Sociologie

Regards croisés
Acquis de première désaffiliation, disqualification,
réseaux sociaux
Notions : salariat, précarité, pauvreté

II – Intégration, conflit, changement social
II - Quelles politiques pour l’emploi ?

2.1 - Quels liens sociaux dans les sociétés
où s'affirme le primat de l’individu ?
1 – 2 – Quelles politiques pour l’emploi ?

Fiche 123- Le travail assure-t-il toujours l’intégration sociale aujourd’hui?

Introduction
I.

Quelle place a l’emploi dans les sociétés modernes ?
A. Comment le travail assure-t-il l’intégration ?

D Méda écrit : « le 20 ème siècle a bien été le siècle de l’emploi: dès que l’individu en a un , une place lui est assignée tant dans
l’entreprise que dans un ample système de droits, de garanties collectives, de protections de statuts, mais également dans la
fonction générale qui incombe à la nation : la production de biens et services . (...) La production a pris dans la vie sociale une
place prépondérante, apparaissant quasiment comme l’acte majeur par lequel la société se survit à elle- même. Plein-emploi et
prédominance de l’acte de production-consommation convergent pour faire de l’intégration par le travail le modèle de
l’intégration sociale. » Le travail, parce qu’il permet à l’individu d’acquérir un statut social, de disposer de revenus et d’accéder à
des droits et des garanties sociales, est donc devenu un pilier de l’intégration sociale.
1.

Un facteur de production

Le travail a d’abord un rôle social il montre l’utilité du travailleur dans l’entreprise et au-delà dans la société, ce à quoi « il sert ».
Le travail fourni a donc un statut de travail en général qualifiant son prestataire comme individu social en général capable de
remplir une fonction sociale déterminée, de s’y rendre généralement utile au système social
2.

Le travail apporte un revenu

Travailler, plus précisément être actif, s’est s’assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l’utilité sociale de ce
que l’on fait. En ce premier sens, déjà, le travail est intégrateur.

Mais le revenu permet aussi à l’individu de consommer les biens valorisés par la société, et donc de s’y faire reconnaître.
Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs, vêtements, etc.) ce n’est pas
seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu’ils nous donnent un certain
statut social. Ainsi durant la période des trente glorieuses le travail a donné un statut à l’individu : celui de salarié, mais
aussi celui de consommateur. Il lui a fourni les valeurs et les rôles qui s’y rattachent : le salarié doit consommer et rentrer
ainsi dans le modèle de l’américan way of life qui permet aux entreprises d’écouler la production croissante résultant des
gains de productivité qui améliorent le bien être des salariés(on pourrait développer ici le schéma du cercle vertueux des
30 glorieuses)
3.

Des droits sociaux.

Avec la création de la Sécurité Sociale , le statut de salarié bénéficie de protections contre les conséquences financières de la
maladie , du chômage et de l’incapacité de travailler.Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l’Etat
providence. C’est, par exemple, la possibilité d’une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits
sociaux matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l’appartenance à la société : c’est bien parce qu’on travaille en
France que l’on bénéficie d’une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d’un pays à l’autre, chaque société organisant sa
sphère de solidarité ( cela sera développé dans 1.1 Comment les pouvoirs publics peuvent-ils contribuer à la justice sociale ?)

4.

Un épanouissement personnel

La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement mais aussi socialement) d’avoir un emploi, la volonté très marquée dans
les enquêtes d’opinion de s’épanouir dans son travail, montrent bien que le travail n’est pas seulement une activité parmi d’autres.
Le travail est plus que cela, il est fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs.
5.

Une identité

le travail va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies
sociales (prestige, pouvoir, mais aussi richesse)

La division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la société et l’individu : le
« métier », la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d’une part se reconnaître des semblables, qui
partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d’autre part se distinguer d’autres personnes, qui
exercent un métier différent, et ont donc d’autres valeurs, d’autres références, avec qui on peut même être en conflit. Cela
peut paraître paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d’assimilation pour
s’intégrer. L’identification à autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une
place dans ce collectif.

Mais l’entreprise n’est pas seulement un lieu de convivialité, c’est aussi un lieu de pouvoir, inégalement distribué, ce qui
génère obligatoirement des conflits. Dès lors , les collectifs de travail, en particulier les ouvriers, vont peu à peu prendre
conscience de ce qui les rassemble , et de ce qui les oppose au chef d’entreprise puis plus largement au patronat. On va
alors assister au développement du syndicalisme .Celui ci , en France en particulier, va développer chez ses adhérents un
fort sentiment d’appartenance , une identité de syndiqués qui tout en s’opposant à ceux développés dans l’entreprise en
sont complémentaires .

Le salariat est aussi générateur d’identification : la participation au salariat qui est de plus en plus recherchée par les
individus à mesure que le temps passe. Le travail salarié, si contraignant et déplaisant qu’il puisse être par ailleurs, libère
de l’enfermement dans une communauté restreinte dans laquelle les rapports individuels sont des rapports privés,
fortement personnalisés, régis par un rapport de force mouvant, des chantages affectifs, des obligations impossibles à
formaliser.

6.

Des liens sociaux

L’individu par son appartenance à l’entreprise va donc dès lors devenir le membre d’un nouveau collectif , établir de nouvelles
relations sociales qui débordent celles qu’ils auraient eu dans le cadre familial, recevoir une identité, un statut en fonction de la
place qu’il occupe dans l’entreprise, et donc s’adapter à un rôle , accepter les normes et les valeurs qui s’y réfèrent

B. B – Une intégration assurée par l’emploi normal ou fordiste caractéristique
des 30 Glorieuses
Durant les 30 Glorieuses, le droit du travail manifestait une tendance nette à l’homogénéisation :
 les syndicats revendiquant une standardisation des conditions d’emploi et de salaire au niveau des branches industrielles
 revendications souvent acceptées par les entreprises qui pour égaliser les conditions de concurrence dans des économies peu
ouvertes, avaient intérêt à standardiser les conditions de travail et d’emploi au niveau de la branche
 les prérogatives attachées d’abord au seul travail salarié s’ouvre progressivement contre les principaux risques sociaux, non
seulement les familles des travailleurs, mais aussi les non salariés et même la quasi-totalité des non-actifs.
Cette évolution donne naissance au modèle de l’emploi total :

emploi salarié : Selon O.Marchand : « en matière de droit , définir le salarié revient à définir le contrat
de travail qui lie le travailleur avec l’entreprise qui l’emploie . On définit alors le contrat de travail
comme la convention par laquelle une personne s’engage à mettre son activité à la disposition d’une
autre, sous la subordination de laquelle elle se place moyennant une rémunération. » A l’inverse,
l’activité indépendante répond à une logique de prestation de services régie par le droit commercial et
devient marginal (moins de 10% des emplois)




le lien entre l’employeur et le salarié est ferme : il s’agit d’un statut bénéficiant du CDI (Contrat à
Durée Indéterminée) souvent intégré à des conventions collectives
s’intégrant le plus souvent à des systèmes de promotion basés essentiellement sur l’ancienneté
c’est un emploi à temps plein : c’est le vecteur principal d’identification et d’insertion sociale de
l’individu
il relève d’un seul employeur et s’exerce sur un lieu spécifique.

Robert Castel peut alors caractériser la société salariale par deux indicateurs :
 c’est l’idée d’un continuum social qui s’impose, c'est-à-dire que même si les conditions sociales sont inégales, il existe
de réelles possibilités d’interaction et de mobilité sociale entre elles.
 L’emploi est le fondement du statut social : occuper un emploi confère des droits et des garanties de fait

II.

