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POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ?

Pierre Cahuc
De Boeck Supérieur | Reflets et perspectives de la vie économique
2001/1 - Tome XL
pages 13 à 24

ISSN 0034-2971

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Cahuc Pierre, « Pourquoi y a-t-il des différences de salaires ? »,
Reflets et perspectives de la vie économique, 2001/1 Tome XL, p. 13-24. DOI : 10.3917/rpve.401.0013

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L’analyse économique permet de dégager les conditions dans lesquelles les différences de salaires rétribuent uniquement une hétérogénéité de compétences et de pénibilité des tâches. Mais on peut aussi penser que les différences de salaires proviennent de rentes de situation ou de comportements discriminants de la part des employeurs.14/11/2013 10h44. © De Boeck Supérieur Pourquoi y a-t-il des différences de salaires ? Cette question suscite de nombreux débats aux enjeux multiples.201.Pourquoi y a-t-il des différences de salaires ? Document téléchargé depuis www. des consommateurs et des salariés. Elles rétribuent des capacités et des efforts différents.78. Ainsi. les comportements discriminants des employeurs. Il est membre de l’Institut Universitaire de France.50 .. Tel est l’objet de la « théorie des différences compensatrices » qui repose sur l’hypothèse d’un fonctionnement parfaitement concurrentiel des marchés. Paris. L’auteur remercie Benoît Mahy pour ses commentaires.info .50 . professeur associé à l’Ecole Polytechnique. puisque des emplois offrant des salaires élevés peuvent susciter les efforts nécessaires pour en être titulaire.. Toute imperfection subsistante lui est entièrement imputable. Reflets et Perspectives. XL.14/11/2013 10h44. Elles ont en outre des vertus incitatives. chercheur dans les laboratoires EUREQua-CNRS-Université Paris 1 et CREST-INSEE.. et persp./1/2001 13 7/04/05. les asymétries d’information constituent d’autres sources de différences de salaire. Cette théorie a subi de nombreuses critiques. 15:38 Document téléchargé depuis www. les coûts de transaction. l’importance relative des divers déterminants des différences de salaire. D’un côté.85. à l’heure actuelle.85. Les nombreux travaux empiriques consacrés au problème de l’hétérogénété des salaires éclairent encore très partiellement.cairn.cairn.info . © De Boeck Supérieur Pierre CAHUC* . De telles différences peuvent apparaître légitimes à plusieurs titres.. Les inégalités de salaire dont sont victimes les femmes ou certaines minorités éthniques sont souvent dénoncées comme participant d’une telle logique.201. on peut penser que les différences de salaire reflètent des différences liées aux compétences et à la pénibilité des tâches. la présence de syndicats.78. * Pierre CAHUC est professeur à l’Université Paris 1. qui permettent de repérer d’autres éléments influençant l’hétérogénéité des salaires. 2001/1-2 — 13 002/Ref.

