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Le lien du plaisir
ISABEL SHARPE

Prologue

Après s'être mouchée, Rose jeta son Kleenex sur la pile de mouchoirs usagés qui s'amoncelait déjà sur son couvre-lit à fleurs rose
et blanc. Elle lança un coup d'œil à son réveil avant de se remettre
à sangloter : 9 heures du matin. Cela faisait une demi-heure qu'elle
pleurait, la crise devrait donc se calmer sous peu.
Elle avait enfin réussi à considérer ses accès de larmes d'un point
de vue philosophique. Ils pouvaient la laisser tranquille des mois
durant, mais finissaient toujours par la rattraper. Et quelle qu'en
soit la raison. La fatigue, un peu de dépression, les hormones...
peu importait.
Si, au début, elle avait craint la maladie mentale, ces pleurs ne lui
paraissaient à présent plus qu'une manière inoffensive d'évacuer le
stress. Les crises étaient d'ailleurs plus fréquentes depuis son récent cambriolage. Rien d'étonnant. Cette impression de malaise,
d'un viol de son intimité perdurait, comme si le voleur était
toujours tapi derrière l'armoire.
Ses sanglots finirent par se muer en soupirs tremblés, puis en hoquets. Rose se moucha une dernière fois avant de ramasser les
mouchoirs pour les jeter, en exhalant un ultime soupir — de soulagement, celui-ci. Puis elle alla à la fenêtre, en grimaçant chaque
fois qu'elle posait sur son tapis persan le pied que Sa Royale Majesté, le prince Rajid d'Arabie Saoudite, avait écrasé la veille au soir.
Gentil garçon, le prince, mais épouvantable danseur.
Enfin, n'avaient-ils pas tous un défaut, rédhibitoire ou pas ? Non
qu'elle eût à cœur de dénicher l'être parfait. Au fond, elle pensait
que l'homme idéal, celui qui serait capable de lui faire oublier tous
les autres, n'existait pas. Et, dans une certaine mesure — quoique
relativement superficielle — elle aimait tous les hommes avec qui
elle sortait, depuis les orteils jusqu'au sommet de leur énorme et
fragile ego. Elle aimait leur manière de la regarder, cette sensation

Bref. Rose essuya une dernière fois sa joue et écarta le rideau de dentelle pour voir si la camionnette était toujours garée de l'autre côté de la rue. Puis la voix distinguée du sénateur Alvin Mason résonna dans la pièce. à regarder des feuilletons idiots en se gavant de chocolat. Ni de maquillage. — Ça va. Rose. Elle sursauta en entendant la sonnerie du téléphone et resserra nerveusement sa robe de chambre. Mais le véritable amour. avant cette épouvantable lettre de menace. de les amuser.. Pas de responsabilités. Et. police ou pas. elle. Une journée qu'elle passait en pyjama. Impossible que ce soit l'un de ses amis. C'était bien la seule chose dans laquelle elle eût jamais excellé. Et elle n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait. Les hommes obtenaient presque tout ce qu'ils désiraient. se camait aux hommes. quelqu'un exigeait d'elle bien plus qu'un bon moment. Elle avait tout ce qu'elle voulait. Oh. son jour-je-ne-suis-là-pour-personne. Ni d'hommes. De toute façon. Deux fois. qui montait la garde depuis le cambriolage. Avant le cambriolage. je sais que tu es là. un jour de régression. le vrai. Il faut absolument que je te parle. ni de la raison qui le poussait. Cliqueta. Pas de ménage. . Rose se sentait menacée. Décroche.. à écrire à sa mère des lettres que lui lirait l'infirmière. Autant pour ses samedis-détente. Peut-être Rose était-elle parano. elle avait toujours la possibilité d'appeler la police pour lui demander de vérifier. Mais cela pouvait tout aussi bien être la police. peut-être.qu'elle en retirait. Mais maintenant. presque claustrophobe. Le répondeur se mit en route. Elle aimait le pouvoir qu'elle avait de les séduire. un hommage aux samedis solitaires de son adolescence. La camionnette de réparation télé était encore stationnée dans Garden Street. mais elle restait persuadée qu'on l'épiait depuis ce véhicule. l'immense amour ? Elle ne s'en croyait simplement pas capable. de les exciter. son passe-temps lui semblait inoffensif. bien sûr. puisque tous savaient que le samedi était son jour-légume. Si certains s'adonnent à l'alcool ou à la cigarette.

après avoir pris une profonde inspiration. et qu'il se mette en quête d'une épouse convenable. Ce qui ne semble pas être ton cas. — Rose. cessant de martyriser le cordon téléphonique. poursuivit-elle. l'espace d'un instant. On me disait de me méfier..Elle fronça les sourcils... il y a deux jours. Ils n'ont rien pris ? — Non. Elle ferma les yeux. D'où m'app. Alvin. avant d'émettre un autre juron. non ! Il est impliqué là-dedans. effroyablement sérieuse.. — Que sais-tu de tout cela ? Sa propre voix lui parut inconnue. ? — J'ai appris. Et. dit le sénateur. Le célèbre apôtre des vertus familiales lâcha un juron obscène. Elle enroula le fil du téléphone autour de son poing serré. Mon Dieu. Juste avant de se moquer de sa naïveté. Il avait une voix bizarre.. perplexe. . Tous deux avaient eu une aventure de quelques mois. — Comment vas-tu ? Il n'en avait visiblement rien à faire. Celle d'une femme adulte. hurla-t-il presque pour couvrir le trafic routier. L'un des plus illustres politiciens du Massachusetts l'appelait-il depuis une cabine publique ? — Bien.. le corps parcouru de frissons. tout en se demandant si ce n'était pas un camion qu'elle venait d'entendre en arrière-fond. Rose se figea. et même contraire à son image. — Rose.. répéta-t-il d'une voix calme. songea-t-elle. mais une voix dure et coupante. qui retomba sur la table basse héritée de sa grand-mère.. Et terrifiée. pour le cambriolage. Rose éprouva un certain réconfort devant cette attitude protectrice... reprit-il. tendue. ce n'était plus celle de la gentille Lolita pour qui tous la prenaient. à peu près un an auparavant. jusqu'à ce que le sénateur décide que le mariage lui donnerait plus de poids en politique. — Bonjour. Comment diable avait-il su ? — J'ai aussi reçu une lettre.. Etonnant. — Ce n'était pas censé. Elle décrocha.

.Je pense que tu ferais bien de disparaître quelque temps.

capitaine de la police de Boston et fervent supporter des gargotes de la ville. Je ne peux plus me fier à person- . Très haut placés. Ne pas bouger. et ce mouchard compromet toute l'enquête. En général. il observa le policier d'un air indéchiffrable. Qui implique des gens haut placés. En fait. je n'ai d'autre choix que de faire appel à vous. en dépit de la banquette inconfortable. Venez-en au fait.. Le dos raide. toujours aussi impassible et immobile. il y a des fuites au commissariat. les flics n'avaient pas recours aux détectives privés — à moins d'être dans la mélasse jusqu'au cou. Seulement voilà. — Vous voulez la vérité ? D'accord.. les mains croisées sur la table. Je ne peux pas prendre le risque de. celui-ci — au commissariat. puis plissa les yeux. Impossible à savoir pour l'instant. l'interrompit Riley en haussant un sourcil.. du moins. Watson écrasa l'emballage de son hamburger et le jeta sur son plateau sans le lâcher du regard. — Capitaine. Watson souleva une gigantesque chope de soda. Je n'aime pas avoir à faire appel à vous... Même si plusieurs de mes hommes pourraient s'en charger.. observer. — En fait. Nous avons un mouchard. Et un autre problème — très sérieux. Riley opina. — Voilà. la dernière frite avalée. commença Watson en jetant un regard mélancolique à son assiette vide. ils cachaient quelque chose. la reposa dans un geste qu'il devait penser auguste. je vais vous la dire.1 Riley Anderson prit place dans l'alcôve crasseuse et salua Charlie Watson. Dans son visage flasque et blafard. en but une gorgée. Pas du tout. nous avons un problème. telle était la clé pour faire dire aux gens plus qu'ils ne l'avaient prévu — si. la teinte bleu glacier de ses pupilles avait un côté incongru.

