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RÉPUBLIQUE

FRANÇAISE
LIBERTÉ - ÉGALITÉ – FRATERNITÉ

Paris, le 9.03.2015
COMMUNIQUÉ DE PRESSE de
M. Jean-Paul Chanteguet
Président de la Commission du développement durable et de
l’aménagement du territoire

DE L’ECOTAXE AUX CONCESSIONS AUTOROUTIERES : DES
OCCASIONS MANQUEES

L’Etat français vient de signer ce 2 mars un chèque de 403 millions
d’euros, pour indemniser la société Ecomouv, lésée par le renoncement
à l’application de l’écotaxe, pourtant votée à la quasi-unanimité par le
Parlement. 436 autres millions suivront d’ici 2024. En ces temps
marqués par une stricte discipline budgétaire, c’est une perte nette de
près de 840 millions d’euros, que nous enregistrons.
Faire payer l’usage de la route par les camions reposait pourtant sur
deux principes vertueux et incontestables, l’utilisateur-payeur et le
pollueur-payeur. Par ailleurs, ce système présentait le troisième
avantage de procurer à l’Etat des ressources, afin de financer
l’entretien des routes et le développement d’infrastructures durables de
transport, comme le chemin de fer et les voies fluviales.
Sans ces moyens, l’Etat n’est plus capable de doter le pays des
infrastructures pourtant à la base du fonctionnement de l’économie et
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qui sont, à travers le monde entier, l’un des marqueurs du niveau de
développement d’une Nation.

Partant de ce tragique constat, j’ai voulu explorer d’autres voies
permettant de dégager des moyens financiers. La Cour des Comptes et
l’Autorité de la Concurrence m’en ont donné l’occasion. Ces deux
institutions, dont personne ne conteste la compétence, ont publié, l’une
en juillet 2013, l’autre en septembre 2014, des rapports dénonçant la
rente, dont bénéficient les sociétés concessionnaires autoroutières
(SCA), depuis la privatisation en 2006. Le rachat des contrats, qui les
lient à l’Etat, est de droit et le montant des indemnités à verser est
précisé à l’article 38 de chacun d’entre eux.
Il y a là une opération triplement vertueuse à engager. L’Etat met fin à
une rente, qui n’a rien d’une activité entrepreneuriale. Il engage une
modération des tarifs des péages. Il dégage des moyens pour financer
les infrastructures. Cet acte républicain, dont notre pays a tellement
besoin, replacerait l’Etat en position de force et en mesure de défendre
l’intérêt général, c’est-à-dire celui des usagers et des citoyens face aux
intérêts particuliers des actionnaires des SCA, en lui permettant de
recouvrer sa pleine souveraineté sur le service public autoroutier. Ce
serait enfin une mesure de sauvetage de la puissance publique, qui
s’est laissé entrainer, au fil des ans, à céder toujours davantage aux
SCA, avec le risque que demain les concessions deviennent
perpétuelles et couvrent la totalité du réseau aujourd’hui non concédé.
Ceci sans aucune mise en concurrence, si le gouvernement signait le
dernier plan de relance autoroutier.
Sur la base du rapport de la mission parlementaire, que j’ai menée
jusqu’en décembre dernier, pour crédibiliser cette opération de rachat,
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et grâce à l’engagement de 152 députés socialistes et de celui du
Président de l’Assemblée nationale, le gouvernement a décidé de
mener une réflexion sur les deux scénarios de renégociation et de
rachat des contrats, à travers un groupe de travail rassemblant
parlementaires et représentants de l’administration.

Après un mois de travail, je constate que le Gouvernement, loin d’avoir
accepté de réaliser une analyse en profondeur, qui lui donnerait tous les
moyens de décider en connaissance et en responsabilité sur un sujet
d’intérêt national, est pressé de conclure, sans se donner le temps
nécessaire et sans recourir à de véritables expertises indépendantes de
l’influence des SCA.
Je le regrette profondément et j’ai adressé, le 26 février dernier, un
courrier au Premier Ministre, afin de lui part de mon analyse
extrêmement critique. J’estime ce texte suffisamment important pour le
rendre public (pièce attachée).
Enfin, le 4 mars, les déclarations du Ministre de l’Economie devant le
Sénat ont achevé d’enterrer, en même temps que le groupe de travail,
toute solution de rachat des contrats. Emmanuel Macron a en effet
annoncé, pour le 10 mars, la remise d’un rapport qui, présumé d’étape,
devient par sa seule volonté conclusif, rapidement suivie de mesures
concrètes, respectant en cela la demande du Président de la
République, qui appelait dès le 7 février à un règlement global et
définitif de ces questions.
Le groupe de travail a donc servi au mieux de parodie de consultation,
au pire de moyen d’instrumentaliser les parlementaires, afin d’obtenir
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des SCA quelques concessions marginales, sur lesquelles le
gouvernement puisse communiquer en direction des citoyens, en leur
faisant croire qu’en l’absence d’alternative crédible, il avait obtenu le
maximum.
Pour ma part, je refuse d’avaliser plus avant cette mise en scène et met
un terme à ma participation à ce groupe de travail, dont les travaux,
consciencieusement organisés et orientés, ont eu pour objectif de
montrer, que de rente il n’y avait pas et que l’idée de la résiliation était
irréaliste, pour ne pas dire irresponsable.

