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Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique 126 (2015) Rebelles à l'ordre colonial Didier Monciaud Rebelles

Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique

126 (2015) Rebelles à l'ordre colonial

Didier Monciaud

Rebelles contre l’ordre colonial :

expériences et trajectoires historiques de résistances anticoloniales

et trajectoires historiques de résistances anticoloniales Avertissement Le contenu de ce site relève de la

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Référence électronique Didier Monciaud, « Rebelles contre l’ordre colonial : expériences et trajectoires historiques de résistances anticoloniales », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 126 | 2015, mis en ligne le 01 janvier 2015, consulté le 10 février 2015. URL : http://chrhc.revues.org/4073

Éditeur : Association Paul Langevin http://chrhc.revues.org http://www.revues.org

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Rebelles contre l’ordre colonial : expériences et trajectoires historiques de résistances (

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Didier Monciaud

Rebelles contre l’ordre colonial :

expériences et trajectoires historiques de résistances anticoloniales

Pagination de l’édition papier : p. 13-18

1 Ce dossier des Cahiers d’histoire prolonge un atelier organisé avec Sortir du colonialisme 1 aux « Rendez-vous de l’histoire » de Blois en octobre 2014. Le thème général de ces rencontres annuelles était « Rebelles », terme dont l’étymologie, empruntée au latin rebellis (qui recommence la guerre, qui se révolte, se soulève) évoque ceux qui refusent l’obéissance à une autorité légitime et/ou qui participent à une révolte 2 . Le mot se retrouve au carrefour d’autres notions, comme « résistant » ou « révolutionnaire ».

2 Depuis une quinzaine d’année environ, nous faisons face à une vague de tentatives de

« réhabilitation du colonialisme » 3 avec par exemple la loi dite des « acquis positifs » de la

colonisation française 4 , le « discours de Dakar » ou encore le retour de Jules Ferry comme référence.

3 Notre dossier est consacré aux expériences et aux trajectoires historiques de résistances anticoloniales dans les pays dominés. Être rebelle à la colonisation, entreprise de domination, d’exploitation et de transformation de sociétés sous emprise, concerne les postures et les actions qui remettent en cause les fondements et les formes de la domination coloniale.

4 À l’heure où les idées de révolte ne sont guère « en odeur de sainteté (sic) », ce dossier présente différentes pratiques antihégémoniques, des refus de la soumission et des recherches d’alternative selon des approches de transformation et d’émancipation en faveur de la liberté, l’indépendance, les droits politiques et sociaux, les droits des femmes, que leur orientation soit laïque ou religieuse. Loin de « la fin de l’histoire » et de la fameuse TINA (il n’y a pas d’alternative), on retrouve les idées et les actions des colonisés dans leur refus de l’oppression et leur choix résolu de faire leur propre histoire à la recherche de dignité, de justice et d’émancipation.

5 Suivant la radicale dénonciation par Aimé Césaire du racisme et de la déshumanisation intégrale organiquement liée aux théories et aux pratiques du colonialisme 5 , il s’agit de se

focaliser non sur les mécanismes de domination, sujet aussi passionnant qu’important 6 , mais sur les refus, les résistances et les rejets de ces politiques de soumission, dans leur diversité et leur richesse, sans négliger les tensions, les limites et autres problèmes.

6 Sans doute pourrait-on suivre les réflexions d’Eric Hobsbawm, pour qui les termes

« rébellion » et « révolte » restent « une catégorie inventée par ceux qui sont au pouvoir »,

et qu’ils représentent sans doute plus « le mouvement d’affirmation des droits ou de manifestations de revendication des droits » 7 .

7 Le présent dossier ne propose nullement un examen global des protestations anticoloniales, mais simplement différentes études de cas. Dans un rapport de forces inégal, les dominés ont exprimé, sous des formes très diverses, des refus de l’ordre colonial. Leurs idées, leurs mobilisations, leurs soulèvements ont participé à la vie politique et sociale de leur société, influençant le cours des événements et pouvant même bénéficier d’un écho dépassant leur cadre de départ.

