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MARCEL KURZ

ALPINISME HIVERNAL
LE SKIEUR DANS LES ALPES
Préface de M. EDOUARD SAUVAGE
Président honoraire du Club Alpin Français
Ouvrage orné de 20 héliogravures hors texte PAYOT, PARIS ST-GERMAIN 1928 Tous droits réservés
A MON PÈRE qui me fit connaître Les Alpes.
Premier tirage Mars 1925. Deuxième tirage Février 1928.
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright 1925, by Fayot, Paris.
PRÉFACE
Les vieux alpinistes ont vu se développer simultanément, depuis une trentaine d'années, les courses d'hiver en
montagne et d’usage des skis qui donnent pour ces courses de grandes facilités. Toutefois, au début, on craignait assez
généralement que le ski ne pût guère servir en haute montagne, soit que les trajets où on ne pourrait en faire usage
fussent trop étendus, soit que le ski même, avec sa grande longueur, fût mal approprié au parcours des régions très
accidentées et dût être modifié.
La hardiesse et la persévérance des explorateurs de la montagne ont amené l'évolution de ces idées
anciennes : après avoir reconnu que les courses d'hiver n'étaient pas nécessairement limitées aux sommets secondaires,
mais que les cimes les plus hautes restaient abordables en cette saison, ils ont démontré que les skis pouvaient servir
presque continuellement, sinon jusqu'aux sommets mêmes, du moins jusqu'au pied des arêtes terminales.
Tous les alpinistes qui ont parcouru le massif du Mont Blanc connaissent le guide et la belle carte de Louis
Kurz; nous sommes redevables à son fils,
Marcel Kurz, ami passionné de la montagne et bon skieur, d'une belle étude de cette évolution.
La première partie de l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz débute par un historique du développement des
courses d'hiver avant l'emploi du ski, puis lorsqu'on en a fait usage; ensuite elle examine l'état des Alpes pendant
l'hiver, le climat, l'effet des vents ; vient ensuite une magistrale étude des avalanches et de l'état des neiges. Les
transformations qu'elles subissent sous l'action du soleil et du vent sont minutieusement analysées, sans que soit oublié
le côté pratique pour le skieur, la manière dont se comporte le ski sur les diverses surfaces.
Les différentes espèces d'avalanches, les circonstances qui les produisent, l'aspect des régions dangereuses,
sont l'objet d'une description claire et approfondie. Même en été, l'appréciation d'une pente de neige, au point de vue
du degré de sécurité — ou de danger — qu'elle offre, est un des points qui demandent au montagnard le plus
d'expérience et de jugement; en hiver, les difficultés d'appréciation sont encore augmentées.
Si la suite de l'ouvrage nous montre un artiste épris des beautés de la montagne, cette première partie porte la
marque de l'esprit scientifique de son auteur.
Viennent ensuite l'équipement du touriste hivernal, la technique du skieur alpin. Ce chapitre n'est en rien un
manuel de ski, mais il indique comment, en haute montagne, on utilise les divers modes de progression, d'arrêt,
glissade des pentes, qui doivent être bien connus du skieur.
La lecture de la deuxième partie de l'ouvrage décrivant les courses d'hiver de l'auteur dans les Alpes,
passionnera les alpinistes, dont quelques-uns reéchapperont pas sans doute à des sentiments de regret — faut-il dire
d'envie ? — devant une si belle série de grandes ascensions. A chaque ligne des descriptions de l'auteur , on respire le
charme de l'admirable nature alpestre. Les menus incidents des courses, tels que gites, repas, bivouacs, sont indiqués
sommairement dans la mesure où ils intéressent le lecteur, sans le fatiguer par leur monotonie.
Dans son ensemble, l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz est une précieuse addition à la littérature alpine,
dont l'auteur mérite de vives félicitations.
ED. SAUVAGE,
Président honoraire du C. A. F.

PRÉFACE DE L'AUTEUR
En commençant la rédaction de ce livre — il y a déjà bien des années — mon intention était de l'intituler Le
Nouvel Alpinisme. A cette époque, en effet, ce genre d'alpinisme était encore à ses débuts : nous traversions l'âge d'or de
ce qui fut la deuxième conquête des Alpes, celle des skieurs. Dans les Pennines, par exemple, il leur restait à conquérir
plus d'une vingtaine de cimes supérieures à 4000 mètres. Mais, faute de temps, la rédaction resta inachevée.
Depuis lors, l'exploration hivernale des montagnes a pris une telle extension, tant d'alpinistes sont devenus
skieurs et tant de skieurs alpinistes, qu'au moment de remettre mon Nouvel Alpinisme sur le chantier, ce titre ne lui
convenait plus. C'est pourquoi j'ai préféré l'intituler Alpinisme hivernal (1).
Un titre bref et suffisamment explicite n'était pas facile à trouver. Les Anglais et les Allemands possèdent une
langue qui permet toutes les combinaisons de mots composés : Alpine skiing, Skilauf, Skitouristik sont des expressions
concises et parfaitement claires qu'il est impossible de traduire en deux mots français.
Ceci provient évidemment du fait que, pour nous, le mot ski désigne aussi bien le sport que l'instrument luimême. On dit le ski, les skis, faire du ski, — par contre, on n'est pas encore d'accord sur ce point : faut-il dire : aller en
ski ou aller à ski ? Il nous manque donc en français un terme équivalant à skiing ou Skilauf. On pourrait suggérer
skiisme, mais c'est un terme antipathique, qui a peu de chances de s'implanter jamais.
La richesse d'une langue est en rapport avec le développement d'une théorie? On pourrait le croire vraiment :
Alpiner Skilauf et Alpine skiing sont les titres de deux manuels parus, le premier en 1910, le second en 1921 (2).
La décade qui sépare ces deux publications coïncide précisément avec le développement maximum du nouvel
alpinisme. Aussi la brochure de Lunn est-elle inspirée par les expériences et les idées nouvelles. Mais qui de nous
connaît ces deux bréviaires ? et pourquoi n'ont-ils pas été traduits en français ? Car il n'existe rien de pareil en notre
langue, pas plus qu'en italien. A quoi donc attribuer cette lacune ? Sans doute au fait que la théorie est toujours
subordonnée à la pratique. Or, le Mont Rosé fut gravi en ski par un Allemand en 1898 déjà et, en 1904, c'est encore un
skieur allemand qui gravissait pour la première fois le Mont Blanc. A cette époque, le skieur français était encore dans
ses langes et l'italien n'était guère plus avancé...
D'autre part, n'est-il pas curieux de constater que les Anglais (qui furent les premiers à explorer nos Alpes et les
derniers à les parcourir en ski) possèdent depuis 1921 le meilleur ouvrage sur ce sujet? Évidemment, la théorie d'un
auteur ne crée pas la règle et Arnold Lunn restera une exception. Il a vécu des années entières dans les Alpes, comme
autrefois Zdarsky dans les neiges de Lilienfeld. Mais son enthousiasme a porté des fruits qui lui font honneur
aujourd'hui. Il a créé à Londres, en 1908, l’Alpine Ski Club, et, grâce à lui, les Anglais ont rattrapé tout le temps perdu.
Entre la Suisse romande et la Suisse allemande, le développement du ski a présenté une sensible différence.
Alors que les Suisses allémaniques pouvaient lire dans leur langue une quantité de publications et s'inspirer des
meilleurs principes, les Romands n'ont eu à leur service qu'une bibliographie assez pauvre, réduite à de rares récits de
courses. Depuis quelques années cependant, ils semblent être secoués par certains spasmes de bon augure, non pas tant
les skieurs proprement dits que les alpinistes-skieurs.
En France, après de premiers essais (1895-1896) effectués par quelques personnes isolées, officiers et civils,
l'emploi du ski fut introduit dans l'armée des Alpes (1900-1901) et fit de rapides progrès sous la direction d'une mission
militaire norvégienne (1902). Les troupes alpines s’en firent une spécialité presque exclusive et réalisent une forte
avance sur les skieurs civils. Certes, beaucoup d'officiers sont membres du Club Alpin, appliquent dans le civil les
connaissances acquises au service militaire. Grâce à l'intime collaboration des deux éléments, le ski prendra un bel
essor (1907). Cependant son développement s'est orienté vers le sport, plutôt que dans son application à l'alpinisme.
En Italie, à ce que m'écrit le comte Aldo Bonacossa, grand skieur et grand alpiniste, les Ski Clubs de Milan et
de Turin ont pris la haute main sur le tourisme hivernal. L'Italie semble avoir une légère avance sur la France, car elle
va publier prochainement un guide et une carte pour skieurs de sa frontière septentrionale des Alpes.
Un jour viendra où l'alpinisme hivernal surpassera l'alpinisme estival. De fait, la durée de l'hiver alpin est déjà
plus longue que celle de l'été alpin. Devant les flots de touristes que déversent nos chemins de fer de montagne, les
alpinistes préféreront aller passer leurs vacances d'été dans le Caucase ou l'Himalaya et ne visiteront leurs propres
montagnes qu'en hiver, en ski. Qui vivra verra...
Il m'a été très difficile de trouver des illustrations artistiques se rapportant à la haute montagne hivernale. Je
tiens cependant à remercier tous les collègues qui ont bien voulu m'en envoyer à choix, et tout spécialement MM. Pries,
Gysi et Hug qui ont si gracieusement mis leurs clichés à ma disposition. MM. pal-banne, A.-E. Kuhlmann et Louis Kurz
ont pris la peine de revoir toutes mes épreuves, et j'ai envers eux une grosse dette de reconnaissance.
M. K.
Neuchâtel (Suisse), décembre 1924.
1

Comme on le verra, l'alpinisme hivernal a présenté deux phases bien distinctes. Durant la première, ce fut la conquête des plus hautes cimes par des
alpinistes allant à pied (elle est exposée dans mon premier chapitre : Les précurseurs). Puis ce fut le triomphe du ski, et la deuxième conquête des
Alpes, par la horde des skieurs.
2

Oberleutnant Georg Bilger, Der Alpine Skilauf (2e édition. Munich, 1911, petit *).
Arnold Lunn, Alpine Skiing, at ail heights and seasons, Londres 1921 (petit *).

CHAPITRE PREMIER
LES PRÉCURSEURS
(Ceux qui allaient à pied.)
En janvier 1862, plus de trois ans avant la conquête du Cervin, Thomas Stuart Kennedy, un des plus audacieux
grimpeurs de l'Alpine Club, eut l'idée d'attaquer le colosse en plein hiver, idée vraiment extraordinaire à cette époque.
Accompagné du vieux Peter Taugwalder et de Peter Perren, il alla passer la nuit dans la petite chapelle du Lac
Noir et, le lendemain (7 janvier), il tenta l'ascension par l'arête du Hôrnli. Mais un vent violent, qui faisait tourbillonner
la neige, arrêta bientôt la caravane et l'obligea à battre en retraite.
« Non content de nous souffler au visage d'épais flocons de neige et de véritables aiguilles de glace, le vent
faisait voler autour de nous des plaques neigeuses de 30 centimètres de diamètre, qu'il avait enlevées en passant au
glacier inférieur. Cependant, aucun d'entre nous ne semblait vouloir lâcher pied le premier, lorsqu'une rafale plus
violente que les précédentes nous obligea à nous abriter quelque temps derrière un rocher. A dater de ce moment, il fut
tacitement convenu que notre expédition devait prendre fin, mais nous résolûmes en même temps de laisser aux
touristes futurs quelque souvenir de notre visite, et, après être descendus à une distance considérable, nous trouvâmes
un endroit convenable pour y construire un cairn, avec des pierres détachées. En une demi-heure, nous érigeâmes une
pyramide haute d'environ 2 mètres. Une bouteille, contenant la date de notre tentative, fut placée à l'intérieur, et nous
battîmes en retraite le plus promptement possible (1). »
Bien que cette tentative eût échoué au pied même des premières difficultés du Cervin, il est piquant de constater qu'à
cette époque déjà, un homme ait pu croire à la possibilité des ascensions hivernales. Il est vrai que Kennedy comptait
précisément bénéficier de la quantité de neige qui, selon lui, devait recouvrir les rochers et en faciliter l'escalade. « En
effet, dit-il, je ne voyais pas comment, même avec l'aide de longues échelles, ces rochers pourraient être surmontés,
lorsque l'idée me vint qu'en hiver ils seraient peut-être couverts de neige, et c'est en partie la raison qui me conduisit à
Zermatt... »
Whymper lui-même, qui pourtant ne s'étonnait de rien, relate cette équipée sur un ton très ironique et trouve
cet échec tout naturel. « Mr. Kennedy, écrit-il textuellement (Escalades, p. 96), conçut un jour l'idée singulière que cette
montagne devait être moins impraticable au mois de janvier qu'au mois de juin... mais il ne tarda pas à constater qu'en
hiver la neige obéissait aux lois ordinaires et que le froid et le vent n'étaient pas moins rigoureux qu'en été. »
Aujourd'hui, cette idée nous paraît moins « singulière », et il est probable, en effet, que, dans neuf cas sur dix,
l'escalade du Cervin est plus facile en janvier qu'en juin.
Comme le font remarquer Cunningham et Abney ( 2), la tentative de Kennedy n'en restera pas moins la
première expédition hivernale entreprise dans les Alpes après le commencement de l'alpinisme systématique ( 3).
Cette première expérience n'était guère encourageante.
Aussi faut-il attendre quelques années encore avant de pouvoir enregistrer de véritables succès. Ce fut
l'Oberland bernois qui devint alors le principal théâtre des explorations hivernales, et ce sont des Anglais encore qui
s'avancent sur la scène (4).
A la fin de décembre 1866, par un temps gris et maussade, deux membres de l'Alpine Club, A. W. Moore et
Horace Walker, arrivaient à Grindelwald, avec le vague sentiment d'avoir commis une bévue et persuadés que leur
expédition n'aboutirait qu'à un fiasco complet ( 5). Le temps avait été superbe durant trois semaines; mais, au moment
précis de leur arrivée, il s'était gâté, comme cela arrive si souvent, hélas !
Après s'être amusés à poursuivre des lièvres et des renards dans les bois environnants, nos Anglais purent enfin
profiter d'une belle journée et s'aventurer plus haut dans la montagne, sous la conduite de leurs guides Christian Aimer
et Peter Bohren. Ils passent une affreuse nuit dans la vieille cabane très inconfortable de Peismeer, où ils étaient
parvenus, non sans peine, en taillant des marches dans la glace épaisse qui recouvrait le sentier.
La journée du lendemain fut consacrée tout entière à une chasse aux chamois sur les flancs du Mettenberg.
Une nombreuse escouade d'Oberlandais leur servait de rabatteurs, et les deux Anglais avaient été postés en embuscade à
l'endroit où le gibier devait passer dans sa fuite. Mais la chaleur intense du soleil, succédant brusquement au froid de la
nuit, fit son effet accoutumé et les deux touristes s'endormirent à leur poste. Ils ne se réveillèrent que trop tard, tout
honteux de constater à leurs pieds les traces évidentes des chamois.
Après un si piteux résultat, il fut décidé d'abandonner la chasse et de poursuivre un but plus sérieux en
attaquant quelque grand pic. Mais, à ce que prétend Moore, les rochers étaient généralement verglacés, et il fallut
renoncer aux sommets les plus tentants, tels que l'Eiger ou le Schreckhorn. Ils choisirent donc un col glaciaire et se
décidèrent finalement à tenter la traversée combinée du Finsteraarjock (3 360 m.) et de la Strahlegg (3 351 m.), sorte de
boucle qui devait les ramener à Grindelwald en une seule expédition.
1

Alpine Journal, 1863, p. 82. — D'après Whymper (Escalades, p. 96-97), ce cairn marquait exactement le point 3 298 A. S. (tout près duquel se
dressent aujourd'hui la cabane et l'hôtel du Hôrnli) et n'était guère que 60 à 80 mètres au-dessous du point atteint par Kennedy.
2
The Pioneers of thé Alps, p. 61.
3
Voir encore la note de la page 5 (Hugi à la Strahlegg).
4
Entre temps Bennen avait été tue par une avalanche au Haut de Cry, le 28 février 1864 (WHYMPER, Escalades, p. 86).
5
A. W. MOORE, On some Winter Expéditions in thé Alps (in Alpine Journal, vol. IV, 1869, p. 309 sq.).

). 1 En janvier 1832 déjà. Krafft. grâce à une succession de journées ensoleillées sa surface s'était durcie et facilitait singulièrement la marche. on prétendait que les glaciers n'avancent pas en hiver. il monta également au Faulhorn (2 684 m. Hugi était accompagné de nombreux guides . Ueber das Wesen der Gletscher und Winterreise in das Eismeer). puis une course facile au Faulhorn termina ces vacances excentriques. la caravane soupait sur la Mer de glace. » Le jour de Noël fut fêté à Grindelwald. la caravane retrouvait sa trace sur la Mer de glace et rentrait par le même chemin à Grindelwald. les conditions avaient été très favorables et la marche rapide. après s'être glissée avec les ombres bleues entre ces séracs menaçants. fut moins ardue et beaucoup plus réussie que nous n'avions osé l'espérer. il eut même l'audace de s'attaquer à l'Eiger (!). à Grindelwald. conclut Moore. Suivant son plan primitif.). et cela recrutés. accompagné d'Alexandre Pic et de deux porteurs. prévoyant toutes les difficultés de la marche. tandis que. vingt-deux heures après l'avoir quitté. Durant tout son séjour là-haut. le 12 janvier. où il fut retenu durant trois jours avait de pouvoir profiter d'une neige gelée pour redescendre dans la vallée.). Le passage du labyrinthe au clair de lune et le spectacle du Finsteraarjoch à minuit auraient été une récompense suffisante à des peines infiniment plus grandes que celles auxquelles nous fûmes exposés. «l'excellent et jovial hôtelier du Bernerhof ». spectres fantastiques scintillant doucement dans la clarté bleue de la nuit. proposèrent inopinément de gagner l'Agassizjoch par le grand couloir (vierge alors) et de rentrer à Grindelwald par la Grunhornlûcke et le Mônchjoch. deux heures auparavant. mais les nuits très froides et naturellement peu confortables. Mais leurs touristes. Devant nous s'étendait la longue avenue du glacier. Hugi fit un séjour de plus de deux semaines dans la hutte de la Stieregg (1 705 m. the depth of which seemed more than ever unfathomable. ils avaient été. A notre droite surgissait l'immense pyramide du Finsteraarhorn.). mais fut repoussé par l'énorme quantité de neige. dans la cabane de bergers qui lui servait de base. enthousiasmés par cette chance inespérée. Une forte couche de neige recouvrait tous les environs. et Moore nous raconte que Mr. Moore ne put résister à la tentation de revoir les Alpes en hiver.. au col de la Strahlegg. Valloire et le col du Goléon (2 880 m. écartèrent prudemment cette audacieuse suggestion. tournant résolument le dos aux invites hospitalières de la Grimsel. afin d'étudier le mouvement du glacier de Grindelwald qu'il parcourut à plusieurs reprises.. comme quartier général. sous les rayons obliques d'une lune étincelante. « La nuit était parfaite . qui fut atteint à 7 heures du matin. Diving into chasms where all was literaly « blue ». Puis. elle se dirigea lentement vers le col de la Strahlegg. A une heure du matin. la marche devint monotone.Melchior Anderegg était venu les rejoindre de Meiringen et renforcer la caravane dans ce but. qui pointait farouche au-dessus du glacier de Grindelwald. le ciel parfaitement clair. si étrange que cela puisse paraître. en attendant lever la lune pour continuer sa marche. à 3 heures de l'après-midi. la caravane commença donc à descendre vers la Grimsel. derrière nous. A cette époque encore. au moment où une aube grandiose se levait sur les neiges (1). Le départ eut lieu le 23 décembre. Inutile de dire que la scène était d'une rare magnificence. La Meije était encore vierge de ce temps. de Saint-Michel par le col des Trois Croix (l 651 m. Aucune difficulté sérieuse ne devait entraver l'accès du col lui-même. Vers 8 heures du soir. salua en eux les précurseurs d'une ère nouvelle et l'avantgarde d'une foule de touristes hivernaux. crawling round pinnacles transparent and weird like in the moonlight. durant quelques instants. grâce à cette lune et à une neige excellente où l'on enfonçait à peine. il franchit le col de la Lauze(1 543 m. plus sceptiques. Cette expédition à la Strahlegg est probablement la plus ancienne dans les Alpes en hiver. la caravane atteignait la vaste encolure du Finsteraarjoch. Mais. et ce n'est qu'à force d'énergie que la caravane ne fut pas terrassée par le sommeil qui l'accablait. il s'y rend seul. dans les neiges profondes de ces immenses glaciers. Les guides. le temps fut superbe. Dans l'étroite vallée neigeuse qui conduit au col. mais Moore avait négligé cette précaution et la course lui parut fort pénible. and crossing snow bridges over gulfs. et notre Anglais passa bien des heures à l'admirer. la vue était limitée par les rochers menaçants du Schreckhorn. Les deux chasseurs qui l'accompagnaient dans cette traversée étaient chaussés de raquettes. rudement éprouvés par le froid. L'année suivante (1867). elle contournait les premiers séracs et parvenait à 10h30 au pied des tours de glace qui défendent le Finsteraarjoch.. ayant doublé le cap rocheux des Strahlegghôrner. non sans peine. mais où. Nos chaussures gelées étaient aussi dures que le fer et l'on pouvait les battre à coups de piolet sans éveiller la moindre sensation. Il choisit donc la Grave. les deux Anglais s'arrêtèrent à Berne. Traverser la chute d'un glacier en hiver. dominée par le cirque de l'Oberaar. mais. il n'y avait pas un souffle d'air et la lune était si brillante que des notes au crayon pouvaient se lire facilement.. et laissa tout le village de Grindelwald dans un grand émoi. » Jusqu'ici. nos pieds étaient chauds et parfaitement à l'aise. C'est de la Stieregg que Hugi monta. mais les expériences du célèbre savant prouvèrent précisément le contraire. mais il préféra à Grindelwald une contrée « où le confort moderne fût moins prodigué. entre de hautes parois rocheuses. en décembre. Le 12 décembre. et ce devait être une joie incomparable pour les yeux : . tandis que. scrutant ses flancs dans l'espoir d'y trouver une voie possible pour l'été suivant. De ce village. Quelques heures plus tard. en Dauphiné. Aucun ami n'ayant voulu l'accompagner. la somme des plaisirs familiers à la montagne pût être plus sérieusement éprouvée». par contre. c'est un spectacle féerique qui laisse de profondes impressions. Au retour. La température descendit jusqu'à — 20°. « L'expédition. Quelques jours plus tard. en partie pour examiner la possibilité d'y construire un chemin facilitant le trafic entre Grindelwald et le Haut-Valais. Une heure plus tard. de Berne (Hugi.). ce même coi avait été atteint par le professeur Hugi.

La pente qui. ils reprennent la descente. le froid doit être intense. c'est un bien long détour que d'aller rejoindre la route habituelle venant de la Concordia. 103 . au milieu des avalanches tombant du Mettenberg. dans ces hautes régions. non sans étonnement. « Mr. « avec presque tous les représentants de la race animale domestique et avec tous les insectes dont le corps humain peut devenir la proie ». Alpine Studies. dit-il. p. même en hiver. au retour. de plus en plus. Nous verrons plus tard que ce n'est pas nécessairement le cas et que les glaciers sont rarement aussi crevassés et dangereux qu'en décembre. il nous fallut reconnaître l'exactitude de ses affirmations. obscure et froide.) et la Jungfrau (4 166 m. Les deux guides oberlandais qui devaient le rencontrer à Saint-Michel n'étant toujours pas arrivés. grâce à une neige si dure. nous entrons définitivement dans la phase caractéristique des grandes ascensions hivernales.). Aimer réussit néanmoins à convaincre ses touristes et à les ramener d'Interlaken. où ils étaient déjà descendus. Coolidge rencontra au Zàsenberg la caravane du professeur Bischoff. il faut attendre sept ans encore avant de trouver la mention d'une expédition importante. Le 15. à cette époque. Moore.). tout spécialement en hiver. Ces deux campagnes de 1866 et 1867 peuvent être considérées comme les premières expériences sérieuses faites dans les Alpes en hiver. Malgré une bise glaciale. ce fut une véritable révélation. lorsqu'on est à Grindelwald. trois grands pics oberlandais étaient tombés sous l'assaut des précurseurs. le style de l'auteur est aussi froid que l'ombre du Wetterhorn en janvier). conduit au sommet. et l'on tendra de plus en plus à éviter les cols glaciaires pour s'attaquer à de rentables cimes. avait déjà parlé de cette chaleur excessive. après dix minutes de halte au sommet. Les explorations hivernales étaient si rares. ils partent à 7 heures et suivent l'itinéraire habituel du Wetterhorn. Il ne fallait pas songer à franchir les glaciers suspendus sur le versant du Guggi et. passe au pied du Jungfraujoch et monte au Rotthalsattel. en outre. 24 janvier. Une descente rapide dans le vallon des Etançons les conduisit ensuite à la Bérarde. Après un séjour à Chamonix et quelques promenades d'entraînement dans les environs. dit-il. Durant une halte prolongée sur les rochers qui dominent les précipices du Rotthal.Sans difficultés. comme c'était le cas ce jour-là. 1 W. rassemblée sur la route près du village. qui ne fut marquée par aucun incident digne d'être mentionné (ici. Son courage et sa grande habileté eurent raison de toutes les difficultés. suivait avec intérêt les progrès des grimpeurs. Toute la population de la Grave. encore si pauvre à cette époque. que la quantité de neige recouvrant les hautes cimes est bien inférieure à celle des basses altitudes ou des vallées. Une vue grandiose agrémenta la sieste. et qui doit être bien inhospitalière. Ainsi. Coolidge constata. en route pour l'Angleterre. ils jouissent d'une vue parfaite et. la caravane traverse les deux Mônchjoche. les deux premiers sommets importants qui tombèrent sous les attaques de la nouvelle cohorte (1). qui montait à son tour au Bergli. et il fut facile désormais de le décider à tenter la traversée de la Brèche de la Meije (3 300 m. Coolidge termine sa relation par quelques remarques fort judicieuses. Malgré l'article enthousiaste de Moore dans L’Alpine Journal. promenade grandiose. mais encore dans sa relation. il se décida à rentrer en Angleterre. on comprend qu'elle n'ait pas tenté plus tôt les explorateurs. B. sous le soleil de janvier et sous les parois luisantes du Fieschergrat. qui devaient contribuer à la connaissance de la montagne hivernale. et ce fut l’un des porteurs qui conduisit la caravane. Bischoff et ses guides réussirent la première ascension hivernale du Mônch (4105 m. cette fois-ci. Mais. qu'il peut faire très chaud. L'expédition à la Jungfrau fut une entreprise beaucoup plus compliquée. en quelques jours. qui semblaient interminables. Le 22 janvier. Pic était à moitié fou de joie. écrite en 1869. à travers des pentes de neige poudreuse. Moore passa cette nuit dans L’Etable de Rodier. sous la conduite du fameux guide Christian Aimer et secondés par une forte escouade de porteurs. Les plus hauts sommets deviennent la proie des conquérants. et le seul ennui de la course fut le retour au Mônchjoch. auberge de pierre. On passa la première nuit à la Bàregg. par un temps superbe. Nous avons reconnu. qu'une telle rencontre est bien faite pour nous étonner. enchanté de ses vacances. il fallut monter par le Zàsenberg qui se dresse comme une citadelle de roc solitaire dans l'immensité des glaciers. le col était gagné. malgré un vent violent. à 2 heures de l'après-midi. Le jour suivant. lorsque l'air est parfaitement calme. Le lendemain. Encore est-il difficile de persuader les gens qu'il en est bien ainsi : on se figure généralement que. Mais. En janvier 1874. où ils arrivèrent à la nuit noire. de là. Moore persiste à croire que les conditions de la montagne sont meilleures avant qu'après les grandes chutes de neige de Noël ou du mois de janvier. Le fait de choisir le mois de décembre pour de grandes excursions était évidemment une erreur. Miss Brevoort et son neveu Coolidge réussirent à vaincre successivement le Wetterhorn 2 703 m. Pour gagner le Bergli. en escaladant l'arête rocheuse qui sépare les deux glaciers suspendus sur le versant de la Grave. Pour son guide. COOLIDGE. qu'il avait déclarée tout à fait impossible le jour précédent. Deux jours furent nécessaires pour gagner la cabane du Bergli.). et. puis traverser le Fiescherfirn. que l'on aurait pu y passer avec un char attelé de quatre chevaux. au sujet de laquelle nous avions exprimé quelques doutes. A. Cette expédition eut lieu le 14 décembre. de Bale. ces touristes arrivent à Grindelwald et montent le 14 janvier à la cabane du Gleckstein. Malgré tous les charmes de cette montagne. était naturellement de glace vive et exigea une longue taille de marches.

et James Eccles. Trois heures de marche effective avaient suffi pour descendre du sommet. ils arrivaient à la rimaye ouverte au pied des rochers du Schreckhorn. C'est pourquoi il semble que la neige. qu'il put enfin livrer l'assaut définitif. excessivement dure. 1 Le Mont Blanc. et le vent se mit à souffler violemment. Le lendemain matin à 5 2 CHARLES DURIER. On partit plus tôt (3 h. à 9 h. Les conditions de neige étaient excellentes et. et ils surent habilement profiter des traces laissées par leurs prédécesseurs. exigea une longue taille de marches. Dans les vallées. les difficultés ne furent pas extraordinaires. Miss Straton. » La caravane resta une demi-heure au sommet.) par l'Anglais Watson et ses guides. A 4 h.). ils jouaient de malchance. enfin. dans l'hospitalier refuge. immédiatement après sa chute. il fallut finalement se rendre. La lune se leva au même instant et. 181 Alpine Studies. naturellement. pour attaquer le Mont Blanc. elle ne s'y arrêta que quelques instants et reprit presque immédiatement le chemin du retour. partent les premiers à l'assaut. « La vue était belle au delà de toute expression ». ne soit que les restes de celle tombant au printemps. On se décida pour l'arête. le vent eut beau faire rage. L'immense quantité de neige accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. Quelques jours plus tard. la caravane put éviter un bivouac toujours malencontreux et gagner à temps la Schwarzegg. un accident survenu à l'un de ses porteurs. étant sèche. on avait rarement vu si peu de neige à cette saison. Mais. un vent violent soulevait cette neige en nuages épais. à 3 heures de l'après-midi (31 janvier). On se remit en route et. elle fut plus heureuse. après avoir passé. Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat se tenaient sur la cime du colosse. elle était couronnée d'une aigrette neigeuse qui ralentit considérablement la marche. les hommes. l'entassement de la neige sèche pouvait rendre la marche impossible . et ce n'est que le 26 janvier. le peintre de montagne bien connu. Vous pensez qu'elle redescendit à Chamonix? Nullement. au cœur de l'hiver. la rimaye était atteinte et franchie à la tombée de la nuit. Ce fut un véritable blocus. le ciel s'était rasséréné. Aussi. la musique s'était portée au-devant de la vaillante alpiniste et une députation lui adressa une harangue de félicitations et de bienvenue. Arrivant au Sattel. elle rentrait à Chamonix. . sur les pentes du Dôme. qui rend si dangereuses les ascensions en mai ou au commencement de juin. un peu au-dessous vers le sud. ils partent à l'aube (6 h. la neige devint atrocement poudreuse. dit Miss Straton. Au sommet de la première bosse. En janvier 1879. sur l'arête. La caravane poursuivit néanmoins son ascension jusqu'au Grand Plateau.étant probablement enlevée par le vent. 35 déjà. profonde. Elle avait du reste déjà fait une tentative en décembre. prête à recommencer. dans sa première moitié du moins. et tous les touristes semblaient s'être donné rendez-vous à Chamonix. De là. Le jour suivant (27 janvier). avait encore baissé. 115 sq. Mais le temps fut incertain. le Révérend Coolidge revient à Grindelwald avec l'espoir d'exécuter une course dont il caressait depuis longtemps le projet : l'ascension du Schreckhorn (4 080 m. remarquablement beau et sec. mais la température. —C'est en février 1880 que fut réussie la première ascension hivernale du Piz Bernina (4 055 m.) : « Les brouillards. aux pentes de la Baregg. cette fois-ci. Le lendemain. ne présenta pas de difficultés . Au Grand Plateau. ils furent surpris sur le Grand Plateau par une violente tempête et obligés de battre en retraite définitivement. enfin. afin de s'abriter contre le vent. p. Miss Brevoort et le Révérend Coolidge. Voici comment Durier (1) raconte cette première ascension hivernale du Mont Blanc (4 807 m. p. Aimer avait eu l'heureuse idée d'emporter une pelle qui lui servit à déblayer cette neige et à découvrir les rochers de la crête. 35. où elle fut reçue avec des honneurs bien mérités (2). plus haut. 40 de nuit). Pendant trois quarts d'heure qu'on passa là à les lui frotter de neige et d'eau-de-vie. Le thermomètre centigrade marquait — 24°. le Corridor. après une nuit assez confortable. passant au pied du Mittelegg. sentaient le froid les prendre par les pieds. Après être monté trois fois aux Grands Mulets et y avoir passé cinq nuits. par un fœhn qui eût exclu toute ascension. pour rejoindre plus haut la route habituelle. empêchèrent Miss Straton de dépasser les Bosses. Mais. » L'hiver de 1875-76 fut. cette fois-ci. lorsque Miss Straton (plus tard M me Charlet) manifesta le désir d'essayer à son tour. Jusqu'aux Grands Mulets. mais jusqu'ici je n'avais jamais parfaitement contemplé ce spectacle. de l'Alpine Club. Le 1 er février. et de ses deux fils. l'heure avancée. En moins de deux heures. à leur tour. ce fut une joyeuse veillée autour de l'âtre. quel chemin prendre. quatre heures furent nécessaires pour gagner le Sattel par le grand couloir où la neige. 7* édition. les Bosses? Dans le défilé. La première partie de l’arête rocheuse. mais. ils franchirent le labyrinthe et atteignirent le sommet à 15h20. Sous la conduite de son guide habituel. Elle s'arrêta aux Grands Mulets et y prit un jour de repos. grâce à sa généreuse clarté. plutôt. la caravane arrivait triomphalement au sommet. Christian Aimer. A Chamonix. accompagnés de leurs guides oberlandais. il monte à la nouvelle cabane Schwarzegg. durant l'hiver. Mais le lendemain. La descente fut très rapide. quatre jours pleins et quatre nuits sur les glaciers. presque au terme de ses vacances. la caravane rentrait à Grindelwald. Partant de la cabane Boval a 2 heures du matin. ils trouvèrent dans la neige traces de la dernière caravane (5 octobre 1878). toujours ravagées par les avalanches. Janvier tirait à sa fin. son guide habituel Jean Charlet. Le lendemain. Malgré un temps merveilleux et une vue stupéfiante. sur la rive droite de la Mer de glace : itinéraire bien préférable. devant la furie du vent qui soulevait des tourbillons glacés. le 19 janvier. ou. partaient à leur tour. « J'avais fait l'ascension trois fois pendant l'été. Gabriel Loppé. tentative qui échoua comme les autres. ce soir-là. 40) et suivent la route ordinaire. mais là. Miss Straton s'aperçut qu'elle avait deux doigts gelés.

le temps fut particulièrement favorable. le Caucase et l'Himalaya. VII : Mountaineering in Winter. Ces deux dernières traversées ne semblent pas avoir présenté de difficultés sérieuses. puis à la traversée du col du même nom. par un temps toujours merveilleux. . mais l'auteur admet.. pour les Grands Mulets. p.). lui aussi. Quittant la cabane à 4 heures le lendemain. Après une nuit passée au petit hôtel du mont Fréty. la caravane parvint jusqu'à la hauteur de la Cravate (4000 m. il part. en mars de la même année. et ils prirent l'ancien passage. Cunningham est un des rares auteurs qui aient consacré un chapitre à l'alpinisme hivernal ( 3). auteur des Pioneers of the Alp. La journée du lendemain fut consacrée à l'ascension de l’Aiguille du Tour (3 540 m. moins le froid est sensible ». Les péripéties de la première expédition sont brièvement relatés dans l’ Alpine Journal (1). il se hâte d'en profiter et. le beau temps persista. Les vues dont on jouit des sommets sont simplement merveilleuses. où M. où ils admirent un merveilleux lever de soleil. on trouve le récit de cette étonnante traversée. La montée se fit dans l'ombre jusqu'à la cime. Le retour ne présenta aucune difficulté et. A. le lendemain de son arrivée (20 janvier). ne put fournir aucune indication précise sur la température. Jamais le ciel n'est aussi étonnamment beau et transparent qu'en hiver. Là. tout ensoleillé. L'air est si limpide et il semble exister un tel vide atmosphérique dans ces paysages que. et cette ombre les glaça. détérioré au cours de l'ascension. et c'est fort regrettable. ils gravissent finalement l’Aiguille du Tacul (3 438 m. le ciel et la terre semblent confiner en une ligne parfaitement nette.). Le séjour à Chamonix se termina par une course au Buet (3 097 m. Le thermomètre de Cunningham. Estimant l'entraînement désormais suffisant et profitant de leurs traces du 20 janvier. Cunningham compare l'arrivée au sommet. ils rentraient à Boval par la Fortezza (STUDER. récit si vivant qu'il nous paraît intéressant de le traduire in extenso. heures seulement.). 1 Alpine Journal. n° 81. avec l'intention de gravir le Mont Blanc. Disons tout de suite que. sans aucun changement notable. Cunningham se contente alors de tourner autour du géant qu'il n'avait pas réussi à vaincre. pour 1882. la neige étant très profonde dans les régions basses et boisées. celle du Cervin.). que. Deux tentatives eurent lieu en février 1882. où le beau temps durait depuis six semaines déjà. où ils parviennent sans peine à 9 heures du matin. 1883. sur le glacier du Géant. Les rochers du versant sud étaient parfaitement secs et. Mais le temps était trop incertain et les conditions trop défavorables pour s'obstiner à grimper plus haut. 12 heures après avoir quitté le mont Fréty. 253 à 262. dû à la plume de Sella lui-même. « en règle générale. Lors de la seconde (21 février). I. et 1882 restera une date importante dans l'histoire du nouvel alpinisme. Ambroise Bossoney et Edouard Cupelin. il engage quelques hommes pour transporter des couvertures et du bois à la cabane d'Orny. The Alps in Winter 2 Avec ses guides : Léon Simond.. un des premiers. » Et maintenant. Dans sa description de Chamonix en hiver. presque dure. on perdrait toute notion de distance. Couttet leur avait préparé une grandiose réception. commença. Un vent glacial les avait détournés de l'arête des Bosses. le lendemain matin.. belvédère remarquable. Il y parvint un samedi soir. chap. comme bien l'on pense. cela paraît incompréhensible.). à l'aube du 27 janvier. ils parvenaient au Montenvers. où Tairraz les attendait avec du vin chaud. Le manque d'entraînement et l'idée préconçue de rencontrer plus haut des conditions de neige plus défavorables encore engagèrent la caravane à rentrer le jour suivant à Chamonix et à méditer des plans moins ambitieux et plus méthodiques.. réussie par un des membres les plus distingués du Club Alpin Italien : Vittorio Sella.) et gagner Valtoumanche. Vittorio Sella. la marche devint très lente. durant les quatre semaines qui suivirent. p. il nous dit entre autres ceci : « . pour se rendre à Courmayeur ( 2). ils rentraient triomphalement à Chamonix. sur le col du Géant (3 370 m.) et le Petit Saint-Bernard. s'il était possible de les reproduire exactement sur une toile. où il passe une mauvaise nuit et constate que le froid ne fait qu'augmenter l'appétit déjà vorace des puces qui habitent ces lieux. malgré ces accessoires. puis Cunningham passa la Tête Noire et se rendit à Zermatt avec ses guides chamoniards. qui les conduit une fois de plus à Chamonix Pour compléter cette glorieuse campagne. plus on monte. La montée au refuge fut très laborieuse et n'exigea pas moins de treize heures de marche pénible. assez tôt pour franchir le Théodule (3322 m. ils parviennent. 101).Durant l'hiver de 1881-82. A Orsières. 3 The Pioneers ot the Alps. D. Ce fut la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc. Il revint ensuite à Orsières par Aoste et le Grand Saint-Bernard. en moitié moins de temps qu'il n'en avait fallu la première fois. Cunningham se rend tout d'abord à Chamonix. La conquête hivernale du Cervin ne se fit pas du premier coup. Les pics les plus distants se dressent contre le ciel aussi nettement que ceux des panoramas de Baedeker . ils arrivent à midi au Corridor. Il traverse successivement le col au Bonhomme (2 340 m. il fallut chausser des raquettes et. à l'entrée dans une serre en plein hiver. ses exploits hivernaux en traversant le Cervin du Breuil à Zermatt. Dans le Bollettino du C. audacieuse entreprise à laquelle on n’avait jamais osé songer plus tôt. ne passa pas moins de quatre semaines à parcourir les montagnes et. la neige fut suffisamment dure pour permettre une descente rapide jusqu'au Tacul. et il eut quelque peine à en repartir. Que Sella n'ait pas publié et illustré un volume entier sur ses remarquables expéditions dans les Alpes. négligeant tout entraînement préliminaire. le célèbre photographe italien. — C. tous de Chamonix . ils remontent alors aux Grands Mulets le 29. organisée par la Section Mont Blanc du Club Alpin Français . illuminant toutes les cimes d'alentour. le lendemain. nous voulons parler d'une conquête italienne. III. CUNNINGHAM. Craignant de le voir changer. Cunningham. car il n'en parle qu'incidemment.

en avançant pas à pas avec la plus grande attention. « Arrivés au cairn qui couronne la cime. La masse du Cervin projetait alors son ombre sur le glacier du Gorner. avec l'assurance presque certaine de parvenir au sommet tant désiré. cette ombre de cobalt était magnifique à voir. aux périls courus et évités. deux joies . mince comme une lame de couteau. il nous restait encore quatre heures et demie de jour pour y parvenir. Lorsqu'elle fut ouverte enfin. alors que les étoiles scintillaient déjà dans l'immensité du ciel et que seule une lueur mourante. inconvénient très dangereux. je voulus tenter quelque chose de plus : la descente sur Zermatt. Il détacha la première des chaînes et la fixa à l'extrémité de la seconde. p. Plus bas.En mars. Antoine. dans l'angle le moins exposé aux courants d'air. et. examiner de là plus facilement le versant sur lequel nous devions nous engager. De cette façon. Nous suivîmes sans peine la crête qui relie le sommet italien au sommet suisse pour. et voici ce qu'il nous dit de sa troisième tentative. la sagacité pratique des Carrel réussit à les surmonter. tout cela écartait les mauvais pressentiments. à travers maintes difficultés. je me sentis aussi fort physiquement et aussi satisfait moralement que dans ces instants. je refis une troisième tentative qui. avec les balles de neige qui s'attachaient aux semelle il était facile de glisser. Sur le glacier éblouissant de lumière. En moins d'une heure. Peu de fois en ma vie. Vers 6 heures. plantant notre drapeau sur la cime. les mains doublement gantées enfonçaient profondément et ne saisissaient plus les prises avec sûreté. Assez vite les chaînes furent atteintes et. « Faire bien les choses et manger. corsées par cette neige farineuse attachée aux rochers.. nous fûmes accueillis avec enthousiasme par tous les guides et les habitants du village. à même le sol gelé. 38 sq. la paroi fut déclarée praticable. C'est dans cette position que nous passâmes toute la nuit. Nous y rencontrâmes de sérieuses difficultés. où nous arrivâmes au lever du soleil. serrés les uns contre les autres. sur les moraines du glacier du Furggen. nous songions avec orgueil aux difficultés rencontrées et surmontées. qui marchait derrière moi. « Encouragé par ce succès. avec des précipices béants de chaque côté. nous surmontâmes miraculeusement toutes les grandes difficultés. ils nous avaient aperçus de Zermatt. une heure ne suffit pas à débarrasser le refuge de la neige fraîche et farineuse qui s'y était insinuée par les fentes de la porte et les ouvertures du toit. Inutile de dire que notre satisfaction fut immense . » 1 2 V. cette ombre s'allongeait lentement vers le vieux Weissthor. devait le conduire au but et même au delà (1). « A deux heures de ce village. L'azur du ciel.). Je partis du Breuil 20 heures du soir avec mes guides Louis.. de sorte que. les seules de toute l'escalade. A nos yeux. A. Un sentiment de bien-être profond et d'énergie morale m'avait envahi. Sella revint au Breuil. Notre émotion était indescriptible. émerveillés de notre entreprise. qui. répondit Louis. Ici nous fîmes halte pour déjeuner. A Zermatt. finalement. paraissait devoir nous être propice. la vue était grandiose. le matin fut bientôt venu. où nous arrivâmes à 2 heures après midi. Ma satisfaction était immense de me trouver si haut. nous reprenions notre marche le long de l'Épaule. «Une neige farineuse recouvrait tous les rochers. n°49. Nous commençâmes immédiatement à descendre. La crainte nous tourmentait bien un peu de rencontrer sur ce versant-là des obstacles infranchissables. toujours sagace et prévoyant. nous avions rencontré deux guides qui venaient à notre rencontre. Le temps. XVII. celle-ci. 30. quoique recouvertes de neige et de glaçons. le 20 au matin. p. la sérénité de l'heure. 30 du soir nous arrivions enfin à la vieille cabane. la douceur infinie des teintes à l'horizon. « Le 16 mars. Jean-Antoine et Baptiste Carrel. tant elle était bloquée par la neige. notre caravane touchait la cime du Cervin. Le jour suivant. mes idées se mouvaient dans une ambiance délicieuse. ce sont là deux plaisirs. tout en nous racontant les histoires les plus variées. qui se maintenait sec et beau. Le jour précédent. C'était une belle journée qui commençait. nous éclairait encore faiblement. mais je crois que nous réussirons. A mesure que nous descendions et que le soleil baissait vers le couchant. Comme nous devions y passer. . s'allongeait une fine crête de neige. sans dormir. Le ciel était serein : des teintes froides vers le couchant et les teintes très chaudes de l'aube vers le levant. SELLA. comprit le danger. « Ce sera difficile. réfléchie par les neiges du Mont Rosé. Sa crête était couverte de neige et prenait plus haut l'aspect d'une lame de couteau. s'offrait une réalité qui semblait inconcevable et nous admirions ce spectacle. ils montaient à notre rencontre pour nous féliciter et nous secourir au besoin. 66). « A 9 h. sans en discerner les détails. Il fallut cheminer à la lanterne. durcies et. jusqu'au pied de la Grande Tour. /. Nous nous assîmes enfin. vol. nous reprîmes notre marche vers Zermatt. je rentrais à Châtillon par le col du Théodule et. qui nous empêcheraient d'arriver à la cabane suisse. « Nous étions déjà bien fatigués. A l'aide de cette rampe prolongée. » Cependant. Dans cette neige froide. mais le sentiment du triomphe nous réconfortait de plus en plus et nous prêtait force et courage. XVI. et. Sella seul semble avoir rencontré de la neige entre l'Epaule. soit quinze heures après avoir quitté le Breuil. dans les mauvais passages. elles ns rendirent de précieux services (2).. à la pensée de pouvoir enfin subjuguer cette belle montagne . Le peu de neige nous facilita tous les passages jusqu'à la Cravate et au Pic Tyndall. et bientôt le soleil disparut à nos yeux. Grisés par le succès de notre entreprise. je trouve que l'estomac rempli a beaucoup d'analogie avec la conscience lorsqu'elle est satisfaite. battant continuellement de la semelle pour empêcher nos pieds de geler. Comme il était 2 heures. presque sacrée. les chaussures étaient gelées. nous franchîmes heureusement la crête neigeuse. A 2 heures de l'après-midi. j'étais de retour à Biella. Ascensione invernale del Cervino (Botlettino del C. A 7 h. sur l'Épaule suisse. je demandai à Carrel si nous pourrions la suivre. devait réussir. «Il fallut jouer du piolet pendant plus d'une demi-heure pour ouvrir la porte du refuge. en hiver (voir Ski.

Burnaby ne semble pas avoir éprouvé beaucoup de fatigue et. Le même soir. quiconque a pu constater combien l'aspect des montagnes et des vallées change au cours de l'hiver. Il est écrit sans prétention aucune. mais d'une endurance étonnante. mais. aux fins de gravir le Mont Blanc le lendemain. alors rédacteur de l’Alpine Journal. mais n'est-il pas curieux de constater que. il y avait tant de neige que la cabane était invisible. Une femme. Les Alpes Graies surtout attiraient les regards. par un beau clair de lune. Ce jour-là. Très claire. Tout ce que nous contemplions paraissait ouaté de blanc. le temps se gâta.. nos touristes jetaient des regards curieux à travers la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. Cupelin. parmi tant d'alpinistes déçus et capables d'un meilleur effort. Quelques jours plus tard (le 15 janvier). tandis que. par une alpiniste encore novice.) et franchissait le col du même nom. après avoir passé la nuit à Lognan. en six heures de marche seulement. Dans un style alerte et gai. et cela aussi fut une satisfaction. A part la corniche qui surplombait le couloir du versant de Léchaud (par lequel ils étaient montés). Plus pénible encore. Il fallut plus de douze heures pour arriver au sommet. Quittant les brouillards de Genève. où l'on distinguait des prés verts. plutôt que de s'occuper d'alpinisme. et il fut décidé de commencer la campagne dès le lendemain. arrivée à une heure seulement du sommet. Londres. aucun ne se soit décidé à entreprendre une œuvre plus complète sur un sujet encore si nouveau ? Ouvrons ce livre et voyons quels furent les exploits de cette courageuse Anglaise. si nous n'avions su où la chercher. au moment précis où l'alpinisme hivernal prenait son essor. Elle semble ignorer complètement les acteurs qui l'ont précédée sur une scène qui paraît toute nouvelle à ses yeux. au lieu de le faire en été. Mais. la critique était facile. et cela par une femme : Mrs. la caravane monta aux Grands Mulets. au retour d'une longue campagne qui s'étend de décembre 1882 à mars 1883 et dont les péripéties constituent presque toute la matière. Mais. Quant à Genève. Comme il arrive souvent vers la fin de l'année. Mais. bouleversée par les avalanches et qui leur réservait encore bien des surprises désagréables. Ce livre est un récit d'aventures. le Cervin sans rival dépassait de la tête les montagnes environnantes. aujourd'hui encore et toujours. Ce passage n'est évidemment pas d'une grande utilité pratique. Aussi. Ils vont donc coucher au Montenvers et réussissent (le 20 décembre) la traversée d'un col vierge : le col du Tacul (3 331 m. était l'atmosphère.). sur le col du Chardonnet (3 325 m. écrit à Chamonix. La nuit les surprit dans la combe d'Orny. pour la plupart d'entre eux. Burnaby (1). le brouillard nous eût bien indiqué sa position. effrayée à leur vue. 1883 . Elle parvint sans trop de peine au Corridor. nombreux furent les lecteurs. vers la gauche. le récit de ces aventures fut une cruelle déception et le Révérend Coolidge. A midi. Sella termine sa relation par ces quelques lignes : « Le fait de gravir les hautes montagnes en hiver. contraire au principe du moindre effort dans l'accomplissement des plus grandes choses. La Grivola élancée se haussait bien au-dessus. combien les grands froids purifient l'air et combien s'accroît la vivacité des teintes.. restera un des plus grands exploits de l'alpinisme hivernal.. que Mrs. termine sa critique en déclarant ce livre « le plus frivole et le plus insignifiant qui fut jamais présenté au public alpin ». le vent faisait rage et précipita la descente. à 10 heures. « Il était juste 2 heures. Le 2 février.). elle dut rebrousser chemin par suite du brouillard et du vent qui annonçaient un brusque changement de temps. celui-là sera d'accord avec moi pour déclarer que l'homme qui soulève de pareilles objections fera mieux de se promener en plaine. A Orny.» On entendait le canon tonner à Chamonix. Main. la caravane gravissait l’Aiguille des Grands Montets (3 300 m. c'était une entreprise remarquable pour une alpiniste à ses débuts. tout en se demandant « ce qu'elle pourrait bien faire encore pour étonner Chamonix». » En 1883 parut à Londres un ouvrage consacré presque entièrement aux Alpes hivernales. qui devint plus tard Mrs. elle arrivait. au départ du Montenvers. elle fut suffisamment récompensée par la vue grandiose. Mrs. Dès le plateau du glacier d'Argentière. course sans grand intérêt et qui doit être bien fatigante en partant de la vallée. Burnaby ne raconte que ce qu'elle a vu. dressant nettement leurs cimes sur le bleu délicat du ciel. dans toutes ces courses hivernales. Certes. elle arrive au milieu de décembre 1882 à Chamonix. peu raisonnable et.). de Chamonix à Lognan.Tel est le simple récit de ce qui. Mais.. et aucune course ne put être tentée avant le 4 janvier 1883. au moment où elles sont minimes. mais. alors que les difficultés sont maximales. puis Mrs. l'attendait. si l'on songe qu'elle fut envoyée à la montagne par ses médecins et pour y recouvrer la santé. la magnificence du spectacle qui se déroule à ses yeux. arrivée au sommet. sur le col. Aubrey Leblond et qui publia différents écrits bien connus dans la littérature alpine. Ils perdirent un temps infini dans la gerge qui en forme l'issue et ne se décordèrent qu'en arrivant au village de Som-la-Proz. le principal effort est pour celui qui marche en tête et doit faire la trace. leur demanda d'où ils pouvaient bien venir ainsi et qui ils étaient. dépassa même le Mur de la Côte. dans ces conditions hivernales. beaucoup plus claire qu'en été. toujours farceur. lui répondit : 1 The High Alps in Winter. la neige fut très favorable. Son guide habituel. la puissance des contrastes. où elle retrouve le soleil et le ciel bleu tant désirés. en tout cas. et plus longue surtout. Mrs. Derrière ses deux guides. or Mountaineering in search of health. Le titre de son livre était fort alléchant et bien fait pour éveiller la curiosité des grimpeurs anglais. si mesquine fût-elle. la caravane rentrait au Montenvers. Burnaby déclare fort monotone. la course ne semble pas avoir présenté de difficultés extraordinaires. sauf la vallée de Sallanches.) et découvraient le plateau du Trient. Edouard Cupelin. fut l'ascension de l’Aiguille du Midi (3 843 m. semblera à beaucoup une idée originale.

sans avoir exécuté la fin de son programme. plus le froid et la bise augmentaient. Connaissant l’expérience de Sella. on put s'élever plus rapidement. Vers 9 heures du soir. on put s'arrêter un instant et se restaurer. elle renonça d'emblée à l'idée de tenter le Cervin. dressait sa masse gigantesque et noire dans ce paysage bleu-blanc.. Quelques jours plus tard. où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et qui. mieux exposé aux rayons du soleil et. mais. Tandis que ses guides passaient une fois de plus la Tête Noire. Maquignaz et J. Mais ses vœux semblaient devoir se réaliser. nous venons de Chamonix à travers l'Aiguille Verte et le col du Chardonnet. et le thermomètre marquait — 23° centigrades. A quelque distance du Sattel (à 4 200 m. Elle arrêta son choix sur le Cervin et le Mont Rosé. L'auteur avoue ne pas en avoir admiré de plus stupéfiante. ils durent enfin céder leur place aux guides italiens. on s'arrêta pour déjeuner chez Maquignaz. « Je ne sais. J. Ah ! combien elle souhaitait maintenant que le temps fût mauvais ! Durant toute la soirée. Pour gagner le Gorner. Là. Sur le versant suisse. on simula une visite au Grand Saint-Bernard. à Valtournanche. » Les guides de Sella eurent eux-mêmes plusieurs orteils gelés. répondit la femme. dans la petite salle de l'auberge. elle préféra le détour par Genève et les rives du Léman et se mit en route vers la fin de février. profonde. Ceux-ci en eurent vite assez. la vue merveilleuse fut une agréable compensation. à 11 heures du matin. soulevée en tourbillons par une bise glaciale. Bich) suivaient à une courte distance. — Je vois bien que vous n'êtes pas des brigands. Le 6 février. tout. elle se décida à tenter l'escalade par le versant italien. une mauvaise nouvelle attendait l'ambitieuse Anglaise : Vittorio Sella venait de passer.). « Poulet.— Nous sommes des brigands. une légère brise tempérait l'ardeur du soleil. car les brouillards traînaient sur les montagnes et. Le temps fut merveilleux. ils ne savent rien! La caravane comptait rentrer à Chamonix par le col d’Argentière (3516 m. une fois au col. Sella se montra gentilhomme. Celle de Mrs. Miss Walker et l'un des Cupelin devaient rester au refuge et attendre le retour des alpinistes qui partirent en deux caravanes. arrivé au pied des pentes du Mont Rosé. il fallut quelque temps pour aménager l'intérieur de la vieille cabane encombrée de neige et de glace. le soir. soupe. B. le temps semblait se gâter et. moins enneigé. où la neige était restée poudreuse et très profonde. par conséquent. long voyage qui consuma plusieurs journées de beau temps. A cette époque. la cabane Bétemps n'existait pas encore . en compagnie de son amie Miss Alice Walker . Mrs. environ). elle se retrouvait à Lognan. les fouettait en plein visage ! Le Gorner semblait interminable . pour être au net sur ses intentions. elle préféra gagner directement Zermatt et prit congé de Sella sur le Gorner. épuisés par une marche si pénible. la caravane arrive à Châtillon. Burnaby. mais que de peines encore leur réservait la neige poudreuse. la caravane arrivait enfin à Orsières et rentrait le lendemain à Chamonix par la Tête Noire. La traversée ayant échoué de Suisse en France. Tournant le dos à la montagne et au vent. Mais une semaine de mauvais temps lui permit de réfléchir et de forger de nouveaux plans. la bise dégénéra en véritable ouragan et décida la troupe à battre en retraite. la caravane dut rebrousser chemin et rentrer à Chamonix par la Tête Noire. elle partit fort inquiète pour Valtournanche. mais vous avez fait une jolie promenade ! — Ah ! ces gens. L'espoir renaissait. prétend l'auteur. et l'on décida d'aller coucher le lendemain au Théodule. si les gros gants de laine et le froid me permirent de donner une signification à la cordiale poignée de main par laquelle je pris congé de Mrs. la descente fut moins terrible qu'on ne l'avait supposé. ayant traversé le Grand Saint -Bernard. Celle-ci accepta immédiatement. de méchants séracs entourés de gouffres béants exigèrent d'ennuyeuses contremarches. rétorqua Cupelin. ce fut encore le parcours du val Ferret. mais. bien nettoyé. les deux alpinistes firent connaissance. sinon elle eût servi de point de départ. ce fut une promenade exquise. la partie la plus pénible de toute la course. Enfin. et la montée continua jusqu'au col. propriétaire de l'hôtel. Là. Ce ne fut du reste que partie remise. Dans les bois de mélèzes. Jusqu'ici les Cupelin avaient courageusement tenu la tête. Au Breuil. La nuit fut bientôt venue et s'écoula rapidement jusqu'au moment du départ. le lendemain. Mais il fallait gagner Châtillon et le Valtournanche. était aussi dur que la pierre.. Burnaby en conclut que le mois de mars est le plus froid de tout l'hiver et. Le Cervin tout d'abord. mais. sous un ciel de nouveau limpide. en route pour le Mont Rosé. sauf le cognac. écrit Sella dans sa relation. Son ambition allait grandissant au cours des succès et elle ne doutait plus de rien. Comment ne peut-il pas été en face d'une si jolie femme ? Il dévoila franchement tous ses plans et offrit à l'Anglaise de les partager. ce fut une fuite précipitée jusqu'au Gorner. elle supputa les maigres chances qui lui restaient d'arriver première au but et. dans la vallée d’Aoste. Malheureusement. Mais. fixé à une heure du matin (3 mars). C'est pourquoi. aussi fut-ce un soupir de soulagement lorsque. ce fut une marche pénible dans une neige poudreuse et profonde. au lieu de revenir au Breuil par le Théodule. on allait la tenter en sens inverse. Au Théodule. Sur la longue avenue du glacier d'Argentière. craignant de s'exposer à de nouvelles rigueurs. mais. What next? Question embarrassante. après lui avoir adjoint l'un des Cupelin qui devait ramener Miss Walker le lendemain. et le Cervin. Burnaby prit les devants: Sella et ses guides (J. plusieurs reprises. Durant la soirée. il fallut descendre à la lueur des lanternes par le glacier inférieur du Théodule et là. elle apprit par Cupelin lui-même que Sella venait de rentrer bredouille. en tout cas. à l'abri d'un immense sérac. Il était x heures. arrivée à la cantine de Proz. champagne. Plus on montait. là grande avenue du Gorner s'ouvrit devant eux. je tiens à lui .

évidemment. de la Dent Blanche et du Weisshorn flottait un panache de brume dont la forme changeait constamment et n'annonçait rien de bon. 1883. l'Anglaise et ses guides franchissaient le Gornergrat (au Moritzloch) et trouvaient près du Riffel. au confluent des glaciers du Petit Cervin et du Théodule inférieur. elle rentrait à Chamonix. En arrivant sur la moraine. réussit à fondre partiellement la neige fraîche et qui peut la durcir dans l'espace de quarante-huit heures. la seule trace conduisant à Zermatt. la caravane se rendit à Valtournanche en dix-huit heures de marche. la caravane retrouvait sa tente et profitait de son abri pour se restaurer et prendre un léger repos. la neige fut poudreuse. La stabilité du temps ne dura jamais plus de cinq jours. avec une admirable persévérance. » (2). même un mois après sa chute. dit-il. Par contre. mais heureusement l'air resta parfaitement calme. est poussé jusqu'aux dernières limites. » Tandis que les Italiens remontaient au Théodule.. j'ai rarement trouvé une neige molle dans les lieux exposés au vent . très faible durant les mois d'hiver. la puissance des rayons solaires à travers une atmosphère aussi sèche qu'elle peut l'être en hiver reste considérable sur tous les versants sud. La campagne était terminée. mais il s'accorde avec Mrs. L'arête terminale se présenta en bonnes conditions et à 1 h. durant le plein hiver et dans les régions élevées. sur le versant opposé (nord du Théodule). la tempête dura deux jours entiers et. Là. Durant cette période. A.. 1 Bollettino Del C. Mon guide m'assura néanmoins que. dans un mélange de notes diverses. L'action alternative de la fonte et du gel peut former en hiver une légère croûte superficielle. la marche est plus fatigante encore. en été.. serait considéré comme une «bonne» neige. mais la bise qui soufflait dans les hautes régions par ces jours de ciel bleu était un obstacle plus considérable encore que le brouillard. Sella eut souvent l'occasion d'étudier les mystères de la neige hivernale. ils ne rencontrèrent jamais ce qui. » Quinze jours plus tard. dans ce cas. un piolet devient absolument nécessaire. on suivit à la lanterne la trace encore visible sur le Gorner. J. Le 10 janvier. où la neige exécrable l'obligea. sa caravane partait à la lanterne et parvenait à 11 h. « En montant à travers les forêts. mais une neige vraiment favorable sur des pentes nord est une rareté. mais. et Daniel Maquignaz. partant comme précédemment du Théodule avec J. Pour une raison qu'il n'indique pas. par suite de l'intensité solaire. le vent s'était levé et soufflait avec rage. elle restait partout exécrable. et l'on préféra se rapprocher du Théodule. Il fallut se résigner à bivouaquer de plus. Or.). Sur les sommets du Cervin. la caravane arrivait au village. sauf une dizaine entre le 19 février et le 5 mars. A la fin du volume. Jusqu'à 3 800 mètres environ. durant les excursions qu'il entreprit en janvier et février avec Mr. bien que la température ne fût que de . 51 II est certain maintenant que. Cunningham. le temps s'était montré tout différent. exposés normalement à ces rayons. la neige était aussi dure qu'elle peut l'être. sur les rochers inférieurs du Plattje. A 8 heures du soir. Sella abandonna alors l'idée de franchir le Théodule et descendit à Zermatt. l'année suivante. sur les pentes nord. 30 au Sattel (4 354 m. Burnaby pour attacher une importance beaucoup plus grande à l'action du vent qu'à celle du soleil sur les neiges. Sa stabilité dura près de trois mois et l'enneigement fut minime.. principal obstacle à la réalisation de ses plans. à battre en retraite. mais celleci cédera presque toujours sous les pieds et. « Pendant l'hiver de 1881-82. et l'hiver s'écoula sans permettre une nouvelle tentative. 30. presque invariable. Sella revint à la charge. 30 la caravane touchait au but. Mais. cette fois-ci. plusieurs ponts de neige s'effondrèrent sous notre poids. les conditions de neige furent rarement favorables. à 5 h. il fut récompensé. Ses théories sont encore bien compliquées. et sous un ciel couvert. il comprit la nécessité de la scinder en deux étapes et de bivouaquer à l'endroit où se dresse aujourd'hui la cabane Bétemps. alors que l'effort continu. Burnaby se mit immédiatement à retracer ses souvenirs. par contre. à la durcir. le troisième. une succession de beaux jours fut une rareté durant l'hiver 1882-83. dans les vallons et dans les endroits abrités. le soleil n'a presque aucune influence sur les étendues neigeuses et que le vent est le principal facteur de transformation (durcissement). La nuit se passa à grelotter et à battre la semelle. Mais. il arrive vers 6 heures du soir à cet îlot rocheux et il y plante sa tente par -15° de froid. en été. et l'on dressa la tente à l'abri d'un gros bloc. 2 . où elle fut rejointe le lendemain par Miss Walker Deux jours plus tard. écrit-elle. dont le fondement reste discutable. dès que l'on quitte la route pour s'aventurer sur les pentes voisines. Aussi le retour fut-il accéléré et.exprimer ici toute mon admiration pour son courage (1). I. Mais le temps empirait rapidement. Le lendemain vers 4 heures. p. et Mrs. nous rencontrions généralement une neige très molle. Le lendemain à 9 heures. après dix-sept heures de marche presque ininterrompue. et. La conquête hivernale du Mont Rosé restait donc inachevée. j'ai toujours rencontré une neige farineuse.20. Il manquait au soleil cette ardeur qui. Quittant le Breuil le 25 janvier. « Durant notre séjour sur les hauteurs. elle devenait favorable sur les pentes méridionales. Après plusieurs journées de beau temps. Sella revenait à la charge. Dix minutes au-dessus du Breuil.. mais. Au cours de ces formidables randonnées dans la neige poudreuse. à la tombée de la nuit. La distance entre le Théodule et le Mont Rosé étant si grande. « Durant toutes mes courses hivernales. une fois de plus. puis durcit par le vent. Le vent contribue. le vent cessa brusquement et il se mit à neiger. Ce bivouac devait manquer de tout confort. nous trouvons quelques remarques toutes nouvelles sur la consistance de la neige en hiver. il parvint jusqu'au Plattje. La nuit venue.. il n'y eut qu'un seul jour nuageux.

II. entre 1874 et 1885. à l'accompagner au Lyskamm. le Mont Viso.). L'ascension du Finsteraarhorn devait être répétée neuf ans plus tard par Andréas Fischer qui nous en a laissé un vivant récit dans ses Hochgebirgswanderungen (5).) du Mont Rosé fut également visitée cet hiver-là. les deux principaux centres d'où s'était déclenché l'assaut vers les cimes. enfin. grimpaient le lendemain (8 mars) à l'Agassizjoch et suivaient l'arête jusqu'au sommet. cimes oppressées et suffoquées par la tourmente.» (2). passées à admirer le jeu des nuages et les teintes extraordinaires des montagnes. Le 22 mars. p. Ce fut en réalité la seconde. 4 Dans l’Alpine Journal. p. mais. arrivé sur la Mer de glace supérieure. et la seconde en s'habillant bien chaudement. chassées par un fœhn violent.I. des panaches de brouillard flottaient au vent. Voici quelques lignes traduites des Hochgebirgswanderungen et qui donnent bien l'impression de ce que devaient être ces formidables randonnées dans la neige poudreuse : 1 Le 2 mars 1885. mais de l'hospitalité et de la gentillesse là où vous ne comptiez pas en rencontrer. qui semblait former une chaîne ininterrompue. 118 5 Neujahr auf dem Finsteraarhorn. p. au lieu de rentrer par le même chemin. I. Mais. J. bloquant l'horizon. Celle-ci les conduisit sans trop de peine au sommet qui fut atteint à 1 h. Chamonix et Grindelwald. L'artiste qu'est Sella ne semble pas avoir regretté ces heures inoubliables. Il est vrai que les grandes conquêtes étaient réalisées et que l'attrait des nouveautés allait diminuant. J. les Apennins de Piacenza. 1885. Au commencement de mars 1887. franchissent le Colle Délla Fronte (3) et suivent la Cresta Perazzi. La caravane se mit en route. p. et ils parvinrent de nuit à la cabane Vincent. Maquignaz. Mais il ne tarda pas à tomber lui aussi. Maquignaz les rejoignit à Alagna. 2 V. tous deux de Grindelwald. Sur les plus hautes cimes. Les détails de cette expédition sont sommaires. en se tournant au midi. P. à 4 heures du matin. . l'attaque fut décisive. XIII. ils remontent le glacier de Lys. toute encombrée de neige et inutilisable. ils arrivaient au col d'Olen. Ceci ressort d'une façon évidente du récit de Fischer. Laissant la cabane Gnifetti à leur droite. J. à l'horizon. tous les principaux sommets des Alpes étaient tombés. ou bien se basait-elle sur des principes erronés. Ainsi. L'ascension fut favorisée par d'excellentes conditions.« Pour terminer. par A. après avoir couché à la Schwarzegg.A.. barré de longs nuages rouge orange. Il ecrit : « Vers le nord. Mosso et A Sella avec G.. le Finsteraarhorn (4275 m. plus loin encore. la nature présentait l'image glacée d'un paysage polaire. 30. les deux Bernois eurent la malheureuse idée de descendre dans la vallée du Rhône en suivant le glacier de Fiesch. Sella fit la première ascension hivernale du Grand Paradis (4061 m. que de traverser ce col dont le passage fut très pénible au retour. les uns après les autres. Emil Boss et le guide Ulrich Aimer. Vous aurez alors la joie sublime d'admirer un coucher ou un lever de soleil cent fois plus beau qu'en été. après vingttrois heures de marche presque ininterrompue. Ce n'est que le lendemain. Mais le temps était des plus incertains. 65. L'année 1895. roi de l'Oberland. par le même Sella qui. 92).53) 3 Le Colle della Fronte est une selle neigeuse qui s'ouvre au pied dé l'arête sud du Lyskamm. La Pyramide Vincent (4 212 m. écrit Sella. et malgré les expériences précédentes. et dans STUDER. Corradino et Alphonse. ouvert par son propriétaire. SELLA. les yeux découvraient une scène aussi tranquille et sereine que l'aspect du Mont Rosé était horrible et bouleversé: le ciel. dit-il. le 14 février. s'était terminée à Grindelwald par des pluies torrentielles. n'avait pas encore été touché par la nouvelle cohorte. je dirai aux alpinistes : allez voir les Alpes en hiver ! Les ascensions peuvent présenter deux seules difficultés : la neige molle et le froid. précurseurs de la tourmente..) et deux fois ils durent redescendre au col d'Olen. Deux fois un ciel menaçant les arrêta à la cabane Gnifetti (3 647 m. On continua donc à descendre malgré la tourmente et. vers minuit. Vittorio Sella passa tout son temps à photographier le panorama. qu'ils arrivaient à Fiesch. » Durant l'hiver de 1884-85. la principale conquête à mentionner est celle du Lyskamm (4 538 m. A cette époque encore. le ciel s'éclaircit et la température s'abaissa légèrement. Les grands hôtels seront fermés et vous trouverez peu de confort. Seul. la connaissance de la montagne hivernale était fort rudimentaire. 269. le guide Pietro Guglielmina. et l'on n'en trouve qu'une courte mention (4).). voie inaugurée l'été précédent par le guide J. après une longue et pénible randonnée. puis des cimes qui allaient en s'obscur-cissant jusqu'au Grand Paradis et à la Grivola. en l'espace d'une décade. où la marche devint atrocement pénible. Fischer en conclut que les neiges devaient fondre jusque dans les régions élevées. On ne comprend pas que Sella n'ait pas choisi cette arête rocheuse pour monter au sommet. Et vous rentrerez chez vous avec des satisfactions intimes et des idées nouvelles sur la population de nos villages alpestres. La première sera vaincue avec un peu d'énergie. doucement illuminés de teintes chaudes et reliés aux Alpes Maritimes par un long natrum de brumes dorées. Ascensione Invernale al Lyskamm (Bollettino del C A. C'est par erreur que cette ascension est mentionnée comme erste Winterbesteigung. Guglielmini (première hivernale) (voir Rivista Mensile del C. ils montèrent coucher au refuge du col d'Olen. superbe et resplendissant sous le baiser du soleil. Celle-ci ne tarda pas à se déchaîner et leur fit perdre la trace sur le glacier de Lys. cet hiver-là. même chez les montagnards . L'enthousiasme de Sella décida deux de ses frères. Là-haut. semble être resté solitaire sur la scène magnifique et déserte des hautes Alpes ( 1). Dans la nuit du 1er au 2 janvier. et. et il n'attendait qu'un beau gel pour partir à l'attaque.1885. mais. où ils rencontrèrent une neige excessivement profonde et de terribles difficultés. elle fut bien étonnée de rencontrer une masse de neige fraîche. le 17 mars 1885. L'instinct de Guglielmina les sauva néanmoins. paraissent délaissés durant toute cette saison par les alpinistes de marque.). sous les assauts de l'alpinisme hivernal.

dans le brouillard et la nuit. Jackson au Lauteraarhorn (4043 m. en neuf heures.). La neige recouvrait tous les rochers et rendit la marche très lente. le temps était superbe et semblait devoir se maintenir. ne trouve rien de mieux à faire que d'enfoncer à son tour. et l'on finira par se lasser de cette lutte inégale contre des éléments par trop rebelles. où ils n'arrivèrent qu'à 10 h 30 du soir. la conquête des Grandes Jorasses (4 205 m. mais l'air restait calme et le froid de -17°. A Winter Quartette (Alpine Journal. A peine a-t-on péniblement retiré des profondeurs l'un de ses pieds p'our l'avancer. Burnaby (devenue Mrs. Eiger (3 974 m. nous avions progressé vite et bien durant une petite heure . 2 Citons la première hivernale de la Punta Gnifetti (4 559 m.) par Gussfeld .25°. dont les une s‘emplètent déjà sur la seconde phase du nouvel alpinisme : en 1891. ils descendaient à Chamonix et rentraient en Italie par le Mont Cenis ( 3). les ascensions hivernales se succèdent et se répètent. D. nous atteignîmes les hauteurs du Finsteraarjoch. A la descente. de Grindelwald (voir Mrs. qui semblent manifester une préférence pour l'Oberland bernois. Gaudenzio et Erminio) revenait à l'assaut. Ces guides revinrent le 3. Jackson et son mari avaient tenté plusieurs fois sans succès la traversée de la Jungfrau en été. Par contre.. rien ne s'améliorait.). accompagné des trois Maquignaz. On fêta le jour de l'an à la cabane. de la cabane Gnifetti. ils se dirigèrent ensuite vers les Grands Mulets. malgré d'excellentes conditions. les conquêtes se poursuivront. Voici quelques détails sur cette formidable traversée. par la Cresta Rey. I. Mais les heures s'écoulaient et le travail restait le même. Lorsque enfin nous reprîmes le glacier. 1-8 . par la neige et le vent. en montant au Finsteraarjoch : « Sur la rive plane du glacier.«Un sac pesant est une absurdité lorsqu'on enfonce dans la neige jusqu'à la poitrine. Mais les conditions de la montagne étaient beaucoup moins favorables qu'en février. par Corradino et Gaudenzio Sella avec J. resté en arrière. infatigables. treize à quatorze heures furent nécessaires pour gagner la cabane Quintino Sella (3 370 m. A Courmayeur.).. tandis que quatre porteurs redescendaient à Courmayeur. nous en avions parfaitement assez l'un et l'autre. XIV. A 1h20 seulement. Nous espérions toujours encore trouver de meilleures conditions sur le col et. Le 31 décembre. là aussi. les difficultés rencontrées en été seraient diminuées. Entre de sinistres crevasses à demi couvertes.) et du Piz Zupo (4 002 m.) par Mrs. gravir le Mont Blanc et. et l'on y vit plusieurs alpinistes de marque.) fut un des derniers à se rendre (Meade et Woodroffe. malgré l'énorme quantité de neige fraîche. Suivant l'arête des Bosses. mais sûrement et plus profondément encore. p. Mrs. la caravane fut surprise par la nuit dans les séracs du Guggi et obligée à bivouaquer dans une grotte de glace. mais alors le caractère de la montée changea brusquement. A minuit. Le bilan des joies et des peines ne pouvait plus satisfaire aux exigences de la nouvelle génération . la caravane dut bivouaquer au Riffel.. Guglielmina (Rivista Mensile del C. sinon évitées ». nous citerons encore quelques dates importantes. Plus tard. arrivée à 4400 mètres environ. Maquignaz et P. à son tour. celle de la Grivola (3 1 Pour toutes ces courses. Les années 1880 resteront l'âge d'or de l'alpinisme hivernal. 52). nous dûmes tracer péniblement notre chemin à travers de lourdes masses de neige. n° 55. aux Aiguilles Grises. entrecoupées ça et là de nouvelles conquêtes. Burnaby. où seules les courtes haltes procuraient quelque jouissance. Pour continuer notre marche vers le Finsteraarjoch. mais leur importance ira toujours decrescendo. I. 3 Bollettino del C. JACKSON. Janvier 1888 fut une véritable saison pour Grindelwald. mais. 1887. pour ceux du moins qui allaient à pied et ne connurent point les agréments du ski. les conquêtes furent plus rares et les conquérants moins nombreux aussi (2). p. à la fin de décembre.).. Le 5 janvier. Pour terminer. Plus loin. 7 janvier 1890). il nous fallait éviter le glacier en passant bien au-dessus. Nous touchons ici au terme de notre historique. à travers une neige poudreuse.) au Mont Rose le 18 janvier 1886. A. Le soleil était voilé de vilains nuages. sur les pentes rapides de la Strahlegg. 107 sq. p. on ne compte pas moins de trois ascensions hivernales au Schreckhorn. Le lendemain. Main). « avec la neige hivernale et en partant du Bergli plutôt que du Guggi. Jackson était accompagnée de M. après avoir occupé près de quatre heures à traverser le glacier du Gorner (Bollettino del C. cette courageuse Anglaise. gravissait la première en hiver le Gross Fiescherhorn (4049 m. le temps fut superbe. en bon Italien.. par un temps calme et un froid de -10° seulement. Dans les autres régions des Alpes. il neigeait et trois guides se rendirent à leur tour dans la vallée pour y quérir des provisions supplémentaires. que l'autre. ils parvenaient au sommet. Le thermomètre descendit jusqu'à . le quatuor des Sella (Vittorio.. Un des derniers exploits de Sella fut la traversée du Mont Rosé. Emi Boss et des guides Ulrich Aimer et Johann Kaufmann. C'est ainsi qu'après une lutte de presque six heures. le 19 février 1889. » Depuis 1887. deux caravanes s'illustraient à une courte distance l'une de l'autre : de Carteret au Schreckhorn et Mrs. Le 4 janvier (1888). première ascension hivernale. lentement. L'année suivante. Quelques jours plus tard. en compagnie de ses trois frères et des guides Maquignaz. En janvier 1888. en 1896. nous continuions à brasser la neige. Mrs. ils engagèrent encore Emile Rey et cinq porteurs. I.) et traversait la Jungfrau en descendant par le Guggi (1). il y monta par le versant italien. E. A. 200 sq. concurrente de Mrs. enfin. Corradino. celles de la Disgrazia (3 680 m. Vittorio Sella voulut. A. C'est avec une touchante modestie qu'après un court intervalle chacun de nous renonçait à prendre place en tête de la caravane . 1886. P. La même année. la troupe s'ébranla en deux caravanes. Les conditions étaient excellentes alors. Une tentative avait déjà eu lieu en février 1887. Mais les jours sont bien courts en janvier et. et l'idée lui vint que. réussies pour la plupart par des alpinistes anglais. Le lendemain. 1888. en 1899. la caravane dut battre en retraite devant un terrible ouragan qui harcela son retour à Courmayeur. Ce fut une marche pénible et fatigante de rocher en rocher.

969 m. l'exploration hivernale fut beaucoup plus lente et ne s'achèvera définitivement qu'en 1921. Les vingt autres ne devaient tomber que plus tard.) par des Suisses. Après les exploits de Sella.). par des alpinistes devenus skieurs.) par un Italien. Le Weisshorn (4512 m. par contre. celle des skieurs. . sur vingt-sept sommets pennins dépassant 4 000 mètres. par des skieurs naturellement. en janvier 1894. en janvier 1893. plus rares aussi les explorateurs. également par un Anglais. soit dans la première. par Hermann Woolley. six furent conquis avant le printemps de 1888. soit dans la seconde période du nouvel alpinisme.).) ne fut conquis que beaucoup plus tard. celle du Rimpfishorn (4 203 m. Dans les Alpes Pennines. il ne reste dans l'Oberland bernois plus aucun sommet important qui n'ait été visité en hiver. une seconde escalade du Cervin en 1894 par un Alsacien (Dr Charles Simon) . en janvier 1888. Sidney Spencer. L’Aletschhorn (4 182 m. sous les assauts de la nouvelle cohorte. Sur les neuf sommets dépassant 4 000 mètres dans l'Oberland bernois. en janvier 1902 seulement. une seconde ascension du Lyskamm en 1889 (par des Italiens). et celle du Dôme des Mirabel (4554 m. Il faut mentionner cependant l'ascension du Breithorn de Zermatt (4 171 m. par un Anglais qui ne pratiquait pas encore le ski.) dut attendre son visiteur hivernal jusqu'en janvier 1904 et les deux derniers (GrossGrunhorn et Hinter-Fiescherhorn) ne devaient être atteints que plus tard encore. sept seulement furent gravis par les précurseurs. Ainsi. les conquêtes deviennent plus rares. Depuis 1908.

on n'avait pas la moindre notion sur la technique du ski . p. à première vue. aussi les progrès furent-ils très lents et ces premières expériences n'eurent-elles qu'un avantage : celui d'égayer les nombreux spectateurs. dont la souplesse et l'habileté réussirent finalement à maîtriser ces engins rebelles. une paire de skis ne présente en soi rien de bien malicieux. Les légendes sur l'impraticabilité des cols alpins. à Claris également. qui étaient déjà habiles skieurs. ce même hiver. ceci pour échapper aux moqueries de leurs concitoyens. le Dr Herwig. au même moment. Rappelons qu'entre temps Nansen avait traversé le Grônland en ski et que son livre. un jeune écolier de Davos recevait en étrennes une paire de skis norvégiens. « Extérieurement. sur l'autre versant de la montagne. Il est certain cependant qu'en 1883. 5 Voici. Aussi peut-on s'étonner que les montagnards de nos Alpes ne l'aient pas adopté plus tôt. de Zurich. Il est probable. tous les habitants des pays nordiques connaissaient ce moyen de communication. fut une révélation pour tous les continentaux et donna une puissante impulsion au dévelloppement du ski. comme à s'arrêter brusquement dans leur course ( 1). mais. qu'à partir du VIII siècle. Oesterr. nr 35 et 36). NAEF. l'hiver suivant. 1899. le perpétuel danger des avalanches et le froid intense étaient enfin battues en brèche — du moins dans les cantons de Claris et de Schwytz » (3). Le Dr Naef. Il est particulièrement intéressant pour nous de savoir à quelle époque les premiers skis furent introduits dans les Alpes. ISELIN . Reminiszenzen (Winterthurer Tagblatt. Mais. Personne ne se douterait. Trois d'entre eux (dont un Norvégien) étaient chaussés de skis. se trouvant alors à Arosa (Grisons). Les préjugés et les idées endurcies venaient de subir une sérieuse défaite. un médecin allemand. l'inhospitalité des hautes régions en hiver. 245-49. Ski-Verein (Vienne). les frères Branger de Davos franchissaient la Mayenfelder Furka (2 445 m. En mars de la même année (1893). et il s'en débarrassa. tu plonges comme un fou de la tête dans un tas de neige et tu trépignes furieusement des deux pieds jusqu'à ce que. les dates de fondation d'autres Ski-Clubs: Christiania. écrit l'auteur de Sherlock Holmes. qui devint plus tard le plus grand pionnier du ski en montagne.) Jean-Weichard Valvasor raconte que les paysans de la Carmole employaient des skis au XVII siècle déjà pour faciliter leur marche sur les neiges. tu replonges de 1 Die Ekre der Hertogtums. fut fondé le premier Ski-Club suisse. et la course devait décider si le triomphe serait aux raquettes ou aux skis. à la tombée de la nuit et à une distance respectable de Claris.). et qu'ils étaient devenus fort habiles à glisser sur les pentes de leurs montagnes. et leur supériorité sur tous les autres moyens de communication suffisamment attestée. traduit en 1891. 1. Schwarzwald. à cette époque. parvenait en ski au sommet du Rothhorn d’Arosa (2 985m. disparurent bientôt à sa vue dans un tourbillon de neige poudreuse et parvinrent à Muottathal plus d'une heure avant lui.). précisément par ceux qui venaient de franchir si heureusement le Pragel et qui gravirent encore le même hiver les sommets du Schild (2 302 m. Mais. comme il ne savait pas s'en "servir. Les historiens ne sont pas 'accord sur ce point. 1890 . Ce garçon n'était autre que Wilhelm Paulcke. qui s'adaptait à la semelle du soulier et tournait autour d'une charnière. à demi relevé. le Dr Staubli. 11. 62). ses collègues. 1893. à titre comparatif. des facultés qui couvent en eux. Ce n'est qu'en janvier 1893 que Christophe Iselin de Claris et trois de ses amis. Tu les chausses donc et tu te tournes en souriant vers tes amis. 1891 . fit venir une paire de skis norvégiens et qu'il les essaya sur les pentes du voisinage.) (5) et. vol. 1895 : Grenoble. 6 Relation reproduits dans le British Ski Year Book.) (4). A cette même époque. 2 . Laibach. Iselin et ses compagnons s'étaient donné rendez-vous samedi soir. Le quatrième seul portait des raquettes.) et du Mageren (2 528 m. à travers laquelle ils devaient conduire. 1892 . après s'être longtemps adonnés à l'exercice du nouveau sport.CHAPITRE II LE TRIOMPHE DU SKI (La deuxième conquête des Alpes. 4 CHRIST. suivit ses compagnons sans trop de peine. durant l'ascension déjà. Pour d'autres raisons encore. Conan Doyle. Des mètres de neige recouvraient toute la montagne et. un touriste improvisé : Sir A. 1893. 1879 . grâce à son entraînement. en effet. réussirent à franchir le Co1 du Pragel (1 554 m. Mais à la descente. Le menuisier de l'endroit copia le ski norvégien et put ainsi en livrer plusieurs paires aux jeunes gens du village. il en conclut trop vite que «le skis ne valaient rien pour nos montagnes. Der Prageipass als Skitour . pour voir s'ils te regardent. Praktische Ergebnisse des Schneeschuhlaufens in den Glarnerbergen im Winter 1892-93 (Alpina. qui chaussait les raquettes. dit-il. Mais le ski fut connu à une époque bien antérieure. et le lendemain (29 janvier 1893). — D. Un chalet du Klonthal les abrita durant la nuit. traversée considérée à juste titre comme l'origine des courses de montagne en ski (2). Munich. Todtnau. 1893 restera une date importante dans les annales du ski. puisque Procopeet Jodanis en parlent 550 ans après Jésus-Christ. Cette année-là. 3 Ski. qui nous en a laissé une amusante relation dans le Strand Magazine (6). Il transforma la fixation de jonc norvégienne en une sorte de planchette. cette neige fut particulièrement favorable aux skis : une couche pulvérulente sur un fond de vieille neige durcie. ils se mettaient en route pour le Pragel. 1689. Aussi fut-il bien obligé de reconnaître la valeur incontestable des skis en montagne : « Leur utilité dans les régions favorables était clairement démontrée.

qui sont faciles en été et dangereuses en hiver. sans doute parce qu'ils ne s'écartèrent point des routes traversant Saint-Gothard. Ces premières randonnées furent donc modestes. et. Ce que furent Coolidge et Sella durant la première phase de l'alpinisme hivernal. il n'était naturellement pas question d'engager des guides ou même des porteurs. 20.. la caravane chaussait ses skis trois heures plus tard et poursuivait sa course vers le sud. un autre. Grimsel et Brunig. la caravane put cheminer à pied ou à l'aide de raquettes que Paulcke déclare très incommodes et encombrantes.. tu tombes en arrière et regardes fixement le ciel. tu ne pourras rien en faire. elles ne durent pas susciter un grand enthousiasme parmi les alpinistes. réalisent un audacieux crescendo : l'Oberalpstock (3 330 m. mais on ne comprend pas ce qui devait l'attirer spécialement vers cette montagne qui n'est guère favorable au ski et dont l'ascension fut très rarement répétée dans la suite.). Paulcke devait l'être durant la seconde. est connu pour être très dangereux en hiver. 84. 2 . qui devinrent plus tard les buts préférés des skieurs. Le retour fut naturellement beaucoup plus rapide que . A 10 heures. Le Maderanerthal. D'autres sommets supérieurs à 3 000 mètres se fussent prêtés mieux encore à de telles expériences : par exemple le Blindenhorn. « C'est à peu près ce qu'il arrive au débutant. les voici qui filent comme des flèches. Longtemps encore.) en 1896 . augmentant chaque année. Partie du bivouac au clair de lune (à 2 heures du matin). tu t'apprêtes à une glissade rapide. Furka.la montée et procura une superbe glissade jusqu'au Brunniboden. Une heure plus tard (à 2 h. même dans les hautes Alpes» (1). Son altitude est évidemment une des raisons qui poussèrent Paulcke vers ce but. de fait. lorsque tu as réalisé quelques progrès. Claudio Saratz. les choses deviennent bien pires encore. p. aussi les skis ne furent-ils chaussés qu'au Brunniboden (2 047 m. six membres du nouveau Ski-Club de Todtnau font une expédition à travers les montagnes de la Suisse centrale. sans espoir d'être sauvé. qui conduit au pied de la montagne. » C'est aux environs de 1893 que parurent les premiers manuels de ski. les Clarides ou le Titlis. d'une pureté admirable. Ou bien. la minute d'après. Voici ce qu'écrit M. 45). la traversée de l'Oberland bernois en 1897 et le Mont Rosé (jusqu'à 4 200 m. et. s'étendait du Tyrol au Mont Blanc. Toutes ces entreprises nous semblent bien mesquines aujourd'hui. la Futura Surlej ? ? (2 756 m. nous ne pûmes réprimer une forte aversion contre l'incertitude des évolutions en ski et contre l'emprisonnement du pied dans la fixation. un précurseur téméraire et heureux. 1923..) en 1898. après une nuit passée dans la misérable hutte de Hinterbahn. et ce fut pour tous les continentaux la solution d'une énigme obsédante. A cette époque encore. tu te trouves sur une surface qui te semble être aussi plane qu'un billard. premier succès important dans les Alpes autrichiennes. Durant la semaine de Pâques 1893. on s'imaginait être moins exposé aux avalanches en suivant des routes connues. un des skieurs de la première heure : « Les vieux alpinistes suisses doutaient encore de la possibilité d'utiliser le ski dans les hautes Alpes et. Paulcke était accompagné par trois amis. Mais. Ce que ces premières expériences ont dû coûter d'énergie et d'endurance à ceux qui les entreprirent. et que. dont les difficultés. Un certain jour. Mais leurs succès ne joue pas un rôle bien important dans la conversion du montagnard. par le même temps et la même neige.). qui se rendit en cinq heures et demie de Pontresina à Silvaplana. Rappelons cependant qu'en 1894 (le 15 mars). et l'on est rarement déçu. d'autres furent traduits du norvégien. 1 British Ski Year Book. on le comprend facilement. à une altitude de 2 600 mètres environ. bien qu'elles fussent le plus souvent complètement invisibles sous la neige. trop fatigués pour les suivre. on s'attend naturellement à certaines difficultés. étaient restés couchés près des skis. Paulcke arrivait bon premier à Hinterbahn. ils poursuivirent tranquillement leurs courses hivernales à pied ou en raquettes. Le ski nous semblait être incompatible avec les principes dictés par la prudence. Et leurs malices se manifestent précisément au moment où l'on s'y attend le moins. Les skis sont les engins les plus capricieux du monde. mais tes skis collent sans bouger et tu tombes le visage en avant. Jusqu'au Brunniboden.nouveau dans le même tas de neige. Comme tel. Le panorama. et dans les entreprises de ce genre. dont Victor de Beauclair. nous changeâmes de tactique et nous commençâmes à pratiquer le ski. Voyons tout d'abord quelle fut la conquête de l’Oberalpstock (2). on déposa les skis en sûreté et l'on chaussa par-dessus les lampars norvégiens des sandales ferrées (une invention de Paulcke). L'alpiniste remplissait donc simultanément toutes leurs fonctions. Pour convaincre définitivement la nouvelle génération des avantages du ski. Tes amis jouissent ainsi d'un spectacle dont ils ne t'auraient jamais cru capable. Paulcke et de Beauclair parvenaient au sommet de l'Oberalpstock. A 7 h. La plupart étaient rédigés en langue allemande. Il triompha successivement dans trois expéditions. il manquait une action d'éclat. un cours sur skis norvégiens aurait une excellente influence morale. Cette course eut lieu le 5 janvier 1896. qui devint plus tard un des principaux champions du ski. L'auteur conclut en affirmant que les skis sont destinés à jouer un rôle prépondérant dans les courses d'hiver en montagne. durant plusieurs années. tandis que leurs compagnons. Quand cependant notre habileté et notre enthousiasme prirent peu à peu le dessus.. l'année suivante (le 9 mars 1895).. Paul Montandon... et ceux qui les entreprirent semblaient encore entravés par des idées fausses ou préconçues. Perché au sommet d'une pente.. elle atteignait le plateau supérieur du glacier de Brunni. « Pour un homme qui souffrirait d'une dignité exagérée. A cette époque. aucun indigène ne pratiquant encore le ski.) fut traversée par un skieur solitaire. ce fut l'ascension du Hochsgloch (2 278 m. tout marche à souhait . Au pied des rochers qui forment le sommet.

on se décida à battre en retraite. Quitter la cabane de l'Oberaar à midi pour aller coucher à la Concordia. Le soleil s'est levé derrière les crêtes qui frangent ces vastes étendues de neige et illumine déjà les cimes sur la rive opposée. le lendemain. entrepris par pure gloriole (! ! !) ». les cabanes du Club Alpin Suisse n'étaient pas encore pourvues de bois en hiver parce que. pour des skieurs. considérait ses compagnons d'un œil amusé. mais glaciale. ne doit pas encourager les courses d'hiver. véritables tours de force. 15 du matin avec des sacs de 20 kilogrammes sur le dos. aussi. à plusieurs endroits. dans la brume diaphane. de Beauclair brisa l'un de ses skis. après une folle glissade. la neige durcie transforma tout naturellement nos skieurs en piétons. Au crépuscule. rien n'est plus facile et agréable. nos skieurs quittent l'hospice à 3 h. Alpen Zeitung. la cime convoitée s'illumina de teintes rosés. mais. Dans la nuit. aussi brusquement qu'il s'était éclairci. Au cours de cette longue étape. si pénible que fût cette décision. On préféra donc s'en tenir au plan primitif et continuer la traversée de l'Oberland vers l'ouest.3° R. Dans cette nature polaire. P x) . A 4 heures elle rentrait à la Concordia. trois Strasbourgeois : le D’Ehlert. lorsque la petite troupe reprit ses skis au pied des rochers. le thermomètre ne marquait. on parvint sur l'arête qui conduit au Sattel et celui-ci n'était plus qu'à une courte distance lorsque le ciel se couvrit. Le temps ne semblait pas devoir s'améliorer. Paulcke ne se contente plus d'une simple ascension : il prépare une longue expédition à travers les glaciers de l'Oberland bernois. doucement incurvée sur le bleu du ciel. A cette époque. les Strasbourgeois. PAULCKE. Au lever du soleil. à perte de vue. Une merveilleuse glissade sur la neige poudreuse et unie du Galmifirn les conduit comme des flèches au carrefour du glacier de Fiesch. il faut traverser des pentes abruptes plongeant directement dans le gouffre où tourbillonnent les eaux du torrent. où elle passa une seconde nuit. dont ils atteignent la langue terminale au lever du jour. en dehors de leur itinéraire. les brouillards s'évaporèrent et. dans la gorge par où s'écoulent les eaux du glacier de l'Oberaar. qui n'était que de -5° C. Enfin. selon la judicieuse remarque d'un correspondant à l’Alpina. tombe brusquement à -18°C. obsédés par le poids de leurs charges. ils contournent ce ravin au nord et parviennent. de Beauclair. et il fut heureux de les voir revenir à des principes plus orthodoxes. qu'envahissait une nuit glaciale. Eine Winterfahrt auf Schneeschuhen durch das Berner Oberland (Oesterr. là-haut. essayèrent d'alléger leurs épaules en chaussant des raquettes canadiennes et en tirant leurs sacs sur les skis. Paulcke. d'où l'on découvre l'encolure de la Grunhornlucke. où elle s'était élevée jusqu'à une altitude de 3 700 mètres environ. gorge profonde et dangereuse dont on évite le fond. On partit néanmoins dans la direction de la Jungfrau. La journée du lendemain (21 janvier) ne promettait pas grand chose de bon. Des flocons commençaient à tomber. une longue caravane suivait la route de Guttannen a la Grimsel.L'hiver suivant. les voici sur la Grunhornlucke (3 305 m. on discuta les possibilités d'une ascension au Finsteraarhorn (4275 m. La lune était voilée et des brouillards se traînaient sur les cimes. et ce ne fut pas en vain. après une pénible montée. ce fut une marche ongue et monotone . « le C. A. jamais refuge ne leur parut si confortable. Mônnichs. les charges basculaient et tombaient. Ils s'y dirigent en droite ligne.. Mais plus haut. à l'immense glacier qui s'étend devant eux. Elle était composée de cinq alpinistes : Paulcke. mais reste très supportable. La température. voilà qui ne tenterait personne en été. Sur des pentes rapides et par de nombreux zigzags. Ce soir-là. Tous ceux qui ont parcouru ces gorges de l'Aar en hiver en ont gardé une impression grandiose. ici ils ne s'accordent qu'une courte halte.. alors que la neige est molle et que la chaleur du soleil accable la marche du piéton. après bien des efforts. Cette nuit fut très froide. sur une neige poudreuse. la caravane reprenait ses skis au pied de la montagne. En outre. Après bien des hésitations. que .). la croûte superficielle cédant à chaque pas. 1897. A 4 h. il fut sérieusement question de rebrousser chemin. durant une halte sur le glacier. Au pied du Rotthalhorn. et la bourrasque se mit à souffler sur les crêtes voisines. 45. Lohmùller. Mais l'espoir et l'énergie triomphèrent. très favorable aux skis. non sans admirer tout alentour l'aspect grandiose des montagnes dans leur parure hivernale. espérant par là consacrer définitivement le triomphe du ski en haute montagne ( 3). Bien que le ciel fût absolument clair ce jour-là. La route n'est visible qu'en partie et. qui avait déjà essayé toutes ces combinaisons sans succès. Dès qu'il fallait traverser une pente latérale. au départ de la Grimsel.) et gagne immédiatement la cabane érigée sur les rochers voisins. Mais ce glacier facile les conduirait au Pavillon Dollus. transformés en traîneau. Une heure plus tard. la caravane reprend sa marche et pointe ses skis vers le col de l'Oberaar. Vers 1 heure de l'après-midi. on enfonçait jusqu'aux hanches dans la neige. la seule de la journée. Il faut maintenant obliquer au sud. mais le lendemain au réveil le temps était brumeux et ne s'éclaircit que trop tard pour permettre l'escalade projetée. et de deux porteurs. après quarante minutes seulement. elle pouvait reprendre sa course. En janvier 1897. prit-on la direction de la vallée 3 Dr W. Mais cette expérience fut décevante. Au bas du glacier. des flocons de neige cinglaient l'obscurité et. Aussi est-ce avec un soupir de soulagement que l'on débouche dans la petite plaine précédant le col et que l'on traverse le lac gelé pour gagner l'hospice de la Grimsel. Le 19 janvier. Après une heure de halte. tirant chacun un traîneau lourdement chargé. mais la caravane était outillée en vue des réparations et. Une lune quasi pleine éclaira leur marche jusqu'au glacier de l'Unteraar.. après une forte montée en zigzags. ils déposent leurs skis sous les rochers de la Concordia et gagnent à pied la cabane (6 heures du soir). vers 9 heures.). la caravane arrive à l’Oberaarjock (3 233 m. la marche en raquettes était plus pénible que le glissement sur skis. S.

