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Vendredi 17 avril 2015 ­ 71 e année ­ N o 21850 ­ 2,20 €
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Vendredi 17 avril 2015
­ 71 e année
­ N o 21850
­ 2,20 €
­
France métropolitaine
­ www.lemonde.fr ―
Fondateur : Hubert Beuve­Méry
La droite et l’exécutif s’affrontent sur la hausse des impôts locaux LE MONDE DES LIVRES
La droite et l’exécutif s’affrontent
sur la hausse des impôts locaux
LE MONDE DES LIVRES
▶ Plusieurs grandes com­
munes ont voté de fortes
augmentations de la fisca­
lité locale, notamment à
Toulouse (+ 15 %), Marseille,
Bordeaux, Lille ou Lyon
▶ Les élus justifient ces
hausses par la baisse de
la dotation de fonctionne­
ment attribuée par l’Etat,
réduite de 11 milliards
d’euros sur trois ans
▶ L’opposition dénonce
l’ « hypocrisie » du gouver­
nement, qui « ferme le ro­
binet » tout en augmentant
les charges, comme la ges­
tion des rythmes scolaires
▶ Manuel Valls a répliqué
en fustigeant la « démago­
gie » de la droite et affirmé
que «les élus sont libres
de choisir leur gestion »
▶ « La République du
catch », le retour à la BD
de Nicolas de Crécy
FRANCE → LIRE PAGE 7
▶ « Le Géant enfoui »,
merveilleuse plongée
de Kazuo Ishiguro
dans la fantasy
→ SUPPLÉMENT
POLITIQUE
Christiane Taubira,
une ministre
en porte-à-faux
RÉVÉLATIONS SUR
LE SYSTÈME DE
FINANCEMENT DU FN
→ LIRE PAGES 8-9
▶ Désavouée sur la loi
renseignement, la garde
des sceaux est fragilisée
L’EUROPE
▶ La ministre est souvent
en contradiction avec
la ligne sociale-libérale
du gouvernement Valls
A RAISON
D’ENCADRER
GOOGLE
FRANCE → LIRE PAGE 10
→ LIRE PAGE 20
PÉTROLE
En décembre
2014.
FRÉDÉRIC PITCHAL/
DIVERGENCE
TOTAL
RESTRUCTURE
SON ACTIVITÉ
DE RAFFINAGE
EN FRANCE
→ LIRE LE CAHIER ÉCO PAGE 5
A La Havane,
les fragiles
espoirs
des Cubains
CHRONIQUE
LA FIN D’UNE
BELLE HISTOIRE
FRANCO-KURDE ?
N ous n’avons pas une culture de pleur-
nichards. » C’est poliment dit, sans
forfanterie. Kendal Nezan est un
Une invraisemblable saga où se mêlent Fran­
çois et Danielle Mitterrand, deux grands artis­
tes turcs, l’écrivain Yachar Kemal et le cinéaste
Yilmaz Güney, et quelques autres. Ce ne serait
pas seulement triste. Au moment où les Kur­
des s’apprêtent à jouer un rôle majeur dans un
Moyen­Orient en fusion, ce serait également
absurde. Dans l’épopée moderne des Kurdes –
une population de 40 millions d’habitants, ré­
partie sur quatre pays : Iran, Irak, Syrie, Tur­
quie –, la France a joué un rôle.
SOCIÉTÉ
homme calme. Il ne joue ni les accablés ni les
indignés. Le président de l’Institut kurde de Pa­
ris (IKP) est physicien. Il parle en scientifique,
posément : « En juin, je ferme l’institut. » Faute
REPORTAGE
par alain frachon
de moyens.
L’événement ne bouleversera pas la grande
diplomatie. Mais un très beau chapitre, un
morceau d’histoire de trente­quatre ans, se re­
fermera entre la France et les Kurdes.
LE HARCÈLEMENT
DANS LA RUE,
« C’EST NOTRE
QUOTIDIEN »
«Vous devriez faire attention à ce
que vous dites. Les arbres ont des
oreilles. » Sur un marché de La
Havane, Joandra raconte le quo­
tidien des Cubains, la débrouille,
la difficulté à se nourrir, à s’ha­
biller, et la surveillance perma­
nente des « comités de défense
de la révolution », alors que les
Etats­Unis et Cuba opèrent un
rapprochement diplomatique
historique. « On utilise le sys-
tème D. Ici, on appelle ça “se dé-
brouiller à droite” », explique
Javi, un homme de 27 ans, après
avoir couru dans les centres de
distribution alimentaire pour
nourrir sa famille. p
LIRE L A SUITE P. 20
→ LIRE PAGE 11
LE REGARD DE PLANTU
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Rendez-vous page 5

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

2 | international 0123 VENDREDI 17 AVRIL 2015 Scènes de vie à Alamar, dans la partie
2 | international 0123 VENDREDI 17 AVRIL 2015 Scènes de vie à Alamar, dans la partie
2 | international 0123 VENDREDI 17 AVRIL 2015 Scènes de vie à Alamar, dans la partie
Scènes de vie à Alamar, dans la partie est de La Havane, début mars. «
Scènes de vie à Alamar,
dans la partie est de La Havane,
début mars. « LE MONDE »

A La Havane, la débrouille à la cubaine

Les habitants de la capitale de l’île attendent les effets économiques du rapprochement avec les Etats-Unis

REPORTAGE

édith bouvier

la havane – envoyée spéciale

T rois hommes qui réparent la structure d’un vieux sommier. Ils coupent les ressorts et en installent de nouveaux. Un tra­ vail dangereux, les bouts de métal sont coupants et tous

montrent de profondes cicatrices sur les mains. Un travail nouveau aussi. En 2008, Raoul Castro, dès son arrivée au pouvoir pour succéder à son frère Fidel, a décidé d’autoriser 178 métiers ouverts à l’initiative privée. De nombreux Cubains ont choisi de créer leur propre entreprise : salons de coif- fure, de manucure, réparation de voitures… « Tout n’est pas encore simple, on doit rem- plir des tas de papiers et obéir à de nombreu- ses règles, selon les métiers. Par exemple, on est en situation illégale ici. Certaines profes- sions sont mobiles, mais pas nous. On n’a le droit de travailler que sur une zone définie, le quartier dans lequel on habite. Mais on ne pourrait pas survivre. On a déjà fait tous les matelas là-bas, il faut qu’on aille chercher les clients où on peut », raconte David, le patron de cette entreprise. Ce professeur de sport n’en pouvait plus de galérer avec un salaire de misère de fonctionnaire. A ses côtés, ses employés sont diplômés d’économie mais ne croient plus dans celle de leur pays. « L’ouverture économique du pays pourrait nous apporter de réels changements. Bon, pour l’instant, on ne voit rien de concret, que des discussions politiques entre dirigeants. Le peuple n’est pas concerné », répond Michel sans lever les yeux du matelas qu’il rafistole. Tout autour, dans les immeubles environ- nants, les habitants se massent aux fenêtres. Difficile de parler librement. Entre les es- pions officiels et les officieux, tout ce qui est dit peut être retenu contre vous. « On n’a pas la liberté de répondre à toutes vos questions », lâche Michel pour s’excuser. Comme la plu- part des Cubains, plusieurs membres de sa famille sont partis vivre à Miami, aux Etats-

Unis. Une grande partie de l’opposition cubaine est regroupée là-bas, c’est de là que s’expriment toutes les critiques sur le rap- prochement diplomatique entre les deux anciens pays ennemis. Ces dernières années, les conditions d’ob- tention de passeport se sont assouplies. Offi- ciellement, la plupart des Cubains peuvent voyager. Une fois arrivés de l’autre côté du golfe du Mexique, certains se déclarent exi- lés politiques et choisissent de ne jamais re- venir dans leur île. A voix basse, presque en chuchotant à l’oreille, Michel se dévoile un peu. « J’aimerais partir, c’est sûr, offrir une vie meilleure à mes enfants. Mais le gouverne- ment ne me laissera jamais obtenir un visa, j’ai trop de famille à l’étranger, ils savent que je ne reviendrai pas. »

Un atelier de manucure devant sa porte

Reste la voie illégale. Quelque 40 000 Cu- bains tenteraient leur chance sur des embar- cations de fortune chaque année. Les côtes américaines ne sont qu’à environ 180 kilo- mètres. Pour tenter d’enrayer ce phéno- mène, certains Cubains expliquent que le gouvernement limiterait la propriété des ba- teaux de pêche et par là même l’activité en elle-même. En bas de chaque immeuble, des petits panneaux rappellent les prochaines réunions des comités de défense de la révo- lution. Créés en 1960, juste après le renverse- ment du régime de Batista (mars 19952-jan- vier 1959), ils sont censés protéger les quar- tiers des contre-révolutionnaires. Plus de 70 % de la population en seraient membres. Aujourd’hui, même si leur rôle s’est grande- ment affaibli, ces volontaires sont chargés de la voirie, de l’entretien des immeubles, de la surveillance contre les voleurs mais surtout contre ceux qui s’aviseraient de critiquer le président ou son administration. Partout, des oreilles sont à l’écoute. Au bout de la rue, une femme a installé un atelier de manucure devant sa porte. Une cliente se fait poser de faux ongles, très longs, sur lesquels elle appliquera ensuite des paillettes dorées. A l’intérieur, une dizaine de statues de saints, de toutes les

« POUR L’INSTANT ON NE VOIT RIEN DE CONCRET, QUE DES DISCUSSIONS POLITIQUES ENTRE DIRIGEANTS. LE PEUPLE N’EST PAS CONCERNÉ »

MICHEL

habitant de La Havane

tailles, de toutes les couleurs. Lazare, la Vierge Marie… Les Cubains vouent un culte très fort aux saints. Une bouteille d’huile est posée de- vant l’une des statues pour les célébrations, des guirlandes lumineuses clignotent. L’appartement est tout petit pour les neuf membres de la famille et les statues en occu- pent une grande partie. Javi baisse à peine le son de la télévision qui trône dans le salon. L’homme, âgé de 27 ans, est torse nu. Il rentre tout juste de son expédition jusqu’à La Ha- vane pour trouver de quoi nourrir sa famille.

« Je vis avec ma femme, mes enfants, mon frère

et sa famille ainsi que ma mère et son mari. Je travaille comme serveur un jour sur deux, pour à peine 10 dollars (9,40 euros) par mois. Mes jours de repos, je les passe à courir les centres de distribution alimentaire pour tenter de survivre. » Il a l’air épuisé, les bras ballants, as-

sis dans son vieux canapé marron flétri. « On utilise le système D, ici on dit se débrouiller à droite. Ma maman fabrique des produits arti- sanaux qu’elle vend sur les marchés, ma femme fait la manucure à domicile… On échange des services contre quelques œufs ou du lait. Chacun y met du sien. » Le gouvernement fournit l’eau, l’électricité et le minimum vital en produits alimentaires pour toute la famille. Mais ce qu’il manque, chacun trouve un moyen de se le procurer. Cela s’appelle resolver, en espagnol (« résou- dre »), le principal problème des Cubains, manger à sa faim. Comme lui, Joandra finit tout juste sa journée de travail. Sur le marché d’Alamar, quelques rares vendeuses de fruits et légumes rangent leurs étals. La journée n’a pas été bonne. La jeune femme, ancienne for- matrice de professeurs d’école, est passée par tous les métiers avant de se retrouver ici.

« Aujourd’hui, je ne gagne pas beaucoup, mais

toujours plus que quand j’étais fonctionnaire. Je peux acheter des vêtements à mes enfants et, parfois, un peu de viande. » Mère céliba- taire, Joandra raconte facilement son par- cours, la vie sans homme et ses espoirs pour ses deux enfants. Mais la question de la reli- gion la fait taire quelques instants.

« J’étais évangélique, mais j’ai renoncé. Trop de mensonges et de faux-semblants.

Aujourd’hui, je ne crois plus en Dieu, je n’ai plus d’espoir, je vis pour manger et nourrir mes enfants. » Elle se rapproche et baisse la voix. « La religion est le système ici, vous devriez faire attention à ce que vous dites. Les arbres ont des oreilles. » Un homme arrive et em- porte les dernières caisses de petits citrons verts, très odorants. L’étal est maintenant vide, Joandra attrape son téléphone et pré- pare ses commandes pour le lendemain. Un peu plus loin, sur l’avenue Simon-Boli- var, des enfants jouent au football, c’est aujourd’hui le sport de la rue, devant le base-ball. Un homme très fin encourage les joueurs. Alexis Figueras est l’une des figures du quartier. Entraîneur sportif, il est surtout vice-président de la Fédération de rugby de Cuba. Aujourd’hui, l’île compterait quelque 2 000 joueurs. « Le sport se développe lente- ment, on a commencé l’an dernier. Mon rêve, c’est que Cuba atteigne le niveau du Tournoi des six nations. » Il a déjà tout prévu, les stades, les équipes, l’organisation du championnat…

« C’est ici mon pays, ma culture »

En attendant, Alexis tente de propager les valeurs de l’ovalie chez les jeunes Cubains. « Entraide, solidarité et puis faire la fête. C’est ce qui manque aux jeunes aujourd’hui. La si- tuation économique n’est pas bonne, alors beaucoup pensent à partir loin. Mais il faut qu’ils se battent pour leur pays. Je suis venu plusieurs fois en France, mais je n’ai jamais voulu rester. C’est ici mon pays, ma culture. » Derrière lui, un vieil homme ramasse les papiers qui traînent dans l’herbe. Trois peti- tes filles préparent une chorégraphie sous l’œil d’une vieille dame. Le chahut couvre la voix d’Alexis, qui continue. « Seul le gouver- nement sait ce qu’il adviendra du pays après la reprise des discussions avec les Etats-Unis. Nous, on ne peut que continuer à se battre, malgré les difficultés. C’est vrai qu’on a au moins cent ans de retard sur la France, mais ici, il n’y a pas d’insécurité dans la rue. » Un ballon sort du terrain, Alexis se lève pour le renvoyer aux joueurs. La conversation est terminée, il n’ira pas plus loin. p

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

international | 3

Iran : compromis entre M. Obama et le Congrès

Les parlementaires auront un droit de regard sur l’accord concernant le programme nucléaire iranien

san francisco - correspondante

U ne fois n’est pas cou- tume. C’est à l’unani- mité que la commis- sion des affaires

étrangères du Sénat américain a adopté, mardi 14 avril, une for- mule qui devrait permettre au Congrès de donner son avis sur l’accord-cadre conclu le 2 avril à Lausanne avec l’Iran sur son pro- gramme nucléaire. Le président Barack Obama n’a pu que prendre acte de la décision des sénateurs, qui, sans lui lier totalement les mains, complique sa tâche, à quel- ques jours de la reprise des discus- sions entre les grandes puissan- ces et Téhéran sur les questions techniques, qui doivent être réso- lues avant le 30 juin. Par 19 voix contre 0, les séna- teurs ont décidé que tout accord final avec l’Iran ne pourra être mis en œuvre qu’après examen du texte par le Congrès. Le sénateur républicain du Tennessee, Bob Corker, qui préside la commission des affaires étrangères, avait réussi à convaincre huit démocra- tes et l’élu indépendant du Maine qui vote régulièrement avec eux d’essayer d’imposer un délai de soixante jours pour examiner l’accord. Ce délai a été ramené à cinquante-deux jours. Une dispo- sition exigeant que M. Obama certifie que l’Iran n’a pas d’activi- tés terroristes visant les Etats- Unis a d’autre part été retirée du texte. Mais l’administration devra soumettre des rapports réguliers sur « le soutien de l’Iran au terro- risme » et sur son programme de missiles balistiques.

Depuis des semaines, M. Obama s’opposait au droit de regard exigé par le Sénat. Comme le rappelait le secrétaire général de la Maison Blanche, Denis McDonough, le 14 mars, dans une lettre à M. Cor- ker, « les principaux négociateurs sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies ». C’est donc au Conseil que reviendra la prérogative d’avaliser ou non les termes de l’accord final dans une résolution qui augmen- tera la « légitimité internationale » du texte, estimait-il. Et ce, indé- pendamment de l’avis des élus américains.

Profil bas

Devant la défection de ses amis démocrates – même la fidèle Nancy Pelosi estimait que le Congrès devait être consulté –, M. Obama a été contraint d’adop- ter un profil bas. La commission du Sénat ayant accepté un com- promis sur le calendrier, il a dé- cidé de ne pas mettre son veto, a indiqué son porte-parole, Josh Earnest. Depuis Lübeck, en Alle-

magne, où il participait à la réu- nion des ministres des affaires étrangères du G7, le chef de la di- plomatie américaine, John Kerry,

a fait bonne figure : « Nous som-

mes confiants dans la capacité du président à négocier un accord », a-t-il dit. S’il a été contraint de faire des concessions sur le rôle revendi- qué par le Congrès, M. Obama a en effet préservé l’essentiel de ses prérogatives. En vertu du com- promis adopté (Iran Nuclear Agreement Review Act), le Con- grès disposera de trois options

Attaque meurtrière de la guérilla colombienne

Le processus de paix n’est pas suspendu, mais ses détracteurs s’impatientent

bogota - correspondante

U n sous-officier colom- bien et dix soldats tués, dix-sept autres blessés:

l’affrontement entre l’armée et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), dans la nuit de mardi 14 à mercredi 15 avril, a été meurtrier. Il a eu lieu dans le dé- partement du Cauca, un fief histo- rique des FARC dans le sud-ouest du pays. Selon les autorités, les sol- dats ont été attaqués par un déta- chement d’élite de la guérilla. Deux rebelles auraient également trouvé la mort. Pour Juan Manuel Santos, l’atta- que de la guérilla a été « délibérée » et préméditée. « Elle ne peut rester impunie », a-t-il déclaré, en annon- çant mercredi la reprise des bom- bardements contre les campe- ments guérilleros – suspendus de- puis des semaines – et en donnant ordre à l’armée d’intensifier les

opérations contre les rebelles.

Cessez-le-feu unilatéral

Mais les négociations de paix n’ont pas été suspendues. « C’est à cette guerre-là que nous voulons mettre fin », a expliqué M. Santos. Le processus engagé avec les FARC depuis plus de deux ans est loin de faire l’unanimité, mais semblait sur la bonne voie. En décem- bre 2014, les FARC avaient décrété un cessez-le-feu unilatéral et indé- fini, respecté sur le terrain. C’est ce qui avait conduit le président à suspendre les bombardements en mars. La « désescalade du conflit » était à l’ordre du jour. C’est dire si l’attaque de la guérilla a causé consternation et indignation. A La Havane, les FARC ont évoqué

une « action défensive » et tenté d’en faire porter la responsabilité à l’armée. Le commandant gué- rillero Félix Munoz alias Pastor Alape a dénoncé « l’incohérence du gouvernement qui ordonne des opérations militaires contre une guérilla qui a déclaré une trêve ». Mais les chefs des FARC sem- blaient ignorer le détail des faits survenus dans le Cauca. La question d’une éventuelle dis- sidence de la guérilla se pose. Les FARC ont une fois encore réclamé un cessez-le-feu bilatéral. Ni la droite dure, menée par l’ex-prési- dent Alvaro Uribe (2002-2010), ni les militaires ne veulent en enten- dre parler. Ils mettent en doute la volonté de paix des FARC et crai- gnent que les guérilleros n’en pro- fitent pour se consolider militaire- ment. La mort des dix soldats four- nit des arguments aux détracteurs du processus de paix. Sur les réseaux sociaux, la rage contre les FARC déferle. « La paix de Santos, c’est l’extermination de nos forces armées », a tweeté M. Uribe, aujourd’hui sénateur. Pour son collègue Carlos Galan, il faut fixer un ultimatum aux FARC,

car, souligne-t-il, « les négociations ne peuvent pas durer indéfini- ment ». Les responsables politi- ques de la majorité se prennent à espérer que la crise du moment et la reprise des bombardements pousseront la guérilla à accélérer

le rythme de négociations. Mais le

chemin s’annonce difficile. « Avec la mort des soldats, la confiance en- tre les parties et l’espoir dans le pro- cessus de paix ont reculé », résume Fabrizio Hochschild, représentant des Nations unies en Colombie. p

marie delcas

Contraint à des concessions sur le rôle du Congrès, le président a préservé l’essentiel de ses prérogatives

lorsque l’éventuel accord avec les Iraniens lui sera soumis. Soit il l’approuve, et M. Obama pourra lever les sanctions immédiate- ment. Soit il ne s’en saisit pas, et le président pourra lever les sanc- tions, mais seulement après un délai de trente jours. Troisième possibilité : les élus adoptent une résolution de rejet. Dans ce cas, le chef de l’exécutif sera alors privé de son autorité pour lever les sanctions. Toujours selon le compromis, M. Obama pourra alors utiliser

son veto, dans une période de douze jours. Le Congrès en aurait alors dix pour renverser le veto. Cette hypothèse est jugée impro- bable par les experts. Il faut deux tiers du Sénat, soit 67 voix, pour annuler un veto présidentiel. Or, le Parti républicain ne détient que 54 sièges à la Chambre haute. Les politologues voient mal com- ment M. Obama, même si quel- ques démocrates font défection, ne parviendrait pas à rassembler le soutien de 34 sénateurs pour maintenir les prérogatives prési- dentielles sur la politique étran- gère. « Le langage final donne au président la haute main pour ré- duire à néant tout effort du Congrès de le priver de son pouvoir de lever les sanctions », analyse le politologue Thomas Mann, ratta- ché à l’université de Berkeley. L’Iran Nuclear Agreement Re- view Act doit être examiné en séance plénière par le Sénat, puis par la Chambre des représen- tants. Le magazine Weekly Stan-

dard, porte-voix des faucons du Congrès, a appelé à la poursuite de la mobilisation. « Le vote d’aujourd’hui était utile, a-t-il écrit à ses partisans. Mais souvenez- vous : la mission est de tuer l’ac- cord, pas seulement d’en compli- quer la trajectoire. » A l’opposé, le lobby pro-iranien du National Ira- nian American Council a promis d’intensifier les pressions sur les élus démocrates. Dans le cas le plus conflictuel, la levée des sanctions serait retar- dée de cinquante-deux jours. Une situation compliquée, mais le surfeur qu’est M. Obama estime qu’il réussira à s’en accommoder, le moment venu. Et les Iraniens l’en jugent manifestement capa- ble. Aussitôt après le vote de la commission du Sénat, Hassan Rohani, le président iranien, a rappelé que Téhéran ne négociait pas avec les membres du Congrès américain, mais avec les grandes puissances. p

corine lesnes

LE CONTEXTE

avec les grandes puissances. p corine lesnes LE CONTEXTE ACCORD-CADRE L’Iran et les pays du «

ACCORD-CADRE

L’Iran et les pays du « P5 + 1 », comprenant les cinq membres permanents du Conseil de sécu- rité de l’ONU, plus l’Allemagne, se sont entendus, le 2 avril, à Lau- sanne (Suisse), sur un accord-ca- dre portant sur la durée de l’enca- drement du programme nucléaire iranien, sa capacité d’enrichisse- ment, la levée progressive des sanctions et le régime d’inspec- tion de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

ÉTAPE CRUCIALE

Cette étape ouvrirait la voie à une normalisation des relations avec l’Iran. Mais, pour en arriver là, il reste encore plus de deux mois de négociations, jusqu’au 30 juin, qui s’annoncent délicates.

