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Jeunes de Scandinavie

les débats

Politiques de jeunesse Réflexions d’une position nordique

par Ola STAFSENG

Réflexions d’une position nordique par Ola STAFSENG Ola Stafseng, professeur associé à l’université

Ola Stafseng,

professeur associé

à l’université

d’Oslo,

1. Quelques repères historiques Le champ d’étude se limite ici aux poli- tiques de la jeunesse, à quelques aspects de problèmes d’éducation et aux implications de la recherche sur la jeunesse. Si nous remon- tons aux époques pré-modernes et médié- vales, nous constatons l’existence en Europe d’un système d’apprentissage bien établi, au cours duquel il était nécessaire pour le “ compagnon ” d’accomplir un séjour d’un an à l’étranger. Le nombre de compagnons allemands séjournant annuellement à Paris ou à Londres pouvait parfois devenir impres- sionnant (quelques milliers), comme dans les années 1830. Le caractère autonome et inter- national de ces systèmes corporatistes (pour les jeunes) constitua aussi une menace poli- tique avant et après la Révolution française de 1789 (cf. Gillis 1981 : 51-54). Très rapidement, les apprentis ont montré une certaine propension aux études et au tra- vail intellectuel, à travers des alliances immé- diates avec leurs pairs au-delà des frontières nationales et/ou politiques. Il est aussi frap- pant de lire aujourd’hui des écrits du début du siècle, contemporains d’Émile Durkheim

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L’auteur s’interroge sur la pertinence de l’autonomie de trois secteurs : les politiques de la jeunesse, les recherches sur la jeunesse et les politiques de la recherche. Ces trois champs, même s’ils connaissent des évolutions apparemment distinctes, n’en demeurent pas moins imbriqués et étroitement liés, d’où l’intérêt de développer des programmes communs cohérents.

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et de John Dewey. Durkheim s’est préoccupé de l’histoire de l’éducation secondaire en France (Durkheim ; 1956). Dewey quant à lui, s’intéressait aux influences prussiennes rigides (Herbart) sur l’éducation primaire et secondaire aux États-Unis. Le cas français présentait un aspect semblable sur le fond. Dewey et ses collègues ont proposé des réformes qui connurent un succès relatif, tan- dis qu’en érigeant la Sociologie en science, Durkheim eût davantage de reconnaissance – alors que réformer l’éducation secondaire semblait bien plus complexe. Les exemples ne servent ici qu’à rappeler comment les intellectuels sont confrontés à des problèmes parallèles et universels dans des conditions contemporaines. C’est aussi le cas pour les politiques actuelles, mais leurs champs d’action sont le plus souvent limités par des contraintes d’ordre national, alors que les intellectuels tendent à constituer des communautés par-delà les États. Ensuite la question centrale a concerné la compréhen- sion de la nouvelle génération d’adolescents, d’une forme étrange et inédite de leurs com- portements. Dans les années 1920 et 1930, ce fut clairement un projet de collaboration d’un bord à l’autre de l’Europe, incluant aussi les États-Unis. (cf. a. o. Bühler 1922, 1931 ; Chudacoff 1989 ; Debesse 1936, 1937 ; Hall 1904, Hollingsworth, 1928, Medousse

1928).

L’entre-deux-guerres fut très dynamique et propice pour l’éclosion d’une nouvelle science de la jeunesse et de l’enfance. Les découvertes et conceptualisations les plus importantes furent celles de l’adolescence moderne en tant que phase de vie en autono- mie, en engagement et en auto-régulation.

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L’Allemagne, avec l’introduction par la République de Weimar dès 1922 d’une loi particulière sur la jeunesse, basée sur les recherches sur l’adolescence et la jeunesse comme sources de mutation sociale, faisait figure d’exception 1 . Mais, en ce qui concerne les plus jeunes et la petite enfance, nous constatons l’existence de liens étroits entre ces mêmes réseaux de recherche et leur coopération internationale sur des pratiques et des politiques réformatrices depuis le début du siècle. Nous ne pouvons approfondir ici le débat sur la manière dont la Deuxième Guerre mondiale et les configurations politiques complexes de l’Europe d’après-guerre ont entraîné une profonde discontinuité dans le progrès de la modernité en tant qu’approche déterminante de la jeunesse (Stafseng 1994) et, au lieu de cela, ces conceptions et ces pra- tiques semblent avoir trouvé plus discrète- ment leurs champs d’applications dans le tra- vail de la jeunesse, les loisirs, la thérapie ou le bien-être des enfants dans la majeure partie de l’Europe. En même temps, la recherche sur la jeunesse se rapprochait davantage des pratiques et des politiques 2 .

1 Il nʼest pas lieu ici de discuter “ allmenn ” comment les choses se sont dégradées ultérieurement. Mais cette loi fut amendée dans la République fédérale dʼaprès-guerre comme plate-forme de base pour leurs politiques de la jeunesse, et a été perçue jusquʼà récemment comme modèle “ allmenn ” pour dʼautres pays.