Le travail peut-il continuer à assurer l’intégration sociale ?
Introduction
A. Les transformations du marché du travail limitent le rôle intégrateur du travail
1. L’augmentation du chômage

A Gorz écrit : « le travail désigne aujourd’hui cette activité fonctionnellement spécialisée et rémunérée en raison de son utilité au
système social. Aussi longtemps que le fonctionnement du système social, sa production et reproduction exigeront du travail
humain, le travail, si réduit que soit le temps qu’il occupe dans la vie de chacun, sera indispensable à la pleine citoyenneté » .Les
individus qui sont privés d’emploi ne peuvent participer à la production de la société et par cette participation ne peuvent
« acquérir sur la société des droits et des pouvoirs ».
En effet, comme le dit D.Schnapper , nos sociétés sont fondées sur la production et la consommation . Or la production nécessite
du travail, nos sociétés sont donc basées sur le travail. Ceci va générer un cercle vicieux qui va renforcer l’exclusion du chômeur.
« Si le pire survient et que l’on connaît une longue période de chômage, alors se manifeste la crise du sens dans toute son
ampleur: le chômeur, déjà exclu du cercle professionnel, s’exclut progressivement de ces autres sphères de sens que sont les
relations amicales, les projets, les loisirs, et ne peut même plus s’évader dans la consommation. Surtout plus le temps passe, et
plus il perd à ses yeux sa valeur personnelle, plus se brouille la direction de sa propre vie »; l’individu perd ses relations sociales.

2. Le développement des emplois atypiques (cf marché secondaire,fiche 2 -Un
travail ?)

marché du

a. Constat
On assiste à une remise en cause de la norme de l’emploi total, car les différentes conditions de l’emploi normal ne sont plus
réunies. Les emplois atypiques s’opposent à l’emploi typique ou normal sur les caractéristiques suivantes :

ils sont à durée limitée :

CDD : Contrat de travail pour une durée limitée (24 mois maximum avec un seul
renouvellement)
soit
pour
effectuer
le
remplacement
d’un
salarié
absent (maladie,
maternité…) soit
parce
que
l’entreprise
connaît
une
hausse
temporaire
de
son activité, soit
pour
des
emplois
saisonniers

Intérim : Mission d’intérim = Contrat triangulaire entre un salarié, une entreprise de
recrutement, et l’entreprise dans laquelle le salarié effectue des missions de durée
variable de 18 mois maximum. Le salarié n’a pas de lien direct avec la personne pour laquelle il travaille

qui n’est pas son employeur .Le salarié qui est donc externalisé par rapport à l’entreprise ne bénéficie pas des
conventions collectives, des promotions à l’ancienneté, de la formation continue
O.Marchand écrit : « « ces dernières années, en France, les trois quarts des embauches réalisées par des établissements de plus de
50 salariés se sont faits sur des contrats courts (…) . Si l’emploi temporaire ne concerne encore qu’une minorité d’emplois (autour
de 10 % , il constitue l’essentiel de ce qui bouge sur le marché du travail » .Cela concerne particulièrement les plus fragiles : les
jeunes sortis précocement du système scolaire

à temps partiel Emploi à durée inférieure à la durée légale de l’emploi à temps plein.
Parfois contraint : quand on les interroge, les salariés souhaiteraient travailler à temps
plein) .On assiste aussi à une individualisation et une annualisation du temps de travail.

b. Les conséquences sur le rôle intégrateur du travail
-

Le développement des emplois atypiques réduit le lien entre le salarié et l’employeur : Le salariat avait contribué à la
constitution de collectifs de travail caractérisé par une solidarité ouvrière encadrée par des syndicats .La crise et la montée du
chômage ont permis de casser ces collectifs en externalisant , en multipliant les contrats précaires ( vous serez embauché en
CDI si vous correspondez aux attentes de l’entreprise ) en remettant en cause les accords de branche et en individualisant les
salaires .

Conclusion- Le processus de l’exclusion
R. Castel part de l’idée qu’il existe un continuum allant de l'intégration à l'exclusion et sur lequel peuvent se dessiner des zones de
sécurité (maximale), de fragilité et d'insécurité (maximale), avec des lignes de glissement et de rupture. La désaffiliation sociale
est l'effet ou la résultante de la conjonction de deux processus : un processus de non-intégration par le travail (et dans le monde du
travail) d'une part, et un processus de non-insertion dans les réseaux proches de sociabilité familiale et sociale.
Le croisement de ces deux axes (Intégration-non-intégration par le travail et Insertion-non-insertion dans des réseaux de relations
sociales) permet alors de distinguer les diverses zones suivantes entre lesquelles les frontières sont poreuses et qui désignent
plusieurs types de statuts sociaux) :
 la zone d’intégration se caractérise par l’association « travail stable – insertion relationnelle solide »;
 la zone de vulnérabilité correspond à une situation intermédiaire, instable, conjuguant précarité du travail et « fragilité
des supports de proximité »;
 la zone de désaffiliation est la dernière étape du processus et se caractérise par une absence de participation à toute
activité productive, sociale et à l’isolement relationnel qui peut en résulter
Castel considère que l’on ne peut prétendre que nous soyons sorti de la société salariale : « jusqu’à ces toutes dernières années, on
pouvait et on devait parler d’un effritement de la société salariale . En pesant le sens des mots, effritement signifie que la structure
de ce type de société se maintient alors que son système de régulation se fragilise. »

Conclusion : Une proposition de sujet rédigé pour les plus motivés : Dans quelle mesure peut-on considerer

que le travail assure l’integration des individus a la societe donc le lien social ?
I - oui , le travail assure l’integration des individus a la societe .
A - le travail est la source essentielle du lien social
1 - le lien social dans les societes traditionnelles .
Dans les sociétés traditionnelles , le lien social repose sur la contrainte . En effet , comme
l’indique Durkheim dans les sociétés caractérisées par la solidarité mécanique, les individus sont
semblables , dès lors rien n’assure leur interdépendance . Ceci risque de mettre en danger la
viabilité de la société qui , pour se protéger et obliger les individus à être solidaires , va
développer un droit répressif.
2 - le lien social dans les societes modernes

