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CREDAL

Leslittoraux
latino-américains
Terresù découvrir
TRAvAUX & uÉuonrs
DESnturns Éruots on t'eNÉrupunuuttn
DEL'TNSTITUT
ALAIN MUSSET
Directeurs
de ia publication
coordinateur
Blanquer,
Jean-Michel directeurde I'IHEAL
JeanRevel-Mouroz,directeurdu CREDAL
Révision et coordinationdes cartes
Directeurde collection: Alain Musset
VIOLETTE BRUSTLEIN-WANIEZ

IHEAL
Institutdeshautesétudesde I'Amériquelatine,
Universitéde la Sorbonne
nouvelle.ParisIII

CREDAL
Centrede rechercheet de documentation
surI'Amériquelatine
- CNRS/ Universitéde la Sorbonne
Unitémixtede recherche nouvelle,ParisIII

28 rue Saint-Guillaume,
75007Paris.

Tér.(33l) 44398653
Fax(331)45487958
: iheal.edition
Courriel @univ-paris3.fr

O Institutdeshautes
études
deI'Amérique
latineet lesauteurs
ISBN:2-907163-98-l
& Mémoires
Travaux deI'IHEALn"65 1998
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o>' DU PEUPLEMET,{T
LES COAITRASTES
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,OX LITTORALEN AMÉRIQUELATIIVE


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N .-
ALAIN MUSSET*
o:

dào

.Yo no soymarinero,
^o Yo no st'lymannero

+! Porti seré,porti seré>
\O .Ê
ï5 La Bamba,chanson populaire
Qb (Mexique).
de l'Étatde Veracruz
È''=

9\ .:

T es côtesd'Amériquelatinesouffrenttrop souventd'unemauvaise réputation.


oo I DanssonPrcci^ç de h géographie et
universelle,revtt corrigé en 1835parJ.-J.
T' I-fN. Huot,Malte-Brunfaisaitdéjàremarquer quedenombreux hauts-fonds inter-
EX
disaientI'accès dela Nouvelle-Espagne auxbateauxde commerce dontle tirantd'eau
.c
1lo dépassait 32 cm.En outre,en automneou au printemps,dc violentestempêtes, les
\r Nàrtes,rendaient périlleuse la navigationdanstout le golfedu Mexique.Enfin,ces
xo
régionssubissaienl les effetsd'unclimatparliculièrement délétèrepour les popula-
5'- tionsd'origineeuropéenne, surtoutquandellesserassemblaient dansdesvillesà l'hy-
giènedouieuse, commeVeracruzou Acapulco: <à ltt vérité,I'humiditédescôtes
Iavorisantla putréfaction d'unegrandemassede substances organiques, occltsionne
sÈ des maladiesauxquelles les Européens et d'autresindividus non acclimatés sont
crË exposés ; car sousle ciel brûlantdes I'insalubrité
tropiques, de l'air presque
indique.
OX toùjoursune fertilitéextraordinaire du sol>(Maltc-Brun,1835: 388).Aujourd'hui
E a; encore,malgréI'essord'untourismebalnéairequi attirela clientèleinternationale
! -= ^
versquelquèsstationspLivilégiées desAntillesou de la côtePacifiquemexicaine,
9=a
==a Européens et Nord-Américains ont conservéleurs préjugéssur le caractère. pitto-
â.6à resquemaishostiled'unlittoraldontil convienttoujoursde seméfier-:quandce ne
soni pasles requinsqui rôdentprèsdesplages,il f'autse prévenirdespiqûresde
moustiques tapisdansla mangrove.
t7
* Universitéde ParisX, CREDAL,InstilutUniversitairede France /l>
Paradoxalement, lesLatino-Américains semblent souvent partager le mêmepoint tiennent,de prèsou de loin, à la frangelittorale.C'estIe casde Lullacarr,!;aprLdrç uu
de vue. Alors qu'enAmériquedu Nord les côtessontdesrégionsdynamiques qui l'Etatdu Sinaloa,bâtieà plusde 50 km du rivagesurle bord du rio Culiacân.Malgré
concentrent I'essentielde la population,au suddu rio Grandela situationestbeau- ses600000habitants,la ville fondéeen 1531parNuf,ode Guzman(et déplacéedeux
couppluscontrastée. Si le Brésilet le Venezuela sontlongtemps restésconfinéssur fois au coursde son histoire),n'entretientque des rapportslointainsavecla zone
leur façademaritime,le Mexiqueet lespaysandinsn'ontdécouvert quetardivement côtièreproprementdite.Elle animeunerégionagricoleprospère,touméeversl'éle-
leurs espaces littoraux.A la colonisation agricolede I'Amazonie,lancéedansles vageet la canneà sucre,et s'intéresse peuauxactivitésliéesà la mer.La plus grande
années1970parle gouvernement brésilienpourintégrerl'intérieurau restedu pays, partiedescentresurbainssituéssurle littoral de la mer de Cortéssontdansle même
conespondla ,,marche versla men engagée au Mexiquedès1953,avecdesobjec- cas.Mis à part quelquesports,parfoisdoublésd'unestationtouristique(Guaymas,
tifs politiqueset économiquescomparables. Pour mieux comprendreles relations Topolobampoet surtoutMazatlân),les villes côtièresdoiventleur prospéritéaux
ambigtiesqu'entretiennent les payslatino-américains avecleurslittoraux,il apparaît grandsdistrictsd'inigationfinancéspar I'Etatdansles années1940pour développer
donc nécessaire d'expliquerles disparités qui caractérisent le peuplement desdeux uneagriculturespéculative de masse.
grandesfaçades maritimesdu continent. En effet,la miseenvaleurdeszonescôtières Les divisionsadministratives à I'intérieurdes entitésfédéralestraduisentde
dépenden grandepartiedesdensités de population qu'ellesabritent.Or, cesdensités manièretoutaussifortelesinégalités depeuplement entrela côteet I'intérieur.
Si I'on
ont considérablement varié dans le temps : les changements enregistrésreflètent prendle casdu Michoacân(figuren' 2), on constateparexemplequetrois municipios
autantla mutationdesmodesd'occupation deI'espace quel'évolutiondesmentalités seulementsepartagent300km de côte,alorsqu'onen comptell3 sur l'ensemblede
collectivesdansun mondeoù, mêmequandelleshabitentau bord de I'océan,les I'Etat,pourl'essentiel situésà I'intérieurdestenes,au-dessus de I 000 mètresd'alti-
populations localesn'entretiennent souventquede lointainsrapportsavecleur envi- tude. Le maillagecommunal,très sené sur les hauts-plateaux, et particulièrement
ronnement marin. dansla régiondeslacs (Cuitzeo,Pâtzcuaro, Chapala),où l'on atteintdesdensités
ruralesde l'ordrede 200hab./km2,s'élargitnettementquandon entredanslesespaces
montagneux pourdescendre versla régioncôtière.Cettemodificationde la superficie
LES DISPARITÉSDU PEUPLEMENTLITTORAL desmunicipios conespond à unebaissesensible desdensités depopulation.Le muni-
cipiode Coahuayanaiouvre ainsi372WrPpourune-population de l3 400habitants
(en 1990),soit une densitémoyenned^e36 hab.ikmz,trèslargement inférieureà la
Les disparitésdu peuplement littoral semanifestentà différenteséchelles,maisde moyennede l'Etat(plu-sde 60 hab./kmz).Le municipiole plusvaste,celuid'Aquila,
manièredifférenteselonlespayset selonlesmodèles économiques, politiqueset cul- s'étendsw 2 614 km/, mais sa populationdépasse à peineles 20 000 habitants
turelsimportéspar les conquérants au coursde la périodecoloniale. Ainsi,I'opposi- (7,6hab./km2)et soncheflieu, qui cômptemoinsde 2 000habitants,estsituéà plus
est-ellepartoutsensible,
tion littoral/intérieur maisle Mexiqueet le Brésilsontici de 20 km de la côteet à 990 mètresd'altitude.Le dernier,celuide LâzaroCârdenas,
deuxexemples radicalementopposés. En outre,à I'intérieurd'unmêmeEtat,certains est dominépar la ville du mêmenom,fondéedansles années1970pour dynamiser
espaceslittorauxpeuventêtre fortementspeuplés,alorsque d'autresserontpresque un littoral particulièrement sous-développé en implantant,de manièretout à fait arti-
déserts. Enfin,pourlespaysqui disposent de deuxfaçades (c'estparticulièrement
le ficielle,autoritaireet volontariste, un grandpôlede développement centrésurla sidé-
cas au Mexiqueet en Amériquecentrale),on constateune forte oppositionentrele rurgie.Le port-industriel compteaujourd'hui plusde 150000habitants, maisil nes'es[
versantPacifiqueet le versantAtlantique. jamaisintégréau monderuralqui l'entoureet dontlesactivitéssontgénéralement peu
touméesversla mer.En effet,si leshabitantsde Coahuayana tirentunepartiedeleurs
L' opp o sition littoral- intérieur ressources de la pêcheet, de plusen plus,du tourismebalnéaire, ceuxd'Aquilasont
avanttout despaysansqui se consacrent à une agriculturetraditionnelleet peu pro-
Cetteoppositionest sansaucundoutela plus traditionnelle et la plus facileà ductive.
remarquer. Dansle casdu Mexique(figuren" 1),on constate quelesfortesdensités Les mêmescontrastes sontapplicables à I'ensemble desEtatslatino-américains,
de populationselocalisent essentiellementsurleshauts-plateaux
du centre,alorsque marquéspar une forte oppositionlittoral/intérieur,et où le littoral apparaîtsouvent
lescôtessemblent engrandepartieabandonnées. Sur15Vodu territoirenational(dans défavorisé. C'estle casdespaysd'Amérique centrale(malgréI'exception notabledu
la zonecentraledominéeparMexico)s'entassent 40 VodesMexicains,à desaltitudes Panama) et despaysandins,oir la population seconcentre traditionnellement surles
qui dépassent souvent2 000mètres.Cetteopposition estancienne, puisquelespour- hautes-tenes de l'intérieurau détrimentdeszonescôtières. Ce schéman'estoourtant
centages ont peuchangédepuisle débutdu XIXe siècle,quandI'allemand Alexandre pasapplicablepaflout.Ainsi, au Brésil,l'oppositionlittoral/intérieur est tout aussi
deHumboldtrédigeaitsonEssaipolitiquesur Ie royaume de la NouvelleEspagne.Le fortequ'auMexique,maiselleestinversée. Si I'onadoptelesmêmescritèresderepré-
systèmede représentation choisi,fondésurla populationmunicipale(celledu chef- sentation (population par municipes), on voit qu'unlittoraltrèspeuplés'oppose à un
Iieuet desécarts),ne prenden comptequeles communes lesplusimportantes (plus intérieurvided'hommes (figuren' 3). De fait,lesdensitésdepopulation chutentrapi-
de 50 000 habitants). En effet, selonL'INEGI (InstitutNationaldes Statistiques, dementdèsqueI'ons'éloigne de plusde 200km descôteset, dansles régionsama-
Géographie et Informatique), lesvillagesdemoinsde2 500habitants (limiteofficielle zoniennes du Nord-Ouest, on descendrapidementà moinsd'un habitantau kmz
de la populationurbaine)représentaient en 1995plusde 98 7odeslocalitésenregis- (Théry,1989: 57).CommeauMexique,le.découpage administratif du paysreflèteles
trées,maisne regroupaient quele quartde la populationtotale,dansdeszonesde contrastes du peuplement: alorsque les Etatscôtiers,notammentdansla régiondu
rI. bassedensité. Si la petiteéchelledela cartemasquelesdétails,on voit cependant que Nordeste,sonipalfoisminuscules (22 000km2 pourle Sergipe)ceuxde I'intérieur
/\\ les centresurbainssituésau bordde I'océansontpeunombreux,mômes'ilsappar- sontgigantesques (1 558000kmzpourI'Etatd'Amazonas). ,l
S
Figureno1- La populationmunicipale
auMexique(1991)
(tE>.- Ciudad Juarez
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chihuahua \

