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La Cosmogonie d'Aristote In: Revue néo-scolastique. 1° année, N°4, 1894. pp. 307-321. Comte Domet de

La Cosmogonie d'Aristote

In: Revue néo-scolastique. 1° année, N°4, 1894. pp. 307-321.

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Domet de Vorges . La Cosmogonie d'Aristote. In: Revue néo-scolastique. 1° année, N°4, 1894. pp. 307-321.

doi : 10.3406/phlou.1894.1386 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-5541_1894_num_1_4_1386

XV.

La Cosmogonie d Aristote.

nonSaintce queThomasles hommesdit quelqueont pensé,part, quemaisla quellescienceesta pouren soibutla réalitéde savoir,des

choses 1). Cette belle déclaration montre bien ce que jugeait le grand docteur de l'objectivité de la science : toutes les sciences étaient alors comprises sous le nom de philosophie. Elle montre encore qu'on ne doit pas répéter l'affirmation du maître, parce qu'elle est du maître, mais parce qu'on est arrivé à y saisir, sous une formule nette, ce qu'on a compris soi-même être la vérité. Le maître n'est qu'un initiateur;

il montre la bonne piste. Nous devons y entrer avec lui, la bien reconnaître, quelquefois la rectifier et toujours pousser plus avant. Toutefois, il y a un puissant intérêt à connaître exactement l'op inion des grands hommes qui ont fait époque dans la science. Alors même que cette opinion a été abandonnée depuis, il est bon de recher chercomment elle s'est formée, à quel point de vue s'était placé son auteur, quelles sont les considérations qui l'ont décidé. Il ressort souvent de cette étude d'utiles leçons pour la formation de l'esprit. Personne n'admet plus aujourd'hui la cosmogonie d'Aristote avec sa terre immobile et son ciel éternel. Cependant beaucoup de penseurs se passionnent encore pour en préciser la signification directe. Il s'est formé en Allemagne une école nombreuse qui conteste l'interprétation ancienne. Cette école a des tenants en France parmi les scolastiques les plus distingués 2). Elle fait du dieu d'Aristote une sorte de Démi urge, exerçant vis-à-vis du monde un rôle actif et créateur. A-t-elle bien saisi la pensée du stagyrite sous des expressions qui semblent souvent contraires? S'est-elle bien placée dans l'ordre d'idées et de

l) » Studium philosophiae non est ad hoc ut sciatur quid senserint homines,

sed qualiter se habeat veritas rerum. » Comm. de ccelo et mundo 1. 1, lec. 22.

"-) Citons parmi eux M. Farges, dans son bel ouvrage sur Vidée de Dieu.

Revue Néo-Scolastique.

u\

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COMTE DOMET DE VORGES.

croyances où vivait Aristote? N'a-t-elle pas donné à certaines de ses expressions une valeur qu'elles n'ont prise que depuis le Christi

anisme?

Il nous a paru intéressant d'étudier à notre tour ce problème. Nous essaierons de le résoudre, en serrant de près les textes, et en précisant le point de vue où devaient se placer les philosophes grecs de la grande époque.

La religion touche de près à la Cosmogonie. La question de savoir d'où vient le monde est étroitement liée à celle de l'origine de l'homme. Quelles étaient donc les croyances religieuses que les penseurs de la Grèce trouvaient autour d'eux? Ces croyances ne renfer maient sur l'origine des choses que des traditions très vagues. La religion grecque n'avait qu'une mythologie, c'est-à-dire une histoire très fantaisiste, quelquefois symbolique, de dieux faits à l'image de l'homme. Quant au Dieu suprême, auteur du monde, le peuple ne le connaissait guère. Les poètes n'en parlaient qu'avec doute quand il leur arrivait d'en parler. Quisquis fuit ille deorum *)

disait Ovide, en racontant, d'après les vieilles légendes, l'organisation du chaos. Ce fut le grand honneur de la philosophie grecque, d'avoir rendu à ce grand Dieu sa place au-dessus de tous les faux dieux. Les philo

sophes

haut et trop loin. Mais les principaux d'entre eux ont connu et ensei

gnéson existence, sa nature d'ordre exceptionnel, sa puissance, son intelligence, sa bonté. Nulle part dans l'antiquité, si l'on excepte la religion juive, on ne trouve l'existence distincte et personnelle de Dieu aussi hautement proclamée. Thaïes, dit-on, reconnaissait déjà un Dieu suprême, organisateur du monde. Les pythagoriciens en avaient certainement l'idée. Mais ces philosophes en parlaient peu, ne sachant sans doute qu'en dire,

grecs n'ont pas été jusqu'à adorer le

vrai Dieu. 11 était trop

LA COSMOGONIE d'aRISTOTE.

