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ÉDITION SPÉCIALE PLACÉE SOUS LE HAUT PATRONAGE DE MONSIEUR LE MINISTRE DE LA COMMUNICATION FATIMA,

ÉDITION SPÉCIALE PLACÉE SOUS LE HAUT PATRONAGE DE MONSIEUR LE MINISTRE DE LA COMMUNICATION

FATIMA, HASSIBA, MAYA, LEÏLA…

L’excellence au féminin

2 JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME EL MOUDJAHID «À force de voir des femmes gérer,
2 JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME EL MOUDJAHID «À force de voir des femmes gérer,
2
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME
EL MOUDJAHID
«À force de voir des femmes
gérer, légiférer et diriger, nos
petites filles s’identifieront et
s'engageront plus facilement dans
l'édification du pays. Comme nos
petits garçons habitués à voir des
femmes diriger, ne nourriront
aucun complexe, arrivés à l’âge
adulte, à partager le pouvoir.»
FATIMA, HASSIBA, MAYA, LEÏLA…
Abdelaziz Bouteflika, 8 mars 2014
L’excellence au féminin
P4-5

QUOTIDIEN NATIONAL D’INFORMATION Edité par l’EPE-SPA

QUOTIDIEN NATIONAL D’INFORMATION Edité par l’EPE-SPA au capital social de 200.000.000 DA 20, rue de la

au capital social de 200.000.000 DA 20, rue de la Liberté, Alger Téléphone : 021.73.70.81

Présidente-Directrice générale de la publication

Naâma Abbas

Rédacteurs en chef Kamal Oulmane — Achour Cheurfi DIRECTION GÉNÉRALE Téléphone : 021.73.79.93 Fax : 021.73.89.80 DIRECTION DE LA REDACTION Téléphone : 021.73.99.31 Fax : 021.73.90.43 Internet : http://www.elmoudjahid.com E-mail : elmoudjahid@elmoudjahid.com

ont participé à ce numéro spécial 8 mars équipe rédactionnelle : Achour Cheurfi, Nora Chergui, Kader Ben- tounès, Salima Ettouahria, Kamélia Hadjib, Soraya Guemmouri, Samia D., Hamid Gharbi, Salah Arezki, Sarah Sofi, Nadia Kerraz, Farida Larbi, Mohamed Koursi. équipe technique : Redouane Meliha. correction : Youcef Kaced photos : A. Hammadi, Wafa, Louiza A., Nesrine T. internet : http.www.elmoudjahid.com

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20, rue de la Liberté, Alger. Edité par l’EPE-SPA EL MOUDJAHID Siège social : 20, rue de la Liberté, Alger IMPRESSION Edition du Centre :

Société d’Impression d’Alger (SIA)

du Centre : Société d’Impression d’Alger (SIA) LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES
du Centre : Société d’Impression d’Alger (SIA) LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES
du Centre : Société d’Impression d’Alger (SIA) LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES
du Centre : Société d’Impression d’Alger (SIA) LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES
du Centre : Société d’Impression d’Alger (SIA) LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES

LEÏLA ZERROUGUI, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE POUR LES ENFANTS ET LES CONFLITS ARMÉS

Une Algérienne à l’ONU

P. 6-7

ET LES CONFLITS ARMÉS Une Algérienne à l’ONU P. 6-7 FATIMA-ZOHRA SEBAÂ-DELLADJ, MEMBRE DU COMITÉ D’EXPERTS

FATIMA-ZOHRA SEBAÂ-DELLADJ, MEMBRE DU COMITÉ D’EXPERTS AFRICAINS SUR LE DROIT ET LE BIEN-ÊTRE DE L’ENFANT

L’infatigable militante

PP. 8-9

BAYA SOUKI-KIEFFER, FONCTIONNAIRE AUPRÈS DE LA COMMISSION AFRICAINE DE L’ÉNERGIE (AFREC)

Un défi à portée de main

P. 10

YASMINA TAYA, PRÉSIDENTE DU COMITÉ ALGÉRIE POUR LE DIALOGUE SUD-NORD

Une diplomate née

P. 11

NACIRA HADDAD, EXPERTE AUPRÈS DE L’UNION EUROPÉENNE :

Terrain de prédilection :

le développement des PME

PP. 12-13

S

Dimanche 8 Mars 2015

EL MOUDJAHID
EL MOUDJAHID
EL MOUDJAHID JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 3

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

3

EL MOUDJAHID JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 3 OMMAIRE MAYA AMEYAR, CHERCHEUSE EN BIOLOGIE MOLÉCULAIRE Dans

OMMAIRE

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 3 OMMAIRE MAYA AMEYAR, CHERCHEUSE EN BIOLOGIE MOLÉCULAIRE Dans la
MAYA AMEYAR, CHERCHEUSE EN BIOLOGIE MOLÉCULAIRE Dans la ruche de l’INSERM PP. 14-15
MAYA AMEYAR, CHERCHEUSE
EN BIOLOGIE MOLÉCULAIRE
Dans la ruche de l’INSERM
PP. 14-15
MOLÉCULAIRE Dans la ruche de l’INSERM PP. 14-15 AÏCHA BARKI, PRÉSIDENTE DU RÉSEAU DES ONG ARABES

AÏCHA BARKI, PRÉSIDENTE DU RÉSEAU DES ONG ARABES D’ALPHABÉTISATION

PRÉSIDENTE DU RÉSEAU DES ONG ARABES D’ALPHABÉTISATION Une aura internationale PP. 24-25 SAMIRA KHEMKHEM
Une aura internationale PP. 24-25
Une aura internationale
PP. 24-25
D’ALPHABÉTISATION Une aura internationale PP. 24-25 SAMIRA KHEMKHEM CHERCHEUSE À L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG
D’ALPHABÉTISATION Une aura internationale PP. 24-25 SAMIRA KHEMKHEM CHERCHEUSE À L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG

SAMIRA KHEMKHEM CHERCHEUSE À L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG :

« Ma réussite, je la dois à l’école algérienne »

PP. 26-27

réussite, je la dois à l’école algérienne » PP. 26-27 HASSIBA BOULMERKA REPRÉSENTANTE DES ATHLÈTES AU
réussite, je la dois à l’école algérienne » PP. 26-27 HASSIBA BOULMERKA REPRÉSENTANTE DES ATHLÈTES AU
réussite, je la dois à l’école algérienne » PP. 26-27 HASSIBA BOULMERKA REPRÉSENTANTE DES ATHLÈTES AU
réussite, je la dois à l’école algérienne » PP. 26-27 HASSIBA BOULMERKA REPRÉSENTANTE DES ATHLÈTES AU

HASSIBA BOULMERKA REPRÉSENTANTE DES ATHLÈTES AU CIO

La gloire du sport féminin

PP. 16-17

RACHIDA ZADEM, REPRÉSENTANTE DE L’ALGÉRIE AUPRÈS DU COMITÉ DU PATRIMOINE MONDIAL À L’UNESCO

Une compétence avérée

PP. 28-29

CHAÏA DJAFRI, REPRÉSENTANTE DE LA FEMME ALGÉRIENNE AU SYSTÈME DES NATIONS UNIES

Du mouvement associatif à l’ONU

PP. 18-19

ASSIADJEBAR, MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE Écriture, résistance et solitude PP. 30-31
ASSIADJEBAR, MEMBRE DE L’ACADÉMIE
FRANÇAISE
Écriture, résistance et solitude
PP. 30-31

FATIMA-ZOHRA KARADJA, VICE-PRÉSIDENTE DU CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET CULTUREL DU CONSEIL DE L’UNION AFRICAINE

Des prédispositions pour le leadership

PP. 20-21

YAMINA CHAKKAR, DIRECTRICE RÉGIONALE ONUSIDA POUR L’AFRIQUE DU NORD ET LE MOYEN-ORIENT :

« Ses compétences n’ont d’égales que sa modestie et sa gentillesse »

PP. 22-23

Dimanche 8 Mars 2015

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

4 JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME EL MOUDJAHID FATiMA, HASSiBA, L’excellence Algériennes de naissance et de
4 JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME EL MOUDJAHID FATiMA, HASSiBA, L’excellence Algériennes de naissance et de
4 JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME EL MOUDJAHID FATiMA, HASSiBA, L’excellence Algériennes de naissance et de

FATiMA, HASSiBA,

L’excellence

Algériennes de naissance et de cœur, elles représentent, par leur parcours universitaire, leur trajectoire professionnelle, leur responsabilité au sein de différents organismes régionaux et internationaux, l’exemple même de la réussite érigée comme un modèle d’excellence pour tous.

par mohamed Koursi
par
mohamed
Koursi

Q u’elles soient sollicitées par l’ONU en divers points de la planète, lors de conflits, de guerres civiles ou de pan- démies à assumer des missions d’une rare complexité comme Leila Zerrou-

gui, Yamina Chekkar, Fatiha Serour… (trois

représentantes spéciales pour différentes mis- sions internationales du SG de l’ONU), qu’elles exercent leurs expertises dans la re- cherche de pointe comme Samira Khemkhem

à l’université de Strasbourg ou Maya Ameyar

à l’institut national de la santé et de la re-

cherche médicale (inserm), et d’autres encore comme Baya Souki au sein de la Commission africaine de l’Énergie ; elles sont, toutes, les ambassadrices de l’engagement de leurs pays

pour les grandes causes de par leur monde En cela, elles maintiennent actuel le lien avec le passé qui a vu leurs aînées adopter, jusqu’au sacrifice ultime, la meilleure des causes, pour que leurs descendances arrivent à se hisser au sommet du savoir et de la responsabilité uni- versels. Leur prénom estArabe, Maghrébin. ils sont portés par la «moitié» essentielle de notre société. Ces prénoms résonnent en nous comme un écho qui plonge loin, très loin dans notre enfance, et se perd dans le sourire de ce premier regard, de notre naissance, penché sur nous. Plus loin encore, ces prénoms voyagent dans notre histoire forgée dans l’adversité. Mohamed Dib, dans Qui se souvient de la mer, évoque une héroïne-symbole de l’Algérie nais- sante : «Sans la mer, sans les femmes, nous se- rions restés définitivement orphelins. il faudra le proclamer un jour publiquement.» Chez Kateb Yacine, ce prénom est Nedjma. Préfa- çant la Grotte éclatée, roman de Yamina Me- chakra, Kateb Yacine estime qu’à l’heure actuelle, «dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre». Encore plus loin dans l’histoire, ces prénoms maintiennent vi- vace une référence mystico-religieuse dans tout ce qui fait notre ethos. Fatima, prénom gé- nérique de notre religion portée par la fille du Prophète (QSSSL) est, à la fois, couleurs et senteurs, histoire et civilisation… Quand il est composé avec Zohra, il devient l’éclatante, la resplendissante. Le destin a décidé de faire en- trer au panthéon de la littérature universelle, un monument quasi nobélisé,Assia de son pré- nom de plume et Fatima-Zohra par l’état civil. Hommage à assia djebbar, l’un des auteurs les plus célèbres de notre patrimoine qui écrit «comme tant d’autres femmes écrivains algé- riennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie». Aïcha est l’hé- roïne dans Naissances, de Mohamed Boudia. «Notre périmètre de vie a explosé, ouvrant des chemins inconnus. La femme est un moteur

nouveau, un rouage de plus dans la révolution. Ouvrons, ouvrons les portes et nous verrons

toutes les femmes, toutes les filles, toutes nos

marcher au fond des

vallées et grimper dans les montagnes, porter au creux de leurs bras milles remèdes à milles souffrances.» Hassiba. Un prénom qui claque

au vent de l’histoire

d’Alger, feuilletez nos manuels d’histoire, pro- noncez-le dans n’importe quelle assistance, et vous sentirez un frisson parcourir ceux qui l’entendent. Les rares photos laissées à la pos- térité montrent une Hassiba Ben Bouali au re- gard qui semble glisser sur le monde qui l’entoure, à l’expression rêveuse. Et, pourtant, derrière ce visage angélique, une force va faire plier, par son sacrifice ultime, l’une des ma- chines policières et militaires les plus inhu- maines de l’époque. Une détermination qui force le respect. Des années plus tard, une autre Hassiba, dans une Algérie devenue indépendante, fera faire dans une course folle, qui est restée dans l’his- toire, le tour du monde au drapeau algérien. Toutes les caméras du monde ont retenu l’ex- pression rageuse de hassiba Boulmerka, une fois franchie en victorieuse, la ligne d’arrivée à Tokyo. Boulmerka est la première femme à offrir à l’Algérie une médaille d’or olympique aux jeux de Barcelone. Deux fois championne du monde du 1.500 m. Elle a, également, siégé au sein de la commission des athlètes du Co- mité international olympique. En 1991, à Tokyo, elle est championne du monde, et des centaines de millions de téléspectateurs regar- dent cette Algérienne, drapée de l’emblème national dans un tour d’honneur incroyable. Ce tour de piste, de l’autre côté de la planète, qui propulse sur les cimes de l’athlétisme mondial, une Algérienne est d’autant plus saisissant, symbolique, fort et puissant, qu’il intervient dans une période où un vent en Algérie veut

● ● ●

Demandez à La Casbah

mères, toutes nos sœurs

Dimanche 8 Mars 2015

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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EL MOUDJAHID JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 5 MAYA, LEÏLA… au fém inin ● ●● renvoyer
EL MOUDJAHID JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 5 MAYA, LEÏLA… au fém inin ● ●● renvoyer

MAYA, LEÏLA…

au fém inin

INTERNATIONALE DE LA FEMME 5 MAYA, LEÏLA… au fém inin ● ●● renvoyer les femmes algériennes

● ●●

renvoyer les femmes algériennes au moyen- âge. Aujourd’hui, c’est devenu une banalité que de dire que les femmes se sont imposées dans tous les secteurs de la vie sociale. En po- litique comme en économie… Existe-t-il un es- pace public qui lui soit fermé ? Mieux encore, l’Algérienne a non seulement investi tous les espaces, mais, également, marqué par son em- preinte, sa détermination et sa compétence, les institutions régionales et internationales. Au Nations unies, à l’Union africaine, à l’Union européenne… expertes en différents domaines apportant son savoir-faire au service des popu- lations dans différents domaines de l’action hu- maine. Dans un monde violent, dirigé par la finance qui écrase les populations fragiles et vulnéra- bles où qu’elles se trouvent, l’origine ethnique, l’appartenance religieuse sont instrumentali- sées pour produire des monstres. Dans ces tur- bulences, une Algérienne nommée par le SG des Nations unies pour le représenter dans les questions des conflits armés à travers le monde plaide pour les chrétiens et les musulmans en Centrafrique, pour les Rwandais et les Congo- lais dans la région des Grands Lacs. «il faut ac- cepter la différence et ne pas se poser en donneur de leçon. Chacun doit s’interroger sur sa responsabilité dans la situation du monde, afin de déterminer s’il est un facteur de stabili- sation ou de déstabilisation.» L’auteure de cette expression est leila Zerrougui . Juriste de formation, experte en matière de droits de l’homme et d’administration de la jus- tice, sa carrière professionnelle se confond au renforcement de l’État de droit et à la défense de stratégies et d’actions pour la protection des groupes vulnérables, en particulier les femmes et les enfants. Elle est Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés du Secré- taire général des Nations unies. Nommée en juillet 2012, Elle s’emploie à faire connaître et

à protéger les droits des filles et des garçons af- fectés par les conflits armés. invitée à Oran, en octobre dernier, à l’occasion du 1 er congrès in- ternational féminin qui s’est tenu sous le slogan «Pour une culture de la paix», elle a appelé à la mise en commun des efforts pour bannir de la surface de la planète, l’injustice. «Ce n’est pas le manque de culture de la paix qui ex- plique la résurgence de conflits entre commu- nautés autrefois pacifiques, mais plutôt le manque de justice», a-t-elle soutenu, en déplo- rant que les religions et origines ethniques soient aujourd’hui utilisées comme des instru- ments de conflits. ONUSiDA, acronyme d’un programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des diffé- rentes agences spécialisées de l’ONU pour lut- ter contre la pandémie du sida, compte une Algérienne parmi ses cadres. Yamina chak- kar est Directrice d’une équipe d’appui aux ré- gions pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord dans cette institution qui coordonne le travail de 10 agences spécialisées de l’ONU, entre autres, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’UNiCEF, le Pro- gramme alimentaire mondial, le PNUD, l’Or- ganisation internationale du travail,

Ya-

l’UNESCO, l’OMS, la Banque mondiale

mina Chakkar est ce regard bienveillant du docteur, vigilant pour que personne ne soit ou- blié dans cette lutte contre cet ennemi mortel. Elle a été Coordonnatrice de l’ONUSiDAdans plusieurs villes africaines au Togo, au Bénin, au Mali, Conseillère pour l’appui aux régions

Elle est

pour l’Afrique occidentale et centrale

présente quand le Conseil des ministres arabes de la Santé adopte une stratégie (2014-2020) pour lutter contre l’épidémie de ViH dans les pays arabes et contre la stigmatisation des per- sonnes infectées. Fatma Zohra sbaâ deladj est experte au Co- mité africain des Droits et du bien-être de l’en- fant (Farida), première vice-présidente du

comité des droits de l’enfant l’Union africaine (UA). Évoquant l’autisme, elle a reconnu la méconnaissance, aussi bien en Algérie qu’en Afrique, de cette maladie difficile à diagnosti- quer, qui touche généralement les enfants. Kar- radja Fatima est vice-président économique, social et culturel du Conseil de l’Union afri- caine pour l’Afrique du Nord. Elle est née le 20 avril 1949 àAlger. Thérapeute pour enfants, titulaire d’un doctorat en psychologie et spé- cialisée dans le travail avec les enfants touchés par un traumatisme, elle est membre du Comité des femmes africaines pour la paix et le déve- loppement. Fatiha serour est nommée Repré- sentante spéciale adjointe en Somalie par le e Secrétaire général de l’ONU. Sa bio officielle mentionne qu’elle est Directrice de «Serour Associates for inclusion and Equity», une as- sociation consacrée à l’appui aux approches in- clusives du développement durable. Elle a été Directrice régionale pour l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient au Bureau des Na- tions unies pour les services d’appui aux pro- jets. Elle y a dirigé des équipes nationales et internationales chargées de mettre en œuvre les projets pour le système des Nations unies, des institutions financières internationales, des gouvernements et autres partenaires dans le do- maine de l’aide internationale. Auparavant, M me Serour avait assumé différentes fonctions de Conseillère hors classe au Département des affaires économiques et sociales (DAES), à la Mission d’assistance des Nations unies en Af- ghanistan (MANUA). M me Serour a également été Directrice chargée de la jeunesse au Secré- tariat du Commonwealth. Elle est titulaire d’un doctorat en stratégies de développement pour l’Afrique de l’«University of Aberdeen», au Royaume-Uni, et d’une maîtrise en relations internationales de l’université de Lille, en France. Elle parle couramment l’anglais, l’arabe et le français. m. K.

