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Alain GARCIA , commune de Saccourvielle

Son parcours socio - professionnel avant son instal-


lation là conduit à travailler sur une plate-forme
pétrolière. Son " retour à la terre " est pour lui un
choix de vie délibéré et fort avec ses contraintes
techniques quʼil accepte totalement dans cette zone
de montagne " Je suis ici pour jouer de la guitare
classique mais pas de la guitare électrique. "
Chef dʼexploitation dʼun élevage de 30 chèvres, il
transforme la totalité de sa production en fromages
vendus sur les marchés locaux.
Afin de gérer ses pâturages, il sʼest impliqué dans
une AFP (Association Foncière Pastorale), unique
regroupement de propriétaires sur le canton de
Luchon. La mesure MAE lui a permis de contractu-
aliser sur lʼensemble de ses 15 ha en faire valoir
direct (soit 6000 francs au total, 400 francs/ha/an). Il
en a profité par émonder les frênes sur ses terres en
propriétés par un élagueur spécialiste (70f/ arbre).

Commentaires :

" Cʼest vrai que 70 francs pour tailler un arbre est


correct mais il faut 70 francs de plus pour le ramas-
sage. Pour élaguer 10 arbres, il faut 1 heure mais
pour le ramassage et le stockage, il faut multiplier le
temps par 4 ou 5 fois ".
" Je ne veux plus de ce contrat si je ne peux pas
faire tout ce que je veux sur mes terres. Le conseiller
mʼa refusé le montant des primes car jʼavais décidé
de changer lʼemplacement de mon jardin de 5 ares
depuis le devant de ma maison à lʼarrière en zone
contracté" .
"André TINET , commune de Benqué

À toujours vécu au pays et loge en cohabitation


avec sa femme et son enfant dans le foyer parental.
Il est le seul agriculteur au village (Benqué). Il nʼa
pas souhaité contractualiser compte tenu du prob-
lème de la non maîtrise du foncier. Il évoque aussi
le problème de la rémunération qui est largement
insuffisante et représente trop de risques sur le ter-
rain. Conscient de lʼenfrichement et du changement
qui sʼest déroulé sur une génération, il ne pouvait
adhérer à la MAE compte tenu aussi de la forte seg-
mentation de ses parcelles (3000 à 4000 m2). Des
problèmes techniques se posaient car il ne possède
pas de moto faucheuse.

Commentaires :

" Lorsque jʼétais jeune, nous étions 30 agriculteurs à


sʼoccuper de Benqué, lʼémondage des arbres se fai-
sait tous les 5 ans… " .
Chistiane BRUNET, commune de St Paul dʼOueil

À repris lʼexploitation de ses parents à lʼâge de 30


ans, après une profession de secrétaire. Elle était
particulièrement préoccupée par le devenir de lʼex-
ploitation familiale qui dés son plus jeune âge ne lʼa
prédestinée pas à devenir agricultrice.
Sa motivation ne passe pas par les arguments
économiques, elle se plait à dire quʼelle fait ce métier
par plaisir.
Ses perspectives reposent aussi sur sa fille qui
souhaite faire une ferme équestre et qui sʼest
dʼailleurs installée après une formation équine. Son
mari travaille à temps partiel sur lʼexploitation.
Vivant en cohabitation dans la maison familiale, elle
sʼest aussi diversifié en dépôt vente de tabac et elle
exerce le métier de monitrice dans les stations de ski
durant la période hivernale.
Elle trouve que la mesure MAE a un impact minime
sur son territoire rural et ne comprend pas pourquoi
la mesure ne sʼadresse pas à la zone intermédiaire
dʼoù est parti lʼenfrichement, il y a 20 ans.

