait le Cervin, le guide Louis Theytaz, qui nous avait accompagnés à la Dent Blanche, périssait dans une crevasse
en descendant du Pigne d'Arola en compagnie de ses frères et de trois skieurs anglais. Il était encordé, mais la corde (la
même qu'il avait à la Dent Blanche) était usée et se rompit sous son poids ou sous la traction des skieurs le précédaient.
Ses compagnons ne réussirent pas à le retirer, et, le lendemain, la caravane de secours constata que la crevasse
dans laquelle il était tombé mesurait plus de 50 mètres de profondeur. La mort avait dû être instantanée.
En arrivant à Zermatt, nous aurions volontiers prolongé notre randonnée jusqu'à Saas, à travers la chaîne des
Mischabel, et même jusqu'au Simplon. Malheureusement, nos vacances étaient finies et il était temps de rentrer. L'année
suivante, en compagnie de deux amis et collègues du Club Alpin Académique de Zurich, je pus consacrer «ne dizaine
de jours à l'exploration du massif compris entre les vallées de Saas et de Saint-Nicolas 2.
Partant de Saint-Nicolas (en mars 1912), nous remen tâmes tout le glacier de Ried pour franchir le Windjoch (3
848 m.) et descendre à la cabane des Mischabel. La neige était si dure dans les régions supérieures que nous
abandonnâmes nos skis au pied du col. Nous comptions ks reprendre le lendemain, après l'ascension du Nadelhorn (4
334 m.) ; malheureusement, ce jour-là, il soufflait un vent furieux et, comme j'avais déjà une fois &é enneigé dans cette
cabane, j'entraînai me? compagnons à Saas-Fee. Nous y descendîmes à pied en moins de deux heures. Ce fut une
retraite inutile, car le temps resta clair et le vent (une sorte de fœhn sec) ne provoqua aucune précipitation. J'ai toujours
regretté d'avoir manqué cette ascension au Nadelhorn, qui n'avait pas encore été gravi en hiver.
De Saas, nous revînmes à Saint-Nicolas en traversant le Gemshorn et l'Ulrichshorn (3 929 m.), rechaussant nos
skis au pied du Windjoch. A cette occasion, nous constatons que la région de Saas et surtout celle de Saint-Nicolas est
une des plus sèches de tout le Valais. Certaines parties du Riedgletscher étaient dénudées comme en automne.
En quête de neige, nous pénétrâmes plus avant dans le massif pennin, remontant la vallée jusqu'à Tâsch, pour
gagner ensuite la Tàschalp, où nous pûmes nous installer dans une hutte assez confortable. Le lendemain, nous
réussîmes l'ascension du Rimpfischhorn (4 203 m.) dans des conditions excellentes et sans la moindre difficulté (en
suivant toute l'arête ouest). Le jour suivant, nous comptions gravir l'Alphubel (4 207 m.), mais le temps se gâta et nous
allâmes passer une journée à Zermatt pour revenir ensuite à notre hutte de la Tàschalp. Depuis ce jour, je poursuivis ma
campagne seul avec le Dr Odermatt. Une bise formidable nous empêcha de monter à l'Alphubel, mais nous traversâmes
le col du même nom pour arriver à Fée, course que je ne puis décidément pas recommander à deux skieurs seuls, à
cause des énormes crevasses du glacier de Fée.
Poursuivant notre randonnée, nous allâmes ensuite coucher à Mattmark, dont l'hôtel est ouvert, mais
complètement vide en hiver (à cause des contrebandiers). Nous y passâmes une soirée atroce à vouloir obstinément
chauffer un immense poêle en pierre olaire, qui ne fut chaud que le lendemain, au moment de partir pour le
Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Ce fut encore une longue journée sur les glaciers et une grande imprudence pour
une caravane de deux.
A Zermatt, nous rejoignîmes deux amis avec lesquels nous réussîmes, le jour de Pâques, l'ascension du Mont
Rosé (4 638 m.). Puis le temps se gâta, et notre campagne se termina avec nos vacances.
En mars 1915, je pus compléter l'exploration du massif de Saas par un séjour à la cabane Britannia, qui est
décrit au chapitre XL
Celui qui, de Zermatt, veut se rendre à Saas a plusieurs cols à son choix. Je les ai tous traversés à différentes
époques. Autrefois, le Schwarzberg-Weissthor était le plus fréquenté de tous. En mars 1912, huit heures nous suffirent
1

Ce fut la première ascension hivernale de la Dent Blanche (4364 m.). Elle ne semble pas avoir été refaite jusqu'à présent. Voici notre horaire :
départ Bertol : 6 heures ; çied ouest du point 3714; 9h.15 a 9.45 ; arête sud : 10 h. 10 à ii heures ; point 3912 : 11.25; arête sud, au-dessus du grand
gendarme : 13 heures ; sommet : 15 h. 30.
2
Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. VIII 1912, p. 41-55).

pour nous rendre de Mattmark à Findelen. Mais, depuis la construction de la cabane Britannia, l'Adlerpass (3 798 m.)
est presque exclusivement utilisé en hiver, bien qu'il soit de 200 mètres environ plus élevé que le SchwarzbergWeissthor. Celui-ci a l'inconvénient d'être plus éloigné et moins intéressant que son voisin. Dans les deux cas, on est
obligé de coucher au-dessus de Zermatt, soit à Z'Fluh, soit au Grûnsee ; mais, si vous passez l'Adlerpass, vous pouvez
vous arrêter à la cabane Britannia, et c'est là un gros avantage.
Vous pouvez aussi descendre à Tàsch et coucher à la Tàschalp pour franchir l'Alphubeljoch qui conduit
directement à Fée. Mais l'Adlerpass est certainement préférable. Malheureusement, les hôtels de ZTluh et du Grûnsee
sont chers, et c'est pourquoi je voudrais recommander aux skieurs une autre route, plus longue, mais plus belle encore.
Premier jour : cabane Bétemps. Deuxième jour : Stockhornpass (3 415 m.), Adlerpass (3 798 m.), Britannia
(éventuellement ascension du Strahlhorn en passant). Troisième jour : Saas-Fec (éventuellement Saas-Balen, si l'on
veut gagner le Simplon le lendemain).
En venant de Bertol par le col d'Hérens ou de Chanrion par le col de Valpelline, vous pouvezvous arrêter a la
cabane Schônbuhl. Lendemain, au lieu de descendre à Zermatt, gagnez directement la cabane Gandegg par la Staffelalp.
Mais il vous faudra deux porteurs pour quérir la clef de cette cabane, qui est fermée, et pour y monter des provisions.
De la Gandegg (3 031 m.), vous pouvez alors gravir le Breithorn (4 171 m.) durant la matinée et vous rendre le
même jour à la cabane Bétemps par les glaciers de Théo-dule et du Gorner. Mais, en admettant que vous veniez de
Bourg Saint-Pierre par la Haute Route, vous préférerez vous arrêter un jour à Zermatt. C'est pourquoi la meilleure façon
de prolonger la Haute Route jusqu'à Saas est de passer par les cabanes Bétemps et Britannia.
La route conduisant de Saas à Zermatt par l'Adlerpass, le Stockhornpass et le glacier de Gorner est décrite en
deux étapes aux chapitres XI et XIII. En sens inverse, il suffira de quitter Zermatt de jour pour arriver à Bétemps dans
l'après-midi, en remontant le Gorner dans toute sa longueur (1).
Le lendemain, il faudra descendre tout d'abord au lac du Gorner pour remonter ensuite à pied la moraine
latérale gauche du glacier — à moins que Tétât de la neige permette une traversée directe de la cabane au glacier, ce qui
peut être examiné la veille, en montant à la cabane. Une fois sur les névés supérieurs du Gorner, d'immenses champs de
neige s'étendent devant vous. Vous gagnez la plus basse dépression à l'est du Stockhorn (Stock bornpass, 3 415 m.), puis
vous descendez sur le grand gkcier de Findelen que vous traversez perpendiculairement (attention aux crevasses, dont
vous suivez la direction générale!). Une forte pente, à l'est du Strahlknubel, vous conduit à l'Adlergletscher et de là à
l'Adlerpass. Ensuite, il ne reste plus qu'à vous laisser glisser jusqu'au pied de la cabane Britannia.
De même que l'on a gravi le Grand Combin et la Dent Blanche en marge de la Haute Route, de même vous pouvez
consacrer une journée à l'ascension du Mont Rosé au départ de la cabane Bétemps, du Rimpfischhorn ou de
l'Allalinhorn depuis la cabane Britannia. Ces combinaisons d'itinéraires sont innombrables (2).
S'il est préférable de suivre la Haute Route dans le sens de Bourg Saint-Pierre à Zermatt (ceci pour profiter des
belles descentes du col de Sonadon et d'Hérens), il est, par contre, indifférent de passer de Zermatt à Saas ou vice versa.
Si vous vous arrêtez à Zermatt, il vous reste 36 kilomètres de route avant d'atteindre la gare de Viège, et c'est toujours
un parcours fort ennuyeux. Par contre, la vallée de Saint-Nicolas présente des avantages que vous n'aurez plus dans
celle de Saas. De Zermatt à Saint-Nicolas, vous pouvez descendre en traîneau assez rapidement. De là à Stalden, on
peut facilement suivre à pied la voie ferrée. De Saas à Stalden, il faut quatre heures de marche, mais il est impossible de
fréter un traîneau.
Arrivé à Saas, il ne reste plus qu'une étape pour compléter la Haute Route du Grand Saint-Bernard au
Simplon : c'est la traversée de la puissante chaîne du Fletschhornau Weissmies. Ici, le choix n'est pas embarrassant. Il
n'y a qu'un seul itinéraire recommandable : celui qui quitte le thalweg à Balen et conduit à la route du Simplon par le
Simelipass (3028 m.) et le Sirwolteapass (2 664 m.)
Selon l'horaire de la poste et l'heure à laquelle vous rejoindrez cette route, vous jugerez s'il est préférable de
descendre sur Iselle ou sur Brigue. S'il est trop tard pour prendre la poste, vous pouvez encore louer un traîneau à
Simplon-village ou passer la nuit à l'hospice.
J'ai fait cette traversée du Simplon à Saas en mars 1915, en compagnie de mon ami de Choudens, de Genève,
et nous avons trouvé que c'était un des itinéraires les plus agréables pour se rendre à Saas. La traversée de l'hospice à
Balen se fit en neuf heures (haltes comprises). Celle en sens inverse est tout aussi belle et n'exige pas plus de temps.
L'orientation des. pentes est même plus avantageuse. Un seul endroit peut être dangereux : c'est la pente située au nord
des lacs de Sirwolten, pente indiquée sur la carte comme paroi rocheuse. Je n'ai jamais passé par cet endroit en été,
mais, en mars, on ne voyait pas le moindre rocher. Le dessin de la carte est certainement exagéré. Pour se rendre
directement à Simplon-village, il y aurait sans doute avantage à quitter notre itinéraire aux lacs de Sirwolten et à passer
immédiatement au sud du point 2619 (Weissboden). C'est une contre-pente d'une centaine de mètres à laquelle succède
une belle glissade par Galen et la Rossbodenalp. On évite ainsi le seul endroit dangereux de toute cette traversée.
CHAPITRE X
LE CIRCUIT DE LA BERNINA
1

A partir du 11 juin, on peut monter par le chemin de fer du Gor-Bergrat jusqu au RothenBoden et gagner de là le Gorner où l'on chausse ses skis à 2
600 mètres.
2
Tous ces itinéraires sont décrits dans le Wallistrskifuhrer II. et tracés sur la carte qui lui est annexée.

(29 décembre 1910)
C'était l'heureux temps où nous pouvions quitter le Poly vers la mi-décembre pour n'y rentrer qu'à la mijanvier. Ah ! les bons souvenirs de jeunesse, sans peine et sans souci ! Quatre semaines de vacances dans les neiges,
sous le ciel bleu, au grand soleil ! Et quelles vacances excentriques : commencer à Davos pour finir à Zermatt !
Je ne raconterai pas comment, mon ami Stàubli et moi, nous étions arrivés à Pontresina, négligeant le chemin
de fer et traversant par trois fois le massif de la Silvretta ; notre joyeuse partie de ski-kjôring en remontant l'Enga-dine
au grand trot ; nos folles escapades au Piz Muraigl, au Languard au Gluschaint. Il y eut bien quelques tempêtes, une
marche forcée dans le brouillard, en pleine nuit ; mais le mirage des neiges lumineuses, des séracs étincelants, des
brumes échevelées, la féerie des crépuscules, la mélancolie des sombres forêts... tout cela ne s'oublie pas.
Un souvenir pourtant dominera toujours l'ensemble, brillant comme une gemme plus éblouissante que d'autres
dans un collier de diamants : cette divine randonnée sur les glaciers, tout autour de la Bernina.
A cette époque, Pontresina n'était pas encore devenu la station hivernale à la mode, et Sir Henry Lunn désirait
précisément savoir s'il valait la peine de la lancer. Notre séjour là-haut ne fut pas inutile, puisque ses hôtels ouvrent
désormais leurs portes en hiver comme en été et que Stàubli est devenu un célèbre géologue. Comme il me l'avoua plus
tard, nos courses dans le massif de la Bernina avaient attiré son attention sur ces montagnes et éveillé en lui le désir de
les étudier. Tous ceux qui s'intéressent à la géologie connaissent maintenant les savants travaux du D T R. Staub sur la
tectonique des Alpes en général, et de la Bernina en particulier.
Schucan, digne successeur de Marcus Paltram sur le trône de la Bernina, nous avait chanté les merveilles de
son royaume. Là-haut, derrière les crêtes de Scerscen, se dressait un refuge adossé aux rochers du versant italien : la
cabane Marinelli, située au carrefour d'immenses glaciers. Quelques rares skieurs s'étaient aventurés jusque-là, venant
de l'Italie par des vallées profondes et dangereuses, ou par la Fuorcla Sella. Mais personne n'avait encore tenté le tour de
cet Eden, en montant par le glacier de Palû et en descendant par celui de Sella. Depuis le jour où, sous la conduite de
Schucan, nous entrevîmes ces merveilles, ce fut pour Stàubli et moi un rêve... un rêve qui devait se réaliser.
Nous ne réussîmes pas du premier coup. A Pontresina, un seul guide consentait à nous accompagner : Casper Grass, qui
n'était guère plus âgé que nous et qui passait alors pour le meilleur skieur de la contrée. Mais, ce jour-là, la tempête
nous arrêta au pied du glacier de Palû, et nous dûmes battre en retraite précipitamment. Au retour, sur l'alpe Grûm, nous
rencontrâmes le vieux Martin Schocher (roi des guides et parfois guide des rois), venu là tout exprès avec son télescope
pour observer notre montée sur le glacier de Paiû.
Dans la tempête qui faisait rage, il était superbe à voir, sa longue barbe flottant au vent, son grand feutre
enfoncé jusqu'aux yeux et son costume de loden aussi blanc que la neige qui nous cinglait de ses flocons. Il avait, ma
foi, fort bien choisi son poste d'observation, sur ce Prato del Vento, et celui-ci n'avait pas volé son nom ! Là vis-à-vis, au
delà d'un vide immense, le glacier de Palû s'effondrait en cascades, comme un Niagara figé dans sa chute. Nous nous
étions retournés pour l'examiner une fois de plus et, comme nous interrogions Schocher pour savoir ce qu'il en pensait,
il se contenta de hocher k tête d'un air embarrassé, qui trahissait bien ses doutes.
L'année touchait à sa fin, et notre départ était imminent. Il nous restait deux jours encore. Le 28, vers midi, les
brumes se dissipèrent lentement sous le souffle de la bise, découvrant les forêts saupoudrées et les cimes toutes
blanches. C'était notre dernière chance. Après une courte discussion, nous nous décidâmes à la tenter et, une demi-heure
plus tard, le train nous emportait vers le col de la Bernina.
Grûtzi Herr Staub ! Grûtzi Herr Kurz ! c'était la voix sympathique de la jeune fille de l'hospice, qui semblait
tout heureuse de nous revoir dans la solitude de ces neiges. Voici la Wohnstube où nous avions passé la «oirée de Noël
avec Casper Grass et où le patron réunit volontiers ses hôtes durant les longues veillées d'hiver. Ce soir-là, pas une
étoile ne brillait au ciel ; le vent hurlait en secouant les volets, et nous regrettions la brillante fête du Kronenhof. Pour
couvrir les rugissements de la tempête, nous avions déclenché le phonographe, mais il ne parvenait pas à dissiper notre
mélancolie.
Cette fois-ci, Grass n'était pas avec nous. Malgré son grand désir de nous accompagner, il avait dû reste t à
Pontresina. Le temps était beau et froid, très froid même, et nos chances de succès semblaient s'affirmer. Nous avions
repris confiance.
Depuis longtemps déjà, le réveil avait sonné et notre chandelle était allumée, illuminant le blanc virginal de
nos couches où seuls pointaient deux nez cuivrés. Les vitres givrées d'arabesques retenaient au dehors l'obscurité de la
nuit et le souffle âpre de la bise. Jamais lit ne m'avait paru aussi confortable... Mais, dans mon corps inerte, l'esprit
vagabondait : mes pensées s'étaient échappées bien loin déjà, sondant l'infini comme la lueur d'un phare, égrenant le
chapelet des étapes dont cette journée serait faite. Qu'allait-elle nous réserver? Nous avions cinq glaciers à parcourir et,
pour en sortir avant la nuit, je calculais qu'il faudrait franchir la Fuorcla Sella entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Pour
cela, à midi déjà, le glacier de Palù devait être derrière nous. Serait-ce possible ? Question troublante, car personne ne
s'était encore aventuré en ski dans ces parages.
Ainsi mes pensées voguaient au loin, tissant les éventualités probables, jusqu'au moment où elles sombrèrent
une fois de plus dans les rêves. Mais ce ne fut pas long : d'un bond nous étions debout, rattrapant le temps perdu.
A 6 h. 30, nous quittions l'hospice. Du haut d'une fenêtre, une voix mutine nous souhaita bonne chance (viel
Gluck) et, avec la résonance de ces douces paroles dans l'oreille, nous nous mîmes en route.

. et presser le pas en prenant en écharpe des neiges que les avalanches avaient semées de blocs pareils à d'immenses émeraudes. Jamais les montagnes ne m'avaient paru aussi éclatantes. dans cette ombre. Lentement nous montions. Les heures s'écoulaient et. Le soleil était haut sur l'Italie . et ce fut un calme complet : plus un souffle d'air. Entre eux. Puis les gorges boisées s'engouffraient dans la vallée de Poschiavo. un croissant de lune mourait dans le noir du ciel.. Le sphinx gisait vaincu derrière nous. Derrière nous. t'avenue du glacier s'élevait en gradins magnifiques dans le bleu du ciel. Midi bientôt. les cimes et les brumes. Pour y descendre. où pendaient des corniches barbues. La première chute de séracs fut abordée par la gauche. Nous voguions en plein sud. contre les pentes du Cambrena. tout inondé par les rayons du soleil qui venaient de fuser derrière l'arête de Verona et nous invitaient à une halte.. très fines. Les séracs suspendus sur nos têtes interdisaient les jurons trop sonores. la dalle qui lui servait de plancher se couvrit pour le lunch. nous admirions ce monde fabuleux.. Fou de joie. des cimes et des glaciers innombrables luisaient comme dans une splendeur méridionale. nous reprîmes notre marche lente et régulière. à l'orée d'un monde nouveau. Que c'était beau. Nous avions traversé le lac et la petite plaine qui lui succède.. comme une gracieuse fossette. frappant de nos skis la neige durcie. en arrivant sur le lac. que nous montions sans nous en douter. Alors la marche devint lente. La neige était si haute qu'il fallut se baisser pour passer sous la conduite à haute tension qui traverse le col. Ce fut l'affaire d'un instant. vers la plus basse dépression de la ligne blanche. Stâubli esquissa une danse infernale sur le bord du précipice. L'ombre noyait encore le glacier et. puis nous passâmes sur l'autre rive en longeant un corridor neigeux dont nous avions déterminé la situation des hauteurs de Palpe Qram. l'épaule blanche du Pizzo di Verona s'incurvait doucement sur l'azur. Après une rude montée. Mais la pente s'accentuait et nos peaux de phoque avaient peine à mordre sur cette neige croûteuse. que c'était vaste et que tout cela brillait sous le soleil ! Quel contraste entre ces horizons lumineux et le sombre cloître d'où nous étions surgis. où les crampons mordaient à merveille. Herrgott ! Fut notre seule exclamation. très tendres. Nous évitions les zones de neige poudreuse pour rester sur les neiges durcies. Mais il nous restait encore bien des obstacles à franchir avant d'atteindre la ligne blanche et pure qui brillait làhaut sur le ciel. Notre route conduisait. Plus loin. dégoûtés de cette neige trop dure. Une bise âpre soufflait de l'Engadine. entre des tours de glace qui semblaient grimacer dans l'ombre. nous nous décidâmes un peu tard à fixer sous nos skis les crampons restés au fond de nos sacs. Des rochers en terrasse. Mais à quoi bon ? N'étions-nous pas bien ici ? Nous préférâmes donc admirer la vue qui s'étendait au loin. Tout là-haut. Il fallait s'élever en ligne directe pour ne pas déraper latéralement. Elle fut la bienvenue. il fit grand jour. Au delà s'ouvrait l'inconnu. Lentement nous sortîmes des ombres. Peu à peu. Puis. marquent la naissance de l'arête qui monte au Pizzodi Verona et domine un chaos de glace. Mais où donc étions-nous? Nous touchions l'extrémité d'un immense balcon glaciaire qui court au revers de la Bernina et domine toute l'Italie. nous atteignîmes enfin le premier plateau du glacier. Depuis le Pozzo del Drago (le puits du dragon). la ligne blanche s'abaissait insensiblement. Par une combe ouverte entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. des affres et du danger. où les chalets formaient un tas minuscule. Devant nous. là-haut. mais. où flottaient quelques brumes attardées. se demandant où pouvaient bien aller ces deux bonshommes. sur la rive gauche du glacier. les séracs prenaient des teintes d'opale.. le chaos s'apaisa. éclairant faiblement les crêtes. Laissant les chalets de Palû à main gauche. Couchés. et brusquement nous fûmes dans l'azur. les montagnes estompées semblaient nous regarder. lorsque l'aube se leva. fendillé de crevasses bleues. Stàubli lançait de joyeux yodels qui allaient se répercuter dans les parois du Pizzo di Verona. la pente fuyait brusquement vers le plan lumineux de l'alpe Palù. Dans la nuit. vers la vallée de Poschiavo qui baignait dans une brume laiteuse — ou bien. était-ce son lac enneigé ? Derrière le profil tourmenté de ses montagnes. sitôt après. les regards pénétraient par des coulisses profondes jusqu'à de sombres forêts et jusqu'en Valtelline. nous aurions eu tout le temps de suivre l'arête jusqu'au sommet du Piz qui nous dominait. dans la direction de l'Ortler. il fallut enlever ses skis.Il faisait nuit noire et nos planches clapotaient drôlement sur les pentes qui descendent jusqu'au lac. Une voie royale s'ouvrait devant nous. Mais tant de merveilles dans ce paysage distrayaient nos yeux. Arrivés dans la combe qui se creuse au pied du Carale. sur ces pentes rapides qui forment comme un entonnoir. à la lueur tremblotante de leur lanterne. Entre deux bouchées. et nous étions toujours sur le même glacier. nous nous dirigeâmes droit vers le glacier qui nous dominait maintenant de sa masse formidable. par ces gradins. rien que le rythme allongé de nos skis sur l'onde endormie. nous arrivâmes brusquement à la lisière des bois.. elle cessa brusquement. nous les rechaussions pour ne plus les quitter jusqu'à Pontresina. En route donc ! Après nous être encordés. Tandis que la neige fondait dans notre casserole. la pente s'adoucit et la ligne blanche se rompit devant le bleu du ciel. Jusqu'ici nous étions parvenus en compagnie de Casper Grass. et nous en profitâmes pour faire un joyeux déjeuner. et. mais régulière. songeant qu'il nous en restait quatre encore à parcourir. Puis il fallut appuyer à droite. Puis il me présenta plusieurs vieilles connaissances dont les têtes caricaturales se profitaient au loin. estompée sous un voile diaphane qui tamisait les contrastes entre les forêts bleues et les neiges éclatantes. au fond duquel est tapie Palpe Palù.

allumais ton cigare. à chaque angle de ce balcon magique. de toute la vitesse de nos skis. Lentement la nuit montait vers les cimes . Et quelle glissade : une fuite éperdue qui nous arrachait des yodels d'allégresse. réflexion des roches incandescentes du Piz Roseg qui flambaient là-haut sous l'ardeur mourante du soleil couchant. promontoire avancé qui nous cachait de nouvelles féeries. Il n'y avait plus un souffle d'air . pourquoi donc étions-nous seuls à contempler tant de merveilles? Ah ! si j'avais pu vous transporter là-haut. De l'Argient au Roseg. La corde fut reléguée au fond du sac. lugubre fonctionnaire. soit pour lever les yeux vers les parois qui nous dominaient. Vers l'occident. Puis venait une mer floconneuse. sa svelte silhouette détachée à contre-jour. de l'autre. s'étageait le chaos brouillé des Alpes bergamasques. Là-haut. Elle durait bien une heure sans qu'un mot fût prononcé. Bien loin dans l'échancrure du val Roseg. le soleil s'abaissait. nous allions comme des fous. Et cela tous les jours de la vie ! Pitié à toi. puis nous obliquâmes à gauche vers le cirque de Fellaria. l'étendue des neiges apaisées. dont le toit de zinc brillait deux cents mètres plus bas dans les rochers. que chaque jour. dont le torse se dressait dans le ciel. où la nuit tombait comme un voile. gros îlot rocheux. à la même heure. Une dernière fois. Nous suivîmes ce large dos glaciaire qui marque la frontière en s'élevant doucement vers les pointes blanches du Palû. on voyait briller les lumières de Pontresina. Tournant le dos à ces merveilles. une première glissade s'offrait à nous. Au moment où l'astre allait disparaître. déjà baignées dans les teintes mauves du crépuscule. isolant une montagne sublime. Ce fut une balade lente et paresseuse sur les neiges éblouissantes. Il n'y avait plus qu'à descendre. après tant d'heures de longue montée.. l'on eût aimé finir ses jours. Nous aurions pu nous arrêter ici et descendre à la cabane Marinelli.vers le sud... Sur les hauts névés du glacier de Fellaria. unique en son genre : la Disgrazia. il soulevait des nuées blanches qui allaient s'irradier un instant contre le soleil avant de s'engloutir dans les crevasses. leurs arêtes tourmentées s'enfoncent comme des vrilles dans le bleu du ciel . nous préférâmes poursuivre notre marche. 30. Le soleil s'abaissait rapidement. moirées d'ombres. je voyais entrer au restaurant et t'asseoir à la table voisine pour y faire ta partie d'échecs. interrompue seulement par la ligne bleue des Apennins. Mais pourquoi. et nous caressâmes amoureusement nos planches avant de les chausser. . soit pour jeter un regard vers le mur sombre de la Disgrazia où. trônant comme un autel sacré dans le ciel flamboyant. nous nous arrêtions. nous comprenant sans mot dire. Depuis tant d'heures nous tournions à ses pieds ! Encordés une fois de plus. Ce fut l'apothéose. tordant sa piste en larges christianias. Sans la moindre transition. laissant derrière nous le cirque de Scerscen et pénétrant du même coup dans les ombres du glacier de Sella. nous montions maintenant vers la Fuorcla Sella. et une promenade grandiose nous attendait.. Une courte glissade nous déposait bientôt au milieu du cirque supérieur de Scerscen. nous caressâmes des yeux le site grandiose que nous venions de parcourir si rapidement. fermé comme un amphithéâtre par de hautes et formidables murailles : véritable Eden où. A 4 h. déjà la Disgrazia était livide. bien haut dans le ciel. vous tous qui croupissiez dans le brouillard des villes! Toi surtout. Ainsi. Il nous fallait maintenant gagner la selle évasée entre le Piz Zupo et le Sasso Rosso. ce ne sont que falaises rocheuses et couloirs neigeux dont le relief s'accentuait sous la lumière oblique du crépuscule. nous passions sa vaste selle. et la partie commençait. les glaciers miroitaient à contre-jour comme des flaques d'argent en fusion. serré entre les glaces qui s'écroulent de tous côtés. Tu saluais ton partenaire. connaissant le terrain pour l'avoir parcouru trois jours auparavant. La neige était poudreuse et mauve. nous abandonnâmes nos coursiers à la pente : elle s'évasait doucement comme une anse polaire. D'un mauve foncé. Lentement. glissant sur les neiges étincelantes. Nous étions assis immobiles. puis un gouffre se creusait. nous contournâmes sa base et brusquement nous découvrîmes les deux glaciers de Scerscen dominés par les falaises dorées des Giûmels et du Roseg. dernier signe de vie dans ce cirque de neiges. Je le vois encore. c'était une féerie. De temps en temps. Mais à quoi bon? Grisés d'enthousiasme. un calme immense régnait sur la montagne. la première de la journée.. Puis nous prîmes la direction d'un cap rocheux. devenu chamois. Leurs neiges s'étendaient à perte de vue. Ivres de joie. Le vent du soir soufflait des hauteurs : en passant sur ces névés. avec les crampons. une collerette blanche encadrait la cime de la Bernina qui fit une courte apparition. c'était un nouveau coup d'œil sur des splendeurs inattendues. lentement. nous plongeâmes dans l'ombre. Tout là-haut.. Et quel contraste : d'un côté. Vu à contre-jour. Il fallait décrire un vaste circuit pour éviter les gouffres béants qui précèdent la chute du glacier supérieur. noire sur la houle incandescente. Virant entre les gouffres bleus des crevasses. Youhée 1 une fois de plus la voix de Stâubli éveillait les échos de la montagne. nous passâmes du glacier de Sella sur celui de Roseg. Faut-il tenter de décrire les scènes féeriques découvertes à chaque pas? Nous voici au pied du Zupo et de l'Argient qui dominent de leurs hautes falaises ces déserts neigeux. soulevant à chaque virage une nuée de poussière blanche. pauvre malheureux ! Avais-tu jamais songé aux régions lumineuses qui brillent au-dessus des brouillards? Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ceux qui nous ont fait connaître la montagne et ses merveilles !. nous parvînmes lentement sur le dernier col qui nous restait à franchir. les ombres s'allongeaient et des brumes violacées venaient flotter aux flancs de la Disgrazia. Nous ne pouvions nous lasser de l'admirer. une tache rosé fondait doucement sur la coupole de la Bernina. Plus d'une heure s'était écoulée.. au retour du Piz Glûschaint. Une légère brise vint nous tirer de notre extase.

descendre la petite combe entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. cirque rosé de Scerscen. 1911.. La descendre à pied directement est l'affaire d'un instant . On passe à peu près par le e de Vedrrtta di Palù et à l'ouest de la cote 3 068. Quant à moi. goûtant le contraste de leur grâce avec les visions neigeuses qui hantaient mes rêves. il 1 II est à souhaiter qu'une nouvelle édition du Bermnaskifûhrer soit accompagnée de la carte Siegfried avec des tracés plus rigoureux . Suivre alors la frontière vers le nord-ouest jusqu'à la courbe de niveau 3 480. publié en 1913 par le Club Alpin Académique de Zurich. Ici. basée sur l'Atlas Siegfried. puis. il manque décidément de charme. et sa face cuivrée contrastait singulièrement avec son impeccable smoking.. Par contre. on découvre parfaitement la route à suivre. Remonter la rive gauche du glacier jusque vers le 9 de la cote 2 789. Mais pourquoi ces deux orthographes différentes?). descendre sur le Lago Bianco et marcher en droite ligne jusqu'au Pozzo del Drago. bruissante. dans le tourbillon de la danse... une déception nous attendait : notre belle piste du Glûschaint avait été défoncée par le passage des traîneaux de bûcherons. la note technique que j'avais publiée à la suite de notre course (Alpina. De là. nous débouchâmes comme deux flèches dans la petite plaine qui s'étend au pied du glacier. située au sud de ce col. rêveur. Et quel contraste entre le silence de ces neiges et les ondes mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles !. femmes jolies. Il y a là une pente raide.. Sous la lumière des lustres. Cet itinéraire est également décrit dans ie Skifuhrcr durch die Bernina Gruppe. Cette moraine est mal dessinée sur l'Atlas Siegfried. Mais ce charme était fait de contraste. il y avait du charme en vous toutes. sur une neige légère. près du restaurant Roseg. où nous brisions notre élan par d'immenses christianias . On atteint ainsi à sa plus basse dépression l'arête frontière venant du Pizzo di Veroria (deux à trois heures). Le premier col atteint à l'ouest du PizzodiVerona (Veruna sur cette carte) s'appelle Passa ai Gambrè (nom qui doit provenir de l'alpe de Gembrè. cette journée allait se terminer comme les autres. peu après. Là. Pour eux tous. Se diriger vers la moraine latérale gauche du glacier de Palû (à droite en montant). et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces vers de Giacosa : Dio lega opposte cose. comme du reste toute la partie inférieure du glacier de Palû. suivaient volontiers le tourbillon des danseuses. II rigor délie nevi e la beltà delle rosé. dans le grand hall de l'hôtel. ce fut une dernière glissade.. On peut passer à droite ou à gauche de cette moraine. au pied même des rochers. de façon à atteindre l'endroit où elle se soude aux rochers du Carale. Mes regards erraient dans le hall. on se trouve sur un premier plateau (deux heures). La nomenclature a été revisée et considérablement augmentée : c'est le principal avantage de cette carte. les hôtes se pressaient vers la baie lumineuse où l'orchestre les invitait à la danse. on fera bien d'arriver à cet endroit avant que le soleil échauffe les pentes du Carale. mais très courte. je l'avoue. Voici. enfin. (Si l'on veut gagner la cabane Marinelli pour couper la course en deux. tout ce grand cycle commencé de nuit sur les plateaux ventés du col de la Bernina et terminé de nuit dans les sombres bois du val Roseg. aucune carte n'est jointe à ce guide. Ainsi notre itinéraire sur le glacier de Palii ne correspond pas à la réalité (1). elle bruissait comme elles sous nos skis. au 1/50 ooo. fatigués par l'éclat des neiges.Dans la combe mi-obscure qui descend de la Tschierva.. Le quatrième est connu de longue date sous le nom de Fuorda Sella ou Sellapass. on rechausse ses skis pour les garder aux pieds jusqu'à Pontresina. Ce dernier élan nous porta jusqu'au pont jeté sur la rivière. qui donne accès au glacier et. le tracé des routes (indiquées en rouge)n'est pas toujours exact. (Du premier plateau du glacier.. Entre eux et nous. Stàubli lui racontait les péripéties de cette longue journée. Une heure plus tard.) Se diriger alors vers] le col neigeux (Passa di Cambre) qui se découpe sur le ciel dans la direction sud-ouest. Plus tard. Le troisième (entre les points 3 083 et 3 323) : Passa Marinelli. quarante minutes). mais ils reflétaient des visions plus lointaines.. Voici maintenant notre itinéraire : de l'hospice de la Bernina. Et pourtant. le glacier fait une chute que l'on contourne à droite. le Verkehrsverein St-Moritz fit paraître une carte du skieur pour la Haute-Engadine et le massif de la Bernina. Entre les courbes 2 100 et 2 040. Sur l'autre versant. jamais ils ne pourraient évoquer ces souvenirs.. A 8 heures du soir. l'abîme ne m'avait jamais semblé plus immense. Le second (entre le Sasso Rosso et le Piz Zupo): Passe Ai Sasso Rosso (pourquoi pas dél Sasso Rosso?).. puis cette courbe elle-même jusqu'au col ouvert entre le Piz Zupo et le point 3 546 du Sasso Rosso (Passa diSasso Rosso .... Que de merveilles entrevues. une robe surtout avait captivé mes regards : elle avait cette couleur mauve des neiges où nous glissions au crépuscule et. Ils n'avaient pas vu ce que nous avions vu . Malheureusement. autant que là-haut sur les solitudes glacées. et ce fut le seul trajet ennuyeux de toute k course. 22) et qui ne sera peut-être pas inutile pour préciser notre itinéraire. apothéose violacée de Sella. Plus avant dans la saison. mes yeux. mais de nuit après treize heures de marche presque ininterrompue. laisser à droite le col 3 247 par où l'on est tenté de passer et remonter légèrement vers l'ouest pour redescendre ensuite et doubler l'extrémité verticale de l'arête sud du point 3323 (Passa Marinelli : trente minutes). nous déchaussions nos skis devant la porte du Kronenhof. Oui.. De jour. descendre en lacets le glacier peu crevassé de Fellaria . entre l'aube et le crépuscule de cette étonnante journée : cascades opalines de Palii. pour terminer. je l'écoutais. J'avais repris mentalement le chapelet des étapes. piquant droit. que de choses reçues. On arrive au haut d'une pente boisée et rapide qui domine la plaine de l'alpe Palii. sitôt après. le val Roseg est merveilleux. nous fêtions la réussite de notre belle randonnée en trinquant à la santé de notre ami Casper Grass. comme chaque soir. blancs névés de Fellaria.

filer en droite ligne jusqu'au restaurant Roseg (une heure un quart). il est bon de se diriger d'abord vers le nord. du côté de PAguaglious. Dans la partie inférieure du glacier. avec les haltes. au sud de la Punta Marinelli.est préférable d'y parvenir par le glacier de Caspoggio.). en passant le col ouvert immédiatement au nord du point 3083. De là. Pour accéder à la Fuorcla Sella (3 304 m. restant au milieu du glacier.) On découvre alors le glacier supérieur de Scerscen. on peut descendre un bon moment avant d'apercevoir les crevasses. qui sont du reste bien dessinées sur l'Atlas Siegfried. puis de suivre la courbe de niveau 3090. sur lequel on arrive après une faible glissade. puis par le col de Vadret a. . Roseg. éviter la région du point 2469 et passer bien à droite. on décrit quelques lacets (une heure un quart). on peut. En raison des crevasses cachées. De l'hospice de la Bernina à Pontresina en treize heures et demie. Sur l'autre versant.

au milieu des plus beaux glaciers valaisans. au pied du Gothard. tout juste un chemin muletier. (Association of British Memoers of thé S. l'intimité reposante de cette demeure. Par un hasard inespéré. suivant les caprices de la Viègeet malmené par l'hiver. trois hivers qu'elle attire les fidèles. Othrnar. le transport de nos provisions obligeait notre porteur — Oscar Supersaxo — à faire deux voyages. toute la maisonnée est remplie de braves gens. A. tant de merveilles culinaires . dont l'un avec nous. le vieux poêle. la face toujours souriante. C. vol. sa large cime profilée sur le bleu du ciel et son immense glacier étalé au soleil. par de savants détours. et un air frais exquis agrémentèrent notre montée. le soleil entre gaiement dans la chambre par toutes les fenêtres et vient caresser le tapis et les vieilles boiseries. Une fois de plus. Il débutait par ces lignes : « Oscar Supersaxo (der Skikonig von Saas) aurait trouvé dans les pages de votre revue une place tout indiquée pour célébrer l'heureux avènement de cette nouvelle cabane et la beauté des montagnes qui l'entourent. C'est à peu près la seule façon de franchir aisément la grande chaîne du Fletschhorn et .). S. c'est moi qui prends la plume et qui déchirerai le voile.petite satisfaction personnelle . 85 sq. ils ont pris la peine d'explorer les montagnes en hiver pour pouvoir y conduire leurs touristes. des guides pareils. ou le bruit intermittent d'une hache. lorsqu'on descend des glaciers. ce vieil Alphubel. et. Voici trois ans qu'on l'a inaugurée. là-haut. il a su atteindre aux cimes blanches qui couronnent le grandiose amphithéâtre de Saas. L'air frais des neiges pénètre par bouffées. et toujours prêts à partir. en effet. de là. la table ronde.4. Or.CHAPITRE XI AUTOUR DE LA CABANE BRITANNIA (1) Saas ! C'est bien loin. Et Supersaxo nous le cache? Pourquoi donc? Serait-il devenu jaloux en voyant ses trésors découverts? Son silence prête à le croire. qui vous attend sur le seuil de sa porte et vous introduit si simplement dans son antique demeure. S. Il ferait tout naturellement l'autre en compagnie de Mitten. où l'on respire la quiétude et la paix. Une vie intense palpite dans l'air et. En quelques pages sobres. il fait bon se soustraire un instant à l'éclat des neiges et retrouver. Le vieux papa Augustin se promène à petits pas.nous avions été licenciés le même jour. Augustin Supersaxo. 2 Cet itinéraire est décrit au chapitre IX. A. Comme deux col s. où viennent s'entasser. C'est lui.) en reconnaissance de l'hospitalité qu'ils reçoivent dans les cabanes de nos Alpes. Du reste. O DU NACHFOLGER MEIN + 4. 242. la « saison morte » transformée en un temps de saine récréation. que de souvenirs elle évoque en moi ! Voici le fameux canapé. p. propres à lui faire comprendre qu'un jour d'oisiveté à Saas serait évidemment chose fort agréable. offrant largement l'hospitalité de son toit et ouvrant bien grande la porte d'un paradis d'où l'on peut monter sans façon sur quatre trônes de 4 ooo mètres. que la grande chaleur de midi fait tomber du toit . le visage brûlé et les yeux fatigués. descendant tout droit de l'Alphubel. Un grand soleil. une fois là-haut. En arrivant à Saas (le mars 1915). GERICHT UND EWIGKEIT + UND HALT DICH BEREIT ZUM STERBEN ALLEZEIT + + Au reste. Sur une poutre. devisant sagement sur la montagne et sur les gens. entreprenants. rivalisant de séductions avec la Bétemps et la Concordia. car ce sont ses montagnes et il s'y promène en roi comme autrefois Marcus Paltram sur les glaciers de la Bernina. p. puisqu'il n'en veut pas sortir. nous avions choisi un itinéraire évitant le long thalweg de Viège à Balen et conduisant à Saas par le Sim-plon. nous avions trouvé un télégramme de Mittendorff (dit Mitten) annonçant son arrivée pour le lendemain et nous priant de l'attendre pour monter à la cabane Britannia. Annuaire de l'Association suisse des Ski-Clubs. il a gravé en grandes lettres ces pieuses paroles : GEDENKE.. Mais. où l'on enfonce délicieusement ses fatigues . elle lui reste confiée et fut inaugurée solennellement le 17 août 1912. mon ami de Choudens (dit Chouchou) et moi attribués à deux armes différentes . . Il est comme l'âme de cette demeure. Il fut décidé d'utiliser les premiers beaux jours de notre congé par une visite à cette fameuse cabane Britannia. et d'un accès peu commode. direz-vous. vous en trouverez peu dans tout le Valais : hommes intelligents dont les efforts tendent à vulgariser le ski et à l'appliquer sur les glaciers. On ouvre l'une des fenêtres et l'on entend la joyeuse mélodie des gouttières. La nuit tombée. mais qu'une telle relâche n'avait jamais été prévue au programme. et voilà trois gaillards. Cette chambre basse et gaie.+ 4NUR EINMAL WIRST HIER UBERNACHT SEIN + + + GEDENKE STETS AN TOD. «La cabane qu'il avait longtemps rêvée se dresse maintenant sur le rocher de l'AHalin. dans son coin. Cet excellent Mitten venait tout naturellement compléter le trio habituel. par le Sir-wolten et le Simelipass (3 028 m. la lampe épanche sa douce lumière sur la nappe.). il nous a raconté le réveil de son village au milieu des neiges. dans la vallée d'Entremont. qui cherche à fendre le mélèze rebelle. Je suis étonné qu'il n'en ait pas profité. Il a guidé vers elles les premiers skieurs. mais vibrantes d'enthousiasme. les folles glissades. sur une nappe blanche. Pas de voie ferrée. la poste nous avait transportés (pour trois francs !) de Brigue à l'Hospice et. Le récit qu'on va lire a été publié dans le Ski. le lendemain vers midi. comme une oasis. Heinrich. là-haut. XI. Pour plusieurs raisons. A. presque à la même heure. quelle solitude et quelle tranquillité ! Et quel accueil surtout ! Je me réjouis chaque fois de serrer la main du vénérable montagnard. Ses skis ont fendu les premiers de leur proue les neiges vierges du Feegletscher et.cette traversée réunissait définitivement les traces de mes skis entre Bourg Saint-Pierre. Chouchou et moi partions pour la cabane après avoir laissé à Mitten quelques lignes. enguirlandé de molletières et couronné de nos laupars. Construite par les soins de la section genevoise du C. et Airolo. que l'on aurait pu 1 La cabane Britannia est située à 3 030 mètres d'altitude. Désirez-vous un guide ? un porteur ? Papa Supersaxo entr'ouvre la porte et appelle ses neveux : Oscar. Et pourtant. sur la selle ouverte immédiatement à l'ouest du Klein Allalinhorn (3 077 m. nous étions arrivés sur nos skis à Balen ( 2). je suis revenu à Saas. pas de voiture postale. Elle fat offerte au Club Alpin Suisse par l'Association des membres anglais du C. C'est très loin. flamboyant dans l'azur. De jour. robustes. les joyeuses parties.