Durant toute cette traversée de l'Oberland. « Dans la soirée du 2 janvier (1898). devaient être bien compliquées et difficiles à soigner. on a de la fourrure à l'intérieur et à l'extérieur et. Après deux jours seulement d'exercices à Zermatt. Si l'on désire rendre cette chaussure particulièrement chaude. et sans qu'on pût s'y attendre. devenue très sombre. p. Il préconise celles en peau de chien ou de veau.. nous étions en route pour les hauteurs. Dès le lendemain. mais de 20 centimètres seulement. en même temps qu'eux. pas âme qui vive ! Il ne reste plus qu'à enfoncer la porte de l'hôtel. Quoique le chemin que nous avons ainsi à parcourir soit beaucoup plus long que le leur. la neige cédait bien aussi.. avec la triste perspective d'y passer la nuit. que le vin qu'ils avaient tant goûté chez lui n'était en realité que du vinaigre. attacher ces sandales si solidement aux pieds que la marche se faisait aussi sûrement qu'avec la meilleure chaussure de montagne « En un clin d'œil (?) on pouvait les mettre ou les enlever. Paulcke et moi avons chaussé nos skis. ces chaussures sont naturellement inutilisables.. La relation de Paulcke se termine par quelques notes techniques sur l'équipement du skieur en haute montagne. jusqu'aux premiers jours de cette année. Nous connaissons tous les tentations qui brillent aux yeux d'hommes affamés. n'était évidemment pas construite à cette époque. mais il semble néanmoins que la traversée Concordia-Falleralp n'eût pas exigé plus de temps que la descente dans la vallée du Rhône. la caravane ne s'était jamais encordée pour parcourir les glaciers. où les gens furent ébahis de les voir arriver. à leur grande surprise. Sous nos skis. nous quittons le Riffelberg pour nous élever vers le Gornergrat.. 1898. Il fallut même un moment rallier la rive droite. Alpen Zeitung. mais il est juste de reconnaître qu'elle n'avançait que très prudemment et que ceux qui portaient les deux cordes restaient toujours en queue de la colonne. mais juste à point.. mais nous nous contenterons d'en citer quelques passages.. et. » A Zermatt. on obtient une imperméabilité parfaite. Il chaussait des bottines norvégiennes. Paulcke va tenter une entreprise plus audacieuse encore : l'ascension du Mont Rosé (4 638 m. une descente rapide les conduisait à Naters. au Rotenboden. écrit Helbling. Voir aussi : Oesterr. sans gêner en aucune façon la circulation du sang. sous l'œil vigilant de Paulcke. Nos porteurs montent en ligne droite. Au crépuscule. Il est probable que Paulcke n'y avait même pas songé. vers 8 heures. la cuisine et les chambres à coucher. tandis que le meilleur skieur. c'est l'inspection des lieux.Le lendemain. et aussi pour dépasser les 4 000 mètres. mais Paulcke avait fait fabriquer des sandales ferrées qui s'enfilaient par-dessus les bottines. 1 Écho des Alpes. Mais les porteurs sont exténués... S'il choisit cette montagne plutôt qu'une autre. Au moyen d'une seule courroie. . et nous n'en étions nullement gênés. car le chemin est frayé. dans toute sa longueur. et la neige très glissante nous oblige à décrire de grands lacets à la montée. Trois porteurs nous accompagnent. du genre laupars. Sur le rocher ou la glace. mais. l'immense glacier d'Aletsch. où la neige fut profonde et très pénible.. en injectant de l'huile entre les deux peaux. allègres et dispos. avec le poil en dehors. sur Belalp. équipement qu'il avait eu l'occasion d'éprouver lors de son ascension à l'Oberalpstock et dont il avait encore perfectionné les détails. Tous ceux qui ont connu le Dr Helbling et suivi ses exploits d'alpiniste auront été frappés de la chance extraordinaire qui a toujours favorisé ses entreprises. j'avais pour ce moyen de locomotion un souverain dédain.. malgré tout le bien qu'il en dit. Nous voudrions pouvoir la reproduire in extenso dans ces pages. il neige pendant trois jours. Trois relations ont été publiées sur cette tentative . pour le Mont Rosé. Oui. Il faut y parvenir coûte que coûte ! Ce sont deux heures de rude grimpée sur une côte ardue. elle eût agréablement prolongé cette merveilleuse haute route à travers l'Oberland. et le ski n'est pas fait pour être utilisé sur des sentiers battus. bien qu'elles fussent employées avec succès à Davos. ou plutôt vers le Rotenboden. marchait en tête. 29-31.. brusquement. I*99. 10. car il n'en fait aucune mention dans son récit.. nos touristes pénétraient en rampant dans une élable délabrée. perche un superbe hôtel. voyage de découvertes à travers les salles à manger. il préféra en suivre le cours le plus longtemps possible. tout est fermé. le ciel s'éclaircit. on double la peau . si souvent répétée depuis et qui sera toujours un des itinéraires préférés des skieurs alpins.. ils enfonçaient jusqu'aux hanches.du Rhône en suivant. « Mais. tous les brouillards avaient disparu. c'est précisément pour prouver que les skis peuvent être utilisés même sur un terrain compliqué.. Mais non ! Tout là-haut. Riche de toutes ces expériences et grisé par le succès. Qu'on juge combien fatigante avait dû être leur marche : à chaque pas. Nous portons nos skis jusqu'au Riffelberg. 377-397 . une fois les courroies gelées. La cabane Egon von Steiger. ou le montagnard le plus expérimenté. la caravane put enfin quitter le glacier et gagner les chalets d'Oberaletsch.). L'usage des peaux de phoque lui semblait également inconnu ou peu pratique. » L'usage des crampons ne lui était donc pas venu à l'idée et il semble que ces sandales. Après bien des peines. celle du Dr Robert Helbling dans l’Écho des Alpes est de beaucoup la plus savoureuse (1). minces et non cloutées. De toutes façons. p. de nombreuses crevasses rendirent la marche lente et hésitante. qui se dresse aujourd'hui sur les rochers de la Lotschenlucke. il employait des crampons à quatre pointes qui s'adaptaient sous les skis. Après quoi. Et là. on pouvait. dans la partie inférieure. en 1893 déjà. il partait pour sa première course en ski.. 1898. 10 de l'après-midi. de cette façon. L'hôtelier de Belalp leur apprit. à semelles souples. ne nous faisons pas passer pour plus malin que nous ne sommes et confessons franchement que nous avons longtemps professé à l'égard du ski norvégien toutes les préventions que nourrissent contre lui la plus grande majorité des alpinistes. «A 2 h. Lorsque la pente devenait trop rapide ou glissante. Au lieu de quitter le glacier d'Aletsch au lac de Marjelen. nous arrivons au bout d'une heure..

l'immense amphithéâtre des sommets était là. « Quand. nous nous abritons de notre mieux contre le vent glacé. L'énorme quantité de neige pulvérulente dans laquelle nous glissons eût rendu l'ascension sans skis absolument impossible et. Je ne répondis pas. » Le 5 janvier enfin. le soleil répandit des flots de lumière qui roulèrent sur les flancs des monts jusqu'au fond de la vallée. si tant est qu'elle eût été possible. où ils parviennent au clair de lune. la même tranquillité ! De bonne heure. dans le même calme impressionnant que la veille et. rigides dans leur calme sublime. le rosé tendre s'effaça.. Aujourd'hui encore. par dessus. mon pesant sac. puis la lune avait inondé de sa lumière d'argent ces immensités glacées. fit Paulcke.. « Nous avions projeté de nous faire suivre par un de nos porteurs jusqu'à la cabane Bétemps. toute vie éteinte à jamais. aucun souffle d'air ! Le silence est profond. la neige fraîche et pulvérulente s'entassait sur une épaisseur de 1. A partir de ce point. Profitant de l'expérience de la veille. avance avec une constance que je ne puis imiter. à une altitude de 4 200 mètres. nous sortîmes de notre cabane. à l'ouest seulement. « A 6 h. occupé à dire des aménités aux divinités de la montagne. même avec nos patins.5m. A tout moment je m'arrête. je n'en n'ai trouvé moins d'un mètre. tout mouvement semble disparu. les skis ne pouvaient plus être utilisés. nulle part. 55. à Pendrlit où la moraine se confond avec lui. j'atteignis la cabane Bétemps. » Tandis que les porteurs redescendent à Zermatt. 15. les délicieuses chaufferettes japonaises sont allumées et. aussi était-il midi passé quand nous atteignîmes les pentes inférieures du Sattel. A l'aide de nos sandales. J'ai lu quelque part. ils partent à 2 h... assis sur nos skis. la clarté se fit plus vive. A beaucoup d'endroits. Aucun bruit. « . « . je fus brusquement pris de maux de tête si violents que j'avais toutes les peines du monde à suivre Paulcke et fus forcé de m'arrêter un moment. vu l'état de la neige. Enfin. par degrés. car nous étions pesamment chargés. des rejaillissements de soleil.. le plus âgé et le plus prudent des deux. je te croyais encore tout en bas.. nous avions fort à faire. là. nos deux skieurs traversent les pentes rapides du Gornergrat pour gagner le glacier du Gorner. et. je puis vous assurer que ce n'était pas folichon du tout. L'endroit où nous étions parvenus se trouve précisément au-dessous du Sattel. chaussés de sandales et portant nos skis. nous prenons pied sur le glacier. La chaîne des hauts sommets était d'une pureté merveilleuse et. Depuis longtemps le soleil avait disparu derrière les montagnes.. nous eussions sans doute atteint la cime sans beaucoup de . A 7 h. La lune s'étant assez sensiblement rapprochée de l'horizon. cette diminution de clarté rendait passablement compliquée la circulation à travers les crevasses de plus en plus nombreuses. je ne trouve pas de termes pour les décrire. dans un coin. il n'y a plus qu'un petit bout de chemin. ne nous écartant de la route habituelle que pour faire les lacets nécessités par la raideur de la pente. avec dix minutes de retard seulement. nous arrivions à Gadmen. la solitude démesurée.. On voit par là l'utilité et des reconnaissances et des sandales garnies de bons clous. s'élever à travers d'affreux blocs que couvrait une neige poudreuse. nous avait pris une heure et quart.. prolongeant le crépuscule par de magiques colorations du ciel . cher lecteur. sur les cimes. pour le même prix. que nous n'avions pas de mots pour exprimer nos sentiments. que nous ne quitterons plus jusqu'à notre retour à cette place. Une halte s'imposait . Vous voyez ça d'ici. mais. « La grandeur du spectacle était si impressionnante. la voûte splendide d'un ciel sans nuage. mais je jetai avec volupté. dès le début nous empruntons la moraine dont la crête assez étroite est presque entièrement dégarnie de neige . Le thermomètre marque — 8°. satisfaits de notre reconnaissance. Les colosses se dressent immobiles. il nous fallait faire un rude effort. Nous avions fait en quinze minutes un trajet qui. Le soleil invisible ne colorait encore que les plus hautes cimes. répandent leur douce chaleur. « Comme le soir précédent. Même avec le secours de ces excellents engins.Tiens ! te voilà. De là à la cabane. nous rentrions à la cabane.. autour de nous. quelques nuages troublaient la pureté du ciel. nous nous remettons en marche. le 4 janvier. Dans l'univers. j'avais épuisé mon répertoire. sans hâte. « Et toujours la même solitude. bien que l'image de tant de magnificences gise décolorée au fond du souvenir. «Paulcke. nous reprenons nos skis. cette étonnante affirmation : « II ne faut pas grimper avec des skis » . ils font une première reconnaissance. la lune inondait de sa blanche clarté le merveilleux panorama . Mais c'est ce bout-là qui nous donna le plus de mal. qu'on me permette d'ajouter : « Et que Dieu vous garde de vous engager avec des skis sur des moraines couvertes de neige fraîche ! » Le lendemain. nous nous enveloppons de tout ce que nos sacs renferment de vêtements de réserve . Il s'agissait d'escalader la moraine. au lieu de nous fatiguer inutilement avec nos skis sur les plaques rocheuses qu'il nous faut franchir au-dessus de la cabane. le jour avant. l'après-midi. c'étaient des flots de lumière. habilement distribuées dans nos poches et sous nos habits. nous avions pu jouir pleinement de l'admirable spectacle qui se déployait devant nous. nous arrivons ainsi commodément au-dessus de la chute du glacier. « Il était 6 h. aucun d'eux ne voulut nous accompagner. l'émotion ressentie si violente. « Après un court repos. Que de peine eût coûté la traversée du glacier sans ski. L'un d'entre eux déclara même qu'il aimerait mieux. et bientôt. Je me mets à jurer comme seul un enfant des rives du lac de Zurich sait le faire. A ce moment. monter en été au Matterhorn que de refaire la course qu'il venait d'exécuter. imposant . 30 du matin pour le Mont Rosé.« Tout en montant. «Il était 8 heures quand nous arrivâmes au pied du Plattje inférieur. comme on n'en saurait voir dans la plus éclatante journée de l'été. 20 quand nous atteignîmes le névé légèrement incliné du Plattje supérieur.

les sommets et les glaciers d'invraisemblables colorations . Les joies de ces conquérants devaient être singulièrement diminuées par les obstacles formidables de la neige.. Des Anglais encore de-iraient nous ravir nos plus hautes cimes au cœur de l'hiver et lancer nos grandes stations hivernales. 55. Rares. l'aube d'une ère nouvelle.. ils ne s'attaquaient qu'à de hautes cimes. nous rejoignons l'endroit où. le jour baissait .). Cependant. Ibid. dans une contrée relativement éloignée et difficilement accessible en hiver. filant comme une flèche. aux environs de Zermatt. le Breithorn (4 171 m. Les premiers pionniers furent presque tous des Anglais. N'est-il pas très humain de suivre les traces de ses prédécesseurs et de s'en écarter le moins possible? Le gros des skieurs ne devait guère échapper à cette loi et.). Tous les préjugés vont s'effacer peu à peu. Après les démonstrations préliminaires de l'Allemand Paulcke. Les retentissants succès de Paulcke allaient jeter l'éveil dans le monde des alpinistes. « Paulcke prend les devants. le corps incliné en avant. La relation de Paulcke sur cette même tentative au Mont Rosé est d'un ordre purement technique et se termine par quelques suggestions qui. l'Allalinhorn (4034 m. et son guide Heinrich Moser.). le Briton doit s'incliner. dont les vagues toujours grandissantes iront déferler vers la montagne hivernale. il nous paraît intéressant de poursuivre notre étude historique jusqu'au point où elle se laisse analyser. le nouvel alpinisme a traversé son âge d'or. Les montagnes fuient. 30. il repart de plus belle en poussant un joyeux hourra en l'honneur des skis. je vole à travers l'espace. 29. la vaste solitude reprit son aspect de mystérieuse grandeur.. Alpen Zeitung. le Jàgerhorn (3 975 m. Loin d'être à son déclin actuellement. par exemple. au contraire. 1898. et celle de la Gandegg 1 ». Mais la conquête des Alpes par le ski ne fut point leur chose. Leurs étonnants succès ont consacré le triomphe du ski et prouvent assez le rôle immense qu'il a joué dans la deuxième conquête des Alpes. Aussi. force nous fut donc de renoncer à la conquête du sommet et de redescendre.. les Suisses ont su reprendre possession de leur patrimoine et. grâce au ski. complétaient l'ascension de la Pointe Dufour. le skieur trouvera. Un fait doit être constaté en terminant : c'est le caractère national du nouvel alpinisme.). le faisaient ressembler à quelque colossale torche incendiaire . le matin. le 23 mars 1898. franchement. les skieurs deviendront plus audacieux. Depuis 1898. avant que les skieurs s'inspirent de ces vérités et choisissent Zermatt comme centre. Ses trois campagnes de 1896-1898 marquent. Chaque année.. l'Ulrichshorn (3 929 m.). je souffrais du mal de montagne . puis. Je citerai. d'excellents points de départ. et plus rien n'arrêtera désormais la nouvelle invasion. nous semblent prophétiques : « Zermatt. des nuages de neige tourbillonnent autour de moi. Elle a conservé dans chaque pays un caractère purement autonome. dit-il. Leurs traces se croisent..). se relevant. Si grandes sont son habileté et son expérience que je suis ses traces sans la moindre appréhension . En outre. les voies nouvelles se faisaient de plus en plus rares et les chercheurs de nouveautés commençaient à se plaindre de n'avoir plus que des os à ronger. Les skieurs. le sol se dérobe sous mes pieds. les explorateurs furent nécessairement moins nombreux que dans l'Oberland bernois. est un centre merveilleux pour exécuter les plus belles courses en ski de toutes les Alpes.. Des sommets tels que la Cima di Jazzi (3 818 m. rétrospectivement. les skis peuvent être employés jusqu'au pied même des rochers et rendront d'inestimables services. dans la poussière de cristaux blancs où l'enthousiaste skieur vient de disparaître. devenu skieur lui aussi. Dans la période précédente. et de s'y maintenir. mais quelle course endiablée !. avec la clarté de la lune. Nous avons vu au prix de quelles difficultés et de quelle énergie la cohorte des piétons s'était jetée à l'assaut des grandes cimes. fouillant l'avant-terrain du regard afin d'éviter les crevasses. Ici. p. n'exigent pas une technique extraordinaire. plus personne . et il ne leur fallut pas moins de quatorze heures pour monter de la cabane au sommet (2). à mesure aussi que diminuaient les problèmes intéressants. Oscar Schuster. enfin. l'Alphubel (4 207 m..). depuis Saas-Fee .. C'est une jouissance sans pareille. de trouver le bon chemin. Mais les conditions furent beaucoup moins favorables qu'en janvier. » Le 6 janvier. du Zillertal. — ou des passages comme le Théodule. le Klein Matterhorn (3 886 m. nous avions chaussé nos skis .). il se démène . Ceux qui persévérèrent sont bien rares. Les Alpes étaient conquises. des nuages enflammés. sont devenus innombrables et ils ont repris systématiquement l'exploration des Alpes. p.). comme la cabane Bétemps. puis les étoiles s'allumèrent et. comme les mailles 1 2 Ostterr. 161-162 . Heureux skieurs ! Ils ont retrouvé cet âge d'or chanté par Javelle. Dans une quantité d'expéditions. c'était bien le moment ! Avant de clore ce chapitre. et ce genre d'alpinisme était nécessairement destiné à s'éteindre peu à peu. le soleil à son déclin drapait le firmament. tourbillonnant autour du Cervin. se recroisent et couvriront bientôt la chaîne entière. et cela agréablement. comme d'une pierre angulaire. quel enthousiasme parmi la jeune génération.difficultés. la caravane reprenait le chemin de Zermatt et gravissait en route le Riffelhorn (2 931 m. s'ils supposent une certaine persévérance de la part du skieur. L'alpinisme hivernal entrait dans sa deuxième phase. les différents sommets du Mont Rosé et beaucoup d'autres encore. « A 4 h. il barbote. un célèbre alpiniste. pour rayonner dans les massifs environnants. il était aisé de suivre pas à pas les premiers conquérants. en suivant l'arête. en comparaison du nombre toujours croissant des skieurs alpins. et ils conservent la douce illusion d'explorer à leur tour ces Alpes qu'ils croyaient « finies ». Il s'écoulera bien quelques années encore. mais il était déjà 2 h. par exemple : le Balfrin (3 802 m. lorsque le problème se présenta sous une forme nouvelle : gravir les montagnes en hiver. il nous avait fallu onze heures pour atteindre le Sattel et deux pour en redescendre. cette phase restera infiniment plus brillante que la précédente. Quelques semaines seulement après la tentative de Paulcke au Mont Rosé.

course rendue très dangereuse par une forte couche de neige fraîche. 1900. le même skieur. La première fut dirigée par Paulcke en personne. On signale en outre une traversée de l'Oberland bernois (la cinquième ?). on constate un léger relâchement dans l'exploration hivernale des hautes Alpes. au départ de Findelen. au Vorab (3 020 m. et celle du Seopi (3 200 m. — Une seule ascension importante : le Breithorn de Zermatt (4 171 m. date à laquelle fut gravi l’Oberalpstock. Un mois plus tard. Alpen Zeitung.). de la Riederalp à la Grimsel. Partant de la cabane de l'Oberaar. par n'importe quel itinéraire (1).) et le Joch-pass (2 215 m. — Cette année (et déjà durant la précédente). Le 25 décembre 1900. le 26 février 1902. D'autres cours eurent lieu ce même hiver à Rauris et Sankt-Anton. la statistique suivante n'a-t-elle pas la prétention d'être absolument complète.). à 2 heures du matin. Une première tentative en fut faite en décembre 1898 déjà. 30 du soir au sommet du Finsteraarhorn et le jour suivant. La caravane n'était pas encordée. la traversée du Petersgrat. Au cours de la seconde (fin avril). Tous ces sommets devinrent à la mode par la suite et sont parmi les plus visités en hiver.) . Paul Kœnig et J. au Piz Corvatsck (3 458 m. Cette même année.).). et cette course restera toujours dangereuse. mais qui va précéder le triomphe définitif du ski en haute montagne. en hiver aussi bien qu'en été. Le lendemain. toutes trois par des skieurs allemands.d'un immense filet. cette fois-ci du Lôtschental à la Grimsel. le jour suivant.) par le célèbre skieur Henry Hoek. au départ de la cabane du Bergli. Dans les Alpes autrichiennes. 1902. course facile et si souvent répétée depuis. Elle eut lieu au commencement de novembre et fut rehaussée par l'ascension du Finsteraarborn (4 275 m. 47 sq. Pour les Alpes suisses du moins. l’Oberaarhorn (3 642 m.-J.). dans les Alpes autrichiennes. 1899. relâchement succédant tout naturellement au premier élan. montait coucher au Tauernhaus.). p.). Ces deux caravanes ne semblent pas avoir été favorisées par le temps. Les conditions étaient défavorables. au Theodulhorn (3 472 m. il faut encore signaler la traversée de la Sefinenfurgge (2 614 m. par Othmar Sehrig.). Signalons encore. qui est actuellement.).) (par Schucan et Fischer).) en mars et le Strahlborn (4 191 m. dans toutes les Alpes de la Suisse. Une seule ascension : celle du Claridenstock (3 270 m. Signalons entre autres : la Parsenn Weissfluh (2 848 m. dans l'Arlberg. L'arête conduisant du Rotthalsattel au sommet était naturellement de glace vive et exigea une taille de marches de deux heures et demie.) en décembre. ascension tentée en 1902 déjà par Hoek et Schuster et qui est devenue maintenant une des courses préférées des skieurs suisses1 Oesterr. course souvent répétée dans la suite . par Helbling et ses amis. A la fin de cette même année. alors que leur joyeuse caravane montait à la cabane Gnifetti. en 1900. à la Pragerhûtte (2 492 m. En 1897.). et celle de la Fuorda Sella (3 304 m.).) 1903. En 1898. le Monte Cevedale (3 774 m.). une tentative au Titlis (3 239 m.) fut gravi en route et la Jungfrau tentée pour la troisième fois. en octobre .) par Reichert et Dorn de Chiesa à Pontresina. sous la direction de Victor de Beauclair et Albert Weber. 1901. et cette catastrophe suscita de longues polémiques entre ceux qui discutaient la nécessité de s'encorder sur les glaciers. .). après la traversée de l'Oberland bernois : la Fuorcla d’Eschia (3 008 m. on signale des courses au Stockhorn (3 534 m. Dans l'Oberland bernois. le Pischahorn (2 982 m. Pas plus que les deux premières. pas moins de trois traversées de l'Oberland bernois. Hoek et ses guides arrivaient à 5 h. De même le Stegborn (3 152 m. le sommet le plus fréquemment visité par les skieurs . fut également gravi pour la première fois cet hiver. Deux en avril et mai et la troisième en novembre. elle n'est pas loin de l'être.).). la troisième expédition ne rentre dans l'hiver du calendrier.) et de la Gamsbergspitze (2 846 m. avec de grands projets. d'Innsbruck. puis.) et du Mônch (4 105 m. furent réussies par les skieurs. avec une nouvelle tentative à la Jungfrau (le 3 avril). Le Titlis (3 239 m. il parvenait en neuf heures au sommet et ne rentrait qu'à 11 heures du soir à la cabane. David gravissent en janvier le Gross Fiescherhorn (4 048 m.) par les frères Kœnig. Enfin. cette année-là. au-dessus d'Engelberg. le Piz Lucendro (2 959 m. déjà recommandée par Paulcke quatre ans auparavant.) par les frères Kœnig. d'autres ascensions encore. relativement tard si l'on considère son importance actuelle. Aussi. le Breithorn est devenu le sommet le plus fréquenté de la région de Zermatt. Ce fut le premier accident de skieurs sur un glacier. à la Concordia. — Beaucoup de conquêtes importantes : le Blindenborn (3 384 m. le Jakobshorn (2 594 m.). outre la tentative de Paulcke et la première ascension du Mont Rosé par Schuster. La seule ascension importante à signaler est celle du Gross Venediger (3 673 m.) et la Diavolezza (2 977 m. 1901 est de nouveau une date importante.). il faut mentionner encore les ascensions du Rotpleisskopf (2 938 m.). l'ascension si souvent répétée du Wildstrubel (3 253 m. mais elle échoua par suite du mauvais temps et du danger d'avalanches. de Kandersteg à Lauterbrunnen et en décembre la traversée du massif des Hohe Tauern avec l'ascension du Riffeltkor (3115 m. accompagné de plusieurs amis.).) et le Mont F élan (3 765 m. toujours sans succès. du Furgler (3 007 m.). moins importantes il est vrai. cours qui se termina par une ascension à la Cima di Jazzi (3818 m.) et finalement la Jungfrau (le 24). — En janvier eut lieu le premier cours de ski pour guides à Zermatt. Hoek et Schottelius gravissaient le Dammastock (3 633 m. trois cols très fréquentes actuellement.). En 1896.). le malheureux Kœnig et son ami Walter Flender devaient périr misérablement dans une crevasse du Grenzgletscher. le Pizzo Centrale (3 003 m. On ne compte. la Scaletta (2 619 m.

depuis longtemps. . on avait pu suivre leur marche jusqu'aux Bosses. le D r Payot en fut le principal initiateur. A la fin de cette même année. A ce moment. Leur itinéraire fut le suivant : Bagnes-Panossière. cabane de Bertol (3 423 m. Gross Buin (3 316 m. p. Il réussit néanmoins à s'y coincer et fut retiré sans peine par ses compagnons. malgré les ennuis qu'elle procure. pour la première fois.) (3). Gùmels (3 523 m.) par Hugo Mylius (i). La chaîne des Alpes Pennines fut traversée dans sa longueur. par Helbling et Reichert. Signalhorn (3 212 m.). Outre cette ascension au Mont Blanc. Henry Hoek et Fritz Reichert. col de Seilon (3 240 m. Elle se fit assez rapidement cependant. une caravane de Chamoniards avait fait une première tentative. ils durent battre en retraite devant la tempête (2). 30. la traversée complète. il faut encore mentionner. Inutile de dire qu'à partir de ce moment. Arola. et la marche en fut naturellement facilitée. puis le brouillard envahissant la vallée les déroba à la vue et Mylius fit ouvrir l'observatoire Jansen pour y déposer sa carte de visite. Eckhorn (3 158 m.Cima di Rosso (3 371 m. 30 déjà.malgré le feu de bois pétillant dans Pâtre. ils franchissent ensuite le col d'Hérens(3 480 m.). La neige fut excellente jusqu'au Grand Plateau.). la première en ski à travers la chaîne des Alpes Valaisannes.). qui devint le centre le plus fameux du tourisme hivernal en France. ils arrivaient au sommet. Chanrion (2 465 m. il fallut près de quatre heures à la caravane pour franchir les 450 mètres d'altitude séparant le refuge du sommet. A cette époque. Kaspar Maurer et Heinrich Zurflùh. par sa durée ininterrompue de sept jours.) et la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m.col du Tournelon Blanc (3 600 m. tous du Hasli. 1904. Silvrettahorn (3248 m. dont la Vallée Blanche offre de superbes glissades. Alpiner Wintersport (supplément au Ski).). 2.). par Hasler et ses guides. la 'première ascension hivernale de l’Aletshorn (4 182 m. Schattenspitze (3 225 m. sur l'instigation du D r Payot. qui employèrent des skis jusqu'au pied de la 1 2 3 4 SA*. C'est évidemment la raison pour laquelle les Français se laissèrent ravir cette belle conquête. devaient s'arrêter tous les 4 ou 5 mètres et même se coucher dans la neige. Cette montée exigea douze heures. les guides chamoniards. 142 Cette altitude resta longtemps la plus haute atteinte en ski et ne sera surpassée que plus tard sur les pentes de la Punta Gnifetti (4 561 m. D'énormes quantités de neige recouvraient la montagne. le guide Balmat. et ses entreprises hivernales ont fait époque. la caravane rentrait au refuge. Elle avait été tentée deux ans auparavant (en mars 1902) par deux fameux skieurs allemands. écrit Helbling.). Cependant. et ses guides des Oberlandais : Alexandre Tànnler.) (première?).) et d'autres cols encore .). . Il est vrai que Miss Straton n'était pas française non plus. Alpen Zeitung. puisqu'à 8 h. un mois plus tard. Zermatt. Le lendemain. Le lendemain. et le guide Tànnler tomba dans une crevasse.) (un affreux casse-cou). ils étaient de retour au refuge Vallot. Mylius et ses guides. « Cette course.). I. mais elle eut du moins l'occasion d'engager des guides du pays pour sa première ascension hivernale au Mont Blanc. — la traversée du Finsteraarjoch (3 360 m. — La principale ascension est celle du Mont Blanc (4 807 m. Au crépuscule. la sixième ( ?) traversée de l’Oberland bernois par Hugo Mylius.). A Chamonix. De Chamonix. où le thermomètre ne marquait que -8°. en traversant le glacier des Bossons. Oesterr.). avec ascensions du Finsteraarhorn et de la Jungfrau. Plus importante et mieux réussie fut. p. la descente aux Grands Mulets fut gâchée par l'obscurité. Arrivés au Petit Plateau (3 800 m. le Wetterborn (3 703 m.allemands . sous la direction du Dr Payot. Sur l'arête des Bosses. En dépit d'une excellente neige poudreuse (chance très rare dans ces régions exposées aux vents). Un seul Chamoniard. Schilthorn (2 973 m. » L'année 1903 est importante encore parce qu'elle marque le premier essor du ski dans les montagnes françaises. De Lognan ils étaient arrivés à Orsières par le col du Chardonnet (3 325 m. Simmenthaler Niederhorn (traversée) et Rinderberggrat . 1904. le froid devint excessif et Mylius l'évalue à près de -30°.). dont le développement fut tardif dans toute la France. Son thermomètre n'était pas gradué au-dessous de — 20° et le mercure s'était. ils durent battre en retraite. mais les conditions furent généralement favorables. la caravane avait négligé de s'encorder. t. deux heures lui suffirent pour gagner Chamonix (4).).) par Hoek.). p. lui aussi. col de Riedmatten (2 916 m.). Par la vallée de Bagnes ils gagnèrent la cabane de Chanrion et parvinrent jusqu'au col de l’Evêque (3 393 m. commençaient seulement à pratiquer le ski. Il réussit également l'ascension du Buet (3 097 m. dans l'Oberland bernois.) et le Dossenborn (3 140 m. Hugo Mylius était un Allemand. retiré dans la boule inférieure. en février. p. Le touriste et ses guides eurent plusieurs orteils gelés. mais.). 1903. exténués et probablement incommodés par la raréfaction de l'air. la température ne s'éleva pas au dessus de -10°. I. et probablement dans les Alpes entières (1). Mais. Petit Cervin (3886 m. de la cabane de Panossière (dans le massif du Grand Combin) à Zermatt.) de Grindelwald à la Grimsel et à la Furka par Helbling .) et descendent à Zermatt.). Aux Grands Mulets. col d'Hérens (3 480 m. le Piz Kesch (3 420 m.). la caravane quittait le refuge et montait en ski jusqu'à la cabane Vallot (4362 m. la corde fut déployée et utilisée en toute circonstance. accompagna Mylius jusqu'aux Grands Mulets pour ouvrir le refuge. où elle s'arrêta de 1 heure à 1 h.). certaines parties glacées exigèrent la taille de marches. A 5 heures du soir enfin. est bien. la plus longue expédition en ski réussie dans les Alpes suisses. col du Mont Rouge (3 341 m.). 70 . Des Haudères.). devant la tempête. Oesterr. il conduisit une caravane de skieurs au col du Midi (3 544 m. Alpen Zcttung. à 7 heures du matin seulement. En janvier déjà. malgré un froid très sensible. Tête de Valpelline (3 813 m. 67 sq Le 25 février 1904.).

par exemple. Casanapass (2692 m. Portjenpass (3 244 m. et il est obligé de considérer les choses vues d'en bas. par le Corridor) . — Aiguille du Chardonnet (3 822 m.). par Schucan et Marcuard : HeidelberghûtteSchneejoch (2960 m. Hinter Fiescherhorn (4 020 m. En décembre. la Fuorcla d'Agnelli (3050 m. 1910.). de Ferret et des Grands Montets. Adlerpass (3 798 m. car aucun d'eux ne s'applique particulièrement aux Alpes. Cevedale (3 774 m. Ochsenhorn (3 905 m. Cependant. X. 1907. Fluchthorn (3 403 m.). par un skieur suisse-allemand (Rudolf Martin). 4 290 m. dès lors. la première du Grand Galibier (3 229 m. Les pâturages. le Dème de Polset (3 512 m. en effet. d'une façon générale.). qui furent. par Nœlting et Hutchinson. Passo Ver (2500 m. Wlesbadenerhutte (Gross Buin).). suivant l'état général des précipitations qui les caractérisent : la pluie en été la neige en hiver.). Piz Glùschaint (3 600 m. Les portes des étables sont restées ouvertes pour en aérer l'intérieur. 1906. Circuit de la Bernina (3). Dans les Alpes françaises. Ces deux saisons sont du reste plus ou moins élastiques.).). les indigènes — et tout particulièrement les chasseurs — connaissent la montagne à cette époque et peuvent en apprécier le charme et l'étrange beauté. — En janvier. — Feehoff (3 912 m. sans qu'un nuage apparaisse au ciel.). dans les hautes Alpes. Klein Attalinborn (3 077 m.).). à la fin d'un cours de ski à Saas-Fee.) (1).). Pallon della Mare (3 705 m.).). Passo Muretto (2557 m. Ils gravirent successivement : Forder Galmihorn (3 524 m. une traversée de l'Oberland bernois est citée comme étant la treizième et.).). Les Chamoniards firent cette année le tour du Mont Blanc par les cols de Voza. La troisième eut lie« en 1908 et la quatrième en 1912 Voir chap.). la montagne n'est pas encore absolument déserte. Cima da Flex (3287 m) et Piz Bernina (4052 m).) .). on n'y trouve qu'un vide glacé. Cima Marmotta (3 338 m. du Bonhomme. Wildspitze (3 774 m. Novembre est. irrévocablement fixée par des dates. deux membres du Club Alpin Académique de Zurich. — Col de la Dent Blanche (3 544 m. Gr. Skt.). et l'on voit défiler entre les arbres une colonne de mulets.). on ne les comptera plus. le ski se pratique durant toute l'année. Piz Segnes (3 102 m. Allalinhorn (4 034 m. si facilement accessible à tous depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. Gr.). Finsteraarrothorn (3 549 m. Aiguille du Croissant (env. L’Aiguille au Tour (3 540 m. Mittelrûck (3 324 m. Le printemps et l'automne n'existent pas en haute montagne.). le mois de l'année durant lequel on entreprend le moins d'excursions. Le Furggrat (3 482 m.).). Le Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Seuls. ainsi qu'une exploration du massif des Grandes Rousses.). arrosés avant le départ des bergers. Voyons donc.). terni par le gel nocturne. Par les belles après-midi ensoleillées. celle propice au skieur dure près de sept mois consécutifs (soit du milieu de novembre jusqu'en juin). — Cette année-ci. Jamhùtte. en 1917). Passo Lavirun (2819 m. L'hiver dont nous voulons parler ici n'est pas celui du calendrier. Dans les Alpes autrichiennes : Weisskugel (3 746 m.). avancées ou prolongées. mais encore toutes celles qui nous en séparent. Steiner et Trûmpler. Les troupeaux qui égayaient les alpages sont tous descendus dans la vallée.).) et le Monte Adamello (3 548 m. qui varient naturellement d'une année à l'autre et selon la région alpine. mais. Mont Rossole (3 531 m. Suldensptze (3 383 m.).).face septentrionale . Sivrettapass.). automne. selon les années. quelles sont les caractéristiques de l'hiver alpin. hiver) n'ont certes pas été inventés par un montagnard.). Grand Combin (4317 m. En octobre.) et Atyhubeljoch (3 802 m. s'étend du 23 décembre au 23 mars.). dans sa partie centrale (les sommets du groupe de l'Aletsch ne devaient être visités que beaucoup plus tard. Scbeerhorn (3 296 m. Alpbubel (4 207 m. En octobre ou novembre.). Cette transition est généralement lente et peu connue des alpinistes. Dans les Alpes autrichiennes (groupe de l'Ortler) : Eisseespitzf (3 246 m. de Zermatt à Saas. humide et sombre.). Il serait donc plus naturel de distinguer deux saisons seulement. Les noms de nos saisons (printemps. la saison favorable aux courses d'été s'étend du commencement de juin au milieu d'octobre (soit une période d'environ quatre mois). Monte Moro (2 862 m. Passo di Val Viola (2 460 m. Similaun (3 607 m. L'hiver alpin est beaucoup plus long.). il n'est pas rare de voir les beaux jours se succéder durant plusieurs semaines. plus ou moins étranglées entre les saisons principales. — Traversée du massif de la Silvretta. avec Lunn.) fut traversé pour la première fois par les guides de Saas. Wannenhorn (3 905 m. . Dans l'Oberland bernois. sous la direction du fameux skieur Gustave Walty (Klosters). sans caractère particulier. 1908. et l'époque la plus favorable est certainement celle de mai à juin. lorsqu'on y pénètre curieusement.). dans les Alpes françaises. le Weisshorn (Wildstrubel) (2953 m. selon les conditions météorologiques. eurent l'heur de terminer l'exploration hivernale de l'Oberland bernois. course souvent répétée depuis. Weiss-Sfitze (3 534 m.). Ce ne sont que de courtes phases transitoires. l'alpiniste ne passe pas douze mois par an dans les Alpes. selon que l'une ou l'autre empiétera davantage sur elles. Joderborn (3 040 m. 1909.). nos observations ne concernent pas exclusivement la zone des neiges éternelles. d'Ischgl à Klosters. Mont Rosé (deuxième ascension en ski) (2). ont pris une teinte de vieux feutre.). Alors que. les premiers skieurs anglais à s'aventurer dans les Alpes. Grand Combin. l'air résonne gaiement d'un tintement de grelots. Ils sont chargés 1 2 3 Voir la relation originale au chapitre VIII. dont la durée.) (1). Ebneftuh (3 964 m. la montagne passe peu à peu des conditions qui la caractérisent en automne à celles qui la rendent praticable au skieur. Cependant. la saison morte par excellence. Fuorcla del Confin.). de Seigne.) fut gravie par le professeur Roget au départ d'Orny. été. Dreilànderspitze (3 212 m. Elles peuvent être reculées. Traversée Diablerets-Wildborn-Wildstrubel. Petersgrat de Kandersteg au Lôtschenthal. En outre. 1905. Également une traversée Wildhorn-Wildstrubel. Ochsenscharte (3 000 m.

Malgré un temps radieux. MAJESTÉS ENNEIGÉES) . qui va durer jusqu'au printemps . époque à laquelle les troupeaux remonteront. avant de pouvoir les transporter dans la vallée. qui semble devoir persister éternellement. (Gnberrll.des derniers fromages qu'il a fallu saler et entretenir jusque tard en automne. cette bruyante caravane laisse derrière elle un calme immense. Thnltril. Ce sont les derniers convois qui descendent.

Elles ne sont évidemment pas identiques dans toutes tes parties des Alpes. par le froid qui semble s'être établi définitivement dans ces hautes régions. On en reconnaîtra les effets. saupoudrant rochers et gazons. il choisira les régions d'altitude moyenne. dès le commencement de l'hiver.CHAPITRE III L’HIVER ALPIN Sous la voûte pâle du ciel et lumière délicate du soleil. une forte chute de neige peut fondre rapidement sous l'action des pluies ou du fœhn et disparaître complètement. et voici qu'à leur rencontre. mais sur le glacier. Plus la neige s'est fait attendre et plus le froid a été rigoureux. Elles sont subtiles encore et semblent refléter l'azur du ciel. sans tenir compte du calendrier. Après la mi-octobre. et ce ne fut qu'après une longue semaine d'attente que la garde des forts lui apporta des skis. descendent des horizons lumineux les premières neiges. Sur le sol que les gels nocturnes ont durci et jauni. le chasseur s'avance seul. l'été de la Saint-Martin réserve parfois d'agréables surprises aux montagnards. qui vivons dans le brouillard des plaines. Dans l'autre cas. Celle-ci est toujours en retard sur l'hiver alpin et ces premières chutes de neige ne font que préparer le terrain. Plus cette transformation est lente. les renseignements exacts sur ce premier enneigement font généralement défaut. ceux-ci sont plus dangereux que s'ils restaient proéminents et visibles. durcie aussi. De toutes les teintes si riches d’automne. ces mélèzes s'en vont grimper bien haut sur le flanc des montagnes. Il faut la douce chaleur de midi pour rendre à leurs eaux un cours éphémère. le skieur doit tout d'abord s'entraîner. exige un sérieux enneigement avant d'être praticable au skieur. on trouve une neige plus abondante que dans la haute montagne. Mais en novembre. maître et seigneur. on ne découvre plus que de rares fleurettes. Tandis que nous. Il s'en faut de beaucoup encore. car elle favorisera la formation des avalanches. En poses ridicules ou magnifiques. On a eu des années où la neige ne venait qu'après Noël. le chasseur peut s'élever très haut encore. a ia poursuite de son gibier. les îlots de gazon sont encerclés de glaces poudrées à frimas. Puis les nuées. précisément par le fait qu'à ce moment de l'année la montagne est très peu visitée par les alpinistes expérimentés et qu'il est difficile d'obtenir un rapport suffisant de la part des indigènes. Dans cette nature enchanteresse. l'or des mélèzes est la plus avancée. ne disparaisse plus avant le retour du printemps. ont dévalé les pentes de la montagne. cette fois-ci. il y a peu de chances que la neige. L'auteur se souvient d'avoir été bloqué dans les baraques militaires de l'Oberalp. les mélèzes ont pris leur parure dorée. bien au contraire. grâce auxquels il put s'échapper. ou par un grand froid . les chutes de neige abondantes sont généralement définitives. Du reste. avant de s'aventurer en montagne. Il faut laisser à la neige le temps de combler les trous et de niveler les blocs de pierre. Cette neige est peu profonde encore. à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. Dans ce but. Il importe dès lors de savoir si la première neige est tombée par une température voisine de zéro. Plus haut encore. la zone des grands pâturages où. il y a bien des chances que le terrain — les gazons et les pâturages tout spécialement — soit déjà profondément durci par le gel. Si l'enneigement ne se produit que tard en automne. Masqués sous une mince couche de neige. qui tombe de maintenant. avec le feuillage roussi des buissons de myrtilles et rhododendrons. Certaines années. à pied sec. des nuées grises ont envahi les cimes. On y monte sans décrocher la moindre pierre. Le terrain passe peu à peu des conditions qui le rendaient praticable au piéton à celles qui le rendent propice au seul skieur. Ainsi. où pointent les tiges revêches des grarmuées. les premiers jours d'automne semblent mettre un terme précoce à la belle saison. elle était sèche. skieurs citadins. chassées par le vent. et le beau temps peut durer jusqu'en décembre. Toutes les éventualités sont possibles. Dans le premier cas. En montagne. Dans les combes marécageuses. Novembre est déjà bien avancé et. sans réussir pourtant à masquer les gouffres béants des crevasses. comme celle des glaciers. . l'enneigement préliminaire dure parfois jusqu'à fin décembre. plus le sol sera profondément gelé et plus la neige aura de peine à s'y fixer. C'est que l'hiver peut tarder ou s'établir brusquement. Un soir. la neige découvre des gazons roussis. le sable des éboulis est devenu compact sous l'action du gel. Il est donc dangereux de parcourir la montagne en ski avant que l'enneigement préliminaire soit parfait. Mais la première chute de neige importante ne fixe pas nécessairement le début de l'hiver alpin. enfin. tels qu'ils étaient en automne avant la première chute de neige. rutilant dans l'air limpide et sur le fond rouillé des gazons. là-haut. Or. La neige s'est mise à tomber sur les sommets. Les conditions dans lesquelles se produit cette première chute de neige ont une importance capitale pour la sécurité du skieur qui s'aventurera plus tard en montagne. Il avait neigé sans interruption pendant plusieurs jours. Mais nous reviendrons sur cette particularité dans notre chapitre sur les avalanches. cette neige était presque fondante en touchant le sol et elle se sera congelée en y adhérant fermement. semant leurs flocons toujours plus bas dans la vallée. à la suite d'un été très chaud. Les ruisseaux sont frangés de glaçons et de givre. Lui seul pourra constater les progrès de l'hiver sur l'automne. plus elle sera profonde et complète. attendons patiemment l'annonce des premières neiges dans nos journaux. Mais peu s'en faut. si elle était chassée par un vent du sud ou par un vent du nord. La zone des éboulis. Cette simple particularité va constituer un sérieux danger pour le skieur alpin. cependant . La première neige qui tombe au début de l'hiver ne marque pas le commencement de la saison favorable au ski. si l'on constate qu'en s'effondrant. et l'on rencontre enfin la première neige. légère et ne s'est pas attachée au sol. le 3 octobre 1917. elle a blanchi les taches luisantes et noires. toutes desséchées et dont le parfum s'est envolé dans l'air froid.

C'est précisément là l'inversion de température dont nous voulions parler. les jours sont très courts et l'état des glaciers encore loin d'être satisfaisant. Pour obtenir cette inversion et la maintenir un certain temps.La neige tombant dans les hautes Alpes est absolument sèche de la fin de décembre au milieu de mars. ces conditions inverties sont moins caractéristiques. Si la série typique ne se prolonge pas. 2eme . Il est donc préférable de remettre à plus tard les expéditions en haute montagne. C'est la fameuse série. Nous avons tout d'abord une période d'enneigement préliminaire . L'époque la plus favorable aux grandes ascensions est naturellement celle durant laquelle l'inversion de température atteint son maximum. même par le mauvais temps A partir de la mi-janvier et jusqu'en mars. Pour le citadin observateur. facilement accessible et d'où l'on puisse redescendre sans danger. Ces longues périodes de beau temps sont particulières en janvier et février. les conditions de température en plaine et à la montagne sont véritablement inverties. Dans la seconde quinzaine de janvier ou la première de février. A cette époque. Les couches d'air qui lui sont superposées en bénéficieront et leur température augmentera en conséquence . Nous croyons avoir suffisamment parlé de la première phase qui peut donc s'étendre d'octobre à janvier et qui correspond à l'enneigement préliminaire. plane ou fuyante. Tant que ces conditions météorologiques persistent en haute montagne. mais leur niveau diurne ne dépassera généralement pas de plus de 300 mètres leur niveau nocturne. la renvoie dans l'air. La neige et les vents sont les deux principaux facteurs qui régissent les conditions hivernales de la haute montagne. sans plus rencontrer ces blocs proéminents qui rendent le terrain scabreux et désagréable. En mars par exemple. cette couche de brouillard. cette mer de brouillard est un signe infaillible de beau temps en montagne (1). il pourra généralement gagner les refuges alpins. les effets d'une chaleur pareille sont presque nuls. tandis que le baromètre se maintient continuellement au même niveau. plus ou moins distinctes selon les années. comme un jet d'eau la patinoire. nous l'avons vu. Le premier est positif. loin d'absorber la chaleur solaire. présentant des pentes orientées au nord. où elles flottent et forment la mer de brouillard. Indépendamment du temps qui règne sur les hautes régions. Après quelques jours de régime sec. et cette humidité se condense en vapeurs qui descendent dans les zones inférieures. Cette dernière phase de l'hiver alpin précède immédiatement la première de l'été alpin. augmentant encore la température des couches super-jacentes. car. d'un temps parfaitement stable. selon les années. alors que la montagne rutile sous un soleil généreux et un ciel immuablement bleu C'est le moment où nos bulletins météorologiques indiquent généralement : « Brumeux dans la plaine : hauteurs claires. un thermomètre placé à même une surface exposée aux rayons solaires indiquera souvent plus de 40° centigrades. A ce moment. les chutes de neige deviennent moins fréquentes et leur durée moins longue aussi. le skieur choisira donc un centre bien enneigé. si l'on calcule la moyenne nocturne et diurne à l'ombre.De par sa consistance sèche (et poudreuse au moment de sa chute). en montagne. Mais. la plus curieuse et la plus intéressante des trois. Plus tôt ou plus tard dans la saison. l'action du soleil sur la neige est presque nulle : c'est dire qu'elle n'en altère pas la consistance. Ils pompent jusqu'à épuisement complet l'humidité qui échappe au gel. puis une période de sécheresse maximale dans les hautes régions . tout contribue à maintenir la sécheresse de l'air et la douceur du climat. Que la série soit continue ou sectionnée. Mais la fin de l'année est souvent marquée par des tempêtes et de fortes chutes de neige. celle qui correspond à l'hiver proprement dit. les périodes de beau temps sont plus rares ou plus courtes. il n'est pas rare de voir s'établir en montagne une longue série de beaux jours. c'est-à-dire durant toute la deuxième période de l’ hiver alpin. le second négatif. il faut précisément un froid sensible dans la plaine. au grand dépit de ceux dont les vacances sont irrémédiablement fixées entre Noël et le Nouvel An. plus elle devient perméable aux rayons solaires et plus leur intensité augmente. durant laquelle la plaine se couvre d'un brouillard opaque. La sécheresse de l'air et la puissance solaire se combinent alors et se complètent d'une façon remarquable. on observera néanmoins.Vers la fin de décembre. constitue un puissant réflecteur de la chaleur solaire. il suffit de quelques jours ensoleillés pour rétablir dans l'air une sécheresse parfaite. Plus l'atmosphère des hautes régions se dessèche. enfin un enneigement définitif. la puissance du soleil tend à soulever ces brouillards. une succession de périodes plus courtes. Mais qu'on imagine leur puissance sur tous les corps dont l'orientation ou la substance favorisent l'absorption de la chaleur. entrecoupées de chutes de neige. caractérisée par des pluies et par la fonte progressive des neiges. La nuit. nous pouvons poser deux principes fondamentaux : 1er . humide et froide. même de plusieurs semaines consécutives. cette neige est soumise à l'action de tous les vents qui soufflent dans les hautes régions. ces effets resteront généralement les mêmes. Outre l'incertitude du temps. Sur une étendue neigeuse. Une surface neigeuse est un puissant réflecteur qui. Le phénomène principal est cette inversion de températures qui. à proximité d'un terrain favorable. situé entre 1 500 et 2 000 mètres. peut être continue ou alternative. D'autre part. le thermomètre descend très bas. Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques de la deuxième phase. C'est une constatation qui se vérifie presque chaque année. en janvier et février. on verra qu'elle est bien supérieure à la température moyenne de la plaine. accompagné de températures toujours ascendantes. Les belles journées sont rares à cette époque et ne commenceront guère qu'après la mijanvier. L'hiver alpin compte en somme trois phases principales. qui ne manquera pas de surprendre celui qui les parcourt pour la première fois. ou bien quelque cabane plus élevée. Ces chutes de neige présentent du moins l'avantage d'entretenir le terrain du skieur. 1 Durant la journée. les hautes régions présentent un aspect particulier. Pour ses vacances de Noël. Tandis que la température de l'air reste voisine de zéro durant toute la journée.

hérissés de vagues. les hautes Alpes contenteront donc rarement le skieur et l'alpiniste en mêmetemps. ou. le phénomène inverse se produira. Le vent détruit constamment ce que la neige édifie . en collaboration avec les vents. Car. il gagnera le pied des arêtes et troquera au bon moment ses skis contre des crampons. moins il y a de neige. au moment où les arêtes et les sommets sont secs — c'est généralement le cas de janvier à la fin de mars — les neiges et les glaciers sont ravagés par les vents. plus la neige devient coriace et désagréable. reste houleuse jusqu'à la prochaine précipitation. En été. Or. Les basses températures empêchent le soleil de la fondre. ni adhésif. mais il n'en est pas ainsi. ces névés offrent au ski une surface douce et régulière. la neige. alors qu'en réalité. est sèche. c'est-à-dire durant la deuxième période de l'hiver alpin. les neiges se transforment lentement en névés. Ces deux facteurs sont en lutte presque continuelle durant tout l'hiver. convertit cette neige en une croûte qui lui permet d'adhérer fermement aux rochers. qui rendent les hautes cimes quasi inabordables. Car ils sont franchement opposés. restent dénués de neige -pendant tout l'hiver. légère et poudreuse. il faut parfois attendre plusieurs jours avant que les arêtes rocheuses soient nettoyées. Qu'il ne se laisse pas entraver. ni par les objections telles que la brièveté des jours ou le froid intense des nuits. où les crevasses bâillent le plus souvent entre d'immenses étendues de glace noire. directe ou indirecte (tourbillonnement). plus on monte. elle n'a pas un pouvoir cohésif. au sujet des arêtes rocheuses et des pentes de glace : «Les arêtes rocheuses sont généralement aussi sèches en hiver qu'en été. ils se trouvent sur le flanc des montagnes. La neige hivernale. parce que moins exposé au vent. et il faut savoir lui subordonner tous les autres petits avantages. Au printemps. Il évitera également les plateaux ravagés par les vents et les glaciers dénudés. Il évitera de préférence les montagnes exclusivement neigeuses et se rabattra sur des sommets mixtes ou rocheux. Mais. qui permettent des montées rapides et directes. il attendra le printemps et les premières semaines de l'été. De nombreuses observations ont permis à l'auteur de formuler les lois suivantes. En élaborant ses plans de campagne. en hiver. mais dont l'exactitude est prouvée par les faits : 1e La neige beaucoup moins sur Les sommets que dans les vallées et. profitera. les précipitations sont beaucoup moins fortes qu'on ne le suppose. où les glissades deviennent un véritable enchantement. et la neige poudreuse reste au contraire une exception. Celui qui cherche avant tout la « bonne neige » devra donc se confiner dans les régions d'altitude moyenne. L'alpiniste. une fois labourée par les vents. à cette époque précisément. car il contribue à la sécheresse des hautes régions. les arêtes ourlées de corniches — conditions printanières . Celle-ci s'accumule plus bas encore. Comme on le voit. et c'est là qu'ils se précipitent presque entièrement. Elle ne peut donc pas s'attacher aux rochers et n'offre . par contre. Elle conserve son caractère poudreux et. ils paraissent flotter à la hauteur des cimes. pour jouir pleinement des névés en formation. Sous la chaleur toujours croissante du soleil. ni par les préjugés. A la faveur des neiges coriaces. toutes les arêtes. l'enneigement des hautes Alpes dépend en somme de deux facteurs principaux : la quantité des précipitations et la violence des vents. les sommets sont surchargés de neige. comme elle est composée de légers cristaux. les faces et les sommets exposés à l'action de ces vents. En été. il risque fort de s'exposer à de cruelles déceptions. Vers le milieu du jour. Car. qui peuvent sembler paradoxales au premier abord. C'est pourquoi. Plus le beau temps dure. Les neiges qui tombent par un temps calme (castrés rare en montagne) sont arrachées ultérieurement par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. Si le vent ne soufflait jamais dans les Alpes. sur lesquels les vents n'ont plus aucune prise. Les glaciers exposés à la furie des vents d'ouest et du sud-ouest sont eux-mêmes dépouillés de neige. La plupart des arêtes et des faces neigeuses sont verglacées durant tout l'hiver et exigeraient une taille de marches beaucoup trop longue. Elle tombe par une température très voisine de zéro. non pas dans les régions les plus hautes (où la chaleur solaire les dissipe aisément). Un temps stable constituera toujours dans son jeu le principal atout . 2° Les vents — surtout ceux d'ouest et du sud-ouest — jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes régions. Lorsque nous observons ces nuages de la vallée. et la chaleur solaire. Voici ce que dit Arnold Lunn dans son Alpine Skiing. de la sécheresse des sommets pour les gravir au cœur de l'hiver. mieux encore. l'action du soleil n'est pas assez puissante pour transformer sa surface et l'améliorer comme au printemps. dans les hautes régions que dans les basses. Ou bien. — Comme conséquence. Elles ne se produisent guère que lorsque la neige est déjà bouleversée par la tempête. ou plus loin. S'il néglige ces précautions. et au détriment des régions supérieures. la neige est adhésive. il déplace cette neige au profit des régions inférieures ou abritées. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. Ceci s'explique par le fait déjà mentionné que les nuages qui produisent cette neige tendent à se condenser.Ceci posé. après une tempête de neige. En plein hiver. qui vont intervenir à leur tour et disperser le peu de neige tombée aux hautes altitudes. Les périodes pendant lesquelles l'atmosphère reste absolument calme sont très rares dans les Alpes. suivie du froid nocturne. voyons maintenant dans quelle proportion interviennent ces deux facteurs : neige et vent. d'une façon générale. du rapport dans lequel ces deux facteurs se contrarient. mais dans les régions inférieures. au moment où les conditions météorologiques sont stabilisées. celui qu'attirent les hautes cimes. qui enlèvent aux glissades tout leur charme et les rendent même fort pénibles. au contraire. où il sait trouver un élément abondant et poudreux. en haute montagne. Ce fait est important. On pourra donc constater d'une façon générale que. le skieur alpin est donc réduit à se plier aux conditions très spéciales qui l'attendent en montagne.

bien que la neige. beaucoup de pentes neigeuses conserveront leur blancheur immaculée et resteront neigeuses durant tout l'hiver. Mais un bel automne aura comme conséquence de découvrir les pentes glacées. Un temps stable. de fait. Selon les années. la neige qui couvre un toit de chalet présentera généralement une couche inférieure de glace. durant tout l'hiver du calendrier.. les pentes supérieures présentent toujours autant de glace en janvier qu'en octobre. par suite de ce gel superficiel. il est probable que la plupart des skieurs s'y rendront au mois de mai. La fonte et le gel alternatifs produisent une neige de plus en plus dure. Ce n'est pas le cas. dont l'accès se fera sans peine et dont la descente offrira tous les charmes de la glissade sur une neige parfaite. Ceci dépendra beaucoup du temps. Le danger des crevasses est donc moins grand. une pente de glace est transformée en une pente de neige lorsque la neige tombant à une température juste inférieure à zéro s'attache à la glace. il préfère suivre le cours des frais ruisseaux et cueillir des violettes. » Durant les deux premières phases de l'hiver alpin. Si le temps est beau et calme. on. mais beaucoup plus rare. ou phase centrale. mars conserve tous les agréments du plein hiver. Par conséquent. Actuellement encore. Le processus usuel de fonte et de gel alternatifs permet à cette neige de s'attacher fermement à la glace et finit par la couvrir d'un tapis compact et croûte. et. étudié. c'est-à-dire jusqu'en mars. qui nettoie si bien les arêtes rocheuses. la neige repose sur de l'herbe ou de la terre. en hiver. le skieur exigeant sera donc rarement satisfait par les conditions de la neige en haute montagne. C'est dire que. Par exemple. Aussi fera-t-il bien de s'y confiner. Celui-ci fera donc mieux d'éviter ces hautes régions jusqu'en mai. elle reste la meilleure pour tous ceux qui sont alpiniste et skieur au même degré. Durant la première phase (novembre-décembre). en fondant. car la neige qui y tombe n'a aucun pouvoir adhésif et sera enlevée au premier coup de vent. plus séduisants et moins éloignés des villes. est toujours possible. de larges vallons. c'est l'époque durant laquelle les skieurs sont les plus rares en haute montagne. et même qu'en janvier. où il pourra goûter toutes les joies du ski. marque en somme l'apothéose de la saison hivernale. Par conséquent. mais s'explique pour deux raisons au moins : d'abord parce que les charmes du ski printanier sont encore méconnus . Une surface neigeuse ne peut jamais devenir une surface glacée. La sufarce glacée inférieure devient de plus en plus épaisse et la couche de neige superficielle de plus en plus mince. fondant en eau. rencontrera des neiges de caractère hivernal ou de caractère printanier. Mais reprenons notre examen météorologique au point où nous l'avons abandonné. Durant la deuxième. puisse disparaître de la glace qu'elle recouvrait. le mois de mai venu. celle-là n'est guère propice qu'au skieur. les hautes Alpes n'offrent rien de bien tentant pour le skieur proprement dit. entre 1 500 et 2500 mètres d'altitude. tend également à enlever toute neige tombant sur les pentes de glace. il est souvent plus facile d'escalader une arête rocheuse en hiver qu'en été. ni les arrières désillusions. cette neige peut être favorable. Aux basses altitudes. plus ou moins englobé dans l'une ou l'autre de ces phases. En haute montagne. les arêtes rocheuses exposées au vent sont normalement dégagées de toute neige. Une pente glacée en octobre restera glacée tout l'hiver. Les montagnards prétendent parfois qu'un été très chaud produit des pentes de glace. si favorable à l'alpiniste. Ceci peut sembler paradoxal. dans les hautes Alpes. Mars forme le trait d'union entre l'hiver et le printemps du calendrier. Si l'on préfère l'alpinisme.. c'est-à-dire en mars. il servira de tampon entre les deux dernières phases de l'hiver alpin. mais jamais de glace. et surtout du fœhn. mais son épaisseur n'est généralement pas suffisante. Lorsque Zermatt sera desservi toute l'année par son chemin de fer. Si l'été n'est pas très chaud. le terrain choisi. Disons tout de suite qu'elle diffère complètement de la phase précédente. Il existe. C'est en mai et juin qu'a lieu cette transformation. Malheureusement. L'eau pénètre le sol au lieu de se congeler à sa surface.. on peut du reste monter en train au Gornergrat et trouver là-haut d'excellentes conditions sur d'immenses glaciers. lorsque la neige repose sur des plaques rocheuses. Alors que celle-ci favorise presque uniquement l'alpiniste. pour les raisons exposées . celle que l'on appelle généralement printemps.. vous trouverez parfois des pentes de glace en miniature. Et si. ensuite parce que le printemps en offre d'autres. D'autre part. se dépose sur une fondation rocheuse. Il nous reste à étudier la troisième phase de l'hiver alpin. janvier et février sont plus avantageux. connu. les conditions sont certainement meilleures en mars qu'en décembre. L'auteur a longtemps considéré le mois de mars comme l'époque la plus favorable à l'alpinisme hivernal. C'est là le ‘playground’ par excellence. et la glace qui se forme sur les rochers devient apparente. et cette surface absorbe la neige fondante. il n'est guère que l'Oberland bernois qui soit assez facilement accessible pour attirer les skieurs au printemps et même en été. il n'aura pas absolument tort. une quantité de pentes favorables. Durant un été chaud. Il représente le dernier mois de la période centrale. Aux altitudes moyennes. de cols faciles et même de sommets bénins. Cette humidité n'est pas absorbée par le rocher et elle gèle conséquemment. «Aux basses altitudes. mais qui. Dès le 1 er juin. Pourquoi donc une pente de neige ne se transforme-t-elle jamais en glace dans les hautes Alpes ? Je suggere l'explication suivante : une pente de neige se transforme en glace parce que la neige. réservé tout spécialement au sportsman. Par le beau temps. surtout si le toit est en tôle ou en pierre. pareil à celui des séries hivernales. qui resteront glacées durant tout l'hiver. Les alpinistes inexpérimentés sont souvent surpris de constater que les pentes terminales des sommets sont plus glacées (plus noires) en hiver qu'en été. au lieu d'aller tâter des neiges printa-nières en haute montagne. entre autres cette sécheresse parfaite des hauts sommets. c'est même la seule qui lui soit franchement favorable. la neige superficielle fond au soleil. sans en éprouver ni les désagréments.aucune résistance au vent. Mars présente en outre deux grands avantages: une clarté diurne plus longue et des glaciers mieux couverts. sa surface est le plus souvent durcie et «houlée » par les vents. Peut-être s'imaginent-ils qu'une pente de neige se transforme en pente de glace par suite du gel superficiel. « Le vent. Selon l'inclinaison et l'orientation des pentes. alors que la couche serait suffisante.

n'a plus sur elles aucune influence. plus le beau temps dure. Prévision du temps. . et cela sans constater de variations sensibles dans la surface neigeuse. Même ea fondant. Mais. et finira par disparaître complètement sous l'action du fœhn et des pluies. Ce que nous allons dire des conditions nivales du mois de mai est encore valable en juin et même au commencement de juillet. selon les années. brusquement. Aussi longtemps que le beau temps persiste. Sa consistance plus homogène diminue le risque des avalanches. les beaux jours sont rares en avril. écrit Lunn ( 1). En mai. Car. mais une caravane de skieurs expérimentés courra moins de risques au printemps qu'en hiver. la neige est soumise alternativement à la fonte diurne et au gel nocturne. La neige qui ponte les crevasses n'a plus cette consistance poudreuse qui la rend si fragile . elle est au contraire compacte et résistante. dans les hautes régions. alors que la neige peut. En hiver. et. Enfin. Le soleil est si puissant à cette époque qu'il finit par exercer un pouvoir érosif considérable. c'est. mais. On part à pied. sur laquelle vous glissez toujours à la même vitesse. 99. les avalanches ont un horaire et un cours beaucoup plus réguliers. Nul n'a réellement entendu le murmure des eaux. p. On évite ainsi tous les longs détours d'une piste en zigzags. Vous commencez votre journée en décrivant des virages à la descente d'un col glaciaire et vous la terminez au coucher du soleil par une flânerie entre les pins odorants. son étonnante régularité. les jours sont longs. plus la neige devient coriace et houleuse. C'est une neige confortable par excellence. les améliore constamment et les rend bientôt insensibles à l'action du vent. elle ne commencera que vers midi. adhérer à un terrain quelconque. et cela à toute heure du jour. cette neige s'améliore constamment. vous atteignez quelque fenêtre ouverte suc les vallées et sur la verdure extraordinaire du printemps. d'une altitude même inférieure à 1 500 mètres. On pourra se passer de corde pour parcourir la plupart des glaciers. C'est. la neige deviendra lourde. Le vent. plus leur enneigement sera tardif ou minime. ce terrible ennemi des neiges. En mai et juin. Vous pouvez partir en ski d'un sommet supérieur à 4 500 mètres et descendre d'une seule glissade jusqu'à la cabane. Ce qui fait le charme de cette neige printanière. Au printemps. il est plus facile d'en prédire le début et surtout la fin. Parfois il rentre dans la période transitoire de l'hiver au printemps. en effet. car l'été est venu. même exposé au vent. jusqu'à la rivière plus bas. les efforts de l'ascension sont bien diminués. dangereuse. les Alpes ne sont plus merveilleuses qu'en mai. Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent. le temps se rétablit généralement et. Mais. l'époque où le fœhn souffle avec le plus de violence. il est mieux d'attendre le mois de mai. à poursuivre sa campagne à pied. Sous l'action réitérée du soleil. en mai. meilleure elle deviendra. En mai. en tirant ses skis derrière soi. En hiver. La limite inférieure des neiges est naturellement beaucoup plus élevée au printemps qu'en hiver. Certains journaux publient un bulletin météorologique accompagné d'une carte 1 Alpine Skiing. on puisse pratiquer le ski matin et soir jusqu'au milieu de mai. séparés entre eux par des crêtes en miniature. le skieur pourra compter sur une neige parfaite. je sais qu'il n'y a pas de beauté égale à celle des montagnes en mai et pas de skiing comparable à celui du printemps sur les glaciers. Quant à la descente. le skieur alpin va trouver des conditions parfaites aux hautes altitudes. l'enneigement ne commence réellement qu'en avril ou mai. Les avalanches sont évidemment plus fréquentes en mai qu'en janvier. C'est la meilleure saison pour les longues expéditions. à travers des pâturages émaillés de gentianes et d'anémones. de par sa consistance. et l'on monte sur la neige gelée. dont la musique n'est jamais plus agréable à ceux qui ont vécu dans le silence des neiges. on est. Juin est également excellent. le temps est presque toujours moins stable qu'en mai. le froid presque insensible. les avalanches peuvent tomber n'importe où. il fera mieux de clore la saison. Avril offre beaucoup d'analogie avec le mois de mars. leur beauté est faite de contrastes. — S'il est difficile de prévoir la durée d'une période de beau temps. « Jamais. au commencement de mai au plus tard. Les neiges se tassent. humide. qui procure au skieur une immense confiance. le terrain favorable ne commence guère qu'au-dessus de 3 000 mètres : c'est la zone des glaciers proprement dite. hors de leur portée. En mai. Le danger d'enfoncer ces ponts est donc très minime. Dans les régions d'altitude moyenne. Une fois sur les glaciers. en juin. tant qu'il n'a pas perçu le concert par lequel la montagne salue le printemps. En évoquant les charmes du mois de mai. la traversée des eols glaciaires et l'ascension des cimes neigeuses. Dès le fin d'avril.précédemment. Vous flânez durant des jours dans l'éclat lumineux des glaciers. de bon matin. Mai est sans contredit la meilleure époque pour le parcours des glaciers en ski. Vers la fin du mois. mais il est généralement caractérisé par des tempêtes et un fort enneigement. Au printemps. bien qu'en certaines régions. Aussi n'est-il plus question ici de la zone subalpine. lorsque la surface des neiges est suffisamment adoucie par l'action du soleil. Plus souvent la neige sera fondue et gelée. et jamais les glaciers ne sont mieux couverts. Les neiges se creusent de légers sillons ou d'entonnoirs circulaires. le grand apôtre du ski printanier. et c'est là un avantage qui n'est certes pas à dédaigner. du reste. Le soleil les transforme. J'ai fait des courses à toutes les saisons et j'ai vécu durant des années parmi les montagnes . si l'on préfère le ski. en règle générale. c'est tout le contraire. C'est le premier stade de la neige des pénitents (nieve pénitente) et si le skieur ne veut pas devenir pénitent lui-même. je ne puis m'empêcher de citer ici quelques lignes de mon ami Arnold Lunn. avant tout. les séries de beaux jours sont fréquentes. elle conserve ce caractère cristallin particulier aux névés. par contre. » Juin ne diffère de mai qu'en ce que la limite inférieure des neiges est encore plus élevée. les glaciers s'améliorent considérablement et les crevasses finissent par se ponter solidement.

qui accompagne toujours le vent. Lorsqu'elle franchit notre méridien. ces précipitations augmentent et s'étendent encore. et. nous observons des vents du sud. et mieux vaut ne pas être bloqué dans une cabane. A. nous avons toutes les chances de beau temps. Celui-ci a commencé par souffler du sud. mais le froid. ils découvrent des rochers secs qui nous apparaissent plus noirs qu'en été et des parois de glace d'un bleu verdâtre. les isobares sont généralement plus ou moins concentriques et les vents prennent une direction tangentielle à celle dé cès isobares. 15. chaque bureau téléphonique doit posséder à partir de midi la prévision émise à 11 h. Ceux du sud-ouest sont les plus violents. le skieur ne peut évidemment pas consulter les bulletins météorologiques. Les émissions de 13 heures contiennent aussi la description générale de l'évolution isobarique en Europe. et par conséquent dans toutes les Alpes). il doit se fier aux signes du temps. Comme conséquence. 15 à partir de 18 heures la prévision émise à 17 h. à une altitude de 2 000 mètres. Il commente brièvement la situation météorologique et prédit le temps du lendemain. la voie la plus fréquente des minima et maxima à travers notre continent. et le skieur prudent fera bien de fuir devant la tempête. au Congrès international de l'Alpinisme. Non pas que cette violence soit beaucoup plus grande en hiver qu'en été. Le cycle dont nous voulons parler ici est constitué par des vents soufflant successivement du sud-ouest. Au moment où cette dépression aborde la région de la Manche. Lé vent redouble de violence. le ciel s'éclaircit et le froid augmente. plus les précipitations diminuent . 30 et 19 h. Les effets du vent dépendent non seulement de sa violence. Si la dépression barométrique se déplace rapidement à travers notre continent. bien qu'ils apportent précisément le plus de neige. 55 . En haute montagne. Ils soufflent rarement en phases déterminées. à constituer une commission chargée de s'occuper de ce problème. S. de sorte que les flèches indiquant la direction des vents sur la carte du bulletin décrivent une rotation inverse à celle des aiguilles d'une montre (dans notre hémisphère nord. qui semblent surgir des vallées. qui est en train de se réaliser. les vents d'ouest-sud-ouest ne tardent pas à tomber. du sud-ouest et de l'ouest. les Alpes sont généralement évitées par le centre des dépressions et. pour reprendre peu après. Les vents du sud-ouest apportent dans l'air une certaine humidité qui va se condenser en brouillards au flanc des montagnes. Au cœur de l'hiver. de Zurich (Hongg) à 13 heures et 19 heures. tant qu'il s'y maintient. de sorte que les dernières neiges tomberont généralement « de bise ». se déplace vers l'est. En arrachant la neige superficielle. Ce sont là des augures infaillibles. mais il reste assez clair jusqu'au dernier moment. il y a plusieurs années. Le cas le plus généralement observé est le suivant : la dépression barométrique venant de l'ouest (océan Atlantique). toutes luisantes au soleil. engourdit et démoralise bien vite celui dont la volonté et l'énergie ne seraient pas à toute épreuve. car il ne sait jamais combien de temps elle durera. où les vivres peuvent manquer avant la fin de la tourmente. envahissent la montagne. Mais. puis du nord et du nord-est. une température élevée et de fortes précipitations sur le versant méridional des Alpes. comme on le sait. nous avons vu qu'ils jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes Alpes. Elles permettront probablement de réaliser la proposition que je crois avoir été le premier à faire. nous enregistrons une baisse de température. de Quervahn. en effet. au moment où la dépression franchit notre méridien. hauteurs claires ». enfin il saute assez brusquement au nord-ouest et au nord. sur la base d'une carte du temps qui n'est pas publiée. en passant au nord des Alpes. et nous y reviendrons plus loin. En tout cas. Leur intensité est généralement moins régulière. Autour d'une dépression barométrique. mais aussi de sa durée. les touristes disposent maintenant en Suisse de moyens rapides pour se renseigner. soulève la neige en tourbillons. s'il ne porte pas de baromètre sur lui. 1 En Suisse. le professeur A. Dès qu'une nouvelle dépression apparaît à l'ouest du continent. les bulletins météorologiques indiqueront généralement l'inversion de température dont nous avons parlé plus haut : « Brumeux dans la plaine . A mesure que la dépression se rapproche. Les vents du sud présentent souvent les caractéristiques du fœhn. elle annonce un changement de temps presque certain et plus ou moins imminent. Ces propositions ont été publiées dans l'Alpina et ont amené le Comité Central du C. Le ciel se voile légèrement. et. C'est le moment psychologique pour entreprendre de grandes ascensions. le temps dépend toujours de la répartition des pressions barométriques (1). les vents prennent la direction même des isobares. telles que les phases diurnes de la bise. mais plus grande que celle des autres vents. Les bureaux téléphoniques communiquent ces prévisions contre une taxe minime de 20 centimes. de munir certains refuges d'appareils de réception permettant de se rendre compte de la situation générale du temps.Nous avons dit que les vents qui accompagnent les tempêtes de neige soufflent généralement du sud. les effets de ces vents se vérifient d'une façon frappante sur toutes les arêtes et les faces orientées au sud-ouest. . Puis des brouillards. si elle ne s'attarde pas dans la région des Iles Britanniques. Les vents d'est et du sud-est sont les plus rares dans nos Alpes. nous observons presque régulièrement un changement de vent. Un maximum de pression barométrique s'établit sur l'Europe centrale et. puis il a tourné à l'ouest. La phase transitoire entre le vent et la bise marque presque toujours la fin des précipitations. En plus. Ils ont le droit d'exiger que les sociétés de développement mettent à leur disposition ces renseignements dans tous les centres du tourisme . Ce bulletin s'affiche également dans les principales villes et dans certaines stations de montagne. Or. en soufflant du nord. de l'ouest.représentant par des courbes isobares la pression barométrique telle qu'elle est répartie sur notre continent. Cycle des vents. Celui qui a éprouvé la violence d'une tempête en haute montagne peut seul comprendre les risques qu'elle présente pour la vie du malheureux qui s'est laissé prendre. Plus la dépression s'éloigne. C'est. m'écrit ML. les deux prévisions journalières du bureau météorologique central sont répandues par radiotéléphonie de Lausanne à 13 h. A ce moment. puis sur les sommets. sous le nom de bise.

Le skieur prudent restera donc chez lui ou attendra patiemment au refuge l'éclaircie désirée. Le fœhn est tantôt sec. Même si le parcours d'une crête était possible. tous les vents sont froids et détestables pour celui qui n'est pas équipé en conséquence. la bise peut souffler en ouragan. sur le versant opposé. Mais. Comme elle succède le plus souvent à des précipitations et que sa durée est généralement plus longue que celle des vents d'ouestsud-ouest. Ou bien elle présentera une période diurne dont l'intensité sera maximale au milieu du jour. par suite du courant d'air. par suite du contraste. nous ne connaissons que le fœhn du sud (ou fœhn proprement dit). et l'air du versant sud. Or. étonnant a qui n'y est pas accoutumé et permettant des siestes en bras de chemise à 4 000 mètres d'altitude. jusqu'à de hautes altitudes. il peut souffler en plein hiver et nous apporter des conditions printanières anormales. En haute montagne. lorsque tous les nuages se sont dissipés. le temps est presque toujours mauvais. L'air est parfaitement calme. Il est provoqué par une forte différence de pression sur les deux versants des Alpes. ce sont précisément les vents qui règlent la température. car. imperméable à l'air comme à l'humidité. elle produit une aspiration qui entraîne l'air des vallées. Le fœhn sec (ou fœhn proprement dit) est moins violent que le fœhn humide : c'est une sorte d'atmosphère chaude qui semble absorber l'humidité de l'air. ces contrastes de température sont beaucoup plus sensibles en hiver qu'en été et finissent par éprouver sérieusement le skieur alpin. Le fœhn humide est peu connu : il souffle violemment du sud-ouest et peut provoquer des pluies même en plein hiver. assez forte au début. Le fœhn est le vent typique du printemps. Ceci est important. à cause de la violence de la bise. le froid nous paraîtra désagréable. Dans certains endroits abrités. le fœhn peut souffler et la pluie tomber par une forte pression barométrique. ravageant en quelques heures le tapis de neige encore épargné par les vents. ses effets sur les neiges sont aussi plus considérables. nous n'éprouvons guère les températures diurnes que par le beau temps. est indispensable. placé sur un habit étendu en plein soleil. Ce sont les fameuses séries dont nous avons parlé plus haut et qui sont plus stables encore que celles produites par les vents du nord. Tant que dure le beau temps. succédant à la précipitation sur le versant sud de toutes les nuées formées durant son mouvement ascensionnel (1). le fœhn souffle du nord pour les mêmes causes et les mêmes raisons. tantôt humide. C'est un vent intermittent qui vient et passe. il serait en tout cas fort désagréable. Cependant. En hiver. E est ce que les Tessinois en particulier et les Italiens en général appellent la tramontana . passant par-dessus la chaîne. A ce moment. en montagne. Mais. montera en quelques minutes à 40 centigrades. L'équilibre est alors rompu. Il est caractérisé par des périodes plus ou moins longues de ciel intensément bleu et de chaud soleil. Cette bise est plus froide et plus désagréable encore que les vents d'ouest-sud-ouest. C'est pourquoi un vêtement ad hoc. mais. Or. nos vêtements absorbent toute cette chaleur. parce qu'elle coïncide régulièrement avec un sensible abaissement de la température. et provoque toujours une élévation de température et une fonte considérable des neiges. mais plus caractéristique que les autres vents. Le fœhn doit précisément sa chaleur et sa sécheresse à cette chute sur le versant nord. Un thermomètre. Lorsqu'une dépression passe au nord des Alpes. La houle qui se forme sur les champs de neige (et dont nous parlerons au chapitre suivant) est presque toujours due à l'action de la bise. plus le soleil est chaud. la température de l'air semble d'une douceur exquise. Lorsque les vents du sud prédominent. tombe dans les vallées ouvertes au pied nord des Alpes. il est souvent impossible de tenter une ascension. Le fœhn est moins fréquent. diminue à mesure que la dépression barométrique s'éloigne. 1 Sur le versant nord des Alpes. la chaleur solaire peut même devenir incommodante. où l'air ne circule pas. pour peu qu'un vent se mette à souffler.La violence de la bise. Par un temps radieux. plus les vents nous paraissent froids.

est la meilleure neige pour le ski. 4° Neiges printanières (ou névés). 2 . douces et collantes. Jamais elle ne colle. la neige poudreuse peut être transformée en neige molle par la fonte. aucun auteur n'en a poussé l'étude aussi loin que Lunn. il est bien entendu que la température de l'air à l'ombre reste inférieure à 0°. la neige fondra et sera croûtée par le gel subséquent (neige croûteuse). qui craquent sous les skis comme des feuilles mortes en automne. Dans les endroits abrités et dans le voisinage des ruisseaux ou des marécages. Trois facteurs peuvent alors intervenir et modifier sa consistance : le soleil. Ces cristaux grandissent chaque jour. Elle est produite en grande partie par la condensation des brumes qui stationnent durant la nuit auprès des cours d'eau. plus vite elle se tasse. En attendant. (température de l'air inférieure à 0°. Il est probable que la prochaine décade verra paraître une monographie complète de la neige. Sous l'action d'une fonte persistante. — NEIGES. mais cette transformation n'a généralement lieu qu'au printemps. la couche aura diminué de 30 à 40 %. le soleil et le vent (indépendamment ou simultanément) contribuent à durcir la surface poudreuse. Lorsque la fonte n'intervient pas. Lorsqu'elle vient de tomber et que la température est inférieure à 0°. Dès que la fonte se produit. Disons tout d'abord brièvement quelles sont les transformations successives de la neige. par opposition a la fonte purement locale. Moins il fait froid. parallèles à la direction du vent. causée par les rayons du soleil. Après deux ou trois jours. le soleil la transforme peu à peu en neige printanière. Au milieu du jour. 30 centimètres. alors que la chaleur solaire est maximale. à mesure que la neige se tasse. 2.CHAPITRE IV LA NEIGE ET LES AVALANCHES A. à laquelle elle adhère fortement. ou névé. Mais. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. il se forme sous les skis une couche de glace. Nous adoptons ce terme de fonte pour caractériser une température générale de l'air supérieure au point de congélation (fœhn). et lorsque sa profondeur ne dépasse pas 20. à moins que les skis ne soient préalablement mouillés par le passage dans une neige humide. 1° Neiges poudreuses. mais la durée du cycle est toujours limitée par deux chutes de neige consécutives. ou en neige croûteuse par le soleil ou le vent. Dès son origine. Nous pouvons donc classer les neiges en quatre grandes catégories : 1° Neiges poudreuses . 2° Neiges molles (collantes) . si cette fonte persiste assez longtemps. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. Cette neige est poudreuse. cette neige peut subir de légères transformations. Une quantité de combinaisons intermédiaires sont possibles. nous allons la simplifier et l'ordonner quelque peu. Cette neige fraîche est loin d'être compacte. Dans ce cas. la neige finira par disparaître complètement. Au cours de l'hiver alpin. Pour rendre sa synthèse plus claire au lecteur. et. légère. et son chapitre intitulé Snowcraft (1) — bien qu'il ne soit pas une étude scientifique proprement dite — nous donne. II. la neige n'est plus affectée que par deux facteurs sur trois : le soleil et la fonte. Nous sommes donc tout naturellement appelés à profiter de ses expériences et nous lui devons gré du temps et de la patience consacrés à ces recherches. 3. Une fois croûtée. Tout en restant poudreuse. 1 Alpine Skiing.) La neige tombe en cristaux hexagonaux. Arnold Lunn est probablement l'homme qui a passé le plus d'heures à scruter les neiges. pour peu que la pente soit exposée en plein soleil. elle forme des cristaux. et moins encore qui nous aient fait part de leurs expériences. Cette neige feuilletée est excessivement glissante et présente un charme tout spécial pour le skieur. un léger souffle de bise peut également produire une congélation fibreuse. Que savons-nous de la neige au point de vue scientifique? Sur les millions d'êtres qui la foulent aux pieds ou la parcourent en ski. chap. Dans ce cas. Cette cristallisation (stage intermédiaire entre la neige poudreuse et la neige croûtée) est encore très favorable au ski. Le vent n'exerce sur elle plus aucune altération apparente. 3° Neiges croûteuses (éventées) . 4. Par contre. il en est bien peu qui se soient donné la peine d'étudier à fond sa consistance. le cycle des neiges ne présentera que rarement la régularité chronologique 1. s'allongent et peuvent prendre l'aspect de feuilles. En quelques jours. Elle contient une grande quantité d'air qui s'échappe peu à peu. Si le vent ne soufflait jamais et que la température fût toujours inférieure à 0°. cette neige est poudreuse. cette surface deviendra croûteuse. la neige croûteuse peut disparaître. qui forme de longs cristaux. elle s'améliore constamment sous l'influence du gel. le vent et la fonte (2). des détails poussés jusqu'au raffinement par un skieur de premier ordre. les neiges poudreuses deviennent molles. Tant qu'elle n'a pas été abîmée par le vent ou la fonte. à son tour. sur les différentes espèces de neiges.

2° Neiges molles. lourde et lente. sèche et légère. Ce sont de beaucoup les plus intéressants et les plus compliqués. 3. la victime favorite des vents. La neige poudreuse. et la surface neigeuse devient dense et compacte. est très dangereuse parce qu'elle forme des gonfles (qui crèvent sous le poids du skieur) et des avalanches connues sous le nom de planches de neige (Schneebrett . si désagréable au skieur. Nous appellerons cette neige neige stratifiée. Par l'action du gel sur une neige molle ou printanière .-W. 4. C'est ce que Lunn appelle : cake powder (poudre à gâteau). Vous aurez peut-être remarqué sur un champ de neige des traces de skis en relief. et l'érosion a laissé en relief deux barres neigeuses. Leur hauteur dépasse à peine quelques millimètres. b. Par contre. Lorsque le vent devient très violent. dans une atmosphère sèche. Voyons maintenant les effets du vent sur la neige poudreuse.-E. Leur direction générale est perpendiculaire à celle du vent principal. qui augmente sa densité. sans perdre complètement sa consistance poudreuse originale.. cette neige refondue ne sera jamais très glissante. C'est une des neiges les plus désagréables au skieur. Son action est donc tout d'abord érosive.) Au moment où la température de l'air devient supérieure à 0°. sur des pentes rapides (S. une fois fondue. L'épaisseur de cette croûte varie entre un et plusieurs centimètres et casse irrégulièrement sous le poids ou les ébats du skieur. on trouvera rarement cette neige en vagues. sur les plateaux ou les glaciers exposés à la furie des vents (et principalement de la bise). Il faut précisément de vastes étendues pour laisser libre cours aux forces déchaînées du vent. Un léger vent (d'où qu'il provienne) exerce sur la neige poudreuse une sorte de stratification. surtout à la fin d'une série de beau temps. et sur toute pente rapide en général. creusant toujours davantage autour de leur base. dont l'aspect est d'autant plus apparent que leur direction était parallèle à celle du vent principal. Cette neige en vagues (en norvégien : skavla est la surface la plus atroce qu'il soit donnée au skieur de parcourir. Les neiges éventées se distinguent des neiges croûtées par leur teinte crayeuse et mate. est. 2 Nous appelons neiges éventées celles dont la croûte est due exclusivement à l'action des vents. C'est la neige cartonnée. 2. Sous l'action d'un vent violent et persistant. au contraire. c. et qui sont d'autant plus gros qu'ils sont plus près de la surface neigeuse. Le passage des skis dans la neige exerce sur elle une certaine pression. Elles irisent la neige. Par l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. et spécialement au fœhn. La formation des vagues procède à l'inverse de celle des dunes de sable. Ce phénomène s'explique de la même façon que celui des vagues. peu glissante et très dangereuse sur lea pentes rapides (voir Avalanches). Ici. contrastant avec la surface des secondes. Le vent est venu: il a dissipé l'élément poudreux partout où sa densité était faible.. Par contre. les cristaux de neige s'agglutinent et la neige se tasse. semblable à celle des vents sur les nuages (stratus) ou sur les sables (dunes). stratifiée durant le premier stade.. Elle reste. Cette neige cartonnée. plus ou moins épaisse selon le gel.). on n'éprouve qu'une très faible résistance.-S. 3° Neiges croûteuses (ou éventées). les arêtes proéminentes font face au vent et soustraient à son pouvoir érosif une surface légèrement inclinée vers l'arrière. et c'est précisément cette consistance qui la rend propice au ski. Par l'action du vent sur une neige poudreuse . . La fonte est due aux vents du S. S. une fois gelée. Le vent a seul le pouvoir de former une croûte sans que la neige fonde préalablement. S. très commune dans les hautes Alpes en plein hiver. Elle devient lourde et colle sous les skis. Ceci provient de la formation de cristaux granuleux. les légères strates (mentionnées au premier stade) se transforment en de véritables vagues qui peuvent atteindre plus d'un demi-mètre de hauteur. Sur les pentes latérales.-W. mais peut se manifester également en plein hiver (1). Nous avons déjà parlé de la neige molle croûtée par le gel. l'action du soleil (qui est beaucoup plus efficace sur ces pentes que sur des plateaux) précède généralement celle du vent et en annule les effets. perd rarement sa consistance cristalline et granulée. La neige. de par sa consistance. Lorsqu'on parcourt ces neiges en ski. Bien qu'elle n'adhère jamais aux skis. Elle est très fréquente dans nos Alpes. et celles-ci se transforment en îlots de formes et de grandeurs variées. La neige poudreuse. semblables à ceux des névés. durcie par le vent. Le troisième stade de détérioration correspond à la formation d'une véritable croûte. La neige qui fond au soleil. elle peut refondre sans plus jamais coller. Il attaque les flancs des îlots qui lui sont opposés. Ces croûtes sont généralement plus épaisses comme celles produites par le soleil et le gel. présente superficiellement des parties plus denses que d'autres (densité due à l'action du soleil ou des vents primitifs). Il faut distinguer quatre variétés de neiges croûteuses éventées (2) : 1. le fœhn provoque une atmosphère lourde qui détruit la formation cristalline de la neige fondante et transforme cette neige en une pâte mouillée et lourde. son action sédimentaire s'accroît naturellement. voir Avalanches). la neige molle se couvre d'une croûte glacée. ne reprendra plus jamais sa consistance poudreuse originale. Si le vent augmente en intensité ou en durée. Elle est également contraire à 1 Le fœhn a toujours sur la neige un effet plus nuisible que le soleil. Les neiges croûteuses peuvent être formées : a. En outre. même s'ils sont humides. (température de l'air supérieure à 0°. Elle est normale au printemps. comme les rides formées par le zéphyr sur un étang. Après la fonte et dès que la température tombe au-dessous de 0°. il arrache la neige tout autour de ces parties denses. Ces strates correspondent aux zones les plus résistantes de la surface neigeuse.

la croûte moyenne freinera sur les arêtes des skis (les virages impossibles). sa puissance n'étant guère suffisante avant cette époque. C'est pourquoi les cols glaciaires et les cimes neigeuses ne sont généralement pas accessibles en ski au gros de l'hiver. plus l'action solaire y sera puissante. Sous l'action alternative du soleil et du gel. avant le lever du soleil. mou et transparent. qui rendront les glissades scabreuses. la vitesse peut être modérée en virant. les vagues se durcissent. — Celle-ci est beaucoup plus rare. A température égale (de nuit. le soleil fondra la neige. plus la neige est dure et soufflée. Même si l'on chemine à pied. les effets du soleil sur ces pentes seront directement opposés à ceux du gel nocturne. Elle doit son nom à une quantité de petits trous qui peuvent avoir le diamètre d'une pièce d'un sou. gelée durant la nuit. sur des glaciers couverts de croûte « filmée ». Ou bien. la sédimentation et l'érosion cessent lentement. La croûte mince cassera. et par un beau gel). le vent tombera avant que le processus soit achevé.provoquera un pénible dérapage. Croûte perforée. — même si la pente est généralement méridionale). séparant des espaces de neige encore poudreuse. En étudiant attentivement la consistance des neiges sur ces pentes sud. Elle perd sa teinte mate et brille au soleil. couverte d'un film glacé. juste suffisanté pour éviter le dérapage. Au milieu delà journée. il faut de bons clous à ses souliers. mais elle reste plus ou moins unie. il arrive que l'érosion découpe des plaques de neige. Rien n'est plus excitant qu'une glissade au lever du jour. se couvrira d'une croûte. l'action alternée du soleil et du gel. Lorsque le processus de fusion diurne et de gel nocturne se répète jour après jour sous un ciel sans nuage.n'offrant aucune résistance latérale. Elle est également commune en mai et juin sur les glaciers. que favorables au skieur. on peut dire que la solidité de la croûte superficielle est directement proportionnelle à l'inclinaison de la pente et à son orientation méridionale. La neige une fois croûtée. Lorsque les skis commencent à tourner dans le virage. nous avons déjà mentionné deux premières modifications (cristallisation) qui n'étaient. Comme le terrain parcouru par un skieur varie à tout moment d'inclinaison et d'orientation (dans ses détails. Elle est composée d'une croûte solide. La croûte « filmée » est merveilleuse pour la glissade en ligne droite. du reste. Le jour.la formation des vagues sur l'eau. croûtemarbrée. La densité de la neige étant maximale à sa surface. les pentes nord peuvent conserver leur neige poudreuse des semaines. Mais l'action du vent n'est pas exclusivement érosive. Il nous reste encore à voir quelle est l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. après avoir complètement ravagé les hauts plateaux glaciaires. Au début. Lunn a distingué différentes espèces de croûtes que nous allons brièvement passer en revue : a. la surface de ces vagues finit par se glacer. c. par exemple. et sa formation n'est pas encore bien expliquée. avons-nons dit plus haut. Nous trouverons là du « carton » ou de la « poudre à gâteau ». La surface est dure et croûteuse. ou un coup de piolet pour pouvoir avancer. En plein hiver. cette croûte est mince et cassante. Elle forme des cristaux qui conservent un certain temps leur caractère feuilleté..et la croûte solide. L'effet du soleil sur la neige dépend beaucoup plus de l'inclinaison et de l'orientation de la pente neigeuse que de la durée de l'insolation. l'action du soleil sur une neige croûtée (et surtout éventée) est plus particulière au printemps. Nous venons de voir que l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse produit une neige croûteuse. 4° Neiges 'printanieres'. Plus le pente sud est rapide. bien entendu. très mince. Elle comprend toutes les sortes de neiges . et cette neige. Plus on s'élève dans les hautes régions. Par contre. cette croûte fond superficiellement et devient skiablé. et nous rencontrons alors des vagues à moitié formées. plus elle sera propice au skieur qui la parcourt de jour. qui sont finalement arrachées par le vent et lancées au loin. En parlant de la neige poudreuse. b. avec Lunn. ce terrain présentera des croûtes d'épaisseur très variable. pour devenir de plus en plus compacts et granuleux sous. « On la trouve. Sur les parties du champ de neige où la densité superficielle était parfaitement régulière (éventualité toujours possible). par contre. parce qu'à tous moments. et sous l'action du soleil printanier. La poussière neigeuse entraînée par son souffle va se heurter violemment aux vagues en formation et finit par y adhérer en partie. écrit Lunn. aux basses altitudes et au début du printemps. Sa consistance perforée a l'avantage d'offrir aux skis une certaine résistance. Plus la pente est rapide et plus la croûte était solide durant la nuit. parce que le soleil ne les frappe que sous un angle très aigu. De bon matin. une croûte dure et glissante que nous appellerons. Peu à peu. Les skis n'y laissent aucune trace et dérapent latéralement. L'élément poudreux une fois épuisé. n'est plus affectée que par deux facteurs : le soleil et la fonte. Il y a donc simultanément érosion et sédimentation. C'est une délicieuse surface de glissement. La fonte peut intervenir à n'importe quelle saison. la croûte s'épaissit et devient de plus en plus dure. Croûte filmée. même si elle n'est pas glacée. sous l'effet du fœhn. ce film de glace molle est rasé et procure une excellente friction qui empêche tout dérapage. Le jour. les vagues n'existent pas. au lieu de les crever de leurs pointes.. qui brille au soleil comme de l'argent en fusion. sauf de rares exceptions favorisées par une chute de neige récente. Nous appellerons donc cette dernière catégorie : neiges printanières. Cette dureté devient parfois si grande que les skis se brisent contre elles. L'action du soleil sera maximale entre 12 et 14 heures environ sur une pente orientée en plein sud et dont l'inclinaison est normale par rapport à ses rayons.

— AVALANCHES1. c'est-à-dire les avalanches qui arrachent la neige jusqu'au sol. que ces bulletins météorologiques nous indiquent la direction des vents. il est bon d'examiner les conditions préliminaires qui favorisent la formation de ces avalanches. ou de glace. elle permet de très belles glissades. Les pentes qui l'hiver sont généralement houleuses et balayées parle vent. l'inclinaison et la nature du terrain sur lequel va reposer la neige. il faudra bien quelques années au skieur alpin. Mes amis Maurice Croftez. des théories et des principes désormais acquis. quelques notes personnelles. c'est. les pentes concaves sont plus sûres que les pentes convexes. La neige printanière a sur la neige poudreuse un gros avantage : une fois abîmée par les vents. mais en pratique?. et celles dont l'inclinaison diminue plus sûres que celles dont l'inclinaison augmente vers la base. peut être excessivement dangereuse lorsqu'elle se termine rapidement. Joseph Knubel et Casper Grass n'ont probablement jamais enfin parler de poids spécifique.. un des grands avantages du ski printanier. Kygrr. un des skieurs les plus versés dans la matière. Dans ce cas. Les conditions préliminaires sont celles qui précèdent la chute de neige. il y a peu de chances que la neige recouvrant la pente supérieure puisse supporter la traction inférieure au point où la pente s'infléchit. enfin. Une pente rapide (et concave par exemple) dont l'inclinaison diminue progressivement pour finir en horizontale est infiniment plus sûre (2) qu'une pente convexe dont la partie inférieure est plus inclinée que la partie supérieure. Jusqu'à présent. c'est sa parfaite régularité. les pressions barométriques et la prévision du temps. Il est entendu que le danger des avalanches est une fonction directe du poids spécifique de la neige (ie poids d'un mètre cube de neige varie entre 50 et 800 kilogrammes). j'en ai supprimé tout ce qui me paraissait inutile (ou même douteux). en état de suspension. on ne trouve plus en haute montagne qu'une neige parfaitement régulière. durcie et gelée la nuit. Lorsqu'il sent le danger. car un glissement superficiel (qui serait anodin si la pente se terminait en mourant) peut être fatal pour un skieur entraîné vers les rochers inférieurs 1 On a tant écrit sur cette question des avalanches qu'il serait outrecuidant de vouloir exprimer. déjà signalé en plein hiver. est tout aussi bonne et même plus sûre. E. et lui parle de ce qu'il ne devrait pas ignorer avant de s'aventurer en montagne. la neige printanière. Les avalanches peuvent être divisées en deux classes : les avalanches de fond (Grundlawineri). il ouvre les yeux et tâte la neige. B. sur une couche de neige durcie. Ce sont les neiges typiques du printemps. SCHUSSFAHRT 2 Nous emploierons ce qualificatif pour toute pante où la neige est stabilisée. En général. présentent au printemps une merveilleuse surface de glissement. sur des pentes invisibles et pour des causes objectives. bien entendu). des pentes même très faibles ont été envahies par des avalanches détachées de pentes supérieures. et j'ai ajouté. La transition entre l'hiver et l'été n'est pas définie. alors que le sol en est encore dénué. on a rarement observé des avalanches glissant sur des pentes d'une inclinaison inférieure à 23°.. Pour acquérir cet instinct. Renonçant habilement à toute pédanterie scientifique. et cependant je préférerais beaucoup mem cr avec eux pour traverser les Alpes en ski. les vents n'ont presque aucune influence sur les neiges (sauf le fœhn. Les indications météorologiques sont trop générales pour remplacer les observations personnelles faites sur place. Des pentes qui s'incurvent brusquement après avoir été faibles sont toujours sujettes à caution. celle-ci ne s'améliore pas avant la prochaine précipitation. La stabilité d'une pente neigeuse ne dépend pas uniquement de son inclinaison. Le montagnard. elle présente une quantité de cristaux granuleux et brillants. Avant de discuter des avalanches en général et d'analyser plus exactement leurs subdivisions. plus ou moins épaisse. les surfaces les plus houleuses se nivellent et. l'action irrégulièr» des vents. a bien voulu m'autoriser à traduire ici le chapitre IV de son Alpine Skiing. Lunn s'adresse au skieur tout simplement. — et cela en dépit de toutes les belles théories. A cette époque. telles sont les notions qui serviront à guider le skieur et a le préserver du danger qui le menace. . par-ci par-là.. sous une forme nouvelle. Si la neige poudreuse est le rêve du skieur hivernal. Ce sont : les formes topographiques. — et les avalanches superficielles.croûteuses et éventées dont nous avons parlé précédemment. la topologie du terrain. comme nous l'avons dit. La formation neigeuse la plus rebelle à l'action du soleil printanier est naturellement la neige en vagues (skavla). en mai et juin. La consistance si variable des neiges. mais encore de l'inclinaison des pentes supérieures ou inférieures. caractérisées par le glissement d'une couche superficielle. Lorsque la croûte commence à fondre sous l'influence du soleil. Cette neige granulée est familière aux skieurs printaniers et leur offre une excellente surface de glissement. et le skieur se meut en toute liberté. Tout cela est très joli en théorie. qui fondent à leur tour sous la puissance toujours croissante du soleil et finissent par se cristalliser sous forme de névés. Ce qui caractérise la neige printanière aux hautes altitudes. Par contre. Toute pente dominant une paroi rocheuse est naturellement plus dangereuse. Une pente qui pourrait offrir toute la sécurité désirable si elle finissait en mourant. Aussi longtemps qu'elle conserve cette consistance granulée. se prolonge au cours du printemps. Les skis glissent sans y enfoncer. les avalanches peuvent se détacher bien au-dessus de lui. Peu à peu cependant. adoucie par les premiers rayons du soleil. possède un instinct qui ne la trompe guère. la neige poudreuse est très rare au printemps et tout à fait inconnue aux basses altitudes. que ce poids spécifique est le quotient de deux chiffres indiqués journellement par nos bulletins météorologiques (hauteur de la couche de neige fraîche et hauteur de précipitation en millimètres d'eau). Je ne me suis pas attaché aveuglément à son texte . tout comme le chamois. Cependant. Mais il sondera toujours avec son bâton ce qu'il ne peut scruter du regard. car la neige recouvrant la pente douce est. cristalline ou granulée le jour. pour ainsi dire.. Le processus de fonte diurne et de gel nocturne.. Mes lecteurs lui en sauront gré autant que moi. Certes. Arnold Lunn. Elle ne bénéficie plus du support naturel que procure une base concave finissant en pente douce. plutôt qu'avec nos physiciens les plus illustres. tandis qu'après deux ou trois jours de soleil seulement. la neige printanière retrouve tous ses charmes. Idetboden. La principale transformation est celle des neiges éventées.

