MARCEL KURZ

ALPINISME HIVERNAL
LE SKIEUR DANS LES ALPES
Préface de M. EDOUARD SAUVAGE
Président honoraire du Club Alpin Français
Ouvrage orné de 20 héliogravures hors texte PAYOT, PARIS ST-GERMAIN 1928 Tous droits réservés
A MON PÈRE qui me fit connaître Les Alpes.
Premier tirage Mars 1925. Deuxième tirage Février 1928.
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright 1925, by Fayot, Paris.
PRÉFACE
Les vieux alpinistes ont vu se développer simultanément, depuis une trentaine d'années, les courses d'hiver en
montagne et d’usage des skis qui donnent pour ces courses de grandes facilités. Toutefois, au début, on craignait assez
généralement que le ski ne pût guère servir en haute montagne, soit que les trajets où on ne pourrait en faire usage
fussent trop étendus, soit que le ski même, avec sa grande longueur, fût mal approprié au parcours des régions très
accidentées et dût être modifié.
La hardiesse et la persévérance des explorateurs de la montagne ont amené l'évolution de ces idées
anciennes : après avoir reconnu que les courses d'hiver n'étaient pas nécessairement limitées aux sommets secondaires,
mais que les cimes les plus hautes restaient abordables en cette saison, ils ont démontré que les skis pouvaient servir
presque continuellement, sinon jusqu'aux sommets mêmes, du moins jusqu'au pied des arêtes terminales.
Tous les alpinistes qui ont parcouru le massif du Mont Blanc connaissent le guide et la belle carte de Louis
Kurz; nous sommes redevables à son fils,
Marcel Kurz, ami passionné de la montagne et bon skieur, d'une belle étude de cette évolution.
La première partie de l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz débute par un historique du développement des
courses d'hiver avant l'emploi du ski, puis lorsqu'on en a fait usage; ensuite elle examine l'état des Alpes pendant
l'hiver, le climat, l'effet des vents ; vient ensuite une magistrale étude des avalanches et de l'état des neiges. Les
transformations qu'elles subissent sous l'action du soleil et du vent sont minutieusement analysées, sans que soit oublié
le côté pratique pour le skieur, la manière dont se comporte le ski sur les diverses surfaces.
Les différentes espèces d'avalanches, les circonstances qui les produisent, l'aspect des régions dangereuses,
sont l'objet d'une description claire et approfondie. Même en été, l'appréciation d'une pente de neige, au point de vue
du degré de sécurité — ou de danger — qu'elle offre, est un des points qui demandent au montagnard le plus
d'expérience et de jugement; en hiver, les difficultés d'appréciation sont encore augmentées.
Si la suite de l'ouvrage nous montre un artiste épris des beautés de la montagne, cette première partie porte la
marque de l'esprit scientifique de son auteur.
Viennent ensuite l'équipement du touriste hivernal, la technique du skieur alpin. Ce chapitre n'est en rien un
manuel de ski, mais il indique comment, en haute montagne, on utilise les divers modes de progression, d'arrêt,
glissade des pentes, qui doivent être bien connus du skieur.
La lecture de la deuxième partie de l'ouvrage décrivant les courses d'hiver de l'auteur dans les Alpes,
passionnera les alpinistes, dont quelques-uns reéchapperont pas sans doute à des sentiments de regret — faut-il dire
d'envie ? — devant une si belle série de grandes ascensions. A chaque ligne des descriptions de l'auteur , on respire le
charme de l'admirable nature alpestre. Les menus incidents des courses, tels que gites, repas, bivouacs, sont indiqués
sommairement dans la mesure où ils intéressent le lecteur, sans le fatiguer par leur monotonie.
Dans son ensemble, l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz est une précieuse addition à la littérature alpine,
dont l'auteur mérite de vives félicitations.
ED. SAUVAGE,
Président honoraire du C. A. F.

PRÉFACE DE L'AUTEUR
En commençant la rédaction de ce livre — il y a déjà bien des années — mon intention était de l'intituler Le
Nouvel Alpinisme. A cette époque, en effet, ce genre d'alpinisme était encore à ses débuts : nous traversions l'âge d'or de
ce qui fut la deuxième conquête des Alpes, celle des skieurs. Dans les Pennines, par exemple, il leur restait à conquérir
plus d'une vingtaine de cimes supérieures à 4000 mètres. Mais, faute de temps, la rédaction resta inachevée.
Depuis lors, l'exploration hivernale des montagnes a pris une telle extension, tant d'alpinistes sont devenus
skieurs et tant de skieurs alpinistes, qu'au moment de remettre mon Nouvel Alpinisme sur le chantier, ce titre ne lui
convenait plus. C'est pourquoi j'ai préféré l'intituler Alpinisme hivernal (1).
Un titre bref et suffisamment explicite n'était pas facile à trouver. Les Anglais et les Allemands possèdent une
langue qui permet toutes les combinaisons de mots composés : Alpine skiing, Skilauf, Skitouristik sont des expressions
concises et parfaitement claires qu'il est impossible de traduire en deux mots français.
Ceci provient évidemment du fait que, pour nous, le mot ski désigne aussi bien le sport que l'instrument luimême. On dit le ski, les skis, faire du ski, — par contre, on n'est pas encore d'accord sur ce point : faut-il dire : aller en
ski ou aller à ski ? Il nous manque donc en français un terme équivalant à skiing ou Skilauf. On pourrait suggérer
skiisme, mais c'est un terme antipathique, qui a peu de chances de s'implanter jamais.
La richesse d'une langue est en rapport avec le développement d'une théorie? On pourrait le croire vraiment :
Alpiner Skilauf et Alpine skiing sont les titres de deux manuels parus, le premier en 1910, le second en 1921 (2).
La décade qui sépare ces deux publications coïncide précisément avec le développement maximum du nouvel
alpinisme. Aussi la brochure de Lunn est-elle inspirée par les expériences et les idées nouvelles. Mais qui de nous
connaît ces deux bréviaires ? et pourquoi n'ont-ils pas été traduits en français ? Car il n'existe rien de pareil en notre
langue, pas plus qu'en italien. A quoi donc attribuer cette lacune ? Sans doute au fait que la théorie est toujours
subordonnée à la pratique. Or, le Mont Rosé fut gravi en ski par un Allemand en 1898 déjà et, en 1904, c'est encore un
skieur allemand qui gravissait pour la première fois le Mont Blanc. A cette époque, le skieur français était encore dans
ses langes et l'italien n'était guère plus avancé...
D'autre part, n'est-il pas curieux de constater que les Anglais (qui furent les premiers à explorer nos Alpes et les
derniers à les parcourir en ski) possèdent depuis 1921 le meilleur ouvrage sur ce sujet? Évidemment, la théorie d'un
auteur ne crée pas la règle et Arnold Lunn restera une exception. Il a vécu des années entières dans les Alpes, comme
autrefois Zdarsky dans les neiges de Lilienfeld. Mais son enthousiasme a porté des fruits qui lui font honneur
aujourd'hui. Il a créé à Londres, en 1908, l’Alpine Ski Club, et, grâce à lui, les Anglais ont rattrapé tout le temps perdu.
Entre la Suisse romande et la Suisse allemande, le développement du ski a présenté une sensible différence.
Alors que les Suisses allémaniques pouvaient lire dans leur langue une quantité de publications et s'inspirer des
meilleurs principes, les Romands n'ont eu à leur service qu'une bibliographie assez pauvre, réduite à de rares récits de
courses. Depuis quelques années cependant, ils semblent être secoués par certains spasmes de bon augure, non pas tant
les skieurs proprement dits que les alpinistes-skieurs.
En France, après de premiers essais (1895-1896) effectués par quelques personnes isolées, officiers et civils,
l'emploi du ski fut introduit dans l'armée des Alpes (1900-1901) et fit de rapides progrès sous la direction d'une mission
militaire norvégienne (1902). Les troupes alpines s’en firent une spécialité presque exclusive et réalisent une forte
avance sur les skieurs civils. Certes, beaucoup d'officiers sont membres du Club Alpin, appliquent dans le civil les
connaissances acquises au service militaire. Grâce à l'intime collaboration des deux éléments, le ski prendra un bel
essor (1907). Cependant son développement s'est orienté vers le sport, plutôt que dans son application à l'alpinisme.
En Italie, à ce que m'écrit le comte Aldo Bonacossa, grand skieur et grand alpiniste, les Ski Clubs de Milan et
de Turin ont pris la haute main sur le tourisme hivernal. L'Italie semble avoir une légère avance sur la France, car elle
va publier prochainement un guide et une carte pour skieurs de sa frontière septentrionale des Alpes.
Un jour viendra où l'alpinisme hivernal surpassera l'alpinisme estival. De fait, la durée de l'hiver alpin est déjà
plus longue que celle de l'été alpin. Devant les flots de touristes que déversent nos chemins de fer de montagne, les
alpinistes préféreront aller passer leurs vacances d'été dans le Caucase ou l'Himalaya et ne visiteront leurs propres
montagnes qu'en hiver, en ski. Qui vivra verra...
Il m'a été très difficile de trouver des illustrations artistiques se rapportant à la haute montagne hivernale. Je
tiens cependant à remercier tous les collègues qui ont bien voulu m'en envoyer à choix, et tout spécialement MM. Pries,
Gysi et Hug qui ont si gracieusement mis leurs clichés à ma disposition. MM. pal-banne, A.-E. Kuhlmann et Louis Kurz
ont pris la peine de revoir toutes mes épreuves, et j'ai envers eux une grosse dette de reconnaissance.
M. K.
Neuchâtel (Suisse), décembre 1924.
1

Comme on le verra, l'alpinisme hivernal a présenté deux phases bien distinctes. Durant la première, ce fut la conquête des plus hautes cimes par des
alpinistes allant à pied (elle est exposée dans mon premier chapitre : Les précurseurs). Puis ce fut le triomphe du ski, et la deuxième conquête des
Alpes, par la horde des skieurs.
2

Oberleutnant Georg Bilger, Der Alpine Skilauf (2e édition. Munich, 1911, petit *).
Arnold Lunn, Alpine Skiing, at ail heights and seasons, Londres 1921 (petit *).

CHAPITRE PREMIER
LES PRÉCURSEURS
(Ceux qui allaient à pied.)
En janvier 1862, plus de trois ans avant la conquête du Cervin, Thomas Stuart Kennedy, un des plus audacieux
grimpeurs de l'Alpine Club, eut l'idée d'attaquer le colosse en plein hiver, idée vraiment extraordinaire à cette époque.
Accompagné du vieux Peter Taugwalder et de Peter Perren, il alla passer la nuit dans la petite chapelle du Lac
Noir et, le lendemain (7 janvier), il tenta l'ascension par l'arête du Hôrnli. Mais un vent violent, qui faisait tourbillonner
la neige, arrêta bientôt la caravane et l'obligea à battre en retraite.
« Non content de nous souffler au visage d'épais flocons de neige et de véritables aiguilles de glace, le vent
faisait voler autour de nous des plaques neigeuses de 30 centimètres de diamètre, qu'il avait enlevées en passant au
glacier inférieur. Cependant, aucun d'entre nous ne semblait vouloir lâcher pied le premier, lorsqu'une rafale plus
violente que les précédentes nous obligea à nous abriter quelque temps derrière un rocher. A dater de ce moment, il fut
tacitement convenu que notre expédition devait prendre fin, mais nous résolûmes en même temps de laisser aux
touristes futurs quelque souvenir de notre visite, et, après être descendus à une distance considérable, nous trouvâmes
un endroit convenable pour y construire un cairn, avec des pierres détachées. En une demi-heure, nous érigeâmes une
pyramide haute d'environ 2 mètres. Une bouteille, contenant la date de notre tentative, fut placée à l'intérieur, et nous
battîmes en retraite le plus promptement possible (1). »
Bien que cette tentative eût échoué au pied même des premières difficultés du Cervin, il est piquant de constater qu'à
cette époque déjà, un homme ait pu croire à la possibilité des ascensions hivernales. Il est vrai que Kennedy comptait
précisément bénéficier de la quantité de neige qui, selon lui, devait recouvrir les rochers et en faciliter l'escalade. « En
effet, dit-il, je ne voyais pas comment, même avec l'aide de longues échelles, ces rochers pourraient être surmontés,
lorsque l'idée me vint qu'en hiver ils seraient peut-être couverts de neige, et c'est en partie la raison qui me conduisit à
Zermatt... »
Whymper lui-même, qui pourtant ne s'étonnait de rien, relate cette équipée sur un ton très ironique et trouve
cet échec tout naturel. « Mr. Kennedy, écrit-il textuellement (Escalades, p. 96), conçut un jour l'idée singulière que cette
montagne devait être moins impraticable au mois de janvier qu'au mois de juin... mais il ne tarda pas à constater qu'en
hiver la neige obéissait aux lois ordinaires et que le froid et le vent n'étaient pas moins rigoureux qu'en été. »
Aujourd'hui, cette idée nous paraît moins « singulière », et il est probable, en effet, que, dans neuf cas sur dix,
l'escalade du Cervin est plus facile en janvier qu'en juin.
Comme le font remarquer Cunningham et Abney ( 2), la tentative de Kennedy n'en restera pas moins la
première expédition hivernale entreprise dans les Alpes après le commencement de l'alpinisme systématique ( 3).
Cette première expérience n'était guère encourageante.
Aussi faut-il attendre quelques années encore avant de pouvoir enregistrer de véritables succès. Ce fut
l'Oberland bernois qui devint alors le principal théâtre des explorations hivernales, et ce sont des Anglais encore qui
s'avancent sur la scène (4).
A la fin de décembre 1866, par un temps gris et maussade, deux membres de l'Alpine Club, A. W. Moore et
Horace Walker, arrivaient à Grindelwald, avec le vague sentiment d'avoir commis une bévue et persuadés que leur
expédition n'aboutirait qu'à un fiasco complet ( 5). Le temps avait été superbe durant trois semaines; mais, au moment
précis de leur arrivée, il s'était gâté, comme cela arrive si souvent, hélas !
Après s'être amusés à poursuivre des lièvres et des renards dans les bois environnants, nos Anglais purent enfin
profiter d'une belle journée et s'aventurer plus haut dans la montagne, sous la conduite de leurs guides Christian Aimer
et Peter Bohren. Ils passent une affreuse nuit dans la vieille cabane très inconfortable de Peismeer, où ils étaient
parvenus, non sans peine, en taillant des marches dans la glace épaisse qui recouvrait le sentier.
La journée du lendemain fut consacrée tout entière à une chasse aux chamois sur les flancs du Mettenberg.
Une nombreuse escouade d'Oberlandais leur servait de rabatteurs, et les deux Anglais avaient été postés en embuscade à
l'endroit où le gibier devait passer dans sa fuite. Mais la chaleur intense du soleil, succédant brusquement au froid de la
nuit, fit son effet accoutumé et les deux touristes s'endormirent à leur poste. Ils ne se réveillèrent que trop tard, tout
honteux de constater à leurs pieds les traces évidentes des chamois.
Après un si piteux résultat, il fut décidé d'abandonner la chasse et de poursuivre un but plus sérieux en
attaquant quelque grand pic. Mais, à ce que prétend Moore, les rochers étaient généralement verglacés, et il fallut
renoncer aux sommets les plus tentants, tels que l'Eiger ou le Schreckhorn. Ils choisirent donc un col glaciaire et se
décidèrent finalement à tenter la traversée combinée du Finsteraarjock (3 360 m.) et de la Strahlegg (3 351 m.), sorte de
boucle qui devait les ramener à Grindelwald en une seule expédition.
1

Alpine Journal, 1863, p. 82. — D'après Whymper (Escalades, p. 96-97), ce cairn marquait exactement le point 3 298 A. S. (tout près duquel se
dressent aujourd'hui la cabane et l'hôtel du Hôrnli) et n'était guère que 60 à 80 mètres au-dessous du point atteint par Kennedy.
2
The Pioneers of thé Alps, p. 61.
3
Voir encore la note de la page 5 (Hugi à la Strahlegg).
4
Entre temps Bennen avait été tue par une avalanche au Haut de Cry, le 28 février 1864 (WHYMPER, Escalades, p. 86).
5
A. W. MOORE, On some Winter Expéditions in thé Alps (in Alpine Journal, vol. IV, 1869, p. 309 sq.).

prévoyant toutes les difficultés de la marche. Aucun ami n'ayant voulu l'accompagner. la vue était limitée par les rochers menaçants du Schreckhorn. non sans peine. Cette expédition à la Strahlegg est probablement la plus ancienne dans les Alpes en hiver. La Meije était encore vierge de ce temps. Durant tout son séjour là-haut. Krafft. mais les expériences du célèbre savant prouvèrent précisément le contraire. ce même coi avait été atteint par le professeur Hugi. Valloire et le col du Goléon (2 880 m. mais les nuits très froides et naturellement peu confortables. Inutile de dire que la scène était d'une rare magnificence.). mais. après s'être glissée avec les ombres bleues entre ces séracs menaçants. tandis que. plus sceptiques. La température descendit jusqu'à — 20°. deux heures auparavant. si étrange que cela puisse paraître. Puis. C'est de la Stieregg que Hugi monta. comme quartier général. ils avaient été. à Grindelwald. A une heure du matin.). mais fut repoussé par l'énorme quantité de neige. dans la cabane de bergers qui lui servait de base. en attendant lever la lune pour continuer sa marche. la caravane retrouvait sa trace sur la Mer de glace et rentrait par le même chemin à Grindelwald. fut moins ardue et beaucoup plus réussie que nous n'avions osé l'espérer. grâce à une succession de journées ensoleillées sa surface s'était durcie et facilitait singulièrement la marche. et laissa tout le village de Grindelwald dans un grand émoi. » Le jour de Noël fut fêté à Grindelwald. ayant doublé le cap rocheux des Strahlegghôrner.). c'est un spectacle féerique qui laisse de profondes impressions. il franchit le col de la Lauze(1 543 m. elle contournait les premiers séracs et parvenait à 10h30 au pied des tours de glace qui défendent le Finsteraarjoch. « L'expédition. «l'excellent et jovial hôtelier du Bernerhof ». Aucune difficulté sérieuse ne devait entraver l'accès du col lui-même. Au retour.). the depth of which seemed more than ever unfathomable. en décembre. il s'y rend seul... afin d'étudier le mouvement du glacier de Grindelwald qu'il parcourut à plusieurs reprises. et ce devait être une joie incomparable pour les yeux : . et cela recrutés. il monta également au Faulhorn (2 684 m. Une forte couche de neige recouvrait tous les environs. entre de hautes parois rocheuses. mais Moore avait négligé cette précaution et la course lui parut fort pénible. au moment où une aube grandiose se levait sur les neiges (1). « La nuit était parfaite . Mais. qui pointait farouche au-dessus du glacier de Grindelwald. rudement éprouvés par le froid. Le départ eut lieu le 23 décembre. and crossing snow bridges over gulfs. conclut Moore. Hugi était accompagné de nombreux guides . Mais leurs touristes. la caravane commença donc à descendre vers la Grimsel. la caravane atteignait la vaste encolure du Finsteraarjoch. Le passage du labyrinthe au clair de lune et le spectacle du Finsteraarjoch à minuit auraient été une récompense suffisante à des peines infiniment plus grandes que celles auxquelles nous fûmes exposés. où il fut retenu durant trois jours avait de pouvoir profiter d'une neige gelée pour redescendre dans la vallée. nos pieds étaient chauds et parfaitement à l'aise. Il choisit donc la Grave. sous les rayons obliques d'une lune étincelante. le temps fut superbe. et Moore nous raconte que Mr. Nos chaussures gelées étaient aussi dures que le fer et l'on pouvait les battre à coups de piolet sans éveiller la moindre sensation. et notre Anglais passa bien des heures à l'admirer. la somme des plaisirs familiers à la montagne pût être plus sérieusement éprouvée». en Dauphiné. puis une course facile au Faulhorn termina ces vacances excentriques. proposèrent inopinément de gagner l'Agassizjoch par le grand couloir (vierge alors) et de rentrer à Grindelwald par la Grunhornlûcke et le Mônchjoch. Diving into chasms where all was literaly « blue ». A cette époque encore. on prétendait que les glaciers n'avancent pas en hiver. » Jusqu'ici. Vers 8 heures du soir. la marche devint monotone. au col de la Strahlegg. dans les neiges profondes de ces immenses glaciers. Quelques jours plus tard. Hugi fit un séjour de plus de deux semaines dans la hutte de la Stieregg (1 705 m. la caravane soupait sur la Mer de glace. le 12 janvier. par contre. accompagné d'Alexandre Pic et de deux porteurs. tournant résolument le dos aux invites hospitalières de la Grimsel. spectres fantastiques scintillant doucement dans la clarté bleue de la nuit. à 3 heures de l'après-midi. elle se dirigea lentement vers le col de la Strahlegg. 1 En janvier 1832 déjà. Traverser la chute d'un glacier en hiver. scrutant ses flancs dans l'espoir d'y trouver une voie possible pour l'été suivant. de Berne (Hugi. Dans l'étroite vallée neigeuse qui conduit au col. Ueber das Wesen der Gletscher und Winterreise in das Eismeer).). de Saint-Michel par le col des Trois Croix (l 651 m. derrière nous. qui fut atteint à 7 heures du matin. dominée par le cirque de l'Oberaar. mais il préféra à Grindelwald une contrée « où le confort moderne fût moins prodigué. tandis que. et ce n'est qu'à force d'énergie que la caravane ne fut pas terrassée par le sommeil qui l'accablait. Le 12 décembre. enthousiasmés par cette chance inespérée. durant quelques instants. grâce à cette lune et à une neige excellente où l'on enfonçait à peine. L'année suivante (1867). Les deux chasseurs qui l'accompagnaient dans cette traversée étaient chaussés de raquettes. Quelques heures plus tard. les conditions avaient été très favorables et la marche rapide.. De ce village. les deux Anglais s'arrêtèrent à Berne.. Les guides.Melchior Anderegg était venu les rejoindre de Meiringen et renforcer la caravane dans ce but. crawling round pinnacles transparent and weird like in the moonlight. Une heure plus tard. Devant nous s'étendait la longue avenue du glacier. le ciel parfaitement clair. il eut même l'audace de s'attaquer à l'Eiger (!). salua en eux les précurseurs d'une ère nouvelle et l'avantgarde d'une foule de touristes hivernaux. en partie pour examiner la possibilité d'y construire un chemin facilitant le trafic entre Grindelwald et le Haut-Valais. écartèrent prudemment cette audacieuse suggestion. A notre droite surgissait l'immense pyramide du Finsteraarhorn. Moore ne put résister à la tentation de revoir les Alpes en hiver. il n'y avait pas un souffle d'air et la lune était si brillante que des notes au crayon pouvaient se lire facilement. mais où. vingt-deux heures après l'avoir quitté. Suivant son plan primitif.

Nous verrons plus tard que ce n'est pas nécessairement le cas et que les glaciers sont rarement aussi crevassés et dangereux qu'en décembre. Les deux guides oberlandais qui devaient le rencontrer à Saint-Michel n'étant toujours pas arrivés. B. Une vue grandiose agrémenta la sieste. 103 . ils reprennent la descente. qui devaient contribuer à la connaissance de la montagne hivernale. L'expédition à la Jungfrau fut une entreprise beaucoup plus compliquée. malgré un vent violent. même en hiver. au sujet de laquelle nous avions exprimé quelques doutes. Aimer réussit néanmoins à convaincre ses touristes et à les ramener d'Interlaken. qui semblaient interminables. COOLIDGE. et ce fut l’un des porteurs qui conduisit la caravane.Sans difficultés. le col était gagné. Miss Brevoort et son neveu Coolidge réussirent à vaincre successivement le Wetterhorn 2 703 m. « Mr. Cette expédition eut lieu le 14 décembre. En janvier 1874. en route pour l'Angleterre. de Bale. « avec presque tous les représentants de la race animale domestique et avec tous les insectes dont le corps humain peut devenir la proie ». Le fait de choisir le mois de décembre pour de grandes excursions était évidemment une erreur. Coolidge constata. Coolidge rencontra au Zàsenberg la caravane du professeur Bischoff. Mais. à travers des pentes de neige poudreuse. obscure et froide.). Moore persiste à croire que les conditions de la montagne sont meilleures avant qu'après les grandes chutes de neige de Noël ou du mois de janvier. le style de l'auteur est aussi froid que l'ombre du Wetterhorn en janvier). Deux jours furent nécessaires pour gagner la cabane du Bergli. Pour gagner le Bergli. qu'il peut faire très chaud. de plus en plus. sous le soleil de janvier et sous les parois luisantes du Fieschergrat. Son courage et sa grande habileté eurent raison de toutes les difficultés. p. comme c'était le cas ce jour-là. Le lendemain.) et la Jungfrau (4 166 m. au milieu des avalanches tombant du Mettenberg. promenade grandiose.). Bischoff et ses guides réussirent la première ascension hivernale du Mônch (4105 m. Pour son guide. Durant une halte prolongée sur les rochers qui dominent les précipices du Rotthal. en outre. Il ne fallait pas songer à franchir les glaciers suspendus sur le versant du Guggi et. Pic était à moitié fou de joie. que l'on aurait pu y passer avec un char attelé de quatre chevaux. nous entrons définitivement dans la phase caractéristique des grandes ascensions hivernales. encore si pauvre à cette époque. enchanté de ses vacances. Le jour suivant. dans ces hautes régions.). conduit au sommet. écrite en 1869. il fallut monter par le Zàsenberg qui se dresse comme une citadelle de roc solitaire dans l'immensité des glaciers. Malgré tous les charmes de cette montagne. Toute la population de la Grave. trois grands pics oberlandais étaient tombés sous l'assaut des précurseurs. qui ne fut marquée par aucun incident digne d'être mentionné (ici. en quelques jours. de là. en escaladant l'arête rocheuse qui sépare les deux glaciers suspendus sur le versant de la Grave. ce fut une véritable révélation. et il fut facile désormais de le décider à tenter la traversée de la Brèche de la Meije (3 300 m. la caravane traverse les deux Mônchjoche. Moore passa cette nuit dans L’Etable de Rodier. qu'une telle rencontre est bien faite pour nous étonner. Malgré l'article enthousiaste de Moore dans L’Alpine Journal. Coolidge termine sa relation par quelques remarques fort judicieuses. le froid doit être intense. ils partent à 7 heures et suivent l'itinéraire habituel du Wetterhorn. non sans étonnement. La pente qui. Nous avons reconnu. 1 W. c'est un bien long détour que d'aller rejoindre la route habituelle venant de la Concordia. par un temps superbe. Malgré une bise glaciale. il nous fallut reconnaître l'exactitude de ses affirmations. Une descente rapide dans le vallon des Etançons les conduisit ensuite à la Bérarde. Mais. Le 15. puis traverser le Fiescherfirn. après dix minutes de halte au sommet. où ils étaient déjà descendus. Ces deux campagnes de 1866 et 1867 peuvent être considérées comme les premières expériences sérieuses faites dans les Alpes en hiver. il se décida à rentrer en Angleterre. passe au pied du Jungfraujoch et monte au Rotthalsattel. mais encore dans sa relation. avait déjà parlé de cette chaleur excessive. on comprend qu'elle n'ait pas tenté plus tôt les explorateurs. grâce à une neige si dure. A. et. Le 22 janvier. sous la conduite du fameux guide Christian Aimer et secondés par une forte escouade de porteurs. Moore. Après un séjour à Chamonix et quelques promenades d'entraînement dans les environs. tout spécialement en hiver. 24 janvier. à 2 heures de l'après-midi. lorsque l'air est parfaitement calme. que la quantité de neige recouvrant les hautes cimes est bien inférieure à celle des basses altitudes ou des vallées. où ils arrivèrent à la nuit noire. Ainsi. il faut attendre sept ans encore avant de trouver la mention d'une expédition importante. Alpine Studies. Les plus hauts sommets deviennent la proie des conquérants. rassemblée sur la route près du village. les deux premiers sommets importants qui tombèrent sous les attaques de la nouvelle cohorte (1). dit-il. à cette époque. auberge de pierre. suivait avec intérêt les progrès des grimpeurs. et le seul ennui de la course fut le retour au Mônchjoch. ces touristes arrivent à Grindelwald et montent le 14 janvier à la cabane du Gleckstein. lorsqu'on est à Grindelwald. au retour. et qui doit être bien inhospitalière. Les explorations hivernales étaient si rares. qui montait à son tour au Bergli. qu'il avait déclarée tout à fait impossible le jour précédent. et l'on tendra de plus en plus à éviter les cols glaciaires pour s'attaquer à de rentables cimes. était naturellement de glace vive et exigea une longue taille de marches. cette fois-ci. Encore est-il difficile de persuader les gens qu'il en est bien ainsi : on se figure généralement que. On passa la première nuit à la Bàregg. ils jouissent d'une vue parfaite et. dit-il.

La caravane poursuivit néanmoins son ascension jusqu'au Grand Plateau. les hommes. ce soir-là. 40 de nuit). 181 Alpine Studies. l'entassement de la neige sèche pouvait rendre la marche impossible . à leur tour. immédiatement après sa chute. Voici comment Durier (1) raconte cette première ascension hivernale du Mont Blanc (4 807 m. De là. elle ne s'y arrêta que quelques instants et reprit presque immédiatement le chemin du retour. au cœur de l'hiver. 1 Le Mont Blanc. Mais le lendemain. la caravane rentrait à Grindelwald. mais la température. quatre heures furent nécessaires pour gagner le Sattel par le grand couloir où la neige. Elle s'arrêta aux Grands Mulets et y prit un jour de repos. Après être monté trois fois aux Grands Mulets et y avoir passé cinq nuits. mais.). Quelques jours plus tard. et James Eccles. partaient à leur tour. 40) et suivent la route ordinaire. il monte à la nouvelle cabane Schwarzegg. » L'hiver de 1875-76 fut. ils arrivaient à la rimaye ouverte au pied des rochers du Schreckhorn. A 4 h. A Chamonix. qui rend si dangereuses les ascensions en mai ou au commencement de juin. afin de s'abriter contre le vent. quatre jours pleins et quatre nuits sur les glaciers. Sous la conduite de son guide habituel. Au Grand Plateau. plus haut. mais là. ils furent surpris sur le Grand Plateau par une violente tempête et obligés de battre en retraite définitivement.) : « Les brouillards. Miss Straton. à 9 h. son guide habituel Jean Charlet. ils jouaient de malchance. sur les pentes du Dôme. avait encore baissé. où elle fut reçue avec des honneurs bien mérités (2). le peintre de montagne bien connu. Aussi. plutôt. de l'Alpine Club. les Bosses? Dans le défilé. On se remit en route et. et de ses deux fils. étant sèche. Malgré un temps merveilleux et une vue stupéfiante. et tous les touristes semblaient s'être donné rendez-vous à Chamonix. empêchèrent Miss Straton de dépasser les Bosses. ce fut une joyeuse veillée autour de l'âtre. 7* édition. cette fois-ci. la rimaye était atteinte et franchie à la tombée de la nuit. Le jour suivant (27 janvier). Le thermomètre centigrade marquait — 24°. pour attaquer le Mont Blanc. un accident survenu à l'un de ses porteurs. sentaient le froid les prendre par les pieds. p. la musique s'était portée au-devant de la vaillante alpiniste et une députation lui adressa une harangue de félicitations et de bienvenue. et ils surent habilement profiter des traces laissées par leurs prédécesseurs. Le lendemain. toujours ravagées par les avalanches.étant probablement enlevée par le vent. ne soit que les restes de celle tombant au printemps. Les conditions de neige étaient excellentes et. dans sa première moitié du moins. le 19 janvier. le Corridor. lorsque Miss Straton (plus tard M me Charlet) manifesta le désir d'essayer à son tour. devant la furie du vent qui soulevait des tourbillons glacés. l'heure avancée. la caravane put éviter un bivouac toujours malencontreux et gagner à temps la Schwarzegg. ou. Ce fut un véritable blocus. les difficultés ne furent pas extraordinaires. la neige devint atrocement poudreuse. Vous pensez qu'elle redescendit à Chamonix? Nullement. dans l'hospitalier refuge. Dans les vallées. grâce à sa généreuse clarté. prête à recommencer. Miss Brevoort et le Révérend Coolidge. Miss Straton s'aperçut qu'elle avait deux doigts gelés. elle rentrait à Chamonix. le ciel s'était rasséréné. On se décida pour l'arête. par un fœhn qui eût exclu toute ascension. cette fois-ci. 35. passant au pied du Mittelegg. En moins de deux heures. Arrivant au Sattel. le vent eut beau faire rage. Gabriel Loppé. partent les premiers à l'assaut. Janvier tirait à sa fin. naturellement. p. après avoir passé. La première partie de l’arête rocheuse. dit Miss Straton. elle fut plus heureuse. durant l'hiver. quel chemin prendre. ils franchirent le labyrinthe et atteignirent le sommet à 15h20. Le lendemain. Le 1 er février. Pendant trois quarts d'heure qu'on passa là à les lui frotter de neige et d'eau-de-vie. Le lendemain matin à 5 2 CHARLES DURIER. aux pentes de la Baregg. pour rejoindre plus haut la route habituelle. profonde. —C'est en février 1880 que fut réussie la première ascension hivernale du Piz Bernina (4 055 m. Partant de la cabane Boval a 2 heures du matin. Christian Aimer. ne présenta pas de difficultés . Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat se tenaient sur la cime du colosse. Aimer avait eu l'heureuse idée d'emporter une pelle qui lui servit à déblayer cette neige et à découvrir les rochers de la crête. presque au terme de ses vacances. qu'il put enfin livrer l'assaut définitif. En janvier 1879. le Révérend Coolidge revient à Grindelwald avec l'espoir d'exécuter une course dont il caressait depuis longtemps le projet : l'ascension du Schreckhorn (4 080 m.) par l'Anglais Watson et ses guides. après une nuit assez confortable. enfin. La descente fut très rapide. 115 sq. ils trouvèrent dans la neige traces de la dernière caravane (5 octobre 1878). il fallut finalement se rendre. remarquablement beau et sec. elle était couronnée d'une aigrette neigeuse qui ralentit considérablement la marche. un vent violent soulevait cette neige en nuages épais. on avait rarement vu si peu de neige à cette saison. C'est pourquoi il semble que la neige. L'immense quantité de neige accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. à 3 heures de l'après-midi (31 janvier). Jusqu'aux Grands Mulets. un peu au-dessous vers le sud. Au sommet de la première bosse. Trois heures de marche effective avaient suffi pour descendre du sommet. accompagnés de leurs guides oberlandais. exigea une longue taille de marches. Elle avait du reste déjà fait une tentative en décembre. On partit plus tôt (3 h. sur la rive droite de la Mer de glace : itinéraire bien préférable. et le vent se mit à souffler violemment. » La caravane resta une demi-heure au sommet. sur l'arête. . La lune se leva au même instant et. et ce n'est que le 26 janvier. mais jusqu'ici je n'avais jamais parfaitement contemplé ce spectacle. 35 déjà. ils partent à l'aube (6 h. « La vue était belle au delà de toute expression ». la caravane arrivait triomphalement au sommet. tentative qui échoua comme les autres. « J'avais fait l'ascension trois fois pendant l'été. Mais le temps fut incertain. Mais. enfin. excessivement dure. Mais.

on trouve le récit de cette étonnante traversée.). le beau temps persista. il fallut chausser des raquettes et. et cette ombre les glaça. où ils admirent un merveilleux lever de soleil. lui aussi. ils parvenaient au Montenvers. ils gravissent finalement l’Aiguille du Tacul (3 438 m. assez tôt pour franchir le Théodule (3322 m. Il traverse successivement le col au Bonhomme (2 340 m. Mais le temps était trop incertain et les conditions trop défavorables pour s'obstiner à grimper plus haut. ne passa pas moins de quatre semaines à parcourir les montagnes et. tout ensoleillé.). Les péripéties de la première expédition sont brièvement relatés dans l’ Alpine Journal (1). puis Cunningham passa la Tête Noire et se rendit à Zermatt avec ses guides chamoniards. Que Sella n'ait pas publié et illustré un volume entier sur ses remarquables expéditions dans les Alpes. mais l'auteur admet. le célèbre photographe italien. cela paraît incompréhensible. D. détérioré au cours de l'ascension. Un vent glacial les avait détournés de l'arête des Bosses. Les rochers du versant sud étaient parfaitement secs et. Quittant la cabane à 4 heures le lendemain. p. Lors de la seconde (21 février). Estimant l'entraînement désormais suffisant et profitant de leurs traces du 20 janvier. Vittorio Sella. à l'aube du 27 janvier. 12 heures après avoir quitté le mont Fréty. durant les quatre semaines qui suivirent. pour 1882. ses exploits hivernaux en traversant le Cervin du Breuil à Zermatt. illuminant toutes les cimes d'alentour. sur le col du Géant (3 370 m. où M. Cunningham se contente alors de tourner autour du géant qu'il n'avait pas réussi à vaincre. L'air est si limpide et il semble exister un tel vide atmosphérique dans ces paysages que.) et gagner Valtoumanche. Dans sa description de Chamonix en hiver. la neige étant très profonde dans les régions basses et boisées. Il revint ensuite à Orsières par Aoste et le Grand Saint-Bernard. organisée par la Section Mont Blanc du Club Alpin Français . commença. où il passe une mauvaise nuit et constate que le froid ne fait qu'augmenter l'appétit déjà vorace des puces qui habitent ces lieux. récit si vivant qu'il nous paraît intéressant de le traduire in extenso. dû à la plume de Sella lui-même.). Couttet leur avait préparé une grandiose réception. ils rentraient triomphalement à Chamonix. celle du Cervin.. malgré ces accessoires. moins le froid est sensible ». 1 Alpine Journal. Les vues dont on jouit des sommets sont simplement merveilleuses. et ils prirent l'ancien passage. il part. Ambroise Bossoney et Edouard Cupelin. en moitié moins de temps qu'il n'en avait fallu la première fois. plus on monte. ils rentraient à Boval par la Fortezza (STUDER. I. La conquête hivernale du Cervin ne se fit pas du premier coup. n° 81. et c'est fort regrettable. La montée se fit dans l'ombre jusqu'à la cime. heures seulement. la neige fut suffisamment dure pour permettre une descente rapide jusqu'au Tacul. qui les conduit une fois de plus à Chamonix Pour compléter cette glorieuse campagne. nous voulons parler d'une conquête italienne. un des premiers. il engage quelques hommes pour transporter des couvertures et du bois à la cabane d'Orny. A. on perdrait toute notion de distance. sur le glacier du Géant. La journée du lendemain fut consacrée à l'ascension de l’Aiguille du Tour (3 540 m. Le manque d'entraînement et l'idée préconçue de rencontrer plus haut des conditions de neige plus défavorables encore engagèrent la caravane à rentrer le jour suivant à Chamonix et à méditer des plans moins ambitieux et plus méthodiques. pour se rendre à Courmayeur ( 2). CUNNINGHAM. Là. Après une nuit passée au petit hôtel du mont Fréty. le temps fut particulièrement favorable. que. audacieuse entreprise à laquelle on n’avait jamais osé songer plus tôt. belvédère remarquable.. Ces deux dernières traversées ne semblent pas avoir présenté de difficultés sérieuses. où ils parviennent sans peine à 9 heures du matin. Ce fut la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc. s'il était possible de les reproduire exactement sur une toile. Les pics les plus distants se dressent contre le ciel aussi nettement que ceux des panoramas de Baedeker . puis à la traversée du col du même nom. ne put fournir aucune indication précise sur la température. 101). auteur des Pioneers of the Alp. p.. ils remontent alors aux Grands Mulets le 29. par un temps toujours merveilleux. le ciel et la terre semblent confiner en une ligne parfaitement nette. et 1882 restera une date importante dans l'histoire du nouvel alpinisme. Deux tentatives eurent lieu en février 1882. avec l'intention de gravir le Mont Blanc. le lendemain de son arrivée (20 janvier). le lendemain matin. ils arrivent à midi au Corridor. 253 à 262. la marche devint très lente. » Et maintenant. tous de Chamonix . où le beau temps durait depuis six semaines déjà.. Le séjour à Chamonix se termina par une course au Buet (3 097 m. ils parviennent. Disons tout de suite que.) et le Petit Saint-Bernard. Le retour ne présenta aucune difficulté et. il se hâte d'en profiter et. Cunningham compare l'arrivée au sommet. « en règle générale. Cunningham. en mars de la même année. la caravane parvint jusqu'à la hauteur de la Cravate (4000 m. The Alps in Winter 2 Avec ses guides : Léon Simond. presque dure. comme bien l'on pense. Dans le Bollettino du C.Durant l'hiver de 1881-82. 1883. Jamais le ciel n'est aussi étonnamment beau et transparent qu'en hiver. Il y parvint un samedi soir. Cunningham est un des rares auteurs qui aient consacré un chapitre à l'alpinisme hivernal ( 3). Craignant de le voir changer.). où Tairraz les attendait avec du vin chaud. sans aucun changement notable. Le thermomètre de Cunningham. à l'entrée dans une serre en plein hiver. VII : Mountaineering in Winter. négligeant tout entraînement préliminaire. réussie par un des membres les plus distingués du Club Alpin Italien : Vittorio Sella. le lendemain. Cunningham se rend tout d'abord à Chamonix. et il eut quelque peine à en repartir. pour les Grands Mulets. III. 3 The Pioneers ot the Alps.). . A Orsières. il nous dit entre autres ceci : « . chap. — C. car il n'en parle qu'incidemment. le Caucase et l'Himalaya. La montée au refuge fut très laborieuse et n'exigea pas moins de treize heures de marche pénible.

avec les balles de neige qui s'attachaient aux semelle il était facile de glisser. Sur le glacier éblouissant de lumière. Nous suivîmes sans peine la crête qui relie le sommet italien au sommet suisse pour. durcies et. deux joies . p. la douceur infinie des teintes à l'horizon. qui. de sorte que. La masse du Cervin projetait alors son ombre sur le glacier du Gorner. nous reprîmes notre marche vers Zermatt. soit quinze heures après avoir quitté le Breuil. Assez vite les chaînes furent atteintes et. avec l'assurance presque certaine de parvenir au sommet tant désiré. la sagacité pratique des Carrel réussit à les surmonter. «Une neige farineuse recouvrait tous les rochers. Plus bas. battant continuellement de la semelle pour empêcher nos pieds de geler. tout en nous racontant les histoires les plus variées. alors que les étoiles scintillaient déjà dans l'immensité du ciel et que seule une lueur mourante. s'allongeait une fine crête de neige. plantant notre drapeau sur la cime. émerveillés de notre entreprise. avec des précipices béants de chaque côté. mes idées se mouvaient dans une ambiance délicieuse. à la pensée de pouvoir enfin subjuguer cette belle montagne . réfléchie par les neiges du Mont Rosé. qui se maintenait sec et beau. nous franchîmes heureusement la crête neigeuse. les mains doublement gantées enfonçaient profondément et ne saisissaient plus les prises avec sûreté. sans en discerner les détails. la sérénité de l'heure. elles ns rendirent de précieux services (2). sans dormir. C'était une belle journée qui commençait. serrés les uns contre les autres. cette ombre de cobalt était magnifique à voir. nous avions rencontré deux guides qui venaient à notre rencontre. à travers maintes difficultés. Grisés par le succès de notre entreprise. /. comprit le danger. je trouve que l'estomac rempli a beaucoup d'analogie avec la conscience lorsqu'elle est satisfaite. ce sont là deux plaisirs. Un sentiment de bien-être profond et d'énergie morale m'avait envahi. qui marchait derrière moi. nous fûmes accueillis avec enthousiasme par tous les guides et les habitants du village. dans les mauvais passages. Inutile de dire que notre satisfaction fut immense . 66).). SELLA. Notre émotion était indescriptible. Le ciel était serein : des teintes froides vers le couchant et les teintes très chaudes de l'aube vers le levant. En moins d'une heure.. De cette façon. cette ombre s'allongeait lentement vers le vieux Weissthor. j'étais de retour à Biella. et bientôt le soleil disparut à nos yeux. quoique recouvertes de neige et de glaçons. celle-ci. « Ce sera difficile. «Il fallut jouer du piolet pendant plus d'une demi-heure pour ouvrir la porte du refuge. p.En mars. où nous arrivâmes à 2 heures après midi. il nous restait encore quatre heures et demie de jour pour y parvenir. A mesure que nous descendions et que le soleil baissait vers le couchant. devait réussir. le matin fut bientôt venu. toujours sagace et prévoyant... A 2 heures de l'après-midi. L'azur du ciel. Il fallut cheminer à la lanterne. Le jour précédent. s'offrait une réalité qui semblait inconcevable et nous admirions ce spectacle. et. Sa crête était couverte de neige et prenait plus haut l'aspect d'une lame de couteau. examiner de là plus facilement le versant sur lequel nous devions nous engager. « A deux heures de ce village. A l'aide de cette rampe prolongée. inconvénient très dangereux. ils montaient à notre rencontre pour nous féliciter et nous secourir au besoin. nous reprenions notre marche le long de l'Épaule. devait le conduire au but et même au delà (1). je rentrais à Châtillon par le col du Théodule et. tout cela écartait les mauvais pressentiments. « A 9 h. Je partis du Breuil 20 heures du soir avec mes guides Louis. les seules de toute l'escalade. Comme il était 2 heures. Lorsqu'elle fut ouverte enfin. je refis une troisième tentative qui. je voulus tenter quelque chose de plus : la descente sur Zermatt. C'est dans cette position que nous passâmes toute la nuit. « Faire bien les choses et manger. Le jour suivant. dans l'angle le moins exposé aux courants d'air. je me sentis aussi fort physiquement et aussi satisfait moralement que dans ces instants. « Encouragé par ce succès. XVI. Ascensione invernale del Cervino (Botlettino del C. paraissait devoir nous être propice. Nous nous assîmes enfin. où nous arrivâmes au lever du soleil. Vers 6 heures. » Cependant. « Nous étions déjà bien fatigués. je demandai à Carrel si nous pourrions la suivre. le 20 au matin. » 1 2 V. XVII. jusqu'au pied de la Grande Tour. A Zermatt. notre caravane touchait la cime du Cervin. « Le 16 mars. une heure ne suffit pas à débarrasser le refuge de la neige fraîche et farineuse qui s'y était insinuée par les fentes de la porte et les ouvertures du toit. Dans cette neige froide. Ma satisfaction était immense de me trouver si haut. répondit Louis. à même le sol gelé. Peu de fois en ma vie. tant elle était bloquée par la neige. A. mais je crois que nous réussirons. et voici ce qu'il nous dit de sa troisième tentative. . vol. Nous y rencontrâmes de sérieuses difficultés. ils nous avaient aperçus de Zermatt. mais le sentiment du triomphe nous réconfortait de plus en plus et nous prêtait force et courage. « Arrivés au cairn qui couronne la cime. 38 sq. sur les moraines du glacier du Furggen. n°49. qui nous empêcheraient d'arriver à la cabane suisse. nous songions avec orgueil aux difficultés rencontrées et surmontées. 30 du soir nous arrivions enfin à la vieille cabane. sur l'Épaule suisse. en avançant pas à pas avec la plus grande attention. la vue était grandiose. Sella seul semble avoir rencontré de la neige entre l'Epaule. nous éclairait encore faiblement. Sella revint au Breuil. La crainte nous tourmentait bien un peu de rencontrer sur ce versant-là des obstacles infranchissables. aux périls courus et évités. A nos yeux. 30. Le temps. A 7 h. et. nous surmontâmes miraculeusement toutes les grandes difficultés. finalement. corsées par cette neige farineuse attachée aux rochers. Jean-Antoine et Baptiste Carrel. Le peu de neige nous facilita tous les passages jusqu'à la Cravate et au Pic Tyndall. la paroi fut déclarée praticable. Nous commençâmes immédiatement à descendre. presque sacrée. mince comme une lame de couteau. en hiver (voir Ski. Antoine. Il détacha la première des chaînes et la fixa à l'extrémité de la seconde. Comme nous devions y passer. Ici nous fîmes halte pour déjeuner. les chaussures étaient gelées.

Quittant les brouillards de Genève. Plus pénible encore. Le titre de son livre était fort alléchant et bien fait pour éveiller la curiosité des grimpeurs anglais. au moment où elles sont minimes. dans toutes ces courses hivernales. elle arrivait. aucun ne se soit décidé à entreprendre une œuvre plus complète sur un sujet encore si nouveau ? Ouvrons ce livre et voyons quels furent les exploits de cette courageuse Anglaise. Sella termine sa relation par ces quelques lignes : « Le fait de gravir les hautes montagnes en hiver. beaucoup plus claire qu'en été. pour la plupart d'entre eux. leur demanda d'où ils pouvaient bien venir ainsi et qui ils étaient. au retour d'une longue campagne qui s'étend de décembre 1882 à mars 1883 et dont les péripéties constituent presque toute la matière. qui devint plus tard Mrs. dans ces conditions hivernales. contraire au principe du moindre effort dans l'accomplissement des plus grandes choses. aujourd'hui encore et toujours. Mrs. sauf la vallée de Sallanches. Edouard Cupelin. c'était une entreprise remarquable pour une alpiniste à ses débuts. était l'atmosphère. au moment précis où l'alpinisme hivernal prenait son essor. La nuit les surprit dans la combe d'Orny. alors que les difficultés sont maximales. au lieu de le faire en été. Son guide habituel. la caravane gravissait l’Aiguille des Grands Montets (3 300 m. alors rédacteur de l’Alpine Journal. aux fins de gravir le Mont Blanc le lendemain. combien les grands froids purifient l'air et combien s'accroît la vivacité des teintes.. Une femme. elle fut suffisamment récompensée par la vue grandiose. parmi tant d'alpinistes déçus et capables d'un meilleur effort. Il fallut plus de douze heures pour arriver au sommet. Ce livre est un récit d'aventures. le vent faisait rage et précipita la descente.) et franchissait le col du même nom. Tout ce que nous contemplions paraissait ouaté de blanc. par un beau clair de lune. dépassa même le Mur de la Côte. Mais. Ils perdirent un temps infini dans la gerge qui en forme l'issue et ne se décordèrent qu'en arrivant au village de Som-la-Proz. or Mountaineering in search of health. mais. A part la corniche qui surplombait le couloir du versant de Léchaud (par lequel ils étaient montés).).. bouleversée par les avalanches et qui leur réservait encore bien des surprises désagréables. le temps se gâta. et plus longue surtout. effrayée à leur vue. termine sa critique en déclarant ce livre « le plus frivole et le plus insignifiant qui fut jamais présenté au public alpin ». restera un des plus grands exploits de l'alpinisme hivernal. A Orny. en six heures de marche seulement. la neige fut très favorable. Main. Burnaby ne semble pas avoir éprouvé beaucoup de fatigue et. en tout cas. la caravane rentrait au Montenvers. la puissance des contrastes. si nous n'avions su où la chercher. la caravane monta aux Grands Mulets. elle dut rebrousser chemin par suite du brouillard et du vent qui annonçaient un brusque changement de temps. et il fut décidé de commencer la campagne dès le lendemain. mais d'une endurance étonnante. Les Alpes Graies surtout attiraient les regards. semblera à beaucoup une idée originale. Elle parvint sans trop de peine au Corridor. Ce passage n'est évidemment pas d'une grande utilité pratique. Dès le plateau du glacier d'Argentière.» On entendait le canon tonner à Chamonix. Burnaby ne raconte que ce qu'elle a vu. la magnificence du spectacle qui se déroule à ses yeux. Comme il arrive souvent vers la fin de l'année. course sans grand intérêt et qui doit être bien fatigante en partant de la vallée. la course ne semble pas avoir présenté de difficultés extraordinaires. si mesquine fût-elle. à 10 heures. et cela par une femme : Mrs.. le principal effort est pour celui qui marche en tête et doit faire la trace. quiconque a pu constater combien l'aspect des montagnes et des vallées change au cours de l'hiver. Ils vont donc coucher au Montenvers et réussissent (le 20 décembre) la traversée d'un col vierge : le col du Tacul (3 331 m. Certes. par une alpiniste encore novice. sur le col du Chardonnet (3 325 m. arrivée à une heure seulement du sommet. peu raisonnable et.. Très claire. écrit à Chamonix. Mais. sur le col. lui répondit : 1 The High Alps in Winter. Dans un style alerte et gai. au départ du Montenvers. le récit de ces aventures fut une cruelle déception et le Révérend Coolidge. Elle semble ignorer complètement les acteurs qui l'ont précédée sur une scène qui paraît toute nouvelle à ses yeux. Mais. Burnaby déclare fort monotone.). plutôt que de s'occuper d'alpinisme. arrivée au sommet. Londres. mais.). 1883 . la critique était facile. Cupelin. Derrière ses deux guides. de Chamonix à Lognan. il y avait tant de neige que la cabane était invisible. Le 2 février. Mrs. A midi. tandis que. mais n'est-il pas curieux de constater que. Mais. toujours farceur. puis Mrs. l'attendait. et cela aussi fut une satisfaction. après avoir passé la nuit à Lognan. tout en se demandant « ce qu'elle pourrait bien faire encore pour étonner Chamonix». Quant à Genève. Ce jour-là. Burnaby (1). Le même soir. elle arrive au milieu de décembre 1882 à Chamonix. Il est écrit sans prétention aucune. vers la gauche. et aucune course ne put être tentée avant le 4 janvier 1883. fut l'ascension de l’Aiguille du Midi (3 843 m. nos touristes jetaient des regards curieux à travers la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. où elle retrouve le soleil et le ciel bleu tant désirés. nombreux furent les lecteurs. que Mrs. le brouillard nous eût bien indiqué sa position. le Cervin sans rival dépassait de la tête les montagnes environnantes. Quelques jours plus tard (le 15 janvier). » En 1883 parut à Londres un ouvrage consacré presque entièrement aux Alpes hivernales. Aussi. dressant nettement leurs cimes sur le bleu délicat du ciel. Aubrey Leblond et qui publia différents écrits bien connus dans la littérature alpine.Tel est le simple récit de ce qui. « Il était juste 2 heures. si l'on songe qu'elle fut envoyée à la montagne par ses médecins et pour y recouvrer la santé. où l'on distinguait des prés verts. celui-là sera d'accord avec moi pour déclarer que l'homme qui soulève de pareilles objections fera mieux de se promener en plaine. La Grivola élancée se haussait bien au-dessus.) et découvraient le plateau du Trient.

Le 6 février. Elle arrêta son choix sur le Cervin et le Mont Rosé. mais vous avez fait une jolie promenade ! — Ah ! ces gens. Burnaby prit les devants: Sella et ses guides (J. soulevée en tourbillons par une bise glaciale. tout. il fallut quelque temps pour aménager l'intérieur de la vieille cabane encombrée de neige et de glace. Enfin. et le Cervin. mais. ils ne savent rien! La caravane comptait rentrer à Chamonix par le col d’Argentière (3516 m. où la neige était restée poudreuse et très profonde. bien nettoyé. une fois au col. au lieu de revenir au Breuil par le Théodule. sous un ciel de nouveau limpide. Miss Walker et l'un des Cupelin devaient rester au refuge et attendre le retour des alpinistes qui partirent en deux caravanes. Malheureusement. Burnaby en conclut que le mois de mars est le plus froid de tout l'hiver et. la caravane arrive à Châtillon. épuisés par une marche si pénible. ils durent enfin céder leur place aux guides italiens. A cette époque. elle se retrouvait à Lognan. la vue merveilleuse fut une agréable compensation. » Les guides de Sella eurent eux-mêmes plusieurs orteils gelés. environ). L'auteur avoue ne pas en avoir admiré de plus stupéfiante. le temps semblait se gâter et. on put s'élever plus rapidement. What next? Question embarrassante. la cabane Bétemps n'existait pas encore . le lendemain. nous venons de Chamonix à travers l'Aiguille Verte et le col du Chardonnet. elle partit fort inquiète pour Valtournanche. ce fut une promenade exquise. Durant la soirée. Là. Comment ne peut-il pas été en face d'une si jolie femme ? Il dévoila franchement tous ses plans et offrit à l'Anglaise de les partager. mais. Mais une semaine de mauvais temps lui permit de réfléchir et de forger de nouveaux plans. Tournant le dos à la montagne et au vent. moins enneigé. Le Cervin tout d'abord. dans la vallée d’Aoste.— Nous sommes des brigands. C'est pourquoi. plus le froid et la bise augmentaient. mais que de peines encore leur réservait la neige poudreuse. car les brouillards traînaient sur les montagnes et. arrivé au pied des pentes du Mont Rosé. la caravane arrivait enfin à Orsières et rentrait le lendemain à Chamonix par la Tête Noire. Pour gagner le Gorner. Bich) suivaient à une courte distance. Celle-ci accepta immédiatement. le soir. elle supputa les maigres chances qui lui restaient d'arriver première au but et. J. Mais il fallait gagner Châtillon et le Valtournanche. une mauvaise nouvelle attendait l'ambitieuse Anglaise : Vittorio Sella venait de passer. mais. Le temps fut merveilleux. Au Théodule. La nuit fut bientôt venue et s'écoula rapidement jusqu'au moment du départ. fixé à une heure du matin (3 mars). craignant de s'exposer à de nouvelles rigueurs. elle préféra gagner directement Zermatt et prit congé de Sella sur le Gorner. rétorqua Cupelin. Quelques jours plus tard. je tiens à lui . dans la petite salle de l'auberge. les deux alpinistes firent connaissance. on put s'arrêter un instant et se restaurer. la bise dégénéra en véritable ouragan et décida la troupe à battre en retraite. les fouettait en plein visage ! Le Gorner semblait interminable . elle apprit par Cupelin lui-même que Sella venait de rentrer bredouille. L'espoir renaissait. Connaissant l’expérience de Sella. il fallut descendre à la lueur des lanternes par le glacier inférieur du Théodule et là. profonde. Sella se montra gentilhomme. La traversée ayant échoué de Suisse en France. Dans les bois de mélèzes. on simula une visite au Grand Saint-Bernard. Ah ! combien elle souhaitait maintenant que le temps fût mauvais ! Durant toute la soirée. Burnaby. la descente fut moins terrible qu'on ne l'avait supposé. à 11 heures du matin. mieux exposé aux rayons du soleil et. à Valtournanche. on allait la tenter en sens inverse.. de méchants séracs entourés de gouffres béants exigèrent d'ennuyeuses contremarches. Jusqu'ici les Cupelin avaient courageusement tenu la tête. Au Breuil. Maquignaz et J. plusieurs reprises. sinon elle eût servi de point de départ. et le thermomètre marquait — 23° centigrades. une légère brise tempérait l'ardeur du soleil. ce fut une marche pénible dans une neige poudreuse et profonde. Ce ne fut du reste que partie remise. elle renonça d'emblée à l'idée de tenter le Cervin. aussi fut-ce un soupir de soulagement lorsque. elle se décida à tenter l'escalade par le versant italien. Tandis que ses guides passaient une fois de plus la Tête Noire. en compagnie de son amie Miss Alice Walker . prétend l'auteur. A quelque distance du Sattel (à 4 200 m. dressait sa masse gigantesque et noire dans ce paysage bleu-blanc. était aussi dur que la pierre. Mais ses vœux semblaient devoir se réaliser. Ceux-ci en eurent vite assez. écrit Sella dans sa relation. Celle de Mrs. Mais. Plus on montait. à l'abri d'un immense sérac. en route pour le Mont Rosé. pour être au net sur ses intentions. ce fut une fuite précipitée jusqu'au Gorner. B. Là. et l'on décida d'aller coucher le lendemain au Théodule. répondit la femme. champagne. arrivée à la cantine de Proz. où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et qui. par conséquent. Vers 9 heures du soir. la partie la plus pénible de toute la course. si les gros gants de laine et le froid me permirent de donner une signification à la cordiale poignée de main par laquelle je pris congé de Mrs. là grande avenue du Gorner s'ouvrit devant eux. en tout cas. long voyage qui consuma plusieurs journées de beau temps. ce fut encore le parcours du val Ferret. elle préféra le détour par Genève et les rives du Léman et se mit en route vers la fin de février. Son ambition allait grandissant au cours des succès et elle ne doutait plus de rien. Sur le versant suisse. sans avoir exécuté la fin de son programme. soupe. « Poulet. — Je vois bien que vous n'êtes pas des brigands. Mrs. on s'arrêta pour déjeuner chez Maquignaz. la caravane dut rebrousser chemin et rentrer à Chamonix par la Tête Noire. sauf le cognac. ayant traversé le Grand Saint -Bernard. Sur la longue avenue du glacier d'Argentière. mais.). « Je ne sais.. propriétaire de l'hôtel. et la montée continua jusqu'au col. après lui avoir adjoint l'un des Cupelin qui devait ramener Miss Walker le lendemain. Il était x heures.

La conquête hivernale du Mont Rosé restait donc inachevée. la neige était aussi dure qu'elle peut l'être. Le lendemain à 9 heures. et. principal obstacle à la réalisation de ses plans. et Daniel Maquignaz. est poussé jusqu'aux dernières limites. mais la bise qui soufflait dans les hautes régions par ces jours de ciel bleu était un obstacle plus considérable encore que le brouillard. alors que l'effort continu. évidemment. Au cours de ces formidables randonnées dans la neige poudreuse. j'ai rarement trouvé une neige molle dans les lieux exposés au vent . partant comme précédemment du Théodule avec J. le troisième. dans un mélange de notes diverses. et sous un ciel couvert.). puis durcit par le vent. » Tandis que les Italiens remontaient au Théodule. Mais. la neige fut poudreuse. A. Ses théories sont encore bien compliquées. bien que la température ne fût que de . dit-il. l'année suivante. presque invariable. Là. Burnaby pour attacher une importance beaucoup plus grande à l'action du vent qu'à celle du soleil sur les neiges. sur les rochers inférieurs du Plattje. où elle fut rejointe le lendemain par Miss Walker Deux jours plus tard. j'ai toujours rencontré une neige farineuse. la caravane arrivait au village. Pour une raison qu'il n'indique pas.20. le soleil n'a presque aucune influence sur les étendues neigeuses et que le vent est le principal facteur de transformation (durcissement). 30 la caravane touchait au but. cette fois-ci.. elle restait partout exécrable. il n'y eut qu'un seul jour nuageux. dont le fondement reste discutable. Quittant le Breuil le 25 janvier. nous rencontrions généralement une neige très molle. durant les excursions qu'il entreprit en janvier et février avec Mr. La distance entre le Théodule et le Mont Rosé étant si grande. 30. » Quinze jours plus tard. où la neige exécrable l'obligea. durant le plein hiver et dans les régions élevées. Cunningham. Jusqu'à 3 800 mètres environ. il arrive vers 6 heures du soir à cet îlot rocheux et il y plante sa tente par -15° de froid. Sella eut souvent l'occasion d'étudier les mystères de la neige hivernale. en été. réussit à fondre partiellement la neige fraîche et qui peut la durcir dans l'espace de quarante-huit heures. très faible durant les mois d'hiver. avec une admirable persévérance.. » (2). Le vent contribue. à la tombée de la nuit. à battre en retraite. elle rentrait à Chamonix.exprimer ici toute mon admiration pour son courage (1). Le 10 janvier. Sella revint à la charge. Or. la caravane se rendit à Valtournanche en dix-huit heures de marche. et l'on dressa la tente à l'abri d'un gros bloc. Sa stabilité dura près de trois mois et l'enneigement fut minime. mais heureusement l'air resta parfaitement calme. mais il s'accorde avec Mrs. « En montant à travers les forêts. Après plusieurs journées de beau temps.. dès que l'on quitte la route pour s'aventurer sur les pentes voisines. Il manquait au soleil cette ardeur qui. à 5 h. un piolet devient absolument nécessaire. la caravane retrouvait sa tente et profitait de son abri pour se restaurer et prendre un léger repos. « Durant toutes mes courses hivernales. il fut récompensé. sa caravane partait à la lanterne et parvenait à 11 h. le temps s'était montré tout différent. il comprit la nécessité de la scinder en deux étapes et de bivouaquer à l'endroit où se dresse aujourd'hui la cabane Bétemps. par suite de l'intensité solaire. plusieurs ponts de neige s'effondrèrent sous notre poids. Mon guide m'assura néanmoins que. une fois de plus. par contre. 30 au Sattel (4 354 m. Mais. Sella abandonna alors l'idée de franchir le Théodule et descendit à Zermatt. Par contre. et l'hiver s'écoula sans permettre une nouvelle tentative. et Mrs. dans les vallons et dans les endroits abrités. les conditions de neige furent rarement favorables. L'arête terminale se présenta en bonnes conditions et à 1 h. L'action alternative de la fonte et du gel peut former en hiver une légère croûte superficielle. La campagne était terminée. l'Anglaise et ses guides franchissaient le Gornergrat (au Moritzloch) et trouvaient près du Riffel. Il fallut se résigner à bivouaquer de plus. J. Le lendemain vers 4 heures. 2 . mais celleci cédera presque toujours sous les pieds et. Sella revenait à la charge. on suivit à la lanterne la trace encore visible sur le Gorner. au confluent des glaciers du Petit Cervin et du Théodule inférieur. une succession de beaux jours fut une rareté durant l'hiver 1882-83.. sauf une dizaine entre le 19 février et le 5 mars. Ce bivouac devait manquer de tout confort. I. A la fin du volume. en été. la seule trace conduisant à Zermatt. il parvint jusqu'au Plattje. Durant cette période. écrit-elle. nous trouvons quelques remarques toutes nouvelles sur la consistance de la neige en hiver. même un mois après sa chute. elle devenait favorable sur les pentes méridionales. exposés normalement à ces rayons. Burnaby se mit immédiatement à retracer ses souvenirs. et l'on préféra se rapprocher du Théodule. mais une neige vraiment favorable sur des pentes nord est une rareté. Aussi le retour fut-il accéléré et. Dix minutes au-dessus du Breuil.. serait considéré comme une «bonne» neige. ils ne rencontrèrent jamais ce qui. à la durcir. Sur les sommets du Cervin. sur les pentes nord. après dix-sept heures de marche presque ininterrompue. Mais le temps empirait rapidement. A 8 heures du soir. le vent cessa brusquement et il se mit à neiger. La nuit se passa à grelotter et à battre la semelle. « Durant notre séjour sur les hauteurs. le vent s'était levé et soufflait avec rage. la tempête dura deux jours entiers et.. La stabilité du temps ne dura jamais plus de cinq jours. La nuit venue. la marche est plus fatigante encore. mais. de la Dent Blanche et du Weisshorn flottait un panache de brume dont la forme changeait constamment et n'annonçait rien de bon. la puissance des rayons solaires à travers une atmosphère aussi sèche qu'elle peut l'être en hiver reste considérable sur tous les versants sud. mais. 1883. dans ce cas. p. sur le versant opposé (nord du Théodule). En arrivant sur la moraine. 51 II est certain maintenant que. « Pendant l'hiver de 1881-82. 1 Bollettino Del C.

doucement illuminés de teintes chaudes et reliés aux Alpes Maritimes par un long natrum de brumes dorées. barré de longs nuages rouge orange. paraissent délaissés durant toute cette saison par les alpinistes de marque. le Mont Viso.53) 3 Le Colle della Fronte est une selle neigeuse qui s'ouvre au pied dé l'arête sud du Lyskamm. toute encombrée de neige et inutilisable. J. sous les assauts de l'alpinisme hivernal. Ce n'est que le lendemain. L'instinct de Guglielmina les sauva néanmoins. p. II. ils remontent le glacier de Lys. Dans la nuit du 1er au 2 janvier.. voie inaugurée l'été précédent par le guide J. Là-haut. On ne comprend pas que Sella n'ait pas choisi cette arête rocheuse pour monter au sommet. après vingttrois heures de marche presque ininterrompue.). tous deux de Grindelwald. La caravane se mit en route. Mais il ne tarda pas à tomber lui aussi. La Pyramide Vincent (4 212 m. ils arrivaient au col d'Olen. à 4 heures du matin. roi de l'Oberland. Et vous rentrerez chez vous avec des satisfactions intimes et des idées nouvelles sur la population de nos villages alpestres. Celle-ci les conduisit sans trop de peine au sommet qui fut atteint à 1 h. les deux Bernois eurent la malheureuse idée de descendre dans la vallée du Rhône en suivant le glacier de Fiesch. cimes oppressées et suffoquées par la tourmente. la principale conquête à mentionner est celle du Lyskamm (4 538 m. La première sera vaincue avec un peu d'énergie. qu'ils arrivaient à Fiesch. au lieu de rentrer par le même chemin. à l'horizon. des panaches de brouillard flottaient au vent. C'est par erreur que cette ascension est mentionnée comme erste Winterbesteigung. à l'accompagner au Lyskamm. bloquant l'horizon.« Pour terminer. Ce fut en réalité la seconde. Ceci ressort d'une façon évidente du récit de Fischer. et dans STUDER. Il ecrit : « Vers le nord. par le même Sella qui. mais. ou bien se basait-elle sur des principes erronés. Celle-ci ne tarda pas à se déchaîner et leur fit perdre la trace sur le glacier de Lys. Chamonix et Grindelwald. Mais le temps était des plus incertains. L'artiste qu'est Sella ne semble pas avoir regretté ces heures inoubliables. puis des cimes qui allaient en s'obscur-cissant jusqu'au Grand Paradis et à la Grivola. Ainsi. Les grands hôtels seront fermés et vous trouverez peu de confort. Emil Boss et le guide Ulrich Aimer. et la seconde en s'habillant bien chaudement. On continua donc à descendre malgré la tourmente et. les yeux découvraient une scène aussi tranquille et sereine que l'aspect du Mont Rosé était horrible et bouleversé: le ciel. ouvert par son propriétaire. où la marche devint atrocement pénible. A cette époque encore. le Finsteraarhorn (4275 m. Au commencement de mars 1887. XIII. Sur les plus hautes cimes. et malgré les expériences précédentes. l'attaque fut décisive. le 14 février. enfin. Vittorio Sella passa tout son temps à photographier le panorama. la connaissance de la montagne hivernale était fort rudimentaire. et ils parvinrent de nuit à la cabane Vincent. Corradino et Alphonse. s'était terminée à Grindelwald par des pluies torrentielles. les deux principaux centres d'où s'était déclenché l'assaut vers les cimes.) et deux fois ils durent redescendre au col d'Olen. le ciel s'éclaircit et la température s'abaissa légèrement. L'enthousiasme de Sella décida deux de ses frères. Il est vrai que les grandes conquêtes étaient réalisées et que l'attrait des nouveautés allait diminuant. grimpaient le lendemain (8 mars) à l'Agassizjoch et suivaient l'arête jusqu'au sommet. tous les principaux sommets des Alpes étaient tombés. après avoir couché à la Schwarzegg. 118 5 Neujahr auf dem Finsteraarhorn. J. p. I. en l'espace d'une décade. les Apennins de Piacenza. Voici quelques lignes traduites des Hochgebirgswanderungen et qui donnent bien l'impression de ce que devaient être ces formidables randonnées dans la neige poudreuse : 1 Le 2 mars 1885. et il n'attendait qu'un beau gel pour partir à l'attaque. 92). entre 1874 et 1885. le guide Pietro Guglielmina. 65. Mosso et A Sella avec G. n'avait pas encore été touché par la nouvelle cohorte. L'ascension du Finsteraarhorn devait être répétée neuf ans plus tard par Andréas Fischer qui nous en a laissé un vivant récit dans ses Hochgebirgswanderungen (5). plus loin encore. p. Maquignaz les rejoignit à Alagna. Seul. Maquignaz. mais. je dirai aux alpinistes : allez voir les Alpes en hiver ! Les ascensions peuvent présenter deux seules difficultés : la neige molle et le froid. qui semblait former une chaîne ininterrompue.).» (2).) du Mont Rosé fut également visitée cet hiver-là. superbe et resplendissant sous le baiser du soleil. 269. Vous aurez alors la joie sublime d'admirer un coucher ou un lever de soleil cent fois plus beau qu'en été. elle fut bien étonnée de rencontrer une masse de neige fraîche. où ils rencontrèrent une neige excessivement profonde et de terribles difficultés. 30. en se tournant au midi. 4 Dans l’Alpine Journal.1885. Laissant la cabane Gnifetti à leur droite. dit-il. même chez les montagnards . et. 1885.I.. Guglielmini (première hivernale) (voir Rivista Mensile del C.A. et l'on n'en trouve qu'une courte mention (4). Le 22 mars. mais de l'hospitalité et de la gentillesse là où vous ne comptiez pas en rencontrer. semble être resté solitaire sur la scène magnifique et déserte des hautes Alpes ( 1). cet hiver-là. arrivé sur la Mer de glace supérieure. que de traverser ce col dont le passage fut très pénible au retour. Les détails de cette expédition sont sommaires.. P. SELLA. après une longue et pénible randonnée. Ascensione Invernale al Lyskamm (Bollettino del C A. le 17 mars 1885. » Durant l'hiver de 1884-85. 2 V.). par A. Mais. chassées par un fœhn violent. p. L'année 1895. . L'ascension fut favorisée par d'excellentes conditions. Fischer en conclut que les neiges devaient fondre jusque dans les régions élevées. Deux fois un ciel menaçant les arrêta à la cabane Gnifetti (3 647 m. les uns après les autres. J. vers minuit. Sella fit la première ascension hivernale du Grand Paradis (4061 m. ils montèrent coucher au refuge du col d'Olen. écrit Sella. précurseurs de la tourmente. la nature présentait l'image glacée d'un paysage polaire. passées à admirer le jeu des nuages et les teintes extraordinaires des montagnes. franchissent le Colle Délla Fronte (3) et suivent la Cresta Perazzi.

Nous touchons ici au terme de notre historique. 7 janvier 1890). Le soleil était voilé de vilains nuages. Burnaby (devenue Mrs. A peine a-t-on péniblement retiré des profondeurs l'un de ses pieds p'our l'avancer. le temps fut superbe. par Corradino et Gaudenzio Sella avec J. deux caravanes s'illustraient à une courte distance l'une de l'autre : de Carteret au Schreckhorn et Mrs. mais l'air restait calme et le froid de -17°. nous atteignîmes les hauteurs du Finsteraarjoch.). Mais les heures s'écoulaient et le travail restait le même. Eiger (3 974 m. la caravane dut battre en retraite devant un terrible ouragan qui harcela son retour à Courmayeur. mais sûrement et plus profondément encore.«Un sac pesant est une absurdité lorsqu'on enfonce dans la neige jusqu'à la poitrine. à travers une neige poudreuse. Plus tard. Le bilan des joies et des peines ne pouvait plus satisfaire aux exigences de la nouvelle génération . la caravane dut bivouaquer au Riffel. les ascensions hivernales se succèdent et se répètent. 1-8 . Guglielmina (Rivista Mensile del C. rien ne s'améliorait. en bon Italien. Dans les autres régions des Alpes. A minuit. nous continuions à brasser la neige. A Winter Quartette (Alpine Journal. L'année suivante. JACKSON. La neige recouvrait tous les rochers et rendit la marche très lente. On fêta le jour de l'an à la cabane. première ascension hivernale. Mrs. Janvier 1888 fut une véritable saison pour Grindelwald. XIV. E. il neigeait et trois guides se rendirent à leur tour dans la vallée pour y quérir des provisions supplémentaires.). 2 Citons la première hivernale de la Punta Gnifetti (4 559 m. Jackson était accompagnée de M. la caravane fut surprise par la nuit dans les séracs du Guggi et obligée à bivouaquer dans une grotte de glace. n° 55. ils engagèrent encore Emile Rey et cinq porteurs. Nous espérions toujours encore trouver de meilleures conditions sur le col et. Main).25°. 1887. Les conditions étaient excellentes alors. Le lendemain. Une tentative avait déjà eu lieu en février 1887. en montant au Finsteraarjoch : « Sur la rive plane du glacier. enfin. 1888. Entre de sinistres crevasses à demi couvertes. il nous fallait éviter le glacier en passant bien au-dessus. malgré l'énorme quantité de neige fraîche. la conquête des Grandes Jorasses (4 205 m. A. et l'idée lui vint que. p. pour ceux du moins qui allaient à pied et ne connurent point les agréments du ski. celle de la Grivola (3 1 Pour toutes ces courses. 200 sq.. et l'on y vit plusieurs alpinistes de marque. le 19 février 1889. Emi Boss et des guides Ulrich Aimer et Johann Kaufmann. en neuf heures. A la descente.. réussies pour la plupart par des alpinistes anglais.). Ce fut une marche pénible et fatigante de rocher en rocher.) et du Piz Zupo (4 002 m. 52). Le 5 janvier. resté en arrière. En janvier 1888.) par Gussfeld . ils parvenaient au sommet.. Burnaby.. Le lendemain. A 1h20 seulement. Par contre. treize à quatorze heures furent nécessaires pour gagner la cabane Quintino Sella (3 370 m. gravir le Mont Blanc et. P. après avoir occupé près de quatre heures à traverser le glacier du Gorner (Bollettino del C. aux Aiguilles Grises. nous citerons encore quelques dates importantes. tandis que quatre porteurs redescendaient à Courmayeur. Ces guides revinrent le 3. Voici quelques détails sur cette formidable traversée. où ils n'arrivèrent qu'à 10 h 30 du soir. il y monta par le versant italien. Jackson et son mari avaient tenté plusieurs fois sans succès la traversée de la Jungfrau en été. les conquêtes furent plus rares et les conquérants moins nombreux aussi (2). en 1896. Mrs. nous avions progressé vite et bien durant une petite heure . dans le brouillard et la nuit.) fut un des derniers à se rendre (Meade et Woodroffe. par la Cresta Rey. que l'autre. à son tour. par un temps calme et un froid de -10° seulement. lentement.) et traversait la Jungfrau en descendant par le Guggi (1). 107 sq. p. Mais les conditions de la montagne étaient beaucoup moins favorables qu'en février. Le 4 janvier (1888). les difficultés rencontrées en été seraient diminuées. qui semblent manifester une préférence pour l'Oberland bernois. sur les pentes rapides de la Strahlegg. C'est ainsi qu'après une lutte de presque six heures. La même année. concurrente de Mrs.. p. C'est avec une touchante modestie qu'après un court intervalle chacun de nous renonçait à prendre place en tête de la caravane . 3 Bollettino del C. Plus loin. infatigables. ils se dirigèrent ensuite vers les Grands Mulets. sinon évitées ». A Courmayeur. Mais les jours sont bien courts en janvier et.) au Mont Rose le 18 janvier 1886. et l'on finira par se lasser de cette lutte inégale contre des éléments par trop rebelles. Quelques jours plus tard. là aussi. Corradino. de la cabane Gnifetti.) par Mrs. dont les une s‘emplètent déjà sur la seconde phase du nouvel alpinisme : en 1891. Jackson au Lauteraarhorn (4043 m. on ne compte pas moins de trois ascensions hivernales au Schreckhorn. Gaudenzio et Erminio) revenait à l'assaut. le temps était superbe et semblait devoir se maintenir. mais. malgré d'excellentes conditions. Un des derniers exploits de Sella fut la traversée du Mont Rosé. de Grindelwald (voir Mrs. I. Maquignaz et P. en compagnie de ses trois frères et des guides Maquignaz. ne trouve rien de mieux à faire que d'enfoncer à son tour. arrivée à 4400 mètres environ. Suivant l'arête des Bosses. I. A. entrecoupées ça et là de nouvelles conquêtes. Vittorio Sella voulut. 1886. la troupe s'ébranla en deux caravanes. à la fin de décembre. mais alors le caractère de la montée changea brusquement. ils descendaient à Chamonix et rentraient en Italie par le Mont Cenis ( 3). le quatuor des Sella (Vittorio. Lorsque enfin nous reprîmes le glacier. A. Le thermomètre descendit jusqu'à . où seules les courtes haltes procuraient quelque jouissance. les conquêtes se poursuivront. Les années 1880 resteront l'âge d'or de l'alpinisme hivernal. I. cette courageuse Anglaise. accompagné des trois Maquignaz.. par la neige et le vent. gravissait la première en hiver le Gross Fiescherhorn (4049 m.). en 1899. D. mais leur importance ira toujours decrescendo. nous en avions parfaitement assez l'un et l'autre. Le 31 décembre. » Depuis 1887. Pour terminer. nous dûmes tracer péniblement notre chemin à travers de lourdes masses de neige. celles de la Disgrazia (3 680 m. « avec la neige hivernale et en partant du Bergli plutôt que du Guggi. Pour continuer notre marche vers le Finsteraarjoch.

en janvier 1894. les conquêtes deviennent plus rares. . en janvier 1902 seulement.). celle du Rimpfishorn (4 203 m. par un Anglais qui ne pratiquait pas encore le ski. soit dans la seconde période du nouvel alpinisme. soit dans la première. celle des skieurs. par des skieurs naturellement. Sur les neuf sommets dépassant 4 000 mètres dans l'Oberland bernois.) par un Italien.) ne fut conquis que beaucoup plus tard. et celle du Dôme des Mirabel (4554 m.969 m.). Ainsi. par Hermann Woolley. sur vingt-sept sommets pennins dépassant 4 000 mètres. sous les assauts de la nouvelle cohorte.) par des Suisses. une seconde ascension du Lyskamm en 1889 (par des Italiens). plus rares aussi les explorateurs. Dans les Alpes Pennines. sept seulement furent gravis par les précurseurs. en janvier 1888. Les vingt autres ne devaient tomber que plus tard. six furent conquis avant le printemps de 1888. Après les exploits de Sella. Il faut mentionner cependant l'ascension du Breithorn de Zermatt (4 171 m. Depuis 1908. Le Weisshorn (4512 m.) dut attendre son visiteur hivernal jusqu'en janvier 1904 et les deux derniers (GrossGrunhorn et Hinter-Fiescherhorn) ne devaient être atteints que plus tard encore. en janvier 1893. une seconde escalade du Cervin en 1894 par un Alsacien (Dr Charles Simon) . l'exploration hivernale fut beaucoup plus lente et ne s'achèvera définitivement qu'en 1921. également par un Anglais. par contre. L’Aletschhorn (4 182 m. par des alpinistes devenus skieurs. Sidney Spencer. il ne reste dans l'Oberland bernois plus aucun sommet important qui n'ait été visité en hiver.

qui chaussait les raquettes. qui nous en a laissé une amusante relation dans le Strand Magazine (6). En mars de la même année (1893). et qu'ils étaient devenus fort habiles à glisser sur les pentes de leurs montagnes. comme à s'arrêter brusquement dans leur course ( 1). qui étaient déjà habiles skieurs. ses collègues. Iselin et ses compagnons s'étaient donné rendez-vous samedi soir. 3 Ski. Mais à la descente. à travers laquelle ils devaient conduire.). Aussi fut-il bien obligé de reconnaître la valeur incontestable des skis en montagne : « Leur utilité dans les régions favorables était clairement démontrée. se trouvant alors à Arosa (Grisons). Trois d'entre eux (dont un Norvégien) étaient chaussés de skis. 1899. disparurent bientôt à sa vue dans un tourbillon de neige poudreuse et parvinrent à Muottathal plus d'une heure avant lui. 1895 : Grenoble. le perpétuel danger des avalanches et le froid intense étaient enfin battues en brèche — du moins dans les cantons de Claris et de Schwytz » (3). le Dr Staubli.). Rappelons qu'entre temps Nansen avait traversé le Grônland en ski et que son livre. les dates de fondation d'autres Ski-Clubs: Christiania. le Dr Herwig. Laibach. et le lendemain (29 janvier 1893). comme il ne savait pas s'en "servir. qui s'adaptait à la semelle du soulier et tournait autour d'une charnière. Todtnau. mais. aussi les progrès furent-ils très lents et ces premières expériences n'eurent-elles qu'un avantage : celui d'égayer les nombreux spectateurs. on n'avait pas la moindre notion sur la technique du ski . suivit ses compagnons sans trop de peine. écrit l'auteur de Sherlock Holmes. tous les habitants des pays nordiques connaissaient ce moyen de communication.) et du Mageren (2 528 m. Il est particulièrement intéressant pour nous de savoir à quelle époque les premiers skis furent introduits dans les Alpes. une paire de skis ne présente en soi rien de bien malicieux. l'hiver suivant. cette neige fut particulièrement favorable aux skis : une couche pulvérulente sur un fond de vieille neige durcie. traduit en 1891. tu plonges comme un fou de la tête dans un tas de neige et tu trépignes furieusement des deux pieds jusqu'à ce que. Les historiens ne sont pas 'accord sur ce point. Le Dr Naef. à titre comparatif. réussirent à franchir le Co1 du Pragel (1 554 m. qui devint plus tard le plus grand pionnier du ski en montagne. Il est probable. Mais. 1879 . et il s'en débarrassa. à demi relevé. Mais le ski fut connu à une époque bien antérieure. les frères Branger de Davos franchissaient la Mayenfelder Furka (2 445 m. Aussi peut-on s'étonner que les montagnards de nos Alpes ne l'aient pas adopté plus tôt. et leur supériorité sur tous les autres moyens de communication suffisamment attestée.CHAPITRE II LE TRIOMPHE DU SKI (La deuxième conquête des Alpes. traversée considérée à juste titre comme l'origine des courses de montagne en ski (2). Pour d'autres raisons encore. 5 Voici. parvenait en ski au sommet du Rothhorn d’Arosa (2 985m. un touriste improvisé : Sir A. un jeune écolier de Davos recevait en étrennes une paire de skis norvégiens. à Claris également. fut une révélation pour tous les continentaux et donna une puissante impulsion au dévelloppement du ski. l'inhospitalité des hautes régions en hiver. 4 CHRIST. Des mètres de neige recouvraient toute la montagne et. A cette même époque. à la tombée de la nuit et à une distance respectable de Claris. et la course devait décider si le triomphe serait aux raquettes ou aux skis. Les légendes sur l'impraticabilité des cols alpins. au même moment. Personne ne se douterait. Un chalet du Klonthal les abrita durant la nuit. Ski-Verein (Vienne). vol. tu replonges de 1 Die Ekre der Hertogtums. — D. en effet. ceci pour échapper aux moqueries de leurs concitoyens. Praktische Ergebnisse des Schneeschuhlaufens in den Glarnerbergen im Winter 1892-93 (Alpina. « Extérieurement. Munich. ils se mettaient en route pour le Pragel. Oesterr. 2 . nr 35 et 36). Le quatrième seul portait des raquettes. précisément par ceux qui venaient de franchir si heureusement le Pragel et qui gravirent encore le même hiver les sommets du Schild (2 302 m.) Jean-Weichard Valvasor raconte que les paysans de la Carmole employaient des skis au XVII siècle déjà pour faciliter leur marche sur les neiges. qu'à partir du VIII siècle. 1893 restera une date importante dans les annales du ski. 1891 . fit venir une paire de skis norvégiens et qu'il les essaya sur les pentes du voisinage. dit-il. des facultés qui couvent en eux. Der Prageipass als Skitour .) (5) et. il en conclut trop vite que «le skis ne valaient rien pour nos montagnes. pour voir s'ils te regardent. durant l'ascension déjà. 11. Les préjugés et les idées endurcies venaient de subir une sérieuse défaite. ce même hiver. NAEF. ISELIN . Mais. sur l'autre versant de la montagne. 6 Relation reproduits dans le British Ski Year Book.) (4). Tu les chausses donc et tu te tournes en souriant vers tes amis. après s'être longtemps adonnés à l'exercice du nouveau sport. Schwarzwald. Cette année-là. un médecin allemand. Il est certain cependant qu'en 1883. Ce n'est qu'en janvier 1893 que Christophe Iselin de Claris et trois de ses amis. 1893. 1890 . fut fondé le premier Ski-Club suisse. grâce à son entraînement. 1892 . Reminiszenzen (Winterthurer Tagblatt. 245-49. Ce garçon n'était autre que Wilhelm Paulcke. 1. 62). puisque Procopeet Jodanis en parlent 550 ans après Jésus-Christ. Conan Doyle. Le menuisier de l'endroit copia le ski norvégien et put ainsi en livrer plusieurs paires aux jeunes gens du village. p. 1893. de Zurich. 1689. dont la souplesse et l'habileté réussirent finalement à maîtriser ces engins rebelles. à cette époque. à première vue. Il transforma la fixation de jonc norvégienne en une sorte de planchette.

tu te trouves sur une surface qui te semble être aussi plane qu'un billard. 84. et dans les entreprises de ce genre. 20. Ce que furent Coolidge et Sella durant la première phase de l'alpinisme hivernal. qui sont faciles en été et dangereuses en hiver. Ces premières randonnées furent donc modestes. dont les difficultés. « C'est à peu près ce qu'il arrive au débutant.) en 1896 . tu ne pourras rien en faire. elles ne durent pas susciter un grand enthousiasme parmi les alpinistes. Le panorama. Quand cependant notre habileté et notre enthousiasme prirent peu à peu le dessus. il n'était naturellement pas question d'engager des guides ou même des porteurs. un cours sur skis norvégiens aurait une excellente influence morale. qui conduit au pied de la montagne. et. on le comprend facilement. Grimsel et Brunig. Ce que ces premières expériences ont dû coûter d'énergie et d'endurance à ceux qui les entreprirent. » C'est aux environs de 1893 que parurent les premiers manuels de ski. premier succès important dans les Alpes autrichiennes. la caravane put cheminer à pied ou à l'aide de raquettes que Paulcke déclare très incommodes et encombrantes. 1 British Ski Year Book. Le ski nous semblait être incompatible avec les principes dictés par la prudence. Paulcke et de Beauclair parvenaient au sommet de l'Oberalpstock. A 7 h.. mais on ne comprend pas ce qui devait l'attirer spécialement vers cette montagne qui n'est guère favorable au ski et dont l'ascension fut très rarement répétée dans la suite. sans doute parce qu'ils ne s'écartèrent point des routes traversant Saint-Gothard. p. qui se rendit en cinq heures et demie de Pontresina à Silvaplana. Le Maderanerthal. Pour convaincre définitivement la nouvelle génération des avantages du ski.. de fait. Rappelons cependant qu'en 1894 (le 15 mars). elle atteignait le plateau supérieur du glacier de Brunni. lorsque tu as réalisé quelques progrès. Voyons tout d'abord quelle fut la conquête de l’Oberalpstock (2). « Pour un homme qui souffrirait d'une dignité exagérée. Au pied des rochers qui forment le sommet. tu t'apprêtes à une glissade rapide. Cette course eut lieu le 5 janvier 1896. Paulcke devait l'être durant la seconde. 2 . la minute d'après. Son altitude est évidemment une des raisons qui poussèrent Paulcke vers ce but.. tandis que leurs compagnons.. La plupart étaient rédigés en langue allemande. les Clarides ou le Titlis. Paulcke était accompagné par trois amis. tout marche à souhait . Un certain jour. nous changeâmes de tactique et nous commençâmes à pratiquer le ski. nous ne pûmes réprimer une forte aversion contre l'incertitude des évolutions en ski et contre l'emprisonnement du pied dans la fixation. et que. à une altitude de 2 600 mètres environ. Paul Montandon. après une nuit passée dans la misérable hutte de Hinterbahn. ce fut l'ascension du Hochsgloch (2 278 m. l'année suivante (le 9 mars 1895). A cette époque. la caravane chaussait ses skis trois heures plus tard et poursuivait sa course vers le sud. par le même temps et la même neige.. 1923.) fut traversée par un skieur solitaire. la traversée de l'Oberland bernois en 1897 et le Mont Rosé (jusqu'à 4 200 m. Une heure plus tard (à 2 h. un précurseur téméraire et heureux. A 10 heures. Mais.. il manquait une action d'éclat. Durant la semaine de Pâques 1893. ils poursuivirent tranquillement leurs courses hivernales à pied ou en raquettes. mais tes skis collent sans bouger et tu tombes le visage en avant. aussi les skis ne furent-ils chaussés qu'au Brunniboden (2 047 m. Partie du bivouac au clair de lune (à 2 heures du matin). sans espoir d'être sauvé. Les skis sont les engins les plus capricieux du monde. dont Victor de Beauclair. qui devint plus tard un des principaux champions du ski. D'autres sommets supérieurs à 3 000 mètres se fussent prêtés mieux encore à de telles expériences : par exemple le Blindenhorn. Claudio Saratz. et. d'autres furent traduits du norvégien.). Jusqu'au Brunniboden. Mais leurs succès ne joue pas un rôle bien important dans la conversion du montagnard.. Tes amis jouissent ainsi d'un spectacle dont ils ne t'auraient jamais cru capable. tu tombes en arrière et regardes fixement le ciel. on s'imaginait être moins exposé aux avalanches en suivant des routes connues. les choses deviennent bien pires encore. 45).). augmentant chaque année.nouveau dans le même tas de neige. on déposa les skis en sûreté et l'on chaussa par-dessus les lampars norvégiens des sandales ferrées (une invention de Paulcke). un des skieurs de la première heure : « Les vieux alpinistes suisses doutaient encore de la possibilité d'utiliser le ski dans les hautes Alpes et. Longtemps encore. A cette époque encore. bien qu'elles fussent le plus souvent complètement invisibles sous la neige. même dans les hautes Alpes» (1). L'alpiniste remplissait donc simultanément toutes leurs fonctions. Et leurs malices se manifestent précisément au moment où l'on s'y attend le moins. étaient restés couchés près des skis. Ou bien. L'auteur conclut en affirmant que les skis sont destinés à jouer un rôle prépondérant dans les courses d'hiver en montagne. durant plusieurs années. Perché au sommet d'une pente. Il triompha successivement dans trois expéditions. Paulcke arrivait bon premier à Hinterbahn. réalisent un audacieux crescendo : l'Oberalpstock (3 330 m. et l'on est rarement déçu. Le retour fut naturellement beaucoup plus rapide que . aucun indigène ne pratiquant encore le ski. Furka. un autre. Toutes ces entreprises nous semblent bien mesquines aujourd'hui.) en 1898. et ce fut pour tous les continentaux la solution d'une énigme obsédante. six membres du nouveau Ski-Club de Todtnau font une expédition à travers les montagnes de la Suisse centrale. Comme tel. est connu pour être très dangereux en hiver.la montée et procura une superbe glissade jusqu'au Brunniboden.. d'une pureté admirable. et ceux qui les entreprirent semblaient encore entravés par des idées fausses ou préconçues. la Futura Surlej ? ? (2 756 m. Voici ce qu'écrit M. on s'attend naturellement à certaines difficultés. qui devinrent plus tard les buts préférés des skieurs. trop fatigués pour les suivre. s'étendait du Tyrol au Mont Blanc. les voici qui filent comme des flèches.

PAULCKE. Tous ceux qui ont parcouru ces gorges de l'Aar en hiver en ont gardé une impression grandiose. ne doit pas encourager les courses d'hiver. et la bourrasque se mit à souffler sur les crêtes voisines. Le 19 janvier. durant une halte sur le glacier. obsédés par le poids de leurs charges. La route n'est visible qu'en partie et. Ce soir-là. Dès qu'il fallait traverser une pente latérale. Après une heure de halte. dans la gorge par où s'écoulent les eaux du glacier de l'Oberaar. La journée du lendemain (21 janvier) ne promettait pas grand chose de bon. 15 du matin avec des sacs de 20 kilogrammes sur le dos. jamais refuge ne leur parut si confortable. ce fut une marche ongue et monotone . qui n'était que de -5° C. la neige durcie transforma tout naturellement nos skieurs en piétons. mais le lendemain au réveil le temps était brumeux et ne s'éclaircit que trop tard pour permettre l'escalade projetée. Dans cette nature polaire. à perte de vue. S. les cabanes du Club Alpin Suisse n'étaient pas encore pourvues de bois en hiver parce que. A 4 h. il fut sérieusement question de rebrousser chemin. la seule de la journée. dans la brume diaphane. alors que la neige est molle et que la chaleur du soleil accable la marche du piéton. la caravane reprenait ses skis au pied de la montagne. à l'immense glacier qui s'étend devant eux. espérant par là consacrer définitivement le triomphe du ski en haute montagne ( 3). si pénible que fût cette décision. mais glaciale. Cette nuit fut très froide. Au cours de cette longue étape. non sans admirer tout alentour l'aspect grandiose des montagnes dans leur parure hivernale. 1897. sur une neige poudreuse. Dans la nuit. Ils s'y dirigent en droite ligne. ils contournent ce ravin au nord et parviennent.). Au pied du Rotthalhorn. les Strasbourgeois. à plusieurs endroits. nos skieurs quittent l'hospice à 3 h. Mais cette expérience fut décevante. Au lever du soleil. qui avait déjà essayé toutes ces combinaisons sans succès. On préféra donc s'en tenir au plan primitif et continuer la traversée de l'Oberland vers l'ouest. d'où l'on découvre l'encolure de la Grunhornlucke.. Le soleil s'est levé derrière les crêtes qui frangent ces vastes étendues de neige et illumine déjà les cimes sur la rive opposée. tirant chacun un traîneau lourdement chargé. considérait ses compagnons d'un œil amusé. Lohmùller. on discuta les possibilités d'une ascension au Finsteraarhorn (4275 m. de Beauclair. la marche en raquettes était plus pénible que le glissement sur skis. elle pouvait reprendre sa course. le thermomètre ne marquait. lorsque la petite troupe reprit ses skis au pied des rochers. une longue caravane suivait la route de Guttannen a la Grimsel. Bien que le ciel fût absolument clair ce jour-là. 45. En outre. là-haut. et de deux porteurs. on enfonçait jusqu'aux hanches dans la neige.. où elle passa une seconde nuit. Enfin. doucement incurvée sur le bleu du ciel. prit-on la direction de la vallée 3 Dr W. Mais ce glacier facile les conduirait au Pavillon Dollus. mais. ils déposent leurs skis sous les rochers de la Concordia et gagnent à pied la cabane (6 heures du soir). gorge profonde et dangereuse dont on évite le fond. la caravane arrive à l’Oberaarjock (3 233 m. mais la caravane était outillée en vue des réparations et. en dehors de leur itinéraire. Au crépuscule. pour des skieurs. voilà qui ne tenterait personne en été. Le temps ne semblait pas devoir s'améliorer.). au départ de la Grimsel. des flocons de neige cinglaient l'obscurité et. Elle était composée de cinq alpinistes : Paulcke. entrepris par pure gloriole (! ! !) ». Au bas du glacier. En janvier 1897. P x) . On partit néanmoins dans la direction de la Jungfrau. et il fut heureux de les voir revenir à des principes plus orthodoxes.3° R. Eine Winterfahrt auf Schneeschuhen durch das Berner Oberland (Oesterr. les brouillards s'évaporèrent et. transformés en traîneau. de Beauclair brisa l'un de ses skis. rien n'est plus facile et agréable. Mais plus haut. la caravane reprend sa marche et pointe ses skis vers le col de l'Oberaar. aussi. après une pénible montée. La lune était voilée et des brouillards se traînaient sur les cimes. Mais l'espoir et l'énergie triomphèrent. vers 9 heures. les charges basculaient et tombaient. Paulcke ne se contente plus d'une simple ascension : il prépare une longue expédition à travers les glaciers de l'Oberland bernois. on se décida à battre en retraite. le lendemain. Une heure plus tard. « le C. Alpen Zeitung. A.L'hiver suivant. Une merveilleuse glissade sur la neige poudreuse et unie du Galmifirn les conduit comme des flèches au carrefour du glacier de Fiesch.) et gagne immédiatement la cabane érigée sur les rochers voisins. A cette époque. selon la judicieuse remarque d'un correspondant à l’Alpina.. Vers 1 heure de l'après-midi. après bien des efforts. la cime convoitée s'illumina de teintes rosés. après une folle glissade. ici ils ne s'accordent qu'une courte halte. Mônnichs. dont ils atteignent la langue terminale au lever du jour. on parvint sur l'arête qui conduit au Sattel et celui-ci n'était plus qu'à une courte distance lorsque le ciel se couvrit. essayèrent d'alléger leurs épaules en chaussant des raquettes canadiennes et en tirant leurs sacs sur les skis. Sur des pentes rapides et par de nombreux zigzags. mais reste très supportable. La température. que . très favorable aux skis. et ce ne fut pas en vain. la croûte superficielle cédant à chaque pas. trois Strasbourgeois : le D’Ehlert. qu'envahissait une nuit glaciale. Il faut maintenant obliquer au sud. tombe brusquement à -18°C. Paulcke. Aussi est-ce avec un soupir de soulagement que l'on débouche dans la petite plaine précédant le col et que l'on traverse le lac gelé pour gagner l'hospice de la Grimsel. après quarante minutes seulement. aussi brusquement qu'il s'était éclairci. A 4 heures elle rentrait à la Concordia. les voici sur la Grunhornlucke (3 305 m. il faut traverser des pentes abruptes plongeant directement dans le gouffre où tourbillonnent les eaux du torrent. après une forte montée en zigzags. Une lune quasi pleine éclaira leur marche jusqu'au glacier de l'Unteraar. Après bien des hésitations. où elle s'était élevée jusqu'à une altitude de 3 700 mètres environ. Quitter la cabane de l'Oberaar à midi pour aller coucher à la Concordia. véritables tours de force. Des flocons commençaient à tomber.