15:38 Document téléchargé depuis www.PIERRE CAHUC 1 LA THÉORIE DES DIFFÉRENCES COMPENSATRICES… La théorie des différences compensatrices indique que le libre jeu de la concurrence sur les marchés doit conduire à des différences de salaire uniquement induites par des différences de pénibilité des tâches et de compétence. On peut douter que les travailleurs disposent de toutes les informations sur les caractéristiques des emplois.. Ce mécanisme incite les travailleurs bénéficiant de rémunérations élevées à accepter des diminutions de salaire pour ne pas être remplacés par des concurrents et pousse les employeurs offrant de faibles salaires à concéder des augmentations pour éviter que leurs salariés ne les quittent. tous les emplois ne sont pas identiques.info . Il s’agit de la situation d’équilibre correspondant à un seul salaire égalisant l’offre et la demande globale pour le type d’emploi concerné.78. indépendamment du travailleur embauché. Nous allons 14 002/Ref.. Les travailleurs savent que tous les emplois sont identiques et sont capables d’observer leur rémunération. Nous commencerons par expliquer comment les mécanismes concurrentiels opèrent./1/2001 14 7/04/05. dans ce cadre. en l’absence d’autres explications de la formation des salaires. Ces remarques suggèrent que le mécanisme concurrentiel pousse à l’égalisation des salaires d’emplois identiques sans pouvoir la réaliser totalement.201. des coûts de mobilité dans la mesure où tous les emplois et travailleurs ne sont pas localisés en un seul endroit. Certains requièrent plus de formation que d’autres. Certains sont plus pénibles que d’autres. On peut comprendre aisément ses prédictions de base en considérant une situation où tous les emplois sont strictement identiques.85. Les divers degrés de dangers. Les coûts de mobilité peuvent donc être à l’origine de différences de salaires.50 .1 La prédominance des mécanismes concurrentiels . d’avantages indirects associés aux divers emplois constituent aussi des sources d’hétérogénéité non négligeables.50 . Néanmoins. Or. avant de rappeler que la théorie hédonique des salaires rend compte des différences liées à la pénibilité des tâches tandis que la théorie du capital humain traduit celles liées aux compétences.14/11/2013 10h44. cette tendance joue le rôle clef. Dans ce cas. et persp.. les individus recevant des salaires faibles ont intérêt à concurrencer leurs homologues mieux payés en proposant aux employeurs qui payent des salaires élevés d’être embauchés pour un salaire légèrement plus faible. Il y a donc. le même contenu et sont localisés au même endroit.cairn.78. © De Boeck Supérieur 1. vraisemblablement.cairn. une tendance indéniable à l’égalisation des salaires.201. Il existe aussi. Supposons à présent que les salaires sont différents. La théorie des différences compensatrices applique simplement cette opinion au marché du travail.info . © De Boeck Supérieur La libre concurrence est souvent considérée comme un mécanisme très efficace d’allocation des ressources.85.. c’est-à-dire ont exactement la même productivité. Document téléchargé depuis www.14/11/2013 10h44. Le mécanisme qui vient d’être décrit repose sur les hypothèses de parfaite mobilité des travailleurs entre emplois (puisque tous les emplois sont supposés être situés au même endroit) et de parfaite circulation de l’information. dans les faits.

w).2 La théorie hédonique des salaires Document téléchargé depuis www.. © De Boeck Supérieur La théorie des différences compensatrices prédit que des travailleurs ayant la même productivité doivent percevoir des salaires différents s’ils exercent des tâches de différents niveaux de pénibilité. Selon ses préférences. 1. comme l’indique la figure 1. C’est la théorie hédonique des salaires. Figure 1 : Le modèle hédonique de formation des salaires w (T) (F) w* r* r De manière similaire. La courbe (F) dessinée sur la Figure 1 désigne ainsi l’ensemble des couples (r.201. chaque travailleur est prêt à accepter un emploi plus risqué s’il est compensé par une rémunération plus élevée. La diversité des préférences des travailleurs et des techniques de production des entreprises doit conduire à définir une famille de courbes d’indifférence et de courbes d’iso-profit. Il est donc possible de représenter l’arbitrage d’un individu donné par des courbes d’indifférence dans le plan (r.85.cairn. w) pour lesquels le travailleur obtient le même niveau de bien-être. les entreprises arbitrent entre les coûts nécessaires pour assurer la diminution des risques d’accidents et les concessions salariales qu’elles sont prêtes à faire pour inciter les travailleurs à accepter des emplois risqués sans réaliser de dépenses de sécurité. La courbe d’indifférence (T) représentée dans la figure 1 correspond à l’ensemble des couples (r.14/11/2013 10h44.info .50 .78. © De Boeck Supérieur On peut l’illustrer en considérant des emplois caractérisés par divers degrés de risque d’accident du travail./1/2001 15 7/04/05..cairn. qui rend compte de cette dimension de l’hétérogénéité des salaires. et persp. Cette courbe est croissante car un accroissement du risque d’accident doit être compensé par une augmentation de salaire pour assurer un bien-être identique au travailleur..14/11/2013 10h44.201.85. proposée par Rosen en 1974. . où r désigne le risque d’accident et w le salaire. w).. Ceci provient du fait qu’il n’y 15 002/Ref.50 . w) qui donne un niveau de profit constant.POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ? voir à présent comment elle permet d’expliquer les différences de salaire associées à la pénibilité des tâches.info . A l’équilibre.78. 15:38 Document téléchargé depuis www. On peut donc définir des courbes d’iso-profit dans le plan (r. chaque courbe d’indifférence doit être tangente à une courbe d’isoprofit.

