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François Coulombe

06 246 219

Commentaire d’un texte historique

La joie du pape à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy

Travail présenté à

Madame Claire DOLAN

Dans le cadre du cours

HST-17789

Religions et sociétés en Europe moderne

(Section A)

Département des lettres

Université Laval

Automne 2007
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COMMENTAIRE D’UN TEXTE HISTORIQUE


La joie du pape à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy

INTRODUCTION
Cette lettre nous projette dans le royaume de France du XVI e siècle ou, plus
précisément, en 1572. La troisième guerre civile (1568-1570 1) a cessé, grâce à l’édit de
Saint-Germain, toutefois la haine réciproque entre les catholiques et les huguenots, des
calvinistes français (protestants), n’arrête pas de grandir2. L’édit de Saint-Germain, signé
le 8 août 1570, est l’une des dispositions prise par l’autorité royale (Charles IX (1550-
1574) et son Conseil) afin d’apaiser le conflit entre les huguenots et les catholiques. Dans
cet édit de pacification, les huguenots « obtiennent donc, pour la première fois, quatre
places de sureté pour deux ans : La Rochelle, Cognac, La Charité-sur-Loire et
Montauban »3. « Le culte réformé est autorisé dans les maisons des seigneurs hauts-
justiciers, dans les lieux où il était célébré jusqu’au 1er août 1570, et dans les faubourgs de
deux villes par gouvernement4 ». Cette législation est mieux conçue que les autres
signées précédemment, mais il reste qu’elle est caractérisée comme étant « boiteuse et
mal assise »5. Aussi, le roi de France, Charles IX, accuse ses sujets huguenots de vouloir
diminuer son autorité et, de l’autre côté, ceux-ci suspectent les conseillers du souverain
de souhaiter installer en France une tyrannie étrangère aux traditions de liberté du
royaume6. Ainsi, on peut percevoir des soupçons dans les deux camps où les tensions ne
cesseront pas de monter.
La paix de Saint-Germain ne va durer que deux ans. La colère des catholiques
n’arrête pas d’augmenter dans le royaume de France. La tension s’élève d'un cran le 18
août 1572, durant le mariage entre Marguerite de Valois (catholique), sœur du roi, et
Henri de Navarre (roi de Navarre protestant). Beaucoup de chefs huguenots se sont

1
VRAY Nicole. La Guerre des Religions dans la France de l’Ouest Poitou-Aunis-Saintonge 1534-1610.
Geste Éditions, La Crèche, 1997, p. 87.
2
JOUTARD Philippe et al. La Saint-Barthélemy Ou les résonnances d’un massacre. Collection Zethos,
Suisse, 1976, p. 24.
3
JOUANNA Arlette. La France du XVIe siècle 1483-1598. Quadrige/PUF, Paris, 2006, p.457.
4
Ibid.
5
Ibid.
6
Ibid.
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déplacés pour prendre part au mariage. Durant la célébration du mariage, la princesse


Marguerite n’épouse qu’à regret le roi de Navarre, car elle n’a jamais dit le « oui »
nécessaire à l’alliance des deux7. Le consentement de la dame a été fait par son frère, le
duc d’Anjou, qui lui balança la tête par derrière en signe du « oui »8. De plus, la disparité
du mariage scandalise les Parisiens présents au mariage. Les festivités qui ont suivi
l’évènement sont regardées hostilement aux yeux de la population de Paris 9. La situation
est tendue et le conflit ne tardera pas à éclater.
Trois jours plus tard, soit le 22 août 1572, un attentat est commis, vers 11 heures
du matin, contre un huguenot d’une grande renommée 10. Effectivement, il s’agit d’une
attaque à l’arquebuse qui est tirée de la maison d'un ancien précepteur du duc de Guise
(chef du parti catholique) contre le seigneur de Coligny, de son vrai nom, Gaspard de
Châtillon (1519-1572). Ce gentilhomme est un amiral français et il a été l'un des chefs
des huguenots pendant les guerres de religion. Il était le commandant de l'armée
protestante en 1569 lors de la troisième guerre civile 11. « Rien de grave dans les blessures
de l’amiral que le bras gauche cassé et l’index de la main droite 12 ». Par la suite, le roi
Charles IX rend visite aux chefs huguenots et à Coligny afin de leur promettre justice 13.
Cependant, la crainte d’un complot d’extermination n’arrête pas de hanter les pensées des
chefs du culte réformé et certains pensent même quitter Paris pour sauver leur vie.
D’autres protestants pensent rester dans la ville, car ils sont certains que cette
conspiration vient de l’Espagne catholique et non de l’autorité royale française.
Durant la nuit du 23 au 24 août 1572, un Conseil, qui réunit le roi, Catherine de
Médicis (la mère du roi) et d’autres nobles (par exemple : duc de Guise), prend la
décision « de faire périr sans retardement tout ce qu’il y avait de huguenots à Paris 14 ». Le