. 377-397 . au Rotenboden. avec le poil en dehors. à leur grande surprise. ou le montagnard le plus expérimenté. on a de la fourrure à l'intérieur et à l'extérieur et.. allègres et dispos. que le vin qu'ils avaient tant goûté chez lui n'était en realité que du vinaigre. La relation de Paulcke se termine par quelques notes techniques sur l'équipement du skieur en haute montagne. en injectant de l'huile entre les deux peaux. de cette façon. tout est fermé. Il chaussait des bottines norvégiennes... Nous connaissons tous les tentations qui brillent aux yeux d'hommes affamés. j'avais pour ce moyen de locomotion un souverain dédain. Mais non ! Tout là-haut. dans la partie inférieure. nous arrivons au bout d'une heure. la neige cédait bien aussi. pour le Mont Rosé. Au crépuscule. ne nous faisons pas passer pour plus malin que nous ne sommes et confessons franchement que nous avons longtemps professé à l'égard du ski norvégien toutes les préventions que nourrissent contre lui la plus grande majorité des alpinistes. mais Paulcke avait fait fabriquer des sandales ferrées qui s'enfilaient par-dessus les bottines... 1898. minces et non cloutées. Il fallut même un moment rallier la rive droite. on double la peau . dans toute sa longueur. Au moyen d'une seule courroie. I*99.. L'hôtelier de Belalp leur apprit. Riche de toutes ces expériences et grisé par le succès. mais il est juste de reconnaître qu'elle n'avançait que très prudemment et que ceux qui portaient les deux cordes restaient toujours en queue de la colonne. Si l'on désire rendre cette chaussure particulièrement chaude. nos touristes pénétraient en rampant dans une élable délabrée. et aussi pour dépasser les 4 000 mètres. ces chaussures sont naturellement inutilisables. Nous voudrions pouvoir la reproduire in extenso dans ces pages. p. Au lieu de quitter le glacier d'Aletsch au lac de Marjelen. elle eût agréablement prolongé cette merveilleuse haute route à travers l'Oberland. une descente rapide les conduisait à Naters. car le chemin est frayé. la caravane ne s'était jamais encordée pour parcourir les glaciers. avec la triste perspective d'y passer la nuit. et nous n'en étions nullement gênés. le ciel s'éclaircit. pas âme qui vive ! Il ne reste plus qu'à enfoncer la porte de l'hôtel. Après deux jours seulement d'exercices à Zermatt. mais nous nous contenterons d'en citer quelques passages. attacher ces sandales si solidement aux pieds que la marche se faisait aussi sûrement qu'avec la meilleure chaussure de montagne « En un clin d'œil (?) on pouvait les mettre ou les enlever. devaient être bien compliquées et difficiles à soigner. la caravane put enfin quitter le glacier et gagner les chalets d'Oberaletsch. » L'usage des crampons ne lui était donc pas venu à l'idée et il semble que ces sandales. mais juste à point. 1898.du Rhône en suivant. 29-31. voyage de découvertes à travers les salles à manger. écrit Helbling. «A 2 h. mais.. brusquement. Durant toute cette traversée de l'Oberland. l'immense glacier d'Aletsch. et sans qu'on pût s'y attendre. « Dans la soirée du 2 janvier (1898). équipement qu'il avait eu l'occasion d'éprouver lors de son ascension à l'Oberalpstock et dont il avait encore perfectionné les détails. malgré tout le bien qu'il en dit. Il préconise celles en peau de chien ou de veau. nous étions en route pour les hauteurs. on pouvait. Nous portons nos skis jusqu'au Riffelberg. » A Zermatt. p. il employait des crampons à quatre pointes qui s'adaptaient sous les skis. Tous ceux qui ont connu le Dr Helbling et suivi ses exploits d'alpiniste auront été frappés de la chance extraordinaire qui a toujours favorisé ses entreprises. Après bien des peines. perche un superbe hôtel.. n'était évidemment pas construite à cette époque.. la cuisine et les chambres à coucher. Alpen Zeitung. où la neige fut profonde et très pénible.. Trois porteurs nous accompagnent. Voir aussi : Oesterr. on obtient une imperméabilité parfaite. du genre laupars. Lorsque la pente devenait trop rapide ou glissante. si souvent répétée depuis et qui sera toujours un des itinéraires préférés des skieurs alpins. sans gêner en aucune façon la circulation du sang. Sur le rocher ou la glace. ou plutôt vers le Rotenboden. De toutes façons. marchait en tête. Trois relations ont été publiées sur cette tentative . Oui.. une fois les courroies gelées. devenue très sombre. Il faut y parvenir coûte que coûte ! Ce sont deux heures de rude grimpée sur une côte ardue. 10 de l'après-midi. c'est précisément pour prouver que les skis peuvent être utilisés même sur un terrain compliqué. mais de 20 centimètres seulement. il préféra en suivre le cours le plus longtemps possible. ils enfonçaient jusqu'aux hanches. L'usage des peaux de phoque lui semblait également inconnu ou peu pratique. S'il choisit cette montagne plutôt qu'une autre. et la neige très glissante nous oblige à décrire de grands lacets à la montée. et le ski n'est pas fait pour être utilisé sur des sentiers battus. tandis que le meilleur skieur. Nos porteurs montent en ligne droite. c'est l'inspection des lieux. Paulcke va tenter une entreprise plus audacieuse encore : l'ascension du Mont Rosé (4 638 m. qui se dresse aujourd'hui sur les rochers de la Lotschenlucke. en même temps qu'eux.Le lendemain. sous l'œil vigilant de Paulcke. Dès le lendemain. La cabane Egon von Steiger. Sous nos skis. à semelles souples.. Il est probable que Paulcke n'y avait même pas songé. Paulcke et moi avons chaussé nos skis. et. Mais les porteurs sont exténués.)... nous quittons le Riffelberg pour nous élever vers le Gornergrat. vers 8 heures. . en 1893 déjà. car il n'en fait aucune mention dans son récit. Et là. 1 Écho des Alpes. celle du Dr Robert Helbling dans l’Écho des Alpes est de beaucoup la plus savoureuse (1). où les gens furent ébahis de les voir arriver. il neige pendant trois jours.. Quoique le chemin que nous avons ainsi à parcourir soit beaucoup plus long que le leur. Qu'on juge combien fatigante avait dû être leur marche : à chaque pas. sur Belalp. bien qu'elles fussent employées avec succès à Davos. tous les brouillards avaient disparu. 10. il partait pour sa première course en ski. jusqu'aux premiers jours de cette année. de nombreuses crevasses rendirent la marche lente et hésitante. « Mais. Après quoi. mais il semble néanmoins que la traversée Concordia-Falleralp n'eût pas exigé plus de temps que la descente dans la vallée du Rhône.

Une halte s'imposait . satisfaits de notre reconnaissance.Tiens ! te voilà. mais je jetai avec volupté.. comme on n'en saurait voir dans la plus éclatante journée de l'été. sur les cimes. le 4 janvier. assis sur nos skis. je fus brusquement pris de maux de tête si violents que j'avais toutes les peines du monde à suivre Paulcke et fus forcé de m'arrêter un moment. que nous ne quitterons plus jusqu'à notre retour à cette place. vu l'état de la neige. je ne trouve pas de termes pour les décrire. les délicieuses chaufferettes japonaises sont allumées et. « La grandeur du spectacle était si impressionnante. s'élever à travers d'affreux blocs que couvrait une neige poudreuse. Vous voyez ça d'ici. » Le 5 janvier enfin. je te croyais encore tout en bas. nous prenons pied sur le glacier. nous avait pris une heure et quart. avance avec une constance que je ne puis imiter. ils partent à 2 h. à une altitude de 4 200 mètres. je n'en n'ai trouvé moins d'un mètre. il n'y a plus qu'un petit bout de chemin.. Le thermomètre marque — 8°. nous sortîmes de notre cabane. Que de peine eût coûté la traversée du glacier sans ski. ils font une première reconnaissance. 55. A partir de ce point. il nous fallait faire un rude effort. « . habilement distribuées dans nos poches et sous nos habits. Dans l'univers. A 7 h. le rosé tendre s'effaça. l'émotion ressentie si violente. aucun souffle d'air ! Le silence est profond. sans hâte. dans un coin.« Tout en montant. Mais c'est ce bout-là qui nous donna le plus de mal. cette diminution de clarté rendait passablement compliquée la circulation à travers les crevasses de plus en plus nombreuses. mon pesant sac. A tout moment je m'arrête. « . La lune s'étant assez sensiblement rapprochée de l'horizon. Profitant de l'expérience de la veille. dans le même calme impressionnant que la veille et. autour de nous. bien que l'image de tant de magnificences gise décolorée au fond du souvenir. Je ne répondis pas. avec dix minutes de retard seulement. qu'on me permette d'ajouter : « Et que Dieu vous garde de vous engager avec des skis sur des moraines couvertes de neige fraîche ! » Le lendemain. si tant est qu'elle eût été possible. nous avions pu jouir pleinement de l'admirable spectacle qui se déployait devant nous. là. que nous n'avions pas de mots pour exprimer nos sentiments. Nous avions fait en quinze minutes un trajet qui. chaussés de sandales et portant nos skis. nous reprenons nos skis. «Paulcke. répandent leur douce chaleur. On voit par là l'utilité et des reconnaissances et des sandales garnies de bons clous. 20 quand nous atteignîmes le névé légèrement incliné du Plattje supérieur. « Quand. « Il était 6 h. A l'aide de nos sandales. nos deux skieurs traversent les pentes rapides du Gornergrat pour gagner le glacier du Gorner. L'un d'entre eux déclara même qu'il aimerait mieux. De là à la cabane. par dessus. aussi était-il midi passé quand nous atteignîmes les pentes inférieures du Sattel. J'ai lu quelque part. la voûte splendide d'un ciel sans nuage. des rejaillissements de soleil. mais. Enfin. dès le début nous empruntons la moraine dont la crête assez étroite est presque entièrement dégarnie de neige . le soleil répandit des flots de lumière qui roulèrent sur les flancs des monts jusqu'au fond de la vallée. la lune inondait de sa blanche clarté le merveilleux panorama . prolongeant le crépuscule par de magiques colorations du ciel . 30 du matin pour le Mont Rosé. Depuis longtemps le soleil avait disparu derrière les montagnes. j'atteignis la cabane Bétemps. 15. occupé à dire des aménités aux divinités de la montagne. nous arrivons ainsi commodément au-dessus de la chute du glacier. je puis vous assurer que ce n'était pas folichon du tout. nous nous remettons en marche. cette étonnante affirmation : « II ne faut pas grimper avec des skis » . le jour avant. au lieu de nous fatiguer inutilement avec nos skis sur les plaques rocheuses qu'il nous faut franchir au-dessus de la cabane. aucun d'eux ne voulut nous accompagner. « Comme le soir précédent. L'énorme quantité de neige pulvérulente dans laquelle nous glissons eût rendu l'ascension sans skis absolument impossible et. à l'ouest seulement. « Après un court repos. car nous étions pesamment chargés. la neige fraîche et pulvérulente s'entassait sur une épaisseur de 1. où ils parviennent au clair de lune. rigides dans leur calme sublime. A beaucoup d'endroits. Aucun bruit. même avec nos patins. c'étaient des flots de lumière. A ce moment. les skis ne pouvaient plus être utilisés.. nous arrivions à Gadmen. « A 6 h. nous avions fort à faire. la solitude démesurée. l'après-midi. l'immense amphithéâtre des sommets était là. puis la lune avait inondé de sa lumière d'argent ces immensités glacées. La chaîne des hauts sommets était d'une pureté merveilleuse et. j'avais épuisé mon répertoire.. cher lecteur. nous rentrions à la cabane. par degrés.... Le soleil invisible ne colorait encore que les plus hautes cimes. « Nous avions projeté de nous faire suivre par un de nos porteurs jusqu'à la cabane Bétemps. Même avec le secours de ces excellents engins. nulle part.5m. quelques nuages troublaient la pureté du ciel.. nous nous enveloppons de tout ce que nos sacs renferment de vêtements de réserve . ne nous écartant de la route habituelle que pour faire les lacets nécessités par la raideur de la pente. «Il était 8 heures quand nous arrivâmes au pied du Plattje inférieur. et bientôt.. » Tandis que les porteurs redescendent à Zermatt. fit Paulcke. et. nous nous abritons de notre mieux contre le vent glacé. à Pendrlit où la moraine se confond avec lui. tout mouvement semble disparu. Je me mets à jurer comme seul un enfant des rives du lac de Zurich sait le faire. nous eussions sans doute atteint la cime sans beaucoup de . la clarté se fit plus vive. pour le même prix.. la même tranquillité ! De bonne heure. Les colosses se dressent immobiles. Aujourd'hui encore. le plus âgé et le plus prudent des deux. monter en été au Matterhorn que de refaire la course qu'il venait d'exécuter. L'endroit où nous étions parvenus se trouve précisément au-dessous du Sattel. « Et toujours la même solitude. toute vie éteinte à jamais. Il s'agissait d'escalader la moraine. imposant .

il était aisé de suivre pas à pas les premiers conquérants. Un fait doit être constaté en terminant : c'est le caractère national du nouvel alpinisme.). le Breithorn (4 171 m. nous rejoignons l'endroit où. Elle a conservé dans chaque pays un caractère purement autonome.. d'excellents points de départ. 1898. par exemple. Aussi. les voies nouvelles se faisaient de plus en plus rares et les chercheurs de nouveautés commençaient à se plaindre de n'avoir plus que des os à ronger. l'Allalinhorn (4034 m. un célèbre alpiniste. tourbillonnant autour du Cervin. les skis peuvent être employés jusqu'au pied même des rochers et rendront d'inestimables services.). Nous avons vu au prix de quelles difficultés et de quelle énergie la cohorte des piétons s'était jetée à l'assaut des grandes cimes. et celle de la Gandegg 1 ». ils ne s'attaquaient qu'à de hautes cimes. fouillant l'avant-terrain du regard afin d'éviter les crevasses.).. franchement. de trouver le bon chemin. enfin. la vaste solitude reprit son aspect de mystérieuse grandeur. des nuages de neige tourbillonnent autour de moi.. Oscar Schuster. Il s'écoulera bien quelques années encore. Dans une quantité d'expéditions. p.).. L'alpinisme hivernal entrait dans sa deuxième phase. sont devenus innombrables et ils ont repris systématiquement l'exploration des Alpes. c'était bien le moment ! Avant de clore ce chapitre. aux environs de Zermatt. pour rayonner dans les massifs environnants.. Ibid. plus personne . Des sommets tels que la Cima di Jazzi (3 818 m. comme d'une pierre angulaire. en comparaison du nombre toujours croissant des skieurs alpins. Mais les conditions furent beaucoup moins favorables qu'en janvier. Mais la conquête des Alpes par le ski ne fut point leur chose. Dans la période précédente. dit-il. Chaque année. dans une contrée relativement éloignée et difficilement accessible en hiver. les skieurs deviendront plus audacieux. grâce au ski. je souffrais du mal de montagne . Leurs traces se croisent. le Briton doit s'incliner. comme la cabane Bétemps. Depuis 1898. Après les démonstrations préliminaires de l'Allemand Paulcke. nous avions chaussé nos skis . et ce genre d'alpinisme était nécessairement destiné à s'éteindre peu à peu. par exemple : le Balfrin (3 802 m. force nous fut donc de renoncer à la conquête du sommet et de redescendre. mais quelle course endiablée !.). des nuages enflammés. le 23 mars 1898. Si grandes sont son habileté et son expérience que je suis ses traces sans la moindre appréhension . et ils conservent la douce illusion d'explorer à leur tour ces Alpes qu'ils croyaient « finies ». et il ne leur fallut pas moins de quatorze heures pour monter de la cabane au sommet (2). il nous avait fallu onze heures pour atteindre le Sattel et deux pour en redescendre. rétrospectivement. — ou des passages comme le Théodule. le corps incliné en avant. 29. Loin d'être à son déclin actuellement.). Les premiers pionniers furent presque tous des Anglais. dont les vagues toujours grandissantes iront déferler vers la montagne hivernale. les explorateurs furent nécessairement moins nombreux que dans l'Oberland bernois. La relation de Paulcke sur cette même tentative au Mont Rosé est d'un ordre purement technique et se termine par quelques suggestions qui.). Les joies de ces conquérants devaient être singulièrement diminuées par les obstacles formidables de la neige. Ses trois campagnes de 1896-1898 marquent. Les Alpes étaient conquises. il repart de plus belle en poussant un joyeux hourra en l'honneur des skis. lorsque le problème se présenta sous une forme nouvelle : gravir les montagnes en hiver. et de s'y maintenir. et plus rien n'arrêtera désormais la nouvelle invasion. le skieur trouvera. le nouvel alpinisme a traversé son âge d'or. il nous paraît intéressant de poursuivre notre étude historique jusqu'au point où elle se laisse analyser. mais il était déjà 2 h. 30. Ici. dans la poussière de cristaux blancs où l'enthousiaste skieur vient de disparaître. quel enthousiasme parmi la jeune génération. avant que les skieurs s'inspirent de ces vérités et choisissent Zermatt comme centre. « Paulcke prend les devants. Les montagnes fuient. du Zillertal. et cela agréablement. Je citerai. puis. au contraire. le faisaient ressembler à quelque colossale torche incendiaire . cette phase restera infiniment plus brillante que la précédente.). Heureux skieurs ! Ils ont retrouvé cet âge d'or chanté par Javelle. il se démène . Leurs étonnants succès ont consacré le triomphe du ski et prouvent assez le rôle immense qu'il a joué dans la deuxième conquête des Alpes. l'Alphubel (4 207 m. est un centre merveilleux pour exécuter les plus belles courses en ski de toutes les Alpes. n'exigent pas une technique extraordinaire. nous semblent prophétiques : « Zermatt. Quelques semaines seulement après la tentative de Paulcke au Mont Rosé. devenu skieur lui aussi. Des Anglais encore de-iraient nous ravir nos plus hautes cimes au cœur de l'hiver et lancer nos grandes stations hivernales. le jour baissait . les Suisses ont su reprendre possession de leur patrimoine et. puis les étoiles s'allumèrent et. les sommets et les glaciers d'invraisemblables colorations . la caravane reprenait le chemin de Zermatt et gravissait en route le Riffelhorn (2 931 m. Ceux qui persévérèrent sont bien rares. s'ils supposent une certaine persévérance de la part du skieur. En outre.. se relevant. l'Ulrichshorn (3 929 m. C'est une jouissance sans pareille. N'est-il pas très humain de suivre les traces de ses prédécesseurs et de s'en écarter le moins possible? Le gros des skieurs ne devait guère échapper à cette loi et. Les retentissants succès de Paulcke allaient jeter l'éveil dans le monde des alpinistes. complétaient l'ascension de la Pointe Dufour. en suivant l'arête. et son guide Heinrich Moser. 55. je vole à travers l'espace. avec la clarté de la lune.. « A 4 h. il barbote. depuis Saas-Fee . p. le sol se dérobe sous mes pieds. Tous les préjugés vont s'effacer peu à peu. » Le 6 janvier. comme les mailles 1 2 Ostterr. Rares. le Jàgerhorn (3 975 m.difficultés. 161-162 . le matin. Alpen Zeitung. filant comme une flèche.. les différents sommets du Mont Rosé et beaucoup d'autres encore. Cependant.. à mesure aussi que diminuaient les problèmes intéressants. Les skieurs. l'aube d'une ère nouvelle.). le soleil à son déclin drapait le firmament. se recroisent et couvriront bientôt la chaîne entière. le Klein Matterhorn (3 886 m.

). . le Breithorn est devenu le sommet le plus fréquenté de la région de Zermatt.) . A la fin de cette même année. — Une seule ascension importante : le Breithorn de Zermatt (4 171 m.). le Pizzo Centrale (3 003 m. pas moins de trois traversées de l'Oberland bernois.) et du Mônch (4 105 m. le même skieur. Hoek et Schottelius gravissaient le Dammastock (3 633 m. La caravane n'était pas encordée.). la troisième expédition ne rentre dans l'hiver du calendrier. et cette catastrophe suscita de longues polémiques entre ceux qui discutaient la nécessité de s'encorder sur les glaciers. toujours sans succès.). La seule ascension importante à signaler est celle du Gross Venediger (3 673 m. il parvenait en neuf heures au sommet et ne rentrait qu'à 11 heures du soir à la cabane. trois cols très fréquentes actuellement.). et celle de la Fuorda Sella (3 304 m.) fut gravi en route et la Jungfrau tentée pour la troisième fois. d'autres ascensions encore. le Monte Cevedale (3 774 m. Une seule ascension : celle du Claridenstock (3 270 m. Les conditions étaient défavorables. course facile et si souvent répétée depuis. cette fois-ci du Lôtschental à la Grimsel. Dans l'Oberland bernois. Ce fut le premier accident de skieurs sur un glacier. course rendue très dangereuse par une forte couche de neige fraîche. Dans les Alpes autrichiennes. 47 sq. de Kandersteg à Lauterbrunnen et en décembre la traversée du massif des Hohe Tauern avec l'ascension du Riffeltkor (3115 m.) et la Diavolezza (2 977 m. mais qui va précéder le triomphe définitif du ski en haute montagne. et cette course restera toujours dangereuse.) et de la Gamsbergspitze (2 846 m. puis. le sommet le plus fréquemment visité par les skieurs . Le Titlis (3 239 m. Ces deux caravanes ne semblent pas avoir été favorisées par le temps. l’Oberaarhorn (3 642 m. on signale des courses au Stockhorn (3 534 m. Tous ces sommets devinrent à la mode par la suite et sont parmi les plus visités en hiver. Pour les Alpes suisses du moins. le Piz Lucendro (2 959 m. Deux en avril et mai et la troisième en novembre. Alpen Zeitung. qui est actuellement.) par les frères Kœnig.). alors que leur joyeuse caravane montait à la cabane Gnifetti. il faut encore signaler la traversée de la Sefinenfurgge (2 614 m. Pas plus que les deux premières.) et le Mont F élan (3 765 m. Signalons encore.).). à la Pragerhûtte (2 492 m. de la Riederalp à la Grimsel. en hiver aussi bien qu'en été.). au Piz Corvatsck (3 458 m. cette année-là. sous la direction de Victor de Beauclair et Albert Weber. — Cette année (et déjà durant la précédente).) (par Schucan et Fischer). furent réussies par les skieurs. au départ de Findelen. On signale en outre une traversée de l'Oberland bernois (la cinquième ?). en octobre . on constate un léger relâchement dans l'exploration hivernale des hautes Alpes. et celle du Seopi (3 200 m. par n'importe quel itinéraire (1). une tentative au Titlis (3 239 m. Un mois plus tard. 1899.) par Reichert et Dorn de Chiesa à Pontresina. Elle eut lieu au commencement de novembre et fut rehaussée par l'ascension du Finsteraarborn (4 275 m. dans toutes les Alpes de la Suisse. Paul Kœnig et J.) en mars et le Strahlborn (4 191 m.). par Helbling et ses amis. 1900. la traversée du Petersgrat. le Pischahorn (2 982 m. Le lendemain. avec une nouvelle tentative à la Jungfrau (le 3 avril). il faut mentionner encore les ascensions du Rotpleisskopf (2 938 m. le malheureux Kœnig et son ami Walter Flender devaient périr misérablement dans une crevasse du Grenzgletscher. 1901. elle n'est pas loin de l'être. — Beaucoup de conquêtes importantes : le Blindenborn (3 384 m. David gravissent en janvier le Gross Fiescherhorn (4 048 m.). montait coucher au Tauernhaus. outre la tentative de Paulcke et la première ascension du Mont Rosé par Schuster. ascension tentée en 1902 déjà par Hoek et Schuster et qui est devenue maintenant une des courses préférées des skieurs suisses1 Oesterr. en 1900. dans les Alpes autrichiennes. après la traversée de l'Oberland bernois : la Fuorcla d’Eschia (3 008 m.) et le Joch-pass (2 215 m. course souvent répétée dans la suite .-J. à la Concordia.). au-dessus d'Engelberg. La première fut dirigée par Paulcke en personne. d'Innsbruck.). à 2 heures du matin.). l'ascension si souvent répétée du Wildstrubel (3 253 m. 30 du soir au sommet du Finsteraarhorn et le jour suivant. le jour suivant. En 1896. Partant de la cabane de l'Oberaar. toutes trois par des skieurs allemands. date à laquelle fut gravi l’Oberalpstock. 1902.). On ne compte. L'arête conduisant du Rotthalsattel au sommet était naturellement de glace vive et exigea une taille de marches de deux heures et demie. avec de grands projets. au Vorab (3 020 m. déjà recommandée par Paulcke quatre ans auparavant. au Theodulhorn (3 472 m. Enfin. au départ de la cabane du Bergli. Une première tentative en fut faite en décembre 1898 déjà.). En 1898. D'autres cours eurent lieu ce même hiver à Rauris et Sankt-Anton. Le 25 décembre 1900. Cette même année. mais elle échoua par suite du mauvais temps et du danger d'avalanches.d'un immense filet. relativement tard si l'on considère son importance actuelle. — En janvier eut lieu le premier cours de ski pour guides à Zermatt. le 26 février 1902. le Jakobshorn (2 594 m.) par les frères Kœnig. la Scaletta (2 619 m. dans l'Arlberg. p. accompagné de plusieurs amis. Hoek et ses guides arrivaient à 5 h.) en décembre. moins importantes il est vrai.). De même le Stegborn (3 152 m. Aussi. fut également gravi pour la première fois cet hiver. par Othmar Sehrig. Signalons entre autres : la Parsenn Weissfluh (2 848 m. relâchement succédant tout naturellement au premier élan.). du Furgler (3 007 m.) par le célèbre skieur Henry Hoek. la statistique suivante n'a-t-elle pas la prétention d'être absolument complète.).). En 1897.) et finalement la Jungfrau (le 24).). 1901 est de nouveau une date importante.). Au cours de la seconde (fin avril).) 1903. cours qui se termina par une ascension à la Cima di Jazzi (3818 m.

col de Seilon (3 240 m. 67 sq Le 25 février 1904. Par la vallée de Bagnes ils gagnèrent la cabane de Chanrion et parvinrent jusqu'au col de l’Evêque (3 393 m.) et descendent à Zermatt. avec ascensions du Finsteraarhorn et de la Jungfrau.). par sa durée ininterrompue de sept jours. cabane de Bertol (3 423 m. De Chamonix.). où elle s'arrêta de 1 heure à 1 h. Mylius et ses guides. la caravane quittait le refuge et montait en ski jusqu'à la cabane Vallot (4362 m. p. la première en ski à travers la chaîne des Alpes Valaisannes. le D r Payot en fut le principal initiateur.allemands .) et la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. dans l'Oberland bernois. 30 déjà. puis le brouillard envahissant la vallée les déroba à la vue et Mylius fit ouvrir l'observatoire Jansen pour y déposer sa carte de visite. A la fin de cette même année. p. D'énormes quantités de neige recouvraient la montagne. Elle avait été tentée deux ans auparavant (en mars 1902) par deux fameux skieurs allemands.). puisqu'à 8 h. Sur l'arête des Bosses. . Tête de Valpelline (3 813 m.). 70 . . 30. 142 Cette altitude resta longtemps la plus haute atteinte en ski et ne sera surpassée que plus tard sur les pentes de la Punta Gnifetti (4 561 m. Eckhorn (3 158 m. p. et ses entreprises hivernales ont fait époque.) par Hoek. Un seul Chamoniard. Le lendemain. il faut encore mentionner. col d'Hérens (3 480 m. les guides chamoniards.). lui aussi.). Oesterr. Aux Grands Mulets. Schattenspitze (3 225 m. Il réussit également l'ascension du Buet (3 097 m. devaient s'arrêter tous les 4 ou 5 mètres et même se coucher dans la neige. Elle se fit assez rapidement cependant. Zermatt. la 'première ascension hivernale de l’Aletshorn (4 182 m. La chaîne des Alpes Pennines fut traversée dans sa longueur.). écrit Helbling.). ils durent battre en retraite devant la tempête (2). retiré dans la boule inférieure. C'est évidemment la raison pour laquelle les Français se laissèrent ravir cette belle conquête. à 7 heures du matin seulement. Outre cette ascension au Mont Blanc. Il réussit néanmoins à s'y coincer et fut retiré sans peine par ses compagnons. « Cette course. A cette époque. Henry Hoek et Fritz Reichert. Des Haudères. la sixième ( ?) traversée de l’Oberland bernois par Hugo Mylius. Schilthorn (2 973 m.). Leur itinéraire fut le suivant : Bagnes-Panossière. tous du Hasli. le froid devint excessif et Mylius l'évalue à près de -30°. dont le développement fut tardif dans toute la France. 2. ils franchissent ensuite le col d'Hérens(3 480 m. col du Mont Rouge (3 341 m. Au crépuscule.) et d'autres cols encore .). est bien. Alpen Zcttung. Son thermomètre n'était pas gradué au-dessous de — 20° et le mercure s'était. A ce moment. il conduisit une caravane de skieurs au col du Midi (3 544 m. Gùmels (3 523 m. un mois plus tard. La neige fut excellente jusqu'au Grand Plateau. la caravane rentrait au refuge. la corde fut déployée et utilisée en toute circonstance.) et le Dossenborn (3 140 m.). sous la direction du Dr Payot. une caravane de Chamoniards avait fait une première tentative. Cette montée exigea douze heures. où le thermomètre ne marquait que -8°. En dépit d'une excellente neige poudreuse (chance très rare dans ces régions exposées aux vents). qui devint le centre le plus fameux du tourisme hivernal en France. la traversée complète. la plus longue expédition en ski réussie dans les Alpes suisses.malgré le feu de bois pétillant dans Pâtre. qui employèrent des skis jusqu'au pied de la 1 2 3 4 SA*. I. pour la première fois. Oesterr. deux heures lui suffirent pour gagner Chamonix (4). et probablement dans les Alpes entières (1). mais les conditions furent généralement favorables.). Kaspar Maurer et Heinrich Zurflùh. la descente aux Grands Mulets fut gâchée par l'obscurité. depuis longtemps. sur l'instigation du D r Payot. 1903. commençaient seulement à pratiquer le ski. Alpiner Wintersport (supplément au Ski). accompagna Mylius jusqu'aux Grands Mulets pour ouvrir le refuge. ils arrivaient au sommet. Alpen Zeitung. Hugo Mylius était un Allemand. Silvrettahorn (3248 m. Plus importante et mieux réussie fut.). par Hasler et ses guides.).Cima di Rosso (3 371 m.col du Tournelon Blanc (3 600 m. dont la Vallée Blanche offre de superbes glissades. Signalhorn (3 212 m.).) de Grindelwald à la Grimsel et à la Furka par Helbling . A Chamonix. p. et le guide Tànnler tomba dans une crevasse. Le lendemain. mais. — La principale ascension est celle du Mont Blanc (4 807 m. et la marche en fut naturellement facilitée. ils durent battre en retraite. Il est vrai que Miss Straton n'était pas française non plus. il fallut près de quatre heures à la caravane pour franchir les 450 mètres d'altitude séparant le refuge du sommet. — la traversée du Finsteraarjoch (3 360 m. devant la tempête. le Piz Kesch (3 420 m. Petit Cervin (3886 m. malgré un froid très sensible. A 5 heures du soir enfin. et ses guides des Oberlandais : Alexandre Tànnler.) (3). malgré les ennuis qu'elle procure.). Mais. » L'année 1903 est importante encore parce qu'elle marque le premier essor du ski dans les montagnes françaises. 1904. I.). le Wetterborn (3 703 m. Arrivés au Petit Plateau (3 800 m. Simmenthaler Niederhorn (traversée) et Rinderberggrat . Le touriste et ses guides eurent plusieurs orteils gelés. De Lognan ils étaient arrivés à Orsières par le col du Chardonnet (3 325 m. Inutile de dire qu'à partir de ce moment. en février.) par Hugo Mylius (i).). la température ne s'éleva pas au dessus de -10°. exténués et probablement incommodés par la raréfaction de l'air. on avait pu suivre leur marche jusqu'aux Bosses. Arola. col de Riedmatten (2 916 m. mais elle eut du moins l'occasion d'engager des guides du pays pour sa première ascension hivernale au Mont Blanc.). par Helbling et Reichert. t. certaines parties glacées exigèrent la taille de marches. En janvier déjà.). Cependant.) (un affreux casse-cou). de la cabane de Panossière (dans le massif du Grand Combin) à Zermatt.).). 1904. le guide Balmat. ils étaient de retour au refuge Vallot. Gross Buin (3 316 m. la caravane avait négligé de s'encorder.) (première?). en traversant le glacier des Bossons. Chanrion (2 465 m.

). 1906. Passo Muretto (2557 m. Ochsenhorn (3 905 m. Piz Segnes (3 102 m. par Schucan et Marcuard : HeidelberghûtteSchneejoch (2960 m. Suldensptze (3 383 m. dans les hautes Alpes. Par les belles après-midi ensoleillées. Cima da Flex (3287 m) et Piz Bernina (4052 m). Gr. Joderborn (3 040 m. arrosés avant le départ des bergers. Traversée Diablerets-Wildborn-Wildstrubel. la saison favorable aux courses d'été s'étend du commencement de juin au milieu d'octobre (soit une période d'environ quatre mois). Cevedale (3 774 m. l'air résonne gaiement d'un tintement de grelots. — Feehoff (3 912 m. Adlerpass (3 798 m.).). en 1917). par un skieur suisse-allemand (Rudolf Martin). à la fin d'un cours de ski à Saas-Fee. si facilement accessible à tous depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. La troisième eut lie« en 1908 et la quatrième en 1912 Voir chap.). avec Lunn. selon que l'une ou l'autre empiétera davantage sur elles. et l'on voit défiler entre les arbres une colonne de mulets. Alpbubel (4 207 m. Grand Combin (4317 m. — Aiguille du Chardonnet (3 822 m. — Cette année-ci.).). et il est obligé de considérer les choses vues d'en bas. deux membres du Club Alpin Académique de Zurich. Monte Moro (2 862 m. dans sa partie centrale (les sommets du groupe de l'Aletsch ne devaient être visités que beaucoup plus tard. lorsqu'on y pénètre curieusement. Portjenpass (3 244 m. Les Chamoniards firent cette année le tour du Mont Blanc par les cols de Voza.).).).). de Ferret et des Grands Montets. . et l'époque la plus favorable est certainement celle de mai à juin.).). nos observations ne concernent pas exclusivement la zone des neiges éternelles. 1905.) et Atyhubeljoch (3 802 m.). s'étend du 23 décembre au 23 mars. la montagne passe peu à peu des conditions qui la caractérisent en automne à celles qui la rendent praticable au skieur.). X. Le Furggrat (3 482 m. en effet.). Seuls. plus ou moins étranglées entre les saisons principales. Cependant. L’Aiguille au Tour (3 540 m. celle propice au skieur dure près de sept mois consécutifs (soit du milieu de novembre jusqu'en juin). irrévocablement fixée par des dates. Les troupeaux qui égayaient les alpages sont tous descendus dans la vallée. humide et sombre. Mittelrûck (3 324 m. — En janvier.). Ebneftuh (3 964 m. dès lors. il n'est pas rare de voir les beaux jours se succéder durant plusieurs semaines.) fut gravie par le professeur Roget au départ d'Orny. Dreilànderspitze (3 212 m. Petersgrat de Kandersteg au Lôtschenthal. Similaun (3 607 m. 1907.). les indigènes — et tout particulièrement les chasseurs — connaissent la montagne à cette époque et peuvent en apprécier le charme et l'étrange beauté.). Skt. Les noms de nos saisons (printemps.) et le Monte Adamello (3 548 m. ont pris une teinte de vieux feutre. Passo Ver (2500 m.).). mais. Mont Rossole (3 531 m. par le Corridor) . Cette transition est généralement lente et peu connue des alpinistes. Cependant. la montagne n'est pas encore absolument déserte. on ne les comptera plus.). Également une traversée Wildhorn-Wildstrubel. Piz Glùschaint (3 600 m. Wlesbadenerhutte (Gross Buin). En outre. eurent l'heur de terminer l'exploration hivernale de l'Oberland bernois.). L'hiver dont nous voulons parler ici n'est pas celui du calendrier. Cima Marmotta (3 338 m. du Bonhomme. Scbeerhorn (3 296 m. qui furent. dont la durée. Ils sont chargés 1 2 3 Voir la relation originale au chapitre VIII. Passo di Val Viola (2 460 m. Elles peuvent être reculées. le ski se pratique durant toute l'année. on n'y trouve qu'un vide glacé. le Weisshorn (Wildstrubel) (2953 m.). Mont Rosé (deuxième ascension en ski) (2). Dans l'Oberland bernois. Les portes des étables sont restées ouvertes pour en aérer l'intérieur. Passo Lavirun (2819 m.). les premiers skieurs anglais à s'aventurer dans les Alpes.). car aucun d'eux ne s'applique particulièrement aux Alpes. le Dème de Polset (3 512 m. hiver) n'ont certes pas été inventés par un montagnard. En octobre. Dans les Alpes autrichiennes : Weisskugel (3 746 m. Les pâturages. Gr. Grand Combin.). le mois de l'année durant lequel on entreprend le moins d'excursions. la saison morte par excellence.). Dans les Alpes françaises. Ces deux saisons sont du reste plus ou moins élastiques. Alors que. Fluchthorn (3 403 m. Dans les Alpes autrichiennes (groupe de l'Ortler) : Eisseespitzf (3 246 m.). Ils gravirent successivement : Forder Galmihorn (3 524 m.). Klein Attalinborn (3 077 m. sous la direction du fameux skieur Gustave Walty (Klosters). sans caractère particulier. Ochsenscharte (3 000 m. ainsi qu'une exploration du massif des Grandes Rousses.face septentrionale . — Traversée du massif de la Silvretta. mais encore toutes celles qui nous en séparent. Fuorcla del Confin. Il serait donc plus naturel de distinguer deux saisons seulement. En décembre. terni par le gel nocturne. la première du Grand Galibier (3 229 m. 1910. été. selon les conditions météorologiques.).). de Zermatt à Saas. selon les années. L'hiver alpin est beaucoup plus long. Novembre est.) (1). En octobre ou novembre. Steiner et Trûmpler. Finsteraarrothorn (3 549 m.) .). Weiss-Sfitze (3 534 m. Le Schwarzberg-Weissthor (3 612 m. automne. Circuit de la Bernina (3). Sivrettapass.). par exemple. course souvent répétée depuis. qui varient naturellement d'une année à l'autre et selon la région alpine. Casanapass (2692 m.) (1). une traversée de l'Oberland bernois est citée comme étant la treizième et. d'Ischgl à Klosters. Pallon della Mare (3 705 m. Hinter Fiescherhorn (4 020 m. de Seigne.). Wannenhorn (3 905 m. Voyons donc. suivant l'état général des précipitations qui les caractérisent : la pluie en été la neige en hiver. Le printemps et l'automne n'existent pas en haute montagne. Wildspitze (3 774 m. Aiguille du Croissant (env. quelles sont les caractéristiques de l'hiver alpin. sans qu'un nuage apparaisse au ciel. d'une façon générale. avancées ou prolongées. — Col de la Dent Blanche (3 544 m. 1909.).).). la Fuorcla d'Agnelli (3050 m. Ce ne sont que de courtes phases transitoires. Allalinhorn (4 034 m. l'alpiniste ne passe pas douze mois par an dans les Alpes. par Nœlting et Hutchinson.). Jamhùtte. dans les Alpes françaises.). 4 290 m.).). 1908.) fut traversé pour la première fois par les guides de Saas.).

cette bruyante caravane laisse derrière elle un calme immense. Thnltril. qui semble devoir persister éternellement. époque à laquelle les troupeaux remonteront. Malgré un temps radieux. Ce sont les derniers convois qui descendent. (Gnberrll. avant de pouvoir les transporter dans la vallée. qui va durer jusqu'au printemps . MAJESTÉS ENNEIGÉES) .des derniers fromages qu'il a fallu saler et entretenir jusque tard en automne.

avec le feuillage roussi des buissons de myrtilles et rhododendrons. Un soir. le chasseur s'avance seul. le skieur doit tout d'abord s'entraîner. Plus cette transformation est lente. Or. On a eu des années où la neige ne venait qu'après Noël. Dans les combes marécageuses. skieurs citadins. On y monte sans décrocher la moindre pierre. On en reconnaîtra les effets. Après la mi-octobre. Les conditions dans lesquelles se produit cette première chute de neige ont une importance capitale pour la sécurité du skieur qui s'aventurera plus tard en montagne. bien au contraire. saupoudrant rochers et gazons. mais sur le glacier. plus le sol sera profondément gelé et plus la neige aura de peine à s'y fixer. cette neige était presque fondante en touchant le sol et elle se sera congelée en y adhérant fermement. il choisira les régions d'altitude moyenne. plus elle sera profonde et complète. les renseignements exacts sur ce premier enneigement font généralement défaut. le sable des éboulis est devenu compact sous l'action du gel.CHAPITRE III L’HIVER ALPIN Sous la voûte pâle du ciel et lumière délicate du soleil. semant leurs flocons toujours plus bas dans la vallée. et le beau temps peut durer jusqu'en décembre. maître et seigneur. C'est que l'hiver peut tarder ou s'établir brusquement. et ce ne fut qu'après une longue semaine d'attente que la garde des forts lui apporta des skis. chassées par le vent. rutilant dans l'air limpide et sur le fond rouillé des gazons. comme celle des glaciers. Puis les nuées. l'or des mélèzes est la plus avancée. par le froid qui semble s'être établi définitivement dans ces hautes régions. attendons patiemment l'annonce des premières neiges dans nos journaux. enfin. car elle favorisera la formation des avalanches. là-haut. elle était sèche. Mais la première chute de neige importante ne fixe pas nécessairement le début de l'hiver alpin. Cette neige est peu profonde encore. qui tombe de maintenant. Du reste. Il est donc dangereux de parcourir la montagne en ski avant que l'enneigement préliminaire soit parfait. il y a peu de chances que la neige. cette fois-ci. tels qu'ils étaient en automne avant la première chute de neige. Mais peu s'en faut. La neige s'est mise à tomber sur les sommets. Novembre est déjà bien avancé et. Dans ce but. la neige découvre des gazons roussis. le 3 octobre 1917. Toutes les éventualités sont possibles. une forte chute de neige peut fondre rapidement sous l'action des pluies ou du fœhn et disparaître complètement. sans tenir compte du calendrier. on trouve une neige plus abondante que dans la haute montagne. Celle-ci est toujours en retard sur l'hiver alpin et ces premières chutes de neige ne font que préparer le terrain. le chasseur peut s'élever très haut encore. Elles sont subtiles encore et semblent refléter l'azur du ciel. où pointent les tiges revêches des grarmuées. et l'on rencontre enfin la première neige. et voici qu'à leur rencontre. si l'on constate qu'en s'effondrant. la zone des grands pâturages où. Il faut la douce chaleur de midi pour rendre à leurs eaux un cours éphémère. En montagne. Il avait neigé sans interruption pendant plusieurs jours. ne disparaisse plus avant le retour du printemps. à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. ces mélèzes s'en vont grimper bien haut sur le flanc des montagnes. grâce auxquels il put s'échapper. . Plus la neige s'est fait attendre et plus le froid a été rigoureux. les mélèzes ont pris leur parure dorée. sans réussir pourtant à masquer les gouffres béants des crevasses. Dans l'autre cas. L'auteur se souvient d'avoir été bloqué dans les baraques militaires de l'Oberalp. Le terrain passe peu à peu des conditions qui le rendaient praticable au piéton à celles qui le rendent propice au seul skieur. cependant . légère et ne s'est pas attachée au sol. De toutes les teintes si riches d’automne. il y a bien des chances que le terrain — les gazons et les pâturages tout spécialement — soit déjà profondément durci par le gel. l'été de la Saint-Martin réserve parfois d'agréables surprises aux montagnards. elle a blanchi les taches luisantes et noires. La première neige qui tombe au début de l'hiver ne marque pas le commencement de la saison favorable au ski. des nuées grises ont envahi les cimes. les premiers jours d'automne semblent mettre un terme précoce à la belle saison. à la suite d'un été très chaud. durcie aussi. toutes desséchées et dont le parfum s'est envolé dans l'air froid. dès le commencement de l'hiver. Si l'enneigement ne se produit que tard en automne. l'enneigement préliminaire dure parfois jusqu'à fin décembre. Il importe dès lors de savoir si la première neige est tombée par une température voisine de zéro. Mais en novembre. ou par un grand froid . Il s'en faut de beaucoup encore. si elle était chassée par un vent du sud ou par un vent du nord. Certaines années. exige un sérieux enneigement avant d'être praticable au skieur. Lui seul pourra constater les progrès de l'hiver sur l'automne. Tandis que nous. les chutes de neige abondantes sont généralement définitives. avant de s'aventurer en montagne. Ainsi. a ia poursuite de son gibier. qui vivons dans le brouillard des plaines. Elles ne sont évidemment pas identiques dans toutes tes parties des Alpes. ceux-ci sont plus dangereux que s'ils restaient proéminents et visibles. Il faut laisser à la neige le temps de combler les trous et de niveler les blocs de pierre. Masqués sous une mince couche de neige. Dans le premier cas. ont dévalé les pentes de la montagne. Cette simple particularité va constituer un sérieux danger pour le skieur alpin. Plus haut encore. En poses ridicules ou magnifiques. les îlots de gazon sont encerclés de glaces poudrées à frimas. on ne découvre plus que de rares fleurettes. descendent des horizons lumineux les premières neiges. La zone des éboulis. Mais nous reviendrons sur cette particularité dans notre chapitre sur les avalanches. Dans cette nature enchanteresse. à pied sec. précisément par le fait qu'à ce moment de l'année la montagne est très peu visitée par les alpinistes expérimentés et qu'il est difficile d'obtenir un rapport suffisant de la part des indigènes. Les ruisseaux sont frangés de glaçons et de givre. Sur le sol que les gels nocturnes ont durci et jauni.

constitue un puissant réflecteur de la chaleur solaire. L'époque la plus favorable aux grandes ascensions est naturellement celle durant laquelle l'inversion de température atteint son maximum. ces conditions inverties sont moins caractéristiques. cette mer de brouillard est un signe infaillible de beau temps en montagne (1). et cette humidité se condense en vapeurs qui descendent dans les zones inférieures. mais leur niveau diurne ne dépassera généralement pas de plus de 300 mètres leur niveau nocturne. un thermomètre placé à même une surface exposée aux rayons solaires indiquera souvent plus de 40° centigrades. ou bien quelque cabane plus élevée. si l'on calcule la moyenne nocturne et diurne à l'ombre. peut être continue ou alternative. Tandis que la température de l'air reste voisine de zéro durant toute la journée. La neige et les vents sont les deux principaux facteurs qui régissent les conditions hivernales de la haute montagne. plus elle devient perméable aux rayons solaires et plus leur intensité augmente. le thermomètre descend très bas. Ils pompent jusqu'à épuisement complet l'humidité qui échappe au gel. Une surface neigeuse est un puissant réflecteur qui. enfin un enneigement définitif. à proximité d'un terrain favorable. cette neige est soumise à l'action de tous les vents qui soufflent dans les hautes régions. Il est donc préférable de remettre à plus tard les expéditions en haute montagne. les effets d'une chaleur pareille sont presque nuls. les hautes régions présentent un aspect particulier. les chutes de neige deviennent moins fréquentes et leur durée moins longue aussi. Tant que ces conditions météorologiques persistent en haute montagne. En mars par exemple. caractérisée par des pluies et par la fonte progressive des neiges. Pour ses vacances de Noël. 1 Durant la journée. Nous croyons avoir suffisamment parlé de la première phase qui peut donc s'étendre d'octobre à janvier et qui correspond à l'enneigement préliminaire. accompagné de températures toujours ascendantes. la renvoie dans l'air. il faut précisément un froid sensible dans la plaine. le second négatif. Pour obtenir cette inversion et la maintenir un certain temps. il suffit de quelques jours ensoleillés pour rétablir dans l'air une sécheresse parfaite. facilement accessible et d'où l'on puisse redescendre sans danger. où elles flottent et forment la mer de brouillard. La nuit. les conditions de température en plaine et à la montagne sont véritablement inverties. Le phénomène principal est cette inversion de températures qui. situé entre 1 500 et 2 000 mètres. Le premier est positif. loin d'absorber la chaleur solaire. entrecoupées de chutes de neige. C'est une constatation qui se vérifie presque chaque année. c'est-à-dire durant toute la deuxième période de l’ hiver alpin. C'est précisément là l'inversion de température dont nous voulions parler. il pourra généralement gagner les refuges alpins. les périodes de beau temps sont plus rares ou plus courtes. Les belles journées sont rares à cette époque et ne commenceront guère qu'après la mijanvier. Plus l'atmosphère des hautes régions se dessèche. Plus tôt ou plus tard dans la saison. Mais qu'on imagine leur puissance sur tous les corps dont l'orientation ou la substance favorisent l'absorption de la chaleur. Pour le citadin observateur. Cette dernière phase de l'hiver alpin précède immédiatement la première de l'été alpin. Si la série typique ne se prolonge pas. car. présentant des pentes orientées au nord. 2eme . tout contribue à maintenir la sécheresse de l'air et la douceur du climat. Les couches d'air qui lui sont superposées en bénéficieront et leur température augmentera en conséquence . les jours sont très courts et l'état des glaciers encore loin d'être satisfaisant. Nous avons tout d'abord une période d'enneigement préliminaire . Outre l'incertitude du temps. Ces longues périodes de beau temps sont particulières en janvier et février. on observera néanmoins. L'hiver alpin compte en somme trois phases principales. augmentant encore la température des couches super-jacentes. Indépendamment du temps qui règne sur les hautes régions. nous pouvons poser deux principes fondamentaux : 1er . même de plusieurs semaines consécutives. d'un temps parfaitement stable. Sur une étendue neigeuse. tandis que le baromètre se maintient continuellement au même niveau. la puissance du soleil tend à soulever ces brouillards. la plus curieuse et la plus intéressante des trois.La neige tombant dans les hautes Alpes est absolument sèche de la fin de décembre au milieu de mars. il n'est pas rare de voir s'établir en montagne une longue série de beaux jours. C'est la fameuse série. une succession de périodes plus courtes. sans plus rencontrer ces blocs proéminents qui rendent le terrain scabreux et désagréable. on verra qu'elle est bien supérieure à la température moyenne de la plaine. puis une période de sécheresse maximale dans les hautes régions . l'action du soleil sur la neige est presque nulle : c'est dire qu'elle n'en altère pas la consistance.Vers la fin de décembre. Ces chutes de neige présentent du moins l'avantage d'entretenir le terrain du skieur. même par le mauvais temps A partir de la mi-janvier et jusqu'en mars. Dans la seconde quinzaine de janvier ou la première de février. La sécheresse de l'air et la puissance solaire se combinent alors et se complètent d'une façon remarquable. D'autre part. cette couche de brouillard. comme un jet d'eau la patinoire. selon les années. durant laquelle la plaine se couvre d'un brouillard opaque. A ce moment. en montagne.De par sa consistance sèche (et poudreuse au moment de sa chute). au grand dépit de ceux dont les vacances sont irrémédiablement fixées entre Noël et le Nouvel An. Après quelques jours de régime sec. alors que la montagne rutile sous un soleil généreux et un ciel immuablement bleu C'est le moment où nos bulletins météorologiques indiquent généralement : « Brumeux dans la plaine : hauteurs claires. qui ne manquera pas de surprendre celui qui les parcourt pour la première fois. Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques de la deuxième phase. plus ou moins distinctes selon les années. ces effets resteront généralement les mêmes. Que la série soit continue ou sectionnée. plane ou fuyante. A cette époque. celle qui correspond à l'hiver proprement dit. Mais la fin de l'année est souvent marquée par des tempêtes et de fortes chutes de neige. humide et froide. nous l'avons vu. Mais. le skieur choisira donc un centre bien enneigé. en janvier et février.

Les glaciers exposés à la furie des vents d'ouest et du sud-ouest sont eux-mêmes dépouillés de neige. en collaboration avec les vents. Car ils sont franchement opposés. 2° Les vents — surtout ceux d'ouest et du sud-ouest — jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes régions. Mais. La neige hivernale. Car. plus on monte. — Comme conséquence. au moment où les arêtes et les sommets sont secs — c'est généralement le cas de janvier à la fin de mars — les neiges et les glaciers sont ravagés par les vents. non pas dans les régions les plus hautes (où la chaleur solaire les dissipe aisément). plus la neige devient coriace et désagréable. Voici ce que dit Arnold Lunn dans son Alpine Skiing. ou plus loin. les neiges se transforment lentement en névés. où les crevasses bâillent le plus souvent entre d'immenses étendues de glace noire. Lorsque nous observons ces nuages de la vallée. dans les hautes régions que dans les basses. c'est-à-dire durant la deuxième période de l'hiver alpin. voyons maintenant dans quelle proportion interviennent ces deux facteurs : neige et vent. par contre. ni par les préjugés. Celui qui cherche avant tout la « bonne neige » devra donc se confiner dans les régions d'altitude moyenne. Vers le milieu du jour. ils se trouvent sur le flanc des montagnes. Celle-ci s'accumule plus bas encore. Les basses températures empêchent le soleil de la fondre. En été. Le vent détruit constamment ce que la neige édifie . il faut parfois attendre plusieurs jours avant que les arêtes rocheuses soient nettoyées. hérissés de vagues. l'action du soleil n'est pas assez puissante pour transformer sa surface et l'améliorer comme au printemps. mais dans les régions inférieures. le skieur alpin est donc réduit à se plier aux conditions très spéciales qui l'attendent en montagne. et la chaleur solaire. ils paraissent flotter à la hauteur des cimes. Au printemps. mais il n'en est pas ainsi. Il évitera également les plateaux ravagés par les vents et les glaciers dénudés. Plus le beau temps dure. toutes les arêtes. après une tempête de neige. Or. En élaborant ses plans de campagne. qui rendent les hautes cimes quasi inabordables. parce que moins exposé au vent. S'il néglige ces précautions. qui enlèvent aux glissades tout leur charme et les rendent même fort pénibles. ni par les objections telles que la brièveté des jours ou le froid intense des nuits. Ce fait est important. restent dénués de neige -pendant tout l'hiver. qui permettent des montées rapides et directes. mieux encore. Un temps stable constituera toujours dans son jeu le principal atout . Ces deux facteurs sont en lutte presque continuelle durant tout l'hiver. directe ou indirecte (tourbillonnement). Sous la chaleur toujours croissante du soleil. il attendra le printemps et les premières semaines de l'été. ou. suivie du froid nocturne. au sujet des arêtes rocheuses et des pentes de glace : «Les arêtes rocheuses sont généralement aussi sèches en hiver qu'en été. le phénomène inverse se produira. Si le vent ne soufflait jamais dans les Alpes. de la sécheresse des sommets pour les gravir au cœur de l'hiver. C'est pourquoi. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver.Ceci posé. Elles ne se produisent guère que lorsque la neige est déjà bouleversée par la tempête. les sommets sont surchargés de neige. Ou bien. La plupart des arêtes et des faces neigeuses sont verglacées durant tout l'hiver et exigeraient une taille de marches beaucoup trop longue. les faces et les sommets exposés à l'action de ces vents. elle n'a pas un pouvoir cohésif. et la neige poudreuse reste au contraire une exception. pour jouir pleinement des névés en formation. d'une façon générale. En été. L'alpiniste. une fois labourée par les vents. ces névés offrent au ski une surface douce et régulière. Elle ne peut donc pas s'attacher aux rochers et n'offre . du rapport dans lequel ces deux facteurs se contrarient. légère et poudreuse. la neige est adhésive. les précipitations sont beaucoup moins fortes qu'on ne le suppose. au contraire. sur lesquels les vents n'ont plus aucune prise. alors qu'en réalité. Il évitera de préférence les montagnes exclusivement neigeuses et se rabattra sur des sommets mixtes ou rocheux. comme elle est composée de légers cristaux. Elle conserve son caractère poudreux et. il risque fort de s'exposer à de cruelles déceptions. En plein hiver. car il contribue à la sécheresse des hautes régions. qui peuvent sembler paradoxales au premier abord. Elle tombe par une température très voisine de zéro. et il faut savoir lui subordonner tous les autres petits avantages. au moment où les conditions météorologiques sont stabilisées. où il sait trouver un élément abondant et poudreux. Qu'il ne se laisse pas entraver. A la faveur des neiges coriaces. la neige. Car. à cette époque précisément. celui qu'attirent les hautes cimes. les hautes Alpes contenteront donc rarement le skieur et l'alpiniste en mêmetemps. reste houleuse jusqu'à la prochaine précipitation. moins il y a de neige. il déplace cette neige au profit des régions inférieures ou abritées. ni adhésif. Les périodes pendant lesquelles l'atmosphère reste absolument calme sont très rares dans les Alpes. mais dont l'exactitude est prouvée par les faits : 1e La neige beaucoup moins sur Les sommets que dans les vallées et. convertit cette neige en une croûte qui lui permet d'adhérer fermement aux rochers. l'enneigement des hautes Alpes dépend en somme de deux facteurs principaux : la quantité des précipitations et la violence des vents. les arêtes ourlées de corniches — conditions printanières . On pourra donc constater d'une façon générale que. en haute montagne. il gagnera le pied des arêtes et troquera au bon moment ses skis contre des crampons. profitera. qui vont intervenir à leur tour et disperser le peu de neige tombée aux hautes altitudes. où les glissades deviennent un véritable enchantement. Comme on le voit. est sèche. Ceci s'explique par le fait déjà mentionné que les nuages qui produisent cette neige tendent à se condenser. et c'est là qu'ils se précipitent presque entièrement. Les neiges qui tombent par un temps calme (castrés rare en montagne) sont arrachées ultérieurement par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. et au détriment des régions supérieures. De nombreuses observations ont permis à l'auteur de formuler les lois suivantes. en hiver.

«Aux basses altitudes. entre autres cette sécheresse parfaite des hauts sommets. mais beaucoup plus rare. le mois de mai venu. où il pourra goûter toutes les joies du ski. Un temps stable. Les alpinistes inexpérimentés sont souvent surpris de constater que les pentes terminales des sommets sont plus glacées (plus noires) en hiver qu'en été. pour les raisons exposées . les pentes supérieures présentent toujours autant de glace en janvier qu'en octobre. Aussi fera-t-il bien de s'y confiner. Aux basses altitudes. étudié. Durant la deuxième. celle-là n'est guère propice qu'au skieur. réservé tout spécialement au sportsman. L'eau pénètre le sol au lieu de se congeler à sa surface. par suite de ce gel superficiel. Il existe. Une pente glacée en octobre restera glacée tout l'hiver. sans en éprouver ni les désagréments. Alors que celle-ci favorise presque uniquement l'alpiniste. entre 1 500 et 2500 mètres d'altitude. marque en somme l'apothéose de la saison hivernale. Par conséquent. Par le beau temps. de fait. tend également à enlever toute neige tombant sur les pentes de glace. Les montagnards prétendent parfois qu'un été très chaud produit des pentes de glace. la neige superficielle fond au soleil. connu. Selon les années. rencontrera des neiges de caractère hivernal ou de caractère printanier. Il nous reste à étudier la troisième phase de l'hiver alpin. et cette surface absorbe la neige fondante. Le processus usuel de fonte et de gel alternatifs permet à cette neige de s'attacher fermement à la glace et finit par la couvrir d'un tapis compact et croûte. durant tout l'hiver du calendrier. Peut-être s'imaginent-ils qu'une pente de neige se transforme en pente de glace par suite du gel superficiel. les arêtes rocheuses exposées au vent sont normalement dégagées de toute neige. est toujours possible. Mars présente en outre deux grands avantages: une clarté diurne plus longue et des glaciers mieux couverts. au lieu d'aller tâter des neiges printa-nières en haute montagne. fondant en eau. La sufarce glacée inférieure devient de plus en plus épaisse et la couche de neige superficielle de plus en plus mince. Si le temps est beau et calme. dont l'accès se fera sans peine et dont la descente offrira tous les charmes de la glissade sur une neige parfaite. la neige repose sur de l'herbe ou de la terre. Selon l'inclinaison et l'orientation des pentes. C'est là le ‘playground’ par excellence. Mais reprenons notre examen météorologique au point où nous l'avons abandonné. plus ou moins englobé dans l'une ou l'autre de ces phases. on. C'est en mai et juin qu'a lieu cette transformation. la neige qui couvre un toit de chalet présentera généralement une couche inférieure de glace. en hiver.aucune résistance au vent. Aux altitudes moyennes. Ce n'est pas le cas. et la glace qui se forme sur les rochers devient apparente. il est souvent plus facile d'escalader une arête rocheuse en hiver qu'en été. mais qui. beaucoup de pentes neigeuses conserveront leur blancheur immaculée et resteront neigeuses durant tout l'hiver. les hautes Alpes n'offrent rien de bien tentant pour le skieur proprement dit. de larges vallons. on peut du reste monter en train au Gornergrat et trouver là-haut d'excellentes conditions sur d'immenses glaciers. Ceci peut sembler paradoxal. Si l'on préfère l'alpinisme. mais s'explique pour deux raisons au moins : d'abord parce que les charmes du ski printanier sont encore méconnus . Et si. Par exemple. alors que la couche serait suffisante. Mais un bel automne aura comme conséquence de découvrir les pentes glacées. il préfère suivre le cours des frais ruisseaux et cueillir des violettes. une quantité de pentes favorables. il n'est guère que l'Oberland bernois qui soit assez facilement accessible pour attirer les skieurs au printemps et même en été. Si l'été n'est pas très chaud. ensuite parce que le printemps en offre d'autres. dans les hautes Alpes. c'est-à-dire en mars. cette neige peut être favorable. lorsque la neige repose sur des plaques rocheuses. » Durant les deux premières phases de l'hiver alpin. sa surface est le plus souvent durcie et «houlée » par les vents. et surtout du fœhn. qui nettoie si bien les arêtes rocheuses. En haute montagne. ni les arrières désillusions. les conditions sont certainement meilleures en mars qu'en décembre. il n'aura pas absolument tort. c'est-à-dire jusqu'en mars. bien que la neige. La fonte et le gel alternatifs produisent une neige de plus en plus dure. et même qu'en janvier. surtout si le toit est en tôle ou en pierre.. pareil à celui des séries hivernales. mais son épaisseur n'est généralement pas suffisante.. le terrain choisi. Actuellement encore. Une surface neigeuse ne peut jamais devenir une surface glacée. de cols faciles et même de sommets bénins. celle que l'on appelle généralement printemps. il servira de tampon entre les deux dernières phases de l'hiver alpin. c'est même la seule qui lui soit franchement favorable. Disons tout de suite qu'elle diffère complètement de la phase précédente. puisse disparaître de la glace qu'elle recouvrait. Mars forme le trait d'union entre l'hiver et le printemps du calendrier. c'est l'époque durant laquelle les skieurs sont les plus rares en haute montagne. mais jamais de glace. Dès le 1 er juin. si favorable à l'alpiniste. L'auteur a longtemps considéré le mois de mars comme l'époque la plus favorable à l'alpinisme hivernal. Lorsque Zermatt sera desservi toute l'année par son chemin de fer. il est probable que la plupart des skieurs s'y rendront au mois de mai. en fondant. D'autre part. le skieur exigeant sera donc rarement satisfait par les conditions de la neige en haute montagne.. qui resteront glacées durant tout l'hiver. vous trouverez parfois des pentes de glace en miniature. C'est dire que. Le danger des crevasses est donc moins grand. Pourquoi donc une pente de neige ne se transforme-t-elle jamais en glace dans les hautes Alpes ? Je suggere l'explication suivante : une pente de neige se transforme en glace parce que la neige. elle reste la meilleure pour tous ceux qui sont alpiniste et skieur au même degré. plus séduisants et moins éloignés des villes. Ceci dépendra beaucoup du temps. une pente de glace est transformée en une pente de neige lorsque la neige tombant à une température juste inférieure à zéro s'attache à la glace. Il représente le dernier mois de la période centrale. « Le vent.. Celui-ci fera donc mieux d'éviter ces hautes régions jusqu'en mai. Malheureusement. Durant un été chaud. car la neige qui y tombe n'a aucun pouvoir adhésif et sera enlevée au premier coup de vent. Cette humidité n'est pas absorbée par le rocher et elle gèle conséquemment. et. Par conséquent. se dépose sur une fondation rocheuse. ou phase centrale. Durant la première phase (novembre-décembre). janvier et février sont plus avantageux. mars conserve tous les agréments du plein hiver.

En hiver. En mai. tant qu'il n'a pas perçu le concert par lequel la montagne salue le printemps. dont la musique n'est jamais plus agréable à ceux qui ont vécu dans le silence des neiges. dans les hautes régions. Dans les régions d'altitude moyenne. Même ea fondant. En mai. En évoquant les charmes du mois de mai. le grand apôtre du ski printanier. adhérer à un terrain quelconque. Certains journaux publient un bulletin météorologique accompagné d'une carte 1 Alpine Skiing. cette neige s'améliore constamment. qui procure au skieur une immense confiance. mais il est généralement caractérisé par des tempêtes et un fort enneigement. C'est la meilleure saison pour les longues expéditions. on est. Aussi n'est-il plus question ici de la zone subalpine. avant tout. du reste. . En mai. On part à pied. à travers des pâturages émaillés de gentianes et d'anémones. Prévision du temps. C'est. Mais. si l'on préfère le ski. Car. n'a plus sur elles aucune influence. elle ne commencera que vers midi. Vous commencez votre journée en décrivant des virages à la descente d'un col glaciaire et vous la terminez au coucher du soleil par une flânerie entre les pins odorants. Le vent. on puisse pratiquer le ski matin et soir jusqu'au milieu de mai. Au printemps.précédemment. Quant à la descente. car l'été est venu. il est mieux d'attendre le mois de mai. C'est le premier stade de la neige des pénitents (nieve pénitente) et si le skieur ne veut pas devenir pénitent lui-même. en mai. Vous flânez durant des jours dans l'éclat lumineux des glaciers. Le soleil est si puissant à cette époque qu'il finit par exercer un pouvoir érosif considérable. même exposé au vent. le froid presque insensible. et c'est là un avantage qui n'est certes pas à dédaigner. plus la neige devient coriace et houleuse. au commencement de mai au plus tard. dangereuse. le skieur pourra compter sur une neige parfaite. Juin est également excellent. brusquement. lorsque la surface des neiges est suffisamment adoucie par l'action du soleil. de bon matin. C'est une neige confortable par excellence. et l'on monte sur la neige gelée. Mai est sans contredit la meilleure époque pour le parcours des glaciers en ski. séparés entre eux par des crêtes en miniature. à poursuivre sa campagne à pied. je ne puis m'empêcher de citer ici quelques lignes de mon ami Arnold Lunn. On pourra se passer de corde pour parcourir la plupart des glaciers. bien qu'en certaines régions. plus leur enneigement sera tardif ou minime. La neige qui ponte les crevasses n'a plus cette consistance poudreuse qui la rend si fragile . et finira par disparaître complètement sous l'action du fœhn et des pluies. Au printemps. son étonnante régularité. meilleure elle deviendra. Parfois il rentre dans la période transitoire de l'hiver au printemps. les Alpes ne sont plus merveilleuses qu'en mai. jusqu'à la rivière plus bas. Nul n'a réellement entendu le murmure des eaux. le terrain favorable ne commence guère qu'au-dessus de 3 000 mètres : c'est la zone des glaciers proprement dite. les améliore constamment et les rend bientôt insensibles à l'action du vent. les efforts de l'ascension sont bien diminués. le temps se rétablit généralement et. les séries de beaux jours sont fréquentes. mais. On évite ainsi tous les longs détours d'une piste en zigzags. vous atteignez quelque fenêtre ouverte suc les vallées et sur la verdure extraordinaire du printemps. et cela sans constater de variations sensibles dans la surface neigeuse. Dès le fin d'avril. sur laquelle vous glissez toujours à la même vitesse. et. Une fois sur les glaciers. Sa consistance plus homogène diminue le risque des avalanches. les glaciers s'améliorent considérablement et les crevasses finissent par se ponter solidement. — S'il est difficile de prévoir la durée d'une période de beau temps. Ce que nous allons dire des conditions nivales du mois de mai est encore valable en juin et même au commencement de juillet. le temps est presque toujours moins stable qu'en mai. Les avalanches sont évidemment plus fréquentes en mai qu'en janvier. En mai et juin. En hiver. « Jamais. Le danger d'enfoncer ces ponts est donc très minime. » Juin ne diffère de mai qu'en ce que la limite inférieure des neiges est encore plus élevée. Enfin. et cela à toute heure du jour. les beaux jours sont rares en avril. les avalanches ont un horaire et un cours beaucoup plus réguliers. Ce qui fait le charme de cette neige printanière. l'époque où le fœhn souffle avec le plus de violence. par contre. Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent. ce terrible ennemi des neiges. Le soleil les transforme. la traversée des eols glaciaires et l'ascension des cimes neigeuses. 99. hors de leur portée. en règle générale. mais une caravane de skieurs expérimentés courra moins de risques au printemps qu'en hiver. les jours sont longs. La limite inférieure des neiges est naturellement beaucoup plus élevée au printemps qu'en hiver. J'ai fait des courses à toutes les saisons et j'ai vécu durant des années parmi les montagnes . la neige est soumise alternativement à la fonte diurne et au gel nocturne. plus le beau temps dure. il est plus facile d'en prédire le début et surtout la fin. Sous l'action réitérée du soleil. Mais. Les neiges se tassent. en tirant ses skis derrière soi. Avril offre beaucoup d'analogie avec le mois de mars. Aussi longtemps que le beau temps persiste. Vers la fin du mois. elle conserve ce caractère cristallin particulier aux névés. elle est au contraire compacte et résistante. Vous pouvez partir en ski d'un sommet supérieur à 4 500 mètres et descendre d'une seule glissade jusqu'à la cabane. en effet. je sais qu'il n'y a pas de beauté égale à celle des montagnes en mai et pas de skiing comparable à celui du printemps sur les glaciers. alors que la neige peut. de par sa consistance. selon les années. en juin. l'enneigement ne commence réellement qu'en avril ou mai. le skieur alpin va trouver des conditions parfaites aux hautes altitudes. les avalanches peuvent tomber n'importe où. p. Plus souvent la neige sera fondue et gelée. la neige deviendra lourde. il fera mieux de clore la saison. c'est. et jamais les glaciers ne sont mieux couverts. c'est tout le contraire. leur beauté est faite de contrastes. d'une altitude même inférieure à 1 500 mètres. Les neiges se creusent de légers sillons ou d'entonnoirs circulaires. humide. écrit Lunn ( 1).

de munir certains refuges d'appareils de réception permettant de se rendre compte de la situation générale du temps. se déplace vers l'est. Les vents d'est et du sud-est sont les plus rares dans nos Alpes. S. Or. Le cycle dont nous voulons parler ici est constitué par des vents soufflant successivement du sud-ouest. Ils ont le droit d'exiger que les sociétés de développement mettent à leur disposition ces renseignements dans tous les centres du tourisme . Les émissions de 13 heures contiennent aussi la description générale de l'évolution isobarique en Europe. et mieux vaut ne pas être bloqué dans une cabane. mais le froid. tant qu'il s'y maintient. A ce moment. Ceux du sud-ouest sont les plus violents. Mais. plus les précipitations diminuent . le skieur ne peut évidemment pas consulter les bulletins météorologiques. de l'ouest. la voie la plus fréquente des minima et maxima à travers notre continent. Celui qui a éprouvé la violence d'une tempête en haute montagne peut seul comprendre les risques qu'elle présente pour la vie du malheureux qui s'est laissé prendre. de Zurich (Hongg) à 13 heures et 19 heures. mais il reste assez clair jusqu'au dernier moment. Si la dépression barométrique se déplace rapidement à travers notre continent. les vents d'ouest-sud-ouest ne tardent pas à tomber. Il commente brièvement la situation météorologique et prédit le temps du lendemain. hauteurs claires ». nous observons presque régulièrement un changement de vent. Les effets du vent dépendent non seulement de sa violence. Non pas que cette violence soit beaucoup plus grande en hiver qu'en été. au Congrès international de l'Alpinisme. car il ne sait jamais combien de temps elle durera. qui semblent surgir des vallées. Le ciel se voile légèrement. puis du nord et du nord-est. 30 et 19 h. puis sur les sommets. Au moment où cette dépression aborde la région de la Manche. pour reprendre peu après. puis il a tourné à l'ouest. 55 . une température élevée et de fortes précipitations sur le versant méridional des Alpes. Plus la dépression s'éloigne. Lorsqu'elle franchit notre méridien. C'est le moment psychologique pour entreprendre de grandes ascensions. 15. les effets de ces vents se vérifient d'une façon frappante sur toutes les arêtes et les faces orientées au sud-ouest. engourdit et démoralise bien vite celui dont la volonté et l'énergie ne seraient pas à toute épreuve. il y a plusieurs années. Ils soufflent rarement en phases déterminées. il doit se fier aux signes du temps. s'il ne porte pas de baromètre sur lui. A. si elle ne s'attarde pas dans la région des Iles Britanniques. le professeur A. en passant au nord des Alpes. de sorte que les dernières neiges tomberont généralement « de bise ». les deux prévisions journalières du bureau météorologique central sont répandues par radiotéléphonie de Lausanne à 13 h. et. . les isobares sont généralement plus ou moins concentriques et les vents prennent une direction tangentielle à celle dé cès isobares. les Alpes sont généralement évitées par le centre des dépressions et. m'écrit ML. qui accompagne toujours le vent. et nous y reviendrons plus loin. Autour d'une dépression barométrique. bien qu'ils apportent précisément le plus de neige. toutes luisantes au soleil. au moment où la dépression franchit notre méridien.Nous avons dit que les vents qui accompagnent les tempêtes de neige soufflent généralement du sud. Les bureaux téléphoniques communiquent ces prévisions contre une taxe minime de 20 centimes. Dès qu'une nouvelle dépression apparaît à l'ouest du continent. nous avons toutes les chances de beau temps. chaque bureau téléphonique doit posséder à partir de midi la prévision émise à 11 h. Lé vent redouble de violence. de sorte que les flèches indiquant la direction des vents sur la carte du bulletin décrivent une rotation inverse à celle des aiguilles d'une montre (dans notre hémisphère nord. Ce bulletin s'affiche également dans les principales villes et dans certaines stations de montagne. Celui-ci a commencé par souffler du sud. La phase transitoire entre le vent et la bise marque presque toujours la fin des précipitations. nous enregistrons une baisse de température. Puis des brouillards. C'est. elle annonce un changement de temps presque certain et plus ou moins imminent. à une altitude de 2 000 mètres. les vents prennent la direction même des isobares. Au cœur de l'hiver. nous avons vu qu'ils jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes Alpes. Ces propositions ont été publiées dans l'Alpina et ont amené le Comité Central du C. mais aussi de sa durée.représentant par des courbes isobares la pression barométrique telle qu'elle est répartie sur notre continent. sous le nom de bise. telles que les phases diurnes de la bise. Le cas le plus généralement observé est le suivant : la dépression barométrique venant de l'ouest (océan Atlantique). où les vivres peuvent manquer avant la fin de la tourmente. Cycle des vents. En arrachant la neige superficielle. à constituer une commission chargée de s'occuper de ce problème. du sud-ouest et de l'ouest. 15 à partir de 18 heures la prévision émise à 17 h. nous observons des vents du sud. en effet. et. En haute montagne. 1 En Suisse. Les vents du sud-ouest apportent dans l'air une certaine humidité qui va se condenser en brouillards au flanc des montagnes. Un maximum de pression barométrique s'établit sur l'Europe centrale et. enfin il saute assez brusquement au nord-ouest et au nord. A mesure que la dépression se rapproche. Comme conséquence. les bulletins météorologiques indiqueront généralement l'inversion de température dont nous avons parlé plus haut : « Brumeux dans la plaine . et le skieur prudent fera bien de fuir devant la tempête. mais plus grande que celle des autres vents. le ciel s'éclaircit et le froid augmente. envahissent la montagne. Les vents du sud présentent souvent les caractéristiques du fœhn. Leur intensité est généralement moins régulière. en soufflant du nord. En plus. soulève la neige en tourbillons. ces précipitations augmentent et s'étendent encore. de Quervahn. Ce sont là des augures infaillibles. et par conséquent dans toutes les Alpes). Elles permettront probablement de réaliser la proposition que je crois avoir été le premier à faire. sur la base d'une carte du temps qui n'est pas publiée. comme on le sait. En tout cas. les touristes disposent maintenant en Suisse de moyens rapides pour se renseigner. ils découvrent des rochers secs qui nous apparaissent plus noirs qu'en été et des parois de glace d'un bleu verdâtre. le temps dépend toujours de la répartition des pressions barométriques (1). qui est en train de se réaliser.

Tant que dure le beau temps. L'air est parfaitement calme. Le fœhn humide est peu connu : il souffle violemment du sud-ouest et peut provoquer des pluies même en plein hiver. Ceci est important. La houle qui se forme sur les champs de neige (et dont nous parlerons au chapitre suivant) est presque toujours due à l'action de la bise. le fœhn souffle du nord pour les mêmes causes et les mêmes raisons. tantôt humide. en montagne. Dans certains endroits abrités. jusqu'à de hautes altitudes. mais plus caractéristique que les autres vents. L'équilibre est alors rompu. le fœhn peut souffler et la pluie tomber par une forte pression barométrique. mais. Lorsque les vents du sud prédominent. et l'air du versant sud. En hiver. tous les vents sont froids et détestables pour celui qui n'est pas équipé en conséquence. nos vêtements absorbent toute cette chaleur. Or. Le fœhn est tantôt sec. le temps est presque toujours mauvais. Cette bise est plus froide et plus désagréable encore que les vents d'ouest-sud-ouest. à cause de la violence de la bise. nous n'éprouvons guère les températures diurnes que par le beau temps. Un thermomètre. montera en quelques minutes à 40 centigrades. étonnant a qui n'y est pas accoutumé et permettant des siestes en bras de chemise à 4 000 mètres d'altitude. pour peu qu'un vent se mette à souffler. il peut souffler en plein hiver et nous apporter des conditions printanières anormales. parce qu'elle coïncide régulièrement avec un sensible abaissement de la température. Même si le parcours d'une crête était possible. lorsque tous les nuages se sont dissipés. par suite du courant d'air. ravageant en quelques heures le tapis de neige encore épargné par les vents. Mais. imperméable à l'air comme à l'humidité. Mais. il est souvent impossible de tenter une ascension. diminue à mesure que la dépression barométrique s'éloigne. la bise peut souffler en ouragan. la température de l'air semble d'une douceur exquise. la chaleur solaire peut même devenir incommodante. et provoque toujours une élévation de température et une fonte considérable des neiges.La violence de la bise. Comme elle succède le plus souvent à des précipitations et que sa durée est généralement plus longue que celle des vents d'ouestsud-ouest. A ce moment. le froid nous paraîtra désagréable. C'est pourquoi un vêtement ad hoc. Le fœhn doit précisément sa chaleur et sa sécheresse à cette chute sur le versant nord. ces contrastes de température sont beaucoup plus sensibles en hiver qu'en été et finissent par éprouver sérieusement le skieur alpin. C'est un vent intermittent qui vient et passe. nous ne connaissons que le fœhn du sud (ou fœhn proprement dit). Il est provoqué par une forte différence de pression sur les deux versants des Alpes. Par un temps radieux. En haute montagne. par suite du contraste. il serait en tout cas fort désagréable. assez forte au début. plus les vents nous paraissent froids. tombe dans les vallées ouvertes au pied nord des Alpes. sur le versant opposé. ce sont précisément les vents qui règlent la température. Le skieur prudent restera donc chez lui ou attendra patiemment au refuge l'éclaircie désirée. car. ses effets sur les neiges sont aussi plus considérables. est indispensable. Le fœhn est moins fréquent. passant par-dessus la chaîne. Ce sont les fameuses séries dont nous avons parlé plus haut et qui sont plus stables encore que celles produites par les vents du nord. Or. Il est caractérisé par des périodes plus ou moins longues de ciel intensément bleu et de chaud soleil. E est ce que les Tessinois en particulier et les Italiens en général appellent la tramontana . Ou bien elle présentera une période diurne dont l'intensité sera maximale au milieu du jour. plus le soleil est chaud. Le fœhn sec (ou fœhn proprement dit) est moins violent que le fœhn humide : c'est une sorte d'atmosphère chaude qui semble absorber l'humidité de l'air. 1 Sur le versant nord des Alpes. elle produit une aspiration qui entraîne l'air des vallées. Cependant. Le fœhn est le vent typique du printemps. placé sur un habit étendu en plein soleil. Lorsqu'une dépression passe au nord des Alpes. succédant à la précipitation sur le versant sud de toutes les nuées formées durant son mouvement ascensionnel (1). où l'air ne circule pas.

la neige finira par disparaître complètement. Cette neige feuilletée est excessivement glissante et présente un charme tout spécial pour le skieur. sur les différentes espèces de neiges. les neiges poudreuses deviennent molles. nous allons la simplifier et l'ordonner quelque peu.CHAPITRE IV LA NEIGE ET LES AVALANCHES A. ou en neige croûteuse par le soleil ou le vent. chap. la neige n'est plus affectée que par deux facteurs sur trois : le soleil et la fonte. Dès son origine. Que savons-nous de la neige au point de vue scientifique? Sur les millions d'êtres qui la foulent aux pieds ou la parcourent en ski. si cette fonte persiste assez longtemps. un léger souffle de bise peut également produire une congélation fibreuse. et. Après deux ou trois jours. mais la durée du cycle est toujours limitée par deux chutes de neige consécutives. 4° Neiges printanières (ou névés). la neige poudreuse peut être transformée en neige molle par la fonte. le soleil la transforme peu à peu en neige printanière. et lorsque sa profondeur ne dépasse pas 20. Par contre. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. Il est probable que la prochaine décade verra paraître une monographie complète de la neige. Tant qu'elle n'a pas été abîmée par le vent ou la fonte. Le vent n'exerce sur elle plus aucune altération apparente. cette neige est poudreuse. Elle contient une grande quantité d'air qui s'échappe peu à peu. En attendant. Mais. Sous l'action d'une fonte persistante. elle forme des cristaux. Cette neige est poudreuse. Au cours de l'hiver alpin. causée par les rayons du soleil. 30 centimètres. douces et collantes. En quelques jours. à laquelle elle adhère fortement. Jamais elle ne colle. s'allongent et peuvent prendre l'aspect de feuilles. Une quantité de combinaisons intermédiaires sont possibles. ou névé. Au milieu du jour. Cette cristallisation (stage intermédiaire entre la neige poudreuse et la neige croûtée) est encore très favorable au ski. qui forme de longs cristaux. Trois facteurs peuvent alors intervenir et modifier sa consistance : le soleil. Nous adoptons ce terme de fonte pour caractériser une température générale de l'air supérieure au point de congélation (fœhn). 2° Neiges molles (collantes) . et son chapitre intitulé Snowcraft (1) — bien qu'il ne soit pas une étude scientifique proprement dite — nous donne. Moins il fait froid. Dès que la fonte se produit. Disons tout d'abord brièvement quelles sont les transformations successives de la neige. Arnold Lunn est probablement l'homme qui a passé le plus d'heures à scruter les neiges. mais cette transformation n'a généralement lieu qu'au printemps. parallèles à la direction du vent. est la meilleure neige pour le ski. (température de l'air inférieure à 0°. 2. Dans ce cas. aucun auteur n'en a poussé l'étude aussi loin que Lunn. des détails poussés jusqu'au raffinement par un skieur de premier ordre. Si le vent ne soufflait jamais et que la température fût toujours inférieure à 0°. la neige croûteuse peut disparaître. à moins que les skis ne soient préalablement mouillés par le passage dans une neige humide. II. qui craquent sous les skis comme des feuilles mortes en automne. 4. il en est bien peu qui se soient donné la peine d'étudier à fond sa consistance. Dans les endroits abrités et dans le voisinage des ruisseaux ou des marécages. à son tour. le soleil et le vent (indépendamment ou simultanément) contribuent à durcir la surface poudreuse. cette surface deviendra croûteuse. Dans ce cas. Une fois croûtée. il se forme sous les skis une couche de glace. la couche aura diminué de 30 à 40 %. à mesure que la neige se tasse. — NEIGES. Elle est produite en grande partie par la condensation des brumes qui stationnent durant la nuit auprès des cours d'eau. 3. elle s'améliore constamment sous l'influence du gel. légère. il est bien entendu que la température de l'air à l'ombre reste inférieure à 0°. plus vite elle se tasse. cette neige peut subir de légères transformations. Pour rendre sa synthèse plus claire au lecteur. Lorsque la fonte n'intervient pas. alors que la chaleur solaire est maximale. 1° Neiges poudreuses. Cette neige fraîche est loin d'être compacte. Nous sommes donc tout naturellement appelés à profiter de ses expériences et nous lui devons gré du temps et de la patience consacrés à ces recherches. Lorsqu'elle vient de tomber et que la température est inférieure à 0°. le cycle des neiges ne présentera que rarement la régularité chronologique 1. Nous pouvons donc classer les neiges en quatre grandes catégories : 1° Neiges poudreuses . Tout en restant poudreuse. et moins encore qui nous aient fait part de leurs expériences. par opposition a la fonte purement locale. Ces cristaux grandissent chaque jour. pour peu que la pente soit exposée en plein soleil. le vent et la fonte (2). 3° Neiges croûteuses (éventées) .) La neige tombe en cristaux hexagonaux. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. 1 Alpine Skiing. 2 . la neige fondra et sera croûtée par le gel subséquent (neige croûteuse).

Par contre. l'action du soleil (qui est beaucoup plus efficace sur ces pentes que sur des plateaux) précède généralement celle du vent et en annule les effets. 3° Neiges croûteuses (ou éventées). contrastant avec la surface des secondes. S. et spécialement au fœhn. Cette neige cartonnée. sur des pentes rapides (S. Ici. Ces croûtes sont généralement plus épaisses comme celles produites par le soleil et le gel. Le vent est venu: il a dissipé l'élément poudreux partout où sa densité était faible. Son action est donc tout d'abord érosive. mais peut se manifester également en plein hiver (1). Il faut distinguer quatre variétés de neiges croûteuses éventées (2) : 1. La fonte est due aux vents du S. présente superficiellement des parties plus denses que d'autres (densité due à l'action du soleil ou des vents primitifs).-W. le fœhn provoque une atmosphère lourde qui détruit la formation cristalline de la neige fondante et transforme cette neige en une pâte mouillée et lourde. une fois gelée. comme les rides formées par le zéphyr sur un étang. même s'ils sont humides. très commune dans les hautes Alpes en plein hiver. Elle est normale au printemps. Si le vent augmente en intensité ou en durée. les cristaux de neige s'agglutinent et la neige se tasse. et sur toute pente rapide en général. de par sa consistance. (température de l'air supérieure à 0°.) Au moment où la température de l'air devient supérieure à 0°. elle peut refondre sans plus jamais coller. 2 Nous appelons neiges éventées celles dont la croûte est due exclusivement à l'action des vents. sur les plateaux ou les glaciers exposés à la furie des vents (et principalement de la bise). La neige qui fond au soleil. la neige molle se couvre d'une croûte glacée. Ce phénomène s'explique de la même façon que celui des vagues. En outre. C'est ce que Lunn appelle : cake powder (poudre à gâteau). Par l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. Nous avons déjà parlé de la neige molle croûtée par le gel. plus ou moins épaisse selon le gel. Elles irisent la neige. b. et celles-ci se transforment en îlots de formes et de grandeurs variées. dont l'aspect est d'autant plus apparent que leur direction était parallèle à celle du vent principal. qui augmente sa densité. C'est une des neiges les plus désagréables au skieur.-W. semblables à ceux des névés. Les neiges éventées se distinguent des neiges croûtées par leur teinte crayeuse et mate. Vous aurez peut-être remarqué sur un champ de neige des traces de skis en relief. et qui sont d'autant plus gros qu'ils sont plus près de la surface neigeuse. la victime favorite des vents. est. Par l'action du gel sur une neige molle ou printanière . Leur hauteur dépasse à peine quelques millimètres. dans une atmosphère sèche.-E. peu glissante et très dangereuse sur lea pentes rapides (voir Avalanches). Voyons maintenant les effets du vent sur la neige poudreuse. Par contre. au contraire.. ne reprendra plus jamais sa consistance poudreuse originale. surtout à la fin d'une série de beau temps. Par l'action du vent sur une neige poudreuse . Sous l'action d'un vent violent et persistant. et c'est précisément cette consistance qui la rend propice au ski. perd rarement sa consistance cristalline et granulée. et la surface neigeuse devient dense et compacte. 4. voir Avalanches). Leur direction générale est perpendiculaire à celle du vent principal. Ceci provient de la formation de cristaux granuleux. Elle devient lourde et colle sous les skis. Les neiges croûteuses peuvent être formées : a. Elle reste. c. Lorsque le vent devient très violent. cette neige refondue ne sera jamais très glissante.). La neige poudreuse. Elle est très fréquente dans nos Alpes. Après la fonte et dès que la température tombe au-dessous de 0°. Sur les pentes latérales. Le troisième stade de détérioration correspond à la formation d'une véritable croûte. Le passage des skis dans la neige exerce sur elle une certaine pression. Elle est également contraire à 1 Le fœhn a toujours sur la neige un effet plus nuisible que le soleil. La formation des vagues procède à l'inverse de celle des dunes de sable. on trouvera rarement cette neige en vagues. les légères strates (mentionnées au premier stade) se transforment en de véritables vagues qui peuvent atteindre plus d'un demi-mètre de hauteur. lourde et lente. Il faut précisément de vastes étendues pour laisser libre cours aux forces déchaînées du vent. semblable à celle des vents sur les nuages (stratus) ou sur les sables (dunes).. C'est la neige cartonnée. son action sédimentaire s'accroît naturellement. durcie par le vent. La neige poudreuse. 2. Nous appellerons cette neige neige stratifiée. Un léger vent (d'où qu'il provienne) exerce sur la neige poudreuse une sorte de stratification. sèche et légère. si désagréable au skieur. stratifiée durant le premier stade. est très dangereuse parce qu'elle forme des gonfles (qui crèvent sous le poids du skieur) et des avalanches connues sous le nom de planches de neige (Schneebrett . Ces strates correspondent aux zones les plus résistantes de la surface neigeuse.. La neige. et l'érosion a laissé en relief deux barres neigeuses. Ce sont de beaucoup les plus intéressants et les plus compliqués. 3. Bien qu'elle n'adhère jamais aux skis. les arêtes proéminentes font face au vent et soustraient à son pouvoir érosif une surface légèrement inclinée vers l'arrière. creusant toujours davantage autour de leur base. il arrache la neige tout autour de ces parties denses. Le vent a seul le pouvoir de former une croûte sans que la neige fonde préalablement. S. Lorsqu'on parcourt ces neiges en ski. . Cette neige en vagues (en norvégien : skavla est la surface la plus atroce qu'il soit donnée au skieur de parcourir. L'épaisseur de cette croûte varie entre un et plusieurs centimètres et casse irrégulièrement sous le poids ou les ébats du skieur. on n'éprouve qu'une très faible résistance. une fois fondue.2° Neiges molles. Il attaque les flancs des îlots qui lui sont opposés.-S. sans perdre complètement sa consistance poudreuse originale.

Sa consistance perforée a l'avantage d'offrir aux skis une certaine résistance. Ou bien. sauf de rares exceptions favorisées par une chute de neige récente. Elle est composée d'une croûte solide. Elle doit son nom à une quantité de petits trous qui peuvent avoir le diamètre d'une pièce d'un sou. le vent tombera avant que le processus soit achevé.. au lieu de les crever de leurs pointes. La croûte « filmée » est merveilleuse pour la glissade en ligne droite. même si elle n'est pas glacée. Les skis n'y laissent aucune trace et dérapent latéralement.provoquera un pénible dérapage. De bon matin. — Celle-ci est beaucoup plus rare. l'action alternée du soleil et du gel. qui rendront les glissades scabreuses. les vagues n'existent pas. par contre. Il y a donc simultanément érosion et sédimentation. cette croûte est mince et cassante. parce que le soleil ne les frappe que sous un angle très aigu. « On la trouve. qui sont finalement arrachées par le vent et lancées au loin. cette croûte fond superficiellement et devient skiablé. — même si la pente est généralement méridionale). ce terrain présentera des croûtes d'épaisseur très variable. pour devenir de plus en plus compacts et granuleux sous. les vagues se durcissent. Sur les parties du champ de neige où la densité superficielle était parfaitement régulière (éventualité toujours possible). C'est pourquoi les cols glaciaires et les cimes neigeuses ne sont généralement pas accessibles en ski au gros de l'hiver. très mince. on peut dire que la solidité de la croûte superficielle est directement proportionnelle à l'inclinaison de la pente et à son orientation méridionale. du reste. Au milieu delà journée. Au début. Plus on s'élève dans les hautes régions. La surface est dure et croûteuse. La neige une fois croûtée. par exemple. sous l'effet du fœhn. le soleil fondra la neige. plus elle sera propice au skieur qui la parcourt de jour. ce film de glace molle est rasé et procure une excellente friction qui empêche tout dérapage. Nous appellerons donc cette dernière catégorie : neiges printanières. Comme le terrain parcouru par un skieur varie à tout moment d'inclinaison et d'orientation (dans ses détails. avant le lever du soleil. l'action du soleil sur une neige croûtée (et surtout éventée) est plus particulière au printemps. Elle comprend toutes les sortes de neiges . Sous l'action alternative du soleil et du gel. la vitesse peut être modérée en virant. Elle perd sa teinte mate et brille au soleil. L'action du soleil sera maximale entre 12 et 14 heures environ sur une pente orientée en plein sud et dont l'inclinaison est normale par rapport à ses rayons. et sous l'action du soleil printanier. Par contre. n'est plus affectée que par deux facteurs : le soleil et la fonte. écrit Lunn.et la croûte solide. c. sur des glaciers couverts de croûte « filmée ». Plus la pente est rapide et plus la croûte était solide durant la nuit. la croûte moyenne freinera sur les arêtes des skis (les virages impossibles). La poussière neigeuse entraînée par son souffle va se heurter violemment aux vagues en formation et finit par y adhérer en partie. la croûte s'épaissit et devient de plus en plus dure. après avoir complètement ravagé les hauts plateaux glaciaires. la sédimentation et l'érosion cessent lentement. Lorsque le processus de fusion diurne et de gel nocturne se répète jour après jour sous un ciel sans nuage. les pentes nord peuvent conserver leur neige poudreuse des semaines. aux basses altitudes et au début du printemps. séparant des espaces de neige encore poudreuse. Nous venons de voir que l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse produit une neige croûteuse. C'est une délicieuse surface de glissement. Lorsque les skis commencent à tourner dans le virage. parce qu'à tous moments. Peu à peu. Le jour. L'élément poudreux une fois épuisé. nous avons déjà mentionné deux premières modifications (cristallisation) qui n'étaient. Lunn a distingué différentes espèces de croûtes que nous allons brièvement passer en revue : a. qui brille au soleil comme de l'argent en fusion. et par un beau gel).la formation des vagues sur l'eau. Mais l'action du vent n'est pas exclusivement érosive. Plus le pente sud est rapide. En plein hiver. b. se couvrira d'une croûte. juste suffisanté pour éviter le dérapage. Elle est également commune en mai et juin sur les glaciers. plus la neige est dure et soufflée. la surface de ces vagues finit par se glacer. mais elle reste plus ou moins unie. une croûte dure et glissante que nous appellerons. et sa formation n'est pas encore bien expliquée. La densité de la neige étant maximale à sa surface. il arrive que l'érosion découpe des plaques de neige. Croûte filmée. Il nous reste encore à voir quelle est l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse.n'offrant aucune résistance latérale. les effets du soleil sur ces pentes seront directement opposés à ceux du gel nocturne. 4° Neiges 'printanieres'. sa puissance n'étant guère suffisante avant cette époque. bien entendu. Cette dureté devient parfois si grande que les skis se brisent contre elles. En étudiant attentivement la consistance des neiges sur ces pentes sud. A température égale (de nuit. Rien n'est plus excitant qu'une glissade au lever du jour.. croûtemarbrée. L'effet du soleil sur la neige dépend beaucoup plus de l'inclinaison et de l'orientation de la pente neigeuse que de la durée de l'insolation. Nous trouverons là du « carton » ou de la « poudre à gâteau ». Le jour. avec Lunn. gelée durant la nuit. Même si l'on chemine à pied. La fonte peut intervenir à n'importe quelle saison. Croûte perforée. il faut de bons clous à ses souliers. En parlant de la neige poudreuse. plus l'action solaire y sera puissante. et nous rencontrons alors des vagues à moitié formées. que favorables au skieur. avons-nons dit plus haut. ou un coup de piolet pour pouvoir avancer. mou et transparent. couverte d'un film glacé. La croûte mince cassera. Elle forme des cristaux qui conservent un certain temps leur caractère feuilleté. et cette neige.