je les observe d'un œil sympathique. l'autre sur une selle entre le sommet et le point 3 607. la chaleur (évidemment très relative) de la cuisine s'y précipite. très propice au sommeil. celui-là à son Abendschopp. impassible en apparence. justement proportionnés aux conditions de la montagne en hiver.. L'habitude aidant.. Aujourd'hui. Vite. la cabane Britannia est devenu le but prêferee des skieurs dans les Alpes valaisannes . Comme souvent lorsqu'on est en ski. et il règne bientôt dans les deux pièces une température égale. C'est ainsi que nous prîmes possession de la cabane Britannia. On dort fort bien à Britannia et l'on ne s'y lève pas trop tôt. La joyeuse vie de cabane reprend de plus belle. vous pouvez vous dire enfin : nous voilà chez nous et personne ne viendra plus nous déranger (1). si bien harmonisés aux bruits de la montagne. l'une aboutit au Feejoch. Mais il ne se passe rien du tout : c'est la grandiose nature. que nous avons passé des heures inoubliables. se heurte maintenant aux objets familiers meublant un refuge. la lumière s'assombrit. les souliers qui sèchent près du tuyau. et mon ami dort profondément. dans la ville fédérale. Elle fut explorée par les frères Super-saxo qui lui préfèrent finalement celle du glacier de Fée.). les pipes s'allument. le feu s'éteint. en fumant sa pipe. plus directe. Le temps. les quatre trônes sur lesquels nous espérons bien monter tour à tour. nous pouvons nous coucher. Nous avions adopté un ordre du jour qui consiste à partir quand on est prêt et à rentrer à la cabane au plus tard pour le thé de l'après-midi. Une bruyante activité. La conscience tranquille. et surtout les monceaux de provisions jetées sans ordre sur toutes les tables. la route la plus directe est la moins recommanda blé.. Laquelle de ces inconnues faut-il éliminer en premier lieu ? L'hésitation n'est pas longue. Ils sont évidemment tardifs en comparaison de ceux auxquels nous astreignent les guides en été . et quêtent une miette de subsistance. Sans la moindre fatigue et sur une neige parfaite. la douceur des victoires et l'espoir des lendemains. en méandres dans les moraines.). que l'on étanche avec force tasses de thé. Après quoi. Ils ont épie notre arrivée. toujours immobile à vos yeux. Nous nous décidons pour F Allalinhorn. Un rayon de soleil attardé éclairait sa charpente neuve. Quel délice de se balancer doucement dans un hamac. plaisirs coutumiers de la vie citadine. on franchit tout naturellement ie seuil et l'on passe sans transition dans un intérieur confortable. Une douce béatitude vous envahit. Supersaxo ne tarda pas à nous quitter pour redescendre à Saas : Chouchou et moi restions maîtres et seigneurs. En hiver seulement et dans un site comme celui-ci. Vous ne remuez pas d'idées compliquées et vous n'êtes point soucieux de l'avenir. un ciel d'émeraude où vont bientôt scintiller les premières étoiles. nous suivîmes la trace de Supersaxo. à mon sens. sur lesquels on lit pourtant la satisfaction de pouvoir un instant jouir de sa liberté. Entendons-nous. Le fourneau. Ainsi. les choucas Be sont retirés dans les trous où ils nichent . monté si haut dans l'immensité des neiges. comme deux aigles dans leur nid. où le regard. par la fenêtre. au delà. comme le soleil de la brume. mes amis ! J'ai faim rien que d'y penser. ce qui se passé. sous une forme si franche et si avenante. Visages indifférents. Pour cette course. l'autre. votre pipe et le cigare de votre ami se chargent bientôt d'enfumer l'atmosphère et la rendent propice aux rêveries. à l'aller comme au 1 1915 Actuellement. puis revient. augmentant l'impression de quiétude et de bien-être qui vous envahit lorsque. et chacun s'ingénie à perfectionner le menu du souper. dans l'abîme. on n'en parle pas : il est officiellement au beau . en lançant dans l'air froid leurs cris rauques. par le Hohlaubgletscher . chacun s'empresse de quitter son bureau et refait. la main à portée d'une tasse de thé bien chaud. réalisent de leurs ailes la mobilité la plus parfaite. et ces pensées s'en vont à leur gré. le glacier envahi par les ombres du crépuscule . dans l'intimité de cette petite cuisine. et quelle belle soif il s'ensuit. vous descendez 'pour voir un peu. excitée parla faim. et de considérer d'un œil rêveur le feu qui pétille dans le fourneau. Lorsque votre pipe est éteinte.. et quatre heures après avoir quitté Saas. contigu à la cuisine) . bien qu'elle oblige à passer l'Egginerjoch (3 009 m.). La discussion roule donc sur les quatre inconnues : Alphubel. d'autres fois. puis notre installation. engagé dans un passage difficile ou sur quelque plaque sans prise. d'environ — 4° ou — 5°. Vingt minutes plu s tard. le chemin où l'on rencontre toute l'année les mêmes visages. puis sur le glacier. pour l'Allalinhorn (4 034 m. qui glissait tantôt sur un désert illimité. Quel appétit. on remonte dans les hamacs et l'on devise sur l'emploi du lendemain. ces oiseaux noirs et mystérieux qui. Aussi les départs sont-ils tardifs. celui-ci à son rendez-vous. Six heures ! C'est l'heure où. C'est là. il faut rallumer le feu et préparer la soupe du soir. si mesquins en face des joies que nous offre la montagne Le soleil a disparu derrière l'arête glacée . et à travers l'échancrure de l'Egginerjoch (3 009 m. ayant préalablement admis la supposition suivante : Mitten est un habitué de Saas : il aura sûrement fait l'Allalinhorn et n'aura aucune envie de le refaire. La brume flotte un instant. vous avez le choix entre deux routes : l'une par le glacier de Fée . je maudissais leurs cris énervants et leur vol vertigineux. Rimp-fischhorn et Strahlhorn. La cabane enfumée devient obscure et le thermomètre descend au-dessous de zéro.augurer très chaude. on arrive par une marche de flanc à la cabane Britannia. une arête ondulée montant vers la lumière . qui surgissent du souvenir. en plein midi. Un bon coup de poing réveille Pendormi. Allalinhorn. partagées entre l'amitié et la rêverie. alors que. mais ils sont. qui berce la paresse de l'esprit. nous avons quitté la cabane à 8 heures du matin et nous étions de retour à 3 heures. l'usage du réveil-matin n'étant pas encore monté jusque là-haut. les pieds dans une couverture. Vos pensées se revêtent de visions. On ouvre la porte de la « glacière » (c'est ainsi que Chouchou désigne le dortoir des guides. pour la quatrième fois de la journée. — Voici pourtant deux choucas. un peu de glace mordorée . on rencontre subitement l'hospitalité. dans ce monde immobile. se déploie autour du fourneau. Chacun s'en va. Tout en bas. c'est un facteur constant et désormais connu.

Mitten faisait plaisir à voir. jamais monté à l'Alla-linhorn. en l'occurrence. La vue est bornée. ce jour-là. depuis longtemps. nous avions manqué l'ascension de PAlphubel. l'allonger de serpentines. Mais le charme de cette course réside avant tout dans la glissade. la neige est presque toujours excellente. La joie pétillait dans ses petits yeux et. et j'eus l'horreur de constater par de vaines recherches que ni lui. Chouchou et moi avons franchi ce col cinq fois en trois jours et. p. le 3 avril 1912. il nous adressa d'amers reproches sur notre façon peu courtoise de le précéder ainsi. après une rude montée. mais c'est merveilleux. l'inclinaison de la pente très favorable : on peut donc sans crainte suivre à toute allure la piste tracée à la montée ou. cachant précisément ce que l'on voudrait voir. ce fut lui qui s'avança le premier sur la neige vierge et poudreuse. qui cherche souvent à jouer de mauvais tours. on zigzague sur une pente rapide et crevassée où l'emploi de la corde est de rigueur. lorsqu'il fallut quitter la piste de la veille.la neige étant presque toujours durcie par le vent. chaque fois. surtout par celui qui ne porte pas la bouteille. et il est bien rare qu'on puisse les franchir en ski plus facilement qu'à pied. Mais on ne fait que croiser cette trace imaginaire. cette année. pour se rapprocher davantage encore du banc rocheux qui déchire d'un trait noir tout le glacier de Fée (des hauteurs de l'Alphubel jusqu'au point coté 2991). nous nous sommes attardés à contempler l'aspect toujours nouveau des glaciers. derrière une corniche. ni Supersaxo n'avaient emporté la précieuse liqueur. toutes au même instant. la montagne était. Mais n'essayez pas de spéculer en passant juste au pied nord du Hinter Allalin : il y a là une pente que vos skis ne franchiraient pas. Lorsque vous êtes sur le Feejoch. au crépuscule. je n'avais plus de plaques photographiques. si justement définie par Chouchou : « C'est lourd. jouait sur la crête des Mischabel et se condensait en masses floconneuses sur les glaces de l'Alphubel. au moyen des bâtons et chargés des sacs. changeant brusquement d'humeur. A l'abri de ces 1 2 Veste en toile à voile.retour. lorsque mon ami Odermatt et moi étions descendus de l'Alphubeljoch sur Saas. Qui donc avait inventé cette légende ? J'interrompis à propos la discussion pour lui demander où se trouvaient les trois décis de kirsch dont j'avais recommandé l'achat. En avril 1912 déjà. mieux encore. j'ai pu me rattraper. comme elle nous avait saisis le premier jour. Puis. nous trouvâmes Mitten qui venait d'arriver. paraît-il. tamisant l'éclat des neiges et jetant sur la blancheur laiteuse des glaciers ces ombres mouvantes et bleues qui rôdent mystérieusement dans l'immobilité. Puis chacun chausse ses crampons et s'en va à son gré. Il n'est pas nécessaire de descendre toute la pente du col vers Saas : on peut passer au pied d'un rognon rocheux où l'on traverse une crevasse (ou plutôt une rimaye) généralement couverte. N'empêche que ce rien est très goûté. plus considérable encore que le premier. 1912. pour se diriger vers notre sommet. Après avoir traversé un désert éblouissant. J'ai dit en deux mots (2) comment. Il nous apparut souriant. notre trio. Lorsque. ça prend de la place et il n'y a rien dedans ». En rentrant à la cabane. le chemin (pointillé sur la carte) qui vient de Saas par la Lange Fluh. le matin aux premiers feux. La question de l'Allalinhorn fut désormais classée et nous pûmes discuter tranquillement notre prochaine visite à l'Alphubel (4 207 m. on arrive trop vite au pied de l'Egginerjoch. On procède alors au « changement de décors » habituel : les skis sont solidement ancrés. Ayant doublé le deuxième îlot rocheux en passant sous quelques séracs. C'est l'occasion de sortir la thermos. comme si j'avais parlé turc. Sur cette branche orientale du glacier de Fée. puis l'on monte dans la direction d'un autre rocher. . Un peu de brume.). La pente du Feejoch exige ensuite quelques zigzags. Malgré tous les virages.) à droite. pour avoir quitté la Tâschalp de trop bon matin. Dans la pure clarté du matin. Tous les deux sont marqués sur la carte. avec beaucoup de bonne grâce tout d'abord. Il me considéra vaguement. brillant au soleil comme un formidable casque phrygien. le 14 mars. et il reçut immédiatement les marques très vives de notre sympathie (ce qui. a plat sur la neige. en compagnie de Supersaxo et de deux jeunes skieurs de Saas. au milieu des amas de provisions qui l'entouraient. il vous reste encore 200 mètres à gravir pour atteindre le sommet de l'Allalinhorn. nous avions été frappés par la beauté remarquable et la diversité des sites qui entourent l'Egginerjoch. Il n'était. ainsi désignée par nous à cause de son odeur désagréable. Odermatt et moi. on n'a plus vu les grandes Pennines et qu'elles surgissent ainsi. Un vent perçant vint troubler notre extase. On endosse alors la puante (1) et l'on se résigne à déjeuner selon ses goûts et son appétit. Il accourt généralement du côté où la vue est la plus belle et vous oblige à vous retrancher derrière quelque corniche. Seul l'Allalinhorn domine ce beau désert de neige. plus merveilleuse que jamais. il faut bien un moment pour les admirer et retrouver dans sa mémoire tant de noms aimés. et l'on rejoint ainsi. mais. ne quitta la cabane qu'à 8 h. qui souffla ce jour-là jusqu'à midi. Une demi-heure suffit pour atteindre le sommet et quinze minutes pour en redescendre. 30 pour traverser une fois de plus l'Egginerjoch et suivre la piste déjà familière sur le glacier de Fée. Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. La grandiose beauté des montagnes l'avait saisi brusquement. 53-54). limitée par les deux hautes arêtes descendant de l'Allalinhorn à gauche et du Feekopf (3 912 m. nous avait interdit le parcours de l'arête qui monte du col au sommet. On ne viendra donc pas nous traiter de « flemmards » si j'avoue maintenant que. Il avait préparé du thé bien chaud et il se mit à nous le servir. effilochée par la bise. Cette fois. on débouche alors dans l'immense arène du Feegletscher. Le vent est un visiteur importun. une halte s'impose. C'est court. Sur le col. signifie une bonne bourrée decoups de poing). La violence de la bise. et nos meilleures photos proviennent de cette région. les crevasses très peu nombreuses. instruit par l'expérience. et surtout le soir.

la première ascension hivernale du Rimpfischhorn fut réussie en 1893. les skis filent où la volonté les dirige. sur cette face de la montagne. ce jour-là seulement. à 8 heures du matin. telles des âmes en peine.) fut l'objet de notre discussion. Au sortir de ce labyrinthe. Depuis lors. n'est pas une raison suffisante pour ne pas tenter l'ascension de l'Alphubel. par Hermann Woolley (de l'Alpine Club) et les guides Gabriel et Joseph (junior) Taugwalder. arrosant ce que chacun dérobait sur les tables d'abondance. Bruissant sur la neige soyeuse. Je m'étais mis en route sans beaucoup d'enthousiasme . nous avançâmes en ski jusqu'à la grande rimaye qui coïncide. L'élan est si formidable qu'il nous porta sans faillir dans notre trace de l'Allalinhorn et celle-ci jusqu'au pied de l'Egginerjoch. Malgré les indications de la carte. la première ascension hivernale du Rimpnschhorn et en tout cas la première à l'aide des skis ( 1). de toute leur hauteur et. On se dirige ensuite vers un petit col anonyme. Au crépuscule. de l'autre. La descente nous offrit quelques visions fantastiques de glace. jusqu'au souper. et. Dame Nicotine revendiquait avidement tous les droits qu'elle avait dû abandonner durant la course. C'était. et. à la fin de mars 1912. nous restâmes longtemps à contempler le Feegletscher. décuplée par la proximité du danger et par la tension de toutes les facultés. de brume et de bleu . Si l'épaule était cotée. elles resplendissaient à contre-jour sur le ciel d'Italie. comme il semblait ne pas vouloir risquer de nouvelle apparition. ses vapeurs devinrent rosés . je crois. on verrait qu'il y a quatre ou cinq courbes de niveau de trop dans le dessin. au retour de Vallala (comme dit l'ami Sillig). C'était aussi l'heure où. Le jour précédent. pour se condenser plus bas sur le glacier.) à cause d'une brume légère qui se condensait sur la neige et ne s'évaporait que plus loin. avec une courtine de glace dont la traversée ne semblait possible qu'en un point. l'immense avenue du glacier s'élève insensiblement vers un col idéalement beau 1 Comme je l'appris plus tard. La vue fut presque nulle. mais. A la cabane. nous savourions la douce satisfaction de la victoire et forgions de nouveaux plans pour le lendemain. en effet. « Bien dit ! » s'écria Chouchou en achevant son dernier télémark. coupé net du côté de Zermatt et dont nous eûmes quelque peine à trouver le point culminant (4207m. Sur le col. En examinant la carte de près. il fallait louvoyer adroitement entre les gouffres béant sur notre route et réussir les virages aux bons endroits. mais. Quant à moi. où on peut s'élever sans danger. Peu à peu. Je compris. On commence par descendre sur le glacier de Hohlaub par une pente rapide. et je ne pus m'empêcher de comparer cette exquise promenade à celle que nous fîmes un jour. Montée en douze heures. Chez mes compagnons. On laisse les skis à cet endroit. à pied naturellement. Le sommet est un vaste plateau. C'était précisément le sommet que nous aurions désiré voir .roches et au creux d'une combe. ce trajet s'accomplit en ski sans le moindre obstacle. Mais la carte est fausse à cet endroit. Les sites grandioses du glacier d'Allalin et les névés éblouissants de Fellaria ou de Scerscen présentent. En effet. partant de la nouvelle cabane Britannia. le Rimpfischhorn hasarda un instant sa corne noirâtre hors du brouillard. situé immédiatement à l'ouest du point 3150 et par lequel on passe sur le glacier d'Allalin. le retour était régulièrement fêté par un hé fort joyeux où la boisson coulait à flots.) et remontant jusqu'à l'épaule même du sommet. je fus saisi par la beauté nouvelle de ces montagnes : elles nous dominaient d'un côté. C'est un jeu excitant et voluptueux qui finit par griser. nous primes la trace du retour. on est peu contemplatif et chacun s'abandonne au plaisir de la glissade. et cette volonté. Descente en cinq heures. avaient ouvert une nouvelle voie traversant PAllalin-pass (3 570 m. sur la surface unie du glacier. une fois les skis aux pieds. Très haut dans le ciel. Au pied de cette muraille. Puis. Notre plan de campagne se déroulait avec une régularité presque monotone. à 4 000 mètres environ d'altitude. A main droite et si près qu'on pouvait la toucher. comme trois pingouins sur une banquise. qui nous entourait de son suaire. Ce soir-là. le désir d'en faire l'ascension était évident et bien naturel. Seul. Le 15 mars. que la bise. Nos yeux devaient garder longtemps cette vision. La neige favorisait toutes les audaces. Si elle rend impraticable l'arête du col. Partis de la Tàschalp. j'avais déjà gravi le Rimpfischhorn en compagnie de mon ami Odermatt. mes compagnons m'entraînèrent à la conquête de ce sommet. puis elles fondirent lentement. vous objecterez peut-être que la pente conduisant à cette épaule est d'une raideur excessive. la suivant à pied. nous avions terminé la course sur une neige très dure et des rochers absolument secs. Malgré la dureté soudaine de la neige. nous étions montés par le glacier de Langenfluh à la longue arête occidentale. le Rimpfischhorn (4 203 m. . le 17 janvier. l'air absolument calme. l'Alphubel fumait toujours comme un volcan de laves blanches. mon ami Stàubli et moi. Ici. de Zermatt. ou nous nous laissions bercer en oscillations régulières. si forte soit-elle. où elles restèrent un temps à rôder. mais. nous filions en ligne droite. la formidable paroi de l'Allalinhorn se dresse comme les falaises tourmentées du Zupo et de l'Argient : le soleil joue dans ses roches fauves et ses couloirs blancs fuient tout droit dans l'azur. à mesure que nous montions. dans nos hamacs. nous fîmes une halte délicieuse et un gai déjeuner. Je me hâte de dire que c'est bien la meilleure reute. on surmonte ce dernier obstacle. dans le bleu. les frères Supersaxo. lorsqu'on utilise ce refuge comme point de départ. juste au-dessous de la cabane. Le temps était parfaitement pur. le même charme et la même pureté. on débouche en ligne droite dans la plaine immaculée du glacier. il reste encore le versant oriental. la chaleur délicieuse. chaussé de crampons. par la route ordinaire des Rimpfischwange. règle les mouvements avec une précision qui étonne et rend plus audacieux encore. autour de la Bernina. il est plus merveilleux encore que dans la clarté matinale : lorsque les ombres s'allongent sur ses flots blancs et qu'elles accentuent le relief de ses vagues. le dos tourné au vent.

A 9h30 seulement. relié au point culminant par une courte arête. Mais ceux-ci ne l'entendaient pas de cette oreille. Ce soir-là. à 3800 mètres d'altitude.50 à 14h. On escalade une sorte de côte. tout de neige et de lumière. Chouchou. nous quittions Britannia. au creux de cette selle . mais chaque soir. Nous nous contentâmes d'admirer ces fiers ciéneaux et nous poursuivîmes notre chemin. au pied du Mont Rosé : longue course qui nous obligeait à franchir l'Adlerpass. et il me fallut les suivre. dans notre discussion nocturne et enfumée. Il s'était produit en moi comme une scission entre la machine humaine actionnant le mouvement de 1 II est intéressant de comparer les horaires de mes deux ascensions ait Rimpfischhorn : 31 mars 1912: départ Untere Tàschalp : 4 heures . Malgré le soleil et les lourdes charges.— l'Adlerpass — ouvert entre le Rimpfischhorn et le Strahlhorn. Dans la clarté matinale.. on peut s'élever ensuite. Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas laissé nos skis sur ce col. et Ton sonna la retraite très tôt. nous déjeunions tranquillement sur l'Allalinpass (3 570 m. je n'hésitai pas à me déclarer partisan de l'action.). Le lendemain à 6 heures (à 6 heures 1).50. l'air était si calme et le soleil si chaud. d'anéantir ces amas de victuailles à coups de grands festins. Nous étions si bien installés. il n'admettait pas de relâche avant l'exécution intégrale de notre programme. qui forme la rive droite du couloir et aboutit au premier sommet. toujours en ski. emportant sur nos dos de formidables laques. Deux heures après avoir quitté Britannia. avec sa haute paroi de rocs et sa crête déchiquetée . le lendemain. où les neiges festonnées se découpeat sur le ciel lumineux de l'Orient. bon gré mal gré. Chouchou se mit à remonter le couloir principal dans toute sa hauteur. Pour concilier mes amis. et le moins possible sur nos dos. bien sagement. deux géants qui ne manquent jamais leur effet et dont la proximité est toujours intéressante. elle était vraiment séduisante. 10 à 9 h. Mitten vint nous réveiller. arête occidentale (3 320 m. l'air était aussi calme que sur le glacier. Derrière les ondulations et les blanches épaules du Fluchthorn. Mitten sembla se résigner. qui lui arracha de puissantes exclamations. chacun faisant valoir son point de vue. On en dit beaucoup de mal. toujours fatigante. cette belle humeur? Il fallait en profiter. notre trio fut réuni en conseil de guerre. Une seule journée bien remplie suffisait à compléter l'exploration que nous nous étions proposée des sommets entourant la cabane Britannia. C'est pourquoi. séparé du point culminant par une série de gendarmes où résident évidemment toutes les difficultés de la course. et rien ne troubla la contemplation d'une vue sans nuage (1). de ces victuailles encombrantes. on apercevait jusqu'aux moindres détails. Si vraiment nous avions été fatigués. en nous annonçant que le chocolat était servi. 20 . Mais jusqu'à quand durerait-elle. l'apparition vaporeuse d'une montagne telle que la Disgrazia manquait à mes yeux pour compléter l'analogie de ce décor avec les siteà de la Bernina. sommet : 12 h. Mitten. 15 mars 1915: départ Britannia: 7h. en attendant le retour de mes camarades. après trois longues heures de nettoyage. en face des montagnes de Zermatt. le regard échappe enfin à l'obsession de cette enceinte titanesque et glisse vers un horizon plus tranquille. et ce fut l'occasion d'un joli travail au piolet. lui. environ) : 8 h. et il traitait familièrement Mitten de « dix-huitième de boue ». 55. Il s'agissait de résoudre le grave problème du lendemain. avant de prendre la direction du Rimpfischhorn : on évitera ainsi une marche de flanc. tant pour nous restaurer que pour admirer la soudaine apparition du Moat Rosé et du Lyskamm. Sattel: 12 heures à 12h. Un plantureux souper occupa cette dernière soirée. Un privilège rare nous récompensa : à 4203 mètres. l'autre. Jusqu'ici. Précédant mes compagnons de quelque distance.50Allalinpass: 10 heures à 10h. sommet: 13h. Nous avions beau faire bombance chaque jour. je fus précipité dans une mare d'eau grasse. éblouissant dans le ciel bleu. en compagnie de couteaux. Perdus dans la fumée de nos pipes. la descente en ski nous délassait et la fatigue disparaissait comme par enchantement. Ils étaient presque aussi secs que lors de ma première visite. disait-il. farouche et sombre. ce jour-là. que conservait le souvenir brumeux de l'Alphubel. Si la neige n'est pas trop dure. Il est bon de descendre une centaine de mètres sur le versant occidental du col. Seule. Or. Nous fîmes là une longue halte. La nuit fut agitée : emporté par une avalanche où les boîtes de conserves voisinaient avec les oranges et les saucisses. Uae bonne demi-heure s'écoula. j'avais l'illusion d'avancer seul sur le gkcier immense. s'il n'avait eu le visage barbouillé de lanoline. autour du petit fourneau qui ronflait gentiment. la montée fut très agréable. jusqu'à l'épaule du sommet . La perspective de traverser l'Adlerpass avec une charge de vingt kilogrammes sur le dos ne l'effrayait nullement. Ce brave Mitten ! je l'aurais bien embrassé. dont les rochers nous renvoyèrent l'écho. il est vrai. proposait un jour de repos afin. au retour. ne perdait pas un coup d'œil. et dans nos cœurs le souvenir des moments inoubliables passés sous son toit. où flottaient des macaronis et des croûtes de fromage. Je ne regrette pas d'avoir poussé une seconde fois jusqu'au sommet. nous aurions facilement trouvé une quantité d'excellentes raisons pour adopter la solution du repos et des grands banquets . Suivant mes conseils. de fourchettes et de cuillers. les provisions qui encombraient les tables semblaient à peine diminuer. Britannia: 16h.35. je proposai d'emporter le plus possible dans nos ventres. Je coulai à pic et me trouvai au fond de la mare. mais. nous partîmes à l'assaut du sommet.30 . sans laisser de traces apparentes. La varappe est amusante et n'exige pas plus d'une heure depuis le Sattel. eh prévision des grands nettoyages du lendemain. Converti par une démonstration si claire. Chacun à sa façon. Use élégante crête neigeuse conduit au premier sommet (4 119 m. le beau temps avait favorisé tous nos projets et livré la montagne à tous nos caprices. Mitten se lança dans les rochers et j'en fis autant. qui préconise les solutions prudentes et raisonnables. nous discutions tranquillement. et Mitten. était naturellement d'un avis tout différent . pour essayer l'arête nord dm Rimpnschhorn. comme pour mieux marquer le contraste de ces deux sommets : le premier. que j'y serais volontiers resté. dès notre retour à la Britannia et jusqu'au moment du coucher.). La journée était pure comme la précédente et l'air parfaitement calme. nous devions quitter la cabane pour nous rendre à Bétemps.20. Il y rencontra de la glace.

Dans l'air. De joyeux yodels résonnèrent dans les rochers voisins et notre trio s'installa dans la neige pour diriger une sérieuse attaque contre les provisions qui gonflaient les sacs. sur le dos bienveillant de la montagne. Pourquoi l'effet du Mont Rosé est-il si surprenant ? Nous l'avions contemplé le jour précédent. je distinguais mes amis comme deux points sur 1'immensité blanche. par une claire journée de janvier. le regard suivait les corniches du Breithorn. dont l'ascension est relativement courte. p. vous arrivez à la cabane Bétemps. émergeant de la neige. nous conduisit au sommet. le cadre et l'éclairage y furent pour beaucoup. Mes skis avançaient toujours. l'un derrière l'autre. Lentement la neige s'abaissa. Au lieu de rester couchés ainsi. il est tout naturel de réserver cette traversée pour le retour. je laissai mes amis cheminer devant moi. mais la carte est assez éloquente pour vous renseigner. GOEHRS. nous avancions sur la neige durcie. Il n'est pas rare cependant que la neige soit complètement dure sur le glacier d'Allalin. Elle passait sur nous comme un souffle de vie que nous respirions avidement : il coulait dans nos veines et gonflait nos cœurs d'allégresse. Mitten m'avait bien averti du coup de théâtre qui nous attendait là-haut. la brise légère tempérait agréablement la chaleur du soleil. mais le col semblait si proche que je poursuivis ma promenade solitaire. 1906. lorsque la bise a soufflé quelques jours. s'y cramponner des mains et faire appel à toute leur énergie pour atteindre le sommet. Plus loin. 1 Dr O. il fallut céder à une ardeur insatiable. c'en était bien un ! Les mains dans les poches. trois hommes comme nous avaient dû ramper sur la neige. Il était midi et demi : trois heures suffisent donc pour monter de la cabane au col. comme nous. Une dernière crête. sans pouvoir se fixer longtemps au même endroit : tant de sites les attirent ! D'ici. les formes vaporeuses du Mont Rosé surgissaient derrière une pente illuminée de soleil. On commencera alors par l'Allalinhorn. Sous la corniche. les séracs du Strahlhorn cascadaient dans le bleu . 257-282). d'un côté. Leurs visages cuivrés surgirent bientôt de la neige comme ceux de deux Indiens sortant d'une embuscade et ils furent illuminés d'enthousiasme. sur la croupe étincelante du Strahlhorn (4 191 m. et ses lignes. Chacun sortit une orange de sa poche et la savoura lentement en face des montagnes. de l'autre. Des quatre sommets gravis successivement en quatre jours. Elle nous arracha à notre contemplation et nous poussa. en face des montagnes. Seule. Aussi loin que nous pouvions voir. contrastaient par leur légèreté avec la proximité brutale du premier plan. réfléchie par les neiges. le Rimpnschhorn présente une heureuse combinaison de ski et de varappe. et l'esprit. Par un hasard de la nature. nous invitèrent à prendre place. le Strahlhorn est certainement celui que je recomman derai en premier lieu aux hôtes de la cabane Britannia : c'est la course en ski par excellence. tant la violence de la bise était grande (1). Derrière la corniche qui m'abritait. fondues dans la pâleur du ciel. envahis par la chaleur exquise du soleil et par la douce quiétude du moment. C'est une des raisons qui peuvent l'engager à combiner cette ascension avec la traversée de PAdlerpass. Du sommet du Rimpfischhorn. le traverse perpendiculairement et remonte au Stockhornpass (3 415 m. ne fût-ce que pour réjouir mes yeux à la vue de leur alkire confortable. Notre balade nonchalante me rappelait un titre de Jérôme : Three men on thé Bummel. pendant une demi-heure. la vue est illimitée et les yeux errent inconsciemment. à l'abri de la bise légère qui soufflait. Je ne connaissais pas l'Adlerpass. et cette haute route Britannia-Bétemps constitue une des traversées les plus belles et les plus intéressantes des Alpes ( 2). de plusieurs jours pour rayonner autour de la cabane Britannia. semblait attirer irrésistiblement mes pas et la grandiose avenue du glacier s'ouvrait devant eux. je vis qu'ils s'arrêtaient à l'ombre d'un sérac . le bâton sous le bras. Les ombres étaient du même bleu. Quelques rocs. Si l'on dispose. mais toujours il revenait. Dans ce cas. les regards erraient sur la paroi mystérieuse du Rimpnschhorn. comme trois paysans suivent une route par un beau jour de foire.. Mais si vous devez redescendre sur 2 . et il ne m'avait pas procuré l'extase qui m'envahit en franchissant la corniche de l'Adlerpass/ Certes. infiniment étroite. une dernière corniche me séparait du inonde nouveau qui allait s'offrir à mes yeux. En vérité. distrait par ce que voyaient mes yeux. qui coule à ses pieds. mais la réalité surpassait de beaucoup ce que mon imagination avait cru concevoir. la ligne ondulée de ses arêtes de glace fuyait doucement. escaladait le Cervin. il n'y a qu'à suivre le pied des Rimpfischwànge et le sentier de Z'Fluh à Findelen. explorant les couloirs et détaillant la structure des créneaux qui couronnent son faîte. vous vous laisserez peut-être tenter par une autre route. lorsque les conditions sont aussi favorables qu'elles l'étaient ce jour-là. Quelques pas encore sur le versant opposé et je m'assis instinctivement. rien ne troublait le joyeux hymen entre l'azur du ciel et la neige des montagnes. Une ascension d'hiver au Strahlhorn (Écho des Alpes. Au pied du Rimpfischhorn. Si vous voulez descendre sur Zermatt directement. facile à repérer du sommet du Strahlhorn et qui. Vous ne voyez pas au delà. facile et sans danger. le rythme des skis battant sur les vagues m'annonça l'arrivée de mes compagnons. impatient de surprendre la beauté du spectacle qui m'attendait là-haut. L'Alphubel exige beaucoup de prudence à cause des nombreuses crevasses. ce cadre n'existe pas..). Sur cette même arête. incurvée sur le ciel. Au lieu d'aboutir à Zermatt. La ligne qui séparait la neige du ciel s'abaissa peu à peu . Comme intermezzo. Mais. subjugué. dix ans auparavant. Un coup d'œil en arrière suffisait à détruire ce sentiment de solitude : tout là-bas. au lieu de suivre le glacier de Findelen. Je le savais — et j'appréciais d'autant mieux notre heureuse chance. du sommet du Rimpfischhorn. Le temps s'écoula trop vite. aux flancs somptueux du Mont Rosé. le retour à la cabane n'offrira pas un grand charme au skieur pur et simple. La ligne blanche de l'Adlerpass. nous prolongions notre sieste avec délice. au gré des vagues irrégulières que forme la neige. Cette fois-ci.) large selle ouverte entre le Stockhorn et la Cima di Jazzi. sous le même angle que les flots blancs du glacier de Findelen. traversait la Dent Blanche . Le bleu profond du ciel découpait nettement les contours étincelants de la montagne.mes skis dans la piste toute tracée. J'étais sur le col.

Lorsque la neige est favorable. heurtant ses vagues à la puissante digue qui court du Breithorn au Théodule. nous glissions comme des fous sur la neige légère qui bruissait sous la proue des skis. nous arrivâmes à la cabane Bétemps. Et. un peu après 7 heures. embellie encore à cette heure par la magie du crépuscule. De ce large dos qui sépare les deux immenses déserts neigeux de Findelea et du Gorner. nous rejoignîmes le chemin habituel qui vient de Gadmen.). Nous franchîmes à toute vitesse la ligne qui séparait l'ombre de la lumière. et notre fugue s'acheva au Gornersee. le ciel était constellé d'étoiles. Détachée à contre-jour sur un ciel éblouissant. nous suivions amusés les méandres hésitants de notre piste. la vue était grandiose. Au flanc du Lyskamm. puis nous pûmes sans danger les chausser. Chouchou prit la tangente pour tâcher de découvrir le pied de la pente et lança bientôt un *odel de satisfaction. nos skis filèrent en plein sud.A 3 h. 3 415 m. le cube brun du refuge. Tout près se dressaient les séracs du glacier. qui commençait à devenir précieux. dans une belle neige poudreuse. nous parcourûmes une centaine de mètres en portant nos skis. dans l'échancrure profonde du col du Lion. Chouchou nous cria : « Regardez le Mont Rosé ! » Là-haut se jouait l'apothéose de cette merveilleuse journée : baignées d'ombre dans le bas. Contournant la rive glacée du petit lac. Il restait encore 200 mètres à gravir pour gagner notre dernier col (le Stockhornpass. Une combe glaciaire y conduisait. nous abandonnâmes à la pente nos coursiers impatients. parmi les blocs de pierre. avait transformé le lumineux paysage de midi en une puissante fantasmagorie. La nuit tombait . Une heure avait suffi pour gagner le sommet du Strahlhorn et vingt minutes pour en redescendre. qui confinait par le rosé au bleu noir du firmament. le néant et l'immensité des montagnes nous entouraient et nos yeux confiants cherchaient làhaut. le soleil. Malgré une allure rapide. Nous arrivâmes là-haut aux derniers rayons du soleil. enfin. . Le soleil n'avait pas encore abîmé ce que la bise ne pouvait atteindre et la neige fut partout excellente — à notre grande surprise. Ce furent les derniers spasmes du crépuscule. le Rimpnschhorn était presque méchant. Le Gorner scintillait à ses pieds. une tache de rosé fondait lentement et. il est préférable alors de commencer par l'ascension du Strahlhorn et de combiner celle de l'Allalinhorn avec le retour. son voisin. Ce n'était plus très loin ni très haut. Nous l'aperçûmes enfin. plus fine et plus haute que jamais. Nous quittâmes le glacier sur un pont chargé de neige et suivîmes la petite combe derrière la moraine. et nous en profitâmes sans perdre notre temps. nous étions de nouveau réunis sur l'Adlerpass. une heure suffit pour descendre du Feejoch à Saas. comme une nappe d'argent en fusion. la corde fut déroulée sans hésitation. ce que je fis en freinant fortement de mes deux bâtons réunis. un peu au-dessous de la rimaye. menue comme un fil d'araignée sur une nappe blanche. la silhouette du Cervin paraissait plus -noire. 20. Tous ces itinéraires sont décrits minutieusement dans le Walliserski-Inner. Pointu. Ivres d'enthousiasme. vol. La corde reléguée au fond du sac. il nous fallut trois quarts d'heure pour passer d'une rive à l'autre. les neiges montaient vers le ciel comme une gamme de teintes pâles. la lueur d'émeraude disparut. et le Strahlhorn. II. Après avoir décrit quelques serpentines. Comme la pente du col est très raide au début. s'entourait d'une écharpe de brumes rosés. lorsque. l'arche du salut. Parti le premier. je m'arrêtai bientôt pour voir descendre mes compagnons : ils semblaient voler dans leur sillage de neige poudreuse. dans un paysage polaire d'une sauvage beauté. et soudain une haleine froide nous caressa le visage. Du côté opposé. Saas. baissant toujours. en me faisant signe de piquer droit en bas. D'un côté. Comme il fallait maintenant traverser celui-ci dans le sens même des crevasses. sur la rive droite du grand glacier de Findelen. La carte indique à cet endroit quelques grandes crevasses et invite à la prudence. Je coupais ainsi perpendiculairement la direction des crevasses — qui restèrent invisibles — et nous fûmes bientôt réunis au point coté 3 208. à travers l'Adlergletscher et s'arrêtèrent hésitants au bord de la rive escarpée qui domine le glacier de Findelen.

habituel en mai il y avait cependant de vilains brouillards noirs au ciel. Peu de panoramas sont mieux groupés que celui de l'Obermônchjoch. plutôt que d'aller directement à la Concordia. il faudrait la faire de très bonne heure. L'arrière-plan présentait des flaques de lumière. Quant au retour de la Grimsel. 30 du matin le 18 mai. et. on a cherché à prolonger la Haute Route jusqu'à la Furka. La neige était parfaite : couche poudreuse sur croûte gelée. Comme nous arrivions à la station du glacier de l'Eiger. il était dans toute sa perfection. Joseph Knubel. Mais la descente du Trift dans la vallée de Gadmeo «st très dangereuse. et elle est tout à fait sûre. ni de l'autre.) et descendre sur Meiringen. lorsqu'on en a le temps. La station du Jungfraujoch possède aujourd'hui un confortable hôtel. annexée à l'Annuaire du C. en franchissant le Lauter-aarsattel (3 156 m. sa contrée favorite.CHAPITRE XII L'OBERLAND BERNOIS (Course de printemps) par ARNOLD LUNN (1) Nous nous rencontrâmes à Interlaken le 17 mai. mais beaucoup plus intéressant aussi. ou même jusqu'à la cabane du Trift. 45-64. on revient à Meiringen directement .) et le Moine (4105 m. il vaut la peine de rester un ou deux jours au Junfraujoch pour gravir les sommets voisins avant d'entreprendre la grande traversée. était notre guide chef. l'Oberland bernois est sans contredit le plus beau champ d'action des Alpes. Il n'y a pas de neige plus sûre. le vent venait de l'est et. — M. Le premier plan était un fouillis d'étoiles minuscules.. En mai 1924. de Mûrren. vol. by Arnold Lunn (1920). C'est ce que firent Lunn et ses compagnons. converti par son enthousiasme. ouvert toute l'année. On peut aussi s'arrêter à mi-chemin. Pour le skieur printanier. un orage éclata . j'avais l'esprit parfaitement tranquille. Heureusement. Middleditch et moi. Or il manquait à mon livre un chapitre sur l'Oberland au printemps. ils avaient qukté leurs études ardues à Lausanne pour retrouver le monde des neiges. 1919. de Wengen. Mais. ceux qui ont le temps feraient bien de traverser le Mônchjoch. soit pour les courbes et balancés de toute espèce. J'espérais que ce ne serait rien de plus que l'orage du soir. soit pour la vitesse. en janvier 1898. de Saint-Nicolas. le Lôtschental et la Grimsel ont été tracés par Arnold Lunn et Othmar Gurtner sur lacarte Gadmen-Bietschhorn. quand nous quittâmes le Jungfraujoch. semblaient être celles des dernières légions des armées nocturnes en fuite. endroit où se termine généralement la Haute Route. Pour nous. Il n'existe pas d'ombres pareilles à celles qui tombent sur la neige poudreuse. trois charmantes expéditions en ski sur les glaciers de l'Oberland. il fut possible de parcourir presque toute la distance entre le Mônchjoch et la Concordia. Mais la course fut retardée. à travers le glacier du Rhône. Dans des circonstances normales. Les guides s'amusèrent à essayer des balancés ( 2). La montagne avait fait la conquête de mes amis et. Mais. Captain Carlyon. II. il neigeait à gros flocons lorsque nous atteignîmes le Jungfraujoch où nous comptions passer notre première nuit.) sont des buts facilement accessibles en quelques heures. Au chapitre II. Ceux qui préfèrent éviter ce palace peuvent arriver le même soir àla cabane Concordia. celle conduisant de la Concordia au Lôtscliental. Cet itinéraire est naturellement plus compliqué et plus long que la classique Haute Route. Au ciel vibrait la claire et vive lumière qui suit l'aurore. Le C. à 4 h. pp. de la Goescheneralp on rejoint la ligne dn Gothard à Goeschenen. Lunn a bien voulu combler cette lacune en m'autorisant à publier le récit qu'on va lire. Ce genre de beauté n'est pas donné aux aurores sans nuages. A. En couchant à l'hôtel de Fafleralp. et il est préférable de pousser plus loin encore : soit au Susten par le Zwischentierbergpass. Lorsqu'on y glisse. je devais précisément traverser cette région avec lui. il arrivera en une forte journée à la Concordia. lorsque le soleil brille bas sur l'horizon. Nous n'oublierons jamais cette première longue descente du Mônchjoch sur l'Ewigschneefeld. où chaque cristal reflétait l'aurore. en descendant par l'Ewigschneefeld plutôt que par le Jungfraunrn. on part volontiers de la station du Jungfraujoch (3 457 m. C'est pourquoi. il obliqua à l'ouest et gagna le pavillon Dollfus pour compléter sa traversée. soit à la Goescheneralp. près du pied du Hinter Fiescherhorn. avec d'autres officiers rapatriés depuis. Tous les itinéraires entre le lac de Thoune et la vallée du Rhône. et nous avions pris comme porteurs Bischoff. S n'a pas encore publié de guide spécial pour cette région. surface particulièrement douce et ferme à la fois. 50. Ce détour n'ajoute qu'une heure au trajet. Librement traduit par M lle Roget. malgré les nuages sombres qui planaient dans le nord de la Suisse. il n'est agréable ni d'un côté. et les frères Feuz. Une telle neige permet une allure plus rapide que la neige poudreuse profonde. Du Susten. lors de sa première traversée de la Grimsel à la Concordia. le beau temps paraissant bien établi. gravir l'Ebnefluh (3 964 m. pour devenir la tameuse Haute Route. S. nous avions fait. A.) pour rejoindre la Haute Route à la Concordia. à la cabane Egon von Steiger sur la Lôtschenlûcke. déployées sur les trois crêtes du Wetterhorn et flottant au-dessus des rochers imposants du Schreckhorn. La Jungfrau (4166 m. puis en gravissant les Fiescherhôrner plutôt que le Finsteraarhorn. par la Triftfimmi (3 100 m. et l'on peut jouir de la vue entre le Mônchjoch et la chute de séracs 1 II est inutile de présenter Arnold Lunn à mes lecteurs : son nom revient fréquemment dans cet ouvrage. depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. nous avons suivi la caravane de Paulcke. Nos derniers doutes s'évanouirent en atteignant le Mônchjoch à 5 h. 2 Ce que j'ai appelé pas glissés au chapitre VII. En 1917.). On n'y trouve pas ce contraste entre le soleil et la brume qui prêtait tant de charme à cette vue du Mônchjoch. et nous le connaissons désormais comme le plus fervent spécialiste du ski printanier dans 1'Oberland. le quatrième jour. entre lesquelles couraient les nuages sombres. Evans.K. sauf peutêtre sur une longueur de 200 mètres. surtout en sens inverse. . Celui qui méprise le confort du Jungfraujoch ou les avantages de son chemin de fer fera mieux alors de partir du Lôtschental. Mes trois camarades a vaient pas se le s deux hivers précédents à Mûrren et étaient devenus de très bons skieurs de haute montagne. Le volume III est eu préparation et comprendra la région orientale de 1'Oberland. on a l'impression de caresser du velours. Les longues bannières de nuages courroucés. vol. dans la suite si souvent parcourue. mais on trouvera tous les renseignements nécessaires dans The Alpine Ski Guides: The Bernese Oberland. avant que la croûte de neige ait le temps de s'amollir. Arrivé à une heure de l'hospice de la Grimsel. et finalement remise. VII. bordés d'argent. En tout cas. Il ne manquait à cet itinéraire qu'une dernière étape.) le lendemain et descendre coucher à la Concordia.. il a paru dans l'Écho des Alpes. ce matin-là.

