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Yahia/Liberté

LIBERTE

Mercredi 25 mars 2015

Supplément Économie

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LES IMPORTATIONS CONTINUENT D’INONDER LE MARCHÉ

“LE MADE IN BLADI” RESTE UN SLOGAN

LE MARCHÉ “LE MADE IN BLADI” RESTE UN SLOGAN À la faveur des mesures envisagées par

À la faveur des mesures envisagées par le gouvernement pour freiner la croissance importante des importations figure le lancement d’une campagne “Consommer local”, destinée à promouvoir la production nationale. Ce pro-

jet n’est pas nouveau. Puisque le Forum des chefs d’entreprise avait initié en 2003 une campagne “Made in Bladi” qui n’a pas at- teint les résultats escomptés. L’État n’avait pas joué le jeu. Depuis,

les importations ont été multipliées par 5. Aujourd’hui, la promotion de la production locale devient une ur- gence, avec la baisse des prix du pétrole et partant la baisse de nos revenus tirés des exportations. Le niveau des importations ac- tuelles, marchandises et services, atteint le seuil de 70 milliards de dollars par an, contre des exportations d’environ 60 milliards de dollars en 2014. Dans un scénario de laisser-faire, les recettes exportations de l’Algérie pourraient atteindre 30 à 40 milliards de dollars sur la base de prix entre 60 et 70 dollars le baril. Alors que les prévisions de la loi de finances prévoient des importations de marchandises de l’ordre de 60 milliards de dollars. Le déficit commercial et celui de la balance des paiements seront beaucoup plus graves. À l’heure des vaches maigres, nos gouvernants hési- tent à mettre en œuvre des mesures efficaces pour faire baisser de manière importante les importations. Or, le véritable barrage à l’introduction de marchandises non conformes ou contrefaites, un pan non négligeable de notre commerce extérieur est l’ap-

Tergiversations

Par : K. REMOUCHE

k.remouche@gmail.com

plication des normes. Or, la réglementation dans ce domaine n’est pas appliquée. Et il n’existe pas encore une volonté des pouvoirs publics d’accélérer sa mise en œuvre. Côté produits “made in Bladi”, le label al- gérien peine à s’imposer sur le marché. Les biens importés dominent dans les rayons de nos supérettes à l’exception de certains produits agroalimentaires comme les boissons, les yaourts, les huiles, la mar- garine, le sucre raffiné, les détergents et les produits électroménagers. Cette tendance n’est pas près de s’estomper. Car les mesures pour pro- mouvoir la production nationale tardent à être mises en œuvre. Alors qu’il faut donner du temps au temps pour que nos entreprises natio- nales puissent de façon générale répondre à l’offre quantitativement et qualitativement, et puissent présenter le meilleur rapport qua- lité/prix par rapport à la concurrence des produits importés. Les fruits de l’effort de réindustrialisassion du pays orienté vers la substitution aux importations ne sera perceptible que dans trois à cinq ans. En attendant, libérons les entrepreneurs des pesanteurs de la bureau- cratie, des entraves pour accéder au foncier ou au crédit et bannissons rapidement de nos marchés les produits superflus, non conformes ou contrefaits. Cela passe par le renforcement de nos laboratoires de contrôle de qualité et de la mise en service du laboratoire d’essais qui a pris plus de dix ans pour voir le jour. Ce grand retard traduit la mau- vaise volonté politique à assainir notre commerce extérieur. Reste à sa- voir si la dangereuse évolution de notre situation financière fera bou- ger les lignes dans ce domaine ?

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“LE MADE IN BLADI” RESTE UN SLOGAN

 

FACE À LA FAIBLESSE DE LA PRODUCTION NATIONALE

Le produit importé domine les rayons des supermarchés

En 2014, les importations des produits alimentaires de l'Algérie ont atteint 11 milliards de dollars contre 9,58 milliards de dollars en 2013, en hausse de près de 18,9%.

l suffit d’une simple tournée à travers cer- tains espaces commerciaux de la capita- le pour se rendre compte que la mar- chandise en provenance de l’étranger a réussi à se frayer une place de choix à tra-

I

vers les différents points et espaces de ven- te du pays. Preuve en est,

les capsules à café Nes-

presso, produit de luxe achetées en magasin en Europe, se retrouvent sur les rayonnages de nos supérettes. Dans la totalité des espaces de vente visités, les marques étrangères cohabitent avec des produits locaux. Dans de nombreux cas, le produit importé

est beaucoup plus mis en valeur dans les rayons par rapport au produit fabriqué localement. Se- lon un gérant de supérette à l’est l’Alger, “c’est di- rectement le prix qui représente une contrainte pour les Algériens et les oblige à se tourner prin- cipalement vers la production nationale plutôt que

les produits d’importation”, ajoutant que ceux qui

ont les moyens ne se privent pas en produits im-

portés. Cette sentence d’un gérant de supérette n’est pourtant pas partagée par la majorité des

n’est pourtant pas partagée par la majorité des Par : SAÏD SMATI clients. En effet, il

Par :

SAÏD SMATI

clients. En effet, il ressort des discussions qu’on

a pu avoir avec certains clients que les Algériens

font de plus en plus confiance à des produits lo-

caux. C’est un constat réel notamment pour le do- maine agroalimentaire. Des groupes de renom,

à l’image de Cevital, SIM, Benamor, La Belle ac-

tivant dans l’industrie agroalimentaire sont plé- biscitées par les consommateurs pour la qualité des produits proposés. C’est également le cas du secteur des boissons et des produits laitiers où le produit local domine largement le produit im- porté. Reste que si ces filières sont en plein essor, d’autres sont en difficulté. C’est le cas de la filière

chocolat et biscuits qui est en repli face à la mon- tée des importations. Sur le marché local, la pro- duction algérienne de chocolats, bien que riche en nombre de marques, fait face à une très for- te concurrence étrangère, de qualité bien supé- rieure. Les marques locales rivalisent uniquement par leur prix, deux fois moins cher que les marques importées. Si la filière biscuits fait un peu mieux et a meilleur marché, elle se développe moins. Avec un même niveau de prix, les biscuits turcs (comme Biskrem et Tutku) constituent de sérieux concurrents. Cette situation a égale-

D. R.
D. R.

Les supérettes sont inondées de produits étrangers.

