Vous êtes sur la page 1sur 93

CRESPI Brunna

 Identités,  migrations  et  transmission  des  
savoirs  des  pêcheurs  de  l'Oyapock.    
Le  cas  d'une  région  transfrontalière  et  
pluriculturelle,  entre  Guyane  française  et  Brésil.  

Photo: Filet d'un pêcheur à Saint-Georges. Cliché : Crespi, 2013.

Paris,
Juillet-Septembre 2013
 

UNIVERSITÉ PARIS DIDEROT – PARIS 7
UFR – GÉOGRAPHIE
MASTER 2 – ENVIRONNEMENT, PAYSAGES, MILIEUX ET SOCIÉTÉS

Identités, migrations et transmission des savoirs des
pêcheurs de l'Oyapock. Le cas d'une région
transfrontalière et pluriculturelle, entre Guyane
française et Brésil.

Mémoire de recherche :
Brunna Crespi
Sous la direction de :
Catherine Sabinot (IRD)
Pauline Laval (CNRS/MNHN)
Organismes d'accueil :
Institut de recherche pour le développement
(UMR 228 Espace pour le développement / IRD-UR-UAG-UM2)
Observatoire Hommes Milieux (CNRS)
Responsable de stage :
Josyanne Ronchail (LOCEAN)

Paris,
Juillet-Septembre 2013
 

ii  

« Je ne sais quel mystère flotte sur cette mer, dont les gestes lentement terrifiants semblent évoquer
une âme qui s'y cache. »
H. Melville
 

iii  

pour le dévouement. pour l’accueil chaleureux. Je remercie également mon encadrante. Je tiens à remercier également Marianne COHEN. Julio Garcia. qui m'ont généreusement accueillie et sans lesquels ce travail n’aurait pas été possible. pour les moments de joie et pour sa précieuse amitié. avec leur courage et joie de vivre. qui. son aide sur le terrain et ses conseils avisés. à remercier toutes les personnes avec qui je me suis entretenue durant mon travail de terrain. Merci aussi à toute l'équipe de OSE-Guyamapa pour les informations et conseils partagés. pour les précieuses discussions et sages conseils. Merci également pour leur accueil aux chercheurs et personnel de l’IRD de Cayenne. pour l'orientation et l’attention portée aux étudiants au cours de cette année. pour son aide inestimable. coordinatrice du master. et pour avoir guidé mes premiers pas en ethnologie. Un grand merci mes chers et aimés amis !   iv   . Je la remercie pour être présente dans toutes les étapes de mon travail. depuis le projet jusqu'à la version finale ! Merci à Josyanne RONCHAIL. spécialement Damien DAVY. Un grand merci à tous les interviewés.Remerciements Je tiens tout d’abord. Merci à Ricardo LIMA. finalement. pour l'engagement et pour cette disposition contagieuse. pour la confiance. pour m’avoir accueilli dans son équipe à l’IRD de Cayenne et à Cécile FONTANA pour avoir réglé mes problèmes bureaucratiques de la manière la plus généreuse. aux stagiaires. pour leur patience et pour avoir généreusement partagé leurs connaissances. à Jérôme LEVE. et sa famille. Merci à Christophe CHARRON. pour les conseils et informations partagés. Je remercie également Pauline LAVAL pour son soutien et encadrement pendant tout ce stage. et Sandra NICOLLE. aux piroguiers pour les voyages agréables. ont fait ma vie en France plus douce et accueillante. et à Joël Rosé. Je tiens aussi à remercier toute l'équipe de l'OHM-CNRS. Je tiens à remercier. spécialement Arzhvaël JEUSSET et Fernanda BOULHOUSA. pour son inestimable aide et orientation durant toute cette année universitaire. pour nous avoir présentée aux pêcheurs de Saint-Georges. et. J’adresse des chaleureux remerciements à Serge BAHUCHET pour m’avoir soutenue et conseillée durant tout mon parcours professionnel depuis mon arrivée en France. Catherine SABINOT. toute ma famille et amies. notamment le président de la 'Colônia' de pêcheurs d'Oiapoque. pour nos nombreuses discussions. en particulier.

.......................................................   CONTEXTE DE LA PECHERIE LOCALE  ...............................................................................................................................................................   DYNAMIQUE DES MIGRATIONS ET DE TRANSMISSION DE SAVOIRS DES PECHEURS DANS LA ZONE  ............... UN BOUT DU MONDE MECONNU  ......................  37   I)   DETERMINANTS MIGRATOIRES  ....................   PRESENTATION GENERALE  ....................................................................................................................................................  21   B.............................................................................  9   I) LECTURES  ..............   INTRODUCTION  ............  23   I)   LA PECHE EN GUYANE  ....  37   II)   LE PARCOURS DE VIE DES PECHEURS................Plan 1.......................................................  6   B.............................................   LE CADRE CONCEPTUEL ET THEORIQUE DE L’ETUDE  ..............................  4   A..............................................................................  10   III)   OBSERVATION ET ENTRETIENS : LA COLLECTE DES INFORMATIONS  ..........................................  4   II)   PROBLEMATIQUE DE RECHERCHE : DES PECHERIES QUI SE COTOIENT ET ECHANGENT  .....  33   3.....................................................  19   IV)   LES MIGRATIONS DANS LES SOCIETES DE PECHEURS  .....................  26   III)   LA CHASSE ININTERROMPUE AU TRESOR AMAZONIEN  ..............................................................  4   I)   PRESENTATION DE L’ETUDE : OYAPOCK.................... LEURS PRATIQUES ET LEURS APPRENTISSAGES  ............................... ANTHROPOLOGIE MARITIME ET GEOGRAPHIE  ........  23   II)   LA PECHE EN AMAPA  ....................................................  13   A...............   METHODOLOGIE  .............................................................................................................................................  29   IV)   L’HISTOIRE MIGRATOIRE DE NOS JOURS : LES ENJEUX DE L’EURO ET DU POISSON  .......................................   LES DYNAMIQUES DE LA PECHERIE ARTISANALE  ......................................................................................................................................................................  44     a   ..........................................................................................................  13   I)   ETUDE DES SOCIETES DE PECHEURS.....................................................................................  11   IV)   MODELE D’ANALYSE DES INFORMATIONS  .........................  37   A.....................................................................................................................................................  31   V)   LES TERRITOIRES PROTEGES DANS LA ZONE  ...............................  9   II)   ENTRETIENS EXPLORATOIRES  ............  5   III)   ZONE D’ETUDE : LE FLEUVE COMME UN ESPACE MOUVANT  ........  13   II)   TRANSMISSION DES SAVOIRS DANS LES SOCIETES DE PECHEURS  ................................  13   2..............................................................  16   III)   DISCUSSIONS AUTOUR DE LA DEFINITION DE PECHE ARTISANALE  .........................................   RESULTATS ET DISCUSSION  .

...............39 GRAPHIQUE 3 : VILLE D'ORIGINE DES PECHEURS A SAINT-GEORGES .. LES OUTILS ET LES TECHNIQUES DE PECHE PARTAGES  ..............  58   II)   TERRITOIRES ET FRONTIERES IMAGINAIRES  .   CONCLUSION  .................. 41 CARTE 5 : CARTE DE LA VILLE D'OIAPOQUE.   L’IDENTITE LOCALE ET LES TERRITORIALITES  ...............................................…............... 57 PHOTO 3 : LES POISSONS LES PLUS PECHES DANS LA ZONE.. .............. ROSE : PARA ........ 64 Table des tableaux TABLEAU 1 : LES OUTILS DE PECHE CONNUS OU UTILISES SUR L'OYAPOCK.................................................................................. 57 PHOTO 4 : QUARTIER « BEIRA RIO » DES PECHEURS A OIAPOQUE................ ROUGE : MARANHÃO)................................ 40 CARTE 4 : LES MOUVEMENTS MIGRATOIRES DES PECHEURS VERS OIAPOQUE ET SAINT-GEORGES ET LES PRINCIPALES ROUTES EMPRUNTEES..............52 Table des photos PHOTO 1 : PECHEUR EN TRAIN DE REPARER UN EPERVIER DANS SA BARRACA* ............................................................................ .............................................................................. ...............................................................................  65   4................. ..................................................................61 PHOTO 5 : QUARTIER DE LA CRIQUE ONOZO..................................................................... VERT : GUYANE .......... 47 PHOTO 2 : LES POISSONS LES PLUS PECHES DANS LA ZONE........................…………………………………………………………….................……………………………………......................... JAUNE : AMAPA ............  70   Illustrations Tables des graphiques GRAPHIQUE 1 : ANNEE DE NAISSANCE DES PECHEURS DE L'OYAPOCK ....................................………………………………………….....................40 GRAPHIQUE 4 : LES ESPECES LES PLUS DEBARQUEES DANS LES PORTS DE LA REGION SELON LES PECHEURS D'OIAPOQUE ET DE SAINT-GEORGES ................................... 60 CARTE 6 : CARTE DE LA VILLE DE SAINT-GEORGES................................... .................. LOCALISATION DES MAISONS DES PECHEURS (POINTS VERTS : MAISON DES PECHEURS INTERVIEWES......……………………………………….............. COHESION SOCIALE ET MULTICULTURALISME  .............................................. . ....................……………................................….......………............... LOCALISATION DU QUARTIER DES PECHEURS (POINTS VERTS : MAISONS DES PECHEURS INTERVIEWES).........  53   B..........………………………………....................................III)   LES SAVOIRS...................................... 48   b   ............................................................................................................. ......................................................................................38 GRAPHIQUE 2 : VILLE D'ORIGINE DES PECHEURS A OIAPOQUE .............. ................... 65 Table des cartes CARTE 1 : ZONE D'ETUDE...................... 7 CARTE 2 : TERRITOIRES PROTEGES DANS LA ZONE D'ETUDE............... 34 CARTE 3 : VILLES D'ORIGINE DES PECHEURS DE SAINT-GEORGES ET D'OIAPOQUE (BLEU : PEROU .......  58   I)   PERCEPTIONS IDENTITAIRES... ................. ROUGE : COLONIA Z-03)... OU SONT REGROUPES LA PLUPART DES PECHEURS DE SAINTGEORGES............. ................................

Sigles et abréviations UFPa-CFCH : Centre de Philosophie et Sciences Humaines (CFCH) de l'Université Fédérale de l'Etat du Pará (Brésil) UFPa-NAEA : Centre des Hautes Études Amazoniennes (NAEA) e l'Université Fédérale de l'Etat du Pará (Brésil) UFBA : Université Fédérale de l'Etat de Bahia (Brésil) UNIFAP : Université Fédérale de l'Etat du Amapá (Brésil) MPA : Ministère de Pêche et Aquiculture (Brésil) FUNAI : Fondation nationale de l'Amérindien (Brésil) PESCAP : Agence de Pêche de l'Etat du Amapá (Brésil) CNRS : Centre national de la recherche scientifique (France) CNRS-OHM : Observatoires Hommes-Milieux du Centre national de la recherche scientifique (France) IRD : Institut de recherche pour le développement (France) MNHN : Muséum national d'Histoire naturelle (France) 'UMR 228 EspaceDev : Unité mixte de recherche « Espace pour le Développement » (Institut de recherche pour le développement. Université Antilles-Guyane. Université Montpellier 2) l'INRS : Institut national des recherches spatiales (Brésil) Ifremer : Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (France) CRPMEM : Comités Départementaux et Régionaux des Pêches Maritimes (France)   c   . Université de la Réunion.

Lexique définissant les principaux termes portugais employés
Ce lexique traduit et définit les termes portugais qui n'ont pas d'équivalents en français, ainsi que
certains termes spécifiques au monde de la pêche. Ces termes sont suivis d’un astérisque dans le texte.
Armateur : L'armateur est la personne qui équipe à ses frais un ou plusieurs navires marchands ou de
pêche, ce qui lui confère des responsabilités particulières, notamment en matière de sécurité maritime.
Il met à disposition un équipage, fournit en matériel, le ravitaillement, tout ce qui est nécessaire à
l'expédition maritime. Il n'est pas nécessairement le propriétaire du navire.
Barraca : Les Barracas sont des abris en bois sur pilotis sous lesquels les pêcheurs réparent les filets
et parfois constituent des maisons collectives où les pêcheurs sans famille habitent.
Cidades gêmeas (villes jumelles) : Les Cidades gêmeas sont semblables à une communauté de
communes : deux villes ou centres urbains sont fondus dans un secteur géographique proche. Sans
toutefois avoir un maire en commun, ces villes normalement ont des projets de développement
partagés.
Colônia : Les Colônias de Pêcheurs, les Fédérations de l'Etat et la Confédération Nationale des
Pêcheurs ont été reconnues par la loi nº 11.699, de 2008, comme des organismes de la classe des
travailleurs du secteur artisanal de la pêche ; elles sont équivalentes à des syndicats. La défense des
droits et les intérêts de la catégorie des pêcheurs, à l'intérieur de sa juridiction appartiennent aux
colônias, aux Fédérations de l'Etat et à la Confédération Nationale des Pêcheurs.
Defeso : Le Defeso est une mesure qui vise à protéger les organismes aquatiques pendant les phases
les plus critiques de leurs cycles de vie, comme la période de reproduction ou encore la période de plus
grande croissance. Par conséquent, la période de defeso favorise le développement durable de
l'utilisation des ressources halieutiques et interdit la pêche quand les poissons sont plus vulnérables à
la capture, quand ils sont réunis en bancs. Pendant cette période sans pêche, les pêcheurs reçoivent une
aide du gouvernement en compensation, ce qui permet de garantir la survie de leur famille.
Municipio : Au Brésil, le Município est la plus petite division politico-administrative, après les
Unidades Federativas (UF ou États). Il possède seulement deux pouvoirs : exécutif (la prefeitura,
préfecture) et législatif (câmara de vereadores, sorte de conseil municipal). Généralement, un
município est composé d'une ville et de ses dépendances rurales.

 

2  

La prière du pêcheur1

Quand le pêcheur sort pêcher, bien loin dans la mer, que Dieu l'aide à retourner.
Quand le pêcheur sort pêcher, que Dieu le protège de la pluie, de la force des vagues, du vent froid en
train de souffler.
Quand le pêcheur sort pêcher, que le filet qu’il lance rapporte des poissons à manger ou à vendre, et
s’il trouve un pauvre qui a faim, qu’il puisse l’aider.
Quand le pêcheur sort pêcher, que Dieu lui donne de la patience quand, dans les déchets de la mer,
son filet s’est déchiré.
Quand le pêcheur sort pêcher, que Dieu protège sa famille, en son absence du foyer, qui est le prix
élevé que le poisson l’oblige à payer.
Quand le pêcheur sort pêcher, qu'il y ait de l'abondance dans les eaux et des mouettes dans le ciel à
voler, qu'il y ait du vent dans la voile et des vagues qui traversent la mer, que l'espoir dans la lumière
de son regard puisse briller.
Quand le pêcheur sort pêcher, que Dieu ouvre ses yeux pour qu'il voie le poisson dans la mer et la
tendresse dans le regard de ceux qui l’aiment quand à la maison il retourne, mais surtout qu'il voie la
grâce de son Créateur et l'amour de Jésus dans la croix, là où il doit passer.
Quand le pêcheur sort pêcher, qu’il n’attrape rien, et qu’à son retour, fatigué, dans son bateau il
pleure, que chaque larme tombée soit donnée à la mer, et que demain celle-ci s’en rappelle quand le
pêcheur ressortira pour pêcher.
Et quand le pêcheur enfin ne pourra plus sortir pour pêcher, que Dieu le garde de la tempête de l'âme,
de la mélancolie, et qu'il n'enlève pas sa joie de regarder la mer et de prier quand un autre pêcheur, à
sa place, sortira pour pêcher.
C’est Dieu qui te fit pêcheur, qui fit ton âme et la mer se joindre. Tu penses que tu es maître de la
mer, mais c’est la mer qui est ton maître.
Seigneur, bénisse le pêcheur !
Marcelo Crivella

                                                                                                                       
1

 

Prière peinte sur un de murs de la maison de la colônia* des pêcheurs d’Oiapoque.

3  

1. Introduction
A. Présentation générale
I) Présentation de l’étude : Oyapock, un bout du monde méconnu
« A la frontière entre la Guyane française et le Brésil, les berges du fleuve Oyapock sont le lieu de vie
de plusieurs communautés françaises et brésiliennes qui pratiquent diverses activités sur terre, sur le
fleuve et en mer. La pêche est une des importantes activités de la région et les différents groupes de
pêcheurs des deux rives se partagent les espaces terrestres et aquatiques, comme les réseaux
d'échange et de commerce nécessaires à la distribution de leurs prises. Ils échangent des biens, mais
aussi des savoirs, savoir-faire, et des représentations en matière environnementale » (Sabinot, 2013,
proposition de stage).
Loin d’être une simple frontière, un fleuve est « une artère de vie (…) qui se remonte, se descend et se
traverse », un espace mouvant que se partagent les habitants de ses deux rives.

Ainsi, de sa

découverte jusqu’à la fin du XIXème siècle, le fleuve Oyapock est la voie de passage privilégiée
empruntée par des explorateurs, missionnaires, officiers et des habitants locaux pour pénétrer à
l’intérieur de la Guyane et atteindre l’Amazonie et ses mirages. Soudé autour de ses deux berges, le
bas Oyapock a longtemps donné l’image d’un bout du monde, autant pour la Guyane que pour le
Brésil. Prévu pour être achevé en 2012, un projet de pont binational sur le fleuve de l’Oyapock a été
conçu : ce pont vise à fortifier et consolider les relations internationales franco-brésiliennes sur le
plateau des Guyanes. « Arc-bouté aux deux berges », ce pont va bouleverser la vie des riverains et
relier deux univers totalement différents : le Brésil, pays considéré comme en voie de développement
et la Guyane, qui fait partie de la communauté européenne (Grenand, 2008).
Dans ce contexte, un Observatoire Homme-Milieux (Institut Ecologie et Environnement-CNRS) a été
créé pour évaluer les changements, mesurer les perturbations et les modéliser et constituer un outil
d’aide aux décisions. Depuis septembre 2012, au sein de cet observatoire, une thèse de doctorat codirigée par Serge Bahuchet (MNHN) et Damien Davy (CNRS-OHM), s'intitulant « Gestion des
ressources aquatiques en contexte pluriculturel et transfrontalier. Le cas du fleuve Oyapock, entre
Brésil et Guyane française » a débuté. Cette thèse conduite par Pauline Laval porte sur les acteurs,
leurs territoires de pêche, leurs savoirs, leurs pratiques et leurs représentations en matière
environnementale.
Enfin, le programme intitulé « Ose-GuyAmapá », Observation par satellite de l’environnement
transfrontalier Guyane – Amapá, porté par l'UMR 228 EspaceDev de l'IRD et l'INRS du Brésil, en
partenariat avec d’autres instituts brésiliens et français, a vocation à développer la coopération entre la
Guyane et le Brésil, et plus particulièrement à favoriser l’intégration régionale de la Guyane dans son
environnement au travers du partage de données (spatiales notamment), de connaissance et d’expertise
 

4  

commanditée et financée par le programme OSEGuyamapá. 5   . entre autres. le présent travail de recherche explorera plus spécifiquement la question de l’identité culturelle. où les pêcheries artisanales locales se côtoient. p. dans le but de mesurer la durabilité sociale. FUNAI-PESCAP) : « Pesca e sustentabilidade das atividades pesqueiras »2. les contextes et les enjeux investis dans la transmission. II) Problématique de recherche : Des pêcheries qui se côtoient et échangent « Partager un même littoral entraîne de fait des échanges entre les communautés. histoire de migration). culturelle et économique de la pêche transfrontalière. UFPa-NAEA. et des échanges des savoirs et techniques qui guident les pratiques actuelles de pêche des sociétés qui se côtoient sur les berges de l’Oyapock ou sur l'eau. de coordination et d’harmonisation des méthodes et pratiques de la gestion intégrée des territoires (extrait de la proposition de stage de C. explorant spécifiquement l’histoire de vie des pêcheurs (origine. CNRS-OHM. y compris la présente étude qui est élaborée. d'aboutir à la production de cartes et d’indicateurs spatialisés pour mesurer la soutenabilité sociale. Pour comprendre la dynamique de pêche dans la zone de l’estuaire de l’Oyapock. permettront. Les travaux des chercheurs et des étudiants.73). multiculturel et transfrontalier.                                                                                                                         2   Pêche et développement durable des activités de pêche. de la dynamique des migrations. et les échanges des savoirs et techniques guident les pratiques actuelles des pêcheurs dans le contexte pluriculturel et transfrontalier de l’Oyapock ? ». 2013 ). Sabinot. la dynamique de migration. les pratiques de pêche qu’ils emploient ainsi que leur attachement au lieu et à leurs origines et la construction de territorialités. nous proposons une ethnographie des pêcheries. Notre étude a ainsi vocation à offrir une meilleure compréhension du système pêche et des connaissances et outils favorisant la mise en place d’une bonne gestion intégrée du territoire. 2006. il est nécessaire d’analyser les acteurs. Ainsi nous entendons répondre à certains objectifs posés par le programme Ose-Guyamapa : expliquer les facteurs qui entraînent le choix des pratiques actuelles de pêche. métiers. culturelle et économique de la pêche transfrontalière. une recherche spécifique se déroule sur le littoral. allant de simples regards échangés. à de réels enseignements d’un groupe vers l’autre. Afin d’approcher une catégorisation de ces dynamiques nouvelles. MNHN) et brésiliens (UFPa-CFCH.sur les milieux naturels et les sociétés. mais aussi d’échanges. s’observent et « s’affrontent » au quotidien. incluant des travaux en sciences humaines et sociales coordonnés par des chercheurs français (IRD. des territoires de pêche et comprendre les représentations que les pêcheurs se font de leur environnement et de leur métier. UFBA. en commençant par une catégorisation des communautés en présence » (Sabinot. En plus de contribuer à l’élaboration de cartes et d’indicateurs spatialisés. Dans ce programme. Notre question de recherche principale est la suivante : « Comment et en quoi l’identité culturelle. UNIFAP-MPA.

ainsi que ses perceptions identitaires ». j’ai été en mesure de proposer les hypothèses de recherche suivantes : « Le parcours de vie du pêcheur et l’origine de ses savoirs vont orienter ses pratiques de pêche. entre les fleuves Orénoque et Amazone. ainsi que les entretiens exploratoires. 2011). scientifiques ? Ces sous questions. et sur la façon avec laquelle il impacte les pratiques quotidiennes de chaque individu. Après les premiers entretiens. 6   . De toutes les frontières sud-américaines. III) Zone d’étude : Le fleuve comme un espace mouvant Aujourd'hui.                                                                                                                         3   Intégré dans le guide d’entretien (annexe 1).. armateurs*. gestionnaires. Ou « L’entourage culturel et environnemental actuel du pêcheur va orienter ses pratiques de pêche. Le guide d’entretien portait sur les histoires de vie et trajectoires du pêcheur et de sa famille. pratiques et représentations acquis dans chacun des lieux. la nomenclature des outils. nous tenterons d’analyser comment s’articulent les savoirs. entre l'Etat fédéré de l'Amapá au Brésil. une région de l’Amérique du Sud en bordure de l’Atlantique. 2007). les pratiques de pêche qu'il connait et ses représentations environnementales et identitaires. Ces deux hypothèses n’étant évidemment pas exclusives l’une de l’autre. la Guyana. une des seules à posséder un point de confluence avec un pays européen est le contact établi sur l’Oyapock. La Guyane. qui démarque réellement et symboliquement une discontinuité politique. l’origine de ses savoirs de pêche. Cette région comprend. particulièrement celui d’origine et celui de destination. la nomenclature des outils. en plus de la Guyane française. le Surinam et le nord du Brésil (d’Aboville. fait partie de l’ensemble géographique du plateau des cinq Guyanes. porte sur la manière dont il est socialement construit et géré. ainsi qu’un questionnaire systématique3. ainsi que ses perceptions identitaires (sentiment d’appartenance) ». et la Guyane Française. l'intérêt principal pour l'espace géographique frontalier entre deux pays. le sud-est du Venezuela.Après les premières lectures sur le sujet d’étude et un premier terrain de recherche. un département-région d’outremer français (DROM) en Amérique du Sud (Silva et al. quelques sousquestions ont émergé : D’où viennent les pêcheurs ? Pourquoi ? Que savent-ils ? Quelles sont les techniques qu’ils emploient ? D’où viennent leurs connaissances ? Quels sont les échanges entre eux ? Y-a-t-il un lien savoir-origine dans la pêche. et si oui quel est-il ? Quelle est l’identité locale ou quelles sont les identités locales ? Y a-t-il un sentiment d’appartenance socio-culturel ? Quelles sont les concordances et distorsions de perception de la pêche entre les différents acteurs : pêcheurs. devenu territoire français en 1664 et département d’Outre-mer en 1946. ont aidé à constituer un guide d’entretien pour diriger les enquêtes de façon la plus ouverte possible.