Dimanche 8 Mars 2015

leila Zerrougui, SECRÉTAiRE GÉNÉRALE ADJOiNTE POUR LES ENFANTS ET LES CONFLiTS ARMÉS

Une Algérienne à l’ONU

Leila Zerrougui a, depuis septembre 2012, la charge de protéger la plus vulnérable des populations
Leila Zerrougui a, depuis septembre 2012, la charge de
protéger la plus vulnérable des populations en temps de
guerre : les enfants. Secrétaire générale adjointe pour les
enfants et les conflits armés aux Nations unies, elle a un
agenda bien chargé. Pourtant, cette femme, bien de chez
nous, a accepté de nous accorder un entretien téléphonique,
depuis son bureau à New York. Retour sur son parcours et
son travail à l’ONU.

D. R.

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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E n ce jeudi 29 janvier, il est 10h30 à New York, 16h30 à Alger. Au bout du fil, une voix douce, mais pleine d’assu- rance. Habituée à accorder des

interviews aux plus grands titres et chaînes de télévision de la planète, elle

commence la communication par un «merhba», avec un accent propre aux gens de l’est du pays. Pour cette native de la ville de Souk Ahras, répondre aux questions des journalistes est un exer- cice très facile. On lui explique, briè- vement, le projet de notre journal, qui consiste à mettre en avant le parcours de femmes algériennes exception- nelles, elle répond en toute modestie, qu’il existe sûrement des femmes plus compétentes qui méritent qu’on les fasse sortir de l’ombre. On arrive tout de même à la convaincre, et elle finit

par accepter de jouer au jeu des ques- tions/réponses. Pour revenir sur l’itiné- raire de cette juge pour qui toute difficulté n'est qu'un

de cette juge pour qui toute difficulté n'est qu'un D. R. D. R. cupé divers postes
D. R.
D. R.
D. R.
D. R.

cupé divers postes académiques universitaires dans les écoles de droit algériennes. Elle est collaboratrice de revues spécialisées dans le domaine de l'Administration de la justice et des droits de l'homme. Sa notoriété dépasse les frontières, et en 2001 elle est employée par l’ONU, et se verra solliciter sur toutes les questions des droits de l’homme. À juste titre, il faut rappeler que M me Zerrougui est l’un des cinq auteurs du rapport des Nations unies sur les abus commis à l’encontre des détenus de Guantanamo. À l’échelle internationale, tout le monde s’accorde à dire que c’est sa ténacité et son engagement sans faille dans les causes justes, qui lui ont permis de gravir une à une les marches jusqu’à l’ONU. Et c’est en 2008 qu’elle sera désignée comme Représentante spéciale adjointe pour la République démo- cratique du Congo (RDC) et Adjointe au Chef de la Mission des Nations unies en Répu- blique démocratique du Congo (MO- NUSCO). Durant quatre ans, elle sera la seule femme au commandement de cette instance. Leila Zerrougui reste convaincue que si la femme étudie, elle doit avoir accès à des postes de responsabilité. Pour elle, cela doit couler de source. Elle croit dur comme fer au slogan «à compétence égale, chance égale», car, dit-elle, il n’y a que la compétence qui fait la différence. Pour cette magistrate de renom-

mée internationale, qui, à chaque fois rappelle à ses interlocuteurs, qu’elle est née en pleine guerre, peut se vanter d’avoir une carrière brillante. Pourtant, elle est restée modeste et très attachée au pays. Et surtout reconnaissante à tous ceux qui l’ont soutenue dans son itinéraire professionnel qui l’a propul- sée dans la haute instance internatio- nale. Depuis sa nomination au poste de Secrétaire générale adjointe pour les enfants et les conflits armés aux Na- tions unies, elle voyage aux quatre coins du monde, élabore des observa- tions et les propose au secrétaire géné- ral qui décide ou non de prendre des mesures. Son bureau est à New York, mais cela ne veut pas dire qu’elle est coupée du monde. L’internet, dit-elle, a fait de l’univers, un petit village. il suffit de cliquer pour avoir des nou- velles du pays. Chaque soir, «je consulte la presse algérienne. Cela me permet d’être au courant de ce qui se passe». Et à chaque fois que son agenda le lui permet, elle rentre au «bled» rendre visite à sa mère. Une oc- casion pour prendre des produits du

). «Quand

j’ai un peu de temps, je cuisine des plats algériens, surtout la chorba, les boureks», affirme-t-elle. la voix des enfants auprès des puissances mondiales D’aucuns se demandent en quoi consiste le travail de Leila Zerrougui ? représentante spéciale de l’ONU pour les enfants et les conflits armés ; et sa mission est de défendre les enfants de la guerre. En cette qualité, elle repré- sente une autorité morale indépendante et s’emploie à faire connaître et à pro- téger les droits des filles et des garçons affectés par les conflits armés. Une chose pas très aisée, lorsqu’on sait qu’il y a dans le monde, des centaines

de milliers d’enfants soldats engagés dans une trentaine de conflits. En cette qua- lité, elle représente une autorité morale indé- pendante et s’emploie à faire connaître et à protéger les droits des filles et des garçons af- fectés par les conflits armés. Sa mission, rap- porter les violations des droits des enfants lors de conflits armés devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le Conseil des droits de l'homme de Genève ou encore la Cour pénale interna- tionale (CPi). Un mandat diplomatique déli- cat que la magistrate décrit avant tout comme une chance. «J'ai l'opportunité d'influencer positivement les Nations unies pour la lutte contre les discriminations, les injustices, les inégalités. Elle est la voix des enfants auprès des puissances mondiales.» Rien de nouveau pour elle. Car, faut-il rappeler, son mémoire de fin d'études a porté sur l'enfant et l'infra- ction. Un thème qui lui a permis de devenir juge des mineurs. À sa nomination au poste de Secrétaire adjointe pour les enfants et les conflits armés, un journaliste lui avait de- mandé si le travail de terrain allait lui man- quer, elle qui avait pris l’habitude de sillonner le monde. Elle répond : «il faut toujours faire les choses puis s'arrêter, et prendre du recul. Cela nous donne plus de maîtrise.» On le di- sait au début, c’est une femme bien de chez n. c.

nous.

par nora chergui
par
nora
chergui

défi de plus, tout commence dans sa ville natale. Née en 1956 en pleine

pays (épices, frik, diouls

guerre de Libération, elle a la chance d’aller à l’école juste à l’aube de l’indépendance. Mais, en cette période, le pays commençait à

sortir d’une longue nuit coloniale, et les infrastructures scolaires manquaient le plus. C’est donc à Annaba, loin de sa famille, qu’elle poursuivra ses études. Et contrairement aux autres filles de son âge, elle ne part pas à la recherche d’un prince charmant. Son objectif principal est de décrocher le bac. Le grain de sésame qui ouvre grand les portes de l’université. Le but bien tracé est atteint, et après un cursus au lycée de Saint-Augustin (un des quatre pères de l’église occidentale né lui aussi à

quatre pères de l’église occidentale né lui aussi à Souk Ahras), elle décroche haut la main
quatre pères de l’église occidentale né lui aussi à Souk Ahras), elle décroche haut la main

Souk Ahras), elle décroche haut la main le baccalauréat. Ce qui lui permet de s’inscrire dans l’une des plus prestigieuses écoles d’Algérie, l’École nationale d’Admi- nistration. Elle quittera la prestigieuse École avec un diplôme en 1980. Et c’est parce que c’est une militante née, elle s’engage dans la protection des droits. Elle se lance dans la dé-

fense des droits des enfants, et de la cause fé- minine. Aussi, elle débute sa carrière professionnelle, comme juge de tribunal de première instance (1980 – 1986), et de 1986 à 1997, en pleine décennie noire, elle sera juge de la cour d’appel à Alger et Blida. En dépit des menaces qui pèsent sur tous les cadres du pays, elle ne quittera pas le pays. Aussi de 1998 à 2000, elle occupera le poste de conseil- lère juridique au cabinet du ministre de la Jus- tice, puis conseillère à la Cour suprême. sa compétence, sa carte de visite Elle a également occupé les fonctions de consultante à la Présidence de la République (2000-2003) et fait partie de la Commission nationale de la réforme de la justice. On fera aussi appel à elle, pour la rédaction des textes d’indemnisation des victimes du terrorisme. Sa compétence, c’est sa carte de visite. Quand son nom est évoqué, il est directement associé à l’experte en droits humains et la construc- tion de l’État de droit. Elle a également oc-

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Fatima-Zohra seBaâ-delladJ MEMBRE DU COMiTÉ D’ExPERTS AFRiCAiNS SUR LE DROiT ET LE BiEN-êTRE DE L’ENFANT

L’infatigable

militante

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EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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Des combats, cette militante pour la cause des femmes et des enfants en a menés. On la classe parmi ces femmes remarquables par leurs ac- tions, leurs envies, leurs initiatives, leur courage et leur volonté de faire bouger les choses.

C ette grande dame, qui a réussi à faire rimer humanisme, passion et rigueur, fait partie de celles qui ont permis de fantastiques avancées en matière de droits de la femme, et

des enfants, de respect d’autrui et d’ouver- tures aux autres. La passion est, pour elle, un moteur essentiel pour aller de l’avant et se retrouver là où elle est aujourd’hui. M me Sebaâ-Delladj Fatima-Zohra est Rap- porteur spécial sur la question du mariage des enfants au sein de l’Union africaine, après avoir été longtemps expert au sein de la même institution. Ne vous fiez surtout pas

à son petit air jovial, débonnaire et réservé. Derrière ce magnifique visage et ce regard franc, se cache, en effet, une femme à poigne dotée d’un courage exceptionnel, qui n’a nullement besoin d’enfiler un gant pour frapper sur la table. Psychologue clinicienne de formation, mère de

par Farida larbi
par
Farida
larbi

deux enfants et grand- mère, mariée à un anthro- pologue-sociologue. Passionnée par les ques-

tions de l’adolescence et des rapports parents/enfants, M me Sebaâ a commencé par militer dans des associations de défense des droits des femmes, pendant les années 1990, puis dans une association de promotion de la lecture «plaisir» chez les enfants. Chercheur dans le domaine de l’enfance et de l’adolescence, elle a dirigé une enquête nationale (sous l’égide de l’Unicef et de

l’ex-ministère délégué à la Famille) sur le droit à la participation des adolescents. Membre du projet de recherche/CRASC :

«Le suicide chez les jeunes de 15 à 25 ans dans la wilaya d’Oran», CRASC, 2002 – 2004, Membre expert de l’Étude nationale sur les «Violences à l’égard des femmes en Algérie», MDCFCF/UNiFEM/CRASC, Dé- cembre 2006, Membre du projet de re- cherche/CRASC : «Famille, éducation, changement social» 2012, Membre équipe PNR «Mineurs en garde judiciaire : Protec- tion légale, judiciaire et sociale : état des lieux». Projet agréé et ouvrage en cours de parution 2013, membre du laboratoire «Diagnostic et moyens d’investigation des comportements déviants» - Département de psychologie – Université d’Oran (2014), Membre Comité Scientifique et Présidente comité d’organisation colloque de psycho- logie clinique (université d’Oran – départe- ment de psychologie avril 2012 et avril 2014, Coordinatrice étude : Évaluation du Plan Directeur National de lutte contre la drogue et les toxicomanies, CRASC/ONLCDT, Coordinatrice étude nationale : Perceptions, représentations et

valeurs des adolescents quant à leur droit à la participation. UNiCEF/CRASC/MDCFCF… une infatigable défenseuse des droits des enfants Cette infatigable défenseuse des droits des enfants est une force tranquille, c’est ce qui habite M me Fatima Sebaâ. Avec son calme, sa voix douce et son ton posé, la militante des droits des femmes et des enfants relègue au rang de mythe du fond des âges, ce cliché qui associe toute féministe et militante à une harpie hystérique. Décrite par son époux qui partage sa vie depuis 30 ans comme étant «une femme d’un abord agréable et socia- ble, proche et disponible pour toutes les per- sonnes qui lui demandent conseil, présente

pour sa famille, très active et très organi- sée». M me Sebaâ a su concilier entre militan- tisme, vie de couple, vie de famille et aventure humaine et sociale. Pour cette mi- litante passionnée par les droits de l’enfant, nourrir les relations humaines est une se- conde nature. Sollicité pour nous faire un petit portrait de son épouse avec laquelle il

a partagé 30 ans de sa vie, M. Nadir Sebaâ,

sociologue, nous dit que «Fatima a une triple

pert issu présenté par son pays, et la Confé- rence des chefs d’États le nomme pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Le mandat de ce comité implique l’examen des rapports des États-Parties sur la situation des droits de l’enfant dans leur pays, et la production des recommandations par les ex- perts du Comité ; les réponses aux plaintes individuelles ou collectives ; les enquêtes sur les violations flagrantes de la Charte… À ce titre, le Comité invite l’État à soumettre une réponse écrite reprenant les informa- tions sur les mesures prises pour le suivi des recommandations formulées par le Comité. il peut également demander un complément d’informations sur les mesures prises par l’État-Partie auprès d’autres institutions et organisations de la société civile. Le Comité d’experts a une compétence pour procéder aux enquêtes ou investigations sur les faits laissant supposer des violations des droits de l’enfant dans un État membre. Les Organi- sations de la société civile, les institutions du système des NU et plusieurs autres orga- nisations œuvrant en faveur de l’enfance en Afrique soutiennent ce mandat du Comité à travers les objectifs de son plan d’action. En octobre 2014, M me Sebaâ est élue à l’unanimité par ses pairs, Rapporteur Spécial sur la question du mariage des en- fants. Une mission qu’elle as- sume avec responsabilité et honneur. Et même si l’Algérie ne figure pas parmi les 10 pays africains qui souffrent de ce phénomène du mariage des en- fants, M me Sebaâ n’écarte pas, avec la montée du courant wahhabite actuellement, le risque que tout les pays musul- mans soient touchés par ce problème. Détenant un DEA en psy- chologie du développement in- dividuel et social-université de Lille 3 (France), un magister en psychopathologie de l’en- fant et de l’adolescent-univer- sité d’Oran, et un doctorat (faculté des sciences sociales- université d’Oran) : Adolescence, identité et mal-être, M me Sebaâ est non seulement une femme de terrain, mais elle s’est aussi inves- tie dans la recherche et la réflexion. À son actif, plusieurs ouvrages spécialisés consa- crés a la l’épineuse problématique de l’ado- lescence, entre autres, Délinquance juvénile féminine en Algérie : entre le social et le moral. Femmes arabo-berbères : études et recherches en anthropologie. institut du Monde Arabe, Adolescence et délinquance en Algérie, la délinquance juvénile féminine éditions Dar El-Gharb, Oran 2002 (Ou- vrage), Adolescence, des identités en projet In Adolescence : quels projets de vie ? Ou- vrage collectif, Pour une anthropologie de l’enfant africain, in Revue africaine des li- vres (ARB Vol 7 N°2 Sept. 2011), Les pa- rents et leurs adolescents, regards croisés. In Famille, éducation et changement social. Les cahiers du Crasc N° 27 2013. F. l.