8 L’étude de ces rebelles et de leurs rébellions concerne des dimensions et des axes pluriels : mobilisations politiques, moments clés, expériences décisives, histoire intellectuelle, trajectoires individuelles, groupes sociaux et mobilisations, générations, presse, questions de genre, arts et culture. Travailleurs, éduqués et femmes sont les différents acteurs de ces expériences, soit sous la forme d’engagement individuel, de cohortes de générations, de strates sociales ou de réseaux militants. Les structures et les pratiques militantes sont au cœur de ce dossier.

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9 L’exploration de ces contestations repose sur un pluralisme méthodologique et des questionnements différents et multiples. On trouve même un refus d’approches réductrices, européocentristes et unidimensionnelles.

10 Si un véritable pluralisme des définitions du terme « rébellion » transparaît, les enjeux de liberté et d’émancipation, qu’elle soit nationale, sociale ou autre, s’entrecroisent. Un vaste spectre politique s’exprime dans les engagements en faveur de formes de dignité, sans oublier la diversité de la dimension populaire de la protestation. Les résistances, leur matérialisation et leur expression, pacifique ou violente, sont multiples : manifestations, marches, grèves, pétitions, articles, brochures, peinture et art. Les formes les plus extrêmes de soulèvement (émeutes, insurrection) ne sont pas absentes.

11 L’espace concerné est vaste : Afrique francophone, Algérie, Asie du Sud-Est, Égypte et Vietnam, sans oublier la métropole impérialiste française dans le cas des étudiants africains radicaux. Le bornage chronologique s’étend du XIX e  siècle jusqu’aux années postindépendances du XX e  siècle.

12 Le spécialiste du Vietnam contemporain, Trinh Van Thao 8 , étudie les confucéens face à la domination coloniale et leurs apports à l’esprit de résistance et au patriotisme vietnamiens. Il s’intéresse en particulier à la politique de la « marge », évoquant les groupes stigmatisés par la mémoire historique comme les bandits, les pirates, les rebelles et autres révolutionnaires. Les perceptions, emplies d’enjeux sociaux, ethniques, politiques et régionaux, se situent entre disqualification et glorification. Avec les substantielles mutations de la société vietnamienne, de nouvelles contestations du statu quo colonial apparaissent.

13 Historien de l’islam contemporain en Indonésie 9 , Rémy Madinier évoque les rébellions musulmanes à l’ordre colonial entre 1820 et 1930 dans la région Insulinde, située à l’est de l’Inde et au sud de la Chine. Dans un ensemble où l’islam est en progression, les puissances impérialistes se retrouvent confrontées à un « problème musulman ». L’auteur examine les différentes rébellions islamiques et le passage de mouvements de résistance à l’avancée coloniale du XIX e  siècle, mobilisant un référent religieux, à des contestations plus populaires et moins organisées autour de thèmes millénaristes qui voient le ralliement des élites à la domination européenne, avant l’émergence au XX e  siècle d’un nouveau type de rébellion et d’un nationalisme nourri de diverses idéologies et de réformisme musulman.

14 Spécialiste de l’Afrique noire francophone et des questions postcoloniales 10 , David Murphy évoque la riche et singulière trajectoire de l’Africain de l’Ouest Lamine Senghor, personnalité dont la vie militante est finalement courte en raison de sa disparition précoce. Il est ainsi tirailleur, facteur, mais aussi mouchard, puis communiste et enfin anticolonialiste. S’engageant au côté des peuples dominés, il inscrit sa lutte à la fois contre l’oppression impérialiste au Sud et contre l’exploitation capitaliste au Nord, appelant au réveil des Noirs contre les modes de domination et les méfaits de l’impérialisme, et proposant comme alternative une union des peuples libres.

15 L’étude de l’itinéraire et de la contribution d’Injî Aflâtûn s’intègre à une recherche sur les mobilisations politiques et sociales et les trajectoires militantes en Égypte 11 . Comme de nombreuses jeunes femmes dans un pays dominé par la Grande-Bretagne, cette jeune éduquée et passionnée de peinture rejoint le mouvement communiste au milieu des années 1940. S’inscrivant dans la lutte pour les droits des femmes, sa contribution s’articule, non sans tensions, aux luttes anticolonialistes et exprime un phénomène de radicalisation au croisement du marxisme, du patriotisme, de la réforme sociale et de la « question femme ».