Commentaires :

" Jʼai été appelé à rembourser 5000 francs que


jʼavais touchés en 5 ans pour lʼensemble des 2
hectares en contractualisation à cause dʼune petite
parcelle où je nʼavais pas fait dʼentretien "
" Jʼavais voulu être trop honnête en le signalant et
voilà ce qui arrive "
" Du 1er septembre au 15 avril, les brebis entretien-
nent les parcelles les plus pentues avant de se
diriger vers les estives, ensuite du 1 au 15 juillet, les
chevaux. Le chardon, le genévrier, lʼéglantier ne sont
pas touchés par les animaux, nous sommes obligés
de nettoyer à la moto faucheuse ".
Christine LAMORRA, commune de Sode

À la fois agricultrice de 22 hectares en propriété et


maire dans son village (Sode) qui surplombe la ville
de Luchon, elle déplore lʼincohérence de cette
mesure qui nʼa pas grand impact paysager depuis
le fond de la vallée. De plus cette mesure nʼest pas
accompagnée de structure touristique (accueil,
hébergement, restauration). Les touristes ne font
que passer sans sʼarrêter.
Sa fille souhaitant aussi sʼinstaller, est bloquée
par les interdictions dʼextension des structures
dʼexploitation (bâtiment dʼélevage). La montagne
est une constante perte de vitesse, les dynamiques
sot difficiles à mettre en place.

Commentaires :

" Je déplore les terrains qui ne sont pas touchés


par lʼart 19 quʼest ce quʼon fait des terrains intermé-
diaires qui appartiennent la plupart du temps à des
retraités, les terrains de la commune et les baux
verbaux. Il faut que lʼarticle prenne en compte ces
différents cas. Ce nʼest pas une réflexion dʼensem-
ble, cʼest ce qui manque "
" Le CTE, cʼest la suite des mesures agri-environ-
nementales, cela permet de continuer lʼentretien
des exploitations. Ces nouveaux contrats sont
encore flous, quʼest quʼil faut mettre dedans, bonne
question ? "
" Lorsque nous posons ces questions aux con-
seillers agricoles, ils ne savent pas quoi répondre à
propos de ces contrats, qui doit savoir… ? "
" Le tracteur enjambeur de montagne coûte 150
000 francs, lʼaide nʼest que de 20 %. Il est impossi-
ble de lʼamortir sur 5 ans alors que la moto
faucheuse coûte 45 000 francs et elle sʼamortit sur
la même durée. Oui, on veut un beau paysage,
mais derrière il nʼy a pas de moyen matériel ".
UNE MESURE EUROPEENNE
UNE MAE

Résumé de la position du paysage dans lʼarticle 19

Avant de créer les CTE, la communauté européenne, à travers sa politique agricole d'agri-envi-
ronnementale et son règlement CEE 2078/92, tente d'intégrer une démarche participative d'entre-
tien du paysage par les agriculteurs en les faisant contractualiser sur 5 ans.
Afin d'accéder à ces subventions, les agriculteurs doivent monter des dossiers.

Les mutations agricoles de ces quarante dernières années - rationalisation et intensification des
cultures dans les régions facilement mécanisables, ou, à I'inverse ; abandon des terres cultivées
et des pâturages dans des régions plus difficiles - ont eu des conséquences négatives en matière
d'environnement et de paysage.

La politique menée en France depuis 1989 sʼapplique à des sites remarquables d'intérêt national.
Elle a deux objectifs : préserver les biotopes rares et prévenir de la déprise agricole des territoires
sensibles.

Le Comité Technique National "Agriculture Environnement" examine les dossiers de candidature et


choisi les secteurs expérimentaux en fonction de l'intérêt du site et de la mobilisation des acteurs
locaux.

Le montant des primes, calculé en fonction du cahier des charges, varie de 100 à 1 100 F par
hectare et par an.

Lieu de vie et d'activités, issu des interventions humaines sur un milieu naturel, le paysage est en
constante évolution. Si cette évolution dépend surtout des politiques agricoles, elle relève aussi
d'un projet de société global et des demandes actuelles de qualité : qualité des produits, qualité de
l'environnement et qualité des paysages.

Les études paysagères, en complément des approches agricoles et environnementales, con-


tribuent à la mise en œuvre de cet objectif.
L'étude paysagère dans l'article 19 conjugue

-Une approche scientifique des milieux : préserver ou créer des paysages


ruraux de qualité nécessite : la compréhension du fonctionnement écologique des lieux, notam-
ment des principales structures paysagères, et l'analyse de leurs potentialités d'évolution.

- une approche sensible : définir un projet social et culturel sur l'espace suppose d'établir en préal-
able un langage commun aux différents acteurs et usagers en confrontant les différentes percep-
tions des paysages.

- une identification des lieux d'intervention prioritaire : l'approche visuelle permet d'évaluer l'impact
des mesures proposées sur les paysages et d'agir sur des lieux stratégiques.