7
DAUPHIN Louis et al. Charles IX Récit d’histoire. ADOSA, France, 1993, p.233.
8
Ibid.
9
JOUANNA Arlette. op. cit., p.468.
10
Ibid. p. 469.
11
Ibid. p. 456.
12
VRAY Nicole. op. cit., p. 136.
13
JOUANNA Arlette. op. cit., p.469.
14
DAUPHIN Louis et al. op. cit., p.237.
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roi ne veut pas qu’on lui reproche le meurtre des huguenots. Le Conseil conclut un
massacre universel dans tout le royaume de France. Toutefois, le roi de Navarre et le
prince Henri de Condé devaient être épargnés 15. C’est ainsi que le massacre de la Saint-
Barthélemy commence. En effet, la première partie de la tuerie s’effectue au Louvre et
dans les hôtels des princes protestants16. Coligny, assassiné par les hommes du duc de
Guise, est l’un des premiers protestants à être tué 17. Par la suite, le peuple catholique
réagit avec une fureur incroyable et il est impossible de le contrôler. « De nombreux
témoignages ont rapporté l'acharnement particulier sur les corps des victimes dénudés,
traînés dans la boue par des enfants, décapités, émasculés 18 ». Par ailleurs, dès le 25 et le
26 août 1572, le roi prend la parole devant le Parlement de Paris et il affirme qu’« il
revendiquait ouvertement la responsabilité des meurtres et disait qu’il avait été obligé de
sévir pour empêcher une conspiration huguenote imminente 19 ». Les massacres de Paris
ne cessèrent pas avant le 29 août 157220 . Au total, dans la capitale, entre 2 000 et 4 000
personnes ont péri. Par la suite, les tueries se sont poursuivies dans tout le royaume de
France entre la fin août et la mi-septembre 21. En effet, que ce soit à Orléans, Meaux,
Troyes, Rouen et Lyon, plusieurs villes françaises sont touchées. « En tout, en France, les
« Saint-Barthélemy » ont fait peut-être jusqu’à 10 000 victimes22 ». La France replongera
alors dans une quatrième guerre de religion (1572-1573) qui va durer plus de deux
décennies.

C’est dans ce contexte, le 8 septembre 1572, que la lettre du cardinal Galli


(Ptolémée Gallio) est écrite à l’évêque Antonio Maria Salviati (nonce apostolique en
15
Ibid.
16
MEMO – Le site de l’histoire, (page consultée le 30 octobre 2007), [en ligne], adresse URL :
http://www.memo.fr/Article.asp?ID=MOD_GRE_005.
17
Ibid.
18
Le Monde.fr Le massacre de la Saint-Barthélemy l'obsession de la souillure hérétique. (page consultée
le 30 octobre 2007), [en ligne], adresse URL : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-781732,36-
941606,0.html.
19
JOUANNA Arlette. op. cit., p.470.
20
Ibid.
21
Ibid. p. 472.
22
Ibid. p. 473.
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France) au sujet de la joie du pape à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy. Le


cardinal Galli rédige une lettre au nom de Sa Sainteté le pape, Grégoire XIII, qui exprime
la joie de celui-ci et celle du Sacré Collège à la nouvelle du massacre des huguenots. De
plus, il note que cette jubilation a été célébrée par une messe solennelle et par des prières.
Finalement, il met l’accent sur les actions de l’évêque Salviati en les critiquant, au nom
du pape, et en lui disant ce qu’il fallait faire pour l’intérêt du royaume de France et de la
chrétienté.