est nul.50 .cairn. montre clairement que l’arbitrage entre pénibilité des emplois et rémunération doit conduire. En outre.3 La théorie du capital humain La théorie du capital humain. 15:38 Document téléchargé depuis www. qui peut s’appliquer à de nombreuses dimensions de l’hétérogénéité des emplois. La position des courbes d’iso-profit correspond donc au niveau de profit nul./1/2001 16 7/04/05. ce qui doit définir des familles de courbes d’indifférences et d’iso-profit dont les points de tangence sont représentés par la courbe (C). Cet exemple. y étant une fonction croissante du niveau de compétence du travailleur employé ou. Elle représente deux courbes d’isoprofit (F) et (F’) correspondant à des profits nuls pour deux technologies différentes et deux courbes d’indifférence (T) et (T’) correspondant à des préférences d’individus différents.info . et persp. à une relation croissante entre le salaire et la difficulté des tâches requises. la libre entrée sur les marchés implique que les entreprises doivent réaliser des profits nuls.78. Document téléchargé depuis www.info .85. qui devraient naturellement être proposés par des individus cherchant à améliorer leur bien-être ou leur profit. en d’autres termes.PIERRE CAHUC a pas la possibilité de proposer des contrats qui améliorent à la fois la situation d’un employeur et d’un travailleur. à l’équilibre du marché du travail.14/11/2013 10h44. ce qui implique que le profit des entreprises.cairn. Si de tels contrats existaient. à l’équilibre. On peut imaginer qu’il y a un grand nombre d’entreprises et d’individus.85. rend compte du fait que les différences de salaires sont liées aux différences de productivité et rétribuent des différences d’investissement en formation. © De Boeck Supérieur Tout ceci doit impliquer une relation croissante entre le salaire et le risque d’accident. Il y a libre entrée sur le marché de chaque type d’emploi.50 . initiée par Becker (1975).. On peut le comprendre en considérant une économie constituée d’un continuum de types d’emploi de productivité y(h). On a donc y(h) – w(h) = 0. La figure 2 illustre cette situation. © De Boeck Supérieur Figure 2 : La relation entre salaire et risque d’accident . 1. w(h) 16 002/Ref.14/11/2013 10h44.. il y aurait la possibilité de les remplacer par des contrats mutuellement avantageux.201. égal à la différence entre les recettes et les coûts.78..201.. de son capital humain h.

Le choix optimal implique donc l’égalisation du gain marginal de l’investissement en formation à son coût marginal1. Ainsi.. qui représente. et persp.78.201. en efforts…Supposons que les travailleurs vivent deux périodes et décident de leur montant d’investissement en capital humain dans leur première période de vie et travaillent en seconde période. Ce coût dépend des préférences de chacun. où r désigne le facteur d’actuali1+ r Document téléchargé depuis www. en supposant que le gain marginal de l’allongement des études décroît avec leur durée. le choix optimal consiste à accroître la durée des études jusqu’au point où le gain marginal d’une année supplémentaire égalise son coût.50 .50 .cairn. la solution de ce problème est w’(h*) = (1 + r) . c étant un paramètre positif.14/11/2013 10h44./1/2001 17 7/04/05.14/11/2013 10h44.cairn. du contexte familial. Tous les individus n’ont pas le même coût d’acquisition des compétences. est une courbe décroissante (du fait de la concavité de la fonction y(h) = w(h)). tandis ment.info . par exemple. propre à chaque individu. Le gain marginal de l’investissew'(h) .. des capacités personnelles. h . w(h) = y(h). que le coût marginal est une droite horizontale. L’investissement en éducation est rentable tant que son coût est inférieur à ce qu’il rapporte. On suppose que le gain marginal de la formation est une courbe décroissante tandis que le coût marginal est une droite horizontale.info . La solution est représentée sur la figure 3.85. c. d’ordonnée c en reportant en abscisse le niveau de capital humain.201.. Figure 3 : Le modèle d’accumulation de capital humain w’(h)/(1+r) Gain marginal de la formation c Coût marginal de la formation h* 1 h Formellement. la durée des études Dans la première période de vie. en moyens financiers. 15:38 Document téléchargé depuis www. 1+ r  w'(h)  .78. 1+ r  17 002/Ref. c’est-à-dire . On peut donc supposer que le coût d’acquisition d’un montanth est égal à c.. © De Boeck Supérieur coûts d’investissement. © De Boeck Supérieur sation. le problème d’un individu (ou de ses parents si ceux-ci sont altruistes) consiste à maximiser son gain actualisé net des w(h) – c .POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ? désignant le salaire obtenu par les individus possédant un capital humain de niveau h. Le capital humain peut s’accumuler grâce à un investissement. d’ordonnée c dans le plan  h. en temps.h.85. ou encore.

