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Sur les pas du bien-aimé Mohammed (BP sur lui)

Episode 10 : L’émigration vers l’Ethiopie

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Confrontations avec les polythéistes :

Je vous rappelle que le Prophète (BP sur lui) procédait à l’implantation de l’Islam suivant un plan intelligent
qu’il avait mis au point pour mener à bien sa mission.

Tout d’abord il s’était entouré d’une élite sur laquelle il savait pouvoir compter et qui, trois ans après
l ‘annonce de la mission, était parvenue au nombre de trois cents personnes. Ensuite, il a commencé à
divulguer sa Da‘wa, en premier lieu parmi sa famille pour s’assurer leur protection, et par la suite à toute sa
communauté.

Nous étions déjà à la troisième année après l’annonce de la Mission lorsque le Prophète proclama l’Islam sur
le monticule As-Safa. Ceux de Qoraïche qui avaient refusé de le suivre s’opposèrent à lui et à ses
compagnons. Et, pendant qu’ils s’ingéniaient à faire souffrir les Musulmans, le Messager apprenait à ces
derniers la nouvelle doctrine et les entraînait à porter la responsabilité de leur religion à Dar Al-Arqam. ‘Omar
et Hamza embrassèrent l’Islam et offrirent ainsi le plus beau cadeau aux nouveaux Musulmans.

La conversion de ‘Omar et de Hamza fit voir le problème aux mécréants sous un autre aspect. Ils pensèrent
entreprendre des pourparlers avec les Musulmans et faire quelques concessions. Le Messager leur proposa
de faire un traité comme celui de Al-Foudoûl (Vertu) mais ils refusèrent. Ils réagissaient par contrecoup et
n’avaient que la tyrannie comme arme principale tandis que lui, sûr de lui-même, suivait son plan très
calmement.

Les polythéistes se concentraient surtout sur l’oppression des femmes parce qu’ils avaient noté le rôle
important de ces dernières dans le déploiement de la nouvelle religion. Fâtima bint Al-Khattâb, sœur de
‘Omar avait été la cause de sa conversion et une jeune esclave la cause de celle de Hamza. Khadîdja était un
des plus grands soutiens au Prophète et Soumaya avait défié Abou Djahl jusqu’à la mort. Les mécréants se
ruèrent sur les plus faibles d’entre elles comme Zennira et An-Nahdya qui perdit la vue pendant les
persécutions.

J’aimerais faire remarquer comment le rôle de la femme était reconnu par le Prophète (BP sur lui) et même
les mécréants de Qoraïche. Est-ce que nous leur reconnaissons ce rôle de nos jours et essayons-nous de
profiter de leurs capacités?

Les mécréants de Qoraïche se concentrèrent également sur les jeunes gens comme Mous‘ab ibn ‘Oumaïr, ce
jeune homme qui portait des habits importés et très chers et qui utilisait des parfums si raffinés qu’il en
laissait la senteur après son passage dans les rues de la Mecque fut torturé par sa propre mère. Elle l’avait
enfermé à la maison pendant trois ans et il ne lui avait jamais formulé aucun reproche. Il a supporté avec
endurance la persécution de la part de sa mère et il est demeuré bienfaisant envers elle parce qu’il ne
pouvait pas être affilié au Messager et en même temps désobéir à l’Islam. Nous savons que cette religion
recommande fortement la bienfaisance envers les parents : “ Et ton Seigneur a décrété: «N'adorez que
Lui; et (marquez) de la bonté envers les père et mère: si l'un d'eux ou tous deux doivent
atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point: «Fi!» et ne les brusque pas, mais
adresse-leur des paroles respectueuses. " (TSC[i], Al-'Isrâ' (LE VOYAGE NOCTURNE) : 23).
De nos jours, certains jeunes gens pensent que la sublimité des Compagnons devait être toute naturelle
puisqu’ils voyaient tout le temps le Messager et pouvaient tirer de lui leur haute morale. Mais vous voyez
comment Mos‘ab fut privé de lui pendant trois ans sans que cela n’affecte l’ardeur de sa foi ni lui donne un
prétexte pour abandonner la cause. Il faut savoir que c’est la pratique du culte qui aide à rester ferme. De
nombreux jeunes gens demandent souvent comment devenir aussi déterminés et forts que Hamza ou ‘Omar.
Je leur réponds que c’est la pratique du culte qui raffermit les pas sur le chemin d’Allah. Le mois de
Ramadan est l’occasion d’invoquer Allah de Lui demander de nous raffermir.