En revanche , d’après Durkheim, dans les société modernes se développe une autre forme de lien
social : la solidarité organique . En effet , les sociétés modernes sont caractérisées par un
individualisme très fort ; ce qui va être à la source du lien est alors la division du travail : les
individus sont différents et donc complémentaires . Mais l’origine de la division du travail ne
tient pas , d’après Durkheim , à des éléments de nature économique , ce qui le différencie de
Smith .
Selon les auteurs libéraux , en particulier Smith, le lien dans les sociétés modernes rompt avec
celui des sociétés traditionnelles sur de nombreux points. On peut même dire qu’il en prend le
contre-pied :
- Le lien social est basé sur un contrat signé librement par des individus responsables et
autonomes qui sont des homo economicus égoïstes et rationnels (« donnez moi ce dont j’ai
besoin et vous aurez ce dont vous avez besoin vous même » . Le lien social n’est donc plus
imposé par la société à des individus qui sont obligés de se conformer à ses diktats, ce sont au
contraire les individus par le contrat qui créent la société : conception individualiste de la société
qui s’oppose à la conception holiste qui dominait jusqu’alors . .
- Le lien social ne repose plus sur un lien communautaire de nature religieuse , mais est basé sur
l’économie : comme l’écrit P Rosanvallon : « Smith pense l’économie comme fondement de la
société et le marché comme opérateur de l’ordre social », ce qui signifie (D Meda) que le lien
social est « l’échange marchand et matériel ».
- Dés lors et c’est une nouvelle rupture par rapport au lien traditionnel : le lien social «consiste
essentiellement en une coexistence pacifique imposée » . Qu’est ce à dire ? Smith nous apporte la
réponse : « sans l’aide et le concours de milliers de personnes , le plus petit particulier, dans un
pays civilisé , ne pourrait être vêtu et meublé » . La division du travail « n’est donc pas
simplement une économie de temps et de travail. Elle construit la société jusqu’à sa finalité
ultime: celle de l’autonomie réalisée dans la dépendance généralisée » (Rosanvallon ). « Le
travail est (donc) le lien social , car il met les individus obligatoirement en rapport; les oblige à
coopérer et les enserre dans un filet de dépendance mutuelle (...). Ce lien social n’est ni voulu , ni
aimé , il est sans parole et sans débat, les actes sociaux s’y font automatiquement » (D Méda) .
- Ce lien obligatoire mais non contraignant reposant sur l’interdépendance des individus ne
nécessite plus l’intervention d’un agent de régulation assurant sa perpétuation , en effet le lien
marchand s’autorégule par le phénomène de la main invisible , « l’Etat n’a donc pour seule
fonction que de permettre une fluidité toujours plus grande des échanges économiques afin de
prescrire les tensions sociales » . Son rôle est donc très limité .
On vient donc de voir que le lien social basé sur le travail et l’échange marchand est le lien
fondateur de la société moderne . Aujourd’hui, dans nos sociétés de marché nous nous
définissons avant tout par le travail que nous exerçons .
3 - dans la societe de marche l’individu est avant tout un travailleur.
Comme l’indique D Méda on est passé « au long du 19 ème siècle d’une intégration
communautaire fondée sur la proximité (familiale, domestique au sens large, géographique) à de
nouveaux regroupements organisés autour de lieux artificiels ( la fabrique, le magasin , le bureau,
l’entreprise, bref le lieu de travail, totalement distinct des autres lieux) et comment de ce fait une
partie des fonctions d’apprentissage, de socialisation et de constitution des identités ont été peu à
peu pris en charge par la sphère du travail. »
D Méda poursuit : « le travail s’est constitué, au 19 ème siècle, en champ d’intégration à un triple
niveau , ou en faisant participer les individus à trois types de système de coappartenance :
l’entreprise , le syndicat, le salariat ».
- l’entreprise : avec le 19 ème siècle apparaît un nouveau mode d’organisation du travail et de la
main d’oeuvre qui n’a plus de lien direct avec la communauté familiale . L’individu par son
appartenance à l’entreprise va donc dès lors devenir le membre d’un nouveau collectif ,établir de
nouvelles relations sociales qui débordent celles qu’ils auraient eu dans le cadre familial, recevoir
une identité, un statut en fonction de la place qu’il occupe dans l’entreprise, et donc s’adapter à
un rôle , accepter les normes et les valeurs qui s’y réfèrent .

- Mais l’entreprise n’est pas seulement un lieu de convivialité, c’est aussi un lieu de pouvoir,
inégalement distribué, ce qui génère obligatoirement des conflits . Dès lors , les collectifs de
travail, en particulier les ouvriers, vont peu à peu prendre conscience de ce qui les rassemble , et
de ce qui les oppose au chef d’entreprise puis plus largement au patronat. On va alors assister au
développement du syndicalisme .Celui ci , en France en particulier, va développer chez ses
adhérents un fort sentiment d’appartenance , une identité de syndiqués qui tout en s’opposant à
ceux développés dans l’entreprise en sont complémentaires . On comprend mieux alors ce que
voulait dire Méda quand elle écrivait : « ce qui est tout à fait curieux et paradoxal, c’est que le
système idéal imaginé par Marx n’est pas très éloigné de ces conceptions ». Marxistes et
libéraux, chefs d’entreprises et syndiqués, dans leurs oppositions, partagent un certain nombre de
valeurs communes , en particulier ils accordent au travail une place centrale dans les rapports
sociaux .
- Les rapports sociaux vont évoluer tout au long du 19ème siècle . Aux rapports ponctuels, limités
au contrat, vont peu à peu se substituer de nouveaux rapports, qui vont donner naissance au 20
ème siècle à une troisième dimension génératrice d’identification : la participation au salariat qui
est de plus en plus recherchée par les individus à mesure que le temps passe . La part des salariés
dans la population active passe ainsi de 66 % en 1955 à plus de 90 % en 2014. Comment
expliquer cette évolution ? « Si les enfants de paysans ont déserté les campagnes et si les femmes
revendiquent le droit de travailler , c’est que le travail salarié, si contraignant et déplaisant qu’il
puisse être par ailleurs, libère de l’enfermement dans une communauté restreinte dans laquelle les
rapports individuels sont des rapports privés, fortement personnalisés, régis par un rapport de
force mouvant, des chantages affectifs, des obligations impossibles à formaliser. Les prestations
que les membres de la communauté échangent n’ont pas de valeur sociale publiquement
reconnue et ne leur confèrent pas de statut social » . C’est en particulier vrai pour les femmes au
foyer qui , bien qu’elles fournissent un travail domestique , sont considérées comme inactives ,
n’ont dès lors pas de statut social , si ce n’est celui qu’elles reçoivent de leur mari . Le salariat
sera donc pour (ces catégories) une émancipation : la prestation de travail y a un prix et un statut
public, le rapport avec l’employeur est régi par des règles de droit universelles, destinées à mettre
à l’abri le salarié de l’arbitraire et des demandes personnelles du patron. Le travail fourni a donc
un statut de travail en général qualifiant son prestataire comme individu social en général capable
de remplir une fonction sociale déterminée, de s’y rendre généralement utile au système social .
». En effet comme l’indique D Méda: « le 20 ème siècle a bien été le siècle de l’emploi: dès que
l’individu en a un , une place lui est assignée tant dans l’entreprise que dans un ample système de
droits, de garanties collectives, de protections de statuts, mais également dans la fonction
générale qui incombe à la nation : la production de biens et services . (...) L a production a pris
dans la vie sociale une place prépondérante , apparaissant quasiment comme l’acte majeur par
lequel la société se survit à elle même. Plein-emploi et prédominance de l’acte de production
consommation convergent pour faire de l’intégration par le travail le modèle de l’intégration
sociale. » . Ainsi durant la période des trente glorieuses le travail a donné un statut à l’individu :
celui de salarié , mais aussi celui de consommateur . Il lui a fourni les valeurs et les rôles qui s’y
rattachent : le salarié doit consommer et rentrer ainsi dans le modèle de l’américan way of life qui
permet aux entreprises d’écouler la production croissante résultant des gains de productivité qui
améliorent le bien être des salariés(on pourrait développer ici le schéma du cercle vertueux des
30 glorieuses). La boucle est bouclée . Ne peut on en conclure alors avec R Sainsaulieu que
l’entreprise est une petite société politique ?Comme l’écrit D Méda , dans son livre , le travail
une valeur en voie de disparition : « peu à peu l’idée s’est fait jour d’une entreprise qui
assurerait , en plus de la fonction de production, d’autres fonctions de nature sociale, permettant
l’expression , la cohésion, la sociabilité des salariés: l’entreprise , société en miniature , serait
devenue un haut lieu de la vie sociale. » Mais alors si l’entrée dans l’entreprise est considérée
comme étant l’initiation à la vie sociale: en être tenue écarté équivaut à l’exclusion sociale .
B - la meilleure preuve en est que ceux qui n’ont pas de travail sont aujourd’hui exclus
1 - les raisons de l’exclusion resultant du chomage.

