MARCEL KURZ

ALPINISME HIVERNAL
LE SKIEUR DANS LES ALPES
Préface de M. EDOUARD SAUVAGE
Président honoraire du Club Alpin Français
Ouvrage orné de 20 héliogravures hors texte PAYOT, PARIS ST-GERMAIN 1928 Tous droits réservés
A MON PÈRE qui me fit connaître Les Alpes.
Premier tirage Mars 1925. Deuxième tirage Février 1928.
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright 1925, by Fayot, Paris.
PRÉFACE
Les vieux alpinistes ont vu se développer simultanément, depuis une trentaine d'années, les courses d'hiver en
montagne et d’usage des skis qui donnent pour ces courses de grandes facilités. Toutefois, au début, on craignait assez
généralement que le ski ne pût guère servir en haute montagne, soit que les trajets où on ne pourrait en faire usage
fussent trop étendus, soit que le ski même, avec sa grande longueur, fût mal approprié au parcours des régions très
accidentées et dût être modifié.
La hardiesse et la persévérance des explorateurs de la montagne ont amené l'évolution de ces idées
anciennes : après avoir reconnu que les courses d'hiver n'étaient pas nécessairement limitées aux sommets secondaires,
mais que les cimes les plus hautes restaient abordables en cette saison, ils ont démontré que les skis pouvaient servir
presque continuellement, sinon jusqu'aux sommets mêmes, du moins jusqu'au pied des arêtes terminales.
Tous les alpinistes qui ont parcouru le massif du Mont Blanc connaissent le guide et la belle carte de Louis
Kurz; nous sommes redevables à son fils,
Marcel Kurz, ami passionné de la montagne et bon skieur, d'une belle étude de cette évolution.
La première partie de l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz débute par un historique du développement des
courses d'hiver avant l'emploi du ski, puis lorsqu'on en a fait usage; ensuite elle examine l'état des Alpes pendant
l'hiver, le climat, l'effet des vents ; vient ensuite une magistrale étude des avalanches et de l'état des neiges. Les
transformations qu'elles subissent sous l'action du soleil et du vent sont minutieusement analysées, sans que soit oublié
le côté pratique pour le skieur, la manière dont se comporte le ski sur les diverses surfaces.
Les différentes espèces d'avalanches, les circonstances qui les produisent, l'aspect des régions dangereuses,
sont l'objet d'une description claire et approfondie. Même en été, l'appréciation d'une pente de neige, au point de vue
du degré de sécurité — ou de danger — qu'elle offre, est un des points qui demandent au montagnard le plus
d'expérience et de jugement; en hiver, les difficultés d'appréciation sont encore augmentées.
Si la suite de l'ouvrage nous montre un artiste épris des beautés de la montagne, cette première partie porte la
marque de l'esprit scientifique de son auteur.
Viennent ensuite l'équipement du touriste hivernal, la technique du skieur alpin. Ce chapitre n'est en rien un
manuel de ski, mais il indique comment, en haute montagne, on utilise les divers modes de progression, d'arrêt,
glissade des pentes, qui doivent être bien connus du skieur.
La lecture de la deuxième partie de l'ouvrage décrivant les courses d'hiver de l'auteur dans les Alpes,
passionnera les alpinistes, dont quelques-uns reéchapperont pas sans doute à des sentiments de regret — faut-il dire
d'envie ? — devant une si belle série de grandes ascensions. A chaque ligne des descriptions de l'auteur , on respire le
charme de l'admirable nature alpestre. Les menus incidents des courses, tels que gites, repas, bivouacs, sont indiqués
sommairement dans la mesure où ils intéressent le lecteur, sans le fatiguer par leur monotonie.
Dans son ensemble, l'Alpinisme hivernal de Marcel Kurz est une précieuse addition à la littérature alpine,
dont l'auteur mérite de vives félicitations.
ED. SAUVAGE,
Président honoraire du C. A. F.

PRÉFACE DE L'AUTEUR
En commençant la rédaction de ce livre — il y a déjà bien des années — mon intention était de l'intituler Le
Nouvel Alpinisme. A cette époque, en effet, ce genre d'alpinisme était encore à ses débuts : nous traversions l'âge d'or de
ce qui fut la deuxième conquête des Alpes, celle des skieurs. Dans les Pennines, par exemple, il leur restait à conquérir
plus d'une vingtaine de cimes supérieures à 4000 mètres. Mais, faute de temps, la rédaction resta inachevée.
Depuis lors, l'exploration hivernale des montagnes a pris une telle extension, tant d'alpinistes sont devenus
skieurs et tant de skieurs alpinistes, qu'au moment de remettre mon Nouvel Alpinisme sur le chantier, ce titre ne lui
convenait plus. C'est pourquoi j'ai préféré l'intituler Alpinisme hivernal (1).
Un titre bref et suffisamment explicite n'était pas facile à trouver. Les Anglais et les Allemands possèdent une
langue qui permet toutes les combinaisons de mots composés : Alpine skiing, Skilauf, Skitouristik sont des expressions
concises et parfaitement claires qu'il est impossible de traduire en deux mots français.
Ceci provient évidemment du fait que, pour nous, le mot ski désigne aussi bien le sport que l'instrument luimême. On dit le ski, les skis, faire du ski, — par contre, on n'est pas encore d'accord sur ce point : faut-il dire : aller en
ski ou aller à ski ? Il nous manque donc en français un terme équivalant à skiing ou Skilauf. On pourrait suggérer
skiisme, mais c'est un terme antipathique, qui a peu de chances de s'implanter jamais.
La richesse d'une langue est en rapport avec le développement d'une théorie? On pourrait le croire vraiment :
Alpiner Skilauf et Alpine skiing sont les titres de deux manuels parus, le premier en 1910, le second en 1921 (2).
La décade qui sépare ces deux publications coïncide précisément avec le développement maximum du nouvel
alpinisme. Aussi la brochure de Lunn est-elle inspirée par les expériences et les idées nouvelles. Mais qui de nous
connaît ces deux bréviaires ? et pourquoi n'ont-ils pas été traduits en français ? Car il n'existe rien de pareil en notre
langue, pas plus qu'en italien. A quoi donc attribuer cette lacune ? Sans doute au fait que la théorie est toujours
subordonnée à la pratique. Or, le Mont Rosé fut gravi en ski par un Allemand en 1898 déjà et, en 1904, c'est encore un
skieur allemand qui gravissait pour la première fois le Mont Blanc. A cette époque, le skieur français était encore dans
ses langes et l'italien n'était guère plus avancé...
D'autre part, n'est-il pas curieux de constater que les Anglais (qui furent les premiers à explorer nos Alpes et les
derniers à les parcourir en ski) possèdent depuis 1921 le meilleur ouvrage sur ce sujet? Évidemment, la théorie d'un
auteur ne crée pas la règle et Arnold Lunn restera une exception. Il a vécu des années entières dans les Alpes, comme
autrefois Zdarsky dans les neiges de Lilienfeld. Mais son enthousiasme a porté des fruits qui lui font honneur
aujourd'hui. Il a créé à Londres, en 1908, l’Alpine Ski Club, et, grâce à lui, les Anglais ont rattrapé tout le temps perdu.
Entre la Suisse romande et la Suisse allemande, le développement du ski a présenté une sensible différence.
Alors que les Suisses allémaniques pouvaient lire dans leur langue une quantité de publications et s'inspirer des
meilleurs principes, les Romands n'ont eu à leur service qu'une bibliographie assez pauvre, réduite à de rares récits de
courses. Depuis quelques années cependant, ils semblent être secoués par certains spasmes de bon augure, non pas tant
les skieurs proprement dits que les alpinistes-skieurs.
En France, après de premiers essais (1895-1896) effectués par quelques personnes isolées, officiers et civils,
l'emploi du ski fut introduit dans l'armée des Alpes (1900-1901) et fit de rapides progrès sous la direction d'une mission
militaire norvégienne (1902). Les troupes alpines s’en firent une spécialité presque exclusive et réalisent une forte
avance sur les skieurs civils. Certes, beaucoup d'officiers sont membres du Club Alpin, appliquent dans le civil les
connaissances acquises au service militaire. Grâce à l'intime collaboration des deux éléments, le ski prendra un bel
essor (1907). Cependant son développement s'est orienté vers le sport, plutôt que dans son application à l'alpinisme.
En Italie, à ce que m'écrit le comte Aldo Bonacossa, grand skieur et grand alpiniste, les Ski Clubs de Milan et
de Turin ont pris la haute main sur le tourisme hivernal. L'Italie semble avoir une légère avance sur la France, car elle
va publier prochainement un guide et une carte pour skieurs de sa frontière septentrionale des Alpes.
Un jour viendra où l'alpinisme hivernal surpassera l'alpinisme estival. De fait, la durée de l'hiver alpin est déjà
plus longue que celle de l'été alpin. Devant les flots de touristes que déversent nos chemins de fer de montagne, les
alpinistes préféreront aller passer leurs vacances d'été dans le Caucase ou l'Himalaya et ne visiteront leurs propres
montagnes qu'en hiver, en ski. Qui vivra verra...
Il m'a été très difficile de trouver des illustrations artistiques se rapportant à la haute montagne hivernale. Je
tiens cependant à remercier tous les collègues qui ont bien voulu m'en envoyer à choix, et tout spécialement MM. Pries,
Gysi et Hug qui ont si gracieusement mis leurs clichés à ma disposition. MM. pal-banne, A.-E. Kuhlmann et Louis Kurz
ont pris la peine de revoir toutes mes épreuves, et j'ai envers eux une grosse dette de reconnaissance.
M. K.
Neuchâtel (Suisse), décembre 1924.
1

Comme on le verra, l'alpinisme hivernal a présenté deux phases bien distinctes. Durant la première, ce fut la conquête des plus hautes cimes par des
alpinistes allant à pied (elle est exposée dans mon premier chapitre : Les précurseurs). Puis ce fut le triomphe du ski, et la deuxième conquête des
Alpes, par la horde des skieurs.
2

Oberleutnant Georg Bilger, Der Alpine Skilauf (2e édition. Munich, 1911, petit *).
Arnold Lunn, Alpine Skiing, at ail heights and seasons, Londres 1921 (petit *).

CHAPITRE PREMIER
LES PRÉCURSEURS
(Ceux qui allaient à pied.)
En janvier 1862, plus de trois ans avant la conquête du Cervin, Thomas Stuart Kennedy, un des plus audacieux
grimpeurs de l'Alpine Club, eut l'idée d'attaquer le colosse en plein hiver, idée vraiment extraordinaire à cette époque.
Accompagné du vieux Peter Taugwalder et de Peter Perren, il alla passer la nuit dans la petite chapelle du Lac
Noir et, le lendemain (7 janvier), il tenta l'ascension par l'arête du Hôrnli. Mais un vent violent, qui faisait tourbillonner
la neige, arrêta bientôt la caravane et l'obligea à battre en retraite.
« Non content de nous souffler au visage d'épais flocons de neige et de véritables aiguilles de glace, le vent
faisait voler autour de nous des plaques neigeuses de 30 centimètres de diamètre, qu'il avait enlevées en passant au
glacier inférieur. Cependant, aucun d'entre nous ne semblait vouloir lâcher pied le premier, lorsqu'une rafale plus
violente que les précédentes nous obligea à nous abriter quelque temps derrière un rocher. A dater de ce moment, il fut
tacitement convenu que notre expédition devait prendre fin, mais nous résolûmes en même temps de laisser aux
touristes futurs quelque souvenir de notre visite, et, après être descendus à une distance considérable, nous trouvâmes
un endroit convenable pour y construire un cairn, avec des pierres détachées. En une demi-heure, nous érigeâmes une
pyramide haute d'environ 2 mètres. Une bouteille, contenant la date de notre tentative, fut placée à l'intérieur, et nous
battîmes en retraite le plus promptement possible (1). »
Bien que cette tentative eût échoué au pied même des premières difficultés du Cervin, il est piquant de constater qu'à
cette époque déjà, un homme ait pu croire à la possibilité des ascensions hivernales. Il est vrai que Kennedy comptait
précisément bénéficier de la quantité de neige qui, selon lui, devait recouvrir les rochers et en faciliter l'escalade. « En
effet, dit-il, je ne voyais pas comment, même avec l'aide de longues échelles, ces rochers pourraient être surmontés,
lorsque l'idée me vint qu'en hiver ils seraient peut-être couverts de neige, et c'est en partie la raison qui me conduisit à
Zermatt... »
Whymper lui-même, qui pourtant ne s'étonnait de rien, relate cette équipée sur un ton très ironique et trouve
cet échec tout naturel. « Mr. Kennedy, écrit-il textuellement (Escalades, p. 96), conçut un jour l'idée singulière que cette
montagne devait être moins impraticable au mois de janvier qu'au mois de juin... mais il ne tarda pas à constater qu'en
hiver la neige obéissait aux lois ordinaires et que le froid et le vent n'étaient pas moins rigoureux qu'en été. »
Aujourd'hui, cette idée nous paraît moins « singulière », et il est probable, en effet, que, dans neuf cas sur dix,
l'escalade du Cervin est plus facile en janvier qu'en juin.
Comme le font remarquer Cunningham et Abney ( 2), la tentative de Kennedy n'en restera pas moins la
première expédition hivernale entreprise dans les Alpes après le commencement de l'alpinisme systématique ( 3).
Cette première expérience n'était guère encourageante.
Aussi faut-il attendre quelques années encore avant de pouvoir enregistrer de véritables succès. Ce fut
l'Oberland bernois qui devint alors le principal théâtre des explorations hivernales, et ce sont des Anglais encore qui
s'avancent sur la scène (4).
A la fin de décembre 1866, par un temps gris et maussade, deux membres de l'Alpine Club, A. W. Moore et
Horace Walker, arrivaient à Grindelwald, avec le vague sentiment d'avoir commis une bévue et persuadés que leur
expédition n'aboutirait qu'à un fiasco complet ( 5). Le temps avait été superbe durant trois semaines; mais, au moment
précis de leur arrivée, il s'était gâté, comme cela arrive si souvent, hélas !
Après s'être amusés à poursuivre des lièvres et des renards dans les bois environnants, nos Anglais purent enfin
profiter d'une belle journée et s'aventurer plus haut dans la montagne, sous la conduite de leurs guides Christian Aimer
et Peter Bohren. Ils passent une affreuse nuit dans la vieille cabane très inconfortable de Peismeer, où ils étaient
parvenus, non sans peine, en taillant des marches dans la glace épaisse qui recouvrait le sentier.
La journée du lendemain fut consacrée tout entière à une chasse aux chamois sur les flancs du Mettenberg.
Une nombreuse escouade d'Oberlandais leur servait de rabatteurs, et les deux Anglais avaient été postés en embuscade à
l'endroit où le gibier devait passer dans sa fuite. Mais la chaleur intense du soleil, succédant brusquement au froid de la
nuit, fit son effet accoutumé et les deux touristes s'endormirent à leur poste. Ils ne se réveillèrent que trop tard, tout
honteux de constater à leurs pieds les traces évidentes des chamois.
Après un si piteux résultat, il fut décidé d'abandonner la chasse et de poursuivre un but plus sérieux en
attaquant quelque grand pic. Mais, à ce que prétend Moore, les rochers étaient généralement verglacés, et il fallut
renoncer aux sommets les plus tentants, tels que l'Eiger ou le Schreckhorn. Ils choisirent donc un col glaciaire et se
décidèrent finalement à tenter la traversée combinée du Finsteraarjock (3 360 m.) et de la Strahlegg (3 351 m.), sorte de
boucle qui devait les ramener à Grindelwald en une seule expédition.
1

Alpine Journal, 1863, p. 82. — D'après Whymper (Escalades, p. 96-97), ce cairn marquait exactement le point 3 298 A. S. (tout près duquel se
dressent aujourd'hui la cabane et l'hôtel du Hôrnli) et n'était guère que 60 à 80 mètres au-dessous du point atteint par Kennedy.
2
The Pioneers of thé Alps, p. 61.
3
Voir encore la note de la page 5 (Hugi à la Strahlegg).
4
Entre temps Bennen avait été tue par une avalanche au Haut de Cry, le 28 février 1864 (WHYMPER, Escalades, p. 86).
5
A. W. MOORE, On some Winter Expéditions in thé Alps (in Alpine Journal, vol. IV, 1869, p. 309 sq.).

). Suivant son plan primitif. Une heure plus tard. à 3 heures de l'après-midi. Inutile de dire que la scène était d'une rare magnificence. mais les nuits très froides et naturellement peu confortables. non sans peine. Durant tout son séjour là-haut. au moment où une aube grandiose se levait sur les neiges (1). grâce à cette lune et à une neige excellente où l'on enfonçait à peine. qui pointait farouche au-dessus du glacier de Grindelwald. la somme des plaisirs familiers à la montagne pût être plus sérieusement éprouvée». il franchit le col de la Lauze(1 543 m. Le départ eut lieu le 23 décembre. A une heure du matin. ce même coi avait été atteint par le professeur Hugi. elle contournait les premiers séracs et parvenait à 10h30 au pied des tours de glace qui défendent le Finsteraarjoch. Au retour. ils avaient été. nos pieds étaient chauds et parfaitement à l'aise. si étrange que cela puisse paraître. salua en eux les précurseurs d'une ère nouvelle et l'avantgarde d'une foule de touristes hivernaux. Cette expédition à la Strahlegg est probablement la plus ancienne dans les Alpes en hiver. Diving into chasms where all was literaly « blue ». Il choisit donc la Grave. prévoyant toutes les difficultés de la marche. en Dauphiné. dans les neiges profondes de ces immenses glaciers. le 12 janvier. et notre Anglais passa bien des heures à l'admirer. Aucun ami n'ayant voulu l'accompagner.Melchior Anderegg était venu les rejoindre de Meiringen et renforcer la caravane dans ce but. la vue était limitée par les rochers menaçants du Schreckhorn. grâce à une succession de journées ensoleillées sa surface s'était durcie et facilitait singulièrement la marche. afin d'étudier le mouvement du glacier de Grindelwald qu'il parcourut à plusieurs reprises. Valloire et le col du Goléon (2 880 m. Quelques jours plus tard. le ciel parfaitement clair. 1 En janvier 1832 déjà. mais Moore avait négligé cette précaution et la course lui parut fort pénible. L'année suivante (1867). derrière nous. accompagné d'Alexandre Pic et de deux porteurs. spectres fantastiques scintillant doucement dans la clarté bleue de la nuit. à Grindelwald. c'est un spectacle féerique qui laisse de profondes impressions. «l'excellent et jovial hôtelier du Bernerhof ». Traverser la chute d'un glacier en hiver. et laissa tout le village de Grindelwald dans un grand émoi. Une forte couche de neige recouvrait tous les environs. comme quartier général. Les deux chasseurs qui l'accompagnaient dans cette traversée étaient chaussés de raquettes. Ueber das Wesen der Gletscher und Winterreise in das Eismeer). qui fut atteint à 7 heures du matin.).). » Jusqu'ici. enthousiasmés par cette chance inespérée. Les guides. mais les expériences du célèbre savant prouvèrent précisément le contraire. Hugi fit un séjour de plus de deux semaines dans la hutte de la Stieregg (1 705 m. tandis que. and crossing snow bridges over gulfs. La température descendit jusqu'à — 20°. fut moins ardue et beaucoup plus réussie que nous n'avions osé l'espérer. en attendant lever la lune pour continuer sa marche. et ce n'est qu'à force d'énergie que la caravane ne fut pas terrassée par le sommeil qui l'accablait. « La nuit était parfaite . Mais. plus sceptiques. Le passage du labyrinthe au clair de lune et le spectacle du Finsteraarjoch à minuit auraient été une récompense suffisante à des peines infiniment plus grandes que celles auxquelles nous fûmes exposés. les conditions avaient été très favorables et la marche rapide. on prétendait que les glaciers n'avancent pas en hiver. après s'être glissée avec les ombres bleues entre ces séracs menaçants. les deux Anglais s'arrêtèrent à Berne. mais où. entre de hautes parois rocheuses. La Meije était encore vierge de ce temps. dans la cabane de bergers qui lui servait de base. conclut Moore. Quelques heures plus tard. tandis que. où il fut retenu durant trois jours avait de pouvoir profiter d'une neige gelée pour redescendre dans la vallée. crawling round pinnacles transparent and weird like in the moonlight. il monta également au Faulhorn (2 684 m. Le 12 décembre. de Berne (Hugi. the depth of which seemed more than ever unfathomable. de Saint-Michel par le col des Trois Croix (l 651 m. la marche devint monotone. la caravane retrouvait sa trace sur la Mer de glace et rentrait par le même chemin à Grindelwald. il n'y avait pas un souffle d'air et la lune était si brillante que des notes au crayon pouvaient se lire facilement. vingt-deux heures après l'avoir quitté. il s'y rend seul. Krafft. A cette époque encore. par contre. et Moore nous raconte que Mr. mais fut repoussé par l'énorme quantité de neige. sous les rayons obliques d'une lune étincelante. » Le jour de Noël fut fêté à Grindelwald. deux heures auparavant. et ce devait être une joie incomparable pour les yeux : . puis une course facile au Faulhorn termina ces vacances excentriques.. proposèrent inopinément de gagner l'Agassizjoch par le grand couloir (vierge alors) et de rentrer à Grindelwald par la Grunhornlûcke et le Mônchjoch. il eut même l'audace de s'attaquer à l'Eiger (!). C'est de la Stieregg que Hugi monta. Moore ne put résister à la tentation de revoir les Alpes en hiver. le temps fut superbe.. et cela recrutés.. Vers 8 heures du soir.. « L'expédition.). ayant doublé le cap rocheux des Strahlegghôrner. Aucune difficulté sérieuse ne devait entraver l'accès du col lui-même. scrutant ses flancs dans l'espoir d'y trouver une voie possible pour l'été suivant. Mais leurs touristes. la caravane soupait sur la Mer de glace. durant quelques instants. Devant nous s'étendait la longue avenue du glacier. en partie pour examiner la possibilité d'y construire un chemin facilitant le trafic entre Grindelwald et le Haut-Valais. Puis. dominée par le cirque de l'Oberaar. tournant résolument le dos aux invites hospitalières de la Grimsel. la caravane atteignait la vaste encolure du Finsteraarjoch. mais il préféra à Grindelwald une contrée « où le confort moderne fût moins prodigué. au col de la Strahlegg. A notre droite surgissait l'immense pyramide du Finsteraarhorn. écartèrent prudemment cette audacieuse suggestion. Hugi était accompagné de nombreux guides . De ce village.). mais. la caravane commença donc à descendre vers la Grimsel. Dans l'étroite vallée neigeuse qui conduit au col. Nos chaussures gelées étaient aussi dures que le fer et l'on pouvait les battre à coups de piolet sans éveiller la moindre sensation. en décembre. rudement éprouvés par le froid. elle se dirigea lentement vers le col de la Strahlegg.

Les plus hauts sommets deviennent la proie des conquérants. p. mais encore dans sa relation. dit-il. par un temps superbe. tout spécialement en hiver. la caravane traverse les deux Mônchjoche. passe au pied du Jungfraujoch et monte au Rotthalsattel. le style de l'auteur est aussi froid que l'ombre du Wetterhorn en janvier). ils reprennent la descente. qu'il peut faire très chaud. ces touristes arrivent à Grindelwald et montent le 14 janvier à la cabane du Gleckstein. B. le froid doit être intense. Durant une halte prolongée sur les rochers qui dominent les précipices du Rotthal. qui ne fut marquée par aucun incident digne d'être mentionné (ici. sous la conduite du fameux guide Christian Aimer et secondés par une forte escouade de porteurs. à travers des pentes de neige poudreuse. Malgré tous les charmes de cette montagne. rassemblée sur la route près du village. Moore. c'est un bien long détour que d'aller rejoindre la route habituelle venant de la Concordia. 1 W. et ce fut l’un des porteurs qui conduisit la caravane. il se décida à rentrer en Angleterre. enchanté de ses vacances. qui devaient contribuer à la connaissance de la montagne hivernale. à 2 heures de l'après-midi. Moore persiste à croire que les conditions de la montagne sont meilleures avant qu'après les grandes chutes de neige de Noël ou du mois de janvier. où ils arrivèrent à la nuit noire. obscure et froide. comme c'était le cas ce jour-là. malgré un vent violent. Nous verrons plus tard que ce n'est pas nécessairement le cas et que les glaciers sont rarement aussi crevassés et dangereux qu'en décembre. sous le soleil de janvier et sous les parois luisantes du Fieschergrat. Son courage et sa grande habileté eurent raison de toutes les difficultés. encore si pauvre à cette époque. Une descente rapide dans le vallon des Etançons les conduisit ensuite à la Bérarde. il nous fallut reconnaître l'exactitude de ses affirmations.). Le lendemain. non sans étonnement. que l'on aurait pu y passer avec un char attelé de quatre chevaux.). de là. qu'une telle rencontre est bien faite pour nous étonner. les deux premiers sommets importants qui tombèrent sous les attaques de la nouvelle cohorte (1). de Bale. qui semblaient interminables. au milieu des avalanches tombant du Mettenberg. qui montait à son tour au Bergli. ils partent à 7 heures et suivent l'itinéraire habituel du Wetterhorn. Coolidge constata. Le fait de choisir le mois de décembre pour de grandes excursions était évidemment une erreur. en escaladant l'arête rocheuse qui sépare les deux glaciers suspendus sur le versant de la Grave. auberge de pierre. dans ces hautes régions. dit-il. « Mr. Les deux guides oberlandais qui devaient le rencontrer à Saint-Michel n'étant toujours pas arrivés. Moore passa cette nuit dans L’Etable de Rodier. écrite en 1869. Bischoff et ses guides réussirent la première ascension hivernale du Mônch (4105 m.).Sans difficultés. Après un séjour à Chamonix et quelques promenades d'entraînement dans les environs. qu'il avait déclarée tout à fait impossible le jour précédent. En janvier 1874. était naturellement de glace vive et exigea une longue taille de marches. ce fut une véritable révélation. grâce à une neige si dure. COOLIDGE. et le seul ennui de la course fut le retour au Mônchjoch. à cette époque. il faut attendre sept ans encore avant de trouver la mention d'une expédition importante. au retour. La pente qui. Pour son guide. suivait avec intérêt les progrès des grimpeurs. Le 22 janvier. On passa la première nuit à la Bàregg. Le 15. même en hiver. lorsqu'on est à Grindelwald. en quelques jours. Miss Brevoort et son neveu Coolidge réussirent à vaincre successivement le Wetterhorn 2 703 m. et. Aimer réussit néanmoins à convaincre ses touristes et à les ramener d'Interlaken. Deux jours furent nécessaires pour gagner la cabane du Bergli. conduit au sommet. ils jouissent d'une vue parfaite et. en route pour l'Angleterre. Toute la population de la Grave. Pour gagner le Bergli. Alpine Studies. Nous avons reconnu. Pic était à moitié fou de joie.) et la Jungfrau (4 166 m. Encore est-il difficile de persuader les gens qu'il en est bien ainsi : on se figure généralement que. Ainsi. puis traverser le Fiescherfirn. en outre. et l'on tendra de plus en plus à éviter les cols glaciaires pour s'attaquer à de rentables cimes. Mais. Les explorations hivernales étaient si rares. Mais. le col était gagné. Une vue grandiose agrémenta la sieste. et qui doit être bien inhospitalière. A. Cette expédition eut lieu le 14 décembre. Coolidge termine sa relation par quelques remarques fort judicieuses. où ils étaient déjà descendus. on comprend qu'elle n'ait pas tenté plus tôt les explorateurs. trois grands pics oberlandais étaient tombés sous l'assaut des précurseurs. Malgré une bise glaciale. nous entrons définitivement dans la phase caractéristique des grandes ascensions hivernales. 103 . 24 janvier. Ces deux campagnes de 1866 et 1867 peuvent être considérées comme les premières expériences sérieuses faites dans les Alpes en hiver. promenade grandiose. cette fois-ci. Malgré l'article enthousiaste de Moore dans L’Alpine Journal. L'expédition à la Jungfrau fut une entreprise beaucoup plus compliquée. Le jour suivant. lorsque l'air est parfaitement calme. Il ne fallait pas songer à franchir les glaciers suspendus sur le versant du Guggi et. Coolidge rencontra au Zàsenberg la caravane du professeur Bischoff. il fallut monter par le Zàsenberg qui se dresse comme une citadelle de roc solitaire dans l'immensité des glaciers. au sujet de laquelle nous avions exprimé quelques doutes. avait déjà parlé de cette chaleur excessive. après dix minutes de halte au sommet. de plus en plus. « avec presque tous les représentants de la race animale domestique et avec tous les insectes dont le corps humain peut devenir la proie ». et il fut facile désormais de le décider à tenter la traversée de la Brèche de la Meije (3 300 m. que la quantité de neige recouvrant les hautes cimes est bien inférieure à celle des basses altitudes ou des vallées.

sur l'arête. Le jour suivant (27 janvier). Gabriel Loppé. ne soit que les restes de celle tombant au printemps. Partant de la cabane Boval a 2 heures du matin. le vent eut beau faire rage. De là. ils furent surpris sur le Grand Plateau par une violente tempête et obligés de battre en retraite définitivement. Le lendemain matin à 5 2 CHARLES DURIER. Miss Brevoort et le Révérend Coolidge. et de ses deux fils. ils partent à l'aube (6 h. cette fois-ci. 115 sq. qui rend si dangereuses les ascensions en mai ou au commencement de juin. il fallut finalement se rendre.étant probablement enlevée par le vent. devant la furie du vent qui soulevait des tourbillons glacés. durant l'hiver. un accident survenu à l'un de ses porteurs. lorsque Miss Straton (plus tard M me Charlet) manifesta le désir d'essayer à son tour. La lune se leva au même instant et. Mais le lendemain. après une nuit assez confortable. Dans les vallées. L'immense quantité de neige accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. presque au terme de ses vacances. Elle s'arrêta aux Grands Mulets et y prit un jour de repos. —C'est en février 1880 que fut réussie la première ascension hivernale du Piz Bernina (4 055 m. En moins de deux heures. au cœur de l'hiver. le 19 janvier. Quelques jours plus tard. et tous les touristes semblaient s'être donné rendez-vous à Chamonix. 7* édition. p. après avoir passé. Arrivant au Sattel. . la rimaye était atteinte et franchie à la tombée de la nuit. Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat se tenaient sur la cime du colosse. le peintre de montagne bien connu. Le 1 er février. Après être monté trois fois aux Grands Mulets et y avoir passé cinq nuits. Miss Straton s'aperçut qu'elle avait deux doigts gelés. On se remit en route et.). l'entassement de la neige sèche pouvait rendre la marche impossible . l'heure avancée. Mais. excessivement dure. et ce n'est que le 26 janvier. naturellement. La descente fut très rapide. ils jouaient de malchance. 1 Le Mont Blanc. Aussi. qu'il put enfin livrer l'assaut définitif. 40 de nuit). profonde. ils arrivaient à la rimaye ouverte au pied des rochers du Schreckhorn. 35 déjà. exigea une longue taille de marches. on avait rarement vu si peu de neige à cette saison. Sous la conduite de son guide habituel. de l'Alpine Club. quatre jours pleins et quatre nuits sur les glaciers. p. « J'avais fait l'ascension trois fois pendant l'été. accompagnés de leurs guides oberlandais. les hommes. et James Eccles. sur la rive droite de la Mer de glace : itinéraire bien préférable. A 4 h. le Corridor. enfin. pour attaquer le Mont Blanc. tentative qui échoua comme les autres. par un fœhn qui eût exclu toute ascension. 181 Alpine Studies. enfin.) : « Les brouillards. partent les premiers à l'assaut. passant au pied du Mittelegg. afin de s'abriter contre le vent. ce fut une joyeuse veillée autour de l'âtre. mais jusqu'ici je n'avais jamais parfaitement contemplé ce spectacle. » La caravane resta une demi-heure au sommet. mais là. C'est pourquoi il semble que la neige. où elle fut reçue avec des honneurs bien mérités (2). Miss Straton. la caravane put éviter un bivouac toujours malencontreux et gagner à temps la Schwarzegg. Les conditions de neige étaient excellentes et. Voici comment Durier (1) raconte cette première ascension hivernale du Mont Blanc (4 807 m.) par l'Anglais Watson et ses guides. » L'hiver de 1875-76 fut. empêchèrent Miss Straton de dépasser les Bosses. sur les pentes du Dôme. Vous pensez qu'elle redescendit à Chamonix? Nullement. Mais le temps fut incertain. aux pentes de la Baregg. la musique s'était portée au-devant de la vaillante alpiniste et une députation lui adressa une harangue de félicitations et de bienvenue. « La vue était belle au delà de toute expression ». La première partie de l’arête rocheuse. Jusqu'aux Grands Mulets. la caravane arrivait triomphalement au sommet. étant sèche. dit Miss Straton. pour rejoindre plus haut la route habituelle. Elle avait du reste déjà fait une tentative en décembre. La caravane poursuivit néanmoins son ascension jusqu'au Grand Plateau. et ils surent habilement profiter des traces laissées par leurs prédécesseurs. ne présenta pas de difficultés . mais la température. partaient à leur tour. Au sommet de la première bosse. prête à recommencer. Le lendemain. On se décida pour l'arête. ils trouvèrent dans la neige traces de la dernière caravane (5 octobre 1878). son guide habituel Jean Charlet. On partit plus tôt (3 h. à leur tour. elle rentrait à Chamonix. grâce à sa généreuse clarté. quatre heures furent nécessaires pour gagner le Sattel par le grand couloir où la neige. elle était couronnée d'une aigrette neigeuse qui ralentit considérablement la marche. 35. A Chamonix. Ce fut un véritable blocus. ce soir-là. 40) et suivent la route ordinaire. la caravane rentrait à Grindelwald. Trois heures de marche effective avaient suffi pour descendre du sommet. En janvier 1879. avait encore baissé. toujours ravagées par les avalanches. Malgré un temps merveilleux et une vue stupéfiante. ou. un peu au-dessous vers le sud. Le thermomètre centigrade marquait — 24°. dans sa première moitié du moins. remarquablement beau et sec. la neige devint atrocement poudreuse. elle ne s'y arrêta que quelques instants et reprit presque immédiatement le chemin du retour. plus haut. plutôt. dans l'hospitalier refuge. Janvier tirait à sa fin. Christian Aimer. à 3 heures de l'après-midi (31 janvier). le Révérend Coolidge revient à Grindelwald avec l'espoir d'exécuter une course dont il caressait depuis longtemps le projet : l'ascension du Schreckhorn (4 080 m. immédiatement après sa chute. cette fois-ci. et le vent se mit à souffler violemment. il monte à la nouvelle cabane Schwarzegg. les difficultés ne furent pas extraordinaires. quel chemin prendre. Au Grand Plateau. ils franchirent le labyrinthe et atteignirent le sommet à 15h20. Mais. un vent violent soulevait cette neige en nuages épais. sentaient le froid les prendre par les pieds. à 9 h. Le lendemain. elle fut plus heureuse. mais. Aimer avait eu l'heureuse idée d'emporter une pelle qui lui servit à déblayer cette neige et à découvrir les rochers de la crête. Pendant trois quarts d'heure qu'on passa là à les lui frotter de neige et d'eau-de-vie. le ciel s'était rasséréné. les Bosses? Dans le défilé.

Ambroise Bossoney et Edouard Cupelin. 12 heures après avoir quitté le mont Fréty. par un temps toujours merveilleux. la neige fut suffisamment dure pour permettre une descente rapide jusqu'au Tacul.Durant l'hiver de 1881-82. Le séjour à Chamonix se termina par une course au Buet (3 097 m. 1883. Cunningham se contente alors de tourner autour du géant qu'il n'avait pas réussi à vaincre. tous de Chamonix . dû à la plume de Sella lui-même. durant les quatre semaines qui suivirent. le célèbre photographe italien. pour les Grands Mulets. Que Sella n'ait pas publié et illustré un volume entier sur ses remarquables expéditions dans les Alpes. puis à la traversée du col du même nom. assez tôt pour franchir le Théodule (3322 m. à l'aube du 27 janvier. presque dure. ils parviennent. Ces deux dernières traversées ne semblent pas avoir présenté de difficultés sérieuses. la marche devint très lente. ils parvenaient au Montenvers.). où Tairraz les attendait avec du vin chaud. on perdrait toute notion de distance. la neige étant très profonde dans les régions basses et boisées. . le lendemain. Après une nuit passée au petit hôtel du mont Fréty. ne passa pas moins de quatre semaines à parcourir les montagnes et. audacieuse entreprise à laquelle on n’avait jamais osé songer plus tôt. illuminant toutes les cimes d'alentour. 253 à 262. que. Il traverse successivement le col au Bonhomme (2 340 m. le ciel et la terre semblent confiner en une ligne parfaitement nette. plus on monte. VII : Mountaineering in Winter. n° 81. CUNNINGHAM. ils arrivent à midi au Corridor. il part. Il y parvint un samedi soir. à l'entrée dans une serre en plein hiver.. Cunningham est un des rares auteurs qui aient consacré un chapitre à l'alpinisme hivernal ( 3).). Lors de la seconde (21 février). Mais le temps était trop incertain et les conditions trop défavorables pour s'obstiner à grimper plus haut. 101). et 1882 restera une date importante dans l'histoire du nouvel alpinisme.). moins le froid est sensible ». où ils admirent un merveilleux lever de soleil. auteur des Pioneers of the Alp. et cette ombre les glaça. Vittorio Sella. 3 The Pioneers ot the Alps. comme bien l'on pense. Le retour ne présenta aucune difficulté et. le temps fut particulièrement favorable. ne put fournir aucune indication précise sur la température. L'air est si limpide et il semble exister un tel vide atmosphérique dans ces paysages que. où le beau temps durait depuis six semaines déjà. Le thermomètre de Cunningham. et c'est fort regrettable. Là. récit si vivant qu'il nous paraît intéressant de le traduire in extenso. où ils parviennent sans peine à 9 heures du matin. « en règle générale. détérioré au cours de l'ascension. The Alps in Winter 2 Avec ses guides : Léon Simond. lui aussi. p. Cunningham se rend tout d'abord à Chamonix. belvédère remarquable. le lendemain de son arrivée (20 janvier). on trouve le récit de cette étonnante traversée. il fallut chausser des raquettes et.) et le Petit Saint-Bernard. où il passe une mauvaise nuit et constate que le froid ne fait qu'augmenter l'appétit déjà vorace des puces qui habitent ces lieux. en mars de la même année. Deux tentatives eurent lieu en février 1882. » Et maintenant. Il revint ensuite à Orsières par Aoste et le Grand Saint-Bernard. Un vent glacial les avait détournés de l'arête des Bosses.. commença. heures seulement. le lendemain matin. s'il était possible de les reproduire exactement sur une toile. ses exploits hivernaux en traversant le Cervin du Breuil à Zermatt. Quittant la cabane à 4 heures le lendemain. Couttet leur avait préparé une grandiose réception. négligeant tout entraînement préliminaire. La montée se fit dans l'ombre jusqu'à la cime. en moitié moins de temps qu'il n'en avait fallu la première fois. sur le col du Géant (3 370 m. 1 Alpine Journal. un des premiers. Cunningham. tout ensoleillé. p. et ils prirent l'ancien passage. où M. réussie par un des membres les plus distingués du Club Alpin Italien : Vittorio Sella. Disons tout de suite que. avec l'intention de gravir le Mont Blanc. il se hâte d'en profiter et. Le manque d'entraînement et l'idée préconçue de rencontrer plus haut des conditions de neige plus défavorables encore engagèrent la caravane à rentrer le jour suivant à Chamonix et à méditer des plans moins ambitieux et plus méthodiques. celle du Cervin. La journée du lendemain fut consacrée à l'ascension de l’Aiguille du Tour (3 540 m.. Dans sa description de Chamonix en hiver. Les pics les plus distants se dressent contre le ciel aussi nettement que ceux des panoramas de Baedeker . Les vues dont on jouit des sommets sont simplement merveilleuses. il nous dit entre autres ceci : « . — C. qui les conduit une fois de plus à Chamonix Pour compléter cette glorieuse campagne. nous voulons parler d'une conquête italienne.). organisée par la Section Mont Blanc du Club Alpin Français . la caravane parvint jusqu'à la hauteur de la Cravate (4000 m. mais l'auteur admet. chap. Les rochers du versant sud étaient parfaitement secs et.. Les péripéties de la première expédition sont brièvement relatés dans l’ Alpine Journal (1). malgré ces accessoires. A. ils gravissent finalement l’Aiguille du Tacul (3 438 m. puis Cunningham passa la Tête Noire et se rendit à Zermatt avec ses guides chamoniards. ils rentraient à Boval par la Fortezza (STUDER. III. Estimant l'entraînement désormais suffisant et profitant de leurs traces du 20 janvier. pour se rendre à Courmayeur ( 2).) et gagner Valtoumanche. La conquête hivernale du Cervin ne se fit pas du premier coup. le Caucase et l'Himalaya. Dans le Bollettino du C. sans aucun changement notable. pour 1882. le beau temps persista. La montée au refuge fut très laborieuse et n'exigea pas moins de treize heures de marche pénible. I. ils rentraient triomphalement à Chamonix. ils remontent alors aux Grands Mulets le 29. cela paraît incompréhensible. il engage quelques hommes pour transporter des couvertures et du bois à la cabane d'Orny. Ce fut la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc. et il eut quelque peine à en repartir. Cunningham compare l'arrivée au sommet. Jamais le ciel n'est aussi étonnamment beau et transparent qu'en hiver. D.). Craignant de le voir changer. A Orsières. sur le glacier du Géant. car il n'en parle qu'incidemment.

en avançant pas à pas avec la plus grande attention. Il fallut cheminer à la lanterne. avec des précipices béants de chaque côté. «Il fallut jouer du piolet pendant plus d'une demi-heure pour ouvrir la porte du refuge. .). Sur le glacier éblouissant de lumière. aux périls courus et évités. tout en nous racontant les histoires les plus variées. 38 sq. tout cela écartait les mauvais pressentiments. « Ce sera difficile.. mince comme une lame de couteau. elles ns rendirent de précieux services (2). sans dormir. à la pensée de pouvoir enfin subjuguer cette belle montagne . 66). mes idées se mouvaient dans une ambiance délicieuse. Ma satisfaction était immense de me trouver si haut. Plus bas.. quoique recouvertes de neige et de glaçons. XVI. Comme il était 2 heures. « Nous étions déjà bien fatigués. j'étais de retour à Biella. la douceur infinie des teintes à l'horizon. avec les balles de neige qui s'attachaient aux semelle il était facile de glisser. paraissait devoir nous être propice. p. et bientôt le soleil disparut à nos yeux. il nous restait encore quatre heures et demie de jour pour y parvenir. battant continuellement de la semelle pour empêcher nos pieds de geler. je demandai à Carrel si nous pourrions la suivre. Nous nous assîmes enfin. A l'aide de cette rampe prolongée. Assez vite les chaînes furent atteintes et. les mains doublement gantées enfonçaient profondément et ne saisissaient plus les prises avec sûreté. inconvénient très dangereux. durcies et. SELLA. les chaussures étaient gelées. Le jour suivant. Le temps. Le peu de neige nous facilita tous les passages jusqu'à la Cravate et au Pic Tyndall. devait réussir.. Sella revint au Breuil. je refis une troisième tentative qui. qui. en hiver (voir Ski. la vue était grandiose. nous reprenions notre marche le long de l'Épaule. où nous arrivâmes au lever du soleil. presque sacrée. nous songions avec orgueil aux difficultés rencontrées et surmontées. C'est dans cette position que nous passâmes toute la nuit. et voici ce qu'il nous dit de sa troisième tentative. La masse du Cervin projetait alors son ombre sur le glacier du Gorner. la sagacité pratique des Carrel réussit à les surmonter. Un sentiment de bien-être profond et d'énergie morale m'avait envahi. /. Je partis du Breuil 20 heures du soir avec mes guides Louis. Sella seul semble avoir rencontré de la neige entre l'Epaule. jusqu'au pied de la Grande Tour. C'était une belle journée qui commençait. nous fûmes accueillis avec enthousiasme par tous les guides et les habitants du village. soit quinze heures après avoir quitté le Breuil. nous avions rencontré deux guides qui venaient à notre rencontre. réfléchie par les neiges du Mont Rosé. avec l'assurance presque certaine de parvenir au sommet tant désiré. je me sentis aussi fort physiquement et aussi satisfait moralement que dans ces instants. « A deux heures de ce village. deux joies . dans l'angle le moins exposé aux courants d'air. L'azur du ciel. où nous arrivâmes à 2 heures après midi. A 7 h. une heure ne suffit pas à débarrasser le refuge de la neige fraîche et farineuse qui s'y était insinuée par les fentes de la porte et les ouvertures du toit. sur l'Épaule suisse. La crainte nous tourmentait bien un peu de rencontrer sur ce versant-là des obstacles infranchissables. nous reprîmes notre marche vers Zermatt. et. Nous commençâmes immédiatement à descendre. examiner de là plus facilement le versant sur lequel nous devions nous engager. nous éclairait encore faiblement. Notre émotion était indescriptible. « Encouragé par ce succès. Le ciel était serein : des teintes froides vers le couchant et les teintes très chaudes de l'aube vers le levant. Ascensione invernale del Cervino (Botlettino del C. serrés les uns contre les autres. ils nous avaient aperçus de Zermatt. tant elle était bloquée par la neige. à même le sol gelé. A Zermatt. En moins d'une heure. celle-ci. Nous suivîmes sans peine la crête qui relie le sommet italien au sommet suisse pour. Comme nous devions y passer. A mesure que nous descendions et que le soleil baissait vers le couchant. Il détacha la première des chaînes et la fixa à l'extrémité de la seconde. Dans cette neige froide. cette ombre s'allongeait lentement vers le vieux Weissthor. « Arrivés au cairn qui couronne la cime. De cette façon. Ici nous fîmes halte pour déjeuner. alors que les étoiles scintillaient déjà dans l'immensité du ciel et que seule une lueur mourante. A 2 heures de l'après-midi. mais je crois que nous réussirons. « A 9 h. Lorsqu'elle fut ouverte enfin. Peu de fois en ma vie. le matin fut bientôt venu. Le jour précédent. qui marchait derrière moi. sans en discerner les détails. sur les moraines du glacier du Furggen. s'offrait une réalité qui semblait inconcevable et nous admirions ce spectacle. «Une neige farineuse recouvrait tous les rochers. « Faire bien les choses et manger. n°49. 30. « Le 16 mars. finalement. les seules de toute l'escalade. la paroi fut déclarée praticable. corsées par cette neige farineuse attachée aux rochers. s'allongeait une fine crête de neige. A nos yeux. à travers maintes difficultés. je voulus tenter quelque chose de plus : la descente sur Zermatt. le 20 au matin. qui se maintenait sec et beau. Sa crête était couverte de neige et prenait plus haut l'aspect d'une lame de couteau. dans les mauvais passages. Inutile de dire que notre satisfaction fut immense . ils montaient à notre rencontre pour nous féliciter et nous secourir au besoin. cette ombre de cobalt était magnifique à voir. plantant notre drapeau sur la cime. notre caravane touchait la cime du Cervin. » 1 2 V. Nous y rencontrâmes de sérieuses difficultés. XVII. » Cependant. émerveillés de notre entreprise. ce sont là deux plaisirs. Antoine. qui nous empêcheraient d'arriver à la cabane suisse. p. et. devait le conduire au but et même au delà (1). mais le sentiment du triomphe nous réconfortait de plus en plus et nous prêtait force et courage. nous franchîmes heureusement la crête neigeuse. comprit le danger. vol. toujours sagace et prévoyant. de sorte que. je rentrais à Châtillon par le col du Théodule et. la sérénité de l'heure. je trouve que l'estomac rempli a beaucoup d'analogie avec la conscience lorsqu'elle est satisfaite. Grisés par le succès de notre entreprise. A. nous surmontâmes miraculeusement toutes les grandes difficultés. Vers 6 heures.En mars. répondit Louis. Jean-Antoine et Baptiste Carrel. 30 du soir nous arrivions enfin à la vieille cabane.

toujours farceur. où elle retrouve le soleil et le ciel bleu tant désirés. tandis que. au lieu de le faire en été. elle arrive au milieu de décembre 1882 à Chamonix. aux fins de gravir le Mont Blanc le lendemain. Quittant les brouillards de Genève. la course ne semble pas avoir présenté de difficultés extraordinaires. Comme il arrive souvent vers la fin de l'année. Certes. le vent faisait rage et précipita la descente. la magnificence du spectacle qui se déroule à ses yeux. au retour d'une longue campagne qui s'étend de décembre 1882 à mars 1883 et dont les péripéties constituent presque toute la matière. Burnaby ne raconte que ce qu'elle a vu. dans toutes ces courses hivernales. Mais.). course sans grand intérêt et qui doit être bien fatigante en partant de la vallée. si mesquine fût-elle. c'était une entreprise remarquable pour une alpiniste à ses débuts. termine sa critique en déclarant ce livre « le plus frivole et le plus insignifiant qui fut jamais présenté au public alpin ». Le même soir. la neige fut très favorable. qui devint plus tard Mrs. arrivée à une heure seulement du sommet. A part la corniche qui surplombait le couloir du versant de Léchaud (par lequel ils étaient montés).. mais n'est-il pas curieux de constater que. et aucune course ne put être tentée avant le 4 janvier 1883. Les Alpes Graies surtout attiraient les regards. Une femme. dressant nettement leurs cimes sur le bleu délicat du ciel. Plus pénible encore. au départ du Montenvers. et cela aussi fut une satisfaction. Aubrey Leblond et qui publia différents écrits bien connus dans la littérature alpine. le Cervin sans rival dépassait de la tête les montagnes environnantes. par une alpiniste encore novice. A midi. nos touristes jetaient des regards curieux à travers la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. pour la plupart d'entre eux. au moment où elles sont minimes. la caravane rentrait au Montenvers. restera un des plus grands exploits de l'alpinisme hivernal. Burnaby ne semble pas avoir éprouvé beaucoup de fatigue et.). où l'on distinguait des prés verts. si nous n'avions su où la chercher. sur le col du Chardonnet (3 325 m.Tel est le simple récit de ce qui. le brouillard nous eût bien indiqué sa position.) et découvraient le plateau du Trient. aucun ne se soit décidé à entreprendre une œuvre plus complète sur un sujet encore si nouveau ? Ouvrons ce livre et voyons quels furent les exploits de cette courageuse Anglaise. effrayée à leur vue. et cela par une femme : Mrs. Quant à Genève. le temps se gâta. Dans un style alerte et gai. Le 2 février. il y avait tant de neige que la cabane était invisible. arrivée au sommet. de Chamonix à Lognan. Tout ce que nous contemplions paraissait ouaté de blanc.. plutôt que de s'occuper d'alpinisme. l'attendait. alors rédacteur de l’Alpine Journal. après avoir passé la nuit à Lognan. peu raisonnable et. 1883 . La nuit les surprit dans la combe d'Orny.. la puissance des contrastes. Ils vont donc coucher au Montenvers et réussissent (le 20 décembre) la traversée d'un col vierge : le col du Tacul (3 331 m. tout en se demandant « ce qu'elle pourrait bien faire encore pour étonner Chamonix». aujourd'hui encore et toujours. fut l'ascension de l’Aiguille du Midi (3 843 m. Londres. le récit de ces aventures fut une cruelle déception et le Révérend Coolidge. celui-là sera d'accord avec moi pour déclarer que l'homme qui soulève de pareilles objections fera mieux de se promener en plaine. au moment précis où l'alpinisme hivernal prenait son essor. Il est écrit sans prétention aucune. Dès le plateau du glacier d'Argentière. bouleversée par les avalanches et qui leur réservait encore bien des surprises désagréables. contraire au principe du moindre effort dans l'accomplissement des plus grandes choses.» On entendait le canon tonner à Chamonix. par un beau clair de lune. et plus longue surtout. la caravane monta aux Grands Mulets. quiconque a pu constater combien l'aspect des montagnes et des vallées change au cours de l'hiver. leur demanda d'où ils pouvaient bien venir ainsi et qui ils étaient. la critique était facile. dans ces conditions hivernales. alors que les difficultés sont maximales. si l'on songe qu'elle fut envoyée à la montagne par ses médecins et pour y recouvrer la santé. beaucoup plus claire qu'en été. Edouard Cupelin. semblera à beaucoup une idée originale. dépassa même le Mur de la Côte. Mrs. Mais. elle fut suffisamment récompensée par la vue grandiose.). or Mountaineering in search of health. était l'atmosphère.. combien les grands froids purifient l'air et combien s'accroît la vivacité des teintes. Le titre de son livre était fort alléchant et bien fait pour éveiller la curiosité des grimpeurs anglais. Quelques jours plus tard (le 15 janvier). Sella termine sa relation par ces quelques lignes : « Le fait de gravir les hautes montagnes en hiver. mais. Mrs. vers la gauche. à 10 heures. « Il était juste 2 heures. Ce jour-là. en six heures de marche seulement. » En 1883 parut à Londres un ouvrage consacré presque entièrement aux Alpes hivernales. sauf la vallée de Sallanches. Derrière ses deux guides. elle dut rebrousser chemin par suite du brouillard et du vent qui annonçaient un brusque changement de temps. Main. écrit à Chamonix. Son guide habituel. sur le col.) et franchissait le col du même nom. Mais. lui répondit : 1 The High Alps in Winter. nombreux furent les lecteurs. Ce livre est un récit d'aventures. mais. en tout cas. Mais. mais d'une endurance étonnante. A Orny. elle arrivait. Burnaby déclare fort monotone. Aussi. Ils perdirent un temps infini dans la gerge qui en forme l'issue et ne se décordèrent qu'en arrivant au village de Som-la-Proz. et il fut décidé de commencer la campagne dès le lendemain. Ce passage n'est évidemment pas d'une grande utilité pratique. Il fallut plus de douze heures pour arriver au sommet. Burnaby (1). parmi tant d'alpinistes déçus et capables d'un meilleur effort. le principal effort est pour celui qui marche en tête et doit faire la trace. La Grivola élancée se haussait bien au-dessus. Cupelin. que Mrs. Elle semble ignorer complètement les acteurs qui l'ont précédée sur une scène qui paraît toute nouvelle à ses yeux. Très claire. Elle parvint sans trop de peine au Corridor. puis Mrs. la caravane gravissait l’Aiguille des Grands Montets (3 300 m.

ce fut une promenade exquise. Celle-ci accepta immédiatement. Tournant le dos à la montagne et au vent. à l'abri d'un immense sérac. — Je vois bien que vous n'êtes pas des brigands. craignant de s'exposer à de nouvelles rigueurs. Miss Walker et l'un des Cupelin devaient rester au refuge et attendre le retour des alpinistes qui partirent en deux caravanes. il fallut quelque temps pour aménager l'intérieur de la vieille cabane encombrée de neige et de glace. Mais il fallait gagner Châtillon et le Valtournanche. elle supputa les maigres chances qui lui restaient d'arriver première au but et. il fallut descendre à la lueur des lanternes par le glacier inférieur du Théodule et là. le lendemain. et le thermomètre marquait — 23° centigrades.. les deux alpinistes firent connaissance. Le temps fut merveilleux. sans avoir exécuté la fin de son programme. Jusqu'ici les Cupelin avaient courageusement tenu la tête. la cabane Bétemps n'existait pas encore . dressait sa masse gigantesque et noire dans ce paysage bleu-blanc. répondit la femme. on simula une visite au Grand Saint-Bernard. Là. mais que de peines encore leur réservait la neige poudreuse.— Nous sommes des brigands. la descente fut moins terrible qu'on ne l'avait supposé. A cette époque. environ). Burnaby en conclut que le mois de mars est le plus froid de tout l'hiver et. tout. mieux exposé aux rayons du soleil et. Elle arrêta son choix sur le Cervin et le Mont Rosé. champagne. la bise dégénéra en véritable ouragan et décida la troupe à battre en retraite. ayant traversé le Grand Saint -Bernard. Enfin. les fouettait en plein visage ! Le Gorner semblait interminable . mais. et le Cervin. Sella se montra gentilhomme. « Je ne sais. rétorqua Cupelin. Ce ne fut du reste que partie remise. dans la petite salle de l'auberge. la vue merveilleuse fut une agréable compensation. Mrs. B. moins enneigé. elle préféra le détour par Genève et les rives du Léman et se mit en route vers la fin de février. mais. Le 6 février. Tandis que ses guides passaient une fois de plus la Tête Noire. Comment ne peut-il pas été en face d'une si jolie femme ? Il dévoila franchement tous ses plans et offrit à l'Anglaise de les partager. Burnaby prit les devants: Sella et ses guides (J. car les brouillards traînaient sur les montagnes et. la caravane dut rebrousser chemin et rentrer à Chamonix par la Tête Noire. Le Cervin tout d'abord. je tiens à lui . on put s'élever plus rapidement. au lieu de revenir au Breuil par le Théodule. Son ambition allait grandissant au cours des succès et elle ne doutait plus de rien. pour être au net sur ses intentions. Burnaby. et l'on décida d'aller coucher le lendemain au Théodule. une fois au col. Malheureusement. Quelques jours plus tard. Il était x heures. Durant la soirée. Connaissant l’expérience de Sella. en compagnie de son amie Miss Alice Walker . Dans les bois de mélèzes. Mais une semaine de mauvais temps lui permit de réfléchir et de forger de nouveaux plans. plus le froid et la bise augmentaient. sinon elle eût servi de point de départ. soulevée en tourbillons par une bise glaciale. « Poulet. Sur le versant suisse. ils ne savent rien! La caravane comptait rentrer à Chamonix par le col d’Argentière (3516 m. la caravane arrive à Châtillon. soupe. bien nettoyé. et la montée continua jusqu'au col. Ceux-ci en eurent vite assez. épuisés par une marche si pénible. sauf le cognac.).. ce fut une fuite précipitée jusqu'au Gorner. What next? Question embarrassante. là grande avenue du Gorner s'ouvrit devant eux. elle apprit par Cupelin lui-même que Sella venait de rentrer bredouille. elle se décida à tenter l'escalade par le versant italien. la partie la plus pénible de toute la course. L'auteur avoue ne pas en avoir admiré de plus stupéfiante. de méchants séracs entourés de gouffres béants exigèrent d'ennuyeuses contremarches. nous venons de Chamonix à travers l'Aiguille Verte et le col du Chardonnet. elle renonça d'emblée à l'idée de tenter le Cervin. sous un ciel de nouveau limpide. le soir. L'espoir renaissait. elle partit fort inquiète pour Valtournanche. Au Théodule. » Les guides de Sella eurent eux-mêmes plusieurs orteils gelés. mais. ils durent enfin céder leur place aux guides italiens. on allait la tenter en sens inverse. La nuit fut bientôt venue et s'écoula rapidement jusqu'au moment du départ. après lui avoir adjoint l'un des Cupelin qui devait ramener Miss Walker le lendemain. si les gros gants de laine et le froid me permirent de donner une signification à la cordiale poignée de main par laquelle je pris congé de Mrs. la caravane arrivait enfin à Orsières et rentrait le lendemain à Chamonix par la Tête Noire. Plus on montait. prétend l'auteur. dans la vallée d’Aoste. en tout cas. Vers 9 heures du soir. Mais. propriétaire de l'hôtel. profonde. elle préféra gagner directement Zermatt et prit congé de Sella sur le Gorner. Mais ses vœux semblaient devoir se réaliser. La traversée ayant échoué de Suisse en France. une mauvaise nouvelle attendait l'ambitieuse Anglaise : Vittorio Sella venait de passer. on s'arrêta pour déjeuner chez Maquignaz. Pour gagner le Gorner. Sur la longue avenue du glacier d'Argentière. où la neige était restée poudreuse et très profonde. ce fut encore le parcours du val Ferret. arrivée à la cantine de Proz. Bich) suivaient à une courte distance. A quelque distance du Sattel (à 4 200 m. on put s'arrêter un instant et se restaurer. Celle de Mrs. en route pour le Mont Rosé. Ah ! combien elle souhaitait maintenant que le temps fût mauvais ! Durant toute la soirée. fixé à une heure du matin (3 mars). C'est pourquoi. elle se retrouvait à Lognan. J. mais. par conséquent. à 11 heures du matin. plusieurs reprises. écrit Sella dans sa relation. aussi fut-ce un soupir de soulagement lorsque. ce fut une marche pénible dans une neige poudreuse et profonde. Maquignaz et J. à Valtournanche. Là. arrivé au pied des pentes du Mont Rosé. Au Breuil. mais vous avez fait une jolie promenade ! — Ah ! ces gens. était aussi dur que la pierre. où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et qui. long voyage qui consuma plusieurs journées de beau temps. le temps semblait se gâter et. une légère brise tempérait l'ardeur du soleil.

Or. dont le fondement reste discutable. bien que la température ne fût que de . Burnaby se mit immédiatement à retracer ses souvenirs. sur les pentes nord. la seule trace conduisant à Zermatt. Sa stabilité dura près de trois mois et l'enneigement fut minime. il comprit la nécessité de la scinder en deux étapes et de bivouaquer à l'endroit où se dresse aujourd'hui la cabane Bétemps. Dix minutes au-dessus du Breuil. le vent s'était levé et soufflait avec rage. dès que l'on quitte la route pour s'aventurer sur les pentes voisines. de la Dent Blanche et du Weisshorn flottait un panache de brume dont la forme changeait constamment et n'annonçait rien de bon. « Durant notre séjour sur les hauteurs. Le vent contribue. p. à la durcir. à battre en retraite. Mais. et Mrs. où la neige exécrable l'obligea. « En montant à travers les forêts. le soleil n'a presque aucune influence sur les étendues neigeuses et que le vent est le principal facteur de transformation (durcissement). mais. 30. mais celleci cédera presque toujours sous les pieds et. J. serait considéré comme une «bonne» neige. Mon guide m'assura néanmoins que. ils ne rencontrèrent jamais ce qui. Sella revenait à la charge. la caravane arrivait au village. et. » Tandis que les Italiens remontaient au Théodule. l'année suivante.. plusieurs ponts de neige s'effondrèrent sous notre poids. une fois de plus. la tempête dura deux jours entiers et. dans les vallons et dans les endroits abrités. écrit-elle. une succession de beaux jours fut une rareté durant l'hiver 1882-83. par contre. partant comme précédemment du Théodule avec J.. et l'on préféra se rapprocher du Théodule. la caravane se rendit à Valtournanche en dix-huit heures de marche. En arrivant sur la moraine. Pour une raison qu'il n'indique pas. La nuit venue. Aussi le retour fut-il accéléré et. elle rentrait à Chamonix. Burnaby pour attacher une importance beaucoup plus grande à l'action du vent qu'à celle du soleil sur les neiges. Mais. dit-il. presque invariable. Sella abandonna alors l'idée de franchir le Théodule et descendit à Zermatt. puis durcit par le vent. au confluent des glaciers du Petit Cervin et du Théodule inférieur.. avec une admirable persévérance. » (2). « Durant toutes mes courses hivernales. elle devenait favorable sur les pentes méridionales. sur les rochers inférieurs du Plattje. la marche est plus fatigante encore. il fut récompensé. la puissance des rayons solaires à travers une atmosphère aussi sèche qu'elle peut l'être en hiver reste considérable sur tous les versants sud. où elle fut rejointe le lendemain par Miss Walker Deux jours plus tard. exposés normalement à ces rayons. Sur les sommets du Cervin. 30 la caravane touchait au but. Le lendemain vers 4 heures. A.. Au cours de ces formidables randonnées dans la neige poudreuse. 1883. mais heureusement l'air resta parfaitement calme. Ses théories sont encore bien compliquées. » Quinze jours plus tard. elle restait partout exécrable. sa caravane partait à la lanterne et parvenait à 11 h.). il parvint jusqu'au Plattje. évidemment. durant le plein hiver et dans les régions élevées. on suivit à la lanterne la trace encore visible sur le Gorner. Quittant le Breuil le 25 janvier. le vent cessa brusquement et il se mit à neiger. Sella revint à la charge. dans un mélange de notes diverses. et l'on dressa la tente à l'abri d'un gros bloc. la neige était aussi dure qu'elle peut l'être. il arrive vers 6 heures du soir à cet îlot rocheux et il y plante sa tente par -15° de froid. j'ai toujours rencontré une neige farineuse. La nuit se passa à grelotter et à battre la semelle. La stabilité du temps ne dura jamais plus de cinq jours. 51 II est certain maintenant que. mais. A la fin du volume. il n'y eut qu'un seul jour nuageux. est poussé jusqu'aux dernières limites. réussit à fondre partiellement la neige fraîche et qui peut la durcir dans l'espace de quarante-huit heures. L'arête terminale se présenta en bonnes conditions et à 1 h. I. dans ce cas. durant les excursions qu'il entreprit en janvier et février avec Mr. Ce bivouac devait manquer de tout confort. les conditions de neige furent rarement favorables. L'action alternative de la fonte et du gel peut former en hiver une légère croûte superficielle. Il fallut se résigner à bivouaquer de plus. 30 au Sattel (4 354 m. Il manquait au soleil cette ardeur qui. 1 Bollettino Del C. la caravane retrouvait sa tente et profitait de son abri pour se restaurer et prendre un léger repos. Jusqu'à 3 800 mètres environ. et l'hiver s'écoula sans permettre une nouvelle tentative. Là. Par contre. sauf une dizaine entre le 19 février et le 5 mars. cette fois-ci. l'Anglaise et ses guides franchissaient le Gornergrat (au Moritzloch) et trouvaient près du Riffel. en été. La campagne était terminée. la neige fut poudreuse. mais la bise qui soufflait dans les hautes régions par ces jours de ciel bleu était un obstacle plus considérable encore que le brouillard. et sous un ciel couvert. sur le versant opposé (nord du Théodule).. La distance entre le Théodule et le Mont Rosé étant si grande. le troisième. alors que l'effort continu. mais une neige vraiment favorable sur des pentes nord est une rareté. Le lendemain à 9 heures. 2 . après dix-sept heures de marche presque ininterrompue. un piolet devient absolument nécessaire. même un mois après sa chute. très faible durant les mois d'hiver. « Pendant l'hiver de 1881-82. Durant cette période. en été. Le 10 janvier. mais il s'accorde avec Mrs. à 5 h. Après plusieurs journées de beau temps. et Daniel Maquignaz.exprimer ici toute mon admiration pour son courage (1). à la tombée de la nuit. le temps s'était montré tout différent.. j'ai rarement trouvé une neige molle dans les lieux exposés au vent . Sella eut souvent l'occasion d'étudier les mystères de la neige hivernale. principal obstacle à la réalisation de ses plans. Mais le temps empirait rapidement. nous rencontrions généralement une neige très molle.20. A 8 heures du soir. par suite de l'intensité solaire. La conquête hivernale du Mont Rosé restait donc inachevée. nous trouvons quelques remarques toutes nouvelles sur la consistance de la neige en hiver. Cunningham.

Ascensione Invernale al Lyskamm (Bollettino del C A. Vous aurez alors la joie sublime d'admirer un coucher ou un lever de soleil cent fois plus beau qu'en été. P. 4 Dans l’Alpine Journal. Ce n'est que le lendemain. toute encombrée de neige et inutilisable. au lieu de rentrer par le même chemin. Emil Boss et le guide Ulrich Aimer.). tous deux de Grindelwald. 269.» (2). le ciel s'éclaircit et la température s'abaissa légèrement.).A. 2 V. 118 5 Neujahr auf dem Finsteraarhorn. cimes oppressées et suffoquées par la tourmente. L'instinct de Guglielmina les sauva néanmoins. II. p. Celle-ci les conduisit sans trop de peine au sommet qui fut atteint à 1 h. Maquignaz. ou bien se basait-elle sur des principes erronés. précurseurs de la tourmente. à l'accompagner au Lyskamm. les yeux découvraient une scène aussi tranquille et sereine que l'aspect du Mont Rosé était horrible et bouleversé: le ciel. Et vous rentrerez chez vous avec des satisfactions intimes et des idées nouvelles sur la population de nos villages alpestres. qui semblait former une chaîne ininterrompue. puis des cimes qui allaient en s'obscur-cissant jusqu'au Grand Paradis et à la Grivola. par le même Sella qui. vers minuit. en l'espace d'une décade. On continua donc à descendre malgré la tourmente et. sous les assauts de l'alpinisme hivernal. des panaches de brouillard flottaient au vent. qu'ils arrivaient à Fiesch. Le 22 mars. roi de l'Oberland. Ceci ressort d'une façon évidente du récit de Fischer. enfin. même chez les montagnards . Les détails de cette expédition sont sommaires.) et deux fois ils durent redescendre au col d'Olen. Ainsi. L'ascension fut favorisée par d'excellentes conditions. s'était terminée à Grindelwald par des pluies torrentielles. où la marche devint atrocement pénible. plus loin encore. et il n'attendait qu'un beau gel pour partir à l'attaque. 30.). tous les principaux sommets des Alpes étaient tombés. XIII. où ils rencontrèrent une neige excessivement profonde et de terribles difficultés. voie inaugurée l'été précédent par le guide J. les uns après les autres. après une longue et pénible randonnée. le Mont Viso. la nature présentait l'image glacée d'un paysage polaire. Mosso et A Sella avec G. les Apennins de Piacenza. Sur les plus hautes cimes. p. le 14 février. que de traverser ce col dont le passage fut très pénible au retour. Au commencement de mars 1887. Laissant la cabane Gnifetti à leur droite. » Durant l'hiver de 1884-85. à 4 heures du matin. arrivé sur la Mer de glace supérieure. Seul.. et la seconde en s'habillant bien chaudement. Mais. mais. je dirai aux alpinistes : allez voir les Alpes en hiver ! Les ascensions peuvent présenter deux seules difficultés : la neige molle et le froid. ils arrivaient au col d'Olen. J. 65. barré de longs nuages rouge orange. C'est par erreur que cette ascension est mentionnée comme erste Winterbesteigung. le Finsteraarhorn (4275 m. L'année 1895. A cette époque encore. p. Corradino et Alphonse. Ce fut en réalité la seconde. et ils parvinrent de nuit à la cabane Vincent. Mais le temps était des plus incertains. ils remontent le glacier de Lys. On ne comprend pas que Sella n'ait pas choisi cette arête rocheuse pour monter au sommet. 1885. doucement illuminés de teintes chaudes et reliés aux Alpes Maritimes par un long natrum de brumes dorées. passées à admirer le jeu des nuages et les teintes extraordinaires des montagnes.« Pour terminer. Voici quelques lignes traduites des Hochgebirgswanderungen et qui donnent bien l'impression de ce que devaient être ces formidables randonnées dans la neige poudreuse : 1 Le 2 mars 1885. Deux fois un ciel menaçant les arrêta à la cabane Gnifetti (3 647 m. écrit Sella. Chamonix et Grindelwald. p.. n'avait pas encore été touché par la nouvelle cohorte. L'artiste qu'est Sella ne semble pas avoir regretté ces heures inoubliables. grimpaient le lendemain (8 mars) à l'Agassizjoch et suivaient l'arête jusqu'au sommet. elle fut bien étonnée de rencontrer une masse de neige fraîche. mais. paraissent délaissés durant toute cette saison par les alpinistes de marque. Celle-ci ne tarda pas à se déchaîner et leur fit perdre la trace sur le glacier de Lys. superbe et resplendissant sous le baiser du soleil. J. les deux principaux centres d'où s'était déclenché l'assaut vers les cimes. Les grands hôtels seront fermés et vous trouverez peu de confort. la principale conquête à mentionner est celle du Lyskamm (4 538 m. Là-haut. chassées par un fœhn violent.) du Mont Rosé fut également visitée cet hiver-là. Maquignaz les rejoignit à Alagna. Mais il ne tarda pas à tomber lui aussi. I.. en se tournant au midi. après avoir couché à la Schwarzegg. ils montèrent coucher au refuge du col d'Olen. 92). La Pyramide Vincent (4 212 m. et malgré les expériences précédentes. mais de l'hospitalité et de la gentillesse là où vous ne comptiez pas en rencontrer. Sella fit la première ascension hivernale du Grand Paradis (4061 m.53) 3 Le Colle della Fronte est une selle neigeuse qui s'ouvre au pied dé l'arête sud du Lyskamm.1885. cet hiver-là. les deux Bernois eurent la malheureuse idée de descendre dans la vallée du Rhône en suivant le glacier de Fiesch. Il ecrit : « Vers le nord. le guide Pietro Guglielmina. l'attaque fut décisive. et l'on n'en trouve qu'une courte mention (4). ouvert par son propriétaire. dit-il. Guglielmini (première hivernale) (voir Rivista Mensile del C. Vittorio Sella passa tout son temps à photographier le panorama. L'enthousiasme de Sella décida deux de ses frères. par A. Fischer en conclut que les neiges devaient fondre jusque dans les régions élevées. le 17 mars 1885. bloquant l'horizon. semble être resté solitaire sur la scène magnifique et déserte des hautes Alpes ( 1). . Il est vrai que les grandes conquêtes étaient réalisées et que l'attrait des nouveautés allait diminuant. à l'horizon. et dans STUDER. La première sera vaincue avec un peu d'énergie. SELLA. J. L'ascension du Finsteraarhorn devait être répétée neuf ans plus tard par Andréas Fischer qui nous en a laissé un vivant récit dans ses Hochgebirgswanderungen (5). Dans la nuit du 1er au 2 janvier. entre 1874 et 1885. franchissent le Colle Délla Fronte (3) et suivent la Cresta Perazzi. et. la connaissance de la montagne hivernale était fort rudimentaire.I. après vingttrois heures de marche presque ininterrompue. La caravane se mit en route.

qui semblent manifester une préférence pour l'Oberland bernois. les conquêtes se poursuivront. mais alors le caractère de la montée changea brusquement. nous en avions parfaitement assez l'un et l'autre. Suivant l'arête des Bosses.) fut un des derniers à se rendre (Meade et Woodroffe. treize à quatorze heures furent nécessaires pour gagner la cabane Quintino Sella (3 370 m. les ascensions hivernales se succèdent et se répètent. Emi Boss et des guides Ulrich Aimer et Johann Kaufmann. par un temps calme et un froid de -10° seulement. Le thermomètre descendit jusqu'à . la caravane dut battre en retraite devant un terrible ouragan qui harcela son retour à Courmayeur. pour ceux du moins qui allaient à pied et ne connurent point les agréments du ski. Le soleil était voilé de vilains nuages. A la descente.). ne trouve rien de mieux à faire que d'enfoncer à son tour. mais sûrement et plus profondément encore. Les années 1880 resteront l'âge d'or de l'alpinisme hivernal. nous dûmes tracer péniblement notre chemin à travers de lourdes masses de neige. le temps était superbe et semblait devoir se maintenir. Vittorio Sella voulut. Ces guides revinrent le 3.) et du Piz Zupo (4 002 m. concurrente de Mrs. p. 1-8 . en neuf heures. par Corradino et Gaudenzio Sella avec J. C'est ainsi qu'après une lutte de presque six heures. sinon évitées ». Mais les jours sont bien courts en janvier et. Pour terminer. lentement. en 1896. Burnaby. En janvier 1888. il y monta par le versant italien. et l'on y vit plusieurs alpinistes de marque. dont les une s‘emplètent déjà sur la seconde phase du nouvel alpinisme : en 1891. Les conditions étaient excellentes alors. nous avions progressé vite et bien durant une petite heure . C'est avec une touchante modestie qu'après un court intervalle chacun de nous renonçait à prendre place en tête de la caravane . Plus tard. par la neige et le vent. Burnaby (devenue Mrs. » Depuis 1887. celles de la Disgrazia (3 680 m. Quelques jours plus tard. ils parvenaient au sommet. nous atteignîmes les hauteurs du Finsteraarjoch. Le 31 décembre. ils descendaient à Chamonix et rentraient en Italie par le Mont Cenis ( 3). on ne compte pas moins de trois ascensions hivernales au Schreckhorn. là aussi. que l'autre. p. 1888. cette courageuse Anglaise. le 19 février 1889. de Grindelwald (voir Mrs. le temps fut superbe.. celle de la Grivola (3 1 Pour toutes ces courses. dans le brouillard et la nuit. Le lendemain. malgré d'excellentes conditions. 200 sq. E.) par Mrs. en montant au Finsteraarjoch : « Sur la rive plane du glacier. où seules les courtes haltes procuraient quelque jouissance.). en bon Italien. p. Nous espérions toujours encore trouver de meilleures conditions sur le col et. et l'on finira par se lasser de cette lutte inégale contre des éléments par trop rebelles. enfin. en 1899. la troupe s'ébranla en deux caravanes.) au Mont Rose le 18 janvier 1886. A Winter Quartette (Alpine Journal. entrecoupées ça et là de nouvelles conquêtes. « avec la neige hivernale et en partant du Bergli plutôt que du Guggi.. la caravane fut surprise par la nuit dans les séracs du Guggi et obligée à bivouaquer dans une grotte de glace. et l'idée lui vint que. nous citerons encore quelques dates importantes. A. I. I. Une tentative avait déjà eu lieu en février 1887.25°. Janvier 1888 fut une véritable saison pour Grindelwald. Mrs. Mais les conditions de la montagne étaient beaucoup moins favorables qu'en février.. 1886. 2 Citons la première hivernale de la Punta Gnifetti (4 559 m. malgré l'énorme quantité de neige fraîche. Un des derniers exploits de Sella fut la traversée du Mont Rosé. à la fin de décembre. Dans les autres régions des Alpes. Par contre. Pour continuer notre marche vers le Finsteraarjoch. D.) et traversait la Jungfrau en descendant par le Guggi (1). Plus loin. Jackson au Lauteraarhorn (4043 m.«Un sac pesant est une absurdité lorsqu'on enfonce dans la neige jusqu'à la poitrine. 52). rien ne s'améliorait. les conquêtes furent plus rares et les conquérants moins nombreux aussi (2).. il nous fallait éviter le glacier en passant bien au-dessus. Main). 7 janvier 1890). Guglielmina (Rivista Mensile del C. sur les pentes rapides de la Strahlegg. Entre de sinistres crevasses à demi couvertes. Maquignaz et P. La neige recouvrait tous les rochers et rendit la marche très lente. aux Aiguilles Grises. mais l'air restait calme et le froid de -17°. A. infatigables. Le lendemain. à son tour. Gaudenzio et Erminio) revenait à l'assaut.). Le 4 janvier (1888). Ce fut une marche pénible et fatigante de rocher en rocher. XIV. Mrs. réussies pour la plupart par des alpinistes anglais. arrivée à 4400 mètres environ. JACKSON. La même année. les difficultés rencontrées en été seraient diminuées. Jackson et son mari avaient tenté plusieurs fois sans succès la traversée de la Jungfrau en été. Nous touchons ici au terme de notre historique.. le quatuor des Sella (Vittorio. à travers une neige poudreuse.).. I. Eiger (3 974 m. P. mais leur importance ira toujours decrescendo. 3 Bollettino del C. Voici quelques détails sur cette formidable traversée. tandis que quatre porteurs redescendaient à Courmayeur. Le 5 janvier. la conquête des Grandes Jorasses (4 205 m. gravissait la première en hiver le Gross Fiescherhorn (4049 m. Mais les heures s'écoulaient et le travail restait le même. n° 55. A Courmayeur. en compagnie de ses trois frères et des guides Maquignaz. 1887. 107 sq. après avoir occupé près de quatre heures à traverser le glacier du Gorner (Bollettino del C. accompagné des trois Maquignaz. il neigeait et trois guides se rendirent à leur tour dans la vallée pour y quérir des provisions supplémentaires. de la cabane Gnifetti. deux caravanes s'illustraient à une courte distance l'une de l'autre : de Carteret au Schreckhorn et Mrs. On fêta le jour de l'an à la cabane. A. ils se dirigèrent ensuite vers les Grands Mulets.) par Gussfeld . par la Cresta Rey. A 1h20 seulement. nous continuions à brasser la neige. resté en arrière. A peine a-t-on péniblement retiré des profondeurs l'un de ses pieds p'our l'avancer. L'année suivante. mais. première ascension hivernale. Le bilan des joies et des peines ne pouvait plus satisfaire aux exigences de la nouvelle génération . ils engagèrent encore Emile Rey et cinq porteurs. Jackson était accompagnée de M. A minuit. gravir le Mont Blanc et. Corradino. Lorsque enfin nous reprîmes le glacier. la caravane dut bivouaquer au Riffel. où ils n'arrivèrent qu'à 10 h 30 du soir.

six furent conquis avant le printemps de 1888.) par des Suisses. en janvier 1893.).) dut attendre son visiteur hivernal jusqu'en janvier 1904 et les deux derniers (GrossGrunhorn et Hinter-Fiescherhorn) ne devaient être atteints que plus tard encore.) ne fut conquis que beaucoup plus tard. en janvier 1888. Dans les Alpes Pennines. celle du Rimpfishorn (4 203 m. Sidney Spencer. et celle du Dôme des Mirabel (4554 m. Le Weisshorn (4512 m. Sur les neuf sommets dépassant 4 000 mètres dans l'Oberland bernois. Les vingt autres ne devaient tomber que plus tard. Ainsi. également par un Anglais. par Hermann Woolley. par contre. les conquêtes deviennent plus rares. l'exploration hivernale fut beaucoup plus lente et ne s'achèvera définitivement qu'en 1921. sept seulement furent gravis par les précurseurs. il ne reste dans l'Oberland bernois plus aucun sommet important qui n'ait été visité en hiver. par des alpinistes devenus skieurs. . L’Aletschhorn (4 182 m. Il faut mentionner cependant l'ascension du Breithorn de Zermatt (4 171 m. plus rares aussi les explorateurs. en janvier 1894. soit dans la seconde période du nouvel alpinisme. par des skieurs naturellement. Depuis 1908.) par un Italien. une seconde escalade du Cervin en 1894 par un Alsacien (Dr Charles Simon) .969 m. Après les exploits de Sella. soit dans la première. sous les assauts de la nouvelle cohorte.). en janvier 1902 seulement. sur vingt-sept sommets pennins dépassant 4 000 mètres. par un Anglais qui ne pratiquait pas encore le ski. celle des skieurs. une seconde ascension du Lyskamm en 1889 (par des Italiens).

— D. qui étaient déjà habiles skieurs. Il est certain cependant qu'en 1883. et le lendemain (29 janvier 1893). Ce garçon n'était autre que Wilhelm Paulcke. se trouvant alors à Arosa (Grisons). comme à s'arrêter brusquement dans leur course ( 1). pour voir s'ils te regardent. qui nous en a laissé une amusante relation dans le Strand Magazine (6). 62).CHAPITRE II LE TRIOMPHE DU SKI (La deuxième conquête des Alpes. 1895 : Grenoble. et la course devait décider si le triomphe serait aux raquettes ou aux skis. nr 35 et 36). Il transforma la fixation de jonc norvégienne en une sorte de planchette. et il s'en débarrassa. Le menuisier de l'endroit copia le ski norvégien et put ainsi en livrer plusieurs paires aux jeunes gens du village. et qu'ils étaient devenus fort habiles à glisser sur les pentes de leurs montagnes. Ski-Verein (Vienne). de Zurich. fut fondé le premier Ski-Club suisse. dont la souplesse et l'habileté réussirent finalement à maîtriser ces engins rebelles. ses collègues. réussirent à franchir le Co1 du Pragel (1 554 m. Mais. le Dr Herwig. tu plonges comme un fou de la tête dans un tas de neige et tu trépignes furieusement des deux pieds jusqu'à ce que. à demi relevé. traduit en 1891. 1890 . 3 Ski. « Extérieurement. précisément par ceux qui venaient de franchir si heureusement le Pragel et qui gravirent encore le même hiver les sommets du Schild (2 302 m. Personne ne se douterait. Ce n'est qu'en janvier 1893 que Christophe Iselin de Claris et trois de ses amis. Munich. il en conclut trop vite que «le skis ne valaient rien pour nos montagnes. tous les habitants des pays nordiques connaissaient ce moyen de communication. écrit l'auteur de Sherlock Holmes. Les préjugés et les idées endurcies venaient de subir une sérieuse défaite. à Claris également. sur l'autre versant de la montagne. l'hiver suivant. des facultés qui couvent en eux. 1893.). à la tombée de la nuit et à une distance respectable de Claris. 1. 1891 . ils se mettaient en route pour le Pragel. Mais. NAEF. l'inhospitalité des hautes régions en hiver. 1892 . Todtnau.) Jean-Weichard Valvasor raconte que les paysans de la Carmole employaient des skis au XVII siècle déjà pour faciliter leur marche sur les neiges. à titre comparatif. qui s'adaptait à la semelle du soulier et tournait autour d'une charnière. Iselin et ses compagnons s'étaient donné rendez-vous samedi soir. qu'à partir du VIII siècle. puisque Procopeet Jodanis en parlent 550 ans après Jésus-Christ. tu replonges de 1 Die Ekre der Hertogtums. et leur supériorité sur tous les autres moyens de communication suffisamment attestée. Aussi fut-il bien obligé de reconnaître la valeur incontestable des skis en montagne : « Leur utilité dans les régions favorables était clairement démontrée. 1893 restera une date importante dans les annales du ski. comme il ne savait pas s'en "servir.) et du Mageren (2 528 m. Il est particulièrement intéressant pour nous de savoir à quelle époque les premiers skis furent introduits dans les Alpes. 1879 .). Les légendes sur l'impraticabilité des cols alpins. le perpétuel danger des avalanches et le froid intense étaient enfin battues en brèche — du moins dans les cantons de Claris et de Schwytz » (3). vol. Mais le ski fut connu à une époque bien antérieure. les frères Branger de Davos franchissaient la Mayenfelder Furka (2 445 m. ceci pour échapper aux moqueries de leurs concitoyens. au même moment. 6 Relation reproduits dans le British Ski Year Book. Mais à la descente. Reminiszenzen (Winterthurer Tagblatt. les dates de fondation d'autres Ski-Clubs: Christiania. A cette même époque. qui devint plus tard le plus grand pionnier du ski en montagne. à première vue. le Dr Staubli. 4 CHRIST. Le Dr Naef. en effet. p. Cette année-là. Oesterr. 2 . 1899. ce même hiver. Tu les chausses donc et tu te tournes en souriant vers tes amis. après s'être longtemps adonnés à l'exercice du nouveau sport. dit-il. suivit ses compagnons sans trop de peine. 245-49. un médecin allemand. aussi les progrès furent-ils très lents et ces premières expériences n'eurent-elles qu'un avantage : celui d'égayer les nombreux spectateurs. 1689. Der Prageipass als Skitour .) (4). un jeune écolier de Davos recevait en étrennes une paire de skis norvégiens. on n'avait pas la moindre notion sur la technique du ski . Laibach. mais. Des mètres de neige recouvraient toute la montagne et. 5 Voici. Il est probable. Trois d'entre eux (dont un Norvégien) étaient chaussés de skis. Pour d'autres raisons encore. Aussi peut-on s'étonner que les montagnards de nos Alpes ne l'aient pas adopté plus tôt. un touriste improvisé : Sir A. Schwarzwald. Praktische Ergebnisse des Schneeschuhlaufens in den Glarnerbergen im Winter 1892-93 (Alpina. ISELIN . à travers laquelle ils devaient conduire. traversée considérée à juste titre comme l'origine des courses de montagne en ski (2). grâce à son entraînement. 1893. fit venir une paire de skis norvégiens et qu'il les essaya sur les pentes du voisinage. une paire de skis ne présente en soi rien de bien malicieux. disparurent bientôt à sa vue dans un tourbillon de neige poudreuse et parvinrent à Muottathal plus d'une heure avant lui. à cette époque. 11. Les historiens ne sont pas 'accord sur ce point. cette neige fut particulièrement favorable aux skis : une couche pulvérulente sur un fond de vieille neige durcie.) (5) et. En mars de la même année (1893). parvenait en ski au sommet du Rothhorn d’Arosa (2 985m. Conan Doyle. durant l'ascension déjà. fut une révélation pour tous les continentaux et donna une puissante impulsion au dévelloppement du ski. Rappelons qu'entre temps Nansen avait traversé le Grônland en ski et que son livre. qui chaussait les raquettes. Un chalet du Klonthal les abrita durant la nuit. Le quatrième seul portait des raquettes.