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l^'\t aA d@,.r.P
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) Culiacân ,à{. I
Populationdes municiPes
de plus de 50 000 habitants
1 650205
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( .-rl- 450ooo
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Figure no2 - Les munlclPes


de l'État du Michoacân
(Mexique)

o oi,
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O

--r o Population1991

492 90t'
OAquilu 24'7696

Lazaro Cardenas
2 492
100km
Le mêmeschémapeutêtreappliquéà l'échelledesterritoirescommunaux, dontle liuorauxn'esrpas homogène. Ainsi, au Brésil, les régions
maillageest d'autantplus étroit qu'on se rapprochede la côte.Le cas des trois :ltî:i""t"g::^:rf.T-.:
coneres sltueesautourde l'Amazonesontpresquedésertes,
Guyanesestidentiqueau modèlebrésilien,notamment malgréla présenôe de
celuide la Guyanefrançaise, quelques villesimp_ortantes
puisqu'une
frangecôtièredensément
commeBelém.(capiialede l'Étatae pire,'sitireesur l,es-
occupée s'oppose
demanièreradicaleauxforêts rualre0u Hara)ou sâo.Iruis.-capitale
de I'Etatdu Maranhâo.
videsd'hommes De même,la zonecen_
du plateauguyanais. àI Etatd'Eôpirito
Iil.;,91_!9l.spond Santo
erausuddetÉtatoànohiu, p"uo..u-
pee (la tramedesdivisionsadministratives se relâchede manièresensible"rt sur cette
Lf litroraleseconcentreessentielemenr dans ra.égion
Figure no3- Lapopulation municipale ft*t^9r"^3^."^r:):
du Nordeste, ryp"lation
entreRecife et salvador,et autourde I'ancienne capitalepolitique,îo
au Brésil(1991) j:,J::t::,
::i,co,mpre
aujourd'hui plusde 12 millionsd'habitanis. nu rcn.lu.iu, iu
ollÏerexceest égalementtrès netteentreune côtecaraibetrèspeuplée,et un littoral
Atlantiquevided'hommes. Entrele golfedeVenezuela.t I. gotr!JJÈa-ria s'étendtout
un chapelet de villescôtièresdontlàsactivitéssontplusou iroinsdiiectement liéesà
l'environnement marin :^champs. pétrolifèresoe rrlar-'ircaito,
cumanâ,PuntoFiio et Guamâchè,.o^u ù; d. Ë;he de Gi.iiria,
grqrdsmarais-salanïi o. lu'pË"insule d'Araya
(EtatdeSu-cre). En rev.anche, le golfei. pirio et le deltade loréntque secaracréri-
o
Manaus
sentparla faiblesse deI'occ.upation
km pour atteindrela premièie.ville.,de
humaine. Il faurremonte,l. fl;;J;ur plusde200
la.région,ciudal ô;t;;;(pr;rqe 600 000
habitants en.l995).En'core s'agit-ird'unpôre3Àoeueropper..i.reeËài lEtaren | 96|
.{ pourtenterdecompenser les.déséquilibies
_{-o----....- régionaux qui marquent Ën.or"enprofbn_
\ deurla géographie vénezuetrenne.
\\
*l a
a*--)-
.a
Les deuxfaçadesmaritimes