La chance d'échapper à une avalanche dépend beaucoup de la nature du terrain où elle finit par s'immobiliser. est beaucoup plus sûre qu'une pente de gazon. CLASSIFICATION DES AVALANCHES. dont la croûte a été foncièrement fondue) . plus l'hiver avance. parce que la victime est engloutie dans la neige et que cette neige. Je propose le nom de glissement neigeux (snow-slide) pour désigner ces petites avalanches qui ne sont dangereuses que lorsqu'elles entraînent le malheureux vers un terrain coupé. 1 On appelle neige poudreuse sèche celle qui tombe par de grands froids. ces éboulis se couvrent de neige. Les anciens auteurs subdivisaient les avalanches en Grundlawinen (avalanches de fond) et en Staublawinen (avalanches poudreuses). La nature du terrain sous-jacent est un facteur d'importance vitale. Heureusement. S'il s'étrangle. puisse facilement écraser les buissons et même les arbres. Une couche fortement croûtée. Mais. 2° Avalanches de neige fraîche humide (c'est-à-dire «le neige poudreuse qui a commencé à fondre. si vous êtes surpris par une avalanche dans un couloir. Le torrent coulant au fond de cette vallée exerce une forte érosion sur la neige qui le recouvre. lancée en pleine course. se congèle instantanément par suite des pressions latérales. plus le rôle de la surface sous-jacente originale devient négligeable dans le problème des avalanches. Cette classification me paraît défectueuse. toute la masse neigeuse s'effondre en glissant. au contraire. De même. resserrée entre deux versants rapides. ce qui exigera quelques efforts pour regagner le point atteint. sur laquelle une nouvelle couche pourra glisser à son tour. surtout lorsqu'elles tombent de hautes parois rocheuses. si l'on a soin d'éviter les clairières ou les couloirs qui sont la voie préférée des avalanches. Le fond d'une vallée n'est pas seulement dangereux pour les raisons que nous venons d'indiquer. le nom d'avalanche à toutes celles qui sont assez puissantes pour engloutir le skieur et le tuer éventuellement. moins inclinées. vous serez étouffé par la pression. couverte d'arbres ou de buissons. et cela uniquement parce qu'ils avaient réussi à se maintenir à la surface de l'avalanche. Un danger analogue est à craindre partout où une arête tributaire strie la pente. Les pentes de gazon rapides offrent une surface dangereuse. surtout lorsqu'elles ne sont jamais fauchées. inclinaison et formes topographiques de la pente sur laquelle l'avalanche se détache. au commencement de l'hiver ou à la fin du printemps. envahissant le fond de la vallée. 4° Avalanches de vieille neige mouillée (Grundlawinen des anciens auteurs). 1° Avalanches de neige poudreuse sèche (1). comme le bord d'un précipice. les inconvénients se réduiront à une perte d'altitude et de temps. sans être retenue par les éboulis sous-jacents. Si la pente finit en mourant. L'herbe régulièrement coupée est généralement courte et drue en hiver. persistant même après sa chute. et la glace est naturellement la pire de toutes les surfaces. des avalanches typiques de printemps. est très dangereuse. De telles vallées doivent donc être évitées. Jusqu'ici. beaucoup d'avalanches sont superficielles et glissent sur une couche de neige durcie . 3° Planches de neige (Schneebrett) . Bien qu'une mince couche de neige (quelques centimètres à peine) soit suffisante pour former un glissement (surtout si cette couche repose sur de la glace). au moment où la neige force son chemin entre les parois resserrées du couloir. ou que l'avalanche s'étalait en éventail sur les pentes inférieures. et cette neige peut s'effondrer brusquement. vos chances de salut sont plus grandes lorsque le couloir s'élargit au-dessous du point où vous avez été atteint. De gros éboulis offrent une excellente garantie contre le danger des avalanches. A certaines époques. Mais. au cours de l'hiver. de sorte que la nature du terrain sous-jacent et les aspérités éventuelles qu'il présente ont une très grande importance. ou parcourues seulement lorsque les conditions offrent une sécurité absolue. Mais une avalanche qui suit le fond d'une vallée étroite. hivernales . Je préfère donc diviser les avalanches en quatre classes principales : 1° Avalanches de neige poudreuse sèche . sera presque toujours fatale. par exemple. la neige s'y attache parfois très fermement et transforme la pente glacée en pente neigeuse. la masse neigeuse nécessaire pour former une véritable avalanche est infiniment plus considérable. mais. il est parfaitement indifférent pour lui que l'avalanche soit plus ou moins épaisse. bien qu'une grosse avalanche. — par opposition aux avalanches de vieille neige mouillée. Il arrive parfois qu'une couche superficielle se détache et entraîne le skieur. car une avalanche de fond peut très bien être composée de neige poudreuse et donner l'illusion d'une Staublawine. De fait. Je réserverai. les dernières. Une forêt épaisse offrira une sécurité suffisante. par contre. Une herbe que l'on ne fauche jamais finit par se coucher en aval et présentera une surface excessivement glissante. après avoir été charriés sur plusieurs centaines de mètres. et le skieur sera écrasé entre l'arête et l'avalanche. par exemple. Elle ne forme pas de pelotes et ne colle pas . Une grosse moraine. Bien des skieurs s'en sont tirés indemnes. Elle offre par conséquent un meilleur support à la neige. Une avalanche glissant sur cette pente ira s'entasser contre l'arête. Un autre facteur important est l'épaisseur de la couche neigeuse. surtout au commencement de l'hiver et à la fin du printemps. nous avons examiné les conditions préliminaires: nature du terrain avant la chute de neige. Les trois premières sont des avalanches gén. Elle du reste beaucoup avec la consistance de la neige. Les nuées de poussière neigeuse sont communes dans presque tous les types de grosses avalanches. réalise précisément ces conditions : l'avalanche ira butter et s'entasser contre elle. cou verte de neige molle. Une pente jonchée de blocs rocheux. si le glissement entraîne le skieur par-dessus une paroi rocheuse ou dans une rimaye.

humide et dangereuse. au-dessus de 6 ooo mètres environ. « Cette avalanche est foudroyante et la plus dangereuse de toutes pour le skieur. Mais. sinon les accidents seraient beaucoup plus fréquents. par contre. les pentes sud sont généralement dégagées de leur neige superficielle. de sorte que les avalanches de fond sont normales. D'autre part. ordinairement (sauf au printemps). 7. A moins d'être très violent. vous verrez souvent de grosses avalanches de fond. emporte les maisons des villages. une avalanche tombant sur un versant de la vallée peut en détacher d'autres sur le versant opposé. deux ou trois jours clairs et froids rendront aux pentes nord toute leur sécurité. Parfois. elle en conserve encore une certaine quantité. il peut rendre la neige douce. Davantage même. couche des forêts entières de l'autre côté de la vallée (Val Ferret). C'est celle que le vent soulève en fumées sur les crêtes et qui vient se déposer dans les bas-fonds à l'abri du vent. on peut voir dans l'air des particules neigeuses. les pentes sud sont débarrassées de leurs avalanches. une foi croûtée. mais. en règle générale. comme elle est également détestable pour le ski. même lorsqu'ils se trouvent en dehors de la voie de l'avalanche. Les avalanches de neige poudreuse sèche vraiment dangereuses n'ont lieu que sur des pentes longues et rapides. toutes les pente rapides (et beaucoup de pentes modérées) deviennent très dangereuses. Même une fois tassée. L'humidité de l'air sature la neige et augmente son poids. je n'hésiterais pas à traverser toute pente inférieure à 35° d'inclinaison. le danger des avalanches diminue sensiblement ( 1). Elle se produit après des chutes de neige tombée par de grands froids. peu de skieurs se mettront en route en ce moment-là . celle du vent est la plus dangereuse. D'autre part. Lorsque la neige poudreuse s'est transformée en neige cristalline (c'est-à-dire lorsque la poudre légère et sèche a été convertie en cristaux de grandeur appréciable). Celles qui sont très longues et rapides (ou qui dominent des parois rocheuses) restent. Celle qui reste fond le jour et gèle la nuit. la neige est bientôt fondue de part en part. et la neige qui les recouvre encore n'est plus qu'une croûte plus ou moins dure et glissante. J'ai souvent expérimenté la neige fraîche à de basses températures et j'ai constaté qu'il était presque impossible de détacher une avalanche sur une pente inférieure à 35° d'inclinaison et à 100 mètres de hauteur. L'effet de la fonte donne à la neige cette cohésion et cette densité qui lui manquent précisément lorsqu'elle est encore sèche et poudreuse. La violence du courant d'air augmente encore lorsque le flux s'engouffre dans un espace resserré. sans chute. qu'elle diminue vers la base et qu'elle ne surplombe pas une paroi rocheuse. Ce qui la rend particulièrement dévastatrice. les skis ne glissent pas dans cette neige lorsqu'elle est à l'ombre. Après quoi. toujours dangereuses. plus fertiles en avalanches. ou si le froid suit immédiatement une chute de neige humide. Quelques jours de beau temps rendent la plupart des pentes nord absolument sûres. Lorsque souffle le fœhn. Cette neige fraîche humide est très dangereuse. Un coup de vent peut transformer une vallée en une véritable souricière. peut jeter un char de fumier attelé de deux chevaux et le cocher d'un côté de l'Inn à l'autre. Dans l'Himalaya. même en plein hiver. Dès que la neige poudreuse est soumise à une fonte superficielle (provenant soit d'une hausse de température. C'est surtout une avalanche d'hiver qui n'a pas besoin de soleil ou de fœhn pour descendre . ou. soit de l'action solaire). Par un fœhn violent. il affecte rarement les pentes nord. Le fœhn sec est beaucoup moins dangereux que le fœhn humide. le danger des avalanches poudreuses sèches peut durer un jour ou deux. suivant la quantité de neige mise en mouvement.Avant d'être tassée. il est toujours très dangereux de faire du ski en haute montagne. Des arbres et des maisons peuvent être balayés. mais. Sur une pente sud rapide. car il n'a jamais le temps de se sauver. c'est le courant d'air qui la précède et qui. . cette croûte peut devenir douce ou cassante. Au printemps et aux hautes altitudes. couverte de croûte dure. elle part à toute heure de la journée ou de la nuit et est à redouter encore longtemps après la dernière chute de neige. De jour. la neige tombera à une température supérieure à zéro. Longtemps après la chute de l'avalanche. Sous l'action du fœhn humide ou d'une fonte générale. lorsque la couche de neige est suffisante pour former une grande avalanche. il est vrai. Une forte pression externe est nécessaire pour la détacher. De petits glissements sont naturellement possibles. et le danger des avalanches également. la neige fraîche contient une grande quantité d'air. mais coule entre les doigts comme du sable fin. tel que le fond d'une vallée étroite. » (Ski. Les charmes sont du reste minimes à ce moment-là. Mais. suspendues comme celles de la lave après les éruptions volcaniques. ces glissements s'arrêteront après quelques mètres. Après deux ou trois jour de beau temps. ils seront souvent tentés de traverser une pente sud où la neige poudreuse est précisément en train de fondre. L'hiver. surtout lorsque la surface sous-jacente est durcie. L'avalanche engendre un courant d'air excessivement puissant et destructif. son poids et sa cohésion augmentent.) Après une forte chute de neige. sans qu'ils aient aperçu une particule de neige. Après quatre ou cinq jours de ce régime. sur une pente sud. à condition qu'elle présente une neige poudreuse cristalline. 1 Ceci parce que la neige est tassée et par le fait que la friction interne de la neige cristalline est plus grande que celle de la neige poudreuse. mais ces avalanches tomberont généralement dans les deux ou trois jours qui suivent la chute de neige . Elles sont. Sa fluidité est énorme et sa friction interne presque nulle. presque aussi destructives que celles qui tombent au printemps. mais de telles hausses de température sont rares en hiver. Par un jour sans vent et une température au-dessous de zéro (à l'ombre). quand le vent persistant accumule de grandes quantités de neige derrière des arêtes par le beau temps et le froid. 2° Avalanches de neige fraîche humide. les pentes sud sont généralement plus sûres que les pentes nord. Une forte hausse de température peut rendre une pente croûtée dangereuse à son tour. une pente n'émettra plus d'avalanche avant de recevoir une nouvelle chute de neige. la pente sud sera croûtée et offrira une sécurité suffisante. les pentes nord conservent généralement leur neige poudreuse plusieurs aux skis. Mais. XVIII. Parmi ces pressions.

la neige sera chassée en tourbillons par-dessus des arêtes et viendra se déposer sur les versants abrités ou dans les combes. La neige arrachée du versant exposé au vent viendra se déposer sur le versant abrité du vent. Cette sorte de neige est produite par la fonte de la croûte superficielle. une fois transformée en croûte dure. sèche et légère de neige hivernale. La poudre printanière. Ainsi. Celle-ci peut être une neige douce ou une croûte durcie. Elle est formée par une croûte durcie de neige soufflée. La poudre printanière est la plus dangereuse de toutes. la température est généralement bien inférieure à zéro. ou poudreuse que la neige poudreuse ordinaire . c'est-à-dire d'une neige fraîche (1). une neige tombée en juin peut être transformée en croûte et vieillir en moins de vingt-quatre heures. On a prétendu que ces gonfles se formaient à l'abri du vent et le Schneebrett sur les pentes exposées au vent. par contre. Parfois cependant. elle présente dans bien des cas une sécurité suffisante. elle reste très favorable au ski et devient par conséquent très tentante. est une croûte dure et glissante. de sorte que la neige qui tombe (soufflée par le vent) ne s'attache pas facilement à la neige sous-jacente. neige en vagues). Jusqu'ici. elle peut rester longtemps poudreuse sous une croûte dure et soufflée. que par l'action du soleil. ce carton. formée par le vent. il faut précisément une température supérieure à zéro. Cette neige perdra peu à peu sa consistance poudreuse. Lorsqu'il remarquera que des neiges ont été exposées à sa violence. une haie. Les effets du vent (dénudation des arêtes. sur une pente exposée au vent et striée par des arêtes minuscules. quoique désagréable au skieur. il sera très méfiant en traversant le côté abrité d'une arête. L'expansion et la contraction résultant des changements de température affectent différemment les couches de densités et de caractères 1 Une neige est dite nouvelle lorsqu'elle n'a pas encore été croûtée et vieille lorsqu'elle est croûtée. peut former par endroits une voûte. Les planches de neige ie se forment qu'à la longue. sous l'action combinée du soleil et du vent. 2 Certains auteurs font une différence entre le Schneeschild (gonfle) et le Schneebrett. les combes neigeuses conduisant aux cols glaciaires et les champs de neige les mieux abrités reçoivent la plus grande quantité de neige. lourde. enneigement des versants abrités) se manifestent tout à la fois à une grande et à une petite échelle: à une grande échelle lorsque les combes neigeuses sont alimentées par la neige arrachée aux arêtes qui les dominent . etc. C'est une erreur commune de croire que les pentes sud sont plus dangereuses que les pentes nord. Dans les hautes Alpes. elle tend à se décoller de sa base (2). l'intimité du contact entre la planche neigeuse et la neige sous-jacente est sujette à caution. dense ou légère. Sa densité étant différente de celle de la neige sous-jacente. La neige chassée d'un versant à l'autre peut être plus ou moins dense. parce qu'au moment où d'autres pentes sont abîmées par le soleil. Une formation plus dangereuse encore est la planche de neige (Schneebrett). La gonfle est simplement un cas particulier (assez rare. La couche supérieure et la neige sous-jacente sont soumises à des tractions différentes. . Toute arête divisant une pente balayée par le vent présentera un côté exposé au vent (windside) et un côté abrité du vent (leeside). C'est l'avalanche la plus traîtresse de toutes. 3° Planches de neige (Windslab .jours. ou bien elle présentera une de ces croûtes dues au vent (neige stratifiée. Les pentes épargnées par le vent au moment de la tempête sont ravagées par la bise dès que le temps s'éclaircit. les skieurs ignorants sousestiment son danger. Cette poudre sèche repose souvent à même le sol. Elle se rencontre sur les glaciers et. tandis que la poudre printanière provient de la fonte d'une neige poudreuse. au lieu d'être en contact intime avec la neige sous-jacente. du reste) des planches de neige. Pour que deux neiges de densités différentes forment un tout homogène. Des avalanches de poudre printanière sont. la poudre printanière est très propice aux avalanches. C'est précisément ce carton que l'on appelle planche de neige. La neige cartonnée. à une petite échelle. suivie d'un nouveau gel. repose invariablement sur une croûte dure. Bien qu'elle offre encore une excellente surface. Elles doivent cependant être distinguées des avalanches de vieille neige humide. Un mur. Au printemps. sont des exemples à petite échelle. c'est presque toujours le contraire : les avalanches printanières sont provoquées par la température générale de l'air et l'état de l'atmosphère. D'autre part. Si le vent est violent. Elle est plus humide et plus cohésive que la neige poudreuse sèche. nous nous sommes occupés de neige soufflée (ou éventée) dont la consistance poudreuse peut être douce. les chutes de neige sont généralement accompagnées de vent. des avalanches de neige fraîche humide. à proprement parler. Une neige soufflée peut naturellement se couvrir d'une nouvelle couche. nous l'avons dit plus haut. Nous dirons donc qu'une neige poudreuse est nouvelle tant qu'elle reste poudreuse. Comme elle se rencontre généralement sur les pentes nord. qui laisse un espace creux (gonfle) entre le carton et la neige sous-jacente. La neige soufflée (ou éventée) est plus lourde et plus adhésive que la poudre ordinaire. et elle est plus propice aux avalanches. . La neige soufflée. « poudre à gâteau ». cette différence n'existe pas. sera d'une densité différente de celle de la neige sousjacente. Il faut être excessivement prudent en traversant une pente où la neige s'est accumulée sous l'action du vent. Le skieur devra observer très attentivement les effets du vent. ou encore neige cartonnée. et ceci augmentera les difficultés du diagnostic. par conséquent plus dangereuse. Elle se détache plus facilement de la surface sous-jacente. dû au fait que l'endroit ou se forme la gonfle est plus ou moins excavé. comme toute pente où la neige s'est déposée en tourbillon. La neige étant presque imperméable aux rayons solaires. la plus difficile à prévoir et la plus incalculable comme effet. Scbneebrett). de façon à produire une fonte. En hiver. Une croûte tout comme une neige douce (formée par la fonte d une croûte superficielle) sont donc toutes deux des vieilles neiges. comblement des trous. C'est pourquoi elle tend à glisser durant les heures chaudes de la journée et doit être abordée avec toute la prudence nécessaire. Ceci est un facteur absolument nécessaire à la fusion commune de deux couches successives de neiges différentes. Mais la direction des vents change d'un jour a l'autre. Dans les deux cas. Pratiquement.

nous avons : * Lmutun. ces avalanches superficielles tombent journellement. le carton devient cassant. indiquant l'homogénéité plus ou moins grande de deux couches superposées. tend à former un arc sur une voûte plus ou moins creuse. Sa surface dure et polie donne une fausse impression de sécurité. Le skieur traverse ces pentes sans se douter que la croûte superficielle. 4° Avalanches de vieille neige humide. qui trahit l'action du vent par une légère apparence stratifiée. sondez la neige avec le piolet et tâchez de reconnaître si elle est homogène ou si elle repose sur une couche de neige tendre. d'être cloîtré dans une cabane au mois de mai. Il est difficile de déceler sur la neige des signes certains. Une croûte absolument indépendante est susceptible de différentes tractions. A force d'être fondue et regelée. si vous êtes englouti par cette vieille neige humide. Par un froid excessif. On rencontre ces planches de neige à l'approche des cols glaciaires. par exemple. Au printemps. on peut la considérer comme absolument sûre. Dans l'après-midi (et aux basses altitudes bien avant midi). les avalanches sont provoquées par la fusion interne de la neige couvrant le sol. La neige est saturée d'eau. Les couloirs ou les clairières allongées qui strient les forêts sont leurs voies préférées. La croûte formée par le vent est parfois complètement détachée de la couche sous-jacente. il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre patiemment la chute du fœhn. Les grandes avalanches du printemps (Grundlawinen) suivent généralement des voies connues et bien définies. Ces avalanches de vieille neige humide sont naturellement beaucoup plus mortelles que celles de neige fraîche. La vieille neige humide du printemps pèse environ dix fois plus que la neige fraîche hivernale. d'où résultera finalement la voûte (gonfle) décrite plus haut. A la suite d'un hiver rigoureux. sans qu'il y ait entre elles la moindre connexion. Les routes qui traversent leur voie habituelle doivent être protégées par des tunnels. Plus le printemps avance. tantôt une neige superficiellement croûtée. Lorsque cette cabane n'est accessible que par des pentes rapides ou par une vallée étroite. foncée par la boue et piquée d'arbres ou de buissons. alors que toutes les avalanches ordinaires sont déjà tombées. Mais. Livintsu. si la pente est concave. même celles formées par le vent. car une croûte ainsi formée s'effondre rarement en avalanche. Car. Quelques-unes d'entre elles portent des noms locaux (1) et tombent à date fixe. vous aurez toutes les peines du monde à vous en dégager. A chaque instant. Le bruit des grandes avalanches alterne avec celui des petits glissements et les parois se renvoient des milliers d'échos. En outre. Dès que le soleil a fondu la croûte superficielle. Il est important de bien distinguer entre la croûte formée par l'action du soleil et celle formée par l'action du vent. dure et glissante. Cette vieille neige humide est naturellement très dangereuse. entraînant des arbres et des blocs de pierre. La couche superficielle (ou planche de neige) peut se contracter plus ou moins fortement que la couche sousjacente. Si vous soupçonnez la présence d'une de ces gonfles. L'avalanche finit par s'arrêter bien bas. Une neige soufflée peut recouvrir une neige poudreuse. car le soleil de mai est si puissant qu'il fond toutes les croûtes. Des quantités incroyables de neige s'effondrent alors de la montagne. . Ces deux croûtes présentent un contraste fort instructif. Celles-ci sont particulières au printemps. par une brusque tempête de fœhn. en se contractant. reposant sur une croûte. des ponts et même des villages entiers. Il peut craquer après des jours et même des semaines de beau temps. ces avalanches détruisent parfois des chalets. tirant une langue chargée de blocs neigeux. entre ces deux neiges. L'expert pourra très bien différencier ces deux croûtes: la planche neigeuse est généralement composée d'une neige plâtrée. Il n'existe pas. Tout à coup. dans ces combes abritées du vent où s'amasse la neige enlevée des arêtes. le terrain devient assez chaud pour fondre la neige qui le recouvre. le danger d'avalanche existe. il entendra un sourd craquement : la croûte s'affaissera sous son poids. Dès le mois de mai. Les avalanches superficielles de vieille neige humide sont plus fréquentes que les Grundlawinen. la neige finit par devenir compacte et lourde. même si vous n'êtes 1 En Suisse. la planche de neige. mais bien de la différence de contact entre la croûte supérieure et la neige sous-jacente. C'est une expérience intéressante. L'autre est au contraire brillante au soleil. Ces planches de neige peuvent s'effondrer à n'importe quelle température. aussi longtemps que la croûte n'est pas en fusion. laissant l'air s'échapper comme par une soupape. Les planches de neige ne se rencontrent généralement qu'en plein hiver. à la fin du printemps. croûtée par l'action alternative du soleil et du gel. mate et crayeuse. Ceux qui visitent les Alpes en mai peuvent seuls apprécier à sa juste valeur la puissance des avalanches. ne provient pas de ces différences superficielles. la plupart des pentes sont soumises plus ou moins profondément à la fusion due au soleil. une avalanche s'écroule. La planche de neige est la variété la plus dangereuse et la plus décevante de toutes les avalanches. plus le soleil devient puissant. Une étude approfondie des pentes sud permettra au skieur de distinguer les croûtes formées par la fusion et le gel de celles formées par le vent. entraînant avec elle une grande partie de la neige sous-jacente. un plan de clivage régulier. n'a pas en réalité la solidité apparente. et toute la planche s'effondrera en plaques disjointes. sinon agréable. de sorte que.différents. Une pente sud. La croûte formée par le soleil et le gel subséquent épouse progressivement la neige sous-jacente. Parfois. On aura tantôt de la neige douce. qui agit comme lubrifiant entre la couche de neige et la croûte sous-jacente. La croûte superficielle et la neige sousjacente s'épousent insensiblement. Le fait que la première est dangereuse tandis que la seconde ne l'est pas. la formation d'une planche de neige est anormale. ne produira pas d'avalanche tant que la croûte n'est pas fondue.

Si l'on est pris par une avalanche en poussière. et les ponts de neige couvrant ces tunnels ne doivent être traversés qu'avec beaucoup de prudence. qui peut entraîner le touriste. dominées par une paroi rocheuse. Tenir la tête en l'air. le touriste peut se maintenir à la surface. il faut avant tout protéger la bouche et le nez. surtout si la neige est mouillée. Non seulement par suite de la quantité de neige. La région des névés une fois atteinte. il se produira un gel sensible. ce n'est pas toujours chose possible. La règle la plus simple serait d'éviter complètement tout terrain avalancheux. Celui qui se laisse aller est perdu. Vous n'y parviendrez que si vous avez eu le soin de détendre leurs fixations avant de traverser la pente fatale. vous aurez beaucoup plus de chance de vous en tirer. elle m'avait emporté vingt mètres plus bas. il ne vous reste plus aucune chance de le faire. Durant les nuits claires. les chances d'y échapper sont infinitésimales. le skieur doit souvent combiner son retour au refuge. toutes les pentes. Celle-ci devra alors s'y creuser un tunnel. mais ils bénéficient certainement d'une grande immunité. En mai. Des pentes dangereuses devraient toujours être traversées le plus haut possible. de façon à y parvenir dans les premières heures du jour. Débarrassé de vos skis. mais entre la certitude d'un bivouac et l'éventualité d'une avalanche. deviennent immédiatement très dangereuses. les blocs. Tactique à suivre sur un terrain avalancheux. en été.traverser une pente apparemment dangereuse. Il existe souvent là un petit corridor. et dans la poussière de neige qui pénètre sous une forte pression dans le nez et la bouche et provoque la mort par asphyxie. Lorsqu'une avalanche vient de partir. Si c'est une avalanche sèche. ou même plus tôt. après neuf heures du matin. en ouvrant une trace continue. entre le coucher et le lever du soleil. Tant que la neige est en mouvement. ce qui renverse le touriste et l'entraîne dans l'intérieur de la masse en mouvement. il est souvent possible d'atteindre la rive du torrent et de se sauver en exécutant des mouvements de natation. Il est vrai que les chamois sont parfois tués par les avalanches. Les routes et les saillies étroites qui coupent une pente rapide ne tardent pas à se niveler complètement. mais offrant la seule voie possible. entre la neige et les rochers. vous devriez adopter la tactique du nageur. Les avalanches printanières franchissent parfois une rivière. même modérées. ou en roulant sur soi-même hanche sur hanche. Plus l'hiver avance. au-dessous de la zone des glaciers. Ce phénomène se produit. Elle laisse derrière elle une tranche parfait nette. Si l'avalanche vous atteint dès son début. La raison en est bien simple : le chamois ne coupe pas la neige. puisque la neige s'éparpille sur une grande étendue. 91-92. invariablement. Observez la neige glissant d'un toit. et vous comprendrez combien l'avalanche peut être brusque et homicide. surtout par le fœhn. Elle se détache avec un sourd craquement et provoque le brusque effondrement d'une profonde couche de neige. Lorsque le fœhn souffle au printemps. Les limites du danger sont élastiques et mal définies. Par suite de sa friction sur la base.) . divise la pente en deux et prive la neige de son support naturel. de sorte que presque toutes ces pentes pourront être traversées sans crainte. de la puissance du soleil et de la température plus élevée de l'air. Dès qu'une croûte commence à se former sur la neige. Mais il existe bel et bien. les buissons. Malheureusement. tout danger d'avalanche disparaît. plus le danger augmente. tâchez de conserver la tête hors de la neige (1). ce temps. Un skieur détachera beaucoup plus facilement une avalanche qu'un homme à pied. Ceci est absurde. Le piéton. glissant devient un roulement. cette croûte s'adoucit très vite et. Il faudra choisir non seulement entre l'abandon de l'expédition et le risque d'une avalanche. un temps pendant lequel la couche glisse. par exemple. pour descendre ensuite seulement dans la vallée. le danger diminue. Avant que le courant s'arrête tout à fait lever les bras si la tête n'émerge pas. qui descend sur une pente raide et qui se précipite dans le vide. Des pentes rapides. juste au pied des rochers. ce mouvement d'abort. comme le skieur qui. Etho fas Alpes. Essayer de se creuser un trou d'air au dernier moment. » (RuTOKRS. Avant tout. p. Elles glissent sur des pentes qui. sont complètement dénuées de neige. on devra. Il est souvent impossible de faire le moindre mouvement à l'arrêt du torrent. Tant que le torrent de neige est en mouvement. J'ai souvent été frappé de voir des traces de chamois sur des pentes de 40° à 50° d'inclinaison. finissent par être recouverts d'une couche toujours plus épaisse. immédiatement après. Il y restera alors jusqu'au coucher du soleil. En mai. Mais l'avalanche printanière ne contient que de l'eau et provoquera une asphyxie presque instantanée. Estimez-vous très heureux si vous avez le temps d'enlever vos skis. et d'autres obstacles naturels au glissement de l'avalanche. pendant. Une avalanche sera beaucoup plus dangereuse si elle fond sur vous que si elle se détache sous vos skis. Je n'ai été pris qu'une seule fois par une avalanche et. Une fois l'avalanche sur vous. mais aussi parce que les inégalités du terrain disparaissent peu à peu. le risque des avalanches devient bientôt formidable.recouvert que par une mince couche de neige. il faut se maintenir à la surface en exécutant des mouvementn de natation. paroi neigeuse qui mesure exactement l'épaisseur de l'avalanche à son origine. Les éboulis. La neige poudreuse contient une grande quantité d'air. de sorte que vous pouvez survivre quelque temps même si vous en êtes entièrement recouvert. Le danger ne consiste plus à être enseveli. La plupart des avalanches printanières se détachent au-dessous de la limite neigeuse estivale. car les skis vous entraînent dans le remous et suppriment tout espoir de revenir à la surface. il faut lutter à l'extrême. Chaque avalanche dépose un peu de neige sur ces sortes de vires transversales et finit par égaliser peu à peu la pente qui devient glissante et ne présentera plus aucun obstacle à l'avalanche. qui permet une traversée moins exposée. il y a toujours. Plus d'un skieur a trouvé la mort en passant une rivière sur ces restes d'avalanche. Il consiste alors dans le déplacement d'air dans le sens de la chute. 1916. 1 « Si l'on est pris par l'avalanche. La trace d'un chamois forme un chapelet de petits trous et provoque rarement un effondrement. En descendant dans une vallée. offrent généralement un passage favorable. L'avalanche ne roule pas comme une simple boule de neige. On a prétendu qu'un skieur pouvait échapper à une avalanche en pointant ses skis vers le bas et en fuyant à toute allure. Une fois englouti. bien avant d'avoir pu diriger mes skis vers la pente. la neige s'éparpille dans les airs en tout ou en partie.

il peut encore être sauvé de l'asphyxie ou du gel plusieurs heures après avoir disparu. ni aucune peine. enlevez vos skis. la distance entre les skieurs doit être plus considérable encore qu'à la montée. gardez-les aux pieds. Ils éviteront de se dépasser l'un l'autre. bénéficie de certains avantages. qui les suffoquera. On trouvera au premier paragraphe du chapitre suivant la topographie des lieux où se sont produites des avalanches mortelles en Suisse. il est beaucoup plus facile de provoquer une avalanche et très difficile de la retenir une fois qu'elle est déclanchée. il faut avant tout prendre ses distances. Si le temps vous manque. Un terrain dangereux ne devrait être abordé que par un seul homme à la fois. A moins que la neige superficielle soit très profonde. et mettez les peaux de phoque. de façon que tous les membres de la caravane ne se trouvent pas en même temps sur une seule et même côte. on choisira l'itinéraire qui emprunte des replats ou des côtes. leurs chances de s'en tirer sont presque nulles. « Seul l'alpiniste expérimenté est à même de prévoir le danger des avalanches. Procéder systématiquement. de l'extension. elle devrait mettre les peaux de phoque. les bâtons pourvus de disques amovibles seraient fort utiles. une avalanche ultérieure pouvant tomber sur la première. 3 Bilgeri recommande l'usage du Lawinenschnur pour traverser les pentes exposées aux avalanches. une des autorités les plus connues en Autriche. la mettre en mouvement et découvrir éventuellement le corps du skieur» ( 3). Si l'on ne trouve rien à la surface. «A la descente. la neige et les conditions du terrain est absolument nécessaire durant toute la course. C'est un cordon rouge d'une vingtaine de mètres de longueur. de façon qu'aucune partie ne reste inexplorée. un des participants doit constamment surveiller la pente supérieure et avertir ses compagnons au cas d'un nouveau danger. on suivra la voie la plus directe. il y a bien des chanee-pour qu'une portion du cordon reste à la surface. il faut donc retirer ses skis à temps et cheminer à pied. et quelques commentaires à ce sujet. Si la caravane conserve ses skis aux pieds. du contact sous-jacent. Si vous êtes pressé. du moins. En l'observant. . il faut sonder avec piolets et bâtons. Si deux ou trois skieurs encordés sont enlevés par une avalanche. mais les risques de provoquer l'avalanche seront bien diminués. Si le skieur emporté n'a pas été blessé mortellement par la chute de l'avalanche. La corde. Sur un terrain dangereux. On inspectera tout d'abord la surface de l'avalanche pour voir s'il y reste quelque trace du disparu. Pendant ces travaux de recherches. que chaque skieur s'attache à la taille et laisse traîner derrière lui. on évitera non seulement d'exposer plusieurs skieurs à la fois. même très brèves. donne encore d'autres conseils qui nous paraissent utiles d'être relevés (2). un homme descendra immédiatement dans la vallée pour y chercher du secours. ne doivent se faire que sur les points où l'on peut se réunir en toute sécurité. sondez avec un piolet ou un bâton et tâchez de déceler si la neige est homogène ou. « Si la caravane n'est pas assez nombreuse. observer l'inclinaison. Si la pente est suspecte. Si vous êtes dans le doute. il sera bon de forer des trous pour permettre à l'air d'arriver jusqu'à elle. Ne vous encordez jamais pour traverser un terrain avalancheux. Dans ce cas. ce qui permet de déterminer la situation de la victime. Rien n'irrite la neige comme des virages en vitesse. C'est là une précaution souvent négligée. Dix à vingt pas ne sont pas suffisants. la configuration et l'enneigement des pentes. Bilgeri. Si le terrain est strié de plusieurs côtes (arêtes). En prenant une pente de neige en écharpe. ses pieds enfonceront jusqu'à la vieille croûte sous-jacente. des couches. il ne faut pas que plusieurs skieurs soient emportés. S'il est nécessaire. CHAPITRE V LA NOUVELLE TACTIQUE 1 Ici. On évitera donc les brusques arrêts et surtout les chutes. etc. de façon à glisser le plus directement possible. retournez en arrière. On ne quittera l'emplacement qu'après avoir tout essayé. de continuer. Un observateur devra rester sur le lieu de l'accident. On ne négligera aucun effort. Si l'avalanche se détache. Une notion très claire sur le temps. car ils peuvent être enfoncés beaucoup plus profondément que les bâtons ordinaires. 2 Jahrbuch des Ski-Club Salzburg. Il faut étudier la neige au point de vue de la résistance. Elles seront proportionnées à la largeur de la pente dangereuse. quelle en est la couche sous-jacente (1). on risque beaucoup de la couper et de provoquer l'avalanche. il est recommandé de passer de l'une à l'autre. Une ascension directe ou une descente en file indienne sont toujours préférables à une traversée oblique. Si l'on doit surmonter une pente dangereuse. 1911-1912. « Quant au sauvetage. à moins qu'un membre de la caravane puisse s'ancrer fermement sur quelque point solide (rochers. les attirera dans le remous. mais tout au plus celui qui traverse le terrain dangereux. éventuellement creuser des fossés à la pelle. «Pour passer d'un point à l'autre. il faut s'y mettre immédiatement et de toute son énergie.) et assurer celui qui traverse un court espace dangereux. « Dès que l'on prévoit un danger d'avalanche. qui ne doit être traversée que par un seul skieur à la fois. et l'on évitera les combes et les contreforts rapides. Si le skieur est englouti par l'avalanche. une fois enfouie dans l'avalanche.comme le chamois. Des haltes. En ski. La répartition des skieurs dépendra de leurs qualités personnelles. asseyez-vous sur vos skis et laissez-vous descendre par une glissade assise et directe.

I. — COMMENT LE SKIEUR DOIT LIRE SA CARTE (4).
Le skieur suisse peut s'estimer heureux et privilégié : il habite au pied des plus belles montagnes et il possède
de son pays une carte admirable, que lui envient tous ses voisins. L :'Atlas Siegfried, au 50 000e, dont nous voulons
parier, est certainement, en clarté, en relief et en exactitude, bien supérieur aux cartes officielles des États limitrophes.
C'est du reste la seule sur laquelle le skieur puisse projeter ses itinéraires de courses en haute montagne. Celle au 25000 e
ne s'étend pas encore aux Alpes, et celle de Dufour au 100 000 e, qui couvre toute la Suisse, est insuffisante pour une
étude détaillée du terrain.
Tant que l'Association suisse des Ski-Clubs et le C. A. S. n'auront pas publié tous les volumes de leurs «Guides
du skieur», décrivant minutieusement et systématiquement chaque itinéraire, l'Atlas Siegfried au 50 000 e restera
l'auxiliaire indispensable du skieur, — de celui surtout qui quitte volontiers les traces toutes faites pour pointer ses skis
vers de nouveaux buts. Pour qui sait l'interpréter en détails, cette carte est comme un livre ouvert, révélant la solution
d'une quantité de problèmes alpins. L'indigène lui-même, auquel le skieur confie parfois la direction de la caravane, ne
possède pas les notions fondamentales du nouvel alpinisme. Comme le professionnel, il est routinier et conservateur; il
ne connaît guère que les sentiers d'été et ne comprend pas que la neige hivernale transforme la tactique orthodoxe du
vieil alpinisme.
Si notre carte est indispensable aux alpinistes, elle est plus précieuse encore aux skieurs. En été, l'alpiniste suit
des chemins tout tracés ou minutieusement décrits dans un guide détaillé, et les seules difficultés des problèmes qui le
préoccupent résident dans l'escalade de parois ou d'arêtes pour lesquelles la carte au 50 000 e est d'un secours bien
illusoire, les parties intéressantes étant beaucoup trop réduites par la projection.
Pour le skieur, au contraire, les versants rapides et les parois rocheuses n'offrent aucun attrait. Il cherchera
même à les éviter. Ce qu'il scrute avidement, c'est le terrain à parcourir en ski, depuis le village dans la vallée jusqu'au
glacier, jusqu'au col élevé où il compte monter. Tout ce terrain devient alors l'objet d'une étude minutieuse et parfois
passionnante. Des mètres de neige recouvrant la montagne, le skieur commencera par supprimer mentalement sur sa
carte toutes les voies de communications qui s'étendent au delà du dernier village habité. Ce qu'il doit considérer
presque exclusivement, ce sont les formes topographiques et leur inclinaison relative, exprimées en courbes de niveau.
Les formes et l'inclinaison du terrain ont pour le skieur une importance capitale.
La plupart de mes lecteurs sont des alpinistes ou des officiers sachant lire une carte ; mais il leur manque une
notion fondamentale, étrangère à la tactique ordinaire et particulière à celle du nouvel alpinisme. Il faut arriver à lire sa
carte "avec les yeux d'un skieur" et pouvoir dire en la consultant : ici je passe ; là je ne passe pas (en ski). L'assimilation
de cette nouvelle notion nous est facilitée pour deux raisons :
-premièrement, nous nous servons toujours de la même carte (A. S. : 50 000) dont l'échelle et l'équidistance des
courbes de niveau sont constantes; nos yeux finissent par s'adapter à ces deux constantes; secondement, le skieur
parcourt en un seul jour des pentes d'inclinaison très variable, et il pourra du même coup juger de leur viabilité ; sur sa
carte, il peut ensuite comparer les pentes parcourues à celles qui lui sont encore inconnues, et tirer de là des déductions
fort simples et très utiles. Plus il compare, plus sa notion s'enrichit, et il finit par acquérir un certain coup d'oeil, une
notion visuelle, grâce à laquelle il déterminera presque infailliblement la viabilité d'un terrain quelconque.
Avant d'étudier en détails les formes et l'inclinaison du terrain montagneux, il est nécessaire de faire une
réserve. Je n'ai, en effet, tenu aucun compte, jusqu'ici, d'un facteur qui joue pourtant un rôle considérable dans la
viabilité de la montagne en hiver : c'est la consistance de la neige qui la recouvre. On comprendra facilement que, si
telle pente, disons de 30°, est viable sans le moindre danger lorsqu'elle est couverte de neige stable, il n'en est pas de
même lorsque cette neige manifeste une tendance à s'écrouler en avalanches. La question des avalanches est traitée au
chapitre précédent. On sait que la neige obéit à des lois statiques et météorologiques et que les premières dépendent
directement des secondes. Ces conditions météorologiques viennent donc compliquer le problème que nous étudions.
Pour plus de simplicité, nous allons supposer des conditions normales. C'est la supposition que fera tout naturellement
l'alpiniste-skieur en élaborant ses itinéraires, en se réservant, bien entendu, de modifier son plan si les conditions
n'étaient pas remplies au moment de partir en course. Nous verrons plus loin quelles sont ces conditions
météorologiques normales.
Pour familiariser les yeux du skieur avec la notion visuelle dont je parlais plus haut et qu'il est si nécessaire
d'acquérir, j'exposerai une série de schémas représentant des pentes plus ou moins rapides et des formes topographiques
plus ou moins compliquées, cela à la même échelle et à la même équidistance de courbes (30 m) que C.A.S. au 50000e.
Les formes figurées par ces schémas ont presque toutes été calculées sur C.A.S. et se retrouvent donc un peu partout sur
la carte et dans la nature. Les six premiers schémas sont des figures préliminaires, représentant des pentes presque
régulières, dont l'inclinaison va décroissant de 1 à 6, depuis la pente très rapide jusqu'à la pente douce. Le terrain étudié
par le skieur pourra donc toujours être comparé à l'un de ces schémas.
Les pentes figurées par les schémas 1 à 3 sortent du domaine propre au skieur et n'offrent pour lui aucun
attrait. Il peut être appelé à traverser de telles pentes sur de courts espaces ; mais lorsqu'elles présentent l'étendue
4

La nouvelle tactique est basée essentiellement sur l'étude de la carte, et c'est l'objet que nous allons traiter dans ce premier paragraphe. Cet article
paru sous le même titre.mais sous une forme sensiblement différente, dans … des Alpes de mars 1920, après avoir été publié en allemand dans …,
vol. XIV (Wie liest der alpine Skilaufer seine Karte?). Ce premier paragraphe ne concerne que les Alpes suisses.

correspondant aux schémas, il doit les éviter en toute circonstance. On peut considérer la figure 4 comme une transition
entre les terrains à éviter et les pentes viables. Enfin, toute pente dont l'inclinaison est inférieure à celle du schéma n° 6
est viable en toute circonstance.
Ces six premiers schémas constituent en quelque sorte une échelle d'inclinaison. Il nous faut maintenant
soumettre cette échelle à la variabilité des conditions météorologiques.
Je distinguerai trois cas principaux : conditions normales, conditions parfaites, conditions défavorables.
A. — Conditions normales.
Le skieur trouvera la montagne dans des conditions normales par le beau temps, après une série de quelques
beaux jours, lorsque la dernière chute de neige n'a pas été abondante. Sur les versants méridionaux, la neige sera
légèrement tassée par l'influence du soleil. Sur les pentes nord, au contraire, elle conservera encore sa consistance
poudreuse. Dans ces conditions, le skieur peut parcourir, sans danger, toutes les pentes analogues aux schémas 5 et 6.
Éviter les pentes 1 à 3. Sur de très courts espaces, on peut affronter les pentes d'inclinaison 3 (voir le cas de la figure 9).
4 est viable, sans exclure l'éventualité du danger d'avalanches (le pointillé indique la voie la plus favorable).
B. — Conditions parfaites.
En janvier et février, comme nous l'avons dit au chapitre III, le beau temps dure parfois des semaines. Tandis
que la plaine est couverte d'un épais brouillard, les hauteurs restent parfaitement claires, et il y règne une température
diurne beaucoup plus élevée que dans les fonds. Le soleil et les vents travaillent la neige, durcissent sa surface et
augmentent constamment sa stabilité. Après quinze jours de ce régime, nous trouvons la montagne dans des conditions
exceptionnelles. Elles ne satisferont évidemment pas le skieur pur, qui trouvera difficilement la neige rêvée pour ses
skis. Mais l'alpiniste profitera de ce moment psychologique pour tenter les grandes ascensions, et il aura bien des
chances de les réusoir aussi facilement qu'en été. Dans ces conditions, examinons à nouveau les schémas. Je dirai
brièvement : Éviter 1 à 3. Sur de courts espaces seulement on peut affronter les inclinaisons 2 et 3 (voir le cas des
figures 9 et 29). 4 à 6 sont viables sans danger.
C. — Conditions défavorables.
Un skieur prudent ne s'aventurera jamais en montagne par le mauvais temps. Mais il arrive trop souvent, hélas,
qu'il soit surpris là-haut par une brusque intempérie et qu'il soit obligé de fuir dans les pires circonstances. Les
conditions sont défavorables, lorsque le temps ne serait même que douteux, par une température voisine de zéro, une
couche de neige fraîche abondante et des vents du sud ou de l'ouest.
Dans ces conditions, le skieur évitera soigneusement toutes les pentes analogues à celles des schémas 1 à 4,
même sur de courts espaces. 5 est viable, sans exclure l'éventualité du danger des avalanches. 6 est sans danger (si la
neige fraîche est profonde, les skis glisseront à peine).
Les schémas 7 à 12 expriment des formes plus compliquées, d'inclinaison variable et que le lecteur doit
comparer à l'échelle constituée par les figures 1 à 6. Je me bornerai à les commenter brièvement :
Schéma 7. — Pente d'inclinaison décroissant de haut en bas, variant entre 3 et 5. La partie inférieure,
d'inclinaison 5, est viable en elle-même en toute circonstance, mais, lorsque les conditions de neige ne sont pas
parfaites, elle sera menacée par les avalanches qui peuvent se détacher de la partie supérieure.
Schéma 8. — Pente d'inclinaison 5, large d'environ 400 mètres, comprise entre deux pentes rapides
d'inclinaison 3. Cas à rapprocher du n° 20. Éviter la traversée de la pente médiane, sauf dans des conditions parfaites.
Schéma 9. — Cas inverse du précédent : pente médiane d'inclinaison 3 séparant deux terrains viables au ski.
A éviter lorsque les conditions sont défavorables. Dans d'excellentes conditions, on pourra franchir la pente médiane en
zigzagant en ski ; mais le chemin le plus sûr sera le parcours direct à pied de la crête entre A et B. La ligne AB est une
ligne de moindre inclinaison, suivant une forme convexe et offrant le minimum de danger.
Schéma 10. — Vallée encaissée entre des pentes d'inclinaison 2-3, mais dont le fond ne présente qu'une
inclinaison 5-6. Dans de bonnes conditions, on pourra la parcourir en suivant le torrent. Dans de mauvaises conditions,
les avalanches tombant des pentes supérieures menaceront tout le fond de la vallée.
Schéma 11. — Vallée très encaissée, à éviter en toute circonstance.
Schéma 12. — Vallon arrosé par un torrent, dominé sur la rive droite (à gauche sur le schéma) par une pente
rapide d'inclinaison 2 et bordé sur sa rive gauche (à droite sur le schéma) par une large côte d'inclinaison 5-6. On évitera
le fond du vallon et on s'élèvera le long de la côte, entre le torrent et la paroi de rochers limitant la . côte à l'est. Eviter
complètement ce terrain lorsque les conditions sont défavorables. De fortes avalanches pourraient balayer la côte ellemême. On peut aussi suivre le faîte arrondi, couronnant la grande pente de la rive droite.
Le problème de la viabilité se présente généralement au skieur sous la forme suivante : étant donné un point
connu (but de la course), trouver le meilleur chemin pour y parvenir en ski. Par le meilleur chemin, j'entends le plus
facile, le plus sûr (le moins exposé aux avalanches) et le plus court. Ces conditions sont rarement remplies
simultanément. Mais on peut dire que la solution la plus naturelle du problème revient à déterminer, entre le point de
départ et le but, la route viable de moindre inclinaison. Ceci est une notion nouvelle à la tactique du skieur alpin. Il ne
faut pas la comprendre exclusivement dans son sens géométrique qui, par opposition à la ligne de plus grande pente,

équivaudrait alors au thalweg topographique. Il est vrai que, dans des cas, la ligne viable de moindre inclinaison se
confond avec la ligne réelle d'un thalweg, ou bien elle suit le cours d'une rivière, d'un torrent, d'une combe, d'un glacier;
mais elle épouse souvent aussi des formes topographiques convexes, telles que de larges crêtes dorsales.
De toutes façons, c'est la première solution à envisager lorsqu'on étudie le problème de la viabilité. Mais, au
lieu de chercher à tracer notre route en partant d'en bas (soit du village dans la vallée), transportons-nous au sommet, ou
au but quel qu'il soit. Ce but n'est pas toujours le sommet convoité lui-même, mais bien le point terminus où le skieur
compte arriver sur ses skis et d'où commencera alors l'escalade finale.
Voyons dans quelle direction le terrain descend le moins rapidement. Déterminons ensuite, dans cette
direction, la ligne de moindre inclinaison. Cette ligne n'est pas nécessairement viable en elle-même. Il faudra
probablement s'en écarter plus ou moins, pour éviter des pentes encore trop fortes, des rochers, des obstacles de toute
sorte ; ou même remonter quelque temps, pour rejoindre une autre ligne plus favorable. Souvent la route viable de
moindre inclinaison équivaut à la route la plus directe et la plus commode — mais d'autres itinéraires, quand bien même
ils seraient plus longs, offriront peut-être davantage de sécurite, ici, la sécurité doit toujours primer la commodité.
Parfois la carte révèle, au premier coup d'œil, une particularité morphologique qui facilite singulièrement l'accès au but
et détermine tout naturellement la ligne générale d'attaque, comme un jalon principal dans l'itinéraire. C'est le cas,
lorsqu'un grand glacier ou une combe doucement inclinée s'avance profondément au cœur d'un massif.
Le parcours des glaciers en ski nécessite une tactique spéciale, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Les schémas 13 à 18 représentent des portions de glaciers dont il est intéressant de comparer l'inclinaison. Tous
sont viables, sans aucun danger d'avalanches.
Schéma 13. — Glacier d'Otemma, entre 2 760 et 2 970 mètres, sur la Haute-Route entre Chamonix et Zermatt.
Schéma 14. — Partie centrale du Gornergletscher entre 2 550 et 2 640 mètres.
Schéma 15. — Glacier de Findelen, entre 2 910 et 3 420 mètres.
Schéma 16. — Griesgletscher, entre 2 550 et 3060 mètres. [La route pointillée représente l'itinéraire ordinaire
du Blindenhorn (3 384 m.)].
Schéma 17. — Gkcier d'Aletsch, entre 2 440 et 2 640 mètres.
Schéma 18. — Grosser Aletschirn, entre 2 850 et 3 150 mètres.
En comparant ces derniers schémas à notre échelle d'inclinaison (schémas 1 à 6) on voit que, sauf les n° 15 et
16, dont l'inclinaison varie entre 5 et 6, tous les autres présentent une inclinaison inférieure à 6. Le Gornergletscher
semble plat lorsqu'on en parcourt la portion représentée au n° 14. Il faut des conditions exceptionnelles pour que les skis
y glissent naturellement. Lorsque la neige est poudreuse et régulière, on peut suivre en une seule glissade la ligne
pointillée du n° 16.
Un glacier compris entre deux rives montagneuses présente généralement une surface concave dans le haut et
convexe dans le bas. Dans la partie supérieure et concave du glacier, le skieur trouvera une voie large et facile. Là où il
devient convexe, le glacier est presque toujours limité par des moraines latérales. Au contact des moraines et des
rochers, ses bords se crevassent fortement et sont dangereux. Par contre, entre la moraine latérale et le flanc de la
montagne qui forme la rive, il existe très souvent une combe plus ou moins large et peu profonde, où le skieur trouvera
une voie facile et agréable, évitant le glacier lui-même. Dans ces combes, la neige est souvent meilleure que sur le
glacier. Il y a donc tout avantage à les suivre. Les zones de séracs doivent être évitées en ralliant les rives. Parfois on est
obligé de les franchir à pied, en portant les skis.
Les crêtes des moraines sont, comme presque toutes les crêtes dans les Alpes, plus ou moins dénudées de
neige, et il arrive qu'on les suive à pied aussi facilement qu'en été. On en profitera, par exemple, lorsqu'une moraine
latérale sépare des pentes très rapides ou couvertes de neige très dure, ou bien lorsqu'une moraine domine un glacier
tourmenté ou difficilement abordable.
Certains glaciers ont des langues peu inclinées. En été, elles nous apparaissent luisantes et dénudées. Le skieur
les franchit insensiblement, et passe souvent, sans s'en douter, du glacier à la combe morainique qui lui succède.
Les torrents qui coulent au fond des combes sont, à la fin de l'hiver surtout, complètement invisibles, sous la neige
uniforme. Ces torrents forment des lacs, et le skieur est amené naturellement à les traverser. Un lac gelé et recouvert de
neige offre une piste beaucoup plus directe et plus facile à suivre que les sentiers tortueux qui contournent ses rives.
Mais les torrents ne forment pas que des lacs : ils creusent des gorges souvent profondes, resserrées entre de
hautes parois rocheuses. Ici la carte est rarement suffisante pour permettre d'en juger la viabilité. Dans le cours
supérieur des torrents secondaires, ces gorges sont généralement peu profondes et comblées de neige. On passera là plus
facilement qu'en suivant l'itinéraire estival qui les évite presque toujours. Dans chaque cas, on examinera
soigneusement les pentes qui dominent et les dangers qu'elles présentent pour le skieur parcourant le fond de la gorge.
Lorsque la gorge est rapide, elle devient la voie préférée des avalanches alimentées par le neige des pentes supérieures.
Ces avalanches finissent par combler en partie le lit du torrent et, par un beau gel, on peut s'y hasarder impunément.
Certaines zones rocheuses formées de roches moutonnées ou de rocs érodés peu proéminents, sont souvent
nivelées par la neige, vers la fin de l'hiver. On peut alors les traverser sans peine. C'est le cas pour la région à l'est du
glacier de Zanfleuron ; le versant sud-est du Schneidehora (Rawyl) ; la partie supérieure de la Weissfluh (Parsenn).
Dans ces régions, la carte ne fait souvent qu'esquisser les courbes de niveau, et il n'est pas toujours possible de juger la
viabilité du terrain.

Avalanche du 1 er mars 1914 (7 h. Pourtant. pour le Zinal-Rotborn.). vol. de Vevey. Dans bien des cas. sur laquelle la neige était en équilibre instable. Dans une dernière série de schémas (n 0 19 à 27). La pente traversée par la caravane ne présente pas. une courte descente (50 m. elle prend à ses yeux l'image d'un relief. Schéma 19. Crettez et moi. Pente dangereuse en toute circonstance et très facile à éviter en traversant le col d'Arpalle (à l'Est du P. 1916. déboisées. itinéraire que j'avais déterminé au moyen de la carte. jalonnent la limite inférieure des pâturages. Schéma 22. la neige était bien tassée et la montagne se trouvait dans d'excellentes conditions. D'autrepart. p. le théâtre de la catastrophe à laquelle il a si miraculeusement échappé. col reliant Berisal à Binn.) avec route cantonale et hôtel Passhôhe. froid. Courte pente de 300 mètres. Inclinaison 2-4.Les zones boisées sont des obstacles fréquents sur la route du skieur. tout le plan d'approche en ski dépend du point où doit se donner l'attaque finale. Planche de neige (Schneebrett) emportant trois hommes. une inclinaison plus forte que 4-5 . Sur l'autre versant. Ce jour-là. Neige croûteuse. Fœhn après une forte chute de neige. J'ai eu l'occasion de visiter. Les rescapés prétendent avoir « crevé une gonfle » (Schneeschiltty. Neige croûteuse. Schéma 21. p. pour le Tàschhorn. il procède par déduction et finit par déterminer la voie la plus sûre. 2452 au pied de l'arête rocheuse sudouest duMont Gelé. mais dont les rives sont dangereuses. celle qui prolonge l'itinéraire choisi préalablement pour ses skis. (Voir Guide du skieur dans les Alpes valaisannes. 46 . Certaines grandes montagnes n'offrent qu'une seule voie praticable en hiver. certains jalons caractéristiques. les mélèzes croissent en forêts moins denses. on peut franchir en plusieurs endroits et sans aucune difficulté la large croupe courant dn P. D'autres motifs encore peuvent influer sur le choix des itinéraires. Nous avons constaté. elle est exempte de tout danger d'avalanches. convergeant doucement vers ia vallée principale. De la combe de Médran. voir aussi le chapitre XV. l'alpiniste-skieur doit prévoir de quelle façon il attaquera le sommet lui-même de la montagne. Deux planches de neige (Schneebrett) superposées cédant successivement sous le poids d'une caravane de quatre hommes. au-dessus de Davos. 1911. Cas à rapprocher du n° 8. même si la voie finale n'était pas la plus facile ( 1). Dans ce cas. ne connaissant absolument pas la région ea question. Par contre. L'itinéraire idéal est celui qui parcourt un large glacier. Avalanche du 15 janvier 1911 (10 h. il recherchera même cette protection naturelle. entre elles. l'arête sud est. au 50 000e. L'inclinaison moyenne des pentes qu'il parcourt est supérieure à celle du plateau où coule le bisse de Levron. les aroles. Dans les Grisons et sur le versant méridional de nos Alpes. peuvent écarter le skieur de la route viable de moindre inclinaison. et le skieur qui les traverse se trouve relativement à l'abri de ce danger. i'arête nord . V. dans le Valais et les Grisons. J'ai dit que les facteurs météorologiques s'enchaînaient aux facteurs topographiques. Correvon. s'il n'existe pas de chemin pour les traverser. 345). 39 . c'est là une exception assez rare dans nos Alpes. Neige croûteuse recouvrant 80 centimètres de neige poudreuse. 2452 est préférable. L'itinéraire indiqué par une ligne en traits et traversant la selle au-dessus du P. I. C'est en appliquant ces principes et en combinant intelligemment tous ces facteurs que l'alpiniste-skieur détermine son chemin sur la carte. 238). du matin). Plus haut encore. Celles de sapins sont souvent très épaisses et. 2709) (Revue alpne. Journal de Genève du 19 janvier 1911). 2 . sur l'itinéraire du col de Fenêtre (val Ferret). Inclinaison 1-3. En déterminant la ligne viable de moindre inclinaison. descendant d'un col ouvert entre deux belles montagnes et précédant une combe régulière. 79-80). Quelques jours plus tard (le 25 janvier 1920). 1915. Six victimes (Alpina. — Versant nord du Saflischpass. en montant de Verbier à la Rosablanche. avec M. Le skieur doit savoir par anticipation que les neiges offrent une consistance plus favorable sur les versants nord et est que sur les pentes tournées vers le sud et l'ouest. Terrain à rapprocher du n° 10. comme tous les précédents. pas trop encaissée. — Pente située entre le Plan de la Chaux (2 040 m. du matin). La ligne indiquée alternativement par un trait et un point représente le bisse de Levron que suivait la caravane. qui sont faciles et parfois même très agréables à parcourir. espacés sur les pentes. l'arête nord . avec courbes de niveau équidistantes de 30 mètres. dont le fond est praticable dans de bonnes conditions. Ces schémas sont exécutés. Schéma 23. Le sommet lui-même est généralement accessible par plusieurs routes différentes. dans les combes abritées du vent que sur les arêtes qui y sont exposées. mais elle est dominée par une pente concave d'inclinaison 2-3. mais elle est régulière et inférieure à celle de la pente dominant ce bisse (2) (Echo des Alpes. Très beau temps. — Alpage du Vacheret (rive droite de la vallée de Bagnes). Avalanche citée par Richardson dans son SkiRunner. j'ai topographie les principaux endroits où des touristes ont été surpris par des avalanches. à peine) et une marche de flanc conduisent au pied du glacier de la Chaux. Lorsqu'il sait l'interpréter. Planche de neige (Schneebrett) 1 Ainsi pour le Grand Cornier. 66. L'orientation générale du terrain en est un. — Col de la Furka (2421 m.) et les lacs de Fenêtre. à l'endroit où elle est coupée par le bisse. La carte ne permet guère de déterminer l'essence ou la densité des arbres composant ces forêts. 128 : VIII. Inclinaison 4. Vallée encaissée. dont trois furent ensevelis (Ski. Nous avons vu que certaines particularités morphologiques. Éliminant d'emblée les pentes condamnées. les avalanches sont beaucoup plus à craindre dans ces combes que sur les arêtes. Celles-ci sont indiquées par des flèches. Avalanche du 17 novembre 1915. peu incliné et peu crevassé. mais j'avoue que l'aspect de la pente fatale me fit une forte impression. le skieur fera bien de les éviter autant que possible. — Bremenbûhl (2 261 m. et je conseillerai alors au skieur de choisir. on obtient généralement la solution la plus simple et la plus naturelle du problème de viabilité posé au skieur. Inclinaison 2-3. ne seraient pas sans péril. 1914. 261-269). que cette route est la vraie et qu'en temps normal. Enfin. Conditions défavorables. Le passage de la caravane suffit à ébranler la masse en suspens. Schéma 20. Inclinaison 2-3. Ed. le guide Maurice Crettez et moi suivîmes l'itinéraire suggéré par la ligne en traits dans mon schéma n° 20. Écho des Alpes. les forêts épaisses constituent une excellente digue contre les avalanches. pour franchir des pentes rapides et qui. Avalanche du 22 janvier 1909.

provoquée par deux skieurs (Ski. Arnold Lunn et Jos. Au-dessous de cette altitude. Schéma 24.).). Knubel sont montés en ski jusqu'au sommet même du Dôme des Mischabel (4 554 m. En étudiant la carte de nos Alpes. S.) ainsi que la plupart des sommets du massif de l'Err. 73-76 . surtout dans les régions où les montagnes forment de grandes chaînes et où les sommets sont séparés par des cols bien caractéristiques.) dans les Alpes Pennines .) dans les Alpes Lépontines . on verra qu'ils rentrent dans deux grandes catégories : a. XIII. Avalanche du 28 décembre 1913 (2 h. Mauvaises conditions : tempête de neige avec fœhn et température élevée (Ski. la Dent Blanche (4 364 m. — Val d'Eschia au-dessus de Maduleim (Engadine).). Inclinaison 1-2.) et le Titlis (3 239 m. L'inclinaison de leurs pentes permet théoriquement l'usage des skis jusqu'à la cime . Comme exemples. léger fœhn . la neige ou la glace). On peut désigner ce genre de course sous le nom de combinaison (combinaison d'une approche en ski et d'une ascension finale dans le rocher.) et le Bieshorn (4 161 m. . Le pointillé indique l'itinéraire suivi. le Piz Tremoggia (3 452 m. le Piz Buin (3 316 m. parmi les plus hautes montagnes : le Lyskamm (4 538 m. — Terrain à l'est du col du Sanetsch. après-midi). le Capùtschin (3 391 m.) par l'arête nord . Avalanche poudreuse tuant deux hommes qui remontaient la rive droite du torrent.). le Piz Mortel (3 442 m. Avalanche du 22 décembre 1911 (11 h. le Basodino (3 277 m. Tous les sommets ne sont pas destinés à devenir la proie du skieur. située entre la Drance le Bagnes et l'arête de Corbassière (2227 m. etc. 24). — Stand (1 939 m. avec ligne pointillée indiquant la meilleure route pour se rendre de ce col vers la région du Wildhorn : une arête caractéristique. en partie à pied. Voici encore les commentaires relatifs aux trois derniers schémas: Schéma 28. on trouve. Patrouille de dix hommes échelonnés à de courts intervalles coupant la pente (Ski. VTII. — Parsenn (près Davos). au lieu de se tenir sur l'autre rive (Ski. Combe comprise entre deux forêts. Mauvaises conditions : temps humide. à la fin de mars. 22 et 26) semblent résulter du fait que les caravanes suivaient les itinéraires habituellemént parcourus en été et pointillés sur l'. en partie en ski. je comprends les sommets neigeux dont on peut atteindre en ski le point culminant ou ses abords immédiats.) par l'arête de l'OberMônchjoch . XII. le Brunnegghorn (3 846 m.). Avalanche du 7 janvier 1918 (soir). Inclinaison 4. l'Ebnenuh (3 964 m. Schéma 30. au-dessus des Saanenmôser. Inclinaison 3. les Gùmels (3 513 et 3523 m. dans l'Oberland bernois . — la Mongia (3 419 m.).) près du Hundsruck. par des conditions excellentes. neige superficiellement gelée. Meisser. bien entendu. dans les Grisons ( 1). La plupart des accidents (en tout cas les nos 20. b. Une étude préalable du terrain sur la carte aurait révélé une route plus sûre et souvent plus agréable. à Coire). Ce sont en général des dômes isolés.) sur le sentier de la cabane de Panossière. mais beaucoup peuvent être complètement ou partiellement gravis à skis. Schéma 27. — Pente très raide.). Le pointillé indique la route habituelle. — le Claridenstock (3 270 m. je citerai : le Grand Follat (3 671 m. on constate que leur viabilité en hiver est considérable. Auparavant on n'avait jamais observé d'avalanches à cet endroit (Ski. du soir).) par l'arête du Lysjoch .). — les Diablerets (3 222 m. Gonfles (Windschilde) dans la partie supérieure. 215).). Schéma 29. la neige exposée au vent est souvent si dure que l'alpiniste abandonnera ses skis dès que la marche sera plus facile ou plus rapide à pied.). C'est la plus haute altitude atteinte en ski en Suisse. Ces combinaisons sont innombrables en Suisse. Cette pente aurait une inclinaison 1. la Tête Blanche (3 750 m. — Ce schéma reproduit une grossière erreur de l'A. Avalanche du 20 février 1916 (6 h.A. que l'on suit à pied pour passer des champs de neige du Sanetsch aux pentes supérieures dont l'accès en ski est barré par des rampes d'inclinaison 2-4. On cherchera naturellement à combiner une courte escalade avec une partie de ski agréable. S. mais dans la partie supérieure. — Val-Bella sur Parpan. communication personnelle de M.) dans les Alpes centrales . Or on y monte en ski sans danger ni aucune peine. L'étude de ces schémas est instructive. VIII.).) par l'arête est . Dans cette première catégorie. je comprends les sommets dont on ne peut atteindre en ski que le pied et dont il faut compléter l'ascension comme en été.) par le Hughsattel . le Mônch (4 105 m. — le Blindenhorn (3 384 m. 136). situés dans de grands massifs. Elle confirme les principes établis plus haut. au pied même de la pente dangereuse. La crête sera généralement dénudée de neige et facile à parcourir en portant les skis. Si l'on cherche à les classer. le Combin de Chessette (environ 4120 m. Ceci prouve qu'on peut quelquefois affronter impunément des pentes très rapides. Courte pente de 150 mètres. Mauvaises conditions : 30-40 centimètres de neige fraîche et fœhn. la Tête de Valpelline (3 813 m. la Cima di Jazzi (3 818 m. Temps clair. surtout dans les Grisons et sur les contreforts septentrionaux de l'Oberland bernois et des Alpes Pennines. Mais c'est une imprudence à déconseiller (voir p. Inclinaison 3-4. en suivant une arête caractéristique ou en escaladant une face. toujours en se basant sur la carte. au-dessus de Fionnay. 53-60).). 21. Les sommets cités en exemple et classés dans ces deux catégories dépassent tous 3 000 mètres. le Wildhorn (3 264 m. Je me bornerai à citer ici quelques exemples typiques. X. les sommets méridionaux du Mont Rosé. 1 En juin 1917. suivie par les caravanes montant au Breithorn de Zermatt et marquée sur l'A. Pente située entre le glacier le Théodule et le plateau du Breithorn. d'inclinaison 1-2. Dans cette seconde catégorie. S. le Finsteraarhorn (4 275 m. Schéma 26. une quantité de montagnes très favorables au ski. Schéma 25. Conditions défavorables après une chute de neige d'environ 50 centimètres. Ils sont assez rares en Suisse. E. 27-30). 123 .).) par l'arête sud . la Bernina (4 055 m. 1912. 30 du matin). le Pigne d'Arola (3 801 m. Alpina.).) de la Fuorcla Buin. Les conditions de la neige printanière étaient parfaites et la descente du sommet à la cabane Festi ne prit que quarante minutes.

que le glacier est. elle ne joue pas un grand rôle. six eurent lieu à la montée et dans un cas seulement deux skieurs encordés furent tués. Grâce à la sécheresse de l'air. Au premier âge. au lieu de parcourir une seule route. bien qu'en pratique les skieurs aient beaucoup trop attendu pour se décider à mettre la corde à la montée. et le skieur est moins exposé au danger des avalanches que sur les pentes inférieures de la montagne. un terrain très perfide et qu'il est absolument nécessaire de conserver de grandes distances. on suivra naturellement la plus facile. pour s'engager ensuite dans quelque couloir conduisant vers la cime qu'ils convoitaient. Depuis vingt-cinq ans qu'est arrivé le premier accident de ski en montagne. de l'équilibre plus difficile à conserver et aussi parce qu'une corde très longue était nécessaire. De ces accidents. C'est du reste pour lui un sentiment de sécurité très appréciable de savoir que ses skis l'attendent au pied de la montagne. Pourtant cette question d'orientation doit intervenir en tout dernier lieu. qui dépose ses skis au pied de la montagne et doit les reprendre au retour. on en parcourt deux. à la suite du terrible accident du Grenzgletscher où périrent Kœnig et Flender. les skieurs croyaient ne pas devoir s'encorder sur les glaciers bien couverts de neige. le skieur les utilise sur presque toute leur longueur. S. parce que très enneigés et très froids. et ceci double l'intérêt de la course.. les pionniers remontaient leur cours. Comme je l'ai dit plus haut déjà. aux yeux du skieur. tandis qu'aujourd'hui. où ils avaient fait transporter leurs skis. A. leurs guides devraient être absous de tout blâme. il faut se persuader qu'en hiver. lorsqu'il s'agit d'une face ou d'un versant escarpé. évitait ces grandes artères. plus encore qu'ailleurs. s'il arrive un accident. puisque. il ne soupçonne pas toujours les crevasses cachées qui le guettent . Mais le retour par le glacier de Tseudet est infiniment préférable . l'orientation entre alors sérieusement en considération. Dans les combinaisons. c'est pour attaquer des parois escarpées et chevaucher des arêtes déchiquetées plus dignes de leur témérité ou de leurs capacités. de tout temps. l'alpiniste peut se diriger au moyen de la carte. on préférera celle dont l'orientation est la plus favorable (S. II. neuf skieurs ont été tués dans des crevasses. « Les skieurs qui sont disposés à assumer tous les risques d'une descente libre doivent être autorisés à le faire sans reproche et. en hiver aussi bien qu'en été. et je conseillerai à l'alpiniste d'éviter les versants orientés au nord.). tous les skieurs sont d'accord : la corde doit être employée tant que l'on marche à plat ou que l'on monte sur un glacier. De tels accidents n'ont pas plus d'importance que des actes de folie similaires chez les alpinistes estivaux. Lorsqu'on a le choix entre plusieurs routes. les traversées de sommets ne sont guère possibles. M.). depuis les hauts névés jusqu'à la langue terminale. les skis en bandoulière. De ce fait. autre danger qui n'est certes pas à dédaigner. Mieux encore : autrefois 1 \ pionniers n'en parcouraient guère que la partie supérieure. l'hiver transforme beaucoup moins les hauts sommets que les zones inférieures de la montagne. écrit Lunn vingt ans plus tard. ce choix dépend en partie du point terminus atteint en ski. Ceci est admis par tous en théorie. écrivait ceci : « Jusqu'à présent. un des alpinistes-skieurs de la première heure. les skis sur l'épaule. Comme nous l'avons vu.). Un autre de mes amis a également traversé le Mont Velan (3 765 m. elle est balayée par les vents et le reste fond au soleil. sachant qu'il enfoncerait là. qui est bien minime. que le sondage avec le piolet ne suffit pas .. alors que la tentation de s'en passer n'est pas plus grande pour un skieur que pour un piéton. Comme j'ai pu le vérifier souvent. ont pourtant réussi la traversée de l'Aletschhorn (4 182 m. Les glaciers ont été.-W. L'hiver les recouvre uniformément de neige et rend leur cours navigable. L'alpiniste hivernal.Tant qu'il est en ski. Ces sages conseils auraient dû convertir d'emblée tous les amateurs de ski en haute montagne. S. Sur les arêtes. Par contre. une masse énorme de neige peut s'effondrer tout à coup. Par contre. lorsqu'il allait à pied. on choisira toujours l'arête. quand bien même la couche de neige serait très épaisse . les voies naturelles de l'alpinisme. en descendant par l'arête ouest. montant par le Dreieckhorn et descendant par le Sattelhorn sur la cabane Egon von Steiger. dans la neige poudreuse. Mais. Si les alpinistes modernes s'en écartent volontiers maintenant. la neige qui tombe dans les hautes régions n'offre aucune consistance. partant de la cabane Concordia. Si l'on hésite entre deux arêtes faciles. les arêtes deviennent les voies naturelles pour gagner les sommets. et qu'une trace bien marquée relie ce dépôt improvisé au refuge qui lui offrira son toit pour la nuit (1). En 1902 déjà. Leur inclinaison est généralement modérée. le touriste se plaît à traverser les sommets comme on traverse des cols. profondément ancrés dans la neige. Cette opinion est maintenant bien ébranlée. les victimes avançaient à pied. Dans deux autres cas. S-E. et l'on se demande si les dangers de la marche sans corde ne surpassent pas ses avantages. ignorant ou dédaignant le ski. Paul Montandon. En été. les glaciers ont repris toute leur importance d'antan. l'ascension finale du pic s'exécute selon les règles habituelles et d'après les indications et les itinéraires décrits dans les guides publiés par le C. Les deux seuls cas qui nous concernent sont ceux où des skieurs enfoncèrent un pont alors qu'ils descendaient sans corde : Streinz en 1912 et von 1 Pas de règle sans exception : deux de mes amis. — PARCOURS DES GLACIERS EN SKI. La majorité des skieurs acceptera toujours ce risque. les arêtes étant presque toutes exposées aux vents et l'action de ceux-ci étant infiniment plus considérable que celle du soleil. à cause de la liberté des mouvements. Or il s'en faut encore de beaucoup ! « Sur un point. En tout cas. Entre une face et une arête. Pour l'alpiniste d'hiver.

Mais. elle ne les éliminera pas. sur l'Oberaarjoch. s'il ne pouvait pas aller dans les Alpes en mai. la traversée d'un grand col glaciaire et si elle n'offre au skieur la joie sans mélange d'une glissade parfaite sur un grand glacier ( 1). Sur trois skieurs. Une part considérable de la neige superficielle a fondu : elle s'est écoulée à travers les mille fissures de la glace. Il nous faut donc distinguer entre les accidents évitables et ceux qui sont inhérents au plein développement du sport. 1 500 personnes furent tuées dans les Alpes. Tâchons de ne pas le gagner ! Pour se faire une idée exacte de l'état d'un glacier en hiver. la personnalité du skieur et celle de l'alpiniste entrent en conflit : le premier se laisse entraîner par le charme de son sport favori .Allmen. » Un de mes amis (qui n'est jamais tombé dans une crevasse) a prétendu que les skis remplacent la corde sur les glaciers. p. de la franchir avant l'effondrement du pont. les premières neiges tombent sur ce glacier dénudé. par suite de la consistance même de la neige. connaît l'étendue du danger et veut rester prudent à tout prix. le plus souvent. deux trouvèrent la mort dans une avalanche et cinq sur six à des altitudes moyennes. 1 2 Alpine Skiing. vous avez des chances. Ce serait vrai si les guides pouvaient emporter une carte à grande échelle. Si la crevasse est faiblement couverte. « Les guides. nous sollicitons la même indulgence que celle accordée à tous les montagnards qui trouvent dans l'alpinisme quelque chose de plus que la satisfaction d'arriver au sommet avec le maximum de sécurité. Au commencement de l'hiver alpin (octobre-novembre). la question est un peu plus délicate. Un peu plus loin. rendue à l'atmosphère par la chaleur du soleil. En somme. Mais il en est beaucoup qui considèrent la combinaison du ski et de l'alpinisme comme le plus beau des sports.. le phénomène est très apparent : les bords des crevasses sont dégarnis de neige. il faut observer ses différentes phases d'enneigement. les chercheurs de nouvelles routes et les skieurs non encordés ont tous considéré les risques de leur sport favori et jugé que le jeu valait bien la chandelle. il avoue très franchement que. prétendent parfois qu'une connaissance locale exacte élimine tout danger. Ceux qui considèrent les montagnes comme un playground pour le ski devraient se confiner dans la zone subalpine. les ponts se sont effondrés ou menacent ruine . et quant au sondage il est parfaitement inutile. en mars 1921. la glace est à nu. là où il n'existe pas la moindre crevasse. les preuves sont évidentes. Dans cette même période de vingt-cinq ans. Kœnig et Flender enfoncèrent un pont de 3 à 4 mètres d'épaisseur. si de nouvelles crevasses ne se formaient pas entre l'été et l'hiver et si tous les membres de la caravane suivaient exactement les traces de leur guide. Comme aucune de ces conditions n'est satisfaite. Théoriquement. Il est inutile de vouloir le nier : il faut au contraire s'en persuader et chercher à le parer autant que possible. figurant toutes les crevasses . jusqu'au torrent alimenté par ses eaux. Et c'est ainsi que le ski nous entraîne à commettre des imprudences que nous ne risquerions jamais en été. Chacun est libre d'agir à sa guise et selon son caractère. pour lesquels une expédition en ski n'est pas complète si elle ne comprend l'ascension d'une haute montagne. A l'Oberaar-joch. » Le ski présente sur la neige une surface de sustentation évidemment beaucoup plus considérable que celle du pied. Mais ce n'est qu'une chance . Pratiquement. Mais. 88 . elles sont sans valeur. grâce à la vitesse de vos skis. subjective. à la descente aussi bien qu'à la montée.. l'autre. Les victimes de l'alpinisme en ski proprement dit sont donc très rares : deux morts (sur 1 500) résultant d'une descente libre sur des glaciers. Il est inutile de s'attendre à l'impossible et il serait futile de prétendre que tous les skieurs devraient toujours s'encorder (2). Les alpinistes sans guide. « Ceux qui considèrent le ski comme un moyen pour arriver au but peuvent s'encorder. Aucun de nous n'a le droit d'excuser les périls que nous sommes préparés à affronter. Donc les skis ne remplacent pas la corde. à la fin de février 1902. Ceci serait vrai si la largeur des crevasses n'était supérieure à un mètre par exemple: le danger d'y tomber serait alors nul. Sur la partie inférieure du glacier. Elle reste personnelle. Le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde. Il est bon d'ajouter que Lunn s'est fait une spécialité de parcourir l'Oberland bernois en skieur et non en alpiniste. en mars 1921. et chacun doit le résoudre au plusieurès de sa conscience. ajoute Lunn. Au cours d'une glissade. sur de grands espaces. surtout s'il a soin de traverser ces crevasses perpendiculairement à leur direction. D'autres accidents confirment l'existence et l'étendue du danger. si les glaciers ne changeaient jamais . pourvu qu'il respecte les lois de solidarité par lesquelles il est engagé envers ses compagnons. » Tel est l'avis d'Arnold Lunn. il estime les ennuis de la corde plus grands que le danger de s'en passer . Vous connaissez l'aspect d'un glacier en automne. Une connaissance locale peut réduire les risques. au contraire. semblent prouver que le risque de négliger la corde à la descente est moindre que celui de traverser Paris en taxi. comme nous l'avons déjà dit. 85 Alpine Skiing. ou bien elle a été sublimée. ou presque nul. il essayerait de se réconcilier avec le ski à la corde. aux dépens de ceux que nous jugeons sans aucun attrait. « Nous qui glissons sans corde. onze skieurs suivaient la même piste: le pont s'effondra sous le poids du onzième. le skieur finit par l'emporter sur l'alpiniste. lorsque la saison a été chaude. On peut donc faire toutes les suppositions. p. Un skieur a donc beaucoup moins de chance d'enfoncer un pont qu'un touriste à pied. les dimensions des crevasses sont très variables et la fragilité des ponts dépend aussi bien de la longueur de leur arche que de l'épaisseur de la neige. Du reste. le parcours des glaciers sans corde équivaut à une vaste vrie dont le gros lot serait caché au fond d'une crevasse. Mais nous savons bien que ce n'est pas le cas. Sur le Grenzgletscher. au printemps et non en hiver. la question est facile à résoudre : le danger existe. donc il faut s'encorder.

Une fois nivelé. l'alpiniste avance à l'allure d'un piéton ordinaire : il a le temps de prévoir et de sonder les crevasses au moyen du piolet. lorsque l'on considère les matériaux utilisés. Au cours d'une glissade en ski. La même opération se répète plusieurs fois au cours de l'hiver. Le vent la poursuit sans trêve et ne la laisse en repos que lorsqu'elle s'est infiltrée dans les fentes et dans tous les trous du glacier De grandes étendues de glace vive restent ainsi à découvert. Bien des gouffres sont assez larges et profonds pour défier longtemps l'envahissement de la neige. au hasard de l'équilibre et selon la direction du vent qui la chasse. « En été. Cette neige est poudreuse. mais avant que le soleil ne le touche. de soupçonner la présence d'une crevasse cachée. il ferait mieux d'engager des guides. achève la construction en les réunissant et en les nivelant enfin. plus encore qu'en été. les expéditions à travers des glaciers difficiles ne devraient être entreprises que par des caravanes dont les éléments se connaissent mutuellement. mais une crevasse masquée par une couche de neige est très difficile à prévoir. qui l'arrache aux arêtes et aux versants exposés. Mais la neige suspendue dans les crevasses ne les soutient pas et celle qui les revêt ne les renforce que bien faiblement. Mais choisissons une crevasse bien comblée de neige. le soleil et le vent parviennent enfin à combiner leur action. le vide n'existe que peu ou pas . La solidité d'un pont dépend beaucoup plus de la consistance de la neige qui le forme que de son épaisseur. La neige qui les forme est beaucoup plus compacte. quitte à s'effondrer brusquement sous la pression accidentelle d'un skieur. En réduisant l'épaisseur de la neige.Ces précipitations sont presque régulièrement accompagnées d'un vent violent et d'un froid sensible. et tout l'échafaudage sera à recommencer. de façon à ne pas être embarrassés. ces corniches opposées finissent par se rejoindre. Ils la durcissent superficiellement en formant une croûte plus ou moins épaisse. Les ponts que nous traversons en été sont autrement plus solides et mieux construits. et c'est alors seulement que commence la construction des nouveaux ponts. Guides et touristes devraient s'astreindre également à pratiquer une seule et même technique à la corde. Lorsque le skieur alpin ne peut s'assurer le concours de ses compagnons habituels. il faut naturellement ne pas négliger cette occasion. » Nous en arrivons finalement à la conclusion que la fragilité des ponts et le danger de les enfoncer sont beaucoup plus considérables l'hiver que l'été (1). par transparence et par suite du vide. à demi ruinés par la chaleur estivale. lorsque la caravane est composée d'éléments qui ne se connaissent pas. Les glaciers reçoivent. beaucoup plus de neige qu'il n'en tombe normalement. en somme. On a prétendu que les ponts s'effondraient moins facilement en hiver qu'en été par suite du froid. Sous le pont nouvellement formé. Elle ne se maintient souvent que par un miracle d'équilibre. Les grandes variations de température et de traction produisent l'effondrement des ponts les plus faibles. Sur cette neige. la neige conserve sa blancheur mate. ou bien elle s'effondre brusquement. 1 II serait intéressant d'étudier sur place la formation des ponts de neige sur de larges crevasses. de telles combinaisons se présentent rarement. Ces caravanes pourraient alors profiter des premières neiges pour exercer le ski à la corde en dehors des glaciers et se préparer à en affronter les dangers avec tous les atouts dans leur jeu. et un pont qui a résisté à la chaleur du jour précédent peut généralement mériter notre confiance pour le jour suivant. En hiver. le glacier se couvre peu à peu. le glacier se trouve superficiellement nivelé. Supposons une crevasse remplie à pleins bords de neige poudreuse. Les anciens ponts. En été. pour avoir pratiqué le ski en haute montagne. et les trous se former précisément sur une glace solide. soufflant la neige. ces avalanches combleront les crevasses beaucoup plus solidement que la neige et le vent ne pourraient le faire. En hiver. qui existe bel et bien à cette époque. vient précisément la déposer dans ces combes glaciaires. Le vent forme des vagues et creuse des trous. Lorsque les pentes latérales d'un glacier sont rapides. et le vent. même à l'œil le plus exercé. Puis une nouvelle couche de neige recouvre le tout et la couche précédente est assez forte pour supporter ce nouveau poids. Mais cette épaisseur varie aux caprices du vent. On confond simplement deux constructions exécutées avec des matériaux tout différents. En débordant de plus en plus. séparant les crevasses où la neige s'engouffre. En hiver. la solidité des ponts augmente à mesure que la couche de neige s'épaissit. n'offre aucune résistance. Elle se tasse insensiblement. En hiver. Mais ce froid n'a aucune influence sur la neige hivernale. uniforme. mais d'une façon très irrégulière encore. Cette neige n'offre aucune résistance. En été. La fonte et le gel alternatifs augmentent sans cesse sa densité et finissent par la transformer en glace. un pont d'un mètre d'épaisseur s'effondrera plus facilement qu'en été un pont deux fois plus mince. Elle est donc très irrégulière. le soleil augmente sa cohésion et sa force. mais il n'est comblé que par une neige folle qui. Au cours de l'hiver. peut se maintenir durant des semaines. qui ne supporterait pas une seule heure de soleil estival. ceci surtout aux heures chaudes de la journée. Peu à peu. écrit Lunn. Toute la couverture hivernale du glacier est d'une fragilité bien évidente. Elle s'y maintient en suspens. les ponts de neige sont soumis à une sélection naturelle. Les vagues peuvent recouvrir des crevasses. Ils restent plus ou moins béants. Malheureusement. les variations de température sur la neige sont très faibles : un pont fragile. ceci est impossible et parfaitement inutile : le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde là où il n'existe pas le moindre trou. se plâtrent de neige fraîche et finissent par inspirer confiance. Si l'on peut profiter de la détection de ces avalanches pour traverser une zone glaciaire. elles produisent des avalanches. Le vent. et il est impossible. et l'on part trop souvent avec des compagnons plus ou moins inconnus. En envahissant les rives du glacier. ces ponts commencent par se former latéralement. et par conséquent moins dangereux que ceux qui sont traîtreusèment cachés. On peut toujours éviter une crevasse franchement ouverte. A notre avis. la neige qui recouvre une crevasse s'évase légèrement et nous apparaît sensiblement plus foncée. sur chaque côté de la crevasse (et selon la direction du vent) comme les corniches sur les bords d'un précipice. . Seuls ceux qui sont assez solides survivent. pratiquement.

Sur les glaciers. En employant des antidérapants. Le skieur du milieu tendait entre les deux skieurs extrêmes. une seule se rompit à 690 kilogrammes. La corde reliant le skieur (qui plonge dans la crevasse) aux autres membres de la caravane (qui glissant a une certaine vitesse) est naturellement soumise à un choc considérable. une boucle de corde dans laquelle il passera le bras s'il tombe dans une crevasse. on pourra passer un pied dans la boucle et soutenir son poids plus facilement encore. Par contre. . laissait celle-ci couler dans un anneau de fer fixé à son ceinturon de cuir. Plus la cordée est grande. en maniant la corde comme on le fait d'habitude et l'on suivra exactement la même piste. Le skieur du milieu.Il est certain qu'une glissade à la corde manque decharme. plus q ue partout ailleurs en montagne. lorsque la corde est exposée à l'humidité et au gel. A la descente. les skieurs se diviseront en deux caravanes de deux. légère et très maniable. de façon à pouvoir se porter secours mutuellement. Prufungsanstalt de Zurich et dont les résultats furent publiés dans l'Alpina (1912. Elle a l'avantage d'être à la fois solide. L'occasion est excellente parce que l'instruction est réglementaire et uniforme. Les quatre autres furent plus résistantes qu'à l'état sec Ceci s'explique assez facilement si l'on considère la texture de la corde. surtout pour la descente. Les cordes doivent naturellement être de la meilleure qualité. La plupart des participants sont du reste étonnés de constater combien la technique de la corde est moins compliquée qu'il ne semble au premier abord. De cette façon. En cas d'accident. trois skieurs courent moins de risques que deux skieurs seulement. on est rarement obligé de décrire des zigzags. En cas de séparation. Nous indiquerons au chapitre VII quels sont les exercices à pratiquer à la corde. etc. Le nombre six est encore meilleur que le nombre quatre. la séparation est dangereuse (1) Vingt mètres d'intervalle ne sont pas de trop. Si le retour doit s'effectuer par le même itinéraire. en dehors des glaciers. 23-4) ont démontré que le gel n'a pas sur les cordes l'influence qu'on li prêtait. les cordes doivent être portées par les derniers de la caravane. et c'est évidemment la raison pour laquelle on a tant d'aversion à l'exercer préalablement.5 mètres ne pèsent que 1. Pour le Retirer. 2 Ceci est important. Les deux méthodes peuvent se combiner ( 2). on avait prétendu que la corde avait cassé parce qu'elle était gelée. Ces deux caravanes marcheront toujours de conserve. généralement couverte de névés. Il oblige les trois skieurs à marcher à une seule corde. Ils porteront deux cordes de 25 à 30 mètres. 1 J'avais imaginé autrefois un moyen de faciliter la glissade d'une cordée de trois. J'ai expérimenté ce système sur le glacier de la Sivretta." La descente est naturellement beaucoup plus compliquée que la montée. l'une horizontale et l'autre verticale. par suite du glissement de la corde dans la boucle. et par conséquent la rupture.5 mm et les 2. au lieu de s'attacher à la corde. 3 Lors de l'accident du guide Louis Theytaz. plus les chutes seront fréquentes. surtout lorsque la caravane ne connaît pas le glacier à parcourir. si le glacier n'est pas incliné. mieux pontées. Si vous restez suspendu par la corde nouée autour de votre taille. Elle est constituée par trois torons de fils anglais. A trois. la caravane pourra se diviser sans s'exposer à de graves dangers. sous la direction de guides ou d'alpinistes expérimentés. Le nombre trois n'est guère suffisant en hiver. Deux skieurs s'en tirent assez facilement. Car il est impossible de glisser à une allure modérée dans la piste ouverte à la montée — à moins de conserver les peaux de phoque sous les skis et de freiner fortement au moyen des bâtons. à quatre. la marche à la corde est aussi facile qu'en été. Nous avons dit plus haut déjà que le danger des crevasses est plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure du glacier. et. Sur cinq cordes gelées. chacun de ses fils s'entoure d'une carapace de glace qui diminue le frottement. au cours de nos expériences. et la couverture neigeuse plus épaisse aussi. tout en montant. mais parce que les tractions produites par la chute d'un skieur sont généralement beaucoup plus considérables qu'en été (le skieur se mouvant à une vitesse beaucoup plus grande que le piéton) (3). on suivra les itinéraires habituels de l'été.5. Ces deux cordes seront réunies pour la marche à plat et pour la montée. Chaque skieur devrait avoir. En cas d'accident. vous serez à moitié mort de fatigue avant d'être retiré de la crevasse. on procédera. comme on l'a prétendu. surtout s'ils se connaissent et s'ils sont de force égale. Une des rares occasions favorisant cette pratique est un cours de ski alpin. à portée de la main. 4 On profitera des parties concaves du glacier (combes. Son diamètre est de 9. même à la descente. de preférence aux parties convexes. à condition d'avoir trois cordes et de former trois caravanes de deux à la descente. Ils glisseront ainsi beaucoup plus facilement que si la cordée était de trois ou quatre. Disons maintenant quelques mots sur la composition de la caravane et sur la façon de s'encorder. dépressions. les crevasses étant généralement moins nombreuses. iî n'était pas facile de combiner les tractions. qui ne fondent jamais complètement (4). Ce frottement produit une usure. qui sont naturellement moins exposés que les premiers au danger d'une chute. ne se rompt qu'à 108o kilogrammes et qui peut donc être recommandée aux skieurs. les fils qui la constituent exercent l'un contre l'autre un frottement qui sera maximum aux endroits où les fils s'entrecroisent. et vous n'aurez aucune force pour aider vos sauveteurs. C'est pourquoi le concours d'un guide local n'est jamais inutile. sur le glacier de Seiloa (janvier 1911). à une inspection minutieuse du terrain et l'on tracera la piste de façon à pouvoir la considérer à la descente comme axe des serpentines (slalom). gelée. une corde qui. Lorsque des skieurs non encordés parcourent un glacier. Nous avons trouvé. On s'attachera à des intervalles égaux (10 mètres). On vérifiera donc soigneusement l'état des cordes avant de partir en course. Non pas qu'une corde casse plus facilement lorsqu'elle est gelée. comme on en organise maintenant dans nos Alpes. au heu de 700 kilogrammes a l'état sec. résultant de deux forces. Sollicités par un poids suffisant. qui entraîne la rupture successive des différents fils. la manœuvre est déjà plus difficile. retarde l'usure. Mais il est encore préférable de faire la boucle tout au bout de la corde et de s'attacher à un mètre et demi environ de cette boucle. Il pourra ainsi soutenir plus aisément son poids et diminuer la traction de là corde qui lui scie les côtes. on peut s'élever directement. A la montée. Les expériences que j'ai fait faire par la suite à l'Eidg. Quatre bons skieurs alpins forment la meilleure combinaison. Les guides ont parfois la mauvaise habitude de «finir» en hiver les cordes qu'ils n'estiment plus suffisantes en été. et si la séparation devient nécessaire.

et la corde sera mal tendue.. en suivant la piste tracée à la montée ou celle que choisira le premier d'entre vous. En traversant un glacier perpendiculairement à son cours la caravane marche dans le sens initial des crevasses et doit être d'autant plus prudente. on évite les serpentines. et partez simultanément. l'un d'eux légèrement avancé et donnant la direction. Il doit cependant éviter de suivre exactement la même trace. évolue sur une neige houlettte et que. Si celle-ci n'est 1 En descendant sur une pente latérale. toujours dangereuses. Ceci est particulièrement facile et agréable sur la rive droite d'un glacier (christiania à droite. p. il aura une tendance à dépasser les autres. sur un signe ou un avertissement du premier. dans ces circonstances. Cette règle est générale et ne doit jamais être négligée. accroupissez-vous sur eux. les skieurs s'échelonneront en Hauteur : le premier en contre-bas. le désordre ne tarde pas à régner dans la caravane et dégénérera en déroute. les meilleurs skieurs courent plus de risques que des skieurs sans corde s'ils vont lentement. Réunissez vos bâtons et relevez-vous. Les skieurs devront alors s'échelonner de façon que leurs différentes traces soient séparées de plusieurs mètres et que tous ne se trouvent pas simultanément dans l'axe d'une même crevasse. les virages sont moins brusques qu'en télémarks ou en christianias et l'on risque moins d'enfoncer un pont au moment du virage. si la neige est poudreuse. C'est là le principal. vous ménagerez vos forces et vous éviterez les chutes. De cette façon. mais bien de glisser prudemment. Les stemmbogen doivent être très lents. Si le glacier est très incliné et que l'on puisse utiliser ses pentes latérales. On peut glisser de différentes façons.. la glissade se fera en stemmbogen (voir chap. Une glissade encordée est toujours une grande épreuve de tempérament. en général. peu orthodoxe il est vrai. En glissant. et le stemmbogen ne sert qu'à reprendre la direction initiale. Chacun jure et tire de son côté. deux ou trois spires de corde pour éviter les à-coups. Sur un signe du premier. Enfin. S'il y a deux caravanes. Si. A ce cri. et s'il en a le temps. malgré le freinage. . ses skis glisseraient plus vite que ceux du premier. La piste tracée à la montée servira d'axe au slalom. 197-98) (1). Pendant ce temps. en combinant le christiania et le stemmbogen. le skieur relié à celui qui est tombé dans la crevasse restera fermement à son poste et laissera aux autres le soin de jeter une corde de secours à la victime. sera certainement apprécié. le second skieur sera toujours entraîné dans le sillage du premier. Et surtout pas de scrupules ! Personne ne vous regarde ! Le ski est au service de l'alpinisme. prêts à freiner du côté de la montagne et. laissez-le conduire. le plongeur avertira ses compagnons par un cri. Si l'un ou l'autre des skieurs n'est pas assez habile (ou qu'il soit trop fatigué) pour réussir ses virages. mais simplement modérer la vitesse en brisant l'élan. il y aura avantage à décrire des festons. Lorsqu'une crevasse est visible et qu'il faut absolument la franchir. la vitesse acquise dans la piste est encore trop grande. n'hésitez pas à mettre vos peaux de phoque. Si l'un des skieurs est plus faible que les autres. il y aura alors avantage à n'ouvrir qu'une seule piste. n'ayez pas de scrupule : écartez vos skis de 20 à 30 centimètres environ. vous serez mieux à même de résister à une traction latérale de la corde. De cette façon. Plus la cordée est longue. on passera naturellement le pont perpendiculairement à la crevasse. Ces christianias ne doivent pas arrêter complètement la glissade. placez en tête celui dont les skis glissent le plus vite. Chacun s'imagine volontiers que ses compagnons sont ligués contre lui pour le faire tomber sur le nez. Si tous sont d'égale force. En tombant brusquement sur un pont. de plus. car la position la plus facile est celle du premier. dans une main. mais qui. la seconde se portera immédiatement au secours de la première. immédiatement après le christiania (voir chap. On tiendra ses deux bâtons réunis. le glacier est incliné. Si la neige est très profonde. puis son piolet. car. Il ne s'agit pas d'épater la galerie. le premier skieur n'accélérera jamais sa vitesse sans avertir ses compagnons. en tendant constamment la corde. sans tenir compte de ses capacités de skieur. C'est l'application pure et simple des règles observées en été. exigez quelques minutes de repos pour calmer la fureur générale. mais. C'est pourquoi j'ai recommandé la combinaison deux par deux. Des skieurs encordés doivent toujours maintenir leur corde tendue. en décrivant des méandres pour couper la direction des crevasses sous un angle plus ou moins grand. Lorsqu'une cordée de trois skieurs. lorsque le glacier est complètement inconnu. Si la pente du glacier s'accentue. En cas de chute. il est préférable de laisser guider le montagnard le plus expérimenté. Mais procèdez lentement. Sinon. fatigués par une longue course. quitte à les la enlever lorsque le glacier deviendra moins incliné. De cette façon. et finalement tout le monde se décorde. Même. Enfourchez vos bâtons. Rétablissez les intervalles normaux. Oubliez ensuite tout ce que vous avez appris sur la technique du ski. Je connais cette situation pour l'avoir souvent éprouvée C'est pourquoi je voudrais donner ici un conseil. De cette façon. A moins que le glacier ne soit que faiblement incliné. il faudra descendre en zigzags avec arrêt et conversion de pied ferme à chaque tournant. Si le glacier le permet. Les skis seront disposés perpendiculairement à la corde. chacun décrira un brusque christiania et se laissera tomber de côté dans la neige en y enfonçant profondément ses bâtons. moins le danger est grand. VII). dans cette trace. on fera de longues serpentines et le moins de virages possible. le dernier plus haut sur la pente. vous risquez beaucoup de l'enfoncer. Tous les membres de la cordée devront s'appliquer à faire leurs christianias simultanément. La principale condition pour cheminer avec sécurité est de glisser lentement et d'éviter les chutes. la caravane s'arrêtera par un lent virage en amont et chacun tournera sur place. Au moment où tout le monde est tombé dans la neige. stemmbogen à gauche). pour repartir ensuite dans une direction parallèle à celle du premier skieur. le plus bas possible.elle devient très désagréable. VII. être prêts à s'arrêter si l'un d'eux tombe dans une crevasse.

et la plastique avec elles. la caravane peut être obligée de bivouaquer. Celui de Bézard est excellent. d'avoir en mains une carte exacte et détaillée. Si. S'il y a des rochers dans le 1 Dès que le ciel se couvre. Pour la descente. à moins d'aller le quérir elle-même. les efforts d'un seul compagnon sont parfaitement inutiles. bien entendu. on peut employer une montre ordinaire. . et si le brouillard n'est pas assez dense pour voiler complètement le soleil. après bien des efforts. il est préférable de s'encorder. permettant de déterminer sa direction par une visée. Durant l'observation. dans le brouillard. comme par le brouillard. il faut immédiatement commencer les observations à la boussole. plus puissants de ce côté. La position du télémark. qui risque de l'étouffer et qui compliquera en tout cas la manœuvre. telle que l'Atlas Siefried. Le skieur entraîne parfois dans sa chute une masse de neige considérable. Deux hommes arriveront tout juste à le retirer. Ces boussoles sont pourvues d'une alidade minuscule. a toujours une tendance à dévier vers sa gauche. Dans ce cas. il est bon de repêcher les skis en premier lieu et de débarrasser les abords de la crevasse. qui conservent plus longtemps leur neige poudreuse. — Pour une cause ou pour une autre. On procédera ensuite selon les règles d'un sauvetage habituel. il faudra autant que possible choisir la rive d'un glacier. les tables de glacier. Tous ces détails. un ski ou un sac. chaque skieur devrait allumer sa lanterne et pouvoir la suspendre à sa ceinture. Les arbres surtout donnent assez bien la notion de la pente. qui rend l'orientation fort difficile. mort par la faim. Seul un skieur sachant lire sa carte et pourvu d'une bonne boussole a des chances de pouvoir lui échapper. III. peuvent être utiles à l'observateur perspicace et l'aider à retrouver sa direction (1). Bivouac. en apparence insignifiants. aux périls qu'il court et à la mort qui le guette au fond des crevasses : mort par le froid. on perd toute notion du terrain. on disposera des bâtons. on finira toujours par gagner la rive du glacier. — QUELQUES CONSEILS. sans vouloir à tous moments lui donner des conseils. mais il en est un troisième: c'est le brouillard. Les petites breloques que l'on pend à sa chaîne de montre ne sont pas suffisantes pour s'orienter. assez rares il est vrai. selon le procédé connu. les lunettes jaunes vertes accentuent le relief des premiers plans et sont fort utiles. En les suivant prudemment. Dans le brouillard. Le froid affaiblit les forces et démoralise. Si la cordée est formée par trois skieurs. Si la pente s'accentue. il est facile au pilote de viser le premier skieur par-dessus la tête du second et de corriger la direction par des ordres : à droite. les neiges deviennent ternes. Pour marcher à la boussole. on fera bien de s'en rapprocher. on fixera les antidérapants pour diminuer la vitesse. Si les pentes sont rapides. avant d'affronter les glaciers. Les crevasses et les avalanches sont les principaux ennemis du skieur. avec un ski fortement avancé. et puisse cette perspective le faire réfléchir et l'engager à ne pas se lancer à l'aventure sans avoir tous les atouts dans son jeu. Les moraines (généralement visibles. Tout devient uniformément gris. il faut naturellement éloigner tout objet métallique. pour empêcher la corde de se déchirer ou d'enfoncer trop profondément dans la neige. et leur réparation est toujours une opération longue et énervante. Lorsque la caravane est surprise par la nuit. il reste encore d'autres moyens d'orientation. on parvient à retirer la victime. pour ne pas dire indispensables. par opposition aux pentes septentrionales. S'il existe des arbres ou des rochers dans le voisinage. Le système dioptère également. Ceci est beaucoup plus facile sur les plateaux ou à la montée qu'à la descente. La marche d'un skieur est naturellement plus rectiligne que la marche d'un piéton qui. de façon à former une file rectiligne. Il faut tâcher surtout de ne pas perdre la téte et de conserver tout son calme. puis une combe ou une vallée — qui sont faciles à suivre sans boussole. la caravane se trouvera complètement isolée et ne devra espérer aucun secours d'autrui. Les pentes sud seront croûtées ou fondantes. A l'endroit où la corde plonge dans la crevasse. même au printemps) indiqueront toujours la direction initiale d'un glacier. disparaisseat peu à peu. d'autant plus sensible que la brume est plus épaisse. Si l'on n'a pas un guide professionnel. terrible agonie. Le meilleur des modèles est tout juste assez bon. même en dehors des glaciers. A défaut d'une boussole. La combinaison du baromètre et de a boussole assure une sécurité étonnante dans le brouillard le plus épais — à condition. Les crevasses seront presque toujours perpendiculaires à cette direction. il ne faut pas hésiter à freiner fortement. Il faut donc une antenne. par suite des rayons solaires. Que le skieur songe bien. brisés même. il n'arrivera pas à s'en défaire et pourra à peine aider ses sauveteurs.pas tombée très bas et si elle a conservé ses skis aux pieds. Enfin. à gauche. penchent toujours vers le sud. Lorsque le brouillard s'épaissit au point de masquer les moindres détails. La consistance de la neige peut à l'occasion servir de critère. Dans ce cas.Un pareil sauvetage est toujours plus compliqué en hiver qu'en été. sinon impossible. est la seule façon de prévenir les chutes tout en glissant normalement. il faut choisir un chef et lui laisser toute la responsabilité. C'est pourquoi une caravane devrait toujours être assez nombreuse pour pouvoir se subdiviser en deux cordées. ses skis seront peut-être restés dans la crevasse. Un des membres de la caravane portera un baromètre anéroïde. Souvent. ou bien ils seront endommagés. La situation du skieur de tête est naturellement beaucoup plus compliquée que celle de ceux qui le suivent et profitent de ses expériences. Le dernier à la corde fonctionne alors comme pilote : il porte la boussole et compare fréquemment la direction de l'aiguille aimantée avec celle de la caravane. Les skis augmentent son poids et embarrassent ses mouvements. et il est très difficile d'en discerner le relief. La lumière et les ombres se confondent. Si la caravane a commis l'imprudence de partir sans boussole et que le brouillard soit trop épais pour laisser percer le soleil et permettre l'usage d'une montre. Dans certaines régions.