S E « Shéhérazade et Antigone en burqua. Excellent. » L V François Busnel, La
S
E
« Shéhérazade et Antigone en burqua.
Excellent. »
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V
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Marianne Payot, L’Express
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« Un roman puissant, de mots et de fureur. »
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S
Photo © Francesca Mantovani

4 | international & europe

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

En Finlande, la crise fragilise lesconservateurs

Les centristes, au programme moins libéral,partentfavorisdeslégislatives

helsinki - envoyé spécial

L es leaders politiques fin- landais sont à ce point ac- cessibles qu’il suffit aux habitants d’Helsinki de se

rendre entre midi et deux au prin- cipal centre commercial du cen- tre-ville pour croiser leur actuel premier ministre et celui qui est favori pour le remplacer. Ce mardi 14 avril, dans la capitale, tandis que le premier, le conservateur Alexander Stubb, enchaîne les « selfies » devant les rayons, son concurrent, le centriste Juha Si- pilä, serre, lui, les mains à tout-va

LE CONTEXTE

Juha Si- pilä, serre, lui, les mains à tout-va LE CONTEXTE SCRUTIN Près de 4,5 millions

SCRUTIN

Près de 4,5 millions de Finlan- dais sont appelés à voter diman- che 19 avril pour 200 députés, élus pour quatre ans.

PARTIS

Traditionnellement, le premier ministre est le leader du parti ar- rivé en tête, qui constitue en- suite une coalition. Après des an- nées de tripartisme entre les conservateurs, les centristes et les sociaux-démocrates, les Vrais Finlandais (populistes) pertur- bent le jeu depuis 2011.

GOUVERNEMENT

La coalition au pouvoir est diri- gée par les conservateurs alliés aux sociaux-démocrates et à plu- sieurs petits partis.

devant les portes battantes, dans le froid de ce début de printemps. Les deux hommes ne se croise- ront pas, mais ils savent que di- manche 19 avril au soir, jour des élections législatives, ils devront probablement se parler, comme après chaque élection dans ce pays dirigé traditionnellement par des coalitions de partis par- fois hétéroclites. Premier ministre depuis un peu moins d’un an, M. Stubb est en difficulté dans les sondages, qui indiquent tous qu’il devrait arri- ver derrière les centristes, voire en quatrième position, après les sociaux-démocrates et les popu- listes du parti des Vrais Finlan- dais. Avec son look de jeune pre- mier toujours sur son trente et un, polyglotte, libéral et atlan- tiste, M. Stubb avait pourtant réussi à donner une nouvelle image de son pays. A 47 ans, ce triathlète en fait dix de moins et n’hésite pas à tweeter son quoti- dien, y compris ses courses à pied au bord de la mer.

Lassitude des électeurs

Mais la persistance de la crise et l’absence de résultats du parti conservateur, après trois années de récession et un chômage élevé pour la Finlande (9,1 %), semblent avoir lassé les électeurs. « Stubb est trop libéral pour son propre parti. Il a fini par irriter avec ses selfieset son côté rock star », ex- plique Markku Jokisipilä, profes- seur de sciences politiques à l’uni- versité de Turku. En face de lui, M. Sipilä bénéficie de son image d’entrepreneur à succès, tout en gardant une image plus traditionnelle. Loin des cos- tumes sur mesure de M. Stubb, ce

Loin des cos- tumes sur mesure de M. Stubb, ce Juha Sipil ä, le leader du

Juha Sipilä, le leader du Parti du centre, fait campagne dans les rues d’Helsinki, mardi 14 avril. ANTTI AIMO-KOIVISTO/AP

millionnaire, enrichi grâce au for- midable bond des télécoms dans les années 1990, arbore béret, grosses chaussures et pantalon élimé. « Il vient de l’extérieur du Parti du centre. Il ne le dirige que depuis deux ans et sans avoir fait carrière en politique aupara- vant », explique M. Jokisipilä. Ce père de cinq enfants, chrétien pratiquant, promet de diriger le pays comme une entreprise et de créer 200 000 emplois, tout en proposant un programme nette- ment moins libéral et atlantiste que M. Stubb. Alors que le second s’engage à réduire de 6 milliards d’euros les dépenses publiques pour contrecarrer les dérapages des déficits publics, le premier est plus vague. Pas question non plus d’aborder ouvertement un rap- prochement avec l’OTAN comme l’a fait M. Stubb le 10 avril en pro- posant la création d’un « groupe de sages » pour évaluer l’uti- lité d’une adhésion. Une éventua- lité qui ne manquerait pas de sus-

citer l’opposition de Moscou, comme l’a rappelé le ministère russe des affaires étrangères, après la parution d’une tribune commune du ministre finlandais de la défense et de ses homolo- gues des autres pays nordiques dé- nonçant la « façon d’agir de la Rus- sie » et appelant à renforcer la coo- pération militaire entre ces pays.

Les populistes prêts à gouverner

L’autre ligne de fracture entre les deux partis est l’aide financière à la Grèce, les centristes ayant voté contre le deuxième plan de sou- tien en 2011. « Ce deuxième plan est en cours », convient toutefois Timo Laaninen, le secrétaire gé- néral du Parti du centre. S’il ne compte pas le remettre en cause, « un nouveau paquet d’aides, c’est une autre histoire, prévient-il. Je crois que nous sommes tous d’ac- cord pour dire qu’il n’est pas possi- ble d’accroître la responsabilité de la Finlande pour la Grèce ». Victimes du même déficit de

« [Le premier ministre] Stubb est trop libéral pour son propre parti. Il a fini par irriter avec son côté rockstar »

MARKKU JOKISIPILÄ

professeur de sciences politiques

compétitivité que la France, les Finlandais se préparent à se serrer la ceinture et jugent avec un œil très critique les demandes d’amé- nagement de la dette grecque qui parviennent d’Athènes. M. Sipilä s’est en outre dit prêt à gouverner avec les populistes et eurosceptiques du parti des Vrais Finlandais, dirigé par le truculent Timo Soini. Celui-ci avait fait une percée surprenante lors des légis-

latives de 2011, en s’emparant de 39 des 200 sièges, mais avait refusé alors d’entrer au gouvernement. Après avoir fait taire certaines des voix les plus extrémistes et les plus eurosceptiques du parti – mais pas toutes –, les dirigeants des Vrais Finlandais assurent désormais qu’il « faut » qu’ils participent au nouveau gouvernement. « Le problème de la Grèce a été réglé, maintenant la situation est différente », estime Riikka Slunga- Poutsalo, secrétaire générale des Vrais Finlandais, qui promet que l’adhésion à l’euro du pays ne sera pas remise en cause. Bien qu’en recul par rapport à 2011 dans les sondages, M. Soini lorgne ouver- tement le poste de ministre des affaires étrangères. Autant dire que les dirigeants européens pourraient avoir dans les prochai- nes semaines une tout autre image de la Finlande que celle ren- voyée par le « trop » parfait Alexander Stubb. p

jean-baptiste chastand

EUROPE 1

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Prof. Intermédiaires. MARIE RENOIR-COUTEAU 01 41 34 97 10 WWW.LAGARDERE-PUB.COM UN TEMPS D’AVANCE

UN TEMPS D’AVANCE

TURQUIE

UE : le Parlement demande la reconnaissance du génocide arménien

Dans une résolution votée à

une très large majorité, mer- credi 15 avril, à Bruxelles, les députés européens ont

« encouragé » la Turquie

à « reconnaître le génocide

arménien et ainsi jeter les bases d’une véritable réconciliation entre les peuples turc et arménien ».

« Quelle qu’en soit l’issue, le

vote du Parlement de l’Union européenne m’entrera dans une oreille et ressortira aussi- tôt par l’autre, parce que la Turquie ne peut reconnaître un tel péché ou un tel crime », avait déclaré aupara- vant le président turc, Recep Tayyip Erdogan. – (AFP.)

MEXIQUE

Alerte après le vol d’une substance radioactive

Une alerte a été émise, mer- credi 15 avril, dans cinq Etats du Mexique, après un vol d’iridium 192, une substance radioactive à usage industriel. Le ministère de l’intérieur a indiqué qu’une « une source radioactive » avait été déro- bée dans une camionnette,

à Cardenas, dans l’Etat

de Tabasco, situé dans le sud-

est du Mexique. Les autorités estiment que les voleurs voulaient seulement s’emparer des véhicules et ignoraient le caractère dangereux de leur contenu. – (AFP.)

YÉMEN

Démission du médiateur de l’ONU

Le médiateur de l’ONU

au Yémen, Jamal Benomar,

a donné sa démission mer-

credi 15 avril, alors qu’une coalition emmenée par l’Ara-

bie saoudite bombarde des

positions des rebelles chiites houthistes depuis plus de trois semaines.

Il avait mené en vain une mé-

diation entre les protagonis-

tes de la crise après la chute, en 2012, de l’ex-président yé- ménite Ali Abdallah Saleh. Cette crise s’est transformée ces derniers mois en guerre ouverte entre le gouverne- ment internationalement re- connu du président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite, et les mi- liciens chiites houtistes sou- tenus par l’Iran, qui contrô- lent la majeure partie du pays. – (AFP.)

MALI

Une base de l’ONU attaquée à Gao

Trois civils ont été tués, mer- credi 15 avril, près de Gao, dans le nord du Mali, dans une attaque-suicide contre une base de l’ONU qui a fait

seize blessés, dont neuf cas- ques bleus nigériens. En fin de matinée, « un véhicule a explosé à l’entrée du camp de la Minusma à Ansongo, dans la région de Gao, alors qu’il tentait d’y pénétrer »,

a affirmé la Mission de l’ONU au Mali. – (AFP.)

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

international & europe | 5

Un scandale déstabilise la présidente sud-coréenne

L’affaire de corruption, déclenchée par le suicide d’un homme d’affaires, met en cause le premier ministre

tokyo - correspondance

U n nouveau scandale menace la Maison Bleue, la présidence sud-coréenne. L’affaire

touche l’entourage direct de la pré- sidente Park Geun-hye, à com- mencer par le premier ministre Lee Wan-koo. Mercredi 15 avril, le quotidien conservateur Joong Ang révélait que M. Lee avait reçu au moins 35 millions de wons (30 000 euros) en 2012 et 2013 de Sung Wan-jong, ancien député et surtout ex-dirigeant de l’entre- prise de construction Keangnam. L’information émanerait de proches de M. Sung, retrouvé pendu le 9 avril. L’homme d’affai- res aurait mis fin à ses jours alors qu’il devait comparaître devant la justice pour des faits d’escroque- rie et de corruption. L’affaire Keangnam s’inscrit dans le cadre d’une enquête visant 86 entrepri- ses, dont le sidérurgiste Posco et la compagnie pétrolière nationale KNOC. Ces compagnies ont parti- cipé à plusieurs projets dans le ca- dre de la « diplomatie des ressour- ces », une politique du président Lee Myung-bak (en poste de 2008 à 2013) dont le but était la partici- pation d’entreprises sud-coréen- nes dans l’exploitation des matiè- res premières à l’étranger. Quelques heures avant son sui- cide, M. Sung a accordé une inter- view téléphonique au quotidien de centre gauche Kyunghyang. Il

« Nous ne ferons preuve d’aucune tolérance pour les coupables de corruption. Le peuple ne leur pardonnera rien », a dit la présidente Park

affirmait notamment avoir versé en 2012 200 millions de wons (172 000 euros) à Hong Moon- jong, membre du parti Saenuri, la formation au pouvoir. Selon lui, cet argent aurait pu servir à finan- cer la campagne présidentielle de M me Park, sans pour autant en fournir de preuves. La police a par la suite retrouvé une note sur le corps de M. Sung, mentionnant huit noms de per- sonnalités qu’il aurait « arrosées ». Parmi elles, le premier ministre Lee Wan-koo, l’ancien secrétaire général de la présidence Lee Byung-kee et son prédécesseur à ce poste Kim Ki-choon ainsi que d’autres hommes politiques in- fluents, tous proches de M me Park. Tous ont nié les accusations. Le premier ministre a réfuté toute re- lation avec l’homme d’affaires. « Nous n’avons jamais été proches,

L’Allemagnedébat de l’accès aux données

La coalition au pouvoir veut faire voter un texte controversé sur la surveillance

berlin - correspondant

D ans un pays marqué par le rôle joué par la Stasi dans l’ex-Allemagne de

l’Est et par le scandale causé par les pratiques de l’Agence nationale de la sécurité (NSA) américaine, le sujet de la surveillance numéri- que est extrêmement sensible. Au moment où la France débat d’un vaste projet de loi sur le rensei- gnement, l’Allemagne prépare un projet de loi bien plus modeste sur la conservation des données. Initialement, les sociaux-démo- crates (SPD) étaient hostiles à une telle loi alors que l’Union chrétien- ne-démocrate (CDU, centre droit) y était favorable. Mais après les at- tentats de Paris en janvier, le vent a tourné et le président du SPD, Sig- mar Gabriel, vice-chancelier, a contraint le ministre de la justice, Heiko Maas, lui aussi social-démo- crate, à préparer un projet de loi avec Thomas de Maizière (CDU), le ministre de l’intérieur. Mercredi 15 avril, les deux ministres ont pré- senté – séparément – les grandes lignes de ce texte. S’il est adopté en l’état, les opéra- teurs de télécommunications de- vront conserver les données télé- phoniques et les adresses IP d’In- ternet pendant dix semaines au maximum dans des serveurs se trouvant en Allemagne. Les cour- riels et les pages Internet consul- tées ne sont pas concernés. Et seu- les les données sur les liaisons sont conservées, pas le contenu des communications. Les données concernant la localisation des télé- phones portables seront, elles, conservées par les opérateurs du- rant quatre semaines. Les fonc- tionnaires chargés de la sécurité ne pourront avoir accès à ces don- nées que si un juge donne son feu vert et pour des raisons précises.

Un « catalogue des délits » a été établi. Y figurent le terrorisme, les délits sexuels, le crime organisé, le trafic d’êtres humains, la pédo- pornographie. Les données con- cernant des médecins, avocats, députés, journalistes et membres du clergé (et donc les imams, a précisé le ministre de la justice) seront conservées, mais ne pour- ront pas être communiquées.

« Monstre de surveillance »

En principe, le projet de loi devrait être présenté devant le Bundestag à l’automne. Si les Verts, les Jusos (Jeunes sociaux-démocrates) et la gauche du SPD jugent que la direc- tion du parti a cédé devant les de- siderata de la CDU, le ministre de la justice, initialement hostile à une loi, estime que celle-ci est équilibrée. Il a surtout fait en sorte que celle-ci soit conforme aux exigences de la Cour constitu- tionnelle fédérale de Karlsruhe. Celle-ci, en 2010, avait jugé qu’une précédente loi entrée en vigueur en 2008 allait trop loin. Le gouver- nement a aussi tenu compte de l’arrêt de la Cour de justice euro- péenne qui, en 2014, avait rejeté un projet de directive trop atten- tatoire aux libertés individuelles. Sabine Leutheusser-Schnarren- berger, ministre de la justice (Parti libéral-démocrate, FDP) dans le précédent gouvernement et qui avait toujours refusé une telle loi, reproche à son successeur d’avoir enfanté un « monstre de sur- veillance ». « Le gouvernement brocarde la sphère privée des ci- toyens pour des raisons populistes au lieu de se soucier enfin d’une réelle protection des données au niveau européen », critique-t-elle dans Die Welt. Les Verts dénon- cent, eux, une « rétention aveugle de données ». p

frédéric lemaître

a-t-il déclaré à l’Assemblée natio- nale le 15 avril. Je l’ai toujours trouvé étrange et j’ai recommandé à mes collaborateurs de s’en mé- fier. » De source judiciaire, on indi- quait que l’agenda de M. Sung ré- vélerait que les deux hommes se sont, en réalité, rencontrés 23 fois entre août 2013 et mars 2015. La Nouvelle Alliance politique pour la démocratie, le principal parti d’opposition, demande la démission du premier ministre. Même au sein du Saenuri, cer- tains appellent à son départ. « Que les accusations soient vraies ou non, estime Lee Jae-ho, député du parti au pouvoir, il doit quitter son poste. » La violence des attaques a incité la présidente Park à prendre ses distances avec les accusations formulées. « Nous ne ferons preuve d’aucune tolérance pour les coupables de corruption, a-t-elle déclaré le 15 avril. Le peuple ne leur pardonnera rien. »

Difficile de mesurer l’impact du scandale. Selon un sondage du 14 avril réalisé par Realmeter, la cote de popularité de la dirigeante est repassée sous les 40 %.

Fuite de documents

L’affaire Sung s’ajoute à celles qui ternissent l’image de l’administra- tion Park depuis son arrivée au pouvoir en février 2013. Outre les soupçons sur l’implication des services secrets, le NIS, pour soute-

nir sa campagne présidentielle en 2012, M me Park a été la cible de vives critiques fin 2014 dans l’af- faire dite du « Memogate ». A l’époque, une fuite de documents avait mis en évidence l’influence de Chung Yoon-hoe, un de ses proches, sur ses nominations. M. Chung connaît M me Park de- puis l’époque où elle était députée. Il était marié avec Choe Sun-chil, la fille d’un pasteur proche du prési- dent autoritaire Park Chung-hee,

Mme Park veut renflouer le « Sewol »

Un an tout juste après le naufrage du ferry Sewol dans lequel 304 personnes ont péri, la présidente sud-coréenne a fait droit, jeudi 16 avril, à une exigence essentielle pour les familles en- deuillées en promettant de renflouer le navire. « Je prendrai les mesures nécessaires pour récupérer le bateau dès que possible », a dit Park Geun-hye. Mais la promesse de remettre à flot le ferry de 6 825 tonnes, pour un coût estimé à 110 millions de dollars (103 millions d’euros), n’a pas suffi à apaiser la colère des familles, qui accusent les autorités d’indifférence et ont boycotté une cérémonie officielle.

père de l’actuelle dirigeante. L’af- faire du « Memogate » avait sus- cité des critiques sur l’opacité de la gestion de la présidence. Autre point noir de l’action de M me Park, son attitude relative au naufrage du Sewol. Le 16 avril cor- respond au premier anniversaire d’un drame qui a fait plus de 300 morts et disparus. Le flou continue d’entourer son emploi du temps le jour du naufrage. Elle était injoi- gnable pendant sept heures et aucune explication claire n’a été fournie sur cette « disparition ». Dans le même temps, M me Park a eu du mal à se choisir un premier ministre. Ce n’est qu’en février que Lee Wan-koo a remplacé Chung Hong-won, qui avait présenté sa démission en avril 2014, après le drame du Sewol. M. Lee avait alors promis une « guerre sans merci » contre la corruption. Une loi à ce sujet a même été adoptée début mars. p

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6 | planète

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

La Russie en proie à des incendies catastrophiques

Greenpeace dénonce la réaction tardive des autorités et le manque de moyens d’intervention

moscou - correspondante

L es maisons en bois parais- sent dévastées, comme si elles avaient été bombar- dées, tandis que sur les

routes couvertes de cendres, de ra- res véhicules circulent dans un paysage lunaire. Les vidéos amateur postées sur le site Internet YouTube offrent une vision saisissante des gigan- tesques incendies de prairie qui ont ravagé, depuis le 12 avril, des milliers de kilomètres carrés dans la province de Khakassie, dans le sud de la Sibérie. Et déjà, d’autres alertes ont été lancées en Trans- baïkalie, une région montagneuse du sud-est de la Russie, au-delà du fameux lac Baïkal, mais aussi dans la région Amour, le long de la fron- tière chinoise, où le service fédéral des forêts a recensé, mercredi 15 avril, dix-huit incendies sur une surface totale de 24 000 hectares. Mardi, Greenpeace Russie a lancé une pétition qui a récolté près de 8 000 signatures en quelques heu- res, pour réclamer davantage de moyens dans les régions. « La dissimulation des informa- tions sur les incendies, la réaction tardive pour les éteindre et la crainte de faire appel aux instances supérieures sont les trois principa- les raisons qui ont déjà conduit à de nombreuses catastrophes », souli- gne le texte de l’ONG. En Khakas- sie, la situation, dramatique, éveille les souvenirs cauchemar- desques de l’été 2010 durant lequel une cinquantaine de personnes avaient péri lors d’incendies dans l’ouest et le nord-est du pays. Cette fois, en Sibérie, 23 personnes sont mortes, trente villages ont été ra- sés, plus de 5 000 personnes ont perdu leur habitation, des dizaines de milliers d’hectares sont partis en fumée et, comme en 2010, l’état d’urgence a été décrété en plu- sieurs endroits. Les messages apaisants du mi- nistère russe des situations d’ur- gence selon lequel, mardi soir, la si- tuation était « sous contrôle » et les incendies maîtrisés, sont contre- dits par les témoignages. Le même jour, des habitants de Tchita, la ca- pitale de Transbaïkalie, diffusaient des images de la ville noyée sous

Les agriculteurs sont habitués à « nettoyer » leurs champs à la sortie de l’hiver en brûlant des herbes

une épaisse fumée rouge. Un peu plus loin au sud, un automobiliste

a filmé des voitures qui zigza-

guaient entre les flammes sur une route. Dans cette région, trois per- sonnes dont un enfant de 3 ans fi- gurent parmi les victimes, selon les autorités locales.