2 Cette remarque est généralement vraie, mais La Société adolescente de James Coleman constitua une exeption importante dans cette histoire de la recherche. Lʼétude était une tâche nationale confiée à Coleman dans le but de découvrir pourquoi le système scolaire américain nʼavait pu gagner dans sa concurrence au jeu de lʼespace avec lʼUnion Soviétique – après que celle-ci eût envoyé Spoutnik. Les conclusions de Coleman concernaient lʼhégémonie des valeurs négatives de lʼécole dans la(les) culture(s) adolescente(s) en expansion dans les écoles secondaires (Coleman 61). Cette étude pourrait constituer lʼun des points de départ de la nouvelle temporalité de la recherche sur la jeunesse dʼaprès-guerre.

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2. 1985 : L’Année Internationale de la Jeu- nesse En partie réelle et en partie métaphorique, l’Année Internationale de la Jeunesse (AIJ) en 1985 pourrait être perçue comme le point de départ d’une nouvelle temporalité. De nouveaux programmes pour les politiques et la recherche ont émergé, mais ce fut surtout une occasion pour de plus amples développe- ments. L’Année de la Jeunesse en tant que telle avait été planifiée et préparée dans le cadre des Nations Unies et de sa coopération inter-gouvernementale depuis la fin des années 1970, mais cette occasion s’est égale- ment traduite dans les programmes natio- naux et régionaux. Les dimensions politiques Les fruits de la politique de l’AIJ furent valorisés à travers trois thèmes : participa- tion, développement et paix :

“ 4. Les trois thèmes de l’AIJ, Participa- tion, Développement et Paix, sont tout à la fois distincts et étroitement liés. Participation signifie l’acceptation par toute une société que chaque personne a un potentiel de juge- ment et de décision sur des problèmes rela- tifs à sa vie et qu’elle dispose de toutes les opportunités de juger et de décider pour et par elle-même. Cela nécessite aussi que chaque personne soit consciente de cette opportunité, qu’elle dispose de moyens adé- quats de l’exploiter et qu’elle éprouve le sen- timent satisfaisant de l’efficacité de sa contri- bution et de sa reconnaissance comme telle. Les jeunes ne peuvent participer de façon significative lorsqu’ils sont objets d’une quel- conque forme d’exploitation. Pourtant, la participation totale des jeunes à la vie de la nation est indispensable à l’application de la

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justice sociale et à la réalisation des objectifs du développement national.

5. Le thème du développement lié à la jeu-

nesse comporte deux aspects majeurs :

l’évolution de la personnalité de chaque indi- vidu et la croissance nationale et locale de chaque société. Il devrait être perçu comme

un phénomène de mise en valeur de la capa- cité des individus à améliorer le bien-être de la société dans son ensemble, un processus de mutation sociale, économique et politique qui permet à tout individu de s’épanouir. Dans le contexte du International Develop- ment Strategy for the Third United Nations Development Decade, la coopération interna- tionale s’avère utile pour soutenir le progrès socio-économique dans les pays en voie de développement, et plus particulièrement les moins avancés d’entre eux, afin de donner un sens concret au concept de participation.

6. La vie elle-même est tributaire de la

paix. Le désir de paix est universel ; la res- ponsabilité pour son maintien repose sur chacun. Les jeunes doivent appuyer les efforts pour freiner la course aux armements et en renverser la dynamique, dans le domaine nucléaire notamment : cela afin de défendre les mesures prônant la confiance entre États et d’affecter la majeure partie des ressources servant actuellement à l’acquisition d’armes au développement d’une économie de paix, du social et du cul- turel. Le maintien de la paix dépend des conditions suivantes : le respect des principes de la Charte des Nations Unies ; la résolution des causes sous-jacentes de la méfiance domi- nante et de la prolifération des conflits entre nations ; l’avancée de la justice sociale et éco- nomique. Les chances de paix sont accrues

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La jeunesse est un tout, et ses divers aspects et besoins doivent être traités dans le cadre d’une politique globale

quand les conditions pour cultiver la compré- hension et la coopération internationales sont réunies et lorsque les droits des individus et la souveraineté nationale sont respectés ” (Nations Unies 1985). Ce n’était qu’un programme global, et pourtant il existait une certaine égalité entre les pays développés et ceux en voie de déve- loppement, ou les régions, dans leurs accès aux avantages offerts par ces structures, buts ou thèmes d’une politique de la jeunesse. En Europe, nous avions aussi un Conseil de l’Europe et/ou une section européenne au sein de l’Unesco, qui répondait en 1985 et les années suivantes par des défis régionaux dans le cadre d’une coopération inter-gouverne- mentale et d’Organisations non-gouverne- mentales. Par exemple, le Conseil de l’Europe a utilisé ces avantages pour établir et institutionnaliser “ les conférences du Ministre de la jeunesse ” comme instrument politique, conférences dont la première fut organisée en 1985, puis environ tous les trois ans, la dernière se tint en Roumanie en 1998. Ces façons d’organiser et de définir les politiques de la jeunesse aboutissaient à une reconnaissance plus explicite et plus officielle de la jeunesse et des questions s’y rapportant au niveau des politiques, et non plus simple- ment cantonnées aux cercles de profession- nels ou des ONG. Les Nations Unies ont, par exemple, au cours des années 1995 à 1998, évalué les dix premières années d’expériences après l’AIJ, et se sont basées sur les résultats