Dans les pays qui disposentde deux façadesmaritimes(essentieilement


ï..'9 . Mexique,les pa},s.
contrastes
dïamérique..nirur. .i'iu ôorombie),on constare
de peuplement.
le
ausside forts
Au Mexique,la côtedu Sud-picifiqr. ,.Àbl" la plusaèfa_
vorisée.Avantmêmela conquête eôpagnole, il s'agissait
aG t."ii"i* mal contrôlé
Grande lasuire,
lescônquéranrs
Jesontpeuintéressé,
e..t.rpu.Ë
,l f,T,l':TnT::,-è:i::,lur
despnnclpaux.axesde communication
1o
"__--. O
:19'gT.
rylonoe.Ivlemele portd'Acapulco,
qui reliaiéntI'Ancienet le Nouveau
qui compteaujourd'hui plusde600000habitants,
Populationdes municipes n'alongtemps été.qu-'unepetitebourgade dontles-rues malîracéesnes,animaieni
!^t pourI'anivéede la Nao de china,vlnue desphilippines que
de plus de 50 000 habitants Rio de Janeiro av;r;.*g;ron d'étoffes
et.deporcelaines. Dansc-e_s régionsvidesd,hommèise sontinstauÈi,oosle XVIIe
Sâo Paulo siècle,descoloniesde malrons>qui fuyaienii;ù;;Ë";
9 621 000 "Nègrù le rravaildes
mines'ces communautés isolées,é.chappant au ôontrôledesauîoritéslocales,ont
populations actuelles de la côiedu Guerreroet au oaxu.aïes caracrères
2 445 000 99llt- 1,*
nolrsres marques (Musset,^l996 : 3o).il rle
Porto AIegre
fatalitédu fau!pourtantpascroireà unequelconque
50 000 "désert> de la c'ôtetrir.ir"l irli; ,r" XVi. siècre,lis Retationsgéo_
graphiques rédigées à la demande de la couronneespagnole afinie mieuxconnaître
0 500km
l'étendue et les ressources destenitoiresrécemment conquis,montrentque les vil_
lagessituéssurle littoralétaientnombreux et très.peuplé,âuuntt'ooi*È desconqué_
En Argentineet enurugyay,la frangelittoraleparaîtplusdensément peuplée que llll: ainsiquetaRelation
9:i, de dezacatutcr,oateà
oétsso,iaireiaidiune
réduction
- dramatrque la population indigène
surla côtedeI'actuelÉtatduMichoacân
I'intérieurdu pays,maisen fait seulsquelques pointsprivilégiésde la côiesôntreel- : <Dans
toute-la province,lesIndiensso.nt q.eunombreux
lementmisenvaleur,essentiellement autourdeI'embouchure du rio deLa plata.Dans lesNaturels,et si I'onexaminelaàisposition
et lesvillages,o"i tiË, petits.Selon
cet espaceprivilégié,qui s'ouvreà la fois versle centredu continentet surI'océan de.leursétabliisemànir, Èt"ituupu-
ravanttrèspeuplée. Maislesvillagesiont aujourd,hui "irË tesrùes
trèspetits,aésoioonnés,
Atlantiqle,sedressent lesprincipalesvillesdesdeuxpays(Montevideo regroupela ne sontpastracées, et ils sontrarementpermanents, (Acûfra,1gg7: 451).
moitiéde la population uruguayenne). Au nordde Montevideo et au suddé Buenos ElAqÉdque centrale,les disparités sonttout aussifortesmaisellessontinver-
Aires,I'occupation humainesefait plussporadique - maiscerelatifabandon estaussi ,
sees. b'nelret'mrsà partreSalvadorquine possède pasdefaçadeAtlantique.
sensibleà I'intérieurdesterresque sur la côteet ne relèvepasde I'opposition litto- chaque
Etatcenlraméricain possède la même'srru.riir.un.'plaine tiitoiaieËiiàit. caracéri-
ral/intérieur.
De fait,mêmedanslespaysoù la population côfièreestnômbreuse, I'oc- se le versantPacifique,dominéepar les escarpemenrs
tx descordillère,.."ùiiàî.'ï,
79
centre,ce sontleshautesterres,chaînesdemontagnes ou haut-plateaux, commeceux La dialectiquedu sain et du malsain
de I'Occidentguatémaltèque, caractériséspardesaltitudessupérieures à mille mètres.
Là, malgréun relief trèscompartimenté qui rendlescommunications difficiles,un cli- Le caractère malsaindesplaineslittoraleshumidesfait sansaucundoutepartiedes
mat tempéréet des sols fertiles ont favoriséle peuplement. Enfin, au Nord-Est,on lieux communsles plus répandusconcernantle monde tropical en général,et
trouve les bassesterresde la zonecaraibe,couvertespar la forêt tropicalehumide. I'Amériquelatine en particulier.Le questionnaire des Relationsgéographiques de
Mal reliéesauxautresrégions,ellesontlongtemps serviderefugeà desIndiensinsou- 1577s'intéressait déjàparticulièrement à cetaspectde la natureaméricainecar,à plu-
mis,commelesMiskitosdu Nicaragua - quandellesn'ontpasétécolonisées parles sieursreprises, les Espagnols avaientdû abandonner dessitesqui s'étaient révélésà
grandescompagnies bananières, dèsla fin du XIXe siècle.Cettecôteau climatdiffi- I'usagedésastreux pour la santédeshabitants, notamment surle littoralAtlantique,
cile a longtemps éténégligéepar lesEspagnols, qui ontpréférés'installer surleshau- soumisà unehumiditéconstanteet à de trèsforteschaleurs.DanssonHistoria gene-
teurset surle littoralPacifique,moinspluvieuxet réputéplussain,selonlescanons ral y natural de las India.s,GonzaloFernândezde Oviedosignaleainsi que don
de l'écolehippocratique en vigueurau coursde l'époquecoloniale(Musset,1998: Cristdbalde Sotomayor fondaen en 1510,surl'île de Boriquén(PuerloRico),un vil-
14).C'estpourquoilesdensités de population sontaujourd'hui encorenettement plus lageappeléGrianica. Accabléspardesmyriades de moustiques, seshabitants furent
fortessurce versant,mêmesi I'espace côtierrestepeupeuplé.C'estparticulièrement obligésde I'abandonner et de seréfugieqquelques moisplustard,dansunepartiede
le casau Guatemala, où la populationseconcentre surleshautesterrestempérées du l'île moinsinfestéed'insectes nuisibles, où ils édifièrentunenouvelleville, baptisée
Centreet de I'Ouestet délaisse un littoralcaractérisé parun climatchaudet humide. Sotomayor. De la mêmemanière,SanJuande PuertoRicoa étédéplacée, douzeans
Aucuneroutene longela côteet lesraresportsinstalléssurcettefaçade(Champerico, aprèssafondation,à causedesconditions sanitairesdéplorablesqui rendaient sonsite
SanJosé,PuertoQuetzal)ne disposent qued'infrastructures rudimèntaires. périlleuxpourla santédeshabitants : <Maiscettelocalité,à caused'unsitemal dis-
Le casde la Colombieestencoredifférent.Si le littoralAtlantique(1 600km de posé,fut malsainet pénible,parcequ'il étaitsituéentredesforêtset desmarécages,
long) n'estpas densément occupé,il fait preuved'un dynamismeéconomique et les eauxétaientamèreset I'on ne pouvaitéleverles enfants[...] Tousles chrétiens
démographique bienplusfort quele littoralPacifique, dontles I 300km de côtesont étaientpâleset malades. Ce villageétaità unelieuede la mer,intervalleoccupépar
couvertsd'uneépaisse forêttropicalehumide.Mal reliésà un hinterland peuproduc- desmaraisqui rendaient trèspéniblele transport desapprovisionnements versla ville,
tif, lesdeuxportsdecettezone,Buenaventura et Tumaco,n'ontjamaisréussià dépas- dontla fondation,ou l'établissement, remonteà I'annéede 1509.Cetterépublique ou
serle staded'undéveloppement embryonnaire. Périodiquement, lesColombiens évo- cetteville restasurpiedà peuprèsdouzeans,jusqu'àsontransfert versle sitequ'elle
quentI'idéede creuserun nouveaucanalinterocéanique entrele golfe d'Urabaet occupeà présenb(Oviedo,1959: II-91).
I'océanPacifique, au norddu capConientes, enremontant le coursdu rio Atrato.Ce Dansce contexte,la port de Veracruz,fondéen l5l9 par HemanCortés,estvite
projet chimériquea cependant peude chanced'aboutir,mêmes'il permettraitde don- devenule modèlede cesvilles côtièresqui, auxyeuxdesEspagnols, souffraientd'un
ner un sensà deuxfaçadesmaritimesqui setournentle doset qu'aucune routedirec- climatparliculièrement malsain.En 1562,I'auteurd'unprojetde transfertde la ville
te nepermetderelier.Le littoralAtlantique, enrevanche, bénéficie d'unepositionplus insistaitsur le caractèreinsalubredu sitechoisipar le conquérant afin d'apitoyerles
intéressante,puisqu'ils'ouvrelargement surla <Méditenanée américaine> et surles membres du ConseildesIndes: <...Le sitede la ville deVeracruz estmauvaiset insa-
grandesroutes maritimes dont ont profité des ports comme Cartagenaou lubreparcequ'elleestplacéesurun bancde sable,entredesdunes,le long d'unfleu-
Bananquilla. Lazonecôtièrea longtemps tirédeI'agriculture, et notamment desplan- ve et prèsde la mer ; elle estinondéepar le fleuvequandil esten crue.Et en ce qui