En réalité, plusieurs provinces du

sud et de l’extrême est de la Russie sont touchées. Et si la situation semble s’être calmée en Khakassie,

il n’en va pas de même ailleurs. A

plus de 7 000 kilomètres de Mos-

cou, dans la soirée de mercredi, un mur de feu était ainsi visible de- puis Blagovechtchensk, la capitale

de la région de l’Amour, tandis que

dans la région voisine de Bouria- tie, l’agence forestière locale signa- lait pour sa part, mercredi, 41 in- cendies et départs de feux.

« Idées fausses »

Pour la plupart, ces derniers sont dus à l’imprudence d’agriculteurs habitués à « nettoyer » leurs champs à la sortie de l’hiver en brûlant des herbes. Des tempéra- tures élevées pour la saison – 25 0 C en Khakassie au moment du dé- part des feux – et des vents forts ont fait le reste. « C’est une catas- trophe, ce qui s’est passé là-bas, mais ce qui nous inquiète le plus aujourd’hui, c’est la Transbaïkalie. Il nous est encore difficile d’évaluer la superficie détruite, mais une esti- mation modérée fait déjà état de 150 000 hectares, et nous nous at- tendons à une aggravation dans la région Amour », assure Alexeï Iaro- chenko, responsable du départe- ment des forêts à Greenpeace Rus- sie. Le service des forêts de Trans- baïkalie évalue pour sa part à « 104 000 hectares », la surface déjà en proie aux flammes. « Le printemps vient de commen-

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Régions touchées par les incendies
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cer, et il y a déjà des victimes », dé-
plore Greenpeace, qui dénonce la
rochenko, rien n’a changé, et les
moyens font toujours défaut. Le
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« combustion d’herbes » et met en

cause « la négligence des autori- tés ». « Chaque jour devient de plus en plus chaud, souligne l’organisa- tion. Des gens mettent le feu à cause d’idées fausses mais il n’est pas trop tard, les gouverneurs des régions peuvent encore prendre des mesures. » « Or, poursuit Alexeï Ia-

code forestier adopté en 2006 est complètement inefficace, comme l’ont déjà démontré les incendies de 2010, mais le gouvernement ne veut pas admettre ses erreurs. Le ministère des situations d’urgence est en soi une énorme structure, mais qui formellement n’est même pas responsable des forêts, alors

que les gardes forestiers, eux, n’ont pas d’argent. » Depuis le 12 avril, le

ministère a annoncé le déploie-

ment de plus de 6 000 hommes

pour combattre les incendies. Huit

avions et hélicoptères, des trains à incendie ont été mobilisés. Mais pour beaucoup, ces interventions sont souvent trop tardives. Le phénomène n’est pas nou- veau en Russie, où l’on parle même de « saison des feux », et l’approche de l’été, période généralement pro- pice aux incendies particulière- ment dangereux et difficiles à éteindre quand ils se logent dans la tourbe, ajoute à l’inquiétude, avec son cortège de conséquences sur l’environnement et la santé de la population. En 2010, à la suite de feux provoqués par une chaleur sans précédent, 11 000 décès sup- plémentaires avaient été enregis- trés à Moscou en deux mois. p

isabelle mandraud

LEXIQUE

trés à Moscou en deux mois. p isabelle mandraud LEXIQUE « SILOVIKI » Terme g énérique

« SILOVIKI »

Terme générique employé pour les gradés des forces de sécurité russes. Créé en 1994, le minis- tère des situations d’urgence en fait partie. Il emploie plus de 27 000 fonctionnaires et est appelé à gérer les crises en Russie, depuis les naufrages en mer jusqu’aux feux de forêt, en passant par la formation du personnel russe en cas d’épidémie d’Ebola sur le territoire de la Fédération. Dirigé depuis 2012 par Vladimir Poutchkov, ce ministère très populaire supervise également les convois d’aide humanitaire russes envoyés par Moscou dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine.

L’EPR de Flamanville placé sous surveillance

L’Autorité de sûreté nucléaire souligne la nécessité d’une mise à niveau des réacteurs français

L e rapport annuel de l’Auto- rité de sûreté nucléaire (ASN) sur « l’état de la sûreté

et de la radioprotection en France » est, traditionnellement, l’occasion de décerner bons et mauvais

points aux exploitants. Le bilan de l’exercice 2014, présenté mercredi 15 avril devant l’Office parlemen- taire d’évaluation des choix scien- tifiques et technologiques, s’en est démarqué, rattrapé par l’actualité.

A commencer par les « anomalies

de fabrication » de la cuve de l’EPR de Flamanville (Manche). « Il faudra qu’on ait une convic- tion forte, une quasi-certitude, une conviction absolue » sur la fiabilité de ce « composant crucial » avant d’autoriser sa mise en service, a af- firmé le président de l’ASN, Pierre- Franck Chevet. « Je ne présage en

aucune manière de la décision qui sera prise, compte tenu de l’impor- tance de l’anomalie, que je qualifie de sérieuse, voire très sérieuse », ajoute-t-il. Début avril, l’ASN a fait état de dé- fauts sur cette pièce fabriquée par Creusot Forge, filiale d’Areva, dans son usine de Chalon-Saint-Marcel (Saône-et-Loire). Ces défauts, qui touchent le couvercle et le fond de

la cuve du réacteur, conduisent à

« des valeurs de résilience [capacité

d’un matériau à résister à la propa- gation de fissures] plus faibles qu’attendues ». Un diagnostic alar- mant pour un équipement qui constitue le cœur de la chaudière nucléaire, et qui doit pouvoir sup- porter de violents chocs thermi- ques. Areva et EDF ont annoncé une nouvelle campagne d’essais de qualification, dont les résultats, at- tendus à l’automne, seront exper-

tisés par l’ASN et l’Institut de radio- protection et de sûreté nucléaire (IRSN). M. Chevet a indiqué qu’il n’excluait pas de faire appel à des experts étrangers pour les assister. Que se passera-t-il si les nou- veaux tests ne lèvent pas les dou- tes sur la résistance de la cuve de l’EPR, dont la durée de vie prévue est de soixante à cent ans ? Dans ce cas, « je ne vois pas d’autre solution que la changer », répond le patron de l’autorité de contrôle. Cela,

La facture de l’EPR a déjà grimpé de 3,3

à 8,5 milliards d’euros

quels qu’en soient le coût et les conséquences sur le chantier. La cuve du réacteur de Flaman- ville, qui mesure 13 m de hauteur avec son couvercle et plus de 5 m de diamètre, a été posée en jan- vier 2014. Elle a été positionnée dans le « puits de cuve » situé au centre du bâtiment réacteur, et elle est déjà raccordée et soudée aux tuyauteries du circuit primaire de refroidissement. Un remplace- ment entraînerait de nouveaux re- tards et surcoûts, alors que le ca- lendrier a déjà dérivé de plus de cinq ans – la mise en service, pré- vue en 2012, a été repoussée à 2017 –, et que la facture a grimpé de 3,3 à 8,5 milliards d’euros. « Hormis les questions économi- ques, il serait possible pour EDF de changer la cuve et d’en refaire une, car le réacteur est encore en cons- truction », a déclaré il y a quelques jours, à l’Agence France-Presse, Thierry Charles, directeur général adjoint de l’IRSN. Pour Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France, une cuve est au contraire « a priori irremplaçable » une fois posée. Les nouveaux déboires de l’EPR s’inscrivent dans un contexte mar- qué par la « nécessaire mise à ni- veau » de la sûreté des installa-

tions nucléaires françaises, souli- gne M. Chevet. « On arrive à la fin d’un cycle industriel », explique- t-il. Les cinquante-huit réacteurs du parc électronucléaire hexago- nal sont vieillissants et, entre 2019 et 2025, près de la moitié d’entre eux auront atteint une durée de vie de quarante ans, celle pour la- quelle ils ont été conçus.

« Chantiers complexes »

« Une éventuelle prolongation n’est nullement acquise », dit le prési- dent de l’ASN. Il voit dans le réexa- men de sûreté approfondi qui sera mené lors de la visite décennale des quarante ans « un enjeu com- parable à celui qu’a représenté la construction des réacteurs » dans les années 1970 et 1980. Les travaux préalables à une pro- longation, ainsi que les mesures de renforcement imposées à la suite de la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011 au Japon, constituent « des chantiers extrêmement lourds et complexes », insiste l’ASN. Ils exigent que les réacteurs « se rapprochent des meilleurs stan- dards de sûreté ». Ceux qui étaient jusqu’ici attribués à l’EPR… avant qu’on y découvre une cuve à l’acier déficient. p

pierre le hir

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

france | 7

Impôts locaux: la droite fustige l’exécutif

Des maires UMP évoquent la baisse des dotations d’Etat pour justifier la hausse de la fiscalité dans leur ville

L a question des impôts lo- caux est devenue, en quelques jours, un enjeu d’affrontement politique

entre le gouvernement et l’oppo- sition. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs conseils muni- cipaux de grandes communes ont voté des budgets comportant une hausse de la fiscalité locale, pour pallier, assurent les élus, la baisse des dotations de l’Etat. L’opposition fustige l’« hypocri-

sie » du gouvernement, qui « ferme le robinet de l’argent » aux collectivités territoriales tout en leur faisant supporter des charges nouvelles. Mercredi 15 avril, à l’Assemblée nationale, c’est Manuel Valls lui- même qui est monté au front pour dénoncer à son tour la « dé- magogie » et la « schizophrénie »

de la droite. « Plusieurs municipa-

lités ont justifié des hausses parti- culièrement élevées des impôts lo- caux par la baisse des dotations de l’Etat, a répondu le premier minis- tre lors des questions au gouver- nement. Mais la hausse des im- pôts locaux n’est ni générale ni massive, contrairement à ce que je lis ou entends. Les élus sont libres de choisir leur gestion, mais s’ils augmentent les impôts locaux, qu’ils se justifient devant les élec-

« La hausse des impôts n’est ni générale ni massive, contrairement à ce que je lis ou entends »

MANUEL VALLS

premier ministre

teurs et surtout qu’ils respectent les engagements qu’ils ont pris au cours des campagnes électorales. Les renier, un an après, c’est mettre

en cause la crédibilité de l’action et de la parole politiques. »

Y a-t-il, alors, une flambée des

impôts locaux ? La réalité n’est pas si simple. Même si les hausses décidées ces derniers jours con- cernent surtout de grandes villes.

A droite comme à gauche

Ainsi, à Toulouse, Jean-Luc Mou- denc (UMP) a décidé une hausse de 15 % de la taxe d’habitation et

de la taxe foncière, pour une aug- mentation des recettes fiscales de

30 millions d’euros sur un budget

global de 650 millions, alors que

la baisse de ses dotations s’élève à

12 millions d’euros. A Bordeaux,

Alain Juppé (UMP) augmente la

fiscalité locale de 5 %. A Mon-

tauban, Brigitte Barèges (UMP) a décidé une hausse de 3 % de la taxe d’habitation et de la taxe fon- cière sur le bâti.

A Marseille, Jean-Claude Gau-

din (UMP) augmente de 4,9 % les taxes d’habitation et foncière,

soit une hausse moyenne de

139 euros par foyer fiscal. A Tours,

Serge Babary (UMP) augmente de 4,2 % les impôts locaux. A Nice, Christian Estrosi (UMP) a choisi de faire passer l’abattement sur la taxe d’habitation de 15 % à 10 %, ce qui équivaut à une hausse de la fiscalité locale comprise entre 2 % et 5 %. A Hyères, Jean-Pierre Giran (UMP) augmente les impôts lo- caux de 4,3 %. Ces hausses ne s’appliquent toutefois pas que dans des muni- cipalités de droite. A Strasbourg, Roland Ries (PS) augmente les impôts locaux de 3 %. A Lille, diri- gée par Martine Aubry (PS), la taxe foncière sur le bâti passe de 23,56 % à 29,06 %, soit une hausse

Une dotation de l’Etat réduite de 11 milliards

Dans son programme pour 2012, l’UMP prévoyait une baisse de 10 milliards d’euros

A u premier rang des argu-

ments invoqués par les

communes ayant décidé

d’augmenter leur fiscalité locale, figure la baisse de la dotation glo- bale de fonctionnement (DGF) at-

tribuée par l’Etat. Dans le cadre du programme de 50 milliards d’euros d’économies décidé

en 2014, les collectivités vont en ef-

fet contribuer pour 11 milliards d’euros sur trois ans, soit une di- minution de 3,67 milliards d’euros par an. Les dotations de l’Etat avaient déjà été réduites de 1,5 mil- liard en 2014.

Dans son programme pour 2012, l’UMP prévoyait de baisser de

10 milliards d’euros les dotations

aux collectivités. Cette dotation re-

présente 28 % des ressources tota-

les des collectivités. La DGF du bloc communal (21 milliards d’euros en 2015), représente quant à elle

57 % de la dotation globale. Elle se

répartit entre 69 % (14,6 milliards) pour les communes et 31 % (6,4 milliards) pour les intercom-

munalités. Les écarts de dotation,

y compris entre communes de

même strate démographique, res- tent importants, en dépit de la pro- gression de l’objectif de péréqua- tion. La baisse des dotations doit ce- pendant être minorée de plusieurs dispositions prises en parallèle. Elle s’est en effet accompagnée d’une majoration de la dotation de solidarité rurale et d’une modifica-

tion du fonds de compensation de la TVA pour un montant global de

250 millions d’euros, ce qui réduit

la baisse réelle à 3,4 milliards. En outre, les collectivités bénéficient en 2015 de l’augmentation de 0,9 % des bases d’imposition, alors que l’inflation est à zéro, ce qui leur procure mécaniquement un sur- plus de ressources de 580 millions d’euros. « Sans changer les taux d’imposition, les deux tiers des re- cettes des collectivités territoriales augmentent naturellement », sou- ligne le secrétaire d’Etat chargé du budget, Christian Eckert.

Dans son dernier rapport sur les finances publiques locales, publié

en octobre 2014, la Cour des comp- tes déplorait que les dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales continuent d’aug- menter plus vite que leurs recet- tes. La masse salariale a progressé

de 3,1 % en 2013, après 3,5 % en 2012. « Cette évolution, notait la Cour, découle notamment de la triple hausse des effectifs, des rémunéra- tions indiciaires et des régimes in-

demnitaires. Elle résulte également, mais pour une part minoritaire, de décisions de l’Etat qui échappent aux collectivités. » Dans le même rapport, elle dénonçait l’augmen- tation de 26 % des effectifs dans le bloc communal (mairie-intercom- munalité) entre 2000 et 2011, ap- pelant à une « nécessaire rationali- sation ». p

p. rr

de 23 %, mais la taxe d’habitation ne bouge pas. A Lyon, Gérard Col- lomb (PS) augmente les impôts locaux de 5 %. La palme des haus- ses revient à Cugnaux (Haute-Ga- ronne), où la nouvelle municipa-

lité, dirigée par un maire Mo- Dem, a décidé d’augmenter les impôts locaux de 30 % ! D’autres grandes villes, cependant, à com- mencer par la capitale, mais aussi Montpellier, Nantes, Metz, Rouen ou Toulon et de nombreu- ses autres, ainsi que l’immense majorité des communes de moindre importance, ne sacri- fient pas à la tentation d’augmen- ter leur fiscalité locale. Les municipalités qui ont décidé une augmentation justifient leur choix, en premier lieu, par la

baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, dans le cadre des 50 milliards d’euros d’économies engagés sur trois

« La hausse des impôts est le résultat de l’incurie des socialistes »

JEAN-CLAUDE GAUDIN

maire de Marseille

ans : les collectivités en suppor- tent 11 milliards, soit 3,67 mil- liards pour 2015. Elles mettent également en cause les charges supplémentaires auxquelles elles ont à faire face, avec notamment la réforme des rythmes scolaires. Certains nouveaux élus évoquent aussi le legs d’investissements surdimensionnés laissé par leurs prédécesseurs. Point commun à ces édiles : ils avaient tous fait

campagne, avant les élections municipales de mars 2014, sur la promesse de ne pas les augmen- ter. « Sauf transfert de charges de l’Etat », plaide Jean-Claude Gau- din, qui estime que « la hausse contrainte des impôts est le résul- tat de l’incurie des socialistes ». « J’avais dit que, à périmètre cons- tant, nous n’augmenterions pas les impôts », se défend pour sa part Alain Juppé.

« Assumer ses responsabilités »

Tous jurent que ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils se sont rési- gnés à le faire. Pour une ville comme Lille, même si aucune hausse de la fiscalité locale n’est intervenue depuis 2001, celle de la taxe sur le foncier bâti va rap- porter 14 millions d’euros de re- cettes supplémentaires, quand la baisse des dotations de l’Etat re- présente 9 millions d’euros, sur

un budget global de 476 millions d’euros. « Je préfère une hausse une fois pour toutes en m’enga- geant pour le reste du mandat », justifie Martine Aubry. « Je suis contre l’austérité », déclare quant à lui le maire de Toulouse, Jean- Luc Moudenc. « Ce n’est pas le gouvernement qui augmente les impôts dans les collectivités territoriales, rappelle le ministre des finances, Michel Sapin. Chacun doit assumer ses responsabilités en évitant de les re- porter sur d’autres. » Le gouverne- ment veut éteindre au plus vite cette polémique naissante, qui relance le débat sur le « matra- quage fiscal » au moment même où il entend mettre en avant les baisses d’impôt sur le revenu qui bénéficieront cette année à 9 millions de ménages modestes et moyens. p

patrick roger

d’impôt sur le revenu qui bénéficieront cette année à 9 millions de ménages modestes et moyens.

8 | france

F R O N T

N AT I O N A L

0123

VENDREDI 17 AVRIL 2015

Marine Le Pen rattrapéeparl’affaire du financement du FN

Imprimeurs imposés, signatures imitées, prêts suspects… Les candidats aux législatives de 2012 ont raconté aux enquêteurs les dessous de leur campagne

ont raconté aux enquêteurs les dessous de leur campagne Tout est parti d’un candidat étonné de

Tout est parti d’un candidat étonné de recevoir 17 400 euros sur son compte

adressé à ses sous-traitants impri- meurs, il lance la campagne et pré- cise ceci : « Je vous donne la version définitive des kits de campagne auxquels doivent souscrire tous les candidats. » Autre obligation, les candidats doivent faire appel aux services de l’expert-comptable pa- risien Nicolas Crochet, co-com- missaire aux comptes de Jeanne.

« Situations inacceptables »

Le 28 mars 2013, la CNCCFP dé- nonce auprès du parquet de Paris la « complexité du montage » qui peut « certainement conduire à des situations inacceptables ». Pour la Commission, les « deux organis- mes Riwal et Jeanne ne sont que des émanations directes du Front na- tional ». Du coup, les « prestations sont unilatéralement arrêtées par le parti », et les « dépenses facturées peuvent être surévaluées ». Dans les mois suivants, la brigade finan- cière examine les bilans de Riwal et Jeanne. Selon Tracfin, l’orga- nisme antiblanchiment de Bercy, Riwal a enregistré « entre avril 2012 et janvier 2014 des mouvements créditeurs provenant pour une large part de Jeanne, à hauteur glo- bale de près de 7 millions d’euros ». Les responsables du FN tentent de s’en expliquer auprès de la CNCCFP. En pure perte. D’autant que les policiers relè- vent les marges bénéficiaires im-

portantes obtenues par Riwal :

2,43 millions d’euros, jusqu’à

44,5 %, selon les calculs des assis- tants spécialisés du pôle financier.

« Je suis une entreprise privée donc

je fais les marges que je veux », se justifie devant les policiers M. Cha- tillon. Les imprimeurs, eux, n’ont pas eu le choix. Le système choisi leur est expliqué dans un salon de réception, près de Nanterre, en présence des Le Pen père et fille. Jean-Philippe Tauran, président d’Imprimatur, s’en souvient de- vant les enquêteurs : « On nous a expliqué qu’il y aurait une société en charge de la gestion des docu- ments électoraux, à savoir Riwal, et que c’était à prendre ou à lais-

ser. » Riwal n’est pas la seule struc- ture à profiter du système. Nico- las Crochet, l’expert comptable, empoche pour sa part 657 630 euros pour la campagne des élections législatives, « un montant particulièrement impor- tant » pour la justice. Dans un rapport de synthèse, la brigade financière dénonce des

« faux et des documents antidatés

ayant permis un remboursement par l’Etat d’un montant apparem-

ment plus élevé que le coût réel, et ce de façon systématique ». Les ju- ges parlent désormais de

« manœuvres frauduleuses ». p

gérard davet et fabrice lhomme

C e sont juste quelques mots, piochés au cours d’une conversation télé- phonique, mais ils si-

gnent l’implication personnelle de Marine Le Pen dans l’affaire visant le financement de son parti. Ce mercredi 15 avril 2014, c’est la pani- que au FN. Les policiers multi- plient les auditions, sur la piste d’un financement illégal de la campagne des élections législati- ves 2012. Imprimeurs imposés, si- gnatures imitées, prêts suspects… Un expert-comptable, Nicolas Cro-

chet, est en ligne de mire, et la liste des délits possibles s’allonge. Axel Loustau, le trésorier de Jeanne, un microparti satellite du FN, relate alors l’énervement de sa patronne, dans une conversation téléphonique avec Frédéric Cha- tillon, autre membre de la galaxie frontiste, patron de la société Riwal, une interface commerciale imposée aux 559 candidats du FN. Les policiers sont à l’écoute :

« J’viens d’avoir Marine, elle est un

peu agacée », indique M. Loustau. Réponse de M. Chatillon : « Elle est

au courant de tout depuis le dé-

but… » Réplique de M. Loustau :

« Nous faut qu’on ferme notre gueule (…). J’vais te dire, avant qu’on soit mis en examen hein, moi, chez Jeanne, j’ai les couilles propres. » Pas très visionnaire sur le coup, M. Loustau a été mis en examen un an plus tard, en mars 2015, pour

« escroquerie ». Dans un procès-

La société Riwal est une interface commerciale, imposée aux 559 candidats du FN lors des élections de 2012

émerge de l’enquête menée par les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi, chargés de démêler le système alambiqué de finance- ment « obligatoire » mis en place. En témoigne le cas de ce peintre en bâtiment à la retraite en Haute- Savoie, Patrick Chevallay. Il est de toutes les élections. Tant pis si cela l’expose à quelques visites dé- sagréables de policiers. Comme en ce mois d’avril 2014, quand la police vient lui demander de dé- crire par le menu le financement de sa campagne, en 2012. Ces dé- tails ne l’intéressent pas, manifes- tement. Pourquoi avoir choisi tel mandataire financier, par exem- ple ? « Elle était du Front national

et elle était jolie fille, dit-il, je pré- fère une jolie fille qu’un mec pas beau. » Argument imparable. Comme son amour des mee- tings : « On a fait tous les meetings possibles, se souvient-il, mais il n’y

a jamais personne dans ces réu-

nions, c’est histoire de boire un coup et de prendre un casse- croûte. » Les enquêteurs n’en sau- ront guère plus. D’ailleurs, M. Chevallay n’a pas donné suite, non plus, aux courriers de la Com- mission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), lorsque cel- le-ci lui a demandé des précisions sur diverses irrégularités relevées.