antérieurs pour éta- blir un schéma d’action globale pour les dix-quinze

ans à venir, confir- més par la première conférence mondiale du Ministre de la jeunesse à Lisbonne en 1998. Ceci signifie que les politiques de la jeunesse sont fondées sur une continuité d’engagements et d’obligations de plus en plus forts dans les relations officielles entre gouvernements. De nombreux pays commen- cent à s’interroger sur les politiques nationales qu’ils prétendent représenter à l’étranger, et utilisent les possibilités d’établir une évalua- tion volontaire des politiques nationales de la jeunesse telles qu’elles sont offertes par le Conseil de l’Europe (les premiers pays ont été la Finlande en 1997 et les Pays-Bas 1998) 3 .

Grâce à ces efforts structurels et politiques, le programme de la politique de la jeunesse, qui n’avait qu’une portée restreinte et occa- sionnelle, s’est engagé dans une perspective de plus en plus cohérente. On peut briève- ment aborder trois principaux piliers sur les- quels reposent les conceptions des politiques de la jeunesse depuis 1985 (Stafseng 1995, 1997) :

* Le problème de la tour de Babel : alors que la jeunesse prenait une importance croissante dans les politiques publiques, les problèmes de la jeunesse comptaient aussi parmi les impératifs généraux de la modernisation du

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3 Cʼest le même modèle que celui institutionnalisé par lʼOCDE pour lʼévaluation des politiques de lʼéducation et par le Conseil de lʼEurope pour lʼévaluation des politiques culturelles : la combinaison dʼune auto-évaluation nationale et dʼune enquête externe réalisée par une équipe internationale dʼexperts mène à une audition puis à un rapport final dans les cadres de lʼautorité internationalement reconnue.

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secteur public. C’était (et c’est) très insatisfai- sant de voir que les questions relatives à la jeunesse sont traitées en points distincts, tels que la drogue, le chômage, l’éducation, les loisirs ou les programmes de santé, etc. La jeunesse est un tout, et ses divers aspects et besoins doivent être traités dans le cadre d’une politique à la fois globale et holistique, au lieu d’être sectorisés en domaines, profes- sions et langues spécialisés. Ceci impliquait aussi que la jeunesse ne devait pas être perçue simplement comme une collection de pro- blèmes (sociaux), en tant qu’individus ou groupe, mais demandait, au contraire, à être définie à travers ses ressources et ses poten- tiels dynamiques, afin de réaliser la prévention et la promotion comme principale(s) caracté- ristique(s) de la politique de la jeunesse. * Le problème des mains et de la tête : les exigences du holisme doivent se refléter dans l’organisation du secteur public relatif aux affaires de la jeunesse. Il est possible de dési- gner deux grandes lignes directrices. Premiè- rement, la rhétorique et/ou les pratiques met- tent l’accent sur une ligne verticale de rationalisation de l’administration publique, en visant des principes de décentralisation et de subsidiarité. Ces principes soulignent les besoins “ des pratiques de la rue ”, et des res- ponsabilités des autorités locales. Deuxième- ment, l’accent est mis sur la rationalisation horizontale de l’administration publique aux niveaux local et central, en essayant de mener des politiques globales de la jeunesse, coor- données et entrecroisant divers secteurs. C’est aussi la base d’où émergent des “ ministres de la jeunesse ”, dont la mission est d’établir une autorité coordinatrice au sein du conglomérat d’agences spécialisées et des ministères.

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* La voix de la jeunesse : l’efficacité poli- tique et administrative ne suffit pas à construire une réelle politique de la jeunesse. Les jeunes doivent être considérés d’une part comme doués et capables de se développer sur un plan personnel, et d’autre part comme une force d’opposition importante aux auto- rités publiques. Cette conception se situe aux antipodes de la perception des jeunes comme consommateurs, clients ou étudiants. Des formes diverses de conseils de la jeunesse, à l’échelle locale ou nationale, ont pour but de donner une “ voix ” à la jeunesse, en tant qu’autorité politique dans le cadre de la poli- tique de la jeunesse. Les modèles et pratiques sont perpétuellement remis en question. Le périmètre de la recherche Le développement de la recherche sur la jeunesse peut être observé de deux points de vue, une perspective organisationnelle ou une approche substantielle. Les buts d’une poli- tique globale de la jeunesse exigent une com- préhension plus cohérente de la jeunesse dans son ensemble, et donc un besoin crois- sant de politiques basées sur la recherche. Mais, d’autre part, les pressions pour la ratio- nalisation de l’administration publique ont eu des implications internes sur les cadres structurels des politiques de la jeunesse. Le volume, l’importance, les dépenses, ainsi que la différenciation des politiques publiques d’après-guerre n’ont cessé de croître. La jeunesse a émergé comme champ politique par les séparations entre l’éducation et les politiques sociales, et les distinctions entre familles, enfants et affaires de la jeu- nesse. La situation dans les années 1970-1980 se présentait sous la forme de relations jume- lées ou en corporation entre les corps gou-