aient des attitudes par rapport au travail ou encore des capacités productives différentes. taille de l’entreprise.cairn. En effet. A ce titre. En d’autres termes.14/11/2013 10h44.info . et persp. La discrimination salariale est un phénomène souvent dénoncé. Il est possible que les individus appartenant aux divers groupes occupent des emplois différents..78.85. in fine..PIERRE CAHUC Document téléchargé depuis www. localisation. les femmes sont moins payées que les hommes.h*. La présence d’asymétries d’information. cette approche néglige sans doute des phénomènes liés à l’imperfection de la concurrence qui peuvent influencer la formation des salaires.201.info . l’objet des explications présentées dans la présente section. © De Boeck Supérieur Les résultats obtenus impliquent que les différences de salaires rétribuent des différences liées aux compétences./1/2001 18 7/04/05. expérience. En Belgique. secteur d’acti18 002/Ref. 15:38 Document téléchargé depuis www. L’observation de différences systématiques de salaire entre des groupes démographiques ne signifie cependant pas nécessairement qu’il y a discrimination. La concurrence parfaite y joue un rôle central. le niveau de capital humain h*. Cette approche permet donc d’expliquer une source de reproduction sociale : les enfants de parents très éduqués ont généralement un accès moins coûteux à la formation dans la mesure où ils bénéficient directement des compétences de leurs parents. La prise en compte des caractéristiques personnelles (niveau d’éducation.78.14/11/2013 10h44. Tel est. Ces enfants doivent donc plus investir en capital humain et obtenir. . de négociations collectives semble justifier l’examen de jeux d’hypothèses différents. En effet. On observe aussi des différentiels de salaires systématiques entre groupes ethniques. pour l’essentiel. les différences de salaire permettent d’inciter les individus à supporter ce coût.50 . comme l’acquisition de compétences suppose un coût.. Cette prédiction de la théorie du capital humain ne signifie en aucune manière que le fonctionnement du marché assure systématiquement l’égalité des chances. de coûts de transaction. 2.85.cairn. on peut constater qu’une diminution du coût c de l’investissement en capital humain entraîne un accroissement du capital h* et donc un salaire plus élevé. et ce phénomène est mondial.. 2 …ET SES DÉPASSEMENTS De nombreuses hypothèses de la concurrence parfaite semblent mal rendre compte du fonctionnement effectif des marchés du travail. La discrimination peut s’exprimer par des différences de salaire mais aussi par une ségrégation qui évince des individus de certains types d’emploi. des emplois dont les salaires sont plus élevés. permet d’obtenir un salaire w(h*) qui croît avec les dépenses consacrées à l’éducation. © De Boeck Supérieur La théorie des différences compensatrices et ses divers raffinements éclairent de nombreuses sources d’hétérogénéité des salaires.201.50 .1 La discrimination Il y a discrimination sur le marché du travail si des travailleurs dont les capacités sont identiques sont traités différemment du fait de leur appartenance à un groupe démographique. correspondant à des dépenses c.