« Oui, j’en ai reçu, mais moi je les ai

déchirés… », relate l’ex-candidat. M. Chevallay n’est pas un cas isolé. Procédant par échantillons, les enquêteurs se sont concentrés sur le Puy-de-Dôme, la Savoie et la Haute-Savoie, afin de mieux com- prendre le système de finance- ment mis au point par le FN pour les législatives de 2012. Ils ont sou- vent obtenu les mêmes réponses à leurs interrogations. Véronique

Drapeau, candidate dans la 1 ere cir- conscription de Savoie, s’est sou- venue : « Nous avons été obligés de

prendre l’expert-comptable de Pa- ris », convenant avoir « signé plu- sieurs documents » sans en « avoir pris connaissance ». Les enquêteurs sont repartis avec le vague sentiment d’avoir été menés en bateau. « Nous avons pu constater que les derniers candi- dats perquisitionnés et entendus semblaient nous attendre et con- naître à l’avance les réponses à nos questions », relève ainsi une capi- taine de police, le 10 avril 2014, dans un rapport adressé à sa hié- rarchie. Mais certaines langues se sont déliées. Tout est parti du courrier d’un certain Gérald Perignon, candidat dans le Puy-de-Dôme. Juste après les élections, il reçoit

verbal lié aux écoutes, la brigade fi- nancière note que « Marine Le Pen s’enquiert et est informée du choix des imprimeurs et de la répartition des quantités pour chacun d’eux et semble influencer ces décisions. Elle est en lien direct avec Nicolas Cro- chet et se tient très au courant au sujet de Chatillon, des articles de presse le concernant ainsi que con- cernant Loustau, Jeanne et Riwal. Elle semble d’ailleurs en être contra- riée et être informée et au courant de tout », concluent les policiers.

Qui notent par ailleurs, à propos de M. Chatillon, placé sur écoute, « qu’il informe Marine Le Pen de [leurs] investigations ».

« Elle était du FN et jolie fille »

Elle sait tout, notamment, de cette campagne des législatives, en 2012, où le FN a dû faire face à ses deux maux classiques : peu de moyens financiers, et des candi- dats souvent inexpérimentés.

C’est en effet ce double constat qui

un chèque de 17 400 euros sur son compte personnel. En préfecture, on lui indique qu’il s’agit là du

remboursement de sa campagne, qui ne lui a coûté que… 450 euros. Il avait consenti un prêt auprès de la structure Jeanne, sans même s’en rendre compte. Et pour cause : sa signature avait été con- trefaite. Etonnement, énerve- ment : il écrit le 2 février 2013 à la CNCCFP, et rappelle que sa fédéra- tion frontiste lui avait dit ceci :

« que je faisais chier de téléphoner à Paris ou à la préfecture au sujet de cette somme et que je devais la renvoyer à l’association Jeanne sans me poser de questions. » La Commission s’en pose, elle, des questions. Le FN, en 2012, a opté pour un financement mutua- lisé de ses candidats en leur impo- sant des « kits de campagne ». C’est l’entreprise Riwal, dirigée par M. Chatillon, très impliqué dans Jeanne, qui fournit le matériel. Le 2 mai 2012, dans un mail

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Les manœuvres financières du parti durant les élections de 2012

considérés comme illégaux par les ju- ges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi, les tours de passe-passe financiers aux- quels le Front national a eu recours lors des dernières élections présidentielle et légis- lative, au printemps 2012, sont de diverses natures. Il y a d’abord les soupçons d’« escroque- rie », en l’occurrence le fait d’avoir proposé aux candidats du FN l’achat de « kits de cam- pagne » coûtant 16 650 euros, ensuite factu- rés à l’Etat. Composés de tracts, affiches et si- tes Web, ces kits, vendus par la société Riwal à l’association Jeanne, le microparti du FN, étaient ensuite revendus aux candidats. Ils leur auraient en fait été largement surfactu- rés, « dans l’unique but de majorer des dépen- ses électorales remboursables ». « Certaines prestations étaient basées sur des fausses fac-

tures », assurent même les juges. Par ailleurs, ces kits auraient été imposés aux candidats, ce que proscrit le code élec- toral. C’était « la contrepartie obligatoire de leur investiture », notent les enquêteurs. Surtout, pour financer l’achat des kits, les candidats frontistes aux législatives se sont tous vu proposer par Jeanne des prêts, as- sortis d’un taux d’intérêt (6,5 %) bien supé- rieur à celui des banques. L’occasion pour Jeanne d’empocher une plus-value aux dé- pens des contribuables.

« Dons déguisés »

« Les conventions de prêts entre les candi- dats et Jeanne semblaient antidatées », ont par ailleurs noté les enquêteurs dans un rapport de synthèse. « Ces faux, con- cluent les policiers, permettaient le rem-

boursement par l’Etat de dépenses de campagne dont la réalité, mais aussi le vé- ritable besoin étaient difficilement vérifia- bles, dépenses qui semblaient surfacturées au bénéfice de l’association Jeanne et de la société Riwal. » Les faits de « financement illicite de parti politique » – et de « campagne électorale » – visent pour l’essentiel les relations inces- tueuses entretenues par le FN avec Riwal. Les juges reprochent à Riwal d’avoir salarié, en mai et juin 2012, deux proches de M me Le Pen, David Rachline et Nicolas Bay, alors en campagne pour les législatives. « Lesdits sa- laires versés par la SARL Riwal uniquement pendant les campagnes présidentielle et lé- gislatives 2012 s’analysent en dons déguisés aux candidats », concluent les juges. p

g. da. et f. lh.

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

0123 VENDREDI 17 AVRIL 2015 VERBATIM Il faut prévenir Marie . Comme je n’ai pas vrai-

VERBATIM

0123 VENDREDI 17 AVRIL 2015 VERBATIM Il faut prévenir Marie . Comme je n’ai pas vrai-

Il faut prévenir Marie.

Comme je n’ai pas vrai-

ment d’ascendant sur elle… et que je pense qu’elle est un peu ingérable… Il faudrait pas qu’elle se mette à parler à la presse… Il faut pas qu’elle se mette à table, voilà… »

«

Frédéric Chatillon, le patron de Riwal, dans une conver- sation téléphonique inter- ceptée par la police le 15 avril 2014, à 15 h 58, faisant part de ses craintes concernant son ex-femme, Marie d’Herbais, confidente de Jean-Marie Le Pen et candidate FN dans la Sarthe, lors des élections législatives 2012.

Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 10 juin 2012.

CYRIL BITTON POUR « LE MONDE »

«Si Jean-Marie veut faire ce qu’il veut, il démissionne»

Les jeunes militants du Front national soutiennent la présidente du parti. Selon eux, « elle devait faire des choix » face à son père

O fficiellement, ils sont ve- nus pour parler de l’im- migration. C’est même

écrit sur un tableau à feuilles, le genre de support qui trônait au milieu des salles de classe dans les années 1990 : « l’immigration, une triple insécurité ». « Oui, le sujet est original », convient dans un sou- rire Gaëtan Dussausaye, directeur national du Front national de la jeunesse (FNJ). Il est venu prodi- guer, mercredi 15 avril, quelques éléments de langage à une ving- taine de militants réunis dans les locaux du FN, à Paris. « Nous avions raison trop tôt », poursuit le jeune homme, louant le rôle « précurseur », selon lui, de Jean- Marie Le Pen. C’est la seule fois où le nom du cofondateur du FN est cité durant son interven- tion, mais il revient dans toutes les conversations. Ses entretiens des dernières se- maines à RMC, et plus encore à Ri- varol, continuent de faire débat, alors qu’une procédure discipli- naire est toujours pendante contre lui. Le bureau politique du FN doit par ailleurs se réunir, vendredi 17 avril, pour entériner la candida- ture de Marion Maréchal-Le Pen aux élections régionales en Pro- vence-Alpes-Côte d’Azur, en lieu et place de son grand-père. Dans cette génération engagée au FN de « Marine » depuis seule- ment quelques années, voire quelques mois, la fermeté dé- montrée par la présidente du parti contre son père est approu- vée par tous. « Il a créé un parti qui le dépasse. Le FN, ce n’est pas Jean- Marie. Je ne suis pas contre lui, mais il n’y a pas de sentiments en politique, Marine devait faire des choix », plaide Nicolas Demarez,

« Le FN, ce n’est pas Jean-Marie. (…) Il n’y a pas de sentiment en politique »

NICOLAS DEMAREZ

militant FN depuis 2011

militant depuis 2011. L’intervention de Gaëtan Dus- sausaye est finie, l’heure est à l’apéritif. « L’UMP aurait dû dispa- raître avec Bygmalion, mais les gens s’en foutent, ils oublient. Ils

vont oublier ça aussi », veut croire Cyril Bellier, une cannette de bière

à la main. « Peut-être, mais des op-

posants politiques ou des journa- listes ne vont pas manquer de le ressortir », lui répond Nicolas. Il poursuit. « Le parti a des ambi- tions, une ligne, celle de Marine. Si Jean-Marie veut faire ce qu’il veut, il démissionne et il devient chroni- queur TV. On a l’impression de re- tourner en arrière. »

« Cote d’amour dans le parti »

La plupart s’accordent néan- moins à dire que Florian Philip- pot, le vice-président du parti, est allé trop loin en jugeant « préféra- ble » que le vieux chef de file fron- tiste se retire du mouvement qu’il

a contribué à créer. « Il a exagéré, il

a réagi un peu trop instinctive- ment », juge Nicolas.

Gaëtan Dussausaye, 21 ans, et adhérent depuis 2011 − « J’en ai vu des choses, ici » , ferait presque fi- gure d’ancien. « Jean-Marie, il s’est engagé avant même que je sois né,

je le respecte. Mais il y a une ligne, et

tout le monde la suit. Florian Philip-

pot a émis un avis personnel, je ne l’aurais pas dit en ces termes pour ma part », assure-t-il. Si Jean-Marie Le Pen bénéficie encore, à 86 ans, d’une « cote d’amour dans le parti », comme l’assure Cyril, ses soutiens sont presque inexistants. « Il y a eu un apport de militants très important avec l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN en 2011. Certains étaient jusque-là repoussés par la personnalité de Jean-Marie Le Pen, analyse le politologue Sylvain Cré- pon. Et dans le même temps, Ma- rine Le Pen a su rétribuer ceux qui étaient proches de son père, ils ont vu que la ligne de la nouvelle prési- dente était la plus prometteuse. Aujourd’hui, la sociologie du mou-

vement n’est pas différente d’avant en termes d’origine sociale, mais de sensibilité politique. » Cependant, cette mutation s’inscrirait dans un cycle politi- que relativement banal. « Le corps militant frontiste n’a jamais cessé d’être en constant renouvellement depuis la création du parti, un re- nouvellement générationnel mais aussi doctrinal ont ensemble ou tour à tour occupé les rangs du parti », écrit Alexandre Dézé, maî- tre de conférences à l’université Montpellier-1, dans une étude que vient de publier l’Observatoire des radicalités politiques (Le « Nouveau » Front national en

question).

Depuis les nationalistes-révolu- tionnaires jusqu’aux lepénistes, mégrétistes ou marinistes, les mues ont en effet été nombreuses. Mais elles avaient un point com- mun jusque-là : Jean-Marie Le Pen représentait la figure incontour-

nable du Front national. p

olivier faye

france | 9

UMP: le nouveau nom suscitedespolémiques

Sarkozy a choisi d’appeler le parti « Les Républicains »

C’ est décidé. Nicolas Sarkozy veut renommer l’UMP « Les Républi-

cains », lors du congrès de refon- dation du parti, prévu le 30 mai, à Paris. Le président de l’UMP l’a confirmé à sa garde rapprochée, estimant que le concept de Répu- blique est « celui qui rassemble le plus » et reste difficile à attaquer. Il le met désormais en avant pour justifier ses positions les plus con- troversées. Récemment, il a par exemple dit vouloir interdire les menus de substitution dans les cantines scolaires au nom de « la défense des valeurs républicaines ». En changeant la dénomination de son parti, l’ancien chef de l’Etat cherche à tourner la page de deux ans de divisions internes, marqués par la guerre Copé-Fillon, et à faire oublier un acronyme attaché à plusieurs dossiers judiciaires, no- tamment celui de l’affaire Bygma- lion. L’opération ne va pas pour autant effacer d’un coup de ba- guette magique les différentes en- quêtes qui concernent la droite. Outre sa volonté de priver le Front national de l’argument de l’« UMPS », M. Sarkozy voit dans cette nouvelle appellation un moyen de s’approprier la forma- tion créée en 2002 par Jacques Chirac et son rival Alain Juppé, afin d’en faire une machine de guerre à sa main pour 2017. Il es- père aussi symboliser le renouvel- lement du parti promis lors de

son retour, quand il s’était engagé à le « transformer de fond en com- ble » pour « bâtir la formation po- litique du XXI e siècle ». Or, sept mois plus tard on est loin de la ré- volution annoncée. Les nouveaux statuts, qui doivent être approu- vés le 5 mai, n’entraînent pas de mutation profonde dans le fonc- tionnement du parti.

« Communication politique »

Pour les rivaux de M. Sarkozy, la manœuvre vise surtout à donner l’impression que tout change quand seule la façade est repeinte. « Le changement de parti se ré- sume à son changement de nom, car les nouveaux statuts n’introdui- sent pas de grande différence », es- time le député Benoist Apparu, proche d’Alain Juppé. Autre sou- tien du maire de Bordeaux, le dé- puté Edouard Philippe évoque dans Le Figaro une opération de « communication politique ». Pour lui, « le fond est plus important que le nom, et la clarification doctrinale plus décisive qu’un nouveau logo ». « Le terme de républicainsne me pose pas de problèmes, mais ce changement ne s’imposait pas », abonde Bruno Le Maire. « Modifier le nom du parti n’est pas la préoccu- pation majeure des Français. L’es- sentiel, c’est d’apporter des solu- tions à leurs problèmes et de les ré- concilier avec la politique, au lieu de nous regarder nous-mêmes », dé- clare-t-il au Monde. « Ce qui doit

être révolutionnaire, c’est nos pro- positions », estime le député de l’Eure, qui préférait mettre en avant le terme de « nation » plutôt que celui de « République ». D’autres, à l’UMP, jugent « risqué de casser la marque UMP », alors qu’elle a permis à la droite de l’em- porter aux élections départemen- tales. « Est-ce bien utile de changer le nom de l’UMP après une telle vic- toire ? », a ainsi demandé l’ex-pa- tron du parti, Jean-François Copé, lors du bureau politique du 31 mars. Autre inconvénient, selon M. Philippe : la « tonalité très américaine » du nom « Les Répu- blicains ». « C’est la droite améri- caine. Nicolas Sarkozy est à ce point fasciné par M. Bush qu’il en a repris le sigle. Ils ont même le Tea Party avec La Droite forte », raille le pre- mier secrétaire du PS, Jean-Chris- tophe Cambadélis. La majorité dénonce « une capta- tion d’héritage » de la part de l’UMP, accusée de s’approprier le nom « Les Républicains ». Le se- crétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, parle même d’« abus de pouvoir ». Dans une tribune publiée dans Le Monde (15 avril), l’historien Jean- Noël Jeanneney a lui aussi dé- noncé ce choix, en soulignant que « la République appartient à tous, et ne saurait être confisquée par un seul parti ». p

alexandre lemarié

que « la République appartient à tous, et ne saurait être confisquée par un seul parti

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

Taubira, uneministre dans la tempête

Cible de l’UMP, la garde des sceaux est désavouée par une partie du PS

L e jour où je ne suis pas soli- daire du gouvernement, je m’en vais », a déclaré Christiane Taubira dans

un entretien à L’Obs, le 2 avril. La ministre de la justice ne s’en étant pas encore allée, il faut donc en conclure qu’elle est toujours soli- daire de l’équipe de Manuel Valls et

de François Hollande. C.Q.F.D. La si- tuation est en réalité plus com- plexe, et la garde des sceaux n’en finit pas de prendre sur elle pour ne pas provoquer une crise politi- que qui pourrait fortement gréver

la fin du quinquennat du chef de

l’Etat.

Mais que fait encore

M me Taubira dans cette galère ? La

question se pose après le dernier camouflet qu’elle a reçu dans la soirée du 14 avril avec le rejet de son amendement qui visait à écarter les surveillants pénitenti- aires du projet de loi renseigne- ment. La position de la ministre, pourtant officiellement partagée par le gouvernement, a été désa-

LE CONTEXTE

partagée par le gouvernement, a été désa- LE CONTEXTE DÉPART Troisième directeur de cabinet de Christiane

DÉPART

Troisième directeur de cabinet de Christiane Taubira depuis 2012, Gilles Le Chatelier cesse ses fonctions à compter du 16 avril. Il avait été choisi le 9 avril 2014.

vouée par 68 voix contre 38, dont celles de l’opposition UMP et UDI, rejointe par 18 députés PS, parmi lesquels plusieurs proches du pre- mier ministre, comme le rappor- teur de la loi, Jean-Jacques Urvoas. Les députés de l’aile gauche du PS ont dénoncé une « faute politi- que » de la part de leurs camara- des, y voyant une « manœuvre » des amis de M. Valls pour mettre en difficulté M me Taubira avec qui les rapports sont plus que frais de- puis 2012. Face à une telle gifle, elle tente de

faire bonne figure. « On a eu le soutien de la majorité des députés socialistes et l’amendement n’est

pas passé à cause d’un axe politi- que entre Jean-Jacques Urvoas et la droite. On le regrette, surtout pour lui », répond son entourage. Mais M me Taubira ne s’avoue pas vaincue. « On ne va pas lâcher l’af- faire, on déposera de nouveau l’amendement lors de l’examen de la loi par le Sénat. La bataille n’est pas terminée », prévient la chan- cellerie.

« Avaler des couleuvres »

Cet épisode est symbolique du bras de fer constant que mène l’an- cienne candidate à la présiden- tielle en 2002 au sein d’un gouver- nement qui est loin de correspon- dre à sa ligne personnelle. Si elle maintient que ses relations avec M. Valls sont toujours « fluides », la garde des sceaux a néanmoins dé- noncé dans L’Obs la doxa trop « gestionnaire » et « pragmati- que » du premier ministre, elle qui

Christiane Taubira et François Hollande , le 31 mars. AFP
Christiane
Taubira
et François
Hollande ,
le 31 mars. AFP

plaide pour davantage d’« idéal » et de « mouvement ». A 62 ans, celle qui est désormais au panthéon des personnalités de gauche depuis sa bataille pour le mariage pour tous en 2013, devient chaque jour un peu plus une énigme au sein de l’équipe Valls. Elle a refusé d’accompagner en août 2014 ses amis Arnaud Monte- bourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti quand ils ont claqué la porte du gouvernement, alors qu’elle partage avec eux nombre de désaccords. Depuis, elle ne cesse de devoir « avaler des couleu- vres de plus en plus épaisses », se- lon des propos que lui a prêtés Le Canard enchaîné le 8 avril. Au début de l’année, la réforme des professions juridiques régle- mentées, l’un des volets de la loi Macron, a été pilotée par le minis- tre de l’économie et non par elle, qui avait publiquement critiqué le texte. Depuis qu’elle est en poste, elle a bien obtenu une augmenta-

tion du budget de son ministère et l’abrogation des peines planchers. Mais pas celle de la rétention de sû- reté, héritée du quinquennat Sarkozy et qu’elle récuse, ni la transcription dans l’état civil fran- çais des actes de naissance des en- fants nés d’une gestation pour autrui réalisée à l’étranger.

« Une grande ministre »

La ministre refuse de se formali- ser. Elle affirme au contraire jouer pleinement son rôle. « Contraire- ment à ce qui est dit, elle obtient beaucoup de victoires, mais elle es- time qu’elle n’a pas besoin de le clai- ronner à chaque fois. Elle préfère mener bataille en interne, dans l’ombre mais avec efficacité », ex- plique son entourage. Si elle est restée au gouverne- ment c’est, dit-elle, pour mener à terme deux réformes chères à ses yeux : le projet de loi sur « la justice au XXI e siècle » et celui sur la justice des mineurs. Mais les deux textes

ne cessent d’être annoncés et tou- jours repoussés. Certes, la garde des sceaux est la seule dans l’équipe Valls à disposer d’une liberté de ton Mais au fil des mois, celle-ci, en étant rarement suivie de faits, tend à l’enfermer dans le rôle d’une simple ministre de la parole. Les critiques com- mencent à se multiplier au sein même de la majorité. « Christiane Taubira est quelqu’un qui aurait pu être, comme on dit, mais en réalité, elle ne fait pas suffisamment avan- cer ses dossiers et elle a peu de poids au sein de la gauche », regrette le député de l’Essonne Malek Boutih. Depuis l’affaire du barrage de Si- vens (Tarn) et son silence relatif après la mort du manifestant Rémi Fraisse en octobre 2014, les écologistes se montrent circons- pects à son égard. Beaucoup lui re- prochent de se contenter d’entre- tenir son image d’icône de la gau- che. « Ce qu’elle veut avant tout, c’est qu’on se souvienne d’elle

comme on se souvient de Badinter , comme d’une figure historique et intouchable à gauche », estime un député socialiste. L’aile gauche du PS lui conserve son soutien et son admiration. « Elle sert à éviter le pire dans un gouvernement qui n’a plus que deux mots à la bouche : libéralisme et sécurité », explique Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger. « Elle est une grande mi- nistre qui fait preuve de beaucoup de loyauté et de dignité dans un gouvernement qui ne la soutient pas toujours autant qu’elle le mé- rite », ajoute M. Hamon. Pourra-t-elle rester dans un tel inconfort politique jusqu’à la fin du quinquennat ? C’est tout le sou- hait de l’exécutif. « Hollande la garde uniquement pour des raisons tactiques : il a besoin d’elle en 2017 car elle est la seule à parler encore à une partie de la gauche », résume un proche du chef de l’Etat. p

bastien bonnefous

Une petite fille de 9 ans enlevée et tuée à Calais

Interdit de séjour, un ressortissant polonais, déjà condamné en France pour de violentes agressions, a été arrêté

L e profil du principal sus- pect de ce fait divers sor- dide alimentera à coup sûr

la polémique. Mercredi 15 avril, un ressortissant polonais de 38 ans, déjà condamné en France pour de violentes agressions et in- terdit du territoire, a été interpellé pour le meurtre d’une petite fille de 9 ans enlevée le jour même à Calais. Il est environ 15 h 30, mercredi, le temps est estival et les enfants du voisinage jouent comme à leur habitude sur une aire de jeu du quartier Beau-Marais. Une mère de famille surveille ses deux en- fants de 4 et 5 ans, tandis que l’aînée, Chloé, 9 ans, s’amuse un peu plus loin avec une copine.