D'autres sommets supérieurs à 3 000 mètres se fussent prêtés mieux encore à de telles expériences : par exemple le Blindenhorn. tout marche à souhait . six membres du nouveau Ski-Club de Todtnau font une expédition à travers les montagnes de la Suisse centrale. Perché au sommet d'une pente. qui sont faciles en été et dangereuses en hiver. Paulcke devait l'être durant la seconde. et dans les entreprises de ce genre. Voici ce qu'écrit M. s'étendait du Tyrol au Mont Blanc. augmentant chaque année. on s'attend naturellement à certaines difficultés. Tes amis jouissent ainsi d'un spectacle dont ils ne t'auraient jamais cru capable. Longtemps encore. Rappelons cependant qu'en 1894 (le 15 mars). aucun indigène ne pratiquant encore le ski. trop fatigués pour les suivre. A cette époque. Mais. ils poursuivirent tranquillement leurs courses hivernales à pied ou en raquettes. elles ne durent pas susciter un grand enthousiasme parmi les alpinistes. Grimsel et Brunig. tu te trouves sur une surface qui te semble être aussi plane qu'un billard. qui devinrent plus tard les buts préférés des skieurs. ce fut l'ascension du Hochsgloch (2 278 m. « C'est à peu près ce qu'il arrive au débutant. tu tombes en arrière et regardes fixement le ciel. Toutes ces entreprises nous semblent bien mesquines aujourd'hui. mais tes skis collent sans bouger et tu tombes le visage en avant. l'année suivante (le 9 mars 1895). à une altitude de 2 600 mètres environ. 45). tandis que leurs compagnons. p.. Pour convaincre définitivement la nouvelle génération des avantages du ski. Furka. les voici qui filent comme des flèches. sans espoir d'être sauvé. un précurseur téméraire et heureux. les Clarides ou le Titlis. qui conduit au pied de la montagne. Son altitude est évidemment une des raisons qui poussèrent Paulcke vers ce but. Le ski nous semblait être incompatible avec les principes dictés par la prudence. par le même temps et la même neige. elle atteignait le plateau supérieur du glacier de Brunni. dont Victor de Beauclair. Le Maderanerthal. d'autres furent traduits du norvégien. Paulcke arrivait bon premier à Hinterbahn. Le panorama. la traversée de l'Oberland bernois en 1897 et le Mont Rosé (jusqu'à 4 200 m. bien qu'elles fussent le plus souvent complètement invisibles sous la neige. qui devint plus tard un des principaux champions du ski. » C'est aux environs de 1893 que parurent les premiers manuels de ski. après une nuit passée dans la misérable hutte de Hinterbahn. Les skis sont les engins les plus capricieux du monde. lorsque tu as réalisé quelques progrès.nouveau dans le même tas de neige.) fut traversée par un skieur solitaire. on le comprend facilement. A 7 h. Durant la semaine de Pâques 1893. la caravane put cheminer à pied ou à l'aide de raquettes que Paulcke déclare très incommodes et encombrantes. Une heure plus tard (à 2 h. 1 British Ski Year Book.) en 1896 . Le retour fut naturellement beaucoup plus rapide que . on s'imaginait être moins exposé aux avalanches en suivant des routes connues. un des skieurs de la première heure : « Les vieux alpinistes suisses doutaient encore de la possibilité d'utiliser le ski dans les hautes Alpes et. et ceux qui les entreprirent semblaient encore entravés par des idées fausses ou préconçues. les choses deviennent bien pires encore. sans doute parce qu'ils ne s'écartèrent point des routes traversant Saint-Gothard. tu t'apprêtes à une glissade rapide. 2 . A 10 heures. « Pour un homme qui souffrirait d'une dignité exagérée. réalisent un audacieux crescendo : l'Oberalpstock (3 330 m. Ce que ces premières expériences ont dû coûter d'énergie et d'endurance à ceux qui les entreprirent. Mais leurs succès ne joue pas un rôle bien important dans la conversion du montagnard. durant plusieurs années. on déposa les skis en sûreté et l'on chaussa par-dessus les lampars norvégiens des sandales ferrées (une invention de Paulcke). la Futura Surlej ? ? (2 756 m. Au pied des rochers qui forment le sommet. Cette course eut lieu le 5 janvier 1896. qui se rendit en cinq heures et demie de Pontresina à Silvaplana. Voyons tout d'abord quelle fut la conquête de l’Oberalpstock (2).. aussi les skis ne furent-ils chaussés qu'au Brunniboden (2 047 m. même dans les hautes Alpes» (1).). un cours sur skis norvégiens aurait une excellente influence morale.. Jusqu'au Brunniboden. dont les difficultés. Paul Montandon. Quand cependant notre habileté et notre enthousiasme prirent peu à peu le dessus. et. Il triompha successivement dans trois expéditions. Comme tel. et ce fut pour tous les continentaux la solution d'une énigme obsédante. nous ne pûmes réprimer une forte aversion contre l'incertitude des évolutions en ski et contre l'emprisonnement du pied dans la fixation. étaient restés couchés près des skis. L'alpiniste remplissait donc simultanément toutes leurs fonctions.. et l'on est rarement déçu. L'auteur conclut en affirmant que les skis sont destinés à jouer un rôle prépondérant dans les courses d'hiver en montagne. nous changeâmes de tactique et nous commençâmes à pratiquer le ski. La plupart étaient rédigés en langue allemande.) en 1898. la caravane chaussait ses skis trois heures plus tard et poursuivait sa course vers le sud.la montée et procura une superbe glissade jusqu'au Brunniboden. Ce que furent Coolidge et Sella durant la première phase de l'alpinisme hivernal.. un autre. Ou bien. est connu pour être très dangereux en hiver. 1923. de fait. A cette époque encore. Paulcke et de Beauclair parvenaient au sommet de l'Oberalpstock. Partie du bivouac au clair de lune (à 2 heures du matin). 84.. d'une pureté admirable. Un certain jour..). premier succès important dans les Alpes autrichiennes.. Ces premières randonnées furent donc modestes. Claudio Saratz. la minute d'après. 20. mais on ne comprend pas ce qui devait l'attirer spécialement vers cette montagne qui n'est guère favorable au ski et dont l'ascension fut très rarement répétée dans la suite. il manquait une action d'éclat. et que. Paulcke était accompagné par trois amis. et. Et leurs malices se manifestent précisément au moment où l'on s'y attend le moins. il n'était naturellement pas question d'engager des guides ou même des porteurs. tu ne pourras rien en faire.

les voici sur la Grunhornlucke (3 305 m. durant une halte sur le glacier. La lune était voilée et des brouillards se traînaient sur les cimes. une longue caravane suivait la route de Guttannen a la Grimsel.) et gagne immédiatement la cabane érigée sur les rochers voisins. là-haut. le lendemain. aussi.). après une folle glissade. entrepris par pure gloriole (! ! !) ». Après une heure de halte. Une merveilleuse glissade sur la neige poudreuse et unie du Galmifirn les conduit comme des flèches au carrefour du glacier de Fiesch. Alpen Zeitung. dans la brume diaphane. Mais ce glacier facile les conduirait au Pavillon Dollus. A. mais le lendemain au réveil le temps était brumeux et ne s'éclaircit que trop tard pour permettre l'escalade projetée. La route n'est visible qu'en partie et. Ce soir-là.L'hiver suivant. le thermomètre ne marquait. ils contournent ce ravin au nord et parviennent. 15 du matin avec des sacs de 20 kilogrammes sur le dos. très favorable aux skis. et de deux porteurs. on enfonçait jusqu'aux hanches dans la neige. après une pénible montée. A 4 h. Ils s'y dirigent en droite ligne. « le C. Le 19 janvier. Vers 1 heure de l'après-midi. trois Strasbourgeois : le D’Ehlert. Au cours de cette longue étape. où elle s'était élevée jusqu'à une altitude de 3 700 mètres environ. voilà qui ne tenterait personne en été.). la croûte superficielle cédant à chaque pas. Quitter la cabane de l'Oberaar à midi pour aller coucher à la Concordia. rien n'est plus facile et agréable. mais. Une heure plus tard. d'où l'on découvre l'encolure de la Grunhornlucke. La température. de Beauclair. Au lever du soleil. à l'immense glacier qui s'étend devant eux.. où elle passa une seconde nuit. la marche en raquettes était plus pénible que le glissement sur skis. les cabanes du Club Alpin Suisse n'étaient pas encore pourvues de bois en hiver parce que. de Beauclair brisa l'un de ses skis. qu'envahissait une nuit glaciale. la caravane arrive à l’Oberaarjock (3 233 m. il fut sérieusement question de rebrousser chemin. En janvier 1897. des flocons de neige cinglaient l'obscurité et. On partit néanmoins dans la direction de la Jungfrau. mais glaciale. 45. Dans cette nature polaire. après une forte montée en zigzags. Dès qu'il fallait traverser une pente latérale. mais reste très supportable. ici ils ne s'accordent qu'une courte halte. aussi brusquement qu'il s'était éclairci. pour des skieurs. Lohmùller. et la bourrasque se mit à souffler sur les crêtes voisines. PAULCKE. A cette époque. après quarante minutes seulement. la seule de la journée. On préféra donc s'en tenir au plan primitif et continuer la traversée de l'Oberland vers l'ouest. au départ de la Grimsel. En outre. Après bien des hésitations. mais la caravane était outillée en vue des réparations et. elle pouvait reprendre sa course. Tous ceux qui ont parcouru ces gorges de l'Aar en hiver en ont gardé une impression grandiose. à perte de vue.3° R. prit-on la direction de la vallée 3 Dr W. si pénible que fût cette décision. les Strasbourgeois. Enfin. la cime convoitée s'illumina de teintes rosés. Le temps ne semblait pas devoir s'améliorer. alors que la neige est molle et que la chaleur du soleil accable la marche du piéton. Paulcke. Cette nuit fut très froide. après bien des efforts. Dans la nuit. nos skieurs quittent l'hospice à 3 h. Elle était composée de cinq alpinistes : Paulcke. on se décida à battre en retraite. gorge profonde et dangereuse dont on évite le fond. Mais l'espoir et l'énergie triomphèrent. 1897. Eine Winterfahrt auf Schneeschuhen durch das Berner Oberland (Oesterr. la caravane reprenait ses skis au pied de la montagne. Mais cette expérience fut décevante. considérait ses compagnons d'un œil amusé. ils déposent leurs skis sous les rochers de la Concordia et gagnent à pied la cabane (6 heures du soir). ne doit pas encourager les courses d'hiver. Le soleil s'est levé derrière les crêtes qui frangent ces vastes étendues de neige et illumine déjà les cimes sur la rive opposée. jamais refuge ne leur parut si confortable. sur une neige poudreuse. qui avait déjà essayé toutes ces combinaisons sans succès. Au bas du glacier. Une lune quasi pleine éclaira leur marche jusqu'au glacier de l'Unteraar.. il faut traverser des pentes abruptes plongeant directement dans le gouffre où tourbillonnent les eaux du torrent. S. espérant par là consacrer définitivement le triomphe du ski en haute montagne ( 3).. non sans admirer tout alentour l'aspect grandiose des montagnes dans leur parure hivernale. transformés en traîneau. A 4 heures elle rentrait à la Concordia. vers 9 heures. dont ils atteignent la langue terminale au lever du jour. Mônnichs. selon la judicieuse remarque d'un correspondant à l’Alpina. la caravane reprend sa marche et pointe ses skis vers le col de l'Oberaar. la neige durcie transforma tout naturellement nos skieurs en piétons. essayèrent d'alléger leurs épaules en chaussant des raquettes canadiennes et en tirant leurs sacs sur les skis. Paulcke ne se contente plus d'une simple ascension : il prépare une longue expédition à travers les glaciers de l'Oberland bernois. les charges basculaient et tombaient. lorsque la petite troupe reprit ses skis au pied des rochers. véritables tours de force. que . qui n'était que de -5° C. La journée du lendemain (21 janvier) ne promettait pas grand chose de bon. les brouillards s'évaporèrent et. Aussi est-ce avec un soupir de soulagement que l'on débouche dans la petite plaine précédant le col et que l'on traverse le lac gelé pour gagner l'hospice de la Grimsel. Il faut maintenant obliquer au sud. dans la gorge par où s'écoulent les eaux du glacier de l'Oberaar. P x) . Au pied du Rotthalhorn. obsédés par le poids de leurs charges. en dehors de leur itinéraire. Sur des pentes rapides et par de nombreux zigzags. ce fut une marche ongue et monotone . Mais plus haut. on parvint sur l'arête qui conduit au Sattel et celui-ci n'était plus qu'à une courte distance lorsque le ciel se couvrit. Au crépuscule. Des flocons commençaient à tomber. doucement incurvée sur le bleu du ciel. et il fut heureux de les voir revenir à des principes plus orthodoxes. tirant chacun un traîneau lourdement chargé. on discuta les possibilités d'une ascension au Finsteraarhorn (4275 m. tombe brusquement à -18°C. à plusieurs endroits. et ce ne fut pas en vain. Bien que le ciel fût absolument clair ce jour-là.

perche un superbe hôtel. mais il est juste de reconnaître qu'elle n'avançait que très prudemment et que ceux qui portaient les deux cordes restaient toujours en queue de la colonne. L'hôtelier de Belalp leur apprit. n'était évidemment pas construite à cette époque. Voir aussi : Oesterr.. en même temps qu'eux.du Rhône en suivant.). et le ski n'est pas fait pour être utilisé sur des sentiers battus. . La relation de Paulcke se termine par quelques notes techniques sur l'équipement du skieur en haute montagne. qui se dresse aujourd'hui sur les rochers de la Lotschenlucke. minces et non cloutées. « Dans la soirée du 2 janvier (1898). Il fallut même un moment rallier la rive droite. j'avais pour ce moyen de locomotion un souverain dédain. Paulcke va tenter une entreprise plus audacieuse encore : l'ascension du Mont Rosé (4 638 m. du genre laupars. allègres et dispos. la caravane ne s'était jamais encordée pour parcourir les glaciers. « Mais. tous les brouillards avaient disparu. ils enfonçaient jusqu'aux hanches. on double la peau . il employait des crampons à quatre pointes qui s'adaptaient sous les skis. on a de la fourrure à l'intérieur et à l'extérieur et. Au moyen d'une seule courroie. nos touristes pénétraient en rampant dans une élable délabrée.. voyage de découvertes à travers les salles à manger. Nous connaissons tous les tentations qui brillent aux yeux d'hommes affamés. 29-31. mais il semble néanmoins que la traversée Concordia-Falleralp n'eût pas exigé plus de temps que la descente dans la vallée du Rhône. dans toute sa longueur. l'immense glacier d'Aletsch. équipement qu'il avait eu l'occasion d'éprouver lors de son ascension à l'Oberalpstock et dont il avait encore perfectionné les détails. Mais non ! Tout là-haut. c'est l'inspection des lieux. I*99. mais Paulcke avait fait fabriquer des sandales ferrées qui s'enfilaient par-dessus les bottines. Au lieu de quitter le glacier d'Aletsch au lac de Marjelen. bien qu'elles fussent employées avec succès à Davos. dans la partie inférieure. il partait pour sa première course en ski. Et là.. et nous n'en étions nullement gênés.. en 1893 déjà. pour le Mont Rosé. de cette façon. et aussi pour dépasser les 4 000 mètres. nous quittons le Riffelberg pour nous élever vers le Gornergrat. mais. 1 Écho des Alpes. S'il choisit cette montagne plutôt qu'une autre. Trois porteurs nous accompagnent. L'usage des peaux de phoque lui semblait également inconnu ou peu pratique. 10 de l'après-midi. Quoique le chemin que nous avons ainsi à parcourir soit beaucoup plus long que le leur. attacher ces sandales si solidement aux pieds que la marche se faisait aussi sûrement qu'avec la meilleure chaussure de montagne « En un clin d'œil (?) on pouvait les mettre ou les enlever.. jusqu'aux premiers jours de cette année. » L'usage des crampons ne lui était donc pas venu à l'idée et il semble que ces sandales. tout est fermé. sous l'œil vigilant de Paulcke. Sur le rocher ou la glace. sur Belalp. car il n'en fait aucune mention dans son récit. Trois relations ont été publiées sur cette tentative . Au crépuscule. avec la triste perspective d'y passer la nuit. Nos porteurs montent en ligne droite. ou le montagnard le plus expérimenté. 10. Il préconise celles en peau de chien ou de veau. 1898. on obtient une imperméabilité parfaite. Tous ceux qui ont connu le Dr Helbling et suivi ses exploits d'alpiniste auront été frappés de la chance extraordinaire qui a toujours favorisé ses entreprises. Paulcke et moi avons chaussé nos skis. tandis que le meilleur skieur. Il chaussait des bottines norvégiennes. mais juste à point. De toutes façons. Oui. où les gens furent ébahis de les voir arriver... Après deux jours seulement d'exercices à Zermatt. Il faut y parvenir coûte que coûte ! Ce sont deux heures de rude grimpée sur une côte ardue... La cabane Egon von Steiger. car le chemin est frayé. devaient être bien compliquées et difficiles à soigner. 1898. avec le poil en dehors. mais de 20 centimètres seulement. on pouvait. devenue très sombre. la caravane put enfin quitter le glacier et gagner les chalets d'Oberaletsch. le ciel s'éclaircit. Riche de toutes ces expériences et grisé par le succès.. Sous nos skis. Il est probable que Paulcke n'y avait même pas songé. Après quoi. la cuisine et les chambres à coucher. une descente rapide les conduisait à Naters. Qu'on juge combien fatigante avait dû être leur marche : à chaque pas. ces chaussures sont naturellement inutilisables. il neige pendant trois jours. ou plutôt vers le Rotenboden. Lorsque la pente devenait trop rapide ou glissante.. Après bien des peines. une fois les courroies gelées. et. Mais les porteurs sont exténués. ne nous faisons pas passer pour plus malin que nous ne sommes et confessons franchement que nous avons longtemps professé à l'égard du ski norvégien toutes les préventions que nourrissent contre lui la plus grande majorité des alpinistes. écrit Helbling. p.. pas âme qui vive ! Il ne reste plus qu'à enfoncer la porte de l'hôtel. marchait en tête. et sans qu'on pût s'y attendre. sans gêner en aucune façon la circulation du sang. nous arrivons au bout d'une heure. malgré tout le bien qu'il en dit. Nous voudrions pouvoir la reproduire in extenso dans ces pages. que le vin qu'ils avaient tant goûté chez lui n'était en realité que du vinaigre. à leur grande surprise. à semelles souples. Alpen Zeitung. Nous portons nos skis jusqu'au Riffelberg.Le lendemain. où la neige fut profonde et très pénible. Dès le lendemain.. 377-397 . mais nous nous contenterons d'en citer quelques passages. nous étions en route pour les hauteurs. «A 2 h. et la neige très glissante nous oblige à décrire de grands lacets à la montée. si souvent répétée depuis et qui sera toujours un des itinéraires préférés des skieurs alpins. Si l'on désire rendre cette chaussure particulièrement chaude. p. vers 8 heures.. elle eût agréablement prolongé cette merveilleuse haute route à travers l'Oberland. au Rotenboden. il préféra en suivre le cours le plus longtemps possible. » A Zermatt. brusquement. la neige cédait bien aussi.. de nombreuses crevasses rendirent la marche lente et hésitante. en injectant de l'huile entre les deux peaux. c'est précisément pour prouver que les skis peuvent être utilisés même sur un terrain compliqué.. celle du Dr Robert Helbling dans l’Écho des Alpes est de beaucoup la plus savoureuse (1). Durant toute cette traversée de l'Oberland.

mais. Enfin.. » Le 5 janvier enfin. nous arrivons ainsi commodément au-dessus de la chute du glacier. Nous avions fait en quinze minutes un trajet qui. « Il était 6 h. nous eussions sans doute atteint la cime sans beaucoup de . mais je jetai avec volupté. nos deux skieurs traversent les pentes rapides du Gornergrat pour gagner le glacier du Gorner. que nous n'avions pas de mots pour exprimer nos sentiments. 20 quand nous atteignîmes le névé légèrement incliné du Plattje supérieur. nous avions fort à faire. rigides dans leur calme sublime. L'un d'entre eux déclara même qu'il aimerait mieux. et. qu'on me permette d'ajouter : « Et que Dieu vous garde de vous engager avec des skis sur des moraines couvertes de neige fraîche ! » Le lendemain. chaussés de sandales et portant nos skis. mon pesant sac. là.Tiens ! te voilà.« Tout en montant. au lieu de nous fatiguer inutilement avec nos skis sur les plaques rocheuses qu'il nous faut franchir au-dessus de la cabane. « Nous avions projeté de nous faire suivre par un de nos porteurs jusqu'à la cabane Bétemps. j'avais épuisé mon répertoire. Même avec le secours de ces excellents engins. que nous ne quitterons plus jusqu'à notre retour à cette place. comme on n'en saurait voir dans la plus éclatante journée de l'été. où ils parviennent au clair de lune. le soleil répandit des flots de lumière qui roulèrent sur les flancs des monts jusqu'au fond de la vallée. nous sortîmes de notre cabane.. Les colosses se dressent immobiles. Que de peine eût coûté la traversée du glacier sans ski. nous nous abritons de notre mieux contre le vent glacé. je puis vous assurer que ce n'était pas folichon du tout. avec dix minutes de retard seulement.. Mais c'est ce bout-là qui nous donna le plus de mal. le plus âgé et le plus prudent des deux. je ne trouve pas de termes pour les décrire. tout mouvement semble disparu. la solitude démesurée. ne nous écartant de la route habituelle que pour faire les lacets nécessités par la raideur de la pente. des rejaillissements de soleil. Dans l'univers. J'ai lu quelque part. par dessus. dans un coin. A beaucoup d'endroits. les délicieuses chaufferettes japonaises sont allumées et. nous arrivions à Gadmen. sur les cimes. La lune s'étant assez sensiblement rapprochée de l'horizon. Vous voyez ça d'ici. sans hâte. aussi était-il midi passé quand nous atteignîmes les pentes inférieures du Sattel. à Pendrlit où la moraine se confond avec lui. j'atteignis la cabane Bétemps. la neige fraîche et pulvérulente s'entassait sur une épaisseur de 1. toute vie éteinte à jamais. nous nous remettons en marche. occupé à dire des aménités aux divinités de la montagne.. habilement distribuées dans nos poches et sous nos habits.. On voit par là l'utilité et des reconnaissances et des sandales garnies de bons clous. quelques nuages troublaient la pureté du ciel. « . Depuis longtemps le soleil avait disparu derrière les montagnes. A tout moment je m'arrête. s'élever à travers d'affreux blocs que couvrait une neige poudreuse. je te croyais encore tout en bas. à une altitude de 4 200 mètres. cette étonnante affirmation : « II ne faut pas grimper avec des skis » .. Il s'agissait d'escalader la moraine. 55. le 4 janvier. je fus brusquement pris de maux de tête si violents que j'avais toutes les peines du monde à suivre Paulcke et fus forcé de m'arrêter un moment. je n'en n'ai trouvé moins d'un mètre. De là à la cabane. bien que l'image de tant de magnificences gise décolorée au fond du souvenir. ils partent à 2 h. par degrés. le rosé tendre s'effaça. cette diminution de clarté rendait passablement compliquée la circulation à travers les crevasses de plus en plus nombreuses. L'énorme quantité de neige pulvérulente dans laquelle nous glissons eût rendu l'ascension sans skis absolument impossible et. « A 6 h. car nous étions pesamment chargés. la clarté se fit plus vive. cher lecteur. Je me mets à jurer comme seul un enfant des rives du lac de Zurich sait le faire. fit Paulcke. même avec nos patins. « Et toujours la même solitude. la même tranquillité ! De bonne heure. il n'y a plus qu'un petit bout de chemin. ils font une première reconnaissance. Aujourd'hui encore. monter en été au Matterhorn que de refaire la course qu'il venait d'exécuter. l'après-midi. Aucun bruit. nulle part.. A partir de ce point. et bientôt. La chaîne des hauts sommets était d'une pureté merveilleuse et. à l'ouest seulement. nous avait pris une heure et quart. Profitant de l'expérience de la veille. la lune inondait de sa blanche clarté le merveilleux panorama .. assis sur nos skis.. avance avec une constance que je ne puis imiter. les skis ne pouvaient plus être utilisés. il nous fallait faire un rude effort. « La grandeur du spectacle était si impressionnante. satisfaits de notre reconnaissance. nous prenons pied sur le glacier. A ce moment. nous nous enveloppons de tout ce que nos sacs renferment de vêtements de réserve . dès le début nous empruntons la moraine dont la crête assez étroite est presque entièrement dégarnie de neige . « Quand. nous rentrions à la cabane. «Il était 8 heures quand nous arrivâmes au pied du Plattje inférieur. c'étaient des flots de lumière. pour le même prix. le jour avant. nous reprenons nos skis. dans le même calme impressionnant que la veille et.. l'émotion ressentie si violente. autour de nous. aucun d'eux ne voulut nous accompagner. imposant . Une halte s'imposait . prolongeant le crépuscule par de magiques colorations du ciel . puis la lune avait inondé de sa lumière d'argent ces immensités glacées. aucun souffle d'air ! Le silence est profond. » Tandis que les porteurs redescendent à Zermatt. l'immense amphithéâtre des sommets était là.5m. L'endroit où nous étions parvenus se trouve précisément au-dessous du Sattel. répandent leur douce chaleur. Le soleil invisible ne colorait encore que les plus hautes cimes. la voûte splendide d'un ciel sans nuage. nous avions pu jouir pleinement de l'admirable spectacle qui se déployait devant nous. 30 du matin pour le Mont Rosé. 15. «Paulcke. A l'aide de nos sandales. Je ne répondis pas. A 7 h. « . « Après un court repos. si tant est qu'elle eût été possible. Le thermomètre marque — 8°. vu l'état de la neige. « Comme le soir précédent.

aux environs de Zermatt. dit-il. les voies nouvelles se faisaient de plus en plus rares et les chercheurs de nouveautés commençaient à se plaindre de n'avoir plus que des os à ronger. 1898. filant comme une flèche. enfin. il était aisé de suivre pas à pas les premiers conquérants. en suivant l'arête. Elle a conservé dans chaque pays un caractère purement autonome. le faisaient ressembler à quelque colossale torche incendiaire . l'Allalinhorn (4034 m. Un fait doit être constaté en terminant : c'est le caractère national du nouvel alpinisme. lorsque le problème se présenta sous une forme nouvelle : gravir les montagnes en hiver. le matin. Leurs traces se croisent.). les différents sommets du Mont Rosé et beaucoup d'autres encore. par exemple : le Balfrin (3 802 m. Tous les préjugés vont s'effacer peu à peu. L'alpinisme hivernal entrait dans sa deuxième phase. les explorateurs furent nécessairement moins nombreux que dans l'Oberland bernois. grâce au ski. Après les démonstrations préliminaires de l'Allemand Paulcke. Les premiers pionniers furent presque tous des Anglais. Leurs étonnants succès ont consacré le triomphe du ski et prouvent assez le rôle immense qu'il a joué dans la deuxième conquête des Alpes.difficultés. et ils conservent la douce illusion d'explorer à leur tour ces Alpes qu'ils croyaient « finies ». avec la clarté de la lune. les Suisses ont su reprendre possession de leur patrimoine et. 29. La relation de Paulcke sur cette même tentative au Mont Rosé est d'un ordre purement technique et se termine par quelques suggestions qui. Dans une quantité d'expéditions. il repart de plus belle en poussant un joyeux hourra en l'honneur des skis. et ce genre d'alpinisme était nécessairement destiné à s'éteindre peu à peu. Oscar Schuster. et cela agréablement. le skieur trouvera.. Cependant. il nous paraît intéressant de poursuivre notre étude historique jusqu'au point où elle se laisse analyser. le Briton doit s'incliner. le nouvel alpinisme a traversé son âge d'or. 55. Depuis 1898. au contraire. plus personne . le sol se dérobe sous mes pieds. un célèbre alpiniste. puis les étoiles s'allumèrent et. le 23 mars 1898. la vaste solitude reprit son aspect de mystérieuse grandeur.). les skis peuvent être employés jusqu'au pied même des rochers et rendront d'inestimables services. — ou des passages comme le Théodule. N'est-il pas très humain de suivre les traces de ses prédécesseurs et de s'en écarter le moins possible? Le gros des skieurs ne devait guère échapper à cette loi et. Nous avons vu au prix de quelles difficultés et de quelle énergie la cohorte des piétons s'était jetée à l'assaut des grandes cimes.). pour rayonner dans les massifs environnants. devenu skieur lui aussi. de trouver le bon chemin. sont devenus innombrables et ils ont repris systématiquement l'exploration des Alpes. le jour baissait .. cette phase restera infiniment plus brillante que la précédente. d'excellents points de départ. se recroisent et couvriront bientôt la chaîne entière. Loin d'être à son déclin actuellement. les skieurs deviendront plus audacieux.). En outre.). le soleil à son déclin drapait le firmament. rétrospectivement. s'ils supposent une certaine persévérance de la part du skieur. Mais la conquête des Alpes par le ski ne fut point leur chose. c'était bien le moment ! Avant de clore ce chapitre. fouillant l'avant-terrain du regard afin d'éviter les crevasses... Heureux skieurs ! Ils ont retrouvé cet âge d'or chanté par Javelle. je souffrais du mal de montagne . et son guide Heinrich Moser. nous rejoignons l'endroit où. Les joies de ces conquérants devaient être singulièrement diminuées par les obstacles formidables de la neige. quel enthousiasme parmi la jeune génération. C'est une jouissance sans pareille. dans la poussière de cristaux blancs où l'enthousiaste skieur vient de disparaître. Les skieurs. nous avions chaussé nos skis . et plus rien n'arrêtera désormais la nouvelle invasion. des nuages enflammés. tourbillonnant autour du Cervin. le Breithorn (4 171 m. force nous fut donc de renoncer à la conquête du sommet et de redescendre. 30.. Des Anglais encore de-iraient nous ravir nos plus hautes cimes au cœur de l'hiver et lancer nos grandes stations hivernales. comme la cabane Bétemps. Ceux qui persévérèrent sont bien rares. il se démène .). « Paulcke prend les devants. mais quelle course endiablée !. mais il était déjà 2 h. les sommets et les glaciers d'invraisemblables colorations . et celle de la Gandegg 1 ». en comparaison du nombre toujours croissant des skieurs alpins. je vole à travers l'espace. l'aube d'une ère nouvelle. avant que les skieurs s'inspirent de ces vérités et choisissent Zermatt comme centre. Aussi. Mais les conditions furent beaucoup moins favorables qu'en janvier. Ici.). du Zillertal. franchement. il nous avait fallu onze heures pour atteindre le Sattel et deux pour en redescendre. se relevant. Ibid. dont les vagues toujours grandissantes iront déferler vers la montagne hivernale. Alpen Zeitung. Chaque année. 161-162 . » Le 6 janvier. dans une contrée relativement éloignée et difficilement accessible en hiver. Je citerai. Dans la période précédente. comme les mailles 1 2 Ostterr. le corps incliné en avant.. n'exigent pas une technique extraordinaire. « A 4 h. nous semblent prophétiques : « Zermatt. la caravane reprenait le chemin de Zermatt et gravissait en route le Riffelhorn (2 931 m. par exemple. il barbote.. Les Alpes étaient conquises. p. depuis Saas-Fee . complétaient l'ascension de la Pointe Dufour. et de s'y maintenir. Des sommets tels que la Cima di Jazzi (3 818 m. Si grandes sont son habileté et son expérience que je suis ses traces sans la moindre appréhension . à mesure aussi que diminuaient les problèmes intéressants. comme d'une pierre angulaire. le Klein Matterhorn (3 886 m..).). puis. l'Alphubel (4 207 m. est un centre merveilleux pour exécuter les plus belles courses en ski de toutes les Alpes. Quelques semaines seulement après la tentative de Paulcke au Mont Rosé.. p. Rares. Ses trois campagnes de 1896-1898 marquent. Les retentissants succès de Paulcke allaient jeter l'éveil dans le monde des alpinistes. et il ne leur fallut pas moins de quatorze heures pour monter de la cabane au sommet (2). des nuages de neige tourbillonnent autour de moi. ils ne s'attaquaient qu'à de hautes cimes. l'Ulrichshorn (3 929 m. Les montagnes fuient. le Jàgerhorn (3 975 m. Il s'écoulera bien quelques années encore.

— Une seule ascension importante : le Breithorn de Zermatt (4 171 m. Partant de la cabane de l'Oberaar. en hiver aussi bien qu'en été. la Scaletta (2 619 m. Cette même année.). la statistique suivante n'a-t-elle pas la prétention d'être absolument complète. cours qui se termina par une ascension à la Cima di Jazzi (3818 m. et cette catastrophe suscita de longues polémiques entre ceux qui discutaient la nécessité de s'encorder sur les glaciers. on signale des courses au Stockhorn (3 534 m.) en décembre. il faut mentionner encore les ascensions du Rotpleisskopf (2 938 m. . course souvent répétée dans la suite . d'autres ascensions encore. Enfin.) et le Joch-pass (2 215 m.). par Othmar Sehrig.). date à laquelle fut gravi l’Oberalpstock. une tentative au Titlis (3 239 m.). Paul Kœnig et J. Aussi. Deux en avril et mai et la troisième en novembre. Signalons entre autres : la Parsenn Weissfluh (2 848 m. le sommet le plus fréquemment visité par les skieurs .).) par Reichert et Dorn de Chiesa à Pontresina.). le Pischahorn (2 982 m. pas moins de trois traversées de l'Oberland bernois. à 2 heures du matin. cette fois-ci du Lôtschental à la Grimsel. — En janvier eut lieu le premier cours de ski pour guides à Zermatt. par n'importe quel itinéraire (1). Le 25 décembre 1900. qui est actuellement. accompagné de plusieurs amis.). Tous ces sommets devinrent à la mode par la suite et sont parmi les plus visités en hiver.).). relativement tard si l'on considère son importance actuelle. On signale en outre une traversée de l'Oberland bernois (la cinquième ?). au-dessus d'Engelberg.-J.).) par les frères Kœnig. le Breithorn est devenu le sommet le plus fréquenté de la région de Zermatt. 1900. 30 du soir au sommet du Finsteraarhorn et le jour suivant.) (par Schucan et Fischer). à la Concordia.).). le Jakobshorn (2 594 m. fut également gravi pour la première fois cet hiver. au Vorab (3 020 m.) et finalement la Jungfrau (le 24). Ce fut le premier accident de skieurs sur un glacier.). le Monte Cevedale (3 774 m. le jour suivant.) fut gravi en route et la Jungfrau tentée pour la troisième fois. Un mois plus tard. 1899. la traversée du Petersgrat.d'un immense filet.) et du Mônch (4 105 m. De même le Stegborn (3 152 m. dans l'Arlberg. Dans l'Oberland bernois. On ne compte. déjà recommandée par Paulcke quatre ans auparavant. Ces deux caravanes ne semblent pas avoir été favorisées par le temps. Hoek et Schottelius gravissaient le Dammastock (3 633 m. puis. Hoek et ses guides arrivaient à 5 h. mais qui va précéder le triomphe définitif du ski en haute montagne. cette année-là. course facile et si souvent répétée depuis. Pour les Alpes suisses du moins. sous la direction de Victor de Beauclair et Albert Weber. Pas plus que les deux premières.) par les frères Kœnig. au départ de la cabane du Bergli. d'Innsbruck. en octobre . Une première tentative en fut faite en décembre 1898 déjà. de la Riederalp à la Grimsel. et cette course restera toujours dangereuse. En 1897. l’Oberaarhorn (3 642 m. p. relâchement succédant tout naturellement au premier élan.) 1903. Signalons encore. Une seule ascension : celle du Claridenstock (3 270 m. le Pizzo Centrale (3 003 m. et celle du Seopi (3 200 m. Le Titlis (3 239 m. après la traversée de l'Oberland bernois : la Fuorcla d’Eschia (3 008 m.) par le célèbre skieur Henry Hoek. A la fin de cette même année. alors que leur joyeuse caravane montait à la cabane Gnifetti. par Helbling et ses amis. furent réussies par les skieurs. Dans les Alpes autrichiennes. avec de grands projets. montait coucher au Tauernhaus.) en mars et le Strahlborn (4 191 m.). mais elle échoua par suite du mauvais temps et du danger d'avalanches. 1902. à la Pragerhûtte (2 492 m. 47 sq.). course rendue très dangereuse par une forte couche de neige fraîche. avec une nouvelle tentative à la Jungfrau (le 3 avril). il faut encore signaler la traversée de la Sefinenfurgge (2 614 m. toujours sans succès. Au cours de la seconde (fin avril). La seule ascension importante à signaler est celle du Gross Venediger (3 673 m. L'arête conduisant du Rotthalsattel au sommet était naturellement de glace vive et exigea une taille de marches de deux heures et demie.) et de la Gamsbergspitze (2 846 m.). moins importantes il est vrai. Les conditions étaient défavorables. le Piz Lucendro (2 959 m.). 1901 est de nouveau une date importante.). — Beaucoup de conquêtes importantes : le Blindenborn (3 384 m. En 1896. au Theodulhorn (3 472 m. outre la tentative de Paulcke et la première ascension du Mont Rosé par Schuster. En 1898. en 1900. on constate un léger relâchement dans l'exploration hivernale des hautes Alpes. dans les Alpes autrichiennes. Alpen Zeitung. Elle eut lieu au commencement de novembre et fut rehaussée par l'ascension du Finsteraarborn (4 275 m. dans toutes les Alpes de la Suisse. au départ de Findelen. la troisième expédition ne rentre dans l'hiver du calendrier. le même skieur. D'autres cours eurent lieu ce même hiver à Rauris et Sankt-Anton. La première fut dirigée par Paulcke en personne. de Kandersteg à Lauterbrunnen et en décembre la traversée du massif des Hohe Tauern avec l'ascension du Riffeltkor (3115 m. — Cette année (et déjà durant la précédente). 1901. du Furgler (3 007 m. trois cols très fréquentes actuellement. ascension tentée en 1902 déjà par Hoek et Schuster et qui est devenue maintenant une des courses préférées des skieurs suisses1 Oesterr. toutes trois par des skieurs allemands.) et la Diavolezza (2 977 m. le 26 février 1902.).).). au Piz Corvatsck (3 458 m.) .) et le Mont F élan (3 765 m.). le malheureux Kœnig et son ami Walter Flender devaient périr misérablement dans une crevasse du Grenzgletscher. La caravane n'était pas encordée. elle n'est pas loin de l'être. il parvenait en neuf heures au sommet et ne rentrait qu'à 11 heures du soir à la cabane. l'ascension si souvent répétée du Wildstrubel (3 253 m. Le lendemain. David gravissent en janvier le Gross Fiescherhorn (4 048 m. et celle de la Fuorda Sella (3 304 m.

En dépit d'une excellente neige poudreuse (chance très rare dans ces régions exposées aux vents). Un seul Chamoniard. Le lendemain. De Lognan ils étaient arrivés à Orsières par le col du Chardonnet (3 325 m. ils arrivaient au sommet. A la fin de cette même année.). Outre cette ascension au Mont Blanc. La neige fut excellente jusqu'au Grand Plateau. certaines parties glacées exigèrent la taille de marches. le D r Payot en fut le principal initiateur. Eckhorn (3 158 m. par Helbling et Reichert. et probablement dans les Alpes entières (1). C'est évidemment la raison pour laquelle les Français se laissèrent ravir cette belle conquête. la caravane avait négligé de s'encorder. I. il fallut près de quatre heures à la caravane pour franchir les 450 mètres d'altitude séparant le refuge du sommet. dont le développement fut tardif dans toute la France.) (3).). Cette montée exigea douze heures. col d'Hérens (3 480 m. mais les conditions furent généralement favorables. accompagna Mylius jusqu'aux Grands Mulets pour ouvrir le refuge. Oesterr. tous du Hasli. Aux Grands Mulets. p. Gross Buin (3 316 m. ils durent battre en retraite devant la tempête (2). cabane de Bertol (3 423 m.allemands .) (première?).) (un affreux casse-cou). lui aussi. en février. 2. Gùmels (3 523 m. 70 .) par Hugo Mylius (i). Arola. Schilthorn (2 973 m. » L'année 1903 est importante encore parce qu'elle marque le premier essor du ski dans les montagnes françaises. I. Son thermomètre n'était pas gradué au-dessous de — 20° et le mercure s'était. malgré un froid très sensible.). Chanrion (2 465 m. La chaîne des Alpes Pennines fut traversée dans sa longueur. 1903. Cependant. malgré les ennuis qu'elle procure. Il réussit également l'ascension du Buet (3 097 m.malgré le feu de bois pétillant dans Pâtre. le froid devint excessif et Mylius l'évalue à près de -30°. p. Tête de Valpelline (3 813 m. à 7 heures du matin seulement. Mais. 142 Cette altitude resta longtemps la plus haute atteinte en ski et ne sera surpassée que plus tard sur les pentes de la Punta Gnifetti (4 561 m. un mois plus tard. ils franchissent ensuite le col d'Hérens(3 480 m. Inutile de dire qu'à partir de ce moment. Plus importante et mieux réussie fut.) et la Fenêtre de Saleinaz (3 264 m. la descente aux Grands Mulets fut gâchée par l'obscurité. avec ascensions du Finsteraarhorn et de la Jungfrau. 30 déjà.Cima di Rosso (3 371 m. le guide Balmat. puisqu'à 8 h. Il réussit néanmoins à s'y coincer et fut retiré sans peine par ses compagnons.). et ses guides des Oberlandais : Alexandre Tànnler.). puis le brouillard envahissant la vallée les déroba à la vue et Mylius fit ouvrir l'observatoire Jansen pour y déposer sa carte de visite. et la marche en fut naturellement facilitée. Simmenthaler Niederhorn (traversée) et Rinderberggrat .). Sur l'arête des Bosses. Le lendemain. — La principale ascension est celle du Mont Blanc (4 807 m. t. devant la tempête. une caravane de Chamoniards avait fait une première tentative.). exténués et probablement incommodés par la raréfaction de l'air. col de Seilon (3 240 m. de la cabane de Panossière (dans le massif du Grand Combin) à Zermatt. 30. — la traversée du Finsteraarjoch (3 360 m.).).) et d'autres cols encore . où elle s'arrêta de 1 heure à 1 h. .). Schattenspitze (3 225 m. sur l'instigation du D r Payot. Alpen Zeitung. depuis longtemps. deux heures lui suffirent pour gagner Chamonix (4). en traversant le glacier des Bossons. il conduisit une caravane de skieurs au col du Midi (3 544 m. 1904. Par la vallée de Bagnes ils gagnèrent la cabane de Chanrion et parvinrent jusqu'au col de l’Evêque (3 393 m. Signalhorn (3 212 m. le Piz Kesch (3 420 m.). p. De Chamonix.). Leur itinéraire fut le suivant : Bagnes-Panossière. la plus longue expédition en ski réussie dans les Alpes suisses. la caravane rentrait au refuge. mais. Oesterr. A Chamonix. la traversée complète. A ce moment. pour la première fois. les guides chamoniards. dans l'Oberland bernois. A 5 heures du soir enfin. p.). mais elle eut du moins l'occasion d'engager des guides du pays pour sa première ascension hivernale au Mont Blanc. ils étaient de retour au refuge Vallot. En janvier déjà. il faut encore mentionner. est bien. Des Haudères. Henry Hoek et Fritz Reichert. Mylius et ses guides. et le guide Tànnler tomba dans une crevasse. 1904. Elle se fit assez rapidement cependant. 67 sq Le 25 février 1904.).col du Tournelon Blanc (3 600 m. la 'première ascension hivernale de l’Aletshorn (4 182 m.) par Hoek. col de Riedmatten (2 916 m.) et le Dossenborn (3 140 m.).). Au crépuscule. la température ne s'éleva pas au dessus de -10°. la première en ski à travers la chaîne des Alpes Valaisannes. qui employèrent des skis jusqu'au pied de la 1 2 3 4 SA*. écrit Helbling. .) de Grindelwald à la Grimsel et à la Furka par Helbling . commençaient seulement à pratiquer le ski. « Cette course. Hugo Mylius était un Allemand. Petit Cervin (3886 m.). par Hasler et ses guides. la caravane quittait le refuge et montait en ski jusqu'à la cabane Vallot (4362 m. sous la direction du Dr Payot.). col du Mont Rouge (3 341 m. et ses entreprises hivernales ont fait époque.). dont la Vallée Blanche offre de superbes glissades. où le thermomètre ne marquait que -8°. Le touriste et ses guides eurent plusieurs orteils gelés. Alpiner Wintersport (supplément au Ski).) et descendent à Zermatt. on avait pu suivre leur marche jusqu'aux Bosses. retiré dans la boule inférieure.). Alpen Zcttung. devaient s'arrêter tous les 4 ou 5 mètres et même se coucher dans la neige.). ils durent battre en retraite. A cette époque. Arrivés au Petit Plateau (3 800 m. Elle avait été tentée deux ans auparavant (en mars 1902) par deux fameux skieurs allemands. par sa durée ininterrompue de sept jours.). qui devint le centre le plus fameux du tourisme hivernal en France. D'énormes quantités de neige recouvraient la montagne. la corde fut déployée et utilisée en toute circonstance. la sixième ( ?) traversée de l’Oberland bernois par Hugo Mylius. Zermatt. Silvrettahorn (3248 m. Il est vrai que Miss Straton n'était pas française non plus. Kaspar Maurer et Heinrich Zurflùh. le Wetterborn (3 703 m.

). Gr. par un skieur suisse-allemand (Rudolf Martin).). Le printemps et l'automne n'existent pas en haute montagne. sans qu'un nuage apparaisse au ciel. Les troupeaux qui égayaient les alpages sont tous descendus dans la vallée. par exemple. dans les Alpes françaises.). eurent l'heur de terminer l'exploration hivernale de l'Oberland bernois. Cima da Flex (3287 m) et Piz Bernina (4052 m). En outre.). Portjenpass (3 244 m. dans sa partie centrale (les sommets du groupe de l'Aletsch ne devaient être visités que beaucoup plus tard.).).). — Aiguille du Chardonnet (3 822 m. selon que l'une ou l'autre empiétera davantage sur elles. Wildspitze (3 774 m. Aiguille du Croissant (env. Dreilànderspitze (3 212 m. — Cette année-ci. le mois de l'année durant lequel on entreprend le moins d'excursions.) fut gravie par le professeur Roget au départ d'Orny. lorsqu'on y pénètre curieusement. été. Piz Glùschaint (3 600 m.).).). Cevedale (3 774 m. . Elles peuvent être reculées. dès lors.). les premiers skieurs anglais à s'aventurer dans les Alpes.).). — Feehoff (3 912 m. Ochsenhorn (3 905 m. 1907. Cette transition est généralement lente et peu connue des alpinistes. Petersgrat de Kandersteg au Lôtschenthal. 1905. selon les années. Jamhùtte. en 1917). Le Schwarzberg-Weissthor (3 612 m. de Ferret et des Grands Montets. l'alpiniste ne passe pas douze mois par an dans les Alpes. 1908. si facilement accessible à tous depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. Traversée Diablerets-Wildborn-Wildstrubel. suivant l'état général des précipitations qui les caractérisent : la pluie en été la neige en hiver. humide et sombre. L'hiver alpin est beaucoup plus long.face septentrionale . qui varient naturellement d'une année à l'autre et selon la région alpine.).). arrosés avant le départ des bergers.). Finsteraarrothorn (3 549 m. il n'est pas rare de voir les beaux jours se succéder durant plusieurs semaines.).). selon les conditions météorologiques. Seuls. Passo di Val Viola (2 460 m.).). Joderborn (3 040 m.).).). Pallon della Mare (3 705 m. automne. Par les belles après-midi ensoleillées. à la fin d'un cours de ski à Saas-Fee. Circuit de la Bernina (3). plus ou moins étranglées entre les saisons principales.). la Fuorcla d'Agnelli (3050 m.). avancées ou prolongées. la montagne passe peu à peu des conditions qui la caractérisent en automne à celles qui la rendent praticable au skieur. ainsi qu'une exploration du massif des Grandes Rousses. Voyons donc. Dans les Alpes françaises. Passo Lavirun (2819 m. Grand Combin. qui furent. mais. ont pris une teinte de vieux feutre.).). Dans les Alpes autrichiennes : Weisskugel (3 746 m. et il est obligé de considérer les choses vues d'en bas. les indigènes — et tout particulièrement les chasseurs — connaissent la montagne à cette époque et peuvent en apprécier le charme et l'étrange beauté. Cependant. 1906. Wannenhorn (3 905 m. Mont Rossole (3 531 m. Allalinhorn (4 034 m. d'Ischgl à Klosters.).) (1).). la saison morte par excellence. Ils sont chargés 1 2 3 Voir la relation originale au chapitre VIII. par Schucan et Marcuard : HeidelberghûtteSchneejoch (2960 m. — Traversée du massif de la Silvretta. mais encore toutes celles qui nous en séparent. Fuorcla del Confin. s'étend du 23 décembre au 23 mars. et l'on voit défiler entre les arbres une colonne de mulets. Steiner et Trûmpler. Les Chamoniards firent cette année le tour du Mont Blanc par les cols de Voza. Wlesbadenerhutte (Gross Buin). quelles sont les caractéristiques de l'hiver alpin. Passo Muretto (2557 m. Mont Rosé (deuxième ascension en ski) (2). Le Furggrat (3 482 m. X. En octobre ou novembre. Ebneftuh (3 964 m. l'air résonne gaiement d'un tintement de grelots.). Ces deux saisons sont du reste plus ou moins élastiques. En décembre. 4 290 m.). Monte Moro (2 862 m. terni par le gel nocturne. L’Aiguille au Tour (3 540 m.) . sous la direction du fameux skieur Gustave Walty (Klosters). Klein Attalinborn (3 077 m. Ils gravirent successivement : Forder Galmihorn (3 524 m. Hinter Fiescherhorn (4 020 m. Il serait donc plus naturel de distinguer deux saisons seulement.) et le Monte Adamello (3 548 m.) fut traversé pour la première fois par les guides de Saas. Weiss-Sfitze (3 534 m. Novembre est.) (1). de Seigne. Cima Marmotta (3 338 m. Suldensptze (3 383 m.). Fluchthorn (3 403 m.). 1910. celle propice au skieur dure près de sept mois consécutifs (soit du milieu de novembre jusqu'en juin). Grand Combin (4317 m. le Weisshorn (Wildstrubel) (2953 m. Cependant. — En janvier. La troisième eut lie« en 1908 et la quatrième en 1912 Voir chap. en effet. Mittelrûck (3 324 m. 1909. par Nœlting et Hutchinson. Skt. course souvent répétée depuis. du Bonhomme. Alors que.). la saison favorable aux courses d'été s'étend du commencement de juin au milieu d'octobre (soit une période d'environ quatre mois).). Les noms de nos saisons (printemps. la montagne n'est pas encore absolument déserte. Adlerpass (3 798 m.).). Alpbubel (4 207 m. Gr. Sivrettapass.). avec Lunn. Similaun (3 607 m. Dans les Alpes autrichiennes (groupe de l'Ortler) : Eisseespitzf (3 246 m. deux membres du Club Alpin Académique de Zurich.). Les pâturages. En octobre. L'hiver dont nous voulons parler ici n'est pas celui du calendrier. Dans l'Oberland bernois. irrévocablement fixée par des dates. Ce ne sont que de courtes phases transitoires. — Col de la Dent Blanche (3 544 m. car aucun d'eux ne s'applique particulièrement aux Alpes. de Zermatt à Saas. d'une façon générale. et l'époque la plus favorable est certainement celle de mai à juin. le ski se pratique durant toute l'année. le Dème de Polset (3 512 m. par le Corridor) . hiver) n'ont certes pas été inventés par un montagnard.). Également une traversée Wildhorn-Wildstrubel. Ochsenscharte (3 000 m. on ne les comptera plus. Piz Segnes (3 102 m. une traversée de l'Oberland bernois est citée comme étant la treizième et.).). Les portes des étables sont restées ouvertes pour en aérer l'intérieur. Casanapass (2692 m. Passo Ver (2500 m. dont la durée. la première du Grand Galibier (3 229 m. nos observations ne concernent pas exclusivement la zone des neiges éternelles. sans caractère particulier. Scbeerhorn (3 296 m. on n'y trouve qu'un vide glacé. dans les hautes Alpes.) et Atyhubeljoch (3 802 m.

Thnltril.des derniers fromages qu'il a fallu saler et entretenir jusque tard en automne. cette bruyante caravane laisse derrière elle un calme immense. qui va durer jusqu'au printemps . (Gnberrll. Malgré un temps radieux. MAJESTÉS ENNEIGÉES) . qui semble devoir persister éternellement. Ce sont les derniers convois qui descendent. avant de pouvoir les transporter dans la vallée. époque à laquelle les troupeaux remonteront.

et voici qu'à leur rencontre. Plus haut encore. où pointent les tiges revêches des grarmuées. si elle était chassée par un vent du sud ou par un vent du nord. Puis les nuées. On y monte sans décrocher la moindre pierre. durcie aussi. cette neige était presque fondante en touchant le sol et elle se sera congelée en y adhérant fermement. Cette simple particularité va constituer un sérieux danger pour le skieur alpin. on ne découvre plus que de rares fleurettes. Celle-ci est toujours en retard sur l'hiver alpin et ces premières chutes de neige ne font que préparer le terrain. plus elle sera profonde et complète. exige un sérieux enneigement avant d'être praticable au skieur. L'auteur se souvient d'avoir été bloqué dans les baraques militaires de l'Oberalp. sans réussir pourtant à masquer les gouffres béants des crevasses. De toutes les teintes si riches d’automne. toutes desséchées et dont le parfum s'est envolé dans l'air froid. à pied sec. grâce auxquels il put s'échapper. Plus la neige s'est fait attendre et plus le froid a été rigoureux. qui vivons dans le brouillard des plaines. il y a bien des chances que le terrain — les gazons et les pâturages tout spécialement — soit déjà profondément durci par le gel. enfin. l'enneigement préliminaire dure parfois jusqu'à fin décembre. Il est donc dangereux de parcourir la montagne en ski avant que l'enneigement préliminaire soit parfait. On a eu des années où la neige ne venait qu'après Noël. cependant . l'or des mélèzes est la plus avancée. le skieur doit tout d'abord s'entraîner. les premiers jours d'automne semblent mettre un terme précoce à la belle saison. les îlots de gazon sont encerclés de glaces poudrées à frimas. les renseignements exacts sur ce premier enneigement font généralement défaut. Toutes les éventualités sont possibles. ont dévalé les pentes de la montagne. Plus cette transformation est lente. sans tenir compte du calendrier. La première neige qui tombe au début de l'hiver ne marque pas le commencement de la saison favorable au ski. Il faut la douce chaleur de midi pour rendre à leurs eaux un cours éphémère. ceux-ci sont plus dangereux que s'ils restaient proéminents et visibles. légère et ne s'est pas attachée au sol. la neige découvre des gazons roussis. Cette neige est peu profonde encore. le chasseur peut s'élever très haut encore. maître et seigneur. mais sur le glacier. Les conditions dans lesquelles se produit cette première chute de neige ont une importance capitale pour la sécurité du skieur qui s'aventurera plus tard en montagne. plus le sol sera profondément gelé et plus la neige aura de peine à s'y fixer. C'est que l'hiver peut tarder ou s'établir brusquement. tels qu'ils étaient en automne avant la première chute de neige. Masqués sous une mince couche de neige. Mais la première chute de neige importante ne fixe pas nécessairement le début de l'hiver alpin. Certaines années. Il importe dès lors de savoir si la première neige est tombée par une température voisine de zéro. En poses ridicules ou magnifiques. rutilant dans l'air limpide et sur le fond rouillé des gazons. le 3 octobre 1917. saupoudrant rochers et gazons. ces mélèzes s'en vont grimper bien haut sur le flanc des montagnes. En montagne. Mais en novembre. skieurs citadins. avant de s'aventurer en montagne. elle était sèche.CHAPITRE III L’HIVER ALPIN Sous la voûte pâle du ciel et lumière délicate du soleil. dès le commencement de l'hiver. qui tombe de maintenant. et ce ne fut qu'après une longue semaine d'attente que la garde des forts lui apporta des skis. Dans le premier cas. Il faut laisser à la neige le temps de combler les trous et de niveler les blocs de pierre. Mais nous reviendrons sur cette particularité dans notre chapitre sur les avalanches. bien au contraire. cette fois-ci. avec le feuillage roussi des buissons de myrtilles et rhododendrons. et le beau temps peut durer jusqu'en décembre. La neige s'est mise à tomber sur les sommets. à la suite d'un été très chaud. la zone des grands pâturages où. il choisira les régions d'altitude moyenne. les mélèzes ont pris leur parure dorée. chassées par le vent. elle a blanchi les taches luisantes et noires. Sur le sol que les gels nocturnes ont durci et jauni. une forte chute de neige peut fondre rapidement sous l'action des pluies ou du fœhn et disparaître complètement. précisément par le fait qu'à ce moment de l'année la montagne est très peu visitée par les alpinistes expérimentés et qu'il est difficile d'obtenir un rapport suffisant de la part des indigènes. ou par un grand froid . Elles sont subtiles encore et semblent refléter l'azur du ciel. des nuées grises ont envahi les cimes. comme celle des glaciers. descendent des horizons lumineux les premières neiges. à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. Dans les combes marécageuses. On en reconnaîtra les effets. ne disparaisse plus avant le retour du printemps. Les ruisseaux sont frangés de glaçons et de givre. là-haut. les chutes de neige abondantes sont généralement définitives. a ia poursuite de son gibier. Or. on trouve une neige plus abondante que dans la haute montagne. il y a peu de chances que la neige. l'été de la Saint-Martin réserve parfois d'agréables surprises aux montagnards. et l'on rencontre enfin la première neige. Dans cette nature enchanteresse. Novembre est déjà bien avancé et. car elle favorisera la formation des avalanches. le chasseur s'avance seul. Il avait neigé sans interruption pendant plusieurs jours. Si l'enneigement ne se produit que tard en automne. . Dans l'autre cas. Elles ne sont évidemment pas identiques dans toutes tes parties des Alpes. attendons patiemment l'annonce des premières neiges dans nos journaux. Un soir. le sable des éboulis est devenu compact sous l'action du gel. Mais peu s'en faut. Il s'en faut de beaucoup encore. si l'on constate qu'en s'effondrant. Après la mi-octobre. semant leurs flocons toujours plus bas dans la vallée. La zone des éboulis. Le terrain passe peu à peu des conditions qui le rendaient praticable au piéton à celles qui le rendent propice au seul skieur. Dans ce but. Lui seul pourra constater les progrès de l'hiver sur l'automne. Tandis que nous. Du reste. par le froid qui semble s'être établi définitivement dans ces hautes régions. Ainsi.

L'époque la plus favorable aux grandes ascensions est naturellement celle durant laquelle l'inversion de température atteint son maximum. situé entre 1 500 et 2 000 mètres. le skieur choisira donc un centre bien enneigé. Nous avons tout d'abord une période d'enneigement préliminaire . le thermomètre descend très bas. tout contribue à maintenir la sécheresse de l'air et la douceur du climat. Outre l'incertitude du temps. Ces chutes de neige présentent du moins l'avantage d'entretenir le terrain du skieur. enfin un enneigement définitif. plane ou fuyante. les conditions de température en plaine et à la montagne sont véritablement inverties.La neige tombant dans les hautes Alpes est absolument sèche de la fin de décembre au milieu de mars. en montagne. Il est donc préférable de remettre à plus tard les expéditions en haute montagne. où elles flottent et forment la mer de brouillard. Une surface neigeuse est un puissant réflecteur qui. Pour le citadin observateur. on verra qu'elle est bien supérieure à la température moyenne de la plaine. Tant que ces conditions météorologiques persistent en haute montagne. puis une période de sécheresse maximale dans les hautes régions . Mais. plus elle devient perméable aux rayons solaires et plus leur intensité augmente. Sur une étendue neigeuse. Si la série typique ne se prolonge pas. ou bien quelque cabane plus élevée. cette couche de brouillard. L'hiver alpin compte en somme trois phases principales. peut être continue ou alternative. si l'on calcule la moyenne nocturne et diurne à l'ombre. durant laquelle la plaine se couvre d'un brouillard opaque. entrecoupées de chutes de neige. alors que la montagne rutile sous un soleil généreux et un ciel immuablement bleu C'est le moment où nos bulletins météorologiques indiquent généralement : « Brumeux dans la plaine : hauteurs claires. nous pouvons poser deux principes fondamentaux : 1er . Indépendamment du temps qui règne sur les hautes régions. Plus l'atmosphère des hautes régions se dessèche. A ce moment. les périodes de beau temps sont plus rares ou plus courtes. mais leur niveau diurne ne dépassera généralement pas de plus de 300 mètres leur niveau nocturne. Plus tôt ou plus tard dans la saison. et cette humidité se condense en vapeurs qui descendent dans les zones inférieures. La nuit. Ces longues périodes de beau temps sont particulières en janvier et février. la plus curieuse et la plus intéressante des trois. Le premier est positif. même de plusieurs semaines consécutives. constitue un puissant réflecteur de la chaleur solaire. C'est une constatation qui se vérifie presque chaque année. une succession de périodes plus courtes. même par le mauvais temps A partir de la mi-janvier et jusqu'en mars. qui ne manquera pas de surprendre celui qui les parcourt pour la première fois. l'action du soleil sur la neige est presque nulle : c'est dire qu'elle n'en altère pas la consistance. Les belles journées sont rares à cette époque et ne commenceront guère qu'après la mijanvier. plus ou moins distinctes selon les années. augmentant encore la température des couches super-jacentes. accompagné de températures toujours ascendantes. D'autre part. Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques de la deuxième phase. cette neige est soumise à l'action de tous les vents qui soufflent dans les hautes régions. on observera néanmoins. Après quelques jours de régime sec. C'est la fameuse série. cette mer de brouillard est un signe infaillible de beau temps en montagne (1). ces effets resteront généralement les mêmes. Le phénomène principal est cette inversion de températures qui. loin d'absorber la chaleur solaire. nous l'avons vu. La neige et les vents sont les deux principaux facteurs qui régissent les conditions hivernales de la haute montagne. d'un temps parfaitement stable. Cette dernière phase de l'hiver alpin précède immédiatement la première de l'été alpin. car. les jours sont très courts et l'état des glaciers encore loin d'être satisfaisant. à proximité d'un terrain favorable. il suffit de quelques jours ensoleillés pour rétablir dans l'air une sécheresse parfaite. Nous croyons avoir suffisamment parlé de la première phase qui peut donc s'étendre d'octobre à janvier et qui correspond à l'enneigement préliminaire. Les couches d'air qui lui sont superposées en bénéficieront et leur température augmentera en conséquence . il faut précisément un froid sensible dans la plaine. facilement accessible et d'où l'on puisse redescendre sans danger. caractérisée par des pluies et par la fonte progressive des neiges. La sécheresse de l'air et la puissance solaire se combinent alors et se complètent d'une façon remarquable.Vers la fin de décembre. Ils pompent jusqu'à épuisement complet l'humidité qui échappe au gel. C'est précisément là l'inversion de température dont nous voulions parler. Dans la seconde quinzaine de janvier ou la première de février. les hautes régions présentent un aspect particulier. la puissance du soleil tend à soulever ces brouillards. En mars par exemple. Pour obtenir cette inversion et la maintenir un certain temps. Mais la fin de l'année est souvent marquée par des tempêtes et de fortes chutes de neige. tandis que le baromètre se maintient continuellement au même niveau. présentant des pentes orientées au nord. comme un jet d'eau la patinoire. les effets d'une chaleur pareille sont presque nuls. il n'est pas rare de voir s'établir en montagne une longue série de beaux jours. 2eme . le second négatif. Que la série soit continue ou sectionnée. c'est-à-dire durant toute la deuxième période de l’ hiver alpin. selon les années.De par sa consistance sèche (et poudreuse au moment de sa chute). Tandis que la température de l'air reste voisine de zéro durant toute la journée. Mais qu'on imagine leur puissance sur tous les corps dont l'orientation ou la substance favorisent l'absorption de la chaleur. humide et froide. un thermomètre placé à même une surface exposée aux rayons solaires indiquera souvent plus de 40° centigrades. les chutes de neige deviennent moins fréquentes et leur durée moins longue aussi. celle qui correspond à l'hiver proprement dit. A cette époque. il pourra généralement gagner les refuges alpins. Pour ses vacances de Noël. en janvier et février. au grand dépit de ceux dont les vacances sont irrémédiablement fixées entre Noël et le Nouvel An. la renvoie dans l'air. sans plus rencontrer ces blocs proéminents qui rendent le terrain scabreux et désagréable. 1 Durant la journée. ces conditions inverties sont moins caractéristiques.

qui vont intervenir à leur tour et disperser le peu de neige tombée aux hautes altitudes. ces névés offrent au ski une surface douce et régulière. il risque fort de s'exposer à de cruelles déceptions. L'alpiniste. les faces et les sommets exposés à l'action de ces vents. A la faveur des neiges coriaces. par contre. moins il y a de neige. Vers le milieu du jour. au sujet des arêtes rocheuses et des pentes de glace : «Les arêtes rocheuses sont généralement aussi sèches en hiver qu'en été. en collaboration avec les vents. ils paraissent flotter à la hauteur des cimes. une fois labourée par les vents. il gagnera le pied des arêtes et troquera au bon moment ses skis contre des crampons. d'une façon générale. voyons maintenant dans quelle proportion interviennent ces deux facteurs : neige et vent. où les crevasses bâillent le plus souvent entre d'immenses étendues de glace noire. qui permettent des montées rapides et directes. Comme on le voit. plus on monte. En élaborant ses plans de campagne. Car ils sont franchement opposés. parce que moins exposé au vent. profitera. ni par les préjugés. Car. Elle conserve son caractère poudreux et. à cette époque précisément. restent dénués de neige -pendant tout l'hiver. Un temps stable constituera toujours dans son jeu le principal atout . ni adhésif. celui qu'attirent les hautes cimes. De nombreuses observations ont permis à l'auteur de formuler les lois suivantes. mais dans les régions inférieures. La plupart des arêtes et des faces neigeuses sont verglacées durant tout l'hiver et exigeraient une taille de marches beaucoup trop longue. mais dont l'exactitude est prouvée par les faits : 1e La neige beaucoup moins sur Les sommets que dans les vallées et. et il faut savoir lui subordonner tous les autres petits avantages. Les périodes pendant lesquelles l'atmosphère reste absolument calme sont très rares dans les Alpes. Plus le beau temps dure. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. c'est-à-dire durant la deuxième période de l'hiver alpin. sur lesquels les vents n'ont plus aucune prise. il déplace cette neige au profit des régions inférieures ou abritées. il attendra le printemps et les premières semaines de l'été. Ces deux facteurs sont en lutte presque continuelle durant tout l'hiver. du rapport dans lequel ces deux facteurs se contrarient. S'il néglige ces précautions. Ou bien. Il évitera également les plateaux ravagés par les vents et les glaciers dénudés. Elle tombe par une température très voisine de zéro. Au printemps. Ceci s'explique par le fait déjà mentionné que les nuages qui produisent cette neige tendent à se condenser. Elles ne se produisent guère que lorsque la neige est déjà bouleversée par la tempête. légère et poudreuse. de la sécheresse des sommets pour les gravir au cœur de l'hiver. alors qu'en réalité. qui enlèvent aux glissades tout leur charme et les rendent même fort pénibles.Ceci posé. directe ou indirecte (tourbillonnement). il faut parfois attendre plusieurs jours avant que les arêtes rocheuses soient nettoyées. et c'est là qu'ils se précipitent presque entièrement. en hiver. suivie du froid nocturne. le phénomène inverse se produira. les hautes Alpes contenteront donc rarement le skieur et l'alpiniste en mêmetemps. qui peuvent sembler paradoxales au premier abord. Celui qui cherche avant tout la « bonne neige » devra donc se confiner dans les régions d'altitude moyenne. en haute montagne. l'action du soleil n'est pas assez puissante pour transformer sa surface et l'améliorer comme au printemps. après une tempête de neige. 2° Les vents — surtout ceux d'ouest et du sud-ouest — jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes régions. Les neiges qui tombent par un temps calme (castrés rare en montagne) sont arrachées ultérieurement par ces vents et vont se déposer sur les glaciers et les faces abritées. Si le vent ne soufflait jamais dans les Alpes. mieux encore. Voici ce que dit Arnold Lunn dans son Alpine Skiing. En plein hiver. Celle-ci s'accumule plus bas encore. Elle ne peut donc pas s'attacher aux rochers et n'offre . dans les hautes régions que dans les basses. et la chaleur solaire. ils se trouvent sur le flanc des montagnes. En été. elle n'a pas un pouvoir cohésif. plus la neige devient coriace et désagréable. ou. Qu'il ne se laisse pas entraver. Il évitera de préférence les montagnes exclusivement neigeuses et se rabattra sur des sommets mixtes ou rocheux. Sous la chaleur toujours croissante du soleil. au moment où les arêtes et les sommets sont secs — c'est généralement le cas de janvier à la fin de mars — les neiges et les glaciers sont ravagés par les vents. Le vent détruit constamment ce que la neige édifie . au moment où les conditions météorologiques sont stabilisées. Lorsque nous observons ces nuages de la vallée. comme elle est composée de légers cristaux. le skieur alpin est donc réduit à se plier aux conditions très spéciales qui l'attendent en montagne. les précipitations sont beaucoup moins fortes qu'on ne le suppose. l'enneigement des hautes Alpes dépend en somme de deux facteurs principaux : la quantité des précipitations et la violence des vents. C'est pourquoi. La neige hivernale. où les glissades deviennent un véritable enchantement. mais il n'en est pas ainsi. où il sait trouver un élément abondant et poudreux. ou plus loin. et au détriment des régions supérieures. la neige est adhésive. la neige. qui rendent les hautes cimes quasi inabordables. Car. pour jouir pleinement des névés en formation. non pas dans les régions les plus hautes (où la chaleur solaire les dissipe aisément). Les basses températures empêchent le soleil de la fondre. Or. les arêtes ourlées de corniches — conditions printanières . est sèche. On pourra donc constater d'une façon générale que. hérissés de vagues. ni par les objections telles que la brièveté des jours ou le froid intense des nuits. reste houleuse jusqu'à la prochaine précipitation. et la neige poudreuse reste au contraire une exception. Mais. Ce fait est important. En été. au contraire. toutes les arêtes. convertit cette neige en une croûte qui lui permet d'adhérer fermement aux rochers. les sommets sont surchargés de neige. Les glaciers exposés à la furie des vents d'ouest et du sud-ouest sont eux-mêmes dépouillés de neige. les neiges se transforment lentement en névés. — Comme conséquence. car il contribue à la sécheresse des hautes régions.

Si l'été n'est pas très chaud. plus séduisants et moins éloignés des villes. Il nous reste à étudier la troisième phase de l'hiver alpin. elle reste la meilleure pour tous ceux qui sont alpiniste et skieur au même degré. au lieu d'aller tâter des neiges printa-nières en haute montagne. Durant un été chaud. Ceci peut sembler paradoxal. est toujours possible.. Par exemple. on peut du reste monter en train au Gornergrat et trouver là-haut d'excellentes conditions sur d'immenses glaciers. Lorsque Zermatt sera desservi toute l'année par son chemin de fer. lorsque la neige repose sur des plaques rocheuses. puisse disparaître de la glace qu'elle recouvrait. qui nettoie si bien les arêtes rocheuses. Dès le 1 er juin. Mais un bel automne aura comme conséquence de découvrir les pentes glacées. Malheureusement. vous trouverez parfois des pentes de glace en miniature. » Durant les deux premières phases de l'hiver alpin. bien que la neige. surtout si le toit est en tôle ou en pierre. Ce n'est pas le cas. ni les arrières désillusions. Une surface neigeuse ne peut jamais devenir une surface glacée. Ceci dépendra beaucoup du temps. connu. par suite de ce gel superficiel. en hiver. L'eau pénètre le sol au lieu de se congeler à sa surface. ou phase centrale. car la neige qui y tombe n'a aucun pouvoir adhésif et sera enlevée au premier coup de vent. Une pente glacée en octobre restera glacée tout l'hiver.. plus ou moins englobé dans l'une ou l'autre de ces phases. alors que la couche serait suffisante. Alors que celle-ci favorise presque uniquement l'alpiniste. de fait. étudié. où il pourra goûter toutes les joies du ski. Selon les années. ensuite parce que le printemps en offre d'autres. il servira de tampon entre les deux dernières phases de l'hiver alpin. sans en éprouver ni les désagréments. mais s'explique pour deux raisons au moins : d'abord parce que les charmes du ski printanier sont encore méconnus . les pentes supérieures présentent toujours autant de glace en janvier qu'en octobre. Il représente le dernier mois de la période centrale. c'est même la seule qui lui soit franchement favorable. sa surface est le plus souvent durcie et «houlée » par les vents. Il existe. la neige qui couvre un toit de chalet présentera généralement une couche inférieure de glace. c'est-à-dire jusqu'en mars. celle-là n'est guère propice qu'au skieur. il est probable que la plupart des skieurs s'y rendront au mois de mai. cette neige peut être favorable. Cette humidité n'est pas absorbée par le rocher et elle gèle conséquemment.aucune résistance au vent. Celui-ci fera donc mieux d'éviter ces hautes régions jusqu'en mai. il n'aura pas absolument tort. dans les hautes Alpes. les hautes Alpes n'offrent rien de bien tentant pour le skieur proprement dit. Si le temps est beau et calme. se dépose sur une fondation rocheuse. Par le beau temps. Peut-être s'imaginent-ils qu'une pente de neige se transforme en pente de glace par suite du gel superficiel. celle que l'on appelle généralement printemps. La fonte et le gel alternatifs produisent une neige de plus en plus dure. Aussi fera-t-il bien de s'y confiner. le mois de mai venu. qui resteront glacées durant tout l'hiver. les arêtes rocheuses exposées au vent sont normalement dégagées de toute neige. Mais reprenons notre examen météorologique au point où nous l'avons abandonné. Selon l'inclinaison et l'orientation des pentes. marque en somme l'apothéose de la saison hivernale. et la glace qui se forme sur les rochers devient apparente. dont l'accès se fera sans peine et dont la descente offrira tous les charmes de la glissade sur une neige parfaite. C'est dire que. une pente de glace est transformée en une pente de neige lorsque la neige tombant à une température juste inférieure à zéro s'attache à la glace.. mais beaucoup plus rare. et surtout du fœhn. Si l'on préfère l'alpinisme. Durant la deuxième. la neige superficielle fond au soleil. il est souvent plus facile d'escalader une arête rocheuse en hiver qu'en été. Mars forme le trait d'union entre l'hiver et le printemps du calendrier. fondant en eau. Mars présente en outre deux grands avantages: une clarté diurne plus longue et des glaciers mieux couverts. mars conserve tous les agréments du plein hiver. une quantité de pentes favorables. et. Les alpinistes inexpérimentés sont souvent surpris de constater que les pentes terminales des sommets sont plus glacées (plus noires) en hiver qu'en été. La sufarce glacée inférieure devient de plus en plus épaisse et la couche de neige superficielle de plus en plus mince. les conditions sont certainement meilleures en mars qu'en décembre. entre autres cette sécheresse parfaite des hauts sommets. c'est l'époque durant laquelle les skieurs sont les plus rares en haute montagne. la neige repose sur de l'herbe ou de la terre. mais jamais de glace. de cols faciles et même de sommets bénins. réservé tout spécialement au sportsman. Les montagnards prétendent parfois qu'un été très chaud produit des pentes de glace. Aux basses altitudes. il préfère suivre le cours des frais ruisseaux et cueillir des violettes. beaucoup de pentes neigeuses conserveront leur blancheur immaculée et resteront neigeuses durant tout l'hiver. et même qu'en janvier. Et si. mais son épaisseur n'est généralement pas suffisante. mais qui. C'est en mai et juin qu'a lieu cette transformation. Actuellement encore. « Le vent. janvier et février sont plus avantageux. c'est-à-dire en mars. rencontrera des neiges de caractère hivernal ou de caractère printanier. L'auteur a longtemps considéré le mois de mars comme l'époque la plus favorable à l'alpinisme hivernal. et cette surface absorbe la neige fondante. D'autre part. Le processus usuel de fonte et de gel alternatifs permet à cette neige de s'attacher fermement à la glace et finit par la couvrir d'un tapis compact et croûte. de larges vallons. C'est là le ‘playground’ par excellence. pour les raisons exposées .. Durant la première phase (novembre-décembre). pareil à celui des séries hivernales. Aux altitudes moyennes. le skieur exigeant sera donc rarement satisfait par les conditions de la neige en haute montagne. Un temps stable. Pourquoi donc une pente de neige ne se transforme-t-elle jamais en glace dans les hautes Alpes ? Je suggere l'explication suivante : une pente de neige se transforme en glace parce que la neige. il n'est guère que l'Oberland bernois qui soit assez facilement accessible pour attirer les skieurs au printemps et même en été. si favorable à l'alpiniste. entre 1 500 et 2500 mètres d'altitude. on. le terrain choisi. «Aux basses altitudes. Le danger des crevasses est donc moins grand. tend également à enlever toute neige tombant sur les pentes de glace. Disons tout de suite qu'elle diffère complètement de la phase précédente. Par conséquent. En haute montagne. en fondant. durant tout l'hiver du calendrier. Par conséquent.

n'a plus sur elles aucune influence. en tirant ses skis derrière soi. plus la neige devient coriace et houleuse. les Alpes ne sont plus merveilleuses qu'en mai. Plus souvent la neige sera fondue et gelée. je sais qu'il n'y a pas de beauté égale à celle des montagnes en mai et pas de skiing comparable à celui du printemps sur les glaciers. il fera mieux de clore la saison. Même ea fondant. à poursuivre sa campagne à pied. Ce que nous allons dire des conditions nivales du mois de mai est encore valable en juin et même au commencement de juillet. en juin. le temps se rétablit généralement et. Mais. à travers des pâturages émaillés de gentianes et d'anémones. je ne puis m'empêcher de citer ici quelques lignes de mon ami Arnold Lunn. Prévision du temps. Vous flânez durant des jours dans l'éclat lumineux des glaciers. le skieur alpin va trouver des conditions parfaites aux hautes altitudes. c'est tout le contraire. il est mieux d'attendre le mois de mai. leur beauté est faite de contrastes. jusqu'à la rivière plus bas. « Jamais. 99. Sa consistance plus homogène diminue le risque des avalanches. car l'été est venu. Une fois sur les glaciers. Mai est sans contredit la meilleure époque pour le parcours des glaciers en ski. Quant à la descente. En hiver. Juin est également excellent. même exposé au vent. La limite inférieure des neiges est naturellement beaucoup plus élevée au printemps qu'en hiver. en règle générale. On pourra se passer de corde pour parcourir la plupart des glaciers. C'est une neige confortable par excellence. du reste. J'ai fait des courses à toutes les saisons et j'ai vécu durant des années parmi les montagnes . La neige qui ponte les crevasses n'a plus cette consistance poudreuse qui la rend si fragile . Le soleil est si puissant à cette époque qu'il finit par exercer un pouvoir érosif considérable. le terrain favorable ne commence guère qu'au-dessus de 3 000 mètres : c'est la zone des glaciers proprement dite. on est. les jours sont longs. plus leur enneigement sera tardif ou minime. et jamais les glaciers ne sont mieux couverts. c'est. adhérer à un terrain quelconque. d'une altitude même inférieure à 1 500 mètres. Le soleil les transforme. mais il est généralement caractérisé par des tempêtes et un fort enneigement.précédemment. et cela à toute heure du jour. et cela sans constater de variations sensibles dans la surface neigeuse. dangereuse. meilleure elle deviendra. on puisse pratiquer le ski matin et soir jusqu'au milieu de mai. alors que la neige peut. Vous commencez votre journée en décrivant des virages à la descente d'un col glaciaire et vous la terminez au coucher du soleil par une flânerie entre les pins odorants. les avalanches peuvent tomber n'importe où. Sous l'action réitérée du soleil. dans les hautes régions. p. En mai et juin. Nul n'a réellement entendu le murmure des eaux. son étonnante régularité. Au printemps. elle est au contraire compacte et résistante. plus le beau temps dure. bien qu'en certaines régions. En hiver. Aussi longtemps que le beau temps persiste. la neige est soumise alternativement à la fonte diurne et au gel nocturne. les efforts de l'ascension sont bien diminués. dont la musique n'est jamais plus agréable à ceux qui ont vécu dans le silence des neiges. le grand apôtre du ski printanier. la neige deviendra lourde. de bon matin. écrit Lunn ( 1). Aussi n'est-il plus question ici de la zone subalpine. selon les années. qui procure au skieur une immense confiance. si l'on préfère le ski. humide. Avril offre beaucoup d'analogie avec le mois de mars. brusquement. Dans les régions d'altitude moyenne. le skieur pourra compter sur une neige parfaite. Le vent. » Juin ne diffère de mai qu'en ce que la limite inférieure des neiges est encore plus élevée. Parfois il rentre dans la période transitoire de l'hiver au printemps. elle conserve ce caractère cristallin particulier aux névés. par contre. séparés entre eux par des crêtes en miniature. le temps est presque toujours moins stable qu'en mai. C'est la meilleure saison pour les longues expéditions. Au printemps. Car. ce terrible ennemi des neiges. l'enneigement ne commence réellement qu'en avril ou mai. Ce qui fait le charme de cette neige printanière. Les neiges se tassent. C'est. les avalanches ont un horaire et un cours beaucoup plus réguliers. les glaciers s'améliorent considérablement et les crevasses finissent par se ponter solidement. En mai. la traversée des eols glaciaires et l'ascension des cimes neigeuses. Vous pouvez partir en ski d'un sommet supérieur à 4 500 mètres et descendre d'une seule glissade jusqu'à la cabane. de par sa consistance. mais. hors de leur portée. mais une caravane de skieurs expérimentés courra moins de risques au printemps qu'en hiver. le froid presque insensible. Plus ces régions sont élevées ou exposées au vent. En mai. il est plus facile d'en prédire le début et surtout la fin. tant qu'il n'a pas perçu le concert par lequel la montagne salue le printemps. Les neiges se creusent de légers sillons ou d'entonnoirs circulaires. En mai. et finira par disparaître complètement sous l'action du fœhn et des pluies. Les avalanches sont évidemment plus fréquentes en mai qu'en janvier. Dès le fin d'avril. les beaux jours sont rares en avril. les améliore constamment et les rend bientôt insensibles à l'action du vent. On part à pied. l'époque où le fœhn souffle avec le plus de violence. avant tout. elle ne commencera que vers midi. en effet. les séries de beaux jours sont fréquentes. Le danger d'enfoncer ces ponts est donc très minime. . On évite ainsi tous les longs détours d'une piste en zigzags. au commencement de mai au plus tard. En évoquant les charmes du mois de mai. Vers la fin du mois. C'est le premier stade de la neige des pénitents (nieve pénitente) et si le skieur ne veut pas devenir pénitent lui-même. en mai. cette neige s'améliore constamment. Certains journaux publient un bulletin météorologique accompagné d'une carte 1 Alpine Skiing. et. sur laquelle vous glissez toujours à la même vitesse. et l'on monte sur la neige gelée. lorsque la surface des neiges est suffisamment adoucie par l'action du soleil. et c'est là un avantage qui n'est certes pas à dédaigner. — S'il est difficile de prévoir la durée d'une période de beau temps. vous atteignez quelque fenêtre ouverte suc les vallées et sur la verdure extraordinaire du printemps. Enfin. Mais.

enfin il saute assez brusquement au nord-ouest et au nord. soulève la neige en tourbillons. Les émissions de 13 heures contiennent aussi la description générale de l'évolution isobarique en Europe. A. ces précipitations augmentent et s'étendent encore. Plus la dépression s'éloigne. et. La phase transitoire entre le vent et la bise marque presque toujours la fin des précipitations. Si la dépression barométrique se déplace rapidement à travers notre continent. Dès qu'une nouvelle dépression apparaît à l'ouest du continent. Un maximum de pression barométrique s'établit sur l'Europe centrale et. qui est en train de se réaliser. Il commente brièvement la situation météorologique et prédit le temps du lendemain. telles que les phases diurnes de la bise. En tout cas. plus les précipitations diminuent . nous avons vu qu'ils jouent un rôle considérable dans la dénudation des hautes Alpes. engourdit et démoralise bien vite celui dont la volonté et l'énergie ne seraient pas à toute épreuve. pour reprendre peu après. de munir certains refuges d'appareils de réception permettant de se rendre compte de la situation générale du temps. C'est. puis sur les sommets. Les vents du sud présentent souvent les caractéristiques du fœhn. A mesure que la dépression se rapproche. les deux prévisions journalières du bureau météorologique central sont répandues par radiotéléphonie de Lausanne à 13 h. de Quervahn. S. le ciel s'éclaircit et le froid augmente. elle annonce un changement de temps presque certain et plus ou moins imminent. 15. Les vents du sud-ouest apportent dans l'air une certaine humidité qui va se condenser en brouillards au flanc des montagnes. hauteurs claires ». A ce moment. de sorte que les flèches indiquant la direction des vents sur la carte du bulletin décrivent une rotation inverse à celle des aiguilles d'une montre (dans notre hémisphère nord. qui accompagne toujours le vent. au Congrès international de l'Alpinisme.représentant par des courbes isobares la pression barométrique telle qu'elle est répartie sur notre continent. Lé vent redouble de violence. le skieur ne peut évidemment pas consulter les bulletins météorologiques. Autour d'une dépression barométrique. à une altitude de 2 000 mètres. Comme conséquence. 15 à partir de 18 heures la prévision émise à 17 h. . les bulletins météorologiques indiqueront généralement l'inversion de température dont nous avons parlé plus haut : « Brumeux dans la plaine .Nous avons dit que les vents qui accompagnent les tempêtes de neige soufflent généralement du sud. la voie la plus fréquente des minima et maxima à travers notre continent. les Alpes sont généralement évitées par le centre des dépressions et. et par conséquent dans toutes les Alpes). il doit se fier aux signes du temps. Ils ont le droit d'exiger que les sociétés de développement mettent à leur disposition ces renseignements dans tous les centres du tourisme . nous avons toutes les chances de beau temps. et nous y reviendrons plus loin. à constituer une commission chargée de s'occuper de ce problème. en effet. Ce sont là des augures infaillibles. Leur intensité est généralement moins régulière. et le skieur prudent fera bien de fuir devant la tempête. comme on le sait. il y a plusieurs années. Elles permettront probablement de réaliser la proposition que je crois avoir été le premier à faire. et mieux vaut ne pas être bloqué dans une cabane. Le cas le plus généralement observé est le suivant : la dépression barométrique venant de l'ouest (océan Atlantique). En haute montagne. 55 . nous enregistrons une baisse de température. les touristes disposent maintenant en Suisse de moyens rapides pour se renseigner. Ces propositions ont été publiées dans l'Alpina et ont amené le Comité Central du C. En arrachant la neige superficielle. puis il a tourné à l'ouest. Lorsqu'elle franchit notre méridien. 30 et 19 h. chaque bureau téléphonique doit posséder à partir de midi la prévision émise à 11 h. les isobares sont généralement plus ou moins concentriques et les vents prennent une direction tangentielle à celle dé cès isobares. Ceux du sud-ouest sont les plus violents. se déplace vers l'est. de l'ouest. Les bureaux téléphoniques communiquent ces prévisions contre une taxe minime de 20 centimes. En plus. ils découvrent des rochers secs qui nous apparaissent plus noirs qu'en été et des parois de glace d'un bleu verdâtre. Les effets du vent dépendent non seulement de sa violence. Les vents d'est et du sud-est sont les plus rares dans nos Alpes. tant qu'il s'y maintient. qui semblent surgir des vallées. mais le froid. bien qu'ils apportent précisément le plus de neige. les effets de ces vents se vérifient d'une façon frappante sur toutes les arêtes et les faces orientées au sud-ouest. nous observons des vents du sud. Le ciel se voile légèrement. le professeur A. les vents d'ouest-sud-ouest ne tardent pas à tomber. Mais. mais aussi de sa durée. en passant au nord des Alpes. Cycle des vents. où les vivres peuvent manquer avant la fin de la tourmente. Ce bulletin s'affiche également dans les principales villes et dans certaines stations de montagne. Au moment où cette dépression aborde la région de la Manche. de sorte que les dernières neiges tomberont généralement « de bise ». de Zurich (Hongg) à 13 heures et 19 heures. Le cycle dont nous voulons parler ici est constitué par des vents soufflant successivement du sud-ouest. puis du nord et du nord-est. en soufflant du nord. Au cœur de l'hiver. m'écrit ML. sur la base d'une carte du temps qui n'est pas publiée. 1 En Suisse. mais il reste assez clair jusqu'au dernier moment. si elle ne s'attarde pas dans la région des Iles Britanniques. au moment où la dépression franchit notre méridien. du sud-ouest et de l'ouest. C'est le moment psychologique pour entreprendre de grandes ascensions. le temps dépend toujours de la répartition des pressions barométriques (1). les vents prennent la direction même des isobares. car il ne sait jamais combien de temps elle durera. une température élevée et de fortes précipitations sur le versant méridional des Alpes. Or. Non pas que cette violence soit beaucoup plus grande en hiver qu'en été. Puis des brouillards. sous le nom de bise. toutes luisantes au soleil. et. Celui-ci a commencé par souffler du sud. mais plus grande que celle des autres vents. Ils soufflent rarement en phases déterminées. Celui qui a éprouvé la violence d'une tempête en haute montagne peut seul comprendre les risques qu'elle présente pour la vie du malheureux qui s'est laissé prendre. nous observons presque régulièrement un changement de vent. envahissent la montagne. s'il ne porte pas de baromètre sur lui.

en montagne. nos vêtements absorbent toute cette chaleur. C'est pourquoi un vêtement ad hoc. Le fœhn est moins fréquent. E est ce que les Tessinois en particulier et les Italiens en général appellent la tramontana . Le fœhn est tantôt sec. Mais. La houle qui se forme sur les champs de neige (et dont nous parlerons au chapitre suivant) est presque toujours due à l'action de la bise. tantôt humide. Le fœhn doit précisément sa chaleur et sa sécheresse à cette chute sur le versant nord. Le fœhn est le vent typique du printemps. assez forte au début. parce qu'elle coïncide régulièrement avec un sensible abaissement de la température. plus le soleil est chaud. la bise peut souffler en ouragan. il peut souffler en plein hiver et nous apporter des conditions printanières anormales. lorsque tous les nuages se sont dissipés. Comme elle succède le plus souvent à des précipitations et que sa durée est généralement plus longue que celle des vents d'ouestsud-ouest. Il est caractérisé par des périodes plus ou moins longues de ciel intensément bleu et de chaud soleil. car. L'équilibre est alors rompu. Dans certains endroits abrités. pour peu qu'un vent se mette à souffler.La violence de la bise. succédant à la précipitation sur le versant sud de toutes les nuées formées durant son mouvement ascensionnel (1). et l'air du versant sud. nous ne connaissons que le fœhn du sud (ou fœhn proprement dit). Cependant. Lorsqu'une dépression passe au nord des Alpes. passant par-dessus la chaîne. elle produit une aspiration qui entraîne l'air des vallées. L'air est parfaitement calme. tombe dans les vallées ouvertes au pied nord des Alpes. Lorsque les vents du sud prédominent. Il est provoqué par une forte différence de pression sur les deux versants des Alpes. Tant que dure le beau temps. placé sur un habit étendu en plein soleil. C'est un vent intermittent qui vient et passe. Le fœhn humide est peu connu : il souffle violemment du sud-ouest et peut provoquer des pluies même en plein hiver. Un thermomètre. Or. Ceci est important. et provoque toujours une élévation de température et une fonte considérable des neiges. imperméable à l'air comme à l'humidité. Le skieur prudent restera donc chez lui ou attendra patiemment au refuge l'éclaircie désirée. En hiver. ces contrastes de température sont beaucoup plus sensibles en hiver qu'en été et finissent par éprouver sérieusement le skieur alpin. Cette bise est plus froide et plus désagréable encore que les vents d'ouest-sud-ouest. diminue à mesure que la dépression barométrique s'éloigne. Mais. ses effets sur les neiges sont aussi plus considérables. 1 Sur le versant nord des Alpes. le temps est presque toujours mauvais. tous les vents sont froids et détestables pour celui qui n'est pas équipé en conséquence. la température de l'air semble d'une douceur exquise. le fœhn souffle du nord pour les mêmes causes et les mêmes raisons. Même si le parcours d'une crête était possible. par suite du courant d'air. la chaleur solaire peut même devenir incommodante. il serait en tout cas fort désagréable. le froid nous paraîtra désagréable. jusqu'à de hautes altitudes. est indispensable. Ou bien elle présentera une période diurne dont l'intensité sera maximale au milieu du jour. Le fœhn sec (ou fœhn proprement dit) est moins violent que le fœhn humide : c'est une sorte d'atmosphère chaude qui semble absorber l'humidité de l'air. Or. mais. le fœhn peut souffler et la pluie tomber par une forte pression barométrique. nous n'éprouvons guère les températures diurnes que par le beau temps. étonnant a qui n'y est pas accoutumé et permettant des siestes en bras de chemise à 4 000 mètres d'altitude. En haute montagne. par suite du contraste. à cause de la violence de la bise. mais plus caractéristique que les autres vents. plus les vents nous paraissent froids. montera en quelques minutes à 40 centigrades. ravageant en quelques heures le tapis de neige encore épargné par les vents. ce sont précisément les vents qui règlent la température. où l'air ne circule pas. Par un temps radieux. A ce moment. il est souvent impossible de tenter une ascension. sur le versant opposé. Ce sont les fameuses séries dont nous avons parlé plus haut et qui sont plus stables encore que celles produites par les vents du nord.

II. il se forme sous les skis une couche de glace. Cette neige fraîche est loin d'être compacte. Par contre. les neiges poudreuses deviennent molles. Ces cristaux grandissent chaque jour. elle forme des cristaux. est la meilleure neige pour le ski. le vent et la fonte (2). ou en neige croûteuse par le soleil ou le vent. Dès son origine. 2. Tout en restant poudreuse. cette neige peut subir de légères transformations. Nous adoptons ce terme de fonte pour caractériser une température générale de l'air supérieure au point de congélation (fœhn). à moins que les skis ne soient préalablement mouillés par le passage dans une neige humide. Nous pouvons donc classer les neiges en quatre grandes catégories : 1° Neiges poudreuses . Dans ce cas. Jamais elle ne colle. Trois facteurs peuvent alors intervenir et modifier sa consistance : le soleil. qui craquent sous les skis comme des feuilles mortes en automne. Au milieu du jour. Cette neige feuilletée est excessivement glissante et présente un charme tout spécial pour le skieur. mais cette transformation n'a généralement lieu qu'au printemps. sur les différentes espèces de neiges. Pour rendre sa synthèse plus claire au lecteur. si cette fonte persiste assez longtemps. nous allons la simplifier et l'ordonner quelque peu. 4. 30 centimètres. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. 1 Alpine Skiing. Après deux ou trois jours. 4° Neiges printanières (ou névés). il est bien entendu que la température de l'air à l'ombre reste inférieure à 0°. la neige fondra et sera croûtée par le gel subséquent (neige croûteuse). ou névé. Sous l'action d'une fonte persistante. plus vite elle se tasse. la couche aura diminué de 30 à 40 %. parallèles à la direction du vent. Dans ce cas. un léger souffle de bise peut également produire une congélation fibreuse. à laquelle elle adhère fortement. Tant qu'elle n'a pas été abîmée par le vent ou la fonte. elle s'améliore constamment sous l'influence du gel. s'allongent et peuvent prendre l'aspect de feuilles. Cette cristallisation (stage intermédiaire entre la neige poudreuse et la neige croûtée) est encore très favorable au ski. Une fois croûtée. légère. Moins il fait froid. le soleil la transforme peu à peu en neige printanière. 2 . Dès que la fonte se produit. Arnold Lunn est probablement l'homme qui a passé le plus d'heures à scruter les neiges. par opposition a la fonte purement locale. et. 3° Neiges croûteuses (éventées) . Elle contient une grande quantité d'air qui s'échappe peu à peu. Que savons-nous de la neige au point de vue scientifique? Sur les millions d'êtres qui la foulent aux pieds ou la parcourent en ski. cette surface deviendra croûteuse. la neige n'est plus affectée que par deux facteurs sur trois : le soleil et la fonte. Dans les endroits abrités et dans le voisinage des ruisseaux ou des marécages. En attendant. Cette neige est poudreuse. Une quantité de combinaisons intermédiaires sont possibles. Le vent n'exerce sur elle plus aucune altération apparente. la neige poudreuse peut être transformée en neige molle par la fonte. Lorsque la fonte n'intervient pas. aucun auteur n'en a poussé l'étude aussi loin que Lunn. Mais. En quelques jours. Nous sommes donc tout naturellement appelés à profiter de ses expériences et nous lui devons gré du temps et de la patience consacrés à ces recherches. à son tour. et moins encore qui nous aient fait part de leurs expériences. à mesure que la neige se tasse. pour peu que la pente soit exposée en plein soleil. il en est bien peu qui se soient donné la peine d'étudier à fond sa consistance. chap. Elle est produite en grande partie par la condensation des brumes qui stationnent durant la nuit auprès des cours d'eau. mais la durée du cycle est toujours limitée par deux chutes de neige consécutives.) La neige tombe en cristaux hexagonaux. alors que la chaleur solaire est maximale. causée par les rayons du soleil. Disons tout d'abord brièvement quelles sont les transformations successives de la neige. Au cours de l'hiver alpin. — NEIGES. 1° Neiges poudreuses. le soleil et le vent (indépendamment ou simultanément) contribuent à durcir la surface poudreuse. la neige croûteuse peut disparaître. des détails poussés jusqu'au raffinement par un skieur de premier ordre. Lorsqu'elle vient de tomber et que la température est inférieure à 0°. 3. la neige conserverait sa consistance poudreuse durant tout l'hiver. cette neige est poudreuse. Si le vent ne soufflait jamais et que la température fût toujours inférieure à 0°. et son chapitre intitulé Snowcraft (1) — bien qu'il ne soit pas une étude scientifique proprement dite — nous donne. Il est probable que la prochaine décade verra paraître une monographie complète de la neige. le cycle des neiges ne présentera que rarement la régularité chronologique 1. douces et collantes. la neige finira par disparaître complètement. (température de l'air inférieure à 0°.CHAPITRE IV LA NEIGE ET LES AVALANCHES A. qui forme de longs cristaux. 2° Neiges molles (collantes) . et lorsque sa profondeur ne dépasse pas 20.

La neige. les légères strates (mentionnées au premier stade) se transforment en de véritables vagues qui peuvent atteindre plus d'un demi-mètre de hauteur. Nous appellerons cette neige neige stratifiée. est très dangereuse parce qu'elle forme des gonfles (qui crèvent sous le poids du skieur) et des avalanches connues sous le nom de planches de neige (Schneebrett . 3° Neiges croûteuses (ou éventées). c. Il faut précisément de vastes étendues pour laisser libre cours aux forces déchaînées du vent. Cette neige en vagues (en norvégien : skavla est la surface la plus atroce qu'il soit donnée au skieur de parcourir. Le troisième stade de détérioration correspond à la formation d'une véritable croûte. contrastant avec la surface des secondes. La formation des vagues procède à l'inverse de celle des dunes de sable. dont l'aspect est d'autant plus apparent que leur direction était parallèle à celle du vent principal. et l'érosion a laissé en relief deux barres neigeuses. Lorsqu'on parcourt ces neiges en ski. L'épaisseur de cette croûte varie entre un et plusieurs centimètres et casse irrégulièrement sous le poids ou les ébats du skieur. voir Avalanches). la victime favorite des vents. qui augmente sa densité. dans une atmosphère sèche. perd rarement sa consistance cristalline et granulée. Elle est normale au printemps. C'est ce que Lunn appelle : cake powder (poudre à gâteau). et spécialement au fœhn.-W. lourde et lente.-S. Son action est donc tout d'abord érosive. très commune dans les hautes Alpes en plein hiver. S. La neige poudreuse. sur les plateaux ou les glaciers exposés à la furie des vents (et principalement de la bise). ne reprendra plus jamais sa consistance poudreuse originale. S. les cristaux de neige s'agglutinent et la neige se tasse. Elle est très fréquente dans nos Alpes. Ce sont de beaucoup les plus intéressants et les plus compliqués. Voyons maintenant les effets du vent sur la neige poudreuse. Elle est également contraire à 1 Le fœhn a toujours sur la neige un effet plus nuisible que le soleil.. surtout à la fin d'une série de beau temps. Leur direction générale est perpendiculaire à celle du vent principal. Ces croûtes sont généralement plus épaisses comme celles produites par le soleil et le gel. 2 Nous appelons neiges éventées celles dont la croûte est due exclusivement à l'action des vents. sur des pentes rapides (S. Ces strates correspondent aux zones les plus résistantes de la surface neigeuse. . comme les rides formées par le zéphyr sur un étang. sèche et légère. En outre. C'est une des neiges les plus désagréables au skieur. durcie par le vent. Le vent a seul le pouvoir de former une croûte sans que la neige fonde préalablement. cette neige refondue ne sera jamais très glissante. creusant toujours davantage autour de leur base. elle peut refondre sans plus jamais coller. de par sa consistance. Par l'action du gel sur une neige molle ou printanière . Sur les pentes latérales. et c'est précisément cette consistance qui la rend propice au ski. sans perdre complètement sa consistance poudreuse originale. Lorsque le vent devient très violent. Par contre. Bien qu'elle n'adhère jamais aux skis. plus ou moins épaisse selon le gel. b. 4. Un léger vent (d'où qu'il provienne) exerce sur la neige poudreuse une sorte de stratification. on trouvera rarement cette neige en vagues. et la surface neigeuse devient dense et compacte. une fois fondue. Ce phénomène s'explique de la même façon que celui des vagues. est. Les neiges croûteuses peuvent être formées : a. Cette neige cartonnée. son action sédimentaire s'accroît naturellement. La neige qui fond au soleil. le fœhn provoque une atmosphère lourde qui détruit la formation cristalline de la neige fondante et transforme cette neige en une pâte mouillée et lourde. on n'éprouve qu'une très faible résistance. une fois gelée. les arêtes proéminentes font face au vent et soustraient à son pouvoir érosif une surface légèrement inclinée vers l'arrière. présente superficiellement des parties plus denses que d'autres (densité due à l'action du soleil ou des vents primitifs). Le vent est venu: il a dissipé l'élément poudreux partout où sa densité était faible. La fonte est due aux vents du S. (température de l'air supérieure à 0°. Si le vent augmente en intensité ou en durée. Nous avons déjà parlé de la neige molle croûtée par le gel. Les neiges éventées se distinguent des neiges croûtées par leur teinte crayeuse et mate. Vous aurez peut-être remarqué sur un champ de neige des traces de skis en relief.) Au moment où la température de l'air devient supérieure à 0°. et qui sont d'autant plus gros qu'ils sont plus près de la surface neigeuse. mais peut se manifester également en plein hiver (1).-E. Il attaque les flancs des îlots qui lui sont opposés. semblable à celle des vents sur les nuages (stratus) ou sur les sables (dunes). stratifiée durant le premier stade. Elle devient lourde et colle sous les skis. Elles irisent la neige. Par l'action du vent sur une neige poudreuse . même s'ils sont humides. Par contre. La neige poudreuse.). Ceci provient de la formation de cristaux granuleux. et sur toute pente rapide en général. Ici. Elle reste. Leur hauteur dépasse à peine quelques millimètres. si désagréable au skieur. la neige molle se couvre d'une croûte glacée.2° Neiges molles.. Le passage des skis dans la neige exerce sur elle une certaine pression.-W.. Il faut distinguer quatre variétés de neiges croûteuses éventées (2) : 1. semblables à ceux des névés. il arrache la neige tout autour de ces parties denses. C'est la neige cartonnée. l'action du soleil (qui est beaucoup plus efficace sur ces pentes que sur des plateaux) précède généralement celle du vent et en annule les effets. 3. Sous l'action d'un vent violent et persistant. au contraire. Par l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. 2. peu glissante et très dangereuse sur lea pentes rapides (voir Avalanches). Après la fonte et dès que la température tombe au-dessous de 0°. et celles-ci se transforment en îlots de formes et de grandeurs variées.

aux basses altitudes et au début du printemps. Cette dureté devient parfois si grande que les skis se brisent contre elles. n'est plus affectée que par deux facteurs : le soleil et la fonte. Sa consistance perforée a l'avantage d'offrir aux skis une certaine résistance. cette croûte est mince et cassante. et par un beau gel). avant le lever du soleil.et la croûte solide. sous l'effet du fœhn. La fonte peut intervenir à n'importe quelle saison. parce qu'à tous moments. mou et transparent. A température égale (de nuit. avec Lunn. la sédimentation et l'érosion cessent lentement. L'action du soleil sera maximale entre 12 et 14 heures environ sur une pente orientée en plein sud et dont l'inclinaison est normale par rapport à ses rayons. Ou bien. Croûte perforée. nous avons déjà mentionné deux premières modifications (cristallisation) qui n'étaient. C'est une délicieuse surface de glissement. Par contre. Sur les parties du champ de neige où la densité superficielle était parfaitement régulière (éventualité toujours possible). une croûte dure et glissante que nous appellerons. la surface de ces vagues finit par se glacer. Elle perd sa teinte mate et brille au soleil. sur des glaciers couverts de croûte « filmée ». La croûte « filmée » est merveilleuse pour la glissade en ligne droite. Les skis n'y laissent aucune trace et dérapent latéralement. les vagues n'existent pas. l'action alternée du soleil et du gel. Peu à peu. b. écrit Lunn. les pentes nord peuvent conserver leur neige poudreuse des semaines. par exemple. En plein hiver. Elle est composée d'une croûte solide. que favorables au skieur. sauf de rares exceptions favorisées par une chute de neige récente. Lorsque les skis commencent à tourner dans le virage. il faut de bons clous à ses souliers. Mais l'action du vent n'est pas exclusivement érosive.n'offrant aucune résistance latérale. L'élément poudreux une fois épuisé. et sa formation n'est pas encore bien expliquée. les effets du soleil sur ces pentes seront directement opposés à ceux du gel nocturne. Plus on s'élève dans les hautes régions. Même si l'on chemine à pied. il arrive que l'érosion découpe des plaques de neige. Lunn a distingué différentes espèces de croûtes que nous allons brièvement passer en revue : a. Comme le terrain parcouru par un skieur varie à tout moment d'inclinaison et d'orientation (dans ses détails. Elle doit son nom à une quantité de petits trous qui peuvent avoir le diamètre d'une pièce d'un sou. La croûte mince cassera. — Celle-ci est beaucoup plus rare. qui brille au soleil comme de l'argent en fusion. la croûte moyenne freinera sur les arêtes des skis (les virages impossibles). « On la trouve. avons-nons dit plus haut. très mince. l'action du soleil sur une neige croûtée (et surtout éventée) est plus particulière au printemps. le vent tombera avant que le processus soit achevé. Elle comprend toutes les sortes de neiges . les vagues se durcissent. plus l'action solaire y sera puissante. au lieu de les crever de leurs pointes. En parlant de la neige poudreuse. Le jour. Le jour.la formation des vagues sur l'eau. Il nous reste encore à voir quelle est l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse. Nous venons de voir que l'action alternative du soleil et du gel sur une neige poudreuse produit une neige croûteuse. ce terrain présentera des croûtes d'épaisseur très variable. Au début. on peut dire que la solidité de la croûte superficielle est directement proportionnelle à l'inclinaison de la pente et à son orientation méridionale. En étudiant attentivement la consistance des neiges sur ces pentes sud. Nous appellerons donc cette dernière catégorie : neiges printanières. C'est pourquoi les cols glaciaires et les cimes neigeuses ne sont généralement pas accessibles en ski au gros de l'hiver. mais elle reste plus ou moins unie. Croûte filmée. Elle forme des cristaux qui conservent un certain temps leur caractère feuilleté. ce film de glace molle est rasé et procure une excellente friction qui empêche tout dérapage.. ou un coup de piolet pour pouvoir avancer. et nous rencontrons alors des vagues à moitié formées. Plus la pente est rapide et plus la croûte était solide durant la nuit. La neige une fois croûtée. après avoir complètement ravagé les hauts plateaux glaciaires. plus elle sera propice au skieur qui la parcourt de jour. se couvrira d'une croûte. Nous trouverons là du « carton » ou de la « poudre à gâteau ».provoquera un pénible dérapage. pour devenir de plus en plus compacts et granuleux sous. du reste. et cette neige. De bon matin. même si elle n'est pas glacée. et sous l'action du soleil printanier. L'effet du soleil sur la neige dépend beaucoup plus de l'inclinaison et de l'orientation de la pente neigeuse que de la durée de l'insolation.. séparant des espaces de neige encore poudreuse. c. la croûte s'épaissit et devient de plus en plus dure. Lorsque le processus de fusion diurne et de gel nocturne se répète jour après jour sous un ciel sans nuage. sa puissance n'étant guère suffisante avant cette époque. bien entendu. Au milieu delà journée. Rien n'est plus excitant qu'une glissade au lever du jour. La poussière neigeuse entraînée par son souffle va se heurter violemment aux vagues en formation et finit par y adhérer en partie. par contre. cette croûte fond superficiellement et devient skiablé. la vitesse peut être modérée en virant. — même si la pente est généralement méridionale). Il y a donc simultanément érosion et sédimentation. gelée durant la nuit. 4° Neiges 'printanieres'. qui rendront les glissades scabreuses. plus la neige est dure et soufflée. Sous l'action alternative du soleil et du gel. Elle est également commune en mai et juin sur les glaciers. couverte d'un film glacé. parce que le soleil ne les frappe que sous un angle très aigu. croûtemarbrée. Plus le pente sud est rapide. qui sont finalement arrachées par le vent et lancées au loin. La surface est dure et croûteuse. La densité de la neige étant maximale à sa surface. le soleil fondra la neige. juste suffisanté pour éviter le dérapage.

mais en pratique?. tout comme le chamois. c'est-à-dire les avalanches qui arrachent la neige jusqu'au sol. qui fondent à leur tour sous la puissance toujours croissante du soleil et finissent par se cristalliser sous forme de névés. il ouvre les yeux et tâte la neige. des pentes même très faibles ont été envahies par des avalanches détachées de pentes supérieures. Par contre. car la neige recouvrant la pente douce est. Tout cela est très joli en théorie. La principale transformation est celle des neiges éventées. Aussi longtemps qu'elle conserve cette consistance granulée. et lui parle de ce qu'il ne devrait pas ignorer avant de s'aventurer en montagne. Arnold Lunn. des théories et des principes désormais acquis. les vents n'ont presque aucune influence sur les neiges (sauf le fœhn. Avant de discuter des avalanches en général et d'analyser plus exactement leurs subdivisions. l'action irrégulièr» des vents. ou de glace.. Lorsqu'il sent le danger. bien entendu). Mes amis Maurice Croftez. Lunn s'adresse au skieur tout simplement. les avalanches peuvent se détacher bien au-dessus de lui. c'est. durcie et gelée la nuit. B. La stabilité d'une pente neigeuse ne dépend pas uniquement de son inclinaison. c'est sa parfaite régularité. a bien voulu m'autoriser à traduire ici le chapitre IV de son Alpine Skiing. La formation neigeuse la plus rebelle à l'action du soleil printanier est naturellement la neige en vagues (skavla). . peut être excessivement dangereuse lorsqu'elle se termine rapidement. Il est entendu que le danger des avalanches est une fonction directe du poids spécifique de la neige (ie poids d'un mètre cube de neige varie entre 50 et 800 kilogrammes). Pour acquérir cet instinct. en mai et juin. l'inclinaison et la nature du terrain sur lequel va reposer la neige. Peu à peu cependant. et j'ai ajouté. il est bon d'examiner les conditions préliminaires qui favorisent la formation de ces avalanches. et cependant je préférerais beaucoup mem cr avec eux pour traverser les Alpes en ski. Le processus de fonte diurne et de gel nocturne. la neige printanière retrouve tous ses charmes. plutôt qu'avec nos physiciens les plus illustres. est tout aussi bonne et même plus sûre. Je ne me suis pas attaché aveuglément à son texte . déjà signalé en plein hiver. cristalline ou granulée le jour. Mes lecteurs lui en sauront gré autant que moi. Jusqu'à présent. que ce poids spécifique est le quotient de deux chiffres indiqués journellement par nos bulletins météorologiques (hauteur de la couche de neige fraîche et hauteur de précipitation en millimètres d'eau). la neige printanière. Les conditions préliminaires sont celles qui précèdent la chute de neige. — et cela en dépit de toutes les belles théories. Une pente qui pourrait offrir toute la sécurité désirable si elle finissait en mourant. les pentes concaves sont plus sûres que les pentes convexes. caractérisées par le glissement d'une couche superficielle. car un glissement superficiel (qui serait anodin si la pente se terminait en mourant) peut être fatal pour un skieur entraîné vers les rochers inférieurs 1 On a tant écrit sur cette question des avalanches qu'il serait outrecuidant de vouloir exprimer. que ces bulletins météorologiques nous indiquent la direction des vents. telles sont les notions qui serviront à guider le skieur et a le préserver du danger qui le menace. La neige printanière a sur la neige poudreuse un gros avantage : une fois abîmée par les vents. Renonçant habilement à toute pédanterie scientifique. Le montagnard. Ce sont : les formes topographiques. Idetboden. Des pentes qui s'incurvent brusquement après avoir été faibles sont toujours sujettes à caution. il faudra bien quelques années au skieur alpin. mais encore de l'inclinaison des pentes supérieures ou inférieures. j'en ai supprimé tout ce qui me paraissait inutile (ou même douteux). on a rarement observé des avalanches glissant sur des pentes d'une inclinaison inférieure à 23°. — AVALANCHES1. E. A cette époque. elle permet de très belles glissades. un des skieurs les plus versés dans la matière. elle présente une quantité de cristaux granuleux et brillants. sur des pentes invisibles et pour des causes objectives. les pressions barométriques et la prévision du temps. Kygrr. Cependant.croûteuses et éventées dont nous avons parlé précédemment. alors que le sol en est encore dénué. Les skis glissent sans y enfoncer. il y a peu de chances que la neige recouvrant la pente supérieure puisse supporter la traction inférieure au point où la pente s'infléchit.. quelques notes personnelles. En général. sous une forme nouvelle. par-ci par-là. Une pente rapide (et concave par exemple) dont l'inclinaison diminue progressivement pour finir en horizontale est infiniment plus sûre (2) qu'une pente convexe dont la partie inférieure est plus inclinée que la partie supérieure. Ce sont les neiges typiques du printemps. en état de suspension. plus ou moins épaisse. Les avalanches peuvent être divisées en deux classes : les avalanches de fond (Grundlawineri). tandis qu'après deux ou trois jours de soleil seulement. Les pentes qui l'hiver sont généralement houleuses et balayées parle vent. sur une couche de neige durcie. et celles dont l'inclinaison diminue plus sûres que celles dont l'inclinaison augmente vers la base. Elle ne bénéficie plus du support naturel que procure une base concave finissant en pente douce. Joseph Knubel et Casper Grass n'ont probablement jamais enfin parler de poids spécifique. pour ainsi dire. Cette neige granulée est familière aux skieurs printaniers et leur offre une excellente surface de glissement. se prolonge au cours du printemps. Les indications météorologiques sont trop générales pour remplacer les observations personnelles faites sur place.. Dans ce cas. La consistance si variable des neiges. comme nous l'avons dit. adoucie par les premiers rayons du soleil. on ne trouve plus en haute montagne qu'une neige parfaitement régulière. Mais il sondera toujours avec son bâton ce qu'il ne peut scruter du regard. — et les avalanches superficielles.. les surfaces les plus houleuses se nivellent et. enfin. Toute pente dominant une paroi rocheuse est naturellement plus dangereuse. présentent au printemps une merveilleuse surface de glissement. possède un instinct qui ne la trompe guère. un des grands avantages du ski printanier. la topologie du terrain. Ce qui caractérise la neige printanière aux hautes altitudes. Lorsque la croûte commence à fondre sous l'influence du soleil. et le skieur se meut en toute liberté.. la neige poudreuse est très rare au printemps et tout à fait inconnue aux basses altitudes. celle-ci ne s'améliore pas avant la prochaine précipitation. SCHUSSFAHRT 2 Nous emploierons ce qualificatif pour toute pante où la neige est stabilisée. La transition entre l'hiver et l'été n'est pas définie. Si la neige poudreuse est le rêve du skieur hivernal. Certes.