Carte 1 : Zone d'étude. localisée en face du petit village d'Oiapoque appelé Vila Brasil (Silva et al. créent un locus d'interaction propre. et Camopi. Oiapoque est représentative du comportement économique. 2011. Situées de deux ou plusieurs côtés de la frontière politique. avec lequel elle a des relations commerciales et sociales fortes. Hautefeuille. Source : M. Nascimento et al.Placée sur la rive droite du fleuve homonyme. Sur cette frontière. Oiapoque et Saint-Georges constituent des Cidades gêmeas*.   7   . le município* d’Oiapoque balise la frontière nord du Brésil avec la Guyane française (carte 1). Saint-Georges de l'Oyapock . perceptible seulement dans cet espace géographique... les Cidades gêmeas*. car ce sont des Cidades gêmeas*. social. 2008). 2011). 2011 Du fait de leurs positions. OHM Oyapock.. politique et culturel des communes de la Guyane Française (Silva et al. Oiapoque présente des interactions avec deux communes françaises. même si séparées par la limite internationale. dont les influences réciproques déterminent des comportements socioéconomiques et culturels qui les différencient des autres villes de leurs pays respectifs.petit village français où la présence militaire est importante -.B.

et ont besoin d’être administrés en coopération (Silva et al. les secteurs économiques de la zone. Saint-Georges. La possibilité de gagner des salaires plus importants du côté français et de vendre des produits à des prix plus avantageux ainsi que l’orpaillage. Saint-Georges. Actuellement le município* d’Oiapoque compte 20 426 habitants et est constituée par la ville de même nom.Oiapoque. comme la pêche. répartis entre Saint-Georges (600 habitants environ). Une grande partie des terres de la ville est occupée par des parcs nationaux : Montagnes du Tumuc Humac et Cap Orange. Son territoire est couvert de forêt équatoriale.. dont la majeure partie est concentrée sur le chef-lieu de Saint-Georges. 3600 en 2007 et environ 6000 en 2012. avec quelques savanes et marais dans sa partie nord. le tourisme et l’artisanat sont influencés par cette position géographique frontalière. 2011). 2012). et les terres amérindiennes Uaçá. 2008). Très isolée du reste de la Guyane jusqu'à une date récente (l'aérodrome date de 1968.. La délimitation de la frontière entre la Guyane et le Brésil était restée très vague depuis la création de la colonie française : l’affirmation française était que le fleuve Amazone constituait la limite territoriale au sud de la Guyane. Galibí et Juminã (Nascimento et al. Ce conflit va être nommé de   8   . . ont contribué à la forte mobilité des brésiliens vers la Guyane. mais confrontée à une progression démographique spectaculaire : 2100 habitants en 2000. tandis que celle du Brésil penchait pour l’Oyapock. etc) (Perez et al.. la route de 2003). ont été produits à travers la présence de créoles guyanais et antillais qui ont occupé la zone habitée par des amérindiens Wayãpi et les ont obligé à migrer dans la Montagne de Tumuc Humac. En plus. c'est seulement en 1946 qu'est créée la commune de Saint-Georges de l'Oyapock : elle compte alors 1500 habitants. L’isolement de chacune des communes du réseau de transport de son pays et la forte proximité sociale et économique des deux communes ont contribué à construire une entité particulière des Cidades gêmeas*. la commune de Saint-Georges a développé depuis son origine une stratégie sociale. au XIXème siècle. une commune de 2320 km² située dans l'Est guyanais. ces « limites frontalières » n’ont pas toujours été bien délimitées comme aujourd’hui.. ce qui a impliqué une série de problèmes avec la police française. Elle est peu peuplée. les villages de Vila Velha do Cassiporé et Taperebá et par le district militaire de Clevelândia do Norte (IBGE 2010). économique et culturelle ciblée sur le bassin de vie de l'Oyapock (Perez et al.. Dynamique du bassin de l’Oyapock et Cidades gêmeas*. Néanmoins. Par conséquent. Tampack (300 habitants) et une dizaine de hameaux (LaBombe sur la Gabaret. De l’autre côté du fleuve. . Saut Maripa. Les premiers signes de peuplement de la zone qui aujourd'hui constitue le município* d'Oiapoque. fut fondée le 23 avril 1853 pour servir de bagne aux révolutionnaires des émeutes de 1848 et 1851 ainsi qu'aux criminels de droit commun. Nouvelle Alliance. 2012).

et des forêts sempervirentes denses. ISA et Ifremer. plutôt comme une voie de circulation à l'intérieur d'un même environnement. l’état des ressources et les   9   . Gallois. Les principales activités économiques de la zone sont. avec des températures typiques des régions équatoriales : maximales de 34. vint réveiller l'intérêt de la France et du Brésil pour la possession définitive du Territoire. La recherche bibliographique fut d’abord orientée par deux mots-clés : « pêche artisanale » et « Oyapock ». la flotte. 2008). Les bibliothèques consultées localement sont celles du Musée Kuahi d’Oiapoque. mais qui fait preuve de forts échanges et rapports frontaliers entre les deux côtés du fleuve (Paul-Guers. 2005 . B.5°C au mois de février.7° C au mois d'octobre et minimum de 17. Néanmoins. la découverte d’or par les orpailleurs brésiliens dans la rivière Calçoene dans la zone contestée. Les bibliographies citées par les documents utilisés ont été également des sources importantes. qui fut résolue seulement cinq années plus tard. a constitué une part importante du travail entrepris tout au long du stage. INSEE. Les ouvrages et articles découverts portaient essentiellement sur des aspects généraux de la pêche dans la région comme par exemple les espèces pêchées. l’extraction de minéraux.. la pêche illégale. le nombre de pêcheurs. en général au-dessous des 300 mètres d'altitude. Sudoc. le commerce. les représentations d'une zone de transit dans un même espace écologique. la pêche. Sa condition géographique permet la formation d'un ensemble d'écosystèmes comprenant des marais et mangroves. Environnement et économie. le Conseil Fédéral helvétique. Open Library. décision à laquelle se soumirent les deux parties. Ainsi. 2008). Jstor. de l’OHM-CNRS et de l’IRD à Cayenne. mettant ainsi fin à leurs conflits (Cardoso. l’élevage et l’agriculture (Lima et al. chargé d’arbitrer le différend franco-brésilien.« Contesté Franco-Brésilien ». Le relief est peu accidenté. la production. consultés en ligne sur les bases de données Persée. Méthodologie I) Lectures Cette étape. Le climat est divisé en deux saisons marquantes : l’été ou saison sèche qui comprend les mois de juillet à décembre. qui n'ont jamais perçu le fleuve Oyapock comme une frontière. et l’hiver ou la saison des pluies. IBGE. OCLC. le tourisme. Elle m’a permis de me familiariser avec mon objet d'étude comme avec les concepts et méthodes mobilisés. Le climat de la région de l’Oyapock est équatorial humide. 2008). se sont confrontées à une zone de rupture. En 1894. par le biais d'un arbitrage international : le 1er décembre 1900. de janvier à juin. . le tracé de cette frontière n'a pas pris en compte les représentations des anciens habitants de cette région. accorda la totalité du territoire contesté au Brésil. matérialisée par une frontière politique. mais. bien que classique. La répression des Français envers les Brésiliens venus s’installer dans la zone et la réaction des habitants d'Amapá causèrent la « guerre ».

sur les. la création du Parc National du Cap Orange.CNRS. D’abord.organismes de contrôle et surveillance de la pêche. il était essentiel que les premiers entretiens se déroulent de manière ouverte et très souple. II) Entretiens exploratoires Pour aider à préciser la problématique de la présente étude. OHM. les ouvrages utilisés incluent des études à l’échelle générale. Les enquêtes ethnographiques sont en général précédées par cette pré-enquête afin d'identifier les acteurs devant être interviewés. Puis. la bibliographie a été enrichie suite à une recherche personnelle dans les bibliothèques du MNHN à Paris et sur internet. la recherche bibliographique a été faite pendant toute la durée de cette étude. Par conséquent. discussions et entretiens furent réguliers avec des personnes concernées. de débats et de discussions. les contacts. peu d'études anthropologiques ont été menées sur la thématique de la pêche dans cette région et les ouvrages actuels existants abordent surtout la production halieutique. une réunion de présentation du projet et un «   10   . Ces entretiens ont contribué à découvrir la pertinence du sujet. Finalement. en étant entrecoupée par des périodes de réflexion. Durant la recherche (76 jours de terrain sur les 5 mois de stage). des entretiens exploratoires ont été menés du 19 février au 3 mars 2013. les outils et bateaux de pêche. des critères plus précis et spécifiques se sont imposés pour le choix de la bibliographie : des migrations vers l'Oyapock. chercheur brésilien de l’Université Fédérale de l’Etat d’Amapá et hautcommissaire du Ministère de la Pêche au Brésil. et les conditions de vie dans la région. susceptibles de nourrir la présente étude. Les articles qui portaient des liens avec la question de départ et des éléments d’analyse et d’interprétation ont été choisis. nationale et régionale. UFAM et IRD. le contact avec Julio Garcia.03. a été facilité par Ricardo Lima. Néanmoins. président de la Colonia*. Ensuite. l'historique de colonisation de la zone ainsi que des conflits. Les articles présentaient des problématiques et des modèles d’analyse en anthropologie maritime et en géographie. des articles qui apportaient des approches diversifiées du phénomène étudié ont été suggérés par Serge Bahuchet et Catherine Sabinot. Pour cette raison. les types de pêche à l'Etat de l’Amapá et du Pará. qui m’ont introduite auprès des pêcheurs de la Colonia* Z . Je me suis servie des informateurs clés à partir des premiers contacts : c’est ce qu’on appelle des témoins privilégiés. Par conséquent. à élargir le champ d’investigation des lectures et à mettre en lumière des aspects du phénomène étudié auxquels je n’avais pas pensé spontanément. des chercheurs expérimentés dans la thématique. Certains organismes ont étudié et publié sur cette zone spécifique : UNIFAP. Les premiers contacts à Oiapoque ont été pris grâce au réseau de chercheurs du Programme OSE-GuyAmapa. ISA. Au fur et à mesure de l’avancement de l’étude.

des points GPS des maisons des pêcheurs pour identifier les zones d'habitat et. A Saint-Georges. nous avons élaboré au sein du groupe de recherche OSEGuyamapa un questionnaire systématique composé de 8 questions permettant de construire et renseigner les indicateurs socio-économiques relatifs à la durabilité des communautés de pêcheurs de la zone. suite à deux jours de discussions avec Voyner Ravena Cañete sociologue à l’Université Fédéral de l’Etat du Pará. des GPS embarqués pour connaître les                                                                                                                         4   David L. j’ai établi une charte de confidentialité (annexe 1) que j’ai présentée avant chaque entretien et fait signer à chaque personne interviewée afin de les mettre en confiance pour la diffusion et le traitement des données. le 28 février. dans le volet « Littoral » du programme OSE-Guyamapa. Lors de la première partie. celle des questionnaires. 11   . Finalement. doctorante en ethnoécologie au MNHN-CNRS. où il y a des conflits. Morgan (1997). Uriens Ravena Cañete. le groupe de sciences humaines et sociales. et Pauline Laval. des entretiens ouverts ont été menés le 19 et 20 février auprès de quelques pêcheurs présentés par Julio Garcia pour nous renseigner sur le contexte de l’activité de pêche dans la ville. des questionnaires systématiques sur la migration et la perception de la ressource. Lors de la présentation de notre étude aux pêcheurs le 18 février. Pauline Laval a été une intermédiaire privilégiée pour rencontrer le président de l’Association de Pêcheurs. à savoir l’observation et les entretiens semidirectifs et ouverts que j’ai construits. des entretiens individuels. ils nous ont fait part des difficultés qu’ils rencontraient. ethnoécologue et anthropologue à l’IRD. le 2 mars. une réunion a été préparée pour les pêcheurs de Saint-Georges. les guides méthodologiques pour les renseigner et leurs variables.focus group4 » dans la Colonia* ont été faites par notre équipe. Le méthode englobait : des focus groups. lors de cette seconde réunion. Joël Rosé. etc. finalement. il y avait uniquement des propriétaires de bateaux. Pour éviter ce genre d’écueils lors des entretiens individuels. seuls des pêcheurs étaient présents et en l’absence de leurs patrons. Cela a été porté à la connaissance de certains armateurs* soulevant alors des soupçons et des craintes relatifs aux objectifs de notre recherche et nous rendant difficile pour un temps la réalisation des enquêtes. Catherine Sabinot. Le but de ce questionnaire était de décrire les différents systèmes de pêche dans la zone d'étude. Comme à Oiapoque. ainsi que définir les indicateurs. Alors que dans la première réunion. a été mobilisé. III) Observation et entretiens : la collecte des informations En plus des méthodes classiques de l’anthropologie. l’étudiant de master à l’UFPA. des contacts ont été pris par notre équipe pour l’étape suivante : les enquêtes.). Or. des cartes mentales sur des images satellites (zones où ils pêchent. un des armateurs* participant a proposé d’appeler les pêcheurs pour une nouvelle réunion. Focus Groups As Qualitative Research. où ils estiment qu'il y a beaucoup ou peu de ressources.

Les questions posées aux interviewés englobaient leur statut actuel. j'ai choisi la méthodologie de récits de vie5 et observation ethnographique6. où l’échantillon est construit progressivement sur proposition des individus sondés. un guide avec les photos des outils de pêche (annexe 3). 6 Alex Mucchielli (1994). une pause pour recul et analyse de données m'a aidé à repenser                                                                                                                         5 Daniel Bertaux. Bailey. j'ai utilisé des éléments d'appui à l'analyse contextuelle : un guide d'entretien (annexe 2). les endroits de migration. sur l'importance des ports dans la production halieutique. ainsi qu'entre brésiliens et français. il a fallu le circonscrire : on a délimité les unités d’observation aux pêcheurs commerciaux et inscrits dans les associations de pêcheurs. Les indicateurs choisis par le groupe pour être testés étaient : le concordance/discordance entre la perception des pêcheurs. la nomenclature et la connaissance des différents outils de pêche. en quelque sorte. Methods of social research. Les méthodes qualitatives. celle des entretiens ouverts et observations sur le terrain. Dans ce type d’échantillon.   12   . Pour la prise de contact on a utilisé la technique « boule de neige7 ». celle des capitaines de pêche.   7 Kenneth D. Des images satellites ont été utilisées pour localiser ces zones de pêche et les représentations des pêcheurs. Les bénéfices de cette méthode c'est qu'inspirer confiance à son interlocuteur exige moins d'efforts lorsqu'un ami se porte. François de Singly (1997). les métiers pratiqués. Néanmoins. garant du chercheur par la simple action de le recommander. appelé aussi échantillon par réseau. à chaque personne interviewée. sur les espèces les plus débarquées (production halieutique). les pratiques de pêche. les individus sont sélectionnés en fonction de leurs liens avec un 'noyau' d’individus. le type de bateau sur lequel ils pêchent. la perception du métier et de son identité culturelle. sur la législation et sur la durabilité de leurs méthodes de pêche. Puis. celle des armateurs*. des enregistrements sonores et visuels. les motivations pour quitter une ville. sur la conception d'une bonne pêche. sur les zones de pêche les plus productives. Pour la deuxième partie. sur la conception d'un bon pêcheur. pour que le champ d'analyse ne soit pas trop large et difficile à analyser. (1982). c'est-à-dire que. celle des scientifiques et celles des gestionnaires (CRPM/Pescap). et un journal de terrain. ces questions ne seront pas finement traitées dans ce mémoire.parcours et territoires de pêche. La principale méthode de collecte de données étant les entretiens ouverts et l'observation ethnographique. faute de temps et d'espace. À chaque terrain. Les Récits de vie : Perspectives ethnosociologiques. Cette technique nous permet aussi d'économiser du temps en allant directement aux personnes unités d’observation de l'étude. les revenus antérieurs et actuels. l'origine des savoirs. la tradition dans la pêche. on propose qu'elle nous indique le prochain informateur.

tandis qu’à Oiapoque. De plus.l’objet d’étude. IV) Modèle d’analyse des informations Les entretiens enregistrés lors du terrain ont été retranscrits complètement ou partiellement (sur environ 78 heures d’entretiens enregistrés. À Saint-Georges de l'Oyapock.   13   . mais grâce à leur qualité. les entretiens approfondis ne visent pas à produire des données quantifiées et n'ont donc pas besoin d'être nombreux. nomenclature des outils. anthropologie maritime et géographie « Comment et pourquoi devient-on marin. Le cadre conceptuel et théorique de l’étude A. Le terrain s'est tenu de février à juin 2013. économiques doivent être réunies pour que des habitants des terres deviennent marins. pêcheur ? Devenir marin pêcheur est un processus social. historique. Par rapport au nombre d'entretiens. un journal de terrain. pêcheurs » (Geistdoerfer. origine des savoirs. Par conséquent. et l'analyse de contenu de chacun a été fait en ciblant les éléments suivants : parcours de vie. les traductions ont été soigneusement faites pour conserver leur sens). Par conséquence. pratiques de pêche. des photos et des points géoréférencés ont été produits. puisqu'il n'y a pas de déterminisme . Certaines données obtenues a partir de ces entretiens ont été organisées en tableaux synthétiques et thématiques dans Microsoft® Excel 2003 et 2007 pour des analyses et représentations graphiques. chaque pêcheur avait une fiche d'analyse qui me permettait d'analyser l'ensemble des informations et de croiser les données. 2. enfin le géoréférencement de quelques parcours de pêche (par GPS embarqué) m’ont rendu possible de mieux comprendre les territoires de pêche et les conflits entrainés. J’ai traduit et transcrit des extraits choisis d’entretiens (la langue des entretiens étant le portugais. les entretiens de cette étude ne sont pas représentatifs à cause de leur quantité. Des conditions techniques. les photos et le géoréférencement des maisons des pêcheurs m’ont permis une analyse de la cohésion sociale et identitaire . ce nombre s'est élevé à 25 interviewés. environ 25 ont été transcrites et traduites). perceptions identitaires et entourage environnemental et culturel. Les dynamiques de la pêcherie artisanale I) Etude des sociétés de pêcheurs. en marin. la présence de la mer et de ressources marines ne transforment pas les gens en pêcheur. 14 pêcheurs ont été interviewés. sociales. Le journal de terrain m’a permis d’analyser le contexte des entretiens et les sens cachés des discours . à cause de la plus grande quantité de pêcheurs. Les entretiens avaient pour durée moyenne environ 1h30 et la plupart des pêcheurs ont été visités plus d'une fois.

sociales. 1991 . Au nombre des facteurs de cette variabilité des cultures littorales. L'appropriation sociale de la mer se produit à l'intérieur des limites de la territorialité. 2004b). les pratiques de pêche. c'est bien à cause de sa valeur économique et sociale. Le libre accès aux ressources est alors très restreint. d'appropriation. ont dû inventer des systèmes techniques et socioéconomiques différents de ceux que leurs cousins terriens ont mis en place pour occuper et exploiter un milieu stable et en partie contrôlable (Geistdoerfer. 2000). ou en empêchant l’entrée des pêcheurs étrangers sur leur territoire de pêche (Diegues. L’étude pluridisciplinaire des pratiques techniques. Fernandez. la place accordée à la pêche dans l’économie de subsistance et le mode d’intégration de ces activités (Geistdoerfer. les sociétés côtières font preuve d’une grande adaptabilité sociale. sont au fondement des problèmes autour desquels l’anthropologie maritime s’est constituée (Fernandez. la diversité des formes de renouvellement de leurs ressources exploitables et le caractère aléatoire de ces dernières. Sabinot (2008) et Bahuchet (1996). réglementer l'accès aux ressources de la mer. par l'usage. 2007). Mais si les pêcheurs. nous pouvons évoquer : la représentation de la mer et ses ressources. Geistdoerfer. une branche de l’anthropologie sociale (Breton. 2007).2007. en construisant des systèmes de « possession maritime ». un groupe social garantit à ses membres le contrôle ou l'accès aux ressources naturelles (Godelier. La variabilité des milieux marins.29). 1984). considérées comme des « sociétés à risques ». Selon Geistdoerfer (2007). De ce fait. ainsi qu'un sentiment d'appartenance à un territoire. que pour devenir marins . Geistdoerfer. religieuses et symboliques de ces sociétés qui exploitent les ressources halieutiques est appelé anthropologie maritime. p.pêcheurs. se sont appropriés la mer pour accéder aux « richesses ». d'exploitation. 2003). accordée en partie par ceux qui contrôlent l'accès à la mer et à ses ressources. David (1998). A travers la notion du territoire. Selon Cordell (2000). économiques. 2000). et cela principalement du fait que ces ressources sont commercialisées et   14   . les pêcheurs se la sont appropriés socialement. Ces instabilités et variabilités sont telles. 1991 . 1981 . les communautés côtières. Puisque la mer n'appartient qu'à l’État riverain. d'occupation. le mode d’organisation socio-économique. certains de forme communautaire (David. en contrôlant les outils de pêche. pour connaître le système de pêche dans un certain lieu et à un certain moment. il faut connaître et analyser ce qu'aujourd'hui sont les éléments de base de la pêche : les pratiques d'identification. économique et environnementale et leur organisation sociale et culturelle est très diversifiée. à travers laquelle les pêcheurs « marquent » des secteurs qu’ils utilisent dans la pêche. de transformation et de répartition des milieux marins et littoraux. les systèmes de possession des territoires marins sont basés sur des valeurs culturelles en rapport avec la construction et affirmation de l'identité sociale. de forme intentionnelle ou pas. ainsi que ses espèces marines végétales et animales. à travers laquelle sont définis les droits d'accès aux ressources halieutiques : ils peuvent.

Malgré l'indivisibilité.appropriées par ceux qui les achètent pour les transformer et les revendre (Geistdoerfer. en indiquant les divers domaines de la vie : eau. pour les pêcheurs artisanaux. pour l'utilisation appropriée d'instruments de pêche et pour l'identification des espèces de poisson (Marques. influencés par la culture et par des phénomènes naturels. ou invisibles. le territoire marin est plus large et plus fluide que le territoire terrestre. 2004b). la valeur symbolique et culturelle des produits marins a évolué d'hier à aujourd'hui et. Ces connaissances sont extrêmement importantes pour une bonne navigation. Également. puisque leur connaissances approfondies reposent sur le premier (Diegues. comme les zones productives dans des plateaux continentaux. la mer présente des signes de possession. Autrement. néanmoins. Les ressources exploitées sont mobiles et établir et maintenir des limites n'est pas une tâche facile. ce qui provoque des graves conflits d'usages : les animaux marins devenant des espèces protégés. 2001 apud Diegues. Cunha. mais aussi le résultat de pratiques culturelles. 2000 apud Diegues. la mer n'est pas seulement un espace physique.   15   . cette possession maritime fonctionne encore et peut jouer un rôle important dans la conservation des ressources marines (Diegues. mais aussi des relations sociales établies entre ceux qui l'utilisent. 2004b . terre et air. sont vus comme des prédateurs. Pour les membres des communautés de pêcheurs artisanaux. même si leur mise en place ne se fait pas sans conflits. La territorialité marine dépend non seulement de l’environnement à exploiter. dont les relations avec la mer et les animaux marins ne sont pas conformes à cette nouvelle idolâtrie. les caractéristiques naturelles ne correspondent plus aux logiques des modes d'exploitation mise en place par les communautés maritimes : la valeur sociale des produits marins étant donnée par les consommateurs et. généralement dans des zones productives découvertes et gardées secrètes. Pourtant. Néanmoins. la désorganisation sociale qui marque plusieurs communautés de pêcheurs cause l'abandon de ces pratiques. par conséquent. les savoirs traditionnels rendent possible la division de la mer en zones où la pêche est pratiquée sans nuire aux droits d'autres pêcheurs et gardés par la loi du respect. dans lesquelles les groupes de pêcheurs artisanaux se reproduisent matériellement et symboliquement. Par conséquent. Espace et territorialité sont alors des catégories définies dans les activités de pêche. Le « respect » des zones de pêche est à la base de la possession traditionnelle des espaces maritimes. il existe des points de pêche. les pêcheurs. 2007). Dans d'autres cas. n'est pas homogène ou indifférencié . et il fonctionne tant qu'opèrent la structure sociale et les valeurs qui le sous-tendent. avec le récent développement du tourisme côtier. De nos jours. marqué par des éléments symboliques. Pour beaucoup de communautés de pêcheurs. exploiteurs et tueurs. la mer acquiert une nouvelle valeur sociale et économique. 2004b). 2004b). des itinéraires et des chemins. auxquels les pêcheurs attribuent des significations. Ces marques peuvent être physiques et protégées par la « loi du respect ». 2005). leur consommation et les modes de consommation. l'espace marin. comme les cycles des marées et des lunes et la reproduction des poissons (Maldonado.

ainsi que de sa transformation actuelle. des experts et de l’initiant. 2003. de l'étude et du faire. des stratégies et de l'organisation des pêcheurs. ni transformation. mais grâce au temps qu’il leur consacre : les connaissances vont être utiles si elles sont utilisées. Cette théorie dialogique de la pratique offre une vision alternative de l’apprentissage. Selon Escallier (2003). Cette combinaison de savoir-faire et de savoir empirique est la connaissance approfondie du milieu marin qui s'acquiert par l'usage répété des engins de pêche » (Escallier. 1991 . le processus d'apprentissage est informel et les instructions verbales sont rares : les processus de transmission des savoirs sont tellement subtils que   16   . incontrôlables et instables. créé par John Broadus Watson. par les distributeurs. La théorie classique de l'apprentissage. mais plutôt la personne entière dans l'action. Les études de la composition et des modes de transmission du patrimoine marin. 2007). Ce schéma normatif de l'acquisition de compétences réduit le novice à un simple imitateur de techniques. en un produit qui puisse participer à une économie de marché dite « libérale » (Diegues. a une tendance à placer l’apprenti comme une « boîte vide » qui possède une capacité fixe de garder des connaissances . 2005 . agissant dans les contextes de cette activité (Lave et al. dont la mise en place relève également d'un lent apprentissage au moyen duquel s'acquiert le savoir. 2007). une rupture radicale avec la tradition cartésienne de séparer les idées et le monde réel. c'est un acte de dépôt d'une matière inerte et prédéfinie dans un contenant vide prêt à recevoir et à mémoriser. dont on n’internalise pas passivement les manuscrits mentaux de l'environnement culturel. Geistdoerfer. Les conditions sociales et économiques de l'apprentissage de l'exploitation maritime permettent une meilleure compréhension de l'évolution des processus. Or. La situation éducateur/éduqué est une situation inégale et à sens unique où il n’y a ni créativité. permettent de révéler l'une des références indispensables à la vie des communautés de pêcheurs : la structure du modèle de ce système d'appropriation des ressources marines et le statut social et économique du pêcheur. p. la connaissance approfondie de l’espace marin va être construite à partir de différents processus d'appropriation. de la connaissance et de la pratique. les modes d'exploitation sont imposés aux pêcheurs. Ingold (1993) explique que le novice devient expérimenté pas seulement eu travers des connaissances acquises. Fréquemment. mémorisés et reproduits par imitation. 1993). caractérisé par la « flexibilité ». Ingold.40). II) Transmission des savoirs dans les sociétés de pêcheurs « Pêcher n'est pas simplement une succession de gestes appris. pour pouvoir survivre. 2005).principalement. ni un vrai savoir (Freire. De ce fait les pratiques des pêcheurs sont structurées autour de l'obligation. de transformer des ressources aléatoires. c'est également la mise en application d'une pratique et d'une expérience. ainsi que de quelques aspects de ce qu'on appelle habituellement 'la crise de la pêche' qui se développe actuellement dans plusieurs pays (Geistdoerfer..

il possède un rôle indispensable dans la transmission du savoir (Diegues. De façon générale. entre nature et histoire du groupe. actuellement. va devenir un élément de patrimoine plus important qu'une embarcation. Cet espace marin. les anciens n'exercent plus leur activité de formateur et pour ne pas interrompre la transmission de ce « capital cognitif » qui permet aux communautés de pêcheurs de se perpétuer et de se transformer. on observe que l'âge qui détermine le passage d'une phase à l'autre n'est pas un critère retenu : le fils embarque avec le père « dès qu'il est en   17   . en pratique. L’ensemble de ces informations transmises sera l’objet d’une nouvelle interprétation. ces stages d'apprentissage ne sont pas si visiblement dissemblables les uns des autres. en raison de l'abandon du métier par les jeunes. Berkes (1999) soutient que les systèmes traditionnels de gestion des ressources sont transmis de génération en génération. Concisément. 2003). même si. qui diffèrent aussi selon les espèces pêchées (sédentaires ou migratrices) et selon les engins utilisés (fixes ou mobiles). 2007). mais plutôt des données. un pêcheur qui transmet à ses descendants son seul véritable patrimoine va transmettre non pas des images. ce 'plan d'apprentissage' est plus ou moins proche de la réalité..les apprentis ne se rendent pas compte du processus et il est très commun que. des fonds marins et des lieux de pêche découverts. 2004a . d'autres voies sont empruntées. on peut dire que la génération des anciens a connu ce mode d'apprentissage en trois temps : phase d'observation. Jadis. Ces règles vont dicter l'organisation sociale du travail des différentes activités en mer et à terre (Geistdoerfer. son oncle. 2004b). Or. vu que les pratiques traditionnelles évoluent pour répondre aux pressions modernes (Diegues. immatérielles et intériorisées. exploités et gardés secrets. et la personnalité du maître. en cherchant à savoir comment quelqu'un a appris une telle pratique. bien que de manière à s'adapter au contexte contemporain. le rôle du formateur revient au patron de pêche : qu’il soit étranger ou membre de la famille de l’apprenti-pêcheur. constitué des connaissances des outils d'accès aux ressources. 2007a). Escallier. Ce patrimoine immatériel. la réponse soit : « J'ai appris tout seul » (Diegues. le type de pêche. Ramires et al. de participation et d'exécution. un bateau de pêche artisanale ayant rarement plus de vingt ans de vie. Ainsi. Néanmoins. Néanmoins. Dans la pêche artisanale. l'équipage. et par tradition. dans le cas où l'apprenti a pour maître un membre de sa famille. l'évolution d'un état d'apprentissage à l'autre va répondre à des conditions généralement variables : selon l'époque. l’imaginaire de l’un ne pouvant pas être hérité par l’autre (Escallier. L'un des fondements de la constitution du métier de pêcheur est donc le mode de transmission de ces techniques : chaque communauté a des règles sociales d'appropriation des zones de pêche. 2007). procure aux pêcheurs un sentiment d'identité et de continuité. aux structures occultes. ou son grand-père. en général son père. 2005 . les générations de pêcheurs se succédaient les unes aux autres et rares étaient ceux dont le parcours s'éloignait du modèle considéré comme traditionnel de transmission de savoirs.