Dans ces circonstances. si les informations disponibles sont suffisamment précises pour appréhender correctement les caractéristiques personnelles susceptibles d’influencer les salaires (Blau et Ferber.h. avancé par Becker (1971). Arrow part du constat que les employeurs disposent d’une information imparfaite sur les capacités des salariés qu’ils embauchent. contrôlant imparfaitement l’effort déployé par les salariés.85.POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ? Document téléchargé depuis www. 19 002/Ref. l’employeur n’accepte d’embaucher les travailleurs pour lesquels il présente une aversion que si ceux-ci le dédommagent pour le désagrément qu’ils lui infligent. si les employeurs pensent que certains groupes réalisent. f. des performances plus faibles. L’employeur présente une « désutilité » pour chaque salarié employé de type h. 1992. On peut le montrer en considérant un employeur utilisant deux catégories de travailleurs. des individus ayant les mêmes capacités et réalisant des performances identiques aux tests d’embauche.2 La théorie du salaire d’efficience La théorie du salaire d’efficience prédit que les employeurs peuvent avoir intérêt à accroître les salaires au-delà de leur niveau concurrentiel pour améliorer la productivité du travail. © De Boeck Supérieur Deux types d’explication permettent de comprendre la discrimination. où wi. doit mettre en œuvre un mécanisme incitatif. repose sur l’idée selon laquelle les employeurs. Par exemple. © De Boeck Supérieur vité…) des individus appartenant aux divers groupes démographiques conduit en général à expliquer une partie importante des écarts de salaire observés entre les groupes.. 1984). et persp.14/11/2013 10h44. dont les capacités productives sont strictement identiques.201. La maximisation du profit par rapport à lh et lf implique que wf = R’(L) et w h = R’(L) – d.info . Dans ces circonstances. Le plus populaire se fonde sur un mécanisme d’incitation à l’effort : l’employeur. les individus appartenant à ces groupes devront avoir un taux de réussite aux tests supérieur aux autres pour obtenir le même salaire (voir Cain. Altonji et Blank. en moyenne. 15:38 Document téléchargé depuis www..50 . 2. où L désigne l’emploi total.50 . Le salaire wh est donc plus faible que wf. . 1998). croissante et concave. obtiendront des salaires différents.. d’un montant2 égal à d.78. mais appartenant à des groupes démographiques différents.85. Le premier.78.. restent environ 10% qui peuvent relever d’un phénomène de discrimination.cairn. A contrario. La prise en compte des caractéristiques personnelles permet d’expliquer environ 25% de l’écart de salaire .cairn. Le second type d’explication repose sur la notion de discrimination statistique proposée par Arrow (1973. 1999).14/11/2013 10h44. aux États-Unis. Comme les travailleurs sont identiques d’un point de vue productif. les salariés en place ou les clients peuvent présenter une aversion pour les individus appartenant à certains groupes démographiques. Ce corpus théorique comporte quatre courants. Altonji et Blank. li désignent respectivement le salaire et l’emploi des travailleurs de type i. le salaire moyen des femmes est égal à 65% de celui des hommes. cette désutilité pouvant être valorisée monétairement à un montant d./1/2001 19 7/04/05.201. afin qu’ils fournissent l’effort requis (Shapiro et Stiglitz. 1999). Un deuxième 2 Plus formellement : l’utilité que l’employeur tire du profit de l’entreprise s’écrit : R(lh+lf ) – whlh – dlh – wf lf. les individus discriminés obtiennent des salaires plus faibles.info . et R est la fonction de recettes. 1986.

14/11/2013 10h44. 1980). les salariés obtiennent des rentes : ils sont dans une situation préférable à celle des chômeurs.cairn.78.14/11/2013 10h44. sur la représentativité des travailleurs.PIERRE CAHUC Document téléchargé depuis www.cairn. Un troisième courant repose sur l’existence de coût de rotation de la main-d’œuvre (coût d’embauche. Cet aspect enrichit considérablement l’approche de la concurrence parfaite.201. constituent autant d’éléments susceptibles de contribuer à la formation des salaires. 1982). 20 002/Ref.. en partie. De ce point de vue. Tout d’abord. et persp. les institutions du marché du travail.85./1/2001 20 7/04/05. la taille des entreprises ou le degré de centralisation des négociations collectives.50 . Le pouvoir de monopole des entreprises leur permet en effet d’obtenir des surprofits qui peuvent être accaparés. © De Boeck Supérieur courant retient l’idée qu’un chef d’entreprise. Ces considérations suggèrent que deux éléments importants influencent la formation des salaires. L’analyse économique prédit que les salaires sont d’autant plus élevés que le marché des produits est peu concurrentiel.201. on désigne par les termes «d’approche sociologique » tous les travaux postulant que les salariés considèrent que leur rémunération reflète.78. Elles dépendent aussi d’autres caractéristiques qui impliquent une formation des salaires profondément différente de celle décrite par le modèle de concurrence parfaite. pourrait pratiquer une politique de «hauts salaires » afin d’attirer dans son entreprise les meilleurs éléments de la population active (Weiss. © De Boeck Supérieur La théorie du salaire d’efficience indique que les différences de salaire ne proviennent pas uniquement des capacités individuelles ou de la difficulté des tâches. Toutes ces approches suggèrent que l’employeur doit proposer une rémunération supérieure au salaire pour lequel le travailleur est indifférent entre l’emploi et le chômage (en termes plus techniques: le salaire de réservation). par les salariés.. observant imparfaitement les caractéristiques des individus qu’il embauche. Enfin.85. La présence de syndicats. 2. Par conséquent. Les salariés employés dans des entreprises bénéficiant d’un important pouvoir de monopole devraient obtenir des salaires plus élevés. du fait même du comportement des employeurs. Ce ne sont plus seulement les caractéristiques des tâches et des individus qui déterminent la structure des salaires mais l’ensemble des éléments constitutifs des relations salariales et du fonctionnement du marché des produits. . qui influencent le pouvoir de négociation des travailleurs. d’institutions collectives représentant les travailleurs.50 .info .3 L’exercice du pouvoir de négociation Les profits obtenus par les entreprises suscitent des phénomènes de partage de rente. 1974). de formation…). la structure concurrentielle des marchés des produits. On trouvera des présentations critiques de ces versions de la théorie du salaire d’efficience dans les ouvrages de Akerlof et Yellen (1986) et Cahuc et Zylberberg (2001)... le caractère équitable de la relation salariale (Akerlof. Proposer un salaire relativement élevé permet alors de limiter la rotation volontaire des effectifs et d’accroître la productivité (Stiglitz. Ensuite. la législation sur le droit de grève. le fonctionnement des marchés sur lesquels les entreprises vendent leurs produits influence la formation des salaires. en partie.info . 15:38 Document téléchargé depuis www. Les théories des négociations s’inscrivent dans la même perspective.