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vernementaux et non-gouvernementaux tels que les Conseils d’État de la Jeunesse en rela- tion ou à l’intérieur d’un Ministère ou Dépar- tement des loisirs, sports et/ou famille. Les implications organisationnelles des défis pour une politique globale de la jeunesse devaient à un moment donné provoquer une sépara- tion de ce jumelage en corporation et des tra- ditions de loisirs. Nous pourrions aussi décrire cela comme le besoin d’une autorité étatique plus forte et plus large, autorité dépendant d’informations et de conseils à une plus grande échelle à l’intérieur et à l’extérieur de l’administration publique. 4 Depuis 1985 environ, il est relativement évi- dent que cette séparation a suscité de nou- veaux intérêts et attiré des investissements pour la recherche sur la jeunesse de la part des autorités gouvernementales, en particulier dans les pays nordiques. Parallèlement, les versions et variations nationales ne devraient être estimées qu’à la lumière de la qualité et de la quantité existantes de la recherche sur la jeunesse, et non sur les facilités ou difficultés auxquelles sont confrontés les politiques de recherche et les nouveaux financements entre l’État, les institutions traditionnelles et les communautés de recherche (Stafseng 1991). Au niveau national, une explication excep- tionnelle doit être fournie sur le fait que des fonds gouvernementaux démesurés aient été investis dans la recherche sur la jeunesse en République Fédérale Allemande depuis le

4 Les États gouvernés par un seul parti connaissent ou ont connu une histoire et des principes différents. Cette différence réside essentiellement dans le fait que les activités pour la jeunesse dépendent totalement dʼune organisation unique de la jeunesse. Mais les relations entre lʼorganisation de la jeunesse et lʼÉtat sont généralement similaires à celles des Conseils dʼEtat de la Jeunesse dans les sociétés démocratiques.

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début des années 1960 (Institut Allemand de la Jeunesse). Seuls les pays d’Europe de l’Est ont atteint ce niveau jusqu’à la fin des années 1980, ce qui est clairement une autre histoire, étroitement liée aux circonstances d’après la Deuxième Guerre Mondiale et à la Guerre Froide. Toutefois, il est possible de se docu- menter sur le développement des nouvelles politiques de la recherche sur la jeunesse à des niveaux nationaux jusqu’à la fin des années 1990 grâce à des études de cas dans des pays comme les cinq nordiques, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Slovaquie, ou d’autres encore. Ces exemples sont circons- crits à des lieux où nous trouvons des pro- grammes explicites, des centres, etc. créés durant cette même période politique. De réels progrès dans les relations entre les chercheurs et les décideurs politiques (autorités gouver- nementales) ont alors eu lieu dans beaucoup d’autres pays non mentionnés ici. Et en parti- culier en France où le gouvernement, l’Unesco et les Centres d’Information Jeu- nesse s’accordent de manière intéressante sur la politique et la recherche hors des schémas courants déjà décrits. Le développement de la recherche sur la jeunesse dans chaque pays n’a pas suivi les mêmes lignes ou modèles, mais dépend des conditions et traditions locales particulières. Mais ces histoires/méthodes locales n’auraient pu se développer sans les fortes influences dues à des contacts et à une coopé- ration internationaux et multilatéraux. Les chercheurs sur la jeunesse et les fonction- naires des pays nordiques ont beaucoup appris, dès leurs débuts dans le milieu des années 1980, du Comité de la Recherche 34 (Sociologie de la Jeunesse) de l’Association