- une définition des modalités d'actions et une précision du contenu des contrats de gestion, par
exemple en proposant des restructurations paysagères à des fins agri-environnementales.

L'intégration d'une démarche paysagère dans les opérations article 19 peut ouvrir des perspectives
partenariales à plus long terme autour du rôle majeur des agriculteurs dans la création et la ges-
tion des paysages.
MISE EN PLACE LOCALE
DOCUMENT SUR LA MISE EN ŒUVRE DʼUN PROGRAMME AGRI-ENVIRONNEMENTAL
DANS LES CINQ CANTONS PYRENEENS DE LA HAUTE-GARONNE

-Ce document, établi par le CAUE et lʼanimation pastorale (conseil général), avec le concours
dʼélus locaux, dʼagriculteurs et de techniciens de la chambre dʼagriculture, donne, de façon
définitive, les clauses qui sont requises auprès des contractants pour participer à cette MAE.

-Après une rapide analyse de lʼévolution de lʼagriculture et du paysage (déprise agricole,


enfrichement de lʼétage des granges foraines, disparition de la vie dans les villages…), le docu-
ment donne les motivations dʼune telle mesure (volonté de conserver une activité agricole, un
patrimoine architectural et paysager, une flore diverse liée à lʼactivité pastorale, des espaces
ouverts autour des villages pour attirer le tourisme…) puis, les orientations.

-Les subventions, provenant du conseil général, de lʼétat et de lʼEurope, ont pour but de sensi-
biliser la profession agricole à lʼexercice de ses fonctions économiques et dʼaménagement. On
estime à 1 520 000 fr / an le montant des subventions.

-Spatialement, la mesure ne sʼintéresse quʼaux abords directs des villages (250 m) et aux
estives. Pour les trois cantons de piedmont, on sʼintéresse à des parcelles en zone intermédiaire
à condition quʼelles présentent un intérêt paysager ou biologique majeur).

-Les contractants doivent prouver quʼils ont la maîtrise foncière des parcelles concernées pour un
minimum de cinq ans (propriété, bail rural, convention pluriannuelle, attestation du propriétaire,
association foncière pastorale).

-Les subventions sont versées :


-à la signature du contrat pour la première année,
-après un contrôle par une administration compétente pour chaque année suivante.

-Le contrôle des contrats est fait par :


-le maire,
-un représentant DDAF,
-un délégué de la chambre dʼagriculture,
-un représentant du CAUE.
Lʼensemble est coordonné par lʼanimation pastorale et lʼADASEA.

-Le suivi est réalisé par la chambre dʼagriculture, lʼanimation pastorale, le CAUE et lʼAREMIP.

-LʼADASEA coordonne aussi une OGAF dʼaccompagnement (mise à disposition du foncier, adap-
tation économique de lʼexploitation, acquisition de matériel, entretien du bâti, réfection petite
hydraulique, remise en état des prairies embroussaillées).
PREMIERE LECTURE

Le document définissant la MAE suscite plusieurs interrogations et réactions :

-Lʼanalyse des cantons concernés explique peu la différence fondamentale entre les can-
tons de montagne et ceux de piedmont.

-Sur quoi se base le discours selon lequel les touristes nʼapprécient quʼun paysage ouvert
et entretenu ?

-La mesure considère que les parcelles, faciles dʼaccès, à la périphérie des villages, ne
posent pas de problème, nʼont pas à être lʼobjet dʼune subvention, alors que ce sont les pre-
mières touchées par une urbanisation ne prenant pas en compte la structure du village.

-À propos des zones intermédiaires et de parcours, le terme d ʼ " accord verbal " apparaît
avec une forte valeur péjorative : " on ne retiendra que les sites présentant un intérêt biologique
ou paysager particulier ". La maîtrise du foncier est obligatoire sur cinq ans minimum. Or, on ne
sait souvent plus où sont ou qui sont les propriétaires de nombreuses parcelles ; les propriétaires
qui ont passé un accord verbal refusent de signer une attestation (peur dʼêtre dépossédé). Cela
augmente la difficulté de réunir des îlots de 0,5 ou 2 hectares, le foncier étant souvent morcelé
en parcelles de lʼordre de 0,,,2 ha.