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Anaxagore, le premier, déclara nettement que le monde ne s'explique point, si l'on n'y joint l'intelligence. Ce fut sa véritable gloire. Il fit, dit Aristote, l'effet d'un homme de sang froid, au milieu de gens en délire l). Aussi, était-ce pour l'époque un trait de génie. L'idée d'une intelligence suprême, une fois proclamée, apparut comme nécessaire à tous les hommes supérieurs. Elle passa d'Anaxagore à Socrate, et par

lui à Platon et à Aristote. Que devenaient donc les faux dieux du Panthéon hellénique? Dans

notre conviction, les philosophes grecs n'étaient pas aussi brouillés qu'on l'a dit avec la religion nationale. Pourquoi Socrate eût-il com mandé, sur son lit. de mort, le sacrifice d'un coq à Esculape? Etait-ce l'heure de jouer une comédie? Nous pensons que les philosophes croyaient à des dieux ; ils rejetaient seulement l'idée que s'en faisait

le vulgaire 2). Us pensaient, avec Cicéron, que

les

dieux sont une

classe d'intelligences supérieures et que le monde a deux espèces

d'habitants, les hommes et les dieux 3). Us honoraient les dieux, en se conformant à l'usage, comme on honore des compatriotes plus puis sants. Quant au rôle de ces dieux dans le monde, ils n'en parlaient qu'en termes vagues. Aristote est, croyons-nous, le seul qui en ait fait un élément essentiel de sa cosmogonie.

*

*

II ne nous reste de l'antiquité grecque que deux cosmogonies un

peu complètes : celle de Platon,

exposée dans la Physique, le de Coelo et Mundo et la Métaphysique. Platon se préoccupe surtout d'expliquer la formation des éléments.

Une matière préexistante, Dieu y taillant des solides géométriques dont la forme déterminerait la nature de l'air, de l'eau, de la terre et du feu, tel est le résumé de sa cosmogonie physique. Ainsi Maxwell, et tout dernièrement M. Duponchel ont essayé de tirer de l'éther pri-

mitifla matière pondérable. Ces savants, dont l'hypothèse laisse encore

dans le Timée,

et celte d' Aristote

J)

OTov vi)<pwv êtpatvT) 7rap' Etxrj Xsydvxa; xoù; 7rpoxepov. (Mexa xà cpufftxà, 1» 3#)

'-)

Ta oè Xoiirà |iu6txûS<; tjÔïj 7Tpoaî)xxai 7rpo; xtjv ttsiOw xâv iroXXôv

wv eîxtç

^wpûraç aùxô Xâêot jxdvov xà Tipuixov oxi Oeoùç wovxo xà; irpoixaç ouata; eïvat, 6e('a>; à'v Etpïjdôai vofjuoeiev. (Mex. xà tp. 11 (12), 8).

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COMTE DOMET DE VORGES.

bien à désirer, s'appuient du moins sur des considérations mécaniques. Platon ne paraît s'être inspiré que d'analogies assez grossières. Il

appliquait, par exemple, la forme pyramide au feu, parce que la pyramide a quelque chose d'aigu et de pénétrant. A côté de ces rêves d'une science dans l'enfance, Platon avait des idées très élevées. Il enseignait que Dieu a fait le monde par honte, et pour réaliser une

belle chose.

l'âme et l'esprit. Du mélange de ces trois choses en proportions diver

ses, il fait les Dieux, les hommes, les animaux et le monde physique.

Il applique ainsi les idées, objets de sa contemplation éternelle, objets aussi de la félicité des Dieux et des sages. Il y a de belles anticipations dans ces vues du grand disciple de

Socrate ;

aller bien loin pour se heurter aux impossibilités.

Ce Dieu

trouve trois choses dans le monde, le corps,

mais elles manquent un peu d'unité, et il ne faudrait pas

Platon avait d'ailleurs sur l'univers physique des idées assezjustes.

Il savait que la terre tourne sur ses poles M ; il

tenait sa doctrine des

pythagoriciens. M. Faye reproche amèrement à Aristote d'avoir aban

donné cette théorie ; il le traite de malfaiteur scientifique qui a retardé la science de deux mille ans. On conviendra que l'épithète est dure, peut être même un peu injuste. Il n'est nullement prouvé que le sys tème des pythagoriciens fût en tous points conforme au système de Copernic ; mais il est très certain qu'ils ne connaissaient pas les vraies raisons de ce système. Aristote, le logicien par excellence, se trouvait donc en présence d'affirmations contraires aux apparences et mal prouvées. N'est-il pas excusable d'avoir écarté le système ? Platon admettait un chaos primitif, suivant la tradition. Aristote ne l'admettait pas ; il le regardait comme une légende. Il était, dirait-on aujourd'hui, partisan des causes actuelles. Dans son opinion, le monde est éternel et a toujours marché comme il inarche. Cette vue

manquait assurément de profondeur ; mais

raison les imaginations de Platon et d'autres insoutenables, ignorant d'un autre côté, quoiqu'on ait pu dire, l'idée de création, était néces sairement conduit à admettre l'éternité de la matière et du mouvement. Cette idée est formellement enseignée clans la Physique du Stagyrite.