ment ouvert les portes à d’autres marques plus huppées telle la française LU qui est de plus en plus présente sur les étagères de nos supérettes. “Nous aurions aimé acheter des produits algériens. Mais nous n’avons pas un grand choix”, regret-

te une mère de famille qui faisait ces achats au ni- veau du supermarché Galaxy de Aïn Naâdja. Autre filière en difficulté : celle des produits agri- coles. Ces produits existent bien évidemment. Mais ils ne sont guère disponibles en grande quantité, à l’instar de l’huile d’olive. Alors que l’Al- gérie est réputée mondialement pour son huile d’olive de très haute qualité, les Algériens en sont réduits à consommer de l’huile d’olive importée de Turquie. Du côté des rayons des produits sur- gelés, le produit local est quasiment inexistant. Si la présence de produits de la mer importés de Chine et d’Inde peut s’expliquer, ce qui est plus difficile de comprendre, c’est la présence massi- vement dans les rayons des produits surgelés, des petits pois et de cœurs d’artichauts importés d’É- gypte et d’Espagne. Au total, les importations re- présentent 60% des produits alimentaires vendus en Algérie, selon l’Union générale des commer- çants et artisans algériens (UGCAA). L’Algérie est d’ailleurs le premier importateur africain de denrées alimentaires. Quant aux produits desti- né aux enfants, notamment les jouets, ils sont qua- siment tous importés .

S. S.

SUBMERGÉ PAR LES IMPORTATIONS

Le made in Algeria fait du surplace

F

ace à une importation à tout-va, opérée à la faveur de l’ouverture du commerce ex-

térieur, en 1995, la production locale a été

mise à mal. Elle n’arrivecommerce ex- térieur, en 1995, la production locale a été toujours pas à s’en re- mettre.

toujours pas à s’en re- mettre. L’industrie manu-

facturière, par exemple, est dans le rouge, enregistrant -0,3% de croissance au premier semestre 2014. Ainsi, les industries de sidérurgie, métalliques, mécaniques et élec- triques ont réalisé -10,2% de croissance, la chi- mie, caoutchouc et plastique -6,5%, le textile -5%, les matériaux de construction -2,6% et les in- dustries du bois et des lièges -0,7%. Cela a fait que 94% des besoins manufacturiers du pays sont couverts par les importations. Le textile et cuir ne couvre que 6% des besoins du marché local. Le made in Algeria reste, dans ce contexte, sans consistance, assimilable à un slo- gan, faisant du surplace. Situation inéluctable ? Des investissements ont été consentis, pour donner de l’essor à la production locale, et in- fléchir cette situation. L’optimisme est permis, mais pas pour tous les secteurs. La filière texti- le, en berne depuis plusieurs années, se re- prend, aujourd’hui. La preuve, le groupe public Confection et habillement (CH), savoure d’ex-

Par : Y. SALAMI

La filière textile ne couvre que 6% de nos besoins nationaux.

cellents résultats à la faveur de cette relance, dé- gageant, en 2014, cinq milliards de dinars de plus- value, ce qui n’est pas rien, commente Amar Takdjout, secrétaire général de la fédération tex- tile et cuir à l’UGTA pour qui il y a place pour un réel développement du textile, un marché de 1,6 milliards de dollars. Dans ce secteur, un grand chantier a été mis en mouvement, avec les Turcs, depuis deux ans. Des entreprises algéro- turques sont déjà à l’œuvre, et ont commencé à produire sur les sites de Béjaïa et de Relizane. Et, des articles, à des prix abordables ( 20 à 30% de moins par rapport au marché), fruit de ce par- tenariat, les consommateurs les verront, dans quelques semaines, dans nos magasins, nous an- nonce Amar Takdjout. Deux pactes d’action- naires ont été signés, il y deux ans, entre le grou- pe public Confection et habillement (CH) et la société turque Ringelsan pour la production d’articles de prêt-à-porter, à Béjaïa, et de bon- neterie à Relizane. Les contrats conclus, l’ont été dans le cadre du 49/51. Ils prévoient la création de deux sociétés mixtes, détenues à hauteur de 70% par le groupe CH, et de 30% par la société turque. Le capital social de chacune de ces sociétés est d’un milliard de dinars. La première entre- prise, localisée à Béjaïa, sur le site de la Société

algérienne du costume (Alcost), produira des ar- ticles de prêt-à-porter comme les costumes, les vestes et les manteaux.

Bientôt des costumes, vestes et manteaux made in Algeria sur le marché La seconde entreprise, à Relizane sur le site de la société de bonneterie de Oued Mina, produi- ra des articles de bonneterie comme les vêtements de sport, les tee-shirts et les chaussettes. À par- tir de l’Algérie, les Turcs ont l’ambition de pro- duire pour “les plus grandes marques dans le mon- de et selon les standards mondiaux”. “Actuelle- ment, la filière textile ne couvre que six pour cent de nos besoins locaux, c’est maigre. La branche était dans le rouge ; on fabriquait, par exemple, 22 millions de paires de chaussures dans les an- nées quatre-vingt, on n’en fabrique aujourd’hui qu’un million, c’est dire l’ampleur des dégâts es- suyés par le textile”, relève le secrétaire général de la fédération textile et cuir. Toutefois, ajou- te-t-il, si cette dynamique est soutenue, en amont et en aval, le secteur du textile pourrait commodément satisfaire seize à vingt pour cent du marché domestique, dans les prochaines années. Dommage que des opportunités existent et qu’on n’arrive pas à les saisir. Pourquoi

n’avons-nous pas développé la fibre synthé- tique, demande le secrétaire général de la fé- dération textile et cuir à l’UGTA. Pourtant, poursuit-il, un bon paquet de projets ont été en- gagés dans la pétrochimie. Si on ne l’a pas fait, dit-il, c’est parce qu’on a favorisé l’importation. Il préconise par ailleurs que “le textile ainsi que d’autres branches à l’exemple de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire sont à développer en priorité. Le secteur agricole couvre 72 % de nos besoins de consommation. Est-ce suffisant? 72% est un bon chiffre, sauf que la facture alimentai- re avoisine les dix milliards de dollars. Cela n’est pas normal”, juge-t-il. Aussi, il reste beaucoup à faire dans cette branche. À mon sens, recom- mande-t-il, il y a nécessité d’intéresser notre jeu- nesse à l’agriculture, d’engager la réflexion au- tour de l’Ansej et de l’impliquer dans la pro- motion de l’agriculture dont le budget atteindra 300 milliards de dinars pour le prochain quin- quennat (2015-2019). D’autres filières, telles que le liège et le bois, doivent être mises dans une nouvelle dynamique. Takdjout regrette que des menuiseries ferment, faute de commandes, alors que le pays veut construire deux millions de lo- gements.