on a interrogé certains des types qui l'ont fréquentée. Un objet que nous tenons absolument à restituer à. vous voyez le genre. Cette nana a plutôt sale réputation. Riley s'exhorta à la patience. Soutirer des informations au capitaine équivalait à jouer aux devinettes. avança la tête et fit signe à Riley de se rapprocher. On n'a rien volé.ne. qu'elle possède cet objet. mais qu'est-ce que j'en sais ? Bon. donc quelqu'un sait. comme si le vieux couple de droite ou la mère de famille éreintée et ses quatre loupiots sur la gauche pouvaient être des espions. Un mec différent chaque nuit. — Que dois-je chercher ? — Un objet d'art. vêtements. Très chers paraît-il. figurez-vous qu'ils nous ont tous fait une description différente de la même Rose : cheveux. Il posa ses coudes sur la table. Lui non plus n'aimait pas Watson. Cadre ouvragé. lâcha le capitaine en sortant de sa poche un rouleau de pastilles Rennie. J'ai mis une surveillance en place.. aux précédents propriétaires. mais je ne veux pas que mes hommes y fourrent leur nez tant que je n'aurai pas démasqué le mouchard. Je ne vous aime pas. Une miniature précieuse. Riley hocha la tête. précisa-t-il en repoussant une mèche échappée de la colle qu'il s'appliquait sur la tête. c'est pas tout. mais ce n'était peut-être pas le moment de le dire. Eh bien. — En quoi consisterait le travail ? — Ça concerne l'appartement d'une certaine Rose. Sauf à vous.. — C'est là le hic. très ancienne. couleur des yeux. Riley serra les dents. Il se pencha en avant et fixa sur Watson un regard égal. Nous pensons qu'elle pourrait détenir un objet volé. et même la personnalité. au cas où. pas plus qu'il ne se fiait à lui. . ou pense. — Qui est cette Rose et qu'a-t-elle à voir là-dedans ? Watson jeta un regard soupçonneux autour d'eux. D'ailleurs. On veut que vous deveniez le nouvel ami de cette Rose. Rose tout court. Elle a porté plainte pour effraction il y a quelques jours de cela. que vous lui tiriez les vers du nez. mais je vous fais confiance. probablement à son insu.

en me faisant des rapports réguliers. C'est quelque chose. Si jamais mes hommes apprennent que vous êtes impliqué là-dedans. je cours direct à l'émeute. N'appelez pas le commissariat. Car il n'était pas simplement question de riches collectionneurs voulant récupérer leur bien. il le sentait. Tout à fait le genre de femme qu'on a envie d'inviter à dîner chez maman le dimanche. qu'y avait-il à admirer chez une femme pareille ? — Donc. cette affaire pourrait bien inciter son alter ego à revenir dans le . Riley retint une moue dégoûtée. et puis. Son compagnon d'armes. non ? Watson laissa échapper un sifflement admiratif. Et il en aurait le cœur net. n'en parlez à personne.Cette fille se réinvente de A à Z pour chaque nouvel amant. Quand elle est venue porter plainte. qu'ils la couvrent de cadeaux. elle a emballé mon détective le plus coriace en dix minutes. Anderson. son partenaire. s'entendaient si bien que. Si jamais l'instinct de Riley ne l'avait pas trompé. son pouls s'était accéléré. Tout ce qu'on vous demande. Vous pouvez imaginer ça. un pigeon lui aurait offert le portrait pour son enrichissement personnel. l'interrompit le capitaine en plissant les yeux. Slate et lui — les Gémeaux — tous deux membres hautement décorés de l'unité de combat des marines. — A qui appartenait ce portrait. Watson en savait probablement bien plus qu'il n'en disait. et il le saurait bientôt. Si Riley se contenta d'opiner. hop ! elle repart en chasse. vous ? Elle les voit un temps. gloussa Watson à qui le sarcasme avait échappé. avant ? — C'est là que je vous arrête. pleurait sa mère récemment décédée d'un cancer. lui qui. souvent. Il réprima un sourire en pensant à Slate. en opération. ils n'avaient presque pas besoin de parler. Cependant. Bon sang. bref son meilleur ami allait adorer. terré dans sa maison de campagne. c'est de vous introduire chez elle et de trouver l'objet. le temps qu'ils deviennent dingues d'elle. — Je dirais plutôt son enrichissement physique à lui. qui eut le don de porter sur les nerfs de Riley. Ceci concerne la police.

posa ses mains sur les hanches et le regarda approcher. Riley écarta légèrement les pieds. cela avait un rapport avec la croqueuse d'hommes et son ami collectionneur. et du respect. autant aller tout de suite jeter un coup d'œil à l'immeuble de cette Rose. On le suivait. D'abord. Repérer les lieux. Il ne s'attarda que le temps des dernières mises au point. s'il découvrait quoi que ce fût. Il attendit d’être parvenu au muret de brique de la station avant de se retourner. Et envoyer un télégramme à Slate. Sur City Hall Plaza. la brise venue du port avait un petit goût marin. impassible. toujours impassible. Il se dirigea vers la station de métro. Un fourmillement familier dans la nuque le fit hésiter une fraction de seconde. la moitié des Gémeaux. Beau gosse comme vous êtes. préférant de loin l'air frais aux relents de frite. ébaucher un plan. Vous êtes Riley Anderson. détective privé. dans le regard de l'autre. Son instinct ne l'avait donc pas trompé. Puis il sortit et prit la direction de Cambridge Street en humant les senteurs de juin. Un agent gouvernemental. — Ted Barker. — C'est bon. Tant qu'à faire. et n'importe qui à Charlie Waston. dos contre la paroi. FBI. était élégant. Et armé. — Exact. Riley fixa l'homme. les bizarres exigences de Watson. ex-marine.monde des vivants. et puis cela : quoi que voulût le nouveau venu. quoique vaguement surpris de voir ce qui ressemblait à de l'admiration. en costume. . Il adressa un autre signe de tête à Watson. Riley s'accorda un demi-sourire devant cette petite justice. les touristes se promenaient au milieu des pigeons . vous n'aurez aucun mal à faire ami-ami avec cette Rose. se présenta l'inconnu en ouvrant son portefeuille sur sa carte. L'homme. — Ce n'est pas une mission très ardue. puis creuser un peu. ricana l'autre en vidant sa chope d'un trait — avant de jurer quand une avalanche de glace pilée lui atterrit sur le menton et la chemise.

piocha une poignée de pop-corn dans son propre bol avant de se tourner vers elle. Mélissa ouvrit la bouche et lâcha un « Hou ! là. sauf quand elle avait besoin d'enfourner une autre ration de pop-corn. Et sauf quand Mickey donna la becquée — fraises. lààà ! Sur son écran de télévision. il étala la substance mordorée autour de ses cuisses. puis fit couler du miel sur sa langue tendue et son menton. un rictus au coin des lèvres. — Hou ! là. — Ouaouh ! Regarde comme il. tes « hou ! là. encore plus haut. Neuf semaines et demie. lààà ! Penny. les yeux fermés. Vous pourriez nous être utile. excédée. et tu gâches tout. Devant le générique.. une Kim Basinger aux yeux bandés était allongée sur le dos. ses jambes . cerises et champagne — à Kim. Alors. dégoulinèrent entre ses lèvres. Les yeux écarquillés.. quand. en était à la moitié. en durcirent les mamelons. hou ! là. lààà ! » silencieux. de ses mains. l'amie de Mélissa. — C'est pas bientôt fini. Des gouttelettes glacées tombèrent dans la bouche de Kim. Mélissa Rogers se pencha en avant sur son canapé. tandis que la fumée d'une cigarette tourbillonnait derrière elle dans le halo bleuté d'une lampe de bureau. Le film se poursuivit. Mélissa s'obligea à garder la bouche fermée. seulement vêtue d'une chemise blanche ouverte et d'un bas de Bikini.. précisa Ted Barker. là ! » ? J'aimerais bien voir le film. blanc également. en désignant la Lincoln noire garée plus loin. au-dessus de son bol de pop-corn. assise. dans sa cuisine. et plus haut. — Hou ! là. Mélis- . sur ses seins. à l'intérieur. Vêtu de noir. Mickey Rourke pêcha un glaçon dans son verre et le brandit en gros plan. puis se termina. le film. roulèrent dans son nombril. ses genoux.— Que puis-je pour vous ? — Nous aimerions avoir un entretien avec vous..