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Internationale de Sociologie (ISA-RC 34) sur la nature de la coopération dans la recherche au-delà des frontières. À cause des normes sur l’autonomie dans les groupes de recherche, cette coopération ne pouvait être

basée sur les comités ou autorités dirigeantes du terrain à des niveaux nationaux et/ou multilatéraux, comme nous en trouvons habi- tuellement dans les domaines politiques. Au lieu de cela, la coopération devait être basée sur l’échange régulier d’informations (docu- mentation bibliographique, colloques, chro-

niques des actualités

cheurs sélectionnent volontairement une sorte de “ modèle de travail en réseau ”. Après quelques années d’expérience, le Conseil Inter-gouvernemental des Ministres Nordiques a commencé à financer en 1991 une coordination de ce programme d’activités et de stratégies de travail en réseau. Depuis 1986, le Conseil de l’Europe (CoE) s’est intéressé au développement d’un champ de recherche sur la jeunesse à un niveau européen. Ces efforts sont très explicitement ancrés dans le développement des Confé- rences du Ministre de la Jeunesse et dans les nouveaux concepts d’une politique globale de la jeunesse, basée sur un panel de parte- naires plus large dans leur coopération inter- gouvernementale. En 1994, après quelques années d’échanges de propositions et de pré- misses entre les comités d’experts et les conférences de Ministres, le Conseil d’administration de la Jeunesse du Conseil de l’Europe mettait en place un Département R & D et un cadre politique pour la coopéra- tion pour la recherche sur la jeunesse entre les États-membres. Les similarités entre

dans lequel les cher-

)

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l’activité et les stratégies de travail en réseau de la coopération des pays nordiques et euro- péens sont multiples, mais l’efficacité au niveau européen dépend particulièrement et crucialement de la reconnaissance sérieuse et officielle de la recherche sur la jeunesse par chacun des pays prenant part à cette coopé- ration. Cinq ans plus tard, les implications et expériences concernent donc aussi les inter- actions entre les niveaux nationaux et multi- latéraux, car chaque pays a besoin d’un pro- gramme national pour obtenir des avantages provenant de l’extérieur – et vice versa. Ces progrès dans l’organisation de la recherche ne résultent en aucun cas de poli- tiques de recherche universitaire visant en priorité à développer la recherche sur la jeu- nesse en tant que telle. Les prémices sont définies par les acteurs de la politique et de la politique de la jeunesse. La nature de ces positions rapproche les décideurs politiques des personnes dont le savoir et les compé- tences sont de mieux en mieux identifiés dans chaque pays. Il est possible de constater à quel point les programmes de la jeunesse se basent sur des concepts, des connaissances et un ensemble d’informations sur la jeunesse et ses problèmes à l’échelle nationale et dans les discussions internationales. La nécessité de connaissances et de politiques plus adéquates et mieux définies résulte du fait que les jeunes en Europe sont d’origines multicultu- relles et de pays divers, et plus difficiles à appréhender par les moyens traditionnels (journalisme, programmes de partis poli- tiques, statistiques nationales, etc.). L’évolution du cadre de la recherche sur la jeunesse est elle aussi à l’origine d’un proces- sus interne de réorientation. Schématique-

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Les politiques de la jeunesse sont fondées sur une continuité d’engagements et d’obligations de plus en plus forts dans les relations entre gouvernements

ment, nous pourrions dire que jusqu’aux années 1970, il n’existait que deux courants qui s’opposaient : le premier concernant la recherche plus ou moins traditionnelle sur l’éducation ; le second constitué de rapports ou de monographies sur la vie des jeunes à l’extérieur de l’école (les loisirs, la délin- quance, la contre-culture) et de rapports sur eux en tant que communauté plus large 5 . Depuis 1970, les études spécialisées sur la jeunesse se sont démultipliées, ayant pour résultat le morcellement des questions sur la jeunesse. Étant donné le grand nombre de chercheurs dans les diverses disciplines, dans les années 1980, l’inflation des rapports empi- riques sans connexion ou lien ni théoriques ni conceptuels s’avérait immense - c’était la tour de Babel. La Suède, où le problème du morcellement était l’un des plus importants, pourrait consti- tuer un cas ou un modèle intéressant. Au milieu des années 1980, le Premier Ministre suédois a créé et dirigé une Commission Spé- ciale sur les Enfants et les Jeunes, et parmi d’autres initiatives, cette Commission a alloué une somme d’argent conséquente à six uni- versités et établissements d’enseignement supérieur pour mettre en place et diriger des centres pour la recherche sur la jeunesse. Les centres étaient inventifs, productifs, connais- saient un certain succès, et ont établi un champ de recherche plus cohérent et reconnu par les conseils de recherche de l’État. Cela

amena ce dernier à soutenir davantage la recherche sur la jeunesse suédoise

en programmes dis- tincts dans les débats et décisions relatifs aux politiques des recherches publiques par le Parlement et le Gouvernement. Aujourd’hui, les politiques diminuent leur soutien aux centres, car elles supposent qu’ils seront intégrés dans les acti- vités courantes de leurs institutions d’accueil, alors que les programmes soutiendront de nouveaux projets et des postes post-docto- raux. Les chercheurs suédois sont devenus des participants et des collaborateurs plus performants dans les projets nordiques et européens et d’autres formes de coopération 6 .