« Si l'on a suffisamment de toile. Dans l'Oberland bernois et dans les Grisons. par les porteurs ou par des jeunes gens du village. On place deux skis sur les bords de la fosse. mais il existe certainement bien des guides capables ne détenaat pas de brevet et qui pourraient. Il faut y arriver à temps pour pouvoir prendre toutes ses dispositions. décrivant les meilleures routes à suivre en ski. Le système Bilgeri. Si leur tarif est réduit. Cette critique ne s'adresse pas aux grands guides. publiés par le Club Alpin Académique de Zurich. puis ceux de Klosters. — En Suisse. où les montagnes sont moins difficiles qu'en Valais. on allumera la lampe à alcool. est tout à fait recommandable dans ces occasions. le bivouac peut être très supportable. on gagnera du temps en faisant ouvrir la piste la veille. 2 BILGERI. qui restent des professionnels parfaits et dont l'hiver n'altère pas les qualités. Les derniers venus sont ceux des Alpes Valaisannes où les numéros du texte correspondent aux itinéraires tracés sur la carte ( 2). il a également édité une carte itinéraire pour la région de l'Oberland s'étendant de Gadmen au Bietschhorn. rendre de grands services au touriste hivernal. De cette façon. c'est une journée durant laquelle les jurons ne manqueront pas. Si vous devez gagner un refuge où vous comptez séjourner plusieurs jours. Engadine. parallèlement l'un à l'autre et à une distance légèrement inférieure à la longueur des bâtons. indiquée eu courbes de niveau. qui permet d'édifier une hutte de neige. Ceci provient encore des débuts du ski en montagne. On ne dormira qu'à tour de rôle. on peut construire cette hutte en une demi-heure. L'entrée se fera du côté abrité du vent. surtout pour celui qui peut s'envelopper dans son sac de couchage (1). Dans ce cas. qui servira en même temps à chauffer la hutte et à préparer des boissons chaudes. on rencontre au contraire beaucoup plus de guides qualifiés. Il faut donc la prendre « tout à la douce » et s'assurer tous les agréments possibles. Ils en ont conservé une impression d'infériorité technique qui n'est plus justifiée et qui doit disparaître à tout jamais. alors qu'ils étaient engagés comme simples porteurs par des skieurs beaucoup plus habiles qu'eux. indiquant toutes les routes principales. On mettra sur soi tous ses vêtements de rechange . à l'occasion. Ceci n'est pas difficile lorsque la caravane est nombreuse. Les patentes de guide-skieur ne devraient être accordées désormais qu'à ceux qui ont réussi un cours de ski alpin. très ingénieux. Si la voie n'est pas tracée et que le but soit éloigné.voisinage. A. S. II est évident qu'après une forte chute de neige. En hiver. Ils sont encore peu nombreux. Les premiers à paraître furent ceux de la Silvretta et de la Bernina. on peut encore en tapisser l'intérieur de la hutte. En collaboration avec Othmar Gurtner et sous les auspices du C. suffisante pour abriter tous les skieurs. écrit Bilgeri. Le touriste a besoin d'être entouré et soutenu en hiver tout comme en été. dans la vallée. ne manquez pas d'engager deux ou trois porteurs pour faire la trace. a délivré quelques patentes de guide-skieur à ceux d'entre eux qui avaient fait leurs preuves. tout en se faisant payer comme guides. « Six hommes assis. Comme porteurs. Les guides actuels ne sont pas suffisamment stylés. qui sont des œuvres particulières. j'ai cru bien faire en indiquant par des flèches les endroits où les avalanches sont le plus à craindre. p. Nous entendons par là des guides entreprenants. le bivouac involontaire peut devenir supportable. Mais il n'est pas toujours possible d'éviter un bivouac dans la neige. le Comité Central du C. les avalanches peuvent se détacher n'importe où. d'hôtel et de provisions se chiffrent souvent beaucoup plus haut qu'on ne le prévoyait. . Un skieur sachant lire sa carte pourrait du reste s'en passer et judger du danger d'après l'inclinaison des pentes. Le terrain peut être rapide. l'expédition commence au village. Si l'on a recours à des professionnels. porter les provisions. A. par contre les frais de voyage. les guides-skieurs de premier ordre se comptent sur les doigts d'une seule main. Il est étrange de constater qu'en Valais par exemple (à part Zermatt et Saas. Une caravane bien équipée sera toujours pourvue de batiste. il est préférable d'engager des guides locaux et de tout premier ordre. en se servant des skis comme pelles à neige. le soleil trop chaud et le danger des avalanches menaçant . on en profitera naturellement pour s'abriter contre le vent. à la lumière des principes exposés au début de ce chapitre. A plusieurs d'entre eux sont annexées des cartes itinéraires. Le ski les a rendu trop indépendants de leurs touristes. Avec des tentes ou des sacs de couchage. disposés en travers. La montée à la cabane est souvent la partie la plus pénible et la plus compliquée de l'expédition. dont nous étudions plus loin le programme. Davos. Lorsque le skieur alpin possède une expérience suffisante. y trouveront place et seront parfaitement à l'abri. Ces indications correspondent à des conditions météorologiques et nivales normales. Les autres skis serviront de sièges et de petits bancs pour les pieds (chacun peut aussi mettre ses pieds dans son sac). Arnold Lunn a publié en anglais deux volumes sur l'Oberland bernois. les frais diminuent. Par une neige favorable. il peut très bien se passer d'aide professionnelle et engager simplement des porteurs pour transporter ses provisions et son bagage. Il existe maintenant pour les principaux massifs de nos Alpes des Guides du skieur. la neige profonde. les meilleurs guides consentent parfois à des conditions d'engagement très modestes. En se les répartissant. » Guides-skieurs et guides du skieur. Le même espace suffit à trois hommes couchés. et il ne reste plus qu'à la recouvrir de neige. il faut naturellement engager les meilleurs skieurs de 1 Der alpine Skilauf. il fera bien d'étudier à fond la carte de la région qu'il va parcourir. qui sont les deux principaux centres hivernaux des Alpes Pennines).. Mais rares sont les skieurs assez prudents pour en emporter. Il est toujours bon de s'informer si la cabane en est pourvue. La batiste est tendue par dessus. ou bien l'équipement n'est pas tout à fait au point : bref. qui se sont distingués par leur esprit d'initiative. 101-102 Sur les cartes annexées au Wattiser schifûhrer (Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes). mais à cette pléiade de guides de seconde classe qui marchent volontiers comme simples porteurs. voire même en plein glacier. En hiver. la caravane lourdement chargée est encore mal entraînée. S. et éventuellement du bois.

A chaque halte. Peut-être n'est pas inutile de rappeler que la lune se lève dans la soirée lorsqu'elle croît et après minuit seulement lorsqu'elle décroît. elle croît. cette clarté dure de 6 heures du matin à 7 heures du soir. On dit que la lune est trompeuse: lorsqu'elle forme un D. lorsqu'elle forme un C. mais qu'elle soit trop dure pour les peaux de phoque. et il y aura parfois avantage à louer un mulet pour porter tout le bagage. vous pourrez chausser vos crampons dans la cabane. Si la course doit commencer par une longue montée (ou même par une courte descente. on peut se passer du clair de lune pour des courses de treize à quatorze heures. . en prévision d'une retraite forcée. S'il a fait très chaud durant la journée. En mars et avril. C'est donc un gain très appréciable de deux heures à deux heures et demie. Si vous arrivez au refuge assez tôt. il est bon de partir tôt et d'aller très lentement. vous pouvez renvoyer vos porteurs immédiatement. Si l'on persiste à vouloir s'échapper. Ne pas s'habiller trop chaudement pour éviter des transpirations inutiles. en arrivant. elle fera bien d'y rester cloîtrée jusqu'à la fin de la tourmente. A la descente. 30 du soir.l'endroit et s'assurer qu'ils sont munis de peaux de phoque ou d'antidérapants suffisants. on dormira le plus possible et l'on mangera peu. Ce serait folie de s'y risquer. Avoir toujours sous la main des vêtements surnuméraires pour parer aux coups de vent et pour traverser les zones d'ombre froide. elle décroît. Mais ne le faites que s'ils ont le temps d'arriver à leur village de jour. vous ressentirez peut-être. — Au début de janvier. Il est bon de faire une petite reconnaissance dans la direction que vous prendrez le lendemain. mais. surtout à la montée. Ne mangez jamais de neige en course et ne buvez pas d'eau froide en arrivant. En hiver. Clarté diurne et lunaison. on enlèvera les skis et l'on déposera son sac. de façon à ne fatiguer ni son cœur. suivie d'une longue montée). On fera de nombreuses haltes et de légers repas. Si vous constatez que la neige supporte le poids du piéton. cette clarté est insuffisante. Ce serait immoral et en contradiction avec vos principes. et ne renvoyez jamais un porteur solitaire. Il faudra sortir vos skis de la cabane un bon moment avant le départ. vous fixerez les crampons par-dessus les peaux. Si la caravane n'a pas su prévoir le mauvais temps et qu'elle soit confinée dans une cabane par la tempête. Même si la soif vous tourmente. Il serait bon alors de jalonner son itinéraire. Bien des sentiers sont tracés par les bûcherons même en plein hiver. en faire une infusion ou une citronnade. fixez les antidérapants dès la veille. même si elle n'est pas la plus courte. la clarté diurne commence à 7 heures du matin et finit entre 5 heures et 5 h. Elle dessèche votre transpiration. il peut porter 100 kilogrammes de bagages et une dizaine de paires de skis. On restera donc au chaud. le skieur doit remédier à la brièveté des jours en coordonnant la daté de ses courses avec celle de la lunaison. rentrez vos skis et laissez-les sécher. Préparez-les pour le lendemain et vérifiez leur état. quelques maux de tête qui passeront vite en prenant une poudre d'aspirine. pour se délasser en toute liberté. lorsque le terrain est dangereux ou le village éloigné. en évitant tout effort inutile. et il suffira d'une vigoureuse friction de la peau en changeant de linge pour faire disparaître les résidus acides et procurer un bien-être complet. A la fin de mars. Si le chemin n'est pas trop mauvais et que le mulet soit robuste. Si la neige ne porte pas. de façon qu'ils soient froids au moment où vous les chaussez. dans le refuge . Pour cette première journée. par contre. sinon leur piste sera interminable. on choisira pour cela la voie la plus sûre. attendez d'avoir de l'eau bouillante pour y diluer un cube de bouillon. C'est autant de gagné pour le lendemain. ni son estomac. Un simple quartier de lune projette sur les neiges une lumière suffisante pour guider une caravane dans un terrain peu accidenté. en plein hiver. Dès que la cabane est chaude. l'ombre est la meilleure douche que l'on puisse prendre avant d'arriver à la cabane. Les pentes qui conduisent dans la vallée sont généralement rapides et deviennent très dangereuses lorsque la neige fraîche les recouvre.

ces fibres coupent la surface de glissement sous un certain angle et rendent le ski très cassant» La courbure de la pointe s'exécutant après la coupe du ski lui-même. A celui qui n'est pas encore équipé. Rappelez-vous. le frêne et l'hickory entrent seuls en considération. du reste. sur les skis alpins. en outre. Lisez donc attentivement les conseils qui suivent. On choisit ordinairement la longueur des skis de façon à pouvoir toucher leurs pointes du bout des doigts. le meilleur est tout juste assez bon. Une bonne paire de skis coute au moins 60 francs (suisses). Notre industrie est arrivée à fabriquer des skis aussi parfaits que ceux qui nous venaient autrefois du Norvège et. la face la moins compliquée du problème. Il faut écarter d'emblée tous ceux qui présentent des nœuds. elle s'est acquis une immense expérience qui tend de plus en plus à la perfection. on trouve parfois dans le nombre un hickory plus léger que le frêne ordinaire. par suite de leur plus grande surface de sustentation. Cette question de longueur est. que. Celles-ci sont verticales. en levant le bras verticalement. il est facile d'observer l'allure des fibres. construit selon le type de Telemarken. mais. 90 ! Ceci est une question de glissement et de dérapage. en plein hiver et aux hautes altitudes. dans l'arrêt dit télémark. pour la haute montagne. surtout pour traverser des pentes de neige durcie ( 3). L'auteur a réussi la plupart de ses courses de montagne avec des skis de 2 m40. Observez la coupe transversale à l'arrière du ski. Les fibres horizontales peuvent être excellentes si la fibre inférieure se prolonge sur toute la longueur du ski. le modèle ordinaire. Ils sont très agréables pour les descentes en ligne droite. Les fibres verticales sont excellentes. Une économie serait bien mal placée ici. La largeur et l'épaisseur du ski varient suivant des règles fixes qui sont généralement respectées par le fabricant. Si ces fibres ne sont pas parallèles aux arêtes. Mais ceci est peu de chose si l'on songe qu'un bon équipement peut durer une dizaine d'années et faciliter des expéditions qui nous vaudront des trésors de souvenirs. Il faudra donc trouver un ski spécialement approprié à ces neiges (2). Le plus souvent. horizontales ou obliques. Un équipement de première qualité est nécessairement cher. Pour la montagne. Lorsque le choix est très grand. la simplicité est certainement la seconde. si la solidité est la première condition. Skis. mais il est très solide aussi et s'use moins vite que le frêne. à condition d'être très espacées et parfaitement parallèles aux arêtes du ski. partiellement résolue par les accessoires du ski. vos skis auront une tendance à dévier d'un côté ou de l'autre. On est beaucoup plus à l'aise sur des skis étroits. à l'arrière du ski. Plus l'alpinisme se développe. élasticité. Le poids du skieur est aussi un facteur à considérer. C'est une erreur de prendre des skis trop larges. mettez de côté quelques paires de cette longueur et considérez maintenant la texture du bois. Les skis bombés sont naturellement plus solides que les skis plats. Pour la montagne. On fera donc mieux de prendre la moyenne entre ces deux normes. les neiges sont presque toujours soufflées et durcies. La pointe du ski doit être très élastique pour pouvoir résister aux chocs éventuels de la descente. Tous ces détails sont d'une grande importance. On reconnaîtra la qualité du bois à la disposition de ses fibres. faites le compte de ce qu'il vous faut et rendez-vous chez le meilleur fournisseur en compagnie d'un ami expérimenté. de préférence à un profil rectiligne.et rares aussi ceux qui peuvent se payer deux paires de skis. appropriées l'une au Jura. Mais ceci est très rare. un ski court sera toujours préférable à un ski trop long. Il est certain cependant que. Mais ceux qui pratiquent le ski exclusivement en haute montagne sont rares. on glisse toujours assez vite. Pour le skieur comme pour l'alpiniste. — Quel est le meilleur ski alpin ? C'est là une question brûlante et qui reste actuellement à l'ordre du jour. pratiquer le slalom. Le véritable ski alpin n'est pas encore inventé. légèreté. Un article intéressant et suggestif a paru dans \ Alpina de décembre 1923. en montagne. et l'on pourrait s'en repentir tôt ou tard. Lorsque les conditions de neige sont favorables. Les longs skis glissent naturellement mieux que les courts. est parfaitement suffisant. mais en hiver plus encore qu'en été. Ceci est très important. en croyant qu'ils facilitent l'équilibre latéral. pour tout le reste de l'équipement. nous conseillons donc de le faire sans compter. sur toute sa longueur (ce qu'il est facile de vérifier en examinant la surface inférieure ou surface de glissement). l'autre aux Alpes. par Armand Schmitt. sans jamais les trouver trop longs ( 1). par conséquent plus lourd. 1 II est vrai que ma taille est de 1 m. comme en montagne. il nous faut l'équiper de pied en cap pour la haute montagne. Les fibres obliques favorisent la formation d'esquilles sur les arêtes du ski. plus les skieurs deviennent exigeants. L'hickory est plus dense. mais leur usage est plus compliqué lorsqu'il faut. plus glissant . Nous en reparlerons plus loin. Le frêne remplit toutes les conditions désirables : solidité. 312 sq.CHAPITRE VI ÉQUIPEMENT Avant d'examiner la technique du skieur alpin. et une paire de laupars davantage encore. une longueur égale à la taille même du skieur (des pieds à la tête) est bien suffisante. p. Mais. Lorsque vous aurez déterminé la longueur qui convient à votre taille. la pointe du ski postérieur risque de passer derrière le pied antérieur. 3 Voir la note au bas de la page 186 2 . les fibres seront toujours parallèles à cette courbure. Il existe actuellement en Suisse des maisons de sport qui ne livrent que du matériel de première qualité. Dans la section transversale. Des skis courts engendrent souvent un mauvais style et. et choisissez un profil bombé.

parce que trop compliquée à mettre et à enlever. la direction du ski est assurée. On a reconnu que l'affaiblissement que en résulte pour le ski est à peu près négligeable. ce tendeur existe aussi. L'auteur a eu l'occasion de les éprouver toutes les trois en haute montagne. et il faut alors s'avouer dépendant de la température. mais ceci est toujours ennuyeux. ces trois fixations sont munies de fortes mâchoires en tôle de fer. Comme pièce de rechange. triple et très solidement cousue. bonnes et mauvaises. et cela durant de longues années. On peut évidemment y remédier en raccourcissant les courroies. Pour obvier à cet inconvénient. qui permet de serrer automatiquement les courroies de talon. Fixations. la semelle. mais sur son côte extérieur. très souple. de peur de faire sauter le ski. inscrivez-y votre nom et recommandez au marchand de les imprégner plusieurs fois d'huile de lin. Lorsque les mâchoires épousent exactement la forme des semelles du soulier. Si cette courroie se rompt. On passera d'avance un fil de fer dans le dernier œillet. 2 Si les mâchoires elles-mêmes se mettent à bouger dans le canal du ski on enfoncera entre le fer et le côté du canal une petite fiche de bois dur. dans le genre du drib actuel (voir plus loin). attendrie par l'humidité. 5° être souple et ne pas gêner la flexion du pied durant la marche. facilité de réparation) . il se produit un ébat latéral qui permet au talon de sortir de l'axe du ski ( 2). Pour éviter l'usure du cuir. Le tendeur ne doit pas se trouver derrière le talon. 3° simplicité (et. Les courroies doivent être réglées de telle façon que l'on puisse cheminer avec le tendeur détendu et sans que la courroie arrière tombe du talon débordant. Trois fixations ont fait leurs preuves en haute montagne et peuvent être recommandées : ce sont les fixations Huitfeld. Elle s'introduit facilement dans le canal du ski et on la fixe autour du pied à volonté. La courbure médiane ou cintrage du ski doit être telle que. Cependant. on visse sur les côtés de la semelle de petites plaques en tôle. Fixation Huitfeld (1). qui sont envoyés gratuitement /demande. Actuellement. Ces mâchoires ne sont pas vissées sur le ski. avec une seule boucle à l'extrémité. La courbure de la pointe doit commencera 30 ou 40 centimètres de cette pointe et s'élever progressivement jusqu'à 15 centimètres au-dessus du sol. L'élasticité de la fixation Huitfeld est suffisante pour permettre de s'agenouiller sur les skis. Lorsque vous aurez choisi vos skis (ne vous gênez pas de prendre tout votre temps pour cela). Un avantage qui n'est pas à 1 II me parait inutile do représenter ici par des figures les différentes fixations dont nous allons parler. — C'est la plus ancienne de toutes les fixations à mâchoires et celle qui est généralement adoptée. cède peu à peu sous la morsure des mâchoires. La couleur est une question de goût. les skis sont couverts d'un vernis destiné à les préserver de l'humidité. On a cherché à supprimer cet inconvénient en remplaçant. Les fixations Huitfeld et Ellefsen sont pourvues toutes deux du tendeur Hoyer-Ellefsen. lorsque celle-ci est croûteuse. Ellefsen et BB. Elle sera percée de nombreux œillets aux extrémités qui viennent se fixer dans les boucles de la courroie talonnière. à cet endroit. de façon à fendre aisément la neige. Voyons ce qui caractérise ces fixations. elle est facilement remplaçable par une courroie de réserve.Si les proportions d'un ski sont généralement observées par le fabricant. La seule pièce qui s'use rapidement est la courroie traversant le ski. Si l'on admet volontiers cette courroie comme fixation de réserve. Une seule rainure n'est généralement pas suffisante pour glisser sur des neiges durcies sans déraper. Comme les efforts latéraux se donnent tous au même ea-droit. qui use le cuir et oppose naturellement une certaine résistance au glissement. On trouve ces figures dans tous les catalogues de sport. Ne pas forcer cette fiche sous la mâchoire. par conséquent. mais elles passent dans une ouverture pratiquée à même le bois. sous le poids du skieur. elle ne vaut rien pour l'usage courant. ce qui peut être un avantage. sur laquelle le frottement est très minime et presque inefficace. la courroie par une tige de fer (fixation Huitfeld-Eleffsen). tout manuel de ski vous renseignera. Lorsque la température est supérieure à zéro. Dans la fixation BB. 2° solidité . la traction se faisant directement sur la pointe du soulier. les skis noirs se détachent mieux sur la neige. quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. on peut aussi emporter une courroie de cuir gras. de façon à pouvoir l'introduire sans peine dans le canal où passe la mâchoire. En somme. les petits inconvénients de cette fixation sont largement compensés par ses avantages. Mais cette tige de fer se casse très facilement et ses inconvénients sont plus grands que ses avantages. Le ski alpin de l'avenir sera probablement creusé de plusieurs rainures. A l'exception de leur surface inférieure. il n'en est pas toujours de même pour la courbure et le cintrage. doublée? de cuir intérieurement. Cette surface de glissement est creusée d'une rainure longitudinale qui facilite la direction et dont l'utilité est indiscutable. mais sous une forme différente. d'environ 2 mètres de longueur. les courroies se détendent légèrement et la commande laisse à désirer. La solidité et la simplicité de la fixation Huitfeld sont très grandes et facilitent les réparations. A la longue. Quant à la façon de les entretenir durant leur sommeil estival. Une fixation conforme au but que nous nous proposons doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° direction assurée sur le ski . Ceci est très important pour la traversée de terrains avalancheux. 4° pouvoir s'ajuster et s'enlever très rapidement . il est bien préférable d'entourer la courroie (à l'endroit où elle sort du ski) par des spires très serrées de fil de cuivre étamé. elle exerce sur cette courroie une friction considérable. La courroie qui passe dans le bois doit être en cuir gras. . les skis présentent une surface de glissement parfaitement horizontale. résistant et pratiquement inaltérable. — II existe actuellement une quantité de fixations. Elle est en contact direct avec la neige et.

Elle sert de trait d'union entre les systèmes à mâchoires et les fixations à semelles. Les bâtons seront solidement ferrés. et celles-ci doivent être d'une solidité exceptionnelle pour ne pas se relâcher sous la torsion des semelles. Choisissez donc deux bâtons en racine de bambou. l'auteur témoignait une aversion particulière contre ce système sans courroie et l'étonnante simplicité de son levier métallique. vous ménagerez beaucoup les muscles de vos jambes en faisant travailler ceux de vos bras. si vous avez remplacé les mâchoires Eleffsen par des Huitfeld. qui devait être fort désagréable au moment de la varappe et pouvait casser au moindre choc. ils doivent vous arriver à la hauteur de la poitrine. Les préjugés s'élevaient principalement contre le crochet fixé à la pointe du soulier. il est très facile de s'agenouiller sur le ski. Grâce au tendeur automatique. auquel nous devons également le tendeur automatique. mais il est inutile et même dangereux que ces pointes soient aiguës. couvert de mauvaise neige. comme nous l'avons indiqué précédemment. mais ils ne sont pas nécessairement plus solides que de bons bambous. — Beaucoup plus récente que les deux premières.dédaigner non plus est la possibilité de passer un des skis dans la fixation de l'autre. Tels qu'ils sont actuellement. Après avoir essayé dans les Alpes le modèle Eleffsen tel qu'il fut patenté. En montagne. Les mâchoires Eleffsen sont peu différentes des mâchoires Huitfeld. De ce fait. Fixation Eleffsen. elle est simple. et c'est alors seulement que l'on comprit la nécessité de les fabriquer en fer forgé. Lorsque celle-ci est maintenue par les languettes latérales. Ces rondelles sont inutiles et parfois gênantes à la descente. Dans les longues ascensions. les bâtons ne servent à rien. récemment de nombreux préjugés. Elles présentent deux languettes qui viennent se rabattre latéralement sur la semelle balata. vous serez parfois obligés de réunir vos bâtons pour freiner fortement. Par contre. II existe des bâtons de frêne munis de demi-disques en forme de D et pouvant s'accoupler solidement. on obtient une rigidité latérale parfaitement suffisante. Par contre. pour ne pas être obligé de se pencher trop en arrière. mais en la vissant devant le pied par quatre vis. Il arrive parfois que les étriers Eleffsen se cassent au sommet des angles formés par le métal. si pratique et si simple. Verticaux. elle se met et s'enlève plus vite encore que la Huitfeld. cette fixation n'a triomphé que tout. esseyez un jour de monter 2000 mètres en ski avec un seul bâtoyuet refaites ensuite la même course avec deux bâtons. Ces bâtons très pratiques à la descente. il suffit d'enlever la semelle en la dévissant et de passer dans le canal du ski une longue courroie de réserve. ils sont sensiblement plus lourds. ceci n'est possible qu'avec deux bâtons. Le grand avantage de cette fixation est d'être absolument insensible aux changements de température. et éprouvez-en la solidité sans ménagements (2). présentent néanmoins un 1 On me signale de nouveau des cassures de crochets BB (décembre 1924). Comme beaucoup d'alpinistes. La fixation Eleffsen assure une excellente direction sur le ski. Il est préférable d'avoir des bâtons assez longs. pas trop grandes. Transformée comme je l'ai indiqué plus haut. Bâtons. Si vous n'êtes pas encore convaincu. Depuis douze ans. Les bâtons de frêne sont très estimés en haute montagne. tous les efforts latéraux sont concentrés sur les mâchoires. sur un terrain rapide. de pouvoir se fixer et s'enlever instantanément et de permettre une génuflexion complète sans le moindre effort. l'auteur a fait toutes ses courses avec la même paire de bâtons en racine de bambou. j'ai fait poser des mâchoires Huitfeld du plus gros numéro et des étriers plus solides aussi. ils sont d'une nécessité absolue pour freiner. mais presque indispensables à la montée. 2 . fixées à une distance suffisante de la pointe du bâton pour ne pas gêner le freinage ( 3). De fait. A la place des mâchoires Eleffsen (primitivement trop légères). 3 Le point faible du bâton est le canal par où passent les courroies de la rondelle. Les bâtons doivent être munis de disques ou rondelles d'un diamètre suffisant pour ne pas enfoncer trop profondément dans la neige. — Cette fixation est l'invention d'un ingénieur norvégien. les plus résistants que vous puissiez trouver. je l'ai fait transformer légèrement pour mon usage personnel. Fixation BB. ils paraissent à peu près incassables. Les pommeaux seront garnis de fortes dragonnes en cuir. Or. deux bras et par conséqueau deux bâtons. Vous abandonnerez toute hésitation. deux skis. il est impossible de faire une réparation de fortune. beaucoup de crochets se rompirent au début. En outre. et le pied est constamment maintenu dans l'axe du ski Les changements de température n'ont sur elle aucune influence sensible. Il peut être renforcé à cet endroit par une douille métallique présentant des œillets pour les courroies de la rondelle. Les efforts latéraux se répartissent autant sur l'étrier que sur les mâchoires. La pointe du pied ne s'enfonçant que peu entre les mâchoires. Ne les prenez ni trop minces ni trop courts. même dans le rocher ( 1). ménager ses forces et forcer les virages. assez longues pour y passer aisément la main gantée. sinon à faciliter l'équilibre. — Le skieur est un être essentiellement symétriqe : il a deux jambes. Il est préférable d'en avoir de très mobiles. solide et facile à réparer. grâce à l'absence des courroies talonnières. Par contre. A la descente et tant qu'un style orthodoxe est possible. la semelle n'est plus fixée latéralement par les languettes. Les rondelles amovibles ne sont guère pratiques. première qualité. Le principal défaut de cette fixation est l'accumulation de la neige entre la semelle balata et la plaque sous-pied (aluminium ou linoléum). qui tendent de plus en plus à disparaître. Or l'étrier est rivé à la semelle balata. moyen très pratique de les porter. au lieu de deux seulement. L'un d'eux lui servit de canne pour gravir une demi-douzaine de sommets supérieurs à 4 ooo mètres : c'est dire leur solidité. Il est alors très agréable de pouvoir passer l'une des cannes dans le disque de l'autre et d'attacher les extrémités supérieures au moyen des dragonnes.

et il est impossible d'en perdre en chemin. Ainsi. Il est du reste rarement nécessaire que chaque membre de la caravane soit armé d'un piolet. il faut passablement de temps pour les ajuster. On en a imaginé bien des systèmes différents. Dans le second cas. l'auteur rencontra un guide du pays qui lut avoua franchement n'en avoir jamais fait usage. négligeable à la montée. on le tire latéralement d'un coup sec. soit en adaptant le fer aux bâtons de frêne accouplés. Le plus simple est encore le meilleur.. Elle est prolongée aux deux extrémités par un fort ruban de chanvre. A la fin de la course. on emportera un à deux piolets pour trois. Dans le premier cas. Tant que la neige n'est pas trop dure. Dans toute autre circonstance. Il faut avoir soin de bien tendre la peau sous le ski. il n'en n'est pas ainsi. à cause de leurs disques minuscules. on les passe à l'huile goudronnée (Ski-Oel. On les saupoudre de naphtaline ou. Pour enlever les peaux. et il en est finalement revenu au modèle le plus simple. La plus simple et la plus agréable à notre avis est de le passer horizontalement dans les bretelles du sac. Mais cet enduit n'est efficace qu'à certaines températures. Il faudra vérifier de temps en temps leur solidité. puis on les enroulera de façon qu'elles ne prennent pas de faux plis et que leur poil ne se hérisse pas ( 3). Le système Sohm supprime cet inconvénient en supprimant les rubans transversaux et en collant la peau au ski au moyen d'un enduit spécial. on saisit le ruban de chanvre postérieur sous le ski. Dans une cordée de trois. C'est alors que les crampons interviennent. le piolet improvisé ne vaudra jamais un véritable piolet. Comme le skieur caussé de laupars doit nécessairement emporter des crampons de fer à huit ou dix pointes pour la glace et le rocher. en l'attachant du côté de la hache par une ficelle ou par la dragonne. par exemple). on les brossera vigoureusement. L'auteur a essayé tous les autres systèmes de peaux. Ce système est parfait lorsqu'on peut fixer les peaux chez soi ou à la cabane. la peau ne colle pas. le ruban postérieur double le talon du ski et vient se fixer dans une boucle vissée sur le ski. parce que ses poils ne sont presque jamais ramollis par l'humidité de la neige et qu'ils conservent très longtemps leur raideur naturelle. — On a cherché à combiner piolet et bâtons. De cette façon seulement on économise ses forces et son temps. Appliquer 1 11 existe encore des gens pour vous soutenir que les antidérapants sont parfaitement inutiles et qui s'acharnent à ne pas vouloir les utiliser. mais qui proviennent de bien d'autres animaux. Lorsqu'elle est poudreuse. Piolet. On tend la peau en tirant fortement. Le piolet court et léger peut aussi s'introduire tête en bas dans le sac même du touriste. Le piolet peut se porter de différentes façons. De toute façon. Lors des Jeux olympiques de Chamonix. la croûte superficielle et vous enfoncerez plus ou moins profondément. Sur la neige dure. sinon la neige s'insinue entre deux et forme de la glace. les peaux sont parfaitement suffisantes. Malheureusement. Il existe plusieurs systèmes de peaux de phoque. les peaux et surtout les rubans transversaux s'usent assez rapidement. l'homme du milieu peut très souvent s'en passer. la pointe sortant par en haut. Voici la meilleure façon d'ajuster ces crampons : introduire la partie postérieure du crampon à l'arrière du ski et glisser le crampon (tête en avant) jusqu'à ce que ses griffes antérieures parviennent devant les mâchoires. dans un endroit chaud. La peau doit couvrir toute la surface inférieure du ski. pour éviter les blessures en cas de chute. mais plus sensible à la descente. surtout lorsqu'on marche à la corde. Selon les difficultés prévues. Toutes les pièces de cette garniture sont cousues les unes aux autres. tant discutée actuellement encore. et ceci est d'une importance capitale en alpinisme. Malheureusement. vous casserez. soit en fixant un disque amovible au piolet ordinaire. ou bien elle se détache. en vente dans tous les magasins de sport) qui leur conserve toute leur souplesse et les garantit également contre les teignes . qui en sont très friandes. La largeur des extrémités des Laupars (auxquelles s'adaptent les crampons) étant généralement inférieure à celle des skis. Si vous enlever vos skis pour continuer votre marche à pied. il faut que tous les membres de la caravane soient munis d'antidérapants. Le ruban antérieur forme une boucle qui se fixe à la pointe du ski . Le tendeur que l'on intercale volontiers au ruban antérieur se décroche facilement et ne fait que compliquer le système. Les rubans transversaux exercent naturellement dans la neige un certain freinage. Antidérapants. 2 On vend sous ce nom des peaux qui n'ont évidemment jamais appartenu à des phoques. Ces combinaisons ne sont guère satisfaisantes pour de grandes ascensions. ou deux à trois piolets pour quatre. serait tranchée depuis longtemps si la neige offrait toujours la même consistance. Mais vous rencontrerez souvent en montagne des pentes où la neige poudreuse est recouverte d'une croûte gelée. puis on le décroche et l'on ouvre les deux leviers. si dure que les peaux ne seront plus à même d'empêcher le recul des skis. les meilleurs antidérapants sont les peaux de -phoque (2). il est prudent de garnir le fer d'un fourreau de cuir. mieux encore. Deux rubans transversaux situés aux tiers de la garniture servent à la maintenir latéralement. on aura soin de mettre les peaux de phoque à l'abri des teignes. ce qui peut être fatigant et même dangereux (sur un glacier. par les grands froids. Il eût été intéressant de faire concourir cet original avec um skieur muni d'antidérapants.inconvénient à la montée : celui d'enfoncer profondément dans la neige poudreuse. qu'on les conserve jusqu'au début de la descente finale. on les fera sécher. ces crampons peuvent très bien s'adapter sous les skis et supprimer l'emploi de crampons spéciaux. La supériorité de la fourrure du phoque est incontestable. de façon que les griffes métalliques serrent légèrement le bois. même pour de très longues ascensions. Pour pouvoir suivre la même piste.. 3 Durant l'été. On les serre au moyen de petits leviers qui doivent jouer facilement. Cette question. la différence de poids entre le bâton ordinaire et le piolet à rondelle est fort désagréable. il faudra régler l'écartement des crampons d'après les skis. — Nous entendons par là tous les moyens imaginés contre le glissement des skis en arrière ou «le côté (1). le système le plus simple sera toujours préférable.

par le mauvais temps. M. Les avantages du drib se révèlent surtout à la descente. ces produits ne sont guère efficaces que dans les neiges poudreuses ou humides. Si l'on entame la descente finale et qu'il n'y ait plus de contrepentes à franchir. parfois aussi en descendant dans une vallée. Sur les versants sud. longues d'environ 25 centimètres. Sur une neige dure. on peut aussi employer un chiffon ou un simple bouchon et étaler l'enduit par une vigoureuse friction. Comme nous l'avons dit plus haut. Ces enduits sont difficilement applicables à froid. il faut naturellement laisser à la semelle balata toute sa liberté.. lorsque le fœhn se met à souffler. au Passo di Verona par le glacier de Palti. on évitera tous les faux pas. A défaut de ce moyen. Cet antidérapant n'est guère connu qu'en Suisse romande. ainsi qu'à l'arrière de la fixation. très exposés au soleil. le drib a prouvé certaines qualités indéniables. Enrouler la longue lanière de chanvre autour du ski. Si les entailles transversales affaiblissent le ski. Dans la neige poudreuse. Ce qui peut être avantageux pour des excursions en Norvège ne l'est pas dans les Alpes. toute contrepente devient presque insurmontable. C'est ce que l'avenir démontrera. les crampons ou « couteaux » (Plarscheisen) de Bilgeri sont recommandables. L'auteur ne l'a éprouvé que tout dernièrement. ils auront complètement disparu. il est certes bien inférieur aux peaux de phoque. au moyen de deux griffes. surtout à la montée et pour les traversées obliques. Il existe une quantité innombrable de farts. Les aspérités cunéiformes étant peu prononcées. la résistance des coins ne se produisant qu'après un léger recul et le tassement de la neige. au Titlis depuis le Tribsee . à la hauteur du pied. vous pouvez attaquer de très fortes pentes sans décrire aucun zigzag 1. après quelques jours de beau temps et de bise. qui s'attachent très fortement au bois et finissent par l'imprégner complètement. Avec la fixation Eleffsen. et il faut l'avoir essayé sur des neiges dures et « tôlées » pour en apprécier les avantages. dans des terrains rapides. Les neiges dures et poudreuses sont au contraire très glissantes. alors graisser ses skis. 2 Inventeur. Les coins eux-mêmes freinent très agréablement. de façon à ne pas trop gêner le glissement. ne collant pas dans la neige. Mais s'il y a des montées (même courtes) en perspective. la neige peut devenir collante et s'attache plus ou moins fortement aux skis. où la neige est si variable qu'il faudrait à tout moment changer d'enduit. Au emploie-t-on dans ce but un petit appareil breveté dit « Para » qui se chauffe au moyen de tablettes « Meta » et qui sert à lustrer les skis. La climbingwax de Sohm est excellente pour la neige poudreuse. mais c'est là une habitude qui s'acquiert très facilement. C'est un « chapelet de lames de bois cunéiformes ». le drib est lourd et encombrant et n'exclut pas la nécessité des crampons pour un skieur chaussé de laupars. Les crampon* mordent précisément là où les peaux glisseraient. un contre-placage Paiourdira. le skieur peut prendre la pente plus directement et éviter le slalom toujours fatigant. tantôt poudreuse. Il faut naturellement lever les skis à chaque pas. Il est préférable d'employer des produits à base de goudron. En adoptant un tempo lent. tant les skis sont glissants. les neiges sont rarement collantes. Ces dernières années. 1 Pour donner une idée de leur efficacité : l'auteur est monté directement. on peut. il est préférable de s'en abstenir (à moins de remettre chaque fois les peaux de phoque). L'usage des crampons n'exclut pas nécessairement celui des peaux de phoque. Le drib assure une direction parfaite. pour lesquelles les peaux de phoque sont déjà parfaitement suffisantes. et il existe des produits norvégiens spéciaux pour chaque neige. — En haute montagne. Mais il est probable qu'il faudra s'inspirer d'un modèle à plusieurs rainures. Faits ou enduits facilitant le glissement. après quelques heures de marche. Les enduits mous qui s'appliquent facilement par toutes les températures sont aussi les moins résistants et. Contre le dérapage latéral. qui ont la prétention d'empêcher le recul à la montée et de faciliter le glissement à la descente. par contre. de la cabane Bétemps au pied du Sattel du Mont Rosé . qui se fixent latéralement sur les côtés du ski. Ce sont des lames d'acier. on a lancé sur le marché des enduits spéciaux. et en montagne il est préférable de graisser les skis le moins possible. en la serrant principalement devant et derrière les mâchoires..fortement le crampon sur le bois du ski. le ski alpin de l'avenir n'est pas encore inventé. Ces crampons ne font que couper la neige parallèlement au ski. avec des lames cunéiformes plus minces. Le drib complet est formé de trois à cinq éléments articulés et pouvant se replier les uns sur les autres. sur des neiges dures. Une fois les skis graissés. et au Blanc de Moming depuis la cabane Mountet. Grâce à des conditions de neige exécrables. surtout à la descente. Même avec les « couteaux » Bilgeri. en mars 1924. ils rendent le stemmbogen assez difficile et se perdent facilement en route. Par contre. de sorte que. C'est là le principal avantage du drib. sans aucun zigzag et sur une neige très dure. comme cela se présente si souvent dans les Alpes. qui lui a valu ce nom par abréviation » O» trouvera une figure du drib dans VAlpina de novembre 1924. Les premiers se fixent naturellement par-dessus les secondesLe drib2 est d'une invention plus récente. Dans la neige poudreuse. sur la neige dure. . et ne sont naturellement d'aucune utilité pour une ascension directe. Vous pouvez même les combiner très avantageusement sur des pentes où la neige est tantôt dure. dans les environs de la cabane Britannia. L'auteur se rappelle avoir fait trois campagnes successives dans les Alpes sans jamais graisser ses skis. de Ribeaupierre. plus ou moins résistants et recommandables. ou qui puisse s'enduire d'un fart tenace. ce sont les peaux qui travaillent . même sur des neiges où les skis ne laisseraient pas la moindre trace. Malheureusement. Avec les crampons fixés de cette façon. où les rainures deviennent un antidérapant latéral incomparable. le drib vaut à peu près les crampons lorsque la pente n'est pas trop forte. on n'obtient pas une sécurité aussi parfaite. Malheureusement. La meilleure solution sera peut-être de revêtir le ski d'un drib métallique. les crampons. le ski glisse sans qu'il soit nécessaire de le soulever à chaque pas. présentant des ceins transversaux et quatre rainures longitudinales.

sur le devant. et l'on est étonné de leur résistance. ici que de réparations de tortune et provi-soiree. entre les deux garnitures de tôle. Le cuir doit être robuste et souple" à la fois . si l'on est chaussé de laupars (3) non ferrés. juste de quoi éviter les chutes sur les chemins verglacés. Ceci est très important pour se garantir du gel. la tension des courroies talonnières risque de plier la semelle en cet endroit. Si le soleil est caché et que ces enduits soient inapplicables à cause de l'humidité des skis. porter une paire de chaussettes en laine et une seconde paire beaucoup plus épaisse. Il présente une résistance très suffisante à k pression des courroies de mâchoires et les orteils y conservent une grande liberté de mouvements. Elle est pourvue de semelles souples. Si la pointe seule est cassre. — Nous avons indiqué plus haut comment on pouvait réparer les fixations. imperméable et assez grande pour que l'on puisse. par exemple. et il faut alors ajuster les deux morceaux au moyen de brides. Et lorsque les rochers sont recouverts de verglas. même au cou-de-pu i. Les fissures longitudinales peuvent également être réparées au moyen de brides plus courtes. est à peu près parfait actuellement. sinon la neige poudreuse s'y attachera fortement par congélation. L'épaisseur normale rane entre 1. les skis de frêne sont excessivement flexibles. Toute caravane de skieurs prudents emportera au moins une pointe de réserve et plusieurs brides de réparation. Comme nous l'avons dit plus haut. Le modèle Beglom. on les essuiera avec un chiffon et on les exposera au soleil. Les pointes cassées se réparent assez facilement au moyen d'une pointe de réserve. renforcé par les maisons suisses et qui supprime les coutures d'avant-pied. à cause de leurs longues pointes . Quant à la ferrure. bien entendu. pour qu'elles ne soient pas abîmées au contact des mâchoires. du modèle tyrolien dit « aile de mouche » d'un petit numéro. Réparation des skis (1). coupé en biseau pour maintenir la courroie talonnière. Au talon. dans k zone des éboulis et des moraines. 2 Ceci sur toute leur longueur. Louvoyer à une folle altare entre des écueils semi-masqués est un plaisir dont on pourrait se repentir brusquement. sinon. la neige s'attache aux clous et forme des mottes.5 et 2 centi mètres. quelques bons clous. Chaussure. Si la cassure se produit plus près du pied. Ces crampons sont évidemment lourds. il faudra des crampons dès que l'on quitte les skis pour terminer l'ascension sur le rocher ou la glace. Celles d'aluminium sont préférables à celles de bois. La cassure se produit généralement à l'endroit où le canal traverse le ski (point faible). épaisses 2. on peut la remplacer très solidement. ou les blocs de rochers à moitié enneigés. il reste encore un moyen de glisser sur la neige collante : c'est de fixer les peaux de phoque. sa pointe est naturellement la plus exposée aux chocs. en tôle ou en bois. la réparation est naturellement beaucoup plus compliquée. on visse à ces semelles de petites garnitures en tôle. Une bonne chaussure doit être chaude. Un ski réparé de cette façon ne sera jamais bien solide et exige beaucoup de ménagements. mais. Cette dernière condition n'est généralement pas remplie par les bottines de montagne ordinaires. quelques clous à tête carrée ou conique et. on s'y habitue très rapidement. sans couture inutile. les clous refroidissent le pied. Avec un peu de prudence. avec que fixation Huitfeld ou Elefisen. De retour en ville. qui nous vient de Norvège. on remettra le ski bris* 5 au marchand. même si elles sont du genre Begsom. en poil de chèvre. parce que plus légères et plus facilement ajustables. avec un peu de pratique. Paulcke recommandait d'emporter des chaussons extérieurs en toile à voile imperméable. Après les avoir soigneusement débarrassés de toute neige et des moindres particules de glace (au moyen d'un racloir ou du couteau). emportez toujours des crampons à huit ou dix pointes et ne faites ferrer vos laupars que très légèrement. . La chaussure laupar. la chaussure aussi imperméable que possible. on arache beaucoup plus sûrement avec des crampons. et c'est bien l'endroit où se produisent le plus souvent les cassures. Un ski répare dure souvent plus longtemps qu'un ski neuf.La plupart de ces enduits ne s'appliquent aux skis que lorsque leur surface de glissement est parfaitement sèche. et c'est pourquoi il est nécessaire d'avoir pour le ski une chaussure de forme spéciale. et l'eau finit par y pénétrer. 3 Nous emploierons ce terme de laupar d'une façon générale pour désigner les bottines spéciales au ski. est très souple et agréable à porter Mais les trois coutures qui se rencontrent sur la pointe du pied ne résistent pas longtemps dans nos régions. on évitera facilement les chocs. enfin. D'autre part. Lorsque le ski se rompt en son milieu. il faut avoir soin d'enlever ses skis et de les sécher au soleil. Il faut alors clouer ou visser tant bien que mal la fixation sur la partie antérieure et ajuster les deux morceaux au moyen des brides. la pointe de exchange n'est souvent plus suffisante. Il en existe bien des modèles différents. Quant au ski lui-même. qui s'enfilaient 1 II ne s'agit. — La chaussure est un des points les plus importants de l'équipement. Après avoir traversé des neiges ramollies par le soleil et avant de passer à l'ombre sur des neiges froides et poudreuses. abîment la fixation et donnent à la semelle une rigidité qui fatigue à la longue. les crampons sont désagréables au premier moment. 4 Sur le rocher. Donc. Ces brides métalliques peuvent être achetées dans toutes les maisons de sport. Une ferrure complète est très désagréable lorsqu'on a les skis aux pieds : le contact est moins intime entre la semelle et le ski (et par conséquent la maîtrise moins grande) . très légèrement dantes et d'un talon bas. Les bords latéraux des semelles de laupars modernes sont à peu près parallèles l'un à l'autre. Il faut se méfier tout spécialement des blocs de glace et même de neige en traversant les cônes de déjection de vieilles avalanches. on tend de plus en plus à la diminuer. Pourtant. auxquelles la neige ne s'attache presque jamais. très solides. mais ils sont si précieux que beaucoup d'alpinistes les portent même avec des bottines ferrées (4). sans être gêné.

il est parfaitement inutile de porter des bas. Dans les laupars. mais ils remplacent le drap bleu par du Burberry (3). dont les ailes se boutonnent sous le menton. Habillement. lisse. plus elle est pratique. Le pantalon étant souvent en contact avec la neige. de façon à ne porter que des chaussettes parfaitement sèches. en hiver. les premières. II se ferme par un poignet à deux brides sur la tige du soulier. est absolument imperméable à l'air comme à l'humidité. ». Lorsque k temps est beau et calme. Mais c'est un luxe auquel on attache de moins en moins d'importance. Mais. On serrera simplement la cheville par une bande de drap étroite et souple. où l'on rencontre pourtant une rude varappe. en relevant le bouffant jusqu'au genou (4). mais jamais dessus. imprégné. pas plus que les laupars. 1 Le Usmer de l'armée suisse est fort pratique et juste assez chaud sous la vareuse L'auteur a longtemps porté le costume norvégien. de façon à empêcher l'infiltration de la neige. L'hiver dernier. sont d'une étoffe plus ou moins poreuse. comme dans les bottines de montagne. confectionné sur le modèle introduit autrefois par les Norvégiens. Le drap de la culotte et de la jupe devra êtrr très lisse. On y fera adapter des pattes pour fermer les manches aux poignets. Les sweaters peuvent se porter dessous. coupe Norfolk. ceci est beaucoup moins important. le goût personnel peut intervenir largement. à grandes poches. il est bon de l'entourer d'une molletière. Mais la graisse ne vaut rien pour les pieds qui transpirent. plus larges dans le bas que dans le haut. se sont mises à porter le long pantalon. la chaussette s'attache à la semelle même du laupar. Il faut en emporter plusieurs paires. Le drap est solide. par contre. de façon que le laupar puisse se lacer par dessus. Les Anglaises. et ils sont très rarement employés dans nos Alpes. C'est à quoi il faut parer le mieux possible en emportant comme . nuisent à la circulation du sang et facilitent la congélation. Le skieur proprement dit porte volontiers un complet de drap bleu foncé (ancien drap militaire). Ceci n'exclut pas le port d'une culotte et de molletières. Les alpinistes qui s'en sont servis dans les ascensions de rocher se plaignent qu'elle s'use et se déchire assez rapidement. mais il est très pratique. il est recommandé de porter une semelle intérieure poreuse. Ce pantalon est fendu à la cheville et se boutonne. en crins de cheval par exemple. et la neige ne peut pas y adhérer. généralement adoptés en été. L'alpiniste peut fort bien utiliser en hiver ses vêtements de montagne habituels. et il l'a trouvé parfaitement suffisant. par congélation. chocolat. qui laisse passer l'air. et servant de petites chancelières. On trouve dans le commerce le costume complet (veste et pantalon) tout fait. La neige n'y adhère pas. Comme le dit très justement Paulcke : « ce n'est pas dans l'hypothèse des meilleures conditions extérieures. on est plus souvent dans la neige et sur ses skis que dans les rochers (2). Le pantalon offre. à peu près imperméable à l'air et à l'humidité et d'un poids presque négligeable. le Lyskamm et le Rothhorn de Zinal en février. Il arrive sans cela que. etc. l'auteur a fait de très bonnes expériences avec un pantalon de gabardine. Dans la neige poudreuse. La première paire doit être en laine douce et très chaude. biscuits. La seconde en laine épaisse. Elle complète donc parfaitement les qualités du tissu de Saas. le vent peut être très froid et devenir un sérieux danger pour celui qui n'est pas habillé en conséquence. Le pantalon bouffant dans le bas n'est pas gêné par le revers ordinaire du pantalon de dessous. Le pantalon doit coller à la cheville. On confectionne en Burberry de ravissants costumes pour skieuses.pardessus les laupars.. ainsi qu'un capuchon. moufles. Avec un caleçon chaud. non dégraissée. Un de mes guides avait l'habitude de se graisser les pieds avec de la graisse de porc.. Pour la veste. Si nos skieuses tiennent absolument à conserver leur jupe. — Dans cette question d'habillement. ou en poils de chèvre. Les vêtements de loden ou de cheviote. mais on peut la faire doubler de flanelle. Plus elle est courte. en outre. par contre. portent des vestes. ils sont toutefois très agréables par les grands froids. et elles s'en trouvent très bien. 3 Les Anglais. Il est évidemment moins gracieux qu'une culotte. ou se ferme au moyen d'un lacet. même dans de grandes ascensions comme le Mont Bose. etc. parfaitement imperméable à l'air et à l'humidité. Pour la varappe. de façon à pouvoir être fermées aux poignets. il la faudra très courte. on risque d'en déchirer les parties bouffantes. Les skieurs anglais portent généralement le costume de coupe norvégienne. et la neige ne s'y attache pas. mais il peut rendre de bons services en cas de tempête. passé par-dessus un pantalon de montagne ordinaire. Le talc a l'avantage de pomper la transpiration. Celle-ci absorbe l'humidité. Les manches sont munies de pattes à boutons. Les personnes qui transpirent beaucoup des pieds feront bien de les frotter avec de la poudre de talc avant d'enfiler leurs chaussettes. ne doivent serrer le pied. par les grands froids. Le veston. Qu'elles veuillent bien me pardonner. La gabardine est très légère. lanoline. par le plus beau temps du monde. 4 J'allais oublier les clames. Dans les rochers. il est moins agréable et. Il doit être assez ample pour pouvoir se porter sur un sweater ou chandail (1). la température est très agréable l'hiver et n'exige pas un vêtement plus chaud qu'en été. feront bien de copier le plus possible 1 équipement et surtout l'habillement du skieur masculin.. Elle n'est pas chaude. lorsqu'on est chaussé de crampons. en tissu de Saas. il importe d'employer une étoffe à laquelle la neige ne puisse pas adhérer. et il est facile de la retirer pour la sécher. La coupe et l'étoffe sont très pratiques pour le ski. Les chaussettes. On peut aussi protéger les chaussures par des peaux fixées poil en dehors. et il prétendait ne jamais avoir froid. raisins secs. peut être remplacé éventuellement par une vareuse militaire. à condition de les compléter en prévision du mauvais temps et du froid. Celles qui se hasarderont à lire ces pages. caria neige s'y attache 2 . plutôt court. Deux grandes poches latérales sont de précieux réservoirs pour tout ce qui est d'un usage fréquent : gants. Quatre poches extérieures à rabats sont de rigueur. puis à parcourir la haute montagne et hiver.réserve un surtout en toile à voile assez grand pour être porté par-dessus la veste ordinaire. de couleur kaki. Mais. mais bien des circonstances les plus défavorables qu'il faut se placer. un sérieux avantage : c'est de protéger les jambes et de supprimer les molletières qui serrent le mollet. L'excellence et l'imperméabilité des laupars actuels ont rendu ces chaussons presque inutiles. L'usage du pantalon de même toile est moins fréquent. Cette étoffe. gens pratiques. devant la fixation.

. On en trouve avec une fermeture à pression. on le rabat sur les oreilles . du fromage . 11 est très précieux dans les cabanes qui n'en sont pas encore pourvues et durant la marche dans le brouillard. mais rester. D'après les expériences de l'auteur.. un sifflet pour signaux. A l'extérieur. lorsqu'il fait chaud. on complétera cette coiffure par une écharpe de laine dont on s'entoure le cou et le menton — à moins que l'on ne préfère endosser le suroît en toile à voile et rabattre son capuchon (1). le béret blanc. mais il faut en avoir une seconde paire de réserve (ordinaires) dans un étui. chocolat. juin). Le modèle le plus simple. la carte. on emportera : une bouteille thermos. un chapeau de feutre (ou etoile blanche) à larges ailes est absolument indispensable 2 Pour la corde. il fait parfois si froid que l'on est obligé de manger en marchant. du thé et du café. de la viande séchée des Grisons (Bùndnerfleisch) . avec ou sans doigts. du roastbeef avec de la mayonnaise en tube . même lorsqu'il est vide.. avec deux grandes poches latérales. On peut lui donner toutes les formes imaginables et s'abriter contre le vent et le soleil de n'importe quel côté. La couleur jaune verte est reconnue comme étant la meilleure pour préserver les yeux. très pratique et très simple. est le meilleur. . Il est bon alors d'avoir dans ses poches certaines friandises toujours appétissantes. — Comme coiffure. Les moufles s'enfileront par-dessus les gants. En plein hiver et aux hautes altitudes. En prévision du froid. des œufs crus .. On mettra dans ces poches les objets dont l'usage est fréquent en cours de route. plutôt que condensé . jes "unettes en écaille sont très pratiques.Coiffure. Leur longueur doit être assez grande pour couvrir les manches de 20 à 25 centimètres. — Les mains sont très exposées au froid. Lorsque le sac est rempli. 1 Pour les courses de printemps (mai et juin). Au printemps (avril. On les protège par des gants et des moufles. Gants. Il n'est pas nécessaire qu'elles soient chaudes. etc. il faudra seulement chercher à gagner sur le poids. on fixera le moins d'objets possible : la corde (2) et les crampons. le béret est parfait et très gracieux. Il en faut deux ou trois paires pour pouvoir les changer. en laine légère et solide. A la veille du départ. comme remède. éventuellement un baromètre anéroïde (4) Alimentation. 4 Un baromètre anéroïde suffit amplement pour une caravane. du chocolat . au contraire. C'est une tâche désagréable. Pour les longues descentes. à condition d'être imperméable et assez grand pour contenir tout le bagage du skieur. il a le grand défaut d'être trop lourd. des légumes en conserve : des cubes bouillon . Un peu de vieux cognac dans une petite gourde.. il se met dans la poche. une cuisine à esprit-de-vin liquide ou solide (meta) : une lanterne pliante . et a vite fait de les tra~ percer. telles que biscuits. beaucoup de beurre frais . Deux paires ne sont pas de trop. Un sac qui ballotte de droite et de gauche est fort désagréable : il déplace le centre de gravité et complique l'exécution des virages. 146. nourrissantes et légères. la réverbération des neiges est à son maximum et il est bon d'avoir des lunettes plus foncées et grillées. on attachera le sac autour des hanches au moyen d'une courroie qui se boucle sur le ventre et passe dans deux œillets fixés au sac. des lunettes de glacier ( 3).. Comme son bagage est considérable. mais qui peut éviter de grands ennuis et de grosses désillusions. Lorsqu'il fait froid. Les gants seront de laine chaude. Outre les objets d'équipement déjà mentionnés. du sucre. il ne doit pas affecter la forme d'une poire. on emportera des matières grasses et sucrées en quantité suffisante et sous un volume minimum. etc. raisins secs. est suffisant pour les courses d'hiver. qui paraîtra même pédante à beaucoup. Par exemple du lait en poudre. ce qui est très malsain. des biscuits légers et nourrissants . en épousant la courbure du dos. avec claie en acier tabulaire. dont l'alpiniste se sert en été. — L'alimentation du skieur en montagne diffère très peu de celle de l'alpiniste en été. le chef de course fera bien de procéder à une inspection minutieuse de tout l'équipement de sa caravane (y compris l'habillement et les provisions). Par la tempête. Plié. semble être la coiffure idéale. voir p. Les skieurs portent généralement des bonnets beaucoup trop chauds. Comme coiffure. du lard . Ceux qui transpirent beaucoup peuvent employer une claie en osier. Quant au sac norvégien. beaucoup de raisins secs. très riches en calories . du riz et des pâtes . si les gants le sont suffisamment. sa couleur blanche irradie la chaleur solaire. pour compléter les observations à la boussole. aussi plat que possible. Elles doivent être absolument imperméables et ne pas serrer. — Le sac tyrolien. ou pour le soir à la cabane. une pharmacie. 3 En plein hiver. Sac. une boussole. mai. chacun suivra son goût.

Nous chercherons également à prouver qu'il n'existe pas. pour les avoir toujours derrière soi. Dans une neige profonde. Lorsque le skieur de tête sera fatigué. tout près des skis. et chercher à répartir habilement le poids du corps sur les bâtons et sur les skis. et surtout celle en ciseaux. La meilleure façon d'arrêter le glissement en arrière est de placer aussi vite que possible le ski postérieur en travers de la pente. La façon la plus simple de procéder sera de suivre pas à pas l'ordre d'instruction adopté par les manuels les plus récents et de commenter ces notions désormais connues. il est inutile de fixer les antidérapants. il est préférable. 89. Der alpine Skilauf. on peut traverser des pentes rapides en tenant le bâton intérieur horizontalement. le relief des neiges est souvent difficile à discerner. car rien n'est plus fatigant que de glisser en arrière et de chercher à se retenir. alors que la féerie d'un paysage grandiose attire les yeux et que les jambes et les bras travaillent automatiquement. Si la neige est très dure. le skieur saura discerner sur chaque neige la pente qu'il peut affronter sans glisser en arrière. Dans notre préface. où la marche à plat est minutieusement décrite. Il faut surtout éviter de se pencher trop en avant. le skieur alpin jugera d'emblée s'il vaut la peine de fixer les antidérapants. sur des pentes de neige dore. on cherchera à accélérer son allure par le pas glissé et même par le pas du -patineur. comme me l'a fait observer un de mes amis. il faudra conserver la direction initiale et éviter tous les détours inutiles. Ceci exige un œil exercé. Elle ne peut être utilisée que sur de courts espaces. les « couteaux » Bilgeri peuvent être fort utiles. On gagne ainsi plus rapidement en hauteur. et BILGERI. Avec un peu d'expérience. Si l'on est pressé et qu'on ne soit ni trop chargé. alors que des manuels entiers y sont consacrés (1). aux alpinistes* expérimentés. Si la neige est dure ou peu profonde. Selon la longueur et l'inclinaison des pentes. — Sur une neige légère. il est bien rare que les neiges soient parfaitement nivelées. une technique spéciale à la montagne. 1 Vivian Caulfield. car il est difficile de faire mordre leurs arêtes intérieures. même si l'on est lourdement chargé.. convertis sur le tard. dans ces occasions : d'avoir des mâchoires vissées sur le ski plutôt que des mâchoires passant dans le bois. C'est une opération assez longue et ennuyeuse. Il serait du reste prétentieux de vouloir traiter en un seul chapitre la technique du ski. il est avantageux de ne pas avoir des skis trop larges. Il aura soin de se tenir plutôt en deçà de la limite. suivies de terrains plats ou de descentes. mais sur les pommeaux des bâtons. Marche à flat2. et qu'il est beaucoup plus facile de devenir skieur alpin que véritable alpiniste. où ils ne seraient d'aucune utilité. pour marcher en queue. la largeur de la piste dépendra du skieur dont les fixations exigent le plus grand écartement. et non pas devant soi. doit être évitée. elles déverseut les skis en aval et nuisent à l'équilibre du skieur. En outre. et à tous ceux qui n'ont jamais pratiqué le ski dans les hautes Alpes. Si la neige profonde rend la marche pénible. On déplacera alors les bâtons simultanément 4. c'est-à-dire initié à toutes les finesses du sport. sans qu'il soit nécessaire d'enlever les skis. il nous reste à voir si la montagne exige une technique spéciale. mais qui remplace parfois utilement une halte reposante. où l'on enfonce à peine. en les rapportant à la haute montagne et en nous basant sur nos expériences personnelles. bien écrit tout un livre sur les seuls virages Voir à ce sujet ZARN et BARBLAN. — S'il ne s'agit que de courtes montées. les grandes surfacei planes ne se rencontrent guère que sur de vastes glaciers. 4 Pour ces traversées en écharpe. p. ou que l'on soit trop paresseux pour les mettre. sans se fatiguer davantage. nous avons admis d'emblée que l'alpiniste estival était skieur en hiver. où la marche à la corde exige naturellement une trace unique et le moins d'efforts possible. Chacun n'a pas la même fixation. 3 Ainsi. on lèvera le ski à chaque pas et on l'appliquera d'un coup sec sur la neige. il quittera la piste et laissera passer devant lui tous les membres de la caravane. dans les endroits où la surface est légèrement fuyante. Suivant l'éclairage. p. Nous nous adressons donc. 2 . On placera leurs pointes dans la neige. à la hauteur des fixations. ces changements auront lieu à tour de rôle et à intervalles réguliers. A la montée. Ils sont vite fixés. En outre. la montée en escalier. et rien n'est plus désagréable que de suivre une piste trop étroite. rien n'est plus facile. on appuiera les mains non pas dans les dragonnes. de façon à profiter de toute leur longueur. Dès qu'on emploie ce système. 33. Lorsque l'aide des bâtons devient indispensable. L'art du ski. Mais. dans les hautes Alpes. la pointe contre la pente (comme un piolet en été) et en piquant à chaque pas le bâton extérieur juste au-dessous du ski extérieur. parce que très fatigante. trop étroits pour permettre des zigzags. où les courroies latérales se heurtent à chaque pas (3). Lorsque celles-ci sont en contact avec une neige trop dure pour y mordre. Le skieur qui marche en tête de la caravane choisira donc sa route de façon à éviter les contre-pentes mutiles et les pertes de niveau. ni trop fatigué. Si l'on n'a pas ces « couteaux ». Dans une neige profonde. Ceci nous dispensera de faire son éducation de sporstman. de façon à empêcher le dérapage latéral.CHAPITRE VII LA TECHNIQUE DU SKIEUR ALPIN Le but de ce livre visant simplement l'application du ski à la montagne. la fixation Huitfeld exige une piste plus large que les fixations Eleffsen et BB. avant tout. Ce qui pourrait paraître monotone en plaine ou dans le brouillard offre un charme indéfinissable en haute montagne. à proprement parler. il est préférable de combiner la marche en avant avec la montée latérale en escalier. Il s'agit donc d'examiner ici quelles sont les connaissances techniques nécessaires au skieur qui va s'aventurer en haute montagre. le meilleur skieur professionnel d'Angleterre. Dans une neige fraîche et profonde.

et tracez mentalement votre itinéraire. Si l'un d'eux vient à se rompre. Vous perdrez ainsi à la descente tout le temps gagné à la montée. les cônes d'avalanches présentent également des voies faciles et souvent plus agréables que de nombreux zigzags en ski. Durant la montée. Ces neiges croûteuses et cassantes sont particulières à l'hiver. les crêtes des moraines sont presque toujours dégagées en hiver. la marche sera plus facile à pied qu'en ski. Dans une montée en zigzags. Mais il est beaucoup plus agréable de les tirer derrière soi. la marche oblique est très désagréable et les peaux sont presque inefficaces : quand le ski repose à plat sur la neige. vous reconnaîtrez que la montée s'est faite sans fatigue et beaucoup plus vite que vous ne le pensiez. le second aboutissant aux fixations des skis. vous tomberez à toute occasion. ne descendez pas dans le couloir ou la combe. Au contraire. il faucha se résoudre à porter ses skis en bandoulière. On les attachera an moyen d'une lanière de chanvre et on les portera en bandoulière. En hiver. Il peut arriver aussi qu'une arête soit la seule voie praticable entre deux terrains skiables. Si vous êtes fatigué avant de commencer la glissade. on fera bien de fixer deux cordons au lieu d'un. Examinez bien la pente avant de l'attaquer. Mais. Sur beaucoup d'entre elles. Même lorsque les pentes environnantes sont favorables au ski (ce qui. des zones où la glace elle-même est à nu. puis elle s'adoucit rapidement et devient excellente pour le ski. Les dos balayés par le vent. il faut chercher à donner à la piste une inclinaison régulière et décrire le moins de zigzags possible. Avec les peaux et sur une neige durcie. vous démoraliseront et vous gâcheront tout le plaisir de la course. Dans ces œillets. ce qui n'est pas le cas sans 'peaux. plus votre allure se ralentira. Dans ce but. Si vous montez trop rapidement. plus ©u moins profondément. avant le lever du soleil. au cours de la montée.1 1 Voir par exemple la figure 28 de la page 131. le dernier skieur avance aussi sûrement que le premier. sur les versants supérieurs des cols et sur les neiges printanières. Par contre. Le cordon doit être assez long pour que sa traction ne soulève pas les skis à chaque pas. surface de glissement en l'air. Avec des crampons sous les skis. vous devez traverser un couloir ou une combe étroite. Il est très important de rester frais et dispos pour la descente. C'est précisément dans ces occasions que quelques clous sous les laupars sont utiles et très appréciés. Vous manifesterez même quelque impatience. pointes en avant. et c'est alors que les crampons interviennent. outre le grand danger qu'elles présentent sur les glaciers. pour parer à toutes les éventualités. Comme nous l'avons dit dans notre chapitre sur la tactique. Si la croûte n'est pas suffisamment épaisse. pas à pas. La marche est alors aussi facile que si l'on ne tirait rien après soi. on passe un cordon solide dont on s'entoure la taille.Lorsque la neige est dure. Ceci est très fatigant. il dérape latéralement . Un cas analogue s'est présenté à l'auteur pour traverser le point 3. tant qu'il existe des traces de chemin ou de sentier. et qu'il trace la piste de façon que son dernier compagnon puisse la suivre sans glisser en arrière. Dans d'autres circonstances encore. la croûte est suffisamment solide pour porter le piéton jusqu'au lever du soleil . la neige est beaucoup plus irrégulière qu'au printemps. il n'est pas toujours possible de monter à pied sur une neige croûteuse. la fixation venant buter contre l'épaule (la gauche généralement). les skis seront retenus par le cordon de réserve. en l'adaptant aux particularités du terrain. dans le voisinage des sommets. les peaux de phoque ne mordent plus sur cette neige. Mais ce sont là des considérations tactiques plutôt que techniques. et ces chutes continuelles.672. Les mains restent libres et l'on marche à deux bâtons. C'est pourquoi nous avons recommandé la combinaison des peaux et des crampons. il sera préférable de cheminer à pied. Chi va piano VA sano. arrivé au sommet de la pente. on trouvera des traces de sentier. du reste n'est pas toujours le cas). on s'en tire très bien avec le« « couteaux » Bilgeri et la montée oblique en escalier. Si la pente devient rapide ou le terrain escarpé. Vous serez souvent étonné. le drib est préférable. ils peuvent s'enfiler l'un dans l'autre et se porter facilement. on aura soin de percer leurs pointes d'un petit trou. Jamais cet adage n'est plus vrai qu'en haute montagne et en ski. Dans ce cas. Dans la piste. Munis de la fixation Huitfeld. De même. mais conservez à votre piste son inclinaison générale. en suivant dans la neige poudreuse la trace d'un bon guide. vous rencontrez des zones poudreuses. il faut alors que le premier songe au dernier. de constater combien elle s'élève doucement. et finalement vous aurez mis plus de temps qu'en décrivant sagement vos zigzags. II faut alors les porter et marcher très prudemment. il est impossible de tramer les skis derrière soi : ils pendront toujours dans la verticale et basculeront à tout moment. on a avantage à les suivre à pied plutôt que de chausser les skis. de façon à avoir les mains libres. où l'on fixera à demeure un œillet de ficelle. on s'élève plus facilement avec des peaux de phoque. mais directement. Si la pente est forte. vous vous exposez à une quantité de faux pas et vous serez fatigué avant d'arriver au but. Il ne suffit pas de les tenir en équilibre sur une épaule. sans décrire de zigzags. il y aura souvent avantage à suivre à pied la crête des moraines : c'est une digression qui peut varier agréablement la monotonie d'une longue marche en ski. en montant au Schallihorn (Voir . vous épuiseront. Plus vous montez. C'est généralement le cas dans les endroits exposés aux vents. Tant que la neige supporte votre poids. la peau ne sert à rien. Si. dans la neige molle ou farineuse. des zones éventées et durcies. Au printemps. quitte à les rechausser plus loin. quand il est déversé intérieurement. En traversant obliquement des pentes de neige dure. Comme nous le verrons plus loin. il y a avantage à s'élever très lentement. elle cassera sous votre poids et vous enfoncerez à chaque pas. Il vaut aussi mieux de tirer ses skis que de les porter. Si l'arête est rocheuse.

Il est entouré de dangers. Beaucoup de skieurs plantent leurs skis dans la neige plus ou moins profondément. Fût-il à portée de la main. — C'est à la descente surtout que le style du skieur alpin diffère de celui du sportsman. En haute montagne. Mais il serait stupide de tenter ces acrobaties au cours d'une longue expédition et de compromettre toute la course pour soi et pour ses compagnons. II agira en être de sang-froid et pourra paraître blasé. Il préférera enlever ses skis et les porter dès que sa raison le commande. il est rare que le skieur puisse atteindre en ski le but de sa course. On prendra tout SON temps pour tourner. — Dans les hautes Alpes. Les crampons chaussés. avant de les serrer dans votre sac. vous pourrez prolonger votre sieste. En montagne. avaient été enlevés par le vent. Mais votre intention n'est pas toujours de gravir un sommet. . le skieur alpin saura déterminer d'avance et fixer sur sa carte le point où il compte troquer ses skis contre ses crampons. il faut savoir considérer la sécurité générale avant tout. On choisira si possible un endroit abrité du vent. vol. parallèlement l'un à l'autre. p. II. Et cela pour plusieurs raisons. la neige s'y attachera et tout sera à recommencer. en pas tournants. et quelques conseils sur la manière d'ancrer les skis ne seront peut-être pas superflus. Wattiser skifûhrer.. assis sur votre sac. il n'est pas perdu pour cela. et songer au succès final. Mais ceci n'est guère possible que sur des pentes fleces. Dans ce cas.. En disant prudent. si l'on est kabile. vous préférerez parfois rester couché sur le col qui s'évase à ses pieds et fumer tranquillement votre pipe. et les ancrer solidement au moyen des bâtons passés dans les fixations et enfoncés verticalement (disques en l'air). sur une neige poudreuse et tourbillonnante. le skieur alpin est embarrassé par son bagage et plus ou moins fatigué par l'ascension. Mais faites les nettoyages prescrits avant le repas. puis on les tournera un moment à l'ombre. vous pouvez alors vous remettre en route. Le mieux est de l'attacher sur eux. Comme on laisse généralement son sac au dépôt. Cette sage philosophie ne s'acquiert malheureusement qu'après des années d'expérience. et reconnaîtra. le skieur alpin saura résister aux charmes d'une folle glissade. Arrivé à l'endroit où l'on veut tourner. où les conversions sont inutiles si l'on a fixé tes antidérapants. on peut s'en servir pour charger les skis. où il prévoit des embûches. négligemment piqués dans la neige. Profitez du soleil pour faire sécher les peaux de phoque. Un skieur craintif tombera souvent par simple appréhension. nous ne voulons pas dire peureux ou craintif.. et vous les enroulerez au retour. adossé à vos skis. Dans l'air de la montagne. Les skis n'étant pour lui qu'un moyen d'y parvenir. La descente. en en fera le moins possible. Les cartes accompagnant les guides pour skieurs sont très instructives. Si l'endroit est dangereux.Conversions.nécessaire à une digestion normale. Fixez-les solidement aux disques des bâtons et étendez-les. l'alpiniste n'a pas de style particulier. qu'il n'y avait aucune raison de tomber à cet endroit. 34). on ramène les skis horizontalement et l'on tasse soigneusement la neige. avant de les coucher sur la neige. S'il brise un ski ou se casse une jambe.. quelques provisions dans vos poches. on les exposera au soleil jusqu'à ce qu'ils soient paifaitement secs. Lorsque la pente est rapide et la caravane lourdement chargée. les conversions sont tris faciles. elles sécheront très rapidement. S'ils sont verglacés. Là où se termine l'approche en ski et où commence l'attaque de la montagne. on peut même tourner tout en marchant. De cette façon. Avec des notions techniques rudimentaires. Même à la descente. on s'en tire souvent beaucoup mieux qu'un excellent skieur qui s'aventurerait pour la première fois en montagne. ses « planches » sont les simples instruments de sa volonté. Avec un peu d'expérience. le vent ne pourra guère les arracher. Mais il est important que les skis reposent éans une piste horizontale et bien foulée. en se relevant. Plusieurs caravanes ont failli périr parce que leurs skis. Le premier peut s'ébattre à quelque distance de son hôtel. ce système n'est pas suffisant : il faut les coucher à plat. Les exercices d'un sporisman diffèrent totalement de la technique du skieur alpin. Nous avons déjà vu sous quel aspect les hauts sommets se présentent en hiver. avant de laisser ses planches derrière soi. vos skis ne colleront plus. on aura soin d'enfoncer profondément ses bâtons dans la neige au-dessus de soi et du côté de la montagne. Préparatifs de descente. Ceci dépend naturellement du terrain. Ces soins matériels vous serviront d'apéritif et procureront à vos organes la détente . mais la neige est souvent si dure qu'il est impossible de les y enfoncer. le vent peut faire rage. Sur un terrain suspect. Or sa volonté est d'être prudent et de le rester en toute circonstance. les parcours à pied étant indiqués par des pointillés 1 Si vous pouvez les enfoncer verticalement et jusqu'aux fixations dans une neige consistante. — La montée en zigzags exige des conversions de pied ferme. il ne réussira pas à enlever vos skis (1). de son inclinaison et des obstacles qu'il présente. en laissant errer vos regards sur les cimes d'alentour — quitte à reprendre le même itinéraire ou à franchir le col que vous venez d'atteindre. les conversions s'exécutent du côté aval. Mais il faut en être absolument certain. Tandis que le sportsman est relativement frais. On les exécute face à la montagne et. et surtout des avalanches. de façon que tout soit sec et propre au moment du départ. Comme nous l'avons recommandé. Sur une pente modérée. La prévoyance et la volonté domineront en lui la passion du sport. Une fois sèches et refroidis. On enlèvera les antidérapants et l'on nettoiera soigneusement les skis. Certaines précautions sont nécessaires. la conversion étant une excellente occasion de reprendre son souffle. il les abandonnera dès qu'il sera sûr d'avancer plus vite à pied. L'alpiniste hivernal se trompera rarement sur la consistance des neiges qui lui restent à parcourir. et les neiges des hautes altitudes lui sont rarement propices. A vrai dire. La conversion s'exécute alors comme elle est prescrite dans tous les manuels. on fera un dépot. Si vous les mettez dans la neige immédiatement après les avoir exposés au soleil. avant de partir dans une nouvelle direction.

qui constituent en somme le véritable slalom alpin. Les débutants ont beaucoup de peine à adopter la trace serrée. Stemmbogen. son but n'étant pas de faire de la vitesse. Ces trois virages peuvent du reste se combiner à volonté. Pratiquement. pour ralentir la vitesse en traversant des pentes. « tôlée ». mais d'avancer prudemment en fouillant des yeux le terrain. la plus simple. il est parfo's impossible de décrire un virage. le skieur maintient son équilibre longitudinal en avançant plus ou moins le ski antérieur et en fléchissant les genoux. 1 Nous conservons ce mot allemand. aussi facilement d'un côté que de l'autre. Arrêts. en trace serrée (pur style norvégien). C'est là une acrobatie qui n'est pas recommandable en haute montagne. C'est précisément sur cette houle maudite que l'on distinguera le skieur alpin du sportsman fringant et multicolore. sauf sur une neige durcie. lui. La consistance de la neige reste évidemment le critère important. C'est à peu près le seul moyen de s'arrêter brusquement sur une surface durcie. Celui en christianias est beaucoup plus difficile et se remplace avantageusement par les stemmbogen. On peut aussi diminuer l'effet des ondulations en s'accroupissant sur les skis pour passer la bosse. Après avoir essayé du télémark. Dans une neige poudreuse molle. C'est la méthode la plus utile en montagne et la plus amusante lorsque la neige est favorable. il tentera le christiania. Il n'y a que les ondulations du terrain ou la variabilité des neiges qui puissent provoquer des chutes en avant ou en arrière. Nous adoptons donc stemmbogen. C'est évidemment la glissade par excellence. les particularités du terrain et la vitesse du skieur décideront dans chaque cas lequel d'entre eux doit être appliqué. puis le saut tournant. — On appelle slalom une suite ininterrompue de virages en serpentine. le christiania est beaucoup plus facile que le télémark. on conservera le ski frontal bien en avant. parce que l'équilibre latéral est plus difficile à obtenir qu'avec des skis écartés. En montagne on ne l'applique guère que latéralement. vous risquez fort de tomber sur le dos. tout en évitant les vagues les plus grosses et choisira précisément la surface la plus unie pour tourner en virages. Le slalom s'exécute en télémarks. On l'a traduit par virage en chasse-neige. en christianias ou en stemmbogen 1. C'est donc la première chose à apprendre par le skieur novice qui veut parcourir la haute montagne. dont l'acrobatie charme la galerie des palaces. freinage-virage : expressions peu sympathiques et trop compliquées pour s'implanter. Le -pas tournant et le pas du patineur ne se pratiquent guère en montagne. La seule façon de se dégager et de s'arrêter sera alors la conversion sautée ou saut tournant. Le skieur alpin. Un bon skieur. exécutera instinctivement les virages qui s'adaptent le mieux à la situation du moment et aux formes du terrain qu'il parcourt. Ce sont là des réflexes presque inconscients qui lui permettront d'éviter ou de franchir aisément tous les obstacles. Éventuellement des pas tournants. molle. si l'on n'est pas dans la position normale pour les prévenir et les parer. — Les télémarks et les christianias ont le désavantage de projeter le skieur en dehors de sa courbe lorsqu'il est pesamment chargé. connaît toutes ces embûches. Slalom. La consistance de la neige. Sur une neige croûteuse et cassante.. Mais il faut prendre garde de ne pas se laisser entraîner à une vitesse excessive. La descente droite. le moins brutal et le plus confortable. plus jamais — on ne le reverra dans ces montagnes « tôlées ». Mais. le télémark est le meilleur des arrêts. de tomber et de rebondir. Le stemm est un virage beaucoup plus lent et qui n'exige pas la vitesse nécessaire aux autres. un christiania ou une conversion sautée. Le freinage en chasse-neige (Schneeplugfahren) est très fatigant. si la pente n'est pas rapide. dans la neige croûtée et cassante. Sur la neige houleuse des hautes Alpes. Sous le poids du skieur. où l'on peut s'adonner librement aux glissades droites et vertigineuses. Dans ce cas. Lancé à toute allure. on la parcourt en slalom. Dès que la neige est ventée. Seule son expérience lui dira à quel moment et de quelle façon il doit virer. Le slalom s'applique beaucoup plus fréquemment en haute montagne que sur un terrain d'exercices.Encore y a-t-il bien des manières de descendre. puis en tendant les jambes après l'avor traversée. la plus agréable et la plus reposante. . — Le skieur s'arrête par un télémark. n'ayant trouvé aucune expression française digne de le remplacer. l'équilibre latéral se conserve tout naturellement. c'est à peu près le seul moyen de virer confortablement et d'éviter des chutes fréquentes. Dès qu'une pente devient trop rapide pour être descendue directement. humide ou collante.. Lorsque ces ondulations sont assez brusques pour vous projeter en l'air. Ce que nous avons dit de la neige pour les arrêts équivaut au slalom. avec conversion de pied ferme à chaque extrémité. éventuellement l'effondrement d'un pont si l'on traverse un glacier. II voguera bien tranquillement par le travers de la pente. En suivant la ligne de plus grande pente. La brutalité du saut peut provoquer une rupture des skis ou des fixations. mais ils peuvent être employés sur de courts espaces. Si vous êtes enlevé dans la position du télémark. les skis enfoncent la croûte et conservent obstinément leur direction autonome. Elle ne se fera que sur une neige parfaitement régulière (poudre hivernale ou névé printanier). il ira crever de ses skis une vague plus résistante que les autres : il tombera sur le nez et brisera ses skis. est rarement applicable en haute montagne. il faut ramener à temps le ski de front en arrière et traverser ces tremplins naturels dans la position du sauteur. Le slalom en télémarks se fera dans la neige poudreuse. il n'y a qu'une chose à faire: ce sont des zigzags. Le skieur alpin doit s'appliquer à modérer constamment son allure. il sera bientôt fourbu autant que furieux. Cette difficulté une fois vaincue. et il est prêt à les affronter prudemment. ou simplement stemm (abr). possédant le sens de la neige. ou légère et peu profonde. lorsqu'on est lourdement chargé. humide ou même collante. on peut l'exécuter sur toutes les neiges. ou pour briser son élan juste avant de commencer un virage. en jurant que jamais — non. A force de déraper. surtout le pas tournant. Aussi lui consacrons-nous ici une attention toute spéciale.

comme un cycliste en plein virage sur une piste de course. Avec un gros sac sur le dos et un piolet en travers.Le stemm se fera très lentement et. Ce virage est très utile sur les mauvaises neigea et permet de modérer l'allure au moment précis où le virage tend à dégénérer en dérapage. Le skieur de tête est naturellement beaucoup plus exposé aux embûches de la neige et du terrain que ceux qui le suivent. Au moment où l'on dégage le ski intérieur. puis on placera le ski intérieur de front et Ton terminera le virage par un christiania. même dans la meilleure des neiges. Lorsqu'on a la pente à sa gauche (sur la rive gauche d'un glacier par exemple). Il est facile. il vire à droite en christiania. ce qui. au moment où l'on va tourner. une prompte décision et une volonté inflexible sont nécessaires pour pouvoir. sur un glacier. les skieurs expérimentés préféreront même le stemmiania au stemm proprement dit. c'est un jeu passionnant. Rien n'est plus agréable que de se laisser bercer en oscillations d'un versant à l'autre. Aussi le meilleur skieur devrait-il toujours être en tête lorsque la caravane n'est pas encordée. Lorsque. Il faut évidemment une longue expérience pour acquérir le sens de la neige et cette notion du terrain qui réduisent de moitié les difficultés techniques du ski. alors qu'ils sont toujours plus faciles sur des bosses ou des replats. pour franchir sans tomber les zones de neige dure ou collante. Quand on sait les discerner. En terminant le stemm par un christiania. le ski intérieur s'y embourbe plus ou moins. Pas n'est besoin de suivre exactement la trace du chef. Sur une neige poudreuse. il profite de son dernier élan pour exécuter un stemm qui le relance dans sa direction initiale. dès qu'il va trop vite. il est parfois difficile de terminer le stemm. et le placer contre l'autre. avec son inclinaison et son orientation. Le ski frontal est semblable à une antenne qui pressent les changements de pente. On préférera alors les télémarks ou les christianias. tandis que le stemm exige toujours une allure lente et confortable Dans la neige poudreuse. pour un skieur droitier. qui sont précisément plus faciles sur les pentes fuyantes. sans avancer. Un œil exercé. parce que le premier est plus vite exécuté et que son rayon est plus petit. de passer de la phase médiane du virage en chasseneige à la phase finale du télémark. Mais au lieu de s'arrêter complètement. la consistance des neiges sera presque toujours en rapport avec les formes du terrain. . Il existe une combinaison de stemms et de christianias que l'auteur n'a jamais vu décrite nulle part et qui pourtant est fort utile en montagne pour descendre directement tout en modérant son allure : c'est une glissade festonnée par des christianias latéraux. on étudiera le chemin tout en montant. 2 C'est ce que les Anglais appellent lifted stemm ou stemm levé. Si la descente doit s'effectuer par le même itinéraire que la montée. Après quelques jours de beau temps ou de vent. Certaines observations faciliteront beaucoup la glissade. en le soulevant lestement. où la caravane 1 C'est ce que les Anglais ont appelé le slemmiama. Les débutants décrivent trop souvent leurs virages dans des creux. le poids du corps se porte entièrement sur le ski extérieur. on peut aussi terminer le stemm par un télémark. Le terrain idéal se rencontre. Aussi. on l'apprendra plus facilement qu'en négligeant cette combinaison et en voulant l'exécuter exclusivement. son style. le ski extérieur se met parfois à déraper. Il faut se retourner fréquemment et considérer attentivement l'aspect du terrain. au cours d'une glissade rapide. en écartant plus ou moins les skis. Sur les neiges durcies. en effet. le skieur paraîtra tourner sur lui-même. et ceci est fort utile dans les passages resserrés. Les glissades. Le skieur exercé préférera toujours le rythme harmonieux de ces oscillations à la glissade directe le long d'un thalweg. Il faut toujours être sur ses gardes et prendre à temps une position ramassée. pour un moment. Si la neige est profonde. Ceux qui viennent derrière lui observeront constamment son allure. et dicte au skieur l'attitude à prendre avant que son équilibre ne soit rompu. mais ininterrompue. selon la rugosité de la neige (1). on est tenté de les faire trop brusquement. Certaines ondulations prédisent au skieur averti une neige particulière. les stemms ne valent rien. on termine le virage plus ou moins brusquement. sa trace. où la place manquerait pour les serpentines. Sur un dos convexe. Ceci n'est évidemment pas toujours possible. En outre. Un autre avantage du stemm est de faciliter l'amorçage du télémark et du christiania. On. est-il préférable de finir le stemmbogen par un christiania. — à condition qu'elles soient skiables. Cette méthode est très pratique lorsqu'on descend à la corde sur un glacier incliné. Le skieur rompu à la technique des stemms les appliquera même sur une bonne neige poudreuse. Les flancs de la combe vous renvoient alternativement. Ailleurs que dans une combe. sur les pentes dominant la rive droite d'un glacier rapide. sur la neige dure. toujours difficile à cause de la corde. combinaison du stemm et duchristiania. Les combes évasées constituent le terrain le plus favorable au slalom en stemmbogen. Au lieu de soulever le ski intérieur. le corps penché en avant et les deux skis freinant en chasse-neige . pour une cause ou pour une autre. est généralement moins facile. à condition qu'elle ne soit pas trop glissante et que le ski extérieur ne dérape pas au moment où l'on soulève le ski intérieur. et pourront en tirer des déductions qui simplifieront considérablement leur glissade. les changements de neige. Le skieur longe cette rive et. les télémarks ne sont pas toujours faciles. bien entendu. il faut alors décrire les christianias à gauche. dans la direction voulue à travers la pente (2). En déversant celui-ci intérieurement. tournera en stemm jusqu'au moment où l'on fait face à la pente. On évite ainsi le slalom. on les évite ou les franchit sans tomber. même rectilignes. Lorsque le virage est presque terminé. peuvent se faire aune allure modérée. il faut toujours chercher à avoir la pente contre soi. mais il faut savoir s'en servir comme ligne de conduite. choisir la meilleure voie et profiter des moindres avantages. Il faut alors le dégager. le guide s'arrête sur une pente rapide. par exemple. Cette méthode peut aussi très bien s'appliquer sur une neige dure.

