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Penser le bonheur

. Définition Armand Cuvillier : " Le bonheur peut être conçu : 1. tantôt négativement ou
statiquement, comme un repos, une absence de douleurs, de soucis (cf. Epicure) 2. tantôt
positivement et dynamiquement, comme le développement de l'ensemble des virtualités
de l'être. " / " L'homme est un être vivant : son bonheur est donc de vivre, et la vie est un
mouvement, par conséquent un effort, un regret, une espérance et une crainte." (Bersot)
>> théorie des up and down , il faut faire effort pour monter - " tout ce qui est beau est
aussi difficile que rare" (Spinoza)
- Définition Louis-Marie Morfaux : (de bon et de heur, du latin populaire agurium, dérivé de
augurium, augure, chance) . Etat de satisfaction complète de toutes les tendances
humaines. A la différence des termes béatitude, félicité, il y a dans celui de bonheur l'idée
qu'il est dû à une chance extérieure favorable (heur). >> complétude, actualisation des
puissances de l'âme qui sont des puissances de la vie, d'une vie vivante éclairée,
redoublée par la réflexion.
- Le philosophe qui a thématisé le bonheur comme un horizon indépassable de la pensée,
c'est Spinoza cf. Cours Cuvillier : Pour Spinoza, qui professe une métaphysique
panthéiste ( système philosophique selon lequel tout est non seulement par Dieu mais en
Dieu) , l'homme n'est qu'une des multiples déterminations de la Substance unique et
infinie, qui est Dieu. Au dessus de la morale vulgaire pour laquelle les termes de bien et
de mal sont simplement synonymes d'utile et de nuisible, il existe une sagesse
supérieure, fondée sur "l'amour intellectuel de Dieu" et qui consiste, pour l'homme, à

YANN MANGOURNY

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car celles-ci sont encore des passions et " la puissance de l'homme n'est pas encore accrue à ce point qu'il se conçoive adéquatement lui-même et ses propres actions. sinon unique. qu'il fût négligé par presque tous ? Mais tout ce qui est beau est aussi difficile que rare. Elle est enfin liberté. et sitôt qu'il cesse de pâtir. L'ignorant. par une certaine nécessité éternelle conscience de lui-même.Développons : Toute la puissance de l'homme est dans l'entendement seul et " tout effort dont la raison est en nous le principe n'a d'autre objet que de comprendre. de Dieu et des choses. la douleur. La béatitude est Joie. " C'est ainsi que la sage " conscient de lui-même. car le sage existe alors comme Dieu lui-même. . Ethique. ne connaît guère le trouble intérieur. Si la voie que j'ai montrée qui y conduit paraît être extrêmement ardue. de Dieu et des choses en vertu d'une certaine nécessité intérieure" ignore le trouble et possède toujours la véritable paix intérieure. .Lisons un texte : Le bonheur du sage : " J'ai achevé ici ce que je voulais établir concernant la puissance de l'âme sur ses affections et la liberté de l'âme. de Dieu et des choses. La liberté se conquiert par une augmentation de notre puissance d'agir et que celle-ci est à son tour déterminée par le genre de connaissance auquel l'individu accède. " La béatitude n'est pas la récompense de la vertu. le sage atteint alors l'éternité par le troisième genre de connaissance. par la seule nécessité de sa nature. il nous montre la béatitude du sage parvenu à passer de la servitude initiale de l'homme soumis aux passions à la liberté et à la joie qui naissent de l'unification conquise de soi-même et du monde. " Il faut encore transformer la passion en action et cette transformation n'est possible que si l'on remplace la connaissance confuse dont les passions découlent par la connaissance adéquate du réel. C'est cela que Spinoza nomme la béatitude. Il ne suffit point d'éliminer les passions tristes au profit des passions joyeuses. Au terme de l'Ethique. il cesse aussi d'être. " . car la joie est précisément la passage à une plus grande perfection. Si l'éternité est le caractère de l'existence en tant qu'elle est enveloppée par l'essence. qui sont une diminution de notre être. Il vit dans la joie. de telle sorte que plus rien ne puisse venir le troubler (cf. Le sage selon Spinoza n'est donc pas un ascète. Ve partie)." YANN MANGOURNY 2 SUR 10 . Les passions alors deviennent des passions actives. ne cesse jamais d'être et possède le vrai contentement. si le salut était sous la main et si l'on y pouvait parvenir sans grande peine. Il éloigne aussi de sa pensée les idées qui peuvent porter atteinte à son effort naturel pour persévérer dans