Mais j’estime que le dossier est loin d’être clos. Même les déclarations
du Ministre de l’Economie en attestent. Emmanuel Macron reconnait
« la grande variété de situations dans les concessions avec des contrats
très profitables, y compris de manière déraisonnable».
Plusieurs analyses récentes, notamment celles des cabinets
Microeconomix et Prescott Finance, éclairent cette question de la
rentabilité des contrats, dont la complexité a permis d’égarer l’opinion
publique et de faire passer pour naïfs, voire démagogues, les
parlementaires, qui osaient se l’approprier. L’activité des SCA a la
particularité de s’exercer sur une très longue période, qui justifie un
schéma financier spécifique. En effet la rentabilité d’une concession
s’apprécie sur l’ensemble de sa durée (plus de 60 ans), à partir des
investissements réalisés en majorité en début de période et des
bénéfices engrangés tout au long de la concession.
Aujourd’hui les SCA revendiquent un taux de rentabilité interne (TRI) de
près de 8 à 9%. Ce chiffre est supérieur, entre 1,5 et 2,5 points, au TRI
de 6,5% estimé pertinent lors de la privatisation. Or un écart de plus de
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2 points du TRI correspond à un surprofit d’une vingtaine de milliards
d’euros. Et le gain est exponentiel au fil des années, dès que les
concessions sont matures, c’est-à-dire quand elles ont compensé les
pertes initiales par les bénéfices. Ainsi un TRI de 6,5% permet de
repayer environ deux fois et demie l’investissement de départ et un TRI
de 9% permet de le repayer plus de trois fois. Cela permettrait aux
sociétés concessionnaires de verser plus de 60 milliards d’euros de
dividendes à leurs sociétés-mères en 25 ans. Cet effet est d’autant plus
cumulatif que les taux de refinancement de la dette ont baissé et que
les SCA ont habilement négocié une succession d’avenants aux
contrats.
Mais le chiffrage n’est pas terminé. Pour acheter les concessions au
moment de la privatisation, les sociétés concessionnaires ont investi
moins de 40% en fonds propres, le reste faisant l’objet d’un emprunt.
Rapporté à leurs fonds propres, le TRI pour les SCA pulvérise des
sommets compris entre 17% et 30%. Un ensemble de chiffres, qui
témoignent bien là de l’existence d’une rente.
D’ailleurs les plus récents contrats (derniers tronçons A150, A88 et A63)
contiennent une clause de retour à bonne fortune, alors même que ces
nouvelles concessions partent de l’année zéro, contrairement aux
concessions qui avaient en moyenne 40 ans au moment de leur
privatisation en 2006, et sont donc soumises à toutes sortes de risques,
comme la dérive du coût des travaux ou l’anticipation du trafic.
Au terme de cette pénible séquence, le gouvernement, loin d’avoir
réglé le problème au fond, fait la démonstration que l’Etat sclérosé est
incapable de se mettre en mouvement, au prétexte qu’il n’aurait encore
jamais effectué une telle opération ou qu’il faudrait venir à bout
d’obstacles ! Ce travail aurait pourtant permis, grâce à des expertises
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financières et juridiques indépendantes, de trancher entre rachat et
renégociation ou d’imaginer un autre chemin faisant appel à des
solutions plus innovantes.
Les SCA sortent de ce faux affrontement non seulement renforcées
mais également recrédibilisées, au détriment des deux institutions
publiques, que sont la Cour des Comptes et l’Autorité de la
Concurrence, ce qui constitue le comble de l’auto-affaiblissement de la
puissance publique.
J’estime pour ma part, que les Français doivent justement pouvoir
compter sur un Etat, qui fasse preuve d’une juste autorité exercée à
bon escient, afin d’arbitrer au profit de l’intérêt général de la Nation.
Nous en sommes loin. Demain le gouvernement, qui a cru régler une
fois pour toutes le problème, va se retrouver confronté aux recours
politiques et juridiques portés par des entrepreneurs et des
représentants d’usagers, tant à Paris qu’à Bruxelles. Et chaque année,
ce sont les sociétés concessionnaires d’autoroutes, qui rappelleront aux
usagers-citoyens et aux politiques, qu’elles sont seules maîtresses du
jeu, lors de l’annonce des hausses des péages et lors de la publication
de leurs résultats financiers.

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