Le cas suédois est unique, ainsi que les his- toires relatives au développement de la recherche sur la jeunesse, dans chaque autre pays, seront uniques et différentes. Elles ne le sont pas toujours dans le sens du progrès et de la croissance ; dans certains cas, elles stagnent et cessent de se développer. Il y a, toutefois, des traits caractéristiques spéci- fiques à chaque pays : (1) les chercheurs eux-

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5 Voici quelques titres classiques, sans référence plus précise :

“ Elmstownʼs Youth ”, “ Delinquent Boys ”, “ The Adolescent Society ”, “ Soulside ”, “ Tallyʼs corner ”, “ From Generation to Generation ”, “ Commitment and Change ”, “ The Making of a Counter Culture ”, et dʼautres

6 Il nous faudra ici insister sur le fait que les acteurs suédois ne sont pas à lʼorigine de ces initiatives isolément. Un exemple marquant et crucial se produisit lorsque, en 1991, le Ministre coordinateur des affaires de la jeunesse (Margot Walström) fut personnellement invitée à une conférence sur lʼ“ état de lʼart ” de la recherche sur la jeunesse et les politiques consécutives. Des rôles essentiels et des subventions furent octroyés par le Conseil de lʼEurope (comité directeur des politiques de la jeunesse), le ISA-RC 34 (le président), et le membre coordinateur de la recherche sur la jeunesse nordique (lʼauteur lui-même à lʼépoque).

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mêmes sont-ils capables de discuter d’un thème interdisciplinaire sur la jeunesse de

façon construite et confiante, ou leurs inté- rêts spécifiques les séparent-ils, les rendant méfiants les uns des autres, et s’opposent-ils

à toute discussion organisée ? (2) le pro-

blème holistique de la jeunesse existe-t-il ou

non en tant que concept politique dyna- mique et crucial dans les politiques publiques. Cette reconnaissance de la jeu- nesse comme problème politique peut par-

fois réapparaître dans les programmes des autres acteurs, tels que les ONG, les autres secteurs publics, les organisations internatio- nales (Unesco-commission), etc. (3) Il est souvent possible d’expliquer le pro- grès de la recherche sur la jeunesse dans un pays par le développement distinct de l’un de ces trois facteurs ou acteurs. Il existe cepen- dant un quatrième facteur croisant les trois autres : les connexions internationales et la coopération. Un exemple très simple s’est pro- duit dans les années 1990 en Europe, alors que la Commission européenne avait commencé à inclure les sciences humaines et sociales dans ses programmes de recherche - probablement

à cause des nouveaux pays membres et les

priorités de leur recherche. Ces relations sont suivies par des conseils nationaux de recherche. Ils peuvent souvent découvrir de nouveaux champs de recherche, auxquels ils n’avaient prêté aucune attention à l’échelle nationale, tels que les études des jeunes. 3. Le contexte international des questions de jeunesse Cet article vise à approfondir les sphères internationales de la recherche sur la jeunesse et à tenter de définir quelques voies ou expé- riences.

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Dans une certaine mesure, les réalités de la jeunesse ont de gros impacts sur les pro- grammes. Des décennies de courants cultu- rels internationaux, ou des communautés multiculturelles, dues aux migrations ou aux étudiants étrangers, sont des facteurs de changement de sens des distinctions locales- mondiales. La mobilité de la jeunesse repré- sente un marché du travail et des politiques d’éducation prioritaires en Europe. Les stages et l’éducation pour les échanges inter- nationaux et l’apprentissage interculturel sont des préoccupations quotidiennes pour les organisations de la jeunesse et les orga- nismes internationaux comme le Conseil de l’Europe. Ces faits et souhaits exigent savoirs et compétences. Mais ces faits sont le reflet de change- ments plus profonds dans les politiques publiques en général, et les politiques de l’éducation et de la recherche en particulier. Les frontières nationales, qui étaient si importantes dans la construction des États nationaux et la formation des nouvelles générations au cours des deux derniers siècles, représentent aujourd’hui un danger pour la future prospérité des sociétés lorsqu’elles fonctionnent comme des bar- rières dans les politiques de savoir (post)moderne et la formation des nouvelles générations. Au cours des dix ou quinze dernières années, nous avons pu observer un intérêt accru de la part des États et des individus pour les voyages et les études – en ce qui concerne l’éducation secondaire et supérieure – au-delà des frontières. Ces expériences qui n’étaient l’apanage que des élites sont devenues un style d’éducation assez répandu. Ces changements ont eu