Y. S.

AMAR TAKDJOUT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION TEXTILE ET CUIR

Réorganisation du secteur public :

“L’UGTA n’a pas été associée”

R epensée par le nouveau mi- nistre de l’Industrie et des Mines, la nouvelle réorganisa-
R epensée par le nouveau mi-
nistre de l’Industrie et des
Mines, la nouvelle réorganisa-
tion du secteur
Par : YOUCEF
SALAMI
public indus-
triel semble

consensuelle. Du moins pour le moment. L’UGTA

ne s’y est pas montrée hostile. “On n’a pas réagi à la mise en place de groupes industriels, voulant accorder du temps

à cette politique. Pour l’instant, il n’y

a rien, dans ce schéma, qui puisse re- mettre en cause l’outil de production

ou des postes d’emplois. C’est impor- tant pour nous”, nous explique Amar Takdjout, secrétaire général de la fé- dération textile et cuir à l’UGTA. Mais ce dont ne semble pas content Takdjout, c’est le fait qu’aucune fédé- ration n’ait été associée aux discussions relatives à la nouvelle réorganisation du secteur industriel public. “Fai- sons-en table rase et pensons à l’avenir, au développement de notre produc-

tion”, dit-il. “Néanmoins, avertit Takd-

jout, si demain, les choses ne fonction- nent pas et il y a dysfonctionnement, on

aura notre mot à dire”. Aux com- mandes du département de l’Industrie, dans le nouveau gouvernement Sellal, A. Bouchouareb insistait sur le fait qu’il ne pouvait engager quoi que ce soit, sans consulter tous les partenaires, l’UGTA en tête. Il ne l’a pas fait. Qu’il ait rencontré le secrétaire géné- ral de la Centrale syndicale pour en parler, cela ne traduit pas une consul- tation aussi large que possible que le ministre voulait. Et cette manière de faire fait grincer des dents dans le car- ré de certains syndicalistes qui en

parlent en privé, en désapprobateurs. Exagération excessive dans la concep- tion que l’UGTA se fait du dialogue social? La Centrale syndicale a été de toutes les assises dédiées à l'industrie et de toutes les rencontres relatives à la restructuration des entreprises pu- bliques. Il n'en est pas moins vrai que sur les grandes décisions, elle n’y est pas vraiment associée. La Centrale syndicale essaye de défendre une ligne de conduite conciliable et dont elle ne souhaite pas s'écarter. Elle ne veut pas mettre dans la gêne

l’Exécutif dont elle approuve le pro- gramme économique, tout en mettant en garde contre les décisions fâcheuses pour les travailleurs. Et, des décisions à problèmes, il pourrait y en avoir dans la nouvelle réorganisation du secteur public. La Centrale se dit d’accord pour une restructuration adaptée du secteur public industriel qui ne mette pas en péril la pérennité de l’outil de pro- duction et surtout qui n’intègre pas de compression d’effectifs.

Y. S.

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“LE MADE IN BLADI” RESTE UN SLOGAN

OMAR RAMDANE, P-DG DE MODERN CERAMICS, ET PRÉSIDENT D’HONNEUR DU FCE, À “LIBERTÉ”, LE PRÉCONISE :

“Gagner en production, en qualité et dégager des excédents”

Dans cet entretien, le président d’honneur du FCE, explique qu’il y a nécessité de mettre en place une politique “courageuse”, pour développer la production locale et de mettre de la “souplesse” dans l’acte “d’exporter”.

Liberté : Quelle analyse faites-vous, au- jourd’hui, de la production locale ( le “made in Algeria”), de manière gé- nérale ? Omar Ramdane : À l’évidence, il y a des produits locaux, dans l’agroalimentai- re, dans l’électroménager, et dans d’autres secteurs, fabriqués aux normes et qui sont

expor-

Il

faut ad- mettre que l’économie nationale est à prédominance privée. Le privé repré- sente près de 56% de l’économie. Le plus gros producteur, c’est le privé. Le plus gros contribuable, c’est le privé. Et le plus gros employeur, c’est le privé. La preuve, une tendance nettement haus- sière, portée par le privé, est enregistrée dans la structure de la valeur ajoutée globale, (y compris en y intégrant les hy- drocarbures), dans l’intervalle 2000- 2013. Ainsi, et en proportion, le privé y comptait 41,7% en 2000, 51,1% en 2012 et 56,3% en 2013. Si on en exclut les hy- drocarbures, le privé accaparait 74,8% de la valeur ajoutée en 2000, 85,1% en 2012 et 86% en 2013. C’est cela la réali- té, à moins qu’on ne veuille s’accrocher à quelque chose qui n’existe pas.

Entretien réalisé par :

YOUCEF SALAMI

tables.

Comment faut-il s’y prendre pour dé- velopper la production locale, la pro- mouvoir et la rendre exportable ? Du point de vue géographique, c’est l’Afrique, un marché en devenir et au- quel les opérateurs nationaux doivent s’intéresser. C’est un marché naturel pour nous. Et il est à notre portée.

Liberté
Liberté

Certes, les grandes puissances y ont pris pied, mais l’Algérie à ceci d’avantageux qu’elle connaît le continent et qu’elle le comprend mieux que d’autres. Incon- vénient pour de nombreux pays tour- nés vers l’exportation, l’éloignement ne pose pas de problème pour les chefs d’entreprises algériens, pour autant que l’on mette on place les plateformes portuaires nécessaires pour une meilleu- re fluidité dans le transport de mar- chandise. Je dirai qu’en dehors de la mé- canique et de la sidérurgie, l’Algérie a une palette de produits, et en aura certai- nement davantage, à proposer au mar- ché international. Il s’agit en fait, pour notre économie, de gagner en produc- tion et en qualité et de dégager des ex- cédents, c’est cela qui va nous permettre de satisfaire la demande locale et de pla- cer la production excédentaire sur les marchés internationaux.