Elles sont particulièrement bien explicitées par A Gorz quand-il écrit : « le travail désigne
aujourd’hui cette activité fonctionnellement spécialisée et rémunérée en raison de son utilité au
système social. Aussi longtemps que le fonctionnement du système social , sa production et
reproduction exigeront du travail humain, le travail, si réduit que soit le temps qu’il occupe dans
la vie de chacun , sera indispensable à la pleine citoyenneté » .Les individus qui sont privés
d’emploi ne peuvent participer à la production de la société et par cette participation ne peuvent «
acquérir sur la société des droits et des pouvoirs » .
En effet , comme le dit D.Schnapper , nos sociétés sont fondées sur la production et la
consommation . Or la production nécessite du travail , nos sociétés sont donc basées sur le
travail. Ceci va générer un cercle vicieux qui va renforcer l’exclusion du chômeur.
2 - le cercle vicieux du chomage.
« si le pire survient et que l’on connaît une longue période de chômage, alors se manifeste la crise
du sens dans toute son ampleur: le chômeur, déjà exclu du cercle professionnel, s’exclut
progressivement de ces autres sphères de sens que sont les relations amicales, les projets, les
loisirs, et ne peut même plus s’évader dans la consommation . Surtout plus le temps passe, et plus
il perd à ses yeux sa valeur personnelle, plus se brouille la direction de sa propre vie »; l’individu
perd ses relations sociales et le risque s’accroît que l’individu tombe dans ce que R Castel a
appelé : « la zone de désafilliation (qui) conjugue l’absence de travail et l’isolement social » .Il
est donc nécessaire face à ce risque d’essayer de réinsérer les individus dans la société , en leur
donnant les moyens financiers qui leur permettront de ne pas tomber dans le dénuement , mais
aussi en leur proposant des stages de réinsertion qui faciliteront le retour sur le marché du
travail . C’était tout l’objectif du RMI.
C - d’ailleurs les politiques de reinsertion sociale sans reinsertion sur le marche du travail ont ete
des echecs.
1 - l’exemple des politiques visant a developper le lien social dans les banlieues
Bien souvent le terme exclusion est mal maîtrisé . En effet : « ce que l’on entend aujourd’hui par
exclusion ne désigne ni l’isolement, ni la non appartenance à une communauté ou à un groupe »
On a ainsi pu constater que : « les jeunes chômeurs des banlieues s’auto-organisent en
communauté (en bandes) où la solidarité, l’entraide, la coopération les lient et les intègrent plus
fortement que les membres d’organisation publiquement reconnues » . Pourtant ces jeunes
demeurent exclus car il leur manque ce qui insère réellement l’individu dans la société c’est à
dire la possession d’un travail . Dès lors , tout le travail social qui est actuellement mené dans les
banlieues qui sont considérées comme des zones prioritaires ne débouchera sur aucun résultat
concret tant que l’on ne créera pas d’emplois en nombre suffisant pour faire des jeunes de
véritables salariés avec tous les droits y afférents .
2 - L’exemple du RMI/RSA
a - Une bonne mesure.
Le RMI créé en 1988 est une mesure qui visait deux objectifs ainsi que l’indique son nom : le
premier était d’assurer à tous les adultes de plus de 25 ans un revenu minimum qui devait leur
permettre d’éviter de tomber dans la grande pauvreté ( on retient ici la définition de la pauvreté
absolue , non celle de la pauvreté relative). Le second objectif était de permettre à tous les
individus de bénéficier de stage de formation , de réinsertion afin d’accroître leur chance
d’obtenir un emploi .
Le premier objectif a bien été atteint: « la perception du revenu minimum a permis aux
allocataires de couvrir un certains nombre de besoins essentiels, de connaître moins de difficultés
pour régler des charges fixes, voire pour certains d’engager un processus de désendettement . La
sécurité matérielle des allocataires a été complétée par l’amélioration importante de la couverture
maladie qui bénéficie désormais à 97 % d’entre eux ». On note aussi une amélioration de

l’insertion au sens de « insertion dans une sociabilité socio-familiale »: « Les études du CERC
ont montré que le RMI a joué un rôle positif dans les relations avec l’entourage. La prestation
semble avoir renforcé la solidarité familiale plutôt que de l’avoir remplacé ».
b - Mais insuffisante.
« pourtant au vu des principaux indicateurs disponibles , la dynamique d’insertion reste encore
insuffisante. A la mi 91, près de 30 % des bénéficiaires qui avaient perçu l’allocation RMI au
cours du premier trimestre 1990 ont un emploi ou suivent une formation. Cet accès à une activité
n’a pas entraîné forcément une sortie immédiate du RMI, loin de là . »
c - Qui risque de générer des effets pervers .
Le RMI a eu deux effets pervers auxquels ne s’attendaient pas ses promoteurs :
- Le RMI est devenu un stigmate pour ses bénéficiaires qui ont l’impression (pas toujours à tort)
d’être considérés par la population ayant un emploi comme des fainéants qui ne font aucun effort
pour s’en sortir . On retrouve ici le problème de la responsabilité personnelle de la pauvreté si
chère aux libéraux qui les amènent à conclure que ce sont les aides qui créent les pauvres et donc
qu’il faut les supprimer . Or « ce fait est d’autant plus injuste qu’il s’est agi pour beaucoup d’un
dernier recours qu’ils ont accepté à défaut de trouver un emploi » . On constate d’ailleurs que : «
les deux tiers des allocataires du RMI demandent en priorité un emploi, et les jeunes se
détournent des stages lorsqu’ils ont compris qu’ils ne débouchent pas sur un vrai travail ».
- « la garantie d’un revenu suffisant n’y changera rien . Ce revenu sera seulement un revenu
octroyé qui place ses bénéficiaires dans la dépendance vis à vis de l’Etat sans leur donner aucune
prise ni aucun droit sur lui » . Mais plus grave encore : « l’inconditionnalité du revenu signifie au
contraire que la société se passera fort bien du concours de ceux qui préfèrent rester à l’écart :
elle leur signifie qu’elle n’a pas besoin d’eux » . On risque alors de voir une partie croissante de
la population (le taux de rmistes ne cessant de progresser) être durablement exclue de la société .
Pour éviter ces risques , la seule solution réellement efficace est de réinsérer les individus par le
travail .
D - il faut donc retisser du lien social en menant des politiques qui reinserent sur le marche du
travail.
1 - des exemples de politiques de reinsertion par le travail.
l’exemple de chômeurs qui « font partie des quelques 70 000 mille personnes en situation
d’exclusion employées régulièrement dans le cadre de ces dispositifs dits d’insertion par
l’économique . (...) . L’idée était à la fois de satisfaire , selon une formule souvent citée , les
demandes sociales laissées sans réponse du fait de leur non rentabilité et d’offrir à la masse
croissante des exclus un moyen d’insertion plus efficace et formateur que les stages parkings. En
effet , les bénéficiaires de ces dispositifs sont employés en milieu professionnel normal avec un
statut de salarié « qui leur permet de compter de nouveau parmi les actifs de la société parmi ses
citoyens ». la grande force de tous ces dispositifs « est d’avoir compris que la réinsertion passe
nécessairement par la remise au travail . Redonner un emploi est le premier point d’ancrage de la
lutte contre l’exclusion ». En effet le retour à l’emploi présente deux avantages essentiels :
- il répond à la demande des chômeurs
- Il redonne aux populations en difficulté des repères de temps et d’espace qui facilitent leur
réinsertion .
D’ailleurs , « partout on constate que cette démarche de remise au travail apporte le plus de
résultats : 50 à 70 % d’insertion ou de réinsertion à la sortie d’une entreprise d’insertion en
France, 70 % de retour à l’emploi pour les jeunes issus des écoles de production danoise, 90 % de
réussite pour le programme Polo.
2 - il faut revaloriser la place du travail dans la societe

