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Issue # 1 Bulletin n° 1

© December 2009

C d R Issue # 1  Bulletin n° 1 © December 2009 Coopération décentralisée en

Coopération décentralisée en Côte d’Ivoire :

propositions pour un développement durable

des territoires -

par Aka H. ASSOUMOU

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Introduction et contexte

Q uelques années après son accession à la souveraineté nationale en 1960, la Côte d’Ivoire a

intégré la décentralisation 1 dans son système d’organisation politique et administrative. Ce processus, amorcé en 1978, avec la loi n° 78-07 du 09 janvier 1978 portant création de vingt six (26) Communes de plein exercice, sera accentué en 1985 avec l’élargissement du paysage communal, marqué par les premières élections municipales et qui portera le nombre total des Communes à 102. Cette volonté sera poursuivie et renforcée par les lois N°2001/476 du 09 août 2001 relative à l’orientation générale de l’administration territoriale, et N°2003-208 du 07 juillet 2003 portant transfert et répartition de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales. Depuis lors, le nombre des Communes n’a cessé de croître pour atteindre en janvier 2009 neuf cent quatre-vingt six (986) Communes. Dans cet élan ont également été créés dix-neuf (19) Régions, quatre-vingt (80) Départements - dont cinquante-quatre (54) dotés de Conseils Généraux - et deux (2) Districts 2 .

L’Etat, en transférant des compétences aux collectivités territoriales par la dynamique de la décentralisation, vise le développement globale du pays axé sur la gestion efficiente des ressources locales et la lutte contre la pauvreté. À ce titre, ces collectivités deviennent des acteurs de premier plan, appelés à jouer un rôle clé dans le développement local, notamment en

1 Au sens global, la décentralisation est définie comme une organisation du pouvoir entre l’Etat central et les collectivités territoriales, marquée par une autonomie de gestion conférée à ces dernières par le moyen de transfert de compétences de la part de l’autorité centrale. [définition inspirée de B. HUSSON in Agridoc, 2001, p.8, et de Jacques KOUADIO, juriste, District de Yamoussoukro.

2 Stratégie de Relance du Développement et de Réduction de la Pauvreté DSRP, 2009, p.76-77

Fr.

ce qui concerne l’amélioration des conditions de vie des communautés territoriales, tant sur les plans économi- que, social, culturel qu’au niveau environnemental et du cadre de vie.

Mais la raréfaction des ressources financières étatiques, largement attribuée à la crise que connait la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, a contribué à freiner la mise en œuvre effective de la politique de décentralisation devant menée au développement local. Les collectivités territoriales sont de plus en plus sollicitées pour la fourniture de services sociaux et équipements de base. Toutefois, quoiqu’ayant le pouvoir de prélever des impôts et taxes, leurs recettes fiscales sont si faibles et leur dépendance vis-à-vis des subventions et dotations du gouvernement central est si forte que leurs initiatives sont largement influencées par l’autorité centrale. Cet état de fait les amène à rechercher de plus en plus des partenariats extérieurs au travers de la coopération décentralisée, qu’elles considèrent comme un moyen nécessaire pour l’accomplissement de leurs missions, et ainsi mieux répondre aux attentes de leurs administrés.

Cette forme de coopération est vue en effet comme un nouveau champ de solidarité international plus souple et plus efficace, parce qu’impliquant directement les principaux concernés (les collectivités) dans la mise en œuvre de programmes de développement 3 .

De ce qui précède, nous nous proposons dans cette réflexion d’apprécier la situation globale des actions de coopération décentralisée en Côte d’Ivoire et d’analyser leur portée au regard des compétences dévolues aux collectivités. Cela nous permettra d’envisager des perspectives de redynamisation de cet outil de développement local, sur la base des données théoriques et empiriques parcourues.

3 cf. M. HOUZIR in LIAISON, 2007, p.16

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1. Définitions et considérations théoriques 1.1. Coopération décentralisée

La coopération décentralisée est apparue aux lendemains de la seconde guerre mondiale comme un moyen d’assistance en matière de développement dans le contexte de la gouvernance décentralisée. À l’origine, elle se présentait beaucoup plus sous la forme de jumelage 4 et prônait la création de liens d’amitié, de compréhension mutuelle et de confiance entre des peuples qui sortaient de guerre. 5 En effet :

« les premières relations entre collectivités territoriales relevant d’Etats différents sont le fait d’élus locaux français qui, animés par les valeurs de réconciliation et d’amitié entre les peuples, établissent des jumelages avec des communes allemandes, puis avec des municipalités des pays d’Europe de l’est durant la guerre froide. La Fédération Mondiale des Villes Jumelées, devenue par la suite la Fédération Mondiale des Cités Unies (FMCU) ainsi que l’Association Française du Conseil des Communes et Régions d’Europe (AFCCRE) accompagnent le développement de ces initiatives locales, qui se transforment en jumelage-coopération dès les années 1970. Les partenariats donnent ainsi naissance à des réalisations concrètes de solidarité, notamment dans les localités des pays sahéliens.

La dynamique de la coopération décentralisée témoigne d’une volonté de promouvoir les échanges culturels entre les populations, dans l’optique d’un partage et d’une meilleure connaissance mutuelle. À un moment où l’importance du local s’affirme, la coopération décentralisée privilégie une approche du développement de proximité, intervenant sur des échelons appropriés pour la définition et la mise en œuvre de stratégies de développement à la base. Les collectivités locales engagées dans la coopération décentralisée mobilisent une expertise spécifique, issue d’une expérience éprouvée, et se proposent de mettre à la disposition leur savoir-faire, tout en respectant et en analysant les contraintes et particularités du milieu local partenaire tant au niveau social qu’économique, politique et technique. La coopération décentralisée prend ainsi tout son sens : c’est la dimension partenariale qui caractérise les échanges entre collectivités locales. Il ne s’agit donc pas d’exporter un modèle rigide mais plutôt de proposer une référence

4 Le concept de jumelage est né aux lendemains de la seconde guerre mondiale, en 1951, avec la création de l’Association du Monde Bilingue. Cette association, fondée par Jean-Marie Bressand, figure de la Resistance, promeut l’éducation bilingue comme élément de compréhension entre les peuples et vecteur de paix. (cf. Ousmane SYLL, 2005, p. 5) 5 cf. Guido BERTUCCI, 2008, p.ii (préface).

souple et adaptable qui réponde aux besoins des partenaires. » 6

Au-delà de la vision globale initiale donnée au concept de coopération décentralisée, comme susmentionné, il est diversement interprété par les différents acteurs et initiateurs. Dans le cadre du présent article, nous nous intéresserons à quatre (4) approches 7 , qui, nous le pensons, sont suffisamment représentatives. Il s’agit entre autres des approches française, européenne, onusienne et ivoirienne.

Définition française : « au sens français, il y a coopération décentralisée lorsqu’une (ou plusieurs) collectivité locale française développe des relations avec une (ou plusieurs) collectivité locale étrangère : il peut s’agir aussi bien de l’établissement de relations d’amitié ou de jumelage avec des collectivités territoriales étrangères, d’actions de promotion à l’étranger, d’aide au développement de collectivités dans certains pays, d’assistance technique, d’action humanitaire, de gestion commune de biens de services mais aussi de coopération transfrontalière et de coopération inter- régionale. » 8

Définition

européenne :

« l’approche

de

l’Union européenne en matière de coopération décentralisée est sensiblement différente de la définition française. Par coopération décentralisée l’Union européenne entend tout programme conçu et mis en œuvre dans le pays du Sud ou de l’Est par un acteur de la société civile :

ONG, pouvoirs publics locaux, coopérative agricole, groupement féminin, syndicat… (de façon plus générale toute forme organisée de la Société civile). À la différence de la définition française, un programme de coopération décentralisée au sens européen n’implique pas forcément la participation d’un partenaire européen et à fortiori, d’une collectivité locale.

6 Site de l’Ambassade de France, http://www.ambafrance- bj.org/spip.php?article404, consulté le 18 janvier 2009.

7 En plus de ces quatre (4) approches retenues pour les nécessités d’analyse dans notre étude, Kebou P. SOMBO mentionne deux (2) autres visions de la coopération décentralisée : la vision canadienne caractérisée par une dimension locale de la coopération avec les pays étrangers à travers l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI), et la vision anglophone qui est une coopération entre citoyens et ONG (cf. Le Guide de la coopération

décentralisée en Côte d’Ivoire, p.6)

8 Loi d’orientation n° 92-125 du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République Française, publiée et téléchargeable sur le site du Centre de Ressources de la Coopération Décentralisée en Franche-Comté (CERCOOP), http://www.cercoop.org/fiches/fich_fra.htm, consultée le 23 janvier 2009

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Au sens européen, la coopération décentralisée constitue une approche nouvelle de la politique de coopération mise en œuvre jusqu’à présent par la Commission des Communautés européennes : Auparavant, et même si les ONG sont de plus en plus impliquées, le seul interlocuteur reconnu par l’Europe était l’Etat partenaire. » 9

Définition

onusienne 10 :

nous

citerons

ici

Ambrogio MANENTI, consultant à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pour l’auteur, la « coopération décentralisée fait référence à des liens systématiques de coopération entre les communautés locales des pays donateurs et celles des pays qui ont besoin d’assistance. L’objectif de tels liens est de créer et/ou de consolider des partenariats culturels, techniques et économiques durables entre les communautés locales, comme outil de promotion du développement humain et de la paix ». Ainsi défini, « la coopération décentralisée n’inclut pas :

- les activités entreprises par les collectivités décentralisées (communes, provinces, etc.) basées sur des méthodes qui n’incluent pas la participation locale, à la manière de la coopération centralisée traditionnelle ;

- les initiatives horizontales qui lient les entreprises ou institutions de pays différents sans une approche de développement humain ;

- les activités des ONG internationales qui opèrent comme des agences de coopération spécialisées sans le concours de la société civile de leurs pays d’origine ;

- les initiatives isolées de bénévolat, de volontariat, de solidarité et d’amitié, qui ne prônent pas l’union et qui ne visent pas la qualité des interventions, qui ne s’appuient pas sur les instituions et politiques publiques, et/ou qui sont non coordonnées. » 11

consultée le 23 janvier 2009

10 Pour rappel historique, L'Organisation des Nations Unies (ONU) est une organisation internationale dont les objectifs sont de faciliter la coopération dans les domaines du droit international, la sécurité internationale, le développement économique, le progrès social et les Droits de l'Homme. L'ONU est fondée en 1945 en remplacement de la Société des Nations, qui n'avait pas tenu son rôle en n'évitant pas la Seconde Guerre mondiale, pour mettre fin aux guerres entre les pays et pour fournir une plateforme de dialogue. Source : Encyclopédie en ligne Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies, consultée le

23 janvier 2009

11 Texte traduit de la version originale anglaise “DC (Decentralised Co- operation) refers to systematic co-operation links between local communities in donor countries and local communities in countries that need support. The objective of these links is to create and/or consolidate long-term cultural, technical and economic partnerships between local communities as a tool to promote human development and peace. (…) We do not consider DC (according to our experience) to be:· activities of local governments (municipalities, provinces, etc.) using top down methods similarly to the traditional centralised co-operation;· horizontal

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Site

du

CERCOOP,

la

coopération décentralisée est l’expression du désir d’un ou de plusieurs acteurs nationaux d’établir des partenariats avec un ou plusieurs autres acteurs de la coopération décentralisée, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Ces relations peuvent aller de simples échanges à caractère culturel à l’établissement d’une convention de partenariat technologique, financier, économique, social et même personnel entre acteur de développement dotés de pouvoirs d’initiatives et de gestion en cohérence avec le projet national de développement durable. » 12

Définition

ivoirienne :

« en

Côte

d’Ivoire,

Au regard de son historique et les différentes approches définitionnelles sus-cités, nous voudrons relever le fait que la coopération décentralisée, entant que concept, n’a pas véritablement fait l’objet d’études théoriques poussées et demeure un concept en construction, avec des interprétations diverses qui se fondent sur le principe originel de la « solidarité ». Elle (coopération décentralisée) a plutôt été formalisée par des actions empiriques (supports juridiques, politiques, conventions, etc.) ou mise en relation avec d’autres notions (voir ci-dessous). Aussi, il convient de souligner que le concept est relativement récent (attitude développé aux lendemains de la seconde guerre mondiale), et constitue, en matière de recherche- action notamment, une approche plutôt qu’une théorie scientifique par quintessence.