Il arrive parfois qu'une couche superficielle se détache et entraîne le skieur. Le torrent coulant au fond de cette vallée exerce une forte érosion sur la neige qui le recouvre. persistant même après sa chute. Une grosse moraine. Une herbe que l'on ne fauche jamais finit par se coucher en aval et présentera une surface excessivement glissante. Mais une avalanche qui suit le fond d'une vallée étroite. surtout au commencement de l'hiver et à la fin du printemps. nous avons examiné les conditions préliminaires: nature du terrain avant la chute de neige. les dernières. Elle offre par conséquent un meilleur support à la neige. et cette neige peut s'effondrer brusquement. des avalanches typiques de printemps. Mais. CLASSIFICATION DES AVALANCHES. la neige s'y attache parfois très fermement et transforme la pente glacée en pente neigeuse. plus l'hiver avance. La nature du terrain sous-jacent est un facteur d'importance vitale. il est parfaitement indifférent pour lui que l'avalanche soit plus ou moins épaisse. Les nuées de poussière neigeuse sont communes dans presque tous les types de grosses avalanches. De gros éboulis offrent une excellente garantie contre le danger des avalanches. Bien qu'une mince couche de neige (quelques centimètres à peine) soit suffisante pour former un glissement (surtout si cette couche repose sur de la glace). De telles vallées doivent donc être évitées. Mais. 3° Planches de neige (Schneebrett) . et le skieur sera écrasé entre l'arête et l'avalanche. est très dangereuse. 1 On appelle neige poudreuse sèche celle qui tombe par de grands froids. plus le rôle de la surface sous-jacente originale devient négligeable dans le problème des avalanches. Bien des skieurs s'en sont tirés indemnes. Si la pente finit en mourant. Une pente jonchée de blocs rocheux. et la glace est naturellement la pire de toutes les surfaces. 2° Avalanches de neige fraîche humide (c'est-à-dire «le neige poudreuse qui a commencé à fondre. couverte d'arbres ou de buissons. les inconvénients se réduiront à une perte d'altitude et de temps. se congèle instantanément par suite des pressions latérales. hivernales . comme le bord d'un précipice. bien qu'une grosse avalanche. au commencement de l'hiver ou à la fin du printemps. envahissant le fond de la vallée. sans être retenue par les éboulis sous-jacents. au contraire. A certaines époques. Une forêt épaisse offrira une sécurité suffisante. De fait. Jusqu'ici. si le glissement entraîne le skieur par-dessus une paroi rocheuse ou dans une rimaye. Une avalanche glissant sur cette pente ira s'entasser contre l'arête. De même. Elle ne forme pas de pelotes et ne colle pas . le nom d'avalanche à toutes celles qui sont assez puissantes pour engloutir le skieur et le tuer éventuellement. ou que l'avalanche s'étalait en éventail sur les pentes inférieures. Je réserverai. réalise précisément ces conditions : l'avalanche ira butter et s'entasser contre elle. Un autre facteur important est l'épaisseur de la couche neigeuse. Les trois premières sont des avalanches gén. Une couche fortement croûtée. S'il s'étrangle. inclinaison et formes topographiques de la pente sur laquelle l'avalanche se détache. est beaucoup plus sûre qu'une pente de gazon. ce qui exigera quelques efforts pour regagner le point atteint. par exemple. Le fond d'une vallée n'est pas seulement dangereux pour les raisons que nous venons d'indiquer. resserrée entre deux versants rapides. Je propose le nom de glissement neigeux (snow-slide) pour désigner ces petites avalanches qui ne sont dangereuses que lorsqu'elles entraînent le malheureux vers un terrain coupé. au moment où la neige force son chemin entre les parois resserrées du couloir. toute la masse neigeuse s'effondre en glissant. Cette classification me paraît défectueuse. de sorte que la nature du terrain sous-jacent et les aspérités éventuelles qu'il présente ont une très grande importance. Un danger analogue est à craindre partout où une arête tributaire strie la pente. par exemple. L'herbe régulièrement coupée est généralement courte et drue en hiver. par contre. sera presque toujours fatale. 1° Avalanches de neige poudreuse sèche (1). surtout lorsqu'elles tombent de hautes parois rocheuses. Je préfère donc diviser les avalanches en quatre classes principales : 1° Avalanches de neige poudreuse sèche . ces éboulis se couvrent de neige. au cours de l'hiver. la masse neigeuse nécessaire pour former une véritable avalanche est infiniment plus considérable.La chance d'échapper à une avalanche dépend beaucoup de la nature du terrain où elle finit par s'immobiliser. mais. si vous êtes surpris par une avalanche dans un couloir. ou parcourues seulement lorsque les conditions offrent une sécurité absolue. Elle du reste beaucoup avec la consistance de la neige. surtout lorsqu'elles ne sont jamais fauchées. sur laquelle une nouvelle couche pourra glisser à son tour. dont la croûte a été foncièrement fondue) . cou verte de neige molle. 4° Avalanches de vieille neige mouillée (Grundlawinen des anciens auteurs). parce que la victime est engloutie dans la neige et que cette neige. vous serez étouffé par la pression. moins inclinées. vos chances de salut sont plus grandes lorsque le couloir s'élargit au-dessous du point où vous avez été atteint. lancée en pleine course. beaucoup d'avalanches sont superficielles et glissent sur une couche de neige durcie . car une avalanche de fond peut très bien être composée de neige poudreuse et donner l'illusion d'une Staublawine. et cela uniquement parce qu'ils avaient réussi à se maintenir à la surface de l'avalanche. après avoir été charriés sur plusieurs centaines de mètres. si l'on a soin d'éviter les clairières ou les couloirs qui sont la voie préférée des avalanches. Les pentes de gazon rapides offrent une surface dangereuse. Les anciens auteurs subdivisaient les avalanches en Grundlawinen (avalanches de fond) et en Staublawinen (avalanches poudreuses). Heureusement. puisse facilement écraser les buissons et même les arbres. — par opposition aux avalanches de vieille neige mouillée.

elle en conserve encore une certaine quantité. L'avalanche engendre un courant d'air excessivement puissant et destructif. le danger des avalanches diminue sensiblement ( 1). D'autre part. la neige fraîche contient une grande quantité d'air. 7. Après deux ou trois jour de beau temps. L'effet de la fonte donne à la neige cette cohésion et cette densité qui lui manquent précisément lorsqu'elle est encore sèche et poudreuse. une avalanche tombant sur un versant de la vallée peut en détacher d'autres sur le versant opposé. peut jeter un char de fumier attelé de deux chevaux et le cocher d'un côté de l'Inn à l'autre. J'ai souvent expérimenté la neige fraîche à de basses températures et j'ai constaté qu'il était presque impossible de détacher une avalanche sur une pente inférieure à 35° d'inclinaison et à 100 mètres de hauteur. 2° Avalanches de neige fraîche humide. car il n'a jamais le temps de se sauver. à condition qu'elle présente une neige poudreuse cristalline. De jour. Celles qui sont très longues et rapides (ou qui dominent des parois rocheuses) restent. Les avalanches de neige poudreuse sèche vraiment dangereuses n'ont lieu que sur des pentes longues et rapides. Sur une pente sud rapide. vous verrez souvent de grosses avalanches de fond. L'humidité de l'air sature la neige et augmente son poids. « Cette avalanche est foudroyante et la plus dangereuse de toutes pour le skieur. même lorsqu'ils se trouvent en dehors de la voie de l'avalanche. Dans l'Himalaya. une foi croûtée. de sorte que les avalanches de fond sont normales.Avant d'être tassée. par contre. ils seront souvent tentés de traverser une pente sud où la neige poudreuse est précisément en train de fondre. la neige est bientôt fondue de part en part. Après quoi. cette croûte peut devenir douce ou cassante. sans qu'ils aient aperçu une particule de neige. mais. A moins d'être très violent. emporte les maisons des villages. sans chute. Des arbres et des maisons peuvent être balayés. lorsque la couche de neige est suffisante pour former une grande avalanche. Au printemps et aux hautes altitudes. les pentes sud sont généralement plus sûres que les pentes nord. et la neige qui les recouvre encore n'est plus qu'une croûte plus ou moins dure et glissante. sur une pente sud. Davantage même. Un coup de vent peut transformer une vallée en une véritable souricière. Parmi ces pressions. suspendues comme celles de la lave après les éruptions volcaniques. presque aussi destructives que celles qui tombent au printemps. Quelques jours de beau temps rendent la plupart des pentes nord absolument sûres. couche des forêts entières de l'autre côté de la vallée (Val Ferret). . Elles sont. les pentes sud sont généralement dégagées de leur neige superficielle. Ce qui la rend particulièrement dévastatrice. Parfois. D'autre part. qu'elle diminue vers la base et qu'elle ne surplombe pas une paroi rocheuse. De petits glissements sont naturellement possibles. Une forte hausse de température peut rendre une pente croûtée dangereuse à son tour. Mais. couverte de croûte dure. les pentes nord conservent généralement leur neige poudreuse plusieurs aux skis. Une forte pression externe est nécessaire pour la détacher. les pentes sud sont débarrassées de leurs avalanches. ces glissements s'arrêteront après quelques mètres. surtout lorsque la surface sous-jacente est durcie. Même une fois tassée.) Après une forte chute de neige. en règle générale. tel que le fond d'une vallée étroite. C'est celle que le vent soulève en fumées sur les crêtes et qui vient se déposer dans les bas-fonds à l'abri du vent. 1 Ceci parce que la neige est tassée et par le fait que la friction interne de la neige cristalline est plus grande que celle de la neige poudreuse. quand le vent persistant accumule de grandes quantités de neige derrière des arêtes par le beau temps et le froid. Sous l'action du fœhn humide ou d'une fonte générale. ou si le froid suit immédiatement une chute de neige humide. ou. Après quatre ou cinq jours de ce régime. Mais. toutes les pente rapides (et beaucoup de pentes modérées) deviennent très dangereuses. soit de l'action solaire). son poids et sa cohésion augmentent. il est vrai. il affecte rarement les pentes nord. le danger des avalanches poudreuses sèches peut durer un jour ou deux. même en plein hiver. Le fœhn sec est beaucoup moins dangereux que le fœhn humide. elle part à toute heure de la journée ou de la nuit et est à redouter encore longtemps après la dernière chute de neige. la pente sud sera croûtée et offrira une sécurité suffisante. Lorsque souffle le fœhn. Par un jour sans vent et une température au-dessous de zéro (à l'ombre). ordinairement (sauf au printemps). deux ou trois jours clairs et froids rendront aux pentes nord toute leur sécurité. plus fertiles en avalanches. C'est surtout une avalanche d'hiver qui n'a pas besoin de soleil ou de fœhn pour descendre . Les charmes sont du reste minimes à ce moment-là. suivant la quantité de neige mise en mouvement. la neige tombera à une température supérieure à zéro. humide et dangereuse. je n'hésiterais pas à traverser toute pente inférieure à 35° d'inclinaison. on peut voir dans l'air des particules neigeuses. Celle qui reste fond le jour et gèle la nuit. mais. Dès que la neige poudreuse est soumise à une fonte superficielle (provenant soit d'une hausse de température. au-dessus de 6 ooo mètres environ. il peut rendre la neige douce. Lorsque la neige poudreuse s'est transformée en neige cristalline (c'est-à-dire lorsque la poudre légère et sèche a été convertie en cristaux de grandeur appréciable). La violence du courant d'air augmente encore lorsque le flux s'engouffre dans un espace resserré. » (Ski. et le danger des avalanches également. Elle se produit après des chutes de neige tombée par de grands froids. Sa fluidité est énorme et sa friction interne presque nulle. L'hiver. Mais. Par un fœhn violent. Longtemps après la chute de l'avalanche. peu de skieurs se mettront en route en ce moment-là . une pente n'émettra plus d'avalanche avant de recevoir une nouvelle chute de neige. mais ces avalanches tomberont généralement dans les deux ou trois jours qui suivent la chute de neige . sinon les accidents seraient beaucoup plus fréquents. comme elle est également détestable pour le ski. XVIII. les skis ne glissent pas dans cette neige lorsqu'elle est à l'ombre. mais de telles hausses de température sont rares en hiver. c'est le courant d'air qui la précède et qui. mais coule entre les doigts comme du sable fin. celle du vent est la plus dangereuse. il est toujours très dangereux de faire du ski en haute montagne. Cette neige fraîche humide est très dangereuse. toujours dangereuses.

Dans les deux cas. ou bien elle présentera une de ces croûtes dues au vent (neige stratifiée. sera d'une densité différente de celle de la neige sousjacente. Le skieur devra observer très attentivement les effets du vent. l'intimité du contact entre la planche neigeuse et la neige sous-jacente est sujette à caution. nous nous sommes occupés de neige soufflée (ou éventée) dont la consistance poudreuse peut être douce. La gonfle est simplement un cas particulier (assez rare. Elle est plus humide et plus cohésive que la neige poudreuse sèche. dû au fait que l'endroit ou se forme la gonfle est plus ou moins excavé. une fois transformée en croûte dure. cette différence n'existe pas. la poudre printanière est très propice aux avalanches. ou poudreuse que la neige poudreuse ordinaire . par conséquent plus dangereuse. à une petite échelle. La poudre printanière est la plus dangereuse de toutes. à proprement parler. C'est précisément ce carton que l'on appelle planche de neige. elle tend à se décoller de sa base (2). et ceci augmentera les difficultés du diagnostic. du reste) des planches de neige. etc. Nous dirons donc qu'une neige poudreuse est nouvelle tant qu'elle reste poudreuse. la neige sera chassée en tourbillons par-dessus des arêtes et viendra se déposer sur les versants abrités ou dans les combes. Pratiquement. ou encore neige cartonnée. lourde. de façon à produire une fonte. Une formation plus dangereuse encore est la planche de neige (Schneebrett). ce carton. et elle est plus propice aux avalanches. C'est une erreur commune de croire que les pentes sud sont plus dangereuses que les pentes nord. Dans les hautes Alpes. 2 Certains auteurs font une différence entre le Schneeschild (gonfle) et le Schneebrett. Au printemps. La neige soufflée (ou éventée) est plus lourde et plus adhésive que la poudre ordinaire. que par l'action du soleil. c'est-à-dire d'une neige fraîche (1). dense ou légère. Mais la direction des vents change d'un jour a l'autre. il faut précisément une température supérieure à zéro. Une croûte tout comme une neige douce (formée par la fonte d une croûte superficielle) sont donc toutes deux des vieilles neiges. c'est presque toujours le contraire : les avalanches printanières sont provoquées par la température générale de l'air et l'état de l'atmosphère. Toute arête divisant une pente balayée par le vent présentera un côté exposé au vent (windside) et un côté abrité du vent (leeside). repose invariablement sur une croûte dure. comblement des trous. nous l'avons dit plus haut. comme toute pente où la neige s'est déposée en tourbillon. Celle-ci peut être une neige douce ou une croûte durcie. D'autre part. la température est généralement bien inférieure à zéro. tandis que la poudre printanière provient de la fonte d'une neige poudreuse. la plus difficile à prévoir et la plus incalculable comme effet. Ceci est un facteur absolument nécessaire à la fusion commune de deux couches successives de neiges différentes. des avalanches de neige fraîche humide. La neige chassée d'un versant à l'autre peut être plus ou moins dense. quoique désagréable au skieur. On a prétendu que ces gonfles se formaient à l'abri du vent et le Schneebrett sur les pentes exposées au vent. les chutes de neige sont généralement accompagnées de vent. La poudre printanière. Jusqu'ici. une neige tombée en juin peut être transformée en croûte et vieillir en moins de vingt-quatre heures. une haie. Scbneebrett). Les pentes épargnées par le vent au moment de la tempête sont ravagées par la bise dès que le temps s'éclaircit. enneigement des versants abrités) se manifestent tout à la fois à une grande et à une petite échelle: à une grande échelle lorsque les combes neigeuses sont alimentées par la neige arrachée aux arêtes qui les dominent . par contre.jours. sous l'action combinée du soleil et du vent. La couche supérieure et la neige sous-jacente sont soumises à des tractions différentes. 3° Planches de neige (Windslab . neige en vagues). C'est pourquoi elle tend à glisser durant les heures chaudes de la journée et doit être abordée avec toute la prudence nécessaire. qui laisse un espace creux (gonfle) entre le carton et la neige sous-jacente. de sorte que la neige qui tombe (soufflée par le vent) ne s'attache pas facilement à la neige sous-jacente. elle reste très favorable au ski et devient par conséquent très tentante. est une croûte dure et glissante. Cette sorte de neige est produite par la fonte de la croûte superficielle. « poudre à gâteau ». Sa densité étant différente de celle de la neige sous-jacente. Pour que deux neiges de densités différentes forment un tout homogène. sur une pente exposée au vent et striée par des arêtes minuscules. Elles doivent cependant être distinguées des avalanches de vieille neige humide. L'expansion et la contraction résultant des changements de température affectent différemment les couches de densités et de caractères 1 Une neige est dite nouvelle lorsqu'elle n'a pas encore été croûtée et vieille lorsqu'elle est croûtée. . Ainsi. elle présente dans bien des cas une sécurité suffisante. Cette poudre sèche repose souvent à même le sol. Elle se détache plus facilement de la surface sous-jacente. au lieu d'être en contact intime avec la neige sous-jacente. . En hiver. parce qu'au moment où d'autres pentes sont abîmées par le soleil. les combes neigeuses conduisant aux cols glaciaires et les champs de neige les mieux abrités reçoivent la plus grande quantité de neige. elle peut rester longtemps poudreuse sous une croûte dure et soufflée. Les effets du vent (dénudation des arêtes. Les planches de neige ie se forment qu'à la longue. il sera très méfiant en traversant le côté abrité d'une arête. Des avalanches de poudre printanière sont. La neige étant presque imperméable aux rayons solaires. Cette neige perdra peu à peu sa consistance poudreuse. Il faut être excessivement prudent en traversant une pente où la neige s'est accumulée sous l'action du vent. Une neige soufflée peut naturellement se couvrir d'une nouvelle couche. Comme elle se rencontre généralement sur les pentes nord. Bien qu'elle offre encore une excellente surface. peut former par endroits une voûte. Elle se rencontre sur les glaciers et. Si le vent est violent. suivie d'un nouveau gel. La neige arrachée du versant exposé au vent viendra se déposer sur le versant abrité du vent. Elle est formée par une croûte durcie de neige soufflée. sèche et légère de neige hivernale. La neige cartonnée. les skieurs ignorants sousestiment son danger. Lorsqu'il remarquera que des neiges ont été exposées à sa violence. La neige soufflée. C'est l'avalanche la plus traîtresse de toutes. sont des exemples à petite échelle. formée par le vent. Parfois cependant. Un mur.

mais bien de la différence de contact entre la croûte supérieure et la neige sous-jacente. A la suite d'un hiver rigoureux. Les couloirs ou les clairières allongées qui strient les forêts sont leurs voies préférées. A force d'être fondue et regelée. Plus le printemps avance. ces avalanches détruisent parfois des chalets. Au printemps. L'autre est au contraire brillante au soleil. Mais. entre ces deux neiges. Ces deux croûtes présentent un contraste fort instructif. Livintsu. Ces planches de neige peuvent s'effondrer à n'importe quelle température. ne provient pas de ces différences superficielles. les avalanches sont provoquées par la fusion interne de la neige couvrant le sol. vous aurez toutes les peines du monde à vous en dégager. dans ces combes abritées du vent où s'amasse la neige enlevée des arêtes. La croûte formée par le vent est parfois complètement détachée de la couche sous-jacente. La croûte formée par le soleil et le gel subséquent épouse progressivement la neige sous-jacente. Sa surface dure et polie donne une fausse impression de sécurité. qui agit comme lubrifiant entre la couche de neige et la croûte sous-jacente. n'a pas en réalité la solidité apparente. à la fin du printemps. Celles-ci sont particulières au printemps. en se contractant. Lorsque cette cabane n'est accessible que par des pentes rapides ou par une vallée étroite. . la formation d'une planche de neige est anormale. la planche de neige. Des quantités incroyables de neige s'effondrent alors de la montagne. la plupart des pentes sont soumises plus ou moins profondément à la fusion due au soleil. L'expert pourra très bien différencier ces deux croûtes: la planche neigeuse est généralement composée d'une neige plâtrée. Les avalanches superficielles de vieille neige humide sont plus fréquentes que les Grundlawinen. Les routes qui traversent leur voie habituelle doivent être protégées par des tunnels. des ponts et même des villages entiers. Une pente sud. Dans l'après-midi (et aux basses altitudes bien avant midi). Dès que le soleil a fondu la croûte superficielle.différents. entraînant des arbres et des blocs de pierre. par exemple. Les grandes avalanches du printemps (Grundlawinen) suivent généralement des voies connues et bien définies. et toute la planche s'effondrera en plaques disjointes. A chaque instant. tirant une langue chargée de blocs neigeux. Les planches de neige ne se rencontrent généralement qu'en plein hiver. sans qu'il y ait entre elles la moindre connexion. il entendra un sourd craquement : la croûte s'affaissera sous son poids. entraînant avec elle une grande partie de la neige sous-jacente. Une croûte absolument indépendante est susceptible de différentes tractions. même celles formées par le vent. le danger d'avalanche existe. alors que toutes les avalanches ordinaires sont déjà tombées. Quelques-unes d'entre elles portent des noms locaux (1) et tombent à date fixe. Parfois. ne produira pas d'avalanche tant que la croûte n'est pas fondue. Le skieur traverse ces pentes sans se douter que la croûte superficielle. Une neige soufflée peut recouvrir une neige poudreuse. Dès le mois de mai. aussi longtemps que la croûte n'est pas en fusion. Si vous soupçonnez la présence d'une de ces gonfles. d'où résultera finalement la voûte (gonfle) décrite plus haut. qui trahit l'action du vent par une légère apparence stratifiée. d'être cloîtré dans une cabane au mois de mai. il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre patiemment la chute du fœhn. la neige finit par devenir compacte et lourde. on peut la considérer comme absolument sûre. Le bruit des grandes avalanches alterne avec celui des petits glissements et les parois se renvoient des milliers d'échos. La couche superficielle (ou planche de neige) peut se contracter plus ou moins fortement que la couche sousjacente. croûtée par l'action alternative du soleil et du gel. mate et crayeuse. Par un froid excessif. L'avalanche finit par s'arrêter bien bas. un plan de clivage régulier. ces avalanches superficielles tombent journellement. une avalanche s'écroule. En outre. nous avons : * Lmutun. sinon agréable. C'est une expérience intéressante. Tout à coup. de sorte que. si vous êtes englouti par cette vieille neige humide. tantôt une neige superficiellement croûtée. laissant l'air s'échapper comme par une soupape. Il est difficile de déceler sur la neige des signes certains. le terrain devient assez chaud pour fondre la neige qui le recouvre. Le fait que la première est dangereuse tandis que la seconde ne l'est pas. le carton devient cassant. si la pente est concave. reposant sur une croûte. On rencontre ces planches de neige à l'approche des cols glaciaires. Ceux qui visitent les Alpes en mai peuvent seuls apprécier à sa juste valeur la puissance des avalanches. Car. La planche de neige est la variété la plus dangereuse et la plus décevante de toutes les avalanches. On aura tantôt de la neige douce. plus le soleil devient puissant. La neige est saturée d'eau. Cette vieille neige humide est naturellement très dangereuse. Il peut craquer après des jours et même des semaines de beau temps. foncée par la boue et piquée d'arbres ou de buissons. Ces avalanches de vieille neige humide sont naturellement beaucoup plus mortelles que celles de neige fraîche. sondez la neige avec le piolet et tâchez de reconnaître si elle est homogène ou si elle repose sur une couche de neige tendre. car le soleil de mai est si puissant qu'il fond toutes les croûtes. indiquant l'homogénéité plus ou moins grande de deux couches superposées. 4° Avalanches de vieille neige humide. dure et glissante. par une brusque tempête de fœhn. La croûte superficielle et la neige sousjacente s'épousent insensiblement. même si vous n'êtes 1 En Suisse. La vieille neige humide du printemps pèse environ dix fois plus que la neige fraîche hivernale. tend à former un arc sur une voûte plus ou moins creuse. Il est important de bien distinguer entre la croûte formée par l'action du soleil et celle formée par l'action du vent. Il n'existe pas. Une étude approfondie des pentes sud permettra au skieur de distinguer les croûtes formées par la fusion et le gel de celles formées par le vent. car une croûte ainsi formée s'effondre rarement en avalanche.

Si l'on est pris par une avalanche en poussière. Ceci est absurde. dominées par une paroi rocheuse. Une avalanche sera beaucoup plus dangereuse si elle fond sur vous que si elle se détache sous vos skis. mais offrant la seule voie possible. Il consiste alors dans le déplacement d'air dans le sens de la chute. il se produira un gel sensible. La plupart des avalanches printanières se détachent au-dessous de la limite neigeuse estivale. pendant. bien avant d'avoir pu diriger mes skis vers la pente. La règle la plus simple serait d'éviter complètement tout terrain avalancheux. le danger diminue. Essayer de se creuser un trou d'air au dernier moment. Lorsqu'une avalanche vient de partir. Le danger ne consiste plus à être enseveli. Elle laisse derrière elle une tranche parfait nette. Des pentes rapides. il faut se maintenir à la surface en exécutant des mouvementn de natation. Avant que le courant s'arrête tout à fait lever les bras si la tête n'émerge pas. offrent généralement un passage favorable. après neuf heures du matin. en été. les chances d'y échapper sont infinitésimales. deviennent immédiatement très dangereuses. entre la neige et les rochers. de la puissance du soleil et de la température plus élevée de l'air. Non seulement par suite de la quantité de neige. Les éboulis. cette croûte s'adoucit très vite et. Débarrassé de vos skis. Tactique à suivre sur un terrain avalancheux. juste au pied des rochers. On a prétendu qu'un skieur pouvait échapper à une avalanche en pointant ses skis vers le bas et en fuyant à toute allure. Mais il existe bel et bien.traverser une pente apparemment dangereuse. et vous comprendrez combien l'avalanche peut être brusque et homicide. il ne vous reste plus aucune chance de le faire. Des pentes dangereuses devraient toujours être traversées le plus haut possible. 91-92. mais ils bénéficient certainement d'une grande immunité. Une fois l'avalanche sur vous. Il est souvent impossible de faire le moindre mouvement à l'arrêt du torrent. glissant devient un roulement. de sorte que presque toutes ces pentes pourront être traversées sans crainte. Plus l'hiver avance. surtout par le fœhn. mais entre la certitude d'un bivouac et l'éventualité d'une avalanche. ce qui renverse le touriste et l'entraîne dans l'intérieur de la masse en mouvement.) . ou même plus tôt. ce temps. Chaque avalanche dépose un peu de neige sur ces sortes de vires transversales et finit par égaliser peu à peu la pente qui devient glissante et ne présentera plus aucun obstacle à l'avalanche. La trace d'un chamois forme un chapelet de petits trous et provoque rarement un effondrement. par exemple. Vous n'y parviendrez que si vous avez eu le soin de détendre leurs fixations avant de traverser la pente fatale. qui peut entraîner le touriste. La région des névés une fois atteinte. qui descend sur une pente raide et qui se précipite dans le vide. qui permet une traversée moins exposée. Je n'ai été pris qu'une seule fois par une avalanche et. car les skis vous entraînent dans le remous et suppriment tout espoir de revenir à la surface. Observez la neige glissant d'un toit. La neige poudreuse contient une grande quantité d'air. entre le coucher et le lever du soleil. il est souvent possible d'atteindre la rive du torrent et de se sauver en exécutant des mouvements de natation. » (RuTOKRS. Il y restera alors jusqu'au coucher du soleil. Si l'avalanche vous atteint dès son début. et les ponts de neige couvrant ces tunnels ne doivent être traversés qu'avec beaucoup de prudence. Elle se détache avec un sourd craquement et provoque le brusque effondrement d'une profonde couche de neige. les blocs. elle m'avait emporté vingt mètres plus bas. comme le skieur qui. 1 « Si l'on est pris par l'avalanche. surtout si la neige est mouillée. et dans la poussière de neige qui pénètre sous une forte pression dans le nez et la bouche et provoque la mort par asphyxie. le touriste peut se maintenir à la surface. Tant que la neige est en mouvement. immédiatement après. les buissons. En mai. le risque des avalanches devient bientôt formidable. Les avalanches printanières franchissent parfois une rivière. Tenir la tête en l'air. sont complètement dénuées de neige. J'ai souvent été frappé de voir des traces de chamois sur des pentes de 40° à 50° d'inclinaison. même modérées. Dès qu'une croûte commence à se former sur la neige. p. en ouvrant une trace continue. de sorte que vous pouvez survivre quelque temps même si vous en êtes entièrement recouvert. de façon à y parvenir dans les premières heures du jour. vous devriez adopter la tactique du nageur. il y a toujours. il faut avant tout protéger la bouche et le nez. Il faudra choisir non seulement entre l'abandon de l'expédition et le risque d'une avalanche. Il est vrai que les chamois sont parfois tués par les avalanches. il faut lutter à l'extrême. Etho fas Alpes. Les limites du danger sont élastiques et mal définies. ce mouvement d'abort. on devra. En descendant dans une vallée. Un skieur détachera beaucoup plus facilement une avalanche qu'un homme à pied. tout danger d'avalanche disparaît. 1916. puisque la neige s'éparpille sur une grande étendue. Durant les nuits claires. Une fois englouti. Les routes et les saillies étroites qui coupent une pente rapide ne tardent pas à se niveler complètement. Lorsque le fœhn souffle au printemps. toutes les pentes. Estimez-vous très heureux si vous avez le temps d'enlever vos skis. plus le danger augmente. divise la pente en deux et prive la neige de son support naturel. Le piéton. Par suite de sa friction sur la base. Malheureusement. Ce phénomène se produit. Si c'est une avalanche sèche. Elles glissent sur des pentes qui. Il existe souvent là un petit corridor. un temps pendant lequel la couche glisse. vous aurez beaucoup plus de chance de vous en tirer. tâchez de conserver la tête hors de la neige (1). L'avalanche ne roule pas comme une simple boule de neige. Celui qui se laisse aller est perdu. Tant que le torrent de neige est en mouvement. invariablement. finissent par être recouverts d'une couche toujours plus épaisse. et d'autres obstacles naturels au glissement de l'avalanche. pour descendre ensuite seulement dans la vallée. ce n'est pas toujours chose possible. La raison en est bien simple : le chamois ne coupe pas la neige. En mai. Celle-ci devra alors s'y creuser un tunnel. paroi neigeuse qui mesure exactement l'épaisseur de l'avalanche à son origine. au-dessous de la zone des glaciers. mais aussi parce que les inégalités du terrain disparaissent peu à peu. Mais l'avalanche printanière ne contient que de l'eau et provoquera une asphyxie presque instantanée. ou en roulant sur soi-même hanche sur hanche. le skieur doit souvent combiner son retour au refuge.recouvert que par une mince couche de neige. Plus d'un skieur a trouvé la mort en passant une rivière sur ces restes d'avalanche. Avant tout. la neige s'éparpille dans les airs en tout ou en partie.

Ne vous encordez jamais pour traverser un terrain avalancheux. elle devrait mettre les peaux de phoque. mais tout au plus celui qui traverse le terrain dangereux. On ne négligera aucun effort.) et assurer celui qui traverse un court espace dangereux. Si la caravane conserve ses skis aux pieds. Si le skieur emporté n'a pas été blessé mortellement par la chute de l'avalanche. Si l'avalanche se détache. 1911-1912. Une ascension directe ou une descente en file indienne sont toujours préférables à une traversée oblique. Si vous êtes dans le doute. C'est là une précaution souvent négligée. CHAPITRE V LA NOUVELLE TACTIQUE 1 Ici.comme le chamois. on évitera non seulement d'exposer plusieurs skieurs à la fois. En prenant une pente de neige en écharpe. on suivra la voie la plus directe. qui ne doit être traversée que par un seul skieur à la fois. «Pour passer d'un point à l'autre. On ne quittera l'emplacement qu'après avoir tout essayé. Sur un terrain dangereux. il faut donc retirer ses skis à temps et cheminer à pied. A moins que la neige superficielle soit très profonde. . de continuer. Si le temps vous manque. éventuellement creuser des fossés à la pelle. Procéder systématiquement. mais les risques de provoquer l'avalanche seront bien diminués. 2 Jahrbuch des Ski-Club Salzburg. bénéficie de certains avantages. de façon que tous les membres de la caravane ne se trouvent pas en même temps sur une seule et même côte. La corde. un des participants doit constamment surveiller la pente supérieure et avertir ses compagnons au cas d'un nouveau danger. il ne faut pas que plusieurs skieurs soient emportés. On évitera donc les brusques arrêts et surtout les chutes. il peut encore être sauvé de l'asphyxie ou du gel plusieurs heures après avoir disparu. on risque beaucoup de la couper et de provoquer l'avalanche. Rien n'irrite la neige comme des virages en vitesse. des couches. C'est un cordon rouge d'une vingtaine de mètres de longueur. ce qui permet de déterminer la situation de la victime. et quelques commentaires à ce sujet. du contact sous-jacent. retournez en arrière. Une notion très claire sur le temps. et l'on évitera les combes et les contreforts rapides. à moins qu'un membre de la caravane puisse s'ancrer fermement sur quelque point solide (rochers. et mettez les peaux de phoque. On inspectera tout d'abord la surface de l'avalanche pour voir s'il y reste quelque trace du disparu. « Seul l'alpiniste expérimenté est à même de prévoir le danger des avalanches. Des haltes. de l'extension. il sera bon de forer des trous pour permettre à l'air d'arriver jusqu'à elle. Un terrain dangereux ne devrait être abordé que par un seul homme à la fois. Elles seront proportionnées à la largeur de la pente dangereuse. « Si la caravane n'est pas assez nombreuse. du moins. les bâtons pourvus de disques amovibles seraient fort utiles. Si le terrain est strié de plusieurs côtes (arêtes). «A la descente. Dix à vingt pas ne sont pas suffisants. Si la pente est suspecte. même très brèves. Si deux ou trois skieurs encordés sont enlevés par une avalanche. Pendant ces travaux de recherches. il est recommandé de passer de l'une à l'autre. la mettre en mouvement et découvrir éventuellement le corps du skieur» ( 3). Si vous êtes pressé. 3 Bilgeri recommande l'usage du Lawinenschnur pour traverser les pentes exposées aux avalanches. quelle en est la couche sous-jacente (1). il faut sonder avec piolets et bâtons. enlevez vos skis. qui les suffoquera. la distance entre les skieurs doit être plus considérable encore qu'à la montée. « Quant au sauvetage. on choisira l'itinéraire qui emprunte des replats ou des côtes. asseyez-vous sur vos skis et laissez-vous descendre par une glissade assise et directe. de façon à glisser le plus directement possible. la neige et les conditions du terrain est absolument nécessaire durant toute la course. En ski. que chaque skieur s'attache à la taille et laisse traîner derrière lui. Si l'on ne trouve rien à la surface. les attirera dans le remous. une fois enfouie dans l'avalanche. On trouvera au premier paragraphe du chapitre suivant la topographie des lieux où se sont produites des avalanches mortelles en Suisse. Un observateur devra rester sur le lieu de l'accident. donne encore d'autres conseils qui nous paraissent utiles d'être relevés (2). il y a bien des chanee-pour qu'une portion du cordon reste à la surface. Il faut étudier la neige au point de vue de la résistance. il faut s'y mettre immédiatement et de toute son énergie. un homme descendra immédiatement dans la vallée pour y chercher du secours. ni aucune peine. sondez avec un piolet ou un bâton et tâchez de déceler si la neige est homogène ou. « Dès que l'on prévoit un danger d'avalanche. La répartition des skieurs dépendra de leurs qualités personnelles. ne doivent se faire que sur les points où l'on peut se réunir en toute sécurité. car ils peuvent être enfoncés beaucoup plus profondément que les bâtons ordinaires. En l'observant. Ils éviteront de se dépasser l'un l'autre. ses pieds enfonceront jusqu'à la vieille croûte sous-jacente. leurs chances de s'en tirer sont presque nulles. etc. Bilgeri. S'il est nécessaire. une des autorités les plus connues en Autriche. il est beaucoup plus facile de provoquer une avalanche et très difficile de la retenir une fois qu'elle est déclanchée. observer l'inclinaison. il faut avant tout prendre ses distances. gardez-les aux pieds. une avalanche ultérieure pouvant tomber sur la première. de façon qu'aucune partie ne reste inexplorée. la configuration et l'enneigement des pentes. Si le skieur est englouti par l'avalanche. Si l'on doit surmonter une pente dangereuse. Dans ce cas.

I. — COMMENT LE SKIEUR DOIT LIRE SA CARTE (4).
Le skieur suisse peut s'estimer heureux et privilégié : il habite au pied des plus belles montagnes et il possède
de son pays une carte admirable, que lui envient tous ses voisins. L :'Atlas Siegfried, au 50 000e, dont nous voulons
parier, est certainement, en clarté, en relief et en exactitude, bien supérieur aux cartes officielles des États limitrophes.
C'est du reste la seule sur laquelle le skieur puisse projeter ses itinéraires de courses en haute montagne. Celle au 25000 e
ne s'étend pas encore aux Alpes, et celle de Dufour au 100 000 e, qui couvre toute la Suisse, est insuffisante pour une
étude détaillée du terrain.
Tant que l'Association suisse des Ski-Clubs et le C. A. S. n'auront pas publié tous les volumes de leurs «Guides
du skieur», décrivant minutieusement et systématiquement chaque itinéraire, l'Atlas Siegfried au 50 000 e restera
l'auxiliaire indispensable du skieur, — de celui surtout qui quitte volontiers les traces toutes faites pour pointer ses skis
vers de nouveaux buts. Pour qui sait l'interpréter en détails, cette carte est comme un livre ouvert, révélant la solution
d'une quantité de problèmes alpins. L'indigène lui-même, auquel le skieur confie parfois la direction de la caravane, ne
possède pas les notions fondamentales du nouvel alpinisme. Comme le professionnel, il est routinier et conservateur; il
ne connaît guère que les sentiers d'été et ne comprend pas que la neige hivernale transforme la tactique orthodoxe du
vieil alpinisme.
Si notre carte est indispensable aux alpinistes, elle est plus précieuse encore aux skieurs. En été, l'alpiniste suit
des chemins tout tracés ou minutieusement décrits dans un guide détaillé, et les seules difficultés des problèmes qui le
préoccupent résident dans l'escalade de parois ou d'arêtes pour lesquelles la carte au 50 000 e est d'un secours bien
illusoire, les parties intéressantes étant beaucoup trop réduites par la projection.
Pour le skieur, au contraire, les versants rapides et les parois rocheuses n'offrent aucun attrait. Il cherchera
même à les éviter. Ce qu'il scrute avidement, c'est le terrain à parcourir en ski, depuis le village dans la vallée jusqu'au
glacier, jusqu'au col élevé où il compte monter. Tout ce terrain devient alors l'objet d'une étude minutieuse et parfois
passionnante. Des mètres de neige recouvrant la montagne, le skieur commencera par supprimer mentalement sur sa
carte toutes les voies de communications qui s'étendent au delà du dernier village habité. Ce qu'il doit considérer
presque exclusivement, ce sont les formes topographiques et leur inclinaison relative, exprimées en courbes de niveau.
Les formes et l'inclinaison du terrain ont pour le skieur une importance capitale.
La plupart de mes lecteurs sont des alpinistes ou des officiers sachant lire une carte ; mais il leur manque une
notion fondamentale, étrangère à la tactique ordinaire et particulière à celle du nouvel alpinisme. Il faut arriver à lire sa
carte "avec les yeux d'un skieur" et pouvoir dire en la consultant : ici je passe ; là je ne passe pas (en ski). L'assimilation
de cette nouvelle notion nous est facilitée pour deux raisons :
-premièrement, nous nous servons toujours de la même carte (A. S. : 50 000) dont l'échelle et l'équidistance des
courbes de niveau sont constantes; nos yeux finissent par s'adapter à ces deux constantes; secondement, le skieur
parcourt en un seul jour des pentes d'inclinaison très variable, et il pourra du même coup juger de leur viabilité ; sur sa
carte, il peut ensuite comparer les pentes parcourues à celles qui lui sont encore inconnues, et tirer de là des déductions
fort simples et très utiles. Plus il compare, plus sa notion s'enrichit, et il finit par acquérir un certain coup d'oeil, une
notion visuelle, grâce à laquelle il déterminera presque infailliblement la viabilité d'un terrain quelconque.
Avant d'étudier en détails les formes et l'inclinaison du terrain montagneux, il est nécessaire de faire une
réserve. Je n'ai, en effet, tenu aucun compte, jusqu'ici, d'un facteur qui joue pourtant un rôle considérable dans la
viabilité de la montagne en hiver : c'est la consistance de la neige qui la recouvre. On comprendra facilement que, si
telle pente, disons de 30°, est viable sans le moindre danger lorsqu'elle est couverte de neige stable, il n'en est pas de
même lorsque cette neige manifeste une tendance à s'écrouler en avalanches. La question des avalanches est traitée au
chapitre précédent. On sait que la neige obéit à des lois statiques et météorologiques et que les premières dépendent
directement des secondes. Ces conditions météorologiques viennent donc compliquer le problème que nous étudions.
Pour plus de simplicité, nous allons supposer des conditions normales. C'est la supposition que fera tout naturellement
l'alpiniste-skieur en élaborant ses itinéraires, en se réservant, bien entendu, de modifier son plan si les conditions
n'étaient pas remplies au moment de partir en course. Nous verrons plus loin quelles sont ces conditions
météorologiques normales.
Pour familiariser les yeux du skieur avec la notion visuelle dont je parlais plus haut et qu'il est si nécessaire
d'acquérir, j'exposerai une série de schémas représentant des pentes plus ou moins rapides et des formes topographiques
plus ou moins compliquées, cela à la même échelle et à la même équidistance de courbes (30 m) que C.A.S. au 50000e.
Les formes figurées par ces schémas ont presque toutes été calculées sur C.A.S. et se retrouvent donc un peu partout sur
la carte et dans la nature. Les six premiers schémas sont des figures préliminaires, représentant des pentes presque
régulières, dont l'inclinaison va décroissant de 1 à 6, depuis la pente très rapide jusqu'à la pente douce. Le terrain étudié
par le skieur pourra donc toujours être comparé à l'un de ces schémas.
Les pentes figurées par les schémas 1 à 3 sortent du domaine propre au skieur et n'offrent pour lui aucun
attrait. Il peut être appelé à traverser de telles pentes sur de courts espaces ; mais lorsqu'elles présentent l'étendue
4

La nouvelle tactique est basée essentiellement sur l'étude de la carte, et c'est l'objet que nous allons traiter dans ce premier paragraphe. Cet article
paru sous le même titre.mais sous une forme sensiblement différente, dans … des Alpes de mars 1920, après avoir été publié en allemand dans …,
vol. XIV (Wie liest der alpine Skilaufer seine Karte?). Ce premier paragraphe ne concerne que les Alpes suisses.

correspondant aux schémas, il doit les éviter en toute circonstance. On peut considérer la figure 4 comme une transition
entre les terrains à éviter et les pentes viables. Enfin, toute pente dont l'inclinaison est inférieure à celle du schéma n° 6
est viable en toute circonstance.
Ces six premiers schémas constituent en quelque sorte une échelle d'inclinaison. Il nous faut maintenant
soumettre cette échelle à la variabilité des conditions météorologiques.
Je distinguerai trois cas principaux : conditions normales, conditions parfaites, conditions défavorables.
A. — Conditions normales.
Le skieur trouvera la montagne dans des conditions normales par le beau temps, après une série de quelques
beaux jours, lorsque la dernière chute de neige n'a pas été abondante. Sur les versants méridionaux, la neige sera
légèrement tassée par l'influence du soleil. Sur les pentes nord, au contraire, elle conservera encore sa consistance
poudreuse. Dans ces conditions, le skieur peut parcourir, sans danger, toutes les pentes analogues aux schémas 5 et 6.
Éviter les pentes 1 à 3. Sur de très courts espaces, on peut affronter les pentes d'inclinaison 3 (voir le cas de la figure 9).
4 est viable, sans exclure l'éventualité du danger d'avalanches (le pointillé indique la voie la plus favorable).
B. — Conditions parfaites.
En janvier et février, comme nous l'avons dit au chapitre III, le beau temps dure parfois des semaines. Tandis
que la plaine est couverte d'un épais brouillard, les hauteurs restent parfaitement claires, et il y règne une température
diurne beaucoup plus élevée que dans les fonds. Le soleil et les vents travaillent la neige, durcissent sa surface et
augmentent constamment sa stabilité. Après quinze jours de ce régime, nous trouvons la montagne dans des conditions
exceptionnelles. Elles ne satisferont évidemment pas le skieur pur, qui trouvera difficilement la neige rêvée pour ses
skis. Mais l'alpiniste profitera de ce moment psychologique pour tenter les grandes ascensions, et il aura bien des
chances de les réusoir aussi facilement qu'en été. Dans ces conditions, examinons à nouveau les schémas. Je dirai
brièvement : Éviter 1 à 3. Sur de courts espaces seulement on peut affronter les inclinaisons 2 et 3 (voir le cas des
figures 9 et 29). 4 à 6 sont viables sans danger.
C. — Conditions défavorables.
Un skieur prudent ne s'aventurera jamais en montagne par le mauvais temps. Mais il arrive trop souvent, hélas,
qu'il soit surpris là-haut par une brusque intempérie et qu'il soit obligé de fuir dans les pires circonstances. Les
conditions sont défavorables, lorsque le temps ne serait même que douteux, par une température voisine de zéro, une
couche de neige fraîche abondante et des vents du sud ou de l'ouest.
Dans ces conditions, le skieur évitera soigneusement toutes les pentes analogues à celles des schémas 1 à 4,
même sur de courts espaces. 5 est viable, sans exclure l'éventualité du danger des avalanches. 6 est sans danger (si la
neige fraîche est profonde, les skis glisseront à peine).
Les schémas 7 à 12 expriment des formes plus compliquées, d'inclinaison variable et que le lecteur doit
comparer à l'échelle constituée par les figures 1 à 6. Je me bornerai à les commenter brièvement :
Schéma 7. — Pente d'inclinaison décroissant de haut en bas, variant entre 3 et 5. La partie inférieure,
d'inclinaison 5, est viable en elle-même en toute circonstance, mais, lorsque les conditions de neige ne sont pas
parfaites, elle sera menacée par les avalanches qui peuvent se détacher de la partie supérieure.
Schéma 8. — Pente d'inclinaison 5, large d'environ 400 mètres, comprise entre deux pentes rapides
d'inclinaison 3. Cas à rapprocher du n° 20. Éviter la traversée de la pente médiane, sauf dans des conditions parfaites.
Schéma 9. — Cas inverse du précédent : pente médiane d'inclinaison 3 séparant deux terrains viables au ski.
A éviter lorsque les conditions sont défavorables. Dans d'excellentes conditions, on pourra franchir la pente médiane en
zigzagant en ski ; mais le chemin le plus sûr sera le parcours direct à pied de la crête entre A et B. La ligne AB est une
ligne de moindre inclinaison, suivant une forme convexe et offrant le minimum de danger.
Schéma 10. — Vallée encaissée entre des pentes d'inclinaison 2-3, mais dont le fond ne présente qu'une
inclinaison 5-6. Dans de bonnes conditions, on pourra la parcourir en suivant le torrent. Dans de mauvaises conditions,
les avalanches tombant des pentes supérieures menaceront tout le fond de la vallée.
Schéma 11. — Vallée très encaissée, à éviter en toute circonstance.
Schéma 12. — Vallon arrosé par un torrent, dominé sur la rive droite (à gauche sur le schéma) par une pente
rapide d'inclinaison 2 et bordé sur sa rive gauche (à droite sur le schéma) par une large côte d'inclinaison 5-6. On évitera
le fond du vallon et on s'élèvera le long de la côte, entre le torrent et la paroi de rochers limitant la . côte à l'est. Eviter
complètement ce terrain lorsque les conditions sont défavorables. De fortes avalanches pourraient balayer la côte ellemême. On peut aussi suivre le faîte arrondi, couronnant la grande pente de la rive droite.
Le problème de la viabilité se présente généralement au skieur sous la forme suivante : étant donné un point
connu (but de la course), trouver le meilleur chemin pour y parvenir en ski. Par le meilleur chemin, j'entends le plus
facile, le plus sûr (le moins exposé aux avalanches) et le plus court. Ces conditions sont rarement remplies
simultanément. Mais on peut dire que la solution la plus naturelle du problème revient à déterminer, entre le point de
départ et le but, la route viable de moindre inclinaison. Ceci est une notion nouvelle à la tactique du skieur alpin. Il ne
faut pas la comprendre exclusivement dans son sens géométrique qui, par opposition à la ligne de plus grande pente,

équivaudrait alors au thalweg topographique. Il est vrai que, dans des cas, la ligne viable de moindre inclinaison se
confond avec la ligne réelle d'un thalweg, ou bien elle suit le cours d'une rivière, d'un torrent, d'une combe, d'un glacier;
mais elle épouse souvent aussi des formes topographiques convexes, telles que de larges crêtes dorsales.
De toutes façons, c'est la première solution à envisager lorsqu'on étudie le problème de la viabilité. Mais, au
lieu de chercher à tracer notre route en partant d'en bas (soit du village dans la vallée), transportons-nous au sommet, ou
au but quel qu'il soit. Ce but n'est pas toujours le sommet convoité lui-même, mais bien le point terminus où le skieur
compte arriver sur ses skis et d'où commencera alors l'escalade finale.
Voyons dans quelle direction le terrain descend le moins rapidement. Déterminons ensuite, dans cette
direction, la ligne de moindre inclinaison. Cette ligne n'est pas nécessairement viable en elle-même. Il faudra
probablement s'en écarter plus ou moins, pour éviter des pentes encore trop fortes, des rochers, des obstacles de toute
sorte ; ou même remonter quelque temps, pour rejoindre une autre ligne plus favorable. Souvent la route viable de
moindre inclinaison équivaut à la route la plus directe et la plus commode — mais d'autres itinéraires, quand bien même
ils seraient plus longs, offriront peut-être davantage de sécurite, ici, la sécurité doit toujours primer la commodité.
Parfois la carte révèle, au premier coup d'œil, une particularité morphologique qui facilite singulièrement l'accès au but
et détermine tout naturellement la ligne générale d'attaque, comme un jalon principal dans l'itinéraire. C'est le cas,
lorsqu'un grand glacier ou une combe doucement inclinée s'avance profondément au cœur d'un massif.
Le parcours des glaciers en ski nécessite une tactique spéciale, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Les schémas 13 à 18 représentent des portions de glaciers dont il est intéressant de comparer l'inclinaison. Tous
sont viables, sans aucun danger d'avalanches.
Schéma 13. — Glacier d'Otemma, entre 2 760 et 2 970 mètres, sur la Haute-Route entre Chamonix et Zermatt.
Schéma 14. — Partie centrale du Gornergletscher entre 2 550 et 2 640 mètres.
Schéma 15. — Glacier de Findelen, entre 2 910 et 3 420 mètres.
Schéma 16. — Griesgletscher, entre 2 550 et 3060 mètres. [La route pointillée représente l'itinéraire ordinaire
du Blindenhorn (3 384 m.)].
Schéma 17. — Gkcier d'Aletsch, entre 2 440 et 2 640 mètres.
Schéma 18. — Grosser Aletschirn, entre 2 850 et 3 150 mètres.
En comparant ces derniers schémas à notre échelle d'inclinaison (schémas 1 à 6) on voit que, sauf les n° 15 et
16, dont l'inclinaison varie entre 5 et 6, tous les autres présentent une inclinaison inférieure à 6. Le Gornergletscher
semble plat lorsqu'on en parcourt la portion représentée au n° 14. Il faut des conditions exceptionnelles pour que les skis
y glissent naturellement. Lorsque la neige est poudreuse et régulière, on peut suivre en une seule glissade la ligne
pointillée du n° 16.
Un glacier compris entre deux rives montagneuses présente généralement une surface concave dans le haut et
convexe dans le bas. Dans la partie supérieure et concave du glacier, le skieur trouvera une voie large et facile. Là où il
devient convexe, le glacier est presque toujours limité par des moraines latérales. Au contact des moraines et des
rochers, ses bords se crevassent fortement et sont dangereux. Par contre, entre la moraine latérale et le flanc de la
montagne qui forme la rive, il existe très souvent une combe plus ou moins large et peu profonde, où le skieur trouvera
une voie facile et agréable, évitant le glacier lui-même. Dans ces combes, la neige est souvent meilleure que sur le
glacier. Il y a donc tout avantage à les suivre. Les zones de séracs doivent être évitées en ralliant les rives. Parfois on est
obligé de les franchir à pied, en portant les skis.
Les crêtes des moraines sont, comme presque toutes les crêtes dans les Alpes, plus ou moins dénudées de
neige, et il arrive qu'on les suive à pied aussi facilement qu'en été. On en profitera, par exemple, lorsqu'une moraine
latérale sépare des pentes très rapides ou couvertes de neige très dure, ou bien lorsqu'une moraine domine un glacier
tourmenté ou difficilement abordable.
Certains glaciers ont des langues peu inclinées. En été, elles nous apparaissent luisantes et dénudées. Le skieur
les franchit insensiblement, et passe souvent, sans s'en douter, du glacier à la combe morainique qui lui succède.
Les torrents qui coulent au fond des combes sont, à la fin de l'hiver surtout, complètement invisibles, sous la neige
uniforme. Ces torrents forment des lacs, et le skieur est amené naturellement à les traverser. Un lac gelé et recouvert de
neige offre une piste beaucoup plus directe et plus facile à suivre que les sentiers tortueux qui contournent ses rives.
Mais les torrents ne forment pas que des lacs : ils creusent des gorges souvent profondes, resserrées entre de
hautes parois rocheuses. Ici la carte est rarement suffisante pour permettre d'en juger la viabilité. Dans le cours
supérieur des torrents secondaires, ces gorges sont généralement peu profondes et comblées de neige. On passera là plus
facilement qu'en suivant l'itinéraire estival qui les évite presque toujours. Dans chaque cas, on examinera
soigneusement les pentes qui dominent et les dangers qu'elles présentent pour le skieur parcourant le fond de la gorge.
Lorsque la gorge est rapide, elle devient la voie préférée des avalanches alimentées par le neige des pentes supérieures.
Ces avalanches finissent par combler en partie le lit du torrent et, par un beau gel, on peut s'y hasarder impunément.
Certaines zones rocheuses formées de roches moutonnées ou de rocs érodés peu proéminents, sont souvent
nivelées par la neige, vers la fin de l'hiver. On peut alors les traverser sans peine. C'est le cas pour la région à l'est du
glacier de Zanfleuron ; le versant sud-est du Schneidehora (Rawyl) ; la partie supérieure de la Weissfluh (Parsenn).
Dans ces régions, la carte ne fait souvent qu'esquisser les courbes de niveau, et il n'est pas toujours possible de juger la
viabilité du terrain.

Ce jour-là. — Bremenbûhl (2 261 m. L'inclinaison moyenne des pentes qu'il parcourt est supérieure à celle du plateau où coule le bisse de Levron. Les rescapés prétendent avoir « crevé une gonfle » (Schneeschiltty. Schéma 23. mais elle est dominée par une pente concave d'inclinaison 2-3. jalonnent la limite inférieure des pâturages. Pourtant. Fœhn après une forte chute de neige.) et les lacs de Fenêtre. pas trop encaissée. et le skieur qui les traverse se trouve relativement à l'abri de ce danger. col reliant Berisal à Binn. p. déboisées. J'ai eu l'occasion de visiter. en montant de Verbier à la Rosablanche. La ligne indiquée alternativement par un trait et un point représente le bisse de Levron que suivait la caravane. Crettez et moi. Dans une dernière série de schémas (n 0 19 à 27). de Vevey. l'alpiniste-skieur doit prévoir de quelle façon il attaquera le sommet lui-même de la montagne. L'itinéraire idéal est celui qui parcourt un large glacier. entre elles. Plus haut encore. 2709) (Revue alpne. à l'endroit où elle est coupée par le bisse. une inclinaison plus forte que 4-5 . Ces schémas sont exécutés. En déterminant la ligne viable de moindre inclinaison. qui sont faciles et parfois même très agréables à parcourir. tout le plan d'approche en ski dépend du point où doit se donner l'attaque finale. La carte ne permet guère de déterminer l'essence ou la densité des arbres composant ces forêts. dont le fond est praticable dans de bonnes conditions. Avalanche du 1 er mars 1914 (7 h. — Alpage du Vacheret (rive droite de la vallée de Bagnes). pour le Zinal-Rotborn. il recherchera même cette protection naturelle. Vallée encaissée. Avalanche du 17 novembre 1915. La pente traversée par la caravane ne présente pas. 345). 1914. Lorsqu'il sait l'interpréter. p. Avalanche du 15 janvier 1911 (10 h. Le sommet lui-même est généralement accessible par plusieurs routes différentes. le guide Maurice Crettez et moi suivîmes l'itinéraire suggéré par la ligne en traits dans mon schéma n° 20. descendant d'un col ouvert entre deux belles montagnes et précédant une combe régulière. Sur l'autre versant. au 50 000e. espacés sur les pentes. sur laquelle la neige était en équilibre instable. que cette route est la vraie et qu'en temps normal. Avalanche du 22 janvier 1909. Inclinaison 1-3. pour le Tàschhorn. mais dont les rives sont dangereuses. Nous avons constaté. les forêts épaisses constituent une excellente digue contre les avalanches.). Inclinaison 2-3. mais elle est régulière et inférieure à celle de la pente dominant ce bisse (2) (Echo des Alpes.Les zones boisées sont des obstacles fréquents sur la route du skieur. on obtient généralement la solution la plus simple et la plus naturelle du problème de viabilité posé au skieur. Nous avons vu que certaines particularités morphologiques. Dans ce cas. Journal de Genève du 19 janvier 1911). — Col de la Furka (2421 m. 66. certains jalons caractéristiques. 1911. Schéma 21. 2 . Inclinaison 4. les aroles. et je conseillerai alors au skieur de choisir. les avalanches sont beaucoup plus à craindre dans ces combes que sur les arêtes.) avec route cantonale et hôtel Passhôhe. mais j'avoue que l'aspect de la pente fatale me fit une forte impression. on peut franchir en plusieurs endroits et sans aucune difficulté la large croupe courant dn P. C'est en appliquant ces principes et en combinant intelligemment tous ces facteurs que l'alpiniste-skieur détermine son chemin sur la carte. Schéma 20. D'autres motifs encore peuvent influer sur le choix des itinéraires. le théâtre de la catastrophe à laquelle il a si miraculeusement échappé. Schéma 19. 261-269). Conditions défavorables. elle prend à ses yeux l'image d'un relief. Inclinaison 2-4. Neige croûteuse recouvrant 80 centimètres de neige poudreuse. Celles-ci sont indiquées par des flèches. avec M. L'orientation générale du terrain en est un. 1916. Correvon. 1915. Cas à rapprocher du n° 8. i'arête nord . l'arête sud est. à peine) et une marche de flanc conduisent au pied du glacier de la Chaux. convergeant doucement vers ia vallée principale. Planche de neige (Schneebrett) emportant trois hommes. Écho des Alpes. ne connaissant absolument pas la région ea question. il procède par déduction et finit par déterminer la voie la plus sûre. Le skieur doit savoir par anticipation que les neiges offrent une consistance plus favorable sur les versants nord et est que sur les pentes tournées vers le sud et l'ouest. 79-80). Neige croûteuse. Deux planches de neige (Schneebrett) superposées cédant successivement sous le poids d'une caravane de quatre hommes. ne seraient pas sans péril. pour franchir des pentes rapides et qui. dans les combes abritées du vent que sur les arêtes qui y sont exposées. du matin). comme tous les précédents. vol. — Pente située entre le Plan de la Chaux (2 040 m. Dans les Grisons et sur le versant méridional de nos Alpes. Dans bien des cas. J'ai dit que les facteurs météorologiques s'enchaînaient aux facteurs topographiques. 39 . Avalanche citée par Richardson dans son SkiRunner. une courte descente (50 m. le skieur fera bien de les éviter autant que possible. itinéraire que j'avais déterminé au moyen de la carte. peuvent écarter le skieur de la route viable de moindre inclinaison. D'autrepart. Schéma 22. voir aussi le chapitre XV. Quelques jours plus tard (le 25 janvier 1920). Par contre. Neige croûteuse. Le passage de la caravane suffit à ébranler la masse en suspens. Planche de neige (Schneebrett) 1 Ainsi pour le Grand Cornier. V. s'il n'existe pas de chemin pour les traverser. 238). peu incliné et peu crevassé. 2452 est préférable. la neige était bien tassée et la montagne se trouvait dans d'excellentes conditions. I. Inclinaison 2-3. j'ai topographie les principaux endroits où des touristes ont été surpris par des avalanches. 46 . Pente dangereuse en toute circonstance et très facile à éviter en traversant le col d'Arpalle (à l'Est du P. Courte pente de 300 mètres. froid. celle qui prolonge l'itinéraire choisi préalablement pour ses skis. dans le Valais et les Grisons. 2452 au pied de l'arête rocheuse sudouest duMont Gelé. 128 : VIII. Celles de sapins sont souvent très épaisses et. Éliminant d'emblée les pentes condamnées. l'arête nord . au-dessus de Davos. — Versant nord du Saflischpass. De la combe de Médran. dont trois furent ensevelis (Ski. elle est exempte de tout danger d'avalanches. Certaines grandes montagnes n'offrent qu'une seule voie praticable en hiver. Terrain à rapprocher du n° 10. Très beau temps. (Voir Guide du skieur dans les Alpes valaisannes. Ed. du matin). les mélèzes croissent en forêts moins denses. sur l'itinéraire du col de Fenêtre (val Ferret). L'itinéraire indiqué par une ligne en traits et traversant la selle au-dessus du P. avec courbes de niveau équidistantes de 30 mètres. même si la voie finale n'était pas la plus facile ( 1). Six victimes (Alpina. Enfin. c'est là une exception assez rare dans nos Alpes.

— Ce schéma reproduit une grossière erreur de l'A. Mauvaises conditions : temps humide. — Pente très raide.) par l'arête du Lysjoch . — le Blindenhorn (3 384 m. — les Diablerets (3 222 m. 30 du matin). Tous les sommets ne sont pas destinés à devenir la proie du skieur. Je me bornerai à citer ici quelques exemples typiques. 53-60). La plupart des accidents (en tout cas les nos 20.).) dans les Alpes centrales .). Schéma 25. Ceci prouve qu'on peut quelquefois affronter impunément des pentes très rapides. en partie en ski. VTII.provoquée par deux skieurs (Ski. le Wildhorn (3 264 m. le Mônch (4 105 m. Schéma 27.). mais beaucoup peuvent être complètement ou partiellement gravis à skis.). Avalanche du 28 décembre 1913 (2 h. Au-dessous de cette altitude.) dans les Alpes Lépontines . 27-30). etc. 1912. avec ligne pointillée indiquant la meilleure route pour se rendre de ce col vers la région du Wildhorn : une arête caractéristique. Schéma 30. Avalanche du 20 février 1916 (6 h. le Piz Tremoggia (3 452 m. le Capùtschin (3 391 m. Dans cette première catégorie. surtout dans les Grisons et sur les contreforts septentrionaux de l'Oberland bernois et des Alpes Pennines. Schéma 26. — Val-Bella sur Parpan. Le pointillé indique l'itinéraire suivi. que l'on suit à pied pour passer des champs de neige du Sanetsch aux pentes supérieures dont l'accès en ski est barré par des rampes d'inclinaison 2-4. Schéma 24. Les sommets cités en exemple et classés dans ces deux catégories dépassent tous 3 000 mètres. XII. la Cima di Jazzi (3 818 m. On peut désigner ce genre de course sous le nom de combinaison (combinaison d'une approche en ski et d'une ascension finale dans le rocher.) dans les Alpes Pennines . on constate que leur viabilité en hiver est considérable. la Tête de Valpelline (3 813 m. 1 En juin 1917. le Piz Buin (3 316 m. Cette pente aurait une inclinaison 1.) de la Fuorcla Buin. toujours en se basant sur la carte. au-dessus des Saanenmôser.) par le Hughsattel .) près du Hundsruck. le Brunnegghorn (3 846 m. dans les Grisons ( 1). Une étude préalable du terrain sur la carte aurait révélé une route plus sûre et souvent plus agréable. dans l'Oberland bernois . Si l'on cherche à les classer. après-midi).) par l'arête sud . la Dent Blanche (4 364 m.). E. 123 . Inclinaison 1-2. le Finsteraarhorn (4 275 m. une quantité de montagnes très favorables au ski.) par l'arête est . Ces combinaisons sont innombrables en Suisse.). situés dans de grands massifs. mais dans la partie supérieure. Knubel sont montés en ski jusqu'au sommet même du Dôme des Mischabel (4 554 m. Inclinaison 4. Avalanche poudreuse tuant deux hommes qui remontaient la rive droite du torrent.) ainsi que la plupart des sommets du massif de l'Err. Mais c'est une imprudence à déconseiller (voir p. l'Ebnenuh (3 964 m. Or on y monte en ski sans danger ni aucune peine. le Combin de Chessette (environ 4120 m. — Stand (1 939 m. suivie par les caravanes montant au Breithorn de Zermatt et marquée sur l'A. la neige ou la glace). S. du soir). 73-76 . en partie à pied. les Gùmels (3 513 et 3523 m. à Coire). par des conditions excellentes. située entre la Drance le Bagnes et l'arête de Corbassière (2227 m. Elle confirme les principes établis plus haut. S.) et le Titlis (3 239 m. au-dessus de Fionnay.) sur le sentier de la cabane de Panossière. — Parsenn (près Davos). Mauvaises conditions : 30-40 centimètres de neige fraîche et fœhn. bien entendu. d'inclinaison 1-2. léger fœhn . je citerai : le Grand Follat (3 671 m. Avalanche du 22 décembre 1911 (11 h. Conditions défavorables après une chute de neige d'environ 50 centimètres. 21. C'est la plus haute altitude atteinte en ski en Suisse. Alpina. Voici encore les commentaires relatifs aux trois derniers schémas: Schéma 28. la neige exposée au vent est souvent si dure que l'alpiniste abandonnera ses skis dès que la marche sera plus facile ou plus rapide à pied.) par l'arête de l'OberMônchjoch .). — la Mongia (3 419 m. neige superficiellement gelée. Combe comprise entre deux forêts. Patrouille de dix hommes échelonnés à de courts intervalles coupant la pente (Ski. le Pigne d'Arola (3 801 m. La crête sera généralement dénudée de neige et facile à parcourir en portant les skis. Avalanche du 7 janvier 1918 (soir). L'étude de ces schémas est instructive. On cherchera naturellement à combiner une courte escalade avec une partie de ski agréable. Meisser.) et le Bieshorn (4 161 m. Dans cette seconde catégorie. les sommets méridionaux du Mont Rosé. je comprends les sommets dont on ne peut atteindre en ski que le pied et dont il faut compléter l'ascension comme en été. S. Auparavant on n'avait jamais observé d'avalanches à cet endroit (Ski. je comprends les sommets neigeux dont on peut atteindre en ski le point culminant ou ses abords immédiats. — Val d'Eschia au-dessus de Maduleim (Engadine).).) par l'arête nord . Gonfles (Windschilde) dans la partie supérieure. Comme exemples.). au lieu de se tenir sur l'autre rive (Ski. Temps clair. Courte pente de 150 mètres. VIII. X. Schéma 29. 24). 215). la Bernina (4 055 m.A. 22 et 26) semblent résulter du fait que les caravanes suivaient les itinéraires habituellemént parcourus en été et pointillés sur l'. on trouve. En étudiant la carte de nos Alpes. — Terrain à l'est du col du Sanetsch. L'inclinaison de leurs pentes permet théoriquement l'usage des skis jusqu'à la cime . Les conditions de la neige printanière étaient parfaites et la descente du sommet à la cabane Festi ne prit que quarante minutes. — le Claridenstock (3 270 m.). en suivant une arête caractéristique ou en escaladant une face. Le pointillé indique la route habituelle. le Basodino (3 277 m. Mauvaises conditions : tempête de neige avec fœhn et température élevée (Ski. communication personnelle de M. surtout dans les régions où les montagnes forment de grandes chaînes et où les sommets sont séparés par des cols bien caractéristiques. Ils sont assez rares en Suisse. b. la Tête Blanche (3 750 m. .). Inclinaison 3-4. 136). Pente située entre le glacier le Théodule et le plateau du Breithorn. XIII. on verra qu'ils rentrent dans deux grandes catégories : a. au pied même de la pente dangereuse.). Ce sont en général des dômes isolés. Arnold Lunn et Jos.).). le Piz Mortel (3 442 m. parmi les plus hautes montagnes : le Lyskamm (4 538 m. Inclinaison 3. à la fin de mars.

s'il arrive un accident. L'alpiniste hivernal. l'orientation entre alors sérieusement en considération. montant par le Dreieckhorn et descendant par le Sattelhorn sur la cabane Egon von Steiger. les skieurs croyaient ne pas devoir s'encorder sur les glaciers bien couverts de neige. le skieur les utilise sur presque toute leur longueur. Dans deux autres cas. neuf skieurs ont été tués dans des crevasses. lorsqu'il s'agit d'une face ou d'un versant escarpé. c'est pour attaquer des parois escarpées et chevaucher des arêtes déchiquetées plus dignes de leur témérité ou de leurs capacités. l'alpiniste peut se diriger au moyen de la carte.. C'est du reste pour lui un sentiment de sécurité très appréciable de savoir que ses skis l'attendent au pied de la montagne. En 1902 déjà. un des alpinistes-skieurs de la première heure. de l'équilibre plus difficile à conserver et aussi parce qu'une corde très longue était nécessaire. Comme je l'ai dit plus haut déjà. que le glacier est. Dans les combinaisons. quand bien même la couche de neige serait très épaisse . six eurent lieu à la montée et dans un cas seulement deux skieurs encordés furent tués. aux yeux du skieur. on choisira toujours l'arête. Si les alpinistes modernes s'en écartent volontiers maintenant. Mais le retour par le glacier de Tseudet est infiniment préférable . et le skieur est moins exposé au danger des avalanches que sur les pentes inférieures de la montagne. — PARCOURS DES GLACIERS EN SKI. Mais. Un autre de mes amis a également traversé le Mont Velan (3 765 m. on suivra naturellement la plus facile. puisque. lorsqu'il allait à pied. En tout cas. Leur inclinaison est généralement modérée. S-E. Depuis vingt-cinq ans qu'est arrivé le premier accident de ski en montagne. Pourtant cette question d'orientation doit intervenir en tout dernier lieu. ce choix dépend en partie du point terminus atteint en ski. Les deux seuls cas qui nous concernent sont ceux où des skieurs enfoncèrent un pont alors qu'ils descendaient sans corde : Streinz en 1912 et von 1 Pas de règle sans exception : deux de mes amis. une masse énorme de neige peut s'effondrer tout à coup. Au premier âge..Tant qu'il est en ski. les skis sur l'épaule. S. évitait ces grandes artères. au lieu de parcourir une seule route. De ce fait. bien qu'en pratique les skieurs aient beaucoup trop attendu pour se décider à mettre la corde à la montée. les arêtes étant presque toutes exposées aux vents et l'action de ceux-ci étant infiniment plus considérable que celle du soleil. l'ascension finale du pic s'exécute selon les règles habituelles et d'après les indications et les itinéraires décrits dans les guides publiés par le C. Les glaciers ont été.). les victimes avançaient à pied. il ne soupçonne pas toujours les crevasses cachées qui le guettent . L'hiver les recouvre uniformément de neige et rend leur cours navigable. ignorant ou dédaignant le ski. Paul Montandon. pour s'engager ensuite dans quelque couloir conduisant vers la cime qu'ils convoitaient. elle est balayée par les vents et le reste fond au soleil. écrit Lunn vingt ans plus tard. elle ne joue pas un grand rôle. ont pourtant réussi la traversée de l'Aletschhorn (4 182 m. Comme nous l'avons vu. en descendant par l'arête ouest. tandis qu'aujourd'hui. Ces sages conseils auraient dû convertir d'emblée tous les amateurs de ski en haute montagne. M.-W. où ils avaient fait transporter leurs skis. alors que la tentation de s'en passer n'est pas plus grande pour un skieur que pour un piéton. on en parcourt deux. qui est bien minime. les skis en bandoulière. Or il s'en faut encore de beaucoup ! « Sur un point. l'hiver transforme beaucoup moins les hauts sommets que les zones inférieures de la montagne. de tout temps. sachant qu'il enfoncerait là. et ceci double l'intérêt de la course. Ceci est admis par tous en théorie. Pour l'alpiniste d'hiver. autre danger qui n'est certes pas à dédaigner. un terrain très perfide et qu'il est absolument nécessaire de conserver de grandes distances. parce que très enneigés et très froids. Sur les arêtes. plus encore qu'ailleurs. depuis les hauts névés jusqu'à la langue terminale. à la suite du terrible accident du Grenzgletscher où périrent Kœnig et Flender. S. écrivait ceci : « Jusqu'à présent. les glaciers ont repris toute leur importance d'antan. profondément ancrés dans la neige. Par contre. dans la neige poudreuse. en hiver aussi bien qu'en été. Grâce à la sécheresse de l'air. il faut se persuader qu'en hiver. tous les skieurs sont d'accord : la corde doit être employée tant que l'on marche à plat ou que l'on monte sur un glacier. les pionniers remontaient leur cours. De ces accidents. La majorité des skieurs acceptera toujours ce risque. on préférera celle dont l'orientation est la plus favorable (S. le touriste se plaît à traverser les sommets comme on traverse des cols. que le sondage avec le piolet ne suffit pas . qui dépose ses skis au pied de la montagne et doit les reprendre au retour. leurs guides devraient être absous de tout blâme. II. les voies naturelles de l'alpinisme. Si l'on hésite entre deux arêtes faciles. Comme j'ai pu le vérifier souvent. les arêtes deviennent les voies naturelles pour gagner les sommets.). à cause de la liberté des mouvements. les traversées de sommets ne sont guère possibles. Lorsqu'on a le choix entre plusieurs routes. Entre une face et une arête. « Les skieurs qui sont disposés à assumer tous les risques d'une descente libre doivent être autorisés à le faire sans reproche et. Mieux encore : autrefois 1 \ pionniers n'en parcouraient guère que la partie supérieure. et qu'une trace bien marquée relie ce dépôt improvisé au refuge qui lui offrira son toit pour la nuit (1). la neige qui tombe dans les hautes régions n'offre aucune consistance. A. partant de la cabane Concordia. De tels accidents n'ont pas plus d'importance que des actes de folie similaires chez les alpinistes estivaux. et je conseillerai à l'alpiniste d'éviter les versants orientés au nord. Par contre.). En été. et l'on se demande si les dangers de la marche sans corde ne surpassent pas ses avantages. Cette opinion est maintenant bien ébranlée.

vous avez des chances. 1 500 personnes furent tuées dans les Alpes. nous sollicitons la même indulgence que celle accordée à tous les montagnards qui trouvent dans l'alpinisme quelque chose de plus que la satisfaction d'arriver au sommet avec le maximum de sécurité. il faut observer ses différentes phases d'enneigement. Tâchons de ne pas le gagner ! Pour se faire une idée exacte de l'état d'un glacier en hiver. Mais ce n'est qu'une chance . D'autres accidents confirment l'existence et l'étendue du danger. ajoute Lunn. la question est un peu plus délicate. Ce serait vrai si les guides pouvaient emporter une carte à grande échelle. le phénomène est très apparent : les bords des crevasses sont dégarnis de neige. à la fin de février 1902. Ceux qui considèrent les montagnes comme un playground pour le ski devraient se confiner dans la zone subalpine. le skieur finit par l'emporter sur l'alpiniste. Il nous faut donc distinguer entre les accidents évitables et ceux qui sont inhérents au plein développement du sport. ou presque nul.. comme nous l'avons déjà dit. 1 2 Alpine Skiing. surtout s'il a soin de traverser ces crevasses perpendiculairement à leur direction. Mais. Théoriquement. la glace est à nu. Si la crevasse est faiblement couverte.. Du reste. deux trouvèrent la mort dans une avalanche et cinq sur six à des altitudes moyennes. Il est bon d'ajouter que Lunn s'est fait une spécialité de parcourir l'Oberland bernois en skieur et non en alpiniste. les preuves sont évidentes. connaît l'étendue du danger et veut rester prudent à tout prix. « Les guides. En somme. subjective. il estime les ennuis de la corde plus grands que le danger de s'en passer . Dans cette même période de vingt-cinq ans. et chacun doit le résoudre au plusieurès de sa conscience. Comme aucune de ces conditions n'est satisfaite. en mars 1921. Au cours d'une glissade. Il est inutile de vouloir le nier : il faut au contraire s'en persuader et chercher à le parer autant que possible. » Un de mes amis (qui n'est jamais tombé dans une crevasse) a prétendu que les skis remplacent la corde sur les glaciers. semblent prouver que le risque de négliger la corde à la descente est moindre que celui de traverser Paris en taxi. au printemps et non en hiver. Une part considérable de la neige superficielle a fondu : elle s'est écoulée à travers les mille fissures de la glace. le parcours des glaciers sans corde équivaut à une vaste vrie dont le gros lot serait caché au fond d'une crevasse. il avoue très franchement que. Sur la partie inférieure du glacier. A l'Oberaar-joch.Allmen. la question est facile à résoudre : le danger existe. et quant au sondage il est parfaitement inutile. il essayerait de se réconcilier avec le ski à la corde. Une connaissance locale peut réduire les risques. Le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde. Il est inutile de s'attendre à l'impossible et il serait futile de prétendre que tous les skieurs devraient toujours s'encorder (2). s'il ne pouvait pas aller dans les Alpes en mai. Kœnig et Flender enfoncèrent un pont de 3 à 4 mètres d'épaisseur. 88 . si les glaciers ne changeaient jamais . les dimensions des crevasses sont très variables et la fragilité des ponts dépend aussi bien de la longueur de leur arche que de l'épaisseur de la neige. Sur trois skieurs. On peut donc faire toutes les suppositions. Mais il en est beaucoup qui considèrent la combinaison du ski et de l'alpinisme comme le plus beau des sports. aux dépens de ceux que nous jugeons sans aucun attrait. Vous connaissez l'aspect d'un glacier en automne. « Ceux qui considèrent le ski comme un moyen pour arriver au but peuvent s'encorder. prétendent parfois qu'une connaissance locale exacte élimine tout danger. » Tel est l'avis d'Arnold Lunn. elle ne les éliminera pas. Mais. Et c'est ainsi que le ski nous entraîne à commettre des imprudences que nous ne risquerions jamais en été. Ceci serait vrai si la largeur des crevasses n'était supérieure à un mètre par exemple: le danger d'y tomber serait alors nul. p. par suite de la consistance même de la neige. elles sont sans valeur. Au commencement de l'hiver alpin (octobre-novembre). en mars 1921. » Le ski présente sur la neige une surface de sustentation évidemment beaucoup plus considérable que celle du pied. lorsque la saison a été chaude. Un skieur a donc beaucoup moins de chance d'enfoncer un pont qu'un touriste à pied. pourvu qu'il respecte les lois de solidarité par lesquelles il est engagé envers ses compagnons. p. si de nouvelles crevasses ne se formaient pas entre l'été et l'hiver et si tous les membres de la caravane suivaient exactement les traces de leur guide. Elle reste personnelle. Chacun est libre d'agir à sa guise et selon son caractère. à la descente aussi bien qu'à la montée. les premières neiges tombent sur ce glacier dénudé. Mais nous savons bien que ce n'est pas le cas. là où il n'existe pas la moindre crevasse. de la franchir avant l'effondrement du pont. au contraire. grâce à la vitesse de vos skis. la traversée d'un grand col glaciaire et si elle n'offre au skieur la joie sans mélange d'une glissade parfaite sur un grand glacier ( 1). ou bien elle a été sublimée. l'autre. figurant toutes les crevasses . onze skieurs suivaient la même piste: le pont s'effondra sous le poids du onzième. les ponts se sont effondrés ou menacent ruine . « Nous qui glissons sans corde. pour lesquels une expédition en ski n'est pas complète si elle ne comprend l'ascension d'une haute montagne. Sur le Grenzgletscher. Aucun de nous n'a le droit d'excuser les périls que nous sommes préparés à affronter. Les alpinistes sans guide. Pratiquement. donc il faut s'encorder. Un peu plus loin. sur de grands espaces. sur l'Oberaarjoch. Donc les skis ne remplacent pas la corde. 85 Alpine Skiing. rendue à l'atmosphère par la chaleur du soleil. jusqu'au torrent alimenté par ses eaux. les chercheurs de nouvelles routes et les skieurs non encordés ont tous considéré les risques de leur sport favori et jugé que le jeu valait bien la chandelle. le plus souvent. Les victimes de l'alpinisme en ski proprement dit sont donc très rares : deux morts (sur 1 500) résultant d'une descente libre sur des glaciers. la personnalité du skieur et celle de l'alpiniste entrent en conflit : le premier se laisse entraîner par le charme de son sport favori .

Elle ne se maintient souvent que par un miracle d'équilibre. Ils la durcissent superficiellement en formant une croûte plus ou moins épaisse. qui ne supporterait pas une seule heure de soleil estival. et tout l'échafaudage sera à recommencer. ces ponts commencent par se former latéralement. La solidité d'un pont dépend beaucoup plus de la consistance de la neige qui le forme que de son épaisseur. le vide n'existe que peu ou pas . En envahissant les rives du glacier. Lorsque les pentes latérales d'un glacier sont rapides. Les ponts que nous traversons en été sont autrement plus solides et mieux construits. Si l'on peut profiter de la détection de ces avalanches pour traverser une zone glaciaire. et par conséquent moins dangereux que ceux qui sont traîtreusèment cachés. les expéditions à travers des glaciers difficiles ne devraient être entreprises que par des caravanes dont les éléments se connaissent mutuellement. pour avoir pratiqué le ski en haute montagne. et les trous se former précisément sur une glace solide. ceci est impossible et parfaitement inutile : le piolet enfonce souvent jusqu'à la garde là où il n'existe pas le moindre trou. 1 II serait intéressant d'étudier sur place la formation des ponts de neige sur de larges crevasses. l'alpiniste avance à l'allure d'un piéton ordinaire : il a le temps de prévoir et de sonder les crevasses au moyen du piolet. la solidité des ponts augmente à mesure que la couche de neige s'épaissit. Elle s'y maintient en suspens. le soleil augmente sa cohésion et sa force. A notre avis. le glacier se couvre peu à peu. ces avalanches combleront les crevasses beaucoup plus solidement que la neige et le vent ne pourraient le faire. qui l'arrache aux arêtes et aux versants exposés.Ces précipitations sont presque régulièrement accompagnées d'un vent violent et d'un froid sensible. Cette neige n'offre aucune résistance. Mais cette épaisseur varie aux caprices du vent. mais d'une façon très irrégulière encore. pratiquement. Au cours de l'hiver. La neige qui les forme est beaucoup plus compacte. Puis une nouvelle couche de neige recouvre le tout et la couche précédente est assez forte pour supporter ce nouveau poids. mais avant que le soleil ne le touche. Une fois nivelé. Elle se tasse insensiblement. Elle est donc très irrégulière. En été. Les anciens ponts. qui existe bel et bien à cette époque. Ils restent plus ou moins béants. Peu à peu. séparant les crevasses où la neige s'engouffre. Toute la couverture hivernale du glacier est d'une fragilité bien évidente. en somme. par transparence et par suite du vide. lorsque l'on considère les matériaux utilisés. » Nous en arrivons finalement à la conclusion que la fragilité des ponts et le danger de les enfoncer sont beaucoup plus considérables l'hiver que l'été (1). Sous le pont nouvellement formé. En débordant de plus en plus. il ferait mieux d'engager des guides. On confond simplement deux constructions exécutées avec des matériaux tout différents. Cette neige est poudreuse. Sur cette neige. achève la construction en les réunissant et en les nivelant enfin. En réduisant l'épaisseur de la neige. sur chaque côté de la crevasse (et selon la direction du vent) comme les corniches sur les bords d'un précipice. ceci surtout aux heures chaudes de la journée. En été. Bien des gouffres sont assez larges et profonds pour défier longtemps l'envahissement de la neige. La même opération se répète plusieurs fois au cours de l'hiver. la neige qui recouvre une crevasse s'évase légèrement et nous apparaît sensiblement plus foncée. quitte à s'effondrer brusquement sous la pression accidentelle d'un skieur. beaucoup plus de neige qu'il n'en tombe normalement. mais il n'est comblé que par une neige folle qui. et le vent. Ces caravanes pourraient alors profiter des premières neiges pour exercer le ski à la corde en dehors des glaciers et se préparer à en affronter les dangers avec tous les atouts dans leur jeu. n'offre aucune résistance. Mais ce froid n'a aucune influence sur la neige hivernale. et un pont qui a résisté à la chaleur du jour précédent peut généralement mériter notre confiance pour le jour suivant. En hiver. En hiver. Le vent la poursuit sans trêve et ne la laisse en repos que lorsqu'elle s'est infiltrée dans les fentes et dans tous les trous du glacier De grandes étendues de glace vive restent ainsi à découvert. lorsque la caravane est composée d'éléments qui ne se connaissent pas. plus encore qu'en été. Le vent. soufflant la neige. Mais choisissons une crevasse bien comblée de neige. Malheureusement. le soleil et le vent parviennent enfin à combiner leur action. Guides et touristes devraient s'astreindre également à pratiquer une seule et même technique à la corde. On peut toujours éviter une crevasse franchement ouverte. les ponts de neige sont soumis à une sélection naturelle. On a prétendu que les ponts s'effondraient moins facilement en hiver qu'en été par suite du froid. le glacier se trouve superficiellement nivelé. les variations de température sur la neige sont très faibles : un pont fragile. uniforme. mais une crevasse masquée par une couche de neige est très difficile à prévoir. de telles combinaisons se présentent rarement. « En été. vient précisément la déposer dans ces combes glaciaires. elles produisent des avalanches. Lorsque le skieur alpin ne peut s'assurer le concours de ses compagnons habituels. à demi ruinés par la chaleur estivale. Supposons une crevasse remplie à pleins bords de neige poudreuse. En hiver. et c'est alors seulement que commence la construction des nouveaux ponts. En hiver. se plâtrent de neige fraîche et finissent par inspirer confiance. ces corniches opposées finissent par se rejoindre. de façon à ne pas être embarrassés. La fonte et le gel alternatifs augmentent sans cesse sa densité et finissent par la transformer en glace. au hasard de l'équilibre et selon la direction du vent qui la chasse. . et il est impossible. un pont d'un mètre d'épaisseur s'effondrera plus facilement qu'en été un pont deux fois plus mince. même à l'œil le plus exercé. Les grandes variations de température et de traction produisent l'effondrement des ponts les plus faibles. Le vent forme des vagues et creuse des trous. la neige conserve sa blancheur mate. Au cours d'une glissade en ski. ou bien elle s'effondre brusquement. de soupçonner la présence d'une crevasse cachée. Les vagues peuvent recouvrir des crevasses. et l'on part trop souvent avec des compagnons plus ou moins inconnus. Les glaciers reçoivent. il faut naturellement ne pas négliger cette occasion. écrit Lunn. Seuls ceux qui sont assez solides survivent. peut se maintenir durant des semaines. Mais la neige suspendue dans les crevasses ne les soutient pas et celle qui les revêt ne les renforce que bien faiblement.

Il oblige les trois skieurs à marcher à une seule corde. Les quatre autres furent plus résistantes qu'à l'état sec Ceci s'explique assez facilement si l'on considère la texture de la corde. Sur cinq cordes gelées. en maniant la corde comme on le fait d'habitude et l'on suivra exactement la même piste. Les deux méthodes peuvent se combiner ( 2). dépressions. Ce frottement produit une usure. De cette façon. Chaque skieur devrait avoir.Il est certain qu'une glissade à la corde manque decharme. Le nombre six est encore meilleur que le nombre quatre. les crevasses étant généralement moins nombreuses. au lieu de s'attacher à la corde. trois skieurs courent moins de risques que deux skieurs seulement. et si la séparation devient nécessaire. Une des rares occasions favorisant cette pratique est un cours de ski alpin. la séparation est dangereuse (1) Vingt mètres d'intervalle ne sont pas de trop. iî n'était pas facile de combiner les tractions. et par conséquent la rupture. on pourra passer un pied dans la boucle et soutenir son poids plus facilement encore. on procédera. Quatre bons skieurs alpins forment la meilleure combinaison. à portée de la main. comme on l'a prétendu. En cas de séparation. 4 On profitera des parties concaves du glacier (combes. même à la descente. sous la direction de guides ou d'alpinistes expérimentés. laissait celle-ci couler dans un anneau de fer fixé à son ceinturon de cuir. Ils porteront deux cordes de 25 à 30 mètres. Sur les glaciers. Lorsque des skieurs non encordés parcourent un glacier. 2 Ceci est important. par suite du glissement de la corde dans la boucle. 1 J'avais imaginé autrefois un moyen de faciliter la glissade d'une cordée de trois. 23-4) ont démontré que le gel n'a pas sur les cordes l'influence qu'on li prêtait. une boucle de corde dans laquelle il passera le bras s'il tombe dans une crevasse. de preférence aux parties convexes.5 mm et les 2. Non pas qu'une corde casse plus facilement lorsqu'elle est gelée. à quatre. Le skieur du milieu tendait entre les deux skieurs extrêmes. on avait prétendu que la corde avait cassé parce qu'elle était gelée.5 mètres ne pèsent que 1. qui ne fondent jamais complètement (4). Deux skieurs s'en tirent assez facilement. et vous n'aurez aucune force pour aider vos sauveteurs. surtout pour la descente. En employant des antidérapants. 3 Lors de l'accident du guide Louis Theytaz. surtout lorsque la caravane ne connaît pas le glacier à parcourir. On s'attachera à des intervalles égaux (10 mètres). retarde l'usure. Par contre. Mais il est encore préférable de faire la boucle tout au bout de la corde et de s'attacher à un mètre et demi environ de cette boucle. la caravane pourra se diviser sans s'exposer à de graves dangers.5. généralement couverte de névés. de façon à pouvoir se porter secours mutuellement. Le skieur du milieu. Si vous restez suspendu par la corde nouée autour de votre taille. A la descente. au cours de nos expériences. une corde qui. A trois. Ces deux caravanes marcheront toujours de conserve. Nous avons dit plus haut déjà que le danger des crevasses est plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure du glacier. La plupart des participants sont du reste étonnés de constater combien la technique de la corde est moins compliquée qu'il ne semble au premier abord. Plus la cordée est grande. les skieurs se diviseront en deux caravanes de deux. et. lorsque la corde est exposée à l'humidité et au gel. Le nombre trois n'est guère suffisant en hiver. La corde reliant le skieur (qui plonge dans la crevasse) aux autres membres de la caravane (qui glissant a une certaine vitesse) est naturellement soumise à un choc considérable. et la couverture neigeuse plus épaisse aussi. à condition d'avoir trois cordes et de former trois caravanes de deux à la descente. Sollicités par un poids suffisant. l'une horizontale et l'autre verticale. En cas d'accident. En cas d'accident. chacun de ses fils s'entoure d'une carapace de glace qui diminue le frottement. Son diamètre est de 9. ne se rompt qu'à 108o kilogrammes et qui peut donc être recommandée aux skieurs. etc. Nous avons trouvé. Prufungsanstalt de Zurich et dont les résultats furent publiés dans l'Alpina (1912. ." La descente est naturellement beaucoup plus compliquée que la montée. Ces deux cordes seront réunies pour la marche à plat et pour la montée. Les guides ont parfois la mauvaise habitude de «finir» en hiver les cordes qu'ils n'estiment plus suffisantes en été. une seule se rompit à 690 kilogrammes. si le glacier n'est pas incliné. mieux pontées. C'est pourquoi le concours d'un guide local n'est jamais inutile. comme on en organise maintenant dans nos Alpes. mais parce que les tractions produites par la chute d'un skieur sont généralement beaucoup plus considérables qu'en été (le skieur se mouvant à une vitesse beaucoup plus grande que le piéton) (3). Elle a l'avantage d'être à la fois solide. légère et très maniable. on peut s'élever directement. On vérifiera donc soigneusement l'état des cordes avant de partir en course. la marche à la corde est aussi facile qu'en été. Il pourra ainsi soutenir plus aisément son poids et diminuer la traction de là corde qui lui scie les côtes. J'ai expérimenté ce système sur le glacier de la Sivretta. Les cordes doivent naturellement être de la meilleure qualité. Ils glisseront ainsi beaucoup plus facilement que si la cordée était de trois ou quatre. Pour le Retirer. Elle est constituée par trois torons de fils anglais. gelée. résultant de deux forces. Les expériences que j'ai fait faire par la suite à l'Eidg. on suivra les itinéraires habituels de l'été. en dehors des glaciers. A la montée. vous serez à moitié mort de fatigue avant d'être retiré de la crevasse. qui sont naturellement moins exposés que les premiers au danger d'une chute. sur le glacier de Seiloa (janvier 1911). les cordes doivent être portées par les derniers de la caravane. au heu de 700 kilogrammes a l'état sec. tout en montant. Nous indiquerons au chapitre VII quels sont les exercices à pratiquer à la corde. à une inspection minutieuse du terrain et l'on tracera la piste de façon à pouvoir la considérer à la descente comme axe des serpentines (slalom). surtout s'ils se connaissent et s'ils sont de force égale. L'occasion est excellente parce que l'instruction est réglementaire et uniforme. qui entraîne la rupture successive des différents fils. plus les chutes seront fréquentes. et c'est évidemment la raison pour laquelle on a tant d'aversion à l'exercer préalablement. Si le retour doit s'effectuer par le même itinéraire. la manœuvre est déjà plus difficile. on est rarement obligé de décrire des zigzags. les fils qui la constituent exercent l'un contre l'autre un frottement qui sera maximum aux endroits où les fils s'entrecroisent. Disons maintenant quelques mots sur la composition de la caravane et sur la façon de s'encorder. plus q ue partout ailleurs en montagne. Car il est impossible de glisser à une allure modérée dans la piste ouverte à la montée — à moins de conserver les peaux de phoque sous les skis et de freiner fortement au moyen des bâtons.

Si la neige est très profonde. peu orthodoxe il est vrai.. il faudra descendre en zigzags avec arrêt et conversion de pied ferme à chaque tournant. la seconde se portera immédiatement au secours de la première. pour repartir ensuite dans une direction parallèle à celle du premier skieur. sera certainement apprécié. Lorsqu'une crevasse est visible et qu'il faut absolument la franchir. les skieurs s'échelonneront en Hauteur : le premier en contre-bas. Chacun s'imagine volontiers que ses compagnons sont ligués contre lui pour le faire tomber sur le nez. Chacun jure et tire de son côté. dans une main. Si tous sont d'égale force. la caravane s'arrêtera par un lent virage en amont et chacun tournera sur place. De cette façon. chacun décrira un brusque christiania et se laissera tomber de côté dans la neige en y enfonçant profondément ses bâtons. 197-98) (1). en combinant le christiania et le stemmbogen. il y aura avantage à décrire des festons. En glissant. A moins que le glacier ne soit que faiblement incliné. en général. Ces christianias ne doivent pas arrêter complètement la glissade. les meilleurs skieurs courent plus de risques que des skieurs sans corde s'ils vont lentement. Mais procèdez lentement. A ce cri. vous risquez beaucoup de l'enfoncer. laissez-le conduire.. Et surtout pas de scrupules ! Personne ne vous regarde ! Le ski est au service de l'alpinisme. être prêts à s'arrêter si l'un d'eux tombe dans une crevasse. Il ne s'agit pas d'épater la galerie. et la corde sera mal tendue. le glacier est incliné. moins le danger est grand. Je connais cette situation pour l'avoir souvent éprouvée C'est pourquoi je voudrais donner ici un conseil. Sur un signe du premier. La piste tracée à la montée servira d'axe au slalom. stemmbogen à gauche). car. Les stemmbogen doivent être très lents. on évite les serpentines. Il doit cependant éviter de suivre exactement la même trace. sur un signe ou un avertissement du premier. le premier skieur n'accélérera jamais sa vitesse sans avertir ses compagnons. Si. De cette façon. La principale condition pour cheminer avec sécurité est de glisser lentement et d'éviter les chutes. Les skieurs devront alors s'échelonner de façon que leurs différentes traces soient séparées de plusieurs mètres et que tous ne se trouvent pas simultanément dans l'axe d'une même crevasse. Si le glacier est très incliné et que l'on puisse utiliser ses pentes latérales. ses skis glisseraient plus vite que ceux du premier. C'est l'application pure et simple des règles observées en été. En cas de chute. il est préférable de laisser guider le montagnard le plus expérimenté. S'il y a deux caravanes. et finalement tout le monde se décorde. vous serez mieux à même de résister à une traction latérale de la corde. Si la pente du glacier s'accentue. On tiendra ses deux bâtons réunis. mais simplement modérer la vitesse en brisant l'élan. prêts à freiner du côté de la montagne et. on passera naturellement le pont perpendiculairement à la crevasse. car la position la plus facile est celle du premier. les virages sont moins brusques qu'en télémarks ou en christianias et l'on risque moins d'enfoncer un pont au moment du virage. immédiatement après le christiania (voir chap. mais. Des skieurs encordés doivent toujours maintenir leur corde tendue. la glissade se fera en stemmbogen (voir chap. Ceci est particulièrement facile et agréable sur la rive droite d'un glacier (christiania à droite. et le stemmbogen ne sert qu'à reprendre la direction initiale. le dernier plus haut sur la pente. placez en tête celui dont les skis glissent le plus vite. la vitesse acquise dans la piste est encore trop grande. Réunissez vos bâtons et relevez-vous. p. Tous les membres de la cordée devront s'appliquer à faire leurs christianias simultanément. en suivant la piste tracée à la montée ou celle que choisira le premier d'entre vous. accroupissez-vous sur eux. lorsque le glacier est complètement inconnu. l'un d'eux légèrement avancé et donnant la direction. le plongeur avertira ses compagnons par un cri.elle devient très désagréable. deux ou trois spires de corde pour éviter les à-coups. Si le glacier le permet. Plus la cordée est longue. En traversant un glacier perpendiculairement à son cours la caravane marche dans le sens initial des crevasses et doit être d'autant plus prudente. C'est là le principal. on fera de longues serpentines et le moins de virages possible. Les skis seront disposés perpendiculairement à la corde. exigez quelques minutes de repos pour calmer la fureur générale. n'ayez pas de scrupule : écartez vos skis de 20 à 30 centimètres environ. n'hésitez pas à mettre vos peaux de phoque. malgré le freinage. quitte à les la enlever lorsque le glacier deviendra moins incliné. dans cette trace. De cette façon. le skieur relié à celui qui est tombé dans la crevasse restera fermement à son poste et laissera aux autres le soin de jeter une corde de secours à la victime. Pendant ce temps. Si l'un des skieurs est plus faible que les autres. le second skieur sera toujours entraîné dans le sillage du premier. dans ces circonstances. Sinon. De cette façon. Rétablissez les intervalles normaux. C'est pourquoi j'ai recommandé la combinaison deux par deux. en décrivant des méandres pour couper la direction des crevasses sous un angle plus ou moins grand. le désordre ne tarde pas à régner dans la caravane et dégénérera en déroute. Lorsqu'une cordée de trois skieurs. il aura une tendance à dépasser les autres. VII. Si celle-ci n'est 1 En descendant sur une pente latérale. Oubliez ensuite tout ce que vous avez appris sur la technique du ski. et s'il en a le temps. Cette règle est générale et ne doit jamais être négligée. Même. fatigués par une longue course. Enfin. Une glissade encordée est toujours une grande épreuve de tempérament. mais qui. évolue sur une neige houlettte et que. si la neige est poudreuse. mais bien de glisser prudemment. Enfourchez vos bâtons. En tombant brusquement sur un pont. . il y aura alors avantage à n'ouvrir qu'une seule piste. sans tenir compte de ses capacités de skieur. et partez simultanément. On peut glisser de différentes façons. Au moment où tout le monde est tombé dans la neige. Si l'un ou l'autre des skieurs n'est pas assez habile (ou qu'il soit trop fatigué) pour réussir ses virages. toujours dangereuses. puis son piolet. en tendant constamment la corde. vous ménagerez vos forces et vous éviterez les chutes. le plus bas possible. VII). de plus.