Quelles sont, selon vous, les filières à développer en priorité et à en faire des pôles d’excellence, en matière de production locale ? Depuis quelques années, des efforts ont été faits dans l’industrie dont le but est d’y créer une nouvelle dynamique et d’insuffler du sang neuf dans cer- taines filières à l’image du ciment. En effet, des projets en partenariat avan- cent dans ce secteur et le pays devrait passer d’une position d’importateur du ciment à celui d’exportateur. Cela est tout à fait possible, si on y met de la vo- lonté et si on maintient le rythme de dé- veloppement. Dans la décennie à venir, il y aura, à l’échelle mondiale, pénurie d’eau, pénurie d’énergie et pénurie de produits alimentaires. Il faut s’y pré- parer parce qu’il n’est pas évident que les pays qui en disposeront encore, acceptent d’en exporter. Le Forum des

LE CRÉDIT À LA CONSOMMATION

Au secours de l’industrie algérienne

Après beaucoup d’hésitations et d’atermoiements, le crédit à la consommation a été finalement réintroduit officiellement par la loi de finances 2015. Sa mise en œuvre attend néanmoins encore les conclusions du groupe de travail chargé de la relance de ce dispositif qui planche actuellement sur ses règles d'application.

L es produits éligibles au crédit à la consommation ainsi que les différents taux d'intégration qui

seront appliqués feront l'objet d'arrê- tés qui sont en Par : HASSAN HADDOUCHE cours d'élabora-
seront appliqués feront l'objet d'arrê-
tés qui sont en
Par : HASSAN
HADDOUCHE
cours d'élabora-
tion au niveau

du ministère de l'Industrie et des Mines avec le concours de tous les départements mi- nistériels concernés. Ces arrêtés de- vraient être promulgués après le dé- cret d'application de l'article 88 de la loi de finances 2015 qui réintroduit le retour du crédit à la consommation. Le décret, fixant les conditions et modalités de mise en œuvre de cette disposition, a été élaboré par tous les intervenants réunis au niveau du groupe de travail, à savoir les différents ministères concernés, des représen- tants des banques, des organisations patronales et de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA). Accordé par un établissement de fi- nancement, le crédit à la consomma- tion s'adressera aux particuliers pour financer leurs achats de biens à usage

domestique issus de la production na- tionale tels que les meubles, appareils électroménagers et électroniques, et les matériaux de construction. La Renault Symbol fabriquée en Algérie devrait également être concernée par le réta- blissement du crédit à la consomma- tion:

Pas de taux d’intégration unique

La réflexion engagée dans le groupe de travail va dans le sens de ne pas arrêter un taux fixe pour tous les produits contrairement à ce qui avait été pro- posé dans le rapport du groupe char- gé de la protection et de la promotion de la production nationale, issu de la tripartite d'octobre 2013. Ce groupe avait suggéré, rappelle-t-on, un taux d'intégration égal ou supérieur à 40% par référence aussi bien aux normes universelles admises qu'au potentiel du tissu industriel national pour les fi- lières concernées. En effet, “la fabri- cation nationale de certains produits de haute technologie (ordinateurs, voi-

nécessite l'importation d'un cer-

tain nombre de pièces dont la fabrica-

tures

)

tion n'est pas encore maîtrisée locale- ment. Les membres du groupe de tra- vail considère donc que si l'on fixe un taux d'intégration de 40% pour ce genre de produits, il n'y aura aucune relance pour nos activités de produc- tion nationale”, indiquent nos sources

…Ni de plafonnement des montants Le décret en préparation porte égale- ment sur le type et les conditions du crédit à la consommation. Il précise le montant du crédit, sa durée, la quo- tité finançable ainsi que le coût du cré- dit. Le montant du crédit, qui ne sera pas plafonné, sera fixé en fonction de la capacité financière du client. La du- rée du crédit à la consommation por- tera sur une période allant du court terme au moyen terme (3 à 60 mois) selon le produit éligible. Pour la quo- tité finançable, le montant du crédit sera égal au maximum à 70% du bien à acquérir alors que la quotité men- suelle de remboursement ne devra pas excéder 30% du revenu mensuel.

H. H.

chefs d’entreprises ( FCE) a formulé cinquante proposition, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance. Ces mesures sont applicables car notre or- ganisation a pensé à leur faisabilité. Le Forum a hiérarchisé ses propositions, l’ordre des priorités y était. C’est ainsi qu’on a pensé à la sécurité ali- mentaire et à la sécurité sanitaire. Dans le secteur agricole, il est vital de développer en priorité les céréales, les légumes secs et la production laitière. Il y a aujourd’hui, un club de céréaliers ( deux cents) qui atteignent cinquan- te quintaux à l’hectare. C’est une proues- se. La production céréalière diffère d’une région à une autre. Mais, on peut avoir une moyenne de production de vingt-cinq quintaux à l’hectare, cela est tout à fait jouable. On peut aussi développer l’élevage en le mettant dans les meilleures condi- tions qui soient parce qu’une vache lai- tière ne vous restitue que ce qui lui avait été donné. Dans le secteur pharma- ceutique, il a été question d’arriver à re- lever un défi majeur, celui de pouvoir couvrir 70% de nos besoins en médi- caments par la production locale. Ob- jectif non atteint. Pourtant, on aurait pu le faire en l’espace de cinq à sept ans. Mais quand il faut énormément de temps pour l’enregis- trement d’un médicament, la méca-

nique ne fonctionne pas au rythme sou- haité. La situation de notre produc- tion locale est connue de tous et il ne faut pas s’y attarder. Je dirai qu’il y a un impératif de rattraper le temps perdu, de saisir les opportunités qui s’offrent à nous, et qu’il faut le faire maintenant. Il faut s’appuyer sur des champions ( deux cents), sur des entreprises offen- sives dont les objectifs sont clairement définis. Cela doit s’insérer dans une po- litique courageuse favorable à l’entre- prise, en y mettant plus de souplesse, car, aujourd’hui, l’acte d’exporter est complexe, ce qui démotive les opéra- teurs locaux à s’intéresser à l’interna- tional.