et. L'enskilment est une entreprise nécessairement collective. Néanmoins. un développement durable. En parlant de «seasickness ». La connaissance traditionnelle fournit aussi une base d'informations cruciales pour la gestion des ressources halieutiques locales. en tant que sujet complexe. les relations sociales. cet âge variant selon les époques ou les besoins économiques (Escallier. l'apprenti va mémoriser la succession de gestes et le comportement du maître. et les pratiques de la communauté. 1996 . un rôle à jouer dans son propre apprentissage : l'apport du savoir transmis est inférieur à celui du savoir acquis (Martinelli. Cette méthode d'enseignement laisse à l'apprenti la liberté de développer son sens d'analyse et de déduction. L'apprenti a. puis. Pálsson (1994) explique que les novices commencent habituellement leur « voyage » à la marge de la communauté. faisant participer les personnes entières. et donne forme aux identités culturelles de chaque société. selon Ruddle (2000) apud Diegues (2004a). en assurant des captures réglementées. donne prise à des théorisations diverses et ouvre des perspectives de recherche qui touchent un domaine très vaste. mais il est également employé comme métaphore pour exprimer le fait « d'obtenir des pieds marins ». des activités de pêche. Le débat sur les identités a été alimenté depuis les années soixante par des études menées dans toutes les parties du   18   . guident et soutiennent le fonctionnement des systèmes de gestion communautaire et sont à la base des décisions et des stratégies de pêche des pêcheurs artisanaux : les connaissances étant empiriques et pratiques. plusieurs fois. taxonomies et classements d'espèces et habitats. elles combinent des informations sur le comportement des poissons. Nous pouvons rappeler ici la notion de « enskilment » et « seasickness » soulevé par une étude faite par Pálsson (1994). l'importance de la connaissance produite et transmise verbalement par les pêcheurs artisanaux et leur rôle dans les programmes de gestion halieutique a reçu une attention spéciale de chercheurs de plusieurs régions du monde. avec leur propre corps et avec la société. Ces connaissances et pratiques associése. jusqu'à qu'il soit autorisé à passer à la troisième phase: l'exécution. Lors de la phase d'observation. à long terme. A partir de la deuxième étape de l'apprentissage. écœuré par leur statut de débutant. l'apprenti progresse pour atteindre le niveau de connaissance nécessaire à son indépendance et à sa reconnaissance par le groupe. Escallier. 2003). 2003). lequel recourt rarement à la parole pour compléter l'information : la technique de pêche va être montrée mais rarement expliquée. en particulier dans les pays tropicaux où les données biologiques sont rarement disponibles. lors qu'ils deviennent de plus en plus impliqués dans l'activité et bien informés au sujet des activités des autres.âge de travailler ». qui seule peut être réussie à partir de « l'enskilment ». les Islandais identifient implicitement les relations entre la connaissance et la pratique : le concept rappelle non seulement l'état corporel de nausée parfois provoqué par le manque de connaissances pratiques du jeune pêcheur. ou l’immersion dans le monde pratique. ils se déplacent vers le centre et commencent à être « à l'aise ». La problématique de l'identité culturelle. auprès de pêcheurs islandais. en conséquence.

1995) III) Discussions autour de la définition de pêche artisanale Une grande partie du poisson de bonne qualité qui arrive à la table du Brésilien est le fruit du travail des pêcheurs artisanaux. comme dans la ville d’Oiapoque. Dans la perception individuelle ou collective de l'identité. la catégorisation et la classification des espèces vivantes. 2011). 11 Ensemble des habitants des berges de l’Amazone dont l’économie est basée sur la pêche et l’agriculture dans   19   . Elle est responsable de l'identification et de la différenciation des diverses personnes d'une société comparée à diverses échelles. São Paulo et Paraná). au traitement et à la commercialisation du poisson (MPA. a une grande valeur culturelle pour le Brésil : elle a permis la naissance et la préservation jusqu'à aujourd'hui de diverses traditions. comme des fêtes typiques. L'objet prend sens pour une personne à partir du moment où il est reconnu et classé. Cette pêche contribue à la création et au maintien d'emplois dans les communautés du littoral et aussi dans celles localisées sur les rives des fleuves et des lacs. Les groupes humains perçoivent et segmentent tout ce qui les entoure à partir de la nomenclature. 2011). les Açoréens9 (Santa Catarina). Finkielkraut. Pourtant. la pêche artisanale. comme les Caiçaras8 (Rio de Janeiro. qui est prédominante dans la région d’Oiapoque. et son étude peut nous permettre d’accéder au monde. les normes de conduite et encore les caractéristiques propres de chaque groupe humain. car elle va permettre de définir la place de l’homme dans le monde qui l’entoure. 9 Les premiers portugais qui sont arrivés à Santa Catarina et ont construit les premières localités. Dans cette étude. Ces derniers réalisent 60% de la pêche nationale. on n'a pas encore dégagé une théorie générale de l'identité culturelle. Barth. l'identité culturelle est vue comme une forme d'identité collective caractéristique d'un groupe social qui partage les mêmes attitudes.                                                                                                                         8 Mot d'origine tupi qui se rapporte aux habitants des zones littorales. le langage. qui entretiennent leurs familles et produisent des revenus pour le pays. avec une production supérieure à 500 mille tonnes par an. Ce sont des milliers de Brésiliens. la culture exerce un rôle principal pour délimiter les diverses personnalités. Selon le Ministère de la Pêche et l’Aquaculture (MPA). la cosmogonie. en faisant que les personnes se sentent plus proches et semblables. 10 Pêcheurs qui utilisent un bateau traditionnel appelé jangada. car des confrontations théoriques persistent entre les chercheurs (Barth. Cette manière de voir le monde.monde. et à la vision qu’en ont les individus (Godelier. c'est-à-dire. 1995). c'est-à-dire. L'activité est à l'origine de communautés qui symbolisent toute la diversité et la richesse culturelle du peuple brésilien.. en travaillant à la capture des poissons et des fruits de la mer.. 1984 . 2011 apud Silva et al. des rituels. est intimement liée à l’identité du groupe et des individus. plus de 600 mille. les Jangadeiros10 (Région Nord-est) et les Ribeirinhos11 (Région Amazonienne) (Silva et al. 1987 . outre des légendes du folklore brésilien. des techniques et des arts de pêche.

Blanchard et al. Diegues prend donc en compte l’équipement à bord et la forme de rémunération entre les membres de l’équipage comme éléments                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     un but d’autoconsommation. plusieurs apports procurent l’utilisation d’indicateurs et l’usage de sources peu employées. 2010). Seule la difficulté de séparer la pêche des autres activités des communautés littorales. dans la capture et le débarquement de toute classe d'espèces aquatiques. De même. 1991). comme décrit dans SUDEPE (1986) apud Cavalcante (2011).. avec un faible niveau de représentation politique et de scolarisation (Durand et al. travaillent seuls ou utilisent de la main d'œuvre familiale ou non salariée. qui montrent que l’efficience des pêches artisanales est réelle. sont investigués par plusieurs auteurs. en général. Si la carence de données est habituellement déplorée. et non des seuls pêcheurs dans la pêche. et généralement mésestimée. Les pêches artisanales évoluent vite et s’adaptent étonnamment bien à des situations de crise en dépit des difficultés dans lesquelles elles s’exercent.Néanmoins. transforme ses embarcations et ses engins de pêche. Contrairement aux opinions prépondérantes dans les années soixante. Pour Diegues (1973). celle de la Superintendance pour le Développement de la Pêche.     20   . Par conséquent. font l’objet d’un consensus. l’hétérogénéité et la complexité des pêches artisanales rendent difficile une définition générale. notamment ceux du sud. De nombreux rapports reposent sur les insuccès répétés des projets de développement dus à de multiples causes. surtout de sources orales. Si la vigueur et l’aptitude des pêches artisanales à traverser des situations de crise sont relevées. il y a plusieurs définitions qui essayent de classer la pêche artisanale. Enfin. entre autres. le besoin d’approches multidisciplinaires dans la recherche comme dans la création des politiques et programmes pour les pêches artisanales est unanimement mis en avant. et saisit les opportunités qui découlent de l’évolution des marchés. renouvelle ses équipages. les difficultés de ces communautés littorales dont le niveau de vie est fréquemment bas sont grandes : les pêcheurs sont souvent considérés comme des « marginaux » dans de nombreux pays. non seulement la pêche artisanale ne décroît pas au profit des formes industrielles. mais de plus. en mer et sur le plan politique. elle se développe. le bateau et l'équipement utilisés possèdent peu d'autonomie. qui a comme critère distinctif le tonnage brut de jaugeage des bateaux (TBA) : appartiennent à la pêche artisanale les bateaux inférieurs à 20 TBA. les pêcheurs artisanaux sont ceux qui. La rivalité et les antagonismes industriels. L’un des traits majeurs des apports est l’importance et l’adaptabilité des modes « traditionnels » de gestion des pêches artisanales : les auteurs insistent sur l’absence quasi-totale d’ « accès libre » à la ressource et invitent à l’étude approfondie des « droits d’usage traditionnels » (Durand et al. 1991 . parmi lesquelles les approches trop réductrices des administrations et agences de développement.. en exploitant les milieux écologiques situés à proximité des côtes. ainsi que l’implication des familles et des communautés..

on entend par pêche artisanale la modalité de pêche réalisée à l'exemple de la petite production marchande. on entend par pêche artisanale un secteur de production et un mode de vie. Ces migrations peuvent être temporaires ou durables.959/2009 est que la pêche artisanale est pratiquée directement par un pêcheur professionnel. malgré quelques activités complémentaires saisonnières. sont considérés comme activités de pêche artisanale : les travaux de confection et de réparations d'outils et d’engins de pêche. Conformément à cette loi. De même. les pêcheurs sont partagés selon les catégories suivantes : pêcheur professionnel (classé comme artisanal ou industriel). qui institue la politique de pêche dans le territoire de l'État de l'Amapá. des modes particuliers d’organisation en aval. seuls ou en partenariat. avec des moyens de production propre ou moyennant un contrat de partenariat. 1991. Un très grand nombre de communautés de pêcheurs à travers le monde effectue des migrations. puisque c'est la définition la plus utilisée et adéquat pour des études anthropologiques auprès des communautés de pêcheurs au Brésil. Finalement. (2011). prise en charge par des producteurs indépendants. Dans cette étude. détenteurs de leurs moyens de production. 22). stratégies migratoires et stratégies de pêche. aquiculteur. et dont le revenu découle en quasi-totalité de la pêche.959 du 29 juin 2009. IV) Les migrations dans les sociétés de pêcheurs « L’analyse des processus de migration conduit à distinguer migrations de populations et migrations de pêche. armateur* de pêche. selon la loi de l'Etat nº 0142 de 1993. la définition de pêche artisanale prise en compte repose surtout sur la proposition de Diegues (1973). La définition selon la Loi 11. Il s'agit d'une pêche réalisée avec des technologies de bas pouvoir prédateur. mais non toujours. p. dans lequel les pêcheurs ont les caractéristiques suivantes : ils sont indépendants et participent à la capture. avec un rôle plus ou moins important des familles dans la mise en œuvre de l’activité en migration. et le traitement du produit de la pêche artisanale. et entrepreneur qui commercialise des organismes aquatiques vivants. selon Silva et al. seules   21   .clés pour définir l'activité de pêche artisanale. en pouvant utiliser des bateaux de petite taille. utilisent des technologies non prédatrices qui permettent une pêche rationnelle et sélective. limitées dans l’espace ou de grande ampleur. apprenti de pêche. conflictuelles avec les communautés du lieu de migration » (Durand et al. Ces pêcheurs migrants entretiennent des relations parfois. de forme indépendante ou dans un régime d'économie familiale. en employant une main d’œuvre familiale ou du groupe de voisinage. Encore selon la loi nº 11. qui réglemente les activités de pêche dans tout le territoire national brésilien. les réparations réalisées dans des bateaux de petite taille. On observe des spécialisations ethniques (‘pêcheurs nomades’)..

bien souvent. la pression démographique et l’inconvertibilité de la monnaie de la zone d’origine des pêcheurs (Durand et al. fruit). feuilles. tant l’emploi que le capital doivent s’adapter à ces conditions : les deux doivent 'se déplacer' géographiquement (Oliveira. 2003).. les déterminants de ces migrations sont bien diverses : si les mouvements de la ressource peuvent expliquer les déplacements de pêcheurs. par le partage d’un même territoire de pêche. Dans le cadre particulier de cette étude. 2011). Nous avons alors défini trois types de migration. Les ressources halieutiques sont mobiles. ou végétal (bois. Les raisons extérieures à la ressource qui sont aussi à l’origine de ces migrations sont les difficultés de commercialisation des produits de la pêche. le facteur de la mobilité des ressources halieutiques crée des prédispositions pour une mobilité plus grande du facteur travail et pour une mobilité relativement restreinte du facteur capital. À cette motivation primordiale s'ajoutent d'autres en rapport avec l'industrialisation de la pêche. entre la mer et le capital c'est évident que ce dernier a sa mobilité réduite pour ne pas pouvoir déménager la production à d'autres lieux où les conditions soient plus favorables. Ces facteurs de production en cause. le pêcheur doit choisir entre l'abandon de l'activité ou l'émigration (Souto. Quand le poisson manque ou que la pêche cesse de compenser économiquement dans une telle zone. l’absence de possibilité d’accéder à la terre (pression foncière). Les communautés de pêcheurs se distinguent par l’origine de leur revenu qui provient essentiellement du milieu aquatique. le secteur de la pêche a des caractéristiques spécifiques c'est une activité extractiviste12 et aléatoire d'exploration des ressources halieutiques. animal (peaux. notamment dans la période de développement de l'industrie de transformation des ressources halieutiques (Souto. 1991). en créant des moyens de production et des relations sociales différentes de l'activité agricole ou d'autres activités transformatrices. sont. au contraire de la terre. dans l'essence. 2003). 1991). Les raisons qui expliquent les mouvements migratoires des communautés de pêcheurs. comme la recherche de meilleures conditions de vie que celles de leur lieu d'origine. Toutefois. en général est utilisé pour désigner toute activité de prélèvement de produits naturels. La question de la mobilité dans la pêche est complexe : comparativement d'autres marchés de travail. et par une présence et une accessibilité changeantes dans l'espace et dans le temps.   22   . 2011)..ou accompagnées (Durand et al. il fut reconnu que cette cause était très partielle. similaires à celles des autres communautés. soit d'origine minérale (extraction de minéraux). des informations sur l'acte de migrer du pêcheur ont été analysées. A cause de cette mobilité. pour évaluer le « degré » de migration. notamment le travail. Nous                                                                                                                         12 Le terme extrativisme. D'autre part. huiles). viande. qui s'ajoute au risque de la garantie de retour de l'investissement (Oliveira.

même si elle ne représente que 17 % de la superficie de la France entière. le plus vaste des DOM. ainsi que pour l’aménagement du territoire. particulièrement vers l’Union européenne. par la création de richesses et d’emplois qu’elle offre. Une migration partielle sera une migration caractérisée par le fait que le pêcheur a laissé des moyens de production ou des biens immobiliers dans le village d'origine. permettant aux stocks de poissons de se reproduire dans des conditions telles que leur niveau de productivité reste le plus élevé possible. B. Pourtant. La Guyane. Une gestion plus rationnelle de la ressource halieutique présume alors une bonne connaissance de son fonctionnement. en raison de la part très importante de la petite pêche vivrière et de l’absence d'un marché organisé (FAO. « la pêche. des moyens de production ou des immeubles à lui-même. en 2002. Elle permet également d’affirmer la présence française dans sa zone économique ». la production halieutique en Outre-mer reste méconnue. où habitent 2 500 000 personnes. notamment des ses prélèvements. Dans l'Outre-mer. 1995 . est située à plus de 7 000 km de la métropole. Contexte de la pêcherie locale I) La pêche en Guyane La pêche dans l’Outre-mer français est une activité traditionnelle essentielle pour l’équilibre économique et social. avec un potentiel de développement pour répondre à la demande locale de produits de la mer. en apportant à la France 97 % de sa zone économique exclusive (ZEE). 2011). finalement. une migration temporaire sera constituée lorsque le pêcheur n'a pas de racines dans la ville d'accueil. la pêche doit être une activité durable. peu encadrée et peu contrôlée. qui importe environ 60 % de son poisson. Sa zone économique exclusive (ZEE) s'étend à 130 000 km2 et sa   23   . Par conséquent. Selon l’accord établi entre les États membres de l’Union européenne au sommet de Johannesburg. AFD. le suivi statistique fait par des organismes de contrôle ne correspond pas aux chiffres déclarés par les pêcheurs (d’Aboville. Cela est dû au fait que la plupart de la production est destinée à l’autoconsommation ou écoulée dans des circuits de commercialisation qui ne sont pas organisés. p. qu’il n’a pas laissé des biens immobiliers ou des moyens de production dans son village d'origine. pratiquée dans un objectif de développement durable. d’Aboville. possède 83 534 km2 et une façade maritime de 350 km.I-25). Et. soit 4% de la population. est une chance pour l’Outre-mer français et pour la France. 2007). le Conseil économique et social ne peut que souligner le décalage qui existe entre l’importance de la ZEE française et la faible activité de pêche au départ des collectivités ultra-marines. Néanmoins. comme une famille. ainsi qu’à l’exportation. ce qui n’est pas le cas dans l'Outre-mer français. 2007 . la pêche est souvent vivrière et artisanale. qu’il possède des biens immobiliers dans cette ville.parlerons de migration complète lorsque le pêcheur a migré avec sa famille ou a constitué une famille dans la ville d'accueil. Selon d’Aboville (2007.

installé en 2003. de prime abord. dont la plupart sont des migrants originaires essentiellement de la Guyana. En plus. 2012). L’armée met à disposition deux hélicoptères et un avion pour l'observation aérienne . du Suriname et du Brésil. la Guyane connaît actuellement une agressive pêche illégale qui. soit 1 200 tonnes environ. Selon Levrel (2012). menaçant la pérennité de la ressource halieutique et tout un secteur économique qui demeure dynamique et porteur d'avenir (d’Aboville. et sa production totale s’élève à 6 100 tonnes représentant une valeur de 20 millions d’euros (Knockaert. depuis plusieurs années. formée de savanes. même si la pêche représente la troisième activité économique de la Guyane après l’industrie spatiale et l’extraction de l’or. La Guyane possède environ 140 navires de pêche : 51 chalutiers crevettiers et plus de 90 navires de pêche artisanale. la Guyane est couvert à 90 % de forêt tropicale dense. La production transformée est de l’ordre de 50 %. 2011 et 2012. D’autre part l'Ifremer a mis en place un dispositif d'observation qui permet d’appréhender l’intégralité de l’activité de la flotte nationale et de comprendre le fonctionnement de l’ensemble du 'système Pêche' : le « Système d’Information Halieutique » (Levrel. 2007 . aurait pêché entre 4 000 et 8 000 tonnes de poissons par an en 2010 et 2011. 2013). le marché d’intérêt régional. Cependant. car ces « incursions » sont principalement le fait de pêcheurs qui viennent des pays voisins. soit plus que la pêche côtière locale qui ne dépasse pas 3 000 tonnes par an avec une centaine de bateaux sous licence. À l’exception de la bande littorale. Toutefois. dont 52 tonnes en 2012 (Le Monde. en employant environ 500 marins actifs. Le plateau continental est très riche en crevettes et poissons et pourtant. L'expansion de ce   24   . 1991 . Le Monde. La pêche artisanale couvre en totalité les besoins en consommation de la population locale et exporte plus de 1 800 tonnes de poissons chaque année. en faisant de la concurrence avec le marché parallèle informel. les autorités ont cependant saisi quelque 100 tonnes de poissons pêchés illégalement. ce potentiel halieutique est insuffisamment exploité : il y a plus de 200 espèces répertoriées par l'Ifremer dans la côte guyanaise qui ne sont pas ou très peu pêchées par ses habitants. 2007). une flottille illégale étrangère de plus de 200 bateaux. les douanes françaises possèdent également une vedette. Ce problème est intimement lié à la situation géographique du pays. En ajoutant les prises des années 2010. les aspects d’une filière en difficulté : les pêcheurs sont mal organisés à cause de l’étroitesse du marché. la Guyane possède plusieurs organismes de contrôle et surveillance de la pêche qui surveillent la côte par la navigation en mer et par l'observation aérienne : la Marine nationale possède deux patrouilleurs P400 et deux vedettes. la pêche guyanaise présente. le Brésil et le Suriname.situation près de l’Équateur lui confère un climat équatorial humide. 2013). originaire pour 60 % du Brésil et pour le reste surtout du Surinam. voit transiter seulement 400 tonnes environ. de la forte économie parallèle illégale et de la faible capacité d’achat des mareyeurs locaux. s'est fortement accrue dans le département. Néanmoins. d’Aboville.

notamment des Brésiliens (AFD. Il existe aussi. dont au moins 85% sont de nationalité étrangère. exercée par des navires de moins de 12 mètres. Même si le métier de pêcheur est dur et dangereux. ces travailleurs. des chaluts (AFD. les pêcheurs doivent lutter contre l'absence d'usine à glace. 2011). les problèmes liés à la conservation du poisson. pour la pêche aux poissons blancs côtiers.. des canots créoles améliorés et des tapouilles de douze mètres de long et qui peuvent sortir en mer de quatre à cinq jours. de simples armateurs* de la pêche artisanale et non des pêcheurs. La flotte artisanale en Guyane est composée principalement de canots créoles. cette activité est souvent abandonnée à la suite d'une bonne opportunité de travail rencontrée (AFD. Selon la Direction de la Mer. la pêche est utilisée par les migrants comme un simple moyen d’accéder à un contrat de travail en Guyane. il y avait 168 navires immatriculés en 2011 sur lesquels.marché régional requiert la recherche de nouvelles opportunités. A Saint-Georges. Dans la pêche artisanale. Blanchard et al. la palangrotte et des casiers . et le malaise causé par la manque d'espace sur les petits bateaux de pêche qui les empêche de dormir confortablement. qui souvent n’exercent pas que des activités de pêche : la pêche joue alors un rôle de régulation sociale (d’Aboville.. qui sont des pirogues de mer de sept mètres de long environ. Par rapport aux outils de pêche en Guyane. « des panneaux de mailles différentes sont utilisés pour laisser échapper les poissons trop petits ou certaines espèces de poissons pêchées accessoirement avec les espèces ciblées ». 25   . 2011). à l'exception des pêcheurs industriels des TAAF (terres australes et antarctiques françaises). avec deux hommes à bord. 2011). Souvent. le filet maillant dérivant de 2500 m maximum (maille de 80 mm) . 2007 . en plus petit nombre. la plupart. ne sont pas compensés par des rémunérations attractives. nous pouvons trouver : pour la pêche au vivaneau exercée par des tapouilles vénézuéliennes. et les conditions de travail et de vie sont difficiles. la situation de la pêche n’est pas meilleure : en plus des problèmes listés ci-dessus comme des freins au développement de l’activité. d’après le CRPMEM. 2007). En effet. il y a très peu de pêcheurs ou de « patrons » guyanais qui embarquent : les « fils de la terre13 » sont. Blanchard et al. plus présente en Outre-mer qu’ailleurs. la ligne à main. Ce type de pêche emploie environ 350 marins. contribue à apporter un complément de ressources aux pêcheurs. 2011 . et pour la pêche à la crevette. exercée par des chalutiers congélateurs. Par conséquent. la pêche vivrière. notamment vers l’Europe. 2011). Le maillage est un élément fondamental pour la sélectivité des poissons du filet : selon d’Aboville (2007). les matériels utilisés sont des filets maillants                                                                                                                         13   Individus nés en Guyane. 92 seulement étaient opérationnels. Toutefois. et la régularisation des petits navires aux normes européennes (contrôle des apports et sanitaires) (d’Aboville.

bien que cette dernière soit majoritaire. 2011). est essentielle pour l'alimentation de la population locale et comme source de revenu. 2011). a un grand potentiel halieutique. Par conséquent.. 2011). Cavalcante. connu sous le nom de filage. à travers la commercialisation du poisson dans les marchés régionaux et l'exportation vers le sud du pays et vers l'extérieur. 2011).. La côte de l'Etat d'Amapá. correspondant à plus de 90% de toutes les captures effectuées sur la côte de l'État (Barthem et al. 2007 . tant en mer qu’en eau douce. 1996 apud Lima. lequel exerce un rôle important dans le contexte socioéconomique de la ville. en étant majoritairement de subsistance (Lima. 2011 . 2011). développée par des peuples amérindiens. Blanchard et al. 2011). II) La pêche en Amapá Considérée comme une des activités principales de la région.4% de tout le littoral brésilien. le poisson débarqué dans la région Amazonienne vient de deux types de pêche : industrielle et artisanale. à cause de la richesse en espèces exploitées. Sur le plateau continental il y a encore l’espadon. Cette pêche régionale. 2008 apud Lima. 2007 . est une démarche très dangereuse (d’Aboville. Dans cette zone il existe aussi la pêche à la palangre. de nombreuses espèces de poissons. aujourd'hui. dont certaines pourraient être davantage valorisées.   26   . 1987 apud Lima. En plus.. 2011 . sa flotte de pêche est traditionnellement de petite taille et avec peu d'autonomie : cela restreint donc les pêcheurs à la pêche fluviale et côtière. Néanmoins. de fleuve et de mer. le vivaneau et les crevettes roses ou sauvages. emploie une diversité de méthodes de pêche et une main d'œuvre plutôt familiale. Cette pêche. de la quantité capturée et de la dépendance des populations traditionnelles par rapport à cette activité.000 tonnes annuelles (Isaac et al. même si. Les espèces de poissons ciblées par les pêches estuarienne et côtière en Guyane sont très diversifiées : la loubine (Centropomus spp). Ruffino. restent encore mal connues et inexploitées (d’Aboville. En plus.Brésil. le mérou (Epinephelus itajara). Néanmoins.. 2011).. La ville d'Oiapoque. est baignée par l'océan Atlantique et représente 10. cette dernière étant la plus significative (Cavalcante. 2004 apud Silva et al. localisée dans l'extrémité nord de l'État de l'Amapá . étendue sur 698 km.dérivants de 2 500 m maximum et de maille de 80 mm.. très hétérogène. l'activité de pêche est ralentie par la manque d’investissements et l’accès difficile aux financements auprès des banques comme aux aides auprès du gouvernement (Silva et al.. elle présente une grande biodiversité et une grande quantité de poissons. dont l’opération de mise à l’eau. la pêche dans le bassin de l’Oyapock présente des spécificités et caractéristiques distinctes de celle d'autres régions (Silva et al. l’acoupa (Cynoscion spp) et le mâchoiron blanc (Arius spp). 2011). Blanchard et al. la pêche artisanale amazonienne est remarquable par rapport aux autres régions brésiliennes. en comptabilisant environ 400.