Un autre jeune musulman de quinze ans, subissait de cruels supplices de la part de sa mère, elle ordonnait à
ses esclaves d’enchaîner son fils, de le traîner au milieu du marché et de le battre devant tout le monde. En
plus de ces supplices physiques, la mère suivait son fils en le maudissant et en l’injuriant. Un jour, un
homme étranger de la ville fut choqué par cette scène et s’enquit : Qui était cette femme et cet enfant
attaché et torturé aussi rudement devant les gens ? On lui répondit que le jeune homme était Talha ibn
‘Abdillâh et que la femme était sa mère qui le torturait ainsi parce qu’il s’était converti à l’Islam. Il demanda
alors pourquoi se laissait-il faire sans rien répondre ? On lui apprit que la religion du jeune homme lui
interdisait de maltraiter sa mère ou de lui manquer de respect.

‘Oumrân Ibn Houcain avait embrassé l’Islam avant son père. Un jour qu’il était en compagnie du prophète et
les compagnons chez Al Arqam, on frappa à la porte, son père se présenta. Le jeune homme se dissimula
vite derrière les compagnons. Voyant que son père était venu proclamer son Islam et prononcer la chahada
devant le Messager, il repoussa les deux hommes qui le cachaient et alla se jeter sur les pieds de son père et
les embrassa en pleurant à chaudes larmes. Cette scène émut tous ceux qui étaient présents qui se mirent à
pleurer avec lui.

C’est là la bienfaisance envers les parents que recommande l’Islam. Allah est très miséricordieux mais une
larme d’une mère, une réponse rude à un père ou de la négligence envers l’un d’eux peut mécontenter Allah
plus que les péchés de toute une année. J’aimerais donner un exemple de bienfaisance envers les parents
de la part d’un professeur d’université. Je marchais dans la rue avec ce monsieur et son père quand nous
remarquâmes soudain que les lacets des chaussures du vieux monsieur étaient défaits. Le fils, professeur à
l’université, se mit à genoux par terre en pleine rue pour les lui attacher. Le père tout ému larmoya et fit des
invocations en sa faveur. Vous devinez si des invocations pareilles donnent du crédit pour le Paradis ou non.

Souvenez-vous, il y a trois groupes de personnes auxquels Allah ne jettera pas un regard le Jour de la
Résurrection et les premiers d’entre eux sont ceux qui maltraitent leurs parents.

Au milieu de toutes ces tyrannies exercées par les mécréants envers les Musulmans, nous assistons à
quelque chose de très étonnant. Trois parmi les plus éminents d’entre eux, Abou Soufiân, Abou Djahl et Al-
Akhras ibn Chouraïk allaient par les nuits sans lune, écouter la récitation du Coran du Messager (BP sur lui)
pendant sa prière. Ils s’y rendaient sans rien se dire et tout naturellement se trouvaient face à face là-bas.
Gênés, ils se promettaient à chaque fois de ne plus revenir mais en vain. Ils aimaient écouter le Coran et
prouvaient que toute leur adversité était due à des causes matérielles.

Pourquoi ne ressentons-nous pas ce goût du Coran aujourd’hui ? Si sa langue nous est un peu difficile, nous
finirons par nous familiariser à force de pratique et Allah nous facilitera sa compréhension. Allah dit –ce qui
peut être traduit par - : En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il
quelqu'un pour réfléchir? " (TSC, Al-Qamar (LA LUNE) : 17).

Nous avons perdu notre sensibilité à l’égard de ce noble Livre où Allah dit encore –ce qui peut être traduit
par : « Ne méditent-ils pas sur le Coran? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs? " (TSC,
Mouhammad : 24).

Une fois ‘Omar tomba par terre et demeura au lit plusieurs jours à l’entente d’un seul verset qui disait –ce
qui peut être traduit par - : “Le châtiment de ton Seigneur aura lieu inévitablement. Nul ne pourra
le repousser. " (TSC, At-Toûr : 7, 8).