L’auteur de cette dépêche est le cardinal Galli et de son vrai nom : Ptolémée
Gallio. Ce cardinal avait un grand pouvoir sous le pontificat de Grégoire XIII. En effet,
Sa Sainteté lui avait confié « le soin de toutes les affaires de l’État 23 ». Aussi, il a été « un
des plus riches cardinaux de son temps ». « Sous Grégoire XIII, Ptolémée Gallio, cardinal
de Côme, » recevait et répondait aux correspondances des nonces 24. « Il est mort à Rome
le 3 février 1607, à l’âge de 82 ans25 ». Le destinataire est bien sûr l’évêque Antonio
Maria Salviati, qui était le nonce apostolique en France et servait d’ambassadeur
permanent du pape auprès du roi, Charles IX. Salviati fait partie de la même famille que
la reine mère, Catherine de Médicis26. Cependant, dans la lettre, on peut comprendre que
Grégoire XIII n’est pas très content du travail de Salviati auprès du roi et le cardinal
Orsini sera envoyé comme légat afin de remédier à la situation27.

Le document est incomplet, l’original est en italien et il est répertorié dans les
Archives de l’Occident, t. III, Les Temps modernes 1559-1700, aux pages 50 à 52. On
peut faire ressortir de ce document trois grandes sections. Il est question du doute que Sa
Sainteté avait au sujet des massacres qui se sont passés en France (l. 1 à 6). Le message
informe également au sujet des célébrations fêtées par le pape et les cardinaux à Rome
23
MIGNE L’Abbé. Dictionnaire des cardinaux. Éditeur de la bibliothèque universelle du clergé, Paris,
1857, p.952.
24
JOUANNA Arlette et al. Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont, France, 1998,
p.1160.
25
MIGNE L’Abbé. op. cit., p.952.
26
CHAMPION Pierre. Charles IX La France et le contrôle de l’Espagne Après la Saint-Barthélemy.
Éditions Bernard Grasset, Paris, 1939, p. 143.
27
KARTTUNEN Liisi. Grégoire XIII comme politicien et souverain. Société de littérature finnoise,
Helsinki, 1911, p. 4.
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qui ont suivi le massacre de la Saint-Barthélemy (l. 7 à 16). La chronique se poursuit


aussi avec des reproches sur le travail en France de l’évêque Salviati (l. 17 à 28).

DÉVELOPPEMENT

Il est temps de présenter l’idée principale du commentaire. Effectivement, il est


important de mentionner que la lettre a été écrite par le cardinal Galli et que les
informations, en ce qui concerne les désirs du pape, sont peut-être fausses. Néanmoins,
en lisant attentivement la dépêche de Ptolémée Gallio, on peut se poser la question
suivante : « Est-ce que le pape Grégoire XIII était complice de la tuerie du 24 août 1572
ou bien c’était l’œuvre unique du roi de France et de son Conseil? » Pour répondre à
cette question, on se penchera sur quatre thèmes bien précis. Le premier touchera le
doute du pape, Grégoire XIII, exprimé dans la lettre concernant le massacre du 24 août
1572. Le deuxième visera à approfondir davantage sur les célébrations des cardinaux et
du pape concernant le massacre des huguenots en France. Les deux derniers thèmes
concerneront les reproches faits au travail du nonce Salviati en France et, enfin, l’édit de
Saint-Germain.

LE DOUTE DU PAPE GRÉGOIRE XIII

Au tout début du document, on mentionne, à la ligne 1, le courrier de « Votre


Seigneurie » qui signifie bien sûr l’évêque Salviati. On peut dire que la lettre envoyée par
Antonio Maria Salviati, écrite le 28 août 1572, avait pour but de confirmer ce que le pape
savait déjà en ce qui concerne le massacre du 24 août 1572. En effet, Grégoire XIII avait
déjà reçu l’information, comme il est dit à la ligne 2 du document, grâce à un courrier
venant de Lyon. Cette dépêche avait été apportée par un certain Danès, secrétaire de M.
de Mandelot, gouverneur de Lyon28. Cette lettre contenait des informations au sujet de
l’assassinat de plusieurs chefs huguenots à Paris et de l’ordre qu’avait donné Charles IX