Ces cours. Dès 1908. on peut faire ainsi de longues descentes sans se fatiguer. . leurs pointes entre les skis. C'est lui. il peut y avoir avantage à se laisser déraper latéralement ou obliquement. le S. la section Monte Rosa organisait un cours de ski pour guides à Zermatt.. Sur des pentes rapides ou dans des passages étroits et lorsque la neige est très dure. Encore faut-il savoir freiner efficacement. il ne faut pas non plus se disperser en laissant loin derrière soi le skieur le moins habile ou le plus fatigué. comme nous l'avons déjà dit. On placera donc ses skis en travers de la pente. qui est seule efficace sur de fortes pentes ou de mauvaises neiges. Il avait pour but de rechercher quelles sont les principales lacunes dans la préparation du skieur à la montagne. A.n'est pas encordée. qui réglera l'allure de la caravane. La comparaison n'a pas manqué d'intérêt. S. La position est accroupie. Les mains étreignent fortement leurs pommeaux et les coudes viennent reposer sur les genoux. Il l'a du reste spécifié dans ses nouveaux statuts. En 1902 déjà. au contraire. En Suisse. arrêté sur une pente rapide. sous la direction de deux fameux skieurs : Victor de Beauclair et Albert Weber. Plusieurs skieurs réunis au même endroit peuvent provoquer une avalanche ou l'effondrement d'un pont de neige. En mars 1924. A. au moment où il s'abaisse sur la neige. Selon l'inclinaison de la pente. il ne faut pas hésiter à chevaucher ses bâtons.. les pointes légèrement en aval. On peut alors démarrer dans cette position. en montagne. que normales en plein hiver. on règle sa vitesse en portant le poids du corps soit en arrière sur les bâtons. on ramène le ski intérieur parallèlement contre lui. On pourrait évidemment exécuter un saut tournant. il faut prendre garde à ce que les disques ne s'accrochent pas aux vagues. S. Grâce à des prix très modiques. Les bâtons réunis se placent entre les jambes. peuvent être aussi utiles aux guides qu'aux touristes. mais rares sont les skieurs qui savent le faire. un véritable cours de ski alpin pour clubistes. il vaut mieux éviter ces sauts. des alpinistes romands organisèrent. on passait presque immédiatement aux applications. il faut des glaciers. Lorsque la neige est houlée. c'est une erreur de croire que ces cours puissent s'exécuter utilement en dehors des glaciers. S. — Lorsque. On peut aussi décrire un stemm usqu'au moment où l'on fait face à la pente. celui qui a l'avantage n'est pas le meilleur skieur. prêts à partir au premier élan. Avec un peu d'habitude. Les skis sont écartés de 30 à 40 centimètres. est également applicable sur les chemins battus. Il faudrait arriver à régler uniformément entre eux une seule et même technique alpine. on maintient aisément son équilibre. la fesse gauche reposant à peu près au milieu des bâtons. Il s'agissait donc moins de former les participants aux courses de montagne que de comparer les résultats auxquels ils étaient parvenus. en les tirant ou en les portant. Ce ceurs eut lieu à Saas Fée et aux environs de la cabane Britannia. en prenant la cabane Britannia comme base. Le dérapage se règle facilement en déversant plus ou moins les skis. sous les auspices du C. et non pas dans celui du S. il serait stupide de vouloir condamner l'usage des bâtons pour freiner. En montagne. mais celui qui a le mieux compris la façon d'utiliser ses skis en montagne. s'ils sont bien organisés. D'autre part. Elle a confirmé le fait qu'en haute montagne. mais il faut surtout ces conditions de neige que nous taxons de « mauvaises » et qui ne sont. mais nécessaires. a pris la haute main sur toutes les organisations relativesau nouveau sport.et spécialement peur les prévôts des groupes de ski de la Suisse française. les guides de Saas organisèrent à titre privé des cours de ski en montagne>et nous devons les en féliciter. dans l'espoir surtout de faire une belle course de montagne à bon marché. Je m'en suis réjoui parce qu'elles confirment mes théories sur l'enneigement et qu'elles ont considérablement augmenté l'intérêt du cours. il faut éviter les attroupements. en somme. Si le talon du ski est trop engagé dans la neige. Cours de ski alpin pour guides et touristes. et qu'il ne s'abaisse pas assez facilement. Dans ce cas. Les conditions nivales et glaciaires rencontrées à Britannia pendant le cours de ski de 1924 sont les pires que j'aie observées depuis 1907. on désire s'y lancer directement. Par contre. selon sa consistance. V. on porte alors le poids du corps sur l'autre ski. quelques touristes se laissèrent tenter. Des cours de ski alpin pour guides et pour clubistes sont non seulement utiles. On suivra naturellement la ligne de plus grande pente. Quelques « trucs ». mais. on prendra la position du christiania ouvert (skis écartés) et l'on appuiera ses bâtons du côté de la montagne. qui leur était presque complètement inconnu à cette époque. En les écartant suffisamment. et la glissade commence immédiatement. Il s'agissait alors d'instruire les guides dans l'art du ski. La position doit se prendre avant de commencer la glissade. Non seulement. En réduisant la partie préparatoire. comme cela se pratique en été dans les cours de 1 Schweizer Ski Verband : Association suisse des clubs de ski. en gravissant les sommets d'alentour. Cette méthode. on y porte tout son poids et. C'est ce qui se réalisa du reste dans la plupart des cas. Mais les skis ne sont pas faits pour suivre les chemins battus et l'on sera généralement tout heureux de les enlever et de poursuivre sa route à pied. Une fois le ski aval pointé dans la direction voulue. on se trouve parfois embarrassé pour pointer ses skis dans la ligne de plus grande pente. le Comité Central du C. Les méthodes décrites dans les manuels sont anodines et beaucoup trop fatigantes. a compris que l'application du ski à la montagne rentrait bel et bien dans son domaine. mais il est encore beaucoup plus simple de planter le talon du ski aval perpendiculairement à l'autre et plus ou moins profondément dans la neige. V (1). soit en avant sur les skis. S. Lorsque le freinage devient nécessaire. pour la première fois. Depuis lors.

d'abord sur un terrain d'exercices. Le programme de ces cours devra comporter des heures de théorie et des heures d'exercices. Les principaux exercices à pratiquer sont les suivants : montée en zigzags au moyen de différents antidérapants. ils s'entendront beaucoup mieux entre eux et l'usage de la corde. les avalanches. etc. les corniches ( 1). Lorsque guides et touristes seront familiarisés avec les mêmes notions. bivouac dans la neige . une autre à un sommet neigeux. la lecture des cartes. cessera d'être un cauchemar et deviendra un usage courant. 65-72. . ensuite sur des glaciers . les différentes sortes de neiges. sauvetage d'un skieur descendu à la corde dans une crevasse . les vents. descente en stemm sur pentes de plus en plus rapides et sur neiges de plus en plus dures (avec sac et piolet) . marche dans le brouillard . 1919. Comme applications : une ascension type à un sommet rocheux . Dans la partie théorique. montée et descente à la corde en caravanes de deux ou trois skieurs. voir mon article dans l'Echo des Alpes. Ceci est très important et pourrait éviter bien des accidents à l'avenir. 1 Au sujet des corniches et de leur formation. l'emploi de la corde sur les glaciers. réparation de fixations et de skis détériorés. par exemple. on traitera : l'enneigement. p.guides.

lui. plus fort que jamais. J'avais alors dix-neuf ans. je partais avec mon père pour Saleinaz. Notre chalet est situé à l'orée de la petite plaine de Saleinaz. l'ascension serait certainement possible. C'était l'époque des grosses avalanches. du reste. et. le professeur Roget. partaient en course. au milieu de ces hautes montagnes. Le professeur Roget n'y était jamais monté et nous lui fîmes observer qu'elle n'était pas facile. et comment ils avaient réussi l'Aiguille du Tour (3 548 m. Au retour. à la Brévine et nous revînmes tard par-dessus le mont Racine. dominé par les formidables parois du Portalet. Depuis une semaine déjà. Mon père m'avait initié aux secrets de la montagne et. il était monté à Orny avec le guide Maurice Crettez. la passion grandissait en moi. avec lequel j'avais lié connaissance. Mais mon père avait une confiance illimitée en la personne de Maurice Crettez.. Quant à l'Aiguille du Tour. pensais-je. Il n'eut pas de peine à me communiquer sa joyeuse humeur et son enthousiasme habituel : c'était le « grand beau » .. On me présenta. Il ne comptait pas s'attaquer directement au Grand Combin. A Noël. je fus bientôt harnaché et prêt à partir. aux yeux très clairs et malicieux. et nous étions bien placés pour les voir descendre. F. il avait emporté ses skis et comptait sur nous pour l'aider à ne pas perdre ce beau dimanche d'hiver. Mon père et moi conna ssions cette montagne pour l'avoir gravie trois ans auparavant. Le soleil se levait dans un ciel sans nuage. bien calé sur ses jambes. de Genève. dès le 24 mars. J'avoue que sa proposition me parut téméraire autant qu'alléchante et. des cheveux grisonnants encadraient un visage fin. si la course était possible ou non. me proposa de l'accompagner dans une course de Pâques. Ce jour-là. m'était complètement inconnu et je m'attendais à y rencontrer de sérieux obstacles. Enfin. cette fois-ci. elle était encore durcie par le gel nocturne et l'on pouvait y cheminer à pied sans enfoncer. Fort. Le Grand Combin. Roget. Mais jamais l'idée ne me serait venue de m'attaquer l'hiver à une grande cime. je contemplais le tableau si familier à mes yeux : la trouée du vallon de Saleinaz et la partie frontale de son glacier. nous rejoignîmes le professeur Roget qui nous exposa les détails de son plan. mon père ne put s'empêcher de sourire en me disant que jamais nous n'arriverions. comme on en Toit rarement en mars. Le ski n'était alors pour moi qu'un simple instrument de sport.les vacances de Pâques étaient généralement si tardives qu'en arrivant à notre chalet. perdant patience. De ma fenêtre. tout irait pour le mieux. je me trouvais au rendez-vous et revoyais dans la pénombre du :our naissant les figures sympathiques de mes compagnons habituels.CHAPITRE VIII PREMIÈRES EXPÉRIENCES 1907 : Aiguille du Chardonnet (3 836 m. au pied des sombres forêts qui revêtent la montagne. il faisait un temps radieux. de ne pas être partis plus tôt pour pouvoir monter tout droit. par l'arête nord-est. l'année précédente (en mars 1906). Le Val Ferret est. vers 7 heures du matin. Il s'était formé à Neuchâtel un petit clan d'amateurs qui. éclairée d'un grand soleil et arrosée d'excellents vins. L'arête nord-est du Chardonnet ! Une des courses les plus difficiles du massif? en hiver? allons donc ! Et pourtant mon père passait pour la plus grande autorité alpine de la chaîne du Mont Blanc.) dans d'excellentes conditions. Jamais je n'oublierai ce dimanche 2 mars 1907. Il avait rédigé un itinéraire pour ce massif et il savait donc à quoi s'en tenir. Nous fûmes à Tête de Ran. ce fut sans grand espoir de voir ses projets se réaliser. D'autre part. Mais il nous répondit que. tous les beaux dimanches. et j'avais souvent parcouru le Val Ferret en ski. le froid était souvent intense et la neige poudreuse si profonde qu'il fallait de rudes efforts pour monter jusqu'à la Neuvaz. Un bon mètre de neige recouvrait toute la plaine de Saleinaz. L'un d'eux cependant m'était inconnu. Ce ne devait pas être un Neu-châtelois. Maurice Crettez m'apparut plus grand. Tant de fois j'avais admiré les lignes grandioses de cette scène i Mais. en effet. tout en me demandant ce qu'elles allaient nous réserver. Mes compagnons devaient me prendre en passant. je descendis au village et j'y trouvai mes compagnons en train de faire leurs dernières emplettes. Lorsque nous nous séparâmes (à Montreux. A Lausanne. et je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être la haute montagne en hiver. Je craignis un moment de devoir renoncer à l'expédition. je scrutais les pentes conduisant à Orny. Quel dommage. Nous allions régulièrement passer nos vacances de Noël et de Pâques en notre chalet de Saleinaz. Nous avions alors de véritables hivers dans le Jura suisse et suffisamment de neige pour faire la joie des skieurs. par contre. Les vacances de Pâques eureat lieu très tôt cette année là. si je l'acceptai. et le plateau du Trient devait. je l'avais gravie plusieurs fois l'été et son ascension ne présente aucune difficulté. sa barbe poivre et sel et sa bouche souriante ajoutaient une pointe ironique et bienveillante à son profil aquilin. se prêter fort bien au ski. Ce fut une joyeuse journée. il avait l'air d'un Anglais dans son costume Burberry. C'est là que je m'éveillai de bonne heure le jour suivant.. on pouvait cueillir les premières fleurs entre les taches de neige. et j'étais impatient de les voir arriver. très encaissé et les sommets d'alentour ne sont guère tentants à cette époque. au Grand Combin. Arrivé la veille pour fêter l'anniversaire de notre République. Il avait un air de fête ce jour-là. Ceci me paraissait admissible. « Vous verrez comme ça va marcher ! » Je n'ai jamais rencontré de guide qui vous inspire spontanément une plus grande confiance. peu à peu.).. Le professeur Roget me raconta comment. qui devait nous guider et qui saurait bien voir. et je fis la connaissance du professeur F. Je connaissais les lieux.) et Grand Combin(3 317 m. Sa moustache tombante. J'étais fier d'être avec lui ! . trapu. Un large sourire illuminait sa face et il me tendit sa grosse main calleuse. Dans mon ardeur juvénile. je crois). Sous sa casquette à visière. A cette heure. mais s'entraîner tout d'abord en montant à Orny et à l'Aiguille du Chardonnet.

bouleversé par les avalanches et pénible à parcourir. qui s'incurve là-haut sur l'azur. C'est un prétexte pour admirer les lointains lumineux : la hardiesse 1 Dans le Guide du skieur pour les Alpes valaisannes. vol. C'est bon signe1. Après une heure de repos. c'est une autre affaire. Roget en avait deux et il eut bientôt fait. Enfin. A cette époque. mais alors la croûte casse sous les pieds et l'on enfonce jusqu'aux genoux. Etre seuls à Orny. dit mon journal. enfouie. comme disent les Valaisans. Tout resplendit d'un immense éclat. La nature est merveilleusement belle. nous sommes installés. L'ascension du professeur Koget à 1 Aiguille du Tour (1906) fut une des premières en ski. j'avais pris ce qui m'était tombé sous la main : des crampons à talons. j'ai indiqué les deux meilleurs itinéraires pour monter à Orny celui que nous suivîmes et celui qui passe par la combe d Orny. la piste ouverte par Crettez décrivait de longs zigzags peu inclinés. et grandiose aussi ! Et quel contraste avec l'été. tout étonné et content de ronfler de nouveau. le soleil a bien travaillé ces derniers jours. V). C'est ainsi que nous attaquâmes les pentes du Plan Manier. le thermomètre est bien au-dessous de zéro. Il est cinq heures. Il les déclara lourd s et encombrants. ces deux itinéraires sont dangereux autant l'un que l'autre. On peut enlever ses lunettes et jouir de sa fraîcheur dans la nature frémissante. Tous ces beaux granits sont dégarnis de neige . Une ombre bleue. M. C'est le réveil du monde. nous faisons halte. au chaud. cette fois sur une neige poudreuse. A 10 heures seulement nous quittions le chalet de Saleinaz. Mes compagnons sont chaussés de souliers à clous et s'élèvent facilement dans ces pierres. ni collant. puis dans les gazons et les rochers. mais je les conservais précieusement pour l'escakde du Chardonnet ! Et nos bâtons ? Seul M. Le 26 mars. Il fallut payer notre retard en décrivant de longs zigzags. Quant à moi. On monte lentement. Voici ce fameux plateau du Trient. Tant que la neige fut assez dure. La consistance de la neige devient brusquement croûteuse. Au dehors. Crettez croisa les spires d'un long cordon autour de ses planches. Sur le névé du Trient. 2 Ces lignes furent écrites en 1908. nous tirâmes nos skis derrière nous.. alors que les mondaines aux ombrelles rouges se promènent dans les pier-riers et sur le glacier. dorant longuement les cimes les plus hautes. tout seuls pour jouir de cette nature morne . sinon la toute première. Quant à moi. Je souris en songeant à notre équipement. si grandioses et si tranquilles. arrivés au pont jeté sur la Reuse. aussi solide que son propriétaire. nous y serions montés à pied. Lui aussi croyait au grand beau. directement. Les gros blocs projettent leur ombre bleue. et nous sommes assis au milieu d'eux en plein midi. les skieurs visitant le plateau du Trient étaient encore très rares. Mais cela dure peu. sur la moraine. la neige se fit « douce». C'est précisément là que commencent les fortes pentes conduisant à Orny. Oh ! que c'est triste ici. En moins d'une heure. I. au bord du petit lac qui sommeille. Les skis sur le dos. Notre joie est débordante. fixées dans une plaque de bois dur qui s'appliquait sous le ski. L'aube passe sur les cimes et les frôle de son aile légère. Avec mes laupars.hamnex et le Val d'Aroette. et je pressai mes compagnons de partir. fabuleux obélisque de granit pointé dans le ciel. Le soleil se couche. en obliquant à gauche jusqu'au dernier mélèze. Et pourtant j'avais dans mon sac des crampons tyroliens à huit pointes. à 6 heures du matin. nous gagnons péniblement une coulée d'éboulis qui descend à notre rencontre. Elle se puise dans la radieuse beauté du jour et dans celle des montagnes. obliquant à droite dans la direction des Chevrettes. et sur la carte qui lui est annexée. Je reconnus bien vite que leur différence de poids était gênante et je passai. Nous allions « tout à la douce ». pour écouter le silence pesant et solennel I Avec un soupir de satisfaction. comme on en porte dans les chemins verglacés. Nous prenons la direction du col d'Orny. la neige est rosé. On bourre le petit fourneau. de nous prouver leurs avantages.on préfère monter nar r. Aucun danger. pour contempler ce vieux Portalet qui semble rêveur . A l'intérieur. s'allonge sur les neiges étincelantes : c'est l'ombre projetée par le Petit Clocher du Portalet. Dans une main je tenais un piolet et dans l'autre le demi-bâton. et nous pouvons sans danger nous passer de la corde (2). Depuis lors. un vrai poteau.. On passe sur le petit lac gelé et couvert de son linceul. nous arrivons à la cabane. sur la montagne. A moi maintenant de faire un bout de piste. Actuellement. Les sapins dépouillés tranchent en masses sombres sur la neige d'un blanc cru. Au Plan Manier. La neige était excellente : un gros sel printanier. Il faut les enlever. 14° de froid. ni très glissant. nous reprenons notre marche.et il fallut chausser nos planches. . j'avais eu la malheureuse idée de laisser à la maison la moitié de mon double bâton de frêne. semblable à un calice resplendissant frangé d'ombres bleues et de pinacles dorés. du reste. excellente. ici. Le souffle âpre du glacier passe sur la vieille moraine. Roget avait emporté des crampons à quatre pointes. dans l'intimité secrète du refuge. mon piolet dans les bretelles de mon sac. sympathiquement retranchée derrière sa moraine grise. Trois heures plus tôt. et l'état des montagnes est parfait. nous chaussons nos skis devant la cabane. sur le glacier où l'on décrit un large circuit pour gagner régulièrement le plus de pente. en ce moment. et je les fixai tout à l'arrière de mes skis. Mais. car on sent la neige solidement attachée au sol. L'hiver a bouché toutes les crevasses. au grand dam de leurs mignons souliers. comme Crettez. inerte. Le ciel est comme hier : sans un nuage. et nous rechaussons bientôt nos skis. Les skis ne mordent plus. Aucun de nous n'avait de peaux de phoque. Crettez portait son « passe-partout ». effilée comme une lance. Mais l'ombre dévie rapidement et nous reprenons notre marche. Lorsque les conditions ne sont pas parfaites. Puis vient un terrain ennuyeux. nous sommes suffisamment « cuits » et affamés pour faire une halte. qui recouvre tout le bassin d'Orny. nous touchons à cette ombre tant désirée. accompagnés des vœux de mon père. mes principes ont changé (voir chap. Heureusement pour moi.Mais il se faisait tard. Au col.

aussi tient-il à nous faire les honneurs. Nous préférons la parcourir en longues serpentines et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. 25 à 14 h. quitté arête nord-est : 15 h. 35. 30 lorsque nous y parvenons. il faut quitter ses skis un instant et les rechausser sitôt après. Elle réalise d'un seul jet le prototype de l'Aiguille du Mont Blanc. pour former une tour rouge qui n'est autre que le sommet. C'était la premiers ascension hivernale du Chardonnet (ou la première en ski.). nous reprenions le chemin du retour. délassés par cette dernière glissade. Sur le versant d'Argentière. La croupe de la montagne.. et le champ de bataille. au pied des beaux gendarmes dorés qui hérissent la crête du Chardonnet. couloirs blancs. on débouche sur le névé supérieur. Elle fut répétée en mars 1910 par M. mais le retour beaucoup plus agréable qu'en été. Paul Montandon et consorts. col du Tour : 1711. Nous sommes probablement seuls dans toute la chaîne du Mont Blanc. 15 . Nous étions tr^s bien entraînés. A 7 heures du soir. dont les roches fauves évoquent le souvenir de Javelle. la neige était encore gelée et nous descendîmes un bon bout à pied. Crettez a retrouvé son humeur des grands jours. le Jura et les Vosges se distinguent très nettement. Parmi tant de montagnes dressées autour de nous. Après une courte halte. A Pâques 1924. nous pouvons nous abriter quelques instants. Bientôt nous sommes dans le petit vallonnement près du « col Forbes ». Muets. La vue s'étend à l'infini. Mais on n'a pas le droit de songer à ces petites misères. Il est i h. La neige du plateau a été soufflée : le vent et la bise ont combattu sur cette plaine désolée. nous serons assis sur ce trône glorieux. nobles cimes dont le profil se découpe nettement sur un fond d'émeraude. Orny : 19 h. sitôt après. nous glissons sur la surface houleuse du plateau du Trient. superbe dans l'azur pâle du ciel. dépôt des skis: 10 h. les parties neigeuses recouvertes d'une poudre de 20 centimètres dans laquelle nous enfonçons les pieds et où les crampons se fixent à merveille. n'est guère favorable aux skis. arête nord :est: 12 h. semblait nous appeler. Quant aux premiers plans. droit en bas de la pente. nous contemplons la rare magnificence de cette scène. Pas un nuage dans toute l'immensité du ciel. Sur les pentes des Chevrettes. Pour franchir le toi du Tour (3 280 m.. . Toutes les montagnes qui nous entourent semblent accessibles en ce moment. de loin. la plus légère et la plus somptueuse : il semble que l'on puisse toucher de la main les plis immaculés de sa robe. Et voici déjà le soir de cette belle journée. col du Tour : 8 h. malgré un temps immuable. 20 à 10 h. l'Aiguille Verte est certainement la plus frappante. dont l'arête élancée et délicate dépasse déjà de ses créneaux dorés les molles épaules de la Tête Blanche. tout content. Maurice. sous l'action du soleil. Cinq mois plus tard. Nous étions partis trop tôt. corde déployée et crampons chaussés. et nous nous sentons tout petits en nous en rapprochant. nous jetons un coup d'œil vers le Tour Noir. 2 Voici notre horaire : dép. En quelques minutes. 25. Et quel plaisir d'être seuls avec sa montagne ! Seuls les échos répondent à nos yodels. Après avoir taillé une quinzaine de marches.. puis nous grimpons sur le dos voûté qui doit nous conduire à l'arête nord-est. Voici une dernière vague neigeuse : le Pizzo Bianco du Chardonnet. Toutes les conditions étaient si favorables que nous avons mis moins de temps qu'en été pour monter jusqu'ici (1). Crettez pratique de gros trous dans la neige. Lentement. Crettez a filé à toute allure. le 18 août 1907. Par la Fenêtre de Saleinaz. Depuis lors. alors qu'en mars elle n'avait pas exigé plus de i h. Puis l'arête se redresse une dernière fois. A 10 heures. 1 Crettez nous avoua que les conditions étaient rarement meilleures en été.. le Rothorn. la cabane Dupuis n'abritait pas moins de trente skieurs ! . sur les neiges du versant savoyard. et nous nous décidons pour la plus belle d'entre toutes : l'Aiguille du Chardonnet (3 836 m.des grandes vagues que forment le Weisshorn. se découpe fièrement devant nous. Elle qui. Dans un creux de neige. nous sommes à son pied. l'Aiguille d'Orny captive les regards par l'étrange beauté de ses contrastes : roches cuivrées. La neige est très dure. le premier. 30. nous atteignons le col d'Orny. Le rocher est absolument sec. sur une neige soyeuse. notre aiguille a terriblement grandi. D'un coup sec de ses énormes souliers. sommet : 13 h. nous passons en revue la fameuse garde de la grande arête. 20 . sans la moindre parcelle de glace. nous restaurer et contempler la vue. 40 à 18 h. Nous longeons la sombre muraille des Aiguilles Dorées. C'est une balade royale. nous retrouvons la bonne vieille cabane d'Orny 2 Le lendemain. JÏD août. ombres violettes. BOOS la conduite de Maurice Crettez. que le soleil a soigneusement dépouillés de neige durant notre absence. La bise souffle par intermittences. aux grandes ondulations.. La crête s'argente de nouveau. aux brusques écarts. pointe ses skis vers le col du Toiar. je refis cette même course avec deux amis. admirant dans les courts moments de halte le soleil couchant dorer la cuirasse du Grand Combin. 40. Nous reprenons exactement tous les passages de la montée et parvenons sans difficulté à nos skis. nous suivons nos traces vers le col du Tour.. elle nous en saupoudre et nous coupe la respiration. et. Les rochers sont si noirs. nous commençons la montée. mais il nous fallut trois heures pour l'arête nord-est. Orny : 6 h. les gendarmes étaient beaucoup plus enneigés qu'en hiver. Ici commence la vraie descente.). Mais déjà Crettez sonne la retraite. la voici hautaine maintenant. ramassant sur la grande paroi glacée de la montagne la neige poudreuse qui y stationne. sans nous douter que. qui n'a jamais mieux mérité son nom. C'est un moment inoubliable : nous volons sans bruit dans la demi-obscurité du crépuscule. où nous plantons nos skis dans la neige. Le col passé. enfin. si l'on préfère). le Gabelhorn et la Dent Blanche. cinq jours plus tard. 15à 8 h. Plus bas. Cette fois. le massif du Trient est devenu un but favori des skieurs. col d'Orny : 7 h. repris les skis : 16 h. hérissé de vagues durcies. C'est lui qui. lorsque l'on transpire au soleil et que l'on enfonce à mi-jambe dans la neige fondante. nous nous restaurons légèrement et. les neiges si blanches et les ombres si bleues que le paysage semble irréel. passa par ici. .

Le 30 mars à 7 heures. et nous verrons cela. le surlendemain. nous quittons Bagnes en voiture. Aux chalets de Ferret. Ils arrivaient de Cour-mayeur. car le temps a l'air parfaitement stable. sur le plateau ensoleilé. Le printemps sera bientôt venu. Il se produit alors un brusque craquement. Longtemps nous montons. de la Rosablanche au Pleureur. dans les bois. avec un pour de mélèzes. à pied. nous chargeons les skis et les sacs sur nos épaules. mon ardeur m'ayant repris. Mais. pour admirer la brillante nature. le soleil réussit à décrocher quelque avalanche. Ils furent bien étonnés de me revoir ! — Moi qui vous croyais au Combin ! — Eh bien non ! Hier matin. et. Deux contrebandiers italiens vinrent à passer. ils avaient rencontré deux skieurs en train de déjeuner et qui semblaient venir du Grand Saint-Bernard. Enfin.elle reprit sa consistance granuleuse. Vers midi. mais il comprend mon désir. les arbres gris sont tout dépouillés. Et là-haut. A Lourtier. les neiges flamboient. laissant errer mes regards sur ces montagnes merveilleuses qui forment le cirque de la Neuvaz. échelonne ses traces au-dessus de moi. par une chaleur accablante. Crettez sort de son sac une belle boîte de cigares Monthey qu'il ouvre devant nous. Il aurait volontiers prolongé sa sieste. par un ciel toujours sans nuage. tandis que Crettez. réfléchissez-y. Midi : autour de nous. je me trouvais couché à l'ombre des chalets de la Fouly. mais on respire le souffle embaumé des forêts et l'on sent la chaleur vivifiante du printemps qui vous pénètre jusqu'au cœur et vous rend fort. au Bourg. et j'étais très satisfait d'avoir réussi cette belle course. et paraissaient bien fatigués. D'autre part. dit mon journal. tandis que la neige s'étale . Nicollier nous fit le plus chaleureux accueil. il semble que on arrive dans le ciel. mais il devait coucher le même soir à Bourg-Saint-Pierre. assez monotones l'été. Elle est longue. voici. pour jouer un tour à celui qui la trouvera. La côte est rude et glissante . mais en ce moment couvertes de neige et pimpantes comme des reines. colla piuma sul capello. Vis-à-vis. par un beau clair de lune. nous surgissons en pleine lumière. Bientôt notre guide avise un couloir tapissé d'ombre et qui monte tout droit vers un premier plateau. nous nous anê-tons dans une sorte de grotte pour déjeuner à l'ombre. Je ne comptais pas les revoir si tôt. nous arrivions en voiture au Châble. Crettez s'amuse à remballer soigneusement la douzaine. Vers midi. En voilà un qui comprend l'hospitalité : ne va-t-il pas jusqu'à nous fournir de bonnes pantoufles bien chaudes et à faire bassiner nos lits ! Il n'avait certes pas tort. la nature s'éveille et. M. Tout là-haut. La réponse ne se fit pas attendre : on irait coucher à Bagnes et l'on monterait le lendemain à Panossière. nous y montons. je reconnus le professeur Roget et ce grand diable de Maurice. ce sont les montagnes de Fionnay. le mayen du Revers : un petit groupe de chalets noirs blottis dans la neige. puis. puis il faut se glisser lestement entre les gouttières qui tombent des toits dans l'unique rue du village. fraîche oasis au milieu des neiges éblouissantes. et la glissade fut parfaite. arrosées de Neuchâtel blanc et le café qui lui fut servi au soleil par 40° C. les brouillards traînaient dans le Valsorey. A leur signalement. Mais les « Monthey » sont tout simplement des œufs frais et crus dont nous sommes très friands. frémissant sous l'ardeur joyeuse du soleil . la chaleur solaire avait dissous mon énergie. dans les vergers. Lorsque l'échelle est faite. puis tout rentre dans le silence. nous arrivions au chalet de Saleinaz. Je le regrette maintenant. Le soleil est déjà chaud. comme nous n'avons pratiqué que deux petits trous aux extrémités des frêles coquilles. il s'adresse à Crettez : — Voyez s'il est possible de nous trouver ce soir à Bagnes et de monter demain à Panossière. par le col Ferret. L'air est frais et le fond de la vallée légèrement brumeux. J'accompagnai mes amis jusqu'au village de Praz-de-Fort et les quittai en leur souhaitant bonne chance. et. Roget est probablement un peu lassé par ces cinq jours de courses consécutifs. Roget n'a sans doute pas oublié mes fameuses « croûtes au fromage ». où M. la crête brille comme auparavant : les yeux suivent avec ravissement les festons blancs découpés sur l'azur. les mazots brunis s'égrènent sur la pente . Les forêts descendent en longues coulées bleues. De tous côtés l'eau coule et ruisselle. et personne ne nous empêche d'y aller. il faut gravir les pentes opposées pour rejoindre au-dessus de Fionnay le chemin habituel de la cabane Panossière. Une halte encore. Malheureusement. Le même soir. au bord de la Drance. brusquement. Le carton est bientôt vidé. aux teintes chaudes . Avant de passer sur l'autre rive. les oiseaux ont repris leurs chants. le Combin est toujours en place. Au pied de ce couloir. le torrent semble écouler plus vite ses eaux vertes sous le petit pont qui ploie gracieusement : partons ! La Drance franchie. et nous avons préféré monter au Saint-Bernard. Au delà du village s'ouvre le monde des neiges . exprimant dans mon gosier desséché le jus d'un citron. C'est à peine si. j'étais monté seul dans le val Ferret. les skis sur l'épaule. mon père s'était absenté et je ne pouvais partir sans son consentement. érodant la glace épaisse et sale. de temps en temps. Nous en venons aujourd'hui par le col de Fenêtre. L'espoir renaissait et je m'empressai de monter à leur rencontre. Au chalet du Clou. je les vis descendre et m'assis à l'ombre pour les attendre. pour monter le lendemain à la cabane de Valsorey. tirant nos skis sur la neige durcie. une vie intense passe dans la nature . toute vie cesse et le sol devient éblouissant. après un moment d'hésitation. M. je fais une halte délicieuse. celui qui écrivit dans le livre des voyageurs : Je voudrais avoir mérité Ce Bagnes à perpétuité. Cette neige éclatante et ce ciel bleu : que rêver de plus simple et de plus beau ? . Il m'engagea vivement à le suivre. — Peuh 1 fait Crettez.

Enfin. par des pentes très rapides. Lentement le crépuscule descend sur la montagne . Il faudrait maintenant se faufiler entre le Bec de Corbassière et le glacier^ sur des pentes ravinées. malgré le mouvement de la marche. Mais notre guide redoute les avalanches. La cabane est toute dégarnie de neige . Mais nous prévoyons que ce mur est en glace. de suivre obstinément les itinéraires d'été. la neige sèche et poudreuse ne s'attache pas à ces pentes de glace. dans le bleu infini. et par cette fenêtre on aperçoit de merveilleuses montagnes : le hérissement superbe des aiguilles du Mont Blanc. 1 Dans le Guide du tkieut pour les Alpes viaisannes. C'était évidemment une erreur de notre part. et la grosse main de Crettez se tend pour nous aider à franchir ce dernier obstacle. et la cabane me semble bien éloignée. un dernier effort. La bise est très forte tout à coup. qui s'évase entre les parois bleues du Combin et la chaîne hérissée des Maisons Blanches . pour atteindre un terrain plus facile. nous préférons l'autre itinéraire et suivre l'arête ouest de la montagne. les skis chaussés et chaudement habillés. nous avançons plus rapidement à travers un premier plateau que forme le glacier . et nous rencontrons bientôt le soleil.Derrière nous. nous nous dirigeons vers ce col : il s'ouvre sur le ciel. la neige est molle et nous enfonçons profondément. si c'est nécessaire. On ne compte guère moins de temps. un peu plus haut. légère. Là. Roget arrive peu après et nous étalons nos provisions sur les tables (1). Plus tard. un poudroiement de teintes somptueuses monte doucement. en sortant d'une combe obscure. directement. nous déjeunons dans la petite cuisine. une petite lumière brille à nos yeux : c'est le salut. Pour la même raison. Nous touchons à notre montagne : elle a secoué ses séracs jusque tout près d'ici. une pente toujours plus rapide monte à l'arête de Corbassière. Brusquement. elle se fit à pied. La grandiose magie des neiges se révèle à nos yeui étonnés. mais nous le savons très optimiste. les skieurs trouvèrent une route de beaucoup préférable. au pied du col des Pauvres. Deux routes s'offrent à nous pour escalader le géant : l'une prend à gauche et longe un « corridor » qui conduit tout près du sommet. qui conduit directement au glacier et le suit jusqu'à Panossière. et cela nous semble maintenant tout naturel. sur cette fameuse arête que nous allons suivre. en été. Aussi faut-il se déptcher. Nous saluons familièrement a le Chardonnet . En longs lacets nous remontons la rive gauche. Crettez ouvre une belle piste. caravane n'aura déjeuné si calmement à cette heure tardive avec l'intention de monter au Grand Combin. comme une fenêtre. Le glacier traversé. et Crettez me regarde de ses gros yeux en souriant. il est ainsi.). j'y pénètre sur mes skis et me secoue avec satisfaction. nous arrivons au pied du Combin de Corbassière. dans la neige unie et poudreuse : au retour. Le froid nous gagne . accoutumés aux vues de l'été. nous suivons sa piste. mais ceci n'était pas une con-fiéquence de l'insolation hivernale. au pied du « mur de'la côte ». nous enlevons nos skis et les plantons. Quant à la descente au glacier. Enfin. Jusqu'à l'arête de Corhnssièie. Crettez est parti en avant pour dégager l'entrée de la cabane. mais une halte s'impose. dont seul le « Croissant » se détache. Nous dominons directement la gorge profonde où le glacier de Corbassière s'écroule en séracs et vient mourir insensiblement à 1900 mètres. mais bien excusable à cette époque. les skis sur l'épaule . — Tranquillement. Au niveau du col (3 426 m. plus fières et plus élancées que jamais. fréquent chez les professionnels. 300 mètres plus bas. entre les premiers plans qui s'abaissent en rives sauvages. pour regagner le temps perdu. Crettez avait alors ce défaut. . nous restons là jusqu'au moment où le dernier spasme de vie s'évanouit dans l'obscurité envahissante. dont l'arête orientale est bien visible. Jamais. Tel fut le simple prélude d'une des plus étonnantes journées que j'aie vécues. La nature transfigurée semble devenir irréelle. la route que nous suivîmes n'est pas indiquée sur la carte annexe. qui conservent leur aspect automnal jusqu'au printemps . nous partions joyeux. Un bon feu pétille dans Pâtre. Elle aboutit à la moraine dont nous escaladons la crête dépouillée de neige. Il est 7 heures. descendant au col des Maisons Blanches. il fait froid. pour venir jusqu'ici. vol. Le déjeuner est rapidement expédié et la montée commence. Le ciel est sans nuage : depuis huit jours. Sans hésiter. et il nous entraîne sur le glacier. radieuse. Dans la peite comêbe. Brrrr ! Quel froid ! Là-haut. il fait très chaud. la montagne nous attend. Crettez taille quelques marches et nous atteignons bien vite le col du Meitin. nous sentons que l'ombre est froide et que la nuit va bientôt venir. commode et sûre. le spectacle du Grand Combin nous arrête : une ombre violette baigne la montagne et l'entoure jusqu'au sommet. la geine est poudreuse et nous cheminons avec plaisir. Une fois les séracs tournés. nous pourrons la suivre à toute allure. c'est un site que je désirais voir depuis longtemps. et pour allumer le feu : tranquillement. dans le névé durci. Là-bas. au-dessus des séracs. C'est la première fois que je passe ici. Extasiés. c'est la nuit : tout est mort. au pied du col du Meitin : une selle peu profonde dans la grande arête occidentale du Combin. Cette route est marquée sur la carte annexée au Guide 2 Ce mur était très probablement en glace. Longtemps les lacets se déroulent . Comme nous l'avons vu plus haut. en plein jour. la vallée est plongée dans une ombre violette et rosé . puis les zigzags reprennent. je pense. cette arête de rochers que nous voyons en profil. Arrivés tout en haut. Voici le haut plateau du glacier. I. 31 mars (dimanche de Pâques). Mais bientôt la lune se lève derrière le Grand Tavé et inonde de sa lumière le sommet du Combin de Corbassière. Notre guide compte « trois p'tites heures » jusqu'au sommet. M. elle se confond presque avec le sentier d'été. tout rosé dans le bleu intense du ciel. Le soleil est très chaud et le second carton d'œuf s bientôt vidé. Une demi-heure plus tard. car le soleil a bien travaillé ces jours derniers (2). entourant le massif des Diablerets. Voici trois heures que nous marchons. puis la pente nous oblige à grimper tout droit. comme des vapeurs d'encens.

le Velan (3 765 m. puis il ne reste plus qu'à remonter les névés faciles qui conduisent au sommet. et la masse énorme de la montagne nous cache la moitié de l'horizon. Je prolonge à plaisir cette minute de solitude immense. Voici la cime ultime. dès que nous regagnons l'arête. je ne saurais le repasser dans ma mémoire. Mes compagnons ont volé dans l'espace et sont déjà comme des points. Puis. les montagnes entassées jusqu'à l'infini s'en vont rejoindre la voûte du ciel : quelle gloire et quelle suprême allégresse dans la nature. Un bon moment se passe avant que les crampons soient enlevés. puis une cheminée. Mais voyons cette arête ! Nous commençons par la suivre un peu au-dessous du faîte. dans la direction de la cabane. Le crépuscule tombe lentement sur la montagne et jette son voile uniforme. nous tournons le dos à la chaîne du Mont Blanc. sur le versant de Sonadon . Roget sent bien qu'il nous causerait un gros crève-cœur en refusant. où carillonnent les cloches de tous les clochers. Mais. Si j'étais monté le premier. nous passons dans la neige du versant sud . A droite. et Crettez me reproche de ne pas retrouver le chemin exact. ivre de joie.. Cette fois-ci. Voici un joli passage : une vire. Voici un bout de piste rectiligne : c'est vertigineux.) et touchons enfin à son gros cairn. il lance un yodel. Un dernier coup d'œil. mais rappelez-vous que nous faisons une partie de ski avant tout et que je tiens à revenir de jour pour jouir de la glissade. une lumière brille à la fenêtre. Crettez prend alors la tête et nous glissons sans bruit sur le beau désert immaculé. la lumière. a bientôt disparu. dans toute la pureté de ses lignes. Il est 7 heures. nous prenons en écharpe les pentes sud du Combin de Valsorey (4184 m. et nous redescendons à grands pas. Le rocher est absolument sec. nos yeux ne parviennent pas à la distinguer. En un clin d'œil je rejoins mes compagnons. Inouï 1 Avec un élan formidable je remonte sur le glacier . La coupole attirante du Grand Combin se dresse devant nous comme un grand calice. sur le plateau des Maisons Blanches. long. Une pente verglacée descend à la selle qui sépare la pointe de Grafeneire du Combin de Valsorey. Pour éviter la taille des marches. à gauche. Pourquoi devoir quitter ce trône ? Je me promets bien de revenir ici et de savourer longuement cette vue. dans un vide immense. nous disant : « C'est très bien de grimper ainsi. tant les lanières sont gelées. puis je le vois traversant à toute allure le gros dos du glacier. Puis. Nous allions passer outre. Je ne puis attendre plus longtemps et je m'élance sur sa trace. clair-obscur. Nous aussi. la descente commence. la descente me paraît interminable. et il est 3 h. Je me penche frémissant sur la corniche monstrueuse. et je plonge mes regards dans l'abîme : quelle chute vertigineuse. la pente de neige et nos skis. Roget ? Est-ce qu'il suit ? — Oui. lui. et c'est pourquoi nous continuons très vite. semblait nous narguer. L'escalade est facile. 30. et il a du mal ! Il montre les dents et manifeste une folle envie de s'en servir ! Puis ce sont les skis dont les courroies sont toutes raidies. C'est long. Nous dominons le monde. il n'est pas loin d'ici. à condition d'être exécutée avant la nuit. un instant cachée à mes yeux. Crettez se sent libre. Presque au bas de la descente. et l'on arrive sur une épaule qui présente une crête de neige. je trouve Crettez arrêté: — Et M. Le voici dans l'ombre : continuons. La vitesse s'accentue alors nous décrivons de longs virages. Ce que j'ai vécu là-haut durant cinq minutes. mais. économise sagement la pente. il est nécessaire de se restaurer un instant. Roget s'arrête en. lorsque M. Enfin voici le col du Meitin. je saurais bien le retrouver ! Il est doué. Là. Quelques secondes s'écoulent. elles caressent des villes ensoleillées. Il faut les gros doigts de Crettez pour les délier. et ce mouvement cadencé nous grise délicieusement. Je suis le dernier à partir. pour fêter ce beau dimanche de Pâques ! Nos pensées s'envolent un instant bien loin . Neuchâtel.Le Velan se dresse dans toute sa gloire. nous célébrons la grandeur de Celui qui créa ces merveilles — et nos cœurs vibrent heureux et reconnaissants. où le printemps fleurit. à l'abri des rochers. Je suis en tête. tandis que Crettez me tient à la corde. Le soleil se couche derrière l à chaîne du Mont Blanc : les noires aiguilles se dressent contre un ciel d'or pâle et les robes de toutes ces reines sont violacées et mystérieuses. de loin. Cette glissade en ski promet bien des joies. chacun pour soi. lui. Et voici qu'il est déjà 2 h. au delà d'ua abîme où nous cherchons en vain la petite cabane de Valsorey : elle se cache par là-bas . le Velan est enfoncé. Je m'arrache à ce spectacle pour commencer la plus étonnante descente que j'aie faite en ma vie.. puis elle se redresse en petites parois que nous franchissons sans peine. La bise nous cingle. Un instant après.) semble s'élever avec nous : cela m'exaspère . Genève. reparaît. 30 ! Mais Crettez s'indigne à l'idée d'abandonner l'ascension : ne pas monter au sommet. Tout autour de nous. Les changements de température sont très brusques : tant que nous montons dans la face sud. d'une étonnante mémoire des lieux : il vous indique à 25 mètres la prise cachée que vous cherchez et vous fait des descriptions enthousiastes d'une vire minuscule ou d'une cheminée restée inaperçue. Bientôt nous remontons au Combin de Valsorey. Roget qui. la bise nous glace. on aperçoit de temps en temps le glacier de Corbassière. ici. Mais il faut attendre M. Il me semble que nous marchons sur un beau nuage blanc. qui. par un temps pareil? Alors qu'une demi-heure suffit pour y arriver? Et « Mossieu Kurz » qui n'y est jamais allé ! M. et la . en plein ciel. presque monotone . Malgré cela. le soleil du printemps nous « rôtit » . saute sur la pente et plonge dans l'obscurité d'une combe. Crettez.

j'entre à Panossière. Roget tarde à venir. Finalement. jusqu'à la lisière des bois de Tougne. Enfin! nous voici sortis de ce casse-cou. Nous sommes à Tougne : un ravissant mayen. 3oà 15 h. file toujours.et très souvent depuis lors. le guide Maurice Fellay. on ne sait comment. nous montre qu'il eût été facile d'éviter ces bois et de passer plus haut.Parfois on entend. 2 Le Grand Combin est devenu une course à La mode étiez les skieurs. à travers des fouillis inextricables. Nous sortons et crions. A 8 heures. La glissade nous entraîne à travers PAlpe de la Lys. La montée à Panossière restera toujours la partie la plus pénible de la course. Tant pis 1 Nous nous enfonçons dans cette maudite forêt. avec descente sur Lourtier ou même sur Champsec. fiers de la réussite de notre belle course (2). pied du col du Meitin : ion. Grand Combin (4 317 m. nous prenons en écharpe les pentes qui tombent vers la vallée . 40. puis monter tout droit par un couloir au col des Avouillons (2 647 m. Alors commence une folle glissade: légers nous fendons l'air et volons. Lourtier. 15. notre guide devait avoir le diable à ses trousses. Pas de réponse. ce défilé original. on suivra de préférence notre itinéraire par l'alpage de la Lys.descente continue. La Drance est franchie sur un vieux pont et. la descente est finie : voici la vallée de Bagnes. cabane Panossière : 7 h. des champs verts et des petits mazots ! Les yeux fatigués se délectent dans les grisailles du printemps. Longtemps les lacets se déploient.) Au moment où Crettez arrive sur l'arête. Mais M. la neige est très profonde. 15 . nous obliquons à gauche et remontons légèrement vers le nord pour contourner les flancs de la montagne. 30!. volons sans que rien puisse nous arrêter. Sur l'autre versant du col. Mais M. elle devient parfaite. Aussi. col du Meitin : n h. mais sur la pente. car il a passé. Le Combin de Corbassière et le Grand Follat sont facilement accessibles en une petite journée (voir le Guide du skieur). — A 9 heures. Tout à coup. A certains endroits. Nous utilisons. nous faisons la grimace : « Ça colle ! » La carte. consultée trop tard. Crettez.) : 15 h. un couloir descend en s'élargissant vers les pâturages de Séry qui étalent à nos pieds leur ondoyante blancheur. plusieurs chamois partent sous son nez et disparaissent dans les rochers. Il faut décrire quelques lacets à leur pied. 45 . Dans le couloir. s'engage dans une petite gorge. chausse ses skis et va se mettre en route. seule la trace de Crettez qui file. toute éclatante de lumière. Pas de sentier . L'ascension fut répétée quatre ou cinq fois entre 1907 et igi6. Impuissant. par un sentier tournant sous les mélèzes. notre guide n'hésite pas un instant sur le chemin à suivre dans ce désert inconnu. Roget nous conduit chez un de ses amis.. avec ses bruyantes gouttières. est assis à l'ombre d'un mazot : il a l'air tout étonné de nous revoir et ne peut s'empêcher de rire en apercevant mes égratignures. et nous buvons tous à sa santé. Panossière : 20 h. à travers les pâturages. 1 Voici notre horaire (31 mars 1907) : dép. serait-ce la fin de cette étonnante période de beau temps ? Voici de nouveau d'immenses pentes. nous dirigeant vers la chaîne des Avouillons dont les becs noirs sont bientôt dressés au-dessus de nos têtes. nous retrouvons la rue pittoresque de Lourtier. puis. nous quittons la cabane et traversons en ski le glacier. plus loin. Ier avril. Au delà. bien «rembourré» de neige. dans le silence. il se contente de leur faire le poing. qui épouse mollement la forme des toits. . 55 à n h. vaut-il la peine d'y stationner quelques jours. Quelques chalets se cachent sous la neige. nous aussi. M. issu des neiges du Follat. Au retour. Cette fois. une fois là-haut. Sans descendre. pris de remords. Crettez allume le feu. et nous pouvons nous y lancer. des branches qui craquent et un juron qui résonne. droit au but. Un léger brouillard flotte sur les montagnes de Fionnay . Combin de Valsorey : 14 h. Roget arrive à l'instant et ne peut articuler qu'un seul mot : « Stupéfiant ! » Ce mot résume bien l'impression que m'a laissée cette inoubliable journée ( 1). une descente directe nous conduit à l'endroit où le torrent. au milieu d'une clairière idyllique. Crettez saisit sa lanterne.

) . qui devait les conduire en trois jours de Lognan à Zermatt : Première journée : col du Chardonnet . Mon maître avait préparé grandement les choses et mis tous 1 2 3 4 Nous décrivons dans ce chapitre la classique Haute Route de Bourg Saint-Pierre à Zermatt. Les alpinistes anglais du milieu du siècle passé ont. sur la rive droite du glacier de Corbassière. . Sans se décourager. M. Revue Alpine.GLACIER DE RIKO ET MISCHAUKL CHAPITRE IX LES ALPES PENNINES (du Grand Saint-Bernard au Simplon)1. Beaujard. à l'ascension de la Tête de Valpelline et à la descente sur Zermatt (3). de Sonadon. Alf. Comme on le voit. une variante quelque peu fantaisiste les conduit au Châble par le col des Montets et la Forclaz. une troisième caravane quittait Chamonix pour se rendre à Zermatt : M. 1908. col et cabane de Bertol (3 421 m. arrivée à Zermatt à 6 h. Helbling et le Dr F. perdit même les siens et redescendit par la vallée de Bagnes. est la seule dépression de cette High Level.). p. col du Mont Brûlé . Orsières. Partis de la vallée de Bagnes. sauf le second. cabane de Chanrion (2 460 m. Le lendemain. ils remontent alors à Evolène et gagnent Zermatt en un jour par le col d'Hérens. col de l'Évêque . pour autant qu'une route puisse en avoir. et voici le plan que nous avions arrêté : Première journée : cabane de Valsorey (3 100 m. Le col des Planards (2 736 m. de Seilon et de Riedmatten. ils atteignent non sans peine la cabane de Panossière. mais il n'offre pas l'intérêt d'une traversée de glaciers. Ravanel. de Paris. enfin.) qui conduit du Val Ferret à Bourg Saint-Pierre est certainement favorable au ski. dans la face qui regarde Chanrion. p. 1903. Deuxième journée : col de Sonadon (3 489 m. qui les accompagnait.) . de ce fait. Erste Durchquerune der Walliser Alpen (Alpina. du Mont Brûlé et de Valpelline4.) . le seul endroit aussi où l'on quitte un instant les glaciers . couchent dans une grange et montent ensuite à la cabane Bertol. Zermatt. avec Joseph Ravanel (le Rouge) et Ed. montée à Chanrion. ce parcours nous avait tenté. Revue Alpine.tandis que les deux alpinistes couchaient dans les misérables huttes de la Petite Chermontane. Le premier jour. des Planards et de Sonadon. Simond et le guide Joseph Ravanel (le Rouge). et la Haute Route peut y passer sans scrupules. La Haute Route se trouvait ainsi scindée en trois traversées partielles. cabane de Chanrion. ils rebroussèrent chemin par la vallée de Bagnes jusqu'à Martigny. Tous ces cols. vous parcourez une route glaciaire presque ininterrompue et comparable à celle qui traverse l'Oberland bernois. Seule la première partie de cette traversée fut exécutée conformément au programme. 2079». 30 du soir par les cols de l'Ëvêque. du Mont Brûlé et de Valpelline. se mettent en route : le D r R. En passant de Chamonix à Zermatt. puis sa prolongation à Saas et jusqu'au Simplon. ils marchent sur Arola par es cols du Mont Rouge. départ à minuit de Chanrion. Le troisième jour. Reichert. de l'Ëvêque. partant de Bourg Saint-Pierre. p. du reste. col de Valpelline . Mais si. Zermatt. ils reviennent à Panossière et traversent alors la chaîne des Mulets de la Lia. du Lôtschental à la Grimsel. ces trois expéditions suivirent un itinéraire qui s'écarte plus ou moins de la classique High Level et qui évite complètement les trois premiers cols : ceux d'Argentière. La descente. Après une tentative pour passer le col des Maisons Blanches et gagner la cabane de Valsorey. deux autres pionniers. Joseph Couttet. offrant chacune tout l'attrait de la nouveauté (2). le terme de Haute Route n'est plus exact.) sur le Six du Meitin. comme ils manquaient de provisions. ils durent naturellement porter leurs skis. 269-284. Anatole Pellaud. En janvier 1911. des Planards. Ils partirent de Chamonix au milieu de janvier 1903. à 2 400 mètres. La ournée suivante se passa en flâneries autour de la cabane de Chanrion. Les premiers qui se lancèrent à l'aventure étaient quatre Chamoniards : le D r Payot. ayant choisi l'itinéraire suivant. La variante par le col du Chardonnet (ou le col du Tour) et Orny est du reste la meilleure façon (sinon l'unique) de franchir cette partie de la chaîne du Mont Blanc. Un temps incertain arrêta les skieurs sur le col de l'Ëvêque et. Fenêtre de Salei-naz .). Châble (dans la vallée de Bagnes). le versant suisse du col d'Argentière présentant une paroi de rochers où personne n'ira s'aventurer en ski. comme vous le savez. déterminé sous le nom de High Level Road un itinéraire conduisant de Chamonix à Zermatt par les cols d'Argentière. Un mois plus tard (en février 1903).F. Le lendemain. Quatrième journée : col d'Hérens (3 480 m. Il existe. Troisième journée : Chanrion . sont supérieurs à 3 ooo mètres et reliés entre eux par des glaciers. Roget et moi.) .). col de Collon (3 130 m. 1903. F. notre beau rêve fut réalisé. 80. Mais l'étape fut longue et la descente du glacier de Zmutt se fit de nuit. qui n'avaient sans doute pas connaissance de ce premier exploit. de Martigny. Chanrion. bien des variantes de la vraie Haute Route et l'on comprend qu'une telle traversée soit faite pour tenter des skieurs. Deuxième journée : Châble . La dernière journée de cette traversée fut consacrée au passage du col d'Hérens. Troisième journée : col de l'Ëvêque ( 3 393 m. glacier de Zmutt . toujours par les cols. vous êtes donc obligés de descendre une fois au moins dans la vallée (à Orsières) et. mais enfin. Depuis longtemps. vous vous rendez à Zermatt. En janvier 1908 seulement. il n'y a là qu'une cabane. fut très laborieuse . Ce fut une des plus belles expéditions exécutées en ski a cette époque. glacier d'Otemma .

Une journée de mauvais temps à Valsorey : il n'y a pas là de quoi s'étonner. Les anciennes éditions de l'Atlas Siegfried indiquent un tracé passant derrière l'Aiguille du Déjeuner (3 009 m. nous diviser en deux caravanes suffisamment fortes et indépendantes. puis de prendre la pente en écharpe (danger d'avalanche) pour arriver au plateau du Couloir. la lune surgit derrière une arête déchiquetée. ce n'est pas la première. car Pollux se trouve chargé d'un gros sac qui lui enlève toute idée de faire de la vitesse. dont la ligne fortifiée de façon ininterrompue relie du sud au nord les Aiguilles Vertes au Combin de Valsorey. dans le premier bazar venu. qui peut être très dangereux. mais la lune. vis-àvis. excellent skieur. — A 9 heures. vol. durant toute la course. I. après un léger repas. et même dans les deux directions. ce monsieur s'est acheté. Avant de quitter la vallée d'Entremont. En tout cas. fait aussi renaître dans nos cœurs l'espoir un moment abandonné. on peut alors descendre en ski sur le glacier de Sonadon et gagner de là le col du même nom. Après une magnifique tempête. mais alors. Un peu avant huit heures. Le passage de Bourg Saint-Pierre à Chanrion par le col de Sonadon présente un obstacle qui aura sans doute découragé les précédents skieurs de la Haute Route et les aura engagés à tourner cette chaîne plutôt que de la franchir : c'est le rempart que constituent l'épaule du Combin et la chute du glacier de Sonadon. C'est néanmoins le seul passage entre Bourg Saint-Pierre et Chanrion qui puisse être recommandé en ski. après avoir traversé le petit glacier du Meitin. il est préférable de s'élever tout d'abord dans la direction du col du Meitin. nous pourrons apprécier son moelleux tapis sans regretter cette journée d'inaction. dont il a pourtant reconnu les avantages. et je tiens à le dire tout de suite. on a le beau temps : c'est sûr ! affirme Crettez. Le rendez-vous était à Bourg-Saint-Pierre 9 janvier1. la situation est plutôt ridicule. et nous sommes restés enfouis sous nos couvertures. ce fin compagnon qui devait seconder notre chef. La cabane de Valsorey fut construite par la section de la Chaux-de-Fonds du C. en la sympathique personne de Louis Theytaz. On arrive ainsi sans trop de peine sur ce glacier. puis aux Grands Plans. Je remarque avec plaisir et non sans amusement que chaque guide a enfin troqué son gros bâton d'antan contre deux légères cannes — voire même des bambous — et qu'il possède dans son équipement des peaux de phoque. mieux appropriées au travail d'un guide. S. Un bon point à ces messieurs. projette une lumière suffisante pour que nous ne perdions pas la piste qui s'élève en lacets. Si la neige est bonne. nous nous lançons à sa poursuite. ou bien serait-ce moi qui lui porte guigne chaque fois que j'y viens ? Pour tuer le temps. poudreuse. fondant la glace des fenêtres. et il s'agit d'en sortir vivement. a crié notre chef.les atouts dans son jeu. elle file au sud et s'engage dans la gorge même par où s'échappe l'eau du glacier de Valsorey. devant l'hôtel du Déjeuner de Napoléon. Maurice Crettez. Au crépuscule. qui nous avait conduits en mars 1907 à l'Aiguille du Chardonnet et au Grand Combin. et ce ne sera pas la dernière fois. Chacun enlève ses planches et chausse ses crampons r puis 1 Je transcris ici mon journal de 1911. comme si nous étions montés ici tout exprès pour l'admirer. surnommé Pollux lorsqu'il voyage avec son ami Castor. j'ai supprimé intentionnellement notre itinéraire. Il était tombé 15 centimètres de neige. Enfin. Je pensais que nous allions prendre cette route nous aussi. À. 2 . Le gros de la troupe nous précède de quelques heures et. — Vers midi. nous quittons la cabane par un ciel sans nuage. Lançons est beaucoup dire. la piste suit le même tracé qu'en été. au lieu de grimper dans une cheminée que domine une croix. Le thermomètre marque 18° au-dessous de zéro et descend encore. le guide Murisier. nous recevons en plein visage quelques bouffées d'un vent chaud et caractéristique qui jette dès le début un doute dans notre âme. Par contre. de légers laupars qui pourraient bien lui jouer un mauvais tour et auxquels je préférerais beaucoup de fortes bottines à semelle ferrée. dans son premier quartier.de Praz-de-Fort. objets autrefois méprises. 11 janvier. dans l'intérêt de ceux qui tenteraient après nous ce passage3. nous sommes perchés sur le bord de la formidable paroi qui domine le glacier de Sonadon. Ce fut une erreur. la bise triomphe du vent et. fut nommé chef de l'expédition. Tant d'hommes. parce qu'il nous fallait emporter des vivres pour une semaine et pouvoir. Laynuit est venue. légère. superbe gaillard de vingt-quatre ans. Du renfort était venu de Zinal. méfiez-vous des contrefaçons ! 10 janvier. tout le monde est réuni sous le toit hospitalier de la cabane et nous passons une charmante soirée à faire plus ample connaissance. mais les professionnels de la caravane lui préférèrent l'ancien passage. Elle fut détruite par un incendie en 1924 3 Dans le Guide du skieur pour les Alpes vétaisannes. Bien qu'il ait été traversé fréquemment par la suite. un soleil ardent. Jusqu'au chalet d'Amont (2 191 m. sur les deux heures. et. nous transformons la petite cabane en observatoire météorologique —avec un plein succès. du reste — ce qui n'est pas toujours le cas pour les établissements de ce genre. d'où l'on aperçoit la cabane sur le Six du Meitin. mais il est reconnu que ce chemin est exposé aux chutes de pierres et toutes les caravanes montent maintenant au plateau du Couloir pour redescendre ensuite sur le glacier de Sonadon et gagner le col du même nom. un yodel troue le silence : c'est la voix de Maurice Crettez dont la silhouette se dresse tout au haut du rocher. j'arrive au Bourg et trouve. mon ami. cherchant à nous persuader que c'est bien ici que l'on passe. et un sien cousin : Léonce Murisier. — Pollux. Avec nos skis. le cas échéant. « Cette fois.). — « II neige ». le col de Sonadon ne sera jamais une route parfaite pour skieurs. éclairant les neiges du Velan qui trône là. A 10 heures. furieux. Ces messieurs de la Chaux-de-Fonds ( 2) ont-ils jeté un sort au rocher du Meitin. les bottines de Pollux me rendent rêveur ! En voulant se mettre à la mode.). et il prit sous ses ordres son frère Jules.

les deux Crettez encordés partent en éclaireurs.
Bientôt des appels nous engagent à les suivre, et, grâce à une neige excellente, le chemin se trouve être —
comme souvent — beaucoup moins mauvais qu'il n'en avait l'air.
Nous longeons une sorte de vire où le vent a accumulé la neige sous un angle de 45°, de façon à la dissimuler
presque entièrement. Il faut toute l'expérience de notre chef pour se frayer un chemin sur une base si étroite.
Lorsque nous arrivons à la brèche minuscule séparant l'Aiguille du Déjeuner de la paroi de Sonadon, les
Crettez sont déjà sur le glacier et, dans leur piste, nous rechaussons nos skis, tout contents de ne les porter sur le dos.
Vers 3 heures de l'après-midi, nous étions couchés en plein soleil sur le col de Sonadon (3 489 m.) ; il n'était
plus question de cette vilaine paroi, et je n'eus pas même le courage de montrer aux guides les pentes faciles descendant
du plateau du Couloir.
Une heure plus tard, nous voici lancés en pleine glissade sur le glacier du Mont Durand, admirant le coucher
du soleil sur les montagnes de Chanrion. Sans descendre trop bas, nous franchissons l'arête nord-est du Mont Avril et
repartons à toute allure dans la combe du glacier de Fenêtre, décrivant un immense circuit pour aboutir vers la langue
du glacier d'Otemma.
Au clair de lune nous remontons vers Chanrion et, à 6 heures, lorsque nous y arrivons, les guides ont déjà
déblayé la neige devant la porte et allumé le feu dans la cabane. M. Roget fait les honneurs, au nom de la section
genevoise : voici cinq cuillères, cinq fourchettes, cinq couteaux, cinq tasses et cinq assiettes ; des couvertures, une pour
chacun et la septième pour la communauté ; de la paille, du bois et un poêle : n'est-ce pas charmant dans sa simplicité ?
Et cela, grâce aux contrebandiers qui profitent volontiers du nécessaire, mais emportent le superflu.
Ce soir, les pronostics du temps sont mauvais : malgré un ciel parfaitement pur, le baromètre a baissé, un halo
entoure la lune et le froid est à peine sensible. Excellente nuit.
12 janvier. — Ciel gris. La nature paraît infiniment triste sous ce voile terne qui efface le contour des neiges et
rend tout uniforme. Tant pis! nous nous sentons forts, et, sans hésiter, nous poursuivons notre course selon le
programme. Départ à 8 h. 30.
Des amas considérables de neige ont réussi à boucher les immenses crevasses ouvertes en été au confluent des
glaciers d'Otemma et de Crête-Sèche, et nous passons là sans entrevoir le moindre trou. La grande avenue du glacier
s'étend bientôt devant nous à perte de vue. J'avais rêvé de m'y promener les mains dans les poches au bon soleil de
l'hiver, mais le soleil, ce génie bienfaisant, est retranché derrière des nuées grises qui avancent lentement, venant de
l'Italie. Or, en l'absence du soleil, le skieur est triste.
Mais aussi, quelle joie, quels cris de joie, lorsque, arrivée au bout de la route blanche, notre petite troupe
aperçoit, au-dessus d'elle, les nues se déchirer et l'astre bienfaisant reparaître, versant généreusement sur tous la lumière
et la chaleur, la gaîté et la bonne humeur.
Youhée ! Voici notre premier col atteint. C'est celui qui s'ouvre à 3 300 mètres, entre le Petit Mont Collon et la
Becca d'Oren (1). Des pentes douces conduisent de là au col de l'Evêque (3 393 m.), que nous atteignons à 2 h. 30. Du
côté de l'Italie, le ciel est encore bien noir, mais, au nord, les montagnes dégagées brillent dans un bleu légèrement
panaché. Jusqu'au col de Collon, vers lequel nous descendons, la neige est dure, mais, sitôt après, sur le versant nord,
elle retrouve tous ses charmes (2).
Les Crettez sont déjà hors de vue, préparant le chemin,et nous nous amusons à décrire de longues serpentines
sur le glacier d'Arola, jusqu'au moment où l'on s'engage (vers la courbe de niveau 2670) sur les pentes rapides qui
environnent le plan de Bertol. Le jeune Crettez n'a pas daigné quitter ses planche s pour traverser cettevilaine côte, et il
semble avoir pleine confiance dans la stabilité des neiges qu'il prend en écharpe si témérairement. Lorsque nous
arrivons enfin au pied du glacier de Bertol, notre gaillard a déjà filé plus loin, ouvrant une piste profonde qui zigzague
dans la direction de la cabane.
— Il est allé faire le thé, nous dit Maurice, tout fier de cette jeune ardeur.
La lune nous est fidèle : ce soir encore, elle éclaire notre tranquille montée au refuge. Dans le haut du glacier,
la pente s'accentue, mais la neige reste parfaite et, vers 7 heures, nous arrivons en débandade au pied du rocher de
Bertol. Les skis sont déposés dans une niche pour la nuit, et l'on se met en devoir d'escalader les échelons du perchoir
sur lequel les Neuchâtelois ont juché leur cabane. Les cordes fixes sont fortement glacées, en partie enfouies sous la
neige. La porte du refuge étant bloquée, nous pénétrons dans la cuisine par l'une des fenêtres.
A moi de faire les honneurs, ce soir ; je suis heureux de pouvoir offrir à mes compagnons un toit si hospitalier : du bois
bien débité qui flambe à merveille ; un bon fourneau qui chauffe en peu de temps la petite pièce où nous nous sentons
1

Le point 3 300 s'appelle aujourd'hui col du Petit Mont Collon. On ne le franchit pas à sa plus basse dépression, mais légèrement plus au sud. Il est
beaucoup plus direct que 1« col de Chermontane, qui oblige à décrire un grand circuit autour du Petit Mont Collon, et qui n est presque jamais utilisé
lorsque l'on suit la véritable Haute Route. On le traverse pour passer ensuite celui des Vignettes et se rendre à Arola. Sur le col des Vignettes se dresse
maintenant un nouveau refuge, construit en 1923 par l'alpiniste bien connu A. Stuart-Jenkins. Outre son utilité évidente pour les ascensions du Pigne
d'Arola, du Mont Collon et de l'Evêque, il pourra servir éventuellement à scinder le trajet Chanrion-Bertol ou Chanrion-Zermatt en deux étapes.
2
Entre le col de l'Evêque et le col de Collon, il existe de grosses crevasses presque toujours ouvertes. En 1911, je ne me rappelle pas les avoir vues,
mais elles sont rarement bouchées, et l'on fera bien alors de passer au pied même de l'Evêque, où la neige s'accumule volontiers. Au col de Collon,
nous laissions donc à main droite l'itinéraire conduisant directement à Zermatt par le col nord du Mont Brûlé et le col de Valpelline. On trouvera au
dernier chapitre une courte mention sur la traversée de ces deux cols, avec ascension de la Dent d'Hérens.

vite à l'aise ; des matelas, des couvertures à profusion et une batterie de cuisine : « Voyez un peu, Monsieur Roget !
après Chanrion, c'est le paradis ! »
Durant la soirée, je gratte de l'ongle le givre d'une certaine fenêtre qui donne vers la Dent Blanche : son échine
se dresse colossale dans la lumière blonde de la lune.
On en parle ce soir. Il est question de lui rendre visite, puisqu'elle se trouve si naturellement sur notre route.
Pourquoi pas ? Après une série de beaux jours, l'arête sud de la Dent Blanche ne présente pas plus de difficultés qu'en
été. Bien au contraire : tandis que les roches se sèchent au soleil, les couloirs et les corniches, balayés par le vent, sont
tapissés d'une bonne croûte neigeuse qui épargnera au piolet beaucoup de travail. L'expérience l'a prouvé. La neige
tombée il y a trois jours, légère, poudreuse, tourbillonnante, ne s'attache pas sur une arête comme celle-là et, d'ailleurs,
si le soleil n'a pas su la faire disparaître, nous irons, nous, la balayer de nos mains.
Vendredi 13 janvier. — A 5 heures, des brouillards traînent sur les glaciers qui nous séparent de la dent ; la lune
joue à cache-cache avec de vilains nuages ; bref, le temps est très incertain, mais nous descendons néanmoins de notre
perchoir avec tout notre bagage ; nous chaussons nos skis et partons dans la direction dm col d'Hérens. Deux longues
heures nous en séparent et, si le temps s'améliore, nous tenterons le coup; sinon, nous filerons sur Zermatt.
Lentement, le jour est venu, et nous sommes maintenant sur le glacier de Ferpècle. « La Dent Blanche fume sa pipe du
bon côté », s'écrie Theytaz, et Maurice, impatient, roule de gros yeux. De fait, le vent a changé de direction. Les nuages
ont pris meilleure tournure et la teinte du ciel n'est plus si crue.
Allons-y !
Et, d'un commun accord, notre petite troupe dépose au pied du col d'Hérens le gros des bagages, ne conservant
qu'un seul sac, trois piolets, des crampons et deux cordes. Ainsi allégés, et toujours en ski, nous filons contre la bise,
longeant le pied tle la grande arête méridionale, pour gagner une petite terrasse située au-dessus du Roc Noir.
A leur grand étonnement, les skis sont plantés profondément dans la neige, et nous continuons sans eux notre
balade. Dans les premiers rochers nous faisons halte, pour nous sustenter un peu (il est 9 h 15), sangler nos crampons et
nous encorder en deux caravanes qui partent bientôt dans l'ordre suivant : les deux Crettez et moi, puis Theytaz, M.
Roget et Pollux en queue, portant le sac de la troupe.
Maurice, dans son optimisme, a parié une bouteille contre Theytaz que le sommet serait atteint avant midi.
L'un et l'autre connaissent la Dent Blanche pour l'avoir gravie souvent, mais Theytaz est plus réfléchi dans son
jugement, et il n'a sans doute pas tort.
C'est au pas de course que les Crettez me font gagner l'arête méridionale, et nous arrivons ainsi au point 3729.
La vue est un prétexte pour reprendre son souffle, mais Maurice, qui pense à sa gageure, et la bise, qui a pris le dessus,
nous pressent de partir.
Près du point 3 912, nous sommes encore une fois réunis pour le lunch ; de brillants glaciers s'étalent tout
alentour, et les ombres effilées du matin s'enfoncent dans la neige comme des lames bleues.
Jusqu'au premier grand gendarme, l'arête ondulée est facile, la promenade agréable, avec de beaux coups d'œil
sur l'Obergabelhorn ou le Cervin, encadrés par des corniches frangées de glace. Vient ensuite l'endroit réputé par ses
plaques : elles sont aujourd'hui plâtrées d'une neige excellente, où nous taillons quelques marches ; puis il suffit de
piquer la pointe des souliers pour avancer rapidement. L'arête est regagnée immédiatement au-dessus du grand
gendarme. Crettez a perdu sa bouteille, car il est passé midi, mais, sûr de vaincre maintenant, il s'écrie, joyeux : « Cette
fois, elle est à nous, la Dame Blanche ! »
Sur les rochers de l'arête, nous trouvons un semblant de neige fraîche, très sèche et qu'il est facile d'écarter
pour se cramponner solidement dans les prises. La varappe est intéressante et le temps passe extraordinairement vite.
Theytaz insiste à plusieurs reprises pour passer le premier, mais Crettez n'en veut rien entendre et repart à l'assaut. Enfin
le rocher cesse, la crête devient blanche et se termine par un dernier petit cône de neige que nous abattons d'un coup de
piolet. Il est 3 h. 30. La vue est voilée par un brouillard passager, et il fait trop froid pour s'attarder longtemps. Aussi
nous redescendons à grands pas et rencontrons bientôt la seconde caravane.
Tandis que celle-ci gagne le sommet, nous nous engageons dans la face occidentale de la montagne, celle qui
regarde Bertol et qui semble être aujourd'hui tout en neige. Malgré la raideur effrayante de la pente, nous avançons
sûrement, grâce aux crampons, et nous gagnons ainsi beaucoup de chemin jusqu'au moment où Crettez découvre de la
glace. Alors, de rage, il brandit son piolet et en frappe la pente glacée. Il nous faut regagner l'arête vite en taillant.
Lorsque nous l'atteignons, la nuit est presque venue, mais, à travers les brumes de ce crépuscule d'hiver, les
rayons de la lune fusent doucement et favorisent notre marche dans les traces du matin. Dans cette lumière fantasque,
les glaçons qui frangent l'arête semblent être autant de piliers d'albâtre, courbés et tordus. C'est un conte des Mille et
une Nuits. De temps en temps, une corniche s'effondre dans l'abîme : un sourd craquement, puis une fumée blanche
sortant du gouffre et submergeant l'arête sous le souffle de la bise.
Il est 8 h. 30 lorsque nous reprenons nos skis. Nous avions pensé nous rendre le même soir à la cabane
Schônbûhl, mais, par cette lune voilée, la glissade manquerait de charmes, et nous préférons attendre à demain pour en
bien profiter. Au col d'Hérens, nous retrouvons nos sacs et, en dépit de la nuit glacée, nous faisons au clair de lune un
souper réconfortant. Les oranges sont dures comme des boules de croquet et l'on peut les entailler sans faire perler une
seule goutte de leur sang.
Vers 10 heures, nous reprenons notre trace à travers le glacier de Ferpècle, mais je ne dirai pas de quelle allure

somnolente six fantômes rentrèrent à Bertol cette nuit-là (1).
14 janvier. — Au heures seulement, après une longue et paresseuse matinée, nous commençons joyeusement
notre dernière journée. Pour le coup, le soleil est de la fête, et ce fut, grâce à lui, grâce à la neige excellente, une
délicieuse promenade. Au col d'Hérens, un dernier signe d'adieu à la Dame Blanche, puis nous franchissons à pied la
rimaye pour rechausser nos skis sitôt après et nous laisser emporter par eux vers Zermatt.
Ce ne fut qu'un charme et déjà nous étions dans l'ombre du Cervin, sur le glacier de Z'mutt. Là où l'on trébuche
sur les pierres en été, nous glissions tout droit, une féerie devant les yeux : dominant les profondeurs bleues de la vallée,
le Rimpnschhorn, le Strahlhorn et les modelés du glacier de Findelen baignaient dans les ondes mauves du crépuscule.
Tandis que nos regards s'attardaient sur ces grandioses montagnes, nos skis nous emportaient, trop vite cette fois-ci,
entre les aroles de Staffelalp, glissade enivrante qui ne devait s'arrêter qu'à Zermatt. Zermatt déjà !
La première personne que je rencontre depuis six jours est une paysanne, semblable à Perrette portant le pot au
lait. En voulant l'éviter, c'est moi qui fais la culbute et la pointe de mon ski vole sur le dernier caillou du chemin...
Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la traversée de Bourg Saint-Pierre à Zermatt fut répétée par le D r
Krenig, de Genève, avec les deux Crettez. Au lieu de s'attaquer à la Dent Blanche, il préféra gravir le Grand Combin en
passant de Valsorey à Chanrion et en quittant ses skis au plateau du Couloir. Le temps était alors au beau fixe (une série
étonnante qui dura jusqu'à la fin de février), mais la neige, déjà croûtée, rendait les glissades désagréables.
A Zermatt, le Dr Kœnig rencontra le capitaine Meade, de l'Alpine Club, qui venait de faire une tentative
infructueuse au Rothorn, mais qui se rattrapa quelques jours plus tard au Cervin. Le jour même où le capitaine Meade
escaladait le Cervin, le guide Louis Theytaz, qui nous avait accompagnés à la Dent Blanche, périssait dans une crevasse
en descendant du Pigne d'Arola en compagnie de ses frères et de trois skieurs anglais. Il était encordé, mais la corde (la
même qu'il avait à la Dent Blanche) était usée et se rompit sous son poids ou sous la traction des skieurs le précédaient.
Ses compagnons ne réussirent pas à le retirer, et, le lendemain, la caravane de secours constata que la crevasse
dans laquelle il était tombé mesurait plus de 50 mètres de profondeur. La mort avait dû être instantanée.
En arrivant à Zermatt, nous aurions volontiers prolongé notre randonnée jusqu'à Saas, à travers la chaîne des
Mischabel, et même jusqu'au Simplon. Malheureusement, nos vacances étaient finies et il était temps de rentrer. L'année
suivante, en compagnie de deux amis et collègues du Club Alpin Académique de Zurich, je pus consacrer «ne dizaine
de jours à l'exploration du massif compris entre les vallées de Saas et de Saint-Nicolas 2.
Partant de Saint-Nicolas (en mars 1912), nous remen tâmes tout le glacier de Ried pour franchir le Windjoch (3
848 m.) et descendre à la cabane des Mischabel. La neige était si dure dans les régions supérieures que nous
abandonnâmes nos skis au pied du col. Nous comptions ks reprendre le lendemain, après l'ascension du Nadelhorn (4
334 m.) ; malheureusement, ce jour-là, il soufflait un vent furieux et, comme j'avais déjà une fois &é enneigé dans cette
cabane, j'entraînai me? compagnons à Saas-Fee. Nous y descendîmes à pied en moins de deux heures. Ce fut une
retraite inutile, car le temps resta clair et le vent (une sorte de fœhn sec) ne provoqua aucune précipitation. J'ai toujours
regretté d'avoir manqué cette ascension au Nadelhorn, qui n'avait pas encore été gravi en hiver.
De Saas, nous revînmes à Saint-Nicolas en traversant le Gemshorn et l'Ulrichshorn (3 929 m.), rechaussant nos
skis au pied du Windjoch. A cette occasion, nous constatons que la région de Saas et surtout celle de Saint-Nicolas est
une des plus sèches de tout le Valais. Certaines parties du Riedgletscher étaient dénudées comme en automne.
En quête de neige, nous pénétrâmes plus avant dans le massif pennin, remontant la vallée jusqu'à Tâsch, pour
gagner ensuite la Tàschalp, où nous pûmes nous installer dans une hutte assez confortable. Le lendemain, nous
réussîmes l'ascension du Rimpfischhorn (4 203 m.) dans des conditions excellentes et sans la moindre difficulté (en
suivant toute l'arête ouest). Le jour suivant, nous comptions gravir l'Alphubel (4 207 m.), mais le temps se gâta et nous
allâmes passer une journée à Zermatt pour revenir ensuite à notre hutte de la Tàschalp. Depuis ce jour, je poursuivis ma
campagne seul avec le Dr Odermatt. Une bise formidable nous empêcha de monter à l'Alphubel, mais nous traversâmes
le col du même nom pour arriver à Fée, course que je ne puis décidément pas recommander à deux skieurs seuls, à
cause des énormes crevasses du glacier de Fée.
Poursuivant notre randonnée, nous allâmes ensuite coucher à Mattmark, dont l'hôtel est ouvert, mais
complètement vide en hiver (à cause des contrebandiers). Nous y passâmes une soirée atroce à vouloir obstinément
chauffer un immense poêle en pierre olaire, qui ne fut chaud que le lendemain, au moment de partir pour le
Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Ce fut encore une longue journée sur les glaciers et une grande imprudence pour
une caravane de deux.
A Zermatt, nous rejoignîmes deux amis avec lesquels nous réussîmes, le jour de Pâques, l'ascension du Mont
Rosé (4 638 m.). Puis le temps se gâta, et notre campagne se termina avec nos vacances.
En mars 1915, je pus compléter l'exploration du massif de Saas par un séjour à la cabane Britannia, qui est
décrit au chapitre XL
Celui qui, de Zermatt, veut se rendre à Saas a plusieurs cols à son choix. Je les ai tous traversés à différentes
époques. Autrefois, le Schwarzberg-Weissthor était le plus fréquenté de tous. En mars 1912, huit heures nous suffirent
1

Ce fut la première ascension hivernale de la Dent Blanche (4364 m.). Elle ne semble pas avoir été refaite jusqu'à présent. Voici notre horaire :
départ Bertol : 6 heures ; çied ouest du point 3714; 9h.15 a 9.45 ; arête sud : 10 h. 10 à ii heures ; point 3912 : 11.25; arête sud, au-dessus du grand
gendarme : 13 heures ; sommet : 15 h. 30.
2
Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. VIII 1912, p. 41-55).

pour nous rendre de Mattmark à Findelen. Mais, depuis la construction de la cabane Britannia, l'Adlerpass (3 798 m.)
est presque exclusivement utilisé en hiver, bien qu'il soit de 200 mètres environ plus élevé que le SchwarzbergWeissthor. Celui-ci a l'inconvénient d'être plus éloigné et moins intéressant que son voisin. Dans les deux cas, on est
obligé de coucher au-dessus de Zermatt, soit à Z'Fluh, soit au Grûnsee ; mais, si vous passez l'Adlerpass, vous pouvez
vous arrêter à la cabane Britannia, et c'est là un gros avantage.
Vous pouvez aussi descendre à Tàsch et coucher à la Tàschalp pour franchir l'Alphubeljoch qui conduit
directement à Fée. Mais l'Adlerpass est certainement préférable. Malheureusement, les hôtels de ZTluh et du Grûnsee
sont chers, et c'est pourquoi je voudrais recommander aux skieurs une autre route, plus longue, mais plus belle encore.
Premier jour : cabane Bétemps. Deuxième jour : Stockhornpass (3 415 m.), Adlerpass (3 798 m.), Britannia
(éventuellement ascension du Strahlhorn en passant). Troisième jour : Saas-Fec (éventuellement Saas-Balen, si l'on
veut gagner le Simplon le lendemain).
En venant de Bertol par le col d'Hérens ou de Chanrion par le col de Valpelline, vous pouvezvous arrêter a la
cabane Schônbuhl. Lendemain, au lieu de descendre à Zermatt, gagnez directement la cabane Gandegg par la Staffelalp.
Mais il vous faudra deux porteurs pour quérir la clef de cette cabane, qui est fermée, et pour y monter des provisions.
De la Gandegg (3 031 m.), vous pouvez alors gravir le Breithorn (4 171 m.) durant la matinée et vous rendre le
même jour à la cabane Bétemps par les glaciers de Théo-dule et du Gorner. Mais, en admettant que vous veniez de
Bourg Saint-Pierre par la Haute Route, vous préférerez vous arrêter un jour à Zermatt. C'est pourquoi la meilleure façon
de prolonger la Haute Route jusqu'à Saas est de passer par les cabanes Bétemps et Britannia.
La route conduisant de Saas à Zermatt par l'Adlerpass, le Stockhornpass et le glacier de Gorner est décrite en
deux étapes aux chapitres XI et XIII. En sens inverse, il suffira de quitter Zermatt de jour pour arriver à Bétemps dans
l'après-midi, en remontant le Gorner dans toute sa longueur (1).
Le lendemain, il faudra descendre tout d'abord au lac du Gorner pour remonter ensuite à pied la moraine
latérale gauche du glacier — à moins que Tétât de la neige permette une traversée directe de la cabane au glacier, ce qui
peut être examiné la veille, en montant à la cabane. Une fois sur les névés supérieurs du Gorner, d'immenses champs de
neige s'étendent devant vous. Vous gagnez la plus basse dépression à l'est du Stockhorn (Stock bornpass, 3 415 m.), puis
vous descendez sur le grand gkcier de Findelen que vous traversez perpendiculairement (attention aux crevasses, dont
vous suivez la direction générale!). Une forte pente, à l'est du Strahlknubel, vous conduit à l'Adlergletscher et de là à
l'Adlerpass. Ensuite, il ne reste plus qu'à vous laisser glisser jusqu'au pied de la cabane Britannia.
De même que l'on a gravi le Grand Combin et la Dent Blanche en marge de la Haute Route, de même vous pouvez
consacrer une journée à l'ascension du Mont Rosé au départ de la cabane Bétemps, du Rimpfischhorn ou de
l'Allalinhorn depuis la cabane Britannia. Ces combinaisons d'itinéraires sont innombrables (2).
S'il est préférable de suivre la Haute Route dans le sens de Bourg Saint-Pierre à Zermatt (ceci pour profiter des
belles descentes du col de Sonadon et d'Hérens), il est, par contre, indifférent de passer de Zermatt à Saas ou vice versa.
Si vous vous arrêtez à Zermatt, il vous reste 36 kilomètres de route avant d'atteindre la gare de Viège, et c'est toujours
un parcours fort ennuyeux. Par contre, la vallée de Saint-Nicolas présente des avantages que vous n'aurez plus dans
celle de Saas. De Zermatt à Saint-Nicolas, vous pouvez descendre en traîneau assez rapidement. De là à Stalden, on
peut facilement suivre à pied la voie ferrée. De Saas à Stalden, il faut quatre heures de marche, mais il est impossible de
fréter un traîneau.
Arrivé à Saas, il ne reste plus qu'une étape pour compléter la Haute Route du Grand Saint-Bernard au
Simplon : c'est la traversée de la puissante chaîne du Fletschhornau Weissmies. Ici, le choix n'est pas embarrassant. Il
n'y a qu'un seul itinéraire recommandable : celui qui quitte le thalweg à Balen et conduit à la route du Simplon par le
Simelipass (3028 m.) et le Sirwolteapass (2 664 m.)
Selon l'horaire de la poste et l'heure à laquelle vous rejoindrez cette route, vous jugerez s'il est préférable de
descendre sur Iselle ou sur Brigue. S'il est trop tard pour prendre la poste, vous pouvez encore louer un traîneau à
Simplon-village ou passer la nuit à l'hospice.
J'ai fait cette traversée du Simplon à Saas en mars 1915, en compagnie de mon ami de Choudens, de Genève,
et nous avons trouvé que c'était un des itinéraires les plus agréables pour se rendre à Saas. La traversée de l'hospice à
Balen se fit en neuf heures (haltes comprises). Celle en sens inverse est tout aussi belle et n'exige pas plus de temps.
L'orientation des. pentes est même plus avantageuse. Un seul endroit peut être dangereux : c'est la pente située au nord
des lacs de Sirwolten, pente indiquée sur la carte comme paroi rocheuse. Je n'ai jamais passé par cet endroit en été,
mais, en mars, on ne voyait pas le moindre rocher. Le dessin de la carte est certainement exagéré. Pour se rendre
directement à Simplon-village, il y aurait sans doute avantage à quitter notre itinéraire aux lacs de Sirwolten et à passer
immédiatement au sud du point 2619 (Weissboden). C'est une contre-pente d'une centaine de mètres à laquelle succède
une belle glissade par Galen et la Rossbodenalp. On évite ainsi le seul endroit dangereux de toute cette traversée.
CHAPITRE X
LE CIRCUIT DE LA BERNINA
1

A partir du 11 juin, on peut monter par le chemin de fer du Gor-Bergrat jusqu au RothenBoden et gagner de là le Gorner où l'on chausse ses skis à 2
600 mètres.
2
Tous ces itinéraires sont décrits dans le Wallistrskifuhrer II. et tracés sur la carte qui lui est annexée.

(29 décembre 1910)
C'était l'heureux temps où nous pouvions quitter le Poly vers la mi-décembre pour n'y rentrer qu'à la mijanvier. Ah ! les bons souvenirs de jeunesse, sans peine et sans souci ! Quatre semaines de vacances dans les neiges,
sous le ciel bleu, au grand soleil ! Et quelles vacances excentriques : commencer à Davos pour finir à Zermatt !
Je ne raconterai pas comment, mon ami Stàubli et moi, nous étions arrivés à Pontresina, négligeant le chemin
de fer et traversant par trois fois le massif de la Silvretta ; notre joyeuse partie de ski-kjôring en remontant l'Enga-dine
au grand trot ; nos folles escapades au Piz Muraigl, au Languard au Gluschaint. Il y eut bien quelques tempêtes, une
marche forcée dans le brouillard, en pleine nuit ; mais le mirage des neiges lumineuses, des séracs étincelants, des
brumes échevelées, la féerie des crépuscules, la mélancolie des sombres forêts... tout cela ne s'oublie pas.
Un souvenir pourtant dominera toujours l'ensemble, brillant comme une gemme plus éblouissante que d'autres
dans un collier de diamants : cette divine randonnée sur les glaciers, tout autour de la Bernina.
A cette époque, Pontresina n'était pas encore devenu la station hivernale à la mode, et Sir Henry Lunn désirait
précisément savoir s'il valait la peine de la lancer. Notre séjour là-haut ne fut pas inutile, puisque ses hôtels ouvrent
désormais leurs portes en hiver comme en été et que Stàubli est devenu un célèbre géologue. Comme il me l'avoua plus
tard, nos courses dans le massif de la Bernina avaient attiré son attention sur ces montagnes et éveillé en lui le désir de
les étudier. Tous ceux qui s'intéressent à la géologie connaissent maintenant les savants travaux du D T R. Staub sur la
tectonique des Alpes en général, et de la Bernina en particulier.
Schucan, digne successeur de Marcus Paltram sur le trône de la Bernina, nous avait chanté les merveilles de
son royaume. Là-haut, derrière les crêtes de Scerscen, se dressait un refuge adossé aux rochers du versant italien : la
cabane Marinelli, située au carrefour d'immenses glaciers. Quelques rares skieurs s'étaient aventurés jusque-là, venant
de l'Italie par des vallées profondes et dangereuses, ou par la Fuorcla Sella. Mais personne n'avait encore tenté le tour de
cet Eden, en montant par le glacier de Palû et en descendant par celui de Sella. Depuis le jour où, sous la conduite de
Schucan, nous entrevîmes ces merveilles, ce fut pour Stàubli et moi un rêve... un rêve qui devait se réaliser.
Nous ne réussîmes pas du premier coup. A Pontresina, un seul guide consentait à nous accompagner : Casper Grass, qui
n'était guère plus âgé que nous et qui passait alors pour le meilleur skieur de la contrée. Mais, ce jour-là, la tempête
nous arrêta au pied du glacier de Palû, et nous dûmes battre en retraite précipitamment. Au retour, sur l'alpe Grûm, nous
rencontrâmes le vieux Martin Schocher (roi des guides et parfois guide des rois), venu là tout exprès avec son télescope
pour observer notre montée sur le glacier de Paiû.
Dans la tempête qui faisait rage, il était superbe à voir, sa longue barbe flottant au vent, son grand feutre
enfoncé jusqu'aux yeux et son costume de loden aussi blanc que la neige qui nous cinglait de ses flocons. Il avait, ma
foi, fort bien choisi son poste d'observation, sur ce Prato del Vento, et celui-ci n'avait pas volé son nom ! Là vis-à-vis, au
delà d'un vide immense, le glacier de Palû s'effondrait en cascades, comme un Niagara figé dans sa chute. Nous nous
étions retournés pour l'examiner une fois de plus et, comme nous interrogions Schocher pour savoir ce qu'il en pensait,
il se contenta de hocher k tête d'un air embarrassé, qui trahissait bien ses doutes.
L'année touchait à sa fin, et notre départ était imminent. Il nous restait deux jours encore. Le 28, vers midi, les
brumes se dissipèrent lentement sous le souffle de la bise, découvrant les forêts saupoudrées et les cimes toutes
blanches. C'était notre dernière chance. Après une courte discussion, nous nous décidâmes à la tenter et, une demi-heure
plus tard, le train nous emportait vers le col de la Bernina.
Grûtzi Herr Staub ! Grûtzi Herr Kurz ! c'était la voix sympathique de la jeune fille de l'hospice, qui semblait
tout heureuse de nous revoir dans la solitude de ces neiges. Voici la Wohnstube où nous avions passé la «oirée de Noël
avec Casper Grass et où le patron réunit volontiers ses hôtes durant les longues veillées d'hiver. Ce soir-là, pas une
étoile ne brillait au ciel ; le vent hurlait en secouant les volets, et nous regrettions la brillante fête du Kronenhof. Pour
couvrir les rugissements de la tempête, nous avions déclenché le phonographe, mais il ne parvenait pas à dissiper notre
mélancolie.
Cette fois-ci, Grass n'était pas avec nous. Malgré son grand désir de nous accompagner, il avait dû reste t à
Pontresina. Le temps était beau et froid, très froid même, et nos chances de succès semblaient s'affirmer. Nous avions
repris confiance.
Depuis longtemps déjà, le réveil avait sonné et notre chandelle était allumée, illuminant le blanc virginal de
nos couches où seuls pointaient deux nez cuivrés. Les vitres givrées d'arabesques retenaient au dehors l'obscurité de la
nuit et le souffle âpre de la bise. Jamais lit ne m'avait paru aussi confortable... Mais, dans mon corps inerte, l'esprit
vagabondait : mes pensées s'étaient échappées bien loin déjà, sondant l'infini comme la lueur d'un phare, égrenant le
chapelet des étapes dont cette journée serait faite. Qu'allait-elle nous réserver? Nous avions cinq glaciers à parcourir et,
pour en sortir avant la nuit, je calculais qu'il faudrait franchir la Fuorcla Sella entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Pour
cela, à midi déjà, le glacier de Palù devait être derrière nous. Serait-ce possible ? Question troublante, car personne ne
s'était encore aventuré en ski dans ces parages.
Ainsi mes pensées voguaient au loin, tissant les éventualités probables, jusqu'au moment où elles sombrèrent
une fois de plus dans les rêves. Mais ce ne fut pas long : d'un bond nous étions debout, rattrapant le temps perdu.
A 6 h. 30, nous quittions l'hospice. Du haut d'une fenêtre, une voix mutine nous souhaita bonne chance (viel
Gluck) et, avec la résonance de ces douces paroles dans l'oreille, nous nous mîmes en route.

là-haut. Puis il fallut appuyer à droite. Nous voguions en plein sud. il fallut enlever ses skis. lorsque l'aube se leva. Une voie royale s'ouvrait devant nous. Dans la nuit. nous les rechaussions pour ne plus les quitter jusqu'à Pontresina. se demandant où pouvaient bien aller ces deux bonshommes. Mais tant de merveilles dans ce paysage distrayaient nos yeux. Stàubli lançait de joyeux yodels qui allaient se répercuter dans les parois du Pizzo di Verona. nous nous dirigeâmes droit vers le glacier qui nous dominait maintenant de sa masse formidable. était-ce son lac enneigé ? Derrière le profil tourmenté de ses montagnes. songeant qu'il nous en restait quatre encore à parcourir. des affres et du danger. des cimes et des glaciers innombrables luisaient comme dans une splendeur méridionale. nous arrivâmes brusquement à la lisière des bois.. Tandis que la neige fondait dans notre casserole. par ces gradins. La première chute de séracs fut abordée par la gauche. et nous étions toujours sur le même glacier. Mais la pente s'accentuait et nos peaux de phoque avaient peine à mordre sur cette neige croûteuse. Nous évitions les zones de neige poudreuse pour rester sur les neiges durcies. Elle fut la bienvenue. l'épaule blanche du Pizzo di Verona s'incurvait doucement sur l'azur. Notre route conduisait. où flottaient quelques brumes attardées. Puis. puis nous passâmes sur l'autre rive en longeant un corridor neigeux dont nous avions déterminé la situation des hauteurs de Palpe Qram. Derrière nous. que nous montions sans nous en douter. Que c'était beau. Peu à peu. Les séracs suspendus sur nos têtes interdisaient les jurons trop sonores. Il fallait s'élever en ligne directe pour ne pas déraper latéralement.. Mais il nous restait encore bien des obstacles à franchir avant d'atteindre la ligne blanche et pure qui brillait làhaut sur le ciel. nous atteignîmes enfin le premier plateau du glacier. la pente s'adoucit et la ligne blanche se rompit devant le bleu du ciel. Lentement nous montions. Mais où donc étions-nous? Nous touchions l'extrémité d'un immense balcon glaciaire qui court au revers de la Bernina et domine toute l'Italie. Le soleil était haut sur l'Italie . fendillé de crevasses bleues. très fines. frappant de nos skis la neige durcie. les séracs prenaient des teintes d'opale. contre les pentes du Cambrena. Alors la marche devint lente. Fou de joie. un croissant de lune mourait dans le noir du ciel. sur la rive gauche du glacier. Par une combe ouverte entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. Plus loin. rien que le rythme allongé de nos skis sur l'onde endormie. Herrgott ! Fut notre seule exclamation. dégoûtés de cette neige trop dure. nous nous décidâmes un peu tard à fixer sous nos skis les crampons restés au fond de nos sacs. que c'était vaste et que tout cela brillait sous le soleil ! Quel contraste entre ces horizons lumineux et le sombre cloître d'où nous étions surgis. la pente fuyait brusquement vers le plan lumineux de l'alpe Palù. Ce fut l'affaire d'un instant. Mais à quoi bon ? N'étions-nous pas bien ici ? Nous préférâmes donc admirer la vue qui s'étendait au loin. Au delà s'ouvrait l'inconnu. en arrivant sur le lac. nous reprîmes notre marche lente et régulière. éclairant faiblement les crêtes. marquent la naissance de l'arête qui monte au Pizzodi Verona et domine un chaos de glace. comme une gracieuse fossette. la dalle qui lui servait de plancher se couvrit pour le lunch. où les chalets formaient un tas minuscule. . très tendres. sur ces pentes rapides qui forment comme un entonnoir. Jamais les montagnes ne m'avaient paru aussi éclatantes. Couchés. nous admirions ce monde fabuleux. à la lueur tremblotante de leur lanterne. Entre deux bouchées. et ce fut un calme complet : plus un souffle d'air. Arrivés dans la combe qui se creuse au pied du Carale. sitôt après. Devant nous. le chaos s'apaisa. la ligne blanche s'abaissait insensiblement.. Une bise âpre soufflait de l'Engadine. Après une rude montée. dans cette ombre. tout inondé par les rayons du soleil qui venaient de fuser derrière l'arête de Verona et nous invitaient à une halte. Puis les gorges boisées s'engouffraient dans la vallée de Poschiavo. Nous avions traversé le lac et la petite plaine qui lui succède. au fond duquel est tapie Palpe Palù. Les heures s'écoulaient et. Depuis le Pozzo del Drago (le puits du dragon). les regards pénétraient par des coulisses profondes jusqu'à de sombres forêts et jusqu'en Valtelline.. Des rochers en terrasse. L'ombre noyait encore le glacier et. Le sphinx gisait vaincu derrière nous. où pendaient des corniches barbues. Pour y descendre.. La neige était si haute qu'il fallut se baisser pour passer sous la conduite à haute tension qui traverse le col. Midi bientôt. elle cessa brusquement. et nous en profitâmes pour faire un joyeux déjeuner. les cimes et les brumes. Entre eux. Stâubli esquissa une danse infernale sur le bord du précipice. Tout là-haut. et. entre des tours de glace qui semblaient grimacer dans l'ombre. vers la vallée de Poschiavo qui baignait dans une brume laiteuse — ou bien. et brusquement nous fûmes dans l'azur.. Lentement nous sortîmes des ombres. il fit grand jour. à l'orée d'un monde nouveau. nous aurions eu tout le temps de suivre l'arête jusqu'au sommet du Piz qui nous dominait. les montagnes estompées semblaient nous regarder. mais régulière. t'avenue du glacier s'élevait en gradins magnifiques dans le bleu du ciel. vers la plus basse dépression de la ligne blanche. et presser le pas en prenant en écharpe des neiges que les avalanches avaient semées de blocs pareils à d'immenses émeraudes. où les crampons mordaient à merveille. Jusqu'ici nous étions parvenus en compagnie de Casper Grass. dans la direction de l'Ortler. Laissant les chalets de Palû à main gauche. Puis il me présenta plusieurs vieilles connaissances dont les têtes caricaturales se profitaient au loin. En route donc ! Après nous être encordés.Il faisait nuit noire et nos planches clapotaient drôlement sur les pentes qui descendent jusqu'au lac. mais. estompée sous un voile diaphane qui tamisait les contrastes entre les forêts bleues et les neiges éclatantes.

Le vent du soir soufflait des hauteurs : en passant sur ces névés. à la même heure. dernier signe de vie dans ce cirque de neiges. Tu saluais ton partenaire. Youhée 1 une fois de plus la voix de Stâubli éveillait les échos de la montagne. nous nous arrêtions. De temps en temps. Faut-il tenter de décrire les scènes féeriques découvertes à chaque pas? Nous voici au pied du Zupo et de l'Argient qui dominent de leurs hautes falaises ces déserts neigeux. De l'Argient au Roseg. nous contournâmes sa base et brusquement nous découvrîmes les deux glaciers de Scerscen dominés par les falaises dorées des Giûmels et du Roseg. fermé comme un amphithéâtre par de hautes et formidables murailles : véritable Eden où. ce ne sont que falaises rocheuses et couloirs neigeux dont le relief s'accentuait sous la lumière oblique du crépuscule. les glaciers miroitaient à contre-jour comme des flaques d'argent en fusion. leurs arêtes tourmentées s'enfoncent comme des vrilles dans le bleu du ciel . La corde fut reléguée au fond du sac. Nous suivîmes ce large dos glaciaire qui marque la frontière en s'élevant doucement vers les pointes blanches du Palû. sa svelte silhouette détachée à contre-jour. tordant sa piste en larges christianias. que chaque jour. une tache rosé fondait doucement sur la coupole de la Bernina.. isolant une montagne sublime. soulevant à chaque virage une nuée de poussière blanche. déjà la Disgrazia était livide. promontoire avancé qui nous cachait de nouvelles féeries.. s'étageait le chaos brouillé des Alpes bergamasques. A 4 h. Tournant le dos à ces merveilles. Là-haut. Il nous fallait maintenant gagner la selle évasée entre le Piz Zupo et le Sasso Rosso. nous caressâmes des yeux le site grandiose que nous venions de parcourir si rapidement. laissant derrière nous le cirque de Scerscen et pénétrant du même coup dans les ombres du glacier de Sella. Il fallait décrire un vaste circuit pour éviter les gouffres béants qui précèdent la chute du glacier supérieur. La neige était poudreuse et mauve. lentement. une première glissade s'offrait à nous. Il n'y avait plus un souffle d'air . Nous aurions pu nous arrêter ici et descendre à la cabane Marinelli. Je le vois encore. Une courte glissade nous déposait bientôt au milieu du cirque supérieur de Scerscen. Vu à contre-jour. et la partie commençait. le soleil s'abaissait. Il n'y avait plus qu'à descendre. un calme immense régnait sur la montagne. serré entre les glaces qui s'écroulent de tous côtés. Ainsi. Plus d'une heure s'était écoulée. Mais à quoi bon? Grisés d'enthousiasme. Ce fut une balade lente et paresseuse sur les neiges éblouissantes.. Depuis tant d'heures nous tournions à ses pieds ! Encordés une fois de plus. dont le toit de zinc brillait deux cents mètres plus bas dans les rochers. soit pour lever les yeux vers les parois qui nous dominaient. puis un gouffre se creusait. réflexion des roches incandescentes du Piz Roseg qui flambaient là-haut sous l'ardeur mourante du soleil couchant. pauvre malheureux ! Avais-tu jamais songé aux régions lumineuses qui brillent au-dessus des brouillards? Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ceux qui nous ont fait connaître la montagne et ses merveilles !. interrompue seulement par la ligne bleue des Apennins. Et quelle glissade : une fuite éperdue qui nous arrachait des yodels d'allégresse. Elle durait bien une heure sans qu'un mot fût prononcé. nous parvînmes lentement sur le dernier col qui nous restait à franchir. vous tous qui croupissiez dans le brouillard des villes! Toi surtout. il soulevait des nuées blanches qui allaient s'irradier un instant contre le soleil avant de s'engloutir dans les crevasses. après tant d'heures de longue montée. lugubre fonctionnaire. gros îlot rocheux. Bien loin dans l'échancrure du val Roseg. Lentement. avec les crampons. 30. Au moment où l'astre allait disparaître. Virant entre les gouffres bleus des crevasses. l'étendue des neiges apaisées. bien haut dans le ciel. nous passions sa vaste selle. la première de la journée. Mais pourquoi. une collerette blanche encadrait la cime de la Bernina qui fit une courte apparition. Ivres de joie. les ombres s'allongeaient et des brumes violacées venaient flotter aux flancs de la Disgrazia. de toute la vitesse de nos skis. nous comprenant sans mot dire. l'on eût aimé finir ses jours. Le soleil s'abaissait rapidement. Nous étions assis immobiles. D'un mauve foncé. trônant comme un autel sacré dans le ciel flamboyant. où la nuit tombait comme un voile.. de l'autre. Puis nous prîmes la direction d'un cap rocheux. nous montions maintenant vers la Fuorcla Sella. puis nous obliquâmes à gauche vers le cirque de Fellaria. soit pour jeter un regard vers le mur sombre de la Disgrazia où. nous plongeâmes dans l'ombre. noire sur la houle incandescente.. Ce fut l'apothéose. Une dernière fois. glissant sur les neiges étincelantes. on voyait briller les lumières de Pontresina. Vers l'occident. . nous passâmes du glacier de Sella sur celui de Roseg. à chaque angle de ce balcon magique.. et nous caressâmes amoureusement nos planches avant de les chausser. dont le torse se dressait dans le ciel.. c'était un nouveau coup d'œil sur des splendeurs inattendues. nous abandonnâmes nos coursiers à la pente : elle s'évasait doucement comme une anse polaire. devenu chamois. c'était une féerie. Et cela tous les jours de la vie ! Pitié à toi. Lentement la nuit montait vers les cimes . allumais ton cigare. unique en son genre : la Disgrazia. Nous ne pouvions nous lasser de l'admirer. au retour du Piz Glûschaint. moirées d'ombres. Sans la moindre transition. Puis venait une mer floconneuse. et une promenade grandiose nous attendait. Une légère brise vint nous tirer de notre extase. connaissant le terrain pour l'avoir parcouru trois jours auparavant. Tout là-haut. Leurs neiges s'étendaient à perte de vue. je voyais entrer au restaurant et t'asseoir à la table voisine pour y faire ta partie d'échecs. nous préférâmes poursuivre notre marche. pourquoi donc étions-nous seuls à contempler tant de merveilles? Ah ! si j'avais pu vous transporter là-haut. déjà baignées dans les teintes mauves du crépuscule.vers le sud. Et quel contraste : d'un côté. Sur les hauts névés du glacier de Fellaria. nous allions comme des fous.

je l'avoue. (Du premier plateau du glacier. De là. l'abîme ne m'avait jamais semblé plus immense. Par contre. aucune carte n'est jointe à ce guide.. mais de nuit après treize heures de marche presque ininterrompue.. on rechausse ses skis pour les garder aux pieds jusqu'à Pontresina. dans le grand hall de l'hôtel. mais très courte. cette journée allait se terminer comme les autres. mes yeux. Cette moraine est mal dessinée sur l'Atlas Siegfried. que de choses reçues. Ce dernier élan nous porta jusqu'au pont jeté sur la rivière. Suivre alors la frontière vers le nord-ouest jusqu'à la courbe de niveau 3 480. basée sur l'Atlas Siegfried. il y avait du charme en vous toutes. femmes jolies. Et quel contraste entre le silence de ces neiges et les ondes mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles !. nous fêtions la réussite de notre belle randonnée en trinquant à la santé de notre ami Casper Grass. On passe à peu près par le e de Vedrrtta di Palù et à l'ouest de la cote 3 068. Là. dans le tourbillon de la danse. le Verkehrsverein St-Moritz fit paraître une carte du skieur pour la Haute-Engadine et le massif de la Bernina. Le second (entre le Sasso Rosso et le Piz Zupo): Passe Ai Sasso Rosso (pourquoi pas dél Sasso Rosso?). La descendre à pied directement est l'affaire d'un instant . 22) et qui ne sera peut-être pas inutile pour préciser notre itinéraire. qui donne accès au glacier et. Pour eux tous. Quant à moi. il manque décidément de charme. Le troisième (entre les points 3 083 et 3 323) : Passa Marinelli. au 1/50 ooo. quarante minutes).. Ils n'avaient pas vu ce que nous avions vu . puis cette courbe elle-même jusqu'au col ouvert entre le Piz Zupo et le point 3 546 du Sasso Rosso (Passa diSasso Rosso .. fatigués par l'éclat des neiges. Le quatrième est connu de longue date sous le nom de Fuorda Sella ou Sellapass. Mais ce charme était fait de contraste.. où nous brisions notre élan par d'immenses christianias . tout ce grand cycle commencé de nuit sur les plateaux ventés du col de la Bernina et terminé de nuit dans les sombres bois du val Roseg.) Se diriger alors vers] le col neigeux (Passa di Cambre) qui se découpe sur le ciel dans la direction sud-ouest. cirque rosé de Scerscen. suivaient volontiers le tourbillon des danseuses. puis. autant que là-haut sur les solitudes glacées. Remonter la rive gauche du glacier jusque vers le 9 de la cote 2 789. piquant droit. laisser à droite le col 3 247 par où l'on est tenté de passer et remonter légèrement vers l'ouest pour redescendre ensuite et doubler l'extrémité verticale de l'arête sud du point 3323 (Passa Marinelli : trente minutes). II rigor délie nevi e la beltà delle rosé. Ici. nous déchaussions nos skis devant la porte du Kronenhof. Cet itinéraire est également décrit dans ie Skifuhrcr durch die Bernina Gruppe. Sous la lumière des lustres. et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces vers de Giacosa : Dio lega opposte cose. au pied même des rochers. jamais ils ne pourraient évoquer ces souvenirs. Plus avant dans la saison. située au sud de ce col.. descendre en lacets le glacier peu crevassé de Fellaria . je l'écoutais. rêveur. Le premier col atteint à l'ouest du PizzodiVerona (Veruna sur cette carte) s'appelle Passa ai Gambrè (nom qui doit provenir de l'alpe de Gembrè. on découvre parfaitement la route à suivre. on fera bien d'arriver à cet endroit avant que le soleil échauffe les pentes du Carale. Entre eux et nous. Se diriger vers la moraine latérale gauche du glacier de Palû (à droite en montant).. peu après. et sa face cuivrée contrastait singulièrement avec son impeccable smoking. entre l'aube et le crépuscule de cette étonnante journée : cascades opalines de Palii. A 8 heures du soir. Malheureusement. blancs névés de Fellaria. les hôtes se pressaient vers la baie lumineuse où l'orchestre les invitait à la danse. Entre les courbes 2 100 et 2 040. Il y a là une pente raide. mais ils reflétaient des visions plus lointaines. descendre la petite combe entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. le glacier fait une chute que l'on contourne à droite.. et ce fut le seul trajet ennuyeux de toute k course. on se trouve sur un premier plateau (deux heures). Mes regards erraient dans le hall. Mais pourquoi ces deux orthographes différentes?). de façon à atteindre l'endroit où elle se soude aux rochers du Carale. le tracé des routes (indiquées en rouge)n'est pas toujours exact. Voici maintenant notre itinéraire : de l'hospice de la Bernina. nous débouchâmes comme deux flèches dans la petite plaine qui s'étend au pied du glacier. une robe surtout avait captivé mes regards : elle avait cette couleur mauve des neiges où nous glissions au crépuscule et. Stàubli lui racontait les péripéties de cette longue journée. De jour. ce fut une dernière glissade.Dans la combe mi-obscure qui descend de la Tschierva.. Que de merveilles entrevues. 1911.. Plus tard. J'avais repris mentalement le chapelet des étapes. (Si l'on veut gagner la cabane Marinelli pour couper la course en deux. Sur l'autre versant. On arrive au haut d'une pente boisée et rapide qui domine la plaine de l'alpe Palii. descendre sur le Lago Bianco et marcher en droite ligne jusqu'au Pozzo del Drago.. La nomenclature a été revisée et considérablement augmentée : c'est le principal avantage de cette carte. On peut passer à droite ou à gauche de cette moraine. il 1 II est à souhaiter qu'une nouvelle édition du Bermnaskifûhrer soit accompagnée de la carte Siegfried avec des tracés plus rigoureux .. goûtant le contraste de leur grâce avec les visions neigeuses qui hantaient mes rêves. comme chaque soir. publié en 1913 par le Club Alpin Académique de Zurich. Une heure plus tard... apothéose violacée de Sella. elle bruissait comme elles sous nos skis.. sur une neige légère. Oui. Et pourtant. une déception nous attendait : notre belle piste du Glûschaint avait été défoncée par le passage des traîneaux de bûcherons. sitôt après. pour terminer. le val Roseg est merveilleux. comme du reste toute la partie inférieure du glacier de Palû. la note technique que j'avais publiée à la suite de notre course (Alpina. Voici. On atteint ainsi à sa plus basse dépression l'arête frontière venant du Pizzo di Veroria (deux à trois heures). bruissante. près du restaurant Roseg. enfin. Ainsi notre itinéraire sur le glacier de Palii ne correspond pas à la réalité (1).