dans les ports de Santana et de Calçoene. D'une façon générale. des bateaux de pêche issus des Etats de l'Amapá. mâchoiron petite gueule (Arius rugispinis) .16%. 2011). avec un pourcentage de 28. et des mulets (Mugil spp). l'espèce la plus capturée est l’acoupa aiguille (Cynoscion virescens). D’après Cervigon et al. et 3. Par conséquent. du Ceará. la plupart des pêcheurs habitent en ville. 2006 apud Lima. ou. du Pará sont actifs entre l'embouchure du fleuve Amazone et l'embouchure du fleuve Oyapock. fait que ces ports soient choisis en priorité pour le débarquement des poissons. du Maranhão et. respectivement (Cavalcante.2002 apud Lima. mâchoiron blanc (Arius proops). (1992) apud Lima (2011. et par le mâchoiron blanc. avec une moindre fréquence. à Oiapoque : des 198 fiches de cadastre qui ont été analysées par Cavalcante (2011). le mâchoiron coco et les autres espèces moins nombreuses représentent un pourcentage de 13. comme à Tapereba. Selon Barthem (2003) apud Lima (2011).8%.07% du total capturé. dès les années 60. proches des zones de pêche et le facile accès aux autres régions du pays par la route. avec un pourcentage de 22. ces communautés traditionnelles qui se forment dans des villages et des sites sur les rives du fleuve.Néanmoins. le gouvernement Fédéral stimule. l’acoupa rivière (Plagioscion spp). mâchoiron grondé (Arius grandicassis). qui au cours des dernières années a connu un exode agricole douloureux suite à la création du Parc National du Cap Orange en 1980 : ce village   27   .39%. des Sciaenidés tels l’acoupa rouge (Cynoscion acoupa). souffrent d'un processus de transformation ces dernières années. 2 au Sitio Paraiso. l’acoupa aiguille (Cynoscion virescens). 1975 apud Lima. 4 pêcheurs habitaient dans le village Tapereba-Cassiporé. 1 seul pêcheur habitait à Vila Velha do Cassiporé et 1 autre à Clevelândia do Norte. principalement. L'acoupa rivière. 12 pêcheurs habitaient le village Taparabú (localisé sur la rive droite du fleuve Oyapock. les bateaux d'Oiapoque ne sont pas les seuls à pêcher. sous forme de financements et d’exemption d'impôts.) les espèces fréquentes dans la région sont des poissons de la famille des Siluridés : mâchoiron coco (Bagres bagre). entre la ville d'Oiapoque et l'embouchure du fleuve). avec un pourcentage de 18. l’acoupa chasseur (Macrodon ancylodon). ce qui contribue à une sous-estimation de la production dans l'État de l'Amapá (Haimovici et al. la localisation des ports de l'État du Pará. Concernant le lieu de résidence. 2011). une bonne partie de la production de la zone n'est ni comptabilisée dans ses ports ni surveillée. les flottes originaires de l'État du Pará ont un plus grand pouvoir de pêche et débarquent leur poisson prioritairement dans l'État du Pará et du Maranhão. dans cette zone. Néanmoins. 2011). 167 pêcheurs habitaient la ville d'Oiapoque.79%. 4 autres à Vila Vitória. des Carcharhinidés (requins). 9.29%. D'après Cardoso (2003) apud Lima (2011). En plus.. 2011). 2 à Vila Santo Antônio.. l’acoupa cheval (Micropogonias furnieri). suivie par l'acoupa rouge. Dans la ville d'Oiapoque. jusqu'à la frontière avec la Guyane Française (ESTATPESCA. mâchoiron jaune (Hexanematichthys parkeri). l'accroissement et l'équipement de la flotte de pêche et des industries de traitement de poisson de la région (Britto et al.

(Prochilodus nigricans). lesquelles deviennent non assurées aux communautés locales. (Leporinus spp. Selon Silva et al. où ils forment « le quartier des pêcheurs ». aujourd’hui les pêcheurs vivent dans de petites unités sociales constituées par des groupes domestiques. Cette condition d'irrégularité empêche le pêcheur d’accéder aux aides du gouvernement qui leur sont destinées. quand s'est implantée l'industrie de la pêche. notamment pour la période du defeso*. 63 femmes. 2006). Pendant les années 60. l'accès libre aux ressources aquatiques est devenu un des présupposés basiques pour le fonctionnement des sociétés de pêche (Diegues. et 86 nouveaux arrivants. 2011).                                                                                                                         14   Dans ce paragraphe les noms vernaculaires sont en portugais du Brésil. les espèces suivantes14 : aracu (Schizodon spp. qui ne sont pas tous à jour au regard de la documentation exigée par la Marine Brésilienne. les bateaux brésiliens légalisés peuvent pêcher dans toute la côte du pays.). au Brésil. Tantôt à Oiapoque comme à Saint-Georges. 262 hommes actifs dans la pêche. l'accès à l'espace maritime est libre : même si la pêche est réglementée. en Amazonie. 1983). tambaqui (Colossoma macropomum). Julio Garcia nous informe que la Colonia de pêcheurs Z 03 d'Oiapoque qu’il préside compte 369 personnes. Selon Diegues (2004b). dont 44 armateurs*. a intensifié la pression environnementale et contribué à l'avènement des conflits pour l'accès aux zones de pêche. Comme dans d'autres parties du monde. la classification et la nomenclature des ressources naturelles ». comme on l'a constaté à Oiapoque. (2011). en partie invisibles pour ceux qui sont en dehors du système. beaucoup de pêcheurs ont abandonné leur métier et migré dans les grandes villes. « les aspects de la relation des pêcheurs avec le territoire vont au-delà de la signification de subsistance. Ils forment des populations faiblement accompagnées par l'État (Cavalcante. les gestionnaires de la pêche ont « simplement ignoré » les systèmes traditionnels de gestion existants. Dans la Colonia sont aussi enregistrés 180 bateaux et pirogues. subissant l’impact de la pêche industrielle des Etats voisins. Néanmoins. en conservant des savoirs et savoir-faire propres (Furtado.étant inséré dans le parc. et ont imposé des lois bénéfiques exclusivement pour l'inefficace industrie de la pêche Pour l’année 2013. les pêcheurs traditionnels ont été expulsés (Cavalcante. Au cours des 15 dernières années. 28   . de travail et d'organisation sociale : elle incorpore aussi la connaissance profonde de l'environnement.). en désorganisant ainsi les systèmes traditionnels de prélèvement des ressources halieutiques. La flotte subventionnée des grands bateaux de pêche a envahi les secteurs traditionnellement occupés par la pêche artisanale. Des études développées par le CEDRS (2008) dans l'État de l'Amapá confirment un exode agricole et une décadence socioéconomique des communautés de pêcheurs littorales. du 15 novembre au 15 mars. avec l’emploi des nouvelles techniques de pêche. pendant laquelle les pêcheurs de l'Etat du Amapá reçoivent une aide à cause d'une interdiction de pêcher. 2011). la croissance de la pêche industrielle et l'exploitation halieutique.

C. apaiari (Astronotus ocellatus).000 si on ajoute les pêcheurs non-enregistrés (Furtado. dans le Pará.). et du 1 novembre au 31 mars le gorijuba (Sciades parkeri) (MPA. ont contribué à la construction de   29   . traíra (Hoplias malabaricus). environ 80. dont les bateaux de pêche sont les plus nombreux sur la zone. 2013). des valeurs et des pratiques dans le quotidien du travail ont été partagées. des Guyanes hollandaise et anglaise. comme l'IBAMA.pirapitinga (Piaractus brachypomus). Néanmoins. des fusions de différents groupes. branquinha (Curimata amazonica. de parcourir la grande distance entre les deux Etats et de réaliser un profit considérable.000 pêcheurs sont enregistrés dans les 71 Colonias de Pêche de la Fédération des Pêcheurs. les subventions des institutions gouvernementales de l'Etat du Pará permettent à ses bateaux. Selon le Conseil Pastoral de la Pêche. Or. des migrations. 2006). à la suite de tensions politiques diverses ou pour d'autres motifs qui nous échappent. matrinchã/ jatuarana (Brycon cephalus). jeju (Hoplerythrinus unitaeniatus). anujá (Parauchenipterus galeatus). C. plus grands que ceux de l'Etat de l'Amapá. l'ICMBio. En plus. aruanã (Osteoglossum bicirrhosum) et tarpão (Megalops atlanticus) . cumaru (Myleus rhomboidalis). Etat voisin de l'Amapá. Ils sont probablement liés à des migrations successives de différents groupes repoussés vers l’Oyapock à différentes époques. le peuplement amérindien qui a habité la région de l’Oyapock dans la période précolombienne et postcoloniale reste encore mal connu. ces pêcheurs. l'Etat du Pará n'a pas les mêmes interdictions et lois. III) La chasse ininterrompue au trésor Amazonien La rencontre et la coexistence des sociétés de différentes ethnies et origines dans l'histoire de longue durée de l'Amazonie ont produit une société mélangée culturellement. la Marine Nationale. 2006). tamoatá (Holphosternum litoralle). inorata. des guerres ou des alliances. dans l'histoire de la pêche en Amazonie et jusqu’à présent. Les histoires écrites par des voyageurs à partir du XVIIème siècle décrivent cette région comme une zone de fort échange entre des populations distinctes : au cours des derniers siècles. pacu (Myleus pacu. Néanmoins. et de l’Orénoque (Kuahí.. 2013). 2011). cyprnoides). tout en causant des conflits et des problèmes environnementaux comme la surexploitation des ressources halieutiques. la Police de Clevelandia do Norte et la Pescap (Silva et al.). tamaz. tout comme les comportements et représentations relatifs aux ressources environnementales. au sein de laquelle des expériences. malgré les nombreux organismes de contrôle et de surveillance de la pêche dans la zone. s’élèvent à 100. curupeté (Utiaritichthys senuaebragai). et pourtant ses bateaux pêchent sur la côte de l'Amapá sans être contrôlés ni imposés. Ils sont probablement venus de l’est de l’Amapá et de l’Amazonie ou du centre de la Guyane française. C. est toujours marquante (Furtado. trairão (Hoplias lacerdae). pacu ferro (Mylossoma spp. La présence des Amérindiens dans la production halieutique et dans l'appropriation et l'usage des écosystèmes.

dans le centre de l'Amapá. Les Amérindiens sont donc présents depuis longtemps dans le bassin de l’Oyapock mais ils ne sont pas les seuls groupes à s’y être établis pour une longue ou moyenne durée.. sont descendants de peuples Caribe et Arawak. Les Galibi Marworno. sur le littoral de la Guyane Française. 1949). Enfin. des Hollandais fuyant devant les Portugais installent un fort sur la rive gauche de l’Oyapock. groupe dont les premiers registres de présence dans la région sont très anciens. d’après les sources historiques connues. de la Guyane Française et du Surinam. les Français                                                                                                                         15 L'Eldorado (de l'espagnol el dorado : « le doré ») est une contrée mythique d'Amérique du Sud supposée regorger d'or. groupe qu’ils n’identifient pas comme de même origine. français et hollandais venaient commercer ou s’installer sur l’Oyapock. 2003). Les Palikur. Les Anglais ont été. à la fin du XIXème siècle. même si les pirates (en particulier hollandais et anglais) et les Amérindiens freinent leurs projets (Reis. Les Galibi d’Oiapoque. attirés par la nature exubérante et par la richesse en or (le Mythe de « l’Eldorado15 »). Paricour. 1949). ils sont devenus « Galibi d'Oiapoque » (Gallois et al.. A partir de 1677. Pariucour et Palicours. en Guyane Française (Gallois et al. En effet. en mai 1625. Les Hollandais sont les plus actifs : entre 1623 et 1625. 2003). ont été appelés de diverses formes au long des siècles : Parikura. fuyant l'expansion des Portugais qui capturaient des Amérindiens pour les soumettre à l'esclavage. 2003). en vain. Paricurene.. les Waiãpi se sont installés récemment. Puis. Les Karipuna sont un groupe assez hétérogène aujourd’hui : même si les premières familles qui sont arrivées dans la région du fleuve Curipi. d’autres familles de diverses origines ont intégré ce groupe durant la première moitié du XXème siècle. les Français occupent la région du Bas-Oyapock avec plus de succès. pendant plus de trois siècles les commerçants et colons européens. Ils sont chassés par les Amérindiens (Reis. appelés de cette façon à partir de 1980 avec l'intention de se différencier des Galibi d'Oiapoque. qui ont mis en place des dénominations ethniques distinctes à chaque groupe amérindien de la région.frontières floues et mouvantes entre les groupes. Actuellement. ces frontières sont devenues plus figées (Gallois et al. En 1607.   30   . Durant le XVIIIème et XIXème siècle. ils occupaient probablement une bande continue de terres entre le haut du fleuve Iratapuru. les Français tentent également d’établir une colonie sur l’Oyapock. Jesse de Forest reconnaît l’Oyapock au nom de la Dutch West India Company. Pariucur. principalement anglais. groupe descendant des Kali'na de la région du fleuve Mana. des frontières en constante redéfinition. s’étaient elles-mêmes nommées Karipuna. avec la prise du fort hollandais de l’Oyapock. Avant la persécution des Portugais. ont migré au Brésil en 1950 : au fur et à mesure qu’ils se sont établis dans le bas Oyapock. au début du XIXèmè siècle : ils se seraient installés du côté français. et la marge gauche du fleuve Oyapock. les premiers européens qui sont arrivés dans la zone en 1604 : ils essayent de fonder une colonie sur la rive gauche de l’Oyapock. en raison des politiques amérindiennes du gouvernement du Brésil.

avec beaucoup d'activités illégales. La construction du fort n’empêche pas. Puis en 1887. Dans les années 1790 les habitations16 de la compagnie comptent plus de trois cents esclaves noirs. laquelle fait faillite en 1783 et renaît sous le nom de « Compagnie de la traite de la gomme du Sénégal ». Dû à son isolement géographique. Quant aux Français. les Saramaka. concessionnaire du Bas-Oyapock. du Pará et de l’Amapá. la première ruée vers l’or cause une arrivé massive de migrants à Saint-Georges. A partir de 1920 le gouvernement brésilien décide de peupler la région proche de la ville de Martinique (ancien nom d’Oiapoque). surinamais et cela fait une décennie que la migration des Brésiliens vers la Guyane s’intensifie. peuple bushinengue du Surinam. mais ils sont repoussés. IV) L’histoire migratoire de nos jours : les enjeux de l’euro et du poisson En servant encore aujourd'hui de point de passage d’orpailleurs et de clandestins pour la Guyane française. datent des années soixante. en y implantant des colons venus du sud. se dirigent vers la Guyane française toujours à la recherche de travail et dans l'espoir d'accéder à un revenu et une vie meilleurs. ils arrivent à Oiapoque à la recherche de divertissement et de marchandises. haïtiens. s’empare du fort Saint-Louis et met en fuite les Amérindiens. en même temps que la ville de Saint-Georges est créée en tant que bagne. la Guyane a également accueilli des réfugiés politiques Hmongs du Laos. Au même moment. des aventuriers et des fugitifs (Hazeu et al. des migrants chinois. permis par une monnaie plus forte. les Portugais tentent de s’établir à la Montagne d’Argent. et malgré la construction du fort Saint-Louis en 1725. Juminã et Uaça sur le municipio* d’Oiapoque. en effet. 2012).s’installent dans le Bas-Oyapock. le bassin de l’Oyapock s'est constitué comme une terre pour des pionniers. la création de la mission jésuite en 1727 se déroule dans un climat d’insécurité. Depuis. fondent la Compagnie de la Guyane française. 31   . Les mouvements pendulaires de Brésiliens vers Cayenne et de Guyanais vers l'Amapá. javanais. Le municipio* d’Oiapoque est créé en 1945.. ce qui va engendrer de nouvelles migrations d’Amérindiens vers ces terres. alliés des Français (Kuahí. de l’Ouanary et de l’Approuague. En 1848 l’abolition de l’esclavage va bouleverser l’économie de plantation en Guyane. En 1726. Oiapoque a acquis le statut de ville « libérale ». pour la plupart originaires des Etats du Maranhão. À partir de 1992 sont constituées les Réserves Amérindiennes Galibi. le point de passage étant justement situé au niveau de la frontière fluviale de l’Oyapock. les incursions portugaise et anglaise. Siméon Potter. dont les prix                                                                                                                         16   En Guyane « habitation » désigne une plantation esclavagiste. mais l’État fédéré d’Amapá n’est séparé du Pará qu’en 1988. indiens. Les Français s’installent une nouvelle fois dans le fort et. arrivent dans la zone et se spécialisent dans la navigation (Perez et Archambeau. en 1776. Puis en 1744 un corsaire anglais. qui ne durera que jusqu’à 1865. Mais si d’un côté les Brésiliens. 2013). 2012).

le parcours est simplement construit au gré d’itinéraires eux-mêmes construits par le biais des réseaux sociaux de solidarité. 2008). p. dont les représentations. à la santé. Les représentations que les migrants se font du mode de vie des Guyanais. la Guyane française illustre parfaitement les dynamiques migratoires à l’échelle mondiale durant une longue période de temps : si les déplacements des populations du XVIIIème au XIXème siècle. comparable à ceux des Etats dont sont originaires ses immigrés (Piantoni. régionale. 2000 . Ensuite. 26). Des nombreux migrants brésiliens passent des mois dans la ville d’Oiapoque. « migrer par choix ou par contrainte. mais une société inégalitaire dont la   32   . Cependant. cette situation ne date que du milieu des années 1960 (Arouck. 2011). comme l'accès à l’éducation. qu’il rapproche de ceux des pays riches. la Guyane se caractérise par des indices attribués aux pays pauvres. liée aux faits de la colonisation. Mais si le départ est conditionné par des déterminants multiples (individuel et collectif) à toutes les échelles (locale. aux minima sociaux et à la stabilité politique. tout en sachant que 63% de ces immigrants sont en situation irrégulière. services qui ne sont pas disponibles ou de très mauvaise qualité dans leur pays d’origine. qui ne dégagent une cohérence qu’à posteriori. quelques-uns réussissent à passer du côté français ou s'en vont vers une autre destination. et finalement par le besoin de main d’œuvre. Amérique du Nord) : environ 37% de la population totale est constituée d'étrangers. Ainsi. les migrants légaux qui arrivent en Guyane ont accès aux services d’éducation et de santé en toute gratuité . du processus postérieur de décolonisation. internationale). constitue le dessein d’une ou plusieurs vies ». les rapports à l’altérité et les échanges économiques entre les habitants de la Guyane vont reposer sur la confrontation entre deux systèmes que ne porte aucune logique ancrée dans la réalité : l’un issu des pays à PIB par habitant les plus élevés de la planète (Europe) et l’autre issu des plus pauvres (notamment Suriname et Brésil). Or. sont souvent une projection des prétentions des anciens de la famille. Encore selon Piantoni (2011. aujourd'hui les migrations sont accélérées et réversibles. rendent la région très attractive.. 26). « la dynamique des relations sociales. tandis que d'autres restent dans la ville et commencent à constituer une identité locale (Silva et al. le désir d’ailleurs et l’aspiration d’élévation sociale et économique. 2006).. Elle produit non pas un développement partagé. de subordinations et de concurrences. si la Guyane est actuellement une zone fortement attractive pour les migrants issus des alentours. avec une identité sociale originale.sont favorisés par le taux de change (Nascimento et al. Cependant. la Guyane est confrontée à une immigration proportionnellement importante. qui ont construit une société multiculturelle. comparable à celle des pays à revenu national brut élevé (Europe. Piantoni. Selon Piantoni (2011. étaient lents et irréversibles. p. Ayant eu recours à l’immigration dès sa construction territoriale. 2011).

des villes et des zones de protection environnementale. d’accès réduit à la ressource. entre zone littoral et intérieur des terres entre marais et forêt. ainsi qu'une dégradation de la moyenne salariale dans les espaces d'immigration illégale et une sous-traitance du travail (Piantoni. dont les modèles économiques extractivistes impliquent une mobilité important de la population rurale. des Brésiliens et des Surinamais. des « berceaux de reproduction » des espèces et des refuges pour les poissons. est fortement liée aux flux migratoires vers la Guyane. Galibi et Uaçá. Au Brésil.. ces migrations. même si plus faible que la migration entre Etats : l’attractivité du système monétaire. des frontières entre des nations. 2011 . est une zone de frontières dans plusieurs sens : frontières entre des zones fluviales et maritimes. et restreint énormément le territoire destiné à la pêche légale. Parmi les nationalités étrangères recensées en Guyane depuis les années 1980. Ces sites protégés concernent un territoire exceptionnellement vaste et riche pour la pêche : ils forment. les opportunités de travail dans le secteur primaire et secondaire. Néanmoins. ce qui conduit à des conflits fréquents entre pêcheurs de la zone et gestionnaires publics. se font dans un contexte de pauvreté. V) Les territoires protégés dans la zone Toute la région du bas Oyapock. dont le projet d’émigration constitue suivent une garantie de sécurité et de survie économique. Soares et al. ensemble. de sous-emploi et d’économie informelle. en les séparant du reste du territoire (carte 2). Néanmoins. C’est le cas de la ville d'Oiapoque.condition migratoire est un révélateur ». A Oiapoque. la mobilité entre les Etats fédéraux du bassin amazonien. entre chaleur équatoriale et brise des moussons océaniques. 2011). 2011). environ 80% sont des Haïtiens.   33   . 2011 . où le Parc National du Cap Orange et les terres amérindiennes Juminã. dont les conséquences socioéconomiques négatives sont infligées tantôt aux immigrants comme au pays d'accueil : on y voit une exclusion et une marginalisation des immigrants. 2008 . ils ont une réglementation spécifique en matière de pêche. Galibi et Uaçá forment une zone continue de sites protégés. notamment de clandestins. ces vagues furent causées par le Parc National du Cap Orange et par les terres amérindiennes Juminã. Piantoni. et l’orpaillage. En plus de ces migrations. Soares et al. y compris le bassin du fleuve Uaçá et leurs affluents. et sont très accessibles pour les pêcheurs d'Oiapoque (dû à leur proximité de la ville). se surajoutent les vagues migratoires provoquées par la création des sites environnementaux protégés et des réserves amérindiennes dans tout l’Etat d’Amapá.. font de la Guyane une destination de migration rêvée (Pinto.

les Waiãpi et les Galibi Marworno. les Karipuna. les Palikur. Dans ces terres amérindiennes. délimitées et homologuées par décret présidentiel depuis octobre 2002. Les terres amérindiennes de l’Etat. l'accès est réservé aux peuples amérindiens (ISA. sont généralement bénéfiques pour la maintenance des forêts et pou l’équilibre des   34   .Carte 2 : Territoires protégés dans la zone d'étude. 2013). étant liées à la diversité inhérente des forêts tropicales.6% de tout le territoire. représentent 8. soit 140 276 km² et hébergent plusieurs ethnies comme les Galibi d’Oiapoque. L’intérêt des sites amérindiens au Brésil résulte du fait de que ce sont des territoires qui « permettent la reproduction des modes de vie amérindiens qui.

écosystèmes qui fournissent à toute l’humanité des services environnementaux fondamentaux » (ISA,
2013).
La réserve Galibi, homologuée depuis 1982, possède une surface de 6.689 hectares et héberge 130
habitants, des ethnies Galibi d’Oiapoque et Karipuna. La réserve de l’Uaçá, la plus grande et plus
importante d’Oiapoque, possède un territoire de 470.164 hectares où vivent 4.462 habitants, des
ethnies Palikur, Galibi Marworno et Karipuna. Enfin, la réserve de Juminã, avec 41.601 hectares,
abrite 61 habitants, des ethnies Galibi Marworno et Karipuna (ISA, 2013).
A côté des réserves amérindiennes, localisées à l'extrémité nord de l'Etat de l'Amapá, à la frontière
avec la Guyane Française, le Parc National du Cap Orange (PNCO) a été créé par le Gouvernement
Fédéral de Brésil, par le décret nº 84.913 du 15 juillet 1980. Le parc est constitué d’un territoire de
619.000 hectares, comprenant une partie des villes de Calçoene et d'Oiapoque (les villages de Cunani
et de Tapereba). Il possède encore une bande de mer d'environ 200 km d'extension et 10 km (6 milles)
de largeur, placée entre les villes d'Oiapoque et de Calçoene, où la pêche est restreinte (IBAMA,
2007).
Le PNCO est la plus grande zone marine de protection intégrale au Brésil, et assure l'intégrité d'un des
plus importants et fragiles écosystèmes de la planète : les mangroves (Silva et al., 2011). La mangrove
est un écosystème de marais maritime ne se développant que dans la zone de balancement des marées
des côtes basses des régions tropicales. On trouve aussi des marais à mangroves à l'embouchure de
certains fleuves, comme dans le cas du Cassiporé. Ces milieux particuliers, en règle générale,
procurent des ressources importantes (forestières et halieutiques) pour les populations vivant sur ces
côtes, vu qu’ils sont parmi les écosystèmes les plus productifs en biomasse de notre planète. Pour cette
raison, les mangroves du PNCO sont des berceaux de reproduction et de croissance de diverses
espèces de crustacés et de poissons (IBAMA, 2007).
Néanmoins, dans les zones qui entourent le PNCO et à l'intérieur du parc lui même, il y a une grande
pression de la pêche industrielle de navires originaires de l’Etat du Pará (Belém, Bragança et Vigia),
de bateaux originaires de l’Etat du Amapá et, dans une moindre mesure, de bateaux d'autres États
fédérés de Brésil (Silva et al., 2011).
En plus, les deux Parcs Nationaux de l'Amapá, le Cap Orange et le Tumuc Humac, qui sont des zones
de protection intégrale de l’environnement, exercent une forte pression sur les activités économiques
d'Oiapoque par les restrictions d'utilisation du territoire qu'ils imposent. Ceci a produit des conflits
directs avec les acteurs du bois et de la pêche, notamment en ce qui concerne les zones de pêche des
anciens habitants du PNCO (Silva et al., 2011).
L'ICMBio (2011), responsable du contrôle et de la surveillance dans le PNCO, indique que l’institut
vit une situation complexe par rapport à l'application de la législation environnementale. En tant
 

35  

qu'institution responsable de la gestion des zones protégées, il lui revient de faire valoir les
dispositions de la Loi 9.985, du 18 juillet 2000 instituées par le SNUC17. Dans sa mission
institutionnelle de protection de la nature, la restriction de la chasse et de la pêche, de la capture de
chéloniens, la coupe du bois et les interdictions d'incendies de forêt, ont modifié fortement les activités
des communautés d’Oiapoque, surtout des villages de Vila Velha do Cassiporé et de Tapereba. Ce qui
donne lieu à une situation de conflit entre cette agence, chargée de l'application de la législation, et une
partie de la population locale, liée à l'activité de pêche (Silva et al., 2011).
Selon Júlio Garcia, le président de la Côlonia des pêcheurs d'Oiapoque, la législation
environnementale et les interdictions de la pêche dans la zone du PNCO ont nui significativement au
secteur halieutique. Ceci car les bateaux des pêcheurs d'Oiapoque sont de petite taille, ce qui les
empêche de naviguer au delà de la limite du Parc, située à 200 milles des côtes (Silva et al., 2011).
Cependant, le manque de conditions techniques de l'ICMBio pour surveiller systématiquement la zone
côtière d’Oiapoque (vedettes, combustible, personnel) empêche un contrôle efficace (Silva et al.,
2011).
Pour traiter une partie du problème créé entre l'institution et les pêcheurs, l'ICMBio a établi un quota
quotidien pour les bateaux d'Oiapoque, principalement dans l'embouchure du fleuve Cassiporé, où il
existe une quantité significative de poissons (Silva et al., 2011). Par conséquent, la pêche dans la zone
du parc est temporairement autorisée pour les pêcheurs d'Oiapoque, grâce à un terme d'engagement
signé en 2007 entre l’IBAMA et la Colônia* CPO-Z3 (CEDRS, 2008). Cet accord permet qu’une
quantité de bateaux enregistrés dans la Colônia* CPO-Z3 soient autorisée à pêcher dans la zone du
parc : seulement 20 bateaux sont autorisés à pêcher en même temps, et ne peuvent le faire que pendant
10 jours. C'est-à-dire que tous les 10 jours, la pêche est permise à un maximum de 20 bateaux.
L'établissement des sites protégés sur des territoires appartenant aux communautés littorales touche
négativement le mode de vie des pêcheurs artisanaux. Beaucoup de ces sites dans les régions côtières
étaient et sont encore habités par des pêcheurs artisanaux, qui ont développé des formes spécifiques
d'appropriation des ressources de la mer. Fréquemment, les forêts associées aux écosystèmes littoraux
sont conservées non parce qu'elles ont été incluses dans des parcs nationaux, mais surtout parce
qu'elles étaient habitées par ces communautés, considérées comme traditionnelles. Pourtant, la
législation brésilienne prévoit l'expulsion de ces pêcheurs artisanaux de leurs territoires ancestraux au
profit de la préservation (Diegues, 2004b).