D. R.
D. R.

casquette, celle d’une dame très active dans la société civile, celle de psychologue très appréciée et très sollicitée par les femmes et les mamans quand elles ont des relations

conflictuelles avec leurs enfant, et, enfin, la casquette d’une vraie femme des médias pour avoir produit et animé pendant 10 ans une émission sur la radio oranaise traitant des préoccupations de la population locale». M. Sebaâ est admiratif du sens de l’organi- sation de sa femme et de son sens du devoir envers ses enfants et de sa présence dans sa vie de couple, en dépit de la multitude des missions qu’elle s’est assigné. Profession- nellement parlant, le désir de se confronter

à la réalité du terrain pousse M me Sebaâ à in-

tégrer des groupes de travail et de recherche

à dimension internationale. Actuellement,

experte au sein du Comité des droits et du bien-être de l’enfant qui comprend 11 mem- bres issus d’États africains, pour ce mandat, les États élisent, au Conseil exécutif, un ex-

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

BaYa souKi-KieFFer, FONCTiONNAiRE AUPRèS DE LA COMMiSSiON AFRiCAiNE DE L’ÉNERGiE (AFREC)

Un défi à portée de main

«C’est le destin qui est venu frapper à la porte du bureau de Madame Baya Souki-Kieffer.» C’est ce que tous ses ex-collègues de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE) ne cessent de lui faire rappeler. Et c’est cette réponse qu’elle donne lorsque la question lui est posée de savoir comment elle a rejoint le staff de la Commission africaine de l’énergie (AFREC), sous tutelle de l’Union africaine.

L e destin, certes, mais aussi et surtout son sérieux, ses compé- tences professionnelles et son potentiel de travail, que le pre- mier directeur exécutif de l’AFREC n’a pas manqué de relever chez elle, alors qu’elle travaillait au sein de l’APRUE, qui co- habitait avec l’organisation africaine. «Je n’oublierai jamais

ma première rencontre avec le directeur de l’AFREC qui a frappé à la porte de mon bureau alors que j’étais concentrée sur un travail», ra-

conte celle qui deviendra la première recrue de l’AFREC. il venait de prendre fonctions, et n’avait pas encore un staff. Or, il avait souvent besoin de l’aide d’une collaboratrice pour la réalisation et la finalisa- tion de la mise en page de documents importants. Un jour, alors qu’il devait réaliser un travail d’une grande importance, urgent et confiden- tiel, il s’adressa à elle. M me Souki-Kieffer, heureuse

par nadia Kerraz
par
nadia
Kerraz

de pouvoir rendre service, ne refusera pas. Satisfait du résultat, il reviendra frapper à la porte de son bu- reau à chaque fois qu’il avait besoin d’un coup de main. il savait qu’il pouvait compter sur elle, d’au-

tant plus que M me Souki-Kieffer est polyglotte (arabe, français, anglais et portugais). Persuadé qu’il avait trouvé la perle rare dont il avait besoin pour entamer son travail si important et confidentiel, il a introduit, à son insu, auprès de la hiérarchie de l’AFREC (l’Union africaine) et de la hiérarchie tutelle de l’APRUE (ministère de l’Énergie et des Mines), une demande pour son recrute- ment. L’Agence n’avait pas très envie de perdre une précieuse fonc- tionnaire en apprenant que le directeur exécutif voulait la compter dans son équipe et à ses côtés dans sa mission si lourde et importante. « on vous confie l’aFrec » Mais, au final et devant l’insistance du directeur exécutif auprès des deux hiérarchies, le recrutement a été approuvé. M me Souki-Kieffer affirme s’être sentie très honorée d’avoir été solli- citée par l’organisation de l’Union africaine à l’effet de travailler à la «Commission africaine de l’énergie», l’institution internationale nou- vellement créée et abritée par le gouvernement algérien à Alger. Après

son installation, un haut responsable de sa hiérarchie a visité les bu- reaux pour faire sa connaissance. il fera part, en présence du directeur exécutif, de ses directives. En sa direction, il ajoute : «On vous confie l’AFREC, pour épauler votre directeur exécutif dans l’accomplissement des tâches qui lui ont été confiées. Prenez soin de l’AFREC, comme si c’était votre propre

l’AFREC est notre bébé à

nous tous

et on est convaincu que vous serez à la hauteur de la mis-

bébé. En lui répétant «Oui madame Baya

sion qui vous est donnée. Faisons en sorte que ce bébé lance ses pre- miers pas et puisse grandir et devenir fort et solide.» Elle conserve encore la photo qui témoigne de ce jour du passage de ce haut respon- sable. Ce jour, M me Souki-Kieffer s’est fait la promesse de faire de l’AFREC, une priorité absolue, autant que sa petite famille, pour pou- voir répondre à la confiance qui a été mise en elle et d’assister son di- recteur executif avec tout son dévouement pour pouvoir voir l’institution atteindre ses buts et réaliser tous ses programmes, dont le principal était et est le Système d’information Énergétique Africain et la Base de Données ((SiEA). L’institution, «ce bébé qui a grandi», est aujourd’hui forte. Les débuts ont été pourtant difficiles. «On n’avait pas beaucoup de moyens», se souvient M me Souki-Kieffer. Mais cette difficulté, conjoncturelle, n’était pas suffisante pour décourager le di-

D. R.

recteur exécutif et son assistante. De plus, ajoute-t-elle, «je ne voulais surtout pas trahir la confiance qu’on a mise en moi». Mais si la tâche confiée pouvait sembler lourde pour cette dame à la frêle silhouette, elle ne manquera pas de la relever haut la main. « Fière d’être algérienne » Et pour cause, rappelle-t-elle, non sans une certaine fierté : «Je suis algérienne et fière de l’être, fonctionnaire de l’Union africaine et fière de l’être, je suis épouse et fière de l’être, je suis mère et grand-mère et fière de l’être.» L’AFREC, qui défend la cause énergétique de toute l’Afrique, compte, en la personne de M me Souki-Kieffer, une compé- tence qui connaît les défis énergétiques que le continent se doit de re- lever, et les enjeux inhérents. Comment concilie-t-elle ses obligations familiales et profession- nelles ? «Je n’ai jamais rencontré de difficultés à gérer ma famille et mon travail en même temps (comme si que tout se faisait tout seul)», affirme-t-elle tout simplement. il est vrai aussi que ses deux enfants (une fille et un garçon, diplômés en ingéniorat d’affaires) étaient grands déjà au moment de son recru- tement à l’AFREC. Les choses auraient été, sinon, plus difficiles, d’au- tant, se rappelle-t-elle, que «je n’ai pas d’heures de travail fixes. À nos débuts, même durant le mois de Ramadhan, il m’est arrivé de travailler jusqu’à minuit aux côtés de mon responsable pour finir nos travaux importants et urgents». il est vrai aussi qu’entre les courriers qu’il faut transmettre aux ministères de l’Énergie des pays membres et aux am- bassades, la réalisation des différentes publications, l’organisation des ateliers et séminaires tant en Algérie que dans d’autres pays du conti- nent, les négociations avec tous les fournisseurs, etc., il aurait pu pa- raître difficile de gérer l’institution AFREC et assumer toutes les tâches. Mais, pour qui connaît Baya Souki-Kieffer, une femme dotée d’un don pour les relations humaines et a un grand sens de l’organi- sation, la mission qui lui a été confiée semblait couler de source, pour reprendre cette métaphore qui remonte à la fin du xVii e siècle.

n. K.

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EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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YasminataYa, PRÉSiDENTE DU COMiTÉ ALGÉRiE POUR LE DiALOGUE SUD-NORD

Une diplomate née

La voix très douce et maternelle de Yasmina Taya contraste avec l’énergie que cette femme dégage dès lors qu’il s’agit de défendre une cause à laquelle elle croit. Son parcours professionnel qui n’aura pas été de tout repos reflète au mieux sa volonté à briser les tabous et les carcans sociétaux. Il faut dire aussi que cette diplômée universitaire (études de droits et DESS en management et stratégie de l’entreprise, une année de pycho-graphologie), se refuse à suivre les sentiers battus.

E fait, c’est elle qui balise le terrain pour les autres. Cette femme, pre-

mière exportatrice à avoir affronté le marché international en 1982, pour

n

y

commercialiser de l’anguille vi-

vante, et ce après deux longues années d’âpres pourparlers avec le secrétariat d’État, chargé de la Pêche, et celui du Com- merce extérieur, peut se

par nadia Kerraz
par
nadia
Kerraz

targuer aujourd’hui d’avoir forgé son propre destin. Le chemin profes-

sionnel qu’elle a emprunté a grandement contribué à renforcer sa détermination à aller au bout de ses projets. Exporter vers l’étranger à une époque où les facilitations qui existent au-

jourd’hui n’étaient pas encore proposées, lui

a aussi permis de réaliser que pour gagner

des parts sur le marché international, il fal-

lait se battre au quotidien. Ce qu’elle a réussi

à faire. Un effort soutenu (notamment à la

tête de l’association des femmes chefs d’en- treprises (SEVE) qu’elle a présidée de longues années) qui a fini par être reconnu

et récompensé par ses pairs. Les deux prix qu’elle a reçus en 2007, Prix d’Économie «le LAZiO entre l’Europe et la Méditerra- née», et le Prix du Développement Durable,

au titre de l’Afrique, Groupe Vuitton, Fon- dation Vve Clicquot ne sont qu’une modeste récompense d’une participation active à la vie économique du pays. Mais, pour l’ac- tuelle présidente d’Honneur à vie de SEVE,

le combat qu’elle mène aurait été incomplet

s’il n’était pas adossé à d’autres actions. Ainsi, et au cours de ses déplacements à l’étranger, elle s’est rendue compte à quel

D. R.

point l’image de l’Algérie avait été ternie par les sombres années du terrorisme. Plus encore, la rive nord de la Méditerranée avait une mauvaise perception de son vis-à-vis du sud. Une réalité qu’elle s’est promis de changer ou du moins à corriger. Le Mouve- ment Européen international (MEi) avait manifesté son intérêt de nouer un dialogue antre les deux rives. il n’en fallait pas plus pour M me Taya. Elle a saisi au vol l’occasion offerte. Avec d’autres partenaires de la société civile des deux rives de la Méditerranée, elle se lance dans la création de la «Fondation du Dia- logue Sud/Nord». Mais pas question pour celle qui avait compris à sa juste importance, l’impact d’une diplomatie parallèle. Aussi, elle n’a eu de cesse de se battre, en dépit du manque de moyens, pour changer l’état d’esprit de nos voisins du nord de la Médi- terranée. L’Algérie candidate pour abriter le congrès du dialogue Sud-Nord ? Pourquoi pas. Comme pour la mettre au pied du mur, l’Algérie représentée par sa société civile naissante a été choisie parmi trois autres pays arabes candidats à l’organisation du congrès en 2006. Le défi a été relevé haut la main. «Ce fut grandiose», se souvient en- core Taya Yasmina. Plus de 200 participants venus des deux rives de la Méditerranée y

ont pris part. Des personnalités de la rive Nord, ministre d’État, épouse de Premier ministre, mem- bres du conseil de l’Europe et le président de la Banque européenne d’investissements, pour ne citer qu’eux, ont répondu favorable- ment à l’invitation qui leur avait été adres- sée. M me Taya, qui s’est personnellement investie dans les préparatifs de ce congrès, sanctionné par l’adoption de la Déclaration d’Alger qui institué la journée du 26 février journée du Dialogue Sud-Nord, souligne au- jourd’hui l’importance qu’il revêt pour la suite des évènements. Plus de neuf ans après, elle en parle avec cette même émotion qui l’avait enfreinte pendant les deux jours des travaux qui se sont déroulés à l’hôtel El- Aurassi à Alger. Depuis, son militantisme pour rapprocher les deux rives n’a pas baissé. Celle qui pré- side aujourd’hui le Comité Algérie pour le Dialogue Sud-Nord est également co-prési- dente du comité pour le suivi des recom- mandations du dialogue. Reçue en 2013 au Parlement européen, par le président de la commission Maghreb, elle défendra pendant deux heures sa vision du dialogue Sud-Nord de la Méditerranée. Pour M me Taya, le jeu en vaut la chandelle.

n. K.

Dimanche 8 Mars 2015

nacira haddad, ExPERTE AUPRèS DE L’UNiON EUROPÉENNE

Terrain de prédilection :

le développement des PME

D. R.

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

accès à des postes de res- ponsabilité, Nacira Had- dad enchaîne les briefings

Elle est de ceux qui croient à la réussite. Diplômée de sciences-po à Alger, de la Sorbonne à Paris et de l’Institut national pour la producti- vité et le développement industriel, le premier à l’échelle africaine en matière d’appui et de développe- ment aux entreprises, Nacira Had- dad, membre du conseil exécutif du FCE, a accompli son premier par- cours professionnel dans le secteur public où elle a passé près d’une trentaine d’années d’activité, avant de se mettre à son propre compte. Des regrets ? «Aucun», tranche cette mère de deux enfants. «Je me suis même davantage forgée durant les années 1990, décennie de feu, de sang et de tourmentes sociales, en assumant de grandes responsabili- tés», souligne-t-elle avec fierté.

D. R.

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EL MOUDJAHID

À

l’époque, l’économie était en diffi- culté, avec la libéralisation du mar- ché, les rééchelonnements de la dette par le FMi et la restructura- tion des entreprises publiques que

celui-ci a imposés. Elle dirigeait une équipe de cent personnes dont il fallait, selon elle, pérenniser les emplois. « Nous devions for-

mer les jeunes générations et, surtout, survi- vre, car les femmes étaient les cibles privilégiées des groupes islamiques armés. C’était une époque aussi troublante que pas- sionnante», souligne-t-elle. En 2006, malgré des offres alléchantes en provenance de l’étranger, Nacira Haddad décide de prendre une retraite anticipée pour fonder un cabinet de consulting, qui fait au- jourd’hui travailler une cinquantaine de per- sonnes. Son terrain de prédilection : le développement des PME locales et l’inser- tion des jeunes dans l’espace économique. Tout en insistant sur les actions qui visent à promouvoir l’emploi des femmes dans les filières économiques, et tout en favorisant leur

le terrain économique. En cause, un climat «d’adversité» difficile à surmonter. Les femmes représentent 17.6% de la population active fin 2013. Elles étaient 15.3% en 2012, selon l’ONS. Elle reconnaît que le gouvernement a mis en place des «dispositifs très généreux» pour faciliter la création d’entreprises, mais ces mécanismes «n’aident pas les femmes». Elle plaide donc pour l’établissement de quotas. «il faut une politique des quotas», dit-elle. Pour elle, «ce qui a été fait pour les députés peut être reconduit» dans le monde des af- faires. «Le salariat n’est pas une fatalité pour les femmes », et l’Algérie doit en faire «des agents économiques à part entière». Argu- ment original, M me Haddad affirme même que les femmes sont moins sujettes à la cor- ruption. Pour elle, les femmes dans l’entreprise, ce n’est pas seulement «travail égal, salaire égal», c’est aussi une nouvelle façon de concevoir notre avenir. Car, souvent, l’ab- sence des femmes aux postes- clés de l’en- treprise révèle la culture et la difficulté de celle-ci à se tourner vers l’avenir, vers le monde de demain.

s. s.