tationsde bananes et de canneà sucre,saprincipale richesse.Aujourd'hui,I'exploita- concerne I'aspect malsaindu fleuve,c'estun fait notoirepourtousceuxqui I'ontvu,
a prisle relaisd'uneéconomie puisqu'ilsen tirentuneexpérience qui ne pardonneà personne: auxuns,elle coûtela
tionpétrolière agro-exportatrice largement dominéepar
La péninsule vie, les autresen restentépouvantés. Il estinhumainde voir cetteville, les morts,les
descompagnies nord-américaines. de la Guajira,quela Colombiepar-
maladies, les vols.C'està tel pointquela génération devientimpossible et qu'onne
tageavecle Venezuela, estdevenueunesourcepermanente de litiges entreles deux
peuty éleverun enfant: c'estun obstacle à la naturehumaine>1. Moinsdetrenteans
pays,qui sedisputent le contrôledesrichesgisements d'hydrocarbures de la région. plustard,les autoritésroyalesdécidaient dechangerla ville de place,sanspourautant
Le problèmeestparliculièrement épineuxencequi concerne lesplate-formes defora- résoudreles gravesproblèmesde santépubliqueque le climat tropical posaitaux
ge offshore situéesdansle golfe du Venezuela, dont le gouvernement colombien Espagnols. DanssonDiccionariogeographico-histôrico de las Indias occidentales o
réclamela propriétéau nom delaZoneEconomique Exclusivedes200 milleset de
América,publiéà la fin du XVIIe siècle,AntoniodeAlcedofaisaitremarquerquela
la continuitétenitorialequereprésente à sesyeuxla plate-forme continentale. NuevaVeracruzétaitbelleet bienconçue,avecsesruesenlignedroitequi secroisaient
à intervallesréguliers,mais qu'ellesouffraittoujoursd'un climat chaudet malsain,
épuisant pourI'organisme deshommesvenusd'Espagne (Alcedo,1967: IV-163).
LA PARTDU MILIEU Les réponsesau questionnaire desRelationsgéographiques de 1517montrentà
cetégardque,pardéfinition,lesEspagnols considéraient commeinsalubres toutesles
du peuplement
Afin d'expliquerlescontrastes littoral en Amériquelatine,et plus terresbassessituéesà proximitéde la mer.Seuleslesrégionssèchestrouvaientgrâce
particulièrement danslazonetropicale,on a souventfait appelà desarguments d'ordre auprèsd'eux,mais on leur reprochaitalorsle manqued'eauet la stérilitédes sols.
climatique.C'estainsiqueMax Sone,dansle volumede la Géographie universelle Cettesituationsanitairedéplorables'accompagnait, selonles canonshippocratiques
consacré auMexiqueet à l'Amériquecentrale, faisaitremarquer que<lestenesbasses en vigueurà l'époque, d'unebaissede la moralitéet d'unrelâchement desmæurs.En
oir rodentles fièviessontdangereuses pour les Européens : leùr peuplement
épars effet,<Ceuxqui vivent dansdespaysenfoncés, couvertsde pâturageset tourmentés
contraste avecla densitédespremiersétages montagneux> (Sone,1928: 59). par deschaleurssuffocantes, qui sontplus exposésâux ventschaudsqu'auxvents4"-
-,r\
froids,et qui font usaged'eauxchaudes, ne sontni grandsni bienproportionnés [...]. Les littorauxface aux risquesnaturels
Ils ne sontnaturellement ni bravesni propresautravail>(Hippocrate, I 800: 115).Ces
prejugéshéritésde la médecineantiquen'ontpascomplètement disparudu discours Le caractère<malsaiu du climat n'estpas la seulecausede I'inégalemise en
valeurdeslittorauxlatino-américains. Les côtessont en effetexposées à desrisques
portésurle mondetropical.Danssonlivre TerresdeBonneEspérance, PieneGourou
naturelsspécifiquesqui ont parfoisentraînéleur abandon.Le littoral Pacifiquede
fait ainsi remarquerque,selonle célèbrehistorienanglaisArnoldToynbee,la coloni- exposéà desraz-de-marée
I'Amériquèdu Sud(Pèrou,Chili), est ainsirégulièrement
sation de I'Amériquepar les Espagnolsn'a finalementdonnéque des résultats par de puissants mouvements telluriques.Dès les premierstempsde la
orovoqués
médiocres parcequeles conquérants ont préférés'installer dansles endroitsles plus auxquellesils
bonquête,Ïes Espagnolsdurentaffronterdes situationsd'urge.nce
commodes (les hautes terres tempérées) au lieu de mettreen valeurles plaineslitto- n'étaient pas prépùéi. Le problème n'a fait que s'aggraver au fil du temps, quand.les
raleschaudes et humides,réputéês plusdifficiles.En refusantde répondreauxdéfis citésbâtièssùrlè littoral ont progressivement accruleur poidsdémographiq^ue et leur
posésparla nature,ils seseraientamolliset auraient perduunegrandepartiede leur importance économique. C'eit ainsiquela ville de Concep.ciôn de.Chile,fondéeen
valeurmoraleet physiqueI 1557parunepoignéed'Espagnols souslesordresde Valdivia,fut_p_lusieurs fois enva-
S'il apparaît nécessaire de relativiserla perception, et surtoutl'interprétation phi- hieoarleseadxa-ucoursdè ùn histoire.Dansla nuit du 23 maiI 751,un violentséis-
losophico-médicale du climattropicalhumidequi caractérise une grandepartiedes meptovoquala ruinedesprincipauxédificesdela cité.Peudetempsaprès,la merse
littorauxlatino-américains, il ne fautcependant pasoublierquecesespaces ontlong- retiiavers-lelargeet revintsurlà ville avecuneforceinconnue, engloutissant surson
tempsétéle berceau de maladiesendémiques redoutables,commele paludisme ou la passage les dernièresconstnrctions encoredebout.D'aprèsle DocteurFrancisco
fièvrejaune.Les travauxdu canalde Panama, engagés en 1880sousla directionde Xavie*r Baniga,prêtrede la Concepci6n à la datedesfaits,la surlaceaband.onnée par
Ferdinand deLesseps, ontainsiprovoqué la mortd'aumoins20000travailleurs venus la meravanùeiaz-de-marée s'étendait sur trois lieues,soit plus de dix kilomètresr.
deFranceet desAntilles.En identifiantlesmoustiques vecteurs decesdeuxmaladies. Un témoinrapporteque,dansIa ville en ruine,leshabitants épouvantés tentèrent par
lesmédecins nord-américains ontcependant pemit auxÉtats-Unis de menerà terme touslesmoyôisde sbrtirde leursmaisons, dontlesportesrestaient coincées sousla
le projetabandonné parlesFrançais. Le creusement du canals'estalorsaccompagné Dression dei décombres accumulés aumomentdu séisme. Ceuxqui le pouvaient allè-
d'uneformidablecampagned'assainissement des maraislittorauxoù proliféraient ient seréfugiersurles hauteurs qui dominaient la baie.D'enhaut,ils virents'efïon-
anophèles et Aedes Aegypri. Des tonnes d'huile et depétroleontétérépandues surles drerlestouri deségliseset lestoiti desmaisons. Ils entendaient sonner lesclochesqui
eauxdormantes, afind'empêcher lesæufsd'éclore, tandisqueI'onmettaitenplaceun tombaient partene-,le hurlement deschiensabandonnés, le piaillement.assourdissant
vasteréseaude drainspour assécher les sols humides.De la mêmemanière,le desoiseauiaffolés,le rugissement desvaguesqui emportaient versIa hautemer les
Mexiquelançaen 1953,sousla présidence d'AdolfoRuizCortines, une<Marchevers meublesanachésaux maisonsdétruites,mais aussiles cris des malheureuxqui
la meu destinée à conquérirde nouvelles tenesagricoles dansles régionslittorales n'avaientpaspu semettreà I'abridesflots et quele courantentraînaitinexorablement
versla môfi.L'auteurdela lettresouligneque,malgrél'ampleur dela catastrophe, on
peu peupléesde la côtedu Golfe et du Pacifique.L'ouverturede ce véritablefront
pionniera étérenduepossibleparla miseen placed'unegrandecampagne d'éradica- n'eutà déplorerqu'unnombreréduitde victimes(entre25 et 30 penonnessurun peu
moinsde : OOO tràUitants), preuvequece dramen'avaitpasétéenvoyé_ parle.ciel pour
tion du paludismesoutenue par I'Etat,avecI'aidede la communauté intemationale.
punirdescrimiqelsendurcis, maisplutôtpourinciterlespauvres pêcheurs à unesin-
Dès 1947,les autoritéscommencèrent à asperger du DDT danstoutesles zones provoqua I abandon du siteet
Dix ansplustard,selonleschiffresofficiels,5,5 bèrer.pentance3. ll n'enrestepasnioinsquecedésastre
côtièresinfectées parlesanophèles.
la reconstruction de la ville qûelques kilomètresplusloin,à l'écartdu rivage.