Vous aviez été parmi les initiateurs de la campagne “Consommer national”, en 2002. Cette campagne n’a pas per- du de son actualité aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ? On peut reprendre ce slogan ou cette campagne que le FCE a mise au point au début des années deux mille. L’or- ganisation est disposée aujourd’hui encore à se mettre à contribution pour créer de la dynamique et mobiliser autour de la production locale. Consommer national, ce n’est pas l’af- faires des seules entreprises. Tout le monde doit s’y impliquer.

PROMOTION DE LA PRODUCTION NATIONALE

La feuille de route du ministère du Commerce

L e ministre du Commerce, Amara

Benyounès, avait annoncé, début février

Par : SAÏD SMATI

dernier, le lancement de la campagne Consommer algérienpour la promotion des produits fabriqués localement. À travers cette campagne promotionnelle, qui doit s’étendre sur l’ensemble de l’année 2015, le ministère du Commerce entend inciter les ménages algériens à faire confiance aux produits fabriqués dans leur pays. Presque deux mois après cette annonce, les contours de cette campagne promotionnelle, à laquelle les différentes Chambres de commerce ont été associées, ne sont toujours pas encore précis. Mais au-delà du timing de cette

campagne, suffira-t-il d’une campagne pour doper la production nationale ? La

question reste posée, d’autant que le ministre lui-même avait, dans une déclaration, précisé qu’“il est impossible de donner, en 2015, des réponses administratives à des problèmes d'ordre économique, et il est, par conséquent, important de trouver des solutions purement économiques et de mettre en place des mécanismes pour améliorer la production nationale”. Le ministre a tout à fait raison dans la mesure où avant de parler de consommer algérien, il faudrait promouvoir la production nationale. Et c’est justement là que la machine bloque. Afin de réguler les opérations de commerce extérieur, et en particulier à réduire la facture des importations, le ministère du

Commerce a décidé de réintroduire des licences d’importation et d’exportation. La

mise en place de ces licences se fera après l’élaboration de la liste des produits concernés par ce système de licences. Cette liste est en cours de discussions entre le gouvernement et les chefs d’entreprise. Le ministère du Commerce et le Forum des chefs d’entreprise (FCE) comptent également mettre en place un comité mixte dédié à la promotion de l’entreprise algérienne, de la production nationale. On évoque même la mise en place d’un label Algérie pour les produits nationaux, le FCE ayant proposé d’instituer l’appellation “produit d’origine algérienne contrôlé” et de l’imposer notamment pour les biens et services éligibles au crédit à la consommation.

S. S.

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“LE MADE IN BLADI” RESTE UN SLOGAN

 

PRODUCTION NATIONALE

Les défis de la qualité

Tout le monde s’accorde à penser que la production nationale souffre d’un manque de qualité et ne peut, pour le moment, constituer une alternative de substitution aux importations bien qu’il y ait eu des avancées significatives dans certains secteurs.

es différents responsables qui se sont succédé à la tête du secteur de l’in-

L

dustrie, ont tous, clamé haut et fort, leur volonté de relancer la croissan- ce économique hors hydrocarbures en redynamisant notamment le sec- teur industriel. Mais force

est de constater que cha- cun est allé avec son sché-

ma et que l’industrie na- tionale stagne à 5% du PIB et que nos importa- tions continuent à épouser leur courbe ascen- dante à 60 milliards de dollars/an et que nos re- cettes extérieures baissent de façon inquiétante suite à la chute vertigineuse des cours du pétro- le. Dans de telles conditions que faut-il faire ? “Dos au mur” ont titré certains éditorialistes de la pres- se écrite. Au-delà de la controverse entre une cer- taine opposition et le responsable actuel du sec- teur industriel, qui révèle en fait, des luttes au sein du sérail s’agissant de l’investissement des centres de décision politique et économique par les forces de l’argent, il reste que l’Algérie ne peut plus attendre et qu’il est impératif de nous diriger vers un nouveau paradigme économique. Nombre d’économistes, de spécialistes, d’organisations patronales et syndicales, ont eu à tirer la sonnette d’alarme. Mais, le pouvoir, dans son “autisme”, n’a pas mesuré l’ampleur de la tempête qui allait nous atteindre. Dans un élan d’improvisation lié à la de panique face à la crise, — c’est selon la conjoncture et la redistribution des portefeuilles de la rente, dont la “bourgeoisie bureaucratique”, connectée aux milieux d’affaires, espère racler les fonds de caisse — qu’il a donc été décidé de créer des groupes industriels censés booster l’économie nationale. Souhaitons que cette démarche relè- ve d’une réelle volonté politique. D’autant que tout

ve d’une réelle volonté politique. D’autant que tout Par : A. HAMMA D. R. le monde

Par : A. HAMMA

D. R.
D. R.

le monde sait, que les rares success-stories algé- riennes, notamment dans l’agroalimentaire, l’élec- tronique, les TIC et le textile… qui ont émergé à l’ombre de l’ouverture libérale, sont confron- tées à de nombreuses entraves, telles que l’accès aux crédits, au foncier industriel et autres tra- casseries bureaucratiques. Les grosses cylin- drées, à l’instar des groupes connus tels que Ce-

L’industrie algérienne a besoin d’être relancée au plus vite.

vital, Benamor, Rouïba , Condor, Cristal, Sim et bien d’autres, dont le label de leurs produits n’ont rien à envier à ceux importés, ont pu s’imposer dans un environnement hostile, dominé par la bureaucratie, la détérioration du climat des affaires et les lobbys de l’import . Bien qu’organisées, telles des hirondelles, elles peinent à faire le prin- temps de l’économie libérale ---si tant est que cel-