3 Cette section s’inspire très largement de développements contenus dans Cahuc et Zylberberg (2001. la théorie des différences compensatrices n’est pas infirmée. S’ils sont significativement différents de 0.85. les études récentes ont mis en évidence l’importance des effets fixes individuels et tendent à privilégier l’effet d’entreprise sur l’effet de secteur. etsit le vecteur des variables muettes relatives aux secteurs. Cependant.cairn. L’article de Slichter (1950) l’avait déjà mis en évidence pour les ouvriers américains de l’industrie entre 1923 et 1946.. 15:38 Document téléchargé depuis www.78. effectuant des tâches identiques. 21 002/Ref.14/11/2013 10h44. Les coordonnées des vecteurs β et γ sont les paramètres à estimer./1/2001 21 7/04/05. Mine et Chimie) ont des salaires qui sont en moyenne 15% supérieurs au reste de l’économie. Or.. En particulier les coordonnées du vecteur γ indiquent l’influence de la composante sectorielle des salaires. ε it désigne un résidu indépendant et distribué identiquement pour tous les individus. Goux et Maurin montrent que ces différences de salaire persistent dans le temps.14/11/2013 10h44.201. Commerce alimentaire de détail.85.50 .50 .78. chapitre 3). mais travaillant dans des entreprises différentes.. On voit aussi que les secteurs qui payent le moins (Agriculture. © De Boeck Supérieur 3. Traditionnellement.cairn. Les secteurs qui payent le plus (Pétrole. xit le vecteur de ses caractéristiques personnelles et de celles de son emploi à la même date. bars et restaurants) offrent des salaires 15% plus faibles en moyenne que le reste de l’économie.info . Document téléchargé depuis www. on doit conclure qu’il y a soit des variables omises.POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ? 3 LES ENSEIGNEMENTS DES ÉTUDES EMPIRIQUES3 De manière générale. et persp. l’estimation de ce type d’équation donne des coefficients pour le vecteur γ significativement différents de zéro.1 La démarche traditionnelle .201. © De Boeck Supérieur Notons wit le salaire horaire d’un individu i à la date t.. Selon ces estimations. La mise en évidence des différences de salaire intersectorielles s’effectue généralement en estimant une équation de la forme : log wit = xitβ + sit γ + εit (1) Dans cette équation.info . Si ces coefficients sont nuls. l’écart-type des salaires dû aux secteurs est de l’ordre de 8 à 9%. La première colonne du Tableau 1 présente les résultats obtenus par Goux et Maurin (1999) pour la France en 1990-1995 avec une désagrégation en 39 secteurs. En outre. et Hôtels. soit que la théorie des différences compensatrices est infirmée. les théories du salaire d’efficience et des négociations collectives sont compatibles avec l’existence d’écarts de salaires persistants entre des individus ayant les mêmes caractéristiques. l’existence de différentiels de salaires persistants entre secteurs et entre entreprises est un fait stylisé abondamment documenté.