Sois réaliste. J'ai envie de me laisser emporter par la passion. La passion. dernièrement. Mais bon. des rendez-vous prévisibles. Tu as vraiment envie de bousiller ta vie en rencontrant un maniaque sadique et dominateur ? — Non. Mélissa: Ça n'arrive jamais. à moi ? — Hein ? lui répondit une Penny incrédule. bien sûr que non. Crois-moi. Mais. genre Jack l’Eventreur ? — Attends. parce que ce n'est pas futé. même si ce n'est pas futé. même en présence de sa meilleure amie. toujours les mêmes dispu- . se récria Mélissa en repoussant son bol et en étirant ses pieds nus. — Et coucher avec un inconnu ? Quelqu'un avec qui il n'y aurait aucun passé ? Mélissa avait lâché cela tout à trac. ce genre d'excitation. conclut-elle en remontant ses lunettes sur son nez. je t'explique. elle enfonça son poing fermé dans son canapé brun antitaches. justement. ça me fait rêver. Des relations sexuelles agréables. très vorace et très envahissant — Hein ? Tu voudrais t'envoyer un type sans même savoir si ce n'est pas un détraqué. ça ne sera jamais que la copie conforme des cinq ans que je viens de vivre en sortant avec Bill. — Tout le monde en rêve. un rapport de force. Quand il en vient au sexe. Il y a forcément un passé. — Mais pourquoi est-ce qu'un truc comme ça ne m'arrive jamais. si ton bras ne va pas gêner.sa se sentit envahie par une étrange sensation. presque de la colère . elle se sentait devenir la proie d'une sorte de démon. prise par un besoin irrépressible d'action physique. et je sais quel genre d'homme pourrait me rendre heureuse . Comme tout le monde. depuis que l'homme est homme. ce genre de danger. c'est bon pour les films. presque choquée d'envisager une telle chose. Bien sûr que je veux me marier un jour. ou alors tu finis au moins par te demander si tes cuisses ne sont pas trop grosses. mais le mariage. un couple en sait toujours trop sur le partenaire. je rêve d'une relation intense et durable. ou si tu ne vas pas mettre trop de temps à jouir et s'il ne va pas s'impatienter. Peut-être.

— Oh ! non. et regarde où ça m'a menée. Penny réussit enfin à refermer sa bouche. Penny la fixa par-dessus ses lunettes. — Et qui ça ? Mata Hari ? — Pourquoi pas ? rétorqua Mélissa. — Et depuis quand t'es-tu mise à fantasmer comme ça ? Mélissa se redressa et ramena ses jambes sous elle. un éternel sommeil. souriante. alors ? — D'amour. s'il te plaît. avec quelqu'un dont je sais parfaitement qu'il n'est pas fait pour moi. J'étais amoureuse de Bill. Et je voudrais bien essayer de devenir quelqu'un d'autre. Mais bon. interroge tes amis . Sur ce. j'ai envie d'une simple aventure. digne de confiance. — Tu crois ? Mais de quoi. Regarde autour de toi. Et j'ai envie de quelque chose de différent. je ne suis pas encore mariée. à mon avis. emphatique. j'en ai marre. Seulement voilà. histoire de voir. Accordetoi un peu de temps. ce n'est pas de sexe que tu as besoin. — Allez. prévisible. Comme si je venais juste de me réveiller d'un très long. et je n'en attends pas d'éternels émois. — Je n'en sais rien. Sourcils levés. tous ces mois de déprime depuis qu'il m'a laissée tomber. jusque-là béante. Après toutes ces années avec Bill. se secoua pour fai- . enfin. Parce que si jamais je connaissais un type intelligent.tes à propos des mêmes choses. — Ha ! ce n'était pas de l'amour. — Aujourd'hui serait-il le premier jour de la vie qu'il te reste à vivre ? — Je te remercie de prendre mes interrogations existentielles avec autant de sérieux ! s'écria Mélissa en lui jetant une poignée de pop-corn. je le garderais pour moi. Tout cela. mais une aventure aussi géniale qu'excitante. Penny déplia son mètre cinquante-sept. j'ai l'impression d'être enfin vivante. juste une sale manie. Tu as besoin de tomber amoureuse. je le sais. martela Penny. tu sais bien que ça m'intéresse. Mais être toujours raisonnable. beau gosse et célibataire. pas moi.

embrassa sa bouche. Ahurie. Dans la cinquantaine. puis gâcha tout en émettant un grognement rau- . — Bon. puis s'attarda dans l'entrée. cette capacité à essayer de nouvelles personnalités. Mélissa recula de quelques pas et. Sa robe rose ceinturée. juste un mois ou deux. soulignait la clarté de sa peau et la minceur de sa taille avant de se terminer en jupe longue. L'envie s'empara de Mélissa. se laissa aller à son indiscrétion en repoussant sa porte presque à fond et en collant son œil dans l'entrebâillement. Chaque fois un homme différent. Mais deux mois de fête débridée et ininterrompue. ses mains. ou faire une crise de claustrophobie. le magasin du musée reçoit un arrivage de mini statuettes du Penseur en vue de l'exposition Rodin. Encore une fois. la colla au mur. l'homme était encore beau. Mélissa raccompagna son amie à la porte.re tomber le pop-corn que lui avait jeté Mélissa. sinon elle se lasserait. ce soir. puis le ramassa et le remit dans son bol vide. Pas plus. sans doute. En fait. coupable. L'homme étreignit Rose. son visage. Demain de bonne heure. le cheveu rare. avec ses longs cheveux noirs retombant en vagues autour de son visage. à se laisser aller. de fureur et de panique. Chaque fois une nouvelle allure. deux mois de folle passion. la diva alanguie à laquelle elle jouait avec son précédent visiteur avait laissé place à une jeune fille enthousiaste et juvénile. Une perruque. c'était une combinaison de désir sexuel. En voyant s'ouvrir la porte de Rose. l'oreille tendue vers les gloussements et le rire tonitruant émanant de l'appartement d'en face. Rose avait dû ramener son soupirant à la maison. faire des expériences. C'était cela qu'elle voulait. s'amuser. Apparut un type basané en smoking qui tirait une jeune femme hilare derrière lui. même s'il avait dû être splendide dans sa jeunesse. Oh. voilà qui serait parfait. Mélissa constata que ce soir. étrangement sage. comme si elle avait été coincée dans un ascenseur avec Harrison Ford sans savoir si elle devait lui sauter tout de suite dessus. Rose avait tout d'une star des années 40. il faut que je file. Elle n'arrêtait jamais. Ce soir. cette étrange et folle envie reprit Mélissa.

même si Bill prétendait que ça lui donnerait l'air artificiel. l'heure était venue. alors il allait lui falloir trouver un style qui lui convienne. changer de comportement — même si cela n'aboutissait pas forcément à une odyssée sexuelle —. avec qui elle pourrait essayer des trucs que ne lui avait jamais appris Bill. Cela faisait des années qu'elle jouait avec l'idée d'une transformation. c'était de l'histoire ancienne. et le feuilleta en inventoriant les styles et les attitudes des modèles. Elle avait tout à fait l'étoffe d'une déesse de la luxure. A présent. c'était de donner envie aux gens de se rendre à des expos. Peut-être même un artiste des glaçons et du miel. Qui essayait-elle de leurrer ? Un homme différent chaque nuit ? Beurk. ce serait génial. en femme attirante — et pas seulement aux yeux du Gaston moyen. Mélissa referma sa porte sans bruit sur le « Oh. Oui. qui serait capable de la faire vibrer. Dès qu'elle aurait annoncé sa disponibilité.que. Exact ? Résolue. Et si Rose pouvait se réinventer constamment. Votre Majesté » faussement indigné de Rose.. Muscles dont elle rêvait. A moins que. en revanche. elle. Ce n'était quand même pas pour rien si elle était l'assistante du directeur du marketing au musée des Beaux-Arts ! Son travail. Un seul homme. marmonner trois mots doux et se mettre à ronfler. Un seul.. elle le pouvait aussi. elle attrapa le numéro de juillet de Cosmo qui traînait sur la table basse. Elle tapota du doigt la photo d'une fille . sans attaches. Mais pas les M. La mine dégoûtée. elle n'avait jamais fait se retourner sur son passage les types vraiment exceptionnels. son Tshirt Bunny et repoussa en arrière ses cheveux coupés au carré. Elle alla s'écrouler sur son canapé. qui ferait mille fois mieux que lui grimper dessus. son vieux short. Un seul homme. Car. Et si elle était capable de rendre séduisantes des œuvres pas toujours très attrayantes. Elle baissa les yeux vers ses pieds nus. C'est cela. Par où commencer ? Si elle devait se déchaîner. elle parviendrait bien à se transformer. mais Bill. oui. les hommes allaient s'agglutiner sur son paillasson. presque un aboiement. autant se l'avouer.