le-ci soit à la fois l’émergence d’une bourgeoisie nationale industrieuse en voie de structuration et ouverte sur l’extérieur pour relever les défis de la mondialisation ---. Or, dans un système éco- nomique, camisolé par les tenants de la rente, le libéralisme ne peut être que débridé, sauvage et, de surcroît favorisé par une déficience avérée du rôle régulateur de l’État. Au demeurant, lors d’une réunion des walis avec le Premier ministre ainsi qu’une douzaine de ministres, permet de tirer deux enseignements majeurs : pour Sellal “la bureaucratie tue l’investissement”; pour les res- ponsables de l’industrie et de la promotion de l’in- vestissement : “50% des projets agrées par l’Agen- ce nationale du développement de l’investissement depuis 2002 ont été abandonnés par leur concep- teurs”. Ils ont tous pointé du doigt “la bureaucratie et les lourdeurs administratives”. Dès 2013, le pré- sident du conseil d’administration du groupe Ce- vital, invité de la radio Web de Maghreb émer- gent, avait évoqué trois grands défis que l’Algé- rie doit relever, sachant que notre population at- teindra 50 millions d’habitants d’ici 2025. “Nous allons avoir moins de pétrole et moins de gaz à ex- porter. Si on ne remplace pas cette richesse par une autre richesse, fruit du travail des Algériens, nous risquons une nouvelle cessation de paiement, comme celle des années 1980”. Alors s’il y a une réelle volonté politique de limiter les importations, elle devrait s’appliquer à celles qui concurrencent la production nationale. Quant à ceux qui se pré- occupent de la réaction de l’OMC, ils doivent sa- voir que les propres fondateurs de cette organi- sation ne s’embarrassent pas de scrupules en pro- tégeant leur production nationale en contournant de diverses manières le “dogme” imposé par cet-

te institution.

A. H.

EN TOUTE LIBERTÉ MUSTAPHA MEKIDECHE mustaphamekideche@ymail.com Le “made in Algeria” dans tous ses états :
EN TOUTE LIBERTÉ
MUSTAPHA MEKIDECHE
mustaphamekideche@ymail.com
Le “made in Algeria” dans tous ses états :

du discours à l’épreuve des faits

C haque équipe gouverne- mentale qui accède aux af- faires pense avoir décou-

vert le concept “Produire algé- rien” et disposer d’un droit d’au- teur sur ce dernier. C’est exac- tement la même chose pour les exportations hors hydrocarbures dont les différentes équipes au pouvoir parlent depuis trois dé- cennies au moins, sans avoir obtenu les unes et les autres, la moindre avancée. L’inconvé- nient majeur de cette posture n’est pas tant dans son égotisme politique que dans la vision er- ronée que le développement in- dustriel peut être instantané et qu’il pourrait facilement s’af- franchir des conditions concrètes d’accumulation d’actifs tan- gibles et intangibles et de l’ex- périence passée. Il suffirait ain- si de vouloir substituer les pro-

duits algériens aux importa- tions pour que cela se fasse mé- caniquement. En vérité, il n’y a jamais eu de génération spon- tanée dans le développement in- dustriel ; il faut passer par un cheminement long et escarpé et s’y tenir dans la durée. En d’autres termes il faut donner du temps au temps en évitant d’ef- facer ce qui a été fait précé- demment et même en le capi- talisant pour se rapprocher de la

cible. Dans une chronique ré- cente j’écrivais, à propos des biens d’équipements pétroliers, que l’intégration industrielle s’inscrivait dans le temps long. Les effets d’annonce sont même contreproductifs car ils démo- bilisent les acteurs économiques et les institutions de planifica- tion/régulation qui peuvent penser que puisque cela a été dit c’est déjà fait. Prenons un contre- exemple que nous livre l’actua- lité. À la faveur de la tenue du Sa- lon international de l’automobile d’Alger, Mourad Eulmi, prési- dent de l’Association des conces- sionnaires automobiles algé- riens (AC2A), a estimé “judicieux d’exiger des concessionnaires d’investir dans la sous-traitance pour fabriquer, notamment, des pièces de rechange”, calculant même que cela pourrait faire un milliard de dollars d’économie au pays. Mais cela n’est pas une pro- blématique nouvelle. La vraie question qu’il fallait se poser est pourquoi cela n’a pas été fait jus- qu’à présent par notamment les concessionnaires qu’il re- présente. Les réponses peuvent être obtenues auprès de ceux qui ont déjà emprunté cette voie et qui ont identifié les obstacles à l’émergence de capacités natio- nales de production de pièces de

rechange dans les différents secteurs. Ainsi le retour d’ex- périence est disponible, depuis plusieurs années, auprès no- tamment de l’Union profes- sionnelle de l’industrie auto- mobile et mécanique (UPIAM) dont le président Brahim Ben- driss indiquait qu’en 2011,les sous-traitants algériens de la SNVI avaient réalisé un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros. Vous me direz ce n’est rien, com- paré au chiffre avancé d’un mar- ché de pièces de rechange de 1 milliard de dollars. Mais si on veut être pragmatique et effi- cace, il est préférable de partir du bas et remonter en élargissant son marché (down-up) comme l’enseigne la bonne gouvernance économique. Sauf que chez nous, on efface tout et on recom- mence comme si de rien n’était. Ce retour d’expérience sur ce qui ne marche pas (c’est important) peut être également obtenu au- près de la Commission nationale consultative de la PME, dont le président, Zaïm Bensaci, est impliqué professionnellement et institutionnellement dans cette problématique de la sous- traitance locale. S’il était consul- té, il analyserait probablement le réseau de contraintes qui a empêché, à ce jour, la pénétra-

S’agissant de la pro- duction

agroalimentaire, la proximité du Ramadhan est un moment propice pour lancer une campagne

“Consommer algé-

rien plutôt que de constituer des com- missions chargées de programmer des importations suscep- tibles d’être dispo- nibles localement.”

tion significative des entreprises algériennes dans ce marché des pièces de rechange de la Sona- trach estimé aussi à 1 milliard de dollars en 2010. À ce propos, quel bilan peut-on faire quatre ans après la tenue en mars 2010 du 1er Forum international de la Sonatrach sur la promotion de la fabrication de la pièce de re- change, en attendant la tenue du deuxième ? La tenue de ce deuxième Salon de la Sonatrach pourrait même être élargie à l’identification des entreprises al- gériennes de biens d’équipe- ments et des sociétés de réali-

sation nationales qui peuvent être associés à la réalisation du plan d’investissement (2014- 2019) de la Sonatrach évalué à 90 milliards de dollars et maintenu à ce jour. Pour tenter d’être com- plet, deux autres secteurs peu- vent participer à la substitu- tion des importations de services et biens importés : les services de contenu des TIC et l’agroali- mentaire. Pour les activités de développement de contenu, le marché algérien émerge forte- ment à la faveur en particulier du succès obtenu dans le lance- ment de la 3G. Les applications et logiciels liés à ce développe- ment sont à l’inverse en forts dé- ficits. Il convient à cet effet de promouvoir et accompagner par tous les moyens nos start-up avant que nous ne soyons en- vahis par la concurrence régio- nale et internationale. Toutes les institutions universitaires et de recherche ainsi que celles de promotion de l’emploi des jeunes et autres pépinières et technopoles devront se mobili- ser pour élargir l’offre algérien- ne en la matière. S’agissant de la production agroalimentaire, la proximité du Ramadhan est un moment propice pour lancer une campagne “Consommer al- gérien” plutôt que de consti-