Les compagnons rapportent que le prophète (BP sur lui), ne lisait jamais le Coran pendant les prières sans
qu’ils entendent ses pleurs.

Les persécutions des mécréants contre les Musulmans n’arrêtaient pas et parmi ces derniers il y avait ceux
qui ne pouvaient ni s’asseoir ni se tenir debout à cause des coups et des mauvais traitements qu’ils
subissaient. Tout déchirés à l’intérieur, ils finissaient par renier Allah et reconnaître les idoles pour faire
cesser un peu les persécutions. Ils revenaient ensuite se repentir devant le Messager qui les rassurait et leur
disait que ces mots prononcés par la langue ne signifiaient rien tant que la foi emplissait leurs cœurs.

L’émigration :

L’oppression des mécréants de Qoraïche devenait insupportable et le Messager d’Allah (BP sur lui) prit la
décision d’envoyer certains de ses compagnons en Ethiopie. Pourtant, les Arabes de la Mecque n’aiment
guère quitter leur pays. Mais ils durent traverser la mer vers un autre continent. Le Prophète leur dit : “ Allez
en Ethiopie dont le roi ne commet jamais d’injustice. C’est une terre où la vérité règne. Demeurez-y jusqu’à
ce qu’Allah vous apporte la délivrance.”

Là, il faut s’arrêter et se demander comment le Prophète (BP sur lui) connaissait les qualités de ce roi. Le
Prophète bien qu'étant à la Mecque était au courant des situations politiques et économiques dans les
régions qui l'entouraient. Il n'était pas isolé dans la péninsule arabe et savait exactement où il allait envoyer
ses compagnons et nous allons le prouver en commentant ces points qui se rapportent à l’émigration vers
l’Ethiopie :

1. Malgré que le roi, An-Nadjachy ‘Le Négus’, fût chrétien, le Prophète (BP sur lui) le qualifia de juste
parce que la vérité doit être reconnue et dite. Par ce comportement, le Prophète voulait nous apprendre
que l’autre n’est pas toujours méchant et que la justice et la clémence peuvent bien exister chez des
gens qui ne sont pas musulmans. C'est contre les généralisations abusives que le prophète essayait de
nous avertir. Le Coran nous dit–ce qui peut être traduit par - : « Et parmi les gens du Livre, il y en a
qui, si tu lui confies un qintâr, te le rend. Mais il y en a aussi qui, si tu lui confies un dinâr,
ne te le rendra que tu l’y contrains sans relâche… » (TSC, 'Al-`Imrân (LA FAMILLE D'IMRAN) :
75).

2. Il a choisi l’Ethiopie et non un autre pays parce que Qoraïche avait la suprématie et une certaine
autorité spirituelle et économique qui s'étend au-delà des frontières de la Mecque vers les autres tribus
de la péninsule arabe. C’est la raison pour laquelle le Prophète a voulu que ses compagnons échappent
totalement à l’oppression et à la poursuite de Qoraïche en les envoyant en Ethiopie.

3. Il n’a pas émigré avec eux parce que c’était le pays d’Abraha qui était venu un jour détruire la Ka‘ba.
Les Arabes ne lui auraient jamais pardonné d’être allé se réfugier au pays de leur plus grand ennemi.

Il faut noter que juste avant le départ des compagnons pour l’Ethiopie, les sourates Maryam (Marie) et Al-
Kahf (La Caverne) qui devaient leur être utiles, furent révélées. Allah leur procurait un peu de culture
religieuse parce qu’ils allaient représenter les Musulmans à l’étranger. Sourate Maryam explique la relation
que l'Islam entretient avec des prophètes comme Zacharie, Jésus, Jonas et comment l'Islam perçoit Marie.
La sourate Al-Kahf, quant à elle, a été révélée pour apprendre aux musulmans à patienter et à persévérer en
leur racontant des histoires de gens qui avaient autrefois émigré soit pour fuir la persécution de leur peuple
(les jeunes de la caverne) soit en quête du savoir (Moïse) ou encore pour réformer la Terre (Dhul-qarnayn).

Le Prophète ordonna donc à ses compagnons d'émigrer avec leurs femmes. Ceci nous assure de nouveau
que dans l'Islam il s'agit toujours d'une histoire dont les héros sont à la fois les femmes et les hommes et
que jamais les femmes n'ont été exclues de la vie publique.