éviter la région du point 2469 et passer bien à droite.) On découvre alors le glacier supérieur de Scerscen. filer en droite ligne jusqu'au restaurant Roseg (une heure un quart). Roseg. du côté de PAguaglious. on peut descendre un bon moment avant d'apercevoir les crevasses. on peut. . sur lequel on arrive après une faible glissade. il est bon de se diriger d'abord vers le nord. puis de suivre la courbe de niveau 3090. au sud de la Punta Marinelli. restant au milieu du glacier. en passant le col ouvert immédiatement au nord du point 3083.). puis par le col de Vadret a. Pour accéder à la Fuorcla Sella (3 304 m. qui sont du reste bien dessinées sur l'Atlas Siegfried. En raison des crevasses cachées. De là. Dans la partie inférieure du glacier. avec les haltes. Sur l'autre versant.est préférable d'y parvenir par le glacier de Caspoggio. on décrit quelques lacets (une heure un quart). De l'hospice de la Bernina à Pontresina en treize heures et demie.

puisqu'il n'en veut pas sortir. Othrnar.) en reconnaissance de l'hospitalité qu'ils reçoivent dans les cabanes de nos Alpes. quelle solitude et quelle tranquillité ! Et quel accueil surtout ! Je me réjouis chaque fois de serrer la main du vénérable montagnard. presque à la même heure. A. c'est moi qui prends la plume et qui déchirerai le voile. la lampe épanche sa douce lumière sur la nappe. . Désirez-vous un guide ? un porteur ? Papa Supersaxo entr'ouvre la porte et appelle ses neveux : Oscar. Une fois de plus. S. dans son coin. En arrivant à Saas (le mars 1915). Elle fat offerte au Club Alpin Suisse par l'Association des membres anglais du C. au milieu des plus beaux glaciers valaisans. Pour plusieurs raisons. Le vieux papa Augustin se promène à petits pas. «La cabane qu'il avait longtemps rêvée se dresse maintenant sur le rocher de l'AHalin. On ouvre l'une des fenêtres et l'on entend la joyeuse mélodie des gouttières. la table ronde. les joyeuses parties. Il est comme l'âme de cette demeure. suivant les caprices de la Viègeet malmené par l'hiver. Il débutait par ces lignes : « Oscar Supersaxo (der Skikonig von Saas) aurait trouvé dans les pages de votre revue une place tout indiquée pour célébrer l'heureux avènement de cette nouvelle cabane et la beauté des montagnes qui l'entourent.. et voilà trois gaillards. 85 sq. p. flamboyant dans l'azur. le transport de nos provisions obligeait notre porteur — Oscar Supersaxo — à faire deux voyages. le soleil entre gaiement dans la chambre par toutes les fenêtres et vient caresser le tapis et les vieilles boiseries. Heinrich. entreprenants. la « saison morte » transformée en un temps de saine récréation. vol. Un grand soleil. Sur une poutre. 2 Cet itinéraire est décrit au chapitre IX. sur la selle ouverte immédiatement à l'ouest du Klein Allalinhorn (3 077 m. devisant sagement sur la montagne et sur les gens. mon ami de Choudens (dit Chouchou) et moi attribués à deux armes différentes . Voici trois ans qu'on l'a inaugurée. Une vie intense palpite dans l'air et. par de savants détours. Cet excellent Mitten venait tout naturellement compléter le trio habituel. des guides pareils. et Airolo.cette traversée réunissait définitivement les traces de mes skis entre Bourg Saint-Pierre. En quelques pages sobres. C. où l'on enfonce délicieusement ses fatigues . dont l'un avec nous. L'air frais des neiges pénètre par bouffées. Construite par les soins de la section genevoise du C. une fois là-haut. Il ferait tout naturellement l'autre en compagnie de Mitten. que la grande chaleur de midi fait tomber du toit . offrant largement l'hospitalité de son toit et ouvrant bien grande la porte d'un paradis d'où l'on peut monter sans façon sur quatre trônes de 4 ooo mètres.petite satisfaction personnelle . ils ont pris la peine d'explorer les montagnes en hiver pour pouvoir y conduire leurs touristes. en effet. et d'un accès peu commode.). que de souvenirs elle évoque en moi ! Voici le fameux canapé. que l'on aurait pu 1 La cabane Britannia est située à 3 030 mètres d'altitude.4. C'est très loin. 242. tant de merveilles culinaires . A. et un air frais exquis agrémentèrent notre montée. C'est à peu près la seule façon de franchir aisément la grande chaîne du Fletschhorn et . Le récit qu'on va lire a été publié dans le Ski. là-haut. propres à lui faire comprendre qu'un jour d'oisiveté à Saas serait évidemment chose fort agréable. S. ce vieil Alphubel. mais vibrantes d'enthousiasme. nous avions choisi un itinéraire évitant le long thalweg de Viège à Balen et conduisant à Saas par le Sim-plon. Or. direz-vous. lorsqu'on descend des glaciers. sa large cime profilée sur le bleu du ciel et son immense glacier étalé au soleil. A. dans la vallée d'Entremont.CHAPITRE XI AUTOUR DE LA CABANE BRITANNIA (1) Saas ! C'est bien loin. comme une oasis. O DU NACHFOLGER MEIN + 4. trois hivers qu'elle attire les fidèles. Comme deux col s. le vieux poêle. car ce sont ses montagnes et il s'y promène en roi comme autrefois Marcus Paltram sur les glaciers de la Bernina.+ 4NUR EINMAL WIRST HIER UBERNACHT SEIN + + + GEDENKE STETS AN TOD. toute la maisonnée est remplie de braves gens. rivalisant de séductions avec la Bétemps et la Concordia. où l'on respire la quiétude et la paix. Et pourtant. Cette chambre basse et gaie. et. au pied du Gothard. sur une nappe blanche. ou le bruit intermittent d'une hache. nous avions trouvé un télégramme de Mittendorff (dit Mitten) annonçant son arrivée pour le lendemain et nous priant de l'attendre pour monter à la cabane Britannia. XI. qui cherche à fendre le mélèze rebelle. La nuit tombée. vous en trouverez peu dans tout le Valais : hommes intelligents dont les efforts tendent à vulgariser le ski et à l'appliquer sur les glaciers. tout juste un chemin muletier. là-haut. Je suis étonné qu'il n'en ait pas profité. le lendemain vers midi. Il fut décidé d'utiliser les premiers beaux jours de notre congé par une visite à cette fameuse cabane Britannia. la face toujours souriante. de là. descendant tout droit de l'Alphubel. il a su atteindre aux cimes blanches qui couronnent le grandiose amphithéâtre de Saas. qui vous attend sur le seuil de sa porte et vous introduit si simplement dans son antique demeure. De jour. il nous a raconté le réveil de son village au milieu des neiges.nous avions été licenciés le même jour. il a gravé en grandes lettres ces pieuses paroles : GEDENKE. mais qu'une telle relâche n'avait jamais été prévue au programme. nous étions arrivés sur nos skis à Balen ( 2). Ses skis ont fendu les premiers de leur proue les neiges vierges du Feegletscher et. je suis revenu à Saas. les folles glissades. par le Sir-wolten et le Simelipass (3 028 m. GERICHT UND EWIGKEIT + UND HALT DICH BEREIT ZUM STERBEN ALLEZEIT + + Au reste. il fait bon se soustraire un instant à l'éclat des neiges et retrouver. Annuaire de l'Association suisse des Ski-Clubs. Augustin Supersaxo. C'est lui. Pas de voie ferrée. l'intimité reposante de cette demeure. robustes. Mais. (Association of British Memoers of thé S. enguirlandé de molletières et couronné de nos laupars. Il a guidé vers elles les premiers skieurs. et toujours prêts à partir. Et Supersaxo nous le cache? Pourquoi donc? Serait-il devenu jaloux en voyant ses trésors découverts? Son silence prête à le croire. elle lui reste confiée et fut inaugurée solennellement le 17 août 1912. Chouchou et moi partions pour la cabane après avoir laissé à Mitten quelques lignes. pas de voiture postale. la poste nous avait transportés (pour trois francs !) de Brigue à l'Hospice et. le visage brûlé et les yeux fatigués. Du reste. Par un hasard inespéré. p. où viennent s'entasser.).

. le glacier envahi par les ombres du crépuscule . dans l'abîme. celui-ci à son rendez-vous. réalisent de leurs ailes la mobilité la plus parfaite. Six heures ! C'est l'heure où. Vite. alors que. comme deux aigles dans leur nid. Nous avions adopté un ordre du jour qui consiste à partir quand on est prêt et à rentrer à la cabane au plus tard pour le thé de l'après-midi. si mesquins en face des joies que nous offre la montagne Le soleil a disparu derrière l'arête glacée . vous pouvez vous dire enfin : nous voilà chez nous et personne ne viendra plus nous déranger (1). plaisirs coutumiers de la vie citadine. ces oiseaux noirs et mystérieux qui. en plein midi. Un rayon de soleil attardé éclairait sa charpente neuve. Mais il ne se passe rien du tout : c'est la grandiose nature. La joyeuse vie de cabane reprend de plus belle. et ces pensées s'en vont à leur gré. très propice au sommeil. vous descendez 'pour voir un peu. pour l'Allalinhorn (4 034 m. chacun s'empresse de quitter son bureau et refait. la main à portée d'une tasse de thé bien chaud. l'autre. et à travers l'échancrure de l'Egginerjoch (3 009 m. la cabane Britannia est devenu le but prêferee des skieurs dans les Alpes valaisannes . puis revient. Une douce béatitude vous envahit. On dort fort bien à Britannia et l'on ne s'y lève pas trop tôt. les pieds dans une couverture. et de considérer d'un œil rêveur le feu qui pétille dans le fourneau. les choucas Be sont retirés dans les trous où ils nichent . l'autre sur une selle entre le sommet et le point 3 607. sous une forme si franche et si avenante. nous suivîmes la trace de Supersaxo. à l'aller comme au 1 1915 Actuellement. engagé dans un passage difficile ou sur quelque plaque sans prise. les quatre trônes sur lesquels nous espérons bien monter tour à tour. mes amis ! J'ai faim rien que d'y penser. — Voici pourtant deux choucas. qui glissait tantôt sur un désert illimité. Vos pensées se revêtent de visions. Ils ont épie notre arrivée. on franchit tout naturellement ie seuil et l'on passe sans transition dans un intérieur confortable. Ils sont évidemment tardifs en comparaison de ceux auxquels nous astreignent les guides en été . et surtout les monceaux de provisions jetées sans ordre sur toutes les tables. un ciel d'émeraude où vont bientôt scintiller les premières étoiles. où le regard. nous avons quitté la cabane à 8 heures du matin et nous étions de retour à 3 heures. Allalinhorn. dans l'intimité de cette petite cuisine. toujours immobile à vos yeux. se déploie autour du fourneau. par le Hohlaubgletscher . une arête ondulée montant vers la lumière . la route la plus directe est la moins recommanda blé. c'est un facteur constant et désormais connu. si bien harmonisés aux bruits de la montagne. puis notre installation. à mon sens. Sans la moindre fatigue et sur une neige parfaite. plus directe. on remonte dans les hamacs et l'on devise sur l'emploi du lendemain. Tout en bas. Entendons-nous.. l'une aboutit au Feejoch.). les pipes s'allument.. on rencontre subitement l'hospitalité. Elle fut explorée par les frères Super-saxo qui lui préfèrent finalement celle du glacier de Fée. mais ils sont. en fumant sa pipe. Le fourneau. Nous nous décidons pour F Allalinhorn. on n'en parle pas : il est officiellement au beau . excitée parla faim. Un bon coup de poing réveille Pendormi. C'est ainsi que nous prîmes possession de la cabane Britannia. d'environ — 4° ou — 5°. bien qu'elle oblige à passer l'Egginerjoch (3 009 m. comme le soleil de la brume. Vingt minutes plu s tard. La cabane enfumée devient obscure et le thermomètre descend au-dessous de zéro. Supersaxo ne tarda pas à nous quitter pour redescendre à Saas : Chouchou et moi restions maîtres et seigneurs. vous avez le choix entre deux routes : l'une par le glacier de Fée . la lumière s'assombrit. qui surgissent du souvenir. justement proportionnés aux conditions de la montagne en hiver. la chaleur (évidemment très relative) de la cuisine s'y précipite. le chemin où l'on rencontre toute l'année les mêmes visages. en lançant dans l'air froid leurs cris rauques. les souliers qui sèchent près du tuyau. L'habitude aidant.). Vous ne remuez pas d'idées compliquées et vous n'êtes point soucieux de l'avenir. et il règne bientôt dans les deux pièces une température égale. un peu de glace mordorée . Rimp-fischhorn et Strahlhorn. par la fenêtre.augurer très chaude.). votre pipe et le cigare de votre ami se chargent bientôt d'enfumer l'atmosphère et la rendent propice aux rêveries. l'usage du réveil-matin n'étant pas encore monté jusque là-haut. Comme souvent lorsqu'on est en ski. et quêtent une miette de subsistance. contigu à la cuisine) . La brume flotte un instant. en méandres dans les moraines. C'est là. Quel délice de se balancer doucement dans un hamac. Ainsi. qui berce la paresse de l'esprit. Lorsque votre pipe est éteinte. je les observe d'un œil sympathique. et chacun s'ingénie à perfectionner le menu du souper. puis sur le glacier. On ouvre la porte de la « glacière » (c'est ainsi que Chouchou désigne le dortoir des guides. et quelle belle soif il s'ensuit. Aujourd'hui. que l'on étanche avec force tasses de thé. et quatre heures après avoir quitté Saas. En hiver seulement et dans un site comme celui-ci. dans ce monde immobile. on arrive par une marche de flanc à la cabane Britannia. Après quoi. pour la quatrième fois de la journée. dans la ville fédérale. celui-là à son Abendschopp. ayant préalablement admis la supposition suivante : Mitten est un habitué de Saas : il aura sûrement fait l'Allalinhorn et n'aura aucune envie de le refaire. Pour cette course. le feu s'éteint. que nous avons passé des heures inoubliables. il faut rallumer le feu et préparer la soupe du soir. Quel appétit. nous pouvons nous coucher. Laquelle de ces inconnues faut-il éliminer en premier lieu ? L'hésitation n'est pas longue. La discussion roule donc sur les quatre inconnues : Alphubel. La conscience tranquille. monté si haut dans l'immensité des neiges. partagées entre l'amitié et la rêverie. Une bruyante activité. impassible en apparence. Aussi les départs sont-ils tardifs. sur lesquels on lit pourtant la satisfaction de pouvoir un instant jouir de sa liberté. et mon ami dort profondément. au delà. Visages indifférents. se heurte maintenant aux objets familiers meublant un refuge.. je maudissais leurs cris énervants et leur vol vertigineux. d'autres fois. ce qui se passé. la douceur des victoires et l'espoir des lendemains. Chacun s'en va. augmentant l'impression de quiétude et de bien-être qui vous envahit lorsque. Le temps.

La pente du Feejoch exige ensuite quelques zigzags. mais. le 14 mars. mieux encore. en l'occurrence. qui cherche souvent à jouer de mauvais tours. je n'avais plus de plaques photographiques. C'est l'occasion de sortir la thermos. Il accourt généralement du côté où la vue est la plus belle et vous oblige à vous retrancher derrière quelque corniche. Une demi-heure suffit pour atteindre le sommet et quinze minutes pour en redescendre. l'allonger de serpentines. après une rude montée. et surtout le soir. Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. les crevasses très peu nombreuses. plus considérable encore que le premier. derrière une corniche. comme si j'avais parlé turc. et j'eus l'horreur de constater par de vaines recherches que ni lui. La question de l'Allalinhorn fut désormais classée et nous pûmes discuter tranquillement notre prochaine visite à l'Alphubel (4 207 m. nous avions été frappés par la beauté remarquable et la diversité des sites qui entourent l'Egginerjoch. j'ai pu me rattraper. qui souffla ce jour-là jusqu'à midi. Odermatt et moi. brillant au soleil comme un formidable casque phrygien. on n'a plus vu les grandes Pennines et qu'elles surgissent ainsi. la montagne était. et il est bien rare qu'on puisse les franchir en ski plus facilement qu'à pied. La violence de la bise. Après avoir traversé un désert éblouissant. a plat sur la neige. On endosse alors la puante (1) et l'on se résigne à déjeuner selon ses goûts et son appétit. Dans la pure clarté du matin. Ayant doublé le deuxième îlot rocheux en passant sous quelques séracs. limitée par les deux hautes arêtes descendant de l'Allalinhorn à gauche et du Feekopf (3 912 m. Puis chacun chausse ses crampons et s'en va à son gré. Il n'est pas nécessaire de descendre toute la pente du col vers Saas : on peut passer au pied d'un rognon rocheux où l'on traverse une crevasse (ou plutôt une rimaye) généralement couverte. La vue est bornée. instruit par l'expérience. Cette fois. lorsque mon ami Odermatt et moi étions descendus de l'Alphubeljoch sur Saas. pour se diriger vers notre sommet. depuis longtemps. ce fut lui qui s'avança le premier sur la neige vierge et poudreuse. le 3 avril 1912. ça prend de la place et il n'y a rien dedans ». nous avions manqué l'ascension de PAlphubel. Il n'était. il faut bien un moment pour les admirer et retrouver dans sa mémoire tant de noms aimés. paraît-il. Il nous apparut souriant. nous nous sommes attardés à contempler l'aspect toujours nouveau des glaciers. jamais monté à l'Alla-linhorn. Tous les deux sont marqués sur la carte. Sur cette branche orientale du glacier de Fée. On procède alors au « changement de décors » habituel : les skis sont solidement ancrés. ainsi désignée par nous à cause de son odeur désagréable. ne quitta la cabane qu'à 8 h. Chouchou et moi avons franchi ce col cinq fois en trois jours et.) à droite. signifie une bonne bourrée decoups de poing). l'inclinaison de la pente très favorable : on peut donc sans crainte suivre à toute allure la piste tracée à la montée ou. La grandiose beauté des montagnes l'avait saisi brusquement. puis l'on monte dans la direction d'un autre rocher. avec beaucoup de bonne grâce tout d'abord. Lorsque vous êtes sur le Feejoch. plus merveilleuse que jamais. ni Supersaxo n'avaient emporté la précieuse liqueur. en compagnie de Supersaxo et de deux jeunes skieurs de Saas. Seul l'Allalinhorn domine ce beau désert de neige. mais c'est merveilleux. 53-54). cachant précisément ce que l'on voudrait voir. Un peu de brume.la neige étant presque toujours durcie par le vent. chaque fois. au moyen des bâtons et chargés des sacs. Mais le charme de cette course réside avant tout dans la glissade. surtout par celui qui ne porte pas la bouteille. si justement définie par Chouchou : « C'est lourd. Il me considéra vaguement. Sur le col. p. Puis. Un vent perçant vint troubler notre extase. cette année. . Mais on ne fait que croiser cette trace imaginaire. On ne viendra donc pas nous traiter de « flemmards » si j'avoue maintenant que. Mitten faisait plaisir à voir. et l'on rejoint ainsi. Qui donc avait inventé cette légende ? J'interrompis à propos la discussion pour lui demander où se trouvaient les trois décis de kirsch dont j'avais recommandé l'achat. on débouche alors dans l'immense arène du Feegletscher. nous avait interdit le parcours de l'arête qui monte du col au sommet. La joie pétillait dans ses petits yeux et. comme elle nous avait saisis le premier jour. on arrive trop vite au pied de l'Egginerjoch. et nos meilleures photos proviennent de cette région. pour avoir quitté la Tâschalp de trop bon matin. il nous adressa d'amers reproches sur notre façon peu courtoise de le précéder ainsi. jouait sur la crête des Mischabel et se condensait en masses floconneuses sur les glaces de l'Alphubel. A l'abri de ces 1 2 Veste en toile à voile.). ce jour-là. lorsqu'il fallut quitter la piste de la veille. le matin aux premiers feux. Mais n'essayez pas de spéculer en passant juste au pied nord du Hinter Allalin : il y a là une pente que vos skis ne franchiraient pas. le chemin (pointillé sur la carte) qui vient de Saas par la Lange Fluh. au crépuscule. effilochée par la bise. il vous reste encore 200 mètres à gravir pour atteindre le sommet de l'Allalinhorn. pour se rapprocher davantage encore du banc rocheux qui déchire d'un trait noir tout le glacier de Fée (des hauteurs de l'Alphubel jusqu'au point coté 2991). N'empêche que ce rien est très goûté. Malgré tous les virages. au milieu des amas de provisions qui l'entouraient.retour. une halte s'impose. C'est court. on zigzague sur une pente rapide et crevassée où l'emploi de la corde est de rigueur. Lorsque. En avril 1912 déjà. changeant brusquement d'humeur. 1912. Le vent est un visiteur importun. et il reçut immédiatement les marques très vives de notre sympathie (ce qui. En rentrant à la cabane. tamisant l'éclat des neiges et jetant sur la blancheur laiteuse des glaciers ces ombres mouvantes et bleues qui rôdent mystérieusement dans l'immobilité. la neige est presque toujours excellente. toutes au même instant. nous trouvâmes Mitten qui venait d'arriver. J'ai dit en deux mots (2) comment. notre trio. Il avait préparé du thé bien chaud et il se mit à nous le servir. 30 pour traverser une fois de plus l'Egginerjoch et suivre la piste déjà familière sur le glacier de Fée.

juste au-dessous de la cabane. C'est un jeu excitant et voluptueux qui finit par griser. à pied naturellement. Seul. C'était précisément le sommet que nous aurions désiré voir . de Zermatt. ce trajet s'accomplit en ski sans le moindre obstacle. C'était. comme trois pingouins sur une banquise. Bruissant sur la neige soyeuse. nous fîmes une halte délicieuse et un gai déjeuner. une fois les skis aux pieds. nous étions montés par le glacier de Langenfluh à la longue arête occidentale. et. règle les mouvements avec une précision qui étonne et rend plus audacieux encore. nous restâmes longtemps à contempler le Feegletscher. La neige favorisait toutes les audaces. les frères Supersaxo. de toute leur hauteur et. partant de la nouvelle cabane Britannia. La descente nous offrit quelques visions fantastiques de glace. Peu à peu. vous objecterez peut-être que la pente conduisant à cette épaule est d'une raideur excessive. Au sortir de ce labyrinthe. Notre plan de campagne se déroulait avec une régularité presque monotone. Si elle rend impraticable l'arête du col. la chaleur délicieuse. dans le bleu. je crois. le retour était régulièrement fêté par un hé fort joyeux où la boisson coulait à flots. En examinant la carte de près. que la bise. au retour de Vallala (comme dit l'ami Sillig). il fallait louvoyer adroitement entre les gouffres béant sur notre route et réussir les virages aux bons endroits.) fut l'objet de notre discussion. comme il semblait ne pas vouloir risquer de nouvelle apparition. On laisse les skis à cet endroit. Descente en cinq heures. n'est pas une raison suffisante pour ne pas tenter l'ascension de l'Alphubel. nous savourions la douce satisfaction de la victoire et forgions de nouveaux plans pour le lendemain. nous filions en ligne droite. le Rimpfischhorn (4 203 m. A main droite et si près qu'on pouvait la toucher. le désir d'en faire l'ascension était évident et bien naturel.roches et au creux d'une combe. Dame Nicotine revendiquait avidement tous les droits qu'elle avait dû abandonner durant la course. Au pied de cette muraille. mais. il est plus merveilleux encore que dans la clarté matinale : lorsque les ombres s'allongent sur ses flots blancs et qu'elles accentuent le relief de ses vagues. en effet. mon ami Stàubli et moi. puis elles fondirent lentement. A la cabane. On commence par descendre sur le glacier de Hohlaub par une pente rapide. autour de la Bernina. l'air absolument calme. je fus saisi par la beauté nouvelle de ces montagnes : elles nous dominaient d'un côté. « Bien dit ! » s'écria Chouchou en achevant son dernier télémark. nous primes la trace du retour. Malgré la dureté soudaine de la neige. Partis de la Tàschalp. Montée en douze heures. à 4 000 mètres environ d'altitude. Ici. le 17 janvier. . mais. on est peu contemplatif et chacun s'abandonne au plaisir de la glissade. qui nous entourait de son suaire. et. Le temps était parfaitement pur. ou nous nous laissions bercer en oscillations régulières. ce jour-là seulement. j'avais déjà gravi le Rimpfischhorn en compagnie de mon ami Odermatt. Le sommet est un vaste plateau. Je compris. si forte soit-elle. le Rimpfischhorn hasarda un instant sa corne noirâtre hors du brouillard. avaient ouvert une nouvelle voie traversant PAllalin-pass (3 570 m. on surmonte ce dernier obstacle. Depuis lors. il reste encore le versant oriental. l'Alphubel fumait toujours comme un volcan de laves blanches. le même charme et la même pureté. La vue fut presque nulle. et je ne pus m'empêcher de comparer cette exquise promenade à celle que nous fîmes un jour. on verrait qu'il y a quatre ou cinq courbes de niveau de trop dans le dessin. Les sites grandioses du glacier d'Allalin et les névés éblouissants de Fellaria ou de Scerscen présentent. On se dirige ensuite vers un petit col anonyme. Je me hâte de dire que c'est bien la meilleure reute. les skis filent où la volonté les dirige. Ce soir-là. de l'autre. à 8 heures du matin. Malgré les indications de la carte. Mais la carte est fausse à cet endroit. L'élan est si formidable qu'il nous porta sans faillir dans notre trace de l'Allalinhorn et celle-ci jusqu'au pied de l'Egginerjoch. décuplée par la proximité du danger et par la tension de toutes les facultés. mes compagnons m'entraînèrent à la conquête de ce sommet. C'était aussi l'heure où. le dos tourné au vent. chaussé de crampons. de brume et de bleu . Très haut dans le ciel.) et remontant jusqu'à l'épaule même du sommet. par la route ordinaire des Rimpfischwange. la formidable paroi de l'Allalinhorn se dresse comme les falaises tourmentées du Zupo et de l'Argient : le soleil joue dans ses roches fauves et ses couloirs blancs fuient tout droit dans l'azur. Si l'épaule était cotée. et cette volonté. sur cette face de la montagne. à la fin de mars 1912. Chez mes compagnons. jusqu'au souper. dans nos hamacs. Quant à moi. Je m'étais mis en route sans beaucoup d'enthousiasme . nous avançâmes en ski jusqu'à la grande rimaye qui coïncide. on débouche en ligne droite dans la plaine immaculée du glacier. situé immédiatement à l'ouest du point 3150 et par lequel on passe sur le glacier d'Allalin. lorsqu'on utilise ce refuge comme point de départ. l'immense avenue du glacier s'élève insensiblement vers un col idéalement beau 1 Comme je l'appris plus tard. Le jour précédent. sur la surface unie du glacier. la suivant à pied. à mesure que nous montions. pour se condenser plus bas sur le glacier. coupé net du côté de Zermatt et dont nous eûmes quelque peine à trouver le point culminant (4207m. En effet. mais.) à cause d'une brume légère qui se condensait sur la neige et ne s'évaporait que plus loin. telles des âmes en peine. la première ascension hivernale du Rimpfischhorn fut réussie en 1893. ses vapeurs devinrent rosés . Nos yeux devaient garder longtemps cette vision. elles resplendissaient à contre-jour sur le ciel d'Italie. où elles restèrent un temps à rôder. Puis. par Hermann Woolley (de l'Alpine Club) et les guides Gabriel et Joseph (junior) Taugwalder. Au crépuscule. avec une courtine de glace dont la traversée ne semblait possible qu'en un point. arrosant ce que chacun dérobait sur les tables d'abondance. la première ascension hivernale du Rimpnschhorn et en tout cas la première à l'aide des skis ( 1). Sur le col. Le 15 mars. où on peut s'élever sans danger. nous avions terminé la course sur une neige très dure et des rochers absolument secs.

sans laisser de traces apparentes. nous déjeunions tranquillement sur l'Allalinpass (3 570 m. en attendant le retour de mes camarades. sommet : 12 h. environ) : 8 h. Chouchou se mit à remonter le couloir principal dans toute sa hauteur. on apercevait jusqu'aux moindres détails. et rien ne troubla la contemplation d'une vue sans nuage (1). dès notre retour à la Britannia et jusqu'au moment du coucher. dont les rochers nous renvoyèrent l'écho.).). Or. et le moins possible sur nos dos. en nous annonçant que le chocolat était servi. On escalade une sorte de côte. Perdus dans la fumée de nos pipes. l'autre.— l'Adlerpass — ouvert entre le Rimpfischhorn et le Strahlhorn. Un privilège rare nous récompensa : à 4203 mètres. dans notre discussion nocturne et enfumée. au pied du Mont Rosé : longue course qui nous obligeait à franchir l'Adlerpass. Nous fîmes là une longue halte. que conservait le souvenir brumeux de l'Alphubel. l'air était aussi calme que sur le glacier. lui. en compagnie de couteaux. 20 .50 à 14h. La varappe est amusante et n'exige pas plus d'une heure depuis le Sattel. et dans nos cœurs le souvenir des moments inoubliables passés sous son toit. chacun faisant valoir son point de vue. le regard échappe enfin à l'obsession de cette enceinte titanesque et glisse vers un horizon plus tranquille. On en dit beaucoup de mal. 15 mars 1915: départ Britannia: 7h. Jusqu'ici. tant pour nous restaurer que pour admirer la soudaine apparition du Moat Rosé et du Lyskamm. Ils étaient presque aussi secs que lors de ma première visite. Un plantureux souper occupa cette dernière soirée. ce jour-là. sommet: 13h. l'apparition vaporeuse d'une montagne telle que la Disgrazia manquait à mes yeux pour compléter l'analogie de ce décor avec les siteà de la Bernina. deux géants qui ne manquent jamais leur effet et dont la proximité est toujours intéressante. Mitten vint nous réveiller. Nous nous contentâmes d'admirer ces fiers ciéneaux et nous poursuivîmes notre chemin. relié au point culminant par une courte arête. toujours en ski. le beau temps avait favorisé tous nos projets et livré la montagne à tous nos caprices. bon gré mal gré. je proposai d'emporter le plus possible dans nos ventres. après trois longues heures de nettoyage. nous partîmes à l'assaut du sommet. Derrière les ondulations et les blanches épaules du Fluchthorn. eh prévision des grands nettoyages du lendemain. Pour concilier mes amis. Ce soir-là. Mitten se lança dans les rochers et j'en fis autant. Il s'était produit en moi comme une scission entre la machine humaine actionnant le mouvement de 1 II est intéressant de comparer les horaires de mes deux ascensions ait Rimpfischhorn : 31 mars 1912: départ Untere Tàschalp : 4 heures . Seule. les provisions qui encombraient les tables semblaient à peine diminuer. qui forme la rive droite du couloir et aboutit au premier sommet. 10 à 9 h. pour essayer l'arête nord dm Rimpnschhorn. qui lui arracha de puissantes exclamations. et Ton sonna la retraite très tôt. Mitten sembla se résigner. que j'y serais volontiers resté. Il y rencontra de la glace. j'avais l'illusion d'avancer seul sur le gkcier immense. et Mitten. Je coulai à pic et me trouvai au fond de la mare. il est vrai. était naturellement d'un avis tout différent . au creux de cette selle . séparé du point culminant par une série de gendarmes où résident évidemment toutes les difficultés de la course. arête occidentale (3 320 m. Mais jusqu'à quand durerait-elle. Britannia: 16h. La perspective de traverser l'Adlerpass avec une charge de vingt kilogrammes sur le dos ne l'effrayait nullement. Je ne regrette pas d'avoir poussé une seconde fois jusqu'au sommet. Uae bonne demi-heure s'écoula. il n'admettait pas de relâche avant l'exécution intégrale de notre programme.30 . je n'hésitai pas à me déclarer partisan de l'action. elle était vraiment séduisante. La journée était pure comme la précédente et l'air parfaitement calme. Sattel: 12 heures à 12h.20. nous devions quitter la cabane pour nous rendre à Bétemps. mais chaque soir. autour du petit fourneau qui ronflait gentiment. Il s'agissait de résoudre le grave problème du lendemain. Dans la clarté matinale. Converti par une démonstration si claire. je fus précipité dans une mare d'eau grasse. l'air était si calme et le soleil si chaud. le lendemain. avant de prendre la direction du Rimpfischhorn : on évitera ainsi une marche de flanc. Si vraiment nous avions été fatigués. Chouchou. tout de neige et de lumière. cette belle humeur? Il fallait en profiter. et il me fallut les suivre. en face des montagnes de Zermatt. de ces victuailles encombrantes.50. toujours fatigante. Une seule journée bien remplie suffisait à compléter l'exploration que nous nous étions proposée des sommets entourant la cabane Britannia. jusqu'à l'épaule du sommet . proposait un jour de repos afin. Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas laissé nos skis sur ce col. Si la neige n'est pas trop dure. Le lendemain à 6 heures (à 6 heures 1). bien sagement. farouche et sombre. emportant sur nos dos de formidables laques. mais. et il traitait familièrement Mitten de « dix-huitième de boue ». et ce fut l'occasion d'un joli travail au piolet. Chacun à sa façon. Précédant mes compagnons de quelque distance. disait-il. nous quittions Britannia. comme pour mieux marquer le contraste de ces deux sommets : le premier. notre trio fut réuni en conseil de guerre. avec sa haute paroi de rocs et sa crête déchiquetée .35. au retour. Mitten. Ce brave Mitten ! je l'aurais bien embrassé. Il est bon de descendre une centaine de mètres sur le versant occidental du col. Use élégante crête neigeuse conduit au premier sommet (4 119 m. à 3800 mètres d'altitude. Suivant mes conseils. nous aurions facilement trouvé une quantité d'excellentes raisons pour adopter la solution du repos et des grands banquets . où flottaient des macaronis et des croûtes de fromage. on peut s'élever ensuite. s'il n'avait eu le visage barbouillé de lanoline.. Nous avions beau faire bombance chaque jour. nous discutions tranquillement. de fourchettes et de cuillers. C'est pourquoi. Mais ceux-ci ne l'entendaient pas de cette oreille. Nous étions si bien installés. d'anéantir ces amas de victuailles à coups de grands festins. La nuit fut agitée : emporté par une avalanche où les boîtes de conserves voisinaient avec les oranges et les saucisses. qui préconise les solutions prudentes et raisonnables. 55. A 9h30 seulement. où les neiges festonnées se découpeat sur le ciel lumineux de l'Orient. Malgré le soleil et les lourdes charges. Deux heures après avoir quitté Britannia.50Allalinpass: 10 heures à 10h. la montée fut très agréable. la descente en ski nous délassait et la fatigue disparaissait comme par enchantement. éblouissant dans le ciel bleu. ne perdait pas un coup d'œil.

je distinguais mes amis comme deux points sur 1'immensité blanche. Une ascension d'hiver au Strahlhorn (Écho des Alpes. le Rimpnschhorn présente une heureuse combinaison de ski et de varappe. le rythme des skis battant sur les vagues m'annonça l'arrivée de mes compagnons. Notre balade nonchalante me rappelait un titre de Jérôme : Three men on thé Bummel. semblait attirer irrésistiblement mes pas et la grandiose avenue du glacier s'ouvrait devant eux. Derrière la corniche qui m'abritait. il n'y a qu'à suivre le pied des Rimpfischwànge et le sentier de Z'Fluh à Findelen. Du sommet du Rimpfischhorn. Si vous voulez descendre sur Zermatt directement. Un coup d'œil en arrière suffisait à détruire ce sentiment de solitude : tout là-bas. s'y cramponner des mains et faire appel à toute leur énergie pour atteindre le sommet. la brise légère tempérait agréablement la chaleur du soleil. La ligne blanche de l'Adlerpass. L'Alphubel exige beaucoup de prudence à cause des nombreuses crevasses. mais la réalité surpassait de beaucoup ce que mon imagination avait cru concevoir. réfléchie par les neiges. En vérité. et ses lignes. dix ans auparavant. les séracs du Strahlhorn cascadaient dans le bleu . Le bleu profond du ciel découpait nettement les contours étincelants de la montagne. incurvée sur le ciel. Il était midi et demi : trois heures suffisent donc pour monter de la cabane au col. c'en était bien un ! Les mains dans les poches. je vis qu'ils s'arrêtaient à l'ombre d'un sérac . Elle passait sur nous comme un souffle de vie que nous respirions avidement : il coulait dans nos veines et gonflait nos cœurs d'allégresse.. de plusieurs jours pour rayonner autour de la cabane Britannia. De joyeux yodels résonnèrent dans les rochers voisins et notre trio s'installa dans la neige pour diriger une sérieuse attaque contre les provisions qui gonflaient les sacs. mais le col semblait si proche que je poursuivis ma promenade solitaire. distrait par ce que voyaient mes yeux. par une claire journée de janvier. d'un côté..mes skis dans la piste toute tracée. Des quatre sommets gravis successivement en quatre jours. les formes vaporeuses du Mont Rosé surgissaient derrière une pente illuminée de soleil. sur la croupe étincelante du Strahlhorn (4 191 m. facile à repérer du sommet du Strahlhorn et qui. Je le savais — et j'appréciais d'autant mieux notre heureuse chance. lorsque la bise a soufflé quelques jours. subjugué. Je ne connaissais pas l'Adlerpass. aux flancs somptueux du Mont Rosé. et il ne m'avait pas procuré l'extase qui m'envahit en franchissant la corniche de l'Adlerpass/ Certes. nous conduisit au sommet. 1 Dr O. de l'autre. le cadre et l'éclairage y furent pour beaucoup. contrastaient par leur légèreté avec la proximité brutale du premier plan. Aussi loin que nous pouvions voir. le retour à la cabane n'offrira pas un grand charme au skieur pur et simple. Chacun sortit une orange de sa poche et la savoura lentement en face des montagnes. trois hommes comme nous avaient dû ramper sur la neige. C'est une des raisons qui peuvent l'engager à combiner cette ascension avec la traversée de PAdlerpass. Mais. fondues dans la pâleur du ciel. Plus loin. ce cadre n'existe pas. comme nous. On commencera alors par l'Allalinhorn. rien ne troublait le joyeux hymen entre l'azur du ciel et la neige des montagnes. Elle nous arracha à notre contemplation et nous poussa. comme trois paysans suivent une route par un beau jour de foire.). vous vous laisserez peut-être tenter par une autre route. Quelques pas encore sur le versant opposé et je m'assis instinctivement. 1906. Mais si vous devez redescendre sur 2 . impatient de surprendre la beauté du spectacle qui m'attendait là-haut. Par un hasard de la nature. Le temps s'écoula trop vite. sous le même angle que les flots blancs du glacier de Findelen. Comme intermezzo. au lieu de suivre le glacier de Findelen. la vue est illimitée et les yeux errent inconsciemment. Seule. Au lieu de rester couchés ainsi. J'étais sur le col. infiniment étroite. du sommet du Rimpfischhorn. en face des montagnes. Sur cette même arête. traversait la Dent Blanche . le bâton sous le bras. tant la violence de la bise était grande (1). p. sans pouvoir se fixer longtemps au même endroit : tant de sites les attirent ! D'ici. Une dernière crête.) large selle ouverte entre le Stockhorn et la Cima di Jazzi. La ligne qui séparait la neige du ciel s'abaissa peu à peu . une dernière corniche me séparait du inonde nouveau qui allait s'offrir à mes yeux. et cette haute route Britannia-Bétemps constitue une des traversées les plus belles et les plus intéressantes des Alpes ( 2). dont l'ascension est relativement courte. Sous la corniche. Si l'on dispose. les regards erraient sur la paroi mystérieuse du Rimpnschhorn. Pourquoi l'effet du Mont Rosé est-il si surprenant ? Nous l'avions contemplé le jour précédent. nous avancions sur la neige durcie. nous prolongions notre sieste avec délice. lorsque les conditions sont aussi favorables qu'elles l'étaient ce jour-là. nous invitèrent à prendre place. mais toujours il revenait. je laissai mes amis cheminer devant moi. le Strahlhorn est certainement celui que je recomman derai en premier lieu aux hôtes de la cabane Britannia : c'est la course en ski par excellence. la ligne ondulée de ses arêtes de glace fuyait doucement. sur le dos bienveillant de la montagne. GOEHRS. Quelques rocs. Vous ne voyez pas au delà. à l'abri de la bise légère qui soufflait. le traverse perpendiculairement et remonte au Stockhornpass (3 415 m. Lentement la neige s'abaissa. Au pied du Rimpfischhorn. qui coule à ses pieds. et l'esprit. 257-282). vous arrivez à la cabane Bétemps. Cette fois-ci. facile et sans danger. Il n'est pas rare cependant que la neige soit complètement dure sur le glacier d'Allalin. mais la carte est assez éloquente pour vous renseigner. émergeant de la neige. pendant une demi-heure. Mes skis avançaient toujours. ne fût-ce que pour réjouir mes yeux à la vue de leur alkire confortable. explorant les couloirs et détaillant la structure des créneaux qui couronnent son faîte. Les ombres étaient du même bleu. Leurs visages cuivrés surgirent bientôt de la neige comme ceux de deux Indiens sortant d'une embuscade et ils furent illuminés d'enthousiasme. au gré des vagues irrégulières que forme la neige. escaladait le Cervin. Dans ce cas. Dans l'air. il est tout naturel de réserver cette traversée pour le retour. envahis par la chaleur exquise du soleil et par la douce quiétude du moment. il fallut céder à une ardeur insatiable. l'un derrière l'autre. le regard suivait les corniches du Breithorn. Mitten m'avait bien averti du coup de théâtre qui nous attendait là-haut. Au lieu d'aboutir à Zermatt.

D'un côté. sur la rive droite du grand glacier de Findelen. la silhouette du Cervin paraissait plus -noire. le néant et l'immensité des montagnes nous entouraient et nos yeux confiants cherchaient làhaut. avait transformé le lumineux paysage de midi en une puissante fantasmagorie. qui commençait à devenir précieux. parmi les blocs de pierre. et soudain une haleine froide nous caressa le visage. enfin. Chouchou prit la tangente pour tâcher de découvrir le pied de la pente et lança bientôt un *odel de satisfaction. le Rimpnschhorn était presque méchant. une tache de rosé fondait lentement et. le cube brun du refuge. Pointu. . Après avoir décrit quelques serpentines. je m'arrêtai bientôt pour voir descendre mes compagnons : ils semblaient voler dans leur sillage de neige poudreuse. Comme la pente du col est très raide au début. II. plus fine et plus haute que jamais. il est préférable alors de commencer par l'ascension du Strahlhorn et de combiner celle de l'Allalinhorn avec le retour. Ce furent les derniers spasmes du crépuscule. il nous fallut trois quarts d'heure pour passer d'une rive à l'autre. nous parcourûmes une centaine de mètres en portant nos skis. Malgré une allure rapide. Une heure avait suffi pour gagner le sommet du Strahlhorn et vingt minutes pour en redescendre. à travers l'Adlergletscher et s'arrêtèrent hésitants au bord de la rive escarpée qui domine le glacier de Findelen. Au flanc du Lyskamm. heurtant ses vagues à la puissante digue qui court du Breithorn au Théodule. Nous quittâmes le glacier sur un pont chargé de neige et suivîmes la petite combe derrière la moraine. dans une belle neige poudreuse. menue comme un fil d'araignée sur une nappe blanche. nous étions de nouveau réunis sur l'Adlerpass. en me faisant signe de piquer droit en bas. nous abandonnâmes à la pente nos coursiers impatients.). Contournant la rive glacée du petit lac. l'arche du salut. nous suivions amusés les méandres hésitants de notre piste. la corde fut déroulée sans hésitation. Il restait encore 200 mètres à gravir pour gagner notre dernier col (le Stockhornpass. Nous l'aperçûmes enfin. La carte indique à cet endroit quelques grandes crevasses et invite à la prudence. nous rejoignîmes le chemin habituel qui vient de Gadmen. la lueur d'émeraude disparut. et nous en profitâmes sans perdre notre temps. Tous ces itinéraires sont décrits minutieusement dans le Walliserski-Inner. Je coupais ainsi perpendiculairement la direction des crevasses — qui restèrent invisibles — et nous fûmes bientôt réunis au point coté 3 208. nous arrivâmes à la cabane Bétemps. une heure suffit pour descendre du Feejoch à Saas. comme une nappe d'argent en fusion. 20. ce que je fis en freinant fortement de mes deux bâtons réunis. le ciel était constellé d'étoiles. son voisin. le soleil. vol. Ivres d'enthousiasme. un peu au-dessous de la rimaye. Une combe glaciaire y conduisait. s'entourait d'une écharpe de brumes rosés. la vue était grandiose. embellie encore à cette heure par la magie du crépuscule. et le Strahlhorn. un peu après 7 heures. Détachée à contre-jour sur un ciel éblouissant. nous glissions comme des fous sur la neige légère qui bruissait sous la proue des skis. De ce large dos qui sépare les deux immenses déserts neigeux de Findelea et du Gorner. Et. Tout près se dressaient les séracs du glacier. Le Gorner scintillait à ses pieds. 3 415 m. Comme il fallait maintenant traverser celui-ci dans le sens même des crevasses. Saas. Du côté opposé. Lorsque la neige est favorable. La nuit tombait . Nous franchîmes à toute vitesse la ligne qui séparait l'ombre de la lumière. lorsque. baissant toujours. puis nous pûmes sans danger les chausser. Parti le premier. Ce n'était plus très loin ni très haut. qui confinait par le rosé au bleu noir du firmament. les neiges montaient vers le ciel comme une gamme de teintes pâles. nos skis filèrent en plein sud.A 3 h. Nous arrivâmes là-haut aux derniers rayons du soleil. dans un paysage polaire d'une sauvage beauté. Chouchou nous cria : « Regardez le Mont Rosé ! » Là-haut se jouait l'apothéose de cette merveilleuse journée : baignées d'ombre dans le bas. et notre fugue s'acheva au Gornersee. Le soleil n'avait pas encore abîmé ce que la bise ne pouvait atteindre et la neige fut partout excellente — à notre grande surprise. La corde reléguée au fond du sac. dans l'échancrure profonde du col du Lion.

Les longues bannières de nuages courroucés. Le premier plan était un fouillis d'étoiles minuscules. en janvier 1898.K. Peu de panoramas sont mieux groupés que celui de l'Obermônchjoch. by Arnold Lunn (1920). La neige était parfaite : couche poudreuse sur croûte gelée. et les frères Feuz. avant que la croûte de neige ait le temps de s'amollir. Tous les itinéraires entre le lac de Thoune et la vallée du Rhône. il neigeait à gros flocons lorsque nous atteignîmes le Jungfraujoch où nous comptions passer notre première nuit. 50. un orage éclata . La Jungfrau (4166 m. A. près du pied du Hinter Fiescherhorn. Heureusement. soit pour les courbes et balancés de toute espèce. J'espérais que ce ne serait rien de plus que l'orage du soir. quand nous quittâmes le Jungfraujoch. ou même jusqu'à la cabane du Trift. endroit où se termine généralement la Haute Route. ils avaient qukté leurs études ardues à Lausanne pour retrouver le monde des neiges. converti par son enthousiasme. II. celle conduisant de la Concordia au Lôtscliental. Ceux qui préfèrent éviter ce palace peuvent arriver le même soir àla cabane Concordia. Le volume III est eu préparation et comprendra la région orientale de 1'Oberland. nous avions fait. l'Oberland bernois est sans contredit le plus beau champ d'action des Alpes. il faudrait la faire de très bonne heure. La montagne avait fait la conquête de mes amis et. Il n'existe pas d'ombres pareilles à celles qui tombent sur la neige poudreuse. il obliqua à l'ouest et gagna le pavillon Dollfus pour compléter sa traversée. soit à la Goescheneralp. pp. de Mûrren. En couchant à l'hôtel de Fafleralp. et elle est tout à fait sûre. En mai 1924. Nos derniers doutes s'évanouirent en atteignant le Mônchjoch à 5 h. je devais précisément traverser cette région avec lui. et finalement remise. La station du Jungfraujoch possède aujourd'hui un confortable hôtel. En tout cas. vol. Les guides s'amusèrent à essayer des balancés ( 2). nous avons suivi la caravane de Paulcke. par la Triftfimmi (3 100 m. plutôt que d'aller directement à la Concordia. sauf peutêtre sur une longueur de 200 mètres. 45-64. ouvert toute l'année. Comme nous arrivions à la station du glacier de l'Eiger.. depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. lors de sa première traversée de la Grimsel à la Concordia. . S n'a pas encore publié de guide spécial pour cette région. Ce détour n'ajoute qu'une heure au trajet. Ce genre de beauté n'est pas donné aux aurores sans nuages. habituel en mai il y avait cependant de vilains brouillards noirs au ciel.CHAPITRE XII L'OBERLAND BERNOIS (Course de printemps) par ARNOLD LUNN (1) Nous nous rencontrâmes à Interlaken le 17 mai. mais on trouvera tous les renseignements nécessaires dans The Alpine Ski Guides: The Bernese Oberland. était notre guide chef. Celui qui méprise le confort du Jungfraujoch ou les avantages de son chemin de fer fera mieux alors de partir du Lôtschental. S. mais beaucoup plus intéressant aussi. 2 Ce que j'ai appelé pas glissés au chapitre VII. en franchissant le Lauter-aarsattel (3 156 m. Librement traduit par M lle Roget. pour devenir la tameuse Haute Route. Quant au retour de la Grimsel. 1919. ceux qui ont le temps feraient bien de traverser le Mônchjoch.) sont des buts facilement accessibles en quelques heures. trois charmantes expéditions en ski sur les glaciers de l'Oberland. où chaque cristal reflétait l'aurore. à la cabane Egon von Steiger sur la Lôtschenlûcke. Mais la course fut retardée. soit pour la vitesse. L'arrière-plan présentait des flaques de lumière.) et le Moine (4105 m. et il est préférable de pousser plus loin encore : soit au Susten par le Zwischentierbergpass. A. C'est pourquoi. et nous avions pris comme porteurs Bischoff. on a l'impression de caresser du velours. sa contrée favorite. On peut aussi s'arrêter à mi-chemin. On n'y trouve pas ce contraste entre le soleil et la brume qui prêtait tant de charme à cette vue du Mônchjoch. entre lesquelles couraient les nuages sombres. — M. annexée à l'Annuaire du C. il était dans toute sa perfection. Mes trois camarades a vaient pas se le s deux hivers précédents à Mûrren et étaient devenus de très bons skieurs de haute montagne. Lunn a bien voulu combler cette lacune en m'autorisant à publier le récit qu'on va lire. en descendant par l'Ewigschneefeld plutôt que par le Jungfraunrn. le Lôtschental et la Grimsel ont été tracés par Arnold Lunn et Othmar Gurtner sur lacarte Gadmen-Bietschhorn. le beau temps paraissant bien établi. il n'est agréable ni d'un côté. puis en gravissant les Fiescherhôrner plutôt que le Finsteraarhorn. Une telle neige permet une allure plus rapide que la neige poudreuse profonde. Pour nous. surface particulièrement douce et ferme à la fois. surtout en sens inverse. dans la suite si souvent parcourue. Evans. Mais. on revient à Meiringen directement . il fut possible de parcourir presque toute la distance entre le Mônchjoch et la Concordia. Du Susten. lorsque le soleil brille bas sur l'horizon. bordés d'argent. il vaut la peine de rester un ou deux jours au Junfraujoch pour gravir les sommets voisins avant d'entreprendre la grande traversée. 30 du matin le 18 mai. Il ne manquait à cet itinéraire qu'une dernière étape. à travers le glacier du Rhône. VII. il arrivera en une forte journée à la Concordia. Pour le skieur printanier. Mais. semblaient être celles des dernières légions des armées nocturnes en fuite.) le lendemain et descendre coucher à la Concordia.) pour rejoindre la Haute Route à la Concordia. il a paru dans l'Écho des Alpes. vol. à 4 h.. le vent venait de l'est et. de Wengen. Joseph Knubel. Middleditch et moi. lorsqu'on en a le temps. Le C.). Cet itinéraire est naturellement plus compliqué et plus long que la classique Haute Route. avec d'autres officiers rapatriés depuis. Au ciel vibrait la claire et vive lumière qui suit l'aurore. Arrivé à une heure de l'hospice de la Grimsel. on a cherché à prolonger la Haute Route jusqu'à la Furka. Au chapitre II. C'est ce que firent Lunn et ses compagnons. et. j'avais l'esprit parfaitement tranquille. Il n'y a pas de neige plus sûre. le quatrième jour. ce matin-là. Or il manquait à mon livre un chapitre sur l'Oberland au printemps. ni de l'autre. gravir l'Ebnefluh (3 964 m. et l'on peut jouir de la vue entre le Mônchjoch et la chute de séracs 1 II est inutile de présenter Arnold Lunn à mes lecteurs : son nom revient fréquemment dans cet ouvrage. Mais la descente du Trift dans la vallée de Gadmeo «st très dangereuse. de la Goescheneralp on rejoint la ligne dn Gothard à Goeschenen. Lorsqu'on y glisse. déployées sur les trois crêtes du Wetterhorn et flottant au-dessus des rochers imposants du Schreckhorn. on part volontiers de la station du Jungfraujoch (3 457 m. Captain Carlyon. Nous n'oublierons jamais cette première longue descente du Mônchjoch sur l'Ewigschneefeld. malgré les nuages sombres qui planaient dans le nord de la Suisse. Dans des circonstances normales. de Saint-Nicolas. et nous le connaissons désormais comme le plus fervent spécialiste du ski printanier dans 1'Oberland.) et descendre sur Meiringen. En 1917.

mais assez rugueuse pour permettre le christiania ou les stemm. par exemple 1 L'endurance admirable de la bande de Lausanne. ne cesse de hanter les glaciers de sa présence importune. dans la profonde neige poudreuse. Après bien des heures passées dans les neiges aveuglantes. nous avons déposé nos sacs. comme nous approchions du col. une onde sonore vint troubler la tranquillité des hautes Alpes . Là. . qui nous avait rafraîchis à la montée. la lumière semble réfléchie par une loupe qui aurait pris votre visage pour foyer. Nous montions sur la neige dure avec nos crampons.). Nous suivîmes la rive gauche des séracs : une descente très amusante sur une croûte de neige dure. on plongeait sur la merveilleuse fraîcheur des prés de Grindelwald. La montée du Fiescherfirn jusqu'à la cabane du Finsteraarhorn fut une des plus échauffantes que j'aie connues. belliqueux. nous attaquâmes les pentes menant à la Grùnhornlùcke. 55. j'ai vu une ficelle se casser et une paire de skis disparaître dans la nuit. à demi couchés. Les Wetterhôrner. Prenant les choses très « à la douce ». à pied. un aéroplane tournoyait. j'entendis la fraîche musique d'un ruisseau turbulent. au Mont Rosé. Et l'on est grillé plus cruellement encore que pendant la marche ! La pente était semée de gens lassés. tirant nos skis avec une ficelle. Entre les crevasses. Celle-ci ne présente aucune difficulté. télémark sur télémark. d'une manière inopportune. sauf peut-être sous quelque rocher surplombant. avait aussi contribué à conserver à la neige. outre la ficelle passée par les trous perforés dans les pointes des skis. et l'on fila. Bêtement. déjeuné et fumé la meilleure pipe de la journée. 20. le soleil semble au zénith. 40 pour le Fiescherhorn. nous ne quittâmes le col que vers midi. Ceci pour plus de sûreté. mais c'était encore un indice fâcheux que le jour viendra où des aérobus sans vergegne déposeront leurs bandes de touristes dans les sanctuaires les plus recttlés des Alpes. Concordia: 7h25 à 8h15. faisait l'étonnement de tous. j'avais été trop bon (1) ! Le lendemain matin. Il fallut redescendre 400 mètres pour les retrouver. Au mois de mai. Dans la neige amollie superficiellement. se présentaient très bien. nous fournit encore une excellente descente. La chute de glace. six heures un quart après avoir quitté la cabane. Comme je montais lentement. des lunettes très foncées et une ration supplémentaire de lanoline sont indispensables. Juste au-dessus de cette cascade de glace. entre autres. Il faut avoir soin de passer une ficelle de réserve à travers les fixations. on arriva à la crête de l'Ochsenhorn (trois minutes et demie) où cessait la neige poudreuse et. tombée deux jours auparavant. cherchant vainement à s'abriter sous des manteaux tendus entre des bâtons de skis. Encore quelques courbes. Du sommet d'une arête. En descendant tout droit. La descente fut admirable. les travées de neige fondaient jusqu'à la profondeur de quelques centimètres seulement. Presque toute notre troupe atteignit la cabane à I h. Mônchjoch 5h50 à 6h10. puis une descente longue et directe nous amena à la cabane Concordia. glissait et descendait la pente avec un bruit d'eau courante. Au mois de mai. qui ne pouvait guère être entraînée. en tirant les skis. christianias et télémarks étaient également faciles. si ennuyeuse en plein hiver. bien que les premiers skieurs — passés là en février — eussent eu toutes les peines du monde à contourner cet obstacle. juste au-dessous de l'Ochsenhorn. nous partîmes à 4 h. On chaussa les skis à 50 mètres sous le sommet. Apparemment. Le vent. nous étions de nouveau au sommet de la cascade de glace — cela faisait six minutes de merveilleuse descente sur un déclin de 400 pieds. je m'étais chargé d'un sac très lourd pour mettre tout le monde sur le même pied. à peu près de même altitude. sa qualité poudreuse. La neige était encore en excellent état et faite pour des télémarks combinés. de sorte que le sport était à la fois sain et divertissant. La vue du Hinter Fiescherhorn est très étendue. Les christianias allongés y étaient extrêmement faciles. la croûte supérieure se détachait.de l'Ewigschneefeld. Soudain. c'était un bourdonnement désagréable. Après les pentes douces du Walliser Fiescherfirn. Arrivée au sommet à 10 h. cabane du Finsteraar: 13h20. Impossible de s'abriter. comme un écho des rumeurs de la guerre que nous pensions être restées dans les vallées. Nous choisîmes le Hinter Fiescherhorn (4 020 m. ennemi par excellence de la bonne neige. la neige poudreuse cessait. Cette illusion s'explique de la manière suivante : à mesure que les skis des guides mordaient la neige. Non seulement cela nous rappelait. Jungfrauhorn: 4h40. Quelques virages rapides entre crevasses. une dernière longue 1 Départ du Jungfraujoch 4h20. Si l'on a le malheur de s'arrêter un instant sur la neige. lorsqu'enfin je me rendis compte que le ruisseau était un mirage. deux minutes et demie après. L'ascension se fit sans incident. tout en remarquant avec joie que le dernier nuage avait disparu du ciel. la montée en ski nous aurait certainement pris deux heures de plus. Vainement je parcourais du regard la surface de neige étincelante qui attisait ma soif. Le vent d'est. On prend ainsi les deux tiers du temps et on fournit un effort de moitié moindre qu'en cheminant en ski. cet aperçu de verdure était comme une averse dans le désert. Car. Après déjeuner. le monde que nous avions laissé bien loin. Grunhornlûcke 10h50 a 11h40. Ce fut pour nous un des plus beaux moments de la journée. En effet. vinrent les pentes rapides de la cascade de glace.) comme étant meilleur pour le ski. tel celui d'une oasis dans le désert. Elle est du reste exceptionnelle dans les hautes Alpes en toute saison. Un détour d'une heure vingt exactement nous permit de gravir le séduisant petit Ochsenhorn ou Klein Fiescherhorn (3 905 m. tout compris. Le Fiescherhorn a deux pointes. se détachant sur le bleu du ciel. Pas moi.

Au-dessous de nous. Une caravane descendant le Wannehorn à pied éveilla notre respectueuse sympathie (1). Il y avait eu de tout : longues glissades sur terrain découvert. Les premières heures du jour. 45. puis l'on skia jusqu'à la langue du glacier d'Unteraar. retour au pied de l'arête: 9h40. le pavillon Dollfus apparut. on fit une halte. mérite déjà qu'on visite l'Unteraar. Nous filions accroupis. libérée de la main glacée de l'hiver. et j'entrepris de faire goûter à mes amis la descente de l'Oberaargletscher.) à 7 h. Sur cette merveilleuse neige. les montagnes. baignent dans une atmosphère lumineuse. brusques virages entre des obstacles. Comme la plupart des pentes conduisant à un col. car la neige commençait à s'amollir. cette glorieuse « plongée » dans l'air du matin était passée. et ceci sur de la neige de toute sorte. puis je rendis les rênes. Depuis ici. qui rayonne avec une transparence opaline. Nous allions d'une rive à l'autre du glacier en nous servant de ses bords pour tourner et changer de direction. Nous atteignîmes l'Oberaarjoch (3 233 m. la croûte de neige dure était rasée par le bord du ski et descendait la pente avec un bruissement d'eau. arête ouest de l'Ochsenhorn: 8h20. séracs: 5h50. il aurait pris les premiers 600 mètres tout droit. descentes courtes et rapides. Les arêtes se détachent clairement. Vers le bas de la pente. un des plus intéressants. Le vent et la neige chantaient à nos oreilles . A 9 h. halte pour déjeuner: 7h15 à 7h45. et en avant ! Je glissai avec précaution jusqu'à ce que j'eusse déterminé la place exacte de la rimaye. il estimerait n'avoir pas gagné son dîner » ( 2). vous me prêtez des ardeurs que je n'ai plus. Celui-ci est un des glaciers de l'Oberland les moins fréquentés et. 45. et terminer la journée en montant jusqu'à la cabane.glissade. Au delà de l'Oberaarjoch. Les ombres s'allongent sur la neige. A 1 h. suivis de 300 mètres en pente douce. un regret nous étreignait: le regret inévitable de ce qui a passé trop vite. et. je donnai une dernière secousse à mon sac. Middleditch poussa un soupir résigné. rapides. cabane: 1h45. et quatre skieurs hors d'haleine se trouvèrent au pied des neiges. leurs pointes vibrant au contact de la neige. une des plus belles randonnées dont j'aie jamais joui. C'était fini. passées sur les glaciers au mois de mai. voilà ce qu'il aime. balayée par le vent. nous avions mis trente-cinq minutes pour descendre. on ne pouvait tomber. mais sans dureté. délicieux à parcourir sur de la neige dure. et l'on recommença à grimper. .la solitude ne serait pas troublée par des bipèdes importuns ! La halte dura une heure. Enfin. le Lauteraarboden était encore couvert de neige. K. Le glacier s'élève en pente douce : nous avancions vite et sans peine. Il y a toute une gamme de couleurs qui disparaît quand le soleil est plus haut sur l'horizon. parcourir tout le glacier en moins de dix minutes. 2 Non. Je connais peu de glissades qui soient à la fois aussi rapides et confortables. et à 6 h. sur le ciel. on ne devrait pas quitter le col plus tard que 7 heures. et plus tard sur le Finsteraarhorn. nous nous retrouvions à la cabane. dit-il. comme un cycliste sur une piste de course. En regardant le col. désiraient prendre le raccourci qui passe sur le Scheuchzerjoch. la démarche lente et insouciante. la vue était étonnante : on apercevait le glacier du Rhône et les cimes du Gothard. à chaque virage rapide. Cette vallée qui conduit à la Grimsel est sauvage entre toutes. les parcourant en deux minutes. j'en suis sûr. Adossés à nos sacs. Elle en valait la peine. retour aux skis: 11h45 à midi. avec une journée de ski en perspective. Le soleil n'étant pas encore trop chaud. Les premiers 600 mètres sont raides. Un eliamois traversait le glacier. à certains égards. « Tiens. purifiées par la fraîcheur de la nuit. Les guides. fortement chargés. A 8 heures. Ns avions goûté la joie intense du skieur accomplissant une des plus belles glissades de sa vie. de ce qui ne reviendra plus. lui. On peut. le pays était nouveau pour moi.. La pente se terminait en courbe douce. la rivière coulait sombre et vivante. en sortant du glacier. Celui qui a la chance de se trouver. mon cher Middleditch. connaît une joie rarement accordée aux mortels. Les christianias se succédaient. La vue qui s'ouvre sur le Schreckhorn. sommet Ochsenhorn: 9h10. sans inconvénient. et je vous engage à lire ma « dernière campagne ». ont quelque chose de magique. qui rappelait la musique des ruisseaux glaciaires par une chaude journée d'été. — M. Nous partîmes le lendemain matin à 5 heures. L'après-midi se passa à prendre des bains de soleil sur les rochers près de la cabane. Il y a une dénivellation d'environ mille mètres entre le col et la langue du glacier d'Oberaar. jusqu'à ce que l'été eût chassé les neiges delà vallée. hélas. redescendre sur de la bonne vieille neige durcie. Nous avions un léger retard. C'est un glacier idéal pour le ski : peu dangereux et relativement peu crevassé.. Si l'ami Klopfenstein avait connu le terrain aussi bien que moi. je tirai ma montre. le vent s'apaisa. Au mois de mai.. En somme. En comptant les haltes. je regardai mon anéroïde. Les skis bondissaient en avant. trop tôt. c'est la même histoire que pour la cabane du Finsteraarhorn. La bande arriva au bas du glacier vingt minutes après avoir franchi le Joch. Faire 2 ooo mètres de grimpée avec 80 kilogrammes sur le dos.. Nous avions mis cinq minutes. dont ils avaient consommé trop vite les joies éphémères. la partie supérieure de l'Oberaarjoch est concave et revêt la forme d'un entonnoir peu profond. On dirait que ces cabanes ont été construites pour amuser l'ami Kurz. se mettre nu jusqu'à la ceinture. dans le vent qui sifflait et. et nous nous trouvions sur les pentes douces des Walliser Fiescherhôrner. sur ce tapis blanc. Fin de la glissade: 12h15. car. S'il ratait cette dernière grimpée. 45. Le vent d'est rendait la montée facile et agréablement fraîche. à cette heure dorée du matin. 1 Départ de la cabane du Finsteraar: 4h40. Sur cette pente égale et sans crevasses une chute dangereuse est presque impossible. comme s'il savait fort bien que. nous regardions le col. nous nous mîmes à glisser tout droit. après une absence de neuf heures. Hinter Fiescherhorn: 10h55 à 11h40. sur un col de glace. Un skieur de premier ordre pourrait. C'est le terrain rêvé pour le skieur. Mais ce serait dommage de bâcler une si belle descente. 40 nous avions remonté la profonde cheminée qui mène à la Gemslucke.

Ces considérations mises de côté. et vous émergez au sommet de la crête. nous trouvâmes que la neige avait gelé . et l'on commença par une courte grimpée. » Nous nous attendions à ce que la pluie douce. Nous avions parcouru tout le glacier depuis la langue jusqu'à la rimaye. Les cols qui ne sont pas clairement dessinés. En résumé. nous pouvions doac marcher en traînant nos skis. nous éprouvions la nostalgie des plaines verdoyantes. Entre deux. La rimaye était plus effrayante en apparence qu'en réalité. et pas assez de ces braves frères Meyer qui firent l'ascension de la Jungfrau et peut-être du Finsteraarhorn avant que Napoléon eût vu Waterloo. Je sortis et je vis que les claires étoiles avaient reparu au ciel. puis un dernier 1 Départ de la cabane du Finsteraar 5h. nous contemplions la moraine où Agassiz peina. On est comme au théâtre. Du Dollfus. Je montai dans l'escalier facile taillé par Knubel. Quelle merveille de sentir que le col était la limite. En venant de la cabane du Finsteraarhorn. non seulement entre deux vallées. Finalement. 10. que Rudolph Meyer avait bivouaqué en 1812. et cette journée idéale. Nous partîmes à 3 h. « Vous comprenez. Encore quelques secondes d'efforts. On voyait rire le ciel à travers l'ouverture pratiquée dans la crête surplombante. Je m'arrêtai un instant. Sur un col idéal. Lentement.C'était pourtant la peine de faire une montée de plus. Rotkornsattel: 6h40. tandis que sa femme. au delà desquels les montagnes apparaissent peu à peu. sans effort. Noua nous étions fidèlement acquittés des rites qui doivent précéder le passage d'un col. Il faut de l'herbe et de l'eau courante pour en faire autre chose qu'une halte dans l'attente de quelque chose de mieux. Un souvenir seulement. Et le ruisseau chantait toujours sa chanson. Elle devient graduellement plus raide. Quelques pas dans la glace.les rochers et la neige de l'hiver. comme par hasard. Vallée et montagnes surgissent d'un seul bloc. On est enfermé dans un petit espace. Après notre voyage à travers les glaciers. nous rendaient la notion de la couleur que nous avions perdue sur les glaciers. Ainsi. qui se présentent comme de vastes plateaux ondulés. il la chantait avant que le monde fût pris de folie. A i heure. et il la chantera quand les hommes auront disparu. Les Meyer avaient franchi notre second col (l'Oberaarjoch) en allant à la Jungfrau. Une cabane perchée sur un désert rocheux n'est pas idéale. comme un prisonnier sur le seuil de sa prison. 06. notre col se montra. vous commencez toujours par monter. Demi-nus. en montant du glacier qui s'étale en pente douce. nous écoutions avec une joie tranquille un petit ruisseau murmurer dans les rochers tout près. mais entre deux mondes ! D'un côté. On entend un peu trop parler de Whymper et de Mummery. la vue du Dollfus est sans rivale. sur le tapis vert entourant la cabane. clairsemées dans le gazon. c'était merveilleux de retrouver des fleurs et la douceur du gazon. même si vous voulez descendre sur le glacier. J'ai joui pleinement des longues heures paresseuses de l'après-midi au Dollfus. et l'aurore sur le Finsteraarhorn ne fut pas la moins belle que j'aie vue. on parlait de tout. nous avions franchi des lieux historiques. Oberaarjoch: 7h45 à 8h. ava nt le lever du rideau. se plaignait du manque de confort de l'hôtel des Neuchâtelois et de l'inconvenance des histoires que Desor contait après le repas 1. ce qui nous eût forcés à faire la montée en ski. qui ne ressemble en rien à certaines dépressions neigeuses qui n'ont pas de véritable crête ou. dit Middleditch. l'horizon est limité. Les guides devaient les haler au moyen d'une longue corde. Les guides décidèrent de suivre la route d'été. la vue devrait se rétrécir peu à peu. On somnolait. et nous avancions à une allure agréable. Après quatre jours passés au cœur des neiges. Celle-ci a environ 600 mètres de hauteur. mais un souvenir tel que le regret que nous aurons des joies simples de notre passé terrestre en rendra le Paradis insupportable — si jamais nous y entrons (1) ! L'orage qui menaçait au moment du soleil couchant éclata avec force lorsque nous nous mîmes au lit. on allumait une autre pipe. avant sa tentative — qui fut d'ailleurs bien près de réussir — d'attaquer le Finsteraarhorn par la grande arête sud-est. sauf de la guerre. 50°. Au pied se trouve une rimaye et au sommet une corniche. Nous laissâmes nos skis près de la rimaye. la nuit enveloppa les montagnes. tels que le Théodule. Chaque pas avait son charme. il y eu un moment précis : le lever du rideau. ascension estimée difficile actuellement encore. Le glacier n'était pas raide. même dans la contrée de Zermatt. A notre grande joie. puis sur un replat. la verdure et les couleurs du printemps. pendant une brève seconde mon nez resta comme collé contre la muraille de neige. l'arrivée devrait s'opérer comme suit : le nez du touriste passe la ligne de faîte à 10 h. Knubel me réveilla.). ait fondu la neige . une Allemande. c'est un col idéal. Passer un col a de l'intérêt lorsqu'on voit surgir brusquement ce qui se trouve de l'autre côté. 07. . notre premier col. au delà de l'étendue du glacier. l'après-midi s'envola. ne fut plus qu'un souvenir. si renommée. la ceinture à 10 h. Le rideau s'est levé sur une scène inconnue et d'une beauté insoupçonnée. tandis que les gentianes et les anémones soufrées. et le dernier rempart de neige présente une pente d'env. appartiennent à une catégorie tout à fait inférieure. 05. de l'autre. nous commencions l'ascension de la dernière pente aboutissant au Lauteraarsattel (3 156 m. En contournant un promontoire. C'est sur la Gemslùcke. on se réveillait. nous pouvions contempler le site des travaux d'Agassiz. Et maintenant. tout un monde nouveau s'étale à vos yeux. A mesure qu'on approche du col. pis encore. tombée durant la nuit. et je me trouvai sous la corniche. Environ trois heures après avoir pris pied sur le glacier. et les souliers à 10 h. on ne devrait avoir conscience que des quelques mètres carrés qui sont droit devant. Les gens qui ont construit ces cabanes avaient un sens du drôle tout à fait remarquable. pied du glacier d'Oberaar: 8h20 pavillon Dollfus: 15h. sur le mur de neige abrupt qu'on escalade. passée dans les Alpes. J'appuyai la main sur la crête.

et la même crête basse nous séparak d'une chaîne de cimes éloignées. cette montagne ? » Je lui rappelai la règle que voici. en traversant le Dossensattel. sous les falaises du Berglistock. Les trois grandes pointes du Wetterhorn le dominent d'un côté. C'est une montagne idéale pour le skieur . . Evans. Après avoir mis fin aux jours d'un excellent plum-pudding. Il est à l'ombre du Schreckhorn. en effet. Le Mônchjoch. ne me laisse pas oublier que je les déteste. pointe méridionale du Wetterhorn. dix heures et demie après avoir quitté la cabane. c'est le contraste qui fait ressortir la valeur exacte des choses. dorés de soleil. que je déteste les pics ! J'adore les cols et j'aime assez ces bonnes vieilles pointes quand je les vois d'en bas . Lunn. s'écria tout à coup : « Dis donc. dès que j'arrive au pied de la prochaine montagne. Les guides ne prirent pas la bonne route qui mène à la cabane Dossen. Il faisait chaud. A I h. Nous repartîmes de Rosenegg à 4 h. Cette remarque servit de stimulant. il y a des chances pour que ce cairn se trouve à l'extrémité sud. Au lieu de cela. La neige avait commencé à regeler et elle était recouverte d'une croûte encore tendre. Mais la chaleur n'était pas insupportable. le Dollfus. en partant de Rosenegg. tu n'as qu'à me fixer de ton œil rond et ironique pour que je m'exécute — et je monte. se pourchassaient doucement. « Seigneur. toute sa lumière sur la blancheur éclatante de ces grandes étendues . le Lau-teraarsattel et le Wetterkessel. On éprouvait une joie indicible à rester ainsi couché sur la neige et à contempler le ciel. je me trouvai pataugeant dans la neige sur le faîte. qui empruntait au ciel les teintes du couchant. où les nuages souples. Le Wetterkessel doit être un des plus beaux champs de neige des Alpes. Nous fîmes une halte délicieuse au Wetterkessel. Middleditch irait au sommet. qui sont raides. comme il l'a toujours fait. au nom de ce que tu as de plus sacré au monde. hors d'haleine. en maudissant l'altitude et en m'accablant d'injurec pour avoir contribué à le fourrer dans un pareil guet-apens. tâche de comprendre à temps que je hais les pics. Ce dernier est une longue crête irrégulière. par contre. aux formes multiples. mais. Vous les regarderez avec des yeux tout neufs. La neige étant molle. ne reste que quelques secondes sur l'horizon. tels sont les cinq tableaux d'une beauté parfaite qui surgissent devant mes yeux quand je songe à cette expédition du mois de mai. départ pour le Rosenhorn (3 691 m.effort. c'est le sommet. ici? Tu ne vas pourtant pas nous faire suivre toute cette sacrée arête ? Combien de pointes a-t-elle. l'envie vous prend de se débarrasser de ses habits et d'escalader les montagnes en costume d'Adam. Vous aurez l'illusion de contempler un paysage peint sur un vitrail d'église au travers duquel le soleil brille. qui remonte jusqu'au bord de la cuvette. les skis auraient pu entamer la pente et provoquer une avalanche. Une heure encore s'envola. Quelques-uns d'entre nous étaient fatigués et. bien connue des alpinistes : lorsqu'on suit une crête du sud au nord. goûtez la puissance des heures de midi.). qui était très belle.. parbleu ! Mais. Vivez quelques jours sur les glaciers. Chaque fois que tu me trames sur tes sommets maudits. se tramaient sur les plaines septentrionales et s'en allaient. j'entendis un cri de rage derrière moi. Il y avait ce même premier plan neigeux en pente douce. la prochaine fois que nous nous trouverions au pied d'un pic. la vue était très imposante. Une longue traversée. qui avait lu la belle description que fait Conway de la Plaine Morte. lorsque le soleil verse toute sa chaleur. ensuite. Le regard plongeait sur les toits de Meiringen. Nous fîmes certains bouts à pied. 25.. chaude et fatigante. bonne pour la vitesse et les télémarks. si l'on fait-la traversée du nord au sud. qui n'auraient jamais vu la verdure et seraient saisis par la force de la couleur. et. Pour le reste. la verdure du mois de mai n'a rien d'étonnant. pour s'élancer brusquement jusqu'au zénith ! Une demi-heure après l'aube. après s'être levé. que j'a*e les pics. bien que les panoramas des plus hautes cimes soient souvent ennuyeux. je fais le serment de n'en jamais plus gravir d'autres . Chacun de nous se construisit un abri — des sacs et des manteaux soutenus par des bâtons de ski — et s'étendit à l'ombre de sa tente. La vue était charmante. puis remontez un glacier encaissé jusqu'au col. l'analogie était frappante. les collines de Grindelwald nous ramenaient au printemps. qui se dresse comme une sentinelle. Les petits lacs de Lungern et de Sarnen donnaient comme un apaisement à ce paysage baigné dans la lumière du soir Des amas de brouillards diaphanes. en atteignant un sommet secondaire. 10. Au mois de mai. lucarne dominant le monde des vivants : alors seulement vous aurez pleinement conscience de la couleur verte des prés au mois de mai. Les champs de neige du Dammastock remplaçaient le Mont Rosé. avec des skis bien graissés. ils descendirent à gauche sur les pentes supérieures du glacier de Rosenlaui. 15. au nom du ciel. Le sommet fut atteint à 2 h. La neige du premier plan s'argentait en se détachant sur les nuages d'orage qui bouillonnaient au-dessus des chaînes du Brunig. De l'autre côté. Nous repartîmes à 10 h. » Je me contentai de sourire. on a l'impression que le soleil. nous amena au Rosenegg vers midi. et la vallée de la Grimsel remplaçait le grand sillon de la vallée du Rhône. en une lente procession. Le monsieur qui protestait avait toutes les qualités requises pour faire un bon montagnard : l'amour de l'alpinisme. nous commençâmes à fumer et à nous délecter delà vue. la Gemslûcke. et la souriante vallée d'Engstligen. le cairn se trouve à l'extrémité nord . pendant que les guides allaient explorer le chemin de la cabane du Dossen. Lunn. Lunn. Ici comme partout. Et le souvenir du dolce farniente dont nous avons joui sur le col de neige ensoleillé me hante encore tandis que j'écris. car je savais fort bien que. l'endurance et le pied sûr. 10. il est entouré de montagnes plus ou moins insignifiantes. au-dessous. la pente douce devenait abrupte pour descendre à pic sur les séracs du glacier de Grindelwald. Mais le Rosenhorn n'est pas assez élevé pour dominer tous les sommets environnants. de garde entre le monde des neiges et le monde des humains. on peut garder ses skis jusqu'à 150 mètres du sommet. est-ce que cela ne ressemble pas un peu à la Plaine Morte ? » Et. L'endroit était par trop précipitueux pour plaire à Midd-leditch. « Dis donc. Du côté du nord. Pour les habitants des vallées. Au delà. et il faut bien compter une bonne heure pour y arriver.

Middleditch fit la réflexion amère que les Suisses. pour commander le dîner. le bruit lointain des eaux nous arrivait comme atténué et purifié par la distance. Evans avait été bien plus fatigué sur cette même route après sept heures seulement de marche facile.. Bischof pointa la cabane d'un doigt triomphant. Le changement est d'autant plus étrange que souvent la chaleur est intolérable sur les glaciers. piquée au sommet d'une espèce de Schreckhorn vermeil !. et ce n'est qu'arrivés à une altitude de I 700 mètres qu'il fut nécessaire d'enlever nos skis. je téléphonai à l'hôtel de l'Ours à Mei-ringen. phénomène tout à fait significatif et peu habituel. Nous laissions derrière nous le monde des neiges. mon vieux Lunn. qui luisait sur les Wetterhôrner . De petits ruisseaux murmuraient une note plus douce. Il valait pourtant la peine de faire un kilomètre de plus pour trouver l'accueil cordial auquel on nous avait accoutumés. De la configuration des montagnes en Suisse. Bien que nous fussions très fatigués. de la mauvaise qualité des neiges. du fait qu'il existe des « pointes » vertigineuses et des cabanes inaccessibles.. Pendant quelques minutes. pour me retrouver au Dollfus.Au moment où nous tournions un épaulement rocheux. La fille de la maison réveilla Carlyon quatre fois pendant qu'il enlevait ses souliers. qu'on me damne si je fais un mètre de plus. ou ma ration de beurre d'une semaine. Je propose de descendre sur Meiringen. nous avons le record. au sommet d'un couloir de rochers dans lequel était suspendue une corde. et nous avions été en route pendant vingt heures exactement.. non contents d'avoir placé leurs cabanes à 5 ooo mètres au-dessus de la mer et leurs cairns au mauvais bout de chaque arête. mais je m'endormis au cours du second service pour ne me réveiller que le lendemain à midi. reprit Middleditch. de toute façon. Nous avions apprécié chaque heure de ces quatre longues journées passées dans le silence des glaciers. Entre l'aube et le couchant on a goûté à la fois les joies de l'hiver et celles du printemps. pour lui expliquer que. quatre skieurs éreintés entrèrent enfin à Meiringen.. Au début. Quand les choses vont de travers.. il est convenu que c'est toujours ma faute. puis nous nous mîmes en route. — Tu sais. sous la clarté de la lune.. chaque parfum. cependant. c'était de toute beauté. Un torrent cascadait de la montagne. avec fracas. d'un furieux élan. C'est d'autant plus drôle que voilà plus de quinze heures que nous marchons. où nous avions passé la grande Scheid-egg. tout criait le renouveau du printemps. partant sous les calmes étoiles vers la lucarne magique du Lauteraar. tu ferais bien d'écrire au président du C.. défiant l'ombre du crépuscule. nous lui serions cependant infiniment reconnaissants s'il voulait bien. vaincu les glaces. Chancelants de sommeil. Nous avions peu dormi au Dollfus les uns comme les autres. Je songeais à certaine journée de mars de Tannée précédente. Même ainsi il s'endormit. « Si nous arrivons à il heures. tandis que les vallées sont délicieusement fraîches. nous aurons été en route vingt-six heures. mais ce retour au pays des couleurs et des sons fut une des heures les plus mémorables de ces mémorables journées. on ne souffla mot. Notre enthousiasme tomba brusquement : la cabane était perchée à 1000 pieds au moins au-dessus de nous. son eau qui avait enfin. Carlyon et moi étions les plus fatigués. nous aurons été en route vingt heures». rayonnait sur le noir de la forêt comme un lac d'or éclatant. qui étonna tout le monde. et il a son agenda toujours prêt pour noter une date ou l'altitude d'un sommet. N'empêche que je donnerais bien une journée de ma vie. Il est le chroniqueur attitré de nos expéditions. remarquait-il avec satisfaction. si ses impayables cabanes nous font mourir de rire. qui nous pilotèrent jusqu'à nos chambres et restèrent à nous contempler avec sollicitude tandis que nous chaussions des pantoufles. déclara Evans .. tandis que. et nous suivions une route plate. L'hôtelier nous avait préparé un excellent dîner. La descente sur le glacier de Rosenlaui fut très agréable. Regarde-moi cette sacrée cabane du Dossen. je n'y vais pas. annonça Carlyon d'une voix endormie. ne cessait de nous donner des renseignements d'ordre statistique. » — Et si nous arrivons à 5 heures. son verre encore à moitié plein. la marche était fort supportable. S. de la vallée au-dessous. — Moi. pour changer. on passe de la patrie des christianias au royaume des gentianes et des anémones. une des plus courtes expéditions de deux jours qui aient jamais été faites. pkcer la prochaine dans une fosse profonde. la Suisse a rendu la vigueur et la joie de vivre. Mais combien ne serionsnous pas exténués avant d'avoir achevé notre journée de vingt heures ! Sauf Evans pourtant. Le grand charme du ski au printemps est de faire. Certes nos skis paraissaient bien dépaysés au cœur de ces bois où chaque son. nous tombâmes dans les bras de nos hôtesses. un cycle complet d'expériences. En quelques heures. nous allumâmes notre dernière pipe. encore meilleure que celle du Dollfus.. . Evans. L'arôme du tabac se mêlait agréablement à la bonne senteur résineuse des pins. fit Middleditch. Une masse de populages. de tout cela je suis responsable. sur un long parcours.. comme à beaucoup d'autres. A lui. « C'est bien ce qu'on peut faire de mieux en une journée. A. s'arrangent encore à planter leurs hôtels à l'extrémité opposée de la ville. De Rosenlaui. Se rappelant que l'hôtel de l'Ours se trouvait à l'autre extrémité du village. — Une excellente plaisanterie. et lui fourra un « brandy and soda » dans les mains en s'assurant qu'il l'avalait. nous jouissions de la pleine lune. Peu au-dessus de Rosenlaui. Les membres flasques et la démarche molle. étendus sur le gazon. inconnues dans les enclos de fil de fer barbelé.

De temps en temps. avec les guides G. On l'aborde par une vieille moraine. un petit îlot de rocs perdu dans les neiges. le 18 mars 1915. et le soleil avait harcelé notre troupe durant l'après-midi. après le coucher du soleil. Il est vrai que les deux fois nous nous reposions sous des lauriers bien gagnés et les deux fois aussi nous attendions l'occasion de monter au Lyskamm. qui touchaient au terme de leurs vacances. Eh bien ! le souvenir de ces heures d'oisiveté et de rêveries se perpétue en moi. porte le nom de l'ingénieur Bétemps. en admirant sans me lasser le jeu des ombres et de la lumière. 1907. mais une bande de choucas. La neige profonde rendait la marche très fatigante. l'une le 8 décembre 1906. vol. réussirent pourtant à toucher le sommet le 17 janvier. devenus familiers. quelque distance plus haut. Alfredo Dalgas et Giuseppe Pozzi. les crêtes découpées sur le ciel d'Italie se hérissèrent d'une fine aigrette neigeuse. et je crois pouvoir affirmer que mes amis G. devant la cabane Bétemps. L'ombre et les courants d'air séchèrent la sueur de nos fronts. La température descendit au-dessous de -30°. semblaient nous souhaiter la bienvenue par leurs cris. P. Ce jour-là encore. une bonne odeur s'exhalait du bois. Nous restâmes couchés. La note de la Revue Alpine ne précise pas l'itinéraire. de Turin. cette île n'est qu'un dédale de pierres. de Grèssoney. collaborateur de Siegfried. C'était la première fois que je me trouvais sur le Gorner. au confluent des glaciers qui entourent le Mont Rosé.. Ils partirent fort (Rivista Mensile. Charles Silvestri et Alexandre Balz. dont les blocs s'écroulent de temps en temps sur le glacier. et cette fraîcheur éphémère nous rendait un peu de courage. ils atteignirent le contrefort sud-ouest en quatre heures. l'air était parfaitement calme. Dès que son ombre approchait. Celui qui n'a vu le Gorner qu'en été ne peut se faire une idée de ce qu'il est en hiver. Portes et fenêtres furent ouvertes. Aymonod. en janvier 1907. Et pourtant. Le soir. Je n'en voulus rien dire à mon compagnon. Nous mesurions nos progrès aux dimensions de ce point qui grossissait peu à peu. Nous avons relaté au chapitre premier la première ascension hivernale du Lyskamm par les frères Sella. Perruquet. Sous l'ardeur du soleil. En 1898 seulement. Albert et Edouard Lazier. Tout au fond du glacier. réussirent à nouveau l'ascension du Lyskamm. soulevée par le vent du sud et que je vis un instant irradiée par les lueurs rouges du crépuscule. on le surnomme Menschenfresser. C'est. à ne rien faire. on pouvait se demander ce qu'elle vaudrait en hiver ? Lors de ma première visite — à Pâques 1912 — nous n'eûmes pas l'occasion de l'éprouver. Mazlam. XVII. accompagnés des guides Antoine et Auguste Welf et Joseph Favre. je n'ai trouvé nulle part mention d'une ascension réussie par des skieurs. le soleil superbe et la vue enchanteresse (Rivista Mensile. de Choudens. il faut quitter Zermatt de bonne heure. comme des lézards sur un mur de vigne. et l'on distingua enfin un toit et des fenêtres. et l'on n'arrive là-haut que le soir. Lorsqu'on y monte en hiver. tant il a fait de victimes. Derrière elle se dresse une cabane de bois et. l'autre le I er janvier 1907. puis sa forme se précisa. avortées toutes deux par suite du mauvais temps. il est un site dont j'évoque souvent le souvenir. les premiers skieurs s'aventurèrent dans l'amphithéâtre du Gorner (Paulcke et Helbling an Mont Rosé). nous jetions sur la neige nos lourdes charges et nous nous couchions en guettant le passage de quelque nuage dans le ciel. Ils ont.35 du soir. et nous étanchâmes notre soif avec le jus d'un citron mélangé à l'eau qui tombait du toit. pas un nuage ne vint troubler l'azur tranquille du ciel. nous nous remettions en route. Je restais seul avec un ami. 159). Nous avions lunché en bras de chemise au pied du Riffelhorn. 23). comme un point. Il y avait des heures que nous marchions. A Zermatt. au pied de la montagne. B. contre la témérité des hommes. Nous étions quatre : deux des nôtres.79).. Mais. J'ai fait ce trajet en ski par une éblouissante journée d'avril. M. on l'aperçoit de loin et l'on y dirige ses pas comme vers une oasis dans l'aridité du désert. le refuge qui s'y dresse. je l'avoue. réussirent également l'ascension en partant de la cabane Gnifetti (Revue Alpine. « Quant au Lyskamm. le 22 mars 1885 (voir p. durent quitter le refuge dans l'après-midi. S. en face des montagnes. Le 23 février 1912. un cube de gneiss tombé du Mont Rosé. écrivais-je dans l'Écho. le lundi fut décrété jour de repos. Cette ascension serait donc la première en ski (voir Ski. construite par le C. 1889. On dit que de mauvais esprits hantent le mont et qu'ils tendent des pièges à ceux qui le bravent. On aurait dit qu'un incendie faisait rage sur le versant italien et qu'il allait déborder l'horizon de ses flammes. en prêtant l'oreille aux mille bruits de la montagne. Nous arrivâmes en ski jusqu'au seuil de sa porte. Robert Mittendorf et moi. 29). et nous avancions à peine. Nous avions fêté le dimanche en gravissant le Mont Rosé par un ciel sans nuage et en moins de temps qu'il n'en faut d'habitude. B. Quand on remonte le cours immense du Gorner.. j'ai appris par le guide Jos. B. B. Toutes ces expéditions se firent à pied ou à l'aide de raquettes. on apercevait l'îlot et. Il devint brun. il y avait conduit un skieur roumain. festonné ses arêtes de corniches fragiles et sabré ses glaciers de crevasses profondes. 1912. Mario Piacenza et les guides Antoine Curta. avec un bruit sourd bientôt étouffé. A. Maquignaz et G. Knubel qu'en mai 1913. où l'on trouverait à peine un peu de mousse et quelques fleurettes. bien lentement. au grondement des avalanches. en face du Cer-vin. ayant peiné tout le jour sur la neige.CHAPITRE XIII LE LYSKAMM (4 538 m. p. J'ai passé deux journées sur ses rives. . Partis à 7 heures de la cabane Sella (3601 m. à moitié nus. sur le glacier. aussi vivant que celui des luttes et des victoires. Leur couleur est toute pareille et. Le 5 mars 1889. p.). Quels bons souvenirs de vie insouciante et joyeuse ! Le gardien n'était pas là pour nous recevoir.) 1 Sur les rives ensoleillées du Gorner. en épiant les contrastes successifs de cette nature changeante. nous fûmes les premiers à le visiter. 1 Ce récit a paru dans l'Écho des Alpes de mars 1916. p60). Longtemps je m'attardai à contempler ce curieux spectacle.» Depuis lors. G.Le sommet fut atteint à 2h. Son humeur étant si mauvaise en été. Après deux tentatives. et je n'ai pas pu obtenir d'autres renseignements. Celle-ci. on confond souvent le bloc et la cabane. G. Ce n'était pas sans une légère appréhension. à rêver du matin au soir. Carrel. et nous les suivîmes longtemps des yeux. de loin. La troisième expédition au Lyskamm n'eut lieu que beaucoup plus tard. Après une longue discussion qui donna raison aux plus paresseux de notre troupe.

Les premières lueurs du jour frissonnaient sur la neige. L'homme est ainsi : dans un monde immobile. Un bon mètre de neige recouvrait encore les dalles de gneiss. Mes craintes furent vaines : l'horizon resta parfaitement net. là encore. et. je m'installai en vue d'un dolce farniente prolongé. car j'avais faim. Quant à moi. la réduisant à une simple silhouette. ou du bon dîner que nous venions de faire. cette fois. je me rendis à l'appel de mes compagnons. et la lumière reculait lentement. Lorsque je m'éveillai enfin. comme les siens. Seuls. nous partions à l'assaut du Lyskamm. à 6 heures. De mon poste. même le sphinx noir du Cervin. deux combattants se narguaient encore : d'un côté le sphinx noir du Cervin. Au fond de la scène. et il nous avait ouvert un chemin facile et agréable. l'or et la pourpre couronnaient leurs têtes. Mais nous devions rester longtemps encore dans l'ombre froide du Mont Rosé. en face des montagnes. moindres bruits. Le soleil frôla un instant les crêtes de k Dent d'Hérens. je revins à la cabane Bétemps. Comme un brahmane de l'Inde. Mitten est la prudence personnifiée. on la sentait palpiter aux flancs du Lyskamm. En quatre jours. en léchant les séracs. Ses propos pessimistes faisaient enrager Chouchou et augmentaient encore son ardeur belliqueuse. le ciel était noir de nuages. après avoir fumé trois pipes. Ils allaient décider. Nous savions d'avance. qui flottent un instant dans l'ombre avant de prendre vie. les flots blancs du Gorner. làhaut. à part la discrète mélodie d'une gouttière tombant du toit et les soupirs intermittents de la brise. Le froid était venu et j'avais quitté mon poste. ne soufflait mot. et Mitten. grâce au soleil. pour voir un peu ce qui se passait là-haut. mes yeux furent déçus. ayant gravi le Strahlhom en route. et le Gorner semblait figé dans un éternel oubli. Mais. Ici. J'étais accompagné. et je m'endormis sous l'effet du soleil. s'animer sous le souffle du vent. une vie intense passait dans l'air bleu . il prête volontiers l'oreille aux. Devant elles. lorsque nous risquâmes le nez à la fenêtre. et mes regards erraient sur son cours éblouissant. La sieste me retrouva à mon poste . par son rapport. les ombres s'étaient allongées. Ce fut le triomphe des ombres. de deux amis. au milieu de mars 1915. quelques heure s plus tard. je fouillai la longueur du chemin. les crêtes du Breithorn s'animaient d'une fine aigrette. dans les ombres qui glissaient à ses pieds. le 17 mars fut-il un jour de repos bien mérité.le lendemain. l'aube frôla les crêtes les plus hautes. La féerie du crépuscule commençait et j'allais pouvoir en savourer chaque phase. tout emmitouflé. Le lendemain matin. et l'astre du jour descendait lentement vers les neiges alanguies du Théodule. que la neige serait excellente et que le Grenzgletscher ne semblait pas trop mauvais. Si nous l'avions écouté. et toutes ces montagnes. Une lutte gigantesque s'était engagée entre la lumière éclatante des neiges et l'ombre des montagnes . et cela avec tous les raffinements du confort. épiant l'apparition du navire qu'il attendait en vain. et c'est alors qu'on put voir comme elle cherche à contrefaire le Cervin. Mais. il était parti sur ses skis. nous serions descendus bien sagement à Zermatt. effleurant doucement l'ardeur des neiges. avant de me retirer. Jugez-en plutôt : un brancard démontable double (modèle de l'armée) fut disposé sur la neige avec une couverture et des coussins. Tandis que je reposais dans les douceurs du farniente. sur sa corniche ondulant dans le ciel . et. espérant peut-être découvrir quelque acteur nouveau sur la scène dont nous étions. les seuls spectateurs. frémissants de lumière. je suivis encore des yeux les crêtes découpées sur le ciel. Mais. Il ne resta plus qu'un peu d'émeraude au creux du col du Lion et. . cherchant inconsciemment quelque point mobile : tel Robinson dans son île. comme une douce agonie. en copiant son haussement d'épaule. Et pourtant. la nuit tomba sur les neiges. Adossé à la porte du refuge. une étoile s'alluma au-dessus du Lyskamm. Trois ans plus tard. je dominais le Gorner comme d'un îlot escarpé. Les contrastes diminuèrent peu à peu : la lutte touchait à sa fin. les yeux protégés par le verre jaune des lunettes et les narines dilatées dans le parfum de ma pipe. Aussi. les montagnes de Zermatt avaient quitté leur parure bleue du matin et s'animaient comme une ronde de nymphes se tenant par la main . il cherche instinctivneent un signe de vie. nous avions avalé quatre sommets de 4 ooo mètres (1). rester des siècles figés dans leur contemplation. Très lentement.. comme dans un duel mythologique. Nous suivions une piste tracée la veille par Chouchou. Mais. le brouillard et la tempête envahissaient le Gorner. tout près . Le froid piquait au visage. Castor et Pollux charmaient les yeux comme les seins blancs d'une vierge assoupie . je contemplais les derniers spasraes du crépuscule. servait d'écran contre le soleil et projetait sur mon visage une ombre agréable.. à qui des deux resterait la victoire. au lieu de venir tenter la gloutonnerie du Menschenfresser. La saison était moins avancée que la première fois et l'hiver avait été rude. devant la porte du refuge. comme la dernière fois. en non plus ne frappait mon ouïe. 1 Voir chapitre XI. et leurs formes s'étaient précisées sous les coups d'un ciseau magique qui striait leurs flancs et accentuait le relief de leurs tailles. je rentrai dans la cabane où mes amis préparaient la soupe du soir. le soleil baissait toujours. mes amis et moi. derrière le Cervin. vibraient d'un rythme étrange au contraste de l'immobilité glaciale du Gorner. dit-on. Chouchou est l'Achille de notre caravane. lorsque le silence l'impressione. peu après. Ce n'étaient encore que ces teintes pâles. Nous venions de la cabane Britannia. par l'Adlerpass. et le jour se leva aussi brusquement qu'il avait mis de temps à mourir la veille. cédant le terrain aux ombres. Et ce fut tout. de l'autre le Gorner étincelant. Rien ne troublait "l'immobilité des neiges. Une autre couverture. sur le glacier. je m'absorbai alors dans l'extase. craignant de les voir. couraient vers le gouffre ouvert dans l'ombre du Cervin. mais décidément je jouais fort mal mon rôle de brahmane. auxquels le charme hivernal de ce paradis n'avait pas encore été révélé. soutenue par des skis plantés debout. ce fut une journée délicieuse. Un instant. Alors seulement. Les brahmanes de l'Inde peuvent. Dès le matin. Plusieurs fois durant la journée.