même si elle aurait fini par penser à Rose. Elle referma le magazine et le pressa contre sa poitrine. Ses vêtements noirs et près du corps lui donnaient l'air à la fois désinvolte. Une nouvelle Elle. Pour célébrer la griserie de sa liberté enfin retrouvée après les années Bill.. bref. la voix de Rose vint interrompre ses rêveries. Elle en avait le désir. Pour explorer ce désir étrange qui bouillonnait en elle depuis quelque temps. Pour fêter la naissance de son pouvoir féminin. Que pourrait-elle demander de plus ? La nouvelle Mélissa était née. Votre Majesté ! Depuis le palier. Et la fit sourire. et pour avoir une chance d'en tirer le maximum. élégant.mince et boudeuse aux cheveux bruns. .. Pile au bon moment. Où diable allaitelle dénicher l'heureux élu ? Celui qui l'accompagnerait durant sa quête ? Qui l'aiderait à surmonter toutes ses inhibitions et à prendre la place qu'elle ne. les moyens.. et le mentor idéal dans l'appartement d'à côté. tout ce dont elle rêvait. oui. attirant et innocent. La panoplie et tout le tremblement. Enfin. — Oh.. il restait quand même un petit problème.

ou une camionnette. avait peu à peu appris à l'apprécier au cours de cette année passée au chevet de sa mère — même s'il devait bien s'avouer que. A ses pieds. Riley lui manquait. une jolie fille qui lirait sur le perron ou gambaderait sur les rochers.2 Debout sur le perron de la résidence secondaire héritées de ses parents à Howarth. Peut-être pourrait-il l'inviter ? Ou alors une femme. lui tendit un pli. s'il ne voulait pas devenir gâteux ! Soudain. brisa la paix matinale. s'annonçait. Qui diable pouvait-il bien venir à cette heure-ci ? Quand la sonnette retentit deux fois. située de l'autre côté de la maison. Perplexe. — Télégramme. juste derrière les conifères et les bouleaux. épicé de fragrances de pins et d'iode. un casque vissé sur le crâne. Il était peut-être temps de faire ses bagages et de reprendre sans plus tarder le chemin de Boston. Il eut un petit ricanement.. Slate saisit l'enveloppe. entama sur lui son long travail d'apaisement. Oui. il commençait à rêver de compagnie. m'sieur. il avait fichtrement envie d'une présence féminine dans cette maison. Michael Slater inspira profondément l'air marin. depuis quelque temps. dans le Maine. En fait. Lui qui. Un camion. soulagé d'entendre s'éloigner le véhicule. étincelaient Fisher Bay et ses myriades d'îlots verdoyants. il alla ouvrir en pestant contre l'intrus. Il regagna le po- . siouplaît. insistante. Slate pivota vers l'entrée principale. Un adolescent boutonneux aux cheveux longs. un bruit inhabituel dans le bois derrière la maison. de ses bouchons et du cynisme de ses habitants. parapha et tourna les talons. Signez ici. Vaguement inquiet.. pendant trente-trois ans. L'air encore vif du matin. n'avait jamais songé à l'éventualité de la solitude. Cet endroit était vraiment magique ! Il fit quelques pas vers l'extrémité du porche tout en laissant traîner sa main sur la moustiquaire.

mais elle avait. Mais si. A la cire. Oui. Plus âgée. à essayer de trouver le moyen de transformer une jeune femme saine en une Vénus exotique et sensuelle. l'horreur. les lèvres violettes.rche en décachetant précautionneusement l'enveloppe. Et puis il y avait eu les séances de manucure. l'épilation. de pédicure. d'un débardeur vert olive et de gros godillots. et enfin plusieurs couches en dégradé de fard à paupières.. Bref. après avoir écumé le rayon maquillage de Walgreen's. La peau livide et poudrée. Elle ne s'était même pas reconnue dans la glace. un numéro de Cosmo en main.. Mélissa examinait sa toute nouvelle Elle dans le miroir. mais qui n'avaient jamais réussi qu'à leur donner une forme bizarre... elle avait vraiment l'air différente. censées apporter du « naturel » à ses yeux. Penny et elle avaient-elles passé une soirée entière. frapper chez Rose et lui demander comment rencontrer un homme en vue d'une folle aventure . Aussi. disons. Mieux qu'avant. Assise au bord de son lit et vêtue pour la première fois d'un jean collant noir. depuis. Ça fait mal. d'épilation. Sur sa lancée. si elle s'était beaucoup amusée. Elle avait échangé son carré traditionnel contre une coupe courte effilée qui encadrait mieux son visage et faisait paraître ses yeux immenses. Mélissa sourit à l'image que lui renvoyait son miroir. du blush orangé là où elle n'en mettait jamais.. plus sophistiquée. jusqu'à présent. il ne lui avait fallu que deux jours pour obtenir un rendez-vous chez le coiffeur le plus branché de la ville. les jambes fabuleusement lisses. Puis son regard et son corps se figèrent devant le seul et unique mot écrit sur le formulaire. tout s'était bien passé. Et elles s'étaient. Gémeaux. plus ou moins rapprochées du but. pour en ressortir avec la tête de la fiancée de Dracula. Sa décision prise. il allait falloir maintenant passer aux choses sérieuses : surmonter sa peur.. elle avait également pris une leçon gratuite de maquillage dans un grand magasin.

affronter l'impossible. elle se jeta sur l'appareil et décrocha en espérant que ce fût Penny. Ah bon ? Bill.. Mélissa. Super bien. Mais peut-être que je me trompe. Mais demain.. je suis désolée... peut-être. Je. Qu'est-ce qui se passe ? Lui manquait-elle ? Avait-il envie de la voir ? De se remettre avec elle ? N'importe quoi ! Elle avait justement l'intention de lui dire.. Lorsque la sonnerie du téléphone retentit. comment vas-tu ? — Je vais super bien. c'est Bill. — J'ai rencontré quelqu'un. Mélissa.. Tu me manques bien plus que je ne pourrais le dire. Mélissa placarda un grand sourire sur son visage et ouvrit d'immenses yeux ébahis. Merci de m'avoir . mais toi.. Enfin. — Comment ça va ? reprit-il.. — Salut. Ou alors. prise d'un frisson. En fait. une fille. Autrement dit. je suis ravie pour toi.. quoi. c'est-à-dire trop tard pour déranger Rose.. — Non ! Oh. Dents serrées. Ou alors.sans lendemain. Demain.. Etait-ce là un signe du destin ? Lui indiquant qu'elle était dans l'erreur la plus totale ? — Bill ! Co. Elle n'eut aucun mal à l'imaginer en train de se mordre les lèvres. Et que celle-ci lui conseillerait d'attendre absolument demain. c'est génial. je pensais que je devrais te mettre au courant.. — Bien. Enfin. comme s'il avait quelque chose à lui annoncer.. qui lui tiendrait la jambe jusqu'à l'heure du dîner. — Je voulais te dire.. Il avait l'air mal à l'aise. tu ne me manques pas du tout. — De quoi ? Que tu hantes mes nuits.. je me suis dit que tu préférerais l'apprendre de moi.. lâcha-t-il enfin en soupirant.. une de ses anciennes condisciples d'université. ce ne serait pas mieux ?. Elle secoua la tête. je. Elle n'y arriverait jamais ! Ou alors si. Son cœur fit un bond.