                                                                                                                       
17

Le Système National d'Unités de Conservation (SNUC) est l'ensemble d'unités de conservation (UC) fédérales,
de l'Etat et municipales.

 

36  

3. Résultats et Discussion
A. Dynamique des migrations et de transmission de savoirs des pêcheurs
dans la zone
I) Déterminants migratoires
Plus que dans tout autre moment dans l'histoire, le monde actuel semble être en convulsion. Des
nouveaux modèles de production et des changements dans le marché ont impacté de façon définitive
les relations de travail. En même temps, différentes façons d’envisager la vie émergent de manière
vigoureuse. Encore dans cette perspective de changements, les migrations de travail, d'une façon
générale, augmentent significativement au début du XXIème siècle, comme vu par Piantoni (2011).
C'est le cas de notre petite zone d'étude, l'Oyapock.
Les pêcheurs de la zone sont venus en cherchant soit une vie meilleure (santé, éducation et bons
revenus), comme c’est le cas pour la plupart des pêcheurs interviewés à Saint-Georges et à Oiapoque,
soit une zone meilleure pour la pêche. Certains ont également subi des migrations forcées comme dans
le cas des pêcheurs originaires de Cassiporé, expulsés de leurs terres à cause de la création d'un parc.
L'imaginaire de l'Eldorado est présent jusqu'à nos jours : si l'image d'une source qui régurgite de l'or a
été démystifiée il y a longtemps, on garde toujours l'impression d'une terre préservée, pleine de
ressources naturelles et riche d'opportunités, due a sa localisation frontalière avec la Guyane.
Néanmoins, le profil des pêcheurs immigrés dans cette zone sont très variables : ils sont arrivés à
différentes époques, et ils se distinguent par leur âge, leurs origines et leurs métiers, comme constaté
aussi par Cavalcante (2011).
Aussi bien à Oiapoque qu’à Saint-Georges, la plupart des pêcheurs interviewés sont nés entre 1970 et
1980, constituant une population dont la moyenne d’âge se situe autour de 40 ans (graphique 1). Ces
migrants sont arrivés principalement dans les années 90. Néanmoins, il y a eu plusieurs vagues de
migrations à différentes époques, qui avaient différentes origines : les pêcheurs venus dans les années
80 et 90 ont accompli des migrations complètes ou partielles, tandis qu'à partir de 2000 ce sont plutôt
des migrations temporaires dans notre échantillon18. À Saint-Georges il y a une variable
supplémentaire : les anciennes migrations, correspondent à ceux qui sont aujourd'hui des propriétaires
armateurs*, tandis que les migrations récentes correspondent aux marins pêcheurs, pour ceux qui sont
en situation régulière dans le territoire, et aux réparateurs de filets, pour ceux qui attendent leurs titres
de séjour.

                                                                                                                       
18

 

Voir page 22

37  

de la ville de Corurupu (graphique 2). parmi les 25 pêcheurs interviewés. dont 8 de Taperebá et 3 de Vila Velha . et plus précisément des villes de Vigia. les données concernant les pêcheurs interviewés à Oiapoque et à Saint-Georges seront traitées et analysées ensembles dans la plupart des résultats et discussion de ce mémoire. En plus. Intéressons-nous maintenant à l'origine des pêcheurs installés sur le bassin du Bas-Oyapock : d'où viennent-ils ? Peut-on isoler des foyers de migration ? Les enquêtes menées à Oiapoque révèlent que. Néanmoins. 1 unique pêcheur de l'Etat du Maranhão. 2 sont originaires de l'intérieur de l'Etat d’Amapá.   38   . Santarem Novo. une ville étant fortement dépendante de l’autre.Graphique 1 : Année de naissance des pêcheurs de l'Oyapock. réparties entres les villes de Ferreira Gomes et Calçoene . finalement. L’origine des pêcheurs. . Taituba. 11 viennent de la zone du Cassiporé (les villes situés dans le Parc du Cap Orange). 8 de l'Etat du Pará. Belém et Ourem . île de Marajó. et. étant des cidades gêmeas*. ont des caractéristiques socio-culturelles indissociables et fortement liées au contexte global de la zone. dû au fait que la plupart d’entre eux ont les mêmes origines et parcours. Oiapoque et Saint-Georges. Ces données sont en accord avec l’étude faite par Cavalcante (2011).

les pêcheurs de cette   39   .Graphique 2 : Ville d'origine des pêcheurs à Oiapoque. qui contraint les pêcheurs à migrer de plus en plus vers de nouvelles zones de pêche. 5 viennent du Pará. l’origine des pêcheurs est plus diversifiée : parmi les 14 pêcheurs interviewés. est une conséquence du contexte national de répartition des ressources halieutiques : l'augmentation de la crise dans le secteur de pêche s'aggrave considérablement chaque année avec l'effondrement et la surexploitation d'espèces marines. où la pêche est une activité socio-économique importante. l'autre de Cayenne et. À Saint-Georges. 1 vient de la région du Cassiporé. Belém. il y avait 1 Péruvien originaire d'Iquitos (graphique 3). Ce cadre de migrations. sécurité alimentaire et réduction de la pauvreté. actuellement. La destruction d'écosystèmes qui ont une haute productivité est une conséquence qui a accompagné le déroulement du projet de modernisation du secteur de pêche au nord-est et nord du Brésil. et plus précisément des villes de Vigia. ce qui touche directement les populations de pêcheurs qui dépendent de ces ressources pour leur survie. comme dit ci-dessus. dont 1 de Taparabu. du Maranhão et du Ceará. finalement . 2 de l'Etat du Maranhão. la production diminue fortement en raison de la diminution de la ressource. 2 de Bailique et 1 du municipio d'Amapá. Par conséquent. Bragança et Muaná. Santa Isabel. 4 viennent de l'intérieur de l'Etat d’Amapa. des villes de Candido Mendes et Carutapera . en contribuant à la réduction du poisson situé près de la côte. notamment dans l'Etat du Pará. Dans la carte 3 on peut voir les villes d’origine des pêcheurs de Saint Georges et d’Oiapoque. même si. Ces villes d’origine ont une caractéristique en commun : elles sont toutes des villes littorales ou fluviales.

. vert : Guyane .. à Belém c'est devenu difficile. Voici comment un pêcheur explique les raisons des migrations vers l’Oyapock : « À partir du Cassiporé..zone ont une tendance à se déplacer vers les zones encore productives les plus proches : l'Amapá. la pêche est meilleure. Carte 3 : Villes d'origine des pêcheurs de Saint-Georges et d'Oiapoque (bleu : Pérou .. rose : Pará . rouge : Maranhão). Graphique 3 : Ville d'origine des pêcheurs à Saint-Georges. jaune : Amapá . c'est pourquoi les   40   .

Les routes empruntées par les migrants passent de l'Etat du Pará directement vers l’Oyapock. Carte 4 : Les mouvements migratoires des pêcheurs vers Oiapoque et Saint-Georges et les principales routes empruntées19.   41   . Bailique. de la même manière que pour leur ville d'origine. » (Pêcheur 5. pour pêcher et amener le poisson d'ici.. un conflit et des menaces de mort. mais aussi de situations extrêmes qui nécessitent une migration telles qu’une rupture familiale. Macapa – Oiapoque = 700 km.. Calçoene et Taperebá. Saint-­‐Georges   Oiapoque   Cassiporé                                                                                                                           19 Distances approximatives calculées à partir de Google Earth entre les villes : Bragança – Belém = 250 km .pêcheurs viennent tous ici maintenant. de la plus lointaine à la plus proche : Vigia. Belém – Cassiporé = 800 km . homme de 36 ans. une perte ou une offre d’emploi. Par conséquent... ou à travers plusieurs migrations qui suivent la même direction (carte 4). Belém. le parcours migratoire des pêcheurs qui habitent aujourd'hui dans le bassin de l'Oyapock ne s'éloigne pas trop de cette région considérée comme « Nord » du Brésil. Oiapoque) . Cassiporé – Oiapoque = 160 km. Macapa. Le temps passé dans chaque ville dépend du projet de migration de chaque pêcheur. soit des zones connues pour leur rapport important avec la pêche. Belém – Macapa = 450 km. Les parcours migratoires. Parmi les diverses villes habitées par les pêcheurs on peut distinguer parmi les plus citées. on observe que.

.. notamment quand ils n'ont pas de famille. j'avais plein d'argent !!!! Je me suis dit 'ici c'est trop bien !!!' et je suis resté. Dans la région de l'Oyapock.Source du fond de la carte : Google Maps.. Ça fait déjà 7 ans. homme d’environ 40 ans. Par conséquent. les pêcheurs finissent par débarquer et s’installer dans cette zone à cause de la proximité et de la facilité d'accès à la ressource... ici la pêche est plus proche.. donc je suis venu. Saint-Georges) « Ici sur l'Oyapock c'est l'unique zone où la pêche est encore rentable.. il n'est pas rare de trouver des pêcheurs qui suivent le poisson directement. Ananindeua.. puisque leur activité extractiviste dépend d'une ressource aléatoire et mouvante dans le temps et dans l’espace. j'ai commencé à me faire des amis. le pêcheur reste généralement dans la région où le bateau est passé et qui lui a semblé la plus propice à son installation : comme les bateaux pêchent là où il y a le plus de ressources halieutiques. Oiapoque) Néanmoins. je suis venu par hasard.. de laisser mon ancien bateau. cette condition n'est vraie que si les ressources restent disponibles : à partir du moment où   42   . Saint-Georges) « On venait de Calçoene pour pêcher ici.. puis quand je suis allé faire le change. et c'est aussi plus proche pour aller pêcher. des gens qui ont grandi avec moi et sont venus travailler ici dans la pêche aussi. comme constaté par Diegues (1983) et Furtado (2006).. je n'ai habité qu’à Vigia. et ils me disaient de rester.. plus pratique.. » (Pêcheur 12. et qui m'a dit que c'était bien le travail ici. » (Pêcheur 26. » (Pêcheur 14. Les pêcheurs ont une grande mobilité.. homme de 46 ans. cette caractéristique se retrouve dans une partie de la population. homme d’environ 40 ans. alors que c'est loin. Vizeua. » (Pêcheur 25. notamment à Saint-Georges (2 pêcheurs sur les 25 interviewés à Oiapoque et 3 sur les 14 interviewés à Saint-Georges) : « Bon bah... alors je suis resté. ça a été à travers mon oncle qui est venu pêcher ici et puis travailler. » (Pêcheur 25.... j'ai fait une voyage et j'ai reçu 80 euros. 5 ou 6 heures et on est là ! Mais à Calçoene ça prend 24 heures. homme de 54 ans. Bragança. Carutapera.. en n'ayant pas de maison fixe à terre : leur maison devient le bateau sur lequel ils passeront des mois sans retourner à la terre.. Castanhal. Saint-Georges) À la suite de ces aventures. alors qu'on venait passer que 3 mois. il y avait des gens que je connaissais déjà. Voici comment quelques pêcheurs expliquent leur arrivée dans la zone : « Je n'avais jamais pensé venir ici. Saint-Georges) « Ils nous ont amené ici. mais j'ai travaillé à Abaetetuba.. donc. il correspondait à 3.. alors je suis arrivé pour travailler et je ne connaissais même pas l'euro.. à mon arrivée ici..80 reais... homme de 27 ans..

principalement pour la santé. » (Pêcheur 11. Oiapoque) « Les pêcheurs sont comme ça. homme de 46 ans. on devra trouver là où il y en a ! Pour le moment c'est bien. Les changements de métier et la recherche d’une vie meilleure..... homme de 39 ans.. ils seraient pas restés.. Saint-Georges) « Bon bah.. Oiapoque) « Bon bah. » (Pêcheur 7.. On peut confirmer cette situation à partir des discours suivants : « Je suis bien à Oiapoque.. ils ne passent jamais trop de temps dans un endroit.. c'est de la production ! Et c'est plus facile de changer de ville que de métier. elle va apprendre le métier de l'endroit migré..... des pêcheurs pour qui la pêche est utilisée comme un outil pour réussir leur migration.. on a bien aimé car c'est mieux pour survivre qu'au Brésil. notamment pour ceux de SaintGeorges... on a l'assurance à 100% et des aides du gouvernement. est la recherche de meilleures conditions de vie : « Depuis qu'on est arrivé ici. Voici comment les pêcheurs expliquent leur changement de métier : « C'est parce que la personne travaille dans un autre métier.. c'est avantageux par rapport à l'euro.. » (Pêcheur 13. homme de 63 ans..... homme de 39 ans. ici. Ils ont quitté leur ville d'origine en cherchant une vie meilleure et se sont lancés dans la pêche en considérant que c’était l'activité la plus rentable et accessible de la nouvelle zone.. là où il y a des poissons. ici la pêche était la principale activité.. mais quand elle arrive dans une nouvelle zone où ce métier n'existe pas. c'est très bien. » (Pêcheur 25. Oiapoque) .. Saint-Georges) « C'est parce que dans ce quartier que j’habitais ils faisaient juste la pêche.la ressource s'est épuisée. mais on ne sait jamais. Oiapoque) Une autre raison de migration dans la zone fréquemment évoquée. pendant qu'il y a des poissons.. car là-bas il n'y a pas d’aides. » (Pêcheur 13. je crois que c'est pour ça qu'ils déménagent. on sera là ! » (Pêcheur 9. homme de 46 ans. moins de poissons reçoit un valeur plus grande   43   . car si c'était juste à cause de la pêche. il va ! Pêcher est un jeu... quand il n'y aura plus de poisson ici. homme de 41 ans. ou qui leur permettrait de réussir leur intégration dans la nouvelle société (d’autant que les migrants n’ont pas accès à la terre). et pour qui la pêche est vue comme le but de migration (pour chercher les meilleurs endroits de pêche). on a encore.. Saint-Georges) « Quand la famille est née là-bas... alors j'ai commencé à pêcher. le pêcheur reprend sa route. en plus petit nombre. je ne pense pas partir pour le moment. Hormis les pêcheurs qui suivent le poisson. » (Pêcheur 3. homme d’environ 40 ans. les enfants reçoivent de l'argent de l'Etat...

homme de 35 ans. Saint-Georges) Ainsi. et donc ils ont porté préjudice aux habitants de ces endroits. ils sont tous dans la drogue.. alors on ne peut pas contrôler les enfants. homme de 55 ans.. leurs pratiques et leurs apprentissages L’Amazonie est souvent imaginée par les Brésiliens et les étrangers comme une étendue de forêt dense dépeuplée et victime de dévastation. sans gaspiller ou causer des dommages irréversibles au fonctionnement de l'écosystème.. des huiles diverses. les problèmes sociaux et déséquilibres environnementaux qu’ils auraient pu causer lors de cette création : « Le gouvernement fédéral a transformé plusieurs régions du Brésil en parcs naturels... de pêche.. qui dépendent de la forêt pour vivre et survivent sans la détruire. Ces raisons ne sont pas en lien direct avec l’activité de pêche et la maîtrise d’un métier. par l'imposition d'un parc naturel : le Cap Orange.qu'au Brésil. Néanmoins. Dans ce cas on peut parler de foyer de migration. il avait tout là-bas. déposséder arbitrairement de sa terre. En effet. l'Ibama a expulsé les gens sans même donner des compensations ou des alternatives pour qu'on puisse survivre.. le gouvernement fédéral a créé le parc sans toutefois considérer ou chercher à étudier le mode de vie de ses habitants.... sans avoir des connaissances techniques.. » (Pêcheur 37... d’agriculture. notamment les plus âgés. et le gouvernement a tout retiré ! Pour nous obliger à venir à la ville ! Et pourquoi faire ? Ils n'ont rien à faire ici. ils n'ont pas de condition de maintenir le fils dans l'école.   44   . Oiapoque) « Au Brésil l'école n'est que dans la période du matin. ils n'ont de quoi se nourrir.. le reste de leur famille les a progressivement rejoints. Oiapoque) II) Le parcours de vie des pêcheurs. ici c'est facile car l'école dure toute la journée » (Pêcheur 27. de l'alimentation. à des revenus plus importants mais aussi la prise en charge des enfants sur l’ensemble de la journée en Guyane sont des raisons souvent mises en avant par les pêcheurs. Selon les pêcheurs. dans la prostitution. j'aide.. du caoutchouc. la ville d'Oiapoque a connu une grosse vague de migration. des écoles. » (Pêcheur 10. des dispensaires. des remèdes naturels. Des forêts. C’est cela qu'on appelle des « communautés traditionnelles » au Brésil.. composée par la population traditionnelle du Cassiporé...... et moi. homme d’environ 50 ans. elles extraient des fibres végétales pour l’artisanat. homme de 55 ans.. car.. à l'intérieur de cet environnement il y a des communautés qui vivent d’activités extractivistes. qui s'est faite expulser. Aujourd'hui je vois des gens qui ont déménagé de la campagne à la ville... alors que c'était nous qui protégions tout ça.. tout comme cette dernière raison de migration qui elle ne relève pas d’une motivation voulue. Oiapoque) « Je suis d'accord qu'on doit préserver l'environnement. mais ils se sont oublié les 'hommes de la forêt'. après que les chefs de famille aient migré à Oiapoque pour le travail. » (Pêcheur 10. dans les années 90. l’accès aux soins.

Ce cadre est dû au fait de que. outre la pêche. Sur l'Oyapock. contrairement aux revenus comparativement limités de la pêche réalisées à la saison des pluies (de janvier à juin). généralement la saison sèche coïncide avec le moment de plus grande dépense de travail dans l'agriculture. se pratique avec plus d'intensité à cette époque. Cette norme est en conformation avec la définition sociologique du mot « subsistance ». quand il devient nécessaire de préparer la terre. avec l’apport économique. 21 Le mot pluriactivité est employé dans cette étude lorsqu'une même personne cumule plusieurs activités simultanément. la pêche dans l’embouchure du fleuve Oyapock. s'intègrent dans d'autres activités. liée à la recherche de moyens alternatifs et complémentaires (pourvoyeurs de denrées ou de revenus monétaires) pour garantir la reproduction des communautés traditionnelles. de semer et de planter ce qui devra être récolté avant la montée des eaux vers le mois de février. À la saison sèche (de juillet à décembre). dans toutes les familles interviewées l'activité de pêche se développe avec une participation élevée des femmes et des enfants en âge de travailler. qui provoque des modifications significatives dans l'environnement et dans le comportement des ressources explorées. soit les communautés traditionnelles. même si la pêche est une activité majoritairement masculine. L'ampleur de l'engagement familial dans l'activité de pêche affirme son importance dans le contexte socio-économique et culturel des communautés traditionnelles de l'Amazonie. cité comme l'endroit le moins riche en poissons et de moindre intérêt pour la pêche dans la zone. en rendant possible le transfert continu des connaissances empiriques des expérimentés vers les plus jeunes de la communauté. en ayant comme facteur prédominant la fluctuation du niveau du fleuve. situés dans le périmètre du Cap Orange. La durée de chaque sortie de pêche. subit une légère variation saisonnière. Les rapports familiaux dans la pêche. comme constaté aussi par Diegues (1983 et 2004b) dans d’autres communautés. sociale et culturelle de la pluriactivité. qui habitent dans l'espace agricole. La pluriactivité se définit comme une pratique sociale. Par conséquent. en moyenne de 10 jours pour Saint-Georges et de 15 jours pour Oiapoque. En coïncidant avec cette période de pluies. les sorties de pêche sont plus longues.. Ainsi. En plus. le defeso* interdit la pêche pendant quelques mois aux endroits les plus accessibles. la pluriactivité21 et l'engagement familial dans la stratégie de travail des communautés traditionnelles deviennent un                                                                                                                         20 Voir page 26.   45   . les familles de cette étude. ce qui facilite la capture et rend la pêche plus productive. normalement à partir de 7 ans. tandis que pendant la saison des pluies la navigation devient difficile à cause des intempéries. pendant la saison sèche les poissons sont concentrés en bancs. Ces données sont en conformation avec ceux trouvés par Cavalcante (2011) et Gallois (2008). lequel est utilisé par plusieurs chercheurs de la zone pour définir la pêche locale20 et qui est fréquemment utilisé pour décrire le modèle minimum d'activité physique et d'efficacité productive qui peut garantir la survie de sociétés organisées autour des noyaux familiaux.

en contrepartie. notamment pour les familles originaires de Cassiporé. 17 pêcheurs avaient une certaine tradition dans la pêche. pratiquant l’activité de prélèvement de la ressource. La plupart du temps. avec la constitution d'une famille.                                                                                                                         22   Voir page 44   46   . au départ. cette migration devient partielle ou même complète. ils participent toujours à une économie d'échange. généralement réservée aux communautés traditionnelles. demande que le poisson lui soit vendu en priorité (et au prix qu’il fixe) . les pêcheurs ont eu accès à des savoirs et savoir-faire traditionnels en pêchant. le plus souvent avec leur propre père. . à Saint-Georges.besoin primordial. dont la pluriactivité est un attribut22. L’acquisition des savoirs et savoir-faire du métier de pêcheur. par conséquent. ces pêcheurs ayant appris en pratiquant avec un proche ont commencé leur métier dès qu'ils avaient un âge suffisant pour monter en bateau. C'est le cas des interviewés d’Oiapoque et de Saint-Georges. mais aussi avec des Amérindiens qui habitent les réserves dans le territoire et qui échangent de la farine de manioc contre du poisson. Sur l'Oyapock les techniques de pêche sont aussi bien spécialisées : la plupart des pêcheurs interviewés utilisent le filet maillant dérivant pour la pêche commerciale. Bien que les pêcheurs de l'Oyapock soient aujourd'hui spécialisés dans la pêche. la stratégie de migration est. et une permise par un long parcours d'observation une fois adulte pour ceux qui n'ont pas été instruits par un membre de la famille et qui n'avaient pas de connaissances préalables du métier. À Saint-Georges ce nombre se réduit à cinq des 14 pêcheurs interviewés. où pêcher devient difficile. qui se pratique généralement sur le fleuve. l’épervier et la ligne à main (photo 1). Des 25 interviewés à Oiapoque. soit entre 12 et 15 ans pour la plupart d'entre eux. Ainsi. À cette situation se rajoute aussi le fait que. plutôt individuelle et temporaire . pour la petite pêche vivrière. . Ces données sont en accord avec les résultats de Diegues (2005) et Escallier (2003). notamment pendant la saison des pluies. Deux typologies d'apprentissage existent donc pour les pêcheurs de la région : une résultant de l’immersion directe dans le monde pratique pour ceux qui ont une certaine tradition dans la pêche . ils utilisent des petits outils comme la palangre. la pêche reste l'activité générant la majeure partie de leur revenu et constitue l'unique métier qu’ils ont pratiqué toute leur vie.même si après. Ces échanges sont faites avec l'armateur*. Ces données sont en accord avec celles suggérées par Escallier (2003) lors de son étude sur l’apprentissage dans une communauté de pêcheurs au Portugal. et que. Les techniques de pêche et les adaptations. qui finance la sortie de pêche et. même si. C'est-à-dire que le métier avait été choisi collectivement par la famille en tant que stratégie sociale de survie depuis longtemps. dont 23 des 39 interviewés ont répondu avoir d’autres activités s’ajoutant à celle de la pêche durant au moins une période de la vie.

homme de 19 ans. 2013. Cliché : Crespi.Photo 1 : Pêcheur en train de réparer un épervier dans sa barraca*. bon. ici dans la région c'est plutôt 'trapo'. 'filame' c’est pour ceux de Vigia. homme de 30 ans.. Oiapoque) « La palangre ?! Non.. comme moi.. n'étaient pas assez claires pour que je puisse inférer une typologie pour la nomenclature. » (Pêcheur 1. Le tableau 1 présente les différents outils que les pêcheurs emploient actuellement. Oiapoque)   47   .. ‘espinhel’ c'est pour ceux qui viennent du Pará. dont les variables sont nombreuses et incontrôlables... et les anciens l’appellent 'espinhel'. ceux qu’ils ont eu l’occasion d’utiliser auparavant et ceux dont ils connaissent l’existence mais n’utilisent pas..... Néanmoins. 'escorador' c’est pour ceux qui viennent du Cassiporé. les motivations de ces différentes appellations. » (Pêcheur 2. Voici un exemple de la confusion causée par les pêcheurs essayant de m’expliquer l’origine de chaque mot : « Pour la palangre. Ce tableau met en évidence le fait que certains outils ont plusieurs noms. ainsi que leurs différentes nomenclatures et leur description.