Derrière eux. vis-à-vis. et il nous sembla que la mort planait encore. Des Alpes Cottiennes. Hans Perren travailla de sa main libre et réussit à se dégager. Les avalanches couvraient la neige de leurs débris. L'accident eut ueu entre les cotes 3300 (courbe de niveau) et 3 344. La hauteur de la chute fut de 25 à 28 mètres . le 26 février 1902 (1). mais qui n'est congelée nulle part ailleurs. C'est par erreur que Studer (Ueber Eis und Schnee) attribue à ce rocher la cote 4 366 de l'A. En été. Notre chemin passait juste au pied de la formidable pente du Lyskamm. Sa mort était due à une rupture de la colonne vertébrale. Tout notre intérêt se portait maintenant sur la crête du Lyskamm. Le cap rocheux de la Cresta Rey une fois doublé. coïncidât avec la direction de la marche. légèrement arqué et large de deux mètres seulement. et elle venait de s'engagersur le glacier à l'ouest du point 3 344. Le sondage ne servit à rien non plus. P. Perren fut immédiatement descendu jusqu'à un petit socle de glace où il put s'asseoir et jeter un gant à son frère. Après leur retour avec le guide Lauber (qui était resté à la cabane). Le 28 février. après l'arrivée de la colonne de secours. L'arête que nous devions suivre (et qui sépare le Valais du Piémont) paraissait être en excellent état. les courses en ski dans la haute montagne étaient encore très rares et l'on négligeait volontiers la précaution de s'encorder sur les glaciers. la largeur de la crevasse était de 0. et nous commençâmes à louvoyer à travers les gouffres à moitié comblés qui bâillaient à l'entour.. comme on le constata plus tard. on n'apercevait que l'extrême sommet du Viso (3843 m). p. Chacun était donc tombé d'une manière différente. et nous attendions avec impatience le moment où nous pourrions découvrir ses fameuses corniches. mais mieux appropriée à nos skis. et l'hiver n'avait rien changé à leur aspect ordinaire. Ainsi.Le glacier apparut à nos yeux. Les gens de Gressoney n'ont donc pas pu apercevoir ces rochers. puis MM. Le point 4 366 est la première bosse neigeuse de l'arête orientale du Lyskamm. et nous lançâmes de joyeux yodels que se renvoyèrent les échos du voisinage. tous en ski. Un malheureux hasard voulut qu'un grand tronçon de la crevasse. par 0. Ceci s'explique par la consistance même de la neige hivernale qui présente bien une croûte superficielle. Une masse de neige énorme (environ 140 mètres cubes) s'effondra d'un seul coup. Mitten. Mais rien ne vint troubler notre marche. un pont de cette épaisseur présente une solidité absolue. « Ce qui prouve bien du reste qu'il n'y avait rien d'urgent à tenter. et nous cherchâmes un abri dans les rochers de l'Entdeckungsfels (2). En comparant la carte au dédale de ses séracs. G. presque toujours accompagnée qu'elle est par l'effondrement d'une masse de neige qui risque d'étouffer le malheureux skieur. Le guide H. le lendemain. Cette bosse présente des rochers très raides sur le versant suisse et qui sont invisibles lorsqu'on se trouve sur le Lysjoch ou qu'on y monte d'Italie. le guide Hans Perren et enfin MM. en même temps que la neige qui l'environnait. Il nous communiqua facilement son enthousiasme. quatre hommes munis des meilleurs outils durent travailler pendant une heure et demie pour arracher le cadavre à la neige qui l'enveloppait. l'autre était d'un bon bout trop courte. Ils disparurent sans un cri et presque simultanément dans le gouffre. Il n'est pas marqué sur la cartes mais l'omission est excusable. aussi vite que possible. il réussit à dégager complètement H. et nous nous faufilions. Au delà.. recouvert d'une couche de neige compacte de 3 mètres. Hans Perren était debout contre la paroi de la crevasse. Trois personnes se trouvèrent au même instant sur la crevasse: Flender. Leurs volutes étant recourbées vers l'Italie. Durant une demi-heure. qui marchait au centre. en outre. dont les flots cotonneux léchaient le flanc des montagnes à une grande hauteur.. La cassure se produisit sur une longueur de 20 mètres environ et. pour choisir une voie plus longue sans doute. Elle avait quitté la cabane Bétemps à 3 h. «L'ordre de marche était à ce moment le suivant : en avant. Une corde de cinquante mètres nous reliait. A cette époque. Flender était sur le dos et recouvert. tandis que. Il avait la tête et l'avant-bras gauche libres. » (Alpina. Ces brouillards montant si haut et paraissant si denses ne manquèrent pas de jeter un doute sur la stabilité du beau temps qui durait depuis huit jours déjà. et nous le traversâmes pour gagner l'autre rive. 30 du matin. attira notre attention sur une cascade de séracs tombée récemment du Mont Rosé et dont les mille diamants rutilaient dans la belle lumière du matin. des corniches en festonnaient la crête. Le glacier s'apaisa peu à peu. une arête de rocs fauves que dorait justement le soleil et par où l'on grimpe parfois au Mont Rosé. d'atteindre celui de Kônig. c'est le petit roc si caractéristique qni se dresse au beau milieu de la neige. nous débouchons par une pente rapide sur les plateaux ensoleillés qui précèdent la frontière italienne. avant même qu'on puisse lui porter secours. C'est (en Suisse) un des points les plus élevés où l'on puisse monter aussi facilement en ski. Une barre de séracs d'un effet magnifique défend l'accès direct à la plus basse dépression du Lysjoch et nécessite un détour jusqu'au pied de la Ludwigshôhe. mais ce qui a frappé leur vue. curieux petit îlot perdu au 1 Leur caravane se dirigeait comme la nôtre vers le Lysjoch. Perren et à découvrir le cadavre de Flender. mais ce sont précisément ces corniches qui valent au Lyskamm sa réputation. Kônig. dégelé instantanément. il essaya encore. Flender et Kônig. P. Dethleffsen.. nous fîmes à cet endroit une courte halte pour nous restaurer. celui-ci relaya H. L'ombre nous enveloppait toujours. Un vent soufflait violent. nous nous écartions volontairement du chemin que l'on suit d'habitude. Il était couché avec le visage vers le bas. et c'est grâce à cela qu'il échappa à la mort.25m de neige dure. entre les séracs dressés d'un côté et ce nouveau danger menaçant de l'autre. sauf d'une jambe. les guides locaux Hans Peter Perren et G. dans une neige peu consistante. Zumtaugwald et von Steiger descendirent en toute hâte à la cabane Bétemps pour y quérir la corde de réserve. Seiler. par une nuit claire.. tomba le plus bas et probablement le premier. au pied de la Cresta Rey. Le triste souvenir de cette catastrophe était présent à notre mémoire. Nous descendîmes vers le Lysjoch en traversant le monticule dont j'ai parlé plus haut et dont l'altitude atteint près de 4 300 mètres. avec l'ombre. Il montre. comme un petit cône bleu posé sur la houle de l'océan.. au fond. 51-53. . Malgré les protestations de Mitten qui grelottait. 1902. Perren . H. Zumtaugwald. nous décidâmes de suivre la rive gauche plutôt que la droite. On traverse ensuite un monticule neigeux d'où l'on domine le col et d'où nous découvrîmes enfin une vue très encourageante de notre montagne.) Si je rappelle ici les tristes détails de cet accident. Sans doute.. Kônig et Hans Perren. « Enfin. La neige était devenue très dure et nous avancions avec une rapidité réjouissante. Une longue corde se trouvait dans le sac de Flender . les deux victimes furent transportées à Zermatt sur des traîneaux. S. Durant deux heures et demie. entre le Lyskamm et la Ludwigshôhe.. Pendant ce temps. Nous évitions également le lieu de la catastrophe où périrent Kônig et Flender. toutes les glaces du Lyskamm étincelaient sous l'ardeur du soleil. il est impossible d'en juger le profil tant qu'on monte encore sur le versant suisse. mais vainement. sous la direction de M. sur la plus basse dépression de la frontière. combien une cnute dans une crevasse est pins compliquée en hiver qu'en été. sur ces lieux désolés. c'est qu il doit nous servir d'avertissement et nous mettre en garde contre le danger des crevasses. la couche de neige mesurait une épaisseur de 3. c'est que. Fehr et von Steiger. forte de douze guides.50m. 2 Ce point fut atteint par des gens de Gressoney en 1778 déjà. en partie seulement.50m seulement. toute la plaine italienne disparaissait sous une mer de brouillards.

La descente s'effectua rapidement et me parut agréable. nous découvrîmes à coups de piolet toute une échelle d'anciennes marches qui nous conduisit facilement sur la cime (2). Roman Imboden de Saint-Nicolas et Peter Joseph Ruppen de Saas Balen. mais que nous coniidérons maintenant comme tout à fait secondaire. Mais ce qui manquait à nos yeux. en regardant derrière nous. le premier d'entre nous était armé d'un piolet. la plaine du Piémont. sommet 4 538 : 13 h. ils aperçurent les corps du D1 Gûnther et des guides. les sacs à cet endroit. 4 Soixante-dix minutes nous suffirent pour le parcours de l'arête jusqu'au Lysjoch. L'heure tardive précipita notre fuite . s'il avait fallu disputer là-haut son équilibre à la violence des rafales. Et le sommet lui-même était peu confortable 3. le grondement d'uue avalanche se fit entendre. J'avoue sans honte qu'aucun de nous n'avait emporté de thermomètre. bien ensoleillée. Dix-neuf ans plus tard. laissant ainsi une portion médiane. quelque 500 mètres plus bas. on prend ses bâtons entre les jambes et l'on file par la ligne de plus grande pente. et le passage des corniches nous forçait bien souvent à quitter la crête pour traverser de flanc la pente vertigineuse qui domine le Grenzgletscher. Après cet accident. La température est un facteur dont nous nous préoccupions beaucoup au cours de nos premières expéditions d'hiver. congelée en vagues. Sans être forte. il faut un moment de transition pour retrouver le dédain superbe qui se rit du danger et des abîmes. La neige étant mauvaise. et ils virent un nuage de neige descendre de l'autre du Lvskamm. la font paraître beaucoup plus courte qu'elle n'est en réalité. Ce n'est qu'en arrivant au pied du sommet que nous pûmes nous convaincre. Nous ne perdîmes pas un instant. A 10 h. Mais les rafales soufflaient de tous côtés. tous les moyens de descente devenaient bons. La neige ne s'y accumule que beaucoup plus tard. la bise rendait le séjour au sommet peu agréable. 30. point 4306:11h. 30. Peu à peu seulement. Lorsqu'on s'est promené pendant des heures en ski. façonnée par le vent. La longueur des parties effondrées était d'environ 15 métrés de chaque côté. former les corniches que nous rencontrons au début de l'été. En outre. 173-175. nous relevâmes les traces évidentes d'anciennes marches taillées dans la glace — ce qui prouve bien que l'enneigement des crêtes élevées est presque nul durant l'hiver. à l'abri des rochers qui font face au Mont Rosé. nous ne savions jamais exactement si nous foulions la partie surplombante des corniches. en compagnie des skis. A mon avis. car nous comptions bel et bien arriver à Zermatt le même soir. . Des brèches profondes obligeaient à de savantes manœuvres. La corniche s'était détachée de l'arête à deux endroits différents.milieu des neiges. 15. et finalement nous préférâmes nous installer tout bonnement dans une combe neigeuse. le Dr Giinther et ses guides. mais nos prévisions furent toutes dépassées par la réalité. car je ne sais trop quel eût été notre sort. Elle présente beaucoup d'analogie avec la partie supérieure du versant suisse du Mont Dolent. la vue du Lyskamm est moins belle que celle de la plupart des grands sommets valaisans. comme c'était le cas pour le 1 C'est à cet endroit qu'eurent lieu les accidents de 1877 et 1896. la partie la plus intéressante du panorama. A plusieurs endroits. Il soufflait maintenant sur toutes les crêtes et soulevait des tourbillons de neige. Au Lysjoch. car nous laissions. ceux-ci ancrés à plat sur la neige au moyen des bâtons. grâce à la confiance que m'inspirait la trace ( 4). le vent cessa comme par enchantement. bien entendu. On sentait la tempête approcher à grands pas. Et si le glacier est rapide ou dangereux. et cette constatation nous tranquillisa pour le retour (1). l'œil s'habitue au vide et le pied s'affermit grâce à la morsure si franche des crampons dans la neige. il ne restait pour le tromper qu'une dizaine de pruneaux secs au fond de nos poches. Sur cette face glacée. adhérant à la montagne. lorsqu'elle est assez lourde pour s'attacher et. Lewis et Paterson. Dès que nous fûmes sur l'arête. Le 6 septembre 1877. La dernière pente du sommet se dressait devant nous. c'est-à-dire coriace. etc. tout en étant moins vertigineuse. Les grandes ondulations du faîte. une corniche de neige. Les deux autres ne portaient qu'un simple bâton de frêne. c'était précisément la chaîne du Mont Rosé au Breithorn. Nous nous assîmes sur nos skis et nous commençâmes à dévorer à belles dents un déjeuner dont la substance devait soutenir nos forces jusqu'au retour. Nous nous résignâmes à les sucer philosophiquement. furent précipités sur le versant italien. d'environ trois mètres. paraît-il. et ce fut une heureuse chance. Quand la neige est mauvaise. Les corps portaient des blessures telles que la mort avait dû être instantanée.) 2 Voici notre horaire: départ du Lysjoch: 11 heures . avec trois guides Knubel de Saint-Nicolas. que notre trace passait bien au-dessous de la ligne de suture. un vent formidable salua notre retour. Ceux-ci se dirigèrent ensuite vers la Ludwigshôhe pour observer l'ascension de l'autre caravane qui quitta le Lysjoch à 9 heures. on s'imagina. vues en enfilade et réduites par la perspective. située à 200 mètres environ du sommet. jour pour jour. p.. Il nous parut inutile de faire du style comme on pourrait en faire pour éblouir la galerie d'un Kurort. les Alpes Graies et celles du Dauphiné. si formidable et si classique dans sa grandeur. Le 6 septembre 1896. Il fuient accompagnés jusqu'au Lysjoch par un Allemand et son guide. Cette incertitude provoque un sentiment fort désagréable. sur de vastes champs de neige. et que l'on quitte brusquement ses longues planches pour chausser des crampons et s'engager sur une crête comme celle du Lyskamm. que le danger des corniches avait disparu. Il y a longtemps que nous avons renoncé à pareilles fantaisies. Le même vent sans doute qui nous avait déjà persécutés le matin. Aucun de nous ne connaissait l'arête où nous étions engagés. Ils avaient crevé une. Seul. En s'avançant sur le versant italien. couchés dans la neige au pied d'un précipice.45. à Zermatt. Il était 10 h. et dont notre sommet n'est pas le moindre joyau. et celle-ci était tombée sur le glacier 400 mètres plus bas. 3 J'ai appris plus tard seulement qu'un livre est déposé dans le cairn. restaient enfouies sous la mer de brouillard qui montait toujours. Zermatt and thé Matterhorn. avait cédé sous le poids de la caravane. Des paris s'engagèrent sur l'heure à laquelle nous toucherions la cime. Notre appétit aurait fait honneur au plus somptueux des banquets . deux Anglais. partaient de la cabane Bétemps pour monter au Lyskamm. Ceux qui relevèrent leurs cadavres racontent que la cause de l'accident était très apparente .corniche de l'arête et l'on pouvait voir le trou par lequel ils étaient tombés. Malgré toutes ces précautions. l'accident se répéta par une triste fatalité. malheureusement." (WHYMPER.

lorsque. mais bien de Chouchou.Grenzgletscher. tant il l'avait refusé de fois à nos supplications réitérées. du moins. et nous pûmes goûter librement toute la volupté d'une glissade en style norvégien. Mitten sortit d'un geste noble et généreux la gourde qu'il serrait jalousement dans la plus profonde de ses poches et où il conservait depuis huit jours un reste de cognac. ce fut sans doute pour nous punir d'avoir affronté les glaciers avec tant d'insouciance. Les brouillards d'Italie avaient débordé la frontière et s'écrasaient comme des paquets de plumes grises sur les neiges du Théodule. qui venait derrière moi. au grand scandale de Mitten. aussi vite que nos skis le permettaient. Mais la crevasse présentait une disposition peu favorable à nos efforts : elle était oblique par rapport à la surface du glacier et formait un angle aigu avec la composante de nos cordes. J'allais regretter le beau paquet de bougies laissé à la disposition de nos successeurs sur la table du refuge. nous tombâmes chacun dans une crevasse. qu'il ne vide généralement qu'une fois la course terminée. Lorsque nous quittâmes la cabane Bétemps. dans la tiédeur de l'air et le parfum des premières fleurs ! Et je songe maintenant (au bord de ces flots bleus) que si les dieux qui règlent l'aquilon déchaînèrent sur nous cette tempête. et mille voix mugissantes s'unissaient pour rompre enfin le silence qui régnait depuis si longtemps sur la montagne. Trois ans auparavant. après avoir remis tout en ordre. Une angoisse terrible passa sur son visage tout pâle : il s'épuisait et croyait à tout moment retomber au fond du gouffre. cette fois-ci. Les progrès du bissage devinrent bientôt nuls. simultanément. Cette situation demandait à ne pas être prolongée. Je le rassurai de mon mieux. Chouchou et moi. il se cramponna à celui qui le reliait à l'inébranlable Mitten. Nos yeux. du moins. mon ami et moi. la nuit s'était faite aussi noire que possible. Mitten. les skis convenablement nettoyés. en rampant. ou. Il fallait vraiment qu'il jugeât le moment psychologique pour se résoudre à ouvrir ce flacon sacré. Tandis que je tirais sur ce bout. il était près de fleurir. En effet. la consistance de la neige changeait du tout au tout. Nous voguions en plein Gorner. lorsque. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient la neige. et ce passage n'avait guère exigé plus de vingt minutes. Chouchou nous exprima tout son regret d'être tombé si bêtement dans ce gouffre. au moment de franchir le seuil de sa porte. C'est ainsi que nous parcourûmes le Grenzgletscher du haut en bas. Mais. on conserve ses peaux de phoque sous les skis pour diminuer encore leur glissement. lorsque Mitten. je lui coulai mon bout de corde dont il se ceignit le torse. Je commençai par précipiter sur sa tête toute la neige qui embarrassait les bords du trou. Après deux essais infructueux. prudemment soustraite au . J'étais en tête. et Chouchou se trouva coincé au travers de la crevasse. Il poussa même la bonne humeur jusqu'à lancer des yodels pour encourager notre zèle. sur le boulevard des Tranchées. où rien ne l'attirait apparemment. de sorte qu'il pût passer un bras sur chacun d'eux et se soutenir ainsi dans le vide. loin de nous effrayer. sortit de son sac l'une d'elles. je pus facilement arrêter mon plongeon et je me retournai pour tranquilliser mon compagnon. et cela beaucoup plus rapidement qu'en s'obstinant à faire du style. Il devait être près de 7 heures. celui-ci avait complètement disparu à notre vue. Un système très compliqué de crevasses invisibles semblait nous entourer . en enfonçant parfois jusqu'au ventre. et il en résulta une hausse réjouissante dans la situation de notre infortuné compagnon. Puis. Ses skis étaient restés accrochés en travers de la crevasse. les peaux de phoque furent enlevées. Il m'expliqua avec humeur qu'il ne s'agissait pas de moi. Par un flot de prose colorée. La réaction fut assez comique. raidissant son corps entre les deux parois de glace. mais ses bâtons avaient dû tomber beaucoup plus bas. Cependant. nous nous apprêtâmes à traverser les séracs que forme le glacier à cet endroit. La nuit était venue. Nous étions si contents d'avoir réussi toutes nos courses et exécuté jusqu'au bout notre programme. Ses excuses ne tarissaient pas. Tandis que Mitten restait ancré à son poste. que l'approche de la tempête. aspiraient maintenant aux verdures du printemps. Les yodels se transformèrent immédiatement en malédictions. la demie de cinq heures était passée. en côtoyant la rive droite. rassasiés par l'éclat des neiges. je m'avançai. à ses côtés. J'avais trop escompté la rapidité de nos skis et la facilité de notre fuite. et le vent nous soufflait au visage des tourbillons de neige. A l'endroit où nous nous étions encordés le matin. sans faire la moindre chute et en suivant presque constamment la piste tracée à la montée. arrivés au pied du Gagenhaupt. Ému jusqu'aux larmes. il fallut renoncer à soulever notre ami par la seule force de nos cordes. Qu'il serait doux de revivre ces impressions d'hiver au bord des flots bleus. ne faisait qu'augmenter notre gaîté. la situation se corsa brusquement. tout tranquillement. et j'entendis bientôt sa voix qui me rassura sur son compte. qui semblait avoir tout prévu. Là-bas dans la plaine. devenu légendaire. il fallut donc procéder avec la plus grande prudence. Aussitôt. Toutes les crêtes fumaient sinistrement sous la rafale. nous le retirâmes d'un seul coup hors de ce vilain trou. le plus près possible de la crevasse où notre ami avait si brusquement disparu. pour ne pas enfler notre vanité au souvenir de victoires faciles. on traverse la zone pénible et suspecte d'un glacier avec le minimum d'efforts et de risques. C'est ainsi. Combinant alors tous nos efforts. la brume et les flocons de neige. et nous eûmes alors l'idée de disposer ses skis en travers de la crevasse. m'étant détaché. Car elle mettait plus de prix à la victoire et rendait moins pénible la séparation d'avec les montagnes. au moment où nous allions leur échapper. que nous avions procédé l'autre fois. Ce dernier plaisir suffisait à effacer le mauvais souvenir du Grenzgletscher. Nous avancions tant bien que mal. nous avions parcouru en moins de deux heures ce même chemin de la cabane Bétemps à Zermatt. aucune trace ne guidait nos pas. avec le vent. mais le malin profita de l'occasion et vida le flacon d'un coup. Au beau milieu des séracs. La tempête approchait rapidement. Comme je tenais un ski en balance dans chaque main. Chouchou n'en croyait pas ses yeux . Il fallait porter les skis et marcher à la corde. poussa un cri que j'attribuai naturellement à ma chute. Lui-même se trouvait suspendu à une profondeur de 5 à 6 mètres environ. De cette façon.

l'électricité remplaçait avantageusement sa lumière. Elle me rassura par un vigoureux : Jawohl. en effet. A mesure aussi que diminuait la tension des nerfs. il aurait pu se demander. titubant. faute de combustible : elle avait brûlé plus de trois heures et ne mourait qu'après nous avoir sauvé la vie. Mais nous ne découvrîmes rien qui pût ressembler à un chalet. qui tient la pension du Trift. j'escaladai le premier étage et je me mis à frapper à une porte dont les ais laissaient filtrer un mince rayon de lumière.paquet. mais où nous comptions trouver une piste conduisant dans la vallée. et nous faisions main basse sur tout ce qu'elle s'avisa de tirer de ses buffets. Une jeune voix me répondit. secoué. Il était troué de gouffres exhalant une haleine humide et froide. — et raconter plutôt la fin de notre voyage. Quelques minutes plus tard. levée elle aussi. L'espoir revenait. qui sont naturellement inhabités l'hiver. Le vent éteignait fréquemment la lanterne et nous perdions du temps à la rallumer. nous tînmes conseil et décidâmes de faire une tentative désespérée pour nous sortir de Charybde sans tomber dans Scylla. nous parvînmes à un endroit que je crus reconnaître et qui me prédisait le terme prochain de cette acrobatie diabolique. lorsqu'il me vint à l'idée d'entraîner mes compagnons chez Graven. ne devait pas nous lâcher de si tôt. Elle nous conduisit finalement à une agglomération de mazots. attardée sans doute à lire quelque roman dans son lit. et il en résulta naturellement des chutes aussi nombreuses que grotesques et fatigantes. Nous avions déjà composé mentalement tout le menu du festin qui serait ordonné et que l'enjeu liquide des paris engagés durant la course devait arroser de ses flots généreux. Nous avions donc quitté le glacier beaucoup plus haut que je ne le supposais. Herr ! exclamation qu'affectionné particulièrement la famille Graven et qui m'avait déjà bien amusé. Avant de nous résoudre à bivouaquer dans ces lieux inhospitaliers. les obstacles diminuèrent et je pus m'orienter : nous étions arrivés sur la partie inférieure du Gorner (le Bodengletscher) et nous pouvions désormais nous passer de la corde. Quant aux lanternes. serrés autour d'une petite chapelle que je reconnus pour être celle de Furri. Après bien des manœuvres et bien des jurons. nos manifestations ne suscitèrent pas plus d'indignation. Là. Elles étaient bien éloignées encore. plaçant à chaque pas nos skis en travers de la pente. Craignant les crevasses invisibles qui semblaient nous entourer. suivaient mes traces à bout de corde. dans le haut du village. Il fallut ensuite quitter le glacier pour gagner les mazots de Furri. car. puis de remonter vers l'endroit où je pensais trouver les mazots que nous cherchions. Tout au fond du gouffre noir qui s'ouvrait maintenant à nos pieds. succédant aux menaces d'un bivouac. et nous commencions à douter de l'hospitalité rêvée. ouvrit toutes les soupapes de notre gaîté. Ce fut un moment de satisfaction pardonnable et de joyeuse détente. A bout d'arguments. je pouvais me faire une vague idée du terrain. Notre arrivée nocturne devait être une chance rare pour la prospérité de son auberge. Une sérieuse morale terminerait dignement le récit de notre odyssée et rachèterait peut-être notre insouciant trio aux yeux de certains lecteurs critiques et timorés. Nous eûmes l'impression de glisser dans une combe. . Nos appels restèrent sans réponse. Herr ! Nous mangeâmes aussi longtemps que notre faim put lutter contre la fatigue . Je lui fis entendre qu'elle avait à se lever immédiatement pour héberger trois touristes affamés. De l'autre côté de ce bois. lorsque nous nous mîmes à les bombarder à boules de neige. et c'est en titubant de sommeil que nous parvînmes aux premières maisons de Zermatt. la fatigue se faisait mieux sentir. A l'entrée du village. Je me laissais guider par mon instinct et le souvenir presque effacé de ces lieux. Nous continuâmes donc dans la direction des lumières. Notre allure s'accéléra. Derrière moi. Mais je préfère laisser à chacun le soin de déduire cette morale selon son goût. Une piste nous mit ensuite sur le chemin d'Aroleit où nous pûmes enfin quitter les skis et allumer une pipe bien méritée. plongés dans une obscurité complète. ce soir-là. nous envahissions la cuisine. qui devait être celle de la fille du patron. nous découvrîmes les petites lumières de Zermatt. tout en bâillant. nous en avions trois. sur les talons de la patronne. qui nous avait accostés si brutalement sur le Gorner. notre bougie s'éteignit. Nous parcourûmes cette rue d'un bout à l'autre sans trouver à qui parler. En tendant la faible lumière du falot dans toutes les directions. Celles-ci disparurent bientôt à nos yeux derrière un petit bois de mélèzes dont la traversée nous valut de nouvelles égratignures. Si quelque gnome avait aperçu le falot que je tenais entre les dents. elle ne cessait de satisfaire notre appétit et nous prodiguait amplement les sourires et les Jawohl. La guigne. et nous choisîmes la meilleure pour y loger notre chandelle. et nous commençâmes à rire de notre aventure. s'éteignant et renaissant dans les ténèbres. la pente de neige reprenait plus douce. quelle était cette pauvre âme errant dans la tempête. Peu à peu. avant notre départ. dont la patience ne souffrirait plus une longue attente. nous chaussâmes nos skis pour diminuer les risques d'un nouveau plongeon et — comme la pente était très raide et qu'il fallait procéder avec une extrême lenteur — nous nous résignâmes à avancer en escaliers. lors d'une précédente visite à Zermatt. mes deux compagnons. La perspective d'un bon gîte. mais leur apparition confirma notre espoir de finir cette nuit ailleurs que dans la neige ou sous quelque bloc de rocher. Dans la longue rue de mazots et d'hôtels. Aucune lumière n'éclairait les fenêtres et. lorsque nous nous arrêtâmes devant la « dépendance » de Seiler. Onze heure? avaient sonné à plusieurs horloges. Je reconnaissais très bien maintenant le petit chemin qui nous guidait et qui de Zumsee s'insinue dans le gorge de Z'mutt pour franchir ensuite le torrent et longer son cours sur la rive opposée. ce fut sans éveiller le moindre juron. puis nous gagnâmes promptement la jolie chambre qu'on nous avait préparée et nous nous endormîmes dans de fort bons lits. avec une confiance dont j'aurais voulu être digne. Tout le village semblait endormi.

Le train devait quitter Viège à 7 h. entre les murs resserrés du petit pont arqué sur la Viège et qui m'apparut comme le tremplin au skieur qui va prendre son vol pour le saut. il faut partir à temps ! Lorsque nous arrivâmes à la station. hésita un instant. que le mulet. dont le souvenir fait pâlir en moi celui du Lyskamm lui-même. Nous quittâmes donc la famille Graven. cahoté par les pierres. manœuvrait avec une précision étonnante. mais rien n'y fit. puis se décida à tenter l'aventure. et son cocher. et le cocher. Mais. et il paraissait peu disposé à repartir en campagne. Plus loin. Elle nous assurait qu'en vingt minutes nous arriverions à l'endroit où s'était arrêté le convoi. Nous franchîmes cet obstacle je ne sais comment. pour ne pas la perdre en route. Enfin. Jouant son va-tout. le train devait être parti lorsque nous enfilâmes la rue pavée de Viège au fi de tous les règlements et au grand trot de notre mule. Nous ralentîmes peu à peu le pas. Sans perdre un instant. grasse et réjouie.Le lendemain. la patronne. nous apprit qu'un train d'ouvriers était monté dé Viège jusqu'à une courte distance au-dessous de Saint-Nicolas et qu'il serait facile d'en profiter au retour en s'adressant à l'ingénieur dirigeant les travaux de la voie. J'ai parcouru trois fois ce « chemin » de Zermatt à Viège. Se croyant peut-être sous le bât. rapide. lorsque je voulus chausser mes laupars. nous expédiâmes le dîner à regret et nous confiâmes nos skis à la poste. nous attendait dans la rue. nous avions abandonné toute idée d'attraper à Viège l'express de l'après-midi. prudemment agenouillé à l'arrière. du reste. de peur qu'on ne veuille absolument les sécher en les brûlant. Nous arrivâmes à Stalden quelques minutes avant 6 heures. après nous avoir salués. Vous connaissez ce chemin de Stalden à Viège : coupé d'escaliers. au moment où notre carriole démantibulée quitterait le chemin pour filer dans la rivière. Sur cette piste aérienne. tournant. malgré sa cuite. et moi enfin. Mitten surtout y tenait beaucoup. Le mulet trottait toujours. complètement abrutis par les secousses. » II tira sa montre. prêt à sauter. et nous ordonnâmes un grand festin à l'Hôtel du Mont-Rosé. pour suivre la voie ferrée aussi vite que nos jambes le permettaient. aucun wagon n'était encore en vue. ce dont nous commencions à nous douter. La monotonie de la marche fit germer dans nos cerveaux hallucinés un projet nouveau : celui d'arriver à Viège à temps pour prendre le train du soir. Après une demi-heure de cette vive allure. il conservait obstinément le pas. à mesure que l'espoir diminuait. Le cocher fut donc payé et son mulet envoyé à tous les diables. malgré son héroïsme et la diligence de son mulet. Il exposait sa vie. que nous avions commandé pour descendre à Saint-Nicolas. suivant les méandres du chemin. C'était seulement lorsque le chemin se transformait en dévaloir et côtoyait le bord du torrent. Il lui fallut dix bonnes minutes pour harnacher son mulet et l'atteler dans les brancards d'un chariot à fumier où nous entassâmes nos sacs et que nous suivîmes bientôt en courant à travers le village. le meilleur chemin à l'usage des maiheureux piétons. en emportant toutes ses bénédictions et le souvenir de sa large hospitalité. jeté de droite et de gauche . Cette métamorphose s'expliquait facilement par les soins diligents dont la patronne et sa fille les avaient entourés. Les étincelles jaillissaient de toute part et les gosses éperdus fuyaient sous les jupes de leurs mères. le train venait de partir. 05. prévoyant les obstacles. Le mulet. vous touchez vos cent sous de pourboire. le dernier qui nous assurât la correspondance avec les express partant de Lausanne. Le thalweg se trouvait dans les pires conditions imaginables pour un attelage tel que le nôtre : un demi-mètre de neige gluante reposait entre deux remparts de blocs congelés. On n'est jamais assez prudent quant à ses chaussures. CHAPITRE XIV LES ALPES LÊPONTINES . Au cours du repas. Détraquée par les secousses du chariot. je trouvai que leur pointure avait diminué de trois ou quatre numéros. Lorsque enfin nous arrivâmes à Saint-Nicolas. nous engagea vivement à ne pas tarder davantage. Le traîneau. et les derniers wagons disparurent dans un nuage de fumée. vu le mauvais état des chemins. en risquant fort de précipiter la fin de nos aventures. ce furent les brusques tournants et les virages penchés sur le vide. après sept mois de mobilisation. qui remplaçait bien entendu le cheval dont on BOUS avait assuré le concours. malgré les coups de fouet et les injures du cocher qui ne cessait de l'apostropher dans son patois savoureux : sacries ! sacernona ! Nous joignîmes volontiers nos cris et nos gestes menaçants à ceux du patron. esquissait un temps de galop. et il nous apprit que le train était parti depuis longtemps. Mitten et Chouchou cramponnés sur la planche qui leur servait de banc . malgré mes plus strictes recommandations. le cocher accroupi devant eux. commença une course à la mort. Que faire. grinçant dans les ornières. où le traîneau pouvait tout juste passer. Mais rien ne sert de courir. et c'était à moi de la soutenir du pied. sinon de suivre cette longue voie ferrée? C'est bien. sans jamais faire le moindre faux pas. Mieux vaut les cacher sous son oreiller. malaisé et dominant sans cesse la rivière* comme la corniche d'un toit domine la rue. pour tâcher d'accélérer l'allure désespérante de sa bourrique. Je reverrai toujours notre bruyant attelage lancé au grand trot. La longueur de la course nous avait mis en appétit. Je reverrai toujours aussi le regard angoissé que me lança Mitten lorsque nous nous engouffrâmes. nous y trouvâmes un cocher entre deux vins et nous lui mîmes le marché à la main : « C'est à prendre ou à laisser : si vous nous descendez à Viège pour l'heure du train. touchant du nez la queue de son mulet. talonné par le traîneau qui lui chatouillait les jambes. aussi bien que la nôtre. nous rencontrâmes un ouvrier qui rentrait du travail. pierreux. venait de rentrer à son village natal. toute la mécanique des freins pendait à l'arrière en raclant. et je me jure chaque fois que ce sera la dernière. Heureux d'être enfin favorisés par une chance inespérée. qui devait bientôt repartir. notre bonhomme mit sa mule au galop dans l'avenue de la Gare. faisant ressort de mes bras. nous courûmes au premier café . comme une trombe. avec un sang-froid et un j'menfichisme superbes.

Nous y arrivâmes au crépuscule. mais cette région sera comprise dans le volume III du Walliserskifuhrer qui est annoncé et sera publié avec une carte annexe par les soins du C. se trouve comme par hasard assis en face de vous. A. quelque bizarre silhouette blanche prêtent à cette nature son cachet et son charme. qui possède de vrais lits. Après une longue promenade sur la neige houleuse. c'est le menu habituel des hôtes du Bedretto. pp. de vastes horizons. pour le skieur. — car. Connaissez-vous la cabane Rotondo? le Blindenhorn ? les Clarides? la Segnes ? le massif de l'Err?. ce lac doit présenter l'aspect d'un Màrjelen en miniature.. le Blindenhorn avait baigné dans un azur parfait. ils semblent aimantés : l'inconnu les attire et ils pointent volontiers vers de nouveaux buts. Cette étude approfondie est illustrée de cartes schématiques indiquant les routes à suivre. étouffées bientôt dans l'ombre envahissante. par le D' Oscar Hug. Le récit qu'on va lire est de l'Echo des Alpes. présente des contrastes saisissants et des tableaux tels qu'on en rencontre seulement sur le versant méridional des Alpes. je lui demande ce qu'il projette. une belle carte toute neuve à la main. ça et là quelques pans de roche fauve. au commencement de février. Voilà des questions que je me suis souvent entendu poser. 166). par quelque skieur entrevu durant la journée et qui. toute la montagne était recouverte d'une carapace de neige dure. 195-199) 4 TAUERN. vino nero. A l'heure qu'il est. la vieille alpe ruinée. à demi enfouie sous là neige . sachant fort bien que le massif en question est l'un des plus courus et que tout skieur qui se respecte l'a visité une fois au moins. du haut de son clocher. on trouvera quelques notes succinctes destinées aux skieurs qui désireraient visiter ces montagnes. hiver. dans le Bedretto. suivi d'une longue extase. je partais pour remonter le Bedretto et visiter ce fameux Blindenhorn. outre une très riche collection de jurons. Bd. qui possède. pp. salami. au grand étonnement de Forni. Dans le volume IV (Simplon-Furka) du Guide des Alpes valaisannes. Mais. ni passer pour plus malin qu'un autre. n'est pas encore près de s'effacer de ma mémoire. — Un jour. Je crois que mon ami n'a jamais mis son projet à exécution. il y a quatre ans. Le lendemain. Mais. — Ronco. Bien des fois il me fallait répondre négativement — et j'en avais presque honte. Sa femme préparait le repas : minestra. 7-10). sur le plateau neigeux du Gries. frittata. n 13. L'avouerai-je ? Mes skis ont une tendance à quitter les traces toutes faites . durant tout le mois de janvier 1911. h plus belle fille du monde. en s'ouvrant. dans le train. la Bernina. 43-63 : Die Blindenhorn-Ofenkorngruppe. mêlant la fumée de son Stump à celle de votre pipe. entre eux 1 II n'existe pas encore. mais c'est lui qui provoqua ma sympathie pour les Alpes Lépontines. Fischer (3) et Tauern (4). Mais. 1913. sous un soleil glorieux. Ce monde était vaste : on voyait les Apennins. 1905. Mais ce que virent nos yeux. mais j'ai couché sous le toit de la Rotondohùtte et j'ai bel et bien lié connaissance avec les Alpes Lépontines en visitant tout d'abord le Blindenhorn. ne ferait de nous qu'une bouchée. et comme la bise était fraîche malgré le grand soleil. cette fois-ci. p. Bedretto. Signor Anselmo Forni nous ouvrit sa porte et nous prêta son toit pour la nuit. S. L'accueil simple et cordial reçu à Ronco restera un des bons souvenirs de cette excursion. de guide des Alpes Lépontines. avec un superbe glacier. 3 FISCHER. Toutefois. gardé un mauvais souvenir du Blindenhorn. Skifahrt auf das Blindenhorn (Zeitschrift des deutschen und œsterreichischen Alpen Véteins. j'ignorais totalement le nom de Blindenhorn. Staub. il ressemble si bien à une gigantesque crevasse que notre repas fut vite expédié. de ce fait. Piz Lucendro und Blindenhorn (Ski. J'avais lu sur cette montagne deux ou trois récits d'ascensions : ceux de Hoek ( 2). Villa. est bien le plus pittoresque et le mieux situé de tous.1909. le Dauphiné et. Si je ne suis pas monté au Piz Lucendro. durant cette course. je dois même dire que je ne l'ai jamais visité. ne peut donner que ce qu'elle a. et lorsque nous arrivâmes. — et je lisais dans le regard désormais protecteur de ce monsieur l'impression de pitié que lui causait mon ignorance. parcourue à l'aube et le soir au crépuscule. nous avions traversé le Cornopass. En été. nous préférâmes dans la suite nous arrêter à Ossasco. La vue immense. je ne voudrais pas me faire la réputation d'un sauvage. égrenés le long d'un chemin capricieux. Ossasco. quelques mots d'italien. Les petits villages du Bedretto.(Du Simplon au Gothard)1. ont chacun leur aspect particulier et leur nom sonore : Fontana. je saluai ses pics comme les rois du monde. alors que. et. à l'idée que la crevasse. Il ouvre sa carte et me montre un sommet de 3 384 mètres. c'est qu'il n'a pas voulu de moi . La partie supérieure du Bedretto. Mes muscles et mes skis ont. Grâce à Staub. paru en 1920. le dernier hameau habité dans la vallée. 35. d'où s'ouvrirent à moi. Or. d'une pureté admirable. Le mélèze. L'Oberland bernois m'a toujours été peu sympathique . pp. nous étions enfin arrivés au sommet de la montagne. 125-156. je rencontre dans la rue un de mes amis. Vers 11 heures du matin. pp. et qu'arrivé sur quelque sommet. nous nous arrêtions pour déjeuner à l'abri d'une paroi de glace qui forme la rive la plus haute d'un petit lac.. l'angélus tombait en notes graves. 2 HOEK. le départ ne fut donné qu'à 7 heures. Mittendorff et moi. dit-on. sous ses formes les plus originales. le même hiver. mais. ma rétine est encore impressionnée par les courbes bleues du Griesgletscher. . Une première contribution au Guide du skieur XVIII. au retour de courses. si régulièrement espacées qu'il semble avoir été incliné tout exprès pour le plaisir des skieurs. par exemple. plus tard. je lui tourne volontiers le dos pour admirer autre chose. saccadées. nous causa un moment d'enthousiasme. le torrent capricieux dans ses méandres. menu pimenté dont il fait bon goûter dans ces montagnes. Mon intention n'est pas de vous parler de ces courses que vous avez sans doute faites avant moi. et je m'attendais à faire une course merveilleuse. sans hésitation. Two guideless ascents in winter (Mont Rosé and Blindenhorn) Alpine Ski Club Annual . comme le gîte laissait beaucoup à désirer.

pour rentrer chez moi (2). dans une sorte de coulisse gigantesque. le dernier à la corde rasa les murs et plus loin il faillit passer dans la Reuss : dernière folie d'une journée mouvementée et riche en contrastes. elle descend beaucoup plus bas que ne l'indique la carte et semble fermer le passage par lequel nous comptions accéder aux névés supérieurs du Gerengletscher. nous fîmes un jour une promenade jusqu'à la Forcla di Cristallina. j'avais traversé les Alpes Pennines par la Haute Route de Bourg-Saint-Pierre à Zermatt. des hennissements. tenue à Ossasco par la famille Pervangher. presque entièrement située en territoire italien. Sur le Wyttenwasserpass. mes compagnons étant dès lors suffisamment stimulés par la beauté du jour. 109. Pour occuper notre temps. je réussis à détourner mes compagnons du chemin d'Airolo. Nous nous sentions là comme chez nous. de lancer un dernier adieu au Blindenhorn.— et c'est une des raisons pour lesquelles nous nous étions arrêtés là. je suivais maintenant ce fil menu. aboutissant perpendiculairement à la grande chaîne pennine. de Lebendun et du Vannino. et avec quelle impatience. son moral était tombé très bas. Très peu connue des alpinistes suisses. de Choudens et moi. 44 kilomètres . de Bourg-St-Pierre à Zermatt. Il me fallut un certain toupet pour leur assurer que. Une heure plus tard. Après bien des hésitations. sur les pentes rapides qui séparent le Piano Secco de l'Alpe Nuova. nous étions attablés à Realp devant un grog. elle serait excellente sur celui de la vallée d'Urseren. A Hospenthal. avions établi notre quartier général à la petite pension du Nufenen. dont la mâchoire s'était démise à la descente du Val Corno. Enchantés de me faire supporter la responsabilité de cette audacieuse hypothèse. et nous volions à toute allure sur la neige unie du glacier. et Mittendorff dut payer mon triomphe en ouvrant péniblement la piste. Le niveau général se trouve abaissé et la nature y revêt un tout autre caractère. C'est un but que je voudrais recommander aux skieurs qui ont une journée à perdre 1 2 Alpina. 1912. plutôt que celui de fer. où nous couchâmes une seconde fois. échelonnés le. Peu au-dessous du Gerenpass. je prendrais ce chemin. en considérant cette route sur la carte. ils se laissèrent enfin persuader. Quelque temps avant cette course. nous aussi. puis jusqu'au Gothard. il me vint à l'idée de la prolonger jusqu'au Simplon. une forte patrouille d'officiers en civil nous assura que la descente à Realp présentait tous les charmes désirables. Comme je l'ai dit au chapitre IX. on n'y retrouve plus le parallélisme presque géométrique des vallées latérales du Valais. pour leur faire suivre un sentier plus étroit. Mittendorfî était décidément confondu. mais les brouillards du versant septentrional des Alpes avaient une tendance à dépasser la crête des montagnes pour venir s'accrocher aux cimes tessinoises. Sous les chauds rayons du soleil de midi. les vacances venues. tantôt s'élevant. il ne soufflait mot et. irradié dans l'or du couchant. J'essuyai d'amers reproches. la nuit nous surprit à Ronco. Quant à Staub. qui. Une première tentative pour mettre ce projet à exécution eut lieu en mars 1911. . — dans la neige poudreuse cette fois. p. ne pouvant manger et boire que peu. Distances à vol d'oiseau . Ce fut une délicieuse flânerie. Sur l'autre versant de ce col. du Simplon au Gothard. s'insinuait par de longs méandres à travers les glaciers ou les forêts. tantôt descendant. Plus tard. qu'on atteint facilement d'Ossasco en trois heures. Mittendorff fut difficile à convaincre. j'attendais le moment où. Staub. Mes prévisions se réalisaient. Le lendemain. Le temps était malheureusement d'une inconstance exaspérante. et rejoignait notre route du Blindenhorn. par le fait qu'on descend dans une vallée. nous pûmes doubler ce cap inattendu et chausser les skis. De quel œil amoureux. attendant un traîneau pour gagner Andermatt. des coups de fouet et des cris inhumains. La lune devait favoriser un départ nocturne et nous permettre d'arriver en un jour à l'alpe Devero par les cols du Gries. Le système orographique de ces montagnes est bien différent de celui que traverse la Haute Route : il n'y règne pas cette belle ordonnance .tous. du Simplon au Gothard. Ce fut une course infernale. si la neige était mauvaise sur le versant du Bedretto. Mais ce ne fut qu'une fausse alerte : après être descendus une centaine de mètres sur une pente raide. en bras de chemise. 55 kilomètres. Dans la nuit noire et froide. le cheval au galop nous emporta bientôt. Il y avait du fœhn dans l'air . la High Level Road s arrête à Zermatt. elle était alors ignorée des skieurs. répondant aux yodels qui partaient de la cabane Rotondo. aussi. car il avait trouvé la neige du Blindenhorn trop dure à son goût et il craignait de renouveler de fâcheuses expériences. Le temps d'apprêter les skis. Au retour. J'ai parlé ailleurs (1) de cette traversée combinée des cols de Geren et de Wyttenwasser.).long d'une corde fixée à l'arrière du traîneau. le ciel était bleu du côté de l'Italie. avec quel espoir mélangé de doutes. l'arête nord-ouest du Kûh-bodenhorn nous procura un instant d'émotion . je crois bien que j'étais le dernier à zigzaguer. et en revivant mentalement toutes les émotions de la traversée. la neige devint si dure qu'il fallut fixer les crampons sous les skis. La zone praticable au ski est rejetée sur le versant méridional. quelque mystérieuses pour moi et qui excitait ma curiosité. Nous n'osions pas nous lancer. je me hasardai à tracer an crayon un trait continu qui traversait toute la carte. tant l'hospitalité y est grande. Il s'agissait de se rendre à Andermatt par le Wyttenwasserpass (2 885 m. des myriades de pics dont j'oublie les noms. Au Simplon commencent les Alpes Lépontines.

Le lendemain. Peu à peu. A part ces teintes vives de l'aurore. que la muraille de nuages s'rrrêtait régulièrement derrière la chaîne du Gothard. perdue au milieu des neiges. et nous montions ainsi rapidement à travers les arbres clairsemés de la forêt. pas le moindre incident ne vint troubler la tranquille félicité du jour . Scène navrante dans le grandiose de ces montagnes. Durant cette course. La neige fut parfaite. mais nous pouvions maintenant nous rendre compte que cette route. nous étions de nouveau à Airolo. une note de gaîté tomba sur la nature et réchauffa nos cœurs. 2 . je fus réveillé en sursaut par un grand vacarme : Staub. suivant des yeux les méandres gracieux de nos serpentines sur le flanc de la montagne. 85 lequel amasse des nuages sur le versant septentrional des Alpes et laisse le ciel du Tessin parfaitement bleu. en plein sud. mais. Or. il neigeait à Airolo. Vers midi. assez fréquent dans e Bedretto. « Mitten » allait de l'avant. Durant la soirée. outre une descente splendide et variée. 1 Alpina. car il soufflait un vent chaud et lugubre dont les rafales faisaient plier la ramure des mélèzes. dont Forni voulut bien nous confier la clef. nous fîmes une marche forcée à une allure folle et sans desserrer les dents. est dû à l'action du fœhn du nord (voir p. nous prîmes à gauche. et nous partîmes fort gais pour Airolo. le long d'une large terrasse au pied du Marchhorn. suivant une piste ouverte la veille. nous descendions dans une petite plaine et remontions vers le sommet par une large croupe ondulée. nous bouclions la boucle de la Cristallina et retombons dans notre trace. nous étions en route pour le San Giacomo. Nous glissions muets vers cette chaude lumière. la Cristallina (2 910 m. — Disons pourtant ce qui se laisse dire : après avoir traversé le Passo di Naret. Il avait sans doute mangé depuis longtemps toutes les souris du logis. très longue. les brumes se fondirent ou restèrent accrochées sur les sommets. vous auriez voir dans le haut du Bedretto. le chemin était couvert de verglas et. dès le lever du soleil. dès qu'on voulait le caresser. C'était bien fait : ce sacré réveil n'avait pas voulu marcher. il s'approcha souvent de nous pour dévorer ce que nous laissions tomber delà table . Et plus loin. l'alpe Robiei et le glacier du Basodino. Au delà. comme nous poussions la porte. L'après-midi fut consacrée à l'exercice du saut. avec son parvis entouré de corniches. les plus blasés trouveront là de quoi émerveiller leurs yeux. la glissade reprit. 1912. nous prîmes possession de nos quartiers et. Aussi. serait fort pénible à tracer dans la neige profonde. immobiles. deux heures plus tard. Le matin. les premiers rayons du soleil jouaient sur la neige une gamme de tons où l'ocre et le rosé se fondaient lentement dans l'azur. pas un souffle de vent sur la neige tout unie.dans le val Bedretto. La vue de la Cristallina est certainement bien belle et très étendue. avec un ciel sombre au-dessus d'eux. et maintenant l'aube se levait déjà dans un ciel sans nuage. mais nous pûmes constater ce jour-là. Le lendemain. le lever du soleil sur le Lucendro. De là. pour crier famine si lamentablement. suivant une piste à demi effacée. notre désespoir fut noyé dans le chianti. en train de déjeuner (2). A Ossasco. mais le désir de descendre enfin était trop puissant pour permettre une longue halte. Ce que je résume ici en quelques mots nous coûta de longues heures de marche. avant de monter à la Bocchetta Val Maggia. freinant de toutes ses forces et hurlant à tue-tête : Furt ! Furt ! Le lendemain. j'entendais Staub derrière moi me gagner en vitesse. mes yeux ont gardé de la Cristallina une impression de blancheur immuable.) et le Basodino (3 277 m. mais bien de rendre visite aux dignes voisins du Blindenhorn. venait de pulvériser son réveil sur le plancher. Il était tombé pas mal de neige et le temps s'éclaircissait lentement . Pour rattraper le temps perdu. Après cinq minutes de glissade vertigineuse. nous montâmes encore jusqu'au col du Nufenen. de Choudens. debout au milieu de la chambre. couchés. qui flamboyait dans l'azur. Par un curieux hasard. dès l'aube. Demain. Un coup d'œil suffit pour nous décider à battre en retraite. Après nous être étirés longuement. se révéla à nos yeux comme un bijou. Cette petite chapelle du San Giacomo. il s'échappait dans l'obscurité en bonds sauvages et craintifs.). Ce phénomène atmosphérique. nous couchions à l'Ospizio del'Acqua. pas un nuage au ciel. le soleil perça un trou de ciel bleu . un pauvre petit chat blanc et tout tremblant se mit à miauler dans l'obscurité de sa prison. A Ossasco. nous admirions. nous étions couchés 400 mètres plus bas. un peu fade. Un an plus tard. symbole de modestie et de renoncement dont la poésie toucha mon âme. au pied d'un mélèze centenaire. La Forcla franchie. trois êtres démoralisés. 109. Le soir. entre les mélèzes de la forêt. un peu au-dessous de la Forcla. A l'alpe du Valtorta. Sur la carte. nous avions esquissé une voie d'approche passant par la Forcla Cristallina. le plan d'attaque fut modifié et nous décidons de passer par le San Giacomo. enfin. nous irions donc lui rendre visite. dans l'évasement gracieux du col. dans la nuit noire. et assez loin dans l'azur. A la dernière lueur du jour. le Basodino présentait son large glacier bombé et luisant sous le soleil. Une nuit. Mais. Mittendorff et moi. le gîte familier nous attendait. il n'y avait plus un nuage au ciel : nous étions tranquillement adossés à la petite chapelle du San Giacomo. J'avais l'impression que deux heures plus tard nous serions de retour. p. peur voir le temps qu'il faisait en Valais. Cependant. les nuées débordent parfois la frontière et couvrent le Bedretto. J'ai déjà attiré l'attention des skieurs sur ces deux pics tessinois (1) et je me bornerai à tracer ici quelques souvenirs. L'air doux était imprégné des senteurs qui annoncent la tempête. deux heures plus tard. Il neigeait encore! Notre intention n'était pas de tenter la fameuse traversée. Une puissante arête rocheuse projetée par la Fiorina (et qui n'est pas indiquée sur la carte) nous obligea à descendre sur le Bodensee. jour pour jour.

Mon dernier souvenir du Basodino est notre descente du San Giacomo. qui conduit vers l'alpe Devero. Très loin. la blanche pyramide de cette montagne s'élever sereine dans l'azur d'un ciel d'hiver. qui s'ouvre dans la crête séparant les glaciers de Hohmatten et d'Alpien. A. nous fîmes une deuxième constatation coïncidant très heureusement avec la première : c'est que les plus belles pentes sont inclinées vers le nord et l'est. où ils restèrent en suspens. elle prend assez vite une consistance très dure. et plus loin. C'est en suivant une de ces vires que nous atteignîmes l'arête occidentale. sur mes instances. brusquement arrêtée à All' Acqua. C'était la première fois que je goûtais à ce produit valaisan : il me parut aussi nourrissant et plus savoureux que celui des Grisons. Comme nous montions. Après avoir remonté la branche occidentale du glacier. il fallut descendre encore. Conclusion : il fallait effectuer la traversée du Simplon au Gothard. Notre reconnaissance s'allongea et finit par nous conduire au sommet du Monte Leone (3558 m. on traverse les névés supérieurs de l'Alpiengletscher. en janvier 1913. et atteindre ainsi la branche principale du glacier. il y eut une courte lutte : de Choudens. sur la neige bruissante et légère. une fugue endiablée. le temps fut beau et doux . Si vous avez pu voir. le Passo di Val Tendra. Au pied des rochers. pour atteindre la branche occidentale du glacier du Basodino. Ce coup d'œil dans la réalité nous 1 Le Clubfûhrer durch die Tessineralpen du C. e il le considérait d'un air mélancolique. On sait — nous avions pu le vérifier durant nos courses précédentes — que la neige est généralement bonne sur les pentes inclinées versle nord et l'est. l'abîme se creuse devant vos skis et le regard. . le dernier acte : la traversée du Simplon au Gothard. nous mîmes le nez à la fenêtre. Chacun tira sur la corde et Mitten. Jusqu'au Breithornjoch. Du brouillard couvrait le col . D'autre part. passant du Mont Rosé au Finsteraarhorn. mon fidèle ami de Choudens et moi. mais la corde ne servit qu'à tirer mes skis sur la route du Simplon et dans le Bedretto. qui nous permit de partir tard et légèrement chargés. Le lendemain. sans guère monter ni descendre. découvre un monde nouveau de pics chamarrés de neige et de lumière. nous étions installés à l'hospice du Simplon. Ce devrait être quelque part dans le val Bavona. Quelques mèches de brouillard traînaient aux flancs des monts. En nous avançant un peu sur l'arête nord. restant neutre. sur celles opposées au sud. la course étant réussie et la possibilité d'atteindre le Basodino en ski démontrée. Nous avions emporté une corde de vingt-cinq mètres. nous pûmes enfin choisir l'endroit le plus favorable pour traverser cette paroi qui se trouve n'être qu'une forte pente de neige. car il était passé 2 heures ( 1). à travers un terrain coupé de vallonnements. ce fut. répandus sur le tapis blanc de la vallée du Gries. Et c'est pourquoi. Ayant éliminé le superflu. Descente n'est pas le mot : à travers les arbres espacés de la forêt et les ombres allongées du crépuscule. mais — autant le dire tout de suite pour ne plus y revenir — dès le lendemain et jusqu'à la dernière heure de la traversée. Arrivé sur le col entre le Basodino et le Piz Cavergno (Passo Basodino). On ne s'écarte guère de la route d'été. alors que.). bien plus intéressante et plus variée que celle de la Cristallina. le 5 janvier 1913. Le gneiss du Monte Leone est disposé en couches régulières qui apparaissent très distinctement sur cette face de la montagne et forment de larges vires. devant l'asti moussant dans nos verres. Juste à nos pieds. et l'on se dirige droit vers la face triangulaire du Monte Leone. dans'une profonde échancrure de la montagne. un piolet et nos crampons. à renvoyer à Genève les trois quarts de son contenu. et les aspects de la nature qui change à l'instant. De Choudens avtait son sac légendaire aux mille poches. en étudiant de plus près le profil de notre traversée. Le brouillard couvrait tout ï'Ossola et la plaine lombarde. nous surprîmes un petit coin de verdure. à une altitude de 2000 mètres environ. Première constatation.Et celle-ci une fois atteinte. la montée est longue et passablement raide. par où Ton gagne le sommet. de la vallée du Rhône. dont la préparation est du reste identique et tout aussi simple. Avant les derniers rochers du sommet. Finalement. le seul qui fît tache dans toute l'immensité blanche. et nous descendîmes bien vite. Depuis ce col. en queue. un vrai Paradis enclos de rochers et de mélèzes. nous déposions nos skis comme deux Indiens auraient amarré leur canot en touchant la rive de quelque îlot sauvage. plutôt qu'en sens inverse. étourdissante. Finalement. Nous reprîmes au retour exactement le même chemin qu'à la montée. voulait poursuivre. en évitant et repérant les quelques crevasses visibles. On distinguait une vieille ruine. Ce fut un excellent prétexte pour se borner à faire une reconnaissance. en tête. le glacier d'Avrona. je prétendais n'avoir aucun plaisir à varapper sur des dalles recouvertes de neige. se mit à gigoter au milieu. les mazots de Morast ressemblent à un jeu de dominos. et moi. nous pûmes nous assurer du nécessaire : un peu de viande séchée dont les bons pères nous taillèrent de belles tranches dans un quartier de bœuf. vous comprendrez le plaisir que nous eûmes à trôner là-haut. mais nos yeux s'intéressaient presque exclusivement aux Alpes Lépontines. les brouillards se retirèrent en Italie. Mais ces accidents de terrain. nous découvrîmes au delà de l'abîme notre route de demain : le col de Kaltwasser. il se décida. mais je n'ai trouvé dans la littérature aucune mention de cette ascension. nous eûmes presque continuellement les meilleures conditions de neige et les plus grandes chances de succès. S. constituent le charme de cette course. l'alpe Veglia. genre Tar-tarin. Une angoissante inconnue nous attendait : la paroi de glace qui sépare les deux branches du glacier et qui s'obstinait à rester dans l'ombre. Et maintenant. c'est moi qui l'emportai. dressée au milieu d'une prairie. (1908) prétend que 1e Basodino fut gravi en ski avant 1908. Les crampons et le piolet furent très utiles.

Faites comme nous. Tandis que nos regards se heurtent à ces falaises dorées. Le passage que je visais — et qui est du reste le bon — nous fit perdre un temps précieux. Sur le col. Le piolet fit le reste. restera toujours pour moi un des meilleurs souvenirs de notre randonnée. une batterie complète et. Menacés par les séracs fantastiques du Monte Leone. je laissais mes regards errer sur les cimes bleues du Valais. et descendez au crépuscule dans ce cirque dantesque de Veglia. les skis glissent aisément entre les mélèzes espacés. se tordent en poses superbes. lui demandant si l'on pouvait y coucher. qui conduit à Devero par le val Buscagna. de Choudens avait perdu son piolet — un superbe Anthamatten. et la carte porte des erreurs à cet endroit. jusqu'au moment où il disparut à mes yeux derrière l'arête noire du Hûbschhorn. toutes les clefs du logis. Les montagnes rutilaient sous le généreux soleil de l'hiver. Palpe Veglia et ses petites maisons restaient éclairées. peu à peu. dans l'intimité et la solitude. cuivrés. Il pensait que nous étions les premiers 1 réussir le Monte Leone en ski. Sur le col. où ils prêtent à la nature un grand cachet d'originalité. ce serait faire à la neige des compliments qu'elle ne méritait pas. où le prieur nous reçut avec du vin chaud. Vue du Monte Leone. à Devero et dans la partie supérieure des vallées de Binn et de Bedretto. Le pied du Hùbschhorn était atteint lorsque me vint la malheureuse idée de quitter notre piste pour essayer une variante évitant la pente très raide que nous avions traversée le matin. Toujours d'après la carte. rien ne bougeait. nous descendîmes prudemment sur le glacier qui. puis disparaître vers l'Italie. Une surprise désagréable nous y attendait. Personne à Veglia. pas un souffle. il se dresse là uae paroi de rochers absolument verticale. on en mesurait de nouveau plus d'un mètre. La pente conduisant du fond du Val Dentro au Passo di Valtendra est franchement raide. comme nous. nous parcourions notre petit paradis. ». dans la forêt. La perspective de faire cette longue étape en deux flâneries était reposante et sagement adaptée à la brièveté des-jours et à l'absence de lune. un traîneau glisser lentement dans l'immensité blanche. La veille. Le soleil était couché lorsque nous arrivâmes à Veglia. sur le plateau neigeux du Simplon. le matin du 7 janvier. mais leur vision ensoleillée demeura dans nos yeux. je vis. Et pourtant. Trop tôt mon ami revint. au-dessus de 1' « Alte Gallerie. dont l'hospice m'était caché. Et pourtant il nous fallait un toit pour la nuit. doit ressembler à quelque sauvage vallon du Tyrol par le somptueux décor des rochers qu l'enferment et par ses forêts. puis je les portais vers l'Oberland. nous arrêtâmes notre choix sur une petite maison rosé de modeste apparence. promenez-vous au soleil sur les névés du Kaltwasser en contemplant de larges horizons. Pas un bruit. où nous sommes entrés. dans une petite cuisine. au propriétaire de l'hôtel de Devero. tout joli dans la lumière du matin. dont le Weisshorn est roi . on lit ces mots tracés en rouge et d'une insolente ironie : Per Devero a sinistra sotto le rocce. et nous arracha bien imprécations lorsque la nuit fut venue. nous ne quittions l'hospice que vers 10 heures. la combe était presque dénuée de neige. Palpe Veglia n'a Pair de rien . pointant le ciel de son obélisque doré. suspendues à un clou. Allez vous y aventurer avec des skis ! Bon gré mal gré. Il me quitta bientôt pour aller à sa recherche et nous nous donnâmes rendez-vous sur quelque roche qu'échauffait le soleil. Mon style est impuissant à évoquer les beautés ignorées de ce site grandiose. un poêle. Aussi. tel un point. si nous n'avions eu des skis. Ces mélèzes aont merveilleux et bien différents des nôtres. Nous devions en rencontrer plus loin. longeant la moraine où l'on voyait des lièvres blancs folâtrer entre les blocs. Le jour suivant. mais. La vue grandissait derrière notre dos et. Je le crois volontiers. à la descente du glacier de Hohmatten. tout au bas du vallon d'Avrona. du bois sec. il faut la voir dominée par le Monte Leone. Après une inspection détaillée des cases. nous serions montés à reculons. nous dûmes . Sur une dalle de gneiss. Après qu'il se fut restauré. dont k plupart sont en pierre et bardées de fer. Nous nous sentions tout petits et nous étions seuls. ayant déjeuné et causé longuement avec Paimable prieur. Je me retournais souvent pour le regarder. audessous de la vieille moraine du Kaltwassergletscher. En réalité. La ressemblance qu'offrait ce jour-là le Fletschhorn avec le Mont Blanc vu des hauteurs du val Ferret italien était frappante. Il faut la prendre tout à gauche (nord) et s'élever en lacets le long des rochers du Monte Moro. Il nous ouvrit le logis où certes nous étions bien tombés : il y avait là. Seules. Je ne dirai pas que la descente fut charmante . La piste de la veille nous guidait. dominé par son Lion : alors. Leurs troncs sntiques. qui cache complètement la vue de la Scatta (échelle). Nous avions télégraphié à Baceno. et nous décidâmes d'emblée de la couper en deux en passant une nuit à Veglia. partez du Simplon. ciselés. vous serez saisis et ravis par la sublime beauté du contraste. Cette soirée passée à Veglia. Je me hâtai d'y arriver pour jouir plus longtemps de la halte. Ici noua entrions dans l'ombre et dans l'inconnu en même temps.révéla la longueur impressionnante de l'étape qui unit le Simplon à Devero. ayant retrouvé son piolet. d'où le Bietschhorn surgissait. il semble possible de traverser de flanc vers la Scatta d'Orogna. Nous réussîmes pourtant à nous échapper et à descendre tant bien que mal vers les lumières de l'hospice. Plus bas. Tout en fumant ma pipe. la croix a été remplacée par un banal écrit eau : Caccia riservata. il fallut dire adieu aux cimes du Valais . devient moins raide et s'étrangle finalement entre ses moraines resserrées. nous reprîmes la montée. au-dessus de Ponte. Le Val Dantro. Il nous répondit qu'il serait à son poste au jour désiré. J'ai passé là une heure de quiétude comme il en est peu dans la vie.

notre hôte nous dévorait des yeux. et malgré la neige durcie. — et je crois qu'alors vraiment la comparaison serait à son avantage. qu'ils cuisent en galettes originales. nous étions prêts à partir. nos cris de joie firent retentir tous les échos de la montagne. nous déposâmes la plus grande partie de nos bagages. Je lui éclatai de rire au nez. A 5 heures déjà. passage que nous avions choisi pour nous rendre dans la vallée de Binn. sur un vieux grabat que l'hôte avait déclaré inhabitable. le soleil brillait dans un ciel pâle et sans nuage. je montai à pied. plus ensoleillée. nous pressant de questions auxquelles il fallait répondre dans le plus affreux patois pour être compris. Le versant italien du col offre une rude montée. Là-haut. Toujours ces mélèzes enchantés ! Nous glissions au milieu d'eux. directement. lorsque cette pente nous parut abordable. En quelques minutes. moins cloîtrée. et c'est le seul itinéraire à conseiller lorsque la neige présente le moindre danger d'avalanche. ouvert pour nous par l'aimable Signor Alberti. C'est là que. ayant renoncé à l'idée de contourner l'Ofenhorn par l'est en franchissant les cols du Vannmo et de Lebendun. — une minestra valaisanne comme j'en ai rarement goûté. Je ne vous raconterai pas les démarches qui furent nécessaires pour arriver à nous asseoir devant une soupe fumante qu'un hôte improvisé nous confectionna avec du jait. Mais. de fromage et de pain bis. l'alpe Auf dem Blatt était atteinte. il fallut y monter sous le soleil de midi. lorsqu'elle n'est pas fermée. on évite les pentes les plus raides. s'était affaisée et s'affaissait encore en sourds craquements. Aussi la halte ne fut pas longue. Ils vivent de lait. l'heure. avec sa pipe à la bouche et une heure d'avance sur la diane. puis nous primes le chemin de la vallée. sur les débris congelés d'une ancienne avalanche et. Nous eûmes le plaisir de traverser ce lac dans toute sa longueur. nous glissâmes en longues serpentines sur les vastes champs de neige qui occupent toute cette partie supérieure du Binntal. A perte de vue s'étendaient vers le nord les plus beaux champs de neige qu'un skieur ait jamais rêvés. a triplé son étendue primitive au point de l'allonger vers le nord jusqu'à la gorge du Rio d'Arbola. Lorsque. et les skis glissaient d'euxmêmes dans la neige poudreuse. A midi. puis il redescendit vers son . à la Scatta d'Orogna. comme des bras cassés. la voir en été. ce jour-là.descendre dans je vallon anonyme. Notre plan fixé. Elle est moins sévère aussi. Le Rio d'Arbola nous conduisit tout naturellement au pied de l'Albrun. malgré l'éblouissante vision que m'avait laissée Devero. dès l'aube. et. Je la trouve moins belle. Dans une misérable hutte écrasée sous la neige. Nous fûmes initiés peu à peu aux étranges coutumes des habitants de Binn. comme de Choudens est très mauvais coucheur. On arrive ainsi. nous étions tranquillement assis sur le col. C'était la première fois que je visitais la vallée de Binn . Et. mais très pittoresque. nous devions commencer la montée vers l'Ofen-gletscher. on pouvait monter n'importe où: de Choudens prit en lacets sur la droite. nous quittâmes la Capone d'Alberti pour continuer notre voyage. nous ouvrîmes avec peine une des fenêtres de la chambre qui semblait n'avoir jamais été aérée. dont la pâte est mélangée d'anis : bel exemple de sobriété que nous donnent ces montagnards et que feraient bien de suivre. je préférai m'étendre le plus près possible de cette fenêtre. bien entraînés. En faisant un détour par l'alpe Forno inférieure. et il commença à jurer dans sa barbe qu'il n'y comprenait rien. para suite d'un abaissement subit du niveau de 1'eau. en élevant son niveau. le lendemain. Il nous coucha maternellement dans un grand lit. à l'autre bout du Valais. tout y contribua. lorsque ses torrents bondissent des rochers dans les prés verts. Il était recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace qui. se précipita vers moi pour constater si j'étais gelé ou endormi. en quête d'un gîte. Dès qu'il eut tourné le dos. le Lago Codelago est barré d'une digue qui. Une heure après avoir quitté la Scatta. Lorsque le patron revint. ce fut à qui arriverait le premier en haut. du riz. Et pourtant. Au pied du mont Orfano. le triomphe fut aux skis. elle me parut peu favorable au ski. plongeant des regards curieux dans la vallée de Binn ouverte à nos pieds. des légumes et du fromage. tandis que toute la plaine et les forêts de Devero reposaient sous une masse étincelante de neige cristalline. pour en juger. le lendemain. Cette descente à Devero par le val Buscagna est stupéfiante. On n'en trouve qu'à la pinte du chef-lieu. mais il faudrait. ivres de volupté et de joie. Demain serait la grande journée : il nous fallait passer de Binn au Bedretto en traversant l'épaule du Blindenhorn et en prenant en route d'Ofenhorn. Une fois de plus. nous franchissions le seuil de l'hôtel du Cervandone. Il n'était pas inhabité et j'ai rarement passé une nuit plus atroce. à travers un site grandiose et après une rude besogne. où se trouve Palpe Bondolero. la neige était dure et complètement gelée. Ses eaux alimentent des turbines installées plus bas et fournissent la lumière et la force à la vallée de Devero. Sa pipe rivée au coin de la bouche. Ayant obtenu le manger et le boire. l'éclairage. étudiant la route de demain. j'étais réveillé et je pus jouir de sa stupeur en me voyant couché près de la fenêtre ouverte. On vérifiait cet effondrement à la roture courant au long de ses rives et aux mélèzes trop avancés dont les branches ankylosées dans la glace étaient rompues et pendaient lamentablement. il fallut gagner notre gîte en suivant la lanterne de notre hôte à travers un dédale de ruelles obscures et scabreuses. certains ivrognes de ma connaissance. à Veglia. Il faillit lâcher sa lanterne. comme une arête nous séparait. Le brave homme voulut porter nos skis jusqu'à l'endroit où cessait le sentier battu. Lorsque nous nous arrêtions. surveillant des yeux la pente à notre gauche. c'était pour nous retourner et contempler à contre-jour les noires silhouettes des mélèzes découpées sur l'immense éclat des neiges. L'alpe Devero est plus étendue et moins encaissée que celle de Veglia. comme deux petits garçons. Ces braves gens ne possèdent pas la moindre goutte de vin dans leurs caves. La neige. Quelle flânerie ce fut 1 Nous étions bien reposés.

où l'on va. nous dûmes user d'une tactique savante. j'avais le diable au corps et. passant le premier. j'avais peine à satisfaire cette curiosité maladive. Un vent froid aous en chassa bientôt et nous commençâmes a zigzaguer sur la pente des Lange Eggen qui conduit à l'Ofengletscher. Ce matinlà. ayant abandonné nos skis à mi-chemin (1). déjà si longue. Nos bagages avaient subi une inspection dont je ne pus fixer l'étendue que plus tard. Je reverrai toujours de Choudens affalé sur le ventre au milieu d'un fouillis de branches. Fruttwald est le premier village habité du Formazza. vers 10 heures. Le lendemain matin. et nous continuâmes. Une courte glissade dans l'ombre fraîche nous reposa. En une heure et dix minutes nous atteignîmes le sommet par le versant italien. mais. Dans la lumière tremblotante. ce qui ne l'est pas. Cette dernière chance nous épargna un bivouac. pour éviter de nous rompre le cou dans ce maudit dévaloir où l'on ne pouvait risquer un pied sans perdre l'équilibre ou esquisser les contorsions les plus grotesques.village. pourquoi nous voyageons et ce que nous sommes : étudiants ou militaires ? Avec mes quelques mots d'italien. Entre deux immenses parois de rochers. nous avions compté faire une traversée de flanc de Zum Sand par Gemsland. C'était alléchant. tandis que nous remontions la vallée suivant notre trace dans la nuit. nous découvrîmes enfin le Blinden-horn. les cimes du Valais surgissaient de l'ombre . A notre grande satisfaction. Le réveil effectif n'eut lieu que beaucoup plus tard. . Mais de Choudens envisageait la question d'un œil très optimiste. Nous fiant aux courbes de niveau de la carte. je lui laissai tout le soin de guider mes pas sur sa montagne. aurait dû nous engager à renoncer à l'ascension. non sans nous demander comment finirait l'aventure. Je ne risquerai. avec la ferme intention de coucher dans des lits et de faire un sérieux repas avant de revenir ici pour franchir notre col. la lanterne entre les dents et les mains cramponnées aux vernes rampantes. c'est la cupidité qui les poussa à nous voler une paire de lunettes de glacier dont de Choudens dut se passer pour la dernière journée.). Il était d'une hauteur prodigieuse. pas un mot de description. au « passage des Vernes ». A Tosa (l'hôtel était fermé). Il ne restait plus qu'à descendre dans la vallée par la gorge même du Hohsand. lorsque deux superbes doganieri firent leur apparition. Il y eut alors une courte discussion. et bientôt nous déclarions cette pente assommante. puis nous partîmes gaiement à pied. jusqu'au Gries. tout toucher. savoir d'où l'on vient. et je dus me soumettre à son irrésistible plaidoyer. il était tout naturel de franchir des cols sans nous attarder à gravir des cimes et l'étape de ce jour. Comme leurs souliers étaient ferrés de crampons. dans une gorge de la Binna. En un rien de temps nous étions dans le lit du Hoh-sandbach. la lanterne fut allumée pour descendre dans le gouffre noir où le chemin zigzaguant se transformait en une glissière verglassée. rentrant d'une patrouille dans le Griestal. entre Tschampigenkeller et Kiihstafel. nous prenions pied sur le glacier où de Choudens. Ici devait s'évanouir notre dernier espoir : celui de passer le Gries pour gagner le Bedretto le même soir. ce que nous fîmes. le thalweg était frayé par les traîneaux qui servent au transport du foin. et nous comptions bien nous y arrêter. le torrent était comblé par les débris de nombreuses avalanches qui remplissaient le fond de la gorge. lorsqu'un paysan nous cria dans l'ombre : « Alle or un quarto d'or a fing alla prim' osteria ». l'Ofenhorn devint l'objet de notre discussion : il se dressait maintenant juste au-dessus de nous. Les malins ont tout avantage à ignorer ce moyen de communication : sans ski. Au reste. nous étions assis sous le porche de la chapelle de Tosa. Rude fut la montée qui nous conduisit ensuite au Mittlen-bergpass (ouvert entre le Hohsandhorn et les Strahlgràte) : une chaleur accablante avait succédé au froid matinal et la fatigue commençait à se faire sérieusement sentir. connaître le prix de chaque objet. nous tournâmes le dos au Gries et descendîmes à Morast. Nous partîmes en même temps d'un franc éclat de rire qui rompit la torpeur noctune. L'aube se levait comme nous arrivions à l'alpe Auf dem Blatt pour y quérir nos bagages. Ces douaniers sont les gens les plus curieux du monde . Comme nous faisions une traversée. En sortant de la gorge. Arrivés sur le col. faite de tâtonnements énervants. et ceci simplifie beaucoup la patrouille! Ils parurent fort étonnés en apprenant que nous allions passer le Gries et que nos skis nous attendaient à Morast. Mais il fallut près d'une heure pour trouver à la poste de Wald le toit hospitalier et le festin rêvé. Qu'ils aient agi par simple ignorance cette ignorance est excusable de leur part . ils veulent tout voir. Une fois de plus. — à l'exception peut-être de celle du Grand Combin. dans l'ombre froide du matin. il fallut s'arracher à la contemplation et regagner le Hohsandpass. Peu à peu. puis une rapide descente et une fuite éperdue sur le beau glacier de Hoh-sand. Mais nous comprîmes en y arrivant que les perfides doganieri s'étaient moqués de nous. avec laquelle il présente une analogie. décourageante. comme nous l'avions baptisé. 1 Première ascension hivernale de l'Ofenhorn (3 242 m. non sans ronchonner. nous leur demandâmes pourquoi ils n'employaient pas des skis. du reste. J'avoue que la vue dont nous jouîmes là-haut vers midi est la plus belle que j'aie découverte d'un sommet en hiver. et nous attaquâmes ces nouvelles pentes avec une nouvelle ardeur. Le soleil venait de poindre et il réchauffa notre halte dans les rochers. Nous déposâmes dans une grange nos skis et le plus lourd de nos charges. Le Hohsandpass évoqua en nous le souvenir de la Fuorcla d'Eschia. Mais celle-ci ne tarda pas à fa blir. ils ne sortent pas des chemins battus. une allusion au Griespass. Cette traversée est impraticable en ski. le petit hameau que nous avions aperçu autrefois du haut du Basodino. en révélant mes plaques photographiques et en constatant que la moitié avait été anéantie par ces fonctionnaires imbéciles. une heure plus tard. pointa ses skis sur le Hohsandpass. Après une halte beaucoup trop courte. nous nous retournions constamment pour les admirer et signaler quelque nouvelle apparition.

J'avais dans mon sac la corde que je transportais depuis huit jours sur mon dos et je voulus m'en servir une fois. Je repassais dans ma mémoire tous les souvenirs du voyage. traînant mes planches qui. sur la pente supérieure. un peu las et l'esprit rêveur. de Choudens entama la dernière montée. sur le col. ou bien glissaient à côté de moi comme de fidèles compagnes. lorsqu'une dernière chance nous sourit : une ancienne trace de ski. et nous fûmes nous reposer un instant à l'abri de sa rive de glace avant de diriger nos skis vers notre dernier col : le Cornopass. avaient agrémenté la course. et les brouillards arrachés à cette masse sombre venaient par bandes se déchirer sur les cornes du Blindenhorn. tout le nord et l'ouest étaient noirs de nuages. Dans la neige profonde. moirée d'ombres. et nous fûmes contents de goûter ensuite la fraîcheur de l'ombre . en nous retournant. et je voulais emporter en moi un peu de sa poésie. Je tenais à passer tranquillement cette dernière heure de traversée. La première montée se fit en bras de chemise. nos yeux cherchèrent en vain les pics de l'Oberland qui d'ici font généralement une belle apparition . Et. tous les incidents qui. descendant la vallée. Aujourd'hui. et. tout en songeant. Quelques jurons ingrats avaient déjà troublé le silence. toutes les émotions.Furieux. Le versant italien de ce col présentait deux pentes successives exposées en plein soleil et séparées par une petite plaine baignée d'ombre. selon la pente. nous surprîmes une dernière vision : illuminée d'ocré par le soleil couchant. et je trouvais au total que les promesses ne s'étaient pas démenties. je descendais. tranquille et sans vague. Une chance inouïe nous avait accompagnés. mais personne ne répondit à nos appels. nous nous dirigeâmes vers le Gries où flottaient quelques brouillards. . Le beau glacier de Gries coulait vers nous comme un large fleuve laiteux. du Simplon jusqu'ici. avait recueilli l'élément poudreux dissipé ailleurs par le vent et offrait à nos skis deux rails huilés où la vitesse devint bientôt vertigineuse. et de Choudens ne voulut pas s'attarder. je le laissais filer en avant sur le chemin désormais battu. mon âme s'émut au souvenir de ma première vision du Bedretto. Bientôt. L'hospice d'Ail' Acqua était ouvert. ne fût-ce que pour tirer mes skis sur le thalweg dont la dureté commençait à m'exaspérer. C'était peut-être la dernière fois que je voyais cette belle vallée. c'eût été un plaisir d'y voguer. la cime du Blindenhorn laissait glisser sa longue écharpe blanche. mais. et je verrais tomber cette neige à travers les vitres d'un wagon du Gothard ! Comme l'angélus sonnait au clocher d'un village. que le rêve s'était réalisé. Ces contrastes sont fréquents en hiver. Le haut Bedretto présentait une neige coriace et dure. J'allumai ma pipe et je m'en fus à petits pas. surpassant en grandeur et en magnificence ce que nos pauvres cerveaux avaient imaginé. il soufflait un vent qui nous fit endosser nos plus chauds vêtements. Avec un malin plaisir je contemplais les nuages bas qui cachaient le ciel et je riais en moi-même : demain il neigerait. Le minuscule sosie du Màrjelen évoquait le souvenir des amis absents. me suivaient ou me précédaient. de quoi réchauffer mon cœur durant les vieux jours. En arrivant sur le col. lorsque l'air n'est pas absolument calme.

A 5 heures. ils me quittèrent l'un après l'autre. La dernière occasion étant venue. plus calme. Dans les Alpes orientales. Trois heures plus tard. au pied des rochers de la montagne. Du Chable. mais rapide. Je me décidai donc à frapper à la bonne porte. et il restait encore dans les Pennines deux beaux sommets à vaincre en hiver: l'Obergabelhorn (4 073 m. mais ce raidillon n est pas pour effrayer ceux qui préfèrent la rusticité valaisanne aux splendeurs des palaces. Nuit froide. Cette épaule forme une large encolure. ils disparaîtront sans laisser de trace. On y monte de ce côté par une pente courte. profitant d'une étonnante série de beaux jours. et tracés sur les cartes annexes. la montée est rude. le point culminant du massif du Pelvoux. Avis aux amateurs ! En outre. qui ne possède encore qu une humble auberge.. C'est là le véritable passage pour se rendre de Verbier à la Chaux. Trois amis devaient m'accompagner dans une première étape à travers la Rosablanche. Pour lui comme pour moi. devrais-je dire. personne ne pouvait ni ne voulait m'accompagner. nous n'avons fait que franchir le bisse de Levron au lieu de le suivre. je pousse une porte et trouve Crettez en tenue de guerre dans la petite cuisine. j'arrivais à Verbier. Encore quelques années et nous verrons un chemin de fer dans la vallée de Bagues. Deux hivers s'écoulèrent encore. le ciel est sans tache et nous partageons gaiement un second déjeuner. Comme elle m'est devenue familière. Wellenkuppe leurs horaires dans le Guide du skieur pour les Alpes Valaisannes. Dans le ciel. Trois ans plus tard.) et le Tàschhorn (4 498 m. je prends les devants en portant la lanterne. Bien souvent j'étais rentré au logis sans avoir rencontré un seul skieur sur toute l'immensité de leurs glaciers. et celles-ci n'étaient pas faites pour tenter de nouveaux conquérants. 177 sq 4 Verbier. je me trouvais seul en face de la montagne. L'aube venue. la course est toute nouvelle.). 2 Des Alpes centrales. dans son maintien comme dans ses propos. Une 1 Rosablanche (3 341 m. Voûtés tous les deux sous un plafond trop bas. j'étais parti avec l'intention d'attaquer l'Obergabelhorn.) et le Grand Cor-nier (3 969 m. un peu voûté sous la charge. Mais quel chemin prendre? Le thalweg de Saint-Nicolas ne me souriait guère. les précurseurs s'étaient partagé les rares sommités accessibles en hiver. C'est une longue journée. En attendant. En février 1914. Voir Addenda. 3 Voir Écho des Alpes. un funiculaire depuis le Chable et des hôtels confortables au seuil de ses merveilleux champs de neige. Aux extrémités de la grande chaîne. Instruits par l'expérience. charmant village situé au bord d'une terrasse qui domine la vallée de Bagnes. . Dent d'Hérens (4 180 m. ces deux dernières cimes n'eussent été ravies à leur tour. et lorsqu'enfin le ciel s'éclaircit. il reste dans les Alpes Craies et Cottiennes une quantité de routes à explorer par les skieurs (voir ma conclusion).I et II. mais nous avons pour nous guider la piste des jours précédents. des nuages panachés flottent indécis. mais — est-ce un effet du réveil matinal ? — il me semble plus réservé. pp. Dimanche 25 janvier. et ce fut Maurice Crettez en personne qui répondit à mon coup de téléphone. le Rothorn (4 223 m. il ne tardera sans doute pas à retrouver sa belle humeur des grands jours. Mais nous étions arrivés trop tôt. Lassés par le mauvais temps. une longue montée surtout . je lui expose mes plans. Je franchis l'étroite ruelle qui me sépare du café Michelot. l'Oberland bernois était devenu l'arène favorite des skieurs alpins : en s'entrecroisant. et l'on descend sur l'autre versant une cinquantaine de mètres à pied.) en compagnie du jeune porteur Théophile Theytaz de Zinal (3). La catastrophe de Bagnes (où trois skieurs périrent dans une avalanche) avait laissé des souvenirs encore trop vivants dans la contrée. — les deux derniers grands pics des Alpes (2). on trouve chez Michelot des chambres propres et une pension parfaitement suffisante. par contre. à l'abri du vent matinal qui balaie la combe de Médran.. 1915. lorsque le soleil se sera levé. C'est ainsi que. pensais-je. Que faire? A Verbier. il s'agira simplement de monter à la Rosablanche et de gagner Nendaz. les Pennines conservaient encore dans leurs plis le charme mystérieux de la nouveauté. le 19 janvier.. mais la descente promet d'être rapide et agréable..). il me fallait retourner à Zermatt une fois de plus. Il était libre et nous fixâmes le rendez-vous au lendemain soir (4). la Bernina comme le Grand Paradis étaient déjà d'anciens trophées. vol.). je m'étais amusé à gravir successivement le Bieshorn (4 161 m. et je suis heureux de constater que mes prévisions se sont réalisées. enfin. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes plus revus : dix ans bientôt ! C'est à peine s'il a vieilli. les Ecrins (4 103 m. et je m'étonnais qu'entre temps. — Ciel étoile. où nous coucherons. J'allais quitter la Suisse pour longtemps. n'ont pas encore été visités en hiver.CHAPITRE XV DERNIÈRE CAMPAGNE 1 (1920. nous sommes tapis dans un creux de neige. et il fallait en profiter.) . Le jour est venu . Crettez suit dans l'ombre. nous nous serrons cordialement la main. Pour aujourd'hui. Seules. et nous allons maintenant gagner l'alpage de la Chaux en passant sur l'épaule du Mont Gelé. mais en Dauphiné. plus long aussi. Tout en déjeunant.) .) Ce serait la dernière. est certainement destiné à devenir un jour une station d'hiver à la mode. lorsqu'un brusque rappel hâta le terme de mes vacances. Qu ils en profitent donc: il en est encore temps. Depuis longtemps. plus sûr de lui. Nous savons cependant qu'elle n'offre aucune difficulté et qu'elle n'exige qu'un peu d'endurance et beaucoup de patience. entre la vallée du Rhône et la « Haute Route » désormais connue. nous quittons le village endormi et débouchons par une ruelle tortueuse sur les champs de neige. avançant au rythme lent et régulier de ses longs skis. et c'est pourquoi je préférai choisir un itinéraire plus intéressant. La lune a disparu. Dans la chaîne du Mont Blanc. il n'existe aucun sommet de 4 ooo mètres.). en pleine guerre. à l'endroit où celle-ci tourne au nord et monte vers le col des Vaux (2 690 m. leurs traces l'avaient couvert d'un véritable réseau dont les mailles se resserraient de jour en jour. mais personne n'en parle et.

largement ouvert à nos pieds. couronnée d'un gros cairn à demi ruiné. évitant d'innombrables mamelons et cherchant à descendre le moins possible. découpé sur le ciel. nous piquons en ligne droite. l'on domine le glacier que nous venons de parcourir : notre piste y file presque en droite ligne pour aller se perdre dans les champs éblouissants de la Chaux . vol. De vieux souvenirs s'éveillent en moi. derrière lesquelles pointe la Rosablanche. C'est une longue montée. voir le Guide du skieur dans Its Alpes Valaisannes. Il nous sépare seul de la Rosablanche qui se dresse toute proche maintenant. Grâce à nos peaux de phoque et à la consistance favorable de la neige. piaffant dans la neige avec régularité. après six ans d'intervalle. S. Elle ne pouvait guère être meilleure. Par contre. mais je n'en connais pas d'aspect plus grandiose. éclatant de lumière. A. Par les immenses champs de neige de la Chaux. à l'abri des avalanches . C'est ici la seconde étape. La glissade est finie. Voici la crête rocheuse qui culmine cent mètres plus haut. On laisse donc le cal de Louvie à main gauche. nous suivons une combe sinueuse où l'air est surchauffé. et cela de tous côtés. On sort de Cleuson par une gorge étroite et l'on quitte bientôt le chemin habituel pour descendre à droite sur une pente raide. — beaucoup trop vite. Dans la chaleur de midi. le glacier est moins rapide qu'il ne paraît sur la carte. Il était temps. elle nous dépose dans l'anse d'un petit lac. de Bagnes. Le ciel est étoile. et celle-ci restera bonne jusqu'à Nendaz : 10 à 15 centimètres de poudre légère dans laquelle les virages deviennent un jeu enivrant. nous touchons enfin la cime et nous couchons paresseusement au pied du signal. et. où plusieurs sections romandes du C. Longtemps. je m'assieds un instant au seuil d'un mazot bruni. nous avons quitté l'éclat des neiges pour tomber sans transition dans les voiles du soir. qui manquerait de charme si les yeux ne pouvaient se délecter dans les mirages de la scène qui s'ouvre à notre droite : le massif entier du Combin. teurnant à contre-pente pour replonger dans l'ombre des combes. Enfin. encadré dans la trouée sombre du vallon de Louvie. le corps ramassé pour éviter les branches. lorsque la pente s'accentue. ont projeté tour à tour l'érection d'une cabane destinée spécialement aux skieurs et qui deviendra le meilleur point de départ pour la Rosablanche. Tantôt en ligne droite. nous avançons en écharpe sur les pentes sans apercevoir notre montagne. sur le Grand Désert. Sortant brusquement de l'ombre. la montée semble rude après cette longue traversée. Par une chance rare. Les skis sur l'épaule. Il est 2 heures déjà et la chaleur insolite nous a passablement éprouvés. se creuse une combe encore vierge de traces humaines et qui s'évase en méandres jusqu'au pied du col de Louvie. le chemin direct de Nendaz-Basse nous échappe et nous arrivons finalement à Nendaz-Haute 1 Pour l'itinéraire exact de la Rosablanche. nous nous étendons en plein soleil dans la tiédeur des rochers. Ce Sont deux longues heures durant lesquelles la marche devient monotone. et nous hâtons le pas en suivant les rives de la Printze jusqu'aux chalets de Cleuson. et Crettez désaltéré m'appelle. Entre les mélèzes clairsemés nous filons joyeusement. j'apprécie la revanche et je ris de ma rancune. comme un détour inutile. Il craint d'être surpris par la nuit et presse le départ. du moins. d'un promontoire où nous sommes parvenus. il n'est plus question de descendre par le glacier de Prazfleuri. Une glissade presque ininterrompue d'une demi-heure nous porte d'un dernier élan dans la plaine de Cleusen. Il y a là plus d'un site favorable. Mais Crettez n'est ni contemplatif. Tandis que Crettez. que j'avai s compris les indications du guide Bruchez. mais sans lune. il faut maintenant suivre les rives du torrent jusqu'au moment où nous trouverons des traces de bûcherons. nous attaquons la dernière montée. c'est un fouillis de sommités rocheuses. I. nous nous étions réfugiés lors de notre siège à la Rosablanche ? Quelle malheureuse équipée ce fut ! Trois jours de tempêtes et deux nuits de bivouac pour échouer piteusement au pied du but ! Aujourd'hui. n'était l'heure tardive. J'ai souvent admiré le Combin. s'ingénie à puiser de l'eau par-dessus les corniches du torrent. route 114 . Dans notre lassitude. La glissade qui succède n'est pas longue : en dix minutes. nous poursuivons notre route. Pour gagner Nendaz. Ici la lumière est diffuse. tantôt en serpentines. Crettez marche devant. Dans l'obscurité. dix heures et demie après avoir quitté Verbier. le vent n'avait pas encore abîmé la neige. A 4 heures. Dès que la neige est suffisamment durcie. de l'autre. Mais il faut encore beaucoup de patience et d'énergie pour y parvenir. aussi peut-on espérer qu'un avenir prochain verra le projet se réaliser. Lentement. nous pouvons nous élever presque directement sur sa rive droite jusqu'au col ouvert entre le Bec des Rosses et le Mont Fort : le col de la Chaux (3 050 m. A 3 h. nous désirons ardemment deux choses : un souper et un gîte. au pied du Mont Fort. Je renonce volontiers à ce premier projet. nous filons au gré du terrain. ni loquace aujourd'hui. aussi régulièrement que possible. nous dévalons une forte pente et gagnons ainsi le plateau du Grand Désert. Ce n'est pas long. soutenant notre élan le plus loin possible. On prend alors la direction d'une selle ouverte à l'est du point 2 872 : c'est ainsi. Là-haut. Plus loin vers le sud.étude préalable de la carte avait suffi à déceler cet itinéraire qui peut être recommandé à tous les skieurs. N'est-ce pas ici qu'avec mes collègues Egger et Kônig. Lentement la nuit est venue. qui connaît parfaitement cette contrée. Comme nos skis sont restés au pied du sommet. et il faut un bon coup de collier pour en sortir.). 30 de l'après-midi. L'air est calme et. On contourne ainsi toute la base des Monts de Cion. nous pourrions nous accorder une longue halte. presque obsédante. vertigineuse. Entre les moraines tortueuses du glacier de la Chaux. sachant la neige excellente sur le Grand Désert. nous chaussons nos planches et nous préparons à la glissade. Que tout cela est déjà loin ! Le crépuscule tombe lentement sur cette alpe sauvage. car la fatigue commençait à se faire sentir ( 1). tourmenté par la soif. La trêve n'est pas longue et nous reprenons notre route. nous découvrons le col de Cleuson. nous abandonnons nos skis au creux d'une petite combe et poursuivons l'ascension à pied. D'un côté.

nous avions dû le mettre à la porte pour le décider à tirer. Là. Veysonnaz et le bisse de Salin. Le fourneau lui-même semble être d'excellente humeur et ronronne agréablement. la scène est d'une sauvagerie saisissante. A Satarme. En quelques lacets. contraste par sa gracieuse envolée avec les horreurs figées à ses pieds. Quel accueil glacial. en comparaison de la vie intense qui anime ces lieux l'été ! Sans gaîté. dans l'ombre épaisse. à la hauteur du Plan de Bertol. on peut chausser ses skis et suivre les rives du torrent jusqu'à Arola. Toute la journée ils ont bafouillé en mâchant leur chique autour d'une table noyée de « fendant ». prudemment fixée à l'extérieur. mais. Une pelle. nous permet de dégager la porte qui. il n'y a pas une étoile au ciel. L'air est doux. puis nous retrouvons le soleil sur le plateau supérieur. Une heure plus tard. nous entamons nos provisions. Il disparaît presque sous la neige. lorsqu'on vient m'éveiller. Quel triste contraste avec le silence d'où nous sortons ! Mon guide lui-même en est impressionné. tous les nuages ont disparu. Aussi notre souper est-il vite expédié. et laissons à main gauche la classique Haute Route pour tourner au sud. Du col de Valpellme à celui des Bouquetins. et nous quittons cet antre pour aller nous coucher. alors que nous suivions la Haute Route. il s'agit de se hâter. afin d'exécuter la partie principale de mon programme. Si nous voulons y parvenir de jour. la combe glaciaire creusée au pied de la Tête Blanche est noire de glace et striée de crevasses. Mais Follonier. plus je constate qu'il faut savoir les adapter aux circonstances du moment. c'est un brusque retour à la réalité : l'horreur d'un dimanche soir dans l'atmosphère empestée d'une pinte valaisanne. Nous poussons un cri de joie en découvrant toute une provision de bois et une pile de couvertures déposée dans le dortoir : c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre à l'aise. tiens! fait Crettez. après une dernière grimpée dans les éboulis. Crettez me conduit chez son ami. Mardi 27 janvier. nous débouclions sur la frontière et plongeons des regards curieux sur le versant italien. les nuées se déchirent et laissent entrevoir un coin de ciel bleu. blottis frileusement l'un contre l'autre à l'orée du bois. La « bise »! une fois de plus elle a sauvé la situation. leurs volets verts clos devant la désolation des neiges. Si l'état du glacier est désastreux pour le skieur. à pied. Coincés dans une faille et chargés de pierres. et vivement ! Sans transition aucune. L'obscurité qui semble s'exhaler du gouffre monte lentement aux flancs de la Dent d'Hérens dont les arêtes convergent très haut dans le ciel et qui. . Voici les hôtels. tirant nos skis. Lentement. leurs voix gutturales articulant péniblement les fadaises que nourrissent leurs cerveaux hallucinés. et que les skis paraissent inutiles pour l'ascension projetée. comme un point minuscule au fond du gouffre. — A 5 h. animés d'un faible espoir. et c'est à se demander où a pu passer la neige tombée au cours des deux derniers mois de tempêtes. trop tard pour y prendre la poste. Cela n'empêche pas de caresser ses projets longtemps d'avance. En passant de Verbier à Zermatt. il importe de rester très souple et de ne pas vouloir s'attacher aveuglément à sa première idée. par dépit plus que par appétit. Puis leurs gros rires ont repris. Il est trop tard aujourd'hui pour gagner Zermatt : nous irons donc coucher au Rifugio Aosta. le glacier de Tsa-de-Tsan s'écroule et se brise en cascades. ne croit pas au mauvais temps. auquel nous avons annoncé notre arrivée et qui nous reçoit comme des princes. un peu las. j'ai changé mes plans. sauf quelques brumes effilochées qui flottent au gré de la bise. A 7 heures enfin. saturé d'humidité : vilain présage. une fois sur place. Les chemins sont du reste si mauvais que l'on avance plus vite à pied. douze ans auparavant. par bonheur. — Pendant la nuit. — Tiens. au lieu de nous diriger vers Bertol ou vers ie col de l'Évêque. ils résisteront au vent le plus violent. n'est pas fermée à clef. Une heure plus tard. nous partons dans la nuit. à gauche du Mont Collon. Comme nous devrons repasser en cet endroit pour nous rendre à Zermatt. A travers champs. Mais là-haut. En cherchant bien du regard. le guide Maurice Follonier. Ici nos traces se soudent à celles de janvier 1911. toute rosé sous la caresse mourante du soleil. Il est 10 heures. je devais gagner Zermatt au plus vite. on dirait que ça va s'arranger ! Une heure plus tard. seul maintenant avec un guide comme Crettez. par contre celui de la Dent confirme mes prévisions et nous engage à pousser une tentative de ce côté-là. où nous arrivons vers midi. nous faisons halte à l'abri du vent et. Tout au fond. Aux Haudères. en compagnie de quelques ivrognes. nous les déposons dans les rochers. Lundi 26 janvier. et nous bénéficions de sa trace. Mais. le bétail était descendu d'Arola. qui s'est levé lui aussi. Tout ce cirque de Tsa-de-Tsan semble dégarni de neige. la fameuse chute de séracs est franchie. alors que. et il n'en faut pas davantage pour nous remettre de joyeuse humeur. Je comptais pour cela sur le concours des amis qui m'avaient accompagné jusqu'à Verbier . mais. nous descendons au village inférieur. Le vent a dû souffler furieusèment dans cette région. nous abordons le glacier d'Arola et le remontons dans toute sa longueur. le Rocher de la Division (point 3 291). En route donc. je finis par le découvrir. nous arrivons au refuge. le jour se lève sur un ciel opaque qui ne laisse percer qu'une triste lumière. Par Brignon. mais on distingue pourtant l'angle d'un mur. après avoir dévalé un grand couloir de neige dure. 30. je désirais m'arrêter à la cabane des Dix pour explorer les environs. Plus je cours la montagne. nous pointons maintenant vers celui du Mont Brûlé. une délicieuse promenade nous conduit à Vex. A 5 heures. Par ce crépuscule d'hiver.qui n'offre pas de quoi satisfaire notre appétit. Quelques jours auparavant. nous doublons un cap rocheux. secoués de hoquets et de rires idiots. La Dent d'Hérens elle-même présente une face aussi sèche qu'à la fin d'un bel été. par la nuit noire. Notre brusque irruption les a fait taire un instant et de leurs yeux sanguinolents ils nous ont dévisagés comme des brutes.