Aristote, jugeant avec

.fcA COSMOGONIE d'aRISTOTE.

311

Au livre 8 il emploie toute sa subtilité, et elle est grande quand i! le veut, à montrer que le mouvement ne peut être qu'éternel. Il remarque d'abord que tout mouvement suppose un moteur et un mobile. L'un des deux aurait-il été fait? sa production suppose un

mouvement antérieur. Existait-il, mais en repos? son repos dépendait d'une cause qui arrêtait son mouvement naturel ; pour supprimer cette cause, il a fallu un mouvement. Il n'est donc point de mouvc-

ment-qui ne suppose un mouvement antérieur. Donc le mouvement n'a pu commencer. En outre le mouvement est indissolublement lié au temps qui n'en est qu'un mode. Or tous les philosophes précédents, excepté Platon, avaient déclaré le temps éternel. Ils avaient raison, suivant Aristote :

en effet le temps n'est réel que par l'instant ; l'instant est par definition la fin d'un temps passé et le commencement d'un temps futur. Tout instant suppose donc un temps qui le précède, et il ne peut y avoir eu d'instant qui ne fut précédé d'un autre instant. Ainsi tout temps implique un temps précédent, tout mouvement relève d'un mouvement antérieur, et par suite il y a toujours eu des moteurs et des mobiles. Tel est renseignement d'Aristote 1). Nos modernes évolutionnistes pourraient semble-t-il, prendre des leçons du stagyrite, pour sa manière ingénieuse de défendre l'éternité de la matière et de l'énergie. Saint Thomas trouve cette thèse si fortement motivée qu'il n'ose la combattre directement. Il se borne à montrer qu'elle ne conclut pas

nécessairement. En effet, lorsque Dieu crée, il agit sans mutation intrinsèque 2). Il peut donc produire un mouvement qui n'ait été précédé d'aucun mouvement. D'un autre côté, l'argument tiré du temps présuppose l'éternité qu'il veut prouver, car il suppose que tout instant est précédé d'un temps 3). Enfin saint Thomas remarque avec grande raison que la thèse, fût-elle vraie, ne serait pas en contradiction nécessaire avec la vérité de la création du monde par Dieu. Il veut bien croire qu'Aristote n'avait pas

1)

<I>'J!7'.xtj<; ax.poâoTEwç 1. 8 c. 1 et 2.

2) « Novilas divini etfe#tus non (Unnonstrat novitatem aolioiris in Deo » Contra (inutiles, 1. 2, eh. 35.

3Ï2

Comte domet dé vô'rgeS.

l'intention de contester cette vérité. Le stagyrite ne convient-il pas qu'il faut une vérité par excellence et un être suprême qui soit cause

est 1). Saint Thomas interprète ici très

de

l'être dans tout ce

qui

charitablement Aristote. Celui-ci se contente en effet de dire que dans chaque genre, il est une chose qui a par elle-même le caractère de ce genre et dont toutes les autres participent. Ainsi il est une vérité suprême, cause pour toutes les choses vraies de leur vérité. Il en conclut que les principes des choses toujours existantes sont toujours vrais et non seulement vrais par moment 2). On peut sans doute tirer de là un argument en faveur de la création ; mais il faut creuser beau

coup ces prémisses, et rien n'indique qu'Aristote l'ait fait. Au reste, si l'éternité de l'univers n'exclut pas logiquement l'idée de création, on conviendra qu'elle prédispose fortement à s'en passer. Si le monde est éternel, a-t-il toujours été composé des mêmes êtres? C'était bien probablement l'opinion d' Aristote. Il donne en

effet la priorité au mouvement circulaire, cause de tous les autres changements, et déclare les cieux incorruptibles. Si les cieux ont toujours été les mêmes, animés du même mouvement, et si ce mouvement est la cause de toutes les transformations du monde sublunaire, il est bien à croire que celui-ci n'a jamais changé dans ses conditions essentielles. Aussi Aristote avait-il imaginé pour remplir

l'indéfini des temps écoulés l'hypothèse de civilisations successives, tour à tour perdues et retrouvées 3).

Si le monde est incréé et éternel dans ses révolutions alternantes, on peut se demander quelle place le Dieu suprême peut y occuper. Comment Aristote a-t-il loué si fort Anaxagore d'avoir mis l'intell

igenceau sommet des choses ?