petits Espinhel La palangre est une longue ligne (ligne principale) sur laquelle sont fixées à certains intervalles des lignes lestées. Filets Vigia. c’est un filet de surface dont la ralingue supérieure est soutenue par de nombreux flotteurs. ou l'espace entre les hameçons .. Arrastão maillant utilisé par quelques malhadeira. Belém . ce qui l’empêche en eaux profondes. et l'autre le nom populaire.. Outil Endroits d’utilisation Nomenclature D'autres fréquente nomenclatures Description23 Palangre Cassiporé. deriva. relativement plus courtes et plus fines (avançons) munies d'hameçons appâtés. homme de 26 ans. fil pêcheurs à profundada. Anzol. villages du Pará et escorador.par exemple. Rede grossa. Belém Cortina tournants Borqueio. » (Pêcheur 6. s’échapper en plongeant vers le bas. dérivants. ou à une certaine distance en dessous de celle-ci. 'espinhel'. dérivants. l'épaisseur et le matériau de la ligne principale et des lignes lestées.. il y a de grandes différences dans les paramètres de l'engin .ici dans la région ils l’appellent aussi 'escorador'. fil bubuiadeira. utilisé tiradeira.« La palangre a plusieurs noms car il y a un qui est le nom technique. A part quelques exceptions. cerco. Définition et classification des catégories d’engins de pêche.et dans les types d'hameçons et d'appâts. isolément ou. Idem arrasto. de rede de circulo. le plus souvent. Cassiporé Filets Vigia. avec le bateau auquel ils sont amarrés. Selon le type. escora. Saint maillant Georges Bubuia Espera.. pêcheurs à Oiapoque Filets Oiapoque. filame. l’encerclant à la fois sur les côtés et par en dessous. en nylon Oiapoque Filets Utilisé par quelques Escorada maillant calés pêcheurs au Apoitada Le poisson se maille ou s'emmêle dans la nappe posée auprès du fond. du Amapá . linha. 'trapo'. Oiapoque) Tableau 1 : Les outils de pêche connus ou utilisés sur l'Oyapock. grâce à de nombreux flotteurs.   48   . Maintenus près de la surface. par quelques pargueira. il comporte ou non une coulisse qui assure sa fermeture par le bas. Le filet tournant capture le poisson en camaroeiro. arrastão. ces filets dérivent librement avec le courant. en plastique redada.                                                                                                                         23 Les définitions sont tirées de Claude Nedelec (1982). Selon le type de pêche.

mécaniquement. Vigia. etc. sur toute la côte du Amapá Filets Cayenne soulevés Barco Arrastão. pesca de praia. Puçal cachimbo. placé sur un hameçon fixé à l'extrémité d'un avançon. Après avoir été submergés à la profondeur voulue. escora. l'entrée du chalut doit être maintenue ouverte. peuvent éventuellement laisser passer librement les poissons non maillés audessous de leur ralingue inférieure. Curral Curral de espia. filets. ces filets sont montés sur des perches ou pieux plantés au fond. fuzaca. Dans toutes les Employés essentiellement dans les eaux côtières. Belém. lancés du rivage ou d'une embarcation. à bord. ces filets peuvent éventuellement laisser passer librement les poissons non maillés au dessous de leur ralingue inférieure. 49   .0) qui. Pendant l'opération. anciennement. cortina. Les chaluts et les dragues sont des filets en forme de poches. A marée descendante. Cannes Ce sont habituellement des filets de grandes dimensions. villes Les poissons. les filets sont virés hors de l'eau. Filets Vigia.   Ces filets. et où il vient se prendre. manœuvrés pargueiro. pescaria camaroeiro industrial. à marée descendante. petits Curral Curral de rede. Belém.) ces engins sont habituellement installés dans la zone de balancement des marées. Zangaria.Filets-pièges Vigia. attirés ou non par la lumière ou par un appât sont capturés par ces filets formés d'une poche de forme parallélépipédique. à ouverture tournée vers le haut. ouverts à la surface et munis de divers dispositifs de rabattement et de retenue du poisson. estacada. dragues Cayenne Barrages Belém. Les poissons sont démaillés à marée basse.4. Caniço Vara Le poisson est attiré par un appât naturel ou artificiel (leurre). Arrastão estacada. d’un bateau Eperviers Dans toutes les Tarrafa villes Chaluts et Belém. Ils sont pour la plupart divisés en compartiments fermés à leur base par une nappe de filet. cacuri. branchages. zangaria. curral. petits Estacada maillant fixes villages du Pará et. cacuri. capturent les poissons en retombant et en se refermant sur eux. que l'on traîne à travers l'eau pour qu'ils capturent sur leur passage différentes espèces cibles. Fabriqués en matériaux divers (pieux. fixes villages du Pará curral de coraçao. Ils sont à distinguer des filets maillant fixes (voir 7. Vigia Lance. Leur emploi est généralement limité aux eaux peu profondes. ancrés ou fixés sur des pieux. roseaux.

Arrastão Puçal Ce grand filet avec une poche centrale est mouillé d'une embarcation en partant du rivage pour y revenir après avoir éventuellement contourné un banc de poissons. fuzaca.) et comportant une ou plusieurs ouvertures ou goulets d'entrée. Lignes à main Dans toutes les villes Linha de mão Boinha Généralement en mono-filament.Verveux Belém. la présence ou non de plages de sable. les préférences alimentaires locales ainsi que le biotope influençant la présence de certaines espèces de poisson. Les histoires de vie. lests ou piquets. fixés sur le fond par des ancres. Munis ou non d'appâts. Les verveux. Dans les extraits suivants. reliés par des filins ('orins') à des bouées indiquant leur position à la surface. Nasses ou Dans toutes les Matapi Casiers villes Ces pièges. même si elles sont importantes pour la petite pêche vivrière. et par conséquent l'outil pour l'attraper. sur les techniques employées et les espèces ciblées. ils sont mouillés en général sur le fond. elles portent un ou plusieurs hameçons appâtés pour la pêche en surface. destinés à la capture des poissons ou crustacés. en pleine eau ou avec un lest près du fond. ainsi que pour les savoirs et savoir-faire accumulés. sont en forme de cages ou de paniers fabriqués avec des matériaux divers (bois. etc. tandis que les autres composeront l'équipage. osier. sont les principales variables qui déterminent ce choix. sur les endroits de pêche. munduru. détenteurs des savoirs sur la navigation. les expériences de pêche et les parcours de migration vécus vont finalement avoir une place secondaire dans le choix de techniques de la pêche commerciale. En revanche. Vigia Puçal Matapi. Vigia plage Muzua. les pêcheurs m’expliquent leurs difficultés pour utiliser un outil de pêche alors que l’environnement ou le poisson (taille ou espèce) ne sont pas adéquats :   50   . grillage. les histoires de vie et connaissances vont jouer un rôle important lors du positionnement du pêcheur dans le bateau : les capitaines sont les plus expérimentés dans la pêche. Sennes de Belém. Utilisés normalement en eau peu profonde. ces pièges sont constitués par des poches de capture. montées sur des cercles ou autres structures rigides. de forme cylindrique ou conique. puça. La senne est ensuite tirée à la plage. Le contexte environnemental et culturel local joue un rôle important dans le choix des techniques de pêche : la présence de la mer ou du fleuve. entièrement recouvertes de filet. isolément ou en filière. tiges métalliques. peuvent être employés isolément ou groupés. et complétées par des ailes ou guideaux qui rabattent les poissons vers l'ouverture des poches.

. ce qui a contribué à la baisse des grands stocks de ressources halieutiques. c'est parce que les gens là-bas n'avaient pas les moyens d'avoir un bateau. la ligne à la main on pêchait aussi. la palangre est bien car on prend le machoiron blanc et jaune. (2010). homme de 19 ans.. » (Pêcheur 8. on pêchait toujours avec l'épervier. car on s'enlise trop.... dans l’outil utilisé.. il attrape tout.. depuis la période d'industrialisation et de modernisation qui a suivi la deuxième guerre mondiale. l'acoupa rivière on s'en fichait. c'est trop rare. » (Pêcheur 21.. et aujourd'hui. homme de 39 ans. les flottes de pêche à l’échelle internationale ont amélioré leur technologie et ont des systèmes de capture du poisson très efficaces. on le libérait car il y en avait même trop.. il ne se vendait pas et tout le monde l'attrapait.. homme de 58 ans. le créneau exploité et l'espace s'élargissent. homme de 62 ans. avec le filet. tant à Oiapoque qu’à Saint-Georges.. Oiapoque) « Il y en avait quelques uns qui faisaient des barrages à Vigia [Etat du Pará]... le petit « pêcheur de plage ». mais là-bas c'est pas bien pour ça.. le machoiron blanc et l’acoupa rivière (graphique 4). là bas c'était bien. on était même tristes quand on pêchait que ça car c'était du travail pour rien !! Alors qu'aujourd'hui les gens demandent à Dieu de trouver un banc d'acoupa rivière.... Cette trajectoire a rendu possible l'augmentation du pouvoir de capture de la pêche.... Oiapoque) D’autre part. comme observé par Blanchard et al. » (Pêcheur 11.« Ici c'est difficile de pêcher avec l'épervier. homme de 30 ans. mais elle n'attrapait pas la même quantité de poisson qu'on prend ici.. À partir du moment où un bateau à moteur peut amener un petit pêcheur bien plus loin qu’une petite pirogue.. par conséquent.. » (Pêcheur 2. toutes les poissons grands on les prend avec la palangre. alors ils utilisaient ça.. c'est ce qu'on utilisait au Pará.... cesse de capturer le poisson de façon artisanale et s’embarque de plus en plus sur de grands bateaux : il cesse ainsi de produire luimême son alimentation (et de vivre en autosubsistance) et devient salarié de la mer. il y a trop de boue. Oiapoque) « C'est que de poissons grands qu'on prend avec la palangre. Du fait de cette importante modernisation des flottes. les espèces les plus débarquées sont la courbine. Et au fur et à mesure   51   . et demandent plus de connaissances techniques et du milieu naturel. Oiapoque) Les préférences alimentaires locales jouent aussi un rôle important dans le choix des espèces de poisson attrapées et. Dans l’extrait suivant le pêcheur évoque cette condition pour expliquer le choix des espèces ciblées dans la région : « Quand on est arrivé ici à Oiapoque... » (Pêcheur 1. ce n'est pas comme le filet qu'attrape tous les types de poisson. Selon les interviewés... Oiapoque) Les conditions économiques du pêcheur sont aussi un facteur limitant évoqué par les interviewés pour le choix des outils de pêche : « Le barrage..

est en reconstruction. font partie des qualités requises. transmise de génération en génération se voit pour certains remplacée par une connaissance du fonctionnement d’outils modernes tels les GPS qui servent désormais à se situer dans l’espace. et repérer les bonnes zones de pêche. notamment les limites de la frontière. les savoirs et savoir-faire des pêcheurs ont dû s’adapter. Dans la mesure où de nouvelles valeurs sont établies. Diverses pêcheries pratiquées de forme traditionnelle dans des petites communautés de pêche au long des côtes de toute la planète. et. de moyenne à grande taille. attention au matériel et quantité de poisson amené.que certaines espèces deviennent valorisées commercialement. même si l’identité collective de la catégorie. Toutefois. les pêcheurs de l’Oyapock se considèrent toujours comme des « petits pêcheurs artisanaux ». considérés comme durables vis à vis des systèmes productifs locaux. réglée dans la tradition d'accès aux ressources halieutiques. Parallèlement au fait que les gros bateaux de pêche se sont modernisés et équipés de technologies très performantes. par souci de distinction avec les « grands pêcheurs industriels du Pará ». que la concurrence est installée à cause des   52   . dans de nombreux cas. de même. comme les bateaux industriels. peut augmenter énormément. La connaissance traditionnelle et secrète. dû aux changements globaux dans l’activité de pêche. engendrer une surexploitation. la question concernant leur conception de ce qu’est un bon pêcheur entraîne une grande diversité de réponses : connaissances et savoir-faire. qui utilisaient des outils de pêche artisanale.   En questionnant les pêcheurs sur leur conception d’une bonne pêche. soit des points enregistrés par le pêcheur lors d’une précédente sortie de pêche. ont été substitués par des pêcheries motorisées. A l’inverse. Graphique 4 : Les espèces les plus débarquées dans les ports de la région selon les pêcheurs d'Oiapoque et de Saint-Georges. leur temps de capture. dévouement. pendant un cycle annuel. monospécifiques et. la plupart répondent sans hésiter que c’est le fait de ramener une grande quantité de poissons.

.. leur bateau est bien grand.. pour éviter une confrontation directe et potentiellement violente. en partie.. » (Pêcheur 2... les représentations mentales des petits pêcheurs du Brésil et de beaucoup d'autres pays dans les jours actuels. nous. eux. homme de 30 ans.. inévitablement. étendre sa zone de pêche à travers l'achat d'un bateau motorisé. le filet attrape tout !!! Ici. où ils trouvent une moindre productivité. on pêche au milieu d'entre ces bateaux.. que de nouvelles formes de partage sont instituées. avec le filet non. comme l’on peut constater dans les extraits suivants : « Cette région ici loin de la côte il y a plein de poissons.. on pêche 1 tonne. elle se limite aux abords de la côte : rarement un bateau ose pêcher au-delà de 5 miles des côtes. se perd le contrôle sur le processus de travail. de plus petite taille. maintenant. on utilise que le   53   . qui utilisent des filets maillants dérivants et des filets tournants. Gagner de l'argent. en agissant avec des techniques prédatrices pour les basses profondeurs proches de la côte de l'Oyapock ont causé la diminution du poisson pour les pêcheurs artisanaux. homme de 41 ans. 20. c’est-à-dire. lutter pour une mer moins polluée et avec moins d'espèces surexploitées. alors le peu qu'y reste de poisson on amène pour nous. si nous. dont les moyens de production. les filets tournants ne nous laissent pas pêcher là-bas. même 30 tonnes. ne permettent pas un déplacement suffisamment plus grand. augmenter la production. ce qui signifie de la concurrence pour l’accès aux ressources et des risques de dommages pour les outils de pêche. Même si désormais la flotte de pêche commerciale de l'Oyapock est motorisée. deviennent des éléments qui peuplent. lutter pour un prix juste auprès des intermédiaires.réseaux du marché. Ceci se doit. et pour les bateaux de l'Oyapock.. Par conséquent. mais on ne peut pas pêcher à cause des grands bateaux. dans la zone que les pêcheurs appellent « mato sumido » (la brousse disparue . à la moindre dimension des bateaux. suffisamment loin pour qu’ils ne puissent plus voir la côte)... comme déjà vu. car la pêche avec la palangre est plus faible et la prise de poisson est contrôlé. qu'un secteur industriel s’établit et s'est concrétisé. cette flotte industrielle. Les conséquences de la pêche industrielle. Oiapoque) En plus. les outils et les techniques de pêche partagés . le matériel aussi. » (Pêcheur 3. Oiapoque) « Les poissons qu'on a ici. le pêcheur m’explique que le changement récent d’outil de pêche a causé une chute de la disponibilité de la ressource : « Le quantité de poissons a beaucoup changé. car dans l'époque de la palangre il n'y avait pas le danger de finir avec le stock de poisson. ceux-ci explorent les zones les plus proches de la côte.. ce qui entraîne des conflits de territoires entre les petits pêcheurs artisanaux pour l'appropriation de ces espaces et du poisson.. III) Les savoirs.. entre autres. ils pêchent 10. Dans le discours suivant.. ils [les bateaux du Para] pêchent tout !!! Alors que c'est une grand quantité..... mais principalement à la prolifération des bateaux industriels originaires du Pará sur la côte de l'Amapá.

avec l'emploi du fil synthétique dans sa confection. il va jusqu'au fond. les récits des pêcheurs qui ont migré vers l'Oyapock montrent qu’ils ont abandonné leurs techniques de pêche en arrivant dans la région. à cause des conflits avec les pêcheurs industriels et des cadres flous de la part des institutions qui réglementent la pêche. L'utilisation du filet maillant dérivant s’est répandue dans les pêcheries du Brésil à partir des années 50.. qui étaient courante auparavant. des pêcheurs artisanaux en viennent à développer des formes de pêche considérées comme prédatrices.. on a juste suivi. le filet doit être venu en accompagnant les gens. probablement.. si on met une palangre au   54   .. matière qui offre une plus grande résistance et améliore le pouvoir de pêche. et ont adopté le filet maillant dérivant. lorsque je leur ai demandé les raisons de ce changement. surtout des palangres..... La plupart des interviewés. En plus.. car dans cette zone où on travaille avec des filets. car sinon ça ne marcherait pas. Ces données sont en toute concordance avec les études de Lima (2011). Selon ces anciens. pour les pêcheurs interviewés. Le changement régional des techniques de pêche. c'était les gens du Pará qui ont amené ces filets ici. c'est les gens du Pará qui l’utilisent.. en fait.. comme le don de poissons à titre d'aide à des voisins ou parents. » (Pêcheur 3. ont expliqué qu'ils étaient obligés à cause des autres pêcheurs : à cause du nombre élevé de pêcheurs et du petit espace de pêche (à cause des zones interdites de pêche qui entourent l'Oyapock). La pêche au Brésil a connu de grands changements à partir de la deuxième guerre mondiale : des petits filets fabriqués à partir du coton et d'autres outils de pêche comme la palangre.. » (Pêcheur 3. Cavalcante (2011) et Pinto (2008) dans la zone. c'est mal vu dans la région d'être 'en retard' avec la technologie de pêche. « Pendant l'été c'est plus facile pour la palangre.. Ils considèrent aussi qu’anciennement les eaux étaient beaucoup plus poissonneuses.. Mais sur l'Oyapock les premières utilisations ne datent pas d’il y a longtemps : environ 10 ans selon les pêcheurs. alors nous. homme de 41 ans. on l'aime bien mais c'est impossible de travailler. l'utilisation d’outils différents causerait selon eux une casse du matériel importante. » (Pêcheur 1. où les pêcheurs ne respectent pas le temps de defeso* des espèces cibles. homme de 19 ans.. Voici comment les pêcheurs m’expliquent le changement de technique de pêche dans la zone : « Non... alors.. car la mer est calme et on peut aller plus loin de la côte. il a y eu un abandon de la réciprocité sociale de la part des pêcheurs. Oiapoque) « Bon. .. on peut pas travailler avec palangre et filet dans un même endroit.. homme de 41 ans. l'épervier et les nasses ont été substitués par de grands filets de nylon.. Oiapoque) D’après les pêcheurs les plus âgés d'Oiapoque.filet.... Oiapoque) En même temps. il n'y a plus de quoi travailler avec la palangre. le filet de nylon est plus lourd.

.. il attrape plein d’espèces !! » (Pêcheur 9.. La distinction entre ces deux modalités de pêche est importante pour les pêcheurs par des raisons financières et d'acceptabilité écologique...milieu des filets on va avoir que des dégâts. Néanmoins. aimeraient retourner à utiliser la palangre. Les palangres sont relativement bon marché. faciles à utiliser... moins cher.. amener la personne au fond et la noyer. les filets maillant dérivants sont considérés par les pêcheurs comme plus efficaces dans la capture du poisson et moins dangereux (la palangre étant dangereuse pour eux à cause du processus de filage24). » (Pêcheur 37.... et ont un moindre impact sur le fond des écosystèmes aquatiques. mas ils ne le font pas car le Pará ne les laisse pas faire !!! Le Pará est trop grand.. alors on aurait des dégâts car le filet bouge et la palangre est ancrée. »                                                                                                                         24   Voir page 25 55   . alors on va déchirer le filet. alors on n'avait pas de quoi travailler avec la palangre.. elle prend que quelques unes. » (Pêcheur 9. c'est trop dangereux de travailler avec la palangre car si on fait pas attention il [le hameçon] peut s'enfiler dans une partie du corps. elle ne finit pas avec plein d’espèces de poissons. il vient avec plein d'équipements et des filets et montent sur les autres petits.. homme de 41 ans. Oiapoque) Néanmoins. c'est impossible d'utiliser la palangre.. Oiapoque) « Ici dans l'Etat de l'Amapá je suis sûr que 80% des pêcheurs aujourd'hui. et le filet non. homme de 63 ans. homme d’environ 50 ans. Oiapoque) « De toute façon.. car le filet détruit tout.. jusqu'à 2005 on pêchait encore avec cette technique. qui pourtant sont la majorité.. aujourd'hui tout le monde utilise que le filet. homme de 63 ans.. si on le lance et on ne sait pas qu'est-ce qu'il y a au fond de la mer. qui habitent ici. » (Pêcheur 10. le filet. il est plus durable. Oiapoque) « C'est moins de travail pour maintenir l'équipement… un équipement comme celui-ci il y a trop de travail pour réparer. mais ça c'est si tout le monde avait ce discernement.. pas la palangre ! Avec la palangre on a moins de dégâts. des morceaux de bois. Les extraits suivants mettent en évidence les contraintes qui obligent le pêcheur à changer ses méthodes et son envie de retourner à ses anciennes pratiques. quand on les questionne sur un possible changement de techniques selon leurs envies. la palangre. les pêcheurs reviennent tout de suite à l'utilisation de la palangre. le filet est trop cher. fait observé aussi par Cavalcante (2011)... Nous avons changé pour le filet en 2000.... on était un des derniers à le faire. Oiapoque) « Les gens ont changé parce que tout le monde est passé au filet. ça peut être des pierres. comment l’on constate dans la plupart des récits des pêcheurs de la zone : « Bon bah. s’ils arrêtaient de pêcher avec le filet je crois qu'on retournerait pêcher avec la palangre.. on perdra tout !! » (Pêcheur 3.. homme de 55 ans..

). plutôt que d’avoir des divergences par rapport aux pratiques locales : « Non. ce qui avait pour effet de limiter les quantités pêchées et de conserver les ressources halieutiques. homme de 27 ans. acoupa rouge sardine (Pellona flavipinnis). je suis arrivé. loubine (Centropomus spp). parassi (Mugil spp. Ces données sont différentes de celles rencontrées par Cavalcante (2011). apaiari (Astronotus ocellatus).) (photo 2 et 3). poucici (Brachyplatystoma vaillantii). comme le mâchoiron blanc.                                                                                                                         25 Le salage est toujours pratiqué pour certaines espèces. lorsque les pêcheurs artisanaux arrivant sont obligés d’abandonner leurs pratiques pour adopter celles de la zone d'immigration. là je n'avais pas la base de la pêche ici. Selon les pêcheurs. (Brachyplatystoma rousseauxii). mon filet n'était pas bon et je ne savais pas le rythme du filet pour ici encore… » (Pêcheur 2.. machoiron blanc et poissons chat (Arius spp. attrapés à partir de ces filets maillants dérivants sont : courbine (Cynoscion virescens). Oiapoque) . dans le cas de l'Oyapock. Les poissons le plus pêchés dans la zone. était le changement du mode de conservation du poisson : le sel25 a été remplacé depuis quelques années par la glace. homme de 30 ans. Par conséquent. j'ai trouvé difficile. j'ai perdu presque tout ce que j'avais pour recommencer de rien… là ce que j'ai fait c'est que j'ai acheté un filet avec mon beau-frère pour venir pour ici. la migration peut être un facteur de disparition et d’érosion de techniques traditionnelles26. acoupa). avec l’arrivée de l’électricité. 26 Ici le mot ‘traditionnelles’ est employé pour exclure les pratiques de la pêche industrielle. avec la croissante demande de poisson frais et. acoupa rivière (Plagioscion (Cynoscion squamosissimus). qui de leur côté sont dictées par les plus forts : les bateaux de plus grande taille. Le discours suivant montre que le pêcheur primo-arrivant a préféré tout recommencer dans la pêche.). mais lors que j'arrive ici. Ceux-ci viennent de l’extérieur et ne changent pas leurs pratiques pour autant. torche zungaro/dourada (Brachyplatystoma filamentosum). surtout. la technique du salage ne permettait pas de conserver de grandes quantités de poissons. avec l'arrivée de la flotte industrielle dans la zone. Saint-Georges) Une autre évolution de techniques qui a aussi été beaucoup mentionnée. Les espèces ciblés et le débarquement..(Pêcheur 12. machoiran jaune (Hexanemachthys parkeri) et machoiron coco (Bagres spp.   56   . lors de l'analyse des discours des pêcheurs interviewés.

comment on peut le constater dans le discours ci-dessous. si la pêche s’arrête. fini la ville d'Oiapoque… » (Pêcheur 8. Clichés : Crespi. Photo 3 : Les poissons les plus pêchés dans la zone. 2013. c'est la pêche qui apporte le plus de revenus à la ville. « C'est la pêche qui maintient économiquement la ville d'Oiapoque aujourd'hui. 2013. comme le commerce et le tourisme. Oiapoque)   57   . Toujours selon les pêcheurs interviewés.Photo 2 : Les poissons les plus pêchés dans la zone. là. homme de 62 ans. la pêche artisanale est importante pour le município* et son déclin causerait de graves problèmes : même si la région d'étude a d'autres activités économiques. fini le marché. Clichés : Crespi.

ceux-ci étant nés entre 1970 et 1980. Tout d’abord. au Pará. et dans la plupart des cas. les interviewés ont choisi d’exercer le métier de pêcheur car c’était l’activité la plus rentable et accessible. Toutefois. Le choix de ces outils a été influencé par la culture et l’environnement des pêcheurs. Par ailleurs.Selon la perception des pêcheurs de l’Oyapock. la recherche d’une vie meilleure et. la majorité des pêcheurs est âgée de 40 ans. mais pas à Saint-Georges (dans le cadre de la pêche professionnelle). Comme expliqué précédemment. par conséquent. Le port de Cayenne est considéré comme très peu productif à cause du plus petit nombre de pêcheurs. le port d’Oiapoque reste le plus productif de l’Amapá. qui implique toutefois une participation importante des femmes et des enfants. les pêcheurs d’Oiapoque et de Saint-Georges ont beaucoup de caractéristiques communes et. tandis que celui de Saint-Georges parfois n’est même pas considéré comme un port de débarquement par certains pêcheurs d’Oiapoque. la tradition dans la pêche est une caractéristique présente à Oiapoque. cohésion sociale et multiculturalisme Actuellement. les pêcheurs cherchent toujours à migrer au « nord ». et arriverait directement derrière le port de Belém. pour les ressortissants de Cassiporé. l’expulsion de leur terres. à cause du contraste entre pêcheurs artisanaux et grands bateaux industriels. ce qui nous renvoie vers l’idée d’activité de subsistance. De plus. Même si ce cadre est vrai pour les deux côtés du fleuve. les bateaux du Para ayant prédominé sur ce premier par leur forte présence dans la zone. une grande partie des pêcheurs est originaire de l’Etat du Para (le type de migration prédominant dans les années 1980 et 1990 est la migration complète ou partielle. avec quelques différences de matériel et de nomenclature. fait toujours partie d’une économie d’échange et d’un contexte de pluriactivité. L’identité locale et les territorialités I) Perceptions identitaires. cette activité majoritairement masculine. ils doivent être traités comme une seule communauté. En effet.   58   . tandis que le type de migration principal à partir des années 2000 est plutôt temporaire). B. les raisons de leur migration sont identiques : la crise de la pêche causée par la dégradation des ressources halieutiques. les préférences alimentaires détermineront les poissons ciblés prioritairement. les outils de pêche sont les mêmes des deux côtés du fleuve. il est plus visible à Oiapoque. La pêche dans la zone de l’Oyapock a plusieurs caractéristiques singulières. En outre. où les pêcheurs ont fait un choix personnel de métier plutôt qu’adopter une stratégie sociale de survie de leur famille. même si les bateaux originaires du Pará débarquent leur poisson préférentiellement à Calçoene. connu comme une zone propice à la pêche et à l’accession à une vie meilleure. c'est possible d'affirmer qu'un processus de migration résulte toujours d’une forme de « perte de racines » d'une personne insérée dans un processus qui implique un déplacement physique. Finalement. cette dernière causée par les différentes histoires de vie de chaque pêcheur. Finalement.