Aussi longtemps qu'elle conserve cette consistance granulée. caractérisées par le glissement d'une couche superficielle. c'est-à-dire les avalanches qui arrachent la neige jusqu'au sol. il faudra bien quelques années au skieur alpin. bien entendu). plus ou moins épaisse. La stabilité d'une pente neigeuse ne dépend pas uniquement de son inclinaison.croûteuses et éventées dont nous avons parlé précédemment. Une pente rapide (et concave par exemple) dont l'inclinaison diminue progressivement pour finir en horizontale est infiniment plus sûre (2) qu'une pente convexe dont la partie inférieure est plus inclinée que la partie supérieure. la neige printanière. pour ainsi dire. la neige printanière retrouve tous ses charmes. Mes amis Maurice Croftez. sous une forme nouvelle. La formation neigeuse la plus rebelle à l'action du soleil printanier est naturellement la neige en vagues (skavla). possède un instinct qui ne la trompe guère. . Toute pente dominant une paroi rocheuse est naturellement plus dangereuse. Ce sont : les formes topographiques. car la neige recouvrant la pente douce est. Renonçant habilement à toute pédanterie scientifique. Des pentes qui s'incurvent brusquement après avoir été faibles sont toujours sujettes à caution. Lunn s'adresse au skieur tout simplement. celle-ci ne s'améliore pas avant la prochaine précipitation. que ce poids spécifique est le quotient de deux chiffres indiqués journellement par nos bulletins météorologiques (hauteur de la couche de neige fraîche et hauteur de précipitation en millimètres d'eau). Lorsque la croûte commence à fondre sous l'influence du soleil. Mais il sondera toujours avec son bâton ce qu'il ne peut scruter du regard. Le processus de fonte diurne et de gel nocturne. Les indications météorologiques sont trop générales pour remplacer les observations personnelles faites sur place. Tout cela est très joli en théorie. il ouvre les yeux et tâte la neige. a bien voulu m'autoriser à traduire ici le chapitre IV de son Alpine Skiing. — et cela en dépit de toutes les belles théories. en mai et juin. c'est. Joseph Knubel et Casper Grass n'ont probablement jamais enfin parler de poids spécifique. SCHUSSFAHRT 2 Nous emploierons ce qualificatif pour toute pante où la neige est stabilisée. mais encore de l'inclinaison des pentes supérieures ou inférieures. l'action irrégulièr» des vents. et j'ai ajouté. les pentes concaves sont plus sûres que les pentes convexes. par-ci par-là. ou de glace. Cette neige granulée est familière aux skieurs printaniers et leur offre une excellente surface de glissement. et le skieur se meut en toute liberté. des pentes même très faibles ont été envahies par des avalanches détachées de pentes supérieures. les vents n'ont presque aucune influence sur les neiges (sauf le fœhn.. la topologie du terrain. des théories et des principes désormais acquis. il est bon d'examiner les conditions préliminaires qui favorisent la formation de ces avalanches.. Les conditions préliminaires sont celles qui précèdent la chute de neige. un des grands avantages du ski printanier. Les avalanches peuvent être divisées en deux classes : les avalanches de fond (Grundlawineri). Peu à peu cependant. et lui parle de ce qu'il ne devrait pas ignorer avant de s'aventurer en montagne. que ces bulletins météorologiques nous indiquent la direction des vents. tout comme le chamois. il y a peu de chances que la neige recouvrant la pente supérieure puisse supporter la traction inférieure au point où la pente s'infléchit. Cependant. Avant de discuter des avalanches en général et d'analyser plus exactement leurs subdivisions. on ne trouve plus en haute montagne qu'une neige parfaitement régulière. sur une couche de neige durcie. elle permet de très belles glissades. Kygrr. Les skis glissent sans y enfoncer. et cependant je préférerais beaucoup mem cr avec eux pour traverser les Alpes en ski. comme nous l'avons dit. peut être excessivement dangereuse lorsqu'elle se termine rapidement. A cette époque. alors que le sol en est encore dénué. Je ne me suis pas attaché aveuglément à son texte . Dans ce cas. cristalline ou granulée le jour. Certes. quelques notes personnelles. E. la neige poudreuse est très rare au printemps et tout à fait inconnue aux basses altitudes. c'est sa parfaite régularité. plutôt qu'avec nos physiciens les plus illustres. Une pente qui pourrait offrir toute la sécurité désirable si elle finissait en mourant. — et les avalanches superficielles. elle présente une quantité de cristaux granuleux et brillants. La neige printanière a sur la neige poudreuse un gros avantage : une fois abîmée par les vents. adoucie par les premiers rayons du soleil. se prolonge au cours du printemps.. sur des pentes invisibles et pour des causes objectives. et celles dont l'inclinaison diminue plus sûres que celles dont l'inclinaison augmente vers la base. qui fondent à leur tour sous la puissance toujours croissante du soleil et finissent par se cristalliser sous forme de névés. Ce sont les neiges typiques du printemps. Les pentes qui l'hiver sont généralement houleuses et balayées parle vent. les pressions barométriques et la prévision du temps. les avalanches peuvent se détacher bien au-dessus de lui. l'inclinaison et la nature du terrain sur lequel va reposer la neige. car un glissement superficiel (qui serait anodin si la pente se terminait en mourant) peut être fatal pour un skieur entraîné vers les rochers inférieurs 1 On a tant écrit sur cette question des avalanches qu'il serait outrecuidant de vouloir exprimer. Si la neige poudreuse est le rêve du skieur hivernal. un des skieurs les plus versés dans la matière. B. tandis qu'après deux ou trois jours de soleil seulement. Idetboden.. j'en ai supprimé tout ce qui me paraissait inutile (ou même douteux).. présentent au printemps une merveilleuse surface de glissement. en état de suspension. mais en pratique?. Pour acquérir cet instinct. Mes lecteurs lui en sauront gré autant que moi. Elle ne bénéficie plus du support naturel que procure une base concave finissant en pente douce. — AVALANCHES1. En général. Arnold Lunn. déjà signalé en plein hiver. Il est entendu que le danger des avalanches est une fonction directe du poids spécifique de la neige (ie poids d'un mètre cube de neige varie entre 50 et 800 kilogrammes). on a rarement observé des avalanches glissant sur des pentes d'une inclinaison inférieure à 23°. La principale transformation est celle des neiges éventées. Jusqu'à présent. La consistance si variable des neiges. est tout aussi bonne et même plus sûre. Par contre. Lorsqu'il sent le danger. Ce qui caractérise la neige printanière aux hautes altitudes. telles sont les notions qui serviront à guider le skieur et a le préserver du danger qui le menace. les surfaces les plus houleuses se nivellent et. enfin. La transition entre l'hiver et l'été n'est pas définie. Le montagnard. durcie et gelée la nuit.

ou parcourues seulement lorsque les conditions offrent une sécurité absolue. De gros éboulis offrent une excellente garantie contre le danger des avalanches. est beaucoup plus sûre qu'une pente de gazon. vous serez étouffé par la pression. la masse neigeuse nécessaire pour former une véritable avalanche est infiniment plus considérable. resserrée entre deux versants rapides. toute la masse neigeuse s'effondre en glissant. Bien des skieurs s'en sont tirés indemnes. — par opposition aux avalanches de vieille neige mouillée. envahissant le fond de la vallée. Elle du reste beaucoup avec la consistance de la neige. réalise précisément ces conditions : l'avalanche ira butter et s'entasser contre elle. De même. Je propose le nom de glissement neigeux (snow-slide) pour désigner ces petites avalanches qui ne sont dangereuses que lorsqu'elles entraînent le malheureux vers un terrain coupé. nous avons examiné les conditions préliminaires: nature du terrain avant la chute de neige. 1 On appelle neige poudreuse sèche celle qui tombe par de grands froids. ce qui exigera quelques efforts pour regagner le point atteint. Je réserverai. hivernales . Mais une avalanche qui suit le fond d'une vallée étroite. S'il s'étrangle. Une forêt épaisse offrira une sécurité suffisante. La nature du terrain sous-jacent est un facteur d'importance vitale. au commencement de l'hiver ou à la fin du printemps. Mais. par exemple. au cours de l'hiver. CLASSIFICATION DES AVALANCHES. Jusqu'ici. et le skieur sera écrasé entre l'arête et l'avalanche. sans être retenue par les éboulis sous-jacents. par contre. ces éboulis se couvrent de neige. moins inclinées. et cela uniquement parce qu'ils avaient réussi à se maintenir à la surface de l'avalanche. et la glace est naturellement la pire de toutes les surfaces. De fait. au moment où la neige force son chemin entre les parois resserrées du couloir. plus le rôle de la surface sous-jacente originale devient négligeable dans le problème des avalanches.La chance d'échapper à une avalanche dépend beaucoup de la nature du terrain où elle finit par s'immobiliser. Une herbe que l'on ne fauche jamais finit par se coucher en aval et présentera une surface excessivement glissante. surtout au commencement de l'hiver et à la fin du printemps. après avoir été charriés sur plusieurs centaines de mètres. Une couche fortement croûtée. 4° Avalanches de vieille neige mouillée (Grundlawinen des anciens auteurs). mais. bien qu'une grosse avalanche. inclinaison et formes topographiques de la pente sur laquelle l'avalanche se détache. le nom d'avalanche à toutes celles qui sont assez puissantes pour engloutir le skieur et le tuer éventuellement. 2° Avalanches de neige fraîche humide (c'est-à-dire «le neige poudreuse qui a commencé à fondre. par exemple. sur laquelle une nouvelle couche pourra glisser à son tour. est très dangereuse. Bien qu'une mince couche de neige (quelques centimètres à peine) soit suffisante pour former un glissement (surtout si cette couche repose sur de la glace). 1° Avalanches de neige poudreuse sèche (1). de sorte que la nature du terrain sous-jacent et les aspérités éventuelles qu'il présente ont une très grande importance. L'herbe régulièrement coupée est généralement courte et drue en hiver. Un autre facteur important est l'épaisseur de la couche neigeuse. De telles vallées doivent donc être évitées. si vous êtes surpris par une avalanche dans un couloir. Les nuées de poussière neigeuse sont communes dans presque tous les types de grosses avalanches. Une avalanche glissant sur cette pente ira s'entasser contre l'arête. ou que l'avalanche s'étalait en éventail sur les pentes inférieures. Heureusement. Une grosse moraine. vos chances de salut sont plus grandes lorsque le couloir s'élargit au-dessous du point où vous avez été atteint. la neige s'y attache parfois très fermement et transforme la pente glacée en pente neigeuse. Un danger analogue est à craindre partout où une arête tributaire strie la pente. Il arrive parfois qu'une couche superficielle se détache et entraîne le skieur. 3° Planches de neige (Schneebrett) . parce que la victime est engloutie dans la neige et que cette neige. Les trois premières sont des avalanches gén. couverte d'arbres ou de buissons. Elle offre par conséquent un meilleur support à la neige. Le torrent coulant au fond de cette vallée exerce une forte érosion sur la neige qui le recouvre. les inconvénients se réduiront à une perte d'altitude et de temps. A certaines époques. Les anciens auteurs subdivisaient les avalanches en Grundlawinen (avalanches de fond) et en Staublawinen (avalanches poudreuses). sera presque toujours fatale. lancée en pleine course. dont la croûte a été foncièrement fondue) . et cette neige peut s'effondrer brusquement. si le glissement entraîne le skieur par-dessus une paroi rocheuse ou dans une rimaye. se congèle instantanément par suite des pressions latérales. beaucoup d'avalanches sont superficielles et glissent sur une couche de neige durcie . car une avalanche de fond peut très bien être composée de neige poudreuse et donner l'illusion d'une Staublawine. des avalanches typiques de printemps. persistant même après sa chute. les dernières. puisse facilement écraser les buissons et même les arbres. surtout lorsqu'elles ne sont jamais fauchées. Les pentes de gazon rapides offrent une surface dangereuse. Une pente jonchée de blocs rocheux. il est parfaitement indifférent pour lui que l'avalanche soit plus ou moins épaisse. plus l'hiver avance. si l'on a soin d'éviter les clairières ou les couloirs qui sont la voie préférée des avalanches. Elle ne forme pas de pelotes et ne colle pas . comme le bord d'un précipice. Cette classification me paraît défectueuse. Je préfère donc diviser les avalanches en quatre classes principales : 1° Avalanches de neige poudreuse sèche . Le fond d'une vallée n'est pas seulement dangereux pour les raisons que nous venons d'indiquer. Si la pente finit en mourant. Mais. surtout lorsqu'elles tombent de hautes parois rocheuses. cou verte de neige molle. au contraire.

comme elle est également détestable pour le ski. les pentes sud sont généralement dégagées de leur neige superficielle. Celle qui reste fond le jour et gèle la nuit. il est vrai. Quelques jours de beau temps rendent la plupart des pentes nord absolument sûres. sans chute. sur une pente sud. cette croûte peut devenir douce ou cassante. Une forte hausse de température peut rendre une pente croûtée dangereuse à son tour. De jour. De petits glissements sont naturellement possibles. mais ces avalanches tomberont généralement dans les deux ou trois jours qui suivent la chute de neige . la neige fraîche contient une grande quantité d'air. Sous l'action du fœhn humide ou d'une fonte générale. J'ai souvent expérimenté la neige fraîche à de basses températures et j'ai constaté qu'il était presque impossible de détacher une avalanche sur une pente inférieure à 35° d'inclinaison et à 100 mètres de hauteur. Après quatre ou cinq jours de ce régime. La violence du courant d'air augmente encore lorsque le flux s'engouffre dans un espace resserré. Les avalanches de neige poudreuse sèche vraiment dangereuses n'ont lieu que sur des pentes longues et rapides. mais. à condition qu'elle présente une neige poudreuse cristalline.Avant d'être tassée. son poids et sa cohésion augmentent. Même une fois tassée. humide et dangereuse. L'avalanche engendre un courant d'air excessivement puissant et destructif. Mais. Sa fluidité est énorme et sa friction interne presque nulle. suspendues comme celles de la lave après les éruptions volcaniques. qu'elle diminue vers la base et qu'elle ne surplombe pas une paroi rocheuse. les pentes sud sont débarrassées de leurs avalanches. suivant la quantité de neige mise en mouvement. surtout lorsque la surface sous-jacente est durcie. couverte de croûte dure. une avalanche tombant sur un versant de la vallée peut en détacher d'autres sur le versant opposé. vous verrez souvent de grosses avalanches de fond. toujours dangereuses. 7. on peut voir dans l'air des particules neigeuses. c'est le courant d'air qui la précède et qui. celle du vent est la plus dangereuse. il peut rendre la neige douce. et la neige qui les recouvre encore n'est plus qu'une croûte plus ou moins dure et glissante. même lorsqu'ils se trouvent en dehors de la voie de l'avalanche. ou. Par un fœhn violent. D'autre part. les pentes sud sont généralement plus sûres que les pentes nord. il affecte rarement les pentes nord. par contre. quand le vent persistant accumule de grandes quantités de neige derrière des arêtes par le beau temps et le froid. C'est surtout une avalanche d'hiver qui n'a pas besoin de soleil ou de fœhn pour descendre . la pente sud sera croûtée et offrira une sécurité suffisante. les skis ne glissent pas dans cette neige lorsqu'elle est à l'ombre. mais de telles hausses de température sont rares en hiver. Parmi ces pressions. une pente n'émettra plus d'avalanche avant de recevoir une nouvelle chute de neige. presque aussi destructives que celles qui tombent au printemps. Dans l'Himalaya. 1 Ceci parce que la neige est tassée et par le fait que la friction interne de la neige cristalline est plus grande que celle de la neige poudreuse. ordinairement (sauf au printemps). même en plein hiver. sinon les accidents seraient beaucoup plus fréquents. « Cette avalanche est foudroyante et la plus dangereuse de toutes pour le skieur. Cette neige fraîche humide est très dangereuse. une foi croûtée. Lorsque souffle le fœhn. Davantage même. Des arbres et des maisons peuvent être balayés. Sur une pente sud rapide. Ce qui la rend particulièrement dévastatrice. » (Ski. lorsque la couche de neige est suffisante pour former une grande avalanche. A moins d'être très violent. Mais. les pentes nord conservent généralement leur neige poudreuse plusieurs aux skis. emporte les maisons des villages. 2° Avalanches de neige fraîche humide. Elle se produit après des chutes de neige tombée par de grands froids. Après quoi. elle en conserve encore une certaine quantité. sans qu'ils aient aperçu une particule de neige. couche des forêts entières de l'autre côté de la vallée (Val Ferret). Celles qui sont très longues et rapides (ou qui dominent des parois rocheuses) restent. peut jeter un char de fumier attelé de deux chevaux et le cocher d'un côté de l'Inn à l'autre. au-dessus de 6 ooo mètres environ. la neige tombera à une température supérieure à zéro. Les charmes sont du reste minimes à ce moment-là. ces glissements s'arrêteront après quelques mètres. tel que le fond d'une vallée étroite. plus fertiles en avalanches. Au printemps et aux hautes altitudes. L'effet de la fonte donne à la neige cette cohésion et cette densité qui lui manquent précisément lorsqu'elle est encore sèche et poudreuse. Par un jour sans vent et une température au-dessous de zéro (à l'ombre). le danger des avalanches poudreuses sèches peut durer un jour ou deux. C'est celle que le vent soulève en fumées sur les crêtes et qui vient se déposer dans les bas-fonds à l'abri du vent. D'autre part. Le fœhn sec est beaucoup moins dangereux que le fœhn humide. L'humidité de l'air sature la neige et augmente son poids. L'hiver. Mais. la neige est bientôt fondue de part en part. elle part à toute heure de la journée ou de la nuit et est à redouter encore longtemps après la dernière chute de neige. de sorte que les avalanches de fond sont normales. ils seront souvent tentés de traverser une pente sud où la neige poudreuse est précisément en train de fondre. et le danger des avalanches également. car il n'a jamais le temps de se sauver. en règle générale. Elles sont. mais coule entre les doigts comme du sable fin. je n'hésiterais pas à traverser toute pente inférieure à 35° d'inclinaison. Dès que la neige poudreuse est soumise à une fonte superficielle (provenant soit d'une hausse de température. le danger des avalanches diminue sensiblement ( 1). peu de skieurs se mettront en route en ce moment-là . . Parfois. ou si le froid suit immédiatement une chute de neige humide. XVIII. mais. Lorsque la neige poudreuse s'est transformée en neige cristalline (c'est-à-dire lorsque la poudre légère et sèche a été convertie en cristaux de grandeur appréciable). toutes les pente rapides (et beaucoup de pentes modérées) deviennent très dangereuses. Une forte pression externe est nécessaire pour la détacher. deux ou trois jours clairs et froids rendront aux pentes nord toute leur sécurité.) Après une forte chute de neige. Après deux ou trois jour de beau temps. Longtemps après la chute de l'avalanche. Un coup de vent peut transformer une vallée en une véritable souricière. il est toujours très dangereux de faire du ski en haute montagne. soit de l'action solaire).

et ceci augmentera les difficultés du diagnostic. c'est presque toujours le contraire : les avalanches printanières sont provoquées par la température générale de l'air et l'état de l'atmosphère. Au printemps. Si le vent est violent. Cette sorte de neige est produite par la fonte de la croûte superficielle. La poudre printanière est la plus dangereuse de toutes. les chutes de neige sont généralement accompagnées de vent. lourde. La neige étant presque imperméable aux rayons solaires. Elle est formée par une croûte durcie de neige soufflée. sous l'action combinée du soleil et du vent. Une formation plus dangereuse encore est la planche de neige (Schneebrett). Comme elle se rencontre généralement sur les pentes nord. L'expansion et la contraction résultant des changements de température affectent différemment les couches de densités et de caractères 1 Une neige est dite nouvelle lorsqu'elle n'a pas encore été croûtée et vieille lorsqu'elle est croûtée. que par l'action du soleil. La couche supérieure et la neige sous-jacente sont soumises à des tractions différentes. Pour que deux neiges de densités différentes forment un tout homogène. Elle se rencontre sur les glaciers et. . Celle-ci peut être une neige douce ou une croûte durcie. Nous dirons donc qu'une neige poudreuse est nouvelle tant qu'elle reste poudreuse. La poudre printanière. Toute arête divisant une pente balayée par le vent présentera un côté exposé au vent (windside) et un côté abrité du vent (leeside). C'est une erreur commune de croire que les pentes sud sont plus dangereuses que les pentes nord. les skieurs ignorants sousestiment son danger. Scbneebrett). quoique désagréable au skieur. Dans les deux cas. nous l'avons dit plus haut. Cette poudre sèche repose souvent à même le sol. Les effets du vent (dénudation des arêtes. sont des exemples à petite échelle. une fois transformée en croûte dure. sèche et légère de neige hivernale. Une neige soufflée peut naturellement se couvrir d'une nouvelle couche. ou poudreuse que la neige poudreuse ordinaire . l'intimité du contact entre la planche neigeuse et la neige sous-jacente est sujette à caution. La neige soufflée (ou éventée) est plus lourde et plus adhésive que la poudre ordinaire. Pratiquement. au lieu d'être en contact intime avec la neige sous-jacente. les combes neigeuses conduisant aux cols glaciaires et les champs de neige les mieux abrités reçoivent la plus grande quantité de neige. et elle est plus propice aux avalanches. une haie. 3° Planches de neige (Windslab . Un mur. il faut précisément une température supérieure à zéro. Mais la direction des vents change d'un jour a l'autre. des avalanches de neige fraîche humide. En hiver. Ceci est un facteur absolument nécessaire à la fusion commune de deux couches successives de neiges différentes. C'est l'avalanche la plus traîtresse de toutes. une neige tombée en juin peut être transformée en croûte et vieillir en moins de vingt-quatre heures. du reste) des planches de neige. sur une pente exposée au vent et striée par des arêtes minuscules. à une petite échelle. Elle est plus humide et plus cohésive que la neige poudreuse sèche. nous nous sommes occupés de neige soufflée (ou éventée) dont la consistance poudreuse peut être douce. il sera très méfiant en traversant le côté abrité d'une arête. Elles doivent cependant être distinguées des avalanches de vieille neige humide. neige en vagues). la température est généralement bien inférieure à zéro. elle reste très favorable au ski et devient par conséquent très tentante. La neige arrachée du versant exposé au vent viendra se déposer sur le versant abrité du vent. Le skieur devra observer très attentivement les effets du vent. Une croûte tout comme une neige douce (formée par la fonte d une croûte superficielle) sont donc toutes deux des vieilles neiges. parce qu'au moment où d'autres pentes sont abîmées par le soleil. Elle se détache plus facilement de la surface sous-jacente. enneigement des versants abrités) se manifestent tout à la fois à une grande et à une petite échelle: à une grande échelle lorsque les combes neigeuses sont alimentées par la neige arrachée aux arêtes qui les dominent . ce carton. « poudre à gâteau ». Lorsqu'il remarquera que des neiges ont été exposées à sa violence. Les planches de neige ie se forment qu'à la longue. C'est précisément ce carton que l'on appelle planche de neige. Bien qu'elle offre encore une excellente surface. peut former par endroits une voûte. dense ou légère. suivie d'un nouveau gel. 2 Certains auteurs font une différence entre le Schneeschild (gonfle) et le Schneebrett. La gonfle est simplement un cas particulier (assez rare. La neige cartonnée. Il faut être excessivement prudent en traversant une pente où la neige s'est accumulée sous l'action du vent. la poudre printanière est très propice aux avalanches. c'est-à-dire d'une neige fraîche (1). la neige sera chassée en tourbillons par-dessus des arêtes et viendra se déposer sur les versants abrités ou dans les combes. Cette neige perdra peu à peu sa consistance poudreuse. par contre. C'est pourquoi elle tend à glisser durant les heures chaudes de la journée et doit être abordée avec toute la prudence nécessaire. elle présente dans bien des cas une sécurité suffisante. Parfois cependant. de sorte que la neige qui tombe (soufflée par le vent) ne s'attache pas facilement à la neige sous-jacente. La neige soufflée. sera d'une densité différente de celle de la neige sousjacente. par conséquent plus dangereuse. Dans les hautes Alpes. elle peut rester longtemps poudreuse sous une croûte dure et soufflée. comblement des trous. Les pentes épargnées par le vent au moment de la tempête sont ravagées par la bise dès que le temps s'éclaircit. Des avalanches de poudre printanière sont. la plus difficile à prévoir et la plus incalculable comme effet. cette différence n'existe pas. etc. à proprement parler. comme toute pente où la neige s'est déposée en tourbillon. D'autre part. qui laisse un espace creux (gonfle) entre le carton et la neige sous-jacente. Jusqu'ici. repose invariablement sur une croûte dure. La neige chassée d'un versant à l'autre peut être plus ou moins dense. est une croûte dure et glissante. formée par le vent. Sa densité étant différente de celle de la neige sous-jacente. ou encore neige cartonnée. . de façon à produire une fonte. Ainsi. elle tend à se décoller de sa base (2). dû au fait que l'endroit ou se forme la gonfle est plus ou moins excavé. tandis que la poudre printanière provient de la fonte d'une neige poudreuse. ou bien elle présentera une de ces croûtes dues au vent (neige stratifiée. On a prétendu que ces gonfles se formaient à l'abri du vent et le Schneebrett sur les pentes exposées au vent.jours.

Le bruit des grandes avalanches alterne avec celui des petits glissements et les parois se renvoient des milliers d'échos. Au printemps. Ces planches de neige peuvent s'effondrer à n'importe quelle température. Ces deux croûtes présentent un contraste fort instructif. Livintsu. Dans l'après-midi (et aux basses altitudes bien avant midi). Il n'existe pas. vous aurez toutes les peines du monde à vous en dégager. La planche de neige est la variété la plus dangereuse et la plus décevante de toutes les avalanches. on peut la considérer comme absolument sûre. par une brusque tempête de fœhn. L'expert pourra très bien différencier ces deux croûtes: la planche neigeuse est généralement composée d'une neige plâtrée. Ces avalanches de vieille neige humide sont naturellement beaucoup plus mortelles que celles de neige fraîche. qui trahit l'action du vent par une légère apparence stratifiée. Sa surface dure et polie donne une fausse impression de sécurité. ne produira pas d'avalanche tant que la croûte n'est pas fondue. Une croûte absolument indépendante est susceptible de différentes tractions. sinon agréable. ces avalanches détruisent parfois des chalets. laissant l'air s'échapper comme par une soupape. une avalanche s'écroule. A la suite d'un hiver rigoureux. Une neige soufflée peut recouvrir une neige poudreuse. indiquant l'homogénéité plus ou moins grande de deux couches superposées. ne provient pas de ces différences superficielles. il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre patiemment la chute du fœhn. de sorte que. A force d'être fondue et regelée. Les routes qui traversent leur voie habituelle doivent être protégées par des tunnels. En outre. C'est une expérience intéressante. par exemple. nous avons : * Lmutun. il entendra un sourd craquement : la croûte s'affaissera sous son poids. L'avalanche finit par s'arrêter bien bas. La neige est saturée d'eau. alors que toutes les avalanches ordinaires sont déjà tombées. Le fait que la première est dangereuse tandis que la seconde ne l'est pas. Une pente sud. si la pente est concave. le carton devient cassant. Mais. en se contractant. la plupart des pentes sont soumises plus ou moins profondément à la fusion due au soleil. le terrain devient assez chaud pour fondre la neige qui le recouvre. d'où résultera finalement la voûte (gonfle) décrite plus haut. Plus le printemps avance. si vous êtes englouti par cette vieille neige humide. . car le soleil de mai est si puissant qu'il fond toutes les croûtes. Les avalanches superficielles de vieille neige humide sont plus fréquentes que les Grundlawinen. les avalanches sont provoquées par la fusion interne de la neige couvrant le sol. Il est important de bien distinguer entre la croûte formée par l'action du soleil et celle formée par l'action du vent. sans qu'il y ait entre elles la moindre connexion.différents. Tout à coup. On aura tantôt de la neige douce. Cette vieille neige humide est naturellement très dangereuse. La croûte formée par le soleil et le gel subséquent épouse progressivement la neige sous-jacente. la planche de neige. n'a pas en réalité la solidité apparente. car une croûte ainsi formée s'effondre rarement en avalanche. le danger d'avalanche existe. Dès que le soleil a fondu la croûte superficielle. croûtée par l'action alternative du soleil et du gel. tantôt une neige superficiellement croûtée. ces avalanches superficielles tombent journellement. Il est difficile de déceler sur la neige des signes certains. et toute la planche s'effondrera en plaques disjointes. tend à former un arc sur une voûte plus ou moins creuse. même celles formées par le vent. la formation d'une planche de neige est anormale. Des quantités incroyables de neige s'effondrent alors de la montagne. Si vous soupçonnez la présence d'une de ces gonfles. entre ces deux neiges. Celles-ci sont particulières au printemps. dans ces combes abritées du vent où s'amasse la neige enlevée des arêtes. foncée par la boue et piquée d'arbres ou de buissons. A chaque instant. Lorsque cette cabane n'est accessible que par des pentes rapides ou par une vallée étroite. qui agit comme lubrifiant entre la couche de neige et la croûte sous-jacente. Les planches de neige ne se rencontrent généralement qu'en plein hiver. sondez la neige avec le piolet et tâchez de reconnaître si elle est homogène ou si elle repose sur une couche de neige tendre. La croûte superficielle et la neige sousjacente s'épousent insensiblement. reposant sur une croûte. La croûte formée par le vent est parfois complètement détachée de la couche sous-jacente. Les grandes avalanches du printemps (Grundlawinen) suivent généralement des voies connues et bien définies. L'autre est au contraire brillante au soleil. à la fin du printemps. dure et glissante. aussi longtemps que la croûte n'est pas en fusion. La vieille neige humide du printemps pèse environ dix fois plus que la neige fraîche hivernale. la neige finit par devenir compacte et lourde. Ceux qui visitent les Alpes en mai peuvent seuls apprécier à sa juste valeur la puissance des avalanches. des ponts et même des villages entiers. Par un froid excessif. 4° Avalanches de vieille neige humide. mais bien de la différence de contact entre la croûte supérieure et la neige sous-jacente. Les couloirs ou les clairières allongées qui strient les forêts sont leurs voies préférées. Dès le mois de mai. Il peut craquer après des jours et même des semaines de beau temps. Parfois. entraînant des arbres et des blocs de pierre. La couche superficielle (ou planche de neige) peut se contracter plus ou moins fortement que la couche sousjacente. mate et crayeuse. plus le soleil devient puissant. Une étude approfondie des pentes sud permettra au skieur de distinguer les croûtes formées par la fusion et le gel de celles formées par le vent. tirant une langue chargée de blocs neigeux. Quelques-unes d'entre elles portent des noms locaux (1) et tombent à date fixe. d'être cloîtré dans une cabane au mois de mai. Le skieur traverse ces pentes sans se douter que la croûte superficielle. entraînant avec elle une grande partie de la neige sous-jacente. On rencontre ces planches de neige à l'approche des cols glaciaires. même si vous n'êtes 1 En Suisse. Car. un plan de clivage régulier.

En mai. Avant que le courant s'arrête tout à fait lever les bras si la tête n'émerge pas. en été. Par suite de sa friction sur la base. paroi neigeuse qui mesure exactement l'épaisseur de l'avalanche à son origine. de sorte que vous pouvez survivre quelque temps même si vous en êtes entièrement recouvert. et les ponts de neige couvrant ces tunnels ne doivent être traversés qu'avec beaucoup de prudence. ce mouvement d'abort. juste au pied des rochers. le danger diminue. Débarrassé de vos skis. Il faudra choisir non seulement entre l'abandon de l'expédition et le risque d'une avalanche. Observez la neige glissant d'un toit. Lorsqu'une avalanche vient de partir. offrent généralement un passage favorable. Chaque avalanche dépose un peu de neige sur ces sortes de vires transversales et finit par égaliser peu à peu la pente qui devient glissante et ne présentera plus aucun obstacle à l'avalanche. Des pentes dangereuses devraient toujours être traversées le plus haut possible. La règle la plus simple serait d'éviter complètement tout terrain avalancheux. Non seulement par suite de la quantité de neige. deviennent immédiatement très dangereuses. Si c'est une avalanche sèche. il se produira un gel sensible. Il consiste alors dans le déplacement d'air dans le sens de la chute. Ceci est absurde. La trace d'un chamois forme un chapelet de petits trous et provoque rarement un effondrement. surtout par le fœhn. elle m'avait emporté vingt mètres plus bas. Etho fas Alpes. Ce phénomène se produit. Si l'avalanche vous atteint dès son début. Les routes et les saillies étroites qui coupent une pente rapide ne tardent pas à se niveler complètement. ou même plus tôt. Plus l'hiver avance. Mais il existe bel et bien. il faut avant tout protéger la bouche et le nez. Une fois englouti. Il est vrai que les chamois sont parfois tués par les avalanches. bien avant d'avoir pu diriger mes skis vers la pente. En descendant dans une vallée. plus le danger augmente. Les limites du danger sont élastiques et mal définies. pour descendre ensuite seulement dans la vallée. Essayer de se creuser un trou d'air au dernier moment. Tenir la tête en l'air. de sorte que presque toutes ces pentes pourront être traversées sans crainte. Elle laisse derrière elle une tranche parfait nette. mais offrant la seule voie possible. il est souvent possible d'atteindre la rive du torrent et de se sauver en exécutant des mouvements de natation. Un skieur détachera beaucoup plus facilement une avalanche qu'un homme à pied. ce n'est pas toujours chose possible. Avant tout. La région des névés une fois atteinte. Il y restera alors jusqu'au coucher du soleil. Malheureusement. finissent par être recouverts d'une couche toujours plus épaisse. les chances d'y échapper sont infinitésimales. J'ai souvent été frappé de voir des traces de chamois sur des pentes de 40° à 50° d'inclinaison. glissant devient un roulement. mais entre la certitude d'un bivouac et l'éventualité d'une avalanche. mais ils bénéficient certainement d'une grande immunité. qui permet une traversée moins exposée. Les avalanches printanières franchissent parfois une rivière. comme le skieur qui. p. même modérées. En mai. au-dessous de la zone des glaciers. surtout si la neige est mouillée. ce qui renverse le touriste et l'entraîne dans l'intérieur de la masse en mouvement. entre le coucher et le lever du soleil. Tant que la neige est en mouvement. vous devriez adopter la tactique du nageur. Des pentes rapides. Tactique à suivre sur un terrain avalancheux. La plupart des avalanches printanières se détachent au-dessous de la limite neigeuse estivale. invariablement. les blocs. Durant les nuits claires. le skieur doit souvent combiner son retour au refuge. La raison en est bien simple : le chamois ne coupe pas la neige. Tant que le torrent de neige est en mouvement. Je n'ai été pris qu'une seule fois par une avalanche et. Une avalanche sera beaucoup plus dangereuse si elle fond sur vous que si elle se détache sous vos skis. le risque des avalanches devient bientôt formidable. et d'autres obstacles naturels au glissement de l'avalanche. Elles glissent sur des pentes qui. de la puissance du soleil et de la température plus élevée de l'air. sont complètement dénuées de neige.recouvert que par une mince couche de neige. par exemple. On a prétendu qu'un skieur pouvait échapper à une avalanche en pointant ses skis vers le bas et en fuyant à toute allure. un temps pendant lequel la couche glisse. Une fois l'avalanche sur vous. entre la neige et les rochers. le touriste peut se maintenir à la surface. les buissons. Les éboulis. Plus d'un skieur a trouvé la mort en passant une rivière sur ces restes d'avalanche. car les skis vous entraînent dans le remous et suppriment tout espoir de revenir à la surface. qui descend sur une pente raide et qui se précipite dans le vide. ce temps. Celui qui se laisse aller est perdu. Le danger ne consiste plus à être enseveli. de façon à y parvenir dans les premières heures du jour. cette croûte s'adoucit très vite et. Elle se détache avec un sourd craquement et provoque le brusque effondrement d'une profonde couche de neige. Si l'on est pris par une avalanche en poussière. Mais l'avalanche printanière ne contient que de l'eau et provoquera une asphyxie presque instantanée. Estimez-vous très heureux si vous avez le temps d'enlever vos skis. après neuf heures du matin.traverser une pente apparemment dangereuse. tâchez de conserver la tête hors de la neige (1). vous aurez beaucoup plus de chance de vous en tirer. » (RuTOKRS. la neige s'éparpille dans les airs en tout ou en partie. 1916. il faut se maintenir à la surface en exécutant des mouvementn de natation. 1 « Si l'on est pris par l'avalanche. ou en roulant sur soi-même hanche sur hanche.) . Il existe souvent là un petit corridor. divise la pente en deux et prive la neige de son support naturel. en ouvrant une trace continue. pendant. qui peut entraîner le touriste. L'avalanche ne roule pas comme une simple boule de neige. mais aussi parce que les inégalités du terrain disparaissent peu à peu. et vous comprendrez combien l'avalanche peut être brusque et homicide. Lorsque le fœhn souffle au printemps. et dans la poussière de neige qui pénètre sous une forte pression dans le nez et la bouche et provoque la mort par asphyxie. toutes les pentes. Le piéton. Il est souvent impossible de faire le moindre mouvement à l'arrêt du torrent. il y a toujours. La neige poudreuse contient une grande quantité d'air. Dès qu'une croûte commence à se former sur la neige. 91-92. Celle-ci devra alors s'y creuser un tunnel. puisque la neige s'éparpille sur une grande étendue. il ne vous reste plus aucune chance de le faire. on devra. Vous n'y parviendrez que si vous avez eu le soin de détendre leurs fixations avant de traverser la pente fatale. immédiatement après. tout danger d'avalanche disparaît. il faut lutter à l'extrême. dominées par une paroi rocheuse.

Rien n'irrite la neige comme des virages en vitesse. Si l'on doit surmonter une pente dangereuse. Si le skieur emporté n'a pas été blessé mortellement par la chute de l'avalanche. il peut encore être sauvé de l'asphyxie ou du gel plusieurs heures après avoir disparu. « Si la caravane n'est pas assez nombreuse. S'il est nécessaire. il ne faut pas que plusieurs skieurs soient emportés. On ne quittera l'emplacement qu'après avoir tout essayé. la configuration et l'enneigement des pentes. La corde. Dix à vingt pas ne sont pas suffisants. même très brèves. mais les risques de provoquer l'avalanche seront bien diminués. Si deux ou trois skieurs encordés sont enlevés par une avalanche. Si le skieur est englouti par l'avalanche. on suivra la voie la plus directe. Ils éviteront de se dépasser l'un l'autre. de continuer. quelle en est la couche sous-jacente (1). C'est un cordon rouge d'une vingtaine de mètres de longueur. Si la pente est suspecte. donne encore d'autres conseils qui nous paraissent utiles d'être relevés (2). il faut donc retirer ses skis à temps et cheminer à pied. Un terrain dangereux ne devrait être abordé que par un seul homme à la fois. une fois enfouie dans l'avalanche. CHAPITRE V LA NOUVELLE TACTIQUE 1 Ici. enlevez vos skis. retournez en arrière. 1911-1912. «A la descente. la distance entre les skieurs doit être plus considérable encore qu'à la montée. Si vous êtes dans le doute. elle devrait mettre les peaux de phoque. et quelques commentaires à ce sujet. on choisira l'itinéraire qui emprunte des replats ou des côtes. de façon qu'aucune partie ne reste inexplorée. et mettez les peaux de phoque. Si l'on ne trouve rien à la surface. La répartition des skieurs dépendra de leurs qualités personnelles. ne doivent se faire que sur les points où l'on peut se réunir en toute sécurité. on risque beaucoup de la couper et de provoquer l'avalanche. En prenant une pente de neige en écharpe. et l'on évitera les combes et les contreforts rapides. il y a bien des chanee-pour qu'une portion du cordon reste à la surface. ni aucune peine. Dans ce cas. 2 Jahrbuch des Ski-Club Salzburg. un des participants doit constamment surveiller la pente supérieure et avertir ses compagnons au cas d'un nouveau danger. «Pour passer d'un point à l'autre. Si la caravane conserve ses skis aux pieds. Procéder systématiquement. Si l'avalanche se détache. une des autorités les plus connues en Autriche. Une notion très claire sur le temps. bénéficie de certains avantages. il sera bon de forer des trous pour permettre à l'air d'arriver jusqu'à elle. car ils peuvent être enfoncés beaucoup plus profondément que les bâtons ordinaires. Elles seront proportionnées à la largeur de la pente dangereuse. de façon que tous les membres de la caravane ne se trouvent pas en même temps sur une seule et même côte.comme le chamois. asseyez-vous sur vos skis et laissez-vous descendre par une glissade assise et directe. . il est recommandé de passer de l'une à l'autre. Ne vous encordez jamais pour traverser un terrain avalancheux. à moins qu'un membre de la caravane puisse s'ancrer fermement sur quelque point solide (rochers. éventuellement creuser des fossés à la pelle. que chaque skieur s'attache à la taille et laisse traîner derrière lui. On évitera donc les brusques arrêts et surtout les chutes. observer l'inclinaison. C'est là une précaution souvent négligée. mais tout au plus celui qui traverse le terrain dangereux. A moins que la neige superficielle soit très profonde. des couches. Pendant ces travaux de recherches. Sur un terrain dangereux. les attirera dans le remous. un homme descendra immédiatement dans la vallée pour y chercher du secours. « Seul l'alpiniste expérimenté est à même de prévoir le danger des avalanches. il est beaucoup plus facile de provoquer une avalanche et très difficile de la retenir une fois qu'elle est déclanchée. il faut sonder avec piolets et bâtons. Si le temps vous manque.) et assurer celui qui traverse un court espace dangereux. 3 Bilgeri recommande l'usage du Lawinenschnur pour traverser les pentes exposées aux avalanches. qui ne doit être traversée que par un seul skieur à la fois. sondez avec un piolet ou un bâton et tâchez de déceler si la neige est homogène ou. il faut avant tout prendre ses distances. Un observateur devra rester sur le lieu de l'accident. On inspectera tout d'abord la surface de l'avalanche pour voir s'il y reste quelque trace du disparu. il faut s'y mettre immédiatement et de toute son énergie. une avalanche ultérieure pouvant tomber sur la première. la neige et les conditions du terrain est absolument nécessaire durant toute la course. ce qui permet de déterminer la situation de la victime. ses pieds enfonceront jusqu'à la vieille croûte sous-jacente. Il faut étudier la neige au point de vue de la résistance. « Dès que l'on prévoit un danger d'avalanche. On trouvera au premier paragraphe du chapitre suivant la topographie des lieux où se sont produites des avalanches mortelles en Suisse. du moins. de façon à glisser le plus directement possible. En l'observant. du contact sous-jacent. En ski. Si vous êtes pressé. « Quant au sauvetage. la mettre en mouvement et découvrir éventuellement le corps du skieur» ( 3). Si le terrain est strié de plusieurs côtes (arêtes). les bâtons pourvus de disques amovibles seraient fort utiles. qui les suffoquera. Des haltes. Bilgeri. on évitera non seulement d'exposer plusieurs skieurs à la fois. de l'extension. Une ascension directe ou une descente en file indienne sont toujours préférables à une traversée oblique. etc. On ne négligera aucun effort. gardez-les aux pieds. leurs chances de s'en tirer sont presque nulles.

I. — COMMENT LE SKIEUR DOIT LIRE SA CARTE (4).
Le skieur suisse peut s'estimer heureux et privilégié : il habite au pied des plus belles montagnes et il possède
de son pays une carte admirable, que lui envient tous ses voisins. L :'Atlas Siegfried, au 50 000e, dont nous voulons
parier, est certainement, en clarté, en relief et en exactitude, bien supérieur aux cartes officielles des États limitrophes.
C'est du reste la seule sur laquelle le skieur puisse projeter ses itinéraires de courses en haute montagne. Celle au 25000 e
ne s'étend pas encore aux Alpes, et celle de Dufour au 100 000 e, qui couvre toute la Suisse, est insuffisante pour une
étude détaillée du terrain.
Tant que l'Association suisse des Ski-Clubs et le C. A. S. n'auront pas publié tous les volumes de leurs «Guides
du skieur», décrivant minutieusement et systématiquement chaque itinéraire, l'Atlas Siegfried au 50 000 e restera
l'auxiliaire indispensable du skieur, — de celui surtout qui quitte volontiers les traces toutes faites pour pointer ses skis
vers de nouveaux buts. Pour qui sait l'interpréter en détails, cette carte est comme un livre ouvert, révélant la solution
d'une quantité de problèmes alpins. L'indigène lui-même, auquel le skieur confie parfois la direction de la caravane, ne
possède pas les notions fondamentales du nouvel alpinisme. Comme le professionnel, il est routinier et conservateur; il
ne connaît guère que les sentiers d'été et ne comprend pas que la neige hivernale transforme la tactique orthodoxe du
vieil alpinisme.
Si notre carte est indispensable aux alpinistes, elle est plus précieuse encore aux skieurs. En été, l'alpiniste suit
des chemins tout tracés ou minutieusement décrits dans un guide détaillé, et les seules difficultés des problèmes qui le
préoccupent résident dans l'escalade de parois ou d'arêtes pour lesquelles la carte au 50 000 e est d'un secours bien
illusoire, les parties intéressantes étant beaucoup trop réduites par la projection.
Pour le skieur, au contraire, les versants rapides et les parois rocheuses n'offrent aucun attrait. Il cherchera
même à les éviter. Ce qu'il scrute avidement, c'est le terrain à parcourir en ski, depuis le village dans la vallée jusqu'au
glacier, jusqu'au col élevé où il compte monter. Tout ce terrain devient alors l'objet d'une étude minutieuse et parfois
passionnante. Des mètres de neige recouvrant la montagne, le skieur commencera par supprimer mentalement sur sa
carte toutes les voies de communications qui s'étendent au delà du dernier village habité. Ce qu'il doit considérer
presque exclusivement, ce sont les formes topographiques et leur inclinaison relative, exprimées en courbes de niveau.
Les formes et l'inclinaison du terrain ont pour le skieur une importance capitale.
La plupart de mes lecteurs sont des alpinistes ou des officiers sachant lire une carte ; mais il leur manque une
notion fondamentale, étrangère à la tactique ordinaire et particulière à celle du nouvel alpinisme. Il faut arriver à lire sa
carte "avec les yeux d'un skieur" et pouvoir dire en la consultant : ici je passe ; là je ne passe pas (en ski). L'assimilation
de cette nouvelle notion nous est facilitée pour deux raisons :
-premièrement, nous nous servons toujours de la même carte (A. S. : 50 000) dont l'échelle et l'équidistance des
courbes de niveau sont constantes; nos yeux finissent par s'adapter à ces deux constantes; secondement, le skieur
parcourt en un seul jour des pentes d'inclinaison très variable, et il pourra du même coup juger de leur viabilité ; sur sa
carte, il peut ensuite comparer les pentes parcourues à celles qui lui sont encore inconnues, et tirer de là des déductions
fort simples et très utiles. Plus il compare, plus sa notion s'enrichit, et il finit par acquérir un certain coup d'oeil, une
notion visuelle, grâce à laquelle il déterminera presque infailliblement la viabilité d'un terrain quelconque.
Avant d'étudier en détails les formes et l'inclinaison du terrain montagneux, il est nécessaire de faire une
réserve. Je n'ai, en effet, tenu aucun compte, jusqu'ici, d'un facteur qui joue pourtant un rôle considérable dans la
viabilité de la montagne en hiver : c'est la consistance de la neige qui la recouvre. On comprendra facilement que, si
telle pente, disons de 30°, est viable sans le moindre danger lorsqu'elle est couverte de neige stable, il n'en est pas de
même lorsque cette neige manifeste une tendance à s'écrouler en avalanches. La question des avalanches est traitée au
chapitre précédent. On sait que la neige obéit à des lois statiques et météorologiques et que les premières dépendent
directement des secondes. Ces conditions météorologiques viennent donc compliquer le problème que nous étudions.
Pour plus de simplicité, nous allons supposer des conditions normales. C'est la supposition que fera tout naturellement
l'alpiniste-skieur en élaborant ses itinéraires, en se réservant, bien entendu, de modifier son plan si les conditions
n'étaient pas remplies au moment de partir en course. Nous verrons plus loin quelles sont ces conditions
météorologiques normales.
Pour familiariser les yeux du skieur avec la notion visuelle dont je parlais plus haut et qu'il est si nécessaire
d'acquérir, j'exposerai une série de schémas représentant des pentes plus ou moins rapides et des formes topographiques
plus ou moins compliquées, cela à la même échelle et à la même équidistance de courbes (30 m) que C.A.S. au 50000e.
Les formes figurées par ces schémas ont presque toutes été calculées sur C.A.S. et se retrouvent donc un peu partout sur
la carte et dans la nature. Les six premiers schémas sont des figures préliminaires, représentant des pentes presque
régulières, dont l'inclinaison va décroissant de 1 à 6, depuis la pente très rapide jusqu'à la pente douce. Le terrain étudié
par le skieur pourra donc toujours être comparé à l'un de ces schémas.
Les pentes figurées par les schémas 1 à 3 sortent du domaine propre au skieur et n'offrent pour lui aucun
attrait. Il peut être appelé à traverser de telles pentes sur de courts espaces ; mais lorsqu'elles présentent l'étendue
4

La nouvelle tactique est basée essentiellement sur l'étude de la carte, et c'est l'objet que nous allons traiter dans ce premier paragraphe. Cet article
paru sous le même titre.mais sous une forme sensiblement différente, dans … des Alpes de mars 1920, après avoir été publié en allemand dans …,
vol. XIV (Wie liest der alpine Skilaufer seine Karte?). Ce premier paragraphe ne concerne que les Alpes suisses.

correspondant aux schémas, il doit les éviter en toute circonstance. On peut considérer la figure 4 comme une transition
entre les terrains à éviter et les pentes viables. Enfin, toute pente dont l'inclinaison est inférieure à celle du schéma n° 6
est viable en toute circonstance.
Ces six premiers schémas constituent en quelque sorte une échelle d'inclinaison. Il nous faut maintenant
soumettre cette échelle à la variabilité des conditions météorologiques.
Je distinguerai trois cas principaux : conditions normales, conditions parfaites, conditions défavorables.
A. — Conditions normales.
Le skieur trouvera la montagne dans des conditions normales par le beau temps, après une série de quelques
beaux jours, lorsque la dernière chute de neige n'a pas été abondante. Sur les versants méridionaux, la neige sera
légèrement tassée par l'influence du soleil. Sur les pentes nord, au contraire, elle conservera encore sa consistance
poudreuse. Dans ces conditions, le skieur peut parcourir, sans danger, toutes les pentes analogues aux schémas 5 et 6.
Éviter les pentes 1 à 3. Sur de très courts espaces, on peut affronter les pentes d'inclinaison 3 (voir le cas de la figure 9).
4 est viable, sans exclure l'éventualité du danger d'avalanches (le pointillé indique la voie la plus favorable).
B. — Conditions parfaites.
En janvier et février, comme nous l'avons dit au chapitre III, le beau temps dure parfois des semaines. Tandis
que la plaine est couverte d'un épais brouillard, les hauteurs restent parfaitement claires, et il y règne une température
diurne beaucoup plus élevée que dans les fonds. Le soleil et les vents travaillent la neige, durcissent sa surface et
augmentent constamment sa stabilité. Après quinze jours de ce régime, nous trouvons la montagne dans des conditions
exceptionnelles. Elles ne satisferont évidemment pas le skieur pur, qui trouvera difficilement la neige rêvée pour ses
skis. Mais l'alpiniste profitera de ce moment psychologique pour tenter les grandes ascensions, et il aura bien des
chances de les réusoir aussi facilement qu'en été. Dans ces conditions, examinons à nouveau les schémas. Je dirai
brièvement : Éviter 1 à 3. Sur de courts espaces seulement on peut affronter les inclinaisons 2 et 3 (voir le cas des
figures 9 et 29). 4 à 6 sont viables sans danger.
C. — Conditions défavorables.
Un skieur prudent ne s'aventurera jamais en montagne par le mauvais temps. Mais il arrive trop souvent, hélas,
qu'il soit surpris là-haut par une brusque intempérie et qu'il soit obligé de fuir dans les pires circonstances. Les
conditions sont défavorables, lorsque le temps ne serait même que douteux, par une température voisine de zéro, une
couche de neige fraîche abondante et des vents du sud ou de l'ouest.
Dans ces conditions, le skieur évitera soigneusement toutes les pentes analogues à celles des schémas 1 à 4,
même sur de courts espaces. 5 est viable, sans exclure l'éventualité du danger des avalanches. 6 est sans danger (si la
neige fraîche est profonde, les skis glisseront à peine).
Les schémas 7 à 12 expriment des formes plus compliquées, d'inclinaison variable et que le lecteur doit
comparer à l'échelle constituée par les figures 1 à 6. Je me bornerai à les commenter brièvement :
Schéma 7. — Pente d'inclinaison décroissant de haut en bas, variant entre 3 et 5. La partie inférieure,
d'inclinaison 5, est viable en elle-même en toute circonstance, mais, lorsque les conditions de neige ne sont pas
parfaites, elle sera menacée par les avalanches qui peuvent se détacher de la partie supérieure.
Schéma 8. — Pente d'inclinaison 5, large d'environ 400 mètres, comprise entre deux pentes rapides
d'inclinaison 3. Cas à rapprocher du n° 20. Éviter la traversée de la pente médiane, sauf dans des conditions parfaites.
Schéma 9. — Cas inverse du précédent : pente médiane d'inclinaison 3 séparant deux terrains viables au ski.
A éviter lorsque les conditions sont défavorables. Dans d'excellentes conditions, on pourra franchir la pente médiane en
zigzagant en ski ; mais le chemin le plus sûr sera le parcours direct à pied de la crête entre A et B. La ligne AB est une
ligne de moindre inclinaison, suivant une forme convexe et offrant le minimum de danger.
Schéma 10. — Vallée encaissée entre des pentes d'inclinaison 2-3, mais dont le fond ne présente qu'une
inclinaison 5-6. Dans de bonnes conditions, on pourra la parcourir en suivant le torrent. Dans de mauvaises conditions,
les avalanches tombant des pentes supérieures menaceront tout le fond de la vallée.
Schéma 11. — Vallée très encaissée, à éviter en toute circonstance.
Schéma 12. — Vallon arrosé par un torrent, dominé sur la rive droite (à gauche sur le schéma) par une pente
rapide d'inclinaison 2 et bordé sur sa rive gauche (à droite sur le schéma) par une large côte d'inclinaison 5-6. On évitera
le fond du vallon et on s'élèvera le long de la côte, entre le torrent et la paroi de rochers limitant la . côte à l'est. Eviter
complètement ce terrain lorsque les conditions sont défavorables. De fortes avalanches pourraient balayer la côte ellemême. On peut aussi suivre le faîte arrondi, couronnant la grande pente de la rive droite.
Le problème de la viabilité se présente généralement au skieur sous la forme suivante : étant donné un point
connu (but de la course), trouver le meilleur chemin pour y parvenir en ski. Par le meilleur chemin, j'entends le plus
facile, le plus sûr (le moins exposé aux avalanches) et le plus court. Ces conditions sont rarement remplies
simultanément. Mais on peut dire que la solution la plus naturelle du problème revient à déterminer, entre le point de
départ et le but, la route viable de moindre inclinaison. Ceci est une notion nouvelle à la tactique du skieur alpin. Il ne
faut pas la comprendre exclusivement dans son sens géométrique qui, par opposition à la ligne de plus grande pente,

équivaudrait alors au thalweg topographique. Il est vrai que, dans des cas, la ligne viable de moindre inclinaison se
confond avec la ligne réelle d'un thalweg, ou bien elle suit le cours d'une rivière, d'un torrent, d'une combe, d'un glacier;
mais elle épouse souvent aussi des formes topographiques convexes, telles que de larges crêtes dorsales.
De toutes façons, c'est la première solution à envisager lorsqu'on étudie le problème de la viabilité. Mais, au
lieu de chercher à tracer notre route en partant d'en bas (soit du village dans la vallée), transportons-nous au sommet, ou
au but quel qu'il soit. Ce but n'est pas toujours le sommet convoité lui-même, mais bien le point terminus où le skieur
compte arriver sur ses skis et d'où commencera alors l'escalade finale.
Voyons dans quelle direction le terrain descend le moins rapidement. Déterminons ensuite, dans cette
direction, la ligne de moindre inclinaison. Cette ligne n'est pas nécessairement viable en elle-même. Il faudra
probablement s'en écarter plus ou moins, pour éviter des pentes encore trop fortes, des rochers, des obstacles de toute
sorte ; ou même remonter quelque temps, pour rejoindre une autre ligne plus favorable. Souvent la route viable de
moindre inclinaison équivaut à la route la plus directe et la plus commode — mais d'autres itinéraires, quand bien même
ils seraient plus longs, offriront peut-être davantage de sécurite, ici, la sécurité doit toujours primer la commodité.
Parfois la carte révèle, au premier coup d'œil, une particularité morphologique qui facilite singulièrement l'accès au but
et détermine tout naturellement la ligne générale d'attaque, comme un jalon principal dans l'itinéraire. C'est le cas,
lorsqu'un grand glacier ou une combe doucement inclinée s'avance profondément au cœur d'un massif.
Le parcours des glaciers en ski nécessite une tactique spéciale, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Les schémas 13 à 18 représentent des portions de glaciers dont il est intéressant de comparer l'inclinaison. Tous
sont viables, sans aucun danger d'avalanches.
Schéma 13. — Glacier d'Otemma, entre 2 760 et 2 970 mètres, sur la Haute-Route entre Chamonix et Zermatt.
Schéma 14. — Partie centrale du Gornergletscher entre 2 550 et 2 640 mètres.
Schéma 15. — Glacier de Findelen, entre 2 910 et 3 420 mètres.
Schéma 16. — Griesgletscher, entre 2 550 et 3060 mètres. [La route pointillée représente l'itinéraire ordinaire
du Blindenhorn (3 384 m.)].
Schéma 17. — Gkcier d'Aletsch, entre 2 440 et 2 640 mètres.
Schéma 18. — Grosser Aletschirn, entre 2 850 et 3 150 mètres.
En comparant ces derniers schémas à notre échelle d'inclinaison (schémas 1 à 6) on voit que, sauf les n° 15 et
16, dont l'inclinaison varie entre 5 et 6, tous les autres présentent une inclinaison inférieure à 6. Le Gornergletscher
semble plat lorsqu'on en parcourt la portion représentée au n° 14. Il faut des conditions exceptionnelles pour que les skis
y glissent naturellement. Lorsque la neige est poudreuse et régulière, on peut suivre en une seule glissade la ligne
pointillée du n° 16.
Un glacier compris entre deux rives montagneuses présente généralement une surface concave dans le haut et
convexe dans le bas. Dans la partie supérieure et concave du glacier, le skieur trouvera une voie large et facile. Là où il
devient convexe, le glacier est presque toujours limité par des moraines latérales. Au contact des moraines et des
rochers, ses bords se crevassent fortement et sont dangereux. Par contre, entre la moraine latérale et le flanc de la
montagne qui forme la rive, il existe très souvent une combe plus ou moins large et peu profonde, où le skieur trouvera
une voie facile et agréable, évitant le glacier lui-même. Dans ces combes, la neige est souvent meilleure que sur le
glacier. Il y a donc tout avantage à les suivre. Les zones de séracs doivent être évitées en ralliant les rives. Parfois on est
obligé de les franchir à pied, en portant les skis.
Les crêtes des moraines sont, comme presque toutes les crêtes dans les Alpes, plus ou moins dénudées de
neige, et il arrive qu'on les suive à pied aussi facilement qu'en été. On en profitera, par exemple, lorsqu'une moraine
latérale sépare des pentes très rapides ou couvertes de neige très dure, ou bien lorsqu'une moraine domine un glacier
tourmenté ou difficilement abordable.
Certains glaciers ont des langues peu inclinées. En été, elles nous apparaissent luisantes et dénudées. Le skieur
les franchit insensiblement, et passe souvent, sans s'en douter, du glacier à la combe morainique qui lui succède.
Les torrents qui coulent au fond des combes sont, à la fin de l'hiver surtout, complètement invisibles, sous la neige
uniforme. Ces torrents forment des lacs, et le skieur est amené naturellement à les traverser. Un lac gelé et recouvert de
neige offre une piste beaucoup plus directe et plus facile à suivre que les sentiers tortueux qui contournent ses rives.
Mais les torrents ne forment pas que des lacs : ils creusent des gorges souvent profondes, resserrées entre de
hautes parois rocheuses. Ici la carte est rarement suffisante pour permettre d'en juger la viabilité. Dans le cours
supérieur des torrents secondaires, ces gorges sont généralement peu profondes et comblées de neige. On passera là plus
facilement qu'en suivant l'itinéraire estival qui les évite presque toujours. Dans chaque cas, on examinera
soigneusement les pentes qui dominent et les dangers qu'elles présentent pour le skieur parcourant le fond de la gorge.
Lorsque la gorge est rapide, elle devient la voie préférée des avalanches alimentées par le neige des pentes supérieures.
Ces avalanches finissent par combler en partie le lit du torrent et, par un beau gel, on peut s'y hasarder impunément.
Certaines zones rocheuses formées de roches moutonnées ou de rocs érodés peu proéminents, sont souvent
nivelées par la neige, vers la fin de l'hiver. On peut alors les traverser sans peine. C'est le cas pour la région à l'est du
glacier de Zanfleuron ; le versant sud-est du Schneidehora (Rawyl) ; la partie supérieure de la Weissfluh (Parsenn).
Dans ces régions, la carte ne fait souvent qu'esquisser les courbes de niveau, et il n'est pas toujours possible de juger la
viabilité du terrain.

dans le Valais et les Grisons. — Versant nord du Saflischpass. L'itinéraire idéal est celui qui parcourt un large glacier. Quelques jours plus tard (le 25 janvier 1920). mais dont les rives sont dangereuses. elle prend à ses yeux l'image d'un relief. à l'endroit où elle est coupée par le bisse. Schéma 19. ne connaissant absolument pas la région ea question. Celles-ci sont indiquées par des flèches. au-dessus de Davos. Ces schémas sont exécutés. Nous avons constaté. Vallée encaissée. Pente dangereuse en toute circonstance et très facile à éviter en traversant le col d'Arpalle (à l'Est du P. 238). mais j'avoue que l'aspect de la pente fatale me fit une forte impression. Journal de Genève du 19 janvier 1911). De la combe de Médran. (Voir Guide du skieur dans les Alpes valaisannes. c'est là une exception assez rare dans nos Alpes. pour franchir des pentes rapides et qui. Courte pente de 300 mètres. dont trois furent ensevelis (Ski. Plus haut encore. 1915. La ligne indiquée alternativement par un trait et un point représente le bisse de Levron que suivait la caravane. — Bremenbûhl (2 261 m. La pente traversée par la caravane ne présente pas. 2 . avec courbes de niveau équidistantes de 30 mètres. dans les combes abritées du vent que sur les arêtes qui y sont exposées. p. pour le Zinal-Rotborn. les avalanches sont beaucoup plus à craindre dans ces combes que sur les arêtes. col reliant Berisal à Binn. de Vevey. on peut franchir en plusieurs endroits et sans aucune difficulté la large croupe courant dn P. comme tous les précédents.). 1914.) et les lacs de Fenêtre. que cette route est la vraie et qu'en temps normal. et je conseillerai alors au skieur de choisir. du matin). j'ai topographie les principaux endroits où des touristes ont été surpris par des avalanches. Correvon. déboisées. i'arête nord . 345). L'itinéraire indiqué par une ligne en traits et traversant la selle au-dessus du P. sur l'itinéraire du col de Fenêtre (val Ferret). peuvent écarter le skieur de la route viable de moindre inclinaison. Inclinaison 2-4. il recherchera même cette protection naturelle. celle qui prolonge l'itinéraire choisi préalablement pour ses skis. Le sommet lui-même est généralement accessible par plusieurs routes différentes. D'autrepart. descendant d'un col ouvert entre deux belles montagnes et précédant une combe régulière. sur laquelle la neige était en équilibre instable. qui sont faciles et parfois même très agréables à parcourir. 261-269). — Pente située entre le Plan de la Chaux (2 040 m. et le skieur qui les traverse se trouve relativement à l'abri de ce danger. Neige croûteuse. Planche de neige (Schneebrett) 1 Ainsi pour le Grand Cornier. vol. on obtient généralement la solution la plus simple et la plus naturelle du problème de viabilité posé au skieur. Ce jour-là. Ed. mais elle est dominée par une pente concave d'inclinaison 2-3. 66.) avec route cantonale et hôtel Passhôhe. 2452 au pied de l'arête rocheuse sudouest duMont Gelé. le skieur fera bien de les éviter autant que possible. le guide Maurice Crettez et moi suivîmes l'itinéraire suggéré par la ligne en traits dans mon schéma n° 20. Celles de sapins sont souvent très épaisses et. J'ai eu l'occasion de visiter. à peine) et une marche de flanc conduisent au pied du glacier de la Chaux. Avalanche du 1 er mars 1914 (7 h. Schéma 22. elle est exempte de tout danger d'avalanches. — Alpage du Vacheret (rive droite de la vallée de Bagnes). les aroles. 1911. mais elle est régulière et inférieure à celle de la pente dominant ce bisse (2) (Echo des Alpes. Six victimes (Alpina. Schéma 21. les forêts épaisses constituent une excellente digue contre les avalanches. Éliminant d'emblée les pentes condamnées. avec M. convergeant doucement vers ia vallée principale. L'inclinaison moyenne des pentes qu'il parcourt est supérieure à celle du plateau où coule le bisse de Levron. ne seraient pas sans péril. le théâtre de la catastrophe à laquelle il a si miraculeusement échappé. Le passage de la caravane suffit à ébranler la masse en suspens. I. La carte ne permet guère de déterminer l'essence ou la densité des arbres composant ces forêts. 46 . Les rescapés prétendent avoir « crevé une gonfle » (Schneeschiltty. tout le plan d'approche en ski dépend du point où doit se donner l'attaque finale. 79-80). l'arête sud est. Terrain à rapprocher du n° 10. Sur l'autre versant. voir aussi le chapitre XV. L'orientation générale du terrain en est un. 39 . Avalanche du 17 novembre 1915. peu incliné et peu crevassé. 2452 est préférable. Conditions défavorables. la neige était bien tassée et la montagne se trouvait dans d'excellentes conditions. une inclinaison plus forte que 4-5 . au 50 000e. pour le Tàschhorn. du matin). 1916. Enfin. Cas à rapprocher du n° 8. Inclinaison 2-3. même si la voie finale n'était pas la plus facile ( 1). Neige croûteuse. V. D'autres motifs encore peuvent influer sur le choix des itinéraires. Planche de neige (Schneebrett) emportant trois hommes. Pourtant. dont le fond est praticable dans de bonnes conditions. une courte descente (50 m. Inclinaison 4. espacés sur les pentes. Lorsqu'il sait l'interpréter. Inclinaison 2-3.Les zones boisées sont des obstacles fréquents sur la route du skieur. En déterminant la ligne viable de moindre inclinaison. Crettez et moi. Nous avons vu que certaines particularités morphologiques. froid. Avalanche du 22 janvier 1909. — Col de la Furka (2421 m. les mélèzes croissent en forêts moins denses. 2709) (Revue alpne. p. pas trop encaissée. Schéma 20. 128 : VIII. Dans les Grisons et sur le versant méridional de nos Alpes. Dans bien des cas. Schéma 23. itinéraire que j'avais déterminé au moyen de la carte. J'ai dit que les facteurs météorologiques s'enchaînaient aux facteurs topographiques. Inclinaison 1-3. en montant de Verbier à la Rosablanche. s'il n'existe pas de chemin pour les traverser. Avalanche citée par Richardson dans son SkiRunner. Deux planches de neige (Schneebrett) superposées cédant successivement sous le poids d'une caravane de quatre hommes. C'est en appliquant ces principes et en combinant intelligemment tous ces facteurs que l'alpiniste-skieur détermine son chemin sur la carte. il procède par déduction et finit par déterminer la voie la plus sûre. Avalanche du 15 janvier 1911 (10 h. certains jalons caractéristiques. Fœhn après une forte chute de neige. Écho des Alpes. Dans ce cas. Très beau temps. entre elles. Neige croûteuse recouvrant 80 centimètres de neige poudreuse. Dans une dernière série de schémas (n 0 19 à 27). Par contre. l'arête nord . jalonnent la limite inférieure des pâturages. Le skieur doit savoir par anticipation que les neiges offrent une consistance plus favorable sur les versants nord et est que sur les pentes tournées vers le sud et l'ouest. Certaines grandes montagnes n'offrent qu'une seule voie praticable en hiver. l'alpiniste-skieur doit prévoir de quelle façon il attaquera le sommet lui-même de la montagne.

Schéma 27. Or on y monte en ski sans danger ni aucune peine. C'est la plus haute altitude atteinte en ski en Suisse. communication personnelle de M. — Val d'Eschia au-dessus de Maduleim (Engadine). Schéma 26.provoquée par deux skieurs (Ski. je comprends les sommets dont on ne peut atteindre en ski que le pied et dont il faut compléter l'ascension comme en été. X.) par l'arête du Lysjoch .). 21. Le pointillé indique la route habituelle. situés dans de grands massifs.) par l'arête sud . b. mais dans la partie supérieure. Dans cette première catégorie. du soir). le Finsteraarhorn (4 275 m. au lieu de se tenir sur l'autre rive (Ski. Conditions défavorables après une chute de neige d'environ 50 centimètres. Avalanche du 20 février 1916 (6 h. — Ce schéma reproduit une grossière erreur de l'A. L'inclinaison de leurs pentes permet théoriquement l'usage des skis jusqu'à la cime . la neige ou la glace). Temps clair.) ainsi que la plupart des sommets du massif de l'Err. XII. XIII. le Capùtschin (3 391 m. etc.) par l'arête nord . en partie à pied. 1 En juin 1917. — le Claridenstock (3 270 m. 123 . VTII.A. au-dessus de Fionnay. en partie en ski. Combe comprise entre deux forêts. l'Ebnenuh (3 964 m.) de la Fuorcla Buin. — le Blindenhorn (3 384 m. je comprends les sommets neigeux dont on peut atteindre en ski le point culminant ou ses abords immédiats. mais beaucoup peuvent être complètement ou partiellement gravis à skis. avec ligne pointillée indiquant la meilleure route pour se rendre de ce col vers la région du Wildhorn : une arête caractéristique. 53-60). L'étude de ces schémas est instructive. les sommets méridionaux du Mont Rosé.). d'inclinaison 1-2. .). le Piz Mortel (3 442 m. Avalanche du 7 janvier 1918 (soir). en suivant une arête caractéristique ou en escaladant une face. le Piz Buin (3 316 m. dans les Grisons ( 1). Ceci prouve qu'on peut quelquefois affronter impunément des pentes très rapides. Schéma 30. On peut désigner ce genre de course sous le nom de combinaison (combinaison d'une approche en ski et d'une ascension finale dans le rocher. située entre la Drance le Bagnes et l'arête de Corbassière (2227 m. toujours en se basant sur la carte.) dans les Alpes centrales . 27-30). Schéma 29. En étudiant la carte de nos Alpes. Ce sont en général des dômes isolés. 24). après-midi). Avalanche poudreuse tuant deux hommes qui remontaient la rive droite du torrent. je citerai : le Grand Follat (3 671 m. le Brunnegghorn (3 846 m. S. Meisser.). 30 du matin). surtout dans les Grisons et sur les contreforts septentrionaux de l'Oberland bernois et des Alpes Pennines.). à Coire).).) par le Hughsattel . neige superficiellement gelée. Le pointillé indique l'itinéraire suivi. Knubel sont montés en ski jusqu'au sommet même du Dôme des Mischabel (4 554 m. 22 et 26) semblent résulter du fait que les caravanes suivaient les itinéraires habituellemént parcourus en été et pointillés sur l'.) et le Titlis (3 239 m. Les sommets cités en exemple et classés dans ces deux catégories dépassent tous 3 000 mètres. VIII. Inclinaison 3-4. — la Mongia (3 419 m. Alpina. le Wildhorn (3 264 m. le Combin de Chessette (environ 4120 m. La crête sera généralement dénudée de neige et facile à parcourir en portant les skis. dans l'Oberland bernois .) dans les Alpes Pennines . Cette pente aurait une inclinaison 1. Inclinaison 1-2. la neige exposée au vent est souvent si dure que l'alpiniste abandonnera ses skis dès que la marche sera plus facile ou plus rapide à pied. — Parsenn (près Davos). On cherchera naturellement à combiner une courte escalade avec une partie de ski agréable.). Inclinaison 4. bien entendu. Comme exemples. Voici encore les commentaires relatifs aux trois derniers schémas: Schéma 28. Pente située entre le glacier le Théodule et le plateau du Breithorn. Elle confirme les principes établis plus haut. S. les Gùmels (3 513 et 3523 m. — Stand (1 939 m. — Terrain à l'est du col du Sanetsch. Dans cette seconde catégorie. le Mônch (4 105 m. au-dessus des Saanenmôser. on verra qu'ils rentrent dans deux grandes catégories : a. Patrouille de dix hommes échelonnés à de courts intervalles coupant la pente (Ski. — les Diablerets (3 222 m.). 136). Auparavant on n'avait jamais observé d'avalanches à cet endroit (Ski.).). Mauvaises conditions : temps humide.). Tous les sommets ne sont pas destinés à devenir la proie du skieur. une quantité de montagnes très favorables au ski.).) dans les Alpes Lépontines . léger fœhn . surtout dans les régions où les montagnes forment de grandes chaînes et où les sommets sont séparés par des cols bien caractéristiques. Schéma 25. Au-dessous de cette altitude. Avalanche du 28 décembre 1913 (2 h. la Tête Blanche (3 750 m. la Tête de Valpelline (3 813 m. Mauvaises conditions : tempête de neige avec fœhn et température élevée (Ski. Courte pente de 150 mètres. 1912.) et le Bieshorn (4 161 m. 215). — Pente très raide. on constate que leur viabilité en hiver est considérable.) près du Hundsruck. Si l'on cherche à les classer. Schéma 24. 73-76 . à la fin de mars. Mauvaises conditions : 30-40 centimètres de neige fraîche et fœhn.). suivie par les caravanes montant au Breithorn de Zermatt et marquée sur l'A. au pied même de la pente dangereuse. par des conditions excellentes. La plupart des accidents (en tout cas les nos 20. S. le Pigne d'Arola (3 801 m. Ces combinaisons sont innombrables en Suisse. la Bernina (4 055 m. Je me bornerai à citer ici quelques exemples typiques.) par l'arête est . la Cima di Jazzi (3 818 m.) sur le sentier de la cabane de Panossière. la Dent Blanche (4 364 m. Les conditions de la neige printanière étaient parfaites et la descente du sommet à la cabane Festi ne prit que quarante minutes. parmi les plus hautes montagnes : le Lyskamm (4 538 m. Avalanche du 22 décembre 1911 (11 h. le Piz Tremoggia (3 452 m. le Basodino (3 277 m. Ils sont assez rares en Suisse. Gonfles (Windschilde) dans la partie supérieure. Une étude préalable du terrain sur la carte aurait révélé une route plus sûre et souvent plus agréable. Mais c'est une imprudence à déconseiller (voir p. E.) par l'arête de l'OberMônchjoch . Arnold Lunn et Jos.). on trouve. Inclinaison 3. que l'on suit à pied pour passer des champs de neige du Sanetsch aux pentes supérieures dont l'accès en ski est barré par des rampes d'inclinaison 2-4. — Val-Bella sur Parpan.

il faut se persuader qu'en hiver. les skis sur l'épaule. lorsqu'il allait à pied. les traversées de sommets ne sont guère possibles. le skieur les utilise sur presque toute leur longueur. S. — PARCOURS DES GLACIERS EN SKI. on en parcourt deux. ont pourtant réussi la traversée de l'Aletschhorn (4 182 m. Si les alpinistes modernes s'en écartent volontiers maintenant. que le sondage avec le piolet ne suffit pas . Mieux encore : autrefois 1 \ pionniers n'en parcouraient guère que la partie supérieure. écrit Lunn vingt ans plus tard. les skieurs croyaient ne pas devoir s'encorder sur les glaciers bien couverts de neige. l'hiver transforme beaucoup moins les hauts sommets que les zones inférieures de la montagne. les pionniers remontaient leur cours. lorsqu'il s'agit d'une face ou d'un versant escarpé. les skis en bandoulière. Or il s'en faut encore de beaucoup ! « Sur un point. c'est pour attaquer des parois escarpées et chevaucher des arêtes déchiquetées plus dignes de leur témérité ou de leurs capacités. quand bien même la couche de neige serait très épaisse . puisque. l'alpiniste peut se diriger au moyen de la carte. les arêtes deviennent les voies naturelles pour gagner les sommets. tandis qu'aujourd'hui. Ceci est admis par tous en théorie. C'est du reste pour lui un sentiment de sécurité très appréciable de savoir que ses skis l'attendent au pied de la montagne. S. S-E. Pour l'alpiniste d'hiver. depuis les hauts névés jusqu'à la langue terminale. neuf skieurs ont été tués dans des crevasses. Lorsqu'on a le choix entre plusieurs routes. Depuis vingt-cinq ans qu'est arrivé le premier accident de ski en montagne. Ces sages conseils auraient dû convertir d'emblée tous les amateurs de ski en haute montagne. de l'équilibre plus difficile à conserver et aussi parce qu'une corde très longue était nécessaire. aux yeux du skieur. un des alpinistes-skieurs de la première heure. elle ne joue pas un grand rôle. parce que très enneigés et très froids. Entre une face et une arête.-W. Les deux seuls cas qui nous concernent sont ceux où des skieurs enfoncèrent un pont alors qu'ils descendaient sans corde : Streinz en 1912 et von 1 Pas de règle sans exception : deux de mes amis. de tout temps. L'hiver les recouvre uniformément de neige et rend leur cours navigable. six eurent lieu à la montée et dans un cas seulement deux skieurs encordés furent tués. tous les skieurs sont d'accord : la corde doit être employée tant que l'on marche à plat ou que l'on monte sur un glacier. Si l'on hésite entre deux arêtes faciles. les arêtes étant presque toutes exposées aux vents et l'action de ceux-ci étant infiniment plus considérable que celle du soleil. Mais. II. et ceci double l'intérêt de la course. en descendant par l'arête ouest. à cause de la liberté des mouvements. le touriste se plaît à traverser les sommets comme on traverse des cols. une masse énorme de neige peut s'effondrer tout à coup. leurs guides devraient être absous de tout blâme. s'il arrive un accident. Comme nous l'avons vu. Grâce à la sécheresse de l'air. et qu'une trace bien marquée relie ce dépôt improvisé au refuge qui lui offrira son toit pour la nuit (1). A. M. alors que la tentation de s'en passer n'est pas plus grande pour un skieur que pour un piéton.). en hiver aussi bien qu'en été. ignorant ou dédaignant le ski. l'ascension finale du pic s'exécute selon les règles habituelles et d'après les indications et les itinéraires décrits dans les guides publiés par le C. les victimes avançaient à pied. profondément ancrés dans la neige. ce choix dépend en partie du point terminus atteint en ski. Leur inclinaison est généralement modérée. La majorité des skieurs acceptera toujours ce risque. « Les skieurs qui sont disposés à assumer tous les risques d'une descente libre doivent être autorisés à le faire sans reproche et. L'alpiniste hivernal. au lieu de parcourir une seule route. Sur les arêtes. à la suite du terrible accident du Grenzgletscher où périrent Kœnig et Flender. on choisira toujours l'arête. où ils avaient fait transporter leurs skis. que le glacier est. Dans les combinaisons. elle est balayée par les vents et le reste fond au soleil. qui dépose ses skis au pied de la montagne et doit les reprendre au retour. montant par le Dreieckhorn et descendant par le Sattelhorn sur la cabane Egon von Steiger. En tout cas.Tant qu'il est en ski. autre danger qui n'est certes pas à dédaigner. Comme je l'ai dit plus haut déjà. Pourtant cette question d'orientation doit intervenir en tout dernier lieu. De ces accidents. Un autre de mes amis a également traversé le Mont Velan (3 765 m. on suivra naturellement la plus facile. et je conseillerai à l'alpiniste d'éviter les versants orientés au nord. évitait ces grandes artères. Paul Montandon. écrivait ceci : « Jusqu'à présent. En été. il ne soupçonne pas toujours les crevasses cachées qui le guettent . En 1902 déjà. on préférera celle dont l'orientation est la plus favorable (S... Cette opinion est maintenant bien ébranlée. les glaciers ont repris toute leur importance d'antan. Dans deux autres cas. De ce fait. la neige qui tombe dans les hautes régions n'offre aucune consistance. et le skieur est moins exposé au danger des avalanches que sur les pentes inférieures de la montagne.). partant de la cabane Concordia. Les glaciers ont été. dans la neige poudreuse. De tels accidents n'ont pas plus d'importance que des actes de folie similaires chez les alpinistes estivaux. bien qu'en pratique les skieurs aient beaucoup trop attendu pour se décider à mettre la corde à la montée. Mais le retour par le glacier de Tseudet est infiniment préférable . l'orientation entre alors sérieusement en considération. les voies naturelles de l'alpinisme. un terrain très perfide et qu'il est absolument nécessaire de conserver de grandes distances. qui est bien minime. plus encore qu'ailleurs. et l'on se demande si les dangers de la marche sans corde ne surpassent pas ses avantages. Comme j'ai pu le vérifier souvent. Au premier âge. Par contre. sachant qu'il enfoncerait là. pour s'engager ensuite dans quelque couloir conduisant vers la cime qu'ils convoitaient.). Par contre.

ou bien elle a été sublimée. Aucun de nous n'a le droit d'excuser les périls que nous sommes préparés à affronter. Il nous faut donc distinguer entre les accidents évitables et ceux qui sont inhérents au plein développement du sport. les preuves sont évidentes. il avoue très franchement que. Il est bon d'ajouter que Lunn s'est fait une spécialité de parcourir l'Oberland bernois en skieur et non en alpiniste. il faut observer ses différentes phases d'enneigement.. elle ne les éliminera pas. Les alpinistes sans guide. Sur le Grenzgletscher. Les victimes de l'alpinisme en ski proprement dit sont donc très rares : deux morts (sur 1 500) résultant d'une descente libre sur des glaciers. Mais ce n'est qu'une chance . Donc les skis ne remplacent pas la corde. pourvu qu'il respecte les lois de solidarité par lesquelles il est engagé envers ses compagnons. en mars 1921. Vous connaissez l'aspect d'un glacier en automne. Un peu plus loin. si les glaciers ne changeaient jamais . 85 Alpine Skiing. sur de grands espaces. semblent prouver que le risque de négliger la corde à la descente est moindre que celui de traverser Paris en taxi. » Un de mes amis (qui n'est jamais tombé dans une crevasse) a prétendu que les skis remplacent la corde sur les glaciers. la traversée d'un grand col glaciaire et si elle n'offre au skieur la joie sans mélange d'une glissade parfaite sur un grand glacier ( 1). Mais nous savons bien que ce n'est pas le cas. p. sur l'Oberaarjoch. les ponts se sont effondrés ou menacent ruine . « Nous qui glissons sans corde. Ceux qui considèrent les montagnes comme un playground pour le ski devraient se confiner dans la zone subalpine. « Ceux qui considèrent le ski comme un moyen pour arriver au but peuvent s'encorder. lorsque la saison a été chaude. Dans cette même période de vingt-cinq ans. de la franchir avant l'effondrement du pont. surtout s'il a soin de traverser ces crevasses perpendiculairement à leur direction. comme nous l'avons déjà dit. Kœnig et Flender enfoncèrent un pont de 3 à 4 mètres d'épaisseur. Une connaissance locale peut réduire les risques. nous sollicitons la même indulgence que celle accordée à tous les montagnards qui trouvent dans l'alpinisme quelque chose de plus que la satisfaction d'arriver au sommet avec le maximum de sécurité. Ce serait vrai si les guides pouvaient emporter une carte à grande échelle. En somme.Allmen. à la fin de février 1902. jusqu'au torrent alimenté par ses eaux. Une part considérable de la neige superficielle a fondu : elle s'est écoulée à travers les mille fissures de la glace. Elle reste personnelle. les dimensions des crevasses sont très variables et la fragilité des ponts dépend aussi bien de la longueur de leur arche que de l'épaisseur de la neige. il essayerait de se réconcilier avec le ski à la corde. On peut donc faire toutes les suppositions. Mais. connaît l'étendue du danger et veut rester prudent à tout prix. vous avez des chances. onze skieurs suivaient la même piste: le pont s'effondra sous le poids du onzième. Tâchons de ne pas le gagner ! Pour se faire une idée exacte de l'état d'un glacier en hiver. les premières neiges tombent sur ce glacier dénudé. pour lesquels une expédition en ski n'est pas complète si elle ne comprend l'ascension d'une haute montagne. au contraire. Ceci serait vrai si la largeur des crevasses n'était supérieure à un mètre par exemple: le danger d'y tomber serait alors nul. ajoute Lunn. Sur trois skieurs. Le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde. Chacun est libre d'agir à sa guise et selon son caractère. figurant toutes les crevasses . la question est facile à résoudre : le danger existe. Un skieur a donc beaucoup moins de chance d'enfoncer un pont qu'un touriste à pied. en mars 1921. 88 . là où il n'existe pas la moindre crevasse. la question est un peu plus délicate. par suite de la consistance même de la neige. » Tel est l'avis d'Arnold Lunn. donc il faut s'encorder. Sur la partie inférieure du glacier. deux trouvèrent la mort dans une avalanche et cinq sur six à des altitudes moyennes. Mais. Mais il en est beaucoup qui considèrent la combinaison du ski et de l'alpinisme comme le plus beau des sports. p. la personnalité du skieur et celle de l'alpiniste entrent en conflit : le premier se laisse entraîner par le charme de son sport favori . elles sont sans valeur. » Le ski présente sur la neige une surface de sustentation évidemment beaucoup plus considérable que celle du pied. Pratiquement. le skieur finit par l'emporter sur l'alpiniste. subjective.. rendue à l'atmosphère par la chaleur du soleil. l'autre. 1 2 Alpine Skiing. « Les guides. aux dépens de ceux que nous jugeons sans aucun attrait. Si la crevasse est faiblement couverte. D'autres accidents confirment l'existence et l'étendue du danger. Il est inutile de vouloir le nier : il faut au contraire s'en persuader et chercher à le parer autant que possible. A l'Oberaar-joch. au printemps et non en hiver. Comme aucune de ces conditions n'est satisfaite. le parcours des glaciers sans corde équivaut à une vaste vrie dont le gros lot serait caché au fond d'une crevasse. s'il ne pouvait pas aller dans les Alpes en mai. à la descente aussi bien qu'à la montée. le plus souvent. et chacun doit le résoudre au plusieurès de sa conscience. 1 500 personnes furent tuées dans les Alpes. grâce à la vitesse de vos skis. le phénomène est très apparent : les bords des crevasses sont dégarnis de neige. Du reste. les chercheurs de nouvelles routes et les skieurs non encordés ont tous considéré les risques de leur sport favori et jugé que le jeu valait bien la chandelle. Au commencement de l'hiver alpin (octobre-novembre). la glace est à nu. si de nouvelles crevasses ne se formaient pas entre l'été et l'hiver et si tous les membres de la caravane suivaient exactement les traces de leur guide. et quant au sondage il est parfaitement inutile. ou presque nul. Et c'est ainsi que le ski nous entraîne à commettre des imprudences que nous ne risquerions jamais en été. Il est inutile de s'attendre à l'impossible et il serait futile de prétendre que tous les skieurs devraient toujours s'encorder (2). il estime les ennuis de la corde plus grands que le danger de s'en passer . prétendent parfois qu'une connaissance locale exacte élimine tout danger. Au cours d'une glissade. Théoriquement.

Lorsque le skieur alpin ne peut s'assurer le concours de ses compagnons habituels. et c'est alors seulement que commence la construction des nouveaux ponts. pour avoir pratiqué le ski en haute montagne.Ces précipitations sont presque régulièrement accompagnées d'un vent violent et d'un froid sensible. En hiver. pratiquement. Ils restent plus ou moins béants. Mais la neige suspendue dans les crevasses ne les soutient pas et celle qui les revêt ne les renforce que bien faiblement. Ils la durcissent superficiellement en formant une croûte plus ou moins épaisse. achève la construction en les réunissant et en les nivelant enfin. Puis une nouvelle couche de neige recouvre le tout et la couche précédente est assez forte pour supporter ce nouveau poids. il ferait mieux d'engager des guides. même à l'œil le plus exercé. soufflant la neige. ceci est impossible et parfaitement inutile : le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde là où il n'existe pas le moindre trou. ces ponts commencent par se former latéralement. sur chaque côté de la crevasse (et selon la direction du vent) comme les corniches sur les bords d'un précipice. Mais cette épaisseur varie aux caprices du vent. à demi ruinés par la chaleur estivale. La même opération se répète plusieurs fois au cours de l'hiver. au hasard de l'équilibre et selon la direction du vent qui la chasse. Bien des gouffres sont assez larges et profonds pour défier longtemps l'envahissement de la neige. 1 II serait intéressant d'étudier sur place la formation des ponts de neige sur de larges crevasses. lorsque la caravane est composée d'éléments qui ne se connaissent pas. On confond simplement deux constructions exécutées avec des matériaux tout différents. mais avant que le soleil ne le touche. Cette neige est poudreuse. Malheureusement. Les anciens ponts. se plâtrent de neige fraîche et finissent par inspirer confiance. et un pont qui a résisté à la chaleur du jour précédent peut généralement mériter notre confiance pour le jour suivant. Elle est donc très irrégulière. qui ne supporterait pas une seule heure de soleil estival. Guides et touristes devraient s'astreindre également à pratiquer une seule et même technique à la corde. la neige qui recouvre une crevasse s'évase légèrement et nous apparaît sensiblement plus foncée. par transparence et par suite du vide. qui existe bel et bien à cette époque. Elle se tasse insensiblement. la neige conserve sa blancheur mate. quitte à s'effondrer brusquement sous la pression accidentelle d'un skieur. Les grandes variations de température et de traction produisent l'effondrement des ponts les plus faibles. On a prétendu que les ponts s'effondraient moins facilement en hiver qu'en été par suite du froid. ou bien elle s'effondre brusquement. n'offre aucune résistance. vient précisément la déposer dans ces combes glaciaires. la solidité des ponts augmente à mesure que la couche de neige s'épaissit. . elles produisent des avalanches. de soupçonner la présence d'une crevasse cachée. ceci surtout aux heures chaudes de la journée. beaucoup plus de neige qu'il n'en tombe normalement. En hiver. Toute la couverture hivernale du glacier est d'une fragilité bien évidente. En hiver. lorsque l'on considère les matériaux utilisés. La fonte et le gel alternatifs augmentent sans cesse sa densité et finissent par la transformer en glace. « En été. et il est impossible. écrit Lunn. séparant les crevasses où la neige s'engouffre. mais d'une façon très irrégulière encore. Cette neige n'offre aucune résistance. Si l'on peut profiter de la détection de ces avalanches pour traverser une zone glaciaire. le soleil et le vent parviennent enfin à combiner leur action. » Nous en arrivons finalement à la conclusion que la fragilité des ponts et le danger de les enfoncer sont beaucoup plus considérables l'hiver que l'été (1). et les trous se former précisément sur une glace solide. le vide n'existe que peu ou pas . plus encore qu'en été. Au cours de l'hiver. mais il n'est comblé que par une neige folle qui. Mais choisissons une crevasse bien comblée de neige. Le vent la poursuit sans trêve et ne la laisse en repos que lorsqu'elle s'est infiltrée dans les fentes et dans tous les trous du glacier De grandes étendues de glace vive restent ainsi à découvert. Le vent. les expéditions à travers des glaciers difficiles ne devraient être entreprises que par des caravanes dont les éléments se connaissent mutuellement. On peut toujours éviter une crevasse franchement ouverte. et le vent. La solidité d'un pont dépend beaucoup plus de la consistance de la neige qui le forme que de son épaisseur. le glacier se couvre peu à peu. de telles combinaisons se présentent rarement. peut se maintenir durant des semaines. ces corniches opposées finissent par se rejoindre. Au cours d'une glissade en ski. La neige qui les forme est beaucoup plus compacte. En débordant de plus en plus. les variations de température sur la neige sont très faibles : un pont fragile. l'alpiniste avance à l'allure d'un piéton ordinaire : il a le temps de prévoir et de sonder les crevasses au moyen du piolet. le soleil augmente sa cohésion et sa force. Seuls ceux qui sont assez solides survivent. Le vent forme des vagues et creuse des trous. et par conséquent moins dangereux que ceux qui sont traîtreusèment cachés. et tout l'échafaudage sera à recommencer. uniforme. Supposons une crevasse remplie à pleins bords de neige poudreuse. et l'on part trop souvent avec des compagnons plus ou moins inconnus. un pont d'un mètre d'épaisseur s'effondrera plus facilement qu'en été un pont deux fois plus mince. il faut naturellement ne pas négliger cette occasion. Les ponts que nous traversons en été sont autrement plus solides et mieux construits. mais une crevasse masquée par une couche de neige est très difficile à prévoir. Les vagues peuvent recouvrir des crevasses. En été. Une fois nivelé. A notre avis. Mais ce froid n'a aucune influence sur la neige hivernale. Elle s'y maintient en suspens. En réduisant l'épaisseur de la neige. en somme. Sur cette neige. Peu à peu. de façon à ne pas être embarrassés. En été. Lorsque les pentes latérales d'un glacier sont rapides. les ponts de neige sont soumis à une sélection naturelle. En hiver. Ces caravanes pourraient alors profiter des premières neiges pour exercer le ski à la corde en dehors des glaciers et se préparer à en affronter les dangers avec tous les atouts dans leur jeu. ces avalanches combleront les crevasses beaucoup plus solidement que la neige et le vent ne pourraient le faire. qui l'arrache aux arêtes et aux versants exposés. En envahissant les rives du glacier. Les glaciers reçoivent. Elle ne se maintient souvent que par un miracle d'équilibre. Sous le pont nouvellement formé. le glacier se trouve superficiellement nivelé.

et. Ces deux cordes seront réunies pour la marche à plat et pour la montée. Quatre bons skieurs alpins forment la meilleure combinaison. retarde l'usure. Les expériences que j'ai fait faire par la suite à l'Eidg. Lorsque des skieurs non encordés parcourent un glacier. A la montée. la séparation est dangereuse (1) Vingt mètres d'intervalle ne sont pas de trop. 1 J'avais imaginé autrefois un moyen de faciliter la glissade d'une cordée de trois. L'occasion est excellente parce que l'instruction est réglementaire et uniforme. Elle a l'avantage d'être à la fois solide. qui entraîne la rupture successive des différents fils. en maniant la corde comme on le fait d'habitude et l'on suivra exactement la même piste. et si la séparation devient nécessaire. Ils glisseront ainsi beaucoup plus facilement que si la cordée était de trois ou quatre. surtout s'ils se connaissent et s'ils sont de force égale. En employant des antidérapants. une corde qui. Par contre. mais parce que les tractions produites par la chute d'un skieur sont généralement beaucoup plus considérables qu'en été (le skieur se mouvant à une vitesse beaucoup plus grande que le piéton) (3). lorsque la corde est exposée à l'humidité et au gel. 2 Ceci est important. l'une horizontale et l'autre verticale. Les guides ont parfois la mauvaise habitude de «finir» en hiver les cordes qu'ils n'estiment plus suffisantes en été. Non pas qu'une corde casse plus facilement lorsqu'elle est gelée. généralement couverte de névés. Les quatre autres furent plus résistantes qu'à l'état sec Ceci s'explique assez facilement si l'on considère la texture de la corde. Disons maintenant quelques mots sur la composition de la caravane et sur la façon de s'encorder. surtout lorsque la caravane ne connaît pas le glacier à parcourir. au heu de 700 kilogrammes a l'état sec. Elle est constituée par trois torons de fils anglais. et par conséquent la rupture. une seule se rompit à 690 kilogrammes. 3 Lors de l'accident du guide Louis Theytaz. Il oblige les trois skieurs à marcher à une seule corde. la manœuvre est déjà plus difficile. la caravane pourra se diviser sans s'exposer à de graves dangers. les fils qui la constituent exercent l'un contre l'autre un frottement qui sera maximum aux endroits où les fils s'entrecroisent. la marche à la corde est aussi facile qu'en été. dépressions. Le skieur du milieu. comme on en organise maintenant dans nos Alpes. Sollicités par un poids suffisant. et c'est évidemment la raison pour laquelle on a tant d'aversion à l'exercer préalablement. les skieurs se diviseront en deux caravanes de deux. Si le retour doit s'effectuer par le même itinéraire. Le skieur du milieu tendait entre les deux skieurs extrêmes. au lieu de s'attacher à la corde. Si vous restez suspendu par la corde nouée autour de votre taille. surtout pour la descente. plus les chutes seront fréquentes. et la couverture neigeuse plus épaisse aussi. Le nombre six est encore meilleur que le nombre quatre. En cas d'accident. même à la descente. on pourra passer un pied dans la boucle et soutenir son poids plus facilement encore. 4 On profitera des parties concaves du glacier (combes. Plus la cordée est grande.5 mètres ne pèsent que 1. qui sont naturellement moins exposés que les premiers au danger d'une chute. En cas de séparation. une boucle de corde dans laquelle il passera le bras s'il tombe dans une crevasse. par suite du glissement de la corde dans la boucle. résultant de deux forces. on procédera. On vérifiera donc soigneusement l'état des cordes avant de partir en course. Ce frottement produit une usure. La plupart des participants sont du reste étonnés de constater combien la technique de la corde est moins compliquée qu'il ne semble au premier abord. à une inspection minutieuse du terrain et l'on tracera la piste de façon à pouvoir la considérer à la descente comme axe des serpentines (slalom). Une des rares occasions favorisant cette pratique est un cours de ski alpin. Ils porteront deux cordes de 25 à 30 mètres. Deux skieurs s'en tirent assez facilement.5. trois skieurs courent moins de risques que deux skieurs seulement. sur le glacier de Seiloa (janvier 1911). au cours de nos expériences. Sur les glaciers. On s'attachera à des intervalles égaux (10 mètres). de preférence aux parties convexes. on suivra les itinéraires habituels de l'été. Ces deux caravanes marcheront toujours de conserve. vous serez à moitié mort de fatigue avant d'être retiré de la crevasse. Mais il est encore préférable de faire la boucle tout au bout de la corde et de s'attacher à un mètre et demi environ de cette boucle. et vous n'aurez aucune force pour aider vos sauveteurs. les crevasses étant généralement moins nombreuses. C'est pourquoi le concours d'un guide local n'est jamais inutile. J'ai expérimenté ce système sur le glacier de la Sivretta. Son diamètre est de 9. les cordes doivent être portées par les derniers de la caravane. Nous indiquerons au chapitre VII quels sont les exercices à pratiquer à la corde.5 mm et les 2. à condition d'avoir trois cordes et de former trois caravanes de deux à la descente. Pour le Retirer. A la descente. Il pourra ainsi soutenir plus aisément son poids et diminuer la traction de là corde qui lui scie les côtes. tout en montant. sous la direction de guides ou d'alpinistes expérimentés. De cette façon. Nous avons trouvé. en dehors des glaciers.Il est certain qu'une glissade à la corde manque decharme. Chaque skieur devrait avoir. à quatre. on peut s'élever directement. Nous avons dit plus haut déjà que le danger des crevasses est plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure du glacier. iî n'était pas facile de combiner les tractions. laissait celle-ci couler dans un anneau de fer fixé à son ceinturon de cuir. légère et très maniable. à portée de la main. comme on l'a prétendu. . 23-4) ont démontré que le gel n'a pas sur les cordes l'influence qu'on li prêtait. mieux pontées. Car il est impossible de glisser à une allure modérée dans la piste ouverte à la montée — à moins de conserver les peaux de phoque sous les skis et de freiner fortement au moyen des bâtons. si le glacier n'est pas incliné. A trois. En cas d'accident. qui ne fondent jamais complètement (4). on est rarement obligé de décrire des zigzags. La corde reliant le skieur (qui plonge dans la crevasse) aux autres membres de la caravane (qui glissant a une certaine vitesse) est naturellement soumise à un choc considérable. etc. chacun de ses fils s'entoure d'une carapace de glace qui diminue le frottement. plus q ue partout ailleurs en montagne. Les cordes doivent naturellement être de la meilleure qualité. Sur cinq cordes gelées. Les deux méthodes peuvent se combiner ( 2). on avait prétendu que la corde avait cassé parce qu'elle était gelée. ne se rompt qu'à 108o kilogrammes et qui peut donc être recommandée aux skieurs. Le nombre trois n'est guère suffisant en hiver. gelée. Prufungsanstalt de Zurich et dont les résultats furent publiés dans l'Alpina (1912." La descente est naturellement beaucoup plus compliquée que la montée. de façon à pouvoir se porter secours mutuellement.

il est préférable de laisser guider le montagnard le plus expérimenté. VII. Si le glacier est très incliné et que l'on puisse utiliser ses pentes latérales. puis son piolet. accroupissez-vous sur eux. sera certainement apprécié. évolue sur une neige houlettte et que. Pendant ce temps. peu orthodoxe il est vrai. lorsque le glacier est complètement inconnu. En glissant. On tiendra ses deux bâtons réunis. Sur un signe du premier. Si la pente du glacier s'accentue. de plus. vous ménagerez vos forces et vous éviterez les chutes. et le stemmbogen ne sert qu'à reprendre la direction initiale. deux ou trois spires de corde pour éviter les à-coups. Si l'un des skieurs est plus faible que les autres. On peut glisser de différentes façons. le second skieur sera toujours entraîné dans le sillage du premier. De cette façon. moins le danger est grand. De cette façon. mais. La piste tracée à la montée servira d'axe au slalom. il aura une tendance à dépasser les autres. le plus bas possible. le dernier plus haut sur la pente. En traversant un glacier perpendiculairement à son cours la caravane marche dans le sens initial des crevasses et doit être d'autant plus prudente. Si. C'est l'application pure et simple des règles observées en été. mais qui. Réunissez vos bâtons et relevez-vous. pour repartir ensuite dans une direction parallèle à celle du premier skieur. Il ne s'agit pas d'épater la galerie. et la corde sera mal tendue. p. 197-98) (1). fatigués par une longue course. Si l'un ou l'autre des skieurs n'est pas assez habile (ou qu'il soit trop fatigué) pour réussir ses virages. dans ces circonstances. Une glissade encordée est toujours une grande épreuve de tempérament. exigez quelques minutes de repos pour calmer la fureur générale. Et surtout pas de scrupules ! Personne ne vous regarde ! Le ski est au service de l'alpinisme. mais bien de glisser prudemment. la caravane s'arrêtera par un lent virage en amont et chacun tournera sur place. car la position la plus facile est celle du premier. Les skieurs devront alors s'échelonner de façon que leurs différentes traces soient séparées de plusieurs mètres et que tous ne se trouvent pas simultanément dans l'axe d'une même crevasse. placez en tête celui dont les skis glissent le plus vite. Chacun jure et tire de son côté. Rétablissez les intervalles normaux. chacun décrira un brusque christiania et se laissera tomber de côté dans la neige en y enfonçant profondément ses bâtons. et partez simultanément. le glacier est incliné. sans tenir compte de ses capacités de skieur. les virages sont moins brusques qu'en télémarks ou en christianias et l'on risque moins d'enfoncer un pont au moment du virage. n'hésitez pas à mettre vos peaux de phoque. Si celle-ci n'est 1 En descendant sur une pente latérale. les skieurs s'échelonneront en Hauteur : le premier en contre-bas. . Lorsqu'une cordée de trois skieurs. Si la neige est très profonde. Même. il y aura avantage à décrire des festons. Lorsqu'une crevasse est visible et qu'il faut absolument la franchir. C'est là le principal. prêts à freiner du côté de la montagne et. Plus la cordée est longue. la seconde se portera immédiatement au secours de la première. Si tous sont d'égale force. mais simplement modérer la vitesse en brisant l'élan. Ceci est particulièrement facile et agréable sur la rive droite d'un glacier (christiania à droite. Enfourchez vos bâtons. Enfin. si la neige est poudreuse. vous serez mieux à même de résister à une traction latérale de la corde. n'ayez pas de scrupule : écartez vos skis de 20 à 30 centimètres environ. Tous les membres de la cordée devront s'appliquer à faire leurs christianias simultanément. toujours dangereuses. C'est pourquoi j'ai recommandé la combinaison deux par deux. laissez-le conduire. La principale condition pour cheminer avec sécurité est de glisser lentement et d'éviter les chutes. dans une main. le skieur relié à celui qui est tombé dans la crevasse restera fermement à son poste et laissera aux autres le soin de jeter une corde de secours à la victime. ses skis glisseraient plus vite que ceux du premier. en général. De cette façon. la vitesse acquise dans la piste est encore trop grande. dans cette trace. A moins que le glacier ne soit que faiblement incliné. la glissade se fera en stemmbogen (voir chap. vous risquez beaucoup de l'enfoncer. en combinant le christiania et le stemmbogen. De cette façon. malgré le freinage. et s'il en a le temps. en décrivant des méandres pour couper la direction des crevasses sous un angle plus ou moins grand. Cette règle est générale et ne doit jamais être négligée. les meilleurs skieurs courent plus de risques que des skieurs sans corde s'ils vont lentement. Ces christianias ne doivent pas arrêter complètement la glissade. on fera de longues serpentines et le moins de virages possible. on évite les serpentines.. Oubliez ensuite tout ce que vous avez appris sur la technique du ski. Si le glacier le permet. S'il y a deux caravanes. le désordre ne tarde pas à régner dans la caravane et dégénérera en déroute. VII). A ce cri. quitte à les la enlever lorsque le glacier deviendra moins incliné. Chacun s'imagine volontiers que ses compagnons sont ligués contre lui pour le faire tomber sur le nez. en tendant constamment la corde. Des skieurs encordés doivent toujours maintenir leur corde tendue. et finalement tout le monde se décorde. en suivant la piste tracée à la montée ou celle que choisira le premier d'entre vous. on passera naturellement le pont perpendiculairement à la crevasse. En cas de chute. immédiatement après le christiania (voir chap. le premier skieur n'accélérera jamais sa vitesse sans avertir ses compagnons. car. Mais procèdez lentement. Au moment où tout le monde est tombé dans la neige. l'un d'eux légèrement avancé et donnant la direction. le plongeur avertira ses compagnons par un cri. Les skis seront disposés perpendiculairement à la corde. Je connais cette situation pour l'avoir souvent éprouvée C'est pourquoi je voudrais donner ici un conseil. il faudra descendre en zigzags avec arrêt et conversion de pied ferme à chaque tournant. Il doit cependant éviter de suivre exactement la même trace. il y aura alors avantage à n'ouvrir qu'une seule piste. être prêts à s'arrêter si l'un d'eux tombe dans une crevasse.. En tombant brusquement sur un pont. Les stemmbogen doivent être très lents. Sinon. stemmbogen à gauche).elle devient très désagréable. sur un signe ou un avertissement du premier.

par suite des rayons solaires. Les arbres surtout donnent assez bien la notion de la pente. Dans ce cas. et puisse cette perspective le faire réfléchir et l'engager à ne pas se lancer à l'aventure sans avoir tous les atouts dans son jeu. les lunettes jaunes vertes accentuent le relief des premiers plans et sont fort utiles. la caravane se trouvera complètement isolée et ne devra espérer aucun secours d'autrui. Dans ce cas. — Pour une cause ou pour une autre. Les moraines (généralement visibles. — QUELQUES CONSEILS. Le dernier à la corde fonctionne alors comme pilote : il porte la boussole et compare fréquemment la direction de l'aiguille aimantée avec celle de la caravane. on finira toujours par gagner la rive du glacier. telle que l'Atlas Siefried. en apparence insignifiants. Dans certaines régions. Pour marcher à la boussole. un ski ou un sac. Un des membres de la caravane portera un baromètre anéroïde. on parvient à retirer la victime. La consistance de la neige peut à l'occasion servir de critère. Seul un skieur sachant lire sa carte et pourvu d'une bonne boussole a des chances de pouvoir lui échapper. Le meilleur des modèles est tout juste assez bon. En les suivant prudemment. Tous ces détails. selon le procédé connu. on disposera des bâtons. pour ne pas dire indispensables. on fera bien de s'en rapprocher. par opposition aux pentes septentrionales. et la plastique avec elles. on perd toute notion du terrain. il ne faut pas hésiter à freiner fortement. à moins d'aller le quérir elle-même. est la seule façon de prévenir les chutes tout en glissant normalement. La lumière et les ombres se confondent. la caravane peut être obligée de bivouaquer. qui rend l'orientation fort difficile. il faut choisir un chef et lui laisser toute la responsabilité. Lorsque la caravane est surprise par la nuit. il est facile au pilote de viser le premier skieur par-dessus la tête du second et de corriger la direction par des ordres : à droite. d'autant plus sensible que la brume est plus épaisse. Il faut tâcher surtout de ne pas perdre la téte et de conserver tout son calme. après bien des efforts. Il faut donc une antenne. les tables de glacier. penchent toujours vers le sud. il n'arrivera pas à s'en défaire et pourra à peine aider ses sauveteurs. Si l'on n'a pas un guide professionnel. a toujours une tendance à dévier vers sa gauche. Ceci est beaucoup plus facile sur les plateaux ou à la montée qu'à la descente. mais il en est un troisième: c'est le brouillard. Les crevasses et les avalanches sont les principaux ennemis du skieur. bien entendu. mort par la faim. Le système dioptère également. Tout devient uniformément gris. et leur réparation est toujours une opération longue et énervante. S'il existe des arbres ou des rochers dans le voisinage. Souvent. Pour la descente. d'avoir en mains une carte exacte et détaillée. il faudra autant que possible choisir la rive d'un glacier. Celui de Bézard est excellent. Si la caravane a commis l'imprudence de partir sans boussole et que le brouillard soit trop épais pour laisser percer le soleil et permettre l'usage d'une montre. dans le brouillard. avant d'affronter les glaciers. Si la cordée est formée par trois skieurs. ses skis seront peut-être restés dans la crevasse. Si la pente s'accentue. C'est pourquoi une caravane devrait toujours être assez nombreuse pour pouvoir se subdiviser en deux cordées. il est bon de repêcher les skis en premier lieu et de débarrasser les abords de la crevasse. A l'endroit où la corde plonge dans la crevasse. . Dans le brouillard. Les crevasses seront presque toujours perpendiculaires à cette direction. plus puissants de ce côté. à gauche. peuvent être utiles à l'observateur perspicace et l'aider à retrouver sa direction (1). S'il y a des rochers dans le 1 Dès que le ciel se couvre. chaque skieur devrait allumer sa lanterne et pouvoir la suspendre à sa ceinture. sans vouloir à tous moments lui donner des conseils. Que le skieur songe bien. disparaisseat peu à peu. qui conservent plus longtemps leur neige poudreuse. Le skieur entraîne parfois dans sa chute une masse de neige considérable. avec un ski fortement avancé. Enfin. comme par le brouillard. il est préférable de s'encorder. Si. A défaut d'une boussole. aux périls qu'il court et à la mort qui le guette au fond des crevasses : mort par le froid. La combinaison du baromètre et de a boussole assure une sécurité étonnante dans le brouillard le plus épais — à condition. et si le brouillard n'est pas assez dense pour voiler complètement le soleil. puis une combe ou une vallée — qui sont faciles à suivre sans boussole.pas tombée très bas et si elle a conservé ses skis aux pieds. brisés même. il reste encore d'autres moyens d'orientation. Le froid affaiblit les forces et démoralise. qui risque de l'étouffer et qui compliquera en tout cas la manœuvre. Deux hommes arriveront tout juste à le retirer. assez rares il est vrai. pour empêcher la corde de se déchirer ou d'enfoncer trop profondément dans la neige. les neiges deviennent ternes. Les pentes sud seront croûtées ou fondantes. Durant l'observation. Ces boussoles sont pourvues d'une alidade minuscule.Un pareil sauvetage est toujours plus compliqué en hiver qu'en été. ou bien ils seront endommagés. permettant de déterminer sa direction par une visée. Lorsque le brouillard s'épaissit au point de masquer les moindres détails. III. La position du télémark. La marche d'un skieur est naturellement plus rectiligne que la marche d'un piéton qui. même au printemps) indiqueront toujours la direction initiale d'un glacier. Bivouac. même en dehors des glaciers. de façon à former une file rectiligne. terrible agonie. et il est très difficile d'en discerner le relief. Si les pentes sont rapides. il faut immédiatement commencer les observations à la boussole. sinon impossible. on fixera les antidérapants pour diminuer la vitesse. on peut employer une montre ordinaire. Les skis augmentent son poids et embarrassent ses mouvements. les efforts d'un seul compagnon sont parfaitement inutiles. La situation du skieur de tête est naturellement beaucoup plus compliquée que celle de ceux qui le suivent et profitent de ses expériences. Les petites breloques que l'on pend à sa chaîne de montre ne sont pas suffisantes pour s'orienter. On procédera ensuite selon les règles d'un sauvetage habituel. il faut naturellement éloigner tout objet métallique.