-On nʼexplique à aucun moment le parti pris de délaisser la zone intermédiaire dans les
cantons de montagne. Cela donne lʼimpression que lʼon veut renvoyer les troupeaux des zones
intermediaires, vers les estives. On parle de protection de la propriete privée et de la forêt, alors
quʼon en regrette lʼenfrichement quelques paragraphes plus tôt.

-La mesure croît pouvoir empêcher lʼenfrichement des estives en y maintenant du bétail.
Or, certaines structures végétales " églantier, aubépine, genévrier " résistent aux vaches, aux
moutons et aux chèvres. Ces structures etaient éliminées par un écobuage contrôlé grâce à une
importante main-dʼœuvre. Aujourdʼhui, les arrêtés prefectoraux découragent fortement cette pra-
tique.

-La mesure B, portant sur lʼentretien des haies et lisières, voudrait, par erreur dʼanalyse, imposer
une pratique inexistante dans les vallées de montagne : le garnissage intercalaire des haies. On
ne trouve dans ces vallées que des alignements de frênes qui ont dʼautres fonctions quʼune haie
brise-vent. On exclut de la mesure les bassins alluviaux (fonds de vallée de la Pique et de la
Garonne), alors que ce sont les sites où cette mesure B serait légitimement appliquée.

-Les mesures A et B peuvent être cumulées sur une même parcelle avec une aide maxi-
mum de 1500 francs / hectare / an. De ce fait, on ne peut cumuler A3 et B4 sur plus de 0,,75 ha.
Les cantons de montagne sont désavantagés.

Ainsi, on sent dès cette première lecture que la mesure, pratiquement uniforme sur les cinq can-
tons, basée sur une analyse parfois inconsciente de certains phénomènes indirectement liés à
lʼagriculture, risque dʼêtre trop rigide et inapplicable sur certains sites aux conditions spécifiques.
ACTEURS
AGRICULTEURS
LES INSTITUTIONS
Pierre Guichère, chambre dʼagriculture

Technicien à la chambre dʼagriculture de Toulouse, il fut lʼun des membres du comité de pilotage
relatif à la mise en place de la MAE. Remarquant le retard en matière dʼaménagement, la cham-
bre dʼagriculture a su profiter de cette mesure pour réunir les agriculteurs, les responsables pro-
fessionnels, les élus, les conseillers généraux.

Une démarche plus collective quʼindividuelle

Dans cette concertation, lʼobjectif était dʼinsister principalement au niveau dʼune démarche collec-
tive (groupements pastoraux) car cela semblait important par rapport à lʼimpact paysager des
estives. Par contre, la démarche fut plus longue au niveau de chaque agriculteur. Lʼanimation pas-
torale par lʼintermédiaire des conseillers agricoles et les maires de chaque commune permis que
plus tardivement de remplir les 2 /3 des objectifs de lʼenveloppe budgétaire attribuée.
Une grande partie des agriculteurs restaient rétractants à la mesure et les autres restaient de purs
et simples candidats sans statégie spatiale particulière.
Bien que la définition de lʼemplacement des parcelles avait été esquissée par le CAUE, le vérita-
ble choix se faisait en fonction de la candidature au coup par coup des agriculteurs.

Catherine Rieux, LʼADASEA

Par rapport aux compétences de lʼADASEA, le fait de travailler sur la MAE était assez nouveau.
Les travaux avaient déjà commencé à lʼoccasion des OGAF (travaux dʼamélioration fonciére).
Son travail était de se positionner en tant qu aide technique et dʼorienter les agriculteurs en les ren-
seignant sur les interdictions et les devoirs (abord des 250 m, superficie minimum, terrain non
mécanisable).
" Nous étions dʼénormes guidons, le travail dʼanimation était considérable et la cartographie fut très
difficile à mettre en place "
BILAN ET PROPOSITIONS
Evaluation SOLAGRO

En 1997, la chambre dʼagriculture demande à SOLAGRO, agence privée, de faire une évaluation
de la MAE. Les critiques restent très timides, elles sont parfois inexistantes. Néanmoins, nous
exposons ci-dessous les points qui nous paraissent importants :

-Si la surface contractualisée pour les estives est importante (17 000 ha), le montant de ces con-
trats reste limité, puisque lʼaide nʼest que de 20 francs/ha.