Après déjeuner. tombée deux jours auparavant. Ce fut pour nous un des plus beaux moments de la journée. entre autres. Concordia: 7h25 à 8h15. Là. cet aperçu de verdure était comme une averse dans le désert. 20. se présentaient très bien. En effet. Celle-ci ne présente aucune difficulté. Cette illusion s'explique de la manière suivante : à mesure que les skis des guides mordaient la neige. la montée en ski nous aurait certainement pris deux heures de plus. tirant nos skis avec une ficelle. le soleil semble au zénith. la neige poudreuse cessait.). le monde que nous avions laissé bien loin. nous partîmes à 4 h. outre la ficelle passée par les trous perforés dans les pointes des skis. Apparemment. des lunettes très foncées et une ration supplémentaire de lanoline sont indispensables. puis une descente longue et directe nous amena à la cabane Concordia. sauf peut-être sous quelque rocher surplombant. Au mois de mai. Pas moi. Impossible de s'abriter. Arrivée au sommet à 10 h. L'ascension se fit sans incident. Ceci pour plus de sûreté. Comme je montais lentement. La chute de glace. Il faut avoir soin de passer une ficelle de réserve à travers les fixations. nous avons déposé nos sacs. ennemi par excellence de la bonne neige. Au mois de mai. se détachant sur le bleu du ciel. nous ne quittâmes le col que vers midi. Nous montions sur la neige dure avec nos crampons. . On prend ainsi les deux tiers du temps et on fournit un effort de moitié moindre qu'en cheminant en ski.) comme étant meilleur pour le ski. faisait l'étonnement de tous. en tirant les skis. Car. Après les pentes douces du Walliser Fiescherfirn. déjeuné et fumé la meilleure pipe de la journée. j'ai vu une ficelle se casser et une paire de skis disparaître dans la nuit. Encore quelques courbes. comme nous approchions du col. un aéroplane tournoyait. La vue du Hinter Fiescherhorn est très étendue. et l'on fila. Et l'on est grillé plus cruellement encore que pendant la marche ! La pente était semée de gens lassés. si ennuyeuse en plein hiver. Soudain. La descente fut admirable. je m'étais chargé d'un sac très lourd pour mettre tout le monde sur le même pied. 55. on arriva à la crête de l'Ochsenhorn (trois minutes et demie) où cessait la neige poudreuse et. tel celui d'une oasis dans le désert. on plongeait sur la merveilleuse fraîcheur des prés de Grindelwald. Dans la neige amollie superficiellement. télémark sur télémark. qui nous avait rafraîchis à la montée. comme un écho des rumeurs de la guerre que nous pensions être restées dans les vallées. Presque toute notre troupe atteignit la cabane à I h. la croûte supérieure se détachait. Les Wetterhôrner. au Mont Rosé. vinrent les pentes rapides de la cascade de glace. six heures un quart après avoir quitté la cabane.de l'Ewigschneefeld. Non seulement cela nous rappelait. Mônchjoch 5h50 à 6h10. nous fournit encore une excellente descente. On chaussa les skis à 50 mètres sous le sommet. Après bien des heures passées dans les neiges aveuglantes. juste au-dessous de l'Ochsenhorn. Si l'on a le malheur de s'arrêter un instant sur la neige. christianias et télémarks étaient également faciles. une onde sonore vint troubler la tranquillité des hautes Alpes . j'avais été trop bon (1) ! Le lendemain matin. En descendant tout droit. Nous choisîmes le Hinter Fiescherhorn (4 020 m. La montée du Fiescherfirn jusqu'à la cabane du Finsteraarhorn fut une des plus échauffantes que j'aie connues. Quelques virages rapides entre crevasses. Les christianias allongés y étaient extrêmement faciles. Un détour d'une heure vingt exactement nous permit de gravir le séduisant petit Ochsenhorn ou Klein Fiescherhorn (3 905 m. nous attaquâmes les pentes menant à la Grùnhornlùcke. Il fallut redescendre 400 mètres pour les retrouver. Grunhornlûcke 10h50 a 11h40. Le Fiescherhorn a deux pointes. Du sommet d'une arête. la lumière semble réfléchie par une loupe qui aurait pris votre visage pour foyer. Bêtement. tout en remarquant avec joie que le dernier nuage avait disparu du ciel. à pied. sa qualité poudreuse. Elle est du reste exceptionnelle dans les hautes Alpes en toute saison. par exemple 1 L'endurance admirable de la bande de Lausanne. mais c'était encore un indice fâcheux que le jour viendra où des aérobus sans vergegne déposeront leurs bandes de touristes dans les sanctuaires les plus recttlés des Alpes. glissait et descendait la pente avec un bruit d'eau courante. 40 pour le Fiescherhorn. dans la profonde neige poudreuse. belliqueux. nous étions de nouveau au sommet de la cascade de glace — cela faisait six minutes de merveilleuse descente sur un déclin de 400 pieds. deux minutes et demie après. Juste au-dessus de cette cascade de glace. lorsqu'enfin je me rendis compte que le ruisseau était un mirage. Entre les crevasses. bien que les premiers skieurs — passés là en février — eussent eu toutes les peines du monde à contourner cet obstacle. Le vent d'est. Le vent. cherchant vainement à s'abriter sous des manteaux tendus entre des bâtons de skis. les travées de neige fondaient jusqu'à la profondeur de quelques centimètres seulement. à demi couchés. ne cesse de hanter les glaciers de sa présence importune. Jungfrauhorn: 4h40. La neige était encore en excellent état et faite pour des télémarks combinés. Nous suivîmes la rive gauche des séracs : une descente très amusante sur une croûte de neige dure. j'entendis la fraîche musique d'un ruisseau turbulent. de sorte que le sport était à la fois sain et divertissant. avait aussi contribué à conserver à la neige. mais assez rugueuse pour permettre le christiania ou les stemm. c'était un bourdonnement désagréable. qui ne pouvait guère être entraînée. d'une manière inopportune. Vainement je parcourais du regard la surface de neige étincelante qui attisait ma soif. cabane du Finsteraar: 13h20. tout compris. Prenant les choses très « à la douce ». à peu près de même altitude. une dernière longue 1 Départ du Jungfraujoch 4h20.

libérée de la main glacée de l'hiver. et terminer la journée en montant jusqu'à la cabane. nous nous retrouvions à la cabane. Ns avions goûté la joie intense du skieur accomplissant une des plus belles glissades de sa vie. Nous allions d'une rive à l'autre du glacier en nous servant de ses bords pour tourner et changer de direction. Il y a toute une gamme de couleurs qui disparaît quand le soleil est plus haut sur l'horizon. purifiées par la fraîcheur de la nuit. A 1 h. Mais ce serait dommage de bâcler une si belle descente. A 9 h. une des plus belles randonnées dont j'aie jamais joui. la vue était étonnante : on apercevait le glacier du Rhône et les cimes du Gothard. Une caravane descendant le Wannehorn à pied éveilla notre respectueuse sympathie (1). passées sur les glaciers au mois de mai. Enfin. Le vent et la neige chantaient à nos oreilles . rapides. On peut. je donnai une dernière secousse à mon sac. Celui-ci est un des glaciers de l'Oberland les moins fréquentés et. — M. Middleditch poussa un soupir résigné. comme s'il savait fort bien que. Le soleil n'étant pas encore trop chaud. et nous nous trouvions sur les pentes douces des Walliser Fiescherhôrner. En comptant les haltes. Elle en valait la peine. car la neige commençait à s'amollir. Les christianias se succédaient. C'était fini.) à 7 h. je regardai mon anéroïde.. la rivière coulait sombre et vivante. Nous atteignîmes l'Oberaarjoch (3 233 m. Il y a une dénivellation d'environ mille mètres entre le col et la langue du glacier d'Oberaar. Si l'ami Klopfenstein avait connu le terrain aussi bien que moi. Comme la plupart des pentes conduisant à un col. K. mérite déjà qu'on visite l'Unteraar. vous me prêtez des ardeurs que je n'ai plus. voilà ce qu'il aime. se mettre nu jusqu'à la ceinture. à chaque virage rapide. suivis de 300 mètres en pente douce. c'est la même histoire que pour la cabane du Finsteraarhorn. et. Au mois de mai. un des plus intéressants. on ne devrait pas quitter le col plus tard que 7 heures. hélas. séracs: 5h50. Sur cette merveilleuse neige. ont quelque chose de magique. En somme. Un skieur de premier ordre pourrait. Je connais peu de glissades qui soient à la fois aussi rapides et confortables. 2 Non. désiraient prendre le raccourci qui passe sur le Scheuchzerjoch. comme un cycliste sur une piste de course. Fin de la glissade: 12h15. qui rayonne avec une transparence opaline. Sur cette pente égale et sans crevasses une chute dangereuse est presque impossible. nous nous mîmes à glisser tout droit. La vue qui s'ouvre sur le Schreckhorn. et j'entrepris de faire goûter à mes amis la descente de l'Oberaargletscher.glissade. Depuis ici. nous avions mis trente-cinq minutes pour descendre. et ceci sur de la neige de toute sorte. La bande arriva au bas du glacier vingt minutes après avoir franchi le Joch. le Lauteraarboden était encore couvert de neige. et je vous engage à lire ma « dernière campagne ». Il y avait eu de tout : longues glissades sur terrain découvert. le pays était nouveau pour moi.. il estimerait n'avoir pas gagné son dîner » ( 2). brusques virages entre des obstacles. avec une journée de ski en perspective. leurs pointes vibrant au contact de la neige. sur le ciel. je tirai ma montre. cabane: 1h45. j'en suis sûr. le vent s'apaisa. Les premières heures du jour. et plus tard sur le Finsteraarhorn. Faire 2 ooo mètres de grimpée avec 80 kilogrammes sur le dos. Un eliamois traversait le glacier. puis je rendis les rênes.. sur ce tapis blanc. Le glacier s'élève en pente douce : nous avancions vite et sans peine. la démarche lente et insouciante. S'il ratait cette dernière grimpée. On dirait que ces cabanes ont été construites pour amuser l'ami Kurz. arête ouest de l'Ochsenhorn: 8h20. et à 6 h. descentes courtes et rapides. Les arêtes se détachent clairement. Au delà de l'Oberaarjoch. puis l'on skia jusqu'à la langue du glacier d'Unteraar. balayée par le vent. Cette vallée qui conduit à la Grimsel est sauvage entre toutes. les parcourant en deux minutes. jusqu'à ce que l'été eût chassé les neiges delà vallée. et quatre skieurs hors d'haleine se trouvèrent au pied des neiges. qui rappelait la musique des ruisseaux glaciaires par une chaude journée d'été. Celui qui a la chance de se trouver. C'est un glacier idéal pour le ski : peu dangereux et relativement peu crevassé. Les premiers 600 mètres sont raides. la partie supérieure de l'Oberaarjoch est concave et revêt la forme d'un entonnoir peu profond. connaît une joie rarement accordée aux mortels. les montagnes. En regardant le col. trop tôt. cette glorieuse « plongée » dans l'air du matin était passée. dont ils avaient consommé trop vite les joies éphémères. Hinter Fiescherhorn: 10h55 à 11h40. dit-il. délicieux à parcourir sur de la neige dure. nous regardions le col. Le vent d'est rendait la montée facile et agréablement fraîche. Nous avions un léger retard. « Tiens. mon cher Middleditch. redescendre sur de la bonne vieille neige durcie. 45. Nous partîmes le lendemain matin à 5 heures. Au-dessous de nous. après une absence de neuf heures. sans inconvénient. 45. le pavillon Dollfus apparut. on ne pouvait tomber. fortement chargés. et l'on recommença à grimper. 40 nous avions remonté la profonde cheminée qui mène à la Gemslucke. parcourir tout le glacier en moins de dix minutes. il aurait pris les premiers 600 mètres tout droit. Vers le bas de la pente. dans le vent qui sifflait et. sommet Ochsenhorn: 9h10. en sortant du glacier. à cette heure dorée du matin. . retour aux skis: 11h45 à midi. sur un col de glace. baignent dans une atmosphère lumineuse. Les guides. A 8 heures.la solitude ne serait pas troublée par des bipèdes importuns ! La halte dura une heure. Nous filions accroupis.. la croûte de neige dure était rasée par le bord du ski et descendait la pente avec un bruissement d'eau. 1 Départ de la cabane du Finsteraar: 4h40. à certains égards. de ce qui ne reviendra plus. lui. et en avant ! Je glissai avec précaution jusqu'à ce que j'eusse déterminé la place exacte de la rimaye. Les ombres s'allongent sur la neige. C'est le terrain rêvé pour le skieur. halte pour déjeuner: 7h15 à 7h45. L'après-midi se passa à prendre des bains de soleil sur les rochers près de la cabane. La pente se terminait en courbe douce. mais sans dureté. car. Adossés à nos sacs. 45. un regret nous étreignait: le regret inévitable de ce qui a passé trop vite. retour au pied de l'arête: 9h40. on fit une halte. Les skis bondissaient en avant. Nous avions mis cinq minutes.

Les Meyer avaient franchi notre second col (l'Oberaarjoch) en allant à la Jungfrau. on ne devrait avoir conscience que des quelques mètres carrés qui sont droit devant.les rochers et la neige de l'hiver. Les gens qui ont construit ces cabanes avaient un sens du drôle tout à fait remarquable.C'était pourtant la peine de faire une montée de plus. Une cabane perchée sur un désert rocheux n'est pas idéale. Quelques pas dans la glace. Au pied se trouve une rimaye et au sommet une corniche. une Allemande. Je sortis et je vis que les claires étoiles avaient reparu au ciel. avant sa tentative — qui fut d'ailleurs bien près de réussir — d'attaquer le Finsteraarhorn par la grande arête sud-est. notre premier col. sur le mur de neige abrupt qu'on escalade. Il faut de l'herbe et de l'eau courante pour en faire autre chose qu'une halte dans l'attente de quelque chose de mieux. nous pouvions doac marcher en traînant nos skis. nous pouvions contempler le site des travaux d'Agassiz. l'arrivée devrait s'opérer comme suit : le nez du touriste passe la ligne de faîte à 10 h. et les souliers à 10 h. nous commencions l'ascension de la dernière pente aboutissant au Lauteraarsattel (3 156 m. et le dernier rempart de neige présente une pente d'env. En venant de la cabane du Finsteraarhorn. et nous avancions à une allure agréable. la vue du Dollfus est sans rivale. A mesure qu'on approche du col. Le rideau s'est levé sur une scène inconnue et d'une beauté insoupçonnée. l'horizon est limité. Elle devient graduellement plus raide. qui se présentent comme de vastes plateaux ondulés. Le glacier n'était pas raide. ce qui nous eût forcés à faire la montée en ski. Oberaarjoch: 7h45 à 8h. Chaque pas avait son charme. Quelle merveille de sentir que le col était la limite. ne fut plus qu'un souvenir. Et le ruisseau chantait toujours sa chanson. la verdure et les couleurs du printemps. on parlait de tout. au delà de l'étendue du glacier. Passer un col a de l'intérêt lorsqu'on voit surgir brusquement ce qui se trouve de l'autre côté. ava nt le lever du rideau. Sur un col idéal. clairsemées dans le gazon. se plaignait du manque de confort de l'hôtel des Neuchâtelois et de l'inconvenance des histoires que Desor contait après le repas 1. 10. et je me trouvai sous la corniche. même si vous voulez descendre sur le glacier. passée dans les Alpes. sans effort. mais entre deux mondes ! D'un côté. et il la chantera quand les hommes auront disparu. que Rudolph Meyer avait bivouaqué en 1812. 07. Ces considérations mises de côté. comme un prisonnier sur le seuil de sa prison. Demi-nus. tandis que les gentianes et les anémones soufrées. En résumé. 50°. tout un monde nouveau s'étale à vos yeux. Nous partîmes à 3 h. sauf de la guerre. » Nous nous attendions à ce que la pluie douce. Nous laissâmes nos skis près de la rimaye. Les guides devaient les haler au moyen d'une longue corde. Un souvenir seulement. il la chantait avant que le monde fût pris de folie. si renommée. dit Middleditch. Après quatre jours passés au cœur des neiges.). Entre deux. On voyait rire le ciel à travers l'ouverture pratiquée dans la crête surplombante. tels que le Théodule. Finalement. C'est sur la Gemslùcke. En contournant un promontoire. Je m'arrêtai un instant. nous avions franchi des lieux historiques. nous écoutions avec une joie tranquille un petit ruisseau murmurer dans les rochers tout près. Knubel me réveilla. et l'aurore sur le Finsteraarhorn ne fut pas la moins belle que j'aie vue. c'était merveilleux de retrouver des fleurs et la douceur du gazon. On est comme au théâtre. nous rendaient la notion de la couleur que nous avions perdue sur les glaciers. nous trouvâmes que la neige avait gelé . de l'autre. nous éprouvions la nostalgie des plaines verdoyantes. nous contemplions la moraine où Agassiz peina. non seulement entre deux vallées. Rotkornsattel: 6h40. La rimaye était plus effrayante en apparence qu'en réalité. et pas assez de ces braves frères Meyer qui firent l'ascension de la Jungfrau et peut-être du Finsteraarhorn avant que Napoléon eût vu Waterloo. . Noua nous étions fidèlement acquittés des rites qui doivent précéder le passage d'un col. il y eu un moment précis : le lever du rideau. en montant du glacier qui s'étale en pente douce. même dans la contrée de Zermatt. sur le tapis vert entourant la cabane. notre col se montra. A i heure. Nous avions parcouru tout le glacier depuis la langue jusqu'à la rimaye. tandis que sa femme. J'ai joui pleinement des longues heures paresseuses de l'après-midi au Dollfus. ascension estimée difficile actuellement encore. pied du glacier d'Oberaar: 8h20 pavillon Dollfus: 15h. A notre grande joie. vous commencez toujours par monter. Environ trois heures après avoir pris pied sur le glacier. on allumait une autre pipe. la ceinture à 10 h. puis sur un replat. Encore quelques secondes d'efforts. et vous émergez au sommet de la crête. 05. puis un dernier 1 Départ de la cabane du Finsteraar 5h. qui ne ressemble en rien à certaines dépressions neigeuses qui n'ont pas de véritable crête ou. Lentement. comme par hasard. On est enfermé dans un petit espace. la vue devrait se rétrécir peu à peu. pendant une brève seconde mon nez resta comme collé contre la muraille de neige. pis encore. l'après-midi s'envola. Du Dollfus. la nuit enveloppa les montagnes. ait fondu la neige . c'est un col idéal. Les guides décidèrent de suivre la route d'été. Après notre voyage à travers les glaciers. Les cols qui ne sont pas clairement dessinés. 06. et cette journée idéale. Et maintenant. et l'on commença par une courte grimpée. On entend un peu trop parler de Whymper et de Mummery. « Vous comprenez. Vallée et montagnes surgissent d'un seul bloc. Celle-ci a environ 600 mètres de hauteur. Je montai dans l'escalier facile taillé par Knubel. appartiennent à une catégorie tout à fait inférieure. on se réveillait. On somnolait. au delà desquels les montagnes apparaissent peu à peu. Ainsi. tombée durant la nuit. mais un souvenir tel que le regret que nous aurons des joies simples de notre passé terrestre en rendra le Paradis insupportable — si jamais nous y entrons (1) ! L'orage qui menaçait au moment du soleil couchant éclata avec force lorsque nous nous mîmes au lit. J'appuyai la main sur la crête.

La neige avait commencé à regeler et elle était recouverte d'une croûte encore tendre. Une longue traversée. en maudissant l'altitude et en m'accablant d'injurec pour avoir contribué à le fourrer dans un pareil guet-apens. en traversant le Dossensattel. Mais la chaleur n'était pas insupportable. que j'a*e les pics. A I h. L'endroit était par trop précipitueux pour plaire à Midd-leditch. que je déteste les pics ! J'adore les cols et j'aime assez ces bonnes vieilles pointes quand je les vois d'en bas . Nous fîmes certains bouts à pied. On éprouvait une joie indicible à rester ainsi couché sur la neige et à contempler le ciel. ne reste que quelques secondes sur l'horizon. . De l'autre côté. dix heures et demie après avoir quitté la cabane. Pour le reste. dorés de soleil. de garde entre le monde des neiges et le monde des humains. l'envie vous prend de se débarrasser de ses habits et d'escalader les montagnes en costume d'Adam. Quelques-uns d'entre nous étaient fatigués et. Les guides ne prirent pas la bonne route qui mène à la cabane Dossen. Chaque fois que tu me trames sur tes sommets maudits. la prochaine fois que nous nous trouverions au pied d'un pic. au-dessous. parbleu ! Mais. « Dis donc. Il est à l'ombre du Schreckhorn. la pente douce devenait abrupte pour descendre à pic sur les séracs du glacier de Grindelwald. en une lente procession. lorsque le soleil verse toute sa chaleur. Les petits lacs de Lungern et de Sarnen donnaient comme un apaisement à ce paysage baigné dans la lumière du soir Des amas de brouillards diaphanes. tu n'as qu'à me fixer de ton œil rond et ironique pour que je m'exécute — et je monte. Une heure encore s'envola. Et le souvenir du dolce farniente dont nous avons joui sur le col de neige ensoleillé me hante encore tandis que j'écris. comme il l'a toujours fait. en partant de Rosenegg. toute sa lumière sur la blancheur éclatante de ces grandes étendues . Le sommet fut atteint à 2 h. qui était très belle.. » Je me contentai de sourire. bien que les panoramas des plus hautes cimes soient souvent ennuyeux. Middleditch irait au sommet. par contre. Le regard plongeait sur les toits de Meiringen. Les champs de neige du Dammastock remplaçaient le Mont Rosé. après s'être levé. Lunn. qui avait lu la belle description que fait Conway de la Plaine Morte. ils descendirent à gauche sur les pentes supérieures du glacier de Rosenlaui. l'endurance et le pied sûr. Lunn. « Seigneur. goûtez la puissance des heures de midi. la Gemslûcke. au nom du ciel. qui sont raides. bonne pour la vitesse et les télémarks. et. qui se dresse comme une sentinelle. nous commençâmes à fumer et à nous délecter delà vue. et la même crête basse nous séparak d'une chaîne de cimes éloignées. car je savais fort bien que.. l'analogie était frappante. c'est le sommet. Au delà. ici? Tu ne vas pourtant pas nous faire suivre toute cette sacrée arête ? Combien de pointes a-t-elle. bien connue des alpinistes : lorsqu'on suit une crête du sud au nord. Chacun de nous se construisit un abri — des sacs et des manteaux soutenus par des bâtons de ski — et s'étendit à l'ombre de sa tente. Vous aurez l'illusion de contempler un paysage peint sur un vitrail d'église au travers duquel le soleil brille. sous les falaises du Berglistock. c'est le contraste qui fait ressortir la valeur exacte des choses. Au mois de mai. la verdure du mois de mai n'a rien d'étonnant. qui empruntait au ciel les teintes du couchant. Du côté du nord. on peut garder ses skis jusqu'à 150 mètres du sommet. La neige du premier plan s'argentait en se détachant sur les nuages d'orage qui bouillonnaient au-dessus des chaînes du Brunig. Il faisait chaud. et la vallée de la Grimsel remplaçait le grand sillon de la vallée du Rhône. Ce dernier est une longue crête irrégulière. Cette remarque servit de stimulant. pour s'élancer brusquement jusqu'au zénith ! Une demi-heure après l'aube.effort. où les nuages souples. Mais le Rosenhorn n'est pas assez élevé pour dominer tous les sommets environnants.). Pour les habitants des vallées. pendant que les guides allaient explorer le chemin de la cabane du Dossen. en effet. La neige étant molle. et il faut bien compter une bonne heure pour y arriver. qui n'auraient jamais vu la verdure et seraient saisis par la force de la couleur. il est entouré de montagnes plus ou moins insignifiantes. Vivez quelques jours sur les glaciers. Nous repartîmes de Rosenegg à 4 h. au nom de ce que tu as de plus sacré au monde. C'est une montagne idéale pour le skieur . puis remontez un glacier encaissé jusqu'au col. ne me laisse pas oublier que je les déteste. départ pour le Rosenhorn (3 691 m. il y a des chances pour que ce cairn se trouve à l'extrémité sud. tâche de comprendre à temps que je hais les pics. Nous repartîmes à 10 h. les collines de Grindelwald nous ramenaient au printemps. s'écria tout à coup : « Dis donc. la vue était très imposante. Après avoir mis fin aux jours d'un excellent plum-pudding. 10. Le monsieur qui protestait avait toutes les qualités requises pour faire un bon montagnard : l'amour de l'alpinisme. Au lieu de cela. on a l'impression que le soleil. Nous fîmes une halte délicieuse au Wetterkessel. La vue était charmante. Vous les regarderez avec des yeux tout neufs. cette montagne ? » Je lui rappelai la règle que voici. si l'on fait-la traversée du nord au sud. et la souriante vallée d'Engstligen. Le Mônchjoch. chaude et fatigante. avec des skis bien graissés. nous amena au Rosenegg vers midi. Lunn. Il y avait ce même premier plan neigeux en pente douce. mais. est-ce que cela ne ressemble pas un peu à la Plaine Morte ? » Et. Le Wetterkessel doit être un des plus beaux champs de neige des Alpes. je me trouvai pataugeant dans la neige sur le faîte. 25. pointe méridionale du Wetterhorn. en atteignant un sommet secondaire. les skis auraient pu entamer la pente et provoquer une avalanche. ensuite. se pourchassaient doucement. Ici comme partout. qui remonte jusqu'au bord de la cuvette. 10. le cairn se trouve à l'extrémité nord . Evans. j'entendis un cri de rage derrière moi. lucarne dominant le monde des vivants : alors seulement vous aurez pleinement conscience de la couleur verte des prés au mois de mai. le Dollfus. aux formes multiples. tels sont les cinq tableaux d'une beauté parfaite qui surgissent devant mes yeux quand je songe à cette expédition du mois de mai. je fais le serment de n'en jamais plus gravir d'autres . 15. hors d'haleine. Les trois grandes pointes du Wetterhorn le dominent d'un côté. se tramaient sur les plaines septentrionales et s'en allaient. dès que j'arrive au pied de la prochaine montagne. le Lau-teraarsattel et le Wetterkessel.

et nous suivions une route plate. je n'y vais pas. De la configuration des montagnes en Suisse. une des plus courtes expéditions de deux jours qui aient jamais été faites. Middleditch fit la réflexion amère que les Suisses. je téléphonai à l'hôtel de l'Ours à Mei-ringen.. Evans. de tout cela je suis responsable. son verre encore à moitié plein. nous avons le record. la marche était fort supportable. qui luisait sur les Wetterhôrner . pour lui expliquer que. on ne souffla mot. défiant l'ombre du crépuscule. nous allumâmes notre dernière pipe. s'arrangent encore à planter leurs hôtels à l'extrémité opposée de la ville. mais je m'endormis au cours du second service pour ne me réveiller que le lendemain à midi. nous aurons été en route vingt-six heures. tandis que les vallées sont délicieusement fraîches. — Moi. Nous avions peu dormi au Dollfus les uns comme les autres. Au début. puis nous nous mîmes en route. Mais combien ne serionsnous pas exténués avant d'avoir achevé notre journée de vingt heures ! Sauf Evans pourtant. En quelques heures. on passe de la patrie des christianias au royaume des gentianes et des anémones. son eau qui avait enfin. nous lui serions cependant infiniment reconnaissants s'il voulait bien.. pkcer la prochaine dans une fosse profonde. où nous avions passé la grande Scheid-egg. Nous avions apprécié chaque heure de ces quatre longues journées passées dans le silence des glaciers. et il a son agenda toujours prêt pour noter une date ou l'altitude d'un sommet. nous jouissions de la pleine lune. le bruit lointain des eaux nous arrivait comme atténué et purifié par la distance. vaincu les glaces. Se rappelant que l'hôtel de l'Ours se trouvait à l'autre extrémité du village.. qui nous pilotèrent jusqu'à nos chambres et restèrent à nous contempler avec sollicitude tandis que nous chaussions des pantoufles. chaque parfum. Regarde-moi cette sacrée cabane du Dossen. Le changement est d'autant plus étrange que souvent la chaleur est intolérable sur les glaciers. Pendant quelques minutes. Quand les choses vont de travers.. Un torrent cascadait de la montagne. qu'on me damne si je fais un mètre de plus. N'empêche que je donnerais bien une journée de ma vie. sous la clarté de la lune. Certes nos skis paraissaient bien dépaysés au cœur de ces bois où chaque son.Au moment où nous tournions un épaulement rocheux. c'était de toute beauté. La descente sur le glacier de Rosenlaui fut très agréable. Evans avait été bien plus fatigué sur cette même route après sept heures seulement de marche facile. ou ma ration de beurre d'une semaine. A lui. étendus sur le gazon. déclara Evans . un cycle complet d'expériences. d'un furieux élan. comme à beaucoup d'autres. Bien que nous fussions très fatigués. de la mauvaise qualité des neiges. au sommet d'un couloir de rochers dans lequel était suspendue une corde. « C'est bien ce qu'on peut faire de mieux en une journée.. reprit Middleditch. cependant. annonça Carlyon d'une voix endormie. Chancelants de sommeil. qui étonna tout le monde. tu ferais bien d'écrire au président du C. L'hôtelier nous avait préparé un excellent dîner. De petits ruisseaux murmuraient une note plus douce. si ses impayables cabanes nous font mourir de rire. ne cessait de nous donner des renseignements d'ordre statistique. A.. C'est d'autant plus drôle que voilà plus de quinze heures que nous marchons. « Si nous arrivons à il heures. Peu au-dessus de Rosenlaui. Entre l'aube et le couchant on a goûté à la fois les joies de l'hiver et celles du printemps. pour changer. L'arôme du tabac se mêlait agréablement à la bonne senteur résineuse des pins. de la vallée au-dessous. nous aurons été en route vingt heures». Je songeais à certaine journée de mars de Tannée précédente. » — Et si nous arrivons à 5 heures. il est convenu que c'est toujours ma faute. Bischof pointa la cabane d'un doigt triomphant. quatre skieurs éreintés entrèrent enfin à Meiringen. Je propose de descendre sur Meiringen. de toute façon. du fait qu'il existe des « pointes » vertigineuses et des cabanes inaccessibles. sur un long parcours. tandis que. encore meilleure que celle du Dollfus. . et ce n'est qu'arrivés à une altitude de I 700 mètres qu'il fut nécessaire d'enlever nos skis. Il est le chroniqueur attitré de nos expéditions. tout criait le renouveau du printemps. la Suisse a rendu la vigueur et la joie de vivre. inconnues dans les enclos de fil de fer barbelé. Notre enthousiasme tomba brusquement : la cabane était perchée à 1000 pieds au moins au-dessus de nous. partant sous les calmes étoiles vers la lucarne magique du Lauteraar. piquée au sommet d'une espèce de Schreckhorn vermeil !. Carlyon et moi étions les plus fatigués. La fille de la maison réveilla Carlyon quatre fois pendant qu'il enlevait ses souliers. mon vieux Lunn.. Nous laissions derrière nous le monde des neiges. — Une excellente plaisanterie.. — Tu sais. Une masse de populages. remarquait-il avec satisfaction. rayonnait sur le noir de la forêt comme un lac d'or éclatant. Il valait pourtant la peine de faire un kilomètre de plus pour trouver l'accueil cordial auquel on nous avait accoutumés. De Rosenlaui. Les membres flasques et la démarche molle. Le grand charme du ski au printemps est de faire. pour me retrouver au Dollfus. et lui fourra un « brandy and soda » dans les mains en s'assurant qu'il l'avalait. phénomène tout à fait significatif et peu habituel.. et nous avions été en route pendant vingt heures exactement. non contents d'avoir placé leurs cabanes à 5 ooo mètres au-dessus de la mer et leurs cairns au mauvais bout de chaque arête. S. Même ainsi il s'endormit. nous tombâmes dans les bras de nos hôtesses. mais ce retour au pays des couleurs et des sons fut une des heures les plus mémorables de ces mémorables journées. avec fracas. fit Middleditch. pour commander le dîner..

Nous étions quatre : deux des nôtres. on l'aperçoit de loin et l'on y dirige ses pas comme vers une oasis dans l'aridité du désert. La température descendit au-dessous de -30°. La troisième expédition au Lyskamm n'eut lieu que beaucoup plus tard. semblaient nous souhaiter la bienvenue par leurs cris. Leur couleur est toute pareille et. le soleil superbe et la vue enchanteresse (Rivista Mensile. tant il a fait de victimes. Alfredo Dalgas et Giuseppe Pozzi. à moitié nus. On dit que de mauvais esprits hantent le mont et qu'ils tendent des pièges à ceux qui le bravent. B. p60). Aymonod. A. B. Lorsqu'on y monte en hiver. L'ombre et les courants d'air séchèrent la sueur de nos fronts. et nous les suivîmes longtemps des yeux. de loin.. et le soleil avait harcelé notre troupe durant l'après-midi. comme des lézards sur un mur de vigne. Nous avons relaté au chapitre premier la première ascension hivernale du Lyskamm par les frères Sella. comme un point.. sur le glacier. devant la cabane Bétemps. De temps en temps. p. Après une longue discussion qui donna raison aux plus paresseux de notre troupe. Toutes ces expéditions se firent à pied ou à l'aide de raquettes.) 1 Sur les rives ensoleillées du Gorner.Le sommet fut atteint à 2h. Derrière elle se dresse une cabane de bois et. un petit îlot de rocs perdu dans les neiges. Quels bons souvenirs de vie insouciante et joyeuse ! Le gardien n'était pas là pour nous recevoir. durent quitter le refuge dans l'après-midi. Eh bien ! le souvenir de ces heures d'oisiveté et de rêveries se perpétue en moi. au pied de la montagne. et l'on distingua enfin un toit et des fenêtres. Le 23 février 1912. porte le nom de l'ingénieur Bétemps. Celui qui n'a vu le Gorner qu'en été ne peut se faire une idée de ce qu'il est en hiver. Ce n'était pas sans une légère appréhension. quelque distance plus haut.» Depuis lors. La note de la Revue Alpine ne précise pas l'itinéraire. 1 Ce récit a paru dans l'Écho des Alpes de mars 1916. Et pourtant.. Je n'en voulus rien dire à mon compagnon. il faut quitter Zermatt de bonne heure. « Quant au Lyskamm. La neige profonde rendait la marche très fatigante. festonné ses arêtes de corniches fragiles et sabré ses glaciers de crevasses profondes. et l'on n'arrive là-haut que le soir. construite par le C. Dès que son ombre approchait. vol. avortées toutes deux par suite du mauvais temps. Cette ascension serait donc la première en ski (voir Ski. Nous avions lunché en bras de chemise au pied du Riffelhorn. on le surnomme Menschenfresser. Nous restâmes couchés. mais une bande de choucas. une bonne odeur s'exhalait du bois. en janvier 1907. devenus familiers. on pouvait se demander ce qu'elle vaudrait en hiver ? Lors de ma première visite — à Pâques 1912 — nous n'eûmes pas l'occasion de l'éprouver. Partis à 7 heures de la cabane Sella (3601 m. écrivais-je dans l'Écho. Le 5 mars 1889. S. Longtemps je m'attardai à contempler ce curieux spectacle. ils atteignirent le contrefort sud-ouest en quatre heures. Perruquet. 1907. p. Albert et Edouard Lazier. J'ai passé deux journées sur ses rives. qui touchaient au terme de leurs vacances. Ils partirent fort (Rivista Mensile. 1889. j'ai appris par le guide Jos. en face du Cer-vin. avec un bruit sourd bientôt étouffé. Ce jour-là encore. collaborateur de Siegfried. C'était la première fois que je me trouvais sur le Gorner. le 18 mars 1915.35 du soir. puis sa forme se précisa. Tout au fond du glacier. Knubel qu'en mai 1913. Mario Piacenza et les guides Antoine Curta. de Choudens. de Grèssoney. Mazlam. en prêtant l'oreille aux mille bruits de la montagne. et je n'ai pas pu obtenir d'autres renseignements. 1912. G. je n'ai trouvé nulle part mention d'une ascension réussie par des skieurs. Robert Mittendorf et moi. à ne rien faire. nous fûmes les premiers à le visiter. de Turin. l'air était parfaitement calme. en admirant sans me lasser le jeu des ombres et de la lumière. pas un nuage ne vint troubler l'azur tranquille du ciel. le 22 mars 1885 (voir p. l'autre le I er janvier 1907. B. G. 23). réussirent à nouveau l'ascension du Lyskamm. Mais. et nous étanchâmes notre soif avec le jus d'un citron mélangé à l'eau qui tombait du toit. M. cette île n'est qu'un dédale de pierres. Il y avait des heures que nous marchions. B. P. il y avait conduit un skieur roumain. C'est. au confluent des glaciers qui entourent le Mont Rosé.79). XVII. Je restais seul avec un ami. En 1898 seulement. avec les guides G. réussirent également l'ascension en partant de la cabane Gnifetti (Revue Alpine. Portes et fenêtres furent ouvertes. Nous arrivâmes en ski jusqu'au seuil de sa porte. soulevée par le vent du sud et que je vis un instant irradiée par les lueurs rouges du crépuscule. nous jetions sur la neige nos lourdes charges et nous nous couchions en guettant le passage de quelque nuage dans le ciel. contre la témérité des hommes. Charles Silvestri et Alexandre Balz. et je crois pouvoir affirmer que mes amis G. Après deux tentatives. on confond souvent le bloc et la cabane. je l'avoue. les premiers skieurs s'aventurèrent dans l'amphithéâtre du Gorner (Paulcke et Helbling an Mont Rosé). A Zermatt. les crêtes découpées sur le ciel d'Italie se hérissèrent d'une fine aigrette neigeuse. en face des montagnes. J'ai fait ce trajet en ski par une éblouissante journée d'avril. nous nous remettions en route. Il devint brun. il est un site dont j'évoque souvent le souvenir. le refuge qui s'y dresse. Maquignaz et G. Nous mesurions nos progrès aux dimensions de ce point qui grossissait peu à peu. en épiant les contrastes successifs de cette nature changeante. ayant peiné tout le jour sur la neige.CHAPITRE XIII LE LYSKAMM (4 538 m. dont les blocs s'écroulent de temps en temps sur le glacier. et nous avancions à peine. Nous avions fêté le dimanche en gravissant le Mont Rosé par un ciel sans nuage et en moins de temps qu'il n'en faut d'habitude. On aurait dit qu'un incendie faisait rage sur le versant italien et qu'il allait déborder l'horizon de ses flammes. et cette fraîcheur éphémère nous rendait un peu de courage. Ils ont. un cube de gneiss tombé du Mont Rosé. l'une le 8 décembre 1906.). où l'on trouverait à peine un peu de mousse et quelques fleurettes. 159). accompagnés des guides Antoine et Auguste Welf et Joseph Favre. réussirent pourtant à toucher le sommet le 17 janvier. Il est vrai que les deux fois nous nous reposions sous des lauriers bien gagnés et les deux fois aussi nous attendions l'occasion de monter au Lyskamm. Quand on remonte le cours immense du Gorner. Celle-ci. après le coucher du soleil. bien lentement. on apercevait l'îlot et. . au grondement des avalanches. Sous l'ardeur du soleil. On l'aborde par une vieille moraine. aussi vivant que celui des luttes et des victoires. à rêver du matin au soir. Son humeur étant si mauvaise en été. le lundi fut décrété jour de repos. Carrel. Le soir. 29).