Les crevasses seront presque toujours perpendiculaires à cette direction. — Pour une cause ou pour une autre. Le meilleur des modèles est tout juste assez bon. il n'arrivera pas à s'en défaire et pourra à peine aider ses sauveteurs. plus puissants de ce côté. terrible agonie. Le dernier à la corde fonctionne alors comme pilote : il porte la boussole et compare fréquemment la direction de l'aiguille aimantée avec celle de la caravane. il faut immédiatement commencer les observations à la boussole. brisés même. disparaisseat peu à peu. Les moraines (généralement visibles. on finira toujours par gagner la rive du glacier. Les pentes sud seront croûtées ou fondantes. un ski ou un sac. Il faut tâcher surtout de ne pas perdre la téte et de conserver tout son calme. on peut employer une montre ordinaire. pour ne pas dire indispensables. La marche d'un skieur est naturellement plus rectiligne que la marche d'un piéton qui. Ces boussoles sont pourvues d'une alidade minuscule. on perd toute notion du terrain. sinon impossible. il ne faut pas hésiter à freiner fortement. La position du télémark. il faut naturellement éloigner tout objet métallique. d'avoir en mains une carte exacte et détaillée. A l'endroit où la corde plonge dans la crevasse. par opposition aux pentes septentrionales. Il faut donc une antenne. Les petites breloques que l'on pend à sa chaîne de montre ne sont pas suffisantes pour s'orienter. La combinaison du baromètre et de a boussole assure une sécurité étonnante dans le brouillard le plus épais — à condition. il faudra autant que possible choisir la rive d'un glacier. on parvient à retirer la victime. peuvent être utiles à l'observateur perspicace et l'aider à retrouver sa direction (1). on fera bien de s'en rapprocher. et il est très difficile d'en discerner le relief. Les skis augmentent son poids et embarrassent ses mouvements. de façon à former une file rectiligne. et si le brouillard n'est pas assez dense pour voiler complètement le soleil. avec un ski fortement avancé.pas tombée très bas et si elle a conservé ses skis aux pieds. en apparence insignifiants. Deux hommes arriveront tout juste à le retirer. puis une combe ou une vallée — qui sont faciles à suivre sans boussole. Celui de Bézard est excellent. selon le procédé connu. permettant de déterminer sa direction par une visée. ses skis seront peut-être restés dans la crevasse. Si l'on n'a pas un guide professionnel. après bien des efforts. La lumière et les ombres se confondent. La consistance de la neige peut à l'occasion servir de critère. la caravane se trouvera complètement isolée et ne devra espérer aucun secours d'autrui. il est bon de repêcher les skis en premier lieu et de débarrasser les abords de la crevasse. Si la caravane a commis l'imprudence de partir sans boussole et que le brouillard soit trop épais pour laisser percer le soleil et permettre l'usage d'une montre. comme par le brouillard. Le froid affaiblit les forces et démoralise. Souvent. on disposera des bâtons.Un pareil sauvetage est toujours plus compliqué en hiver qu'en été. Seul un skieur sachant lire sa carte et pourvu d'une bonne boussole a des chances de pouvoir lui échapper. C'est pourquoi une caravane devrait toujours être assez nombreuse pour pouvoir se subdiviser en deux cordées. Lorsque le brouillard s'épaissit au point de masquer les moindres détails. les tables de glacier. chaque skieur devrait allumer sa lanterne et pouvoir la suspendre à sa ceinture. A défaut d'une boussole. et la plastique avec elles. aux périls qu'il court et à la mort qui le guette au fond des crevasses : mort par le froid. III. En les suivant prudemment. à moins d'aller le quérir elle-même. mais il en est un troisième: c'est le brouillard. sans vouloir à tous moments lui donner des conseils. Ceci est beaucoup plus facile sur les plateaux ou à la montée qu'à la descente. Les arbres surtout donnent assez bien la notion de la pente. les lunettes jaunes vertes accentuent le relief des premiers plans et sont fort utiles. Pour la descente. Si la pente s'accentue. par suite des rayons solaires. Pour marcher à la boussole. Dans certaines régions. Tous ces détails. Durant l'observation. dans le brouillard. même en dehors des glaciers. bien entendu. — QUELQUES CONSEILS. On procédera ensuite selon les règles d'un sauvetage habituel. Lorsque la caravane est surprise par la nuit. il est facile au pilote de viser le premier skieur par-dessus la tête du second et de corriger la direction par des ordres : à droite. Que le skieur songe bien. et puisse cette perspective le faire réfléchir et l'engager à ne pas se lancer à l'aventure sans avoir tous les atouts dans son jeu. telle que l'Atlas Siefried. Un des membres de la caravane portera un baromètre anéroïde. Les crevasses et les avalanches sont les principaux ennemis du skieur. . est la seule façon de prévenir les chutes tout en glissant normalement. assez rares il est vrai. qui risque de l'étouffer et qui compliquera en tout cas la manœuvre. les efforts d'un seul compagnon sont parfaitement inutiles. qui conservent plus longtemps leur neige poudreuse. même au printemps) indiqueront toujours la direction initiale d'un glacier. Si. il faut choisir un chef et lui laisser toute la responsabilité. et leur réparation est toujours une opération longue et énervante. la caravane peut être obligée de bivouaquer. Tout devient uniformément gris. Dans ce cas. les neiges deviennent ternes. Bivouac. à gauche. Si la cordée est formée par trois skieurs. Dans ce cas. avant d'affronter les glaciers. il reste encore d'autres moyens d'orientation. S'il y a des rochers dans le 1 Dès que le ciel se couvre. La situation du skieur de tête est naturellement beaucoup plus compliquée que celle de ceux qui le suivent et profitent de ses expériences. qui rend l'orientation fort difficile. S'il existe des arbres ou des rochers dans le voisinage. il est préférable de s'encorder. Dans le brouillard. on fixera les antidérapants pour diminuer la vitesse. Le skieur entraîne parfois dans sa chute une masse de neige considérable. pour empêcher la corde de se déchirer ou d'enfoncer trop profondément dans la neige. d'autant plus sensible que la brume est plus épaisse. Le système dioptère également. ou bien ils seront endommagés. Si les pentes sont rapides. Enfin. a toujours une tendance à dévier vers sa gauche. mort par la faim. penchent toujours vers le sud.

Une caravane bien équipée sera toujours pourvue de batiste. Les guides actuels ne sont pas suffisamment stylés. Le touriste a besoin d'être entouré et soutenu en hiver tout comme en été. Il est toujours bon de s'informer si la cabane en est pourvue. Avec des tentes ou des sacs de couchage. S. on peut encore en tapisser l'intérieur de la hutte. 101-102 Sur les cartes annexées au Wattiser schifûhrer (Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes). « Si l'on a suffisamment de toile. tout en se faisant payer comme guides. la caravane lourdement chargée est encore mal entraînée. Ces indications correspondent à des conditions météorologiques et nivales normales. II est évident qu'après une forte chute de neige. on gagnera du temps en faisant ouvrir la piste la veille. voire même en plein glacier. Il est étrange de constater qu'en Valais par exemple (à part Zermatt et Saas. mais il existe certainement bien des guides capables ne détenaat pas de brevet et qui pourraient.. puis ceux de Klosters. y trouveront place et seront parfaitement à l'abri. Il faut donc la prendre « tout à la douce » et s'assurer tous les agréments possibles. le soleil trop chaud et le danger des avalanches menaçant . La montée à la cabane est souvent la partie la plus pénible et la plus compliquée de l'expédition. disposés en travers. c'est une journée durant laquelle les jurons ne manqueront pas. qui servira en même temps à chauffer la hutte et à préparer des boissons chaudes. d'hôtel et de provisions se chiffrent souvent beaucoup plus haut qu'on ne le prévoyait. De cette façon. et il ne reste plus qu'à la recouvrir de neige. Arnold Lunn a publié en anglais deux volumes sur l'Oberland bernois. Un skieur sachant lire sa carte pourrait du reste s'en passer et judger du danger d'après l'inclinaison des pentes. Ceci n'est pas difficile lorsque la caravane est nombreuse. La batiste est tendue par dessus. L'entrée se fera du côté abrité du vent. S. Lorsque le skieur alpin possède une expérience suffisante. dans la vallée. les avalanches peuvent se détacher n'importe où. on rencontre au contraire beaucoup plus de guides qualifiés. il faut naturellement engager les meilleurs skieurs de 1 Der alpine Skilauf. on allumera la lampe à alcool. Davos. On place deux skis sur les bords de la fosse. le bivouac peut être très supportable. Le système Bilgeri. Dans ce cas. Par une neige favorable. à l'occasion. Dans l'Oberland bernois et dans les Grisons. il fera bien d'étudier à fond la carte de la région qu'il va parcourir. Il faut y arriver à temps pour pouvoir prendre toutes ses dispositions. dont nous étudions plus loin le programme. où les montagnes sont moins difficiles qu'en Valais. et éventuellement du bois. il est préférable d'engager des guides locaux et de tout premier ordre. porter les provisions. qui sont des œuvres particulières. alors qu'ils étaient engagés comme simples porteurs par des skieurs beaucoup plus habiles qu'eux. les meilleurs guides consentent parfois à des conditions d'engagement très modestes. Le ski les a rendu trop indépendants de leurs touristes.voisinage. A plusieurs d'entre eux sont annexées des cartes itinéraires. Les premiers à paraître furent ceux de la Silvretta et de la Bernina. ou bien l'équipement n'est pas tout à fait au point : bref. qui sont les deux principaux centres hivernaux des Alpes Pennines). A. en se servant des skis comme pelles à neige. » Guides-skieurs et guides du skieur. Ceci provient encore des débuts du ski en montagne. qui permet d'édifier une hutte de neige. Nous entendons par là des guides entreprenants. On mettra sur soi tous ses vêtements de rechange . Ils en ont conservé une impression d'infériorité technique qui n'est plus justifiée et qui doit disparaître à tout jamais. Si vous devez gagner un refuge où vous comptez séjourner plusieurs jours. Le terrain peut être rapide. il peut très bien se passer d'aide professionnelle et engager simplement des porteurs pour transporter ses provisions et son bagage. Les patentes de guide-skieur ne devraient être accordées désormais qu'à ceux qui ont réussi un cours de ski alpin. Si l'on a recours à des professionnels. — En Suisse. rendre de grands services au touriste hivernal. indiquant toutes les routes principales. les frais diminuent. . très ingénieux. mais à cette pléiade de guides de seconde classe qui marchent volontiers comme simples porteurs. A. le Comité Central du C. Cette critique ne s'adresse pas aux grands guides. on peut construire cette hutte en une demi-heure. En hiver. Comme porteurs. surtout pour celui qui peut s'envelopper dans son sac de couchage (1). Si la voie n'est pas tracée et que le but soit éloigné. indiquée eu courbes de niveau. Mais il n'est pas toujours possible d'éviter un bivouac dans la neige. Mais rares sont les skieurs assez prudents pour en emporter. suffisante pour abriter tous les skieurs. On ne dormira qu'à tour de rôle. décrivant les meilleures routes à suivre en ski. qui restent des professionnels parfaits et dont l'hiver n'altère pas les qualités. Ils sont encore peu nombreux. p. « Six hommes assis. par contre les frais de voyage. par les porteurs ou par des jeunes gens du village. le bivouac involontaire peut devenir supportable. ne manquez pas d'engager deux ou trois porteurs pour faire la trace. est tout à fait recommandable dans ces occasions. il a également édité une carte itinéraire pour la région de l'Oberland s'étendant de Gadmen au Bietschhorn. j'ai cru bien faire en indiquant par des flèches les endroits où les avalanches sont le plus à craindre. qui se sont distingués par leur esprit d'initiative. a délivré quelques patentes de guide-skieur à ceux d'entre eux qui avaient fait leurs preuves. En hiver. à la lumière des principes exposés au début de ce chapitre. la neige profonde. 2 BILGERI. Les derniers venus sont ceux des Alpes Valaisannes où les numéros du texte correspondent aux itinéraires tracés sur la carte ( 2). En se les répartissant. l'expédition commence au village. Engadine. Le même espace suffit à trois hommes couchés. parallèlement l'un à l'autre et à une distance légèrement inférieure à la longueur des bâtons. les guides-skieurs de premier ordre se comptent sur les doigts d'une seule main. Si leur tarif est réduit. En collaboration avec Othmar Gurtner et sous les auspices du C. Les autres skis serviront de sièges et de petits bancs pour les pieds (chacun peut aussi mettre ses pieds dans son sac). publiés par le Club Alpin Académique de Zurich. Il existe maintenant pour les principaux massifs de nos Alpes des Guides du skieur. on en profitera naturellement pour s'abriter contre le vent. écrit Bilgeri.

on dormira le plus possible et l'on mangera peu. En mars et avril. Si le chemin n'est pas trop mauvais et que le mulet soit robuste. mais. et ne renvoyez jamais un porteur solitaire. Préparez-les pour le lendemain et vérifiez leur état. Bien des sentiers sont tracés par les bûcherons même en plein hiver. le skieur doit remédier à la brièveté des jours en coordonnant la daté de ses courses avec celle de la lunaison. lorsque le terrain est dangereux ou le village éloigné. en faire une infusion ou une citronnade. pour se délasser en toute liberté. sinon leur piste sera interminable. 30 du soir. Si vous arrivez au refuge assez tôt. . en prévision d'une retraite forcée. A chaque halte. On dit que la lune est trompeuse: lorsqu'elle forme un D. Il serait bon alors de jalonner son itinéraire. on choisira pour cela la voie la plus sûre. on peut se passer du clair de lune pour des courses de treize à quatorze heures. Dès que la cabane est chaude. lorsqu'elle forme un C. Pour cette première journée. Ne mangez jamais de neige en course et ne buvez pas d'eau froide en arrivant. en plein hiver. Ne pas s'habiller trop chaudement pour éviter des transpirations inutiles. S'il a fait très chaud durant la journée. et il suffira d'une vigoureuse friction de la peau en changeant de linge pour faire disparaître les résidus acides et procurer un bien-être complet. Si la course doit commencer par une longue montée (ou même par une courte descente. Elle dessèche votre transpiration. suivie d'une longue montée). il est bon de partir tôt et d'aller très lentement. fixez les antidérapants dès la veille. cette clarté dure de 6 heures du matin à 7 heures du soir. on enlèvera les skis et l'on déposera son sac. dans le refuge . de façon qu'ils soient froids au moment où vous les chaussez. il peut porter 100 kilogrammes de bagages et une dizaine de paires de skis. Il faudra sortir vos skis de la cabane un bon moment avant le départ. mais qu'elle soit trop dure pour les peaux de phoque. par contre. Si l'on persiste à vouloir s'échapper. Clarté diurne et lunaison. elle décroît. Même si la soif vous tourmente. vous pouvez renvoyer vos porteurs immédiatement. A la fin de mars. On restera donc au chaud. Les pentes qui conduisent dans la vallée sont généralement rapides et deviennent très dangereuses lorsque la neige fraîche les recouvre. ni son estomac. l'ombre est la meilleure douche que l'on puisse prendre avant d'arriver à la cabane. Ce serait folie de s'y risquer.l'endroit et s'assurer qu'ils sont munis de peaux de phoque ou d'antidérapants suffisants. en évitant tout effort inutile. En hiver. même si elle n'est pas la plus courte. Si la neige ne porte pas. et il y aura parfois avantage à louer un mulet pour porter tout le bagage. vous pourrez chausser vos crampons dans la cabane. A la descente. C'est autant de gagné pour le lendemain. quelques maux de tête qui passeront vite en prenant une poudre d'aspirine. surtout à la montée. vous ressentirez peut-être. Un simple quartier de lune projette sur les neiges une lumière suffisante pour guider une caravane dans un terrain peu accidenté. Mais ne le faites que s'ils ont le temps d'arriver à leur village de jour. Il est bon de faire une petite reconnaissance dans la direction que vous prendrez le lendemain. cette clarté est insuffisante. en arrivant. la clarté diurne commence à 7 heures du matin et finit entre 5 heures et 5 h. rentrez vos skis et laissez-les sécher. vous fixerez les crampons par-dessus les peaux. On fera de nombreuses haltes et de légers repas. de façon à ne fatiguer ni son cœur. Avoir toujours sous la main des vêtements surnuméraires pour parer aux coups de vent et pour traverser les zones d'ombre froide. attendez d'avoir de l'eau bouillante pour y diluer un cube de bouillon. Si vous constatez que la neige supporte le poids du piéton. — Au début de janvier. elle fera bien d'y rester cloîtrée jusqu'à la fin de la tourmente. C'est donc un gain très appréciable de deux heures à deux heures et demie. Ce serait immoral et en contradiction avec vos principes. elle croît. Peut-être n'est pas inutile de rappeler que la lune se lève dans la soirée lorsqu'elle croît et après minuit seulement lorsqu'elle décroît. Si la caravane n'a pas su prévoir le mauvais temps et qu'elle soit confinée dans une cabane par la tempête.

faites le compte de ce qu'il vous faut et rendez-vous chez le meilleur fournisseur en compagnie d'un ami expérimenté. Le plus souvent. mais leur usage est plus compliqué lorsqu'il faut. Pour la montagne. On choisit ordinairement la longueur des skis de façon à pouvoir toucher leurs pointes du bout des doigts. La pointe du ski doit être très élastique pour pouvoir résister aux chocs éventuels de la descente. Le frêne remplit toutes les conditions désirables : solidité. Ceci est très important. surtout pour traverser des pentes de neige durcie ( 3). Il faut écarter d'emblée tous ceux qui présentent des nœuds. on glisse toujours assez vite. Rappelez-vous. Skis. de préférence à un profil rectiligne. Lorsque vous aurez déterminé la longueur qui convient à votre taille. sur toute sa longueur (ce qu'il est facile de vérifier en examinant la surface inférieure ou surface de glissement). construit selon le type de Telemarken. mais en hiver plus encore qu'en été. Les fibres verticales sont excellentes. Une économie serait bien mal placée ici. Les skis bombés sont naturellement plus solides que les skis plats. par suite de leur plus grande surface de sustentation. Pour le skieur comme pour l'alpiniste. en outre. 90 ! Ceci est une question de glissement et de dérapage. à condition d'être très espacées et parfaitement parallèles aux arêtes du ski. légèreté. Mais. mettez de côté quelques paires de cette longueur et considérez maintenant la texture du bois. pour la haute montagne. dans l'arrêt dit télémark. elle s'est acquis une immense expérience qui tend de plus en plus à la perfection. que. la simplicité est certainement la seconde. plus les skieurs deviennent exigeants. et l'on pourrait s'en repentir tôt ou tard. en levant le bras verticalement. — Quel est le meilleur ski alpin ? C'est là une question brûlante et qui reste actuellement à l'ordre du jour. sur les skis alpins. Il faudra donc trouver un ski spécialement approprié à ces neiges (2). il est facile d'observer l'allure des fibres. 312 sq. à l'arrière du ski. Il existe actuellement en Suisse des maisons de sport qui ne livrent que du matériel de première qualité. mais. la pointe du ski postérieur risque de passer derrière le pied antérieur.et rares aussi ceux qui peuvent se payer deux paires de skis. Dans la section transversale. le meilleur est tout juste assez bon. sans jamais les trouver trop longs ( 1). On est beaucoup plus à l'aise sur des skis étroits. Lorsque les conditions de neige sont favorables. Plus l'alpinisme se développe. en croyant qu'ils facilitent l'équilibre latéral. Lisez donc attentivement les conseils qui suivent. L'hickory est plus dense. un ski court sera toujours préférable à un ski trop long. comme en montagne. A celui qui n'est pas encore équipé. L'auteur a réussi la plupart de ses courses de montagne avec des skis de 2 m40. et une paire de laupars davantage encore. Mais ceci est très rare. une longueur égale à la taille même du skieur (des pieds à la tête) est bien suffisante. du reste. Il est certain cependant que. Observez la coupe transversale à l'arrière du ski. Les longs skis glissent naturellement mieux que les courts. Notre industrie est arrivée à fabriquer des skis aussi parfaits que ceux qui nous venaient autrefois du Norvège et. l'autre aux Alpes.CHAPITRE VI ÉQUIPEMENT Avant d'examiner la technique du skieur alpin. horizontales ou obliques. C'est une erreur de prendre des skis trop larges. Si ces fibres ne sont pas parallèles aux arêtes. partiellement résolue par les accessoires du ski. Celles-ci sont verticales. Un équipement de première qualité est nécessairement cher. Mais ceux qui pratiquent le ski exclusivement en haute montagne sont rares. il nous faut l'équiper de pied en cap pour la haute montagne. Le véritable ski alpin n'est pas encore inventé. On fera donc mieux de prendre la moyenne entre ces deux normes. les fibres seront toujours parallèles à cette courbure. si la solidité est la première condition. plus glissant . Nous en reparlerons plus loin. est parfaitement suffisant. Les fibres obliques favorisent la formation d'esquilles sur les arêtes du ski. le frêne et l'hickory entrent seuls en considération. Un article intéressant et suggestif a paru dans \ Alpina de décembre 1923. p. Ils sont très agréables pour les descentes en ligne droite. et choisissez un profil bombé. vos skis auront une tendance à dévier d'un côté ou de l'autre. On reconnaîtra la qualité du bois à la disposition de ses fibres. ces fibres coupent la surface de glissement sous un certain angle et rendent le ski très cassant» La courbure de la pointe s'exécutant après la coupe du ski lui-même. Mais ceci est peu de chose si l'on songe qu'un bon équipement peut durer une dizaine d'années et faciliter des expéditions qui nous vaudront des trésors de souvenirs. mais il est très solide aussi et s'use moins vite que le frêne. pour tout le reste de l'équipement. par Armand Schmitt. Le poids du skieur est aussi un facteur à considérer. 1 II est vrai que ma taille est de 1 m. la face la moins compliquée du problème. pratiquer le slalom. La largeur et l'épaisseur du ski varient suivant des règles fixes qui sont généralement respectées par le fabricant. on trouve parfois dans le nombre un hickory plus léger que le frêne ordinaire. Cette question de longueur est. en montagne. Des skis courts engendrent souvent un mauvais style et. appropriées l'une au Jura. Les fibres horizontales peuvent être excellentes si la fibre inférieure se prolonge sur toute la longueur du ski. Une bonne paire de skis coute au moins 60 francs (suisses). Pour la montagne. par conséquent plus lourd. Lorsque le choix est très grand. Tous ces détails sont d'une grande importance. 3 Voir la note au bas de la page 186 2 . en plein hiver et aux hautes altitudes. les neiges sont presque toujours soufflées et durcies. élasticité. nous conseillons donc de le faire sans compter. le modèle ordinaire.

bonnes et mauvaises. 3° simplicité (et. ce tendeur existe aussi. Les courroies doivent être réglées de telle façon que l'on puisse cheminer avec le tendeur détendu et sans que la courroie arrière tombe du talon débordant. Comme pièce de rechange. On peut évidemment y remédier en raccourcissant les courroies. mais ceci est toujours ennuyeux. Lorsque la température est supérieure à zéro. ces trois fixations sont munies de fortes mâchoires en tôle de fer. Elle s'introduit facilement dans le canal du ski et on la fixe autour du pied à volonté. Fixation Huitfeld (1). 5° être souple et ne pas gêner la flexion du pied durant la marche. — II existe actuellement une quantité de fixations. On a reconnu que l'affaiblissement que en résulte pour le ski est à peu près négligeable. Pour éviter l'usure du cuir. Une seule rainure n'est généralement pas suffisante pour glisser sur des neiges durcies sans déraper. La couleur est une question de goût. Lorsque les mâchoires épousent exactement la forme des semelles du soulier. résistant et pratiquement inaltérable. Quant à la façon de les entretenir durant leur sommeil estival. Un avantage qui n'est pas à 1 II me parait inutile do représenter ici par des figures les différentes fixations dont nous allons parler. Le ski alpin de l'avenir sera probablement creusé de plusieurs rainures. La seule pièce qui s'use rapidement est la courroie traversant le ski. cède peu à peu sous la morsure des mâchoires. elle ne vaut rien pour l'usage courant. de façon à fendre aisément la neige. Actuellement. On trouve ces figures dans tous les catalogues de sport. On passera d'avance un fil de fer dans le dernier œillet.Si les proportions d'un ski sont généralement observées par le fabricant. Les fixations Huitfeld et Ellefsen sont pourvues toutes deux du tendeur Hoyer-Ellefsen. Trois fixations ont fait leurs preuves en haute montagne et peuvent être recommandées : ce sont les fixations Huitfeld. les skis sont couverts d'un vernis destiné à les préserver de l'humidité. la traction se faisant directement sur la pointe du soulier. d'environ 2 mètres de longueur. qui sont envoyés gratuitement /demande. 2° solidité . la courroie par une tige de fer (fixation Huitfeld-Eleffsen). L'élasticité de la fixation Huitfeld est suffisante pour permettre de s'agenouiller sur les skis. mais sur son côte extérieur. très souple. on visse sur les côtés de la semelle de petites plaques en tôle. et cela durant de longues années. La courroie qui passe dans le bois doit être en cuir gras. avec une seule boucle à l'extrémité. les courroies se détendent légèrement et la commande laisse à désirer. de façon à pouvoir l'introduire sans peine dans le canal où passe la mâchoire. qui permet de serrer automatiquement les courroies de talon. Cette surface de glissement est creusée d'une rainure longitudinale qui facilite la direction et dont l'utilité est indiscutable. On a cherché à supprimer cet inconvénient en remplaçant. elle exerce sur cette courroie une friction considérable. Ces mâchoires ne sont pas vissées sur le ski. la direction du ski est assurée. mais sous une forme différente. on peut aussi emporter une courroie de cuir gras. Pour obvier à cet inconvénient. tout manuel de ski vous renseignera. Si l'on admet volontiers cette courroie comme fixation de réserve. inscrivez-y votre nom et recommandez au marchand de les imprégner plusieurs fois d'huile de lin. L'auteur a eu l'occasion de les éprouver toutes les trois en haute montagne. il se produit un ébat latéral qui permet au talon de sortir de l'axe du ski ( 2). ce qui peut être un avantage. Comme les efforts latéraux se donnent tous au même ea-droit. Ceci est très important pour la traversée de terrains avalancheux. lorsque celle-ci est croûteuse. elle est facilement remplaçable par une courroie de réserve. Ne pas forcer cette fiche sous la mâchoire. Le tendeur ne doit pas se trouver derrière le talon. La courbure de la pointe doit commencera 30 ou 40 centimètres de cette pointe et s'élever progressivement jusqu'à 15 centimètres au-dessus du sol. sous le poids du skieur. Mais cette tige de fer se casse très facilement et ses inconvénients sont plus grands que ses avantages. La courbure médiane ou cintrage du ski doit être telle que. les petits inconvénients de cette fixation sont largement compensés par ses avantages. par conséquent. — C'est la plus ancienne de toutes les fixations à mâchoires et celle qui est généralement adoptée. Lorsque vous aurez choisi vos skis (ne vous gênez pas de prendre tout votre temps pour cela). doublée? de cuir intérieurement. facilité de réparation) . Une fixation conforme au but que nous nous proposons doit satisfaire aux conditions suivantes : 1° direction assurée sur le ski . Dans la fixation BB. sur laquelle le frottement est très minime et presque inefficace. de peur de faire sauter le ski. la semelle. attendrie par l'humidité. qui use le cuir et oppose naturellement une certaine résistance au glissement. parce que trop compliquée à mettre et à enlever. triple et très solidement cousue. Voyons ce qui caractérise ces fixations. Elle est en contact direct avec la neige et. . Fixations. quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. il n'en est pas toujours de même pour la courbure et le cintrage. les skis noirs se détachent mieux sur la neige. Ellefsen et BB. A l'exception de leur surface inférieure. à cet endroit. il est bien préférable d'entourer la courroie (à l'endroit où elle sort du ski) par des spires très serrées de fil de cuivre étamé. Elle sera percée de nombreux œillets aux extrémités qui viennent se fixer dans les boucles de la courroie talonnière. les skis présentent une surface de glissement parfaitement horizontale. mais elles passent dans une ouverture pratiquée à même le bois. 4° pouvoir s'ajuster et s'enlever très rapidement . dans le genre du drib actuel (voir plus loin). Cependant. En somme. et il faut alors s'avouer dépendant de la température. Si cette courroie se rompt. 2 Si les mâchoires elles-mêmes se mettent à bouger dans le canal du ski on enfoncera entre le fer et le côté du canal une petite fiche de bois dur. La solidité et la simplicité de la fixation Huitfeld sont très grandes et facilitent les réparations. A la longue.

pour ne pas être obligé de se pencher trop en arrière. — Le skieur est un être essentiellement symétriqe : il a deux jambes. cette fixation n'a triomphé que tout. mais ils ne sont pas nécessairement plus solides que de bons bambous. De fait. l'auteur a fait toutes ses courses avec la même paire de bâtons en racine de bambou. Les bâtons seront solidement ferrés. sur un terrain rapide. je l'ai fait transformer légèrement pour mon usage personnel. Dans les longues ascensions. 3 Le point faible du bâton est le canal par où passent les courroies de la rondelle.dédaigner non plus est la possibilité de passer un des skis dans la fixation de l'autre. De ce fait. A la place des mâchoires Eleffsen (primitivement trop légères). elle est simple. il est impossible de faire une réparation de fortune. beaucoup de crochets se rompirent au début. auquel nous devons également le tendeur automatique. Le grand avantage de cette fixation est d'être absolument insensible aux changements de température. même dans le rocher ( 1). pas trop grandes. couvert de mauvaise neige. j'ai fait poser des mâchoires Huitfeld du plus gros numéro et des étriers plus solides aussi. Grâce au tendeur automatique. En outre. les bâtons ne servent à rien. Comme beaucoup d'alpinistes. et éprouvez-en la solidité sans ménagements (2). Il peut être renforcé à cet endroit par une douille métallique présentant des œillets pour les courroies de la rondelle. ils sont sensiblement plus lourds. Le principal défaut de cette fixation est l'accumulation de la neige entre la semelle balata et la plaque sous-pied (aluminium ou linoléum). ils paraissent à peu près incassables. Après avoir essayé dans les Alpes le modèle Eleffsen tel qu'il fut patenté. on obtient une rigidité latérale parfaitement suffisante. récemment de nombreux préjugés. sinon à faciliter l'équilibre. qui devait être fort désagréable au moment de la varappe et pouvait casser au moindre choc. mais presque indispensables à la montée. de pouvoir se fixer et s'enlever instantanément et de permettre une génuflexion complète sans le moindre effort. Les bâtons de frêne sont très estimés en haute montagne. au lieu de deux seulement. esseyez un jour de monter 2000 mètres en ski avec un seul bâtoyuet refaites ensuite la même course avec deux bâtons. les plus résistants que vous puissiez trouver. solide et facile à réparer. Les préjugés s'élevaient principalement contre le crochet fixé à la pointe du soulier. Par contre. Bâtons. Les bâtons doivent être munis de disques ou rondelles d'un diamètre suffisant pour ne pas enfoncer trop profondément dans la neige. il suffit d'enlever la semelle en la dévissant et de passer dans le canal du ski une longue courroie de réserve. elle se met et s'enlève plus vite encore que la Huitfeld. et c'est alors seulement que l'on comprit la nécessité de les fabriquer en fer forgé. Ces bâtons très pratiques à la descente. Tels qu'ils sont actuellement. qui tendent de plus en plus à disparaître. Vous abandonnerez toute hésitation. Or l'étrier est rivé à la semelle balata. La pointe du pied ne s'enfonçant que peu entre les mâchoires. moyen très pratique de les porter. assez longues pour y passer aisément la main gantée. Les rondelles amovibles ne sont guère pratiques. Il est alors très agréable de pouvoir passer l'une des cannes dans le disque de l'autre et d'attacher les extrémités supérieures au moyen des dragonnes. II existe des bâtons de frêne munis de demi-disques en forme de D et pouvant s'accoupler solidement. Ces rondelles sont inutiles et parfois gênantes à la descente. ils sont d'une nécessité absolue pour freiner. fixées à une distance suffisante de la pointe du bâton pour ne pas gêner le freinage ( 3). Il arrive parfois que les étriers Eleffsen se cassent au sommet des angles formés par le métal. ceci n'est possible qu'avec deux bâtons. il est très facile de s'agenouiller sur le ski. mais en la vissant devant le pied par quatre vis. vous serez parfois obligés de réunir vos bâtons pour freiner fortement. Elle sert de trait d'union entre les systèmes à mâchoires et les fixations à semelles. si vous avez remplacé les mâchoires Eleffsen par des Huitfeld. et le pied est constamment maintenu dans l'axe du ski Les changements de température n'ont sur elle aucune influence sensible. En montagne. — Cette fixation est l'invention d'un ingénieur norvégien. présentent néanmoins un 1 On me signale de nouveau des cassures de crochets BB (décembre 1924). et celles-ci doivent être d'une solidité exceptionnelle pour ne pas se relâcher sous la torsion des semelles. deux skis. première qualité. ménager ses forces et forcer les virages. comme nous l'avons indiqué précédemment. Ne les prenez ni trop minces ni trop courts. la semelle n'est plus fixée latéralement par les languettes. Fixation Eleffsen. La fixation Eleffsen assure une excellente direction sur le ski. Si vous n'êtes pas encore convaincu. Les pommeaux seront garnis de fortes dragonnes en cuir. l'auteur témoignait une aversion particulière contre ce système sans courroie et l'étonnante simplicité de son levier métallique. Or. Les efforts latéraux se répartissent autant sur l'étrier que sur les mâchoires. Depuis douze ans. Choisissez donc deux bâtons en racine de bambou. — Beaucoup plus récente que les deux premières. tous les efforts latéraux sont concentrés sur les mâchoires. L'un d'eux lui servit de canne pour gravir une demi-douzaine de sommets supérieurs à 4 ooo mètres : c'est dire leur solidité. Verticaux. A la descente et tant qu'un style orthodoxe est possible. si pratique et si simple. Par contre. Par contre. mais il est inutile et même dangereux que ces pointes soient aiguës. Elles présentent deux languettes qui viennent se rabattre latéralement sur la semelle balata. Fixation BB. Lorsque celle-ci est maintenue par les languettes latérales. Transformée comme je l'ai indiqué plus haut. Il est préférable d'en avoir de très mobiles. deux bras et par conséqueau deux bâtons. vous ménagerez beaucoup les muscles de vos jambes en faisant travailler ceux de vos bras. ils doivent vous arriver à la hauteur de la poitrine. Il est préférable d'avoir des bâtons assez longs. Les mâchoires Eleffsen sont peu différentes des mâchoires Huitfeld. 2 . grâce à l'absence des courroies talonnières.

on les passe à l'huile goudronnée (Ski-Oel. qui en sont très friandes. surtout lorsqu'on marche à la corde. mais plus sensible à la descente. Voici la meilleure façon d'ajuster ces crampons : introduire la partie postérieure du crampon à l'arrière du ski et glisser le crampon (tête en avant) jusqu'à ce que ses griffes antérieures parviennent devant les mâchoires. Tant que la neige n'est pas trop dure. Appliquer 1 11 existe encore des gens pour vous soutenir que les antidérapants sont parfaitement inutiles et qui s'acharnent à ne pas vouloir les utiliser. De toute façon. le système le plus simple sera toujours préférable. — On a cherché à combiner piolet et bâtons. les peaux et surtout les rubans transversaux s'usent assez rapidement. il est prudent de garnir le fer d'un fourreau de cuir. en l'attachant du côté de la hache par une ficelle ou par la dragonne. il faut passablement de temps pour les ajuster. Malheureusement. On tend la peau en tirant fortement. Le plus simple est encore le meilleur. on les fera sécher. Dans toute autre circonstance. dans un endroit chaud. Le piolet peut se porter de différentes façons. Toutes les pièces de cette garniture sont cousues les unes aux autres.inconvénient à la montée : celui d'enfoncer profondément dans la neige poudreuse. L'auteur a essayé tous les autres systèmes de peaux. Les rubans transversaux exercent naturellement dans la neige un certain freinage. La supériorité de la fourrure du phoque est incontestable. si dure que les peaux ne seront plus à même d'empêcher le recul des skis. La peau doit couvrir toute la surface inférieure du ski. en vente dans tous les magasins de sport) qui leur conserve toute leur souplesse et les garantit également contre les teignes . le piolet improvisé ne vaudra jamais un véritable piolet. on les brossera vigoureusement. Mais vous rencontrerez souvent en montagne des pentes où la neige poudreuse est recouverte d'une croûte gelée. Deux rubans transversaux situés aux tiers de la garniture servent à la maintenir latéralement.. On les serre au moyen de petits leviers qui doivent jouer facilement. Piolet. On les saupoudre de naphtaline ou. la différence de poids entre le bâton ordinaire et le piolet à rondelle est fort désagréable. La plus simple et la plus agréable à notre avis est de le passer horizontalement dans les bretelles du sac. la pointe sortant par en haut. Dans le premier cas. Selon les difficultés prévues. et il en est finalement revenu au modèle le plus simple. Ce système est parfait lorsqu'on peut fixer les peaux chez soi ou à la cabane. De cette façon seulement on économise ses forces et son temps. de façon que les griffes métalliques serrent légèrement le bois. Malheureusement. on le tire latéralement d'un coup sec. serait tranchée depuis longtemps si la neige offrait toujours la même consistance. il n'en n'est pas ainsi. ou deux à trois piolets pour quatre. Le tendeur que l'on intercale volontiers au ruban antérieur se décroche facilement et ne fait que compliquer le système. Si vous enlever vos skis pour continuer votre marche à pied. puis on les enroulera de façon qu'elles ne prennent pas de faux plis et que leur poil ne se hérisse pas ( 3). Dans le second cas. mieux encore. Le système Sohm supprime cet inconvénient en supprimant les rubans transversaux et en collant la peau au ski au moyen d'un enduit spécial. qu'on les conserve jusqu'au début de la descente finale. ces crampons peuvent très bien s'adapter sous les skis et supprimer l'emploi de crampons spéciaux.. Antidérapants. la croûte superficielle et vous enfoncerez plus ou moins profondément. 3 Durant l'été. Il eût été intéressant de faire concourir cet original avec um skieur muni d'antidérapants. l'homme du milieu peut très souvent s'en passer. négligeable à la montée. parce que ses poils ne sont presque jamais ramollis par l'humidité de la neige et qu'ils conservent très longtemps leur raideur naturelle. ou bien elle se détache. et il est impossible d'en perdre en chemin. on emportera un à deux piolets pour trois. 2 On vend sous ce nom des peaux qui n'ont évidemment jamais appartenu à des phoques. ce qui peut être fatigant et même dangereux (sur un glacier. à cause de leurs disques minuscules. On en a imaginé bien des systèmes différents. Ces combinaisons ne sont guère satisfaisantes pour de grandes ascensions. — Nous entendons par là tous les moyens imaginés contre le glissement des skis en arrière ou «le côté (1). Lors des Jeux olympiques de Chamonix. il faut que tous les membres de la caravane soient munis d'antidérapants. soit en adaptant le fer aux bâtons de frêne accouplés. Comme le skieur caussé de laupars doit nécessairement emporter des crampons de fer à huit ou dix pointes pour la glace et le rocher. Il faudra vérifier de temps en temps leur solidité. tant discutée actuellement encore. Cette question. et ceci est d'une importance capitale en alpinisme. Il faut avoir soin de bien tendre la peau sous le ski. Il est du reste rarement nécessaire que chaque membre de la caravane soit armé d'un piolet. Pour enlever les peaux. Dans une cordée de trois. Il existe plusieurs systèmes de peaux de phoque. Sur la neige dure. mais qui proviennent de bien d'autres animaux. l'auteur rencontra un guide du pays qui lut avoua franchement n'en avoir jamais fait usage. Ainsi. Elle est prolongée aux deux extrémités par un fort ruban de chanvre. Pour pouvoir suivre la même piste. on aura soin de mettre les peaux de phoque à l'abri des teignes. A la fin de la course. Le ruban antérieur forme une boucle qui se fixe à la pointe du ski . pour éviter les blessures en cas de chute. La largeur des extrémités des Laupars (auxquelles s'adaptent les crampons) étant généralement inférieure à celle des skis. le ruban postérieur double le talon du ski et vient se fixer dans une boucle vissée sur le ski. Mais cet enduit n'est efficace qu'à certaines températures. même pour de très longues ascensions. les meilleurs antidérapants sont les peaux de -phoque (2). par les grands froids. les peaux sont parfaitement suffisantes. C'est alors que les crampons interviennent. Le piolet court et léger peut aussi s'introduire tête en bas dans le sac même du touriste. puis on le décroche et l'on ouvre les deux leviers. la peau ne colle pas. on saisit le ruban de chanvre postérieur sous le ski. vous casserez. soit en fixant un disque amovible au piolet ordinaire. par exemple). il faudra régler l'écartement des crampons d'après les skis. sinon la neige s'insinue entre deux et forme de la glace. Lorsqu'elle est poudreuse.

ne collant pas dans la neige. en la serrant principalement devant et derrière les mâchoires. par le mauvais temps. Les enduits mous qui s'appliquent facilement par toutes les températures sont aussi les moins résistants et. au Passo di Verona par le glacier de Palti. Ces crampons ne font que couper la neige parallèlement au ski. Mais il est probable qu'il faudra s'inspirer d'un modèle à plusieurs rainures. La climbingwax de Sohm est excellente pour la neige poudreuse. Les aspérités cunéiformes étant peu prononcées.. Dans la neige poudreuse. Malheureusement. Les avantages du drib se révèlent surtout à la descente. Ces enduits sont difficilement applicables à froid. C'est un « chapelet de lames de bois cunéiformes ». Si les entailles transversales affaiblissent le ski. ainsi qu'à l'arrière de la fixation. tant les skis sont glissants. il est certes bien inférieur aux peaux de phoque. C'est là le principal avantage du drib. très exposés au soleil. Il faut naturellement lever les skis à chaque pas. Il existe une quantité innombrable de farts. même sur des neiges où les skis ne laisseraient pas la moindre trace. 1 Pour donner une idée de leur efficacité : l'auteur est monté directement. la résistance des coins ne se produisant qu'après un léger recul et le tassement de la neige. et au Blanc de Moming depuis la cabane Mountet. de Ribeaupierre. et il faut l'avoir essayé sur des neiges dures et « tôlées » pour en apprécier les avantages. tantôt poudreuse. ils rendent le stemmbogen assez difficile et se perdent facilement en route. Enrouler la longue lanière de chanvre autour du ski. on peut. alors graisser ses skis. toute contrepente devient presque insurmontable. de façon à ne pas trop gêner le glissement. où les rainures deviennent un antidérapant latéral incomparable. qui ont la prétention d'empêcher le recul à la montée et de faciliter le glissement à la descente. les crampons. Par contre. Il est préférable d'employer des produits à base de goudron. Avec la fixation Eleffsen. Avec les crampons fixés de cette façon. L'usage des crampons n'exclut pas nécessairement celui des peaux de phoque. et il existe des produits norvégiens spéciaux pour chaque neige. au Titlis depuis le Tribsee . le drib est lourd et encombrant et n'exclut pas la nécessité des crampons pour un skieur chaussé de laupars. mais c'est là une habitude qui s'acquiert très facilement. le drib a prouvé certaines qualités indéniables. dans les environs de la cabane Britannia. Ce sont des lames d'acier. Sur les versants sud. 2 Inventeur. M. Ces dernières années. le ski glisse sans qu'il soit nécessaire de le soulever à chaque pas. Si l'on entame la descente finale et qu'il n'y ait plus de contrepentes à franchir. lorsque le fœhn se met à souffler. . par contre. il faut naturellement laisser à la semelle balata toute sa liberté. comme cela se présente si souvent dans les Alpes. parfois aussi en descendant dans une vallée. Malheureusement. en mars 1924. Même avec les « couteaux » Bilgeri. A défaut de ce moyen. Les neiges dures et poudreuses sont au contraire très glissantes. plus ou moins résistants et recommandables. Sur une neige dure. pour lesquelles les peaux de phoque sont déjà parfaitement suffisantes. le skieur peut prendre la pente plus directement et éviter le slalom toujours fatigant. Une fois les skis graissés. de sorte que. le drib vaut à peu près les crampons lorsque la pente n'est pas trop forte. on a lancé sur le marché des enduits spéciaux. dans des terrains rapides.fortement le crampon sur le bois du ski. Comme nous l'avons dit plus haut. Contre le dérapage latéral. Le drib assure une direction parfaite. Faits ou enduits facilitant le glissement. vous pouvez attaquer de très fortes pentes sans décrire aucun zigzag 1. avec des lames cunéiformes plus minces. qui lui a valu ce nom par abréviation » O» trouvera une figure du drib dans VAlpina de novembre 1924. L'auteur se rappelle avoir fait trois campagnes successives dans les Alpes sans jamais graisser ses skis. après quelques heures de marche. Mais s'il y a des montées (même courtes) en perspective. ils auront complètement disparu. C'est ce que l'avenir démontrera. un contre-placage Paiourdira. sans aucun zigzag et sur une neige très dure. Ce qui peut être avantageux pour des excursions en Norvège ne l'est pas dans les Alpes. les crampons ou « couteaux » (Plarscheisen) de Bilgeri sont recommandables. après quelques jours de beau temps et de bise. la neige peut devenir collante et s'attache plus ou moins fortement aux skis. Dans la neige poudreuse. Les premiers se fixent naturellement par-dessus les secondesLe drib2 est d'une invention plus récente. et ne sont naturellement d'aucune utilité pour une ascension directe. on peut aussi employer un chiffon ou un simple bouchon et étaler l'enduit par une vigoureuse friction. qui s'attachent très fortement au bois et finissent par l'imprégner complètement. Les coins eux-mêmes freinent très agréablement. les neiges sont rarement collantes.. surtout à la montée et pour les traversées obliques. il est préférable de s'en abstenir (à moins de remettre chaque fois les peaux de phoque). on évitera tous les faux pas. ce sont les peaux qui travaillent . et en montagne il est préférable de graisser les skis le moins possible. L'auteur ne l'a éprouvé que tout dernièrement. à la hauteur du pied. de la cabane Bétemps au pied du Sattel du Mont Rosé . ces produits ne sont guère efficaces que dans les neiges poudreuses ou humides. La meilleure solution sera peut-être de revêtir le ski d'un drib métallique. longues d'environ 25 centimètres. qui se fixent latéralement sur les côtés du ski. ou qui puisse s'enduire d'un fart tenace. Au emploie-t-on dans ce but un petit appareil breveté dit « Para » qui se chauffe au moyen de tablettes « Meta » et qui sert à lustrer les skis. Grâce à des conditions de neige exécrables. Le drib complet est formé de trois à cinq éléments articulés et pouvant se replier les uns sur les autres. on n'obtient pas une sécurité aussi parfaite. Les crampon* mordent précisément là où les peaux glisseraient. où la neige est si variable qu'il faudrait à tout moment changer d'enduit. présentant des ceins transversaux et quatre rainures longitudinales. sur la neige dure. — En haute montagne. au moyen de deux griffes. En adoptant un tempo lent. sur des neiges dures. le ski alpin de l'avenir n'est pas encore inventé. Cet antidérapant n'est guère connu qu'en Suisse romande. Vous pouvez même les combiner très avantageusement sur des pentes où la neige est tantôt dure. surtout à la descente.

et c'est bien l'endroit où se produisent le plus souvent les cassures. mais ils sont si précieux que beaucoup d'alpinistes les portent même avec des bottines ferrées (4). juste de quoi éviter les chutes sur les chemins verglacés. emportez toujours des crampons à huit ou dix pointes et ne faites ferrer vos laupars que très légèrement. coupé en biseau pour maintenir la courroie talonnière. Pourtant. Ces brides métalliques peuvent être achetées dans toutes les maisons de sport. L'épaisseur normale rane entre 1. ou les blocs de rochers à moitié enneigés. les clous refroidissent le pied. Une bonne chaussure doit être chaude. épaisses 2. Chaussure. Après les avoir soigneusement débarrassés de toute neige et des moindres particules de glace (au moyen d'un racloir ou du couteau). mais. il reste encore un moyen de glisser sur la neige collante : c'est de fixer les peaux de phoque. si l'on est chaussé de laupars (3) non ferrés. Toute caravane de skieurs prudents emportera au moins une pointe de réserve et plusieurs brides de réparation. qui nous vient de Norvège. Il présente une résistance très suffisante à k pression des courroies de mâchoires et les orteils y conservent une grande liberté de mouvements. très solides. en poil de chèvre.La plupart de ces enduits ne s'appliquent aux skis que lorsque leur surface de glissement est parfaitement sèche. sans être gêné. imperméable et assez grande pour que l'on puisse. Elle est pourvue de semelles souples. Un ski répare dure souvent plus longtemps qu'un ski neuf. Louvoyer à une folle altare entre des écueils semi-masqués est un plaisir dont on pourrait se repentir brusquement. sans couture inutile. Ces crampons sont évidemment lourds. sa pointe est naturellement la plus exposée aux chocs. ici que de réparations de tortune et provi-soiree. Celles d'aluminium sont préférables à celles de bois. Réparation des skis (1). est très souple et agréable à porter Mais les trois coutures qui se rencontrent sur la pointe du pied ne résistent pas longtemps dans nos régions. on les essuiera avec un chiffon et on les exposera au soleil. à cause de leurs longues pointes . et il faut alors ajuster les deux morceaux au moyen de brides. Quant au ski lui-même. parce que plus légères et plus facilement ajustables. avec un peu de pratique. Avec un peu de prudence. la tension des courroies talonnières risque de plier la semelle en cet endroit. Paulcke recommandait d'emporter des chaussons extérieurs en toile à voile imperméable. avec que fixation Huitfeld ou Elefisen. 2 Ceci sur toute leur longueur. auxquelles la neige ne s'attache presque jamais. La chaussure laupar. du modèle tyrolien dit « aile de mouche » d'un petit numéro. renforcé par les maisons suisses et qui supprime les coutures d'avant-pied. D'autre part. Cette dernière condition n'est généralement pas remplie par les bottines de montagne ordinaires. quelques bons clous. on arache beaucoup plus sûrement avec des crampons. Les fissures longitudinales peuvent également être réparées au moyen de brides plus courtes. Ceci est très important pour se garantir du gel. Lorsque le ski se rompt en son milieu. enfin. les skis de frêne sont excessivement flexibles. Il faut alors clouer ou visser tant bien que mal la fixation sur la partie antérieure et ajuster les deux morceaux au moyen des brides. entre les deux garnitures de tôle. sur le devant. il faut avoir soin d'enlever ses skis et de les sécher au soleil. bien entendu. abîment la fixation et donnent à la semelle une rigidité qui fatigue à la longue. Le modèle Beglom. porter une paire de chaussettes en laine et une seconde paire beaucoup plus épaisse. on peut la remplacer très solidement. on s'y habitue très rapidement. Comme nous l'avons dit plus haut. par exemple. De retour en ville. il faudra des crampons dès que l'on quitte les skis pour terminer l'ascension sur le rocher ou la glace. . sinon la neige poudreuse s'y attachera fortement par congélation. Au talon. Si la pointe seule est cassre. on évitera facilement les chocs. Donc. Un ski réparé de cette façon ne sera jamais bien solide et exige beaucoup de ménagements. Quant à la ferrure. on tend de plus en plus à la diminuer. Il faut se méfier tout spécialement des blocs de glace et même de neige en traversant les cônes de déjection de vieilles avalanches. 4 Sur le rocher. la réparation est naturellement beaucoup plus compliquée. sinon. et l'eau finit par y pénétrer. La cassure se produit généralement à l'endroit où le canal traverse le ski (point faible). est à peu près parfait actuellement. la neige s'attache aux clous et forme des mottes. et l'on est étonné de leur résistance. dans k zone des éboulis et des moraines. qui s'enfilaient 1 II ne s'agit. — Nous avons indiqué plus haut comment on pouvait réparer les fixations. Après avoir traversé des neiges ramollies par le soleil et avant de passer à l'ombre sur des neiges froides et poudreuses. Les bords latéraux des semelles de laupars modernes sont à peu près parallèles l'un à l'autre. Une ferrure complète est très désagréable lorsqu'on a les skis aux pieds : le contact est moins intime entre la semelle et le ski (et par conséquent la maîtrise moins grande) . très légèrement dantes et d'un talon bas. on remettra le ski bris* 5 au marchand. la chaussure aussi imperméable que possible. quelques clous à tête carrée ou conique et. — La chaussure est un des points les plus importants de l'équipement. et c'est pourquoi il est nécessaire d'avoir pour le ski une chaussure de forme spéciale. Il en existe bien des modèles différents. même si elles sont du genre Begsom. Le cuir doit être robuste et souple" à la fois . on visse à ces semelles de petites garnitures en tôle. pour qu'elles ne soient pas abîmées au contact des mâchoires. même au cou-de-pu i. Et lorsque les rochers sont recouverts de verglas. Si la cassure se produit plus près du pied. en tôle ou en bois. Si le soleil est caché et que ces enduits soient inapplicables à cause de l'humidité des skis.5 et 2 centi mètres. la pointe de exchange n'est souvent plus suffisante. Les pointes cassées se réparent assez facilement au moyen d'une pointe de réserve. les crampons sont désagréables au premier moment. 3 Nous emploierons ce terme de laupar d'une façon générale pour désigner les bottines spéciales au ski.

en relevant le bouffant jusqu'au genou (4). lanoline. la température est très agréable l'hiver et n'exige pas un vêtement plus chaud qu'en été. plus larges dans le bas que dans le haut. 4 J'allais oublier les clames. et la neige ne s'y attache pas. On peut aussi protéger les chaussures par des peaux fixées poil en dehors. La première paire doit être en laine douce et très chaude. comme dans les bottines de montagne. ». Mais. la chaussette s'attache à la semelle même du laupar. Elle complète donc parfaitement les qualités du tissu de Saas. Habillement. à grandes poches. confectionné sur le modèle introduit autrefois par les Norvégiens. imprégné. Les Anglaises. — Dans cette question d'habillement. puis à parcourir la haute montagne et hiver. Quatre poches extérieures à rabats sont de rigueur. et servant de petites chancelières. Comme le dit très justement Paulcke : « ce n'est pas dans l'hypothèse des meilleures conditions extérieures. Elle n'est pas chaude. et il prétendait ne jamais avoir froid. Le talc a l'avantage de pomper la transpiration. mais bien des circonstances les plus défavorables qu'il faut se placer.. généralement adoptés en été. à condition de les compléter en prévision du mauvais temps et du froid. L'excellence et l'imperméabilité des laupars actuels ont rendu ces chaussons presque inutiles. par contre. 1 Le Usmer de l'armée suisse est fort pratique et juste assez chaud sous la vareuse L'auteur a longtemps porté le costume norvégien. Le pantalon offre. Dans la neige poudreuse. par le plus beau temps du monde. Le skieur proprement dit porte volontiers un complet de drap bleu foncé (ancien drap militaire).. plus elle est pratique. de façon à empêcher l'infiltration de la neige. ou en poils de chèvre. ils sont toutefois très agréables par les grands froids. l'auteur a fait de très bonnes expériences avec un pantalon de gabardine. caria neige s'y attache 2 . Pour la veste. La coupe et l'étoffe sont très pratiques pour le ski. mais il peut rendre de bons services en cas de tempête. il est moins agréable et. mais jamais dessus. ainsi qu'un capuchon. mais il est très pratique. passé par-dessus un pantalon de montagne ordinaire. L'usage du pantalon de même toile est moins fréquent. et ils sont très rarement employés dans nos Alpes. gens pratiques. Il arrive sans cela que. Dans les rochers. On confectionne en Burberry de ravissants costumes pour skieuses. en tissu de Saas. On serrera simplement la cheville par une bande de drap étroite et souple. coupe Norfolk. Il est évidemment moins gracieux qu'une culotte.pardessus les laupars. mais ils remplacent le drap bleu par du Burberry (3). Le pantalon étant souvent en contact avec la neige. Celle-ci absorbe l'humidité. on risque d'en déchirer les parties bouffantes. La neige n'y adhère pas. chocolat. Pour la varappe. Un de mes guides avait l'habitude de se graisser les pieds avec de la graisse de porc. Les personnes qui transpirent beaucoup des pieds feront bien de les frotter avec de la poudre de talc avant d'enfiler leurs chaussettes. Qu'elles veuillent bien me pardonner. et il est facile de la retirer pour la sécher. La gabardine est très légère. feront bien de copier le plus possible 1 équipement et surtout l'habillement du skieur masculin. à peu près imperméable à l'air et à l'humidité et d'un poids presque négligeable. On trouve dans le commerce le costume complet (veste et pantalon) tout fait. C'est à quoi il faut parer le mieux possible en emportant comme . Il faut en emporter plusieurs paires. dont les ailes se boutonnent sous le menton. un sérieux avantage : c'est de protéger les jambes et de supprimer les molletières qui serrent le mollet. La seconde en laine épaisse. il est parfaitement inutile de porter des bas. Ceci n'exclut pas le port d'une culotte et de molletières. Lorsque k temps est beau et calme. portent des vestes. etc. Le drap de la culotte et de la jupe devra êtrr très lisse. L'hiver dernier. mais on peut la faire doubler de flanelle. Les sweaters peuvent se porter dessous. biscuits. en crins de cheval par exemple. en outre. ou se ferme au moyen d'un lacet. Mais. par contre. Le veston. Deux grandes poches latérales sont de précieux réservoirs pour tout ce qui est d'un usage fréquent : gants. non dégraissée. On y fera adapter des pattes pour fermer les manches aux poignets. Il doit être assez ample pour pouvoir se porter sur un sweater ou chandail (1). Cette étoffe. 3 Les Anglais. de façon à ne porter que des chaussettes parfaitement sèches. Mais c'est un luxe auquel on attache de moins en moins d'importance. Plus elle est courte. le goût personnel peut intervenir largement. est absolument imperméable à l'air comme à l'humidité.. Mais la graisse ne vaut rien pour les pieds qui transpirent. et la neige ne peut pas y adhérer. sont d'une étoffe plus ou moins poreuse. de façon que le laupar puisse se lacer par dessus. par les grands froids. en hiver. Les alpinistes qui s'en sont servis dans les ascensions de rocher se plaignent qu'elle s'use et se déchire assez rapidement. même dans de grandes ascensions comme le Mont Bose. devant la fixation. nuisent à la circulation du sang et facilitent la congélation. Ce pantalon est fendu à la cheville et se boutonne. on est plus souvent dans la neige et sur ses skis que dans les rochers (2). Le pantalon doit coller à la cheville. lisse. Avec un caleçon chaud. les premières. et il l'a trouvé parfaitement suffisant. Les vêtements de loden ou de cheviote. de couleur kaki. où l'on rencontre pourtant une rude varappe. il est bon de l'entourer d'une molletière. Celles qui se hasarderont à lire ces pages. le Lyskamm et le Rothhorn de Zinal en février. parfaitement imperméable à l'air et à l'humidité. Dans les laupars. qui laisse passer l'air. moufles. L'alpiniste peut fort bien utiliser en hiver ses vêtements de montagne habituels. il importe d'employer une étoffe à laquelle la neige ne puisse pas adhérer. pas plus que les laupars. peut être remplacé éventuellement par une vareuse militaire. II se ferme par un poignet à deux brides sur la tige du soulier. plutôt court. et elles s'en trouvent très bien. Les skieurs anglais portent généralement le costume de coupe norvégienne. il la faudra très courte. de façon à pouvoir être fermées aux poignets. Le drap est solide. lorsqu'on est chaussé de crampons. ne doivent serrer le pied.réserve un surtout en toile à voile assez grand pour être porté par-dessus la veste ordinaire. ceci est beaucoup moins important. raisins secs. Les chaussettes. par congélation. Les manches sont munies de pattes à boutons. il est recommandé de porter une semelle intérieure poreuse. Si nos skieuses tiennent absolument à conserver leur jupe. Le pantalon bouffant dans le bas n'est pas gêné par le revers ordinaire du pantalon de dessous. etc. se sont mises à porter le long pantalon. le vent peut être très froid et devenir un sérieux danger pour celui qui n'est pas habillé en conséquence.

chacun suivra son goût.. Outre les objets d'équipement déjà mentionnés. lorsqu'il fait chaud. juin). le béret blanc. au contraire. — Comme coiffure. de la viande séchée des Grisons (Bùndnerfleisch) . même lorsqu'il est vide. on emportera des matières grasses et sucrées en quantité suffisante et sous un volume minimum. une boussole. D'après les expériences de l'auteur. est le meilleur. dont l'alpiniste se sert en été. 4 Un baromètre anéroïde suffit amplement pour une caravane. A l'extérieur. on attachera le sac autour des hanches au moyen d'une courroie qui se boucle sur le ventre et passe dans deux œillets fixés au sac.. Lorsque le sac est rempli. on fixera le moins d'objets possible : la corde (2) et les crampons. En prévision du froid. Le modèle le plus simple. Pour les longues descentes. des œufs crus . La couleur jaune verte est reconnue comme étant la meilleure pour préserver les yeux. avec claie en acier tabulaire. semble être la coiffure idéale. éventuellement un baromètre anéroïde (4) Alimentation. il faudra seulement chercher à gagner sur le poids. Par la tempête. beaucoup de raisins secs. . des lunettes de glacier ( 3). des légumes en conserve : des cubes bouillon .. mais il faut en avoir une seconde paire de réserve (ordinaires) dans un étui. des biscuits légers et nourrissants . pour compléter les observations à la boussole. du riz et des pâtes . nourrissantes et légères. on le rabat sur les oreilles . Plié. Il en faut deux ou trois paires pour pouvoir les changer. Il est bon alors d'avoir dans ses poches certaines friandises toujours appétissantes. il a le grand défaut d'être trop lourd. on emportera : une bouteille thermos.. du lard . Leur longueur doit être assez grande pour couvrir les manches de 20 à 25 centimètres. du thé et du café. 3 En plein hiver. 1 Pour les courses de printemps (mai et juin). du chocolat . chocolat. On peut lui donner toutes les formes imaginables et s'abriter contre le vent et le soleil de n'importe quel côté. le chef de course fera bien de procéder à une inspection minutieuse de tout l'équipement de sa caravane (y compris l'habillement et les provisions). Il n'est pas nécessaire qu'elles soient chaudes. est suffisant pour les courses d'hiver. Les gants seront de laine chaude. raisins secs. Ceux qui transpirent beaucoup peuvent employer une claie en osier. Lorsqu'il fait froid. Les moufles s'enfileront par-dessus les gants. mais qui peut éviter de grands ennuis et de grosses désillusions. sa couleur blanche irradie la chaleur solaire. jes "unettes en écaille sont très pratiques. — Le sac tyrolien. Elles doivent être absolument imperméables et ne pas serrer. Les skieurs portent généralement des bonnets beaucoup trop chauds. En plein hiver et aux hautes altitudes. très pratique et très simple. Par exemple du lait en poudre. telles que biscuits. et a vite fait de les tra~ percer. qui paraîtra même pédante à beaucoup. voir p. en épousant la courbure du dos. très riches en calories . aussi plat que possible. il ne doit pas affecter la forme d'une poire. On en trouve avec une fermeture à pression. on complétera cette coiffure par une écharpe de laine dont on s'entoure le cou et le menton — à moins que l'on ne préfère endosser le suroît en toile à voile et rabattre son capuchon (1). du roastbeef avec de la mayonnaise en tube .. à condition d'être imperméable et assez grand pour contenir tout le bagage du skieur. On mettra dans ces poches les objets dont l'usage est fréquent en cours de route. Un sac qui ballotte de droite et de gauche est fort désagréable : il déplace le centre de gravité et complique l'exécution des virages. Sac. mais rester. avec deux grandes poches latérales. une pharmacie. en laine légère et solide. Un peu de vieux cognac dans une petite gourde. Gants. la carte. une cuisine à esprit-de-vin liquide ou solide (meta) : une lanterne pliante . Comme coiffure. il se met dans la poche. Comme son bagage est considérable.Coiffure. si les gants le sont suffisamment. etc. la réverbération des neiges est à son maximum et il est bon d'avoir des lunettes plus foncées et grillées. du fromage . etc. A la veille du départ. il fait parfois si froid que l'on est obligé de manger en marchant. Au printemps (avril. ou pour le soir à la cabane. un sifflet pour signaux. On les protège par des gants et des moufles. plutôt que condensé . avec ou sans doigts. Quant au sac norvégien. C'est une tâche désagréable. — Les mains sont très exposées au froid. ce qui est très malsain. du sucre. 146. 11 est très précieux dans les cabanes qui n'en sont pas encore pourvues et durant la marche dans le brouillard. — L'alimentation du skieur en montagne diffère très peu de celle de l'alpiniste en été. Deux paires ne sont pas de trop. comme remède. beaucoup de beurre frais . le béret est parfait et très gracieux.. mai. un chapeau de feutre (ou etoile blanche) à larges ailes est absolument indispensable 2 Pour la corde.

il faudra conserver la direction initiale et éviter tous les détours inutiles. dans les hautes Alpes. sans qu'il soit nécessaire d'enlever les skis. Si la neige profonde rend la marche pénible. les « couteaux » Bilgeri peuvent être fort utiles. Dans notre préface. Marche à flat2. une technique spéciale à la montagne. 3 Ainsi. la montée en escalier. Si l'on n'a pas ces « couteaux ». il est bien rare que les neiges soient parfaitement nivelées. il quittera la piste et laissera passer devant lui tous les membres de la caravane. où la marche à plat est minutieusement décrite. On gagne ainsi plus rapidement en hauteur. convertis sur le tard. à la hauteur des fixations. Il s'agit donc d'examiner ici quelles sont les connaissances techniques nécessaires au skieur qui va s'aventurer en haute montagre. Si la neige est dure ou peu profonde. doit être évitée. car rien n'est plus fatigant que de glisser en arrière et de chercher à se retenir. il est préférable. Si l'on est pressé et qu'on ne soit ni trop chargé. aux alpinistes* expérimentés. On placera leurs pointes dans la neige. Lorsque l'aide des bâtons devient indispensable. et non pas devant soi. C'est une opération assez longue et ennuyeuse. on peut traverser des pentes rapides en tenant le bâton intérieur horizontalement. 33. ces changements auront lieu à tour de rôle et à intervalles réguliers. Ceci nous dispensera de faire son éducation de sporstman. Elle ne peut être utilisée que sur de courts espaces. et BILGERI. La façon la plus simple de procéder sera de suivre pas à pas l'ordre d'instruction adopté par les manuels les plus récents et de commenter ces notions désormais connues. L'art du ski. En outre. on lèvera le ski à chaque pas et on l'appliquera d'un coup sec sur la neige. le relief des neiges est souvent difficile à discerner. rien n'est plus facile. on appuiera les mains non pas dans les dragonnes.CHAPITRE VII LA TECHNIQUE DU SKIEUR ALPIN Le but de ce livre visant simplement l'application du ski à la montagne. Nous nous adressons donc. Suivant l'éclairage. Avec un peu d'expérience. alors que des manuels entiers y sont consacrés (1). où la marche à la corde exige naturellement une trace unique et le moins d'efforts possible. pour les avoir toujours derrière soi. Selon la longueur et l'inclinaison des pentes. A la montée. le skieur saura discerner sur chaque neige la pente qu'il peut affronter sans glisser en arrière. de façon à empêcher le dérapage latéral. tout près des skis. On déplacera alors les bâtons simultanément 4. Si la neige est très dure. alors que la féerie d'un paysage grandiose attire les yeux et que les jambes et les bras travaillent automatiquement. Mais. — S'il ne s'agit que de courtes montées. il est inutile de fixer les antidérapants. Il faut surtout éviter de se pencher trop en avant.. et à tous ceux qui n'ont jamais pratiqué le ski dans les hautes Alpes. parce que très fatigante. Der alpine Skilauf. on cherchera à accélérer son allure par le pas glissé et même par le pas du -patineur. car il est difficile de faire mordre leurs arêtes intérieures. sur des pentes de neige dore. et rien n'est plus désagréable que de suivre une piste trop étroite. où l'on enfonce à peine. dans les endroits où la surface est légèrement fuyante. et qu'il est beaucoup plus facile de devenir skieur alpin que véritable alpiniste. et surtout celle en ciseaux. nous avons admis d'emblée que l'alpiniste estival était skieur en hiver. Lorsque le skieur de tête sera fatigué. pour marcher en queue. elles déverseut les skis en aval et nuisent à l'équilibre du skieur. où les courroies latérales se heurtent à chaque pas (3). mais qui remplace parfois utilement une halte reposante. Dans une neige profonde. la largeur de la piste dépendra du skieur dont les fixations exigent le plus grand écartement. Il serait du reste prétentieux de vouloir traiter en un seul chapitre la technique du ski. En outre. 89. il est avantageux de ne pas avoir des skis trop larges. 4 Pour ces traversées en écharpe. en les rapportant à la haute montagne et en nous basant sur nos expériences personnelles. La meilleure façon d'arrêter le glissement en arrière est de placer aussi vite que possible le ski postérieur en travers de la pente. où ils ne seraient d'aucune utilité. sans se fatiguer davantage. c'est-à-dire initié à toutes les finesses du sport. ni trop fatigué. Le skieur qui marche en tête de la caravane choisira donc sa route de façon à éviter les contre-pentes mutiles et les pertes de niveau. Ils sont vite fixés. — Sur une neige légère. de façon à profiter de toute leur longueur. Il aura soin de se tenir plutôt en deçà de la limite. il est préférable de combiner la marche en avant avec la montée latérale en escalier. Dans une neige fraîche et profonde. mais sur les pommeaux des bâtons. à proprement parler. 2 . il nous reste à voir si la montagne exige une technique spéciale. Lorsque celles-ci sont en contact avec une neige trop dure pour y mordre. comme me l'a fait observer un de mes amis. le skieur alpin jugera d'emblée s'il vaut la peine de fixer les antidérapants. Chacun n'a pas la même fixation. la pointe contre la pente (comme un piolet en été) et en piquant à chaque pas le bâton extérieur juste au-dessous du ski extérieur. Dans une neige profonde. p. Nous chercherons également à prouver qu'il n'existe pas. même si l'on est lourdement chargé. avant tout. la fixation Huitfeld exige une piste plus large que les fixations Eleffsen et BB. Ce qui pourrait paraître monotone en plaine ou dans le brouillard offre un charme indéfinissable en haute montagne. Ceci exige un œil exercé. trop étroits pour permettre des zigzags. 1 Vivian Caulfield. Dès qu'on emploie ce système. p. le meilleur skieur professionnel d'Angleterre. dans ces occasions : d'avoir des mâchoires vissées sur le ski plutôt que des mâchoires passant dans le bois. et chercher à répartir habilement le poids du corps sur les bâtons et sur les skis. ou que l'on soit trop paresseux pour les mettre. bien écrit tout un livre sur les seuls virages Voir à ce sujet ZARN et BARBLAN. les grandes surfacei planes ne se rencontrent guère que sur de vastes glaciers. suivies de terrains plats ou de descentes.

Plus vous montez. vous démoraliseront et vous gâcheront tout le plaisir de la course. Si vous montez trop rapidement. Les mains restent libres et l'on marche à deux bâtons. et finalement vous aurez mis plus de temps qu'en décrivant sagement vos zigzags. Ces neiges croûteuses et cassantes sont particulières à l'hiver. Au printemps. Vous serez souvent étonné. Durant la montée. mais directement. on a avantage à les suivre à pied plutôt que de chausser les skis. Si. pas à pas. ce qui n'est pas le cas sans 'peaux. il dérape latéralement . vous épuiseront. on s'élève plus facilement avec des peaux de phoque. dans le voisinage des sommets. et c'est alors que les crampons interviennent. pointes en avant. mais conservez à votre piste son inclinaison générale. elle cassera sous votre poids et vous enfoncerez à chaque pas. Il vaut aussi mieux de tirer ses skis que de les porter. on trouvera des traces de sentier. de façon à avoir les mains libres.Lorsque la neige est dure. quand il est déversé intérieurement. Mais. Dans d'autres circonstances encore. Si la croûte n'est pas suffisamment épaisse. De même. Au contraire. En hiver. Chi va piano VA sano. on fera bien de fixer deux cordons au lieu d'un. en montant au Schallihorn (Voir . Examinez bien la pente avant de l'attaquer. C'est généralement le cas dans les endroits exposés aux vents. vous vous exposez à une quantité de faux pas et vous serez fatigué avant d'arriver au but. Ceci est très fatigant. Il ne suffit pas de les tenir en équilibre sur une épaule. tant qu'il existe des traces de chemin ou de sentier. la marche sera plus facile à pied qu'en ski. II faut alors les porter et marcher très prudemment. la neige est beaucoup plus irrégulière qu'au printemps. les cônes d'avalanches présentent également des voies faciles et souvent plus agréables que de nombreux zigzags en ski. il faucha se résoudre à porter ses skis en bandoulière. outre le grand danger qu'elles présentent sur les glaciers. et qu'il trace la piste de façon que son dernier compagnon puisse la suivre sans glisser en arrière. Vous manifesterez même quelque impatience. Un cas analogue s'est présenté à l'auteur pour traverser le point 3. il n'est pas toujours possible de monter à pied sur une neige croûteuse. la peau ne sert à rien. arrivé au sommet de la pente. pour parer à toutes les éventualités. Si l'un d'eux vient à se rompre. C'est précisément dans ces occasions que quelques clous sous les laupars sont utiles et très appréciés. les peaux de phoque ne mordent plus sur cette neige. la fixation venant buter contre l'épaule (la gauche généralement). vous reconnaîtrez que la montée s'est faite sans fatigue et beaucoup plus vite que vous ne le pensiez. Comme nous le verrons plus loin. plus votre allure se ralentira.1 1 Voir par exemple la figure 28 de la page 131. Dans ce cas. dans la neige molle ou farineuse. il y a avantage à s'élever très lentement. Il est très important de rester frais et dispos pour la descente.672. il y aura souvent avantage à suivre à pied la crête des moraines : c'est une digression qui peut varier agréablement la monotonie d'une longue marche en ski. Si la pente est forte. où l'on fixera à demeure un œillet de ficelle. plus ©u moins profondément. avant le lever du soleil. en l'adaptant aux particularités du terrain. de constater combien elle s'élève doucement. On les attachera an moyen d'une lanière de chanvre et on les portera en bandoulière. Si vous êtes fatigué avant de commencer la glissade. des zones où la glace elle-même est à nu. du reste n'est pas toujours le cas). Munis de la fixation Huitfeld. Dans la piste. Si la pente devient rapide ou le terrain escarpé. il faut chercher à donner à la piste une inclinaison régulière et décrire le moins de zigzags possible. Les dos balayés par le vent. la marche oblique est très désagréable et les peaux sont presque inefficaces : quand le ski repose à plat sur la neige. en suivant dans la neige poudreuse la trace d'un bon guide. et ces chutes continuelles. La marche est alors aussi facile que si l'on ne tirait rien après soi. et tracez mentalement votre itinéraire. Jamais cet adage n'est plus vrai qu'en haute montagne et en ski. Dans ce but. les skis seront retenus par le cordon de réserve. le second aboutissant aux fixations des skis. Avec les peaux et sur une neige durcie. sans décrire de zigzags. vous tomberez à toute occasion. Mais ce sont là des considérations tactiques plutôt que techniques. ils peuvent s'enfiler l'un dans l'autre et se porter facilement. ne descendez pas dans le couloir ou la combe. il sera préférable de cheminer à pied. quitte à les rechausser plus loin. il est impossible de tramer les skis derrière soi : ils pendront toujours dans la verticale et basculeront à tout moment. la croûte est suffisamment solide pour porter le piéton jusqu'au lever du soleil . Comme nous l'avons dit dans notre chapitre sur la tactique. Le cordon doit être assez long pour que sa traction ne soulève pas les skis à chaque pas. le drib est préférable. on aura soin de percer leurs pointes d'un petit trou. Mais il est beaucoup plus agréable de les tirer derrière soi. Il peut arriver aussi qu'une arête soit la seule voie praticable entre deux terrains skiables. En traversant obliquement des pentes de neige dure. il faut alors que le premier songe au dernier. surface de glissement en l'air. puis elle s'adoucit rapidement et devient excellente pour le ski. Même lorsque les pentes environnantes sont favorables au ski (ce qui. sur les versants supérieurs des cols et sur les neiges printanières. les crêtes des moraines sont presque toujours dégagées en hiver. Dans ces œillets. C'est pourquoi nous avons recommandé la combinaison des peaux et des crampons. vous devez traverser un couloir ou une combe étroite. Par contre. Avec des crampons sous les skis. vous rencontrez des zones poudreuses. au cours de la montée. Si l'arête est rocheuse. on s'en tire très bien avec le« « couteaux » Bilgeri et la montée oblique en escalier. Dans une montée en zigzags. le dernier skieur avance aussi sûrement que le premier. Sur beaucoup d'entre elles. des zones éventées et durcies. Vous perdrez ainsi à la descente tout le temps gagné à la montée. Tant que la neige supporte votre poids. on passe un cordon solide dont on s'entoure la taille.

et les ancrer solidement au moyen des bâtons passés dans les fixations et enfoncés verticalement (disques en l'air). Ceci dépend naturellement du terrain. En haute montagne. le vent peut faire rage. Les crampons chaussés. et vous les enroulerez au retour. 34). et quelques conseils sur la manière d'ancrer les skis ne seront peut-être pas superflus. il est rare que le skieur puisse atteindre en ski le but de sa course. la conversion étant une excellente occasion de reprendre son souffle. ce système n'est pas suffisant : il faut les coucher à plat. parallèlement l'un à l'autre. adossé à vos skis. Comme on laisse généralement son sac au dépôt. et les neiges des hautes altitudes lui sont rarement propices. puis on les tournera un moment à l'ombre. Une fois sèches et refroidis. on ramène les skis horizontalement et l'on tasse soigneusement la neige. — La montée en zigzags exige des conversions de pied ferme. En disant prudent. négligemment piqués dans la neige. Avec un peu d'expérience. Mais il serait stupide de tenter ces acrobaties au cours d'une longue expédition et de compromettre toute la course pour soi et pour ses compagnons. Cette sage philosophie ne s'acquiert malheureusement qu'après des années d'expérience. A vrai dire. On choisira si possible un endroit abrité du vent. Beaucoup de skieurs plantent leurs skis dans la neige plus ou moins profondément. S'il brise un ski ou se casse une jambe. Il préférera enlever ses skis et les porter dès que sa raison le commande. Il est entouré de dangers. Arrivé à l'endroit où l'on veut tourner.... Mais votre intention n'est pas toujours de gravir un sommet. vos skis ne colleront plus. vous pouvez alors vous remettre en route. le skieur alpin est embarrassé par son bagage et plus ou moins fatigué par l'ascension. en pas tournants. le skieur alpin saura déterminer d'avance et fixer sur sa carte le point où il compte troquer ses skis contre ses crampons. Sur un terrain suspect.. Mais faites les nettoyages prescrits avant le repas. de son inclinaison et des obstacles qu'il présente. la neige s'y attachera et tout sera à recommencer. on s'en tire souvent beaucoup mieux qu'un excellent skieur qui s'aventurerait pour la première fois en montagne. ses « planches » sont les simples instruments de sa volonté. Sur une pente modérée. La conversion s'exécute alors comme elle est prescrite dans tous les manuels. II agira en être de sang-froid et pourra paraître blasé. . L'alpiniste hivernal se trompera rarement sur la consistance des neiges qui lui restent à parcourir. vous préférerez parfois rester couché sur le col qui s'évase à ses pieds et fumer tranquillement votre pipe. on les exposera au soleil jusqu'à ce qu'ils soient paifaitement secs. Comme nous l'avons recommandé. avant de les serrer dans votre sac. en se relevant. Profitez du soleil pour faire sécher les peaux de phoque. avant de les coucher sur la neige. On les exécute face à la montagne et. Ces soins matériels vous serviront d'apéritif et procureront à vos organes la détente . Wattiser skifûhrer. et songer au succès final. Préparatifs de descente. Et cela pour plusieurs raisons. on peut même tourner tout en marchant. les parcours à pied étant indiqués par des pointillés 1 Si vous pouvez les enfoncer verticalement et jusqu'aux fixations dans une neige consistante. De cette façon. Un skieur craintif tombera souvent par simple appréhension. qu'il n'y avait aucune raison de tomber à cet endroit. il les abandonnera dès qu'il sera sûr d'avancer plus vite à pied. Les cartes accompagnant les guides pour skieurs sont très instructives. On prendra tout SON temps pour tourner. où il prévoit des embûches. avaient été enlevés par le vent. — C'est à la descente surtout que le style du skieur alpin diffère de celui du sportsman. Mais il est important que les skis reposent éans une piste horizontale et bien foulée. il n'est pas perdu pour cela. On enlèvera les antidérapants et l'on nettoiera soigneusement les skis. en en fera le moins possible. où les conversions sont inutiles si l'on a fixé tes antidérapants. Mais ceci n'est guère possible que sur des pentes fleces. il ne réussira pas à enlever vos skis (1). II. si l'on est kabile. il faut savoir considérer la sécurité générale avant tout.nécessaire à une digestion normale. Si vous les mettez dans la neige immédiatement après les avoir exposés au soleil. avant de partir dans une nouvelle direction. S'ils sont verglacés. le vent ne pourra guère les arracher. on fera un dépot. le skieur alpin saura résister aux charmes d'une folle glissade. Dans ce cas. les conversions sont tris faciles. assis sur votre sac. nous ne voulons pas dire peureux ou craintif. quelques provisions dans vos poches. vol. Fixez-les solidement aux disques des bâtons et étendez-les. p. Les exercices d'un sporisman diffèrent totalement de la technique du skieur alpin. Les skis n'étant pour lui qu'un moyen d'y parvenir. les conversions s'exécutent du côté aval. Le mieux est de l'attacher sur eux. Tandis que le sportsman est relativement frais. Fût-il à portée de la main. Avec des notions techniques rudimentaires. Le premier peut s'ébattre à quelque distance de son hôtel. en laissant errer vos regards sur les cimes d'alentour — quitte à reprendre le même itinéraire ou à franchir le col que vous venez d'atteindre. et reconnaîtra. avant de laisser ses planches derrière soi. et surtout des avalanches. Là où se termine l'approche en ski et où commence l'attaque de la montagne. elles sécheront très rapidement. on aura soin d'enfoncer profondément ses bâtons dans la neige au-dessus de soi et du côté de la montagne. mais la neige est souvent si dure qu'il est impossible de les y enfoncer. sur une neige poudreuse et tourbillonnante. La descente. l'alpiniste n'a pas de style particulier.Conversions. Nous avons déjà vu sous quel aspect les hauts sommets se présentent en hiver. En montagne. Même à la descente. Mais il faut en être absolument certain. Dans l'air de la montagne. Lorsque la pente est rapide et la caravane lourdement chargée. La prévoyance et la volonté domineront en lui la passion du sport. Certaines précautions sont nécessaires. Or sa volonté est d'être prudent et de le rester en toute circonstance. Plusieurs caravanes ont failli périr parce que leurs skis. de façon que tout soit sec et propre au moment du départ. vous pourrez prolonger votre sieste. — Dans les hautes Alpes. Si l'endroit est dangereux. on peut s'en servir pour charger les skis.

le christiania est beaucoup plus facile que le télémark. — On appelle slalom une suite ininterrompue de virages en serpentine. Mais. humide ou collante. on conservera le ski frontal bien en avant. le moins brutal et le plus confortable. n'ayant trouvé aucune expression française digne de le remplacer. La consistance de la neige. aussi facilement d'un côté que de l'autre. avec conversion de pied ferme à chaque extrémité. en jurant que jamais — non. son but n'étant pas de faire de la vitesse. on peut l'exécuter sur toutes les neiges. La brutalité du saut peut provoquer une rupture des skis ou des fixations. Le stemm est un virage beaucoup plus lent et qui n'exige pas la vitesse nécessaire aux autres. La seule façon de se dégager et de s'arrêter sera alors la conversion sautée ou saut tournant. Sous le poids du skieur. puis en tendant les jambes après l'avor traversée. et il est prêt à les affronter prudemment. Le skieur alpin doit s'appliquer à modérer constamment son allure.. ou simplement stemm (abr). ou légère et peu profonde. il faut ramener à temps le ski de front en arrière et traverser ces tremplins naturels dans la position du sauteur. l'équilibre latéral se conserve tout naturellement. Aussi lui consacrons-nous ici une attention toute spéciale. la plus simple. Ces trois virages peuvent du reste se combiner à volonté. sauf sur une neige durcie. la plus agréable et la plus reposante. lui. si la pente n'est pas rapide. éventuellement l'effondrement d'un pont si l'on traverse un glacier. les particularités du terrain et la vitesse du skieur décideront dans chaque cas lequel d'entre eux doit être appliqué. tout en évitant les vagues les plus grosses et choisira précisément la surface la plus unie pour tourner en virages. si l'on n'est pas dans la position normale pour les prévenir et les parer. Les débutants ont beaucoup de peine à adopter la trace serrée. en trace serrée (pur style norvégien). il sera bientôt fourbu autant que furieux. Slalom. il n'y a qu'une chose à faire: ce sont des zigzags. molle. dans la neige croûtée et cassante. En montagne on ne l'applique guère que latéralement. Le skieur alpin. ou pour briser son élan juste avant de commencer un virage. pour ralentir la vitesse en traversant des pentes. C'est donc la première chose à apprendre par le skieur novice qui veut parcourir la haute montagne. c'est à peu près le seul moyen de virer confortablement et d'éviter des chutes fréquentes. Cette difficulté une fois vaincue. les skis enfoncent la croûte et conservent obstinément leur direction autonome. le télémark est le meilleur des arrêts. freinage-virage : expressions peu sympathiques et trop compliquées pour s'implanter. Il n'y a que les ondulations du terrain ou la variabilité des neiges qui puissent provoquer des chutes en avant ou en arrière. Dans ce cas. Dès qu'une pente devient trop rapide pour être descendue directement. exécutera instinctivement les virages qui s'adaptent le mieux à la situation du moment et aux formes du terrain qu'il parcourt. surtout le pas tournant. dont l'acrobatie charme la galerie des palaces. II voguera bien tranquillement par le travers de la pente. A force de déraper. Stemmbogen. Lorsque ces ondulations sont assez brusques pour vous projeter en l'air. Mais il faut prendre garde de ne pas se laisser entraîner à une vitesse excessive. Le slalom en télémarks se fera dans la neige poudreuse. Sur la neige houleuse des hautes Alpes. en christianias ou en stemmbogen 1. Dans une neige poudreuse molle. connaît toutes ces embûches. mais ils peuvent être employés sur de courts espaces. Dès que la neige est ventée. Après avoir essayé du télémark. Le slalom s'applique beaucoup plus fréquemment en haute montagne que sur un terrain d'exercices. parce que l'équilibre latéral est plus difficile à obtenir qu'avec des skis écartés. C'est là une acrobatie qui n'est pas recommandable en haute montagne. « tôlée ». Pratiquement. Nous adoptons donc stemmbogen. où l'on peut s'adonner librement aux glissades droites et vertigineuses. Le -pas tournant et le pas du patineur ne se pratiquent guère en montagne. En suivant la ligne de plus grande pente. Si vous êtes enlevé dans la position du télémark. il est parfo's impossible de décrire un virage. qui constituent en somme le véritable slalom alpin. possédant le sens de la neige. . le skieur maintient son équilibre longitudinal en avançant plus ou moins le ski antérieur et en fléchissant les genoux. Le freinage en chasse-neige (Schneeplugfahren) est très fatigant. C'est à peu près le seul moyen de s'arrêter brusquement sur une surface durcie. plus jamais — on ne le reverra dans ces montagnes « tôlées ». Ce que nous avons dit de la neige pour les arrêts équivaut au slalom. Un bon skieur. On peut aussi diminuer l'effet des ondulations en s'accroupissant sur les skis pour passer la bosse. 1 Nous conservons ce mot allemand. vous risquez fort de tomber sur le dos. il tentera le christiania. Seule son expérience lui dira à quel moment et de quelle façon il doit virer. C'est la méthode la plus utile en montagne et la plus amusante lorsque la neige est favorable. un christiania ou une conversion sautée. Ce sont là des réflexes presque inconscients qui lui permettront d'éviter ou de franchir aisément tous les obstacles. On l'a traduit par virage en chasse-neige. Éventuellement des pas tournants. Lancé à toute allure. Le slalom s'exécute en télémarks. — Les télémarks et les christianias ont le désavantage de projeter le skieur en dehors de sa courbe lorsqu'il est pesamment chargé. humide ou même collante. Sur une neige croûteuse et cassante. C'est précisément sur cette houle maudite que l'on distinguera le skieur alpin du sportsman fringant et multicolore. — Le skieur s'arrête par un télémark. Celui en christianias est beaucoup plus difficile et se remplace avantageusement par les stemmbogen. puis le saut tournant. est rarement applicable en haute montagne. Elle ne se fera que sur une neige parfaitement régulière (poudre hivernale ou névé printanier).. C'est évidemment la glissade par excellence. de tomber et de rebondir. il ira crever de ses skis une vague plus résistante que les autres : il tombera sur le nez et brisera ses skis. La consistance de la neige reste évidemment le critère important. La descente droite. lorsqu'on est lourdement chargé. mais d'avancer prudemment en fouillant des yeux le terrain. Arrêts.Encore y a-t-il bien des manières de descendre. on la parcourt en slalom.

on est tenté de les faire trop brusquement. sans avancer. le guide s'arrête sur une pente rapide. mais ininterrompue. On. combinaison du stemm et duchristiania. dans la direction voulue à travers la pente (2). on étudiera le chemin tout en montant. on l'apprendra plus facilement qu'en négligeant cette combinaison et en voulant l'exécuter exclusivement. Les débutants décrivent trop souvent leurs virages dans des creux. En outre. même dans la meilleure des neiges. Il faut toujours être sur ses gardes et prendre à temps une position ramassée. Cette méthode est très pratique lorsqu'on descend à la corde sur un glacier incliné. Il est facile. même rectilignes. Il faut se retourner fréquemment et considérer attentivement l'aspect du terrain. il faut toujours chercher à avoir la pente contre soi. Aussi. Les combes évasées constituent le terrain le plus favorable au slalom en stemmbogen. avec son inclinaison et son orientation. En déversant celui-ci intérieurement. Un œil exercé. sur les pentes dominant la rive droite d'un glacier rapide. le ski extérieur se met parfois à déraper. On préférera alors les télémarks ou les christianias. est-il préférable de finir le stemmbogen par un christiania. les télémarks ne sont pas toujours faciles. pour une cause ou pour une autre. Lorsqu'on a la pente à sa gauche (sur la rive gauche d'un glacier par exemple). Le skieur longe cette rive et. les skieurs expérimentés préféreront même le stemmiania au stemm proprement dit. Au moment où l'on dégage le ski intérieur. en écartant plus ou moins les skis. sur un glacier. pour un skieur droitier. il est parfois difficile de terminer le stemm. le corps penché en avant et les deux skis freinant en chasse-neige . Certaines observations faciliteront beaucoup la glissade. Pas n'est besoin de suivre exactement la trace du chef. on les évite ou les franchit sans tomber. où la place manquerait pour les serpentines. il profite de son dernier élan pour exécuter un stemm qui le relance dans sa direction initiale. le ski intérieur s'y embourbe plus ou moins. Ce virage est très utile sur les mauvaises neigea et permet de modérer l'allure au moment précis où le virage tend à dégénérer en dérapage. dès qu'il va trop vite. à condition qu'elle ne soit pas trop glissante et que le ski extérieur ne dérape pas au moment où l'on soulève le ski intérieur. Cette méthode peut aussi très bien s'appliquer sur une neige dure. Quand on sait les discerner.Le stemm se fera très lentement et. . tournera en stemm jusqu'au moment où l'on fait face à la pente. Les flancs de la combe vous renvoient alternativement. une prompte décision et une volonté inflexible sont nécessaires pour pouvoir. Un autre avantage du stemm est de faciliter l'amorçage du télémark et du christiania. on termine le virage plus ou moins brusquement. Ceci n'est évidemment pas toujours possible. son style. le poids du corps se porte entièrement sur le ski extérieur. est généralement moins facile. Au lieu de soulever le ski intérieur. Il existe une combinaison de stemms et de christianias que l'auteur n'a jamais vu décrite nulle part et qui pourtant est fort utile en montagne pour descendre directement tout en modérant son allure : c'est une glissade festonnée par des christianias latéraux. parce que le premier est plus vite exécuté et que son rayon est plus petit. Lorsque le virage est presque terminé. et ceci est fort utile dans les passages resserrés. Les glissades. les stemms ne valent rien. comme un cycliste en plein virage sur une piste de course. Le skieur rompu à la technique des stemms les appliquera même sur une bonne neige poudreuse. Le terrain idéal se rencontre. Lorsque. le skieur paraîtra tourner sur lui-même. où la caravane 1 C'est ce que les Anglais ont appelé le slemmiama. c'est un jeu passionnant. Sur les neiges durcies. alors qu'ils sont toujours plus faciles sur des bosses ou des replats. qui sont précisément plus faciles sur les pentes fuyantes. au cours d'une glissade rapide. on peut aussi terminer le stemm par un télémark. en effet. Avec un gros sac sur le dos et un piolet en travers. pour un moment. sa trace. On évite ainsi le slalom. toujours difficile à cause de la corde. — à condition qu'elles soient skiables. Sur un dos convexe. peuvent se faire aune allure modérée. Ceux qui viennent derrière lui observeront constamment son allure. les changements de neige. Mais au lieu de s'arrêter complètement. bien entendu. il faut alors décrire les christianias à gauche. Le skieur de tête est naturellement beaucoup plus exposé aux embûches de la neige et du terrain que ceux qui le suivent. Après quelques jours de beau temps ou de vent. mais il faut savoir s'en servir comme ligne de conduite. selon la rugosité de la neige (1). Sur une neige poudreuse. ce qui. Ailleurs que dans une combe. tandis que le stemm exige toujours une allure lente et confortable Dans la neige poudreuse. Rien n'est plus agréable que de se laisser bercer en oscillations d'un versant à l'autre. En terminant le stemm par un christiania. Il faut alors le dégager. et le placer contre l'autre. choisir la meilleure voie et profiter des moindres avantages. au moment où l'on va tourner. 2 C'est ce que les Anglais appellent lifted stemm ou stemm levé. Le ski frontal est semblable à une antenne qui pressent les changements de pente. il vire à droite en christiania. Aussi le meilleur skieur devrait-il toujours être en tête lorsque la caravane n'est pas encordée. puis on placera le ski intérieur de front et Ton terminera le virage par un christiania. sur la neige dure. Si la neige est profonde. pour franchir sans tomber les zones de neige dure ou collante. par exemple. Certaines ondulations prédisent au skieur averti une neige particulière. de passer de la phase médiane du virage en chasseneige à la phase finale du télémark. Si la descente doit s'effectuer par le même itinéraire que la montée. en le soulevant lestement. Il faut évidemment une longue expérience pour acquérir le sens de la neige et cette notion du terrain qui réduisent de moitié les difficultés techniques du ski. et pourront en tirer des déductions qui simplifieront considérablement leur glissade. Le skieur exercé préférera toujours le rythme harmonieux de ces oscillations à la glissade directe le long d'un thalweg. et dicte au skieur l'attitude à prendre avant que son équilibre ne soit rompu. la consistance des neiges sera presque toujours en rapport avec les formes du terrain.

il peut y avoir avantage à se laisser déraper latéralement ou obliquement. En Suisse. Depuis lors. V. Cours de ski alpin pour guides et touristes. A. On placera donc ses skis en travers de la pente. Avec un peu d'habitude. Sur des pentes rapides ou dans des passages étroits et lorsque la neige est très dure. sous la direction de deux fameux skieurs : Victor de Beauclair et Albert Weber. Ce ceurs eut lieu à Saas Fée et aux environs de la cabane Britannia. Si le talon du ski est trop engagé dans la neige. on maintient aisément son équilibre. on passait presque immédiatement aux applications. Il avait pour but de rechercher quelles sont les principales lacunes dans la préparation du skieur à la montagne. on prendra la position du christiania ouvert (skis écartés) et l'on appuiera ses bâtons du côté de la montagne. mais. S. comme nous l'avons déjà dit. un véritable cours de ski alpin pour clubistes. on se trouve parfois embarrassé pour pointer ses skis dans la ligne de plus grande pente. il faut prendre garde à ce que les disques ne s'accrochent pas aux vagues. S. En 1902 déjà. Encore faut-il savoir freiner efficacement. mais celui qui a le mieux compris la façon d'utiliser ses skis en montagne. on ramène le ski intérieur parallèlement contre lui. on règle sa vitesse en portant le poids du corps soit en arrière sur les bâtons. Ces cours. Les mains étreignent fortement leurs pommeaux et les coudes viennent reposer sur les genoux. pour la première fois. sous les auspices du C. S.. en montagne. En réduisant la partie préparatoire. selon sa consistance. Cette méthode. dans l'espoir surtout de faire une belle course de montagne à bon marché.. Des cours de ski alpin pour guides et pour clubistes sont non seulement utiles. il ne faut pas hésiter à chevaucher ses bâtons. on y porte tout son poids et. en gravissant les sommets d'alentour. en les tirant ou en les portant. S. la fesse gauche reposant à peu près au milieu des bâtons. leurs pointes entre les skis. On peut alors démarrer dans cette position. Les skis sont écartés de 30 à 40 centimètres. Il s'agissait alors d'instruire les guides dans l'art du ski. qui réglera l'allure de la caravane. le Comité Central du C. A. Les conditions nivales et glaciaires rencontrées à Britannia pendant le cours de ski de 1924 sont les pires que j'aie observées depuis 1907. On suivra naturellement la ligne de plus grande pente. en somme. que normales en plein hiver. en prenant la cabane Britannia comme base. au contraire. Dans ce cas. C'est lui. on peut faire ainsi de longues descentes sans se fatiguer. les pointes légèrement en aval. Plusieurs skieurs réunis au même endroit peuvent provoquer une avalanche ou l'effondrement d'un pont de neige. au moment où il s'abaisse sur la neige. Mais les skis ne sont pas faits pour suivre les chemins battus et l'on sera généralement tout heureux de les enlever et de poursuivre sa route à pied. il serait stupide de vouloir condamner l'usage des bâtons pour freiner. En les écartant suffisamment. Quelques « trucs ». prêts à partir au premier élan. s'ils sont bien organisés. Selon l'inclinaison de la pente. Lorsque la neige est houlée. les guides de Saas organisèrent à titre privé des cours de ski en montagne>et nous devons les en féliciter. Il faudrait arriver à régler uniformément entre eux une seule et même technique alpine. Je m'en suis réjoui parce qu'elles confirment mes théories sur l'enneigement et qu'elles ont considérablement augmenté l'intérêt du cours. il ne faut pas non plus se disperser en laissant loin derrière soi le skieur le moins habile ou le plus fatigué. D'autre part. La comparaison n'a pas manqué d'intérêt. il faut éviter les attroupements. La position doit se prendre avant de commencer la glissade. On pourrait évidemment exécuter un saut tournant. des alpinistes romands organisèrent. Il s'agissait donc moins de former les participants aux courses de montagne que de comparer les résultats auxquels ils étaient parvenus.et spécialement peur les prévôts des groupes de ski de la Suisse française. et non pas dans celui du S. quelques touristes se laissèrent tenter. qui est seule efficace sur de fortes pentes ou de mauvaises neiges. Lorsque le freinage devient nécessaire.n'est pas encordée. C'est ce qui se réalisa du reste dans la plupart des cas. et la glissade commence immédiatement. a compris que l'application du ski à la montagne rentrait bel et bien dans son domaine. celui qui a l'avantage n'est pas le meilleur skieur. Grâce à des prix très modiques. il faut des glaciers. Il l'a du reste spécifié dans ses nouveaux statuts. Le dérapage se règle facilement en déversant plus ou moins les skis. V (1). Les méthodes décrites dans les manuels sont anodines et beaucoup trop fatigantes. Par contre. On peut aussi décrire un stemm usqu'au moment où l'on fait face à la pente. Non seulement. En mars 1924. le S. la section Monte Rosa organisait un cours de ski pour guides à Zermatt. mais il est encore beaucoup plus simple de planter le talon du ski aval perpendiculairement à l'autre et plus ou moins profondément dans la neige. mais rares sont les skieurs qui savent le faire. comme cela se pratique en été dans les cours de 1 Schweizer Ski Verband : Association suisse des clubs de ski. on désire s'y lancer directement. Elle a confirmé le fait qu'en haute montagne. Dès 1908. arrêté sur une pente rapide. a pris la haute main sur toutes les organisations relativesau nouveau sport. . soit en avant sur les skis. Une fois le ski aval pointé dans la direction voulue. et qu'il ne s'abaisse pas assez facilement. En montagne. peuvent être aussi utiles aux guides qu'aux touristes. mais il faut surtout ces conditions de neige que nous taxons de « mauvaises » et qui ne sont. Les bâtons réunis se placent entre les jambes. — Lorsque. c'est une erreur de croire que ces cours puissent s'exécuter utilement en dehors des glaciers. qui leur était presque complètement inconnu à cette époque. est également applicable sur les chemins battus. on porte alors le poids du corps sur l'autre ski. il vaut mieux éviter ces sauts. mais nécessaires. La position est accroupie.