-Lʼopération a touché la plupart des éleveurs menant des animaux en estives (22 groupements
pastoraux). Concernant les contrats individuels (150 agriculteurs), la mobilisation a été très dis-
parate selon les communes. La contractualisation est rendue difficile de par les faibles surfaces qui
sont concernées (beaucoup de contrats concernent des surfaces inférieures à 3 hectares.

-La durabilité des effets environnementaux tient ici presque exclusivement à la durabilité de lʼagri-
culture.

-La mobilisation du foncier a été faible : aucune nouvelle AFP (association foncière pastorale) nʼa
pu être créé et seulement 10 dossiers de location de terre ont été mis en place pour à peine 50
hectares.

-Cette opération va contribuer à apporter une reconnaissance sociale des agriculteurs de mon-
tagne dans leur rôle dʼentretien de lʼespace ;, mais elle nʼa pas permis de régler tous les problèmes
fonciers et montre la difficulté de mobiliser tous les agriculteurs dans un objectif commun.

-On notera lʼengagement financier du conseil général, seul cas relevé en Midi-Pyrénées.

-Cette opération ne visait pas directement le développement de nouvelles activités. On notera


cependant que dans le cadre de lʼentretien des arbres dʼémondes, 5 agriculteurs se sont spécial-
isés et ont développé ce travail.

-Le transfert de la mesure concernant les arbres dʼémondes ne vient quʼau moment de la concep-
tion. Le FGER nʼexistait pas encore et il sʼest avéré par la suite plus approprié.

-Le suivi écologique de lʼAREMIP (agence pour la recherche et lʼenvironnement en Midi-Pyrénées)


est assez mal noté.

-On notera lʼabsence de formation auprès des agriculteurs.

-Il reste à faire le lien avec les actions visant le tourisme rural et celles concernant la protection de
la grande faune.

-Il faudra attendre les résultats du suivi paysager pour valider les moyens mis en œuvre pour agir
sur le paysage (les résultats de ce suivi nʼont jamais vu le jour ! !).

-Dans le cadre de lʼOGAF, les aides pour lʼachat de matériel dʼentretien des haies et prairies étaient
plafonnées à 10 000 francs / agriculteur (un tracteur de montagne coûte 150 000 francs, une moto
faucheuse coûte 45 000 francs).
Réactions

Le paysage /prétexte du support des pouvoirs institutionnels sur les agriculteurs

Légitimée par lʼabsence de véritable projet dʼinitiative collective sur le territoire, la mesure MAE per-
met, par la négociation entre les institutions intéressées et les agriculteurs, de les faire participer à
un projet dit de " paysage ".

Paysage : sous produit de lʼagriculture ou production volontaire et consciente (Thiebaut 1993).

Les agriculteurs, au niveau de chaque exploitation, sʼengagent individuellement ou collectivement


dans le cas des groupements pastoraux, à contractualiser sur une durée de 5 ans. Cette contrac-
tualisation les oblige à respecter en totalité le cahier des charges mis en place de façon très
homogène sur la zone dʼéligibilité.
Ce qui rend les agriculteurs " victime ", dʼun système auquel ils peuvent adhérer ou non. Ces vic-
times, du point de vue de lʼabsence de véritable choix conscient sur le territoire, les placent très
vite face aux seuls critères financiers souvent plus incitateurs que les critères écologiques et dit "
paysagers ".
De plus ces derniers critères dépendent plus dʼune mesure stricte quʼil sʼagit de respecter que de
quelques directives pour le but de tendre vers un résultat donné.

Définition et référence dʼun paysage

Définition :

Lʼimage dʼun " paysage voulu " à lʼorigine dʼune volonté définie par une institution ou par la négo-
ciation nʼest pas présente. Les rapports photographiques dʼévaluation de la chambre dʼagriculture
se limitent à lʼunité parcellaire et non au cadre paysager.
Le suivi de ces parcelles systématise des données très spécifiques (inventaire floristique, analyse
de la conduite dʼélevage…
etc) mais ne recherche pas à souder ces différentes données. Il existe ainsi une sorte de confu-
sion dans la définition de ce que peut être le paysage. Ces difficultés sʼexpliquent par le caractère
assez subjectif de la notion de paysage et de la manière dont on peut lʼinterpréter pour que celui-
ci devienne une base commune afin dʼêtre communiqué.
Ainsi, faute de projet global, capable de modifier le paysage, ces procédures ne disent pas com-
ment un espace agricole peut devenir un espace habité, dans un nouvel équilibre entre lʼhomme
et lʼanimal et comment on peut adapter certaines pratiques aux exigences contemporaines.