275). mais sur aucune d'elles sa pyramide ne m'avait semblé aussi sèche. Nous profitons de ses derniers rayons pour étendre les couvertures sur une croupe de gazons dénudés. en direction du col de Valpelline. je crois entendre l'angélus épancher ses notes graves et il me semble le voir. La lune. qui ont réussi la première ascension hivernale de la Dent d'Hérens (ceci en janvier 1910. entre précisément dans son premier quartier Crettez émet de sérieux doutes sur la stabilité du temps. des chalets brunis égrenés dans la solitude. De la conque évasée de Tiefenmatten. La nuit est venue. en crampons. en obliquant à gauche. 1 Quant à l'ascension du touriste américain mentionnée dans \'Alpine Journal (XXXII. jusqu'au sommet. nous nous encordons pour louvoyer très prudemment entre les formidables crevasses qui précèdent le Stockje. courte. Il est presque 9 heures lorsque nous quittons le refuge. Trois quarts d'heure de halte dans l'air immobile. J'avais rêvé d'y faire une longue sieste au soleil. en attendant le repas du soir. il s'élance d'un seul jet. venus en patrouille pendant la guerre . comme on le fait en été. au grand jour.Mercredi 28 janvier. Mais nous verrons demain: chaque jour suffit sa peine. le contraste est saisissant. mais je devine la suite : des forêts de mélèzes centenaires. Tout est gris ou blanc. Puis une croûte incassable nous porte jusqu'à la rimaye. nous gagnons les rochers. Peu à peu. il a disparu. Après avoir mis la corde. L'hiver comme l'été. Neige excellente. cube rosé et blanc sur la sombre frondaison des cimbres. et nous disparaissons bientôt dans k brume. parce que nous étions bien entraînés . dans ma solitude. » Au delà de l'abîme. l'apparition du Cerrin est stupéfiante. Après une journée si gaie. Plus loin. car j'ai commencé le livre parla fin). un douanier Welche. et. presque froid et. Piacenza et ses guides. si courte. déjà. la gorge se resserre et tourne vers Prarayé. Je n'avais du reste pas l'impression d'être en janvier. Peu à peu. A deux. Toute une journée de marche nous sépare. et il faut toute la sagacité de Crettez et sa connaissance approfondie des lieux pour atteindre sans encombre les premiers rochers. De là. par ce brouillard. Nous devons être sur le col. et le cirque entier de Tsa-de-Tsan est plongé dans l'ombre. J'avais souvent admiré des vues prises de la Dent d'Hérens en été. dont le clocher pointe au centre d'un petit village : Bionaz. Neige dure avant la moraine dont nous suivons la crête jusqu'au haut. petit cône neigeux d'où pointe un bout de perche fracassée par la foudre. je songe à la sienne. cette pauvre cure de montagne. de vastes pâturages. nous autres qui montons ici en hiver ? Non. nous la suivons. harmonieuse. les pieds dans ses sabots de bois blanc. enfin une église paroissiale. Le gazon se met à frissonner sous le souffle âpre qui descend des hauteurs. heureux de nous souhaiter la bienvenue. le pont sur la Viège et. les malheureux. nous retrouvons nos skis dans leur niche. légèrement voilée. je me retire à l'abri. mes regards glissent avec mes pensées. se dirigeant à grands pas vers son église. elle n'était pas la première. pour y célébrer l'office. et il leur a fallu douze heures de marche harassante depuis Bionaz. et nous glissons entre elles. Sur le glacier de Z'mutt nous avons du moins les moraines pour nous guider. Sur la perspective unie et blanche du glacier. — Que dire de cette journée ? Elle fut si simple. et j'ai fermé la porte. l'astre est près de disparaître derrière les hautes falaises qui nous enserrent. Tout là-bas. puis nous descendons par le même chemin et rentrons au refuge à 3 h. C'est là qu'il faudrait descendre pour trouver âme qui vive. le temps s'est gâté pendant la nuit. et de quelle vie ! Dans le crépuscule qui monte. Mais quelle âme. la situation n'est pas très rassurante. 45. sauf de grandes étendues où la glace noire nous oblige à décrire des méandres qui compliquent singulièrement la marche à la boussole. le chemin creux. Au haut du grand couloir. parce que tout se passa comme nous l'avions souhaité. sauf dans le cirque du Tiefenmattenjoch où l'on enfonce profondément pendant un quart d'heure. et les brouillards flottent très bas contre les parois du Mont Brûlé. en abordant la rive droite. je m'amuse à feuilleter le «livre des voyageurs ». Parvenus à l'arête frontière. car c'est plus qu'un voyage ! Voici Bonacossa et ses soldats. Dès que les skis se mettent à glisser sur l'autre versant. ce brave curé de Bionaz. aussi vite que le permet la neige fraîche. si lumineuse. Jeudi 29 janvier. causa neve molle. le fourneau fume terriblement. au fond de ce gouffre désolé.mais bien la deuxième. les mains dans les poches de sa soutane. entre les parois invisibles de la Tête Blanche qui renvoient l'écho de nos voix et les pentes de la Tête de Valpelline qui s'élèvent à droite. sur le seuil de la cabane. Mais les jours sont courts en hiver et. — Crettez avait raison . Voyageurs ? avons-nous donc mérité ce nom. Son église ! sa seule consolation et son seul espoir ! Mes pensées vont à lui ce soir. Simple. après mon guide. et la nôtre serait donc la troisième. toujours la même obsession (1) I Ce soir. parce qu'elle se déroula sans heurt et sans le moindre accroc. je ne vois pas. Il ne reste plus qu'à la suivie : voici Zum See. si harmonieuse que je ne puis en parler sans tomber dans la banalité. posté en faction. l'ami le plus rapproché. . qui sont secs et faciles. Voici quelques notes relevées de mon journal : « Départ à 7 h. et pourtant il est. la meilleure route sera toujours celle partant du Rifugio Aosta. Ils allaient encore à pied. présentant son arête italienne en raccourci et celle de Z'mutt de profil. 20. Un quart d'heure plus tard. nous apercevons l'hôtel de Staffelalp. transi. tombée sur une surface quasi plane. Inutile d'y monter : nous passons juste au-dessous pour déboucher bientôt dans une piste qui semble venir du Théodule. la pente s'évase et diminue. le brouillard se fait moins dense et. aussi noire que par cette journée de janvier. Brusquement il fait très frais. Le feu pétille dans l'âtre et. nous abordons le glacier.

.. Mais. sans fumée. nous acheminons vers le Trift. ces simples lignes neige toute la journée . Inutile de pousser plus loin ce soir. A 2 heures déjà. De l'Hôtel du Trift ils parvinrent assez facilement au sommet de la Wellenkuppe. inabordable l'été. confortable et familière dont les parois exhalent un salubre parfum de mélèze i A travers les rideaux tirés. je puis redescendre au Trift. cette cuisine du Trift 1 Crettez s'y sent à l'aise et s'y promène triomphalement. J'ai vu aujourd'hui ce que je désirais voir et. la neige ne s'attache pas aux arêtes exposées à l'action du vent. Elle semble à peine saupoudrée par les trois derniers jours de tempête.. Dans le petit salon attenant à la cuisine et que Dame Graven réserve à ses hôtes hivernaux. et j'ai toute la journée devant moi. sans bruit !. sans sifflet de locomotive. l'esprit désormais tranquille. On installe des paillasses pour en faire un dortoir.. Ainsi l'hiver nous réserve d'agréables surprises. XVIII. et ils durent également battre en retraite. Tout là-haut. Demain. — Journée merveilleuse qui va marquer le début d'une longue série de beaux jours (du 2 au 20 février. Je m'en doutais. le ciel est complètement nettoyé. Bes brumes folâtres viennent jouer alentour. je ne puis retenir un cri d'étonnement en découvrant un ciel sans nuage. mais l'arête reliant celle-ci à l'Obergabelhorn était toute en glace. vers minuit. . Par contre. Par la combe où coule en été le torrent. Mais. 386-387). Le porteur est parti en avant. il poussa jusqu'à la base du sommet et dut battre en retraite à cause de l'heure tardive (Alpine Journal. Crettez et moi sortons de table une seconde fois et. Lundi 2 février. la gorge du Triftbach. lit une tentative à la Wellenkuppe (3 910 m. Peut-être aussi que l'Obergabelhorn ne lui sourit guère ? En douze minutes. les perspectives sont moins avenantes : le ciel s'est brusquement couvert et nous suivons avec anxiété la course furibonde des nuages chassés par le vent. le soleil fuse joyeusement et. les neiges scintillent et. sans cohue. Une vraie Capoue. Le fils du patron nous en fait les honneurs et nous ouvre la grande cuisine du rez-de-chaussée où nous serons chaudement installé. plus haut.) Il partit de Zermatt même. je pars en ski. presque à regret.. Le 26 mai 1917. Herr Aufdenblatten est au logis et de fort bonne humeur. membre de l'Alpine Club. lorsque je les écarte. Celle-ci est reliée à l'Obergabelhorn par une formidable arête dont je scrute anxieusement les moindres détails. entrain d'achever un plantureux déjeuner. et prit quatre heures pour arriver au Trift. ça m'a creusé l'estomac ! Il s'agit maintenant d'aller trouver le patron du Trift et de lui faire notre demande. Le sentier d'été serpente sur des pentes abruptes qu'il serait imprudent d'affronter à cette époque. Vendredi 30 janvier. — Quel délicieux réveil dans cette chambre basse. le temps s'éclaircit et. rembourré de neige et où l'on peut s'élever directement. Crettez-Gargantua prépare de plantureux banquets. Je téléphone à Saint-Nicolas : Knubel se déclare marschbereit. puis la conque glaciaire du Trift que dominent les parois rocheuses de la Wellenkuppe. Des travaux urgents l'attendent chez lui et il manifeste un désir évident de ne pas s'attarder ici. la montagne eût été impraticable pour plus d'une semaine. on aperçoit l'hôtel posé sur la neige. paresseusement. ce séjour en Italie. Comme il nous faut du bois. plus haut. avec une seule bourrasque le 11. Comme j'avais projeté cette course avec lui autrefois. la route est tout indiquée : une moraine escarpée. il n'est que juste qu'il participe à la revanche. nous débouclons nos skis sur le seuil de la pension Graven. Je n'ai pas connaissance d autres tentatives. devant la scène grandiose du Mont Rosé.. Par la moraine et l'arête séparant le glacier du Gabelhorn de celui du Trift. très doux vers midi ( + 4°) Inspection de notre Capone dans ses moindres recoins. souriant de sa façade rosé à notre arrivée. Arnold Lunn et Joseph Knubel partirent en ski à l'assaut de l'Obergabelhorn. Après le dîner. pour ne pas perdre mon temps. dans l'azur très pâle. Je proposerai donc à Knubel de nous attaquer directement à l'Obergabelhorn. Il veut bien consentir à nous ouvrir son hôtel. au dehors. jeune gars de dix-huit ans. Le mauvais temps serait-il déjà fini ? Zermatt ! Zermatt en hiver! Un Zermatt sans bastringue. — Quel temps. comme suspendue.. Knubel 1 En janvier 1893. C'est ici le chemin d'hiver. au crépuscule. Trift-sec épatant! Dimanche 1er février. nous redescendons à Zermatt par la gorge du Trift. Vers 10 heures. — Dans mes notes. et nous suivons sa trace par le fond de la gorge. hein ! et quelle veine ! — Ah oui ! et un appétit du diable. le soleil se couche derrière une arête voisine. il nous servira en même temps de porteur. Vers 2 heures de l'après-midi. Crettez est confortablement installé. Une heure plus tard.. et Crettez s'impatiente. Arrivé làhaut. En été. Samedi 31 janvier. le Tàschhorn pointe sa corne noire qui fume légèrement sous la bise. je pars pour le Trift. j'ouvre portes et fenêtres pour laisser pénétrer la chaleur bienfaisante du soleil et je m'installe dans un rockingchair sur le seuil de l'hôtel. à condition de nous adjoindre son fils.A quatre heures. grâce aux peaux fixées sous les skis. sans portiers à casquette galonnée. devient en hiver un chenal fort agréable. et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à partir dès la tourmente passée. Il y a là certaine corbeille remplie d'excellentes bouteilles. Knubel n'arrivera que ce soir. En sortant de cette gorge. ouvrant une piste que nous pourrons suivre demain à la lumière de notre lanterne. nous arriverons ici aux premières lueurs de l'aube et. bien que nous ayons encore une autre ascension en perspective (1). — La neige continue à tomber. Sydney Spencer.. traînant leurs ombres bleues sur l'éclat des neiges lumineuses : une vraie féerie. au cœur de l'hiver. on débouche au bout d'une heure dans la plaine où se cache le petit lac enneigé du Trift. Mais. Crettez me quitte pour rentrer chez lui.

Knubel fait une mine grave (le ciel couvert en est évidemment la cause). l'immense tour de roc se dresse devant nous. nous découvrons aisément les anciennes marches taillées en septembre dernier. il reflète le dévouement et la fidélité. — A notre réveil. Blond. en même temps que le soleil disparaît derrière les nuages : tout devient terne. autant vous le verrez calme. dans la tristesse lugubre de cette matinée d'hiver. la lune jette quelques lueurs tamisées par les brumes. Plus bas. A l'orient. vif et nerveux comme toujours. Vers 7 heures. A grandes enjambées. Pour varier la marche.mais il inspire une confiance illimitée Sa stimmung dépend du temps. par une forte pente. je ne puis m'empêcher de songer à celui qui m'a quitté hier et de comparer ces deux grands guides. Nous sommes. Il le sait. mais Crettez fait exception à la règle. du reste. On passe sous les rochers du Rothorn et. elle en facilite considérablement l'escalade et permet d'éviter la traversée toujours périlleuse par le versant du Mountet. et il se plaît à entretenir ses clients de sa faconde. on pénètre dans la conque évasée. il frappe la pente de ses skis. Brusquement nous sommes debout. Knubel a dépassé en quelques années tous ses collègues. je m'avance au bord de la gorge qui se creuse vers Zermatt et lance un long yodel dans le vide. On objectera qu'un guide blagueur est rarement un bon guide. La partie supérieure de son arête paraît fort enneigée et fume sinistrement sous les rafales. Crettez passe pour le meilleur professionnel du Bas-Valais et. Le problème est plus sérieux que je me l'étais figuré. Il est 8 h. plein d'attrait. Au contraire. Là-haut. Et pourtant. Knubel n'a rien de cette humeur exubérante et ne connaît pas les bonnes blagues qui peuvent remonter le moral du touriste épuisé. Flanqué à gauche d'une lame rocheuse. Lentement les nuées se tassent. cinq heures et demie après avoir quitté le Trift Vu de là-haut. mais la tempête le plonge rapidement dans le plus sombre pessimisme. nous déposons nos skis à l'abri des rochers. se redresser doucement et venir mourir à nos pieds. il voit tout en rosé. car il est trop bien stylé. et nos doutes. Cependant. se font plus sérieux. et l'escalade commence. s'étirent en une barre rougeoyante. plonger une seconde fois. Il a derrière lui un glorieux passé et il a su triompher habilement des plus folles aventures. et nous touchons .n'y est pas encore arrivé. légèrement penchée sur le vide. nous arrivons au sommet de la Wellenkuppe (3 910 m. fort dispos ce matin. Une corde se balance à son flanc. Longtemps nous zigzaguons entre les coulées d'éboulis.). aimée. Mardi 3 février. Le doute dans l'âme. dans la vallée de Zermatt. Aux flancs du Mont Rosé. Knubel aborde la moraine principale dont nous escaladons la crête en portant nos skis. nous gagnons le pied du Grand Gendarme. il s'élance d'un seul jet dans un ciel gris aux reflets d'acier. Une voix toute proche me répond joyeuse et. La silhouette brune du géant de Champex est familière au monde des alpinistes romands : c'est une figure sympathique. Tranquillement. Knubel prend le s devants et pointe ses skis vers les moraines. le ciel est voilé. Elle ne sera jamais exécrable. la face ronde et souriante. et je l'engage à poursuivre notre marche. — en supposant que le temps n'empire paa. Pour moi tout est nouveau ici. Impatient. un rosé vif qui ne tarde pas à fondre. et rien ne semble pouvoir l'arrêter. à droite d'une pente de glace luisante. Sur l'épaule de lu Wellenkuppe. D'une seule envolée. Je le crois volontiers. . l'Obergabelhorn laisse une impression saisissante. Knubel grimpe sans l'ombre d'hésitation. puis se cabre brusquement pour former le Grand Gendarme. et son estimation ne me paraît pas excessive. à l'endroit où elle s'enfonce dans les névés du Trift. C'est une rude montée qui nous arrache des soupirs et des jurons. qui restera légendaire. 45. plus abrupte à mesure qu'on s'en approche. malgré la hausse régulière du baromètre. La lune inonde tout le bassin du Trift et nous pouvons nous passer de lanterne. le jour a beaucoup de peine à venir. du reste. plus formidable. Knubel ne manque pas de trouver cela merkwurdig.. lorsque le soleil brille. nous suivons la piste de la veille. Fixée l'année précédente par les guides de Zermatt. sous laquelle s'allonge une large bande de ciel bleu cru. un instant plus tard. les brumes semblent plus diaphanes. où la concurrence est beaucoup plus grande. Les dalles sont plus faciles qu'il ne semblait de loin. Autant il est gai et rieur au refuge. Tous deux ont joué un rôle prépondérant dans l'exploration de leurs montagnes en ski. au pied du Triftjoch. sur une neige parfaitement dure. il existe entre eux un frappant contraste. un moment dissipés. c'est cependant un des grimpeurs les plus agiles que je connaisse. la frange neigeuse de la Wellenkuppe s'est illuminée de rosé. je vois mon guide surgir du gouffre. les coups de vent se tont plus rares. Avec une régularité d'automate. mais qui nous permet de gagner rapidement de l'altitude. et j'avoue franchement n'avoir jamais rencontré en hiver tant d'obstacles sur ma route. de sorte qu'à 10 heures déjà. réfléchi. nous chaussons nos crampons. dans le caractère aussi bien que dans la physionomie. à travers le lac enneigé. quand il se trouve aux prises avec les difficultés. Une marche rapide nous a permis de gagner une forte avance sur l'horaire prévu. à l'endroit où celle-ci vient se souder à la roche. Il fait grand jour. Ses impayables histoires ont égayé bien des soirées de cabane et ensoleillé les attentes les plus moroses. presque immobiles. moins violents aussi . Ce matin. endossons nos vestes de toile et nous nous encordons à courte distance pour pouvoir cheminer de conserve. Il compte au moins cinq heures et demie pour gagner le sommet et revenir ici. observant d'un œil inquiet les spasmes de cette aube. Dans le névé de l'arête. A l'endroit où elle cesse.. Mais ne cherchons pas à comprendre et partons bien vite. elle se festonne de corniche?. sûr de lui. Les parties neigeuses sont excellentes et les rochers faciles. des voiles parallèles. nous touchons l'extrémité supérieure de cette moraine. Tout espoir n'est pas encore perdu de voir le soleil percer les nuages. En le voyant venir ainsi. Beaucoup moins grand que Crettez.

.. Quelques gradins. Comme les skis sont indispensables pour parcourir le glacier supérieur.. Revenus de nos émotions.. Le sommet lui-même était une féerie. huit heures exactement après avoir quitté le Trift. quelle vue ! Plus un nuage ! Tout alentour. puis nous dévalons à la corde pour remonter lentement la croupe neigeuse de la Wellenkuppe. nous découvrons de nouveau un chapelet de vieilles marches qu'il est facile d'aménager et d'utiliser à notre tour.. la course sera longue. Et là. Dans la pureté de l'atmosphère. Silencieusement. Mais je préfère tourner mes regards de l'autre côté et admirer les gracieuses volutes des corniches ployées vers le Trift. A 12 h. Knubel s'est arrêté et jure en patois valaisan . nous sommes à peu près certains d'arriver au but. Cette fois-ci. Ah ! quel beau moment nous avons passé là-haut. Les rochers sont faciles 1 Nous le tenons. Entre elles seulement la blancheur éclatante des neiges. Qu'elle était gaie. le noir restant la note dominante sur les crêtes de ces vagues gigantesques qui vont déferler vers l'horizon. Assis sur un gradin tout doré. Malheureusement. Nous scrutons les moindres détails. ses créneaux dorés enguirlandés de volutes blanches. Une courte halte au pied des rochers. agile comme un mousse. Mais le temps est si beau qu'il serait dommage de n'en pas profiter.. nous franchissons en sens inverse tous les passages du matin. nous obliquons à droite pour gagner la longue arête qui descend en ondulant du Rothorn au Mettelhorn. et partout. Le Schallihorn (3 978 m.. Dès lors. Hélas ! le temps fuit. la pente plonge brusquement et s'étale tout au fond. penchés sur les corniches. A l'endroit où le fil blanc de la crête vient se nouer à la roche du sommet. Pour la première fois aussi... mais mes pensées s'attardent encore là-haut. Prudemment nous côtoyons l'abîme sur une neige heureusement très ferme. puis il se décide à grimper jusqu'au sommet du gendarme. Knubel y taille avec soin de larges escaliers où je puis descendre sans crainte. wir bandas bald ! (1). nous pouvons accorder un coup d'œil au paysage : les nuages ont fondu comme par enchantement. grisé par le succès. comme la dernière glissade nous a complètement délassés. il est optimiste et. confiant en mon unique crampon. la Dent Blanche surtout. formidables. Knubel attire à lui la corde à mesure que je grimpe. Knubel prétendait même qu'un jour de repos serait indispensable. sur la cime. 50. Puis la crête blanche s'élève vers les rochers du sommet. il nous faut les transporter là-haut. Le Cervin. Cornes grises. attendaient en vain une visite. alors que tant d'autres. nous le tenons bientôt ! . monsieur K. frangées de bleu. suspendues comme par miracle dans l'espace azuré. j'aurais volontiers passé une journée entière à savourer la fraîcheur de mes impressions. une accolade à la gourde et la fumée bleue de nos pipes montant rejoindre le bleu du ciel. c'est une fuite impressionnante : bombée.) me tente beaucoup : il promet une grandiose balade dans un vaste cirque de glaciers et un contraste reposant avec l'escalade aérienne du Gabelhorn.. l'acier craque soudain et je vois l'un d'eux rebondir en cascade argentine sur la pente du Mountet. nos regards plongés dans les gouffres. les rudes contours de la montagne s'atténuent . — Wir band's. avec prudence. Sans doute. je crois bien. la plus difficile à gravir. où je le rejoins. Dans cette arête s'ouvre une selle neigeuse où l'on parvient en ski et d'où l'on découvre d'un seul coup d'œil le vaste chaos du Hohlicht que dominent deux cimes formidables : le Schallihorn à gauche et le Weisshorn à droite. un vigoureux shake-hand. Au sommet de la moraine.— Partis à 6 heures. Mais ce soir. dressées vers le ciel...nous retrouvons nos skis : une trace continue nous relie au Trift.. et tout resplendit sous un brillant soleil d'hiver. deux hommes réunis au sommet de cette montagne. Après cette course aventureuse. je lui passe un de mes crampons. nous suivons deux heures durant la trace de la veille. A 4 heures.. jusqu'à l'endroit où elle s'incurve de nouveau et forme la frange d'une combe doucement inclinée vers le Hohlicht. les montagnes tordues.assez rapidement à l'extrémité de la corde. Tout près de nous maintenant. nous décidons de profiter du lendemain pour monter au Schallihorn. nous ne savions de quel côté nous tourner pour tout voir et fixer dans notre mémoire la glorieuse image de tant de merveilles. espérant m'en tirer avec une chaussure légèrement ferrée. Hier. dans un gouffre éblouissant de lumière. debout pour mieux voir.. Knubel s'en saisit adroitement et s'élève à grandes brassées.A vrai dire. Jamais je n'oublierai ce trône or et blanc dressé dans l'azur. Mais il faut quitter ce gendarme avant tout. comme jamais je ne crois les avoir vues. nous respirons plus aisément . Comme il n'a pas le moindre clou sous ses laupars. des cornes farouches. Et quelle vue... Sur quoi. Herr K. son arête des Quatre Anes (noire comme du charbon) violemment découpée sur la face blanche et lumineuse du Schônbùhl.. et l'on aborde l'arête. ses crampons crissent joyeusement: mais. nous sommes en lieu sûr. cette selle est infranchissable en ski : nous allons donc suivre l'arête rocheuse dans la direction du Rothorn. le sommet semble moins terrible que de la Wellenkuppe. si riche en aléas et pourtant si bien réussie. Déjà nous avons repris la descente.. il allume sa pipe — signe infaillible de bonne humeur chez lui — et nous enlevons avec brio ce dernier bout d'escalade. Et nous étions seuls. Mercredi 4 février. et comme il riait en pointant le tuyau de sa» pipe vers les cimes!.. Sur le gneiss granuleux. Un large sourire illumine sa face — le premier de la journée. nous foulons la plus haute cime de PObergabelhorn. luisante. Vers le Mountet. une autre au sommet du Grand Gendarme. tout seuls dans l'immense amphithéâtre de Zermatt. arrivé au milieu de la corde. puis à la cime. la voix de Knubel. plus avenantes. nos cœurs sont gonflés d'espoir. cornes noires. le film se précipite devant mes yeux : un Knubel triomphant qui me tend la main. suivant par la pensée la crête festonnée qui nous relie aux premiers rochers.

Mais mon guide ne l'entend pas ainsi. où nous arrivons. Il a raison : c'est une victoire facile. le chemin est plus intéressant. Il est content : le ciel s'éclaircit et le feu ronfle . Sa sombre silhouette. éveillant d'étranges senteurs et plongeant la nature dans la mélancolie. ils sont frappés par le contraste entre les neiges éclatantes et les masses sombres des rochers. Au seuil d'un mazot solitaire. nos yeux plongent dans les profondeurs d'Arpitetta. sur ces névés évasés. Les skis aux pieds. et nous sommes partis quand même. Le fœhn souffle en rafales. 30. nous parvenons au point coté 3 672 mètres. Je me sens las et. sachant qu'une trace infaillible vous relie au toit qui vous protégera pour la nuit. chaussé son unique crampon et. De retour au col. Et la descente. Le ciel voilé. le Rothorn est écrasant. Que n'ai-je avec moi mes joyeux amis d'autant. je m'enfonce dans la forêt pour arriver une demi-heure plus tard à la Tâschalp. Il est vrai que c'est aujourd'hui vendredi. Le Cervin se dresse là comme un glorieux point final.). scintillant dans l'azur du ciel. le patron se décide à nous faire accompagner. — Vers midi. dans la piste. Rassasiés par la splendeur du Hohlicht. et nous regretterions de n'avoir pas poussé jusqu'au bout. Knubel préfère passer par Blasi. notre trio se met en marche. et le soleil y frappe en plein. Finalement. Mais. vient ici pour admirer la nature et conquérir une noble cime. comme nous.. Merveilleuse aussi parce que le sentiment du triomphe embellit toute chose. Il est entendu que demain nous irons coucher à la Tâschalp.. j'ai tout loisir d'admirer les contrastes de ce monde prodigieux. le joli vallon de Mellichen. nos pensées se tournent vers l'arête de Z'mutt. Mais après ? Après ? mon programme sera achevé et tous mes désirs réalisés. Décidément.. nous arrivons à Tâsch. entre les ombres bleues et les glaces étince-lantes. maigre. demanderez-vous. mais c'est un détour bien inutile. elle n'offre plus le charme de la nouveauté. éblouissant dans la radieuse lumière du soleil. Cependant. nous voici prolongeant notre sieste dans la chaleur exquise du soleil. d'un geste encourageant. pour un rien. seul endroit où nous puissions passer confortablement la nuit. enthousiasmé par cette apparition et par les souvenirs qu'elle évoque en lui. Jeudi 5 février. Secouant ces pensées. merveilleuse sans doute ? Au sportsman je répondrai non. mais. Certes. Sur ce versant. comme toujours dans ces hautes régions . Merveilleuse parce qu'en hiver.. chétif et timide. Voici l'hôtel rosé perdu dans les neiges. dressée dans un ciel sans tache. je m'arrête. Nous sommes couchés sur le dos pour mieux l'admirer. la tristesse des cloches et ce Schulmeister en noir m'ont donné le cafard. il faut zigzaguer dans une forêt de mélèzes pour rejoindre le sentier venant de Zermatt. sans hâte et sans souci. On le fait appeler : c'est un pauvre bougre. comme en deuil. La marche est lente et. C'est un misérable petit village. que n'êtes-vous ici aujourd'hui? Le paysage est si beau que j'hésite à pousser plus loin. C'est le grand agrément des courses en ski de pouvoir s'attarder sur les hauteurs. à Zermatt. Au son d'une sorte de glas. nous passons l'après-midi sur la terrasse de l'hôtel Graven. les yeux clignotant derrière des lunettes bleues.. Depuis ce matin. Jouissons de ne pas y être ! Aujourd'hui. la complainte du vent. En sortant de l'ombre. Les transactions sont longues et pénibles. Dans une pinte enfumée et puante. Le fœhn qui souffle dans les arbres répand sa désolation jusque dans mon âme. — Rentrés à Zermatt. tantôt s'envolent. cette arête du Hôrnli ? Gravie deux fois déjà en hiver. c'est un délice de voguer sur les neiges. la réverbération devient moins intense et nous respirons plus librement. Une cloche épand ses notes graves : elles vibrent tantôt dans l'air immobile. le contraste est accablant : il fait si chaud que nous devons nous mettre en bras de chemise pour affronter la montée. que samedi nous tenterons le Tâsch-horn et que dimanche nous reviendrons ici. nous plongeons dans l'ombre et gagnons d'une seule glissade le creux du Hohlicht. Vu d'ici. et Knubel. Seulement. tandis que mes compagnons vont préparer le gîte. devient presque une obsession. Avec le soleil du soir. comme nous l'avions fait en 1912. Déjà il a déroulé la corde. toujours en bras de chemise. ourlées d'ombres bleues. burinée en tous sens et couronnée par la crête si connue de ceux qui ont visité le Mountet ou gravi la montagne par le Blanc du Moming. Ici encore l'air est parfaitement calme. je reviendrais en arrière. le temps est beau qu'on en profite. en face du Cervin. Mais. avivant les teintes. cascades de séracs. le ciel est voilé. Sur l'éclat éblouissant des neiges. le Rimpnschhorn dans le fond. Vendredi 6 février. il dresse à 600 mètres de hauteur sa paroi rocheuse. la course débute sous des auspices peu encourageants. striée de couloirs. Du Mettelhorn jusqu'aux parois du Weisshorn. Au Ijeu de monter directement à la Tâschalp. Voilà qui serait plus intéressant ! Mais à quoi bon discuter ces projets d'avance ? nous aurons tout le temps d'en parler plus tard... je dirai oui.. merveilleuse : la descente aussi bien que la montée. pointe sa pipe vers la gigantesque falaise et trace à mes yeux la route suivie autrefois par sa caravane. est-ce bien tentant. il n'a pas de skis et il lui faut courir le village pour s'en procurer une paire. évoquant de vieux souvenirs. Les pentes neigeuses qui conduisent delà au Schallijoch sont orientées au sud. Mais par qui ? Le Schulmeister se dévouera.. l'heure où les contrastes deviennent le plus frappants entre les ombres grandissantes et les lueurs mourantes sur les neiges. Pendant plus d'une heure. brusquement arrachées par les coups de vent. tout en guettant les ombres du soir. à 12 h. personne ne voulait croire au mauvais temps. Vous qui prétendez qu'en hiver tout est blanc. un quart d'heure plus tard... tout encombré de troncs d'arbres qui ont été retirés d'une avalanche voisine.. il me montre la croupe blanche du Schallihorn. Knubel discute âprement pour obtenir les clefs de l'hôtel de la Tâschalp. mais à celui qui. la pente diminue et une petite baie s'ouvre entre les rochers du Moming et le cône neigeux du Schallihorn : c'est le Schallijoch (3 745 m. qui nous coûtera peu d'efforts. car la neige était durcie. le crépuscule est le plus beau moment de la journée. La porte s'ouvre et Knubel me reçoit avec un large sourire. Peu à peu. vasques neigeuses striées de crevasses. ce ne sont que glaciers tourmentés. A quoi bon? la vue du sommet ne vaudra certainement pas celle que l'on découvre d'ici.et.

tout en bas. Il nous quitte au crépuscule. Durant trois quarts d'heure. au pied de la moraine. En courant. . nous prenons la crête au pas de course. on attaque la paroi rocheuse de la pyramide finale. mais. La chambre contiguë est déjà tiède.. en crampons dans le couloir. et j'ai rarement dû partir si tôt en hiver. Au pied du Teufelsgrat. mais la lune s'abaisse vers une crête voisine. Cette fois. que le vent cesse brusquement : calme plat. 15 du matin nous quittons notre gîte par un brillant clair de lune. plus un souffle d'air (1) ! Pas un nuage au ciel. et par le même chemin. sur l'arête.. en raquettes sur le glacier. Hier la bise a triomphé du vent . et je tiens à'jouir des derniers rayons du soleil. mais tout cela n'a pas été sans peine et le Schulmeister s'est rendu indispensable. sauf vers l'Italie. juste à côté. Il nous conduit au pied des moraines qui viennent s'étrangler dans une combe où nous déposons nos planches. Il faut partir encore. parcourant du regard l'immensité qui nous entoure. Là-haut. l'église blanche et les mazots bruns du village. à cause des raquettes et de la neige encore poudreuse par endroits. Vers SaasFee s'écoulent en flots laiteux d'immenses glaciers et. et sur la neige les crampons mordent solidement. le dernier grand pic des Alpes est maintenant conquis en hiver.). et la résistance de la neige également. en taillant des marches dans une pente impressionnante qui domine un vilain couloir.je glisse à mon tour par le creux de la combe jusqu'au petit hôtel. La marche se poursuit lentement. la pente diminue. nous restons assis près d'une heure pour faire chauffer un peu de thé. elle fait encore rage sur les hauteurs. nous arrivons au pied de la côte. — A 3 h. enlever nos raquettes. Un faible son de cloches monte jusqu'à nous : comme elles me semblent gaies.dans la petite cuisine. je consulte mon thermomètre : il marque . Immédiatement après. on distingue le bois de mélèzes. Knubel. enthousiasmé. notre souffle et toute notre énergie. Un souffle âpre descend des hauteurs et le froid devient plus vif encore (— 22° C. nous suivons le cours tortueux du Rothenbach. Les rochers sont rares et faciles. sa crête échevelée comme celle d'une vague. et. nous touchons à notre montagne. Sans les rafales de la bise. Dans la chaleur du soleil. Un immense circuit nous amène finalement au pied de la côte rocheuse détachée de l'arête du Mischabeljoch. mais faciles. c'est toujours le même ciel bleu : le vallon de Mellichen et la Tàschalp tout entière sont inondés de 1 Ce n'est pas la première tois que l'observe ce curieux phénomène en Arrivant sur un sommet ou même sur une arête (voir au Lyskamm. nous remontons la côte : elle eit formée de roches brisées. reprenant mes skis. Peut-être la conquête fut-elle trop facile? De tait. noir comme en 1914. En vain nous cherchons un endroit abrité pour nous arrêter : ce n'est qu'à notre arrivée au sommet. content de sa journée et des écus qui sonnent dans son gousset. je m'installe entre deux blocs de rocher. et l'ombre de cette crête nous poursuit : il s'agit de ne pas se laisser rattraper avant l'aube. aujourd'hui ! Je consulte ma montre : il est une heure. s'ouvre un large couloir où la neige est parfaitement dure et où l'on peut s'élever très rapidement sans enfoncer. Au dehors. « Quand l'énigme est résolue. Cette fois-ci. après avoir été toute la matinée exposés aux morsures de la bise. Lentement l'ombre monte à moi. Le froid est intense et semble augmenter à mesure que nous nous élevons. grignoter quelques biscuits. Couchés dans la rocaille. nous pensions suivre le dos de la principale moraine pour gagner le glacier. Laissant mon guide prendre les devants. nous trônions au sommet du Rothorn. Mais notre enthousiasme ne vaut pas celui qui nous animait au sommet du Gabelhorn. — Knubel est déjà parti pour la messe lorsque je me lève enfin. Voici pourtant deux formidables corniches dressées dans le bleu du ciel. alors que les pierres s'éboulent à chaque pas. les ombres ont fondu sur les neiges livides et l'aube s'est levée dans cette conque resserrée. La montagne est éclairée comme en plein jour. Il ne reste plus qu'à suivre notre piste. L'approche en ski n'est pas longue aujourd'hui : le terrain ne s'y prête pas et le Tàschhorh ne sera jamais une montagne pour skieurs. Et puis. la bise soulève des tourbillons de neige qui se rabattent en fumée de notre côté. prétend même que nous grimpons plus vite et plus facilement qu'en été. Il faut les éviter par le versant de Tàsch. Par curiosité. après avoir fait la grasse matinée. En une heure trois quarts. c'est une trêve délicieuse. Pourquoi ? je ne saurais le dire.20° C. 7 février. Lorsque nous y parvenons.. les premiers rayons du soleil. Six ans déjà ! six années de guerre. Théophile Theytaz et moi. les conditions seraient parfaites. Mais la Tàschalp est déjà plongée dans l'ombre. à l'abri. chausser les crampons et nous préparer à l'attaque. par ce même temps radieux. il faut s'arrêter un instant pour chausser les raquettes que nous avons emportées par prudence. en ski au long du Rothenbach. à cette même heure. Mais les pipes se sont éteintes et Knubel s'est levé. Il est probablement dû a l'équilibre atmosphérique entre les versants opposés de la montagne. il faut nous aplatir au-dessous du faîte pour nous soustraire aux rafales et pouvoir goûter un instant. Pour en finir le plus vite possible et afin d'échapper aux atteintes de la bise. passées je ne sais comment — et le Rothorn est toujours là. tout s'est passé comme nous l'avions prévu. je ne lui échapperai pas. par exemple).. après une escalade sans trêve. Il y a 2 300 mètres de différence de niveau à franchir pour atteindre le sommet du Tàschhorn. nous fumons silencieusement. » Aujourd'hui même. pas plus d'un côté que de l'autre. Dimanche 8 février. toujours rosé au milieu des neiges éteintes. où flotte un léger voile diaphane tamisant l'éclat des neiges. Samedi 7 février. je songe qu'il y a six ans.. la même ombre qui nous poursuivait ce matin. et c'est elle qui nous vaut ce brusque abaissement de température. issu du glacier de Weingarten. Il est 8 heures bientôt . Ayant récupéré nos forces. nous pouvons nous aventurer sur la crête aérienne qui monte au sommet. Une fois sur le glacier. Malgré cela. pour fumer une pipe et rédiger mes notes de la journée. Les crampons chaussés. alternant avec des névés durcis. le sphinx meurt.

Aloïs est un vieux loup qui connaît bien la montagne hivernale.soleil. Il ne doute pas non plus que l'arête de Z'mutt soit possible. et le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons joyeux sur le chemin de Staffelalp. Loch-rnatter. Le sentier d'Hermattje n'est pas suffisamment battu pour s'y engager et. Mon enthousiasme n'est pas grand non plus : j'ai simplement hâte d'arriver au sommet et d'entamer la descente par Z'mutt. et je déjeune tranquillement devant l'âtre. mais jamais la nature ne m'a paru aussi resplendissante qu'aujourd'hui. nous profiterons davantage des rayons du soleil. Mario Piacenza. M. le 31 janvier 1921. comme le sable du désert. La première ascension et l'unique traversée est relatée en détails au chapitre I. C. p. 1907. Je n'ai pas l'impression d'aller au Cervin. et nous regrettons de ne pas avoir emporté nos skis. En sortant de l'ombre du Cervin. nous arrivons à Staffelalp et nous nous arrêtons sur le seuil de l'hôtel. Pollinger et Jos. chez Graven. descente par le Hôrnli ! J'avoue que cette idée m'enthousiasme plus que la perspective de parcourir deux fois la route habituelle. avec les mêmes guides. n'était la température assez fraîche. la dernière en date. arrivait à une heure de l'après-midi au sommet. seul avec mes pensées. à la descente. nous ne sommes plus seuls dans la petite salle. même sur celui de Staffelalp. et c'est pourquoi aussi le Cervin est si noir sur le versant de Z'mutt. — Encore une radieuse journée. sans un nuage du matin au soir. qui semble assuré désormais. mais il souffle de la vallée de Z'mutt un vent glacial qui nous engage à partir. Mais. je prends à mon tour le sentier qui longe la crête et je gagne tranquillement le refuge (1). et jamais leurs effets ne sont plus apparents que l'hiver. Le 27 mars 1894. Ici. 1911. Charles Simon. Les pans d'éboulis alternent sans transition avec des champs de neige jonchés de fragments de schiste très fins. une idée avait germé dans nos cerveaux à la vue du Cervin tout noir.A. sans aucune difficulté. comment rentrer du Schônbûhl ? Il nous paraît préférable de nous en passer complètement et de nous munir de raquettes. Jamais nous n'avons constaté un pareil dénudement. Meade. Nous nous levons tard. 15 sq. trois ans plus tard. et je commence à me lasser d'être seul avec un guide. l'autre jour. p. Knubel part en avant pour aller faire du feu à la cabane. mais nous y serons dans l'ombre jusqu'au sommet. le même qui fit. Vers une heure. Je le suis des yeux le long du sentier dont on distingue les lacets comme en été. avec les guides Jos. et il n'est pas étonné d'apprendre que nous avons réussi le Tàschhorn en moins de temps qu'en été. par l'arête du col du Lion. Knubel et moi nous installons une fois de plus sur le toit de la pension Graven. accompagné des fameux guides Alexandre Burgener et Aloïs Pollinger. Plus un souffle dans l'air. monta et descendit par l'arête du Hôrnli (Alpina. plus que partout ailleurs. Lundi 9 février. la première hivernale de la Dent d'Hérens. Il suffit donc de choisir son chemin d'une côte à l'autre pour gagner sans peine la base de la montagne. Bref. pour ce trajet du moins. Et pourtant. bien que très froide. Le terrain affecte en général une teinte grisâtre et. Si nous tentions la traversée ! montée par Z'mutt. à Zermatt. Mardi 10 février. le projet a mûri. de l'Alpine Club. réussit la quatrième ascension hivernale. L'arête de Z'irmtt semblait meilleure encore que celle du Hôrnli : jamais on ne l'avait vue aussi sèche. Les raquettes sont inutiles : partout les dos de gazons et d'éboulis émergent de la neige et l'on peut les suivre à pied sec. D'autre part. Voilà trois semaines que je cours les neiges. A Zermatt. La halte serait délicieuse si l'air était calme. A quoi l'attribuer.. C'est le meilleur moment de la journée et. Et nos skis? Impossible de traverser la montagne avec eux. qui fut suivie à la descente comme à la montée (Rivista Mensile del C. et maintenant me voici prêt à le réaliser. Malgré ce temps merveilleux. Knubel également. — Notre ascension fut donc la cinquième.I. on aurait peine à se croire en hiver. en exposant mon thermomètre à l'air. XXV. tandis qu'en montant par le Hôrnli. lieu préféré de nos discussions. il n'y avait pas un nuage. Dans la forêt. sinon à l'action du vent ? Il a dû souffler furieusement dans toute cette région. mais le Cervin lui-même avait été gravi quatre fois avant nous. montant et descendant par 1 arête du Hôrnli (Alpine Journal. à l'heure actuelle (1922). Tandis que sa caravane part en raquettes pour le Trift. le vent a dissipé la neige et nous pouvons nous étendre sur des dalles presque tièdes. on enfonce par endroits. arrachés aux rochers du voisinage et où l'on enfonce brusquement. Les tempêtes du sud-ouest qui s'engouffrent par la trouée du col de Valpelline doivent être terribles. Enfin. même par-dessus le Cervin. si nous les laissons au Hôrnli. 467). le soleil frôlant à peine durant la journée. F. 118 et 251-257). et c'est. Le beau temps a attiré un diplomate russe qui va monter au Trift pour tenter demain le Rothorn avec Aloïs et Joseph Biener. alors que la neige poudreuse s'enlève facilement. nous sommes tout heureux de nous arrêter au soleil sur la crête du Hôrnli. j'hésite à poursuivre ma campagne. déjeunons copieusement. nous nous décidons à monter par le Hôrnli. comme je tiens à le prolonger jusqu'au coucher du soleil. mon programme est exécuté intégralement. affaire de casser une croûte et de faire chauffer une tasse de thé. La chaleur qui pénètre mes vêtements est infiniment douce et pourtant. La traversée est décidée maintenant. nous constatons que la neige est restée poudreuse malgré le vent. faciles à transporter. elle nous réserve un travail bien désagréable. 45). Le 2 mars 1907. Entre temps. trompé par cette pétrification superficielle. Comme le soleil va disparaître derrière l'arête de Furggen. un Alsacien. si la crête neigeuse de l'arête de Z'mutt est en glace. — Quatre heures sont passées lorsque nous quittons le refuge dans la clarté incertaine d'une lune décroissante. mais dans quel sens allonsnous l'exécuter? Je préférerais monter par Z'mutt . je constate qu'il descend brusquement à — 7° C. pp. Rien ne presse aujourd'hui. Que va-t-elle nous réserver? 1 J'ai dit plus haut que l'arête du Hôrnli avait été escaladée deux fois déjà en hiver. Hier également. .

Il est du reste impossible de suivre rigoureusement le chemin habituel : nous devons choisir les rochers dégagés. nous n'avons pas pris plus de temps qu'en été. Peu à peu. Knubel est obligé de masser le membre gelé et de le frictionner avec de la neige pour rétablir enfin la circulation du sang Par le petit carreau de la porte. Ce matin. avant de reprendre l'assaut. Elle me paraît interminable. Notre halte se prolonge. Par contre. (3818 m. en même temps que les premières bourrasques du vent. conditions excellentes. nous n'emportons qu'un Kodak et quelques provisions dans nos poches. En outre. nous plongeons nos regards vers l'abîme. nous arrivons au refuge Solvay. ce refuge. fort belle à voir sous cet angle. comme il ferait bon se laisser emporter pour aller se poser doucement tout là-bas. je suis obligé de grimper en crampons sur les épaules de mon guide pour arriver à saisir les premières prises qui s'offrent au-dessus. Entre temps.. Comme elle ne reçoit que les premiers rayons du soleil et qu'elle est relativement abritée des vents d'ouest. nous observons non sans anxiété l'état du ciel : depuis ce matin il a complètement changé d'aspect. et je donnerais bien un jour de ma vie pour être là-bas. mieux que tout autre. J'en profite pour déchausser mon pied gauche. à cette époque.) où nous faisons une courte halte afin de nous encorder. Knubel va plus loin : il déclare que. Je suis dans un curieux état d'esprit : une paresse intellectuelle complète m'empêche de rassembler mes idées. Ah ! si nous avions des ailes. Tout me paraît indifférent : j'admets déjà la possibilité d'un échec et je renonce peu 1 peu à la traversée. Knubel s'est muni de son Rebschnur (corde de rappel) qu'il manie avec une habileté surprenante. les bas-fonds. L'itinéraire est mal défini : les grimpées directes alternent avec des traversées obliques sur la gauche. et. Pour les passages scabreux. C'est comme une trêve au cours d'un combat et une agréable détente. On s'y blottit comme dans une tranchée. On se trouve si haut que les sommets voisins semblent écrasés. que l'exiguïté de l'espace fermé de bois blanc rend plus confortable encore. voici le dernier rocher : un saut et nous sommes dans les éboulis. non graissé. mais c'est entre cette cabane et le refuge Solvay que se dressent aujourd'hui les principales difficultés... C'est une opération qui manque de charmes poui le pauvre Knubel. Ainsi nous franchissons sans crainte toutes les difficultés. comme elles le sont au mois de septembre. Nous patientons deux heures entières. Ail h.Sur le revers de l'arête. Perché si haut et dans une nature si sauvage. où nous nous engouffrons avec le vent. Un sentiment d'ennui envahit mon âme. l'aube se lève et la face de la montagne nous apparaît. Mais Knubel connaît si bien le chemin qu'il est inutile d'allumer la lanterne : elle ne ferait que nous éblouir et embarrasser nos mouvements. Jusqu'ici. s'est maintenu parfaitement chaud. Et que penser de ces rafales qui secouent paj intermittences notre abri ? Tout cela n'annonce rien de bon. nos sacs et un piolet. le trajet d'une cabane à l'autre exige le même temps à la descente qu'à la montée. 15 nous sommes réunis sur la cime. Ce dernier bout d'escalade — le seul intéressant de toute l'ascension — n'a pas réussi à dissiper mon désenchantement : je suis profondément déçu et par la nécessité de renoncer à Z'mutt et par la perspective de reprendre à la descente le même itinéraire qu'à la montée. l'immense cuvette du Breuil avec ses hôtels et ses mazots piqués sur la blancheur éblouissante. on pourrait s'attarder au soleil. détache à peine son casque glacé sur le chaos des arrière-plans. le temps peut se gâter sérieusement d'un moment à l'autre. Mais cette précaution a produit un effet contraire. nous enfonçons jusqu'aux genoux. plus la neige diminue. sur le seuil d'un chalet ou à la lisière de ce bois de mélèzes. Avant 8 heures. pour se refaire. plus d'une fois. beaucoup trop exposé aux bourrasques du sud-ouest. nous débouchons brusquement sur le toit de la vieille cabane . à en juger par l'autre pied qui. mais qui nous tire d'embarras dans bien des cas. Après quinze minutes de halte. on n'apercevait aucun nuage. nous nous décidons à pousser jusqu'au but. Néanmoins. sont encore le plus bel attrait du paysage. après un bel été. sans le vent terrible qui souffle. plus haut les cordes entièrement dégagées et sur le « toit » un joli sentier qui nous mène droit au but. nous sommes plongés dans l'ombre. nous commençons la lescente. Seule la lune était ceinte d'un léger halo. A plusieurs endroits. les vallées. la neige n'y est pas compacte et. Mais maintenant d'immenses traînées strient l'espace bleu qui est d'une coloration trop crue pour que cela dure longtemps. et la lumière est à peine suffisante pour discerner les prises. Au départ du Hôrnli. la montagne est exactement dans les conditions prévues. Mais non ! il va falloir reprendre tous les passages du matin et redoubler de prudence. je l'avais enduit de graisse pour juger de l'effet que celle-ci pouvait avoir contre le gel.. L'expérience a prouvé plus d'une fois qu'au-dessus de l'Épaule. au Hôrnli. Pendant plus d'un quart d'heure. A partir de 4 ooo mètres. La Dent d'Hérens. le ciel s'est un peu rasséréné et. par un vent pareil. Après deux heures d'escalade ininterrompue. J'ai rarement apprécié autant l'hospitalité d'une hutte. plus enneigée qu'elle ne semblait de loin. La vue ? elle ne présente pas grande nouveauté à mes yeux. ce serait folie de vouloir tenter le versant de Z'mutt. comme le ciel semble s'éclaircir légèrement. il faut passer sans transition de la neige profonde à des rochers escarpés et. en bien des endroits. la neige ne pouvait pas se maintenir en hiver Les conditions seront donc meilleures dans le haut. Sur l'Épaule nous trouvons d'anciennes marches toutes taillées. mérite son nom. Couchés sur le ventre afin d'offrir moins de prise au vent. et il serait dommage de ne pas achever l'ascension. Plus on monte. tout en cherchant à éviter les couches de neige les plus profondes. courant jusqu'à la porte du Hôrnli. . Laissant au refuge nos raquettes. dont les doigts sont insensibles depuis assez longtemps. Enfin.

mais il est tard et. le vent cesse brusquement. la nuit est bientôt venue. — Mais non ! cette fois c'est bien fini ! La tempête s'est déchaînée pendant la nuit et l'on n'y voit pas à deux mètres. et une neige fine et serrée vient nous rappeler que nous sommes encore en hiver. Là-haut. . le ciel se dégage tout à fait . je me sentais rassasié d'escalade et je m'étais promis de rentrer au logis par le plus court chemin. En cas de beau temps. Knubel descendra à Zermatt pour y quérir skis et provisions..J'aurais voulu rentrer à Zermatt le même soir. Dans le brouillard. A Staffelalp. Le sentier nous guide sans erreur possible. Nous serions sans doute parvenus au sommet et descendus jusqu'au refuge Solvay. par ce temps couvert. An sommet du Cervin scintille une étoile qui luit comme un phare.. Mais qu'importé maintenant — la campagne est finie. Vers 8 heures. Mais ce soir. mais c'eût été pour nous réveiller ce matin dans une tourmente infernale. Ah ! nous avons été bien inspirés en montant par ici plutôt que par Z'mutt. bien que ses lacets orientés contre le vent nous obligent à marcher à reculons pour pouvoir respirer. A 8 heures. tant l'air est glacé. nous nous mîmes à forger de nouveaux plans. nous quittons le Hôrnli par le vent le plus violent que j'aie éprouvé en montagne. les brumes descendent et se tassent dans la vallée. et nous monterons coucher au Schônbùhl. Mercredi 11 février. il soulève des plaques de neige et de schiste qui s'envolent comme des fétus de paille. afin de passer le lendemain à Zinal par le coi Durand. soudain. en voyant le ciel s'édaircir.

1 738 m.) en deux heures et demie. Quatrième jour. Par contre. Des Chapieux au col de la Croix du Bonhomme (2 483 m. au col du Clôt des Cavales (3 128 m. Descente par la vallée du Ponturin au nord-est. traversant le massif de la Vanoise pour gagner Bonneval et suivant ensuite la chaîne franco-italienne jusqu'aux environs du col de la Seigne. étendre l'exploration hivernale des Alpes jusqu'à leurs extrémités. je me contenterai de poser ici quelques jalons. Sixième jour. Gaillard. A. où l'on prend la route du Galibier à la descente jusqu'à Valloire (l 400 m. on pourra tracer une haute route hivernale longeant le faîte des Alpes de Grenoble à Innsbruck. Descente directe à Saint-Michel de Maurienne. à l'instar de Sir Martin Conway. Si l'on trouve à coucher au Casset. Je n'ai jamais eu la prétention d'étendre le réseau de mes traces d'un bout des Alpes à l'autre. étant donné. Remonter le vallon du Rif par la rive droite. De là au Monetier en trente minutes. Septième jour. env. Pour un Suisse. Par contre.) par la route. De là au col de Voza (1 675 m. F. M. — Des Contamines à Bionnay par la route de Saint-Gervais en une heure.). dit-il. de manière à s'accorder une journée de repos. mon ouvrage n'aura pas été tout à fait inutile. entre le Dauphiné et le Mont Blanc. et j'espère que mes collègues du Club Alpin Français compléteront eux-mêmes l'exploration de leurs montagnes.) et au col du Bonhomme (2 340 m. Descente par le vallon du Petit Tabuc au Casset (1 515 m. en quatre heures et demie. puis la rive gauche de cette vallée jusqu'à Nancroit (1 460 m. en une heure. monter en écharpe vers le nord par Villaraboux et Béranger jusqu'au col de la Lune (l 700 m. De là par le train à Chamonix. Cette jour viendra sans doute où quelque enthousiaste parcourra les Alpes from end to end.). dont les guides sont connus et appréciés de tous. Descente par le glacier du Clôt des Cavales au chalet-hôtel de î'Alpe (2 118 m.. et même pour moi. Une fois la région suffisamment explorée par les skieurs. Descente à Saint-Martin de Belleville (1 400 m. Deuxième jour. mais très claire : Le Massif du Mont Pavoux. Descente aux Contamines (1 162 m. 30. — Du Monetier. En attendant.) par la vallée du Bon Nant. il est vrai. — De Nancroit au col de la Châle (2 474 m.) en une heure et demie. par la vallée des Étançons et le refuge du Châtelleret (2 267 m. Descente à Brides par les Allues en cinquante minutes. 1 II est probable que les skieurs de l'avenir trouveront une route plus haute encore. .).. Descente par le vallon de la Ponsonnière (rive droite de préférence) jusqu'au Plan Lâchât. Traverser horizontalement vers le nord. — De La Bérarde. env. Ce serait là une belle tâche en effet ! Du Mont Blanc à la Bernina.. et dans les Alpes françaises en général. Remonter au col d'Arsine (2 400 m. il est difficile de projeter cette route sur les cartes françaises actuelles. deux heures). a bien voulu me fournir les notes suivantes sur la haute route de l'Oisans à Chamonix (1) : Premier jour. au i : 40000.) en une heure.) par l'itinéraire estival en quatre heures. vers l'est et jusqu'au Tyrol. Neuvième jour. De Valloire au col des Trois Croix (1 651 m.CONCLUSION Mon éditeur désire une « conclusion ». Troisième jour. Si les pages de ce livre réussissent à les pousser sur cette voie. le Commandant E. — De Brides-les-Bains à Champagny-le-Haut (hameau du Bois . en une heure quinze.) par l'itinéraire estival en deux heures et demie. — De Bourg Saint-Maurice aux Ghapieux (1 550 m. il reste encore beaucoup à faire. esquissant à grands traits les étapes de cet itinéraire. suivre la route du Lautaret jusqu'au Lauzet (6 km. il est inutile de pousser jusqu'au Monetier (2). On peut faire ce trajet en traîneau.) en une heure et demie.). qui s'obtient au prix de 2 francs au siège du C. Descente aux Houches en quarante minutes.) en une heure dix.) par l'itinéraire estival en trois heures et demie. Descente par les chalets de l'Arc et des Têtes. rien ne sera plus facile. . topographe de profession.. puis se diriger au nord-est et ensuite au nord jusqu'au col de la Grasse (2 640 m. 17 kilomètres de route. . — De Grenoble à La Bérarde (Hôtel Rodier. fermé l'hiver).) remonter la vallée jusqu'au bassin de la Plagne de Champagny. à Paris. Cinquième jour. puis par le fond du vallon jusqu'au col de la Ponsonnière (2 600 m. que tous les alpinistes attendent impatiemment. — De Saint-Michel (702 m. de manière à franchir la crête au sud du Signal de Geffriand. par le chemin muletier en cinquante minutes. 13 kilomètres (hôtel Pugin). les tracée des skieurs se sont soudées définitivement.) en une heure et demie. — Du Bois (1 470 m. sur la future carte de France au 1 : 50 ooo. env. puis par le Courbaton et la forêt de Malgovert au pont des Oulets et à Bourg SaintMaurice (810 m. auberge Ruffier). rue du Bac. que ma tâche n'est pas complète et qu'il faudrait. pour l'achever.) en cinq heures.) en cinq heures. Plus loin. et elles s'entrecroisent sans lacune importante.) (hôtel de Tarentaise ouvert toute l'année) en une heure et demie. 2 Jusqu'ici l'itinéraire décrit est très facile à suivre sur une carte déjà ancienne. l'exploration fut poussée très activement durant la guerre par les troupes alpines italiennes et autrichiennes. De Saint-Martin.) au col des Encombres (2 367 m. Huitième jour..) par l'itinéraire estival en six heures.

Quatrième jour. B. on la trouve décrite aux chapitres IX et XIV.). en une longue journée. à la Tête du Ruitor (3 486 m.) et franchir le jour suivant les cols du Jour (3 280 m.). La haute route du Commandant Gaillard s'arrête à Chamonix.). . sur la Fuorcla da Lavaz (2 509 m. puis prendre le flanc droit de la vallée de Celliers en écharpe (par le canal d'irrigation) et franchir la crête entre le vallon de Celliers et des Avanchers. — N. On retrouve ici l'itinéraire précédent. Mais. gagner le Lukmanier (Santa Maria. pour monter le lendemain à la Medelserhûtte. La région entre le Saint-Bernardin et le Splùgen n'est guère favorable et le terrain ne devient vraiment propice qu'à l'est du Splùgen.).) qui n'est guère favorable au ski.) et gagner Courmayeur (l 228 m. Voici un autre itinéraire préconisé par le comte Aldo Bonacossa. on arrive à Orsières par le Petit Col Ferret (2 493 m. on rejoint l'itinéraire venant du col de la Seigne et conduisant à Courmayeur (1). On trouvera sans doute plus tard une haute route directe Mont-Cenis-Ciamarella.).. monter par le glacier du Morion au col du Ruitor (3 350 m ) en six heures De là. De Chamonix on peut. Gîte chez Pierre Blanc. I et II. — De la Bethaz. à pied. Les Alpes suisses offrent deux hautes routes parallèles. sans descendre dans les vallées.) et descendre sur Lanslevillard (1462 m. Descente par Saint-Colomban à la Chambre en trois heures.). De là en traîneau à Bonneval (l 835 m. mais les détails manquent. — De là. on peut aussi franchir le col de la Seigne (2512 m.) : puis. par une haute route suivie quelquefois : Sellapass (2 704 m. — De Bonneval à Val d'Isère (1 849 m. . du col de Rhêmes.).). — L'auteur me fait observer que tous les horaires indiqués ici sont des minimes et supposent d'excellentes conditions. Troisième jour. — Jour de repos . on a gravi le Scopi (3 200 m. 1 842 m. Cinquième jour. pour gagner le lendemain Inn Ferrera (1 486 m. ouvert toute l'année) passer le M ont Cenis (2 084 m.) par l'itinéraire estival en cinq heures. Bocca di Cadlimo (2 573 m. Il est préférable de descendre par la route à Curaglia (1 332 m.) et d'Orny (3 119 m. remonter la vallée d'Olle jusqu'au col du Glandon (six heures).) pour descendre à Orsières (887 m. voir la Carte de la Chaîne du Mont Blanc au 1 : 50000 de Barbey. on montera donc par la route au col du même nom (2 118 m. 3 kilomètres de route.).) par le Val Veni. GAILLARD : Les Alpes de Savoie. il est inutile de monter jusqu'au Bourg d'Oisans. sept à huit heures depuis le col de Rhêmes). — Du Fornet au col de Rhêmes-Calabre (3 062 m. Cette traversée a été faite pendant la guerre. mais c'est un massif escarpé qu'il ne faudra aborder que par d'excellentes conditions. D'Allemont.) . — De Moutiers à Champagny-le-Haut : 23 kilomètres de route. logement modeste). On peut ensuite descendre sur Oli-vone et chercher une route pour gagner le Saint-Bernardin en passant par le Rheinwaldborn (3 406 m. par le glacier de Vaudet. Du Gothard on peut. qui ouvre aux skieurs tout le massif de Medel. au sud et au nord de la ligne du Rhône au Rhin. le col de la Colette. Deuxième jour. De là. La descente sur Rhêmes Notre-Dame est merveilleuse et toute cette contrée est un paradis pour les skieurs. Troisième jour.) à travers le Surettaborn (3 031 m. Le Val d'Avers est connu comme un dorado pour 1 Pour toute cette haute route. voir le guide du Commandant E.). éventuellement jusqu'à la Bethaz ( l615 m.Variante: II peut être dangereux de monter à La Bérarde l'hiver. et qui conduit du Mont Cenis au col de la Seigne : Premier jour. De là à Moutiers.) en quatre heures et demie. On peut aussi coucher au Fornet (1 936 m. — De la Chambre (500 m.) par le col de Fiseran (2 769 m.). Du Grand Saint-Bernard au Saint-Gothard. le col Bassac Déré Nord (2 984 m. descendre au Fornet-la-Valgrisanche (l 731 m. C. de manière à descendre sur Doucy et Aigueblanche en trois heures.). Deuxième jour. Sixième jour.) au col de la Madeleine (l 984 m. se rendre à Martigny par le col de Balme (2 205 m. au lieu de passer dans la vallée du Bon Nant.). Premier jour. Descendre aux Sables et coucher à Allemont. par Mario Santi. Des Chapieux (l 550 m. cabane). — Du refuge du Ruitor à l'hospice dm Petit Saint-Bernard. .) (2). — De l'hospice du Petit Saint-Bernard.) . vol. Pour le Ruitor. En ce cas.). il est préférable de se diriger au nord-ouest . La route méridionale traverse les Alpes Pennines et Lépontines. ascension éventuelle de la Punta Léchaud (3 127 m.. — ou bien aller coucher au Tour (l 462 m. Dans le Val Veni. auquel je dois ces notes.). — Si l'on vient de Grenoble. qui est le meilleur guide-skieur pour toute la région entre Bonneval et le Petit Saint-Bernard. Du village. passer le col de la Tsanteleina (3 167 m. Passo Pian Bornengo (2 636 m.) en trente à quarante minutes. Descente dans le fond du vallon. 2 Des Chapieux à Martigny. Septième jour.) et d'y coucher. — De l'hospice du Mont Cenis (1 925 m. Descente par le glacier au refuge du Ruitor (2 465 m. Torino. puis par le Val Cadlimo à Santa Maria. descente à Val-grisanche (1 664 m. pour l'un ou l'autre itinéraire. le trajet entre le Plan du Lac et Saint-Christophe présentant un réel danger d'avalanches. en une journée.) . voir Itinerari skiistici dello S.) et celui de la Forclaz (l 520 m. on pourra partir du Bourg d'Oisans et rejoindre Moutiers par l'itinéraire ci-dessous qui permet d'aller du Bourg d'Oisans à Chamonix en sept jours. en longeant la crête frontière sur le versant italien .

on passera par le Stauerberg ou le Septimer à Bivio et de Bivio dans le massif de l'Err. on passera ensuite dans l'Engadine (1). Au contraire. où passe la ligne du Gothard.) en passant). En passant à Sargans. ou la vallée de Bevers. on poussera en traîneau jusqu'à Sedrun ou même jusqu'à Disentis.) se fait en passant et sans difficultés. C'est le terrain idéal pour le ski. 2 Pour la Haute-Engadine. qui possède également une nouvelle cabane. on reprend le même itinéraire jusqu'au glacier de Ténéhet et l'on couche au Rohrbachhaus (2 794 m. 1910. Jamhûtte (2 163 m. on peut monter à L'Oberalpstock (3 330 m. on a bien d'autres cols à son choix pour arriver dans la Basse-Engadine. .). passer la Fuorcla Sarsura (2925m. l'Atlas Siegfried est le meilleur guide pour celui qui sait le lire. Le lendemain. et il est mieux de l'éviter en toutes occasions. franchissant la frontière autrichienne au Samnaunerjoch (2545 m.) : Silvrettapass (3013 m. Le lendemain. Pour rejoindre celle des Alpes orientales à la Bernina ou à la Reschen Scheideck. Le jour après : Schneejoch (2 960 m. De St-Moritz (1 840 m. La vallée de la Reuss. Les descentes sur Schuls ou Sent sont certainement les plus belles de toutes. voir la carte au 1:50000 : Skitowenkarte oom Oberengtulin. Heidelbergerhutte (2 265 m. mais le Maderanerthal est une trappe à souris en cas de mauvais temps. — ou bien rejoindre la route de la Flùela et gagner le même soir l'hospice de ce col (2 388 m. De Kandersteg. les autres préféreront s'arrêter à Matt (au lieu de Elm) et passer dans le massif du Spitzmeilen pour coucher à la ca"bane du même nom. on descend sur Flims. De Juf (2 133 m. au 1:50000.). Il n'existe pas encore pour cette région de guide du skieur. avec itinéraires en rouge. on peut utiliser la carte en relief de Gustave Walty : SMottrenkarte von KlosUrs. Le lendemain par la Cavreinlucke (2 856 m. p. au bord du Rhin. Ceux qui ne craignent pas les longues montées et les sommets passeront par le Panixer (2 400 m. on descendra le Val Samnaun pour arriver à Nauders.). un autre paradis. la traversée est décrite dans l' Alpina.) et descente rapide à la cabane du Wildhorn (2 306 m. descendre par le val Cavardiras et coucher à l'âlpe Cavrein ou Rusein (i 800 m. Z. on montera tout naturellement à la cabane de la Silvretta (2 344 m. si l'on vient de la Segneshùtte.) et montée le même jour à la cabane Rascher (2 610 m. Enfin. Le lendemain.) on gagnera l'immense glacier des Clarides. 89. route dont nous avons suffisant ment parlé déjà. chef-lieu des Grisons. de la Heidelbergerhûtte.). De Klosters. On préférera monter par le train à Andermatt et de là.).). les massifs de la Bernina.) pour la traversée longitudinale du massif delà Silvretta (voir la carte de Walty et le Silvretta Skifùhrer du A.). On peut passer en ski d'Amsteg à Glaris. on peut monter en ski presque jusqu'au sommet du Piz Grialetsch (3131 m.). on passera aux Ormonts pour monter le lendemain à la cabane des Diablerets (2487m. il ne reste plus qu'à descendre à la Gemmi et à Kandersteg (1 179 m. en suivant la route. publiée par le Verkehrsverein St-Moritz.). Ensuite. on passera par Genève ou par la Tête Noire pour arriver à Bex et de là à Villars. Wiesbadenerhutte. A.) . où l'on retrouve la classique haute route de l'Oberland bernois proprement dit. Lukmanier. Depuis la route du Pillon jusqu'à Kandersteg.). par la Fuorcla d'Escbia au Piz Kesch (3 420 m. à travers la Plaine Morte au Làmmernjoch et au sommet sud du. 3 212 m.) en passant tout d'abord le col du Pillon (1 550 m.).). Si l'on vient de Chamonix. Wildstrubd (3 251 m. est un profond sillon qui coupe la haute route à une altitude de 1000 mètres environ.) et le Voralp (3030 m. Le jour suivant : Ochsenscharte (Dreilà-derspitze.). on arrive à Flums (450 m. pour descendre sur la cabane Segnes. en traversant le Weisshorn (3 088 m. remontée au Wildhorn (3 264 m. où l'on peut aussi monter directement de Disentis.). — La première journée est la plus longue : montée au sommet des Diablerets (3 246 m. on descendra par le Val Vereina à Klosters (3). sur la ligne Zurich-Coire.) et descente à la cabane du Kesch (2 680 m. Par la Silvretta.).). on se laissera tenter par l'ascension du Pizol (2 848 m. Reichenau et Coire. C.les skieurs. le quatrième jour.) — (éventuellement le Piz Buin (3 316 m. pour passer le jour suivant. 3 Depuis le Weisahorn. Le jour suivant. qui conduit à la cabane du même nom (2 457 m. — ou bien l'on traversera les montagnes formant la rive gauche de l'Inn ( 2) : en train à Zuoz (1 712 m.). En descendant du Spitzmeilen.). le Julier.) on montera en chemin de fer à l'hospice de la Bernina pour suivre la route décrite plus loin par le comte Bonacossa. Le jour suivant. L'ascension du Claridenstock (3 270 m. de l'Err. Selon la quantité de neige. on montera coucher à la carabane du Mutthorn (2 906 m. De Sedrun.).) et descendre dans l'Engadine. 1 Du Gothard à l'Engadine.) — Fuorcla del Confin (3 058 m. dans le Lôtschenthal. descente sur le col du Sanetscb (2 234 m. Nous avons vu qu'elle conduisait à la Grimsel et qu'on pouvait la prolonger jusqu'à Goeschenen. Splùgen et Berninapass. La route septentrionale traverse tout d'abord les Alpes bernoises d'un bout à l'autre. par le Gasterenthal. desservi par une cabane d'où l'on peut gravir sans peine une douzaine de cimes supérieures à 3 ooo mètres. où l'on rejoint l'itinéraire décrit plus loin par le comte Bonacossa. Le lendemain. d'où une route conduit à Graun. Mais. La haute route septentrionale se termine ici.).) .).) qui présente une belle descente du côté des Grisons. avec itinéraires en rouge. L'une et l'autre de ces cabanes sont bien connues des skieurs de la Suisse allemande et desservent des régions merveilleuses pour le ski.). Par le col de la Croix ou Bretaye (Chamossaire). sise au milieu de merveilleux champs de neige. Les « assemblages » entrant en considération sont : Gothard. on descendra à Linthal et à Schwanden pour aller coucher à Elm le même soir.) près du Rawyl. par le Petersgrat. et au nord jusqu'au Piz Kesch. les Grisons offrent toutes les combinaisons possibles. au col de l'Oberalp (2 048 m.

) en deux heures et demie. le Rofental est très resserré et excessivement dangereux 'par le mauvais temps. voir le Skifûhrer in den Ostalpen de Radio-Radiis et Biendl. station du chemin de fer venant de Meran.) en deux heures. Retour à la cabane. Colle délle Pale Rosse (3347 m. en trois volumes. Dixième jour.).) trois heures. — De Bormio à la Il Cantoniera (2 313 m.) à la cabane Milano (2 877 m. le glacier dei Camosci et le Passo dei Folontari (3 040 m. Il comprend encore la Basse-Engadine et le massif de la Sil-vretta.) en cinq heures.Pour la haute route de la Bernina au Brenner. Ascension de la Weisskuget (3 746 m. — Montée au Weisskugeljoch (3 383 m. Quatrième jour. 3 133 m.).) en deux heures et demie. Descente par le fond de la vallée de Ridnaun à Sterzing (948 m. De là par le Timmelsjoch (2 509 m. Descente en ski à Spondigna (Spondinig.) en quatre à six heures. au Passo di Luckett (3349 m. De là à Graun en traîneau (15 km.) et descente par le glacier de Sulden à Sulden (1845 m. Huitième jour. à l'ouest jusqu'au Stelvio et à la Reschen Scheideck.). Medretta di Cede. — De Vent à Zwieselstein (1 472 m. Descente à l'hôtel Viola à Arnoga (1846 m ouvert toute l'année).) en trente minutes. — On peut le consacrer à l'ascension du Zebru (3 735 m. ascension du Cevedale (3 774 m.) et revenir coucher à la cabane. Tunnel sous la Schneebergscharte (2 690 m. — De la cabane Milano à la Cima délia Miniera (3 402 m.) en cinq heures à Schônau (1 682 m.) en trois heures. — De la cabane Casati. 2 356 m. Septième jour. . Journée de neuf heures environ (1).).). le Passo dei Camosci (3 195 m. — De la Il Cantoniera au col du Stelvio (2 759 m. Sixième jour.) en trois heures et demie. Descente par le glacier de Hintereis à l'ancien hospice du Hochjoch (2 448 m.) en trois heures et demie. 3 267 m.). Deuxième jour.) et de là. dans sa partie supérieure. 10 kilomètres de chemin de fer.). par le glacier. Cinquième jour. voici qu'a bien voulu me fournir le comte Aldo Bonacossa : Premier jour — De La Rôsa au Passo di Faviola (2460 m. à Bormio.).) par la route du Stelvio. habité toute l'année. à Vienne. Troisième jour.). Mais. — De Schônau. De là en trois heures à Bormio (1225 m. traversée du Passo delLago Gelato (Eisseepass. Ce guide est accompagné de cartes itinéraires. Guide skieur: Giuseppe Tuana. Descente par le glacier de Campo. montée à Schneeberg (St-Martin . Neuvième jour.) en deux heures. puis en deux heures et demie à Hinterkirch (1 874 m.) dans la vallée de Langtaufers. 1 Pour les Alpes orientales. — Ascension éventuelle de la Punta Tuckett (3 458 m. Clef chez Tuana. Monter le même soir en trois heures et demie à la cabane de la Weisskugel (2 504 mètres). chez Artaria. Passo dei Cevedale et cabane Casati (tout près du col . — De Spondigna à Mais. 885 m.) sur )a ligne du Brenner.) et à Vent (l 893 m. Les trois volumes coûtent actuellement 122 ooo couronnes.

1902. 1902. 30. 1898 (4 janvier) : Piz Buin (3 316 m. En janvier 1880. Entre 1885 et 1890. la première fois en compagnie de M. Mâdelegabel (2646 m. Le 23. Chapitre II. V. Pellaud (Alpina. — Dans les Alpes orientales. entre autres : Scesa-plana (2969 m. en moins de six jours. 1904.) par Wilhelm von Artl.86) (1).).) de Kandersteg à Kienthal. 1898. auquel je tiens à exprimer ici toute ma gratitude. 45 et suivantes. Le 24. entreprise extraordinaire à cette époque. p. -— Toujours dans les Alpes orientales et en partie dans les Alpes centrales. p. 120).) de ta Fluela à Klosters par Th. au Mônch. nous reprenions nos skis sur le Mônchjoch et glissions jusqu'au pied du Rottalsattel. le beau temps et les conditions favorables nous engagèrent a entreprendre une expédition plus longue. p. 1902: Adamello (3554 m. Valbusa (Alpina.) et Cevedale (3 774 m. nous gagnâmes la cabane du Bergli par le Kalli en onze heures. Robert von Lendenfeld gravit successivement les trois plus hauts sommets du groupe de l'Ortler : Kônigspitze (3 857 m. Herzog et le guide Christian Guler. » La caravane descendit ensuite a la cabane Concordia où elle subit une tempête de deux jours et dut renoncer à l'ascension du Finsteraarhorn 1903 : Seconde ascension hivernale de la Jungfrau par Hugo Mylius avec les guides Maurer et Tànnler. qui fut atteint en six heures. la seconde avec un Anglais.) par F. p.). 81 sq. p. au départ de Grindelwald. la première phase du nouvel alpinisme ne connut pas l'âge d'or qui caractérise les années 1880 dans les Alpes occidentales. Voici cependant quelques dates pour compléter notre statistique : En 1853 déjà. Franz Francisci. réussit l'ascension du Klein Glockner (3 764 m. il se spécialisa dans l'escalade hivernale des tours dolomitiques. le 14 mars.). de Waidbruck à Innichen. Le Ier janvier 1875. 1903.). J'ai également puisé avec profit dans l'article qu'il publia dans le Ski. le 15 février (Alpina. Ortler (3 902 m. 37 : « Après avoir. M. Denzler en raquettes et son guide Guler (de Klosters) en ski. 207) (1). Montandon (Alpina. Hochvogel (2594 m.) deux fois. Egger fut longtemps le rédacteur zélé de cet annuaire. et cet exploit donna une certaine impulsion à l'alpinisme hivernal dans les Alpes autrichiennes. mais je n'ai pas suffisamment insisté sur l'étonnante série d'ascensions exécutées par eux dans la courte période du 13-24 janvier 1902.) et Hocharn (3 258 m. avec ascensions de la Cima Cadina (2 826 m. 1897 : Johannisberg (3 467 m. Théodor Wundt réussit de nombreuses ascensions dans les montagnes du Rhàtikon et de la Silvretta. après une longue taille de marches dans la glace.) fut gravi par William A.) et descente sur Guarda (Alpina. de Baie. 51) . Car-Egger. le Gross Glockner (3 798 m. 58) (1). un moine. il faut encore mentionner les courses suivantes où les skis fiirent employés avec succès et pour la première fois : 1894 : Hochjoch (2 846 m.) dans le Tyrol. Boë (3 152 m) et Pragser Seekofel (2 880 m. dans la semaine du 13 au 18 janvier. Celui-ci fut gagné à pied à midi et le sommet de la Jungfrau à 2 h. par les deux Mônchjôche. une course à laquelle on attribua une importance comme premier essai en ski dans les Alpes orientales.).). Comme on sait. p. Traversée du Silvreltapass (3 013 m. Hasler. nous traversâmes le Gross Fiescherhorn : montée en cinq heures et demie et retour au clair de lune par l'Ewigschneefeld.) entre autres. Voici ce qu'écrivait D r David dans l'Alpina. reproduit en partie aux pages 38-39 et qui le traduisit en allemand pour le Ski. t. En meme janvier: Gamchilùcke (2833 m. mais qui sembla prouver aux initiateurs que le ski ne se prêtait à la montagne (1) 1896 : Sonnblick (3 106 m. 57) les premières ascensions du Gross Fiescherhorn et de la Jungfrau par le Dr David et le jeune Paul Kœnig.). et c'est lui qui découvrit l'article de Conan Doyle. (1) Ces renseignements m'ont été obligeamment fournis par M.). 1908 : Traversée des Dolomites par Henry Hoek et Oscar Schuster. : Die Anfange des Skisports in der Schweiz. VII. Le 21 janvier. Plus tard (1892-1893). p. gravi l'Eiger (3 975 m. Helbling avec A.) par U. t. 1898. Le 22. Baillie-Grohmann avec quatre guides. troisième ascension par R.ADDENDA Chapitre premier. J'ai déjà cité (p. . mais qui resta complètement isolée. par P. 1900 (avril) : Fluela-Weisshorn (3 088 m.

. Pour toutes les autres. aucune photographie convenable... prise en montant au Klingenstock... Bien qu'elle semble très raide.... de Forno....) au Morgenhorn (3 629 m. la fameuse cabane Parsenn (2 205 m.-DOM (4 554 m.................... le massif du Monte Leone ..... Des vues d'hiver prises d'avion et représentant : le glacier d'Otemma en enfilade ........ Au fond..... un premier plan de skieurs est toujours recommandable.. une des environs du Théodule. au pied des séracs du glacier de la Selle. La course favorite est de franchir la Wasserscheide (qui s'ouvre à gauche) pour descendre ensuite les deux mille mètres sur Kublis.. de Scerscen. Il manque également dans mes illustrations : une avalanche de neige poudreuse et un Schneebrett ... de Gauli........ D'une part............ jusqu'à présent. prise du Nadelhorn à travers le glacier de Hohberg... avec le glacier de Panossière en enfilade . cirques de Fellaria.. représente le versant nord du Dom...... lorsque l'enneigement est suffisant.... de bonnes photos prises sur le versant méridional de la Bernina (glacier de Palii vu de l'alpe Grum ...... Cette photo est tirée d'un film tourné dans les environs d'Adelboden.. Ces corniches sont formées par le vent et surplombent le versant le plus abrupt de l'arête..... lors de la première ascension hivernale de la Tête Nord du Replat.... ou bien leurs films n'étaient pas suffisants au point de vue technique....... DANS LA RÉGION DU STOOS . Cette vue est prise sur l'arête reliant la Weissefrau (3660 m........... Ciel de foehn.. les amateurs n'ont pas su..TABLE DES ILLUSTRATIONS Je me vois obligé de répéter ici ce que je disais dans la première édition : Malgré la quantité de skieurs parcourant les Alpes en hiver.. le massif de l'Err vu de l'est .. On distingue la piste montant de Wolfgang (près Davos)........... celui de la Silvettra vu de l'ouest .. la Ihtschen-lucke (3 204 m. c'est-à-dire descente droite et vertigineuse comme elle est possible ici en position allongée de Télémark.. LA CREVASSE QUI NOUS GUETTE ... une du Plateau du Trient avec les Aiguilles Dorées et les Aiguilles du Tour ....Cette vue fut prise par Daniel Chalonge... si elles ne sont pas toujours très artistiques. vers le Breithorn . Ces vues devraient être prises de préférence dans les mois de janvier à mai.... Au centre...... etc.... Des photographies prises d'avion......... Cette vue.. qui héberge chaque hiver des milliers de skieurs.. C'est dans cette cabane que l'on couche généralement avant ... CORNICHES DE NEIGE ........ grâce a une neige pulvérulente et parfaitement régulière... je n'ai reçu. une du Mont-Blanc prise de la Flégère ou environs .... représente la chaîne du Kaiserstock...... MAJESTÉS ENNEIGÉES .. cette pente fut parcourue en ski.. j'aurais désiré une caravane de skieurs encordés sur un glacier....... Il me serait également agréable de recevoir une bonne photographie du Grand Combin prise en montant à la Rosablanche............. elles peuvent être directement opposées. LE GRAND VIRAGE .....) ..... sont du moins fort instructives et intéressantes.. le cirque de la cabane Rotondo ...... GRUNHORNLUCKE ET ALETSCHHORN .... Aube ENNEIGÉE.. de Gries... dans un cadre pittoresque de hautes montagnes. dans ce genre... par lequel se fait généralement l'ascension en été.) s'ouvre sur la Haute-Route qui traverse l'Oberland bernois et dont nous avons parlé ici... Selon la structure de leur base... une cordée de deux ou trois skieurs glissant en stemmbogen ..... je prie ceux qui pourraient m'aider à combler ces lacunes de bien vouloir m'envoyer les photographies désirées..... L'Oberaarjoch (3 233 m..) se dresse à gauche... il m'a été très difficile de trouver de bonnes photographies pour illustrer cet ouvrage................... Un léger brouillard recouvre la Place Concordia.. Cette vue........ Malgré les annonces publiées dans différents périodiques alpins.... à condition qu'il ne masque pas certains détails importants. Rnubel.... LA CABANE DE L'OBERAARJOCH .... L'Aletschhorn (4 182 m... SCHUSSFAHRT . En prévision d'une nouvelle édition. par Arnold Lunn et Jos...... MISCHABEI..... C'est un des plus hauts sommets où l'on soit parvenu en ski.......... choisir des motifs vraiment intéressants..)....)......... Frontispice.... etc.......... les photographes professionnels ne se risquent pas volontiers en haute montagne avec de gros appareils .) dans l'Oberland bernois... une du Gornergrat vers le Mont Rosé et le Grenzgletscher...... LE DORADO DE LA PARSENN...... d'Oberaar .. Schussfahrt.. Comme frontispice.......). en avril 1926....... Le Stoos est un petit paradis pour skieurs situé au-dessus de Brunnen (lac des IV cantons)........ AIGUISE DU PLAT DE LA SELLE ... le versant méridional de la chaîne Ortler-Cevedale.. les glaciers de Z'mutt....... etc.. en juin 1917.. à la montée comme à la descente......... d'autre part....

du bord supérieur.......... Vue prise du Hahnensee (sur Saint-Moritz) vers la Maloja et le lac de Sils..... le Fiescherfirn que l'on traverse pour gagner la cabane du Finsteraar-horn. Au fond à gauche se dresse la Margna... Seule la partie centrale du glacier est visible sur cette photographie.... Vue prise en montant à la Grunhornlûcke.. dernière étape lorsqu'on fait la traversée de l'ouest à l'est. Pollux et l'arête du Breithom...a vue est prise du glacier de Morteratsch qui présente ici d'énormes crevasses...... Sur l'alpe Drusatscha.... Piz PALU ... .). les crocus envahissent le pâturage...... PREMIER PRINTEMPS ...... L'itinéraire mentionné à la page 238 longe la rive gauche (à droite sur la photo) jusqu'au petit plateau entre la première et la deuxième chute...)...... Puis il traverse obliquement le glacier pour remonter les pentes vers la gauche et aboutir au Winjoch (3 848 m.) à gauche. A. la plus haute selle neigeuse à gauche du sommet....... I..............ACIER DE RIED ET MISCHABEL .... et sera fort utile aux skieurs parcourant cette région... on peut monter de là en ski jusqu'au Hugisattel (4 089 m...) est le large sommet central..... LA COMBE DES MORTS . A mesure que la neige se retire......).. Le point culminant (3 912 m. Le plus haut sommet de la photo est le Mischabel-Dom (4 554 m. Le sommet neigeux à l'extrême gauche est le Fluchthorn (3 802 m......... perchée à 3 227 mètres (dans l'ombre).Cette vue est prise immédiatement à l'ouest du point 3 150 de l'Atlas Siegfried..... Cette combe désolée qui conduit au Grand Saint-Bernard est réputée par ses avalanches et les accidents qui s'y sont produits autrefois. lorsque les pauvres voyageurs s'aventuraient à pied dans ces neiges.. SUR LE CHEMIN DE PARSEN . que l'on atteint généralement de la Diavollezza par l'arête de gauche. SUR LE GLACIER D'ALLALIN ... l'Adlerpass (3 798 m.. Aujourd'hui tout cela a bien changé.... Dans l'ombre...... Dans le fond..Cette vue est prise juste au-dessus de Wolfgang avec la chaîne du Rhâtillon dans le fond..... S.d'entreprendre la merveilleuse descente sur la Grimsel... du bord droite et 70 mm.........).) à droite et la Lenzspitze (4 300 m. TEMPETE SUR L'ENGADINE ... près Davos.... par 60 mm.......... ouvert entre le Rimpfischhorn (4 203 m.... à gauche sur la photo............. Une superbe cabane a été construite et inaugurée en 1927 par la section genevoise du C.. où ils mourraient souvent de froid et d'épuisement avant que les moines et leurs chiens n'aient le temps de les secourir.......)............... le Lyskamm.. Lorsque les conditions de neige sont favorables......... Elle se dresse sur l'épaulement rocheux de la rive droite du glacier....) à droite et le Strahlhorn (4191 m................ grâce au ski.. Au fond.......... GI......... A gauche du Dora se dressent deux sommets aigus : le Nadelhorn (4 334 m....) à gauche. FlNSTERAARHORN (4 275 m). Devant lui s'étire tout le Nadelgrat.......... Castor.

il n'est plus possible de les suivre sans dresser une véritable statistique. l'on s'inquiétait de l'avenir et des destinées du C. par Plossu et Michelet . Tout d'abord. la conquête des sommets importants est terminée depuis plusieurs années déjà. 3. I. au Lyskamm. Pour procurer une véritable jouissance. Au moment où. — à moins que. tout spécialement) ont remporté plus de victoires que partout ailleurs en l'espace de quinze ans. l'ascension hivernale du Grépon par exemple. il est certains pays où l'alpinisme hivernal ne s'est véritablement épanoui que dans l'aprèsguerre. Je terminerai ce postscriptum par quelques addenda. Cette statistique a du reste paru dans le British Ski Year-Book. Mont Visa (3. P. A mon avis. une seconde le serait moins. 1904. Leur attrait hivernal est urt pure illusion. Il s'agissait évidemment ici de remplir une case vide dans la statistique toujours croissante des premières ascensions hivernales. Dôme de Neige des Écrins (3. alors qu'en Suisse allemande il est depuis longtemps déjà un fait accompli.. S. Le 16 mars de la même année. Disons que ce développement était nécessaire en Suisse romande. pas renouvelée. XII. n'a de valeur que dans sa primeur. L'alpinisme hivernal. j'espère. point culminant du Dauphiné.442 m.953 m. je n'ai rien pu modifier à mon texte et il me reste ces quatre dernières pages pour condenser différentes notes en postscriptum. S. Klein Fiescherhorn (ou Ochsenhorn.) par Hasler et Jossi. 1908). 7.) par Leopoldo Bar aie. Odermatt et moi. 106-08). on constate depuis 1925 une véritable ruée vers les cimes hivernales. a voté un budget annuel de 15-30. 1916.) et la toute première ascension de la Pointe â'Ceny (3. 1893.905 m.987 m. Armand-Delille .982 m. vol. j'ai oublié de dire que le Grand Combin. J'en ai été profondément touché et j'ai bien volontiers autorisé la traduction italienne de ce livre par M. nos saisons modernes soient bouleversées et que les hivers deviennent dit étés.000 francs pour le développement de l'alpinisme hivernal. Weisskugel (3. chaque hiver. A. même en mai. Jossi (à la page 62.) par G. chantent la gloire de la montagne hivernale dans la belle langue de Dante. semble triompher définitivement et sur toute la ligne. l'alpinisme hivernal semble lui imprimer une nouvelle orientation en lui inoculant un regain de vie féconde. A. En vue de cette nouvelle édition.) par Swaine avec Christian Klucker. Puis quelques prouesses qui m'avaient également échappé : 1887. car.. 1902.274 m. 20. le C. première ascension hivernale de la Meige (3. III. les alpinistes français (ceux du G.. Dans le récit de mes courses personnelles. Jossi. 28. En France notamment. j'avais par erreur attribué cette première hivernale à Steiner et Trumpler. juin. en lui-même. Grande Ruine (3. l'Ulrichshorn et le Schattihorn étaient des premières ascensions hivernales et que nous fûmes. Hasler avec Chr. le 30 mars 1872 (Écho des Alpes. Zermatt cet hiver pour la première fois. Mais toutes les aiguilles de Chamonix sont dans le même cas.). elle n'ajoutera jamais rien à la gloire du nouvel alpinisme et elle ne sera. ils avaient beau jeu et les coudées franches. voire août. elle enregistre fidèlement les succès triomphants des skieurs français. Durant ces trois dernières saisons. une course fort ancienne : la toute première traversée du Col du Trient (2.843 m. Leur terrain étant quasi-vierge. par un revers du sort. toutes débordantes d'enthousiasme. Que l'on me permette une objection cependant : certains grimpeurs semblent altérer le sens véritable de l'alpinisme hivernal en s'attaquant en plein hiver à des aiguilles de roc qui ne rentrent plus du tout dans notre domaine. Toutes ces courses furent exécutées à pied. Une première ascension est excusable .100 m. organe officiel et mensuel du C.).) par G. Dalloz. à la Dent Blanche et même une au Rothorn depuis Zermatt et au Taeschhorn depuis Britannia.754 m. I. Armand-Delille arrive seul au sommet de la Barre des Écrins (4. 1876. Cependant. par D.927 m. juillet.Il a fallu m'arrêter. les . Aiguille Verte (4. ces aiguilles de roc doivent être escaladées dans la pleine ambiance estivale.746 m. Gspaltenhorn (3. Elle est suffisamment éloquente et s'allongera sans doute.. En Italie.). H. Les cabanes Britannia et Bétemps abritent de nombreux visiteurs et les sommets environnants sont fréquemment gravis par les skieurs. Faes à Lausanne. 15.121 m. Signalons plusieurs nouvelles ascensions au Grand Combin. le Gemshorn. En Suisse. 1903. la conquête des Alpes terminée. depuis lors. M.POSTSCRIPTUM à la deuxième édition Cette deuxième édition étant coulée sur les empreintes de la première. Encore fallait-il s'y lancer ! Dans la chronique alpine de La Montagne.. 1903. A part celle du Midi. sous l'impulsion du Comité Central présidé par le Dr.) par Morgenthaler et Chiardola. Eugénie Ferreri : Alpinismo invernale. la rubrique : Alpinisme hivernal est maintenant devenue familière et depuis janvier 1926. par Pierre Dalloz .980 m.) par le fameux Javelle et Paul Rouget. D. la nouvelle génération sortie des tranchées s'est complètement emballée dans cette direction et les lettres les plus touchantes qui me soient parvenues. A. . elles n'attireront jamais le vrai skieur alpin qui réserve ses ardeurs pour des cimes plus hospitalières et moins aiguës. Hasler avec Chr.) par le même et P. Je n'ai pas la prétention de l'avoir lancé. III (1926). Mon chapitre II sur le Triomphe du ski prouve suffisamment à quel point nous en étions à cette époque. En Suisse. Bietschhorn (3. Piz Roseg (3. j'avais naïvement commencé à enregistrer les premiers grands exploits des alpinistes fiançais dans leurs montagnes du Dauphiné et je notais : Pelvoux (3945 m. le 21 février 1926.). sans skis.. Les Alpes Pennines sortent peu à peu de leur sommeil hivernal.). qui vient de paraître à Turin.

S. Agassiz et E. . le Finster-aarhorn seiil était noir comme en été. et dont le sommet avait souvent ranimé le courage de nos visiteurs. j'écrivais dans mon avant-propos qu'il n'existait aucun ouvrage en langue française sur la pratique du ski en montagne. alors que dans le Jura. Sur le glacier. nous ôtâmes même nos redingotes et nos gilets. Il était onze heures lorsque nous nous trouvâmes à la hauteur de notre ancienne habitation .. Le thermomètre ne descendit pas au-dessous de -4° C. . non sans raison. A. mais l'enthousiasme d'Agassiz réussit à l'entraîner plus loin. cachées sous le glacier. S. car ses parois sont trop roides du côté du glacier pour que la neige puisse y adhérer et rester. M. en hiver. M. que je n'avais pas mentionné l'expéditùm de mes compatriotes Agassiz et Desor au glacier d'Unteraar. le Capit. en 1912. En décembre 1924. K. c'était là notre Hôtel. Depuis longtemps déjà. de prouver que la fonte des glaciers n'est pas due à la chaleur terrestre et que le peu d'eau qui s'en écoule en hiver provient exclusivement de sources intérieures.. par MM. la neige fut heureusement meilleure et la marche plus facile. OCR : Roşioru Gabi rosiorug@yahoo. ils montent le 11 mars. Il leur fallut 2 heures pour atteindre la langue terminale du glacier d'Unteraar. La nécessité de garder nos doubles voiles était. au départ (5. le prof.com/ Carte obţinută prin amabilitatea dlui Radu Hera. ils visitèrent encore le glacier de Rosenlaui et purent ainsi compléter leurs observations sur la glace même. Elle se dresse sur le mamelon coté 2. dans la Bibliothèque Universelle d'avril 1842 un « Récit d'une course faite aux glaciers en hiver. La cabane de Valsorey a été reconstruite en 1925. Il nous semblait que jamais nous n'avions vu l'air si transparent. C'était en effet. Nos montagnards n'avaient pas même de raquettes. » Desor fut très étonné de constater. qui. c'était la bise qui soufflait. dans l'Unteraar était. sous le titre : Le ski. il n'existait pas pour nous dans ce moment : nous n'avions devant nous qu'une immense étendue de neige très uniforme. que de se sentir succomber sons le poids d'obstacles matériels. on y parvenait en été en moins de quarante minutes. à laquelle manquait ce charme magique que donnent les moraines. La neige était recouverte d'une croûte cassante qui rendit la marche des plus pénibles.. écrit-il. en dépit de la fatigue.. que l'on voit de si loin en été. après avoir cherché de tous côtés sur la moraine. dit à la plume de ce dernier et qui avait complètement échappé à mes recherches. cet hospice était habité par un gardien solitaire. en comparant plus tard les températures. Accompagnés des guides Jacob Leuthold et J. un des premiers en hiver. Quant au glacier. Nos deux savants choisirent tout naturellement pour leurs recherches le théâtre de leurs explorations précédentes : le fameux glacier d'Unteraar. I. 346) a été construite la même année par la section de Jamam (Vevey) du C. je souffrais le martyre » (!!). Le lendemain. serait-il entièrement enterré sous la neige ? Enfin. un véritable supplice. qu'il avait fait plus froid au Locle que dans l'Oberland.465 A. Depuis lors et presque simultanément avec l'apparition du présent ouvrage l'Alpine Skiing d'Arnold Lunn était publié en français par un fervent skieur alpin. la chaleur était excessive . durant ces trois jours passés en haute montagne. De Meiringen. P. à cette époque.. Dans la Gazette de Lausanne du 12 juin 1925. en mars 1841.com Corectura : Alin Ciula Alte titluri disponibile la : grupul HARTI_CARTI la http://groups. Desor était découragé par cette'mauvaise neige. L'auteur évalue à trente pieds l'épaisseur de la reige à cet endroit. Chambéry). de Gennes. Mercanto» m'a fait observer. Celle de l'alpe de 1a Chaux (p. mais pour être plus à l'aise.. jusqu'à ce que la neige se brisât de nouveau sous nos pas et vint calmer notre ardeur. La réverbération des neiges valut à nos deux savants des brûlures tres douloureuses au visage et Desor avoue naïvement : « J'eus beau m'asperger d'eau froide. nous courions comme des enfants sur cette surface durcie. en effet. un spectacle unique que celui que nous avions sous les yeux. D s'agissait.yahoo. que Desor veut bien reconnaître. et. au printemps.). de glace et ces mille filets d'eau au babil harmonieux qui en font les délices en été. Or à cette époque. décembre 1927. les crevasses au reflet brillant. Wahren (du Hasli) et secondés par deux porteurs. Tous les pics qui bordent le glacier étaient revêtus de neige depuis leur base jusqu'à leur sommet . mais notre étonnement fut grand de ne pas découvrir l'Hôtel des Neuchâtelois. Desors. coucher à l'hospice de la Grimsel. la caravane poussa sa reconnaissance jusqu'aux rochers de l'Abschwung (soit à une altitude d'environ 2.. restée complètement invisible. « Rien. non seulement ne fîmes-nous pas usage de nos manteaux. hébergeant les marchands qui venaient échanger là-haut les vins du Valais contre les fromages du Hasli.premiers skieurs à visiter le Rimpfischhorn. Neuchâtel (Suisse). Cet immense bloc. « Au soleil. h) le thermomètre ne marquait que -2° C. les chutes. nous découvrons à quelque distance un renflement dans l'arête neigeuse . » Malgré une chaleur accablante. heureux de se voir par un jour aussi magnifique au milieu de cette mer de glace dont il avait fait le théâtre de ses investigations. On trouve.« Nous rencontrions aussi des espaces où la neige portait . Agassiz était d'une gaîté folle. aussi. dans ces circonstances. Il est juste d'ajouter que cette expédition coïncida précisément avec une période de foehn sec qui lui assura un temps merveilleux. n'est plus pénible pour l'homme qui a la conscience de quelque énergie. sur les glaciers (Dardel.500 m. » Ses genoux étaient écorchés jusqu'au sang. Les contours des montagnes se dessinaient avec une netteté inconnue en été sur le fond bleu du ciel. Scanare. nous en éprouvions alors un soulagement extraordinaire.