Mais enfin. claqua la porte derrière elle.. sinon.. attrapa ses clés au vol. Elle raccrocha. — Qui. qui est là ? Avait-elle frappé fort à ce point ? On aurait dit que Rose était morte de peur. avec le prince saoudien. à la fois furieuse et humiliée. Tu as changé. mais il faut que j'y aille.. Pourrais-je te dire un mot ? La porte s'ouvrit sur une Rose livide. Mélissa fit quelques pas dans l'appartement. elle traversa son appartement au pas de charge. mais j'y pense. sauf qu'il l'avait tout de même terriblement blessée en la quittant. C'est vraiment une fille fabuleuse.appelée. répondit Rose en lui faisant signe d'entrer. — J'étais justement en train de me préparer du thé. — C'est Mélissa. Bill. Au revoir. — Je t'en prie. C'était sympa.. et cogna à la porte de Rose. — Merci encore de m'avoir appelée. je suis content que tu le prennes comme ça. sans se laisser le temps de la réflexion.. en se demandant comment elle pourrait demander à cette fille qu'elle connaissait à peine de lui recomman- . un de ces jours. Elle portait un corsaire bleu vif et une chemise blanche trop grande. non ? Tes cheveux. qu'avait-elle ? Elle devait être malade. au milieu de l'assortiment coloré — et parfois surprenant — de tapis. de fauteuils et de bibelots. et. Pourquoi. de l'autre côté du palier. sans doute celle de l'un de ses amants. Qu'il aille donc au diable ! Faisant volte-face. mal à l'aise et l'air bien plus jeune que l'autre soir. sans avouer. c'est vraiment gentil ! — Bon sang. serra les poings et se mit à faire les cent pas. Eh. que c'était elle qui lui avait inspiré ce style. Elle hocha la tête. peut-être que tu pourrais passer. tu les as coupés ? Ça te va beaucoup mieux. même si on ne voyait pas souvent sa chevelure. bien sûr. Ça te dit ? Tout en opinant. voudrait-elle avoir Bill à ses pieds juste pour s'offrir le luxe de le décevoir ? Oui.. presque toujours cachée sous des postiches.

J'ai rompu avec mon copain il y a quelques mois de cela. sur le plan sexuel. Randstetler commence à se faire un nom et.. — Ça te ferait du bien. — En tout cas. . faite de boîtes de conserve assemblées. je songeais à t'en demander un. Je suis navrée.. ce soir. » — Ecoute. Rose se mit à rire. non ? reprit Rose avec un sourire gentil. euh. — Mauvaise pioche. se lança-t-elle. un genre de missionnaire de la défense des droits des animaux. Rose grimaça. C'est un ami qui m'a offert ce machin-là. je me demandais si je pouvais te demander un service. Je ne peux pas dire que j'en raffole. — Je suis la spécialiste des services un peu spéciaux..der un partenaire sexuel. dans peu de temps. Rose.. ses œuvres vaudront de l'or. ça n'a jamais été l'extase. — Mais je me demandais. Enfin. un peu spécial.. ça va. — Oh non. Mélissa. constata Rose en saisissant sa bouilloire pour emplir la théière.. pour tout dire. je suis prête pour une nouvelle rencontre. — Tu as une sculpture de Randstetler ! — Première nouvelle. Son travail tourne toujours autour du sujet. C'est un type étrange. ton ami ale nez fin. Assez tourné autour du pot. en forme de girafe. Mais commençons par le tien.. Ça tombe bien. je vais justement voir les Red Sox. avant de lui tendre une tasse de thé et de s'asseoir à son tour. « Allez. d'un rire chaleureux qui n'avait pas grand-chose à voir avec son gloussement stupide le soir de Sa Majesté. maintenant. ça va.. A vrai dire. » Elle s'immobilisa devant une statue bizarre. lança Rose. Mélissa se laissa tomber dans un fauteuil bordeaux à têtière de dentelle bien trop rembourré. épargne-lui les banalités d'usage et viens-en au fait. Eh bien. Assieds-toi. — Il fait beau. c'est lui qui a cassé. En fait. En fait. tiens.. Bill et moi. — Voilà.. « Justement. Et justement.

Je parie que nombre de femmes rêvent de ce que tu viens de dire.— Double mauvaise pioche. — Mais non. avant de commencer à chercher sérieusement. c'est une excellente idée. J'avais tellement peur que tu le prennes mal. — Oh. si tu en connaissais un avec qui je puisse avoir une aventure. je me demandais. merci ! s'exclama Mélissa. sans jamais oser passer à l'acte. — En fait. si tu savais à quel point ça a été dur de le dire ! — Ce qui compte.. Je n'ai . Dit de cette façon. ça lui donnait l'impression de passer sa commande chez le boucher.. Rose était d'une nature franche et directe. je suis ravie quand je peux rendre service. soulagée. je ne me sens pas si courageuse que ça. enfin. c'est que ce soit fait. — Pourtant. — Bon.. s'esclaffa Rose. Et il est vrai que je connais un tas d'hommes. Bon sang. Et pour tout dire. répondit-elle cependant. — C'est ce que tu fais ? — En quelque sorte. à mon avis. je t'admire. Rose secoua la tête. — Plutôt la deuxième proposition. rouge de confusion. — Merci. Le visage de Rose perdit un peu de sa chaleur. maintenant. Et. Comme tu sembles connaître un tas d'hommes. — Souviens-toi de ce qu'ils disent dans les films de guerre : le courage. que veux-tu exactement ? Le genre gentil professeur ? Ou le superbe étalon capable d'assouvir le moindre de tes fantasmes ? Elle s'empourpra un peu plus. répondit Mélissa en souriant. — Seulement voilà. Toutes les femmes devraient au moins avoir une ou deux folles aventures avant de se caser. Heureusement que tu n'es plus avec lui. je t'assure... c'est d'agir bravement sans en avoir l'impression. lâcha Mélissa à toute allure. Mais il s'éclaira de nouveau après qu'elle eut bu une gorgée de thé. Elle devait reconnaître qu'en dépit de tous les artifices qu'elle employait avec les hommes.

ça arrive avec un bagage. Et puis. je voudrais juste faire la fête. Se ressaisissant. Rose reposa sa tasse — Je vois. moi aussi. pourquoi cette réaction ? Si elle était là. la plupart des femmes n'arrivent pas à.. Un mari. — Hou ! là. . si jamais j'en ressortais blessée. alors je vais pouvoir t'aider. marcha jusqu'à la fenêtre. juste un petit moment. Si tu es sûre de toi. A ces mots. Soudain.. un sourire triste à la Mona Lisa apparut sur les lèvres de Rose. me changer les idées un temps. conclut Rose. Rose se redressa. Encore ce demi-sourire triste. — Je me demandais. si je pourrais te demander un service. j'aurais bonne mine à essayer de t'en dissuader. je pense que je ne risque pas de tomber amoureuse. — Oui. toi. je n'aurais à m'en prendre qu'à moi-même. En fait. mais si j'endosse une personnalité qui n'est pas la mienne. et si lui ne ressemble pas aux hommes que je recherche habituellement. précisa Mélissa en avalant une gorgée de thé. Tu es certaine de le vouloir ? Je veux dire. à coucher avec quelqu'un sans être amoureuses. làà ! C'est génial ! Sous l'effet de la panique. dit-elle. — Evidemment ! Lequel ? — J'ai besoin d'un endroit où. Bon sang. Elle fit une pause avant de reprendre : — Bon. tu penses qu'un mari ne pourrait pas t'offrir ce genre de chose ? — Pas ce que je cherche.. essayer d'être quelqu'un de différent. par laquelle elle jeta un regard anxieux. — Tu y arrives bien. c'est bien parce qu'elle s'était doutée que sa voisine pourrait l'aider. je n'en saurais rien tant que je n'aurais pas essayé. — En fait.. c'est ce que je fais. — Exact.pas envie de me marier avant d'en savoir un peu plus sur ce qui fait tant parler les gens. Pour une fois. avant de se percher sur le rebord. — Si je comprends bien. elle se plaqua un sourire sur le visage. sa voix avait monté dans les aigus.

alors j'avais pensé que. d'accord. n'y vois aucun inconvénient. ? Oui.. — Et s'il ne te convient pas. mais refuse de s'engager. Elle composa le numéro de ses parents d'une main tremblante. dem. Un frisson remonta l'échine de Mélissa. Tout à coup. tu as raison. Demain ! Mais..Mais je ne suis pas très riche. Rose appela Amanda. en . Je vais appeler Amanda pour avoir son numéro. Enfin. Sans cesser de sourire. pour demain soir ? — Euh. tout ça la terrifiait. oui. mes parents n'y vont pas avant mi-juillet. — Ce serait fabuleux. — En tout cas. il faut quand même que je leur demande. pendant que je m'occupe de cette histoire ? — Oui. Je pense qu'il va te plaire. papota un moment avec elle. selon elle.. Mélissa la contempla mifascinée mi-effrayée. acquiesça Mélissa — non sans se sentir dramatiquement gourde. Pourquoi n'irais-tu pas appeler tes parents. — Je.. J'ai vraiment besoin de vacances. pensive. bon. agrippées à la bordure de la fenêtre.. dans le Berkshire. les vingt minutes qu'elle venait de passer dans cette pièce lui semblaient irréelles. O. poursuivit Rose en attrapant le téléphone. Tout ceci était-il vraiment en train de se dérouler ou n'était-ce qu'un rêve éveillé ? Rose avait repris le combiné pour joindre Tom lorsqu'elle s'immobilisa. approuva Mélissa avant de terminer son thé et de filer chez elle.. Le genre qui adore les femmes. me la louer pas trop cher en échange de Tom. si personne n'occupe la propriété de tes parents. pour le Berkshire.K. Amanda est dithyrambique à son sujet — il est. Bien qu'elle sourît. révélaient sa nervosité. — Euh. puis nota le numéro de Tom. C'est un ami d'une amie — il est même possible qu'ils aient eu une aventure ensemble. intelligent et j'en passe.. Tom.. ne te sens obligée à rien... — Euh.. était-elle vraiment prête ? En avait-elle vraiment envie ? Soudain.. beau. Tom me paraît idéal pour toi. En général. les mains de Rose. sexy... tu pourrais.