Par une neige favorable. Il est toujours bon de s'informer si la cabane en est pourvue. d'hôtel et de provisions se chiffrent souvent beaucoup plus haut qu'on ne le prévoyait. rendre de grands services au touriste hivernal. « Six hommes assis. tout en se faisant payer comme guides. p. Si la voie n'est pas tracée et que le but soit éloigné. mais il existe certainement bien des guides capables ne détenaat pas de brevet et qui pourraient. Comme porteurs. Ceci n'est pas difficile lorsque la caravane est nombreuse. qui sont les deux principaux centres hivernaux des Alpes Pennines). par les porteurs ou par des jeunes gens du village. publiés par le Club Alpin Académique de Zurich. En se les répartissant. Arnold Lunn a publié en anglais deux volumes sur l'Oberland bernois. Il existe maintenant pour les principaux massifs de nos Alpes des Guides du skieur. ou bien l'équipement n'est pas tout à fait au point : bref. la caravane lourdement chargée est encore mal entraînée. qui servira en même temps à chauffer la hutte et à préparer des boissons chaudes. Avec des tentes ou des sacs de couchage. parallèlement l'un à l'autre et à une distance légèrement inférieure à la longueur des bâtons. Le touriste a besoin d'être entouré et soutenu en hiver tout comme en été. On place deux skis sur les bords de la fosse. à l'occasion. Lorsque le skieur alpin possède une expérience suffisante. indiquée eu courbes de niveau. indiquant toutes les routes principales. Les premiers à paraître furent ceux de la Silvretta et de la Bernina. les meilleurs guides consentent parfois à des conditions d'engagement très modestes. A. à la lumière des principes exposés au début de ce chapitre. est tout à fait recommandable dans ces occasions. La montée à la cabane est souvent la partie la plus pénible et la plus compliquée de l'expédition. Davos. S. il a également édité une carte itinéraire pour la région de l'Oberland s'étendant de Gadmen au Bietschhorn. Ils sont encore peu nombreux. A plusieurs d'entre eux sont annexées des cartes itinéraires. A. qui restent des professionnels parfaits et dont l'hiver n'altère pas les qualités. De cette façon. Ceci provient encore des débuts du ski en montagne. le bivouac peut être très supportable. on gagnera du temps en faisant ouvrir la piste la veille. on allumera la lampe à alcool. dont nous étudions plus loin le programme. c'est une journée durant laquelle les jurons ne manqueront pas. . écrit Bilgeri. Les guides actuels ne sont pas suffisamment stylés. En hiver. Les autres skis serviront de sièges et de petits bancs pour les pieds (chacun peut aussi mettre ses pieds dans son sac). Le ski les a rendu trop indépendants de leurs touristes.. Le terrain peut être rapide. On ne dormira qu'à tour de rôle. Le système Bilgeri. Une caravane bien équipée sera toujours pourvue de batiste. mais à cette pléiade de guides de seconde classe qui marchent volontiers comme simples porteurs. Le même espace suffit à trois hommes couchés. alors qu'ils étaient engagés comme simples porteurs par des skieurs beaucoup plus habiles qu'eux. j'ai cru bien faire en indiquant par des flèches les endroits où les avalanches sont le plus à craindre. L'entrée se fera du côté abrité du vent. Dans ce cas. on rencontre au contraire beaucoup plus de guides qualifiés. on peut construire cette hutte en une demi-heure. Mais il n'est pas toujours possible d'éviter un bivouac dans la neige. porter les provisions. Les patentes de guide-skieur ne devraient être accordées désormais qu'à ceux qui ont réussi un cours de ski alpin. et il ne reste plus qu'à la recouvrir de neige. suffisante pour abriter tous les skieurs. dans la vallée. les guides-skieurs de premier ordre se comptent sur les doigts d'une seule main. Ces indications correspondent à des conditions météorologiques et nivales normales. on en profitera naturellement pour s'abriter contre le vent. Il faut donc la prendre « tout à la douce » et s'assurer tous les agréments possibles.voisinage. Dans l'Oberland bernois et dans les Grisons. le soleil trop chaud et le danger des avalanches menaçant . l'expédition commence au village. et éventuellement du bois. Si l'on a recours à des professionnels. 2 BILGERI. le Comité Central du C. On mettra sur soi tous ses vêtements de rechange . « Si l'on a suffisamment de toile. puis ceux de Klosters. en se servant des skis comme pelles à neige. très ingénieux. qui sont des œuvres particulières. où les montagnes sont moins difficiles qu'en Valais. il est préférable d'engager des guides locaux et de tout premier ordre. Cette critique ne s'adresse pas aux grands guides. il peut très bien se passer d'aide professionnelle et engager simplement des porteurs pour transporter ses provisions et son bagage. Mais rares sont les skieurs assez prudents pour en emporter. qui permet d'édifier une hutte de neige. La batiste est tendue par dessus. Ils en ont conservé une impression d'infériorité technique qui n'est plus justifiée et qui doit disparaître à tout jamais. Engadine. S. a délivré quelques patentes de guide-skieur à ceux d'entre eux qui avaient fait leurs preuves. II est évident qu'après une forte chute de neige. décrivant les meilleures routes à suivre en ski. Si vous devez gagner un refuge où vous comptez séjourner plusieurs jours. y trouveront place et seront parfaitement à l'abri. Un skieur sachant lire sa carte pourrait du reste s'en passer et judger du danger d'après l'inclinaison des pentes. En hiver. les frais diminuent. on peut encore en tapisser l'intérieur de la hutte. Il est étrange de constater qu'en Valais par exemple (à part Zermatt et Saas. par contre les frais de voyage. le bivouac involontaire peut devenir supportable. disposés en travers. 101-102 Sur les cartes annexées au Wattiser schifûhrer (Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes). » Guides-skieurs et guides du skieur. Les derniers venus sont ceux des Alpes Valaisannes où les numéros du texte correspondent aux itinéraires tracés sur la carte ( 2). il faut naturellement engager les meilleurs skieurs de 1 Der alpine Skilauf. Si leur tarif est réduit. les avalanches peuvent se détacher n'importe où. qui se sont distingués par leur esprit d'initiative. surtout pour celui qui peut s'envelopper dans son sac de couchage (1). — En Suisse. il fera bien d'étudier à fond la carte de la région qu'il va parcourir. ne manquez pas d'engager deux ou trois porteurs pour faire la trace. En collaboration avec Othmar Gurtner et sous les auspices du C. la neige profonde. Il faut y arriver à temps pour pouvoir prendre toutes ses dispositions. voire même en plein glacier. Nous entendons par là des guides entreprenants.

Il est bon de faire une petite reconnaissance dans la direction que vous prendrez le lendemain. en arrivant. Elle dessèche votre transpiration. Même si la soif vous tourmente. Si l'on persiste à vouloir s'échapper. fixez les antidérapants dès la veille. mais qu'elle soit trop dure pour les peaux de phoque. On fera de nombreuses haltes et de légers repas. lorsqu'elle forme un C. A la descente. Un simple quartier de lune projette sur les neiges une lumière suffisante pour guider une caravane dans un terrain peu accidenté. l'ombre est la meilleure douche que l'on puisse prendre avant d'arriver à la cabane. Préparez-les pour le lendemain et vérifiez leur état. Avoir toujours sous la main des vêtements surnuméraires pour parer aux coups de vent et pour traverser les zones d'ombre froide. on enlèvera les skis et l'on déposera son sac. C'est donc un gain très appréciable de deux heures à deux heures et demie. cette clarté dure de 6 heures du matin à 7 heures du soir. Si la course doit commencer par une longue montée (ou même par une courte descente. En mars et avril. sinon leur piste sera interminable. de façon qu'ils soient froids au moment où vous les chaussez. il est bon de partir tôt et d'aller très lentement. en évitant tout effort inutile. et il suffira d'une vigoureuse friction de la peau en changeant de linge pour faire disparaître les résidus acides et procurer un bien-être complet. et ne renvoyez jamais un porteur solitaire. Si le chemin n'est pas trop mauvais et que le mulet soit robuste. elle croît. en plein hiver. de façon à ne fatiguer ni son cœur. il peut porter 100 kilogrammes de bagages et une dizaine de paires de skis. On dit que la lune est trompeuse: lorsqu'elle forme un D. surtout à la montée. suivie d'une longue montée). Pour cette première journée. quelques maux de tête qui passeront vite en prenant une poudre d'aspirine. vous ressentirez peut-être. vous fixerez les crampons par-dessus les peaux. en faire une infusion ou une citronnade. on choisira pour cela la voie la plus sûre. C'est autant de gagné pour le lendemain. attendez d'avoir de l'eau bouillante pour y diluer un cube de bouillon. lorsque le terrain est dangereux ou le village éloigné. elle décroît. elle fera bien d'y rester cloîtrée jusqu'à la fin de la tourmente. rentrez vos skis et laissez-les sécher. et il y aura parfois avantage à louer un mulet pour porter tout le bagage. en prévision d'une retraite forcée.l'endroit et s'assurer qu'ils sont munis de peaux de phoque ou d'antidérapants suffisants. A la fin de mars. la clarté diurne commence à 7 heures du matin et finit entre 5 heures et 5 h. A chaque halte. Bien des sentiers sont tracés par les bûcherons même en plein hiver. ni son estomac. S'il a fait très chaud durant la journée. le skieur doit remédier à la brièveté des jours en coordonnant la daté de ses courses avec celle de la lunaison. Mais ne le faites que s'ils ont le temps d'arriver à leur village de jour. Ce serait immoral et en contradiction avec vos principes. Ce serait folie de s'y risquer. Si la neige ne porte pas. En hiver. Si la caravane n'a pas su prévoir le mauvais temps et qu'elle soit confinée dans une cabane par la tempête. Il serait bon alors de jalonner son itinéraire. dans le refuge . vous pouvez renvoyer vos porteurs immédiatement. Les pentes qui conduisent dans la vallée sont généralement rapides et deviennent très dangereuses lorsque la neige fraîche les recouvre. Clarté diurne et lunaison. 30 du soir. par contre. Si vous constatez que la neige supporte le poids du piéton. même si elle n'est pas la plus courte. cette clarté est insuffisante. Dès que la cabane est chaude. on peut se passer du clair de lune pour des courses de treize à quatorze heures. mais. Si vous arrivez au refuge assez tôt. On restera donc au chaud. — Au début de janvier. on dormira le plus possible et l'on mangera peu. Peut-être n'est pas inutile de rappeler que la lune se lève dans la soirée lorsqu'elle croît et après minuit seulement lorsqu'elle décroît. . pour se délasser en toute liberté. Il faudra sortir vos skis de la cabane un bon moment avant le départ. vous pourrez chausser vos crampons dans la cabane. Ne mangez jamais de neige en course et ne buvez pas d'eau froide en arrivant. Ne pas s'habiller trop chaudement pour éviter des transpirations inutiles.

L'auteur a réussi la plupart de ses courses de montagne avec des skis de 2 m40. comme en montagne. dans l'arrêt dit télémark. 312 sq. appropriées l'une au Jura. Celles-ci sont verticales. A celui qui n'est pas encore équipé. pour tout le reste de l'équipement. Mais ceci est peu de chose si l'on songe qu'un bon équipement peut durer une dizaine d'années et faciliter des expéditions qui nous vaudront des trésors de souvenirs. Une économie serait bien mal placée ici. du reste. La largeur et l'épaisseur du ski varient suivant des règles fixes qui sont généralement respectées par le fabricant. Le plus souvent. On choisit ordinairement la longueur des skis de façon à pouvoir toucher leurs pointes du bout des doigts. sur toute sa longueur (ce qu'il est facile de vérifier en examinant la surface inférieure ou surface de glissement). l'autre aux Alpes. Lorsque le choix est très grand. et une paire de laupars davantage encore. il nous faut l'équiper de pied en cap pour la haute montagne. de préférence à un profil rectiligne. Lorsque les conditions de neige sont favorables. Pour le skieur comme pour l'alpiniste. Les fibres horizontales peuvent être excellentes si la fibre inférieure se prolonge sur toute la longueur du ski. et l'on pourrait s'en repentir tôt ou tard. partiellement résolue par les accessoires du ski. surtout pour traverser des pentes de neige durcie ( 3).et rares aussi ceux qui peuvent se payer deux paires de skis. les fibres seront toujours parallèles à cette courbure. Il faudra donc trouver un ski spécialement approprié à ces neiges (2). Il faut écarter d'emblée tous ceux qui présentent des nœuds. C'est une erreur de prendre des skis trop larges. Mais ceux qui pratiquent le ski exclusivement en haute montagne sont rares. Les skis bombés sont naturellement plus solides que les skis plats. On est beaucoup plus à l'aise sur des skis étroits. par Armand Schmitt. Ils sont très agréables pour les descentes en ligne droite. La pointe du ski doit être très élastique pour pouvoir résister aux chocs éventuels de la descente. L'hickory est plus dense. légèreté. Des skis courts engendrent souvent un mauvais style et. Si ces fibres ne sont pas parallèles aux arêtes. une longueur égale à la taille même du skieur (des pieds à la tête) est bien suffisante. à l'arrière du ski. Pour la montagne. en outre. mettez de côté quelques paires de cette longueur et considérez maintenant la texture du bois. Tous ces détails sont d'une grande importance. Le poids du skieur est aussi un facteur à considérer. — Quel est le meilleur ski alpin ? C'est là une question brûlante et qui reste actuellement à l'ordre du jour. mais leur usage est plus compliqué lorsqu'il faut. Lisez donc attentivement les conseils qui suivent. Nous en reparlerons plus loin. On reconnaîtra la qualité du bois à la disposition de ses fibres. p. par suite de leur plus grande surface de sustentation. en montagne. mais il est très solide aussi et s'use moins vite que le frêne. Observez la coupe transversale à l'arrière du ski. en plein hiver et aux hautes altitudes. 1 II est vrai que ma taille est de 1 m. elle s'est acquis une immense expérience qui tend de plus en plus à la perfection. un ski court sera toujours préférable à un ski trop long. nous conseillons donc de le faire sans compter. Lorsque vous aurez déterminé la longueur qui convient à votre taille. Mais ceci est très rare.CHAPITRE VI ÉQUIPEMENT Avant d'examiner la technique du skieur alpin. la simplicité est certainement la seconde. Les fibres verticales sont excellentes. Une bonne paire de skis coute au moins 60 francs (suisses). Notre industrie est arrivée à fabriquer des skis aussi parfaits que ceux qui nous venaient autrefois du Norvège et. que. la face la moins compliquée du problème. Ceci est très important. plus glissant . par conséquent plus lourd. il est facile d'observer l'allure des fibres. vos skis auront une tendance à dévier d'un côté ou de l'autre. horizontales ou obliques. Pour la montagne. Le frêne remplit toutes les conditions désirables : solidité. construit selon le type de Telemarken. le frêne et l'hickory entrent seuls en considération. Les fibres obliques favorisent la formation d'esquilles sur les arêtes du ski. Les longs skis glissent naturellement mieux que les courts. Il est certain cependant que. Cette question de longueur est. pour la haute montagne. sur les skis alpins. Plus l'alpinisme se développe. 90 ! Ceci est une question de glissement et de dérapage. Un article intéressant et suggestif a paru dans \ Alpina de décembre 1923. sans jamais les trouver trop longs ( 1). est parfaitement suffisant. si la solidité est la première condition. la pointe du ski postérieur risque de passer derrière le pied antérieur. Mais. en levant le bras verticalement. et choisissez un profil bombé. Dans la section transversale. élasticité. Le véritable ski alpin n'est pas encore inventé. mais en hiver plus encore qu'en été. 3 Voir la note au bas de la page 186 2 . Il existe actuellement en Suisse des maisons de sport qui ne livrent que du matériel de première qualité. Rappelez-vous. le meilleur est tout juste assez bon. en croyant qu'ils facilitent l'équilibre latéral. les neiges sont presque toujours soufflées et durcies. on trouve parfois dans le nombre un hickory plus léger que le frêne ordinaire. Un équipement de première qualité est nécessairement cher. faites le compte de ce qu'il vous faut et rendez-vous chez le meilleur fournisseur en compagnie d'un ami expérimenté. ces fibres coupent la surface de glissement sous un certain angle et rendent le ski très cassant» La courbure de la pointe s'exécutant après la coupe du ski lui-même. On fera donc mieux de prendre la moyenne entre ces deux normes. Skis. mais. pratiquer le slalom. à condition d'être très espacées et parfaitement parallèles aux arêtes du ski. plus les skieurs deviennent exigeants. le modèle ordinaire. on glisse toujours assez vite.

Si l'on admet volontiers cette courroie comme fixation de réserve. mais ceci est toujours ennuyeux. On passera d'avance un fil de fer dans le dernier œillet. mais sous une forme différente. elle ne vaut rien pour l'usage courant. attendrie par l'humidité. ce tendeur existe aussi. cède peu à peu sous la morsure des mâchoires. triple et très solidement cousue.Si les proportions d'un ski sont généralement observées par le fabricant. sous le poids du skieur. il n'en est pas toujours de même pour la courbure et le cintrage. Une fixation conforme au but que nous nous proposons doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° direction assurée sur le ski . 2° solidité . on visse sur les côtés de la semelle de petites plaques en tôle. Lorsque la température est supérieure à zéro. Pour éviter l'usure du cuir. Dans la fixation BB. Pour obvier à cet inconvénient. Voyons ce qui caractérise ces fixations. A la longue. Cependant. par conséquent. Un avantage qui n'est pas à 1 II me parait inutile do représenter ici par des figures les différentes fixations dont nous allons parler. La seule pièce qui s'use rapidement est la courroie traversant le ski. bonnes et mauvaises. Ces mâchoires ne sont pas vissées sur le ski. A l'exception de leur surface inférieure. L'élasticité de la fixation Huitfeld est suffisante pour permettre de s'agenouiller sur les skis. En somme. Fixation Huitfeld (1). On a reconnu que l'affaiblissement que en résulte pour le ski est à peu près négligeable. Si cette courroie se rompt. les petits inconvénients de cette fixation sont largement compensés par ses avantages. La courbure de la pointe doit commencera 30 ou 40 centimètres de cette pointe et s'élever progressivement jusqu'à 15 centimètres au-dessus du sol. Quant à la façon de les entretenir durant leur sommeil estival. Comme les efforts latéraux se donnent tous au même ea-droit. Ceci est très important pour la traversée de terrains avalancheux. les skis noirs se détachent mieux sur la neige. Ne pas forcer cette fiche sous la mâchoire. il est bien préférable d'entourer la courroie (à l'endroit où elle sort du ski) par des spires très serrées de fil de cuivre étamé. La solidité et la simplicité de la fixation Huitfeld sont très grandes et facilitent les réparations. 3° simplicité (et. Les courroies doivent être réglées de telle façon que l'on puisse cheminer avec le tendeur détendu et sans que la courroie arrière tombe du talon débordant. Lorsque les mâchoires épousent exactement la forme des semelles du soulier. Le tendeur ne doit pas se trouver derrière le talon. de peur de faire sauter le ski. elle exerce sur cette courroie une friction considérable. Ellefsen et BB. qui use le cuir et oppose naturellement une certaine résistance au glissement. ce qui peut être un avantage. 5° être souple et ne pas gêner la flexion du pied durant la marche. Le ski alpin de l'avenir sera probablement creusé de plusieurs rainures. Les fixations Huitfeld et Ellefsen sont pourvues toutes deux du tendeur Hoyer-Ellefsen. on peut aussi emporter une courroie de cuir gras. On a cherché à supprimer cet inconvénient en remplaçant. tout manuel de ski vous renseignera. les skis sont couverts d'un vernis destiné à les préserver de l'humidité. la traction se faisant directement sur la pointe du soulier. très souple. Elle s'introduit facilement dans le canal du ski et on la fixe autour du pied à volonté. Mais cette tige de fer se casse très facilement et ses inconvénients sont plus grands que ses avantages. Elle sera percée de nombreux œillets aux extrémités qui viennent se fixer dans les boucles de la courroie talonnière. Actuellement. la courroie par une tige de fer (fixation Huitfeld-Eleffsen). La courroie qui passe dans le bois doit être en cuir gras. mais elles passent dans une ouverture pratiquée à même le bois. Elle est en contact direct avec la neige et. Comme pièce de rechange. sur laquelle le frottement est très minime et presque inefficace. la semelle. les skis présentent une surface de glissement parfaitement horizontale. il se produit un ébat latéral qui permet au talon de sortir de l'axe du ski ( 2). La couleur est une question de goût. avec une seule boucle à l'extrémité. . mais sur son côte extérieur. inscrivez-y votre nom et recommandez au marchand de les imprégner plusieurs fois d'huile de lin. de façon à fendre aisément la neige. et il faut alors s'avouer dépendant de la température. Une seule rainure n'est généralement pas suffisante pour glisser sur des neiges durcies sans déraper. 2 Si les mâchoires elles-mêmes se mettent à bouger dans le canal du ski on enfoncera entre le fer et le côté du canal une petite fiche de bois dur. et cela durant de longues années. d'environ 2 mètres de longueur. dans le genre du drib actuel (voir plus loin). de façon à pouvoir l'introduire sans peine dans le canal où passe la mâchoire. lorsque celle-ci est croûteuse. elle est facilement remplaçable par une courroie de réserve. Trois fixations ont fait leurs preuves en haute montagne et peuvent être recommandées : ce sont les fixations Huitfeld. à cet endroit. quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. 4° pouvoir s'ajuster et s'enlever très rapidement . Lorsque vous aurez choisi vos skis (ne vous gênez pas de prendre tout votre temps pour cela). ces trois fixations sont munies de fortes mâchoires en tôle de fer. Cette surface de glissement est creusée d'une rainure longitudinale qui facilite la direction et dont l'utilité est indiscutable. — C'est la plus ancienne de toutes les fixations à mâchoires et celle qui est généralement adoptée. On trouve ces figures dans tous les catalogues de sport. résistant et pratiquement inaltérable. qui sont envoyés gratuitement /demande. — II existe actuellement une quantité de fixations. les courroies se détendent légèrement et la commande laisse à désirer. facilité de réparation) . L'auteur a eu l'occasion de les éprouver toutes les trois en haute montagne. parce que trop compliquée à mettre et à enlever. qui permet de serrer automatiquement les courroies de talon. La courbure médiane ou cintrage du ski doit être telle que. la direction du ski est assurée. Fixations. doublée? de cuir intérieurement. On peut évidemment y remédier en raccourcissant les courroies.

qui tendent de plus en plus à disparaître. Elle sert de trait d'union entre les systèmes à mâchoires et les fixations à semelles. En outre. 2 . si vous avez remplacé les mâchoires Eleffsen par des Huitfeld. il est très facile de s'agenouiller sur le ski. qui devait être fort désagréable au moment de la varappe et pouvait casser au moindre choc. Grâce au tendeur automatique. A la descente et tant qu'un style orthodoxe est possible. Les bâtons doivent être munis de disques ou rondelles d'un diamètre suffisant pour ne pas enfoncer trop profondément dans la neige. comme nous l'avons indiqué précédemment. A la place des mâchoires Eleffsen (primitivement trop légères). vous ménagerez beaucoup les muscles de vos jambes en faisant travailler ceux de vos bras. et le pied est constamment maintenu dans l'axe du ski Les changements de température n'ont sur elle aucune influence sensible. et celles-ci doivent être d'une solidité exceptionnelle pour ne pas se relâcher sous la torsion des semelles. Il est préférable d'en avoir de très mobiles. sur un terrain rapide. Il peut être renforcé à cet endroit par une douille métallique présentant des œillets pour les courroies de la rondelle. il est impossible de faire une réparation de fortune. assez longues pour y passer aisément la main gantée. — Le skieur est un être essentiellement symétriqe : il a deux jambes. deux bras et par conséqueau deux bâtons. Il est préférable d'avoir des bâtons assez longs. esseyez un jour de monter 2000 mètres en ski avec un seul bâtoyuet refaites ensuite la même course avec deux bâtons. Ces bâtons très pratiques à la descente. grâce à l'absence des courroies talonnières. la semelle n'est plus fixée latéralement par les languettes. Ne les prenez ni trop minces ni trop courts. mais en la vissant devant le pied par quatre vis. cette fixation n'a triomphé que tout. ménager ses forces et forcer les virages. Dans les longues ascensions. au lieu de deux seulement. Comme beaucoup d'alpinistes. Transformée comme je l'ai indiqué plus haut. Par contre. elle se met et s'enlève plus vite encore que la Huitfeld. couvert de mauvaise neige. deux skis. Bâtons. j'ai fait poser des mâchoires Huitfeld du plus gros numéro et des étriers plus solides aussi. Choisissez donc deux bâtons en racine de bambou. Les bâtons seront solidement ferrés. Elles présentent deux languettes qui viennent se rabattre latéralement sur la semelle balata. beaucoup de crochets se rompirent au début. les bâtons ne servent à rien. Depuis douze ans. Or. Lorsque celle-ci est maintenue par les languettes latérales. Il est alors très agréable de pouvoir passer l'une des cannes dans le disque de l'autre et d'attacher les extrémités supérieures au moyen des dragonnes. les plus résistants que vous puissiez trouver. II existe des bâtons de frêne munis de demi-disques en forme de D et pouvant s'accoupler solidement. sinon à faciliter l'équilibre. présentent néanmoins un 1 On me signale de nouveau des cassures de crochets BB (décembre 1924). vous serez parfois obligés de réunir vos bâtons pour freiner fortement. l'auteur témoignait une aversion particulière contre ce système sans courroie et l'étonnante simplicité de son levier métallique. De fait. ils paraissent à peu près incassables. mais presque indispensables à la montée. mais ils ne sont pas nécessairement plus solides que de bons bambous. tous les efforts latéraux sont concentrés sur les mâchoires. pour ne pas être obligé de se pencher trop en arrière. de pouvoir se fixer et s'enlever instantanément et de permettre une génuflexion complète sans le moindre effort. Tels qu'ils sont actuellement. si pratique et si simple. Les mâchoires Eleffsen sont peu différentes des mâchoires Huitfeld. Fixation Eleffsen. ceci n'est possible qu'avec deux bâtons. auquel nous devons également le tendeur automatique. elle est simple. l'auteur a fait toutes ses courses avec la même paire de bâtons en racine de bambou. — Beaucoup plus récente que les deux premières. solide et facile à réparer. Ces rondelles sont inutiles et parfois gênantes à la descente. mais il est inutile et même dangereux que ces pointes soient aiguës. et c'est alors seulement que l'on comprit la nécessité de les fabriquer en fer forgé. Par contre. Par contre. fixées à une distance suffisante de la pointe du bâton pour ne pas gêner le freinage ( 3). Si vous n'êtes pas encore convaincu. Verticaux. Or l'étrier est rivé à la semelle balata. — Cette fixation est l'invention d'un ingénieur norvégien. ils sont sensiblement plus lourds. ils doivent vous arriver à la hauteur de la poitrine. La pointe du pied ne s'enfonçant que peu entre les mâchoires. En montagne. Les efforts latéraux se répartissent autant sur l'étrier que sur les mâchoires. même dans le rocher ( 1). récemment de nombreux préjugés.dédaigner non plus est la possibilité de passer un des skis dans la fixation de l'autre. Il arrive parfois que les étriers Eleffsen se cassent au sommet des angles formés par le métal. Les préjugés s'élevaient principalement contre le crochet fixé à la pointe du soulier. Vous abandonnerez toute hésitation. il suffit d'enlever la semelle en la dévissant et de passer dans le canal du ski une longue courroie de réserve. Les bâtons de frêne sont très estimés en haute montagne. La fixation Eleffsen assure une excellente direction sur le ski. Les rondelles amovibles ne sont guère pratiques. moyen très pratique de les porter. je l'ai fait transformer légèrement pour mon usage personnel. Le principal défaut de cette fixation est l'accumulation de la neige entre la semelle balata et la plaque sous-pied (aluminium ou linoléum). pas trop grandes. Fixation BB. 3 Le point faible du bâton est le canal par où passent les courroies de la rondelle. L'un d'eux lui servit de canne pour gravir une demi-douzaine de sommets supérieurs à 4 ooo mètres : c'est dire leur solidité. première qualité. Après avoir essayé dans les Alpes le modèle Eleffsen tel qu'il fut patenté. ils sont d'une nécessité absolue pour freiner. on obtient une rigidité latérale parfaitement suffisante. De ce fait. Les pommeaux seront garnis de fortes dragonnes en cuir. et éprouvez-en la solidité sans ménagements (2). Le grand avantage de cette fixation est d'être absolument insensible aux changements de température.

Elle est prolongée aux deux extrémités par un fort ruban de chanvre. Dans une cordée de trois. dans un endroit chaud. vous casserez. les peaux sont parfaitement suffisantes. Le système Sohm supprime cet inconvénient en supprimant les rubans transversaux et en collant la peau au ski au moyen d'un enduit spécial. le ruban postérieur double le talon du ski et vient se fixer dans une boucle vissée sur le ski. La plus simple et la plus agréable à notre avis est de le passer horizontalement dans les bretelles du sac. il faudra régler l'écartement des crampons d'après les skis. Il existe plusieurs systèmes de peaux de phoque. la pointe sortant par en haut. La largeur des extrémités des Laupars (auxquelles s'adaptent les crampons) étant généralement inférieure à celle des skis. ou deux à trois piolets pour quatre. Ces combinaisons ne sont guère satisfaisantes pour de grandes ascensions. si dure que les peaux ne seront plus à même d'empêcher le recul des skis. on le tire latéralement d'un coup sec. et ceci est d'une importance capitale en alpinisme. Antidérapants. C'est alors que les crampons interviennent. La supériorité de la fourrure du phoque est incontestable. Mais vous rencontrerez souvent en montagne des pentes où la neige poudreuse est recouverte d'une croûte gelée. par les grands froids. 2 On vend sous ce nom des peaux qui n'ont évidemment jamais appartenu à des phoques. même pour de très longues ascensions. Il est du reste rarement nécessaire que chaque membre de la caravane soit armé d'un piolet. qu'on les conserve jusqu'au début de la descente finale. Mais cet enduit n'est efficace qu'à certaines températures. Il faudra vérifier de temps en temps leur solidité. on saisit le ruban de chanvre postérieur sous le ski. la différence de poids entre le bâton ordinaire et le piolet à rondelle est fort désagréable. L'auteur a essayé tous les autres systèmes de peaux. Tant que la neige n'est pas trop dure. mieux encore. Comme le skieur caussé de laupars doit nécessairement emporter des crampons de fer à huit ou dix pointes pour la glace et le rocher. Malheureusement. Cette question. Deux rubans transversaux situés aux tiers de la garniture servent à la maintenir latéralement. puis on le décroche et l'on ouvre les deux leviers. De toute façon. Dans le premier cas. Dans le second cas. serait tranchée depuis longtemps si la neige offrait toujours la même consistance. Il faut avoir soin de bien tendre la peau sous le ski. Toutes les pièces de cette garniture sont cousues les unes aux autres. le système le plus simple sera toujours préférable. négligeable à la montée. 3 Durant l'été. et il est impossible d'en perdre en chemin. soit en fixant un disque amovible au piolet ordinaire. Le piolet peut se porter de différentes façons. pour éviter les blessures en cas de chute.. le piolet improvisé ne vaudra jamais un véritable piolet. De cette façon seulement on économise ses forces et son temps. Si vous enlever vos skis pour continuer votre marche à pied. en vente dans tous les magasins de sport) qui leur conserve toute leur souplesse et les garantit également contre les teignes . de façon que les griffes métalliques serrent légèrement le bois. Le piolet court et léger peut aussi s'introduire tête en bas dans le sac même du touriste. Il eût été intéressant de faire concourir cet original avec um skieur muni d'antidérapants. il faut passablement de temps pour les ajuster. On les saupoudre de naphtaline ou. qui en sont très friandes. Appliquer 1 11 existe encore des gens pour vous soutenir que les antidérapants sont parfaitement inutiles et qui s'acharnent à ne pas vouloir les utiliser. l'homme du milieu peut très souvent s'en passer. Selon les difficultés prévues. la croûte superficielle et vous enfoncerez plus ou moins profondément. on aura soin de mettre les peaux de phoque à l'abri des teignes. on les brossera vigoureusement. sinon la neige s'insinue entre deux et forme de la glace. soit en adaptant le fer aux bâtons de frêne accouplés. la peau ne colle pas. puis on les enroulera de façon qu'elles ne prennent pas de faux plis et que leur poil ne se hérisse pas ( 3). Dans toute autre circonstance. ce qui peut être fatigant et même dangereux (sur un glacier. On les serre au moyen de petits leviers qui doivent jouer facilement. — On a cherché à combiner piolet et bâtons. on les passe à l'huile goudronnée (Ski-Oel. Lorsqu'elle est poudreuse. il faut que tous les membres de la caravane soient munis d'antidérapants.inconvénient à la montée : celui d'enfoncer profondément dans la neige poudreuse. On en a imaginé bien des systèmes différents. Le tendeur que l'on intercale volontiers au ruban antérieur se décroche facilement et ne fait que compliquer le système. Piolet. Le ruban antérieur forme une boucle qui se fixe à la pointe du ski . on emportera un à deux piolets pour trois. on les fera sécher. La peau doit couvrir toute la surface inférieure du ski. Ainsi. Pour enlever les peaux. Malheureusement. en l'attachant du côté de la hache par une ficelle ou par la dragonne. et il en est finalement revenu au modèle le plus simple. tant discutée actuellement encore. à cause de leurs disques minuscules. ou bien elle se détache. Les rubans transversaux exercent naturellement dans la neige un certain freinage. Le plus simple est encore le meilleur. Sur la neige dure. par exemple). Pour pouvoir suivre la même piste. surtout lorsqu'on marche à la corde. ces crampons peuvent très bien s'adapter sous les skis et supprimer l'emploi de crampons spéciaux. mais plus sensible à la descente. l'auteur rencontra un guide du pays qui lut avoua franchement n'en avoir jamais fait usage. mais qui proviennent de bien d'autres animaux. Voici la meilleure façon d'ajuster ces crampons : introduire la partie postérieure du crampon à l'arrière du ski et glisser le crampon (tête en avant) jusqu'à ce que ses griffes antérieures parviennent devant les mâchoires.. — Nous entendons par là tous les moyens imaginés contre le glissement des skis en arrière ou «le côté (1). A la fin de la course. Lors des Jeux olympiques de Chamonix. On tend la peau en tirant fortement. les peaux et surtout les rubans transversaux s'usent assez rapidement. les meilleurs antidérapants sont les peaux de -phoque (2). il est prudent de garnir le fer d'un fourreau de cuir. parce que ses poils ne sont presque jamais ramollis par l'humidité de la neige et qu'ils conservent très longtemps leur raideur naturelle. Ce système est parfait lorsqu'on peut fixer les peaux chez soi ou à la cabane. il n'en n'est pas ainsi.

C'est ce que l'avenir démontrera. sur la neige dure. La climbingwax de Sohm est excellente pour la neige poudreuse. Malheureusement. alors graisser ses skis. tant les skis sont glissants. Les avantages du drib se révèlent surtout à la descente. où la neige est si variable qu'il faudrait à tout moment changer d'enduit. Sur les versants sud. de Ribeaupierre. Les enduits mous qui s'appliquent facilement par toutes les températures sont aussi les moins résistants et. très exposés au soleil. au Passo di Verona par le glacier de Palti. les crampons ou « couteaux » (Plarscheisen) de Bilgeri sont recommandables. pour lesquelles les peaux de phoque sont déjà parfaitement suffisantes. on n'obtient pas une sécurité aussi parfaite. Avec la fixation Eleffsen. lorsque le fœhn se met à souffler. en mars 1924. Dans la neige poudreuse. sans aucun zigzag et sur une neige très dure. Contre le dérapage latéral. Vous pouvez même les combiner très avantageusement sur des pentes où la neige est tantôt dure.. surtout à la descente. qui s'attachent très fortement au bois et finissent par l'imprégner complètement. Faits ou enduits facilitant le glissement. plus ou moins résistants et recommandables. A défaut de ce moyen. ou qui puisse s'enduire d'un fart tenace. — En haute montagne. Les coins eux-mêmes freinent très agréablement. qui lui a valu ce nom par abréviation » O» trouvera une figure du drib dans VAlpina de novembre 1924. Malheureusement. Ces crampons ne font que couper la neige parallèlement au ski. par le mauvais temps. Le drib complet est formé de trois à cinq éléments articulés et pouvant se replier les uns sur les autres. ainsi qu'à l'arrière de la fixation. il est préférable de s'en abstenir (à moins de remettre chaque fois les peaux de phoque). Si l'on entame la descente finale et qu'il n'y ait plus de contrepentes à franchir. au Titlis depuis le Tribsee . mais c'est là une habitude qui s'acquiert très facilement. Enrouler la longue lanière de chanvre autour du ski. il faut naturellement laisser à la semelle balata toute sa liberté. Si les entailles transversales affaiblissent le ski. Les neiges dures et poudreuses sont au contraire très glissantes. les neiges sont rarement collantes. vous pouvez attaquer de très fortes pentes sans décrire aucun zigzag 1. le drib vaut à peu près les crampons lorsque la pente n'est pas trop forte. avec des lames cunéiformes plus minces. Il faut naturellement lever les skis à chaque pas. ce sont les peaux qui travaillent . après quelques jours de beau temps et de bise. on a lancé sur le marché des enduits spéciaux. Il existe une quantité innombrable de farts. on évitera tous les faux pas. et il faut l'avoir essayé sur des neiges dures et « tôlées » pour en apprécier les avantages. Ces enduits sont difficilement applicables à froid. où les rainures deviennent un antidérapant latéral incomparable. ils auront complètement disparu. ne collant pas dans la neige. de la cabane Bétemps au pied du Sattel du Mont Rosé . Dans la neige poudreuse. ces produits ne sont guère efficaces que dans les neiges poudreuses ou humides. de sorte que. L'usage des crampons n'exclut pas nécessairement celui des peaux de phoque. Les crampon* mordent précisément là où les peaux glisseraient. comme cela se présente si souvent dans les Alpes. par contre. le drib est lourd et encombrant et n'exclut pas la nécessité des crampons pour un skieur chaussé de laupars. le ski glisse sans qu'il soit nécessaire de le soulever à chaque pas. Les premiers se fixent naturellement par-dessus les secondesLe drib2 est d'une invention plus récente. après quelques heures de marche. Les aspérités cunéiformes étant peu prononcées. Grâce à des conditions de neige exécrables. Comme nous l'avons dit plus haut. dans les environs de la cabane Britannia. En adoptant un tempo lent. Ce qui peut être avantageux pour des excursions en Norvège ne l'est pas dans les Alpes. un contre-placage Paiourdira. on peut aussi employer un chiffon ou un simple bouchon et étaler l'enduit par une vigoureuse friction. le drib a prouvé certaines qualités indéniables. Au emploie-t-on dans ce but un petit appareil breveté dit « Para » qui se chauffe au moyen de tablettes « Meta » et qui sert à lustrer les skis. et au Blanc de Moming depuis la cabane Mountet. Une fois les skis graissés. au moyen de deux griffes. Sur une neige dure. en la serrant principalement devant et derrière les mâchoires. toute contrepente devient presque insurmontable. Le drib assure une direction parfaite. parfois aussi en descendant dans une vallée. Ce sont des lames d'acier. C'est un « chapelet de lames de bois cunéiformes ». Il est préférable d'employer des produits à base de goudron. 2 Inventeur. C'est là le principal avantage du drib.fortement le crampon sur le bois du ski. L'auteur se rappelle avoir fait trois campagnes successives dans les Alpes sans jamais graisser ses skis. longues d'environ 25 centimètres. sur des neiges dures. de façon à ne pas trop gêner le glissement. . même sur des neiges où les skis ne laisseraient pas la moindre trace. et en montagne il est préférable de graisser les skis le moins possible. Ces dernières années. le ski alpin de l'avenir n'est pas encore inventé. Avec les crampons fixés de cette façon. Par contre. ils rendent le stemmbogen assez difficile et se perdent facilement en route. qui ont la prétention d'empêcher le recul à la montée et de faciliter le glissement à la descente. les crampons. Cet antidérapant n'est guère connu qu'en Suisse romande. Même avec les « couteaux » Bilgeri. et il existe des produits norvégiens spéciaux pour chaque neige. Mais il est probable qu'il faudra s'inspirer d'un modèle à plusieurs rainures. qui se fixent latéralement sur les côtés du ski. présentant des ceins transversaux et quatre rainures longitudinales. 1 Pour donner une idée de leur efficacité : l'auteur est monté directement. il est certes bien inférieur aux peaux de phoque. dans des terrains rapides. tantôt poudreuse. on peut. M. L'auteur ne l'a éprouvé que tout dernièrement. surtout à la montée et pour les traversées obliques. la résistance des coins ne se produisant qu'après un léger recul et le tassement de la neige. Mais s'il y a des montées (même courtes) en perspective. le skieur peut prendre la pente plus directement et éviter le slalom toujours fatigant. la neige peut devenir collante et s'attache plus ou moins fortement aux skis. La meilleure solution sera peut-être de revêtir le ski d'un drib métallique. à la hauteur du pied. et ne sont naturellement d'aucune utilité pour une ascension directe..

2 Ceci sur toute leur longueur. Celles d'aluminium sont préférables à celles de bois. Quant au ski lui-même. Toute caravane de skieurs prudents emportera au moins une pointe de réserve et plusieurs brides de réparation. sur le devant. — Nous avons indiqué plus haut comment on pouvait réparer les fixations. 4 Sur le rocher. renforcé par les maisons suisses et qui supprime les coutures d'avant-pied. ici que de réparations de tortune et provi-soiree. très solides. Un ski répare dure souvent plus longtemps qu'un ski neuf. Après les avoir soigneusement débarrassés de toute neige et des moindres particules de glace (au moyen d'un racloir ou du couteau). Les bords latéraux des semelles de laupars modernes sont à peu près parallèles l'un à l'autre. qui nous vient de Norvège. La chaussure laupar. Quant à la ferrure. en tôle ou en bois. à cause de leurs longues pointes . sans être gêné. est à peu près parfait actuellement. Pourtant. du modèle tyrolien dit « aile de mouche » d'un petit numéro. les skis de frêne sont excessivement flexibles. Une ferrure complète est très désagréable lorsqu'on a les skis aux pieds : le contact est moins intime entre la semelle et le ski (et par conséquent la maîtrise moins grande) . la pointe de exchange n'est souvent plus suffisante. et c'est bien l'endroit où se produisent le plus souvent les cassures. on s'y habitue très rapidement. Paulcke recommandait d'emporter des chaussons extérieurs en toile à voile imperméable. Une bonne chaussure doit être chaude. Si le soleil est caché et que ces enduits soient inapplicables à cause de l'humidité des skis. Ces brides métalliques peuvent être achetées dans toutes les maisons de sport. juste de quoi éviter les chutes sur les chemins verglacés. emportez toujours des crampons à huit ou dix pointes et ne faites ferrer vos laupars que très légèrement. porter une paire de chaussettes en laine et une seconde paire beaucoup plus épaisse. 3 Nous emploierons ce terme de laupar d'une façon générale pour désigner les bottines spéciales au ski. Il faut alors clouer ou visser tant bien que mal la fixation sur la partie antérieure et ajuster les deux morceaux au moyen des brides. quelques bons clous. Si la pointe seule est cassre. même au cou-de-pu i. D'autre part. ou les blocs de rochers à moitié enneigés. — La chaussure est un des points les plus importants de l'équipement. Si la cassure se produit plus près du pied. il faudra des crampons dès que l'on quitte les skis pour terminer l'ascension sur le rocher ou la glace. La cassure se produit généralement à l'endroit où le canal traverse le ski (point faible). Réparation des skis (1). auxquelles la neige ne s'attache presque jamais. la réparation est naturellement beaucoup plus compliquée. abîment la fixation et donnent à la semelle une rigidité qui fatigue à la longue. Il en existe bien des modèles différents. Il présente une résistance très suffisante à k pression des courroies de mâchoires et les orteils y conservent une grande liberté de mouvements. sinon la neige poudreuse s'y attachera fortement par congélation. Le modèle Beglom. la tension des courroies talonnières risque de plier la semelle en cet endroit. on arache beaucoup plus sûrement avec des crampons. Comme nous l'avons dit plus haut. on les essuiera avec un chiffon et on les exposera au soleil. Chaussure. Un ski réparé de cette façon ne sera jamais bien solide et exige beaucoup de ménagements. entre les deux garnitures de tôle.5 et 2 centi mètres. mais ils sont si précieux que beaucoup d'alpinistes les portent même avec des bottines ferrées (4). Avec un peu de prudence. imperméable et assez grande pour que l'on puisse. Le cuir doit être robuste et souple" à la fois . et il faut alors ajuster les deux morceaux au moyen de brides. très légèrement dantes et d'un talon bas. Ceci est très important pour se garantir du gel. avec un peu de pratique. si l'on est chaussé de laupars (3) non ferrés. dans k zone des éboulis et des moraines. on visse à ces semelles de petites garnitures en tôle. Après avoir traversé des neiges ramollies par le soleil et avant de passer à l'ombre sur des neiges froides et poudreuses. par exemple. . sans couture inutile. il reste encore un moyen de glisser sur la neige collante : c'est de fixer les peaux de phoque. Cette dernière condition n'est généralement pas remplie par les bottines de montagne ordinaires. on évitera facilement les chocs. Au talon. épaisses 2. et c'est pourquoi il est nécessaire d'avoir pour le ski une chaussure de forme spéciale. enfin. Et lorsque les rochers sont recouverts de verglas. bien entendu. sa pointe est naturellement la plus exposée aux chocs. Il faut se méfier tout spécialement des blocs de glace et même de neige en traversant les cônes de déjection de vieilles avalanches. on remettra le ski bris* 5 au marchand.La plupart de ces enduits ne s'appliquent aux skis que lorsque leur surface de glissement est parfaitement sèche. Elle est pourvue de semelles souples. Lorsque le ski se rompt en son milieu. coupé en biseau pour maintenir la courroie talonnière. De retour en ville. qui s'enfilaient 1 II ne s'agit. Les pointes cassées se réparent assez facilement au moyen d'une pointe de réserve. on peut la remplacer très solidement. et l'on est étonné de leur résistance. est très souple et agréable à porter Mais les trois coutures qui se rencontrent sur la pointe du pied ne résistent pas longtemps dans nos régions. Les fissures longitudinales peuvent également être réparées au moyen de brides plus courtes. quelques clous à tête carrée ou conique et. Ces crampons sont évidemment lourds. en poil de chèvre. L'épaisseur normale rane entre 1. la neige s'attache aux clous et forme des mottes. parce que plus légères et plus facilement ajustables. on tend de plus en plus à la diminuer. les clous refroidissent le pied. pour qu'elles ne soient pas abîmées au contact des mâchoires. Louvoyer à une folle altare entre des écueils semi-masqués est un plaisir dont on pourrait se repentir brusquement. les crampons sont désagréables au premier moment. sinon. et l'eau finit par y pénétrer. mais. avec que fixation Huitfeld ou Elefisen. Donc. même si elles sont du genre Begsom. il faut avoir soin d'enlever ses skis et de les sécher au soleil. la chaussure aussi imperméable que possible.

Le skieur proprement dit porte volontiers un complet de drap bleu foncé (ancien drap militaire). par le plus beau temps du monde. On serrera simplement la cheville par une bande de drap étroite et souple. un sérieux avantage : c'est de protéger les jambes et de supprimer les molletières qui serrent le mollet. La seconde en laine épaisse. Habillement. portent des vestes. de couleur kaki. où l'on rencontre pourtant une rude varappe. La coupe et l'étoffe sont très pratiques pour le ski. Le veston. caria neige s'y attache 2 . on risque d'en déchirer les parties bouffantes. mais on peut la faire doubler de flanelle. Avec un caleçon chaud. et il prétendait ne jamais avoir froid. lisse. Il doit être assez ample pour pouvoir se porter sur un sweater ou chandail (1). plus larges dans le bas que dans le haut. Mais c'est un luxe auquel on attache de moins en moins d'importance. est absolument imperméable à l'air comme à l'humidité. il est parfaitement inutile de porter des bas. Plus elle est courte. imprégné. L'hiver dernier. etc. plutôt court. par contre. Elle complète donc parfaitement les qualités du tissu de Saas. il est recommandé de porter une semelle intérieure poreuse. Les sweaters peuvent se porter dessous. Le drap de la culotte et de la jupe devra êtrr très lisse. Lorsque k temps est beau et calme. ou en poils de chèvre. Mais. il est moins agréable et. Les Anglaises. La neige n'y adhère pas. chocolat.pardessus les laupars. gens pratiques. la chaussette s'attache à la semelle même du laupar. comme dans les bottines de montagne. feront bien de copier le plus possible 1 équipement et surtout l'habillement du skieur masculin. L'excellence et l'imperméabilité des laupars actuels ont rendu ces chaussons presque inutiles. coupe Norfolk. le Lyskamm et le Rothhorn de Zinal en février. peut être remplacé éventuellement par une vareuse militaire. confectionné sur le modèle introduit autrefois par les Norvégiens. 3 Les Anglais. par les grands froids. à grandes poches. Un de mes guides avait l'habitude de se graisser les pieds avec de la graisse de porc. il est bon de l'entourer d'une molletière. passé par-dessus un pantalon de montagne ordinaire. 1 Le Usmer de l'armée suisse est fort pratique et juste assez chaud sous la vareuse L'auteur a longtemps porté le costume norvégien. mais bien des circonstances les plus défavorables qu'il faut se placer. On confectionne en Burberry de ravissants costumes pour skieuses. Comme le dit très justement Paulcke : « ce n'est pas dans l'hypothèse des meilleures conditions extérieures. l'auteur a fait de très bonnes expériences avec un pantalon de gabardine. biscuits. se sont mises à porter le long pantalon. L'alpiniste peut fort bien utiliser en hiver ses vêtements de montagne habituels. mais jamais dessus. Si nos skieuses tiennent absolument à conserver leur jupe. à condition de les compléter en prévision du mauvais temps et du froid. mais il est très pratique. Les vêtements de loden ou de cheviote. Le pantalon étant souvent en contact avec la neige. plus elle est pratique. et la neige ne s'y attache pas. Dans la neige poudreuse. généralement adoptés en été. ». en tissu de Saas. On y fera adapter des pattes pour fermer les manches aux poignets. C'est à quoi il faut parer le mieux possible en emportant comme . en hiver. Le drap est solide. parfaitement imperméable à l'air et à l'humidité. et elles s'en trouvent très bien.réserve un surtout en toile à voile assez grand pour être porté par-dessus la veste ordinaire. ceci est beaucoup moins important. pas plus que les laupars. et il est facile de la retirer pour la sécher. Celle-ci absorbe l'humidité. qui laisse passer l'air. de façon à empêcher l'infiltration de la neige. il la faudra très courte. lanoline. Il arrive sans cela que. en crins de cheval par exemple. Mais. Les alpinistes qui s'en sont servis dans les ascensions de rocher se plaignent qu'elle s'use et se déchire assez rapidement. Ce pantalon est fendu à la cheville et se boutonne. Elle n'est pas chaude. Pour la varappe. Le pantalon doit coller à la cheville. à peu près imperméable à l'air et à l'humidité et d'un poids presque négligeable. en relevant le bouffant jusqu'au genou (4). les premières. par contre. mais ils remplacent le drap bleu par du Burberry (3). Quatre poches extérieures à rabats sont de rigueur. le vent peut être très froid et devenir un sérieux danger pour celui qui n'est pas habillé en conséquence. Dans les laupars. 4 J'allais oublier les clames. puis à parcourir la haute montagne et hiver. Le talc a l'avantage de pomper la transpiration. On trouve dans le commerce le costume complet (veste et pantalon) tout fait. lorsqu'on est chaussé de crampons. en outre. Le pantalon bouffant dans le bas n'est pas gêné par le revers ordinaire du pantalon de dessous. on est plus souvent dans la neige et sur ses skis que dans les rochers (2). Pour la veste. et il l'a trouvé parfaitement suffisant. raisins secs. La première paire doit être en laine douce et très chaude. Celles qui se hasarderont à lire ces pages... nuisent à la circulation du sang et facilitent la congélation. Les personnes qui transpirent beaucoup des pieds feront bien de les frotter avec de la poudre de talc avant d'enfiler leurs chaussettes. ou se ferme au moyen d'un lacet. le goût personnel peut intervenir largement. même dans de grandes ascensions comme le Mont Bose. Mais la graisse ne vaut rien pour les pieds qui transpirent. de façon à pouvoir être fermées aux poignets. II se ferme par un poignet à deux brides sur la tige du soulier. etc. devant la fixation. Il faut en emporter plusieurs paires. Les skieurs anglais portent généralement le costume de coupe norvégienne. et ils sont très rarement employés dans nos Alpes. On peut aussi protéger les chaussures par des peaux fixées poil en dehors.. ainsi qu'un capuchon. Dans les rochers. par congélation. L'usage du pantalon de même toile est moins fréquent. Le pantalon offre. ils sont toutefois très agréables par les grands froids. Ceci n'exclut pas le port d'une culotte et de molletières. dont les ailes se boutonnent sous le menton. et servant de petites chancelières. Cette étoffe. non dégraissée. de façon que le laupar puisse se lacer par dessus. il importe d'employer une étoffe à laquelle la neige ne puisse pas adhérer. ne doivent serrer le pied. — Dans cette question d'habillement. La gabardine est très légère. la température est très agréable l'hiver et n'exige pas un vêtement plus chaud qu'en été. Il est évidemment moins gracieux qu'une culotte. moufles. mais il peut rendre de bons services en cas de tempête. Qu'elles veuillent bien me pardonner. Deux grandes poches latérales sont de précieux réservoirs pour tout ce qui est d'un usage fréquent : gants. sont d'une étoffe plus ou moins poreuse. Les chaussettes. de façon à ne porter que des chaussettes parfaitement sèches. et la neige ne peut pas y adhérer. Les manches sont munies de pattes à boutons.

chocolat. il faudra seulement chercher à gagner sur le poids. la réverbération des neiges est à son maximum et il est bon d'avoir des lunettes plus foncées et grillées.. Un peu de vieux cognac dans une petite gourde. mais rester. raisins secs. des lunettes de glacier ( 3). on attachera le sac autour des hanches au moyen d'une courroie qui se boucle sur le ventre et passe dans deux œillets fixés au sac. 146. La couleur jaune verte est reconnue comme étant la meilleure pour préserver les yeux. Un sac qui ballotte de droite et de gauche est fort désagréable : il déplace le centre de gravité et complique l'exécution des virages. etc. dont l'alpiniste se sert en été. 1 Pour les courses de printemps (mai et juin). nourrissantes et légères. On les protège par des gants et des moufles. avec claie en acier tabulaire. il ne doit pas affecter la forme d'une poire. comme remède. 3 En plein hiver. est suffisant pour les courses d'hiver. chacun suivra son goût. Gants. Elles doivent être absolument imperméables et ne pas serrer. au contraire. beaucoup de raisins secs. mais il faut en avoir une seconde paire de réserve (ordinaires) dans un étui. une boussole. On en trouve avec une fermeture à pression.. des biscuits légers et nourrissants . Il est bon alors d'avoir dans ses poches certaines friandises toujours appétissantes. Plié. etc. — L'alimentation du skieur en montagne diffère très peu de celle de l'alpiniste en été. Les skieurs portent généralement des bonnets beaucoup trop chauds. Les gants seront de laine chaude. Quant au sac norvégien. Il n'est pas nécessaire qu'elles soient chaudes. le béret blanc. le béret est parfait et très gracieux. Comme coiffure. on le rabat sur les oreilles . jes "unettes en écaille sont très pratiques. — Les mains sont très exposées au froid. — Comme coiffure. de la viande séchée des Grisons (Bùndnerfleisch) . 11 est très précieux dans les cabanes qui n'en sont pas encore pourvues et durant la marche dans le brouillard. si les gants le sont suffisamment. et a vite fait de les tra~ percer. à condition d'être imperméable et assez grand pour contenir tout le bagage du skieur. du chocolat . lorsqu'il fait chaud. des légumes en conserve : des cubes bouillon . plutôt que condensé . un sifflet pour signaux. Sac.. éventuellement un baromètre anéroïde (4) Alimentation. Par exemple du lait en poudre. mais qui peut éviter de grands ennuis et de grosses désillusions. une pharmacie. en épousant la courbure du dos. beaucoup de beurre frais . sa couleur blanche irradie la chaleur solaire. du lard . C'est une tâche désagréable. Outre les objets d'équipement déjà mentionnés. très riches en calories . il se met dans la poche. du thé et du café. Les moufles s'enfileront par-dessus les gants. Pour les longues descentes.Coiffure. On mettra dans ces poches les objets dont l'usage est fréquent en cours de route. on emportera des matières grasses et sucrées en quantité suffisante et sous un volume minimum. ou pour le soir à la cabane. semble être la coiffure idéale. une cuisine à esprit-de-vin liquide ou solide (meta) : une lanterne pliante . des œufs crus . 4 Un baromètre anéroïde suffit amplement pour une caravane. Il en faut deux ou trois paires pour pouvoir les changer. telles que biscuits. voir p. Par la tempête. A l'extérieur. du roastbeef avec de la mayonnaise en tube . un chapeau de feutre (ou etoile blanche) à larges ailes est absolument indispensable 2 Pour la corde. même lorsqu'il est vide. on emportera : une bouteille thermos. aussi plat que possible. En plein hiver et aux hautes altitudes. qui paraîtra même pédante à beaucoup. — Le sac tyrolien. ce qui est très malsain. mai. Deux paires ne sont pas de trop. . il fait parfois si froid que l'on est obligé de manger en marchant. A la veille du départ. Le modèle le plus simple. Leur longueur doit être assez grande pour couvrir les manches de 20 à 25 centimètres. juin). pour compléter les observations à la boussole. du sucre. en laine légère et solide. très pratique et très simple. En prévision du froid. du riz et des pâtes . on complétera cette coiffure par une écharpe de laine dont on s'entoure le cou et le menton — à moins que l'on ne préfère endosser le suroît en toile à voile et rabattre son capuchon (1). il a le grand défaut d'être trop lourd. est le meilleur. la carte. avec deux grandes poches latérales. du fromage .. Lorsque le sac est rempli. Lorsqu'il fait froid. Ceux qui transpirent beaucoup peuvent employer une claie en osier. avec ou sans doigts. le chef de course fera bien de procéder à une inspection minutieuse de tout l'équipement de sa caravane (y compris l'habillement et les provisions). On peut lui donner toutes les formes imaginables et s'abriter contre le vent et le soleil de n'importe quel côté... Au printemps (avril. Comme son bagage est considérable. D'après les expériences de l'auteur. on fixera le moins d'objets possible : la corde (2) et les crampons.

il faudra conserver la direction initiale et éviter tous les détours inutiles.CHAPITRE VII LA TECHNIQUE DU SKIEUR ALPIN Le but de ce livre visant simplement l'application du ski à la montagne. nous avons admis d'emblée que l'alpiniste estival était skieur en hiver. parce que très fatigante. à la hauteur des fixations. Si l'on n'a pas ces « couteaux ». Lorsque l'aide des bâtons devient indispensable. Ce qui pourrait paraître monotone en plaine ou dans le brouillard offre un charme indéfinissable en haute montagne. Il s'agit donc d'examiner ici quelles sont les connaissances techniques nécessaires au skieur qui va s'aventurer en haute montagre. On déplacera alors les bâtons simultanément 4. il est avantageux de ne pas avoir des skis trop larges. Dès qu'on emploie ce système. où ils ne seraient d'aucune utilité. On gagne ainsi plus rapidement en hauteur. Selon la longueur et l'inclinaison des pentes. et surtout celle en ciseaux. car il est difficile de faire mordre leurs arêtes intérieures. ou que l'on soit trop paresseux pour les mettre. où la marche à la corde exige naturellement une trace unique et le moins d'efforts possible. doit être évitée. Lorsque celles-ci sont en contact avec une neige trop dure pour y mordre. Dans une neige profonde. et chercher à répartir habilement le poids du corps sur les bâtons et sur les skis. ces changements auront lieu à tour de rôle et à intervalles réguliers. et à tous ceux qui n'ont jamais pratiqué le ski dans les hautes Alpes. 89. A la montée. La façon la plus simple de procéder sera de suivre pas à pas l'ordre d'instruction adopté par les manuels les plus récents et de commenter ces notions désormais connues. de façon à empêcher le dérapage latéral. où les courroies latérales se heurtent à chaque pas (3). On placera leurs pointes dans la neige. Il serait du reste prétentieux de vouloir traiter en un seul chapitre la technique du ski. la fixation Huitfeld exige une piste plus large que les fixations Eleffsen et BB. le relief des neiges est souvent difficile à discerner. mais sur les pommeaux des bâtons. pour les avoir toujours derrière soi. Lorsque le skieur de tête sera fatigué. Der alpine Skilauf. convertis sur le tard. c'est-à-dire initié à toutes les finesses du sport. Marche à flat2. car rien n'est plus fatigant que de glisser en arrière et de chercher à se retenir. Le skieur qui marche en tête de la caravane choisira donc sa route de façon à éviter les contre-pentes mutiles et les pertes de niveau. Avec un peu d'expérience. — S'il ne s'agit que de courtes montées. La meilleure façon d'arrêter le glissement en arrière est de placer aussi vite que possible le ski postérieur en travers de la pente. il est inutile de fixer les antidérapants. le meilleur skieur professionnel d'Angleterre. Mais. aux alpinistes* expérimentés. il est bien rare que les neiges soient parfaitement nivelées. En outre. Ils sont vite fixés. et non pas devant soi. alors que la féerie d'un paysage grandiose attire les yeux et que les jambes et les bras travaillent automatiquement. 2 . le skieur saura discerner sur chaque neige la pente qu'il peut affronter sans glisser en arrière. Si la neige profonde rend la marche pénible. et rien n'est plus désagréable que de suivre une piste trop étroite. on appuiera les mains non pas dans les dragonnes. dans les endroits où la surface est légèrement fuyante. ni trop fatigué. et BILGERI. C'est une opération assez longue et ennuyeuse. dans les hautes Alpes. et qu'il est beaucoup plus facile de devenir skieur alpin que véritable alpiniste. comme me l'a fait observer un de mes amis. les « couteaux » Bilgeri peuvent être fort utiles. où la marche à plat est minutieusement décrite. il est préférable de combiner la marche en avant avec la montée latérale en escalier. la montée en escalier. une technique spéciale à la montagne. les grandes surfacei planes ne se rencontrent guère que sur de vastes glaciers. 1 Vivian Caulfield. Il faut surtout éviter de se pencher trop en avant. la largeur de la piste dépendra du skieur dont les fixations exigent le plus grand écartement. 3 Ainsi. on peut traverser des pentes rapides en tenant le bâton intérieur horizontalement. à proprement parler. Il aura soin de se tenir plutôt en deçà de la limite. en les rapportant à la haute montagne et en nous basant sur nos expériences personnelles. p. pour marcher en queue. Dans une neige fraîche et profonde. L'art du ski. Si l'on est pressé et qu'on ne soit ni trop chargé. on cherchera à accélérer son allure par le pas glissé et même par le pas du -patineur. 33. Suivant l'éclairage. avant tout. bien écrit tout un livre sur les seuls virages Voir à ce sujet ZARN et BARBLAN. le skieur alpin jugera d'emblée s'il vaut la peine de fixer les antidérapants. Dans une neige profonde. mais qui remplace parfois utilement une halte reposante. Elle ne peut être utilisée que sur de courts espaces. il quittera la piste et laissera passer devant lui tous les membres de la caravane. Si la neige est dure ou peu profonde. où l'on enfonce à peine. Si la neige est très dure. Nous chercherons également à prouver qu'il n'existe pas. sans se fatiguer davantage. sur des pentes de neige dore. p. — Sur une neige légère. rien n'est plus facile. de façon à profiter de toute leur longueur. tout près des skis. alors que des manuels entiers y sont consacrés (1). même si l'on est lourdement chargé. il est préférable. Nous nous adressons donc. Ceci exige un œil exercé. Ceci nous dispensera de faire son éducation de sporstman. il nous reste à voir si la montagne exige une technique spéciale. Dans notre préface. dans ces occasions : d'avoir des mâchoires vissées sur le ski plutôt que des mâchoires passant dans le bois.. sans qu'il soit nécessaire d'enlever les skis. 4 Pour ces traversées en écharpe. suivies de terrains plats ou de descentes. elles déverseut les skis en aval et nuisent à l'équilibre du skieur. trop étroits pour permettre des zigzags. En outre. on lèvera le ski à chaque pas et on l'appliquera d'un coup sec sur la neige. la pointe contre la pente (comme un piolet en été) et en piquant à chaque pas le bâton extérieur juste au-dessous du ski extérieur. Chacun n'a pas la même fixation.

en montant au Schallihorn (Voir . Même lorsque les pentes environnantes sont favorables au ski (ce qui. vous tomberez à toute occasion. on s'élève plus facilement avec des peaux de phoque. au cours de la montée. il faut alors que le premier songe au dernier. Plus vous montez. il y a avantage à s'élever très lentement. Durant la montée. de constater combien elle s'élève doucement. arrivé au sommet de la pente. ils peuvent s'enfiler l'un dans l'autre et se porter facilement. pour parer à toutes les éventualités. les skis seront retenus par le cordon de réserve. on aura soin de percer leurs pointes d'un petit trou. Avec les peaux et sur une neige durcie. dans la neige molle ou farineuse. la marche oblique est très désagréable et les peaux sont presque inefficaces : quand le ski repose à plat sur la neige. Par contre. en suivant dans la neige poudreuse la trace d'un bon guide. et tracez mentalement votre itinéraire. Les dos balayés par le vent.672. du reste n'est pas toujours le cas). sur les versants supérieurs des cols et sur les neiges printanières. Dans une montée en zigzags. et ces chutes continuelles. Dans d'autres circonstances encore. où l'on fixera à demeure un œillet de ficelle. et finalement vous aurez mis plus de temps qu'en décrivant sagement vos zigzags. on s'en tire très bien avec le« « couteaux » Bilgeri et la montée oblique en escalier. on a avantage à les suivre à pied plutôt que de chausser les skis. Les mains restent libres et l'on marche à deux bâtons. Sur beaucoup d'entre elles. il y aura souvent avantage à suivre à pied la crête des moraines : c'est une digression qui peut varier agréablement la monotonie d'une longue marche en ski. il est impossible de tramer les skis derrière soi : ils pendront toujours dans la verticale et basculeront à tout moment. la croûte est suffisamment solide pour porter le piéton jusqu'au lever du soleil . avant le lever du soleil. Le cordon doit être assez long pour que sa traction ne soulève pas les skis à chaque pas. de façon à avoir les mains libres. Ceci est très fatigant. Si la pente devient rapide ou le terrain escarpé. quand il est déversé intérieurement. La marche est alors aussi facile que si l'on ne tirait rien après soi. il faut chercher à donner à la piste une inclinaison régulière et décrire le moins de zigzags possible. Il ne suffit pas de les tenir en équilibre sur une épaule. Si. et c'est alors que les crampons interviennent. Dans ce but. vous vous exposez à une quantité de faux pas et vous serez fatigué avant d'arriver au but. on trouvera des traces de sentier. la marche sera plus facile à pied qu'en ski. et qu'il trace la piste de façon que son dernier compagnon puisse la suivre sans glisser en arrière. plus ©u moins profondément. Si vous montez trop rapidement. Comme nous l'avons dit dans notre chapitre sur la tactique. Au contraire. En traversant obliquement des pentes de neige dure. mais directement. Mais ce sont là des considérations tactiques plutôt que techniques. des zones où la glace elle-même est à nu. Ces neiges croûteuses et cassantes sont particulières à l'hiver. Mais il est beaucoup plus agréable de les tirer derrière soi. Il peut arriver aussi qu'une arête soit la seule voie praticable entre deux terrains skiables. vous épuiseront. il dérape latéralement . Examinez bien la pente avant de l'attaquer. Dans la piste. ne descendez pas dans le couloir ou la combe. Munis de la fixation Huitfeld. sans décrire de zigzags. vous rencontrez des zones poudreuses. on fera bien de fixer deux cordons au lieu d'un. il n'est pas toujours possible de monter à pied sur une neige croûteuse. elle cassera sous votre poids et vous enfoncerez à chaque pas. Chi va piano VA sano. Si la croûte n'est pas suffisamment épaisse. Au printemps. la neige est beaucoup plus irrégulière qu'au printemps. C'est pourquoi nous avons recommandé la combinaison des peaux et des crampons. Mais. Vous manifesterez même quelque impatience. Dans ces œillets. Si la pente est forte. la fixation venant buter contre l'épaule (la gauche généralement). C'est précisément dans ces occasions que quelques clous sous les laupars sont utiles et très appréciés. Comme nous le verrons plus loin. les crêtes des moraines sont presque toujours dégagées en hiver. Tant que la neige supporte votre poids. pointes en avant. quitte à les rechausser plus loin. plus votre allure se ralentira. Vous perdrez ainsi à la descente tout le temps gagné à la montée. Jamais cet adage n'est plus vrai qu'en haute montagne et en ski. ce qui n'est pas le cas sans 'peaux. Dans ce cas. mais conservez à votre piste son inclinaison générale. le second aboutissant aux fixations des skis. Un cas analogue s'est présenté à l'auteur pour traverser le point 3. Si vous êtes fatigué avant de commencer la glissade. Vous serez souvent étonné. la peau ne sert à rien. On les attachera an moyen d'une lanière de chanvre et on les portera en bandoulière. il faucha se résoudre à porter ses skis en bandoulière.Lorsque la neige est dure. II faut alors les porter et marcher très prudemment. en l'adaptant aux particularités du terrain. pas à pas. des zones éventées et durcies. Il vaut aussi mieux de tirer ses skis que de les porter. vous démoraliseront et vous gâcheront tout le plaisir de la course. le dernier skieur avance aussi sûrement que le premier. vous reconnaîtrez que la montée s'est faite sans fatigue et beaucoup plus vite que vous ne le pensiez. le drib est préférable. outre le grand danger qu'elles présentent sur les glaciers. En hiver. puis elle s'adoucit rapidement et devient excellente pour le ski. surface de glissement en l'air. il sera préférable de cheminer à pied. on passe un cordon solide dont on s'entoure la taille. les peaux de phoque ne mordent plus sur cette neige. De même. Avec des crampons sous les skis.1 1 Voir par exemple la figure 28 de la page 131. tant qu'il existe des traces de chemin ou de sentier. Si l'un d'eux vient à se rompre. C'est généralement le cas dans les endroits exposés aux vents. Il est très important de rester frais et dispos pour la descente. les cônes d'avalanches présentent également des voies faciles et souvent plus agréables que de nombreux zigzags en ski. Si l'arête est rocheuse. vous devez traverser un couloir ou une combe étroite. dans le voisinage des sommets.

en se relevant. avaient été enlevés par le vent. Profitez du soleil pour faire sécher les peaux de phoque. On enlèvera les antidérapants et l'on nettoiera soigneusement les skis. Les cartes accompagnant les guides pour skieurs sont très instructives.. Fût-il à portée de la main. avant de les coucher sur la neige. ce système n'est pas suffisant : il faut les coucher à plat. Un skieur craintif tombera souvent par simple appréhension. les conversions s'exécutent du côté aval. Mais il serait stupide de tenter ces acrobaties au cours d'une longue expédition et de compromettre toute la course pour soi et pour ses compagnons. Lorsque la pente est rapide et la caravane lourdement chargée. on fera un dépot.. elles sécheront très rapidement. il est rare que le skieur puisse atteindre en ski le but de sa course. Le mieux est de l'attacher sur eux. parallèlement l'un à l'autre. Beaucoup de skieurs plantent leurs skis dans la neige plus ou moins profondément. puis on les tournera un moment à l'ombre. Nous avons déjà vu sous quel aspect les hauts sommets se présentent en hiver. le vent peut faire rage. Même à la descente. Si l'endroit est dangereux.Conversions. La descente. et quelques conseils sur la manière d'ancrer les skis ne seront peut-être pas superflus. Les skis n'étant pour lui qu'un moyen d'y parvenir. les conversions sont tris faciles. S'ils sont verglacés. on aura soin d'enfoncer profondément ses bâtons dans la neige au-dessus de soi et du côté de la montagne. vous pouvez alors vous remettre en route. on peut même tourner tout en marchant. — C'est à la descente surtout que le style du skieur alpin diffère de celui du sportsman. les parcours à pied étant indiqués par des pointillés 1 Si vous pouvez les enfoncer verticalement et jusqu'aux fixations dans une neige consistante. avant de les serrer dans votre sac. de son inclinaison et des obstacles qu'il présente. 34). — La montée en zigzags exige des conversions de pied ferme. Le premier peut s'ébattre à quelque distance de son hôtel. avant de laisser ses planches derrière soi. le skieur alpin est embarrassé par son bagage et plus ou moins fatigué par l'ascension. Si vous les mettez dans la neige immédiatement après les avoir exposés au soleil. S'il brise un ski ou se casse une jambe. Mais ceci n'est guère possible que sur des pentes fleces. On les exécute face à la montagne et. on peut s'en servir pour charger les skis. Et cela pour plusieurs raisons.. Wattiser skifûhrer. et les neiges des hautes altitudes lui sont rarement propices. . Comme on laisse généralement son sac au dépôt. Dans ce cas. L'alpiniste hivernal se trompera rarement sur la consistance des neiges qui lui restent à parcourir. Cette sage philosophie ne s'acquiert malheureusement qu'après des années d'expérience. en pas tournants. Arrivé à l'endroit où l'on veut tourner. et vous les enroulerez au retour. Mais il faut en être absolument certain. Préparatifs de descente. le vent ne pourra guère les arracher. Il est entouré de dangers. il ne réussira pas à enlever vos skis (1). Sur un terrain suspect. En haute montagne. qu'il n'y avait aucune raison de tomber à cet endroit. il faut savoir considérer la sécurité générale avant tout. mais la neige est souvent si dure qu'il est impossible de les y enfoncer. Dans l'air de la montagne. la neige s'y attachera et tout sera à recommencer. l'alpiniste n'a pas de style particulier. Ceci dépend naturellement du terrain. Les crampons chaussés. Mais votre intention n'est pas toujours de gravir un sommet. le skieur alpin saura déterminer d'avance et fixer sur sa carte le point où il compte troquer ses skis contre ses crampons. adossé à vos skis. de façon que tout soit sec et propre au moment du départ. Là où se termine l'approche en ski et où commence l'attaque de la montagne. assis sur votre sac. ses « planches » sont les simples instruments de sa volonté. — Dans les hautes Alpes. Une fois sèches et refroidis. il n'est pas perdu pour cela. Comme nous l'avons recommandé. nous ne voulons pas dire peureux ou craintif. Mais faites les nettoyages prescrits avant le repas.nécessaire à une digestion normale. on ramène les skis horizontalement et l'on tasse soigneusement la neige. vous préférerez parfois rester couché sur le col qui s'évase à ses pieds et fumer tranquillement votre pipe. vous pourrez prolonger votre sieste. sur une neige poudreuse et tourbillonnante. Tandis que le sportsman est relativement frais. et les ancrer solidement au moyen des bâtons passés dans les fixations et enfoncés verticalement (disques en l'air). la conversion étant une excellente occasion de reprendre son souffle. avant de partir dans une nouvelle direction. si l'on est kabile. En montagne. Plusieurs caravanes ont failli périr parce que leurs skis. Certaines précautions sont nécessaires. II agira en être de sang-froid et pourra paraître blasé. Avec des notions techniques rudimentaires. Mais il est important que les skis reposent éans une piste horizontale et bien foulée. négligemment piqués dans la neige. le skieur alpin saura résister aux charmes d'une folle glissade.. On choisira si possible un endroit abrité du vent. en en fera le moins possible. On prendra tout SON temps pour tourner. en laissant errer vos regards sur les cimes d'alentour — quitte à reprendre le même itinéraire ou à franchir le col que vous venez d'atteindre. Ces soins matériels vous serviront d'apéritif et procureront à vos organes la détente . et songer au succès final. et reconnaîtra. Sur une pente modérée. où il prévoit des embûches. il les abandonnera dès qu'il sera sûr d'avancer plus vite à pied. De cette façon. p. vos skis ne colleront plus. vol. Les exercices d'un sporisman diffèrent totalement de la technique du skieur alpin. Fixez-les solidement aux disques des bâtons et étendez-les. Avec un peu d'expérience. II. Or sa volonté est d'être prudent et de le rester en toute circonstance. on s'en tire souvent beaucoup mieux qu'un excellent skieur qui s'aventurerait pour la première fois en montagne. La conversion s'exécute alors comme elle est prescrite dans tous les manuels. où les conversions sont inutiles si l'on a fixé tes antidérapants. Il préférera enlever ses skis et les porter dès que sa raison le commande. et surtout des avalanches. A vrai dire. En disant prudent. La prévoyance et la volonté domineront en lui la passion du sport. quelques provisions dans vos poches. on les exposera au soleil jusqu'à ce qu'ils soient paifaitement secs.

mais ils peuvent être employés sur de courts espaces. la plus simple. Seule son expérience lui dira à quel moment et de quelle façon il doit virer. il ira crever de ses skis une vague plus résistante que les autres : il tombera sur le nez et brisera ses skis. qui constituent en somme le véritable slalom alpin. ou simplement stemm (abr). l'équilibre latéral se conserve tout naturellement. lui. pour ralentir la vitesse en traversant des pentes. surtout le pas tournant. c'est à peu près le seul moyen de virer confortablement et d'éviter des chutes fréquentes. Sur la neige houleuse des hautes Alpes. — Les télémarks et les christianias ont le désavantage de projeter le skieur en dehors de sa courbe lorsqu'il est pesamment chargé. on conservera le ski frontal bien en avant. il tentera le christiania. Après avoir essayé du télémark. Sous le poids du skieur. Si vous êtes enlevé dans la position du télémark.. humide ou même collante. les particularités du terrain et la vitesse du skieur décideront dans chaque cas lequel d'entre eux doit être appliqué. tout en évitant les vagues les plus grosses et choisira précisément la surface la plus unie pour tourner en virages. Lorsque ces ondulations sont assez brusques pour vous projeter en l'air. C'est évidemment la glissade par excellence. où l'on peut s'adonner librement aux glissades droites et vertigineuses. La seule façon de se dégager et de s'arrêter sera alors la conversion sautée ou saut tournant. si la pente n'est pas rapide. Dès que la neige est ventée. La brutalité du saut peut provoquer une rupture des skis ou des fixations. Cette difficulté une fois vaincue. Pratiquement. — On appelle slalom une suite ininterrompue de virages en serpentine. le christiania est beaucoup plus facile que le télémark. 1 Nous conservons ce mot allemand. Le slalom s'exécute en télémarks. molle. le télémark est le meilleur des arrêts. Lancé à toute allure. Nous adoptons donc stemmbogen. un christiania ou une conversion sautée. il n'y a qu'une chose à faire: ce sont des zigzags. n'ayant trouvé aucune expression française digne de le remplacer. exécutera instinctivement les virages qui s'adaptent le mieux à la situation du moment et aux formes du terrain qu'il parcourt. C'est à peu près le seul moyen de s'arrêter brusquement sur une surface durcie. Éventuellement des pas tournants. puis en tendant les jambes après l'avor traversée. C'est précisément sur cette houle maudite que l'on distinguera le skieur alpin du sportsman fringant et multicolore. si l'on n'est pas dans la position normale pour les prévenir et les parer. En montagne on ne l'applique guère que latéralement. Le skieur alpin. « tôlée ». II voguera bien tranquillement par le travers de la pente. Le freinage en chasse-neige (Schneeplugfahren) est très fatigant. il est parfo's impossible de décrire un virage. Stemmbogen. en christianias ou en stemmbogen 1. ou légère et peu profonde. le skieur maintient son équilibre longitudinal en avançant plus ou moins le ski antérieur et en fléchissant les genoux. Les débutants ont beaucoup de peine à adopter la trace serrée. Le -pas tournant et le pas du patineur ne se pratiquent guère en montagne. Arrêts. — Le skieur s'arrête par un télémark. dont l'acrobatie charme la galerie des palaces. Mais il faut prendre garde de ne pas se laisser entraîner à une vitesse excessive. possédant le sens de la neige. Mais. Dans une neige poudreuse molle. Le skieur alpin doit s'appliquer à modérer constamment son allure. on peut l'exécuter sur toutes les neiges. en jurant que jamais — non. le moins brutal et le plus confortable. il sera bientôt fourbu autant que furieux. Un bon skieur. Celui en christianias est beaucoup plus difficile et se remplace avantageusement par les stemmbogen. mais d'avancer prudemment en fouillant des yeux le terrain. A force de déraper. les skis enfoncent la croûte et conservent obstinément leur direction autonome.Encore y a-t-il bien des manières de descendre. son but n'étant pas de faire de la vitesse. Aussi lui consacrons-nous ici une attention toute spéciale. Le slalom s'applique beaucoup plus fréquemment en haute montagne que sur un terrain d'exercices. Ce que nous avons dit de la neige pour les arrêts équivaut au slalom. Slalom. on la parcourt en slalom. connaît toutes ces embûches. la plus agréable et la plus reposante. Sur une neige croûteuse et cassante. La consistance de la neige reste évidemment le critère important. On peut aussi diminuer l'effet des ondulations en s'accroupissant sur les skis pour passer la bosse. et il est prêt à les affronter prudemment. Dans ce cas. Il n'y a que les ondulations du terrain ou la variabilité des neiges qui puissent provoquer des chutes en avant ou en arrière. freinage-virage : expressions peu sympathiques et trop compliquées pour s'implanter. Le stemm est un virage beaucoup plus lent et qui n'exige pas la vitesse nécessaire aux autres. En suivant la ligne de plus grande pente. La consistance de la neige. vous risquez fort de tomber sur le dos. . plus jamais — on ne le reverra dans ces montagnes « tôlées ». est rarement applicable en haute montagne. en trace serrée (pur style norvégien). Le slalom en télémarks se fera dans la neige poudreuse. éventuellement l'effondrement d'un pont si l'on traverse un glacier. avec conversion de pied ferme à chaque extrémité. ou pour briser son élan juste avant de commencer un virage. Ces trois virages peuvent du reste se combiner à volonté. humide ou collante. On l'a traduit par virage en chasse-neige. de tomber et de rebondir. dans la neige croûtée et cassante. il faut ramener à temps le ski de front en arrière et traverser ces tremplins naturels dans la position du sauteur. Ce sont là des réflexes presque inconscients qui lui permettront d'éviter ou de franchir aisément tous les obstacles. C'est donc la première chose à apprendre par le skieur novice qui veut parcourir la haute montagne. La descente droite. aussi facilement d'un côté que de l'autre. parce que l'équilibre latéral est plus difficile à obtenir qu'avec des skis écartés. C'est là une acrobatie qui n'est pas recommandable en haute montagne. Dès qu'une pente devient trop rapide pour être descendue directement.. lorsqu'on est lourdement chargé. puis le saut tournant. sauf sur une neige durcie. Elle ne se fera que sur une neige parfaitement régulière (poudre hivernale ou névé printanier). C'est la méthode la plus utile en montagne et la plus amusante lorsque la neige est favorable.

On évite ainsi le slalom. tournera en stemm jusqu'au moment où l'on fait face à la pente. mais ininterrompue. le corps penché en avant et les deux skis freinant en chasse-neige . Le skieur rompu à la technique des stemms les appliquera même sur une bonne neige poudreuse. Si la descente doit s'effectuer par le même itinéraire que la montée. par exemple. Les flancs de la combe vous renvoient alternativement. même dans la meilleure des neiges. les skieurs expérimentés préféreront même le stemmiania au stemm proprement dit. Lorsqu'on a la pente à sa gauche (sur la rive gauche d'un glacier par exemple). Au lieu de soulever le ski intérieur. Au moment où l'on dégage le ski intérieur. sans avancer. comme un cycliste en plein virage sur une piste de course. on est tenté de les faire trop brusquement. Aussi. à condition qu'elle ne soit pas trop glissante et que le ski extérieur ne dérape pas au moment où l'on soulève le ski intérieur. sur les pentes dominant la rive droite d'un glacier rapide. est généralement moins facile. il faut alors décrire les christianias à gauche. le skieur paraîtra tourner sur lui-même. Si la neige est profonde. le ski intérieur s'y embourbe plus ou moins. mais il faut savoir s'en servir comme ligne de conduite. Sur les neiges durcies. Le skieur de tête est naturellement beaucoup plus exposé aux embûches de la neige et du terrain que ceux qui le suivent. où la place manquerait pour les serpentines. Après quelques jours de beau temps ou de vent. il vire à droite en christiania. sur un glacier. c'est un jeu passionnant. on étudiera le chemin tout en montant. toujours difficile à cause de la corde. Lorsque. est-il préférable de finir le stemmbogen par un christiania.Le stemm se fera très lentement et. dans la direction voulue à travers la pente (2). Le ski frontal est semblable à une antenne qui pressent les changements de pente. Le skieur exercé préférera toujours le rythme harmonieux de ces oscillations à la glissade directe le long d'un thalweg. on les évite ou les franchit sans tomber. sur la neige dure. Les débutants décrivent trop souvent leurs virages dans des creux. Les combes évasées constituent le terrain le plus favorable au slalom en stemmbogen. Ceci n'est évidemment pas toujours possible. Rien n'est plus agréable que de se laisser bercer en oscillations d'un versant à l'autre. Lorsque le virage est presque terminé. on l'apprendra plus facilement qu'en négligeant cette combinaison et en voulant l'exécuter exclusivement. Cette méthode peut aussi très bien s'appliquer sur une neige dure. il profite de son dernier élan pour exécuter un stemm qui le relance dans sa direction initiale. et le placer contre l'autre. et dicte au skieur l'attitude à prendre avant que son équilibre ne soit rompu. il est parfois difficile de terminer le stemm. Quand on sait les discerner. une prompte décision et une volonté inflexible sont nécessaires pour pouvoir. le guide s'arrête sur une pente rapide. Il faut toujours être sur ses gardes et prendre à temps une position ramassée. choisir la meilleure voie et profiter des moindres avantages. même rectilignes. peuvent se faire aune allure modérée. Ceux qui viennent derrière lui observeront constamment son allure. pour franchir sans tomber les zones de neige dure ou collante. pour un skieur droitier. bien entendu. ce qui. Les glissades. qui sont précisément plus faciles sur les pentes fuyantes. les changements de neige. En déversant celui-ci intérieurement. Mais au lieu de s'arrêter complètement. Il faut se retourner fréquemment et considérer attentivement l'aspect du terrain. Certaines ondulations prédisent au skieur averti une neige particulière. Il est facile. la consistance des neiges sera presque toujours en rapport avec les formes du terrain. Aussi le meilleur skieur devrait-il toujours être en tête lorsque la caravane n'est pas encordée. Avec un gros sac sur le dos et un piolet en travers. On préférera alors les télémarks ou les christianias. Il existe une combinaison de stemms et de christianias que l'auteur n'a jamais vu décrite nulle part et qui pourtant est fort utile en montagne pour descendre directement tout en modérant son allure : c'est une glissade festonnée par des christianias latéraux. Certaines observations faciliteront beaucoup la glissade. les télémarks ne sont pas toujours faciles. parce que le premier est plus vite exécuté et que son rayon est plus petit. . puis on placera le ski intérieur de front et Ton terminera le virage par un christiania. En outre. selon la rugosité de la neige (1). Le terrain idéal se rencontre. au cours d'une glissade rapide. Un œil exercé. et pourront en tirer des déductions qui simplifieront considérablement leur glissade. dès qu'il va trop vite. pour un moment. Pas n'est besoin de suivre exactement la trace du chef. de passer de la phase médiane du virage en chasseneige à la phase finale du télémark. sa trace. Sur un dos convexe. et ceci est fort utile dans les passages resserrés. pour une cause ou pour une autre. les stemms ne valent rien. — à condition qu'elles soient skiables. où la caravane 1 C'est ce que les Anglais ont appelé le slemmiama. 2 C'est ce que les Anglais appellent lifted stemm ou stemm levé. combinaison du stemm et duchristiania. en écartant plus ou moins les skis. Ailleurs que dans une combe. Un autre avantage du stemm est de faciliter l'amorçage du télémark et du christiania. Le skieur longe cette rive et. il faut toujours chercher à avoir la pente contre soi. On. au moment où l'on va tourner. Il faut alors le dégager. on peut aussi terminer le stemm par un télémark. Ce virage est très utile sur les mauvaises neigea et permet de modérer l'allure au moment précis où le virage tend à dégénérer en dérapage. en effet. le poids du corps se porte entièrement sur le ski extérieur. Il faut évidemment une longue expérience pour acquérir le sens de la neige et cette notion du terrain qui réduisent de moitié les difficultés techniques du ski. en le soulevant lestement. son style. Sur une neige poudreuse. on termine le virage plus ou moins brusquement. En terminant le stemm par un christiania. avec son inclinaison et son orientation. tandis que le stemm exige toujours une allure lente et confortable Dans la neige poudreuse. alors qu'ils sont toujours plus faciles sur des bosses ou des replats. Cette méthode est très pratique lorsqu'on descend à la corde sur un glacier incliné. le ski extérieur se met parfois à déraper.

n'est pas encordée. on y porte tout son poids et. les guides de Saas organisèrent à titre privé des cours de ski en montagne>et nous devons les en féliciter. la fesse gauche reposant à peu près au milieu des bâtons. S. Des cours de ski alpin pour guides et pour clubistes sont non seulement utiles. on peut faire ainsi de longues descentes sans se fatiguer. il ne faut pas hésiter à chevaucher ses bâtons. la section Monte Rosa organisait un cours de ski pour guides à Zermatt. c'est une erreur de croire que ces cours puissent s'exécuter utilement en dehors des glaciers. Avec un peu d'habitude. mais il est encore beaucoup plus simple de planter le talon du ski aval perpendiculairement à l'autre et plus ou moins profondément dans la neige. S. qui leur était presque complètement inconnu à cette époque. Cours de ski alpin pour guides et touristes. Les skis sont écartés de 30 à 40 centimètres. Plusieurs skieurs réunis au même endroit peuvent provoquer une avalanche ou l'effondrement d'un pont de neige. on passait presque immédiatement aux applications. Mais les skis ne sont pas faits pour suivre les chemins battus et l'on sera généralement tout heureux de les enlever et de poursuivre sa route à pied. La position est accroupie. La position doit se prendre avant de commencer la glissade. en prenant la cabane Britannia comme base.et spécialement peur les prévôts des groupes de ski de la Suisse française. prêts à partir au premier élan. est également applicable sur les chemins battus. il ne faut pas non plus se disperser en laissant loin derrière soi le skieur le moins habile ou le plus fatigué. comme cela se pratique en été dans les cours de 1 Schweizer Ski Verband : Association suisse des clubs de ski. Quelques « trucs ». quelques touristes se laissèrent tenter. Les méthodes décrites dans les manuels sont anodines et beaucoup trop fatigantes. D'autre part. Il s'agissait donc moins de former les participants aux courses de montagne que de comparer les résultats auxquels ils étaient parvenus. mais nécessaires. Grâce à des prix très modiques. On suivra naturellement la ligne de plus grande pente. Lorsque le freinage devient nécessaire. le Comité Central du C. mais. V (1). les pointes légèrement en aval. pour la première fois. leurs pointes entre les skis. Encore faut-il savoir freiner efficacement. S. a compris que l'application du ski à la montagne rentrait bel et bien dans son domaine. Une fois le ski aval pointé dans la direction voulue. Selon l'inclinaison de la pente. Il l'a du reste spécifié dans ses nouveaux statuts. Ce ceurs eut lieu à Saas Fée et aux environs de la cabane Britannia. En Suisse. en les tirant ou en les portant. il faut des glaciers. on prendra la position du christiania ouvert (skis écartés) et l'on appuiera ses bâtons du côté de la montagne. en gravissant les sommets d'alentour. des alpinistes romands organisèrent. a pris la haute main sur toutes les organisations relativesau nouveau sport. mais il faut surtout ces conditions de neige que nous taxons de « mauvaises » et qui ne sont. En réduisant la partie préparatoire. on règle sa vitesse en portant le poids du corps soit en arrière sur les bâtons. qui est seule efficace sur de fortes pentes ou de mauvaises neiges. arrêté sur une pente rapide. on se trouve parfois embarrassé pour pointer ses skis dans la ligne de plus grande pente. que normales en plein hiver. mais celui qui a le mieux compris la façon d'utiliser ses skis en montagne. celui qui a l'avantage n'est pas le meilleur skieur. on désire s'y lancer directement. Dès 1908. et non pas dans celui du S. Je m'en suis réjoui parce qu'elles confirment mes théories sur l'enneigement et qu'elles ont considérablement augmenté l'intérêt du cours. il faut éviter les attroupements. . en montagne. sous les auspices du C. dans l'espoir surtout de faire une belle course de montagne à bon marché. C'est lui. Cette méthode. et qu'il ne s'abaisse pas assez facilement. — Lorsque. qui réglera l'allure de la caravane. Par contre. A. V. en somme. Il s'agissait alors d'instruire les guides dans l'art du ski.. Non seulement. On peut alors démarrer dans cette position. peuvent être aussi utiles aux guides qu'aux touristes. C'est ce qui se réalisa du reste dans la plupart des cas. il faut prendre garde à ce que les disques ne s'accrochent pas aux vagues. Les bâtons réunis se placent entre les jambes. selon sa consistance.. A. on maintient aisément son équilibre. il peut y avoir avantage à se laisser déraper latéralement ou obliquement. comme nous l'avons déjà dit. Lorsque la neige est houlée. On placera donc ses skis en travers de la pente. on porte alors le poids du corps sur l'autre ski. le S. Dans ce cas. Depuis lors. il serait stupide de vouloir condamner l'usage des bâtons pour freiner. Elle a confirmé le fait qu'en haute montagne. Les mains étreignent fortement leurs pommeaux et les coudes viennent reposer sur les genoux. En montagne. et la glissade commence immédiatement. En les écartant suffisamment. Il avait pour but de rechercher quelles sont les principales lacunes dans la préparation du skieur à la montagne. Sur des pentes rapides ou dans des passages étroits et lorsque la neige est très dure. on ramène le ski intérieur parallèlement contre lui. La comparaison n'a pas manqué d'intérêt. sous la direction de deux fameux skieurs : Victor de Beauclair et Albert Weber. mais rares sont les skieurs qui savent le faire. un véritable cours de ski alpin pour clubistes. Les conditions nivales et glaciaires rencontrées à Britannia pendant le cours de ski de 1924 sont les pires que j'aie observées depuis 1907. au moment où il s'abaisse sur la neige. il vaut mieux éviter ces sauts. soit en avant sur les skis. Ces cours. Le dérapage se règle facilement en déversant plus ou moins les skis. En mars 1924. s'ils sont bien organisés. Il faudrait arriver à régler uniformément entre eux une seule et même technique alpine. S. Si le talon du ski est trop engagé dans la neige. En 1902 déjà. On pourrait évidemment exécuter un saut tournant. On peut aussi décrire un stemm usqu'au moment où l'on fait face à la pente. au contraire.

1 Au sujet des corniches et de leur formation. les différentes sortes de neiges. voir mon article dans l'Echo des Alpes.guides. d'abord sur un terrain d'exercices. les corniches ( 1). les avalanches. . cessera d'être un cauchemar et deviendra un usage courant. 1919. Dans la partie théorique. une autre à un sommet neigeux. Comme applications : une ascension type à un sommet rocheux . Le programme de ces cours devra comporter des heures de théorie et des heures d'exercices. montée et descente à la corde en caravanes de deux ou trois skieurs. l'emploi de la corde sur les glaciers. Lorsque guides et touristes seront familiarisés avec les mêmes notions. marche dans le brouillard . on traitera : l'enneigement. descente en stemm sur pentes de plus en plus rapides et sur neiges de plus en plus dures (avec sac et piolet) . sauvetage d'un skieur descendu à la corde dans une crevasse . ensuite sur des glaciers . ils s'entendront beaucoup mieux entre eux et l'usage de la corde. par exemple. la lecture des cartes. les vents. réparation de fixations et de skis détériorés. bivouac dans la neige . etc. 65-72. Les principaux exercices à pratiquer sont les suivants : montée en zigzags au moyen de différents antidérapants. p. Ceci est très important et pourrait éviter bien des accidents à l'avenir.