Et quelles seraient les tendances ou activités à la source dʼune nouvelle cohérence de paysage ?
En dépit de cela, seuls les arguments trop défaitistes de déprise agricole, de la fermeture des
paysages liée à lʼenfrichement, de la population agricole en baisse constante, restent les seuls
arguments du processus dʼinformation de la MAE sur le terrain.
Référence :

La tendance est de toujours se référer à un paysage archéologique se définissant par une


grande lisibilité de ses structures (bâti, zone proche, culture, zone intermédiaire, estive) et non à
un paysage qui serait le reflet des nouvelles activités et des nouveaux choix techniques.
La référence de ce paysage ouvert du début du siècle, véhiculé par la carte postale est un leit-
motiv systématiquement présent dans les documents de mise en place de la MAE.
Cela nous situe dʼun extrême à lʼautre, entre une époque qui était marquée par la sous-alimenta-
tion animale, une main dʼœuvre élevée ; et une époque actuelle dʼenfrichement liée au renverse-
ment total de la situation.

Alors pourquoi vouloir un paysage ouvert ? Quel est son sens actuel ?
Nʼy a-t-il pas une reconnaissance humaine à donner dʼabord à lʼagriculteur et à ses compé-
tences. Sa rémunération nʼest-elle pas insuffisante par rapport aux enjeux ambitieux quʼon veut
bien lui attribuer ? Même si les raisons premières des documents de mise en place de la MAE
paraissent acceptables, les solutions mises en avant paraissent dérisoires par rapport aux
capacités humaines sur le terrain.

Cette population agricole dʼautrefois est relayée aujourdʼhui par dʼautres " producteurs de
paysage ". Il existe dʼautres acteurs susceptibles de sʼengager dans la mesure (collectivités terri-
toriales, DDE, ONF, résidents secondaires, station de ski…etc).

Une politique de " grand paysage " ou de " paysages isolés "

Limités dans un rayon de 250 m autour des villages, les agriculteurs contractants se limitent par
la procédure à un débroussaillement, la taille et à la fauche des prairies environnant au bâti.
Compte tenu du nombre très faible dʼagriculteurs et de la difficulté de répertorier les propriétaires
de ces paysages aux parcelles très fragmentées, lʼobjectif dʼéclaircir les cœurs des villages est
quasi nul dans ensemble. Lʼimpact de cette mesure est assez mitigé et ne correspond pas une
transformation ni à un changement global de la montagne. Mais il traduit une continuité dans
lʼentretien et lʼon sʼaperçoit que cette mesure ne permet pas de maintenir en place les agricul-
teurs existants.

Aucun changement significatif nʼest visible à lʼéchelle territoriale et tient le plus souvent de
lʼéchelle parcellaire. Ces transformations dépendent beaucoup de lʼinformation donnée par les
conseillers agricoles et de la personnalité de lʼagriculteur. Les aspects sociologiques et de com-
préhension des enjeux et des objectifs sont primordiaux dans le mécanisme dʼélaboration dʼune
politique agri-environnementale.
En outre, au sein de la chambre dʼagriculture et de la DDA, on peut noter lʼabsence de réflexion
en amont sur la composition spatiale des zones à contractualiser et des articulations visuelles qui
pourraient se faire.
Une politique de montagne ou de piémont ?

Inadéquation locale :

Cette mesure ne tient pas compte du relief mais dʼun zonage classant les communes en fonction
de la différence entre la plus haute altitude et la plus basse. Toutes les particularités du terrain ne
sont pas prise en compte.
La difficulté accrue du travail ne se trouve ainsi pas récompensé dans certains secteurs par rap-
port à dʼautres où le travail est moins pénible.