les véritables causes de la crise du lien social dans la société française d’aujourd’hui sont « ce
n’est pas le travail qui manque » , ce qui peut sembler paradoxal quand on dénombre 3 millions
de chômeurs. A cela les auteurs de la France malade du travail ajoutent : « ce n’est pas du
chômage que souffre la société française. La France est malade parce que le travail a perdu la
centralité qui devait être la sienne » . Dès lors , on peut penser que , pour sortir véritablement de
la crise du lien social dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, les politiques de création
d’emplois , en particulier celles passant par la réduction du temps de travail , ne sont pas
suffisantes, elles peuvent même favoriser l’idée que le travail doit occuper de moins en moins de
place dans la vie des actifs. Or comme l’écrit C Dejours « l’identité ne peut pas se construire
uniquement sur l’espace privé ». B Perret critique les analyses de ceux qui annoncent « sinon la
fin du travail, du moins la réduction de son rôle social » . Or « même si son importance
quantitative dans l’existence humaine a fortement diminué, même si le lien entre revenu et travail
est devenu plus flou, l’emploi reste au coeur des processus d’émancipation individuelle,
d’intégration et de partage du pouvoir social. Et le fait qu’il faille toujours moins de travail pour
fabriquer un pantalon ou une voiture n’y change pas grand chose. » Dès lors , ne sommes nous
pas condamnés , que l’on le veuille ou non , à revaloriser le rôle et la place du travail dans nos
sociétés ?
D Méda s’efforce de critiquer cette conception quand elle écrit : « la philosophie de nos sociétés
modernes - en effet malades du travail , mais dans un autre sens que celui que donnent les auteurs
précédemment cités à cette expression - tient toute entière dans ce syllogisme : le lien social est
en crise , or le travail est le coeur du lien social, donc il faut plus de travail. » C’est toute une
conception que rejette un nombre croissant de penseurs qui considèrent que le travail n’a jamais
eu pour objectif essentiel de créer du lien social , qu’il sera d’autant moins à même d’occuper ce
rôle dans le futur que l’on ne voit pas comment l’on pourrait créer suffisamment d’emplois pour
que le chômage ne soit plus d’actualité . Dès lors ne faut-il pas envisager de nouvelles sources de
lien social assurant l’intégration des individus?
II - cette vision est contestable , il faut innover , trouver de nouvelles sources de lien social
assurant l’integration des individus a la societe.
A - le travail n’a cree du lien social qu’accessoirement , ce n’est pas son objectif.
1 - une critique de l’analyse smithienne de la place du travail dans la societe.
Nous avons vu dans la partie I le point de vue optimiste , voire idéaliste d’A Smith , selon lequel ,
le travail et l’échange marchand suffisent à assurer à eux seuls la totalité du lien social .Or la
vision de SMITH qui suppose que l’échange marchand repose sur des bases naturelles (l’homme
a un instinct qui le pousse à échanger) est fortement critiquable . En effet si l’échange est présent
dans toutes les sociétés , il n’a joué dans aucune le rôle central qu’il joue dans la notre . Mais
surtout les sociétés traditionnelles refusaient l’échange marchand , car elles avaient compris que
celui ci pourrait bien être destructeur du lien social. En effet si les théoriciens du 18 ème siècle
comme Smith , comme Turgot (un des pionniers de la destruction des communautés) , comme
Montesquieu (le doux commerce doit assurer la paix) font preuve d’un fort optimisme , la réalité
observable au 19 ème va conduire à sa relativisation . On constate en effet durant la révolution
industrielle une destruction du lien social traditionnel ( le lien communautaire qui était certes
contraignant, mais qui était aussi protecteur) qui n’est pas remplacé par un nouveau lien social, ce
qui conduit à l’apparition de ce que l’on appelle au 19 ème une nouvelle pauvreté (déjà!): le
paupérisme. Celle ci semble à cette époque résulter directement de l’introduction et du
développement de l’industrialisation : dans un style un peu ampoulé , le futur Napoleon III
écrivait « véritable saturne du travail, l’industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort ».
Ceci semble provenir de l’inégalité fondamentale qui existe entre les coéchangistes dans le cadre
du contrat de travail. Comme l’écrit R Castel : « la promotion du contrat de travail débouche sur
la découverte de l’impuissance du contrat à fonder un ordre stable », On peut se demander
pourquoi. La réponse se trouve dans la critique de la conception de Smith, mais aussi de celle des

législateurs de la révolution française . Ils ont cru qu’en détruisant les communautés , en rendant
les hommes libres et égaux en droit , le contrat de travail débouchait forcément sur une
amélioration du bien être de tous les individus, créait du lien social en les rendant
interdépendants . Or l’égalité et l’interdépendance ne sont que de façade : comme l’écrit R Castel
: « si l’on abolit les protections traditionnelles, on risque de faire affleurer, non point la rationalité
des lois naturelles, mais la puissance biologique des instincts, les démunis seront alors poussés
par la nécessité naturelle , c’est à dire par la faim. (..) L’employeur , lui, peut attendre il peut
contracter librement, car il n’est pas sous l’empire du besoin. Le travailleur est déterminé
biologiquement à vendre sa force de travail parce qu’il est dans dans l’urgence, il a besoin dès
maintenant de son salaire pour survivre ». La recherche des intérêts individuels qui sont
divergents (et non complémentaires comme dans l’analyse smithienne) conduit alors à une
amélioration du bien être du patronat, à une détérioration de celui des ouvriers . Tocqueville peut
même écrire : « non seulement les riches ne sont pas unis solidement entre eux , mais on peut
dire qu’il n’y a pas véritablement de lien véritable entre le pauvre et le riche. Ils ne sont pas fixés
à perpétuité l’un près de l’autre, à chaque instant l’intérêt les approche et les sépare(...) . Le
manufacturier ne demande à l’ouvrier que son travail, et l’ouvrier n’attend de lui que le salaire.
L’un ne s’engage point à protéger, ni l’autre à défendre, et ils ne sont liés d’une manière
permanente , ni par l’habitude, ni par le devoir. » Tocqueville oppose alors à l’aristocratie
industrielle celle de l’ancien régime: « l’aristocratie territoriale des siècles passés était obligée par
la loi, ou se croyait obligée par les moeurs, de venir au secours de ses serviteurs et de soulager
leurs misères. Mais l’aristocratie manufacturière de nos jours, après avoir appauvri et abruti les
hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir »
Tocqueville se fait ici le défenseur d’un certain conservatisme social qui regrette le temps des
communautés, il n’en reste pas moins que sa vision exprime particulièrement la situation
dominante durant le 19 ème siècle : on assiste simultanément à un développement de la pauvreté
et à une destruction du lien social . Deux conceptions vont alors s’opposer : la première considère
que ces tendances ne sont que provisoires , le développement de l’anomie que l’on observe
ailleurs ne fait que traduire le passage de la société traditionnelle à la société moderne : ce sera le
point de vue optimiste de Durkheim et des libéraux . La seconde au contraire considère que
structurellement le travail et l’échange marchand ne sont pas capables de générer un lien social
suffisamment durable pour assurer l’intégration des individus à la société.
2 - les trente glorieuses : une parenthese ?
Durant tout le 19ème siècle , les sociétés ne sont pas véritablement arrivées à sortir des
contradiction issues du développement du modèle libéral : l’enrichissement des uns conduisait à
la détérioration du bien être de la majorité et à la destruction du lien social . Mais deux évolutions
vont conduire à la remise en cause de ce modèle :
- La première est qu’à partir de la fin du 19 ème siècle les entreprises vont peu à peu se rendre
compte qu’elles ont besoin de stabiliser leur main d’oeuvre, elles vont donc s’efforcer de retenir
leurs salariés en développant le patronage, qui à terme se généralisera sous la forme de l’Etat
providence.
- La seconde, qui est bien exprimée par la crise de 29, montre que les entreprises vont observer
qu’elles ont besoin de débouchés pour absorber une production qui ne cesse d’augmenter . Elles
vont alors se résoudre à accepter une augmentation des salaires , l’instauration de l’Etat
Providence, qui doivent permettre aux salariés de consommer et d’être les premiers clients de
leurs entreprises (Ford).
Toute la question est alors de savoir si le développement de la régulation fordiste durant les trente
glorieuses qui a permis l’instauration du salariat et de tous les droits y afférents permet d’assurer
un lien social durable. Ou si au contraire on ne doit pas considérer que la période des trente
glorieuses n’a été qu’une parenthèse durant laquelle les objectifs recherchés par le travail et
l’échange marchands et ceux du travail en tant que lien social ont été provisoirement
complémentaires . Mais que structurellement le travail n’est pas capable à lui tout seul de prendre
en charge le lien social ; car ce n’est pas l’objectif qu’il vise .