tuer des commissions chargées de programmer des importa- tions susceptibles d’être dispo- nibles localement. Pour conclu- re, on voit bien qu’on est loin du compte en matière de substitu- tion des importations par les produits et services locaux. Alors pour y parvenir plus vite, on pourrait imaginer une dé- marche multisectorielle par la- quelle un des critères d’efficacité dans le fonctionnement d’un secteur ou d’une entreprise se- rait son taux de couverture de ses intrants par des biens et services locaux. Si la crise fi- nancière résultant de la baisse du prix du baril persiste, on pourrait aller plus loin en ins- taurant une clause budgétaire et fiscale de bonus ou de malus pour les administrations et les entreprises qui diminueraient ou à l’inverse augmenteraient leurs intrants importés au profit ou au détriment des produits et ser- vices locaux. Qu’on ne me dise pas que cela serait contraire à nos engagements internatio- naux ou multilatéraux car les si- tuations exceptionnelles déro- gatoires sont prévues dans tous les accords. Vous savez, à l’im- possible nul n’est tenu. Ici et ailleurs.

M. M.

LIBERTE

Mercredi 25 mars 2015

Supplément Économie

13

ENTREPRISE ET MARCHÉS

Parlonsmanagement! SEGHIR SMAIL seghirsmail@gmail.com
Parlonsmanagement!

Parlonsmanagement!

SEGHIR SMAIL

seghirsmail@gmail.com

Les trois défis majeurs des gestionnaires algériens

Tous les observateurs s’accordent sur la nécessité de revoir en profondeur notre politique économique. Une réforme rendue encore plus urgente par le retournement drastique des cours du pétrole. Mais une réforme encore plus indispensable devra être menée si nous voulons réussir la diversification de notre économie : la réforme du mode du management dans l’entreprise algérienne.

P ourquoi doit-on faire évoluer la façon de gé- rer nos entreprises ? Mais parce que leurs performances sont en- core trop faibles pour

assurer leur compétitivité. Des per- formances faibles, en particulier,

parce que les salariés algériens sont peu motivés dans leur travail. Et cela

est vrai aussi bien pour l’entreprise

publique que pour l’entreprise pri- vée. Une enquête internationale

menée en 2011 par le célèbre insti-

tut de sondage Gallup sur l’enga-

gement au travail révèle que 53% des salariés algériens sont des “désen- gagés actifs”. Ce qui veut dire que

plus de la moitié des salariés algé- riens sont hostiles à leur entreprise et pourraient même agir contre ses intérêts. L’Algérie figure ainsi par-

mi les pays avec le score de désen-

gagés actifs le plus élevé ! Comme la

motivation des salariés est l’élé- ment clé de la compétitivité, avec ce handicap nous partons déjà per- dants dans le combat économique. Pour réformer le management de l’entreprise algérienne, nous de- vons relever trois grands défis. Le premier consiste à passer du tradi- tionnel mode de management dit “Command and control” (c’est-à- dire, un management bureaucra- tique classique) vers un mode de management centré sur les hommes.

Il se trouve en effet que les managers algériens demeurent majoritaire- ment figés sur une conception dé- passée du management selon la- quelle les chefs ordonnent et les su- bordonnées exécutent. Une conception fortement ancrée dans les mentalités aussi bien au ni- veau du top management qu’aux ni- veaux hiérarchiques inférieurs. L’évolution vers un management plus orienté sur les hommes ne sera donc pas une tâche aisée. Il fau- dra la provoquer. Une des voies propices consiste à injecter des ma- nagers déjà ouverts au manage- ment moderne dans les instances de gouvernance des entreprises algé- riennes. À cet égard, les formules de partenariat avec des entreprises étrangères devraient être utilisées prioritairement pour réussir la transformation de notre mode de management. Le second défi est celui de la for- mation en management. Même si certains progrès ont été réalisés dans ce domaine, la formation en management reste encore peu dé- veloppée en Algérie. Or, on ne le dit pas assez, les succès économiques de la Chine ne sont pas dus au faible coût de sa main-d’œuvre mais à la capacité de ses managers à mettre au travail efficacement leurs salariés. Pour cela, la Chine a engagé un ef- fort colossal de formation de ma-

nagers de haut niveau dans des écoles de gestion – publiques et privées – qui sont aujourd’hui clas- sées parmi les meilleures au monde. Dans cette direction, il faudra aus- si faire évoluer les cursus de for- mation vers l’acquisition d’apti- tudes au leadership. Par exemple, les programmes MBA qui sont propo- sés chez nous demeurent limités à l’acquisition de techniques de ges- tion classiques. Un viatique qui ne

suffit pas à préparer les futurs cadres

à leur vraie mission dans l’entre- prise : manager des hommes.

L’impact culturel est le troisième défi

à relever. Les managers algériens

doivent être au fait des valeurs cul- turelles algériennes et s’appuyer sur elles pour susciter plus de mo- tivation chez leurs collaborateurs. En particulier, on a pu découvrir que les salariés algériens manifestent une orientation dite “expressive” vis-à- vis du travail. Ce qui veut dire que leur motivation était fortement sti-

 

BOURSE D’ALGER

 

Séance de cotation du 23/03/2015

TITRES COTÉS

 

COURS

VARIATION

TAUX DE VARIATION

ACTION

SAIDAL

560,00

0,00

0,00

TITRES NON COTÉS

 

DERNIER COURS DE CLÔTURE

ACTION

ALLIANCE ASSURANCES Spa EGH EL AURASSI NCA- ROUIBA

 

590,00

430,00

375,00

OBLIGATION

SPA DAHLI

10 000,00

PRINCIPAUX INDICATEURS BOURSIERS

Capitalisation boursière :

 

14 789 142 740,00 56 000,00

Valeur transigée :

Encours global des titres de créance :