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aussi de lourdes implications pour la recherche et les études de troisième cycle, dotées ainsi d’un caractère plus profession- nel et devenues plus proches des commu- nautés globales. Dans d’autres cas, les fron- tières nationales sont restées des barrières ou des obstacles, en raison de contraintes ou circonstances économiques ou culturelles. D’une part, s’expriment les besoins internes d’une recherche sur la jeunesse dotée de capacités et de compétences pour analyser les entraves ou les tremplins pour ces types de mobilité de la jeunesse, qu’ils résultent de la culture, de l’éducation, des masses-médias, des conditions de bien-être. D’autre part, nous trouvons au sein d’une société les besoins externes d’une recherche sur la jeunesse au niveau des modèles inter- nationaux, besoins particulièrement accen- tués aujourd’hui par cette éducation moderne et mobile. Il paraîtra étrange, par exemple, que des étudiants du Royaume- Uni ou du Portugal en visite en Scandinavie y trouvent le meilleur niveau de connais- sances scientifiques sur les jeunes britan- niques ou portugais, sans aucune possibilité de poursuivre de telles recherches ou études lorsqu’ils rentrent chez eux. Les noms de pays indiqués ici sont choisis arbitrairement. Ces besoins internes et externes ouvrent la voie aux relations internationales. Il est important de savoir qu’un contrôle de qua- lité soit effectué. Durant quelques années, la tendance internationale s’est assurée de la qualité par divers types d’évaluations dans l’éducation supérieure et la recherche, ten- dance ancrée dans les programmes discutés ici. Mais le problème des évaluations dans ce contexte est que les évaluations sont des

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stratégies fermées (dans la plupart des cas), que leurs conclusions soient positives ou négatives. La pertinence et la fertilité des tests dans le champ de la recherche sont consolidées par leur acceptation par diverses communautés équivalentes. Tous les pays ont adopté un minimum de mesures pour un contact et une coopération internationaux, tels que les études, les bourses de voyage, un soutien pour les tra- ductions, des chercheurs en mission à l’étranger, etc. Mais un problème se pose à l’ensemble des organismes payeurs, instituts, ministères, fondations ou conseils de recherche : il ne leur est pas facile de savoir quand leurs chercheurs rejoignent des groupes scientifiques ou des cercles fermés, au lieu des communautés équivalentes plus éminentes. La transparence est importante pour de nombreuses raisons. En effet, la production du savoir d’aujourd’hui change totalement les relations entre les voyages et l’accès à l’information. Les relations personnelles sont toujours cruciales pour le développe- ment d’une réelle collaboration dans la recherche, mais les réunions et conférences scientifiques devraient être facilement acces- sibles aux collègues ne se déplaçant pas. Ceci signifie que les financeurs peuvent exercer des pressions légitimes sur les méthodes et les partenaires dans la coopéra- tion internationale, que leurs normes de par- ticipation soient démocratiques, leurs procé- dures d’information ouvertes, leurs responsabilités pour la divulgation des résul- tats à travers l’enseignement, le partenariat soient rendues publiques. Ces questions et problèmes sont à la fois les facteurs les plus

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cruciaux, sensibles et vulnérables à manipu- ler dans la coopération dans la recherche et les plus décisifs pour les ruptures comme pour les progrès. Nous avons souvent vu que ces questions sur la sélection et l’auto-sélection des méthodes et partenariats dans les commu- nautés équivalentes internationales ont fait surgir la nécessité pour les autorités natio- nales d’établir une coopération plus systé- matique avec par exemple le Comité de Recherche 34 de l’ISA. Le secret d’une telle coopération est d’ouvrir la combinaison de deux systèmes très différents : l’un, national, basé sur le pouvoir, celui octroyé par le poste occupé et celui de décider ; l’autre, international, basé sur la liberté et la qualité entre collègues éprouvant un respect et une reconnaissance mutuels. Nous nous bornerons ici à donner quelques indications sur des perfectionne- ments plus pointus, sans toutefois entrer dans tous les détails. Jusqu’ici, la Commis- sion européenne a correctement financé une large part des coûts des projets concrets de recherche en collaboration, mais elle a tou- jours limité ses contributions aux modèles de sociétés ouvertes ou aux domaines transpa- rents. La Fondation Européenne de Science a ouvert la voie à des réseaux bien établis et réputés, accompagnés et soutenus par des conseils nationaux de recherche, mais moins accessibles aux corps de politique sur la jeu- nesse. Pour une coopération plus globale, l’Unesco et ses partenaires Info-Jeunesse ont tracé de nombreuses voies nouvelles, en par- ticulier en Asie. Beaucoup de pays ont multi- plié leurs avantages grâce à des opérations bilatérales : par exemple, le British Council

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maintient de solides traditions d’échange avec des chercheurs britanniques. L’Allemagne soutient très activement la recherche sur la jeunesse, et généralement, par tradition, travaille de façon internatio- nale par des accords bilatéraux alors qu’elle contribue assez peu à une coopération multi- latérale. Les réseaux pour la coopération globale, entre communautés francophones ou dans le Commonwealth, sont très actifs. Mais dans la majorité des cas, il est forte- ment conseillé à tout pays désireux de déve- lopper une “ politique étrangère ” de com- mencer par consulter ou d’établir une coopération avec RC 34, ou l’un des acteurs mentionnés. L’importance de la recherche sur la jeu- nesse ne se limite pas au développement des économies développées. Le terrain est aussi lié aux études et aux stratégies d’éducation dans les zones désavantagées, ou dans la reconstruction de communautés ayant connu des guerres et des crises. La communauté de recherche internationale travaillant dans un domaine comme celui de la jeunesse se pré- sente alors souvent comme une voie diploma- tique alternative, lorsque des conflits internes ou des relations gelées des voies officielles d’un État deviennent des obstacles à toute action. À titre d’exemple et indépendamment de toute opinion sur la situation politique, au Moyen-Orient, dans les années 1990, débuta un projet de recherche norvégien sur les conditions du bien-être dans les territoires palestiniens, développé ensuite en séminaires scientifiques dans la région, au cours des- quels les collègues israéliens, palestiniens et internationaux ont appris à se connaître, ainsi que la population qu’ils étudiaient.