28
ROMIER Lucien. Société des études rabelaisiennes - Revue du seizième siècle. Gallica, Paris, 1913, p.
529.
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d’arrêter tous les huguenots dans les provinces de France29. Toutefois, Salviati était le
nonce apostolique (représentant du pape auprès des Églises particulières et du
gouvernement d’un ou plusieurs États30) en France et il fallait attendre la confirmation
officielle de celui-ci avant que le Saint-Siège puisse célébrer 31. En effet, la certification de
l’évêque Salviati est arrivée à Rome le 5 septembre 1572, durant la nuit 32. Grâce à cette
dépêche, le pape ne doutait plus des évènements arrivés et pouvait enfin célébrer cette
grâce accordée par Dieu. Cependant, selon la revue du seizième siècle, le pape a voulu
« ordonner incontinent des feux de joie » lorsqu’il a reçu sa première lettre de Lyon 33. Un
certain « Ferrals s’ [est objecté] qu’avant de solenniser la nouvelle, il fallait attendre que
le roi et le nonce [aient envoyé une confirmation officielle] 34». Ainsi, on peut créer
comme hypothèse que si le pape Grégoire XIII voulait célébrer si hâtivement cette
nouvelle (sans attendre la confirmation du nonce et du roi), c’est qu’il était sûrement
complice, qu’il savait ce qui se passerait à Paris dans le mois d’août 1572 et qu’il voulait
au plus vite savoir si son plan avait fonctionné.

LA RÉJOUISSANCE DU PAPE ET DES CARDINAUX

À la ligne 7, il est écrit dans le document que le cardinal Orsini a été nommé
comme légat (un envoyé du Saint-Siège pour une mission particulière35) par le consistoire
(assemblée de cardinaux). Effectivement, « le légat Orsini devait recevoir la croix et
l’institution dans le consistoire du 5 septembre (une erreur qui est dans l’ouvrage, car ce
fait est mentionné dans le document qui est daté du 8 septembre), partir aussitôt et
voyager très vite36 ». « Un des motifs de la création du légat Orsini était précisément que
29
Ibid., p. 530.
30
LE TOURNEAU Dominique. op. cit., p.428.
31
ROMIER Lucien. op. cit., p.530.
32
Ibid., p.531.
33
Ibid., p.530.
34
Ibid.
35
JOUANNA Arlette et al. op. cit., p.1026.
36
ROMIER Lucien. op. cit., p.531.
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la Curie n’avait aucune confiance dans le zèle de Salviati 37 ». Ainsi, on peut croire que
l’évêque Salviati n’était pas très compétent aux yeux des cardinaux de Rome. Aussi, le
cardinal Flavio Orsini a été envoyé en France pour rappeler les devoirs au roi Charles IX
et pousser celui-ci à épauler l’Espagne catholique dans la pacification des Pays-Bas 38.
C’est durant ce même consistoire que le pape a annoncé la grande nouvelle du massacre
de la Saint-Barthélemy aux cardinaux rassemblés. Selon la correspondance, tous sont
réjouis et ils ont montré une joie très vive en entendant cette nouvelle.

Également, comme il est mentionné aux lignes 11 et 12, après le consistoire,


Grégoire XIII a fait chanter une messe afin de « remercier Dieu d’une si grande grâce
accordée au peuple chrétien ». En effet, le jour même où la lettre du cardinal Galli a été
écrite, il y a eu en l’église Saint-Marc des actions de grâces 39. « Et le 8 septembre, fête de
la Nativité Notre-Dame, les Français de Rome se rendirent en une procession solennelle à
l’église Saint-Louis où le pape défila sous le poêle, suivi de tous les ambassadeurs 40 ».
Aussi, Grégoire XIII a fait venir ses artistes les plus talentueux afin de leur faire peindre
différents épisodes de la Saint-Barthélemy 41. Enfin, le pape a fait frapper une médaille
pour commémorer la nuit de la Saint-Barthélemy42. Ainsi, avec toutes ces réjouissances
de la part des cardinaux et du pape, on peut facilement appuyer l’hypothèse dite plus
haut. Sa Sainteté devait être complice dans cette histoire de massacre. Le fait qu’elle
ordonne de faire peindre des tableaux et de frapper une monnaie est une preuve claire que
celle-ci était heureuse de voir son plan fonctionner. Malgré cela, on peut comprendre,
dans le document, que le pape manifeste son enthousiasme vis-à-vis le massacre, mais il
reste que Grégoire XIII n’est pas satisfait du travail en France du nonce apostolique
Salviati et du maintien de l’édit de Saint-Germain.