c'est pas seulement arriver. réel et imaginaire... même si entouré de parents. c'est facile de sortir pêcher. ou quasi-réduites à des échanges monétaires si le migrant envoie de l’argent à sa famille. en vendant sa force de travail qui. il n'est pas rare qu'ils finissent pour se regrouper dans des quartiers et villages identitaires. » (Pêcheur 2. quelquefois. C’est la borne de référence pour étudier la signification des mouvements migratoires. connu. c'est difficile. collectif et individualisé : il exprime une ou plusieurs visions de monde. Oiapoque) L’analyse de la carte de la ville d'Oiapoque (carte 5).. mais comme un environnement qui est en même temps éternel et transitoire.social et culturel de l'être humain. « Jusqu'à que tu t'adaptes.. qui fournit un élément concret d'appréhension du sentiment identitaire collectif et individuel : le territoire. pour les groupes sociaux qui l’habitent. comme expliqué par Cordell (2000) et   Godelier (1984).. comme expliqué par Piantoni (2011) se montre non seulement comme un élément visible.. territoire composé de différentes ethnies et de migrants de différentes origines.. Migrer et sortir de la communauté natale où l’on a grandi. Les relations personnelles connues sont suspendues. travailler dans un territoire où le travail obtenu n'est pas inséré dans un contexte amical de relations de parenté et d’amitié. Les quartiers identitaires et leurs discours. montre que les pêcheurs se regroupent en quartiers. pour quiconque. Construire socialement des espaces c'est délimiter des territoires. les territorialités des groupes ethniques sont incorporées dans les représentations et symbologies enracinés dans la mémoire collective. maintenant. mais s'adapter dans une autre zone c'est difficile. qu’ils ont en commun. et en cela c’est un élément de leur identité qu’ils partagent. ce qui suggère qu’il y a une cohésion sociale entre ces pêcheurs immigrés. en créant un cohabitation controversée et. et soudain être sur un sol inconnu. perçu. aimer et voilà. élaborer des différences. pour ne pas perdre les bornes de référence qui signalent l'identité de ces migrants. figées dans le passé. Par conséquent il n'est pas rare de trouver des habitants d'un même quartier avec un discours identitaire semblable. je pense. . possède une configuration marquée par la coexistence de diverses cultures. Le mouvement de migration est l'acte de l'être humain se déplaçant d’un espace à l’autre. L'espace. qui a du sens.   59   . homme de 30 ans.. la famille n'est pas habituée à cet endroit. La personne est submergée dans un monde de nouvelles relations et réalités. et met en évidence une relation entre la localisation actuelle de la maison et l’origine du pêcheur. comme l’explique aussi Piantoni (2011).. appartient seulement à lui et non à son groupe domestique d’origine. Dans ce contexte.. L'Oyapock. et. L’espace est un élément vécu. individualise un acte qui avant était collectif. des contrastes et reconnaître des altérités : chaque groupe social a une dynamique spatiale et temporelle pour pouvoir exister en tant que « tout articulé ». litigieuse. Le migrant commence à se percevoir comme un être individualisé.

matériel facile à employer et bon marché (photo 4). et où les poissons étaient abondants. est habité par les pêcheurs originaires de Cassiporé. dû au fait qu’aucune terre ne leur a été donnée à leur arrivée. la zone n’était pas fréquentée par les pêcheurs   60   . des anciennes maisons de Cassiporé : les pêcheurs ont démonté leur maison et transporté le matériel jusqu’à Oiapoque en bateau . Avec la présence de ces communautés sur la rivière Cassiporé. à l'exception d'un unique pêcheur. Carte 5 : Carte de la ville d'Oiapoque. leur expulsion du Cassiporé. Ce quartier. et le toit est fait en tôles d’aluminium. a été la cause de la diminution de l'offre de poissons dans les eaux de la région. Les maisons sont construites en bois. et qui étaient auparavant considérés comme des communautés traditionnelles. avec moins de pêcheurs. au sens de la loi brésilienne. Les pêcheurs de « Olaria » ou « Beira Rio » m’ont fréquemment fait part de leur mécontentement suite à leur expulsion du Cassiporé. un de 7 et l'autre de 12 tonnes. rouge : Colônia Z-03). est construit sur une zone insalubre au dessus des mangroves. de 1 à 4 tonnes. où la zone de pêche était tranquille. Les habitants de ces quartiers ont généralement des petits bateaux. localisé au nord-est de la ville. point principal de rassemblement des pêcheurs de Cassiporé. aussi appelé « Olaria » (quartier de la poterie).Le quartier « Beira Rio » (la baie du fleuve). localisation des maisons des pêcheurs (points verts : maison des pêcheurs interviewés. le « criadouro » (berceau) des poissons. face au fleuve. Selon eux. pour la plupart. qui a deux bateaux. Ce sont des personnes qui ont migré à Oiapoque expulsées de leurs terres. amenés.

. 2013. aujourd'hui on est presque à deux semaines. Photo 4 : Quartier « Beira Rio » des pêcheurs à Oiapoque. ces zones sont devenues vides. avec leurs connaissances traditionnelles. ce qui a causé une surexploitation des ressources halieutiques et le non-respect du temps de reproduction du poisson. notamment celles utilisées par les bateaux du Pará. leurs petits outils et leur mode de pêche de subsistance. les stocks de poissons étaient protégés de la surexploitation et pouvaient se reproduire normalement. homme de 26 ans.. en laissant l'espace ouvert et sans surveillance pour les pêcheurs externes. Après leur expulsion. Cliché : Crespi. En plus..non-riverains et sauvegardée par la « loi du respect » qui existe entre pêcheurs. » (Pêcheur 6.. car avant il n'y avait pas beaucoup de pêcheurs et aujourd'hui il y en a trop ! » (Pêcheur 11. Oiapoque) « Avant on passait une semaine.. homme de 39 ans. Voici les perceptions des pêcheurs de la zone par rapport à la durabilité des pratiques de pêche.. de l’état des ressources actuelles et des raisons de cette situation : « Alors les gens de Belém venaient pour tout détruire. ici on n’avait plus de poisson. Oiapoque)   61   . tandis qu'au Pará la pêche est déjà trop modifiée.

. homme de 34 ans. Oiapoque) « Il y a tout qui est en train de disparaître. en Amapá.... c'est le Pará. Oiapoque) « C'est juste parce qu'il y a trop de bateaux. homme de 41 ans. alors c'est trop de filets pour une même personne !!!! » (Pêcheur 9. ils ne sont pas comme ceux du Pará. maintenant il y en a 200 !! » (Pêcheur 23. Selon ces pêcheurs. il n’y avait pas vraiment de pêcheurs à Oiapoque avant leur arrivée : la plupart sont venus du Pará à cause du déclin des ressources dans cette région.. partout sur la côte.... Pará.. « Nova Esperança ».. on a une autre zone d'occupation récente.. des Etats voisins d’ici. et les toits en aluminium. quand je suis arrivé il y a 8 ans.. Oiapoque) « Quelques bateaux du Pará viennent pêcher ici dans la zone mais ils sont peu.. homme de 19 ans. c'est à cause des bateaux du Pará. le poucici.. c'était que les gens du Pará. le torche. Le véritable souci pour eux c'est le manque d'espace pour que tous puissent pêcher car la zone de pêche est petite : «   Les fils de la terre ici [originaires d’Oiapoque] qui pêchent sont très peu. où habitent des pêcheurs originaires du Pará. » (Pêcheur 3. mais la plupart vient du Pará ! » (Pêcheur 7. le mâchoiran jaune. » (Pêcheur 10. car il y a des gens qui en ont plusieurs !! Ce sont 10 bateaux avec 50 petits qui pêchent pour lui. la pêche ne connaît pas de grands problèmes... La plupart d'entre eux ne possèdent pas de bateaux... 80% des pêcheurs sont originaires du Maranhão.. on n’arrive pas à surexploiter la ressource tous seules. malgré le grand nombre de pêcheurs qui a augmenté ces dernières années dans la zone... ça a augmenté beaucoup.. comme le Pará fait ici !! Nous. mais ils ont tout envahi. avant c'était des poissons qu'on attrapait toujours.. homme de 55 ans.. Leurs maisons sont aussi faites en bois. et pourquoi ils vont avoir [du poisson] là-bas ? Car la surveillance marche !!! Il n'y a pas des bateaux illégaux... c'est juste pour ça qu'il y a encore de poisson ! Ces bateaux venus du Pará sont tous de politiciens riches. là dedans il y a même de l'internet !!!! » (Pêcheur 11. Oiapoque) « On a besoin de la marine ici. Oiapoque) « Pourquoi il y avait beaucoup des poissons ici ? Car c'est où ils mangent. la plupart pêchent loin de la côte. en taille et quantité par personne.. maintenant il n'y en a plus.. c'est général. » (Pêcheur 17. Selon leurs discours.« Dans cette zone où le poisson manque.. Oiapoque) « Je pense qu'il devrait y avoir des limites pour les bateaux.. ils naissent et grandissent ici... il y avait 10 bateaux. et travaillent généralement pour des patrons-armateurs* sur des bateaux de 4 à 6 tonnes.. homme de 41 ans.. ici les bateaux sont petits.. Oiapoque) Derrière le quartier « Olaria » ou « Beira Rio ».. pour que plus tard on n'aie pas besoin d'aller pêcher à Cayenne. mais d'origine d'Oipoque (acheté dans les scieries).   62   ... » (Pêcheur 1.. Oiapoque) « Le gens d'ici n'utilisaient pas ce filet. le zungaro. homme de 39 ans. homme de 31 ans....... homme de 39 ans.... homme de 63 ans. » (Pêcheur 3.

pour eux les femmes brésiliennes                                                                                                                         27   En créole guyanais une crique désigne une petite rivière. contrairement à la situation des pêcheurs à Oiapoque. Néanmoins ils sont un peut dispersés.. De cette condition vient alors la mauvaise réputation de ce quartier d’habitat « spontané ». c’est surtout le fait de ne pas avoir de permis de séjour qui contraint certains Brésiliens de SaintGeorges à se regrouper dans le quartier de la « Crique Onozo ». sur les berges du fleuve (carte 6). ils trouvaient ça amusant. pas de réseau électrique. . on peut observer la même dynamique qu'à Oiapoque : les pêcheurs sont regroupés dans le quartier de la « Crique Onozo27 ». inondation par les marées quotidiennement. c'est que les Brésiliens !! Ils veulent le poisson mais ne vont pas pêcher.. quasiment pas de traitement des déchets. Leurs maisons sont souvent faites en briques. mais ils ont oublié qu'un jour c'était eux à notre place. sans avoir une forte cohésion sociale et un discours environnemental en commun. mais ils sont dépendants de nous ! Ici il n'y a personne qui pêche. où se trouve le siège de la Colonia* de pêcheurs. plus que les préjugés. pas d’alimentation en eau ni d’évacuation des eaux usées.. où habitent des pêcheurs de originaires de Vigia (Pará). Néanmoins.. accès piéton et pirogue uniquement.. Cette disposition permet un accès direct au fleuve (photo 5). Le détail qui s'ajoute. il y a encore les quartiers « Planalto » (plateau) et « Infraero » (entreprise brésilienne d'infrastructure aéroportuaire). un quartier de style palafitte. plus au centre de la ville. disaient que la police devrait nous emprisonner car on était des clandestins. qui ne sont pas pleinement intégrés dans la présente étude. proche du bidonville (pas d’urbanisation.. isolé et peu accessible à la police. selon les pêcheurs. Finalement. c'est la question des préjugés que les Brésiliens subissent de la part des habitants de la Guyane. À Saint-Georges. car ils sont éloignés du centre-ville et ne sont pas inscrits à la Colonia*. Guyanais ou Français.. on a des familles arrivées à Oiapoque il y a longtemps. La perception de soi et d’autrui. qui ont des papiers. même si le caractère individualiste est beaucoup plus marquant qu’à Oiapoque.. présence élevée de moustiques (d’après les habitants de ce quartier eux-mêmes). venues à la recherche d'une vie meilleure. c’est-à-dire de maisons et voies de circulations sur pilotis. alors qu'ils nous dénigrent..ils n'aiment pas que d'autres Brésiliens arrivent ici... et qui les contraint à se regrouper dans ce quartier où la plupart des gens sont originaires du Brésil.. 63   .Oiapoque) Encore dans la rue Getulio Vargas. Voici le récit d’un pêcheur qui raconte le caractère individualiste entre les migrants et les conflits qui marquent la zone : « Même les Brésiliens.

c'est bon d’aller pêcher.. quelle que ce soit leur origine. la pluie.. j'ai fait peu d'études. » (Pêcheur 25. cette image peu valorisée. les éloigne les uns des autres. SaintGeorges) Néanmoins.. localisation du quartier des pêcheurs (points verts : maisons des pêcheurs interviewés). Oiapoque)   64   .. homme de 30 ans. ce qui déstabilise leur classe en tant que mouvement social et affaiblit leurs luttes. choisi plutôt à cause d’un manque d’opportunité et d'éducation. le soleil. Les extraits suivants montrent la perception que les pêcheurs ont de leur métier et les difficultés qu’ils affrontent au quotidien : « Être pêcheur est amusant. ont une perception de leur métier comme étant un travail non reconnu et non valorisé. les pêcheurs d'une manière générale.... voire dénigrée. Si les pêcheurs se rassemblent autour de leur identité et de leur origine.. alors on ne peut pas être grand chose avec ça. de leur métier.. homme d’environ 40 ans. » (Pêcheur 2. Oiapoque) « Je suis devenu pêcheur par nécessité. homme de 39 ans.sont des putes et les hommes sont des voleurs. il y a des fois qu'on n’attrape rien. » (Pêcheur 7.. mais il y a trop de difficultés.. Carte 6 : Carte de la ville de Saint-Georges. même pour ceux issus de familles de pêcheurs et ceux qui sont rentrés dans la pêche car c'était le mouvement le plus dynamique à leur époque..

à partir du moment qu'elles ont commencé à s'organiser et résister aux expulsions de leurs zones côtières par la pêche industrielle. la possession maritime et l'appropriation sociale des ressources de la mer a commencé à recevoir l'attention des chercheurs il y a peu de temps. Oiapoque) « La plupart des pêcheurs le deviennent pour ne pas avoir d'autres options. et la pêche n'exige rien. » (Pêcheur 8. comme vu aussi par Diegues (1973) dans d’autres communautés du Brésil. Actuellement. pourtant habités par des populations traditionnelles. le respect des zones de pêche est une pratique de base de la   65   .« La pêche c'est pour ceux qui n'ont pas étudié... Cliché : Crespi. qui ne fait pas d'études doit faire un métier qui n'exige pas trop d'études. mais un peu de fierté vient avec les années de travail.. ont auparavant été traités comme des espaces vides. II) Territoires et frontières imaginaires Au Brésil. ces populations se sont rendues socialement plus visibles. socialement invisibles jusqu'à récemment.. De la « loi du respect » à la « tragédie des communs ».. Oiapoque) Photo 5 : Quartier de la Crique Onozo. Comme il a été démontré précédemment. homme de 26 ans. ainsi que l'Amazonie.. où sont regroupés la plupart des pêcheurs de Saint-Georges. Une des raisons est que la zone côtière. 2013. » (Pêcheur 6. . homme de 62 ans. excepté les secteurs déjà urbanisés.

la communauté de pêcheurs de l'Oyapock est vue comme non-traditionnelle et composé par plusieurs groupes de pêcheurs. qui évoquait la notion d'utilisation collective du territoire. tout en distribuant entre chaque utilisateur les coûts d'exploitation. Les zones les plus productives en poisson. Il est reconnu dans la littérature que le développement durable est menacé quand certaines valeurs et pratiques sont détruites. et cela ne permet pas une gestion durable de la ressource acceptable par la société. Voici la perception de quelques répondants par rapport à la constitution de la communauté de pêcheurs dans la zone : « Les pêcheurs d'ici sont tous originaires du Pará. à la 'tragédie des communs'. l’intelligence collective est devenue un individualisme centré où la territorialité identitaire et socio-économique n'a pas sa place. Par conséquent. Saint-Georges) De la 'loi du respect'. homme d’environ 40 ans. Dans ce sens. a entraîné non seulement le dégât des relations conviviales des échanges entre riverains et étrangers. qu’affronte aujourd'hui l'Oyapock. cause l'abandon de ces pratiques. Si les Brésiliens rappellent toujours que tout le poisson d’Oyapock est né et a grandi sur la zone de protection environnementale de Cassiporé.territorialité traditionnelle des espaces marins et fonctionne tant qu'opèrent la structure sociale et les valeurs auxquelles elles sont sous-jacentes..... Actuellement. un autre enjeu territorial est en place : de l'autre côté du fleuve. la Guyane française est à plein puissance avec ses eaux abondantes en poisson . (1990).. n'est aujourd'hui plus valable car les pêcheurs de l'Oyapock ne sont plus considérés comme les uniques possesseurs du territoire : dû à la vague de migrations qu’a subi le territoire. la confrontation de la catégorie « embarqué et patron » de la pêche industrielle et de la catégorie « pêcheur et capitaine » de la pêche artisanale. originaires chacun d'une zone différente. En même temps.. la désorganisation sociale qui marque plusieurs communautés de pêcheurs.. mais aussi des problèmes au niveau écologique et économique. incluant ceux de l'Oyapock. la confrontation entre la pêche artisanale et la pêche industrielle. Il ne compose plus une entité unifiée. comme indiqué par Feeny et al. maintenant les gens du Pará sont venus avec leur bateaux pour s'installer ici. juste avec l'orpaillage. . » (Pêcheur 25. ils n'oublient   66   . Chaque individu démontre un intérêt personnel à utiliser la ressource commune de façon à maximiser son usage individuel. la loi du respect. dans le bassin de l'Oyapock. c’est après qu'ils sont arrivés que les gens d'ici ont vu qui la pêche rapportait de l'argent et ont commencé à pêcher aussi.du moins c'est ce qui ressort de l’imaginaire des pêcheurs du côté brésilien. et plus spécifiquement. représentés par les ressources environnementaux menacées. car l'Oyapock ne travaillait pas avec la pêche. qui auparavant existait dans cette zone.

c'est comme ça ». ne voient pas les limites entre les deux pays. Même pour les interviewés résidant à Oiapoque qui n’ont jamais été dans la zone française. elle court vers là-bas. « Ils m'expulsaient aujourd'hui.pas non plus l'ancien conflit du « Contesté28 » entre l'Amapá et la Guyane.... » (Pêcheur 25. Il n'est pas rare d’entendre un pêcheur à Oiapoque dire que « les pêcheurs de là-bas ce sont les mêmes qu'ici » ou alors les pêcheurs de Saint Georges dire « là-bas à Cayenne. Oiapoque) Selon l’imaginaire des pêcheurs de la zone. il y a beaucoup de poisson. la zone Saint-George/Oiapoque est donc bien considérée par les pêcheurs comme étant un seul territoire.. La traversée se fait dans des petits pirogues appelées « catraias » qui traversent et descendent le fleuve Oyapock.. « Non. suivie par la région du Cap Orange. et le poisson vient pour se reproduire et pour manger. 50% des pêcheurs d’Oiapoque ont signalé qu’il s’agissait de l’embouchure du fleuve Approuague. Saint-Georges) Les frontières n'étant pas exactement démarquées et visibles. car ici on a des plages pas de sable mais de boue. ainsi que les habitants. En plus. en France. car ils sont allés chercher notre poisson. homme de 39 ans. près de la commune de Régina. augmente l'image d'un tout dépendant et uni.. la région est connue pour sa richesse en poissons... mais c'est parce que l'eau court vers là-bas ! Et alors tout le temps il y a des Brésiliens qui sont emprisonnés au côté français. le fait qu’il n’y ait pas de fabrique de glace à Saint-Georges. et le poisson suit la nourriture. Seulement quinze minutes de bateau séparent Oiapoque de Saint-Georges (le fleuve se traverse en deux minutes avec les embarcations motorisées). . c'est juste tu prends le bateau et on est là encore. homme d’environ 40 ans. vous me comprenez ?! Tout ça qui sort d'ici. à Cayenne le port est bien productif. et l'eau. A la question portant sur la zone la plus productive de la région. ni un grand port de débarquement et que les pêcheurs de Saint-Georges soient obligés de passer du côté brésilien pour acheter de la glace ou vendre leur excédent de poisson. la région le plus productive est localisée du côté français... en Guyane Française. localisée au point le plus extrême de l'Amapá. où les deux côtés du fleuve sont dépendants l'un de l'autre.                                                                                                                         28   Voir page 8 67   . car ici on a la mangrove. donc la nourriture du poisson va vers là-bas aussi. et en arrivant à Saint Georges de l'Oyapock. Cette information est connue grâce à l’observation de certains pêcheurs qui s’est propagée rapidement aux autres.. demain je retournais.. ni contrôlé.... » (Pêcheur 11. La frontière politique et imaginaire. Le trajet n'est en général ni surveillé. situé au nord-ouest de l’Oyapock. où le fleuve est plutôt un facteur de rassemblement des gens qu’une frontière politique. alors tout ça qui va vers là-bas est nôtre ! Car la nourriture vient d'ici. en partant de la ville de même nom. les pêcheurs de l'Oyapock.. D’un certain point de vue.

Ceux qui pêchent sont les Brésiliens. car il n'y a pas vraiment de frontières pour eux. 68   . mais comme un territoire tout à fait français. Oiapoque) « On était déjà à 3 milles nautiques dans les eaux françaises. Toutefois. les pêcheurs d'ici étaient les mêmes [personnes] qu’à Oiapoque. » (Pêcheur 7. homme de 39 ans. et que. » (Pêcheur 17. Oiapoque) « Ici. mais personne ne pêche ! Ils sont feignants. pour expliquer la diminution dans les stocks de poisson. mais pêchaient là-bas.. « On ne pêche pas là-bas car on ne peut pas.. mais c'était jusqu'à Regina.. la France est venue et a pris ce morceau du territoire brésilien comme dette. Oiapoque) Ici... ce langage est symbolique. juste à Saint-Georges. Saint-Georges) La frontière est évoquée seulement lorsque les pêcheurs parlent d’environnement.. n'y avait pas de pêcheur ! C’est après qu'on soit arrivé et qu’on ait commencé à pêcher qu'ils sont apparus. dans les discours.. le pêcheur se sert de l'ancien conflit du « Contesté » entre l'Amapá et la Guyane pour expliquer que Saint-Georges est en fait un territoire brésilien.. ils habitaient ici... mais après ils ont tout pris ! » (Pêcheur 25. Mais on n'est pas intéressé non plus car il y a moins                                                                                                                         29   Dans les GPS plus actuels la frontière politique Guyane-Amapa est visible sur les cartes. pour protéger leur zone de pêche.... on voit pas de marques [de frontière] dans l'eau.. » (Pêcheur 11.. homme de 34 ans. c'était comme ça ! » (Pêcheur 13... Cette différenciation est utilisée en tant que territorialité.. le territoire guyanais frontalier n’est plus perçu comme un territoire presque brésilien.Voici la perception des pêcheurs par rapport à l’activité de pêche sur la rive française.. homme de 46 ans. il a le droit d’être sur ce territoire : « Ici. la continuité du territoire et les justifications pour légitimer leurs intrusions : « Là-bas il y a plein de poissons. par conséquence. C’est-à-dire que les discours des pêcheurs changent lorsqu’on leur demande qui est responsable des problèmes environnementaux et comment les résoudre : la réponse est souvent que les « gens d’ailleurs » sont le problème et que les « frontières » entre pays doivent être respectées pour qu’il n’y ait pas une diminution des ressources halieutiques et une crise dans l’activité de pêche. Par conséquent. c’est un département français. mais c'est difficile car on n’a pas de GPS29..... comme j'avais dit. homme de 39 ans.. homme d’environ 40 ans. Saint-Georges) On voit souvant aussi un discours qui montre que les pêcheurs ne font pas tout à fait une distinction entre la Guyane et le Brésil : « Je ne suis jamais allé en Guyane...

Selon eux. leur discours sur le métier de pêcheur est le même : leur travail n’est ni valorisé ni reconnu. marchandises. ici c'est meilleur. les frontières politiques entre les deux pays (Guyane et Brésil) sont invisibles.. ont pour la plupart migré de manière temporaire et récente... Ainsi. En effet. Malgré les différences de ces deux sous-communautés. par conséquent. on peut distinguer les pêcheurs expulsés du Cassiporé comme une sous-communauté singulière dans la zone : ces pêcheurs. une diminution des ressources halieutiques pourrait leur être néfaste. etc. par conséquent. » (Pêcheur 12. ports de débarquement. et.de poisson et trop de bateaux.   69   .. liée à leur présence dans la région et à leur exercice de la pêche (tradition du métier) depuis longtemps. Sans toutefois former des noyaux identitaires. Pour ces pêcheurs. ne perçoivent pas la diminution du poisson dans la zone comme un problème. il n'y aurait pas des problèmes car notre filet est petit ! Ceux du Pará sont énormes et ils prennent tout notre espace ! Si c'était juste les pêcheurs d'ici le poisson ne serait pas en diminution. basés à Oiapoque. les échanges économiques (tourisme. Oiapoque) Selon les résultats et analyses présentées dans ce chapitre. ils voient plus de changements dans la disponibilité des ressources. sont des aspects qui lient irréversiblement les deux rives de la zone St-Georges/Oiapoque. l’influence d’un côté et de l’autre sur la production halieutique (embouchure du fleuve Approuague et du Cassiporé) et la migration des membres de la famille d’un côté à l’autre à la recherche d’une vie meilleure. « Ils pouvaient libérer la pêche juste pour nous qui habitons ici.. » (Pêcheur 9. homme de 27 ans. il y a plus de poisson et moins de bateaux.... en disant que le territoire de pêche devrait être pour la pêche artisanale et pour les pêcheurs qui habitent depuis longtemps dans la région.). Ces pêcheurs ont fait des migrations complètes ou partielles dans la zone. ils partagent certaines caractéristiques : ce sont des pêcheurs qui suivent le poisson et qui. car il y a très peu de pêcheurs. les pêcheurs d'Oiapoque se servent de l'origine traditionnelle des pêcheurs et de la petite taille du bateau pour défendre leur droit à la pêche. la dépendance entre les deux côtés (glace. Saint-Georges) De la même façon. ont une cohésion sociale forte. mise en évidence par la composition de foyers de migrations. réunis dans le quartier « Olaria » à Oiapoque. disséminés dans la ville d’Oiapoque et dans le quartier pêcheur de SaintGeorges. Les pêcheurs du Para... et une territorialité marquée. l’abandon des pratiques traditionnelles de pêche et de certains outils causerait une surexploitation de la ressource. c'est pour ça que les Brésiliens traversent pour pêcher ici du côté français. comme à Saint-Georges. etc.). homme de 63 ans.