Inadéquation de la zone dʼéligibilité :

On remarque dans le périmètre de la MAE une forte différenciation entre la zone de Piémont
(Aspet, Barbazan, Salies du Salat) et la montagne (Luchon, St Béat).
Cette différence induit deux comportements sociaux distincts. Les agriculteurs en Piémont, en
général, ne comptent pas réactualiser le contrat car le poids des autres primes face à la MAE a
beaucoup dʼimportance. Les agriculteurs de piémont, par rapport à la montagne plus tradition-
nelle sont guère sensibles à la démarche car cela est vécu comme une perte de temps et un "
retour en arrière "

Une politique agricole ou paysagère ?

Nʼy a-tʼil pas lʼémergence dʼune nouvelle profession agricole en relation avec une nouvelle
manière de gérer lʼespace rural ?
La MAE encourage certainement à rechercher des réponses qui nʼont pas abouti sur le terrain.
Entre gérer cet immense territoire ou dʼentretenir un existant périssant, les solutions sont surtout
à rechercher en évitant une forte disproportion entre lʼhumain et le m2.
Lʼentretien en zone de montagne se rapproche plus du jardinage que dʼune gestion totalement
agricole. En effet, le matériel est miniaturisé est son coût est un facteur limitant qui pousse lʼa-
griculteur à fuir les zones les plus pentues.

Le caractère évolutionniste de la mesure

Alors que le contrat MAE impose sous certaines formes la contrainte et induit des contrôles et
des sanctions (par ailleurs, très étrangères à la véritable vocation agricole ! !) ; les mesures CTE
permettront probablement de rendre plus de liberté à lʼagriculteur et de responsabiliser face aux
enjeux paysagers.

Un temps de maturation :

Les agriculteurs auront ainsi une plus grande marge de manœuvre dans la conception du cahier
des charges en relation avec une maîtrise dʼœuvre qui ne se positionnera plus en tant que chef
de projet mais de conseiller pour le but dʼétablir un projet à lʼéchelle de lʼexploitation et de
lʼorchestrer au niveau du territoire.

En fait, ne faudrait-il pas essayer de se diriger vers le principe dʼune obligation de résultat en
laissant lʼagriculteur continuer son travail comme il lʼentend pour aboutir à cet état final ?
On pourrait ainsi envisager une série de scénarios dont lʼensemble des agriculteurs pourrait
devenir les acteurs avec dʼautres acteurs engagés.
Cela aboutirait au regroupement des contrats dans une action collective dans lʼesprit de faire
émerger un projet de paysage.
Bibliographie :

-Etudes rurales n° 141-142 " Cultiver la nature "


La montagne ariégeoise entre friche et paysage un consensus illusoire ?

-Évaluation de lʼopération locale " montagne Haute Garonne " de la chambre dʼagriculture de
Haute-Garonne pastoral 1998

-Évaluation des mesures agri-environnementales. DRAF /Solagro-1995.

-Aremip lʼAction Recherche Environnemental Midi-Pyrénées


Suivie évaluation écologique paysager de lʼopération locale Haute-garonne Pyrénées
novembre 1995

-Mise en œuvre dʼun programme agri-environnemental dans les cinq cantons pennées de la
Haute Garonne avril 1993

- " La politique paysagère peut-elle se réduire à une adéquation offre - demande ". Module de
DEA –Economie de lʼenvironnement - juin 1999 - Abibon Aurore

-Programme agriculture environnement - fascicule dʼinformations Haute-Garonne Pyrénées - Juin


1994 – ADASEA – Chambre dʼagriculture – Conseil général.
NOUS REMERCIONS

Madame LAMORRA Christine, agricultrice et maire à Sode.

Christiane BRUNET, agricultrice à St Paul dʼOueil.

André TINET, agriculteur à Benqué.

Alain GARCIA, agriculteur à Saccourvielle.

Henri DENARD (conseiller général, conseiller regional, président du

SIVOM de Luchon.

Monsieur Fortines, conseiller agricole dans le canton de St Beat et Luchon.

Monsieur Michel Oswald, à la mairie de Luchon.

Catherine RIEU à la lʼADASEA de Toulouse.

Monsieur Pierre GUICHERE, chambre dʼagriculture régionale de Toulouse.

La DDAF de la Haute Garonne.

Monsieur St Blanquat, conseiller agricole à Salies de Salat.

Madame Françoise BOMPARD, résidente secondaire à Benqué.

Monsieur Jame, agriculteur.