L’individu a déjà été condamné en 2010 à six ans de prison et une interdiction définitive du territoire

Une voiture rouge s’immobilise, un homme en descend, attrape violemment la fillette et démarre en trombe. Un témoin de la scène, cité par La Voix du Nord, affirme que « l’homme la portait en la serrant

APPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUETE

01.49.04.01.85 - annonces@osp.frAPPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUETE

Consultation du public dans le cadre de l’évaluation environnementale du Contrat de Plan Interrégional Etat-Régions (CPIER) Plan Rhône En vue de son adoption par le partenariat du Plan Rhône, le Préfet de la région Rhône-Alpes, Préfet Coordonnateur du bassin Rhône-Méditerranée, invite le public à prendre connaissance du projet de CPIER, du rapport d’évaluation envi- ronnementale, et de l’avis de l’autorité environnementale. Le public peut formuler ses observations sur la prise en compte des considé- rations environnementales par ce nouveau contrat à partir du 27 avril jusqu’au 27 mai 2015 inclus en utilisant le formulaire se trouvant à cette adresse :

www.planrhone.fr rubrique « Actualités » et en l’adressant par courriel à l’adresse suivante :

planrhone2015-2020@rhone-alpes.pref.gouv.fr

par le cou, l’étranglant presque. Elle se débattait, a tenté de s’échap- per. Il l’a claquée contre un mur et lui a crié : je vais te tuer ». La mère de Chloé assiste impuissante à ce rapt en plein jour. Les parents de la fillette alertent aussitôt les poli- ciers du commissariat de Calais, qui quadrillent le secteur avec l’aide de compagnies de CRS. Le corps de la petite fille a demi dévêtue et portant des marques de strangulation est retrouvé aux alentours de 17 heures à moins de deux kilomètres du lieu de l’enlè- vement, à l’entrée du bois Du- brulle, l’ancienne jungle des mi- grants de Calais. Selon les premiè- res constatations médico-légales, Chloé a été violée et est morte par strangulation, explique au Monde le procureur de Boulogne-sur- mer, Jean-Pierre Valensi. Une autopsie doit être pratiquée ce jeudi.

Faits de vol et de violence

Non loin de son cadavre, les poli- ciers retrouvent une voiture rouge immatriculée en Pologne, semblable à celle qui a été signa- lée une heure et demi plus tôt par les témoins du rapt. Un homme de 38 ans, de nationalité polo- naise et fortement alcoolisé, est rapidement interpellé non loin de la scène de crime et placé en garde à vue par la police judiciaire de Co- quelles. Connu de la police de son pays pour des faits de vols et de violen- ces, ce ressortissant polonais a déjà derrière lui une longue vie

d’errance ponctuée de rendez- vous avec la justice. Déjà con- damné en France à quatre ans de prison pour vol et séquestration, il avait été expulsé une première fois vers la Pologne, où il avait éga- lement été entendu par la justice. Il rentre en France en 2009, avec pour projet de rejoindre un mem- bre de sa famille installé dans la périphérie de Londres, explique au Parisien une source judiciaire. « Mais faute d’argent, il est resté sur le territoire, où il a poursuivi son errance criminelle déjà dans la région de Calais ». Il se rend alors coupable d’une série d’agressions dans la région, qui lui vaudront d’être condamné à 6 ans de prison en 2010, une peine assortie d’une interdiction définitive du territoire. Le Pari- sien rapporte le témoignage d’une de ses victimes, une octogé- naire, qui avait été agressée au couteau en 2009. Le mobile était alors financier. « Le suspect n’avait aucun antécédent judi- ciaire pour des affaires de

« Le suspect n’avait aucun antécédent judiciaire pour des affaires de mœurs »

JEAN-PIERRE VALENSI

procureur de Boulogne-sur-Mer

mœurs », précise au Monde le procureur de Boulogne-sur-Mer. Libéré le 13 février 2015, il est re- mis le jour-même aux autorités polonaises dans le cadre d’un mandat d’arrêt international, pré- cise au Monde Jean-Pierre Va- lensi. Il est revenu en France mer- credi matin, quelques heures seu- lement avant l’enlèvement et le meurtre de Chloé. p

soren seelow

SÉNAT

L’immunité du sénateur Yvon Collin levée

Le bureau du Sénat a levé mercredi 15 avril l’immunité parlementaire du sénateur du Tarn-et-Garonne, Yvon Collin (Rassemblement dé- mocratique et social euro- péen, RDSE), visé par une en- quête pour corruption. Dans une lettre, une connaissance d’Yvon Collin indiquait lui avoir proposé de participer au financement d’une cam- pagne électorale à hauteur de 40 000 euros contre l’ob- tention d’un emploi au dé- partement pour son fils. − (AFP)

- C ESSATIONS DE GARANTIE

- CESSATIONS DE GARANTIE

LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET D’APPLICATION N° 72-678 DU 20 JUILLET 1972 - ARTICLES 44 QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour

A–110 esplanade du Général de Gaulle

– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS

NANTERRE 414 108 708), succursale de QBE Insurance (Europe) Limited, Plantation Place dont le siège social est à 30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD, fait savoir que, la garantie financière dont

bénéficiait la :

SARL CABINET VOLCLAIR IMMOBILIER 21 Rue Aristide Briand 44120 VERTOU-RCS: 420 616 708 depuis le 1 er janvier 2004 pour ses activités de :TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES ET FONDS DE COMMERCE cessera de porter effet trois jours francs après publication du présent avis. Les créances éventuelles se rapportant à ces opérations devront être produites dans les trois mois de cette insertion à l’adresse de l’Etablis- sement garant sis Cœur Défense – Tour

A–110 esplanade du Général de Gaulle

– 92931 LA DEFENSE CEDEX. Il est

précisé qu’il s’agit de créances éven- tuelles et que le présent avis ne préjuge en

rien du paiement ou du non-paiement des sommes dues et ne peut en aucune façon mettre en cause la solvabilité ou l’honora- bilité de la SARL CABINET VOLCLAIR IMMOBILIER.

LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET D’APPLICATION N° 72-678 DU 20 JUILLET 1972 - ARTICLES 44 QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour

A–110 esplanade du Général de Gaulle

– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS NANTERRE 414 108 708), succursale de QBE Insurance (Europe) Limited, Plantation Place dont le siège social est à 30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD, fait savoir que, la garantie financière dont bénéficiait la :

SAS EOLE REAL ESTATE 106 rue de Sèvres - 75015 PARIS RCS: 522 693 993 depuis le 1 er juillet 2010 pour ses activités de : TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES ET FONDS DE COMMERCE cessera de porter effet trois jours francs après publication du présent avis. Les créances éventuelles se rapportant à ces opérations devront être produites dans les trois mois de cette insertion à l’adresse de l’Etablissement garant sis Cœur Défense – Tour A–110 esplanade du Général de Gaulle – 92931

LA DEFENSE CEDEX. Il est précisé qu’il

s’agit de créances éventuelles et que le pré- sent avis ne préjuge en rien du paiement ou du non-paiement des sommes dues et ne peut en aucune façon mettre en cause la sol- vabilité ou l’honorabilité de la SAS EOLE REAL ESTAT E.

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

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Le harcèlement de rue, «c’est notre quotidien»

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes rend son rapport sur cette violence sexiste

S cène de la vie quotidienne d’une jeune femme, re- cueillie par l’association Stop harcèlement de rue.

« Mmmm ! Mignonne ! Eh j’tai dit que t’étais jolie ! Sale pute, va ! » Cette situation, la plupart des passagères qui attendent leur train de banlieue gare du Nord, à Paris, l’ont vécue. Quand on leur demande s’il leur arrive d’être harcelées dans l’espace public, el- les sourient d’un air las. « Tous les jours ! », s’exclame Aminata Touré, une Parisienne de 24 ans. « Ils disent : “T’es charmante”, “donne-moi ton 06”, témoigne Carla, 30 ans. Quand on ne répond pas, ils soufflent et te traitent de connasse. » « Je dirais que ça m’ar- rive une fois par semaine, estime Ophélie Seveque, 19 ans. Ils de- mandent : “Chérie, tu descends où, t’habites où ?” Les regards insis- tants c’est tout le temps. »

« C’est triste, mais on s’habitue »

Elles font bien la différence entre drague et harcèlement. « Tant que c’est poli, ça va, dit Valentine Le- tailleur, 20 ans. Quand on dit non et que la personne insiste, c’est gê- nant. » « Les regards ne me déran- gent pas, affirme Alexiane Des- champt, 20 ans. On fait attention à soi aussi pour les attirer. Mais ce n’est pas parce qu’on se fait belles qu’on est des putes ! » Or, beau- coup d’hommes « ne lâchent pas facilement l’affaire ». « Même si tu changes de place, ils se calent dans un angle du wagon d’où ils peu- vent te voir », relate Ophélie. Beaucoup s’étonnent qu’on leur pose cette question. « C’est triste,

« Avant j’avais tendance à répondre, mais cela envenime les choses »

ALEXIANE

20 ans

mais on s’habitue, observe Ophé- lie. C’est notre quotidien. » Cela ne devrait pas être le cas, se- lon le Haut Conseil à l’égalité en- tre les femmes et les hommes, qui rend public jeudi 16 avril un rap- port commandé par le gouverne- ment, signe d’un intérêt nouveau pour ce sujet. Pour cette instance, il s’agit d’une forme de violence faite aux femmes. « Le harcèle- ment sexiste, écrit le Haut Conseil, se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement (…) qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offen- sante (…). Il peut prendre des for- mes diverses comme des siffle- ments ou des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi. » Chacune se souvient d’au moins une grosse frayeur. Alexiane se rappelle un trajet nocturne très an- xiogène vers Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise). « Un type agressif m’a abordée, il m’insultait, se souvient- elle. Je serrais mes clés dans ma po- che pour me défendre au cas où. En sortant du train j’ai couru jusqu’à ma voiture. » La présence d’autres passagers rassure mais n’est pas un gage de

Les HLM de Paris disponibles surInternet

La municipalité lance Locannonces, qui proposera 500 logements sociaux en ligne

L a Ville de Paris lance son site d’annonces immobilières. Dès jeudi 16 avril, le site Lo-

cannonces, accessible depuis le portail Paris.fr, proposera 500 lo- gements (c’est-à-dire environ 30 % de l’offre totale de HLM), à raison de 15 à 20 nouvelles offres par se- maine. Avec ce nouveau système, « nous souhaitons renverser la logi- que des attributions et rendre les de- mandeurs plus acteurs de leur pro- jet », déclare Ian Brossat, adjoint au maire chargé du logement. Paradoxalement, alors que les listes d’attente pour obtenir un HLM ne cessent de s’allonger – 180 000 candidats à Paris –, les bailleurs sociaux ont parfois du mal à remplir leurs immeubles. La municipalité, qui attribue quelque 4 000 logements chaque année, essuie 40 % de refus à ses premiè- res propositions, obligeant à re- lancer la procédure. Typiquement c’est le cas d’un couple avec enfant qui habite une HLM dans le 15 e ar- rondissement et qui, à l’arrivée de son second enfant, espère un qua- tre-pièces. On le lui propose, mais dans le 19 e . Il y a bien sûr des locali- sations moins recherchées que d’autres et des loyers parfois trop élevés, notamment dans des im- meubles neufs ou de catégories supérieures financées. Pour postuler sur Locannonces, il faut être déjà enregistré comme demandeur mais cela peut se faire en ligne facilement, avoir des res- sources compatibles avec les barè- mes réglementaires et suffisantes pour couvrir trois fois le loyer. Exemple : la Mairie propose un quatre-pièces dans le 13 e arrondis- sement, de 97 m 2 , au prix de 1 361 euros par mois, ou ce six-piè-

ces de 110 m 2 dans le 12 e pour 1 577 euros… « Nous espérons atti- rer une clientèle des classes moyen- nes qui s’autocensure et n’ose pas candidater », indique Ian Brossat. Postuler n’est que la première étape d’un long processus, car, une fois passé le premier filtre du nom- bre d’occupants, qui doit être en adéquation avec la taille de l’ap- partement proposé, puis celui des ressources, ni trop élevées ni trop faibles, la Ville sélectionne les cinq dossiers qui ont obtenu les meilleures notes attribuées selon 25 critères, dossiers soumis à la commission d’attribution ! Cette mise en ligne est pour le moment expérimentale et limi- tée au patrimoine de l’office Paris Habitat et au contingent de la Ville, qui peut désigner les locatai- res de 20 à 30 % des logements li- bérés. Paris s’attache à moderni- ser ce lourd processus d’attribu- tion, depuis fin 2013 tous les dos- siers sont anonymisés et font l’objet d’une cotation, une mé- thode de « scoring » afin de hié- rarchiser les demandes, en prin- cipe en toute transparence. Il n’y a pas que Paris qui va au-de- vant des candidats locataires pour remplir les immeubles. « Dès que l’on s’éloigne de Paris, les immeu- bles neufs se remplissent lentement, c’est le cas, par exemple, à Etampes ou Montereau », admet Yves Laf- foucrière, PDG de 3F, qui détient plus de 200 000 logements. Ce bailleur n’hésite pas à publier ces annonces sur son site ou sur « Le- boncoin » ou « Seloger ». C’est de cette façon qu’en Essonne 170 loge- ments ont trouvé preneur sur les 1 200 attribués en 2014. p

isabelle rey-lefebvre

sécurité. « Je rentrais en bus à Deuil-Montmagny [Val-d’Oise], deux types saouls me parlaient et m’attrapaient le bras, rapporte Ma- gdalena Swinoga, 30 ans. Ça a duré tout le trajet, quarante minutes. » Sans entraîner d’intervention des passagers ou du chauffeur. L’af- fluence peut même être propice aux agressions. « Récemment, à l’heure de pointe, un homme m’a touché les fesses, relate Aurélie Oumezzaouche, 28 ans. Je n’ai rien dit, j’étais sidérée. » Même quand on a affaire à des atteintes punies par le code pénal (exhibitions, mains sur les fesses ou les cuisses, baisers forcés), les victimes por- tent rarement plainte. Beaucoup essaient d’ignorer les harceleurs. « Avant j’avais ten- dance à répondre, argumente Alexiane. Mais cela envenime les choses. » « On ne sait pas quoi faire, parce qu’on ne sait pas com- ment ça peut tourner », observe Magdalena. Très souvent, elles di-

sent qu’elles ont un copain, même si c’est faux. Pour le Haut Conseil à l’égalité, ce harcèlement, répétitif, « entame le droit [des femmes] à la sécurité et limite leurs déplacements dans l’es- pace public ». Beaucoup modifient leur comportement pour l’éviter. « Si tu es en jupe, dans leur tête, tu provoques », affirme Aminata. Même chose pour les talons ou les tenues légères. « Même quand il fait hyper-chaud en plein été, on ne peut pas être comme on veut, en

tee-shirt et short », témoigne Jo- hanna Dehayes, 18 ans. En toute saison, mieux vaut « tracer » et « regarder par terre ». Les endroits jugés les moins sûrs sont le train, le RER et le bus. « Dans la rue, tu peux courir, observe Alexiane. Dans un train, il n’y a pas d’échappatoire. » Carla se dit « bien contente d’aller au travail en voiture maintenant ». Les autres continuent à utiliser les transports en commun. Elles n’ont pas le choix, et disent ne pas avoir peur. « J’essaie de ne pas changer

Solutions à tester dans les transports

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes en- courage les sociétés de transport à lutter contre le harcèlement sexiste, par exemple dans le cadre de la campagne contre les inci- vilités de la RATP, qui pour l’heure n’en dit mot. Elles sont invitées à tester des solutions expérimentées à l’étranger, comme l’arrêt du bus entre deux stations la nuit qui permet de limiter la mar- che, et à adapter leurs systèmes d’alerte, par exemple en généra- lisant le 3117, le numéro d’urgence de la SNCF, et en mentionnant les violences comme motif de recours au signal d’alarme.

mes habitudes, de ne pas me faire raccompagner le soir, parce que ce n’est pas normal, affirme Alexiane. Je veux pouvoir m’habiller comme je veux et aller où je veux. » Le Haut Conseil à l’égalité estime le phénomène très largement ré- pandu. Il demande sa quantifica- tion précise, qui n’a jamais été ef- fectuée, les études se concentrant sur les violences les plus graves. Il appelle à une prise de conscience générale de la part des victimes, mais aussi des harceleurs, et des témoins, encouragés à ne pas tolé- rer de tels comportements. Elle a commencé, sous l’impul- sion d’associations comme le col- lectif Stop harcèlement de rue, créé en février 2014, qui sensibi- lise par son site Internet et des ac- tions sur le terrain. Selon le Haut Conseil, les pouvoirs publics doi- vent maintenant prendre le relais, notamment par une campagne nationale d’information. p

gaëlle dupont

1 ÈRE RADIO DE FRANCE SUR TOUS LES CRITÈRES 14% 543000 9,5% France Bleu 9,3%
1 ÈRE RADIO DE FRANCE
SUR TOUS LES CRITÈRES
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LES GROSSES TÊTES
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18H-19H
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RMC
À LA BONNE HEURE
RTL SOIR
PDA des 5 premières Radios
PDA des 5 premières Radios
Source : Médiamétrie, 126 000, Janv-Mars 2015, L à V, 5h-24h, 13 ans et +.
*Janv- Mars 2015 vs Janv-Mars 2014, AC.
Photos : Elodie Grégoire.

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

URWILLER ICINORI
URWILLER ICINORI

adrien le gal

A ucun Cambodgien n’oubliera jamais la date du 17 avril 1975. Ce jour-là, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh et font basculer le pays dans le chaos. Les villes sont éva-

cuées, les citadins réduits en esclavage dans des camps de travail, les religions interdites, tandis que dans un lycée désaffecté de la capi- tale, rebaptisé S-21, des milliers de prison- niers sont torturés à mort, contraints de li- vrer des aveux insensés. Comme le dit un des nombreux slogans de l’Angkar, l’« organisa- tion » dirigée par Pol Pot, « qui proteste est un ennemi, qui s’oppose est un cadavre ». Le même jour, pourtant, en Europe et en Amérique, des intellectuels, journalistes – y compris au Monde – et militants opposés à la guerre menée au Vietnam par les Etats-Unis, applaudissent. Vus d’Occident, les Khmers rouges ne sont pas très différents des com- munistes vietnamiens, et cette victoire préfi- gure la prise de Saïgon, douze jours plus tard. Dans les semaines qui suivent, la question du Cambodge devient centrale : des milliers de réfugiés traversent la frontière thaïlandaise, racontent la terreur, la famine, les exécutions sommaires. Mensonge, affir- ment les défenseurs du Kampuchéa démo- cratique, le nouveau nom du Cambodge. De toute façon, le pays est verrouillé. Nul ne peut y entrer, nul ne peut évaluer par lui- même si l’ancien royaume d’Angkor s’est transformé en utopie ou a sombré dans le totalitarisme.

UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE

En 1978, le rideau s’entrouvre. Le Cambodge, soutenu par Pékin, est quasiment en guerre contre le Vietnam, son frère ennemi, allié de Moscou. « Les Chinois avaient conseillé à leurs protégés de se trouver de nouveaux amis dans le monde communiste – et même de tenter de renouer avec l’Amérique », note Henri Locard, historien auteur de Pourquoi les Khmers rou- ges (Vendémiaire, 2013). Une proposition est alors faite aux militants maoïstes d’Europe et des Etats-Unis : souhaitent-ils se rendre au Kampuchéa démocratique et voir, de leurs yeux, la société nouvelle qui est en train d’être créée ? Ils sont une poignée à avoir fait le voyage, par petites délégations de trois ou quatre :

des Américains, des Français, des Belges, des Danois, des Suédois… Gunnar Bergström, mi- litant gauchiste de 27 ans, qui préside alors une Association d’amitié Suède-Kampuchéa, est de ceux-là : « Nous avons discuté de la composition de la délégation. Jan Myrdal était un écrivain connu, qui avait ses entrées dans les médias. Hedda Ekerwald travaillait à la ré- daction du magazine de notre association, et Marita Wikander était mariée à un cadre kh- mer rouge, qui était rentré au pays, se sou- vient-il. Les récits des réfugiés étaient déjà troublants, mais j’espérais qu’il s’agissait d’ex- ceptions. Nous avons discuté des façons d’évi- ter d’être manipulés, comme les communistes qui avaient été invités par Staline pour visiter l’URSS. Nous avons échoué. »

Voyage chez Pol Pot

Quarante ans après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, les rares Occidentaux invités à visiter le Cambodge en 1978 se souviennent. Certains admettent avoir été manipulés, d’autres ne se déjugent pas

Le programme proposé aux groupes de mi- litants ne varie guère : depuis Pékin, vol vers Phnom Penh, devenue une ville fantôme ; rencontre avec le ministre des affaires étran- gères, Ieng Sary ; départ en train vers le nord, fin du trajet en voiture jusqu’à Siem Reap ; vi- site des temples d’Angkor, privés de leurs tou- ristes et de leurs archéologues, puis d’un chantier de barrage, où s’activent des « tra- vailleurs volontaires », d’une usine de médi- caments traditionnels (les Khmers rouges voulaient rompre avec la médecine occiden- tale). Enfin, retour à Phnom Penh et, point d’orgue du séjour, un entretien avec Pol Pot en personne. Norodom Sihanouk, l’ancien roi du Cambodge, père de l’indépendance qui s’est allié aux Khmers rouges en 1970, est « trop occupé » pour les recevoir, leur assure- t-on. Il est en fait placé sous haute sur- veillance dans son palais par les Khmers rou- ges, qui l’ont privé de tout pouvoir et se mé- fient de lui. Les impressions des visiteurs étrangers sont mitigées : « Il était clair que les Khmers rouges nous mentaient sur certaines choses, raconte Gunnar Bergström. Ils nous disaient que les moines avaient décidé volontairement de travailler dans les champs, que les anciens habitants des villes n’avaient pas de temps pour parler avec nous… Mais, en même temps, nous avons rencontré des personnes que les médias occidentaux disaient mortes, et cela nous a rassurés. » Marita Wikander, elle, de- mande sans succès à voir son mari, Someth Huor. Comme elle le découvrira plus tard, il était déjà mort, à S-21, après avoir été torturé. En décembre 1978, dans les derniers jours du régime, une délégation d’un autre type est accueillie à Phnom Penh. Cette fois-ci, elle est composée d’un seul « ami » du régime, Mal- colm Caldwell, un enseignant à l’Ecole des études orientales et africaines, à Londres. Les deux autres sont des journalistes : Elizabeth Becker, du Washington Post, et Richard Dud- man, du St. Louis Post Dispatch. Le dernier soir, à Phnom Penh, Caldwell est autorisé à parler avec Pol Pot en tête-à-tête. La nuit sui- vante, il est assassiné.