Mes compagnons devaient me prendre en passant. au Grand Combin. Il ne comptait pas s'attaquer directement au Grand Combin. J'avoue que sa proposition me parut téméraire autant qu'alléchante et. Quant à l'Aiguille du Tour. Il s'était formé à Neuchâtel un petit clan d'amateurs qui. tous les beaux dimanches. « Vous verrez comme ça va marcher ! » Je n'ai jamais rencontré de guide qui vous inspire spontanément une plus grande confiance.. par contre. Le Val Ferret est. perdant patience. du reste. Roget. bien calé sur ses jambes. Je connaissais les lieux. Sa moustache tombante. dominé par les formidables parois du Portalet. le froid était souvent intense et la neige poudreuse si profonde qu'il fallait de rudes efforts pour monter jusqu'à la Neuvaz. Il avait un air de fête ce jour-là. Quel dommage. me proposa de l'accompagner dans une course de Pâques. Lorsque nous nous séparâmes (à Montreux. Mais mon père avait une confiance illimitée en la personne de Maurice Crettez. et comment ils avaient réussi l'Aiguille du Tour (3 548 m. et le plateau du Trient devait. Nous fûmes à Tête de Ran. partaient en course.les vacances de Pâques étaient généralement si tardives qu'en arrivant à notre chalet. Mais jamais l'idée ne me serait venue de m'attaquer l'hiver à une grande cime. je partais avec mon père pour Saleinaz. je contemplais le tableau si familier à mes yeux : la trouée du vallon de Saleinaz et la partie frontale de son glacier. L'arête nord-est du Chardonnet ! Une des courses les plus difficiles du massif? en hiver? allons donc ! Et pourtant mon père passait pour la plus grande autorité alpine de la chaîne du Mont Blanc. cette fois-ci. nous rejoignîmes le professeur Roget qui nous exposa les détails de son plan. ce fut sans grand espoir de voir ses projets se réaliser. je scrutais les pentes conduisant à Orny. tout en me demandant ce qu'elles allaient nous réserver. J'avais alors dix-neuf ans. Nous allions régulièrement passer nos vacances de Noël et de Pâques en notre chalet de Saleinaz. Un bon mètre de neige recouvrait toute la plaine de Saleinaz. Le Grand Combin. Je craignis un moment de devoir renoncer à l'expédition. des cheveux grisonnants encadraient un visage fin. Mon père et moi conna ssions cette montagne pour l'avoir gravie trois ans auparavant. la passion grandissait en moi. Ce ne devait pas être un Neu-châtelois. On me présenta.CHAPITRE VIII PREMIÈRES EXPÉRIENCES 1907 : Aiguille du Chardonnet (3 836 m. Ce jour-là. Mon père m'avait initié aux secrets de la montagne et. il avait l'air d'un Anglais dans son costume Burberry.) dans d'excellentes conditions. L'un d'eux cependant m'était inconnu. Sous sa casquette à visière. trapu. Depuis une semaine déjà. Il avait rédigé un itinéraire pour ce massif et il savait donc à quoi s'en tenir. Les vacances de Pâques eureat lieu très tôt cette année là. Ce fut une joyeuse journée.) et Grand Combin(3 317 m. par l'arête nord-est. je crois). C'était l'époque des grosses avalanches.. A Lausanne. l'ascension serait certainement possible. C'est là que je m'éveillai de bonne heure le jour suivant. très encaissé et les sommets d'alentour ne sont guère tentants à cette époque. Au retour. le professeur Roget. plus fort que jamais. et je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être la haute montagne en hiver. Dans mon ardeur juvénile. sa barbe poivre et sel et sa bouche souriante ajoutaient une pointe ironique et bienveillante à son profil aquilin. Fort. avec lequel j'avais lié connaissance. Un large sourire illuminait sa face et il me tendit sa grosse main calleuse. vers 7 heures du matin. mais s'entraîner tout d'abord en montant à Orny et à l'Aiguille du Chardonnet. éclairée d'un grand soleil et arrosée d'excellents vins. et j'étais impatient de les voir arriver. je l'avais gravie plusieurs fois l'été et son ascension ne présente aucune difficulté. de ne pas être partis plus tôt pour pouvoir monter tout droit. se prêter fort bien au ski. pensais-je.. mon père ne put s'empêcher de sourire en me disant que jamais nous n'arriverions. Le professeur Roget n'y était jamais monté et nous lui fîmes observer qu'elle n'était pas facile. Le soleil se levait dans un ciel sans nuage. et. Le professeur Roget me raconta comment. Jamais je n'oublierai ce dimanche 2 mars 1907. je fus bientôt harnaché et prêt à partir. Il n'eut pas de peine à me communiquer sa joyeuse humeur et son enthousiasme habituel : c'était le « grand beau » . elle était encore durcie par le gel nocturne et l'on pouvait y cheminer à pied sans enfoncer. Mais il nous répondit que. et j'avais souvent parcouru le Val Ferret en ski. Enfin. qui devait nous guider et qui saurait bien voir. peu à peu. dès le 24 mars.). A cette heure. je me trouvais au rendez-vous et revoyais dans la pénombre du :our naissant les figures sympathiques de mes compagnons habituels. aux yeux très clairs et malicieux. à la Brévine et nous revînmes tard par-dessus le mont Racine. si la course était possible ou non. J'étais fier d'être avec lui ! . Tant de fois j'avais admiré les lignes grandioses de cette scène i Mais. Maurice Crettez m'apparut plus grand. il faisait un temps radieux. au pied des sombres forêts qui revêtent la montagne. F. l'année précédente (en mars 1906). Le ski n'était alors pour moi qu'un simple instrument de sport. on pouvait cueillir les premières fleurs entre les taches de neige. et nous étions bien placés pour les voir descendre.. il était monté à Orny avec le guide Maurice Crettez. comme on en Toit rarement en mars. m'était complètement inconnu et je m'attendais à y rencontrer de sérieux obstacles. je descendis au village et j'y trouvai mes compagnons en train de faire leurs dernières emplettes. Arrivé la veille pour fêter l'anniversaire de notre République. lui. Nous avions alors de véritables hivers dans le Jura suisse et suffisamment de neige pour faire la joie des skieurs. en effet. tout irait pour le mieux. Ceci me paraissait admissible. Notre chalet est situé à l'orée de la petite plaine de Saleinaz. et je fis la connaissance du professeur F. il avait emporté ses skis et comptait sur nous pour l'aider à ne pas perdre ce beau dimanche d'hiver. au milieu de ces hautes montagnes. D'autre part. A Noël. De ma fenêtre. si je l'acceptai. de Genève.

Mais cela dure peu. Le ciel est comme hier : sans un nuage. Heureusement pour moi. Roget en avait deux et il eut bientôt fait. directement. au chaud. sur la montagne. mon piolet dans les bretelles de mon sac. Puis vient un terrain ennuyeux. et sur la carte qui lui est annexée. s'allonge sur les neiges étincelantes : c'est l'ombre projetée par le Petit Clocher du Portalet. tout étonné et content de ronfler de nouveau. sympathiquement retranchée derrière sa moraine grise. dit mon journal. nous gagnons péniblement une coulée d'éboulis qui descend à notre rencontre. alors que les mondaines aux ombrelles rouges se promènent dans les pier-riers et sur le glacier. Lorsque les conditions ne sont pas parfaites. nous reprenons notre marche. pour contempler ce vieux Portalet qui semble rêveur . et je les fixai tout à l'arrière de mes skis. ces deux itinéraires sont dangereux autant l'un que l'autre. c'est une autre affaire. Sur le névé du Trient. comme on en porte dans les chemins verglacés. et je pressai mes compagnons de partir. accompagnés des vœux de mon père. au grand dam de leurs mignons souliers. à 6 heures du matin. la piste ouverte par Crettez décrivait de longs zigzags peu inclinés. et nous sommes assis au milieu d'eux en plein midi. j'avais eu la malheureuse idée de laisser à la maison la moitié de mon double bâton de frêne. tout seuls pour jouir de cette nature morne . Il faut les enlever. On monte lentement. sur le glacier où l'on décrit un large circuit pour gagner régulièrement le plus de pente. en obliquant à gauche jusqu'au dernier mélèze. C'est ainsi que nous attaquâmes les pentes du Plan Manier. nous sommes suffisamment « cuits » et affamés pour faire une halte. Tant que la neige fut assez dure.Mais il se faisait tard. Enfin. mes principes ont changé (voir chap. et nous rechaussons bientôt nos skis. 2 Ces lignes furent écrites en 1908. j'avais pris ce qui m'était tombé sous la main : des crampons à talons. Je souris en songeant à notre équipement. Le souffle âpre du glacier passe sur la vieille moraine. On peut enlever ses lunettes et jouir de sa fraîcheur dans la nature frémissante. Roget avait emporté des crampons à quatre pointes.on préfère monter nar r. mais alors la croûte casse sous les pieds et l'on enfonce jusqu'aux genoux. On bourre le petit fourneau. Depuis lors.et il fallut chausser nos planches. la neige se fit « douce». M. et grandiose aussi ! Et quel contraste avec l'été. La nature est merveilleusement belle. nous chaussons nos skis devant la cabane. Après une heure de repos. la neige est rosé. nous tirâmes nos skis derrière nous. L'ascension du professeur Koget à 1 Aiguille du Tour (1906) fut une des premières en ski. arrivés au pont jeté sur la Reuse. C'est bon signe1. j'ai indiqué les deux meilleurs itinéraires pour monter à Orny celui que nous suivîmes et celui qui passe par la combe d Orny. car on sent la neige solidement attachée au sol. Notre joie est débordante. Au dehors. dorant longuement les cimes les plus hautes. le thermomètre est bien au-dessous de zéro. comme Crettez. Quant à moi. Oh ! que c'est triste ici. si grandioses et si tranquilles. Les skis ne mordent plus.hamnex et le Val d'Aroette. mais je les conservais précieusement pour l'escakde du Chardonnet ! Et nos bâtons ? Seul M. Je reconnus bien vite que leur différence de poids était gênante et je passai. La neige était excellente : un gros sel printanier. le soleil a bien travaillé ces derniers jours. Mais. vol. pour écouter le silence pesant et solennel I Avec un soupir de satisfaction. V). C'est un prétexte pour admirer les lointains lumineux : la hardiesse 1 Dans le Guide du skieur pour les Alpes valaisannes. en ce moment. Trois heures plus tôt. Il les déclara lourd s et encombrants. Les sapins dépouillés tranchent en masses sombres sur la neige d'un blanc cru. bouleversé par les avalanches et pénible à parcourir. fixées dans une plaque de bois dur qui s'appliquait sous le ski. ni collant. nous sommes installés. Crettez portait son « passe-partout ». I. Lui aussi croyait au grand beau. La consistance de la neige devient brusquement croûteuse. Etre seuls à Orny. C'est le réveil du monde. Avec mes laupars. enfouie. Les gros blocs projettent leur ombre bleue. aussi solide que son propriétaire. qui recouvre tout le bassin d'Orny. semblable à un calice resplendissant frangé d'ombres bleues et de pinacles dorés. effilée comme une lance. sur la moraine. Quant à moi. inerte. Le soleil se couche. Une ombre bleue.. Nous allions « tout à la douce ». et l'état des montagnes est parfait. L'hiver a bouché toutes les crevasses. nous faisons halte. Au col. nous touchons à cette ombre tant désirée. Les skis sur le dos. cette fois sur une neige poudreuse. C'est précisément là que commencent les fortes pentes conduisant à Orny. au bord du petit lac qui sommeille. A l'intérieur. On passe sur le petit lac gelé et couvert de son linceul. Actuellement. nous y serions montés à pied. du reste. Mais l'ombre dévie rapidement et nous reprenons notre marche. ni très glissant. Le 26 mars. puis dans les gazons et les rochers. Tout resplendit d'un immense éclat. Au Plan Manier. sinon la toute première. Il est cinq heures. Nous prenons la direction du col d'Orny. Et pourtant j'avais dans mon sac des crampons tyroliens à huit pointes. Il fallut payer notre retard en décrivant de longs zigzags. Elle se puise dans la radieuse beauté du jour et dans celle des montagnes. Voici ce fameux plateau du Trient. un vrai poteau. Aucun de nous n'avait de peaux de phoque. 14° de froid. et nous pouvons sans danger nous passer de la corde (2). Dans une main je tenais un piolet et dans l'autre le demi-bâton. qui s'incurve là-haut sur l'azur. les skieurs visitant le plateau du Trient étaient encore très rares. nous arrivons à la cabane. A moi maintenant de faire un bout de piste. En moins d'une heure. de nous prouver leurs avantages.. dans l'intimité secrète du refuge. A 10 heures seulement nous quittions le chalet de Saleinaz. Tous ces beaux granits sont dégarnis de neige . L'aube passe sur les cimes et les frôle de son aile légère. excellente. fabuleux obélisque de granit pointé dans le ciel. . Crettez croisa les spires d'un long cordon autour de ses planches. comme disent les Valaisans. Aucun danger. A cette époque. obliquant à droite dans la direction des Chevrettes. Mes compagnons sont chaussés de souliers à clous et s'élèvent facilement dans ces pierres. ici.

La neige est très dure. le premier. Ici commence la vraie descente. sommet : 13 h. Bientôt nous sommes dans le petit vallonnement près du « col Forbes ». pour former une tour rouge qui n'est autre que le sommet. alors qu'en mars elle n'avait pas exigé plus de i h. Nous reprenons exactement tous les passages de la montée et parvenons sans difficulté à nos skis. 25 à 14 h. col d'Orny : 7 h. . couloirs blancs. nous glissons sur la surface houleuse du plateau du Trient. BOOS la conduite de Maurice Crettez. 1 Crettez nous avoua que les conditions étaient rarement meilleures en été. Elle fut répétée en mars 1910 par M. Paul Montandon et consorts. . notre aiguille a terriblement grandi. repris les skis : 16 h. Par la Fenêtre de Saleinaz. nous commençons la montée. A 10 heures. Sur les pentes des Chevrettes. que le soleil a soigneusement dépouillés de neige durant notre absence. ramassant sur la grande paroi glacée de la montagne la neige poudreuse qui y stationne.. dont l'arête élancée et délicate dépasse déjà de ses créneaux dorés les molles épaules de la Tête Blanche. sur les neiges du versant savoyard. D'un coup sec de ses énormes souliers.). mais il nous fallut trois heures pour l'arête nord-est. Elle qui. Cinq mois plus tard. La crête s'argente de nouveau. 30 lorsque nous y parvenons. 20 . délassés par cette dernière glissade. Lentement. nous nous restaurons légèrement et. corde déployée et crampons chaussés. C'est lui qui.). Après avoir taillé une quinzaine de marches. Quant aux premiers plans. droit en bas de la pente. le Gabelhorn et la Dent Blanche. dont les roches fauves évoquent le souvenir de Javelle. Elle réalise d'un seul jet le prototype de l'Aiguille du Mont Blanc. Toutes les montagnes qui nous entourent semblent accessibles en ce moment. nous serons assis sur ce trône glorieux. Crettez a filé à toute allure. les parties neigeuses recouvertes d'une poudre de 20 centimètres dans laquelle nous enfonçons les pieds et où les crampons se fixent à merveille. où nous plantons nos skis dans la neige. de loin. Nous étions partis trop tôt. La vue s'étend à l'infini. nous atteignons le col d'Orny.. nous retrouvons la bonne vieille cabane d'Orny 2 Le lendemain. Orny : 19 h. on débouche sur le névé supérieur. col du Tour : 8 h. quitté arête nord-est : 15 h. Le col passé. Voici une dernière vague neigeuse : le Pizzo Bianco du Chardonnet. Plus bas.. A Pâques 1924. sur une neige soyeuse. 25. La neige du plateau a été soufflée : le vent et la bise ont combattu sur cette plaine désolée. 40. si l'on préfère). la neige était encore gelée et nous descendîmes un bon bout à pied. Nous sommes probablement seuls dans toute la chaîne du Mont Blanc. Parmi tant de montagnes dressées autour de nous. nous reprenions le chemin du retour. Crettez a retrouvé son humeur des grands jours. hérissé de vagues durcies. aux brusques écarts. Depuis lors. A 7 heures du soir. Toutes les conditions étaient si favorables que nous avons mis moins de temps qu'en été pour monter jusqu'ici (1). le Jura et les Vosges se distinguent très nettement. superbe dans l'azur pâle du ciel. pointe ses skis vers le col du Toiar. Dans un creux de neige. je refis cette même course avec deux amis. JÏD août. Nous étions tr^s bien entraînés. Et quel plaisir d'être seuls avec sa montagne ! Seuls les échos répondent à nos yodels.. aussi tient-il à nous faire les honneurs. 30. C'était la premiers ascension hivernale du Chardonnet (ou la première en ski. passa par ici. se découpe fièrement devant nous. la plus légère et la plus somptueuse : il semble que l'on puisse toucher de la main les plis immaculés de sa robe. elle nous en saupoudre et nous coupe la respiration. Il est i h. Maurice. Orny : 6 h. Nous préférons la parcourir en longues serpentines et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. enfin. et le champ de bataille. tout content. Puis l'arête se redresse une dernière fois. nous jetons un coup d'œil vers le Tour Noir. admirant dans les courts moments de halte le soleil couchant dorer la cuirasse du Grand Combin. l'Aiguille Verte est certainement la plus frappante. Mais on n'a pas le droit de songer à ces petites misères. Muets. aux grandes ondulations.des grandes vagues que forment le Weisshorn. puis nous grimpons sur le dos voûté qui doit nous conduire à l'arête nord-est. nous sommes à son pied. et nous nous sentons tout petits en nous en rapprochant. La bise souffle par intermittences. arête nord :est: 12 h. col du Tour : 1711. dépôt des skis: 10 h. ombres violettes. il faut quitter ses skis un instant et les rechausser sitôt après. les gendarmes étaient beaucoup plus enneigés qu'en hiver.. le massif du Trient est devenu un but favori des skieurs. C'est un moment inoubliable : nous volons sans bruit dans la demi-obscurité du crépuscule. C'est une balade royale. le 18 août 1907. 20 à 10 h. qui n'a jamais mieux mérité son nom. et. 2 Voici notre horaire : dép. 35. Crettez pratique de gros trous dans la neige. les neiges si blanches et les ombres si bleues que le paysage semble irréel. En quelques minutes. sitôt après. sans nous douter que. Les rochers sont si noirs. malgré un temps immuable. nous restaurer et contempler la vue.. l'Aiguille d'Orny captive les regards par l'étrange beauté de ses contrastes : roches cuivrées. sous l'action du soleil. 15 . nous pouvons nous abriter quelques instants. Nous longeons la sombre muraille des Aiguilles Dorées. cinq jours plus tard. Cette fois. Après une courte halte. nous passons en revue la fameuse garde de la grande arête. lorsque l'on transpire au soleil et que l'on enfonce à mi-jambe dans la neige fondante. sans la moindre parcelle de glace. mais le retour beaucoup plus agréable qu'en été. nous contemplons la rare magnificence de cette scène. Sur le versant d'Argentière. Et voici déjà le soir de cette belle journée. n'est guère favorable aux skis. Pas un nuage dans toute l'immensité du ciel. Mais déjà Crettez sonne la retraite. le Rothorn. la cabane Dupuis n'abritait pas moins de trente skieurs ! . et nous nous décidons pour la plus belle d'entre toutes : l'Aiguille du Chardonnet (3 836 m. 40 à 18 h. au pied des beaux gendarmes dorés qui hérissent la crête du Chardonnet. semblait nous appeler. 15à 8 h. Pour franchir le toi du Tour (3 280 m. Le rocher est absolument sec. nous suivons nos traces vers le col du Tour. La croupe de la montagne. la voici hautaine maintenant. nobles cimes dont le profil se découpe nettement sur un fond d'émeraude.

je me trouvais couché à l'ombre des chalets de la Fouly. je les vis descendre et m'assis à l'ombre pour les attendre. mais il comprend mon désir. Le même soir. mon père s'était absenté et je ne pouvais partir sans son consentement. Crettez sort de son sac une belle boîte de cigares Monthey qu'il ouvre devant nous. et j'étais très satisfait d'avoir réussi cette belle course. Mais les « Monthey » sont tout simplement des œufs frais et crus dont nous sommes très friands. Nicollier nous fit le plus chaleureux accueil. Ils arrivaient de Cour-mayeur. réfléchissez-y. celui qui écrivit dans le livre des voyageurs : Je voudrais avoir mérité Ce Bagnes à perpétuité. mais on respire le souffle embaumé des forêts et l'on sent la chaleur vivifiante du printemps qui vous pénètre jusqu'au cœur et vous rend fort. par une chaleur accablante. par un beau clair de lune. Enfin. exprimant dans mon gosier desséché le jus d'un citron. Il m'engagea vivement à le suivre. tandis que Crettez. Mais. nous nous anê-tons dans une sorte de grotte pour déjeuner à l'ombre. Tout là-haut. La côte est rude et glissante . Il se produit alors un brusque craquement. Aux chalets de Ferret. le Combin est toujours en place. Vers midi. mais il devait coucher le même soir à Bourg-Saint-Pierre. puis tout rentre dans le silence. échelonne ses traces au-dessus de moi. et. de temps en temps. tandis que la neige s'étale . En voilà un qui comprend l'hospitalité : ne va-t-il pas jusqu'à nous fournir de bonnes pantoufles bien chaudes et à faire bassiner nos lits ! Il n'avait certes pas tort. Je ne comptais pas les revoir si tôt. Vers midi. Malheureusement. — Peuh 1 fait Crettez. Roget n'a sans doute pas oublié mes fameuses « croûtes au fromage ». Bientôt notre guide avise un couloir tapissé d'ombre et qui monte tout droit vers un premier plateau. il semble que on arrive dans le ciel. il s'adresse à Crettez : — Voyez s'il est possible de nous trouver ce soir à Bagnes et de monter demain à Panossière. fraîche oasis au milieu des neiges éblouissantes. voici. au bord de la Drance. la chaleur solaire avait dissous mon énergie. nous chargeons les skis et les sacs sur nos épaules. Crettez s'amuse à remballer soigneusement la douzaine. A Lourtier. M. les skis sur l'épaule. et. Lorsque l'échelle est faite. Le carton est bientôt vidé. Au pied de ce couloir. Je le regrette maintenant. toute vie cesse et le sol devient éblouissant. et paraissaient bien fatigués. il faut gravir les pentes opposées pour rejoindre au-dessus de Fionnay le chemin habituel de la cabane Panossière. les mazots brunis s'égrènent sur la pente . Et là-haut. Nous en venons aujourd'hui par le col de Fenêtre. je reconnus le professeur Roget et ce grand diable de Maurice. Au chalet du Clou. Ils furent bien étonnés de me revoir ! — Moi qui vous croyais au Combin ! — Eh bien non ! Hier matin. assez monotones l'été. avec un pour de mélèzes. L'air est frais et le fond de la vallée légèrement brumeux. pour admirer la brillante nature. j'étais monté seul dans le val Ferret. Roget est probablement un peu lassé par ces cinq jours de courses consécutifs. colla piuma sul capello. et personne ne nous empêche d'y aller. arrosées de Neuchâtel blanc et le café qui lui fut servi au soleil par 40° C. Elle est longue. ils avaient rencontré deux skieurs en train de déjeuner et qui semblaient venir du Grand Saint-Bernard. frémissant sous l'ardeur joyeuse du soleil . sur le plateau ensoleilé. Il aurait volontiers prolongé sa sieste. par un ciel toujours sans nuage. nous surgissons en pleine lumière. où M. pour jouer un tour à celui qui la trouvera. J'accompagnai mes amis jusqu'au village de Praz-de-Fort et les quittai en leur souhaitant bonne chance. Longtemps nous montons. Les forêts descendent en longues coulées bleues. aux teintes chaudes . les arbres gris sont tout dépouillés. comme nous n'avons pratiqué que deux petits trous aux extrémités des frêles coquilles. nous y montons. de la Rosablanche au Pleureur. les oiseaux ont repris leurs chants. la crête brille comme auparavant : les yeux suivent avec ravissement les festons blancs découpés sur l'azur. les brouillards traînaient dans le Valsorey. nous arrivions en voiture au Châble. et la glissade fut parfaite. A leur signalement. ce sont les montagnes de Fionnay. au Bourg. le surlendemain. La réponse ne se fit pas attendre : on irait coucher à Bagnes et l'on monterait le lendemain à Panossière. Le printemps sera bientôt venu. après un moment d'hésitation. nous quittons Bagnes en voiture. tirant nos skis sur la neige durcie. car le temps a l'air parfaitement stable. Avant de passer sur l'autre rive. le soleil réussit à décrocher quelque avalanche. Au delà du village s'ouvre le monde des neiges . C'est à peine si. L'espoir renaissait et je m'empressai de monter à leur rencontre. Cette neige éclatante et ce ciel bleu : que rêver de plus simple et de plus beau ? . mon ardeur m'ayant repris. D'autre part. à pied. et nous verrons cela. pour monter le lendemain à la cabane de Valsorey. les neiges flamboient. De tous côtés l'eau coule et ruisselle. le torrent semble écouler plus vite ses eaux vertes sous le petit pont qui ploie gracieusement : partons ! La Drance franchie. par le col Ferret. une vie intense passe dans la nature . Une halte encore. je fais une halte délicieuse. dans les vergers. dit mon journal. le mayen du Revers : un petit groupe de chalets noirs blottis dans la neige. érodant la glace épaisse et sale. Le soleil est déjà chaud. M. brusquement. la nature s'éveille et.elle reprit sa consistance granuleuse. et nous avons préféré monter au Saint-Bernard. Midi : autour de nous. Le 30 mars à 7 heures. puis il faut se glisser lestement entre les gouttières qui tombent des toits dans l'unique rue du village. Vis-à-vis. Deux contrebandiers italiens vinrent à passer. dans les bois. nous arrivions au chalet de Saleinaz. puis. laissant errer mes regards sur ces montagnes merveilleuses qui forment le cirque de la Neuvaz. mais en ce moment couvertes de neige et pimpantes comme des reines.

). Tel fut le simple prélude d'une des plus étonnantes journées que j'aie vécues. pour regagner le temps perdu. la route que nous suivîmes n'est pas indiquée sur la carte annexe. dans la neige unie et poudreuse : au retour. Enfin. Crettez ouvre une belle piste. Nous saluons familièrement a le Chardonnet . comme des vapeurs d'encens. au pied du col des Pauvres. — Tranquillement. et il nous entraîne sur le glacier. puis les zigzags reprennent. et pour allumer le feu : tranquillement. en été. la geine est poudreuse et nous cheminons avec plaisir. la montagne nous attend. descendant au col des Maisons Blanches. nous arrivons au pied du Combin de Corbassière. et la grosse main de Crettez se tend pour nous aider à franchir ce dernier obstacle. Arrivés tout en haut. en sortant d'une combe obscure. un peu plus haut. mais nous le savons très optimiste. Nous touchons à notre montagne : elle a secoué ses séracs jusque tout près d'ici. nous préférons l'autre itinéraire et suivre l'arête ouest de la montagne. c'est un site que je désirais voir depuis longtemps. j'y pénètre sur mes skis et me secoue avec satisfaction. Le froid nous gagne . directement. Le soleil est très chaud et le second carton d'œuf s bientôt vidé. Sans hésiter. M. Notre guide compte « trois p'tites heures » jusqu'au sommet. La cabane est toute dégarnie de neige . plus fières et plus élancées que jamais. Enfin. il est ainsi. La nature transfigurée semble devenir irréelle. et par cette fenêtre on aperçoit de merveilleuses montagnes : le hérissement superbe des aiguilles du Mont Blanc. 300 mètres plus bas. en plein jour. dans le névé durci. Là-bas. C'est la première fois que je passe ici. le spectacle du Grand Combin nous arrête : une ombre violette baigne la montagne et l'entoure jusqu'au sommet. vol. Crettez avait alors ce défaut. dont l'arête orientale est bien visible. et la cabane me semble bien éloignée. dont seul le « Croissant » se détache. Comme nous l'avons vu plus haut. Un bon feu pétille dans Pâtre. de suivre obstinément les itinéraires d'été. sur cette fameuse arête que nous allons suivre. Brrrr ! Quel froid ! Là-haut. et nous rencontrons bientôt le soleil. nous partions joyeux.Derrière nous. nous nous dirigeons vers ce col : il s'ouvre sur le ciel. Voici le haut plateau du glacier. En longs lacets nous remontons la rive gauche. fréquent chez les professionnels. Plus tard. Jusqu'à l'arête de Corhnssièie. nous restons là jusqu'au moment où le dernier spasme de vie s'évanouit dans l'obscurité envahissante. Brusquement. Voici trois heures que nous marchons. mais une halte s'impose. Mais notre guide redoute les avalanches. la neige est molle et nous enfonçons profondément. si c'est nécessaire. Là. au pied du col du Meitin : une selle peu profonde dans la grande arête occidentale du Combin. légère. C'était évidemment une erreur de notre part. La grandiose magie des neiges se révèle à nos yeui étonnés. nous enlevons nos skis et les plantons. nous suivons sa piste. une petite lumière brille à nos yeux : c'est le salut. Dans la peite comêbe. I. pour atteindre un terrain plus facile. puis la pente nous oblige à grimper tout droit. qui s'évase entre les parois bleues du Combin et la chaîne hérissée des Maisons Blanches . la neige sèche et poudreuse ne s'attache pas à ces pentes de glace. au-dessus des séracs. Nous dominons directement la gorge profonde où le glacier de Corbassière s'écroule en séracs et vient mourir insensiblement à 1900 mètres. La bise est très forte tout à coup. 31 mars (dimanche de Pâques). Elle aboutit à la moraine dont nous escaladons la crête dépouillée de neige. je pense. Le déjeuner est rapidement expédié et la montée commence. tout rosé dans le bleu intense du ciel. Le ciel est sans nuage : depuis huit jours. Il est 7 heures. entourant le massif des Diablerets. commode et sûre. qui conduit directement au glacier et le suit jusqu'à Panossière. les skis chaussés et chaudement habillés. . et cela nous semble maintenant tout naturel. qui conservent leur aspect automnal jusqu'au printemps . Mais bientôt la lune se lève derrière le Grand Tavé et inonde de sa lumière le sommet du Combin de Corbassière. Le glacier traversé. entre les premiers plans qui s'abaissent en rives sauvages. Au niveau du col (3 426 m. mais bien excusable à cette époque. Une fois les séracs tournés. et Crettez me regarde de ses gros yeux en souriant. nous avançons plus rapidement à travers un premier plateau que forme le glacier . elle se confond presque avec le sentier d'été. au pied du « mur de'la côte ». Roget arrive peu après et nous étalons nos provisions sur les tables (1). par des pentes très rapides. accoutumés aux vues de l'été. Extasiés. Longtemps les lacets se déroulent . Il faudrait maintenant se faufiler entre le Bec de Corbassière et le glacier^ sur des pentes ravinées. pour venir jusqu'ici. malgré le mouvement de la marche. Jamais. On ne compte guère moins de temps. Deux routes s'offrent à nous pour escalader le géant : l'une prend à gauche et longe un « corridor » qui conduit tout près du sommet. caravane n'aura déjeuné si calmement à cette heure tardive avec l'intention de monter au Grand Combin. elle se fit à pied. une pente toujours plus rapide monte à l'arête de Corbassière. un dernier effort. Aussi faut-il se déptcher. un poudroiement de teintes somptueuses monte doucement. nous pourrons la suivre à toute allure. Quant à la descente au glacier. les skieurs trouvèrent une route de beaucoup préférable. il fait très chaud. les skis sur l'épaule . Mais nous prévoyons que ce mur est en glace. nous déjeunons dans la petite cuisine. il fait froid. mais ceci n'était pas une con-fiéquence de l'insolation hivernale. Crettez est parti en avant pour dégager l'entrée de la cabane. Pour la même raison. nous sentons que l'ombre est froide et que la nuit va bientôt venir. cette arête de rochers que nous voyons en profil. Cette route est marquée sur la carte annexée au Guide 2 Ce mur était très probablement en glace. c'est la nuit : tout est mort. Lentement le crépuscule descend sur la montagne . la vallée est plongée dans une ombre violette et rosé . dans le bleu infini. Crettez taille quelques marches et nous atteignons bien vite le col du Meitin. radieuse. Une demi-heure plus tard. comme une fenêtre. car le soleil a bien travaillé ces jours derniers (2). 1 Dans le Guide du tkieut pour les Alpes viaisannes.

Il est 7 heures. la bise nous glace. je saurais bien le retrouver ! Il est doué. Un bon moment se passe avant que les crampons soient enlevés. Enfin voici le col du Meitin. Neuchâtel. Puis. Le voici dans l'ombre : continuons. Pour éviter la taille des marches. nous tournons le dos à la chaîne du Mont Blanc. à l'abri des rochers.. dans toute la pureté de ses lignes. Voici un joli passage : une vire. lui. le soleil du printemps nous « rôtit » . la descente commence.) semble s'élever avec nous : cela m'exaspère . presque monotone . la pente de neige et nos skis. Je prolonge à plaisir cette minute de solitude immense. le Velan est enfoncé. Là. Je me penche frémissant sur la corniche monstrueuse. Mais voyons cette arête ! Nous commençons par la suivre un peu au-dessous du faîte. qui. Malgré cela. Crettez. tant les lanières sont gelées. Je suis en tête. et je plonge mes regards dans l'abîme : quelle chute vertigineuse. Puis. où le printemps fleurit. et ce mouvement cadencé nous grise délicieusement. Crettez se sent libre. Quelques secondes s'écoulent. Mes compagnons ont volé dans l'espace et sont déjà comme des points. la descente me paraît interminable. Roget sent bien qu'il nous causerait un gros crève-cœur en refusant. il est nécessaire de se restaurer un instant. Bientôt nous remontons au Combin de Valsorey. ici. Voici un bout de piste rectiligne : c'est vertigineux. Nous allions passer outre. saute sur la pente et plonge dans l'obscurité d'une combe. elles caressent des villes ensoleillées. et il a du mal ! Il montre les dents et manifeste une folle envie de s'en servir ! Puis ce sont les skis dont les courroies sont toutes raidies. Nous dominons le monde. il n'est pas loin d'ici. je trouve Crettez arrêté: — Et M. Cette glissade en ski promet bien des joies. en plein ciel. Les changements de température sont très brusques : tant que nous montons dans la face sud. puis il ne reste plus qu'à remonter les névés faciles qui conduisent au sommet. dans la direction de la cabane. long. 30 ! Mais Crettez s'indigne à l'idée d'abandonner l'ascension : ne pas monter au sommet. Le soleil se couche derrière l à chaîne du Mont Blanc : les noires aiguilles se dressent contre un ciel d'or pâle et les robes de toutes ces reines sont violacées et mystérieuses. et l'on arrive sur une épaule qui présente une crête de neige. Mais. puis elle se redresse en petites parois que nous franchissons sans peine. Mais il faut attendre M. nous passons dans la neige du versant sud . ivre de joie. le Velan (3 765 m. Un dernier coup d'œil. Il me semble que nous marchons sur un beau nuage blanc. économise sagement la pente. je ne saurais le repasser dans ma mémoire. chacun pour soi. il lance un yodel. A droite. clair-obscur.Le Velan se dresse dans toute sa gloire. lorsque M. La coupole attirante du Grand Combin se dresse devant nous comme un grand calice. semblait nous narguer. Je m'arrache à ce spectacle pour commencer la plus étonnante descente que j'aie faite en ma vie. Le crépuscule tombe lentement sur la montagne et jette son voile uniforme. et la . une lumière brille à la fenêtre.. tandis que Crettez me tient à la corde. la lumière. et Crettez me reproche de ne pas retrouver le chemin exact. Roget qui. Crettez prend alors la tête et nous glissons sans bruit sur le beau désert immaculé. La bise nous cingle. a bientôt disparu. par un temps pareil? Alors qu'une demi-heure suffit pour y arriver? Et « Mossieu Kurz » qui n'y est jamais allé ! M. les montagnes entassées jusqu'à l'infini s'en vont rejoindre la voûte du ciel : quelle gloire et quelle suprême allégresse dans la nature. de loin. puis je le vois traversant à toute allure le gros dos du glacier. Tout autour de nous. et il est 3 h. dès que nous regagnons l'arête. 30. et c'est pourquoi nous continuons très vite. à gauche. Il faut les gros doigts de Crettez pour les délier. un instant cachée à mes yeux. Presque au bas de la descente. pour fêter ce beau dimanche de Pâques ! Nos pensées s'envolent un instant bien loin . sur le plateau des Maisons Blanches. où carillonnent les cloches de tous les clochers. dans un vide immense. Roget s'arrête en. d'une étonnante mémoire des lieux : il vous indique à 25 mètres la prise cachée que vous cherchez et vous fait des descriptions enthousiastes d'une vire minuscule ou d'une cheminée restée inaperçue. Le rocher est absolument sec. L'escalade est facile. Roget ? Est-ce qu'il suit ? — Oui. C'est long. Si j'étais monté le premier. nos yeux ne parviennent pas à la distinguer. En un clin d'œil je rejoins mes compagnons. Un instant après. Pourquoi devoir quitter ce trône ? Je me promets bien de revenir ici et de savourer longuement cette vue. on aperçoit de temps en temps le glacier de Corbassière. Et voici qu'il est déjà 2 h. reparaît. nous prenons en écharpe les pentes sud du Combin de Valsorey (4184 m. Inouï 1 Avec un élan formidable je remonte sur le glacier . et nous redescendons à grands pas. mais. puis une cheminée. lui. Cette fois-ci. Je suis le dernier à partir. La vitesse s'accentue alors nous décrivons de longs virages.) et touchons enfin à son gros cairn. à condition d'être exécutée avant la nuit. nous disant : « C'est très bien de grimper ainsi. sur le versant de Sonadon . mais rappelez-vous que nous faisons une partie de ski avant tout et que je tiens à revenir de jour pour jouir de la glissade. Voici la cime ultime. Je ne puis attendre plus longtemps et je m'élance sur sa trace. Une pente verglacée descend à la selle qui sépare la pointe de Grafeneire du Combin de Valsorey. au delà d'ua abîme où nous cherchons en vain la petite cabane de Valsorey : elle se cache par là-bas . et la masse énorme de la montagne nous cache la moitié de l'horizon. Ce que j'ai vécu là-haut durant cinq minutes. Nous aussi. nous célébrons la grandeur de Celui qui créa ces merveilles — et nos cœurs vibrent heureux et reconnaissants. Genève.

fiers de la réussite de notre belle course (2). le guide Maurice Fellay. au milieu d'une clairière idyllique.Parfois on entend. Crettez allume le feu. chausse ses skis et va se mettre en route. pied du col du Meitin : ion.) : 15 h. Roget nous conduit chez un de ses amis. plusieurs chamois partent sous son nez et disparaissent dans les rochers. ce défilé original. Roget tarde à venir..) Au moment où Crettez arrive sur l'arête. La glissade nous entraîne à travers PAlpe de la Lys. A 8 heures. Roget arrive à l'instant et ne peut articuler qu'un seul mot : « Stupéfiant ! » Ce mot résume bien l'impression que m'a laissée cette inoubliable journée ( 1). nous prenons en écharpe les pentes qui tombent vers la vallée . avec descente sur Lourtier ou même sur Champsec. mais sur la pente. un couloir descend en s'élargissant vers les pâturages de Séry qui étalent à nos pieds leur ondoyante blancheur. 40. et nous buvons tous à sa santé. consultée trop tard. notre guide n'hésite pas un instant sur le chemin à suivre dans ce désert inconnu. Pas de réponse. à travers des fouillis inextricables. elle devient parfaite. Nous utilisons. Quelques chalets se cachent sous la neige. A certains endroits. serait-ce la fin de cette étonnante période de beau temps ? Voici de nouveau d'immenses pentes. puis. Enfin! nous voici sortis de ce casse-cou. Mais M. Sans descendre. Sur l'autre versant du col. file toujours. des branches qui craquent et un juron qui résonne. s'engage dans une petite gorge. La Drance est franchie sur un vieux pont et. nous dirigeant vers la chaîne des Avouillons dont les becs noirs sont bientôt dressés au-dessus de nos têtes. Le Combin de Corbassière et le Grand Follat sont facilement accessibles en une petite journée (voir le Guide du skieur). Alors commence une folle glissade: légers nous fendons l'air et volons. Cette fois. Combin de Valsorey : 14 h. Il faut décrire quelques lacets à leur pied. nous retrouvons la rue pittoresque de Lourtier. Tant pis 1 Nous nous enfonçons dans cette maudite forêt. par un sentier tournant sous les mélèzes. Longtemps les lacets se déploient. M. Finalement. Ier avril. plus loin. on ne sait comment. 30!. Un léger brouillard flotte sur les montagnes de Fionnay . on suivra de préférence notre itinéraire par l'alpage de la Lys. il se contente de leur faire le poing. et nous pouvons nous y lancer. une descente directe nous conduit à l'endroit où le torrent. Au retour. seule la trace de Crettez qui file. toute éclatante de lumière. est assis à l'ombre d'un mazot : il a l'air tout étonné de nous revoir et ne peut s'empêcher de rire en apercevant mes égratignures. — A 9 heures. issu des neiges du Follat. dans le silence. vaut-il la peine d'y stationner quelques jours. nous quittons la cabane et traversons en ski le glacier. cabane Panossière : 7 h. Grand Combin (4 317 m. 2 Le Grand Combin est devenu une course à La mode étiez les skieurs. Crettez saisit sa lanterne. droit au but. volons sans que rien puisse nous arrêter. avec ses bruyantes gouttières. nous faisons la grimace : « Ça colle ! » La carte. qui épouse mollement la forme des toits. bien «rembourré» de neige. 1 Voici notre horaire (31 mars 1907) : dép. la descente est finie : voici la vallée de Bagnes. des champs verts et des petits mazots ! Les yeux fatigués se délectent dans les grisailles du printemps. la neige est très profonde. Tout à coup. 55 à n h. 15. nous montre qu'il eût été facile d'éviter ces bois et de passer plus haut. nous aussi. Lourtier. Nous sortons et crions. 45 . .et très souvent depuis lors. Panossière : 20 h. La montée à Panossière restera toujours la partie la plus pénible de la course. une fois là-haut. 3oà 15 h. 15 . Impuissant. L'ascension fut répétée quatre ou cinq fois entre 1907 et igi6. à travers les pâturages. Pas de sentier . Aussi. pris de remords. Mais M. car il a passé. nous obliquons à gauche et remontons légèrement vers le nord pour contourner les flancs de la montagne. puis monter tout droit par un couloir au col des Avouillons (2 647 m. Au delà. Dans le couloir. Crettez.descente continue. Nous sommes à Tougne : un ravissant mayen. col du Meitin : n h. jusqu'à la lisière des bois de Tougne. j'entre à Panossière. notre guide devait avoir le diable à ses trousses.

deux autres pionniers. ils rebroussèrent chemin par la vallée de Bagnes jusqu'à Martigny. col du Mont Brûlé . Alf. puis sa prolongation à Saas et jusqu'au Simplon. et la Haute Route peut y passer sans scrupules. col de Valpelline . qui devait les conduire en trois jours de Lognan à Zermatt : Première journée : col du Chardonnet .GLACIER DE RIKO ET MISCHAUKL CHAPITRE IX LES ALPES PENNINES (du Grand Saint-Bernard au Simplon)1. de ce fait. vous vous rendez à Zermatt. notre beau rêve fut réalisé. La ournée suivante se passa en flâneries autour de la cabane de Chanrion. cabane de Chanrion (2 460 m. Tous ces cols. est la seule dépression de cette High Level. ils marchent sur Arola par es cols du Mont Rouge. Ce fut une des plus belles expéditions exécutées en ski a cette époque. col de Collon (3 130 m. offrant chacune tout l'attrait de la nouveauté (2). Sans se décourager.) . Partis de la vallée de Bagnes. La variante par le col du Chardonnet (ou le col du Tour) et Orny est du reste la meilleure façon (sinon l'unique) de franchir cette partie de la chaîne du Mont Blanc. mais il n'offre pas l'intérêt d'une traversée de glaciers. Zermatt. et voici le plan que nous avions arrêté : Première journée : cabane de Valsorey (3 100 m. Depuis longtemps.). du Lôtschental à la Grimsel. Quatrième journée : col d'Hérens (3 480 m. Mais si. Seule la première partie de cette traversée fut exécutée conformément au programme. ils durent naturellement porter leurs skis. Reichert. Mais l'étape fut longue et la descente du glacier de Zmutt se fit de nuit. 1903. comme ils manquaient de provisions. glacier d'Otemma . il n'y a là qu'une cabane. enfin. de l'Ëvêque. des Planards.) . qui n'avaient sans doute pas connaissance de ce premier exploit.). Deuxième journée : col de Sonadon (3 489 m. Beaujard. toujours par les cols. ils atteignent non sans peine la cabane de Panossière.tandis que les deux alpinistes couchaient dans les misérables huttes de la Petite Chermontane. sauf le second. 1903. Helbling et le Dr F. Deuxième journée : Châble . Erste Durchquerune der Walliser Alpen (Alpina. La dernière journée de cette traversée fut consacrée au passage du col d'Hérens. p. En janvier 1908 seulement. dans la face qui regarde Chanrion. Fenêtre de Salei-naz . Orsières. ayant choisi l'itinéraire suivant.). Après une tentative pour passer le col des Maisons Blanches et gagner la cabane de Valsorey. Ils partirent de Chamonix au milieu de janvier 1903. p. Le lendemain. le versant suisse du col d'Argentière présentant une paroi de rochers où personne n'ira s'aventurer en ski. Comme on le voit. le seul endroit aussi où l'on quitte un instant les glaciers . couchent dans une grange et montent ensuite à la cabane Bertol. Un temps incertain arrêta les skieurs sur le col de l'Ëvêque et. bien des variantes de la vraie Haute Route et l'on comprend qu'une telle traversée soit faite pour tenter des skieurs. vous parcourez une route glaciaire presque ininterrompue et comparable à celle qui traverse l'Oberland bernois. Revue Alpine. Le col des Planards (2 736 m. une variante quelque peu fantaisiste les conduit au Châble par le col des Montets et la Forclaz. ces trois expéditions suivirent un itinéraire qui s'écarte plus ou moins de la classique High Level et qui évite complètement les trois premiers cols : ceux d'Argentière. En passant de Chamonix à Zermatt.F. avec Joseph Ravanel (le Rouge) et Ed. ce parcours nous avait tenté. Revue Alpine. Les alpinistes anglais du milieu du siècle passé ont. sont supérieurs à 3 ooo mètres et reliés entre eux par des glaciers. .) qui conduit du Val Ferret à Bourg Saint-Pierre est certainement favorable au ski. ils remontent alors à Evolène et gagnent Zermatt en un jour par le col d'Hérens. qui les accompagnait. Troisième journée : col de l'Ëvêque ( 3 393 m. glacier de Zmutt . Le troisième jour. Mon maître avait préparé grandement les choses et mis tous 1 2 3 4 Nous décrivons dans ce chapitre la classique Haute Route de Bourg Saint-Pierre à Zermatt. de Martigny. se mettent en route : le D r R. sur la rive droite du glacier de Corbassière. Les premiers qui se lancèrent à l'aventure étaient quatre Chamoniards : le D r Payot. de Sonadon.) . à 2 400 mètres. pour autant qu'une route puisse en avoir. départ à minuit de Chanrion. Zermatt. Un mois plus tard (en février 1903). 30 du soir par les cols de l'Ëvêque. Il existe. Roget et moi. Le premier jour. 1908. du Mont Brûlé et de Valpelline. La descente. Simond et le guide Joseph Ravanel (le Rouge). déterminé sous le nom de High Level Road un itinéraire conduisant de Chamonix à Zermatt par les cols d'Argentière. ils reviennent à Panossière et traversent alors la chaîne des Mulets de la Lia. à l'ascension de la Tête de Valpelline et à la descente sur Zermatt (3). une troisième caravane quittait Chamonix pour se rendre à Zermatt : M. comme vous le savez. Ravanel. Le lendemain. de Paris. M. Châble (dans la vallée de Bagnes). 80. mais enfin. F. En janvier 1911. arrivée à Zermatt à 6 h. des Planards et de Sonadon. vous êtes donc obligés de descendre une fois au moins dans la vallée (à Orsières) et. partant de Bourg Saint-Pierre. 2079». Chanrion. col de l'Évêque .) . Anatole Pellaud. p. montée à Chanrion. du Mont Brûlé et de Valpelline4. Joseph Couttet. Troisième journée : Chanrion . cabane de Chanrion. 269-284.) sur le Six du Meitin. le terme de Haute Route n'est plus exact. col et cabane de Bertol (3 421 m. de Seilon et de Riedmatten. fut très laborieuse . du reste. La Haute Route se trouvait ainsi scindée en trois traversées partielles. perdit même les siens et redescendit par la vallée de Bagnes.

On arrive ainsi sans trop de peine sur ce glacier. ce n'est pas la première. I. Ce fut une erreur. dont il a pourtant reconnu les avantages. En tout cas. puis de prendre la pente en écharpe (danger d'avalanche) pour arriver au plateau du Couloir. Avant de quitter la vallée d'Entremont. nous sommes perchés sur le bord de la formidable paroi qui domine le glacier de Sonadon. Enfin. Ces messieurs de la Chaux-de-Fonds ( 2) ont-ils jeté un sort au rocher du Meitin. mon ami. Laynuit est venue. projette une lumière suffisante pour que nous ne perdions pas la piste qui s'élève en lacets. et ce ne sera pas la dernière fois. 2 . vis-àvis. À. dont la ligne fortifiée de façon ininterrompue relie du sud au nord les Aiguilles Vertes au Combin de Valsorey. « Cette fois. Si la neige est bonne. j'ai supprimé intentionnellement notre itinéraire. nous diviser en deux caravanes suffisamment fortes et indépendantes. et même dans les deux directions. méfiez-vous des contrefaçons ! 10 janvier. devant l'hôtel du Déjeuner de Napoléon. mieux appropriées au travail d'un guide. qui peut être très dangereux. Il était tombé 15 centimètres de neige. après un léger repas. A 10 heures. on a le beau temps : c'est sûr ! affirme Crettez. — Vers midi. — « II neige ». ce fin compagnon qui devait seconder notre chef. objets autrefois méprises. mais il est reconnu que ce chemin est exposé aux chutes de pierres et toutes les caravanes montent maintenant au plateau du Couloir pour redescendre ensuite sur le glacier de Sonadon et gagner le col du même nom. il est préférable de s'élever tout d'abord dans la direction du col du Meitin. puis aux Grands Plans. cherchant à nous persuader que c'est bien ici que l'on passe. nous quittons la cabane par un ciel sans nuage. un soleil ardent. et. le guide Murisier. furieux. fait aussi renaître dans nos cœurs l'espoir un moment abandonné. la bise triomphe du vent et. ou bien serait-ce moi qui lui porte guigne chaque fois que j'y viens ? Pour tuer le temps. S. Je remarque avec plaisir et non sans amusement que chaque guide a enfin troqué son gros bâton d'antan contre deux légères cannes — voire même des bambous — et qu'il possède dans son équipement des peaux de phoque. Le thermomètre marque 18° au-dessous de zéro et descend encore. nous transformons la petite cabane en observatoire météorologique —avec un plein succès. poudreuse. du reste — ce qui n'est pas toujours le cas pour les établissements de ce genre. Les anciennes éditions de l'Atlas Siegfried indiquent un tracé passant derrière l'Aiguille du Déjeuner (3 009 m.). légère. la lune surgit derrière une arête déchiquetée. car Pollux se trouve chargé d'un gros sac qui lui enlève toute idée de faire de la vitesse. la piste suit le même tracé qu'en été. Le rendez-vous était à Bourg-Saint-Pierre 9 janvier1. Le gros de la troupe nous précède de quelques heures et. a crié notre chef. Je pensais que nous allions prendre cette route nous aussi. Du renfort était venu de Zinal. Lançons est beaucoup dire. les bottines de Pollux me rendent rêveur ! En voulant se mettre à la mode. — Pollux. mais les professionnels de la caravane lui préférèrent l'ancien passage. ce monsieur s'est acheté. Avec nos skis. durant toute la course. 11 janvier. le col de Sonadon ne sera jamais une route parfaite pour skieurs. Le passage de Bourg Saint-Pierre à Chanrion par le col de Sonadon présente un obstacle qui aura sans doute découragé les précédents skieurs de la Haute Route et les aura engagés à tourner cette chaîne plutôt que de la franchir : c'est le rempart que constituent l'épaule du Combin et la chute du glacier de Sonadon.les atouts dans son jeu.). superbe gaillard de vingt-quatre ans. mais alors. qui nous avait conduits en mars 1907 à l'Aiguille du Chardonnet et au Grand Combin. tout le monde est réuni sous le toit hospitalier de la cabane et nous passons une charmante soirée à faire plus ample connaissance. on peut alors descendre en ski sur le glacier de Sonadon et gagner de là le col du même nom. fut nommé chef de l'expédition. parce qu'il nous fallait emporter des vivres pour une semaine et pouvoir. et un sien cousin : Léonce Murisier. la situation est plutôt ridicule. et il s'agit d'en sortir vivement. La cabane de Valsorey fut construite par la section de la Chaux-de-Fonds du C. d'où l'on aperçoit la cabane sur le Six du Meitin. au lieu de grimper dans une cheminée que domine une croix. et je tiens à le dire tout de suite. Tant d'hommes. fondant la glace des fenêtres. et il prit sous ses ordres son frère Jules. Par contre. de légers laupars qui pourraient bien lui jouer un mauvais tour et auxquels je préférerais beaucoup de fortes bottines à semelle ferrée.de Praz-de-Fort. Au crépuscule. éclairant les neiges du Velan qui trône là. j'arrive au Bourg et trouve. Chacun enlève ses planches et chausse ses crampons r puis 1 Je transcris ici mon journal de 1911. dans son premier quartier. vol. Une journée de mauvais temps à Valsorey : il n'y a pas là de quoi s'étonner. surnommé Pollux lorsqu'il voyage avec son ami Castor. et nous sommes restés enfouis sous nos couvertures. en la sympathique personne de Louis Theytaz. comme si nous étions montés ici tout exprès pour l'admirer. un yodel troue le silence : c'est la voix de Maurice Crettez dont la silhouette se dresse tout au haut du rocher. Après une magnifique tempête. Un peu avant huit heures. C'est néanmoins le seul passage entre Bourg Saint-Pierre et Chanrion qui puisse être recommandé en ski. Un bon point à ces messieurs. nous pourrons apprécier son moelleux tapis sans regretter cette journée d'inaction. excellent skieur. sur les deux heures. le cas échéant. nous recevons en plein visage quelques bouffées d'un vent chaud et caractéristique qui jette dès le début un doute dans notre âme. — A 9 heures. Maurice Crettez. mais la lune. dans le premier bazar venu. nous nous lançons à sa poursuite. Jusqu'au chalet d'Amont (2 191 m. Bien qu'il ait été traversé fréquemment par la suite. après avoir traversé le petit glacier du Meitin. Elle fut détruite par un incendie en 1924 3 Dans le Guide du skieur pour les Alpes vétaisannes. dans l'intérêt de ceux qui tenteraient après nous ce passage3. elle file au sud et s'engage dans la gorge même par où s'échappe l'eau du glacier de Valsorey.

les deux Crettez encordés partent en éclaireurs.
Bientôt des appels nous engagent à les suivre, et, grâce à une neige excellente, le chemin se trouve être —
comme souvent — beaucoup moins mauvais qu'il n'en avait l'air.
Nous longeons une sorte de vire où le vent a accumulé la neige sous un angle de 45°, de façon à la dissimuler
presque entièrement. Il faut toute l'expérience de notre chef pour se frayer un chemin sur une base si étroite.
Lorsque nous arrivons à la brèche minuscule séparant l'Aiguille du Déjeuner de la paroi de Sonadon, les
Crettez sont déjà sur le glacier et, dans leur piste, nous rechaussons nos skis, tout contents de ne les porter sur le dos.
Vers 3 heures de l'après-midi, nous étions couchés en plein soleil sur le col de Sonadon (3 489 m.) ; il n'était
plus question de cette vilaine paroi, et je n'eus pas même le courage de montrer aux guides les pentes faciles descendant
du plateau du Couloir.
Une heure plus tard, nous voici lancés en pleine glissade sur le glacier du Mont Durand, admirant le coucher
du soleil sur les montagnes de Chanrion. Sans descendre trop bas, nous franchissons l'arête nord-est du Mont Avril et
repartons à toute allure dans la combe du glacier de Fenêtre, décrivant un immense circuit pour aboutir vers la langue
du glacier d'Otemma.
Au clair de lune nous remontons vers Chanrion et, à 6 heures, lorsque nous y arrivons, les guides ont déjà
déblayé la neige devant la porte et allumé le feu dans la cabane. M. Roget fait les honneurs, au nom de la section
genevoise : voici cinq cuillères, cinq fourchettes, cinq couteaux, cinq tasses et cinq assiettes ; des couvertures, une pour
chacun et la septième pour la communauté ; de la paille, du bois et un poêle : n'est-ce pas charmant dans sa simplicité ?
Et cela, grâce aux contrebandiers qui profitent volontiers du nécessaire, mais emportent le superflu.
Ce soir, les pronostics du temps sont mauvais : malgré un ciel parfaitement pur, le baromètre a baissé, un halo
entoure la lune et le froid est à peine sensible. Excellente nuit.
12 janvier. — Ciel gris. La nature paraît infiniment triste sous ce voile terne qui efface le contour des neiges et
rend tout uniforme. Tant pis! nous nous sentons forts, et, sans hésiter, nous poursuivons notre course selon le
programme. Départ à 8 h. 30.
Des amas considérables de neige ont réussi à boucher les immenses crevasses ouvertes en été au confluent des
glaciers d'Otemma et de Crête-Sèche, et nous passons là sans entrevoir le moindre trou. La grande avenue du glacier
s'étend bientôt devant nous à perte de vue. J'avais rêvé de m'y promener les mains dans les poches au bon soleil de
l'hiver, mais le soleil, ce génie bienfaisant, est retranché derrière des nuées grises qui avancent lentement, venant de
l'Italie. Or, en l'absence du soleil, le skieur est triste.
Mais aussi, quelle joie, quels cris de joie, lorsque, arrivée au bout de la route blanche, notre petite troupe
aperçoit, au-dessus d'elle, les nues se déchirer et l'astre bienfaisant reparaître, versant généreusement sur tous la lumière
et la chaleur, la gaîté et la bonne humeur.
Youhée ! Voici notre premier col atteint. C'est celui qui s'ouvre à 3 300 mètres, entre le Petit Mont Collon et la
Becca d'Oren (1). Des pentes douces conduisent de là au col de l'Evêque (3 393 m.), que nous atteignons à 2 h. 30. Du
côté de l'Italie, le ciel est encore bien noir, mais, au nord, les montagnes dégagées brillent dans un bleu légèrement
panaché. Jusqu'au col de Collon, vers lequel nous descendons, la neige est dure, mais, sitôt après, sur le versant nord,
elle retrouve tous ses charmes (2).
Les Crettez sont déjà hors de vue, préparant le chemin,et nous nous amusons à décrire de longues serpentines
sur le glacier d'Arola, jusqu'au moment où l'on s'engage (vers la courbe de niveau 2670) sur les pentes rapides qui
environnent le plan de Bertol. Le jeune Crettez n'a pas daigné quitter ses planche s pour traverser cettevilaine côte, et il
semble avoir pleine confiance dans la stabilité des neiges qu'il prend en écharpe si témérairement. Lorsque nous
arrivons enfin au pied du glacier de Bertol, notre gaillard a déjà filé plus loin, ouvrant une piste profonde qui zigzague
dans la direction de la cabane.
— Il est allé faire le thé, nous dit Maurice, tout fier de cette jeune ardeur.
La lune nous est fidèle : ce soir encore, elle éclaire notre tranquille montée au refuge. Dans le haut du glacier,
la pente s'accentue, mais la neige reste parfaite et, vers 7 heures, nous arrivons en débandade au pied du rocher de
Bertol. Les skis sont déposés dans une niche pour la nuit, et l'on se met en devoir d'escalader les échelons du perchoir
sur lequel les Neuchâtelois ont juché leur cabane. Les cordes fixes sont fortement glacées, en partie enfouies sous la
neige. La porte du refuge étant bloquée, nous pénétrons dans la cuisine par l'une des fenêtres.
A moi de faire les honneurs, ce soir ; je suis heureux de pouvoir offrir à mes compagnons un toit si hospitalier : du bois
bien débité qui flambe à merveille ; un bon fourneau qui chauffe en peu de temps la petite pièce où nous nous sentons
1

Le point 3 300 s'appelle aujourd'hui col du Petit Mont Collon. On ne le franchit pas à sa plus basse dépression, mais légèrement plus au sud. Il est
beaucoup plus direct que 1« col de Chermontane, qui oblige à décrire un grand circuit autour du Petit Mont Collon, et qui n est presque jamais utilisé
lorsque l'on suit la véritable Haute Route. On le traverse pour passer ensuite celui des Vignettes et se rendre à Arola. Sur le col des Vignettes se dresse
maintenant un nouveau refuge, construit en 1923 par l'alpiniste bien connu A. Stuart-Jenkins. Outre son utilité évidente pour les ascensions du Pigne
d'Arola, du Mont Collon et de l'Evêque, il pourra servir éventuellement à scinder le trajet Chanrion-Bertol ou Chanrion-Zermatt en deux étapes.
2
Entre le col de l'Evêque et le col de Collon, il existe de grosses crevasses presque toujours ouvertes. En 1911, je ne me rappelle pas les avoir vues,
mais elles sont rarement bouchées, et l'on fera bien alors de passer au pied même de l'Evêque, où la neige s'accumule volontiers. Au col de Collon,
nous laissions donc à main droite l'itinéraire conduisant directement à Zermatt par le col nord du Mont Brûlé et le col de Valpelline. On trouvera au
dernier chapitre une courte mention sur la traversée de ces deux cols, avec ascension de la Dent d'Hérens.

vite à l'aise ; des matelas, des couvertures à profusion et une batterie de cuisine : « Voyez un peu, Monsieur Roget !
après Chanrion, c'est le paradis ! »
Durant la soirée, je gratte de l'ongle le givre d'une certaine fenêtre qui donne vers la Dent Blanche : son échine
se dresse colossale dans la lumière blonde de la lune.
On en parle ce soir. Il est question de lui rendre visite, puisqu'elle se trouve si naturellement sur notre route.
Pourquoi pas ? Après une série de beaux jours, l'arête sud de la Dent Blanche ne présente pas plus de difficultés qu'en
été. Bien au contraire : tandis que les roches se sèchent au soleil, les couloirs et les corniches, balayés par le vent, sont
tapissés d'une bonne croûte neigeuse qui épargnera au piolet beaucoup de travail. L'expérience l'a prouvé. La neige
tombée il y a trois jours, légère, poudreuse, tourbillonnante, ne s'attache pas sur une arête comme celle-là et, d'ailleurs,
si le soleil n'a pas su la faire disparaître, nous irons, nous, la balayer de nos mains.
Vendredi 13 janvier. — A 5 heures, des brouillards traînent sur les glaciers qui nous séparent de la dent ; la lune
joue à cache-cache avec de vilains nuages ; bref, le temps est très incertain, mais nous descendons néanmoins de notre
perchoir avec tout notre bagage ; nous chaussons nos skis et partons dans la direction dm col d'Hérens. Deux longues
heures nous en séparent et, si le temps s'améliore, nous tenterons le coup; sinon, nous filerons sur Zermatt.
Lentement, le jour est venu, et nous sommes maintenant sur le glacier de Ferpècle. « La Dent Blanche fume sa pipe du
bon côté », s'écrie Theytaz, et Maurice, impatient, roule de gros yeux. De fait, le vent a changé de direction. Les nuages
ont pris meilleure tournure et la teinte du ciel n'est plus si crue.
Allons-y !
Et, d'un commun accord, notre petite troupe dépose au pied du col d'Hérens le gros des bagages, ne conservant
qu'un seul sac, trois piolets, des crampons et deux cordes. Ainsi allégés, et toujours en ski, nous filons contre la bise,
longeant le pied tle la grande arête méridionale, pour gagner une petite terrasse située au-dessus du Roc Noir.
A leur grand étonnement, les skis sont plantés profondément dans la neige, et nous continuons sans eux notre
balade. Dans les premiers rochers nous faisons halte, pour nous sustenter un peu (il est 9 h 15), sangler nos crampons et
nous encorder en deux caravanes qui partent bientôt dans l'ordre suivant : les deux Crettez et moi, puis Theytaz, M.
Roget et Pollux en queue, portant le sac de la troupe.
Maurice, dans son optimisme, a parié une bouteille contre Theytaz que le sommet serait atteint avant midi.
L'un et l'autre connaissent la Dent Blanche pour l'avoir gravie souvent, mais Theytaz est plus réfléchi dans son
jugement, et il n'a sans doute pas tort.
C'est au pas de course que les Crettez me font gagner l'arête méridionale, et nous arrivons ainsi au point 3729.
La vue est un prétexte pour reprendre son souffle, mais Maurice, qui pense à sa gageure, et la bise, qui a pris le dessus,
nous pressent de partir.
Près du point 3 912, nous sommes encore une fois réunis pour le lunch ; de brillants glaciers s'étalent tout
alentour, et les ombres effilées du matin s'enfoncent dans la neige comme des lames bleues.
Jusqu'au premier grand gendarme, l'arête ondulée est facile, la promenade agréable, avec de beaux coups d'œil
sur l'Obergabelhorn ou le Cervin, encadrés par des corniches frangées de glace. Vient ensuite l'endroit réputé par ses
plaques : elles sont aujourd'hui plâtrées d'une neige excellente, où nous taillons quelques marches ; puis il suffit de
piquer la pointe des souliers pour avancer rapidement. L'arête est regagnée immédiatement au-dessus du grand
gendarme. Crettez a perdu sa bouteille, car il est passé midi, mais, sûr de vaincre maintenant, il s'écrie, joyeux : « Cette
fois, elle est à nous, la Dame Blanche ! »
Sur les rochers de l'arête, nous trouvons un semblant de neige fraîche, très sèche et qu'il est facile d'écarter
pour se cramponner solidement dans les prises. La varappe est intéressante et le temps passe extraordinairement vite.
Theytaz insiste à plusieurs reprises pour passer le premier, mais Crettez n'en veut rien entendre et repart à l'assaut. Enfin
le rocher cesse, la crête devient blanche et se termine par un dernier petit cône de neige que nous abattons d'un coup de
piolet. Il est 3 h. 30. La vue est voilée par un brouillard passager, et il fait trop froid pour s'attarder longtemps. Aussi
nous redescendons à grands pas et rencontrons bientôt la seconde caravane.
Tandis que celle-ci gagne le sommet, nous nous engageons dans la face occidentale de la montagne, celle qui
regarde Bertol et qui semble être aujourd'hui tout en neige. Malgré la raideur effrayante de la pente, nous avançons
sûrement, grâce aux crampons, et nous gagnons ainsi beaucoup de chemin jusqu'au moment où Crettez découvre de la
glace. Alors, de rage, il brandit son piolet et en frappe la pente glacée. Il nous faut regagner l'arête vite en taillant.
Lorsque nous l'atteignons, la nuit est presque venue, mais, à travers les brumes de ce crépuscule d'hiver, les
rayons de la lune fusent doucement et favorisent notre marche dans les traces du matin. Dans cette lumière fantasque,
les glaçons qui frangent l'arête semblent être autant de piliers d'albâtre, courbés et tordus. C'est un conte des Mille et
une Nuits. De temps en temps, une corniche s'effondre dans l'abîme : un sourd craquement, puis une fumée blanche
sortant du gouffre et submergeant l'arête sous le souffle de la bise.
Il est 8 h. 30 lorsque nous reprenons nos skis. Nous avions pensé nous rendre le même soir à la cabane
Schônbûhl, mais, par cette lune voilée, la glissade manquerait de charmes, et nous préférons attendre à demain pour en
bien profiter. Au col d'Hérens, nous retrouvons nos sacs et, en dépit de la nuit glacée, nous faisons au clair de lune un
souper réconfortant. Les oranges sont dures comme des boules de croquet et l'on peut les entailler sans faire perler une
seule goutte de leur sang.
Vers 10 heures, nous reprenons notre trace à travers le glacier de Ferpècle, mais je ne dirai pas de quelle allure

somnolente six fantômes rentrèrent à Bertol cette nuit-là (1).
14 janvier. — Au heures seulement, après une longue et paresseuse matinée, nous commençons joyeusement
notre dernière journée. Pour le coup, le soleil est de la fête, et ce fut, grâce à lui, grâce à la neige excellente, une
délicieuse promenade. Au col d'Hérens, un dernier signe d'adieu à la Dame Blanche, puis nous franchissons à pied la
rimaye pour rechausser nos skis sitôt après et nous laisser emporter par eux vers Zermatt.
Ce ne fut qu'un charme et déjà nous étions dans l'ombre du Cervin, sur le glacier de Z'mutt. Là où l'on trébuche
sur les pierres en été, nous glissions tout droit, une féerie devant les yeux : dominant les profondeurs bleues de la vallée,
le Rimpnschhorn, le Strahlhorn et les modelés du glacier de Findelen baignaient dans les ondes mauves du crépuscule.
Tandis que nos regards s'attardaient sur ces grandioses montagnes, nos skis nous emportaient, trop vite cette fois-ci,
entre les aroles de Staffelalp, glissade enivrante qui ne devait s'arrêter qu'à Zermatt. Zermatt déjà !
La première personne que je rencontre depuis six jours est une paysanne, semblable à Perrette portant le pot au
lait. En voulant l'éviter, c'est moi qui fais la culbute et la pointe de mon ski vole sur le dernier caillou du chemin...
Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la traversée de Bourg Saint-Pierre à Zermatt fut répétée par le D r
Krenig, de Genève, avec les deux Crettez. Au lieu de s'attaquer à la Dent Blanche, il préféra gravir le Grand Combin en
passant de Valsorey à Chanrion et en quittant ses skis au plateau du Couloir. Le temps était alors au beau fixe (une série
étonnante qui dura jusqu'à la fin de février), mais la neige, déjà croûtée, rendait les glissades désagréables.
A Zermatt, le Dr Kœnig rencontra le capitaine Meade, de l'Alpine Club, qui venait de faire une tentative
infructueuse au Rothorn, mais qui se rattrapa quelques jours plus tard au Cervin. Le jour même où le capitaine Meade
escaladait le Cervin, le guide Louis Theytaz, qui nous avait accompagnés à la Dent Blanche, périssait dans une crevasse
en descendant du Pigne d'Arola en compagnie de ses frères et de trois skieurs anglais. Il était encordé, mais la corde (la
même qu'il avait à la Dent Blanche) était usée et se rompit sous son poids ou sous la traction des skieurs le précédaient.
Ses compagnons ne réussirent pas à le retirer, et, le lendemain, la caravane de secours constata que la crevasse
dans laquelle il était tombé mesurait plus de 50 mètres de profondeur. La mort avait dû être instantanée.
En arrivant à Zermatt, nous aurions volontiers prolongé notre randonnée jusqu'à Saas, à travers la chaîne des
Mischabel, et même jusqu'au Simplon. Malheureusement, nos vacances étaient finies et il était temps de rentrer. L'année
suivante, en compagnie de deux amis et collègues du Club Alpin Académique de Zurich, je pus consacrer «ne dizaine
de jours à l'exploration du massif compris entre les vallées de Saas et de Saint-Nicolas 2.
Partant de Saint-Nicolas (en mars 1912), nous remen tâmes tout le glacier de Ried pour franchir le Windjoch (3
848 m.) et descendre à la cabane des Mischabel. La neige était si dure dans les régions supérieures que nous
abandonnâmes nos skis au pied du col. Nous comptions ks reprendre le lendemain, après l'ascension du Nadelhorn (4
334 m.) ; malheureusement, ce jour-là, il soufflait un vent furieux et, comme j'avais déjà une fois &é enneigé dans cette
cabane, j'entraînai me? compagnons à Saas-Fee. Nous y descendîmes à pied en moins de deux heures. Ce fut une
retraite inutile, car le temps resta clair et le vent (une sorte de fœhn sec) ne provoqua aucune précipitation. J'ai toujours
regretté d'avoir manqué cette ascension au Nadelhorn, qui n'avait pas encore été gravi en hiver.
De Saas, nous revînmes à Saint-Nicolas en traversant le Gemshorn et l'Ulrichshorn (3 929 m.), rechaussant nos
skis au pied du Windjoch. A cette occasion, nous constatons que la région de Saas et surtout celle de Saint-Nicolas est
une des plus sèches de tout le Valais. Certaines parties du Riedgletscher étaient dénudées comme en automne.
En quête de neige, nous pénétrâmes plus avant dans le massif pennin, remontant la vallée jusqu'à Tâsch, pour
gagner ensuite la Tàschalp, où nous pûmes nous installer dans une hutte assez confortable. Le lendemain, nous
réussîmes l'ascension du Rimpfischhorn (4 203 m.) dans des conditions excellentes et sans la moindre difficulté (en
suivant toute l'arête ouest). Le jour suivant, nous comptions gravir l'Alphubel (4 207 m.), mais le temps se gâta et nous
allâmes passer une journée à Zermatt pour revenir ensuite à notre hutte de la Tàschalp. Depuis ce jour, je poursuivis ma
campagne seul avec le Dr Odermatt. Une bise formidable nous empêcha de monter à l'Alphubel, mais nous traversâmes
le col du même nom pour arriver à Fée, course que je ne puis décidément pas recommander à deux skieurs seuls, à
cause des énormes crevasses du glacier de Fée.
Poursuivant notre randonnée, nous allâmes ensuite coucher à Mattmark, dont l'hôtel est ouvert, mais
complètement vide en hiver (à cause des contrebandiers). Nous y passâmes une soirée atroce à vouloir obstinément
chauffer un immense poêle en pierre olaire, qui ne fut chaud que le lendemain, au moment de partir pour le
Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Ce fut encore une longue journée sur les glaciers et une grande imprudence pour
une caravane de deux.
A Zermatt, nous rejoignîmes deux amis avec lesquels nous réussîmes, le jour de Pâques, l'ascension du Mont
Rosé (4 638 m.). Puis le temps se gâta, et notre campagne se termina avec nos vacances.
En mars 1915, je pus compléter l'exploration du massif de Saas par un séjour à la cabane Britannia, qui est
décrit au chapitre XL
Celui qui, de Zermatt, veut se rendre à Saas a plusieurs cols à son choix. Je les ai tous traversés à différentes
époques. Autrefois, le Schwarzberg-Weissthor était le plus fréquenté de tous. En mars 1912, huit heures nous suffirent
1

Ce fut la première ascension hivernale de la Dent Blanche (4364 m.). Elle ne semble pas avoir été refaite jusqu'à présent. Voici notre horaire :
départ Bertol : 6 heures ; çied ouest du point 3714; 9h.15 a 9.45 ; arête sud : 10 h. 10 à ii heures ; point 3912 : 11.25; arête sud, au-dessus du grand
gendarme : 13 heures ; sommet : 15 h. 30.
2
Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. VIII 1912, p. 41-55).

pour nous rendre de Mattmark à Findelen. Mais, depuis la construction de la cabane Britannia, l'Adlerpass (3 798 m.)
est presque exclusivement utilisé en hiver, bien qu'il soit de 200 mètres environ plus élevé que le SchwarzbergWeissthor. Celui-ci a l'inconvénient d'être plus éloigné et moins intéressant que son voisin. Dans les deux cas, on est
obligé de coucher au-dessus de Zermatt, soit à Z'Fluh, soit au Grûnsee ; mais, si vous passez l'Adlerpass, vous pouvez
vous arrêter à la cabane Britannia, et c'est là un gros avantage.
Vous pouvez aussi descendre à Tàsch et coucher à la Tàschalp pour franchir l'Alphubeljoch qui conduit
directement à Fée. Mais l'Adlerpass est certainement préférable. Malheureusement, les hôtels de ZTluh et du Grûnsee
sont chers, et c'est pourquoi je voudrais recommander aux skieurs une autre route, plus longue, mais plus belle encore.
Premier jour : cabane Bétemps. Deuxième jour : Stockhornpass (3 415 m.), Adlerpass (3 798 m.), Britannia
(éventuellement ascension du Strahlhorn en passant). Troisième jour : Saas-Fec (éventuellement Saas-Balen, si l'on
veut gagner le Simplon le lendemain).
En venant de Bertol par le col d'Hérens ou de Chanrion par le col de Valpelline, vous pouvezvous arrêter a la
cabane Schônbuhl. Lendemain, au lieu de descendre à Zermatt, gagnez directement la cabane Gandegg par la Staffelalp.
Mais il vous faudra deux porteurs pour quérir la clef de cette cabane, qui est fermée, et pour y monter des provisions.
De la Gandegg (3 031 m.), vous pouvez alors gravir le Breithorn (4 171 m.) durant la matinée et vous rendre le
même jour à la cabane Bétemps par les glaciers de Théo-dule et du Gorner. Mais, en admettant que vous veniez de
Bourg Saint-Pierre par la Haute Route, vous préférerez vous arrêter un jour à Zermatt. C'est pourquoi la meilleure façon
de prolonger la Haute Route jusqu'à Saas est de passer par les cabanes Bétemps et Britannia.
La route conduisant de Saas à Zermatt par l'Adlerpass, le Stockhornpass et le glacier de Gorner est décrite en
deux étapes aux chapitres XI et XIII. En sens inverse, il suffira de quitter Zermatt de jour pour arriver à Bétemps dans
l'après-midi, en remontant le Gorner dans toute sa longueur (1).
Le lendemain, il faudra descendre tout d'abord au lac du Gorner pour remonter ensuite à pied la moraine
latérale gauche du glacier — à moins que Tétât de la neige permette une traversée directe de la cabane au glacier, ce qui
peut être examiné la veille, en montant à la cabane. Une fois sur les névés supérieurs du Gorner, d'immenses champs de
neige s'étendent devant vous. Vous gagnez la plus basse dépression à l'est du Stockhorn (Stock bornpass, 3 415 m.), puis
vous descendez sur le grand gkcier de Findelen que vous traversez perpendiculairement (attention aux crevasses, dont
vous suivez la direction générale!). Une forte pente, à l'est du Strahlknubel, vous conduit à l'Adlergletscher et de là à
l'Adlerpass. Ensuite, il ne reste plus qu'à vous laisser glisser jusqu'au pied de la cabane Britannia.
De même que l'on a gravi le Grand Combin et la Dent Blanche en marge de la Haute Route, de même vous pouvez
consacrer une journée à l'ascension du Mont Rosé au départ de la cabane Bétemps, du Rimpfischhorn ou de
l'Allalinhorn depuis la cabane Britannia. Ces combinaisons d'itinéraires sont innombrables (2).
S'il est préférable de suivre la Haute Route dans le sens de Bourg Saint-Pierre à Zermatt (ceci pour profiter des
belles descentes du col de Sonadon et d'Hérens), il est, par contre, indifférent de passer de Zermatt à Saas ou vice versa.
Si vous vous arrêtez à Zermatt, il vous reste 36 kilomètres de route avant d'atteindre la gare de Viège, et c'est toujours
un parcours fort ennuyeux. Par contre, la vallée de Saint-Nicolas présente des avantages que vous n'aurez plus dans
celle de Saas. De Zermatt à Saint-Nicolas, vous pouvez descendre en traîneau assez rapidement. De là à Stalden, on
peut facilement suivre à pied la voie ferrée. De Saas à Stalden, il faut quatre heures de marche, mais il est impossible de
fréter un traîneau.
Arrivé à Saas, il ne reste plus qu'une étape pour compléter la Haute Route du Grand Saint-Bernard au
Simplon : c'est la traversée de la puissante chaîne du Fletschhornau Weissmies. Ici, le choix n'est pas embarrassant. Il
n'y a qu'un seul itinéraire recommandable : celui qui quitte le thalweg à Balen et conduit à la route du Simplon par le
Simelipass (3028 m.) et le Sirwolteapass (2 664 m.)
Selon l'horaire de la poste et l'heure à laquelle vous rejoindrez cette route, vous jugerez s'il est préférable de
descendre sur Iselle ou sur Brigue. S'il est trop tard pour prendre la poste, vous pouvez encore louer un traîneau à
Simplon-village ou passer la nuit à l'hospice.
J'ai fait cette traversée du Simplon à Saas en mars 1915, en compagnie de mon ami de Choudens, de Genève,
et nous avons trouvé que c'était un des itinéraires les plus agréables pour se rendre à Saas. La traversée de l'hospice à
Balen se fit en neuf heures (haltes comprises). Celle en sens inverse est tout aussi belle et n'exige pas plus de temps.
L'orientation des. pentes est même plus avantageuse. Un seul endroit peut être dangereux : c'est la pente située au nord
des lacs de Sirwolten, pente indiquée sur la carte comme paroi rocheuse. Je n'ai jamais passé par cet endroit en été,
mais, en mars, on ne voyait pas le moindre rocher. Le dessin de la carte est certainement exagéré. Pour se rendre
directement à Simplon-village, il y aurait sans doute avantage à quitter notre itinéraire aux lacs de Sirwolten et à passer
immédiatement au sud du point 2619 (Weissboden). C'est une contre-pente d'une centaine de mètres à laquelle succède
une belle glissade par Galen et la Rossbodenalp. On évite ainsi le seul endroit dangereux de toute cette traversée.
CHAPITRE X
LE CIRCUIT DE LA BERNINA
1

A partir du 11 juin, on peut monter par le chemin de fer du Gor-Bergrat jusqu au RothenBoden et gagner de là le Gorner où l'on chausse ses skis à 2
600 mètres.
2
Tous ces itinéraires sont décrits dans le Wallistrskifuhrer II. et tracés sur la carte qui lui est annexée.

(29 décembre 1910)
C'était l'heureux temps où nous pouvions quitter le Poly vers la mi-décembre pour n'y rentrer qu'à la mijanvier. Ah ! les bons souvenirs de jeunesse, sans peine et sans souci ! Quatre semaines de vacances dans les neiges,
sous le ciel bleu, au grand soleil ! Et quelles vacances excentriques : commencer à Davos pour finir à Zermatt !
Je ne raconterai pas comment, mon ami Stàubli et moi, nous étions arrivés à Pontresina, négligeant le chemin
de fer et traversant par trois fois le massif de la Silvretta ; notre joyeuse partie de ski-kjôring en remontant l'Enga-dine
au grand trot ; nos folles escapades au Piz Muraigl, au Languard au Gluschaint. Il y eut bien quelques tempêtes, une
marche forcée dans le brouillard, en pleine nuit ; mais le mirage des neiges lumineuses, des séracs étincelants, des
brumes échevelées, la féerie des crépuscules, la mélancolie des sombres forêts... tout cela ne s'oublie pas.
Un souvenir pourtant dominera toujours l'ensemble, brillant comme une gemme plus éblouissante que d'autres
dans un collier de diamants : cette divine randonnée sur les glaciers, tout autour de la Bernina.
A cette époque, Pontresina n'était pas encore devenu la station hivernale à la mode, et Sir Henry Lunn désirait
précisément savoir s'il valait la peine de la lancer. Notre séjour là-haut ne fut pas inutile, puisque ses hôtels ouvrent
désormais leurs portes en hiver comme en été et que Stàubli est devenu un célèbre géologue. Comme il me l'avoua plus
tard, nos courses dans le massif de la Bernina avaient attiré son attention sur ces montagnes et éveillé en lui le désir de
les étudier. Tous ceux qui s'intéressent à la géologie connaissent maintenant les savants travaux du D T R. Staub sur la
tectonique des Alpes en général, et de la Bernina en particulier.
Schucan, digne successeur de Marcus Paltram sur le trône de la Bernina, nous avait chanté les merveilles de
son royaume. Là-haut, derrière les crêtes de Scerscen, se dressait un refuge adossé aux rochers du versant italien : la
cabane Marinelli, située au carrefour d'immenses glaciers. Quelques rares skieurs s'étaient aventurés jusque-là, venant
de l'Italie par des vallées profondes et dangereuses, ou par la Fuorcla Sella. Mais personne n'avait encore tenté le tour de
cet Eden, en montant par le glacier de Palû et en descendant par celui de Sella. Depuis le jour où, sous la conduite de
Schucan, nous entrevîmes ces merveilles, ce fut pour Stàubli et moi un rêve... un rêve qui devait se réaliser.
Nous ne réussîmes pas du premier coup. A Pontresina, un seul guide consentait à nous accompagner : Casper Grass, qui
n'était guère plus âgé que nous et qui passait alors pour le meilleur skieur de la contrée. Mais, ce jour-là, la tempête
nous arrêta au pied du glacier de Palû, et nous dûmes battre en retraite précipitamment. Au retour, sur l'alpe Grûm, nous
rencontrâmes le vieux Martin Schocher (roi des guides et parfois guide des rois), venu là tout exprès avec son télescope
pour observer notre montée sur le glacier de Paiû.
Dans la tempête qui faisait rage, il était superbe à voir, sa longue barbe flottant au vent, son grand feutre
enfoncé jusqu'aux yeux et son costume de loden aussi blanc que la neige qui nous cinglait de ses flocons. Il avait, ma
foi, fort bien choisi son poste d'observation, sur ce Prato del Vento, et celui-ci n'avait pas volé son nom ! Là vis-à-vis, au
delà d'un vide immense, le glacier de Palû s'effondrait en cascades, comme un Niagara figé dans sa chute. Nous nous
étions retournés pour l'examiner une fois de plus et, comme nous interrogions Schocher pour savoir ce qu'il en pensait,
il se contenta de hocher k tête d'un air embarrassé, qui trahissait bien ses doutes.
L'année touchait à sa fin, et notre départ était imminent. Il nous restait deux jours encore. Le 28, vers midi, les
brumes se dissipèrent lentement sous le souffle de la bise, découvrant les forêts saupoudrées et les cimes toutes
blanches. C'était notre dernière chance. Après une courte discussion, nous nous décidâmes à la tenter et, une demi-heure
plus tard, le train nous emportait vers le col de la Bernina.
Grûtzi Herr Staub ! Grûtzi Herr Kurz ! c'était la voix sympathique de la jeune fille de l'hospice, qui semblait
tout heureuse de nous revoir dans la solitude de ces neiges. Voici la Wohnstube où nous avions passé la «oirée de Noël
avec Casper Grass et où le patron réunit volontiers ses hôtes durant les longues veillées d'hiver. Ce soir-là, pas une
étoile ne brillait au ciel ; le vent hurlait en secouant les volets, et nous regrettions la brillante fête du Kronenhof. Pour
couvrir les rugissements de la tempête, nous avions déclenché le phonographe, mais il ne parvenait pas à dissiper notre
mélancolie.
Cette fois-ci, Grass n'était pas avec nous. Malgré son grand désir de nous accompagner, il avait dû reste t à
Pontresina. Le temps était beau et froid, très froid même, et nos chances de succès semblaient s'affirmer. Nous avions
repris confiance.
Depuis longtemps déjà, le réveil avait sonné et notre chandelle était allumée, illuminant le blanc virginal de
nos couches où seuls pointaient deux nez cuivrés. Les vitres givrées d'arabesques retenaient au dehors l'obscurité de la
nuit et le souffle âpre de la bise. Jamais lit ne m'avait paru aussi confortable... Mais, dans mon corps inerte, l'esprit
vagabondait : mes pensées s'étaient échappées bien loin déjà, sondant l'infini comme la lueur d'un phare, égrenant le
chapelet des étapes dont cette journée serait faite. Qu'allait-elle nous réserver? Nous avions cinq glaciers à parcourir et,
pour en sortir avant la nuit, je calculais qu'il faudrait franchir la Fuorcla Sella entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Pour
cela, à midi déjà, le glacier de Palù devait être derrière nous. Serait-ce possible ? Question troublante, car personne ne
s'était encore aventuré en ski dans ces parages.
Ainsi mes pensées voguaient au loin, tissant les éventualités probables, jusqu'au moment où elles sombrèrent
une fois de plus dans les rêves. Mais ce ne fut pas long : d'un bond nous étions debout, rattrapant le temps perdu.
A 6 h. 30, nous quittions l'hospice. Du haut d'une fenêtre, une voix mutine nous souhaita bonne chance (viel
Gluck) et, avec la résonance de ces douces paroles dans l'oreille, nous nous mîmes en route.

mais régulière. le chaos s'apaisa. Arrivés dans la combe qui se creuse au pied du Carale. Entre deux bouchées. à l'orée d'un monde nouveau. où pendaient des corniches barbues. sitôt après. Herrgott ! Fut notre seule exclamation. mais.. nous nous décidâmes un peu tard à fixer sous nos skis les crampons restés au fond de nos sacs. Nous évitions les zones de neige poudreuse pour rester sur les neiges durcies. était-ce son lac enneigé ? Derrière le profil tourmenté de ses montagnes. Plus loin. à la lueur tremblotante de leur lanterne. La neige était si haute qu'il fallut se baisser pour passer sous la conduite à haute tension qui traverse le col. Puis les gorges boisées s'engouffraient dans la vallée de Poschiavo. des cimes et des glaciers innombrables luisaient comme dans une splendeur méridionale. tout inondé par les rayons du soleil qui venaient de fuser derrière l'arête de Verona et nous invitaient à une halte. Le sphinx gisait vaincu derrière nous. Mais à quoi bon ? N'étions-nous pas bien ici ? Nous préférâmes donc admirer la vue qui s'étendait au loin. Tandis que la neige fondait dans notre casserole. Dans la nuit. marquent la naissance de l'arête qui monte au Pizzodi Verona et domine un chaos de glace. En route donc ! Après nous être encordés. . Une voie royale s'ouvrait devant nous. que c'était vaste et que tout cela brillait sous le soleil ! Quel contraste entre ces horizons lumineux et le sombre cloître d'où nous étions surgis. puis nous passâmes sur l'autre rive en longeant un corridor neigeux dont nous avions déterminé la situation des hauteurs de Palpe Qram. Nous voguions en plein sud. Mais il nous restait encore bien des obstacles à franchir avant d'atteindre la ligne blanche et pure qui brillait làhaut sur le ciel. Tout là-haut.. Les heures s'écoulaient et. Au delà s'ouvrait l'inconnu. Stâubli esquissa une danse infernale sur le bord du précipice. les regards pénétraient par des coulisses profondes jusqu'à de sombres forêts et jusqu'en Valtelline. les séracs prenaient des teintes d'opale. nous admirions ce monde fabuleux. les cimes et les brumes. Mais tant de merveilles dans ce paysage distrayaient nos yeux. dans la direction de l'Ortler. les montagnes estompées semblaient nous regarder. La première chute de séracs fut abordée par la gauche. et brusquement nous fûmes dans l'azur. Le soleil était haut sur l'Italie . Que c'était beau. il fallut enlever ses skis. Notre route conduisait. Lentement nous sortîmes des ombres. Elle fut la bienvenue. très tendres. par ces gradins. lorsque l'aube se leva. Puis. là-haut. se demandant où pouvaient bien aller ces deux bonshommes. Après une rude montée. où flottaient quelques brumes attardées. Fou de joie. nous les rechaussions pour ne plus les quitter jusqu'à Pontresina. nous nous dirigeâmes droit vers le glacier qui nous dominait maintenant de sa masse formidable. Derrière nous. t'avenue du glacier s'élevait en gradins magnifiques dans le bleu du ciel. nous arrivâmes brusquement à la lisière des bois. vers la plus basse dépression de la ligne blanche. Nous avions traversé le lac et la petite plaine qui lui succède. au fond duquel est tapie Palpe Palù. des affres et du danger. Une bise âpre soufflait de l'Engadine. nous reprîmes notre marche lente et régulière. en arrivant sur le lac. rien que le rythme allongé de nos skis sur l'onde endormie. sur ces pentes rapides qui forment comme un entonnoir. que nous montions sans nous en douter. la pente fuyait brusquement vers le plan lumineux de l'alpe Palù. dégoûtés de cette neige trop dure. L'ombre noyait encore le glacier et. Il fallait s'élever en ligne directe pour ne pas déraper latéralement. Peu à peu. Midi bientôt. vers la vallée de Poschiavo qui baignait dans une brume laiteuse — ou bien. frappant de nos skis la neige durcie. Pour y descendre. où les crampons mordaient à merveille. sur la rive gauche du glacier. très fines. Entre eux. dans cette ombre. Des rochers en terrasse. Alors la marche devint lente. nous aurions eu tout le temps de suivre l'arête jusqu'au sommet du Piz qui nous dominait. il fit grand jour. Couchés. et nous en profitâmes pour faire un joyeux déjeuner. la pente s'adoucit et la ligne blanche se rompit devant le bleu du ciel.. elle cessa brusquement. et nous étions toujours sur le même glacier. songeant qu'il nous en restait quatre encore à parcourir. Les séracs suspendus sur nos têtes interdisaient les jurons trop sonores. Lentement nous montions.. éclairant faiblement les crêtes. Jamais les montagnes ne m'avaient paru aussi éclatantes. et ce fut un calme complet : plus un souffle d'air. Mais où donc étions-nous? Nous touchions l'extrémité d'un immense balcon glaciaire qui court au revers de la Bernina et domine toute l'Italie. Jusqu'ici nous étions parvenus en compagnie de Casper Grass. la dalle qui lui servait de plancher se couvrit pour le lunch. et. Par une combe ouverte entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. où les chalets formaient un tas minuscule. estompée sous un voile diaphane qui tamisait les contrastes entre les forêts bleues et les neiges éclatantes. Puis il me présenta plusieurs vieilles connaissances dont les têtes caricaturales se profitaient au loin. Mais la pente s'accentuait et nos peaux de phoque avaient peine à mordre sur cette neige croûteuse. entre des tours de glace qui semblaient grimacer dans l'ombre. un croissant de lune mourait dans le noir du ciel. Depuis le Pozzo del Drago (le puits du dragon). la ligne blanche s'abaissait insensiblement. et presser le pas en prenant en écharpe des neiges que les avalanches avaient semées de blocs pareils à d'immenses émeraudes. l'épaule blanche du Pizzo di Verona s'incurvait doucement sur l'azur.. Laissant les chalets de Palû à main gauche.. fendillé de crevasses bleues. comme une gracieuse fossette. Stàubli lançait de joyeux yodels qui allaient se répercuter dans les parois du Pizzo di Verona. Ce fut l'affaire d'un instant. nous atteignîmes enfin le premier plateau du glacier. Devant nous. Puis il fallut appuyer à droite.Il faisait nuit noire et nos planches clapotaient drôlement sur les pentes qui descendent jusqu'au lac. contre les pentes du Cambrena.

avec les crampons. Ainsi. nous préférâmes poursuivre notre marche.. nous passâmes du glacier de Sella sur celui de Roseg. où la nuit tombait comme un voile. nous parvînmes lentement sur le dernier col qui nous restait à franchir.. Le soleil s'abaissait rapidement. soit pour lever les yeux vers les parois qui nous dominaient. Il fallait décrire un vaste circuit pour éviter les gouffres béants qui précèdent la chute du glacier supérieur. pourquoi donc étions-nous seuls à contempler tant de merveilles? Ah ! si j'avais pu vous transporter là-haut. allumais ton cigare. déjà baignées dans les teintes mauves du crépuscule. promontoire avancé qui nous cachait de nouvelles féeries. réflexion des roches incandescentes du Piz Roseg qui flambaient là-haut sous l'ardeur mourante du soleil couchant. Youhée 1 une fois de plus la voix de Stâubli éveillait les échos de la montagne. unique en son genre : la Disgrazia. De l'Argient au Roseg. et la partie commençait. Virant entre les gouffres bleus des crevasses. dernier signe de vie dans ce cirque de neiges. Et quel contraste : d'un côté. Une courte glissade nous déposait bientôt au milieu du cirque supérieur de Scerscen. nous contournâmes sa base et brusquement nous découvrîmes les deux glaciers de Scerscen dominés par les falaises dorées des Giûmels et du Roseg. Ce fut une balade lente et paresseuse sur les neiges éblouissantes. Le vent du soir soufflait des hauteurs : en passant sur ces névés. nous abandonnâmes nos coursiers à la pente : elle s'évasait doucement comme une anse polaire. vous tous qui croupissiez dans le brouillard des villes! Toi surtout. s'étageait le chaos brouillé des Alpes bergamasques. nous montions maintenant vers la Fuorcla Sella.. moirées d'ombres. glissant sur les neiges étincelantes. Là-haut. Vu à contre-jour. nous comprenant sans mot dire. puis nous obliquâmes à gauche vers le cirque de Fellaria. Bien loin dans l'échancrure du val Roseg. une tache rosé fondait doucement sur la coupole de la Bernina. nous plongeâmes dans l'ombre. déjà la Disgrazia était livide. c'était une féerie. la première de la journée. 30. une première glissade s'offrait à nous. Nous ne pouvions nous lasser de l'admirer. Elle durait bien une heure sans qu'un mot fût prononcé. Il n'y avait plus qu'à descendre. un calme immense régnait sur la montagne. Tu saluais ton partenaire. Au moment où l'astre allait disparaître. nous passions sa vaste selle. une collerette blanche encadrait la cime de la Bernina qui fit une courte apparition.. ce ne sont que falaises rocheuses et couloirs neigeux dont le relief s'accentuait sous la lumière oblique du crépuscule. Une dernière fois. nous allions comme des fous. Mais pourquoi.. . pauvre malheureux ! Avais-tu jamais songé aux régions lumineuses qui brillent au-dessus des brouillards? Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ceux qui nous ont fait connaître la montagne et ses merveilles !. soit pour jeter un regard vers le mur sombre de la Disgrazia où. lentement. l'on eût aimé finir ses jours. à la même heure. Il n'y avait plus un souffle d'air . tordant sa piste en larges christianias. interrompue seulement par la ligne bleue des Apennins. Tournant le dos à ces merveilles. on voyait briller les lumières de Pontresina. nous nous arrêtions. Puis venait une mer floconneuse. à chaque angle de ce balcon magique.vers le sud. et nous caressâmes amoureusement nos planches avant de les chausser. Mais à quoi bon? Grisés d'enthousiasme. Depuis tant d'heures nous tournions à ses pieds ! Encordés une fois de plus. Vers l'occident.. sa svelte silhouette détachée à contre-jour. Nous aurions pu nous arrêter ici et descendre à la cabane Marinelli. Nous étions assis immobiles. serré entre les glaces qui s'écroulent de tous côtés. le soleil s'abaissait. leurs arêtes tourmentées s'enfoncent comme des vrilles dans le bleu du ciel . devenu chamois. Sans la moindre transition. que chaque jour. Et quelle glissade : une fuite éperdue qui nous arrachait des yodels d'allégresse. et une promenade grandiose nous attendait. Faut-il tenter de décrire les scènes féeriques découvertes à chaque pas? Nous voici au pied du Zupo et de l'Argient qui dominent de leurs hautes falaises ces déserts neigeux. isolant une montagne sublime. soulevant à chaque virage une nuée de poussière blanche. Il nous fallait maintenant gagner la selle évasée entre le Piz Zupo et le Sasso Rosso. gros îlot rocheux. Ivres de joie. Leurs neiges s'étendaient à perte de vue. après tant d'heures de longue montée. il soulevait des nuées blanches qui allaient s'irradier un instant contre le soleil avant de s'engloutir dans les crevasses. La corde fut reléguée au fond du sac. fermé comme un amphithéâtre par de hautes et formidables murailles : véritable Eden où. Nous suivîmes ce large dos glaciaire qui marque la frontière en s'élevant doucement vers les pointes blanches du Palû. je voyais entrer au restaurant et t'asseoir à la table voisine pour y faire ta partie d'échecs. laissant derrière nous le cirque de Scerscen et pénétrant du même coup dans les ombres du glacier de Sella. connaissant le terrain pour l'avoir parcouru trois jours auparavant. Sur les hauts névés du glacier de Fellaria. Lentement. dont le toit de zinc brillait deux cents mètres plus bas dans les rochers. De temps en temps. lugubre fonctionnaire. dont le torse se dressait dans le ciel.. l'étendue des neiges apaisées. de toute la vitesse de nos skis. noire sur la houle incandescente. Et cela tous les jours de la vie ! Pitié à toi. les ombres s'allongeaient et des brumes violacées venaient flotter aux flancs de la Disgrazia. trônant comme un autel sacré dans le ciel flamboyant. au retour du Piz Glûschaint. Tout là-haut. Plus d'une heure s'était écoulée. La neige était poudreuse et mauve. Lentement la nuit montait vers les cimes . Une légère brise vint nous tirer de notre extase. nous caressâmes des yeux le site grandiose que nous venions de parcourir si rapidement. de l'autre. D'un mauve foncé. c'était un nouveau coup d'œil sur des splendeurs inattendues. Je le vois encore. bien haut dans le ciel. Ce fut l'apothéose. les glaciers miroitaient à contre-jour comme des flaques d'argent en fusion. puis un gouffre se creusait. A 4 h. Puis nous prîmes la direction d'un cap rocheux.

tout ce grand cycle commencé de nuit sur les plateaux ventés du col de la Bernina et terminé de nuit dans les sombres bois du val Roseg. le tracé des routes (indiquées en rouge)n'est pas toujours exact. rêveur. On arrive au haut d'une pente boisée et rapide qui domine la plaine de l'alpe Palii. On peut passer à droite ou à gauche de cette moraine. la note technique que j'avais publiée à la suite de notre course (Alpina.) Se diriger alors vers] le col neigeux (Passa di Cambre) qui se découpe sur le ciel dans la direction sud-ouest. publié en 1913 par le Club Alpin Académique de Zurich. De là. Ce dernier élan nous porta jusqu'au pont jeté sur la rivière. nous déchaussions nos skis devant la porte du Kronenhof. Sous la lumière des lustres. Pour eux tous.. Le second (entre le Sasso Rosso et le Piz Zupo): Passe Ai Sasso Rosso (pourquoi pas dél Sasso Rosso?). mais très courte. Ici. suivaient volontiers le tourbillon des danseuses. aucune carte n'est jointe à ce guide.. dans le tourbillon de la danse.. Et pourtant. comme chaque soir. mais de nuit après treize heures de marche presque ininterrompue. située au sud de ce col. Mes regards erraient dans le hall. Oui. apothéose violacée de Sella. le val Roseg est merveilleux. où nous brisions notre élan par d'immenses christianias . Le quatrième est connu de longue date sous le nom de Fuorda Sella ou Sellapass. Voici maintenant notre itinéraire : de l'hospice de la Bernina. descendre sur le Lago Bianco et marcher en droite ligne jusqu'au Pozzo del Drago. laisser à droite le col 3 247 par où l'on est tenté de passer et remonter légèrement vers l'ouest pour redescendre ensuite et doubler l'extrémité verticale de l'arête sud du point 3323 (Passa Marinelli : trente minutes). On passe à peu près par le e de Vedrrtta di Palù et à l'ouest de la cote 3 068. le Verkehrsverein St-Moritz fit paraître une carte du skieur pour la Haute-Engadine et le massif de la Bernina.. on rechausse ses skis pour les garder aux pieds jusqu'à Pontresina. on fera bien d'arriver à cet endroit avant que le soleil échauffe les pentes du Carale.. J'avais repris mentalement le chapelet des étapes. entre l'aube et le crépuscule de cette étonnante journée : cascades opalines de Palii. ce fut une dernière glissade. sitôt après.. nous fêtions la réussite de notre belle randonnée en trinquant à la santé de notre ami Casper Grass. au pied même des rochers. on se trouve sur un premier plateau (deux heures). mais ils reflétaient des visions plus lointaines. une déception nous attendait : notre belle piste du Glûschaint avait été défoncée par le passage des traîneaux de bûcherons. une robe surtout avait captivé mes regards : elle avait cette couleur mauve des neiges où nous glissions au crépuscule et. goûtant le contraste de leur grâce avec les visions neigeuses qui hantaient mes rêves. Voici. descendre la petite combe entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. Là. et ce fut le seul trajet ennuyeux de toute k course. 22) et qui ne sera peut-être pas inutile pour préciser notre itinéraire. jamais ils ne pourraient évoquer ces souvenirs. Que de merveilles entrevues. bruissante. Mais pourquoi ces deux orthographes différentes?). puis. basée sur l'Atlas Siegfried.. il 1 II est à souhaiter qu'une nouvelle édition du Bermnaskifûhrer soit accompagnée de la carte Siegfried avec des tracés plus rigoureux . Le troisième (entre les points 3 083 et 3 323) : Passa Marinelli. Malheureusement. On atteint ainsi à sa plus basse dépression l'arête frontière venant du Pizzo di Veroria (deux à trois heures)..Dans la combe mi-obscure qui descend de la Tschierva. Se diriger vers la moraine latérale gauche du glacier de Palû (à droite en montant). Cet itinéraire est également décrit dans ie Skifuhrcr durch die Bernina Gruppe.. A 8 heures du soir.. enfin. (Du premier plateau du glacier.. Une heure plus tard. 1911. Sur l'autre versant. dans le grand hall de l'hôtel. autant que là-haut sur les solitudes glacées. Le premier col atteint à l'ouest du PizzodiVerona (Veruna sur cette carte) s'appelle Passa ai Gambrè (nom qui doit provenir de l'alpe de Gembrè. Quant à moi. qui donne accès au glacier et. Remonter la rive gauche du glacier jusque vers le 9 de la cote 2 789. Mais ce charme était fait de contraste. Plus tard.. Et quel contraste entre le silence de ces neiges et les ondes mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles !. le glacier fait une chute que l'on contourne à droite. nous débouchâmes comme deux flèches dans la petite plaine qui s'étend au pied du glacier.. il manque décidément de charme. je l'écoutais. et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces vers de Giacosa : Dio lega opposte cose. Entre les courbes 2 100 et 2 040. de façon à atteindre l'endroit où elle se soude aux rochers du Carale. Cette moraine est mal dessinée sur l'Atlas Siegfried. comme du reste toute la partie inférieure du glacier de Palû. piquant droit. Stàubli lui racontait les péripéties de cette longue journée. La nomenclature a été revisée et considérablement augmentée : c'est le principal avantage de cette carte. elle bruissait comme elles sous nos skis. fatigués par l'éclat des neiges. Par contre. descendre en lacets le glacier peu crevassé de Fellaria . La descendre à pied directement est l'affaire d'un instant . et sa face cuivrée contrastait singulièrement avec son impeccable smoking. (Si l'on veut gagner la cabane Marinelli pour couper la course en deux. cirque rosé de Scerscen. quarante minutes). Suivre alors la frontière vers le nord-ouest jusqu'à la courbe de niveau 3 480. Ainsi notre itinéraire sur le glacier de Palii ne correspond pas à la réalité (1). Entre eux et nous. Plus avant dans la saison. peu après. blancs névés de Fellaria. cette journée allait se terminer comme les autres. De jour. je l'avoue. on découvre parfaitement la route à suivre. les hôtes se pressaient vers la baie lumineuse où l'orchestre les invitait à la danse.. femmes jolies. sur une neige légère. l'abîme ne m'avait jamais semblé plus immense. Il y a là une pente raide. II rigor délie nevi e la beltà delle rosé.. Ils n'avaient pas vu ce que nous avions vu . que de choses reçues. puis cette courbe elle-même jusqu'au col ouvert entre le Piz Zupo et le point 3 546 du Sasso Rosso (Passa diSasso Rosso . près du restaurant Roseg. mes yeux. pour terminer. au 1/50 ooo. il y avait du charme en vous toutes.

sur lequel on arrive après une faible glissade. filer en droite ligne jusqu'au restaurant Roseg (une heure un quart). avec les haltes. De là. éviter la région du point 2469 et passer bien à droite. on peut.est préférable d'y parvenir par le glacier de Caspoggio. en passant le col ouvert immédiatement au nord du point 3083. Pour accéder à la Fuorcla Sella (3 304 m. du côté de PAguaglious. En raison des crevasses cachées. au sud de la Punta Marinelli. il est bon de se diriger d'abord vers le nord. on décrit quelques lacets (une heure un quart). Sur l'autre versant. Roseg. restant au milieu du glacier. De l'hospice de la Bernina à Pontresina en treize heures et demie. on peut descendre un bon moment avant d'apercevoir les crevasses. . qui sont du reste bien dessinées sur l'Atlas Siegfried.). puis de suivre la courbe de niveau 3090.) On découvre alors le glacier supérieur de Scerscen. Dans la partie inférieure du glacier. puis par le col de Vadret a.