l'être.s'identifier par sa pensée à la pensée éternelle et à l'ordre universel. mais de la vie". Et cela certes doit être ardu qui est trouvé si rarement. de la vie bienheureuse. Il apparaît combien vaut le Sage et combien il l'emporte en pouvoir sur l'ignorant conduit par le seul appétit sensuel. mais la vertu elle-même. jouissance infinie de l'existence et de la perfection. encore y peut-on entrer. Comment serait-il possible. considéré en cette qualité. et notamment l'idée de la mort : " La sagesse est une méditation non de la mort.L'horizon sur lequel se déploie toute la philosophie de Spinoza est le désir de trouver une solution au problème essentiel. est dans une inconscience presque complète de lui-même. et seule la superstition peut regarder comme salutaires la tristesse. Le Sage au contraire. mais ayant. outre qu'il est de beaucoup de manières ballotté par les causes extérieures et ne possède jamais le vrai contentement intérieur.

Le bonheur comme don .. khâ. mais parce que nous. elle est sans objet parce qu’elle est la plénitude de la YANN MANGOURNY 3 SUR 10 .cf. c’est d’être. l’espace où la conscience est heureuse. de plénitude apaisée d’une conscience de soi qui.1. nous nous disons que ces gens qui avaient toutes les conditions réunies pour être heureux. nous sommes très compliqués. le bonheur est précisément là quand il n’y a pas la division possible. Le bonheur est un état de conscience. ni avec l’objet. Mais si c’est un espace intérieur alors le bonheur est bien plus près de nous que nous que ne l’avons jamais pensé. . elle jaillit de nous-mêmes. . de l’explosion émotionnelle de la satisfaction d’un désir longtemps porté. ni celui d’une action correctement accomplie. est rassemblée en elle-même.Le bonheur est différent de la joie que nous tirons du résultat de l’action. C’est aussi simple que cela. Le bonheur. parce qu’il est en réalité sans cause. nous pouvons aussi éprouver à certains moments une joie d’être qui est en réalité la vraie joie. le lieu malheureux. Cette joie n’est pas le plaisir que l’on tire d’un organe des sens.Il n’en est rien parce que le bonheur n’a rien à voir avec l’extériorité. du pouvoir. n’ont pas réussi à être heureux. cessant d’être tiraillée au-dehors. avec une sorte d’étonnement un peu niais : « mais ils avaient tout pour être heureux !». Si cela nous angoisse. il relève entièrement de l’intériorité et du sujet. Nous sommes alors très inquiets. cela implique que des circonstances doivent être réunies pour que nous puissions être heureux. On croit qu’il suffit de rassembler des conditions extérieures : de l’argent. il n’y a pas de « je ». kha. En sanscrit le mot bonheur est en apparence formé de la même manière qu’en français : sukhâ : su bon. La joie que nous tirons de la satisfaction du désir vient de nous-mêmes. La vraie joie est sans cause. une reconnaissance sociale. un état paisible d’équilibre.Pourquoi croyons-nous que le bonheur tombe du ciel comme une gratification ? Parce qu’il peut en réalité jaillir du cœur à tout instant. Quel est donc cet espace ? Où se situe-t-il ? S’il est hors de soi. duh mal. Serge Carfantan. on dit parfois des autres. nous attribuons à cet état une forme : celle du plaisir. le bonheur est bien-être au sens où la conscience d’Être est mon bien le plus propre. racine qui signifie habiter . Telle est la La joie sans objet selon Jean Klein ou Le bonheur sans cause selon Julien Green. Être heureux. malheur est duhkhâ. Le bonheur le lieu heureux. c'est parce que cette situation remet gravement en cause une opinion fausse dans laquelle nous nous sommes installés. Face à des drames. le luxe et le loisir pour être heureux et on constate qu’il n’en n’est rien. Mais c’est aussi subtil car quand le bonheur est là.. Le malheur. Ce n’est pas non plus le sentiment communicatif de la gaieté qui n’est qu’une joie artificielle et fausse qui peut masquer le désespoir et la tristesse du cœur. c’est être. d’un divertissement. un état fait de contentement. Pour cette raison. Contrairement à ce que l’on pense bien souvent. espace. Le bonheur ne réside dans aucun objet. celle d’une excitation émotionnelle. et même être sans moi. . la joie sans cause autre que nous-mêmes. le bonheur est beaucoup moins à l’extérieur de nous qu’on pourrait le croire. l’espace où la conscience est plongée dans l’affliction. Ce qui est désigné par le mot bonheur c’est en réalité un état d’être. mais un flux de l’être sans division. celle d’une joie du désir. on ne peut pas dire « je suis heureux ». d’une fierté etc.