Chouchou est l'Achille de notre caravane. cette fois. servait d'écran contre le soleil et projetait sur mon visage une ombre agréable. épiant l'apparition du navire qu'il attendait en vain. quelques heure s plus tard. Seuls. la réduisant à une simple silhouette. je rentrai dans la cabane où mes amis préparaient la soupe du soir. comme une douce agonie. Trois ans plus tard. Adossé à la porte du refuge. grâce au soleil. l'aube frôla les crêtes les plus hautes. les ombres s'étaient allongées. je m'installai en vue d'un dolce farniente prolongé. Un bon mètre de neige recouvrait encore les dalles de gneiss. Nous suivions une piste tracée la veille par Chouchou. par son rapport. à qui des deux resterait la victoire. Ici. le soleil baissait toujours. et c'est alors qu'on put voir comme elle cherche à contrefaire le Cervin. je me rendis à l'appel de mes compagnons. en non plus ne frappait mon ouïe. Le lendemain matin. Mais. Une lutte gigantesque s'était engagée entre la lumière éclatante des neiges et l'ombre des montagnes . Le froid piquait au visage. les seuls spectateurs. Mitten est la prudence personnifiée. Nous venions de la cabane Britannia. Et ce fut tout. mes amis et moi. je fouillai la longueur du chemin. couraient vers le gouffre ouvert dans l'ombre du Cervin. après avoir fumé trois pipes. ayant gravi le Strahlhom en route. devant la porte du refuge. dans les ombres qui glissaient à ses pieds. Les contrastes diminuèrent peu à peu : la lutte touchait à sa fin. Plusieurs fois durant la journée. vibraient d'un rythme étrange au contraste de l'immobilité glaciale du Gorner. les crêtes du Breithorn s'animaient d'une fine aigrette. le ciel était noir de nuages. et l'astre du jour descendait lentement vers les neiges alanguies du Théodule. cherchant inconsciemment quelque point mobile : tel Robinson dans son île. sur sa corniche ondulant dans le ciel . une vie intense passait dans l'air bleu . dit-on. nous partions à l'assaut du Lyskamm. et Mitten. nous serions descendus bien sagement à Zermatt. comme dans un duel mythologique. 1 Voir chapitre XI. on la sentait palpiter aux flancs du Lyskamm. sur le glacier. Jugez-en plutôt : un brancard démontable double (modèle de l'armée) fut disposé sur la neige avec une couverture et des coussins. même le sphinx noir du Cervin. ne soufflait mot. L'homme est ainsi : dans un monde immobile. Castor et Pollux charmaient les yeux comme les seins blancs d'une vierge assoupie . il était parti sur ses skis. Mais. effleurant doucement l'ardeur des neiges. mes yeux furent déçus. deux combattants se narguaient encore : d'un côté le sphinx noir du Cervin. les montagnes de Zermatt avaient quitté leur parure bleue du matin et s'animaient comme une ronde de nymphes se tenant par la main . Rien ne troublait "l'immobilité des neiges. lorsque le silence l'impressione. rester des siècles figés dans leur contemplation. de deux amis. Un instant.. les flots blancs du Gorner. . Lorsque je m'éveillai enfin. Aussi. l'or et la pourpre couronnaient leurs têtes. s'animer sous le souffle du vent. cédant le terrain aux ombres. car j'avais faim. auxquels le charme hivernal de ce paradis n'avait pas encore été révélé. Mes craintes furent vaines : l'horizon resta parfaitement net. avant de me retirer. Nous savions d'avance. qui flottent un instant dans l'ombre avant de prendre vie. Les brahmanes de l'Inde peuvent. tout emmitouflé. Très lentement. Ce fut le triomphe des ombres. le 17 mars fut-il un jour de repos bien mérité. moindres bruits. Ses propos pessimistes faisaient enrager Chouchou et augmentaient encore son ardeur belliqueuse. pour voir un peu ce qui se passait là-haut. Mais. Au fond de la scène. en copiant son haussement d'épaule. nous avions avalé quatre sommets de 4 ooo mètres (1). il cherche instinctivneent un signe de vie. Les premières lueurs du jour frissonnaient sur la neige. Comme un brahmane de l'Inde. J'étais accompagné. je m'absorbai alors dans l'extase. Une autre couverture. La féerie du crépuscule commençait et j'allais pouvoir en savourer chaque phase. La sieste me retrouva à mon poste . par l'Adlerpass. au milieu de mars 1915. que la neige serait excellente et que le Grenzgletscher ne semblait pas trop mauvais. et mes regards erraient sur son cours éblouissant. je contemplais les derniers spasraes du crépuscule. Ils allaient décider. Mais nous devions rester longtemps encore dans l'ombre froide du Mont Rosé. la nuit tomba sur les neiges. de l'autre le Gorner étincelant. et cela avec tous les raffinements du confort. Devant elles. au lieu de venir tenter la gloutonnerie du Menschenfresser. ce fut une journée délicieuse. et toutes ces montagnes. en face des montagnes. et je m'endormis sous l'effet du soleil. frémissants de lumière. craignant de les voir. Si nous l'avions écouté. La saison était moins avancée que la première fois et l'hiver avait été rude. Et pourtant. mais décidément je jouais fort mal mon rôle de brahmane. je dominais le Gorner comme d'un îlot escarpé. à 6 heures. et la lumière reculait lentement. peu après. Ce n'étaient encore que ces teintes pâles. et il nous avait ouvert un chemin facile et agréable.. ou du bon dîner que nous venions de faire. il prête volontiers l'oreille aux. tout près . comme la dernière fois. làhaut. De mon poste. derrière le Cervin. en léchant les séracs. Le froid était venu et j'avais quitté mon poste. à part la discrète mélodie d'une gouttière tombant du toit et les soupirs intermittents de la brise. et. je suivis encore des yeux les crêtes découpées sur le ciel. soutenue par des skis plantés debout. Alors seulement. espérant peut-être découvrir quelque acteur nouveau sur la scène dont nous étions.le lendemain. comme les siens. Mais. et le jour se leva aussi brusquement qu'il avait mis de temps à mourir la veille. et le Gorner semblait figé dans un éternel oubli. le brouillard et la tempête envahissaient le Gorner. Tandis que je reposais dans les douceurs du farniente. là encore. Dès le matin. et leurs formes s'étaient précisées sous les coups d'un ciseau magique qui striait leurs flancs et accentuait le relief de leurs tailles. lorsque nous risquâmes le nez à la fenêtre. Le soleil frôla un instant les crêtes de k Dent d'Hérens. Il ne resta plus qu'un peu d'émeraude au creux du col du Lion et. En quatre jours. je revins à la cabane Bétemps. Quant à moi. et. une étoile s'alluma au-dessus du Lyskamm. les yeux protégés par le verre jaune des lunettes et les narines dilatées dans le parfum de ma pipe.

Durant deux heures et demie. celui-ci relaya H. recouvert d'une couche de neige compacte de 3 mètres. Le sondage ne servit à rien non plus. tomba le plus bas et probablement le premier. il est impossible d'en juger le profil tant qu'on monte encore sur le versant suisse. C'est par erreur que Studer (Ueber Eis und Schnee) attribue à ce rocher la cote 4 366 de l'A. Il nous communiqua facilement son enthousiasme.. Le point 4 366 est la première bosse neigeuse de l'arête orientale du Lyskamm. mais ce sont précisément ces corniches qui valent au Lyskamm sa réputation. et nous lançâmes de joyeux yodels que se renvoyèrent les échos du voisinage. qui marchait au centre. Il était couché avec le visage vers le bas. Les avalanches couvraient la neige de leurs débris. Une masse de neige énorme (environ 140 mètres cubes) s'effondra d'un seul coup. des corniches en festonnaient la crête. avant même qu'on puisse lui porter secours. par une nuit claire. Flender et Kônig. et c'est grâce à cela qu'il échappa à la mort. et l'hiver n'avait rien changé à leur aspect ordinaire. en même temps que la neige qui l'environnait. En comparant la carte au dédale de ses séracs.50m seulement. Une barre de séracs d'un effet magnifique défend l'accès direct à la plus basse dépression du Lysjoch et nécessite un détour jusqu'au pied de la Ludwigshôhe. il essaya encore. Ceci s'explique par la consistance même de la neige hivernale qui présente bien une croûte superficielle. un pont de cette épaisseur présente une solidité absolue. Hans Perren était debout contre la paroi de la crevasse. après l'arrivée de la colonne de secours. et il nous sembla que la mort planait encore. Flender était sur le dos et recouvert. presque toujours accompagnée qu'elle est par l'effondrement d'une masse de neige qui risque d'étouffer le malheureux skieur. vis-à-vis. Malgré les protestations de Mitten qui grelottait. La cassure se produisit sur une longueur de 20 mètres environ et. il réussit à dégager complètement H. Trois personnes se trouvèrent au même instant sur la crevasse: Flender. Les gens de Gressoney n'ont donc pas pu apercevoir ces rochers. les courses en ski dans la haute montagne étaient encore très rares et l'on négligeait volontiers la précaution de s'encorder sur les glaciers. sur ces lieux désolés. c'est le petit roc si caractéristique qni se dresse au beau milieu de la neige. avec l'ombre. et nous cherchâmes un abri dans les rochers de l'Entdeckungsfels (2). Sans doute. «L'ordre de marche était à ce moment le suivant : en avant. Une corde de cinquante mètres nous reliait. La hauteur de la chute fut de 25 à 28 mètres . les deux victimes furent transportées à Zermatt sur des traîneaux.50m. Perren fut immédiatement descendu jusqu'à un petit socle de glace où il put s'asseoir et jeter un gant à son frère. toutes les glaces du Lyskamm étincelaient sous l'ardeur du soleil. la couche de neige mesurait une épaisseur de 3. le 26 février 1902 (1). nous fîmes à cet endroit une courte halte pour nous restaurer. 51-53. entre les séracs dressés d'un côté et ce nouveau danger menaçant de l'autre. sur la plus basse dépression de la frontière. Il avait la tête et l'avant-bras gauche libres. forte de douze guides. Un malheureux hasard voulut qu'un grand tronçon de la crevasse. Hans Perren travailla de sa main libre et réussit à se dégager. » (Alpina. et nous le traversâmes pour gagner l'autre rive. mais vainement. Tout notre intérêt se portait maintenant sur la crête du Lyskamm. coïncidât avec la direction de la marche. L'ombre nous enveloppait toujours. dont les flots cotonneux léchaient le flanc des montagnes à une grande hauteur. comme on le constata plus tard. P. L'accident eut ueu entre les cotes 3300 (courbe de niveau) et 3 344. on n'apercevait que l'extrême sommet du Viso (3843 m). Un vent soufflait violent. Des Alpes Cottiennes.. La neige était devenue très dure et nous avancions avec une rapidité réjouissante. mais mieux appropriée à nos skis. tandis que. au fond. Il montre. Le 28 février. nous nous écartions volontairement du chemin que l'on suit d'habitude. Nous évitions également le lieu de la catastrophe où périrent Kônig et Flender. S... Pendant ce temps. dans une neige peu consistante. p. L'arête que nous devions suivre (et qui sépare le Valais du Piémont) paraissait être en excellent état. une arête de rocs fauves que dorait justement le soleil et par où l'on grimpe parfois au Mont Rosé. le lendemain. Ils disparurent sans un cri et presque simultanément dans le gouffre. Kônig. mais ce qui a frappé leur vue. curieux petit îlot perdu au 1 Leur caravane se dirigeait comme la nôtre vers le Lysjoch. P. C'est (en Suisse) un des points les plus élevés où l'on puisse monter aussi facilement en ski. Notre chemin passait juste au pied de la formidable pente du Lyskamm. et nous attendions avec impatience le moment où nous pourrions découvrir ses fameuses corniches. par 0. comme un petit cône bleu posé sur la houle de l'océan. quatre hommes munis des meilleurs outils durent travailler pendant une heure et demie pour arracher le cadavre à la neige qui l'enveloppait. 2 Ce point fut atteint par des gens de Gressoney en 1778 déjà. nous débouchons par une pente rapide sur les plateaux ensoleillés qui précèdent la frontière italienne. Chacun était donc tombé d'une manière différente.. d'atteindre celui de Kônig.. l'autre était d'un bon bout trop courte. Mitten. et nous nous faufilions. Après leur retour avec le guide Lauber (qui était resté à la cabane). Le guide H. 1902. Nous descendîmes vers le Lysjoch en traversant le monticule dont j'ai parlé plus haut et dont l'altitude atteint près de 4 300 mètres. « Enfin. entre le Lyskamm et la Ludwigshôhe. et elle venait de s'engagersur le glacier à l'ouest du point 3 344. nous décidâmes de suivre la rive gauche plutôt que la droite. Le glacier s'apaisa peu à peu. Zumtaugwald et von Steiger descendirent en toute hâte à la cabane Bétemps pour y quérir la corde de réserve. Fehr et von Steiger. Dethleffsen. attira notre attention sur une cascade de séracs tombée récemment du Mont Rosé et dont les mille diamants rutilaient dans la belle lumière du matin. pour choisir une voie plus longue sans doute. En été.) Si je rappelle ici les tristes détails de cet accident. tous en ski. légèrement arqué et large de deux mètres seulement. Kônig et Hans Perren. Ces brouillards montant si haut et paraissant si denses ne manquèrent pas de jeter un doute sur la stabilité du beau temps qui durait depuis huit jours déjà. Au delà. A cette époque. sous la direction de M. 30 du matin.Le glacier apparut à nos yeux. . Une longue corde se trouvait dans le sac de Flender . On traverse ensuite un monticule neigeux d'où l'on domine le col et d'où nous découvrîmes enfin une vue très encourageante de notre montagne.. mais qui n'est congelée nulle part ailleurs. « Ce qui prouve bien du reste qu'il n'y avait rien d'urgent à tenter. G. toute la plaine italienne disparaissait sous une mer de brouillards.. Leurs volutes étant recourbées vers l'Italie. H. Mais rien ne vint troubler notre marche. Perren . Perren et à découvrir le cadavre de Flender. et nous commençâmes à louvoyer à travers les gouffres à moitié comblés qui bâillaient à l'entour.25m de neige dure. Durant une demi-heure. au pied de la Cresta Rey. c'est que. combien une cnute dans une crevasse est pins compliquée en hiver qu'en été. Sa mort était due à une rupture de la colonne vertébrale. aussi vite que possible. Seiler. c'est qu il doit nous servir d'avertissement et nous mettre en garde contre le danger des crevasses. sauf d'une jambe. la largeur de la crevasse était de 0. les guides locaux Hans Peter Perren et G. Cette bosse présente des rochers très raides sur le versant suisse et qui sont invisibles lorsqu'on se trouve sur le Lysjoch ou qu'on y monte d'Italie. Il n'est pas marqué sur la cartes mais l'omission est excusable. en outre. Ainsi. Derrière eux. en partie seulement. puis MM. Le triste souvenir de cette catastrophe était présent à notre mémoire. dégelé instantanément. Zumtaugwald. Elle avait quitté la cabane Bétemps à 3 h. Le cap rocheux de la Cresta Rey une fois doublé. le guide Hans Perren et enfin MM.

Lorsqu'on s'est promené pendant des heures en ski. car nous comptions bel et bien arriver à Zermatt le même soir. ils aperçurent les corps du D1 Gûnther et des guides. Il soufflait maintenant sur toutes les crêtes et soulevait des tourbillons de neige. les Alpes Graies et celles du Dauphiné. paraît-il. Les corps portaient des blessures telles que la mort avait dû être instantanée. Les deux autres ne portaient qu'un simple bâton de frêne. tout en étant moins vertigineuse. Nous nous résignâmes à les sucer philosophiquement. Et si le glacier est rapide ou dangereux. d'environ trois mètres. La descente s'effectua rapidement et me parut agréable. sommet 4 538 : 13 h. grâce à la confiance que m'inspirait la trace ( 4). le vent cessa comme par enchantement. vues en enfilade et réduites par la perspective. et le passage des corniches nous forçait bien souvent à quitter la crête pour traverser de flanc la pente vertigineuse qui domine le Grenzgletscher. le premier d'entre nous était armé d'un piolet. partaient de la cabane Bétemps pour monter au Lyskamm. La dernière pente du sommet se dressait devant nous. bien entendu. La température est un facteur dont nous nous préoccupions beaucoup au cours de nos premières expéditions d'hiver. il ne restait pour le tromper qu'une dizaine de pruneaux secs au fond de nos poches. Les grandes ondulations du faîte. et celle-ci était tombée sur le glacier 400 mètres plus bas. l'accident se répéta par une triste fatalité. nous ne savions jamais exactement si nous foulions la partie surplombante des corniches. Et le sommet lui-même était peu confortable 3. Le 6 septembre 1896. que notre trace passait bien au-dessous de la ligne de suture. en regardant derrière nous. avait cédé sous le poids de la caravane. 173-175. on s'imagina. Peu à peu seulement. La neige étant mauvaise. mais que nous coniidérons maintenant comme tout à fait secondaire. Il nous parut inutile de faire du style comme on pourrait en faire pour éblouir la galerie d'un Kurort. A mon avis. c'était précisément la chaîne du Mont Rosé au Breithorn. 15. lorsqu'elle est assez lourde pour s'attacher et. Ils avaient crevé une. En outre. La corniche s'était détachée de l'arête à deux endroits différents. malheureusement.corniche de l'arête et l'on pouvait voir le trou par lequel ils étaient tombés. Lewis et Paterson. nous découvrîmes à coups de piolet toute une échelle d'anciennes marches qui nous conduisit facilement sur la cime (2). furent précipités sur le versant italien. Il fuient accompagnés jusqu'au Lysjoch par un Allemand et son guide. Elle présente beaucoup d'analogie avec la partie supérieure du versant suisse du Mont Dolent. A plusieurs endroits. Seul. que le danger des corniches avait disparu. car je ne sais trop quel eût été notre sort. Mais ce qui manquait à nos yeux. en compagnie des skis. Aucun de nous ne connaissait l'arête où nous étions engagés. un vent formidable salua notre retour. laissant ainsi une portion médiane. Quand la neige est mauvaise.milieu des neiges. adhérant à la montagne." (WHYMPER. Ceux qui relevèrent leurs cadavres racontent que la cause de l'accident était très apparente . mais nos prévisions furent toutes dépassées par la réalité. p. congelée en vagues. l'œil s'habitue au vide et le pied s'affermit grâce à la morsure si franche des crampons dans la neige. En s'avançant sur le versant italien.. Dès que nous fûmes sur l'arête. Le même vent sans doute qui nous avait déjà persécutés le matin. le grondement d'uue avalanche se fit entendre.45. et dont notre sommet n'est pas le moindre joyau. etc. 3 J'ai appris plus tard seulement qu'un livre est déposé dans le cairn. on prend ses bâtons entre les jambes et l'on file par la ligne de plus grande pente. Mais les rafales soufflaient de tous côtés. façonnée par le vent. Des paris s'engagèrent sur l'heure à laquelle nous toucherions la cime. les sacs à cet endroit. s'il avait fallu disputer là-haut son équilibre à la violence des rafales. la font paraître beaucoup plus courte qu'elle n'est en réalité. Des brèches profondes obligeaient à de savantes manœuvres. A 10 h. une corniche de neige. et ils virent un nuage de neige descendre de l'autre du Lvskamm. deux Anglais. 30. la vue du Lyskamm est moins belle que celle de la plupart des grands sommets valaisans. tous les moyens de descente devenaient bons. à Zermatt. Après cet accident. Sans être forte. Il y a longtemps que nous avons renoncé à pareilles fantaisies. . jour pour jour. ceux-ci ancrés à plat sur la neige au moyen des bâtons. et finalement nous préférâmes nous installer tout bonnement dans une combe neigeuse. former les corniches que nous rencontrons au début de l'été. Il était 10 h. Au Lysjoch. et ce fut une heureuse chance. Le 6 septembre 1877. si formidable et si classique dans sa grandeur. restaient enfouies sous la mer de brouillard qui montait toujours. nous relevâmes les traces évidentes d'anciennes marches taillées dans la glace — ce qui prouve bien que l'enneigement des crêtes élevées est presque nul durant l'hiver. quelque 500 mètres plus bas. Ceux-ci se dirigèrent ensuite vers la Ludwigshôhe pour observer l'ascension de l'autre caravane qui quitta le Lysjoch à 9 heures. Roman Imboden de Saint-Nicolas et Peter Joseph Ruppen de Saas Balen. Cette incertitude provoque un sentiment fort désagréable. Zermatt and thé Matterhorn. Ce n'est qu'en arrivant au pied du sommet que nous pûmes nous convaincre. située à 200 mètres environ du sommet. bien ensoleillée. J'avoue sans honte qu'aucun de nous n'avait emporté de thermomètre. comme c'était le cas pour le 1 C'est à cet endroit qu'eurent lieu les accidents de 1877 et 1896. 4 Soixante-dix minutes nous suffirent pour le parcours de l'arête jusqu'au Lysjoch. et que l'on quitte brusquement ses longues planches pour chausser des crampons et s'engager sur une crête comme celle du Lyskamm. L'heure tardive précipita notre fuite . c'est-à-dire coriace. La longueur des parties effondrées était d'environ 15 métrés de chaque côté. Dix-neuf ans plus tard. et cette constatation nous tranquillisa pour le retour (1). couchés dans la neige au pied d'un précipice. avec trois guides Knubel de Saint-Nicolas. à l'abri des rochers qui font face au Mont Rosé. 30. la partie la plus intéressante du panorama. sur de vastes champs de neige. car nous laissions. Nous nous assîmes sur nos skis et nous commençâmes à dévorer à belles dents un déjeuner dont la substance devait soutenir nos forces jusqu'au retour. le Dr Giinther et ses guides. La neige ne s'y accumule que beaucoup plus tard. la bise rendait le séjour au sommet peu agréable. Sur cette face glacée. Nous ne perdîmes pas un instant.) 2 Voici notre horaire: départ du Lysjoch: 11 heures . la plaine du Piémont. Notre appétit aurait fait honneur au plus somptueux des banquets . Malgré toutes ces précautions. On sentait la tempête approcher à grands pas. il faut un moment de transition pour retrouver le dédain superbe qui se rit du danger et des abîmes. point 4306:11h.

cette fois-ci. En effet. Les progrès du bissage devinrent bientôt nuls. aspiraient maintenant aux verdures du printemps. et j'entendis bientôt sa voix qui me rassura sur son compte. Aussitôt. au grand scandale de Mitten. De cette façon. Nous étions si contents d'avoir réussi toutes nos courses et exécuté jusqu'au bout notre programme. Cette situation demandait à ne pas être prolongée. Ému jusqu'aux larmes. je pus facilement arrêter mon plongeon et je me retournai pour tranquilliser mon compagnon. La nuit était venue. poussa un cri que j'attribuai naturellement à ma chute. sortit de son sac l'une d'elles. La tempête approchait rapidement. tout tranquillement. Mais. Comme je tenais un ski en balance dans chaque main. avec le vent. au moment de franchir le seuil de sa porte. en rampant. Nous avancions tant bien que mal. et Chouchou se trouva coincé au travers de la crevasse. Cependant. Il fallait porter les skis et marcher à la corde. la demie de cinq heures était passée. J'avais trop escompté la rapidité de nos skis et la facilité de notre fuite. ce fut sans doute pour nous punir d'avoir affronté les glaciers avec tant d'insouciance. C'est ainsi que nous parcourûmes le Grenzgletscher du haut en bas. nous nous apprêtâmes à traverser les séracs que forme le glacier à cet endroit. Lui-même se trouvait suspendu à une profondeur de 5 à 6 mètres environ. et le vent nous soufflait au visage des tourbillons de neige. aucune trace ne guidait nos pas. au moment où nous allions leur échapper.Grenzgletscher. de sorte qu'il pût passer un bras sur chacun d'eux et se soutenir ainsi dans le vide. nous tombâmes chacun dans une crevasse. Les yodels se transformèrent immédiatement en malédictions. simultanément. il fallut renoncer à soulever notre ami par la seule force de nos cordes. J'allais regretter le beau paquet de bougies laissé à la disposition de nos successeurs sur la table du refuge. et ce passage n'avait guère exigé plus de vingt minutes. Je commençai par précipiter sur sa tête toute la neige qui embarrassait les bords du trou. raidissant son corps entre les deux parois de glace. mais bien de Chouchou. lorsque Mitten. qu'il ne vide généralement qu'une fois la course terminée. et cela beaucoup plus rapidement qu'en s'obstinant à faire du style. après avoir remis tout en ordre. Combinant alors tous nos efforts. A l'endroit où nous nous étions encordés le matin. Mais la crevasse présentait une disposition peu favorable à nos efforts : elle était oblique par rapport à la surface du glacier et formait un angle aigu avec la composante de nos cordes. J'étais en tête. où rien ne l'attirait apparemment. sans faire la moindre chute et en suivant presque constamment la piste tracée à la montée. du moins. Il poussa même la bonne humeur jusqu'à lancer des yodels pour encourager notre zèle. on conserve ses peaux de phoque sous les skis pour diminuer encore leur glissement. Lorsque nous quittâmes la cabane Bétemps. tant il l'avait refusé de fois à nos supplications réitérées. nous le retirâmes d'un seul coup hors de ce vilain trou. celui-ci avait complètement disparu à notre vue. La réaction fut assez comique. Là-bas dans la plaine. il était près de fleurir. Chouchou et moi. rassasiés par l'éclat des neiges. Nous voguions en plein Gorner. ou. arrivés au pied du Gagenhaupt. on traverse la zone pénible et suspecte d'un glacier avec le minimum d'efforts et de risques. et il en résulta une hausse réjouissante dans la situation de notre infortuné compagnon. le plus près possible de la crevasse où notre ami avait si brusquement disparu. que l'approche de la tempête. Une angoisse terrible passa sur son visage tout pâle : il s'épuisait et croyait à tout moment retomber au fond du gouffre. Chouchou nous exprima tout son regret d'être tombé si bêtement dans ce gouffre. Trois ans auparavant. et mille voix mugissantes s'unissaient pour rompre enfin le silence qui régnait depuis si longtemps sur la montagne. Nos yeux. ne faisait qu'augmenter notre gaîté. Mitten. que nous avions procédé l'autre fois. Ses excuses ne tarissaient pas. Par un flot de prose colorée. Un système très compliqué de crevasses invisibles semblait nous entourer . Tandis que je tirais sur ce bout. devenu légendaire. loin de nous effrayer. Il devait être près de 7 heures. Puis. lorsque. Mitten sortit d'un geste noble et généreux la gourde qu'il serrait jalousement dans la plus profonde de ses poches et où il conservait depuis huit jours un reste de cognac. Tandis que Mitten restait ancré à son poste. pour ne pas enfler notre vanité au souvenir de victoires faciles. je m'avançai. sur le boulevard des Tranchées. Car elle mettait plus de prix à la victoire et rendait moins pénible la séparation d'avec les montagnes. et nous pûmes goûter librement toute la volupté d'une glissade en style norvégien. Qu'il serait doux de revivre ces impressions d'hiver au bord des flots bleus. en côtoyant la rive droite. les skis convenablement nettoyés. mais le malin profita de l'occasion et vida le flacon d'un coup. Ses skis étaient restés accrochés en travers de la crevasse. qui venait derrière moi. Il m'expliqua avec humeur qu'il ne s'agissait pas de moi. prudemment soustraite au . la brume et les flocons de neige. Ce dernier plaisir suffisait à effacer le mauvais souvenir du Grenzgletscher. la nuit s'était faite aussi noire que possible. du moins. Au beau milieu des séracs. Toutes les crêtes fumaient sinistrement sous la rafale. Il fallait vraiment qu'il jugeât le moment psychologique pour se résoudre à ouvrir ce flacon sacré. Les brouillards d'Italie avaient débordé la frontière et s'écrasaient comme des paquets de plumes grises sur les neiges du Théodule. il se cramponna à celui qui le reliait à l'inébranlable Mitten. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient la neige. Chouchou n'en croyait pas ses yeux . dans la tiédeur de l'air et le parfum des premières fleurs ! Et je songe maintenant (au bord de ces flots bleus) que si les dieux qui règlent l'aquilon déchaînèrent sur nous cette tempête. m'étant détaché. Après deux essais infructueux. à ses côtés. et nous eûmes alors l'idée de disposer ses skis en travers de la crevasse. nous avions parcouru en moins de deux heures ce même chemin de la cabane Bétemps à Zermatt. je lui coulai mon bout de corde dont il se ceignit le torse. les peaux de phoque furent enlevées. lorsque. mais ses bâtons avaient dû tomber beaucoup plus bas. qui semblait avoir tout prévu. C'est ainsi. en enfonçant parfois jusqu'au ventre. aussi vite que nos skis le permettaient. Je le rassurai de mon mieux. la situation se corsa brusquement. la consistance de la neige changeait du tout au tout. mon ami et moi. il fallut donc procéder avec la plus grande prudence.

et nous commençâmes à rire de notre aventure. nous chaussâmes nos skis pour diminuer les risques d'un nouveau plongeon et — comme la pente était très raide et qu'il fallait procéder avec une extrême lenteur — nous nous résignâmes à avancer en escaliers. Ce fut un moment de satisfaction pardonnable et de joyeuse détente. il aurait pu se demander. j'escaladai le premier étage et je me mis à frapper à une porte dont les ais laissaient filtrer un mince rayon de lumière. je pouvais me faire une vague idée du terrain. Après bien des manœuvres et bien des jurons. lors d'une précédente visite à Zermatt. puis nous gagnâmes promptement la jolie chambre qu'on nous avait préparée et nous nous endormîmes dans de fort bons lits. Onze heure? avaient sonné à plusieurs horloges. mais leur apparition confirma notre espoir de finir cette nuit ailleurs que dans la neige ou sous quelque bloc de rocher. nous parvînmes à un endroit que je crus reconnaître et qui me prédisait le terme prochain de cette acrobatie diabolique. avec une confiance dont j'aurais voulu être digne. La perspective d'un bon gîte. Je lui fis entendre qu'elle avait à se lever immédiatement pour héberger trois touristes affamés. Craignant les crevasses invisibles qui semblaient nous entourer. avant notre départ. Elle nous conduisit finalement à une agglomération de mazots. suivaient mes traces à bout de corde.paquet. ne devait pas nous lâcher de si tôt. car. Tout au fond du gouffre noir qui s'ouvrait maintenant à nos pieds. nous tînmes conseil et décidâmes de faire une tentative désespérée pour nous sortir de Charybde sans tomber dans Scylla. elle ne cessait de satisfaire notre appétit et nous prodiguait amplement les sourires et les Jawohl. plaçant à chaque pas nos skis en travers de la pente. et c'est en titubant de sommeil que nous parvînmes aux premières maisons de Zermatt. Une jeune voix me répondit. les obstacles diminuèrent et je pus m'orienter : nous étions arrivés sur la partie inférieure du Gorner (le Bodengletscher) et nous pouvions désormais nous passer de la corde. dont la patience ne souffrirait plus une longue attente. qui devait être celle de la fille du patron. Si quelque gnome avait aperçu le falot que je tenais entre les dents. sur les talons de la patronne. Mais je préfère laisser à chacun le soin de déduire cette morale selon son goût. Aucune lumière n'éclairait les fenêtres et. Avant de nous résoudre à bivouaquer dans ces lieux inhospitaliers. plongés dans une obscurité complète. — et raconter plutôt la fin de notre voyage. Herr ! exclamation qu'affectionné particulièrement la famille Graven et qui m'avait déjà bien amusé. Nous eûmes l'impression de glisser dans une combe. Nous avions déjà composé mentalement tout le menu du festin qui serait ordonné et que l'enjeu liquide des paris engagés durant la course devait arroser de ses flots généreux. De l'autre côté de ce bois. Nous avions donc quitté le glacier beaucoup plus haut que je ne le supposais. Peu à peu. Il fallut ensuite quitter le glacier pour gagner les mazots de Furri. et nous commencions à douter de l'hospitalité rêvée. et nous choisîmes la meilleure pour y loger notre chandelle. L'espoir revenait. Nous parcourûmes cette rue d'un bout à l'autre sans trouver à qui parler. Notre allure s'accéléra. lorsque nous nous mîmes à les bombarder à boules de neige. Nos appels restèrent sans réponse. attardée sans doute à lire quelque roman dans son lit. notre bougie s'éteignit. Une sérieuse morale terminerait dignement le récit de notre odyssée et rachèterait peut-être notre insouciant trio aux yeux de certains lecteurs critiques et timorés. levée elle aussi. dans le haut du village. la pente de neige reprenait plus douce. Le vent éteignait fréquemment la lanterne et nous perdions du temps à la rallumer. Tout le village semblait endormi. s'éteignant et renaissant dans les ténèbres. nous découvrîmes les petites lumières de Zermatt. Là. ce fut sans éveiller le moindre juron. faute de combustible : elle avait brûlé plus de trois heures et ne mourait qu'après nous avoir sauvé la vie. quelle était cette pauvre âme errant dans la tempête. A l'entrée du village. l'électricité remplaçait avantageusement sa lumière. en effet. tout en bâillant. succédant aux menaces d'un bivouac. Quant aux lanternes. serrés autour d'une petite chapelle que je reconnus pour être celle de Furri. . Elles étaient bien éloignées encore. Une piste nous mit ensuite sur le chemin d'Aroleit où nous pûmes enfin quitter les skis et allumer une pipe bien méritée. Celles-ci disparurent bientôt à nos yeux derrière un petit bois de mélèzes dont la traversée nous valut de nouvelles égratignures. puis de remonter vers l'endroit où je pensais trouver les mazots que nous cherchions. secoué. et il en résulta naturellement des chutes aussi nombreuses que grotesques et fatigantes. lorsque nous nous arrêtâmes devant la « dépendance » de Seiler. Elle me rassura par un vigoureux : Jawohl. Derrière moi. Herr ! Nous mangeâmes aussi longtemps que notre faim put lutter contre la fatigue . lorsqu'il me vint à l'idée d'entraîner mes compagnons chez Graven. nous envahissions la cuisine. ouvrit toutes les soupapes de notre gaîté. Notre arrivée nocturne devait être une chance rare pour la prospérité de son auberge. Je reconnaissais très bien maintenant le petit chemin qui nous guidait et qui de Zumsee s'insinue dans le gorge de Z'mutt pour franchir ensuite le torrent et longer son cours sur la rive opposée. ce soir-là. nos manifestations ne suscitèrent pas plus d'indignation. Je me laissais guider par mon instinct et le souvenir presque effacé de ces lieux. A bout d'arguments. qui tient la pension du Trift. Dans la longue rue de mazots et d'hôtels. Nous continuâmes donc dans la direction des lumières. qui nous avait accostés si brutalement sur le Gorner. Il était troué de gouffres exhalant une haleine humide et froide. En tendant la faible lumière du falot dans toutes les directions. La guigne. qui sont naturellement inhabités l'hiver. Mais nous ne découvrîmes rien qui pût ressembler à un chalet. nous en avions trois. et nous faisions main basse sur tout ce qu'elle s'avisa de tirer de ses buffets. Quelques minutes plus tard. la fatigue se faisait mieux sentir. A mesure aussi que diminuait la tension des nerfs. titubant. mes deux compagnons. mais où nous comptions trouver une piste conduisant dans la vallée.

la patronne. ce furent les brusques tournants et les virages penchés sur le vide. Se croyant peut-être sous le bât. manœuvrait avec une précision étonnante. Heureux d'être enfin favorisés par une chance inespérée. cahoté par les pierres. grasse et réjouie. C'était seulement lorsque le chemin se transformait en dévaloir et côtoyait le bord du torrent. jeté de droite et de gauche . Le train devait quitter Viège à 7 h. toute la mécanique des freins pendait à l'arrière en raclant. Il exposait sa vie. après sept mois de mobilisation. Mieux vaut les cacher sous son oreiller. Jouant son va-tout. Après une demi-heure de cette vive allure. Vous connaissez ce chemin de Stalden à Viège : coupé d'escaliers. Mitten et Chouchou cramponnés sur la planche qui leur servait de banc . tournant. Cette métamorphose s'expliquait facilement par les soins diligents dont la patronne et sa fille les avaient entourés. le train devait être parti lorsque nous enfilâmes la rue pavée de Viège au fi de tous les règlements et au grand trot de notre mule. et il nous apprit que le train était parti depuis longtemps. nous avions abandonné toute idée d'attraper à Viège l'express de l'après-midi. Sans perdre un instant. avec un sang-froid et un j'menfichisme superbes. nous engagea vivement à ne pas tarder davantage. que nous avions commandé pour descendre à Saint-Nicolas. prévoyant les obstacles. touchant du nez la queue de son mulet. pierreux. Elle nous assurait qu'en vingt minutes nous arriverions à l'endroit où s'était arrêté le convoi. et les derniers wagons disparurent dans un nuage de fumée. le train venait de partir. talonné par le traîneau qui lui chatouillait les jambes. dont le souvenir fait pâlir en moi celui du Lyskamm lui-même. rapide. nous expédiâmes le dîner à regret et nous confiâmes nos skis à la poste. et son cocher. Plus loin. La monotonie de la marche fit germer dans nos cerveaux hallucinés un projet nouveau : celui d'arriver à Viège à temps pour prendre le train du soir. et il paraissait peu disposé à repartir en campagne. esquissait un temps de galop. malgré son héroïsme et la diligence de son mulet. Les étincelles jaillissaient de toute part et les gosses éperdus fuyaient sous les jupes de leurs mères. à mesure que l'espoir diminuait. 05. au moment où notre carriole démantibulée quitterait le chemin pour filer dans la rivière. CHAPITRE XIV LES ALPES LÊPONTINES . ce dont nous commencions à nous douter. Je reverrai toujours notre bruyant attelage lancé au grand trot. que le mulet. Il lui fallut dix bonnes minutes pour harnacher son mulet et l'atteler dans les brancards d'un chariot à fumier où nous entassâmes nos sacs et que nous suivîmes bientôt en courant à travers le village. Détraquée par les secousses du chariot. vous touchez vos cent sous de pourboire. Lorsque enfin nous arrivâmes à Saint-Nicolas. complètement abrutis par les secousses. et moi enfin. en risquant fort de précipiter la fin de nos aventures. On n'est jamais assez prudent quant à ses chaussures. Le mulet. pour ne pas la perdre en route. prêt à sauter. hésita un instant. il faut partir à temps ! Lorsque nous arrivâmes à la station. lorsque je voulus chausser mes laupars. de peur qu'on ne veuille absolument les sécher en les brûlant. Le cocher fut donc payé et son mulet envoyé à tous les diables. mais rien n'y fit. sinon de suivre cette longue voie ferrée? C'est bien. qui devait bientôt repartir. prudemment agenouillé à l'arrière. Mais. notre bonhomme mit sa mule au galop dans l'avenue de la Gare. il conservait obstinément le pas. malgré mes plus strictes recommandations. nous apprit qu'un train d'ouvriers était monté dé Viège jusqu'à une courte distance au-dessous de Saint-Nicolas et qu'il serait facile d'en profiter au retour en s'adressant à l'ingénieur dirigeant les travaux de la voie. qui remplaçait bien entendu le cheval dont on BOUS avait assuré le concours. Que faire. La longueur de la course nous avait mis en appétit. du reste. sans jamais faire le moindre faux pas. Nous ralentîmes peu à peu le pas. Nous arrivâmes à Stalden quelques minutes avant 6 heures. grinçant dans les ornières. Mais rien ne sert de courir. faisant ressort de mes bras. comme une trombe. Le mulet trottait toujours. et je me jure chaque fois que ce sera la dernière. commença une course à la mort. nous courûmes au premier café . puis se décida à tenter l'aventure. Sur cette piste aérienne. aussi bien que la nôtre. vu le mauvais état des chemins. Je reverrai toujours aussi le regard angoissé que me lança Mitten lorsque nous nous engouffrâmes. après nous avoir salués. et le cocher. nous rencontrâmes un ouvrier qui rentrait du travail. pour suivre la voie ferrée aussi vite que nos jambes le permettaient. » II tira sa montre. Nous quittâmes donc la famille Graven. le meilleur chemin à l'usage des maiheureux piétons. le cocher accroupi devant eux. le dernier qui nous assurât la correspondance avec les express partant de Lausanne. J'ai parcouru trois fois ce « chemin » de Zermatt à Viège. malaisé et dominant sans cesse la rivière* comme la corniche d'un toit domine la rue. où le traîneau pouvait tout juste passer.Le lendemain. nous attendait dans la rue. malgré sa cuite. Au cours du repas. entre les murs resserrés du petit pont arqué sur la Viège et qui m'apparut comme le tremplin au skieur qui va prendre son vol pour le saut. et c'était à moi de la soutenir du pied. Mitten surtout y tenait beaucoup. pour tâcher d'accélérer l'allure désespérante de sa bourrique. malgré les coups de fouet et les injures du cocher qui ne cessait de l'apostropher dans son patois savoureux : sacries ! sacernona ! Nous joignîmes volontiers nos cris et nos gestes menaçants à ceux du patron. venait de rentrer à son village natal. je trouvai que leur pointure avait diminué de trois ou quatre numéros. nous y trouvâmes un cocher entre deux vins et nous lui mîmes le marché à la main : « C'est à prendre ou à laisser : si vous nous descendez à Viège pour l'heure du train. Enfin. suivant les méandres du chemin. et nous ordonnâmes un grand festin à l'Hôtel du Mont-Rosé. Nous franchîmes cet obstacle je ne sais comment. Le thalweg se trouvait dans les pires conditions imaginables pour un attelage tel que le nôtre : un demi-mètre de neige gluante reposait entre deux remparts de blocs congelés. aucun wagon n'était encore en vue. Le traîneau. en emportant toutes ses bénédictions et le souvenir de sa large hospitalité.