3 - Le travail et l’echange marchand ne sont pas structurellement createurs de lien social.
Nous avons vu dans la première partie que le travail assurait l’intégration des individus et le lien
social car il permettait tout à la fois :
- l’apprentissage de la vie sociale : il nous apprend les contraintes de la vie avec les autres ;
- il est la mesure des échanges sociaux: il est la norme sociale et la clé de contribution-rétribution
sur quoi repose le lien social;
- il permet à chacun d’avoir une utilité sociale : chacun contribue à la vie sociale en adaptant ses
capacités aux besoins sociaux;
- il est enfin un lieu de rencontres et de coopération , opposé aux lieux non publics que sont le
couple ou la famille.
Il faut maintenant que nous nous demandions si le travail a réellement pour objectif de prendre en
charge ces différentes missions.
4 - le travail generateur de lien social « par accident »
D Méda pose la question suivante : « tentons de comprendre si c’est le travail en soi qui est
générateur de lien social ou s’il n’exerce aujourd’hui ces fonctions particulières que par accident .
». Elle poursuit : « réglons d’un mot la question de la norme : dans une société régie par le travail
, où celui ci est non seulement le moyen d’acquérir un revenu, mais constitue également
l’occupation de la majeur partie du temps socialisé, il est évident que les individus qui en sont
tenus à l’écart en souffrent. Les enquêtes réalisées chez les chômeurs ou les Rrmistes et qui
montrent que ceux ci ne veulent pas seulement d’un revenu mais aussi du travail, ne doivent pas
être mal interprétées. Elles mettent certainement moins en évidence la volonté de ces personnes
d’exercer un travail que le désir de vouloir être comme les autres, d’être utiles à la société , de ne
pas être assistés. On ne peut pas en déduire un appétit naturel pour le travail et faire comme si
nous disposions là d’une population test qui nous permettrait de savoir ce qu’il en est, en vérité
du besoin de travail. Mais nonobstant la question de la norme, le travail est-il le seul moyen
d’établir et de maintenir le lien social, et le permet-il réellement lui même? Cette question mérite
d’être posée car c’est au nom d’un tel raisonnement que toutes les mesures conservatoires du
travail sont prises: lui seul permettrait le lien social, il n’y aurait pas de solution de rechange. Or ,
que constatons nous ? Que l’on attend du médium (moyen) qu’est le travail la constitution d’un
espace social permettant l’apprentissage de la vie avec les autres, la coopération et la
collaboration des individus, la possibilité pour chacun d’eux de prouver son utilité sociale et de
s’attirer ainsi la reconnaissance. Le travail permet-il cela ? Ce n’est pas certain, car là n’est pas
son but : il n’a pas été inventé dans le but de voir des individus rassemblés réaliser une oeuvre
commune. Dès lors, le travail est, certes, un moyen d’apprendre la vie en société, de se rencontrer
, de se sociabiliser, voire d’être socialement utile, mais il l’est de manière dérivée ». En effet le
but du travail , en particulier dans l’analyse libérale, est de satisfaire ses besoins matériels, non
pas de générer une relation sociale. Un bon exemple nous en est fourni par un thème aujourd’hui
à la mode : l’entreprise citoyenne . Qu’est ce qu’une entreprise citoyenne ? C’est selon les
discours dominants : un haut lieu de socialisation, celui où s’épanouirait le collectif de travail, ou
s’acquerraient les identités, où se développerait une solidarité objective. Donc en plus des ses
fonctions de production, l’entreprise assurerait d’autres fonctions de nature sociale , permettant
l’expression, la cohésion , la sociabilité des salariés. L’entreprise société en miniature serait
devenue un haut lieu de la vie sociale. Or qu’en est-il en réalité ? L’entreprise a pour vocation de
combiner différents facteurs de production pour aboutir à un produit en réalisant un profit. D’où 2
conséquences immédiates :
- d’abord la réalisation d’une communauté de travail ne fait pas partie de ses objectifs et
n’appartient pas à son concept.
- Ensuite et c’est le point essentiel l’entreprise est tout simplement l’antithèse d’une société
démocratique, pour reprendre la substance de l’expression entreprise citoyenne . Ceci ne veut pas
dire que l’entreprise soit un lieu antidémocratique, mais simplement que cette catégorie ne peut
lui être appliquée. Le lien de citoyenneté concerne en effet des égaux qui , par le suffrage, selon
le principe un individu=une voix décident collectivement des fins à rechercher. L’entreprise est