par sarah sofi
par
sarah
sofi

avec des experts du Fonds monétaire international (FMi) venus à Alger s’enquérir du climat des affaires. Membre du comité exécutif du Forum des chefs d’en- treprise (FCE), l’une des organisations pa- tronales les plus en vue, cette dame élégante est réputée avoir l’oreille des experts de la Banque mondiale et d’autres organismes in- ternationaux qui traitent avec les autorités algériennes. Avec sa «modeste» expérience profession- nelle, qu’elle a menée ce soit avec la Com- mission européenne ou avec le PNUD (Nations unies), et d’autres programmes de coopération que certains ministères ont en- gagés, M me Haddad a pris en charge des opé- rations, des études et des missions d’accompagnement en matière d’entrepre- neuriat. Selon cette grande dame de l’économie, la création d’entreprise est synonyme «d’op- portunité d’emploi», pour les jeunes et sur- tout les femmes. «Notre véritable énergie renouvelable, c’est la jeunesse et les femmes de ce pays. Les femmes sont en pole posi- tion en termes de réussite dans les études. C’est révélateur, elles représentent un gise- ment d’amélioration de progrès de notre so- ciété et de performance de notre économie très important», précise-t-elle, tout en appe- lant le gouvernement à mettre en place des dispositifs particuliers, y compris des quo- tas, pour favoriser l’entrée des femmes dans le monde de l’entreprise. Le gouvernement doit «mettre en place des facilités pour arri- ver à 30-40% d’entrepreneurs femmes dans les quatre à cinq années à venir», insiste-t- elle. Et d’ajouter : «À l’heure actuelle, elles ne sont que 8% ; pourtant, les filles sont pas- sées devant en matière de scolarité et de for- mation.» Selon elle, 70% des diplômés de l’enseigne- ment et 55% des diplômés de centres de for- mation professionnelle sont des filles, mais cela ne se répercute pas mécaniquement sur

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

maYaameYar, CHERCHEUSE EN BiOLOGiE MOLÉCULAiRE

Danslaruche de l’INSERM

La vie vous fait prendre parfois des virages salvateurs, et elle vous offre des occasions de se transcender, de s’assigner, sans cesse, un nouveau défi, sitôt que l’on a franchi un obstacle, et de vaincre l’adversité.

l’on a franchi un obstacle, et de vaincre l’adversité. privilège est le sien, d’avoir eu «un

privilège est le sien, d’avoir eu «un père aussi exceptionnel». Avec de tels parents, qui lui ont inculqué l’amour du travail bien fait, on ne peut que s’entêter dans l’effort créateur, sans jamais douter de la victoire. «Avec eux, et plus largement avec mon en- tourage familial maternel, j’ai appris le sens de l’effort, et à ne jamais considérer le tra- vail comme une contrainte». Ayant obtenu

son diplôme d’ingénieur en Génie biolo- gique, option génétique à l’USTHB (une formation très appréciée par les universités occidentales), Maya n’entend pas s’arrêter là, et elle s’envole pour Paris, afin d’en ap- prendre toujours plus, mais c’est plus sou- vent en suivant un parcours du combattant. Mais comme elle a promis à tous ceux qu’elle a laissés àAlger, de ne jamais se lais- ser décourager par les obstacles, elle s’est toujours remise au travail. «Durant ma thèse, l’on ne «recrutait” des étudiants ma- ghrébins pour un troisième cycle qu’à dé- faut de présence d’étudiants français ou européens. Ainsi, j’ai dû reprendre en Maî- trise (bac+4, alors que j’étais titulaire d’un bac+5) pour cause de racisme ordinaire de l’administration. Après mon DEA, j’ai ob- tenu ma thèse en immunologie. Trois stages post doctoraux se sont succédé où j’ai eu l’occasion de consolider mes connaissances dans différents domaines de la biologie». Toutefois, Maya estime qu’aujourd’hui,

P our Maya Ameyar, chercheuse à l’institut national de la santé et de la recherche médicale (iNSERM), l’adversité, aujourd’hui, l’ennemi à vaincre, c’est le cancer, et c’est

contre lui qu’elle se bat dans son laboratoire. Mais, avant que Maya n’intègre l’iNSERM, et ne se consacre à ce qui peut se rapprocher le mieux d’un sacerdoce, il lui a fallu relever

par salah arezki
par
salah
arezki

d’autres défis, surmonter d’autres déceptions. Maya, élève du lycée El- Mokrani, voulait faire des études de médecine et se

spécialiser en psychiatrie, mais le destin en avait décidé autrement. Elle décroche son bac à 17 ans, et passe le concours d’entrée en faculté de médecine, avec les atouts, et l’assurance, des premiers de la classe. Las, son nom ne parait pas dans la liste des candidats retenus, alors qu’elle était certaine de passer haut la main, comme on dit. Sur le chemin du retour; se souvient- elle, «un immense soleil orange a semblé venir me saluer. Ce coucher de soleil était magnifique. C’était mon premier échec et ma mère m’a dit qu’il fallait sécher mes larmes, et y voir un signe : elle avait certai- nement raison…» Chez les Ameyar, on ne se résigne jamais à l’échec, on se dope au succès, et si l’on n’a pas la prétention de décrocher la lune, on a au moins l’ambition d’arracher quelques étoiles au ciel. Taous, la maman est ensei- gnante, syndicaliste, et le papa n’est autre que notre regretté confrère, Kheireddine, «Google à lui seul», dit-elle sans forfanterie. Le père de Maya ne lui a pas seulement ap- pris à jouer au Poker, et aux échecs, l’arme absolue contre les revers, mais il lui a ensei- gné la méthodologie. Par-dessus tout, Kheireddine lui a transmis sa curiosité intellectuelle insatiable. Elle sait ce qu’elle doit à l’auteur de ses jours, et quel

les choses ont changé et de plus en plus de chercheurs maghrébins sont chefs d’équipe ou directeurs d’unité. «il y a beaucoup moins de ségrégation bien que le combat ne soit pas fini». Maya tient aussi à rappeler l’aide et le soutien qu’elle a reçus de la part de collègues et de responsables, issus de pays, ou de confessions divers, ce quoi tendrait à prouver que la science rassemble au-delà des origines et des croyances. «La science est d’abord faite de rencontres et je crois que j’ai été gâtée dans ce domaine. Elle est aussi faite d’intuitions. J’ai convaincu ma chef de l’époque que mon hypo- thèse était plausible bien qu’elle allait à contre-courant du dogme établi de l’époque. Un travail acharné de plu- sieurs équipes, auxquelles je tiens à rendre ici hommage, mais aussi des larmes, des nuits blanches et des anecdotes mémorables, et qui nous ont permis de publier dans la

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D. R.

blanches et des anecdotes mémorables, et qui nous ont permis de publier dans la ● ●

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EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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EL MOUDJAHID JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME 15 ● ● ● revue du CNRS, l’article du

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revue du CNRS, l’article du mois intitulé :

«Une nouvelle fonction pour les protéines Argonautes» (2012). Puis c’est le concours d’accès à l’iNSERM : 300 candidats pour 3 postes de chercheur, Maya est, alors, inté- grée dans le prestigieux établissement scien- tifique, après avoir collectionné, durant des années, d’innombrables CDD. Dans la fou- lée, elle obtient un HDR (Habilitation à di- riger des recherches), avec les félicitations

du jury, et une appréciation particulièrement élogieuse. il y est souligné, notamment, que «Madame Maya Ameyar a soutenu son mé- moire d’HDR avec brio, l’exposé a été très clair, ainsi que le mémoire écrit, retraçant ses recherches depuis sa Thèse jusqu’à son intégration en tant que Chercheur à l’iN-

Elle a signé ou cosigné un nom-

SERM (

bre important de publications avec un bon nombre dans des journaux prestigieux. Ses réponses aux questions du jury étaient très claires et témoignaient d’une très bonne connaissance de son domaine de Recherche

)

très vaste. Son projet de recherche est ambi- tieux, mais elle est consciente de certaines difficultés et propose des voies alternatives. Elle a encadré de nombreux étudiants et iTA et a participé abondamment à l’enseigne- ment». Maya Ameyar se dit heureuse d’être chercheuse à l’iNSERM, mais elle n’oublie pas ce dont elle est redevable à l’Algérie. Aujourd’hui, son souhait le plus cher est de contribuer au développement de la re- cherche en Algérie. «Je souhaiterais que, nous scientifiques qui sommes à l’étranger, puissions contribuer de manière active et or- ganisée à un transfert de nos connaissances vers l’Algérie, le Maghreb et vers l’Afrique. Je pense notamment au E-learning, aux vi- déos, aux réseaux sociaux et au co-encadre- ment. Ceci commence à se faire dans les sciences dures, moins en Biologie. Beau- coup d’entre nous sont prêts à travailler avec nos confrères scientifiques en Algérie. Et pas uniquement dans les grandes villes. Nous le devons aux jeunes générations». s. a.

Mondomaine

derecherche

«Je suis chercheur en biologie moléculaire. Je m’intéresse aux processus par lesquels une cellule normale devient cancéreuse. le cancer est un processus multifactoriel, qui comprend un volet génétique (mutations) et un volet épigénétique (environnement notamment et héritages ancestraux sans mutations). J’essaie d’élucider les dysfonctionnements qui concernent le noyau (c’est-à- dire la tête pensante de la cellule, là où les décisions sont prises) pour conduire à un programme cellulaire précis :

la division de la cellule, sa mort, sa migration, sa différenciation… le défi actuel dans le domaine des cancers (car ils sont tous différents) est d’inverser le programme tumoral établi, en agissant de manière multifactorielle. il s’agit d’un plan de guerre. qui consiste à bloquer le programme de multiplication cellulaire à tous les niveaux pour éviter le programme métastatique. en effet, le principal écueil est que la cellule cancéreuse nous devance aujourd’hui, car nous agissons a posteriori. le défi actuel est de la devancer. nous avons aujourd’hui les moyens techniques de le faire. le séquençage de chaque génome humain coûte aujourd’hui 99 dollars et dure quelques heures. il s’agit d’une avancée biotechnologique majeure. l’objectif sur lequel nous travaillons est d’avoir une «carte d’identité génomique» de chaque être humain. de pouvoir ainsi avoir une cartographie de son passé génétique et de devancer la décision cellulaire cancéreuse. ceci serait une première étape de réussite. il faut aussi considérer d’autres aspects moléculaires (aspect épigénétique, rnomique, métabolimique… ). enfin, et de manière cruciale, les aspects éthiques, éthologiques, politiques et financiers. mais, quels que soient les obstacles, nous y arriverons.» S. A.

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

hassiBa BoulmerKa, REPRÉSENTANTE DES ATHLèTES AU CiO

La gloire du sport féminin

Hassiba Boulmerka, la championne olympique et mondiale d’athlétisme dans une spécialité pas facile comme le 1500 m ou le 800 m, représente cette catégorie de femmes qui a donné une autre dimension à la lutte pour l’épanouissement des femmes dans un monde «machiste».

H assiba Boulmerka, née le 10 juillet 1968 à Constantine, dans une société très conservatrice, était venue au monde pour de- venir championne. Le secteur scolaire avait, à l’époque, joué tout son acception. Car, sans ce système de formation, on au- rait perdu à jamais cette grande championne que personne

ne connaissait, elle qui n’avait pas l’allure d’une athlète au premier regard. il faut dire que cette jeune fille, assez frêle dans sa prime jeu-

nesse, était scolarisée dans le CEM Daksi de Constantine, à l’époque, Tarek-ibn-El-Walid aujourd’hui. Elle aimait faire le sport, un moyen, peut-être, pour elle de vivre sa passion et faire

par hamid gharbi
par
hamid
gharbi

ce qu’elle a envie de faire dès sa tendre enfance. «J’aimais le sport dès le dé- part. Néanmoins, ce n’était

club de 1986 à 2001. Mon premier club, c’était le MO Constantine», dit-elle.

« mon record n’a pas encore été battu » il est aujourd’hui bien établi que cette athlète, qui n’était pas «sculp- tée» dans du bronze comme l’athlétisme mondial, était en mesure de réaliser, d’année en année , de grandes performances. Deux années après ses débuts avec son nouveau club le CRB, Hassiba Boulmerka avait déjà imposé sa suprématie, notamment sur sa distance de prédi- lection, le 1500 m. On peut dire qu’elle était faite pour gagner. Huit ans après sa découverte par Samia Mekidèche, elle est déjà cham- pionne du monde à Tokyo (1991). Pour un début, c’est un début de maître. On ne peut mieux rêver. Une consécration mondiale que per- sonne n’attendait. C’était déjà formidable ! Puis, elle enchaînera les triomphes comme celui de 1992, à Barcelone, pour le compte des jeux Olympiques que les Catalans organisent pour la première fois. Ce suc- cès retentissant allait donner une ampleur plus grande à la carrière de cette athlète pour le moins hors pair. Unique dans les annales natio- nales. Même Sakina Boutamine n’a pu faire mieux. Les triomphes se succèdent les uns après les autres telle une «machine» bien huilée que

rien n’arrête. Elle obtiendra la médaille de bronze aux Championnats du monde de Stutt- gart (Allemagne) ; puis la médaille d’or à la coupe du monde de Londres, sur 1500 m, sa distance fétiche. À Göteborg (Suède), Has- siba Boulmerka reprendra son leadership et sa domination en décrochant haut la main la

médaille d’or. Ce n’était pas facile d’enchaî- ner par un autre titre mondial. «Aucune femme n’a pu faire ce que j’avais pu réaliser

à l’époque. De plus mon temps de 3’55”31,

aux JO de Barcelone, reste encore le record à battre. Je suis ainsi fière de cette performance

qui honore vraiment la femme algérienne,

mais aussi tout le pays. On cherche toujours

à le battre, mais en vain après déjà cinq olym- piades. Ce qui dénote de la gloire de notre succès qui avait donné un aura son précédent

à notre pays et à la consécration de la femme

algérienne. J’avais participé au grand prix de St-Denis (Paris) où je l’avais remporté malgré la présence de grandes championnes de l’époque. J’avais également obtenu, en 1997

à Zurich, en Suisse, la meilleure performance

de l’année. J’aurais pu encore poursuivre ma carrière avec d’autres victoires encore plus grandioses, néanmoins le décès de ma mère, en 1998, m’avait contrainte de passer prati- quement une année blanche. J’ai voulu par la suite revenir à la compétition après avoir choisi le Tusse Nicolas Ko- jernikov comme entraîneur, mais des blessures en série m’ont empê- chée de continuer ma carrière à contrecœur.» un pied dans le cio «Au début de l’année 2000, j’avais mis fin à ma carrière. J’ai été confrontée à deux sentiments personnels. L’un voulait que je poursuive ma carrière, eu égard au fait que j’avais encore de la réserve, mais quand le mental ne va pas, ce n’est plus possible de poursuivre dans

le plus haut niveau. Ce n’était pas aussi aisé de rester plus de dix ans comme l’idole de tout un peuple. Le haut niveau exige beaucoup de

». Dans le cadre

de ses activités sportives et eu égard à sa grande victoire sur le plan

mondial en parvenant à inscrire son nom en lettres d’or dans les

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D. R.
D. R.

pas l’athlétisme qui m’atti- rait le plus. Au début, j’avais voulu faire du handball, puisque cette discipline était très prisée à Constantine où le sport occupait une place particulière. Toutefois, notre professeur de sport, Samia Mékidèche, m’avait pour ainsi dire découverte. C’est elle qui m’avait orientée vers l’athlétisme. Je suis vraiment fière d’être découverte et détectée par une femme. C’était en 1983 à Constantine, alors que j’avais à peine bouclé mes 15 ans. À cette occasion, je lui rends un vibrant hommage pour le grand travail qu’elle avait effectué à Constantine. Elle m’avait donc bien orientée. Mon premier entraîneur, c’était Abed Aboud. il avait ainsi jalonné les débuts de ma carrière, même si, comme je l’avais déjà dit, j’aimais énormément le handball. il y avait une très bonne ambiance. Au stade du 17-Juin, j’avais réellement entamé ma vie sportive. C’est à partir de cette infrastructure (17 juin de Constantine) qu’on avait commencé à connaî-

tre les débuts de la «perle rare». J’avais d’emblée opté pour le cross- country. Très tôt, j’ai enchaîné par les victoires aussi bien dans des