*) « Id quod est maxime verum et maxime ens est causa essendi omnibus existentibus ». Comment. Physiq. 1, 8, lec. 2. 2) AXïiOÉuxaxov zo xoïi; uaxépo'.ç a'txiov xou àX9)6£<7iv elvai. Aiô xà; xûv àet ovxtov àpyjxç «v»Yxa^0V *s' e^vat âXïiôéffTaxaç • où yâp iroxe oîXtjOsÏ;, oôâ'lxeivaic a'txiov xt £<jxt xou elvai, àXXà èxCwdu xoï; àXXo"t;. (Mex.xà cp. lbis 1.) 3) IloXXaxt; eopu{«virjç et; xo ôuvaxôv èxàtrci); xal xe^vî}<; xat «piXoffotpfon;. Mex. xà <f. H (12) 8.)

COSMOGONIE d'aRISTOTE.

C'est qu'Aristote lui-même donnait la première place à l'intelligence, mais par des raisons très différentes de celles qu'invoquaient Anaxa-

gore et Platon. Jusqu'ici nous trouvons un rapport frappant entre le système d'Aristote et celui des évolutionistes. Les détails sont très différents, comme les connaissances scientifiques des deux époques; la pensée générale est la même : éternité de la matière, éternité du mouvement. Mais les évolutionistes manquent de l'esprit philosophique, si eminent dans Aristote. Celui-ci comprenait fort hien que le mouvement ne s'explique pas de lui-même et qu'il suppose l'intelligence. Pourquoi cela ? Le R. P. Lepidi a remarqué, dans sa Cosmologie, que la matière est indifférente de soi au mouvement et à tout mouvement. Pourquoi un corps se met-il en mouvement dans telle direction, plutôt que dans telle autre? C'est qu'il est poussé par un autre corps. Celui-ci à son tour est poussé et ainsi de suite. Mais les choses ne peuvent aller indéfiniment. Il faut un premier corps qui ait poussé les autres, n'étant pas poussé lui-même. Ce premier corps, pour quelle raison s'est-il mit en mouvement? Il était dans un lieu, il n'avait aucune relation avec aucun autre lieu. Pourquoi donc a-t-il tendu vers un autre? Il n'y a que l'intelligence qui, réunissant dans la pensée, les notions de ces lieux divers, ait pu le déterminer à passer de l'un à l'autre. Ce raisonnement nous paraît décisif. Mais il est fondé sur l'inertie absolue de la matière. Au temps d'Aristote, on n'avait pas une notion aussi précise de l'inertie. Ce philosophe croyait que chaque corps a un lieu naturel où il retourne dès qu'il en est écarté. Il devait donc prendre un chemin plus compliqué. Il consacre les trois derniers livres de sa Physique à démontrer que tout mouvement suppose un premier moteur immatériel. Il part de ce principe qu'aucun corps n'est mis en mouvement sans

être mû 1). Ce principe est une vérité d'expérience; il est aussi, sui

vant

Aristote, _une nécessité de toute chose divisible 2). Dans un objet

*) "Atoiv xivoôfxevo; û«d -rivoç àvâyxT) xiveurOai. (Qovuiqc xxpoiasco?, !• 7, ch. l.J 2) AiacpsTo'v tî yâp èori 7rav xtvoûjjievov. (Ibid.)

ÔOMTE DÔMÉtf DÉ VÔRGÉS.

composé de parties, supposez une partie en repos; le tout, par là même est au repos *). Il n'avait donc pas le mouvement de lui-même. Les parties étant indéfinies, on ne trouve dans l'objet corporel aucune partie qui puisse avoir le mouvement en propre. S'il se meut, il est

mû par un autre. Mais il faut arriver à un premier moteur; les autres, n'ayant que le

mouvement qu'il leur donne, cesseraient de mouvoir s'ils n'étaient mus 2). Le premier moteur, ou sera mu par lui-même, ou sera immobile. Aucun moteur ne se meut, à proprement parler, lui-même; il serait à la fois en puissance et en acte par rapport au même

mouvement. Si l'animal paraît se mouvoir lui-même, c'est une partie 3),

4). Quant aux corps graves et légers, ils

ont une place naturelle et y reviennent dès que l'obstacle est levé. Le premier moteur est donc immobile. Quels sont les caractères de ce moteur? Il est évident d'abord qu'il

doit être éternel, le mouvement étant éternel. Il y a sans doute des moteurs immobiles qui ne sont pas éternels, tels les êtres vivants. Mais ces êtres se succèdent par générations inépuisables sous l'influence d'un moteur plus élevé 5). Celui-ci est nécessairement

c'est la vie qui meut le tout

éternel. Ce premier moteur cause immédiatement un mouvement local. Le mouvement local est nécessairement le premier de tous 6); les autres transformations ne s'accomplissent qu'au contact. Supprimez le mouvement local, tout tombe dans l'immobilité. Parmi les mouve ments locaux, le premier est le circulaire. C'est le seul qui puisse continuer indéfiniment sans interruption ni modification 7). Le pre mier mouvement est donc le mouvement circulaire et éternel du

ciel 8), cause première de tous les changements de l'univers physique.