exactement le contraire : le contrat de travail salarié est un lien de subordination qui est l’inverse
du lien de citoyenneté . Dès lors , le lien social généré par l’entreprise s’il existe, ne peut-être
tenu comme représentatif du lien social existant dans nos sociétés démocratiques. Dans le cadre
de la production fordiste , le surplus de revenu et de bien être accordé au salarié l’est au prix
d’une subordination dans le cadre de l’entreprise : l’ouvrier fordien subissant les directives des
bureaux , le rythme de travail imposé par les machines . La tendance actuelle qui se caractérise
par une forte augmentation des licenciements met en évidence le lien purement conjoncturel qui
attache les salariés aux entreprises. Ceux ci n’appartiennent pas substantiellement à l’entreprise ,
puisque son identité n’est pas affectée par leur départ. On se rend donc bien compte que «
lorsqu’elle se dissout sous les chocs externes , elle montre que sa nature réelle est d’être un
ensemble d’individus dont ni la présence, ni la coopération ne sont nécessaires. Ses fins ne sont
ni celles d’un lieu démocratique, ni celles d’une communauté réalisée en vue du bien de ses
membres. »C’est ce que constate D Méda dans le doc 14 quand elle considère que le lien
politique est plus fondateur que le lien issu du travail . Elle écrit : « le lien social , c’est ce qui
fonde la coappartenance des individus à un même espace social, ce qui fait qu’ils sont tous
membres d’une même société, donc que tous à la fois ils acquiescent à l’ensemble des règles qui
régissent celles la et qu’ils agissent perpétuellement - et telle est la fonction du citoyen - pour
adapter ce lien conformément au type de société qu’ils voudraient . Autrement dit, le lien social ,
c’est d’abord et avant tout le lien politique, à travers lequel les individus sont déjà tenus et à
travers lequel ils décident ensemble des règles fondamentales qui déterminent la vie en société,
c’est à dire de la constitution des lois, des institutions politiques, des modes de fonctionnement
démocratiques. La vraie figure du lien social, c’est à dire ce qui fait que nous, français, sommes
58 millions d’individus à former une société particulière, déterminée, spécifique, c’est le lien
social ». La crise actuelle semble être un bon révélateur de l’incapacité du travail et de l’échange
marchands à assurer un lien social durable .
B - aujourd’hui le travail est destructeur de lien social, et ceci semble etre une tendance de long
terme.
1 - un constat.
Les chiffres sont à cet égard révélateurs :
- le taux de chômage touche plus d’un actif sur dix aujourd’hui, 1 jeune sur 4. Sur les deux
dernières années un quart des ménages ont vu un de leurs membres subir le chômage.
- ces chômeurs ont un probabilité non négligeable , en particulier quand ils sont âgés , de rester
durablement exclus du marché du travail : c’est le cas de plus d’un chômeur sur 3 aujourd’hui.
- Les actifs qui ont la chance de conserver ou d’obtenir un emploi , ont une probabilité de moins
en moins importante de bénéficier du statut de salarié fordien , avec tous les avantages y afférents
(CDI, etc.).En effet la part des emplois précaires (elle concerne un salarié sur 10), et des actifs à
temps partiel (un actif su 16) ne cesse de se développer.
- Enfin et ce n’est pas le constat le plus engageant on dénombre selon un article du monde
diplomatique près de six millions de personnes en situation de précarité, et qui risquent donc
d’être exclues.
Or qu’est ce qui est à l’origine de ce constat sinon la formidable capacité d’exclusion du marché
du travail aujourd’hui.
2 - la capacite d’exclusion du marche du travail .
Nous venons de le voir le nombre d’exclus ne cesse d’augmenter , or la question essentielle n’est
pas celle que nous nous posions dans la première partie : comment réinsérer les individus dans la
société , mais bien par quel processus les individu sont-ils été exclus . Et là on voit bien que le
travail n’est pas capable d’assurer du lien social, puisque c’est la crise du travail qui est à
l’origine de l’exclusion comme le constate R CasteL: « quel peut être le destin social d’un jeune
homme ou d’une jeune femme - ces cas commencent à se présenter - qui après quelques années
de galère devient Rmiste à 25 ans ». La question est d’autant plus grave que les capacités

d’exclusion du marché du travail semblent se concentrer sur les populations défavorisées . On
peut ici opposer deux modèles:
- durant les 30 glorieuses les populations non qualifiées issues de l’exode rural ou de
l’immigration ont pu obtenir un emploi , car dans le cadre du fordisme les entreprises avaient
besoin de salariés solides physiquement pour travailler à la chaîne , c’était alors la seule qualité
qu’on leur demandait . Ces populations ont pu s’intégrer au mode de vie dominant par les
augmentations de salaire qui leur ont permis d’acquérir les biens typiques de l’american way of
life , ce qui leur a permis de fournir des débouchés aux entreprises qui ont pu embaucher. On
avait alors un cercle vertueux de l’intégration par le travail.
- Au contraire aujourd’hui les qualités requises par les entreprises ont beaucoup évolué «
connaissances et savoir-faire spécialisé sont, certes, plus que jamais nécessaires pour occuper
certains emplois, mais en règle générale, cela ne suffit plus: la valorisation de la compétence
technique suppose une capacité de mise en situation , des compétences sociales telles que le
langage, la flexibilité comportementale, l’intuition stratégique , tout ce qui permet d’agir au sein
d’un système social différencié, de participer à des activités collectives nécessitant des formes
élaborées de coopération . (...) Or les compétences sociales sont, par nature, plus difficiles à
identifier et à évaluer et pratiquement impossibles à formaliser dans des diplômes ou des
qualification reconnues ». Dès lors , le marché du travail devient beaucoup plus sélectif , et les
populations défavorisées qui présentent mal, qui ont un langage moins recherché , risque d’être
exclues du marché du travail , ce qui renforcera le risque d’exclusion sociale . On assiste alors à
un cercle vicieux : plus l’individu est intégré à la société, appartient à une catégorie favorisée
plus ses chances d’obtenir un emploi seront élevées, et inversement . Quand le marché du travail
devient demandeur, la file d’attente pour trouver du travail s’allonge, et les entreprises
sélectionnent les individus qui sont les plus conformes à leur souhait . Si les catégories
défavorisées ont une telle probabilité d’être au chômage c’est que la file d’attente est longue , et
que leur espoir de retrouver un emploi demeure réduit tant que ceux qui sont devant dans la file
d’attente n’ont pas retrouvé un emploi . Or on peut douter de la capacité du marché du travail à
générer suffisamment d’emplois pour réduire durablement le chômage .
3 - semble etre une tendance lourde.
B Perret écrit que « l’opinion constate que l’industrie supprime inexorablement des emplois sous
l’effet de l’automatisation et de la concurrence des pays à bas coût de main-d’oeuvre, et que rien
dans les innovations récentes ne semble en mesure de prendre le relais de l’automobile, du
réfrigérateur et de la télévision comme moteur de l’expansion ». Pour lutter contre le risque de
chômage les individus poursuivent des études de plus en plus longues . Le taux d’activité des 15
-25 ans ne cesse de diminuer , passant de 57 à 38 %. A l’autre extrémité de la vie , toujours pour
lutter contre le chômage on multiplie les autorisations de ne pas chercher activement un emploi.
On constate donc que le nombre d’individus ayant un emploi ne cesse de diminuer, que cette
tendance semble être une tendance de long terme contre laquelle il sera difficile de lutter . La
solution mise en avant pour réduire le chômage étant le partage du travail par sa réduction , on
voit donc bien que le travail occupera une part de plus en plus faible de la vie des individus, qui
disposeront alors de temps libre pour faire d’autres activités . Le travail perdra donc sa centralité .
C - d’ou la necessite de reinserer les individus dans la societe en reinventant de nouvelles sources
de lien social.
1 - les nouvelles voies à experimenter .
Les propositions qui sont faites pour renouveler le lien social sont très diverses . Certains auteurs
sont favorables au retour à un lien social plus communautaire . Ils considèrent que pendant 30 ans
l’Etat Providence s’est développé et a permis de libérer les individus des contraintes
communautaires qui pesaient sur eux : les personnes âgées grâce à la généralisation du système
de retraite , à la multiplication des maisons de retraite ne sont plus à la charge de leurs enfants .
De même , grâce à l’instauration des assurances maladies et chômage la prise en charge des