Parmi les émigrés se trouvaient ‘Othmân ibn ‘Afân et ‘Abdi-Rahmân ibn ‘Awf, de riches commerçants, Dja‘ar
ibn Abi Tâlib et Azzoubaïr ibn Al-‘Awwâm des cousins du Prophète (BP sur lui) et même Oum Habiba fille de
Abou Soufiân. C’étaient des gens éminents qui n’avaient pas besoin de fuir mais le choix du Messager
pourrait avoir trois raisons : La première est que le Prophète a voulu envoyer un message à An-Nadjachy
selon lequel, les musulmans ne sont pas une communauté de faibles et de pauvres et qu'il existe parmi eux
des personnes riches et aisées. La deuxième raison est que le Prophète voulait implicitement dire à
Qoraïche que ces musulmans riches et puissants, même s'ils trouvent difficile d'abandonner leur pays,
choisiront de le faire pour l'Islam. La troisième est que le Prophète voulait que les pauvres et les riches
aillent ensemble et qu'aucune distinction ne soit faite entre les deux. Il a même envoyé sa propre fille,
Roqaya épouse de ‘Othmân, avec les émigrants pour les soutenir.

Les immigrants sont restés en Ethiopie environ 15 ans jusqu'à l'année 7Hg jusqu’après la victoire des
musulmans à la bataille de Khaybar. A chaque fois qu'ils demandaient au Prophète s'ils pouvaient revenir, il
leur conseillait de rester en Ethiopie. Et ce n’est qu’après la signature de l'accord de Hodaïbeya avec les
mécréants que le Prophète leur permit de revenir en Arabie. En effet, le Prophète craignait, pendant la
période de guerre avec les mécréants, de perdre Médine qui constituait son siège et son centre. Et en
insistant pour que les musulmans restent en Ethiopie , il garantissait un autre centre pour s'y réfugier au cas
où ils perdaient Médine. Mais l'accord de Hodaybeya représentait le début d'une phase de stabilité relative
pour les musulmans qui encouragea le Prophète à prendre la décision du retour.

Lorsque les musulmans revinrent d’Ethiopie, le Prophète les reçut chaleureusement et fit en sorte qu'ils
soient de nouveau intégrés dans leur société. Il épousa Oum Habiba, conseilla aux musulmans de veiller sur
leurs frères arrivants d’Ethiopie et rapprocha DJa’far Ibn Abi Taleb de lui.

Ceci attire également notre attention sur la sagesse du Prophète qui savait que les gens, une fois revenus
dans leur pays après une longue période d'expatriation, rencontreraient certains des problèmes d'insertion
dans leur société. C'est un problème que nos sociétés connaissent même de nos jours et dont le Prophète
était conscient et auquel il essaya de remédier.

La vie des musulmans en Ethiopie :

Les mécréants de Qoraïche bien que n'ayant aucune autorité ni sur les habitants de l’Ethiopie ni sur son roi,
ont décidé d’y poursuivre les musulmans pour les ramener avec eux. Pour ce faire, ils envoyèrent Amr Ibn
Al-'Âç qui avait une certaine amitié avec le Négus et envoyèrent avec lui des cadeaux pour le roi et pour sa
cour.

Amr Ibn Al-'Âç présenta ses cadeaux à la cour du roi puis dit à celui-ci: "Votre majesté, un groupe de jeunes
faibles d’esprits est venu s'installer dans votre pays et leurs parents à la Mecque pleurent leur départ. Ils ont
abandonné notre religion et ne se sont pas convertis à la vôtre. C'est pour cette raison que Qoraïche m'a
envoyé pour les rapatrier."
Alors que sa cour était d’accord pour les rapatrier, le roi dit qu’il ne les renverrait chez eux que quand il
aurait écouté ce qu’ils disaient.

DJa’far Ibn Abi Taleb et les cent autres compagnons furent donc convoqués au palais du roi qui leur
demanda: "Vous avez abandonné votre religion et vous ne vous êtes pas convertis au christianisme et vous
avez également abandonné votre pays. Pourquoi êtes-vous venus ici et que dit votre nouvelle religion ?"