*) TovJ jxs'pouç Tjpsfxouvxo; YjpejjuQffsi xal xô oXov. {Ibid.) 2) "Aveu [jlÈv xoù irpwxou xô xeXeuxalîov où xtv^ast {Ibid., ch. 5.) 3) Tô [jlÈv apa xivsï xo os X'.vscxai xoû aùxô aûxô x'.vouvxoc {Ibid.) 4) Zooxixo'v iz yâp xouxo xai tov s(jit|/ûyh)v t'otov {Ibid., ch. 4.) ") 'Avayxïj îlvai ti ev xal at'ôtov xd nrpwxov xtvoûv {Ibid., ch. 6.) 6) "Ext xal ÈvxsûOsv £7îi(jxo7ro'jaiv esxai cpavspàv oxt r\ œopà Trpwxr). {Ibid., ch.7.) 7) Oùôsfjn'av xîvïjfftv ÈvôÉ^Exa1. x'.vsfcdai ffuve^ûç Içto xtji; xuxÀy {Ibid., ch. 8.) 8) "Qaxs acoioç àv sVtj w Trpwxoi; oùpavo; (Msx. xà » 1. 11 (12), ch. 7.]

LA COSMOGONIE D*ARISTOTE.

315

Mais le moteur de ce premier mouvement ne peut être un corps.

Il est éternel et aucun corps composé de parties ne peut mouvoir un temps infini. Chaque partie, dit Aristote, donnera le mouvement dans un temps moindre que le tout, par conséquent dans un temps fini. Faites d'un côté la somme des parties, de l'autre celle des temps. Ces sommes, composées de parties finies, ne pourront jamais donner un total infini. Le premier moteur est donc indivisible sans aucune étendue 1). Il est immatériel, par conséquent il est intelligent. Pour Aristote comme pour saint Thomas l'immatérialité entraine l'intell igence.

*

*

Cette ingénieuse et subtile démonstration est-elle une preuve directe de l'existence de ce Dieu? On l'admet généralement. Saint Thomas paraît le croire, ou plutôt, en modifiant légèrement l'argumentation du stagyrite, il en a fait une des plus belles démonstrations de la

première vérité 2). Mais nous ne pensons pas que telle fut l'idée d'Aristote. Nous n'en voulons pour preuve que sa déclaration, insérée dans la Physique,

qu'il s'abstiendra, pour le moment, de rechercher s'il y a plusieurs moteurs éternels 3). Sa démonstration ne prouve en effet qu'une chose, c'est que tout mouvement physique présuppose un premier moteur immobile et intelligent. Elle n'indique point comment agit ce moteur, s'il n'est pas lui-même sous la dépendance d'un autre être, si enfin il n'y a pas plusieurs séries de mouvements dépendant de plusieurs moteurs. Sans doute, en pressant cette preuve, en en creusant profondément

J) Tout' à(xsp£(; avayxoiov sTvai xal [jltjosv syetv ixeysOoc. (<I>u<TtX7J<; 1.8, eh. 10). 2) II est à remarquer que saint Thomas a compris le texte d'Aristote en ce sens, que le philosophe entendait démontrer qu'un mouvement produit pendant un temps infini suppose une puissance infinie. Aussi trouve-t-il incomplète la démonstration d'Aristote (Comm. Phys. 1. 8, ch. 21). En réalité, Aristote n'avait voulu démontrer qu'une chose, comme il le déclare on commençant, à savoir que le premier moteur n'a aucune étendue. L'étendue finie, il l'a prouvé, ne peut mouvoir un temps infini, l'étendue infinie est impossible. 3) "Exaatoy jaev o'jv aVoiov etvai twv àxtvr,Tu>v fjièv xtvoovxuiv oe ouos irpôç ~ôv 8, ch. ti,j

COMTÉ DOtàEt DE

les termes, en leur donnant toute leur généralité, on pourra arriver à la conviction d'un premier acte pur, unique et infini. Mais Aristote ne

l'a pas fait, ou plutôt il ne l'a pas fait de cette manière. Il a plutôt fait le contraire comme nous allons le voir. Reprenant dans la Métaphysique la discussion au point où elle était restée dans la Physique, il essaie de décrire plus complètement les conditions du premier moteur immobile. Le premier mouvement est celui du ciel. Mais d'où vient ce mouve

ment? Qui lui

donne l'impulsion? J) Aristote n'hésite pas à répondre

que c'est une substance en acte 2), et il n'y a de telles qu'une substance intelligente 3). Mais à son tour l'intelligence a besoin d'être mue.

Elle ne produit son acte, l'intellection, que par l'union de l'intelligible. L'intelligible meut l'intelligence, non dans le sens propre 4) mais dans un sens métaphorique, en tantqu'il est désiré et aimé 5); l'intelligence mise en mouvement par l'amour donne le branle à tout le reste 6). Voilà de sublimes pensées qui peuvent très bien s'appliquer à Dieu.