« IL ÉTAIT CLAIR QUE LES KHMERS ROUGES NOUS MENTAIENT SUR CERTAINES CHOSES »

GUNNAR BERGSTRÖM

militant gauchiste suédois

Pourquoi le régime a-t-il fait tuer le seul membre de la délégation qui lui était favora- ble ? Henri Locard croit à la thèse de l’acci- dent : « Les soldats de la section Y-10, chargés de conduire les accusés à S-21, s’occupaient aussi de la sécurité des invités. Il y eut une his- toire de femmes entre eux, d’où une bagarre, et, dans la confusion, Caldwell a pris une balle qui ne lui était pas destinée. Je tiens cette ver- sion de Phi Phuon, responsable de la sécurité des étrangers à l’époque. » « Certains Khmers rouges désapprouvaient notre visite, c’est la seule explication que j’ai. Le meurtre de Cald- well leur aurait permis d’en finir avec ces voya- ges », raconte de son côté Elizabeth Becker. Le lendemain, Ieng Sary accuse les Vietnamiens d’avoir organisé l’assassinat. Après une brève cérémonie, les journalistes sont raccompa- gnés à l’aéroport et prennent l’avion pour Pé- kin, avec le cercueil de Caldwell. « Ce meurtre était irrationnel, comme la plu- part des actions des Khmers rouges », avance Elizabeth Becker. Quant aux intellectuels gau- chistes qui ont participé à ces voyages et n’ont pas été troublés par ce qu’ils ont vu, ils ne lui inspirent guère d’estime : « Il était évident que quelque chose de terrible était en cours. Tout était fermé, les cafés, les magasins… Dans la campagne, tout le monde était habillé en noir et travaillait la terre avec les méthodes les plus rudimentaires. Et c’est cela que le régime a décidé de montrer aux visiteurs étrangers, cela qu’il considérait comme un idéal ? » « Je me vois encore au milieu d’une avenue centrale de Phnom Penh, raconte David Kline, un ex-militant gauchiste de Chicago, qui lui aussi a fait le voyage. Quelques années avant, elle devait être noire de monde, et là, il n’y avait plus personne. Tout ce qu’on pouvait en- tendre, c’était le vent et le babillage de Ieng Sary qui tentait d’expliquer pourquoi les 2,5 millions d’habitants de la ville avaient été évacués. Je me rappelle m’être dit : Cela n’est pas humain.»

« J’ÉTAIS DANS LE DÉNI »

Pourtant, après le 7 janvier 1979, date de l’en- trée des Vietnamiens dans Phnom Penh et de la chute de Pol Pot, ces intellectuels vont s’employer à défendre les Khmers rouges. Ils multiplient les conférences, les livres, les tri- bunes pour dénoncer l’« agression » vietna- mienne. David Kline publie The New Face of Kampuchea (Liberator Press, 1979) – « Le Nou- veau Visage du Kampuchéa » –, où il vante les mérites du régime, photos à l’appui. « Pour- tant, j’étais toujours poursuivi par cette image de Phnom Penh vide. Il m’a fallu quelques mois pour réaliser que j’étais dans le déni, et que ce qui s’était passé au Cambodge était terrible. C’est là que j’ai rompu avec l’idéologie gau- chiste. Plus de villages Potemkine pour moi. » Contactés, certains ne souhaitent pas par- ler, évoquent un emploi du temps chargé ou

la peur d’être critiqués. Marita Wikander a ra- conté l’histoire à son fils, Jesper Huor, né en 1975. « Elle regrette profondément d’avoir soutenu les Khmers rouges, alors qu’ils ont tué presque toute ma famille cambodgienne », in- dique-t-il. Jan Myrdal, lui, n’a jamais con- damné les Khmers rouges. En 2007, à Phnom Penh, un tribunal parrainé par l’ONU a in- culpé Douch, le patron de S-21, ainsi que qua- tre anciens responsables du régime, accusés de « génocide » et de « crimes contre l’huma- nité ». « J’étais prêt à témoigner en faveur de Khieu Samphan [l’un des prévenus, président du Kampuchéa démocratique de 1976 à 1979], mais ses avocats ont estimé que mon témoi- gnage ne l’aiderait pas », raconte-t-il. Pendant son procès, l’accusé n’a d’ailleurs pas nié les crimes du régime, se contentant d’en rejeter la responsabilité sur Pol Pot, mort en 1998. En 2014, Khieu Samphan a été condamné à la réclusion à perpétuité. Un appel est en cours. En 2001, Jacques Jurquet, membre de la dé- légation française, a publié un livre, A contre courant (Le Temps des cerises), dans lequel il défend le bilan du Kampuchéa démocratique et conteste le bilan de 1,7 million de morts. Même l’auteur de la préface, son ami Jean- Luc Einaudi, juge bon d’y préciser que Jacques Jurquet est un homme qui s’est « beaucoup trompé », en dépit de sa « sincérité ». Le 2 avril, Jacques Jurquet a fêté ses 93 ans. « Il a des pertes de mémoire et ne se souvient plus du tout du Cambodge », regrette son fils ca- det. L’aîné, lui, assure que ces dernières an- nées, son père « a évolué à petits pas » sur les Khmers rouges, sans jamais les renier tout à fait. Alain Castan, un autre membre de la dé- légation, ne défend plus le régime, mais évo- que une « époque confuse ». Il se rappelle avoir été avant tout choqué, lors de sa visite, par l’état de destruction du Cambodge après la guerre du Vietnam. Eric Bacher, ancien militant du Parti com- muniste marxiste-léniniste (PCML), la petite formation maoïste dont Jacques Jurquet était le chef, n’a pour sa part aucune difficulté à es- timer que soutenir les Khmers rouges rele- vait de l’« autisme politique » : « Les militants du PCML affirmaient de manière impavide des choses que la réalité têtue ne cessait de démen- tir », se souvient-il. Gunnar Bergström, lui, a choisi d’affronter son passé. En 2008, il s’est rendu au Cam- bodge pour présenter ses excuses. Les photos qu’il avait prises en 1978 ont été exposées dans les locaux de S-21, transformé en « Mu- sée du crime génocidaire ». On y découvre un Kampuchéa démocratique paisible, des pay- sans et des cadres souriants, bien nourris, à l’uniforme noir impeccable. Dans les pièces attenantes s’étale la réalité qu’il n’avait pas su voir : les visages des milliers de Cambod- giens torturés en ces lieux, photographiés une dernière fois avant leur exécution. p

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

La loi sur le renseignement ne crée pas une société de surveillance !

Assorti de garde-fous, le projet de loi en discussion constitue un bon texte qui évite les dérives de l’après-11-Septembre. De la géolocalisation aux écoutes, il est nécessaire de pouvoir éviter les actes terroristes

par éric delbecque

S avons-nous vraiment en France ce que nous vou- lons ? A la suite des atten-

tats de janvier, les voix furent lé- gion pour réclamer des mesures fortes permettant d’anticiper et de traiter les menaces terroristes. La question était effectivement de répondre à cette exigence légi- time d’amélioration du dispositif actuel sans tomber dans le piège de la loi opportuniste exploitant le choc traumatique. Bref, le pire aurait été de voter une loi d’ex- ception nous rapprochant de l’es- prit du Patriot Act de l’adminis- tration Bush. De ce point de vue, le texte ac- tuel s’inscrit dans un long travail sur le renseignement mené par Jean-Jacques Urvoas, le président de la commission des lois, et ja- lonné par plusieurs rapports sur ces questions. Ce n’est donc pas un projet hâtif, dicté par les cir- constances. Il est également vrai que la démarche actuelle intro- duit un cadre juridique dans un monde (celui des « services ») dont une part de l’activité se situe dans l’illégalité, ou tout au moins le flou (la « zone grise » évoquée par Manuel Valls). A cet égard aussi, le projet de loi est clairement un progrès. L’argu- ment consistant à affirmer qu’il se produirait une régression des libertés individuelles parce que l’illicite entrerait dans le corset du droit est absurde. Par définition,

NOUS NE DISPOSONS GUÈRE EN FRANCE DES ORGANISMES PERMETTANT DE DIFFUSER DÉCISIVEMENT UNE CULTURE DE SÉCURITÉ ET DE RENSEIGNEMENT

des actions clandestines ne peu- vent pas être contrôlées et éven- tuellement sanctionnées. Il faut attendre des scandales pour met- tre un terme à certains abus… jus- qu’à la prochaine fois. Le principe du « pas vu, pas pris » sied mal à une démocratie et à un Etat de droit. Parallèlement, il faut assumer juridiquement les exceptions à la philosophie sociale libérale :

dans des cas extrêmement spéci- fiques et sévèrement limités, afin de garantir de surcroît le respect de nos droits, de manière non contestable. Les «services» y ga- gneront par ailleurs en légitimité et rigueur. Combien de fois doi- vent-ils aujourd’hui ruser avec un appareil public peu réceptif à leurs besoins et contraintes, par- fois un brin méprisant, et finale- ment payer le prix en image de ce qu’ils doivent faire sans l’assu- mer ? Il faut en finir avec cette ha- bitude trop facile d’en faire des boucs émissaires.

MESURES NÉCESSAIRES

Prenons deux exemples : la géo- localisation de véhicules à l’aide de balises ou la pose de micros dans un appartement sont sans doute effectivement nécessaires dans le cadre de la lutte antiterro- riste. Les professionnels du ren- seignement ne doivent plus se contorsionner pour parvenir à exécuter ce type de mesures né- cessaires pour identifier un terro- riste ou une action en prépara- tion. Quant à la surveillance de masse, une bonne connaissance de notre appareil de sécurité per- met d’en mesurer le caractère im- probable : les IMSI-catchers ser- vant à localiser les téléphones et éventuellement à écouter les con- versations ne vont pas pulluler dans les « services ». Leur usage sera donc mécaniquement ré- servé à celui qu’on leur destine. De même pour l’algorithme d’analyse du trafic sur les réseaux des fournisseurs d’accès à Inter- net : c’est un système de veille qui sélectionnera des suspicions en- trant ensuite dans la procédure d’autorisation. En cas de déra- page, les sanctions devront être en revanche exemplaires.

Affirmons-le clairement : le renseignement n’est pas une réa- lité méprisable. Hélas, nous ne disposons guère en France des organismes permettant de diffu- ser décisivement une culture de sécurité et de renseignement. Or, les services spécialisés doivent disposer de la reconnaissance et des moyens indispensables pour travailler. La seule question qui importe vraiment, mais elle est déterminante, c’est celle des ga- ranties qui convaincront nos concitoyens que ce système ne peut pas être dévoyé, c’est-à-dire appliqué à d’autres sujets que l’antiterrorisme ou la préserva- tion de nos intérêts fondamen- taux en matière technologique et économique. Dans cet ordre d’idées, le dialo- gue entre Jacques Toubon, le dé- fenseur des droits, et les parle- mentaires montre l’exemple d’une discussion ferme mais pro- ductive : la problématique sur les limites de la procédure d’urgence, la présence de membres perma- nents au sein de la Commission nationale de contrôle des techni- ques de renseignement (CNCTR), la crédibilité du contrôle a poste- riori de la commission par le Con- seil d’Etat, la protection des ma- gistrats, des avocats et des journa- listes, constituent des questions- clefs que le législateur doit impérativement prendre en compte pour que le texte soit à la fois efficace et légitime. Il faut bien évidemment com- prendre et entendre les craintes qui s’expriment sur la cristallisa- tion d’une société de sur- veillance. Et il est hautement né- cessaire de demeurer vigilant. Ne cachons pas en effet que l’admi- nistration peut être un rouleau compresseur parfois trop arro- gant, sûr de sa force et de son droit. C’est au gouvernement et à la loi de s’assurer qu’elle ne peut pas franchir les limites de nos droits et libertés. p

Eric Delbecque est membre du conseil scientifique du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique

Cimetière marin | par cagnat

de la recherche stratégique Cimetière marin | par cagnat débats | 13 Il faut défendre la

débats | 13

Il faut défendre la fiction indépendante française !

Ce n’est pas le carcan réglementaire qui empêche la France de concurrencer les géants américains. Au contraire, tous les succès emblématiques du renouveau de la série télévisuelle des vingt dernières années ont été produits par des indépendants

collectif

P ourquoi la France, qui investit plus de 680 millions d’euros par an dans la fic- tion audiovisuelle, se montre-t-elle inca-

pable d’assurer le renouveau de ce genre, aux cô- tés des Etats-Unis, de l’Angleterre et de plus pe- tits pays à audience et moyens de financements réduits, comme Israël ou les pays scandinaves ? Pourquoi nos productions sont-elles encore ma- joritairement absentes du marché mondial ? Avec l’explosion des séries à l’international, de nombreux observateurs s’interrogent sur notre incapacité à en produire plus et mieux. A cette question essentielle, des experts, sou- vent financés par les diffuseurs et les grands groupes audiovisuels dont ils sont les plus fer- vents lobbyistes, ne répondent que par un empi- lement d’idées toutes faites : le carcan régle- mentaire français freinerait l’industrialisation du secteur, empêchant la concentration verti- cale, seule à même de concurrencer les géants américains. L’obligation faite aux chaînes de confier la fabrication des œuvres à des produc- teurs indépendants leur interdirait de déployer une politique de production intégrée, tournée vers le reste du monde.

FAIBLESSE DE L’EXPORTATION

Le diagnostic, comme le remède proposé, prête- rait à sourire, s’il ne trahissait un mépris volon- taire des faits. Disons-le tout de suite, aucun des arguments de cette vieille antienne de l’intégra- tion verticale ne résiste à l’épreuve d’une ana- lyse sérieuse des conditions du renouvellement créatif de la fiction. En effet, tous les succès em- blématiques du renouveau de la série télévi- suelle des vingt dernières années, qu’ils soient américains, anglais ou européens, ont été pro- duits par des indépendants, le plus souvent dans une alliance vertueuse avec un diffuseur. La liste est longue, des « Sopranos » à « Down- ton Abbey », de « The Bridge » à « Engrenages », qui en témoigne. La capacité des indépendants à produire pour l’international n’est plus à dé- montrer. Mieux équipés créativement, structu- rellement aptes à l’innovation et aux risques, ils sont en prise directe avec les talents. Au départ, les nouvelles séries TV ont été en- gendrées par des niches, à la marge de la produc- tion majoritaire. Dans un premier temps, c’est la qualité (singularité des prototypes) qui a imposé l’originalité de ses formats face à la quantité (vo- lume et flux), puis elle s’est consolidée en se multipliant grâce à la confiance établie entre diffuseurs et indépendants. Aux Etats-Unis, c’est ainsi que la marque HBO (« True Detec- tive », « Game of Thrones ») s’est forgée, dont le succès remodela la fiction américaine et que tous les networks se sont depuis efforcés de co- pier. En Angleterre, pays où l’intégration verti- cale était devenue le dogme central au sortir des années Thatcher, tous les diffuseurs ont fini par faire le choix d’un retour vers les indépendants. C’est bien dans ce double mouvement de la marge vers le centre, du prototype vers l’indus- trialisation, que la fiction peut se renouveler et prospérer. Si la France a raté le marché mondial des séries TV et que la faiblesse de l’exportation de nos fic- tions à l’international continue de désespérer les autorités de tutelle, c’est à cause de deux rai- sons de fond :

1/En France, les « niches » ont été tuées dans l’œuf et diluées dans le généralisme consensuel de la fiction de papa, éditorialement tournée vers le seul public français : une audience vieillis- sante, qui a défini, et continue de le faire, la politi- que de production du service public. Les grandes chaînes hertziennes, jusque très récemment, ne souhaitaient pas développer d’œuvres abordant des sujets ou des univers jugés trop « clivants » – pourtant qualité première des œuvres qui ont formé le goût des consommateurs de séries dans le monde. Or, même écrits dans leur langue d’ori- gine, les sujets à forte singularité peuvent con- naître des succès retentissants. Des exemples le montrent : « Borgen », diffusée sur Arte, récit en danois de l’ascension d’une femme politique, a connu un succès international. « Les Reve- nants », série en langue française pour Canal+ où les morts reviennent, a été vendue dans le monde entier et a obtenu le Emmy Award de la meilleure série internationale. 2/Les coproductions internationales de fic- tion, capables de toucher des publics étrangers et impliquant un producteur et des talents fran- çais, ont été longtemps cruellement négligées dans notre pays ou cantonnées à de l’opportu- nisme financier – les fameux « Euro-pudding ».

REMETTONS LA CONCURRENCE AU CŒUR DU SYSTÈME, CRÉONS DE LA PLACE AUX JEUNES AUTEURS ET PRODUCTEURS, AVEC MOINS DE PRESSION SUR LE BUDGET ET L’AUDIENCE

Les premiers à avoir ouvert des brèches vers la fabrication de nouveaux formats avec des parte- naires internationaux, en mélangeant les ta- lents, les imaginaires et les sources de finance- ment, ont été des indépendants. Car les grands groupes n’en voulaient pas, trop attachés à leurs franchises calibrées, la plupart du temps des sé- ries familiales ou policières, fabriquées pour maximiser les marges de production, modèle qui a bien atteint ses limites. Mais si céder aux sirènes du « tout industriel » est un leurre dangereux, nous ne souhaitons pas pour autant nous arc-bouter sur des combats d’arrière-garde. Nous appelons de nos vœux une révolution des mentalités : que l’esprit start-up qui a permis l’expansion des nouvelles techno- logies accompagne l’indispensable remise à plat de la fiction française pour qu’elle s’attelle enfin aux défis… d’aujourd’hui. Les grandes entrepri- ses du secteur des nouvelles technologies ont eu, elles, l’intelligence de reconnaître qu’elles étaient prises de vitesse par les PME entrantes, seules capables de rupture, d’innovation, et donc créatrices de nouveaux marchés. Ont-elles fait le choix de les détruire ? Au contraire, elles ont vu dans leur développement même l’oppor- tunité de nouveaux débouchés. D’autant que la force de ces PME tient dans une organisation ho- rizontale, un mode de travail collaboratif et une prise de risque aux antipodes de la verticalité des groupes, qui font porter aux œuvres le poids de frais généraux massifs.