. car ce sont ses montagnes et il s'y promène en roi comme autrefois Marcus Paltram sur les glaciers de la Bernina. Voici trois ans qu'on l'a inaugurée. la « saison morte » transformée en un temps de saine récréation. une fois là-haut. vous en trouverez peu dans tout le Valais : hommes intelligents dont les efforts tendent à vulgariser le ski et à l'appliquer sur les glaciers. la poste nous avait transportés (pour trois francs !) de Brigue à l'Hospice et. suivant les caprices de la Viègeet malmené par l'hiver. le soleil entre gaiement dans la chambre par toutes les fenêtres et vient caresser le tapis et les vieilles boiseries.) en reconnaissance de l'hospitalité qu'ils reçoivent dans les cabanes de nos Alpes. S. ou le bruit intermittent d'une hache. Cette chambre basse et gaie. Or. comme une oasis. le transport de nos provisions obligeait notre porteur — Oscar Supersaxo — à faire deux voyages. c'est moi qui prends la plume et qui déchirerai le voile. qui vous attend sur le seuil de sa porte et vous introduit si simplement dans son antique demeure. De jour.nous avions été licenciés le même jour. Construite par les soins de la section genevoise du C. par le Sir-wolten et le Simelipass (3 028 m. il fait bon se soustraire un instant à l'éclat des neiges et retrouver. par de savants détours. La nuit tombée. où l'on enfonce délicieusement ses fatigues . tant de merveilles culinaires . C'est lui. 85 sq. Il débutait par ces lignes : « Oscar Supersaxo (der Skikonig von Saas) aurait trouvé dans les pages de votre revue une place tout indiquée pour célébrer l'heureux avènement de cette nouvelle cabane et la beauté des montagnes qui l'entourent. «La cabane qu'il avait longtemps rêvée se dresse maintenant sur le rocher de l'AHalin. C. XI. sur une nappe blanche. A. S. Une fois de plus. le vieux poêle. elle lui reste confiée et fut inaugurée solennellement le 17 août 1912. puisqu'il n'en veut pas sortir. Il a guidé vers elles les premiers skieurs. entreprenants. Et pourtant. que de souvenirs elle évoque en moi ! Voici le fameux canapé. Chouchou et moi partions pour la cabane après avoir laissé à Mitten quelques lignes. Désirez-vous un guide ? un porteur ? Papa Supersaxo entr'ouvre la porte et appelle ses neveux : Oscar. Pour plusieurs raisons. GERICHT UND EWIGKEIT + UND HALT DICH BEREIT ZUM STERBEN ALLEZEIT + + Au reste. lorsqu'on descend des glaciers. le visage brûlé et les yeux fatigués. O DU NACHFOLGER MEIN + 4. sur la selle ouverte immédiatement à l'ouest du Klein Allalinhorn (3 077 m. Augustin Supersaxo. la face toujours souriante. devisant sagement sur la montagne et sur les gens. mon ami de Choudens (dit Chouchou) et moi attribués à deux armes différentes . Il fut décidé d'utiliser les premiers beaux jours de notre congé par une visite à cette fameuse cabane Britannia. nous avions choisi un itinéraire évitant le long thalweg de Viège à Balen et conduisant à Saas par le Sim-plon. des guides pareils. 2 Cet itinéraire est décrit au chapitre IX. dans son coin. au milieu des plus beaux glaciers valaisans. Sur une poutre.. Othrnar.). vol. Comme deux col s. presque à la même heure.4. A. (Association of British Memoers of thé S. Par un hasard inespéré. sa large cime profilée sur le bleu du ciel et son immense glacier étalé au soleil. mais qu'une telle relâche n'avait jamais été prévue au programme. Un grand soleil. On ouvre l'une des fenêtres et l'on entend la joyeuse mélodie des gouttières. Pas de voie ferrée. L'air frais des neiges pénètre par bouffées. les joyeuses parties. mais vibrantes d'enthousiasme. la lampe épanche sa douce lumière sur la nappe. descendant tout droit de l'Alphubel. que la grande chaleur de midi fait tomber du toit . qui cherche à fendre le mélèze rebelle. ils ont pris la peine d'explorer les montagnes en hiver pour pouvoir y conduire leurs touristes. l'intimité reposante de cette demeure. enguirlandé de molletières et couronné de nos laupars. toute la maisonnée est remplie de braves gens. flamboyant dans l'azur. Je suis étonné qu'il n'en ait pas profité.CHAPITRE XI AUTOUR DE LA CABANE BRITANNIA (1) Saas ! C'est bien loin. A. le lendemain vers midi.+ 4NUR EINMAL WIRST HIER UBERNACHT SEIN + + + GEDENKE STETS AN TOD. nous étions arrivés sur nos skis à Balen ( 2). dont l'un avec nous. et toujours prêts à partir. ce vieil Alphubel. il nous a raconté le réveil de son village au milieu des neiges. là-haut. et. 242. au pied du Gothard. direz-vous. là-haut. et d'un accès peu commode. de là. la table ronde. Une vie intense palpite dans l'air et. p.petite satisfaction personnelle .). que l'on aurait pu 1 La cabane Britannia est située à 3 030 mètres d'altitude. Heinrich. les folles glissades. où l'on respire la quiétude et la paix. je suis revenu à Saas. Cet excellent Mitten venait tout naturellement compléter le trio habituel. quelle solitude et quelle tranquillité ! Et quel accueil surtout ! Je me réjouis chaque fois de serrer la main du vénérable montagnard. nous avions trouvé un télégramme de Mittendorff (dit Mitten) annonçant son arrivée pour le lendemain et nous priant de l'attendre pour monter à la cabane Britannia. Il ferait tout naturellement l'autre en compagnie de Mitten. et voilà trois gaillards. robustes. et Airolo. En arrivant à Saas (le mars 1915). Le récit qu'on va lire a été publié dans le Ski. il a su atteindre aux cimes blanches qui couronnent le grandiose amphithéâtre de Saas. Et Supersaxo nous le cache? Pourquoi donc? Serait-il devenu jaloux en voyant ses trésors découverts? Son silence prête à le croire. p. Du reste. C'est à peu près la seule façon de franchir aisément la grande chaîne du Fletschhorn et .cette traversée réunissait définitivement les traces de mes skis entre Bourg Saint-Pierre. et un air frais exquis agrémentèrent notre montée. il a gravé en grandes lettres ces pieuses paroles : GEDENKE. Il est comme l'âme de cette demeure. offrant largement l'hospitalité de son toit et ouvrant bien grande la porte d'un paradis d'où l'on peut monter sans façon sur quatre trônes de 4 ooo mètres. Ses skis ont fendu les premiers de leur proue les neiges vierges du Feegletscher et. pas de voiture postale. en effet. Le vieux papa Augustin se promène à petits pas. dans la vallée d'Entremont. tout juste un chemin muletier. propres à lui faire comprendre qu'un jour d'oisiveté à Saas serait évidemment chose fort agréable. C'est très loin. rivalisant de séductions avec la Bétemps et la Concordia. Mais. où viennent s'entasser. En quelques pages sobres. Elle fat offerte au Club Alpin Suisse par l'Association des membres anglais du C. trois hivers qu'elle attire les fidèles. Annuaire de l'Association suisse des Ski-Clubs.

Aujourd'hui. la cabane Britannia est devenu le but prêferee des skieurs dans les Alpes valaisannes . C'est ainsi que nous prîmes possession de la cabane Britannia. et surtout les monceaux de provisions jetées sans ordre sur toutes les tables. vous pouvez vous dire enfin : nous voilà chez nous et personne ne viendra plus nous déranger (1). l'autre sur une selle entre le sommet et le point 3 607. Vos pensées se revêtent de visions. qui berce la paresse de l'esprit. votre pipe et le cigare de votre ami se chargent bientôt d'enfumer l'atmosphère et la rendent propice aux rêveries. le chemin où l'on rencontre toute l'année les mêmes visages. la chaleur (évidemment très relative) de la cuisine s'y précipite. monté si haut dans l'immensité des neiges. La conscience tranquille. se heurte maintenant aux objets familiers meublant un refuge. comme deux aigles dans leur nid. L'habitude aidant. Chacun s'en va. Lorsque votre pipe est éteinte. on rencontre subitement l'hospitalité. Ils ont épie notre arrivée. Tout en bas. vous avez le choix entre deux routes : l'une par le glacier de Fée . Elle fut explorée par les frères Super-saxo qui lui préfèrent finalement celle du glacier de Fée. à mon sens. vous descendez 'pour voir un peu. chacun s'empresse de quitter son bureau et refait. une arête ondulée montant vers la lumière . puis revient. le glacier envahi par les ombres du crépuscule . par la fenêtre. toujours immobile à vos yeux.). on remonte dans les hamacs et l'on devise sur l'emploi du lendemain. en méandres dans les moraines. plus directe. Laquelle de ces inconnues faut-il éliminer en premier lieu ? L'hésitation n'est pas longue. on arrive par une marche de flanc à la cabane Britannia. comme le soleil de la brume. nous suivîmes la trace de Supersaxo. Pour cette course. les pieds dans une couverture. nous pouvons nous coucher. il faut rallumer le feu et préparer la soupe du soir. je maudissais leurs cris énervants et leur vol vertigineux. alors que. Aussi les départs sont-ils tardifs. puis notre installation. mes amis ! J'ai faim rien que d'y penser. Nous avions adopté un ordre du jour qui consiste à partir quand on est prêt et à rentrer à la cabane au plus tard pour le thé de l'après-midi. d'autres fois... c'est un facteur constant et désormais connu. par le Hohlaubgletscher . Vous ne remuez pas d'idées compliquées et vous n'êtes point soucieux de l'avenir. et ces pensées s'en vont à leur gré. Mais il ne se passe rien du tout : c'est la grandiose nature. Rimp-fischhorn et Strahlhorn. Nous nous décidons pour F Allalinhorn. la route la plus directe est la moins recommanda blé. La cabane enfumée devient obscure et le thermomètre descend au-dessous de zéro. pour la quatrième fois de la journée. qui glissait tantôt sur un désert illimité. dans l'abîme.). Un bon coup de poing réveille Pendormi. on n'en parle pas : il est officiellement au beau . la main à portée d'une tasse de thé bien chaud. Quel délice de se balancer doucement dans un hamac. Vite. engagé dans un passage difficile ou sur quelque plaque sans prise. augmentant l'impression de quiétude et de bien-être qui vous envahit lorsque. la douceur des victoires et l'espoir des lendemains. justement proportionnés aux conditions de la montagne en hiver. Comme souvent lorsqu'on est en ski. en plein midi. Allalinhorn. La discussion roule donc sur les quatre inconnues : Alphubel. en lançant dans l'air froid leurs cris rauques. Entendons-nous. Une bruyante activité. excitée parla faim. partagées entre l'amitié et la rêverie. au delà. que l'on étanche avec force tasses de thé. dans la ville fédérale. la lumière s'assombrit.augurer très chaude. où le regard. si bien harmonisés aux bruits de la montagne. celui-ci à son rendez-vous. plaisirs coutumiers de la vie citadine. les quatre trônes sur lesquels nous espérons bien monter tour à tour. et mon ami dort profondément. Sans la moindre fatigue et sur une neige parfaite. ayant préalablement admis la supposition suivante : Mitten est un habitué de Saas : il aura sûrement fait l'Allalinhorn et n'aura aucune envie de le refaire. l'une aboutit au Feejoch. qui surgissent du souvenir. un peu de glace mordorée .). celui-là à son Abendschopp. si mesquins en face des joies que nous offre la montagne Le soleil a disparu derrière l'arête glacée . les souliers qui sèchent près du tuyau. Six heures ! C'est l'heure où. La brume flotte un instant. l'usage du réveil-matin n'étant pas encore monté jusque là-haut. puis sur le glacier. à l'aller comme au 1 1915 Actuellement. et de considérer d'un œil rêveur le feu qui pétille dans le fourneau. pour l'Allalinhorn (4 034 m. dans l'intimité de cette petite cuisine. les pipes s'allument. et quelle belle soif il s'ensuit. et chacun s'ingénie à perfectionner le menu du souper. sous une forme si franche et si avenante. et il règne bientôt dans les deux pièces une température égale. dans ce monde immobile. contigu à la cuisine) . et quêtent une miette de subsistance. Après quoi. en fumant sa pipe. On ouvre la porte de la « glacière » (c'est ainsi que Chouchou désigne le dortoir des guides. Ainsi. l'autre. que nous avons passé des heures inoubliables. On dort fort bien à Britannia et l'on ne s'y lève pas trop tôt. Le temps. Vingt minutes plu s tard. ce qui se passé. C'est là. le feu s'éteint. En hiver seulement et dans un site comme celui-ci. on franchit tout naturellement ie seuil et l'on passe sans transition dans un intérieur confortable. Supersaxo ne tarda pas à nous quitter pour redescendre à Saas : Chouchou et moi restions maîtres et seigneurs. — Voici pourtant deux choucas. Le fourneau. les choucas Be sont retirés dans les trous où ils nichent . bien qu'elle oblige à passer l'Egginerjoch (3 009 m. sur lesquels on lit pourtant la satisfaction de pouvoir un instant jouir de sa liberté. réalisent de leurs ailes la mobilité la plus parfaite. d'environ — 4° ou — 5°. se déploie autour du fourneau. Un rayon de soleil attardé éclairait sa charpente neuve... Quel appétit. et quatre heures après avoir quitté Saas. et à travers l'échancrure de l'Egginerjoch (3 009 m. impassible en apparence. ces oiseaux noirs et mystérieux qui. Ils sont évidemment tardifs en comparaison de ceux auxquels nous astreignent les guides en été . Visages indifférents. La joyeuse vie de cabane reprend de plus belle. nous avons quitté la cabane à 8 heures du matin et nous étions de retour à 3 heures. mais ils sont. Une douce béatitude vous envahit. je les observe d'un œil sympathique. un ciel d'émeraude où vont bientôt scintiller les premières étoiles. très propice au sommeil.

Ayant doublé le deuxième îlot rocheux en passant sous quelques séracs. j'ai pu me rattraper. 30 pour traverser une fois de plus l'Egginerjoch et suivre la piste déjà familière sur le glacier de Fée. la neige est presque toujours excellente. Un peu de brume. Mitten faisait plaisir à voir. Qui donc avait inventé cette légende ? J'interrompis à propos la discussion pour lui demander où se trouvaient les trois décis de kirsch dont j'avais recommandé l'achat. 53-54). ce fut lui qui s'avança le premier sur la neige vierge et poudreuse. comme si j'avais parlé turc. et il reçut immédiatement les marques très vives de notre sympathie (ce qui. et il est bien rare qu'on puisse les franchir en ski plus facilement qu'à pied. qui souffla ce jour-là jusqu'à midi. Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. ni Supersaxo n'avaient emporté la précieuse liqueur. On ne viendra donc pas nous traiter de « flemmards » si j'avoue maintenant que. Malgré tous les virages. Puis. a plat sur la neige. La question de l'Allalinhorn fut désormais classée et nous pûmes discuter tranquillement notre prochaine visite à l'Alphubel (4 207 m. le chemin (pointillé sur la carte) qui vient de Saas par la Lange Fluh. et surtout le soir. p. Après avoir traversé un désert éblouissant. au moyen des bâtons et chargés des sacs. surtout par celui qui ne porte pas la bouteille. jouait sur la crête des Mischabel et se condensait en masses floconneuses sur les glaces de l'Alphubel. le matin aux premiers feux. pour avoir quitté la Tâschalp de trop bon matin. Tous les deux sont marqués sur la carte. il nous adressa d'amers reproches sur notre façon peu courtoise de le précéder ainsi. en l'occurrence. La vue est bornée. on débouche alors dans l'immense arène du Feegletscher. Il accourt généralement du côté où la vue est la plus belle et vous oblige à vous retrancher derrière quelque corniche. avec beaucoup de bonne grâce tout d'abord. Il n'est pas nécessaire de descendre toute la pente du col vers Saas : on peut passer au pied d'un rognon rocheux où l'on traverse une crevasse (ou plutôt une rimaye) généralement couverte. les crevasses très peu nombreuses. ça prend de la place et il n'y a rien dedans ». . On procède alors au « changement de décors » habituel : les skis sont solidement ancrés. La joie pétillait dans ses petits yeux et. Cette fois. chaque fois. pour se diriger vers notre sommet. cachant précisément ce que l'on voudrait voir.la neige étant presque toujours durcie par le vent. après une rude montée. effilochée par la bise. on arrive trop vite au pied de l'Egginerjoch. plus considérable encore que le premier. on zigzague sur une pente rapide et crevassée où l'emploi de la corde est de rigueur. Lorsque vous êtes sur le Feejoch. on n'a plus vu les grandes Pennines et qu'elles surgissent ainsi. Dans la pure clarté du matin. La pente du Feejoch exige ensuite quelques zigzags. lorsqu'il fallut quitter la piste de la veille. mieux encore. C'est l'occasion de sortir la thermos. ce jour-là. La violence de la bise. le 14 mars. N'empêche que ce rien est très goûté. nous avions manqué l'ascension de PAlphubel. au milieu des amas de provisions qui l'entouraient. et nos meilleures photos proviennent de cette région. Chouchou et moi avons franchi ce col cinq fois en trois jours et. ainsi désignée par nous à cause de son odeur désagréable. Sur le col. paraît-il. Puis chacun chausse ses crampons et s'en va à son gré. au crépuscule. notre trio. il faut bien un moment pour les admirer et retrouver dans sa mémoire tant de noms aimés. En avril 1912 déjà. Un vent perçant vint troubler notre extase. Mais on ne fait que croiser cette trace imaginaire. Il me considéra vaguement. comme elle nous avait saisis le premier jour. Lorsque. l'allonger de serpentines. qui cherche souvent à jouer de mauvais tours. En rentrant à la cabane. nous trouvâmes Mitten qui venait d'arriver. Odermatt et moi. et j'eus l'horreur de constater par de vaines recherches que ni lui. en compagnie de Supersaxo et de deux jeunes skieurs de Saas. derrière une corniche. C'est court. ne quitta la cabane qu'à 8 h. plus merveilleuse que jamais. Il n'était. je n'avais plus de plaques photographiques. changeant brusquement d'humeur.retour. nous avions été frappés par la beauté remarquable et la diversité des sites qui entourent l'Egginerjoch. limitée par les deux hautes arêtes descendant de l'Allalinhorn à gauche et du Feekopf (3 912 m. Il nous apparut souriant. Il avait préparé du thé bien chaud et il se mit à nous le servir. si justement définie par Chouchou : « C'est lourd. pour se rapprocher davantage encore du banc rocheux qui déchire d'un trait noir tout le glacier de Fée (des hauteurs de l'Alphubel jusqu'au point coté 2991). Mais le charme de cette course réside avant tout dans la glissade. On endosse alors la puante (1) et l'on se résigne à déjeuner selon ses goûts et son appétit. mais.) à droite. jamais monté à l'Alla-linhorn. brillant au soleil comme un formidable casque phrygien. nous avait interdit le parcours de l'arête qui monte du col au sommet. et l'on rejoint ainsi. A l'abri de ces 1 2 Veste en toile à voile. puis l'on monte dans la direction d'un autre rocher. toutes au même instant. La grandiose beauté des montagnes l'avait saisi brusquement. instruit par l'expérience. Mais n'essayez pas de spéculer en passant juste au pied nord du Hinter Allalin : il y a là une pente que vos skis ne franchiraient pas. lorsque mon ami Odermatt et moi étions descendus de l'Alphubeljoch sur Saas. signifie une bonne bourrée decoups de poing). nous nous sommes attardés à contempler l'aspect toujours nouveau des glaciers.). Seul l'Allalinhorn domine ce beau désert de neige. une halte s'impose. mais c'est merveilleux. 1912. cette année. l'inclinaison de la pente très favorable : on peut donc sans crainte suivre à toute allure la piste tracée à la montée ou. le 3 avril 1912. depuis longtemps. Une demi-heure suffit pour atteindre le sommet et quinze minutes pour en redescendre. J'ai dit en deux mots (2) comment. tamisant l'éclat des neiges et jetant sur la blancheur laiteuse des glaciers ces ombres mouvantes et bleues qui rôdent mystérieusement dans l'immobilité. la montagne était. Le vent est un visiteur importun. il vous reste encore 200 mètres à gravir pour atteindre le sommet de l'Allalinhorn. Sur cette branche orientale du glacier de Fée.

nous primes la trace du retour. à la fin de mars 1912. il reste encore le versant oriental. le Rimpfischhorn hasarda un instant sa corne noirâtre hors du brouillard. Je compris. on verrait qu'il y a quatre ou cinq courbes de niveau de trop dans le dessin. comme il semblait ne pas vouloir risquer de nouvelle apparition. ce jour-là seulement. de l'autre. et. Le 15 mars. règle les mouvements avec une précision qui étonne et rend plus audacieux encore. de Zermatt. où on peut s'élever sans danger. Mais la carte est fausse à cet endroit. par Hermann Woolley (de l'Alpine Club) et les guides Gabriel et Joseph (junior) Taugwalder. Depuis lors. En effet. sur la surface unie du glacier. pour se condenser plus bas sur le glacier. Si l'épaule était cotée. à pied naturellement. nous restâmes longtemps à contempler le Feegletscher. arrosant ce que chacun dérobait sur les tables d'abondance. les frères Supersaxo.) et remontant jusqu'à l'épaule même du sommet.roches et au creux d'une combe. à 4 000 mètres environ d'altitude. comme trois pingouins sur une banquise. nous étions montés par le glacier de Langenfluh à la longue arête occidentale. décuplée par la proximité du danger et par la tension de toutes les facultés. . Ici. la première ascension hivernale du Rimpfischhorn fut réussie en 1893. Au crépuscule. mes compagnons m'entraînèrent à la conquête de ce sommet. mais. elles resplendissaient à contre-jour sur le ciel d'Italie. Les sites grandioses du glacier d'Allalin et les névés éblouissants de Fellaria ou de Scerscen présentent. A main droite et si près qu'on pouvait la toucher. C'était. Peu à peu. et. la formidable paroi de l'Allalinhorn se dresse comme les falaises tourmentées du Zupo et de l'Argient : le soleil joue dans ses roches fauves et ses couloirs blancs fuient tout droit dans l'azur. l'immense avenue du glacier s'élève insensiblement vers un col idéalement beau 1 Comme je l'appris plus tard. nous avions terminé la course sur une neige très dure et des rochers absolument secs. avaient ouvert une nouvelle voie traversant PAllalin-pass (3 570 m. C'était précisément le sommet que nous aurions désiré voir . je crois. sur cette face de la montagne. Puis. partant de la nouvelle cabane Britannia. il est plus merveilleux encore que dans la clarté matinale : lorsque les ombres s'allongent sur ses flots blancs et qu'elles accentuent le relief de ses vagues. il fallait louvoyer adroitement entre les gouffres béant sur notre route et réussir les virages aux bons endroits. situé immédiatement à l'ouest du point 3150 et par lequel on passe sur le glacier d'Allalin. de toute leur hauteur et. lorsqu'on utilise ce refuge comme point de départ. C'était aussi l'heure où. Très haut dans le ciel. Malgré la dureté soudaine de la neige. Chez mes compagnons. n'est pas une raison suffisante pour ne pas tenter l'ascension de l'Alphubel. et cette volonté. L'élan est si formidable qu'il nous porta sans faillir dans notre trace de l'Allalinhorn et celle-ci jusqu'au pied de l'Egginerjoch. ou nous nous laissions bercer en oscillations régulières. j'avais déjà gravi le Rimpfischhorn en compagnie de mon ami Odermatt. La neige favorisait toutes les audaces. on débouche en ligne droite dans la plaine immaculée du glacier. Sur le col. on surmonte ce dernier obstacle. Notre plan de campagne se déroulait avec une régularité presque monotone. puis elles fondirent lentement. Montée en douze heures. Le sommet est un vaste plateau. juste au-dessous de la cabane. La vue fut presque nulle. Le jour précédent. ce trajet s'accomplit en ski sans le moindre obstacle. mais. nous avançâmes en ski jusqu'à la grande rimaye qui coïncide. ses vapeurs devinrent rosés . C'est un jeu excitant et voluptueux qui finit par griser. le Rimpfischhorn (4 203 m. par la route ordinaire des Rimpfischwange. On commence par descendre sur le glacier de Hohlaub par une pente rapide. le dos tourné au vent. à 8 heures du matin. Je me hâte de dire que c'est bien la meilleure reute. nous savourions la douce satisfaction de la victoire et forgions de nouveaux plans pour le lendemain. au retour de Vallala (comme dit l'ami Sillig). mais. de brume et de bleu . le même charme et la même pureté. dans le bleu. Quant à moi. si forte soit-elle. une fois les skis aux pieds. on est peu contemplatif et chacun s'abandonne au plaisir de la glissade. Nos yeux devaient garder longtemps cette vision. nous fîmes une halte délicieuse et un gai déjeuner. A la cabane. qui nous entourait de son suaire.) à cause d'une brume légère qui se condensait sur la neige et ne s'évaporait que plus loin. Le temps était parfaitement pur. que la bise. Partis de la Tàschalp. Au pied de cette muraille. et je ne pus m'empêcher de comparer cette exquise promenade à celle que nous fîmes un jour. On se dirige ensuite vers un petit col anonyme. La descente nous offrit quelques visions fantastiques de glace. dans nos hamacs. Descente en cinq heures. Si elle rend impraticable l'arête du col. Dame Nicotine revendiquait avidement tous les droits qu'elle avait dû abandonner durant la course. chaussé de crampons. le retour était régulièrement fêté par un hé fort joyeux où la boisson coulait à flots. telles des âmes en peine. jusqu'au souper. autour de la Bernina. Seul. Je m'étais mis en route sans beaucoup d'enthousiasme . le 17 janvier. en effet. Au sortir de ce labyrinthe. l'Alphubel fumait toujours comme un volcan de laves blanches. coupé net du côté de Zermatt et dont nous eûmes quelque peine à trouver le point culminant (4207m. l'air absolument calme. à mesure que nous montions. mon ami Stàubli et moi. je fus saisi par la beauté nouvelle de ces montagnes : elles nous dominaient d'un côté. Malgré les indications de la carte. la suivant à pied. On laisse les skis à cet endroit. nous filions en ligne droite. avec une courtine de glace dont la traversée ne semblait possible qu'en un point. le désir d'en faire l'ascension était évident et bien naturel. « Bien dit ! » s'écria Chouchou en achevant son dernier télémark. les skis filent où la volonté les dirige. En examinant la carte de près. où elles restèrent un temps à rôder. la chaleur délicieuse. Bruissant sur la neige soyeuse.) fut l'objet de notre discussion. Ce soir-là. vous objecterez peut-être que la pente conduisant à cette épaule est d'une raideur excessive. la première ascension hivernale du Rimpnschhorn et en tout cas la première à l'aide des skis ( 1).

au pied du Mont Rosé : longue course qui nous obligeait à franchir l'Adlerpass. C'est pourquoi. nous déjeunions tranquillement sur l'Allalinpass (3 570 m. chacun faisant valoir son point de vue. et Ton sonna la retraite très tôt. La varappe est amusante et n'exige pas plus d'une heure depuis le Sattel. Sattel: 12 heures à 12h. Il y rencontra de la glace. Si la neige n'est pas trop dure. Deux heures après avoir quitté Britannia. emportant sur nos dos de formidables laques. sommet : 12 h. ce jour-là.50 à 14h. les provisions qui encombraient les tables semblaient à peine diminuer. où les neiges festonnées se découpeat sur le ciel lumineux de l'Orient. dès notre retour à la Britannia et jusqu'au moment du coucher. Derrière les ondulations et les blanches épaules du Fluchthorn. Mitten sembla se résigner. Suivant mes conseils. l'air était aussi calme que sur le glacier. était naturellement d'un avis tout différent . d'anéantir ces amas de victuailles à coups de grands festins. Je coulai à pic et me trouvai au fond de la mare. Chacun à sa façon. en attendant le retour de mes camarades. Un privilège rare nous récompensa : à 4203 mètres. en compagnie de couteaux. dans notre discussion nocturne et enfumée. proposait un jour de repos afin. de fourchettes et de cuillers. La nuit fut agitée : emporté par une avalanche où les boîtes de conserves voisinaient avec les oranges et les saucisses. toujours fatigante. le beau temps avait favorisé tous nos projets et livré la montagne à tous nos caprices. ne perdait pas un coup d'œil. éblouissant dans le ciel bleu. où flottaient des macaronis et des croûtes de fromage. tant pour nous restaurer que pour admirer la soudaine apparition du Moat Rosé et du Lyskamm.. Nous nous contentâmes d'admirer ces fiers ciéneaux et nous poursuivîmes notre chemin. Mais ceux-ci ne l'entendaient pas de cette oreille. Jusqu'ici. le lendemain.35. et rien ne troubla la contemplation d'une vue sans nuage (1). en nous annonçant que le chocolat était servi. eh prévision des grands nettoyages du lendemain. environ) : 8 h. le regard échappe enfin à l'obsession de cette enceinte titanesque et glisse vers un horizon plus tranquille. et dans nos cœurs le souvenir des moments inoubliables passés sous son toit. lui. il est vrai. A 9h30 seulement. mais. comme pour mieux marquer le contraste de ces deux sommets : le premier. sommet: 13h. la descente en ski nous délassait et la fatigue disparaissait comme par enchantement. l'apparition vaporeuse d'une montagne telle que la Disgrazia manquait à mes yeux pour compléter l'analogie de ce décor avec les siteà de la Bernina. nous devions quitter la cabane pour nous rendre à Bétemps. Seule.30 . deux géants qui ne manquent jamais leur effet et dont la proximité est toujours intéressante. qui lui arracha de puissantes exclamations. Or. La journée était pure comme la précédente et l'air parfaitement calme. notre trio fut réuni en conseil de guerre. on apercevait jusqu'aux moindres détails. Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas laissé nos skis sur ce col. et Mitten.50. on peut s'élever ensuite. autour du petit fourneau qui ronflait gentiment. disait-il. Il s'agissait de résoudre le grave problème du lendemain. 55. bien sagement. avant de prendre la direction du Rimpfischhorn : on évitera ainsi une marche de flanc. Ce brave Mitten ! je l'aurais bien embrassé. bon gré mal gré. l'air était si calme et le soleil si chaud. cette belle humeur? Il fallait en profiter.— l'Adlerpass — ouvert entre le Rimpfischhorn et le Strahlhorn. Dans la clarté matinale. Le lendemain à 6 heures (à 6 heures 1).). après trois longues heures de nettoyage. Une seule journée bien remplie suffisait à compléter l'exploration que nous nous étions proposée des sommets entourant la cabane Britannia. Malgré le soleil et les lourdes charges. Si vraiment nous avions été fatigués.50Allalinpass: 10 heures à 10h. arête occidentale (3 320 m. 15 mars 1915: départ Britannia: 7h. Chouchou se mit à remonter le couloir principal dans toute sa hauteur. mais chaque soir. je fus précipité dans une mare d'eau grasse. On escalade une sorte de côte. pour essayer l'arête nord dm Rimpnschhorn. Un plantureux souper occupa cette dernière soirée. et le moins possible sur nos dos. l'autre. Uae bonne demi-heure s'écoula.). 20 . 10 à 9 h. Ce soir-là. il n'admettait pas de relâche avant l'exécution intégrale de notre programme. de ces victuailles encombrantes. Mitten. farouche et sombre. et ce fut l'occasion d'un joli travail au piolet. Ils étaient presque aussi secs que lors de ma première visite. Perdus dans la fumée de nos pipes. je n'hésitai pas à me déclarer partisan de l'action. Il s'était produit en moi comme une scission entre la machine humaine actionnant le mouvement de 1 II est intéressant de comparer les horaires de mes deux ascensions ait Rimpfischhorn : 31 mars 1912: départ Untere Tàschalp : 4 heures . Use élégante crête neigeuse conduit au premier sommet (4 119 m. elle était vraiment séduisante. au retour. qui préconise les solutions prudentes et raisonnables. que j'y serais volontiers resté. La perspective de traverser l'Adlerpass avec une charge de vingt kilogrammes sur le dos ne l'effrayait nullement. Je ne regrette pas d'avoir poussé une seconde fois jusqu'au sommet. tout de neige et de lumière. Mais jusqu'à quand durerait-elle. que conservait le souvenir brumeux de l'Alphubel. avec sa haute paroi de rocs et sa crête déchiquetée .20. à 3800 mètres d'altitude. Précédant mes compagnons de quelque distance. nous partîmes à l'assaut du sommet. et il me fallut les suivre. Nous avions beau faire bombance chaque jour. Britannia: 16h. sans laisser de traces apparentes. Converti par une démonstration si claire. la montée fut très agréable. Mitten vint nous réveiller. Pour concilier mes amis. nous quittions Britannia. Chouchou. Mitten se lança dans les rochers et j'en fis autant. j'avais l'illusion d'avancer seul sur le gkcier immense. je proposai d'emporter le plus possible dans nos ventres. qui forme la rive droite du couloir et aboutit au premier sommet. s'il n'avait eu le visage barbouillé de lanoline. nous discutions tranquillement. dont les rochers nous renvoyèrent l'écho. Il est bon de descendre une centaine de mètres sur le versant occidental du col. Nous étions si bien installés. au creux de cette selle . et il traitait familièrement Mitten de « dix-huitième de boue ». nous aurions facilement trouvé une quantité d'excellentes raisons pour adopter la solution du repos et des grands banquets . relié au point culminant par une courte arête. On en dit beaucoup de mal. toujours en ski. en face des montagnes de Zermatt. séparé du point culminant par une série de gendarmes où résident évidemment toutes les difficultés de la course. Nous fîmes là une longue halte. jusqu'à l'épaule du sommet .

Chacun sortit une orange de sa poche et la savoura lentement en face des montagnes. De joyeux yodels résonnèrent dans les rochers voisins et notre trio s'installa dans la neige pour diriger une sérieuse attaque contre les provisions qui gonflaient les sacs. subjugué. Plus loin. je distinguais mes amis comme deux points sur 1'immensité blanche.). Le temps s'écoula trop vite. Une dernière crête.) large selle ouverte entre le Stockhorn et la Cima di Jazzi. réfléchie par les neiges. et cette haute route Britannia-Bétemps constitue une des traversées les plus belles et les plus intéressantes des Alpes ( 2). escaladait le Cervin. émergeant de la neige. Elle passait sur nous comme un souffle de vie que nous respirions avidement : il coulait dans nos veines et gonflait nos cœurs d'allégresse. le rythme des skis battant sur les vagues m'annonça l'arrivée de mes compagnons. Si l'on dispose. Une ascension d'hiver au Strahlhorn (Écho des Alpes. la ligne ondulée de ses arêtes de glace fuyait doucement. Je le savais — et j'appréciais d'autant mieux notre heureuse chance. Les ombres étaient du même bleu. dix ans auparavant. c'en était bien un ! Les mains dans les poches. traversait la Dent Blanche . infiniment étroite. Au lieu d'aboutir à Zermatt. Lentement la neige s'abaissa.. facile et sans danger. de l'autre. à l'abri de la bise légère qui soufflait. sous le même angle que les flots blancs du glacier de Findelen. et il ne m'avait pas procuré l'extase qui m'envahit en franchissant la corniche de l'Adlerpass/ Certes. semblait attirer irrésistiblement mes pas et la grandiose avenue du glacier s'ouvrait devant eux. mais le col semblait si proche que je poursuivis ma promenade solitaire. En vérité. Au lieu de rester couchés ainsi. Un coup d'œil en arrière suffisait à détruire ce sentiment de solitude : tout là-bas. il fallut céder à une ardeur insatiable. au gré des vagues irrégulières que forme la neige. il est tout naturel de réserver cette traversée pour le retour. lorsque la bise a soufflé quelques jours. mais la réalité surpassait de beaucoup ce que mon imagination avait cru concevoir. et l'esprit. Sous la corniche. les séracs du Strahlhorn cascadaient dans le bleu . Mes skis avançaient toujours. Du sommet du Rimpfischhorn. le traverse perpendiculairement et remonte au Stockhornpass (3 415 m. trois hommes comme nous avaient dû ramper sur la neige. pendant une demi-heure. fondues dans la pâleur du ciel. Dans ce cas. Dans l'air. dont l'ascension est relativement courte. nous avancions sur la neige durcie. du sommet du Rimpfischhorn. qui coule à ses pieds. facile à repérer du sommet du Strahlhorn et qui. de plusieurs jours pour rayonner autour de la cabane Britannia. il n'y a qu'à suivre le pied des Rimpfischwànge et le sentier de Z'Fluh à Findelen. le bâton sous le bras. Au pied du Rimpfischhorn. envahis par la chaleur exquise du soleil et par la douce quiétude du moment. la brise légère tempérait agréablement la chaleur du soleil. sur la croupe étincelante du Strahlhorn (4 191 m. Notre balade nonchalante me rappelait un titre de Jérôme : Three men on thé Bummel. Pourquoi l'effet du Mont Rosé est-il si surprenant ? Nous l'avions contemplé le jour précédent. comme nous. rien ne troublait le joyeux hymen entre l'azur du ciel et la neige des montagnes. Mais. Comme intermezzo. 1 Dr O. le Strahlhorn est certainement celui que je recomman derai en premier lieu aux hôtes de la cabane Britannia : c'est la course en ski par excellence. Sur cette même arête. tant la violence de la bise était grande (1). Mais si vous devez redescendre sur 2 . en face des montagnes. Par un hasard de la nature. C'est une des raisons qui peuvent l'engager à combiner cette ascension avec la traversée de PAdlerpass. distrait par ce que voyaient mes yeux. nous prolongions notre sieste avec délice. sur le dos bienveillant de la montagne. p. Je ne connaissais pas l'Adlerpass. au lieu de suivre le glacier de Findelen. Seule. Si vous voulez descendre sur Zermatt directement. La ligne qui séparait la neige du ciel s'abaissa peu à peu . le retour à la cabane n'offrira pas un grand charme au skieur pur et simple. Quelques rocs. le regard suivait les corniches du Breithorn. lorsque les conditions sont aussi favorables qu'elles l'étaient ce jour-là. Vous ne voyez pas au delà. incurvée sur le ciel. GOEHRS. sans pouvoir se fixer longtemps au même endroit : tant de sites les attirent ! D'ici. mais toujours il revenait. 1906. je laissai mes amis cheminer devant moi. nous conduisit au sommet. La ligne blanche de l'Adlerpass. J'étais sur le col. 257-282). les formes vaporeuses du Mont Rosé surgissaient derrière une pente illuminée de soleil. Leurs visages cuivrés surgirent bientôt de la neige comme ceux de deux Indiens sortant d'une embuscade et ils furent illuminés d'enthousiasme. Des quatre sommets gravis successivement en quatre jours. explorant les couloirs et détaillant la structure des créneaux qui couronnent son faîte. et ses lignes. le Rimpnschhorn présente une heureuse combinaison de ski et de varappe. Il était midi et demi : trois heures suffisent donc pour monter de la cabane au col. aux flancs somptueux du Mont Rosé.. Derrière la corniche qui m'abritait. On commencera alors par l'Allalinhorn. les regards erraient sur la paroi mystérieuse du Rimpnschhorn. impatient de surprendre la beauté du spectacle qui m'attendait là-haut. ce cadre n'existe pas. nous invitèrent à prendre place. comme trois paysans suivent une route par un beau jour de foire. l'un derrière l'autre. contrastaient par leur légèreté avec la proximité brutale du premier plan. vous arrivez à la cabane Bétemps. une dernière corniche me séparait du inonde nouveau qui allait s'offrir à mes yeux. par une claire journée de janvier. d'un côté. Cette fois-ci. la vue est illimitée et les yeux errent inconsciemment. ne fût-ce que pour réjouir mes yeux à la vue de leur alkire confortable. le cadre et l'éclairage y furent pour beaucoup. Le bleu profond du ciel découpait nettement les contours étincelants de la montagne. Quelques pas encore sur le versant opposé et je m'assis instinctivement. s'y cramponner des mains et faire appel à toute leur énergie pour atteindre le sommet. L'Alphubel exige beaucoup de prudence à cause des nombreuses crevasses. Il n'est pas rare cependant que la neige soit complètement dure sur le glacier d'Allalin. Elle nous arracha à notre contemplation et nous poussa. Mitten m'avait bien averti du coup de théâtre qui nous attendait là-haut. vous vous laisserez peut-être tenter par une autre route.mes skis dans la piste toute tracée. Aussi loin que nous pouvions voir. je vis qu'ils s'arrêtaient à l'ombre d'un sérac . mais la carte est assez éloquente pour vous renseigner.

qui confinait par le rosé au bleu noir du firmament. s'entourait d'une écharpe de brumes rosés. en me faisant signe de piquer droit en bas. . vol. Du côté opposé. la vue était grandiose. Tout près se dressaient les séracs du glacier. Une heure avait suffi pour gagner le sommet du Strahlhorn et vingt minutes pour en redescendre.). menue comme un fil d'araignée sur une nappe blanche. la lueur d'émeraude disparut. et soudain une haleine froide nous caressa le visage. à travers l'Adlergletscher et s'arrêtèrent hésitants au bord de la rive escarpée qui domine le glacier de Findelen. Pointu. II. et nous en profitâmes sans perdre notre temps. La nuit tombait . le soleil. un peu après 7 heures. parmi les blocs de pierre. Chouchou nous cria : « Regardez le Mont Rosé ! » Là-haut se jouait l'apothéose de cette merveilleuse journée : baignées d'ombre dans le bas. un peu au-dessous de la rimaye. comme une nappe d'argent en fusion. puis nous pûmes sans danger les chausser. Saas. nous arrivâmes à la cabane Bétemps. Nous franchîmes à toute vitesse la ligne qui séparait l'ombre de la lumière. nous parcourûmes une centaine de mètres en portant nos skis. Nous quittâmes le glacier sur un pont chargé de neige et suivîmes la petite combe derrière la moraine. le cube brun du refuge. Chouchou prit la tangente pour tâcher de découvrir le pied de la pente et lança bientôt un *odel de satisfaction. Nous arrivâmes là-haut aux derniers rayons du soleil. Parti le premier. Le Gorner scintillait à ses pieds. Le soleil n'avait pas encore abîmé ce que la bise ne pouvait atteindre et la neige fut partout excellente — à notre grande surprise. la silhouette du Cervin paraissait plus -noire. la corde fut déroulée sans hésitation. et le Strahlhorn. nos skis filèrent en plein sud. nous suivions amusés les méandres hésitants de notre piste. et notre fugue s'acheva au Gornersee. une heure suffit pour descendre du Feejoch à Saas. ce que je fis en freinant fortement de mes deux bâtons réunis. dans un paysage polaire d'une sauvage beauté. heurtant ses vagues à la puissante digue qui court du Breithorn au Théodule. Comme il fallait maintenant traverser celui-ci dans le sens même des crevasses. Une combe glaciaire y conduisait. lorsque. Après avoir décrit quelques serpentines. Nous l'aperçûmes enfin. Contournant la rive glacée du petit lac. enfin. le néant et l'immensité des montagnes nous entouraient et nos yeux confiants cherchaient làhaut. il nous fallut trois quarts d'heure pour passer d'une rive à l'autre. nous rejoignîmes le chemin habituel qui vient de Gadmen. Ce furent les derniers spasmes du crépuscule. Ivres d'enthousiasme. nous glissions comme des fous sur la neige légère qui bruissait sous la proue des skis. plus fine et plus haute que jamais. Détachée à contre-jour sur un ciel éblouissant. 20. sur la rive droite du grand glacier de Findelen. qui commençait à devenir précieux. le ciel était constellé d'étoiles. Tous ces itinéraires sont décrits minutieusement dans le Walliserski-Inner. De ce large dos qui sépare les deux immenses déserts neigeux de Findelea et du Gorner. nous abandonnâmes à la pente nos coursiers impatients. Lorsque la neige est favorable. baissant toujours. il est préférable alors de commencer par l'ascension du Strahlhorn et de combiner celle de l'Allalinhorn avec le retour. le Rimpnschhorn était presque méchant. Et. nous étions de nouveau réunis sur l'Adlerpass. Comme la pente du col est très raide au début. son voisin. D'un côté. Au flanc du Lyskamm. l'arche du salut. une tache de rosé fondait lentement et. La corde reléguée au fond du sac. je m'arrêtai bientôt pour voir descendre mes compagnons : ils semblaient voler dans leur sillage de neige poudreuse. avait transformé le lumineux paysage de midi en une puissante fantasmagorie. 3 415 m. Il restait encore 200 mètres à gravir pour gagner notre dernier col (le Stockhornpass. les neiges montaient vers le ciel comme une gamme de teintes pâles. embellie encore à cette heure par la magie du crépuscule. Malgré une allure rapide. dans l'échancrure profonde du col du Lion. Ce n'était plus très loin ni très haut. La carte indique à cet endroit quelques grandes crevasses et invite à la prudence. dans une belle neige poudreuse.A 3 h. Je coupais ainsi perpendiculairement la direction des crevasses — qui restèrent invisibles — et nous fûmes bientôt réunis au point coté 3 208.

ou même jusqu'à la cabane du Trift. mais on trouvera tous les renseignements nécessaires dans The Alpine Ski Guides: The Bernese Oberland. sauf peutêtre sur une longueur de 200 mètres. il a paru dans l'Écho des Alpes. sa contrée favorite. j'avais l'esprit parfaitement tranquille. Il n'y a pas de neige plus sûre.) et le Moine (4105 m. Mais. 2 Ce que j'ai appelé pas glissés au chapitre VII. il vaut la peine de rester un ou deux jours au Junfraujoch pour gravir les sommets voisins avant d'entreprendre la grande traversée. Peu de panoramas sont mieux groupés que celui de l'Obermônchjoch. de la Goescheneralp on rejoint la ligne dn Gothard à Goeschenen. on a cherché à prolonger la Haute Route jusqu'à la Furka. soit pour les courbes et balancés de toute espèce. S n'a pas encore publié de guide spécial pour cette région. en franchissant le Lauter-aarsattel (3 156 m. lorsqu'on en a le temps. Au ciel vibrait la claire et vive lumière qui suit l'aurore. avant que la croûte de neige ait le temps de s'amollir. En couchant à l'hôtel de Fafleralp. mais beaucoup plus intéressant aussi. en descendant par l'Ewigschneefeld plutôt que par le Jungfraunrn. Ce genre de beauté n'est pas donné aux aurores sans nuages.) sont des buts facilement accessibles en quelques heures. à travers le glacier du Rhône. Lorsqu'on y glisse. le vent venait de l'est et. et il est préférable de pousser plus loin encore : soit au Susten par le Zwischentierbergpass. il arrivera en une forte journée à la Concordia. entre lesquelles couraient les nuages sombres. En tout cas. Pour le skieur printanier.. un orage éclata . Les longues bannières de nuages courroucés. . ce matin-là. 1919. VII. ceux qui ont le temps feraient bien de traverser le Mônchjoch. Lunn a bien voulu combler cette lacune en m'autorisant à publier le récit qu'on va lire. Du Susten. Quant au retour de la Grimsel. nous avions fait. vol. il fut possible de parcourir presque toute la distance entre le Mônchjoch et la Concordia. quand nous quittâmes le Jungfraujoch. C'est ce que firent Lunn et ses compagnons. Nous n'oublierons jamais cette première longue descente du Mônchjoch sur l'Ewigschneefeld. Le volume III est eu préparation et comprendra la région orientale de 1'Oberland. le Lôtschental et la Grimsel ont été tracés par Arnold Lunn et Othmar Gurtner sur lacarte Gadmen-Bietschhorn. S. 45-64. L'arrière-plan présentait des flaques de lumière. On n'y trouve pas ce contraste entre le soleil et la brume qui prêtait tant de charme à cette vue du Mônchjoch. Comme nous arrivions à la station du glacier de l'Eiger. de Wengen. semblaient être celles des dernières légions des armées nocturnes en fuite. La neige était parfaite : couche poudreuse sur croûte gelée. Ce détour n'ajoute qu'une heure au trajet. 30 du matin le 18 mai.. Les guides s'amusèrent à essayer des balancés ( 2).). La Jungfrau (4166 m. La montagne avait fait la conquête de mes amis et. il n'est agréable ni d'un côté. En mai 1924. lors de sa première traversée de la Grimsel à la Concordia. plutôt que d'aller directement à la Concordia.CHAPITRE XII L'OBERLAND BERNOIS (Course de printemps) par ARNOLD LUNN (1) Nous nous rencontrâmes à Interlaken le 17 mai. il faudrait la faire de très bonne heure. malgré les nuages sombres qui planaient dans le nord de la Suisse. Il n'existe pas d'ombres pareilles à celles qui tombent sur la neige poudreuse. et nous le connaissons désormais comme le plus fervent spécialiste du ski printanier dans 1'Oberland. Cet itinéraire est naturellement plus compliqué et plus long que la classique Haute Route. et.K. Une telle neige permet une allure plus rapide que la neige poudreuse profonde.) pour rejoindre la Haute Route à la Concordia. Middleditch et moi.) le lendemain et descendre coucher à la Concordia. de Saint-Nicolas. bordés d'argent. Evans. soit à la Goescheneralp. Le C. Tous les itinéraires entre le lac de Thoune et la vallée du Rhône. Captain Carlyon. et elle est tout à fait sûre. On peut aussi s'arrêter à mi-chemin. by Arnold Lunn (1920). et les frères Feuz. II. Il ne manquait à cet itinéraire qu'une dernière étape. il obliqua à l'ouest et gagna le pavillon Dollfus pour compléter sa traversée. Mais la course fut retardée. Mais la descente du Trift dans la vallée de Gadmeo «st très dangereuse. pp. annexée à l'Annuaire du C. dans la suite si souvent parcourue. converti par son enthousiasme. 50. était notre guide chef. à la cabane Egon von Steiger sur la Lôtschenlûcke. surface particulièrement douce et ferme à la fois. pour devenir la tameuse Haute Route. Librement traduit par M lle Roget. Heureusement. Au chapitre II. Dans des circonstances normales. on part volontiers de la station du Jungfraujoch (3 457 m. J'espérais que ce ne serait rien de plus que l'orage du soir. celle conduisant de la Concordia au Lôtscliental. A. il était dans toute sa perfection. trois charmantes expéditions en ski sur les glaciers de l'Oberland. à 4 h.) et descendre sur Meiringen. Le premier plan était un fouillis d'étoiles minuscules. Or il manquait à mon livre un chapitre sur l'Oberland au printemps. Joseph Knubel. ni de l'autre. C'est pourquoi. lorsque le soleil brille bas sur l'horizon. près du pied du Hinter Fiescherhorn. ouvert toute l'année. de Mûrren. l'Oberland bernois est sans contredit le plus beau champ d'action des Alpes. Arrivé à une heure de l'hospice de la Grimsel. en janvier 1898. avec d'autres officiers rapatriés depuis. Nos derniers doutes s'évanouirent en atteignant le Mônchjoch à 5 h. endroit où se termine généralement la Haute Route. En 1917. je devais précisément traverser cette région avec lui. soit pour la vitesse. La station du Jungfraujoch possède aujourd'hui un confortable hôtel. Pour nous. habituel en mai il y avait cependant de vilains brouillards noirs au ciel. vol. Celui qui méprise le confort du Jungfraujoch ou les avantages de son chemin de fer fera mieux alors de partir du Lôtschental. et l'on peut jouir de la vue entre le Mônchjoch et la chute de séracs 1 II est inutile de présenter Arnold Lunn à mes lecteurs : son nom revient fréquemment dans cet ouvrage. A. par la Triftfimmi (3 100 m. Mes trois camarades a vaient pas se le s deux hivers précédents à Mûrren et étaient devenus de très bons skieurs de haute montagne. il neigeait à gros flocons lorsque nous atteignîmes le Jungfraujoch où nous comptions passer notre première nuit. ils avaient qukté leurs études ardues à Lausanne pour retrouver le monde des neiges. surtout en sens inverse. où chaque cristal reflétait l'aurore. nous avons suivi la caravane de Paulcke. le beau temps paraissant bien établi. puis en gravissant les Fiescherhôrner plutôt que le Finsteraarhorn. depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. gravir l'Ebnefluh (3 964 m. on a l'impression de caresser du velours. Mais. déployées sur les trois crêtes du Wetterhorn et flottant au-dessus des rochers imposants du Schreckhorn. Ceux qui préfèrent éviter ce palace peuvent arriver le même soir àla cabane Concordia. et finalement remise. le quatrième jour. et nous avions pris comme porteurs Bischoff. — M. on revient à Meiringen directement .

cherchant vainement à s'abriter sous des manteaux tendus entre des bâtons de skis.) comme étant meilleur pour le ski. une onde sonore vint troubler la tranquillité des hautes Alpes . Grunhornlûcke 10h50 a 11h40. au Mont Rosé. cabane du Finsteraar: 13h20. lorsqu'enfin je me rendis compte que le ruisseau était un mirage. 20. L'ascension se fit sans incident. Prenant les choses très « à la douce ». La montée du Fiescherfirn jusqu'à la cabane du Finsteraarhorn fut une des plus échauffantes que j'aie connues. Et l'on est grillé plus cruellement encore que pendant la marche ! La pente était semée de gens lassés. Dans la neige amollie superficiellement. Un détour d'une heure vingt exactement nous permit de gravir le séduisant petit Ochsenhorn ou Klein Fiescherhorn (3 905 m. Vainement je parcourais du regard la surface de neige étincelante qui attisait ma soif. En descendant tout droit. ne cesse de hanter les glaciers de sa présence importune. Entre les crevasses. mais assez rugueuse pour permettre le christiania ou les stemm. Elle est du reste exceptionnelle dans les hautes Alpes en toute saison. Après bien des heures passées dans les neiges aveuglantes. On chaussa les skis à 50 mètres sous le sommet. par exemple 1 L'endurance admirable de la bande de Lausanne. On prend ainsi les deux tiers du temps et on fournit un effort de moitié moindre qu'en cheminant en ski. comme un écho des rumeurs de la guerre que nous pensions être restées dans les vallées. les travées de neige fondaient jusqu'à la profondeur de quelques centimètres seulement. j'entendis la fraîche musique d'un ruisseau turbulent. Non seulement cela nous rappelait. si ennuyeuse en plein hiver. qui nous avait rafraîchis à la montée. outre la ficelle passée par les trous perforés dans les pointes des skis. Le vent. Le vent d'est. juste au-dessous de l'Ochsenhorn. Quelques virages rapides entre crevasses. Nous suivîmes la rive gauche des séracs : une descente très amusante sur une croûte de neige dure. faisait l'étonnement de tous. En effet. nous fournit encore une excellente descente. et l'on fila. Ceci pour plus de sûreté. Mônchjoch 5h50 à 6h10. je m'étais chargé d'un sac très lourd pour mettre tout le monde sur le même pied. 55. Arrivée au sommet à 10 h. sa qualité poudreuse. on arriva à la crête de l'Ochsenhorn (trois minutes et demie) où cessait la neige poudreuse et. mais c'était encore un indice fâcheux que le jour viendra où des aérobus sans vergegne déposeront leurs bandes de touristes dans les sanctuaires les plus recttlés des Alpes. nous avons déposé nos sacs. la lumière semble réfléchie par une loupe qui aurait pris votre visage pour foyer. nous ne quittâmes le col que vers midi. comme nous approchions du col.). télémark sur télémark. la croûte supérieure se détachait. à peu près de même altitude. Du sommet d'une arête. six heures un quart après avoir quitté la cabane. tout compris. on plongeait sur la merveilleuse fraîcheur des prés de Grindelwald. Comme je montais lentement. à pied. Là. Nous choisîmes le Hinter Fiescherhorn (4 020 m. christianias et télémarks étaient également faciles. Bêtement. Jungfrauhorn: 4h40. tout en remarquant avec joie que le dernier nuage avait disparu du ciel. de sorte que le sport était à la fois sain et divertissant. déjeuné et fumé la meilleure pipe de la journée. tombée deux jours auparavant. deux minutes et demie après. belliqueux. Apparemment. le soleil semble au zénith. Juste au-dessus de cette cascade de glace. nous partîmes à 4 h. Car. qui ne pouvait guère être entraînée. sauf peut-être sous quelque rocher surplombant. Nous montions sur la neige dure avec nos crampons. la neige poudreuse cessait. entre autres. le monde que nous avions laissé bien loin.de l'Ewigschneefeld. glissait et descendait la pente avec un bruit d'eau courante. nous attaquâmes les pentes menant à la Grùnhornlùcke. ennemi par excellence de la bonne neige. Presque toute notre troupe atteignit la cabane à I h. Cette illusion s'explique de la manière suivante : à mesure que les skis des guides mordaient la neige. La chute de glace. nous étions de nouveau au sommet de la cascade de glace — cela faisait six minutes de merveilleuse descente sur un déclin de 400 pieds. en tirant les skis. puis une descente longue et directe nous amena à la cabane Concordia. la montée en ski nous aurait certainement pris deux heures de plus. Concordia: 7h25 à 8h15. avait aussi contribué à conserver à la neige. une dernière longue 1 Départ du Jungfraujoch 4h20. Pas moi. se présentaient très bien. tirant nos skis avec une ficelle. vinrent les pentes rapides de la cascade de glace. d'une manière inopportune. des lunettes très foncées et une ration supplémentaire de lanoline sont indispensables. se détachant sur le bleu du ciel. La neige était encore en excellent état et faite pour des télémarks combinés. à demi couchés. c'était un bourdonnement désagréable. j'avais été trop bon (1) ! Le lendemain matin. dans la profonde neige poudreuse. 40 pour le Fiescherhorn. La descente fut admirable. Impossible de s'abriter. un aéroplane tournoyait. Après les pentes douces du Walliser Fiescherfirn. Au mois de mai. Au mois de mai. La vue du Hinter Fiescherhorn est très étendue. Les christianias allongés y étaient extrêmement faciles. cet aperçu de verdure était comme une averse dans le désert. Les Wetterhôrner. Soudain. Après déjeuner. Il fallut redescendre 400 mètres pour les retrouver. Le Fiescherhorn a deux pointes. bien que les premiers skieurs — passés là en février — eussent eu toutes les peines du monde à contourner cet obstacle. j'ai vu une ficelle se casser et une paire de skis disparaître dans la nuit. . Encore quelques courbes. Si l'on a le malheur de s'arrêter un instant sur la neige. Il faut avoir soin de passer une ficelle de réserve à travers les fixations. tel celui d'une oasis dans le désert. Celle-ci ne présente aucune difficulté. Ce fut pour nous un des plus beaux moments de la journée.

la vue était étonnante : on apercevait le glacier du Rhône et les cimes du Gothard. Middleditch poussa un soupir résigné. les parcourant en deux minutes. et l'on recommença à grimper. Nous partîmes le lendemain matin à 5 heures. c'est la même histoire que pour la cabane du Finsteraarhorn. leurs pointes vibrant au contact de la neige. il aurait pris les premiers 600 mètres tout droit. vous me prêtez des ardeurs que je n'ai plus. retour au pied de l'arête: 9h40. Il y avait eu de tout : longues glissades sur terrain découvert. Comme la plupart des pentes conduisant à un col. Sur cette pente égale et sans crevasses une chute dangereuse est presque impossible. jusqu'à ce que l'été eût chassé les neiges delà vallée. je tirai ma montre. On dirait que ces cabanes ont été construites pour amuser l'ami Kurz. En somme. 45. mérite déjà qu'on visite l'Unteraar. En regardant le col. La pente se terminait en courbe douce. nous regardions le col. se mettre nu jusqu'à la ceinture. A 9 h. Les premières heures du jour. à chaque virage rapide. sans inconvénient. et j'entrepris de faire goûter à mes amis la descente de l'Oberaargletscher. La vue qui s'ouvre sur le Schreckhorn.. A 8 heures.. Je connais peu de glissades qui soient à la fois aussi rapides et confortables. Nous avions un léger retard. 40 nous avions remonté la profonde cheminée qui mène à la Gemslucke. Les christianias se succédaient. à cette heure dorée du matin. Un eliamois traversait le glacier. lui. libérée de la main glacée de l'hiver. dit-il. à certains égards. Il y a toute une gamme de couleurs qui disparaît quand le soleil est plus haut sur l'horizon. fortement chargés. désiraient prendre le raccourci qui passe sur le Scheuchzerjoch. de ce qui ne reviendra plus. Au mois de mai. 1 Départ de la cabane du Finsteraar: 4h40. mon cher Middleditch. les montagnes. baignent dans une atmosphère lumineuse. on ne pouvait tomber. cette glorieuse « plongée » dans l'air du matin était passée. hélas. et. sur le ciel. Les guides. et je vous engage à lire ma « dernière campagne ». comme un cycliste sur une piste de course. A 1 h.) à 7 h. « Tiens. Nous avions mis cinq minutes. sur un col de glace. j'en suis sûr. passées sur les glaciers au mois de mai. nous nous retrouvions à la cabane. et plus tard sur le Finsteraarhorn. dans le vent qui sifflait et. Depuis ici. car. — M. et ceci sur de la neige de toute sorte. le Lauteraarboden était encore couvert de neige. retour aux skis: 11h45 à midi. purifiées par la fraîcheur de la nuit. Vers le bas de la pente. Adossés à nos sacs. suivis de 300 mètres en pente douce. Celui qui a la chance de se trouver. C'était fini. et terminer la journée en montant jusqu'à la cabane. Fin de la glissade: 12h15. après une absence de neuf heures. sur ce tapis blanc. Nous atteignîmes l'Oberaarjoch (3 233 m. on ne devrait pas quitter le col plus tard que 7 heures. Le soleil n'étant pas encore trop chaud. Les premiers 600 mètres sont raides. arête ouest de l'Ochsenhorn: 8h20. comme s'il savait fort bien que. balayée par le vent. la rivière coulait sombre et vivante. Enfin. séracs: 5h50. car la neige commençait à s'amollir. un des plus intéressants. . mais sans dureté. Les skis bondissaient en avant. et quatre skieurs hors d'haleine se trouvèrent au pied des neiges.la solitude ne serait pas troublée par des bipèdes importuns ! La halte dura une heure. nous avions mis trente-cinq minutes pour descendre. Hinter Fiescherhorn: 10h55 à 11h40. Il y a une dénivellation d'environ mille mètres entre le col et la langue du glacier d'Oberaar. et en avant ! Je glissai avec précaution jusqu'à ce que j'eusse déterminé la place exacte de la rimaye. Nous allions d'une rive à l'autre du glacier en nous servant de ses bords pour tourner et changer de direction. qui rayonne avec une transparence opaline. le pays était nouveau pour moi. Cette vallée qui conduit à la Grimsel est sauvage entre toutes. Une caravane descendant le Wannehorn à pied éveilla notre respectueuse sympathie (1). en sortant du glacier. avec une journée de ski en perspective. Au-dessous de nous. délicieux à parcourir sur de la neige dure. la démarche lente et insouciante. 45. Au delà de l'Oberaarjoch. brusques virages entre des obstacles. le pavillon Dollfus apparut. On peut. Celui-ci est un des glaciers de l'Oberland les moins fréquentés et. cabane: 1h45. rapides. Faire 2 ooo mètres de grimpée avec 80 kilogrammes sur le dos. 45. Sur cette merveilleuse neige. la partie supérieure de l'Oberaarjoch est concave et revêt la forme d'un entonnoir peu profond. Si l'ami Klopfenstein avait connu le terrain aussi bien que moi. la croûte de neige dure était rasée par le bord du ski et descendait la pente avec un bruissement d'eau. je regardai mon anéroïde. puis je rendis les rênes. le vent s'apaisa. S'il ratait cette dernière grimpée. Le vent d'est rendait la montée facile et agréablement fraîche. qui rappelait la musique des ruisseaux glaciaires par une chaude journée d'été. sommet Ochsenhorn: 9h10. et à 6 h. voilà ce qu'il aime. K. Les ombres s'allongent sur la neige. C'est un glacier idéal pour le ski : peu dangereux et relativement peu crevassé. parcourir tout le glacier en moins de dix minutes. halte pour déjeuner: 7h15 à 7h45. Le vent et la neige chantaient à nos oreilles . dont ils avaient consommé trop vite les joies éphémères. je donnai une dernière secousse à mon sac. Mais ce serait dommage de bâcler une si belle descente. La bande arriva au bas du glacier vingt minutes après avoir franchi le Joch. Ns avions goûté la joie intense du skieur accomplissant une des plus belles glissades de sa vie.. Elle en valait la peine. on fit une halte. connaît une joie rarement accordée aux mortels. et nous nous trouvions sur les pentes douces des Walliser Fiescherhôrner. ont quelque chose de magique. Le glacier s'élève en pente douce : nous avancions vite et sans peine.glissade. Nous filions accroupis. une des plus belles randonnées dont j'aie jamais joui. descentes courtes et rapides. 2 Non. En comptant les haltes. un regret nous étreignait: le regret inévitable de ce qui a passé trop vite. C'est le terrain rêvé pour le skieur. il estimerait n'avoir pas gagné son dîner » ( 2). redescendre sur de la bonne vieille neige durcie. Les arêtes se détachent clairement. trop tôt. Un skieur de premier ordre pourrait. nous nous mîmes à glisser tout droit. L'après-midi se passa à prendre des bains de soleil sur les rochers près de la cabane.. puis l'on skia jusqu'à la langue du glacier d'Unteraar.

et cette journée idéale. Ainsi. ava nt le lever du rideau.les rochers et la neige de l'hiver. Il faut de l'herbe et de l'eau courante pour en faire autre chose qu'une halte dans l'attente de quelque chose de mieux. Une cabane perchée sur un désert rocheux n'est pas idéale. Chaque pas avait son charme.C'était pourtant la peine de faire une montée de plus. » Nous nous attendions à ce que la pluie douce. Elle devient graduellement plus raide. On voyait rire le ciel à travers l'ouverture pratiquée dans la crête surplombante. au delà de l'étendue du glacier. A mesure qu'on approche du col. il la chantait avant que le monde fût pris de folie. Nous partîmes à 3 h. . la nuit enveloppa les montagnes. c'est un col idéal. même si vous voulez descendre sur le glacier. puis sur un replat. notre col se montra. Et le ruisseau chantait toujours sa chanson. tandis que sa femme. et je me trouvai sous la corniche. nous avions franchi des lieux historiques. Vallée et montagnes surgissent d'un seul bloc. Les cols qui ne sont pas clairement dessinés. tombée durant la nuit. et l'on commença par une courte grimpée. et les souliers à 10 h. Knubel me réveilla. Nous avions parcouru tout le glacier depuis la langue jusqu'à la rimaye. comme par hasard. Quelques pas dans la glace. 06. dit Middleditch. 05. Celle-ci a environ 600 mètres de hauteur. Sur un col idéal. et l'aurore sur le Finsteraarhorn ne fut pas la moins belle que j'aie vue. Noua nous étions fidèlement acquittés des rites qui doivent précéder le passage d'un col. On entend un peu trop parler de Whymper et de Mummery. que Rudolph Meyer avait bivouaqué en 1812. mais un souvenir tel que le regret que nous aurons des joies simples de notre passé terrestre en rendra le Paradis insupportable — si jamais nous y entrons (1) ! L'orage qui menaçait au moment du soleil couchant éclata avec force lorsque nous nous mîmes au lit. et vous émergez au sommet de la crête. sauf de la guerre. sur le tapis vert entourant la cabane. ne fut plus qu'un souvenir. la ceinture à 10 h. Les Meyer avaient franchi notre second col (l'Oberaarjoch) en allant à la Jungfrau. comme un prisonnier sur le seuil de sa prison. la vue du Dollfus est sans rivale. non seulement entre deux vallées. pis encore. et nous avancions à une allure agréable. vous commencez toujours par monter. A notre grande joie. Entre deux. la vue devrait se rétrécir peu à peu. ascension estimée difficile actuellement encore. Passer un col a de l'intérêt lorsqu'on voit surgir brusquement ce qui se trouve de l'autre côté. 10. de l'autre. Les guides décidèrent de suivre la route d'été. Quelle merveille de sentir que le col était la limite. Lentement. sur le mur de neige abrupt qu'on escalade. En venant de la cabane du Finsteraarhorn. Finalement. 50°. Rotkornsattel: 6h40. Environ trois heures après avoir pris pied sur le glacier. la verdure et les couleurs du printemps. Au pied se trouve une rimaye et au sommet une corniche.). tout un monde nouveau s'étale à vos yeux. au delà desquels les montagnes apparaissent peu à peu. nous écoutions avec une joie tranquille un petit ruisseau murmurer dans les rochers tout près. on parlait de tout. on se réveillait. notre premier col. l'arrivée devrait s'opérer comme suit : le nez du touriste passe la ligne de faîte à 10 h. pied du glacier d'Oberaar: 8h20 pavillon Dollfus: 15h. La rimaye était plus effrayante en apparence qu'en réalité. si renommée. Ces considérations mises de côté. ce qui nous eût forcés à faire la montée en ski. nous contemplions la moraine où Agassiz peina. appartiennent à une catégorie tout à fait inférieure. passée dans les Alpes. et il la chantera quand les hommes auront disparu. On somnolait. A i heure. Et maintenant. tandis que les gentianes et les anémones soufrées. Nous laissâmes nos skis près de la rimaye. Oberaarjoch: 7h45 à 8h. C'est sur la Gemslùcke. On est enfermé dans un petit espace. Les gens qui ont construit ces cabanes avaient un sens du drôle tout à fait remarquable. il y eu un moment précis : le lever du rideau. Un souvenir seulement. Les guides devaient les haler au moyen d'une longue corde. l'horizon est limité. Après notre voyage à travers les glaciers. tels que le Théodule. on allumait une autre pipe. et pas assez de ces braves frères Meyer qui firent l'ascension de la Jungfrau et peut-être du Finsteraarhorn avant que Napoléon eût vu Waterloo. En contournant un promontoire. sans effort. puis un dernier 1 Départ de la cabane du Finsteraar 5h. qui ne ressemble en rien à certaines dépressions neigeuses qui n'ont pas de véritable crête ou. Le glacier n'était pas raide. Je montai dans l'escalier facile taillé par Knubel. en montant du glacier qui s'étale en pente douce. Je m'arrêtai un instant. même dans la contrée de Zermatt. J'ai joui pleinement des longues heures paresseuses de l'après-midi au Dollfus. avant sa tentative — qui fut d'ailleurs bien près de réussir — d'attaquer le Finsteraarhorn par la grande arête sud-est. l'après-midi s'envola. Encore quelques secondes d'efforts. On est comme au théâtre. Demi-nus. J'appuyai la main sur la crête. clairsemées dans le gazon. mais entre deux mondes ! D'un côté. on ne devrait avoir conscience que des quelques mètres carrés qui sont droit devant. c'était merveilleux de retrouver des fleurs et la douceur du gazon. pendant une brève seconde mon nez resta comme collé contre la muraille de neige. une Allemande. « Vous comprenez. qui se présentent comme de vastes plateaux ondulés. Du Dollfus. ait fondu la neige . Après quatre jours passés au cœur des neiges. nous rendaient la notion de la couleur que nous avions perdue sur les glaciers. Le rideau s'est levé sur une scène inconnue et d'une beauté insoupçonnée. nous éprouvions la nostalgie des plaines verdoyantes. 07. se plaignait du manque de confort de l'hôtel des Neuchâtelois et de l'inconvenance des histoires que Desor contait après le repas 1. nous trouvâmes que la neige avait gelé . En résumé. nous pouvions contempler le site des travaux d'Agassiz. Je sortis et je vis que les claires étoiles avaient reparu au ciel. et le dernier rempart de neige présente une pente d'env. nous commencions l'ascension de la dernière pente aboutissant au Lauteraarsattel (3 156 m. nous pouvions doac marcher en traînant nos skis.

« Dis donc. je fais le serment de n'en jamais plus gravir d'autres . en atteignant un sommet secondaire. Evans. Les trois grandes pointes du Wetterhorn le dominent d'un côté. Nous fîmes une halte délicieuse au Wetterkessel. Chacun de nous se construisit un abri — des sacs et des manteaux soutenus par des bâtons de ski — et s'étendit à l'ombre de sa tente. » Je me contentai de sourire. hors d'haleine. que j'a*e les pics. lorsque le soleil verse toute sa chaleur. on a l'impression que le soleil. La vue était charmante. ne me laisse pas oublier que je les déteste. au nom du ciel. et. Lunn. par contre. Nous repartîmes à 10 h. Lunn. qui se dresse comme une sentinelle. Les guides ne prirent pas la bonne route qui mène à la cabane Dossen. De l'autre côté. parbleu ! Mais. qui était très belle. en partant de Rosenegg. tu n'as qu'à me fixer de ton œil rond et ironique pour que je m'exécute — et je monte. « Seigneur. où les nuages souples. on peut garder ses skis jusqu'à 150 mètres du sommet. il y a des chances pour que ce cairn se trouve à l'extrémité sud. Le monsieur qui protestait avait toutes les qualités requises pour faire un bon montagnard : l'amour de l'alpinisme. l'analogie était frappante. Cette remarque servit de stimulant. ne reste que quelques secondes sur l'horizon. qui sont raides. puis remontez un glacier encaissé jusqu'au col. Après avoir mis fin aux jours d'un excellent plum-pudding. Vivez quelques jours sur les glaciers. Nous fîmes certains bouts à pied. Le Mônchjoch. Il est à l'ombre du Schreckhorn. bien connue des alpinistes : lorsqu'on suit une crête du sud au nord. toute sa lumière sur la blancheur éclatante de ces grandes étendues . au-dessous. Chaque fois que tu me trames sur tes sommets maudits. On éprouvait une joie indicible à rester ainsi couché sur la neige et à contempler le ciel. Mais le Rosenhorn n'est pas assez élevé pour dominer tous les sommets environnants. nous amena au Rosenegg vers midi. Du côté du nord. la prochaine fois que nous nous trouverions au pied d'un pic. . pendant que les guides allaient explorer le chemin de la cabane du Dossen. Ce dernier est une longue crête irrégulière. lucarne dominant le monde des vivants : alors seulement vous aurez pleinement conscience de la couleur verte des prés au mois de mai. Mais la chaleur n'était pas insupportable. et la vallée de la Grimsel remplaçait le grand sillon de la vallée du Rhône. ensuite. dix heures et demie après avoir quitté la cabane. qui n'auraient jamais vu la verdure et seraient saisis par la force de la couleur. pointe méridionale du Wetterhorn. Vous les regarderez avec des yeux tout neufs. je me trouvai pataugeant dans la neige sur le faîte. départ pour le Rosenhorn (3 691 m.effort. et la souriante vallée d'Engstligen. Une longue traversée. le Dollfus. Il faisait chaud. sous les falaises du Berglistock. c'est le sommet. les collines de Grindelwald nous ramenaient au printemps. mais. aux formes multiples. et il faut bien compter une bonne heure pour y arriver. qui empruntait au ciel les teintes du couchant. le cairn se trouve à l'extrémité nord . cette montagne ? » Je lui rappelai la règle que voici. après s'être levé. s'écria tout à coup : « Dis donc. l'envie vous prend de se débarrasser de ses habits et d'escalader les montagnes en costume d'Adam. Lunn. en traversant le Dossensattel. Au delà. Le Wetterkessel doit être un des plus beaux champs de neige des Alpes. les skis auraient pu entamer la pente et provoquer une avalanche. Le regard plongeait sur les toits de Meiringen. chaude et fatigante. Nous repartîmes de Rosenegg à 4 h. dès que j'arrive au pied de la prochaine montagne. L'endroit était par trop précipitueux pour plaire à Midd-leditch. A I h. Ici comme partout. est-ce que cela ne ressemble pas un peu à la Plaine Morte ? » Et.. La neige du premier plan s'argentait en se détachant sur les nuages d'orage qui bouillonnaient au-dessus des chaînes du Brunig. tels sont les cinq tableaux d'une beauté parfaite qui surgissent devant mes yeux quand je songe à cette expédition du mois de mai. se pourchassaient doucement. Au mois de mai. la pente douce devenait abrupte pour descendre à pic sur les séracs du glacier de Grindelwald. j'entendis un cri de rage derrière moi. la verdure du mois de mai n'a rien d'étonnant. en effet. Pour le reste. Et le souvenir du dolce farniente dont nous avons joui sur le col de neige ensoleillé me hante encore tandis que j'écris. Le sommet fut atteint à 2 h. dorés de soleil. 10. Pour les habitants des vallées. le Lau-teraarsattel et le Wetterkessel. goûtez la puissance des heures de midi. Vous aurez l'illusion de contempler un paysage peint sur un vitrail d'église au travers duquel le soleil brille. si l'on fait-la traversée du nord au sud. 10. bien que les panoramas des plus hautes cimes soient souvent ennuyeux. ils descendirent à gauche sur les pentes supérieures du glacier de Rosenlaui. c'est le contraste qui fait ressortir la valeur exacte des choses. nous commençâmes à fumer et à nous délecter delà vue. que je déteste les pics ! J'adore les cols et j'aime assez ces bonnes vieilles pointes quand je les vois d'en bas . La neige étant molle. et la même crête basse nous séparak d'une chaîne de cimes éloignées. car je savais fort bien que. ici? Tu ne vas pourtant pas nous faire suivre toute cette sacrée arête ? Combien de pointes a-t-elle. la Gemslûcke. qui avait lu la belle description que fait Conway de la Plaine Morte. en une lente procession. en maudissant l'altitude et en m'accablant d'injurec pour avoir contribué à le fourrer dans un pareil guet-apens. avec des skis bien graissés. 25. 15. qui remonte jusqu'au bord de la cuvette. Il y avait ce même premier plan neigeux en pente douce. au nom de ce que tu as de plus sacré au monde. se tramaient sur les plaines septentrionales et s'en allaient. Middleditch irait au sommet. Les petits lacs de Lungern et de Sarnen donnaient comme un apaisement à ce paysage baigné dans la lumière du soir Des amas de brouillards diaphanes. bonne pour la vitesse et les télémarks. tâche de comprendre à temps que je hais les pics. de garde entre le monde des neiges et le monde des humains. la vue était très imposante.). Au lieu de cela. il est entouré de montagnes plus ou moins insignifiantes. Les champs de neige du Dammastock remplaçaient le Mont Rosé. Une heure encore s'envola. l'endurance et le pied sûr. pour s'élancer brusquement jusqu'au zénith ! Une demi-heure après l'aube. Quelques-uns d'entre nous étaient fatigués et.. C'est une montagne idéale pour le skieur . comme il l'a toujours fait. La neige avait commencé à regeler et elle était recouverte d'une croûte encore tendre.

phénomène tout à fait significatif et peu habituel. s'arrangent encore à planter leurs hôtels à l'extrémité opposée de la ville. Se rappelant que l'hôtel de l'Ours se trouvait à l'autre extrémité du village. de tout cela je suis responsable.. d'un furieux élan. nous lui serions cependant infiniment reconnaissants s'il voulait bien. Une masse de populages. mais ce retour au pays des couleurs et des sons fut une des heures les plus mémorables de ces mémorables journées. son verre encore à moitié plein. fit Middleditch. La fille de la maison réveilla Carlyon quatre fois pendant qu'il enlevait ses souliers.. Mais combien ne serionsnous pas exténués avant d'avoir achevé notre journée de vingt heures ! Sauf Evans pourtant. Chancelants de sommeil. comme à beaucoup d'autres. nous allumâmes notre dernière pipe. Au début. au sommet d'un couloir de rochers dans lequel était suspendue une corde.. L'hôtelier nous avait préparé un excellent dîner. Même ainsi il s'endormit. chaque parfum. En quelques heures. Quand les choses vont de travers. . et ce n'est qu'arrivés à une altitude de I 700 mètres qu'il fut nécessaire d'enlever nos skis. Je propose de descendre sur Meiringen. qu'on me damne si je fais un mètre de plus. rayonnait sur le noir de la forêt comme un lac d'or éclatant. Le grand charme du ski au printemps est de faire. tu ferais bien d'écrire au président du C. piquée au sommet d'une espèce de Schreckhorn vermeil !. partant sous les calmes étoiles vers la lucarne magique du Lauteraar. Middleditch fit la réflexion amère que les Suisses. sous la clarté de la lune. qui étonna tout le monde. nous tombâmes dans les bras de nos hôtesses. qui luisait sur les Wetterhôrner . annonça Carlyon d'une voix endormie. nous aurons été en route vingt-six heures.. La descente sur le glacier de Rosenlaui fut très agréable. de toute façon. encore meilleure que celle du Dollfus. tandis que les vallées sont délicieusement fraîches. il est convenu que c'est toujours ma faute. Un torrent cascadait de la montagne. Carlyon et moi étions les plus fatigués. nous jouissions de la pleine lune. Notre enthousiasme tomba brusquement : la cabane était perchée à 1000 pieds au moins au-dessus de nous. pour commander le dîner.. Bischof pointa la cabane d'un doigt triomphant. nous aurons été en route vingt heures». et lui fourra un « brandy and soda » dans les mains en s'assurant qu'il l'avalait. défiant l'ombre du crépuscule. Regarde-moi cette sacrée cabane du Dossen. pkcer la prochaine dans une fosse profonde. un cycle complet d'expériences. tout criait le renouveau du printemps. la marche était fort supportable. si ses impayables cabanes nous font mourir de rire. N'empêche que je donnerais bien une journée de ma vie. De petits ruisseaux murmuraient une note plus douce. déclara Evans . De Rosenlaui. puis nous nous mîmes en route. Les membres flasques et la démarche molle. mon vieux Lunn. Bien que nous fussions très fatigués. Le changement est d'autant plus étrange que souvent la chaleur est intolérable sur les glaciers. Evans avait été bien plus fatigué sur cette même route après sept heures seulement de marche facile. je n'y vais pas. A lui. je téléphonai à l'hôtel de l'Ours à Mei-ringen. Je songeais à certaine journée de mars de Tannée précédente. cependant. le bruit lointain des eaux nous arrivait comme atténué et purifié par la distance. — Tu sais. — Moi. nous avons le record. une des plus courtes expéditions de deux jours qui aient jamais été faites. avec fracas.. Nous avions apprécié chaque heure de ces quatre longues journées passées dans le silence des glaciers. Nous avions peu dormi au Dollfus les uns comme les autres. ne cessait de nous donner des renseignements d'ordre statistique. et nous suivions une route plate. Entre l'aube et le couchant on a goûté à la fois les joies de l'hiver et celles du printemps. C'est d'autant plus drôle que voilà plus de quinze heures que nous marchons.. ou ma ration de beurre d'une semaine. — Une excellente plaisanterie. où nous avions passé la grande Scheid-egg. de la vallée au-dessous.. S.. « C'est bien ce qu'on peut faire de mieux en une journée. pour lui expliquer que. Il est le chroniqueur attitré de nos expéditions. Il valait pourtant la peine de faire un kilomètre de plus pour trouver l'accueil cordial auquel on nous avait accoutumés. Peu au-dessus de Rosenlaui. pour changer. inconnues dans les enclos de fil de fer barbelé. » — Et si nous arrivons à 5 heures. Certes nos skis paraissaient bien dépaysés au cœur de ces bois où chaque son. vaincu les glaces.. remarquait-il avec satisfaction. « Si nous arrivons à il heures. sur un long parcours. son eau qui avait enfin. reprit Middleditch. A. Evans. on ne souffla mot. Nous laissions derrière nous le monde des neiges. pour me retrouver au Dollfus. du fait qu'il existe des « pointes » vertigineuses et des cabanes inaccessibles. qui nous pilotèrent jusqu'à nos chambres et restèrent à nous contempler avec sollicitude tandis que nous chaussions des pantoufles. mais je m'endormis au cours du second service pour ne me réveiller que le lendemain à midi. de la mauvaise qualité des neiges. on passe de la patrie des christianias au royaume des gentianes et des anémones. L'arôme du tabac se mêlait agréablement à la bonne senteur résineuse des pins. De la configuration des montagnes en Suisse. non contents d'avoir placé leurs cabanes à 5 ooo mètres au-dessus de la mer et leurs cairns au mauvais bout de chaque arête. tandis que. la Suisse a rendu la vigueur et la joie de vivre. étendus sur le gazon. et il a son agenda toujours prêt pour noter une date ou l'altitude d'un sommet. c'était de toute beauté. et nous avions été en route pendant vingt heures exactement. quatre skieurs éreintés entrèrent enfin à Meiringen. Pendant quelques minutes.Au moment où nous tournions un épaulement rocheux.

le 18 mars 1915. l'autre le I er janvier 1907. Dès que son ombre approchait. B. Sous l'ardeur du soleil. réussirent à nouveau l'ascension du Lyskamm. Ce n'était pas sans une légère appréhension. puis sa forme se précisa. et l'on distingua enfin un toit et des fenêtres. en face du Cer-vin. Je n'en voulus rien dire à mon compagnon. on pouvait se demander ce qu'elle vaudrait en hiver ? Lors de ma première visite — à Pâques 1912 — nous n'eûmes pas l'occasion de l'éprouver. en épiant les contrastes successifs de cette nature changeante. Après deux tentatives. Eh bien ! le souvenir de ces heures d'oisiveté et de rêveries se perpétue en moi.. construite par le C. le lundi fut décrété jour de repos. tant il a fait de victimes. Celle-ci. de Grèssoney. A Zermatt. Nous avions lunché en bras de chemise au pied du Riffelhorn. au pied de la montagne. avec les guides G. B. Lorsqu'on y monte en hiver. collaborateur de Siegfried. Après une longue discussion qui donna raison aux plus paresseux de notre troupe. Quels bons souvenirs de vie insouciante et joyeuse ! Le gardien n'était pas là pour nous recevoir. 1907. qui touchaient au terme de leurs vacances. B. ils atteignirent le contrefort sud-ouest en quatre heures. J'ai fait ce trajet en ski par une éblouissante journée d'avril. réussirent également l'ascension en partant de la cabane Gnifetti (Revue Alpine. Longtemps je m'attardai à contempler ce curieux spectacle. Knubel qu'en mai 1913. avortées toutes deux par suite du mauvais temps. durent quitter le refuge dans l'après-midi. Perruquet. après le coucher du soleil. Toutes ces expéditions se firent à pied ou à l'aide de raquettes. festonné ses arêtes de corniches fragiles et sabré ses glaciers de crevasses profondes. en face des montagnes. Nous étions quatre : deux des nôtres. 23). et nous les suivîmes longtemps des yeux. en prêtant l'oreille aux mille bruits de la montagne. un petit îlot de rocs perdu dans les neiges.» Depuis lors. Portes et fenêtres furent ouvertes. p. La note de la Revue Alpine ne précise pas l'itinéraire. bien lentement. Mais.CHAPITRE XIII LE LYSKAMM (4 538 m. de Choudens. De temps en temps. G. comme un point. et nous avancions à peine. La température descendit au-dessous de -30°. Aymonod.) 1 Sur les rives ensoleillées du Gorner. 1912. Quand on remonte le cours immense du Gorner. il est un site dont j'évoque souvent le souvenir. Le 5 mars 1889. et je crois pouvoir affirmer que mes amis G. je l'avoue. G. 1889. Carrel. Ils ont. je n'ai trouvé nulle part mention d'une ascension réussie par des skieurs. La troisième expédition au Lyskamm n'eut lieu que beaucoup plus tard. 1 Ce récit a paru dans l'Écho des Alpes de mars 1916. Nous restâmes couchés.35 du soir. de loin. sur le glacier. écrivais-je dans l'Écho. avec un bruit sourd bientôt étouffé. j'ai appris par le guide Jos. à ne rien faire. de Turin. Robert Mittendorf et moi. Mazlam. Son humeur étant si mauvaise en été. dont les blocs s'écroulent de temps en temps sur le glacier. 29). Il devint brun. au confluent des glaciers qui entourent le Mont Rosé.. On aurait dit qu'un incendie faisait rage sur le versant italien et qu'il allait déborder l'horizon de ses flammes. comme des lézards sur un mur de vigne. au grondement des avalanches. cette île n'est qu'un dédale de pierres. devant la cabane Bétemps. L'ombre et les courants d'air séchèrent la sueur de nos fronts. un cube de gneiss tombé du Mont Rosé. mais une bande de choucas. En 1898 seulement. ayant peiné tout le jour sur la neige. Nous mesurions nos progrès aux dimensions de ce point qui grossissait peu à peu. le 22 mars 1885 (voir p. et nous étanchâmes notre soif avec le jus d'un citron mélangé à l'eau qui tombait du toit. quelque distance plus haut. C'était la première fois que je me trouvais sur le Gorner. Ce jour-là encore. P. Tout au fond du glacier. une bonne odeur s'exhalait du bois. l'air était parfaitement calme. Je restais seul avec un ami. 159). accompagnés des guides Antoine et Auguste Welf et Joseph Favre. Il est vrai que les deux fois nous nous reposions sous des lauriers bien gagnés et les deux fois aussi nous attendions l'occasion de monter au Lyskamm. Partis à 7 heures de la cabane Sella (3601 m. A. et je n'ai pas pu obtenir d'autres renseignements. p. Mario Piacenza et les guides Antoine Curta.79). Nous avions fêté le dimanche en gravissant le Mont Rosé par un ciel sans nuage et en moins de temps qu'il n'en faut d'habitude. Nous arrivâmes en ski jusqu'au seuil de sa porte. nous jetions sur la neige nos lourdes charges et nous nous couchions en guettant le passage de quelque nuage dans le ciel. on apercevait l'îlot et. il y avait conduit un skieur roumain.. porte le nom de l'ingénieur Bétemps. La neige profonde rendait la marche très fatigante.). On dit que de mauvais esprits hantent le mont et qu'ils tendent des pièges à ceux qui le bravent. en admirant sans me lasser le jeu des ombres et de la lumière. et le soleil avait harcelé notre troupe durant l'après-midi. les crêtes découpées sur le ciel d'Italie se hérissèrent d'une fine aigrette neigeuse. J'ai passé deux journées sur ses rives. Albert et Edouard Lazier. Le soir. C'est. contre la témérité des hommes. on l'aperçoit de loin et l'on y dirige ses pas comme vers une oasis dans l'aridité du désert. Alfredo Dalgas et Giuseppe Pozzi.Le sommet fut atteint à 2h. et cette fraîcheur éphémère nous rendait un peu de courage. Il y avait des heures que nous marchions. Charles Silvestri et Alexandre Balz. à moitié nus. Derrière elle se dresse une cabane de bois et. nous nous remettions en route. aussi vivant que celui des luttes et des victoires. et l'on n'arrive là-haut que le soir. soulevée par le vent du sud et que je vis un instant irradiée par les lueurs rouges du crépuscule. p60). on confond souvent le bloc et la cabane. devenus familiers. on le surnomme Menschenfresser. il faut quitter Zermatt de bonne heure. « Quant au Lyskamm. où l'on trouverait à peine un peu de mousse et quelques fleurettes. Et pourtant. Celui qui n'a vu le Gorner qu'en été ne peut se faire une idée de ce qu'il est en hiver. M. nous fûmes les premiers à le visiter. XVII. Le 23 février 1912. semblaient nous souhaiter la bienvenue par leurs cris. B. On l'aborde par une vieille moraine. réussirent pourtant à toucher le sommet le 17 janvier. Leur couleur est toute pareille et. . vol. Ils partirent fort (Rivista Mensile. S. Cette ascension serait donc la première en ski (voir Ski. pas un nuage ne vint troubler l'azur tranquille du ciel. le refuge qui s'y dresse. Nous avons relaté au chapitre premier la première ascension hivernale du Lyskamm par les frères Sella. à rêver du matin au soir. l'une le 8 décembre 1906. les premiers skieurs s'aventurèrent dans l'amphithéâtre du Gorner (Paulcke et Helbling an Mont Rosé). le soleil superbe et la vue enchanteresse (Rivista Mensile. en janvier 1907. Maquignaz et G.

l'or et la pourpre couronnaient leurs têtes. là encore. je me rendis à l'appel de mes compagnons. J'étais accompagné. dans les ombres qui glissaient à ses pieds. Si nous l'avions écouté. Chouchou est l'Achille de notre caravane. La saison était moins avancée que la première fois et l'hiver avait été rude. Un bon mètre de neige recouvrait encore les dalles de gneiss. soutenue par des skis plantés debout. Mais. Alors seulement. Quant à moi. Devant elles. Le soleil frôla un instant les crêtes de k Dent d'Hérens. comme la dernière fois. les yeux protégés par le verre jaune des lunettes et les narines dilatées dans le parfum de ma pipe. et l'astre du jour descendait lentement vers les neiges alanguies du Théodule. une vie intense passait dans l'air bleu . deux combattants se narguaient encore : d'un côté le sphinx noir du Cervin. le ciel était noir de nuages. par l'Adlerpass. à qui des deux resterait la victoire. au lieu de venir tenter la gloutonnerie du Menschenfresser. cédant le terrain aux ombres. en non plus ne frappait mon ouïe. Mais. et c'est alors qu'on put voir comme elle cherche à contrefaire le Cervin. Une autre couverture. avant de me retirer. je dominais le Gorner comme d'un îlot escarpé. En quatre jours. ce fut une journée délicieuse. le 17 mars fut-il un jour de repos bien mérité. nous partions à l'assaut du Lyskamm. Dès le matin. Mitten est la prudence personnifiée. en copiant son haussement d'épaule. Le froid piquait au visage. L'homme est ainsi : dans un monde immobile. tout près . Un instant. Très lentement. comme une douce agonie. à 6 heures. même le sphinx noir du Cervin. ou du bon dîner que nous venions de faire. et. Nous suivions une piste tracée la veille par Chouchou. la réduisant à une simple silhouette. peu après. servait d'écran contre le soleil et projetait sur mon visage une ombre agréable. Ce n'étaient encore que ces teintes pâles. Ici. Ses propos pessimistes faisaient enrager Chouchou et augmentaient encore son ardeur belliqueuse. à part la discrète mélodie d'une gouttière tombant du toit et les soupirs intermittents de la brise. 1 Voir chapitre XI. et. pour voir un peu ce qui se passait là-haut. rester des siècles figés dans leur contemplation. espérant peut-être découvrir quelque acteur nouveau sur la scène dont nous étions. je m'absorbai alors dans l'extase. le soleil baissait toujours. Jugez-en plutôt : un brancard démontable double (modèle de l'armée) fut disposé sur la neige avec une couverture et des coussins. les seuls spectateurs. mes amis et moi. Seuls. je contemplais les derniers spasraes du crépuscule. et cela avec tous les raffinements du confort. cette fois. La sieste me retrouva à mon poste . Rien ne troublait "l'immobilité des neiges. Au fond de la scène. cherchant inconsciemment quelque point mobile : tel Robinson dans son île. . et mes regards erraient sur son cours éblouissant. il était parti sur ses skis. dit-on. au milieu de mars 1915. en face des montagnes. les ombres s'étaient allongées. les montagnes de Zermatt avaient quitté leur parure bleue du matin et s'animaient comme une ronde de nymphes se tenant par la main . Adossé à la porte du refuge. auxquels le charme hivernal de ce paradis n'avait pas encore été révélé. Comme un brahmane de l'Inde. grâce au soleil. Aussi. par son rapport. Et ce fut tout. les flots blancs du Gorner. je fouillai la longueur du chemin. Plusieurs fois durant la journée. sur sa corniche ondulant dans le ciel . Mes craintes furent vaines : l'horizon resta parfaitement net. de deux amis. épiant l'apparition du navire qu'il attendait en vain. et le jour se leva aussi brusquement qu'il avait mis de temps à mourir la veille. Le lendemain matin. derrière le Cervin. couraient vers le gouffre ouvert dans l'ombre du Cervin. comme les siens.le lendemain. Tandis que je reposais dans les douceurs du farniente. lorsque nous risquâmes le nez à la fenêtre. Les brahmanes de l'Inde peuvent. devant la porte du refuge. qui flottent un instant dans l'ombre avant de prendre vie. ayant gravi le Strahlhom en route. je revins à la cabane Bétemps. Mais. en léchant les séracs. de l'autre le Gorner étincelant. il cherche instinctivneent un signe de vie.. et le Gorner semblait figé dans un éternel oubli. vibraient d'un rythme étrange au contraste de l'immobilité glaciale du Gorner. le brouillard et la tempête envahissaient le Gorner. on la sentait palpiter aux flancs du Lyskamm. que la neige serait excellente et que le Grenzgletscher ne semblait pas trop mauvais. Il ne resta plus qu'un peu d'émeraude au creux du col du Lion et. quelques heure s plus tard. moindres bruits. craignant de les voir. frémissants de lumière. et il nous avait ouvert un chemin facile et agréable. Les contrastes diminuèrent peu à peu : la lutte touchait à sa fin. car j'avais faim. je rentrai dans la cabane où mes amis préparaient la soupe du soir. Ils allaient décider. Trois ans plus tard. la nuit tomba sur les neiges. Nous venions de la cabane Britannia. lorsque le silence l'impressione. Mais nous devions rester longtemps encore dans l'ombre froide du Mont Rosé. il prête volontiers l'oreille aux. mais décidément je jouais fort mal mon rôle de brahmane. Lorsque je m'éveillai enfin. je m'installai en vue d'un dolce farniente prolongé. sur le glacier. làhaut. s'animer sous le souffle du vent. La féerie du crépuscule commençait et j'allais pouvoir en savourer chaque phase. effleurant doucement l'ardeur des neiges.. Les premières lueurs du jour frissonnaient sur la neige. et je m'endormis sous l'effet du soleil. Le froid était venu et j'avais quitté mon poste. comme dans un duel mythologique. nous avions avalé quatre sommets de 4 ooo mètres (1). Et pourtant. l'aube frôla les crêtes les plus hautes. une étoile s'alluma au-dessus du Lyskamm. et Mitten. Nous savions d'avance. les crêtes du Breithorn s'animaient d'une fine aigrette. tout emmitouflé. Ce fut le triomphe des ombres. De mon poste. Mais. ne soufflait mot. mes yeux furent déçus. Une lutte gigantesque s'était engagée entre la lumière éclatante des neiges et l'ombre des montagnes . et la lumière reculait lentement. et toutes ces montagnes. je suivis encore des yeux les crêtes découpées sur le ciel. Castor et Pollux charmaient les yeux comme les seins blancs d'une vierge assoupie . après avoir fumé trois pipes. nous serions descendus bien sagement à Zermatt. et leurs formes s'étaient précisées sous les coups d'un ciseau magique qui striait leurs flancs et accentuait le relief de leurs tailles.

le 26 février 1902 (1). » (Alpina. Kônig et Hans Perren.) Si je rappelle ici les tristes détails de cet accident.25m de neige dure. d'atteindre celui de Kônig.50m seulement. Malgré les protestations de Mitten qui grelottait. Il n'est pas marqué sur la cartes mais l'omission est excusable. H. mais mieux appropriée à nos skis. la largeur de la crevasse était de 0. dégelé instantanément. p. Le sondage ne servit à rien non plus. nous fîmes à cet endroit une courte halte pour nous restaurer. sur ces lieux désolés. Seiler. Sans doute. et nous le traversâmes pour gagner l'autre rive. Le cap rocheux de la Cresta Rey une fois doublé. légèrement arqué et large de deux mètres seulement. presque toujours accompagnée qu'elle est par l'effondrement d'une masse de neige qui risque d'étouffer le malheureux skieur. «L'ordre de marche était à ce moment le suivant : en avant. et nous commençâmes à louvoyer à travers les gouffres à moitié comblés qui bâillaient à l'entour. nous débouchons par une pente rapide sur les plateaux ensoleillés qui précèdent la frontière italienne. c'est le petit roc si caractéristique qni se dresse au beau milieu de la neige. comme un petit cône bleu posé sur la houle de l'océan. Perren . Le triste souvenir de cette catastrophe était présent à notre mémoire. en outre. c'est qu il doit nous servir d'avertissement et nous mettre en garde contre le danger des crevasses. Une corde de cinquante mètres nous reliait. entre les séracs dressés d'un côté et ce nouveau danger menaçant de l'autre. Durant deux heures et demie. Une barre de séracs d'un effet magnifique défend l'accès direct à la plus basse dépression du Lysjoch et nécessite un détour jusqu'au pied de la Ludwigshôhe. Un vent soufflait violent. En été. qui marchait au centre. et nous lançâmes de joyeux yodels que se renvoyèrent les échos du voisinage. combien une cnute dans une crevasse est pins compliquée en hiver qu'en été. L'accident eut ueu entre les cotes 3300 (courbe de niveau) et 3 344. il réussit à dégager complètement H. par 0. P. Perren et à découvrir le cadavre de Flender.50m. forte de douze guides. Chacun était donc tombé d'une manière différente. C'est par erreur que Studer (Ueber Eis und Schnee) attribue à ce rocher la cote 4 366 de l'A. Zumtaugwald et von Steiger descendirent en toute hâte à la cabane Bétemps pour y quérir la corde de réserve.. vis-à-vis. Les gens de Gressoney n'ont donc pas pu apercevoir ces rochers. La hauteur de la chute fut de 25 à 28 mètres .. et il nous sembla que la mort planait encore. Une masse de neige énorme (environ 140 mètres cubes) s'effondra d'un seul coup. et nous cherchâmes un abri dans les rochers de l'Entdeckungsfels (2). curieux petit îlot perdu au 1 Leur caravane se dirigeait comme la nôtre vers le Lysjoch. 51-53. On traverse ensuite un monticule neigeux d'où l'on domine le col et d'où nous découvrîmes enfin une vue très encourageante de notre montagne. dans une neige peu consistante. La cassure se produisit sur une longueur de 20 mètres environ et. celui-ci relaya H. le lendemain. Nous évitions également le lieu de la catastrophe où périrent Kônig et Flender. Cette bosse présente des rochers très raides sur le versant suisse et qui sont invisibles lorsqu'on se trouve sur le Lysjoch ou qu'on y monte d'Italie. avec l'ombre. Mais rien ne vint troubler notre marche. nous décidâmes de suivre la rive gauche plutôt que la droite. Pendant ce temps. la couche de neige mesurait une épaisseur de 3. après l'arrivée de la colonne de secours. Trois personnes se trouvèrent au même instant sur la crevasse: Flender. 30 du matin. comme on le constata plus tard. Notre chemin passait juste au pied de la formidable pente du Lyskamm. . Ceci s'explique par la consistance même de la neige hivernale qui présente bien une croûte superficielle. Kônig. Les avalanches couvraient la neige de leurs débris. entre le Lyskamm et la Ludwigshôhe. Elle avait quitté la cabane Bétemps à 3 h. au fond. L'ombre nous enveloppait toujours. en partie seulement. Perren fut immédiatement descendu jusqu'à un petit socle de glace où il put s'asseoir et jeter un gant à son frère. Zumtaugwald. et nous attendions avec impatience le moment où nous pourrions découvrir ses fameuses corniches. sauf d'une jambe. sur la plus basse dépression de la frontière. Ainsi. un pont de cette épaisseur présente une solidité absolue. C'est (en Suisse) un des points les plus élevés où l'on puisse monter aussi facilement en ski. il est impossible d'en juger le profil tant qu'on monte encore sur le versant suisse. Il nous communiqua facilement son enthousiasme. une arête de rocs fauves que dorait justement le soleil et par où l'on grimpe parfois au Mont Rosé. par une nuit claire. Hans Perren était debout contre la paroi de la crevasse. quatre hommes munis des meilleurs outils durent travailler pendant une heure et demie pour arracher le cadavre à la neige qui l'enveloppait. toutes les glaces du Lyskamm étincelaient sous l'ardeur du soleil. Ils disparurent sans un cri et presque simultanément dans le gouffre. puis MM. « Ce qui prouve bien du reste qu'il n'y avait rien d'urgent à tenter. Après leur retour avec le guide Lauber (qui était resté à la cabane). mais ce sont précisément ces corniches qui valent au Lyskamm sa réputation. Durant une demi-heure. Dethleffsen. Au delà. Le 28 février. sous la direction de M. mais vainement. Nous descendîmes vers le Lysjoch en traversant le monticule dont j'ai parlé plus haut et dont l'altitude atteint près de 4 300 mètres. Leurs volutes étant recourbées vers l'Italie. Une longue corde se trouvait dans le sac de Flender . les guides locaux Hans Peter Perren et G. Le guide H. le guide Hans Perren et enfin MM. recouvert d'une couche de neige compacte de 3 mètres. Fehr et von Steiger. aussi vite que possible. nous nous écartions volontairement du chemin que l'on suit d'habitude. les courses en ski dans la haute montagne étaient encore très rares et l'on négligeait volontiers la précaution de s'encorder sur les glaciers. et nous nous faufilions. on n'apercevait que l'extrême sommet du Viso (3843 m).Le glacier apparut à nos yeux.. et l'hiver n'avait rien changé à leur aspect ordinaire. tomba le plus bas et probablement le premier.. P. mais qui n'est congelée nulle part ailleurs. Flender et Kônig. avant même qu'on puisse lui porter secours. Le point 4 366 est la première bosse neigeuse de l'arête orientale du Lyskamm.. A cette époque. Mitten. Hans Perren travailla de sa main libre et réussit à se dégager.. G. 1902. En comparant la carte au dédale de ses séracs. Des Alpes Cottiennes. l'autre était d'un bon bout trop courte. Il était couché avec le visage vers le bas. Derrière eux.. 2 Ce point fut atteint par des gens de Gressoney en 1778 déjà. les deux victimes furent transportées à Zermatt sur des traîneaux. mais ce qui a frappé leur vue. c'est que. Le glacier s'apaisa peu à peu. La neige était devenue très dure et nous avancions avec une rapidité réjouissante. Tout notre intérêt se portait maintenant sur la crête du Lyskamm. L'arête que nous devions suivre (et qui sépare le Valais du Piémont) paraissait être en excellent état. Sa mort était due à une rupture de la colonne vertébrale. au pied de la Cresta Rey. Il montre. attira notre attention sur une cascade de séracs tombée récemment du Mont Rosé et dont les mille diamants rutilaient dans la belle lumière du matin. Il avait la tête et l'avant-bras gauche libres. Flender était sur le dos et recouvert. Ces brouillards montant si haut et paraissant si denses ne manquèrent pas de jeter un doute sur la stabilité du beau temps qui durait depuis huit jours déjà. et elle venait de s'engagersur le glacier à l'ouest du point 3 344. tous en ski. coïncidât avec la direction de la marche. Un malheureux hasard voulut qu'un grand tronçon de la crevasse. S. « Enfin. en même temps que la neige qui l'environnait. il essaya encore. dont les flots cotonneux léchaient le flanc des montagnes à une grande hauteur.. et c'est grâce à cela qu'il échappa à la mort. pour choisir une voie plus longue sans doute. toute la plaine italienne disparaissait sous une mer de brouillards. tandis que. des corniches en festonnaient la crête.