Toutefois. le même hiver. si régulièrement espacées qu'il semble avoir été incliné tout exprès pour le plaisir des skieurs. le torrent capricieux dans ses méandres. en s'ouvrant. suivi d'une longue extase. Vers 11 heures du matin. Ce monde était vaste : on voyait les Apennins. Mon intention n'est pas de vous parler de ces courses que vous avez sans doute faites avant moi. Après une longue promenade sur la neige houleuse. la vieille alpe ruinée. L'accueil simple et cordial reçu à Ronco restera un des bons souvenirs de cette excursion. de guide des Alpes Lépontines. j'ignorais totalement le nom de Blindenhorn. dit-on. on trouvera quelques notes succinctes destinées aux skieurs qui désireraient visiter ces montagnes. comme le gîte laissait beaucoup à désirer. 7-10). qui possède de vrais lits. pp. Piz Lucendro und Blindenhorn (Ski. — Un jour.. je ne voudrais pas me faire la réputation d'un sauvage. est bien le plus pittoresque et le mieux situé de tous. sous ses formes les plus originales. Une première contribution au Guide du skieur XVIII. par quelque skieur entrevu durant la journée et qui. Two guideless ascents in winter (Mont Rosé and Blindenhorn) Alpine Ski Club Annual . saccadées. ce lac doit présenter l'aspect d'un Màrjelen en miniature. La vue immense. Mais. ils semblent aimantés : l'inconnu les attire et ils pointent volontiers vers de nouveaux buts. Mais ce que virent nos yeux. qui possède. le Blindenhorn avait baigné dans un azur parfait. Cette étude approfondie est illustrée de cartes schématiques indiquant les routes à suivre. une belle carte toute neuve à la main. L'avouerai-je ? Mes skis ont une tendance à quitter les traces toutes faites . Villa. ni passer pour plus malin qu'un autre. A. Or. égrenés le long d'un chemin capricieux. 166). au grand étonnement de Forni. je dois même dire que je ne l'ai jamais visité. présente des contrastes saisissants et des tableaux tels qu'on en rencontre seulement sur le versant méridional des Alpes. entre eux 1 II n'existe pas encore. Mittendorff et moi. Nous y arrivâmes au crépuscule. salami. J'avais lu sur cette montagne deux ou trois récits d'ascensions : ceux de Hoek ( 2). — car. vino nero. Ossasco. c'est qu'il n'a pas voulu de moi . dans le train. le Dauphiné et.1909. outre une très riche collection de jurons. je rencontre dans la rue un de mes amis. je partais pour remonter le Bedretto et visiter ce fameux Blindenhorn. 195-199) 4 TAUERN. ont chacun leur aspect particulier et leur nom sonore : Fontana. je lui demande ce qu'il projette. c'est le menu habituel des hôtes du Bedretto. quelques mots d'italien. Les petits villages du Bedretto. se trouve comme par hasard assis en face de vous. je saluai ses pics comme les rois du monde. et lorsque nous arrivâmes. durant cette course. L'Oberland bernois m'a toujours été peu sympathique . — Ronco. cette fois-ci. parcourue à l'aube et le soir au crépuscule. Fischer (3) et Tauern (4). au commencement de février. Le récit qu'on va lire est de l'Echo des Alpes. Je crois que mon ami n'a jamais mis son projet à exécution. paru en 1920. Bien des fois il me fallait répondre négativement — et j'en avais presque honte. par le D' Oscar Hug. nous causa un moment d'enthousiasme. l'angélus tombait en notes graves. La partie supérieure du Bedretto. d'une pureté admirable. Grâce à Staub. il ressemble si bien à une gigantesque crevasse que notre repas fut vite expédié. le dernier hameau habité dans la vallée. ma rétine est encore impressionnée par les courbes bleues du Griesgletscher. Signor Anselmo Forni nous ouvrit sa porte et nous prêta son toit pour la nuit.(Du Simplon au Gothard)1. pour le skieur. Sa femme préparait le repas : minestra. sous un soleil glorieux. S. 1913. durant tout le mois de janvier 1911. ça et là quelques pans de roche fauve. sans hésitation. par exemple. avec un superbe glacier. Connaissez-vous la cabane Rotondo? le Blindenhorn ? les Clarides? la Segnes ? le massif de l'Err?. nous étions enfin arrivés au sommet de la montagne. Mes muscles et mes skis ont. sachant fort bien que le massif en question est l'un des plus courus et que tout skieur qui se respecte l'a visité une fois au moins. nous préférâmes dans la suite nous arrêter à Ossasco. — et je lisais dans le regard désormais protecteur de ce monsieur l'impression de pitié que lui causait mon ignorance. la Bernina. En été. mais j'ai couché sous le toit de la Rotondohùtte et j'ai bel et bien lié connaissance avec les Alpes Lépontines en visitant tout d'abord le Blindenhorn. pp. 125-156. mêlant la fumée de son Stump à celle de votre pipe. 3 FISCHER. Skifahrt auf das Blindenhorn (Zeitschrift des deutschen und œsterreichischen Alpen Véteins. et je m'attendais à faire une course merveilleuse. pp. dans le Bedretto. nous avions traversé le Cornopass. frittata.. d'où s'ouvrirent à moi. plus tard. . étouffées bientôt dans l'ombre envahissante. Mais. mais c'est lui qui provoqua ma sympathie pour les Alpes Lépontines. hiver. sur le plateau neigeux du Gries. pp. mais. mais cette région sera comprise dans le volume III du Walliserskifuhrer qui est annoncé et sera publié avec une carte annexe par les soins du C. Le lendemain. et comme la bise était fraîche malgré le grand soleil. je lui tourne volontiers le dos pour admirer autre chose. il y a quatre ans. 43-63 : Die Blindenhorn-Ofenkorngruppe. au retour de courses. Voilà des questions que je me suis souvent entendu poser. de vastes horizons. Bd. Si je ne suis pas monté au Piz Lucendro. n'est pas encore près de s'effacer de ma mémoire. h plus belle fille du monde. du haut de son clocher. ne ferait de nous qu'une bouchée. alors que. Il ouvre sa carte et me montre un sommet de 3 384 mètres. n 13. à l'idée que la crevasse. 1905. ne peut donner que ce qu'elle a. 35. de ce fait. gardé un mauvais souvenir du Blindenhorn. quelque bizarre silhouette blanche prêtent à cette nature son cachet et son charme. toute la montagne était recouverte d'une carapace de neige dure. à demi enfouie sous là neige . p. Bedretto. le départ ne fut donné qu'à 7 heures. Mais. Dans le volume IV (Simplon-Furka) du Guide des Alpes valaisannes. Staub. et. A l'heure qu'il est. nous nous arrêtions pour déjeuner à l'abri d'une paroi de glace qui forme la rive la plus haute d'un petit lac. menu pimenté dont il fait bon goûter dans ces montagnes. et qu'arrivé sur quelque sommet. 2 HOEK. Le mélèze.

Distances à vol d'oiseau . mais les brouillards du versant septentrional des Alpes avaient une tendance à dépasser la crête des montagnes pour venir s'accrocher aux cimes tessinoises. Sur le Wyttenwasserpass. sur les pentes rapides qui séparent le Piano Secco de l'Alpe Nuova. de Lebendun et du Vannino. je réussis à détourner mes compagnons du chemin d'Airolo. Mittendorff fut difficile à convaincre. attendant un traîneau pour gagner Andermatt. Nous nous sentions là comme chez nous. des myriades de pics dont j'oublie les noms. Il y avait du fœhn dans l'air . J'ai parlé ailleurs (1) de cette traversée combinée des cols de Geren et de Wyttenwasser. p. et Mittendorff dut payer mon triomphe en ouvrant péniblement la piste. A Hospenthal. nous aussi. Le système orographique de ces montagnes est bien différent de celui que traverse la Haute Route : il n'y règne pas cette belle ordonnance . Dans la nuit noire et froide. on n'y retrouve plus le parallélisme presque géométrique des vallées latérales du Valais. Une première tentative pour mettre ce projet à exécution eut lieu en mars 1911. nous étions attablés à Realp devant un grog. les vacances venues. irradié dans l'or du couchant.tous. s'insinuait par de longs méandres à travers les glaciers ou les forêts.). Sous les chauds rayons du soleil de midi. tantôt descendant. ne pouvant manger et boire que peu. 44 kilomètres . pour leur faire suivre un sentier plus étroit. tant l'hospitalité y est grande. Enchantés de me faire supporter la responsabilité de cette audacieuse hypothèse. Staub. j'attendais le moment où. Comme je l'ai dit au chapitre IX. Mes prévisions se réalisaient. il ne soufflait mot et. puis jusqu'au Gothard. avec quel espoir mélangé de doutes.— et c'est une des raisons pour lesquelles nous nous étions arrêtés là. aussi. 109. l'arête nord-ouest du Kûh-bodenhorn nous procura un instant d'émotion . et avec quelle impatience. il me vint à l'idée de la prolonger jusqu'au Simplon. dans une sorte de coulisse gigantesque. Il s'agissait de se rendre à Andermatt par le Wyttenwasserpass (2 885 m. Après bien des hésitations. Très peu connue des alpinistes suisses. de Choudens et moi. nous fîmes un jour une promenade jusqu'à la Forcla di Cristallina. — dans la neige poudreuse cette fois. la nuit nous surprit à Ronco. des hennissements. Il me fallut un certain toupet pour leur assurer que. qu'on atteint facilement d'Ossasco en trois heures. J'essuyai d'amers reproches. Le temps d'apprêter les skis. . en bras de chemise. Peu au-dessous du Gerenpass. pour rentrer chez moi (2). où nous couchâmes une seconde fois. elle descend beaucoup plus bas que ne l'indique la carte et semble fermer le passage par lequel nous comptions accéder aux névés supérieurs du Gerengletscher. elle serait excellente sur celui de la vallée d'Urseren. et nous volions à toute allure sur la neige unie du glacier. Mittendorfî était décidément confondu. La zone praticable au ski est rejetée sur le versant méridional. son moral était tombé très bas. La lune devait favoriser un départ nocturne et nous permettre d'arriver en un jour à l'alpe Devero par les cols du Gries. répondant aux yodels qui partaient de la cabane Rotondo. dont la mâchoire s'était démise à la descente du Val Corno. tenue à Ossasco par la famille Pervangher. aboutissant perpendiculairement à la grande chaîne pennine. en considérant cette route sur la carte. Ce fut une course infernale. elle était alors ignorée des skieurs. Le temps était malheureusement d'une inconstance exaspérante. de lancer un dernier adieu au Blindenhorn. Le lendemain. Au retour. du Simplon au Gothard. Au Simplon commencent les Alpes Lépontines. échelonnés le. une forte patrouille d'officiers en civil nous assura que la descente à Realp présentait tous les charmes désirables. du Simplon au Gothard. Plus tard. plutôt que celui de fer. je crois bien que j'étais le dernier à zigzaguer. De quel œil amoureux. je me hasardai à tracer an crayon un trait continu qui traversait toute la carte. Une heure plus tard. de Bourg-St-Pierre à Zermatt. nous pûmes doubler ce cap inattendu et chausser les skis. et rejoignait notre route du Blindenhorn. des coups de fouet et des cris inhumains. Quant à Staub. C'est un but que je voudrais recommander aux skieurs qui ont une journée à perdre 1 2 Alpina. je prendrais ce chemin. Ce fut une délicieuse flânerie. tantôt s'élevant. car il avait trouvé la neige du Blindenhorn trop dure à son goût et il craignait de renouveler de fâcheuses expériences. ils se laissèrent enfin persuader. le ciel était bleu du côté de l'Italie. avions établi notre quartier général à la petite pension du Nufenen.long d'une corde fixée à l'arrière du traîneau. qui. presque entièrement située en territoire italien. 1912. Nous n'osions pas nous lancer. Pour occuper notre temps. Le niveau général se trouve abaissé et la nature y revêt un tout autre caractère. je suivais maintenant ce fil menu. Quelque temps avant cette course. et en revivant mentalement toutes les émotions de la traversée. la neige devint si dure qu'il fallut fixer les crampons sous les skis. 55 kilomètres. mes compagnons étant dès lors suffisamment stimulés par la beauté du jour. la High Level Road s arrête à Zermatt. Mais ce ne fut qu'une fausse alerte : après être descendus une centaine de mètres sur une pente raide. j'avais traversé les Alpes Pennines par la Haute Route de Bourg-Saint-Pierre à Zermatt. le cheval au galop nous emporta bientôt. Sur l'autre versant de ce col. si la neige était mauvaise sur le versant du Bedretto. quelque mystérieuses pour moi et qui excitait ma curiosité. le dernier à la corde rasa les murs et plus loin il faillit passer dans la Reuss : dernière folie d'une journée mouvementée et riche en contrastes. par le fait qu'on descend dans une vallée.

L'après-midi fut consacrée à l'exercice du saut. les plus blasés trouveront là de quoi émerveiller leurs yeux. Après nous être étirés longuement. trois êtres démoralisés. je fus réveillé en sursaut par un grand vacarme : Staub. vous auriez voir dans le haut du Bedretto. il neigeait à Airolo. 109. un peu au-dessous de la Forcla.) et le Basodino (3 277 m. une note de gaîté tomba sur la nature et réchauffa nos cœurs. se révéla à nos yeux comme un bijou. le soleil perça un trou de ciel bleu . A Ossasco. J'avais l'impression que deux heures plus tard nous serions de retour. dès qu'on voulait le caresser. serait fort pénible à tracer dans la neige profonde. Durant cette course. les brumes se fondirent ou restèrent accrochées sur les sommets. avec son parvis entouré de corniches. le long d'une large terrasse au pied du Marchhorn. il n'y avait plus un nuage au ciel : nous étions tranquillement adossés à la petite chapelle du San Giacomo. entre les mélèzes de la forêt. peur voir le temps qu'il faisait en Valais. Mais. symbole de modestie et de renoncement dont la poésie toucha mon âme. en train de déjeuner (2). nous descendions dans une petite plaine et remontions vers le sommet par une large croupe ondulée. Un coup d'œil suffit pour nous décider à battre en retraite. J'ai déjà attiré l'attention des skieurs sur ces deux pics tessinois (1) et je me bornerai à tracer ici quelques souvenirs. mais le désir de descendre enfin était trop puissant pour permettre une longue halte. Et plus loin. Peu à peu. Mittendorff et moi. mes yeux ont gardé de la Cristallina une impression de blancheur immuable. Une puissante arête rocheuse projetée par la Fiorina (et qui n'est pas indiquée sur la carte) nous obligea à descendre sur le Bodensee. qui flamboyait dans l'azur. Or. Après cinq minutes de glissade vertigineuse. en plein sud. le Basodino présentait son large glacier bombé et luisant sous le soleil. nous irions donc lui rendre visite. nous prîmes à gauche. Durant la soirée. dans la nuit noire. freinant de toutes ses forces et hurlant à tue-tête : Furt ! Furt ! Le lendemain. De là. « Mitten » allait de l'avant. mais bien de rendre visite aux dignes voisins du Blindenhorn. A la dernière lueur du jour. et maintenant l'aube se levait déjà dans un ciel sans nuage. et nous montions ainsi rapidement à travers les arbres clairsemés de la forêt. enfin. 2 . la glissade reprit. Demain. dès l'aube. pour crier famine si lamentablement. — Disons pourtant ce qui se laisse dire : après avoir traversé le Passo di Naret. Sur la carte. C'était bien fait : ce sacré réveil n'avait pas voulu marcher. jour pour jour. couchés. Cette petite chapelle du San Giacomo. le gîte familier nous attendait. les nuées débordent parfois la frontière et couvrent le Bedretto. 85 lequel amasse des nuages sur le versant septentrional des Alpes et laisse le ciel du Tessin parfaitement bleu. mais nous pûmes constater ce jour-là. 1912. Un an plus tard. Il était tombé pas mal de neige et le temps s'éclaircissait lentement . j'entendais Staub derrière moi me gagner en vitesse. dont Forni voulut bien nous confier la clef. pas un souffle de vent sur la neige tout unie. A Ossasco. Il neigeait encore! Notre intention n'était pas de tenter la fameuse traversée. Vers midi. nous étions de nouveau à Airolo. dans l'évasement gracieux du col. très longue. avant de monter à la Bocchetta Val Maggia. nous bouclions la boucle de la Cristallina et retombons dans notre trace. car il soufflait un vent chaud et lugubre dont les rafales faisaient plier la ramure des mélèzes. Pour rattraper le temps perdu. perdue au milieu des neiges. Le soir. les premiers rayons du soleil jouaient sur la neige une gamme de tons où l'ocre et le rosé se fondaient lentement dans l'azur. il s'approcha souvent de nous pour dévorer ce que nous laissions tomber delà table . Le lendemain. deux heures plus tard. l'alpe Robiei et le glacier du Basodino.dans le val Bedretto. la Cristallina (2 910 m. La neige fut parfaite. nous avions esquissé une voie d'approche passant par la Forcla Cristallina. deux heures plus tard. suivant des yeux les méandres gracieux de nos serpentines sur le flanc de la montagne. Au delà. nous montâmes encore jusqu'au col du Nufenen. nous fîmes une marche forcée à une allure folle et sans desserrer les dents. Il avait sans doute mangé depuis longtemps toutes les souris du logis. Ce que je résume ici en quelques mots nous coûta de longues heures de marche. de Choudens. A part ces teintes vives de l'aurore. mais. Nous glissions muets vers cette chaude lumière. nous couchions à l'Ospizio del'Acqua. 1 Alpina. nous étions couchés 400 mètres plus bas. que la muraille de nuages s'rrrêtait régulièrement derrière la chaîne du Gothard. Scène navrante dans le grandiose de ces montagnes. le lever du soleil sur le Lucendro. immobiles. nous prîmes possession de nos quartiers et. Le matin. et nous partîmes fort gais pour Airolo. le chemin était couvert de verglas et. au pied d'un mélèze centenaire. comme nous poussions la porte. venait de pulvériser son réveil sur le plancher. et assez loin dans l'azur. un pauvre petit chat blanc et tout tremblant se mit à miauler dans l'obscurité de sa prison. notre désespoir fut noyé dans le chianti. est dû à l'action du fœhn du nord (voir p. La vue de la Cristallina est certainement bien belle et très étendue. debout au milieu de la chambre. p. un peu fade.). avec un ciel sombre au-dessus d'eux. Ce phénomène atmosphérique. dès le lever du soleil. il s'échappait dans l'obscurité en bonds sauvages et craintifs. pas le moindre incident ne vint troubler la tranquille félicité du jour . suivant une piste à demi effacée. suivant une piste ouverte la veille. Cependant. Aussi. assez fréquent dans e Bedretto. nous étions en route pour le San Giacomo. A l'alpe du Valtorta. le plan d'attaque fut modifié et nous décidons de passer par le San Giacomo. Par un curieux hasard. Le lendemain. Une nuit. L'air doux était imprégné des senteurs qui annoncent la tempête. La Forcla franchie. outre une descente splendide et variée. pas un nuage au ciel. mais nous pouvions maintenant nous rendre compte que cette route. nous admirions.

dans'une profonde échancrure de la montagne. sur celles opposées au sud. plutôt qu'en sens inverse. qui s'ouvre dans la crête séparant les glaciers de Hohmatten et d'Alpien. et les aspects de la nature qui change à l'instant. car il était passé 2 heures ( 1). étourdissante. qui nous permit de partir tard et légèrement chargés. Quelques mèches de brouillard traînaient aux flancs des monts. (1908) prétend que 1e Basodino fut gravi en ski avant 1908. Après avoir remonté la branche occidentale du glacier. sur mes instances. Au pied des rochers. c'est moi qui l'emportai. Comme nous montions. Juste à nos pieds. on traverse les névés supérieurs de l'Alpiengletscher. découvre un monde nouveau de pics chamarrés de neige et de lumière. sur la neige bruissante et légère. mais nos yeux s'intéressaient presque exclusivement aux Alpes Lépontines. Ce fut un excellent prétexte pour se borner à faire une reconnaissance. en janvier 1913. voulait poursuivre. à travers un terrain coupé de vallonnements. mais la corde ne servit qu'à tirer mes skis sur la route du Simplon et dans le Bedretto. brusquement arrêtée à All' Acqua. Chacun tira sur la corde et Mitten. en queue. répandus sur le tapis blanc de la vallée du Gries. dressée au milieu d'une prairie. et l'on se dirige droit vers la face triangulaire du Monte Leone. alors que. le 5 janvier 1913. On distinguait une vieille ruine. A. Le brouillard couvrait tout ï'Ossola et la plaine lombarde. je prétendais n'avoir aucun plaisir à varapper sur des dalles recouvertes de neige. nous découvrîmes au delà de l'abîme notre route de demain : le col de Kaltwasser. et plus loin. Une angoissante inconnue nous attendait : la paroi de glace qui sépare les deux branches du glacier et qui s'obstinait à rester dans l'ombre. passant du Mont Rosé au Finsteraarhorn. Avant les derniers rochers du sommet. et nous descendîmes bien vite. Conclusion : il fallait effectuer la traversée du Simplon au Gothard. par où Ton gagne le sommet. un vrai Paradis enclos de rochers et de mélèzes. le temps fut beau et doux . il y eut une courte lutte : de Choudens. en évitant et repérant les quelques crevasses visibles. Et maintenant. nous étions installés à l'hospice du Simplon. Ce coup d'œil dans la réalité nous 1 Le Clubfûhrer durch die Tessineralpen du C. Ayant éliminé le superflu. constituent le charme de cette course. nous fîmes une deuxième constatation coïncidant très heureusement avec la première : c'est que les plus belles pentes sont inclinées vers le nord et l'est. Nous avions emporté une corde de vingt-cinq mètres. S. qui conduit vers l'alpe Devero. Mon dernier souvenir du Basodino est notre descente du San Giacomo. En nous avançant un peu sur l'arête nord. e il le considérait d'un air mélancolique. et moi. sans guère monter ni descendre. une fugue endiablée. Jusqu'au Breithornjoch. Les crampons et le piolet furent très utiles. bien plus intéressante et plus variée que celle de la Cristallina. la course étant réussie et la possibilité d'atteindre le Basodino en ski démontrée. Nous reprîmes au retour exactement le même chemin qu'à la montée. genre Tar-tarin. Ce devrait être quelque part dans le val Bavona. devant l'asti moussant dans nos verres. la blanche pyramide de cette montagne s'élever sereine dans l'azur d'un ciel d'hiver.). Le gneiss du Monte Leone est disposé en couches régulières qui apparaissent très distinctement sur cette face de la montagne et forment de larges vires. ce fut. mais je n'ai trouvé dans la littérature aucune mention de cette ascension. en étudiant de plus près le profil de notre traversée. Depuis ce col. On sait — nous avions pu le vérifier durant nos courses précédentes — que la neige est généralement bonne sur les pentes inclinées versle nord et l'est. Arrivé sur le col entre le Basodino et le Piz Cavergno (Passo Basodino). nous eûmes presque continuellement les meilleures conditions de neige et les plus grandes chances de succès. l'abîme se creuse devant vos skis et le regard. où ils restèrent en suspens. Notre reconnaissance s'allongea et finit par nous conduire au sommet du Monte Leone (3558 m. nous déposions nos skis comme deux Indiens auraient amarré leur canot en touchant la rive de quelque îlot sauvage. un piolet et nos crampons. les brouillards se retirèrent en Italie. restant neutre. en tête. Descente n'est pas le mot : à travers les arbres espacés de la forêt et les ombres allongées du crépuscule. mon fidèle ami de Choudens et moi. . se mit à gigoter au milieu. Le lendemain. Si vous avez pu voir. Du brouillard couvrait le col . C'était la première fois que je goûtais à ce produit valaisan : il me parut aussi nourrissant et plus savoureux que celui des Grisons. De Choudens avtait son sac légendaire aux mille poches. à renvoyer à Genève les trois quarts de son contenu. Très loin. et atteindre ainsi la branche principale du glacier. Finalement. le seul qui fît tache dans toute l'immensité blanche. Première constatation. C'est en suivant une de ces vires que nous atteignîmes l'arête occidentale. D'autre part. les mazots de Morast ressemblent à un jeu de dominos. Et c'est pourquoi. le glacier d'Avrona. dont la préparation est du reste identique et tout aussi simple. elle prend assez vite une consistance très dure. nous mîmes le nez à la fenêtre. il fallut descendre encore. le Passo di Val Tendra. On ne s'écarte guère de la route d'été. à une altitude de 2000 mètres environ. Finalement. pour atteindre la branche occidentale du glacier du Basodino. il se décida.Et celle-ci une fois atteinte. l'alpe Veglia. le dernier acte : la traversée du Simplon au Gothard. la montée est longue et passablement raide. nous surprîmes un petit coin de verdure. nous pûmes nous assurer du nécessaire : un peu de viande séchée dont les bons pères nous taillèrent de belles tranches dans un quartier de bœuf. vous comprendrez le plaisir que nous eûmes à trôner là-haut. mais — autant le dire tout de suite pour ne plus y revenir — dès le lendemain et jusqu'à la dernière heure de la traversée. de la vallée du Rhône. Mais ces accidents de terrain. nous pûmes enfin choisir l'endroit le plus favorable pour traverser cette paroi qui se trouve n'être qu'une forte pente de neige.

jusqu'au moment où il disparut à mes yeux derrière l'arête noire du Hûbschhorn. La perspective de faire cette longue étape en deux flâneries était reposante et sagement adaptée à la brièveté des-jours et à l'absence de lune. Sur le col. Il nous ouvrit le logis où certes nous étions bien tombés : il y avait là. Le jour suivant. restera toujours pour moi un des meilleurs souvenirs de notre randonnée. je vis. qui conduit à Devero par le val Buscagna. nous dûmes . Aussi. une batterie complète et. Mon style est impuissant à évoquer les beautés ignorées de ce site grandiose. Nous réussîmes pourtant à nous échapper et à descendre tant bien que mal vers les lumières de l'hospice. il semble possible de traverser de flanc vers la Scatta d'Orogna. se tordent en poses superbes. Leurs troncs sntiques. pas un souffle. il faut la voir dominée par le Monte Leone. dans la forêt. dans une petite cuisine. Le soleil était couché lorsque nous arrivâmes à Veglia. Le pied du Hùbschhorn était atteint lorsque me vint la malheureuse idée de quitter notre piste pour essayer une variante évitant la pente très raide que nous avions traversée le matin. au-dessus de 1' « Alte Gallerie. Palpe Veglia et ses petites maisons restaient éclairées. La vue grandissait derrière notre dos et. dont l'hospice m'était caché. Je ne dirai pas que la descente fut charmante . Allez vous y aventurer avec des skis ! Bon gré mal gré. un poêle. En réalité. puis disparaître vers l'Italie. on en mesurait de nouveau plus d'un mètre. il se dresse là uae paroi de rochers absolument verticale. cuivrés. La veille. tout au bas du vallon d'Avrona. au propriétaire de l'hôtel de Devero. et nous décidâmes d'emblée de la couper en deux en passant une nuit à Veglia. dont le Weisshorn est roi . la croix a été remplacée par un banal écrit eau : Caccia riservata. mais leur vision ensoleillée demeura dans nos yeux. du bois sec. audessous de la vieille moraine du Kaltwassergletscher. sur le plateau neigeux du Simplon. et descendez au crépuscule dans ce cirque dantesque de Veglia.révéla la longueur impressionnante de l'étape qui unit le Simplon à Devero. partez du Simplon. il fallut dire adieu aux cimes du Valais . Il pensait que nous étions les premiers 1 réussir le Monte Leone en ski. Menacés par les séracs fantastiques du Monte Leone. dont k plupart sont en pierre et bardées de fer. puis je les portais vers l'Oberland. un traîneau glisser lentement dans l'immensité blanche. Je me hâtai d'y arriver pour jouir plus longtemps de la halte. vous serez saisis et ravis par la sublime beauté du contraste. de Choudens avait perdu son piolet — un superbe Anthamatten. Nous nous sentions tout petits et nous étions seuls. Et pourtant. rien ne bougeait. comme nous. nous reprîmes la montée. Je me retournais souvent pour le regarder. si nous n'avions eu des skis. Il me quitta bientôt pour aller à sa recherche et nous nous donnâmes rendez-vous sur quelque roche qu'échauffait le soleil. nous serions montés à reculons. au-dessus de Ponte. nous descendîmes prudemment sur le glacier qui. Palpe Veglia n'a Pair de rien . ayant retrouvé son piolet. Plus bas. le matin du 7 janvier. à Devero et dans la partie supérieure des vallées de Binn et de Bedretto. Ces mélèzes aont merveilleux et bien différents des nôtres. Vue du Monte Leone. qui cache complètement la vue de la Scatta (échelle). Toujours d'après la carte. où nous sommes entrés. et la carte porte des erreurs à cet endroit. doit ressembler à quelque sauvage vallon du Tyrol par le somptueux décor des rochers qu l'enferment et par ses forêts. Je le crois volontiers. la combe était presque dénuée de neige. pointant le ciel de son obélisque doré. dominé par son Lion : alors. tel un point. nous ne quittions l'hospice que vers 10 heures. devient moins raide et s'étrangle finalement entre ses moraines resserrées. Le piolet fit le reste. ciselés. Faites comme nous. Pas un bruit. Seules. ». Ici noua entrions dans l'ombre et dans l'inconnu en même temps. nous parcourions notre petit paradis. longeant la moraine où l'on voyait des lièvres blancs folâtrer entre les blocs. on lit ces mots tracés en rouge et d'une insolente ironie : Per Devero a sinistra sotto le rocce. à la descente du glacier de Hohmatten. lui demandant si l'on pouvait y coucher. ayant déjeuné et causé longuement avec Paimable prieur. tout joli dans la lumière du matin. Le passage que je visais — et qui est du reste le bon — nous fit perdre un temps précieux. Après qu'il se fut restauré. La ressemblance qu'offrait ce jour-là le Fletschhorn avec le Mont Blanc vu des hauteurs du val Ferret italien était frappante. Tout en fumant ma pipe. où ils prêtent à la nature un grand cachet d'originalité. La pente conduisant du fond du Val Dentro au Passo di Valtendra est franchement raide. d'où le Bietschhorn surgissait. ce serait faire à la neige des compliments qu'elle ne méritait pas. La piste de la veille nous guidait. toutes les clefs du logis. Le Val Dantro. Tandis que nos regards se heurtent à ces falaises dorées. Cette soirée passée à Veglia. dans l'intimité et la solitude. Une surprise désagréable nous y attendait. nous arrêtâmes notre choix sur une petite maison rosé de modeste apparence. Nous avions télégraphié à Baceno. où le prieur nous reçut avec du vin chaud. Et pourtant il nous fallait un toit pour la nuit. Sur une dalle de gneiss. Sur le col. Trop tôt mon ami revint. Il faut la prendre tout à gauche (nord) et s'élever en lacets le long des rochers du Monte Moro. promenez-vous au soleil sur les névés du Kaltwasser en contemplant de larges horizons. Personne à Veglia. Il nous répondit qu'il serait à son poste au jour désiré. et nous arracha bien imprécations lorsque la nuit fut venue. Nous devions en rencontrer plus loin. Après une inspection détaillée des cases. peu à peu. suspendues à un clou. J'ai passé là une heure de quiétude comme il en est peu dans la vie. Les montagnes rutilaient sous le généreux soleil de l'hiver. mais. les skis glissent aisément entre les mélèzes espacés. je laissais mes regards errer sur les cimes bleues du Valais.

il fallut y monter sous le soleil de midi. lorsqu'elle n'est pas fermée. A perte de vue s'étendaient vers le nord les plus beaux champs de neige qu'un skieur ait jamais rêvés. C'est là que. ouvert pour nous par l'aimable Signor Alberti. Lorsque nous nous arrêtions. avec sa pipe à la bouche et une heure d'avance sur la diane. nous glissâmes en longues serpentines sur les vastes champs de neige qui occupent toute cette partie supérieure du Binntal. nous pressant de questions auxquelles il fallait répondre dans le plus affreux patois pour être compris. Ces braves gens ne possèdent pas la moindre goutte de vin dans leurs caves. du riz. C'était la première fois que je visitais la vallée de Binn . comme de Choudens est très mauvais coucheur. j'étais réveillé et je pus jouir de sa stupeur en me voyant couché près de la fenêtre ouverte. le Lago Codelago est barré d'une digue qui. Il était recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace qui. et malgré la neige durcie. l'heure. lorsque cette pente nous parut abordable. le triomphe fut aux skis. Au pied du mont Orfano. Il faillit lâcher sa lanterne. Lorsque le patron revint. Mais. Demain serait la grande journée : il nous fallait passer de Binn au Bedretto en traversant l'épaule du Blindenhorn et en prenant en route d'Ofenhorn. — et je crois qu'alors vraiment la comparaison serait à son avantage. elle me parut peu favorable au ski. à travers un site grandiose et après une rude besogne. Et pourtant. à l'autre bout du Valais. nous franchissions le seuil de l'hôtel du Cervandone. — une minestra valaisanne comme j'en ai rarement goûté. Elle est moins sévère aussi. à Veglia. ce fut à qui arriverait le premier en haut. nos cris de joie firent retentir tous les échos de la montagne. de fromage et de pain bis. et c'est le seul itinéraire à conseiller lorsque la neige présente le moindre danger d'avalanche. en élevant son niveau. se précipita vers moi pour constater si j'étais gelé ou endormi. comme une arête nous séparait. le lendemain. L'alpe Devero est plus étendue et moins encaissée que celle de Veglia. Je lui éclatai de rire au nez. dont la pâte est mélangée d'anis : bel exemple de sobriété que nous donnent ces montagnards et que feraient bien de suivre. moins cloîtrée. le soleil brillait dans un ciel pâle et sans nuage. sur les débris congelés d'une ancienne avalanche et. En faisant un détour par l'alpe Forno inférieure. Ses eaux alimentent des turbines installées plus bas et fournissent la lumière et la force à la vallée de Devero. Dans une misérable hutte écrasée sous la neige. la neige était dure et complètement gelée. Dès qu'il eut tourné le dos. et il commença à jurer dans sa barbe qu'il n'y comprenait rien. on évite les pentes les plus raides. Je ne vous raconterai pas les démarches qui furent nécessaires pour arriver à nous asseoir devant une soupe fumante qu'un hôte improvisé nous confectionna avec du jait. On arrive ainsi. comme des bras cassés. nous devions commencer la montée vers l'Ofen-gletscher. Ils vivent de lait. On vérifiait cet effondrement à la roture courant au long de ses rives et aux mélèzes trop avancés dont les branches ankylosées dans la glace étaient rompues et pendaient lamentablement. nous déposâmes la plus grande partie de nos bagages. pour en juger. Aussi la halte ne fut pas longue. plus ensoleillée. La neige. Toujours ces mélèzes enchantés ! Nous glissions au milieu d'eux. je montai à pied. à la Scatta d'Orogna. c'était pour nous retourner et contempler à contre-jour les noires silhouettes des mélèzes découpées sur l'immense éclat des neiges. tandis que toute la plaine et les forêts de Devero reposaient sous une masse étincelante de neige cristalline. Une fois de plus. ivres de volupté et de joie. et les skis glissaient d'euxmêmes dans la neige poudreuse. Il n'était pas inhabité et j'ai rarement passé une nuit plus atroce. Nous eûmes le plaisir de traverser ce lac dans toute sa longueur. Il nous coucha maternellement dans un grand lit. tout y contribua. Le Rio d'Arbola nous conduisit tout naturellement au pied de l'Albrun. para suite d'un abaissement subit du niveau de 1'eau. directement. A 5 heures déjà. Le versant italien du col offre une rude montée. surveillant des yeux la pente à notre gauche. comme deux petits garçons. Je la trouve moins belle. étudiant la route de demain. On n'en trouve qu'à la pinte du chef-lieu. l'alpe Auf dem Blatt était atteinte. Là-haut. puis nous primes le chemin de la vallée. dès l'aube. Et. malgré l'éblouissante vision que m'avait laissée Devero. qu'ils cuisent en galettes originales.descendre dans je vallon anonyme. on pouvait monter n'importe où: de Choudens prit en lacets sur la droite. nous quittâmes la Capone d'Alberti pour continuer notre voyage. En quelques minutes. en quête d'un gîte. Le brave homme voulut porter nos skis jusqu'à l'endroit où cessait le sentier battu. l'éclairage. Notre plan fixé. la voir en été. où se trouve Palpe Bondolero. Lorsque. lorsque ses torrents bondissent des rochers dans les prés verts. plongeant des regards curieux dans la vallée de Binn ouverte à nos pieds. nous étions prêts à partir. Nous fûmes initiés peu à peu aux étranges coutumes des habitants de Binn. mais très pittoresque. nous étions tranquillement assis sur le col. ce jour-là. puis il redescendit vers son . a triplé son étendue primitive au point de l'allonger vers le nord jusqu'à la gorge du Rio d'Arbola. je préférai m'étendre le plus près possible de cette fenêtre. certains ivrognes de ma connaissance. Quelle flânerie ce fut 1 Nous étions bien reposés. Une heure après avoir quitté la Scatta. et. notre hôte nous dévorait des yeux. sur un vieux grabat que l'hôte avait déclaré inhabitable. le lendemain. il fallut gagner notre gîte en suivant la lanterne de notre hôte à travers un dédale de ruelles obscures et scabreuses. Sa pipe rivée au coin de la bouche. passage que nous avions choisi pour nous rendre dans la vallée de Binn. Ayant obtenu le manger et le boire. des légumes et du fromage. mais il faudrait. A midi. s'était affaisée et s'affaissait encore en sourds craquements. ayant renoncé à l'idée de contourner l'Ofenhorn par l'est en franchissant les cols du Vannmo et de Lebendun. Cette descente à Devero par le val Buscagna est stupéfiante. bien entraînés. nous ouvrîmes avec peine une des fenêtres de la chambre qui semblait n'avoir jamais été aérée.