millionsde maisonsavaientététraitéeset débanassées deleursparasites. le fort ôu Callaoavaitiubi une.catastrophe de mêmenatu-
Cinqansauparavant,
Malgrétouscesefforts,le spectre de la malarian'apasdisparu,bienaucontraire. le déplacement de la ville à faibledistance du siteini-
re,qui avaitelle-aussi entraîné
De nouvellessouchesde moustiques résistentdésormais aux anti-paludéens clas-
tial,'versle lieu dit Bellavista(à un-quartde lieuedu centreancien).En effet,le 28
siques(typenivaquine) et s'attaquent aussibienauxrésidants qu'auxtouristes de pas- octobre1746,ù 10 h 30 du matin,un violentséismed'uneduréede quatreminutes
sage.En 1995,plusde700casontétéofficiellement enregistrés parlesservices pan- frappabrutalement toutela régionde Lima ainsiqu'unebandecô1iere de l00lieues
améens de la santé,maisils ne représentent qu'unefaiblepartiedespersonnes réelle- cleiôngaunod et au sudde la capitalepéruvienne. Surenviron3 000maisons recen-
menttouchées par la maladie.Aujourd'hui,une autreaffectiontoucheparticulière- séesàiima à cetteépoque,seuleunevingtaine resta debout. Le-port du Callao, dule-
mentleslittorauxlatino-américains : la denguehémonagique, dontle responsable est menttouchépar le déisine, tÏt ensuiteengloutipar un_effroyable raz-de-marée qui,
un virusvéhiculépardesmoustiques de typeAedes.Malgrélesmesures prisesparle selonles souicesde l'époque, fit plusae f O0Omorts.Sur23 bateauxancrésdansla
gouvernement panaméen pour tenterde réduireles lieux de pontedansles centres baie,quatrecoulèrent,dont un vaisseaude guene,le SanFerm(n.De nombreux
urbains(flaquesd'eau,bassins...), plusde 3 000casont étésignalés en 1995,contre cadavrès jonchantla côte,il fallutprendredesmeslresd'urgence pottrleurdonnerune
sculementl5 deuxansplus tôt. Mêmele Mexique,malgrédesinfrastrucfures sani- sépulture chrétienne, afin d'éviter-lerisqued'épidémie..Les survivants, affolés,crai-
tairesde qualité,restemenacépar le retourde la malariadontle gouvernement, aux gnïientde voir revenirsureuxles flots qui avaientdéjàemportétousleursbiens,et
coursdesannées1980,a attribuéla responsabilité aux réfugiésguatémaltèques qui iouventaussiunepartiede leurfamille.C'estpourquoi,commeceuxde.Concepci6n,
fuyaientla guenecivile.Cesaccusations ne peuventmasquerle fait queles zones danslespartieshautesdela ciié,ou surlescollinesvoisines.
ils s'installèrent Dessol-
côtières, pourdesraisons écologiques, maisaussisociales et économiques, sontenco- datsréquisitionnèrent poirreuxdu graindansdesvillesrelativement.épargnées parle
re les plusaffectées parlesmaladies infectieuses caractéristiques du mondetropical: désastré (Cafrete, Jaujâ, Canta), tantis que le vice-roi ordonnait au juge.des^eaux de
les trois Etatsqui composent la péninsule du Yucatânne concentrent que3 7ode la faireréparerau plus vite les conduites qui alimentaient les moulinset les fontaines
populationdu pays,maisreprésentent 6,3 7odescasd'amibiases enregistrés par les publiquès. Ceperidant, il apparut trèsviteinutiledes'acharner à mantenir enviecequi
services dela santépublique. n'étaitdéià plus qu'un fantôme de villea.
?? Z 3
,
Les risquesde tsunamissonttoujoursaussiimportantssurcettecôteparticulière-
mentexposée. dé-clarées sinistrées
et plusdecinquantemille hectares de culturesontétédétruits.Les
En 1979,unevaguede cinqmètresde hauta ainsientraîne la mortde
plus de 500_ villes côtièresde Chiclayo,Tumbès,SanMiguel de piura et Trujillo ont étéinondées
personnes surle littoral-équatôrien et colombien. plusréclmment,le ler
septembre1992,un tsunamia touchéla côtepacifiqueou Nicarieu; et I'océanest à plusieursrepriseset les quartiersorientauxle la capitale,Limâ,ont étéenvahispar
destonentsdc bouedescendus descontrefortsdesAnïes, détruisant tout surleur pis-
entrésurplusieurscentaines de mètresà I'intérieurdestenes,prôufquuntla ruinede
plusieurshameauxde pêcheurset la mort d'unecentain.OlfruUituiir. sage.Le coûttotal destravauxde déblaiement, reconstruction et deremiseen étaides
Au lieu-dit zonescultivéesa étéestiméà environdix milliardsde francs,sommequele paysest
SalinasGrandes, dansle déparlement de Le6n,I'aideinternationaie a permisderelo-
ger une paftiedessinistrésà l'écartde la plage,surunehauteurdomiirantles bienentenduincapable d'assumer.
marais
safantsqui fontla richesse (touterelative)Oeta région.Les l2logeÀËntsde fortune
construits pour I'occasion sontalorsdevenusle noyaud'unnouveîuvillagedontlés
petitesmaisonsbienalignées LE POIDSDES HÉRITAGES
regroupent desfamillésqui vivaientiusqulalors enordre
dispersé. Maissi lesraz-de-marée âffectent parriculièrement re rÏiràiajpacifique,la
f.rcl* Atlantiques'estspécialisée dansI'accueildescyclones.Èn-àii.t, lesîlôs âes ,, cependant,Ies arguments d'ordreclimatiqueou écologique ne permettent pas
Antilles et les.terresqui bordentI'ensemble d'ex_pliquet
touteslesdisparités
du peuplement àesfrangesliitoialesen'Amérique làti-
du bassincarar'ues*r chaqueannée ne. Max sone.remarquait
balayéespar de violentestempêtesdont les ventspeuventdépasser ainsiqu'auMexique,<<ces teneschaudes par excèllence
300 km/h. En sontdesterresd'ancien peuplement> et qu'auPanama <cesconditions qui nousparais-
l?88: 119g, cyclonesles.ptusmeurriers, Gilbert,dèvasta lu Jfi;i;;;, laissanrder- sentdéfavorablesn'ontpointempêché uncertaindéveloppement despôpulationsindi-
rièrelui 260morts,avantderemonterrescôtesdu MexiqueoepuisleYucatân jusqu'au gènes: on nesauraitdourerque,dansbiendescas,la foiêiAtlantique nê soituneforêt
Tamaulipas.. Les perles
9l! 9réparricrlièrement lourdés: rJ quuit àeshôtelsde la secondaire> (Sone,1928: 59 et 144).En fait,I'histoirea iouéunLôledécisifdansI'in-
régioncaraïbesoufflés,400 ba{eaux Re.n. coulés,350000'd de te*esagricoles
!9 égalemiseenvaleurdeslittorauxlatino-américains, et suttoutclans
leurabandon rapi-
dévastées, pr91_de 10 00_0maisons.détruites, 140000 personnes euo.rerr, 51 000 de aucoursde l'époque coloniale.
sinistrées et 225 morts.L'annéesuivante,Hugo traveriala Guadeloupe, détmisant
plusdu qy.andel logem.ents dansplusieurs communes littoralestAoniCosier, Sainte- Uneoccupation
ancienne
Anneet I'Anse-Beftrand). En 1995,de nouvelles. tempêtes ont ,àuugÈlesplantations
de bananes desAntillesfrançaises, mettanten péril unebranche.ii"nii"ttr de l'éco-
nomielocale. _. Lesvestiges archéologiques découvefts surle littoralde la côtedu Golfe(Étatsde
veracruz,Tabasco,campeche)et de la péninsuledu yucatânmontrentque ces
. Il n'estpaspossibled'g."9q::lJ..-probrème descatastrophes naturelles sansparler espaces ont étéle cæurde civilisations
du phénomène marinbaptiséEl.Ninosqui.en 199g.a proioqueo'i*portants préhispaniques florissantes qui ont piospéré
dégâts dansdeszonespourtantconsidérées
sur tout le littoral sud-américain, et parliculièrement àu pérou,en Équateuret en comrnepaiticuiièrement hostilesparlesionqué-
colombie.Périodiqu^ement (entredeui et dix ans),et pour desraisonsencoremal rants-espagnols. c'est ainsi qu'au conrs du premiermillénaireavantJ. c.,'les
connues, ce courantfroid seréchauffe et perturbele climatdeI'ensemble olmèquesont érigéle site monumental de la venta prèsde I'embouchure du rio
de la planè- Pedregal, dansunezonemarquée
te. Les.chargements hydro-atmosphériques dûsau réchauffement par la présence de nômbreuxmarécages, au cæur
de lleaude mer à d'unevégétation luxuriante.Les structurès
proximitédes.côtes provoquent,loèalemènt.des pluiestonentiettes dégagées par les archéologues couvrent
eiae gigantesques unesurfacedeplusd9ginqkm2et la pyramideprincipile,deformeciràulaire,
éboulements detenain,mêmedansdesrégionsbù il nepleutque,ur.*.îtl En outre, dépas-
cesmassesd'eauxchaudes, pauvresen plancton,font-iuirlei poissons(principale_ selestrentemètresde haut.Contrairement aurEspagnols, et malgrédesdensitéide
mentlesanchois) quiabondent population assezfaibles,lesOlmèques semblent avbii sutirerpaftIede la richesse du