nul objet ne l'a provoqué. joie ineffable. On ne raconte pas le bonheur. le salon m’a paru d’une beauté insolite. nous constatons qu'ils provoquent satiété et même indifférence. Nous objectivons donc la joie. j’ai examiné les meubles comme si je ne les avais jamais vus. nous amènent à la non-carence. Journal "10 mai 1933. puis je suis retourné au salon. qu'elle est incapable de nous procurer cette paix durable qui est située en nous-même. nous comprenons enfin qu'au moment où nous parvenons à cet équilibre. Étranges. " YANN MANGOURNY 4 SUR 10 . c'est en nous qu'elle demeure. . Par les fenêtres qui donnent sur l’avenue. L'erreur consiste à considérer ce dernier comme une condition sine qua non de cette plénitude. Le ciel était d’un gris délicat et la lumière encore assez forte pour qu’on n’eût pas besoin d’allumer. au plus fort d’une maladie. ils ont perdu leur magie évocatrice. au plus fort d'une inquiétude qui durait depuis dix jours.conscience non divisée en sujet/objet. et très souvent dans ma petite enfance. celle-ci existe en elle-même. l'objet a la faculté de la susciter et nous concluons à tort qu'il fut l'artisan de cette paix. mais il y a des moments où il fond sur nous. A la lueur du crépuscule. l'ultime contentement."Trompé par la satisfaction que nous procurent les objets. ils nous comblent un moment. en se référant à cette félicité. J’ai éprouvé cela hier. Ce n’est que par une ignorance fatale que nous mettons le bonheur dans les objets.Texte de Julien Green cf. j’ai senti tout à coup la présence indescriptible du bonheur. les artifices dont savent user les choses quand elles devinent que nous allons les quitter et qu’elles tentent de nous retenir. me suis promené dans l’antichambre et jamais la maison ne a paru plus agréable. afin de prolonger à l’infini cette minute extraordinaire. ou pendant une promenade à travers des prés. dans un salon de thé de l’avenue de l’Opéra. rien d'autre n'est là. nous lui surimposons un objet qui selon nous en fut l'occasion. une autre fois alors que je lisais Sense and Sensibility. c’est-à-dire si heureux qu’on voudrait mourir. j’ai regardé tomber la pluie. il nous était seulement voilé". Si nous constatons que cette perspective dans laquelle nous nous sommes engagés ne peut apporter qu'on bonheur éphémère. inaltérable. Cet état d’esprit extraordinaire n’a pas duré très longtemps. Dans ces périodes de joie. . La plénitude que nous avons éprouvé ne se trouve donc pas ne eux. heureux à en mourir. nous renvoient à nous-même. on se sent tout à coup absurdement heureux. puis nous lassent. Errant de pièce en pièce. Par suite. sans motif est toujours présent en nous. ou dans une chambre obscure où l’on s’ennuie. Je suis allé dans ma chambre où je me suis enfermé. — Hier après vers 4 heures. les meubles brillaient avec des reflets de métal et le grand tapis de prière semblait posé à la surface d'Un lac. pendant un instant. octobre. sans raison apparente. Le bonheur ne réside dans aucun objet.