LA CLÉ DU RENOUVELLEMENT

La défense de la production indépendante n’est donc pas le réflexe corporatiste d’un secteur as- siégé. Au contraire, elle est la clef du renouvelle- ment. Mais ce n’est que main dans la main que producteurs et diffuseurs peuvent s’atteler à ce beau chantier. Nous avons perdu dix ans ! Eh bien, pre- nons-en dix d’avance avec un contrat d’objectif et de moyens signé entre diffuseurs et produc- teurs, qui aille à l’encontre de la peur et du repli et ouvre bien grandes les fenêtres du secteur pour que notre fiction aille enfin respirer l’air du large : remettons la concurrence au cœur du système, diversifions nos possibilités de finan- cements, créons de la place aux entrants, jeunes producteurs et jeunes auteurs, avec moins de pression sur le budget et l’audience, favorisons les nouveaux formats (26 min), inventons da- vantage d’espaces de diffusion, y compris sur la TNT, en seconde partie de soirée, prenons le ris- que de thèmes et d’écritures en rupture avec la télévision du passé, affirmons enfin la logique d’offre et non plus de demande. Car plus qu’un devoir, la fiction, miroir tendu à chacun, vecteur de démocratie et de construc- tion collective, est une nécessité de service pu- blic, impliquant un pacte nouveau entre les commanditaires et tout le tissu productif. Et il y a urgence : il faut que la télévision cesse d’être du bon côté de la fracture sociale, loin des aspira- tions de la jeunesse et des minorités, pour enfin entrer dans la société d’aujourd’hui en offrant à tous un droit égal au récit et à l’imaginaire. L’avenir de notre secteur est à ce prix. Il nous appartient. p

Caroline Benjo, Carole Scotta, Jimmy Des- marais, de Haut et Court (« Les Revenants ») Arnaud Louvet, d’Aeternam films (« Virage Nord ») Bruno Nahon, d’Unité de production (« Ainsi soient-ils ») Vassili Clert, de Son & Lumière (« Engrenages ») Jean Bréhat, de 3 B Productions (« Le P’tit Quinquin ») Marie Masmonteil, de Elzevir films (« Chien de guerre ») Tous les signataires sont producteurs

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

Yasser Arafat, un président sans terre

17 AVRIL 2015 Yasser Arafat, un pr ésident sans terre Yasser Arafat. Le héros de la

Yasser Arafat. Le héros de la cause palestinienne

terre Yasser Arafat. Le héros de la cause palestinienne « Ils ont changé le monde »

« Ils ont changé le monde » (collection « Le Monde » Histoire, n° 13, 104 p., 6,99 €), disponible en kiosques

frédéric fritscher

Y asser Arafat avait rêvé d’être enterré à la mosquée Al-Aqsa, dans une Jéru- salem capitale de la Palestine. Il est mort dans un hôpital militaire de la

banlieue parisienne, le 11 novembre 2004, après avoir vécu plusieurs années assiégé par l’armée israélienne dans les ruines de sa rési- dence, à Ramallah, capitale administrative de l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie. Dans les dernières années de sa vie, le chef palestinien avait vu les obstacles surgir de tous côtés. Dans son propre camp, où il s’était forgé, au fil du temps, de solides inimitiés. Mais aussi en butant sur le double mur israélo-américain érigé en 2001 par son implacable ennemi Ariel Sharon, devenu premier ministre, et l’inflexi- ble président américain George W. Bush. Yasser Arafat n’a pas su composer. Il n’a pas envisagé de se décharger progressivement d’une partie de ses fonctions ni de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération politi- que. Arafat a fait ses premières apparitions pu- bliques au lendemain de la victoire fulgurante de l’armée israélienne dans la guerre des Six- Jours, du 5 au 10 juin 1967. Les pays arabes sont alors traumatisés. Le 21 février 1968, les Israéliens se disposent à prendre par la force le village jordanien de Ka- rameh, que les Palestiniens utilisent comme base arrière pour leurs incursions armées en Cisjordanie désormais occupée. Tsahal, l’ar-

mée israélienne, qui bute sur une résistance inattendue, détruit le village, mais connaît de lourdes pertes avant de se retirer. Les fedayins palestiniens montrent aux armées arabes et au reste du monde qu’ils sont debout et conti- nuent de se battre. Au lendemain de ces com- bats, les jeunes Palestiniens affluent par mil- liers pour rejoindre le mouvement et s’enrôler. Trois semaines après la bataille, le Fatah, mem- bre de l’Organisation de libération de la Pales- tine (OLP), demande à Arafat d’incarner la ré- sistance palestinienne. Le 4 février 1969, l’OLP l’élit à sa tête. De cette date et jusqu’à ce que la mort l’emporte, sa vie se confond avec celle de l’organisation. En 1970, l’OLP est solidement implantée à Am- man, en Jordanie, où les camps de réfugiés pa- lestiniens sont nombreux. Ses activités ont une telle ampleur que le pouvoir jordanien, prenant ombrage de cet Etat dans l’Etat, chasse les Palestiniens par la force en septembre 1970. Ce « septembre noir » pousse l’OLP vers le Li- ban, où l’histoire va se répéter. La résistance fera de Beyrouth son quartier général durant douze ans, avant d’être contrainte à l’exil, cette fois par l’armée israélienne massée autour de la capitale libanaise. Arafat évacuera la ville sous protection française, le 30 août 1982, et installera finalement le siège de l’OLP à Tunis, le 3 septembre. Dans l’intervalle, fin octobre 1974, le sommet arabe de Rabat, au Maroc, a fait de l’OLP le « seul et légitime représentant du peuple pales- tinien ». Quelques jours plus tard, le 13 novem-

bre, le président du comité exécutif de l’OLP est officiellement invité à s’exprimer devant l’As- semblée générale des Nations unies à New York. Le 21 novembre, l’OLP est admise aux Na- tions unies, avec le statut d’observateur. Arafat a désormais fait le choix de la diplomatie. Quatorze ans plus tard, en novembre 1988, lors d’une réunion à Alger du Parlement pales- tinien en exil, il reconnaît implicitement l’exis- tence d’Israël. Il accepte les résolutions 242 et 338 des Nations unies et proclame un Etat in- dépendant en Palestine. Les principes d’un dia- logue se dessinent. Lorsqu’il est reçu six mois plus tard, en 1989, par le président François Mitterrand à l’Elysée, il déclare « caduque » la charte de l’OLP, qui prône la lutte armée et la destruction d’Israël.

VINGT-SEPT ANS D’EXIL

L’administration américaine convainc Israël d’engager un premier dialogue avec l’OLP à Madrid en octobre 1991, dans un cadre multi- latéral. Mais tandis que les délégations offi- cielles se rencontrent en Espagne, des négo- ciations secrètes se tiennent à Oslo, en Nor- vège, menées par Mahmoud Abbas, alors nu- méro deux de l’OLP, et Shimon Pérès. L’accord d’Oslo est signé le 13 septem- bre 1993, à Washington. Le démocrate Bill Clinton joue le maître de cérémonie. Le visage du président américain s’illumine quand il voit Yasser Arafat s’avancer et tendre la main au premier ministre, Yitzhak Rabin, qui hé- site, mais la saisit. Arafat fait un pas supplé-

mentaire et serre la main de Shimon Pérès. Les trois hommes recevront l’année suivante, en 1994, le prix Nobel de la paix, à Stockholm. Après vingt-sept ans d’exil, Yasser Arafat re- vient enfin en Palestine. Le 1 er juillet 1994, il est accueilli par une foule en délire à Gaza, où il s’installe jusqu’aux élections, avant de gagner Ramallah. Le 24 avril, le Parlement palestinien vote l’abrogation de la clause appelant à la des- truction de l’Etat d’Israël, contenue jusqu’alors dans la charte nationale. L’objectif du prési- dent reste la création d’un Etat indépendant, avec Jérusalem comme capitale. Le rêve se brise net au moment où échoue le deuxième sommet de Camp David, en juillet 2000. Dix ans après la disparition d’Arafat, les Pa- lestiniens attendent toujours leur Etat. Le pré- sident sans terre n’a pas atteint de son vivant le but qu’il s’était fixé. Mais il a regroupé le peuple palestinien autour de l’OLP. La Pales- tine, de simple observateur, est devenue Etat observateur non membre aux Nations unies en 2012, avec une majorité écrasante de 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions. Fort de cette avancée, le gouvernement pa- lestinien a demandé son adhésion à la Cour pénale internationale (CPI), début janvier. L’ONU a tranché favorablement et, pour la première fois, la CPI s’est déclarée compétente pour intervenir sur le fond du dossier israélo- palestinien. Alors que les négociations de paix sont dans l’impasse, Mahmoud Abbas a coiffé le keffieh d’Arafat pour se lancer sur le terrain de la guerre diplomatique. p

pour se lancer sur le terrain de la guerre diplomatique. p L E T T R

LETTRE DESPAGNE | sandrine morel (madrid, correspondance)

L’énigme du Petit Nicolas espagnol

A vec son regard bleu un tantinet ar- rogant et son sourire narquois, Francisco Nicolas Gomez Iglesias est parvenu à mettre en difficulté

les plus hautes institutions de l’Etat espagnol. Du haut de ses 20 ans, ce médiocre étudiant en droit que la presse a vite surnommé « le Pe- tit Nicolas », en référence au héros de Sempé et Goscinny, assure avoir agi à la fois comme agent du Centre national d’intelligence (CNI), conseiller de La Moncloa, le siège du gouver- nement, ou émissaire de La Zarzuela, la rési- dence du roi… Sur son profil Facebook, l’imposteur ef- fronté ou le génie de la politique, selon les in- terprétations, a posté moult photos de ses rencontres au plus haut niveau. Le jeune homme qui traîne ses mocassins et ses che- mises bleu clair au siège du Parti populaire (PP, droite, au pouvoir) depuis qu’il a 14 ans, a produit quantité de selfies tantôt avec l’an- cien chef du gouvernement José Maria Aznar, tantôt avec le chef du patronat madrilène, Ar- turo Fernandez, ou se rendant à la cérémonie de proclamation du roi d’Espagne Felipe VI. Grâce à ses contacts présumés, il s’est fait ré- munérer pour des services d’intermédiaire, obtenant par exemple 25 000 euros d’un chef

d’entreprise pour vendre une vaste propriété estimée à 10 millions d’euros. Une entreprise de construction l’aurait embauché pour qu’il l’aide à obtenir des contrats publics et d’autres chefs d’entreprise floués refuseraient de porter plainte, assaillis par un sentiment de honte, rapporte la presse espagnole.

PHÉNOMÈNE MÉDIATIQUE

Le mobile financier n’explique pas à lui seul l’ensemble des agissements du jeune homme. Il a rencontré une quinzaine de fois le secré- taire général du syndicat d’extrême droite Manos Limpias, Miguel Bernad, à l’origine de la plainte pour délit fiscal contre la sœur du roi, l’infante Cristina. Prétendumment de la part de La Zarzuela, il lui a demandé de renon- cer aux poursuites, « néfastes à l’image de l’Es- pagne et au système démocratique », a avoué M. Bernad. Pour le convaincre, le Petit Nicolas lui a révélé que son téléphone était sur écoute et lui en a donné la preuve en lui fournissant des détails d’une conversation téléphonique privée récente. Son histoire tient en haleine l’Espagne sans discontinuer depuis octobre 2014, quand il a été arrêté, première surprise, par l’unité poli- cière des affaires internes, la police des poli-

ces. A son domicile, les forces de l’ordre ont trouvé un gyrophare, du faux papier à en-tête des services secrets espagnols, des plaques d’immatriculation de véhicules de police. Les langues ont commencé à se délier. Et l’Espa- gne a appris comment le petit village de Galice Ribadeo a attendu en vain le roi d’Espagne, après que Franscisco Nicolas Gomez eut fait croire au maire qu’il amènerait Felipe VI à dé- jeuner. Finalement, le Petit Nicolas est apparu seul, mais escorté de quatre voitures, dans un véhicule de luxe, gyrophare sur le capot. Sur les plateaux de télévision, dont il est friand, il assure qu’il possède du « matériel très sensible qui affecte toutes les institutions de l’Etat » et a déjà laissé filtrer des échanges avec le secrétaire d’Etat au commerce, ancien secrétaire général du puissant think tank du PP, la FAES, Jaime Garcia-Legaz. Ces messages téléphoniques témoignent d’une complicité indéniable, des commentaires salés sur les femmes aux demandes de soutien officiel pour faciliter des contrats à des amis. Ceux qui le côtoient le décrivent comme « très malin » et ne doutent pas qu’il y a forcé- ment une part de vérité dans le récit abraca- dabrant du jeune homme. « Il a d’abord été présenté comme un “freaky”, mais dans le récit

de Francisco Nicolas, il y a une part de réalité qui a déjà été démontrée, rappelle le journa- liste Javier Negra, du quotidien El Mundo. Il reste des zones d’ombre qui doivent être éclair- cies, mais il a déjà réussi à mettre sur les nerfs beaucoup de cadres du pays. » Comment expliquer, si ce jeune homme issu d’un milieu modeste n’a pas de puissants parrains, qu’il puisse se payer une université privée d’élite, louer des voitures haut de gamme à tour de bras, et occuper un apparte- ment de luxe dans le quartier huppé du Viso, dans le nord de Madrid ? Mis en examen pour arnaque, usage de faux et usurpation d’identité, Francisco Nicolas Gomez a « une conception fleurie des choses, de type mégalomaniaque », assure la juge qui enquête sur l’affaire, mais elle ne « parvient pas à comprendre » comment avec « son sim- ple bagout » il a pu participer à tant d’actes of- ficiels. Le 17 avril, l’audition de nouveaux té- moins pourrait permettre d’en savoir plus. Une chose est sûre, l’ascension fulgurante de ce jeune homme trop bien introduit en dit long sur les liens entre politique et affaires, dans une Espagne rongée par la corruption. p

sandrine.mo@gmail.com

À 20 ANS, L’ÉTUDIANT EN DROIT NICOLAS GOMEZ IGLESIAS A MIS EN DIFFICULTÉ LES PLUS HAUTES INSTITUTIONS DE L’ÉTAT ESPAGNOL

LES INDÉGIVRABLES PAR GORCE

DE L’ÉTAT ESPAGNOL LES IND ÉGIVRABLES PAR GORCE Des hommes puissants, mais si seuls LIVRE DU

Des hommes puissants, mais si seuls

LIVRE DU JOUR

alexis duval

L’ Elysée comme Matignon sont des prisons dorées qui protègent leurs locataires autant qu’elles les isolent. Ainsi pourrait-on résumer la trame

autour de laquelle Jean-Michel Djian a tissé So- litudes du pouvoir. En racontant à hauteur d’homme divers épisodes forts de la V e Répu- blique, le journaliste et producteur à France Culture parvient à brosser une certaine his- toire politique. Une histoire personnelle, par- fois privée, qui vient nourrir et compléter le récit de la grande Histoire. Dans les palais de la République, présidents et premiers ministres sont confrontés à la dif- ficile expérience du pouvoir, chacun à leur manière. Car la solitude d’un François Mit- terrand affaibli par la maladie à la fin de son second septennat n’a que peu de chose à voir avec celle d’un Michel Rocard que le même chef de l’Etat se plaisait à rudoyer et humilier en public. Lorsque le 29 mai 1968 Charles de Gaulle, au

milieu de son second mandat, quitte brusque- ment une France en pleine crise pour partir en hélicoptère à Baden-Baden, en Allemagne, on dit le général en proie à « une solitude lugubre, proche de la dépression ». En 1958, il s’était ins- tallé dans un trône présidentiel forgé par son lieutenant, Michel Debré, inspirateur de la Constitution. Le texte, qui renforce l’exécutif, dessine un pouvoir conçu par les gaullistes pour les gaullistes.

« SOLITUDE DÉSENCHANTÉE »

Dix ans plus tard, c’est « tel un animal blessé »,

affecté par ce qu’il aurait appelé, selon l’ex-

pression consacrée, « la chienlit », que le géné- ral se rend outre-Rhin. Pour Jean-Michel Djian,

son but était clair : « Chercher la force de tuer,

calculer une dernière fois ses chances et (…) re- trouver le feu. » Après s’être adonné à la médi- tation, il revient le 29 mai au soir et annonce la dissolution de l’Assemblée nationale le 30. De quoi lui offrir, du moins pour quelque temps, « une rémission politique ». Si la solitude de l’homme du 18 juin est à la source d’un coup politique, celle qu’a pu éprouver Jacques Chirac le 14 avril 2005 est

d’une tout autre nature : c’est « la solitude dé- senchantée ». A quelques jours du référendum français sur le traité constitutionnel euro- péen, le cinquième homme fort de la V e ré- pond aux questions d’un panel de jeunes. Sur le plateau de TF1, « on lit dans les yeux du prési- dent toute la douleur du torturé cherchant quelqu’un pour lui tendre une main et le sau- ver », écrit Jean-Michel Djian. Pris au piège d’un dispositif scénique qui le place au centre comme un gladiateur dans une arène, l’ancien maire de Paris est visiblement désarmé. Interrogé sur le manque de confiance des Français dans l’Europe, il finit par lâcher : « Je ne le comprends pas. » Lapidaire, définitive, la formule atteste aussi bien de la fracture géné- rationnelle que de l’isolement d’un homme frappé par la surdité. A l’aide d’une écriture nerveuse, Jean-Michel Djian fait revivre de l’intérieur des moments critiques d’un pou- voir qui coupe un peu plus des réalités du monde ceux qui le détiennent. p

Solitudes du pouvoir

de Jean-Michel Djian

Grasset, 162 pages, 15 euros

0123

VENDREDI 17 AVRIL 2015

PercySledge

Chanteur américain

En 1974. HANEKROOT/ SUNSHINE/DALLE
En 1974. HANEKROOT/
SUNSHINE/DALLE

I l était avant tout l’homme

d’une chanson, mais quelle

chanson ! Le chanteur améri-

cain Percy Sledge, créateur de

When a Man Loves a Woman, l’un des plus légendaires standards de la musique soul, est mort, mardi 14 avril, à Baton Rouge, en Loui- siane, à l’âge de 73 ans, des suites d’un cancer du foie. De ce tube immense, publié en 1966, par la maison de disques Atlantic, l’historien de la musique américaine Peter Guralnick disait dans son livre référence, Sweet Soul Music. Rhythm and blues et rêve sudiste de liberté (éditions Al- lia, 2003), qu’il avait été « aussi si- gnificatif comme facteur d’intégra- tion que That’s Allright d’Elvis Pres- ley, Tutti Frutti de Little Richard ou la campagne de Birmingham me- née par Martin Luther King, deux ans plus tôt ». De son côté, Jerry Wexler (1917- 2008), le légendaire patron d’At- lantic, se souvenait « avoir entendu des histoires sur des gens qui étaient au volant quand la chanson est passée à la radio et sont entrés dans le décor ». Sans parler des mil- lions de couples enlacés, au fil des décennies, au son de ce slow incar- nant comme aucun autre l’âpreté et l’émotion viscérale de la soul du sud des Etats-Unis. Peu de choses avaient préparé Percy Sledge à cette gloire interna- tionale. Né en 1941, à Leighton, pe- tite ville du nord-ouest de l’Ala- bama, ce petit bonhomme à l’im- mense sourire, illuminé de dents de la chance, chantait certes dans des groupes de gospel depuis son enfance, ou dans le chœur de son lycée, mais sans ambition profes- sionnelle, jusqu’à l’âge de 25 ans. En remplacement d’un vocaliste malade, celui qui vivotait jus- que-là comme ouvrier en bâti- ment ou infirmier au Colbert County Hospital accepte, en 1965, une proposition d’engagement au sein des Esquires, groupe local re- prenant des chansons des Mira- cles, des Temptations, des Beatles ou de Bobby « Blue » Bland.

« La pire décision de sa vie »

La légende raconte – le chanteur en avait livré lui-même plusieurs ver- sions – qu’un soir de concert Percy Sledge, déprimé par une sépara- tion amoureuse et éméché après quelques verres de scotch, se met à improviser, en s’époumonant, « Why Did You Leave Me, Baby ? » (« pourquoi m’as-tu quitté, bébé ? »), qui le fait remarquer d’un disc-jockey-parolier, du nom de Quin Ivy, impressionné par son té- nor guttural. Ce dernier lui pro- pose de retravailler le morceau dans son studio et d’en changer le

25 NOVEMBRE 1941

Naissance à Leighton

(Alabama) 1966 «When a Man Loves a Woman»

14 AVRIL 2015 Mort à

Baton Rouge (Louisiane)

texte « pour avoir quelque chose de plus dynamique et riche émotion- nellement ». Rebaptisée When a Man Loves a Woman, peaufinée pendant des semaines, la chanson est enregis- trée dans l’agglomération de Mus- cle Shoals (Alabama) qui devien- dra célèbre, dans la foulée, pour ses studios, véritable Mecque des productions soul. Accompagné d’un orgue Farfisa à l’humeur spectral – qui inspirera plus tard A Whiter Shade of Pale, le tube des Anglais de Procol Harum –, le titre est placé par ses producteurs auprès de la maison de disques At- lantic Records, label phare du rhythm’n’blues. Quelques semai- nes plus tard, en mai 1966, la chan- son devient le premier morceau de soul sudiste à parader au som- met des hit-parades pop améri- cains. Entre-temps, Percy Sledge a pris ce qu’il considérera comme « la pire décision de [sa] vie » : la vente des droits de la chanson à deux membres des Esquires – le bassiste Calvin Lewis et l’organiste Andrew Wright – qui l’avaient aidé à la composer. Longtemps perturbé par ce triomphe international – le chan- teur pouvait à l’époque disparaître des semaines sans donner de nou- velles –, Percy Sledge enchaîne pourtant une poignée de hits en- tre 1966 et 1968 (Warm and Tender Love, It Tears Me Up, Out of Left Field, Take Time to Know Her…) et devient, ironiquement, lui qui est l’un des symboles de la musique noire américaine, l’un des chan- teurs les plus populaires d’Afrique du Sud, le pays de l’apartheid. Après une éclipse, il revient avec un nouveau petit succès en 1974, I’ll Be Your Everything, connaît des soucis de santé, mais publie spora- diquement quelques albums, Blue Light, en 1994, Shining Through the Rain, en 2004…, avant d’être intro- nisé au Rock’n’Roll Hall of Fame, en 2005. Si le miracle de When a Man Lo- ves a Woman ne s’est pas répété, sa carrière entière aura été portée par ce tube qui lui permettait encore, dans les dernières années de sa vie, de donner une centaine de concerts par an, dans le monde en- tier. p

stéphane davet

disparitions & carnet | 15

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AU CARNET DU «MONDE»

Mariage

M. Frédéric DOMBRE

et

M. Nicolas FRIOT

sont heureux d’annoncer leur mariage, célébré le 11 avril 2015,

à Saint-Céneri-le-Gérei (Orne).

Ils adressent leurs remerciements émus àM me Christiane Taubira.

Décès

Claude et Elisabeth Benmussa, Michelle Benmussa, ses enfants,

Frédéric, Sonia, Alexandre, Fanny,

ses petits-enfants,

Antoine, Lenzo, Kylian, ses arrière-petits-enfants,

Ginette, Adrienne, Jacques, Simon,

ses sœurs et frères,

Ana Aragao Et toute sa famille portugaise d’adoption,

ont l’immense chagrin de faire part du décès de

Charles BENMUSSA,

survenu le 11 avril 2015,

à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

L’inhumation aura lieu le lundi 20 avril,

à 15 h 30, au cimetière parisien de Pantin, 164, avenue Jean Jaurès, à Pantin.

Graciane et Lionel Dugué, ses parents, Arnauld, Alexis et Odeline, ses frères et sœur, Priscilla, son amie, Sa famille Et ses proches,

ont l’immense douleur de faire part du décès de

Aymeric DUGUÉ,

survenu le samedi 11 avril 2015,

à l’âge de vingt-sept ans.

Les obsèques auront lieu le vendredi

17 avril, à 15 heures, en l’église de Barc

(Eure).

ldugue@rogers.com

Delphine Mignon et Benjamin Wills- Johnson, Adèle-Shirel Mignon et Aaron Bensimhon, ses enfants, Elisabeth Bensimhon, sa petite-ille,

ont le chagrin de faire part du décès de

Sylvie FERRAND-MIGNON,

survenu à Paris, le 11 avril 2015.

Une messe a été célébrée en l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, place de la

Porte de Saint-Cloud, Paris 16 e , ce jeudi

16 avril, à 10 h 30.

L’inhumation aura lieu le lendemain,

17 avril, aux Contamines-Montjoie (Haute-

Savoie), à 10 heures.

delphinemignon@optusnet.com.au

shirel.mignon@gmail.com

André GALLICE

vient de nous quitter à Lyon, dans sa quatre-vingt-onzième année.