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Les jeunes doivent appuyer les efforts pour freiner la course aux armements

4. Conclusions Sous les gros titres de “ politique de la jeu- nesse ”, “ recherche sur la jeunesse ” et “ politique de la recherche ”, cet article a émis quelques réflexions sur les développe- ments et les expériences récents dans ces domaines. Nous avons essayé de déterminer la manière dont ces trois champs fonction- nent sur des bases à la fois indépendantes, et en relation les unes avec les autres. Un point n’a pas encore été éclairci. La recherche, ainsi que la recherche sur la jeu- nesse, dans sa plus pure tradition, a toujours revêtu un caractère international, avec toute une panoplie d’accords en vue d’une coopé- ration internationale. Tant que cette recherche se conforme à des règles stricte- ment universitaires, cet article reste entière- ment pertinent. Il commence à ce stade de la coopération internationale où les relations à la politique et au savoir appliqué deviennent impures ou mélangées. Dès le début, la recherche sur la jeunesse a connu ces expé- riences, même si ses intentions étaient de s’en tenir à des réseaux purement académiques. La raison en est que les questions sur la jeu- nesse appellent toujours l’action (sociale), et diverses manières d’écouter les jeunes eux- mêmes 7 . Dans l’ensemble, cet article est un argu- ment en faveur des besoins pour un nouvel ordre communicatif à l’échelle internationale sur les questions sur la jeunesse, émergeant à des niveaux divers depuis les années 1980. Les impacts de l’Année Internationale de la

Jeunesse en 1985 ont servi à montrer le caractère chan-

geant des politiques de la jeunesse aux niveaux national et inter- national, essentiellement comme buts pour une conception cohérente et globale des questions de jeunesse. Quelques esquisses montrent comment l’interaction entre les intérêts nationaux et l’arène internationale peuvent fonctionner et se développer. Le Conseil de l’Europe a montré sa volonté et sa capacité d’être une arène pour la coopé- ration et le développement officiels et inter- gouvernementaux de la politique et de la recherche sur la jeunesse. En ce qui concerne la coopération universitaire, indépendante sur la recherche en matière de jeunesse, avec quelque affinité pour les questions de poli- tique, le Comité de Recherche 34 de ISA a prouvé sa capacité globale réelle à être le pre- mier partenaire de pays, régions ou organisa- tions multilatérales. Tous les autres corps mentionnés ici sont aussi aptes à constituer des partenaires pertinents et concrets, mais dans des buts complémentaires et plus spéci- fiques. La collaboration internationale montre que “ les droits de parler ” sont égaux. La question de la jeunesse contient certaines parts d’éthique et de politique qui coïncident assez rarement avec les diplômes universi- taires.

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7 Nous pourrions aussi dire “ donner une voix aux jeunes ”. Ce genre de styles de recherche idéaliste ou impure a trouvé une force dʼexpression puissante et scientifique avec Alain Touraine, quand il discutait de la recherche dʼaction dans les mouvements sociaux, et a trouvé cette formule du chercheur comme “ la voix et le regard ” (Touraine, 1981).

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Youth policies :

reflections from a Nordic position

With this paper, the author questions the relevance of autonomy concerning three domains : youth policies, youth research and research policies. The three domains, though they appear to follow distinctive changes, are nevertheless interrelated and closely linked, arousing the interest to develop coherent joint programmes.

Políticas de la juventud - reflexiones de una posición nórdica

En este artículo, el autor se interroga acerca de la pertinencia de la autonomía de tres sectores: las políticas de la juventud, las investigaciones acerca de la juventud y las políticas de la investigación. Estos tres campos, aún cuando conocen evoluciones aparentemente distintas, permanecen no obstante imbricados y estrechamente ligados, de ahí el interés en desarrollar unos programas comunes coherentes.

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Jugendpolitik - Überlegungen eines nordischen Standpunktes In

diesem Artikel stellt sich der Autor Fragen über den Sinn der Autonomie von drei Bereichen : Jugendpolitik, Jugendforschung und Forschungspolitik. Diese drei Bereiche, selbst wenn sie anscheinend verschiedene Entwicklungen kennen, bleiben jedoch ineinander verzahnt und eng verbunden und daher das Interesse kohärente gemeinsame Programme zu entwickeln.

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