65-72. 1 Au sujet des corniches et de leur formation. on traitera : l'enneigement. la lecture des cartes. l'emploi de la corde sur les glaciers. Lorsque guides et touristes seront familiarisés avec les mêmes notions. les vents. les différentes sortes de neiges. réparation de fixations et de skis détériorés. cessera d'être un cauchemar et deviendra un usage courant. ils s'entendront beaucoup mieux entre eux et l'usage de la corde. descente en stemm sur pentes de plus en plus rapides et sur neiges de plus en plus dures (avec sac et piolet) . Comme applications : une ascension type à un sommet rocheux . 1919. montée et descente à la corde en caravanes de deux ou trois skieurs. Le programme de ces cours devra comporter des heures de théorie et des heures d'exercices. sauvetage d'un skieur descendu à la corde dans une crevasse . marche dans le brouillard . voir mon article dans l'Echo des Alpes. Dans la partie théorique.guides. bivouac dans la neige . ensuite sur des glaciers . etc. p. les avalanches. par exemple. d'abord sur un terrain d'exercices. une autre à un sommet neigeux. Les principaux exercices à pratiquer sont les suivants : montée en zigzags au moyen de différents antidérapants. les corniches ( 1). . Ceci est très important et pourrait éviter bien des accidents à l'avenir.

partaient en course. Lorsque nous nous séparâmes (à Montreux. si je l'acceptai. nous rejoignîmes le professeur Roget qui nous exposa les détails de son plan. le professeur Roget. et. je contemplais le tableau si familier à mes yeux : la trouée du vallon de Saleinaz et la partie frontale de son glacier. « Vous verrez comme ça va marcher ! » Je n'ai jamais rencontré de guide qui vous inspire spontanément une plus grande confiance. tout en me demandant ce qu'elles allaient nous réserver.. A Noël. de ne pas être partis plus tôt pour pouvoir monter tout droit. et j'avais souvent parcouru le Val Ferret en ski. lui. dès le 24 mars. et nous étions bien placés pour les voir descendre. L'arête nord-est du Chardonnet ! Une des courses les plus difficiles du massif? en hiver? allons donc ! Et pourtant mon père passait pour la plus grande autorité alpine de la chaîne du Mont Blanc. et je fis la connaissance du professeur F. éclairée d'un grand soleil et arrosée d'excellents vins. au pied des sombres forêts qui revêtent la montagne. me proposa de l'accompagner dans une course de Pâques. Le Val Ferret est.. je fus bientôt harnaché et prêt à partir. très encaissé et les sommets d'alentour ne sont guère tentants à cette époque. Mes compagnons devaient me prendre en passant.. Il ne comptait pas s'attaquer directement au Grand Combin. je scrutais les pentes conduisant à Orny. Les vacances de Pâques eureat lieu très tôt cette année là. elle était encore durcie par le gel nocturne et l'on pouvait y cheminer à pied sans enfoncer. Nous allions régulièrement passer nos vacances de Noël et de Pâques en notre chalet de Saleinaz. On me présenta. C'était l'époque des grosses avalanches. Ce fut une joyeuse journée. pensais-je. cette fois-ci. Ceci me paraissait admissible.les vacances de Pâques étaient généralement si tardives qu'en arrivant à notre chalet. Le professeur Roget me raconta comment. sa barbe poivre et sel et sa bouche souriante ajoutaient une pointe ironique et bienveillante à son profil aquilin. Un bon mètre de neige recouvrait toute la plaine de Saleinaz. des cheveux grisonnants encadraient un visage fin. comme on en Toit rarement en mars. et j'étais impatient de les voir arriver. la passion grandissait en moi. A cette heure. l'année précédente (en mars 1906).. Il n'eut pas de peine à me communiquer sa joyeuse humeur et son enthousiasme habituel : c'était le « grand beau » . au Grand Combin. par l'arête nord-est. J'étais fier d'être avec lui ! . et comment ils avaient réussi l'Aiguille du Tour (3 548 m. on pouvait cueillir les premières fleurs entre les taches de neige. D'autre part. au milieu de ces hautes montagnes.). Il avait rédigé un itinéraire pour ce massif et il savait donc à quoi s'en tenir. il avait emporté ses skis et comptait sur nous pour l'aider à ne pas perdre ce beau dimanche d'hiver. Il s'était formé à Neuchâtel un petit clan d'amateurs qui. mon père ne put s'empêcher de sourire en me disant que jamais nous n'arriverions. je descendis au village et j'y trouvai mes compagnons en train de faire leurs dernières emplettes. peu à peu. Ce jour-là.CHAPITRE VIII PREMIÈRES EXPÉRIENCES 1907 : Aiguille du Chardonnet (3 836 m. Mon père et moi conna ssions cette montagne pour l'avoir gravie trois ans auparavant.) dans d'excellentes conditions. Le Grand Combin. il était monté à Orny avec le guide Maurice Crettez. bien calé sur ses jambes. Le professeur Roget n'y était jamais monté et nous lui fîmes observer qu'elle n'était pas facile. de Genève.) et Grand Combin(3 317 m. à la Brévine et nous revînmes tard par-dessus le mont Racine. Nous fûmes à Tête de Ran. dominé par les formidables parois du Portalet. De ma fenêtre. trapu. qui devait nous guider et qui saurait bien voir. tout irait pour le mieux. par contre. je crois). Quant à l'Aiguille du Tour. Jamais je n'oublierai ce dimanche 2 mars 1907. Ce ne devait pas être un Neu-châtelois. le froid était souvent intense et la neige poudreuse si profonde qu'il fallait de rudes efforts pour monter jusqu'à la Neuvaz. F. Arrivé la veille pour fêter l'anniversaire de notre République. et le plateau du Trient devait. Je craignis un moment de devoir renoncer à l'expédition. l'ascension serait certainement possible. Dans mon ardeur juvénile. Mais il nous répondit que. A Lausanne. du reste. ce fut sans grand espoir de voir ses projets se réaliser. Fort. m'était complètement inconnu et je m'attendais à y rencontrer de sérieux obstacles. Tant de fois j'avais admiré les lignes grandioses de cette scène i Mais. je l'avais gravie plusieurs fois l'été et son ascension ne présente aucune difficulté. Le ski n'était alors pour moi qu'un simple instrument de sport. Quel dommage. Enfin. Sous sa casquette à visière. Nous avions alors de véritables hivers dans le Jura suisse et suffisamment de neige pour faire la joie des skieurs. Roget. si la course était possible ou non. Mon père m'avait initié aux secrets de la montagne et. il faisait un temps radieux. et je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être la haute montagne en hiver. se prêter fort bien au ski. je partais avec mon père pour Saleinaz. Je connaissais les lieux. vers 7 heures du matin. il avait l'air d'un Anglais dans son costume Burberry. je me trouvais au rendez-vous et revoyais dans la pénombre du :our naissant les figures sympathiques de mes compagnons habituels. J'avoue que sa proposition me parut téméraire autant qu'alléchante et. Le soleil se levait dans un ciel sans nuage. J'avais alors dix-neuf ans. Notre chalet est situé à l'orée de la petite plaine de Saleinaz. perdant patience. Un large sourire illuminait sa face et il me tendit sa grosse main calleuse. Sa moustache tombante. plus fort que jamais. en effet. Maurice Crettez m'apparut plus grand. mais s'entraîner tout d'abord en montant à Orny et à l'Aiguille du Chardonnet. aux yeux très clairs et malicieux. Mais mon père avait une confiance illimitée en la personne de Maurice Crettez. avec lequel j'avais lié connaissance. C'est là que je m'éveillai de bonne heure le jour suivant. L'un d'eux cependant m'était inconnu. tous les beaux dimanches. Il avait un air de fête ce jour-là. Au retour. Mais jamais l'idée ne me serait venue de m'attaquer l'hiver à une grande cime. Depuis une semaine déjà.

nous touchons à cette ombre tant désirée. inerte. A cette époque. Aucun danger. M. Roget en avait deux et il eut bientôt fait. dit mon journal. Crettez portait son « passe-partout ». pour écouter le silence pesant et solennel I Avec un soupir de satisfaction. Nous allions « tout à la douce ». et je pressai mes compagnons de partir. Il est cinq heures. Les skis ne mordent plus. Voici ce fameux plateau du Trient. et je les fixai tout à l'arrière de mes skis. fixées dans une plaque de bois dur qui s'appliquait sous le ski. Je souris en songeant à notre équipement. comme Crettez. Trois heures plus tôt. 14° de froid. A moi maintenant de faire un bout de piste. Mais l'ombre dévie rapidement et nous reprenons notre marche. Au dehors. ni collant. C'est précisément là que commencent les fortes pentes conduisant à Orny. tout étonné et content de ronfler de nouveau. mes principes ont changé (voir chap. effilée comme une lance. enfouie. . ni très glissant. nous tirâmes nos skis derrière nous. Heureusement pour moi. Mes compagnons sont chaussés de souliers à clous et s'élèvent facilement dans ces pierres. si grandioses et si tranquilles. la piste ouverte par Crettez décrivait de longs zigzags peu inclinés. excellente. Dans une main je tenais un piolet et dans l'autre le demi-bâton. nous gagnons péniblement une coulée d'éboulis qui descend à notre rencontre. Le ciel est comme hier : sans un nuage. La nature est merveilleusement belle. à 6 heures du matin. Tous ces beaux granits sont dégarnis de neige . tout seuls pour jouir de cette nature morne . directement. Quant à moi. accompagnés des vœux de mon père. Nous prenons la direction du col d'Orny. en ce moment. ici. Puis vient un terrain ennuyeux. car on sent la neige solidement attachée au sol. nous faisons halte.hamnex et le Val d'Aroette. et nous pouvons sans danger nous passer de la corde (2). La consistance de la neige devient brusquement croûteuse. C'est un prétexte pour admirer les lointains lumineux : la hardiesse 1 Dans le Guide du skieur pour les Alpes valaisannes. nous chaussons nos skis devant la cabane. En moins d'une heure. au grand dam de leurs mignons souliers. L'aube passe sur les cimes et les frôle de son aile légère. La neige était excellente : un gros sel printanier. Le 26 mars. au chaud. Les skis sur le dos. Au Plan Manier. dorant longuement les cimes les plus hautes. Il faut les enlever. de nous prouver leurs avantages. Sur le névé du Trient. j'ai indiqué les deux meilleurs itinéraires pour monter à Orny celui que nous suivîmes et celui qui passe par la combe d Orny. Tout resplendit d'un immense éclat. C'est le réveil du monde. Lorsque les conditions ne sont pas parfaites. ces deux itinéraires sont dangereux autant l'un que l'autre. On peut enlever ses lunettes et jouir de sa fraîcheur dans la nature frémissante.et il fallut chausser nos planches. Le souffle âpre du glacier passe sur la vieille moraine. Roget avait emporté des crampons à quatre pointes. bouleversé par les avalanches et pénible à parcourir. 2 Ces lignes furent écrites en 1908. nous sommes installés. un vrai poteau. les skieurs visitant le plateau du Trient étaient encore très rares. j'avais pris ce qui m'était tombé sous la main : des crampons à talons. s'allonge sur les neiges étincelantes : c'est l'ombre projetée par le Petit Clocher du Portalet. j'avais eu la malheureuse idée de laisser à la maison la moitié de mon double bâton de frêne. Il les déclara lourd s et encombrants. Avec mes laupars. A l'intérieur. semblable à un calice resplendissant frangé d'ombres bleues et de pinacles dorés. et grandiose aussi ! Et quel contraste avec l'été. Et pourtant j'avais dans mon sac des crampons tyroliens à huit pointes. Tant que la neige fut assez dure. aussi solide que son propriétaire. Notre joie est débordante. C'est ainsi que nous attaquâmes les pentes du Plan Manier. alors que les mondaines aux ombrelles rouges se promènent dans les pier-riers et sur le glacier. Le soleil se couche. comme disent les Valaisans. Après une heure de repos. Mais. en obliquant à gauche jusqu'au dernier mélèze. du reste. sinon la toute première. cette fois sur une neige poudreuse.on préfère monter nar r. Depuis lors. Mais cela dure peu. Aucun de nous n'avait de peaux de phoque. au bord du petit lac qui sommeille. On passe sur le petit lac gelé et couvert de son linceul. pour contempler ce vieux Portalet qui semble rêveur . Oh ! que c'est triste ici. A 10 heures seulement nous quittions le chalet de Saleinaz. Lui aussi croyait au grand beau. et nous rechaussons bientôt nos skis. Les sapins dépouillés tranchent en masses sombres sur la neige d'un blanc cru.. sur le glacier où l'on décrit un large circuit pour gagner régulièrement le plus de pente.. vol. le soleil a bien travaillé ces derniers jours. sur la montagne. sur la moraine. et nous sommes assis au milieu d'eux en plein midi. Au col. sympathiquement retranchée derrière sa moraine grise. C'est bon signe1. Une ombre bleue. I. L'ascension du professeur Koget à 1 Aiguille du Tour (1906) fut une des premières en ski. dans l'intimité secrète du refuge. Actuellement. obliquant à droite dans la direction des Chevrettes. mais alors la croûte casse sous les pieds et l'on enfonce jusqu'aux genoux. c'est une autre affaire. et l'état des montagnes est parfait. et sur la carte qui lui est annexée. On monte lentement. nous reprenons notre marche. Crettez croisa les spires d'un long cordon autour de ses planches. Elle se puise dans la radieuse beauté du jour et dans celle des montagnes. Les gros blocs projettent leur ombre bleue. Je reconnus bien vite que leur différence de poids était gênante et je passai. nous arrivons à la cabane. le thermomètre est bien au-dessous de zéro. Quant à moi. la neige se fit « douce».Mais il se faisait tard. L'hiver a bouché toutes les crevasses. arrivés au pont jeté sur la Reuse. la neige est rosé. puis dans les gazons et les rochers. comme on en porte dans les chemins verglacés. nous y serions montés à pied. Enfin. fabuleux obélisque de granit pointé dans le ciel. mon piolet dans les bretelles de mon sac. nous sommes suffisamment « cuits » et affamés pour faire une halte. mais je les conservais précieusement pour l'escakde du Chardonnet ! Et nos bâtons ? Seul M. qui recouvre tout le bassin d'Orny. Etre seuls à Orny. On bourre le petit fourneau. Il fallut payer notre retard en décrivant de longs zigzags. V). qui s'incurve là-haut sur l'azur.

20 à 10 h. le 18 août 1907. n'est guère favorable aux skis. semblait nous appeler.. Le col passé. Le rocher est absolument sec. Pas un nuage dans toute l'immensité du ciel. admirant dans les courts moments de halte le soleil couchant dorer la cuirasse du Grand Combin. Cette fois. 25. Elle fut répétée en mars 1910 par M.). nous glissons sur la surface houleuse du plateau du Trient. au pied des beaux gendarmes dorés qui hérissent la crête du Chardonnet. col du Tour : 8 h. Par la Fenêtre de Saleinaz. les parties neigeuses recouvertes d'une poudre de 20 centimètres dans laquelle nous enfonçons les pieds et où les crampons se fixent à merveille. Crettez a retrouvé son humeur des grands jours. les gendarmes étaient beaucoup plus enneigés qu'en hiver. Puis l'arête se redresse une dernière fois. nous reprenions le chemin du retour. Crettez a filé à toute allure. Sur les pentes des Chevrettes. nous commençons la montée. couloirs blancs. et. le Rothorn. pour former une tour rouge qui n'est autre que le sommet. nous retrouvons la bonne vieille cabane d'Orny 2 Le lendemain. Mais déjà Crettez sonne la retraite. pointe ses skis vers le col du Toiar. ramassant sur la grande paroi glacée de la montagne la neige poudreuse qui y stationne. nous pouvons nous abriter quelques instants. dont l'arête élancée et délicate dépasse déjà de ses créneaux dorés les molles épaules de la Tête Blanche. Nous étions tr^s bien entraînés. dont les roches fauves évoquent le souvenir de Javelle. 25 à 14 h. sommet : 13 h. Après une courte halte. se découpe fièrement devant nous.. 35.. 1 Crettez nous avoua que les conditions étaient rarement meilleures en été.des grandes vagues que forment le Weisshorn. nous contemplons la rare magnificence de cette scène. Parmi tant de montagnes dressées autour de nous. sur une neige soyeuse. La vue s'étend à l'infini. Il est i h. je refis cette même course avec deux amis. . Nous étions partis trop tôt. Muets. on débouche sur le névé supérieur. Depuis lors. col du Tour : 1711.. tout content. qui n'a jamais mieux mérité son nom. la voici hautaine maintenant. Mais on n'a pas le droit de songer à ces petites misères. de loin. délassés par cette dernière glissade. Orny : 6 h. C'était la premiers ascension hivernale du Chardonnet (ou la première en ski. passa par ici. Elle qui. aussi tient-il à nous faire les honneurs. Cinq mois plus tard.. 15à 8 h. sur les neiges du versant savoyard. le massif du Trient est devenu un but favori des skieurs. la neige était encore gelée et nous descendîmes un bon bout à pied. Paul Montandon et consorts.). C'est un moment inoubliable : nous volons sans bruit dans la demi-obscurité du crépuscule. En quelques minutes. col d'Orny : 7 h. nous suivons nos traces vers le col du Tour. BOOS la conduite de Maurice Crettez. quitté arête nord-est : 15 h. JÏD août. mais le retour beaucoup plus agréable qu'en été. Nous longeons la sombre muraille des Aiguilles Dorées. Orny : 19 h. 40. Voici une dernière vague neigeuse : le Pizzo Bianco du Chardonnet. nobles cimes dont le profil se découpe nettement sur un fond d'émeraude. où nous plantons nos skis dans la neige. enfin. malgré un temps immuable. sans nous douter que. aux grandes ondulations. Dans un creux de neige. le Gabelhorn et la Dent Blanche. hérissé de vagues durcies. Quant aux premiers plans. D'un coup sec de ses énormes souliers. A 10 heures. Et voici déjà le soir de cette belle journée. . Nous préférons la parcourir en longues serpentines et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. Les rochers sont si noirs. Elle réalise d'un seul jet le prototype de l'Aiguille du Mont Blanc. Nous reprenons exactement tous les passages de la montée et parvenons sans difficulté à nos skis. lorsque l'on transpire au soleil et que l'on enfonce à mi-jambe dans la neige fondante. nous nous restaurons légèrement et. il faut quitter ses skis un instant et les rechausser sitôt après. les neiges si blanches et les ombres si bleues que le paysage semble irréel. nous jetons un coup d'œil vers le Tour Noir. dépôt des skis: 10 h. arête nord :est: 12 h. Plus bas. notre aiguille a terriblement grandi. 30. Après avoir taillé une quinzaine de marches. la cabane Dupuis n'abritait pas moins de trente skieurs ! . nous atteignons le col d'Orny. la plus légère et la plus somptueuse : il semble que l'on puisse toucher de la main les plis immaculés de sa robe. superbe dans l'azur pâle du ciel. si l'on préfère). La crête s'argente de nouveau. Toutes les conditions étaient si favorables que nous avons mis moins de temps qu'en été pour monter jusqu'ici (1). 2 Voici notre horaire : dép. Lentement. et le champ de bataille. 40 à 18 h. Ici commence la vraie descente. C'est lui qui. Sur le versant d'Argentière. La croupe de la montagne. nous restaurer et contempler la vue. Maurice. nous sommes à son pied. et nous nous sentons tout petits en nous en rapprochant. Pour franchir le toi du Tour (3 280 m. sous l'action du soleil. le premier. le Jura et les Vosges se distinguent très nettement. que le soleil a soigneusement dépouillés de neige durant notre absence. nous passons en revue la fameuse garde de la grande arête. ombres violettes. 15 . cinq jours plus tard. puis nous grimpons sur le dos voûté qui doit nous conduire à l'arête nord-est. La neige est très dure. Toutes les montagnes qui nous entourent semblent accessibles en ce moment.. Et quel plaisir d'être seuls avec sa montagne ! Seuls les échos répondent à nos yodels. A 7 heures du soir. C'est une balade royale. mais il nous fallut trois heures pour l'arête nord-est. Bientôt nous sommes dans le petit vallonnement près du « col Forbes ». et nous nous décidons pour la plus belle d'entre toutes : l'Aiguille du Chardonnet (3 836 m. l'Aiguille d'Orny captive les regards par l'étrange beauté de ses contrastes : roches cuivrées. corde déployée et crampons chaussés. Nous sommes probablement seuls dans toute la chaîne du Mont Blanc. 30 lorsque nous y parvenons. elle nous en saupoudre et nous coupe la respiration. La bise souffle par intermittences. droit en bas de la pente. alors qu'en mars elle n'avait pas exigé plus de i h. sans la moindre parcelle de glace. 20 . repris les skis : 16 h. sitôt après. nous serons assis sur ce trône glorieux. Crettez pratique de gros trous dans la neige. La neige du plateau a été soufflée : le vent et la bise ont combattu sur cette plaine désolée. A Pâques 1924. l'Aiguille Verte est certainement la plus frappante. aux brusques écarts.

dans les bois. Deux contrebandiers italiens vinrent à passer. ce sont les montagnes de Fionnay. sur le plateau ensoleilé. Mais. toute vie cesse et le sol devient éblouissant. je reconnus le professeur Roget et ce grand diable de Maurice. dit mon journal. Vers midi. Je le regrette maintenant. A leur signalement. Vis-à-vis. et paraissaient bien fatigués. Il m'engagea vivement à le suivre. voici. le mayen du Revers : un petit groupe de chalets noirs blottis dans la neige. Une halte encore. car le temps a l'air parfaitement stable. le Combin est toujours en place. nous arrivions en voiture au Châble. Au pied de ce couloir. Le 30 mars à 7 heures. et. au Bourg. arrosées de Neuchâtel blanc et le café qui lui fut servi au soleil par 40° C. nous surgissons en pleine lumière. mais il devait coucher le même soir à Bourg-Saint-Pierre. il s'adresse à Crettez : — Voyez s'il est possible de nous trouver ce soir à Bagnes et de monter demain à Panossière. il faut gravir les pentes opposées pour rejoindre au-dessus de Fionnay le chemin habituel de la cabane Panossière. Roget n'a sans doute pas oublié mes fameuses « croûtes au fromage ». L'air est frais et le fond de la vallée légèrement brumeux. mon père s'était absenté et je ne pouvais partir sans son consentement. aux teintes chaudes . les brouillards traînaient dans le Valsorey. Le carton est bientôt vidé. tirant nos skis sur la neige durcie. la chaleur solaire avait dissous mon énergie. Mais les « Monthey » sont tout simplement des œufs frais et crus dont nous sommes très friands. Au delà du village s'ouvre le monde des neiges . En voilà un qui comprend l'hospitalité : ne va-t-il pas jusqu'à nous fournir de bonnes pantoufles bien chaudes et à faire bassiner nos lits ! Il n'avait certes pas tort. je les vis descendre et m'assis à l'ombre pour les attendre. Midi : autour de nous. Le soleil est déjà chaud. De tous côtés l'eau coule et ruisselle. Ils furent bien étonnés de me revoir ! — Moi qui vous croyais au Combin ! — Eh bien non ! Hier matin. le torrent semble écouler plus vite ses eaux vertes sous le petit pont qui ploie gracieusement : partons ! La Drance franchie. la nature s'éveille et. Elle est longue. mais on respire le souffle embaumé des forêts et l'on sent la chaleur vivifiante du printemps qui vous pénètre jusqu'au cœur et vous rend fort. le soleil réussit à décrocher quelque avalanche. nous chargeons les skis et les sacs sur nos épaules. Enfin. frémissant sous l'ardeur joyeuse du soleil . à pied. M. avec un pour de mélèzes. et nous avons préféré monter au Saint-Bernard. nous quittons Bagnes en voiture. au bord de la Drance. et. par un ciel toujours sans nuage. pour jouer un tour à celui qui la trouvera. Au chalet du Clou. mais il comprend mon désir. de temps en temps. le surlendemain. celui qui écrivit dans le livre des voyageurs : Je voudrais avoir mérité Ce Bagnes à perpétuité. les skis sur l'épaule. où M. je fais une halte délicieuse. Crettez sort de son sac une belle boîte de cigares Monthey qu'il ouvre devant nous. il semble que on arrive dans le ciel. laissant errer mes regards sur ces montagnes merveilleuses qui forment le cirque de la Neuvaz. Nicollier nous fit le plus chaleureux accueil. Malheureusement. Tout là-haut. Roget est probablement un peu lassé par ces cinq jours de courses consécutifs. Aux chalets de Ferret. Le même soir. A Lourtier. Avant de passer sur l'autre rive. La côte est rude et glissante . de la Rosablanche au Pleureur. Bientôt notre guide avise un couloir tapissé d'ombre et qui monte tout droit vers un premier plateau. les arbres gris sont tout dépouillés. et la glissade fut parfaite. La réponse ne se fit pas attendre : on irait coucher à Bagnes et l'on monterait le lendemain à Panossière. Je ne comptais pas les revoir si tôt. je me trouvais couché à l'ombre des chalets de la Fouly. Il aurait volontiers prolongé sa sieste. et personne ne nous empêche d'y aller. D'autre part. les neiges flamboient. Ils arrivaient de Cour-mayeur. tandis que Crettez. échelonne ses traces au-dessus de moi. pour monter le lendemain à la cabane de Valsorey. C'est à peine si. par un beau clair de lune. fraîche oasis au milieu des neiges éblouissantes. ils avaient rencontré deux skieurs en train de déjeuner et qui semblaient venir du Grand Saint-Bernard. nous arrivions au chalet de Saleinaz. colla piuma sul capello. M. les mazots brunis s'égrènent sur la pente . — Peuh 1 fait Crettez. par le col Ferret. érodant la glace épaisse et sale. L'espoir renaissait et je m'empressai de monter à leur rencontre. j'étais monté seul dans le val Ferret. Crettez s'amuse à remballer soigneusement la douzaine. Et là-haut. puis tout rentre dans le silence. Les forêts descendent en longues coulées bleues. et nous verrons cela. réfléchissez-y. Vers midi. mon ardeur m'ayant repris. par une chaleur accablante. Nous en venons aujourd'hui par le col de Fenêtre. puis il faut se glisser lestement entre les gouttières qui tombent des toits dans l'unique rue du village. nous y montons. tandis que la neige s'étale . et j'étais très satisfait d'avoir réussi cette belle course. la crête brille comme auparavant : les yeux suivent avec ravissement les festons blancs découpés sur l'azur. comme nous n'avons pratiqué que deux petits trous aux extrémités des frêles coquilles. après un moment d'hésitation. brusquement. les oiseaux ont repris leurs chants. puis. exprimant dans mon gosier desséché le jus d'un citron. dans les vergers. assez monotones l'été. Cette neige éclatante et ce ciel bleu : que rêver de plus simple et de plus beau ? .elle reprit sa consistance granuleuse. une vie intense passe dans la nature . Longtemps nous montons. pour admirer la brillante nature. J'accompagnai mes amis jusqu'au village de Praz-de-Fort et les quittai en leur souhaitant bonne chance. Le printemps sera bientôt venu. Lorsque l'échelle est faite. mais en ce moment couvertes de neige et pimpantes comme des reines. nous nous anê-tons dans une sorte de grotte pour déjeuner à l'ombre. Il se produit alors un brusque craquement.

Il est 7 heures. dans le névé durci. en été. dont l'arête orientale est bien visible. Nous dominons directement la gorge profonde où le glacier de Corbassière s'écroule en séracs et vient mourir insensiblement à 1900 mètres. C'est la première fois que je passe ici. un poudroiement de teintes somptueuses monte doucement. pour venir jusqu'ici. elle se fit à pied. mais nous le savons très optimiste. les skieurs trouvèrent une route de beaucoup préférable. — Tranquillement. la neige sèche et poudreuse ne s'attache pas à ces pentes de glace. nous préférons l'autre itinéraire et suivre l'arête ouest de la montagne. tout rosé dans le bleu intense du ciel. et par cette fenêtre on aperçoit de merveilleuses montagnes : le hérissement superbe des aiguilles du Mont Blanc. Elle aboutit à la moraine dont nous escaladons la crête dépouillée de neige. plus fières et plus élancées que jamais. La grandiose magie des neiges se révèle à nos yeui étonnés. Le froid nous gagne . Sans hésiter. de suivre obstinément les itinéraires d'été. entourant le massif des Diablerets. qui conservent leur aspect automnal jusqu'au printemps . dans le bleu infini. Le soleil est très chaud et le second carton d'œuf s bientôt vidé. Arrivés tout en haut. Mais bientôt la lune se lève derrière le Grand Tavé et inonde de sa lumière le sommet du Combin de Corbassière. Enfin. Aussi faut-il se déptcher. et il nous entraîne sur le glacier. accoutumés aux vues de l'été. la vallée est plongée dans une ombre violette et rosé . la geine est poudreuse et nous cheminons avec plaisir. 31 mars (dimanche de Pâques). C'était évidemment une erreur de notre part. et cela nous semble maintenant tout naturel. En longs lacets nous remontons la rive gauche. une petite lumière brille à nos yeux : c'est le salut. nous partions joyeux. Plus tard. Brrrr ! Quel froid ! Là-haut. nous avançons plus rapidement à travers un premier plateau que forme le glacier . Deux routes s'offrent à nous pour escalader le géant : l'une prend à gauche et longe un « corridor » qui conduit tout près du sommet. nous restons là jusqu'au moment où le dernier spasme de vie s'évanouit dans l'obscurité envahissante. Voici trois heures que nous marchons. un peu plus haut. Longtemps les lacets se déroulent . cette arête de rochers que nous voyons en profil. Notre guide compte « trois p'tites heures » jusqu'au sommet. légère. il fait froid. Jamais. directement. la montagne nous attend. On ne compte guère moins de temps. il fait très chaud. et la cabane me semble bien éloignée. nous pourrons la suivre à toute allure. fréquent chez les professionnels. Dans la peite comêbe. qui conduit directement au glacier et le suit jusqu'à Panossière. Au niveau du col (3 426 m. Le déjeuner est rapidement expédié et la montée commence. dans la neige unie et poudreuse : au retour.Derrière nous. Quant à la descente au glacier. nous déjeunons dans la petite cuisine. au-dessus des séracs. un dernier effort. puis les zigzags reprennent. Roget arrive peu après et nous étalons nos provisions sur les tables (1). une pente toujours plus rapide monte à l'arête de Corbassière. et nous rencontrons bientôt le soleil. caravane n'aura déjeuné si calmement à cette heure tardive avec l'intention de monter au Grand Combin. au pied du col du Meitin : une selle peu profonde dans la grande arête occidentale du Combin. elle se confond presque avec le sentier d'été. Nous saluons familièrement a le Chardonnet . en plein jour. les skis sur l'épaule . les skis chaussés et chaudement habillés. par des pentes très rapides. la neige est molle et nous enfonçons profondément. Là. Lentement le crépuscule descend sur la montagne . Une demi-heure plus tard. c'est un site que je désirais voir depuis longtemps. La cabane est toute dégarnie de neige . descendant au col des Maisons Blanches. nous arrivons au pied du Combin de Corbassière. Pour la même raison. M. Crettez est parti en avant pour dégager l'entrée de la cabane. malgré le mouvement de la marche. I. c'est la nuit : tout est mort. Cette route est marquée sur la carte annexée au Guide 2 Ce mur était très probablement en glace. Crettez taille quelques marches et nous atteignons bien vite le col du Meitin. Là-bas. j'y pénètre sur mes skis et me secoue avec satisfaction. pour atteindre un terrain plus facile. La nature transfigurée semble devenir irréelle. je pense. commode et sûre. nous sentons que l'ombre est froide et que la nuit va bientôt venir. . radieuse. dont seul le « Croissant » se détache. Comme nous l'avons vu plus haut. Extasiés. Une fois les séracs tournés. Crettez avait alors ce défaut. et pour allumer le feu : tranquillement. vol. la route que nous suivîmes n'est pas indiquée sur la carte annexe. Jusqu'à l'arête de Corhnssièie. nous nous dirigeons vers ce col : il s'ouvre sur le ciel. il est ainsi. sur cette fameuse arête que nous allons suivre. et la grosse main de Crettez se tend pour nous aider à franchir ce dernier obstacle. comme des vapeurs d'encens. mais bien excusable à cette époque. comme une fenêtre. Enfin. Un bon feu pétille dans Pâtre. Le glacier traversé. La bise est très forte tout à coup. Crettez ouvre une belle piste. si c'est nécessaire. Le ciel est sans nuage : depuis huit jours. et Crettez me regarde de ses gros yeux en souriant. Voici le haut plateau du glacier. mais ceci n'était pas une con-fiéquence de l'insolation hivernale. 1 Dans le Guide du tkieut pour les Alpes viaisannes. nous suivons sa piste. car le soleil a bien travaillé ces jours derniers (2). le spectacle du Grand Combin nous arrête : une ombre violette baigne la montagne et l'entoure jusqu'au sommet. en sortant d'une combe obscure. au pied du col des Pauvres. pour regagner le temps perdu. 300 mètres plus bas. Mais notre guide redoute les avalanches. Nous touchons à notre montagne : elle a secoué ses séracs jusque tout près d'ici. entre les premiers plans qui s'abaissent en rives sauvages. Brusquement. nous enlevons nos skis et les plantons. mais une halte s'impose. puis la pente nous oblige à grimper tout droit.). Il faudrait maintenant se faufiler entre le Bec de Corbassière et le glacier^ sur des pentes ravinées. Mais nous prévoyons que ce mur est en glace. qui s'évase entre les parois bleues du Combin et la chaîne hérissée des Maisons Blanches . au pied du « mur de'la côte ». Tel fut le simple prélude d'une des plus étonnantes journées que j'aie vécues.

le Velan (3 765 m. et il est 3 h. économise sagement la pente. long. Et voici qu'il est déjà 2 h. et la masse énorme de la montagne nous cache la moitié de l'horizon. Voici un joli passage : une vire. dans toute la pureté de ses lignes. a bientôt disparu. au delà d'ua abîme où nous cherchons en vain la petite cabane de Valsorey : elle se cache par là-bas . à l'abri des rochers.) semble s'élever avec nous : cela m'exaspère . je saurais bien le retrouver ! Il est doué. reparaît. Bientôt nous remontons au Combin de Valsorey. Cette glissade en ski promet bien des joies. Il faut les gros doigts de Crettez pour les délier. Malgré cela. sur le versant de Sonadon . Je me penche frémissant sur la corniche monstrueuse.. ivre de joie. La bise nous cingle. Il me semble que nous marchons sur un beau nuage blanc. La vitesse s'accentue alors nous décrivons de longs virages. En un clin d'œil je rejoins mes compagnons. nous tournons le dos à la chaîne du Mont Blanc. Le rocher est absolument sec. Mais il faut attendre M. Les changements de température sont très brusques : tant que nous montons dans la face sud. Crettez. où le printemps fleurit. où carillonnent les cloches de tous les clochers. Roget s'arrête en. clair-obscur. A droite. dès que nous regagnons l'arête. à condition d'être exécutée avant la nuit. nous passons dans la neige du versant sud . lui. nos yeux ne parviennent pas à la distinguer. Puis. 30. Le soleil se couche derrière l à chaîne du Mont Blanc : les noires aiguilles se dressent contre un ciel d'or pâle et les robes de toutes ces reines sont violacées et mystérieuses. Tout autour de nous. sur le plateau des Maisons Blanches. Voici un bout de piste rectiligne : c'est vertigineux. nous disant : « C'est très bien de grimper ainsi. je ne saurais le repasser dans ma mémoire. Ce que j'ai vécu là-haut durant cinq minutes. Nous dominons le monde.) et touchons enfin à son gros cairn. puis il ne reste plus qu'à remonter les névés faciles qui conduisent au sommet. Une pente verglacée descend à la selle qui sépare la pointe de Grafeneire du Combin de Valsorey. Nous allions passer outre. d'une étonnante mémoire des lieux : il vous indique à 25 mètres la prise cachée que vous cherchez et vous fait des descriptions enthousiastes d'une vire minuscule ou d'une cheminée restée inaperçue. Un dernier coup d'œil. Pour éviter la taille des marches. et c'est pourquoi nous continuons très vite. Neuchâtel. je trouve Crettez arrêté: — Et M. pour fêter ce beau dimanche de Pâques ! Nos pensées s'envolent un instant bien loin . mais. semblait nous narguer. lui.. et nous redescendons à grands pas. Nous aussi. Pourquoi devoir quitter ce trône ? Je me promets bien de revenir ici et de savourer longuement cette vue. de loin. la pente de neige et nos skis. Mais voyons cette arête ! Nous commençons par la suivre un peu au-dessous du faîte. Mes compagnons ont volé dans l'espace et sont déjà comme des points. Roget ? Est-ce qu'il suit ? — Oui. puis je le vois traversant à toute allure le gros dos du glacier. Je prolonge à plaisir cette minute de solitude immense. la descente commence. à gauche. Le voici dans l'ombre : continuons. et Crettez me reproche de ne pas retrouver le chemin exact. Crettez prend alors la tête et nous glissons sans bruit sur le beau désert immaculé. il est nécessaire de se restaurer un instant. Je suis en tête. en plein ciel. Mais. Je suis le dernier à partir. Cette fois-ci. Inouï 1 Avec un élan formidable je remonte sur le glacier . Crettez se sent libre. la bise nous glace. dans un vide immense. Là. la descente me paraît interminable. nous célébrons la grandeur de Celui qui créa ces merveilles — et nos cœurs vibrent heureux et reconnaissants. C'est long. puis elle se redresse en petites parois que nous franchissons sans peine. Je ne puis attendre plus longtemps et je m'élance sur sa trace. la lumière. puis une cheminée. Presque au bas de la descente. L'escalade est facile. Un bon moment se passe avant que les crampons soient enlevés. chacun pour soi. et je plonge mes regards dans l'abîme : quelle chute vertigineuse. La coupole attirante du Grand Combin se dresse devant nous comme un grand calice. une lumière brille à la fenêtre. ici. les montagnes entassées jusqu'à l'infini s'en vont rejoindre la voûte du ciel : quelle gloire et quelle suprême allégresse dans la nature. il lance un yodel. et la . un instant cachée à mes yeux.Le Velan se dresse dans toute sa gloire. Le crépuscule tombe lentement sur la montagne et jette son voile uniforme. nous prenons en écharpe les pentes sud du Combin de Valsorey (4184 m. on aperçoit de temps en temps le glacier de Corbassière. Si j'étais monté le premier. et il a du mal ! Il montre les dents et manifeste une folle envie de s'en servir ! Puis ce sont les skis dont les courroies sont toutes raidies. par un temps pareil? Alors qu'une demi-heure suffit pour y arriver? Et « Mossieu Kurz » qui n'y est jamais allé ! M. Puis. Roget qui. Quelques secondes s'écoulent. Un instant après. 30 ! Mais Crettez s'indigne à l'idée d'abandonner l'ascension : ne pas monter au sommet. tant les lanières sont gelées. le Velan est enfoncé. il n'est pas loin d'ici. Il est 7 heures. et l'on arrive sur une épaule qui présente une crête de neige. saute sur la pente et plonge dans l'obscurité d'une combe. qui. presque monotone . dans la direction de la cabane. Enfin voici le col du Meitin. lorsque M. elles caressent des villes ensoleillées. Voici la cime ultime. le soleil du printemps nous « rôtit » . Roget sent bien qu'il nous causerait un gros crève-cœur en refusant. Genève. tandis que Crettez me tient à la corde. et ce mouvement cadencé nous grise délicieusement. mais rappelez-vous que nous faisons une partie de ski avant tout et que je tiens à revenir de jour pour jouir de la glissade. Je m'arrache à ce spectacle pour commencer la plus étonnante descente que j'aie faite en ma vie.

le guide Maurice Fellay. L'ascension fut répétée quatre ou cinq fois entre 1907 et igi6. Combin de Valsorey : 14 h. serait-ce la fin de cette étonnante période de beau temps ? Voici de nouveau d'immenses pentes. une fois là-haut. Roget arrive à l'instant et ne peut articuler qu'un seul mot : « Stupéfiant ! » Ce mot résume bien l'impression que m'a laissée cette inoubliable journée ( 1). par un sentier tournant sous les mélèzes. car il a passé. Sur l'autre versant du col. Pas de réponse. Pas de sentier . Le Combin de Corbassière et le Grand Follat sont facilement accessibles en une petite journée (voir le Guide du skieur). issu des neiges du Follat. La montée à Panossière restera toujours la partie la plus pénible de la course. Tant pis 1 Nous nous enfonçons dans cette maudite forêt. nous prenons en écharpe les pentes qui tombent vers la vallée . — A 9 heures. . 15 . Impuissant. droit au but. nous aussi. jusqu'à la lisière des bois de Tougne. Tout à coup. nous dirigeant vers la chaîne des Avouillons dont les becs noirs sont bientôt dressés au-dessus de nos têtes. La glissade nous entraîne à travers PAlpe de la Lys. des branches qui craquent et un juron qui résonne. à travers des fouillis inextricables. col du Meitin : n h. Nous sortons et crions. pris de remords. Ier avril. bien «rembourré» de neige. au milieu d'une clairière idyllique. elle devient parfaite. Grand Combin (4 317 m. Finalement. toute éclatante de lumière.. seule la trace de Crettez qui file. chausse ses skis et va se mettre en route. on suivra de préférence notre itinéraire par l'alpage de la Lys. La Drance est franchie sur un vieux pont et.) : 15 h. Il faut décrire quelques lacets à leur pied. une descente directe nous conduit à l'endroit où le torrent. A certains endroits. Cette fois. Roget nous conduit chez un de ses amis. Sans descendre. 1 Voici notre horaire (31 mars 1907) : dép.descente continue. pied du col du Meitin : ion. nous obliquons à gauche et remontons légèrement vers le nord pour contourner les flancs de la montagne. 3oà 15 h. ce défilé original. 45 . est assis à l'ombre d'un mazot : il a l'air tout étonné de nous revoir et ne peut s'empêcher de rire en apercevant mes égratignures.Parfois on entend. j'entre à Panossière. nous retrouvons la rue pittoresque de Lourtier. consultée trop tard. Un léger brouillard flotte sur les montagnes de Fionnay .) Au moment où Crettez arrive sur l'arête. file toujours. Au delà. volons sans que rien puisse nous arrêter. Crettez allume le feu. 15. à travers les pâturages. Quelques chalets se cachent sous la neige. vaut-il la peine d'y stationner quelques jours. puis monter tout droit par un couloir au col des Avouillons (2 647 m. Lourtier. 2 Le Grand Combin est devenu une course à La mode étiez les skieurs. dans le silence. Mais M. Crettez. s'engage dans une petite gorge. Roget tarde à venir. mais sur la pente. 40. A 8 heures. puis. des champs verts et des petits mazots ! Les yeux fatigués se délectent dans les grisailles du printemps. Alors commence une folle glissade: légers nous fendons l'air et volons. fiers de la réussite de notre belle course (2). il se contente de leur faire le poing. Au retour. cabane Panossière : 7 h.et très souvent depuis lors. et nous buvons tous à sa santé. et nous pouvons nous y lancer. plus loin. la descente est finie : voici la vallée de Bagnes. Panossière : 20 h. 30!. M. on ne sait comment. Enfin! nous voici sortis de ce casse-cou. avec descente sur Lourtier ou même sur Champsec. notre guide n'hésite pas un instant sur le chemin à suivre dans ce désert inconnu. un couloir descend en s'élargissant vers les pâturages de Séry qui étalent à nos pieds leur ondoyante blancheur. notre guide devait avoir le diable à ses trousses. Nous utilisons. plusieurs chamois partent sous son nez et disparaissent dans les rochers. avec ses bruyantes gouttières. nous quittons la cabane et traversons en ski le glacier. la neige est très profonde. 55 à n h. nous montre qu'il eût été facile d'éviter ces bois et de passer plus haut. Nous sommes à Tougne : un ravissant mayen. Crettez saisit sa lanterne. Dans le couloir. qui épouse mollement la forme des toits. Aussi. Longtemps les lacets se déploient. nous faisons la grimace : « Ça colle ! » La carte. Mais M.

une variante quelque peu fantaisiste les conduit au Châble par le col des Montets et la Forclaz. Le lendemain. Seule la première partie de cette traversée fut exécutée conformément au programme. col du Mont Brûlé . Chanrion. col et cabane de Bertol (3 421 m.F. du Lôtschental à la Grimsel. En janvier 1911. qui devait les conduire en trois jours de Lognan à Zermatt : Première journée : col du Chardonnet . sont supérieurs à 3 ooo mètres et reliés entre eux par des glaciers.) .) . Après une tentative pour passer le col des Maisons Blanches et gagner la cabane de Valsorey. Ravanel. vous parcourez une route glaciaire presque ininterrompue et comparable à celle qui traverse l'Oberland bernois. partant de Bourg Saint-Pierre. ayant choisi l'itinéraire suivant. qui n'avaient sans doute pas connaissance de ce premier exploit. sauf le second. F. Un temps incertain arrêta les skieurs sur le col de l'Ëvêque et. En passant de Chamonix à Zermatt. 1903. couchent dans une grange et montent ensuite à la cabane Bertol. Le troisième jour. Troisième journée : Chanrion . Deuxième journée : Châble . des Planards et de Sonadon. Erste Durchquerune der Walliser Alpen (Alpina. Un mois plus tard (en février 1903). 30 du soir par les cols de l'Ëvêque. ils rebroussèrent chemin par la vallée de Bagnes jusqu'à Martigny. Beaujard. col de Valpelline . Partis de la vallée de Bagnes. Tous ces cols. fut très laborieuse .) . comme ils manquaient de provisions. La ournée suivante se passa en flâneries autour de la cabane de Chanrion. notre beau rêve fut réalisé. à l'ascension de la Tête de Valpelline et à la descente sur Zermatt (3). de Paris. sur la rive droite du glacier de Corbassière. du Mont Brûlé et de Valpelline. cabane de Chanrion (2 460 m. vous êtes donc obligés de descendre une fois au moins dans la vallée (à Orsières) et. pour autant qu'une route puisse en avoir.) . ces trois expéditions suivirent un itinéraire qui s'écarte plus ou moins de la classique High Level et qui évite complètement les trois premiers cols : ceux d'Argentière. Ce fut une des plus belles expéditions exécutées en ski a cette époque.) sur le Six du Meitin. perdit même les siens et redescendit par la vallée de Bagnes. p. p. ils durent naturellement porter leurs skis. cabane de Chanrion. le versant suisse du col d'Argentière présentant une paroi de rochers où personne n'ira s'aventurer en ski. Alf. des Planards. glacier de Zmutt . de ce fait. de Sonadon. se mettent en route : le D r R. il n'y a là qu'une cabane. mais il n'offre pas l'intérêt d'une traversée de glaciers. comme vous le savez. Châble (dans la vallée de Bagnes).). M. Mon maître avait préparé grandement les choses et mis tous 1 2 3 4 Nous décrivons dans ce chapitre la classique Haute Route de Bourg Saint-Pierre à Zermatt. En janvier 1908 seulement. Zermatt. Les alpinistes anglais du milieu du siècle passé ont. Deuxième journée : col de Sonadon (3 489 m. Mais si. le terme de Haute Route n'est plus exact.GLACIER DE RIKO ET MISCHAUKL CHAPITRE IX LES ALPES PENNINES (du Grand Saint-Bernard au Simplon)1. 269-284. col de l'Évêque . Anatole Pellaud. de Martigny. La Haute Route se trouvait ainsi scindée en trois traversées partielles. Troisième journée : col de l'Ëvêque ( 3 393 m. Le col des Planards (2 736 m. arrivée à Zermatt à 6 h. mais enfin.). Le premier jour. 2079». Simond et le guide Joseph Ravanel (le Rouge). col de Collon (3 130 m. déterminé sous le nom de High Level Road un itinéraire conduisant de Chamonix à Zermatt par les cols d'Argentière.tandis que les deux alpinistes couchaient dans les misérables huttes de la Petite Chermontane. Roget et moi. Le lendemain. offrant chacune tout l'attrait de la nouveauté (2). deux autres pionniers. enfin. Zermatt. le seul endroit aussi où l'on quitte un instant les glaciers . Ils partirent de Chamonix au milieu de janvier 1903. puis sa prolongation à Saas et jusqu'au Simplon. La dernière journée de cette traversée fut consacrée au passage du col d'Hérens. Mais l'étape fut longue et la descente du glacier de Zmutt se fit de nuit. est la seule dépression de cette High Level. dans la face qui regarde Chanrion. Reichert.). Orsières. vous vous rendez à Zermatt. Les premiers qui se lancèrent à l'aventure étaient quatre Chamoniards : le D r Payot. Helbling et le Dr F. montée à Chanrion. Sans se décourager. Quatrième journée : col d'Hérens (3 480 m. et voici le plan que nous avions arrêté : Première journée : cabane de Valsorey (3 100 m. ils remontent alors à Evolène et gagnent Zermatt en un jour par le col d'Hérens. qui les accompagnait. du reste. 1903. ils marchent sur Arola par es cols du Mont Rouge. La variante par le col du Chardonnet (ou le col du Tour) et Orny est du reste la meilleure façon (sinon l'unique) de franchir cette partie de la chaîne du Mont Blanc. ce parcours nous avait tenté. glacier d'Otemma . du Mont Brûlé et de Valpelline4. de Seilon et de Riedmatten. et la Haute Route peut y passer sans scrupules. Revue Alpine. à 2 400 mètres. La descente. ils reviennent à Panossière et traversent alors la chaîne des Mulets de la Lia. Il existe. Comme on le voit. Revue Alpine. avec Joseph Ravanel (le Rouge) et Ed. bien des variantes de la vraie Haute Route et l'on comprend qu'une telle traversée soit faite pour tenter des skieurs. . Joseph Couttet.) qui conduit du Val Ferret à Bourg Saint-Pierre est certainement favorable au ski. Fenêtre de Salei-naz . départ à minuit de Chanrion. ils atteignent non sans peine la cabane de Panossière. toujours par les cols. p. une troisième caravane quittait Chamonix pour se rendre à Zermatt : M. Depuis longtemps. 1908. 80. de l'Ëvêque.

À. « Cette fois. Avant de quitter la vallée d'Entremont. projette une lumière suffisante pour que nous ne perdions pas la piste qui s'élève en lacets. on a le beau temps : c'est sûr ! affirme Crettez. la piste suit le même tracé qu'en été. j'ai supprimé intentionnellement notre itinéraire. Au crépuscule. le cas échéant. puis de prendre la pente en écharpe (danger d'avalanche) pour arriver au plateau du Couloir. durant toute la course. mais alors. surnommé Pollux lorsqu'il voyage avec son ami Castor. nous sommes perchés sur le bord de la formidable paroi qui domine le glacier de Sonadon. Le passage de Bourg Saint-Pierre à Chanrion par le col de Sonadon présente un obstacle qui aura sans doute découragé les précédents skieurs de la Haute Route et les aura engagés à tourner cette chaîne plutôt que de la franchir : c'est le rempart que constituent l'épaule du Combin et la chute du glacier de Sonadon. objets autrefois méprises. Du renfort était venu de Zinal. parce qu'il nous fallait emporter des vivres pour une semaine et pouvoir. car Pollux se trouve chargé d'un gros sac qui lui enlève toute idée de faire de la vitesse. le col de Sonadon ne sera jamais une route parfaite pour skieurs. fait aussi renaître dans nos cœurs l'espoir un moment abandonné. nous recevons en plein visage quelques bouffées d'un vent chaud et caractéristique qui jette dès le début un doute dans notre âme. éclairant les neiges du Velan qui trône là. S. un soleil ardent. a crié notre chef. — « II neige ». furieux. Si la neige est bonne. Un peu avant huit heures. Bien qu'il ait été traversé fréquemment par la suite. Par contre. Un bon point à ces messieurs. Le gros de la troupe nous précède de quelques heures et. Laynuit est venue. de légers laupars qui pourraient bien lui jouer un mauvais tour et auxquels je préférerais beaucoup de fortes bottines à semelle ferrée. j'arrive au Bourg et trouve. mon ami. elle file au sud et s'engage dans la gorge même par où s'échappe l'eau du glacier de Valsorey. — Pollux. sur les deux heures. nous nous lançons à sa poursuite. fondant la glace des fenêtres. ce fin compagnon qui devait seconder notre chef. A 10 heures.). les bottines de Pollux me rendent rêveur ! En voulant se mettre à la mode. 2 . devant l'hôtel du Déjeuner de Napoléon. la situation est plutôt ridicule. Enfin. I. qui peut être très dangereux. Elle fut détruite par un incendie en 1924 3 Dans le Guide du skieur pour les Alpes vétaisannes. Le rendez-vous était à Bourg-Saint-Pierre 9 janvier1. dont la ligne fortifiée de façon ininterrompue relie du sud au nord les Aiguilles Vertes au Combin de Valsorey. Lançons est beaucoup dire. après avoir traversé le petit glacier du Meitin. le guide Murisier. et il prit sous ses ordres son frère Jules. cherchant à nous persuader que c'est bien ici que l'on passe. — Vers midi. superbe gaillard de vingt-quatre ans. mais il est reconnu que ce chemin est exposé aux chutes de pierres et toutes les caravanes montent maintenant au plateau du Couloir pour redescendre ensuite sur le glacier de Sonadon et gagner le col du même nom. — A 9 heures. légère. dans le premier bazar venu. nous transformons la petite cabane en observatoire météorologique —avec un plein succès. après un léger repas. ce monsieur s'est acheté.de Praz-de-Fort. Une journée de mauvais temps à Valsorey : il n'y a pas là de quoi s'étonner. la lune surgit derrière une arête déchiquetée. On arrive ainsi sans trop de peine sur ce glacier. en la sympathique personne de Louis Theytaz. comme si nous étions montés ici tout exprès pour l'admirer. et un sien cousin : Léonce Murisier. d'où l'on aperçoit la cabane sur le Six du Meitin. et même dans les deux directions. 11 janvier. excellent skieur.). puis aux Grands Plans. nous quittons la cabane par un ciel sans nuage. la bise triomphe du vent et. mais la lune. tout le monde est réuni sous le toit hospitalier de la cabane et nous passons une charmante soirée à faire plus ample connaissance. vol. dans son premier quartier. Avec nos skis. il est préférable de s'élever tout d'abord dans la direction du col du Meitin. nous pourrons apprécier son moelleux tapis sans regretter cette journée d'inaction. et nous sommes restés enfouis sous nos couvertures. on peut alors descendre en ski sur le glacier de Sonadon et gagner de là le col du même nom. nous diviser en deux caravanes suffisamment fortes et indépendantes. ce n'est pas la première. méfiez-vous des contrefaçons ! 10 janvier. et il s'agit d'en sortir vivement. Il était tombé 15 centimètres de neige. En tout cas. Maurice Crettez. et ce ne sera pas la dernière fois. Ces messieurs de la Chaux-de-Fonds ( 2) ont-ils jeté un sort au rocher du Meitin. mais les professionnels de la caravane lui préférèrent l'ancien passage. Les anciennes éditions de l'Atlas Siegfried indiquent un tracé passant derrière l'Aiguille du Déjeuner (3 009 m. La cabane de Valsorey fut construite par la section de la Chaux-de-Fonds du C. Jusqu'au chalet d'Amont (2 191 m. du reste — ce qui n'est pas toujours le cas pour les établissements de ce genre. Ce fut une erreur. fut nommé chef de l'expédition. Le thermomètre marque 18° au-dessous de zéro et descend encore. mieux appropriées au travail d'un guide. Je pensais que nous allions prendre cette route nous aussi. au lieu de grimper dans une cheminée que domine une croix. qui nous avait conduits en mars 1907 à l'Aiguille du Chardonnet et au Grand Combin. Tant d'hommes. dans l'intérêt de ceux qui tenteraient après nous ce passage3. poudreuse. et je tiens à le dire tout de suite. et. ou bien serait-ce moi qui lui porte guigne chaque fois que j'y viens ? Pour tuer le temps.les atouts dans son jeu. Après une magnifique tempête. Chacun enlève ses planches et chausse ses crampons r puis 1 Je transcris ici mon journal de 1911. dont il a pourtant reconnu les avantages. C'est néanmoins le seul passage entre Bourg Saint-Pierre et Chanrion qui puisse être recommandé en ski. un yodel troue le silence : c'est la voix de Maurice Crettez dont la silhouette se dresse tout au haut du rocher. vis-àvis. Je remarque avec plaisir et non sans amusement que chaque guide a enfin troqué son gros bâton d'antan contre deux légères cannes — voire même des bambous — et qu'il possède dans son équipement des peaux de phoque.

les deux Crettez encordés partent en éclaireurs.
Bientôt des appels nous engagent à les suivre, et, grâce à une neige excellente, le chemin se trouve être —
comme souvent — beaucoup moins mauvais qu'il n'en avait l'air.
Nous longeons une sorte de vire où le vent a accumulé la neige sous un angle de 45°, de façon à la dissimuler
presque entièrement. Il faut toute l'expérience de notre chef pour se frayer un chemin sur une base si étroite.
Lorsque nous arrivons à la brèche minuscule séparant l'Aiguille du Déjeuner de la paroi de Sonadon, les
Crettez sont déjà sur le glacier et, dans leur piste, nous rechaussons nos skis, tout contents de ne les porter sur le dos.
Vers 3 heures de l'après-midi, nous étions couchés en plein soleil sur le col de Sonadon (3 489 m.) ; il n'était
plus question de cette vilaine paroi, et je n'eus pas même le courage de montrer aux guides les pentes faciles descendant
du plateau du Couloir.
Une heure plus tard, nous voici lancés en pleine glissade sur le glacier du Mont Durand, admirant le coucher
du soleil sur les montagnes de Chanrion. Sans descendre trop bas, nous franchissons l'arête nord-est du Mont Avril et
repartons à toute allure dans la combe du glacier de Fenêtre, décrivant un immense circuit pour aboutir vers la langue
du glacier d'Otemma.
Au clair de lune nous remontons vers Chanrion et, à 6 heures, lorsque nous y arrivons, les guides ont déjà
déblayé la neige devant la porte et allumé le feu dans la cabane. M. Roget fait les honneurs, au nom de la section
genevoise : voici cinq cuillères, cinq fourchettes, cinq couteaux, cinq tasses et cinq assiettes ; des couvertures, une pour
chacun et la septième pour la communauté ; de la paille, du bois et un poêle : n'est-ce pas charmant dans sa simplicité ?
Et cela, grâce aux contrebandiers qui profitent volontiers du nécessaire, mais emportent le superflu.
Ce soir, les pronostics du temps sont mauvais : malgré un ciel parfaitement pur, le baromètre a baissé, un halo
entoure la lune et le froid est à peine sensible. Excellente nuit.
12 janvier. — Ciel gris. La nature paraît infiniment triste sous ce voile terne qui efface le contour des neiges et
rend tout uniforme. Tant pis! nous nous sentons forts, et, sans hésiter, nous poursuivons notre course selon le
programme. Départ à 8 h. 30.
Des amas considérables de neige ont réussi à boucher les immenses crevasses ouvertes en été au confluent des
glaciers d'Otemma et de Crête-Sèche, et nous passons là sans entrevoir le moindre trou. La grande avenue du glacier
s'étend bientôt devant nous à perte de vue. J'avais rêvé de m'y promener les mains dans les poches au bon soleil de
l'hiver, mais le soleil, ce génie bienfaisant, est retranché derrière des nuées grises qui avancent lentement, venant de
l'Italie. Or, en l'absence du soleil, le skieur est triste.
Mais aussi, quelle joie, quels cris de joie, lorsque, arrivée au bout de la route blanche, notre petite troupe
aperçoit, au-dessus d'elle, les nues se déchirer et l'astre bienfaisant reparaître, versant généreusement sur tous la lumière
et la chaleur, la gaîté et la bonne humeur.
Youhée ! Voici notre premier col atteint. C'est celui qui s'ouvre à 3 300 mètres, entre le Petit Mont Collon et la
Becca d'Oren (1). Des pentes douces conduisent de là au col de l'Evêque (3 393 m.), que nous atteignons à 2 h. 30. Du
côté de l'Italie, le ciel est encore bien noir, mais, au nord, les montagnes dégagées brillent dans un bleu légèrement
panaché. Jusqu'au col de Collon, vers lequel nous descendons, la neige est dure, mais, sitôt après, sur le versant nord,
elle retrouve tous ses charmes (2).
Les Crettez sont déjà hors de vue, préparant le chemin,et nous nous amusons à décrire de longues serpentines
sur le glacier d'Arola, jusqu'au moment où l'on s'engage (vers la courbe de niveau 2670) sur les pentes rapides qui
environnent le plan de Bertol. Le jeune Crettez n'a pas daigné quitter ses planche s pour traverser cettevilaine côte, et il
semble avoir pleine confiance dans la stabilité des neiges qu'il prend en écharpe si témérairement. Lorsque nous
arrivons enfin au pied du glacier de Bertol, notre gaillard a déjà filé plus loin, ouvrant une piste profonde qui zigzague
dans la direction de la cabane.
— Il est allé faire le thé, nous dit Maurice, tout fier de cette jeune ardeur.
La lune nous est fidèle : ce soir encore, elle éclaire notre tranquille montée au refuge. Dans le haut du glacier,
la pente s'accentue, mais la neige reste parfaite et, vers 7 heures, nous arrivons en débandade au pied du rocher de
Bertol. Les skis sont déposés dans une niche pour la nuit, et l'on se met en devoir d'escalader les échelons du perchoir
sur lequel les Neuchâtelois ont juché leur cabane. Les cordes fixes sont fortement glacées, en partie enfouies sous la
neige. La porte du refuge étant bloquée, nous pénétrons dans la cuisine par l'une des fenêtres.
A moi de faire les honneurs, ce soir ; je suis heureux de pouvoir offrir à mes compagnons un toit si hospitalier : du bois
bien débité qui flambe à merveille ; un bon fourneau qui chauffe en peu de temps la petite pièce où nous nous sentons
1

Le point 3 300 s'appelle aujourd'hui col du Petit Mont Collon. On ne le franchit pas à sa plus basse dépression, mais légèrement plus au sud. Il est
beaucoup plus direct que 1« col de Chermontane, qui oblige à décrire un grand circuit autour du Petit Mont Collon, et qui n est presque jamais utilisé
lorsque l'on suit la véritable Haute Route. On le traverse pour passer ensuite celui des Vignettes et se rendre à Arola. Sur le col des Vignettes se dresse
maintenant un nouveau refuge, construit en 1923 par l'alpiniste bien connu A. Stuart-Jenkins. Outre son utilité évidente pour les ascensions du Pigne
d'Arola, du Mont Collon et de l'Evêque, il pourra servir éventuellement à scinder le trajet Chanrion-Bertol ou Chanrion-Zermatt en deux étapes.
2
Entre le col de l'Evêque et le col de Collon, il existe de grosses crevasses presque toujours ouvertes. En 1911, je ne me rappelle pas les avoir vues,
mais elles sont rarement bouchées, et l'on fera bien alors de passer au pied même de l'Evêque, où la neige s'accumule volontiers. Au col de Collon,
nous laissions donc à main droite l'itinéraire conduisant directement à Zermatt par le col nord du Mont Brûlé et le col de Valpelline. On trouvera au
dernier chapitre une courte mention sur la traversée de ces deux cols, avec ascension de la Dent d'Hérens.

vite à l'aise ; des matelas, des couvertures à profusion et une batterie de cuisine : « Voyez un peu, Monsieur Roget !
après Chanrion, c'est le paradis ! »
Durant la soirée, je gratte de l'ongle le givre d'une certaine fenêtre qui donne vers la Dent Blanche : son échine
se dresse colossale dans la lumière blonde de la lune.
On en parle ce soir. Il est question de lui rendre visite, puisqu'elle se trouve si naturellement sur notre route.
Pourquoi pas ? Après une série de beaux jours, l'arête sud de la Dent Blanche ne présente pas plus de difficultés qu'en
été. Bien au contraire : tandis que les roches se sèchent au soleil, les couloirs et les corniches, balayés par le vent, sont
tapissés d'une bonne croûte neigeuse qui épargnera au piolet beaucoup de travail. L'expérience l'a prouvé. La neige
tombée il y a trois jours, légère, poudreuse, tourbillonnante, ne s'attache pas sur une arête comme celle-là et, d'ailleurs,
si le soleil n'a pas su la faire disparaître, nous irons, nous, la balayer de nos mains.
Vendredi 13 janvier. — A 5 heures, des brouillards traînent sur les glaciers qui nous séparent de la dent ; la lune
joue à cache-cache avec de vilains nuages ; bref, le temps est très incertain, mais nous descendons néanmoins de notre
perchoir avec tout notre bagage ; nous chaussons nos skis et partons dans la direction dm col d'Hérens. Deux longues
heures nous en séparent et, si le temps s'améliore, nous tenterons le coup; sinon, nous filerons sur Zermatt.
Lentement, le jour est venu, et nous sommes maintenant sur le glacier de Ferpècle. « La Dent Blanche fume sa pipe du
bon côté », s'écrie Theytaz, et Maurice, impatient, roule de gros yeux. De fait, le vent a changé de direction. Les nuages
ont pris meilleure tournure et la teinte du ciel n'est plus si crue.
Allons-y !
Et, d'un commun accord, notre petite troupe dépose au pied du col d'Hérens le gros des bagages, ne conservant
qu'un seul sac, trois piolets, des crampons et deux cordes. Ainsi allégés, et toujours en ski, nous filons contre la bise,
longeant le pied tle la grande arête méridionale, pour gagner une petite terrasse située au-dessus du Roc Noir.
A leur grand étonnement, les skis sont plantés profondément dans la neige, et nous continuons sans eux notre
balade. Dans les premiers rochers nous faisons halte, pour nous sustenter un peu (il est 9 h 15), sangler nos crampons et
nous encorder en deux caravanes qui partent bientôt dans l'ordre suivant : les deux Crettez et moi, puis Theytaz, M.
Roget et Pollux en queue, portant le sac de la troupe.
Maurice, dans son optimisme, a parié une bouteille contre Theytaz que le sommet serait atteint avant midi.
L'un et l'autre connaissent la Dent Blanche pour l'avoir gravie souvent, mais Theytaz est plus réfléchi dans son
jugement, et il n'a sans doute pas tort.
C'est au pas de course que les Crettez me font gagner l'arête méridionale, et nous arrivons ainsi au point 3729.
La vue est un prétexte pour reprendre son souffle, mais Maurice, qui pense à sa gageure, et la bise, qui a pris le dessus,
nous pressent de partir.
Près du point 3 912, nous sommes encore une fois réunis pour le lunch ; de brillants glaciers s'étalent tout
alentour, et les ombres effilées du matin s'enfoncent dans la neige comme des lames bleues.
Jusqu'au premier grand gendarme, l'arête ondulée est facile, la promenade agréable, avec de beaux coups d'œil
sur l'Obergabelhorn ou le Cervin, encadrés par des corniches frangées de glace. Vient ensuite l'endroit réputé par ses
plaques : elles sont aujourd'hui plâtrées d'une neige excellente, où nous taillons quelques marches ; puis il suffit de
piquer la pointe des souliers pour avancer rapidement. L'arête est regagnée immédiatement au-dessus du grand
gendarme. Crettez a perdu sa bouteille, car il est passé midi, mais, sûr de vaincre maintenant, il s'écrie, joyeux : « Cette
fois, elle est à nous, la Dame Blanche ! »
Sur les rochers de l'arête, nous trouvons un semblant de neige fraîche, très sèche et qu'il est facile d'écarter
pour se cramponner solidement dans les prises. La varappe est intéressante et le temps passe extraordinairement vite.
Theytaz insiste à plusieurs reprises pour passer le premier, mais Crettez n'en veut rien entendre et repart à l'assaut. Enfin
le rocher cesse, la crête devient blanche et se termine par un dernier petit cône de neige que nous abattons d'un coup de
piolet. Il est 3 h. 30. La vue est voilée par un brouillard passager, et il fait trop froid pour s'attarder longtemps. Aussi
nous redescendons à grands pas et rencontrons bientôt la seconde caravane.
Tandis que celle-ci gagne le sommet, nous nous engageons dans la face occidentale de la montagne, celle qui
regarde Bertol et qui semble être aujourd'hui tout en neige. Malgré la raideur effrayante de la pente, nous avançons
sûrement, grâce aux crampons, et nous gagnons ainsi beaucoup de chemin jusqu'au moment où Crettez découvre de la
glace. Alors, de rage, il brandit son piolet et en frappe la pente glacée. Il nous faut regagner l'arête vite en taillant.
Lorsque nous l'atteignons, la nuit est presque venue, mais, à travers les brumes de ce crépuscule d'hiver, les
rayons de la lune fusent doucement et favorisent notre marche dans les traces du matin. Dans cette lumière fantasque,
les glaçons qui frangent l'arête semblent être autant de piliers d'albâtre, courbés et tordus. C'est un conte des Mille et
une Nuits. De temps en temps, une corniche s'effondre dans l'abîme : un sourd craquement, puis une fumée blanche
sortant du gouffre et submergeant l'arête sous le souffle de la bise.
Il est 8 h. 30 lorsque nous reprenons nos skis. Nous avions pensé nous rendre le même soir à la cabane
Schônbûhl, mais, par cette lune voilée, la glissade manquerait de charmes, et nous préférons attendre à demain pour en
bien profiter. Au col d'Hérens, nous retrouvons nos sacs et, en dépit de la nuit glacée, nous faisons au clair de lune un
souper réconfortant. Les oranges sont dures comme des boules de croquet et l'on peut les entailler sans faire perler une
seule goutte de leur sang.
Vers 10 heures, nous reprenons notre trace à travers le glacier de Ferpècle, mais je ne dirai pas de quelle allure

somnolente six fantômes rentrèrent à Bertol cette nuit-là (1).
14 janvier. — Au heures seulement, après une longue et paresseuse matinée, nous commençons joyeusement
notre dernière journée. Pour le coup, le soleil est de la fête, et ce fut, grâce à lui, grâce à la neige excellente, une
délicieuse promenade. Au col d'Hérens, un dernier signe d'adieu à la Dame Blanche, puis nous franchissons à pied la
rimaye pour rechausser nos skis sitôt après et nous laisser emporter par eux vers Zermatt.
Ce ne fut qu'un charme et déjà nous étions dans l'ombre du Cervin, sur le glacier de Z'mutt. Là où l'on trébuche
sur les pierres en été, nous glissions tout droit, une féerie devant les yeux : dominant les profondeurs bleues de la vallée,
le Rimpnschhorn, le Strahlhorn et les modelés du glacier de Findelen baignaient dans les ondes mauves du crépuscule.
Tandis que nos regards s'attardaient sur ces grandioses montagnes, nos skis nous emportaient, trop vite cette fois-ci,
entre les aroles de Staffelalp, glissade enivrante qui ne devait s'arrêter qu'à Zermatt. Zermatt déjà !
La première personne que je rencontre depuis six jours est une paysanne, semblable à Perrette portant le pot au
lait. En voulant l'éviter, c'est moi qui fais la culbute et la pointe de mon ski vole sur le dernier caillou du chemin...
Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la traversée de Bourg Saint-Pierre à Zermatt fut répétée par le D r
Krenig, de Genève, avec les deux Crettez. Au lieu de s'attaquer à la Dent Blanche, il préféra gravir le Grand Combin en
passant de Valsorey à Chanrion et en quittant ses skis au plateau du Couloir. Le temps était alors au beau fixe (une série
étonnante qui dura jusqu'à la fin de février), mais la neige, déjà croûtée, rendait les glissades désagréables.
A Zermatt, le Dr Kœnig rencontra le capitaine Meade, de l'Alpine Club, qui venait de faire une tentative
infructueuse au Rothorn, mais qui se rattrapa quelques jours plus tard au Cervin. Le jour même où le capitaine Meade
escaladait le Cervin, le guide Louis Theytaz, qui nous avait accompagnés à la Dent Blanche, périssait dans une crevasse
en descendant du Pigne d'Arola en compagnie de ses frères et de trois skieurs anglais. Il était encordé, mais la corde (la
même qu'il avait à la Dent Blanche) était usée et se rompit sous son poids ou sous la traction des skieurs le précédaient.
Ses compagnons ne réussirent pas à le retirer, et, le lendemain, la caravane de secours constata que la crevasse
dans laquelle il était tombé mesurait plus de 50 mètres de profondeur. La mort avait dû être instantanée.
En arrivant à Zermatt, nous aurions volontiers prolongé notre randonnée jusqu'à Saas, à travers la chaîne des
Mischabel, et même jusqu'au Simplon. Malheureusement, nos vacances étaient finies et il était temps de rentrer. L'année
suivante, en compagnie de deux amis et collègues du Club Alpin Académique de Zurich, je pus consacrer «ne dizaine
de jours à l'exploration du massif compris entre les vallées de Saas et de Saint-Nicolas 2.
Partant de Saint-Nicolas (en mars 1912), nous remen tâmes tout le glacier de Ried pour franchir le Windjoch (3
848 m.) et descendre à la cabane des Mischabel. La neige était si dure dans les régions supérieures que nous
abandonnâmes nos skis au pied du col. Nous comptions ks reprendre le lendemain, après l'ascension du Nadelhorn (4
334 m.) ; malheureusement, ce jour-là, il soufflait un vent furieux et, comme j'avais déjà une fois &é enneigé dans cette
cabane, j'entraînai me? compagnons à Saas-Fee. Nous y descendîmes à pied en moins de deux heures. Ce fut une
retraite inutile, car le temps resta clair et le vent (une sorte de fœhn sec) ne provoqua aucune précipitation. J'ai toujours
regretté d'avoir manqué cette ascension au Nadelhorn, qui n'avait pas encore été gravi en hiver.
De Saas, nous revînmes à Saint-Nicolas en traversant le Gemshorn et l'Ulrichshorn (3 929 m.), rechaussant nos
skis au pied du Windjoch. A cette occasion, nous constatons que la région de Saas et surtout celle de Saint-Nicolas est
une des plus sèches de tout le Valais. Certaines parties du Riedgletscher étaient dénudées comme en automne.
En quête de neige, nous pénétrâmes plus avant dans le massif pennin, remontant la vallée jusqu'à Tâsch, pour
gagner ensuite la Tàschalp, où nous pûmes nous installer dans une hutte assez confortable. Le lendemain, nous
réussîmes l'ascension du Rimpfischhorn (4 203 m.) dans des conditions excellentes et sans la moindre difficulté (en
suivant toute l'arête ouest). Le jour suivant, nous comptions gravir l'Alphubel (4 207 m.), mais le temps se gâta et nous
allâmes passer une journée à Zermatt pour revenir ensuite à notre hutte de la Tàschalp. Depuis ce jour, je poursuivis ma
campagne seul avec le Dr Odermatt. Une bise formidable nous empêcha de monter à l'Alphubel, mais nous traversâmes
le col du même nom pour arriver à Fée, course que je ne puis décidément pas recommander à deux skieurs seuls, à
cause des énormes crevasses du glacier de Fée.
Poursuivant notre randonnée, nous allâmes ensuite coucher à Mattmark, dont l'hôtel est ouvert, mais
complètement vide en hiver (à cause des contrebandiers). Nous y passâmes une soirée atroce à vouloir obstinément
chauffer un immense poêle en pierre olaire, qui ne fut chaud que le lendemain, au moment de partir pour le
Schwarzberg-Weissthor (3 612 m.). Ce fut encore une longue journée sur les glaciers et une grande imprudence pour
une caravane de deux.
A Zermatt, nous rejoignîmes deux amis avec lesquels nous réussîmes, le jour de Pâques, l'ascension du Mont
Rosé (4 638 m.). Puis le temps se gâta, et notre campagne se termina avec nos vacances.
En mars 1915, je pus compléter l'exploration du massif de Saas par un séjour à la cabane Britannia, qui est
décrit au chapitre XL
Celui qui, de Zermatt, veut se rendre à Saas a plusieurs cols à son choix. Je les ai tous traversés à différentes
époques. Autrefois, le Schwarzberg-Weissthor était le plus fréquenté de tous. En mars 1912, huit heures nous suffirent
1

Ce fut la première ascension hivernale de la Dent Blanche (4364 m.). Elle ne semble pas avoir été refaite jusqu'à présent. Voici notre horaire :
départ Bertol : 6 heures ; çied ouest du point 3714; 9h.15 a 9.45 ; arête sud : 10 h. 10 à ii heures ; point 3912 : 11.25; arête sud, au-dessus du grand
gendarme : 13 heures ; sommet : 15 h. 30.
2
Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. VIII 1912, p. 41-55).

pour nous rendre de Mattmark à Findelen. Mais, depuis la construction de la cabane Britannia, l'Adlerpass (3 798 m.)
est presque exclusivement utilisé en hiver, bien qu'il soit de 200 mètres environ plus élevé que le SchwarzbergWeissthor. Celui-ci a l'inconvénient d'être plus éloigné et moins intéressant que son voisin. Dans les deux cas, on est
obligé de coucher au-dessus de Zermatt, soit à Z'Fluh, soit au Grûnsee ; mais, si vous passez l'Adlerpass, vous pouvez
vous arrêter à la cabane Britannia, et c'est là un gros avantage.
Vous pouvez aussi descendre à Tàsch et coucher à la Tàschalp pour franchir l'Alphubeljoch qui conduit
directement à Fée. Mais l'Adlerpass est certainement préférable. Malheureusement, les hôtels de ZTluh et du Grûnsee
sont chers, et c'est pourquoi je voudrais recommander aux skieurs une autre route, plus longue, mais plus belle encore.
Premier jour : cabane Bétemps. Deuxième jour : Stockhornpass (3 415 m.), Adlerpass (3 798 m.), Britannia
(éventuellement ascension du Strahlhorn en passant). Troisième jour : Saas-Fec (éventuellement Saas-Balen, si l'on
veut gagner le Simplon le lendemain).
En venant de Bertol par le col d'Hérens ou de Chanrion par le col de Valpelline, vous pouvezvous arrêter a la
cabane Schônbuhl. Lendemain, au lieu de descendre à Zermatt, gagnez directement la cabane Gandegg par la Staffelalp.
Mais il vous faudra deux porteurs pour quérir la clef de cette cabane, qui est fermée, et pour y monter des provisions.
De la Gandegg (3 031 m.), vous pouvez alors gravir le Breithorn (4 171 m.) durant la matinée et vous rendre le
même jour à la cabane Bétemps par les glaciers de Théo-dule et du Gorner. Mais, en admettant que vous veniez de
Bourg Saint-Pierre par la Haute Route, vous préférerez vous arrêter un jour à Zermatt. C'est pourquoi la meilleure façon
de prolonger la Haute Route jusqu'à Saas est de passer par les cabanes Bétemps et Britannia.
La route conduisant de Saas à Zermatt par l'Adlerpass, le Stockhornpass et le glacier de Gorner est décrite en
deux étapes aux chapitres XI et XIII. En sens inverse, il suffira de quitter Zermatt de jour pour arriver à Bétemps dans
l'après-midi, en remontant le Gorner dans toute sa longueur (1).
Le lendemain, il faudra descendre tout d'abord au lac du Gorner pour remonter ensuite à pied la moraine
latérale gauche du glacier — à moins que Tétât de la neige permette une traversée directe de la cabane au glacier, ce qui
peut être examiné la veille, en montant à la cabane. Une fois sur les névés supérieurs du Gorner, d'immenses champs de
neige s'étendent devant vous. Vous gagnez la plus basse dépression à l'est du Stockhorn (Stock bornpass, 3 415 m.), puis
vous descendez sur le grand gkcier de Findelen que vous traversez perpendiculairement (attention aux crevasses, dont
vous suivez la direction générale!). Une forte pente, à l'est du Strahlknubel, vous conduit à l'Adlergletscher et de là à
l'Adlerpass. Ensuite, il ne reste plus qu'à vous laisser glisser jusqu'au pied de la cabane Britannia.
De même que l'on a gravi le Grand Combin et la Dent Blanche en marge de la Haute Route, de même vous pouvez
consacrer une journée à l'ascension du Mont Rosé au départ de la cabane Bétemps, du Rimpfischhorn ou de
l'Allalinhorn depuis la cabane Britannia. Ces combinaisons d'itinéraires sont innombrables (2).
S'il est préférable de suivre la Haute Route dans le sens de Bourg Saint-Pierre à Zermatt (ceci pour profiter des
belles descentes du col de Sonadon et d'Hérens), il est, par contre, indifférent de passer de Zermatt à Saas ou vice versa.
Si vous vous arrêtez à Zermatt, il vous reste 36 kilomètres de route avant d'atteindre la gare de Viège, et c'est toujours
un parcours fort ennuyeux. Par contre, la vallée de Saint-Nicolas présente des avantages que vous n'aurez plus dans
celle de Saas. De Zermatt à Saint-Nicolas, vous pouvez descendre en traîneau assez rapidement. De là à Stalden, on
peut facilement suivre à pied la voie ferrée. De Saas à Stalden, il faut quatre heures de marche, mais il est impossible de
fréter un traîneau.
Arrivé à Saas, il ne reste plus qu'une étape pour compléter la Haute Route du Grand Saint-Bernard au
Simplon : c'est la traversée de la puissante chaîne du Fletschhornau Weissmies. Ici, le choix n'est pas embarrassant. Il
n'y a qu'un seul itinéraire recommandable : celui qui quitte le thalweg à Balen et conduit à la route du Simplon par le
Simelipass (3028 m.) et le Sirwolteapass (2 664 m.)
Selon l'horaire de la poste et l'heure à laquelle vous rejoindrez cette route, vous jugerez s'il est préférable de
descendre sur Iselle ou sur Brigue. S'il est trop tard pour prendre la poste, vous pouvez encore louer un traîneau à
Simplon-village ou passer la nuit à l'hospice.
J'ai fait cette traversée du Simplon à Saas en mars 1915, en compagnie de mon ami de Choudens, de Genève,
et nous avons trouvé que c'était un des itinéraires les plus agréables pour se rendre à Saas. La traversée de l'hospice à
Balen se fit en neuf heures (haltes comprises). Celle en sens inverse est tout aussi belle et n'exige pas plus de temps.
L'orientation des. pentes est même plus avantageuse. Un seul endroit peut être dangereux : c'est la pente située au nord
des lacs de Sirwolten, pente indiquée sur la carte comme paroi rocheuse. Je n'ai jamais passé par cet endroit en été,
mais, en mars, on ne voyait pas le moindre rocher. Le dessin de la carte est certainement exagéré. Pour se rendre
directement à Simplon-village, il y aurait sans doute avantage à quitter notre itinéraire aux lacs de Sirwolten et à passer
immédiatement au sud du point 2619 (Weissboden). C'est une contre-pente d'une centaine de mètres à laquelle succède
une belle glissade par Galen et la Rossbodenalp. On évite ainsi le seul endroit dangereux de toute cette traversée.
CHAPITRE X
LE CIRCUIT DE LA BERNINA
1

A partir du 11 juin, on peut monter par le chemin de fer du Gor-Bergrat jusqu au RothenBoden et gagner de là le Gorner où l'on chausse ses skis à 2
600 mètres.
2
Tous ces itinéraires sont décrits dans le Wallistrskifuhrer II. et tracés sur la carte qui lui est annexée.

(29 décembre 1910)
C'était l'heureux temps où nous pouvions quitter le Poly vers la mi-décembre pour n'y rentrer qu'à la mijanvier. Ah ! les bons souvenirs de jeunesse, sans peine et sans souci ! Quatre semaines de vacances dans les neiges,
sous le ciel bleu, au grand soleil ! Et quelles vacances excentriques : commencer à Davos pour finir à Zermatt !
Je ne raconterai pas comment, mon ami Stàubli et moi, nous étions arrivés à Pontresina, négligeant le chemin
de fer et traversant par trois fois le massif de la Silvretta ; notre joyeuse partie de ski-kjôring en remontant l'Enga-dine
au grand trot ; nos folles escapades au Piz Muraigl, au Languard au Gluschaint. Il y eut bien quelques tempêtes, une
marche forcée dans le brouillard, en pleine nuit ; mais le mirage des neiges lumineuses, des séracs étincelants, des
brumes échevelées, la féerie des crépuscules, la mélancolie des sombres forêts... tout cela ne s'oublie pas.
Un souvenir pourtant dominera toujours l'ensemble, brillant comme une gemme plus éblouissante que d'autres
dans un collier de diamants : cette divine randonnée sur les glaciers, tout autour de la Bernina.
A cette époque, Pontresina n'était pas encore devenu la station hivernale à la mode, et Sir Henry Lunn désirait
précisément savoir s'il valait la peine de la lancer. Notre séjour là-haut ne fut pas inutile, puisque ses hôtels ouvrent
désormais leurs portes en hiver comme en été et que Stàubli est devenu un célèbre géologue. Comme il me l'avoua plus
tard, nos courses dans le massif de la Bernina avaient attiré son attention sur ces montagnes et éveillé en lui le désir de
les étudier. Tous ceux qui s'intéressent à la géologie connaissent maintenant les savants travaux du D T R. Staub sur la
tectonique des Alpes en général, et de la Bernina en particulier.
Schucan, digne successeur de Marcus Paltram sur le trône de la Bernina, nous avait chanté les merveilles de
son royaume. Là-haut, derrière les crêtes de Scerscen, se dressait un refuge adossé aux rochers du versant italien : la
cabane Marinelli, située au carrefour d'immenses glaciers. Quelques rares skieurs s'étaient aventurés jusque-là, venant
de l'Italie par des vallées profondes et dangereuses, ou par la Fuorcla Sella. Mais personne n'avait encore tenté le tour de
cet Eden, en montant par le glacier de Palû et en descendant par celui de Sella. Depuis le jour où, sous la conduite de
Schucan, nous entrevîmes ces merveilles, ce fut pour Stàubli et moi un rêve... un rêve qui devait se réaliser.
Nous ne réussîmes pas du premier coup. A Pontresina, un seul guide consentait à nous accompagner : Casper Grass, qui
n'était guère plus âgé que nous et qui passait alors pour le meilleur skieur de la contrée. Mais, ce jour-là, la tempête
nous arrêta au pied du glacier de Palû, et nous dûmes battre en retraite précipitamment. Au retour, sur l'alpe Grûm, nous
rencontrâmes le vieux Martin Schocher (roi des guides et parfois guide des rois), venu là tout exprès avec son télescope
pour observer notre montée sur le glacier de Paiû.
Dans la tempête qui faisait rage, il était superbe à voir, sa longue barbe flottant au vent, son grand feutre
enfoncé jusqu'aux yeux et son costume de loden aussi blanc que la neige qui nous cinglait de ses flocons. Il avait, ma
foi, fort bien choisi son poste d'observation, sur ce Prato del Vento, et celui-ci n'avait pas volé son nom ! Là vis-à-vis, au
delà d'un vide immense, le glacier de Palû s'effondrait en cascades, comme un Niagara figé dans sa chute. Nous nous
étions retournés pour l'examiner une fois de plus et, comme nous interrogions Schocher pour savoir ce qu'il en pensait,
il se contenta de hocher k tête d'un air embarrassé, qui trahissait bien ses doutes.
L'année touchait à sa fin, et notre départ était imminent. Il nous restait deux jours encore. Le 28, vers midi, les
brumes se dissipèrent lentement sous le souffle de la bise, découvrant les forêts saupoudrées et les cimes toutes
blanches. C'était notre dernière chance. Après une courte discussion, nous nous décidâmes à la tenter et, une demi-heure
plus tard, le train nous emportait vers le col de la Bernina.
Grûtzi Herr Staub ! Grûtzi Herr Kurz ! c'était la voix sympathique de la jeune fille de l'hospice, qui semblait
tout heureuse de nous revoir dans la solitude de ces neiges. Voici la Wohnstube où nous avions passé la «oirée de Noël
avec Casper Grass et où le patron réunit volontiers ses hôtes durant les longues veillées d'hiver. Ce soir-là, pas une
étoile ne brillait au ciel ; le vent hurlait en secouant les volets, et nous regrettions la brillante fête du Kronenhof. Pour
couvrir les rugissements de la tempête, nous avions déclenché le phonographe, mais il ne parvenait pas à dissiper notre
mélancolie.
Cette fois-ci, Grass n'était pas avec nous. Malgré son grand désir de nous accompagner, il avait dû reste t à
Pontresina. Le temps était beau et froid, très froid même, et nos chances de succès semblaient s'affirmer. Nous avions
repris confiance.
Depuis longtemps déjà, le réveil avait sonné et notre chandelle était allumée, illuminant le blanc virginal de
nos couches où seuls pointaient deux nez cuivrés. Les vitres givrées d'arabesques retenaient au dehors l'obscurité de la
nuit et le souffle âpre de la bise. Jamais lit ne m'avait paru aussi confortable... Mais, dans mon corps inerte, l'esprit
vagabondait : mes pensées s'étaient échappées bien loin déjà, sondant l'infini comme la lueur d'un phare, égrenant le
chapelet des étapes dont cette journée serait faite. Qu'allait-elle nous réserver? Nous avions cinq glaciers à parcourir et,
pour en sortir avant la nuit, je calculais qu'il faudrait franchir la Fuorcla Sella entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Pour
cela, à midi déjà, le glacier de Palù devait être derrière nous. Serait-ce possible ? Question troublante, car personne ne
s'était encore aventuré en ski dans ces parages.
Ainsi mes pensées voguaient au loin, tissant les éventualités probables, jusqu'au moment où elles sombrèrent
une fois de plus dans les rêves. Mais ce ne fut pas long : d'un bond nous étions debout, rattrapant le temps perdu.
A 6 h. 30, nous quittions l'hospice. Du haut d'une fenêtre, une voix mutine nous souhaita bonne chance (viel
Gluck) et, avec la résonance de ces douces paroles dans l'oreille, nous nous mîmes en route.

Mais où donc étions-nous? Nous touchions l'extrémité d'un immense balcon glaciaire qui court au revers de la Bernina et domine toute l'Italie. était-ce son lac enneigé ? Derrière le profil tourmenté de ses montagnes. très fines. les montagnes estompées semblaient nous regarder. Couchés. estompée sous un voile diaphane qui tamisait les contrastes entre les forêts bleues et les neiges éclatantes. puis nous passâmes sur l'autre rive en longeant un corridor neigeux dont nous avions déterminé la situation des hauteurs de Palpe Qram. Herrgott ! Fut notre seule exclamation. Puis les gorges boisées s'engouffraient dans la vallée de Poschiavo. très tendres. songeant qu'il nous en restait quatre encore à parcourir. nous reprîmes notre marche lente et régulière. L'ombre noyait encore le glacier et. dans cette ombre.. nous aurions eu tout le temps de suivre l'arête jusqu'au sommet du Piz qui nous dominait. Depuis le Pozzo del Drago (le puits du dragon). que c'était vaste et que tout cela brillait sous le soleil ! Quel contraste entre ces horizons lumineux et le sombre cloître d'où nous étions surgis. Alors la marche devint lente. Le sphinx gisait vaincu derrière nous. Il fallait s'élever en ligne directe pour ne pas déraper latéralement. Les séracs suspendus sur nos têtes interdisaient les jurons trop sonores. il fallut enlever ses skis. vers la vallée de Poschiavo qui baignait dans une brume laiteuse — ou bien. Laissant les chalets de Palû à main gauche. mais. et brusquement nous fûmes dans l'azur. les cimes et les brumes. où pendaient des corniches barbues. La première chute de séracs fut abordée par la gauche. et ce fut un calme complet : plus un souffle d'air. marquent la naissance de l'arête qui monte au Pizzodi Verona et domine un chaos de glace. Au delà s'ouvrait l'inconnu. sitôt après. Que c'était beau. fendillé de crevasses bleues.. La neige était si haute qu'il fallut se baisser pour passer sous la conduite à haute tension qui traverse le col. nous admirions ce monde fabuleux.. Peu à peu. le chaos s'apaisa. et. Mais la pente s'accentuait et nos peaux de phoque avaient peine à mordre sur cette neige croûteuse. dans la direction de l'Ortler. Lentement nous sortîmes des ombres. Dans la nuit. la dalle qui lui servait de plancher se couvrit pour le lunch. et nous en profitâmes pour faire un joyeux déjeuner. Stâubli esquissa une danse infernale sur le bord du précipice. Nous avions traversé le lac et la petite plaine qui lui succède. Mais à quoi bon ? N'étions-nous pas bien ici ? Nous préférâmes donc admirer la vue qui s'étendait au loin. là-haut. où flottaient quelques brumes attardées. Nous voguions en plein sud. Une bise âpre soufflait de l'Engadine. Entre eux. t'avenue du glacier s'élevait en gradins magnifiques dans le bleu du ciel. au fond duquel est tapie Palpe Palù.Il faisait nuit noire et nos planches clapotaient drôlement sur les pentes qui descendent jusqu'au lac. Elle fut la bienvenue. Jusqu'ici nous étions parvenus en compagnie de Casper Grass... nous nous décidâmes un peu tard à fixer sous nos skis les crampons restés au fond de nos sacs. un croissant de lune mourait dans le noir du ciel. en arrivant sur le lac. Nous évitions les zones de neige poudreuse pour rester sur les neiges durcies. Après une rude montée. sur ces pentes rapides qui forment comme un entonnoir. Midi bientôt. éclairant faiblement les crêtes. nous atteignîmes enfin le premier plateau du glacier. frappant de nos skis la neige durcie. la pente s'adoucit et la ligne blanche se rompit devant le bleu du ciel. contre les pentes du Cambrena. Le soleil était haut sur l'Italie . nous les rechaussions pour ne plus les quitter jusqu'à Pontresina. à l'orée d'un monde nouveau. Lentement nous montions. Notre route conduisait. tout inondé par les rayons du soleil qui venaient de fuser derrière l'arête de Verona et nous invitaient à une halte. la pente fuyait brusquement vers le plan lumineux de l'alpe Palù. Arrivés dans la combe qui se creuse au pied du Carale. Fou de joie. par ces gradins. comme une gracieuse fossette. Mais il nous restait encore bien des obstacles à franchir avant d'atteindre la ligne blanche et pure qui brillait làhaut sur le ciel. l'épaule blanche du Pizzo di Verona s'incurvait doucement sur l'azur. vers la plus basse dépression de la ligne blanche. Ce fut l'affaire d'un instant. nous nous dirigeâmes droit vers le glacier qui nous dominait maintenant de sa masse formidable. les séracs prenaient des teintes d'opale. Des rochers en terrasse. Plus loin. Puis il fallut appuyer à droite. Puis il me présenta plusieurs vieilles connaissances dont les têtes caricaturales se profitaient au loin. la ligne blanche s'abaissait insensiblement. Puis. Tout là-haut. que nous montions sans nous en douter. dégoûtés de cette neige trop dure. Pour y descendre. Jamais les montagnes ne m'avaient paru aussi éclatantes. Les heures s'écoulaient et. les regards pénétraient par des coulisses profondes jusqu'à de sombres forêts et jusqu'en Valtelline. où les chalets formaient un tas minuscule. Stàubli lançait de joyeux yodels qui allaient se répercuter dans les parois du Pizzo di Verona. En route donc ! Après nous être encordés. rien que le rythme allongé de nos skis sur l'onde endormie. Entre deux bouchées. Une voie royale s'ouvrait devant nous. à la lueur tremblotante de leur lanterne. lorsque l'aube se leva. et nous étions toujours sur le même glacier. se demandant où pouvaient bien aller ces deux bonshommes. il fit grand jour. nous arrivâmes brusquement à la lisière des bois.. Mais tant de merveilles dans ce paysage distrayaient nos yeux. entre des tours de glace qui semblaient grimacer dans l'ombre. des cimes et des glaciers innombrables luisaient comme dans une splendeur méridionale. Tandis que la neige fondait dans notre casserole. elle cessa brusquement. où les crampons mordaient à merveille. Devant nous. Derrière nous. et presser le pas en prenant en écharpe des neiges que les avalanches avaient semées de blocs pareils à d'immenses émeraudes. des affres et du danger. mais régulière. . Par une combe ouverte entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. sur la rive gauche du glacier.

Je le vois encore. Une dernière fois. déjà baignées dans les teintes mauves du crépuscule. au retour du Piz Glûschaint. de l'autre. les ombres s'allongeaient et des brumes violacées venaient flotter aux flancs de la Disgrazia. nous parvînmes lentement sur le dernier col qui nous restait à franchir. nous caressâmes des yeux le site grandiose que nous venions de parcourir si rapidement. pauvre malheureux ! Avais-tu jamais songé aux régions lumineuses qui brillent au-dessus des brouillards? Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ceux qui nous ont fait connaître la montagne et ses merveilles !. isolant une montagne sublime. Nous ne pouvions nous lasser de l'admirer. Plus d'une heure s'était écoulée. Le soleil s'abaissait rapidement. le soleil s'abaissait. à la même heure. Mais à quoi bon? Grisés d'enthousiasme. Ivres de joie. puis un gouffre se creusait. Nous aurions pu nous arrêter ici et descendre à la cabane Marinelli. nous comprenant sans mot dire. Bien loin dans l'échancrure du val Roseg. Vu à contre-jour. Une légère brise vint nous tirer de notre extase. Et quel contraste : d'un côté. Virant entre les gouffres bleus des crevasses. avec les crampons. et une promenade grandiose nous attendait. c'était un nouveau coup d'œil sur des splendeurs inattendues. glissant sur les neiges étincelantes. Leurs neiges s'étendaient à perte de vue. lentement. nous passâmes du glacier de Sella sur celui de Roseg. Tu saluais ton partenaire. Ce fut l'apothéose. que chaque jour. soulevant à chaque virage une nuée de poussière blanche. Il n'y avait plus un souffle d'air . Mais pourquoi. Ainsi. dont le toit de zinc brillait deux cents mètres plus bas dans les rochers. Et cela tous les jours de la vie ! Pitié à toi. allumais ton cigare. de toute la vitesse de nos skis. Là-haut. nous contournâmes sa base et brusquement nous découvrîmes les deux glaciers de Scerscen dominés par les falaises dorées des Giûmels et du Roseg. A 4 h.vers le sud. s'étageait le chaos brouillé des Alpes bergamasques. gros îlot rocheux. où la nuit tombait comme un voile. Nous suivîmes ce large dos glaciaire qui marque la frontière en s'élevant doucement vers les pointes blanches du Palû. nous abandonnâmes nos coursiers à la pente : elle s'évasait doucement comme une anse polaire. c'était une féerie. Youhée 1 une fois de plus la voix de Stâubli éveillait les échos de la montagne. nous nous arrêtions. Le vent du soir soufflait des hauteurs : en passant sur ces névés. interrompue seulement par la ligne bleue des Apennins. trônant comme un autel sacré dans le ciel flamboyant. réflexion des roches incandescentes du Piz Roseg qui flambaient là-haut sous l'ardeur mourante du soleil couchant. nous plongeâmes dans l'ombre. lugubre fonctionnaire. et la partie commençait. dont le torse se dressait dans le ciel. vous tous qui croupissiez dans le brouillard des villes! Toi surtout. devenu chamois. nous passions sa vaste selle. Lentement. fermé comme un amphithéâtre par de hautes et formidables murailles : véritable Eden où. Sur les hauts névés du glacier de Fellaria. Et quelle glissade : une fuite éperdue qui nous arrachait des yodels d'allégresse. ce ne sont que falaises rocheuses et couloirs neigeux dont le relief s'accentuait sous la lumière oblique du crépuscule. l'on eût aimé finir ses jours. noire sur la houle incandescente. La corde fut reléguée au fond du sac. Au moment où l'astre allait disparaître. bien haut dans le ciel. un calme immense régnait sur la montagne. Vers l'occident. nous montions maintenant vers la Fuorcla Sella. Depuis tant d'heures nous tournions à ses pieds ! Encordés une fois de plus. une tache rosé fondait doucement sur la coupole de la Bernina. La neige était poudreuse et mauve. soit pour jeter un regard vers le mur sombre de la Disgrazia où. connaissant le terrain pour l'avoir parcouru trois jours auparavant. Faut-il tenter de décrire les scènes féeriques découvertes à chaque pas? Nous voici au pied du Zupo et de l'Argient qui dominent de leurs hautes falaises ces déserts neigeux. soit pour lever les yeux vers les parois qui nous dominaient. Lentement la nuit montait vers les cimes . Nous étions assis immobiles. Une courte glissade nous déposait bientôt au milieu du cirque supérieur de Scerscen. laissant derrière nous le cirque de Scerscen et pénétrant du même coup dans les ombres du glacier de Sella. après tant d'heures de longue montée. une collerette blanche encadrait la cime de la Bernina qui fit une courte apparition. nous allions comme des fous. De l'Argient au Roseg. Elle durait bien une heure sans qu'un mot fût prononcé. sa svelte silhouette détachée à contre-jour. l'étendue des neiges apaisées. De temps en temps. leurs arêtes tourmentées s'enfoncent comme des vrilles dans le bleu du ciel . puis nous obliquâmes à gauche vers le cirque de Fellaria. à chaque angle de ce balcon magique. 30. nous préférâmes poursuivre notre marche.. serré entre les glaces qui s'écroulent de tous côtés... pourquoi donc étions-nous seuls à contempler tant de merveilles? Ah ! si j'avais pu vous transporter là-haut. et nous caressâmes amoureusement nos planches avant de les chausser.. Tournant le dos à ces merveilles... moirées d'ombres. unique en son genre : la Disgrazia. déjà la Disgrazia était livide. les glaciers miroitaient à contre-jour comme des flaques d'argent en fusion. Il n'y avait plus qu'à descendre. je voyais entrer au restaurant et t'asseoir à la table voisine pour y faire ta partie d'échecs. Puis venait une mer floconneuse. il soulevait des nuées blanches qui allaient s'irradier un instant contre le soleil avant de s'engloutir dans les crevasses. . la première de la journée. Il nous fallait maintenant gagner la selle évasée entre le Piz Zupo et le Sasso Rosso. Puis nous prîmes la direction d'un cap rocheux. promontoire avancé qui nous cachait de nouvelles féeries.. D'un mauve foncé. dernier signe de vie dans ce cirque de neiges. une première glissade s'offrait à nous. on voyait briller les lumières de Pontresina. Sans la moindre transition. Il fallait décrire un vaste circuit pour éviter les gouffres béants qui précèdent la chute du glacier supérieur. tordant sa piste en larges christianias. Ce fut une balade lente et paresseuse sur les neiges éblouissantes. Tout là-haut.