Comme écrits théoriques que nous avons pu consulter, nous citerons Contribution of Decentralized Cooperation to Decentralization in Africa 13 de Guido BERTUCCI, dans lequel l’auteur soutient que la coopération décentralisée est un moyen innovateur d’assistance dans un contexte de gouvernance décentralisée, et qu’elle peut être considérer comme l’un des principaux outils et l’une des principales stratégies pour la réalisation des huit (8) Objectifs du Millénaire pour le Développement 14 , qui,

initiatives which link enterprises or institutions of different countries without a human development approach;· activities of international NGOs performing as specialised agencies of co-operation without relationships with the civil society of their countries;· activities inspired by volunteerism, solidarity and goodwill but which are isolated, fragmented, not focused on the quality of the interventions, not linked with public institutions and its policies, and/or not co-ordinated.”, in Decentralised Co-Operation, a New Tool For Conflict Situations, 1999, p. 8

12 Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, par Kebou Pierre SOMBO, p.23 [document non-daté]

13 L’exposé succinct du point de vue de BERTUCCI qui suit est une traduction paraphrasée du texte originel publié en anglais. Ce qui explique l’absence de guillemets pour l’identification des citations. Toutefois nous préciserons les pages citées dans les parenthèses qui suivent : (préface, p. III- V, 1-3 )

14 Les grandes conférences et réunions au sommet des Nations Unies des années 90 ont contribué à la mise en place d’un cadre normatif s’articulant autour des multiples défis du développement et dégagé une vision commune des priorités de développement. Ainsi, en septembre 2000, 189 Chefs d’Etat et de Gouvernement se sont réunis au siège de l’Organisation des Nations

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entre autres objectifs, visent la promotion de l’engagement pour la bonne gouvernance, le développement, et la réduction de la pauvreté, et ce à travers le partenariat et la collaboration. Il précise également que la coopération décentralisée est un véhicule pour la création de coopération Nord-Sud, mutuellement fructueuse et durable, qui peut favoriser le développement durable. En effet, selon toujours l’auteur, la coopération décentralisée et la décentralisation 15 constituent des piliers de plus en plus importants des partenariats euro-africains, en sens ce que ce type de coopération implique une approche de développement endogène (depuis la base) à travers des partenariats institutionnels, sociaux et locaux entre des institutions et des sociétés civiles issues d’au moins deux entités (étatiques). C’est l’action qui vise des intérêts et besoins communs plutôt que les opinions divergentes de parties conflictuelles, et ainsi la coopération décentralisée joue un rôle prépondérant dans la résolution de conflits et la construction de la paix. Il convient de préciser que dans son étude, BERTUCCI définit la coopération décentralisée comme étant tout projet, toute initiative ou tout partenariat qui s’inscrit dans le cadre de la coopération pour le développement entre au moins une collectivité territoriale européenne et africaine. L’auteur ajoute également que les facteurs qui motivent la promotion de la coopération décentralisée diffèrent selon que les acteurs sont africains ou européens. Pour les premiers, ce type de coopération est stimulé par le besoin ardent de relever des défis tels que les programmes d’ajustement structurel économique, les échecs des systèmes de gouvernement centralisés, les détournements des fonds issues d’aides extérieures et le vif désir de transformer les collectivités territoriales en de véritables leviers de développement. Quant aux seconds, l’un des principaux facteurs motivants émane du sens de frustration causé par la pauvreté persistante qui affecte les pays en développement.

Unies (ONU) à New York et ont adopté une déclaration commune appelée Déclaration du Millénaire qui est une coalition mondiale contre la faim et les grandes pandémies en vue de donner à notre planète un visage plus humain. Cette déclaration définit 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) pour l’horizon 2015. Cet ensemble d’objectifs s’appuie sur la capacité de l’humanité à accomplir, dans les années à venir, des progrès mesurables en ce qui concerne la paix, la sécurité, le désarmement, le respect des droits de l’homme, la protection des couches vulnérables, la démocratie et la gouvernance. [Source : Projet pilote de localisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à Tiassalé, p.5, document non-daté] 15 Pour rappel nous retiendrons ici que la décentralisation est globalement connue comme une délégation de pouvoir politique et administratif de la part d’un gouvernement à des entités relativement autonome de niveau subalterne, ayant personnalité juridique, ressources et autorité propres. [Source : site du COTA, www.cota.be, consulté le 18 janvier 2009], complétée avec B. HUSSON in Agridoc, 2001, p.8

Se référant aux mêmes échanges entre les collectivités territoriales africaines et européennes, Ousmanne SYLL 16 soutient que la coopération décentralisée initiée par l’Union européenne (UE) est un cadre de partenariat favorable en ce sens qu’elle a pour objectif d’ « améliorer la prise en charge par les acteurs de base de leur propres processus de développement en mettant l’accent sur la cohérence et viabilité des actions ». L’auteur précise également que « la notion de coopération décentralisée est apparue pour la première fois dans les accords de coopération entre la Communauté européenne et les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) de Lomé IV bis de 1989 dans l’article 12 », et que « depuis cette date, l’Union européenne n’a cessé de définir les caractéristiques et modalités de cette nouvelle approche de coopération » 17 . Il convient de préciser également que l’idée maîtresse soutenu par SYLL à travers son étude est la « réciprocité » comme condition essentielle pour la réussite de la coopération décentralisée entre « les collectivités du Nord et du Sud » 18 En termes d’approches de coopération décentralisée dans le monde, SYLL, citant BEKKOUCHE et GALLET 19 , révèle qu’il existe d’une manière générale deux écoles ou approches : l’approche anglo-saxonne ou extensive, et celle française ou restrictive, que certains spécialistes qualifient dans une certaine mesure de latine. Selon les auteurs, la première approche qualifiée d’extensive accorde « la qualité d’agent de coopération décentralisée à tous les acteurs infra-étatiques, c’est-à-dire toutes les organisations et personnes morales qui ne relèvent pas directement du gouvernement, qu’elles soient publiques ou privées. Il peut s’agir de la sorte aussi bien de collectivités et autorités territoriales, que de chambres consulaires ou de métiers, d’universités, de centres de recherche, d’associations, d’ONG, etc. » 20 . Nous constatons d’ailleurs qu’elle rejoint la conception de l’Union européenne. En revanche, la conception qualifiée de restrictive « accorde la qualité et le statut d’agent (…) uniquement aux collectivités et autorités territoriales, car on considère qu’il s’agit de relations décentralisées au sens étroit de l’expression », d’où le qualificatif française (cf. définitions en début de section).

En fonction des visions et approches prônées, deux (2) principales tendances en termes de propositions de principes directeurs de la coopération décentralisée

16 Les échanges entre collectivités décentralisée d’Afrique subsaharienne et l’Union européenne : une réussite si la condition de la réciprocité est respectée, mémoire de Master, 2005, Université de Franche-Comté, Besançon, p.39

17 ibid., p.37

18 ibid., p. 41

19 BEKKOUCHE, A. et GALLET, B., Coopération décentralisée : l’émergence des collectivités et autorités territoriales sur la scène internationale, Annuaire français des relations internationales, Bruylant, Bruxelles, 2001, pp. 376-392 (cf. SYLL, ibid., p.44-46)

20 op. cit.

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semblent transparaître : une tendance « du Nord », guidée par la démarche européenne (et également adoptée par le système des Nations Unies 21 ) et une tendance « du Sud » orientée par les accords de coopération entre la Communauté européennes et les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) de Lomé IV bis de 1989, en son article 12, qui a d’ailleurs consacré et légitimé la participation africaine à la coopération décentralisée 22 .

La démarche européenne de coopération décentralisée repose sur cinq (5) idées maîtresses ou principes qui sont :

- La participation active, c’est-à-dire la « responsabilisation » de l’ensemble des acteurs de la société civile. Pour la Commission européenne, il s’agit de « transformer les bénéficiaires en véritables acteurs et/ou partenaires, capables de prendre en charge leur propre développement »

- La recherche d’une concertation et d’une complémentarité entre ces différents acteurs. « La coopération décentralisée ne cherche pas à soutenir une multitude de projets isolés mais à promouvoir des processus de dialogue et de mise en cohérence des initiatives de différents acteurs dans le cadre de l’approche programmatique et en articulant les interventions à différents niveaux (local, national, régional) »

- La gestion décentralisée, c’est-à-dire la délégation de responsabilité de gestion, y compris financières, à l’échelon le plus proche possible des acteurs concernés (principe de subsidiarité).

- L’adoption d’une « approche-processus » - programmes successifs conçus de manière évolutive – qui permette d’inscrire les démarches de coopération décentralisée dans la durée. l’enjeu est de faire évoluer l’approche-projet classique vers une démarche itérative.

- La priorité est donnée au renforcement des capacités et au développement institutionnel. « La coopération décentralisée a pour objet non seulement de répondre à des besoins matériels, mais en même temps de renforcer le potentiel d’action et la maîtrise d’initiatives locales ». donc, appuyer les acteurs, c’est aider à les faire naître, à s’organiser, à se former, à se constituer en réseaux et à construire des partenariats entre eux et avec les acteurs publics. 23

21 cf.

Decentralized Cooperation on The Process of Decentralization in Africa, 2008, p. 23 ou même Guido BERTUCCI, Contribution of Decentralized Cooperation to Decentralization in Africa, 2008, p. 12 22 cf. Ousmane SYLL, op. cit., p. 37

23 Ousmane SYLL, op. cit., p.39-40

George

MATOVU

et

Andrea

DE

GUTTRY,

The

Impact

of

Quant à la conception ACP de la coopération décentralisée, les principes de base sont les suivants :

- L'égalité : Elle porte sur la relation entre partenaires égaux sur le plan des droits, des devoirs et des responsabilités en dépit des différences et des disparités pouvant exister au plan politique, économique, social, culturel, civil et religieux.

- La solidarité : Il s'agit d'identifier ensemble les besoins des Collectivités partenaires, et d'élaborer, à travers une réflexion et des moyens communs, des stratégies et projets de développement qui contribuent à l'amélioration des conditions de vie des citoyens.

- La réciprocité : Elle est basée sur une logique de partage; le principe du « gagnant-gagnant ». Le partenariat doit être une source d'enrichissement pour l'une et pour l'autre partie.