Toutefois, ma première consécration ma-

compétitions à Jijel, Béjaïa

jeure fut en 1986, en irak, à l’occasion du championnat arabe de cross- country. En obtenant la première place, j’avais bien entamé mes débuts sur le plan international. J’ai continué à pratiquer mon sport favori à Constantine avant de rejoindre, en 1989, le CR Belouizdad. C’était à l’époque du président Herraïgue (Allah Yerhamou). il y avait aussi le regretté Ramoul, mais aussi Abdenour Belkheir, le DTS du CRB. C’était une grande équipe où le respect et surtout l’amour du sport ré- gnaient. Je ne regrette pas d’avoir rejoint cette grande équipe sportive. Ce club, c’est ma deuxième famille. il faut dire que j’avais frappé à la bonne porte. Je suis devenue la mascotte de ce club où j’ai passé les meilleurs moments de ma vie. il faut dire que je suis restée dans ce

sacrifices, des sponsors, un suivi médical adéquat

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EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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tablettes de l’olympisme mondial, elle rejoint, en 1996, et ce jusqu’en 2000, les instances internationales, et notamment le Co- mité international olympique. Ce fut un très grand moment de fierté pour elle, mais aussi pour l’Algérie, bien représentée sur l’échelle olympique. «J’avais rejoint en 1996 le CiO en tant que représentante des athlètes. C’est-à-dire que j’étais dans la com- mission Sport et Femme du CiO. C’était un grand honneur pour moi et surtout pour mon pays qui avait bien besoin d’une telle pré- sence pour lui permettre d’intégrer les grandes instances interna- tionales. J’ai été aussi élue au Japon en 2007 jusqu’en 2011 à la Fédération internationale. Grâce aussi à Amar Bouras qui m’avait proposée, je suis élue à la commission africaine d’athlétisme de 2007 à 2011. J’étais élue au sein de la commission «Sport et Femme» et Marketing. Aujourd’hui, je suis au sein de la commis- sion du Comité Olympique et Sportif Algérien, avec le président Mustapha Berraf. Je m’occupe de la présidence de la commission «Sport et Femme» pour une olympiade de 2012 à 2016. On est en train de faire du bon travail. Je suis assez contente.» « Être femme, ce n’est pas toujours facile » Comme voit-elle son parcours sportif ? «être une femme n’est pas facile dans un pays comme le nôtre. Car, généralement, on ne l’ac- cepte pas facilement, surtout pour une femme qui réussit. Elle dé- range d’une certaine façon. On peut dire aujourd’hui avec le recul qu’on est victime de notre réussite. Difficile d’être le symbole de la réussite de la femme. Je suis restée pendant une décennie l’athlète «number one» sur le plan mondial. J’ai connu, c’est in- contestable, la grande réussite sportive, et cela n’a pas été du goût de certains. Et c’est vraiment dommage qu’on ne veuille pas que la femme algérienne puisse «percer» et être élue dans les grandes instances internationales. il faut dire qu’en 2000, lors des JO de Sydney (Australie), des compatriotes n’ont pas voulu appuyer ma candidature pour un autre mandat olympique. On ne connaît pas leurs véritables motivations, si ce n’est qu’on ne voulait pas qu’une femme puisse marquer d’une façon prononcée sa réussite. Dans ces instances, pour pouvoir les intégrer, ce n’est toujours pas facile, mais aussi pour y rester, il faut immanquablement bénéfi- cier d’un appui évident de la part des instances algériennes, et no- tamment le COA. On n’a pas voulu m’aider, et cela est resté pour moi un moment pour le moins incompréhensible, surtout qu’il s’agit d’une compatriote qui remplit les conditions en étant une championne olympique. il faut dire que mon entrée dans la com- mission «Sport et Femme» du CiO avait été mal vue et avait sus- cité manifestement des jalousies. Un comportement qui reste jusqu’à aujourd’hui sans explication. On m’avait ainsi «bloqué» le chemin pour mener et poursuivre ma mission à la tête de la com- mission «Sport et Femme» du CiO. On craint pour on ne sait quelle raison que la femme devienne un «symbole». La femme est la force tranquille du pays. il faut dire qu’on n’a pas encore changé de mentalités. Pour Benida Merah, qui avait remporté la médaille d’or à Sydney aux JO organisés en Australie, sur 1500 m, a réalisé elle aussi une très bonne performance, surtout que personne ne l’attendait à ce niveau. J’étais très contente pour elle. Aujourd’hui, on peut relever le fait que le COA, avec Berraf, a retrouvé sa vé- ritable vocation qui est celle de rassembler la «famille olympique» nationale. Cette structure s’est stabilisée. Ce qui est une très bonne chose pour permettre à notre sport de connaître d’autres succès aussi importants que les précédents.» « donner la chance aux talents » Hassiba Boulmerka a aussi, durant sa longue carrière, créé un club, à Constantine (Mawaâd Constantine). Elle s’occupe de la forma- tion de jeunes talents. On a besoin de ce genre d’initiatives, surtout venant d’une grande championne algérienne. «il faut travailler à la base pour détecter ces nouveaux talents. C’est le travail à la base qui nous avait révélés. On ne doit pas l’oublier et c’est très impor- tant. On manque, cependant, d’aide. C’est ce qui ne nous permet pas d’avancer dans le bon sens suivant les objectifs tracés», avait-elle af- firmé avec une pointe d’amertume. Car, en Algérie, les talents pullu- lent. il faut seulement mettre les structures pour leur permettre de mettre le pied à l’étrier. Boulmerka a été parmi les rares algériennes, pour ne pas dire la seule, à rejoindre la commission «Sport et Femme» du CiO. Et cette réussite n’a pas été appréciée à sa juste valeur. On espère que les mentalités changeront pour le bienfait de notre sport.

Photo : Louiza A.

Hassiba Boulmerka a aussi réussi dans sa vie professionnelle du fait qu’elle gère une entreprise appelée HBi (Hassiba Boulmerka interna- tional) où elle s’occupe de médicaments. Dans sa longue carrière, elle avait fait vibrer le peuple algérien ; aujourd’hui, elle contribue à faire vivre des familles algériennes en créant des postes d’emploi. Et c’est tout à son honneur. Elle mérite tous les respects. De Hassiba la martyre à Hassiba Boul- merka la «bâtisseuse». Tout un symbole. h. g.

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Photo : Louiza A.

chaïa dJaFri, REPRÉSENTANTE DE LA FEMME ALGÉRiENNE AU SYSTèME DES NATiONS UNiES Du mouvement associatif
chaïa dJaFri, REPRÉSENTANTE
DE LA FEMME ALGÉRiENNE
AU SYSTèME DES NATiONS UNiES
Du mouvement
associatif à
l’ONU

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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Chaïa Djafri. Un nom très familier dans les milieux de la protection des droits de la femme. Il est même devenu, ces dernières années, indissociable du mouvement associatif qui a porté, à cor et à cri, la cause féminine en Algérie. M me Chaïa Najia Djafri, née Djadi, est évocateur d’un riche parcours, parsemé de succès, qui sera récompensé, d’ailleurs, par un poste, bien mérité, aux Nations unies, pour être la porte-parole, voire la voix de la femme algérienne, au sein de l’auguste organisation.

S age-femme, avant de rejoindre les relais de la société civile pour militer dans plusieurs associations natio- nales pour une égalité des chances entre les hommes et les femmes, et

une réhabilitation du rôle de ces dernières,

comme le stipule la charia, laquelle leur ac- corde une place de choix depuis près de quatorze siècles, M me Djafri consacre tout son temps à la femme qu’elle représente également, en tant que présidente de l’Ob- servatoire algérien de la femme, créé en 2007, sur initiative de l’Académie de la so- ciété civile. Chaïa (célèbre), qui porte bien son prénom,

et qui se qualifie tout simplement comme

femme très fière de son «algériannité» et digne descendante de nos martyrs qui ont

sacrifié leur jeunesse et leur vie sur l’autel de la li- berté, ne cesse d’affirmer qu’elle est avant tout, une fille du mouvement asso-

est chargée de présenter des rapports de la situation des femmes dans leurs pays res- pectifs. La représentante de la femme algé- rienne au système des Nations unies, qui rentre d’une réunion lors de laquelle elle a présenté un rapport commun des femmes arabes, soumis aux travaux de la 59 e com- mission de la réunion de l’ONU, qui a eu lieu les 2 et 3 février dernier, dont les re- commandations seront soumises au Secré- taire général de l’ONU, durant ce mois de mars, parle avec beaucoup de passion de ce sa mission de porte-parole de la femme al- gériennes, et se dit fière d’appartenir à un pays qui fait de la promotion de l’algé- rienne, un acte de tous les jours. la promotion des droits de l’algérienne une réalité palpable Chaïa Djafri nous dit que sa présence à l’ONU, en tant que représentante du mou- vement associatif militant pour les droits de la femme, dans notre pays, lui a permis de toucher du doigt, l’avancée enregistrée en termes de protection de la femme algé- rienne, comparée à certains pays tels le Liban et la Tunisie, qu’elle croyait, jusque- là, parmi les pays précurseurs de la défense des droits de la femme. «J’étais, à la fois, surprise et fière de décou- vrir que la question féminine passe chez nous, du stade de revendication à celui du concret, comme c’est le cas pour le droit d’accorder la nationalité par la femme al- gérienne, à son fils, en cas de mariage mixte», souligne-t-elle. M me Djafri ajoute que beaucoup d’acquis sont réalisés, comme le code de la famille qui lutte contre le mariage précoce de la fille, fixant ainsi, l’âge de la fille à 18 ans, contrairement d’autres pays, à l’instar du Yémen de ou l’Égypte où le mariage de filles mineurs est très répandu. Elle ne manque pas de relever, par ailleurs, que la femme libanaise se bat, depuis 20 ans, pour le droit de la femme d’accorder sa nationalité à son enfant, lorsque le père est étranger. Pour l’anecdote, une Liba- naise, nous raconte la représentante de la femme algérienne à l’ONU, commentant le rapport sur la situation de la femme algé- rienne, a lancé que toutes les femmes arabes aimeraient émigrer en Algérie. Pour toute réponse, la conférencière lui rétorque que la terre de un million et demi de mar- tyrs ouvre ses bras à celles qui veulent s’y rendre. C’était lors de la réunion du bureau régio- nal qui s’est tenue le 14 août 2014. La militante pour les droits de la femme ne manque pas d’ajouter qu’en dépit des avan- cées dans le domaine des droits de la femme, elle reste ambitieuse et aspire à plus d’acquis, rappelant qu’il existe un fossé entre les lois et leur application, en-

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couragé, aujourd’hui, par un statut qui fait de la femme, un être prisonnier d’un héri- tage social, à l’origine de son ignorance ju- ridique, donc de ses droits. Armée de volonté, Chaïa Djafri nourrit le rêve de décrocher plus d’acquis pour la femme, tout en luttant contre le concept de femme «objet» qui piétine, tous les jours, les droits de la femme et va même jusqu’à l’utiliser pour des futilités, selon cette dame qui n’est pas près d’oublier, aujourd’hui, le courrier qu’elle avait reçu, via le net, pour lui dire que sa candidature au poste de re- présentant de la femme algérienne, à l’ONU, à été acceptée et est invitée de se présenter au bureau régional de l’ONU du Caire, le 15 novembre 2013. La deuxième rencontre aura lieu un mois après. Le 16 fé- vrier 2014, une autre convocation lui a été adressée, pour un autre round, en vue de préparer les travaux de la 58 e session sur la situation de la femme, à New York, prévue du 10 au 21 mars. sur tous les fronts En dehors de ses activités dans le cadre du groupe régional de l’ONU, M me Chaïa Dja- fri passe la plupart de son temps, dans le bénévolat, en faveur des sans domicile fixe, depuis six ans, avec son fils, âgé de 23 ans, licencié en droit, qui s’est abreuvé du bé- névolat et de l’amour de tendre la main de sa mère. Elle est une femme comblée et mène une vie paisible avec sa petite fa- mille, composée d’un mari compréhensif qui l’a toujours soutenue et de ses deux en- fants, et son petit-fils Oussama, âgé de 18 mois, qu’elle considère comme la prunelle des ses yeux. Elle se consacre également à l’écriture, sachant qu’elle a édité quatre ou- vrages, intitulés Contraception moderne, en 2000, Nourrir, faire plaisir et voir gran- dir ses enfants, en 2002, Neuf mois pour être maman, et enfin Pour les femmes seu- lement. il faut dire que M me Djafri adore être en contact avec l’enfance, la femme et la fa- mille, ce qui explique sa formation en jour- nalisme et ses passages dans la presse écrite, à l’instar du quotidien El-Chourouk, le journal El-Tabib, ainsi que la télévision et la radio où elle animera des émissions sur la mère et l’enfant. Aujourd’hui, en dépit de ses préoccupa- tions multiples, elle renoue avec le monde de l’audiovisuel, avec un poste de consul- tante dans une boîte algéro-belge, à travers une rubrique sur les compléments alimen- taires, les femmes enceintes et l’allaite- ment. Une journée chargée, qu’elle dit gérer avec une feuille et un stylo, pour ne pas faillir à sa mission de femme. Pour M me Djafri, la réussite de la femme commence, avant tout, par son ménage.

s. d.

par samia d.
par
samia
d.

ciatif qu’elle défend, bec

et ongles, d’autant plus qu’elle était mem-

bre de l’Union des étudiants, puis même du conseil national de l’UNFA, en 2006, adhé- rente de la Fondation «El-Qods» et membre actuellement de la sous-commission de suivi des recommandation de la Conven-

tion internationale de la lutte contre toutes formes de discrimination. Elle précise que

la femme musulmane a été au premier rang

pour la moubayaâ du Prophète (QSSSL) qui représente un grand acte politique, à cette époque où l’on comptait même des femmes qui géraient des mosquées, à Mé-

dine et à La Mecque, ainsi que le plus grand souk et le 1 er hôpital «El-Chifae» au «Hid- jaz». les conseils populaires : passage pour découvrir la politique

M me Djafri est une femme ambitieuse et sait

ce qu’elle veut. Depuis 2007, la promulga- tion de la loi 31-bis, à la faveur des mesures prises par le Président de la République, pour une meilleure représentation de la femme dans la sphère politique, entre de plain-pied dans le militantisme politique, pour faire partie, de 2007 à 2012, du conseil communal de l’APC de Kouba, puis, de 2012 à ce jour, au conseil de la wilaya d’Al- ger. «J’étais tentée par la politique, et ces deux expériences étaient une sorte d’école qui m’ont permis d’apprendre la gestion lo- cale, et, partant, la politique», dit-elle, avant de poursuivre que les conseils populaires sont un petit gouvernement où la présence de la femme est capitale, être à l’écoute, voire, mieux «servir» la femme et la fa- mille. Aujourd’hui, M me Chaïa représente

l’Algérie au groupe régional de la femme au sein de l’ONU, et ce depuis deux ans. Ce dernier est composé de 22 femmes, des pays arabes, et chacune des représentantes

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

Fatima-Zohra KaradJa, ViCE-PRÉSiDENTE DU CONSEiLÉCONOMiQUE SOCiAL ET CULTUREL DU CONSEiL DE L’UNiON AFRiCAiNE

Des prédispositions pour le leadership

C’est une femme distinguée au parcours riche et exceptionnel. M me Fatima-Zohra Karadja, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, s’est fait connaître sur la scène nationale et internationale par son engagement, depuis 40 ans, pour les droits des femmes et des enfants.