37
Ibid., p.559.
38
KARTTUNEN Liisi. op. cit., p. 4.
39
CHAMPION Pierre. op. cit., p. 127.
40
Ibid.
41
Ibid. p. 316.
42
LENOIR Alexandre. op. cit., p. 19.
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LES REPROCHES FAITS À SALVIATI ET L’ÉDIT DE SAINT-GERMAIN

Dans le dernier paragraphe de la chronique de Ptolémée Gallio (cardinal Galli),


dans les lignes 17 à 19, le cardinal blâme la conduite de l’évêque Antonio Maria Salviati
avec le roi de France et le reste de la Cour. On peut supposer que selon cette lettre,
l’évêque Salviati était peut-être en opposition avec la tuerie des huguenots, contrairement
au pape, car, selon la ligne 18, le nonce n’a pas exercé la conduite souhaitée par le Saint-
Siège. De plus, le cardinal Galli ajoute que Salviati aurait pu « faire progresser les
opérations salutaires » en agissant de la façon désirée par le Saint-Siège. On peut alors
supposer que le cardinal mettait de l’avant l’idée que si le nonce avait agi gaiement
(gaillardement) avec le roi, il aurait aidé à faire appliquer en France les décrets du
Concile de Trente43. Par ailleurs, si Salviati avait agi selon les dires du pape, il aurait
favorisé l’intégration de la France dans la ligue chrétienne contre les Turcs 44. Cependant,
rien de cela n’a été fait, car il a fallu l’envoi du légat Orsini afin d’épauler Salviati dans la
progression de ces opérations salutaires.

Également, aux lignes 20 et 23, le cardinal Galli rappelle au nonce Salviati qu’il
aurait dû insister davantage afin de faire annuler l’édit de Saint-Germain. On peut
comprendre dans le document et supposer que, sans cet édit de pacification, le peuple
aurait été justifié dans la purification chrétienne du royaume de France et la boucherie du
24 août aurait sûrement tué encore plus de huguenots, à la grande joie de Grégoire XIII.

Aussi, Ptolémée Gallio rajoute, aux lignes 23 et 24, que les Anglais et les
Allemands n’ont pas accepté les crimes commis à Paris durant la nuit du 24 août 1572 et
ceci à « soulever quelques difficultés ». Effectivement, les Anglais disaient de Charles IX
qu’il « [était] maintenant devenu si sanglant qu’il [était] impossible d’étancher sa soif
d’un sang d’innocent45 ». Ce qui était le plus choquant pour les Anglais, c’était le fait que
le roi de France est violé sa parole royale en faisant tuer les huguenots et en ne respectant

43
CHAMPION Pierre. op. cit., p. 170.
44
Ibid.
45
Ibid. p. 108.
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pas l’édit de Saint-Germain46. « Les Anglais, comme les Allemands, parlaient des
Français comme d’une nation de barbares47 ».

Par ailleurs, Ptolémée Gallio, au nom de Sa Sainteté, est très content que ce
massacre se soit généralisé dans d’autres villes de la France, dont Lyon et Rouen. En
effet, à Lyon, entre le 31 août et le 2 septembre 1572, les principaux huguenots sont mis
en prison par le gouverneur Mandelot, mais environ 700 prisonniers sont tués et jetés
dans le Rhône48. À Rouen, entre 300 et 400 victimes sont massacrées aussi dans la prison
entre le 17 et le 20 septembre 1572 49. Cependant, la lettre est datée du 8 septembre 1572,
il est donc impossible que le Saint-Siège sache ce qui s’était passé à Rouen. Toutefois,
selon le dictionnaire des guerres de religion, environ 3 000 protestants ont réintégré
l’Église catholique dans la ville de Rouen. C’est sûrement à cette conversion que le
cardinal Galli faisait allusion.

La chronique se termine, dans les lignes 26 à 28, sur le fait que Sa Sainteté veut,
à tout prix, que l’édit de Saint-Germain soit abrogé et que le nonce Salviati persuade le
roi de l’annuler. Grégoire XIII a sûrement été heureux, puisque l’édit de Saint-Germain
« est balayé par le séisme de la Saint-Barthélemy 50 ». Effectivement, ce sont dans ces
circonstances que la France entrait dans sa quatrième guerre civile qui opposait les
catholiques aux huguenots.