1989.85.006) – 0.014) Hôtels.78. 1990-1995 . 15:38 Document téléchargé depuis www. 3.2 L’importance des effets fixes individuels Les résultats présentés dans la première colonne du Tableau 1 sont similaires à ceux obtenus. un salarié de l’agriculture perçoit en moyenne un salaire de 10.018) 0. mais par : log wit = xitβ + sit γ + ui + εit (2) Où ui désigne les caractéristiques non observées de l’individui. l’ancienneté dans l’emploi. par exemple).056) Pétrole 0.A priori. ces secteurs doivent payer des salaires plus élevés. ces résultats suggèrent que les marchés du travail sont très imparfaitement concurrentiels.50 . Si l’on dispose de données sur plusieurs périodes.PIERRE CAHUC Secteur Document téléchargé depuis www. pour la France et les États-Unis. Source : Goux et Maurin (1999). il est possible que les différentiels de salaire proviennent d’une hétérogénéité non observée des travailleurs.020) 0. et persp.019) Commerce alimentaire de détail – 0. Leur interprétation est cependant délicate.007) 0.043 (0.008 (0.163 (0.016) Mine (charbon) 0...210 (0.175 (0.14/11/2013 10h44. le modèle expliquant les salaires n’est pas décrit par l’équation (1).info . Dans ce cas. © De Boeck Supérieur Modèle sans effet fixe individuel Modèle avec effet fixe individuel Agriculture –0.016 (0. Lecture : selon le modèle sans effet fixe individuel. 1990-1995. l’éducation. le lieu de résidence.201. la nationalité (française ou étrangère) et la profession.info .14/11/2013 10h44..201. les variables explicatives prises en compte sont : l’expérience sur le marché du travail.012) L’estimation des différences de salaire intersectorielles en France..108 (0.019) Chimie 0.cairn.101 (0. Les chif fres entre parenthèses sont les écart-types. En effet.058 (0. bars et restaurants – 0. Hormis le secteur.070) – 0.112 (0. © De Boeck Supérieur Tableau 1 : L’estimation des différences de salaire intersectorielles en France.058 (0./1/2001 22 7/04/05.78. Si les personnes ayant les plus fortes capacités productives (non observées) se concentrent dans les mêmes secteurs.049 (0. par de nombreuses études consacrées à ce sujet (voir Katz et Summers. De telles estimations réalisées sur des données nordaméricaines et françaises et couvrant un nombre suffisamment important de secteurs trouvent que les différences de salaires intersectorielles sont expliquées en 22 002/Ref.007) – 0.139 (0.009) 0.017 (0.50 .1 pour cent plus faible que la moyenne des salair es. il est possible d’éliminer ce termeen estimant l’équation (2) en différence.027) Électricité 0.85.cairn.

plus instables ou plus pénibles. les résultats tendant à prouver l’importance de la composante sectorielle souvent constatée.info . et non plus seulement aux secteurs.25. La théorie hédonique des salaires nous enseigne que le salaire reflète non seulement les capacités productives. en adoptant un niveau de désagrégation plus faible.. inférieure à 0. Mais. © De Boeck Supérieur très grande partie par les caractéristiques des travailleurs. 23 002/Ref. il ne faudrait pas en conclure hâtivement que les marchés du travail fonctionnent de manière parfaitement concurrentielle. Il apparaît que la contribution des secteurs à la formation des salaires est beaucoup plus faible et souvent non significativement différente de 0 au seuil de 5%.201.78.cairn.78. l’interprétation de ces résultats est délicate. En outre. Pour étudier ce problème. Dans ces conditions. les emplois plus risqués.201. Goux et Maurin évaluent entre 20 et 30% la moyenne des différences de salaires payés à un même travailleur employé dans deux entreprises différentes en France.. entre les coefficients estimés par les modèles avec et sans effet fixe individuel. issu de l’étude de Goux et Maurin. sont compensés. très limité.. Goux et Maurin obtiennent sur données françaises des résultats comparables à de telles études. ils montrent que ces différences sont corrélées positivement à la taille et à l’intensité capitalistique (c’est-à-dire le rapport capital-travail) des entreprises. mais en repérant l’appartenance aux entreprises. et persp. Il est en effet possible que l’imperfection de la concurrence se traduise par une hétérogénéité des salaires entre les entreprises d’un même secteur. Là encore. . La seconde colonne du Tableau 1./1/2001 23 7/04/05. Goux et Maurin soulignent qu’il existe une corrélation très faible. 1999. qui exhibent une contribution significative des secteurs à la formationdes salaires après avoir contrôlé pour les effets fixes individuels. ils évaluent que les variations de salaires subies par un individu en changeant de secteur n’excèdent pas 2 à 3%. Ils sont très différents de ceux obtenus par des études menées sur un nombre de secteurs plus petit (une vingtaine contre une quarantaine).info . Ces résultats incitent à penser que les effets individuels expliquent l’essentiel des différences intersectorielles de salaires. © De Boeck Supérieur 4 CONCLUSION : LA THÉORIE DES DIFFÉRENCES COMPENSATRICES EST-ELLE INFIRMÉE ? Bien que l’impact des secteurs sur la formation des salaires semble. il faut utiliser une démarche similaire à celle qui vient d’être décrite.. mais aussi le contenu des tâches que doit exécuter un employé sur son lieu de travail. alors qu’elle n’excède pas 2 à 3% pour un changement de secteur. expliquée par la théorie des différences compensatrices. en fin de compte.14/11/2013 10h44. par des salaires plus élevés. Enfin.14/11/2013 10h44. Comme ces caractéristiques des emplois sont généralement mal mesurées. Ainsi. en donne une illustration frappante. Goux et Maurin.50 . 15:38 Document téléchargé depuis www.85. proviennent vraisemblablement d’un biais d’agrégation.POURQUOI Y A-T-IL DES DIFFÉRENCES DE SALAIRES ? Document téléchargé depuis www. En outre. Il est possible que les différences de salaires entre entreprises soient le fruit de différences non observées. 1999). liées aux conditions de travail. Les corrélations avec la productivité et la profitabilité sont beaucoup moins significatives. en situation de concurrence parfaite.. dû à un nombre insuffisant de secteurs.85.50 .cairn. Les études adoptant cette démarche montrent sans ambiguïté que l’impact de l’entreprise est plus important que celui du secteur (Abowd et al. Par exemple. il e r ste possible que l’hétérogénéité non observée des emplois explique les différences de salaires entre les entreprises selon une logique parfaitement concurrentielle.