et nous comptions bien nous y arrêter. Ce matinlà. Nous déposâmes dans une grange nos skis et le plus lourd de nos charges. Cette traversée est impraticable en ski. une allusion au Griespass. puis nous partîmes gaiement à pied. Il ne restait plus qu'à descendre dans la vallée par la gorge même du Hohsand. Mais il fallut près d'une heure pour trouver à la poste de Wald le toit hospitalier et le festin rêvé. Le Hohsandpass évoqua en nous le souvenir de la Fuorcla d'Eschia. je lui laissai tout le soin de guider mes pas sur sa montagne. Le lendemain matin. pointa ses skis sur le Hohsandpass. dans une gorge de la Binna. nous découvrîmes enfin le Blinden-horn. Entre deux immenses parois de rochers. non sans nous demander comment finirait l'aventure. savoir d'où l'on vient. et bientôt nous déclarions cette pente assommante. au « passage des Vernes ». et ceci simplifie beaucoup la patrouille! Ils parurent fort étonnés en apprenant que nous allions passer le Gries et que nos skis nous attendaient à Morast. passant le premier. pas un mot de description. décourageante. nous tournâmes le dos au Gries et descendîmes à Morast. j'avais le diable au corps et. où l'on va. ils veulent tout voir. Il était d'une hauteur prodigieuse. jusqu'au Gries.village. en révélant mes plaques photographiques et en constatant que la moitié avait été anéantie par ces fonctionnaires imbéciles. non sans ronchonner. Nos bagages avaient subi une inspection dont je ne pus fixer l'étendue que plus tard. les cimes du Valais surgissaient de l'ombre . Les malins ont tout avantage à ignorer ce moyen de communication : sans ski. . Je ne risquerai. Le soleil venait de poindre et il réchauffa notre halte dans les rochers. le petit hameau que nous avions aperçu autrefois du haut du Basodino. pour éviter de nous rompre le cou dans ce maudit dévaloir où l'on ne pouvait risquer un pied sans perdre l'équilibre ou esquisser les contorsions les plus grotesques. Mais de Choudens envisageait la question d'un œil très optimiste. le torrent était comblé par les débris de nombreuses avalanches qui remplissaient le fond de la gorge. nous prenions pied sur le glacier où de Choudens. Nous fiant aux courbes de niveau de la carte. lorsque deux superbes doganieri firent leur apparition. Une fois de plus. En une heure et dix minutes nous atteignîmes le sommet par le versant italien. pourquoi nous voyageons et ce que nous sommes : étudiants ou militaires ? Avec mes quelques mots d'italien. tandis que nous remontions la vallée suivant notre trace dans la nuit. et nous attaquâmes ces nouvelles pentes avec une nouvelle ardeur. — à l'exception peut-être de celle du Grand Combin. mais. L'aube se levait comme nous arrivions à l'alpe Auf dem Blatt pour y quérir nos bagages. puis une rapide descente et une fuite éperdue sur le beau glacier de Hoh-sand. Le réveil effectif n'eut lieu que beaucoup plus tard. Dans la lumière tremblotante. Qu'ils aient agi par simple ignorance cette ignorance est excusable de leur part . déjà si longue. Arrivés sur le col. aurait dû nous engager à renoncer à l'ascension. A notre grande satisfaction. Une courte glissade dans l'ombre fraîche nous reposa. Je reverrai toujours de Choudens affalé sur le ventre au milieu d'un fouillis de branches. Nous partîmes en même temps d'un franc éclat de rire qui rompit la torpeur noctune. lorsqu'un paysan nous cria dans l'ombre : « Alle or un quarto d'or a fing alla prim' osteria ». ayant abandonné nos skis à mi-chemin (1). Après une halte beaucoup trop courte. A Tosa (l'hôtel était fermé). vers 10 heures. et je dus me soumettre à son irrésistible plaidoyer. En sortant de la gorge. c'est la cupidité qui les poussa à nous voler une paire de lunettes de glacier dont de Choudens dut se passer pour la dernière journée. nous nous retournions constamment pour les admirer et signaler quelque nouvelle apparition. la lanterne fut allumée pour descendre dans le gouffre noir où le chemin zigzaguant se transformait en une glissière verglassée. Mais nous comprîmes en y arrivant que les perfides doganieri s'étaient moqués de nous. Au reste. 1 Première ascension hivernale de l'Ofenhorn (3 242 m. nous leur demandâmes pourquoi ils n'employaient pas des skis.). j'avais peine à satisfaire cette curiosité maladive. nous avions compté faire une traversée de flanc de Zum Sand par Gemsland. C'était alléchant. il fallut s'arracher à la contemplation et regagner le Hohsandpass. ce que nous fîmes. nous dûmes user d'une tactique savante. Un vent froid aous en chassa bientôt et nous commençâmes a zigzaguer sur la pente des Lange Eggen qui conduit à l'Ofengletscher. avec laquelle il présente une analogie. dans l'ombre froide du matin. ce qui ne l'est pas. la lanterne entre les dents et les mains cramponnées aux vernes rampantes. Peu à peu. avec la ferme intention de coucher dans des lits et de faire un sérieux repas avant de revenir ici pour franchir notre col. Ces douaniers sont les gens les plus curieux du monde . nous étions assis sous le porche de la chapelle de Tosa. tout toucher. Rude fut la montée qui nous conduisit ensuite au Mittlen-bergpass (ouvert entre le Hohsandhorn et les Strahlgràte) : une chaleur accablante avait succédé au froid matinal et la fatigue commençait à se faire sérieusement sentir. Ici devait s'évanouir notre dernier espoir : celui de passer le Gries pour gagner le Bedretto le même soir. Il y eut alors une courte discussion. Fruttwald est le premier village habité du Formazza. Comme nous faisions une traversée. entre Tschampigenkeller et Kiihstafel. ils ne sortent pas des chemins battus. faite de tâtonnements énervants. comme nous l'avions baptisé. une heure plus tard. En un rien de temps nous étions dans le lit du Hoh-sandbach. il était tout naturel de franchir des cols sans nous attarder à gravir des cimes et l'étape de ce jour. le thalweg était frayé par les traîneaux qui servent au transport du foin. du reste. Comme leurs souliers étaient ferrés de crampons. rentrant d'une patrouille dans le Griestal. connaître le prix de chaque objet. Cette dernière chance nous épargna un bivouac. et nous continuâmes. Mais celle-ci ne tarda pas à fa blir. l'Ofenhorn devint l'objet de notre discussion : il se dressait maintenant juste au-dessus de nous. J'avoue que la vue dont nous jouîmes là-haut vers midi est la plus belle que j'aie découverte d'un sommet en hiver.

descendant la vallée. et nous fûmes nous reposer un instant à l'abri de sa rive de glace avant de diriger nos skis vers notre dernier col : le Cornopass. et nous fûmes contents de goûter ensuite la fraîcheur de l'ombre . Je repassais dans ma mémoire tous les souvenirs du voyage. de Choudens entama la dernière montée. que le rêve s'était réalisé. et je trouvais au total que les promesses ne s'étaient pas démenties. Avec un malin plaisir je contemplais les nuages bas qui cachaient le ciel et je riais en moi-même : demain il neigerait. et les brouillards arrachés à cette masse sombre venaient par bandes se déchirer sur les cornes du Blindenhorn. Je tenais à passer tranquillement cette dernière heure de traversée. ne fût-ce que pour tirer mes skis sur le thalweg dont la dureté commençait à m'exaspérer. me suivaient ou me précédaient. avaient agrémenté la course. lorsqu'une dernière chance nous sourit : une ancienne trace de ski. J'avais dans mon sac la corde que je transportais depuis huit jours sur mon dos et je voulus m'en servir une fois. Le haut Bedretto présentait une neige coriace et dure. et je voulais emporter en moi un peu de sa poésie. la cime du Blindenhorn laissait glisser sa longue écharpe blanche. tout en songeant. C'était peut-être la dernière fois que je voyais cette belle vallée. ou bien glissaient à côté de moi comme de fidèles compagnes. c'eût été un plaisir d'y voguer. tout le nord et l'ouest étaient noirs de nuages. tous les incidents qui. Dans la neige profonde. Aujourd'hui. Le minuscule sosie du Màrjelen évoquait le souvenir des amis absents. surpassant en grandeur et en magnificence ce que nos pauvres cerveaux avaient imaginé. L'hospice d'Ail' Acqua était ouvert. avait recueilli l'élément poudreux dissipé ailleurs par le vent et offrait à nos skis deux rails huilés où la vitesse devint bientôt vertigineuse. de quoi réchauffer mon cœur durant les vieux jours. sur la pente supérieure. nous nous dirigeâmes vers le Gries où flottaient quelques brouillards. traînant mes planches qui. nous surprîmes une dernière vision : illuminée d'ocré par le soleil couchant.Furieux. moirée d'ombres. sur le col. et. je le laissais filer en avant sur le chemin désormais battu. mais personne ne répondit à nos appels. du Simplon jusqu'ici. mais. nos yeux cherchèrent en vain les pics de l'Oberland qui d'ici font généralement une belle apparition . et de Choudens ne voulut pas s'attarder. selon la pente. mon âme s'émut au souvenir de ma première vision du Bedretto. Le versant italien de ce col présentait deux pentes successives exposées en plein soleil et séparées par une petite plaine baignée d'ombre. J'allumai ma pipe et je m'en fus à petits pas. Une chance inouïe nous avait accompagnés. je descendais. il soufflait un vent qui nous fit endosser nos plus chauds vêtements. en nous retournant. En arrivant sur le col. Le beau glacier de Gries coulait vers nous comme un large fleuve laiteux. lorsque l'air n'est pas absolument calme. toutes les émotions. La première montée se fit en bras de chemise. Et. . tranquille et sans vague. Ces contrastes sont fréquents en hiver. un peu las et l'esprit rêveur. Bientôt. Quelques jurons ingrats avaient déjà troublé le silence. et je verrais tomber cette neige à travers les vitres d'un wagon du Gothard ! Comme l'angélus sonnait au clocher d'un village.

le ciel est sans tache et nous partageons gaiement un second déjeuner. et ce fut Maurice Crettez en personne qui répondit à mon coup de téléphone. Trois ans plus tard. il me fallait retourner à Zermatt une fois de plus. j'arrivais à Verbier. vol. le Rothorn (4 223 m. Mais nous étions arrivés trop tôt. enfin. Je me décidai donc à frapper à la bonne porte. charmant village situé au bord d'une terrasse qui domine la vallée de Bagnes. La dernière occasion étant venue.) Ce serait la dernière. la Bernina comme le Grand Paradis étaient déjà d'anciens trophées. Nous savons cependant qu'elle n'offre aucune difficulté et qu'elle n'exige qu'un peu d'endurance et beaucoup de patience. En attendant. Voir Addenda.I et II. le point culminant du massif du Pelvoux. Dans le ciel. A 5 heures. ils me quittèrent l'un après l'autre.CHAPITRE XV DERNIÈRE CAMPAGNE 1 (1920. les Pennines conservaient encore dans leurs plis le charme mystérieux de la nouveauté. Seules. — les deux derniers grands pics des Alpes (2). Wellenkuppe leurs horaires dans le Guide du skieur pour les Alpes Valaisannes. Je franchis l'étroite ruelle qui me sépare du café Michelot. lorsqu'un brusque rappel hâta le terme de mes vacances. et tracés sur les cartes annexes. personne ne pouvait ni ne voulait m'accompagner. plus long aussi. des nuages panachés flottent indécis. les précurseurs s'étaient partagé les rares sommités accessibles en hiver. dans son maintien comme dans ses propos. Trois amis devaient m'accompagner dans une première étape à travers la Rosablanche. et je suis heureux de constater que mes prévisions se sont réalisées. et l'on descend sur l'autre versant une cinquantaine de mètres à pied. mais ce raidillon n est pas pour effrayer ceux qui préfèrent la rusticité valaisanne aux splendeurs des palaces. Bien souvent j'étais rentré au logis sans avoir rencontré un seul skieur sur toute l'immensité de leurs glaciers. il reste dans les Alpes Craies et Cottiennes une quantité de routes à explorer par les skieurs (voir ma conclusion). la montée est rude. les Ecrins (4 103 m.. n'ont pas encore été visités en hiver. pp. par contre. 2 Des Alpes centrales. Que faire? A Verbier. et lorsqu'enfin le ciel s'éclaircit. Nuit froide. ils disparaîtront sans laisser de trace. je me trouvais seul en face de la montagne. La catastrophe de Bagnes (où trois skieurs périrent dans une avalanche) avait laissé des souvenirs encore trop vivants dans la contrée. et celles-ci n'étaient pas faites pour tenter de nouveaux conquérants. Crettez suit dans l'ombre. Comme elle m'est devenue familière. mais la descente promet d'être rapide et agréable. on trouve chez Michelot des chambres propres et une pension parfaitement suffisante. Qu ils en profitent donc: il en est encore temps. C'est ainsi que. plus calme. mais rapide.). On y monte de ce côté par une pente courte. où nous coucherons. Pour lui comme pour moi. Dans la chaîne du Mont Blanc. je m'étais amusé à gravir successivement le Bieshorn (4 161 m. Lassés par le mauvais temps. une longue montée surtout . un peu voûté sous la charge. Le jour est venu . à l'abri du vent matinal qui balaie la combe de Médran. pensais-je. Dans les Alpes orientales. mais en Dauphiné.. et il fallait en profiter. devrais-je dire. il ne tardera sans doute pas à retrouver sa belle humeur des grands jours.. Depuis longtemps. En février 1914. le 19 janvier. Pour aujourd'hui. L'aube venue. Deux hivers s'écoulèrent encore. profitant d'une étonnante série de beaux jours. je prends les devants en portant la lanterne. Voûtés tous les deux sous un plafond trop bas. je pousse une porte et trouve Crettez en tenue de guerre dans la petite cuisine. Du Chable. Tout en déjeunant. Avis aux amateurs ! En outre. 3 Voir Écho des Alpes. qui ne possède encore qu une humble auberge.) en compagnie du jeune porteur Théophile Theytaz de Zinal (3). à l'endroit où celle-ci tourne au nord et monte vers le col des Vaux (2 690 m. nous quittons le village endormi et débouchons par une ruelle tortueuse sur les champs de neige. plus sûr de lui. je lui expose mes plans. l'Oberland bernois était devenu l'arène favorite des skieurs alpins : en s'entrecroisant. mais personne n'en parle et. il s'agira simplement de monter à la Rosablanche et de gagner Nendaz. 1915. — Ciel étoile.) et le Tàschhorn (4 498 m. entre la vallée du Rhône et la « Haute Route » désormais connue. 177 sq 4 Verbier. C'est une longue journée. avançant au rythme lent et régulier de ses longs skis. Aux extrémités de la grande chaîne.. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes plus revus : dix ans bientôt ! C'est à peine s'il a vieilli.) .). Il était libre et nous fixâmes le rendez-vous au lendemain soir (4). et nous allons maintenant gagner l'alpage de la Chaux en passant sur l'épaule du Mont Gelé. nous nous serrons cordialement la main. J'allais quitter la Suisse pour longtemps. Encore quelques années et nous verrons un chemin de fer dans la vallée de Bagues. il n'existe aucun sommet de 4 ooo mètres. Dent d'Hérens (4 180 m. la course est toute nouvelle. mais nous avons pour nous guider la piste des jours précédents. en pleine guerre. j'étais parti avec l'intention d'attaquer l'Obergabelhorn. ces deux dernières cimes n'eussent été ravies à leur tour. et il restait encore dans les Pennines deux beaux sommets à vaincre en hiver: l'Obergabelhorn (4 073 m. Cette épaule forme une large encolure. est certainement destiné à devenir un jour une station d'hiver à la mode. nous sommes tapis dans un creux de neige. au pied des rochers de la montagne. nous n'avons fait que franchir le bisse de Levron au lieu de le suivre. Mais quel chemin prendre? Le thalweg de Saint-Nicolas ne me souriait guère.). Dimanche 25 janvier. leurs traces l'avaient couvert d'un véritable réseau dont les mailles se resserraient de jour en jour. .) . C'est là le véritable passage pour se rendre de Verbier à la Chaux.).) et le Grand Cor-nier (3 969 m. et je m'étonnais qu'entre temps. lorsque le soleil se sera levé. Une 1 Rosablanche (3 341 m. et c'est pourquoi je préférai choisir un itinéraire plus intéressant. Trois heures plus tard. un funiculaire depuis le Chable et des hôtels confortables au seuil de ses merveilleux champs de neige. Instruits par l'expérience. mais — est-ce un effet du réveil matinal ? — il me semble plus réservé. La lune a disparu.

encadré dans la trouée sombre du vallon de Louvie. du moins. Sortant brusquement de l'ombre. couronnée d'un gros cairn à demi ruiné. nous avançons en écharpe sur les pentes sans apercevoir notre montagne. Il est 2 heures déjà et la chaleur insolite nous a passablement éprouvés. sur le Grand Désert. tourmenté par la soif. Je renonce volontiers à ce premier projet. découpé sur le ciel. voir le Guide du skieur dans Its Alpes Valaisannes. S. nous filons au gré du terrain. après six ans d'intervalle. C'est une longue montée. derrière lesquelles pointe la Rosablanche. Grâce à nos peaux de phoque et à la consistance favorable de la neige. Comme nos skis sont restés au pied du sommet. Enfin. Ce n'est pas long. La trêve n'est pas longue et nous reprenons notre route. que j'avai s compris les indications du guide Bruchez. On contourne ainsi toute la base des Monts de Cion. D'un côté. et. L'air est calme et. Lentement. je m'assieds un instant au seuil d'un mazot bruni. teurnant à contre-pente pour replonger dans l'ombre des combes. Voici la crête rocheuse qui culmine cent mètres plus haut. éclatant de lumière. lorsque la pente s'accentue. où plusieurs sections romandes du C. Tandis que Crettez. Par contre. et cela de tous côtés. il faut maintenant suivre les rives du torrent jusqu'au moment où nous trouverons des traces de bûcherons.). elle nous dépose dans l'anse d'un petit lac. Plus loin vers le sud. Là-haut. nous pourrions nous accorder une longue halte. Dans l'obscurité. presque obsédante. Il y a là plus d'un site favorable. j'apprécie la revanche et je ris de ma rancune. — beaucoup trop vite. Elle ne pouvait guère être meilleure. Il était temps. ni loquace aujourd'hui. s'ingénie à puiser de l'eau par-dessus les corniches du torrent. il n'est plus question de descendre par le glacier de Prazfleuri. Dans notre lassitude. Ici la lumière est diffuse.étude préalable de la carte avait suffi à déceler cet itinéraire qui peut être recommandé à tous les skieurs. à l'abri des avalanches . piaffant dans la neige avec régularité. nous suivons une combe sinueuse où l'air est surchauffé. et il faut un bon coup de collier pour en sortir. Pour gagner Nendaz. vol. évitant d'innombrables mamelons et cherchant à descendre le moins possible. nous touchons enfin la cime et nous couchons paresseusement au pied du signal. nous désirons ardemment deux choses : un souper et un gîte. Les skis sur l'épaule. vertigineuse. A 3 h. nous abandonnons nos skis au creux d'une petite combe et poursuivons l'ascension à pied. nous pouvons nous élever presque directement sur sa rive droite jusqu'au col ouvert entre le Bec des Rosses et le Mont Fort : le col de la Chaux (3 050 m. nous dévalons une forte pente et gagnons ainsi le plateau du Grand Désert. Crettez marche devant. Une glissade presque ininterrompue d'une demi-heure nous porte d'un dernier élan dans la plaine de Cleusen. mais sans lune. le glacier est moins rapide qu'il ne paraît sur la carte. le vent n'avait pas encore abîmé la neige. I. dix heures et demie après avoir quitté Verbier. A. comme un détour inutile. tantôt en serpentines. nous nous étions réfugiés lors de notre siège à la Rosablanche ? Quelle malheureuse équipée ce fut ! Trois jours de tempêtes et deux nuits de bivouac pour échouer piteusement au pied du but ! Aujourd'hui. Il craint d'être surpris par la nuit et presse le départ. n'était l'heure tardive. largement ouvert à nos pieds. De vieux souvenirs s'éveillent en moi. le corps ramassé pour éviter les branches. la montée semble rude après cette longue traversée. sachant la neige excellente sur le Grand Désert. On prend alors la direction d'une selle ouverte à l'est du point 2 872 : c'est ainsi. La glissade qui succède n'est pas longue : en dix minutes. N'est-ce pas ici qu'avec mes collègues Egger et Kônig. Entre les moraines tortueuses du glacier de la Chaux. nous découvrons le col de Cleuson. de l'autre. et nous hâtons le pas en suivant les rives de la Printze jusqu'aux chalets de Cleuson. route 114 . On sort de Cleuson par une gorge étroite et l'on quitte bientôt le chemin habituel pour descendre à droite sur une pente raide. ont projeté tour à tour l'érection d'une cabane destinée spécialement aux skieurs et qui deviendra le meilleur point de départ pour la Rosablanche. Par une chance rare. La glissade est finie. nous piquons en ligne droite. d'un promontoire où nous sommes parvenus. de Bagnes. nous poursuivons notre route. Dans la chaleur de midi. nous chaussons nos planches et nous préparons à la glissade. Mais Crettez n'est ni contemplatif. mais je n'en connais pas d'aspect plus grandiose. J'ai souvent admiré le Combin. se creuse une combe encore vierge de traces humaines et qui s'évase en méandres jusqu'au pied du col de Louvie. au pied du Mont Fort. Que tout cela est déjà loin ! Le crépuscule tombe lentement sur cette alpe sauvage. A 4 heures. car la fatigue commençait à se faire sentir ( 1). Dès que la neige est suffisamment durcie. nous avons quitté l'éclat des neiges pour tomber sans transition dans les voiles du soir. c'est un fouillis de sommités rocheuses. soutenant notre élan le plus loin possible. Il nous sépare seul de la Rosablanche qui se dresse toute proche maintenant. Ce Sont deux longues heures durant lesquelles la marche devient monotone. et Crettez désaltéré m'appelle. Mais il faut encore beaucoup de patience et d'énergie pour y parvenir. et celle-ci restera bonne jusqu'à Nendaz : 10 à 15 centimètres de poudre légère dans laquelle les virages deviennent un jeu enivrant. Tantôt en ligne droite. Lentement la nuit est venue. aussi régulièrement que possible. Le ciel est étoile. nous attaquons la dernière montée. qui connaît parfaitement cette contrée. On laisse donc le cal de Louvie à main gauche. l'on domine le glacier que nous venons de parcourir : notre piste y file presque en droite ligne pour aller se perdre dans les champs éblouissants de la Chaux . Entre les mélèzes clairsemés nous filons joyeusement. le chemin direct de Nendaz-Basse nous échappe et nous arrivons finalement à Nendaz-Haute 1 Pour l'itinéraire exact de la Rosablanche. qui manquerait de charme si les yeux ne pouvaient se délecter dans les mirages de la scène qui s'ouvre à notre droite : le massif entier du Combin. nous nous étendons en plein soleil dans la tiédeur des rochers. C'est ici la seconde étape. 30 de l'après-midi. Longtemps. aussi peut-on espérer qu'un avenir prochain verra le projet se réaliser. Par les immenses champs de neige de la Chaux.

En route donc. Notre brusque irruption les a fait taire un instant et de leurs yeux sanguinolents ils nous ont dévisagés comme des brutes. une fois sur place. leurs volets verts clos devant la désolation des neiges. le glacier de Tsa-de-Tsan s'écroule et se brise en cascades. alors que nous suivions la Haute Route. Veysonnaz et le bisse de Salin. dans l'ombre épaisse. — A 5 h. nous débouclions sur la frontière et plongeons des regards curieux sur le versant italien. nous descendons au village inférieur. Une heure plus tard. le bétail était descendu d'Arola. trop tard pour y prendre la poste. et que les skis paraissent inutiles pour l'ascension projetée. Par ce crépuscule d'hiver. Là. secoués de hoquets et de rires idiots.qui n'offre pas de quoi satisfaire notre appétit. — Pendant la nuit. les nuées se déchirent et laissent entrevoir un coin de ciel bleu. L'air est doux. En cherchant bien du regard. à gauche du Mont Collon. il s'agit de se hâter. Plus je cours la montagne. le guide Maurice Follonier. Tout au fond. il importe de rester très souple et de ne pas vouloir s'attacher aveuglément à sa première idée. sauf quelques brumes effilochées qui flottent au gré de la bise. A travers champs. n'est pas fermée à clef. ne croit pas au mauvais temps. A Satarme. puis nous retrouvons le soleil sur le plateau supérieur. Si nous voulons y parvenir de jour. La « bise »! une fois de plus elle a sauvé la situation. nous doublons un cap rocheux. Mais là-haut. A 7 heures enfin. nous abordons le glacier d'Arola et le remontons dans toute sa longueur. lorsqu'on vient m'éveiller. — Tiens. Aux Haudères. Il disparaît presque sous la neige. je devais gagner Zermatt au plus vite. douze ans auparavant. Quel triste contraste avec le silence d'où nous sortons ! Mon guide lui-même en est impressionné. Le fourneau lui-même semble être d'excellente humeur et ronronne agréablement. leurs voix gutturales articulant péniblement les fadaises que nourrissent leurs cerveaux hallucinés. nous pointons maintenant vers celui du Mont Brûlé. au lieu de nous diriger vers Bertol ou vers ie col de l'Évêque. Voici les hôtels. comme un point minuscule au fond du gouffre. Mais Follonier. . saturé d'humidité : vilain présage. Lentement. à la hauteur du Plan de Bertol. Toute la journée ils ont bafouillé en mâchant leur chique autour d'une table noyée de « fendant ». Il est 10 heures. la combe glaciaire creusée au pied de la Tête Blanche est noire de glace et striée de crevasses. et laissons à main gauche la classique Haute Route pour tourner au sud. Aussi notre souper est-il vite expédié. j'ai changé mes plans. et il n'en faut pas davantage pour nous remettre de joyeuse humeur. mais on distingue pourtant l'angle d'un mur. par contre celui de la Dent confirme mes prévisions et nous engage à pousser une tentative de ce côté-là. et nous bénéficions de sa trace. Je comptais pour cela sur le concours des amis qui m'avaient accompagné jusqu'à Verbier . et nous quittons cet antre pour aller nous coucher. alors que. prudemment fixée à l'extérieur. Puis leurs gros rires ont repris. Quelques jours auparavant. 30. on dirait que ça va s'arranger ! Une heure plus tard. par la nuit noire. qui s'est levé lui aussi. Une heure plus tard. plus je constate qu'il faut savoir les adapter aux circonstances du moment. Nous poussons un cri de joie en découvrant toute une provision de bois et une pile de couvertures déposée dans le dortoir : c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre à l'aise. nous arrivons au refuge. Par Brignon. Le vent a dû souffler furieusèment dans cette région. Crettez me conduit chez son ami. et vivement ! Sans transition aucune. mais. nous entamons nos provisions. par dépit plus que par appétit. le Rocher de la Division (point 3 291). où nous arrivons vers midi. Quel accueil glacial. Coincés dans une faille et chargés de pierres. nous les déposons dans les rochers. nous avions dû le mettre à la porte pour le décider à tirer. Une pelle. animés d'un faible espoir. après une dernière grimpée dans les éboulis. ils résisteront au vent le plus violent. la fameuse chute de séracs est franchie. tous les nuages ont disparu. par bonheur. c'est un brusque retour à la réalité : l'horreur d'un dimanche soir dans l'atmosphère empestée d'une pinte valaisanne. Les chemins sont du reste si mauvais que l'on avance plus vite à pied. seul maintenant avec un guide comme Crettez. L'obscurité qui semble s'exhaler du gouffre monte lentement aux flancs de la Dent d'Hérens dont les arêtes convergent très haut dans le ciel et qui. Si l'état du glacier est désastreux pour le skieur. mais. Lundi 26 janvier. Mardi 27 janvier. je finis par le découvrir. à pied. une délicieuse promenade nous conduit à Vex. auquel nous avons annoncé notre arrivée et qui nous reçoit comme des princes. A 5 heures. et c'est à se demander où a pu passer la neige tombée au cours des deux derniers mois de tempêtes. Tout ce cirque de Tsa-de-Tsan semble dégarni de neige. Comme nous devrons repasser en cet endroit pour nous rendre à Zermatt. en compagnie de quelques ivrognes. la scène est d'une sauvagerie saisissante. nous permet de dégager la porte qui. en comparaison de la vie intense qui anime ces lieux l'été ! Sans gaîté. tiens! fait Crettez. nous faisons halte à l'abri du vent et. après avoir dévalé un grand couloir de neige dure. je désirais m'arrêter à la cabane des Dix pour explorer les environs. Mais. nous partons dans la nuit. le jour se lève sur un ciel opaque qui ne laisse percer qu'une triste lumière. Cela n'empêche pas de caresser ses projets longtemps d'avance. un peu las. Il est trop tard aujourd'hui pour gagner Zermatt : nous irons donc coucher au Rifugio Aosta. blottis frileusement l'un contre l'autre à l'orée du bois. La Dent d'Hérens elle-même présente une face aussi sèche qu'à la fin d'un bel été. En quelques lacets. afin d'exécuter la partie principale de mon programme. toute rosé sous la caresse mourante du soleil. En passant de Verbier à Zermatt. on peut chausser ses skis et suivre les rives du torrent jusqu'à Arola. tirant nos skis. Du col de Valpellme à celui des Bouquetins. il n'y a pas une étoile au ciel. Ici nos traces se soudent à celles de janvier 1911. contraste par sa gracieuse envolée avec les horreurs figées à ses pieds.

enfin une église paroissiale. si harmonieuse que je ne puis en parler sans tomber dans la banalité. Plus loin. J'avais rêvé d'y faire une longue sieste au soleil. qui sont secs et faciles. courte. les malheureux. jusqu'au sommet. Simple. 1 Quant à l'ascension du touriste américain mentionnée dans \'Alpine Journal (XXXII. parce qu'elle se déroula sans heurt et sans le moindre accroc. nous gagnons les rochers. dans ma solitude. Sur la perspective unie et blanche du glacier. Jeudi 29 janvier. l'ami le plus rapproché. De la conque évasée de Tiefenmatten. le brouillard se fait moins dense et. Mais les jours sont courts en hiver et. Voyageurs ? avons-nous donc mérité ce nom. et de quelle vie ! Dans le crépuscule qui monte. dont le clocher pointe au centre d'un petit village : Bionaz. Neige excellente. je me retire à l'abri. cube rosé et blanc sur la sombre frondaison des cimbres. je songe à la sienne. il s'élance d'un seul jet. et nous glissons entre elles. nous autres qui montons ici en hiver ? Non. après mon guide. tombée sur une surface quasi plane. toujours la même obsession (1) I Ce soir. le fourneau fume terriblement. La nuit est venue. des chalets brunis égrenés dans la solitude. la pente s'évase et diminue. et nous disparaissons bientôt dans k brume. Piacenza et ses guides. car c'est plus qu'un voyage ! Voici Bonacossa et ses soldats. déjà. l'astre est près de disparaître derrière les hautes falaises qui nous enserrent. De là. transi. en obliquant à gauche. au grand jour. et j'ai fermé la porte. cette pauvre cure de montagne. Inutile d'y monter : nous passons juste au-dessous pour déboucher bientôt dans une piste qui semble venir du Théodule. et les brouillards flottent très bas contre les parois du Mont Brûlé. Tout est gris ou blanc. C'est là qu'il faudrait descendre pour trouver âme qui vive. 45. si lumineuse. presque froid et. » Au delà de l'abîme.mais bien la deuxième. nous nous encordons pour louvoyer très prudemment entre les formidables crevasses qui précèdent le Stockje. harmonieuse. je m'amuse à feuilleter le «livre des voyageurs ». causa neve molle. la gorge se resserre et tourne vers Prarayé. comme on le fait en été. entre précisément dans son premier quartier Crettez émet de sérieux doutes sur la stabilité du temps. en abordant la rive droite. les pieds dans ses sabots de bois blanc. parce que tout se passa comme nous l'avions souhaité. au fond de ce gouffre désolé. Sur le glacier de Z'mutt nous avons du moins les moraines pour nous guider. aussi noire que par cette journée de janvier. Au haut du grand couloir.Mercredi 28 janvier. Peu à peu. Neige dure avant la moraine dont nous suivons la crête jusqu'au haut. Voici quelques notes relevées de mon journal : « Départ à 7 h. posté en faction. Nous profitons de ses derniers rayons pour étendre les couvertures sur une croupe de gazons dénudés. présentant son arête italienne en raccourci et celle de Z'mutt de profil. Son église ! sa seule consolation et son seul espoir ! Mes pensées vont à lui ce soir. ce brave curé de Bionaz. la situation n'est pas très rassurante. nous retrouvons nos skis dans leur niche. la meilleure route sera toujours celle partant du Rifugio Aosta. et il faut toute la sagacité de Crettez et sa connaissance approfondie des lieux pour atteindre sans encombre les premiers rochers. il a disparu. mes regards glissent avec mes pensées. en direction du col de Valpelline. — Crettez avait raison . pour y célébrer l'office. heureux de nous souhaiter la bienvenue. et le cirque entier de Tsa-de-Tsan est plongé dans l'ombre. Le feu pétille dans l'âtre et. Parvenus à l'arête frontière. aussi vite que le permet la neige fraîche. petit cône neigeux d'où pointe un bout de perche fracassée par la foudre. je ne vois pas. les mains dans les poches de sa soutane. si courte. — Que dire de cette journée ? Elle fut si simple. parce que nous étions bien entraînés . l'apparition du Cerrin est stupéfiante. Mais quelle âme. sauf de grandes étendues où la glace noire nous oblige à décrire des méandres qui compliquent singulièrement la marche à la boussole. Peu à peu. Après avoir mis la corde. Brusquement il fait très frais. La lune. le pont sur la Viège et. Un quart d'heure plus tard. sur le seuil de la cabane. légèrement voilée. je crois entendre l'angélus épancher ses notes graves et il me semble le voir. et pourtant il est. par ce brouillard. le chemin creux. nous apercevons l'hôtel de Staffelalp. Dès que les skis se mettent à glisser sur l'autre versant. mais sur aucune d'elles sa pyramide ne m'avait semblé aussi sèche. . Trois quarts d'heure de halte dans l'air immobile. Tout là-bas. Puis une croûte incassable nous porte jusqu'à la rimaye. elle n'était pas la première. et la nôtre serait donc la troisième. et il leur a fallu douze heures de marche harassante depuis Bionaz. en crampons. A deux. le temps s'est gâté pendant la nuit. Je n'avais du reste pas l'impression d'être en janvier. nous la suivons. Nous devons être sur le col. Toute une journée de marche nous sépare. 20. entre les parois invisibles de la Tête Blanche qui renvoient l'écho de nos voix et les pentes de la Tête de Valpelline qui s'élèvent à droite. Mais nous verrons demain: chaque jour suffit sa peine. et. venus en patrouille pendant la guerre . de vastes pâturages. L'hiver comme l'été. sauf dans le cirque du Tiefenmattenjoch où l'on enfonce profondément pendant un quart d'heure. Le gazon se met à frissonner sous le souffle âpre qui descend des hauteurs. se dirigeant à grands pas vers son église. Ils allaient encore à pied. nous abordons le glacier. un douanier Welche. Après une journée si gaie. car j'ai commencé le livre parla fin). mais je devine la suite : des forêts de mélèzes centenaires. 275). puis nous descendons par le même chemin et rentrons au refuge à 3 h. qui ont réussi la première ascension hivernale de la Dent d'Hérens (ceci en janvier 1910. Il est presque 9 heures lorsque nous quittons le refuge. J'avais souvent admiré des vues prises de la Dent d'Hérens en été. en attendant le repas du soir. le contraste est saisissant. Il ne reste plus qu'à la suivie : voici Zum See.

Bes brumes folâtres viennent jouer alentour. paresseusement. il poussa jusqu'à la base du sommet et dut battre en retraite à cause de l'heure tardive (Alpine Journal. — Dans mes notes. Le fils du patron nous en fait les honneurs et nous ouvre la grande cuisine du rez-de-chaussée où nous serons chaudement installé. lorsque je les écarte. les perspectives sont moins avenantes : le ciel s'est brusquement couvert et nous suivons avec anxiété la course furibonde des nuages chassés par le vent. Par la moraine et l'arête séparant le glacier du Gabelhorn de celui du Trift. cette cuisine du Trift 1 Crettez s'y sent à l'aise et s'y promène triomphalement. le soleil se couche derrière une arête voisine. On installe des paillasses pour en faire un dortoir. il nous servira en même temps de porteur. inabordable l'été. vers minuit. Je téléphone à Saint-Nicolas : Knubel se déclare marschbereit. Vers 10 heures. traînant leurs ombres bleues sur l'éclat des neiges lumineuses : une vraie féerie. Arnold Lunn et Joseph Knubel partirent en ski à l'assaut de l'Obergabelhorn. et nous suivons sa trace par le fond de la gorge. Par contre. la route est tout indiquée : une moraine escarpée. lit une tentative à la Wellenkuppe (3 910 m.. devant la scène grandiose du Mont Rosé. à condition de nous adjoindre son fils. Vers 2 heures de l'après-midi. Crettez et moi sortons de table une seconde fois et. je pars en ski. jeune gars de dix-huit ans. A 2 heures déjà. nous arriverons ici aux premières lueurs de l'aube et. Dans le petit salon attenant à la cuisine et que Dame Graven réserve à ses hôtes hivernaux. confortable et familière dont les parois exhalent un salubre parfum de mélèze i A travers les rideaux tirés. puis la conque glaciaire du Trift que dominent les parois rocheuses de la Wellenkuppe. devient en hiver un chenal fort agréable. ouvrant une piste que nous pourrons suivre demain à la lumière de notre lanterne. Par la combe où coule en été le torrent. Le 26 mai 1917. sans portiers à casquette galonnée. je pars pour le Trift. au crépuscule. il n'est que juste qu'il participe à la revanche. Le sentier d'été serpente sur des pentes abruptes qu'il serait imprudent d'affronter à cette époque. J'ai vu aujourd'hui ce que je désirais voir et. le temps s'éclaircit et. ça m'a creusé l'estomac ! Il s'agit maintenant d'aller trouver le patron du Trift et de lui faire notre demande. . ce séjour en Italie. les neiges scintillent et. mais l'arête reliant celle-ci à l'Obergabelhorn était toute en glace. sans sifflet de locomotive. nous redescendons à Zermatt par la gorge du Trift. la montagne eût été impraticable pour plus d'une semaine. presque à regret. Peut-être aussi que l'Obergabelhorn ne lui sourit guère ? En douze minutes. sans cohue.. et j'ai toute la journée devant moi. au dehors. je puis redescendre au Trift. j'ouvre portes et fenêtres pour laisser pénétrer la chaleur bienfaisante du soleil et je m'installe dans un rockingchair sur le seuil de l'hôtel. sans bruit !. Vendredi 30 janvier. Knubel n'arrivera que ce soir.. grâce aux peaux fixées sous les skis. Samedi 31 janvier. Arrivé làhaut. et ils durent également battre en retraite. En été. Inutile de pousser plus loin ce soir.) Il partit de Zermatt même.. Mais. nous acheminons vers le Trift. En sortant de cette gorge. et Crettez s'impatiente. Le mauvais temps serait-il déjà fini ? Zermatt ! Zermatt en hiver! Un Zermatt sans bastringue. Herr Aufdenblatten est au logis et de fort bonne humeur.. plus haut. Lundi 2 février.A quatre heures. — La neige continue à tomber. souriant de sa façade rosé à notre arrivée. Comme j'avais projeté cette course avec lui autrefois. Je m'en doutais. la neige ne s'attache pas aux arêtes exposées à l'action du vent. Une heure plus tard. Celle-ci est reliée à l'Obergabelhorn par une formidable arête dont je scrute anxieusement les moindres détails. entrain d'achever un plantureux déjeuner. membre de l'Alpine Club.. — Quel délicieux réveil dans cette chambre basse. Comme il nous faut du bois. Des travaux urgents l'attendent chez lui et il manifeste un désir évident de ne pas s'attarder ici. on aperçoit l'hôtel posé sur la neige. très doux vers midi ( + 4°) Inspection de notre Capone dans ses moindres recoins. Je n'ai pas connaissance d autres tentatives. le ciel est complètement nettoyé. rembourré de neige et où l'on peut s'élever directement. au cœur de l'hiver. Elle semble à peine saupoudrée par les trois derniers jours de tempête. pour ne pas perdre mon temps. — Quel temps... comme suspendue. je ne puis retenir un cri d'étonnement en découvrant un ciel sans nuage. Crettez me quitte pour rentrer chez lui. le soleil fuse joyeusement et. Crettez est confortablement installé. bien que nous ayons encore une autre ascension en perspective (1). De l'Hôtel du Trift ils parvinrent assez facilement au sommet de la Wellenkuppe. l'esprit désormais tranquille. Sydney Spencer. Trift-sec épatant! Dimanche 1er février. C'est ici le chemin d'hiver. XVIII. Après le dîner. Mais. Une vraie Capoue. Le porteur est parti en avant. la gorge du Triftbach. Ainsi l'hiver nous réserve d'agréables surprises. dans l'azur très pâle. Demain. ces simples lignes neige toute la journée . 386-387). on débouche au bout d'une heure dans la plaine où se cache le petit lac enneigé du Trift. hein ! et quelle veine ! — Ah oui ! et un appétit du diable. sans fumée. avec une seule bourrasque le 11. Mais. Knubel 1 En janvier 1893. et prit quatre heures pour arriver au Trift. et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à partir dès la tourmente passée. le Tàschhorn pointe sa corne noire qui fume légèrement sous la bise. — Journée merveilleuse qui va marquer le début d'une longue série de beaux jours (du 2 au 20 février. Je proposerai donc à Knubel de nous attaquer directement à l'Obergabelhorn.. Il y a là certaine corbeille remplie d'excellentes bouteilles. Il veut bien consentir à nous ouvrir son hôtel. Crettez-Gargantua prépare de plantureux banquets. nous débouclons nos skis sur le seuil de la pension Graven. Tout là-haut. plus haut.