Mais aussitôt Aristote reprend la question mise de côté dans sa Phys ique, à savoir s'il n'y a qu'une intelligence motrice ou plusieurs 7). Se laissant dominer par le préjugé païen, il remarque qu'il y a plusieurs mouvements circulaires éternels, ceux du ciel et des planètes, et il en conclut qu'il y a plusieurs substances éternelles 8). A ces substances il donne, suivant la tradition corrompue, le nom incommunicable de Dieu. Ainsi le mouvement nous a conduit à une nature de moteurs immob

iles, et ces moteurs immobiles sont multiples, bien qu'Aristote admette entre eux une certaine subordination. Les planètes sont dirigées par des intelligences éternelles pour leurs mouvements

4) "E<rri Toîvuv ti xal o xtvet. (Met.

2) Aeî à'pa eïvat âpyïjv TotaÛTï)v ïj; tj oùdîa evepyet'a (Ibid.).

xk <p . H (12), ch.7.)

3) 'Ap^-rç yap *) vdrjatc.

4) Ta l'vexa où TroiïjTixàv (Ilepi yEvsasux;

5) Nouç ce brJj votjtou xtvsfta». {Ibid.)

6) K'.VEt Û£ Wî £pO)(i.£VOV, XIVOU|JL£VOV 8ï "z'oXkz X'.VSÏ (Ibld.).

') ndxEpdv

8) 'ï'avspdv toÎvjv oxi todautaç zt oûdta; avayxaTov sTva>. tt)v te cs'juiv aïoiouç xat (Ibid., ch. 8).

(Mst. xà cputrtxà l. H (12), c. 7.)

1. 1> c. 7.

ôè jAtav Osxsov ttjv -coiaûx^v oùaiav tj îrXst'ou<; {Ibid).

LÀ COSMOGONIE d'aRISTOTE.

Si?

particuliers, et entraînées en même temps dans le mouvement d'en

semble du ciel yj. Celui-ci, également éternel, est

intelligence supérieure qui domine et dirige tout le reste. Cette intelligence supérieure est-elle Dieu ? on pourrait peut-être le croire, à lire seulement la Métaphysique ; Aristote n'y est pas suff isamment explicite à ce sujet. Mais nous savons par le de Coelo et Mundo qu'il croyait le ciel animé, ayant en lui-même le principe de son mouvement 2). Si le ciel est animé, il n'existe que deux alterna

tives; ou le Dieu suprême est l'âme du ciel, ou il est un être supérieur dont l'âme du ciel elle-même dépend. Dans le second cas il est manif

este que Dieu n'exerce pas par lui-même une motion efficace, puisque cette motion est suffisamment exercée par l'intelligence qui anime le ciel. Peut-on admettre que, dans la pensée d'Aristote, l'âme du ciel fût le Dieu suprême? Nous ne le pensons pas. Il fait, il est vrai, de l'intelligence pure un tableau magnifique. C'est d'elle que dépend le ciel et la terre 3). Elle contemple perpétuellement l'intelligible. Cette contemplation lui donne un bonheur dont nous ne jouissons que rarement. C'est donc une nature admirable et vraiment divine 4). Mais puisque immédiatement après, il déclare qu'il y a plu sieurs substances de cette espèce, il est évident que, dans sa pensée, cette nature comprend plusieurs degrés, parmi lesquels, il en est un

conduit par une

plus divin. Déjà dans le chapitre VII du

11e livre de la Métaphysique, nous

voyons l'indication d'une double distinction. Tous les moteurs iinmo-

faut mettre à part le moteur

cause finale r>). Ce moteur, d'après ce qui précède, se confond avec l'intelligible. L'intelligible est un ordre à part, une nature qui est par elle-même et dans laquelle on trouve la substance première, simple, et

mobiles ne sont pas de même ordre.

Il

*) Ilepl oùpavou 1. 2, ch.

12.

*) '0 o'oopavà; l'jj^uyo; xal sr/ti xtvifaecoc àp^v (flspl oùpavou. 1. 2, ch. 6.) 3) 'Ex -roiaÛTTj; àpa âpyîjç rlp-i^-où è oùpavôç xal t) ©ûji;. (Met. Ta es 1. 11 (12) c. 7.) *) Et ouv q<jtu>; su è'^ei, w; iqpeTc ttote, ô Oeo'ç âel Oau^aarôv {Ibid.) 5) "Oxi o'eot'. ta ou è'ysxa èv to!; axivTjTO'.;,^ Siâpesi; otjÀoT (Ibid; ch. 7.) 6) Not)tyi oè T) è-Épa uujTot^îa xaô'aûtTjv, xal TaÛTT)? tj ouata TrpwxTj, xal xal xaT'evepyetav. (Ibid.)