comme si elle connaissait déjà la question qu'elle allait lui poser.. — Ont-ils donné leur accord ? s'enquit une Rose à l'air anxieux quand elle lui ouvrit. je voudrais louer la propriété à une amie. — Ah ? Mélissa eut l'impression d'avoir hurlé. répondit Rose en faisant visiblement un gros effort pour sourire. bien sûr. — Non. Un bref coup de sonnette la tira de ses réflexions. précisa Rose sans la regarder.se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir leur dire. — MOI. ? — J'ai eu Tom. au revoir. — Mais j'avais promis à ma sœur d'emmener Léo au cinéma ! . le travail. J'AI UN RENDEZ-VOUS DEMAIN SOIR ? Un sandwich dans chaque main. Au secours ! — Vous avez rendez-vous à 8 heures demain soir. Contrairement à leurs habitudes. elle était bien mieux sans lui. ils y vont ce week-end. Ils ne m'avaient pas prévenue. je suis navrée. bonjour ppa. Oui. Mais pourquoi était-elle si pressée de partir ? Est-ce qu'un de ses nombreux soupirants se montrait un peu trop envahissant ? — Rose. Non. Bill ? Oh non. — Merci quand même d'avoir essayé. Tout est réglé. nerveuse. Ça y était. l'interrompit celle-ci.. elle allait bien. Ses parents comptaient justement fêter leurs noces d'émeraude dans le Berkshire début juillet. C'est d'accord ? Et elle ne sut jamais comment elle réussit à présenter la chose sans se trahir face à leurs multiples questions. quoiqu'un peu fatiguée. « Pauvre Rose ! » songea-t-elle en raccrochant. de faire un pas supplémentaire dans la mutation espérée. Il a dit qu'il s'en réjouissait d'avance. Oui. est-ce que ça. déçue. Riley s'arrêta net et toisa un Slate hilare. Elle venait de franchir une autre marche. Et oui. il n'y avait pas de problème. elle se nourrissait suffisamment. Chez moi. en échange d'une partie de jambes en l'air avec un parfait inconnu. Bonjour mman.

nauséeux. J'ai même eu l'impression que la perspective de jouer les initiateurs faisait bander notre Tommy. Slate secoua la tête. le scénario colle au petit poil. — Oui. Y'en a qui adorent ça. tu sais. — Tu es sûr d'avoir bien entendu ? insista-t-II . les yeux bleus pétillant de malice. supputa Slate en enfournant une grosse bouchée de son sandwich.— Je sais très bien que ton neveu compte sur toi. Des leçons de sexe ! Tous ces jeux ridicules autour d'un truc qui devrait rester naturel. Comme ça. que tu trouves à lui montrer un truc qu'el- . Riley repoussa son assiette. bien entendu. mon vieux. Ce n'était pas ce Tom qui voulait prendre des leçons ? — Sûr et certain. il s'agit juste de l'épicurienne sympa du coin. — Non. ce n'est pas vraiment une prostituée. Il attrapa deux assiettes dans le placard pour y déposer les sandwichs. même si. Elle a besoin d'un cours d'éducation sexuelle. mais le FBI aussi. visiblement ravi de reprendre du service. — Tu préférerais pénétrer les lignes ennemies plutôt que la bonne mademoiselle Rose ? Il darda un regard noir sur son ami. — Pourquoi diable une fille comme elle aurait-elle besoin de leçons ? — Je suppose qu'une professionnelle aime bien se tenir au courant des nouveautés. précisa Slate en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Je me ferai passer pour le plombier. tu auras le prétexte rêvé pour revenir — à condition. — Laisse tomber les leçons. il se sentait barbouillé. Riley plaqua les assiettes sur la table qu'il avait fabriquée. Je n'ai pas été entraîné pour ça dans les marines. si au premier rancard tu n'arrives pas à dénicher le portrait que ce bon sénateur lui a laissé. Tu seras un dénommé Tom. Y'a pas grande différence à mes yeux. — Bon Dieu ! jura-t-il. si tu veux savoir. Dégoûté. ou quoi ? Soudain. — D'éducation sexuelle ? Tu te fiches de moi. selon les fédéraux.

— Impossible. conclut Slate l'air innocent. — Ah bon ? Mais. pourquoi tu n'y vas pas toi ? Tu viens de mener une existence de moine. si tant est que ce soit un plus. — Négatif Ils ne se sont jamais rencontrés. Je parie qu'elle est complètement dépassée par les événements. au fait. arracha Riley à ses pensées moroses. Slate n'avait pas tort. sous ses dehors badins. Et puis. — Il y a un truc bizarre. puisque son logis était surveillé à la fois par les flics et par les sbires de Jake Allston. Il dévisagea son compagnon d'armes. Riley émit un grognement de frustration. selon laquelle il devait se lier d'amitié avec Rose afin de fouiller son appartement et d'apprendre ce qu'elle savait. elle était terrifiée. Résultat : il allait devoir appeler Karen pour décaler leur soirée cinéma. De plus. H aurait fallu que tu l'entendes le travailler au corps. D'autant qu'il était impossible de procéder à une perquisition en l'absence de la jeune femme. à voir la manière dont le type bavait au téléphone. dut s'avouer Riley. la réputation de Rose avait dû la précéder. J'ai eu comme l'impression que. Bon sang. le parrain de la mafia qui avait offert la miniature au sénateur Mason. dans le Maine. c'était quelque chose ! Slate posa son sandwich. et tenait à la récupérer avant qu'elle tombe entre les mains de la police qui l'utiliserait alors comme preuve à charge dans son procès. quand même. — Rose ne connaît pas ce Tom ? s'enquit-il. c'est toi le sex-expert international. reprit-il. Mais. Quelque chose. le FBI avait approuvé l'idée du capitaine Watson. dans sa voix. . j'étais la bonne poire fidèle que sa fiancée attendait à la maison. tout en repoussant un accès de cette . Exact. C'est toi que Watson a chargé de ce boulot. croisa les bras et fourra ses mains sous ses aisselles — geste typique indiquant que quelque chose le turlupinait. Les fédéraux veulent qu'on rassure la police pendant qu'ils cherchent celui qui informe les hommes d'Allston.le ne connaît pas encore. Moi.

son ami semblait au moins avoir retrouvé un peu de son humour et de sa bonne humeur depuis ce matin. même si les agents du FBI n'aimaient pas beaucoup les passe-droits. la bouche pleine. Moralité : Riley se félicitait de l'avoir appelé. Sans compter que. puisque je suis invisible — du moins aux yeux des flics. moi aussi. si Tom et elle ne s'étaient pas mis d'accord pour s'adonner à quelque pratique sado-maso. l'année d'agonie de sa mère n'avait pas arrangé les choses. Dans ce cas. Il ava- . Fidèle à l'extrême. mais alors plein d'autres choses à faire jusqu'à ce que l'opération soit bouclée. — Et ensuite ? — Ensuite. — J'ai. il l'avait très mal pris. Du moins. Riley avait eu un choc en le revoyant • hier. le FBI pourrait promettre l'immunité au sénateur en échange de son témoignage contre le parrain. Pour le bonheur de tout le monde. Cela dit. Riley finit par attirer son assiette à lui et manger son sandwich. je vais participer. si fortes fussent-elles. Tout collait. Visiblement. Je dois faire en sorte qu'il ait plein. Malheureusement. Slate avait renoncé à toutes les tentations. maigre et déprimé. il servirait de tampon entre elle et les agents du FBI pendant que ceux-ci recherchaient l'origine des fuites au commissariat. il devrait jouer le jeu. Et comme Riley avait été recruté par la police. Le petit portrait volé de la reine Elizabeth était la preuve incontestable de l'implication de Mason dans l'empire corrompu de Jake Allston. Une fois en possession de la miniature. un rendez-vous torride : avec le véritable Tom. la réputation des Gémeaux avait dépassé le cadre militaire.compassion que détestait son ami. Il avait l'impression d'avoir reçu l'ordre de séduire une vipère. tout en admettant qu'il était bien l'homme idéal pour cette mission. Après une telle déception. et peut-être me rendre utile. Sauf le sien. bien sûr. sa petite amie ne lui avait pas rendu la pareille et. précisa Slate. il n'aurait pas vraiment à fournir beaucoup d'efforts. ils n'avaient pas protesté lorsqu'il leur avait imposé la participation de Slate dans l'affaire. — Et des malfrats d'Allston. alors que tous deux sauraient parfaitement à quoi s'en tenir. Enfin.