matériau premier du bonheur.Le bonheur est « constitué de l’ensemble des actes de joie lorsqu’ils sont des actes substantiels ». conscient de son existence non pas comme une suite d’instants isolés dans le courant du temps. présent et futur immédiat. dans le présent et dans le futur. de manière consciente. Cette Joie active et vécue. le sujet est son propre maître. mais comme un tout signifiant. à la fois désir conscient d’être comblé et existence pensée comme plénitude. Il définit ses propres valeurs en dehors de toutes influences. La joie n’est donc pas un simple sentiment éphémère .Le bonheur comme acte cf. C’est du désir comblé. Misrahi ajoute la notion de temporalité que l’on a vue précédemment. libre et sensée. ainsi le sujet perçoit sa propre identité et satisfaction comme « existence temporelle ». réfléchie. C’est ce qui fait dire à Misrahi que le bonheur est accessible à tous. donc de la satisfaction. Le bonheur se pense dans le temps. » En effet le bonheur existe lorsque le sujet se perçoit comme désirant. Selon Misrahi cette Joie nous fait accéder « à une sorte d’éternité. « il se saisit alors comme achèvement ». comme une voie vers la plénitude de son être. Le bonheur se construit donc autour de la persistance du sujet. libre. Conscient de sa satisfaction. passé immédiat.Par substantiel Misrahi désigne un acte source de « plénitude ». le philosophe tient à souligner le caractère intentionnel des actes de joie. 2. désirant. n’est pas simplement inscrite dans le présent. L’acte de transposition assure l’homogénéité existentielle du bonheur et le rend concret. libre et satisfait. Le bonheur. car sa vie est devenue existence signifiante et comblée selon ses propres critères. que naît la Joie. Le bonheur implique le sentiment d’un « présent qui dure. Essai sur le joie . YANN MANGOURNY 5 SUR 10 . La joie est aussi un acte à travers sa fonction signifiante. synonyme de bonheur. A cela. et dont le sujet est conscient. R. intentionnel. elle est transposable dans le passé comme Joie déjà vécue. Cette notion est. a duré et durera ». il est source et origine de sa vie et de son sens. Misrahi « Le bonheur est simultanément de l’ordre de la réflexion et de l’ordre de l’existence. L’expérience d’être place le sujet hors du temps. signifiant et réflexif qui se prolonge dans le temps. A travers la conversion philosophique. Une fois le désir comblé. ou la conversion. Par ces termes. il décide seul et agit seul. R. cet achèvement ne marque pas un arrêt. . comme agissant dans l’optique du désirable. dans le temps. c’est un acte conscient.Toutefois. le désir. et dans l’avenir comme Joie à vivre. le sujet réalise sa propre plénitude. Le sujet saisit son existence comme heureuse et signifiante dans sa globalité. Il faut bien noter l’importance du sujet dans l’éthique de Misrahi : comme pour la liberté. jamais il ne subit sans l’avoir consenti. chez Misrahi. Toutefois. il « invente les critères éthiques ou esthétiques de ses valeurs ». . le sujet satisfait de sa plénitude inscrit sa joie dans les trois temps. le sujet fait l’expérience d’être. L’acte de joie donne des valeurs aux événements. c’est-à-dire une substance véritable ». elle est plus riche et précise que la notion courante de bonheur. C'est le sujet qui accorde la valeur à ses sources de joie. comme un achèvement. et de ce fait il accède à une sorte d’intemporalité et jouit continuellement de sa joie. c'est-à-dire dans son passé. .