Marie, Dominique, Paul, Claire et Jean, ses enfants, Simone et Colette, ses sœurs

Et Taher,

son frère, Tous ses petits-enfants Et ses arrière-petits-enfants,

sont dans la tristesse de son départ, un an après celui de son épouse bien-aimée,

Annette.

Une célébration d’adieu aura lieu

samedi 18 avril 2015, à 15 heures, au Chatelard, 41, route du Bruissin, à Francheville (Rhône).

Les éditions du Seuil

ont appris dans l’émotion le décès de

Günter GRASS,

romancier, poète, dramaturge et peintre, Prix Nobel de littérature en 1999,

survenu le 13 avril 2015, à Lübeck, en Allemagne.

Elles saluent l’oeuvre, qu’elles ont eu le privilège de publier en France, et la mémoire de l’un des écrivains les plus puissants de notre époque.

(Le Monde du 15 avril.)

Françoise Huth, son épouse, Olivier et Joëlle Huth, leurs enfants, Sa famille,

ont la douleur d’annoncer le décès de

Michel HUTH,

journaliste,

survenu le samedi 11 avril 2015.

Une crémation aura lieu le 17 avril.

3, l’Âge Quatre Maux,

23160 Crozant.

M me Nadine Coleno-Michel,

son épouse,

Pierre Coleno-Michel,

son ils,

M. Jean-Marie Michel,

son père,

M me Florence Michel,

sa sœur Ainsi que toute sa famille,

font part du décès de

M. Dominique MICHEL,

survenu le 10 avril 2015.

Cet avis tient lieu de faire-part.

10, rue des Jeûneurs,

75002 Paris.

Jean Morard, son époux,

Serge et Aurore Morard, et Cassandre, Sandrine Morard, ses enfants et sa petite-ille,

M. Claude Capra,

son père, Ses sœur, frères, belles-sœurs, beau-frère

Ainsi que toute la famille,

ont la douleur de faire part du décès de

M me Marie-Christine MORARD,

survenu à Paris, le 12 avril 2015.

La cérémonie religieuse sera célébrée

ce jeudi 16 avril, à 15 h 30, en la basilique Sainte-Clotilde, Paris 7 e .

Cet avis tient lieu de faire-part.

7, rue de Villersexel,

75007 Paris.

Paris. Sarajevo.

Marie-Claude Bavière-Muratovic, son épouse, Nicolas Muratovic, son ils, Les familles Muratovic, Bavière et Pannier, Ses amis,

ont la tristesse de faire part du décès de

Ibro MURATOVIC,

survenu le 28 mars 2015, à l’âge de soixante-sept ans.

Une cérémonie d’adieu s’est déroulée dans l’intimité, au cimetière du Montparnasse, Paris 14 e .

17, rue Brézin,

75014 Paris.

Suzanne Pauthier,

Agnès Bauche, François Pauthier, Isabelle Goldringer, ses enfants,

Marion, Raphaël, Anne-Sophie, Pierre, Antoine, Timothée, Nicolas, Adèle et Mayeul, ses petits-enfants,

Camille, Cécilia, Valentine, Zacharie, ses arrière-petits-enfants,

ont la tristesse de faire part du décès de

Marcel PAUTHIER,

ingénieur ESPCI, directeur de Recherches à la CGCT.

L’inhumation aura lieu le vendredi

17 avril 2015, 14 h 15, au cimetière

de Bures-sur-Yvette (Essonne).

On se retrouvera ensuite à la mairie de Bures pour évoquer nos souvenirs.

« L’homme sait enin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. » Jacques Monod.

Pas de leurs.

Marcel avait à cœur : le fond ESPCI Charpak, l’ADMD Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, le Mouvement Européen France.

Familles Pauthier, Bauche, Goldringer,

Catalan, Hospital, Lelièvre, Munch,

73, rue de Paris,

92100

Boulogne-Billancourt.

Paris.

Didier, Anne, Claire et Christine Parez, ses enfants

et leurs familles,

ont la tristesse d’annoncer le décès de

M me Simonne PAREZ,

née BOISSON.

Les obsèques auront lieu ce jeudi

16 avril 2015, à 16 heures, au cimetière

de Méry-sur-Seine.

Elle rejoindra son époux,

son ils aîné,

Louis PAREZ,

Claude PAREZ.

Les fleurs peuvent être remplacées par un don à Handicap International ou Les Restos du Cœur.

M me Claire Parez,

12, avenue Gaston Bosc,

13009 Marseille.

M me Andrée Vénéroni,

son épouse,

M. et M me Paul Vénéroni,

son frère et sa belle-sœur,

M. et M me Jean-Robert Chocard,

son beau-frère et sa belle-sœur,

Ses neveux et nièces, Toute sa famille

Et tous ses amis,

ont la tristesse de faire part du décès de

M. Marcel VÉNÉRONI,

ancien directeur de recherche au CNRS,

survenu le 12 avril 2015, dans sa quatre-vingt-sixième année.

Vous pourrez vous recueillir au funérarium de Clamart (Hauts-de-Seine), le vendredi 17 avril, à partir de 13 h 30, 104, rue de la Porte de Trivaux.

La crémation aura lieu le vendredi

17 avril, à 15 h 30 (présence 15 heures),

au crématorium du Parc, à Clamart, 104, rue de la Porte de Trivaux.

4, rue des Capucins,

92190 Meudon.

Ses collègues Et amis de l’IPN Orsay, du LPTMS et de l’ancienne division de physique théorique de l’IPNO,

ont la tristesse d’annoncer le décès de

Marcel VÉNÉRONI,

directeur de recherche honoraire du Centre national de la recherche scientiique,

survenu le 12 avril 2015.

Il laissera le souvenir d’un maître respecté, d’un théoricien passionné et d’une personnalité attachante et exceptionnelle.

Jean-Maurice, Marie-Claude, Alain, Dominique, Didier et Valérie, ses enfants, Ses petits-enfants, Ses arrière-petits-enfants, Ses gendres et ses belles-illes Ainsi que toute sa famille,

ont la grande tristesse de faire part du rappel à Dieu, le 9 avril 2015, de

Andrée VERBOIS,

née BELLEVUE.

Les obsèques ont été célébrées ce jeudi

16 avril, à 14 heures, en l’église Saint-

Martin, à Louveciennes, suivies de l’inhumation au cimetière paysagé.

Cet avis tient lieu de faire-part.

Famille Verbois,

8, parc du Château,

78430 Louveciennes.

Anniversaire de décès

Il y a treize ans,

Bernard HAILLANT,

auteur-compositeur-interprète,

nous quittait le 17 avril 2002.

« L’Homme qui pleure » est toujours dans notre cœur

www.bernardhaillant.com

nous quittait le 17 avril 2002. « L’Homme qui pleure » est toujours dans notre cœur

16 | culture

0123

VENDREDI 17 AVRIL 2015

Caroline Guiela Nguyen, à Lyon, le 10 avril. PABLO CHIGNARD I HANSLUCAS.COM POUR « LE
Caroline Guiela Nguyen,
à Lyon, le 10 avril. PABLO CHIGNARD I
HANSLUCAS.COM POUR « LE MONDE »

Caroline Guiela Nguyen, lestée d’enfance

La metteuse en scène, qui monte « Le Chagrin », nourrit son théâtre d’histoires intimes et de création collective

PORTRAIT

valence - envoyée spéciale

P remière impression de Caroline Guiela Nguyen : une jeune femme – ravissante – dé-

boule, en minijupe, bonnet sur la tête, vous claque la bise et entame la discussion, avec son accent du Sud. Une rugbywoman dans une enveloppe délicate, se dit-on ce

soir-là. On est à Valence, à la Fabri­ que, un lieu qui a tout de la friche artistique, mais dépend du Centre dramatique national. C’est là, dans ces bâtiments couverts de tags colorés, en lisière d’un parc, que Caroline Guiela Nguyen, le 31 mars, a créé avec sa compagnie, Les Hommes approximatifs, son nouveau spectacle, Le Chagrin. Quelques jours plus tard, on croise de nouveau la route de Ca-

musée jacquemart-andré INSTITUT DE FRANCE 27 mars – 20 juillet 2015 de giotto à caravage
musée
jacquemart-andré
INSTITUT DE FRANCE
27 mars – 20 juillet 2015
de giotto
à caravage
Les passions de Roberto Longhi
OUVERT 7/7 – 10H/18H – NOCTURNE LUNDI JUSQU’À 20H30
RÉSERVATION : musee-jacquemart-andre.com & fnac.com – #GiottoCaravage
Caravage, Garçon mordu par un lézard, Florence, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi
© Firenze, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi

roline, à Paris et à Reims, et on se dit que c’était l’inverse, en fait :

une femme délicate dans une en- veloppe de fonceuse. On n’a pas l’habitude d’une telle sponta- néité, d’une telle fraîcheur, dans le théâtre français. On voit bien que Caroline Guiela Nguyen tranche, dans ce milieu. D’abord c’est une jeune femme – elle est née en 1981. De par ses origines familiales, elle a des liens avec le Vietnam, l’Inde et l’Algérie, et avec l’histoire colo- niale et postcoloniale de la France. Et c’est lestée de ce bagage qu’elle amène quelque chose de tout à fait neuf, et réinvestit des territoires oubliés, au fil de ses spectacles : Se souvenir de Vio- letta (2011), Le Bal d’Emma (2012), Elle brûle (2013), qui ne cesse de tourner, et ce Chagrin qui, après Valence, va poser quelques soirs à Tours, puis au Théâtre de la Col- line, à Paris, sa bulle de réalisme magique.

Deux rencontres fondamentales

Dans le petit village de Provence où Caroline Guiela Nguyen a passé son enfance, les gens appe- laient sa mère « la Chinoise ». « Ma mère est vietnamienne, sa mère était indienne, née à Pondi- chéry, raconte la jeune femme. El- les sont arrivées en France en 1956, après la défaite de Dien Bien Phu, comme de nombreux Vietna- miens restés du côté de la France. Et, plus tard, elle a rencontré mon père, qui était pied-noir, et séfa- rade, mais ne parlait jamais de cette histoire… » Caroline Guiela Nguyen va au Vietnam régulièrement, mais n’est jamais allée en Algérie. Elle dit que cette histoire familiale complexe et « remplie de non- dits » a « façonné un rapport au monde particulier », qu’elle n’a de cesse d’élucider et de creuser à tra- vers le théâtre. Quand elle est entrée à l’école du Théâtre national de Strasbourg (TNS), après des études de sociolo-

gie et d’ethnoscénologie, elle a rencontré deux artistes qui ont été fondamentaux pour son éclo- sion artistique. Le Polonais Krys- tian Lupa d’abord, pour « sa façon de travailler avec les comédiens :

l’acteur chez lui n’est pas quelqu’un qui va dire un texte, mais une per- sonne qui va témoigner d’une forme de présence, être traversé par tout un paysage intérieur, imaginaire ». Ensuite, il y a eu le « choc » pro- voqué par Les Marchands, de Joël Pommerat, qui a « ouvert de nom- breuses portes » à la jeune met- teure en scène : « Dans le fait de composer une troupe avec des vi- sages, des corps, des origines diffé- rentes : une diversité, comme on dit maintenant, qui me semble fondamentale pour raconter les histoires dont nous avons besoin aujourd’hui. Et puis Pommerat montrait que l’on pouvait s’empa- rer des questions sociales, souvent considérées comme impures, voire vulgaires, dans le théâtre français. Moi, je ne peux pas faire sans cette question-là, sinon il y a une partie de mon rapport au monde qui n’est plus là. » Caroline Guiela Nguyen avait une idée assez claire de ce qu’elle voulait faire, quand elle a fondé la compagnie Les Hommes approxi- matifs – dont le nom, tiré d’un poème de Tristan Tzara, dit bien le projet –, en 2007, avec plusieurs camarades de l’école du TNS : la scénographe Alice Duchange, l’auteure Mariette Navarro… Il s’agissait d’abord de créer un vrai collectif, pour de vraies créa- tions collectives. Caroline et ses compagnons ont su très vite que pour raconter leurs histoires, il leur fallait écrire à partir du pla- teau, des acteurs – de la vraie vie. Réinvestir des terrains abandon- nés du théâtre français : l’intime, le social, des histoires ordinaires traversées, comme toutes le sont, par la grande Histoire. Comme dans Elle brûle, qui soulève, avec un hyperréalisme saisissant, les

La jeune femme a des liens avec le Vietnam, l’Inde et l’Algérie, et avec l’histoire coloniale et postcoloniale de la France

couches de non-dits d’une famille et la douleur d’une femme d’aujourd’hui qui s’appelle Emma, comme chez Flaubert. Pour cela, il fallait casser le moule, réintégrer dans la repré- sentation de nos vies ce qui en fait la matière même, sa fragilité et sa complexité. Alors tous les specta- cles des Hommes approximatifs mêlent comédiens profession- nels et amateurs, de tous âges et d’origines différentes.

Comme une Atlantide engloutie

Ainsi en va-t-il dans Le Chagrin qui, au milieu de l’étonnant décor imaginé par Alice Duchange, ins- piré par l’art brut, raconte une his- toire banale et universelle. Un frère et une sœur, après la mort du père. La sœur est partie à Paris, des années auparavant, pour devenir danseuse, vivre dans un autre univers. Le frère est resté là, au pays, et maintenant ils se retrou- vent, alors que le père n’est plus là, et que remontent les souvenirs. Tout ici est dans la façon si émouvante qu’a Caroline Guiela Nguyen de convoquer l’enfance, cette enfance inscrite en chaque être humain comme une Atlan- tide engloutie, toujours prête à re- faire surface. Ou d’évoquer la mort de manière un peu vaudoue, en instaurant sur le plateau un fascinant jeu avec la matière, les objets, les poupées, les bricolages divers et variés que chacun s’in- vente pour recréer du vivant, en- core et encore.

Caroline Guiela Nguyen aime Mike Leigh, les frères Dardenne, Maurice Pialat ou Abdellatif Ke- chiche, les cinéastes qui serrent le réel au plus près, et son travail s’inscrit dans cette lignée. Mais avec Le Chagrin, elle est allée plus loin, sur des territoires encore nouveaux, qui intègrent la pré- sence dans la vie d’une forme de « pensée magique », sans la- quelle l’homme ne peut pas af- fronter la mort. Alors évidemment, en voyant son parcours, en l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser à Ariane Mnouchkine, que Caroline Guiela Nguyen admire. La jeune metteure en scène aimerait bien, un jour, créer un lieu semblable à la Cartoucherie de Vincennes, « une fabrique de théâtre où l’on installerait notre univers, où l’on ferait à manger, où l’on accueille- rait le public », rêve-t-elle. Son pro- chain spectacle devrait d’ailleurs recréer la vie d’un restaurant viet- namien – tiens, tiens, là encore, on pense à Mnouchkine, à un des premiers spectacles du Soleil, La Cuisine, d’après Wesker. Caroline, c’est l’as de trèfle qui pique le cœur du théâtre français. p

fabienne darge

Le Chagrin, par Les Hommes approximatifs. Mise en scène :

Caroline Guiela Nguyen. Centre dramatique régional de Tours, du 21 au 24 avril. Tél. : 02-47-64-50-50. Théâtre national de la Colline, du 6 mai au 6 juin. Tél. : 01-44-62-52-52. Elle brûle. Jusqu’au 17 avril, à la Comédie de Reims, 3, chaussée Bocquaine, Reims (51). Tél. : 03-26 48-49-10. Puis le 21 avril à Aubusson, Scène nationale d’Aubusson, Théâtre Jean-Lurçat, avenue des Lissiers, Aubusson (23). Tél. : 05-55-83-09-09. Du 27 au 29 mai au Théâtre national de Nice, promenade des Arts, Nice (06). Tél. : 04-93-13-90-90.

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VENDREDI 17 AVRIL 2015

culture | 17

Poussin au Louvre: qui dit pieux?

Une exposition à Paris prête au peintre une inspiration religieuse. Abusivement

ARTS

O n sait depuis long- temps que le Louvre est le plus grand mu- sée du monde. On

ignorait qu’il est aussi le plus pieux. Ce ne peut être en effet que par une volonté d’édification qu’il présente ensemble deux exposi- tions intitulées l’une, « La Fabri- que des saintes images », l’autre « Poussin et Dieu ». Ce second ti- tre prête à controverse car le mot dieu a – faut-il le rappeler ? – des sens très variés, aussi variés que les visiteurs du Louvre. Il aurait été plus précis historiquement et plus judicieux politiquement de s’en tenir à « Poussin et le catholi- cisme romain », ce qui est le sujet.

Il s’agit en effet de démontrer que Nicolas Poussin (1594-1665) est essentiellement un peintre chrétien, contrairement à ce que l’on pourrait croire devant tant d’œuvres inspirées par les mytho- logies gréco-romaines. Pour appuyer – euphémisme – la thèse, une centaine d’œuvres sont réunies, deux tiers de ta- bleaux, un tiers de dessins. Les unes ont des sujets tirés des An- cien et Nouveau Testaments, ce qui n’est pas surprenant pour un peintre du XVII e siècle établi à Rome qui, pour s’imposer et vi- vre, doit répondre à la demande de commanditaires religieux. Les autres ont des sujets antiques, mais il conviendrait néanmoins de les comprendre comme des œuvres religieuses parce que Poussin aurait fait sienne l’inter- prétation qui reconnaît dans tout épisode mythologique, tel qu’il est rapporté par Virgile ou Ovide, la préfiguration d’une scène bibli- que. Il participerait ainsi au mou- vement de reconquête religieuse engagé par le concile de Trente pour s’opposer à la Réforme. Cette thèse suppose, de la part de l’artiste, une conception intel- lectuelle de la religion, par super- position des mythes païens et des symboliques chrétiennes. Il est possible que Poussin ait été capa-

ble de tels jeux de réécriture et de décryptage – ou que certains de ses proches l’aient initié à ces exercices savants. On le croirait même d’autant plus volontiers que Poussin a, de la peinture, une conception non moins théorique. Les rapprochements organisés par l’accrochage entre plusieurs versions d’un même motif mon- trent comment il opère. Sur le thème de la Sainte Famille, il pro- cède par variations méthodiques. Le sujet n’exige qu’un petit nom- bre de figures qui peuvent être dis- posées dans un espace clos qui est alors défini par des murs et des an- gles ; ou dans l’espace ouvert d’un paysage que doit fermer, à l’hori- zon, une ligne de collines ou une chaîne de montagnes. La disposi- tion des personnages peut évo- luer, les couleurs des vêtements changer, quoique le nombre des possibilités soit assez restreint – un rouge, un ocre jaune vif, des bleus, du blanc. Mais à l’intérieur d’un système, que Poussin met en pratique en disposant dans une boîte des figurines de cire ha- billées d’un peu d’étoffe ou de pa- pier. Il peint cette mise en scène.

Sujets antiques et sujets chrétiens

Cette conception réglée et répéti- tive se vérifie pour d’autres sujets, qu’il traite en reprenant et modi- fiant un schéma d’une version à la suivante. Des types se reconnais- sent d’un tableau à l’autre – selon le sexe, l’âge, l’expression, la pos- ture. Il y a le vieillard méditatif de profil qui joue le rôle d’un roi ou d’un saint – selon les cas ; la femme d’environ 30 ans, la tête à moitié voilée, qui incarne la piété, la pu- deur ou telle autre vertu. Ces types servent également pour les sujets antiques et les sujets chrétiens – ce qui n’a rien de surprenant puisque Antiquité et christianisme se- raient confondus. Cette technique vaut aussi pour les architectures, qui se répètent inlassablement :

une forteresse inspirée du château Saint-Ange, une colonne toujours plus ou moins Trajane, un temple qui est le prototype du temple clas-

Trajane, un temple qui est le prototype du temple clas- Ce qu’il lui manque : la

Ce qu’il lui manque :

la capacité d’éprouver les sentiments qu’il doit peindre et de les exprimer intensément

dont est absente la suggestion, même discrète, d’une quelconque douleur. Poussin n’accède pas au tragique. Il en est du reste cons- cient. Un commanditaire lui ayant demandé un Portement de Croix, il refuse et s’excuse en ces termes :

« Je ne pourrais pas résister aux pensées affligeantes et sérieuses dont il faut se remplir l’esprit et le cœur pour réussir à ces sujets, d’eux-mêmes si tristes et lugubres. » Regrettable faiblesse pour un peintre religieux. Elle se voit d’autant mieux que, tout à côté, « La Fabrique des sain- tes images » évoque, à travers les collections du Louvre, la peinture sacrée entre Rome et Paris au temps de Poussin. Rome, c’est La Mort de la Vierge du Caravage. Pa- ris, c’est le Christ mort de Philippe de Champaigne. Nul besoin d’être théologien pour ressentir quelle douleur et quelle angoisse s’inscrivent dans ces œuvres et combien elles ont un sens universel, bien au-delà des textes chrétiens. Leur proxi- mité inflige aux Poussin les plus savants et les mieux machinés des comparaisons qui leur sont fatales. p

philippe dagen

« L’assomption de la Vierge »

NATIONALGALLERY OF ART

sique et un édifice rectangulaire au toit de tuiles sans destination

On a vite fait de savoir ce qu’il lui manque : la capacité d’éprouver les

Poussin et Dieu et La Fabrique des saintes images, Rome-Paris,

(vers 1630-1632).

précise. Ils sont, selon les nécessi- tés du sujet, intacts ou en ruines. Ce sont les matériaux visuels de base que Poussin dispose, agrège

sentiments qu’il doit peindre et de les exprimer intensément. On le sait dès les premiers tableaux, La Mort de la Vierge, de 1623, qui est

1580-1660. Hall Napoléon, Musée du Louvre, Paris 1 er . Du mercredi au lundi de 9 heures à 17 h 30, mercredi et vendredi jusqu’à

ou isole : son jeu de construction à

une belle parade de drapés, et Le

21

h 30. Entrée : 13 €. Jusqu’au

tous les sens du terme.

Martyre de saint Erasme, de 1628,

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juin. Louvre.fr.

En Italie, un musée né d’une fuite d’eau

Un trésor archéologique avait été découvert en 2000 par un habitant de Lecce

rome – correspondant

C’ est un musée né du ha- sard qu’un article du New York Times, publié

mercredi 15 avril, vient de mettre

en lumière. Du hasard, et d’un problème de plomberie. Tout commence à Lecce, dans les Pouilles, en 2000. Propriétaire avec sa famille d’une maison si- tuée au 56, rue Ascanio-Grandi,