Pour varier la marche. quand il se trouve aux prises avec les difficultés. Et pourtant. elle en facilite considérablement l'escalade et permet d'éviter la traversée toujours périlleuse par le versant du Mountet. Knubel ne manque pas de trouver cela merkwurdig. et nos doutes. se font plus sérieux. Les parties neigeuses sont excellentes et les rochers faciles. Au contraire. plus formidable. Elle ne sera jamais exécrable. A l'endroit où elle cesse. Aux flancs du Mont Rosé. et je l'engage à poursuivre notre marche. au pied du Triftjoch. Knubel fait une mine grave (le ciel couvert en est évidemment la cause). Lentement les nuées se tassent. et son estimation ne me paraît pas excessive. plonger une seconde fois. On objectera qu'un guide blagueur est rarement un bon guide. du reste. Le problème est plus sérieux que je me l'étais figuré. je ne puis m'empêcher de songer à celui qui m'a quitté hier et de comparer ces deux grands guides. Blond. Crettez passe pour le meilleur professionnel du Bas-Valais et. malgré la hausse régulière du baromètre. Knubel prend le s devants et pointe ses skis vers les moraines. Ce matin. je m'avance au bord de la gorge qui se creuse vers Zermatt et lance un long yodel dans le vide. nous déposons nos skis à l'abri des rochers. Knubel n'a rien de cette humeur exubérante et ne connaît pas les bonnes blagues qui peuvent remonter le moral du touriste épuisé. Cependant. un rosé vif qui ne tarde pas à fondre. puis se cabre brusquement pour former le Grand Gendarme. il reflète le dévouement et la fidélité. presque immobiles. où la concurrence est beaucoup plus grande. cinq heures et demie après avoir quitté le Trift Vu de là-haut. nous chaussons nos crampons. aimée. nous touchons l'extrémité supérieure de cette moraine. des voiles parallèles. A l'orient. plus abrupte à mesure qu'on s'en approche. plein d'attrait. du reste. Tranquillement.n'y est pas encore arrivé. Tous deux ont joué un rôle prépondérant dans l'exploration de leurs montagnes en ski. Dans le névé de l'arête. l'immense tour de roc se dresse devant nous. Impatient. Avec une régularité d'automate. par une forte pente. mais qui nous permet de gagner rapidement de l'altitude. Là-haut. D'une seule envolée. la frange neigeuse de la Wellenkuppe s'est illuminée de rosé. Sur l'épaule de lu Wellenkuppe. Tout espoir n'est pas encore perdu de voir le soleil percer les nuages. à l'endroit où elle s'enfonce dans les névés du Trift. Une corde se balance à son flanc. légèrement penchée sur le vide. . nous suivons la piste de la veille. l'Obergabelhorn laisse une impression saisissante. Le doute dans l'âme. les coups de vent se tont plus rares. le ciel est voilé. Il fait grand jour. il voit tout en rosé. dans la vallée de Zermatt. Nous sommes. Knubel aborde la moraine principale dont nous escaladons la crête en portant nos skis. lorsque le soleil brille. Les dalles sont plus faciles qu'il ne semblait de loin. On passe sous les rochers du Rothorn et. nous arrivons au sommet de la Wellenkuppe (3 910 m.. je vois mon guide surgir du gouffre. Longtemps nous zigzaguons entre les coulées d'éboulis. sûr de lui. En le voyant venir ainsi. réfléchi. — A notre réveil. observant d'un œil inquiet les spasmes de cette aube. Il est 8 h. Une voix toute proche me répond joyeuse et. la face ronde et souriante. La partie supérieure de son arête paraît fort enneigée et fume sinistrement sous les rafales. de sorte qu'à 10 heures déjà. moins violents aussi .. Pour moi tout est nouveau ici. Mardi 3 février. Il compte au moins cinq heures et demie pour gagner le sommet et revenir ici. et rien ne semble pouvoir l'arrêter. Il le sait. — en supposant que le temps n'empire paa. la lune jette quelques lueurs tamisées par les brumes. en même temps que le soleil disparaît derrière les nuages : tout devient terne. Vers 7 heures. mais la tempête le plonge rapidement dans le plus sombre pessimisme. mais Crettez fait exception à la règle. Autant il est gai et rieur au refuge. et l'escalade commence. endossons nos vestes de toile et nous nous encordons à courte distance pour pouvoir cheminer de conserve. à l'endroit où celle-ci vient se souder à la roche.). Brusquement nous sommes debout. et j'avoue franchement n'avoir jamais rencontré en hiver tant d'obstacles sur ma route. Ses impayables histoires ont égayé bien des soirées de cabane et ensoleillé les attentes les plus moroses. dans la tristesse lugubre de cette matinée d'hiver. Je le crois volontiers. sur une neige parfaitement dure. nous gagnons le pied du Grand Gendarme. Une marche rapide nous a permis de gagner une forte avance sur l'horaire prévu. à travers le lac enneigé. sous laquelle s'allonge une large bande de ciel bleu cru. et nous touchons . autant vous le verrez calme. il s'élance d'un seul jet dans un ciel gris aux reflets d'acier. s'étirent en une barre rougeoyante. un moment dissipés. à droite d'une pente de glace luisante. Fixée l'année précédente par les guides de Zermatt. Mais ne cherchons pas à comprendre et partons bien vite. Knubel a dépassé en quelques années tous ses collègues. La lune inonde tout le bassin du Trift et nous pouvons nous passer de lanterne. Flanqué à gauche d'une lame rocheuse. il frappe la pente de ses skis. A grandes enjambées. car il est trop bien stylé. qui restera légendaire. et il se plaît à entretenir ses clients de sa faconde.mais il inspire une confiance illimitée Sa stimmung dépend du temps. un instant plus tard. elle se festonne de corniche?. fort dispos ce matin. on pénètre dans la conque évasée. se redresser doucement et venir mourir à nos pieds. vif et nerveux comme toujours. les brumes semblent plus diaphanes. 45. Plus bas. c'est cependant un des grimpeurs les plus agiles que je connaisse. dans le caractère aussi bien que dans la physionomie. La silhouette brune du géant de Champex est familière au monde des alpinistes romands : c'est une figure sympathique. Knubel grimpe sans l'ombre d'hésitation. Il a derrière lui un glorieux passé et il a su triompher habilement des plus folles aventures. il existe entre eux un frappant contraste. Beaucoup moins grand que Crettez. le jour a beaucoup de peine à venir. C'est une rude montée qui nous arrache des soupirs et des jurons. nous découvrons aisément les anciennes marches taillées en septembre dernier.

Le sommet lui-même était une féerie. une accolade à la gourde et la fumée bleue de nos pipes montant rejoindre le bleu du ciel. Hélas ! le temps fuit. un vigoureux shake-hand.. Malheureusement. nos regards plongés dans les gouffres. alors que tant d'autres.. comme la dernière glissade nous a complètement délassés. et partout.A vrai dire. Pour la première fois aussi. Herr K. A 4 heures. ses créneaux dorés enguirlandés de volutes blanches. Et quelle vue.assez rapidement à l'extrémité de la corde. attendaient en vain une visite. Silencieusement. huit heures exactement après avoir quitté le Trift. la course sera longue. les rudes contours de la montagne s'atténuent . quelle vue ! Plus un nuage ! Tout alentour. Cette fois-ci. Knubel y taille avec soin de larges escaliers où je puis descendre sans crainte. il est optimiste et. nous foulons la plus haute cime de PObergabelhorn. je crois bien. nous franchissons en sens inverse tous les passages du matin. les montagnes tordues. je lui passe un de mes crampons. Dans cette arête s'ouvre une selle neigeuse où l'on parvient en ski et d'où l'on découvre d'un seul coup d'œil le vaste chaos du Hohlicht que dominent deux cimes formidables : le Schallihorn à gauche et le Weisshorn à droite. 50. Après cette course aventureuse. suivant par la pensée la crête festonnée qui nous relie aux premiers rochers.nous retrouvons nos skis : une trace continue nous relie au Trift. Mais le temps est si beau qu'il serait dommage de n'en pas profiter. tout seuls dans l'immense amphithéâtre de Zermatt. et l'on aborde l'arête. cornes noires.. Mais je préfère tourner mes regards de l'autre côté et admirer les gracieuses volutes des corniches ployées vers le Trift. nous sommes à peu près certains d'arriver au but. le sommet semble moins terrible que de la Wellenkuppe. Puis la crête blanche s'élève vers les rochers du sommet. Knubel s'est arrêté et jure en patois valaisan . Knubel prétendait même qu'un jour de repos serait indispensable. Une courte halte au pied des rochers.. si riche en aléas et pourtant si bien réussie.. jusqu'à l'endroit où elle s'incurve de nouveau et forme la frange d'une combe doucement inclinée vers le Hohlicht. Et nous étions seuls. Sans doute. nous suivons deux heures durant la trace de la veille.) me tente beaucoup : il promet une grandiose balade dans un vaste cirque de glaciers et un contraste reposant avec l'escalade aérienne du Gabelhorn. agile comme un mousse. Quelques gradins. Cornes grises. mais mes pensées s'attardent encore là-haut. nous ne savions de quel côté nous tourner pour tout voir et fixer dans notre mémoire la glorieuse image de tant de merveilles... le noir restant la note dominante sur les crêtes de ces vagues gigantesques qui vont déferler vers l'horizon.. la voix de Knubel. Et là. le film se précipite devant mes yeux : un Knubel triomphant qui me tend la main. Hier. Dans la pureté de l'atmosphère. nous décidons de profiter du lendemain pour monter au Schallihorn. Ah ! quel beau moment nous avons passé là-haut... la Dent Blanche surtout. avec prudence. Les rochers sont faciles 1 Nous le tenons.. — Wir band's. Mercredi 4 février. Mais il faut quitter ce gendarme avant tout. nous respirons plus aisément . Knubel s'en saisit adroitement et s'élève à grandes brassées. nous le tenons bientôt ! . puis il se décide à grimper jusqu'au sommet du gendarme. Revenus de nos émotions.. nous sommes en lieu sûr. Sur le gneiss granuleux. grisé par le succès... Nous scrutons les moindres détails. il allume sa pipe — signe infaillible de bonne humeur chez lui — et nous enlevons avec brio ce dernier bout d'escalade.. Qu'elle était gaie. puis nous dévalons à la corde pour remonter lentement la croupe neigeuse de la Wellenkuppe. sur la cime.. Tout près de nous maintenant. nous obliquons à droite pour gagner la longue arête qui descend en ondulant du Rothorn au Mettelhorn. Comme les skis sont indispensables pour parcourir le glacier supérieur. des cornes farouches. Le Cervin. debout pour mieux voir. c'est une fuite impressionnante : bombée. puis à la cime. Sur quoi. Au sommet de la moraine. nos cœurs sont gonflés d'espoir. il nous faut les transporter là-haut. une autre au sommet du Grand Gendarme. comme jamais je ne crois les avoir vues. monsieur K. l'acier craque soudain et je vois l'un d'eux rebondir en cascade argentine sur la pente du Mountet. Comme il n'a pas le moindre clou sous ses laupars. Entre elles seulement la blancheur éclatante des neiges. j'aurais volontiers passé une journée entière à savourer la fraîcheur de mes impressions. Jamais je n'oublierai ce trône or et blanc dressé dans l'azur. penchés sur les corniches... dans un gouffre éblouissant de lumière. espérant m'en tirer avec une chaussure légèrement ferrée.. la plus difficile à gravir. dressées vers le ciel. Un large sourire illumine sa face — le premier de la journée. son arête des Quatre Anes (noire comme du charbon) violemment découpée sur la face blanche et lumineuse du Schônbùhl. frangées de bleu. où je le rejoins. Vers le Mountet. nous pouvons accorder un coup d'œil au paysage : les nuages ont fondu comme par enchantement. Prudemment nous côtoyons l'abîme sur une neige heureusement très ferme. cette selle est infranchissable en ski : nous allons donc suivre l'arête rocheuse dans la direction du Rothorn. la pente plonge brusquement et s'étale tout au fond. Mais ce soir. deux hommes réunis au sommet de cette montagne. Dès lors. Déjà nous avons repris la descente. plus avenantes. nous découvrons de nouveau un chapelet de vieilles marches qu'il est facile d'aménager et d'utiliser à notre tour. suspendues comme par miracle dans l'espace azuré. arrivé au milieu de la corde. confiant en mon unique crampon.— Partis à 6 heures. wir bandas bald ! (1). Knubel attire à lui la corde à mesure que je grimpe. Assis sur un gradin tout doré. A 12 h. Le Schallihorn (3 978 m. formidables. et tout resplendit sous un brillant soleil d'hiver. ses crampons crissent joyeusement: mais.. A l'endroit où le fil blanc de la crête vient se nouer à la roche du sommet. et comme il riait en pointant le tuyau de sa» pipe vers les cimes!. luisante.

je reviendrais en arrière.. nous arrivons à Tâsch. Vous qui prétendez qu'en hiver tout est blanc.. Le fœhn souffle en rafales. que samedi nous tenterons le Tâsch-horn et que dimanche nous reviendrons ici. mais à celui qui. burinée en tous sens et couronnée par la crête si connue de ceux qui ont visité le Mountet ou gravi la montagne par le Blanc du Moming. Le ciel voilé. De retour au col. nous plongeons dans l'ombre et gagnons d'une seule glissade le creux du Hohlicht. l'heure où les contrastes deviennent le plus frappants entre les ombres grandissantes et les lueurs mourantes sur les neiges. Rassasiés par la splendeur du Hohlicht. La marche est lente et. Merveilleuse parce qu'en hiver. Je me sens las et. sachant qu'une trace infaillible vous relie au toit qui vous protégera pour la nuit. Mais après ? Après ? mon programme sera achevé et tous mes désirs réalisés. je dirai oui. nous parvenons au point coté 3 672 mètres. dressée dans un ciel sans tache. Mais par qui ? Le Schulmeister se dévouera.. il faut zigzaguer dans une forêt de mélèzes pour rejoindre le sentier venant de Zermatt. qui nous coûtera peu d'efforts. et Knubel. entre les ombres bleues et les glaces étince-lantes. Dans une pinte enfumée et puante. Il est vrai que c'est aujourd'hui vendredi. Mais. ourlées d'ombres bleues. le chemin est plus intéressant. Vendredi 6 février. Finalement. dans la piste. tantôt s'envolent. le crépuscule est le plus beau moment de la journée..). Sur l'éclat éblouissant des neiges. éveillant d'étranges senteurs et plongeant la nature dans la mélancolie.. — Rentrés à Zermatt. Ici encore l'air est parfaitement calme. et nous regretterions de n'avoir pas poussé jusqu'au bout. Il a raison : c'est une victoire facile.et. Les transactions sont longues et pénibles. chétif et timide. c'est un délice de voguer sur les neiges. Voici l'hôtel rosé perdu dans les neiges. personne ne voulait croire au mauvais temps. vasques neigeuses striées de crevasses. à Zermatt. en face du Cervin. Sa sombre silhouette. nous voici prolongeant notre sieste dans la chaleur exquise du soleil. demanderez-vous. les yeux clignotant derrière des lunettes bleues. Knubel préfère passer par Blasi. pointe sa pipe vers la gigantesque falaise et trace à mes yeux la route suivie autrefois par sa caravane. et le soleil y frappe en plein. Il est content : le ciel s'éclaircit et le feu ronfle . A quoi bon? la vue du sommet ne vaudra certainement pas celle que l'on découvre d'ici. évoquant de vieux souvenirs. Seulement. il me montre la croupe blanche du Schallihorn. Une cloche épand ses notes graves : elles vibrent tantôt dans l'air immobile. le ciel est voilé. La porte s'ouvre et Knubel me reçoit avec un large sourire. merveilleuse : la descente aussi bien que la montée. et nous sommes partis quand même. j'ai tout loisir d'admirer les contrastes de ce monde prodigieux. pour un rien.. nos pensées se tournent vers l'arête de Z'mutt. elle n'offre plus le charme de la nouveauté. Les skis aux pieds. scintillant dans l'azur du ciel. Vu d'ici. Il est entendu que demain nous irons coucher à la Tâschalp. avivant les teintes. d'un geste encourageant. je m'arrête. tout encombré de troncs d'arbres qui ont été retirés d'une avalanche voisine. Au Ijeu de monter directement à la Tâschalp. Avec le soleil du soir. tout en guettant les ombres du soir. vient ici pour admirer la nature et conquérir une noble cime. striée de couloirs. est-ce bien tentant. ce ne sont que glaciers tourmentés. C'est un misérable petit village. la réverbération devient moins intense et nous respirons plus librement. Jeudi 5 février. Sur ce versant. Secouant ces pensées. je m'enfonce dans la forêt pour arriver une demi-heure plus tard à la Tâschalp. seul endroit où nous puissions passer confortablement la nuit. Depuis ce matin. éblouissant dans la radieuse lumière du soleil.. chaussé son unique crampon et. le contraste est accablant : il fait si chaud que nous devons nous mettre en bras de chemise pour affronter la montée. sur ces névés évasés. le joli vallon de Mellichen. maigre. enthousiasmé par cette apparition et par les souvenirs qu'elle évoque en lui. Peu à peu. cette arête du Hôrnli ? Gravie deux fois déjà en hiver. il n'a pas de skis et il lui faut courir le village pour s'en procurer une paire. il dresse à 600 mètres de hauteur sa paroi rocheuse. Voilà qui serait plus intéressant ! Mais à quoi bon discuter ces projets d'avance ? nous aurons tout le temps d'en parler plus tard. cascades de séracs. à 12 h. la pente diminue et une petite baie s'ouvre entre les rochers du Moming et le cône neigeux du Schallihorn : c'est le Schallijoch (3 745 m. un quart d'heure plus tard. comme nous. comme toujours dans ces hautes régions . comme nous l'avions fait en 1912. toujours en bras de chemise. 30.. nos yeux plongent dans les profondeurs d'Arpitetta. devient presque une obsession. Certes. Du Mettelhorn jusqu'aux parois du Weisshorn. Merveilleuse aussi parce que le sentiment du triomphe embellit toute chose.. Que n'ai-je avec moi mes joyeux amis d'autant. la complainte du vent.. Déjà il a déroulé la corde. Au seuil d'un mazot solitaire. où nous arrivons. la tristesse des cloches et ce Schulmeister en noir m'ont donné le cafard. tandis que mes compagnons vont préparer le gîte. Au son d'une sorte de glas. En sortant de l'ombre. le Rimpnschhorn dans le fond. C'est le grand agrément des courses en ski de pouvoir s'attarder sur les hauteurs. Le Cervin se dresse là comme un glorieux point final. Jouissons de ne pas y être ! Aujourd'hui. Mais mon guide ne l'entend pas ainsi. comme en deuil. Nous sommes couchés sur le dos pour mieux l'admirer. brusquement arrachées par les coups de vent. Décidément. Et la descente. Les pentes neigeuses qui conduisent delà au Schallijoch sont orientées au sud. la course débute sous des auspices peu encourageants. sans hâte et sans souci. Mais... le patron se décide à nous faire accompagner. mais. le temps est beau qu'on en profite. mais c'est un détour bien inutile. — Vers midi. Le fœhn qui souffle dans les arbres répand sa désolation jusque dans mon âme. que n'êtes-vous ici aujourd'hui? Le paysage est si beau que j'hésite à pousser plus loin. notre trio se met en marche. nous passons l'après-midi sur la terrasse de l'hôtel Graven. ils sont frappés par le contraste entre les neiges éclatantes et les masses sombres des rochers. car la neige était durcie. le Rothorn est écrasant. merveilleuse sans doute ? Au sportsman je répondrai non. Pendant plus d'une heure. On le fait appeler : c'est un pauvre bougre. Cependant. Knubel discute âprement pour obtenir les clefs de l'hôtel de la Tâschalp.

. Peut-être la conquête fut-elle trop facile? De tait. et je tiens à'jouir des derniers rayons du soleil. les premiers rayons du soleil. et j'ai rarement dû partir si tôt en hiver. La chambre contiguë est déjà tiède. aujourd'hui ! Je consulte ma montre : il est une heure. nous trônions au sommet du Rothorn. Il nous quitte au crépuscule. plus un souffle d'air (1) ! Pas un nuage au ciel.20° C. Et puis. pas plus d'un côté que de l'autre. juste à côté.dans la petite cuisine. Laissant mon guide prendre les devants. Il ne reste plus qu'à suivre notre piste. Les rochers sont rares et faciles. au pied de la moraine. Au pied du Teufelsgrat. à l'abri. chausser les crampons et nous préparer à l'attaque. Sans les rafales de la bise. Mais les pipes se sont éteintes et Knubel s'est levé. Un faible son de cloches monte jusqu'à nous : comme elles me semblent gaies. reprenant mes skis. tout s'est passé comme nous l'avions prévu. en ski au long du Rothenbach. à cette même heure. et c'est elle qui nous vaut ce brusque abaissement de température. Vers SaasFee s'écoulent en flots laiteux d'immenses glaciers et. on attaque la paroi rocheuse de la pyramide finale. nous fumons silencieusement. c'est toujours le même ciel bleu : le vallon de Mellichen et la Tàschalp tout entière sont inondés de 1 Ce n'est pas la première tois que l'observe ce curieux phénomène en Arrivant sur un sommet ou même sur une arête (voir au Lyskamm. Voici pourtant deux formidables corniches dressées dans le bleu du ciel. la pente diminue. Pour en finir le plus vite possible et afin d'échapper aux atteintes de la bise. Cette fois. » Aujourd'hui même. et sur la neige les crampons mordent solidement. Ayant récupéré nos forces. Dimanche 8 février. Couchés dans la rocaille. le dernier grand pic des Alpes est maintenant conquis en hiver. Il faut les éviter par le versant de Tàsch. les ombres ont fondu sur les neiges livides et l'aube s'est levée dans cette conque resserrée. nous pensions suivre le dos de la principale moraine pour gagner le glacier. c'est une trêve délicieuse. En courant. en taillant des marches dans une pente impressionnante qui domine un vilain couloir. elle fait encore rage sur les hauteurs. Lentement l'ombre monte à moi. et. et par le même chemin. La montagne est éclairée comme en plein jour. Il est probablement dû a l'équilibre atmosphérique entre les versants opposés de la montagne. sauf vers l'Italie. nous suivons le cours tortueux du Rothenbach. passées je ne sais comment — et le Rothorn est toujours là. où flotte un léger voile diaphane tamisant l'éclat des neiges. le sphinx meurt. pour fumer une pipe et rédiger mes notes de la journée. « Quand l'énigme est résolue. alternant avec des névés durcis. s'ouvre un large couloir où la neige est parfaitement dure et où l'on peut s'élever très rapidement sans enfoncer. parcourant du regard l'immensité qui nous entoure. sur l'arête. alors que les pierres s'éboulent à chaque pas. en raquettes sur le glacier. nous arrivons au pied de la côte. toujours rosé au milieu des neiges éteintes. il faut nous aplatir au-dessous du faîte pour nous soustraire aux rafales et pouvoir goûter un instant. Le froid est intense et semble augmenter à mesure que nous nous élevons. après avoir fait la grasse matinée. . 7 février.. en crampons dans le couloir. Au dehors.. Samedi 7 février. Un souffle âpre descend des hauteurs et le froid devient plus vif encore (— 22° C. Là-haut. Pourquoi ? je ne saurais le dire. En une heure trois quarts. La marche se poursuit lentement. noir comme en 1914. nous prenons la crête au pas de course. et la résistance de la neige également. Cette fois-ci. Knubel. Six ans déjà ! six années de guerre. mais la lune s'abaisse vers une crête voisine. mais faciles. à cause des raquettes et de la neige encore poudreuse par endroits. nous touchons à notre montagne. Dans la chaleur du soleil. la bise soulève des tourbillons de neige qui se rabattent en fumée de notre côté. nous remontons la côte : elle eit formée de roches brisées. — Knubel est déjà parti pour la messe lorsque je me lève enfin. Hier la bise a triomphé du vent .. nous pouvons nous aventurer sur la crête aérienne qui monte au sommet. l'église blanche et les mazots bruns du village. par ce même temps radieux. Théophile Theytaz et moi. je songe qu'il y a six ans. Par curiosité. je consulte mon thermomètre : il marque . mais tout cela n'a pas été sans peine et le Schulmeister s'est rendu indispensable. Une fois sur le glacier. — A 3 h. Malgré cela. content de sa journée et des écus qui sonnent dans son gousset. après avoir été toute la matinée exposés aux morsures de la bise. Mais la Tàschalp est déjà plongée dans l'ombre. les conditions seraient parfaites. la même ombre qui nous poursuivait ce matin. sa crête échevelée comme celle d'une vague.). prétend même que nous grimpons plus vite et plus facilement qu'en été. issu du glacier de Weingarten. Il faut partir encore. Mais notre enthousiasme ne vaut pas celui qui nous animait au sommet du Gabelhorn. mais. enthousiasmé. En vain nous cherchons un endroit abrité pour nous arrêter : ce n'est qu'à notre arrivée au sommet. 15 du matin nous quittons notre gîte par un brillant clair de lune. tout en bas. après une escalade sans trêve. enlever nos raquettes. je ne lui échapperai pas. nous restons assis près d'une heure pour faire chauffer un peu de thé. grignoter quelques biscuits. notre souffle et toute notre énergie. Durant trois quarts d'heure. L'approche en ski n'est pas longue aujourd'hui : le terrain ne s'y prête pas et le Tàschhorh ne sera jamais une montagne pour skieurs. que le vent cesse brusquement : calme plat. et l'ombre de cette crête nous poursuit : il s'agit de ne pas se laisser rattraper avant l'aube. Les crampons chaussés. par exemple). Il nous conduit au pied des moraines qui viennent s'étrangler dans une combe où nous déposons nos planches. il faut s'arrêter un instant pour chausser les raquettes que nous avons emportées par prudence.. je m'installe entre deux blocs de rocher. Immédiatement après.je glisse à mon tour par le creux de la combe jusqu'au petit hôtel. on distingue le bois de mélèzes. Lorsque nous y parvenons. Il est 8 heures bientôt . Un immense circuit nous amène finalement au pied de la côte rocheuse détachée de l'arête du Mischabeljoch. Il y a 2 300 mètres de différence de niveau à franchir pour atteindre le sommet du Tàschhorn.

. qui semble assuré désormais. p. et le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons joyeux sur le chemin de Staffelalp. XXV. à Zermatt. Et nos skis? Impossible de traverser la montagne avec eux. C'est le meilleur moment de la journée et. et c'est. et jamais leurs effets ne sont plus apparents que l'hiver. Mais. n'était la température assez fraîche. bien que très froide. Je le suis des yeux le long du sentier dont on distingue les lacets comme en été. je constate qu'il descend brusquement à — 7° C. déjeunons copieusement. mais dans quel sens allonsnous l'exécuter? Je préférerais monter par Z'mutt . Que va-t-elle nous réserver? 1 J'ai dit plus haut que l'arête du Hôrnli avait été escaladée deux fois déjà en hiver. le 31 janvier 1921. la première hivernale de la Dent d'Hérens. Hier également. 118 et 251-257). et il n'est pas étonné d'apprendre que nous avons réussi le Tàschhorn en moins de temps qu'en été. mais nous y serons dans l'ombre jusqu'au sommet. si nous les laissons au Hôrnli. La chaleur qui pénètre mes vêtements est infiniment douce et pourtant. M. nous ne sommes plus seuls dans la petite salle. on aurait peine à se croire en hiver. trois ans plus tard. même par-dessus le Cervin. il n'y avait pas un nuage. Entre temps. F. descente par le Hôrnli ! J'avoue que cette idée m'enthousiasme plus que la perspective de parcourir deux fois la route habituelle. arrivait à une heure de l'après-midi au sommet. . La halte serait délicieuse si l'air était calme. avec les guides Jos. lieu préféré de nos discussions. à la descente. seul avec mes pensées. affaire de casser une croûte et de faire chauffer une tasse de thé. Les tempêtes du sud-ouest qui s'engouffrent par la trouée du col de Valpelline doivent être terribles. je prends à mon tour le sentier qui longe la crête et je gagne tranquillement le refuge (1). Knubel part en avant pour aller faire du feu à la cabane. elle nous réserve un travail bien désagréable. qui fut suivie à la descente comme à la montée (Rivista Mensile del C. nous profiterons davantage des rayons du soleil. Ici. sans un nuage du matin au soir. Knubel également. 1911. p. arrachés aux rochers du voisinage et où l'on enfonce brusquement. et nous regrettons de ne pas avoir emporté nos skis. réussit la quatrième ascension hivernale. A quoi l'attribuer. le soleil frôlant à peine durant la journée. Charles Simon. 1907. Malgré ce temps merveilleux. le vent a dissipé la neige et nous pouvons nous étendre sur des dalles presque tièdes. Le beau temps a attiré un diplomate russe qui va monter au Trift pour tenter demain le Rothorn avec Aloïs et Joseph Biener. Mardi 10 février. même sur celui de Staffelalp. — Quatre heures sont passées lorsque nous quittons le refuge dans la clarté incertaine d'une lune décroissante. Bref. Il ne doute pas non plus que l'arête de Z'mutt soit possible. chez Graven. 45). et maintenant me voici prêt à le réaliser. Le 2 mars 1907. nous sommes tout heureux de nous arrêter au soleil sur la crête du Hôrnli. Et pourtant. Nous nous levons tard. si la crête neigeuse de l'arête de Z'mutt est en glace. — Notre ascension fut donc la cinquième. un Alsacien. et c'est pourquoi aussi le Cervin est si noir sur le versant de Z'mutt. Les pans d'éboulis alternent sans transition avec des champs de neige jonchés de fragments de schiste très fins. Les raquettes sont inutiles : partout les dos de gazons et d'éboulis émergent de la neige et l'on peut les suivre à pied sec. A Zermatt. Le terrain affecte en général une teinte grisâtre et. avec les mêmes guides. et je commence à me lasser d'être seul avec un guide. sinon à l'action du vent ? Il a dû souffler furieusement dans toute cette région. alors que la neige poudreuse s'enlève facilement. montant et descendant par 1 arête du Hôrnli (Alpine Journal.A. comme le sable du désert. la dernière en date. mais jamais la nature ne m'a paru aussi resplendissante qu'aujourd'hui. Mon enthousiasme n'est pas grand non plus : j'ai simplement hâte d'arriver au sommet et d'entamer la descente par Z'mutt. Comme le soleil va disparaître derrière l'arête de Furggen. Enfin. par l'arête du col du Lion. en exposant mon thermomètre à l'air. on enfonce par endroits. comme je tiens à le prolonger jusqu'au coucher du soleil. L'arête de Z'irmtt semblait meilleure encore que celle du Hôrnli : jamais on ne l'avait vue aussi sèche. de l'Alpine Club. nous nous décidons à monter par le Hôrnli. Knubel et moi nous installons une fois de plus sur le toit de la pension Graven. Jamais nous n'avons constaté un pareil dénudement. j'hésite à poursuivre ma campagne.I. Pollinger et Jos. Loch-rnatter. Dans la forêt. — Encore une radieuse journée. à l'heure actuelle (1922). Mario Piacenza. En sortant de l'ombre du Cervin. Aloïs est un vieux loup qui connaît bien la montagne hivernale. Le sentier d'Hermattje n'est pas suffisamment battu pour s'y engager et. accompagné des fameux guides Alexandre Burgener et Aloïs Pollinger. 15 sq. comment rentrer du Schônbûhl ? Il nous paraît préférable de nous en passer complètement et de nous munir de raquettes. l'autre jour. le projet a mûri. La première ascension et l'unique traversée est relatée en détails au chapitre I. nous constatons que la neige est restée poudreuse malgré le vent. Vers une heure. plus que partout ailleurs. Je n'ai pas l'impression d'aller au Cervin. nous arrivons à Staffelalp et nous nous arrêtons sur le seuil de l'hôtel. pp. 467). Voilà trois semaines que je cours les neiges. Le 27 mars 1894. Lundi 9 février. Rien ne presse aujourd'hui. sans aucune difficulté. une idée avait germé dans nos cerveaux à la vue du Cervin tout noir. Meade. mais il souffle de la vallée de Z'mutt un vent glacial qui nous engage à partir. Il suffit donc de choisir son chemin d'une côte à l'autre pour gagner sans peine la base de la montagne. D'autre part. monta et descendit par l'arête du Hôrnli (Alpina. et je déjeune tranquillement devant l'âtre. Plus un souffle dans l'air. mais le Cervin lui-même avait été gravi quatre fois avant nous. mon programme est exécuté intégralement. pour ce trajet du moins. trompé par cette pétrification superficielle.soleil. C. Tandis que sa caravane part en raquettes pour le Trift. Si nous tentions la traversée ! montée par Z'mutt. faciles à transporter. le même qui fit. La traversée est décidée maintenant. tandis qu'en montant par le Hôrnli.

Ainsi nous franchissons sans crainte toutes les difficultés. Tout me paraît indifférent : j'admets déjà la possibilité d'un échec et je renonce peu 1 peu à la traversée. Pour les passages scabreux. Avant 8 heures. On s'y blottit comme dans une tranchée. . on n'apercevait aucun nuage. J'en profite pour déchausser mon pied gauche. On se trouve si haut que les sommets voisins semblent écrasés. où nous nous engouffrons avec le vent. et la lumière est à peine suffisante pour discerner les prises. par un vent pareil. pour se refaire. la montagne est exactement dans les conditions prévues. L'expérience a prouvé plus d'une fois qu'au-dessus de l'Épaule. L'itinéraire est mal défini : les grimpées directes alternent avec des traversées obliques sur la gauche. Couchés sur le ventre afin d'offrir moins de prise au vent. Seule la lune était ceinte d'un léger halo. La Dent d'Hérens. plus la neige diminue. mérite son nom. je suis obligé de grimper en crampons sur les épaules de mon guide pour arriver à saisir les premières prises qui s'offrent au-dessus. Après quinze minutes de halte. tout en cherchant à éviter les couches de neige les plus profondes. l'immense cuvette du Breuil avec ses hôtels et ses mazots piqués sur la blancheur éblouissante. Sur l'Épaule nous trouvons d'anciennes marches toutes taillées. Elle me paraît interminable.. nous nous décidons à pousser jusqu'au but. Jusqu'ici. sont encore le plus bel attrait du paysage. comme il ferait bon se laisser emporter pour aller se poser doucement tout là-bas. non graissé. nous n'avons pas pris plus de temps qu'en été. comme elles le sont au mois de septembre. les bas-fonds. Ce dernier bout d'escalade — le seul intéressant de toute l'ascension — n'a pas réussi à dissiper mon désenchantement : je suis profondément déçu et par la nécessité de renoncer à Z'mutt et par la perspective de reprendre à la descente le même itinéraire qu'à la montée. Pendant plus d'un quart d'heure. Enfin. Et que penser de ces rafales qui secouent paj intermittences notre abri ? Tout cela n'annonce rien de bon. il faut passer sans transition de la neige profonde à des rochers escarpés et. C'est comme une trêve au cours d'un combat et une agréable détente. nos sacs et un piolet. Il est du reste impossible de suivre rigoureusement le chemin habituel : nous devons choisir les rochers dégagés. après un bel été. En outre. La vue ? elle ne présente pas grande nouveauté à mes yeux. Plus on monte. avant de reprendre l'assaut.. Mais maintenant d'immenses traînées strient l'espace bleu qui est d'une coloration trop crue pour que cela dure longtemps. mais qui nous tire d'embarras dans bien des cas.Sur le revers de l'arête. nous débouchons brusquement sur le toit de la vieille cabane . en même temps que les premières bourrasques du vent. Au départ du Hôrnli. plus d'une fois. la neige ne pouvait pas se maintenir en hiver Les conditions seront donc meilleures dans le haut. A plusieurs endroits. Nous patientons deux heures entières. J'ai rarement apprécié autant l'hospitalité d'une hutte. 15 nous sommes réunis sur la cime. Entre temps. voici le dernier rocher : un saut et nous sommes dans les éboulis. plus enneigée qu'elle ne semblait de loin. Par contre. dont les doigts sont insensibles depuis assez longtemps. Ce matin. Mais Knubel connaît si bien le chemin qu'il est inutile d'allumer la lanterne : elle ne ferait que nous éblouir et embarrasser nos mouvements. au Hôrnli. beaucoup trop exposé aux bourrasques du sud-ouest. mieux que tout autre. le trajet d'une cabane à l'autre exige le même temps à la descente qu'à la montée. Ah ! si nous avions des ailes. Knubel s'est muni de son Rebschnur (corde de rappel) qu'il manie avec une habileté surprenante. nous observons non sans anxiété l'état du ciel : depuis ce matin il a complètement changé d'aspect. et il serait dommage de ne pas achever l'ascension. A partir de 4 ooo mètres. Mais cette précaution a produit un effet contraire.. nous sommes plongés dans l'ombre. Je suis dans un curieux état d'esprit : une paresse intellectuelle complète m'empêche de rassembler mes idées. et. Notre halte se prolonge. détache à peine son casque glacé sur le chaos des arrière-plans. Après deux heures d'escalade ininterrompue. que l'exiguïté de l'espace fermé de bois blanc rend plus confortable encore. nous commençons la lescente. à cette époque. fort belle à voir sous cet angle. mais c'est entre cette cabane et le refuge Solvay que se dressent aujourd'hui les principales difficultés. C'est une opération qui manque de charmes poui le pauvre Knubel. je l'avais enduit de graisse pour juger de l'effet que celle-ci pouvait avoir contre le gel. on pourrait s'attarder au soleil.) où nous faisons une courte halte afin de nous encorder. nous arrivons au refuge Solvay.. conditions excellentes. courant jusqu'à la porte du Hôrnli. (3818 m. nous n'emportons qu'un Kodak et quelques provisions dans nos poches. Ail h. nous plongeons nos regards vers l'abîme. Perché si haut et dans une nature si sauvage. Peu à peu. l'aube se lève et la face de la montagne nous apparaît. le ciel s'est un peu rasséréné et. nous enfonçons jusqu'aux genoux. à en juger par l'autre pied qui. Mais non ! il va falloir reprendre tous les passages du matin et redoubler de prudence. Néanmoins. sans le vent terrible qui souffle. comme le ciel semble s'éclaircir légèrement. Knubel est obligé de masser le membre gelé et de le frictionner avec de la neige pour rétablir enfin la circulation du sang Par le petit carreau de la porte. ce refuge. Laissant au refuge nos raquettes. les vallées. plus haut les cordes entièrement dégagées et sur le « toit » un joli sentier qui nous mène droit au but. le temps peut se gâter sérieusement d'un moment à l'autre. s'est maintenu parfaitement chaud. en bien des endroits. Un sentiment d'ennui envahit mon âme. Comme elle ne reçoit que les premiers rayons du soleil et qu'elle est relativement abritée des vents d'ouest. ce serait folie de vouloir tenter le versant de Z'mutt. et je donnerais bien un jour de ma vie pour être là-bas. la neige n'y est pas compacte et. Knubel va plus loin : il déclare que. sur le seuil d'un chalet ou à la lisière de ce bois de mélèzes.

A Staffelalp. Dans le brouillard.J'aurais voulu rentrer à Zermatt le même soir. A 8 heures. nous quittons le Hôrnli par le vent le plus violent que j'aie éprouvé en montagne. Ah ! nous avons été bien inspirés en montant par ici plutôt que par Z'mutt. nous nous mîmes à forger de nouveaux plans. — Mais non ! cette fois c'est bien fini ! La tempête s'est déchaînée pendant la nuit et l'on n'y voit pas à deux mètres.. tant l'air est glacé. Mercredi 11 février. bien que ses lacets orientés contre le vent nous obligent à marcher à reculons pour pouvoir respirer. je me sentais rassasié d'escalade et je m'étais promis de rentrer au logis par le plus court chemin. mais il est tard et. par ce temps couvert.. le ciel se dégage tout à fait . les brumes descendent et se tassent dans la vallée. Nous serions sans doute parvenus au sommet et descendus jusqu'au refuge Solvay. la nuit est bientôt venue. Vers 8 heures. le vent cesse brusquement. Là-haut. . afin de passer le lendemain à Zinal par le coi Durand. il soulève des plaques de neige et de schiste qui s'envolent comme des fétus de paille. An sommet du Cervin scintille une étoile qui luit comme un phare. et nous monterons coucher au Schônbùhl. mais c'eût été pour nous réveiller ce matin dans une tourmente infernale. Mais ce soir. En cas de beau temps. soudain. Le sentier nous guide sans erreur possible. Knubel descendra à Zermatt pour y quérir skis et provisions. et une neige fine et serrée vient nous rappeler que nous sommes encore en hiver. en voyant le ciel s'édaircir. Mais qu'importé maintenant — la campagne est finie.

deux heures). Plus loin. entre le Dauphiné et le Mont Blanc. 1 738 m. Pour un Suisse. dont les guides sont connus et appréciés de tous.) en une heure. 13 kilomètres (hôtel Pugin). Traverser horizontalement vers le nord. Descente directe à Saint-Michel de Maurienne. Par contre. env. De Saint-Martin. Troisième jour.) remonter la vallée jusqu'au bassin de la Plagne de Champagny. De Valloire au col des Trois Croix (1 651 m. Sixième jour.) en une heure et demie. suivre la route du Lautaret jusqu'au Lauzet (6 km. de manière à franchir la crête au sud du Signal de Geffriand.) en une heure et demie.. De là par le train à Chamonix. vers l'est et jusqu'au Tyrol. mon ouvrage n'aura pas été tout à fait inutile. Une fois la région suffisamment explorée par les skieurs. en quatre heures et demie. par la vallée des Étançons et le refuge du Châtelleret (2 267 m. On peut faire ce trajet en traîneau. à l'instar de Sir Martin Conway. Descente par le vallon du Petit Tabuc au Casset (1 515 m. fermé l'hiver). Ce serait là une belle tâche en effet ! Du Mont Blanc à la Bernina. il reste encore beaucoup à faire. — De La Bérarde. sur la future carte de France au 1 : 50 ooo. Par contre. Remonter au col d'Arsine (2 400 m. Je n'ai jamais eu la prétention d'étendre le réseau de mes traces d'un bout des Alpes à l'autre. qui s'obtient au prix de 2 francs au siège du C. Descente par le glacier du Clôt des Cavales au chalet-hôtel de î'Alpe (2 118 m. — De Nancroit au col de la Châle (2 474 m. Descente à Saint-Martin de Belleville (1 400 m. puis par le fond du vallon jusqu'au col de la Ponsonnière (2 600 m. Neuvième jour. env. Des Chapieux au col de la Croix du Bonhomme (2 483 m. mais très claire : Le Massif du Mont Pavoux. que ma tâche n'est pas complète et qu'il faudrait.) en une heure et demie. A.) (hôtel de Tarentaise ouvert toute l'année) en une heure et demie. Remonter le vallon du Rif par la rive droite.. rue du Bac. en une heure quinze. en une heure. à Paris. F. esquissant à grands traits les étapes de cet itinéraire. il est difficile de projeter cette route sur les cartes françaises actuelles.) en une heure dix.) par l'itinéraire estival en quatre heures..) par l'itinéraire estival en trois heures et demie. Descente aux Houches en quarante minutes. les tracée des skieurs se sont soudées définitivement. .) par la vallée du Bon Nant. et même pour moi.). Huitième jour. il est vrai. Deuxième jour. 1 II est probable que les skieurs de l'avenir trouveront une route plus haute encore.) et au col du Bonhomme (2 340 m. — Du Bois (1 470 m. traversant le massif de la Vanoise pour gagner Bonneval et suivant ensuite la chaîne franco-italienne jusqu'aux environs du col de la Seigne. de manière à s'accorder une journée de repos.. on pourra tracer une haute route hivernale longeant le faîte des Alpes de Grenoble à Innsbruck. que tous les alpinistes attendent impatiemment.CONCLUSION Mon éditeur désire une « conclusion ». env. 30. — Des Contamines à Bionnay par la route de Saint-Gervais en une heure. Cette jour viendra sans doute où quelque enthousiaste parcourra les Alpes from end to end.) au col des Encombres (2 367 m. puis par le Courbaton et la forêt de Malgovert au pont des Oulets et à Bourg SaintMaurice (810 m. où l'on prend la route du Galibier à la descente jusqu'à Valloire (l 400 m. et j'espère que mes collègues du Club Alpin Français compléteront eux-mêmes l'exploration de leurs montagnes. M.) en cinq heures. Descente par le vallon de la Ponsonnière (rive droite de préférence) jusqu'au Plan Lâchât. Quatrième jour. au i : 40000.) par la route. pour l'achever. topographe de profession. au col du Clôt des Cavales (3 128 m. l'exploration fut poussée très activement durant la guerre par les troupes alpines italiennes et autrichiennes. .) en deux heures et demie. Gaillard. auberge Ruffier). rien ne sera plus facile.) en cinq heures. étant donné. 2 Jusqu'ici l'itinéraire décrit est très facile à suivre sur une carte déjà ancienne. Cinquième jour. — Du Monetier. Descente à Brides par les Allues en cinquante minutes. Si l'on trouve à coucher au Casset. je me contenterai de poser ici quelques jalons. il est inutile de pousser jusqu'au Monetier (2). Descente par la vallée du Ponturin au nord-est. étendre l'exploration hivernale des Alpes jusqu'à leurs extrémités. dit-il. et elles s'entrecroisent sans lacune importante. — De Grenoble à La Bérarde (Hôtel Rodier. Descente aux Contamines (1 162 m. puis se diriger au nord-est et ensuite au nord jusqu'au col de la Grasse (2 640 m. De là au Monetier en trente minutes. 17 kilomètres de route.) par l'itinéraire estival en deux heures et demie.). Descente par les chalets de l'Arc et des Têtes. puis la rive gauche de cette vallée jusqu'à Nancroit (1 460 m. De là au col de Voza (1 675 m. — De Bourg Saint-Maurice aux Ghapieux (1 550 m. par le chemin muletier en cinquante minutes. Si les pages de ce livre réussissent à les pousser sur cette voie. — De Brides-les-Bains à Champagny-le-Haut (hameau du Bois . le Commandant E.. — De Saint-Michel (702 m. monter en écharpe vers le nord par Villaraboux et Béranger jusqu'au col de la Lune (l 700 m. Septième jour.) par l'itinéraire estival en six heures. .). En attendant. et dans les Alpes françaises en général. a bien voulu me fournir les notes suivantes sur la haute route de l'Oisans à Chamonix (1) : Premier jour.).