A ujourd’hui, M me Karadja consolide sa carrière consacrée aux enfants abandonnés par son implication dans une institution internationale, l’Union africaine, en l’occurrence,

où elle devient, en 1997, membre du Comité des femmes africaines pour la paix et le dé- veloppement. Ses compétences, sa détermi- nation, mais aussi ses prédispositions pour le leadership seront un vecteur déterminant pour sa propulsion au poste qu’elle occupe actuellement. Elle est vice-présidente du Conseil économique, so- cial et culturel du Conseil

par soraya guemmouri
par
soraya
guemmouri

de l’Union africaine (ECOSOCC) de l’UA. À signaler que cette Algé-

rienne qui porte très haut son algériannité est la seule femme au bu- reau de l’ECOSOCC qui compte cinq mem- bres. Faut-il le rappeler, l’ECOSOCC est un organe consultatif de l’Union africaine com- posé de différents groupes sociaux et profes- sionnels des États membres de l’Union. Cette instance a été créée par l’acte consti- tutif de l’Union africaine en 2000, en tant qu’«organe de l’UA, pour faciliter la parti- cipation de la société civile», et ce rôle a également été reconnu par le Nepad, le Nou- veau partenariat pour le développement de l’Afrique. L’ECOSOCC a, entre autres objectifs «de promouvoir un dialogue permanent entre toutes les composantes de la société afri- caine sur les questions concernant l’avenir de l’Afrique, de soutenir les politiques et les programmes permanents de promotion de paix, de sécurité et de stabilité en Afrique,

d’encourager l’intégration africaine, de pro- mouvoir la participation de la société civile africaine à la mise en œuvre des politiques

et programmes de l’Union africaine, de pro-

mouvoir et de défendre une culture de la bonne gouvernance». interrogée sur son parcours militant et pro- fessionnel, cette sexagénaire élégante et à l’allure très jeune soupire un moment, avant de voir un large sourire se dessiner sur ses

lèvres qui en dit long. En fait, sans le savoir, nous l’avons fait revivre, un laps de temps, les plus belles années de sa jeunesse. Nous apprendrons, notamment, qu’avant d’accéder au poste de directrice générale de

la pouponnière d’El-Biar, un poste qu’elle

occupe depuis voilà maintenant pas moins de quarante ans, cette psychologue clini-

cienne de formation avait auparavant ensei- gné la psychologie à l’université d’Alger. en 1997, elle est nommée au comité des femmes africaines pour la paix et le développement

M me Karadja a milité, en même temps, pour

les droits de la femme et les droits de l’en- fant. Dans ce cadre, elle avait mis sur pied une association qui s’appelle l’Association nationale de soutien à l’enfance en diffi- culté. C’est une association créée en 1995, qui s’occupait des mères isolées, des fa- milles monoparentales. L’association AN- SEDi a créé une unité de prise en charge psychologique et sociale qui fournit des né- cessités de base et un soutien psychologique aux victimes de violences. L’unité se concentre sur les femmes, notamment les mères célibataires, en travaillant pour les préparer à leur rôle parental. «C’est grâce au travail déployé via cette association que j’avais été nommée au comité des femmes africaines pour la paix et le développement en 1997. il s’agit d’un organe qui regroupait les femmes du continent autour de la problé- matique de la paix, compte tenu du nombre de conflits qui régnaient sur le continent africain. Et à partir du moment où vous êtes dans le militantisme, internet et les médias aidant, les gens vous identifient quelque peu, surtout que j’avais beaucoup travaillé avec mon équipe dans le cadre associatif, durant la décennie noire. Quand on avait des massacres dans les villages où l’on interve- nait en tant que psychologues pour assister les victimes et les survivants à reprendre pied dans la vie, à se reconstruire, malgré le

Photo : Wafa

terrible drame qu’ils venaient de vivre. En 1997, j’avais donc été identifiée pour faire partie de ce comité de femmes africaines pour la paix et le développement. C’est un groupe d’une quinzaine de femmes connues sur le continent et qui ont été intégrées à cette problématique pour apporter la voix des femmes, et plus particulièrement la voix de la société civile dans la paix qui ne pou- vait pas être seulement une question de sé- curité, mais aussi une question de tout un système qu’il fallait mettre en place et dans lequel était intégré aussi le rôle des femmes ; un rôle assez déterminant.» Poursuivant ses propos, notre interlocutrice évoque un autre chapitre de sa vie de représentante de la so- ciété civile au sein de l’Union africaine : son élection au bureau de l’ECOSOCC. « Lorsqu’il y a eu la mutation de l’OUA en UA, la dimension nationale était qu’elle de- venait plus inclusive et plus participative, et cela devenait une Afrique fondée par ses peuples. Dans ce contexte-là, on a revendi- qué la création d’une structure pour la so- ciété civile et c’est ainsi qu’est née l’ECOSOCC : le conseil économique social et culturel de l’union africaine qui est un or- gane consultatif de l’Union africaine qui re- groupe la société civile, la diaspora africaine par voie élective. Cet organe est assez inédit dans la mesure où il n’y a pas son homo- logue ailleurs. La particularité de cet organe c’est qu’il est exclusivement constitué d’or- ganisations de la société civile. Ce n’est pas comme l’ECOSOC des Nations unies où ce sont les États membres qui constituent l’ECOSOC et où les associations viennent en appoint en tant qu’observateurs. Là, c’est la société civile, elle-même, qui a un rôle consultatif, à raison de deux organisations par État membre, dix organisations régio- nales et huit organisations continentales. C’est de quoi est constitué l’ECOSOCC qui regroupe pas moins de 150 personnes.»

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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afaW:otohP

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sélectionnée parmi les douze

personnalités d’afrique En réponse à une question relative à ses re- lations avec ses homologues africains, M me Karadja les qualifie d’excellentes. Et d’ajou- ter : «Preuve en est : ils m’ont élue à la vice- présidence du bureau.» il faut dire que bien avant cette élection — lorsqu’il y a eu l’au- dit de l’Union africaine en 2009 —M me Ka- radja a été sélectionnée parmi les douze personnalités d’Afrique. C’était un choix

à une concertation parmi plusieurs

chefs d’État qui avaient décidé qu’il fallait faire l’audit par des Africains. «Les qualités requises, c’était d’être panafricaniste, intè-

gre et compétent.» Cette militante dans le sang concède, cependant, qu’«au début, les choses n’étaient pas si faciles que cela. Mais, petit à petit, on se fait sa place. Si c’était difficile, au début, c’est parce que pour eux, l’Afrique du Nord, ce n’est pas comme l’Afrique subsaharienne. il y avait,

en fait, quelques frictions entre anglophones

et arabophones. On m’appelait la blanche !

Mais lorsqu’on a constaté que j’étais aussi africaine et aussi panafricaine qu’eux, les ta- bous sont cassés». Évoquant son travail ac- tuel, elle affirme : «Nous sommes en train de préparer notre plan d’actions où nous voulons nous approprier toutes les décisions positives qui ont été prises au cours du der- nier sommet, dont, particulièrement, faire un lien entre la société civile africaine et sah- raouie, et un lien entre la société civile afri- caine et palestinienne. il est vrai que les États ont des actions à leur niveau, mais la pression de l’opinion publique vient par la société civile. Donc, nous voulons œuvrer dans ce sens, le consacrer et faire en sorte

que cette voie soit étendue puisque l’ECO- SOCC, c’est en fait l’interface entre les États membres et la société civile dans les deux sens ; du haut vers le bas et du bas vers le haut. C’est-à-dire ramener la voix de la so- ciété civile au niveau de l’organisation continentale et, en même temps, rapporter vers la société civile les bonnes décisions qui sont prises et les entériner. Faire en sorte qu’elles soient popularisés que la société ci- vile se l’approprie, la diffuse et y participe, bien entendu. il convient de signaler, dans ce contexte, que l’UA a consacré la théma- tique de cette année à l’autonomisation de la femme africaine. Aussi, l’année prochaine, 2016, cela va être celle des droits de l’homme avec un accent particulier sur les droits des femmes. Par conséquent, on a de l’espace pour faire bouger les choses. À re- tenir, l’ECOSOCC est un organe consultatif. C’est-à-dire qu’on apporte la voix de la so- ciété civile africaine à la table des négocia- tions, et les États membres vont intégrer les recommandations de cette société civile sur les différentes problématiques.» 40 ans de combat pour les droits des enfants abandonnés Outre son travail dans le secteur des ONG,

suite

M

me Karadja est fortement impliquée dans

le

travail scientifique et universitaire. Elle

est professeur de psychologie et un consul- tant international sur la psychologie de ré- solution des conflits. En outre, elle contribue

de ré- solution des conflits. En outre, elle contribue à la recherche en sciences sociales et

à la recherche en sciences sociales et sur-

veille différentes études sur les problèmes émergents dans la psychologie du conflit. En outre, toute sa vie, plus de 40 ans durant, elle l’a consacrée à son combat pour les droits des enfants abandonnés. En effet, cette mère de deux enfants, Yacine et Meryem, qui sont aujourd’hui complète- ment autonomes, a donné amour et affection

à des bouts de choux dont le destin les a sé-

paré de leur famille. « Je suis quelqu’un qui

a toujours milité. Quand je suis venue tra-

vailler dans ce secteur de l’enfance aban- donnée, j’y suis arrivée en 1976, et l’enfance

abandonnée était quelque chose de tabou. Je

me suis autoproclamée militante de la cause,

et je mettais à profit chaque occasion qui se

présentait pour plaider en faveur de ma cause», relève cette dame qui semble possé- der un caractère bien trempé, mais qui a aussi le savoir-faire pour faire valoir ses idées. Très active, M me Karadja a participé à de nombreuses conférences, au niveau inter- national. Elle a, en effet, a pris part à de nombreuses conférences, y compris l’UA, Assemblée générale de 1999, le Forum pour les femmes africaines en Algérie, la Société Civile 2001 et 2002 et des conférences de l’UA à Addis-Abeba, et la Conférence mon- diale sur la paix et la solidarité en 2002. Elle

est également membre observateur de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Aussi, M me Karadja a présidé, de 2005 à 2007, la commission nationale de gouvernance pour l’évaluation de l’Algérie par le MAEP -2005-2007. Avec son agenda bien chargé, M me Karadja trouve toujours du temps pour la lecture, une activité intellectuelle à laquelle elle ne sous- traira jamais. «La lecture est ma passion. J’aime m’évader à travers la lecture, qu’elle quelle soit : technique ou romancière. C’est ma grande passion. il est vrai que j’aime aussi la musique, mais ce que j’aime par- dessus tout, c’est bel et bien la lecture», nous confie-t-elle. Dans ce cadre de célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars de chaque année, M me Karadja lance un mes- sage aux femmes algériennes : «La femme algérienne doit se convaincre elle-même qu’elle a toutes les capacités. Même lorsqu’elle ne dispose pas de ces capacités, elle est en mesure de les avoir.» En somme, M me Karadja croit fermement que le courage et la détermination consti- tuent une carte décisive pour un avenir meil- leur. Femmes ! Osez ! Vous n’en serez certainement pas déçues.

s. g.

Dimanche 8 Mars 2015

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

D. R.

Yamina chaKKar, DiRECTRiCE RÉGiONALE ONUSiDA POUR L’AFRiQUE DU NORD ET LE MOYEN-ORiENT :

« Ses compétences n’ont d’égales que sa modestie et sa gentillesse »

«Sois belle, et tais-toi.» Cette époque est révolue, laissant la place à une nouvelle ère. Celle où la femme algérienne est parvenue, grâce à ses compétences, à rivaliser, avec l’homme, accédant à des hautes responsabilités et occupe de plus en plus des postes stratégiques et sensibles, y compris à l’échelle internationale.

Dimanche 8 Mars 2015

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

23

C’ est le cas du Professeur Yamina Chakkar, une des femmes algé- riennes qui se sont distinguées par leur engagement acharné à atteindre cet objectif. Forte

d’une expérience de plus de 24 ans dans la lutte contre le ViH/SiDA, le P r Chakkar, née isgueni, la cinquantaine, occupe, depuis sep- tembre 2013, dans la capitale égyptienne, le poste de Directrice régionale ONUSiDA pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. D’ailleurs, c’est par téléphone que nous avons pu la joindre, grâce au concours de notre ami Adel Zeddam. «C’est une dame qui a fait ses preuves partout où elle est pas- sée. Ses compétences n’ont d’égales que sa modestie et sa gentillesse», témoigne le coordinateur national auprès de l’ONU- SiDA, à Alger. Après avoir débuté sa car- rière professionnelle hospitalo-universitaire en Algérie en tant que spécialiste en épidé- miologie et médecine préventive, elle était chef de service d’épidémiologie et de médecine préventive à l’hôpital de Blida pendant cinq ans, pour occu- per, par la suite, le poste de Directrice du Programme national de lutte contre le ViH/Sida en Algérie durant six ans

(1992-1997).

c’est-à-dire zéro nouvelle infection à ViH, zéro discrimination, zéro décès lié au sida. Une stratégie instaurée par l’Onusida visant à promouvoir les progrès mondiaux dans l’accomplissement des objectifs d’accès uni- versel à la prévention, au traitement, aux soins et à l’appui en matière de ViH fixés par les pays et de stopper et d’inverser la propagation du virus», explique le P r Chak- kar. En plus des pays couverts, cet éminent spécialiste en épidémiologie a apporté, de- puis 1999, l’appui de l’ONUSiDA dans de nombreux pays de la Région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre en tant que personne ressource/expertise de l’ONUSiDA, notam- ment dans le renforcement du leadership/coordination nationale, le déve- loppement de politiques et de partenariat, la programmation conjointe des Nations unies sur le ViH/SiDA, la planification straté- gique et la formulation des requêtes pour la

elle était chargée de l’Appui aux pays de la région pour l’intégration et la décentralisa- tion des activités de lutte contre le ViH/SiDA/iST avec le secteur de la Santé. En outre, elle a appuyé de nombreux pays de la Région en tant que Consultante OMS dans les domaines de la surveillance épidé- miologique du ViH//iST/SiDA, la Ges- tion/Panification des programmes nationaux, le développement les Plans d’ac- tion en situation d’urgence, pré ou post conflit. Membre du Comité «OMS» Consul- tatif Africain pour la recherche et le Déve- loppement Sanitaire (CCARDS) pendant quatre ans, et membre du PCB (Conseil de Coordination de l’ONUSiDA), représentant l’Algérie au titre de la Région Afrique du Nord durant les deux premières années de la création de l’ONUSiDA, cette femme a reçu deux décorations des mains des Présidents du Bénin et du Mali, pour son appui efficace

D. R.
D. R.

mobilisation des ressources à travers le Fond mondial. Elle a été l’un des initiateurs et du suivi du Grand Projet régional Corridor de Migration Lagos – Abidjan de lutte contre le ViH/SiDA en faveur des cinq pays (Côté d’ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria), re- présentant l’une des grandes initiatives ré- gionales au niveau mondial à avoir bénéficié d’un financement de la Banque mondiale (MAP) puis du Fonds Global. De juillet 2010 à 2013, elle a occupé à Genève, au sein de l’ONUSiDA, le poste de Conseillère Ré- gionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Cen- tre, puis en tant que Conseillère des programmes/mécanismes de financement et Fond mondial. il faut signaler qu’avant de rejoindre, en 1999, l’organisation onusienne, l’épidémiologie algérienne a fait valoir ses colmpétences au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus exacte- ment au Bureau Régional pour l’Afrique où

aux réponses nationales de lutte contre le SiDA dans ces deux pays où elle avait exercé durant sa carrière. un cordon bleu Actuellement, le P r Chakkar réside avec sa famille en Égypte, où elle apporte, malgré ses lourdes responsabilités, de la chaleur et de la convivialité au sein de son foyer. «Je ne rate pas une occasion pour faire montrer mes talents de cuisinière, et, à chaque fois, j’essaye de faire mieux, de m’améliorer», nous confie-t-elle. Le parcours du P r Chak- kar démontre son engagement et sa persévé- rance à atteindre ses objectifs afin d’apporter une aide et une assistance à ceux qui sont dans le besoin, et soulager leurs souffrances. Algérienne jusqu’au bout des ongles, le P r Yamina Chakkar fait assurément partie de cette catégorie de femmes qui honorent l’Al- gérie où elles atterrissent et qui font sa fierté. K. h.

par Kamélia hadjib
par
Kamélia
hadjib

Cette femme, qui a exercé pendant des années comme maî- tre de conférences au sein des facultés

de médecine d’Al- ger et de Blida, a fait de la lutte contre le virus du sida, son combat et son parcours en est témoin. Titulaire d’un master in «Tropical Biomedical

Sciences» de l’université d’Antwerp (Belgique), cela est révélateur sur son long parcours de lutte contre le SiDA. «Dans les premières années de ma carrière, évoquer le sujet du sida ou faire témoigner un séropositif était très difficile, un sujet tabou. Depuis un certain temps, les choses commencent à changer, grâce à une meilleure prise de conscience», constate-t-elle, souli- gnant toutefois le rôle important joué par les médias dans la lutte contre

toute forme de stigmatisation à l’égard des sidéens qui continuent d’exister de part le monde. La spécialiste a tenu à préciser que l’Algérie a été parmi les premiers pays à mettre en place une stratégie de lutte contre le sida, et ce notamment par la prise en charge médicale des personnes atteintes du virus. Et d’ajouter que notre pays conti- nue jusqu’aujourd’hui à assumer son rôle de leader dans la région. sensible, mais efficace Sensible à la douleur des autres et à ceux qui souffrent en silence, cette grande dame s’est investie entièrement dans cette cause et s’est engagée à apporter son aide et son soutien indéfectibles aux personnes vivant avec le ViH. il s’agit, pour elle, d’aider les pays à veiller à ce que les personnes atteintes de SiDA aient accès aux soins et à ce que les

populations les plus exposées bénéficient des services vitaux de lutte contre le ViH. «Mon souci est d’atteindre l’objectif zéro,