au.large du chili er du pérou.cËttegianoàmigràtion
affectetoute la chaînealimentaireêt a des conséquences milieunaturel(solsalluviauxfertiles,humiditéconstante, fauneaquatique abondan-
orumiirquespour les te) pourmettreen valeurunegrandepartiede cettecôteAtlantiquelongtempsconsi-
pêcheurs qui doiventattendre le déplacement du Nifiopour.rper.,èÀpi'irdenouveau
leursfilets.Les archéologues déréecommemalsaine parlescolonsd'origineeuropéenne. Héritiersdeja civilisation
ont pu démontrerqueôe phénomène âiegutièrement
frappéla côtepéruvienne depuisâu moins4 00d ans.ûn episoJeparticulièrement olmèque,les Mayasont à leur tour construitd'importantes villes côtièresdansla
intensea.provoqué la destruction péninsule du Yucatân,mêmesi les centrescérémoniels les plus ancienset les phrs
de la cultureLambayeque, qui avaiipiospérésurla
côtenorddu paysentrele VIIe et le XiIe siècle. i,mportants, commeTikalou Palenque, sontsituésà I'intérieurïes terres.DansI'aciuel
p.tat {u QuintanaRoo (Mexique),le port de Tulum dressetoujours ses ruines
.. En.1982-19!],gnephaselongueet duredu Nifio (considérée commele Nifrodl blanches, gernees parla forêt,aubordd'uneétroitefalaisequi dominètoutela merdes
sièclejlsqu'en 1991)a ruinétouteI'économie localede la vieilleviii.-erpagnot.O* Caraibes. Edifiéeaucoursdela périodepost-classique (àpârtirdu XIIe siècle), |a ville
fst$igu_.t de Piura,fondée_en 1531par corlés er déplacée troisiàis au coursdu estprotégée parunesolide_ muraille.T.estempleset lespâlaisnesontpasaussiimpo-
XVIe sièclepourdesraisonsd'ordreclimatique. De nombreux édificessesonteffon-
drés, notammentdans santsni aussirichement décorés qu'àUxmalou à chichen-Itza, maisia proximitéde
quartierspauvres de la périphé;ie,;ù les murs
.les la mer,de nombreuses plagesde sablefin et de la stationbalnéaire de ôancun(135
d'adobe6 onr mal résisréà I'exôèsd'humidité.euinzer"r;trË;;l;;lu"s vieille vilte
espagnole k la routedu littoral) en ont fait unedestinationtouristiquede premierordre.
du Pérou.portaitcncore_les stigmates de ce désaitrelmaisonsen ruines, -p?,
infrastructures Dèsleurs.premiers voyages, les conquérants ont étéfrappésparl'importance de
routièresrnal"réparées), al6rs.que.lephénomène;r*t-à" se répétei
avecla mêmeviolence. cesvillescôtièresqui les mettaient pourla premièrefois en présènce d'unecivilisa-
En effet,surle seullittoralpéruvien, le Nffiode l99i _199ga
entraînéla mortde plusieurs tion raffinée.Découverte en 1518,Tuluma étécomparée pai Juande Grijalvaà la
centaines de personnes. Deuxcentmille autresont été grandeville espagnole qui servaitalorsde référence à touslesconquérants : Séville.
zq Z5
L'annéesuivante,corlés fit de mêmeavecla modestecité de cempoala,situéeà LesHollandaissesontparticulièrement illustrésdanscettelutte sansmercicontre
quelquekilomètresau nord de I'actuelleYeracruz,dont il ne resteaujourd'huique les Espagnols. Ainsi, au débutdu XVIIe siècle,JacobHeremiteClerkremontatoute
quelquesvestiges. épars_parmi les champsde canneà sucre.Afin dejustifier sesplâns la côte Pacifiquedu Pérou,pillant les ports et les villes qui s'offraientpresquesans
de conquêteauprèsde.Charles Quint,le futurvainqueur de Moctezuma n'hésitaitpas défenseà ses coups (parmi les plus importantes,Pisco et Guayaquil).Mais les
à parercesnouveaux rivagesdetouteslesvertus,alorsque,quelques années plustârd, Anglais,qui avaientlancéle mouvement,ne sontpasrestésinactifs.Dansles années
on les présenterait commeI'anti-chambre de I'enfer.Oubliantlà chaleuqI'humidité, 1680,EdouardDavid accomplitle mêmetrajet,laissantdenièrelui plusieurscitésen
les fièvreset les animauxvenimeux,Cortésbrossedu littoralmexicainun tableau ruines: Guaura,Guayaquil,Huarcu,Miraflores,Pisco,et d'autres encore.Certains
enchanteur, digne d'exciterI'appétitde son maîtreet de lui attirertoute sa bien- ports,véritables næudsdecommunication, entrepôts toujourspleinsdesrichesses des
veillance: les tenessontriches,la végétation abondante ; hormisles <lionset les Indes,ont attiréles piratescommeI'aimantattirele fer. Parmiles villes les plus sou-
tigres>(enfait desjaguars)la faunerappellecellede I'Espagne ; les habitants sontà ventattaquées, Antoniode AlcedocompteGuayaquil(pilléeen 1624,1687,1701),
la fois bienproportionnés et bienéduqués ; lesvillessont<grandes et bienordonnées> SanJuande PuertoRico(1595,1598,1615,1742),Santa Marla(1543,1555,1596,
(Corlés,1983:21-22\. 1629,1655,1672) et PorloBelo(1596,1668,1680,1102,1142,1145). Surla côte
Plusencorequele Mexiqueavecseshauts-plateaux où battaitle cæurdu monde norddu Pérou,le petitportde Casmaa étéplusieurs fois saccagé au coursdLrXVIIe
aztèque, I'Amér'ique du Sudestmarquée par le caractère andindesgrandes civilisa- siècle.En Equateur, Mantaa subiplusieursassauts meurtriers, notamment en 1543,
tionspréhispaniques. Pourtant,leszonescôtièresont ellesaussiabritéd'importantes 1607et 1628.Maisle couple plusdur fut portéà Panama parleshornmes de Henry
communautés indigènesqui ont en partiedisparuaprèsI'anivéedesEspagnols. En Morgan,en 7671,parcequ'aulieudes'enprendreà un simpledépôtde marchandises,
Equateur,par exemple,les fouilles archéologiques ont montré que I'oècupation ils décidèrent de s'attaquer à unevéritablecapitale économique, administrative et reli-
humainedu littoralremontaità plusde 5 000 ans.Les embouchurei desprinôipaux gieusede I'empireespagnol. Prenantà reversle système défensifmis en placeparla
fleuves(Guayas, Esmeraldas, Santiago, Atacames) étaientlesespaces lesplusdénsé- Couronne, lesAnglaisdébarquèrent devantle rio Chagres, s'emparèrent du fortinqui
ment peuplés.Quandles Espagnols débarquèrent danscetterégion,ils découvrirent défendaitsonembouchure et traversèrent à piedI'isthmedePanama (moinsde 80 km
de.nombreu.x petitscentresurbains(Coaque,Canoa,Charapatô, Balao...)qui ser- deroutedansla forêttropicale,en suivantle caminorealttiliséparlesCastillanspour
vaientprincipalement de lieu de cultepourlespopulations côtières.DanssaCrônica transporter I'argentdu Pérou).Mise à feu et à sang,la vieillePanamafondéepar
del Perû,publiéepourla premièrefois en 1553,Pedrocieza de Le6nfaisaitremar- Pedrarias Dâvilaen 1519ne serelevajamaisde sescendres. En 1673,unenouvelle
querque le littoralPacifiquede I'actuelle Colombie,aujourd'hui presqueabandonné, ville fut bâtiequelques kilomètresplusloin, surunelanguede terreentourée par la
étaithabitépardenombreux Indiensvivantdansdesmaisons bâtiéssui I'eau(il s'agis- mer,dansun sitejugé plusfacile à défendre.
saitde palafittes): <cesIndienssontrichesparcequelesfleuveschanientde I'oien Matgré la menacepermanente que représentaient les pirates(puis les escadres
abondance et parcequeleurteneesttrèsfertile; malheureusement, elleesttellement étrangères auqui, cours du XVIIe siècle, ont parcouru lesmersaméricaines), peude
couvertedeforêtset depalétuviers qu'ilseraitdifficiledela conquérir, mêmeenenga- villes littoralesont enfait étédéplacées aprèsleurdestruction. Dansla plupartdescas,
geantde nombreuxhommes> (Ciezade Ledn,1985: 78). il s'agissaitde trouver,à proximitéde la radeinitiale,un emplacement plusfacileà
défendre, mêmes'il serévélaitmoinscommodeà aménager. Unemontagne voisine
Des litrorcruxmal défendus ou un petit fleuvecôtier,dont on pouvaitutiliserun méandrepourentourerunepar-
tie de la ville, faisaitalorsl'affaire.Les habitantsde Santa(Pérou)choisirent cette
solution,aprèsla destruction de leursmaisonsen 1685parEdouardDavid.Maisce
En 1513,desinstructions furentdonnées par la couronneespagnole au conquis- nouveausiten'étaitpasexemptde tousrisques: en 1761,le rio qui devaitdéfendrele
tadorPedrarias Davila,le futur fondateurde Panama, pour vérifiersur combiende portsortitde sonlit et inondaleshabitations bâtiessursonrivage.Plusrarement, les