1 842 m. le col de la Colette. mais les détails manquent. — ou bien aller coucher au Tour (l 462 m. on a gravi le Scopi (3 200 m.). De là à Moutiers. GAILLARD : Les Alpes de Savoie. à la Tête du Ruitor (3 486 m. pour gagner le lendemain Inn Ferrera (1 486 m. Du Gothard on peut. Deuxième jour. se rendre à Martigny par le col de Balme (2 205 m. .). La région entre le Saint-Bernardin et le Splùgen n'est guère favorable et le terrain ne devient vraiment propice qu'à l'est du Splùgen. On trouvera sans doute plus tard une haute route directe Mont-Cenis-Ciamarella. de manière à descendre sur Doucy et Aigueblanche en trois heures. le trajet entre le Plan du Lac et Saint-Christophe présentant un réel danger d'avalanches.). cabane).).) au col de la Madeleine (l 984 m. — De la Chambre (500 m. au lieu de passer dans la vallée du Bon Nant. qui est le meilleur guide-skieur pour toute la région entre Bonneval et le Petit Saint-Bernard. il est préférable de se diriger au nord-ouest . ascension éventuelle de la Punta Léchaud (3 127 m.) par le Val Veni. Pour le Ruitor.) par l'itinéraire estival en cinq heures. — Du refuge du Ruitor à l'hospice dm Petit Saint-Bernard. — De là. on arrive à Orsières par le Petit Col Ferret (2 493 m. Premier jour.). — Jour de repos . On retrouve ici l'itinéraire précédent. sans descendre dans les vallées.) qui n'est guère favorable au ski. auquel je dois ces notes. D'Allemont.) en trente à quarante minutes. voir la Carte de la Chaîne du Mont Blanc au 1 : 50000 de Barbey. Troisième jour. à pied. par Mario Santi. Dans le Val Veni.) et franchir le jour suivant les cols du Jour (3 280 m.) : puis. Des Chapieux (l 550 m.. pour monter le lendemain à la Medelserhûtte. Cette traversée a été faite pendant la guerre.).).) par le col de Fiseran (2 769 m.) . puis par le Val Cadlimo à Santa Maria. on rejoint l'itinéraire venant du col de la Seigne et conduisant à Courmayeur (1). Torino. Troisième jour. remonter la vallée d'Olle jusqu'au col du Glandon (six heures). voir le guide du Commandant E. I et II. — De la Bethaz.). 2 Des Chapieux à Martigny. par le glacier de Vaudet. on montera donc par la route au col du même nom (2 118 m. Cinquième jour. — L'auteur me fait observer que tous les horaires indiqués ici sont des minimes et supposent d'excellentes conditions. sur la Fuorcla da Lavaz (2 509 m.) en quatre heures et demie. il est inutile de monter jusqu'au Bourg d'Oisans. qui ouvre aux skieurs tout le massif de Medel. du col de Rhêmes. monter par le glacier du Morion au col du Ruitor (3 350 m ) en six heures De là. De Chamonix on peut. Du village. Passo Pian Bornengo (2 636 m. sept à huit heures depuis le col de Rhêmes). en longeant la crête frontière sur le versant italien . on peut aussi franchir le col de la Seigne (2512 m. La haute route du Commandant Gaillard s'arrête à Chamonix. Quatrième jour. par une haute route suivie quelquefois : Sellapass (2 704 m.) pour descendre à Orsières (887 m. Il est préférable de descendre par la route à Curaglia (1 332 m. — De l'hospice du Mont Cenis (1 925 m. logement modeste).) (2).) et gagner Courmayeur (l 228 m. au sud et au nord de la ligne du Rhône au Rhin. gagner le Lukmanier (Santa Maria. descendre au Fornet-la-Valgrisanche (l 731 m. On peut aussi coucher au Fornet (1 936 m. Descente dans le fond du vallon. Gîte chez Pierre Blanc.) et d'y coucher. passer le col de la Tsanteleina (3 167 m.). Mais. éventuellement jusqu'à la Bethaz ( l615 m. Du Grand Saint-Bernard au Saint-Gothard.).). on pourra partir du Bourg d'Oisans et rejoindre Moutiers par l'itinéraire ci-dessous qui permet d'aller du Bourg d'Oisans à Chamonix en sept jours. vol.) . puis prendre le flanc droit de la vallée de Celliers en écharpe (par le canal d'irrigation) et franchir la crête entre le vallon de Celliers et des Avanchers. La descente sur Rhêmes Notre-Dame est merveilleuse et toute cette contrée est un paradis pour les skieurs.) et d'Orny (3 119 m. C. Sixième jour.Variante: II peut être dangereux de monter à La Bérarde l'hiver. — De Bonneval à Val d'Isère (1 849 m. De là. En ce cas. pour l'un ou l'autre itinéraire. Le Val d'Avers est connu comme un dorado pour 1 Pour toute cette haute route. mais c'est un massif escarpé qu'il ne faudra aborder que par d'excellentes conditions.). — De Moutiers à Champagny-le-Haut : 23 kilomètres de route. en une journée. B. Septième jour. 3 kilomètres de route. — Si l'on vient de Grenoble. le col Bassac Déré Nord (2 984 m. voir Itinerari skiistici dello S. — N.). Les Alpes suisses offrent deux hautes routes parallèles.) et celui de la Forclaz (l 520 m. — De l'hospice du Petit Saint-Bernard. on la trouve décrite aux chapitres IX et XIV. . On peut ensuite descendre sur Oli-vone et chercher une route pour gagner le Saint-Bernardin en passant par le Rheinwaldborn (3 406 m. et qui conduit du Mont Cenis au col de la Seigne : Premier jour.. — Du Fornet au col de Rhêmes-Calabre (3 062 m. Descente par Saint-Colomban à la Chambre en trois heures. De là en traîneau à Bonneval (l 835 m.) . Voici un autre itinéraire préconisé par le comte Aldo Bonacossa.) à travers le Surettaborn (3 031 m. .). ouvert toute l'année) passer le M ont Cenis (2 084 m. Bocca di Cadlimo (2 573 m. Descente par le glacier au refuge du Ruitor (2 465 m. en une longue journée. La route méridionale traverse les Alpes Pennines et Lépontines.) et descendre sur Lanslevillard (1462 m. Deuxième jour. Descendre aux Sables et coucher à Allemont. descente à Val-grisanche (1 664 m.).

par le Petersgrat. ou la vallée de Bevers.). En descendant du Spitzmeilen.) qui présente une belle descente du côté des Grisons. 3 Depuis le Weisahorn. Le lendemain. descente sur le col du Sanetscb (2 234 m. De Juf (2 133 m.). desservi par une cabane d'où l'on peut gravir sans peine une douzaine de cimes supérieures à 3 ooo mètres. descendre par le val Cavardiras et coucher à l'âlpe Cavrein ou Rusein (i 800 m. Nous avons vu qu'elle conduisait à la Grimsel et qu'on pouvait la prolonger jusqu'à Goeschenen. le Julier.les skieurs. on montera coucher à la carabane du Mutthorn (2 906 m.).). En passant à Sargans. Au contraire. chef-lieu des Grisons. si l'on vient de la Segneshùtte. — ou bien rejoindre la route de la Flùela et gagner le même soir l'hospice de ce col (2 388 m.). Enfin.) se fait en passant et sans difficultés.). Par le col de la Croix ou Bretaye (Chamossaire). Le lendemain.) : Silvrettapass (3013 m. Lukmanier. où l'on peut aussi monter directement de Disentis.).). on montera tout naturellement à la cabane de la Silvretta (2 344 m. On préférera monter par le train à Andermatt et de là.). Mais.) . les Grisons offrent toutes les combinaisons possibles. on passera aux Ormonts pour monter le lendemain à la cabane des Diablerets (2487m.) pour la traversée longitudinale du massif delà Silvretta (voir la carte de Walty et le Silvretta Skifùhrer du A. sise au milieu de merveilleux champs de neige. Z. Le jour suivant.). on a bien d'autres cols à son choix pour arriver dans la Basse-Engadine. où l'on retrouve la classique haute route de l'Oberland bernois proprement dit. au bord du Rhin.). — ou bien l'on traversera les montagnes formant la rive gauche de l'Inn ( 2) : en train à Zuoz (1 712 m. le quatrième jour. qui conduit à la cabane du même nom (2 457 m. La haute route septentrionale se termine ici.) et descente à la cabane du Kesch (2 680 m.) et le Voralp (3030 m. Splùgen et Berninapass. et il est mieux de l'éviter en toutes occasions.).) et descente rapide à la cabane du Wildhorn (2 306 m.) près du Rawyl. au col de l'Oberalp (2 048 m. L'une et l'autre de ces cabanes sont bien connues des skieurs de la Suisse allemande et desservent des régions merveilleuses pour le ski.). Selon la quantité de neige. les autres préféreront s'arrêter à Matt (au lieu de Elm) et passer dans le massif du Spitzmeilen pour coucher à la ca"bane du même nom.). Depuis la route du Pillon jusqu'à Kandersteg. franchissant la frontière autrichienne au Samnaunerjoch (2545 m. on descend sur Flims. dans le Lôtschenthal. Wildstrubd (3 251 m. Ensuite.). Pour rejoindre celle des Alpes orientales à la Bernina ou à la Reschen Scheideck. Jamhûtte (2 163 m.). en traversant le Weisshorn (3 088 m. un autre paradis. De Kandersteg. passer la Fuorcla Sarsura (2925m. au 1:50000.) on gagnera l'immense glacier des Clarides. sur la ligne Zurich-Coire. on reprend le même itinéraire jusqu'au glacier de Ténéhet et l'on couche au Rohrbachhaus (2 794 m. on se laissera tenter par l'ascension du Pizol (2 848 m. on peut monter à L'Oberalpstock (3 330 m. La vallée de la Reuss. Le jour suivant. Le lendemain. Il n'existe pas encore pour cette région de guide du skieur. par le Gasterenthal.). Ceux qui ne craignent pas les longues montées et les sommets passeront par le Panixer (2 400 m. en suivant la route. où l'on rejoint l'itinéraire décrit plus loin par le comte Bonacossa. mais le Maderanerthal est une trappe à souris en cas de mauvais temps. on peut utiliser la carte en relief de Gustave Walty : SMottrenkarte von KlosUrs. On peut passer en ski d'Amsteg à Glaris.) — (éventuellement le Piz Buin (3 316 m. publiée par le Verkehrsverein St-Moritz.) — Fuorcla del Confin (3 058 m. route dont nous avons suffisant ment parlé déjà. L'ascension du Claridenstock (3 270 m. on descendra par le Val Vereina à Klosters (3). l'Atlas Siegfried est le meilleur guide pour celui qui sait le lire. de la Heidelbergerhûtte. voir la carte au 1:50000 : Skitowenkarte oom Oberengtulin. à travers la Plaine Morte au Làmmernjoch et au sommet sud du. . de l'Err. Reichenau et Coire. p.).) et montée le même jour à la cabane Rascher (2 610 m. les massifs de la Bernina. on arrive à Flums (450 m.) on montera en chemin de fer à l'hospice de la Bernina pour suivre la route décrite plus loin par le comte Bonacossa. La route septentrionale traverse tout d'abord les Alpes bernoises d'un bout à l'autre. De St-Moritz (1 840 m. on passera par Genève ou par la Tête Noire pour arriver à Bex et de là à Villars.). — La première journée est la plus longue : montée au sommet des Diablerets (3 246 m. Le jour suivant : Ochsenscharte (Dreilà-derspitze. Le jour après : Schneejoch (2 960 m. on passera ensuite dans l'Engadine (1). on descendra à Linthal et à Schwanden pour aller coucher à Elm le même soir. pour passer le jour suivant. Wiesbadenerhutte.). par la Fuorcla d'Escbia au Piz Kesch (3 420 m. on descendra le Val Samnaun pour arriver à Nauders. et au nord jusqu'au Piz Kesch. on poussera en traîneau jusqu'à Sedrun ou même jusqu'à Disentis. on passera par le Stauerberg ou le Septimer à Bivio et de Bivio dans le massif de l'Err. avec itinéraires en rouge. il ne reste plus qu'à descendre à la Gemmi et à Kandersteg (1 179 m. remontée au Wildhorn (3 264 m. qui possède également une nouvelle cabane. 3 212 m.).) et descendre dans l'Engadine.) en passant tout d'abord le col du Pillon (1 550 m. avec itinéraires en rouge.). Les descentes sur Schuls ou Sent sont certainement les plus belles de toutes. la traversée est décrite dans l' Alpina. 1 Du Gothard à l'Engadine. pour descendre sur la cabane Segnes. 89. Le lendemain. C'est le terrain idéal pour le ski. Par la Silvretta. Si l'on vient de Chamonix. C. où passe la ligne du Gothard. De Klosters. Le lendemain par la Cavreinlucke (2 856 m. d'où une route conduit à Graun. 2 Pour la Haute-Engadine. Heidelbergerhutte (2 265 m. A. De Sedrun. est un profond sillon qui coupe la haute route à une altitude de 1000 mètres environ. on peut monter en ski presque jusqu'au sommet du Piz Grialetsch (3131 m.) .) en passant). 1910. Les « assemblages » entrant en considération sont : Gothard.

) et revenir coucher à la cabane. — De la cabane Milano à la Cima délia Miniera (3 402 m.).) et descente par le glacier de Sulden à Sulden (1845 m.) en cinq heures.). De là en trois heures à Bormio (1225 m. Ce guide est accompagné de cartes itinéraires. voici qu'a bien voulu me fournir le comte Aldo Bonacossa : Premier jour — De La Rôsa au Passo di Faviola (2460 m.) dans la vallée de Langtaufers. station du chemin de fer venant de Meran.Pour la haute route de la Bernina au Brenner. Septième jour. Descente par le fond de la vallée de Ridnaun à Sterzing (948 m. Passo dei Cevedale et cabane Casati (tout près du col . Monter le même soir en trois heures et demie à la cabane de la Weisskugel (2 504 mètres). — On peut le consacrer à l'ascension du Zebru (3 735 m.) et de là. Ascension de la Weisskuget (3 746 m. Journée de neuf heures environ (1).) en trois heures et demie.). 885 m. 10 kilomètres de chemin de fer. — De Schônau. le Passo dei Camosci (3 195 m.) en trois heures et demie. Neuvième jour. — Montée au Weisskugeljoch (3 383 m. Les trois volumes coûtent actuellement 122 ooo couronnes. 1 Pour les Alpes orientales. 3 133 m. Cinquième jour. à Vienne. voir le Skifûhrer in den Ostalpen de Radio-Radiis et Biendl. Retour à la cabane. — De Spondigna à Mais. Sixième jour. Deuxième jour. Guide skieur: Giuseppe Tuana. — Ascension éventuelle de la Punta Tuckett (3 458 m. puis en deux heures et demie à Hinterkirch (1 874 m. à l'ouest jusqu'au Stelvio et à la Reschen Scheideck.) trois heures. le glacier dei Camosci et le Passo dei Folontari (3 040 m.) en quatre à six heures. à Bormio. Medretta di Cede. par le glacier. Colle délle Pale Rosse (3347 m. Quatrième jour.) en trois heures. Descente à l'hôtel Viola à Arnoga (1846 m ouvert toute l'année). le Rofental est très resserré et excessivement dangereux 'par le mauvais temps. montée à Schneeberg (St-Martin .). — De Bormio à la Il Cantoniera (2 313 m. 2 356 m. De là à Graun en traîneau (15 km. Il comprend encore la Basse-Engadine et le massif de la Sil-vretta.) en deux heures et demie. traversée du Passo delLago Gelato (Eisseepass. . dans sa partie supérieure.) à la cabane Milano (2 877 m.) par la route du Stelvio. habité toute l'année. au Passo di Luckett (3349 m.). Mais. en trois volumes.). — De Vent à Zwieselstein (1 472 m. chez Artaria. 3 267 m.). Tunnel sous la Schneebergscharte (2 690 m. Descente par le glacier de Hintereis à l'ancien hospice du Hochjoch (2 448 m. ascension du Cevedale (3 774 m.). Clef chez Tuana.) en cinq heures à Schônau (1 682 m.) sur )a ligne du Brenner. Descente par le glacier de Campo. Dixième jour. Descente en ski à Spondigna (Spondinig.) et à Vent (l 893 m.) en trente minutes. — De la cabane Casati. — De la Il Cantoniera au col du Stelvio (2 759 m.) en deux heures. Huitième jour. Troisième jour. De là par le Timmelsjoch (2 509 m.).) en deux heures et demie.) en deux heures.

il faut encore mentionner les courses suivantes où les skis fiirent employés avec succès et pour la première fois : 1894 : Hochjoch (2 846 m. Le 23. mais je n'ai pas suffisamment insisté sur l'étonnante série d'ascensions exécutées par eux dans la courte période du 13-24 janvier 1902. gravi l'Eiger (3 975 m. 57) les premières ascensions du Gross Fiescherhorn et de la Jungfrau par le Dr David et le jeune Paul Kœnig. la seconde avec un Anglais.). 1903.). 1904. en moins de six jours. 58) (1). 37 : « Après avoir.) par U. le 15 février (Alpina. de Baie. le 14 mars. la première phase du nouvel alpinisme ne connut pas l'âge d'or qui caractérise les années 1880 dans les Alpes occidentales.) dans le Tyrol.) par Wilhelm von Artl. auquel je tiens à exprimer ici toute ma gratitude. Robert von Lendenfeld gravit successivement les trois plus hauts sommets du groupe de l'Ortler : Kônigspitze (3 857 m. 51) . 81 sq.). -— Toujours dans les Alpes orientales et en partie dans les Alpes centrales. p.) de Kandersteg à Kienthal. 1898. Comme on sait. t. Montandon (Alpina. et cet exploit donna une certaine impulsion à l'alpinisme hivernal dans les Alpes autrichiennes. Mâdelegabel (2646 m. V.). p.).) et Cevedale (3 774 m. 1902. nous traversâmes le Gross Fiescherhorn : montée en cinq heures et demie et retour au clair de lune par l'Ewigschneefeld. Voici ce qu'écrivait D r David dans l'Alpina. 1902: Adamello (3554 m. reproduit en partie aux pages 38-39 et qui le traduisit en allemand pour le Ski. Boë (3 152 m) et Pragser Seekofel (2 880 m. Plus tard (1892-1893). p. J'ai également puisé avec profit dans l'article qu'il publia dans le Ski. Le 24.) et descente sur Guarda (Alpina. 45 et suivantes. Le Ier janvier 1875. Denzler en raquettes et son guide Guler (de Klosters) en ski.) par F. 1900 (avril) : Fluela-Weisshorn (3 088 m. Hochvogel (2594 m. 1908 : Traversée des Dolomites par Henry Hoek et Oscar Schuster. et c'est lui qui découvrit l'article de Conan Doyle.) fut gravi par William A. » La caravane descendit ensuite a la cabane Concordia où elle subit une tempête de deux jours et dut renoncer à l'ascension du Finsteraarhorn 1903 : Seconde ascension hivernale de la Jungfrau par Hugo Mylius avec les guides Maurer et Tànnler. — Dans les Alpes orientales. nous gagnâmes la cabane du Bergli par le Kalli en onze heures. une course à laquelle on attribua une importance comme premier essai en ski dans les Alpes orientales. au départ de Grindelwald. (1) Ces renseignements m'ont été obligeamment fournis par M. nous reprenions nos skis sur le Mônchjoch et glissions jusqu'au pied du Rottalsattel. Valbusa (Alpina.ADDENDA Chapitre premier. p. J'ai déjà cité (p. dans la semaine du 13 au 18 janvier. En janvier 1880. mais qui sembla prouver aux initiateurs que le ski ne se prêtait à la montagne (1) 1896 : Sonnblick (3 106 m.). Car-Egger. p. 120). M. le beau temps et les conditions favorables nous engagèrent a entreprendre une expédition plus longue. Le 22. VII. le Gross Glockner (3 798 m. Chapitre II. réussit l'ascension du Klein Glockner (3 764 m. Herzog et le guide Christian Guler. En meme janvier: Gamchilùcke (2833 m. la première fois en compagnie de M. 1898. qui fut atteint en six heures. : Die Anfange des Skisports in der Schweiz.).) deux fois. entreprise extraordinaire à cette époque. avec ascensions de la Cima Cadina (2 826 m. Celui-ci fut gagné à pied à midi et le sommet de la Jungfrau à 2 h. .) de ta Fluela à Klosters par Th. un moine. Le 21 janvier. Ortler (3 902 m. il se spécialisa dans l'escalade hivernale des tours dolomitiques. Traversée du Silvreltapass (3 013 m. t. Franz Francisci. Entre 1885 et 1890. entre autres : Scesa-plana (2969 m.). Baillie-Grohmann avec quatre guides. Théodor Wundt réussit de nombreuses ascensions dans les montagnes du Rhàtikon et de la Silvretta.) entre autres. Egger fut longtemps le rédacteur zélé de cet annuaire. p. troisième ascension par R. p. après une longue taille de marches dans la glace. Pellaud (Alpina. Helbling avec A.86) (1). 30. par les deux Mônchjôche. au Mônch. mais qui resta complètement isolée. 1897 : Johannisberg (3 467 m. 1902.) et Hocharn (3 258 m. Hasler. par P. de Waidbruck à Innichen. 207) (1). 1898 (4 janvier) : Piz Buin (3 316 m. Voici cependant quelques dates pour compléter notre statistique : En 1853 déjà.

........... Au centre....) dans l'Oberland bernois.......... Malgré les annonces publiées dans différents périodiques alpins... La course favorite est de franchir la Wasserscheide (qui s'ouvre à gauche) pour descendre ensuite les deux mille mètres sur Kublis.... Au fond.. Des photographies prises d'avion... elles peuvent être directement opposées. il m'a été très difficile de trouver de bonnes photographies pour illustrer cet ouvrage...... de bonnes photos prises sur le versant méridional de la Bernina (glacier de Palii vu de l'alpe Grum .... MAJESTÉS ENNEIGÉES . choisir des motifs vraiment intéressants. Aube ENNEIGÉE.... etc.... Ciel de foehn.. de Forno... Cette vue............ de Gauli.. ou bien leurs films n'étaient pas suffisants au point de vue technique.TABLE DES ILLUSTRATIONS Je me vois obligé de répéter ici ce que je disais dans la première édition : Malgré la quantité de skieurs parcourant les Alpes en hiver....... représente la chaîne du Kaiserstock.... un premier plan de skieurs est toujours recommandable.....) se dresse à gauche.. une cordée de deux ou trois skieurs glissant en stemmbogen ......... SCHUSSFAHRT . Il me serait également agréable de recevoir une bonne photographie du Grand Combin prise en montant à la Rosablanche.. le massif du Monte Leone . au pied des séracs du glacier de la Selle.. C'est dans cette cabane que l'on couche généralement avant ... aucune photographie convenable... LA CABANE DE L'OBERAARJOCH .. En prévision d'une nouvelle édition..... Rnubel....... etc.......... lors de la première ascension hivernale de la Tête Nord du Replat...... LE GRAND VIRAGE ..... D'une part. L'Aletschhorn (4 182 m..) s'ouvre sur la Haute-Route qui traverse l'Oberland bernois et dont nous avons parlé ici.... Ces corniches sont formées par le vent et surplombent le versant le plus abrupt de l'arête. Cette vue est prise sur l'arête reliant la Weissefrau (3660 m........ L'Oberaarjoch (3 233 m................ en avril 1926...... les glaciers de Z'mutt.. la fameuse cabane Parsenn (2 205 m...... j'aurais désiré une caravane de skieurs encordés sur un glacier.) .... d'Oberaar . MISCHABEI........ Frontispice.. Des vues d'hiver prises d'avion et représentant : le glacier d'Otemma en enfilade ..... une du Gornergrat vers le Mont Rosé et le Grenzgletscher...... prise en montant au Klingenstock.).. si elles ne sont pas toujours très artistiques.Cette vue fut prise par Daniel Chalonge.. le cirque de la cabane Rotondo ..... C'est un des plus hauts sommets où l'on soit parvenu en ski.... Pour toutes les autres..) au Morgenhorn (3 629 m..... Un léger brouillard recouvre la Place Concordia. je prie ceux qui pourraient m'aider à combler ces lacunes de bien vouloir m'envoyer les photographies désirées..... de Gries. sont du moins fort instructives et intéressantes............ grâce a une neige pulvérulente et parfaitement régulière......... celui de la Silvettra vu de l'ouest .... Il manque également dans mes illustrations : une avalanche de neige poudreuse et un Schneebrett .... prise du Nadelhorn à travers le glacier de Hohberg.).......... Le Stoos est un petit paradis pour skieurs situé au-dessus de Brunnen (lac des IV cantons)... par lequel se fait généralement l'ascension en été.. jusqu'à présent... je n'ai reçu........ c'est-à-dire descente droite et vertigineuse comme elle est possible ici en position allongée de Télémark......)....... le massif de l'Err vu de l'est .. dans ce genre. les amateurs n'ont pas su........... la Ihtschen-lucke (3 204 m.... Comme frontispice. GRUNHORNLUCKE ET ALETSCHHORN ... représente le versant nord du Dom..... en juin 1917... DANS LA RÉGION DU STOOS . avec le glacier de Panossière en enfilade . Cette photo est tirée d'un film tourné dans les environs d'Adelboden.... une du Plateau du Trient avec les Aiguilles Dorées et les Aiguilles du Tour .... LE DORADO DE LA PARSENN.... qui héberge chaque hiver des milliers de skieurs....... dans un cadre pittoresque de hautes montagnes.. à condition qu'il ne masque pas certains détails importants... Cette vue............ cette pente fut parcourue en ski.... etc..... les photographes professionnels ne se risquent pas volontiers en haute montagne avec de gros appareils . de Scerscen. Schussfahrt... AIGUISE DU PLAT DE LA SELLE ................. à la montée comme à la descente. lorsque l'enneigement est suffisant.... le versant méridional de la chaîne Ortler-Cevedale. LA CREVASSE QUI NOUS GUETTE .... une du Mont-Blanc prise de la Flégère ou environs . une des environs du Théodule. d'autre part..-DOM (4 554 m... Ces vues devraient être prises de préférence dans les mois de janvier à mai... cirques de Fellaria................. CORNICHES DE NEIGE ... par Arnold Lunn et Jos. vers le Breithorn . On distingue la piste montant de Wolfgang (près Davos).... Selon la structure de leur base... Bien qu'elle semble très raide...

. grâce au ski............ Puis il traverse obliquement le glacier pour remonter les pentes vers la gauche et aboutir au Winjoch (3 848 m.............). perchée à 3 227 mètres (dans l'ombre).. A mesure que la neige se retire..............).. TEMPETE SUR L'ENGADINE . Aujourd'hui tout cela a bien changé.. et sera fort utile aux skieurs parcourant cette région.. dernière étape lorsqu'on fait la traversée de l'ouest à l'est.. que l'on atteint généralement de la Diavollezza par l'arête de gauche... on peut monter de là en ski jusqu'au Hugisattel (4 089 m. le Fiescherfirn que l'on traverse pour gagner la cabane du Finsteraar-horn.....).....a vue est prise du glacier de Morteratsch qui présente ici d'énormes crevasses. à gauche sur la photo........) est le large sommet central.. L'itinéraire mentionné à la page 238 longe la rive gauche (à droite sur la photo) jusqu'au petit plateau entre la première et la deuxième chute.....)... Devant lui s'étire tout le Nadelgrat...ACIER DE RIED ET MISCHABEL .. Le point culminant (3 912 m.. SUR LE GLACIER D'ALLALIN ................... .. lorsque les pauvres voyageurs s'aventuraient à pied dans ces neiges. Une superbe cabane a été construite et inaugurée en 1927 par la section genevoise du C......... du bord supérieur. par 60 mm........... A gauche du Dora se dressent deux sommets aigus : le Nadelhorn (4 334 m. A.... du bord droite et 70 mm.. Lorsque les conditions de neige sont favorables............)........ PREMIER PRINTEMPS .) à droite et la Lenzspitze (4 300 m......... Dans le fond....) à droite et le Strahlhorn (4191 m... Dans l'ombre... les crocus envahissent le pâturage...d'entreprendre la merveilleuse descente sur la Grimsel..... Vue prise du Hahnensee (sur Saint-Moritz) vers la Maloja et le lac de Sils.. Pollux et l'arête du Breithom..... Le sommet neigeux à l'extrême gauche est le Fluchthorn (3 802 m..... Castor.. la plus haute selle neigeuse à gauche du sommet... Au fond.. Seule la partie centrale du glacier est visible sur cette photographie....... S..) à gauche. SUR LE CHEMIN DE PARSEN ........... Vue prise en montant à la Grunhornlûcke......... Sur l'alpe Drusatscha..... ouvert entre le Rimpfischhorn (4 203 m..... I.... Au fond à gauche se dresse la Margna........... GI.) à gauche..... LA COMBE DES MORTS . Piz PALU .. Cette combe désolée qui conduit au Grand Saint-Bernard est réputée par ses avalanches et les accidents qui s'y sont produits autrefois.... l'Adlerpass (3 798 m.. Elle se dresse sur l'épaulement rocheux de la rive droite du glacier...Cette vue est prise juste au-dessus de Wolfgang avec la chaîne du Rhâtillon dans le fond.. le Lyskamm...Cette vue est prise immédiatement à l'ouest du point 3 150 de l'Atlas Siegfried.. FlNSTERAARHORN (4 275 m). près Davos..... Le plus haut sommet de la photo est le Mischabel-Dom (4 554 m... où ils mourraient souvent de froid et d'épuisement avant que les moines et leurs chiens n'aient le temps de les secourir.

chaque hiver.754 m. le Gemshorn. vol. à la Dent Blanche et même une au Rothorn depuis Zermatt et au Taeschhorn depuis Britannia.). une seconde le serait moins. 1908). S.927 m. Klein Fiescherhorn (ou Ochsenhorn. nos saisons modernes soient bouleversées et que les hivers deviennent dit étés. une course fort ancienne : la toute première traversée du Col du Trient (2. Toutes ces courses furent exécutées à pied. ils avaient beau jeu et les coudées franches. En Suisse. voire août. Piz Roseg (3.980 m. l'ascension hivernale du Grépon par exemple. Dans le récit de mes courses personnelles. A part celle du Midi. les alpinistes français (ceux du G. sans skis. Je terminerai ce postscriptum par quelques addenda. Au moment où.100 m. — à moins que. 1916. elles n'attireront jamais le vrai skieur alpin qui réserve ses ardeurs pour des cimes plus hospitalières et moins aiguës. j'ai oublié de dire que le Grand Combin. j'espère. on constate depuis 1925 une véritable ruée vers les cimes hivernales. par D. Armand-Delille .843 m. elle n'ajoutera jamais rien à la gloire du nouvel alpinisme et elle ne sera. alors qu'en Suisse allemande il est depuis longtemps déjà un fait accompli. semble triompher définitivement et sur toute la ligne. Cette statistique a du reste paru dans le British Ski Year-Book.). la nouvelle génération sortie des tranchées s'est complètement emballée dans cette direction et les lettres les plus touchantes qui me soient parvenues. A. sous l'impulsion du Comité Central présidé par le Dr.) par Hasler et Jossi. au Lyskamm. A. 1902. Leur attrait hivernal est urt pure illusion. par un revers du sort. I. j'avais par erreur attribué cette première hivernale à Steiner et Trumpler. 1876. Mon chapitre II sur le Triomphe du ski prouve suffisamment à quel point nous en étions à cette époque. il n'est plus possible de les suivre sans dresser une véritable statistique.746 m. elle enregistre fidèlement les succès triomphants des skieurs français. par Plossu et Michelet . D. le 30 mars 1872 (Écho des Alpes. Disons que ce développement était nécessaire en Suisse romande. Les cabanes Britannia et Bétemps abritent de nombreux visiteurs et les sommets environnants sont fréquemment gravis par les skieurs. Mont Visa (3. 3.) par G. il est certains pays où l'alpinisme hivernal ne s'est véritablement épanoui que dans l'aprèsguerre. Tout d'abord.). Que l'on me permette une objection cependant : certains grimpeurs semblent altérer le sens véritable de l'alpinisme hivernal en s'attaquant en plein hiver à des aiguilles de roc qui ne rentrent plus du tout dans notre domaine. XII. Signalons plusieurs nouvelles ascensions au Grand Combin.Il a fallu m'arrêter.987 m. Encore fallait-il s'y lancer ! Dans la chronique alpine de La Montagne. En Italie.982 m. tout spécialement) ont remporté plus de victoires que partout ailleurs en l'espace de quinze ans. Pour procurer une véritable jouissance. chantent la gloire de la montagne hivernale dans la belle langue de Dante. Weisskugel (3. H. Elle est suffisamment éloquente et s'allongera sans doute. même en mai. j'avais naïvement commencé à enregistrer les premiers grands exploits des alpinistes fiançais dans leurs montagnes du Dauphiné et je notais : Pelvoux (3945 m. Eugénie Ferreri : Alpinismo invernale. Dalloz.. I. pas renouvelée. J'en ai été profondément touché et j'ai bien volontiers autorisé la traduction italienne de ce livre par M.) par G.) et la toute première ascension de la Pointe â'Ceny (3.. car.) par le même et P.). Puis quelques prouesses qui m'avaient également échappé : 1887. En Suisse. Une première ascension est excusable . L'alpinisme hivernal. Il s'agissait évidemment ici de remplir une case vide dans la statistique toujours croissante des premières ascensions hivernales. Grande Ruine (3.) par Morgenthaler et Chiardola.. Hasler avec Chr. Zermatt cet hiver pour la première fois. 7. qui vient de paraître à Turin.953 m. Gspaltenhorn (3.) par le fameux Javelle et Paul Rouget. 28. première ascension hivernale de la Meige (3.) par Swaine avec Christian Klucker. Leur terrain étant quasi-vierge. III (1926).000 francs pour le développement de l'alpinisme hivernal.. Cependant. toutes débordantes d'enthousiasme. juillet. en lui-même. les . Dôme de Neige des Écrins (3. Mais toutes les aiguilles de Chamonix sont dans le même cas. je n'ai rien pu modifier à mon texte et il me reste ces quatre dernières pages pour condenser différentes notes en postscriptum. point culminant du Dauphiné. III. la conquête des sommets importants est terminée depuis plusieurs années déjà. ces aiguilles de roc doivent être escaladées dans la pleine ambiance estivale. Hasler avec Chr. 106-08). Jossi (à la page 62.442 m. 20. . l'Ulrichshorn et le Schattihorn étaient des premières ascensions hivernales et que nous fûmes.) par Leopoldo Bar aie.. P. S.121 m. A. organe officiel et mensuel du C. 1904. En vue de cette nouvelle édition. l'alpinisme hivernal semble lui imprimer une nouvelle orientation en lui inoculant un regain de vie féconde.). A mon avis. Odermatt et moi. par Pierre Dalloz . En France notamment. le 21 février 1926. Faes à Lausanne.905 m. la rubrique : Alpinisme hivernal est maintenant devenue familière et depuis janvier 1926. 15. M. a voté un budget annuel de 15-30. juin. Le 16 mars de la même année. Armand-Delille arrive seul au sommet de la Barre des Écrins (4.POSTSCRIPTUM à la deuxième édition Cette deuxième édition étant coulée sur les empreintes de la première. la conquête des Alpes terminée. Les Alpes Pennines sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. le C. 1903. n'a de valeur que dans sa primeur. Je n'ai pas la prétention de l'avoir lancé. Durant ces trois dernières saisons.274 m.. Bietschhorn (3. Jossi. l'on s'inquiétait de l'avenir et des destinées du C. Aiguille Verte (4. 1903. 1893. depuis lors.

que l'on voit de si loin en été. hébergeant les marchands qui venaient échanger là-haut les vins du Valais contre les fromages du Hasli. à laquelle manquait ce charme magique que donnent les moraines. Desor était découragé par cette'mauvaise neige. Le lendemain. Cet immense bloc. cet hospice était habité par un gardien solitaire. Tous les pics qui bordent le glacier étaient revêtus de neige depuis leur base jusqu'à leur sommet . « Au soleil. Agassiz et E.. . Sur le glacier. en hiver.465 A. Desors. un des premiers en hiver. Nos deux savants choisirent tout naturellement pour leurs recherches le théâtre de leurs explorations précédentes : le fameux glacier d'Unteraar. nous ôtâmes même nos redingotes et nos gilets. c'était là notre Hôtel. et. aussi. S. Chambéry). Mercanto» m'a fait observer. M. écrit-il. La neige était recouverte d'une croûte cassante qui rendit la marche des plus pénibles. P. ils montent le 11 mars. que de se sentir succomber sons le poids d'obstacles matériels. en mars 1841. j'écrivais dans mon avant-propos qu'il n'existait aucun ouvrage en langue française sur la pratique du ski en montagne. Dans la Gazette de Lausanne du 12 juin 1925. après avoir cherché de tous côtés sur la moraine. c'était la bise qui soufflait. restée complètement invisible. la chaleur était excessive . sur les glaciers (Dardel. nous en éprouvions alors un soulagement extraordinaire. nous courions comme des enfants sur cette surface durcie. de Gennes. jusqu'à ce que la neige se brisât de nouveau sous nos pas et vint calmer notre ardeur. non sans raison. je souffrais le martyre » (!!). le prof. il n'existait pas pour nous dans ce moment : nous n'avions devant nous qu'une immense étendue de neige très uniforme. Il leur fallut 2 heures pour atteindre la langue terminale du glacier d'Unteraar. de glace et ces mille filets d'eau au babil harmonieux qui en font les délices en été. cachées sous le glacier. C'était en effet. I. Depuis lors et presque simultanément avec l'apparition du présent ouvrage l'Alpine Skiing d'Arnold Lunn était publié en français par un fervent skieur alpin.. les crevasses au reflet brillant.). Les contours des montagnes se dessinaient avec une netteté inconnue en été sur le fond bleu du ciel. un véritable supplice. alors que dans le Jura. h) le thermomètre ne marquait que -2° C. heureux de se voir par un jour aussi magnifique au milieu de cette mer de glace dont il avait fait le théâtre de ses investigations.. par MM. qu'il avait fait plus froid au Locle que dans l'Oberland. 346) a été construite la même année par la section de Jamam (Vevey) du C.yahoo. Agassiz était d'une gaîté folle. que je n'avais pas mentionné l'expéditùm de mes compatriotes Agassiz et Desor au glacier d'Unteraar. mais pour être plus à l'aise.premiers skieurs à visiter le Rimpfischhorn. Neuchâtel (Suisse). au départ (5. en 1912. La nécessité de garder nos doubles voiles était. un spectacle unique que celui que nous avions sous les yeux. on y parvenait en été en moins de quarante minutes. S. sous le titre : Le ski..com Corectura : Alin Ciula Alte titluri disponibile la : grupul HARTI_CARTI la http://groups. de prouver que la fonte des glaciers n'est pas due à la chaleur terrestre et que le peu d'eau qui s'en écoule en hiver provient exclusivement de sources intérieures. les chutes. mais notre étonnement fut grand de ne pas découvrir l'Hôtel des Neuchâtelois. M. Celle de l'alpe de 1a Chaux (p. Depuis longtemps déjà. la caravane poussa sa reconnaissance jusqu'aux rochers de l'Abschwung (soit à une altitude d'environ 2. . » Desor fut très étonné de constater. Quant au glacier. Wahren (du Hasli) et secondés par deux porteurs.. en dépit de la fatigue..« Nous rencontrions aussi des espaces où la neige portait . La cabane de Valsorey a été reconstruite en 1925. dans la Bibliothèque Universelle d'avril 1842 un « Récit d'une course faite aux glaciers en hiver. et dont le sommet avait souvent ranimé le courage de nos visiteurs. Elle se dresse sur le mamelon coté 2. » Malgré une chaleur accablante. le Finster-aarhorn seiil était noir comme en été. le Capit. serait-il entièrement enterré sous la neige ? Enfin. En décembre 1924. au printemps. On trouve. dit à la plume de ce dernier et qui avait complètement échappé à mes recherches. Scanare. nous découvrons à quelque distance un renflement dans l'arête neigeuse . décembre 1927. la neige fut heureusement meilleure et la marche plus facile. OCR : Roşioru Gabi rosiorug@yahoo. Il était onze heures lorsque nous nous trouvâmes à la hauteur de notre ancienne habitation . Le thermomètre ne descendit pas au-dessous de -4° C. n'est plus pénible pour l'homme qui a la conscience de quelque énergie. L'auteur évalue à trente pieds l'épaisseur de la reige à cet endroit. que Desor veut bien reconnaître. K. A. dans l'Unteraar était. mais l'enthousiasme d'Agassiz réussit à l'entraîner plus loin. Accompagnés des guides Jacob Leuthold et J. à cette époque. Il est juste d'ajouter que cette expédition coïncida précisément avec une période de foehn sec qui lui assura un temps merveilleux. non seulement ne fîmes-nous pas usage de nos manteaux.com/ Carte obţinută prin amabilitatea dlui Radu Hera. » Ses genoux étaient écorchés jusqu'au sang. La réverbération des neiges valut à nos deux savants des brûlures tres douloureuses au visage et Desor avoue naïvement : « J'eus beau m'asperger d'eau froide. coucher à l'hospice de la Grimsel. durant ces trois jours passés en haute montagne. en effet. Or à cette époque. car ses parois sont trop roides du côté du glacier pour que la neige puisse y adhérer et rester. D s'agissait. qui. « Rien. ils visitèrent encore le glacier de Rosenlaui et purent ainsi compléter leurs observations sur la glace même. en comparant plus tard les températures. dans ces circonstances.500 m. Il nous semblait que jamais nous n'avions vu l'air si transparent. De Meiringen. Nos montagnards n'avaient pas même de raquettes..