et seule la philosophie en est capable.Les actes de joie : 1. Mais contrairement au narcissisme. de domination. a une grande importance dans le bonheur. L’activité réfléchie est source de joie. Misrahi distingue trois points : le plaisir.. Néanmoins. Cet acte de fondation est une joie car il nous donne la maîtrise de notre vie à travers la compréhension et la connaissance. dans l’existence ». la philosophie est le premier acte de Joie. qui m’affirme comme je l’affirme. il est important de prendre conscience du phénomène de réciprocité. la reconnaissance de l’autre en tant qu’autre sujet.3. L’activité philosophique accomplit ce qu’elle recherche par son exercice. La réciprocité est une notion complexe est riche et il est nécessaire ici d’en établir le contenu.]. de recherche de la Joie. Dans cet acte de fondation. en même temps. Il y donc ici trois points qui fondent ma Joie : ma similitude dans l’existence avec l’autre. le Préférable. la contemplation. de la plénitude de l’existence qui est à elle-même (grâce à la réflexion. il ne l’est que YANN MANGOURNY 6 SUR 10 . Le sujet. sa personnalité nouvelle. réfléchi et réflexif.a) Le plaisir. met en pratique de manière concrète et intentionnelle sa maîtrise du temps. Il s’affirme grâce à sa puissance créatrice et jouit de lui-même ainsi que du monde. esthétique ou érotique. la philosophie est source de Joie de par son caractère autonome. comme chacun le sait. Misrahi nous incite ici à faire de la philosophie le premier acte de notre Joie. La création est une expression du sujet et est source de joie pour lui qui se crée via son ouvrage.2. cette satisfaction d’être au monde.L’action réfléchie. Pour Misrahi.L’amour comme réciprocité. . ainsi le plaisir est unificateur. Le plaisir. car celui-ci doit être un acte fondateur. est souvent source de souffrances tant les hommes cherchent à se dominer et se faire du mal. » Dans cette relation il n’existe pas de rapports de puissance. dans une donation spontanée libérée de tout calcul. et l’affirmation réciproque de chacun comme sujet différent par les choix. trouvé. . car tout comme moi il « est sujet par lui-même. Afin d’éviter les écueils de la haine et de la violence. de volonté.La philosophie. de se satisfaire de sa propre existence en elle-même et en tant qu’existence dans ce monde. je me reconnais en lui. et. à travers l’exercice d’une activité. défini et fondé ses valeurs.. sensible ou intellectuel. néanmoins. elle est l’affirmation intelligente et intuitive de chacun par l’autre. dans la recherche du préférable. conscient et désirant. ainsi que désirant. en se construisant [. c’est sa différence. En effet c’est à travers la philosophie que l’homme a cherché. accompagnée de la conscience positive du fait que l’autre nous affirme dans le temps même où nous l’affirmons. car elle donne de nouveaux sens.4 . mais semblable dans l’existence. libre et autonome. . de la splendeur et de la richesse du monde. le corps et l’esprit ne sont qu’un. mais neuve et singulière .ci est sensibilité (je ressens du plaisir) et réflexivité (je suis conscient de ce plaisir) . » Dans cette joie d’exister. Dans l’établissement de la Joie. ce que j’aime chez lui. pour atteindre une existence heureuse. sa puissance de signification et de création en modifiant le monde ou la société. je reconnais autrui comme un sujet.l’acte de fondation ne suffit pas. Misrahi déclare : « Elle n’est pas un calcul d’intérêts et d’avantages mutuels. Le plaisir est donc un acte de Joie. et assurer de solides bases pour l’existence heureuse. Dans le plaisir. . son identité semblable à la mienne. pour atteindre le bonheur.La jouissance du monde « La jouissance du monde est l’expérience que le sujet déploie lorsqu’il se réjouit de la beauté. car celui. la création. qui. il faut inclure la relation à autrui. à l’amour et à l’action) sa propre joie..