CONCLUSION

En somme, on peut soupçonner la complicité de la part du pape Grégoire XIII


dans ce massacre de la Saint-Barthélemy. Que ce soit le fait de fêter avant de recevoir
une confirmation officielle de son nonce, de faire peindre des tableaux pour commémorer
la nuit du 24 août, de faire frapper une médaille en mémoire de cette bonté ou, comme il
46
Ibid. p. 146.
47
Ibid.
48
JOUANNA Arlette et al. op. cit., p.204.
49
Ibid.
50
Ibid. p. 877.
P a g e | 11

est inscrit dans le document, de faire chanter le Te Deum à l’église Saint-Marc,


d’informer toute la Curie d’une si grande grâce accordée par Dieu, il reste que tous ces
actes de Grégoire XIII (partisan de la guerre contre les hérétiques) peuvent agir comme
preuves que celui-ci a eu une influence sur le roi de France afin de poursuivre la chasse
contre les hérétiques. Selon Jean-Louis Bourgeon, le pape Grégoire XIII aurait fait des
pressions pour pousser le roi à commander de telles tueries 51. Aussi, on peut affirmer que
le Conseil et Catherine de Médicis ont eu un grand rôle dans cette barbarie de la Saint-
Barthélemy. En effet, la reine mère et le Conseil auraient monté Charles IX contre les
chefs huguenots en lui disant qu’ils soulevaient une conspiration contre son pouvoir.
Ainsi, le roi s’écria : « Tuez-les tous, et qu’il n’en reste pas un seul pour me le
reprocher »52. Une telle affirmation est plus réaliste et plus probable que le simple fait que
le pape est fait des pressions sur Charles IX pour ordonner l’exécution des huguenots.
Toutefois, la combinaison des deux affirmations (les pressions du pape et la décision
prise par le roi et son Conseil) est aussi possible.

Le document nous informe au sujet de la joie du pape à la nouvelle de la Saint-


Barthélemy et sur les reproches faits au nonce Salviati sur son mauvais travail.
Cependant, la lettre n’indique pas la vraie utilité de l’envoi du légat Orsini en France.
Pour finir, à la suite des événements de la Saint-Barthélemy, « les relations de Grégoire
XIII avec le roi de France furent toujours difficiles 53 » jusqu’à la mort du monarque en
1574. « Les efforts du pape pour combattre le protestantisme connurent d’autres échecs »
et « les calvinistes maintinrent leurs positions54 ».

BIBLIOGRAPHIE

I. OUVRAGES GÉNÉRAUX

51
Ibid. p. 198.
52
Ibid.
53
Ibid. p.954.
54
BOUTRY Philippe et al. Dictionnaire historique de la papauté. Librairie Arthème Fayard, 1994, p. 761.
P a g e | 12

BOUTRY Philippe et al. Dictionnaire historique de la papauté. Librairie Arthème Fayard, 1994,
1759 p.

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JOUANNA Arlette et al. Histoire et dictionnaire des guerres de religion. Robert Laffont, France,
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LE TOURNEAU Dominique. Les mots du christianisme. Librairie Arthème Fayard, France,


2005.

MIGNE L’Abbé. Dictionnaire des cardinaux. Éditeur de la bibliothèque universelle du clergé,


Paris, 1857.

II. ÉTUDES

CHAMPION Pierre. Charles IX La France et le contrôle de l’Espagne Après la Saint-


Barthélemy. Éditions Bernard Grasset, Paris, 1939, 430 p.

DAUPHIN Louis et al. Charles IX Récit d’histoire. ADOSA, France, 1993.

JOUTARD Philippe et al. La Saint-Barthélemy Ou les résonnances d’un massacre. Collection


Zethos, Suisse, 1976, 245 p.

KARTTUNEN Liisi. Grégoire XIII comme politicien et souverain. Société de littérature finnoise,
Helsinki, 1911, 103 p.

VRAY Nicole. La Guerre des Religions dans la France de l’Ouest Poitou-Aunis-Saintonge


1534-1610. Geste Éditions, La Crèche, 1997, 261 p.

III. PÉRIODIQUE
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ROMIER Lucien. Société des études rabelaisiennes - Revue du seizième siècle. Gallica, Paris,
1913, 638 p.

IV. SITES WEB

Le Monde.fr Le massacre de la Saint-Barthélemy l'obsession de la souillure hérétique. (page


consultée le 30 octobre 2007), [en ligne], adresse URL :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-781732,36-941606,0.html.

MEMO – Le site de l’histoire, (page consultée le 30 octobre 2007), [en ligne], adresse URL :
http://www.memo.fr/Article.asp?ID=MOD_GRE_005.