- La subsidiarité : La coopération doit respecter les dispositions législatives des Etats concernés, et accompagner l'émergence de pouvoirs locaux autonomes et démocratiques, mais aussi les systèmes de gouvernance locale. 24

1.2. Développement local

B. HUSSON 25 indique que : « La montée en puissance des approches de développement local résulte d’une série de constats qui concourent à valider des mouvements d’idées et parfois des expériences menées depuis plusieurs décennies. Au cours des années quatre-vingt, les stratégies de développement menées sous l’égide des Etats manifestent leurs limites. La concentration des pouvoirs économiques, culturels, techniques dans leurs mains ne permet plus d’assurer la cohérence nécessaire pour soutenir les processus de développement. Dans les pays du Sud, les efforts des ONG mais aussi de très nombreux autres opérateurs comme les sociétés de développement pour "organiser les populations" ont conduit à l’apparition d’organisations réellement représentatives qui acquièrent des capacités de négociation avec le pouvoir central. » Il ajoute aussi que « "penser global, agir local" rend compte de la demande des acteurs locaux d'être partie prenante aux décisions qui les concernent. Plus généralement, responsables politiques et opérateurs de développement sont de plus en plus convaincus qu'il n'y a pas de développement possible sans prise en compte des références sociales et culturelles des populations concernées. Chaque région, chaque terroir même, a des traits qui lui sont spécifiques dont il faut tenir compte dans

24 cf. Guide de la coopération décentralisée au Mali, pp. 14-15 ou Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, p.15 (documents non-datés)

25 Agridoc revue thématique, numéro 1, Lyon, CIEDEL (Centre international d’études pour le développement local), juillet 2001, pp.6-8

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l'élaboration des processus de développement et plus encore dans leur conduite. »

Il apparait donc de ce qui précède que l'action locale devient indispensable pour les populations (locales) dans la quête et la réalisation du mieux-être. Paul PREVOST renchérit d’ailleurs que « plus les effets de la

mondialisation se font présents, plus l’intérêt pour les questions locales augmente (OCDE 1993). Les abordages sont différents selon les pays et les écoles de pensée mais l’intérêt est le même. » 26 Il soutient également que « la mondialisation et la restructuration conséquente des grands systèmes représentent des changements fondamentaux » qui sous-tendent le développement local, qui « n’est pas un processus de fermeture sur soi, mais plutôt une manière de tirer avantage de ses possibilités pour façonner sa réalité(…) ». S’inspirant de la réalité canadienne, l’auteur relève les six (6) points suivants comme le contexte qui a engendré et gouverne la réalité du développement local :

« - la mondialisation, défini comme l’ouverture des marchés des produits, des investissements, des capitaux, du travail; l’ouverture à la concurrence; la globalisation des systèmes de production; la standardisation des normes de qualité, de service, des rapports qualité/prix et de la performance et l’amélioration des moyens de transport. En fait, l’essentiel des transformations du système économique au cours des vingt dernières années. (…) ;

- la restructuration des entreprises, qui, à la faveur

de deux crises majeures à la fin et aux débuts des années 80,

ont réorganisé leur système de production, recentré leurs activités, modernisé leurs technologies, bref, (…) se sont assouplies pour réagir plus vite aux modifications et à la segmentation des marchés, à l’accélération des changements technologiques et aux effets de la dérèglementation. (…) ;

- la restructuration des gouvernements et de leurs

politiques. En effet, Les gouvernements n’ont pas été à l’abri

des turbulences de la mondialisation. Après s’être endettés massivement, ils ont entrepris des ajustements structuraux sévères pour assainir les finances publiques, assouplir l’administration de leurs services, rendre les marchés plus efficients et les flux plus flexibles. Des efforts importants ont été aussi consacrés pour maintenir des taux d’inflation faibles. (…) ;

- la flexibilité versus la cohésion sociale. Cette

nouvelle flexibilité des processus, des structures, des politiques et des stratégies semble en soi excellente pour abattre les blocages politiques et administratifs, l’inertie des systèmes, la bureaucratisation, susciter un maximum d’ouverture, de créativité, d’opportunités mais, à la limite,

26 Le développement local : Contexte et définition, "Cahier de recherches IREC 01-03", Université de Sherbrooke, 2001, p.5-6

elle s’établira aux dépends de la cohésion sociale nécessaire pour qu’une société se maintienne en équilibre (…) en repensant de façon plus souple l’administration publique, l’organisation et la distribution des services à caractère sociale, économique et culturel, en modifiant les schémas intellectuels de penser et d’agir de la population de façon à actualiser le dicton " penser localement et agir globalement ".(…) ;

- la renaissance des PME et de l’entrepreneurship 27 .

(…) Les facteurs intrinsèques qui justifient cet intérêt sont

nombreux. Les nouvelles entreprises et les PME ont des taux

de survie beaucoup plus intéressants. Elles génèrent de très nombreux emplois. Elles sont en fait responsables de la création de la majorité des nouveaux emplois. La part des PME dans les investissements et exportations est toujours en croissance. Évidemment, ce dynamisme repose sur les PME modernes, celles qui utilisent des technologies appropriées et qui n’hésitent pas à innover. (…) ;

- l’évolution du support au développement local. Les

organismes de support au développement des collectivités locales, comme dans beaucoup d’autres sociétés, semblent évoluer au Québec vers une vision de plus en plus intégrée du phénomène et des actions à entreprendre pour l’appréhender. On reconnaît que les dimensions sociales, économiques, culturelles, politiques, physiques et administratives ne peuvent s’isoler pour comprendre et influer sur les réalités locales.(…). » 28

Dans cette même logique, l’auteur marocain Noufissa EL MOUJADIDI 29 fait remarquer qu’ « en réalité, depuis le 19 ème siècle, le modèle de développement qui régnait, un "développement par le haut" ne pouvait plus assurer la répartition équitable des richesses entre les différentes régions d’une même nation», et que « par ailleurs, c’est l’amplification des phénomènes de disparités régionales, de pauvreté, de chômage, de désinvestissement, et de l’épuisement des ressources naturelles, qui a suscité une nouvelle vision de la conception du développement. » Ainsi, l’option inverse de développement, c’est-à-dire "par le bas" (ou endogène, comme décrit par les spécialistes du développement), devient « l’expression d’un changement social caractérisé par la montée de partenariat, l’émergence d’acteurs différents, la recherche de solutions alternatives à celles des appareils macroéconomiques (Etats, grands

Groupes

l’introduction de critères sociaux et culturels à

),

27 anglicisme pour certainement traduire «l’entrepreneuriat», au regard du contexte général et du développement qui suit dans le texte original

28 Paul PREVOST, idem, pp.5-15

29 IDE, Croissance économique et développement local durable: quelles relations et quelles perspectives?, communication à la faveur du colloque international dénommé Enjeux économiques, sociaux et environnementaux de la libéralisation commerciale des pays du Maghreb et du ProcheOrient, 19-20 octobre 2007 Rabat Maroc, p. 15

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coté de la rationalité purement économique » 30 . Autrement dit, « moins d’Etat, mieux d’Etat » 31 dans les prises de décisions relatives à l’amélioration des conditions de vie des populations au niveau local.

La notion de développement local est aujourd’hui largement présente dans les débats et discours sur le développement, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Des Etats eux- mêmes en font aujourd'hui un élément de leur politique de développement. Pour preuve, nous avons en Côte d’Ivoire la création au sein du Ministère en charge de l’Administration du Territoire d’une direction chargée de la décentralisation et du développement local. Également, des organisations sociales, des opérateurs économiques, des institutions publiques décentralisées, des élus ou représentants locaux, etc. y font régulièrement référence. En effet, Il n'est plus un programme d'actions initié par des collectivités territoriales qui ne le mentionne, notamment dans sa dimension économique et sociale. Mais qu’entend-t-on réellement par développement local ?

À cette question, Bernard HUSSON 32 répond que «le développement local est avant tout une dynamique économique et sociale, voire culturelle, plus ou moins concertée, impulsée par des acteurs individuels et collectifs sur un territoire donné. » Il ajoute également que c’est « un processus qui permet de faire mûrir des priorités, de choisir des actions à partir de savoirs et propositions des groupes de populations habitant un territoire donné et de mettre en œuvre les ressources disponibles pour satisfaire à ces dites propositions.» Et à ce titre, le développement local « incite à privilégier les acteurs plus que les infrastructures, les réseaux plus que les institutions établies, pour donner aux hommes et aux groupes directement intéressés une fonction de décision sur les actions qu'ils mènent. » Pour conclure sa proposition de définition, HUSSON soutient que « Le développement local est (…) une pratique du développement, une méthode de travail, non une nouvelle théorie qui compléterait ou se substituerait aux précédentes au prétexte qu'elles auraient échoué. Il ne vise pas à identifier les divers obstacles au développement ni à rechercher la combinaison optimale des ressources, rares par définition, mais à s'interroger sur les moyens de parvenir à leur combinaison. »

30 Diane-Gabrielle TREMBLAY et Jean-Marc FONTAN, Le développement local, télé-université-1994, p. 130, cités par MOUJADIDI, op. cit.

31 expression empruntée de SYLL, op. cit., p. 11

32 op. cit., pp.6-7. Il convient de préciser que B. HUSSON est l’actuel directeur du CIEDEL (Centre international d’études pour le développement local), Lyon - France

Il ressort de ces définitions les quelques caractéristiques fortes suivantes :

« - Le développement local est d'abord un processus décisionnel (…) ; - Le territoire de référence pour soutenir une dynamique de développement local n'est pas isolé mais articulé à des espaces plus vastes (…) ; - La dimension territoriale, à savoir un espace géographiquement limité et déterminé, constitue une référence forte du développement local mais non exclusive. Cet espace est à considérer aussi dans sa dimension sociale. Le sentiment d'appartenance est un facteur essentiel, d'autant plus indispensable que l'espace géographique n'est pas homogène. (…). » 33

Cette définition de HUSSON est renforcée par Paul PREVOST qui soutient que « le développement local est un processus endogène d’accroissement durable du bien- être d’une communauté » 34 . Il illustre sa définition, inspirée de la réalité canadienne, par le tableau adapté suivant :

de la réalité canadienne, par le tableau adapté suivant : Source : Paul PREVOST, Le développement

Source : Paul PREVOST, Le développement local : Contexte et définition, "Cahier de recherches IREC 01-03", Université de Sherbrooke, 2001, p. 24

Mendés-France JAQUIER s’inscrit dans le même ordre d’idée au travers de sa définition du concept de développement local, à savoir « un processus global, une stratégie, dont l’objectif est de promouvoir une autre manière de penser et de faire les villes en mettant l’accent sur les notions de solidarité et de citoyenneté et surtout en cherchant à lutter contre les mécanismes d’exclusion qui sont générés par les appareils bureaucratiques et technologiques » 35 .

33 B. HUSSON, op. cit.

34 P. PREVOST, id., p. 25

35 JAQUIER, C. Mendés-France, cité dans La revue de la littérature en développement local et développement économique communautaire, par Jean-Marc

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Ces différentes définitions démontrent en effet l’importance du changement social qui est favorisé par le développement local. L’élaboration de partenariat et l’intervention de différents acteurs afin de trouver les solutions adéquates montrent que le développement local consiste également en une transaction de proximité entre les hommes et leurs ressources. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Maurice BLANC que cette vision de rapprochement entre la communauté et ses ressources naturellement héritées s’inscrit à trois (3) niveaux :

« 1) La régulation politique, qui envisage le développement local sous l’angle de la décentralisation et des politiques d’emploi, puis des valeurs de la concertation et de la démocratie ; 2) La planification économique et la création des ressources qui la circonscrit sur un territoire géographique qui fait lien entre des acteurs, des secteurs industriels et une économie régionale ; 3) L’intervention sociologique, qui considère le développement local comme un système d’action et de création industrielle, voire d’identité communautaire faisant appel à une économie solidaire sur un milieu support. » 36

1.3. Développement durable

Dans le document intitulé Développement durable et solidarité internationale qu’elle à réalisée pour le compte du Haut Conseil de la Coopération Internationale français, Yveline NICOLAS indique que les éléments suivants sont à l’origine du développement durable : crise écologique, aggravation des inégalités, nécessité de réguler la mondialisation. Elle renchérit pour dire que « Le double constat des échecs d’un développement basé sur la seule croissance et des atteintes à l’environnement mène au concept de "développement durable", qui concerne autant les pays riches que les pays pauvres. » Ainsi, « Le développement durable est une réponse de la communauté internationale à deux grands problèmes, à la fois locaux et mondiaux et qui évoluent en interaction :

- La fracture entre des pays « développés », « riches » et des pays «en développement», « pauvres » ; ce fossé se caractérise par des inégalités dans tous les domaines : politique, économique, social, éducatif, technologique, scientifique… Après quarante ans de politiques d’aide au développement trop centrées sur la seule croissance du PIB et dans un contexte d’accélération de la mondialisation commerciale et

FONTAN, janvier 1993, p. 12, in IDE, Croissance économique et développement local durable: quelles relations et quelles perspectives?, p. 15 36 Maurice BLANC, La transaction sociale, ed. L’Harmattan, Paris, 1992, cité par Noufissa EL MOUJADIDI, op. cit., p. 15

financière, la pauvreté touche encore les trois quarts de l’humanité.