Conclusion partielle : Les portes d’entée S. la contemplation et la création est l’invention d’une existence. d’une musique. Weil. Chacun de ces actes est une porte d’entrée vers les Demeures de l’être (l’existence heureuse et véritable). Si chacun de ces actes mène à l’être. il nous faut considérer la Joie comme un acte conscient et réflexif de jouissance du désir. » YANN MANGOURNY 7 SUR 10 . qu’importent les difficultés. C’est pourquoi une activité telle que la musique ne devient source de Joie que lorsqu’elle est pratiquée habituellement et de manière continue. Misrahi distingue plusieurs sens de la création. qui est « le rayonnement de la joie sur l’existence entière ». l’amour. par sa réflexion." Dans sa conclusion. La création. d’une réalité cohérente et signifiante qui nous comble. avant de valoir pour elle-même. entièrement libre et responsable. Le contemplateur est acteur et se nourrit de ce qu’il voit. sans quoi elle sombrerait dans l’absurde. Celle-ci est un acte. « Pour qu’il parvienne à l’être. vaut pour les fins que nous poursuivons. La création. car toute création est expression de la conscience. . elle est l’expression et la construction du sujet à la lumière du Préférable. » .lorsqu’il s’agit d’un plaisir durable et non limité à l’instant.c) La création. Pour atteindre le bonheur. mais il agit par son imagination. mais fonde la conscience individuelle et l’esprit public. la création est porteuse de sens. construction du sujet. car le sujet n’y est pas simple spectateur. décide de son mouvement et de son repos. d’un paysage. . L’expérience contemplative. il est source de sa propre Joie. sur ce qu’il contemple. La création est dans un premier temps une œuvre inscrite dans le temps comme un mouvement de la conscience. est l’activité de jouissance du monde. « Toute œuvre n’est pas source de Joie. il faut simplement que le sujet s’avise de sa liberté véritable. Il prend pour exemple la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui fonde et instaure la démocratie. la création doit correspondre aux valeurs que nous poursuivons et être éclairée par le Préférable . l’action.b) La contemplation. le désir et la réflexion. c’est-à-dire toujours aussi à ce qu’elle instaure et à ce qu’elle crée. inscrite dans le présent et tournée vers l’avenir (se réalisant dans l’avenir. de son inertie ou bien de son dynamisme. De plus. La Joie à travers les différents actes que sont la philosophie. il nous faut être patient et user de nos capacités : la liberté. de soi et du monde. Lui-même fait son malheur ou sa joie .. " Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers. et exerce une influence aujourd’hui encore. C’est que la conscience s’accorde toujours à ce qu’elle croit. c’est à nous de les franchir et de parcourir le chemin qui mène au bonheur. lui-même.. qui n’échappe pas à ses auteurs dans le cours de l’histoire. la conscience. ou exerçant une influence dans l’avenir). Misrahi fait un bilan de ce qu’il établit dans son essai en introduisant la métaphore de portes d’entrée. il ne se contente pas de simplement regarder ou écouter. doit être faite dans la recherche de la Joie et de ce que nous désirons comme préférable. d’une œuvre d’art. c’est-à-dire à une forme de l’existence qui mérite d’être désignée par un terme dont le sens implique l’autosuffisance d’une plénitude active (comme c’est le cas pour le verbe être). pour être source de joie. donne un sens à notre existence et nous rend heureux.