$18

COMTE DÔMËT t)fe VÔRCxËS.

toujours en acte 6). Mais l'intelligible n'existe que par la pensée 7); il est un acte uni à l'intelligence qui le pense '). Cette union peut se faire de deux manières. Ou l'intelligence participe à l'intelligible'2), ou l'intelligible est intelligent par lui-même 3). Le plus haut intelligible intelligent par lui-même sera manifestement ce qu'il y a de plus élevé et de plus divin 4). Voilà le Dieu souverain d'Aristote; c'est l'intelligible suprême, exis tant par lui-même en se pensant lui-même 5). Elevé au dessus de toutes les autres réalités, il est immuable. Tout changement en lui serait un abaissement. Il ne peut donc penser autre chose que lui-

même qui est ce qu'il y a de plus haut et de plus précieux 6). Il n'existe pas pour l'ordre du monde, mais l'ordre existe à cause de lui 7). Il est le centre des choses, le chef unique vers lequel tout conspire s). Je laisse à penser si ces caractères sont applicables à l'âme du ciel, qui n'est pas occupée de la pure contemplation, mais qui est attachée

à faire tourner le ciel, et n'arrive par là qu'à reproduire d'une ma

nière

Nous croyons donc que dans la pensée d'Aristote, l'âme du ciel n'est que la première des divinités subordonnées. Elle est la puissance motrice qui fait efficacement marcher le monde. Au-dessus d'elle est

le grand Dieu suprême, occupé de la contemplation de lui-même, dont elle reproduit de son mieux les perfections.- Ainsi les rois de

l'Orient vivent retirés dans leur palais, et laissent à un premier ministre le soin de veiller à la prospérité de l'empire.

imparfaite ce qu'elle contemple dans l'intelligible.

Quand on lit pour la première fois la Metaphysiqve d'Aristote, on

avoir si bien démêlé les

est

frappé de

voir ce grand génie, après

*) Noijxd; yap ytyvexai ûiyyâviov xalvoûv. (Ibid.) 2j "Ûtzz xaùxôv voûç xal voyjxo'v. (Ibid.) 3) 'Evspysï O£ £-/wv. (Ibid.)

4) "H os voTjfftç T] xaO'a'JTTjv xou xaô'auxô àpîrrou. (Ibid.)

5)

*') "Eaxtv ï) vdirjai; voiqjsioç vcjrfîi<;.(lbid., ch. 9.) ') AyjXo'v toïvuv oxi 10 Osioxâxov xai T'.[j.'.a>-axov vosï, xal où [xszxoiAA 8) Ou yàp ouxoç otà xfjv xâ^.v, iXX'sxetvTj oià xouxo'v'sixtv. (Ibid. ch. 10.J 9) ET; xoîpavoi; eTrto. (Ibid. ch. 10.)

AoxeT jjiÉv yap sTvai xûiv «aivo|xs'v(ov (teidxaxov. (/&'</., ch. S3.)

LA COSMOGONIE d'aRKTOTE.

3*9

quatre ordres de causes, n'indiquer avec précision en traitant de la

première origine des choses, que la seule cause linale. Ce serait une lacune très considérable; il n'est pas probable qu'elle eût échappé à SQ logique si vigoureuse. L'interprétation que nous présentons rétablit la cause efficiente à côté de la cause finale, sans faire violence au texte. Elle laisse intacte l'argumentation de la Physique qui exige seulement l'action d'une substance immatérielle à l'origine du mouve

ment. Elle n'abaisse pas la première intelligence à ces soins secondaires qu'Aristote croit devoir lui épargner absolument.

Elle n'établit pas, il est vrai, dans le monde, une unité parfaite d'origine; mais elle établit une unité de marche et de direction. Nous

ne croyons pas qu'Aristote en cherchât une autre. SaintThomas ne s'y est pas trompé, et il interprète exactement comme nous la doctrine d'Aristote. Il déclare que, dans l'opinion du maître, le premier moteur meut par le désir qu'il inspire et que le mouvement du ciel tend vers lui comme vers une fin, par l'action d'un moteur immédiat qui cause le mouvement pour reproduire les perfections divines 1). Cette interprétation de saint Thomas est d'autant plus remarquable que saint Thomas ne partageait pas personnellement l'idée d'Aristote. Il ne croyait pas le ciel animé et considérait Dieu comme

la cause immédiate de son premier mouvement. L'opinion contraire nous paraît fondée sur une tendance peu justifiée à donner aux expressions d'Aristote un sens chrétien auquel il ne pensait certainement pas, et à lui prêter des conclusions qu'il ne soupçonnait pas. 11 ne faut pas croire que partout où Aristote parle de Dieu, même au singulier, il entende le Dieu suprême. Pour les anciens, ce vocable dieu n'était pas incommunicable et individuel. Il représentait plutôt une certaine nature, comme on dit l'homme pour la nature humaine. Si l'on voulait reproduire exactement en langage moderne l'idée que les philosophes grecs avaient dans l'esprit en partant de dieu et de divin, il faudrait, croyons-nous, employer les termes d'inteiligence pure et de nature spirituelle.