Ces changements peuvent impliquer (ou non) un caractère néfaste au quotidien des populations. en causant des dégâts. car. vont se répercuter sur le mode de vie et les conflits engagés entre les pêcheurs de la zone. sujets aux facteurs de pression sur la gestion des ressources environnementales présentées dans cette étude. dans un environnement abondant d'activités illicites et temporaires. la migration ressort comme un facteur d'innovation sociale et technique. quand le pêcheur migre. Les résultats des changements dans le tissu relationnel des pêcheurs de l'Oyapock. qui. dépendent du rythme ou des agents stimulateurs de ces changements. dans le sens où l'intelligence collective deviendrait une « tragédie des communs ». même si cela se reflète dans la disparition et l’érosion de quelques pratiques traditionnelles. en reconstruisant des identités culturelles et des territorialités. et les adapte à la nouvelle zone. Par conséquent.4. Elles jouent également un rôle important lors du positionnement du pêcheur dans le bateau. 70   . Du fait que la communauté de pêcheurs constituée sur l'Oyapock soit dans un contexte pluriculturel et transfrontalier. comme la « loi du respect ». Cette dialectique30 entre les formes objectives et subjectives de vie est génératrice de la dynamique sociale et du devenir historique31. l'exclusion sociale s'élargit et la mémoire de cet univers partagé de références et de pratiques communautaires formatrices des identités et de la territorialité des pêcheurs artisanaux se                                                                                                                         30 Méthode de raisonnement qui consiste à analyser la réalité en mettant en évidence les contradictions de celleci et à chercher à les dépasser. L’abandon de certains outils et de pratiques traditionnelles de pêche sur l'Oyapock. les histoires de vie. ainsi que les perceptions identitaires et le sentiment d'appartenance à un groupe social. Dans le bassin de l’Oyapock. il amène ses propres connaissances. tous les deux responsables de l'établissement de modes de vie. le parcours de vie du pêcheur et l’origine de ses savoirs ne sont pas des informations perdues : elles permettent d'orienter la nomenclature des outils. quelquefois irréversibles au tissu relationnel communautaire et en fomentant le processus migrateur campagne-ville. de leur côté. ses expériences pratiques et techniques. zone aux limites floues et mouvantes pour ses habitants. on a pu constater que l'entourage culturel et environnemental avait beaucoup plus d’influence sur le choix des techniques de pêche que les origines. Néanmoins. 31   L'enchaînement ou la marche des événements. Par conséquent. Conclusion Toutes les activités objectives et concrètes des êtres humains sont constamment retravaillées par l'univers symbolique. causerait une surexploitation de la ressource. ainsi que celui de valeurs et de pratiques sociales. Cette communauté partageant des caractéristiques communes doit être traitée de façon conjointe. qui exhibe une capacité infinie à créer des diversités. les parcours empruntés ou les métiers pratiqués par les différents pêcheurs. les pêcheurs s'échangent des représentations et des incertitudes.

interagissent avec la réalité quotidienne. l'avenir. même s'il implique toujours le groupe social. car les résultats montrent qu'ils composent des communautés traditionnelles dans le sens de la loi brésilienne. Finalement. cette étude a soulevé le besoin de créer une Réserve Extractiviste pour les pêcheurs artisanaux originaires de Cassiporé. ces pêcheurs ont été expulsés sans qu'une alternative de survie leur soit proposée. est pour la personne quelque chose d'unique. lors de la création du parc Cap Orange. pendant les recherches de Ose-Guyamapa. suivant la stratégie adoptée par le groupe et de l'histoire tracée par la personne migrante.   71   . l'acte de migrer. Pour mieux comprendre les dynamiques de migration et de transmission des savoirs dans la pêche. est une stratégie fondamentale de reproduction de groupe. un changement d'itinéraire. Ainsi. une lacune a été trouvée à propos des aspects juridiques de l'activité de pêche à l'Oyapock (tant du côté français que du côté brésilien). en créant la base dans laquelle s'établit le territoire circulatoire : l'espace subjectif qui lie l'Oyapock à la modernité. Toutefois.perd. Les pêcheurs peuvent migrer pour toujours ou réaliser des migrations temporaires qui durent quelques jours. On constate que l'imaginaire de chaque personne ayant migré vers l'Oyapock sur son projet migrateur et/ou d'autrui. De plus. au moyen de la transmission verbale des histoires et mythes. Toutefois. semaines ou mois voire plusieurs années. la migration comme stratégie de maintien du patrimoine pêcheur. nous pouvons soulever la nécessité d'une administration conjointe et d'un effort de la part des deux pays pour mettre en place une politique de développement commune. se transforme aussi dans un « rêve collectif ». une étude détaillée de chaque village d’origine serait nécessaire. qui a contribué à construire une entité particulière interdépendante de Cidades gêmeas* et dont l'existence a été confirmée par cette étude. Néanmoins. Migrer. ce qui les a obligés a changer leur mode de vie et leurs pratiques traditionnelles. Par ailleurs. En outre. le paradoxe entre migration et reproduction du groupe social établit un vide dans l'imaginaire local sur l'avenir des personnes qui sortent de leur village. une déconstruction dans sa direction à une reconstruction interminable devant le nouveau. pour ces communautés de pêcheurs. plusieurs pistes mériteraient d’être approfondies. des études sont actuellement menées par des juristes pour palier ce problème. Bien que cette étude réponde à ses problématiques de départ. à cause de l'isolement géographique de Saint-Georges et Oiapoque par rapport aux centres économiques régionaux et de la forte proximité sociale et économique de ces deux communes.

Brasileiros na Guiana francesa : Novas migrações internacionais ou exportação de tensões sociais na Amazônia?. C. M-C. 7-27.CEDRS. p. BEGOSSI. Loung. . Vers un développement durable des pêcheries traditionnelles côtières amazoniennes : intégrer les sciences humaines aux sciences naturelles et économiques. Amaz’hommes – Sciences de l’homme et sciences de la nature en Amazonie. (2006). DAVID. Ministère de la Coopération. (1982). Amapá. K. Paris : PUF. Universidade do Estado do Amapá. CARDOSO. In : Barone-Visigalli. P. p. J. (2010). In : Ch. Entre conflitos. I. In : Poutignat. . BARTH. BLANCHARD.D. The ethnoecology of Caiçara metapopulations (Atlantic Forest. Disponible sur : [http://www. . ROSELE-CHIM.champ disciplinaire. n°14. Orstom. Sao Paulo : NUPAUB.H. New York. . Actes du Colloque tenu à Yaoundé du 27 au 30 avril 1993. L. O.S. n. Huetz de Lemps. (2011). contrat Ifremer/SEOM n° 08/121732. F. v. Space and territoriality in the world of artisanal fishing.S. Section de l'agriculture et de l'alimentation. Les groupes ethniques et leurs frontières. Streiff-Fenart. Théories de l'ethnicité. (2007).ethnobiomed. A. 140-170.D. (2008). 40. A. Caracterização da pesca artesanal exercida pelos pescadores da Colônia Z-3 do município de Oiapoque. Avis et rapports du Conseil Economique et Social. Y. 5. BRETON. In : Froment. D’ABOVILLE. p. CISSE. 67-78. A. Macapá. O.G. La mer et la forêt : Ethnoécologie des populations forestières et des pêcheurs du Sud Cameroun. GUYADER. 414p. (2008). L'anthropologie sociale et les sociétés de pêcheurs : réflexions sur la naissance d'un sous. 48-51. n° 1.Coordenação do Curso de Engenharia de Pesca. GOURGUET. 145-154. p. (2000). Mondialisation et recompositions territoriales et identitaires en Océanie insulaire.O. MANESCHY. negociações e representações : O Contestado FrancoBrasileiro na última década do século XIX. Lusotopie. Gestion durable des pêcheries côtières en Guyane. Anthropologie et Sociétés. La pêche et l’aquaculture en outre-mer. P. . BAILEY. . Paris : Presses universitaires de la Sorbonne. vol. R.   72   . F. G. The Free Press. S. Conselho Estadual de Desenvolvimento Rural Sustentável .). Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine.E. Roosevelt. E. (2005). (1981). Rapport interne RBE/BIODIVHAL. Methods of social research. 2. Diagnostico e estabelecimento de políticas públicas. USA : McMillan Publishers. 203-249. Garine. Maritime anthropology in Brazil.S. Iles rêvées : territoire et identités en crise dans le Pacifique insulaire. (2003). M. Binam Bikoi. .BIBLIOGRAPHIE AROUCK. . R. Ibis rouge. In : Diegues. Sevin (Eds. CUNHA. BLANCHARD. p. Anthropologie alimentaire et développement en Afrique tropicale : du biologique au social. F. Belém : UNAMAZ-NAEA-UFPA. BAHUCHET. J. (2011). 553p. . Monografia (TCC em Extensão Pesqueira) . L. (1995). A. p.C.com/content/2/1/40]. (1996). CAVALCANTE.F. F. A. Brazil) : ecological concepts and questions. .

ESCALLIER. A. Code de conduite pour une pêche responsable. 187p. Institut français de recherche pour l'exploration de la mer. Pesca y Alimentación. n° 106. FINKIELKRAUT. . Tragedy of the FERNANDEZ. B. A. p. BERKES. FURTADO. J. La Recherche face à la pêche artisanale. v. Folio Essais/Gallimard. Nupaub. L’ethnographie au service du patrimoine immatériel des pêcheurs : représentations et projections mentales des univers marins. A. (2003). Ethnologie d'une communauté de pêcheurs. CEMAR. J. ed. (1995). 1. (1991).C. DIEGUES. Origens pluriétnicas no cotidiano da pesca na Amazônia : contribuições para projeto de estudo pluridisciplinar. Espace.J. F.M. Dactyl.344. WEBER. 165p. São Paulo.C. objectifs et utilité de la recherche. A. 33-47. (2006). (1991). J. 61p. 331. FREIRE. (2005).G. Pescadores. In : Diegues. L'empreinte de la mer. 1070p.1. L. camponeses a trabalhadores do mar. ESCALLIER. (1990). Les Territoires à l’épreuve : Centralisation et Dévolution. (2005).C. DURAND. (1983). J. 122p.   73   . Revista europea de etnografía de la educación. 39-56. p.C. ESCALLIER. LEMOALLE. Thèse de doctorat Paris-X.C. 2. Belém : Boletim do Muséu Paraense Emílio Goeldi. La défaite de la pensée. C.P.DAVID. territoires et évolution identitaire dans une communauté de pêcheurs portugaise. G. Journal de la Société des Océanistes. Madrid : Ministerio de Agricultura. Pedagogia do Oprimido. A. C. Universidade de São Paulo. São Paulo : Ática. In : Diegues. C. Pesca e marginalização no litoral paulista. ACHESON. Rio de Janeiro : Paz e Terra. p. ESCALLIER. Volume 1. Etnografia (Actas do III Congresso Internacional). A. A pesca Construindo Sociedades. J. The Commons : twenty-two years later. FEENY. Identité des pêcheurs de Nazaré. ecología organización social y cambio económico entre los pescadores. DIEGUES A. Antropología marítima: historia. (1995). Paris. France. DIEGUES. (2007b). D. Sous presse. Portugal. DIEGUES. DIEGUES. In : Actas da Premières Rencontres Internationales. n° 1. Maritime anthropology in Brazil. 18. Dissertação (Mestrado) NUPAUB. . Héritage et transmission des savoirs dans une communauté de pêcheurs portugaise. 42. 46p. Rome : FAO. . (2004a). 159-172. (1973). Human Ecology. Les sciences humaines et la pêche dans le Pacifique Sud : demande sociale. Symposium international ORSTOM-IFREMER. P. Food and agriculture organization of the United Nations -FAO. p. Conhecimento Tradicional e Apropriação Social do Ambiente Marinho. A interdisciplinaridade nos estudos do mar : o papel das Ciências Sociais. A pesca construindo sociedades. C.C. A. (1987). (1998). Nupaub.3.R. n. . Sao Paulo : NUPAUB. série Ciências Humanas. . Les recompositions territoriales et leurs référents.ª edição. C. (2004b). MCCAY. (2007a). ISSN 1645-8699. n. vol. Montpellier.

A. Fayard Éditions. A. Instituto Brasileiro do Meio Ambiente e dos Recursos Naturais Renováveis . p. Estatística da pesca 2007 no Brasil : grandes regiões e unidades da federação. GEISTDOERFER. T. O Oyapoque : um rio compartilhado. F.fr/doc/00134/24510/]. (1976). A. 189p.F. (1984). Disponible sur : [http://www. R. OLIVEIRA. In : Gibson. LIMA. (2011). p. Izard. M. M. Manaus : UFAM. Estimation de la pêche illégale étrangère en Guyane française. D.B. no Estado do Amapá.Coordenação do Curso de Engenharia de Pesca. 23-38. . quantos são. MENEZES. J. LEVREL. (1993). Cidades. Paris. .P . T. R. Maritime (Anthropologie). .ifremer. WENGER. . T. Thèse pour le doctorat de géographie. D. GEISTDOERFER.. R. V. Situated learning : legitimate peripheral participation. HAUTEFEUILLE. (2008). Pré-diagnostico do entorno do Parque Nacional Montanhas do Tumucumaque. (1973). Paris : PUF. HAZEU. Cambridge : Cambridge University Press. 466p.Iepé. M. GRENAND. R. In : Bonte. (1991). M. GODELIER. v.fr/pdf/UPS3188port.S. économies. Ingold. Paris : Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer. INGOLD. In : 3º Encontro Norte da Sociedade Brasileira de Sociologia. fronteiras transnacionais e migração na PanAmazônia.A.IBAMA. 138p. Relatorio final.V. L’anthropologie maritime: un domaine en évolution : hors cadre traditionnel l’anthropologie sociale. CASTRO. Zainak. Tools. K. C. Godelier. Language and Cognition in Human Evolution. LIMA. LAVE. GEISTDOERFER. Cambridge : Cambridge University Press.GALLOIS. (2005). p. n. P. E. Université des Antilles et de la Guyane. p. (2012). E. Valorisation des produits de la mer en Guyane . (2003). A. sociality and intelligence. (2012)..pdf].guyane. 183-195. Levantamento historico-cultural Parque Montanhas do Tumucumaque. como vivem e o que pensam? Instituto de Pesquisa e Formação indigena . D. Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie. 29. (2012).T. (2008). 348p. L’idéel et le matériel : pensées. Povos Indígenas no Amapá e Norte do Pará : quem são. Macapá : IBAMA/UNIFAP. onde estão. p. Brasília : IBGE. M. Universidade do Estado do Amapá. Observatório sociedades / meio ambiente. Disponible sur : [http://archimer. (2007). Tool-use. Macapá : MMA/FUNBIO/ARPA. recompositions territoriales à la frontière franco-brésilienne (Guyane / Amapá). (2007). Embarcações e artes de pesca utilizadas nos municípios de Calçoene e Oiapoque. In : Cresswell.R. Modèle d'enquête sur les techniques de pêche.cnrs.. 429-45. C. Contribution à l’établissement d’une classification fonctionnelle des engins de   74   . Brasil. M. Monografia (TCC em Extensão Pesqueira) . GRUPIONI.S. (2000). GALLOIS. (1991). 806.Etude technique. KNOCKAERT. Entre marge et interface. 1. Paris : François Maspero. sociétés. Outils d'enquête et d'analyse anthropologiques.T. Relatorio final. 195p. A. 1. M. MONOD.

A. M. Arles : Actes Sud .. Ecologie générale 12. 156. (2012). FILHO.1. p.). Des Hommes. des cultures. SOARES. 176 p. migração irregular e direitos humanos na fronteira entre o estado do Amapá e a guiana francesa. SOARES. Macapá: Banco da Amazônia.S.169-177. Paris : Bulletin du Muséum National d’Histoire Naturelle. 206-231. Forianopolis : Biotemas. PINTO. TOSTES. . p. Etnoecologia caiçara : o conhecimento dos pescadores artesanais sobre aspectos ecológicos da pesca. Dynamique des savoirs et des savoir-faire dans un contexte pluriculturel. Brasilia : REMHU – Revista Interdisciplinar da Mobilidade Humana. G. SABINOT. P. Étude comparative des activités littorales au Gabon.. 69-82. 20. S. SILVA. OLIVEIRA. NASCIMENTO.S. O. ARCHAMBEAU.A. In : II Seminário internacional de estudos regionais sul-americanos: contrastes socioterritoriais e perspectivas de integração regional (Caderno de Resumos).C. Cayenne : Observatoire Hommes / Milieux Oyapock – INEE et CNRS Guyane.B. In : P. G. (2008). (coord. C. REIS. J. p. Observatório para o empreendedorismo sustentável e integração bilateral entre Amapá (Brasil) e Guiana Francesa (França). n. des savoirs et des savoir-faire en mouvement sur le littoral gabonais : dynamique des savoirs et savoir-faire. Musée des cultures guyanaises. Cuiabá. n. C. O rio oyapoque : povos indigenas e fronteiras. SANTOS. O pescador e o seu duplo : migrações transnacionais no mar europeu. Mobilités. M. SILVA.R. RAMIRES. GIBSON.2.G. Paris. C. C. .. PIANTONI. M.J. Metamorfoses da fronteira franco-brasileira”.L. FAO. Architectures et paysages de Saint-Georges de l'Oyapock : Inventaire. Thèse du Muséum National d'Histoire Naturelle. RÜCKERT. NEDELEC. C. B.V. O. vol. Rio de Janeiro : Imprensa Oficial.P. P. Revista Mosaico. CAMOZZATO. v. (2008). n. n. J. Définition et classification des catégories d’engins de pêche. Território do Amapá : perfil histórico. (2008).S.S. Migrants en Guyane. 438 p.. M. SABINOT. J. (2008). (1982).. (2011).Paris 7.M. (2006). 3. (2006). 222. Brasilia : ANPPAS. PINTO. De Boccard. F. 101-113.M. OLIVEIRA.V. série 3. (1949). v. p. Rome. n. p. Etnográfica. bilan et prospective. USM104 – CNRS. A vida no limite : atividades ilegais. (2011).. HANAZAKI. immobilismes. A. (2011). Document technique sur les pêches n.C. 51 p. PEREZ.J. C. 1. Macapá : PRACS .pêche.L. Relatório Técnico (Versão Preliminar). 354-361. (2007).G. P. N. (2011). PAUL-GUERS. Trabalhadores brasileiros na Guiana Francesa. L’emprunt et son refus. 31.A.. . C. MOLINA. Ano XVI.F.C.. ROCHA. . 15.Revista de Humanidades do Curso de Ciências Sociais da UNIFAP.R.   75   . Rouillard (ed). UMR5145 – Université Paris Diderot . Oiapoque – 'Aqui começa o Brasil' : as perspectivas de desenvolvimento a partir da BR-156 e da Ponte Binacional entre o Amapá e a Guiana Francesa.A.

guyane. 1763 (Decapoda : Brachyura). F.com/South-America/Palikur-History-andCulturalRelations. Florianopolis : Biotemas. (2013). SOUTO.fr/planete/article/2013/02/14/un-fonds-desoutien-pour-la-peche-en-guyane-victime-des-clandestins_1832880_3244. Ucides cordatus. (2013).Musée des peuples amérindiens. 4. 69-80.J. p. Lisboa : GeoInova – Revista do Departamento de Geografia e Planeamento Regional. 20 n.fr/wpcontent/uploads/2011/10/MEPbrochure-Oyapock-BAT-1.gouv.socioambiental. Inc. (2007). (2003).pdf] Le Monde. v. Disponible sur : [http://www. Movimentos migratórios de populações marítimas portuguesas.lemonde. Disponible sur : [http://www.ISA. Palikur: History and Cultural Relations. World Culture Encyclopedia. Disponible sur : [http://www. Brochure en ligne de l’exposition ‘Un pont sur l’Oyapock’. Linnaeus.8.pref.html] SITOGRAPHIE Instituto Socio Ambiental. 165-177.everyculture. p.org/] Kuahi. SOUTO.B.n. Advameg. (2007). Disponible sur : [http://ti. (2013). p. 1. H. no manguezal do Distrito de Acupe (Santo Amaro-BA). Uma abordagem etnoecológica da pesca do caranguejo. 129-142. n.html]   76   .

..…………….81   77   .78 ANNEXE 2 : GUIDE D'ENTRETIEN………………………………………………………………..………………......79 ANNEXE 3 : GUIDE DES OUTILS DE PECHE………………………………………………………….….Annexes ANNEXE 1 : CHARTE DE CONFIDENTIALITE EN PORTUGAIS PROPOSEE AUX PECHEURS…………………….….

Guiana Francesa. e principalmente. para conhecer o perfil dos pescadores da região e poder dialogar com gestionarios e autoridades publicas.CNS) NOME DO(A) INFORMANTE: ENDEREÇO: LOCALIDADE/SETOR: RESPONSÁVEIS PELA PESQUISA: 01 MUNICIPIO: Brunna Crespi Pauline Laval Catherine Sabinot TITULO DO PROJETO: Dinamicas de migração e identidades locais de pescadores em um contexto transfronteiriço: o caso de Saint-Georges e de Oiapoque. os procedimentos e outros assuntos? SIM 08 NÃO Fui esclarecido(a) sobre a segurança de que minha identidade será preservada. 04 Os resultados deste estudo serão úteis para conhecer as mudanças pelas quais a atividade pesqueira vem passando.10. Autorizado por: EXPLICAÇÕES DA PESQUISA 02 Este estudo visa conhecer a história de vida dos pescadores da região entre fronteiras Brasil . 06 A participação das pessoas no estudo é de caráter voluntário.1996 . 05 Asseguramos que as informações coletadas não serão divulgadas com identificação dos informantes. após ter sido convenientemente esclarecido(a) deste estudo conforme definido nos itens 1 a 08. ! 03 Serão feitas conversas gravadas com todos aqueles que trabalham ou trabalharam com a pesca na Colonia Z3 e em Saint-Georges. ficando assegurado que as mesmas poderão desistir dessa participação a qualquer tempo. consinto em participar. mantendo-se todas as informações em caráter confidencial? SIM NÃO CONSENTIMENTO PÓS-INFORMADO Declaro que. LOCAL: DATA: ASSINATURA DO INFORMANTE OU TESTEMUNHA: Nº Carteira de Identidade: __________________________________ Pesquisador responsável pela coleta   78   . na qualidade de informante. do Projeto de Pesquisa referido no item 1. AFIRMAÇÕES DO(A) INFORMANTE OU RESPONSÁVEL 07 Fui esclarecido(a) sobre os objetivos da pesquisa.Annexe 1 : Charte de confidentialité en portugais proposée aux pêcheurs 1 TERMO DE CONSENTIMENTO LIVRE E ESCLARECIDO (Obrigatório para Pesquisa com Seres Humanos – Resolução nº 196 de 10.

l’année. extraction ? * Explorer les raisons pour la permanence ou le changement d’activité.Pensez-vous en quitter cet endroit un jour? Pensez-vous en déménager/retourner en Guyane/Brésil ? 7. etc. 5. les raisons pour suivre ou changer sa trajectoire. * Explorer d’où vient les savoirs.Quels sont les avantages et inconvénients des techniques que vous utilisez et ceux des techniques utilisés de l’autre côté ?   79   . techniques.Avez-vous déjà été renvoyé à la frontière? Si oui. des grands-parents et la vie actuelle de l’interviewé. agriculture.Combien de frères et sœurs avez-vous? Où ils sont ? * Explorer les histoires de vie et trajectoires. en explorant le mémoire sur les ressources naturelles/ pêche (qu’est-ce que change à chaque endroit ? Spp.Annexe 2 : Guide d'entretien N° d’entretien : Nom de l’enquêteur : Nom et prénom de l’enquêté : Statut de l'enquêté : Lieu : Date : 1..Pourriez-vous me raconter quand et où vous êtes né ? 2.Quelle était la profession de vos parents ? Et de vos grands-parents ? Où ils sont nés ? Quelle l’origine ethnique ? * Explorer les similitudes et les différences entre les générations des parents. 3.). et qui ou qu’est-ce qu’il a amené avec lui. où ? 8. 10.Comment fonctionne la pêche à l’autre côté ? Vous connaissez quelque pêcheur de là-bas ? * Explorer les échanges entre les deux côtés.Avez-vous continué à travailler avec la pêche.Avez-vous etudié? Où? * Conduire jusqu’au mariage. 4. 9. * Explorer les endroits par lesquels l’interviewé est passé.Quels sont les engins de pêche que vous utilisez et connaissez ? Depuis quand utilisez-vous cet engin ? Pourquoi avez-vous l’adopté ? Comptez-vous l’en changer prochainement ? * Montrer le catalogue des engins de pêche. 6.

a) Quelle est la législation de la pêche ici ? b) Quels sont les aspects de la législation qui influencent le plus votre activité..a) Quelles sont les espèces les plus débarquées ? * Si la personne n’a pas cité les espèces contrôlées par l’Ifremer. quantités. Pescada branca/Acoupa rivière. b) Les classer de la plus débarquée à la moins débarquée. des permanences ou des changements des stocks de poissons et leurs raisons. du plus productif au moins productif. d) Que faites-vous pendant ces périodes d’interdiction ? Comment c’était au temps de vos parents ? 17. 12. demander des renseignements sur les espèces suivantes (Pescada amarela/Acoupa rouge.. Corvina/Courbine). 15.. limitation de techniques de pêche.Considérez-vous que votre effort de pêche soit compatible avec la pérennité des stocks de poissons ? Quelles mesures pensez-vous qu’il faudrait prendre pour que vos enfants puissent continuer à pêcher dans la zone ?   80   . 13.).La quantité de poissons que vous pêchez actuellement correspond à la même quantité qu’on pêchait au temps de vos parents ? Pour quelles raisons ? * Explorer les perceptions des différences. votre vie ? * Limitation d’accès à certaines zones de pêche (frontières.Quelles sont les zones de pêche plus et moins productives ? *Dessiner sur une carte (général ou/et par spp. capturés.11. Uritinga/Machoiron blanc..a) Quel est le port de pêche le plus productif ? b) Quels sont les ports qui produisent le plus ? Les ports de Guyane ou ceux d’Amapá ? c) Classer les ports de pêche par ordre d’importance. protection de certaines espèces. espèces 14. 16. situation des spp. c) Y-a-t-il des périodes d’interdiction de pêche dans cette région ? * Explorer périodes.).Qu’est-ce qu’un bon pêcheur ? *Pour être un bon pêcheur il est nécessaire d’avoir de l’expérience (combien d’années) ? Etre un bon capitaine ? Avoir un bon matériel/équipement ? Avoir un bon revenu ? Payer beaucoup de taxes ? Pêcher de gros poissons ? Pêcher certaines espèces ? Etc. ensemble des contrôles de l’activité. 18.Qu’est-ce qu’une bonne pêche ? *Durée.

Filet maillant dérivant 2.Annexe 3 : Guide des outils de pêche (Les illustrations sont tirées de Claude Nedelec (1982) .Filets maillants calés   81   . Définition et classification des catégories d’engins de pêche) 1.

Filet maillant fixe 4.3.Palangres   82   .

Sennes de plage   83   .Filets tournants 6.5.

Chaluts de fond à panneaux 8.7.Chaluts jumeaux 9.Dragues   84   .

10.Eperviers   85   .Filets soulevés manœuvrés d’un bateau 11.

Filets-pièges fixes 14.12.Filets soulevés manœuvrés d’un rivage 13.Nasses ou casiers   86   .

Lignes à la main et avec cannes   87   .15.Verveux 16.Barrages 17.