16 Pierre-Jean Lefoll-Luciani 12 consacre ses travaux aux constructions identitaires et aux engagements politiques en situation coloniale, notamment sur les juifs et le communisme en Algérie. Il aborde les organisations, les trajectoires militantes et le basculement dans la lutte armée des étudiants communistes d’Alger entre 1946 et 1956. Son article se focalise sur les configurations propres à l’université et au militantisme étudiant. Au tournant des années 1940 et 1950, l’université d’Alger devient un important espace de lutte politique, où les communistes s’affirment face aux nationalistes algériens. Les deux groupes entretiennent des relations particulières allant de la rivalité à la quasi-fusion. S’expriment alors un processus

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d’« algérianisation » du PCA et une radicalisation par rapport à l’ordre colonial et aux structures partisanes.

17 Spécialiste de l’histoire sociale de l’Afrique noire francophone 13 , Françoise Blum s’intéresse aux circulations et aux transferts qui contribuent à la fabrication d’une culture d’opposition mondialisée. Elle étudie les étudiants africains en France, leurs luttes anticolonialistes postindépendance avec le cas de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) de 1951 à 1980. Cette très influente association défend une posture radicale, combattant très tôt pour l’indépendance totale des pays africains. Ses militants poursuivent leur lutte anticoloniale après les indépendances de 1960 en s’opposant au néocolonialisme et à l’impérialisme. Ils mobilisent les savoirs acquis et proposent une revalorisation des cultures africaines.

18 Pour conclure cette introduction, exprimons un grand remerciement à François Féret 14 , peintre et graphiste, auteur de la couverture du numéro.

Notes

1 www.anticolonial.net

2 Sur l’histoire du terme, cf. Sophie Wahnich, « Rebelles, sens dessus dessous », dans Le Monde des livres, 03/10/2014.

3 Claude Liauzu, « Où en est le mouvement contre la réhabilitation du colonialisme et pour l’autonomie de l’histoire ? », dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 96-97, 2005.

4 Catherine Coquio (dir.), Retours du colonial ? Disculpation et réhabilitation de l’histoire coloniale ?, Nantes, L’Atalante, 2008, p. 12.

5 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, préface de Jacques Duclos, Paris, Réclame, 1950.

6 Cf. Frederick Cooper, Le colonialisme en question : théorie, connaissance, histoire, Paris, Payot,

2010 ; Sébastien Jahan et Alain Ruscio (dir.), Histoire de la colonisation : réhabilitations, falsifications et instrumentalisations, Paris, Les Indes savantes, Paris, 2007 ; Claude Liauzu, Colonisation, droit d’inventaire, Paris, Armand Colin, 2004 ; Jean Bouvier, Jacques Girault et Jacques Thobie (éd.),

L’impérialisme à la française (1914-1960), Paris, La Découverte, 1986 ; « Dominations impériales », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 67, 1997, et « Le pouvoir colonial », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 85, 2001.

7 Nicolas Delalande et François Jarrige, « Où sont passés les révoltés ? Entretien avec Eric Hobsbawm », http://www.laviedesidees.fr, 21 septembre 2009.

8 Cf. L’école française en Indochine, Paris, Karthala, 1995 ; Vietnam, du confucianisme au communisme :

un essai d’itinéraire intellectuel, Paris, L’Harmattan, 2008 ; Les compagnons de route de Hô Chi Minh :

histoire d’un engagement intellectuel au Vietnam, Paris, Karthala, 2004.

9 Cf. L’Indonésie, entre démocratie musulmane et islam intégral. Histoire du parti Masjumi (1945-1960),

Paris, Karthala, 2012 ; The Politics of Agama in Java and Bali, en codirection avec Michel Picard, Londres, Routledge, 2011 ; L’islam des marges : mission chrétienne et espaces périphériques du monde musulman, XVI e -XX e siècles, en codirection avec Bernard Heyberger, Paris, Karthala, 2011 ; La fin de l’innocence ? L’islam indonésien et la tentation radicale, de 1967 à nos jours, avec Andrée Feillard, Paris, IRASEC-Les Indes savantes, 2006 ; Les musulmans d’Asie du Sud-Est face aux vertiges de la radicalisation, avec Stéphane Dovert, Paris, IRASEC-Les Indes savantes, 2003.