Quant à moi. Le second (entre le Sasso Rosso et le Piz Zupo): Passe Ai Sasso Rosso (pourquoi pas dél Sasso Rosso?). rêveur. Le premier col atteint à l'ouest du PizzodiVerona (Veruna sur cette carte) s'appelle Passa ai Gambrè (nom qui doit provenir de l'alpe de Gembrè. Mais pourquoi ces deux orthographes différentes?). publié en 1913 par le Club Alpin Académique de Zurich. mais de nuit après treize heures de marche presque ininterrompue. Là. ce fut une dernière glissade. quarante minutes). On passe à peu près par le e de Vedrrtta di Palù et à l'ouest de la cote 3 068. l'abîme ne m'avait jamais semblé plus immense. dans le grand hall de l'hôtel. pour terminer. mais très courte. on rechausse ses skis pour les garder aux pieds jusqu'à Pontresina. cette journée allait se terminer comme les autres. Oui. bruissante. et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces vers de Giacosa : Dio lega opposte cose... le Verkehrsverein St-Moritz fit paraître une carte du skieur pour la Haute-Engadine et le massif de la Bernina.. puis cette courbe elle-même jusqu'au col ouvert entre le Piz Zupo et le point 3 546 du Sasso Rosso (Passa diSasso Rosso . Par contre. Le troisième (entre les points 3 083 et 3 323) : Passa Marinelli. peu après. De jour. descendre sur le Lago Bianco et marcher en droite ligne jusqu'au Pozzo del Drago. (Du premier plateau du glacier. Voici maintenant notre itinéraire : de l'hospice de la Bernina. sitôt après. Sur l'autre versant. fatigués par l'éclat des neiges. tout ce grand cycle commencé de nuit sur les plateaux ventés du col de la Bernina et terminé de nuit dans les sombres bois du val Roseg. Pour eux tous. il y avait du charme en vous toutes. Et quel contraste entre le silence de ces neiges et les ondes mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles !. autant que là-haut sur les solitudes glacées. Plus avant dans la saison.. et ce fut le seul trajet ennuyeux de toute k course.. je l'écoutais. A 8 heures du soir.Dans la combe mi-obscure qui descend de la Tschierva. de façon à atteindre l'endroit où elle se soude aux rochers du Carale.. on découvre parfaitement la route à suivre. Et pourtant. Ils n'avaient pas vu ce que nous avions vu . la note technique que j'avais publiée à la suite de notre course (Alpina. Que de merveilles entrevues. comme chaque soir.. Voici. piquant droit. et sa face cuivrée contrastait singulièrement avec son impeccable smoking. il manque décidément de charme. Ce dernier élan nous porta jusqu'au pont jeté sur la rivière. le val Roseg est merveilleux. le tracé des routes (indiquées en rouge)n'est pas toujours exact.. entre l'aube et le crépuscule de cette étonnante journée : cascades opalines de Palii. nous débouchâmes comme deux flèches dans la petite plaine qui s'étend au pied du glacier. une robe surtout avait captivé mes regards : elle avait cette couleur mauve des neiges où nous glissions au crépuscule et. Sous la lumière des lustres. où nous brisions notre élan par d'immenses christianias .. comme du reste toute la partie inférieure du glacier de Palû.. sur une neige légère. La nomenclature a été revisée et considérablement augmentée : c'est le principal avantage de cette carte. je l'avoue. aucune carte n'est jointe à ce guide. on se trouve sur un premier plateau (deux heures). 22) et qui ne sera peut-être pas inutile pour préciser notre itinéraire. le glacier fait une chute que l'on contourne à droite. On peut passer à droite ou à gauche de cette moraine. près du restaurant Roseg. au 1/50 ooo. Mais ce charme était fait de contraste.. qui donne accès au glacier et. mes yeux. femmes jolies. J'avais repris mentalement le chapelet des étapes.) Se diriger alors vers] le col neigeux (Passa di Cambre) qui se découpe sur le ciel dans la direction sud-ouest.. située au sud de ce col. cirque rosé de Scerscen. nous déchaussions nos skis devant la porte du Kronenhof. il 1 II est à souhaiter qu'une nouvelle édition du Bermnaskifûhrer soit accompagnée de la carte Siegfried avec des tracés plus rigoureux .. une déception nous attendait : notre belle piste du Glûschaint avait été défoncée par le passage des traîneaux de bûcherons. puis. basée sur l'Atlas Siegfried. les hôtes se pressaient vers la baie lumineuse où l'orchestre les invitait à la danse. Remonter la rive gauche du glacier jusque vers le 9 de la cote 2 789. dans le tourbillon de la danse. mais ils reflétaient des visions plus lointaines. Entre eux et nous. On arrive au haut d'une pente boisée et rapide qui domine la plaine de l'alpe Palii. Entre les courbes 2 100 et 2 040. Une heure plus tard.. La descendre à pied directement est l'affaire d'un instant . De là. Suivre alors la frontière vers le nord-ouest jusqu'à la courbe de niveau 3 480. (Si l'on veut gagner la cabane Marinelli pour couper la course en deux. Cet itinéraire est également décrit dans ie Skifuhrcr durch die Bernina Gruppe. blancs névés de Fellaria. Plus tard. enfin. Stàubli lui racontait les péripéties de cette longue journée. nous fêtions la réussite de notre belle randonnée en trinquant à la santé de notre ami Casper Grass. descendre en lacets le glacier peu crevassé de Fellaria . elle bruissait comme elles sous nos skis. 1911. apothéose violacée de Sella. goûtant le contraste de leur grâce avec les visions neigeuses qui hantaient mes rêves. Ainsi notre itinéraire sur le glacier de Palii ne correspond pas à la réalité (1). On atteint ainsi à sa plus basse dépression l'arête frontière venant du Pizzo di Veroria (deux à trois heures). Mes regards erraient dans le hall. laisser à droite le col 3 247 par où l'on est tenté de passer et remonter légèrement vers l'ouest pour redescendre ensuite et doubler l'extrémité verticale de l'arête sud du point 3323 (Passa Marinelli : trente minutes). Cette moraine est mal dessinée sur l'Atlas Siegfried. Il y a là une pente raide. Se diriger vers la moraine latérale gauche du glacier de Palû (à droite en montant). jamais ils ne pourraient évoquer ces souvenirs. Le quatrième est connu de longue date sous le nom de Fuorda Sella ou Sellapass. que de choses reçues. descendre la petite combe entre le Sassal Masone et le Prato del Vento. Ici. II rigor délie nevi e la beltà delle rosé. au pied même des rochers.. suivaient volontiers le tourbillon des danseuses. on fera bien d'arriver à cet endroit avant que le soleil échauffe les pentes du Carale. Malheureusement.

Sur l'autre versant. . on décrit quelques lacets (une heure un quart).) On découvre alors le glacier supérieur de Scerscen. avec les haltes. sur lequel on arrive après une faible glissade. du côté de PAguaglious. on peut descendre un bon moment avant d'apercevoir les crevasses. Roseg. en passant le col ouvert immédiatement au nord du point 3083. De l'hospice de la Bernina à Pontresina en treize heures et demie. puis de suivre la courbe de niveau 3090. on peut. En raison des crevasses cachées. Dans la partie inférieure du glacier. Pour accéder à la Fuorcla Sella (3 304 m. au sud de la Punta Marinelli.est préférable d'y parvenir par le glacier de Caspoggio. De là. il est bon de se diriger d'abord vers le nord. éviter la région du point 2469 et passer bien à droite. puis par le col de Vadret a.). qui sont du reste bien dessinées sur l'Atlas Siegfried. restant au milieu du glacier. filer en droite ligne jusqu'au restaurant Roseg (une heure un quart).

Il fut décidé d'utiliser les premiers beaux jours de notre congé par une visite à cette fameuse cabane Britannia. toute la maisonnée est remplie de braves gens.CHAPITRE XI AUTOUR DE LA CABANE BRITANNIA (1) Saas ! C'est bien loin. ce vieil Alphubel. mais vibrantes d'enthousiasme. et toujours prêts à partir. C'est à peu près la seule façon de franchir aisément la grande chaîne du Fletschhorn et . que la grande chaleur de midi fait tomber du toit . (Association of British Memoers of thé S. par de savants détours. Voici trois ans qu'on l'a inaugurée. où l'on enfonce délicieusement ses fatigues . Je suis étonné qu'il n'en ait pas profité. là-haut. Et Supersaxo nous le cache? Pourquoi donc? Serait-il devenu jaloux en voyant ses trésors découverts? Son silence prête à le croire. La nuit tombée. «La cabane qu'il avait longtemps rêvée se dresse maintenant sur le rocher de l'AHalin. la lampe épanche sa douce lumière sur la nappe. 242. le soleil entre gaiement dans la chambre par toutes les fenêtres et vient caresser le tapis et les vieilles boiseries. rivalisant de séductions avec la Bétemps et la Concordia.petite satisfaction personnelle . nous étions arrivés sur nos skis à Balen ( 2). la table ronde. elle lui reste confiée et fut inaugurée solennellement le 17 août 1912. les joyeuses parties. mon ami de Choudens (dit Chouchou) et moi attribués à deux armes différentes . Le récit qu'on va lire a été publié dans le Ski. propres à lui faire comprendre qu'un jour d'oisiveté à Saas serait évidemment chose fort agréable. Chouchou et moi partions pour la cabane après avoir laissé à Mitten quelques lignes. dans son coin. dont l'un avec nous. quelle solitude et quelle tranquillité ! Et quel accueil surtout ! Je me réjouis chaque fois de serrer la main du vénérable montagnard. que l'on aurait pu 1 La cabane Britannia est située à 3 030 mètres d'altitude. C'est très loin. dans la vallée d'Entremont. Sur une poutre. le vieux poêle. le transport de nos provisions obligeait notre porteur — Oscar Supersaxo — à faire deux voyages. suivant les caprices de la Viègeet malmené par l'hiver. de là. robustes. S. Du reste. les folles glissades. Il a guidé vers elles les premiers skieurs. tout juste un chemin muletier. une fois là-haut. C. flamboyant dans l'azur. direz-vous. où viennent s'entasser. Construite par les soins de la section genevoise du C. Elle fat offerte au Club Alpin Suisse par l'Association des membres anglais du C. des guides pareils.+ 4NUR EINMAL WIRST HIER UBERNACHT SEIN + + + GEDENKE STETS AN TOD. qui cherche à fendre le mélèze rebelle. en effet. Par un hasard inespéré. 2 Cet itinéraire est décrit au chapitre IX. sur une nappe blanche. au pied du Gothard. enguirlandé de molletières et couronné de nos laupars. trois hivers qu'elle attire les fidèles. nous avions choisi un itinéraire évitant le long thalweg de Viège à Balen et conduisant à Saas par le Sim-plon. devisant sagement sur la montagne et sur les gens. le visage brûlé et les yeux fatigués. C'est lui. Cet excellent Mitten venait tout naturellement compléter le trio habituel. offrant largement l'hospitalité de son toit et ouvrant bien grande la porte d'un paradis d'où l'on peut monter sans façon sur quatre trônes de 4 ooo mètres. On ouvre l'une des fenêtres et l'on entend la joyeuse mélodie des gouttières.) en reconnaissance de l'hospitalité qu'ils reçoivent dans les cabanes de nos Alpes. nous avions trouvé un télégramme de Mittendorff (dit Mitten) annonçant son arrivée pour le lendemain et nous priant de l'attendre pour monter à la cabane Britannia.nous avions été licenciés le même jour. p. il nous a raconté le réveil de son village au milieu des neiges. comme une oasis. En quelques pages sobres. Une fois de plus. par le Sir-wolten et le Simelipass (3 028 m. Désirez-vous un guide ? un porteur ? Papa Supersaxo entr'ouvre la porte et appelle ses neveux : Oscar. et d'un accès peu commode. Mais. A. la « saison morte » transformée en un temps de saine récréation. GERICHT UND EWIGKEIT + UND HALT DICH BEREIT ZUM STERBEN ALLEZEIT + + Au reste. sur la selle ouverte immédiatement à l'ouest du Klein Allalinhorn (3 077 m. vous en trouverez peu dans tout le Valais : hommes intelligents dont les efforts tendent à vulgariser le ski et à l'appliquer sur les glaciers. tant de merveilles culinaires . 85 sq. Othrnar. De jour. là-haut. ou le bruit intermittent d'une hache. je suis revenu à Saas. Augustin Supersaxo. A. mais qu'une telle relâche n'avait jamais été prévue au programme. la face toujours souriante. L'air frais des neiges pénètre par bouffées. pas de voiture postale. le lendemain vers midi.4. sa large cime profilée sur le bleu du ciel et son immense glacier étalé au soleil. Annuaire de l'Association suisse des Ski-Clubs. Cette chambre basse et gaie. XI. qui vous attend sur le seuil de sa porte et vous introduit si simplement dans son antique demeure. et.cette traversée réunissait définitivement les traces de mes skis entre Bourg Saint-Pierre. Un grand soleil.). et Airolo. l'intimité reposante de cette demeure. car ce sont ses montagnes et il s'y promène en roi comme autrefois Marcus Paltram sur les glaciers de la Bernina. Pas de voie ferrée. p. que de souvenirs elle évoque en moi ! Voici le fameux canapé. vol. Il débutait par ces lignes : « Oscar Supersaxo (der Skikonig von Saas) aurait trouvé dans les pages de votre revue une place tout indiquée pour célébrer l'heureux avènement de cette nouvelle cabane et la beauté des montagnes qui l'entourent. il fait bon se soustraire un instant à l'éclat des neiges et retrouver. A. la poste nous avait transportés (pour trois francs !) de Brigue à l'Hospice et.). . Il ferait tout naturellement l'autre en compagnie de Mitten. Et pourtant. Il est comme l'âme de cette demeure. où l'on respire la quiétude et la paix. et voilà trois gaillards. il a gravé en grandes lettres ces pieuses paroles : GEDENKE. Heinrich. au milieu des plus beaux glaciers valaisans. Une vie intense palpite dans l'air et. Le vieux papa Augustin se promène à petits pas. Or.. lorsqu'on descend des glaciers. O DU NACHFOLGER MEIN + 4. ils ont pris la peine d'explorer les montagnes en hiver pour pouvoir y conduire leurs touristes. entreprenants. il a su atteindre aux cimes blanches qui couronnent le grandiose amphithéâtre de Saas. S. c'est moi qui prends la plume et qui déchirerai le voile. En arrivant à Saas (le mars 1915). Ses skis ont fendu les premiers de leur proue les neiges vierges du Feegletscher et. Comme deux col s. puisqu'il n'en veut pas sortir. descendant tout droit de l'Alphubel. Pour plusieurs raisons. et un air frais exquis agrémentèrent notre montée. presque à la même heure.

on n'en parle pas : il est officiellement au beau . les choucas Be sont retirés dans les trous où ils nichent . sur lesquels on lit pourtant la satisfaction de pouvoir un instant jouir de sa liberté. La brume flotte un instant. le feu s'éteint. Nous avions adopté un ordre du jour qui consiste à partir quand on est prêt et à rentrer à la cabane au plus tard pour le thé de l'après-midi. Vite. si mesquins en face des joies que nous offre la montagne Le soleil a disparu derrière l'arête glacée . C'est là. qui glissait tantôt sur un désert illimité. Lorsque votre pipe est éteinte.). monté si haut dans l'immensité des neiges. c'est un facteur constant et désormais connu. en lançant dans l'air froid leurs cris rauques. Mais il ne se passe rien du tout : c'est la grandiose nature. excitée parla faim. La conscience tranquille. On ouvre la porte de la « glacière » (c'est ainsi que Chouchou désigne le dortoir des guides. Un rayon de soleil attardé éclairait sa charpente neuve. Supersaxo ne tarda pas à nous quitter pour redescendre à Saas : Chouchou et moi restions maîtres et seigneurs. La joyeuse vie de cabane reprend de plus belle. Vous ne remuez pas d'idées compliquées et vous n'êtes point soucieux de l'avenir. alors que. Tout en bas. dans ce monde immobile. et surtout les monceaux de provisions jetées sans ordre sur toutes les tables. plus directe. nous suivîmes la trace de Supersaxo. Allalinhorn. impassible en apparence. Vingt minutes plu s tard. la lumière s'assombrit. Visages indifférents. l'autre sur une selle entre le sommet et le point 3 607. bien qu'elle oblige à passer l'Egginerjoch (3 009 m. celui-là à son Abendschopp.). Sans la moindre fatigue et sur une neige parfaite. ce qui se passé. la chaleur (évidemment très relative) de la cuisine s'y précipite. vous pouvez vous dire enfin : nous voilà chez nous et personne ne viendra plus nous déranger (1). le glacier envahi par les ombres du crépuscule . La discussion roule donc sur les quatre inconnues : Alphubel. celui-ci à son rendez-vous. si bien harmonisés aux bruits de la montagne. sous une forme si franche et si avenante. en méandres dans les moraines. l'usage du réveil-matin n'étant pas encore monté jusque là-haut. On dort fort bien à Britannia et l'on ne s'y lève pas trop tôt. Une douce béatitude vous envahit. le chemin où l'on rencontre toute l'année les mêmes visages. Nous nous décidons pour F Allalinhorn. comme deux aigles dans leur nid. que l'on étanche avec force tasses de thé. on arrive par une marche de flanc à la cabane Britannia. ces oiseaux noirs et mystérieux qui. comme le soleil de la brume. Comme souvent lorsqu'on est en ski. et quatre heures après avoir quitté Saas. Entendons-nous. et mon ami dort profondément. Le fourneau. toujours immobile à vos yeux. Un bon coup de poing réveille Pendormi. la cabane Britannia est devenu le but prêferee des skieurs dans les Alpes valaisannes . d'environ — 4° ou — 5°.. d'autres fois. ayant préalablement admis la supposition suivante : Mitten est un habitué de Saas : il aura sûrement fait l'Allalinhorn et n'aura aucune envie de le refaire. la main à portée d'une tasse de thé bien chaud. En hiver seulement et dans un site comme celui-ci. puis sur le glacier. Elle fut explorée par les frères Super-saxo qui lui préfèrent finalement celle du glacier de Fée. et quelle belle soif il s'ensuit. dans l'abîme. et à travers l'échancrure de l'Egginerjoch (3 009 m. — Voici pourtant deux choucas. Le temps. Ainsi. la route la plus directe est la moins recommanda blé. réalisent de leurs ailes la mobilité la plus parfaite. qui surgissent du souvenir. se déploie autour du fourneau.. nous pouvons nous coucher. puis revient. un peu de glace mordorée . se heurte maintenant aux objets familiers meublant un refuge. en plein midi. un ciel d'émeraude où vont bientôt scintiller les premières étoiles. et quêtent une miette de subsistance. Aujourd'hui. engagé dans un passage difficile ou sur quelque plaque sans prise. Aussi les départs sont-ils tardifs.. les pipes s'allument. par la fenêtre. on rencontre subitement l'hospitalité. très propice au sommeil. et de considérer d'un œil rêveur le feu qui pétille dans le fourneau. par le Hohlaubgletscher . puis notre installation. Chacun s'en va. Pour cette course. Quel appétit. Rimp-fischhorn et Strahlhorn. et il règne bientôt dans les deux pièces une température égale. Laquelle de ces inconnues faut-il éliminer en premier lieu ? L'hésitation n'est pas longue. chacun s'empresse de quitter son bureau et refait. les pieds dans une couverture. Vos pensées se revêtent de visions. Ils ont épie notre arrivée. à mon sens. au delà. mes amis ! J'ai faim rien que d'y penser.). on franchit tout naturellement ie seuil et l'on passe sans transition dans un intérieur confortable. votre pipe et le cigare de votre ami se chargent bientôt d'enfumer l'atmosphère et la rendent propice aux rêveries. vous descendez 'pour voir un peu. L'habitude aidant. augmentant l'impression de quiétude et de bien-être qui vous envahit lorsque. dans l'intimité de cette petite cuisine. où le regard.augurer très chaude.. justement proportionnés aux conditions de la montagne en hiver. l'autre. que nous avons passé des heures inoubliables. pour l'Allalinhorn (4 034 m. on remonte dans les hamacs et l'on devise sur l'emploi du lendemain. mais ils sont. en fumant sa pipe. qui berce la paresse de l'esprit. Quel délice de se balancer doucement dans un hamac. et chacun s'ingénie à perfectionner le menu du souper. Ils sont évidemment tardifs en comparaison de ceux auxquels nous astreignent les guides en été . je les observe d'un œil sympathique. Une bruyante activité. La cabane enfumée devient obscure et le thermomètre descend au-dessous de zéro. pour la quatrième fois de la journée. dans la ville fédérale. il faut rallumer le feu et préparer la soupe du soir. les quatre trônes sur lesquels nous espérons bien monter tour à tour. et ces pensées s'en vont à leur gré. je maudissais leurs cris énervants et leur vol vertigineux. contigu à la cuisine) . vous avez le choix entre deux routes : l'une par le glacier de Fée . Après quoi. Six heures ! C'est l'heure où. C'est ainsi que nous prîmes possession de la cabane Britannia. une arête ondulée montant vers la lumière . à l'aller comme au 1 1915 Actuellement. nous avons quitté la cabane à 8 heures du matin et nous étions de retour à 3 heures. partagées entre l'amitié et la rêverie. les souliers qui sèchent près du tuyau. la douceur des victoires et l'espoir des lendemains. l'une aboutit au Feejoch. plaisirs coutumiers de la vie citadine.

on débouche alors dans l'immense arène du Feegletscher. . après une rude montée. Mais n'essayez pas de spéculer en passant juste au pied nord du Hinter Allalin : il y a là une pente que vos skis ne franchiraient pas. ce jour-là. On procède alors au « changement de décors » habituel : les skis sont solidement ancrés. en l'occurrence. nous avions manqué l'ascension de PAlphubel. le matin aux premiers feux. instruit par l'expérience. mais c'est merveilleux. A l'abri de ces 1 2 Veste en toile à voile. tamisant l'éclat des neiges et jetant sur la blancheur laiteuse des glaciers ces ombres mouvantes et bleues qui rôdent mystérieusement dans l'immobilité. au crépuscule. mieux encore. Il avait préparé du thé bien chaud et il se mit à nous le servir. La grandiose beauté des montagnes l'avait saisi brusquement. Il n'est pas nécessaire de descendre toute la pente du col vers Saas : on peut passer au pied d'un rognon rocheux où l'on traverse une crevasse (ou plutôt une rimaye) généralement couverte. ça prend de la place et il n'y a rien dedans ». mais. jouait sur la crête des Mischabel et se condensait en masses floconneuses sur les glaces de l'Alphubel. qui souffla ce jour-là jusqu'à midi. puis l'on monte dans la direction d'un autre rocher. Un vent perçant vint troubler notre extase. N'empêche que ce rien est très goûté. nous trouvâmes Mitten qui venait d'arriver. Entre Saas et Saint-Nicolas (Ski. il nous adressa d'amers reproches sur notre façon peu courtoise de le précéder ainsi. on arrive trop vite au pied de l'Egginerjoch. et j'eus l'horreur de constater par de vaines recherches que ni lui. et il reçut immédiatement les marques très vives de notre sympathie (ce qui. Il n'était. si justement définie par Chouchou : « C'est lourd.). ce fut lui qui s'avança le premier sur la neige vierge et poudreuse. paraît-il. 53-54). J'ai dit en deux mots (2) comment. plus merveilleuse que jamais. Une demi-heure suffit pour atteindre le sommet et quinze minutes pour en redescendre. Tous les deux sont marqués sur la carte. nous avions été frappés par la beauté remarquable et la diversité des sites qui entourent l'Egginerjoch. il vous reste encore 200 mètres à gravir pour atteindre le sommet de l'Allalinhorn. Lorsque. La joie pétillait dans ses petits yeux et. changeant brusquement d'humeur. C'est court. je n'avais plus de plaques photographiques. Après avoir traversé un désert éblouissant. toutes au même instant.retour. et il est bien rare qu'on puisse les franchir en ski plus facilement qu'à pied. Qui donc avait inventé cette légende ? J'interrompis à propos la discussion pour lui demander où se trouvaient les trois décis de kirsch dont j'avais recommandé l'achat. jamais monté à l'Alla-linhorn. Chouchou et moi avons franchi ce col cinq fois en trois jours et. Malgré tous les virages. Seul l'Allalinhorn domine ce beau désert de neige. Puis chacun chausse ses crampons et s'en va à son gré. limitée par les deux hautes arêtes descendant de l'Allalinhorn à gauche et du Feekopf (3 912 m. Le vent est un visiteur importun. Il accourt généralement du côté où la vue est la plus belle et vous oblige à vous retrancher derrière quelque corniche. en compagnie de Supersaxo et de deux jeunes skieurs de Saas. Puis. nous nous sommes attardés à contempler l'aspect toujours nouveau des glaciers. lorsqu'il fallut quitter la piste de la veille. En avril 1912 déjà. avec beaucoup de bonne grâce tout d'abord. Mais on ne fait que croiser cette trace imaginaire. et surtout le soir. l'inclinaison de la pente très favorable : on peut donc sans crainte suivre à toute allure la piste tracée à la montée ou. qui cherche souvent à jouer de mauvais tours. plus considérable encore que le premier. Mais le charme de cette course réside avant tout dans la glissade. les crevasses très peu nombreuses. Cette fois. notre trio. comme si j'avais parlé turc. effilochée par la bise. on n'a plus vu les grandes Pennines et qu'elles surgissent ainsi. Un peu de brume. la montagne était. La violence de la bise. nous avait interdit le parcours de l'arête qui monte du col au sommet. brillant au soleil comme un formidable casque phrygien. p. on zigzague sur une pente rapide et crevassée où l'emploi de la corde est de rigueur. La question de l'Allalinhorn fut désormais classée et nous pûmes discuter tranquillement notre prochaine visite à l'Alphubel (4 207 m. Odermatt et moi. Sur cette branche orientale du glacier de Fée. Il nous apparut souriant. ni Supersaxo n'avaient emporté la précieuse liqueur. Lorsque vous êtes sur le Feejoch. l'allonger de serpentines. depuis longtemps. chaque fois. derrière une corniche. a plat sur la neige. comme elle nous avait saisis le premier jour. au moyen des bâtons et chargés des sacs. j'ai pu me rattraper. lorsque mon ami Odermatt et moi étions descendus de l'Alphubeljoch sur Saas. signifie une bonne bourrée decoups de poing). ne quitta la cabane qu'à 8 h. Il me considéra vaguement. Dans la pure clarté du matin. C'est l'occasion de sortir la thermos. pour se rapprocher davantage encore du banc rocheux qui déchire d'un trait noir tout le glacier de Fée (des hauteurs de l'Alphubel jusqu'au point coté 2991). le 3 avril 1912. cette année. et l'on rejoint ainsi. pour avoir quitté la Tâschalp de trop bon matin. surtout par celui qui ne porte pas la bouteille. Mitten faisait plaisir à voir. Sur le col. 30 pour traverser une fois de plus l'Egginerjoch et suivre la piste déjà familière sur le glacier de Fée. le 14 mars. une halte s'impose. pour se diriger vers notre sommet. La vue est bornée. Ayant doublé le deuxième îlot rocheux en passant sous quelques séracs. On ne viendra donc pas nous traiter de « flemmards » si j'avoue maintenant que. On endosse alors la puante (1) et l'on se résigne à déjeuner selon ses goûts et son appétit. et nos meilleures photos proviennent de cette région.la neige étant presque toujours durcie par le vent. la neige est presque toujours excellente. La pente du Feejoch exige ensuite quelques zigzags. cachant précisément ce que l'on voudrait voir. le chemin (pointillé sur la carte) qui vient de Saas par la Lange Fluh. En rentrant à la cabane. ainsi désignée par nous à cause de son odeur désagréable. 1912. il faut bien un moment pour les admirer et retrouver dans sa mémoire tant de noms aimés. au milieu des amas de provisions qui l'entouraient.) à droite.

Depuis lors. règle les mouvements avec une précision qui étonne et rend plus audacieux encore. Partis de la Tàschalp. C'était.roches et au creux d'une combe. Ce soir-là.) à cause d'une brume légère qui se condensait sur la neige et ne s'évaporait que plus loin. Nos yeux devaient garder longtemps cette vision. Au crépuscule. le Rimpfischhorn (4 203 m. mes compagnons m'entraînèrent à la conquête de ce sommet. Malgré les indications de la carte. le même charme et la même pureté. Je m'étais mis en route sans beaucoup d'enthousiasme . Si elle rend impraticable l'arête du col. nous étions montés par le glacier de Langenfluh à la longue arête occidentale. où on peut s'élever sans danger. ce jour-là seulement. le désir d'en faire l'ascension était évident et bien naturel. Chez mes compagnons. sur cette face de la montagne. On commence par descendre sur le glacier de Hohlaub par une pente rapide. elles resplendissaient à contre-jour sur le ciel d'Italie. dans le bleu. nous fîmes une halte délicieuse et un gai déjeuner. ce trajet s'accomplit en ski sans le moindre obstacle. telles des âmes en peine. on surmonte ce dernier obstacle. que la bise. la suivant à pied. avec une courtine de glace dont la traversée ne semblait possible qu'en un point. On se dirige ensuite vers un petit col anonyme. situé immédiatement à l'ouest du point 3150 et par lequel on passe sur le glacier d'Allalin. au retour de Vallala (comme dit l'ami Sillig). l'Alphubel fumait toujours comme un volcan de laves blanches. . mais. Seul. la formidable paroi de l'Allalinhorn se dresse comme les falaises tourmentées du Zupo et de l'Argient : le soleil joue dans ses roches fauves et ses couloirs blancs fuient tout droit dans l'azur. comme il semblait ne pas vouloir risquer de nouvelle apparition. Au pied de cette muraille. par la route ordinaire des Rimpfischwange. une fois les skis aux pieds. Le 15 mars. autour de la Bernina. on est peu contemplatif et chacun s'abandonne au plaisir de la glissade. de l'autre. Je compris. nous restâmes longtemps à contempler le Feegletscher. Très haut dans le ciel. l'immense avenue du glacier s'élève insensiblement vers un col idéalement beau 1 Comme je l'appris plus tard. Le jour précédent. jusqu'au souper. le retour était régulièrement fêté par un hé fort joyeux où la boisson coulait à flots. pour se condenser plus bas sur le glacier. C'était précisément le sommet que nous aurions désiré voir . Quant à moi. ses vapeurs devinrent rosés . En effet. la chaleur délicieuse. nous avançâmes en ski jusqu'à la grande rimaye qui coïncide. on débouche en ligne droite dans la plaine immaculée du glacier. de toute leur hauteur et. je crois. Ici. de Zermatt. comme trois pingouins sur une banquise. lorsqu'on utilise ce refuge comme point de départ. Notre plan de campagne se déroulait avec une régularité presque monotone. Malgré la dureté soudaine de la neige. mais. En examinant la carte de près. Bruissant sur la neige soyeuse. à 4 000 mètres environ d'altitude. C'était aussi l'heure où. qui nous entourait de son suaire. partant de la nouvelle cabane Britannia. puis elles fondirent lentement. chaussé de crampons. à 8 heures du matin. Peu à peu. où elles restèrent un temps à rôder. par Hermann Woolley (de l'Alpine Club) et les guides Gabriel et Joseph (junior) Taugwalder. arrosant ce que chacun dérobait sur les tables d'abondance. Je me hâte de dire que c'est bien la meilleure reute. avaient ouvert une nouvelle voie traversant PAllalin-pass (3 570 m. C'est un jeu excitant et voluptueux qui finit par griser. vous objecterez peut-être que la pente conduisant à cette épaule est d'une raideur excessive. mais. Mais la carte est fausse à cet endroit. La vue fut presque nulle. mon ami Stàubli et moi. et. à la fin de mars 1912. coupé net du côté de Zermatt et dont nous eûmes quelque peine à trouver le point culminant (4207m. nous primes la trace du retour. la première ascension hivernale du Rimpfischhorn fut réussie en 1893. j'avais déjà gravi le Rimpfischhorn en compagnie de mon ami Odermatt. L'élan est si formidable qu'il nous porta sans faillir dans notre trace de l'Allalinhorn et celle-ci jusqu'au pied de l'Egginerjoch. de brume et de bleu . le 17 janvier. dans nos hamacs. Les sites grandioses du glacier d'Allalin et les névés éblouissants de Fellaria ou de Scerscen présentent. Si l'épaule était cotée. « Bien dit ! » s'écria Chouchou en achevant son dernier télémark.) et remontant jusqu'à l'épaule même du sommet. la première ascension hivernale du Rimpnschhorn et en tout cas la première à l'aide des skis ( 1). nous filions en ligne droite. il est plus merveilleux encore que dans la clarté matinale : lorsque les ombres s'allongent sur ses flots blancs et qu'elles accentuent le relief de ses vagues. Sur le col. en effet. à mesure que nous montions. je fus saisi par la beauté nouvelle de ces montagnes : elles nous dominaient d'un côté. La descente nous offrit quelques visions fantastiques de glace. le Rimpfischhorn hasarda un instant sa corne noirâtre hors du brouillard. juste au-dessous de la cabane. La neige favorisait toutes les audaces. Le sommet est un vaste plateau. A main droite et si près qu'on pouvait la toucher. et cette volonté. l'air absolument calme. Descente en cinq heures. les frères Supersaxo. Au sortir de ce labyrinthe. et je ne pus m'empêcher de comparer cette exquise promenade à celle que nous fîmes un jour. si forte soit-elle. on verrait qu'il y a quatre ou cinq courbes de niveau de trop dans le dessin. Montée en douze heures. nous avions terminé la course sur une neige très dure et des rochers absolument secs. A la cabane. Puis. à pied naturellement. nous savourions la douce satisfaction de la victoire et forgions de nouveaux plans pour le lendemain. Dame Nicotine revendiquait avidement tous les droits qu'elle avait dû abandonner durant la course. On laisse les skis à cet endroit. n'est pas une raison suffisante pour ne pas tenter l'ascension de l'Alphubel.) fut l'objet de notre discussion. il reste encore le versant oriental. et. le dos tourné au vent. Le temps était parfaitement pur. ou nous nous laissions bercer en oscillations régulières. sur la surface unie du glacier. décuplée par la proximité du danger et par la tension de toutes les facultés. il fallait louvoyer adroitement entre les gouffres béant sur notre route et réussir les virages aux bons endroits. les skis filent où la volonté les dirige.

tant pour nous restaurer que pour admirer la soudaine apparition du Moat Rosé et du Lyskamm.50Allalinpass: 10 heures à 10h. Derrière les ondulations et les blanches épaules du Fluchthorn. nous déjeunions tranquillement sur l'Allalinpass (3 570 m. Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas laissé nos skis sur ce col. Un plantureux souper occupa cette dernière soirée. Nous fîmes là une longue halte. Il y rencontra de la glace. et rien ne troubla la contemplation d'une vue sans nuage (1). nous aurions facilement trouvé une quantité d'excellentes raisons pour adopter la solution du repos et des grands banquets .50. autour du petit fourneau qui ronflait gentiment. Mais jusqu'à quand durerait-elle. eh prévision des grands nettoyages du lendemain. Uae bonne demi-heure s'écoula.35. Mitten. avec sa haute paroi de rocs et sa crête déchiquetée . notre trio fut réuni en conseil de guerre.— l'Adlerpass — ouvert entre le Rimpfischhorn et le Strahlhorn. séparé du point culminant par une série de gendarmes où résident évidemment toutes les difficultés de la course. et dans nos cœurs le souvenir des moments inoubliables passés sous son toit. au retour. toujours fatigante. 15 mars 1915: départ Britannia: 7h. Si vraiment nous avions été fatigués. Suivant mes conseils. Chouchou se mit à remonter le couloir principal dans toute sa hauteur. et il me fallut les suivre. au pied du Mont Rosé : longue course qui nous obligeait à franchir l'Adlerpass. toujours en ski. pour essayer l'arête nord dm Rimpnschhorn. bien sagement. le beau temps avait favorisé tous nos projets et livré la montagne à tous nos caprices. et Ton sonna la retraite très tôt. d'anéantir ces amas de victuailles à coups de grands festins. Nous nous contentâmes d'admirer ces fiers ciéneaux et nous poursuivîmes notre chemin. Nous avions beau faire bombance chaque jour.20. on peut s'élever ensuite. Je coulai à pic et me trouvai au fond de la mare. avant de prendre la direction du Rimpfischhorn : on évitera ainsi une marche de flanc. Il s'était produit en moi comme une scission entre la machine humaine actionnant le mouvement de 1 II est intéressant de comparer les horaires de mes deux ascensions ait Rimpfischhorn : 31 mars 1912: départ Untere Tàschalp : 4 heures . après trois longues heures de nettoyage. lui. sans laisser de traces apparentes. dans notre discussion nocturne et enfumée. Je ne regrette pas d'avoir poussé une seconde fois jusqu'au sommet. j'avais l'illusion d'avancer seul sur le gkcier immense. emportant sur nos dos de formidables laques. ce jour-là. On escalade une sorte de côte. sommet: 13h. la descente en ski nous délassait et la fatigue disparaissait comme par enchantement. qui lui arracha de puissantes exclamations. Il est bon de descendre une centaine de mètres sur le versant occidental du col. Précédant mes compagnons de quelque distance. l'air était aussi calme que sur le glacier. Mitten vint nous réveiller. Use élégante crête neigeuse conduit au premier sommet (4 119 m. en attendant le retour de mes camarades. Dans la clarté matinale. éblouissant dans le ciel bleu. La perspective de traverser l'Adlerpass avec une charge de vingt kilogrammes sur le dos ne l'effrayait nullement. Mitten sembla se résigner. et il traitait familièrement Mitten de « dix-huitième de boue ». Chouchou. deux géants qui ne manquent jamais leur effet et dont la proximité est toujours intéressante. Si la neige n'est pas trop dure. au creux de cette selle . dès notre retour à la Britannia et jusqu'au moment du coucher. mais chaque soir. et ce fut l'occasion d'un joli travail au piolet. Converti par une démonstration si claire. Il s'agissait de résoudre le grave problème du lendemain. chacun faisant valoir son point de vue. nous quittions Britannia. je n'hésitai pas à me déclarer partisan de l'action. Ils étaient presque aussi secs que lors de ma première visite. jusqu'à l'épaule du sommet . les provisions qui encombraient les tables semblaient à peine diminuer. 55. Pour concilier mes amis. il n'admettait pas de relâche avant l'exécution intégrale de notre programme. Mitten se lança dans les rochers et j'en fis autant. On en dit beaucoup de mal. en face des montagnes de Zermatt. Perdus dans la fumée de nos pipes. que conservait le souvenir brumeux de l'Alphubel. Jusqu'ici.30 . on apercevait jusqu'aux moindres détails. que j'y serais volontiers resté. Deux heures après avoir quitté Britannia. elle était vraiment séduisante. Nous étions si bien installés. La varappe est amusante et n'exige pas plus d'une heure depuis le Sattel. nous partîmes à l'assaut du sommet.50 à 14h. Or. Ce brave Mitten ! je l'aurais bien embrassé.). où flottaient des macaronis et des croûtes de fromage. bon gré mal gré. l'autre. Malgré le soleil et les lourdes charges. cette belle humeur? Il fallait en profiter. de fourchettes et de cuillers. sommet : 12 h. le lendemain. tout de neige et de lumière. Ce soir-là. et Mitten. proposait un jour de repos afin. nous devions quitter la cabane pour nous rendre à Bétemps. je fus précipité dans une mare d'eau grasse. A 9h30 seulement. l'air était si calme et le soleil si chaud. le regard échappe enfin à l'obsession de cette enceinte titanesque et glisse vers un horizon plus tranquille. il est vrai. Une seule journée bien remplie suffisait à compléter l'exploration que nous nous étions proposée des sommets entourant la cabane Britannia. Le lendemain à 6 heures (à 6 heures 1).). 20 . Un privilège rare nous récompensa : à 4203 mètres. ne perdait pas un coup d'œil. Sattel: 12 heures à 12h. et le moins possible sur nos dos. s'il n'avait eu le visage barbouillé de lanoline. était naturellement d'un avis tout différent . l'apparition vaporeuse d'une montagne telle que la Disgrazia manquait à mes yeux pour compléter l'analogie de ce décor avec les siteà de la Bernina. Seule. nous discutions tranquillement. C'est pourquoi. qui forme la rive droite du couloir et aboutit au premier sommet. 10 à 9 h. qui préconise les solutions prudentes et raisonnables. Britannia: 16h. Mais ceux-ci ne l'entendaient pas de cette oreille. en nous annonçant que le chocolat était servi. dont les rochers nous renvoyèrent l'écho. La nuit fut agitée : emporté par une avalanche où les boîtes de conserves voisinaient avec les oranges et les saucisses. relié au point culminant par une courte arête. farouche et sombre. arête occidentale (3 320 m. où les neiges festonnées se découpeat sur le ciel lumineux de l'Orient. La journée était pure comme la précédente et l'air parfaitement calme. Chacun à sa façon. environ) : 8 h. mais. je proposai d'emporter le plus possible dans nos ventres. à 3800 mètres d'altitude. comme pour mieux marquer le contraste de ces deux sommets : le premier. en compagnie de couteaux. de ces victuailles encombrantes. disait-il.. la montée fut très agréable.

La ligne qui séparait la neige du ciel s'abaissa peu à peu . Les ombres étaient du même bleu. rien ne troublait le joyeux hymen entre l'azur du ciel et la neige des montagnes. ne fût-ce que pour réjouir mes yeux à la vue de leur alkire confortable. Au lieu de rester couchés ainsi.mes skis dans la piste toute tracée. de l'autre. Quelques rocs. escaladait le Cervin. Derrière la corniche qui m'abritait. je distinguais mes amis comme deux points sur 1'immensité blanche. dont l'ascension est relativement courte. la vue est illimitée et les yeux errent inconsciemment. et l'esprit. Du sommet du Rimpfischhorn. la ligne ondulée de ses arêtes de glace fuyait doucement. au gré des vagues irrégulières que forme la neige. en face des montagnes. il n'y a qu'à suivre le pied des Rimpfischwànge et le sentier de Z'Fluh à Findelen. La ligne blanche de l'Adlerpass. Elle nous arracha à notre contemplation et nous poussa. Je ne connaissais pas l'Adlerpass. Leurs visages cuivrés surgirent bientôt de la neige comme ceux de deux Indiens sortant d'une embuscade et ils furent illuminés d'enthousiasme. Une ascension d'hiver au Strahlhorn (Écho des Alpes. Si vous voulez descendre sur Zermatt directement. 1 Dr O. Il était midi et demi : trois heures suffisent donc pour monter de la cabane au col. facile à repérer du sommet du Strahlhorn et qui. le cadre et l'éclairage y furent pour beaucoup. L'Alphubel exige beaucoup de prudence à cause des nombreuses crevasses. les séracs du Strahlhorn cascadaient dans le bleu . le Rimpnschhorn présente une heureuse combinaison de ski et de varappe. Le bleu profond du ciel découpait nettement les contours étincelants de la montagne. Mais si vous devez redescendre sur 2 . ce cadre n'existe pas. Par un hasard de la nature. Dans l'air. il fallut céder à une ardeur insatiable. le retour à la cabane n'offrira pas un grand charme au skieur pur et simple. 1906. vous vous laisserez peut-être tenter par une autre route.. Si l'on dispose. s'y cramponner des mains et faire appel à toute leur énergie pour atteindre le sommet. je laissai mes amis cheminer devant moi. mais le col semblait si proche que je poursuivis ma promenade solitaire. Plus loin. Un coup d'œil en arrière suffisait à détruire ce sentiment de solitude : tout là-bas. tant la violence de la bise était grande (1). On commencera alors par l'Allalinhorn. Aussi loin que nous pouvions voir. l'un derrière l'autre. En vérité. à l'abri de la bise légère qui soufflait. c'en était bien un ! Les mains dans les poches. et il ne m'avait pas procuré l'extase qui m'envahit en franchissant la corniche de l'Adlerpass/ Certes. au lieu de suivre le glacier de Findelen. Pourquoi l'effet du Mont Rosé est-il si surprenant ? Nous l'avions contemplé le jour précédent. par une claire journée de janvier. Mitten m'avait bien averti du coup de théâtre qui nous attendait là-haut. lorsque la bise a soufflé quelques jours. et ses lignes. Je le savais — et j'appréciais d'autant mieux notre heureuse chance. Chacun sortit une orange de sa poche et la savoura lentement en face des montagnes. du sommet du Rimpfischhorn. lorsque les conditions sont aussi favorables qu'elles l'étaient ce jour-là. une dernière corniche me séparait du inonde nouveau qui allait s'offrir à mes yeux. semblait attirer irrésistiblement mes pas et la grandiose avenue du glacier s'ouvrait devant eux. incurvée sur le ciel. de plusieurs jours pour rayonner autour de la cabane Britannia. mais la réalité surpassait de beaucoup ce que mon imagination avait cru concevoir. la brise légère tempérait agréablement la chaleur du soleil.. nous invitèrent à prendre place. Mais. comme trois paysans suivent une route par un beau jour de foire. Mes skis avançaient toujours. fondues dans la pâleur du ciel. 257-282). distrait par ce que voyaient mes yeux. Vous ne voyez pas au delà. Une dernière crête. le rythme des skis battant sur les vagues m'annonça l'arrivée de mes compagnons. mais la carte est assez éloquente pour vous renseigner. Sur cette même arête. Comme intermezzo. aux flancs somptueux du Mont Rosé. Elle passait sur nous comme un souffle de vie que nous respirions avidement : il coulait dans nos veines et gonflait nos cœurs d'allégresse. C'est une des raisons qui peuvent l'engager à combiner cette ascension avec la traversée de PAdlerpass. GOEHRS. les formes vaporeuses du Mont Rosé surgissaient derrière une pente illuminée de soleil. explorant les couloirs et détaillant la structure des créneaux qui couronnent son faîte. émergeant de la neige. sur le dos bienveillant de la montagne. nous avancions sur la neige durcie. traversait la Dent Blanche . Des quatre sommets gravis successivement en quatre jours. Au lieu d'aboutir à Zermatt. d'un côté. le traverse perpendiculairement et remonte au Stockhornpass (3 415 m. réfléchie par les neiges. subjugué. Il n'est pas rare cependant que la neige soit complètement dure sur le glacier d'Allalin. le regard suivait les corniches du Breithorn. qui coule à ses pieds. trois hommes comme nous avaient dû ramper sur la neige. J'étais sur le col. Seule. impatient de surprendre la beauté du spectacle qui m'attendait là-haut. et cette haute route Britannia-Bétemps constitue une des traversées les plus belles et les plus intéressantes des Alpes ( 2). nous conduisit au sommet. facile et sans danger. envahis par la chaleur exquise du soleil et par la douce quiétude du moment. sans pouvoir se fixer longtemps au même endroit : tant de sites les attirent ! D'ici. le Strahlhorn est certainement celui que je recomman derai en premier lieu aux hôtes de la cabane Britannia : c'est la course en ski par excellence. le bâton sous le bras. Sous la corniche. Cette fois-ci. Notre balade nonchalante me rappelait un titre de Jérôme : Three men on thé Bummel. vous arrivez à la cabane Bétemps. De joyeux yodels résonnèrent dans les rochers voisins et notre trio s'installa dans la neige pour diriger une sérieuse attaque contre les provisions qui gonflaient les sacs. les regards erraient sur la paroi mystérieuse du Rimpnschhorn. Quelques pas encore sur le versant opposé et je m'assis instinctivement. je vis qu'ils s'arrêtaient à l'ombre d'un sérac . Lentement la neige s'abaissa. pendant une demi-heure.). infiniment étroite. Au pied du Rimpfischhorn.) large selle ouverte entre le Stockhorn et la Cima di Jazzi. mais toujours il revenait. dix ans auparavant. contrastaient par leur légèreté avec la proximité brutale du premier plan. il est tout naturel de réserver cette traversée pour le retour. sur la croupe étincelante du Strahlhorn (4 191 m. comme nous. Le temps s'écoula trop vite. Dans ce cas. nous prolongions notre sieste avec délice. p. sous le même angle que les flots blancs du glacier de Findelen.

une heure suffit pour descendre du Feejoch à Saas. et le Strahlhorn. nous suivions amusés les méandres hésitants de notre piste. Une combe glaciaire y conduisait. qui confinait par le rosé au bleu noir du firmament. il est préférable alors de commencer par l'ascension du Strahlhorn et de combiner celle de l'Allalinhorn avec le retour. La carte indique à cet endroit quelques grandes crevasses et invite à la prudence. Nous franchîmes à toute vitesse la ligne qui séparait l'ombre de la lumière. puis nous pûmes sans danger les chausser. Du côté opposé. en me faisant signe de piquer droit en bas. baissant toujours. sur la rive droite du grand glacier de Findelen. et soudain une haleine froide nous caressa le visage. Tous ces itinéraires sont décrits minutieusement dans le Walliserski-Inner. le ciel était constellé d'étoiles. embellie encore à cette heure par la magie du crépuscule. Pointu. Comme la pente du col est très raide au début.A 3 h. Et. Chouchou prit la tangente pour tâcher de découvrir le pied de la pente et lança bientôt un *odel de satisfaction. 20. . la silhouette du Cervin paraissait plus -noire. il nous fallut trois quarts d'heure pour passer d'une rive à l'autre. comme une nappe d'argent en fusion. Il restait encore 200 mètres à gravir pour gagner notre dernier col (le Stockhornpass. Contournant la rive glacée du petit lac. dans une belle neige poudreuse. Nous l'aperçûmes enfin. l'arche du salut. nous parcourûmes une centaine de mètres en portant nos skis. Nous quittâmes le glacier sur un pont chargé de neige et suivîmes la petite combe derrière la moraine. le néant et l'immensité des montagnes nous entouraient et nos yeux confiants cherchaient làhaut. nous arrivâmes à la cabane Bétemps. II. le Rimpnschhorn était presque méchant. ce que je fis en freinant fortement de mes deux bâtons réunis. De ce large dos qui sépare les deux immenses déserts neigeux de Findelea et du Gorner. Nous arrivâmes là-haut aux derniers rayons du soleil. Chouchou nous cria : « Regardez le Mont Rosé ! » Là-haut se jouait l'apothéose de cette merveilleuse journée : baignées d'ombre dans le bas. Saas. Ce n'était plus très loin ni très haut. Comme il fallait maintenant traverser celui-ci dans le sens même des crevasses. une tache de rosé fondait lentement et. la vue était grandiose. Le soleil n'avait pas encore abîmé ce que la bise ne pouvait atteindre et la neige fut partout excellente — à notre grande surprise. et nous en profitâmes sans perdre notre temps. la corde fut déroulée sans hésitation. 3 415 m. vol. un peu au-dessous de la rimaye. Le Gorner scintillait à ses pieds. Tout près se dressaient les séracs du glacier. La corde reléguée au fond du sac. un peu après 7 heures. le cube brun du refuge. son voisin. menue comme un fil d'araignée sur une nappe blanche. nous étions de nouveau réunis sur l'Adlerpass. Après avoir décrit quelques serpentines. Ce furent les derniers spasmes du crépuscule. avait transformé le lumineux paysage de midi en une puissante fantasmagorie. dans un paysage polaire d'une sauvage beauté. heurtant ses vagues à la puissante digue qui court du Breithorn au Théodule. enfin. je m'arrêtai bientôt pour voir descendre mes compagnons : ils semblaient voler dans leur sillage de neige poudreuse. nos skis filèrent en plein sud. nous abandonnâmes à la pente nos coursiers impatients. à travers l'Adlergletscher et s'arrêtèrent hésitants au bord de la rive escarpée qui domine le glacier de Findelen. le soleil. plus fine et plus haute que jamais. la lueur d'émeraude disparut. les neiges montaient vers le ciel comme une gamme de teintes pâles. nous rejoignîmes le chemin habituel qui vient de Gadmen. Au flanc du Lyskamm. D'un côté. dans l'échancrure profonde du col du Lion. Une heure avait suffi pour gagner le sommet du Strahlhorn et vingt minutes pour en redescendre. Je coupais ainsi perpendiculairement la direction des crevasses — qui restèrent invisibles — et nous fûmes bientôt réunis au point coté 3 208. Détachée à contre-jour sur un ciel éblouissant. La nuit tombait . lorsque. parmi les blocs de pierre. et notre fugue s'acheva au Gornersee. nous glissions comme des fous sur la neige légère qui bruissait sous la proue des skis. qui commençait à devenir précieux.). Lorsque la neige est favorable. Parti le premier. Malgré une allure rapide. Ivres d'enthousiasme. s'entourait d'une écharpe de brumes rosés.

Mes trois camarades a vaient pas se le s deux hivers précédents à Mûrren et étaient devenus de très bons skieurs de haute montagne. à travers le glacier du Rhône. ou même jusqu'à la cabane du Trift. et il est préférable de pousser plus loin encore : soit au Susten par le Zwischentierbergpass. Lunn a bien voulu combler cette lacune en m'autorisant à publier le récit qu'on va lire. II. où chaque cristal reflétait l'aurore. en janvier 1898. depuis l'ouverture du chemin de fer de la Jungfrau. Evans. lors de sa première traversée de la Grimsel à la Concordia. On n'y trouve pas ce contraste entre le soleil et la brume qui prêtait tant de charme à cette vue du Mônchjoch. Mais. il n'est agréable ni d'un côté. lorsque le soleil brille bas sur l'horizon.) et le Moine (4105 m. Du Susten. trois charmantes expéditions en ski sur les glaciers de l'Oberland. en franchissant le Lauter-aarsattel (3 156 m.. lorsqu'on en a le temps. quand nous quittâmes le Jungfraujoch. mais beaucoup plus intéressant aussi. endroit où se termine généralement la Haute Route. Mais la descente du Trift dans la vallée de Gadmeo «st très dangereuse. Il ne manquait à cet itinéraire qu'une dernière étape. il faudrait la faire de très bonne heure. Celui qui méprise le confort du Jungfraujoch ou les avantages de son chemin de fer fera mieux alors de partir du Lôtschental. . Or il manquait à mon livre un chapitre sur l'Oberland au printemps. vol. Au chapitre II. Ceux qui préfèrent éviter ce palace peuvent arriver le même soir àla cabane Concordia. il fut possible de parcourir presque toute la distance entre le Mônchjoch et la Concordia. à la cabane Egon von Steiger sur la Lôtschenlûcke. Heureusement. de Mûrren. ce matin-là. C'est pourquoi. A. on a cherché à prolonger la Haute Route jusqu'à la Furka..) pour rejoindre la Haute Route à la Concordia. ouvert toute l'année. il vaut la peine de rester un ou deux jours au Junfraujoch pour gravir les sommets voisins avant d'entreprendre la grande traversée. En tout cas. Ce détour n'ajoute qu'une heure au trajet. C'est ce que firent Lunn et ses compagnons. Le C. Pour nous. de la Goescheneralp on rejoint la ligne dn Gothard à Goeschenen. Tous les itinéraires entre le lac de Thoune et la vallée du Rhône. de Saint-Nicolas. soit pour la vitesse.K. Pour le skieur printanier. 1919. ceux qui ont le temps feraient bien de traverser le Mônchjoch. près du pied du Hinter Fiescherhorn. et nous avions pris comme porteurs Bischoff. La neige était parfaite : couche poudreuse sur croûte gelée. gravir l'Ebnefluh (3 964 m. annexée à l'Annuaire du C. pour devenir la tameuse Haute Route. on revient à Meiringen directement . un orage éclata . Peu de panoramas sont mieux groupés que celui de l'Obermônchjoch. — M. et l'on peut jouir de la vue entre le Mônchjoch et la chute de séracs 1 II est inutile de présenter Arnold Lunn à mes lecteurs : son nom revient fréquemment dans cet ouvrage. sauf peutêtre sur une longueur de 200 mètres. VII. vol. Il n'existe pas d'ombres pareilles à celles qui tombent sur la neige poudreuse. 50. avant que la croûte de neige ait le temps de s'amollir. et finalement remise. avec d'autres officiers rapatriés depuis. En couchant à l'hôtel de Fafleralp. On peut aussi s'arrêter à mi-chemin.) sont des buts facilement accessibles en quelques heures.) et descendre sur Meiringen. Une telle neige permet une allure plus rapide que la neige poudreuse profonde. il obliqua à l'ouest et gagna le pavillon Dollfus pour compléter sa traversée. A. je devais précisément traverser cette région avec lui. 2 Ce que j'ai appelé pas glissés au chapitre VII. mais on trouvera tous les renseignements nécessaires dans The Alpine Ski Guides: The Bernese Oberland. le vent venait de l'est et. Ce genre de beauté n'est pas donné aux aurores sans nuages. habituel en mai il y avait cependant de vilains brouillards noirs au ciel. et nous le connaissons désormais comme le plus fervent spécialiste du ski printanier dans 1'Oberland. semblaient être celles des dernières légions des armées nocturnes en fuite. Captain Carlyon. il a paru dans l'Écho des Alpes. Les guides s'amusèrent à essayer des balancés ( 2). puis en gravissant les Fiescherhôrner plutôt que le Finsteraarhorn. Cet itinéraire est naturellement plus compliqué et plus long que la classique Haute Route. l'Oberland bernois est sans contredit le plus beau champ d'action des Alpes. plutôt que d'aller directement à la Concordia. et. surtout en sens inverse. dans la suite si souvent parcourue. Librement traduit par M lle Roget. Middleditch et moi.CHAPITRE XII L'OBERLAND BERNOIS (Course de printemps) par ARNOLD LUNN (1) Nous nous rencontrâmes à Interlaken le 17 mai. à 4 h. le quatrième jour. on part volontiers de la station du Jungfraujoch (3 457 m. Le volume III est eu préparation et comprendra la région orientale de 1'Oberland. entre lesquelles couraient les nuages sombres. soit pour les courbes et balancés de toute espèce. converti par son enthousiasme. En 1917. Joseph Knubel. Nous n'oublierons jamais cette première longue descente du Mônchjoch sur l'Ewigschneefeld. malgré les nuages sombres qui planaient dans le nord de la Suisse. Mais. En mai 1924. en descendant par l'Ewigschneefeld plutôt que par le Jungfraunrn. celle conduisant de la Concordia au Lôtscliental. Il n'y a pas de neige plus sûre. Quant au retour de la Grimsel. il était dans toute sa perfection. par la Triftfimmi (3 100 m. ni de l'autre. déployées sur les trois crêtes du Wetterhorn et flottant au-dessus des rochers imposants du Schreckhorn. surface particulièrement douce et ferme à la fois. et elle est tout à fait sûre. La montagne avait fait la conquête de mes amis et. Le premier plan était un fouillis d'étoiles minuscules. S. L'arrière-plan présentait des flaques de lumière. Les longues bannières de nuages courroucés. Mais la course fut retardée. il arrivera en une forte journée à la Concordia. 45-64. by Arnold Lunn (1920). pp. Arrivé à une heure de l'hospice de la Grimsel. Dans des circonstances normales. Lorsqu'on y glisse. La station du Jungfraujoch possède aujourd'hui un confortable hôtel. était notre guide chef. La Jungfrau (4166 m. bordés d'argent. nous avions fait.) le lendemain et descendre coucher à la Concordia. Comme nous arrivions à la station du glacier de l'Eiger. Nos derniers doutes s'évanouirent en atteignant le Mônchjoch à 5 h. soit à la Goescheneralp. ils avaient qukté leurs études ardues à Lausanne pour retrouver le monde des neiges. J'espérais que ce ne serait rien de plus que l'orage du soir.). le beau temps paraissant bien établi. sa contrée favorite. et les frères Feuz. on a l'impression de caresser du velours. nous avons suivi la caravane de Paulcke. de Wengen. il neigeait à gros flocons lorsque nous atteignîmes le Jungfraujoch où nous comptions passer notre première nuit. Au ciel vibrait la claire et vive lumière qui suit l'aurore. S n'a pas encore publié de guide spécial pour cette région. 30 du matin le 18 mai. le Lôtschental et la Grimsel ont été tracés par Arnold Lunn et Othmar Gurtner sur lacarte Gadmen-Bietschhorn. j'avais l'esprit parfaitement tranquille.

Apparemment. à peu près de même altitude. Ce fut pour nous un des plus beaux moments de la journée. Dans la neige amollie superficiellement. nous ne quittâmes le col que vers midi. puis une descente longue et directe nous amena à la cabane Concordia. Elle est du reste exceptionnelle dans les hautes Alpes en toute saison. bien que les premiers skieurs — passés là en février — eussent eu toutes les peines du monde à contourner cet obstacle. Presque toute notre troupe atteignit la cabane à I h. Concordia: 7h25 à 8h15. j'entendis la fraîche musique d'un ruisseau turbulent. 40 pour le Fiescherhorn. Cette illusion s'explique de la manière suivante : à mesure que les skis des guides mordaient la neige. Entre les crevasses. ennemi par excellence de la bonne neige. nous avons déposé nos sacs. Les christianias allongés y étaient extrêmement faciles. entre autres. par exemple 1 L'endurance admirable de la bande de Lausanne. La montée du Fiescherfirn jusqu'à la cabane du Finsteraarhorn fut une des plus échauffantes que j'aie connues. dans la profonde neige poudreuse. la neige poudreuse cessait. On chaussa les skis à 50 mètres sous le sommet. Après les pentes douces du Walliser Fiescherfirn. Et l'on est grillé plus cruellement encore que pendant la marche ! La pente était semée de gens lassés. comme un écho des rumeurs de la guerre que nous pensions être restées dans les vallées. Après bien des heures passées dans les neiges aveuglantes. On prend ainsi les deux tiers du temps et on fournit un effort de moitié moindre qu'en cheminant en ski. le monde que nous avions laissé bien loin. de sorte que le sport était à la fois sain et divertissant. tel celui d'une oasis dans le désert. la lumière semble réfléchie par une loupe qui aurait pris votre visage pour foyer. Il faut avoir soin de passer une ficelle de réserve à travers les fixations. 20. La neige était encore en excellent état et faite pour des télémarks combinés. Non seulement cela nous rappelait. Car. vinrent les pentes rapides de la cascade de glace. Si l'on a le malheur de s'arrêter un instant sur la neige. Grunhornlûcke 10h50 a 11h40.de l'Ewigschneefeld. Jungfrauhorn: 4h40. au Mont Rosé. Nous choisîmes le Hinter Fiescherhorn (4 020 m. les travées de neige fondaient jusqu'à la profondeur de quelques centimètres seulement. on plongeait sur la merveilleuse fraîcheur des prés de Grindelwald. Du sommet d'une arête. d'une manière inopportune. Le vent d'est. Le vent. mais c'était encore un indice fâcheux que le jour viendra où des aérobus sans vergegne déposeront leurs bandes de touristes dans les sanctuaires les plus recttlés des Alpes. et l'on fila. La chute de glace. je m'étais chargé d'un sac très lourd pour mettre tout le monde sur le même pied. sauf peut-être sous quelque rocher surplombant. En descendant tout droit. Pas moi. Quelques virages rapides entre crevasses. six heures un quart après avoir quitté la cabane. qui nous avait rafraîchis à la montée. faisait l'étonnement de tous. déjeuné et fumé la meilleure pipe de la journée. se présentaient très bien. Nous montions sur la neige dure avec nos crampons. comme nous approchions du col. tout compris. tirant nos skis avec une ficelle. à demi couchés. Vainement je parcourais du regard la surface de neige étincelante qui attisait ma soif. glissait et descendait la pente avec un bruit d'eau courante.). cabane du Finsteraar: 13h20. se détachant sur le bleu du ciel. en tirant les skis. christianias et télémarks étaient également faciles. une onde sonore vint troubler la tranquillité des hautes Alpes . Au mois de mai. nous étions de nouveau au sommet de la cascade de glace — cela faisait six minutes de merveilleuse descente sur un déclin de 400 pieds. on arriva à la crête de l'Ochsenhorn (trois minutes et demie) où cessait la neige poudreuse et. qui ne pouvait guère être entraînée. Nous suivîmes la rive gauche des séracs : une descente très amusante sur une croûte de neige dure. lorsqu'enfin je me rendis compte que le ruisseau était un mirage. Comme je montais lentement. avait aussi contribué à conserver à la neige. La vue du Hinter Fiescherhorn est très étendue. Un détour d'une heure vingt exactement nous permit de gravir le séduisant petit Ochsenhorn ou Klein Fiescherhorn (3 905 m. sa qualité poudreuse. Soudain. Impossible de s'abriter. Mônchjoch 5h50 à 6h10. nous fournit encore une excellente descente. ne cesse de hanter les glaciers de sa présence importune. si ennuyeuse en plein hiver. la montée en ski nous aurait certainement pris deux heures de plus. belliqueux. Il fallut redescendre 400 mètres pour les retrouver. Le Fiescherhorn a deux pointes. Ceci pour plus de sûreté. Au mois de mai. à pied. tout en remarquant avec joie que le dernier nuage avait disparu du ciel. La descente fut admirable. Bêtement. une dernière longue 1 Départ du Jungfraujoch 4h20. le soleil semble au zénith. cet aperçu de verdure était comme une averse dans le désert. Encore quelques courbes. juste au-dessous de l'Ochsenhorn. Prenant les choses très « à la douce ». tombée deux jours auparavant.) comme étant meilleur pour le ski. Les Wetterhôrner. j'avais été trop bon (1) ! Le lendemain matin. 55. télémark sur télémark. Après déjeuner. des lunettes très foncées et une ration supplémentaire de lanoline sont indispensables. Là. outre la ficelle passée par les trous perforés dans les pointes des skis. L'ascension se fit sans incident. nous attaquâmes les pentes menant à la Grùnhornlùcke. Celle-ci ne présente aucune difficulté. un aéroplane tournoyait. c'était un bourdonnement désagréable. la croûte supérieure se détachait. nous partîmes à 4 h. j'ai vu une ficelle se casser et une paire de skis disparaître dans la nuit. deux minutes et demie après. En effet. mais assez rugueuse pour permettre le christiania ou les stemm. . Juste au-dessus de cette cascade de glace. cherchant vainement à s'abriter sous des manteaux tendus entre des bâtons de skis. Arrivée au sommet à 10 h.

la rivière coulait sombre et vivante. — M. Le soleil n'étant pas encore trop chaud. passées sur les glaciers au mois de mai. Les premiers 600 mètres sont raides. et quatre skieurs hors d'haleine se trouvèrent au pied des neiges. Ns avions goûté la joie intense du skieur accomplissant une des plus belles glissades de sa vie. et ceci sur de la neige de toute sorte. la partie supérieure de l'Oberaarjoch est concave et revêt la forme d'un entonnoir peu profond. Middleditch poussa un soupir résigné. . Celui-ci est un des glaciers de l'Oberland les moins fréquentés et. C'est le terrain rêvé pour le skieur. La vue qui s'ouvre sur le Schreckhorn. Les premières heures du jour. Cette vallée qui conduit à la Grimsel est sauvage entre toutes.. K.la solitude ne serait pas troublée par des bipèdes importuns ! La halte dura une heure. Les christianias se succédaient. Nous filions accroupis. Nous allions d'une rive à l'autre du glacier en nous servant de ses bords pour tourner et changer de direction. Je connais peu de glissades qui soient à la fois aussi rapides et confortables. Sur cette pente égale et sans crevasses une chute dangereuse est presque impossible. 40 nous avions remonté la profonde cheminée qui mène à la Gemslucke. nous regardions le col. à certains égards. A 1 h. dit-il. et l'on recommença à grimper. libérée de la main glacée de l'hiver. on ne devrait pas quitter le col plus tard que 7 heures. nous nous retrouvions à la cabane. purifiées par la fraîcheur de la nuit. puis je rendis les rênes. connaît une joie rarement accordée aux mortels. C'est un glacier idéal pour le ski : peu dangereux et relativement peu crevassé. et à 6 h. on ne pouvait tomber. Fin de la glissade: 12h15. Au-dessous de nous. halte pour déjeuner: 7h15 à 7h45. sur ce tapis blanc. S'il ratait cette dernière grimpée. baignent dans une atmosphère lumineuse. descentes courtes et rapides. Mais ce serait dommage de bâcler une si belle descente. Le vent et la neige chantaient à nos oreilles . après une absence de neuf heures. Nous avions mis cinq minutes. La pente se terminait en courbe douce. 45. se mettre nu jusqu'à la ceinture. Il y a toute une gamme de couleurs qui disparaît quand le soleil est plus haut sur l'horizon. Les ombres s'allongent sur la neige. le pavillon Dollfus apparut. délicieux à parcourir sur de la neige dure. séracs: 5h50. nous avions mis trente-cinq minutes pour descendre. L'après-midi se passa à prendre des bains de soleil sur les rochers près de la cabane. Nous partîmes le lendemain matin à 5 heures. qui rappelait la musique des ruisseaux glaciaires par une chaude journée d'été. et je vous engage à lire ma « dernière campagne ». Sur cette merveilleuse neige. ont quelque chose de magique.. cabane: 1h45. « Tiens. la croûte de neige dure était rasée par le bord du ski et descendait la pente avec un bruissement d'eau. 45. 2 Non. Comme la plupart des pentes conduisant à un col. le Lauteraarboden était encore couvert de neige. et nous nous trouvions sur les pentes douces des Walliser Fiescherhôrner. un des plus intéressants. lui. Au mois de mai. Il y avait eu de tout : longues glissades sur terrain découvert.. car. une des plus belles randonnées dont j'aie jamais joui. Le glacier s'élève en pente douce : nous avancions vite et sans peine. la démarche lente et insouciante. mais sans dureté. qui rayonne avec une transparence opaline. et terminer la journée en montant jusqu'à la cabane. retour au pied de l'arête: 9h40. Nous atteignîmes l'Oberaarjoch (3 233 m. Les guides. vous me prêtez des ardeurs que je n'ai plus.glissade. rapides. Les arêtes se détachent clairement. les parcourant en deux minutes. brusques virages entre des obstacles. le vent s'apaisa. on fit une halte. les montagnes. C'était fini. mon cher Middleditch. et plus tard sur le Finsteraarhorn. Elle en valait la peine. En somme. désiraient prendre le raccourci qui passe sur le Scheuchzerjoch. il estimerait n'avoir pas gagné son dîner » ( 2). En regardant le col. je donnai une dernière secousse à mon sac. 1 Départ de la cabane du Finsteraar: 4h40. Faire 2 ooo mètres de grimpée avec 80 kilogrammes sur le dos. à cette heure dorée du matin. fortement chargés. retour aux skis: 11h45 à midi. dans le vent qui sifflait et. j'en suis sûr. jusqu'à ce que l'été eût chassé les neiges delà vallée. Vers le bas de la pente. Nous avions un léger retard. Enfin. sur le ciel. Adossés à nos sacs. Depuis ici. On peut. comme s'il savait fort bien que. hélas. Il y a une dénivellation d'environ mille mètres entre le col et la langue du glacier d'Oberaar. avec une journée de ski en perspective. puis l'on skia jusqu'à la langue du glacier d'Unteraar. 45.) à 7 h. dont ils avaient consommé trop vite les joies éphémères. Un eliamois traversait le glacier. arête ouest de l'Ochsenhorn: 8h20. à chaque virage rapide. mérite déjà qu'on visite l'Unteraar. En comptant les haltes. un regret nous étreignait: le regret inévitable de ce qui a passé trop vite. On dirait que ces cabanes ont été construites pour amuser l'ami Kurz. Celui qui a la chance de se trouver. et en avant ! Je glissai avec précaution jusqu'à ce que j'eusse déterminé la place exacte de la rimaye. en sortant du glacier. et j'entrepris de faire goûter à mes amis la descente de l'Oberaargletscher. Une caravane descendant le Wannehorn à pied éveilla notre respectueuse sympathie (1). Au delà de l'Oberaarjoch. sur un col de glace. suivis de 300 mètres en pente douce. je regardai mon anéroïde. de ce qui ne reviendra plus. Si l'ami Klopfenstein avait connu le terrain aussi bien que moi. nous nous mîmes à glisser tout droit. sommet Ochsenhorn: 9h10. Un skieur de premier ordre pourrait. comme un cycliste sur une piste de course. voilà ce qu'il aime. A 8 heures.. Les skis bondissaient en avant. c'est la même histoire que pour la cabane du Finsteraarhorn. je tirai ma montre. car la neige commençait à s'amollir. A 9 h. il aurait pris les premiers 600 mètres tout droit. Hinter Fiescherhorn: 10h55 à 11h40. La bande arriva au bas du glacier vingt minutes après avoir franchi le Joch. sans inconvénient. cette glorieuse « plongée » dans l'air du matin était passée. parcourir tout le glacier en moins de dix minutes. redescendre sur de la bonne vieille neige durcie. trop tôt. le pays était nouveau pour moi. Le vent d'est rendait la montée facile et agréablement fraîche. leurs pointes vibrant au contact de la neige. balayée par le vent. la vue était étonnante : on apercevait le glacier du Rhône et les cimes du Gothard. et.

Le rideau s'est levé sur une scène inconnue et d'une beauté insoupçonnée. notre premier col. la vue du Dollfus est sans rivale. » Nous nous attendions à ce que la pluie douce. sur le mur de neige abrupt qu'on escalade. même dans la contrée de Zermatt. ne fut plus qu'un souvenir. Entre deux. Nous laissâmes nos skis près de la rimaye. Je m'arrêtai un instant. dit Middleditch. sans effort. mais un souvenir tel que le regret que nous aurons des joies simples de notre passé terrestre en rendra le Paradis insupportable — si jamais nous y entrons (1) ! L'orage qui menaçait au moment du soleil couchant éclata avec force lorsque nous nous mîmes au lit. et il la chantera quand les hommes auront disparu. Je sortis et je vis que les claires étoiles avaient reparu au ciel. la vue devrait se rétrécir peu à peu. Passer un col a de l'intérêt lorsqu'on voit surgir brusquement ce qui se trouve de l'autre côté. pied du glacier d'Oberaar: 8h20 pavillon Dollfus: 15h. se plaignait du manque de confort de l'hôtel des Neuchâtelois et de l'inconvenance des histoires que Desor contait après le repas 1. tombée durant la nuit. même si vous voulez descendre sur le glacier. avant sa tentative — qui fut d'ailleurs bien près de réussir — d'attaquer le Finsteraarhorn par la grande arête sud-est. Et maintenant. 07. En contournant un promontoire. Et le ruisseau chantait toujours sa chanson. l'arrivée devrait s'opérer comme suit : le nez du touriste passe la ligne de faîte à 10 h. Les gens qui ont construit ces cabanes avaient un sens du drôle tout à fait remarquable. nous contemplions la moraine où Agassiz peina. 06. nous pouvions contempler le site des travaux d'Agassiz. une Allemande. que Rudolph Meyer avait bivouaqué en 1812. clairsemées dans le gazon. Après quatre jours passés au cœur des neiges. c'est un col idéal. Celle-ci a environ 600 mètres de hauteur. l'après-midi s'envola.). sur le tapis vert entourant la cabane. A notre grande joie. pendant une brève seconde mon nez resta comme collé contre la muraille de neige. nous rendaient la notion de la couleur que nous avions perdue sur les glaciers. On est comme au théâtre. Du Dollfus. nous écoutions avec une joie tranquille un petit ruisseau murmurer dans les rochers tout près. 50°. puis un dernier 1 Départ de la cabane du Finsteraar 5h. Les guides décidèrent de suivre la route d'été. de l'autre. et le dernier rempart de neige présente une pente d'env. Elle devient graduellement plus raide. tandis que sa femme. Les guides devaient les haler au moyen d'une longue corde. pis encore. il la chantait avant que le monde fût pris de folie. l'horizon est limité. Ainsi. A mesure qu'on approche du col. et pas assez de ces braves frères Meyer qui firent l'ascension de la Jungfrau et peut-être du Finsteraarhorn avant que Napoléon eût vu Waterloo. Je montai dans l'escalier facile taillé par Knubel. on parlait de tout. Le glacier n'était pas raide. Ces considérations mises de côté. Encore quelques secondes d'efforts. Environ trois heures après avoir pris pied sur le glacier. notre col se montra. si renommée. Chaque pas avait son charme. Lentement. Les Meyer avaient franchi notre second col (l'Oberaarjoch) en allant à la Jungfrau. non seulement entre deux vallées. ava nt le lever du rideau. comme par hasard. . Une cabane perchée sur un désert rocheux n'est pas idéale. sauf de la guerre. et nous avancions à une allure agréable. vous commencez toujours par monter. ait fondu la neige . « Vous comprenez. passée dans les Alpes.les rochers et la neige de l'hiver. On voyait rire le ciel à travers l'ouverture pratiquée dans la crête surplombante. nous avions franchi des lieux historiques. nous éprouvions la nostalgie des plaines verdoyantes. la nuit enveloppa les montagnes. c'était merveilleux de retrouver des fleurs et la douceur du gazon. on ne devrait avoir conscience que des quelques mètres carrés qui sont droit devant. J'appuyai la main sur la crête. Quelle merveille de sentir que le col était la limite. Au pied se trouve une rimaye et au sommet une corniche. Vallée et montagnes surgissent d'un seul bloc. Il faut de l'herbe et de l'eau courante pour en faire autre chose qu'une halte dans l'attente de quelque chose de mieux. tout un monde nouveau s'étale à vos yeux. tels que le Théodule. nous commencions l'ascension de la dernière pente aboutissant au Lauteraarsattel (3 156 m. et l'aurore sur le Finsteraarhorn ne fut pas la moins belle que j'aie vue. A i heure. Nous avions parcouru tout le glacier depuis la langue jusqu'à la rimaye. On entend un peu trop parler de Whymper et de Mummery. puis sur un replat. et l'on commença par une courte grimpée. nous trouvâmes que la neige avait gelé . et je me trouvai sous la corniche. En venant de la cabane du Finsteraarhorn. mais entre deux mondes ! D'un côté. On est enfermé dans un petit espace. Demi-nus. qui se présentent comme de vastes plateaux ondulés. On somnolait. 05. et vous émergez au sommet de la crête. il y eu un moment précis : le lever du rideau. En résumé. la verdure et les couleurs du printemps. Après notre voyage à travers les glaciers. Noua nous étions fidèlement acquittés des rites qui doivent précéder le passage d'un col. on se réveillait. appartiennent à une catégorie tout à fait inférieure. au delà desquels les montagnes apparaissent peu à peu. Oberaarjoch: 7h45 à 8h. tandis que les gentianes et les anémones soufrées. et les souliers à 10 h. J'ai joui pleinement des longues heures paresseuses de l'après-midi au Dollfus. comme un prisonnier sur le seuil de sa prison. Nous partîmes à 3 h. Sur un col idéal. la ceinture à 10 h. ascension estimée difficile actuellement encore. on allumait une autre pipe. et cette journée idéale. La rimaye était plus effrayante en apparence qu'en réalité. nous pouvions doac marcher en traînant nos skis. Finalement. 10. au delà de l'étendue du glacier. Un souvenir seulement. Rotkornsattel: 6h40. en montant du glacier qui s'étale en pente douce. C'est sur la Gemslùcke.C'était pourtant la peine de faire une montée de plus. Les cols qui ne sont pas clairement dessinés. ce qui nous eût forcés à faire la montée en ski. Knubel me réveilla. qui ne ressemble en rien à certaines dépressions neigeuses qui n'ont pas de véritable crête ou. Quelques pas dans la glace.

la verdure du mois de mai n'a rien d'étonnant. mais. qui avait lu la belle description que fait Conway de la Plaine Morte. le Lau-teraarsattel et le Wetterkessel. 10. le Dollfus. comme il l'a toujours fait. en atteignant un sommet secondaire. se pourchassaient doucement. Les trois grandes pointes du Wetterhorn le dominent d'un côté. est-ce que cela ne ressemble pas un peu à la Plaine Morte ? » Et.. Le Mônchjoch.. L'endroit était par trop précipitueux pour plaire à Midd-leditch. 25. bien connue des alpinistes : lorsqu'on suit une crête du sud au nord. et. se tramaient sur les plaines septentrionales et s'en allaient. Nous repartîmes à 10 h. Le regard plongeait sur les toits de Meiringen. Nous fîmes une halte délicieuse au Wetterkessel. en traversant le Dossensattel. La neige étant molle. goûtez la puissance des heures de midi. Il y avait ce même premier plan neigeux en pente douce. Cette remarque servit de stimulant. Les guides ne prirent pas la bonne route qui mène à la cabane Dossen. Il faisait chaud. Les petits lacs de Lungern et de Sarnen donnaient comme un apaisement à ce paysage baigné dans la lumière du soir Des amas de brouillards diaphanes.). Vivez quelques jours sur les glaciers. je me trouvai pataugeant dans la neige sur le faîte. . la vue était très imposante. toute sa lumière sur la blancheur éclatante de ces grandes étendues . « Dis donc. après s'être levé. l'analogie était frappante. par contre. aux formes multiples. Mais le Rosenhorn n'est pas assez élevé pour dominer tous les sommets environnants. C'est une montagne idéale pour le skieur . Middleditch irait au sommet. pendant que les guides allaient explorer le chemin de la cabane du Dossen. Vous aurez l'illusion de contempler un paysage peint sur un vitrail d'église au travers duquel le soleil brille. 15. Le monsieur qui protestait avait toutes les qualités requises pour faire un bon montagnard : l'amour de l'alpinisme. Quelques-uns d'entre nous étaient fatigués et. et il faut bien compter une bonne heure pour y arriver. Ce dernier est une longue crête irrégulière. au nom du ciel. je fais le serment de n'en jamais plus gravir d'autres . On éprouvait une joie indicible à rester ainsi couché sur la neige et à contempler le ciel. ne reste que quelques secondes sur l'horizon. j'entendis un cri de rage derrière moi. la prochaine fois que nous nous trouverions au pied d'un pic. Il est à l'ombre du Schreckhorn. A I h. il est entouré de montagnes plus ou moins insignifiantes. Les champs de neige du Dammastock remplaçaient le Mont Rosé. Lunn. Pour le reste. Une longue traversée. pointe méridionale du Wetterhorn. Lunn. parbleu ! Mais. Une heure encore s'envola. où les nuages souples. l'endurance et le pied sûr. Le sommet fut atteint à 2 h. Lunn. dix heures et demie après avoir quitté la cabane. qui était très belle. qui sont raides. et la même crête basse nous séparak d'une chaîne de cimes éloignées. Au mois de mai. qui n'auraient jamais vu la verdure et seraient saisis par la force de la couleur. dorés de soleil. c'est le sommet. en maudissant l'altitude et en m'accablant d'injurec pour avoir contribué à le fourrer dans un pareil guet-apens. » Je me contentai de sourire. pour s'élancer brusquement jusqu'au zénith ! Une demi-heure après l'aube. Chaque fois que tu me trames sur tes sommets maudits. au nom de ce que tu as de plus sacré au monde. bien que les panoramas des plus hautes cimes soient souvent ennuyeux. Le Wetterkessel doit être un des plus beaux champs de neige des Alpes. ils descendirent à gauche sur les pentes supérieures du glacier de Rosenlaui. qui se dresse comme une sentinelle. au-dessous. qui remonte jusqu'au bord de la cuvette. la pente douce devenait abrupte pour descendre à pic sur les séracs du glacier de Grindelwald. La neige du premier plan s'argentait en se détachant sur les nuages d'orage qui bouillonnaient au-dessus des chaînes du Brunig. Vous les regarderez avec des yeux tout neufs. les skis auraient pu entamer la pente et provoquer une avalanche. Evans. tu n'as qu'à me fixer de ton œil rond et ironique pour que je m'exécute — et je monte. l'envie vous prend de se débarrasser de ses habits et d'escalader les montagnes en costume d'Adam. La vue était charmante. 10. on a l'impression que le soleil. Du côté du nord. « Seigneur. puis remontez un glacier encaissé jusqu'au col. Au lieu de cela. sous les falaises du Berglistock. que j'a*e les pics. bonne pour la vitesse et les télémarks. Ici comme partout. de garde entre le monde des neiges et le monde des humains. hors d'haleine. en partant de Rosenegg. ici? Tu ne vas pourtant pas nous faire suivre toute cette sacrée arête ? Combien de pointes a-t-elle. Et le souvenir du dolce farniente dont nous avons joui sur le col de neige ensoleillé me hante encore tandis que j'écris. tels sont les cinq tableaux d'une beauté parfaite qui surgissent devant mes yeux quand je songe à cette expédition du mois de mai. il y a des chances pour que ce cairn se trouve à l'extrémité sud. De l'autre côté. et la vallée de la Grimsel remplaçait le grand sillon de la vallée du Rhône. Au delà. lorsque le soleil verse toute sa chaleur. Après avoir mis fin aux jours d'un excellent plum-pudding. cette montagne ? » Je lui rappelai la règle que voici. chaude et fatigante. qui empruntait au ciel les teintes du couchant. Nous fîmes certains bouts à pied. que je déteste les pics ! J'adore les cols et j'aime assez ces bonnes vieilles pointes quand je les vois d'en bas . départ pour le Rosenhorn (3 691 m. Mais la chaleur n'était pas insupportable. Nous repartîmes de Rosenegg à 4 h. dès que j'arrive au pied de la prochaine montagne. ne me laisse pas oublier que je les déteste. nous amena au Rosenegg vers midi. Chacun de nous se construisit un abri — des sacs et des manteaux soutenus par des bâtons de ski — et s'étendit à l'ombre de sa tente. s'écria tout à coup : « Dis donc. car je savais fort bien que. la Gemslûcke. ensuite. si l'on fait-la traversée du nord au sud. nous commençâmes à fumer et à nous délecter delà vue. Pour les habitants des vallées. et la souriante vallée d'Engstligen. on peut garder ses skis jusqu'à 150 mètres du sommet. La neige avait commencé à regeler et elle était recouverte d'une croûte encore tendre. avec des skis bien graissés. en effet. lucarne dominant le monde des vivants : alors seulement vous aurez pleinement conscience de la couleur verte des prés au mois de mai. le cairn se trouve à l'extrémité nord .effort. les collines de Grindelwald nous ramenaient au printemps. c'est le contraste qui fait ressortir la valeur exacte des choses. tâche de comprendre à temps que je hais les pics. en une lente procession.

de la mauvaise qualité des neiges. phénomène tout à fait significatif et peu habituel.. . piquée au sommet d'une espèce de Schreckhorn vermeil !. je n'y vais pas. qu'on me damne si je fais un mètre de plus. Entre l'aube et le couchant on a goûté à la fois les joies de l'hiver et celles du printemps.. mais je m'endormis au cours du second service pour ne me réveiller que le lendemain à midi. de toute façon. mais ce retour au pays des couleurs et des sons fut une des heures les plus mémorables de ces mémorables journées.. Regarde-moi cette sacrée cabane du Dossen. nous aurons été en route vingt-six heures. son verre encore à moitié plein. Le changement est d'autant plus étrange que souvent la chaleur est intolérable sur les glaciers. A. De la configuration des montagnes en Suisse. Bischof pointa la cabane d'un doigt triomphant. Carlyon et moi étions les plus fatigués. qui étonna tout le monde. je téléphonai à l'hôtel de l'Ours à Mei-ringen. « C'est bien ce qu'on peut faire de mieux en une journée. — Moi. et lui fourra un « brandy and soda » dans les mains en s'assurant qu'il l'avalait. Les membres flasques et la démarche molle. Se rappelant que l'hôtel de l'Ours se trouvait à l'autre extrémité du village. Je propose de descendre sur Meiringen. pour commander le dîner. la marche était fort supportable. De petits ruisseaux murmuraient une note plus douce. c'était de toute beauté. Nous avions peu dormi au Dollfus les uns comme les autres.Au moment où nous tournions un épaulement rocheux.. où nous avions passé la grande Scheid-egg.. son eau qui avait enfin. Nous avions apprécié chaque heure de ces quatre longues journées passées dans le silence des glaciers. Certes nos skis paraissaient bien dépaysés au cœur de ces bois où chaque son. L'hôtelier nous avait préparé un excellent dîner. tandis que les vallées sont délicieusement fraîches. si ses impayables cabanes nous font mourir de rire. Une masse de populages. Au début. pour me retrouver au Dollfus.. tu ferais bien d'écrire au président du C. pour lui expliquer que. « Si nous arrivons à il heures. non contents d'avoir placé leurs cabanes à 5 ooo mètres au-dessus de la mer et leurs cairns au mauvais bout de chaque arête. s'arrangent encore à planter leurs hôtels à l'extrémité opposée de la ville. Il valait pourtant la peine de faire un kilomètre de plus pour trouver l'accueil cordial auquel on nous avait accoutumés. Evans. ou ma ration de beurre d'une semaine. — Tu sais. A lui. Evans avait été bien plus fatigué sur cette même route après sept heures seulement de marche facile. et il a son agenda toujours prêt pour noter une date ou l'altitude d'un sommet. Peu au-dessus de Rosenlaui. fit Middleditch. de la vallée au-dessous. Nous laissions derrière nous le monde des neiges. nous tombâmes dans les bras de nos hôtesses. le bruit lointain des eaux nous arrivait comme atténué et purifié par la distance. pkcer la prochaine dans une fosse profonde. qui nous pilotèrent jusqu'à nos chambres et restèrent à nous contempler avec sollicitude tandis que nous chaussions des pantoufles. puis nous nous mîmes en route. cependant. ne cessait de nous donner des renseignements d'ordre statistique. rayonnait sur le noir de la forêt comme un lac d'or éclatant. » — Et si nous arrivons à 5 heures. C'est d'autant plus drôle que voilà plus de quinze heures que nous marchons. annonça Carlyon d'une voix endormie. nous jouissions de la pleine lune. mon vieux Lunn. — Une excellente plaisanterie. En quelques heures. vaincu les glaces. Je songeais à certaine journée de mars de Tannée précédente. et ce n'est qu'arrivés à une altitude de I 700 mètres qu'il fut nécessaire d'enlever nos skis. L'arôme du tabac se mêlait agréablement à la bonne senteur résineuse des pins. et nous avions été en route pendant vingt heures exactement. Un torrent cascadait de la montagne. d'un furieux élan. Quand les choses vont de travers. déclara Evans . il est convenu que c'est toujours ma faute. La descente sur le glacier de Rosenlaui fut très agréable. Mais combien ne serionsnous pas exténués avant d'avoir achevé notre journée de vingt heures ! Sauf Evans pourtant. comme à beaucoup d'autres. chaque parfum. remarquait-il avec satisfaction. pour changer. de tout cela je suis responsable. nous avons le record. Même ainsi il s'endormit. Chancelants de sommeil. au sommet d'un couloir de rochers dans lequel était suspendue une corde. on passe de la patrie des christianias au royaume des gentianes et des anémones. tout criait le renouveau du printemps. nous aurons été en route vingt heures».. et nous suivions une route plate.. Il est le chroniqueur attitré de nos expéditions. la Suisse a rendu la vigueur et la joie de vivre. partant sous les calmes étoiles vers la lucarne magique du Lauteraar. quatre skieurs éreintés entrèrent enfin à Meiringen. Le grand charme du ski au printemps est de faire. Middleditch fit la réflexion amère que les Suisses. N'empêche que je donnerais bien une journée de ma vie. inconnues dans les enclos de fil de fer barbelé. reprit Middleditch. Pendant quelques minutes. sur un long parcours. Bien que nous fussions très fatigués.. tandis que. qui luisait sur les Wetterhôrner . nous lui serions cependant infiniment reconnaissants s'il voulait bien.. La fille de la maison réveilla Carlyon quatre fois pendant qu'il enlevait ses souliers. nous allumâmes notre dernière pipe. De Rosenlaui. un cycle complet d'expériences. une des plus courtes expéditions de deux jours qui aient jamais été faites. étendus sur le gazon. défiant l'ombre du crépuscule. avec fracas. S. sous la clarté de la lune. Notre enthousiasme tomba brusquement : la cabane était perchée à 1000 pieds au moins au-dessus de nous. on ne souffla mot. du fait qu'il existe des « pointes » vertigineuses et des cabanes inaccessibles. encore meilleure que celle du Dollfus.

On l'aborde par une vieille moraine. un cube de gneiss tombé du Mont Rosé. contre la témérité des hommes. quelque distance plus haut. A.CHAPITRE XIII LE LYSKAMM (4 538 m. Quels bons souvenirs de vie insouciante et joyeuse ! Le gardien n'était pas là pour nous recevoir. Alfredo Dalgas et Giuseppe Pozzi. Je n'en voulus rien dire à mon compagnon. Celui qui n'a vu le Gorner qu'en été ne peut se faire une idée de ce qu'il est en hiver. Je restais seul avec un ami. Perruquet. au confluent des glaciers qui entourent le Mont Rosé. j'ai appris par le guide Jos. Nous avions lunché en bras de chemise au pied du Riffelhorn. comme des lézards sur un mur de vigne. réussirent à nouveau l'ascension du Lyskamm. on confond souvent le bloc et la cabane. après le coucher du soleil. 1907. Il y avait des heures que nous marchions. 1 Ce récit a paru dans l'Écho des Alpes de mars 1916. Sous l'ardeur du soleil. B. et le soleil avait harcelé notre troupe durant l'après-midi. Et pourtant. avec un bruit sourd bientôt étouffé. Derrière elle se dresse une cabane de bois et. en épiant les contrastes successifs de cette nature changeante. le lundi fut décrété jour de repos. B. Après une longue discussion qui donna raison aux plus paresseux de notre troupe.Le sommet fut atteint à 2h. 23). Portes et fenêtres furent ouvertes.) 1 Sur les rives ensoleillées du Gorner. le soleil superbe et la vue enchanteresse (Rivista Mensile. écrivais-je dans l'Écho. Maquignaz et G. p. on le surnomme Menschenfresser. je n'ai trouvé nulle part mention d'une ascension réussie par des skieurs. 1889. semblaient nous souhaiter la bienvenue par leurs cris. en face du Cer-vin. J'ai passé deux journées sur ses rives. on l'aperçoit de loin et l'on y dirige ses pas comme vers une oasis dans l'aridité du désert. ils atteignirent le contrefort sud-ouest en quatre heures.. à moitié nus. 1912. cette île n'est qu'un dédale de pierres. en admirant sans me lasser le jeu des ombres et de la lumière. Cette ascension serait donc la première en ski (voir Ski. durent quitter le refuge dans l'après-midi. Nous avons relaté au chapitre premier la première ascension hivernale du Lyskamm par les frères Sella. devant la cabane Bétemps. XVII. Il est vrai que les deux fois nous nous reposions sous des lauriers bien gagnés et les deux fois aussi nous attendions l'occasion de monter au Lyskamm. Knubel qu'en mai 1913. soulevée par le vent du sud et que je vis un instant irradiée par les lueurs rouges du crépuscule. 159). à ne rien faire. de Grèssoney. B. Longtemps je m'attardai à contempler ce curieux spectacle. Nous arrivâmes en ski jusqu'au seuil de sa porte. Charles Silvestri et Alexandre Balz. La neige profonde rendait la marche très fatigante. Aymonod.. C'était la première fois que je me trouvais sur le Gorner. nous jetions sur la neige nos lourdes charges et nous nous couchions en guettant le passage de quelque nuage dans le ciel. On aurait dit qu'un incendie faisait rage sur le versant italien et qu'il allait déborder l'horizon de ses flammes. p. J'ai fait ce trajet en ski par une éblouissante journée d'avril. Quand on remonte le cours immense du Gorner. De temps en temps. de Choudens. Nous restâmes couchés. l'air était parfaitement calme. Nous étions quatre : deux des nôtres. Le 5 mars 1889. le 18 mars 1915. et je n'ai pas pu obtenir d'autres renseignements.. et nous avancions à peine. On dit que de mauvais esprits hantent le mont et qu'ils tendent des pièges à ceux qui le bravent. Ce n'était pas sans une légère appréhension. M. La température descendit au-dessous de -30°. Le soir. de Turin. La troisième expédition au Lyskamm n'eut lieu que beaucoup plus tard. G. ayant peiné tout le jour sur la neige. B. au pied de la montagne. La note de la Revue Alpine ne précise pas l'itinéraire. A Zermatt. le refuge qui s'y dresse. je l'avoue.» Depuis lors. Toutes ces expéditions se firent à pied ou à l'aide de raquettes. on pouvait se demander ce qu'elle vaudrait en hiver ? Lors de ma première visite — à Pâques 1912 — nous n'eûmes pas l'occasion de l'éprouver. devenus familiers. porte le nom de l'ingénieur Bétemps. Son humeur étant si mauvaise en été. collaborateur de Siegfried. réussirent pourtant à toucher le sommet le 17 janvier. bien lentement. il faut quitter Zermatt de bonne heure. avec les guides G. Carrel. P. Après deux tentatives. de loin. Ce jour-là encore. et nous étanchâmes notre soif avec le jus d'un citron mélangé à l'eau qui tombait du toit. tant il a fait de victimes. qui touchaient au terme de leurs vacances. et l'on n'arrive là-haut que le soir. à rêver du matin au soir. sur le glacier. Mario Piacenza et les guides Antoine Curta. les crêtes découpées sur le ciel d'Italie se hérissèrent d'une fine aigrette neigeuse. et cette fraîcheur éphémère nous rendait un peu de courage. En 1898 seulement. avortées toutes deux par suite du mauvais temps. puis sa forme se précisa. Albert et Edouard Lazier. il est un site dont j'évoque souvent le souvenir. p60). Lorsqu'on y monte en hiver. dont les blocs s'écroulent de temps en temps sur le glacier. en janvier 1907.79). nous fûmes les premiers à le visiter. Mazlam.). G. Robert Mittendorf et moi. 29). au grondement des avalanches. L'ombre et les courants d'air séchèrent la sueur de nos fronts. « Quant au Lyskamm. Celle-ci. Leur couleur est toute pareille et. Nous avions fêté le dimanche en gravissant le Mont Rosé par un ciel sans nuage et en moins de temps qu'il n'en faut d'habitude. en face des montagnes. . l'une le 8 décembre 1906. et je crois pouvoir affirmer que mes amis G. C'est. Mais. aussi vivant que celui des luttes et des victoires. festonné ses arêtes de corniches fragiles et sabré ses glaciers de crevasses profondes. Eh bien ! le souvenir de ces heures d'oisiveté et de rêveries se perpétue en moi. réussirent également l'ascension en partant de la cabane Gnifetti (Revue Alpine. accompagnés des guides Antoine et Auguste Welf et Joseph Favre. Ils partirent fort (Rivista Mensile. l'autre le I er janvier 1907. les premiers skieurs s'aventurèrent dans l'amphithéâtre du Gorner (Paulcke et Helbling an Mont Rosé). Ils ont. vol. une bonne odeur s'exhalait du bois. pas un nuage ne vint troubler l'azur tranquille du ciel. S. Nous mesurions nos progrès aux dimensions de ce point qui grossissait peu à peu. Dès que son ombre approchait. on apercevait l'îlot et. il y avait conduit un skieur roumain. Partis à 7 heures de la cabane Sella (3601 m. Tout au fond du glacier. nous nous remettions en route. un petit îlot de rocs perdu dans les neiges. Le 23 février 1912. où l'on trouverait à peine un peu de mousse et quelques fleurettes.35 du soir. en prêtant l'oreille aux mille bruits de la montagne. et l'on distingua enfin un toit et des fenêtres. mais une bande de choucas. et nous les suivîmes longtemps des yeux. Il devint brun. construite par le C. le 22 mars 1885 (voir p. comme un point.

ou du bon dîner que nous venions de faire. et je m'endormis sous l'effet du soleil. les seuls spectateurs. Et pourtant. je dominais le Gorner comme d'un îlot escarpé. cédant le terrain aux ombres. Trois ans plus tard. sur sa corniche ondulant dans le ciel . épiant l'apparition du navire qu'il attendait en vain. dit-on. Nous venions de la cabane Britannia. les yeux protégés par le verre jaune des lunettes et les narines dilatées dans le parfum de ma pipe. auxquels le charme hivernal de ce paradis n'avait pas encore été révélé. l'or et la pourpre couronnaient leurs têtes. Devant elles. Une autre couverture. lorsque le silence l'impressione. Nous suivions une piste tracée la veille par Chouchou. Un instant. La féerie du crépuscule commençait et j'allais pouvoir en savourer chaque phase. par l'Adlerpass. Très lentement. Les contrastes diminuèrent peu à peu : la lutte touchait à sa fin. tout emmitouflé. et cela avec tous les raffinements du confort. et l'astre du jour descendait lentement vers les neiges alanguies du Théodule. au lieu de venir tenter la gloutonnerie du Menschenfresser. ne soufflait mot. L'homme est ainsi : dans un monde immobile. les flots blancs du Gorner. mais décidément je jouais fort mal mon rôle de brahmane. Quant à moi. sur le glacier. la nuit tomba sur les neiges. et. je fouillai la longueur du chemin. qui flottent un instant dans l'ombre avant de prendre vie. nous serions descendus bien sagement à Zermatt. je contemplais les derniers spasraes du crépuscule. la réduisant à une simple silhouette. grâce au soleil. moindres bruits. soutenue par des skis plantés debout. pour voir un peu ce qui se passait là-haut. à 6 heures. Dès le matin. en léchant les séracs. s'animer sous le souffle du vent. l'aube frôla les crêtes les plus hautes. Mais. nous avions avalé quatre sommets de 4 ooo mètres (1). Et ce fut tout. Mais. au milieu de mars 1915. Une lutte gigantesque s'était engagée entre la lumière éclatante des neiges et l'ombre des montagnes . La sieste me retrouva à mon poste . Castor et Pollux charmaient les yeux comme les seins blancs d'une vierge assoupie . cherchant inconsciemment quelque point mobile : tel Robinson dans son île. peu après. Comme un brahmane de l'Inde. Plusieurs fois durant la journée. Mitten est la prudence personnifiée. le ciel était noir de nuages. et le jour se leva aussi brusquement qu'il avait mis de temps à mourir la veille. et c'est alors qu'on put voir comme elle cherche à contrefaire le Cervin. Les brahmanes de l'Inde peuvent. en face des montagnes. vibraient d'un rythme étrange au contraste de l'immobilité glaciale du Gorner. je m'absorbai alors dans l'extase. et le Gorner semblait figé dans un éternel oubli. le soleil baissait toujours. Rien ne troublait "l'immobilité des neiges. les ombres s'étaient allongées. à qui des deux resterait la victoire. avant de me retirer. après avoir fumé trois pipes. et Mitten. Le soleil frôla un instant les crêtes de k Dent d'Hérens. même le sphinx noir du Cervin. Seuls. craignant de les voir. Au fond de la scène. devant la porte du refuge. et il nous avait ouvert un chemin facile et agréable. et la lumière reculait lentement. que la neige serait excellente et que le Grenzgletscher ne semblait pas trop mauvais. à part la discrète mélodie d'une gouttière tombant du toit et les soupirs intermittents de la brise. Mais. Si nous l'avions écouté. mes amis et moi. car j'avais faim. et toutes ces montagnes. je rentrai dans la cabane où mes amis préparaient la soupe du soir. il prête volontiers l'oreille aux. Mes craintes furent vaines : l'horizon resta parfaitement net. Ses propos pessimistes faisaient enrager Chouchou et augmentaient encore son ardeur belliqueuse. je suivis encore des yeux les crêtes découpées sur le ciel. je me rendis à l'appel de mes compagnons. le brouillard et la tempête envahissaient le Gorner. je m'installai en vue d'un dolce farniente prolongé. comme une douce agonie. 1 Voir chapitre XI. je revins à la cabane Bétemps. nous partions à l'assaut du Lyskamm. il cherche instinctivneent un signe de vie. Alors seulement. le 17 mars fut-il un jour de repos bien mérité. frémissants de lumière. mes yeux furent déçus. couraient vers le gouffre ouvert dans l'ombre du Cervin. cette fois.. de l'autre le Gorner étincelant. En quatre jours. on la sentait palpiter aux flancs du Lyskamm. Nous savions d'avance. Ce n'étaient encore que ces teintes pâles. lorsque nous risquâmes le nez à la fenêtre. Un bon mètre de neige recouvrait encore les dalles de gneiss. derrière le Cervin. et. Le froid était venu et j'avais quitté mon poste. Jugez-en plutôt : un brancard démontable double (modèle de l'armée) fut disposé sur la neige avec une couverture et des coussins. comme dans un duel mythologique. Chouchou est l'Achille de notre caravane. les montagnes de Zermatt avaient quitté leur parure bleue du matin et s'animaient comme une ronde de nymphes se tenant par la main . par son rapport. Ce fut le triomphe des ombres. dans les ombres qui glissaient à ses pieds. et mes regards erraient sur son cours éblouissant. tout près . Ici. une étoile s'alluma au-dessus du Lyskamm. rester des siècles figés dans leur contemplation. une vie intense passait dans l'air bleu . en non plus ne frappait mon ouïe. comme la dernière fois. il était parti sur ses skis. deux combattants se narguaient encore : d'un côté le sphinx noir du Cervin. effleurant doucement l'ardeur des neiges. ce fut une journée délicieuse. Ils allaient décider. servait d'écran contre le soleil et projetait sur mon visage une ombre agréable. Le lendemain matin. Il ne resta plus qu'un peu d'émeraude au creux du col du Lion et. làhaut. espérant peut-être découvrir quelque acteur nouveau sur la scène dont nous étions. en copiant son haussement d'épaule. La saison était moins avancée que la première fois et l'hiver avait été rude. Tandis que je reposais dans les douceurs du farniente. Aussi. de deux amis. Mais nous devions rester longtemps encore dans l'ombre froide du Mont Rosé. Mais. De mon poste. là encore. Lorsque je m'éveillai enfin. les crêtes du Breithorn s'animaient d'une fine aigrette. comme les siens. quelques heure s plus tard. Les premières lueurs du jour frissonnaient sur la neige.le lendemain. . et leurs formes s'étaient précisées sous les coups d'un ciseau magique qui striait leurs flancs et accentuait le relief de leurs tailles. Le froid piquait au visage. ayant gravi le Strahlhom en route. Adossé à la porte du refuge.. J'étais accompagné.