A mon avis. Il fuient accompagnés jusqu'au Lysjoch par un Allemand et son guide. tout en étant moins vertigineuse. et dont notre sommet n'est pas le moindre joyau. vues en enfilade et réduites par la perspective. furent précipités sur le versant italien. Il soufflait maintenant sur toutes les crêtes et soulevait des tourbillons de neige. Ceux-ci se dirigèrent ensuite vers la Ludwigshôhe pour observer l'ascension de l'autre caravane qui quitta le Lysjoch à 9 heures. Aucun de nous ne connaissait l'arête où nous étions engagés. la plaine du Piémont. c'est-à-dire coriace. avait cédé sous le poids de la caravane. La dernière pente du sommet se dressait devant nous. 173-175. si formidable et si classique dans sa grandeur. Le 6 septembre 1896. mais nos prévisions furent toutes dépassées par la réalité. quelque 500 mètres plus bas." (WHYMPER.. Le 6 septembre 1877. il faut un moment de transition pour retrouver le dédain superbe qui se rit du danger et des abîmes. p. l'accident se répéta par une triste fatalité. sommet 4 538 : 13 h. ils aperçurent les corps du D1 Gûnther et des guides. Les grandes ondulations du faîte. A plusieurs endroits. s'il avait fallu disputer là-haut son équilibre à la violence des rafales. La température est un facteur dont nous nous préoccupions beaucoup au cours de nos premières expéditions d'hiver. Roman Imboden de Saint-Nicolas et Peter Joseph Ruppen de Saas Balen. car je ne sais trop quel eût été notre sort. nous découvrîmes à coups de piolet toute une échelle d'anciennes marches qui nous conduisit facilement sur la cime (2). car nous comptions bel et bien arriver à Zermatt le même soir. la font paraître beaucoup plus courte qu'elle n'est en réalité. on s'imagina. jour pour jour. couchés dans la neige au pied d'un précipice. sur de vastes champs de neige. ceux-ci ancrés à plat sur la neige au moyen des bâtons. Nous nous résignâmes à les sucer philosophiquement. lorsqu'elle est assez lourde pour s'attacher et. Des brèches profondes obligeaient à de savantes manœuvres. laissant ainsi une portion médiane. point 4306:11h. A 10 h. Peu à peu seulement. les sacs à cet endroit. Lorsqu'on s'est promené pendant des heures en ski. L'heure tardive précipita notre fuite . la bise rendait le séjour au sommet peu agréable. l'œil s'habitue au vide et le pied s'affermit grâce à la morsure si franche des crampons dans la neige. Et le sommet lui-même était peu confortable 3. le grondement d'uue avalanche se fit entendre. J'avoue sans honte qu'aucun de nous n'avait emporté de thermomètre. En s'avançant sur le versant italien. On sentait la tempête approcher à grands pas. et que l'on quitte brusquement ses longues planches pour chausser des crampons et s'engager sur une crête comme celle du Lyskamm.45. Il nous parut inutile de faire du style comme on pourrait en faire pour éblouir la galerie d'un Kurort. que notre trace passait bien au-dessous de la ligne de suture. et celle-ci était tombée sur le glacier 400 mètres plus bas. Les corps portaient des blessures telles que la mort avait dû être instantanée. on prend ses bâtons entre les jambes et l'on file par la ligne de plus grande pente. Dès que nous fûmes sur l'arête. nous relevâmes les traces évidentes d'anciennes marches taillées dans la glace — ce qui prouve bien que l'enneigement des crêtes élevées est presque nul durant l'hiver. avec trois guides Knubel de Saint-Nicolas. paraît-il. partaient de la cabane Bétemps pour monter au Lyskamm. 15. Le même vent sans doute qui nous avait déjà persécutés le matin. d'environ trois mètres. Notre appétit aurait fait honneur au plus somptueux des banquets . Il y a longtemps que nous avons renoncé à pareilles fantaisies. La corniche s'était détachée de l'arête à deux endroits différents. une corniche de neige. et ce fut une heureuse chance. située à 200 mètres environ du sommet. deux Anglais.) 2 Voici notre horaire: départ du Lysjoch: 11 heures . et ils virent un nuage de neige descendre de l'autre du Lvskamm. Seul. Ce n'est qu'en arrivant au pied du sommet que nous pûmes nous convaincre. le premier d'entre nous était armé d'un piolet. La longueur des parties effondrées était d'environ 15 métrés de chaque côté. restaient enfouies sous la mer de brouillard qui montait toujours. Et si le glacier est rapide ou dangereux. bien entendu. Il était 10 h. Ils avaient crevé une. Des paris s'engagèrent sur l'heure à laquelle nous toucherions la cime. Après cet accident. façonnée par le vent. Ceux qui relevèrent leurs cadavres racontent que la cause de l'accident était très apparente . Nous ne perdîmes pas un instant. La descente s'effectua rapidement et me parut agréable. adhérant à la montagne. les Alpes Graies et celles du Dauphiné. bien ensoleillée. Lewis et Paterson. en regardant derrière nous. et le passage des corniches nous forçait bien souvent à quitter la crête pour traverser de flanc la pente vertigineuse qui domine le Grenzgletscher.corniche de l'arête et l'on pouvait voir le trou par lequel ils étaient tombés. . que le danger des corniches avait disparu. Les deux autres ne portaient qu'un simple bâton de frêne. Sur cette face glacée. Mais les rafales soufflaient de tous côtés. Sans être forte. La neige ne s'y accumule que beaucoup plus tard. en compagnie des skis. Dix-neuf ans plus tard. le vent cessa comme par enchantement. 4 Soixante-dix minutes nous suffirent pour le parcours de l'arête jusqu'au Lysjoch. et finalement nous préférâmes nous installer tout bonnement dans une combe neigeuse. Malgré toutes ces précautions. car nous laissions. à l'abri des rochers qui font face au Mont Rosé. Elle présente beaucoup d'analogie avec la partie supérieure du versant suisse du Mont Dolent. etc. 3 J'ai appris plus tard seulement qu'un livre est déposé dans le cairn. Nous nous assîmes sur nos skis et nous commençâmes à dévorer à belles dents un déjeuner dont la substance devait soutenir nos forces jusqu'au retour. c'était précisément la chaîne du Mont Rosé au Breithorn. Quand la neige est mauvaise. congelée en vagues. il ne restait pour le tromper qu'une dizaine de pruneaux secs au fond de nos poches. tous les moyens de descente devenaient bons. 30. 30. comme c'était le cas pour le 1 C'est à cet endroit qu'eurent lieu les accidents de 1877 et 1896. Mais ce qui manquait à nos yeux. et cette constatation nous tranquillisa pour le retour (1).milieu des neiges. Cette incertitude provoque un sentiment fort désagréable. la vue du Lyskamm est moins belle que celle de la plupart des grands sommets valaisans. grâce à la confiance que m'inspirait la trace ( 4). Zermatt and thé Matterhorn. à Zermatt. mais que nous coniidérons maintenant comme tout à fait secondaire. En outre. un vent formidable salua notre retour. la partie la plus intéressante du panorama. Au Lysjoch. La neige étant mauvaise. le Dr Giinther et ses guides. malheureusement. nous ne savions jamais exactement si nous foulions la partie surplombante des corniches. former les corniches que nous rencontrons au début de l'été.

et nous pûmes goûter librement toute la volupté d'une glissade en style norvégien. et le vent nous soufflait au visage des tourbillons de neige. mais bien de Chouchou. et nous eûmes alors l'idée de disposer ses skis en travers de la crevasse. la nuit s'était faite aussi noire que possible. Les yodels se transformèrent immédiatement en malédictions. loin de nous effrayer. raidissant son corps entre les deux parois de glace. Aussitôt. m'étant détaché. Par un flot de prose colorée. qui venait derrière moi. sortit de son sac l'une d'elles. Nous avancions tant bien que mal. il fallut donc procéder avec la plus grande prudence. les skis convenablement nettoyés. Je commençai par précipiter sur sa tête toute la neige qui embarrassait les bords du trou. Trois ans auparavant. Il poussa même la bonne humeur jusqu'à lancer des yodels pour encourager notre zèle. sans faire la moindre chute et en suivant presque constamment la piste tracée à la montée. lorsque Mitten. nous le retirâmes d'un seul coup hors de ce vilain trou. au moment de franchir le seuil de sa porte. la brume et les flocons de neige. lorsque. et mille voix mugissantes s'unissaient pour rompre enfin le silence qui régnait depuis si longtemps sur la montagne. que nous avions procédé l'autre fois. mon ami et moi. Il devait être près de 7 heures. Tandis que je tirais sur ce bout. où rien ne l'attirait apparemment. Ses skis étaient restés accrochés en travers de la crevasse. Ému jusqu'aux larmes. avec le vent. Comme je tenais un ski en balance dans chaque main. nous tombâmes chacun dans une crevasse. C'est ainsi que nous parcourûmes le Grenzgletscher du haut en bas. le plus près possible de la crevasse où notre ami avait si brusquement disparu. tant il l'avait refusé de fois à nos supplications réitérées. il fallut renoncer à soulever notre ami par la seule force de nos cordes. la situation se corsa brusquement. en enfonçant parfois jusqu'au ventre. celui-ci avait complètement disparu à notre vue. pour ne pas enfler notre vanité au souvenir de victoires faciles.Grenzgletscher. dans la tiédeur de l'air et le parfum des premières fleurs ! Et je songe maintenant (au bord de ces flots bleus) que si les dieux qui règlent l'aquilon déchaînèrent sur nous cette tempête. Mitten. J'allais regretter le beau paquet de bougies laissé à la disposition de nos successeurs sur la table du refuge. Mitten sortit d'un geste noble et généreux la gourde qu'il serrait jalousement dans la plus profonde de ses poches et où il conservait depuis huit jours un reste de cognac. Au beau milieu des séracs. C'est ainsi. et ce passage n'avait guère exigé plus de vingt minutes. Là-bas dans la plaine. nous nous apprêtâmes à traverser les séracs que forme le glacier à cet endroit. lorsque. La tempête approchait rapidement. tout tranquillement. je pus facilement arrêter mon plongeon et je me retournai pour tranquilliser mon compagnon. en rampant. Les brouillards d'Italie avaient débordé la frontière et s'écrasaient comme des paquets de plumes grises sur les neiges du Théodule. et il en résulta une hausse réjouissante dans la situation de notre infortuné compagnon. prudemment soustraite au . la consistance de la neige changeait du tout au tout. Après deux essais infructueux. Nous étions si contents d'avoir réussi toutes nos courses et exécuté jusqu'au bout notre programme. qu'il ne vide généralement qu'une fois la course terminée. au grand scandale de Mitten. la demie de cinq heures était passée. ce fut sans doute pour nous punir d'avoir affronté les glaciers avec tant d'insouciance. Mais la crevasse présentait une disposition peu favorable à nos efforts : elle était oblique par rapport à la surface du glacier et formait un angle aigu avec la composante de nos cordes. Nous voguions en plein Gorner. Il m'expliqua avec humeur qu'il ne s'agissait pas de moi. il se cramponna à celui qui le reliait à l'inébranlable Mitten. il était près de fleurir. La réaction fut assez comique. que l'approche de la tempête. Ses excuses ne tarissaient pas. du moins. rassasiés par l'éclat des neiges. Chouchou n'en croyait pas ses yeux . Lui-même se trouvait suspendu à une profondeur de 5 à 6 mètres environ. De cette façon. Cette situation demandait à ne pas être prolongée. ou. Chouchou nous exprima tout son regret d'être tombé si bêtement dans ce gouffre. Combinant alors tous nos efforts. Toutes les crêtes fumaient sinistrement sous la rafale. cette fois-ci. En effet. qui semblait avoir tout prévu. arrivés au pied du Gagenhaupt. Mais. Tandis que Mitten restait ancré à son poste. Il fallait vraiment qu'il jugeât le moment psychologique pour se résoudre à ouvrir ce flacon sacré. J'avais trop escompté la rapidité de nos skis et la facilité de notre fuite. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient la neige. Qu'il serait doux de revivre ces impressions d'hiver au bord des flots bleus. au moment où nous allions leur échapper. sur le boulevard des Tranchées. Les progrès du bissage devinrent bientôt nuls. mais ses bâtons avaient dû tomber beaucoup plus bas. La nuit était venue. J'étais en tête. on conserve ses peaux de phoque sous les skis pour diminuer encore leur glissement. de sorte qu'il pût passer un bras sur chacun d'eux et se soutenir ainsi dans le vide. aucune trace ne guidait nos pas. les peaux de phoque furent enlevées. du moins. Puis. Car elle mettait plus de prix à la victoire et rendait moins pénible la séparation d'avec les montagnes. mais le malin profita de l'occasion et vida le flacon d'un coup. Il fallait porter les skis et marcher à la corde. et Chouchou se trouva coincé au travers de la crevasse. A l'endroit où nous nous étions encordés le matin. et cela beaucoup plus rapidement qu'en s'obstinant à faire du style. aussi vite que nos skis le permettaient. devenu légendaire. Une angoisse terrible passa sur son visage tout pâle : il s'épuisait et croyait à tout moment retomber au fond du gouffre. simultanément. après avoir remis tout en ordre. Nos yeux. je m'avançai. Je le rassurai de mon mieux. poussa un cri que j'attribuai naturellement à ma chute. et j'entendis bientôt sa voix qui me rassura sur son compte. on traverse la zone pénible et suspecte d'un glacier avec le minimum d'efforts et de risques. ne faisait qu'augmenter notre gaîté. à ses côtés. aspiraient maintenant aux verdures du printemps. je lui coulai mon bout de corde dont il se ceignit le torse. Ce dernier plaisir suffisait à effacer le mauvais souvenir du Grenzgletscher. Chouchou et moi. nous avions parcouru en moins de deux heures ce même chemin de la cabane Bétemps à Zermatt. Un système très compliqué de crevasses invisibles semblait nous entourer . en côtoyant la rive droite. Cependant. Lorsque nous quittâmes la cabane Bétemps.

lorsqu'il me vint à l'idée d'entraîner mes compagnons chez Graven. faute de combustible : elle avait brûlé plus de trois heures et ne mourait qu'après nous avoir sauvé la vie. dans le haut du village. dont la patience ne souffrirait plus une longue attente. Notre arrivée nocturne devait être une chance rare pour la prospérité de son auberge. la fatigue se faisait mieux sentir. et nous faisions main basse sur tout ce qu'elle s'avisa de tirer de ses buffets. Herr ! Nous mangeâmes aussi longtemps que notre faim put lutter contre la fatigue . L'espoir revenait. Onze heure? avaient sonné à plusieurs horloges. qui devait être celle de la fille du patron. plongés dans une obscurité complète. Nos appels restèrent sans réponse. serrés autour d'une petite chapelle que je reconnus pour être celle de Furri. Si quelque gnome avait aperçu le falot que je tenais entre les dents. en effet. lorsque nous nous arrêtâmes devant la « dépendance » de Seiler. j'escaladai le premier étage et je me mis à frapper à une porte dont les ais laissaient filtrer un mince rayon de lumière. Il était troué de gouffres exhalant une haleine humide et froide. l'électricité remplaçait avantageusement sa lumière. qui nous avait accostés si brutalement sur le Gorner. Peu à peu. elle ne cessait de satisfaire notre appétit et nous prodiguait amplement les sourires et les Jawohl. puis nous gagnâmes promptement la jolie chambre qu'on nous avait préparée et nous nous endormîmes dans de fort bons lits. et c'est en titubant de sommeil que nous parvînmes aux premières maisons de Zermatt. levée elle aussi. mais où nous comptions trouver une piste conduisant dans la vallée. Une jeune voix me répondit. A l'entrée du village. Le vent éteignait fréquemment la lanterne et nous perdions du temps à la rallumer. Nous avions donc quitté le glacier beaucoup plus haut que je ne le supposais. Il fallut ensuite quitter le glacier pour gagner les mazots de Furri. il aurait pu se demander. A bout d'arguments. Mais je préfère laisser à chacun le soin de déduire cette morale selon son goût. Je lui fis entendre qu'elle avait à se lever immédiatement pour héberger trois touristes affamés. car. Nous avions déjà composé mentalement tout le menu du festin qui serait ordonné et que l'enjeu liquide des paris engagés durant la course devait arroser de ses flots généreux. avant notre départ. Elle me rassura par un vigoureux : Jawohl. Ce fut un moment de satisfaction pardonnable et de joyeuse détente. Elles étaient bien éloignées encore. je pouvais me faire une vague idée du terrain. et nous choisîmes la meilleure pour y loger notre chandelle.paquet. nous en avions trois. avec une confiance dont j'aurais voulu être digne. Nous continuâmes donc dans la direction des lumières. Herr ! exclamation qu'affectionné particulièrement la famille Graven et qui m'avait déjà bien amusé. nos manifestations ne suscitèrent pas plus d'indignation. Je me laissais guider par mon instinct et le souvenir presque effacé de ces lieux. titubant. ne devait pas nous lâcher de si tôt. Je reconnaissais très bien maintenant le petit chemin qui nous guidait et qui de Zumsee s'insinue dans le gorge de Z'mutt pour franchir ensuite le torrent et longer son cours sur la rive opposée. Derrière moi. succédant aux menaces d'un bivouac. sur les talons de la patronne. nous tînmes conseil et décidâmes de faire une tentative désespérée pour nous sortir de Charybde sans tomber dans Scylla. et nous commençâmes à rire de notre aventure. attardée sans doute à lire quelque roman dans son lit. Quant aux lanternes. Une piste nous mit ensuite sur le chemin d'Aroleit où nous pûmes enfin quitter les skis et allumer une pipe bien méritée. Notre allure s'accéléra. . notre bougie s'éteignit. la pente de neige reprenait plus douce. nous envahissions la cuisine. Quelques minutes plus tard. — et raconter plutôt la fin de notre voyage. Craignant les crevasses invisibles qui semblaient nous entourer. s'éteignant et renaissant dans les ténèbres. lorsque nous nous mîmes à les bombarder à boules de neige. qui sont naturellement inhabités l'hiver. quelle était cette pauvre âme errant dans la tempête. Après bien des manœuvres et bien des jurons. les obstacles diminuèrent et je pus m'orienter : nous étions arrivés sur la partie inférieure du Gorner (le Bodengletscher) et nous pouvions désormais nous passer de la corde. Là. Elle nous conduisit finalement à une agglomération de mazots. plaçant à chaque pas nos skis en travers de la pente. Tout le village semblait endormi. Aucune lumière n'éclairait les fenêtres et. nous chaussâmes nos skis pour diminuer les risques d'un nouveau plongeon et — comme la pente était très raide et qu'il fallait procéder avec une extrême lenteur — nous nous résignâmes à avancer en escaliers. secoué. Celles-ci disparurent bientôt à nos yeux derrière un petit bois de mélèzes dont la traversée nous valut de nouvelles égratignures. En tendant la faible lumière du falot dans toutes les directions. Nous eûmes l'impression de glisser dans une combe. ce fut sans éveiller le moindre juron. nous parvînmes à un endroit que je crus reconnaître et qui me prédisait le terme prochain de cette acrobatie diabolique. Tout au fond du gouffre noir qui s'ouvrait maintenant à nos pieds. De l'autre côté de ce bois. qui tient la pension du Trift. mais leur apparition confirma notre espoir de finir cette nuit ailleurs que dans la neige ou sous quelque bloc de rocher. puis de remonter vers l'endroit où je pensais trouver les mazots que nous cherchions. Avant de nous résoudre à bivouaquer dans ces lieux inhospitaliers. et il en résulta naturellement des chutes aussi nombreuses que grotesques et fatigantes. La guigne. mes deux compagnons. et nous commencions à douter de l'hospitalité rêvée. Mais nous ne découvrîmes rien qui pût ressembler à un chalet. A mesure aussi que diminuait la tension des nerfs. nous découvrîmes les petites lumières de Zermatt. Dans la longue rue de mazots et d'hôtels. suivaient mes traces à bout de corde. tout en bâillant. Une sérieuse morale terminerait dignement le récit de notre odyssée et rachèterait peut-être notre insouciant trio aux yeux de certains lecteurs critiques et timorés. ce soir-là. lors d'une précédente visite à Zermatt. Nous parcourûmes cette rue d'un bout à l'autre sans trouver à qui parler. ouvrit toutes les soupapes de notre gaîté. La perspective d'un bon gîte.

esquissait un temps de galop. touchant du nez la queue de son mulet. nous rencontrâmes un ouvrier qui rentrait du travail. la patronne. dont le souvenir fait pâlir en moi celui du Lyskamm lui-même. en risquant fort de précipiter la fin de nos aventures. pierreux. notre bonhomme mit sa mule au galop dans l'avenue de la Gare. Elle nous assurait qu'en vingt minutes nous arriverions à l'endroit où s'était arrêté le convoi. tournant. et je me jure chaque fois que ce sera la dernière. Cette métamorphose s'expliquait facilement par les soins diligents dont la patronne et sa fille les avaient entourés. prêt à sauter. malgré son héroïsme et la diligence de son mulet. ce furent les brusques tournants et les virages penchés sur le vide. talonné par le traîneau qui lui chatouillait les jambes. nous engagea vivement à ne pas tarder davantage. Mitten surtout y tenait beaucoup. faisant ressort de mes bras. et moi enfin. Le mulet. pour tâcher d'accélérer l'allure désespérante de sa bourrique. malaisé et dominant sans cesse la rivière* comme la corniche d'un toit domine la rue. vous touchez vos cent sous de pourboire. et son cocher. au moment où notre carriole démantibulée quitterait le chemin pour filer dans la rivière. puis se décida à tenter l'aventure. entre les murs resserrés du petit pont arqué sur la Viège et qui m'apparut comme le tremplin au skieur qui va prendre son vol pour le saut. prudemment agenouillé à l'arrière. le meilleur chemin à l'usage des maiheureux piétons. Après une demi-heure de cette vive allure. Le cocher fut donc payé et son mulet envoyé à tous les diables. Le traîneau. pour ne pas la perdre en route. du reste. Mais rien ne sert de courir. et les derniers wagons disparurent dans un nuage de fumée. qui remplaçait bien entendu le cheval dont on BOUS avait assuré le concours. malgré sa cuite. le cocher accroupi devant eux. Nous arrivâmes à Stalden quelques minutes avant 6 heures. Mitten et Chouchou cramponnés sur la planche qui leur servait de banc . et c'était à moi de la soutenir du pied. et il paraissait peu disposé à repartir en campagne. Au cours du repas. Heureux d'être enfin favorisés par une chance inespérée. comme une trombe. Je reverrai toujours notre bruyant attelage lancé au grand trot. aussi bien que la nôtre. Le train devait quitter Viège à 7 h. Le thalweg se trouvait dans les pires conditions imaginables pour un attelage tel que le nôtre : un demi-mètre de neige gluante reposait entre deux remparts de blocs congelés. J'ai parcouru trois fois ce « chemin » de Zermatt à Viège. nous courûmes au premier café . Que faire. il conservait obstinément le pas. Je reverrai toujours aussi le regard angoissé que me lança Mitten lorsque nous nous engouffrâmes. Lorsque enfin nous arrivâmes à Saint-Nicolas. CHAPITRE XIV LES ALPES LÊPONTINES . de peur qu'on ne veuille absolument les sécher en les brûlant. sinon de suivre cette longue voie ferrée? C'est bien. et nous ordonnâmes un grand festin à l'Hôtel du Mont-Rosé. et le cocher. après nous avoir salués. sans jamais faire le moindre faux pas. il faut partir à temps ! Lorsque nous arrivâmes à la station. rapide. après sept mois de mobilisation.Le lendemain. Nous franchîmes cet obstacle je ne sais comment. On n'est jamais assez prudent quant à ses chaussures. venait de rentrer à son village natal. Vous connaissez ce chemin de Stalden à Viège : coupé d'escaliers. où le traîneau pouvait tout juste passer. et il nous apprit que le train était parti depuis longtemps. le train devait être parti lorsque nous enfilâmes la rue pavée de Viège au fi de tous les règlements et au grand trot de notre mule. Se croyant peut-être sous le bât. Jouant son va-tout. Il exposait sa vie. le train venait de partir. toute la mécanique des freins pendait à l'arrière en raclant. 05. je trouvai que leur pointure avait diminué de trois ou quatre numéros. nous avions abandonné toute idée d'attraper à Viège l'express de l'après-midi. Les étincelles jaillissaient de toute part et les gosses éperdus fuyaient sous les jupes de leurs mères. C'était seulement lorsque le chemin se transformait en dévaloir et côtoyait le bord du torrent. Enfin. grasse et réjouie. La monotonie de la marche fit germer dans nos cerveaux hallucinés un projet nouveau : celui d'arriver à Viège à temps pour prendre le train du soir. le dernier qui nous assurât la correspondance avec les express partant de Lausanne. prévoyant les obstacles. aucun wagon n'était encore en vue. Mais. Sur cette piste aérienne. vu le mauvais état des chemins. La longueur de la course nous avait mis en appétit. ce dont nous commencions à nous douter. avec un sang-froid et un j'menfichisme superbes. nous y trouvâmes un cocher entre deux vins et nous lui mîmes le marché à la main : « C'est à prendre ou à laisser : si vous nous descendez à Viège pour l'heure du train. commença une course à la mort. malgré les coups de fouet et les injures du cocher qui ne cessait de l'apostropher dans son patois savoureux : sacries ! sacernona ! Nous joignîmes volontiers nos cris et nos gestes menaçants à ceux du patron. complètement abrutis par les secousses. malgré mes plus strictes recommandations. Nous quittâmes donc la famille Graven. suivant les méandres du chemin. à mesure que l'espoir diminuait. Détraquée par les secousses du chariot. en emportant toutes ses bénédictions et le souvenir de sa large hospitalité. nous apprit qu'un train d'ouvriers était monté dé Viège jusqu'à une courte distance au-dessous de Saint-Nicolas et qu'il serait facile d'en profiter au retour en s'adressant à l'ingénieur dirigeant les travaux de la voie. jeté de droite et de gauche . Mieux vaut les cacher sous son oreiller. manœuvrait avec une précision étonnante. que nous avions commandé pour descendre à Saint-Nicolas. Le mulet trottait toujours. nous expédiâmes le dîner à regret et nous confiâmes nos skis à la poste. Il lui fallut dix bonnes minutes pour harnacher son mulet et l'atteler dans les brancards d'un chariot à fumier où nous entassâmes nos sacs et que nous suivîmes bientôt en courant à travers le village. cahoté par les pierres. nous attendait dans la rue. pour suivre la voie ferrée aussi vite que nos jambes le permettaient. » II tira sa montre. que le mulet. mais rien n'y fit. lorsque je voulus chausser mes laupars. qui devait bientôt repartir. hésita un instant. Plus loin. Nous ralentîmes peu à peu le pas. grinçant dans les ornières. Sans perdre un instant.

S. Ce monde était vaste : on voyait les Apennins. Mon intention n'est pas de vous parler de ces courses que vous avez sans doute faites avant moi. 2 HOEK. Le lendemain. La partie supérieure du Bedretto. dit-on. Une première contribution au Guide du skieur XVIII. La vue immense. pp. cette fois-ci. et comme la bise était fraîche malgré le grand soleil. une belle carte toute neuve à la main. hiver. 3 FISCHER. de vastes horizons. dans le train. mais c'est lui qui provoqua ma sympathie pour les Alpes Lépontines. p. pour le skieur. Si je ne suis pas monté au Piz Lucendro. durant tout le mois de janvier 1911. il ressemble si bien à une gigantesque crevasse que notre repas fut vite expédié.(Du Simplon au Gothard)1. 1913. Vers 11 heures du matin. Piz Lucendro und Blindenhorn (Ski. à demi enfouie sous là neige . je lui demande ce qu'il projette. la Bernina. quelques mots d'italien. 125-156. nous causa un moment d'enthousiasme. L'avouerai-je ? Mes skis ont une tendance à quitter les traces toutes faites . la vieille alpe ruinée. si régulièrement espacées qu'il semble avoir été incliné tout exprès pour le plaisir des skieurs. et qu'arrivé sur quelque sommet. nous nous arrêtions pour déjeuner à l'abri d'une paroi de glace qui forme la rive la plus haute d'un petit lac. Skifahrt auf das Blindenhorn (Zeitschrift des deutschen und œsterreichischen Alpen Véteins. outre une très riche collection de jurons. en s'ouvrant. Voilà des questions que je me suis souvent entendu poser. le torrent capricieux dans ses méandres. Connaissez-vous la cabane Rotondo? le Blindenhorn ? les Clarides? la Segnes ? le massif de l'Err?. Les petits villages du Bedretto. Je crois que mon ami n'a jamais mis son projet à exécution. pp. Bd. Villa. par le D' Oscar Hug. parcourue à l'aube et le soir au crépuscule. sur le plateau neigeux du Gries. frittata. n 13. au commencement de février. dans le Bedretto. ont chacun leur aspect particulier et leur nom sonore : Fontana. le départ ne fut donné qu'à 7 heures. nous avions traversé le Cornopass. il y a quatre ans. — car. mêlant la fumée de son Stump à celle de votre pipe. j'ignorais totalement le nom de Blindenhorn. le même hiver. durant cette course. d'où s'ouvrirent à moi. on trouvera quelques notes succinctes destinées aux skieurs qui désireraient visiter ces montagnes. L'accueil simple et cordial reçu à Ronco restera un des bons souvenirs de cette excursion. ne peut donner que ce qu'elle a. et. comme le gîte laissait beaucoup à désirer. Grâce à Staub. Signor Anselmo Forni nous ouvrit sa porte et nous prêta son toit pour la nuit. Nous y arrivâmes au crépuscule. ça et là quelques pans de roche fauve. entre eux 1 II n'existe pas encore. nous étions enfin arrivés au sommet de la montagne. Mittendorff et moi. quelque bizarre silhouette blanche prêtent à cette nature son cachet et son charme. Mais. c'est qu'il n'a pas voulu de moi . d'une pureté admirable. suivi d'une longue extase. Mais ce que virent nos yeux. pp. sous ses formes les plus originales. Cette étude approfondie est illustrée de cartes schématiques indiquant les routes à suivre. sous un soleil glorieux. égrenés le long d'un chemin capricieux. Le récit qu'on va lire est de l'Echo des Alpes. 35.. vino nero. Staub. Mais. A l'heure qu'il est. présente des contrastes saisissants et des tableaux tels qu'on en rencontre seulement sur le versant méridional des Alpes. au grand étonnement de Forni. paru en 1920. 166). le Blindenhorn avait baigné dans un azur parfait. Bedretto. 43-63 : Die Blindenhorn-Ofenkorngruppe. sachant fort bien que le massif en question est l'un des plus courus et que tout skieur qui se respecte l'a visité une fois au moins. A. n'est pas encore près de s'effacer de ma mémoire.. — Un jour. du haut de son clocher. Two guideless ascents in winter (Mont Rosé and Blindenhorn) Alpine Ski Club Annual . qui possède de vrais lits. menu pimenté dont il fait bon goûter dans ces montagnes. Mais. — Ronco. se trouve comme par hasard assis en face de vous. alors que. Fischer (3) et Tauern (4).1909. c'est le menu habituel des hôtes du Bedretto. je rencontre dans la rue un de mes amis. — et je lisais dans le regard désormais protecteur de ce monsieur l'impression de pitié que lui causait mon ignorance. gardé un mauvais souvenir du Blindenhorn. le dernier hameau habité dans la vallée. mais. 7-10). ce lac doit présenter l'aspect d'un Màrjelen en miniature. Toutefois. mais j'ai couché sous le toit de la Rotondohùtte et j'ai bel et bien lié connaissance avec les Alpes Lépontines en visitant tout d'abord le Blindenhorn. plus tard. Or. je lui tourne volontiers le dos pour admirer autre chose. En été. salami. de ce fait. mais cette région sera comprise dans le volume III du Walliserskifuhrer qui est annoncé et sera publié avec une carte annexe par les soins du C. de guide des Alpes Lépontines. Dans le volume IV (Simplon-Furka) du Guide des Alpes valaisannes. par exemple. L'Oberland bernois m'a toujours été peu sympathique . pp. sans hésitation. par quelque skieur entrevu durant la journée et qui. au retour de courses. à l'idée que la crevasse. h plus belle fille du monde. . saccadées. nous préférâmes dans la suite nous arrêter à Ossasco. 195-199) 4 TAUERN. l'angélus tombait en notes graves. ils semblent aimantés : l'inconnu les attire et ils pointent volontiers vers de nouveaux buts. Sa femme préparait le repas : minestra. Après une longue promenade sur la neige houleuse. je saluai ses pics comme les rois du monde. est bien le plus pittoresque et le mieux situé de tous. je dois même dire que je ne l'ai jamais visité. je ne voudrais pas me faire la réputation d'un sauvage. toute la montagne était recouverte d'une carapace de neige dure. je partais pour remonter le Bedretto et visiter ce fameux Blindenhorn. 1905. et lorsque nous arrivâmes. étouffées bientôt dans l'ombre envahissante. Il ouvre sa carte et me montre un sommet de 3 384 mètres. Ossasco. Mes muscles et mes skis ont. et je m'attendais à faire une course merveilleuse. Bien des fois il me fallait répondre négativement — et j'en avais presque honte. le Dauphiné et. ma rétine est encore impressionnée par les courbes bleues du Griesgletscher. Le mélèze. ni passer pour plus malin qu'un autre. ne ferait de nous qu'une bouchée. J'avais lu sur cette montagne deux ou trois récits d'ascensions : ceux de Hoek ( 2). qui possède. avec un superbe glacier.

aussi. tenue à Ossasco par la famille Pervangher. car il avait trouvé la neige du Blindenhorn trop dure à son goût et il craignait de renouveler de fâcheuses expériences. Au Simplon commencent les Alpes Lépontines.tous. Quelque temps avant cette course. . qu'on atteint facilement d'Ossasco en trois heures. tant l'hospitalité y est grande. la neige devint si dure qu'il fallut fixer les crampons sous les skis. des hennissements. avions établi notre quartier général à la petite pension du Nufenen. de lancer un dernier adieu au Blindenhorn. Au retour. La zone praticable au ski est rejetée sur le versant méridional. Il s'agissait de se rendre à Andermatt par le Wyttenwasserpass (2 885 m. Une heure plus tard. aboutissant perpendiculairement à la grande chaîne pennine. le ciel était bleu du côté de l'Italie. nous étions attablés à Realp devant un grog. elle descend beaucoup plus bas que ne l'indique la carte et semble fermer le passage par lequel nous comptions accéder aux névés supérieurs du Gerengletscher. — dans la neige poudreuse cette fois. il ne soufflait mot et. le cheval au galop nous emporta bientôt. Enchantés de me faire supporter la responsabilité de cette audacieuse hypothèse. j'attendais le moment où. De quel œil amoureux. nous aussi. Comme je l'ai dit au chapitre IX. Mittendorff fut difficile à convaincre. La lune devait favoriser un départ nocturne et nous permettre d'arriver en un jour à l'alpe Devero par les cols du Gries. une forte patrouille d'officiers en civil nous assura que la descente à Realp présentait tous les charmes désirables. Sur l'autre versant de ce col. où nous couchâmes une seconde fois. Plus tard. Le temps était malheureusement d'une inconstance exaspérante. et en revivant mentalement toutes les émotions de la traversée.— et c'est une des raisons pour lesquelles nous nous étions arrêtés là. tantôt s'élevant. Il me fallut un certain toupet pour leur assurer que. en bras de chemise. attendant un traîneau pour gagner Andermatt. les vacances venues. Après bien des hésitations. Nous nous sentions là comme chez nous. et Mittendorff dut payer mon triomphe en ouvrant péniblement la piste. pour rentrer chez moi (2). répondant aux yodels qui partaient de la cabane Rotondo. des coups de fouet et des cris inhumains. du Simplon au Gothard. Sur le Wyttenwasserpass. échelonnés le. J'essuyai d'amers reproches. Il y avait du fœhn dans l'air . 1912. pour leur faire suivre un sentier plus étroit. p. Distances à vol d'oiseau . l'arête nord-ouest du Kûh-bodenhorn nous procura un instant d'émotion . par le fait qu'on descend dans une vallée. J'ai parlé ailleurs (1) de cette traversée combinée des cols de Geren et de Wyttenwasser. avec quel espoir mélangé de doutes. tantôt descendant. plutôt que celui de fer. Pour occuper notre temps. de Choudens et moi. dont la mâchoire s'était démise à la descente du Val Corno. C'est un but que je voudrais recommander aux skieurs qui ont une journée à perdre 1 2 Alpina. puis jusqu'au Gothard. ils se laissèrent enfin persuader.long d'une corde fixée à l'arrière du traîneau. 44 kilomètres . presque entièrement située en territoire italien. du Simplon au Gothard. Le système orographique de ces montagnes est bien différent de celui que traverse la Haute Route : il n'y règne pas cette belle ordonnance . en considérant cette route sur la carte. je réussis à détourner mes compagnons du chemin d'Airolo. la nuit nous surprit à Ronco. ne pouvant manger et boire que peu. son moral était tombé très bas. Mais ce ne fut qu'une fausse alerte : après être descendus une centaine de mètres sur une pente raide. j'avais traversé les Alpes Pennines par la Haute Route de Bourg-Saint-Pierre à Zermatt. 55 kilomètres. et avec quelle impatience. Staub. Nous n'osions pas nous lancer. elle serait excellente sur celui de la vallée d'Urseren. Le lendemain. Mes prévisions se réalisaient. il me vint à l'idée de la prolonger jusqu'au Simplon. elle était alors ignorée des skieurs. mais les brouillards du versant septentrional des Alpes avaient une tendance à dépasser la crête des montagnes pour venir s'accrocher aux cimes tessinoises. Une première tentative pour mettre ce projet à exécution eut lieu en mars 1911. je me hasardai à tracer an crayon un trait continu qui traversait toute la carte. et rejoignait notre route du Blindenhorn. Très peu connue des alpinistes suisses. dans une sorte de coulisse gigantesque.). mes compagnons étant dès lors suffisamment stimulés par la beauté du jour. s'insinuait par de longs méandres à travers les glaciers ou les forêts. quelque mystérieuses pour moi et qui excitait ma curiosité. Ce fut une délicieuse flânerie. on n'y retrouve plus le parallélisme presque géométrique des vallées latérales du Valais. nous pûmes doubler ce cap inattendu et chausser les skis. Le temps d'apprêter les skis. Quant à Staub. si la neige était mauvaise sur le versant du Bedretto. je prendrais ce chemin. le dernier à la corde rasa les murs et plus loin il faillit passer dans la Reuss : dernière folie d'une journée mouvementée et riche en contrastes. irradié dans l'or du couchant. je crois bien que j'étais le dernier à zigzaguer. nous fîmes un jour une promenade jusqu'à la Forcla di Cristallina. A Hospenthal. des myriades de pics dont j'oublie les noms. Mittendorfî était décidément confondu. 109. de Lebendun et du Vannino. Le niveau général se trouve abaissé et la nature y revêt un tout autre caractère. sur les pentes rapides qui séparent le Piano Secco de l'Alpe Nuova. et nous volions à toute allure sur la neige unie du glacier. Dans la nuit noire et froide. de Bourg-St-Pierre à Zermatt. je suivais maintenant ce fil menu. Peu au-dessous du Gerenpass. Sous les chauds rayons du soleil de midi. la High Level Road s arrête à Zermatt. qui. Ce fut une course infernale.

Après cinq minutes de glissade vertigineuse. Et plus loin. Aussi. nous prîmes possession de nos quartiers et. il neigeait à Airolo. Au delà. 85 lequel amasse des nuages sur le versant septentrional des Alpes et laisse le ciel du Tessin parfaitement bleu. Le lendemain. le plan d'attaque fut modifié et nous décidons de passer par le San Giacomo. A part ces teintes vives de l'aurore. un peu au-dessous de la Forcla. les nuées débordent parfois la frontière et couvrent le Bedretto. deux heures plus tard. nous étions de nouveau à Airolo. Il avait sans doute mangé depuis longtemps toutes les souris du logis. le Basodino présentait son large glacier bombé et luisant sous le soleil. Le soir. — Disons pourtant ce qui se laisse dire : après avoir traversé le Passo di Naret. Mais. et maintenant l'aube se levait déjà dans un ciel sans nuage. L'après-midi fut consacrée à l'exercice du saut. freinant de toutes ses forces et hurlant à tue-tête : Furt ! Furt ! Le lendemain. La neige fut parfaite. immobiles. dès qu'on voulait le caresser. mes yeux ont gardé de la Cristallina une impression de blancheur immuable. le lever du soleil sur le Lucendro. nous bouclions la boucle de la Cristallina et retombons dans notre trace. pour crier famine si lamentablement. mais le désir de descendre enfin était trop puissant pour permettre une longue halte. 2 . Ce que je résume ici en quelques mots nous coûta de longues heures de marche. Un an plus tard. les premiers rayons du soleil jouaient sur la neige une gamme de tons où l'ocre et le rosé se fondaient lentement dans l'azur. en plein sud. et nous partîmes fort gais pour Airolo. symbole de modestie et de renoncement dont la poésie toucha mon âme. il s'échappait dans l'obscurité en bonds sauvages et craintifs. nous prîmes à gauche. nous irions donc lui rendre visite. nous étions couchés 400 mètres plus bas. suivant des yeux les méandres gracieux de nos serpentines sur le flanc de la montagne. il s'approcha souvent de nous pour dévorer ce que nous laissions tomber delà table . nous avions esquissé une voie d'approche passant par la Forcla Cristallina. mais nous pouvions maintenant nous rendre compte que cette route. J'ai déjà attiré l'attention des skieurs sur ces deux pics tessinois (1) et je me bornerai à tracer ici quelques souvenirs. dans la nuit noire. très longue. avec son parvis entouré de corniches. A la dernière lueur du jour. et nous montions ainsi rapidement à travers les arbres clairsemés de la forêt. Durant cette course. le chemin était couvert de verglas et. Or. dès l'aube. trois êtres démoralisés. nous montâmes encore jusqu'au col du Nufenen. notre désespoir fut noyé dans le chianti. mais. pas un nuage au ciel. en train de déjeuner (2). A l'alpe du Valtorta. De là. est dû à l'action du fœhn du nord (voir p. suivant une piste à demi effacée. Sur la carte. dès le lever du soleil. A Ossasco. car il soufflait un vent chaud et lugubre dont les rafales faisaient plier la ramure des mélèzes. les plus blasés trouveront là de quoi émerveiller leurs yeux. la Cristallina (2 910 m. le soleil perça un trou de ciel bleu . dont Forni voulut bien nous confier la clef. 1912. il n'y avait plus un nuage au ciel : nous étions tranquillement adossés à la petite chapelle du San Giacomo. Le lendemain. l'alpe Robiei et le glacier du Basodino. que la muraille de nuages s'rrrêtait régulièrement derrière la chaîne du Gothard. assez fréquent dans e Bedretto.dans le val Bedretto. vous auriez voir dans le haut du Bedretto. Vers midi. Un coup d'œil suffit pour nous décider à battre en retraite. avec un ciel sombre au-dessus d'eux. qui flamboyait dans l'azur. Mittendorff et moi. dans l'évasement gracieux du col. Peu à peu. Une puissante arête rocheuse projetée par la Fiorina (et qui n'est pas indiquée sur la carte) nous obligea à descendre sur le Bodensee. un peu fade. perdue au milieu des neiges. Cette petite chapelle du San Giacomo. Nous glissions muets vers cette chaude lumière. peur voir le temps qu'il faisait en Valais. C'était bien fait : ce sacré réveil n'avait pas voulu marcher. Durant la soirée. 1 Alpina. nous fîmes une marche forcée à une allure folle et sans desserrer les dents. La vue de la Cristallina est certainement bien belle et très étendue. deux heures plus tard. au pied d'un mélèze centenaire. avant de monter à la Bocchetta Val Maggia. Après nous être étirés longuement. p. 109. pas un souffle de vent sur la neige tout unie. Par un curieux hasard.) et le Basodino (3 277 m. la glissade reprit. un pauvre petit chat blanc et tout tremblant se mit à miauler dans l'obscurité de sa prison. Ce phénomène atmosphérique. venait de pulvériser son réveil sur le plancher. jour pour jour. nous étions en route pour le San Giacomo. couchés. J'avais l'impression que deux heures plus tard nous serions de retour. Demain. Pour rattraper le temps perdu. nous descendions dans une petite plaine et remontions vers le sommet par une large croupe ondulée. outre une descente splendide et variée. le long d'une large terrasse au pied du Marchhorn. et assez loin dans l'azur. pas le moindre incident ne vint troubler la tranquille félicité du jour . Scène navrante dans le grandiose de ces montagnes. nous couchions à l'Ospizio del'Acqua. suivant une piste ouverte la veille. A Ossasco. une note de gaîté tomba sur la nature et réchauffa nos cœurs. La Forcla franchie.). L'air doux était imprégné des senteurs qui annoncent la tempête. j'entendais Staub derrière moi me gagner en vitesse. mais nous pûmes constater ce jour-là. serait fort pénible à tracer dans la neige profonde. le gîte familier nous attendait. debout au milieu de la chambre. comme nous poussions la porte. Cependant. les brumes se fondirent ou restèrent accrochées sur les sommets. Il était tombé pas mal de neige et le temps s'éclaircissait lentement . Il neigeait encore! Notre intention n'était pas de tenter la fameuse traversée. mais bien de rendre visite aux dignes voisins du Blindenhorn. je fus réveillé en sursaut par un grand vacarme : Staub. de Choudens. nous admirions. entre les mélèzes de la forêt. Une nuit. se révéla à nos yeux comme un bijou. « Mitten » allait de l'avant. Le matin. enfin.

Mais ces accidents de terrain. Ayant éliminé le superflu. restant neutre. nous déposions nos skis comme deux Indiens auraient amarré leur canot en touchant la rive de quelque îlot sauvage. et l'on se dirige droit vers la face triangulaire du Monte Leone. nous mîmes le nez à la fenêtre. répandus sur le tapis blanc de la vallée du Gries. c'est moi qui l'emportai. plutôt qu'en sens inverse. Et maintenant. (1908) prétend que 1e Basodino fut gravi en ski avant 1908. Si vous avez pu voir. nous eûmes presque continuellement les meilleures conditions de neige et les plus grandes chances de succès. bien plus intéressante et plus variée que celle de la Cristallina. mais je n'ai trouvé dans la littérature aucune mention de cette ascension. Nous avions emporté une corde de vingt-cinq mètres. On ne s'écarte guère de la route d'été. car il était passé 2 heures ( 1). la blanche pyramide de cette montagne s'élever sereine dans l'azur d'un ciel d'hiver. nous étions installés à l'hospice du Simplon. Le brouillard couvrait tout ï'Ossola et la plaine lombarde. voulait poursuivre. Notre reconnaissance s'allongea et finit par nous conduire au sommet du Monte Leone (3558 m. le 5 janvier 1913. elle prend assez vite une consistance très dure. il se décida. à travers un terrain coupé de vallonnements. Au pied des rochers. Première constatation. on traverse les névés supérieurs de l'Alpiengletscher. devant l'asti moussant dans nos verres. et nous descendîmes bien vite. dont la préparation est du reste identique et tout aussi simple. Après avoir remonté la branche occidentale du glacier. en tête. et les aspects de la nature qui change à l'instant. et atteindre ainsi la branche principale du glacier. D'autre part. Finalement. alors que. pour atteindre la branche occidentale du glacier du Basodino. à renvoyer à Genève les trois quarts de son contenu.Et celle-ci une fois atteinte. nous pûmes nous assurer du nécessaire : un peu de viande séchée dont les bons pères nous taillèrent de belles tranches dans un quartier de bœuf. . en étudiant de plus près le profil de notre traversée. Très loin. genre Tar-tarin. un vrai Paradis enclos de rochers et de mélèzes. Ce coup d'œil dans la réalité nous 1 Le Clubfûhrer durch die Tessineralpen du C. Les crampons et le piolet furent très utiles. On sait — nous avions pu le vérifier durant nos courses précédentes — que la neige est généralement bonne sur les pentes inclinées versle nord et l'est. mais — autant le dire tout de suite pour ne plus y revenir — dès le lendemain et jusqu'à la dernière heure de la traversée. Avant les derniers rochers du sommet. A. mon fidèle ami de Choudens et moi. Le gneiss du Monte Leone est disposé en couches régulières qui apparaissent très distinctement sur cette face de la montagne et forment de larges vires. qui s'ouvre dans la crête séparant les glaciers de Hohmatten et d'Alpien. qui nous permit de partir tard et légèrement chargés. nous fîmes une deuxième constatation coïncidant très heureusement avec la première : c'est que les plus belles pentes sont inclinées vers le nord et l'est. par où Ton gagne le sommet. le dernier acte : la traversée du Simplon au Gothard. et plus loin. le Passo di Val Tendra. je prétendais n'avoir aucun plaisir à varapper sur des dalles recouvertes de neige. nous surprîmes un petit coin de verdure. la course étant réussie et la possibilité d'atteindre le Basodino en ski démontrée. On distinguait une vieille ruine.). une fugue endiablée. nous découvrîmes au delà de l'abîme notre route de demain : le col de Kaltwasser. De Choudens avtait son sac légendaire aux mille poches. brusquement arrêtée à All' Acqua. le glacier d'Avrona. C'était la première fois que je goûtais à ce produit valaisan : il me parut aussi nourrissant et plus savoureux que celui des Grisons. Juste à nos pieds. le seul qui fît tache dans toute l'immensité blanche. Ce devrait être quelque part dans le val Bavona. Jusqu'au Breithornjoch. Mon dernier souvenir du Basodino est notre descente du San Giacomo. à une altitude de 2000 mètres environ. et moi. Nous reprîmes au retour exactement le même chemin qu'à la montée. Du brouillard couvrait le col . en queue. dans'une profonde échancrure de la montagne. dressée au milieu d'une prairie. qui conduit vers l'alpe Devero. la montée est longue et passablement raide. Et c'est pourquoi. mais nos yeux s'intéressaient presque exclusivement aux Alpes Lépontines. mais la corde ne servit qu'à tirer mes skis sur la route du Simplon et dans le Bedretto. un piolet et nos crampons. où ils restèrent en suspens. Comme nous montions. Le lendemain. C'est en suivant une de ces vires que nous atteignîmes l'arête occidentale. découvre un monde nouveau de pics chamarrés de neige et de lumière. en janvier 1913. se mit à gigoter au milieu. Conclusion : il fallait effectuer la traversée du Simplon au Gothard. Une angoissante inconnue nous attendait : la paroi de glace qui sépare les deux branches du glacier et qui s'obstinait à rester dans l'ombre. S. En nous avançant un peu sur l'arête nord. sur la neige bruissante et légère. le temps fut beau et doux . passant du Mont Rosé au Finsteraarhorn. Quelques mèches de brouillard traînaient aux flancs des monts. Ce fut un excellent prétexte pour se borner à faire une reconnaissance. vous comprendrez le plaisir que nous eûmes à trôner là-haut. les mazots de Morast ressemblent à un jeu de dominos. sur celles opposées au sud. constituent le charme de cette course. l'alpe Veglia. e il le considérait d'un air mélancolique. ce fut. Finalement. Arrivé sur le col entre le Basodino et le Piz Cavergno (Passo Basodino). de la vallée du Rhône. il fallut descendre encore. les brouillards se retirèrent en Italie. étourdissante. sur mes instances. sans guère monter ni descendre. Descente n'est pas le mot : à travers les arbres espacés de la forêt et les ombres allongées du crépuscule. il y eut une courte lutte : de Choudens. Depuis ce col. Chacun tira sur la corde et Mitten. l'abîme se creuse devant vos skis et le regard. en évitant et repérant les quelques crevasses visibles. nous pûmes enfin choisir l'endroit le plus favorable pour traverser cette paroi qui se trouve n'être qu'une forte pente de neige.

Le soleil était couché lorsque nous arrivâmes à Veglia. si nous n'avions eu des skis. on en mesurait de nouveau plus d'un mètre. tout joli dans la lumière du matin. Palpe Veglia n'a Pair de rien . dont l'hospice m'était caché. Cette soirée passée à Veglia. jusqu'au moment où il disparut à mes yeux derrière l'arête noire du Hûbschhorn. dominé par son Lion : alors. Sur le col. au-dessus de Ponte. Je me hâtai d'y arriver pour jouir plus longtemps de la halte. Le piolet fit le reste. il faut la voir dominée par le Monte Leone. Le pied du Hùbschhorn était atteint lorsque me vint la malheureuse idée de quitter notre piste pour essayer une variante évitant la pente très raide que nous avions traversée le matin. et nous décidâmes d'emblée de la couper en deux en passant une nuit à Veglia. dans une petite cuisine. je vis. je laissais mes regards errer sur les cimes bleues du Valais. Nous réussîmes pourtant à nous échapper et à descendre tant bien que mal vers les lumières de l'hospice. La vue grandissait derrière notre dos et. mais leur vision ensoleillée demeura dans nos yeux. Sur le col. Il nous ouvrit le logis où certes nous étions bien tombés : il y avait là. le matin du 7 janvier. où ils prêtent à la nature un grand cachet d'originalité. Pas un bruit. Vue du Monte Leone. d'où le Bietschhorn surgissait. nous arrêtâmes notre choix sur une petite maison rosé de modeste apparence. nous descendîmes prudemment sur le glacier qui. Ces mélèzes aont merveilleux et bien différents des nôtres. Mon style est impuissant à évoquer les beautés ignorées de ce site grandiose. dans la forêt. doit ressembler à quelque sauvage vallon du Tyrol par le somptueux décor des rochers qu l'enferment et par ses forêts. lui demandant si l'on pouvait y coucher. nous parcourions notre petit paradis. la croix a été remplacée par un banal écrit eau : Caccia riservata. Leurs troncs sntiques. puis je les portais vers l'Oberland.révéla la longueur impressionnante de l'étape qui unit le Simplon à Devero. dont le Weisshorn est roi . nous serions montés à reculons. Il pensait que nous étions les premiers 1 réussir le Monte Leone en ski. vous serez saisis et ravis par la sublime beauté du contraste. dans l'intimité et la solitude. Faites comme nous. il se dresse là uae paroi de rochers absolument verticale. il semble possible de traverser de flanc vers la Scatta d'Orogna. Nous nous sentions tout petits et nous étions seuls. Personne à Veglia. pas un souffle. au propriétaire de l'hôtel de Devero. Nous avions télégraphié à Baceno. Aussi. où nous sommes entrés. J'ai passé là une heure de quiétude comme il en est peu dans la vie. ciselés. tout au bas du vallon d'Avrona. Je ne dirai pas que la descente fut charmante . Je le crois volontiers. qui cache complètement la vue de la Scatta (échelle). Après une inspection détaillée des cases. Après qu'il se fut restauré. Une surprise désagréable nous y attendait. au-dessus de 1' « Alte Gallerie. une batterie complète et. devient moins raide et s'étrangle finalement entre ses moraines resserrées. Il faut la prendre tout à gauche (nord) et s'élever en lacets le long des rochers du Monte Moro. La pente conduisant du fond du Val Dentro au Passo di Valtendra est franchement raide. La piste de la veille nous guidait. restera toujours pour moi un des meilleurs souvenirs de notre randonnée. Le passage que je visais — et qui est du reste le bon — nous fit perdre un temps précieux. Il nous répondit qu'il serait à son poste au jour désiré. Tandis que nos regards se heurtent à ces falaises dorées. En réalité. un traîneau glisser lentement dans l'immensité blanche. La veille. mais. et la carte porte des erreurs à cet endroit. Toujours d'après la carte. partez du Simplon. Menacés par les séracs fantastiques du Monte Leone. Palpe Veglia et ses petites maisons restaient éclairées. comme nous. Plus bas. se tordent en poses superbes. à Devero et dans la partie supérieure des vallées de Binn et de Bedretto. Nous devions en rencontrer plus loin. ce serait faire à la neige des compliments qu'elle ne méritait pas. nous dûmes . on lit ces mots tracés en rouge et d'une insolente ironie : Per Devero a sinistra sotto le rocce. audessous de la vieille moraine du Kaltwassergletscher. Seules. qui conduit à Devero par le val Buscagna. longeant la moraine où l'on voyait des lièvres blancs folâtrer entre les blocs. Allez vous y aventurer avec des skis ! Bon gré mal gré. les skis glissent aisément entre les mélèzes espacés. un poêle. nous reprîmes la montée. tel un point. suspendues à un clou. à la descente du glacier de Hohmatten. ayant déjeuné et causé longuement avec Paimable prieur. sur le plateau neigeux du Simplon. il fallut dire adieu aux cimes du Valais . Sur une dalle de gneiss. dont k plupart sont en pierre et bardées de fer. peu à peu. puis disparaître vers l'Italie. Trop tôt mon ami revint. du bois sec. où le prieur nous reçut avec du vin chaud. Et pourtant. La ressemblance qu'offrait ce jour-là le Fletschhorn avec le Mont Blanc vu des hauteurs du val Ferret italien était frappante. Les montagnes rutilaient sous le généreux soleil de l'hiver. de Choudens avait perdu son piolet — un superbe Anthamatten. ». et nous arracha bien imprécations lorsque la nuit fut venue. Ici noua entrions dans l'ombre et dans l'inconnu en même temps. Et pourtant il nous fallait un toit pour la nuit. la combe était presque dénuée de neige. nous ne quittions l'hospice que vers 10 heures. et descendez au crépuscule dans ce cirque dantesque de Veglia. Il me quitta bientôt pour aller à sa recherche et nous nous donnâmes rendez-vous sur quelque roche qu'échauffait le soleil. Le jour suivant. Tout en fumant ma pipe. cuivrés. pointant le ciel de son obélisque doré. Le Val Dantro. La perspective de faire cette longue étape en deux flâneries était reposante et sagement adaptée à la brièveté des-jours et à l'absence de lune. Je me retournais souvent pour le regarder. promenez-vous au soleil sur les névés du Kaltwasser en contemplant de larges horizons. rien ne bougeait. toutes les clefs du logis. ayant retrouvé son piolet.

et il commença à jurer dans sa barbe qu'il n'y comprenait rien. ouvert pour nous par l'aimable Signor Alberti. Ils vivent de lait. La neige. bien entraînés. nous franchissions le seuil de l'hôtel du Cervandone. nous glissâmes en longues serpentines sur les vastes champs de neige qui occupent toute cette partie supérieure du Binntal. Mais. A perte de vue s'étendaient vers le nord les plus beaux champs de neige qu'un skieur ait jamais rêvés. tout y contribua. comme de Choudens est très mauvais coucheur. nous devions commencer la montée vers l'Ofen-gletscher. lorsqu'elle n'est pas fermée. et malgré la neige durcie. Le Rio d'Arbola nous conduisit tout naturellement au pied de l'Albrun. à l'autre bout du Valais. surveillant des yeux la pente à notre gauche. de fromage et de pain bis. pour en juger. qu'ils cuisent en galettes originales. se précipita vers moi pour constater si j'étais gelé ou endormi. le triomphe fut aux skis. mais très pittoresque. Et. Notre plan fixé. Il n'était pas inhabité et j'ai rarement passé une nuit plus atroce. on pouvait monter n'importe où: de Choudens prit en lacets sur la droite. comme des bras cassés. Nous fûmes initiés peu à peu aux étranges coutumes des habitants de Binn. dès l'aube. Au pied du mont Orfano. ivres de volupté et de joie. Demain serait la grande journée : il nous fallait passer de Binn au Bedretto en traversant l'épaule du Blindenhorn et en prenant en route d'Ofenhorn. et les skis glissaient d'euxmêmes dans la neige poudreuse. ce fut à qui arriverait le premier en haut. Nous eûmes le plaisir de traverser ce lac dans toute sa longueur. En quelques minutes. à la Scatta d'Orogna. tandis que toute la plaine et les forêts de Devero reposaient sous une masse étincelante de neige cristalline. il fallut gagner notre gîte en suivant la lanterne de notre hôte à travers un dédale de ruelles obscures et scabreuses. plus ensoleillée. a triplé son étendue primitive au point de l'allonger vers le nord jusqu'à la gorge du Rio d'Arbola. A 5 heures déjà. le soleil brillait dans un ciel pâle et sans nuage. Ayant obtenu le manger et le boire. sur un vieux grabat que l'hôte avait déclaré inhabitable. lorsque cette pente nous parut abordable. ce jour-là. Je lui éclatai de rire au nez. directement. nous ouvrîmes avec peine une des fenêtres de la chambre qui semblait n'avoir jamais été aérée. le lendemain. le Lago Codelago est barré d'une digue qui. du riz. comme une arête nous séparait. puis nous primes le chemin de la vallée. nous étions prêts à partir. étudiant la route de demain. j'étais réveillé et je pus jouir de sa stupeur en me voyant couché près de la fenêtre ouverte. Une fois de plus. notre hôte nous dévorait des yeux. l'alpe Auf dem Blatt était atteinte. c'était pour nous retourner et contempler à contre-jour les noires silhouettes des mélèzes découpées sur l'immense éclat des neiges. où se trouve Palpe Bondolero. Je ne vous raconterai pas les démarches qui furent nécessaires pour arriver à nous asseoir devant une soupe fumante qu'un hôte improvisé nous confectionna avec du jait.descendre dans je vallon anonyme. A midi. sur les débris congelés d'une ancienne avalanche et. Il nous coucha maternellement dans un grand lit. L'alpe Devero est plus étendue et moins encaissée que celle de Veglia. Une heure après avoir quitté la Scatta. Sa pipe rivée au coin de la bouche. Là-haut. en élevant son niveau. passage que nous avions choisi pour nous rendre dans la vallée de Binn. On arrive ainsi. nous pressant de questions auxquelles il fallait répondre dans le plus affreux patois pour être compris. la neige était dure et complètement gelée. dont la pâte est mélangée d'anis : bel exemple de sobriété que nous donnent ces montagnards et que feraient bien de suivre. je préférai m'étendre le plus près possible de cette fenêtre. il fallut y monter sous le soleil de midi. la voir en été. Ces braves gens ne possèdent pas la moindre goutte de vin dans leurs caves. Lorsque. puis il redescendit vers son . Elle est moins sévère aussi. Il était recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace qui. et c'est le seul itinéraire à conseiller lorsque la neige présente le moindre danger d'avalanche. elle me parut peu favorable au ski. On vérifiait cet effondrement à la roture courant au long de ses rives et aux mélèzes trop avancés dont les branches ankylosées dans la glace étaient rompues et pendaient lamentablement. certains ivrognes de ma connaissance. Lorsque le patron revint. Le versant italien du col offre une rude montée. le lendemain. nos cris de joie firent retentir tous les échos de la montagne. Il faillit lâcher sa lanterne. moins cloîtrée. nous quittâmes la Capone d'Alberti pour continuer notre voyage. malgré l'éblouissante vision que m'avait laissée Devero. nous étions tranquillement assis sur le col. à Veglia. plongeant des regards curieux dans la vallée de Binn ouverte à nos pieds. — et je crois qu'alors vraiment la comparaison serait à son avantage. Cette descente à Devero par le val Buscagna est stupéfiante. on évite les pentes les plus raides. C'est là que. ayant renoncé à l'idée de contourner l'Ofenhorn par l'est en franchissant les cols du Vannmo et de Lebendun. C'était la première fois que je visitais la vallée de Binn . Dès qu'il eut tourné le dos. On n'en trouve qu'à la pinte du chef-lieu. je montai à pied. en quête d'un gîte. comme deux petits garçons. mais il faudrait. lorsque ses torrents bondissent des rochers dans les prés verts. s'était affaisée et s'affaissait encore en sourds craquements. Lorsque nous nous arrêtions. avec sa pipe à la bouche et une heure d'avance sur la diane. Dans une misérable hutte écrasée sous la neige. Et pourtant. Je la trouve moins belle. Quelle flânerie ce fut 1 Nous étions bien reposés. l'heure. Toujours ces mélèzes enchantés ! Nous glissions au milieu d'eux. l'éclairage. des légumes et du fromage. — une minestra valaisanne comme j'en ai rarement goûté. nous déposâmes la plus grande partie de nos bagages. à travers un site grandiose et après une rude besogne. et. Aussi la halte ne fut pas longue. Ses eaux alimentent des turbines installées plus bas et fournissent la lumière et la force à la vallée de Devero. para suite d'un abaissement subit du niveau de 1'eau. Le brave homme voulut porter nos skis jusqu'à l'endroit où cessait le sentier battu. En faisant un détour par l'alpe Forno inférieure.

Arrivés sur le col. comme nous l'avions baptisé. Rude fut la montée qui nous conduisit ensuite au Mittlen-bergpass (ouvert entre le Hohsandhorn et les Strahlgràte) : une chaleur accablante avait succédé au froid matinal et la fatigue commençait à se faire sérieusement sentir. j'avais le diable au corps et. En une heure et dix minutes nous atteignîmes le sommet par le versant italien. rentrant d'une patrouille dans le Griestal. la lanterne fut allumée pour descendre dans le gouffre noir où le chemin zigzaguant se transformait en une glissière verglassée. ce qui ne l'est pas. Nous fiant aux courbes de niveau de la carte. faite de tâtonnements énervants. Cette dernière chance nous épargna un bivouac. 1 Première ascension hivernale de l'Ofenhorn (3 242 m. tandis que nous remontions la vallée suivant notre trace dans la nuit. Après une halte beaucoup trop courte. Comme leurs souliers étaient ferrés de crampons. ayant abandonné nos skis à mi-chemin (1). Il ne restait plus qu'à descendre dans la vallée par la gorge même du Hohsand. lorsque deux superbes doganieri firent leur apparition. Nous partîmes en même temps d'un franc éclat de rire qui rompit la torpeur noctune. et nous attaquâmes ces nouvelles pentes avec une nouvelle ardeur. et je dus me soumettre à son irrésistible plaidoyer. Qu'ils aient agi par simple ignorance cette ignorance est excusable de leur part . En sortant de la gorge.village. l'Ofenhorn devint l'objet de notre discussion : il se dressait maintenant juste au-dessus de nous. nous avions compté faire une traversée de flanc de Zum Sand par Gemsland. c'est la cupidité qui les poussa à nous voler une paire de lunettes de glacier dont de Choudens dut se passer pour la dernière journée. Comme nous faisions une traversée. en révélant mes plaques photographiques et en constatant que la moitié avait été anéantie par ces fonctionnaires imbéciles. nous découvrîmes enfin le Blinden-horn. le torrent était comblé par les débris de nombreuses avalanches qui remplissaient le fond de la gorge. et nous comptions bien nous y arrêter. Mais il fallut près d'une heure pour trouver à la poste de Wald le toit hospitalier et le festin rêvé. Cette traversée est impraticable en ski. Nos bagages avaient subi une inspection dont je ne pus fixer l'étendue que plus tard. avec laquelle il présente une analogie. Nous déposâmes dans une grange nos skis et le plus lourd de nos charges. Une courte glissade dans l'ombre fraîche nous reposa. Il y eut alors une courte discussion. j'avais peine à satisfaire cette curiosité maladive. aurait dû nous engager à renoncer à l'ascension. pourquoi nous voyageons et ce que nous sommes : étudiants ou militaires ? Avec mes quelques mots d'italien. jusqu'au Gries. et ceci simplifie beaucoup la patrouille! Ils parurent fort étonnés en apprenant que nous allions passer le Gries et que nos skis nous attendaient à Morast. Le lendemain matin. les cimes du Valais surgissaient de l'ombre . et bientôt nous déclarions cette pente assommante. il fallut s'arracher à la contemplation et regagner le Hohsandpass. nous nous retournions constamment pour les admirer et signaler quelque nouvelle apparition. avec la ferme intention de coucher dans des lits et de faire un sérieux repas avant de revenir ici pour franchir notre col. ce que nous fîmes. non sans ronchonner. pas un mot de description. vers 10 heures. et nous continuâmes. connaître le prix de chaque objet. Le soleil venait de poindre et il réchauffa notre halte dans les rochers. pointa ses skis sur le Hohsandpass. la lanterne entre les dents et les mains cramponnées aux vernes rampantes. passant le premier. entre Tschampigenkeller et Kiihstafel. nous leur demandâmes pourquoi ils n'employaient pas des skis. dans une gorge de la Binna. Entre deux immenses parois de rochers. nous tournâmes le dos au Gries et descendîmes à Morast. ils veulent tout voir. une heure plus tard. il était tout naturel de franchir des cols sans nous attarder à gravir des cimes et l'étape de ce jour. Mais nous comprîmes en y arrivant que les perfides doganieri s'étaient moqués de nous. Mais de Choudens envisageait la question d'un œil très optimiste. A Tosa (l'hôtel était fermé). pour éviter de nous rompre le cou dans ce maudit dévaloir où l'on ne pouvait risquer un pied sans perdre l'équilibre ou esquisser les contorsions les plus grotesques. décourageante. Ces douaniers sont les gens les plus curieux du monde . mais. au « passage des Vernes ». Fruttwald est le premier village habité du Formazza. J'avoue que la vue dont nous jouîmes là-haut vers midi est la plus belle que j'aie découverte d'un sommet en hiver. non sans nous demander comment finirait l'aventure. En un rien de temps nous étions dans le lit du Hoh-sandbach. tout toucher. Peu à peu. Un vent froid aous en chassa bientôt et nous commençâmes a zigzaguer sur la pente des Lange Eggen qui conduit à l'Ofengletscher. lorsqu'un paysan nous cria dans l'ombre : « Alle or un quarto d'or a fing alla prim' osteria ». puis une rapide descente et une fuite éperdue sur le beau glacier de Hoh-sand. déjà si longue. nous prenions pied sur le glacier où de Choudens. je lui laissai tout le soin de guider mes pas sur sa montagne. le thalweg était frayé par les traîneaux qui servent au transport du foin. C'était alléchant. Ici devait s'évanouir notre dernier espoir : celui de passer le Gries pour gagner le Bedretto le même soir. le petit hameau que nous avions aperçu autrefois du haut du Basodino. Ce matinlà. — à l'exception peut-être de celle du Grand Combin. Le Hohsandpass évoqua en nous le souvenir de la Fuorcla d'Eschia. dans l'ombre froide du matin. ils ne sortent pas des chemins battus. L'aube se levait comme nous arrivions à l'alpe Auf dem Blatt pour y quérir nos bagages.). une allusion au Griespass. où l'on va. Je reverrai toujours de Choudens affalé sur le ventre au milieu d'un fouillis de branches. Au reste. puis nous partîmes gaiement à pied. Le réveil effectif n'eut lieu que beaucoup plus tard. Les malins ont tout avantage à ignorer ce moyen de communication : sans ski. A notre grande satisfaction. Mais celle-ci ne tarda pas à fa blir. . Je ne risquerai. nous étions assis sous le porche de la chapelle de Tosa. nous dûmes user d'une tactique savante. Dans la lumière tremblotante. savoir d'où l'on vient. du reste. Une fois de plus. Il était d'une hauteur prodigieuse.

nous nous dirigeâmes vers le Gries où flottaient quelques brouillards. Dans la neige profonde. tous les incidents qui. descendant la vallée. Le haut Bedretto présentait une neige coriace et dure. et les brouillards arrachés à cette masse sombre venaient par bandes se déchirer sur les cornes du Blindenhorn. moirée d'ombres. surpassant en grandeur et en magnificence ce que nos pauvres cerveaux avaient imaginé. lorsque l'air n'est pas absolument calme. me suivaient ou me précédaient. de Choudens entama la dernière montée. nous surprîmes une dernière vision : illuminée d'ocré par le soleil couchant. Ces contrastes sont fréquents en hiver. Aujourd'hui. L'hospice d'Ail' Acqua était ouvert. et je voulais emporter en moi un peu de sa poésie. Quelques jurons ingrats avaient déjà troublé le silence. . Le minuscule sosie du Màrjelen évoquait le souvenir des amis absents. que le rêve s'était réalisé. tout en songeant. C'était peut-être la dernière fois que je voyais cette belle vallée. ne fût-ce que pour tirer mes skis sur le thalweg dont la dureté commençait à m'exaspérer. et je verrais tomber cette neige à travers les vitres d'un wagon du Gothard ! Comme l'angélus sonnait au clocher d'un village. mais personne ne répondit à nos appels.Furieux. et. je descendais. mon âme s'émut au souvenir de ma première vision du Bedretto. avaient agrémenté la course. avait recueilli l'élément poudreux dissipé ailleurs par le vent et offrait à nos skis deux rails huilés où la vitesse devint bientôt vertigineuse. un peu las et l'esprit rêveur. mais. Avec un malin plaisir je contemplais les nuages bas qui cachaient le ciel et je riais en moi-même : demain il neigerait. En arrivant sur le col. la cime du Blindenhorn laissait glisser sa longue écharpe blanche. du Simplon jusqu'ici. c'eût été un plaisir d'y voguer. je le laissais filer en avant sur le chemin désormais battu. et de Choudens ne voulut pas s'attarder. ou bien glissaient à côté de moi comme de fidèles compagnes. tout le nord et l'ouest étaient noirs de nuages. La première montée se fit en bras de chemise. et je trouvais au total que les promesses ne s'étaient pas démenties. et nous fûmes nous reposer un instant à l'abri de sa rive de glace avant de diriger nos skis vers notre dernier col : le Cornopass. et nous fûmes contents de goûter ensuite la fraîcheur de l'ombre . J'avais dans mon sac la corde que je transportais depuis huit jours sur mon dos et je voulus m'en servir une fois. J'allumai ma pipe et je m'en fus à petits pas. Le beau glacier de Gries coulait vers nous comme un large fleuve laiteux. lorsqu'une dernière chance nous sourit : une ancienne trace de ski. selon la pente. toutes les émotions. sur la pente supérieure. nos yeux cherchèrent en vain les pics de l'Oberland qui d'ici font généralement une belle apparition . de quoi réchauffer mon cœur durant les vieux jours. Le versant italien de ce col présentait deux pentes successives exposées en plein soleil et séparées par une petite plaine baignée d'ombre. il soufflait un vent qui nous fit endosser nos plus chauds vêtements. traînant mes planches qui. Bientôt. Je repassais dans ma mémoire tous les souvenirs du voyage. sur le col. Et. Je tenais à passer tranquillement cette dernière heure de traversée. Une chance inouïe nous avait accompagnés. en nous retournant. tranquille et sans vague.

Dent d'Hérens (4 180 m. je pousse une porte et trouve Crettez en tenue de guerre dans la petite cuisine. dans son maintien comme dans ses propos. Aux extrémités de la grande chaîne. Une 1 Rosablanche (3 341 m. pp. nous quittons le village endormi et débouchons par une ruelle tortueuse sur les champs de neige.). et l'on descend sur l'autre versant une cinquantaine de mètres à pied. et c'est pourquoi je préférai choisir un itinéraire plus intéressant. mais — est-ce un effet du réveil matinal ? — il me semble plus réservé. entre la vallée du Rhône et la « Haute Route » désormais connue. Tout en déjeunant. ils disparaîtront sans laisser de trace.) Ce serait la dernière. nous nous serrons cordialement la main. ces deux dernières cimes n'eussent été ravies à leur tour. la course est toute nouvelle. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes plus revus : dix ans bientôt ! C'est à peine s'il a vieilli. je prends les devants en portant la lanterne. une longue montée surtout . et il fallait en profiter. L'aube venue. lorsque le soleil se sera levé.. mais rapide. à l'abri du vent matinal qui balaie la combe de Médran. — les deux derniers grands pics des Alpes (2).CHAPITRE XV DERNIÈRE CAMPAGNE 1 (1920. Cette épaule forme une large encolure. Comme elle m'est devenue familière. Crettez suit dans l'ombre. les Ecrins (4 103 m. mais en Dauphiné. Qu ils en profitent donc: il en est encore temps.) et le Grand Cor-nier (3 969 m. mais la descente promet d'être rapide et agréable. La catastrophe de Bagnes (où trois skieurs périrent dans une avalanche) avait laissé des souvenirs encore trop vivants dans la contrée. j'étais parti avec l'intention d'attaquer l'Obergabelhorn. ils me quittèrent l'un après l'autre. et je suis heureux de constater que mes prévisions se sont réalisées. Dimanche 25 janvier. Trois amis devaient m'accompagner dans une première étape à travers la Rosablanche. la Bernina comme le Grand Paradis étaient déjà d'anciens trophées. Seules. Que faire? A Verbier. 1915. Depuis longtemps. Avis aux amateurs ! En outre. Instruits par l'expérience. Encore quelques années et nous verrons un chemin de fer dans la vallée de Bagues. mais ce raidillon n est pas pour effrayer ceux qui préfèrent la rusticité valaisanne aux splendeurs des palaces. et je m'étonnais qu'entre temps. je lui expose mes plans.. profitant d'une étonnante série de beaux jours.). je me trouvais seul en face de la montagne. Dans la chaîne du Mont Blanc. En février 1914. plus sûr de lui. Nuit froide. Bien souvent j'étais rentré au logis sans avoir rencontré un seul skieur sur toute l'immensité de leurs glaciers. Voir Addenda. les Pennines conservaient encore dans leurs plis le charme mystérieux de la nouveauté.) . j'arrivais à Verbier.. Le jour est venu . Pour aujourd'hui. Deux hivers s'écoulèrent encore. 2 Des Alpes centrales. Trois ans plus tard. je m'étais amusé à gravir successivement le Bieshorn (4 161 m. Trois heures plus tard. leurs traces l'avaient couvert d'un véritable réseau dont les mailles se resserraient de jour en jour. personne ne pouvait ni ne voulait m'accompagner. le Rothorn (4 223 m. Nous savons cependant qu'elle n'offre aucune difficulté et qu'elle n'exige qu'un peu d'endurance et beaucoup de patience. plus long aussi. C'est là le véritable passage pour se rendre de Verbier à la Chaux. où nous coucherons. il ne tardera sans doute pas à retrouver sa belle humeur des grands jours. Dans le ciel. il reste dans les Alpes Craies et Cottiennes une quantité de routes à explorer par les skieurs (voir ma conclusion). les précurseurs s'étaient partagé les rares sommités accessibles en hiver. et il restait encore dans les Pennines deux beaux sommets à vaincre en hiver: l'Obergabelhorn (4 073 m. et ce fut Maurice Crettez en personne qui répondit à mon coup de téléphone. enfin. Du Chable. mais personne n'en parle et. n'ont pas encore été visités en hiver. en pleine guerre. l'Oberland bernois était devenu l'arène favorite des skieurs alpins : en s'entrecroisant. Wellenkuppe leurs horaires dans le Guide du skieur pour les Alpes Valaisannes. nous n'avons fait que franchir le bisse de Levron au lieu de le suivre. lorsqu'un brusque rappel hâta le terme de mes vacances. — Ciel étoile. il s'agira simplement de monter à la Rosablanche et de gagner Nendaz. C'est une longue journée. Pour lui comme pour moi. vol. qui ne possède encore qu une humble auberge. devrais-je dire. pensais-je. le point culminant du massif du Pelvoux. Je franchis l'étroite ruelle qui me sépare du café Michelot. des nuages panachés flottent indécis. 3 Voir Écho des Alpes. au pied des rochers de la montagne.). il me fallait retourner à Zermatt une fois de plus.) . le ciel est sans tache et nous partageons gaiement un second déjeuner.I et II. La lune a disparu.) et le Tàschhorn (4 498 m. charmant village situé au bord d'une terrasse qui domine la vallée de Bagnes. il n'existe aucun sommet de 4 ooo mètres. un peu voûté sous la charge. et nous allons maintenant gagner l'alpage de la Chaux en passant sur l'épaule du Mont Gelé. Lassés par le mauvais temps. le 19 janvier. Mais quel chemin prendre? Le thalweg de Saint-Nicolas ne me souriait guère. Il était libre et nous fixâmes le rendez-vous au lendemain soir (4). et lorsqu'enfin le ciel s'éclaircit. à l'endroit où celle-ci tourne au nord et monte vers le col des Vaux (2 690 m. En attendant. A 5 heures.. Je me décidai donc à frapper à la bonne porte. Dans les Alpes orientales.) en compagnie du jeune porteur Théophile Theytaz de Zinal (3). mais nous avons pour nous guider la piste des jours précédents. avançant au rythme lent et régulier de ses longs skis. un funiculaire depuis le Chable et des hôtels confortables au seuil de ses merveilleux champs de neige. plus calme. est certainement destiné à devenir un jour une station d'hiver à la mode. Mais nous étions arrivés trop tôt. 177 sq 4 Verbier. par contre. J'allais quitter la Suisse pour longtemps. .). nous sommes tapis dans un creux de neige. et celles-ci n'étaient pas faites pour tenter de nouveaux conquérants. et tracés sur les cartes annexes. La dernière occasion étant venue. C'est ainsi que. On y monte de ce côté par une pente courte. on trouve chez Michelot des chambres propres et une pension parfaitement suffisante. Voûtés tous les deux sous un plafond trop bas. la montée est rude.