pointsde la côteon pouvaitinstallerdeshabitants, afin de protégerles tenitoires habitantsont préférés'éloigner de la côte reconstruire
et leur cité à I'intérieurdes
conquiset d'assurer le ravitaillement desnavires.A ce momentde leur histoire,les tenes,en attendant destempsmeilleursoù la mer seraitpurgéedesvaisseaux enne-
Espagnolsétaienttoujoursdansla premièrephasede leur conquêtedu Nouveau mis. Le choixdu nouveausiteétaitalorsfondamental caril pouvaitprovoquer une
Monde.La mer étaitpoureux unevoie de communication essentielle,qui leur per- rupturedéfinitiveentrele portabandonné et la ville nouvelle. Or,lesbonsmouillages,
mettaitde maintenirun lien permanent avecla métropole.Il était doni fortement placésau carefour desgrandesroutesmaritimeset desaxesde transportterrestre,
recommandé aux colonsde s'établirsurla frangecôtièred'uncontinentdonton ne n'étaient pastrèsnombreux. La nécessité de conserver uneprésence espagnole ences
mesuraitpasencoretoutel'étendue ni toutela richesse en hommeset en minéraux. pointsesientielsde I'empirea conduitla Couronne à favoriserle maintiendespopu-
Cependant, dèsla fin du XVIe siècle,lescôtesaméricaines sesontrévélées peusûres lationsmenacées enfortifiantlesprincipales villescôtières. Alcedoexpliqueainsique
pour les Espagnols, principalement surla façadecaraibe,livréeauxconvoitises des SantaMarta,plusieursfoispilléeet réduiteen cendres, n'ajamaisétédéplacée parce
Anglais,desFrançais et desHollandais. Lesrichesses en transitqui passaient par les qu'ellebénéficiaitd'unclimatagréable, d'eaupotableen abondance et suttoutd'un
ports américains attiraientde manièreirrésistible les gentilhommes de fortune.Au portvasteet sûr,qui pouvaitabriterdesescadres entières.C'estpourquoila Couronne
Panama, lespremières attaques eurentlieu à la fin du XVI. siècle: ce sontlesexpé- préféraconstruire à sesabordsdeuxfortins(SanJuanet SanVicente)quin'empêchè-
ditionsdeHawkins(1562)et de Drake,qui s'empara de Nombrede Diosen 1573.Le ient paslespiratesde s'emparer de la ville à six reprises, entre1543et 1672.
port fut détruit,la ville miseà sacet les maisonsréduitesen cendres. Seshabitants Au coursdu XVIIe siècle,la guenedevintplusconventionnelle et plusieurs Etats
abandonnèrent le sitepourseréfugierà PortoBelo,situéà quelques kilomètres plus européensvoulurent se tailler un véritable empire d'outre-merau détrimentde
à I'ouest,versI'embouchure du rio Chagres. ? t I'Amérique espagnole et portugaise. C'estainsiquedesbûcherons anglaiss'établirent
L+
^1
au Bélize,destinéà devenirle Hondurasbritannique jusqu'àsonindépendance en mal occupépæ les Espagnols. Jusqu'aumilieu du XVIIe siècle,I'ensemble portqaire
1973,et résistèrent à toutesles contre-attaques menées par les Espagn^ols.D'autres Nombreôe ôioslportogilo a représenté environles 2/3 deséchanges de I'Amérique
colonss'installèrent plus au sud,sur la côteAtlantiquedu Nicaraguafavorisantla espagnole avecI'Europe.
création d'un royaume miskito allié de la couronne anglaisé.En 1g41, les 'L"es provincesespàgnoles d'Amériqueconespondaient toutesau mêmemodèle
Britanniquesimposèrentau gouvernement nicaraguayen la présenced'unprotectorat d'organiôation tenitoriaÏe: une côte piesque abândonnée, laisséesousla gardede
surtout le littoralAtlantiquedu pays,depuisle Honduras jusqu'àI'embouchure du rio qu.iqo., portsdestinésà exporterdesmètauxprécieuxet à recevoirles produits
san Juan.Quandl'influenceanglaisecommença à déchnêrau profit desÉtats-unis, riranufacturés venusdela métiopole,
^Cette et un intérieurdominépardesvillesoirs'estlen-
vers le milieudu XIXe siècle,ce vastetenitoirefut incorporéà la jeunerépublique tementforgéel'identitécréole. oppositionfondamentale n'a pasété remiseen
centraméricaine. Cependant, la MaisonBlancheobtintpoursesprotégés un stàtutspé- causepar És guen"t d'indépendance, ni par les mutations sociales' économiques et
cial, confirméen 1860par la créationd'uneréserveMiskita,iouisiantd'un ceftàin démog'raphiquis qui ont ma?qué la deuxième moitié du XXe siècle. Sur les 16 pays
degréd'autonomie vis à vis du gouvernement de Managua. Deja mêmemanière,les amériËains àe .ultut. hispâniquequi disposentd'une façademaritime, seuls
Espagnols ont dû bataillerfermepourempêcher lesAnglo-Saxons de s'emparer de la I'Argentine,I'Uruguayet le Èanamaoni unecàpitaleplac^ée surla côte..Si Caracas,la
côteAtlantiquede la pryvinc_e, mal défendue par quelques avants-postes,parmiles- capiialedu'Venezîelâ,appartientindiscutablement à la frange littoraledu pays.,elle
quelsle porl fortifié de Trujillo. Les1slasde la Bahia(Utila,Guanajaet Roàtan)sont n'estcependant pas bâtieiur le rivage. En effet, pour échapp_eljrYl.qttaqugs despirates
mêmedevenues au XVIIe siècleun véritablerefugepourles corsaires et les pirates et pourlouir d'uï ctmat tempéré,la ville a étéfondéeen 1567à l'écartde la mer et à
d'orgineanglaisequi avaientsu s'attirerla sympathie despopulations indigènesen flahcde montagne. Le port d^eLa Guaira,qui appartientaujo-urd'hui à I'airemétropo-
leur promettant de lesdébanasser deleursanciens maîtres.La présence britannique a iitainede la cai'itale,a-étécrééde manièresponiané, avant d'être aménagé et fortifié
laissédestracesdurables dans.l'actuelletoponymie de ce petitarchipel.puisque de à la fin du XVie siècle.Il était chargé de défendre Caracas et de maintenir desrela-
nombreuxsitesportentencoredestoponymes d'origineanglb-saxonne, telswesi End, tions maritimes permanentes avec Séville et les autres colonies espagnoles
Hatch Point, SandyBay ou coxen Hole (tardivement rebaptiséeRoatanpar les d'Amérique. De lahême manière, la capitalechilienne,Santiago (fondéee-n1541par
Honduriens.l. le conquèrant PedroValdivia),estsituéèà presque150kilomèrres du.Pacifique, alors
quelesprincipauxcentresurbainsdu pays àppartiennent tous à l'étroite plaine littora-
La permanencedu modèlespatial colonial là qui sttend entreI'océanet les premieiscôntrefortsde la cordillièredesAndes.Le
cas'deLima, fondéepar Pizarre-en1535,estparticulier.L'ancienne Ciudadde los
Les Nouvellesordonnancesde Découverteet de Peuplement,édictéesen 1573 Reyesa étévolontairement bâtieà unedizainede kilomètres de la mer.dansla riche
sousle.règne de PhilippeII pourmettrede I'ordredanslesthéories et lespratiques de plaineagricoledu rio Rimac,afin de servir de relais entreI'anciennecapitaleinca
I'urbanisme colonial,montrentquela Couronne espagnole a rapidement piis en-comp- la premièreville fondéepar les conquérants surla côte.péruvienne, San
tCuzco)"et
te l'évolutionde sespossessions américaines. Il ne s'agissaitplusde faciliterle fafic Miguel'de Piura. Cependant, les prerniers habitânts ont vite compris.qu'ils devaient
maritime,maisd'occuper le terrainlaissépar les indigènes et de mettreen placeun Oisloserd'unaccèspèrmanent à l'ôcéanet ils ont entreprisla construction du portd'El
réseaude villescapablede maintenirla présence espagnole surI'ensemble du conti- Cailao,qui fait aujburd'huipartie de I'agglomération de Lima (environ 8 millions
nent.Les côtes,menacées par les piratesanglais,françaisou hollandais, devenaient d'hapitants).
desespaces dangereux dontil fallaitseméfier,maisqu'ilétaitnécessaire de surveiller. À I'intérieurmêmedesfrontièresd'Éht, I'opposition littoral-intérieur n'a pasété
Commele dit le textedesOrdonnances, qui metsurle mêmeplandesconsidérations effacée parla réorganisation administrative desànciennes colonies. La capitaled.el'E-
à-la.foisstratégiques, économiques, médicales, morales et religieuses : <il ne fautpas tat du Vèracruz,ai Mexique,n'estpasle port fondépar Cortésmaisla petiteville de
choisircommesitedeville deslieuxmaritimes parcequ'ily a desrisquesdecorsaiies. Jalapa(350 000 habitants),situéeà | 425m d'altitude,sur les flancs de la Sierra