- La crise écologique qui atteint les équilibres de la biosphère ; la prise de conscience d’une nécessaire réorientation de modes de production et de consommation gaspilleurs d’énergie et de ressources naturelles se généralise face à l’augmentation des risques technologiques et sanitaires et à la dégradation accélérée de l’environnement. Dérèglement climatique, pénuries d’eau, extinction de la biodiversité : la survie des sociétés humaines est en jeu. Comment assurer dans le présent la satisfaction des besoins essentiels (alimentation, eau potable et assainissement, énergie, habitat, emplois décents, éducation, culture, libertés et droits, revenus équitables…) à 6,5 milliards de personnes, sans hypothéquer les patrimoines naturels, sociaux, économiques, culturels et politiques des générations futures (9 milliards d’humains en 2050) ? » 37

Dans le même ordre d’idée, El-Moujadidi NOUFISSA précisera que « les problèmes de l’environnement dominaient la scène internationale(…) », alors « une vérité s’est rapidement imposée : l’écologie, l’économie et le social sont étroitement liés » 38 .

Y. NICOLAS poursuit pour dire qu’ « entre 1972 et 2002, l’ONU se mobilise autour des questions de développement, de droits humains et d’environnement. Relations entre Nord et Sud sont au centre des négociations tandis qu’une société civile transnationale émerge. » 39 La brève présentation historique de l’évolution du concept de développement durable qu’elle propose est comme suit :

«- 1972 Conférence internationale sur l’environnement humain, à Stockholm. La convergence entre les revendications pour un partage équitable des richesses et le constat de l’érosion accélérée du capital naturel suscite le concept « d’éco-développement ». Rappelant que la croissance économique n’est qu’un outil au service du développement humain, qui doit intégrer l’impératif de viabilité écologique, cette conception est placée au centre de la Conférence internationale sur l’environnement humain en 1972. Marquant le début d’une concertation mondiale sur la crise écologique, elle réunit « pays développés » et « en développement » en l’absence du bloc soviétique et de ses alliés et proclame « le droit à un environnement de qualité permettant de vivre dans la dignité

37 Yveline NICOLAS, Développement durable et solidarité internationale, 2006, p. 6

38 E. NOUFISSA, id., p. 8

39 Yveline NICOLAS, id., p. 6

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et le bienêtre». Ses 109 recommandations constituent le premier exemple de droit international non contraignant concernant l’environnement. La Conférence de Stockholm suscite une dynamique de prise en compte de l’environnement dans le développement : création du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), de Ministères de l’environnement, de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (CMED)…

- 1987 La commission « Brundtland » définit le

développement durable. La Commission mondiale sur l’environnement et le développement, composée de représentants politiques et d’experts de nombreux pays et présidée par Mme Brundtland, ministre norvégienne, soumet à l’Assemblée générale des Nations unies le rapport « Notre avenir à tous ». Ce document définit le développement durable et formule un ensemble de recommandations visant à préserver les ressources naturelles et à partager la croissance mondiale pour réduire les inégalités. - 1992 Conférence internationale sur l’environnement et le développement (CNUED), à Rio. Réunissant 172 États, 40 000 personnes, de nombreuses ONG, entreprises, collectivités, ce « Sommet de la Terre », à l’ampleur considérable pour l’époque, marque un tournant dans la prise de conscience, au niveau du public et des décideurs politiques et économiques, des risques pesant sur l’avenir de l’humanité et de la nécessité d’une gouvernance mondiale du développement humain et des ressources naturelles. La CNUED produit la « Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement » et des propositions, juridiquement non contraignantes, rassemblées dans le Programme pour le XXIe siècle ou Agenda 21. Deux Conventions internationales sont adoptées, sur la biodiversité et sur les changements climatiques, et deux Déclarations, sur la désertification, devenue Convention en 1994, et sur les forêts. Les États sont invités à réaliser des « Agendas 21 nationaux », stratégies de développement durable « à caractère hautement participatif », « ayant pour objet d’assurer le progrès économique, équitable sur le plan social, tout en préservant les ressources et l’environnement pour les générations futures ». De la même façon, toutes les

collectivités locales « devraient instaurer un dialogue avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin d’adopter un Agenda 21 à leur échelon ».

- 2002, Sommet mondial du développement durable

(SMDD), Johannesburg L’objectif de ce Sommet est la relance et la concrétisation de l’Agenda 21, notamment dans les domaines de l’inclusion sociale, de la régulation des marchés mondiaux, des transferts de technologies propres, des changements des modes de production et de consommation… Après les attentats du 11 septembre et dans un contexte de divergences entre les États-

Unis, l’Union européenne, le G77 – groupe des pays en développement et Chine les principes de base de Rio sont réaffirmés, mais les avancées opérationnelles restent minces. Le Plan de mise en œuvre s’inscrit dans les engagements précédents des Objectifs du Millénaire pour le développement (2000) et de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement (2002). Le SMDD insiste sur la prise en compte de la composante culturelle du DD et de l’éducation. Cette dynamique se concrétisera par l’adoption de la Convention internationale sur la diversité culturelle (2005) et par la décennie mondiale de l’éducation au DD (développement durable), 2005-2015. Le Sommet est marqué par la montée en puissance de groupes de la société civile, notamment les collectivités locales et les entreprises, très présentes. Il encourage les initiatives dites « de type II » ou partenariats multi-acteurs, invités à faire effet de levier avec l’Aide publique au développement, notamment en matière d’investissements lourds, comme l’eau et l’assainissement, l’électrification, etc. » 40

La définition la plus connue et la plus diffusée du concept de développement durable est celle proposée par la Commission Brundtland qui se présente comme suit :

« mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » 41 . Du fait de son contexte historique et politique international, le développement durable est un compromis entre trois contradictions fondamentales :

compromis entre les intérêts des générations actuelles et celui des générations futures, dans le contexte de l'équité intergénérationnelle

compromis Nord/Sud entre les pays industrialisés et les pays en développement

compromis entre les besoins des êtres humains et la préservation des écosystèmes (les habitats et les espèces). 42

Il importe également de rappeler que « développement durable » (en abrégé DD) est une traduction adoptée par la France pour le terme originel anglais « sustainable development ». Dans d’autres pays francophones et au niveau de l’Union Européenne, l’on parle souvent de développement « soutenable ». La « soutenabilité » renvoie à ce qui est « supportable » sur le long terme par les équilibres environnementaux et sociaux. « Durable

40 ibid., p.7-9 41 Notre Avenir à Tous, rapport de la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement (commission Brundtland), les Editions du Fleuve, 1989, traduction française de Our Common Future paru en 1987, p. 51, cité par Christian BRODHAG et Rénate HUSSEINI in Glossaire des outils économiques de l'environnement, document de travail publié par l’Association pour l’Information, la Communication et la Gouvernance pour le Développement Durable, 2000, p. 3

42 Christian BRODHAG et Rénate HUSSEINI, op. cit.

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», pris souvent dans le sens de « qui dure », tend à renforcer une ambiguïté, qui est peut-être une des raisons du succès du concept de développement durable. Ainsi les milieux économiques parleront de « croissance durable » dans le sens de « appelée à se poursuivre », tandis que pour d’autres acteurs c’est une croissance qui n’induit aucun déséquilibre en matière de ressources naturelles, sociales et culturelles. L’expression « développement viable », utilisée notamment au Québec, est sans doute plus explicite. Dans un souci de clarification, des acteurs parlent de « développement humain durable » ou de « DD solidaire ». 43

D’autres définitions 44 ont été proposées au

développement durable, parmi lesquels nous retiendrons les populaires suivantes:

Union internationale pour la conservation de la nature

(1980) : « un développement qui prévoit des améliorations réelles de la qualité de la vie des humains et en même temps

conserve la vitalité et la diversité de la Terre. Le but est un développement qui soit durable. À ce jour, cette notion paraît utopique, et pourtant elle est réalisable ».

UICN, PNUE, WWF 45 : « un développement améliorant

la qualité de la vie humaine en respectant la capacité de son écosystème ».

Conseil de la Terre (Earth Council, 1997) : « Vivre

équitablement, en accord avec les moyens naturels ».

Ignacy Sachs : « Les cinq dimensions de la durabilité ou de

l’écodéveloppement sont : la dimension sociale (autre croissance, autre vision de la société), économique (meilleure répartition et gestion des ressources, plus grande efficacité), écologique (minimiser les atteintes aux systèmes naturels), spatiale (équilibre ville-campagne, aménagement du territoire), culturelle (pluralité des solutions locales qui respectent la continuité culturelle) ».

Union européenne : « promouvoir une économie dynamique,

le plein emploi, un niveau élevé d’éducation, de protection de la santé, de cohésion sociale et territoriale, ainsi que de protection de l’environnement dans un monde en paix et sûr, respectant la diversité culturelle ».

Organisation pour la coopération et le développement

économique (OCDE, 2001) : « un ensemble coordonné de processus participatifs permettant de progresser de façon continue dans les domaines de l’analyse, du débat, du renforcement des capacités, de la planification et de la mobilisation des ressources et permettant de concilier les objectifs économiques, sociaux et environnementaux de la société, ou de procéder, le cas échéant, à des arbitrages ».

43 cf. Yveline NICOLAS, op. cit., p. 9

44 ibid., p.16 45 UICN = Union internationale pour la conservation de la nature, PNUE = Programme des Nations unies pour l’environnement, WWF = World Wild Foundation.

Les Amis de la Terre : « quatre composantes essentielles et

indissociables : la préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité, le respect de la diversité culturelle ; l’utilisation viable des ressources naturelles en privilégiant les énergies renouvelables ; la mise en œuvre de politiques économiques garantissant le développement local et le respect des droits sociaux ; la transparence et la participation des citoyens aux choix de société ».

The World Business Council for Sustainable Development

(WBCSD) : « Trois piliers : croissance économique, équilibre écologique et progrès social. La poursuite du développement durable est bonne pour le commerce (« Business ») et le commerce est bon pour le développement durable ». Communauté urbaine de Dunkerque : « le DD vise à promouvoir, par l’action collective et dans la durée, un développement économique, social et environnemental centré sur l’intérêt, les potentiels et les besoins des populations actuelles, à commencer par les plus démunies. Le développement durable s’entend non pas comme un développement statique, immuable (qui dure), mais comme un développement permettant de garantir la vie et l’équilibre dans la durée ».

À l’analyse des différentes propositions de définitions identifiées ci-dessus, il apparaît que le développement durable (DD) se propose de mettre en cohérence les aspects sociaux, environnementaux, économiques et culturels du développement, avec comme principe transversal la démocratie et la participation des acteurs. Cela se traduit par un ensemble de principes énoncés depuis la Conférences de Rio en 1992, et qui sont actualisés au fur et à mesure des rencontres autour de la question. Au nombre de ces principes qui ont émané de ce Sommet de la Terre en 1992, nous citerons les cinq (5) principes basiques illustrés suivants :

« - La responsabilité : elle s’exerce aux niveaux individuel et collectif. Au niveau international "étant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l’environnement mondial, les États ont des responsabilités communes mais différenciées. Les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l’effort international en faveur du DD" (Principe 7). Exemple : les pays riches, principaux responsables du changement climatique global, s’engagent à des quotas de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. La responsabilité induit d’autres applications comme le principe de pollueur-payeur, ou celui de réparation des dommages causés.