DJa’far fit trois pas en avant et étant donné qu'il est le petit fils de Abdel Muttaleb qui avait autrefois défendu
la Ka'ba contre Abraha, prit la parole et commença à répondre aux questions du Négus. Dans cette situation,
il lui était demandé de présenter l'Islam de façon brève et claire ou autrement dit de présenter une grande
idée avec le minimum de mots possible. Ce qui, de nos jours, est enseigné dans les plus grandes universités
américaines.

Et DJa’far réussit à accomplir cette mission en résumant toute l'histoire en cinq phrases :

 "Nous étions des gens qui adoraient les idoles, qui mangeaient les bêtes mortes, qui ne respectaient
ni les droits du voisinage ni les liens familiaux et le puissant parmi nous lésait les droits du faible.

 Jusqu'à ce qu'un homme parmi nous, nous fut envoyé. Nous connaissions la grande famille dont il
est issu, nous connaissions son honnêteté, sa véracité et sa chasteté.

 Il nous ordonna d'être honnête et clément et nous défendit les vices, le vol de l'argent des orphelins
et le faux témoignage.

 C'est à partir de ce moment, que Qoraïche commença à nous torturer, à nous persécuter et à nous
opprimer.

 Et c'est pour cette raison que notre Prophète nous ordonna de venir en Ethiopie et nous dit que son
roi est un roi qui ne commet jamais d’injustice. C'est pour cela que nous sommes venus nous
installer dans votre pays et que nous l'avions préféré aux autres. Notre espoir est qu'on ne soit pas
opprimés chez Vous."

Le Négus demanda à DJa’far: "As-tu quelque chose de ce qui fut révélé à votre prophète ?". DJa’far
répondit: "Oui, le Coran" et il lui récita les versets de sourate Maryam disant - ce qui peut être traduit
comme: "Mentionne, dans le Livre (le Coran), Marie, quand elle se retira de sa famille en un lieu
vers l'Orient. Elle mit entre elle et eux un voile. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (Gabriel), qui
se présenta à elle sous la forme d'un homme parfait. Elle dit: «Je me réfugie contre toi auprès
du Tout Miséricordieux. Si tu es pieux, [ne m'approche point].» Il dit: «Je suis en fait un
Messager de ton Seigneur pour te faire don d'un fils pur». (TSC, Maryam (MARIE) : 16-20).

Et tandis que DJa’far récitait le Coran, le Négus et sa cour pleuraient. Imaginez-vous qu'à ce point le Coran
touchait les cœurs des mécréants et des gens du Livre tandis que de nos jours, nous n’en sommes pas
émus ? Nos cœurs se sont-ils durcis ?

Le Négus dit à DJa’far: "Ce que tu récites et ce que Jésus avait dit sortent certes de la même niche. Allez, je
ne vous livrerai jamais à ‘Amr et ‘Amr, je ne te les livrerai jamais."

Cependant, ce dernier refusa d'abandonner et décida de rendre visite au Négus le lendemain pour lui dire
que les musulmans disaient du mal à propos de Jésus. En entendant cela, le Négus décida de convoquer de
nouveau DJa’far Ibn Abi Taleb qui à son tour jura de dire la vérité. Quand le Négus lui demanda ce que
l’Islam disait de Jésus, il répondit : "Jésus est le serviteur d'Allah, Son messager et Sa parole qu'Il envoya à
Marie la vierge et un souffle (de vie) venant de Lui". Le roi prit alors un bâton, dessina un cercle par terre et
dit: "Certes, Jésus n'a jamais dépassé cela et celui qui vous insulte a tort. Vous ne serez jamais opprimés
dans mon pays et je préfère laisser une montagne d'or que d'apprendre que l'un de vous a été maltraité. Je
n'abuserai jamais d'une autorité qu'Allah m'a attribuée".

C'est donc ainsi que les musulmans en Ethiopie ont pu s'installer tranquillement sans que Qoraïche ne puisse
leur nuire. Ils y sont restés pendant 15 ans durant lesquels ils ont refusé de vivre aux dépens des habitants
de leur pays d’accueil. Ils s’y sont bien intégrés, ont appris à maîtriser le travail du cuir et ils vendaient leurs
produits à prix très bas. Nos immigrants en Occident arrivent-ils à faire de même ?