L'arête que nous devions suivre (et qui sépare le Valais du Piémont) paraissait être en excellent état.50m. c'est le petit roc si caractéristique qni se dresse au beau milieu de la neige. G. entre les séracs dressés d'un côté et ce nouveau danger menaçant de l'autre. L'ombre nous enveloppait toujours. tomba le plus bas et probablement le premier. Flender et Kônig. celui-ci relaya H. pour choisir une voie plus longue sans doute. forte de douze guides. Le point 4 366 est la première bosse neigeuse de l'arête orientale du Lyskamm. au pied de la Cresta Rey. sous la direction de M.. Chacun était donc tombé d'une manière différente. Le 28 février.. Perren et à découvrir le cadavre de Flender. « Enfin. dont les flots cotonneux léchaient le flanc des montagnes à une grande hauteur. » (Alpina. P. et nous nous faufilions. par une nuit claire. Le cap rocheux de la Cresta Rey une fois doublé. en outre. Elle avait quitté la cabane Bétemps à 3 h. La cassure se produisit sur une longueur de 20 mètres environ et. La neige était devenue très dure et nous avancions avec une rapidité réjouissante. Pendant ce temps. Durant deux heures et demie. Nous évitions également le lieu de la catastrophe où périrent Kônig et Flender. et nous le traversâmes pour gagner l'autre rive. Zumtaugwald et von Steiger descendirent en toute hâte à la cabane Bétemps pour y quérir la corde de réserve. on n'apercevait que l'extrême sommet du Viso (3843 m). sur ces lieux désolés. des corniches en festonnaient la crête. H. le lendemain. en partie seulement.. les guides locaux Hans Peter Perren et G. Après leur retour avec le guide Lauber (qui était resté à la cabane). Fehr et von Steiger. mais ce sont précisément ces corniches qui valent au Lyskamm sa réputation. Hans Perren était debout contre la paroi de la crevasse. dégelé instantanément.. toute la plaine italienne disparaissait sous une mer de brouillards. dans une neige peu consistante. Hans Perren travailla de sa main libre et réussit à se dégager. Des Alpes Cottiennes. Il montre. «L'ordre de marche était à ce moment le suivant : en avant.25m de neige dure. mais vainement. avec l'ombre. Malgré les protestations de Mitten qui grelottait. il essaya encore. C'est par erreur que Studer (Ueber Eis und Schnee) attribue à ce rocher la cote 4 366 de l'A. Il était couché avec le visage vers le bas. Un vent soufflait violent. Le sondage ne servit à rien non plus. Les avalanches couvraient la neige de leurs débris. et il nous sembla que la mort planait encore. entre le Lyskamm et la Ludwigshôhe. au fond. Flender était sur le dos et recouvert. Le guide H. c'est que. mais qui n'est congelée nulle part ailleurs. L'accident eut ueu entre les cotes 3300 (courbe de niveau) et 3 344. toutes les glaces du Lyskamm étincelaient sous l'ardeur du soleil. les deux victimes furent transportées à Zermatt sur des traîneaux. Notre chemin passait juste au pied de la formidable pente du Lyskamm. nous nous écartions volontairement du chemin que l'on suit d'habitude. Perren . et nous commençâmes à louvoyer à travers les gouffres à moitié comblés qui bâillaient à l'entour. 1902. Zumtaugwald. Ces brouillards montant si haut et paraissant si denses ne manquèrent pas de jeter un doute sur la stabilité du beau temps qui durait depuis huit jours déjà. Une barre de séracs d'un effet magnifique défend l'accès direct à la plus basse dépression du Lysjoch et nécessite un détour jusqu'au pied de la Ludwigshôhe. Trois personnes se trouvèrent au même instant sur la crevasse: Flender. Un malheureux hasard voulut qu'un grand tronçon de la crevasse. Ainsi. Au delà. tandis que. Leurs volutes étant recourbées vers l'Italie. Les gens de Gressoney n'ont donc pas pu apercevoir ces rochers. Kônig et Hans Perren. Kônig. sauf d'une jambe. 51-53. d'atteindre celui de Kônig. 30 du matin. A cette époque. en même temps que la neige qui l'environnait. P. il réussit à dégager complètement H.. Durant une demi-heure. Une masse de neige énorme (environ 140 mètres cubes) s'effondra d'un seul coup. S. et nous lançâmes de joyeux yodels que se renvoyèrent les échos du voisinage.50m seulement. aussi vite que possible. Une corde de cinquante mètres nous reliait. Sans doute.) Si je rappelle ici les tristes détails de cet accident. et nous cherchâmes un abri dans les rochers de l'Entdeckungsfels (2). attira notre attention sur une cascade de séracs tombée récemment du Mont Rosé et dont les mille diamants rutilaient dans la belle lumière du matin.. nous fîmes à cet endroit une courte halte pour nous restaurer. comme on le constata plus tard. et nous attendions avec impatience le moment où nous pourrions découvrir ses fameuses corniches. Dethleffsen. et c'est grâce à cela qu'il échappa à la mort. Il n'est pas marqué sur la cartes mais l'omission est excusable. puis MM. Cette bosse présente des rochers très raides sur le versant suisse et qui sont invisibles lorsqu'on se trouve sur le Lysjoch ou qu'on y monte d'Italie. avant même qu'on puisse lui porter secours. c'est qu il doit nous servir d'avertissement et nous mettre en garde contre le danger des crevasses. comme un petit cône bleu posé sur la houle de l'océan. vis-à-vis. nous décidâmes de suivre la rive gauche plutôt que la droite. 2 Ce point fut atteint par des gens de Gressoney en 1778 déjà. Sa mort était due à une rupture de la colonne vertébrale. et elle venait de s'engagersur le glacier à l'ouest du point 3 344. p. le guide Hans Perren et enfin MM. . On traverse ensuite un monticule neigeux d'où l'on domine le col et d'où nous découvrîmes enfin une vue très encourageante de notre montagne. Derrière eux. il est impossible d'en juger le profil tant qu'on monte encore sur le versant suisse. combien une cnute dans une crevasse est pins compliquée en hiver qu'en été. mais ce qui a frappé leur vue. tous en ski.. et l'hiver n'avait rien changé à leur aspect ordinaire. Seiler. presque toujours accompagnée qu'elle est par l'effondrement d'une masse de neige qui risque d'étouffer le malheureux skieur. légèrement arqué et large de deux mètres seulement. qui marchait au centre. Une longue corde se trouvait dans le sac de Flender . le 26 février 1902 (1). une arête de rocs fauves que dorait justement le soleil et par où l'on grimpe parfois au Mont Rosé. nous débouchons par une pente rapide sur les plateaux ensoleillés qui précèdent la frontière italienne. Tout notre intérêt se portait maintenant sur la crête du Lyskamm. les courses en ski dans la haute montagne étaient encore très rares et l'on négligeait volontiers la précaution de s'encorder sur les glaciers. « Ce qui prouve bien du reste qu'il n'y avait rien d'urgent à tenter. Ils disparurent sans un cri et presque simultanément dans le gouffre. Ceci s'explique par la consistance même de la neige hivernale qui présente bien une croûte superficielle. Il avait la tête et l'avant-bras gauche libres. Mais rien ne vint troubler notre marche. recouvert d'une couche de neige compacte de 3 mètres. la largeur de la crevasse était de 0. coïncidât avec la direction de la marche. par 0. mais mieux appropriée à nos skis. Le glacier s'apaisa peu à peu. En été.Le glacier apparut à nos yeux. Mitten. Il nous communiqua facilement son enthousiasme. C'est (en Suisse) un des points les plus élevés où l'on puisse monter aussi facilement en ski. Perren fut immédiatement descendu jusqu'à un petit socle de glace où il put s'asseoir et jeter un gant à son frère. En comparant la carte au dédale de ses séracs. Nous descendîmes vers le Lysjoch en traversant le monticule dont j'ai parlé plus haut et dont l'altitude atteint près de 4 300 mètres.. un pont de cette épaisseur présente une solidité absolue. après l'arrivée de la colonne de secours. curieux petit îlot perdu au 1 Leur caravane se dirigeait comme la nôtre vers le Lysjoch. l'autre était d'un bon bout trop courte. quatre hommes munis des meilleurs outils durent travailler pendant une heure et demie pour arracher le cadavre à la neige qui l'enveloppait. Le triste souvenir de cette catastrophe était présent à notre mémoire. la couche de neige mesurait une épaisseur de 3. sur la plus basse dépression de la frontière. La hauteur de la chute fut de 25 à 28 mètres .

Après cet accident. La corniche s'était détachée de l'arête à deux endroits différents. bien entendu. former les corniches que nous rencontrons au début de l'été. le premier d'entre nous était armé d'un piolet. Il nous parut inutile de faire du style comme on pourrait en faire pour éblouir la galerie d'un Kurort. Sur cette face glacée. p. Le 6 septembre 1896. le Dr Giinther et ses guides. couchés dans la neige au pied d'un précipice. Les corps portaient des blessures telles que la mort avait dû être instantanée. La neige ne s'y accumule que beaucoup plus tard. Nous nous assîmes sur nos skis et nous commençâmes à dévorer à belles dents un déjeuner dont la substance devait soutenir nos forces jusqu'au retour. La neige étant mauvaise. 15. si formidable et si classique dans sa grandeur. Les deux autres ne portaient qu'un simple bâton de frêne. 173-175. on s'imagina. située à 200 mètres environ du sommet. On sentait la tempête approcher à grands pas. la partie la plus intéressante du panorama. s'il avait fallu disputer là-haut son équilibre à la violence des rafales. lorsqu'elle est assez lourde pour s'attacher et. Roman Imboden de Saint-Nicolas et Peter Joseph Ruppen de Saas Balen. Des brèches profondes obligeaient à de savantes manœuvres. La descente s'effectua rapidement et me parut agréable. A mon avis. le grondement d'uue avalanche se fit entendre. Sans être forte. jour pour jour. nous ne savions jamais exactement si nous foulions la partie surplombante des corniches. paraît-il. Ce n'est qu'en arrivant au pied du sommet que nous pûmes nous convaincre. les Alpes Graies et celles du Dauphiné. l'accident se répéta par une triste fatalité. vues en enfilade et réduites par la perspective.corniche de l'arête et l'on pouvait voir le trou par lequel ils étaient tombés.45. c'était précisément la chaîne du Mont Rosé au Breithorn. les sacs à cet endroit. et ils virent un nuage de neige descendre de l'autre du Lvskamm. et cette constatation nous tranquillisa pour le retour (1). mais que nous coniidérons maintenant comme tout à fait secondaire. et que l'on quitte brusquement ses longues planches pour chausser des crampons et s'engager sur une crête comme celle du Lyskamm. que le danger des corniches avait disparu. La dernière pente du sommet se dressait devant nous. Dix-neuf ans plus tard. que notre trace passait bien au-dessous de la ligne de suture. et dont notre sommet n'est pas le moindre joyau. la font paraître beaucoup plus courte qu'elle n'est en réalité. Et le sommet lui-même était peu confortable 3. Nous ne perdîmes pas un instant. En s'avançant sur le versant italien. mais nos prévisions furent toutes dépassées par la réalité. car nous laissions. Des paris s'engagèrent sur l'heure à laquelle nous toucherions la cime. Cette incertitude provoque un sentiment fort désagréable.) 2 Voici notre horaire: départ du Lysjoch: 11 heures . c'est-à-dire coriace.milieu des neiges. Lewis et Paterson. Elle présente beaucoup d'analogie avec la partie supérieure du versant suisse du Mont Dolent. Il fuient accompagnés jusqu'au Lysjoch par un Allemand et son guide. Ils avaient crevé une. et ce fut une heureuse chance." (WHYMPER. quelque 500 mètres plus bas. ils aperçurent les corps du D1 Gûnther et des guides. furent précipités sur le versant italien. la plaine du Piémont. A 10 h. J'avoue sans honte qu'aucun de nous n'avait emporté de thermomètre. à l'abri des rochers qui font face au Mont Rosé. 30. Zermatt and thé Matterhorn. tous les moyens de descente devenaient bons. Seul. La température est un facteur dont nous nous préoccupions beaucoup au cours de nos premières expéditions d'hiver. il faut un moment de transition pour retrouver le dédain superbe qui se rit du danger et des abîmes. sur de vastes champs de neige. et finalement nous préférâmes nous installer tout bonnement dans une combe neigeuse. En outre. point 4306:11h. Il soufflait maintenant sur toutes les crêtes et soulevait des tourbillons de neige. une corniche de neige. Quand la neige est mauvaise. Les grandes ondulations du faîte. Peu à peu seulement. Aucun de nous ne connaissait l'arête où nous étions engagés. d'environ trois mètres. nous découvrîmes à coups de piolet toute une échelle d'anciennes marches qui nous conduisit facilement sur la cime (2). et celle-ci était tombée sur le glacier 400 mètres plus bas. L'heure tardive précipita notre fuite . façonnée par le vent. bien ensoleillée. Ceux-ci se dirigèrent ensuite vers la Ludwigshôhe pour observer l'ascension de l'autre caravane qui quitta le Lysjoch à 9 heures. la bise rendait le séjour au sommet peu agréable. grâce à la confiance que m'inspirait la trace ( 4). Mais les rafales soufflaient de tous côtés. congelée en vagues. Il y a longtemps que nous avons renoncé à pareilles fantaisies. Au Lysjoch. partaient de la cabane Bétemps pour monter au Lyskamm. on prend ses bâtons entre les jambes et l'on file par la ligne de plus grande pente. car nous comptions bel et bien arriver à Zermatt le même soir. A plusieurs endroits. Nous nous résignâmes à les sucer philosophiquement. 4 Soixante-dix minutes nous suffirent pour le parcours de l'arête jusqu'au Lysjoch. deux Anglais. restaient enfouies sous la mer de brouillard qui montait toujours. Le même vent sans doute qui nous avait déjà persécutés le matin. laissant ainsi une portion médiane. . et le passage des corniches nous forçait bien souvent à quitter la crête pour traverser de flanc la pente vertigineuse qui domine le Grenzgletscher. en compagnie des skis. Notre appétit aurait fait honneur au plus somptueux des banquets . Malgré toutes ces précautions. il ne restait pour le tromper qu'une dizaine de pruneaux secs au fond de nos poches. à Zermatt. 30. Dès que nous fûmes sur l'arête. sommet 4 538 : 13 h. Mais ce qui manquait à nos yeux. tout en étant moins vertigineuse. Et si le glacier est rapide ou dangereux. adhérant à la montagne. Lorsqu'on s'est promené pendant des heures en ski.. Il était 10 h. 3 J'ai appris plus tard seulement qu'un livre est déposé dans le cairn. ceux-ci ancrés à plat sur la neige au moyen des bâtons. malheureusement. en regardant derrière nous. nous relevâmes les traces évidentes d'anciennes marches taillées dans la glace — ce qui prouve bien que l'enneigement des crêtes élevées est presque nul durant l'hiver. car je ne sais trop quel eût été notre sort. comme c'était le cas pour le 1 C'est à cet endroit qu'eurent lieu les accidents de 1877 et 1896. etc. un vent formidable salua notre retour. l'œil s'habitue au vide et le pied s'affermit grâce à la morsure si franche des crampons dans la neige. La longueur des parties effondrées était d'environ 15 métrés de chaque côté. la vue du Lyskamm est moins belle que celle de la plupart des grands sommets valaisans. avait cédé sous le poids de la caravane. avec trois guides Knubel de Saint-Nicolas. Le 6 septembre 1877. le vent cessa comme par enchantement. Ceux qui relevèrent leurs cadavres racontent que la cause de l'accident était très apparente .

Mitten. lorsque. Chouchou et moi. Lorsque nous quittâmes la cabane Bétemps. et j'entendis bientôt sa voix qui me rassura sur son compte. aucune trace ne guidait nos pas. Puis.Grenzgletscher. mon ami et moi. après avoir remis tout en ordre. A l'endroit où nous nous étions encordés le matin. Toutes les crêtes fumaient sinistrement sous la rafale. Les yodels se transformèrent immédiatement en malédictions. aspiraient maintenant aux verdures du printemps. la consistance de la neige changeait du tout au tout. que nous avions procédé l'autre fois. il était près de fleurir. Mais. il se cramponna à celui qui le reliait à l'inébranlable Mitten. sur le boulevard des Tranchées. Ce dernier plaisir suffisait à effacer le mauvais souvenir du Grenzgletscher. et nous pûmes goûter librement toute la volupté d'une glissade en style norvégien. simultanément. raidissant son corps entre les deux parois de glace. au moment de franchir le seuil de sa porte. je pus facilement arrêter mon plongeon et je me retournai pour tranquilliser mon compagnon. Mitten sortit d'un geste noble et généreux la gourde qu'il serrait jalousement dans la plus profonde de ses poches et où il conservait depuis huit jours un reste de cognac. nous nous apprêtâmes à traverser les séracs que forme le glacier à cet endroit. J'étais en tête. il fallut renoncer à soulever notre ami par la seule force de nos cordes. nous tombâmes chacun dans une crevasse. qui semblait avoir tout prévu. La nuit était venue. La tempête approchait rapidement. du moins. à ses côtés. je lui coulai mon bout de corde dont il se ceignit le torse. Mais la crevasse présentait une disposition peu favorable à nos efforts : elle était oblique par rapport à la surface du glacier et formait un angle aigu avec la composante de nos cordes. tout tranquillement. Tandis que je tirais sur ce bout. que l'approche de la tempête. De cette façon. Aussitôt. je m'avançai. et il en résulta une hausse réjouissante dans la situation de notre infortuné compagnon. prudemment soustraite au . de sorte qu'il pût passer un bras sur chacun d'eux et se soutenir ainsi dans le vide. Une angoisse terrible passa sur son visage tout pâle : il s'épuisait et croyait à tout moment retomber au fond du gouffre. Ému jusqu'aux larmes. Les brouillards d'Italie avaient débordé la frontière et s'écrasaient comme des paquets de plumes grises sur les neiges du Théodule. Lui-même se trouvait suspendu à une profondeur de 5 à 6 mètres environ. sortit de son sac l'une d'elles. J'avais trop escompté la rapidité de nos skis et la facilité de notre fuite. Combinant alors tous nos efforts. le plus près possible de la crevasse où notre ami avait si brusquement disparu. la brume et les flocons de neige. et cela beaucoup plus rapidement qu'en s'obstinant à faire du style. Ses skis étaient restés accrochés en travers de la crevasse. nous avions parcouru en moins de deux heures ce même chemin de la cabane Bétemps à Zermatt. loin de nous effrayer. en rampant. Par un flot de prose colorée. Comme je tenais un ski en balance dans chaque main. Tandis que Mitten restait ancré à son poste. Chouchou n'en croyait pas ses yeux . pour ne pas enfler notre vanité au souvenir de victoires faciles. aussi vite que nos skis le permettaient. en enfonçant parfois jusqu'au ventre. on conserve ses peaux de phoque sous les skis pour diminuer encore leur glissement. Nous voguions en plein Gorner. Car elle mettait plus de prix à la victoire et rendait moins pénible la séparation d'avec les montagnes. J'allais regretter le beau paquet de bougies laissé à la disposition de nos successeurs sur la table du refuge. mais ses bâtons avaient dû tomber beaucoup plus bas. C'est ainsi. Je le rassurai de mon mieux. la situation se corsa brusquement. rassasiés par l'éclat des neiges. la nuit s'était faite aussi noire que possible. En effet. on traverse la zone pénible et suspecte d'un glacier avec le minimum d'efforts et de risques. avec le vent. Il fallait porter les skis et marcher à la corde. en côtoyant la rive droite. Qu'il serait doux de revivre ces impressions d'hiver au bord des flots bleus. Cependant. mais le malin profita de l'occasion et vida le flacon d'un coup. la demie de cinq heures était passée. Chouchou nous exprima tout son regret d'être tombé si bêtement dans ce gouffre. arrivés au pied du Gagenhaupt. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient la neige. et le vent nous soufflait au visage des tourbillons de neige. et nous eûmes alors l'idée de disposer ses skis en travers de la crevasse. qui venait derrière moi. Je commençai par précipiter sur sa tête toute la neige qui embarrassait les bords du trou. cette fois-ci. du moins. Nous avancions tant bien que mal. Cette situation demandait à ne pas être prolongée. celui-ci avait complètement disparu à notre vue. dans la tiédeur de l'air et le parfum des premières fleurs ! Et je songe maintenant (au bord de ces flots bleus) que si les dieux qui règlent l'aquilon déchaînèrent sur nous cette tempête. Trois ans auparavant. et Chouchou se trouva coincé au travers de la crevasse. Il devait être près de 7 heures. Il m'expliqua avec humeur qu'il ne s'agissait pas de moi. il fallut donc procéder avec la plus grande prudence. où rien ne l'attirait apparemment. et ce passage n'avait guère exigé plus de vingt minutes. lorsque. Au beau milieu des séracs. mais bien de Chouchou. ne faisait qu'augmenter notre gaîté. ce fut sans doute pour nous punir d'avoir affronté les glaciers avec tant d'insouciance. Un système très compliqué de crevasses invisibles semblait nous entourer . Après deux essais infructueux. les skis convenablement nettoyés. ou. tant il l'avait refusé de fois à nos supplications réitérées. Là-bas dans la plaine. Nous étions si contents d'avoir réussi toutes nos courses et exécuté jusqu'au bout notre programme. lorsque Mitten. Ses excuses ne tarissaient pas. Les progrès du bissage devinrent bientôt nuls. La réaction fut assez comique. les peaux de phoque furent enlevées. nous le retirâmes d'un seul coup hors de ce vilain trou. C'est ainsi que nous parcourûmes le Grenzgletscher du haut en bas. m'étant détaché. Il poussa même la bonne humeur jusqu'à lancer des yodels pour encourager notre zèle. et mille voix mugissantes s'unissaient pour rompre enfin le silence qui régnait depuis si longtemps sur la montagne. au moment où nous allions leur échapper. devenu légendaire. au grand scandale de Mitten. qu'il ne vide généralement qu'une fois la course terminée. Nos yeux. Il fallait vraiment qu'il jugeât le moment psychologique pour se résoudre à ouvrir ce flacon sacré. poussa un cri que j'attribuai naturellement à ma chute. sans faire la moindre chute et en suivant presque constamment la piste tracée à la montée.

lorsqu'il me vint à l'idée d'entraîner mes compagnons chez Graven. Une jeune voix me répondit. secoué. Il était troué de gouffres exhalant une haleine humide et froide. Une piste nous mit ensuite sur le chemin d'Aroleit où nous pûmes enfin quitter les skis et allumer une pipe bien méritée. faute de combustible : elle avait brûlé plus de trois heures et ne mourait qu'après nous avoir sauvé la vie. lors d'une précédente visite à Zermatt. Herr ! Nous mangeâmes aussi longtemps que notre faim put lutter contre la fatigue . puis nous gagnâmes promptement la jolie chambre qu'on nous avait préparée et nous nous endormîmes dans de fort bons lits. Après bien des manœuvres et bien des jurons. nous découvrîmes les petites lumières de Zermatt. car. nous parvînmes à un endroit que je crus reconnaître et qui me prédisait le terme prochain de cette acrobatie diabolique. et nous commençâmes à rire de notre aventure. Tout au fond du gouffre noir qui s'ouvrait maintenant à nos pieds. et il en résulta naturellement des chutes aussi nombreuses que grotesques et fatigantes. Elle nous conduisit finalement à une agglomération de mazots. attardée sans doute à lire quelque roman dans son lit. Nous continuâmes donc dans la direction des lumières. et nous choisîmes la meilleure pour y loger notre chandelle. Si quelque gnome avait aperçu le falot que je tenais entre les dents. A l'entrée du village. Nous parcourûmes cette rue d'un bout à l'autre sans trouver à qui parler. ne devait pas nous lâcher de si tôt. Derrière moi. nous tînmes conseil et décidâmes de faire une tentative désespérée pour nous sortir de Charybde sans tomber dans Scylla. serrés autour d'une petite chapelle que je reconnus pour être celle de Furri. Ce fut un moment de satisfaction pardonnable et de joyeuse détente. dont la patience ne souffrirait plus une longue attente. plongés dans une obscurité complète. ce fut sans éveiller le moindre juron. succédant aux menaces d'un bivouac. qui nous avait accostés si brutalement sur le Gorner. La perspective d'un bon gîte. avec une confiance dont j'aurais voulu être digne. Je me laissais guider par mon instinct et le souvenir presque effacé de ces lieux. ouvrit toutes les soupapes de notre gaîté. sur les talons de la patronne. lorsque nous nous arrêtâmes devant la « dépendance » de Seiler. — et raconter plutôt la fin de notre voyage. Mais je préfère laisser à chacun le soin de déduire cette morale selon son goût. Il fallut ensuite quitter le glacier pour gagner les mazots de Furri. nous chaussâmes nos skis pour diminuer les risques d'un nouveau plongeon et — comme la pente était très raide et qu'il fallait procéder avec une extrême lenteur — nous nous résignâmes à avancer en escaliers. s'éteignant et renaissant dans les ténèbres. et nous commencions à douter de l'hospitalité rêvée. Nos appels restèrent sans réponse. Notre arrivée nocturne devait être une chance rare pour la prospérité de son auberge. A bout d'arguments. Je lui fis entendre qu'elle avait à se lever immédiatement pour héberger trois touristes affamés. tout en bâillant. quelle était cette pauvre âme errant dans la tempête. Quant aux lanternes. lorsque nous nous mîmes à les bombarder à boules de neige. En tendant la faible lumière du falot dans toutes les directions. Celles-ci disparurent bientôt à nos yeux derrière un petit bois de mélèzes dont la traversée nous valut de nouvelles égratignures. mais leur apparition confirma notre espoir de finir cette nuit ailleurs que dans la neige ou sous quelque bloc de rocher. Tout le village semblait endormi. Nous avions donc quitté le glacier beaucoup plus haut que je ne le supposais. j'escaladai le premier étage et je me mis à frapper à une porte dont les ais laissaient filtrer un mince rayon de lumière. et c'est en titubant de sommeil que nous parvînmes aux premières maisons de Zermatt. elle ne cessait de satisfaire notre appétit et nous prodiguait amplement les sourires et les Jawohl. Aucune lumière n'éclairait les fenêtres et. qui devait être celle de la fille du patron. Elles étaient bien éloignées encore. la pente de neige reprenait plus douce. Notre allure s'accéléra. Nous eûmes l'impression de glisser dans une combe. nos manifestations ne suscitèrent pas plus d'indignation. Quelques minutes plus tard. Craignant les crevasses invisibles qui semblaient nous entourer. Une sérieuse morale terminerait dignement le récit de notre odyssée et rachèterait peut-être notre insouciant trio aux yeux de certains lecteurs critiques et timorés. A mesure aussi que diminuait la tension des nerfs. L'espoir revenait. il aurait pu se demander. qui sont naturellement inhabités l'hiver. plaçant à chaque pas nos skis en travers de la pente. La guigne. Là. Je reconnaissais très bien maintenant le petit chemin qui nous guidait et qui de Zumsee s'insinue dans le gorge de Z'mutt pour franchir ensuite le torrent et longer son cours sur la rive opposée. je pouvais me faire une vague idée du terrain. qui tient la pension du Trift. les obstacles diminuèrent et je pus m'orienter : nous étions arrivés sur la partie inférieure du Gorner (le Bodengletscher) et nous pouvions désormais nous passer de la corde. Mais nous ne découvrîmes rien qui pût ressembler à un chalet. Herr ! exclamation qu'affectionné particulièrement la famille Graven et qui m'avait déjà bien amusé. notre bougie s'éteignit.paquet. la fatigue se faisait mieux sentir. suivaient mes traces à bout de corde. dans le haut du village. en effet. Nous avions déjà composé mentalement tout le menu du festin qui serait ordonné et que l'enjeu liquide des paris engagés durant la course devait arroser de ses flots généreux. levée elle aussi. puis de remonter vers l'endroit où je pensais trouver les mazots que nous cherchions. Dans la longue rue de mazots et d'hôtels. ce soir-là. mes deux compagnons. Elle me rassura par un vigoureux : Jawohl. De l'autre côté de ce bois. Onze heure? avaient sonné à plusieurs horloges. l'électricité remplaçait avantageusement sa lumière. et nous faisions main basse sur tout ce qu'elle s'avisa de tirer de ses buffets. nous envahissions la cuisine. mais où nous comptions trouver une piste conduisant dans la vallée. titubant. Le vent éteignait fréquemment la lanterne et nous perdions du temps à la rallumer. Peu à peu. nous en avions trois. . Avant de nous résoudre à bivouaquer dans ces lieux inhospitaliers. avant notre départ.

le train venait de partir. grinçant dans les ornières. Mais. nous y trouvâmes un cocher entre deux vins et nous lui mîmes le marché à la main : « C'est à prendre ou à laisser : si vous nous descendez à Viège pour l'heure du train. vous touchez vos cent sous de pourboire. vu le mauvais état des chemins. dont le souvenir fait pâlir en moi celui du Lyskamm lui-même. La monotonie de la marche fit germer dans nos cerveaux hallucinés un projet nouveau : celui d'arriver à Viège à temps pour prendre le train du soir. Vous connaissez ce chemin de Stalden à Viège : coupé d'escaliers. jeté de droite et de gauche . Plus loin. Nous ralentîmes peu à peu le pas. toute la mécanique des freins pendait à l'arrière en raclant. le meilleur chemin à l'usage des maiheureux piétons. CHAPITRE XIV LES ALPES LÊPONTINES . complètement abrutis par les secousses. Mitten et Chouchou cramponnés sur la planche qui leur servait de banc . pierreux.Le lendemain. esquissait un temps de galop. où le traîneau pouvait tout juste passer. Cette métamorphose s'expliquait facilement par les soins diligents dont la patronne et sa fille les avaient entourés. pour tâcher d'accélérer l'allure désespérante de sa bourrique. pour ne pas la perdre en route. et son cocher. puis se décida à tenter l'aventure. Nous arrivâmes à Stalden quelques minutes avant 6 heures. faisant ressort de mes bras. avec un sang-froid et un j'menfichisme superbes. qui devait bientôt repartir. prévoyant les obstacles. après sept mois de mobilisation. et il paraissait peu disposé à repartir en campagne. et il nous apprit que le train était parti depuis longtemps. sinon de suivre cette longue voie ferrée? C'est bien. Elle nous assurait qu'en vingt minutes nous arriverions à l'endroit où s'était arrêté le convoi. Le cocher fut donc payé et son mulet envoyé à tous les diables. il faut partir à temps ! Lorsque nous arrivâmes à la station. Après une demi-heure de cette vive allure. Le thalweg se trouvait dans les pires conditions imaginables pour un attelage tel que le nôtre : un demi-mètre de neige gluante reposait entre deux remparts de blocs congelés. Mieux vaut les cacher sous son oreiller. malgré les coups de fouet et les injures du cocher qui ne cessait de l'apostropher dans son patois savoureux : sacries ! sacernona ! Nous joignîmes volontiers nos cris et nos gestes menaçants à ceux du patron. Le train devait quitter Viège à 7 h. malgré mes plus strictes recommandations. après nous avoir salués. de peur qu'on ne veuille absolument les sécher en les brûlant. suivant les méandres du chemin. Nous franchîmes cet obstacle je ne sais comment. prêt à sauter. Mitten surtout y tenait beaucoup. que nous avions commandé pour descendre à Saint-Nicolas. aussi bien que la nôtre. Mais rien ne sert de courir. pour suivre la voie ferrée aussi vite que nos jambes le permettaient. et le cocher. Sans perdre un instant. venait de rentrer à son village natal. et moi enfin. le train devait être parti lorsque nous enfilâmes la rue pavée de Viège au fi de tous les règlements et au grand trot de notre mule. et je me jure chaque fois que ce sera la dernière. à mesure que l'espoir diminuait. » II tira sa montre. Je reverrai toujours aussi le regard angoissé que me lança Mitten lorsque nous nous engouffrâmes. lorsque je voulus chausser mes laupars. rapide. nous apprit qu'un train d'ouvriers était monté dé Viège jusqu'à une courte distance au-dessous de Saint-Nicolas et qu'il serait facile d'en profiter au retour en s'adressant à l'ingénieur dirigeant les travaux de la voie. Lorsque enfin nous arrivâmes à Saint-Nicolas. Le mulet trottait toujours. la patronne. que le mulet. manœuvrait avec une précision étonnante. qui remplaçait bien entendu le cheval dont on BOUS avait assuré le concours. talonné par le traîneau qui lui chatouillait les jambes. tournant. et nous ordonnâmes un grand festin à l'Hôtel du Mont-Rosé. touchant du nez la queue de son mulet. Le mulet. Il lui fallut dix bonnes minutes pour harnacher son mulet et l'atteler dans les brancards d'un chariot à fumier où nous entassâmes nos sacs et que nous suivîmes bientôt en courant à travers le village. Jouant son va-tout. mais rien n'y fit. hésita un instant. 05. nous avions abandonné toute idée d'attraper à Viège l'express de l'après-midi. notre bonhomme mit sa mule au galop dans l'avenue de la Gare. prudemment agenouillé à l'arrière. ce furent les brusques tournants et les virages penchés sur le vide. Sur cette piste aérienne. entre les murs resserrés du petit pont arqué sur la Viège et qui m'apparut comme le tremplin au skieur qui va prendre son vol pour le saut. malgré son héroïsme et la diligence de son mulet. aucun wagon n'était encore en vue. Que faire. Se croyant peut-être sous le bât. grasse et réjouie. nous engagea vivement à ne pas tarder davantage. La longueur de la course nous avait mis en appétit. Le traîneau. nous expédiâmes le dîner à regret et nous confiâmes nos skis à la poste. et c'était à moi de la soutenir du pied. en risquant fort de précipiter la fin de nos aventures. Heureux d'être enfin favorisés par une chance inespérée. il conservait obstinément le pas. en emportant toutes ses bénédictions et le souvenir de sa large hospitalité. Il exposait sa vie. le dernier qui nous assurât la correspondance avec les express partant de Lausanne. ce dont nous commencions à nous douter. Nous quittâmes donc la famille Graven. nous rencontrâmes un ouvrier qui rentrait du travail. Détraquée par les secousses du chariot. On n'est jamais assez prudent quant à ses chaussures. Enfin. sans jamais faire le moindre faux pas. au moment où notre carriole démantibulée quitterait le chemin pour filer dans la rivière. et les derniers wagons disparurent dans un nuage de fumée. J'ai parcouru trois fois ce « chemin » de Zermatt à Viège. comme une trombe. cahoté par les pierres. je trouvai que leur pointure avait diminué de trois ou quatre numéros. nous courûmes au premier café . Je reverrai toujours notre bruyant attelage lancé au grand trot. Les étincelles jaillissaient de toute part et les gosses éperdus fuyaient sous les jupes de leurs mères. le cocher accroupi devant eux. nous attendait dans la rue. malaisé et dominant sans cesse la rivière* comme la corniche d'un toit domine la rue. du reste. malgré sa cuite. commença une course à la mort. Au cours du repas. C'était seulement lorsque le chemin se transformait en dévaloir et côtoyait le bord du torrent.

Grâce à Staub. Mes muscles et mes skis ont. Ce monde était vaste : on voyait les Apennins. Two guideless ascents in winter (Mont Rosé and Blindenhorn) Alpine Ski Club Annual . je ne voudrais pas me faire la réputation d'un sauvage. — Un jour. dans le Bedretto. nous causa un moment d'enthousiasme. Bedretto. présente des contrastes saisissants et des tableaux tels qu'on en rencontre seulement sur le versant méridional des Alpes. ma rétine est encore impressionnée par les courbes bleues du Griesgletscher. durant tout le mois de janvier 1911. 1913. ils semblent aimantés : l'inconnu les attire et ils pointent volontiers vers de nouveaux buts. Or. pour le skieur. 1905. L'accueil simple et cordial reçu à Ronco restera un des bons souvenirs de cette excursion. L'Oberland bernois m'a toujours été peu sympathique . — car. je lui demande ce qu'il projette. si régulièrement espacées qu'il semble avoir été incliné tout exprès pour le plaisir des skieurs. Une première contribution au Guide du skieur XVIII. Vers 11 heures du matin. le même hiver. le torrent capricieux dans ses méandres. au retour de courses. pp. dans le train. l'angélus tombait en notes graves. qui possède. je saluai ses pics comme les rois du monde. à demi enfouie sous là neige . La vue immense. se trouve comme par hasard assis en face de vous. A. Après une longue promenade sur la neige houleuse. qui possède de vrais lits. sous ses formes les plus originales. vino nero. Skifahrt auf das Blindenhorn (Zeitschrift des deutschen und œsterreichischen Alpen Véteins. comme le gîte laissait beaucoup à désirer. J'avais lu sur cette montagne deux ou trois récits d'ascensions : ceux de Hoek ( 2). le Dauphiné et. mais cette région sera comprise dans le volume III du Walliserskifuhrer qui est annoncé et sera publié avec une carte annexe par les soins du C. je lui tourne volontiers le dos pour admirer autre chose. 7-10). Voilà des questions que je me suis souvent entendu poser. on trouvera quelques notes succinctes destinées aux skieurs qui désireraient visiter ces montagnes.(Du Simplon au Gothard)1. Signor Anselmo Forni nous ouvrit sa porte et nous prêta son toit pour la nuit. En été. Les petits villages du Bedretto. d'une pureté admirable. 195-199) 4 TAUERN. gardé un mauvais souvenir du Blindenhorn. Staub. le dernier hameau habité dans la vallée. pp. 2 HOEK.. nous étions enfin arrivés au sommet de la montagne. Il ouvre sa carte et me montre un sommet de 3 384 mètres. il ressemble si bien à une gigantesque crevasse que notre repas fut vite expédié. de ce fait. cette fois-ci. et lorsque nous arrivâmes. ne ferait de nous qu'une bouchée. au commencement de février. 125-156. par exemple. je partais pour remonter le Bedretto et visiter ce fameux Blindenhorn. Je crois que mon ami n'a jamais mis son projet à exécution. par le D' Oscar Hug. entre eux 1 II n'existe pas encore. nous préférâmes dans la suite nous arrêter à Ossasco. j'ignorais totalement le nom de Blindenhorn. il y a quatre ans. nous avions traversé le Cornopass. pp. sans hésitation. A l'heure qu'il est. étouffées bientôt dans l'ombre envahissante. toute la montagne était recouverte d'une carapace de neige dure. Bd. à l'idée que la crevasse. le départ ne fut donné qu'à 7 heures. Bien des fois il me fallait répondre négativement — et j'en avais presque honte. quelques mots d'italien. Mais ce que virent nos yeux. S. outre une très riche collection de jurons. au grand étonnement de Forni. mais j'ai couché sous le toit de la Rotondohùtte et j'ai bel et bien lié connaissance avec les Alpes Lépontines en visitant tout d'abord le Blindenhorn. mêlant la fumée de son Stump à celle de votre pipe. Mais. sur le plateau neigeux du Gries. ont chacun leur aspect particulier et leur nom sonore : Fontana. c'est le menu habituel des hôtes du Bedretto. 43-63 : Die Blindenhorn-Ofenkorngruppe. sous un soleil glorieux. une belle carte toute neuve à la main. alors que. Piz Lucendro und Blindenhorn (Ski. avec un superbe glacier. de guide des Alpes Lépontines. d'où s'ouvrirent à moi. mais. sachant fort bien que le massif en question est l'un des plus courus et que tout skieur qui se respecte l'a visité une fois au moins. Cette étude approfondie est illustrée de cartes schématiques indiquant les routes à suivre. c'est qu'il n'a pas voulu de moi . La partie supérieure du Bedretto. suivi d'une longue extase. ne peut donner que ce qu'elle a. Le lendemain.1909. ça et là quelques pans de roche fauve. Mon intention n'est pas de vous parler de ces courses que vous avez sans doute faites avant moi. Sa femme préparait le repas : minestra. je dois même dire que je ne l'ai jamais visité.. dit-on. Le récit qu'on va lire est de l'Echo des Alpes. p. — et je lisais dans le regard désormais protecteur de ce monsieur l'impression de pitié que lui causait mon ignorance. — Ronco. ni passer pour plus malin qu'un autre. Fischer (3) et Tauern (4). paru en 1920. est bien le plus pittoresque et le mieux situé de tous. quelque bizarre silhouette blanche prêtent à cette nature son cachet et son charme. h plus belle fille du monde. frittata. Nous y arrivâmes au crépuscule. Ossasco. et qu'arrivé sur quelque sommet. menu pimenté dont il fait bon goûter dans ces montagnes. pp. mais c'est lui qui provoqua ma sympathie pour les Alpes Lépontines. n'est pas encore près de s'effacer de ma mémoire. en s'ouvrant. plus tard. . ce lac doit présenter l'aspect d'un Màrjelen en miniature. de vastes horizons. Dans le volume IV (Simplon-Furka) du Guide des Alpes valaisannes. Le mélèze. Connaissez-vous la cabane Rotondo? le Blindenhorn ? les Clarides? la Segnes ? le massif de l'Err?. et comme la bise était fraîche malgré le grand soleil. égrenés le long d'un chemin capricieux. parcourue à l'aube et le soir au crépuscule. n 13. et. 3 FISCHER. Villa. et je m'attendais à faire une course merveilleuse. saccadées. Mais. Si je ne suis pas monté au Piz Lucendro. hiver. du haut de son clocher. le Blindenhorn avait baigné dans un azur parfait. la vieille alpe ruinée. Mittendorff et moi. Mais. L'avouerai-je ? Mes skis ont une tendance à quitter les traces toutes faites . 35. salami. nous nous arrêtions pour déjeuner à l'abri d'une paroi de glace qui forme la rive la plus haute d'un petit lac. durant cette course. Toutefois. 166). par quelque skieur entrevu durant la journée et qui. je rencontre dans la rue un de mes amis. la Bernina.

Ce fut une course infernale. quelque mystérieuses pour moi et qui excitait ma curiosité. presque entièrement située en territoire italien. La zone praticable au ski est rejetée sur le versant méridional. Sur le Wyttenwasserpass. et Mittendorff dut payer mon triomphe en ouvrant péniblement la piste. plutôt que celui de fer. Sous les chauds rayons du soleil de midi. . son moral était tombé très bas. Quelque temps avant cette course. C'est un but que je voudrais recommander aux skieurs qui ont une journée à perdre 1 2 Alpina. Après bien des hésitations. Très peu connue des alpinistes suisses. Une première tentative pour mettre ce projet à exécution eut lieu en mars 1911. sur les pentes rapides qui séparent le Piano Secco de l'Alpe Nuova. ne pouvant manger et boire que peu. elle descend beaucoup plus bas que ne l'indique la carte et semble fermer le passage par lequel nous comptions accéder aux névés supérieurs du Gerengletscher. Au retour. Il s'agissait de se rendre à Andermatt par le Wyttenwasserpass (2 885 m. il ne soufflait mot et. tant l'hospitalité y est grande. Mittendorfî était décidément confondu. De quel œil amoureux. l'arête nord-ouest du Kûh-bodenhorn nous procura un instant d'émotion . Le système orographique de ces montagnes est bien différent de celui que traverse la Haute Route : il n'y règne pas cette belle ordonnance . La lune devait favoriser un départ nocturne et nous permettre d'arriver en un jour à l'alpe Devero par les cols du Gries.). nous aussi. ils se laissèrent enfin persuader. le dernier à la corde rasa les murs et plus loin il faillit passer dans la Reuss : dernière folie d'une journée mouvementée et riche en contrastes. Sur l'autre versant de ce col. avec quel espoir mélangé de doutes. et avec quelle impatience. le cheval au galop nous emporta bientôt. qui. tantôt descendant. la High Level Road s arrête à Zermatt. dont la mâchoire s'était démise à la descente du Val Corno. de Bourg-St-Pierre à Zermatt. Dans la nuit noire et froide. dans une sorte de coulisse gigantesque. Mes prévisions se réalisaient. tantôt s'élevant. Quant à Staub. 55 kilomètres. des coups de fouet et des cris inhumains. je suivais maintenant ce fil menu. pour leur faire suivre un sentier plus étroit. Ce fut une délicieuse flânerie. de Choudens et moi. Il me fallut un certain toupet pour leur assurer que. par le fait qu'on descend dans une vallée. Le temps était malheureusement d'une inconstance exaspérante. nous pûmes doubler ce cap inattendu et chausser les skis. je réussis à détourner mes compagnons du chemin d'Airolo. 109. de lancer un dernier adieu au Blindenhorn. j'attendais le moment où. nous étions attablés à Realp devant un grog. tenue à Ossasco par la famille Pervangher. la neige devint si dure qu'il fallut fixer les crampons sous les skis. Le temps d'apprêter les skis. mais les brouillards du versant septentrional des Alpes avaient une tendance à dépasser la crête des montagnes pour venir s'accrocher aux cimes tessinoises. Peu au-dessous du Gerenpass. il me vint à l'idée de la prolonger jusqu'au Simplon. 44 kilomètres . je crois bien que j'étais le dernier à zigzaguer. je me hasardai à tracer an crayon un trait continu qui traversait toute la carte. le ciel était bleu du côté de l'Italie. j'avais traversé les Alpes Pennines par la Haute Route de Bourg-Saint-Pierre à Zermatt. et en revivant mentalement toutes les émotions de la traversée. je prendrais ce chemin. attendant un traîneau pour gagner Andermatt. Pour occuper notre temps. Au Simplon commencent les Alpes Lépontines. du Simplon au Gothard. mes compagnons étant dès lors suffisamment stimulés par la beauté du jour. des hennissements. Le lendemain. Le niveau général se trouve abaissé et la nature y revêt un tout autre caractère. 1912. pour rentrer chez moi (2). Nous n'osions pas nous lancer. Nous nous sentions là comme chez nous. A Hospenthal. on n'y retrouve plus le parallélisme presque géométrique des vallées latérales du Valais. la nuit nous surprit à Ronco.— et c'est une des raisons pour lesquelles nous nous étions arrêtés là. et rejoignait notre route du Blindenhorn. p. échelonnés le. répondant aux yodels qui partaient de la cabane Rotondo. Comme je l'ai dit au chapitre IX. car il avait trouvé la neige du Blindenhorn trop dure à son goût et il craignait de renouveler de fâcheuses expériences. nous fîmes un jour une promenade jusqu'à la Forcla di Cristallina. puis jusqu'au Gothard. où nous couchâmes une seconde fois. du Simplon au Gothard. en bras de chemise. elle était alors ignorée des skieurs. J'essuyai d'amers reproches. Enchantés de me faire supporter la responsabilité de cette audacieuse hypothèse. si la neige était mauvaise sur le versant du Bedretto. des myriades de pics dont j'oublie les noms. s'insinuait par de longs méandres à travers les glaciers ou les forêts. Mittendorff fut difficile à convaincre. les vacances venues. aboutissant perpendiculairement à la grande chaîne pennine. — dans la neige poudreuse cette fois.tous. une forte patrouille d'officiers en civil nous assura que la descente à Realp présentait tous les charmes désirables. qu'on atteint facilement d'Ossasco en trois heures. J'ai parlé ailleurs (1) de cette traversée combinée des cols de Geren et de Wyttenwasser. Il y avait du fœhn dans l'air . elle serait excellente sur celui de la vallée d'Urseren.long d'une corde fixée à l'arrière du traîneau. Une heure plus tard. Mais ce ne fut qu'une fausse alerte : après être descendus une centaine de mètres sur une pente raide. Plus tard. en considérant cette route sur la carte. de Lebendun et du Vannino. Staub. avions établi notre quartier général à la petite pension du Nufenen. irradié dans l'or du couchant. et nous volions à toute allure sur la neige unie du glacier. Distances à vol d'oiseau . aussi.

qui flamboyait dans l'azur. nous irions donc lui rendre visite. A Ossasco. assez fréquent dans e Bedretto. trois êtres démoralisés. se révéla à nos yeux comme un bijou. Le lendemain. en plein sud. suivant une piste à demi effacée. symbole de modestie et de renoncement dont la poésie toucha mon âme. les nuées débordent parfois la frontière et couvrent le Bedretto. perdue au milieu des neiges. Peu à peu. freinant de toutes ses forces et hurlant à tue-tête : Furt ! Furt ! Le lendemain. 1 Alpina. J'avais l'impression que deux heures plus tard nous serions de retour. la Cristallina (2 910 m. 2 . suivant une piste ouverte la veille. le long d'une large terrasse au pied du Marchhorn. La neige fut parfaite. comme nous poussions la porte. Vers midi. et nous montions ainsi rapidement à travers les arbres clairsemés de la forêt. il n'y avait plus un nuage au ciel : nous étions tranquillement adossés à la petite chapelle du San Giacomo. pour crier famine si lamentablement. entre les mélèzes de la forêt. Un coup d'œil suffit pour nous décider à battre en retraite. que la muraille de nuages s'rrrêtait régulièrement derrière la chaîne du Gothard. Cette petite chapelle du San Giacomo. Sur la carte. Le soir. le chemin était couvert de verglas et. dès qu'on voulait le caresser. car il soufflait un vent chaud et lugubre dont les rafales faisaient plier la ramure des mélèzes. jour pour jour. immobiles. notre désespoir fut noyé dans le chianti. peur voir le temps qu'il faisait en Valais. nous couchions à l'Ospizio del'Acqua. Il avait sans doute mangé depuis longtemps toutes les souris du logis. 1912. les brumes se fondirent ou restèrent accrochées sur les sommets. il neigeait à Airolo. A Ossasco. Le matin. et assez loin dans l'azur. le soleil perça un trou de ciel bleu . Demain. debout au milieu de la chambre.) et le Basodino (3 277 m. enfin.dans le val Bedretto. pas un souffle de vent sur la neige tout unie.). Par un curieux hasard. A part ces teintes vives de l'aurore. nous bouclions la boucle de la Cristallina et retombons dans notre trace. deux heures plus tard. venait de pulvériser son réveil sur le plancher. pas le moindre incident ne vint troubler la tranquille félicité du jour . de Choudens. « Mitten » allait de l'avant. vous auriez voir dans le haut du Bedretto. La vue de la Cristallina est certainement bien belle et très étendue. mais bien de rendre visite aux dignes voisins du Blindenhorn. Nous glissions muets vers cette chaude lumière. il s'échappait dans l'obscurité en bonds sauvages et craintifs. Et plus loin. mais nous pouvions maintenant nous rendre compte que cette route. nous admirions. Mittendorff et moi. nous étions en route pour le San Giacomo. dès le lever du soleil. nous prîmes possession de nos quartiers et. en train de déjeuner (2). dans l'évasement gracieux du col. pas un nuage au ciel. A l'alpe du Valtorta. mais. Pour rattraper le temps perdu. mais le désir de descendre enfin était trop puissant pour permettre une longue halte. Après nous être étirés longuement. un pauvre petit chat blanc et tout tremblant se mit à miauler dans l'obscurité de sa prison. le plan d'attaque fut modifié et nous décidons de passer par le San Giacomo. 109. mes yeux ont gardé de la Cristallina une impression de blancheur immuable. suivant des yeux les méandres gracieux de nos serpentines sur le flanc de la montagne. Durant la soirée. nous descendions dans une petite plaine et remontions vers le sommet par une large croupe ondulée. mais nous pûmes constater ce jour-là. et maintenant l'aube se levait déjà dans un ciel sans nuage. au pied d'un mélèze centenaire. Au delà. Ce que je résume ici en quelques mots nous coûta de longues heures de marche. deux heures plus tard. avant de monter à la Bocchetta Val Maggia. Après cinq minutes de glissade vertigineuse. nous étions couchés 400 mètres plus bas. la glissade reprit. dès l'aube. avec un ciel sombre au-dessus d'eux. C'était bien fait : ce sacré réveil n'avait pas voulu marcher. Le lendemain. j'entendais Staub derrière moi me gagner en vitesse. Cependant. outre une descente splendide et variée. Il neigeait encore! Notre intention n'était pas de tenter la fameuse traversée. nous étions de nouveau à Airolo. il s'approcha souvent de nous pour dévorer ce que nous laissions tomber delà table . Il était tombé pas mal de neige et le temps s'éclaircissait lentement . Durant cette course. dans la nuit noire. nous avions esquissé une voie d'approche passant par la Forcla Cristallina. A la dernière lueur du jour. Ce phénomène atmosphérique. et nous partîmes fort gais pour Airolo. le Basodino présentait son large glacier bombé et luisant sous le soleil. — Disons pourtant ce qui se laisse dire : après avoir traversé le Passo di Naret. Une puissante arête rocheuse projetée par la Fiorina (et qui n'est pas indiquée sur la carte) nous obligea à descendre sur le Bodensee. nous montâmes encore jusqu'au col du Nufenen. dont Forni voulut bien nous confier la clef. couchés. un peu au-dessous de la Forcla. serait fort pénible à tracer dans la neige profonde. l'alpe Robiei et le glacier du Basodino. Un an plus tard. une note de gaîté tomba sur la nature et réchauffa nos cœurs. Mais. le lever du soleil sur le Lucendro. 85 lequel amasse des nuages sur le versant septentrional des Alpes et laisse le ciel du Tessin parfaitement bleu. le gîte familier nous attendait. La Forcla franchie. p. L'air doux était imprégné des senteurs qui annoncent la tempête. est dû à l'action du fœhn du nord (voir p. un peu fade. J'ai déjà attiré l'attention des skieurs sur ces deux pics tessinois (1) et je me bornerai à tracer ici quelques souvenirs. Une nuit. L'après-midi fut consacrée à l'exercice du saut. Or. De là. les premiers rayons du soleil jouaient sur la neige une gamme de tons où l'ocre et le rosé se fondaient lentement dans l'azur. les plus blasés trouveront là de quoi émerveiller leurs yeux. très longue. avec son parvis entouré de corniches. Scène navrante dans le grandiose de ces montagnes. Aussi. nous prîmes à gauche. je fus réveillé en sursaut par un grand vacarme : Staub. nous fîmes une marche forcée à une allure folle et sans desserrer les dents.

Du brouillard couvrait le col . brusquement arrêtée à All' Acqua. Finalement.). le temps fut beau et doux . passant du Mont Rosé au Finsteraarhorn. la blanche pyramide de cette montagne s'élever sereine dans l'azur d'un ciel d'hiver. mais nos yeux s'intéressaient presque exclusivement aux Alpes Lépontines. le Passo di Val Tendra. elle prend assez vite une consistance très dure. mais — autant le dire tout de suite pour ne plus y revenir — dès le lendemain et jusqu'à la dernière heure de la traversée. nous déposions nos skis comme deux Indiens auraient amarré leur canot en touchant la rive de quelque îlot sauvage. De Choudens avtait son sac légendaire aux mille poches. qui s'ouvre dans la crête séparant les glaciers de Hohmatten et d'Alpien. Mais ces accidents de terrain. il fallut descendre encore. en janvier 1913. nous découvrîmes au delà de l'abîme notre route de demain : le col de Kaltwasser. Une angoissante inconnue nous attendait : la paroi de glace qui sépare les deux branches du glacier et qui s'obstinait à rester dans l'ombre. Ce fut un excellent prétexte pour se borner à faire une reconnaissance. nous surprîmes un petit coin de verdure. Très loin. un vrai Paradis enclos de rochers et de mélèzes. le dernier acte : la traversée du Simplon au Gothard. en queue. Comme nous montions. Ayant éliminé le superflu. Finalement. de la vallée du Rhône. A. et nous descendîmes bien vite. le seul qui fît tache dans toute l'immensité blanche. Chacun tira sur la corde et Mitten. Quelques mèches de brouillard traînaient aux flancs des monts. Jusqu'au Breithornjoch. Mon dernier souvenir du Basodino est notre descente du San Giacomo. en étudiant de plus près le profil de notre traversée. ce fut. mais la corde ne servit qu'à tirer mes skis sur la route du Simplon et dans le Bedretto. nous pûmes nous assurer du nécessaire : un peu de viande séchée dont les bons pères nous taillèrent de belles tranches dans un quartier de bœuf. plutôt qu'en sens inverse. Nous reprîmes au retour exactement le même chemin qu'à la montée. Ce coup d'œil dans la réalité nous 1 Le Clubfûhrer durch die Tessineralpen du C. un piolet et nos crampons. par où Ton gagne le sommet. qui nous permit de partir tard et légèrement chargés. je prétendais n'avoir aucun plaisir à varapper sur des dalles recouvertes de neige. Nous avions emporté une corde de vingt-cinq mètres. la course étant réussie et la possibilité d'atteindre le Basodino en ski démontrée. Les crampons et le piolet furent très utiles. nous eûmes presque continuellement les meilleures conditions de neige et les plus grandes chances de succès. et plus loin. les mazots de Morast ressemblent à un jeu de dominos. nous fîmes une deuxième constatation coïncidant très heureusement avec la première : c'est que les plus belles pentes sont inclinées vers le nord et l'est. il se décida. sur mes instances. Le lendemain. la montée est longue et passablement raide. dans'une profonde échancrure de la montagne. à une altitude de 2000 mètres environ. pour atteindre la branche occidentale du glacier du Basodino. à renvoyer à Genève les trois quarts de son contenu. le glacier d'Avrona. étourdissante. restant neutre. répandus sur le tapis blanc de la vallée du Gries. (1908) prétend que 1e Basodino fut gravi en ski avant 1908. il y eut une courte lutte : de Choudens. Et c'est pourquoi. on traverse les névés supérieurs de l'Alpiengletscher. dressée au milieu d'une prairie. nous étions installés à l'hospice du Simplon. et l'on se dirige droit vers la face triangulaire du Monte Leone. vous comprendrez le plaisir que nous eûmes à trôner là-haut. les brouillards se retirèrent en Italie. en évitant et repérant les quelques crevasses visibles. C'est en suivant une de ces vires que nous atteignîmes l'arête occidentale. Avant les derniers rochers du sommet. nous pûmes enfin choisir l'endroit le plus favorable pour traverser cette paroi qui se trouve n'être qu'une forte pente de neige. Ce devrait être quelque part dans le val Bavona. On sait — nous avions pu le vérifier durant nos courses précédentes — que la neige est généralement bonne sur les pentes inclinées versle nord et l'est. mon fidèle ami de Choudens et moi. . car il était passé 2 heures ( 1). dont la préparation est du reste identique et tout aussi simple. mais je n'ai trouvé dans la littérature aucune mention de cette ascension. Et maintenant. Le gneiss du Monte Leone est disposé en couches régulières qui apparaissent très distinctement sur cette face de la montagne et forment de larges vires. découvre un monde nouveau de pics chamarrés de neige et de lumière. l'abîme se creuse devant vos skis et le regard. et moi.Et celle-ci une fois atteinte. Descente n'est pas le mot : à travers les arbres espacés de la forêt et les ombres allongées du crépuscule. voulait poursuivre. sur celles opposées au sud. et les aspects de la nature qui change à l'instant. D'autre part. e il le considérait d'un air mélancolique. S. en tête. où ils restèrent en suspens. Le brouillard couvrait tout ï'Ossola et la plaine lombarde. Si vous avez pu voir. devant l'asti moussant dans nos verres. et atteindre ainsi la branche principale du glacier. sur la neige bruissante et légère. On distinguait une vieille ruine. Notre reconnaissance s'allongea et finit par nous conduire au sommet du Monte Leone (3558 m. se mit à gigoter au milieu. constituent le charme de cette course. Juste à nos pieds. à travers un terrain coupé de vallonnements. Première constatation. En nous avançant un peu sur l'arête nord. Au pied des rochers. Conclusion : il fallait effectuer la traversée du Simplon au Gothard. qui conduit vers l'alpe Devero. sans guère monter ni descendre. une fugue endiablée. Après avoir remonté la branche occidentale du glacier. Depuis ce col. genre Tar-tarin. nous mîmes le nez à la fenêtre. c'est moi qui l'emportai. alors que. le 5 janvier 1913. Arrivé sur le col entre le Basodino et le Piz Cavergno (Passo Basodino). l'alpe Veglia. C'était la première fois que je goûtais à ce produit valaisan : il me parut aussi nourrissant et plus savoureux que celui des Grisons. bien plus intéressante et plus variée que celle de la Cristallina. On ne s'écarte guère de la route d'été.

Vue du Monte Leone. mais. J'ai passé là une heure de quiétude comme il en est peu dans la vie. et nous décidâmes d'emblée de la couper en deux en passant une nuit à Veglia. Menacés par les séracs fantastiques du Monte Leone. longeant la moraine où l'on voyait des lièvres blancs folâtrer entre les blocs. Nous avions télégraphié à Baceno. la combe était presque dénuée de neige. tout au bas du vallon d'Avrona. tel un point. suspendues à un clou. Pas un bruit. mais leur vision ensoleillée demeura dans nos yeux. Le passage que je visais — et qui est du reste le bon — nous fit perdre un temps précieux. je laissais mes regards errer sur les cimes bleues du Valais. dont k plupart sont en pierre et bardées de fer. pas un souffle. et la carte porte des erreurs à cet endroit. il se dresse là uae paroi de rochers absolument verticale. Je ne dirai pas que la descente fut charmante . se tordent en poses superbes. Le Val Dantro. sur le plateau neigeux du Simplon. Sur le col. devient moins raide et s'étrangle finalement entre ses moraines resserrées. les skis glissent aisément entre les mélèzes espacés. au-dessus de Ponte. Nous réussîmes pourtant à nous échapper et à descendre tant bien que mal vers les lumières de l'hospice. lui demandant si l'on pouvait y coucher. il fallut dire adieu aux cimes du Valais . nous ne quittions l'hospice que vers 10 heures. comme nous. Le jour suivant. Toujours d'après la carte. En réalité. La vue grandissait derrière notre dos et. on lit ces mots tracés en rouge et d'une insolente ironie : Per Devero a sinistra sotto le rocce. Une surprise désagréable nous y attendait. où ils prêtent à la nature un grand cachet d'originalité. rien ne bougeait. jusqu'au moment où il disparut à mes yeux derrière l'arête noire du Hûbschhorn. dans une petite cuisine. nous arrêtâmes notre choix sur une petite maison rosé de modeste apparence. au-dessus de 1' « Alte Gallerie. nous serions montés à reculons. et descendez au crépuscule dans ce cirque dantesque de Veglia. dont le Weisshorn est roi . Ces mélèzes aont merveilleux et bien différents des nôtres. Allez vous y aventurer avec des skis ! Bon gré mal gré. promenez-vous au soleil sur les névés du Kaltwasser en contemplant de larges horizons. restera toujours pour moi un des meilleurs souvenirs de notre randonnée. Ici noua entrions dans l'ombre et dans l'inconnu en même temps. ce serait faire à la neige des compliments qu'elle ne méritait pas. si nous n'avions eu des skis. de Choudens avait perdu son piolet — un superbe Anthamatten. Faites comme nous. ciselés. au propriétaire de l'hôtel de Devero. d'où le Bietschhorn surgissait. Tout en fumant ma pipe. Personne à Veglia. le matin du 7 janvier. Il nous ouvrit le logis où certes nous étions bien tombés : il y avait là. nous reprîmes la montée. dominé par son Lion : alors. Il nous répondit qu'il serait à son poste au jour désiré. je vis. toutes les clefs du logis. ayant déjeuné et causé longuement avec Paimable prieur. Le pied du Hùbschhorn était atteint lorsque me vint la malheureuse idée de quitter notre piste pour essayer une variante évitant la pente très raide que nous avions traversée le matin. Seules. tout joli dans la lumière du matin. Plus bas. qui cache complètement la vue de la Scatta (échelle). Après une inspection détaillée des cases. cuivrés. Nous nous sentions tout petits et nous étions seuls. vous serez saisis et ravis par la sublime beauté du contraste. il faut la voir dominée par le Monte Leone. la croix a été remplacée par un banal écrit eau : Caccia riservata. et nous arracha bien imprécations lorsque la nuit fut venue. Trop tôt mon ami revint. Nous devions en rencontrer plus loin. nous descendîmes prudemment sur le glacier qui.révéla la longueur impressionnante de l'étape qui unit le Simplon à Devero. Tandis que nos regards se heurtent à ces falaises dorées. à la descente du glacier de Hohmatten. audessous de la vieille moraine du Kaltwassergletscher. qui conduit à Devero par le val Buscagna. dans la forêt. un poêle. Les montagnes rutilaient sous le généreux soleil de l'hiver. du bois sec. Palpe Veglia n'a Pair de rien . La veille. doit ressembler à quelque sauvage vallon du Tyrol par le somptueux décor des rochers qu l'enferment et par ses forêts. pointant le ciel de son obélisque doré. dans l'intimité et la solitude. Aussi. peu à peu. dont l'hospice m'était caché. Je me retournais souvent pour le regarder. Sur le col. Il pensait que nous étions les premiers 1 réussir le Monte Leone en ski. à Devero et dans la partie supérieure des vallées de Binn et de Bedretto. Il faut la prendre tout à gauche (nord) et s'élever en lacets le long des rochers du Monte Moro. ayant retrouvé son piolet. nous dûmes . La ressemblance qu'offrait ce jour-là le Fletschhorn avec le Mont Blanc vu des hauteurs du val Ferret italien était frappante. La pente conduisant du fond du Val Dentro au Passo di Valtendra est franchement raide. où le prieur nous reçut avec du vin chaud. Et pourtant. Après qu'il se fut restauré. Je me hâtai d'y arriver pour jouir plus longtemps de la halte. La perspective de faire cette longue étape en deux flâneries était reposante et sagement adaptée à la brièveté des-jours et à l'absence de lune. Mon style est impuissant à évoquer les beautés ignorées de ce site grandiose. Le soleil était couché lorsque nous arrivâmes à Veglia. Il me quitta bientôt pour aller à sa recherche et nous nous donnâmes rendez-vous sur quelque roche qu'échauffait le soleil. partez du Simplon. il semble possible de traverser de flanc vers la Scatta d'Orogna. nous parcourions notre petit paradis. Et pourtant il nous fallait un toit pour la nuit. un traîneau glisser lentement dans l'immensité blanche. puis je les portais vers l'Oberland. Leurs troncs sntiques. Cette soirée passée à Veglia. où nous sommes entrés. Sur une dalle de gneiss. Le piolet fit le reste. on en mesurait de nouveau plus d'un mètre. La piste de la veille nous guidait. puis disparaître vers l'Italie. ». Je le crois volontiers. une batterie complète et. Palpe Veglia et ses petites maisons restaient éclairées.

nous ouvrîmes avec peine une des fenêtres de la chambre qui semblait n'avoir jamais été aérée. Il était recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace qui. directement. L'alpe Devero est plus étendue et moins encaissée que celle de Veglia. Le versant italien du col offre une rude montée. Il nous coucha maternellement dans un grand lit. Toujours ces mélèzes enchantés ! Nous glissions au milieu d'eux. La neige. comme deux petits garçons. nous étions tranquillement assis sur le col. A midi. plongeant des regards curieux dans la vallée de Binn ouverte à nos pieds. et les skis glissaient d'euxmêmes dans la neige poudreuse. C'était la première fois que je visitais la vallée de Binn . Le Rio d'Arbola nous conduisit tout naturellement au pied de l'Albrun. On n'en trouve qu'à la pinte du chef-lieu. bien entraînés. nous franchissions le seuil de l'hôtel du Cervandone. Je lui éclatai de rire au nez. dès l'aube. ce fut à qui arriverait le premier en haut. a triplé son étendue primitive au point de l'allonger vers le nord jusqu'à la gorge du Rio d'Arbola. l'heure. A perte de vue s'étendaient vers le nord les plus beaux champs de neige qu'un skieur ait jamais rêvés.descendre dans je vallon anonyme. Lorsque le patron revint. Cette descente à Devero par le val Buscagna est stupéfiante. nous glissâmes en longues serpentines sur les vastes champs de neige qui occupent toute cette partie supérieure du Binntal. des légumes et du fromage. ayant renoncé à l'idée de contourner l'Ofenhorn par l'est en franchissant les cols du Vannmo et de Lebendun. sur un vieux grabat que l'hôte avait déclaré inhabitable. certains ivrognes de ma connaissance. — et je crois qu'alors vraiment la comparaison serait à son avantage. Une heure après avoir quitté la Scatta. Et pourtant. En faisant un détour par l'alpe Forno inférieure. Là-haut. à l'autre bout du Valais. nous devions commencer la montée vers l'Ofen-gletscher. s'était affaisée et s'affaissait encore en sourds craquements. avec sa pipe à la bouche et une heure d'avance sur la diane. lorsqu'elle n'est pas fermée. comme des bras cassés. Ayant obtenu le manger et le boire. A 5 heures déjà. le triomphe fut aux skis. nous étions prêts à partir. — une minestra valaisanne comme j'en ai rarement goûté. plus ensoleillée. sur les débris congelés d'une ancienne avalanche et. puis nous primes le chemin de la vallée. Dès qu'il eut tourné le dos. où se trouve Palpe Bondolero. comme une arête nous séparait. surveillant des yeux la pente à notre gauche. passage que nous avions choisi pour nous rendre dans la vallée de Binn. la neige était dure et complètement gelée. malgré l'éblouissante vision que m'avait laissée Devero. il fallut gagner notre gîte en suivant la lanterne de notre hôte à travers un dédale de ruelles obscures et scabreuses. l'alpe Auf dem Blatt était atteinte. Aussi la halte ne fut pas longue. mais il faudrait. qu'ils cuisent en galettes originales. Notre plan fixé. comme de Choudens est très mauvais coucheur. Au pied du mont Orfano. le lendemain. Lorsque. le soleil brillait dans un ciel pâle et sans nuage. en quête d'un gîte. Ils vivent de lait. Dans une misérable hutte écrasée sous la neige. tandis que toute la plaine et les forêts de Devero reposaient sous une masse étincelante de neige cristalline. étudiant la route de demain. je préférai m'étendre le plus près possible de cette fenêtre. Une fois de plus. elle me parut peu favorable au ski. j'étais réveillé et je pus jouir de sa stupeur en me voyant couché près de la fenêtre ouverte. tout y contribua. Elle est moins sévère aussi. on évite les pentes les plus raides. nos cris de joie firent retentir tous les échos de la montagne. Mais. nous quittâmes la Capone d'Alberti pour continuer notre voyage. Sa pipe rivée au coin de la bouche. moins cloîtrée. Demain serait la grande journée : il nous fallait passer de Binn au Bedretto en traversant l'épaule du Blindenhorn et en prenant en route d'Ofenhorn. et malgré la neige durcie. du riz. l'éclairage. puis il redescendit vers son . ouvert pour nous par l'aimable Signor Alberti. de fromage et de pain bis. lorsque ses torrents bondissent des rochers dans les prés verts. on pouvait monter n'importe où: de Choudens prit en lacets sur la droite. et il commença à jurer dans sa barbe qu'il n'y comprenait rien. à travers un site grandiose et après une rude besogne. c'était pour nous retourner et contempler à contre-jour les noires silhouettes des mélèzes découpées sur l'immense éclat des neiges. et c'est le seul itinéraire à conseiller lorsque la neige présente le moindre danger d'avalanche. mais très pittoresque. Je la trouve moins belle. Ces braves gens ne possèdent pas la moindre goutte de vin dans leurs caves. à Veglia. Ses eaux alimentent des turbines installées plus bas et fournissent la lumière et la force à la vallée de Devero. dont la pâte est mélangée d'anis : bel exemple de sobriété que nous donnent ces montagnards et que feraient bien de suivre. Lorsque nous nous arrêtions. le lendemain. le Lago Codelago est barré d'une digue qui. ce jour-là. Il n'était pas inhabité et j'ai rarement passé une nuit plus atroce. On vérifiait cet effondrement à la roture courant au long de ses rives et aux mélèzes trop avancés dont les branches ankylosées dans la glace étaient rompues et pendaient lamentablement. On arrive ainsi. lorsque cette pente nous parut abordable. Quelle flânerie ce fut 1 Nous étions bien reposés. se précipita vers moi pour constater si j'étais gelé ou endormi. C'est là que. notre hôte nous dévorait des yeux. Nous eûmes le plaisir de traverser ce lac dans toute sa longueur. En quelques minutes. Le brave homme voulut porter nos skis jusqu'à l'endroit où cessait le sentier battu. en élevant son niveau. Il faillit lâcher sa lanterne. Je ne vous raconterai pas les démarches qui furent nécessaires pour arriver à nous asseoir devant une soupe fumante qu'un hôte improvisé nous confectionna avec du jait. ivres de volupté et de joie. je montai à pied. Et. il fallut y monter sous le soleil de midi. Nous fûmes initiés peu à peu aux étranges coutumes des habitants de Binn. et. à la Scatta d'Orogna. para suite d'un abaissement subit du niveau de 1'eau. nous pressant de questions auxquelles il fallait répondre dans le plus affreux patois pour être compris. nous déposâmes la plus grande partie de nos bagages. la voir en été. pour en juger.

nous découvrîmes enfin le Blinden-horn. entre Tschampigenkeller et Kiihstafel. et nous comptions bien nous y arrêter. Mais nous comprîmes en y arrivant que les perfides doganieri s'étaient moqués de nous. il fallut s'arracher à la contemplation et regagner le Hohsandpass. et bientôt nous déclarions cette pente assommante. tandis que nous remontions la vallée suivant notre trace dans la nuit. jusqu'au Gries. Je ne risquerai. la lanterne fut allumée pour descendre dans le gouffre noir où le chemin zigzaguant se transformait en une glissière verglassée. A Tosa (l'hôtel était fermé). Il y eut alors une courte discussion. Après une halte beaucoup trop courte. En un rien de temps nous étions dans le lit du Hoh-sandbach. Nous partîmes en même temps d'un franc éclat de rire qui rompit la torpeur noctune. rentrant d'une patrouille dans le Griestal. Il était d'une hauteur prodigieuse. lorsqu'un paysan nous cria dans l'ombre : « Alle or un quarto d'or a fing alla prim' osteria ». pour éviter de nous rompre le cou dans ce maudit dévaloir où l'on ne pouvait risquer un pied sans perdre l'équilibre ou esquisser les contorsions les plus grotesques. C'était alléchant. puis une rapide descente et une fuite éperdue sur le beau glacier de Hoh-sand. pointa ses skis sur le Hohsandpass. nous prenions pied sur le glacier où de Choudens. nous étions assis sous le porche de la chapelle de Tosa. vers 10 heures. ils veulent tout voir.). passant le premier. Peu à peu. Comme leurs souliers étaient ferrés de crampons. non sans nous demander comment finirait l'aventure. Une fois de plus. En sortant de la gorge. du reste. nous tournâmes le dos au Gries et descendîmes à Morast. connaître le prix de chaque objet. la lanterne entre les dents et les mains cramponnées aux vernes rampantes. Ici devait s'évanouir notre dernier espoir : celui de passer le Gries pour gagner le Bedretto le même soir. puis nous partîmes gaiement à pied. mais. lorsque deux superbes doganieri firent leur apparition. pas un mot de description. et je dus me soumettre à son irrésistible plaidoyer. avec laquelle il présente une analogie. Mais il fallut près d'une heure pour trouver à la poste de Wald le toit hospitalier et le festin rêvé. le thalweg était frayé par les traîneaux qui servent au transport du foin. L'aube se levait comme nous arrivions à l'alpe Auf dem Blatt pour y quérir nos bagages. Qu'ils aient agi par simple ignorance cette ignorance est excusable de leur part . il était tout naturel de franchir des cols sans nous attarder à gravir des cimes et l'étape de ce jour. Le soleil venait de poindre et il réchauffa notre halte dans les rochers. J'avoue que la vue dont nous jouîmes là-haut vers midi est la plus belle que j'aie découverte d'un sommet en hiver. nous leur demandâmes pourquoi ils n'employaient pas des skis. ce que nous fîmes. décourageante. A notre grande satisfaction.village. Une courte glissade dans l'ombre fraîche nous reposa. Rude fut la montée qui nous conduisit ensuite au Mittlen-bergpass (ouvert entre le Hohsandhorn et les Strahlgràte) : une chaleur accablante avait succédé au froid matinal et la fatigue commençait à se faire sérieusement sentir. déjà si longue. Cette dernière chance nous épargna un bivouac. tout toucher. Entre deux immenses parois de rochers. Le lendemain matin. pourquoi nous voyageons et ce que nous sommes : étudiants ou militaires ? Avec mes quelques mots d'italien. en révélant mes plaques photographiques et en constatant que la moitié avait été anéantie par ces fonctionnaires imbéciles. faite de tâtonnements énervants. Un vent froid aous en chassa bientôt et nous commençâmes a zigzaguer sur la pente des Lange Eggen qui conduit à l'Ofengletscher. Mais de Choudens envisageait la question d'un œil très optimiste. Il ne restait plus qu'à descendre dans la vallée par la gorge même du Hohsand. je lui laissai tout le soin de guider mes pas sur sa montagne. nous dûmes user d'une tactique savante. aurait dû nous engager à renoncer à l'ascension. 1 Première ascension hivernale de l'Ofenhorn (3 242 m. Le réveil effectif n'eut lieu que beaucoup plus tard. et ceci simplifie beaucoup la patrouille! Ils parurent fort étonnés en apprenant que nous allions passer le Gries et que nos skis nous attendaient à Morast. En une heure et dix minutes nous atteignîmes le sommet par le versant italien. j'avais peine à satisfaire cette curiosité maladive. une heure plus tard. dans l'ombre froide du matin. savoir d'où l'on vient. Fruttwald est le premier village habité du Formazza. où l'on va. et nous attaquâmes ces nouvelles pentes avec une nouvelle ardeur. Je reverrai toujours de Choudens affalé sur le ventre au milieu d'un fouillis de branches. c'est la cupidité qui les poussa à nous voler une paire de lunettes de glacier dont de Choudens dut se passer pour la dernière journée. le petit hameau que nous avions aperçu autrefois du haut du Basodino. le torrent était comblé par les débris de nombreuses avalanches qui remplissaient le fond de la gorge. — à l'exception peut-être de celle du Grand Combin. Nos bagages avaient subi une inspection dont je ne pus fixer l'étendue que plus tard. l'Ofenhorn devint l'objet de notre discussion : il se dressait maintenant juste au-dessus de nous. Ce matinlà. non sans ronchonner. ayant abandonné nos skis à mi-chemin (1). . Nous fiant aux courbes de niveau de la carte. Les malins ont tout avantage à ignorer ce moyen de communication : sans ski. et nous continuâmes. Arrivés sur le col. Comme nous faisions une traversée. Le Hohsandpass évoqua en nous le souvenir de la Fuorcla d'Eschia. ils ne sortent pas des chemins battus. Cette traversée est impraticable en ski. Dans la lumière tremblotante. Ces douaniers sont les gens les plus curieux du monde . une allusion au Griespass. Au reste. comme nous l'avions baptisé. avec la ferme intention de coucher dans des lits et de faire un sérieux repas avant de revenir ici pour franchir notre col. au « passage des Vernes ». Mais celle-ci ne tarda pas à fa blir. ce qui ne l'est pas. nous nous retournions constamment pour les admirer et signaler quelque nouvelle apparition. Nous déposâmes dans une grange nos skis et le plus lourd de nos charges. j'avais le diable au corps et. les cimes du Valais surgissaient de l'ombre . nous avions compté faire une traversée de flanc de Zum Sand par Gemsland. dans une gorge de la Binna.

Ces contrastes sont fréquents en hiver. il soufflait un vent qui nous fit endosser nos plus chauds vêtements. je descendais. surpassant en grandeur et en magnificence ce que nos pauvres cerveaux avaient imaginé. J'avais dans mon sac la corde que je transportais depuis huit jours sur mon dos et je voulus m'en servir une fois. Quelques jurons ingrats avaient déjà troublé le silence. traînant mes planches qui. Une chance inouïe nous avait accompagnés. et nous fûmes contents de goûter ensuite la fraîcheur de l'ombre . toutes les émotions. mais personne ne répondit à nos appels. de quoi réchauffer mon cœur durant les vieux jours. et de Choudens ne voulut pas s'attarder. et. avait recueilli l'élément poudreux dissipé ailleurs par le vent et offrait à nos skis deux rails huilés où la vitesse devint bientôt vertigineuse. du Simplon jusqu'ici. mais. avaient agrémenté la course. tranquille et sans vague. lorsque l'air n'est pas absolument calme. Dans la neige profonde. Aujourd'hui. L'hospice d'Ail' Acqua était ouvert. et je trouvais au total que les promesses ne s'étaient pas démenties. La première montée se fit en bras de chemise. me suivaient ou me précédaient. En arrivant sur le col. un peu las et l'esprit rêveur. sur le col. J'allumai ma pipe et je m'en fus à petits pas. et je voulais emporter en moi un peu de sa poésie. de Choudens entama la dernière montée. ne fût-ce que pour tirer mes skis sur le thalweg dont la dureté commençait à m'exaspérer. C'était peut-être la dernière fois que je voyais cette belle vallée. . Je repassais dans ma mémoire tous les souvenirs du voyage. ou bien glissaient à côté de moi comme de fidèles compagnes. mon âme s'émut au souvenir de ma première vision du Bedretto. lorsqu'une dernière chance nous sourit : une ancienne trace de ski. Bientôt. nous nous dirigeâmes vers le Gries où flottaient quelques brouillards. moirée d'ombres. Le minuscule sosie du Màrjelen évoquait le souvenir des amis absents. Le beau glacier de Gries coulait vers nous comme un large fleuve laiteux. selon la pente. Le versant italien de ce col présentait deux pentes successives exposées en plein soleil et séparées par une petite plaine baignée d'ombre. et nous fûmes nous reposer un instant à l'abri de sa rive de glace avant de diriger nos skis vers notre dernier col : le Cornopass. tous les incidents qui. en nous retournant. je le laissais filer en avant sur le chemin désormais battu. tout en songeant. et les brouillards arrachés à cette masse sombre venaient par bandes se déchirer sur les cornes du Blindenhorn. Le haut Bedretto présentait une neige coriace et dure. Et. nos yeux cherchèrent en vain les pics de l'Oberland qui d'ici font généralement une belle apparition . c'eût été un plaisir d'y voguer. tout le nord et l'ouest étaient noirs de nuages.Furieux. et je verrais tomber cette neige à travers les vitres d'un wagon du Gothard ! Comme l'angélus sonnait au clocher d'un village. que le rêve s'était réalisé. sur la pente supérieure. descendant la vallée. Je tenais à passer tranquillement cette dernière heure de traversée. nous surprîmes une dernière vision : illuminée d'ocré par le soleil couchant. Avec un malin plaisir je contemplais les nuages bas qui cachaient le ciel et je riais en moi-même : demain il neigerait. la cime du Blindenhorn laissait glisser sa longue écharpe blanche.

Nous savons cependant qu'elle n'offre aucune difficulté et qu'elle n'exige qu'un peu d'endurance et beaucoup de patience. J'allais quitter la Suisse pour longtemps. Cette épaule forme une large encolure. Voûtés tous les deux sous un plafond trop bas. et c'est pourquoi je préférai choisir un itinéraire plus intéressant.). et nous allons maintenant gagner l'alpage de la Chaux en passant sur l'épaule du Mont Gelé. lorsqu'un brusque rappel hâta le terme de mes vacances. Il était libre et nous fixâmes le rendez-vous au lendemain soir (4). A 5 heures. Crettez suit dans l'ombre. qui ne possède encore qu une humble auberge. Pour lui comme pour moi. En février 1914. Que faire? A Verbier. — Ciel étoile. Voir Addenda.) Ce serait la dernière. Avis aux amateurs ! En outre.I et II. et lorsqu'enfin le ciel s'éclaircit. mais rapide. Nuit froide. et ce fut Maurice Crettez en personne qui répondit à mon coup de téléphone. Bien souvent j'étais rentré au logis sans avoir rencontré un seul skieur sur toute l'immensité de leurs glaciers. mais personne n'en parle et. et celles-ci n'étaient pas faites pour tenter de nouveaux conquérants. on trouve chez Michelot des chambres propres et une pension parfaitement suffisante. nous sommes tapis dans un creux de neige.) en compagnie du jeune porteur Théophile Theytaz de Zinal (3). C'est une longue journée.) . La catastrophe de Bagnes (où trois skieurs périrent dans une avalanche) avait laissé des souvenirs encore trop vivants dans la contrée. Du Chable. j'arrivais à Verbier.. les précurseurs s'étaient partagé les rares sommités accessibles en hiver.) . Trois heures plus tard. 177 sq 4 Verbier. devrais-je dire. j'étais parti avec l'intention d'attaquer l'Obergabelhorn. est certainement destiné à devenir un jour une station d'hiver à la mode.). L'aube venue. ces deux dernières cimes n'eussent été ravies à leur tour. Trois amis devaient m'accompagner dans une première étape à travers la Rosablanche. pensais-je. nous quittons le village endormi et débouchons par une ruelle tortueuse sur les champs de neige. nous n'avons fait que franchir le bisse de Levron au lieu de le suivre. Depuis longtemps. à l'endroit où celle-ci tourne au nord et monte vers le col des Vaux (2 690 m. On y monte de ce côté par une pente courte. je m'étais amusé à gravir successivement le Bieshorn (4 161 m. — les deux derniers grands pics des Alpes (2). Mais quel chemin prendre? Le thalweg de Saint-Nicolas ne me souriait guère. mais ce raidillon n est pas pour effrayer ceux qui préfèrent la rusticité valaisanne aux splendeurs des palaces. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes plus revus : dix ans bientôt ! C'est à peine s'il a vieilli. personne ne pouvait ni ne voulait m'accompagner. et tracés sur les cartes annexes. Tout en déjeunant. un funiculaire depuis le Chable et des hôtels confortables au seuil de ses merveilleux champs de neige. Comme elle m'est devenue familière. Dans la chaîne du Mont Blanc. C'est là le véritable passage pour se rendre de Verbier à la Chaux. mais — est-ce un effet du réveil matinal ? — il me semble plus réservé. au pied des rochers de la montagne. mais en Dauphiné. vol. Dans le ciel. Encore quelques années et nous verrons un chemin de fer dans la vallée de Bagues. le Rothorn (4 223 m. Je me décidai donc à frapper à la bonne porte. En attendant. une longue montée surtout . et il restait encore dans les Pennines deux beaux sommets à vaincre en hiver: l'Obergabelhorn (4 073 m. en pleine guerre. la course est toute nouvelle. plus sûr de lui. Une 1 Rosablanche (3 341 m. avançant au rythme lent et régulier de ses longs skis. des nuages panachés flottent indécis. 2 Des Alpes centrales. n'ont pas encore été visités en hiver.. mais nous avons pour nous guider la piste des jours précédents. Aux extrémités de la grande chaîne. et je m'étonnais qu'entre temps. leurs traces l'avaient couvert d'un véritable réseau dont les mailles se resserraient de jour en jour. je me trouvais seul en face de la montagne. Qu ils en profitent donc: il en est encore temps. charmant village situé au bord d'une terrasse qui domine la vallée de Bagnes.. plus calme. 1915. il n'existe aucun sommet de 4 ooo mètres. Lassés par le mauvais temps. dans son maintien comme dans ses propos. un peu voûté sous la charge. le point culminant du massif du Pelvoux. où nous coucherons. la Bernina comme le Grand Paradis étaient déjà d'anciens trophées. la montée est rude. ils me quittèrent l'un après l'autre. nous nous serrons cordialement la main. Wellenkuppe leurs horaires dans le Guide du skieur pour les Alpes Valaisannes. Instruits par l'expérience. enfin. C'est ainsi que. profitant d'une étonnante série de beaux jours. il me fallait retourner à Zermatt une fois de plus. Le jour est venu .) et le Grand Cor-nier (3 969 m. et l'on descend sur l'autre versant une cinquantaine de mètres à pied. l'Oberland bernois était devenu l'arène favorite des skieurs alpins : en s'entrecroisant. pp.). il ne tardera sans doute pas à retrouver sa belle humeur des grands jours. lorsque le soleil se sera levé. mais la descente promet d'être rapide et agréable. à l'abri du vent matinal qui balaie la combe de Médran. Trois ans plus tard. La lune a disparu. Pour aujourd'hui. Dans les Alpes orientales. . Dent d'Hérens (4 180 m.CHAPITRE XV DERNIÈRE CAMPAGNE 1 (1920. Seules. ils disparaîtront sans laisser de trace. Mais nous étions arrivés trop tôt. et je suis heureux de constater que mes prévisions se sont réalisées. Deux hivers s'écoulèrent encore. il reste dans les Alpes Craies et Cottiennes une quantité de routes à explorer par les skieurs (voir ma conclusion).) et le Tàschhorn (4 498 m.). 3 Voir Écho des Alpes. entre la vallée du Rhône et la « Haute Route » désormais connue. plus long aussi. et il fallait en profiter. Dimanche 25 janvier. les Pennines conservaient encore dans leurs plis le charme mystérieux de la nouveauté. je pousse une porte et trouve Crettez en tenue de guerre dans la petite cuisine. il s'agira simplement de monter à la Rosablanche et de gagner Nendaz. je prends les devants en portant la lanterne. Je franchis l'étroite ruelle qui me sépare du café Michelot. les Ecrins (4 103 m. La dernière occasion étant venue.. le ciel est sans tache et nous partageons gaiement un second déjeuner. par contre. le 19 janvier. je lui expose mes plans.

Dans l'obscurité. C'est ici la seconde étape. Une glissade presque ininterrompue d'une demi-heure nous porte d'un dernier élan dans la plaine de Cleusen. N'est-ce pas ici qu'avec mes collègues Egger et Kônig. Entre les mélèzes clairsemés nous filons joyeusement. On sort de Cleuson par une gorge étroite et l'on quitte bientôt le chemin habituel pour descendre à droite sur une pente raide. A. nous désirons ardemment deux choses : un souper et un gîte. à l'abri des avalanches . que j'avai s compris les indications du guide Bruchez. au pied du Mont Fort. — beaucoup trop vite. Plus loin vers le sud. De vieux souvenirs s'éveillent en moi. de l'autre. il faut maintenant suivre les rives du torrent jusqu'au moment où nous trouverons des traces de bûcherons. où plusieurs sections romandes du C. I. Longtemps. piaffant dans la neige avec régularité. nous attaquons la dernière montée.étude préalable de la carte avait suffi à déceler cet itinéraire qui peut être recommandé à tous les skieurs. Les skis sur l'épaule. Enfin. Tandis que Crettez. Ici la lumière est diffuse. Elle ne pouvait guère être meilleure. Crettez marche devant. La trêve n'est pas longue et nous reprenons notre route. nous poursuivons notre route. Lentement. car la fatigue commençait à se faire sentir ( 1). On prend alors la direction d'une selle ouverte à l'est du point 2 872 : c'est ainsi.). largement ouvert à nos pieds. tourmenté par la soif. d'un promontoire où nous sommes parvenus. 30 de l'après-midi. nous filons au gré du terrain. ont projeté tour à tour l'érection d'une cabane destinée spécialement aux skieurs et qui deviendra le meilleur point de départ pour la Rosablanche. nous nous étions réfugiés lors de notre siège à la Rosablanche ? Quelle malheureuse équipée ce fut ! Trois jours de tempêtes et deux nuits de bivouac pour échouer piteusement au pied du but ! Aujourd'hui. Par une chance rare. nous suivons une combe sinueuse où l'air est surchauffé. Dès que la neige est suffisamment durcie. je m'assieds un instant au seuil d'un mazot bruni. encadré dans la trouée sombre du vallon de Louvie. A 4 heures. Le ciel est étoile. c'est un fouillis de sommités rocheuses. La glissade est finie. et Crettez désaltéré m'appelle. nous piquons en ligne droite. sur le Grand Désert. comme un détour inutile. Là-haut. vertigineuse. nous abandonnons nos skis au creux d'une petite combe et poursuivons l'ascension à pied. On laisse donc le cal de Louvie à main gauche. évitant d'innombrables mamelons et cherchant à descendre le moins possible. S. Voici la crête rocheuse qui culmine cent mètres plus haut. route 114 . et il faut un bon coup de collier pour en sortir. mais sans lune. Ce n'est pas long. se creuse une combe encore vierge de traces humaines et qui s'évase en méandres jusqu'au pied du col de Louvie. teurnant à contre-pente pour replonger dans l'ombre des combes. n'était l'heure tardive. D'un côté. nous avons quitté l'éclat des neiges pour tomber sans transition dans les voiles du soir. nous avançons en écharpe sur les pentes sans apercevoir notre montagne. tantôt en serpentines. le corps ramassé pour éviter les branches. nous découvrons le col de Cleuson. Je renonce volontiers à ce premier projet. Par les immenses champs de neige de la Chaux. ni loquace aujourd'hui. la montée semble rude après cette longue traversée. couronnée d'un gros cairn à demi ruiné. Entre les moraines tortueuses du glacier de la Chaux. éclatant de lumière. soutenant notre élan le plus loin possible. nous pourrions nous accorder une longue halte. nous pouvons nous élever presque directement sur sa rive droite jusqu'au col ouvert entre le Bec des Rosses et le Mont Fort : le col de la Chaux (3 050 m. qui manquerait de charme si les yeux ne pouvaient se délecter dans les mirages de la scène qui s'ouvre à notre droite : le massif entier du Combin. C'est une longue montée. Ce Sont deux longues heures durant lesquelles la marche devient monotone. aussi peut-on espérer qu'un avenir prochain verra le projet se réaliser. nous touchons enfin la cime et nous couchons paresseusement au pied du signal. Il nous sépare seul de la Rosablanche qui se dresse toute proche maintenant. sachant la neige excellente sur le Grand Désert. Comme nos skis sont restés au pied du sommet. Par contre. et cela de tous côtés. Il y a là plus d'un site favorable. aussi régulièrement que possible. vol. Il était temps. voir le Guide du skieur dans Its Alpes Valaisannes. l'on domine le glacier que nous venons de parcourir : notre piste y file presque en droite ligne pour aller se perdre dans les champs éblouissants de la Chaux . Dans notre lassitude. Il craint d'être surpris par la nuit et presse le départ. de Bagnes. et nous hâtons le pas en suivant les rives de la Printze jusqu'aux chalets de Cleuson. le vent n'avait pas encore abîmé la neige. et. J'ai souvent admiré le Combin. Sortant brusquement de l'ombre. La glissade qui succède n'est pas longue : en dix minutes. Mais Crettez n'est ni contemplatif. On contourne ainsi toute la base des Monts de Cion. Mais il faut encore beaucoup de patience et d'énergie pour y parvenir. elle nous dépose dans l'anse d'un petit lac. et celle-ci restera bonne jusqu'à Nendaz : 10 à 15 centimètres de poudre légère dans laquelle les virages deviennent un jeu enivrant. du moins. le glacier est moins rapide qu'il ne paraît sur la carte. nous chaussons nos planches et nous préparons à la glissade. Pour gagner Nendaz. Tantôt en ligne droite. nous nous étendons en plein soleil dans la tiédeur des rochers. L'air est calme et. il n'est plus question de descendre par le glacier de Prazfleuri. s'ingénie à puiser de l'eau par-dessus les corniches du torrent. A 3 h. Dans la chaleur de midi. Il est 2 heures déjà et la chaleur insolite nous a passablement éprouvés. mais je n'en connais pas d'aspect plus grandiose. Lentement la nuit est venue. lorsque la pente s'accentue. le chemin direct de Nendaz-Basse nous échappe et nous arrivons finalement à Nendaz-Haute 1 Pour l'itinéraire exact de la Rosablanche. nous dévalons une forte pente et gagnons ainsi le plateau du Grand Désert. j'apprécie la revanche et je ris de ma rancune. Que tout cela est déjà loin ! Le crépuscule tombe lentement sur cette alpe sauvage. découpé sur le ciel. presque obsédante. après six ans d'intervalle. derrière lesquelles pointe la Rosablanche. dix heures et demie après avoir quitté Verbier. Grâce à nos peaux de phoque et à la consistance favorable de la neige. qui connaît parfaitement cette contrée.

Mais Follonier. blottis frileusement l'un contre l'autre à l'orée du bois. A travers champs. Quel triste contraste avec le silence d'où nous sortons ! Mon guide lui-même en est impressionné. En passant de Verbier à Zermatt. leurs volets verts clos devant la désolation des neiges. une fois sur place. leurs voix gutturales articulant péniblement les fadaises que nourrissent leurs cerveaux hallucinés. les nuées se déchirent et laissent entrevoir un coin de ciel bleu. par contre celui de la Dent confirme mes prévisions et nous engage à pousser une tentative de ce côté-là. Le fourneau lui-même semble être d'excellente humeur et ronronne agréablement. le bétail était descendu d'Arola. n'est pas fermée à clef. en comparaison de la vie intense qui anime ces lieux l'été ! Sans gaîté. à la hauteur du Plan de Bertol. lorsqu'on vient m'éveiller. Par ce crépuscule d'hiver. Mardi 27 janvier. Là. nous pointons maintenant vers celui du Mont Brûlé. nous arrivons au refuge. et il n'en faut pas davantage pour nous remettre de joyeuse humeur. Ici nos traces se soudent à celles de janvier 1911. A 5 heures. il s'agit de se hâter. à gauche du Mont Collon. le Rocher de la Division (point 3 291). Les chemins sont du reste si mauvais que l'on avance plus vite à pied. Si nous voulons y parvenir de jour. A 7 heures enfin. L'air est doux. mais. ne croit pas au mauvais temps. le glacier de Tsa-de-Tsan s'écroule et se brise en cascades. — Tiens. Comme nous devrons repasser en cet endroit pour nous rendre à Zermatt. — A 5 h. un peu las. Mais. Une heure plus tard. et nous quittons cet antre pour aller nous coucher. douze ans auparavant. Si l'état du glacier est désastreux pour le skieur. et laissons à main gauche la classique Haute Route pour tourner au sud. 30. nous doublons un cap rocheux. Crettez me conduit chez son ami. dans l'ombre épaisse. nous abordons le glacier d'Arola et le remontons dans toute sa longueur. Je comptais pour cela sur le concours des amis qui m'avaient accompagné jusqu'à Verbier . par bonheur. En route donc. où nous arrivons vers midi. En cherchant bien du regard. puis nous retrouvons le soleil sur le plateau supérieur. on peut chausser ses skis et suivre les rives du torrent jusqu'à Arola. j'ai changé mes plans. comme un point minuscule au fond du gouffre.qui n'offre pas de quoi satisfaire notre appétit. Mais là-haut. à pied. Lundi 26 janvier. je finis par le découvrir. par dépit plus que par appétit. au lieu de nous diriger vers Bertol ou vers ie col de l'Évêque. nous entamons nos provisions. mais on distingue pourtant l'angle d'un mur. Tout ce cirque de Tsa-de-Tsan semble dégarni de neige. afin d'exécuter la partie principale de mon programme. Du col de Valpellme à celui des Bouquetins. — Pendant la nuit. Une pelle. la combe glaciaire creusée au pied de la Tête Blanche est noire de glace et striée de crevasses. nous les déposons dans les rochers. La Dent d'Hérens elle-même présente une face aussi sèche qu'à la fin d'un bel été. animés d'un faible espoir. Coincés dans une faille et chargés de pierres. Puis leurs gros rires ont repris. il n'y a pas une étoile au ciel. toute rosé sous la caresse mourante du soleil. après une dernière grimpée dans les éboulis. je désirais m'arrêter à la cabane des Dix pour explorer les environs. alors que nous suivions la Haute Route. Il disparaît presque sous la neige. le jour se lève sur un ciel opaque qui ne laisse percer qu'une triste lumière. La « bise »! une fois de plus elle a sauvé la situation. Quelques jours auparavant. prudemment fixée à l'extérieur. Quel accueil glacial. Il est trop tard aujourd'hui pour gagner Zermatt : nous irons donc coucher au Rifugio Aosta. on dirait que ça va s'arranger ! Une heure plus tard. sauf quelques brumes effilochées qui flottent au gré de la bise. Tout au fond. Une heure plus tard. nous avions dû le mettre à la porte pour le décider à tirer. par la nuit noire. saturé d'humidité : vilain présage. contraste par sa gracieuse envolée avec les horreurs figées à ses pieds. Toute la journée ils ont bafouillé en mâchant leur chique autour d'une table noyée de « fendant ». Par Brignon. ils résisteront au vent le plus violent. seul maintenant avec un guide comme Crettez. Lentement. nous permet de dégager la porte qui. nous débouclions sur la frontière et plongeons des regards curieux sur le versant italien. la fameuse chute de séracs est franchie. c'est un brusque retour à la réalité : l'horreur d'un dimanche soir dans l'atmosphère empestée d'une pinte valaisanne. auquel nous avons annoncé notre arrivée et qui nous reçoit comme des princes. il importe de rester très souple et de ne pas vouloir s'attacher aveuglément à sa première idée. le guide Maurice Follonier. après avoir dévalé un grand couloir de neige dure. tous les nuages ont disparu. A Satarme. Notre brusque irruption les a fait taire un instant et de leurs yeux sanguinolents ils nous ont dévisagés comme des brutes. Voici les hôtels. Veysonnaz et le bisse de Salin. tiens! fait Crettez. alors que. nous partons dans la nuit. Plus je cours la montagne. nous faisons halte à l'abri du vent et. En quelques lacets. et nous bénéficions de sa trace. une délicieuse promenade nous conduit à Vex. qui s'est levé lui aussi. L'obscurité qui semble s'exhaler du gouffre monte lentement aux flancs de la Dent d'Hérens dont les arêtes convergent très haut dans le ciel et qui. et vivement ! Sans transition aucune. Il est 10 heures. secoués de hoquets et de rires idiots. en compagnie de quelques ivrognes. Aussi notre souper est-il vite expédié. Cela n'empêche pas de caresser ses projets longtemps d'avance. et c'est à se demander où a pu passer la neige tombée au cours des deux derniers mois de tempêtes. je devais gagner Zermatt au plus vite. la scène est d'une sauvagerie saisissante. trop tard pour y prendre la poste. mais. tirant nos skis. Nous poussons un cri de joie en découvrant toute une provision de bois et une pile de couvertures déposée dans le dortoir : c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre à l'aise. . Aux Haudères. et que les skis paraissent inutiles pour l'ascension projetée. Le vent a dû souffler furieusèment dans cette région. nous descendons au village inférieur. plus je constate qu'il faut savoir les adapter aux circonstances du moment.