- La solidarité :

• Dans le temps : entre les générations présentes et futures.

Ainsi, les choix du présent doivent être effectués en tenant

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compte des besoins des générations à venir, de leur droit à vivre dans un environnement sain. • Dans l’espace : entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, entre régions pauvres et régions riches, entre milieux urbain et rural… Exemple : l’engagement des 0,7 % du PIB pour l’APD (aide publique au développement) aux pays du Sud. Actuellement, ce chiffre reste en moyenne de 0,3 %.

- La participation : ce principe vise à mettre en œuvre des

processus d’information transparente et pluraliste, de consultation, de débat public, de gestion des conflits, en

intégrant tous les acteurs concernés à tous les niveaux de décision, du local à l’international. Exemples : les conférences de citoyens, le budget participatif, les dispositifs prévus dans les Accords de Cotonou, la Convention d’Aarhus de 1998 (accès à l’information, à la participation et à la justice environnementale).

- La précaution : en cas de risque de dommages graves ou

irréversibles, l’absence de certitude scientifique ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. La précaution diffère de la "prévention", qui analyse par exemple un projet industriel en fonction du rapport entre les coûts de dépollution et les bénéfices en termes d’emplois créés. En matière de précaution, face aux risques, on agit pour rendre les choix réversibles, sans évaluer les coûts. Exemple : le Protocole de Carthagène sur la biosécurité

(2000) autorise le refus d’importation de produits OVM (organismes vivants modifiés) pour des raisons sanitaires ou environnementales.

- La subsidiarité : la prise de décision et la responsabilité

doivent revenir à l’échelon administratif ou politique le plus bas en mesure d’agir efficacement. Les règles internationales devraient être adaptées aux contextes locaux et sous-

régionaux. Exemple : une action de coopération internationale doit s’intégrer aux politiques décidées et mises en œuvre localement et non s’y substituer. » 46

Tendre vers un développement durable, c’est reconnaître que le développement est pluridimensionnel et s’efforcer de mettre en synergie ses différentes composantes 47 :

Le progrès social :

le

développement humain, c’est-à-dire la réduction de la pauvreté et des inégalités, le partage équitable des revenus et des services, l’égalité entre hommes et femmes, l’accès de

la

finalité

est

46 Y. NICOLAS, Développement durable et solidarité internationale, 2006, p. 12

47 op. cit., p. 11

tous aux droits à l’éducation, à la santé, sécurité et l’inclusion sociales ;

L’équilibre écologique : l’objectif de développement humain doit être «soutenable» par la biosphère, c’est-à-dire la préservation des ressources naturelles, des écosystèmes locaux et globaux, la lutte contre le dérèglement climatique, et la réduction de l’empreinte écologique ;

La diversité culturelle : la culture, dans sa diversité, est une richesse. Il faut donc prôner la préservation des libertés et des droits culturels, des identités, des savoirs et des langues, le respect de modes et de rythmes de développement diversifiés ;

L’efficacité économique : l’économie doit être un instrument au service du développement humain, cela à travers des modes de production, de consommation et de commercialisation viables, l’intégration des coûts environnementaux et sociaux, la réflexion sur l’utilité des biens produits, la création de richesses répondant aux besoins identifiés ;

La démocratie : c’est en même temps un objectif et un moyen du développement durable. Elle comprend :

- l’accès de tous à l’ensemble des droits humains :

droits civils et politiques ; droits économiques, sociaux et culturels (DESC); droits environnementaux ;

- la mise en œuvre de la participation de tous les acteurs et actrices à la définition, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques.

Ces composantes ont donné lieu à diverses représentations schématiques du développement durable, dont quelques unes populaires sont présentées ci-après.

Schéma classique

sont présentées ci-après.  Schéma classique Source : Développement durable et solidarité

Source : Développement durable et solidarité internationale, p. 14

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Schéma triangulaire

 Schéma triangulaire Source : op. cit.  Représentation hiérarchisée Source : ibid., p. 15 

Source : op. cit.

Représentation hiérarchisée

Source : op. cit.  Représentation hiérarchisée Source : ibid., p. 15  Représentation

Source : ibid., p. 15

Représentation "extensive"

: ibid., p. 15  Représentation "extensive" Source : op. cit.   Représentation

Source : op. cit.

Représentation anthropocentrique

: op. cit.   Représentation anthropocentrique Source : op. cit. 1.4. Remarques conclusives 

Source : op. cit.

1.4. Remarques conclusives

Coopération décentralisée et développement local

Comme mentionné ci-haut, la coopération décentralisée à l’origine tient du sentiment de solidarité manifesté par des collectivités territoriales françaises à l’endroit de leurs homologues d’Allemagne, dans un premier temps, pour s’étendre progressivement aux autres pays d’Europe oriental et aux pays sahéliens. Initialement, il a surtout s’agit d’actes de solidarité pendant et après des crises humanitaires (guerres, conflits, etc.), pour se généraliser ensuite en des actions de sauvegarde de la dignité humaine et de valorisation d’identités culturelles, et ce dans la compréhension et la considération mutuelle des peuples. En un mot, c’est la dimension partenariale qui caractérise les échanges entre collectivités locales. Il ne s’agit donc pas d’échanges formels entre Etats, dominés par la puissance économique et politique, mais plutôt de partenariats souples qui favorisent le mieux-être des populations locales défavorisées ; un développement de proximité, par la mise en œuvre de stratégies de développement à la base. Autrement dit, la coopération décentralisée vise à l’origine le développement local. Mieux encore, c’est un outil au service des collectivités territoriales pour la réalisation du développement local.

Coopération décentralisée et développement durable

La solidarité au cœur de la coopération décentralisée figure en place de choix parmi les principes du développement durable (cf. p.10). Cela est même confirmé par Jean FABRE et Pauline WESOLEK qui soutiennent que « pour la première fois de son histoire, l’humanité tout entière est en "état de nécessité" et ne peut en sortir que par une action collective et solidaire dans laquelle les collectivités territoriales sont investies d’un rôle primordial. » 48 Yveline NICOLAS le précise davantage à travers ses propos qui suivent relatifs aux actions des Nations Unies :

« Dès 1970, les Nations unies se sont engagées à affecter 0,7 % minimum du PIB à l’Aide publique au développement des pays pauvres, dont 20 % pour les pays les moins avancés et les services de base. Cette solidarité est d’autant plus justifiée que 20 % de la population mondiale consomme 80 % des ressources non renouvelables et des richesses, émettant les 4/5 des gaz à effet de serre, causes d’un dérèglement climatique qui touche particulièrement les pays vulnérables. D’autre part, le DD suppose un effort

48 cf. LIAISON, 2007, p. 7

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majeur en matière d’éducation, de recherche et de diffusion de technologies "propres" et adaptées à chaque contexte. Appliquée à la solidarité internationale et la coopération, l’approche DD propose donc d’intégrer et de renforcer trois priorités qui concernent autant le Nord que le Sud :

• La prise en compte de la situation écologique et de

ses limites aux niveaux local et global, une démarche

de précaution et de réparation, l’anticipation des risques.

• L’investissement dans des modes de production et

de consommation et des infrastructures durables :

transports, urbanisme, agriculture, efficacité énergétique… • L’éducation à l’environnement, à la solidarité internationale et au DD, levier majeur pour des changements de comportements individuels et collectifs. » 49

Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire fait d’ailleurs du DD l’ancrage référentiel de la coopération décentralisée, à travers ce qui suit : « (…) la Coopération Décentralisée s’inscrit dans le cadre du développement durable. Il s’agit donc ici d’un processus, en principe, à long terme qui associe, non seulement les collectivités territoriales, mais aussi tous les autres acteurs de la vie locale (associations, opérateurs économiques, etc.) » 50

De ce qui précède, nous pouvons inférer que la démarche actuelle de la coopération décentralisée s’inscrit dans une perspective de développement durable.

Développement local et développement durable

Le lien entre développement local et développement durable est perceptible à travers l’Agenda 21 (ou Action 21) qui est un plan d'action pour le 21 e siècle adopté par 173 chefs d'État lors du sommet de la Terre, à Rio, en 1992. Il s’agit d’un programme global qui vise à concilier les aspects sociaux, environnementaux, économiques du développement et doit être mis en œuvre par les gouvernements, les institutions du développement, les organismes des Nations unies et les groupes de la société civile 51 .

Aussi, le chapitre 28 de l’Agenda 21 de Rio, consacré à la mise en œuvre participatif du DD au niveau territorial, rappelle que «ce sont les collectivités locales qui construisent, exploitent et entretiennent les infrastructures

49 op. cit., p. 13

50 Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, élaboré par Kebou Pierre SOMBO, p. 14 (document non-daté)

51 cf. Yveline NICOLAS, id., p. 8

économiques, sociales et environnementales, qui surveillent les processus de planification, fixent les orientations et la réglementation locale en matière d’environnement et qui apportent leur concours à l’application des politiques de l’environnement adoptées à l’échelon national ou infranational. Elles jouent, au niveau administratif le plus proche de la population, un rôle essentiel dans l’éducation, la mobilisation et la prise en compte des vues du public en faveur d’un développement durable». Environ 7000 collectivités dans 113 pays ont initié des stratégies locales de DD ou Agendas 21 locaux (en abrégé A21L), qui visent à traduire dans des politiques territoriales les principes et le plan d’action de Rio. À Johannesburg, notamment, elles se sont engagées à accélérer ce processus 52 . Cela nous permet de déduire que la mise en œuvre du développement local aujourd’hui s’inscrit indubitablement dans une vision de développement durable. D’où l’inférence suivante : la coopération décentralisée vise à contribuer au développement local durable.

2. Etat des lieux de la coopération décentralisée des collectivités ivoiriennes

2.1. Dispositions légales et méthodologiques

En leur qualité d’acteurs principaux et privilégiés de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, les collectivités territoriales ivoiriennes (Districts, Départements, Communes et Villes 53 ) bénéficient chacune dans les lois qui consacrent leurs existences respectives de dispositions juridiques (articles) qui leur autorisent la conclusion de conventions de coopération décentralisée avec des collectivités territoriales, des organismes publics ou privés étrangers ou internationaux 54 .

En outre, il existe un Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire 55 , élaboré et mis à la disposition des collectivités locales par la Direction de la Coopération Décentralisée du Ministère en charge de l’administration du territoire. Il propose entre autres les repères juridiques et le cadre institutionnel de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, les démarche et procédures en la matière, la formalisation

52 cf. Yveline NICOLAS, id., p. 75

53 Quoique prévue dans les répartitions territoriales (cf. Loi n°2003-208 du 07 juillet 2003 portant transfert et répartition de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales), la Ville n’est pas encore fonctionnelle à la date de rédaction du présent article

54 eg. Article 7 de la loi n° 2002-44 du 21 janvier 2002 portant statut du District de Yamoussoukro

55 Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, élaboré par Kebou Pierre SOMBO, Direction de la Coopération Décentralisée, Ministère de l’Administration du Territoire (document non-daté).

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de la coopération de même que les dispositions réglementaires y afférentes.

2.2. Compétences des collectivités et DD

Les seize (16) compétences des collectivités semblent s’inscrire dans une perspective de développement durable, nous fondant sur ses composantes, c’est-à-dire économique, socioculturelle, environnementale et les piliers transversaux. Ce qui nous permet la répartition suivante, basée sur la fonction primaire de chaque compétence :

Développement économique

- voies de communication et réseaux divers ;

- transport ;

- promotion du développement économique et de l’emploi ;

- promotion du tourisme.