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

e lle a réussi, grâce à son dévouement et à son engagement dans cette lutte contre l’analphabétisme, 25 ans du- rant, à arracher la reconnaissance nationale, régionale, mais égale-

ment internationale. Car, en tant que prési- dente du réseau des ONG arabes d’alphabétisation, vice-présidente du Conseil international de l’éducation des adultes, membre du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations unies et membre fondateur de l’ECOSOC Afrique depuis 2008, M me Barki, par le biais de son association, est allée loin dans ses efforts

aïcha BarKi, PRÉSiDENTE DU RÉSEAU DES ONG ARABES D’ALPHABÉTiSATiON

Une aura internationale

Dans un pays qui voyait le phénomène de l’analphabétisme (7,5 millions de personnes dont les
Dans un pays qui voyait le phénomène de
l’analphabétisme (7,5 millions de personnes dont les
deux tiers sont des femmes), perdurer, malgré les
gros efforts de l’Office national d’alphabétisation
(PNO) et d’autres associations, l’association, créée
par Aïcha Barki à la fin des années 1980, Iqraa, a
réussi, depuis cette date, l’alphabétisation de près
de 1.600.000 personnes, dont une bonne partie sont
des femmes. Venue du corps enseignant, Aïcha
Barki a créé son association dès l’ouverture du
champ à l’initiative individuelle, et, aujourd’hui, son
association est reconnue sur le plan international
pour la qualité de son travail et son engagement.

statistiques, 22,1% de la population sont au- jourd’hui analphabètes, dont 28% femmes et 15% hommes. Ainsi, les efforts menés par M me Aïcha Barki à travers son association, sont reconnus localement, mais aussi par les institutions internationales. Elle s’est inves- tie dans de nombreux projets d’alphabétisa- tion, surtout en faveur des femmes, et a développé une solide expérience en la ma- tière. Ses actions et implémentations lui ont permis d’assurer la pérennité de ses projets, d’autant plus que les résultats obtenus par les différents programmes lancés par l’asso- ciation sont examinés chaque année en juin par le ministère de l’Éducation nationale pour le programme d’Alphabétisation. L’élection d’iqraa en tant que membre du Conseil économique et social des nations unies s’est réalisée grâce au travail qu’a ef-

fectué l’association, car pour y accéder, il a fallu avoir des rapports officiels, une comp- tabilité bien tenue, un statut intérieur, un audit… D’ailleurs, explique-t-elle, on est tenu de présenter, un rapport détaillé sur nos activités et nos actions au conseil tous les quatre ans. «Nous ne recevons aucun sou, certes, mais nous avons la notoriété d’appar- tenir à l’ECOSSOC, et de pouvoir assister à toutes les réunions des Nations unies rela- tives aux ONG», dit-elle. élue membre de l’ecossoc afrique en 2008 Sur le plan africain, M me Bakri a fait élire son association membre de l’ECOSSOC Afrique en 2008. Je me suis intéressée à l’Afrique le jour de la création du NEPAD. Qui s’occupe de la problématique de

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pour éradiquer ce fléau tant au niveau local qu’international. un combat de longue haleine

M

sis au 3 e étage d’un ancien immeuble d’Al- ger- Centre, est revenue dans le détail, sur les raisons qui l’ont amenée à créer son as-

me Barki, qui nous a reçu dans son bureau

sociation. En effet, selon elle, au lendemain de l’indépendance, l’Algérie a fait des ef- forts immenses en direction des analpha- bètes qui représentaient, en 1962, plus de 87% de la population. La stratégie qu’elle avait adoptée dans ce cadre était connue dans beaucoup de pays, dont les USA. Mais, dès 1978, avec l’avènement de l’école moyenne et la promulga-

par salima ettouahria
par
salima
ettouahria

tion de la loi sur le droit de l’enfant algérien à l’édu- cation, et croyant que le problème de l’analphabé-

tisme sera ainsi réglé, les pouvoirs publics avaient stoppé les opéra- tions d’alphabétisation. Mais c’était compter sans les croyances sociales qui empêchaient, les filles notamment, d’aller à l’école et continuent même aujourd’hui dans certains villages. C’est ainsi qu’ont s’est retrouvé en 1990 avec 7,5 millions d’analphabètes en Algérie. Et c’est durant cette même année, que M me Barki a décidé de mener sa propre lutte contre ce fléau. C’était, en fait, lors des élections communales, où elle devait orga- niser les élections dans l’établissement où elle était directrice. «J’ai été surprise par des femmes qui voulaient voter, mais qui ne sa- vaient ni lire ni écrire. Elles ne savaient rien des programmes des partis politiques ! C’est

ainsi que l’idée m’est venue de créer une as- sociation locale d’abord, au niveau du quar-

tier, pour améliorer, d’un côté, l’instruction de nos élèves et, de l’autre, alphabétiser leurs mamans», se rappelle-t-elle. Par la suite, quand nous avons eu vent du taux d’analphabètes en Algérie, nous avons dé- cidé d’opter pour une association nationale. Ainsi, nous avons réussi à implanter des bu- reaux locaux sur tout le territoire national,

et à attirer, en quelques mois, 83 femmes et

une quinzaine d’hommes qui voulaient s’inscrire. Aujourd’hui, nous arrivons, chaque année, à apprendre à 140.000 anal- phabètes à lire et à écrire. Nous sommes pré- sents dans 858 commues et les 48 wilayas, ainsi que dans 21 prisons. Nous avons fait du chemin et relevé le défi. Nous avons réussi, grâce également à la stratégie natio- nale d’alphabétisation, à réduire de plus de

la moitié, le taux d’analphabètes enregistré

dans les années 1990. D’après les dernières

Dimanche 8 Mars 2015

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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D. R.

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l’éducation ? Sur le plan arabe, M me Barki est l’initiatrice du réseau des ONG arabes d’al- phabétisation. Elle a participé à l’élaboration de son programme d’action et de son règle- ment. Lors de son premier mandat à la tête du réseau, M me Barki est allée voir, en 2000, le secrétaire généra de la Ligue arabe, pour le convaincre à inscrire la problématique de l’al- phabétisation à l’ordre du jour du sommet arabe qui devait se tenir cette année. Ainsi, les pays arabes ont voté un programme d’al- phabétisation arabe qu’elle même a contribué à son élaboration. «Nous avons commencé à agir par les pays arabes qui connaissaient un taux important d’analphabétisme, à savoir le Yemen, le Soudan, l’Égypte, la Mauritanie et l’irak. Malheureusement, on est revenu à la case départ avec les événements qui ont

frappé certains pays arabes depuis quelques années. Mais nous continuons à travailler

malgré le peu de moyens que nous disposons,

et nous tenons nos réunions régulièrement à

travers parfois les réseaux sociaux», a-t-elle souligné. À travers ces différents réseaux,

M me Barki a pu faire passer des messages aux

ONG internationales, qui, souligne-t-elle, «se

demandaient dans leur cercle, qui est l’Algé- rie et qu’est-ce qui se passait dans ce pays, notamment durant les années difficiles vécues par l’Algérie. Nous avons pu porter le nom

de l’Algérie, et participer, par le biais de l’al- phabétisation, au développement durable qui passe impérativement par l’éducation. L’en- gagement de M me Barki, dans cette lutte, lui

a valu de nombreuses reconnaissances aux

plans national et international, dont le Prix Roby Kidd décerné par le Conseil internatio-

nal pour l’éducation des adultes (international Council forAdult Education-iCAE), en 1994, le Prix Arabe d’Alphabétisation décerné par l’Organisation arabe pour l’éducation, la cul- ture et les sciences (ALECSO), en 1998, le Prix international d’Alphabétisation Nomma décerné par l’UNESCO, en 1997, et le Prix Arabe d’Alphabétisation, obtenu en 2002, et celui de l’UNESCO 2014. Le Prix UNESCO-Confucius d’alphabétisation, nommé en hommage à l’homme de lettres chinois, récompense les projets particulière- ment remarquables réalisés à l’initiative de personnes, de gouvernements ou d’institu- tions gouvernementales et d’organisations non gouvernementales (ONG) dans le do- maine de l’alphabétisation des adultes et des jeunes déscolarisés en milieu rural. s. e.

Dimanche 8 Mars 2015

samira KhemKhem, CHERCHEUSE À L’UNiVERSiTÉ DE STRASBOURG :

« Ma réussite, je la dois à l’école algérienne »

Première doctorante algérienne à intégrer l'équipe de recherche «Search» (Savoir dans l’espace anglophone
Première doctorante
algérienne à intégrer
l'équipe de recherche
«Search» (Savoir dans
l’espace anglophone :
représentations,
culture histoire) de
l'université de
Strasbourg, Samira
Khemkhem dit devoir
sa réussite à l’école
algérienne.
En acceptant de
revenir sur son
parcours, elle a une
pensée toute
particulière pour tous
ses enseignants du
collège Boubhira-Ali et
du lycée Omar-
El-Mokhtar, sans
lesquels rien n’aurait
été possible. Elle
n’oublie pas non plus
ses professeurs de
l’université de
Constantine, pour
lesquels elle a un
profond respect et une
grande admiration.

EL MOUDJAHID

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

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S amira Khemkhem fait partie d’une équipe qui fait un travail de grande qualité scientifique et qui encou- rage les étudiants étrangers à mieux s'adapter à un nouvel envi-

ronnement académique et qui aide ses doc- torants à avancer dans leu projet de recherche. Membre à part entière dans cette équipe de recherche sur le monde anglo- phone SEARCH de l'université de Stras- bourg, ce n’est pas sa première expérience à l’étranger. Avant d’atterrir à l’université de Strasbourg, connue pour avoir accueilli 18 prix Nobel dans ses murs, elle a été lauréate de nombreux appels d'offres dans le cadre des investissements d'avenir, visant à en faire un pôle d'excellence dans l'enseigne- ment supérieur et la recherche au niveau mondial. Sa compétence lui avait ouvert les portes de l’université de Pennsylvanie aux États-Unis. Elle y travaillera de 2009-2010. Son thème de recherche, «L’image contem- poraine des États-Unis, a fait l’objet de plu- sieurs communications présentées dans plusieurs pays. d’aïn Kechera à strasbourg Née en 1976 à Aïn Kechera, dans la wilaya de Skikda, une région très touchée par les combats, lors de la guerre de Libération, où

d’ailleurs, dit –elle, sa grand-mère paternelle avait été assassinée par

par nora chergui
par
nora
chergui

l’armée française. Ses parents orphelins, il- lettrés, mais avide d’édu- cation, l’ont poussée à

l’excellence scolaire. «Je suis allée à l’école primaire, au collège, puis au lycée de mon petit village. Je suis la pre- mière fille de ma famille à avoir réussi le baccalauréat, puis à aller à l’université. À l’époque, très peu de filles allaient à l’école en raison de l’isolement de la ré- gion. Les choses ont heureusement changé depuis», dit-elle. Le bac en poche, elle en- tamera ses études supérieure à la presti- gieuse université de Constantine. Loin de sa famille, elle se fixe un seul objectif : obtenir une licence d’anglais. Une fois le cursus uni- versitaire terminé, elle décide de s’orienter vers l’enseignement. Elle passera le concours de l’enseignement secondaire en 2002. Un examen qu’elle remportera haut la

main. Elle est titularisée en tant que profes- seur d’anglais au lycée Omar-El-Mokhtar d’Aïn Kechera, en 2003. De cette époque, elle garde un très bon souvenir. Elle se sou- vient encore de ces jeunes impatients d’ap- prendre plus sur la langue de Shakespeare. Mais Samira aspire à plus, et veut passer à autre chose. C’est ainsi qu’en 2005, et avec l’aide et le soutien de son frère aîné et de toute sa famille, elle part étudier en France, et plus précisément à Strasbourg. En 2006, elle obtiendra une licence, en 2007, une maî- trise en études anglaises, puis un master re- cherche sur le monde anglophone en 2008. «J’ai ensuite voulu parfaire mes connais- sances techniques avec un master de traduc- tion, de création de site web multilingues et de gestion de contenu obtenu en 2009», dit- elle. Actuellement, elle est sur le point de soutenir une thèse de doctorat, dont le thème porte sur «L’image des États-Unis dans le

monde arabe». C’est un travail de recherche qui réunit plusieurs domaines, dont les sciences politiques et les études culturelles. Enseignante à l’université de Strasbourg de- puis novembre 2010, elle est aussi à l'institut d'études politiques de Strasbourg depuis 2013. Son expérience d’enseignement et de recherche à l’université de Pennsylvanie aux États-Unis est pour elle très précieuse. Par son métier, Samira Khemkhem a eu l’occa- sion de participer à plusieurs colloques et conférences internationales, en plus des sé- jours de recherche : aux États-Unis, en

D. R.
D. R.
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Égypte, en République tchèque, au Maroc, en Suisse, en Allemagne et en France. Et prochainement, elle est attendue à l’univer- sité de Constantine, là où, dit-elle, «tout a commencé», pour participer à un colloque. Ses études à l’étranger et son parcours inter- national l’ont initiée au domaine de la re- cherche qui doit être davantage développé en Algérie. il y a de nouveaux outils de re- cherche et de développement qui évoluent presque chaque jour, et «nous devons mettre en avant des stratégies pour installer la cul- ture scientifique à l’université algérienne». Beaucoup de dispositifs sont déjà mis en place, mais, estime Samira, «il en faudrait encore pour faciliter, notamment la mobilité de nos étudiants à l’étranger et l’échange in- teruniversitaire». Au fait, Samira a-t-elle gardé le contact avec le pays ? Bien sûr que oui. «Je garde un lien très fort avec mon pays que je visite assez régulièrement. Je vis à l’étranger, mais je respire l’Algérie chaque jour. Avec mon époux, qui est originaire de Belcourt, nous essayons de recréer une par- tie de l’Algérie dans notre foyer. Cela passe par la célébration de la culture algérienne à travers nos traditions culinaires et nos réper- toires musicaux très riches. Je cuisine algé- rien presque quotidiennement. J’espère que mon parcours inspirera d’autres étudiants. À ma connaissance, je suis la première doc- torante algérienne a intégrer l'équipe de re- cherche 'Search' "savoir dans l'espace anglophone : représentations, culture his- toire" de l'université de Strasbourg. C'est une équipe qui fait un travail de grande qualité scientifique et qui encourage les étudiants étrangers à mieux s'adapter à un nouvel en- vironnement académique et qui aide ses doctorants à avancer dans leu projet de re- cherche. Aux États-Unis, j’ai pu effectuer des recherches de terrain, notamment à la li- brairie du congrès à Washington DC. J’ai aussi effectué un séjour à l’université de Co- lumbia à New York, pour consulter leurs ar- chives et pour explorer leur réserve documentaire.» À la question de savoir quel était le plus beau souvenir de son expérience professionnelle, Samira Khemkhem répond : «Mon expérience d’enseignante à l’univer- sité de Pennsylvanie est de l’une des plus marquantes. J’ai pu travailler avec une équipe exceptionnelle. Mes étudiants avaient un bon niveau de français et connaissaient pour la plupart l’Algérie. J’ai essayé de bien représenter mon pays et de faire connaître notre culture au plus grand nombre. J’ai eu l’occasion de regarder le match de football Algérie-USA de 2010 avec des amis à Times Square à New York, et l’ambiance était très conviviale. Beau- coup de mes amis américains soutenaient notre équipe et voulaient la voir gagner.» «Ce qui m’a le plus marquée dans ma vie est la volonté et le courage de mes parents. Mon père, Youcef Khemkhem, ouvrier du bâti- ment, et ma mère, Zaier Fedjria, agricultrice, ont surmonté tous les obstacles pour leurs enfants, et mon parcours n’est que le résultat de leur soutien infaillible. Je ne peux être que reconnaissante à l'égard de ma famille.», conclut-elle.

n. c.

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

EL MOUDJAHID

Photo : Nesrine T.

rachida Zadem, REPRÉSENTANTE DE L’ALGÉRiE AUPRèS DU COMiTÉ DU PATRiMOiNE MONDiAL À L’UNESCO

Une compétence avérée

Elle est de ces femmes qui représentent dignement l’Algérie au concert des nations. C’est au ministère de la Culture, qu’a commencé son parcours à l’aménagement du territoire et les droits d’auteur. Rachida Zadem préside la délégation algérienne au mandat (2011-2015) au Comité du patrimoine mondiale de l’UNESCO. Sa modestie ne lui permet pas d’utiliser le pronom «je». Elle préfère parler de travail d’équipe élaboré depuis plusieurs années, et qui a fait de l’Algérie, un pays actif et très sollicité auprès de l’organisation onusienne chargée de l'éducation, de la science et de la culture.