De là.mais bien la deuxième. Dès que les skis se mettent à glisser sur l'autre versant. Tout là-bas. causa neve molle. nous la suivons. je songe à la sienne. Peu à peu. sauf de grandes étendues où la glace noire nous oblige à décrire des méandres qui compliquent singulièrement la marche à la boussole. J'avais souvent admiré des vues prises de la Dent d'Hérens en été. Plus loin. et le cirque entier de Tsa-de-Tsan est plongé dans l'ombre. et nous glissons entre elles. Nous profitons de ses derniers rayons pour étendre les couvertures sur une croupe de gazons dénudés. Mais nous verrons demain: chaque jour suffit sa peine. et les brouillards flottent très bas contre les parois du Mont Brûlé. Voici quelques notes relevées de mon journal : « Départ à 7 h. il a disparu. parce que tout se passa comme nous l'avions souhaité. sauf dans le cirque du Tiefenmattenjoch où l'on enfonce profondément pendant un quart d'heure. aussi vite que le permet la neige fraîche. Le gazon se met à frissonner sous le souffle âpre qui descend des hauteurs. . mes regards glissent avec mes pensées. » Au delà de l'abîme. l'ami le plus rapproché. si lumineuse. toujours la même obsession (1) I Ce soir. elle n'était pas la première. mais sur aucune d'elles sa pyramide ne m'avait semblé aussi sèche. si courte. cube rosé et blanc sur la sombre frondaison des cimbres. Un quart d'heure plus tard. entre les parois invisibles de la Tête Blanche qui renvoient l'écho de nos voix et les pentes de la Tête de Valpelline qui s'élèvent à droite. en direction du col de Valpelline. le chemin creux. presque froid et. et j'ai fermé la porte. sur le seuil de la cabane. heureux de nous souhaiter la bienvenue. nous gagnons les rochers. de vastes pâturages. De la conque évasée de Tiefenmatten. et. je m'amuse à feuilleter le «livre des voyageurs ». qui sont secs et faciles. un douanier Welche. Il est presque 9 heures lorsque nous quittons le refuge. Son église ! sa seule consolation et son seul espoir ! Mes pensées vont à lui ce soir. nous apercevons l'hôtel de Staffelalp. en obliquant à gauche. La nuit est venue. l'astre est près de disparaître derrière les hautes falaises qui nous enserrent.Mercredi 28 janvier. Je n'avais du reste pas l'impression d'être en janvier. et il leur a fallu douze heures de marche harassante depuis Bionaz. nous abordons le glacier. présentant son arête italienne en raccourci et celle de Z'mutt de profil. posté en faction. le contraste est saisissant. parce que nous étions bien entraînés . 45. dont le clocher pointe au centre d'un petit village : Bionaz. aussi noire que par cette journée de janvier. 20. Trois quarts d'heure de halte dans l'air immobile. harmonieuse. et nous disparaissons bientôt dans k brume. Voyageurs ? avons-nous donc mérité ce nom. la gorge se resserre et tourne vers Prarayé. si harmonieuse que je ne puis en parler sans tomber dans la banalité. courte. en attendant le repas du soir. transi. légèrement voilée. en crampons. des chalets brunis égrenés dans la solitude. déjà. et de quelle vie ! Dans le crépuscule qui monte. nous autres qui montons ici en hiver ? Non. Tout est gris ou blanc. la situation n'est pas très rassurante. entre précisément dans son premier quartier Crettez émet de sérieux doutes sur la stabilité du temps. 1 Quant à l'ascension du touriste américain mentionnée dans

Alpine Journal (XXXII. Nous devons être sur le col. les mains dans les poches de sa soutane. Piacenza et ses guides. J'avais rêvé d'y faire une longue sieste au soleil. jusqu'au sommet. je ne vois pas. au fond de ce gouffre désolé. le brouillard se fait moins dense et. qui ont réussi la première ascension hivernale de la Dent d'Hérens (ceci en janvier 1910. Il ne reste plus qu'à la suivie : voici Zum See. A deux. Mais les jours sont courts en hiver et. Neige excellente. Le feu pétille dans l'âtre et. en abordant la rive droite. parce qu'elle se déroula sans heurt et sans le moindre accroc. La lune. C'est là qu'il faudrait descendre pour trouver âme qui vive. Sur le glacier de Z'mutt nous avons du moins les moraines pour nous guider. cette pauvre cure de montagne. Toute une journée de marche nous sépare. — Crettez avait raison . au grand jour. ce brave curé de Bionaz. Inutile d'y monter : nous passons juste au-dessous pour déboucher bientôt dans une piste qui semble venir du Théodule. je crois entendre l'angélus épancher ses notes graves et il me semble le voir. Mais quelle âme. Brusquement il fait très frais. après mon guide. par ce brouillard. le fourneau fume terriblement. Puis une croûte incassable nous porte jusqu'à la rimaye. et pourtant il est. Neige dure avant la moraine dont nous suivons la crête jusqu'au haut. car j'ai commencé le livre parla fin). Simple. comme on le fait en été. Sur la perspective unie et blanche du glacier. petit cône neigeux d'où pointe un bout de perche fracassée par la foudre. et la nôtre serait donc la troisième. se dirigeant à grands pas vers son église. venus en patrouille pendant la guerre . enfin une église paroissiale. L'hiver comme l'été. tombée sur une surface quasi plane. mais je devine la suite : des forêts de mélèzes centenaires. Peu à peu. Ils allaient encore à pied. les malheureux. 275). pour y célébrer l'office. les pieds dans ses sabots de bois blanc. et il faut toute la sagacité de Crettez et sa connaissance approfondie des lieux pour atteindre sans encombre les premiers rochers. la meilleure route sera toujours celle partant du Rifugio Aosta. Au haut du grand couloir. dans ma solitude. il s'élance d'un seul jet. Parvenus à l'arête frontière. le pont sur la Viège et. Après une journée si gaie. nous nous encordons pour louvoyer très prudemment entre les formidables crevasses qui précèdent le Stockje. le temps s'est gâté pendant la nuit. la pente s'évase et diminue. — Que dire de cette journée ? Elle fut si simple. Après avoir mis la corde. je me retire à l'abri. l'apparition du Cerrin est stupéfiante. nous retrouvons nos skis dans leur niche. car c'est plus qu'un voyage ! Voici Bonacossa et ses soldats. puis nous descendons par le même chemin et rentrons au refuge à 3 h. Jeudi 29 janvier.

Par la combe où coule en été le torrent. Lundi 2 février. et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à partir dès la tourmente passée. Bes brumes folâtres viennent jouer alentour. C'est ici le chemin d'hiver. la gorge du Triftbach. Peut-être aussi que l'Obergabelhorn ne lui sourit guère ? En douze minutes. lit une tentative à la Wellenkuppe (3 910 m. Le fils du patron nous en fait les honneurs et nous ouvre la grande cuisine du rez-de-chaussée où nous serons chaudement installé. nous débouclons nos skis sur le seuil de la pension Graven. Il veut bien consentir à nous ouvrir son hôtel. Celle-ci est reliée à l'Obergabelhorn par une formidable arête dont je scrute anxieusement les moindres détails. la montagne eût été impraticable pour plus d'une semaine. En été. — La neige continue à tomber. Je m'en doutais. paresseusement. sans sifflet de locomotive. Par la moraine et l'arête séparant le glacier du Gabelhorn de celui du Trift. Le porteur est parti en avant. Mais. très doux vers midi ( + 4°) Inspection de notre Capone dans ses moindres recoins. J'ai vu aujourd'hui ce que je désirais voir et. comme suspendue. Crettez-Gargantua prépare de plantureux banquets. au cœur de l'hiver.. — Dans mes notes. je ne puis retenir un cri d'étonnement en découvrant un ciel sans nuage. à condition de nous adjoindre son fils. Le mauvais temps serait-il déjà fini ? Zermatt ! Zermatt en hiver! Un Zermatt sans bastringue. ce séjour en Italie. XVIII.. Il y a là certaine corbeille remplie d'excellentes bouteilles. Crettez est confortablement installé. Inutile de pousser plus loin ce soir. sans cohue. Comme j'avais projeté cette course avec lui autrefois.. nous arriverons ici aux premières lueurs de l'aube et. le soleil se couche derrière une arête voisine. Demain. sans fumée. le soleil fuse joyeusement et. il n'est que juste qu'il participe à la revanche. Comme il nous faut du bois.. Le 26 mai 1917. et j'ai toute la journée devant moi.. avec une seule bourrasque le 11.A quatre heures. vers minuit. les neiges scintillent et. Crettez et moi sortons de table une seconde fois et. jeune gars de dix-huit ans. Arrivé làhaut. au crépuscule. pour ne pas perdre mon temps. on aperçoit l'hôtel posé sur la neige. Knubel 1 En janvier 1893. je puis redescendre au Trift. De l'Hôtel du Trift ils parvinrent assez facilement au sommet de la Wellenkuppe. plus haut. Arnold Lunn et Joseph Knubel partirent en ski à l'assaut de l'Obergabelhorn. Samedi 31 janvier. bien que nous ayons encore une autre ascension en perspective (1). le temps s'éclaircit et. Crettez me quitte pour rentrer chez lui. puis la conque glaciaire du Trift que dominent les parois rocheuses de la Wellenkuppe. mais l'arête reliant celle-ci à l'Obergabelhorn était toute en glace. sans portiers à casquette galonnée. — Quel délicieux réveil dans cette chambre basse. au dehors. ces simples lignes neige toute la journée . Elle semble à peine saupoudrée par les trois derniers jours de tempête. l'esprit désormais tranquille. la neige ne s'attache pas aux arêtes exposées à l'action du vent. . je pars en ski. confortable et familière dont les parois exhalent un salubre parfum de mélèze i A travers les rideaux tirés. Une heure plus tard. — Quel temps. On installe des paillasses pour en faire un dortoir. grâce aux peaux fixées sous les skis. Knubel n'arrivera que ce soir. Tout là-haut. le ciel est complètement nettoyé.. Le sentier d'été serpente sur des pentes abruptes qu'il serait imprudent d'affronter à cette époque. En sortant de cette gorge. Je téléphone à Saint-Nicolas : Knubel se déclare marschbereit. Après le dîner. Vendredi 30 janvier. Herr Aufdenblatten est au logis et de fort bonne humeur.. et prit quatre heures pour arriver au Trift. ça m'a creusé l'estomac ! Il s'agit maintenant d'aller trouver le patron du Trift et de lui faire notre demande. Vers 10 heures.. cette cuisine du Trift 1 Crettez s'y sent à l'aise et s'y promène triomphalement. Des travaux urgents l'attendent chez lui et il manifeste un désir évident de ne pas s'attarder ici. inabordable l'été. j'ouvre portes et fenêtres pour laisser pénétrer la chaleur bienfaisante du soleil et je m'installe dans un rockingchair sur le seuil de l'hôtel. je pars pour le Trift. il poussa jusqu'à la base du sommet et dut battre en retraite à cause de l'heure tardive (Alpine Journal.. nous redescendons à Zermatt par la gorge du Trift. lorsque je les écarte. Je n'ai pas connaissance d autres tentatives. devant la scène grandiose du Mont Rosé. sans bruit !.) Il partit de Zermatt même. la route est tout indiquée : une moraine escarpée. et ils durent également battre en retraite. A 2 heures déjà. dans l'azur très pâle. ouvrant une piste que nous pourrons suivre demain à la lumière de notre lanterne. souriant de sa façade rosé à notre arrivée. Dans le petit salon attenant à la cuisine et que Dame Graven réserve à ses hôtes hivernaux. devient en hiver un chenal fort agréable. Mais. rembourré de neige et où l'on peut s'élever directement. les perspectives sont moins avenantes : le ciel s'est brusquement couvert et nous suivons avec anxiété la course furibonde des nuages chassés par le vent. nous acheminons vers le Trift. membre de l'Alpine Club. presque à regret. Trift-sec épatant! Dimanche 1er février. le Tàschhorn pointe sa corne noire qui fume légèrement sous la bise. Une vraie Capoue. et Crettez s'impatiente. et nous suivons sa trace par le fond de la gorge. traînant leurs ombres bleues sur l'éclat des neiges lumineuses : une vraie féerie. 386-387). plus haut. Vers 2 heures de l'après-midi. on débouche au bout d'une heure dans la plaine où se cache le petit lac enneigé du Trift. Sydney Spencer. Mais. il nous servira en même temps de porteur. — Journée merveilleuse qui va marquer le début d'une longue série de beaux jours (du 2 au 20 février. Par contre. Je proposerai donc à Knubel de nous attaquer directement à l'Obergabelhorn. entrain d'achever un plantureux déjeuner. Ainsi l'hiver nous réserve d'agréables surprises. hein ! et quelle veine ! — Ah oui ! et un appétit du diable.

plus formidable. moins violents aussi . Knubel aborde la moraine principale dont nous escaladons la crête en portant nos skis. sur une neige parfaitement dure. Les dalles sont plus faciles qu'il ne semblait de loin. plein d'attrait. Cependant. Là-haut. Il le sait. nous déposons nos skis à l'abri des rochers. On objectera qu'un guide blagueur est rarement un bon guide. Knubel fait une mine grave (le ciel couvert en est évidemment la cause). du reste. où la concurrence est beaucoup plus grande. il s'élance d'un seul jet dans un ciel gris aux reflets d'acier. Il compte au moins cinq heures et demie pour gagner le sommet et revenir ici. nous découvrons aisément les anciennes marches taillées en septembre dernier. vif et nerveux comme toujours. il existe entre eux un frappant contraste. dans le caractère aussi bien que dans la physionomie. je m'avance au bord de la gorge qui se creuse vers Zermatt et lance un long yodel dans le vide. observant d'un œil inquiet les spasmes de cette aube. dans la tristesse lugubre de cette matinée d'hiver. Plus bas. Beaucoup moins grand que Crettez. En le voyant venir ainsi. Aux flancs du Mont Rosé. Impatient. Knubel a dépassé en quelques années tous ses collègues. nous suivons la piste de la veille. et nos doutes. réfléchi. la face ronde et souriante. Une marche rapide nous a permis de gagner une forte avance sur l'horaire prévu. Mais ne cherchons pas à comprendre et partons bien vite. Il est 8 h. Fixée l'année précédente par les guides de Zermatt. On passe sous les rochers du Rothorn et. . aimée. Pour moi tout est nouveau ici. Sur l'épaule de lu Wellenkuppe. le ciel est voilé. Mardi 3 février. A l'orient. La lune inonde tout le bassin du Trift et nous pouvons nous passer de lanterne. et nous touchons . sous laquelle s'allonge une large bande de ciel bleu cru. en même temps que le soleil disparaît derrière les nuages : tout devient terne. Crettez passe pour le meilleur professionnel du Bas-Valais et.mais il inspire une confiance illimitée Sa stimmung dépend du temps. Une corde se balance à son flanc. et son estimation ne me paraît pas excessive. un moment dissipés. de sorte qu'à 10 heures déjà. plus abrupte à mesure qu'on s'en approche. légèrement penchée sur le vide. A l'endroit où elle cesse. à droite d'une pente de glace luisante. par une forte pente. puis se cabre brusquement pour former le Grand Gendarme. le jour a beaucoup de peine à venir. nous chaussons nos crampons. je vois mon guide surgir du gouffre. La partie supérieure de son arête paraît fort enneigée et fume sinistrement sous les rafales. Brusquement nous sommes debout. cinq heures et demie après avoir quitté le Trift Vu de là-haut. un instant plus tard. mais Crettez fait exception à la règle. un rosé vif qui ne tarde pas à fondre. endossons nos vestes de toile et nous nous encordons à courte distance pour pouvoir cheminer de conserve. Le problème est plus sérieux que je me l'étais figuré. 45. les coups de vent se tont plus rares. les brumes semblent plus diaphanes. plonger une seconde fois. qui restera légendaire. Ses impayables histoires ont égayé bien des soirées de cabane et ensoleillé les attentes les plus moroses. — en supposant que le temps n'empire paa. et rien ne semble pouvoir l'arrêter. Vers 7 heures. mais la tempête le plonge rapidement dans le plus sombre pessimisme. il voit tout en rosé. Elle ne sera jamais exécrable. Il a derrière lui un glorieux passé et il a su triompher habilement des plus folles aventures. nous arrivons au sommet de la Wellenkuppe (3 910 m. je ne puis m'empêcher de songer à celui qui m'a quitté hier et de comparer ces deux grands guides. Knubel ne manque pas de trouver cela merkwurdig. il reflète le dévouement et la fidélité. du reste. Je le crois volontiers. Knubel prend le s devants et pointe ses skis vers les moraines. Avec une régularité d'automate. car il est trop bien stylé. autant vous le verrez calme. et j'avoue franchement n'avoir jamais rencontré en hiver tant d'obstacles sur ma route. Autant il est gai et rieur au refuge. au pied du Triftjoch. quand il se trouve aux prises avec les difficultés. et je l'engage à poursuivre notre marche. Pour varier la marche. Nous sommes. C'est une rude montée qui nous arrache des soupirs et des jurons. elle en facilite considérablement l'escalade et permet d'éviter la traversée toujours périlleuse par le versant du Mountet. malgré la hausse régulière du baromètre. Les parties neigeuses sont excellentes et les rochers faciles. A grandes enjambées. la lune jette quelques lueurs tamisées par les brumes. D'une seule envolée. fort dispos ce matin. à l'endroit où celle-ci vient se souder à la roche.. dans la vallée de Zermatt. presque immobiles. des voiles parallèles. Et pourtant. l'immense tour de roc se dresse devant nous. Flanqué à gauche d'une lame rocheuse. Longtemps nous zigzaguons entre les coulées d'éboulis. Tous deux ont joué un rôle prépondérant dans l'exploration de leurs montagnes en ski. Lentement les nuées se tassent. à l'endroit où elle s'enfonce dans les névés du Trift. et l'escalade commence. Ce matin. se font plus sérieux. s'étirent en une barre rougeoyante. Au contraire.. nous touchons l'extrémité supérieure de cette moraine. lorsque le soleil brille. — A notre réveil. mais qui nous permet de gagner rapidement de l'altitude. elle se festonne de corniche?. on pénètre dans la conque évasée. Tout espoir n'est pas encore perdu de voir le soleil percer les nuages. Le doute dans l'âme. Knubel grimpe sans l'ombre d'hésitation. et il se plaît à entretenir ses clients de sa faconde. La silhouette brune du géant de Champex est familière au monde des alpinistes romands : c'est une figure sympathique. il frappe la pente de ses skis. Une voix toute proche me répond joyeuse et. nous gagnons le pied du Grand Gendarme. se redresser doucement et venir mourir à nos pieds. l'Obergabelhorn laisse une impression saisissante.). Blond. Knubel n'a rien de cette humeur exubérante et ne connaît pas les bonnes blagues qui peuvent remonter le moral du touriste épuisé.n'y est pas encore arrivé. la frange neigeuse de la Wellenkuppe s'est illuminée de rosé. à travers le lac enneigé. Dans le névé de l'arête. sûr de lui. c'est cependant un des grimpeurs les plus agiles que je connaisse. Il fait grand jour. Tranquillement.

Tout près de nous maintenant. nous pouvons accorder un coup d'œil au paysage : les nuages ont fondu comme par enchantement. sur la cime. Sur le gneiss granuleux. c'est une fuite impressionnante : bombée. quelle vue ! Plus un nuage ! Tout alentour. Et là. avec prudence. le sommet semble moins terrible que de la Wellenkuppe. confiant en mon unique crampon. les montagnes tordues.. jusqu'à l'endroit où elle s'incurve de nouveau et forme la frange d'une combe doucement inclinée vers le Hohlicht. Et quelle vue. suivant par la pensée la crête festonnée qui nous relie aux premiers rochers. Mais je préfère tourner mes regards de l'autre côté et admirer les gracieuses volutes des corniches ployées vers le Trift. la course sera longue.. nous ne savions de quel côté nous tourner pour tout voir et fixer dans notre mémoire la glorieuse image de tant de merveilles. nous foulons la plus haute cime de PObergabelhorn. les rudes contours de la montagne s'atténuent . Qu'elle était gaie. A 12 h... luisante. Les rochers sont faciles 1 Nous le tenons. Quelques gradins. Mais il faut quitter ce gendarme avant tout. A 4 heures. Déjà nous avons repris la descente. Hier. Dans cette arête s'ouvre une selle neigeuse où l'on parvient en ski et d'où l'on découvre d'un seul coup d'œil le vaste chaos du Hohlicht que dominent deux cimes formidables : le Schallihorn à gauche et le Weisshorn à droite. Dès lors. Knubel attire à lui la corde à mesure que je grimpe.assez rapidement à l'extrémité de la corde. Knubel s'est arrêté et jure en patois valaisan . dressées vers le ciel. cornes noires. Sur quoi. Ah ! quel beau moment nous avons passé là-haut. nous suivons deux heures durant la trace de la veille. des cornes farouches. nous le tenons bientôt ! . ses créneaux dorés enguirlandés de volutes blanches. et partout. nous sommes en lieu sûr. Mais ce soir. Comme il n'a pas le moindre clou sous ses laupars. alors que tant d'autres. nous respirons plus aisément . je crois bien. Vers le Mountet. Prudemment nous côtoyons l'abîme sur une neige heureusement très ferme. Pour la première fois aussi. Et nous étions seuls... Assis sur un gradin tout doré. Le Schallihorn (3 978 m. une autre au sommet du Grand Gendarme. Entre elles seulement la blancheur éclatante des neiges. il nous faut les transporter là-haut. le film se précipite devant mes yeux : un Knubel triomphant qui me tend la main. deux hommes réunis au sommet de cette montagne. Cornes grises. comme la dernière glissade nous a complètement délassés... Sans doute.. — Wir band's. Revenus de nos émotions. la plus difficile à gravir. Silencieusement. la Dent Blanche surtout. Knubel y taille avec soin de larges escaliers où je puis descendre sans crainte. Dans la pureté de l'atmosphère. espérant m'en tirer avec une chaussure légèrement ferrée. puis il se décide à grimper jusqu'au sommet du gendarme. Jamais je n'oublierai ce trône or et blanc dressé dans l'azur. ses crampons crissent joyeusement: mais.. Après cette course aventureuse.nous retrouvons nos skis : une trace continue nous relie au Trift. le noir restant la note dominante sur les crêtes de ces vagues gigantesques qui vont déferler vers l'horizon. huit heures exactement après avoir quitté le Trift. et tout resplendit sous un brillant soleil d'hiver. Knubel s'en saisit adroitement et s'élève à grandes brassées. grisé par le succès. puis nous dévalons à la corde pour remonter lentement la croupe neigeuse de la Wellenkuppe. dans un gouffre éblouissant de lumière. et l'on aborde l'arête. suspendues comme par miracle dans l'espace azuré.. wir bandas bald ! (1). je lui passe un de mes crampons.) me tente beaucoup : il promet une grandiose balade dans un vaste cirque de glaciers et un contraste reposant avec l'escalade aérienne du Gabelhorn. agile comme un mousse.. Cette fois-ci. Le sommet lui-même était une féerie. puis à la cime. et comme il riait en pointant le tuyau de sa» pipe vers les cimes!. Knubel prétendait même qu'un jour de repos serait indispensable.. debout pour mieux voir. nous obliquons à droite pour gagner la longue arête qui descend en ondulant du Rothorn au Mettelhorn. Mercredi 4 février.A vrai dire.. arrivé au milieu de la corde. la pente plonge brusquement et s'étale tout au fond. Hélas ! le temps fuit. l'acier craque soudain et je vois l'un d'eux rebondir en cascade argentine sur la pente du Mountet. tout seuls dans l'immense amphithéâtre de Zermatt. Mais le temps est si beau qu'il serait dommage de n'en pas profiter. Malheureusement. frangées de bleu. Au sommet de la moraine. nous sommes à peu près certains d'arriver au but..— Partis à 6 heures. A l'endroit où le fil blanc de la crête vient se nouer à la roche du sommet. il est optimiste et. il allume sa pipe — signe infaillible de bonne humeur chez lui — et nous enlevons avec brio ce dernier bout d'escalade. nos regards plongés dans les gouffres. comme jamais je ne crois les avoir vues. attendaient en vain une visite. nous franchissons en sens inverse tous les passages du matin. j'aurais volontiers passé une journée entière à savourer la fraîcheur de mes impressions. plus avenantes. mais mes pensées s'attardent encore là-haut. nous découvrons de nouveau un chapelet de vieilles marches qu'il est facile d'aménager et d'utiliser à notre tour. une accolade à la gourde et la fumée bleue de nos pipes montant rejoindre le bleu du ciel... où je le rejoins. nous décidons de profiter du lendemain pour monter au Schallihorn. formidables. Herr K. Le Cervin. monsieur K.. si riche en aléas et pourtant si bien réussie. Comme les skis sont indispensables pour parcourir le glacier supérieur. un vigoureux shake-hand. nos cœurs sont gonflés d'espoir. 50.. la voix de Knubel. Un large sourire illumine sa face — le premier de la journée. Une courte halte au pied des rochers. Puis la crête blanche s'élève vers les rochers du sommet. son arête des Quatre Anes (noire comme du charbon) violemment découpée sur la face blanche et lumineuse du Schônbùhl. penchés sur les corniches. cette selle est infranchissable en ski : nous allons donc suivre l'arête rocheuse dans la direction du Rothorn. Nous scrutons les moindres détails..

la complainte du vent. ourlées d'ombres bleues. Dans une pinte enfumée et puante. en face du Cervin. le crépuscule est le plus beau moment de la journée. demanderez-vous. Vous qui prétendez qu'en hiver tout est blanc. Rassasiés par la splendeur du Hohlicht. tandis que mes compagnons vont préparer le gîte. que samedi nous tenterons le Tâsch-horn et que dimanche nous reviendrons ici. éblouissant dans la radieuse lumière du soleil. Voilà qui serait plus intéressant ! Mais à quoi bon discuter ces projets d'avance ? nous aurons tout le temps d'en parler plus tard. Vendredi 6 février. je reviendrais en arrière. comme nous.. le patron se décide à nous faire accompagner. scintillant dans l'azur du ciel. La marche est lente et. Nous sommes couchés sur le dos pour mieux l'admirer. sur ces névés évasés. La porte s'ouvre et Knubel me reçoit avec un large sourire. vient ici pour admirer la nature et conquérir une noble cime. l'heure où les contrastes deviennent le plus frappants entre les ombres grandissantes et les lueurs mourantes sur les neiges. mais à celui qui. un quart d'heure plus tard. éveillant d'étranges senteurs et plongeant la nature dans la mélancolie. Cependant.). sachant qu'une trace infaillible vous relie au toit qui vous protégera pour la nuit. Merveilleuse aussi parce que le sentiment du triomphe embellit toute chose. car la neige était durcie. Knubel discute âprement pour obtenir les clefs de l'hôtel de la Tâschalp. le temps est beau qu'on en profite. C'est un misérable petit village. d'un geste encourageant. nos pensées se tournent vers l'arête de Z'mutt. merveilleuse : la descente aussi bien que la montée. Il est content : le ciel s'éclaircit et le feu ronfle . nous passons l'après-midi sur la terrasse de l'hôtel Graven. Mais. Les pentes neigeuses qui conduisent delà au Schallijoch sont orientées au sud. et Knubel. Au seuil d'un mazot solitaire. Il est vrai que c'est aujourd'hui vendredi. Au Ijeu de monter directement à la Tâschalp. la réverbération devient moins intense et nous respirons plus librement. comme en deuil. où nous arrivons. dressée dans un ciel sans tache. Que n'ai-je avec moi mes joyeux amis d'autant.. chaussé son unique crampon et.. mais. la course débute sous des auspices peu encourageants. toujours en bras de chemise. 30. Avec le soleil du soir. Jeudi 5 février. la tristesse des cloches et ce Schulmeister en noir m'ont donné le cafard.. Le fœhn qui souffle dans les arbres répand sa désolation jusque dans mon âme. je m'enfonce dans la forêt pour arriver une demi-heure plus tard à la Tâschalp. nous parvenons au point coté 3 672 mètres. le joli vallon de Mellichen. De retour au col. Mais après ? Après ? mon programme sera achevé et tous mes désirs réalisés. Les transactions sont longues et pénibles. à Zermatt. — Vers midi.. nos yeux plongent dans les profondeurs d'Arpitetta. Peu à peu. Ici encore l'air est parfaitement calme. C'est le grand agrément des courses en ski de pouvoir s'attarder sur les hauteurs. qui nous coûtera peu d'efforts. le ciel est voilé. et nous regretterions de n'avoir pas poussé jusqu'au bout. mais c'est un détour bien inutile.. il dresse à 600 mètres de hauteur sa paroi rocheuse. le contraste est accablant : il fait si chaud que nous devons nous mettre en bras de chemise pour affronter la montée. chétif et timide. Knubel préfère passer par Blasi. brusquement arrachées par les coups de vent. ce ne sont que glaciers tourmentés. Une cloche épand ses notes graves : elles vibrent tantôt dans l'air immobile. maigre. Certes. la pente diminue et une petite baie s'ouvre entre les rochers du Moming et le cône neigeux du Schallihorn : c'est le Schallijoch (3 745 m. — Rentrés à Zermatt. cascades de séracs. enthousiasmé par cette apparition et par les souvenirs qu'elle évoque en lui. Je me sens las et. Mais mon guide ne l'entend pas ainsi. sans hâte et sans souci. je m'arrête. est-ce bien tentant. Le Cervin se dresse là comme un glorieux point final. nous plongeons dans l'ombre et gagnons d'une seule glissade le creux du Hohlicht. et le soleil y frappe en plein. devient presque une obsession. à 12 h. Pendant plus d'une heure. A quoi bon? la vue du sommet ne vaudra certainement pas celle que l'on découvre d'ici. elle n'offre plus le charme de la nouveauté. Depuis ce matin. Sur ce versant. et nous sommes partis quand même. Vu d'ici. nous voici prolongeant notre sieste dans la chaleur exquise du soleil. Secouant ces pensées. personne ne voulait croire au mauvais temps. que n'êtes-vous ici aujourd'hui? Le paysage est si beau que j'hésite à pousser plus loin. Sur l'éclat éblouissant des neiges. merveilleuse sans doute ? Au sportsman je répondrai non.. ils sont frappés par le contraste entre les neiges éclatantes et les masses sombres des rochers. Jouissons de ne pas y être ! Aujourd'hui. dans la piste. tantôt s'envolent. évoquant de vieux souvenirs.. le Rothorn est écrasant. nous arrivons à Tâsch. seul endroit où nous puissions passer confortablement la nuit. j'ai tout loisir d'admirer les contrastes de ce monde prodigieux. Décidément. burinée en tous sens et couronnée par la crête si connue de ceux qui ont visité le Mountet ou gravi la montagne par le Blanc du Moming. Mais. le chemin est plus intéressant. le Rimpnschhorn dans le fond. tout encombré de troncs d'arbres qui ont été retirés d'une avalanche voisine. il n'a pas de skis et il lui faut courir le village pour s'en procurer une paire. Merveilleuse parce qu'en hiver. Il est entendu que demain nous irons coucher à la Tâschalp. cette arête du Hôrnli ? Gravie deux fois déjà en hiver. Mais par qui ? Le Schulmeister se dévouera. Sa sombre silhouette. comme toujours dans ces hautes régions . Seulement.. On le fait appeler : c'est un pauvre bougre. pour un rien. Le ciel voilé. les yeux clignotant derrière des lunettes bleues. Le fœhn souffle en rafales. il faut zigzaguer dans une forêt de mélèzes pour rejoindre le sentier venant de Zermatt. il me montre la croupe blanche du Schallihorn. Les skis aux pieds. Au son d'une sorte de glas. notre trio se met en marche. Et la descente. pointe sa pipe vers la gigantesque falaise et trace à mes yeux la route suivie autrefois par sa caravane. Voici l'hôtel rosé perdu dans les neiges.. je dirai oui. Du Mettelhorn jusqu'aux parois du Weisshorn. Déjà il a déroulé la corde. tout en guettant les ombres du soir. comme nous l'avions fait en 1912. avivant les teintes. entre les ombres bleues et les glaces étince-lantes. c'est un délice de voguer sur les neiges.et.. striée de couloirs. En sortant de l'ombre. Finalement. Il a raison : c'est une victoire facile. vasques neigeuses striées de crevasses..

nous touchons à notre montagne. tout s'est passé comme nous l'avions prévu. nous prenons la crête au pas de course. Vers SaasFee s'écoulent en flots laiteux d'immenses glaciers et. prétend même que nous grimpons plus vite et plus facilement qu'en été. Il est 8 heures bientôt . en taillant des marches dans une pente impressionnante qui domine un vilain couloir. Mais notre enthousiasme ne vaut pas celui qui nous animait au sommet du Gabelhorn. Cette fois. passées je ne sais comment — et le Rothorn est toujours là. Immédiatement après. sauf vers l'Italie. juste à côté. par ce même temps radieux. 15 du matin nous quittons notre gîte par un brillant clair de lune. nous trônions au sommet du Rothorn. nous arrivons au pied de la côte. plus un souffle d'air (1) ! Pas un nuage au ciel. Au pied du Teufelsgrat. Théophile Theytaz et moi. après une escalade sans trêve. que le vent cesse brusquement : calme plat. et. chausser les crampons et nous préparer à l'attaque. mais faciles. En une heure trois quarts. Et puis.. — A 3 h. Il y a 2 300 mètres de différence de niveau à franchir pour atteindre le sommet du Tàschhorn. Laissant mon guide prendre les devants. et j'ai rarement dû partir si tôt en hiver. après avoir été toute la matinée exposés aux morsures de la bise. Pourquoi ? je ne saurais le dire. et l'ombre de cette crête nous poursuit : il s'agit de ne pas se laisser rattraper avant l'aube. — Knubel est déjà parti pour la messe lorsque je me lève enfin. par exemple). Samedi 7 février. Les rochers sont rares et faciles. nous pouvons nous aventurer sur la crête aérienne qui monte au sommet. Lentement l'ombre monte à moi.dans la petite cuisine. c'est une trêve délicieuse. et par le même chemin. grignoter quelques biscuits. Il ne reste plus qu'à suivre notre piste. s'ouvre un large couloir où la neige est parfaitement dure et où l'on peut s'élever très rapidement sans enfoncer. Sans les rafales de la bise. content de sa journée et des écus qui sonnent dans son gousset. Six ans déjà ! six années de guerre.je glisse à mon tour par le creux de la combe jusqu'au petit hôtel. En courant. enlever nos raquettes. où flotte un léger voile diaphane tamisant l'éclat des neiges. Dimanche 8 février.. nous fumons silencieusement. 7 février. Durant trois quarts d'heure. Dans la chaleur du soleil. Il faut les éviter par le versant de Tàsch. aujourd'hui ! Je consulte ma montre : il est une heure. Il est probablement dû a l'équilibre atmosphérique entre les versants opposés de la montagne. je ne lui échapperai pas. Le froid est intense et semble augmenter à mesure que nous nous élevons. Un souffle âpre descend des hauteurs et le froid devient plus vif encore (— 22° C. » Aujourd'hui même. Pour en finir le plus vite possible et afin d'échapper aux atteintes de la bise. le sphinx meurt. notre souffle et toute notre énergie. la même ombre qui nous poursuivait ce matin. La montagne est éclairée comme en plein jour.20° C. nous restons assis près d'une heure pour faire chauffer un peu de thé. après avoir fait la grasse matinée.. la bise soulève des tourbillons de neige qui se rabattent en fumée de notre côté. en crampons dans le couloir. Il nous conduit au pied des moraines qui viennent s'étrangler dans une combe où nous déposons nos planches. Cette fois-ci. toujours rosé au milieu des neiges éteintes. et c'est elle qui nous vaut ce brusque abaissement de température. la pente diminue. Voici pourtant deux formidables corniches dressées dans le bleu du ciel. l'église blanche et les mazots bruns du village. enthousiasmé. Par curiosité. En vain nous cherchons un endroit abrité pour nous arrêter : ce n'est qu'à notre arrivée au sommet. Peut-être la conquête fut-elle trop facile? De tait. à l'abri.. Il nous quitte au crépuscule. on attaque la paroi rocheuse de la pyramide finale. tout en bas. issu du glacier de Weingarten. Lorsque nous y parvenons.. nous remontons la côte : elle eit formée de roches brisées. parcourant du regard l'immensité qui nous entoure. mais tout cela n'a pas été sans peine et le Schulmeister s'est rendu indispensable. sa crête échevelée comme celle d'une vague. le dernier grand pic des Alpes est maintenant conquis en hiver. Malgré cela. alors que les pierres s'éboulent à chaque pas. sur l'arête. Mais la Tàschalp est déjà plongée dans l'ombre. noir comme en 1914. Il faut partir encore. il faut nous aplatir au-dessous du faîte pour nous soustraire aux rafales et pouvoir goûter un instant. à cause des raquettes et de la neige encore poudreuse par endroits. alternant avec des névés durcis. pour fumer une pipe et rédiger mes notes de la journée. je songe qu'il y a six ans. je m'installe entre deux blocs de rocher. Mais les pipes se sont éteintes et Knubel s'est levé. L'approche en ski n'est pas longue aujourd'hui : le terrain ne s'y prête pas et le Tàschhorh ne sera jamais une montagne pour skieurs. Au dehors. je consulte mon thermomètre : il marque . en raquettes sur le glacier. les conditions seraient parfaites. c'est toujours le même ciel bleu : le vallon de Mellichen et la Tàschalp tout entière sont inondés de 1 Ce n'est pas la première tois que l'observe ce curieux phénomène en Arrivant sur un sommet ou même sur une arête (voir au Lyskamm.). Un faible son de cloches monte jusqu'à nous : comme elles me semblent gaies. Un immense circuit nous amène finalement au pied de la côte rocheuse détachée de l'arête du Mischabeljoch. nous pensions suivre le dos de la principale moraine pour gagner le glacier. nous suivons le cours tortueux du Rothenbach. pas plus d'un côté que de l'autre. les premiers rayons du soleil. mais. on distingue le bois de mélèzes. reprenant mes skis. « Quand l'énigme est résolue. elle fait encore rage sur les hauteurs. Là-haut. et je tiens à'jouir des derniers rayons du soleil. et sur la neige les crampons mordent solidement. La marche se poursuit lentement. mais la lune s'abaisse vers une crête voisine. à cette même heure. au pied de la moraine. il faut s'arrêter un instant pour chausser les raquettes que nous avons emportées par prudence. Knubel. . et la résistance de la neige également. Une fois sur le glacier. Les crampons chaussés. Couchés dans la rocaille. Hier la bise a triomphé du vent . La chambre contiguë est déjà tiède. en ski au long du Rothenbach. Ayant récupéré nos forces. les ombres ont fondu sur les neiges livides et l'aube s'est levée dans cette conque resserrée.

et le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons joyeux sur le chemin de Staffelalp. Lundi 9 février. avec les mêmes guides. Le beau temps a attiré un diplomate russe qui va monter au Trift pour tenter demain le Rothorn avec Aloïs et Joseph Biener. accompagné des fameux guides Alexandre Burgener et Aloïs Pollinger. La première ascension et l'unique traversée est relatée en détails au chapitre I. la première hivernale de la Dent d'Hérens. si nous les laissons au Hôrnli. à la descente. Que va-t-elle nous réserver? 1 J'ai dit plus haut que l'arête du Hôrnli avait été escaladée deux fois déjà en hiver. Charles Simon. faciles à transporter. Mario Piacenza. Mardi 10 février. et nous regrettons de ne pas avoir emporté nos skis. Hier également. chez Graven. déjeunons copieusement.soleil. et c'est pourquoi aussi le Cervin est si noir sur le versant de Z'mutt. Le 27 mars 1894. A quoi l'attribuer. Mon enthousiasme n'est pas grand non plus : j'ai simplement hâte d'arriver au sommet et d'entamer la descente par Z'mutt. et c'est. p. comment rentrer du Schônbûhl ? Il nous paraît préférable de nous en passer complètement et de nous munir de raquettes. F. Vers une heure. Meade. il n'y avait pas un nuage. Mais. Je le suis des yeux le long du sentier dont on distingue les lacets comme en été. comme je tiens à le prolonger jusqu'au coucher du soleil. Le 2 mars 1907. 45). En sortant de l'ombre du Cervin. trompé par cette pétrification superficielle. L'arête de Z'irmtt semblait meilleure encore que celle du Hôrnli : jamais on ne l'avait vue aussi sèche. Rien ne presse aujourd'hui. Voilà trois semaines que je cours les neiges. Knubel et moi nous installons une fois de plus sur le toit de la pension Graven. la dernière en date. à Zermatt. Ici. mais dans quel sens allonsnous l'exécuter? Je préférerais monter par Z'mutt . mais jamais la nature ne m'a paru aussi resplendissante qu'aujourd'hui. Entre temps. Il ne doute pas non plus que l'arête de Z'mutt soit possible. — Encore une radieuse journée. Les raquettes sont inutiles : partout les dos de gazons et d'éboulis émergent de la neige et l'on peut les suivre à pied sec. affaire de casser une croûte et de faire chauffer une tasse de thé. C. La traversée est décidée maintenant. nous profiterons davantage des rayons du soleil. si la crête neigeuse de l'arête de Z'mutt est en glace. Enfin. Dans la forêt. par l'arête du col du Lion. Les tempêtes du sud-ouest qui s'engouffrent par la trouée du col de Valpelline doivent être terribles. M. alors que la neige poudreuse s'enlève facilement. on aurait peine à se croire en hiver. — Quatre heures sont passées lorsque nous quittons le refuge dans la clarté incertaine d'une lune décroissante. qui fut suivie à la descente comme à la montée (Rivista Mensile del C. Aloïs est un vieux loup qui connaît bien la montagne hivernale. 15 sq. monta et descendit par l'arête du Hôrnli (Alpina. bien que très froide. Nous nous levons tard. à l'heure actuelle (1922).. Je n'ai pas l'impression d'aller au Cervin. même par-dessus le Cervin. tandis qu'en montant par le Hôrnli. et il n'est pas étonné d'apprendre que nous avons réussi le Tàschhorn en moins de temps qu'en été. même sur celui de Staffelalp. La halte serait délicieuse si l'air était calme. plus que partout ailleurs. 1911. La chaleur qui pénètre mes vêtements est infiniment douce et pourtant. le soleil frôlant à peine durant la journée. Plus un souffle dans l'air. Malgré ce temps merveilleux. Loch-rnatter. . Knubel également. mais il souffle de la vallée de Z'mutt un vent glacial qui nous engage à partir. j'hésite à poursuivre ma campagne. réussit la quatrième ascension hivernale. arrivait à une heure de l'après-midi au sommet. sans aucune difficulté.A. trois ans plus tard. Le terrain affecte en général une teinte grisâtre et. Comme le soleil va disparaître derrière l'arête de Furggen. l'autre jour. Knubel part en avant pour aller faire du feu à la cabane. comme le sable du désert. seul avec mes pensées. le 31 janvier 1921. je prends à mon tour le sentier qui longe la crête et je gagne tranquillement le refuge (1). C'est le meilleur moment de la journée et. Si nous tentions la traversée ! montée par Z'mutt. qui semble assuré désormais. mais nous y serons dans l'ombre jusqu'au sommet. nous arrivons à Staffelalp et nous nous arrêtons sur le seuil de l'hôtel. lieu préféré de nos discussions. — Notre ascension fut donc la cinquième. sinon à l'action du vent ? Il a dû souffler furieusement dans toute cette région. sans un nuage du matin au soir. et je commence à me lasser d'être seul avec un guide. Tandis que sa caravane part en raquettes pour le Trift. Le sentier d'Hermattje n'est pas suffisamment battu pour s'y engager et. de l'Alpine Club. le même qui fit. nous nous décidons à monter par le Hôrnli. nous constatons que la neige est restée poudreuse malgré le vent. le projet a mûri. avec les guides Jos. Il suffit donc de choisir son chemin d'une côte à l'autre pour gagner sans peine la base de la montagne. le vent a dissipé la neige et nous pouvons nous étendre sur des dalles presque tièdes. descente par le Hôrnli ! J'avoue que cette idée m'enthousiasme plus que la perspective de parcourir deux fois la route habituelle. D'autre part. Et pourtant. montant et descendant par 1 arête du Hôrnli (Alpine Journal. 1907. je constate qu'il descend brusquement à — 7° C. A Zermatt. n'était la température assez fraîche. XXV. on enfonce par endroits. nous sommes tout heureux de nous arrêter au soleil sur la crête du Hôrnli. Et nos skis? Impossible de traverser la montagne avec eux. une idée avait germé dans nos cerveaux à la vue du Cervin tout noir. elle nous réserve un travail bien désagréable. 118 et 251-257). Jamais nous n'avons constaté un pareil dénudement. arrachés aux rochers du voisinage et où l'on enfonce brusquement. Bref. mon programme est exécuté intégralement. pour ce trajet du moins. mais le Cervin lui-même avait été gravi quatre fois avant nous. 467). Les pans d'éboulis alternent sans transition avec des champs de neige jonchés de fragments de schiste très fins. pp. un Alsacien. et maintenant me voici prêt à le réaliser.I. p. et je déjeune tranquillement devant l'âtre. en exposant mon thermomètre à l'air. nous ne sommes plus seuls dans la petite salle. Pollinger et Jos. et jamais leurs effets ne sont plus apparents que l'hiver.

15 nous sommes réunis sur la cime. Pendant plus d'un quart d'heure. après un bel été. nos sacs et un piolet. et il serait dommage de ne pas achever l'ascension. nous arrivons au refuge Solvay. Après deux heures d'escalade ininterrompue. fort belle à voir sous cet angle. Mais cette précaution a produit un effet contraire. Ail h. comme il ferait bon se laisser emporter pour aller se poser doucement tout là-bas. sans le vent terrible qui souffle. je l'avais enduit de graisse pour juger de l'effet que celle-ci pouvait avoir contre le gel. J'en profite pour déchausser mon pied gauche. il faut passer sans transition de la neige profonde à des rochers escarpés et. la neige ne pouvait pas se maintenir en hiver Les conditions seront donc meilleures dans le haut. je suis obligé de grimper en crampons sur les épaules de mon guide pour arriver à saisir les premières prises qui s'offrent au-dessus. On s'y blottit comme dans une tranchée. que l'exiguïté de l'espace fermé de bois blanc rend plus confortable encore. En outre. Enfin. Néanmoins. la montagne est exactement dans les conditions prévues. mérite son nom. Mais non ! il va falloir reprendre tous les passages du matin et redoubler de prudence. détache à peine son casque glacé sur le chaos des arrière-plans. C'est comme une trêve au cours d'un combat et une agréable détente. comme le ciel semble s'éclaircir légèrement. en même temps que les premières bourrasques du vent. où nous nous engouffrons avec le vent. Perché si haut et dans une nature si sauvage. tout en cherchant à éviter les couches de neige les plus profondes. Ce dernier bout d'escalade — le seul intéressant de toute l'ascension — n'a pas réussi à dissiper mon désenchantement : je suis profondément déçu et par la nécessité de renoncer à Z'mutt et par la perspective de reprendre à la descente le même itinéraire qu'à la montée. Sur l'Épaule nous trouvons d'anciennes marches toutes taillées. le ciel s'est un peu rasséréné et. mieux que tout autre. pour se refaire. Pour les passages scabreux. courant jusqu'à la porte du Hôrnli. Nous patientons deux heures entières. Il est du reste impossible de suivre rigoureusement le chemin habituel : nous devons choisir les rochers dégagés. Seule la lune était ceinte d'un léger halo.) où nous faisons une courte halte afin de nous encorder. A plusieurs endroits. Knubel s'est muni de son Rebschnur (corde de rappel) qu'il manie avec une habileté surprenante. Entre temps. Couchés sur le ventre afin d'offrir moins de prise au vent. en bien des endroits. mais qui nous tire d'embarras dans bien des cas. Mais maintenant d'immenses traînées strient l'espace bleu qui est d'une coloration trop crue pour que cela dure longtemps. le trajet d'une cabane à l'autre exige le même temps à la descente qu'à la montée. dont les doigts sont insensibles depuis assez longtemps. plus enneigée qu'elle ne semblait de loin. Tout me paraît indifférent : j'admets déjà la possibilité d'un échec et je renonce peu 1 peu à la traversée. La Dent d'Hérens.. Notre halte se prolonge. Plus on monte. . J'ai rarement apprécié autant l'hospitalité d'une hutte. Ainsi nous franchissons sans crainte toutes les difficultés. on n'apercevait aucun nuage. au Hôrnli. nous n'avons pas pris plus de temps qu'en été. le temps peut se gâter sérieusement d'un moment à l'autre. plus d'une fois. s'est maintenu parfaitement chaud. voici le dernier rocher : un saut et nous sommes dans les éboulis. La vue ? elle ne présente pas grande nouveauté à mes yeux. L'itinéraire est mal défini : les grimpées directes alternent avec des traversées obliques sur la gauche. et. non graissé. nous observons non sans anxiété l'état du ciel : depuis ce matin il a complètement changé d'aspect.. A partir de 4 ooo mètres. par un vent pareil. Mais Knubel connaît si bien le chemin qu'il est inutile d'allumer la lanterne : elle ne ferait que nous éblouir et embarrasser nos mouvements. et je donnerais bien un jour de ma vie pour être là-bas. à cette époque. mais c'est entre cette cabane et le refuge Solvay que se dressent aujourd'hui les principales difficultés. les vallées.Sur le revers de l'arête. C'est une opération qui manque de charmes poui le pauvre Knubel. Au départ du Hôrnli. beaucoup trop exposé aux bourrasques du sud-ouest.. nous plongeons nos regards vers l'abîme. Avant 8 heures. nous n'emportons qu'un Kodak et quelques provisions dans nos poches. nous sommes plongés dans l'ombre.. Un sentiment d'ennui envahit mon âme. Et que penser de ces rafales qui secouent paj intermittences notre abri ? Tout cela n'annonce rien de bon. avant de reprendre l'assaut. la neige n'y est pas compacte et. l'aube se lève et la face de la montagne nous apparaît. Après quinze minutes de halte. nous commençons la lescente. Elle me paraît interminable. comme elles le sont au mois de septembre. (3818 m. Knubel va plus loin : il déclare que. Ah ! si nous avions des ailes. l'immense cuvette du Breuil avec ses hôtels et ses mazots piqués sur la blancheur éblouissante. conditions excellentes. Knubel est obligé de masser le membre gelé et de le frictionner avec de la neige pour rétablir enfin la circulation du sang Par le petit carreau de la porte. On se trouve si haut que les sommets voisins semblent écrasés. Comme elle ne reçoit que les premiers rayons du soleil et qu'elle est relativement abritée des vents d'ouest. nous nous décidons à pousser jusqu'au but. Jusqu'ici. à en juger par l'autre pied qui. nous débouchons brusquement sur le toit de la vieille cabane . Par contre. on pourrait s'attarder au soleil. Peu à peu. plus haut les cordes entièrement dégagées et sur le « toit » un joli sentier qui nous mène droit au but. les bas-fonds. plus la neige diminue. sont encore le plus bel attrait du paysage. ce refuge. nous enfonçons jusqu'aux genoux. Je suis dans un curieux état d'esprit : une paresse intellectuelle complète m'empêche de rassembler mes idées. Laissant au refuge nos raquettes. sur le seuil d'un chalet ou à la lisière de ce bois de mélèzes. Ce matin. L'expérience a prouvé plus d'une fois qu'au-dessus de l'Épaule. et la lumière est à peine suffisante pour discerner les prises. ce serait folie de vouloir tenter le versant de Z'mutt.

je me sentais rassasié d'escalade et je m'étais promis de rentrer au logis par le plus court chemin. la nuit est bientôt venue. en voyant le ciel s'édaircir. A Staffelalp. Mais qu'importé maintenant — la campagne est finie. — Mais non ! cette fois c'est bien fini ! La tempête s'est déchaînée pendant la nuit et l'on n'y voit pas à deux mètres. mais il est tard et. An sommet du Cervin scintille une étoile qui luit comme un phare. afin de passer le lendemain à Zinal par le coi Durand. nous quittons le Hôrnli par le vent le plus violent que j'aie éprouvé en montagne. mais c'eût été pour nous réveiller ce matin dans une tourmente infernale. Mercredi 11 février. Vers 8 heures. le ciel se dégage tout à fait . et une neige fine et serrée vient nous rappeler que nous sommes encore en hiver. Dans le brouillard. Knubel descendra à Zermatt pour y quérir skis et provisions. soudain. bien que ses lacets orientés contre le vent nous obligent à marcher à reculons pour pouvoir respirer. par ce temps couvert. il soulève des plaques de neige et de schiste qui s'envolent comme des fétus de paille.. et nous monterons coucher au Schônbùhl. le vent cesse brusquement. Le sentier nous guide sans erreur possible.. Nous serions sans doute parvenus au sommet et descendus jusqu'au refuge Solvay. Là-haut. nous nous mîmes à forger de nouveaux plans. Ah ! nous avons été bien inspirés en montant par ici plutôt que par Z'mutt. A 8 heures. En cas de beau temps. .J'aurais voulu rentrer à Zermatt le même soir. Mais ce soir. tant l'air est glacé. les brumes descendent et se tassent dans la vallée.

Descente à Saint-Martin de Belleville (1 400 m. 13 kilomètres (hôtel Pugin). De là au col de Voza (1 675 m. — De La Bérarde... Huitième jour. — Du Monetier.) par l'itinéraire estival en quatre heures. Descente par les chalets de l'Arc et des Têtes. les tracée des skieurs se sont soudées définitivement.). Pour un Suisse. a bien voulu me fournir les notes suivantes sur la haute route de l'Oisans à Chamonix (1) : Premier jour. traversant le massif de la Vanoise pour gagner Bonneval et suivant ensuite la chaîne franco-italienne jusqu'aux environs du col de la Seigne. qui s'obtient au prix de 2 francs au siège du C. 1 II est probable que les skieurs de l'avenir trouveront une route plus haute encore. au i : 40000. De Saint-Martin. 1 738 m. auberge Ruffier). Par contre. Deuxième jour.) et au col du Bonhomme (2 340 m. que tous les alpinistes attendent impatiemment. De Valloire au col des Trois Croix (1 651 m.) en cinq heures.) en une heure. fermé l'hiver). étendre l'exploration hivernale des Alpes jusqu'à leurs extrémités. Troisième jour. — De Brides-les-Bains à Champagny-le-Haut (hameau du Bois . 2 Jusqu'ici l'itinéraire décrit est très facile à suivre sur une carte déjà ancienne.) par la route. Si l'on trouve à coucher au Casset. et elles s'entrecroisent sans lacune importante. — Des Contamines à Bionnay par la route de Saint-Gervais en une heure. de manière à s'accorder une journée de repos.) (hôtel de Tarentaise ouvert toute l'année) en une heure et demie. sur la future carte de France au 1 : 50 ooo.) en une heure et demie. en une heure. A.) en une heure dix.). il reste encore beaucoup à faire. et dans les Alpes françaises en général.) par l'itinéraire estival en deux heures et demie. Cette jour viendra sans doute où quelque enthousiaste parcourra les Alpes from end to end.CONCLUSION Mon éditeur désire une « conclusion ». Descente directe à Saint-Michel de Maurienne. De là par le train à Chamonix. mais très claire : Le Massif du Mont Pavoux. Par contre. monter en écharpe vers le nord par Villaraboux et Béranger jusqu'au col de la Lune (l 700 m. Des Chapieux au col de la Croix du Bonhomme (2 483 m. Descente aux Houches en quarante minutes. Cinquième jour. où l'on prend la route du Galibier à la descente jusqu'à Valloire (l 400 m. je me contenterai de poser ici quelques jalons.) par l'itinéraire estival en six heures. Remonter le vallon du Rif par la rive droite. suivre la route du Lautaret jusqu'au Lauzet (6 km.) par la vallée du Bon Nant.) au col des Encombres (2 367 m. au col du Clôt des Cavales (3 128 m. de manière à franchir la crête au sud du Signal de Geffriand.) en deux heures et demie. Je n'ai jamais eu la prétention d'étendre le réseau de mes traces d'un bout des Alpes à l'autre. Descente à Brides par les Allues en cinquante minutes. — De Grenoble à La Bérarde (Hôtel Rodier. Une fois la région suffisamment explorée par les skieurs. rien ne sera plus facile. par la vallée des Étançons et le refuge du Châtelleret (2 267 m. Descente aux Contamines (1 162 m. env. Si les pages de ce livre réussissent à les pousser sur cette voie. puis la rive gauche de cette vallée jusqu'à Nancroit (1 460 m. Descente par le vallon de la Ponsonnière (rive droite de préférence) jusqu'au Plan Lâchât. dit-il. rue du Bac. Traverser horizontalement vers le nord. Descente par le glacier du Clôt des Cavales au chalet-hôtel de î'Alpe (2 118 m. il est difficile de projeter cette route sur les cartes françaises actuelles. pour l'achever.) en cinq heures. on pourra tracer une haute route hivernale longeant le faîte des Alpes de Grenoble à Innsbruck..).) remonter la vallée jusqu'au bassin de la Plagne de Champagny. De là au Monetier en trente minutes.) en une heure et demie. Septième jour. l'exploration fut poussée très activement durant la guerre par les troupes alpines italiennes et autrichiennes. puis par le fond du vallon jusqu'au col de la Ponsonnière (2 600 m. en quatre heures et demie. et j'espère que mes collègues du Club Alpin Français compléteront eux-mêmes l'exploration de leurs montagnes.) en une heure et demie. et même pour moi. topographe de profession. puis se diriger au nord-est et ensuite au nord jusqu'au col de la Grasse (2 640 m. En attendant. — De Saint-Michel (702 m. Neuvième jour. en une heure quinze. — De Bourg Saint-Maurice aux Ghapieux (1 550 m. Sixième jour. F. . env. vers l'est et jusqu'au Tyrol. env. entre le Dauphiné et le Mont Blanc. — Du Bois (1 470 m. mon ouvrage n'aura pas été tout à fait inutile. deux heures). puis par le Courbaton et la forêt de Malgovert au pont des Oulets et à Bourg SaintMaurice (810 m.) par l'itinéraire estival en trois heures et demie. On peut faire ce trajet en traîneau. 30. . Plus loin. . Remonter au col d'Arsine (2 400 m. — De Nancroit au col de la Châle (2 474 m. esquissant à grands traits les étapes de cet itinéraire. Ce serait là une belle tâche en effet ! Du Mont Blanc à la Bernina. il est inutile de pousser jusqu'au Monetier (2). Descente par le vallon du Petit Tabuc au Casset (1 515 m. étant donné. par le chemin muletier en cinquante minutes.. que ma tâche n'est pas complète et qu'il faudrait.. à Paris. dont les guides sont connus et appréciés de tous. Gaillard. 17 kilomètres de route. Quatrième jour. Descente par la vallée du Ponturin au nord-est. il est vrai. à l'instar de Sir Martin Conway. le Commandant E. M.).

). Bocca di Cadlimo (2 573 m. On peut ensuite descendre sur Oli-vone et chercher une route pour gagner le Saint-Bernardin en passant par le Rheinwaldborn (3 406 m. on rejoint l'itinéraire venant du col de la Seigne et conduisant à Courmayeur (1).).) .) .). — De la Bethaz. Septième jour. On peut aussi coucher au Fornet (1 936 m. Dans le Val Veni. qui est le meilleur guide-skieur pour toute la région entre Bonneval et le Petit Saint-Bernard. La route méridionale traverse les Alpes Pennines et Lépontines. . Descente par Saint-Colomban à la Chambre en trois heures. qui ouvre aux skieurs tout le massif de Medel. Passo Pian Bornengo (2 636 m. — De Bonneval à Val d'Isère (1 849 m. par le glacier de Vaudet. Descente dans le fond du vallon. — De Moutiers à Champagny-le-Haut : 23 kilomètres de route. D'Allemont. éventuellement jusqu'à la Bethaz ( l615 m. voir la Carte de la Chaîne du Mont Blanc au 1 : 50000 de Barbey. Mais. Les Alpes suisses offrent deux hautes routes parallèles. — Du Fornet au col de Rhêmes-Calabre (3 062 m. au sud et au nord de la ligne du Rhône au Rhin. Deuxième jour. Du village. Deuxième jour. 3 kilomètres de route.) par le col de Fiseran (2 769 m. voir le guide du Commandant E. . et qui conduit du Mont Cenis au col de la Seigne : Premier jour. puis par le Val Cadlimo à Santa Maria. La haute route du Commandant Gaillard s'arrête à Chamonix. Troisième jour. Torino. sur la Fuorcla da Lavaz (2 509 m. La descente sur Rhêmes Notre-Dame est merveilleuse et toute cette contrée est un paradis pour les skieurs. On trouvera sans doute plus tard une haute route directe Mont-Cenis-Ciamarella. monter par le glacier du Morion au col du Ruitor (3 350 m ) en six heures De là.) et franchir le jour suivant les cols du Jour (3 280 m.) . ouvert toute l'année) passer le M ont Cenis (2 084 m. — De l'hospice du Mont Cenis (1 925 m. De là à Moutiers. — Du refuge du Ruitor à l'hospice dm Petit Saint-Bernard. — De l'hospice du Petit Saint-Bernard. auquel je dois ces notes. Du Gothard on peut.). gagner le Lukmanier (Santa Maria. sans descendre dans les vallées.). La région entre le Saint-Bernardin et le Splùgen n'est guère favorable et le terrain ne devient vraiment propice qu'à l'est du Splùgen. Du Grand Saint-Bernard au Saint-Gothard. Le Val d'Avers est connu comme un dorado pour 1 Pour toute cette haute route. en une longue journée. en une journée. — De là. passer le col de la Tsanteleina (3 167 m.) qui n'est guère favorable au ski. logement modeste).). du col de Rhêmes. De là.. GAILLARD : Les Alpes de Savoie. Il est préférable de descendre par la route à Curaglia (1 332 m. au lieu de passer dans la vallée du Bon Nant.Variante: II peut être dangereux de monter à La Bérarde l'hiver. le col Bassac Déré Nord (2 984 m. sept à huit heures depuis le col de Rhêmes).) au col de la Madeleine (l 984 m. mais les détails manquent. Quatrième jour. descente à Val-grisanche (1 664 m. vol. on la trouve décrite aux chapitres IX et XIV. Sixième jour.). à pied. le trajet entre le Plan du Lac et Saint-Christophe présentant un réel danger d'avalanches. à la Tête du Ruitor (3 486 m.). ascension éventuelle de la Punta Léchaud (3 127 m.) (2).). . Troisième jour. mais c'est un massif escarpé qu'il ne faudra aborder que par d'excellentes conditions.) pour descendre à Orsières (887 m. on arrive à Orsières par le Petit Col Ferret (2 493 m. on montera donc par la route au col du même nom (2 118 m. pour monter le lendemain à la Medelserhûtte.). Premier jour. on a gravi le Scopi (3 200 m. — De la Chambre (500 m. Pour le Ruitor. 1 842 m.) et d'Orny (3 119 m. 2 Des Chapieux à Martigny. cabane). par une haute route suivie quelquefois : Sellapass (2 704 m.). — L'auteur me fait observer que tous les horaires indiqués ici sont des minimes et supposent d'excellentes conditions. — ou bien aller coucher au Tour (l 462 m. Descente par le glacier au refuge du Ruitor (2 465 m.) et descendre sur Lanslevillard (1462 m. De Chamonix on peut. C.). Gîte chez Pierre Blanc.) à travers le Surettaborn (3 031 m.) en trente à quarante minutes.) et gagner Courmayeur (l 228 m. On retrouve ici l'itinéraire précédent. on pourra partir du Bourg d'Oisans et rejoindre Moutiers par l'itinéraire ci-dessous qui permet d'aller du Bourg d'Oisans à Chamonix en sept jours.) et celui de la Forclaz (l 520 m. il est inutile de monter jusqu'au Bourg d'Oisans.) et d'y coucher. pour l'un ou l'autre itinéraire. puis prendre le flanc droit de la vallée de Celliers en écharpe (par le canal d'irrigation) et franchir la crête entre le vallon de Celliers et des Avanchers. remonter la vallée d'Olle jusqu'au col du Glandon (six heures).) en quatre heures et demie.) par le Val Veni.) par l'itinéraire estival en cinq heures. Cette traversée a été faite pendant la guerre. pour gagner le lendemain Inn Ferrera (1 486 m. de manière à descendre sur Doucy et Aigueblanche en trois heures. De là en traîneau à Bonneval (l 835 m. on peut aussi franchir le col de la Seigne (2512 m. En ce cas.). il est préférable de se diriger au nord-ouest .). — N.. Des Chapieux (l 550 m. Cinquième jour. en longeant la crête frontière sur le versant italien . par Mario Santi. voir Itinerari skiistici dello S. Voici un autre itinéraire préconisé par le comte Aldo Bonacossa. B. se rendre à Martigny par le col de Balme (2 205 m. le col de la Colette. — Jour de repos . descendre au Fornet-la-Valgrisanche (l 731 m. I et II.).) : puis. — Si l'on vient de Grenoble. Descendre aux Sables et coucher à Allemont.

à travers la Plaine Morte au Làmmernjoch et au sommet sud du. au 1:50000. on peut monter à L'Oberalpstock (3 330 m. Le jour suivant. L'une et l'autre de ces cabanes sont bien connues des skieurs de la Suisse allemande et desservent des régions merveilleuses pour le ski. mais le Maderanerthal est une trappe à souris en cas de mauvais temps.). Pour rejoindre celle des Alpes orientales à la Bernina ou à la Reschen Scheideck.) se fait en passant et sans difficultés. 2 Pour la Haute-Engadine. où l'on rejoint l'itinéraire décrit plus loin par le comte Bonacossa.).). on passera ensuite dans l'Engadine (1). remontée au Wildhorn (3 264 m. descendre par le val Cavardiras et coucher à l'âlpe Cavrein ou Rusein (i 800 m. Le jour suivant : Ochsenscharte (Dreilà-derspitze. on arrive à Flums (450 m.) près du Rawyl. — ou bien rejoindre la route de la Flùela et gagner le même soir l'hospice de ce col (2 388 m.). — ou bien l'on traversera les montagnes formant la rive gauche de l'Inn ( 2) : en train à Zuoz (1 712 m. De Sedrun. Le lendemain.) : Silvrettapass (3013 m. Z. On préférera monter par le train à Andermatt et de là.) en passant tout d'abord le col du Pillon (1 550 m. dans le Lôtschenthal. De Kandersteg.) et le Voralp (3030 m. avec itinéraires en rouge. On peut passer en ski d'Amsteg à Glaris. Par la Silvretta. La route septentrionale traverse tout d'abord les Alpes bernoises d'un bout à l'autre. et il est mieux de l'éviter en toutes occasions. et au nord jusqu'au Piz Kesch. pour passer le jour suivant.). p. où passe la ligne du Gothard. on descend sur Flims. . Ensuite.). En descendant du Spitzmeilen.) on montera en chemin de fer à l'hospice de la Bernina pour suivre la route décrite plus loin par le comte Bonacossa. Lukmanier. 3 212 m. — La première journée est la plus longue : montée au sommet des Diablerets (3 246 m.). L'ascension du Claridenstock (3 270 m. d'où une route conduit à Graun. franchissant la frontière autrichienne au Samnaunerjoch (2545 m. ou la vallée de Bevers.) pour la traversée longitudinale du massif delà Silvretta (voir la carte de Walty et le Silvretta Skifùhrer du A. où l'on retrouve la classique haute route de l'Oberland bernois proprement dit. on passera par Genève ou par la Tête Noire pour arriver à Bex et de là à Villars.). Wiesbadenerhutte. qui possède également une nouvelle cabane. sise au milieu de merveilleux champs de neige. on poussera en traîneau jusqu'à Sedrun ou même jusqu'à Disentis. l'Atlas Siegfried est le meilleur guide pour celui qui sait le lire.) et descente à la cabane du Kesch (2 680 m. 1910.). Depuis la route du Pillon jusqu'à Kandersteg. Les « assemblages » entrant en considération sont : Gothard. au bord du Rhin.). le Julier.) — Fuorcla del Confin (3 058 m.). pour descendre sur la cabane Segnes. Heidelbergerhutte (2 265 m. En passant à Sargans. au col de l'Oberalp (2 048 m. on descendra par le Val Vereina à Klosters (3). Par le col de la Croix ou Bretaye (Chamossaire). on reprend le même itinéraire jusqu'au glacier de Ténéhet et l'on couche au Rohrbachhaus (2 794 m. les massifs de la Bernina. la traversée est décrite dans l' Alpina.).) qui présente une belle descente du côté des Grisons.) et montée le même jour à la cabane Rascher (2 610 m. Le jour suivant.).). A. La haute route septentrionale se termine ici.les skieurs.) . un autre paradis.) on gagnera l'immense glacier des Clarides. les Grisons offrent toutes les combinaisons possibles. Le jour après : Schneejoch (2 960 m. Si l'on vient de Chamonix. route dont nous avons suffisant ment parlé déjà.). passer la Fuorcla Sarsura (2925m. C.) . Le lendemain.). de l'Err. 1 Du Gothard à l'Engadine. on descendra à Linthal et à Schwanden pour aller coucher à Elm le même soir. il ne reste plus qu'à descendre à la Gemmi et à Kandersteg (1 179 m. en suivant la route. de la Heidelbergerhûtte. chef-lieu des Grisons. où l'on peut aussi monter directement de Disentis. sur la ligne Zurich-Coire. par le Gasterenthal.). Ceux qui ne craignent pas les longues montées et les sommets passeront par le Panixer (2 400 m. Il n'existe pas encore pour cette région de guide du skieur. Nous avons vu qu'elle conduisait à la Grimsel et qu'on pouvait la prolonger jusqu'à Goeschenen. La vallée de la Reuss.). les autres préféreront s'arrêter à Matt (au lieu de Elm) et passer dans le massif du Spitzmeilen pour coucher à la ca"bane du même nom. descente sur le col du Sanetscb (2 234 m. Jamhûtte (2 163 m. on montera coucher à la carabane du Mutthorn (2 906 m. 89.) et descente rapide à la cabane du Wildhorn (2 306 m.) et descendre dans l'Engadine. on passera par le Stauerberg ou le Septimer à Bivio et de Bivio dans le massif de l'Err. Le lendemain. Mais. qui conduit à la cabane du même nom (2 457 m. De Klosters. par le Petersgrat. desservi par une cabane d'où l'on peut gravir sans peine une douzaine de cimes supérieures à 3 ooo mètres. publiée par le Verkehrsverein St-Moritz. Le lendemain. par la Fuorcla d'Escbia au Piz Kesch (3 420 m. 3 Depuis le Weisahorn. si l'on vient de la Segneshùtte.). on passera aux Ormonts pour monter le lendemain à la cabane des Diablerets (2487m. on montera tout naturellement à la cabane de la Silvretta (2 344 m. avec itinéraires en rouge. De Juf (2 133 m. Selon la quantité de neige.). Reichenau et Coire. voir la carte au 1:50000 : Skitowenkarte oom Oberengtulin. De St-Moritz (1 840 m. Au contraire. on a bien d'autres cols à son choix pour arriver dans la Basse-Engadine. Splùgen et Berninapass.) — (éventuellement le Piz Buin (3 316 m. on peut utiliser la carte en relief de Gustave Walty : SMottrenkarte von KlosUrs. Enfin.). Le lendemain par la Cavreinlucke (2 856 m. on peut monter en ski presque jusqu'au sommet du Piz Grialetsch (3131 m. Wildstrubd (3 251 m. est un profond sillon qui coupe la haute route à une altitude de 1000 mètres environ. C'est le terrain idéal pour le ski.). le quatrième jour. on se laissera tenter par l'ascension du Pizol (2 848 m.) en passant). Les descentes sur Schuls ou Sent sont certainement les plus belles de toutes. en traversant le Weisshorn (3 088 m. on descendra le Val Samnaun pour arriver à Nauders.

) en deux heures et demie. Descente en ski à Spondigna (Spondinig. habité toute l'année. voici qu'a bien voulu me fournir le comte Aldo Bonacossa : Premier jour — De La Rôsa au Passo di Faviola (2460 m.) et revenir coucher à la cabane. 885 m.) en trente minutes.) sur )a ligne du Brenner. voir le Skifûhrer in den Ostalpen de Radio-Radiis et Biendl.).) en cinq heures à Schônau (1 682 m. . Descente à l'hôtel Viola à Arnoga (1846 m ouvert toute l'année). Ce guide est accompagné de cartes itinéraires. — De Bormio à la Il Cantoniera (2 313 m. le Passo dei Camosci (3 195 m. — De la cabane Milano à la Cima délia Miniera (3 402 m. chez Artaria. 2 356 m. le Rofental est très resserré et excessivement dangereux 'par le mauvais temps.) et à Vent (l 893 m. le glacier dei Camosci et le Passo dei Folontari (3 040 m. Tunnel sous la Schneebergscharte (2 690 m.) en quatre à six heures. 1 Pour les Alpes orientales. — De Vent à Zwieselstein (1 472 m.) en deux heures. Deuxième jour.). Passo dei Cevedale et cabane Casati (tout près du col .). De là par le Timmelsjoch (2 509 m. — De Schônau.) et descente par le glacier de Sulden à Sulden (1845 m. Huitième jour.). à l'ouest jusqu'au Stelvio et à la Reschen Scheideck. Dixième jour. Les trois volumes coûtent actuellement 122 ooo couronnes. par le glacier. puis en deux heures et demie à Hinterkirch (1 874 m.) en trois heures et demie.). Monter le même soir en trois heures et demie à la cabane de la Weisskugel (2 504 mètres). ascension du Cevedale (3 774 m. Descente par le glacier de Hintereis à l'ancien hospice du Hochjoch (2 448 m. Colle délle Pale Rosse (3347 m. Ascension de la Weisskuget (3 746 m.) en deux heures et demie. station du chemin de fer venant de Meran. — Ascension éventuelle de la Punta Tuckett (3 458 m. Medretta di Cede.) en trois heures et demie. Neuvième jour. Troisième jour. Il comprend encore la Basse-Engadine et le massif de la Sil-vretta.) à la cabane Milano (2 877 m.) par la route du Stelvio. Descente par le glacier de Campo. Mais. traversée du Passo delLago Gelato (Eisseepass. 10 kilomètres de chemin de fer.Pour la haute route de la Bernina au Brenner. De là en trois heures à Bormio (1225 m. De là à Graun en traîneau (15 km.) en trois heures. à Vienne. 3 267 m. Journée de neuf heures environ (1).). Clef chez Tuana. dans sa partie supérieure.) dans la vallée de Langtaufers.) en deux heures. Septième jour. en trois volumes. Sixième jour.). — Montée au Weisskugeljoch (3 383 m. — On peut le consacrer à l'ascension du Zebru (3 735 m. — De Spondigna à Mais. — De la Il Cantoniera au col du Stelvio (2 759 m. montée à Schneeberg (St-Martin . Descente par le fond de la vallée de Ridnaun à Sterzing (948 m.) et de là.) en cinq heures.). Cinquième jour. à Bormio.). Retour à la cabane. Quatrième jour. 3 133 m. au Passo di Luckett (3349 m.) trois heures. Guide skieur: Giuseppe Tuana. — De la cabane Casati.

1904. 30.) et descente sur Guarda (Alpina.86) (1). et c'est lui qui découvrit l'article de Conan Doyle. le 14 mars. 51) . après une longue taille de marches dans la glace.) et Cevedale (3 774 m. Mâdelegabel (2646 m.). entreprise extraordinaire à cette époque. Celui-ci fut gagné à pied à midi et le sommet de la Jungfrau à 2 h. » La caravane descendit ensuite a la cabane Concordia où elle subit une tempête de deux jours et dut renoncer à l'ascension du Finsteraarhorn 1903 : Seconde ascension hivernale de la Jungfrau par Hugo Mylius avec les guides Maurer et Tànnler.). 1897 : Johannisberg (3 467 m. Plus tard (1892-1893). gravi l'Eiger (3 975 m. 1898. Hochvogel (2594 m.). 1898 (4 janvier) : Piz Buin (3 316 m. — Dans les Alpes orientales.) et Hocharn (3 258 m. p. Traversée du Silvreltapass (3 013 m. En janvier 1880.). Boë (3 152 m) et Pragser Seekofel (2 880 m. au départ de Grindelwald.) fut gravi par William A. Helbling avec A. 45 et suivantes. auquel je tiens à exprimer ici toute ma gratitude. Montandon (Alpina. Franz Francisci. Hasler. dans la semaine du 13 au 18 janvier. Car-Egger.) deux fois.) de ta Fluela à Klosters par Th. le Gross Glockner (3 798 m. : Die Anfange des Skisports in der Schweiz. p. nous reprenions nos skis sur le Mônchjoch et glissions jusqu'au pied du Rottalsattel. il faut encore mentionner les courses suivantes où les skis fiirent employés avec succès et pour la première fois : 1894 : Hochjoch (2 846 m. VII. un moine. .) dans le Tyrol. p. 1902. Théodor Wundt réussit de nombreuses ascensions dans les montagnes du Rhàtikon et de la Silvretta. mais je n'ai pas suffisamment insisté sur l'étonnante série d'ascensions exécutées par eux dans la courte période du 13-24 janvier 1902. t. le 15 février (Alpina. J'ai déjà cité (p. par les deux Mônchjôche. 58) (1).) de Kandersteg à Kienthal. Chapitre II. nous gagnâmes la cabane du Bergli par le Kalli en onze heures. mais qui resta complètement isolée. en moins de six jours. par P. 1902. 57) les premières ascensions du Gross Fiescherhorn et de la Jungfrau par le Dr David et le jeune Paul Kœnig. Voici ce qu'écrivait D r David dans l'Alpina. entre autres : Scesa-plana (2969 m. J'ai également puisé avec profit dans l'article qu'il publia dans le Ski. et cet exploit donna une certaine impulsion à l'alpinisme hivernal dans les Alpes autrichiennes. la première fois en compagnie de M. Egger fut longtemps le rédacteur zélé de cet annuaire. p. p. la première phase du nouvel alpinisme ne connut pas l'âge d'or qui caractérise les années 1880 dans les Alpes occidentales. 1908 : Traversée des Dolomites par Henry Hoek et Oscar Schuster. (1) Ces renseignements m'ont été obligeamment fournis par M. Entre 1885 et 1890. Pellaud (Alpina. une course à laquelle on attribua une importance comme premier essai en ski dans les Alpes orientales. la seconde avec un Anglais. avec ascensions de la Cima Cadina (2 826 m. Le 23. -— Toujours dans les Alpes orientales et en partie dans les Alpes centrales. qui fut atteint en six heures. Robert von Lendenfeld gravit successivement les trois plus hauts sommets du groupe de l'Ortler : Kônigspitze (3 857 m. Comme on sait.). reproduit en partie aux pages 38-39 et qui le traduisit en allemand pour le Ski. de Baie. 1903. p. réussit l'ascension du Klein Glockner (3 764 m. t. nous traversâmes le Gross Fiescherhorn : montée en cinq heures et demie et retour au clair de lune par l'Ewigschneefeld. Baillie-Grohmann avec quatre guides. En meme janvier: Gamchilùcke (2833 m. mais qui sembla prouver aux initiateurs que le ski ne se prêtait à la montagne (1) 1896 : Sonnblick (3 106 m. 207) (1). 37 : « Après avoir. Ortler (3 902 m.) entre autres. 1902: Adamello (3554 m. p.) par Wilhelm von Artl. V. Denzler en raquettes et son guide Guler (de Klosters) en ski. Le 24. le beau temps et les conditions favorables nous engagèrent a entreprendre une expédition plus longue. Valbusa (Alpina.). Le Ier janvier 1875. au Mônch. Voici cependant quelques dates pour compléter notre statistique : En 1853 déjà.) par F. 81 sq. Le 22. de Waidbruck à Innichen. Le 21 janvier.). M.) par U. 1898. troisième ascension par R.). il se spécialisa dans l'escalade hivernale des tours dolomitiques. 1900 (avril) : Fluela-Weisshorn (3 088 m.ADDENDA Chapitre premier. 120). Herzog et le guide Christian Guler.

... une des environs du Théodule...... Un léger brouillard recouvre la Place Concordia. SCHUSSFAHRT . avec le glacier de Panossière en enfilade .... L'Aletschhorn (4 182 m. LE GRAND VIRAGE . Il me serait également agréable de recevoir une bonne photographie du Grand Combin prise en montant à la Rosablanche. CORNICHES DE NEIGE .... en juin 1917..-DOM (4 554 m... ou bien leurs films n'étaient pas suffisants au point de vue technique. dans ce genre........ si elles ne sont pas toujours très artistiques........ en avril 1926.. au pied des séracs du glacier de la Selle.. elles peuvent être directement opposées.. La course favorite est de franchir la Wasserscheide (qui s'ouvre à gauche) pour descendre ensuite les deux mille mètres sur Kublis. Il manque également dans mes illustrations : une avalanche de neige poudreuse et un Schneebrett .. Aube ENNEIGÉE. Schussfahrt.. MISCHABEI...... représente le versant nord du Dom.. représente la chaîne du Kaiserstock.... prise du Nadelhorn à travers le glacier de Hohberg.... Ces vues devraient être prises de préférence dans les mois de janvier à mai. Comme frontispice.... qui héberge chaque hiver des milliers de skieurs. D'une part. Au fond......... le massif du Monte Leone ... LE DORADO DE LA PARSENN............ Cette vue.. une du Mont-Blanc prise de la Flégère ou environs ... j'aurais désiré une caravane de skieurs encordés sur un glacier.... On distingue la piste montant de Wolfgang (près Davos)..... Cette vue est prise sur l'arête reliant la Weissefrau (3660 m. de Gries. lorsque l'enneigement est suffisant.. LA CREVASSE QUI NOUS GUETTE ................) s'ouvre sur la Haute-Route qui traverse l'Oberland bernois et dont nous avons parlé ici..... Cette photo est tirée d'un film tourné dans les environs d'Adelboden...) se dresse à gauche.TABLE DES ILLUSTRATIONS Je me vois obligé de répéter ici ce que je disais dans la première édition : Malgré la quantité de skieurs parcourant les Alpes en hiver..... d'autre part..... le versant méridional de la chaîne Ortler-Cevedale.. DANS LA RÉGION DU STOOS ... une du Plateau du Trient avec les Aiguilles Dorées et les Aiguilles du Tour .. cette pente fut parcourue en ski......) dans l'Oberland bernois............. les glaciers de Z'mutt. la Ihtschen-lucke (3 204 m...... Le Stoos est un petit paradis pour skieurs situé au-dessus de Brunnen (lac des IV cantons).... Frontispice.... les amateurs n'ont pas su....... MAJESTÉS ENNEIGÉES .... une cordée de deux ou trois skieurs glissant en stemmbogen ..... grâce a une neige pulvérulente et parfaitement régulière. Malgré les annonces publiées dans différents périodiques alpins. je prie ceux qui pourraient m'aider à combler ces lacunes de bien vouloir m'envoyer les photographies désirées...) .... Selon la structure de leur base. celui de la Silvettra vu de l'ouest .... une du Gornergrat vers le Mont Rosé et le Grenzgletscher........)............. sont du moins fort instructives et intéressantes.. je n'ai reçu.............. les photographes professionnels ne se risquent pas volontiers en haute montagne avec de gros appareils .... il m'a été très difficile de trouver de bonnes photographies pour illustrer cet ouvrage...... etc... de bonnes photos prises sur le versant méridional de la Bernina (glacier de Palii vu de l'alpe Grum ... En prévision d'une nouvelle édition......... cirques de Fellaria...... etc..)...... de Scerscen.. de Gauli. Rnubel. prise en montant au Klingenstock.) au Morgenhorn (3 629 m. Des photographies prises d'avion. C'est dans cette cabane que l'on couche généralement avant .. C'est un des plus hauts sommets où l'on soit parvenu en ski. lors de la première ascension hivernale de la Tête Nord du Replat........ aucune photographie convenable......... le massif de l'Err vu de l'est ......... LA CABANE DE L'OBERAARJOCH .)........ la fameuse cabane Parsenn (2 205 m....Cette vue fut prise par Daniel Chalonge.............. le cirque de la cabane Rotondo ..... vers le Breithorn . c'est-à-dire descente droite et vertigineuse comme elle est possible ici en position allongée de Télémark........... AIGUISE DU PLAT DE LA SELLE ........ d'Oberaar ......... à condition qu'il ne masque pas certains détails importants.... par Arnold Lunn et Jos...... L'Oberaarjoch (3 233 m.. Bien qu'elle semble très raide.. choisir des motifs vraiment intéressants............. GRUNHORNLUCKE ET ALETSCHHORN ..... Des vues d'hiver prises d'avion et représentant : le glacier d'Otemma en enfilade ... de Forno.. un premier plan de skieurs est toujours recommandable. Au centre.. dans un cadre pittoresque de hautes montagnes.. à la montée comme à la descente. Ciel de foehn..... jusqu'à présent..... Cette vue. Pour toutes les autres. Ces corniches sont formées par le vent et surplombent le versant le plus abrupt de l'arête......... etc..... par lequel se fait généralement l'ascension en été.....

.. du bord supérieur.............. Puis il traverse obliquement le glacier pour remonter les pentes vers la gauche et aboutir au Winjoch (3 848 m. le Fiescherfirn que l'on traverse pour gagner la cabane du Finsteraar-horn....) à gauche.... grâce au ski.. l'Adlerpass (3 798 m....... Devant lui s'étire tout le Nadelgrat. Dans le fond. S... Au fond à gauche se dresse la Margna..ACIER DE RIED ET MISCHABEL ................. lorsque les pauvres voyageurs s'aventuraient à pied dans ces neiges.... on peut monter de là en ski jusqu'au Hugisattel (4 089 m..... PREMIER PRINTEMPS .. et sera fort utile aux skieurs parcourant cette région. SUR LE GLACIER D'ALLALIN .. dernière étape lorsqu'on fait la traversée de l'ouest à l'est........Cette vue est prise immédiatement à l'ouest du point 3 150 de l'Atlas Siegfried..d'entreprendre la merveilleuse descente sur la Grimsel.)....... Elle se dresse sur l'épaulement rocheux de la rive droite du glacier... que l'on atteint généralement de la Diavollezza par l'arête de gauche.... Pollux et l'arête du Breithom.. du bord droite et 70 mm.... GI........ Le sommet neigeux à l'extrême gauche est le Fluchthorn (3 802 m. FlNSTERAARHORN (4 275 m)............. par 60 mm..... ouvert entre le Rimpfischhorn (4 203 m.... près Davos. LA COMBE DES MORTS ......) est le large sommet central.. Le plus haut sommet de la photo est le Mischabel-Dom (4 554 m.... A...... Dans l'ombre.. TEMPETE SUR L'ENGADINE .. A mesure que la neige se retire........ Lorsque les conditions de neige sont favorables. Piz PALU ....a vue est prise du glacier de Morteratsch qui présente ici d'énormes crevasses.. I.... Vue prise du Hahnensee (sur Saint-Moritz) vers la Maloja et le lac de Sils.. Seule la partie centrale du glacier est visible sur cette photographie...).......Cette vue est prise juste au-dessus de Wolfgang avec la chaîne du Rhâtillon dans le fond.... à gauche sur la photo...) à droite et le Strahlhorn (4191 m........).. les crocus envahissent le pâturage...... Au fond.... A gauche du Dora se dressent deux sommets aigus : le Nadelhorn (4 334 m.)..) à droite et la Lenzspitze (4 300 m. Vue prise en montant à la Grunhornlûcke. Cette combe désolée qui conduit au Grand Saint-Bernard est réputée par ses avalanches et les accidents qui s'y sont produits autrefois..........)..... Aujourd'hui tout cela a bien changé....... .. la plus haute selle neigeuse à gauche du sommet... SUR LE CHEMIN DE PARSEN .... Une superbe cabane a été construite et inaugurée en 1927 par la section genevoise du C....... Le point culminant (3 912 m..) à gauche... perchée à 3 227 mètres (dans l'ombre). Sur l'alpe Drusatscha..... L'itinéraire mentionné à la page 238 longe la rive gauche (à droite sur la photo) jusqu'au petit plateau entre la première et la deuxième chute... où ils mourraient souvent de froid et d'épuisement avant que les moines et leurs chiens n'aient le temps de les secourir.... Castor.......... le Lyskamm.............

on constate depuis 1925 une véritable ruée vers les cimes hivernales. Les cabanes Britannia et Bétemps abritent de nombreux visiteurs et les sommets environnants sont fréquemment gravis par les skieurs. Une première ascension est excusable . toutes débordantes d'enthousiasme. Faes à Lausanne. J'en ai été profondément touché et j'ai bien volontiers autorisé la traduction italienne de ce livre par M. une course fort ancienne : la toute première traversée du Col du Trient (2.905 m. Pour procurer une véritable jouissance. la conquête des sommets importants est terminée depuis plusieurs années déjà. Piz Roseg (3. Dôme de Neige des Écrins (3. le Gemshorn.) et la toute première ascension de la Pointe â'Ceny (3. M. Au moment où. H. elle enregistre fidèlement les succès triomphants des skieurs français. A part celle du Midi.) par Morgenthaler et Chiardola. 1876. Que l'on me permette une objection cependant : certains grimpeurs semblent altérer le sens véritable de l'alpinisme hivernal en s'attaquant en plein hiver à des aiguilles de roc qui ne rentrent plus du tout dans notre domaine. je n'ai rien pu modifier à mon texte et il me reste ces quatre dernières pages pour condenser différentes notes en postscriptum. 3. 1908). Zermatt cet hiver pour la première fois. vol.. I. 1904.) par G.953 m. l'Ulrichshorn et le Schattihorn étaient des premières ascensions hivernales et que nous fûmes. Toutes ces courses furent exécutées à pied.) par le fameux Javelle et Paul Rouget.). En France notamment.980 m. sous l'impulsion du Comité Central présidé par le Dr. Leur attrait hivernal est urt pure illusion. Je n'ai pas la prétention de l'avoir lancé. depuis lors. Mais toutes les aiguilles de Chamonix sont dans le même cas. Leur terrain étant quasi-vierge. A. I.746 m. même en mai. En vue de cette nouvelle édition. A.) par Hasler et Jossi.000 francs pour le développement de l'alpinisme hivernal.) par Swaine avec Christian Klucker.754 m. ces aiguilles de roc doivent être escaladées dans la pleine ambiance estivale. les alpinistes français (ceux du G.). A. le C. Cette statistique a du reste paru dans le British Ski Year-Book. n'a de valeur que dans sa primeur. qui vient de paraître à Turin. Elle est suffisamment éloquente et s'allongera sans doute. Tout d'abord. 20.Il a fallu m'arrêter. 1903. Dalloz.).. En Italie.927 m. S. Puis quelques prouesses qui m'avaient également échappé : 1887. XII. Jossi (à la page 62. par D. nos saisons modernes soient bouleversées et que les hivers deviennent dit étés.POSTSCRIPTUM à la deuxième édition Cette deuxième édition étant coulée sur les empreintes de la première. — à moins que. Armand-Delille arrive seul au sommet de la Barre des Écrins (4. Armand-Delille . j'avais naïvement commencé à enregistrer les premiers grands exploits des alpinistes fiançais dans leurs montagnes du Dauphiné et je notais : Pelvoux (3945 m. par Pierre Dalloz . D.) par le même et P.982 m. chaque hiver. Les Alpes Pennines sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. j'avais par erreur attribué cette première hivernale à Steiner et Trumpler. il est certains pays où l'alpinisme hivernal ne s'est véritablement épanoui que dans l'aprèsguerre.) par Leopoldo Bar aie.121 m. juillet. Cependant.. Signalons plusieurs nouvelles ascensions au Grand Combin. j'ai oublié de dire que le Grand Combin. première ascension hivernale de la Meige (3. car. en lui-même. Eugénie Ferreri : Alpinismo invernale. Disons que ce développement était nécessaire en Suisse romande. S. A mon avis. par un revers du sort. En Suisse. semble triompher définitivement et sur toute la ligne. Il s'agissait évidemment ici de remplir une case vide dans la statistique toujours croissante des premières ascensions hivernales. III (1926). il n'est plus possible de les suivre sans dresser une véritable statistique. l'on s'inquiétait de l'avenir et des destinées du C. le 21 février 1926. 28. III.. juin. En Suisse. 1893. elle n'ajoutera jamais rien à la gloire du nouvel alpinisme et elle ne sera. Le 16 mars de la même année. alors qu'en Suisse allemande il est depuis longtemps déjà un fait accompli. L'alpinisme hivernal. la nouvelle génération sortie des tranchées s'est complètement emballée dans cette direction et les lettres les plus touchantes qui me soient parvenues. voire août. la conquête des Alpes terminée. chantent la gloire de la montagne hivernale dans la belle langue de Dante. organe officiel et mensuel du C.100 m. Hasler avec Chr. j'espère. . Mont Visa (3. Bietschhorn (3. la rubrique : Alpinisme hivernal est maintenant devenue familière et depuis janvier 1926. a voté un budget annuel de 15-30. sans skis. le 30 mars 1872 (Écho des Alpes. pas renouvelée.). P.. à la Dent Blanche et même une au Rothorn depuis Zermatt et au Taeschhorn depuis Britannia.). les .) par G. l'ascension hivernale du Grépon par exemple. Aiguille Verte (4. Durant ces trois dernières saisons. tout spécialement) ont remporté plus de victoires que partout ailleurs en l'espace de quinze ans.442 m.843 m. point culminant du Dauphiné. ils avaient beau jeu et les coudées franches. Klein Fiescherhorn (ou Ochsenhorn. Gspaltenhorn (3. 1902. Je terminerai ce postscriptum par quelques addenda. au Lyskamm. Odermatt et moi. 7. Encore fallait-il s'y lancer ! Dans la chronique alpine de La Montagne. 1903.274 m.987 m.. 15. par Plossu et Michelet . Dans le récit de mes courses personnelles. Hasler avec Chr. Grande Ruine (3. 106-08). 1916. Mon chapitre II sur le Triomphe du ski prouve suffisamment à quel point nous en étions à cette époque. Weisskugel (3. l'alpinisme hivernal semble lui imprimer une nouvelle orientation en lui inoculant un regain de vie féconde. une seconde le serait moins. Jossi. elles n'attireront jamais le vrai skieur alpin qui réserve ses ardeurs pour des cimes plus hospitalières et moins aiguës.

mais l'enthousiasme d'Agassiz réussit à l'entraîner plus loin. alors que dans le Jura. Il nous semblait que jamais nous n'avions vu l'air si transparent. La neige était recouverte d'une croûte cassante qui rendit la marche des plus pénibles. La réverbération des neiges valut à nos deux savants des brûlures tres douloureuses au visage et Desor avoue naïvement : « J'eus beau m'asperger d'eau froide. Il leur fallut 2 heures pour atteindre la langue terminale du glacier d'Unteraar. L'auteur évalue à trente pieds l'épaisseur de la reige à cet endroit. de glace et ces mille filets d'eau au babil harmonieux qui en font les délices en été. de prouver que la fonte des glaciers n'est pas due à la chaleur terrestre et que le peu d'eau qui s'en écoule en hiver provient exclusivement de sources intérieures.500 m. dit à la plume de ce dernier et qui avait complètement échappé à mes recherches. Chambéry). nous ôtâmes même nos redingotes et nos gilets. Mercanto» m'a fait observer.« Nous rencontrions aussi des espaces où la neige portait . P. la caravane poussa sa reconnaissance jusqu'aux rochers de l'Abschwung (soit à une altitude d'environ 2. . cachées sous le glacier. » Ses genoux étaient écorchés jusqu'au sang. je souffrais le martyre » (!!). par MM. coucher à l'hospice de la Grimsel. en comparant plus tard les températures. un spectacle unique que celui que nous avions sous les yeux.. c'était la bise qui soufflait. S. Or à cette époque. Le lendemain. Agassiz était d'une gaîté folle. le prof. serait-il entièrement enterré sous la neige ? Enfin. jusqu'à ce que la neige se brisât de nouveau sous nos pas et vint calmer notre ardeur. le Capit. S. « Au soleil. dans ces circonstances. en 1912. qui. et dont le sommet avait souvent ranimé le courage de nos visiteurs. Cet immense bloc. ils visitèrent encore le glacier de Rosenlaui et purent ainsi compléter leurs observations sur la glace même. De Meiringen.com Corectura : Alin Ciula Alte titluri disponibile la : grupul HARTI_CARTI la http://groups. 346) a été construite la même année par la section de Jamam (Vevey) du C. restée complètement invisible. » Malgré une chaleur accablante. la neige fut heureusement meilleure et la marche plus facile.. non sans raison. durant ces trois jours passés en haute montagne. Accompagnés des guides Jacob Leuthold et J. n'est plus pénible pour l'homme qui a la conscience de quelque énergie. D s'agissait. I. Le thermomètre ne descendit pas au-dessous de -4° C. mais notre étonnement fut grand de ne pas découvrir l'Hôtel des Neuchâtelois. un des premiers en hiver. Sur le glacier. Quant au glacier. Dans la Gazette de Lausanne du 12 juin 1925. les chutes. Agassiz et E. ils montent le 11 mars. en hiver. nous courions comme des enfants sur cette surface durcie.. Scanare. écrit-il. de Gennes. Wahren (du Hasli) et secondés par deux porteurs.. M. Il était onze heures lorsque nous nous trouvâmes à la hauteur de notre ancienne habitation . Nos montagnards n'avaient pas même de raquettes. un véritable supplice. La cabane de Valsorey a été reconstruite en 1925. .com/ Carte obţinută prin amabilitatea dlui Radu Hera. Nos deux savants choisirent tout naturellement pour leurs recherches le théâtre de leurs explorations précédentes : le fameux glacier d'Unteraar. C'était en effet. qu'il avait fait plus froid au Locle que dans l'Oberland. « Rien. heureux de se voir par un jour aussi magnifique au milieu de cette mer de glace dont il avait fait le théâtre de ses investigations. hébergeant les marchands qui venaient échanger là-haut les vins du Valais contre les fromages du Hasli. Les contours des montagnes se dessinaient avec une netteté inconnue en été sur le fond bleu du ciel. et. que je n'avais pas mentionné l'expéditùm de mes compatriotes Agassiz et Desor au glacier d'Unteraar. » Desor fut très étonné de constater. Il est juste d'ajouter que cette expédition coïncida précisément avec une période de foehn sec qui lui assura un temps merveilleux. mais pour être plus à l'aise. Depuis lors et presque simultanément avec l'apparition du présent ouvrage l'Alpine Skiing d'Arnold Lunn était publié en français par un fervent skieur alpin. en mars 1841.465 A. en effet. que l'on voit de si loin en été. OCR : Roşioru Gabi rosiorug@yahoo. Depuis longtemps déjà. En décembre 1924.premiers skieurs à visiter le Rimpfischhorn. au printemps. Celle de l'alpe de 1a Chaux (p. les crevasses au reflet brillant. décembre 1927. Desor était découragé par cette'mauvaise neige. après avoir cherché de tous côtés sur la moraine. en dépit de la fatigue. sur les glaciers (Dardel. à laquelle manquait ce charme magique que donnent les moraines. j'écrivais dans mon avant-propos qu'il n'existait aucun ouvrage en langue française sur la pratique du ski en montagne. nous en éprouvions alors un soulagement extraordinaire. au départ (5. h) le thermomètre ne marquait que -2° C. dans l'Unteraar était. Elle se dresse sur le mamelon coté 2. K. M. Neuchâtel (Suisse). la chaleur était excessive . car ses parois sont trop roides du côté du glacier pour que la neige puisse y adhérer et rester. Desors.).. on y parvenait en été en moins de quarante minutes.yahoo. il n'existait pas pour nous dans ce moment : nous n'avions devant nous qu'une immense étendue de neige très uniforme. On trouve. non seulement ne fîmes-nous pas usage de nos manteaux. aussi. dans la Bibliothèque Universelle d'avril 1842 un « Récit d'une course faite aux glaciers en hiver. La nécessité de garder nos doubles voiles était. que de se sentir succomber sons le poids d'obstacles matériels.. cet hospice était habité par un gardien solitaire. sous le titre : Le ski. A. Tous les pics qui bordent le glacier étaient revêtus de neige depuis leur base jusqu'à leur sommet .. nous découvrons à quelque distance un renflement dans l'arête neigeuse . c'était là notre Hôtel. à cette époque. que Desor veut bien reconnaître. le Finster-aarhorn seiil était noir comme en été.

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