Comment ne pas être enthousiastes. il en va autrement. mais à l’essence de soi. Tout être est donc. Cela explique les échecs de toute définition purement humaine du bien. le souffle de ce qui est étant antérieur à tout ce qui est. Il l’a toujours précédé et il le précèdera toujours. On ne peut pas faire que ce qui est ne soit plus. Rien n’est médiocre. Il en va de la joie comme du bien. il arrive toujours un moment où le néant doit se confronter à l’être. en revanche. Nicolas Berdiaev a eu une belle formule en disant à propos du bien et du mal. La joie n’est le contraire de rien. On finit par ne plus voir qu’une vie allant irréductiblement vers la mort et donc vers l’échec. lorsqu’il a enseigné à voir le monde. La joie n’est pas le contraire de la tristesse. alors que. Aussi est-elle joyeuse. la vie humaine n’est jamais en chute. La joie est un regard divin posé sur le monde. toute situation humaine peut être envisagée d’un point de vue supérieur. Réels. comme il nous arrive de le faire quand nous contemplons un coucher de soleil. Nous sommes vivants. Cette conformité non seulement à soi. Cela est toutefois trop humain. Après Platon. on tend à oublier ce souffle. Le cœur vivant de la joie se trouve là. tout comme un regard divin posé sur le monde est toujours un regard joyeux. que « le mal est le contraire du bien qui n’est le contraire de rien ». selon l’étymologie grecque ? Tout objet du monde. Ce qui est normal. non pas d’un point de vue humain. il existe un fond de réalité que rien ne peut réduire. Il est l’état divin par excellence sous la forme d’une harmonie parfaite. quoi que l’on fasse. L’inverse n’est pas vrai. autrement que Platon. D’où des conséquences négatives : un tel point de vue ne peut que fabriquer de l’oubli. Petite philosophie du bonheur. Tout est bien. Comment le définir quand la subjectivité des hommes rend tout relatif ? Ce qui est un bien pour quelqu’un n’est-il pas un mal pour quelqu’un d’autre ? Quand. mais d’un point de vue divin.Le bonheur comme joie cf. Nous avons constamment tendance à voir les choses d’après notre point de vue. Le bien n’est pas compréhensible. Notre existence en porte témoignage. c’est ce qu’a enseigné Spinoza. S’il arrive maintes fois que l’être soit confronté au néant. de par le simple fait de se YANN MANGOURNY 8 SUR 10 . Rien n’est enfermé dans la mort. Celui-ci est un rapport essentiel de toute chose comme de tout être avec lui-même. pour exister. il a besoin de supposer l’être qu’il nie par ailleurs. résume l’idée du bien. Tout être est porté par la vie. Le bien définit le rapport de Dieu avec lui-même. humain. Abordée d’un point de vue ontologique. Il manque à ce niveau un rapport à l’essence. Quoi que l’on dise. dont il peut être utile de rappeler la définition. C’est ce qu’a voulu dire Platon. rien n’est banal. on s’attend à ce que la mort survienne derrière toute vie. en ordre. afin de signifier que tout est bien en place. 3 . communément. Pourquoi la vie qui nous a rendus ainsi vivants et réels devrait-elle nous abandonner ? Le réel peut-il cesser d’être réel ? On ne peut pas faire que ce qui a été ne soit plus. l’être précède ontologiquement le néant. comme cela doit être. Quand on ne voit plus que soi. dit-on parfois. afin d’éclairer ce paradoxe. Toute vie est éprouvante. De la joie " La tristesse est habituellement définie comme le contraire de la joie. quand on part de la condition humaine. Dans le fait d’apercevoir la vie derrière la mort. Elle n’est jamais un échec. une vision des hommes prenant sa source dans un regard ontologique porté sur ceux-ci. La joie réside dans une mémoire de l’éternité. Quand c’est le cas. c’est-à-dire « endieusés ». Considérons un moment le monde en le regardant pour lui-même. en reconnaissant que. En ce sens. porté par un élan d’éternité. à travers ces lumières divines que sont les idées. on se situe sur un plan ontologique. à ce titre.