Développement socioculturel

- santé, hygiène publique et qualité de vie ;

- sécurité et protection civile ;

- action sociale, culturelle et la promotion humaine ;

- sport et loisirs ;

- hydraulique, assainissement et électrification ;

- promotion de la famille, de la jeunesse, de la femme, de l’enfant, des handicapés et des personnes du 3ème âge.

Développement environnemental

- urbanisme et l’habitat ;

- protection de l’environnement et gestion des ressources naturelles.

Moyens et piliers transversaux

- communication ;

- aménagement du territoire ;

- planification du développement ;

- enseignement,

sionnelle et technique.

recherche

scientifique,

formation

profes-

2.3. Cadre institutionnel

En ce qui concerne le cadre institutionnel local, la

la

chasse gardée des administrateurs principaux ou organes exécutifs des collectivités (e.g: Gouverneurs de Districts, Présidents de Conseils Généraux, Maires, etc.), au regard de la gestion opaque de l’information à ce niveau et le caractère confidentiel des actions entreprises jusqu’à leur maturité. Vu les intérêts non moins importants en jeu, l’accessibilité à certaines données est très souvent particulièrement difficile. En effet, l’action des collectivités, en matière de coopération décentralisée, laisse croire qu’elles

coopération décentralisée s’avère encore (hélas !)

entretiennent une sorte de concurrence et de compétition avec leurs homologues, sans oublier le marquage politique des acquis et des réalisations. Ceci est perceptible à travers le matraquage médiatique dont fait l’objet ces acquis. Ainsi, l’existence de services spécialisés au sein des collectivités sert généralement et uniquement à étoffer les cadres organiques, sans transfert véritable de compétences. Lorsqu’ils existent, il s’agit juste de gérer des activités ponctuelles.

2.4. Nature des accords et partenariats

En règle générale, les collectivités ivoiriennes contractent des accords avec quatre (4) principales entités : leurs homologues collectivités décentralisées à l’étranger, les organismes privés (ONG, ANG internationales, groupes financiers ou entreprises, institutions académiques, etc.), les organismes publics internationaux (Agences de développement, Systèmes des Nations Unies, l’UE, etc.) et les associations de citoyens ivoiriens résidant à l’étranger, connus sous le terme consacré de "diaspora" (ivoirienne).

Les rapports des collectivités ivoiriennes avec leurs homologues du Nord s’illustrent le plus souvent par des actions ponctuelles (dons de matériels éducatifs, hospitaliers, bureautiques, automobiles, agricoles, etc.). Quelques relations d’amitié et d’échanges culturels sont également notées, généralement par l’entremise de la diaspora (jumelages). En revanche, le niveau de coopération formelle avec les collectivités du Sud est quasi inexistant. L’on ne note en effet que des échanges culturels ponctuels, sous forme d’invitations à des célébrations folkloriques.

Quant aux partenariats entrevus avec des organismes privés et publics (étrangers), ils sont pour la plupart axés sur la recherche de financement de projets économiques et sociaux (réalisation et/ou rénovations d’infrastructures économiques, sociales ou environnementales, etc.). Ils s’illustrent tout aussi bien par la recherche de dons (natures et espèces).

Enfin, les contacts avec la diaspora ivoirienne visent généralement la mobilisation d’équipements et de facilitation de contacts, dans la recherche d’IDE (Investissements directs étrangers). Le retour facilité à la terre natale constitue une préoccupation majeure de cette diaspora. Ainsi, la contrepartie couramment offerte est la réalisation de projets fonciers et/ou immobiliers pour les accueillir.

14
14

2.5. Résultats et difficultés

Le constat global fait ces dernières années en matière de coopération décentralisée est que beaucoup de contacts sont pris, mais très peu de réussite et de réalisations concrètes. Les rares actions qui aboutissent, surtout les dons, sont le résultat des amitiés et carnets d’adresses personnels des administrateurs des collectivités.

Il faut également noter que les collectivités territoriales ivoiriennes font de la coopération décentralisée un outil prioritairement économique, à travers la recherche massive et effrénée de partenariats et d’accords financiers. Cependant, les retombées de ces investissements étrangers (sporadiques) ne sont pas toujours en faveur des communautés locales ; soit ils constituent un endettement pour la collectivité, et par ricochet pour l’Etat, soit les services offerts par les infrastructures réalisées ne sont pas accessibles aux communautés locales. Trop souvent, l’expertise locale est quasiment ignorée, et même lorsque des emplois sont créés, ils sont très précaires.

En somme, bon nombres de difficultés sont citées et identifiées comme les raisons qui justifient le faible résultat des actions de coopération décentralisée initiées par les collectivités locales ivoiriennes. Elles sont de deux (2) ordres : externes et internes. La principale difficulté externe se trouve au niveau de l’Etat. En effet, l’administration centrale, en charge de la coordination et la supervision des activités des collectivités territoriales, enregistre plusieurs insuffisances en ce qui concerne la coopération décentralisée. Il s’agit notamment de :

- l’absence d’un cadre juridique clair : malgré sa volonté affichée à l’égard de la coopération décentralisée et l’engouement suscité par cette nouvelle forme de partenariat, l’Etat n’a pas encore fixé un cadre juridique propre à la coopération décentralisée. il n’existe que quelques actions ponctuelles, telle que la garantie financière accordée pour certains projets qui nécessitent un taux de financement élevé de la part du partenaire ;

- l’absence d’exonération douanière : les taxes douanières sont trop souvent pénalisantes pour les collectivités territoriales qui reçoivent des dons en provenance de l’étranger ;

- l’implication quasi inexistante du Ministère en charge des affaires extérieures : les représentations diplomatiques ivoiriennes ne

s’impliquent pas toujours dans les actions de recherche et de négociation de partenariats. Aussi, des informations fiables ne sont pas toujours disponibles en ce qui concerne les citoyens ivoiriens exerçant dans des organismes internationaux ;

- la faible implication de la tutelle : en effet si la tutelle, à savoir le Ministère en charge de l’administration du territoire, reconnait que la coopération décentralisée, devenue d’actualité depuis le milieu des années 1980, revêt une importance capitale et avérée pour le développement local, et partant pour la Côte d’Ivoire 56 , certaines difficultés telles que le cadre juridique et l’exonération douanière pour certains dons en provenance de l’étranger ne devraient plus avoir lieu de citer. À cela il faudra ajouter la faible implication des faîtières de coordination (ADDCI 57 et UVICOCI 58 ), dont l’objectif initial de la création est de faciliter le travail en réseau et de coordonner les actions des différentes collectivités-membres ;

- la faible collaboration des ministères techniques : la réalisation de certains projets nécessite des autorisations administratives. Par exemple, la construction d’un établissement hospitalier ou d’une école ne peut se faire sans l’accord des ministères techniques concernés. Ceci pose le problème de l’opacité des textes juridiques et la claire définition des compétences.

L’autre difficulté externe notée est relative au contexte politico-social que connait la Côte d’Ivoire en ce moment. Il serait une des principales causes du retard des financements et l’effectivité des promesses des partenaires.

La difficulté interne souvent citée est l’insuffisance de ressources matérielles et financières. En raison de la baisse constante des dotations de l’Etat, les collectivités ne disposent pas de ressources financières suffisantes pour les missions de prospection, qu’elles soient à l’étranger ou localement (représentations locales d’organismes étrangers), pour les frais de communications, etc. Ce qui ne leur permet pas un fonctionnement optimal quant à la recherche de partenaires et le suivi permanent des contacts pris.

De façon synoptique, les difficultés générales qui influent sur les résultats de la coopération décentralisée

56 cf. Kebou P. SOMBO, s.d., p. 2

57 Assemblée des Départements et Districts de Côte d’Ivoire

58 Union des Villes et Communes de Côte d’Ivoire

15
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entreprises par les collectivités ivoiriennes peuvent se

entreprises

peut

être

favorisée

par

les

actions

présenter comme suit :

suivantes :

les actions présenter comme suit : suivantes : Source : documents personnels Le développement ci- dessus

Source : documents personnels

Le développement ci-dessus nous permet d’inférer qu’en dépit de leur volonté de travailler dans le sens d’un bien-être durable des populations locales sous leur administration, la contribution des actions de coopération décentralisée entreprises par les collectivités territoriales ivoiriennes dépend des résultats obtenus. Ces résultats eux-mêmes sont influencés par un ensemble de facteurs que nous avons regroupé en deux (2) types : facteurs internes et facteurs externes. L’illustration schématique ci-dessous nous permettra d’ailleurs de résumer notre analyse :

nous permettra d’ailleurs de résumer n otre analyse : Source : documents personnels 3. Proposition d’actions

Source : documents personnels

3. Proposition d’actions pour la redynamisation de la coopération décentralisée des collectivités territoriales ivoiriennes

3.1. Au niveau des collectivités

En leur qualité d’acteurs principaux de la coopération décentralisée, l’optimisation des résultats de leurs

Redéfinition de la politique de coopération

Selon Pierre SOMBO 59 , les rapports en matière de coopération décentralisée en Côte d’Ivoire « peuvent aller de simples échanges à caractère culturel à l’établissement d’une convention de partenariat technologique, financier, économique, social et même personnel entre acteurs de développement dotés de pouvoirs d’initiatives et de gestion en cohérence avec le projet national de développement durable. » Il ajoute également que « la coopération décentralisée constitue un levier de développement local », vu « qu’elle permet aux populations elles-mêmes de mobiliser des richesses pour leur mieux-être, les collectivités territoriales ivoiriennes n’ayant pas suffisamment de ressources financières ». Aussi, « la coopération décentralisée permet le transfert de connaissances par le renforcement des capacités des acteurs locaux (…) » et « est également importante car elle favorise la conception et la réalisation concertées des projets de développement, le rapprochement des populations à la base. Enfin et surtout elle consolide les liens d’amitié entre les peuples et les nations. »

Mais au regard des actions de coopération entreprises par la plupart des collectivités, il s’agit principalement de la recherche de partenariats d’appuis financiers pour la réalisation et la rénovation d’infrastructures sociales ou marchandes. L’apport technologique est pour l’heure très faible. Ainsi, pour favoriser une contribution substantielle au développement local durable de leur circonscription territoriale respective, ces collectivités devront définir une politique de coopération décentralisée plus ouverte. Cette politique devra prendre en compte les éléments suivants :

- la coopération économique et financière ;

- la coopération technique ;

- la coopération culturelle et sociale.

Ainsi définie, cette politique leur permettrait de faire de leur coopération décentralisée un véritable levier de développement local, en permettant aux populations de mobiliser des richesses pour leur propre mieux-être. Cela se fera à travers des appuis financiers étrangers, le transfert de connaissances et le renforcement de capacités.

L’avantage de la définition d’une politique ouverte de coopération décentralisée sera également de permettre aux collectivités de tirer le meilleur profit de toutes les

59 Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, p. 23

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16

sources partenariales qui leur sont accessibles, comme nous le verrons dans la section qui suit.

Diversification des sources partenariales

Les entités avec lesquelles des « conventions » peuvent être conclues sont précisées dans les différents textes fondateurs des collectivités. Il s’agit en effet des

« collectivités territoriales », des « organismes publics » ou

« privés » qui sont soit « étrangers », soit

« internationaux » 60 .

La situation de la coopération décentralisée des collectivités montre que la majorité de leurs partenariats sont en direction des groupes privés, pour la réalisation d’infrastructures sociales et économiques. En outre, les rapports avec quelques organismes publics de coopération, ONG internationales et collectivités du Nord se limitent trop souvent à la réception de dons (entendu que les rapports formels avec les collectivités du Sud sont rarissimes). Ainsi voudrions-nous présenter ci-dessus quelques avantages à avoir des rapports formels avec d’autres groupes non moins importants, tels que les collectivités du Nord et du Sud, la diaspora ivoirienne, et de poursuivre les contacts avec le système des Nations Unis et d’autres organismes publics internationaux tels que l’Union Européenne (UE). Cela permettrait aux collectivités d’ajuster leurs choix partenariaux.