*) '• Dicitur primum movens movore sicut appetibile, «juia motus cœli est proptor ipsurn sicut propler flnem cansatus ab aliquo proximo movente quod movet propter primum immobile ut assimilet se ei in causando » Comment, met, 1. 12, lec. 7,

COMTE DOMET DE VORGES.

De même, avancer que Dieu a dû tourner vers lui par une impulsion première les intelligences directrices des astres, c'est prêter à Aristote une idée vraie dans la doctrine catholique, mais qui ne pouvait lui venir. Il croyait ces intelligences éternelles et tournées vers Dieu par leur nature éternelle.

Si Aristote eût compris que Dieu, en se pensant lui-même, pense les

choses inférieures qu'il peut produire, comme l'enseigne saint Thomas,

il n'eût pas opposé, ainsi qu'il l'a fait, la connaissance que Dieu a de

lui-même à la connaissance des autres choses 1). Franz Brentano, qui a voulu introduire dans la Cosmogonie d' Aristote l'idée de création a appuyé son explication sur un fondement qui nous

paraît bien léger. Il a lu dans un écrit d'Aristote que l'intellect vient

à

l'homme du dehors et est quelque chose de divin 2). Il en a conclu que

le

Dieu d'Aristote crée dans l'homme l'âme raisonnable, par conséquent

qu'il a dû aussi créer et mettre en mouvement les autres êtres. Il nous semble que c'est forcer un peu la logique. Peut-on attribuer à un auteur par voie d'interprétation et de conséquence éloignée une

intention qu'il n'a manifestée nulle part ? Le mot divin s'applique

à tant de choses chez Aristote qu'il est assez téméraire d'y voir

l'indication d'une origine proprement divine. L'origine de l'âme ne pouvait-elle être conçue par lui comme une émanation de l'âme du

ciel ? Le mot divin, dans le langage do l'antiquité, eût été aussi bien

à sa place. Mais Aristote ne s'est pas expliqué sur ce sujet embarrass

antpour lui. Il serait hasardé de lui prêter une solution, surtout si *

cette solution repose sur des notions généralement ignorées à son époque. L'opinion de Franz Brentano a trouvé de l'écho en Allemagne et y

a donné lieu à de vives controverses. Le docleur Rolf s'est prononcé

dans le même sens; mais l'opinion contraire a été défendue par le savant helléniste Zeller et par le patriarche de la scolastique allemande, le professeur Stôckl. De nombreuses brochures ont été échangées.

*)

2) Asiirexai 8è xo'v vouv p.o'vov 8ûpa6ev çitstffiçvat xal 6st'ov elvai [ao'vov. (Oept

"H yap auto; aùxôv (voe?) rj s'xspdv xt. (Msx. xà <p. 1. il (12), ch, 9.)

LA COSMOGONIE D'ARISTOTE.

321

Cette discussion a été très clairement résumée par le professeur N. Kauffmann, de Lucerne, dans son excellent traité sur la téléologie d'Aristote 1). M. Kauffmann déclare incliner vers l'opinion de Zeller, tout en laisant une porte ouverte aux vues de Franz Brentano.

Quant à nous, nous acceptons résolument l'interprétation de Zeller et de Stôckl qui est aussi celle de S. Thomas, à savoir que, dans la théorie d'Aristote le premier moteur est seulement cause finale, attirant à lui un moteur secondaire chargé de mouvoir le ciel et par lui toute la nature. Nous croyons que cette interprétation est la seule qui donne au système d'Aristote le complément qu'il réclame, sans sortir des notions de cosmogonie répandues de son temps. Que si l'on nous demande pourquoi Aristote a été si net sur le moteur cause

finale, et si peu sur le moteur efficace, nous répondrons qu'inventeur, pour ainsi dire, de la cause finale, mal distinguée avant lui, il est naturel qu'il y ait insisté avec prédilection. C'était là son titre de gloire, c'était par là qu'il se distinguait de ses prédécesseurs, à quoi il tenait

beaucoup. Il était sans doute très content de son système, il jouissait de l'admiration étonnée de ses contemporains. On n'avait jamais vu une explication du monde plus complète, mieux liée, rendant mieux compte de tous les faits et donnant place à toutes les notions que l'on possédait à cette époque. Si ses fondements étaient à plusieurs égards ruineux, on ne pouvait guère alors s'en douter.

Gte DOMET DE VORGES.

*) Die teleologische Naturphiloaophie des Aristoteles. (Schôningh, Paterborn

1893.)