A près un passage au ministère de la Culture dans les années 1980, elle réintègre le département ministé- riel en 1991 pour occuper plusieurs postes de responsabilité. Directrice

du patrimoine culturel entre 2001 et 2003, inspectrice, puis directrice de la protection légal des biens culturels. L’expérience et le talent de Rachida Zadem lui ont permis de se voir confier la représentation de l’Algérie

aux organisations internationales comme l’Union africaine (UA) et la Commission européenne. Et par la suite, la participation à toutes les réunions de l’UNESCO ayant trait à toutes les conventions dont l’Algérie est signataire. «J’étais dans le comité de ré- daction de la convention de 2003 et de 2005

de l’UNESCO. J’ai participé également aux travaux des assemblées générales du Comité du patrimoine mondiale en qualité d’obser- vateur à partir du début des années 2000.» il tient de prime abord à rappeler que l’Al- gérie est fortement présente à l’UNESCO avec sept sites inscrits au patrimoine mon- dial, six culturels et un mixte. L’Algérie a également soumis six sites à la liste indica- tive, cinq culturels et un mixte, et tout un tra- vail est élaboré pour appuyer certains dossiers comme « Les mausolées royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monu- ments funéraires préislamiques», ainsi que plusieurs inscriptions à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'huma- nité de l’UNESCO.

un plébiscite mondial L’Algérie est un État fortement engagé dans la protection du patrimoine mondial culturel et naturel de l’UNESCO, tel que prévu par la convention de 1972. Le Comité du patri- moine mondial fait partie de cette conven- tion, et est un comité technique intergouvernemental d’un mandat de quatre ans. il comprend 21 membres, élus par les États parties à la convention, et qui sont au nombre de 195 États membres, ainsi que huit membres associés depuis le 23 novem- bre 2011. L’Algérie y a été élue à trois re- prises, la dernière est celle de tous les succès en 2011 : «L’Algérie a été élue à la qua- trième position, à la grande surprise de tout

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le monde ; après le Japon, l’inde et l’Alle- magne, l’Algérie a été élue avec 104 voix, à

trois voix seulement de l’Allemagne», a-t- elle précisé. Selon elle, le secret est simple :

un travail sérieux et la persévérance. «Nous avons fait une très bonne préparation avec nos collègues du ministère des Affaires étrangères. La pensée fructueuse de l’Algé- rie, nos ambassadeurs qui se sont longue- ment entretenus avec les États parties à la convention, l’ancienne ministre de la Cul- ture Khalida Toumi qui a été reçue par la di- rectrice générale de l’UNESCO, ainsi que l’expertise algérien ont fait de cette élection le fruit d’un travail de longue haleine», a-t- elle noté. Avant d’ajouter : «Une équipe de gestionnaires du patrimoine et d’experts a été installée. Nous avons mis en place une organisation et toute une restructuration.» en pole position des pays du tiers monde Le secrétariat de la convention du patri- moine mondial envoie, au début de chaque mois de mai, une liste de dossiers pour être présentés à l’inscription à la liste du patri- moine mondial. Rachida Zadem indique que la place de l’Algérie dans l’organisation onusienne est très respectée, et elle est constamment sollicitée pour approuver les dossiers. «il y a des pays

par Kader Bentounès
par
Kader
Bentounès

qui contactent notre délé- gation permanente à l’UNESCO pour deman- der que l’Algérie appuie leur dossier d’inscription»,

a-t-elle précisé. L’Algérie fait partie de plu- sieurs groupes de travail au patrimoine mon- dial à l’UNESCO, il y a des groupes qui révisent le règlement de la convention de 1972, un groupe actif aux finances, un autre aux organisations consultatives. Un groupe de travail travaille également sur le mode du scrutin des élections à l’UNESCO, l’Algérie

a été très active dans ce groupe de travail et

elle a pris la parole pour que les États du tiers monde aient un pouvoir décisionnel plus influent. «Nous sommes arrivés à la présentation des experts aux élections, nous nous sommes battus pour que les états pré- sentent leurs propres experts, que ce ne soit pas une décision du comité de choisir l’ex- pert. Nous avons la chance d’avoir des ex-

perts en Algérie. Mais il y a des pays qui n’ont pas d’experts dans le patrimoine mon- dial. Dans ce cas là, ils ne pourront pas se présenter comme candidats. Nous nous sommes donc battus pour que l’expertise ne soit pas une vision européenne. Nous avons demandé à ce que les préoccupations des pays en voie de développement et des pays émergents soient pris en charge », a-t-elle soutenu. L’Algérie a milité, comme à son ac- coutumée, pour l’inscription de la Palestine

à l’UNESCO, et ce de manière active et fi-

dèle, et ce en dépit des enjeux politiques majeurs. défendre tipasa bec et ongles Actuellement, 1.003 sites sont inscrits au pa- trimoine mondial de l’UNESCO. Le comité du patrimoine mondial suit l’état des lieux des sites en question et appelle à leur conser- vation. Et si un site se trouve en mauvais état, il est mis «en péril», comme c’était le

mauvais état, il est mis «en péril», comme c’était le cas en 2002 avec la mise

cas en 2002 avec la mise en péril des ruines romaines de «Tipasa de Maurétanie». Ra- chida Zadem et son équipe ont défendu le site avec beaucoup de dévouement afin de le faire sortir du péril en 2008, tout en dé- nonçant la manière «pas juste» de cette clas- sification. «Nous avons défendu ce dossier en qualité d’observateur. Nous n’avions pas le droit d’intervenir dans les débats, vu que nous n’étions pas membres. Nous avons fait du lobbying auprès des membres pour sortir Tipasa du péril qui était parmi les premiers sites du patrimoine mondial pour qu’il y ait un vote, il n’est pas sorti du péril par consen- sus parce que nous avons pratiquement dé- montré que le fait d’avoir mis Tipasa en péril était une erreur fondamentale, que les experts de l’UNESCO se sont trompés», a- t-elle encore noté. le dévouement d’une experte Ayant consacré toute sa carrière pour dé- montrer au monde entier que l’Algérie est d’une histoire millénaire et d’une grande di- versité culturelle, Rachida Zadem estime que représenter l’Algérie à l’UNESCO est le plus grand honneur qui lui soit fait. Bien- tôt à la retraite, Rachida Zadem s’est dite

Photos : Nesrine T.

convaincue que «les jeunes qui sont au mi- nistère de la Culture sont capables de faire beaucoup d’exploits si on leur donne toutes les chances et les moyens pour travailler». Elle souligne en outre que c’est un flambeau qu’il faut savoir prendre à l’avenir. «Depuis l’indépendance, l’Algérie a manifesté une préoccupation pour le patrimoine, avec une poignée d’archéologues et d’architectes. Certes, il n y avait pas une réelle prise de conscience de l’importance du patrimoine en Algérie et de ses implications, de son poids sur l’identité nationale. Ceux qui se sont sacrifiés pour l’Algérie nous ont légué un pays généreux avec toute son histoire qui constitue notre identité. Maintenant, notre devoir est de faire nous-mêmes notre his- toire. Pour cela, nous avons créé un centre de recherche en archéologie, d’autres cen- tres de recherche. C’est cette prise de conscience citoyenne qui, de mon point de vue, est la plus importante dans le travail que toute l’équipe du patrimoine a réalisé», a-t-elle estimé. Pour elle, le grand travail qui a commencé depuis plusieurs années, et qui s’est intensifié, ces dernières années, doit continuer. Les preuves sont là, la société ci- vile prend conscience de l’importance de la protection du patrimoine. «Des populations nous écrivent et écrivent même à l’UNESCO. il y a une véritable conscience. c’est très important. il y a eu même des bé- névoles qui sont venus nous rejoindre pour défendre le patrimoine. Des jeunes qui gè- rent le patrimoine et qui reprennent le flam- beau. Pour moi, la réussite, c’est d’avoir transmis aux jeunes le peu d’expérience que j’ai pu acquérir», conclut-elle. K. B.

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EL MOUDJAHID

D. R.
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Écrivaine talentueuse au long souffle, Assia Djebar est l’auteure d’une œuvre immense entre poésies, nouvelles, romans et essais, qu’elle débutera adolescente en 1957, avec la parution de son premier roman, la Soif, suivi de son deuxième roman, les impatients (1958). Cinéaste, on lui doit la Nouba des femmes du Mont Chenoua (1978), et la Zerda ou les chants de l'oubli (1982), la normalienne universitaire a enseigné l'histoire et la littérature à Alger et aux États-Unis, avant d’être élue, en 1999, à l'Académie royale de Belgique, et, six ans plus tard, en 2005, elle devient la première personnalité du Maghreb à être élue à l'Académie française où, soucieuse de son indépendance intellectuelle, dans son discours de réception, elle n’a pas hésité à revendiquer son patrimoine littéraire et historique – Apulée, mais aussi Ibn Rochd — et à évoquer «l’immense plaie» laissée par le colonialisme sur sa terre natale.

assia dJeBar, MEMBRE DE L’ACADÉMiE FRANçAiSE

Écriture, résistance et solitude

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d e la frontière algéro-tunisienne, du- rant la guerre de Libération natio- nale, aux côtés des milliers de réfugiés algériens chassés par l’ar- mée coloniale et dont elle relate les

dures conditions dans El Moudjahid, l’or- gane de la résistance algérienne, jusqu’aux universités mondiales les plus prestigieuses, Assia Djebar, par son enracinement, son en- gagement, la profondeur et la justesse de ses écrits, a été et demeure une grande voix de

la littérature algérienne et universelle. Dé- cédée à Paris le 6 février 2015 des suites d’une longue maladie, à l’âge de 79 ans, elle repose désormais, et conformément à ses vœux, à Cherchell, aux côtés des siens. Onze jours après, son ex-époux, Malek Alloula, le poète et le frère du dramaturge Abdelkader Alloula, décède à Berlin. au commencement, l’indignation D’où cette femme fougueuse tire-t-elle autant de force et d’énergie afin d’ali- menter un si long souf-

radio que le journal New York Times avait publié dans son édition du jour l'histoire d'une Palestinienne de 16 ans qui s'était fait exploser en israël. Bouleversée, je suis allée acheter le journal. Devant la photo de la jeune fille en première page, j'ai été prise de tremblements. La mémoire de l'acte de folie désespéré que j’aie commis il y a plus d'un demi-siècle a ressurgi tout d'un coup. J'avais à l'époque l'âge de la jeune kamikaze. Les circonstances, le visage courroucé de mon fiancé qui m'avait poussée au suicide, le dés- espoir, tout m'est revenu avec une telle clarté que j'en étais profondément ébranlée. il fal- lait que je l'écrive. Je m'y suis mise dès le soir. Le plus dur était de raconter l'acte et ses conséquences dont le récit occupe les trente dernières pages du livre. Je les ai écrites en

comme une folle à travers les rues d'Alger. Je voulais m'anéantir là où la mer rencontre le ciel… » pulsion de mort, de vie et d’amour Cette pulsion de mort s’est transformée en pulsion de vie quand on suit le parcours tu- multueux de cette femme d’exception qui s’est investie dans l’écriture, dans l’ensei- gnement de l’histoire et de la littérature et dans le cinéma. La Soif, son premier roman, paru en 1957,

était un pari avec mon amoureux. Un jour, elle lui dit qu’elle pouvait écrire un roman en trente jours et elle l’avait fait. Avec toute sa modestie, elle tente de justifie cette im- mense énergie libérée par le fait que l'appel à la grève lancé à l'époque par l'Union géné- rale des étudiants musulmans d'Afrique (Ugema) en solidarité avec le FLN, étant étudiante à l'École normale supé- rieure des filles à Paris et gréviste, elle avait eu tout le loisir pour écrire. Le roman a eu un certain succès à cause du personnage principal qui était une jeune fille plutôt libérée mais sa seule crainte à l'époque était que son père, instituteur assez conservateur, tombe sur ce roman relativement «osé». Ce qui la pousse à avoir un nom de plume

et on lui a proposé alors «Assia», celle

qui console en arabe, et «Djebar», qui veut dire «intransigeante». Ce nom lui

a plu car elle savait que pour faire

œuvre littéraire il fallait être intransi- geante. Tout aussi modestement, elle prend le soin d’ajouter : «Avec soi- même, bien sûr !» Dans ce même en- tretien, elle nous apprend que son «vrai premier roman» était un récit écrit avant la Soif, en fantasmant sur la vie des maquisards algériens, qu’elle s'était basée sur les informa- tions qui avaient alors commencé à fil- trer sur les maquis et qu’elle s'était mise dans la peau d'un maquisard au grand cœur. Ce livre envoyé aux édi- tions du Seuil, qui venaient de publier Nedjma, de Kateb Yacine n’a jamais paru, l’éditeur ayant estimé que «l'his- toire n'était pas très convaincante !» Toujours avec sa modestie légendaire, Assia Djebar ne cherche pas récupérer le militan- tisme de sa famille : le fantasme du maqui- sard n’en était pas vraiment un puisque son jeune frère, âgé alors de dix-sept ans, a été arrêté au maquis, qu’il sera ensuite détenu dans plusieurs prisons de France et une fois l'indépendance acquise, ce frère deviendra ambassadeur. Cela permet-il de conclure que l’œuvre ro- manesque a quelque chose de profondément autobiographique, donc revêtant un carac- tère personnel et intime ? Difficile question, d’autant plus que c’est l’écrivaine elle- même qui nous suggère la réponse : «Aucun livre ne peut résumer un homme», avait-elle dit ; et on peut ajouter encore moins lorsqu’il s’agit d’une personnalité aussi forte et aussi fragile qu’Assia Djebar, que nous venons de perdre, mais dont l’œuvre aussi complexe soit-elle nous permet de mieux la compren- dre et comprendre nous-mêmes et les autres. a. c.

D. R.
D. R.

un jour, pleurant tout mon soûl. Je pleurais car je me suis rendu compte que j'ai gâché ma vie de femme en n'osant pas explorer da- vantage cet abîme qui s'était ouvert sous mes pieds par un matin d'octobre en Algérie. Je n'en suis pas encore consolée. Je pourrais en pleurer encore.» Elle ajoute : «Autobiogra- phie ? Ce livre n'est pas une autobiographie, parce que pour moi une autobiographie est une accumulation de multiples notations sur le passé à partir desquelles l'écrivain peut re- later ce que fut sa vie. Pour ma part, j'ai tiré de mon enfance et de mon adolescence uni- quement les éléments qui me permettent de comprendre le sens de cette pulsion de mort qui a fondé ma vie d'adulte. il s'agit plutôt d'une auto-analyse. Voilà ce qui s'était passé. Mon fiancé m'avait humiliée. il avait tenu des propos déplacés, insultants. Je n'étais pas habituée à recevoir des ordres, ni de mon père ni de quiconque. C'est pourquoi j'ai vécu l'attitude tyrannique de mon fiancé comme une agression. J'ai alors couru

par achour cheurfi
par
achour
cheurfi

fle pour mener sur plusieurs fronts un combat humaniste. Des critiques aussi ri-

goureux que Jeanne- Marie Clerc ont tenté d’y répondre. Dans son essai intitulé « Assia Djebar : Écrire, Transgresser, Résister » (L'Harmattan, Paris, 1997), elle met en relief la voca-

tion universaliste de l’œuvre djébarienne et relève qu’elle se caractérise, comme toute grande œuvre, par «une quête es- thétique et une quête identitaire s'alimen- tant et s'éclairant mutuellement en même temps qu'elles ouvrent nécessairement sur la rencontre de l'autre avec lequel il faut composer, dialoguer en permanence

pour savoir et pouvoir à la fois se définir soi-même et se dépasser ». Sur la double quête, esthétique et identi- taire, l’écrivaine révoltée et lucide a réussi, dans une très large mesure, grâce

à une écriture agréable mais exigeante, à

livrer sans concession son appréciation. Mais où faut-il rechercher le besoin de cette source inépuisable d’indignation et de résistance sinon dans l’enfance. C’est Assia Djebar qui a d’ailleurs soutenu toute une thèse sur l’autobiographie qui nous oriente sur cette piste. Peu après la sortie en 2007 de « Nulle part dans la maison de mon père », son dernier roman dont la tonalité est très sombre et dans lequel elle reviens sur son enfance et son adolescence ayant mani- festement pour but d'évoquer une tentative de suicide commise par la jeune fille, encore étudiante, en 1953, et restée pour elle-même inexpliquée. Dans un entretien accordé à Hamid Barrada et paru dans Jeune Afrique (édition du 31/03/2008), l’écrivaine s’ex-

plique ainsi : «Ce roman raconte une très grave crise d'adolescence que j'ai traversée et expulsée de ma mémoire aussitôt la crise passée. Cette crise a éclaté en 1953, tout juste un an avant le début de la guerre d'Al-

gérie. Depuis, je l'avais complètement oc- cultée. Et puis, le souvenir m'est revenu il y

a trois ou quatre ans. Un matin, dans mon

appartement de New York, j'étais en train de ranger mes affaires, quand j'ai entendu à la

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