Collectivités étrangères : les collectivités locales sont les acteurs principaux de la coopération décentralisée, et c’est en cela qu’elles jouent un rôle important dans la mobilisation de ressources. Qu’il s’agisse de mobilisation d’IDE (investissements directs étrangers), de partage d’expériences ou de manifestation de solidarité, elles constituent la nouvelle donne d’approche en termes de développement, à savoir le développement local. Un partenariat formel avec une collectivité du Nord aura les quelques avantages suivants :

- la garantie morale auprès des investisseurs sollicités ;

- la mobilisation de dons auprès d’associations caritatives issues de la collectivité ;

- la facilitation de la coopération technique et culturelle avec des institutions de formation ou d’encadrement (groupes de jeunesses, etc.) de la collectivité ;

60 eg. Article 7 de la loi n° 2002-44 du 21 janvier 2002 portant statut du District de Yamoussoukro

- la mobilisation de richesses (investissements, dons, expertises, etc.) issues des autres collectivités avec lesquelles la collectivité- partenaire entretient des relations d’accord ou d’amitié.

De même, des relations formelles avec des collectivités du Sud, qui peuvent servir de model en matière de développement local, peuvent constituer un atout précieux en termes de partage d’expériences et d’expertises. Nous pourrons citer l’exemple des collectivités brésiliennes qui ont acquis une renommée avérée en matière de gestion d’ordures ménagères et de salubrité urbaine.

ONG/ANG étrangères : les ONG (organisations non- gouvernementales) et ANG (associations non- gouvernementales) constituent des acteurs d’appui importants en matière de coopération décentralisée. Elles ont une longue tradition de coopération interne en dehors des circuits étatiques et constituent des organismes d’appui au développement local. Grâce à leurs connaissances et expertises en matière de développement participatif, elles se rapprochent facilement des populations. Ainsi, leur appui à l’identification des besoins, à la mobilisation d’assistance matérielle et de formation des organisations de base constituent un atout à exploiter par les collectivités ivoiriennes. C’est en cela que des contacts renforcés et formalisés avec des ONG/ANG étrangères, en cette période de crise socio-politique, serait d’un avantage certain. Les collectivités pourraient même s’appuyer sur les ONG locales pour la conclusion de telles conventions.

le système des Nations

Unies, comme mentionné plus haut (cf. Définitions et considérations théoriques), est en phase avec la coopération décentralisée, avec une touche particulière d’actions concertées et participatives visant la promotion humaine et la consolidation de la paix. Ainsi, des partenariats ponctuels incluant une forte participation de la société civile locale (ONG, associations d’intérêts communs, etc.) pour la réalisation d’équipements sociaux ou de mobilisations de dons en natures, avec certaines agences spécialisées telles que l’UNICEF (Fond des nations unies pour l’enfance), l’UNESCO (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture), l’UNFPA (Fond des nations unies pour la population), l’UNOCI (l’opération des nations unies en Côte d’Ivoire), etc. ou des organes subsidiaires tel que l’UNDP (Programme des nations

Système des Nations Unies :

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unies pour le développement) sont une piste à explorer. Ces partenariats pourraient permettre aux collectivités de bénéficier également de programmes de réalisation d’infrastructures de développement et de renforcements de capacités.

« la

coopération décentralisée a pour objectifs d’améliorer la prise en charge par les acteurs de base de leurs propres processus de développement en mettant l’accent sur la cohérence et la viabilité des actions » 61 . Pour ce faire, elle a défini des politiques d’aide et de coopération. En ce qui concerne les collectivités locales issues des pays ACP (Afrique Caraïbe Pacifique), l’UE met à leur disposition des instruments de financement tels que le Fonds Européen de Développement (FED). En tant que collectivités territoriales du Sud, les collectivités ivoiriennes peuvent soit bénéficier de projets cofinancés, soit s’insérer dans des programmes régionaux. Ainsi, l’option de rechercher un partenariat de coopération décentralisée avec une collectivité issue de l’UE pourrait s’avérer salutaire, dans leur volonté de quêter le mieux-être des populations locales.

Union

Européenne :

pour

l’Union

Européenne

Diaspora ivoirienne : la diaspora ivoirienne constitue à n’en point douter un vivier de ressources techniques et économiques à exploiter dans le cadre du développement local. En plus de son poids important de soutien aux actions de mobilisations d’IDE, elle constitue elle-même une source d’investissements, de transfert de compétences et de dons. En guise d’illustration, nous pouvons citer la Jewish Agency for Israel (diaspora juive) qui a financé la réalisation de plusieurs projets technologiques régionaux en Israël. Au niveau sous-régional, les diasporas malienne et sénégalaise contribuent énormément à la mobilisation de financements étrangers pour la réalisation d’équipements sociaux et marchands, et de dons en faveurs des populations défavorisées (idem d’ailleurs pour les pays sahéliens dans leur ensemble). C’est en cela qu’en plus de contacts plus élargis avec cette diaspora au travers de la Direction des Ivoiriens de l’Etranger, par le moyen d’une sensibilisation soutenue à l’amour de la patrie et de la terre natale, la favorisation de création d’associations de citoyens ivoiriens originaires des collectivités respectives et vivant à l’étranger mériterait réflexion. Le cas-modèle du Conseil Général d’Aboisso en est une illustration parfaite.

61 cf. Ousmane SYLL, 2005, p. 39

Exploitation des formes de coopération

Selon Kebou P. SOMBO 62 , quatre (4) grandes formes de coopération décentralisée peuvent être identifiées. Il s’agit notamment de :

La coopération ponctuelle : c’est un échange provisoire, sans continuité et non formalisé entre collectivités locales.

Le partenariat : il repose sur un protocole de coopération formalisée entre les collectivités partenaires et revêt un caractère durable qui constitue par conséquent la caractéristique essentielle de la coopération décentralisée. Le partenariat existe sous trois (3) formes qui sont :

d’entente

entre collectivités territoriales pour magnifier l’amitié dans la durée)

- le jumelage coopération (en plus du jumelage, il

s’établit un ou plusieurs projets que décident de mettre

en place les partenaires et pour lesquels chacun

s’engage à jouer sa partition en vue de leur réalisation)

- la coopération sans jumelage (dans ce cas, seul le

protocole formalise les engagements des collectivités

locales partenaires)

-

le

jumelage (toute

première

forme

Le partenariat revêt également trois (3) principales dimensions qui sont :

- la dimension géographique, qui concerne un

partenariat Nord-Nord, Nord-Sud ou Sud-Sud.

- la dimension locale, à savoir des partenariats

soit entre une collectivité locale du Nord et une du Sud,

locale,

au Nord comme au Sud, entre élus, mouvements associatifs, milieu économique et milieu scolaire entre autres, soit triangulaire et provenant ou de partenaires antérieurs ou avec l’Etat dans la cadre de commissions mixtes ou permettant l’intervention de certains acteurs locaux.

qui

soit au sein de chaque collectivité

-

la

dimension

technique

ou

thématique,

concerne la coopération décentralisée qui porte sur un thème ou un sujet donné, tel que l’environnement, l’eau, les ordures ménagères, etc.

La coopération décentralisée en réseaux de collectivités locales : ce réseau réunit plusieurs collectivités locales sur la base d’une charte de partenariat conclue entre les parties. Ce réseau

62 Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire, p. 6-8 (document non-daté).

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est un système d’échanges et d’assistance entre les collectivités partenaires. Il est généralement établi sur une base géographique ou thématique.

Les plates-formes : les collectivités locales ne sont pas reliées en réseaux, mais par une plate- forme permanente et indépendante de ces collectivités. les projets et les échanges sont centralisés par la plate-forme.

Au regard de la situation de leur coopération décentralisée, les collectivités ivoiriennes n’exploitent généralement que le partenariat et la coopération ponctuelle. Elles pourraient envisager des actions de coopération en réseaux de collectivités ou des plates- formes, avec l’appui de leurs faîtières respectives (ADDCI et UVICOCI). Ces collectivités pourraient rechercher des collaborations locales avec leurs homologues qui partagent des projets similaires.

Egalement, des coopérations en réseau géographique peuvent être établies avec les autres collectivités voisines ou régionales. L’avantage qui pourrait émaner de telles collaborations serait de minimiser les coûts de prospection, de recherche de partenaires et de suivi des contacts pris, en ce sens que les délégations de ces missions à intérêt commun se constitueraient par exemple de représentants par collectivité. En cela nous pourrons ajouter le partage d’expériences et d’informations, pour faire de la coopération décentralisée locale une action solidaire et non une action compétitive, comme cela s’observe aujourd’hui dans la plupart des cas.

Valorisation des atouts culturels et touristiques

Certes il paraît intéressant pour les collectivités ivoiriennes de diversifier leurs sources partenariales, notamment avec des collectivités-sœurs étrangères (comme nous l’avons montré plus haut), mais cela pourrait se faire plus aisément si elles disposent d’arguments tangibles attrayants. Au-delà de la manifestation de solidarité, la coopération décentralisée devient également un rendez-vous du donner et du recevoir. L’une des richesses notable de la Côte d’Ivoire est son patrimoine culturel et touristique. En plus de ses sites touristiques dont la popularité ne souffre d’aucun doute (Basilique Notre Dame de la Paix, Fondation Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, Lac aux Caïmans, Pont de liane, Dents de Man, Cascades, Réserves, Parcs de vision, etc.), le patrimoine culturel est une richesse indubitable. L’artisanat local et les

occasions festives pourraient être promus pour soutenir la coopération décentralisée.

En un mot, vu que la découverte touristique et culturelle constitue une caractéristique sui generis de l’espèce humaine, notamment pour les communautés du Nord, une réhabilitation et une promotion soutenue de cet atout, à travers une mobilisation de ressources locales, pourrait constituer la contrepartie des collectivités à proposer lors de la recherche de partenariats avec les collectivités étrangères.

Renforcement de la coopération technique

La coopération décentralisée, en plus des accords économiques, comprend également et surtout un volet technique, à travers le transfert de technologies et de savoirs, et les échanges culturels.

L’Etat de Côte d’Ivoire dispose d’un important éventail de coopérations techniques avec des pays étrangers, parmi lesquelles nous pouvons citer à titre d’illustration les coopérations française, allemande, belge, coréenne, japonaise, américaine, suisse, italienne, israélienne, chinoise, canadienne, indienne et espagnole. Par le biais de leurs agences de coopération technique et de développement, ces pays offrent plusieurs programmes de formation et de renforcement de capacité, d’échanges culturels à l’attention de la jeunesse.

Ainsi, les collectivités pourraient parrainer les candidatures et participations locales, issues des groupements professionnels ou associatifs, à de tels programmes. Cela aurait pour avantage la culture de certaines valeurs sociales telles que le civisme, le bénévolat, le développement basé sur les ressources locales, la réalisation communautaire, le gain par le travail, etc. qui ont soutenu le développement de certaines régions du globe convoitées aujourd’hui. En guise d’illustration nous pouvons citer l’exemple des régions asiatiques (japonaises, chinoises, coréennes, indiennes, etc.). Par ricochet, les équipements sociaux ou marchands locaux réalisés ou acquis seront préservés, entretenus et leurs utilités perdureront plus longtemps. En un mot, soutenir l’éducation au service du développement local et durable. L’adage chinois ne dit-il pas en effet que « donner du poisson à un homme c’est le nourrir pour un seul jour, mais lui apprendre à pêcher c’est le nourrir pour toute sa vie » 63 ? Il serait donc d’un

63 Traduction littérale du texte anglais "Give a man a fish and you feed him for a day. Teach a man how to fish and you feed him for a lifetime", in English for Specific Purposes de Tom HUTCHINSON et al., 1993, p. 39

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avantage certain si les collectivités ivoiriennes favorisent et renforcent l’éducation et la formation des populations locales par le canal de leur coopération décentralisée.