c’est en étant confrontée à la vie comme aux autres vies que toute vie est dans la vie. Sa course inexorable vers la mort. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. de vivre. on est porté. la chute est moins patente qu’il ne semble. Il s’appelle la sagesse. Le mouvement profond de notre être le sait d’un savoir intime. cette vie réelle nous aide à vivre. qui nous use et nous défait. Il suffit pour cela de vivre en disant oui. un acte pur . Cela nous aide à vivre. en se laissant porter par la vie que l’on a en soi.. c'est aussi un acte de joie.. Cet apprentissage porte un nom. avec les autres vies. au cœur même de ce qui semble signifier un échec ontologique de toute existence. La vie. pour éprouvante qu’elle soit. Magnifique vision de la joie. l'éternel enfant de la vie. Rien n’est donc perdu. ou celui également de se mesurer aux autres vies qui sont usantes. mais elles sont vivantes. Même ce qui va à sa perte. Certes. léger pour nousmêmes et pour les autres. la vie et les autres vies sont usantes. en osant affirmer. Nous sommes réels. simplement de vivre. Spinoza l’a profondément compris. entendre ces voyelles absolues que sont les actes de la joie. en est la preuve vivante. Nietzsche en a fait le geste suprême de toute vraie philosophie. Parce qu’elle est réelle et que nous préférons vivre une vie réelle et éprouvante plutôt qu’une vie irréelle. ce n’est pas la mort qui rend la vie triste. Remplaçons le mot éternel par celui de réel et cette formule audacieuse s’éclaire. L’humanité qui. un pur agir. Elle est à ce titre la légèreté même de la vie se portant elle-même. C’est la raison pour laquelle il a fait de l’éternité le cœur du temps. Si notre conscience répugne parfois à le comprendre. la sagesse se confondant à ses yeux avec le fait de n’être que la vie. mais l’irréalité. vivante. Où peut-on. Tout est réel. Nos cellules le savent. parce que c’est en nous retirant de la vie même qu’elle la rend réelle. ne soyons que la vie. Les enfants savent être naturellement cette vie-là. Il suffit.mesurer au phénomène de la vie qui est usant. En vivant de la sorte. Et ce. que nous pouvons expérimenter le fait d’être éternel. Ne serait-ce qu’un court instant. cet " éclair qui me dure" dit René Char. on est aérien. Sa souffrance. malgré les épreuves qu’elle traverse. En effet. L’éternel enfant de la vie. Beauté de savoir être un enfant. La joie est l’état de la vie même quand la vie est en accord avec elle-même. si ce n'est dans le parler des poètes et le dit des mystiques? YANN MANGOURNY 9 SUR 10 . Et pourtant. celle-ci se définissant pour lui comme un état de la vie et non pas simplement comme une humeur de la conscience. Toute la vie peut se dévoiler. Et pour cause. La réalité la sauve et la protège de la réalité. Celle-ci réside tout entière dans un grand oui adressé de la vie à elle-même. sans vie.c'est enfin l'innocence retrouvée de se savoir être un enfant. le fait de n’être rien que la vie revenant à être la vie même. Aussi sontils naturellement joyeux. Il ne nous manque que de le savoir. donc déjà morte. puisque nous sommes. sublime. et ce geste humble devient alors un geste splendide. Nietzsche a appelé ce oui « joie tragique ». Par le simple fait de vivre dans la vie. qui plus est. pour s’en rendre compte. Cela explique que l’on puisse vivre. par delà le murmure du monde et le bruissement du "il y a". André Comte-Sponville a donc raison de le dire : nous sommes déjà sauvés. Si bien que. vient au secours de nos vies pour nous refaire au moment même où nous sommes défaits. une vie sans vie étant pire qu’une vie mortelle. notre corps le sait. ne se suicide pas. S’exprime la caducité de toute vie. Nous échangeons sans cesse une vie irréelle contre une vie réelle au cours de notre vie. Nous sommes déjà dans le Royaume." CONCLUSION Le bonheur est un don. c’est-à-dire toute la vie.

Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît. me le reprendre Demain. Que je demande ainsi de la joie à goûter. Rien. Sa trace au loin éclairera ma solitude Et je prendrai son ombre en moi pour le soleil. De quoi juste entrevoir ce que chacun en sait. mon Dieu. Et je te laisserai. Un semblant de bonheur au bonheur est pareil. pour savoir ce que c’est. Marie Noël YANN MANGOURNY 10 SUR 10 .. Seigneur. presque rien.Donne-moi du bonheur s’il faut que je le chante Donne-moi du bonheur s'il faut que je le chante. quand tu voudras. Car pour moi qui n’en ai jamais eu l’habitude. ce soir. Rien qu’un peu. pour être heureuse.. tout de suite... Un peu – si peu – ce qui demeure d’or en poudre Ou de fleur de farine au bout du petit doigt. Mes mains pour le garder ne le serreront pas.. Ne crains rien. Donne-m’en ! Ce n’est pas. pas même de quoi remplir mon dé à coudre. Juste de quoi rendre ma voix assez touchante. à l’heure de le rendre. La nourrice qu’il faut doit savoir tout chanter.. Prête-m’en. C’est que pour bercer l’homme en la cité nombreuse.