10 Cf. Sembene : Imagining Alternatives in Film and Fiction, Oxford, James Currey, 2000 ; African

Cinema : Ten Directors, Manchester, Manchester University Press, 2007 ; avec Charles Forsdick, Francophone Postcolonial Studies, Londres, Arnold, 2003, et Postcolonial Thought in the French- Speaking World, Liverpool, Liverpool University Press, 2009 ; avec Alec G. Hargreaves et Charles Forsdick, Transnational French Studies : Postcolonialism and Littérature-monde, Liverpool, Liverpool University Press, 2010, et Lamine Senghor, ‘La violation d’un pays’ et autres écrits anticolonialistes, Paris, L’Harmattan, 2012.

11 Cf. « Travailleurs et syndicats dans le processus révolutionnaire égyptien : dimensions et enjeux d’une

question méconnue », dans Tumultes, n° 38-39, automne 2012, p. 265-98 ; « Travail et émancipation nationale : le Comité ouvrier de libération nationale (1945-1946) », dans Working Paper Mediterranean Research Meeting Publication, Institut universitaire européen, 2009 ; coordination « Les gauches en Égypte (XIX e -XX e siècles) », Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, n° 105-106, juillet- décembre 2008 ; « L’animation d’un journal politique ouvrier en Égypte : l’exemple de al-Damîr (la conscience) (1945-1946) », dans José Gotovitch et Anne Morelli (éd.), Presse communiste, presse radicale (1919-2000), Bruxelles, Aden, 2007, p. 279-301.

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12 William Sportisse, Le Camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien. Entretiens, Rennes,

PUR, 2012 ; « Un microcosme de l’Algérie nouvelle ? Le PCA clandestin à Constantine pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) », dans Atala. Cultures et sciences humaines, n° 16, 2013, p. 245-258 ;

« Les anticolonialistes juifs et européens et la nation algérienne à l’heure de l’indépendance », dans

Le Maghreb et l’indépendance de l’Algérie, Paris, Karthala, 2012, p. 183-193 ; « Des étudiants juifs algériens dans le mouvement national algérien à Paris (1948-1962) », dans Frédéric Abécassis, Karima Dirèche, Rita Aouad (dir.), La bienvenue et l’adieu. Migrants juifs et musulmans au Maghreb, XV e -XX e siècles. vol. 2, Paris, Karthala/Casablanca, La Croisée des chemins, 2012, p. 67-93.

13 Cf. Révolutions africaines : Congo-Brazzaville, Sénégal, Madagascar, années 1960-1970, Presses

universitaires de Rennes, 2014 ; « Une formation syndicale dans la Guinée de Sékou Touré : l’université ouvrière africaine, 1960-1965 », dans Revue historique, n° 667, juillet 2013, p. 661-691 ; « Syndicalistes croyants et panafricains : organisations et réseaux des années 60 », dans Vingtième siècle : revue

d’histoire, 3, 2013, n° 119, p. 99-112 ; « Sénégal 1968 : révolte étudiante et grève générale », dans Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2012, n° 59-2, p. 144-77. Elle anime le projet collectif d’un

« Maitron Afrique », dictionnaire biographique des mouvements sociaux en Afrique.

14 http://galeriebuttecailles.voila.net/feret.html ; http://www.uapser.org/spip.php?article173

Pour citer cet article

Référence électronique

Didier Monciaud, « Rebelles contre l’ordre colonial : expériences et trajectoires historiques de résistances anticoloniales », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 126 | 2015, mis en ligne le 01 janvier 2015, consulté le 10 février 2015. URL : http://chrhc.revues.org/4073

Référence papier

Didier Monciaud, « Rebelles contre l’ordre colonial : expériences et trajectoires historiques de résistances anticoloniales », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 126 | 2015, 13-18.

À propos de l’auteur

Didier Monciaud Cahiers d’histoire (RHC) et GREMAMO (Université Paris 7)

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