En fait. c'était parce qu'elle craignait d'être sur écoute. sans trop savoir encore où elle irait. pour sa part. Et si elle l'avait congédiée pendant qu'elle passait son coup de fil. Rose ouvrit son plus grand sac. soit obtenir la certitude absolue que celui-ci se trouvait ailleurs. comme une évolution naturelle. Le sexe. elle se sentait un peu coupable de laisser Mélissa face à ce type. un homme. soit dénicher tout de suite le portrait que les flics et les fédéraux pensaient caché chez Rose. deux robes bain de soleil hypercourtes. De toute façon. Il but une gorgée de lait. Il n'était pas contre les expérimentations. c'était que lorsque celui ou ceux qui surveillaient son appartement découvriraient que son occupante n'était pas celle qu'ils croyaient. fébrile. puisque son budget ne lui autorisait que le train. elle serait déjà loin. en fonction des désirs et des goûts de chacun. étudiée. et tenait à laisser croire à Tom qu'il venait pour elle. mais elle n'allait certainement pas laisser passer une si bonne occasion de filer ! N'importe quel observateur verrait chez elle une jeune femme svelte recevant. trois T-shirts. Mais il n'en restait pas moins qu'il n'y avait rien de meilleur que de s'allonger côte à côte et de simplement savourer ce fait naturel de la vie. puisque Mélissa serait là d'ici une heure. qui lui avait paru un peu trop excité à l'idée de jouer au « professeur ». deux shorts. bien au contraire. Elle aviserait à la gare. histoire de faire passer le goût de carton que lui avait laissé son sandwich. du déodorant. ils finiraient bien par s'arranger ! Ou non. et. Oh. tout en songeant qu'il allait devoir faire de son mieux pour. cette chose programmée. il s'y était parfois livré. ce n'était pas ça. deux soutiens-gorges. et y fourra en vrac cinq slips. entre un homme et une femme. C'était au contraire censé couler de source. Bah. ce qui comptait. elle avait bien songé à glisser un mot sous la porte de Mélissa . du shampooing et une brosse à dents.la avec difficulté le morceau de sandwich qu'il avait dans la bouche. comme d'habitude.

qui recula d'un pas pour s'effacer. Alors. que Rose en fut fascinée. mine de rien. Trop nerveuse pour attendre l'ascenseur. Et vérifia. Et Rose avait impérativement besoin de la présence de sa voisine chez elle ce soir. si personne ne s'intéressait trop à sa petite personne lorsqu'elle descendit du wagon. Elle balança le sac par-dessus son épaule en faisant une prière pour qu'il ne parût pas trop gros pour une simple balade. Après vous. d'une telle bonne humeur. d'une telle intelligence. je vous en prie. comme convenu. et en même temps d'une si grande dureté. fit une voix grave au-dessus du torse en question. Elle escalada l'escalier mécanique. après un dernier coup d'œil à son miroir. sortit de chez elle et glissa. Puis. et bondit vers le tourniquet au même moment qu'un homme dont elle ne vit tout d'abord que le torse viril vêtu d'un T-shirt blanc. Elle pivota sur elle-même et leva les yeux vers des pupilles d'un bleu d'azur sous des cheveux blonds à la coupe militaire. quand elle lui avait annoncé que tout était réglé. elle jeta un pull sur ses épaules nues. elle aurait pu s'offrir le temps de plonger dans ces yeux-là. Tout au long du trajet en métro vers la gare. Elle le remercia d'un sourire et poussa le tourniquet tout en rêvant d'avoir fait cette rencontre un autre jour.pour lui expliquer son mensonge. et dans ce qui se cachait derrière. presque paniquée. rajusta sa robe bain de soleil à fleurs. — Excusez-moi. ses clés sous la porte de Mélissa. un jour où elle aurait vraiment été la promeneuse insouciante pour laquelle elle voulait qu'on la prenne. parce que cela . histoire de vérifier son postiche blond et son maquillage. C'était sa seule chance de fuir. elle s'appliqua à conserver l'apparence désinvolte de la femme partie faire un peu de shopping avant son rendez-vous romantique de la soirée. elle dévala les deux étages avant de sortir par la porte de derrière. elle avait compris que celle-ci refuserait tout net de se montrer à l'heure du rendez-vous si elle savait que Tom venait pour une autre. mais au souvenir de son expression stupéfaite. Ces pupilles-là brillaient d'un tel éclat.

Rose tout court. d'une manière ou d'une autre. C'est comme ça que mes amis m'appellent. ou alors de l'empêcher de filer.. comme pour lui assurer que. en parlant avec ce type. de devoir soupçonner que ce superbe spécimen avait peut-être l'intention de l'entraîner dans un coin sombre et de la menacer de mort pour obtenir quelque chose — quoi ? Elle n'en avait aucune idée — qui était en sa possession.faisait un bon moment qu'elle n'avait plus fréquenté des gens de son âge. elle aurait pu lui donner une réponse précise. répondit-elle. Malgré son envie de s'attarder près de lui. n'avait pas l'air d'être du genre à se vexer facilement. j'ai pas mal de temps à tuer.. elle avait attiré l'attention sur elle. je m'appelle Michael Slater. soudain méfiante. et plus particulièrement leur ego. Même un type aussi superbement bâti que celui-ci pouvait se révéler une menace. promis. Celui-ci. Quoique. — Moi aussi. pas tout de suite. Dieu. — A quelle heure votre train part-il ? — Je ne. qu'il pourrait répondre à des questions la concernant si jamais on lui en posait. mieux elle se porterait car. Il avait dû comprendre qu'elle n'était pas encore fixée sur sa destination. mais les amis m'appellent Slate. avaient horreur qu'on se moque d'eux. Je suis venu chercher . elle ne se moquait pas de lui. — Mon nom est Rose. en vue du tableau d'affichage des trains au départ. il fallait qu'elle s'en débarrasse. — Où alliez-vous ? — A la gare. si familier. qu'elle détestait tout cela ! Le fait de ne plus pouvoir se fier à personne . même s'il était inoffensif.. Ce qui signifiait. avec son aspect si naturel. Et zut ! Il aurait posé la question quelques instants plus tard. Elle lui décocha un sourire candide. Et vous ? lança-t-il en lui emboîtant le pas — attisant un peu plus ses regrets. Quelqu'un chargé de la faire disparaître. par exemple. malgré son incroyable sex-appeal. Plus vite elle quitterait Boston.. — Au fait. Les hommes.

rien de plus.un ami. D'habitude. Puis-je vous offrir un verre ? — Oh. mais en vain. J'ai été ravi de faire votre connaissance. de nos jours. — Pas du tout. encore une fois frappée par l'intensité et la complexité de son regard. Elle ne put s'empêcher de lui rendre son sourire. se défendit-il. — C'est gentil. Il sourit une fois de plus avant de se diriger vers l'une des cafétérias. mais l'heure ne s'y prêtait vraiment pas. Soda. — Pas de problème. ce n'est même pas moi qui fais le premier pas. il lui adressa un sourire contrit. répondit-elle en accélérant le pas. je voulais juste vous offrir quelque chose. elle inspecta le tableau des départs et jeta son dévolu sur un train pour Washington : c'était celui qui comportait le plus d'arrêts. mais je dois faire attention. mais non. et faites un bon voyage. Je ne parlais pas d'alcool. — Vous savez. — Etes-vous toujours aussi insistant ? Les mains fourrées sous ses aisselles. elle s'en fut acheter son billet.. Eh bien.. Aussi bête que ce fût. et donc de destinations possibles. et s'installa dans la salle d'attente.. Mettons que je n'ai pas envie de commencer ma carrière de dragueur par un échec. Rose. .. — Je suis navrée. au revoir. il vaut mieux être prudent. puisqu'il la suivit. Avec un soupir. Il y a plein d'endroits sans risque. ici. elle se sentit soudain terriblement seule — et qu'elle eût tout fait pour l'être ne changeait rien à l'affaire. je veux dire. mon Dieu. repritil pourtant en désignant les petits comptoirs disséminés dans la gare. Rose s'arrêta net et lui fit face. — Je comprends tout à fait. Il devait être assez amusant. jus de fruits ou autre. Sur ce. dit-il en reculant d'un pas. un journal. en fait. Enfin. Je vous remercie. non ! Je vous remercie.