2 360

140 000,00

Encours global des valeurs du Trésor :

398 888 000 000,00 1 187,45

Indice boursier théorique

 

mulée si le travail qu’on leur confie est bien adapté à leurs compétences et qu’on leur donne une large res- ponsabilité pour l’exécuter. Nous sommes là en plein dans la notion d’empowerment qui fonde le ma- nagement moderne. En fait, le management efficace des salariés algériens passe par le dé- ploiement d’un leadership de type transformationnel. Du reste, de fa- çon rétrospective, on peut se rendre compte que c’est grâce à des mana-

EN BREF

Mobilis en Bourse : toujours à l'ordre du jour

L'entrée de l'opérateur public de téléphonie

mobile Mobilis, filiale d'Algérie Télécom (AT), à la Bourse d'Alger est “toujours à l'ordre du jour”, a affirmé vendredi le P-DG d'AT, Azouaou Mehmel. Pour rappel, l'opérateur Mobilis avait annoncé en mars 2014, par la voix de son P-DG, Saâd Damma, son entrée à la Bourse d'Alger avant la fin de la même année. M. Damma avait, toutefois, expliqué que l'introduction de Mobilis à la bourse d'Alger devait passer par plusieurs étapes dont l'obtention de l'aval d'AT.

Formation continue : plus de 500 000 travailleurs formés

Plus de 500 000 travailleurs ont été formés

dans le cadre du dispositif de la formation continue grâce aux conventions conclues à la faveur du partenariat associant le secteur socio-économique et le ministère de la Formation et de l'Enseignement professionnels, selon le ministre en charge du secteur. 40 000 à 50 000 travailleurs suivent, chaque année, des formations dans diverses spécialités, dans le cadre de la formation continue sur la base de programmes à la carte.

Salon des équipements pour le commerce

La Chambre algérienne de commerce et

d'industrie (Caci) organisera le 22 avril 2015 la première édition du Salon international des équipements pour le commerce Tijara Equip Expo. Organisé en partenariat avec le World Trade Center Algeria et la Chambre de commerce et d'industrie algéro-suisse ainsi qu'avec la Société des foires et expositions (Safex), ce Salon qui s'étalera sur quatre jours, vise à promouvoir et à développer la distribution et le commerce en Algérie, ajoute la Caci.

 

COURS DU DINAR

 

gers algériens dotés de ces qualités que nous devons nos meilleurs suc- cès ; et cela, dans tous les domaines.

 

Achat

Vente

Us dollars 1 USD

96,9915

97,0065

Euro

1 EUR

103,5675

103,6029

Pour contribuer au débat sur ces questions, deux fois par mois la rubrique “Parlons management !” proposera des réflexions sur un as- pect particulier des transforma- tions indispensables à conduire pour ressourcer le management al- gérien.

COURS DES MATIÈRES PREMIÈRES

Brent

54,50

dollars/baril

Once d’or

1 183, 10 dollars

Blé

185,50

euros/tonne

Maïs

164,25

euros/tonne

Cacao

1 937 livres sterling/tonne

S. S.

Café

Robusta

1 775

dollars/tonne

LU DANS LE “JO”

MODALITÉS DE CERTIFICATION DE L’ORIGINE DE L’ÉNERGIE RENOUVELABLE

Le décret exécutif est publié au “Journal officiel”

L e décret exécutif n° 15-69 du 11 fé- vrier 2015 fixant les modalités de certification de l’origine de l’éner-

gie renouvelable et de l’usage de ces cer- tificats, a été publié au Journal officiel nu- méro 9, du 18 février 2015. En applica- tion des dispositions de l’article 14 de la loi n° 04-09 du 14 août 2004, le présent

décret a pour objet de définir les mo- dalités de certification de l’origine de l’énergie renouvelable et de l’usage de ces certificats. La certification d’origine est un mécanisme qui vise à attester que l’énergie a pour origine une source d’énergie renouvelable ou un système de cogénération. Il donne lieu à la déli- vrance d’un document garantissant cet- te origine. À l’effet d’attester de l’origi- ne renouvelable de l’électricité produi- te à partir d’une installation de pro- duction d’électricité utilisant les filières visées à l’article 4 du décret exécutif n° 13-218 du 18 juin 2013 fixant les condi- tions d’octroi des primes au titre des coûts de diversification de la production d’électricité, la commission de régulation de l’électricité et du gaz délivre au de- mandeur, un certificat de garantie d’ori- gine de l’énergie renouvelable. Ce cer- tificat atteste que l’installation, visée à l’alinéa premier du présent article, est

visée à l’alinéa premier du présent article, est considérée comme une installation pro- duisant de

considérée comme une installation pro- duisant de l’électricité d’origine renou- velable ou de cogénération. Il permet, après contrôle, de vérifier que les quan- tités injectées sur le réseau sont d’origines renouvelable ou issues d’un système de cogénération et de confirmer la confor- mité des caractéristiques techniques de l’installation. L’opérateur désirant bé- néficier des avantages accordés dans le cadre du régime spécial, doit introdui- re auprès de la commission de régulation de l’électricité et du gaz une demande d’octroi du certificat de garantie d’ori-

gine de l’énergie renouvelable. La de- mande comporte un formulaire, dûment renseigné et signé par le demandeur ac- compagné des documents. La commis- sion de régulation de l’électricité et du gaz procède à l’examen préliminaire de la demande d’octroi du certificat de garantie d’origine de l’énergie renou- velable dans un délai de dix (10) jours à compter de la date de dépôt de la de- mande. Au terme de l’examen prélimi- naire et dans le cas où le dossier n’est pas conforme, la commission de régula- tion de l’électricité et du gaz le retour- ne au demandeur pour sa mise en conformité. Si le dossier est jugé confor- me, la commission de régulation de l’électricité et du gaz délivre un accusé de réception et statue sur la demande dans un délai n’excédant pas un (1) mois. Figurent également dans ce numéro, le décret exécutif n° 15-68 du 11 février

2015 portant déclaration d’utilité pu-

blique l’opération relative à la réalisation des postes de transport d’électricité hautes et très hautes tensions ainsi que le décret exécutif n° 15-71 du 11 février

2015 fixant les conditions et modalités

d’élaboration et d’adoption des plans particuliers d’intervention pour les ins- tallations ou ouvrages.