Pendant le séjour des musulmans en Ethiopie, un coup d'Etat a été tenté contre le Négus. Il leur consacra
alors un bateau et leur demanda d'y rester jusqu'à ce que la situation se stabilise. Au cas où le coup d'Etat
réussissait, il leur dit d'utiliser ce bateau pour se diriger vers un pays plus sécurisé. Dans le cas contraire ils
seraient les bienvenus en Ethiopie. C'est pour cette raison que les musulmans disaient: "Rien ne nous a
jamais fait autant plaisir, à part la rencontre du Prophète, que la nouvelle annonçant que le coup d'Etat avait
été déjoué."

Les rumeurs et le retour de quelques compagnons à la Mecque:

Au cours de ces 15 ans en Ethiopie, quelques musulmans sont revenus à la Mecque à la suite d'une rumeur
selon laquelle Qoraïche aurait embrassé l'Islam. Cette rumeur est apparue à la suite de ce qui se passa
auprès de la Ka'ba lorsque le Prophète se mit à réciter à haute voix les versets suivants: "Lequel donc des
bienfaits de ton Seigneur mets-tu en doute? Voici un avertisseur analogue aux avertisseurs
anciens: l'Imminente (L'heure du Jugement) s'approche. Rien d'autre en dehors d'Allah ne peut
la dévoiler. Quoi! Vous étonnez-vous de ce discours (le Coran)? Et vous [en] riez et n' [en]
pleurez point? absorbés [que vous êtes] par votre distraction. Prosternez-vous donc à Allah et
adorez-Le." (TSC, An-Najm (L'ETOILE) : 55-62).

En effet, très touchée par le Coran, Qoraïche ne put s'empêcher de se prosterner mais à peine debout, elle
se rappela ses intérêts économiques et décida de contourner la rumeur par une autre prétendant que le
Prophète aurait fait l'éloge de ses idoles en disant : "Ces grues majestueuses, leur intercession est un
espoir". C'est une rumeur qui, jusqu'à aujourd'hui est répandue et utilisée par les orientalistes dans leurs
études sur l'Islam.

Parmi les compagnons qui sont revenus à la Mecque était Othmâne Ibn Maz'oune. A peine revenu, Al-walîd
Ibn Al-Moghîra décida, pour le lien de sang, de le protéger. Mais en voyant les autres compagnons revenus
d’Ethiopie torturés par Qoraïche, il se sentit coupable d'avoir accepté la protection d'Al-Moghîra tandis que
ses compagnons souffraient. Il décida alors de se passer de cette protection et alla prévenir Al-walîd de cette
décision. Al-walîd lui demanda : "As-tu trouvé une protection meilleure que la mienne ?" Othmâne répondit:
"Oui, j'a trouvé la protection d'Allah".

Il se dirigea ensuite vers la Ka'ba où il entendit un poète réciter un poème dans lequel il disait: "Certes,
toute chose à l'exception d'Allah n'a aucun sens…" Othmâne répliqua que c’était vrai, alors que normalement
les arabes n'avaient pas l'habitude d'interrompre les poètes. Le poète poursuivit en disant: "… et tout délice
disparaîtra certainement". Othmâne dit "tu mens, le délice du paradis ne disparaîtra jamais". Et c'est à ce
moment que le poète cria : "depuis quand interrompez-vous les poètes?". Mais quand les mécréants
apprirent qu’il n’était plus protégé par Al-walîd, ils se mirent à le frapper et ne le laissèrent que quand son
œil fut touché.

Othmâne dit alors : "Louange à Allah, je souffre maintenant comme mes frères le font." Il fut amené au
Prophète qui souffla dans sa main puis la mit sur son œil jusqu'à ce qu'il fut guéri.

Le Décès du Négus :

Ce qu'il faut souligner avant la fin de notre épisode, est que le Négus s'est converti à l'Islam et qu'il n'a
jamais annoncé sa conversion. Lorsqu'il reçut un message du Prophète, il refusa de le lire sur son trône et se
mit par terre pour le faire. Lorsqu'il mourut, le Prophète fit la prière funéraire pour lui et ordonna à ses
compagnons de la faire. Il leur dit: "Faites la prière funéraire pour Ahmaça (son nom). Priez sur cet homme
juste. Aujourd'hui, un bon serviteur est mort".

[i] TSC: Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus
connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa
lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.