Dans notre lassitude. Dans la chaleur de midi. Par une chance rare. Entre les mélèzes clairsemés nous filons joyeusement. comme un détour inutile. ont projeté tour à tour l'érection d'une cabane destinée spécialement aux skieurs et qui deviendra le meilleur point de départ pour la Rosablanche. nous pouvons nous élever presque directement sur sa rive droite jusqu'au col ouvert entre le Bec des Rosses et le Mont Fort : le col de la Chaux (3 050 m. nous pourrions nous accorder une longue halte. — beaucoup trop vite. le chemin direct de Nendaz-Basse nous échappe et nous arrivons finalement à Nendaz-Haute 1 Pour l'itinéraire exact de la Rosablanche. On sort de Cleuson par une gorge étroite et l'on quitte bientôt le chemin habituel pour descendre à droite sur une pente raide. que j'avai s compris les indications du guide Bruchez. A. Ce Sont deux longues heures durant lesquelles la marche devient monotone. car la fatigue commençait à se faire sentir ( 1). piaffant dans la neige avec régularité. Il y a là plus d'un site favorable. encadré dans la trouée sombre du vallon de Louvie. Plus loin vers le sud. D'un côté. L'air est calme et. qui manquerait de charme si les yeux ne pouvaient se délecter dans les mirages de la scène qui s'ouvre à notre droite : le massif entier du Combin. Dès que la neige est suffisamment durcie. se creuse une combe encore vierge de traces humaines et qui s'évase en méandres jusqu'au pied du col de Louvie. Sortant brusquement de l'ombre. s'ingénie à puiser de l'eau par-dessus les corniches du torrent. sur le Grand Désert. Les skis sur l'épaule. découpé sur le ciel. tourmenté par la soif. éclatant de lumière. Grâce à nos peaux de phoque et à la consistance favorable de la neige. du moins. j'apprécie la revanche et je ris de ma rancune. nous désirons ardemment deux choses : un souper et un gîte. nous abandonnons nos skis au creux d'une petite combe et poursuivons l'ascension à pied. et nous hâtons le pas en suivant les rives de la Printze jusqu'aux chalets de Cleuson. C'est ici la seconde étape. nous nous étions réfugiés lors de notre siège à la Rosablanche ? Quelle malheureuse équipée ce fut ! Trois jours de tempêtes et deux nuits de bivouac pour échouer piteusement au pied du but ! Aujourd'hui. je m'assieds un instant au seuil d'un mazot bruni. de l'autre. Il nous sépare seul de la Rosablanche qui se dresse toute proche maintenant. elle nous dépose dans l'anse d'un petit lac. nous poursuivons notre route. J'ai souvent admiré le Combin. nous chaussons nos planches et nous préparons à la glissade. Il était temps. et celle-ci restera bonne jusqu'à Nendaz : 10 à 15 centimètres de poudre légère dans laquelle les virages deviennent un jeu enivrant. Ce n'est pas long. Voici la crête rocheuse qui culmine cent mètres plus haut. le corps ramassé pour éviter les branches. Là-haut. dix heures et demie après avoir quitté Verbier. évitant d'innombrables mamelons et cherchant à descendre le moins possible. Ici la lumière est diffuse. nous filons au gré du terrain. largement ouvert à nos pieds. et. voir le Guide du skieur dans Its Alpes Valaisannes. où plusieurs sections romandes du C. après six ans d'intervalle. Comme nos skis sont restés au pied du sommet. S. Tantôt en ligne droite. On contourne ainsi toute la base des Monts de Cion. nous attaquons la dernière montée. 30 de l'après-midi. Longtemps. I. teurnant à contre-pente pour replonger dans l'ombre des combes. La trêve n'est pas longue et nous reprenons notre route. Par les immenses champs de neige de la Chaux. il faut maintenant suivre les rives du torrent jusqu'au moment où nous trouverons des traces de bûcherons. vol. et il faut un bon coup de collier pour en sortir. Crettez marche devant. derrière lesquelles pointe la Rosablanche. soutenant notre élan le plus loin possible. N'est-ce pas ici qu'avec mes collègues Egger et Kônig. presque obsédante.). n'était l'heure tardive. au pied du Mont Fort. d'un promontoire où nous sommes parvenus. il n'est plus question de descendre par le glacier de Prazfleuri. nous découvrons le col de Cleuson. Il craint d'être surpris par la nuit et presse le départ. La glissade qui succède n'est pas longue : en dix minutes. nous suivons une combe sinueuse où l'air est surchauffé. le glacier est moins rapide qu'il ne paraît sur la carte. On prend alors la direction d'une selle ouverte à l'est du point 2 872 : c'est ainsi. nous avançons en écharpe sur les pentes sans apercevoir notre montagne. route 114 . C'est une longue montée. vertigineuse. La glissade est finie. Elle ne pouvait guère être meilleure. aussi peut-on espérer qu'un avenir prochain verra le projet se réaliser. sachant la neige excellente sur le Grand Désert. ni loquace aujourd'hui. On laisse donc le cal de Louvie à main gauche. qui connaît parfaitement cette contrée. Il est 2 heures déjà et la chaleur insolite nous a passablement éprouvés. aussi régulièrement que possible. A 3 h. Enfin. nous avons quitté l'éclat des neiges pour tomber sans transition dans les voiles du soir. Mais Crettez n'est ni contemplatif. Je renonce volontiers à ce premier projet. couronnée d'un gros cairn à demi ruiné. et cela de tous côtés. nous dévalons une forte pente et gagnons ainsi le plateau du Grand Désert. Entre les moraines tortueuses du glacier de la Chaux. c'est un fouillis de sommités rocheuses. Pour gagner Nendaz. Dans l'obscurité. de Bagnes. et Crettez désaltéré m'appelle. l'on domine le glacier que nous venons de parcourir : notre piste y file presque en droite ligne pour aller se perdre dans les champs éblouissants de la Chaux . De vieux souvenirs s'éveillent en moi. nous piquons en ligne droite. à l'abri des avalanches . Par contre. Tandis que Crettez. lorsque la pente s'accentue. mais je n'en connais pas d'aspect plus grandiose. Lentement. A 4 heures. Une glissade presque ininterrompue d'une demi-heure nous porte d'un dernier élan dans la plaine de Cleusen. Le ciel est étoile. Mais il faut encore beaucoup de patience et d'énergie pour y parvenir. Que tout cela est déjà loin ! Le crépuscule tombe lentement sur cette alpe sauvage. nous touchons enfin la cime et nous couchons paresseusement au pied du signal. tantôt en serpentines. la montée semble rude après cette longue traversée.étude préalable de la carte avait suffi à déceler cet itinéraire qui peut être recommandé à tous les skieurs. mais sans lune. le vent n'avait pas encore abîmé la neige. Lentement la nuit est venue. nous nous étendons en plein soleil dans la tiédeur des rochers.

nous avions dû le mettre à la porte pour le décider à tirer. et vivement ! Sans transition aucune. Il est 10 heures. Le vent a dû souffler furieusèment dans cette région. seul maintenant avec un guide comme Crettez. saturé d'humidité : vilain présage. je désirais m'arrêter à la cabane des Dix pour explorer les environs. Les chemins sont du reste si mauvais que l'on avance plus vite à pied. le Rocher de la Division (point 3 291). En passant de Verbier à Zermatt. Du col de Valpellme à celui des Bouquetins. et il n'en faut pas davantage pour nous remettre de joyeuse humeur. leurs volets verts clos devant la désolation des neiges. par bonheur. un peu las. — A 5 h. Tout au fond. nous entamons nos provisions. douze ans auparavant. nous débouclions sur la frontière et plongeons des regards curieux sur le versant italien. Voici les hôtels. on dirait que ça va s'arranger ! Une heure plus tard. La Dent d'Hérens elle-même présente une face aussi sèche qu'à la fin d'un bel été. la scène est d'une sauvagerie saisissante. en compagnie de quelques ivrognes. les nuées se déchirent et laissent entrevoir un coin de ciel bleu. Il disparaît presque sous la neige. A 5 heures. le guide Maurice Follonier. sauf quelques brumes effilochées qui flottent au gré de la bise. n'est pas fermée à clef. lorsqu'on vient m'éveiller. La « bise »! une fois de plus elle a sauvé la situation. à gauche du Mont Collon. Aux Haudères. nous doublons un cap rocheux. tous les nuages ont disparu. Il est trop tard aujourd'hui pour gagner Zermatt : nous irons donc coucher au Rifugio Aosta. Quelques jours auparavant. afin d'exécuter la partie principale de mon programme. alors que. En route donc. nous partons dans la nuit. et que les skis paraissent inutiles pour l'ascension projetée. Quel accueil glacial. leurs voix gutturales articulant péniblement les fadaises que nourrissent leurs cerveaux hallucinés. A travers champs. je devais gagner Zermatt au plus vite. Ici nos traces se soudent à celles de janvier 1911. Puis leurs gros rires ont repris. en comparaison de la vie intense qui anime ces lieux l'été ! Sans gaîté. mais on distingue pourtant l'angle d'un mur. A 7 heures enfin. le bétail était descendu d'Arola.qui n'offre pas de quoi satisfaire notre appétit. Une heure plus tard. trop tard pour y prendre la poste. une délicieuse promenade nous conduit à Vex. Lentement. Tout ce cirque de Tsa-de-Tsan semble dégarni de neige. contraste par sa gracieuse envolée avec les horreurs figées à ses pieds. Nous poussons un cri de joie en découvrant toute une provision de bois et une pile de couvertures déposée dans le dortoir : c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre à l'aise. En cherchant bien du regard. Le fourneau lui-même semble être d'excellente humeur et ronronne agréablement. la fameuse chute de séracs est franchie. et nous bénéficions de sa trace. nous pointons maintenant vers celui du Mont Brûlé. Crettez me conduit chez son ami. la combe glaciaire creusée au pied de la Tête Blanche est noire de glace et striée de crevasses. nous descendons au village inférieur. Par Brignon. à pied. le jour se lève sur un ciel opaque qui ne laisse percer qu'une triste lumière. nous arrivons au refuge. — Pendant la nuit. Toute la journée ils ont bafouillé en mâchant leur chique autour d'une table noyée de « fendant ». Cela n'empêche pas de caresser ses projets longtemps d'avance. . Si nous voulons y parvenir de jour. Comme nous devrons repasser en cet endroit pour nous rendre à Zermatt. tiens! fait Crettez. Mardi 27 janvier. — Tiens. une fois sur place. j'ai changé mes plans. Une heure plus tard. après avoir dévalé un grand couloir de neige dure. mais. comme un point minuscule au fond du gouffre. nous permet de dégager la porte qui. Mais là-haut. et nous quittons cet antre pour aller nous coucher. L'obscurité qui semble s'exhaler du gouffre monte lentement aux flancs de la Dent d'Hérens dont les arêtes convergent très haut dans le ciel et qui. 30. Plus je cours la montagne. Une pelle. Je comptais pour cela sur le concours des amis qui m'avaient accompagné jusqu'à Verbier . plus je constate qu'il faut savoir les adapter aux circonstances du moment. animés d'un faible espoir. à la hauteur du Plan de Bertol. alors que nous suivions la Haute Route. puis nous retrouvons le soleil sur le plateau supérieur. Coincés dans une faille et chargés de pierres. c'est un brusque retour à la réalité : l'horreur d'un dimanche soir dans l'atmosphère empestée d'une pinte valaisanne. et c'est à se demander où a pu passer la neige tombée au cours des deux derniers mois de tempêtes. Aussi notre souper est-il vite expédié. où nous arrivons vers midi. par la nuit noire. ne croit pas au mauvais temps. secoués de hoquets et de rires idiots. au lieu de nous diriger vers Bertol ou vers ie col de l'Évêque. qui s'est levé lui aussi. Notre brusque irruption les a fait taire un instant et de leurs yeux sanguinolents ils nous ont dévisagés comme des brutes. Mais Follonier. par contre celui de la Dent confirme mes prévisions et nous engage à pousser une tentative de ce côté-là. et laissons à main gauche la classique Haute Route pour tourner au sud. nous faisons halte à l'abri du vent et. En quelques lacets. Par ce crépuscule d'hiver. Là. ils résisteront au vent le plus violent. Quel triste contraste avec le silence d'où nous sortons ! Mon guide lui-même en est impressionné. le glacier de Tsa-de-Tsan s'écroule et se brise en cascades. il importe de rester très souple et de ne pas vouloir s'attacher aveuglément à sa première idée. prudemment fixée à l'extérieur. on peut chausser ses skis et suivre les rives du torrent jusqu'à Arola. toute rosé sous la caresse mourante du soleil. L'air est doux. par dépit plus que par appétit. Mais. Veysonnaz et le bisse de Salin. auquel nous avons annoncé notre arrivée et qui nous reçoit comme des princes. tirant nos skis. blottis frileusement l'un contre l'autre à l'orée du bois. A Satarme. nous les déposons dans les rochers. je finis par le découvrir. nous abordons le glacier d'Arola et le remontons dans toute sa longueur. mais. Si l'état du glacier est désastreux pour le skieur. il s'agit de se hâter. Lundi 26 janvier. il n'y a pas une étoile au ciel. dans l'ombre épaisse. après une dernière grimpée dans les éboulis.

la situation n'est pas très rassurante. Mais nous verrons demain: chaque jour suffit sa peine. de vastes pâturages. Peu à peu. 275). dans ma solitude. entre précisément dans son premier quartier Crettez émet de sérieux doutes sur la stabilité du temps. mais sur aucune d'elles sa pyramide ne m'avait semblé aussi sèche. puis nous descendons par le même chemin et rentrons au refuge à 3 h. je m'amuse à feuilleter le «livre des voyageurs ». petit cône neigeux d'où pointe un bout de perche fracassée par la foudre. car c'est plus qu'un voyage ! Voici Bonacossa et ses soldats. mais je devine la suite : des forêts de mélèzes centenaires. et j'ai fermé la porte.mais bien la deuxième. le temps s'est gâté pendant la nuit. Neige excellente. Nous profitons de ses derniers rayons pour étendre les couvertures sur une croupe de gazons dénudés. enfin une église paroissiale. et pourtant il est. toujours la même obsession (1) I Ce soir. en crampons. Parvenus à l'arête frontière. — Que dire de cette journée ? Elle fut si simple. les malheureux. Il ne reste plus qu'à la suivie : voici Zum See. Jeudi 29 janvier. cette pauvre cure de montagne. De la conque évasée de Tiefenmatten. si courte. en obliquant à gauche. sur le seuil de la cabane. entre les parois invisibles de la Tête Blanche qui renvoient l'écho de nos voix et les pentes de la Tête de Valpelline qui s'élèvent à droite. en direction du col de Valpelline. Trois quarts d'heure de halte dans l'air immobile. sauf dans le cirque du Tiefenmattenjoch où l'on enfonce profondément pendant un quart d'heure. — Crettez avait raison . La nuit est venue. Peu à peu. aussi vite que le permet la neige fraîche. et le cirque entier de Tsa-de-Tsan est plongé dans l'ombre. Il est presque 9 heures lorsque nous quittons le refuge. tombée sur une surface quasi plane. et nous disparaissons bientôt dans k brume. courte. heureux de nous souhaiter la bienvenue. nous retrouvons nos skis dans leur niche. Sur le glacier de Z'mutt nous avons du moins les moraines pour nous guider. . Puis une croûte incassable nous porte jusqu'à la rimaye. le contraste est saisissant. causa neve molle. transi. qui sont secs et faciles. Plus loin. Après une journée si gaie. et de quelle vie ! Dans le crépuscule qui monte. harmonieuse. cube rosé et blanc sur la sombre frondaison des cimbres. aussi noire que par cette journée de janvier. le fourneau fume terriblement. la gorge se resserre et tourne vers Prarayé. La lune. les pieds dans ses sabots de bois blanc. Inutile d'y monter : nous passons juste au-dessous pour déboucher bientôt dans une piste qui semble venir du Théodule. et il faut toute la sagacité de Crettez et sa connaissance approfondie des lieux pour atteindre sans encombre les premiers rochers. sauf de grandes étendues où la glace noire nous oblige à décrire des méandres qui compliquent singulièrement la marche à la boussole. presque froid et. le chemin creux. Dès que les skis se mettent à glisser sur l'autre versant. Tout là-bas. si harmonieuse que je ne puis en parler sans tomber dans la banalité. venus en patrouille pendant la guerre . Son église ! sa seule consolation et son seul espoir ! Mes pensées vont à lui ce soir. je crois entendre l'angélus épancher ses notes graves et il me semble le voir. De là. et il leur a fallu douze heures de marche harassante depuis Bionaz. déjà. Neige dure avant la moraine dont nous suivons la crête jusqu'au haut. après mon guide. pour y célébrer l'office. Mais les jours sont courts en hiver et. comme on le fait en été. Brusquement il fait très frais. qui ont réussi la première ascension hivernale de la Dent d'Hérens (ceci en janvier 1910. 20. Après avoir mis la corde. je ne vois pas. Ils allaient encore à pied. J'avais souvent admiré des vues prises de la Dent d'Hérens en été. présentant son arête italienne en raccourci et celle de Z'mutt de profil. Le gazon se met à frissonner sous le souffle âpre qui descend des hauteurs. il s'élance d'un seul jet. Mais quelle âme. en abordant la rive droite. Sur la perspective unie et blanche du glacier. Tout est gris ou blanc. Piacenza et ses guides. Un quart d'heure plus tard. nous la suivons. » Au delà de l'abîme. Nous devons être sur le col. au grand jour. Voici quelques notes relevées de mon journal : « Départ à 7 h. nous gagnons les rochers. Simple. l'ami le plus rapproché. ce brave curé de Bionaz. Le feu pétille dans l'âtre et. l'apparition du Cerrin est stupéfiante. A deux. si lumineuse. parce que tout se passa comme nous l'avions souhaité. le brouillard se fait moins dense et. et la nôtre serait donc la troisième. il a disparu. 1 Quant à l'ascension du touriste américain mentionnée dans \'Alpine Journal (XXXII. je songe à la sienne.Mercredi 28 janvier. et. et nous glissons entre elles. en attendant le repas du soir. au fond de ce gouffre désolé. 45. Voyageurs ? avons-nous donc mérité ce nom. J'avais rêvé d'y faire une longue sieste au soleil. se dirigeant à grands pas vers son église. l'astre est près de disparaître derrière les hautes falaises qui nous enserrent. elle n'était pas la première. la pente s'évase et diminue. nous nous encordons pour louvoyer très prudemment entre les formidables crevasses qui précèdent le Stockje. et les brouillards flottent très bas contre les parois du Mont Brûlé. nous abordons le glacier. des chalets brunis égrenés dans la solitude. je me retire à l'abri. la meilleure route sera toujours celle partant du Rifugio Aosta. par ce brouillard. un douanier Welche. nous apercevons l'hôtel de Staffelalp. parce qu'elle se déroula sans heurt et sans le moindre accroc. Toute une journée de marche nous sépare. le pont sur la Viège et. jusqu'au sommet. L'hiver comme l'été. parce que nous étions bien entraînés . posté en faction. Au haut du grand couloir. Je n'avais du reste pas l'impression d'être en janvier. dont le clocher pointe au centre d'un petit village : Bionaz. nous autres qui montons ici en hiver ? Non. car j'ai commencé le livre parla fin). C'est là qu'il faudrait descendre pour trouver âme qui vive. mes regards glissent avec mes pensées. les mains dans les poches de sa soutane. légèrement voilée.

devant la scène grandiose du Mont Rosé.. au dehors. . il nous servira en même temps de porteur. Sydney Spencer. Comme j'avais projeté cette course avec lui autrefois. Mais. Le sentier d'été serpente sur des pentes abruptes qu'il serait imprudent d'affronter à cette époque. Bes brumes folâtres viennent jouer alentour. Tout là-haut. grâce aux peaux fixées sous les skis. l'esprit désormais tranquille. les perspectives sont moins avenantes : le ciel s'est brusquement couvert et nous suivons avec anxiété la course furibonde des nuages chassés par le vent. les neiges scintillent et. plus haut. Vers 10 heures. Samedi 31 janvier. inabordable l'été. — Journée merveilleuse qui va marquer le début d'une longue série de beaux jours (du 2 au 20 février. le temps s'éclaircit et. On installe des paillasses pour en faire un dortoir. Crettez me quitte pour rentrer chez lui. Celle-ci est reliée à l'Obergabelhorn par une formidable arête dont je scrute anxieusement les moindres détails. lit une tentative à la Wellenkuppe (3 910 m. cette cuisine du Trift 1 Crettez s'y sent à l'aise et s'y promène triomphalement. Par la moraine et l'arête séparant le glacier du Gabelhorn de celui du Trift. dans l'azur très pâle. — La neige continue à tomber. nous redescendons à Zermatt par la gorge du Trift. ça m'a creusé l'estomac ! Il s'agit maintenant d'aller trouver le patron du Trift et de lui faire notre demande.) Il partit de Zermatt même. il poussa jusqu'à la base du sommet et dut battre en retraite à cause de l'heure tardive (Alpine Journal. le ciel est complètement nettoyé. Herr Aufdenblatten est au logis et de fort bonne humeur. Mais. ce séjour en Italie. Le 26 mai 1917. Demain. 386-387). — Quel délicieux réveil dans cette chambre basse. sans cohue. nous acheminons vers le Trift. Arrivé làhaut. XVIII. très doux vers midi ( + 4°) Inspection de notre Capone dans ses moindres recoins.. et ils durent également battre en retraite. Je proposerai donc à Knubel de nous attaquer directement à l'Obergabelhorn. sans fumée. Je téléphone à Saint-Nicolas : Knubel se déclare marschbereit. Dans le petit salon attenant à la cuisine et que Dame Graven réserve à ses hôtes hivernaux. je ne puis retenir un cri d'étonnement en découvrant un ciel sans nuage. Knubel n'arrivera que ce soir. A 2 heures déjà. Une vraie Capoue.. hein ! et quelle veine ! — Ah oui ! et un appétit du diable. Après le dîner. comme suspendue. rembourré de neige et où l'on peut s'élever directement. Par contre. Le fils du patron nous en fait les honneurs et nous ouvre la grande cuisine du rez-de-chaussée où nous serons chaudement installé.A quatre heures.. sans bruit !. plus haut. jeune gars de dix-huit ans. au cœur de l'hiver. J'ai vu aujourd'hui ce que je désirais voir et. Le mauvais temps serait-il déjà fini ? Zermatt ! Zermatt en hiver! Un Zermatt sans bastringue. confortable et familière dont les parois exhalent un salubre parfum de mélèze i A travers les rideaux tirés. — Quel temps. souriant de sa façade rosé à notre arrivée. De l'Hôtel du Trift ils parvinrent assez facilement au sommet de la Wellenkuppe. En sortant de cette gorge. et Crettez s'impatiente. presque à regret. Vers 2 heures de l'après-midi. j'ouvre portes et fenêtres pour laisser pénétrer la chaleur bienfaisante du soleil et je m'installe dans un rockingchair sur le seuil de l'hôtel. et j'ai toute la journée devant moi. Peut-être aussi que l'Obergabelhorn ne lui sourit guère ? En douze minutes. on aperçoit l'hôtel posé sur la neige. Des travaux urgents l'attendent chez lui et il manifeste un désir évident de ne pas s'attarder ici. et prit quatre heures pour arriver au Trift. membre de l'Alpine Club. nous débouclons nos skis sur le seuil de la pension Graven. bien que nous ayons encore une autre ascension en perspective (1). au crépuscule. Crettez est confortablement installé. Par la combe où coule en été le torrent. Le porteur est parti en avant. Mais. avec une seule bourrasque le 11. et nous suivons sa trace par le fond de la gorge. nous arriverons ici aux premières lueurs de l'aube et. la gorge du Triftbach. entrain d'achever un plantureux déjeuner. sans portiers à casquette galonnée.. pour ne pas perdre mon temps. Crettez et moi sortons de table une seconde fois et. à condition de nous adjoindre son fils. traînant leurs ombres bleues sur l'éclat des neiges lumineuses : une vraie féerie. et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à partir dès la tourmente passée. mais l'arête reliant celle-ci à l'Obergabelhorn était toute en glace. sans sifflet de locomotive. puis la conque glaciaire du Trift que dominent les parois rocheuses de la Wellenkuppe. Elle semble à peine saupoudrée par les trois derniers jours de tempête. Crettez-Gargantua prépare de plantureux banquets. je puis redescendre au Trift. Une heure plus tard. Comme il nous faut du bois. Je n'ai pas connaissance d autres tentatives. Il veut bien consentir à nous ouvrir son hôtel. vers minuit. je pars pour le Trift. devient en hiver un chenal fort agréable. je pars en ski. la neige ne s'attache pas aux arêtes exposées à l'action du vent. En été. le Tàschhorn pointe sa corne noire qui fume légèrement sous la bise. la montagne eût été impraticable pour plus d'une semaine. Ainsi l'hiver nous réserve d'agréables surprises. Inutile de pousser plus loin ce soir.. Il y a là certaine corbeille remplie d'excellentes bouteilles. C'est ici le chemin d'hiver. lorsque je les écarte. Trift-sec épatant! Dimanche 1er février. on débouche au bout d'une heure dans la plaine où se cache le petit lac enneigé du Trift. Knubel 1 En janvier 1893. la route est tout indiquée : une moraine escarpée. il n'est que juste qu'il participe à la revanche.. Je m'en doutais. le soleil se couche derrière une arête voisine. ouvrant une piste que nous pourrons suivre demain à la lumière de notre lanterne. Lundi 2 février. le soleil fuse joyeusement et. — Dans mes notes. ces simples lignes neige toute la journée . Vendredi 30 janvier... paresseusement. Arnold Lunn et Joseph Knubel partirent en ski à l'assaut de l'Obergabelhorn.

à l'endroit où celle-ci vient se souder à la roche. Vers 7 heures.). Impatient. A l'endroit où elle cesse. plein d'attrait. à travers le lac enneigé. mais la tempête le plonge rapidement dans le plus sombre pessimisme. où la concurrence est beaucoup plus grande. Brusquement nous sommes debout. Knubel grimpe sans l'ombre d'hésitation. Fixée l'année précédente par les guides de Zermatt. et j'avoue franchement n'avoir jamais rencontré en hiver tant d'obstacles sur ma route.. il s'élance d'un seul jet dans un ciel gris aux reflets d'acier. les coups de vent se tont plus rares. Beaucoup moins grand que Crettez. mais qui nous permet de gagner rapidement de l'altitude. 45. Il le sait. nous arrivons au sommet de la Wellenkuppe (3 910 m. Au contraire. Il est 8 h. autant vous le verrez calme. Ses impayables histoires ont égayé bien des soirées de cabane et ensoleillé les attentes les plus moroses. Avec une régularité d'automate. le ciel est voilé. puis se cabre brusquement pour former le Grand Gendarme. Il fait grand jour. Pour moi tout est nouveau ici. C'est une rude montée qui nous arrache des soupirs et des jurons. de sorte qu'à 10 heures déjà. vif et nerveux comme toujours. Knubel fait une mine grave (le ciel couvert en est évidemment la cause). endossons nos vestes de toile et nous nous encordons à courte distance pour pouvoir cheminer de conserve. Là-haut. Une voix toute proche me répond joyeuse et.mais il inspire une confiance illimitée Sa stimmung dépend du temps. La lune inonde tout le bassin du Trift et nous pouvons nous passer de lanterne. Dans le névé de l'arête. Le doute dans l'âme. Knubel n'a rien de cette humeur exubérante et ne connaît pas les bonnes blagues qui peuvent remonter le moral du touriste épuisé. nous chaussons nos crampons. On passe sous les rochers du Rothorn et. observant d'un œil inquiet les spasmes de cette aube. cinq heures et demie après avoir quitté le Trift Vu de là-haut. Ce matin. Knubel aborde la moraine principale dont nous escaladons la crête en portant nos skis. Lentement les nuées se tassent. Elle ne sera jamais exécrable. Blond. moins violents aussi . c'est cependant un des grimpeurs les plus agiles que je connaisse. Crettez passe pour le meilleur professionnel du Bas-Valais et. Une marche rapide nous a permis de gagner une forte avance sur l'horaire prévu. nous gagnons le pied du Grand Gendarme. à l'endroit où elle s'enfonce dans les névés du Trift. sous laquelle s'allonge une large bande de ciel bleu cru. au pied du Triftjoch. Je le crois volontiers. les brumes semblent plus diaphanes. à droite d'une pente de glace luisante. je vois mon guide surgir du gouffre. il existe entre eux un frappant contraste. le jour a beaucoup de peine à venir. légèrement penchée sur le vide. malgré la hausse régulière du baromètre. je ne puis m'empêcher de songer à celui qui m'a quitté hier et de comparer ces deux grands guides.n'y est pas encore arrivé. Longtemps nous zigzaguons entre les coulées d'éboulis. en même temps que le soleil disparaît derrière les nuages : tout devient terne. la frange neigeuse de la Wellenkuppe s'est illuminée de rosé. se redresser doucement et venir mourir à nos pieds. plonger une seconde fois. sûr de lui. elle en facilite considérablement l'escalade et permet d'éviter la traversée toujours périlleuse par le versant du Mountet. l'immense tour de roc se dresse devant nous. — A notre réveil. — en supposant que le temps n'empire paa. la face ronde et souriante. plus formidable. et l'escalade commence. qui restera légendaire. elle se festonne de corniche?. Tous deux ont joué un rôle prépondérant dans l'exploration de leurs montagnes en ski. mais Crettez fait exception à la règle. Une corde se balance à son flanc. . dans le caractère aussi bien que dans la physionomie. et je l'engage à poursuivre notre marche. lorsque le soleil brille. Mais ne cherchons pas à comprendre et partons bien vite. car il est trop bien stylé. des voiles parallèles. On objectera qu'un guide blagueur est rarement un bon guide. quand il se trouve aux prises avec les difficultés.. du reste. plus abrupte à mesure qu'on s'en approche. Autant il est gai et rieur au refuge. réfléchi. il frappe la pente de ses skis. et nous touchons . la lune jette quelques lueurs tamisées par les brumes. En le voyant venir ainsi. Knubel a dépassé en quelques années tous ses collègues. La partie supérieure de son arête paraît fort enneigée et fume sinistrement sous les rafales. A grandes enjambées. Nous sommes. fort dispos ce matin. Et pourtant. aimée. Flanqué à gauche d'une lame rocheuse. et rien ne semble pouvoir l'arrêter. La silhouette brune du géant de Champex est familière au monde des alpinistes romands : c'est une figure sympathique. et nos doutes. nous touchons l'extrémité supérieure de cette moraine. un rosé vif qui ne tarde pas à fondre. nous découvrons aisément les anciennes marches taillées en septembre dernier. du reste. Il a derrière lui un glorieux passé et il a su triompher habilement des plus folles aventures. par une forte pente. dans la vallée de Zermatt. l'Obergabelhorn laisse une impression saisissante. Plus bas. nous déposons nos skis à l'abri des rochers. nous suivons la piste de la veille. on pénètre dans la conque évasée. je m'avance au bord de la gorge qui se creuse vers Zermatt et lance un long yodel dans le vide. Knubel ne manque pas de trouver cela merkwurdig. et il se plaît à entretenir ses clients de sa faconde. dans la tristesse lugubre de cette matinée d'hiver. sur une neige parfaitement dure. et son estimation ne me paraît pas excessive. Le problème est plus sérieux que je me l'étais figuré. Tranquillement. se font plus sérieux. Les parties neigeuses sont excellentes et les rochers faciles. D'une seule envolée. il voit tout en rosé. A l'orient. un instant plus tard. Il compte au moins cinq heures et demie pour gagner le sommet et revenir ici. un moment dissipés. Knubel prend le s devants et pointe ses skis vers les moraines. Pour varier la marche. Cependant. Aux flancs du Mont Rosé. Les dalles sont plus faciles qu'il ne semblait de loin. presque immobiles. il reflète le dévouement et la fidélité. Tout espoir n'est pas encore perdu de voir le soleil percer les nuages. Sur l'épaule de lu Wellenkuppe. Mardi 3 février. s'étirent en une barre rougeoyante.

.. je lui passe un de mes crampons. nous découvrons de nouveau un chapelet de vieilles marches qu'il est facile d'aménager et d'utiliser à notre tour. nous ne savions de quel côté nous tourner pour tout voir et fixer dans notre mémoire la glorieuse image de tant de merveilles. Quelques gradins. Mercredi 4 février. monsieur K. nous respirons plus aisément . Sans doute. le noir restant la note dominante sur les crêtes de ces vagues gigantesques qui vont déferler vers l'horizon. grisé par le succès. nos regards plongés dans les gouffres. j'aurais volontiers passé une journée entière à savourer la fraîcheur de mes impressions.. comme la dernière glissade nous a complètement délassés. nos cœurs sont gonflés d'espoir.. Revenus de nos émotions. Mais je préfère tourner mes regards de l'autre côté et admirer les gracieuses volutes des corniches ployées vers le Trift. nous suivons deux heures durant la trace de la veille. nous pouvons accorder un coup d'œil au paysage : les nuages ont fondu comme par enchantement. si riche en aléas et pourtant si bien réussie. je crois bien.nous retrouvons nos skis : une trace continue nous relie au Trift. Ah ! quel beau moment nous avons passé là-haut. Sur le gneiss granuleux.. puis à la cime. Au sommet de la moraine. A 4 heures. Silencieusement. puis nous dévalons à la corde pour remonter lentement la croupe neigeuse de la Wellenkuppe. la plus difficile à gravir. Knubel s'est arrêté et jure en patois valaisan . frangées de bleu. son arête des Quatre Anes (noire comme du charbon) violemment découpée sur la face blanche et lumineuse du Schônbùhl. Qu'elle était gaie. jusqu'à l'endroit où elle s'incurve de nouveau et forme la frange d'une combe doucement inclinée vers le Hohlicht.. Dans cette arête s'ouvre une selle neigeuse où l'on parvient en ski et d'où l'on découvre d'un seul coup d'œil le vaste chaos du Hohlicht que dominent deux cimes formidables : le Schallihorn à gauche et le Weisshorn à droite.. ses crampons crissent joyeusement: mais. où je le rejoins. mais mes pensées s'attardent encore là-haut. Hélas ! le temps fuit. attendaient en vain une visite.. et tout resplendit sous un brillant soleil d'hiver. nous décidons de profiter du lendemain pour monter au Schallihorn. Et quelle vue. la Dent Blanche surtout. suspendues comme par miracle dans l'espace azuré. — Wir band's.. et l'on aborde l'arête. l'acier craque soudain et je vois l'un d'eux rebondir en cascade argentine sur la pente du Mountet. ses créneaux dorés enguirlandés de volutes blanches. luisante.. Et là. Cette fois-ci. Herr K.. la pente plonge brusquement et s'étale tout au fond.. le film se précipite devant mes yeux : un Knubel triomphant qui me tend la main. des cornes farouches. Les rochers sont faciles 1 Nous le tenons. sur la cime. les montagnes tordues. Comme il n'a pas le moindre clou sous ses laupars. deux hommes réunis au sommet de cette montagne. les rudes contours de la montagne s'atténuent . Vers le Mountet. Un large sourire illumine sa face — le premier de la journée. il nous faut les transporter là-haut. plus avenantes.. Mais ce soir.. Jamais je n'oublierai ce trône or et blanc dressé dans l'azur. nous obliquons à droite pour gagner la longue arête qui descend en ondulant du Rothorn au Mettelhorn. Knubel prétendait même qu'un jour de repos serait indispensable. Le sommet lui-même était une féerie. Et nous étions seuls. dans un gouffre éblouissant de lumière. une autre au sommet du Grand Gendarme.— Partis à 6 heures. le sommet semble moins terrible que de la Wellenkuppe. Sur quoi. alors que tant d'autres. debout pour mieux voir. Hier. tout seuls dans l'immense amphithéâtre de Zermatt. comme jamais je ne crois les avoir vues. formidables. Assis sur un gradin tout doré.. nous le tenons bientôt ! . 50. Knubel y taille avec soin de larges escaliers où je puis descendre sans crainte. dressées vers le ciel.A vrai dire. huit heures exactement après avoir quitté le Trift.. confiant en mon unique crampon.) me tente beaucoup : il promet une grandiose balade dans un vaste cirque de glaciers et un contraste reposant avec l'escalade aérienne du Gabelhorn. il allume sa pipe — signe infaillible de bonne humeur chez lui — et nous enlevons avec brio ce dernier bout d'escalade. Mais le temps est si beau qu'il serait dommage de n'en pas profiter. nous foulons la plus haute cime de PObergabelhorn. Cornes grises. A l'endroit où le fil blanc de la crête vient se nouer à la roche du sommet. il est optimiste et. nous franchissons en sens inverse tous les passages du matin. la course sera longue. Nous scrutons les moindres détails. cette selle est infranchissable en ski : nous allons donc suivre l'arête rocheuse dans la direction du Rothorn. Le Schallihorn (3 978 m. une accolade à la gourde et la fumée bleue de nos pipes montant rejoindre le bleu du ciel. wir bandas bald ! (1). Knubel attire à lui la corde à mesure que je grimpe. arrivé au milieu de la corde. Mais il faut quitter ce gendarme avant tout. Entre elles seulement la blancheur éclatante des neiges.... Puis la crête blanche s'élève vers les rochers du sommet. Déjà nous avons repris la descente. Prudemment nous côtoyons l'abîme sur une neige heureusement très ferme. c'est une fuite impressionnante : bombée. puis il se décide à grimper jusqu'au sommet du gendarme. un vigoureux shake-hand. A 12 h. nous sommes en lieu sûr. agile comme un mousse. et partout.. Le Cervin. Après cette course aventureuse. Knubel s'en saisit adroitement et s'élève à grandes brassées. Dans la pureté de l'atmosphère. penchés sur les corniches. Dès lors. Comme les skis sont indispensables pour parcourir le glacier supérieur. la voix de Knubel. quelle vue ! Plus un nuage ! Tout alentour. nous sommes à peu près certains d'arriver au but. Tout près de nous maintenant. et comme il riait en pointant le tuyau de sa» pipe vers les cimes!. Pour la première fois aussi. Une courte halte au pied des rochers.assez rapidement à l'extrémité de la corde. espérant m'en tirer avec une chaussure légèrement ferrée. avec prudence. suivant par la pensée la crête festonnée qui nous relie aux premiers rochers. Malheureusement. cornes noires.

. Knubel préfère passer par Blasi.. ce ne sont que glaciers tourmentés. le Rimpnschhorn dans le fond. — Rentrés à Zermatt. tandis que mes compagnons vont préparer le gîte. Les pentes neigeuses qui conduisent delà au Schallijoch sont orientées au sud. nos pensées se tournent vers l'arête de Z'mutt. à 12 h. Les skis aux pieds. où nous arrivons. devient presque une obsession. la réverbération devient moins intense et nous respirons plus librement. la pente diminue et une petite baie s'ouvre entre les rochers du Moming et le cône neigeux du Schallihorn : c'est le Schallijoch (3 745 m. Peu à peu. pour un rien. Knubel discute âprement pour obtenir les clefs de l'hôtel de la Tâschalp. dans la piste. et nous sommes partis quand même.. Et la descente. enthousiasmé par cette apparition et par les souvenirs qu'elle évoque en lui. C'est un misérable petit village. tout encombré de troncs d'arbres qui ont été retirés d'une avalanche voisine. striée de couloirs. à Zermatt. que n'êtes-vous ici aujourd'hui? Le paysage est si beau que j'hésite à pousser plus loin. et le soleil y frappe en plein. Merveilleuse aussi parce que le sentiment du triomphe embellit toute chose. je dirai oui.. Vous qui prétendez qu'en hiver tout est blanc. en face du Cervin. Merveilleuse parce qu'en hiver. Il a raison : c'est une victoire facile. Seulement. nos yeux plongent dans les profondeurs d'Arpitetta. comme nous. Sur ce versant. la complainte du vent. Mais. Le Cervin se dresse là comme un glorieux point final. le contraste est accablant : il fait si chaud que nous devons nous mettre en bras de chemise pour affronter la montée.et. la course débute sous des auspices peu encourageants. La marche est lente et.. notre trio se met en marche. est-ce bien tentant. sur ces névés évasés.. chaussé son unique crampon et. nous passons l'après-midi sur la terrasse de l'hôtel Graven. je reviendrais en arrière. d'un geste encourageant. Jouissons de ne pas y être ! Aujourd'hui. Sa sombre silhouette. Décidément. demanderez-vous. sans hâte et sans souci. La porte s'ouvre et Knubel me reçoit avec un large sourire. Certes. mais c'est un détour bien inutile.. merveilleuse sans doute ? Au sportsman je répondrai non. Une cloche épand ses notes graves : elles vibrent tantôt dans l'air immobile. dressée dans un ciel sans tache. ils sont frappés par le contraste entre les neiges éclatantes et les masses sombres des rochers. comme toujours dans ces hautes régions . Dans une pinte enfumée et puante. Depuis ce matin. entre les ombres bleues et les glaces étince-lantes. Déjà il a déroulé la corde. vient ici pour admirer la nature et conquérir une noble cime. j'ai tout loisir d'admirer les contrastes de ce monde prodigieux. le joli vallon de Mellichen. éblouissant dans la radieuse lumière du soleil. Mais par qui ? Le Schulmeister se dévouera. scintillant dans l'azur du ciel. cascades de séracs. Avec le soleil du soir. le temps est beau qu'on en profite. le chemin est plus intéressant. la tristesse des cloches et ce Schulmeister en noir m'ont donné le cafard.). comme en deuil. le Rothorn est écrasant. Finalement. Du Mettelhorn jusqu'aux parois du Weisshorn. — Vers midi. vasques neigeuses striées de crevasses. Il est vrai que c'est aujourd'hui vendredi. le patron se décide à nous faire accompagner. Que n'ai-je avec moi mes joyeux amis d'autant. Il est entendu que demain nous irons coucher à la Tâschalp. Au Ijeu de monter directement à la Tâschalp. nous plongeons dans l'ombre et gagnons d'une seule glissade le creux du Hohlicht. et nous regretterions de n'avoir pas poussé jusqu'au bout. tantôt s'envolent. ourlées d'ombres bleues. nous arrivons à Tâsch. merveilleuse : la descente aussi bien que la montée. le crépuscule est le plus beau moment de la journée. je m'enfonce dans la forêt pour arriver une demi-heure plus tard à la Tâschalp. burinée en tous sens et couronnée par la crête si connue de ceux qui ont visité le Mountet ou gravi la montagne par le Blanc du Moming.. Vendredi 6 février. Vu d'ici. les yeux clignotant derrière des lunettes bleues. Sur l'éclat éblouissant des neiges. Voici l'hôtel rosé perdu dans les neiges. brusquement arrachées par les coups de vent. qui nous coûtera peu d'efforts. Le fœhn qui souffle dans les arbres répand sa désolation jusque dans mon âme. le ciel est voilé. toujours en bras de chemise.. personne ne voulait croire au mauvais temps. On le fait appeler : c'est un pauvre bougre. pointe sa pipe vers la gigantesque falaise et trace à mes yeux la route suivie autrefois par sa caravane. seul endroit où nous puissions passer confortablement la nuit. Je me sens las et. Cependant. De retour au col. nous voici prolongeant notre sieste dans la chaleur exquise du soleil. Secouant ces pensées. mais. il dresse à 600 mètres de hauteur sa paroi rocheuse. Le fœhn souffle en rafales. avivant les teintes. chétif et timide. nous parvenons au point coté 3 672 mètres. sachant qu'une trace infaillible vous relie au toit qui vous protégera pour la nuit. Le ciel voilé. il faut zigzaguer dans une forêt de mélèzes pour rejoindre le sentier venant de Zermatt. l'heure où les contrastes deviennent le plus frappants entre les ombres grandissantes et les lueurs mourantes sur les neiges. éveillant d'étranges senteurs et plongeant la nature dans la mélancolie. tout en guettant les ombres du soir. C'est le grand agrément des courses en ski de pouvoir s'attarder sur les hauteurs. elle n'offre plus le charme de la nouveauté. Jeudi 5 février. comme nous l'avions fait en 1912. Mais. je m'arrête. Rassasiés par la splendeur du Hohlicht. maigre. Pendant plus d'une heure. En sortant de l'ombre. cette arête du Hôrnli ? Gravie deux fois déjà en hiver. mais à celui qui. Mais après ? Après ? mon programme sera achevé et tous mes désirs réalisés. et Knubel. que samedi nous tenterons le Tâsch-horn et que dimanche nous reviendrons ici. c'est un délice de voguer sur les neiges. Au son d'une sorte de glas. il n'a pas de skis et il lui faut courir le village pour s'en procurer une paire.. Il est content : le ciel s'éclaircit et le feu ronfle .. car la neige était durcie. 30. il me montre la croupe blanche du Schallihorn. Au seuil d'un mazot solitaire. Mais mon guide ne l'entend pas ainsi. Ici encore l'air est parfaitement calme. un quart d'heure plus tard. A quoi bon? la vue du sommet ne vaudra certainement pas celle que l'on découvre d'ici. Voilà qui serait plus intéressant ! Mais à quoi bon discuter ces projets d'avance ? nous aurons tout le temps d'en parler plus tard. évoquant de vieux souvenirs. Nous sommes couchés sur le dos pour mieux l'admirer. Les transactions sont longues et pénibles..

Pourquoi ? je ne saurais le dire. nous suivons le cours tortueux du Rothenbach. Voici pourtant deux formidables corniches dressées dans le bleu du ciel. à cette même heure. Le froid est intense et semble augmenter à mesure que nous nous élevons. Un souffle âpre descend des hauteurs et le froid devient plus vif encore (— 22° C. Il ne reste plus qu'à suivre notre piste. la même ombre qui nous poursuivait ce matin. Dimanche 8 février. nous pensions suivre le dos de la principale moraine pour gagner le glacier. et la résistance de la neige également. sur l'arête. la pente diminue. Par curiosité. enlever nos raquettes. Il est 8 heures bientôt . en crampons dans le couloir. aujourd'hui ! Je consulte ma montre : il est une heure. Il y a 2 300 mètres de différence de niveau à franchir pour atteindre le sommet du Tàschhorn. mais. nous arrivons au pied de la côte. le dernier grand pic des Alpes est maintenant conquis en hiver. après une escalade sans trêve. La marche se poursuit lentement. content de sa journée et des écus qui sonnent dans son gousset. après avoir fait la grasse matinée. on distingue le bois de mélèzes. et par le même chemin. on attaque la paroi rocheuse de la pyramide finale. Pour en finir le plus vite possible et afin d'échapper aux atteintes de la bise. alternant avec des névés durcis. Et puis. parcourant du regard l'immensité qui nous entoure. et c'est elle qui nous vaut ce brusque abaissement de température. mais tout cela n'a pas été sans peine et le Schulmeister s'est rendu indispensable.dans la petite cuisine. Théophile Theytaz et moi. en ski au long du Rothenbach. grignoter quelques biscuits. mais faciles. pour fumer une pipe et rédiger mes notes de la journée. Immédiatement après. par exemple). je ne lui échapperai pas. nous fumons silencieusement. s'ouvre un large couloir où la neige est parfaitement dure et où l'on peut s'élever très rapidement sans enfoncer.je glisse à mon tour par le creux de la combe jusqu'au petit hôtel. noir comme en 1914. sauf vers l'Italie. 15 du matin nous quittons notre gîte par un brillant clair de lune. je m'installe entre deux blocs de rocher. La montagne est éclairée comme en plein jour. alors que les pierres s'éboulent à chaque pas. la bise soulève des tourbillons de neige qui se rabattent en fumée de notre côté. Les rochers sont rares et faciles. » Aujourd'hui même. Lentement l'ombre monte à moi.. Hier la bise a triomphé du vent . par ce même temps radieux. que le vent cesse brusquement : calme plat. nous trônions au sommet du Rothorn. Dans la chaleur du soleil. plus un souffle d'air (1) ! Pas un nuage au ciel. En vain nous cherchons un endroit abrité pour nous arrêter : ce n'est qu'à notre arrivée au sommet. Il nous conduit au pied des moraines qui viennent s'étrangler dans une combe où nous déposons nos planches. Malgré cela. et j'ai rarement dû partir si tôt en hiver. à cause des raquettes et de la neige encore poudreuse par endroits. après avoir été toute la matinée exposés aux morsures de la bise. je songe qu'il y a six ans. Cette fois-ci. elle fait encore rage sur les hauteurs. — Knubel est déjà parti pour la messe lorsque je me lève enfin.. c'est toujours le même ciel bleu : le vallon de Mellichen et la Tàschalp tout entière sont inondés de 1 Ce n'est pas la première tois que l'observe ce curieux phénomène en Arrivant sur un sommet ou même sur une arête (voir au Lyskamm. Sans les rafales de la bise. Peut-être la conquête fut-elle trop facile? De tait. tout en bas. il faut nous aplatir au-dessous du faîte pour nous soustraire aux rafales et pouvoir goûter un instant. En courant. nous remontons la côte : elle eit formée de roches brisées. Durant trois quarts d'heure. Couchés dans la rocaille. je consulte mon thermomètre : il marque . et je tiens à'jouir des derniers rayons du soleil. — A 3 h.). . En une heure trois quarts. Knubel. notre souffle et toute notre énergie. nous restons assis près d'une heure pour faire chauffer un peu de thé. chausser les crampons et nous préparer à l'attaque. et l'ombre de cette crête nous poursuit : il s'agit de ne pas se laisser rattraper avant l'aube. à l'abri. Mais les pipes se sont éteintes et Knubel s'est levé. Il faut les éviter par le versant de Tàsch. Là-haut. et. Mais notre enthousiasme ne vaut pas celui qui nous animait au sommet du Gabelhorn. le sphinx meurt. toujours rosé au milieu des neiges éteintes. les conditions seraient parfaites. Samedi 7 février. Au dehors. 7 février. Lorsque nous y parvenons. et sur la neige les crampons mordent solidement. Il est probablement dû a l'équilibre atmosphérique entre les versants opposés de la montagne. Six ans déjà ! six années de guerre. nous touchons à notre montagne. Ayant récupéré nos forces. en taillant des marches dans une pente impressionnante qui domine un vilain couloir. c'est une trêve délicieuse. Au pied du Teufelsgrat.. Mais la Tàschalp est déjà plongée dans l'ombre.20° C. où flotte un léger voile diaphane tamisant l'éclat des neiges. prétend même que nous grimpons plus vite et plus facilement qu'en été. passées je ne sais comment — et le Rothorn est toujours là. issu du glacier de Weingarten. reprenant mes skis. Laissant mon guide prendre les devants. Il faut partir encore. Une fois sur le glacier. « Quand l'énigme est résolue. mais la lune s'abaisse vers une crête voisine. Cette fois. les premiers rayons du soleil. pas plus d'un côté que de l'autre. juste à côté. Les crampons chaussés. Vers SaasFee s'écoulent en flots laiteux d'immenses glaciers et. au pied de la moraine. tout s'est passé comme nous l'avions prévu. nous pouvons nous aventurer sur la crête aérienne qui monte au sommet. Il nous quitte au crépuscule. en raquettes sur le glacier.. nous prenons la crête au pas de course. sa crête échevelée comme celle d'une vague. les ombres ont fondu sur les neiges livides et l'aube s'est levée dans cette conque resserrée. Un faible son de cloches monte jusqu'à nous : comme elles me semblent gaies. L'approche en ski n'est pas longue aujourd'hui : le terrain ne s'y prête pas et le Tàschhorh ne sera jamais une montagne pour skieurs.. La chambre contiguë est déjà tiède. Un immense circuit nous amène finalement au pied de la côte rocheuse détachée de l'arête du Mischabeljoch. il faut s'arrêter un instant pour chausser les raquettes que nous avons emportées par prudence. l'église blanche et les mazots bruns du village. enthousiasmé.

F. à la descente. déjeunons copieusement. C. seul avec mes pensées. sans aucune difficulté. à l'heure actuelle (1922). Les pans d'éboulis alternent sans transition avec des champs de neige jonchés de fragments de schiste très fins. je constate qu'il descend brusquement à — 7° C. le soleil frôlant à peine durant la journée. Rien ne presse aujourd'hui. pour ce trajet du moins. 118 et 251-257). monta et descendit par l'arête du Hôrnli (Alpina. même par-dessus le Cervin. arrivait à une heure de l'après-midi au sommet. trois ans plus tard. comme je tiens à le prolonger jusqu'au coucher du soleil. Knubel et moi nous installons une fois de plus sur le toit de la pension Graven. et nous regrettons de ne pas avoir emporté nos skis. on enfonce par endroits. En sortant de l'ombre du Cervin. nous sommes tout heureux de nous arrêter au soleil sur la crête du Hôrnli. faciles à transporter. Le 27 mars 1894. Dans la forêt. Il suffit donc de choisir son chemin d'une côte à l'autre pour gagner sans peine la base de la montagne. pp. bien que très froide. 467). affaire de casser une croûte et de faire chauffer une tasse de thé. si la crête neigeuse de l'arête de Z'mutt est en glace. le 31 janvier 1921. nous nous décidons à monter par le Hôrnli. et je déjeune tranquillement devant l'âtre. XXV. . Jamais nous n'avons constaté un pareil dénudement. plus que partout ailleurs. Loch-rnatter.I. trompé par cette pétrification superficielle. il n'y avait pas un nuage. par l'arête du col du Lion. La première ascension et l'unique traversée est relatée en détails au chapitre I. avec les guides Jos. Mon enthousiasme n'est pas grand non plus : j'ai simplement hâte d'arriver au sommet et d'entamer la descente par Z'mutt. Knubel également. Pollinger et Jos. accompagné des fameux guides Alexandre Burgener et Aloïs Pollinger. l'autre jour.soleil. nous profiterons davantage des rayons du soleil. Meade. sans un nuage du matin au soir. arrachés aux rochers du voisinage et où l'on enfonce brusquement. en exposant mon thermomètre à l'air. Je le suis des yeux le long du sentier dont on distingue les lacets comme en été. la dernière en date. Les raquettes sont inutiles : partout les dos de gazons et d'éboulis émergent de la neige et l'on peut les suivre à pied sec. qui fut suivie à la descente comme à la montée (Rivista Mensile del C. Le beau temps a attiré un diplomate russe qui va monter au Trift pour tenter demain le Rothorn avec Aloïs et Joseph Biener. le projet a mûri. — Notre ascension fut donc la cinquième. Les tempêtes du sud-ouest qui s'engouffrent par la trouée du col de Valpelline doivent être terribles. Enfin. Lundi 9 février. Charles Simon. A quoi l'attribuer. La traversée est décidée maintenant. montant et descendant par 1 arête du Hôrnli (Alpine Journal. Mais. — Quatre heures sont passées lorsque nous quittons le refuge dans la clarté incertaine d'une lune décroissante. Bref. elle nous réserve un travail bien désagréable. le vent a dissipé la neige et nous pouvons nous étendre sur des dalles presque tièdes. D'autre part. mon programme est exécuté intégralement. et il n'est pas étonné d'apprendre que nous avons réussi le Tàschhorn en moins de temps qu'en été. Malgré ce temps merveilleux. mais jamais la nature ne m'a paru aussi resplendissante qu'aujourd'hui. Le terrain affecte en général une teinte grisâtre et. mais dans quel sens allonsnous l'exécuter? Je préférerais monter par Z'mutt . comme le sable du désert. lieu préféré de nos discussions. Knubel part en avant pour aller faire du feu à la cabane. Tandis que sa caravane part en raquettes pour le Trift. même sur celui de Staffelalp. Aloïs est un vieux loup qui connaît bien la montagne hivernale. mais le Cervin lui-même avait été gravi quatre fois avant nous. descente par le Hôrnli ! J'avoue que cette idée m'enthousiasme plus que la perspective de parcourir deux fois la route habituelle. Le sentier d'Hermattje n'est pas suffisamment battu pour s'y engager et. Le 2 mars 1907. qui semble assuré désormais. Ici. Si nous tentions la traversée ! montée par Z'mutt. Nous nous levons tard.. Vers une heure. C'est le meilleur moment de la journée et. je prends à mon tour le sentier qui longe la crête et je gagne tranquillement le refuge (1). Hier également. mais il souffle de la vallée de Z'mutt un vent glacial qui nous engage à partir. Je n'ai pas l'impression d'aller au Cervin. j'hésite à poursuivre ma campagne. tandis qu'en montant par le Hôrnli. — Encore une radieuse journée. Mario Piacenza. 15 sq. L'arête de Z'irmtt semblait meilleure encore que celle du Hôrnli : jamais on ne l'avait vue aussi sèche. nous arrivons à Staffelalp et nous nous arrêtons sur le seuil de l'hôtel. réussit la quatrième ascension hivernale. alors que la neige poudreuse s'enlève facilement. chez Graven. comment rentrer du Schônbûhl ? Il nous paraît préférable de nous en passer complètement et de nous munir de raquettes. le même qui fit. Et nos skis? Impossible de traverser la montagne avec eux. avec les mêmes guides. et maintenant me voici prêt à le réaliser. Comme le soleil va disparaître derrière l'arête de Furggen. on aurait peine à se croire en hiver. nous ne sommes plus seuls dans la petite salle. n'était la température assez fraîche. Que va-t-elle nous réserver? 1 J'ai dit plus haut que l'arête du Hôrnli avait été escaladée deux fois déjà en hiver. sinon à l'action du vent ? Il a dû souffler furieusement dans toute cette région. de l'Alpine Club. 45). Voilà trois semaines que je cours les neiges. et c'est pourquoi aussi le Cervin est si noir sur le versant de Z'mutt. 1907. p. une idée avait germé dans nos cerveaux à la vue du Cervin tout noir. A Zermatt. un Alsacien. Il ne doute pas non plus que l'arête de Z'mutt soit possible. et c'est. nous constatons que la neige est restée poudreuse malgré le vent. La chaleur qui pénètre mes vêtements est infiniment douce et pourtant.A. La halte serait délicieuse si l'air était calme. et le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons joyeux sur le chemin de Staffelalp. Plus un souffle dans l'air. mais nous y serons dans l'ombre jusqu'au sommet. Mardi 10 février. p. Entre temps. si nous les laissons au Hôrnli. à Zermatt. Et pourtant. et je commence à me lasser d'être seul avec un guide. M. 1911. et jamais leurs effets ne sont plus apparents que l'hiver. la première hivernale de la Dent d'Hérens.

15 nous sommes réunis sur la cime. A partir de 4 ooo mètres. Jusqu'ici. il faut passer sans transition de la neige profonde à des rochers escarpés et. à cette époque. le temps peut se gâter sérieusement d'un moment à l'autre. J'ai rarement apprécié autant l'hospitalité d'une hutte. les bas-fonds. et je donnerais bien un jour de ma vie pour être là-bas. mieux que tout autre. Enfin. Par contre. au Hôrnli. après un bel été. On se trouve si haut que les sommets voisins semblent écrasés. courant jusqu'à la porte du Hôrnli. . le trajet d'une cabane à l'autre exige le même temps à la descente qu'à la montée. Néanmoins. nous sommes plongés dans l'ombre. la neige ne pouvait pas se maintenir en hiver Les conditions seront donc meilleures dans le haut. plus haut les cordes entièrement dégagées et sur le « toit » un joli sentier qui nous mène droit au but. C'est comme une trêve au cours d'un combat et une agréable détente. Ce matin. fort belle à voir sous cet angle. Je suis dans un curieux état d'esprit : une paresse intellectuelle complète m'empêche de rassembler mes idées. mais qui nous tire d'embarras dans bien des cas. Knubel est obligé de masser le membre gelé et de le frictionner avec de la neige pour rétablir enfin la circulation du sang Par le petit carreau de la porte. On s'y blottit comme dans une tranchée. (3818 m. Peu à peu. Mais maintenant d'immenses traînées strient l'espace bleu qui est d'une coloration trop crue pour que cela dure longtemps. conditions excellentes. Sur l'Épaule nous trouvons d'anciennes marches toutes taillées. beaucoup trop exposé aux bourrasques du sud-ouest. l'immense cuvette du Breuil avec ses hôtels et ses mazots piqués sur la blancheur éblouissante. La vue ? elle ne présente pas grande nouveauté à mes yeux. Ce dernier bout d'escalade — le seul intéressant de toute l'ascension — n'a pas réussi à dissiper mon désenchantement : je suis profondément déçu et par la nécessité de renoncer à Z'mutt et par la perspective de reprendre à la descente le même itinéraire qu'à la montée. nous observons non sans anxiété l'état du ciel : depuis ce matin il a complètement changé d'aspect.) où nous faisons une courte halte afin de nous encorder. nous nous décidons à pousser jusqu'au but. nous n'avons pas pris plus de temps qu'en été. nous débouchons brusquement sur le toit de la vieille cabane . Il est du reste impossible de suivre rigoureusement le chemin habituel : nous devons choisir les rochers dégagés. Comme elle ne reçoit que les premiers rayons du soleil et qu'elle est relativement abritée des vents d'ouest. s'est maintenu parfaitement chaud. et la lumière est à peine suffisante pour discerner les prises. Nous patientons deux heures entières. Entre temps. les vallées. dont les doigts sont insensibles depuis assez longtemps. L'expérience a prouvé plus d'une fois qu'au-dessus de l'Épaule. Pour les passages scabreux. je suis obligé de grimper en crampons sur les épaules de mon guide pour arriver à saisir les premières prises qui s'offrent au-dessus. en même temps que les premières bourrasques du vent. Un sentiment d'ennui envahit mon âme. sans le vent terrible qui souffle. Ainsi nous franchissons sans crainte toutes les difficultés. par un vent pareil. nos sacs et un piolet. que l'exiguïté de l'espace fermé de bois blanc rend plus confortable encore. avant de reprendre l'assaut. la montagne est exactement dans les conditions prévues. nous enfonçons jusqu'aux genoux. Knubel s'est muni de son Rebschnur (corde de rappel) qu'il manie avec une habileté surprenante. mérite son nom. Plus on monte. et il serait dommage de ne pas achever l'ascension. et. L'itinéraire est mal défini : les grimpées directes alternent avec des traversées obliques sur la gauche. comme elles le sont au mois de septembre. Elle me paraît interminable. Mais cette précaution a produit un effet contraire. En outre. où nous nous engouffrons avec le vent.. sont encore le plus bel attrait du paysage. Laissant au refuge nos raquettes. je l'avais enduit de graisse pour juger de l'effet que celle-ci pouvait avoir contre le gel. ce serait folie de vouloir tenter le versant de Z'mutt. Mais non ! il va falloir reprendre tous les passages du matin et redoubler de prudence. nous n'emportons qu'un Kodak et quelques provisions dans nos poches. l'aube se lève et la face de la montagne nous apparaît. plus la neige diminue.. A plusieurs endroits. Knubel va plus loin : il déclare que. nous plongeons nos regards vers l'abîme. J'en profite pour déchausser mon pied gauche. on pourrait s'attarder au soleil. Ah ! si nous avions des ailes. sur le seuil d'un chalet ou à la lisière de ce bois de mélèzes. Avant 8 heures. Ail h. Mais Knubel connaît si bien le chemin qu'il est inutile d'allumer la lanterne : elle ne ferait que nous éblouir et embarrasser nos mouvements. plus d'une fois. plus enneigée qu'elle ne semblait de loin. à en juger par l'autre pied qui. Et que penser de ces rafales qui secouent paj intermittences notre abri ? Tout cela n'annonce rien de bon. on n'apercevait aucun nuage. C'est une opération qui manque de charmes poui le pauvre Knubel.. Notre halte se prolonge. tout en cherchant à éviter les couches de neige les plus profondes. non graissé. la neige n'y est pas compacte et. Seule la lune était ceinte d'un léger halo. Pendant plus d'un quart d'heure. mais c'est entre cette cabane et le refuge Solvay que se dressent aujourd'hui les principales difficultés. comme il ferait bon se laisser emporter pour aller se poser doucement tout là-bas. Au départ du Hôrnli. détache à peine son casque glacé sur le chaos des arrière-plans.Sur le revers de l'arête.. Après quinze minutes de halte. Perché si haut et dans une nature si sauvage. Après deux heures d'escalade ininterrompue. nous commençons la lescente. en bien des endroits. Tout me paraît indifférent : j'admets déjà la possibilité d'un échec et je renonce peu 1 peu à la traversée. ce refuge. Couchés sur le ventre afin d'offrir moins de prise au vent. nous arrivons au refuge Solvay. La Dent d'Hérens. voici le dernier rocher : un saut et nous sommes dans les éboulis. le ciel s'est un peu rasséréné et. pour se refaire. comme le ciel semble s'éclaircir légèrement.

A Staffelalp. Le sentier nous guide sans erreur possible. Mercredi 11 février. le vent cesse brusquement. en voyant le ciel s'édaircir. bien que ses lacets orientés contre le vent nous obligent à marcher à reculons pour pouvoir respirer. et une neige fine et serrée vient nous rappeler que nous sommes encore en hiver. Vers 8 heures. par ce temps couvert.J'aurais voulu rentrer à Zermatt le même soir. mais c'eût été pour nous réveiller ce matin dans une tourmente infernale. les brumes descendent et se tassent dans la vallée. A 8 heures. le ciel se dégage tout à fait . je me sentais rassasié d'escalade et je m'étais promis de rentrer au logis par le plus court chemin. . nous quittons le Hôrnli par le vent le plus violent que j'aie éprouvé en montagne. Nous serions sans doute parvenus au sommet et descendus jusqu'au refuge Solvay. En cas de beau temps. Ah ! nous avons été bien inspirés en montant par ici plutôt que par Z'mutt. Mais qu'importé maintenant — la campagne est finie.. tant l'air est glacé. mais il est tard et. la nuit est bientôt venue. et nous monterons coucher au Schônbùhl. — Mais non ! cette fois c'est bien fini ! La tempête s'est déchaînée pendant la nuit et l'on n'y voit pas à deux mètres. Knubel descendra à Zermatt pour y quérir skis et provisions. Dans le brouillard. An sommet du Cervin scintille une étoile qui luit comme un phare. il soulève des plaques de neige et de schiste qui s'envolent comme des fétus de paille. Mais ce soir. nous nous mîmes à forger de nouveaux plans. afin de passer le lendemain à Zinal par le coi Durand. Là-haut. soudain..

Cinquième jour. Septième jour. et elles s'entrecroisent sans lacune importante. et dans les Alpes françaises en général. monter en écharpe vers le nord par Villaraboux et Béranger jusqu'au col de la Lune (l 700 m. Si l'on trouve à coucher au Casset. . il est inutile de pousser jusqu'au Monetier (2).CONCLUSION Mon éditeur désire une « conclusion ». — De Grenoble à La Bérarde (Hôtel Rodier. mon ouvrage n'aura pas été tout à fait inutile. — De Nancroit au col de la Châle (2 474 m. Huitième jour. env.) et au col du Bonhomme (2 340 m. Pour un Suisse. fermé l'hiver). au i : 40000. traversant le massif de la Vanoise pour gagner Bonneval et suivant ensuite la chaîne franco-italienne jusqu'aux environs du col de la Seigne. esquissant à grands traits les étapes de cet itinéraire. Sixième jour. env. Deuxième jour. qui s'obtient au prix de 2 francs au siège du C.) en une heure et demie.) par l'itinéraire estival en six heures. Des Chapieux au col de la Croix du Bonhomme (2 483 m.). Traverser horizontalement vers le nord. le Commandant E. on pourra tracer une haute route hivernale longeant le faîte des Alpes de Grenoble à Innsbruck. rue du Bac. On peut faire ce trajet en traîneau. puis par le fond du vallon jusqu'au col de la Ponsonnière (2 600 m. étant donné. auberge Ruffier). 17 kilomètres de route. 30. De là au Monetier en trente minutes. dit-il.). au col du Clôt des Cavales (3 128 m. topographe de profession.) en une heure. Remonter au col d'Arsine (2 400 m. De là par le train à Chamonix. Je n'ai jamais eu la prétention d'étendre le réseau de mes traces d'un bout des Alpes à l'autre. puis se diriger au nord-est et ensuite au nord jusqu'au col de la Grasse (2 640 m. par le chemin muletier en cinquante minutes. et même pour moi. 1 II est probable que les skieurs de l'avenir trouveront une route plus haute encore. de manière à s'accorder une journée de repos.) par la route. dont les guides sont connus et appréciés de tous. . Cette jour viendra sans doute où quelque enthousiaste parcourra les Alpes from end to end. — Des Contamines à Bionnay par la route de Saint-Gervais en une heure.) en deux heures et demie.. — Du Monetier. Descente à Saint-Martin de Belleville (1 400 m. — De La Bérarde.) en une heure et demie. Quatrième jour.) en une heure et demie. par la vallée des Étançons et le refuge du Châtelleret (2 267 m. en une heure quinze.). Troisième jour. — De Brides-les-Bains à Champagny-le-Haut (hameau du Bois . Plus loin. entre le Dauphiné et le Mont Blanc. A. il est difficile de projeter cette route sur les cartes françaises actuelles.) en cinq heures. Gaillard.) en cinq heures.). 2 Jusqu'ici l'itinéraire décrit est très facile à suivre sur une carte déjà ancienne. sur la future carte de France au 1 : 50 ooo. vers l'est et jusqu'au Tyrol. en quatre heures et demie.) au col des Encombres (2 367 m. De Valloire au col des Trois Croix (1 651 m. étendre l'exploration hivernale des Alpes jusqu'à leurs extrémités. mais très claire : Le Massif du Mont Pavoux. Remonter le vallon du Rif par la rive droite. il est vrai. Descente aux Houches en quarante minutes.. Si les pages de ce livre réussissent à les pousser sur cette voie. les tracée des skieurs se sont soudées définitivement. Une fois la région suffisamment explorée par les skieurs. puis par le Courbaton et la forêt de Malgovert au pont des Oulets et à Bourg SaintMaurice (810 m. Descente directe à Saint-Michel de Maurienne. il reste encore beaucoup à faire. suivre la route du Lautaret jusqu'au Lauzet (6 km.) par l'itinéraire estival en deux heures et demie.. De Saint-Martin. que tous les alpinistes attendent impatiemment. Descente par les chalets de l'Arc et des Têtes. Par contre. — De Bourg Saint-Maurice aux Ghapieux (1 550 m. 1 738 m. Par contre. Descente aux Contamines (1 162 m.. à Paris.. pour l'achever. M. que ma tâche n'est pas complète et qu'il faudrait. — Du Bois (1 470 m. 13 kilomètres (hôtel Pugin). Descente par le glacier du Clôt des Cavales au chalet-hôtel de î'Alpe (2 118 m.) remonter la vallée jusqu'au bassin de la Plagne de Champagny. Descente par la vallée du Ponturin au nord-est. Descente par le vallon de la Ponsonnière (rive droite de préférence) jusqu'au Plan Lâchât. rien ne sera plus facile. En attendant. — De Saint-Michel (702 m.) en une heure dix. . Ce serait là une belle tâche en effet ! Du Mont Blanc à la Bernina. De là au col de Voza (1 675 m.) par l'itinéraire estival en trois heures et demie. env.) (hôtel de Tarentaise ouvert toute l'année) en une heure et demie.) par l'itinéraire estival en quatre heures. à l'instar de Sir Martin Conway. F. où l'on prend la route du Galibier à la descente jusqu'à Valloire (l 400 m. Neuvième jour. deux heures). l'exploration fut poussée très activement durant la guerre par les troupes alpines italiennes et autrichiennes. puis la rive gauche de cette vallée jusqu'à Nancroit (1 460 m.) par la vallée du Bon Nant. en une heure. je me contenterai de poser ici quelques jalons. Descente à Brides par les Allues en cinquante minutes. et j'espère que mes collègues du Club Alpin Français compléteront eux-mêmes l'exploration de leurs montagnes. Descente par le vallon du Petit Tabuc au Casset (1 515 m. de manière à franchir la crête au sud du Signal de Geffriand. a bien voulu me fournir les notes suivantes sur la haute route de l'Oisans à Chamonix (1) : Premier jour.

3 kilomètres de route.) par le Val Veni. — Du Fornet au col de Rhêmes-Calabre (3 062 m. par Mario Santi. on arrive à Orsières par le Petit Col Ferret (2 493 m.) et d'y coucher. en longeant la crête frontière sur le versant italien .) : puis. La route méridionale traverse les Alpes Pennines et Lépontines. Il est préférable de descendre par la route à Curaglia (1 332 m. Troisième jour. pour monter le lendemain à la Medelserhûtte. — Du refuge du Ruitor à l'hospice dm Petit Saint-Bernard. Les Alpes suisses offrent deux hautes routes parallèles. puis par le Val Cadlimo à Santa Maria. Du village. Cette traversée a été faite pendant la guerre.) (2).). voir Itinerari skiistici dello S. — De l'hospice du Mont Cenis (1 925 m.) qui n'est guère favorable au ski. Mais. D'Allemont. en une longue journée. Descente par Saint-Colomban à la Chambre en trois heures. Bocca di Cadlimo (2 573 m. De là en traîneau à Bonneval (l 835 m. On peut aussi coucher au Fornet (1 936 m. Troisième jour. par une haute route suivie quelquefois : Sellapass (2 704 m. — L'auteur me fait observer que tous les horaires indiqués ici sont des minimes et supposent d'excellentes conditions. qui ouvre aux skieurs tout le massif de Medel. ouvert toute l'année) passer le M ont Cenis (2 084 m. — De Bonneval à Val d'Isère (1 849 m.) et gagner Courmayeur (l 228 m.) par l'itinéraire estival en cinq heures. .) en trente à quarante minutes. voir la Carte de la Chaîne du Mont Blanc au 1 : 50000 de Barbey. Descente dans le fond du vallon. Gîte chez Pierre Blanc. — De la Bethaz. De là à Moutiers. on a gravi le Scopi (3 200 m. Des Chapieux (l 550 m.). Passo Pian Bornengo (2 636 m.). Dans le Val Veni.). Deuxième jour. De là. pour gagner le lendemain Inn Ferrera (1 486 m. — De la Chambre (500 m.). mais les détails manquent. descendre au Fornet-la-Valgrisanche (l 731 m. au lieu de passer dans la vallée du Bon Nant. De Chamonix on peut. — ou bien aller coucher au Tour (l 462 m. On retrouve ici l'itinéraire précédent. On peut ensuite descendre sur Oli-vone et chercher une route pour gagner le Saint-Bernardin en passant par le Rheinwaldborn (3 406 m. vol.) par le col de Fiseran (2 769 m.Variante: II peut être dangereux de monter à La Bérarde l'hiver.). remonter la vallée d'Olle jusqu'au col du Glandon (six heures). 1 842 m. il est préférable de se diriger au nord-ouest . au sud et au nord de la ligne du Rhône au Rhin. on montera donc par la route au col du même nom (2 118 m. . Torino. puis prendre le flanc droit de la vallée de Celliers en écharpe (par le canal d'irrigation) et franchir la crête entre le vallon de Celliers et des Avanchers. auquel je dois ces notes.. sept à huit heures depuis le col de Rhêmes). le trajet entre le Plan du Lac et Saint-Christophe présentant un réel danger d'avalanches. par le glacier de Vaudet.) . — N. Premier jour. — De Moutiers à Champagny-le-Haut : 23 kilomètres de route. à la Tête du Ruitor (3 486 m.). C.) et descendre sur Lanslevillard (1462 m.) .) et franchir le jour suivant les cols du Jour (3 280 m. On trouvera sans doute plus tard une haute route directe Mont-Cenis-Ciamarella. à pied. — Si l'on vient de Grenoble. Du Grand Saint-Bernard au Saint-Gothard.) et celui de la Forclaz (l 520 m.) et d'Orny (3 119 m. le col de la Colette. se rendre à Martigny par le col de Balme (2 205 m.) au col de la Madeleine (l 984 m. éventuellement jusqu'à la Bethaz ( l615 m. mais c'est un massif escarpé qu'il ne faudra aborder que par d'excellentes conditions. ascension éventuelle de la Punta Léchaud (3 127 m. monter par le glacier du Morion au col du Ruitor (3 350 m ) en six heures De là. Sixième jour. Le Val d'Avers est connu comme un dorado pour 1 Pour toute cette haute route.).) .). Voici un autre itinéraire préconisé par le comte Aldo Bonacossa. Cinquième jour.). La descente sur Rhêmes Notre-Dame est merveilleuse et toute cette contrée est un paradis pour les skieurs. on rejoint l'itinéraire venant du col de la Seigne et conduisant à Courmayeur (1). — Jour de repos . Deuxième jour. logement modeste). descente à Val-grisanche (1 664 m. — De là.) pour descendre à Orsières (887 m.).) à travers le Surettaborn (3 031 m. pour l'un ou l'autre itinéraire. Septième jour.).).). Pour le Ruitor. En ce cas. Descendre aux Sables et coucher à Allemont. gagner le Lukmanier (Santa Maria. B. sur la Fuorcla da Lavaz (2 509 m. en une journée. 2 Des Chapieux à Martigny. le col Bassac Déré Nord (2 984 m. . il est inutile de monter jusqu'au Bourg d'Oisans. qui est le meilleur guide-skieur pour toute la région entre Bonneval et le Petit Saint-Bernard. La région entre le Saint-Bernardin et le Splùgen n'est guère favorable et le terrain ne devient vraiment propice qu'à l'est du Splùgen. sans descendre dans les vallées. voir le guide du Commandant E. La haute route du Commandant Gaillard s'arrête à Chamonix. de manière à descendre sur Doucy et Aigueblanche en trois heures. Du Gothard on peut. du col de Rhêmes. on pourra partir du Bourg d'Oisans et rejoindre Moutiers par l'itinéraire ci-dessous qui permet d'aller du Bourg d'Oisans à Chamonix en sept jours. — De l'hospice du Petit Saint-Bernard. Quatrième jour. on peut aussi franchir le col de la Seigne (2512 m. passer le col de la Tsanteleina (3 167 m.). cabane). on la trouve décrite aux chapitres IX et XIV. Descente par le glacier au refuge du Ruitor (2 465 m.. et qui conduit du Mont Cenis au col de la Seigne : Premier jour. GAILLARD : Les Alpes de Savoie. I et II.) en quatre heures et demie.

on arrive à Flums (450 m.) pour la traversée longitudinale du massif delà Silvretta (voir la carte de Walty et le Silvretta Skifùhrer du A. Heidelbergerhutte (2 265 m.).) .) se fait en passant et sans difficultés. les autres préféreront s'arrêter à Matt (au lieu de Elm) et passer dans le massif du Spitzmeilen pour coucher à la ca"bane du même nom.). le quatrième jour. descendre par le val Cavardiras et coucher à l'âlpe Cavrein ou Rusein (i 800 m.) qui présente une belle descente du côté des Grisons. Wiesbadenerhutte. Les « assemblages » entrant en considération sont : Gothard. Les descentes sur Schuls ou Sent sont certainement les plus belles de toutes. les Grisons offrent toutes les combinaisons possibles.). Nous avons vu qu'elle conduisait à la Grimsel et qu'on pouvait la prolonger jusqu'à Goeschenen.). on passera ensuite dans l'Engadine (1).).) et descente à la cabane du Kesch (2 680 m. l'Atlas Siegfried est le meilleur guide pour celui qui sait le lire. De Klosters. par le Gasterenthal. — ou bien rejoindre la route de la Flùela et gagner le même soir l'hospice de ce col (2 388 m. Le lendemain. Le lendemain par la Cavreinlucke (2 856 m. De Kandersteg. C. 2 Pour la Haute-Engadine.).). publiée par le Verkehrsverein St-Moritz.). pour passer le jour suivant. Par la Silvretta. Wildstrubd (3 251 m. on montera tout naturellement à la cabane de la Silvretta (2 344 m.). desservi par une cabane d'où l'on peut gravir sans peine une douzaine de cimes supérieures à 3 ooo mètres. pour descendre sur la cabane Segnes. sur la ligne Zurich-Coire. on descendra par le Val Vereina à Klosters (3). il ne reste plus qu'à descendre à la Gemmi et à Kandersteg (1 179 m. voir la carte au 1:50000 : Skitowenkarte oom Oberengtulin. on poussera en traîneau jusqu'à Sedrun ou même jusqu'à Disentis. De Sedrun.) — (éventuellement le Piz Buin (3 316 m. on descendra le Val Samnaun pour arriver à Nauders. de l'Err.) on gagnera l'immense glacier des Clarides. on a bien d'autres cols à son choix pour arriver dans la Basse-Engadine. Le jour après : Schneejoch (2 960 m.) — Fuorcla del Confin (3 058 m. au 1:50000. De St-Moritz (1 840 m. où l'on retrouve la classique haute route de l'Oberland bernois proprement dit. on passera aux Ormonts pour monter le lendemain à la cabane des Diablerets (2487m. où l'on rejoint l'itinéraire décrit plus loin par le comte Bonacossa.). chef-lieu des Grisons.). par le Petersgrat. Z. Ceux qui ne craignent pas les longues montées et les sommets passeront par le Panixer (2 400 m. 1910. franchissant la frontière autrichienne au Samnaunerjoch (2545 m. Splùgen et Berninapass. au bord du Rhin. est un profond sillon qui coupe la haute route à une altitude de 1000 mètres environ. où passe la ligne du Gothard. Le lendemain. . et il est mieux de l'éviter en toutes occasions. un autre paradis. et au nord jusqu'au Piz Kesch. Il n'existe pas encore pour cette région de guide du skieur. on peut monter en ski presque jusqu'au sommet du Piz Grialetsch (3131 m.). de la Heidelbergerhûtte. Enfin. Selon la quantité de neige.). descente sur le col du Sanetscb (2 234 m. si l'on vient de la Segneshùtte.) . 89.).) on montera en chemin de fer à l'hospice de la Bernina pour suivre la route décrite plus loin par le comte Bonacossa. passer la Fuorcla Sarsura (2925m. Jamhûtte (2 163 m. Ensuite. on peut utiliser la carte en relief de Gustave Walty : SMottrenkarte von KlosUrs. le Julier.) et montée le même jour à la cabane Rascher (2 610 m. la traversée est décrite dans l' Alpina.). Mais. mais le Maderanerthal est une trappe à souris en cas de mauvais temps. on descendra à Linthal et à Schwanden pour aller coucher à Elm le même soir. d'où une route conduit à Graun. on passera par le Stauerberg ou le Septimer à Bivio et de Bivio dans le massif de l'Err. remontée au Wildhorn (3 264 m. Le jour suivant. — ou bien l'on traversera les montagnes formant la rive gauche de l'Inn ( 2) : en train à Zuoz (1 712 m. à travers la Plaine Morte au Làmmernjoch et au sommet sud du. L'une et l'autre de ces cabanes sont bien connues des skieurs de la Suisse allemande et desservent des régions merveilleuses pour le ski. On peut passer en ski d'Amsteg à Glaris. par la Fuorcla d'Escbia au Piz Kesch (3 420 m. En descendant du Spitzmeilen.). Le lendemain. on passera par Genève ou par la Tête Noire pour arriver à Bex et de là à Villars. avec itinéraires en rouge.) : Silvrettapass (3013 m. en traversant le Weisshorn (3 088 m. dans le Lôtschenthal. au col de l'Oberalp (2 048 m.) en passant). C'est le terrain idéal pour le ski. p. qui conduit à la cabane du même nom (2 457 m. L'ascension du Claridenstock (3 270 m. on montera coucher à la carabane du Mutthorn (2 906 m.). 3 212 m. on peut monter à L'Oberalpstock (3 330 m. qui possède également une nouvelle cabane.) près du Rawyl.). Lukmanier. 3 Depuis le Weisahorn. La vallée de la Reuss.) et descente rapide à la cabane du Wildhorn (2 306 m. les massifs de la Bernina. — La première journée est la plus longue : montée au sommet des Diablerets (3 246 m. A.) et descendre dans l'Engadine. route dont nous avons suffisant ment parlé déjà. ou la vallée de Bevers.). Pour rejoindre celle des Alpes orientales à la Bernina ou à la Reschen Scheideck. Reichenau et Coire. Au contraire. en suivant la route.).). De Juf (2 133 m. Par le col de la Croix ou Bretaye (Chamossaire). où l'on peut aussi monter directement de Disentis. Depuis la route du Pillon jusqu'à Kandersteg. on reprend le même itinéraire jusqu'au glacier de Ténéhet et l'on couche au Rohrbachhaus (2 794 m.). On préférera monter par le train à Andermatt et de là. avec itinéraires en rouge. La route septentrionale traverse tout d'abord les Alpes bernoises d'un bout à l'autre. La haute route septentrionale se termine ici.les skieurs. Le jour suivant : Ochsenscharte (Dreilà-derspitze.) en passant tout d'abord le col du Pillon (1 550 m. on se laissera tenter par l'ascension du Pizol (2 848 m. sise au milieu de merveilleux champs de neige. on descend sur Flims. 1 Du Gothard à l'Engadine. Le jour suivant.) et le Voralp (3030 m. Si l'on vient de Chamonix. En passant à Sargans. Le lendemain.

) dans la vallée de Langtaufers. 10 kilomètres de chemin de fer. — De Schônau. par le glacier.) en cinq heures. Colle délle Pale Rosse (3347 m.). Journée de neuf heures environ (1). Medretta di Cede.). — De la cabane Casati. dans sa partie supérieure.).Pour la haute route de la Bernina au Brenner. De là en trois heures à Bormio (1225 m. montée à Schneeberg (St-Martin .).) en trente minutes. — Montée au Weisskugeljoch (3 383 m. Cinquième jour. De là par le Timmelsjoch (2 509 m. traversée du Passo delLago Gelato (Eisseepass. à Vienne. — De Bormio à la Il Cantoniera (2 313 m.) par la route du Stelvio. Passo dei Cevedale et cabane Casati (tout près du col . — De Vent à Zwieselstein (1 472 m. chez Artaria. Descente par le fond de la vallée de Ridnaun à Sterzing (948 m. — De la Il Cantoniera au col du Stelvio (2 759 m. station du chemin de fer venant de Meran. Ascension de la Weisskuget (3 746 m.) et de là. Descente à l'hôtel Viola à Arnoga (1846 m ouvert toute l'année). Septième jour. à Bormio. Troisième jour. 885 m. De là à Graun en traîneau (15 km. — On peut le consacrer à l'ascension du Zebru (3 735 m. voir le Skifûhrer in den Ostalpen de Radio-Radiis et Biendl.) en trois heures et demie. Descente par le glacier de Campo. — De la cabane Milano à la Cima délia Miniera (3 402 m.). . ascension du Cevedale (3 774 m.) trois heures. à l'ouest jusqu'au Stelvio et à la Reschen Scheideck. 1 Pour les Alpes orientales. — Ascension éventuelle de la Punta Tuckett (3 458 m.) et à Vent (l 893 m. Mais. Dixième jour.).) en quatre à six heures. Ce guide est accompagné de cartes itinéraires.). Tunnel sous la Schneebergscharte (2 690 m.) en trois heures et demie. le Rofental est très resserré et excessivement dangereux 'par le mauvais temps.). Sixième jour. le Passo dei Camosci (3 195 m. Quatrième jour. 3 133 m. le glacier dei Camosci et le Passo dei Folontari (3 040 m.) sur )a ligne du Brenner.) et descente par le glacier de Sulden à Sulden (1845 m. — De Spondigna à Mais. habité toute l'année.) et revenir coucher à la cabane. en trois volumes. Deuxième jour. au Passo di Luckett (3349 m.) en deux heures et demie. Monter le même soir en trois heures et demie à la cabane de la Weisskugel (2 504 mètres).).) en cinq heures à Schônau (1 682 m.) en deux heures et demie. Il comprend encore la Basse-Engadine et le massif de la Sil-vretta. Les trois volumes coûtent actuellement 122 ooo couronnes. voici qu'a bien voulu me fournir le comte Aldo Bonacossa : Premier jour — De La Rôsa au Passo di Faviola (2460 m. 3 267 m. Descente par le glacier de Hintereis à l'ancien hospice du Hochjoch (2 448 m. Huitième jour. Retour à la cabane. Neuvième jour.) en deux heures. Descente en ski à Spondigna (Spondinig.) en deux heures.) à la cabane Milano (2 877 m.) en trois heures. Guide skieur: Giuseppe Tuana. puis en deux heures et demie à Hinterkirch (1 874 m. 2 356 m. Clef chez Tuana.

En meme janvier: Gamchilùcke (2833 m. 57) les premières ascensions du Gross Fiescherhorn et de la Jungfrau par le Dr David et le jeune Paul Kœnig. Boë (3 152 m) et Pragser Seekofel (2 880 m.). 1898. 1902: Adamello (3554 m. 30. entre autres : Scesa-plana (2969 m. M. nous traversâmes le Gross Fiescherhorn : montée en cinq heures et demie et retour au clair de lune par l'Ewigschneefeld. 1904. Valbusa (Alpina. 1898 (4 janvier) : Piz Buin (3 316 m. dans la semaine du 13 au 18 janvier. Entre 1885 et 1890. et c'est lui qui découvrit l'article de Conan Doyle.86) (1). VII. et cet exploit donna une certaine impulsion à l'alpinisme hivernal dans les Alpes autrichiennes.) par F. Pellaud (Alpina. de Baie. : Die Anfange des Skisports in der Schweiz. En janvier 1880. une course à laquelle on attribua une importance comme premier essai en ski dans les Alpes orientales. Hasler. 120). par les deux Mônchjôche.). Voici ce qu'écrivait D r David dans l'Alpina. Hochvogel (2594 m.). 1902. t. Le Ier janvier 1875.). Mâdelegabel (2646 m. Baillie-Grohmann avec quatre guides. 1897 : Johannisberg (3 467 m. avec ascensions de la Cima Cadina (2 826 m. 207) (1). p. troisième ascension par R. » La caravane descendit ensuite a la cabane Concordia où elle subit une tempête de deux jours et dut renoncer à l'ascension du Finsteraarhorn 1903 : Seconde ascension hivernale de la Jungfrau par Hugo Mylius avec les guides Maurer et Tànnler. — Dans les Alpes orientales. Celui-ci fut gagné à pied à midi et le sommet de la Jungfrau à 2 h. Théodor Wundt réussit de nombreuses ascensions dans les montagnes du Rhàtikon et de la Silvretta.) par U.) par Wilhelm von Artl. p.) dans le Tyrol. 1903. p. au départ de Grindelwald. au Mônch. qui fut atteint en six heures. auquel je tiens à exprimer ici toute ma gratitude. reproduit en partie aux pages 38-39 et qui le traduisit en allemand pour le Ski. le beau temps et les conditions favorables nous engagèrent a entreprendre une expédition plus longue.). le 15 février (Alpina. . 51) . Voici cependant quelques dates pour compléter notre statistique : En 1853 déjà. un moine. réussit l'ascension du Klein Glockner (3 764 m.). nous gagnâmes la cabane du Bergli par le Kalli en onze heures. Helbling avec A. Plus tard (1892-1893).) de ta Fluela à Klosters par Th. J'ai déjà cité (p. 81 sq. Herzog et le guide Christian Guler.) et Cevedale (3 774 m. après une longue taille de marches dans la glace.). Egger fut longtemps le rédacteur zélé de cet annuaire. 1900 (avril) : Fluela-Weisshorn (3 088 m. 58) (1). Denzler en raquettes et son guide Guler (de Klosters) en ski. la première fois en compagnie de M. gravi l'Eiger (3 975 m. il se spécialisa dans l'escalade hivernale des tours dolomitiques. entreprise extraordinaire à cette époque. Le 24. Le 21 janvier. la première phase du nouvel alpinisme ne connut pas l'âge d'or qui caractérise les années 1880 dans les Alpes occidentales.) et Hocharn (3 258 m.ADDENDA Chapitre premier. 45 et suivantes.) fut gravi par William A. p. 1902. 37 : « Après avoir. il faut encore mentionner les courses suivantes où les skis fiirent employés avec succès et pour la première fois : 1894 : Hochjoch (2 846 m. p.) deux fois. p. J'ai également puisé avec profit dans l'article qu'il publia dans le Ski. nous reprenions nos skis sur le Mônchjoch et glissions jusqu'au pied du Rottalsattel. -— Toujours dans les Alpes orientales et en partie dans les Alpes centrales. Le 22.). mais je n'ai pas suffisamment insisté sur l'étonnante série d'ascensions exécutées par eux dans la courte période du 13-24 janvier 1902. le Gross Glockner (3 798 m. Robert von Lendenfeld gravit successivement les trois plus hauts sommets du groupe de l'Ortler : Kônigspitze (3 857 m. p. V. Traversée du Silvreltapass (3 013 m. le 14 mars. la seconde avec un Anglais.) entre autres. 1898. Montandon (Alpina. Le 23. t. Chapitre II. 1908 : Traversée des Dolomites par Henry Hoek et Oscar Schuster. Car-Egger. de Waidbruck à Innichen. Ortler (3 902 m. Franz Francisci. en moins de six jours. Comme on sait. (1) Ces renseignements m'ont été obligeamment fournis par M. mais qui resta complètement isolée. par P. mais qui sembla prouver aux initiateurs que le ski ne se prêtait à la montagne (1) 1896 : Sonnblick (3 106 m.) et descente sur Guarda (Alpina.) de Kandersteg à Kienthal.

.. lorsque l'enneigement est suffisant...... au pied des séracs du glacier de la Selle. de Scerscen....... DANS LA RÉGION DU STOOS .. Cette photo est tirée d'un film tourné dans les environs d'Adelboden.......... je prie ceux qui pourraient m'aider à combler ces lacunes de bien vouloir m'envoyer les photographies désirées... Des photographies prises d'avion. LA CREVASSE QUI NOUS GUETTE .. L'Aletschhorn (4 182 m.. en avril 1926............)......... Schussfahrt. à condition qu'il ne masque pas certains détails importants..Cette vue fut prise par Daniel Chalonge.... LE DORADO DE LA PARSENN.............. les amateurs n'ont pas su. par lequel se fait généralement l'ascension en été.......... il m'a été très difficile de trouver de bonnes photographies pour illustrer cet ouvrage....).... LE GRAND VIRAGE .... avec le glacier de Panossière en enfilade .. Le Stoos est un petit paradis pour skieurs situé au-dessus de Brunnen (lac des IV cantons)... Il manque également dans mes illustrations : une avalanche de neige poudreuse et un Schneebrett .. Bien qu'elle semble très raide.. par Arnold Lunn et Jos. j'aurais désiré une caravane de skieurs encordés sur un glacier...... Rnubel....... etc.......) au Morgenhorn (3 629 m....... Frontispice...... représente la chaîne du Kaiserstock... Au fond... Malgré les annonces publiées dans différents périodiques alpins... sont du moins fort instructives et intéressantes....... les glaciers de Z'mutt.... Cette vue. cirques de Fellaria...... les photographes professionnels ne se risquent pas volontiers en haute montagne avec de gros appareils . Il me serait également agréable de recevoir une bonne photographie du Grand Combin prise en montant à la Rosablanche.. une du Mont-Blanc prise de la Flégère ou environs ...... Cette vue... la Ihtschen-lucke (3 204 m... Des vues d'hiver prises d'avion et représentant : le glacier d'Otemma en enfilade ...... choisir des motifs vraiment intéressants.) ....... la fameuse cabane Parsenn (2 205 m.. GRUNHORNLUCKE ET ALETSCHHORN ... cette pente fut parcourue en ski..... un premier plan de skieurs est toujours recommandable........... celui de la Silvettra vu de l'ouest ...... D'une part.. Comme frontispice............... prise en montant au Klingenstock. le versant méridional de la chaîne Ortler-Cevedale. La course favorite est de franchir la Wasserscheide (qui s'ouvre à gauche) pour descendre ensuite les deux mille mètres sur Kublis. Ces vues devraient être prises de préférence dans les mois de janvier à mai..... une du Gornergrat vers le Mont Rosé et le Grenzgletscher... une du Plateau du Trient avec les Aiguilles Dorées et les Aiguilles du Tour .....).... Ciel de foehn........) dans l'Oberland bernois... lors de la première ascension hivernale de la Tête Nord du Replat.. On distingue la piste montant de Wolfgang (près Davos).. de Gauli.. Ces corniches sont formées par le vent et surplombent le versant le plus abrupt de l'arête. le cirque de la cabane Rotondo . En prévision d'une nouvelle édition..... une des environs du Théodule. d'autre part............ qui héberge chaque hiver des milliers de skieurs.......... Aube ENNEIGÉE... représente le versant nord du Dom.... Pour toutes les autres....... etc.. etc... C'est un des plus hauts sommets où l'on soit parvenu en ski... Un léger brouillard recouvre la Place Concordia.. MAJESTÉS ENNEIGÉES ... elles peuvent être directement opposées....... LA CABANE DE L'OBERAARJOCH ..... Cette vue est prise sur l'arête reliant la Weissefrau (3660 m..... dans un cadre pittoresque de hautes montagnes. aucune photographie convenable.... Au centre... CORNICHES DE NEIGE .) s'ouvre sur la Haute-Route qui traverse l'Oberland bernois et dont nous avons parlé ici. Selon la structure de leur base. ou bien leurs films n'étaient pas suffisants au point de vue technique......TABLE DES ILLUSTRATIONS Je me vois obligé de répéter ici ce que je disais dans la première édition : Malgré la quantité de skieurs parcourant les Alpes en hiver.... d'Oberaar . vers le Breithorn ... une cordée de deux ou trois skieurs glissant en stemmbogen .. AIGUISE DU PLAT DE LA SELLE .......... de Gries...) se dresse à gauche...... de Forno................ c'est-à-dire descente droite et vertigineuse comme elle est possible ici en position allongée de Télémark... de bonnes photos prises sur le versant méridional de la Bernina (glacier de Palii vu de l'alpe Grum .. dans ce genre....... à la montée comme à la descente. L'Oberaarjoch (3 233 m. MISCHABEI............... prise du Nadelhorn à travers le glacier de Hohberg... grâce a une neige pulvérulente et parfaitement régulière. SCHUSSFAHRT . jusqu'à présent....-DOM (4 554 m. le massif du Monte Leone .... je n'ai reçu.. le massif de l'Err vu de l'est ... C'est dans cette cabane que l'on couche généralement avant . en juin 1917. si elles ne sont pas toujours très artistiques.......

. A.. grâce au ski..... LA COMBE DES MORTS ... Au fond à gauche se dresse la Margna................. Dans l'ombre. à gauche sur la photo..........Cette vue est prise juste au-dessus de Wolfgang avec la chaîne du Rhâtillon dans le fond...)... Dans le fond. Piz PALU .... Lorsque les conditions de neige sont favorables. TEMPETE SUR L'ENGADINE ...... Le point culminant (3 912 m..... Devant lui s'étire tout le Nadelgrat. ... ouvert entre le Rimpfischhorn (4 203 m.Cette vue est prise immédiatement à l'ouest du point 3 150 de l'Atlas Siegfried.. FlNSTERAARHORN (4 275 m)...... lorsque les pauvres voyageurs s'aventuraient à pied dans ces neiges....) à gauche.......... PREMIER PRINTEMPS ..d'entreprendre la merveilleuse descente sur la Grimsel. du bord supérieur....... l'Adlerpass (3 798 m.. Vue prise du Hahnensee (sur Saint-Moritz) vers la Maloja et le lac de Sils.. que l'on atteint généralement de la Diavollezza par l'arête de gauche... on peut monter de là en ski jusqu'au Hugisattel (4 089 m..... Le plus haut sommet de la photo est le Mischabel-Dom (4 554 m...a vue est prise du glacier de Morteratsch qui présente ici d'énormes crevasses.. I....) à droite et le Strahlhorn (4191 m... Aujourd'hui tout cela a bien changé.............ACIER DE RIED ET MISCHABEL . du bord droite et 70 mm..... Elle se dresse sur l'épaulement rocheux de la rive droite du glacier......... Puis il traverse obliquement le glacier pour remonter les pentes vers la gauche et aboutir au Winjoch (3 848 m.. dernière étape lorsqu'on fait la traversée de l'ouest à l'est...... la plus haute selle neigeuse à gauche du sommet..).......) à gauche......... Seule la partie centrale du glacier est visible sur cette photographie. Une superbe cabane a été construite et inaugurée en 1927 par la section genevoise du C....... près Davos.. Cette combe désolée qui conduit au Grand Saint-Bernard est réputée par ses avalanches et les accidents qui s'y sont produits autrefois............). L'itinéraire mentionné à la page 238 longe la rive gauche (à droite sur la photo) jusqu'au petit plateau entre la première et la deuxième chute.....) à droite et la Lenzspitze (4 300 m. le Fiescherfirn que l'on traverse pour gagner la cabane du Finsteraar-horn........).. et sera fort utile aux skieurs parcourant cette région.... Pollux et l'arête du Breithom.. Au fond...)..... Le sommet neigeux à l'extrême gauche est le Fluchthorn (3 802 m... où ils mourraient souvent de froid et d'épuisement avant que les moines et leurs chiens n'aient le temps de les secourir... Castor.... Vue prise en montant à la Grunhornlûcke.. perchée à 3 227 mètres (dans l'ombre). les crocus envahissent le pâturage.... le Lyskamm.....) est le large sommet central......... SUR LE CHEMIN DE PARSEN ........ GI.. par 60 mm........ A mesure que la neige se retire... Sur l'alpe Drusatscha....... SUR LE GLACIER D'ALLALIN ... S.. A gauche du Dora se dressent deux sommets aigus : le Nadelhorn (4 334 m.....

100 m.) par Morgenthaler et Chiardola. juillet. Toutes ces courses furent exécutées à pied. 1902.953 m. la conquête des sommets importants est terminée depuis plusieurs années déjà. par Plossu et Michelet .Il a fallu m'arrêter. Aiguille Verte (4. Dalloz..POSTSCRIPTUM à la deuxième édition Cette deuxième édition étant coulée sur les empreintes de la première. nos saisons modernes soient bouleversées et que les hivers deviennent dit étés. j'ai oublié de dire que le Grand Combin.. 106-08). par un revers du sort. P. Jossi (à la page 62. Elle est suffisamment éloquente et s'allongera sans doute.980 m. Je n'ai pas la prétention de l'avoir lancé. En Suisse. le 21 février 1926. III.). Les cabanes Britannia et Bétemps abritent de nombreux visiteurs et les sommets environnants sont fréquemment gravis par les skieurs.) par G. ils avaient beau jeu et les coudées franches.. Pour procurer une véritable jouissance. une seconde le serait moins. Cependant. Weisskugel (3. Armand-Delille arrive seul au sommet de la Barre des Écrins (4. Faes à Lausanne. 20. En France notamment. Klein Fiescherhorn (ou Ochsenhorn.982 m.). car. je n'ai rien pu modifier à mon texte et il me reste ces quatre dernières pages pour condenser différentes notes en postscriptum. la conquête des Alpes terminée. elle enregistre fidèlement les succès triomphants des skieurs français. pas renouvelée. 15. elle n'ajoutera jamais rien à la gloire du nouvel alpinisme et elle ne sera. . j'avais par erreur attribué cette première hivernale à Steiner et Trumpler.) et la toute première ascension de la Pointe â'Ceny (3. le 30 mars 1872 (Écho des Alpes. il est certains pays où l'alpinisme hivernal ne s'est véritablement épanoui que dans l'aprèsguerre. Le 16 mars de la même année. A. depuis lors. A mon avis.746 m. 1903.). Armand-Delille . Au moment où.) par Swaine avec Christian Klucker. qui vient de paraître à Turin. I. a voté un budget annuel de 15-30. Puis quelques prouesses qui m'avaient également échappé : 1887. H. une course fort ancienne : la toute première traversée du Col du Trient (2.) par Hasler et Jossi. Mais toutes les aiguilles de Chamonix sont dans le même cas. Zermatt cet hiver pour la première fois. En Italie. Eugénie Ferreri : Alpinismo invernale. à la Dent Blanche et même une au Rothorn depuis Zermatt et au Taeschhorn depuis Britannia.) par Leopoldo Bar aie.. En Suisse. S. Je terminerai ce postscriptum par quelques addenda. A.) par le fameux Javelle et Paul Rouget. chantent la gloire de la montagne hivernale dans la belle langue de Dante. Dôme de Neige des Écrins (3. Leur terrain étant quasi-vierge. Odermatt et moi. Que l'on me permette une objection cependant : certains grimpeurs semblent altérer le sens véritable de l'alpinisme hivernal en s'attaquant en plein hiver à des aiguilles de roc qui ne rentrent plus du tout dans notre domaine. organe officiel et mensuel du C. j'espère.927 m. sous l'impulsion du Comité Central présidé par le Dr. En vue de cette nouvelle édition. J'en ai été profondément touché et j'ai bien volontiers autorisé la traduction italienne de ce livre par M. par Pierre Dalloz . il n'est plus possible de les suivre sans dresser une véritable statistique. I. l'alpinisme hivernal semble lui imprimer une nouvelle orientation en lui inoculant un regain de vie féconde. 1903. Tout d'abord. le Gemshorn. l'Ulrichshorn et le Schattihorn étaient des premières ascensions hivernales et que nous fûmes. au Lyskamm. XII. juin. toutes débordantes d'enthousiasme. j'avais naïvement commencé à enregistrer les premiers grands exploits des alpinistes fiançais dans leurs montagnes du Dauphiné et je notais : Pelvoux (3945 m. Dans le récit de mes courses personnelles. voire août. 1876. 1916. M. Grande Ruine (3. Jossi. Signalons plusieurs nouvelles ascensions au Grand Combin. ces aiguilles de roc doivent être escaladées dans la pleine ambiance estivale. III (1926).442 m. alors qu'en Suisse allemande il est depuis longtemps déjà un fait accompli.905 m. — à moins que.). Gspaltenhorn (3. chaque hiver..274 m. S. Hasler avec Chr. 1904. la rubrique : Alpinisme hivernal est maintenant devenue familière et depuis janvier 1926. Bietschhorn (3. les . tout spécialement) ont remporté plus de victoires que partout ailleurs en l'espace de quinze ans.987 m. 1893. Il s'agissait évidemment ici de remplir une case vide dans la statistique toujours croissante des premières ascensions hivernales. l'ascension hivernale du Grépon par exemple. en lui-même. même en mai. Mon chapitre II sur le Triomphe du ski prouve suffisamment à quel point nous en étions à cette époque. semble triompher définitivement et sur toute la ligne. A. Cette statistique a du reste paru dans le British Ski Year-Book. vol. Les Alpes Pennines sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. 7. la nouvelle génération sortie des tranchées s'est complètement emballée dans cette direction et les lettres les plus touchantes qui me soient parvenues. par D.121 m. 1908). on constate depuis 1925 une véritable ruée vers les cimes hivernales. Une première ascension est excusable .754 m. Piz Roseg (3. Mont Visa (3.843 m. Hasler avec Chr. point culminant du Dauphiné. 28. les alpinistes français (ceux du G.) par G.). A part celle du Midi. première ascension hivernale de la Meige (3. sans skis. n'a de valeur que dans sa primeur.000 francs pour le développement de l'alpinisme hivernal. D. le C.. Leur attrait hivernal est urt pure illusion. Disons que ce développement était nécessaire en Suisse romande.) par le même et P. Encore fallait-il s'y lancer ! Dans la chronique alpine de La Montagne. 3. Durant ces trois dernières saisons. elles n'attireront jamais le vrai skieur alpin qui réserve ses ardeurs pour des cimes plus hospitalières et moins aiguës. l'on s'inquiétait de l'avenir et des destinées du C. L'alpinisme hivernal.

Depuis lors et presque simultanément avec l'apparition du présent ouvrage l'Alpine Skiing d'Arnold Lunn était publié en français par un fervent skieur alpin. En décembre 1924. jusqu'à ce que la neige se brisât de nouveau sous nos pas et vint calmer notre ardeur. de glace et ces mille filets d'eau au babil harmonieux qui en font les délices en été. Celle de l'alpe de 1a Chaux (p. K.com/ Carte obţinută prin amabilitatea dlui Radu Hera. le prof. un spectacle unique que celui que nous avions sous les yeux. dans ces circonstances. ils montent le 11 mars. car ses parois sont trop roides du côté du glacier pour que la neige puisse y adhérer et rester. Le thermomètre ne descendit pas au-dessous de -4° C. heureux de se voir par un jour aussi magnifique au milieu de cette mer de glace dont il avait fait le théâtre de ses investigations. coucher à l'hospice de la Grimsel.465 A. cachées sous le glacier. aussi. en comparant plus tard les températures.« Nous rencontrions aussi des espaces où la neige portait . Cet immense bloc. la neige fut heureusement meilleure et la marche plus facile.. nous courions comme des enfants sur cette surface durcie. que de se sentir succomber sons le poids d'obstacles matériels. après avoir cherché de tous côtés sur la moraine. . écrit-il. de Gennes. Nos montagnards n'avaient pas même de raquettes. La cabane de Valsorey a été reconstruite en 1925. je souffrais le martyre » (!!). un véritable supplice. les crevasses au reflet brillant. Desor était découragé par cette'mauvaise neige. ils visitèrent encore le glacier de Rosenlaui et purent ainsi compléter leurs observations sur la glace même. 346) a été construite la même année par la section de Jamam (Vevey) du C. hébergeant les marchands qui venaient échanger là-haut les vins du Valais contre les fromages du Hasli. serait-il entièrement enterré sous la neige ? Enfin. Agassiz et E. le Capit. Neuchâtel (Suisse). non seulement ne fîmes-nous pas usage de nos manteaux. dans l'Unteraar était. nous découvrons à quelque distance un renflement dans l'arête neigeuse . Or à cette époque. la caravane poussa sa reconnaissance jusqu'aux rochers de l'Abschwung (soit à une altitude d'environ 2. h) le thermomètre ne marquait que -2° C. Il nous semblait que jamais nous n'avions vu l'air si transparent. c'était là notre Hôtel. Les contours des montagnes se dessinaient avec une netteté inconnue en été sur le fond bleu du ciel.. décembre 1927. de prouver que la fonte des glaciers n'est pas due à la chaleur terrestre et que le peu d'eau qui s'en écoule en hiver provient exclusivement de sources intérieures. sur les glaciers (Dardel. Il est juste d'ajouter que cette expédition coïncida précisément avec une période de foehn sec qui lui assura un temps merveilleux. Le lendemain. L'auteur évalue à trente pieds l'épaisseur de la reige à cet endroit. OCR : Roşioru Gabi rosiorug@yahoo. M. La neige était recouverte d'une croûte cassante qui rendit la marche des plus pénibles.500 m.. Scanare. D s'agissait. Desors. au printemps. Quant au glacier.. qui. On trouve. que Desor veut bien reconnaître. Nos deux savants choisirent tout naturellement pour leurs recherches le théâtre de leurs explorations précédentes : le fameux glacier d'Unteraar. en hiver. durant ces trois jours passés en haute montagne. que l'on voit de si loin en été. on y parvenait en été en moins de quarante minutes. qu'il avait fait plus froid au Locle que dans l'Oberland. M. De Meiringen.yahoo. Dans la Gazette de Lausanne du 12 juin 1925. il n'existait pas pour nous dans ce moment : nous n'avions devant nous qu'une immense étendue de neige très uniforme... la chaleur était excessive . dans la Bibliothèque Universelle d'avril 1842 un « Récit d'une course faite aux glaciers en hiver. par MM. . La réverbération des neiges valut à nos deux savants des brûlures tres douloureuses au visage et Desor avoue naïvement : « J'eus beau m'asperger d'eau froide. P. C'était en effet. Agassiz était d'une gaîté folle. et. Wahren (du Hasli) et secondés par deux porteurs. cet hospice était habité par un gardien solitaire. Accompagnés des guides Jacob Leuthold et J. « Rien. en effet.com Corectura : Alin Ciula Alte titluri disponibile la : grupul HARTI_CARTI la http://groups. La nécessité de garder nos doubles voiles était. un des premiers en hiver. nous ôtâmes même nos redingotes et nos gilets. à laquelle manquait ce charme magique que donnent les moraines. Depuis longtemps déjà. dit à la plume de ce dernier et qui avait complètement échappé à mes recherches. Il était onze heures lorsque nous nous trouvâmes à la hauteur de notre ancienne habitation .). Sur le glacier. » Desor fut très étonné de constater. et dont le sommet avait souvent ranimé le courage de nos visiteurs. Mercanto» m'a fait observer. mais pour être plus à l'aise. S. que je n'avais pas mentionné l'expéditùm de mes compatriotes Agassiz et Desor au glacier d'Unteraar. le Finster-aarhorn seiil était noir comme en été. n'est plus pénible pour l'homme qui a la conscience de quelque énergie. » Ses genoux étaient écorchés jusqu'au sang. nous en éprouvions alors un soulagement extraordinaire. j'écrivais dans mon avant-propos qu'il n'existait aucun ouvrage en langue française sur la pratique du ski en montagne. Tous les pics qui bordent le glacier étaient revêtus de neige depuis leur base jusqu'à leur sommet . c'était la bise qui soufflait. restée complètement invisible. Elle se dresse sur le mamelon coté 2. non sans raison. » Malgré une chaleur accablante. Chambéry). en 1912. à cette époque. S. alors que dans le Jura. A. les chutes. I.. mais notre étonnement fut grand de ne pas découvrir l'Hôtel des Neuchâtelois. en dépit de la fatigue.premiers skieurs à visiter le Rimpfischhorn. « Au soleil. sous le titre : Le ski. en mars 1841. mais l'enthousiasme d'Agassiz réussit à l'entraîner plus loin. au départ (5. Il leur fallut 2 heures pour atteindre la langue terminale du glacier d'Unteraar.