Ce sontdesendroitsmalsains, leurshabitants ne seconsacrent pasà labourerni à cul- Maàre'Ôriental.Elle doitcettesituationprivilégiéeà la douceur de,sonclimat,consi-
tiver la terreet ils n'ontpasde bonnesmæurs.S'il le faut,quece soitlà où I'ontrou- dÈré comme beaucoup plus sain que celui de son éternelle rivale, Veracruz. En l'120,
ve d'excellents ports,maison ne doit alorspeuplerqueceuxqui s'avèrent nécessaires la Couronnedécidaquè ta grandèfoire annuellequi permettaitd'échanger.les-mar-
auxbesoinsdu commerce et dela défense> /. Danscecontexte, surlescôtesauclimat chandises venues d'Europe, à'Asieetd'Amérique setiendrait danscettelocalité.D'une
chaudet humide,les ports les plus importantsétaientsouventà peinedes villes. certainemanière,Veracruz a profité de ce rappiochement d'activités commerciales qui
Trujillo, _quia longtempsété la principaleporte d'entréedu Honduras,comptaità étaientjusqu'alors centrées dâns la ville de Puebla. Ce n'est pourtant qu'en 1885' après
peine20 famillesd'Espagnols en 1594.Jusqu'à sonabandon définitif,en 1596,suite de nombreùx6tonnements, queJalapa,grosbourgagricolede la.montag-ne,-est défi-
aux attaquesde Drake,Nombrede Dios n'étaitvraimenthabitéequedeuxmois par nitivementdevenuela capitaled'un Étai largementtoumé vers la mer' De la même
an,quandla flotte venaitfaire relâche.Quantau port péruviende Paitilla,il secom- manière,le port d'Acapulco, malgrésonancienneté,_son impoftance économique et
posaitd'àpeine25 ou 30 maisonsde roseauxet de cannes au momentde sadestruc- sondynamiimedémographique, ilest pas la capitale de l'Etat du Guenero' Ce rôle est
tion par despirates,en 1588.Dansun mondecomposé depetitescellulesautonomes, i.nu p* la modestev"ittêOeChilpanôingo (six fois moinspeuplée), situéeà I 360
ils ont néanmoins joué un rôle importantpuisqu'ilsouvraientla vie régionalesurI'ex- mètresd'altitudeet à centkilomèiresdela côte,dontle principalmériteest d'avoir
térieur,maintenaient le contactavecla métropoleet organisaient les flux interconti- abrité,en 1813,le premiercongrès tenuparlespatriotes mexicains qui allaientmener
nentauxqui étaientla colonnevertébralede I'empireespagnol. Placéssur le trajetde le paysà I'indépendance.
la canièredesIndes,Panamaet PortoBelo bénéficiaient ^ lesAnglais,lesHollandaiset lesFrançais,. qui n'ontpas-rencontré
ainsid'unesituationpiivile- LesPortugâis,
giéeet formaientle seulaxefort dansla nébuleuse de I'isthmecentraméricain, peuet de grandes civilisationsi-ndigènes et dont les possessions s'adossaient à I'immense
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bassin amazonien,sont quant à eux restéssur Ia frange littorale. Georgetown assistedonc,en cettefin de siècle,à une redistributiondeshommeset desactivités
(Guyana) Paramaribo(Surinam), cayenne (Guyanefrançaise),sont des villes qui sembleprofiterauxrégionscôtièresde I'Amériquelatine.Il restecependant aux
côtières.Brasilia,I'actuellecapitaledl Brésil,estsituéeen pleincæurdu pays,mais États.onc.rnésà inscrire-cette évolutiondansla perspective d'un"développement
le pouvoirpolitiquede l'ancienne colonieportugaise estrestébaséà Rio de Janeiro durable>dont on parlebeaucoup,maisqui, faute de soutienfinancieret de volonté
jusqu'en1960.Le changement estdoncrécent,toutcommeceluidela minuscule caoi- sanseffetréelsurI'or-
politique,restetrop souventlimilé à desdiscoursincantatoires
tale du Bélïze,Belmopanqui compteaujourd'huià peineplus de 4 000 habitanis. ganisationet I'aménagement du tenitoire.
Pourtant, si la construction
deBrasilia-correspondaità ungesiehautement symbolique
(la concrétisation de la <marcheversI'ouest>voulueparlesdirigeants Uresitiens),
le
choixde Belmopanrépondaità desconsidérations plustriviales.En effet,la nouvel- NOTES
le citén'aétébâtieà I'intérieurdesterresquepourlui permettre d'échapper auxoura-
gans.qui régulièrement le port de Belize city, I'ancienne capitaledu I ArchivoHist6ricoNacional(Madrid), Documentos
Diversos, deIndiasn" 184.
lqpp.nt
HondurasBritannique. 2 ArchivoGeneral deIndias(Séville),Chlle,141,1c.
3 Bibliothèque
Nationale deMadrid,Ms6952: <Tosca narracidn enla ciudad
delo acaecido
dela ConcepcidndeChile,eldîa24deMaiode1751>'
4 ArchivoHistôrico Diversos,
Nacional, Documentos n" 433'
deIndias,
CONCLUSION 5 Cephénomène de
à I'approche
estappelé El Niflo(l'enfant parce
Jésus), qu'il
semanifeste
POUR UNE REDÉCOUVERTE
DES LITTORAUX LATINO.AMÉRTCEINS Noë1.
6 Btiqu.rd'argilecrue.
/ Bibliothèque
Nationale deMadrid, Ms3017,f .286v.
On peutconsidérer que le sous-développement relatifdeslittorauxlatino-améri-
cains,si I'on.excepte le Brésil,esten grandepartiele résultatd'uneorganisation terri-
torialehéritéedu modèlecolonialespagnol. Pourtant, ce modèlecolonialestauiour- BI BLI O G RAPHI E
d'hui largement battuen brêche.Le développement récentde nombreuses actiïités
côtièresa bouleversé les schémasanciens.C'estle casdu tourismesur le littoral ACUNA R., 1987,Relacionesgeogrtificasdel siglo xvl : Michoacrin.Mexico,UNAM,
Pacifiquedu Mexique,pu.isque la-multiplicationdesstationsbalnéaires, depuisSan 51 7p.
Juandel cabo (Bassecaliforniedu Sud),jusqu'àHuaturco, dansl'Étatde oaxaca,a ALCEDO A. de, 1967,Diccionariogeographico-histôrico o
de las lndias occidentales
transformé I'imaged'unlittoralpauvreet sous-peuplé, encréantdespôlesderichesse BAE,4
América.Madrid, tomes.
trop souventcoupésde leur environnement économique et culturel.C'estaussile cas ClEZAdeLEÔN P.,1985,Crônicadel Perû.Madrid,Historial6' 404p.
desespaces de colonisation agricoleimpulséspar I'Etatet les grandescompagnies
CORIÉSH., Cartasde Relaciôn.Mexico,Porrua,331 p.
étrangères. surla côteéquatorienne. Lesrégionscôtières neregroupaient quef5 % de
la population totaledu paysen 1840,maisdéjàplusde40 voen tgSoet53'voen 1995, FERNANDEZde OVIEDOG.,Historiageneraly naturalde lasIntlias.Madrid,BAE, 1959.
grâceau.développement desplantationsde bananeset de canneà sucrequi ont attiré GOUROUP.,1982,Terresde BonneEspérance. Paris,Plon,456p.
versle littoralde fortscontingents de travailleursagricoles.
De la mêmemanière,le MALIE-BRUN, 1835,Précis de la géographie universelle,Tome 11, Descriptionde
littoralde la côtedu Golfe.,au Mexique,aété complètement transformé parI'exploi- Paris,AiméAndré,802P.
l'Amérique.
t^lttl d.l sis9ry1t1d-nydrocarbures. Un Erarcommele Tabasco esrainsipasséde MUSSETA.,1996,LeMexielue. Paris,ArmandColin,274p.
360 000 à I 750 000 habitantsentre1950et 1995.Les centresindustriels récents, MUSSETA., 1998,L'Amériquecentraleet lesAntilles : uneapproclrcgéographique.Patis,
sitllés sur le rivage ou dans la plaine littorale (coatzacoalcos,Minatitlân, ArmandColin,182p.
Villahermosa) ontprisla placede I'ancienréseauurbainforméparlesgrandsbourgs LOPEZde VELASCOJ., 1911,Geografiay descripciônunit'ersolde las Indicts.Madrid,
rurauxde la montagne(Huauchinango, Xicotepecde luârezet même,dansune cei- BAE.
tainem,esure, Jalapa). PozaRica(veracruz) n'étaitqu'unpetitvillagede900habitants SORREM., 1928,Mexique-Amérique centrale.Paris,ArmandColin,Géographie universelle
en 1935.Soixante_an-s qh1st-ard,complètement transforméparI'industriepétrolière,il tomeXIY 234p.
en comptait_plus de 200.000.I espaysjrges urbainschaotiqlesde cetreville-champi- THÉRYH., 1989,k Brésil.Paris,Masson,244p.
gnon,dont la compagnie nationalePEMEX (Pétrolesmexicains) a fait I'un de ies
principauxbastions, sontla conséquence d'unecroissance économique et démogra-
phiqueincontrôlée.
De fgi,t la conquête(ou la reconquête) deszonescôtièresne se fait paspartout
sansproblème: dansles espaces récemment industrialisés,
la pollutionmenâcedes
milieuxnaturels richesmaisfragiles.A priorl moinsdangereux pourlesécosystèmes
littoraux(mêmes'il a parfoisdeseffetsplusinsidieux),le touriimebalnéairé
verseles cultureslocaleset accentue les disparités
boule-
socialesentreles habitants. On
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