Redynamisation de la politique de communication

Il est indispensable pour les collectivités de redynamiser leurs politiques de communication externe en faveur de la coopération décentralisée, et ce à deux (2) niveaux : localement et à l’étranger.

Elles seraient plus efficaces dans leurs actions en recherchant une plus grande participation de la société civile locale. En effet, les organisations locales telles que les ONG, associations professionnelles, féminines ou de jeunes, les coopératives rurales, les structures étatiques (directions ou offices régionales, institutions d’enseignement et de formation, établissements sanitaires et hospitaliers, complexes hôteliers, etc.), si mobilisés, constitueraient une force importante de soutien en matière de coopération décentralisée. Ceux- ci pourraient aider à trouver des partenaires, en mettant par exemple à disposition leurs carnets d’adresses. Ainsi, ces collectivités ne seraient plus, au niveau local, citées comme les seules responsables des résultats de la coopération décentralisée. La participation citoyenne locale ne devrait pas se limiter seulement à l’identification des besoins locaux et des priorités d’action.

En second lieu, cette communication externe doit renforcer la promotion de l’image des collectivités. Elle doit mettre en exergue leurs qualités de collectivités proches des populations, de gestion transparente et participative. En d’autres termes, la politique de communication externe devrait montrer que ces collectivités travaillent, non seulement pour les populations locales, mais aussi avec ces mêmes populations. C’est en cela que nous suggérions la participation de la société civile à toutes les missions de recherche de partenariats. La sélection des membres doit se faire en fonction du domaine de partenariat recherché, de même que de l’expertise et connaissances avérées en la matière.

Renforcement de la coordination et du suivi

Le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire précise que « le développement durable des relations de coopération doit se traduire concrètement par la réalisation des objectifs fixés, notamment par les déclarations, conventions et protocoles établis entre les partenaires. Les activités devant conduire à l'atteinte de ces objectifs doivent

faire l'objet d'une coordination et d'un suivi respectueux de quelques principes de base qui sont : la transparence et l’information. » 64

Ainsi, le rôle et les responsabilités de chacun des partenaires doivent être clairement définis. L'ensemble des acteurs des collectivités territoriales doit pouvoir accéder à l'information relative à la gestion administrative, financière et comptable des projets. De même, les acteurs de la collectivité locale doivent être informés des actions entreprises et êtres associés à leur réalisation. Cela a pour avantage de démontrer la complicité entre elles (collectivités locales) et leurs administrés (communautés locales). La participation locale, à toutes les étapes de la réalisation des projets de développement, est un élément capital dans l’aboutissement heureux des demandes de financement en matière de coopération décentralisée. En cela, le Guide de la coopération décentralisée en Côte d’Ivoire 65 donne un canevas d’action, qui, nous pensons, permettrait aux collectivités d’optimiser leurs résultats.

La coordination consiste en effet à :

« - Préciser de façon formelle, le rôle et les responsabilités des acteurs respectifs ;

- Créer et animer un cadre de concertation entre

l'ensemble des acteurs impliqués dans la mise en œuvre du programme de coopération ;

- Tenir de façon régulière des rencontres de

coordination. Il s'agit essentiellement de vérifier et au cas échéant d'établir l'articulation entre les différents volets et activités du programme. » 66

Quant au suivi, il s’agit « de mettre en place et d'animer un processus visant à vérifier régulièrement la situation du programme en observant si les activités sont exécutées comme prévu. Le processus de suivi d'un projet comporte des modalités et des supports. » 67

De façon concrète, il faudrait :

- Constituer un comité de suivi (environ 5 personnes) ;

- Concevoir des supports et les modalités pratiques du suivi.

Les documents de travail du comité de suivi sont composés principalement des rapports de missions et des rapports d’activités.

64 Pierre K. SOMBO, s.d., p. 39

65 Id. ou Guide de la coopération décentralisée au Mali, s.d., p. 35

66 Ibid.

67 Ibid.

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À ces actions de redynamisation doit s’ajouter l’action de la tutelle. Ainsi, en guise de second pôle d’intervention, nous proposons ce qui suit.

3.2. Au niveau de l’Etat

Les collectivités territoriales ivoiriennes sont des institutions publiques de développement. À ce titre, L’Etat de Côte d’Ivoire est aussi comptable des résultats de leur coopération décentralisée, en sa qualité de garant moral. Aussi les quelques suggestions ci- dessous, nous le pensons, contribueront à redynamiser l’apport de la coopération décentralisée au développement local durable.

Définition d’un cadre juridique clair

Même le Guide de la coopération décentralisée en Côte

d’Ivoire 68 , qui doit servir de vade mecum, reconnait

l’insuffisance juridique en la matière en indiquant ce

qui suit : « Très tôt, l’Etat ivoirien a pris conscience de

l’importance de la Coopération Décentralisée comme étant un

espace de recherches et d’acquisition de financements en

faveur des projets de développement des collectivités

territoriales. Mais la détermination des règles relatives au

cadre juridique de celle-ci n’a pas suivi. » Le cadre

juridique référentiel qui donne quitus aux collectivités

ivoiriennes ne mentionne en effet que les entités avec

lesquelles elles pourraient entrevoir des conventions et

des partenariats. Rien n’est dit sur les responsabilités de

chaque acteur, aucun cadre légal de fixation des règles

n’existe, de sorte que les collectivités elles-mêmes

essaient tant bien que mal de concevoir des modèles

personnalisés de protocoles d’accord et de recherche de

partenariats.

Il conviendrait donc que l’Etat soit plus actif dans son

soutien. Le Ministère en charge de l’administration du

territoire, tutelle de ces collectivités, devrait renforcer

son action pour pallier les insuffisances juridiques,

notamment la définition d’un cadre juridique clair de la

coopération décentralisée en Côte d’Ivoire. Cela

favoriserait l’obtention de certaines facilités

administratives nécessaires, notamment l’exonération

68 Pierre K. SOMBO, s.d., p. 5

ou la réduction de droits douaniers trop lourds

appliqués aux dons qui proviennent de l’étranger,

l’acquisition simplifiée d’autorisations pour la

réalisation d’infrastructures sociales et économiques, la

sécurisation des investissements étrangers, etc.

Renforcement de la solidarité

La tutelle, à savoir le Ministère en charge de

l’administration du territoire, devrait renforcer la

communication bilatérale avec les collectivités. Ceci

permettrait de communiquer de part et d’autre les

opportunités de partenariats disponibles, de sorte que

des actions concertées soient menées pour la réussite

des discussions d’accords. Cela permettrait également

aux faîtières de coordination (ADDCI et UVICOCI)

d’être plus actives et impliquées aux activités de leurs

membres. Ces dernières devront également insister, en

termes de renforcement de capacités, sur l’esprit de

solidarité qui doit animer les élus locaux. La

coopération décentralisée doit être considérée comme

une contribution au développement national, et non

local seulement. Cela aura pour avantage d’éviter que

les collectivités minent leurs actions entre elles-mêmes,

pour des raisons de divergences politiques, comme cela

s’observe trop souvent.

Aussi, la tutelle ministérielle devrait renforcer ses

rapports et communications horizontales avec le

Ministère en charge des affaires étrangères. Cela

favoriserait la disponibilité d’informations relatives

aux citoyens ivoiriens exerçant dans les organismes

internationaux, faciliterait les rapports avec la diaspora

ivoirienne (par le biais de la Direction des Ivoiriens de

l’Etrangers) et enfin permettrait un bon travail

préparatoire pour la mise en œuvre des discussions

d’accord avec les groupes étrangers.

Redynamisation de la politique étrangère

En dernier et non des moindres, nous voudrions relever le fait que même si la coopération décentralisée est le fait principal des collectivités locales, ces collectivités

21
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elles-mêmes appartiennent à des Etats. Même si les formalités administratives à ce niveau sont somme toute facilitées, comparé à la coopération interétatique, il n’en demeure pas moins que ces Etats aient la capacité d’influer sur les partenariats que veulent entreprendre leurs collectivités, ou les groupes privés sous leur administration.

En outre, au regard de la complexité des relations internationales aujourd’hui, marquées par la formation de fédérations et d’ententes diverses, un Etat (principalement du Sud) qui se retrouve être en adversité diplomatique avec un autre (principalement du Nord) ne peut que miner les actions de coopération décentralisée de ses collectivités. En d’autres termes, les pesanteurs politiques influenceraient fortement les résultats des recherches de partenariats étrangers, qu’il s’agisse de l’Etat hostile lui-même ou tout autre Etat avec lequel celui-ci entretient des rapports particuliers. Par exemple, être en hostilité avec un Etat européen, c’est quelques fois être indirectement en hostilité avec toute l’Union Européenne, voir au-delà !

Ainsi croyons-nous que l’Etat de Côte d’Ivoire devrait redynamiser sa politique étrangère, de sorte que ses collectivités territoriales ne soient pas lésées en matière de coopération décentralisée.

Pour clore nos propositions de pistes d’action, visant la redynamisation de la coopération décentralisée par les collectivités décentralisées ivoiriennes, nous proposons le schéma ci-dessous :

ivoiriennes, nous proposons le schéma ci-dessous : Source : documents personnels Conclusion La politique de

Source : documents personnels

Conclusion

La politique de décentralisation en Côte d’Ivoire ne s’est pas faite sans difficultés. Depuis 2001 en particulier où elle a atteint un pic, avec l’introduction de nouvelles entités telles que les Districts et les Conseils Généraux, les collectivités territoriales font face à d’énormes difficultés dans la réalisation de leur mission d’agents principaux du développement local. Ces difficultés sont principalement d’ordres financiers et juridiques. Les dotations baissent et la définition des compétences n’est pas suffisamment claire. Dans ce contexte, la coopération décentralisée, vue comme une alternative de mobilisation de ressources, est jusqu’ici insuffisamment explorée en raison d’une insuffisance d’informations et de textes juridiques définissant le champ d’intervention. Ce qui conduit à un manque de connaissance et une faible capacité de ces collectivités à nouer des partenariats étrangers. La crise sociopolitique que connait la Côte d’Ivoire depuis 2002 en rajoute en effet aux difficultés liées à une coopération décentralisée bénéfique aux communautés territoriales.

Dans la perspective d’un développement local durable, deux axes majeurs d’intervention ont été proposés à l’issue de notre analyse. En premier lieu, au niveau étatique, la tutelle (Ministère en charge de l’administration du territoire) et les faîtières de coordination (ADDCI et UVICOCI) doivent renforcer leurs activités et lignes de communication pour permettre un cadre de coopération décentralisée plus fertile. En second lieu, les principales propositions suivantes ont été faites à l’endroit des collectivités : la diversification de leurs sources partenariales, l’innovation dans le sens de la valorisation des atouts touristiques et culturels, la co-entreprise dans certaines circonstances, la recherche adéquate de la participation locale, et enfin et surtout le renforcement de la coopération technique, sous-tendu par l’idée de "l’éducation et la formation au service du développement local et durable".

En termes de perspective, nous pouvons dire que la coopération décentralisée est un outil précieux qui, si bien exploitée, peut favoriser le développement des collectivités territoriales ivoiriennes. Certains pays de la sous-région, tels que le Mali et le Sénégal, ont une expérience et expertise avérée en la matière, dont pourrait s’inspirer la coopération décentralisée ivoirienne./.

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* Eng Decentralized Co-operation in Côte d’Ivoire: Proposals for a Sustainable Community/Local Development

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