L.50 .cairn. « Notes on the structure of wages ». M. (1971). 34-55. pp. chap 48.. « Persistence of interindustry wage differentials : A reexamination using matched worker. KRAMARZ. CAHUC. 74. . (1989). J. ARROW. dans Ashenfelter. Handbook of Labor Economics. leur pouvoir explicatif respectif reste en effet une question largement ouverte. BECKER. (1975). New-York.firm panel data ». CAHUC. Prentice-Hall.78. (1973). Chicago. A. G. 526-538.201. Amsterdam. BLAU.85. BECKER. Économie du travail. pp. « A model of the natural rate of unemployment». Review of Economics and Statistics. Econometrica. Journal of Political Economy. pp. D. 24 002/Ref. De Boeck Université. A. et MARGOLIS. pp. 15:38 Document téléchargé depuis www. 12.PIERRE CAHUC Notre savoir sur la formation des salaires est donc. American Economic Review. R. et MAURIN. Princeton University Press. O. (2001). (eds). et FERBER. 32. Journal of Political Economy. KATZ. 91-100. (1974). 251-335. et ZYLBERBERG. A. The Economics of Women. S. Brookings Papers on Economic Activity: Microeconomics. BIBLIOGRAPHIE ABOWD. P. 88. J. à paraître. (1998). J. vol 3c. pp./1/2001 24 7/04/05.. D. (1992). 17. NBER. encore très parcellaire. 3143-3259. pp. (1999).C. (1950). pp.. Englewood Cliffs. « Hedonic Prices and Implicit Markets». S. ROSEN. et SUMMERS. Le marché du travail. STIGLITZ. « High wages workers and high wages firms ». 82. 67. et BLANK.info .14/11/2013 10h44.D. « What has economics to say about racial discrimination? ». (1979).info . North Holland : Elsevier Science Publisher. 69.50 . 194-227. « Race and gender in the labor market». G. WEISS. S’il existe de nombreuses justifications théoriques des différences de salaires. « Wage determination and unemployment in L. Discrimination in labor markets. SHAPIRO. L. Journal of Labor Economics. pp.s: the labor turnover model ». 209-275. American Economic Review.201.14/11/2013 10h44. J. 433-444. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. 88. GOUX. SLICHTER. et persp. C. 3-33. (1984). et Rees. De Boeck Université. (eds). D. pp. O. K.J. The Economics of Discrimination. « The theory of discrimination». (1974). « Industry rents : evidence and implication». et STIGLITZ. © De Boeck Supérieur ARROW. (1999). Quarterly Journal of Economics.85. Men and Work. E. A. Human capital. 117-125. dans Ashenfelter. F. K. aujourd’hui. pp. (1999). « Job queues and layoffs in labor markets with flexible wages». N. (1980). ALTONJI.. 492-533. pp. Journal of Economic Perspectives.78. 80-91. « Equilibrium unemployment as a worker discipline device ». University of Chicago Press. SALOP. et ZYLBERBERG.cairn. P. G. (1996). F. et Card.