risques sociaux est désormais assurée par une assurance sociétale qui donne davantage de liberté
aux individus. R Castel écrit ainsi : « en établissant des régulations générales et en fondant des
droits objectifs, l’Etat social creuse encore la distance par rapport aux groupes d’appartenance qui
, à la limite n’ont plus de raison d’être ». Or l’entrée en crise a montré les limites de
l’intervention de l’Etat Providence (qui semble lui même en crise) . Comme l’écrivent JB DE
Foucauld et D Piveteau : « On ne peut se passer de l’Etat providence pour lutter contre la détresse
et l’isolement,, mais on ne peut pas non plus se reposer uniquement sur lui. Or plus la société est
individualiste, et plus l’Etat Providence peut donner l’illusion qu’il peut assumer seul les tâches
de solidarité. Alors même que se délite le tissu de relations personnelles sans lesquelles les outils
de l’Etat Providence sont sourds, aveugles et manchots, on tend au contraire à se reposer , à se
décharger davantage sur lui. Le voila ainsi pressé de monter au front pour des missions dont il
n’est pas capable. Ce qui alimente la déception, et nourrit une critique injuste et excessive de son
action. » . Les auteurs en sont alors conduits à ne plus laisser l’individu seul face à l’Etat . Ils
proposent de renouveler les formes traditionnelles de solidarité : familiale , de voisinage , etc.
Toute la difficulté est que celles ci sont souvent en crise (cf la crise de la famille). Il serait alors
nécessaire d’en inventer de nouvelles qui s’appuieraient sur la remise en cause du travail comme
source du lien social . Comme l’écrivent JB DE Foucauld et D Piveteau : « le chômeur de longue
durée qui est à la fois exclu de l’emploi du lien social et du sens, représente, sans le vouloir ni le
savoir, une sorte de tragique avant-garde. Il est la pointe avancée des nouvelles contradictions et
des nouvelles impasses de notre société, celles qui doivent nous conduire à formuler un projet
politique qui porte à la fois sur le sens, sur le lien social et sur l’emploi. Il faut bien sur faire en
sorte qu’il y ait du travail pour ceux qui en attendent. Mais il faut, en parallèle, diversifier les
sources du sens et de l’identité. Oui à une croissance plus riche en emplois, mais à condition de
ne pas se contenter, et d’amorcer une diversification de notre mode de développement » . Méda
ne dit pas autre chose quand elle écrit (doc 14) : « un surcroît de parole et d’activité politique
c’est aujourd’hui la réponse la plus intelligente, la plus digne et la plus susceptible de servir de
modèle à des sociétés mondialisées, dont les membres sont de plus en plus mis à l’écart. Dès lors
la force du lien social -d’abord lien politique- constituerait bien la ressource majeure à mobiliser
en cette époque troublée. Le comprendre impliquerait d’opérer une double redistribution : celle
de l’activité politique d’abord, celle du travail ensuite ,redevenu un des modes du lien social mais
non son seul support ». Parmi les nouvelles formes de participation à la société qui sont
envisageables GORZ , Foucauld ET Piveteau insistent en particulier sur les protocoles de temps
choisi comme par exemple « le bénévolat associatif, lorsqu’il est exercé avec la quasi régularité
d’un travail ». D’autre auteurs insistent sur le développement des loisirs dont la possibilité résulte
de la réduction du temps de travail ou de l’inactivité forcée résultant du chômage . Tout le
problème est que ces activités ne se développeront pas tant qu’elles ne seront pas légitimées par
l’Etat et la société .
2 - un travail de legitimation des nouvelles sources d’identite s’avere necessaire.
En effet JB DE Foucauld et D Piveteau écrivent : « lorsque pour reprendre l’expression de P
Boulte , les sources de l’identité se raréfient, le travail rémunéré apparaît comme une bouée de
sauvetage, particulièrement s’il repose sur des relations juridiques claires. Alors qu’au contraire ,
le bénévolat , les activités domestiques , l’éducation des enfants ou l’investissement dans les
loisirs culturels ou artistiques qui constituent des positions sociales moins encadrées et moins
charpentées , ne pèsent apparemment pas du même poids. » R Castel surenchérit : « la vie sociale
ne fonctionne pas seulement au travail, et il est toujours bon d’avoir plusieurs cordes à son arc,
loisirs culture, participation à d’autres activités valorisantes .... Mais, sauf pour les minorités de
privilégiés ou de petits groupes qui acceptent de subir l’opprobre social ( cf les jeunes des
banlieues), ce qui permet de tendre l’arc et de faire partir les flèches dans plusieurs directions,
c’est une force tirée du travail » (doc 3). Dés lors : « le projet personnel et le projet professionnel
deviennent des vases communicants, et si le niveau reflue dans l’un , il refluera aussi dans l’autre.
Alors très logiquement on se cramponne à son métier et on y investit . (...) C’est la spirale de la
fragilité : pour conjurer le risque où l’on est de se retrouver dépourvu de tout, on orchestre soi
même son propre appauvrissement » Pour que les individus s’investissent réellement dans des

activités qui ne relèvent pas du travail salarié , il faut donc que celles ci soient légitimées : « tout
un potentiel d’initiatives reste en jachère faute de pouvoir s’inscrire dans des cadres qui fixent un
peu leur ossature, et leur donnent de la respectabilité. En aidant à ce que d’autres activités
inspirent la même considération que le contrat de travail ou le statut de fonctionnaire, l’Etat
favoriserait un nouveau dynamisme de la société, contribuerait à élargir les sources de l’identité,
et oeuvrerait à un nouvel équilibre de notre mode de développement » Toute la question est de
savoir si l’Etat peut et veut le faire , et si son intervention serait suffisante pour remettre en cause
deux siècles de domination du lien social par le travail ?

,

Des ressources complémentaires
Exercices de
remédiation

Sur le net, articles et vidéos
De base

Approfondissement

Le cours du CNED

I – Quelle place a l’emploi
dans
les
sociétés
modernes ?

Les 30 Glorieuses vues à
travers la pub : ici
Sur Sciences humaines: Les
formes d'intégration
professionnelle

Un reportage de France 5 ,.(1 / 2) 19061975 : le temps de l'espoir. Ce
documentaire montre comment le travail
salarié est devenu, pour la première fois
dans l'histoire, le principe d'organisation
de la société, le fondement d'un
compromis social innovant et le pivot de
chacune de nos vies. ici
La sociologie du travail autour de
Michel Lallement - Ses EnsLyon

II – L’emploi peut-il
continuer
à
assurer
l’intégration sociale ?

Une
dissertation
corrigée
L'emploi
permet-il toujours de
s'intégrer à la société
française
Un exercice sur une
vidéo de R.Castel
Un
exercice
synthèse
sur
transformations
salariat

de
les
du

Epreuve
composée
corrigée – Travail et
intégration

Quand devient-on travailleur
pauvre? - Le Monde
Une vidéo Robert Castel : la
société salariale - francetv
éducation
La dimension économique de
l’exclusion par BNP Paribas,
une vidéo : ici
un entretien avec D.Schnapper
sur Melchior:ici
Un reportage de France 5 .(2 /
2) "Le temps du doute"... ou de
la désespérance : 1976-2006 :
ici
Vidéo : Le sociologue Robert
Castel décrypte la crise sociale
(1/2)
Vidéo : Le sociologue Robert
Castel décrypte la crise sociale
(2/2)

Le Centre d’Analyse stratégique :
Télécharger le rapport "Le travail et
l'emploi dans vingt ans"
Un
e vidéo résumant le rapport
Robert Castel - Conférence La crise
de la cohésion sociale : travail
et école
Robert Castel - "Sortir du précariat"
Une vidéo
La vie des idées: Les impensés du
travail
Dans Télérama, R.Castel Le travail,
c’est la précarité ? ici

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