mains plaquées sur les cuisses. elle avait comme l'impression que M. Chacun de ses petits amis ayant duré un peu plus longtemps que le précédent. avec des poils sortant de sa chemise à peine entrebâillée. Perle-Rare n'allait plus tarder à montrer le bout de son nez. mais tout son corps. pour avoir une dernière chance de visiter les hautes herbes avant de revenir sagement brouter avec le troupeau.. c'était quelqu'un de fiable. qu'y avait-il de mal à vouloir un petit inter- . Et comme les hommes étaient toujours en retard. il n'y avait pas que sa main qui tremblait. Pour couronner le tout. la mâchoire contractée à en avoir mal aux dents. et il pointerait sur elle deux doigts faussement désinvoltes en guise de salutation. la peau si livide que son maquillage semblait avoir voulu la ressusciter d'entre les morts. rayonnant de paix et de bonheur. ce Tom n'arriverait sans doute pas avant 8 h 30. d'un peu terne. Il serait suprêmement beau. D'ici dix minutes. la main qu'elle leva vers ses cheveux tremblait comme une feuille. Elle ne pouvait pas faire une chose pareille ! Elle n'avait rien d'une déesse de la luxure. Beurk ! Pas encore.. il lui faudrait traverser le palier pour aller trembler dans l'appartement d'en face. Elle jeta un coup d'œil à la pendule : 7 h 30. heureuse. Mais en attendant. genoux et pieds serrés. Ce qui n'était pas le meilleur moyen de la séduire. joliment enceinte. A vrai dire. face au miroir. Tout ce qu'il lui fallait. pas avant ses trente ans. un peu comme Bill. Et ce n'était pas joli joli : les yeux écarquillés. et avec qui elle devrait déjà être mariée. maintenant qu'elle y songeait. En tout cas. Non.3 Assise au bord de son lit jonché de vêtements. Mélissa jouissait d'une vue imprenable sur la tête qu'elle faisait quand elle paniquait. Elle avait besoin de ce temps-là pour explorer. c'était impossible.

Comme ça.mède ? D'ailleurs. Le genre de personnages qui appellent les femmes « bébé » ou « poulette ». lui plaisaient-ils vraiment ? Au point qu'elle ait envie de poser ses mains sur eux ? Presque aucun. parmi les hommes qu'elle croisait dans la rue. il sentirait la menthe bleue qu'elle détestait. non ? Et ne pas se demander sa vie durant ce qu'aurait été de vivre une aventure. parce qu'elle n'était pas du genre à poser des lapins. D'ailleurs. et sans doute une mauvaise haleine doublée de problèmes d'érection. Pas vrai ? Elle jeta un autre coup d'œil à la pendule. Mais Rose sortait avec des vieux barbons ventripotents qui avaient un goût infect pour s'habiller. elle ne pouvait pas faire cela. que suis-je en train de faire ? Cette traîtresse de pendule indiquait 7 h 58. Mais bon sang. histoire de sauter directement à demain. du moins tant qu'elle n'aurait pas . Seulement voilà. Tom allait jeter sa veste par-dessus son épaule et lui lancer un clin d'œil comme on en fait aux enfants. rien ne lui garantissait qu'il allait lui plaire. comme ces hommes qui doivent se pencher pour passer les portes. Rose le trouvait plaisant. Et elle ne s'abaisserait jamais à épier par la porte entrouverte pour ne se montrer que s'il était mignon. Non. D'une part. un tout petit coup. juste un poil. Beurk. Il serait trop grand et trop musclé. mieux valait batifoler avant d'être mariée qu'après. D'accord. et l'embrasserait avec une bouche qu'il maintenait ferme et pulpeuse grâce à une minutieuse gymnastique labiale. elle n'avait pas le choix. peut-être même qu'il s'arrêterait. pas un vrai. Elle prit une profonde inspiration. Oh. Combien. puis tendit une main tremblotante vers les clés avant que son esprit n'ait encore décidé si elle allait les utiliser ou non. Sans compter qu'il était hors de question de lui apprendre qu'elle habitait aussi dans l'immeuble. obligea son corps chancelant à bouger. peut-être que le temps ralentirait un peu. d'autre part parce qu'elle refusait de se demander sa vie durant à quoi ce Tom aurait bien pu ressembler.

la claqua. ni trop timide. Mon Dieu ! Mais qu'était-elle en train de faire ? Et si c'était un type génial ? Comment pourrait-elle s'interdire de tomber amoureuse ? Comment pouvait-elle se croire assez blindée pour envisager une relation intime dépourvue de sentiments ? Elle alla ouvrir grand la fenêtre. et pénétra dans l'appartement de Rose — tout en essayant de faire rentrer un peu d'air dans des poumons qui.. ravie du courant d'air qui s'engouffra dans l'appartement. traversa le palier au pas de course. Le coup d'une main ferme et confiante qui disait « ouvre-moi ». entrez. voilà ce qui aurait été sympa. et qu'elle resta plantée là. étonnamment clairs. qu'elle aimerait bien le connaître mieux. Rien. Si parfait qu'elle eut envie de rire.. Le coup frappé à la porte fut parfait. noirs de jais. les yeux bruns étincelants.. ni fébrile. Tom. réussit sans trop savoir comment à insérer la clé dans la serrure. Au secours.décidé qu'il était. juste quelques gouttes de scotch. Ni trop fort. enfin... Elle recula dans l'appartement trop décoré de Rose. de pleurer. Elle prit une profonde inspiration et s'en fut ouvrir. surtout qu'elle ne buvait presque jamais. ni insistant.. à se dire combien il était parfait. Un petit verre. mais elle ne voulait pas qu'il pût le renifler s'il s'approchait assez pour cela. Elle ouvrit sa porte... la bouche sensuelle et la petite fossette qui creusait sa joue droite. à part la camionnette d'un réparateur de télévision qui avait dû emménager récemment dans le quartier. Et même ce geste fut parfait. lui fit signe . oh. puis se pencha vers la rue dans l'espoir d'apercevoir son visiteur. Lui aussi était parfait. de la mâchoire ferme qui le commençait jusqu'au front large qui le surmontait. semblaient avoir du mal à fonctionner. Il opina. bizarrement. — Bonjour. jusqu'à ce que le ridicule absolu de son attitude lui vînt à l'esprit. je vous prie. tout était irréprochable — y compris les cheveux. Du haut en bas de son visage. les cils interminables.

Le genre de voix qui vous traverse et vous fait recroqueviller les orteils. Grand. Rose lui avait fait croire qu'il avait rendezvous avec le sosie de Demi Moore ! — Voulez-vous boire quelque chose. qui voudrait passer sa vie entière face à une telle perfection ? En parlant.. — Appelez-moi Riley. et elle comprit que son malaise venait du regard qu'il posait sur elle. costume cravate impeccable. et elle se dirigea vers le plateau qu'elle avait apporté de chez elle pour remplir deux verres bien tassés. Seules ma mère et Amanda m'appellent Tom. Pendant ce . répéta-t-elle sans bouger. c'était qu'il était si parfait qu'elle n'avait pas la moindre chance de tomber amoureuse de lui. ça pourrait peutêtre bien marcher. Et le plus fabuleux dans l'histoire. Un peu de scotch ? Il hocha la tête.. et le regarda jeter un coup d'oeil autour de lui. Bon sang. Parfait. C'était un regard vaguement spéculateur. Et elle se retrouva en train de refouler une joie aussi frénétique qu'imbécile.d'entrer. à la limite du méprisant. Profonde et veloutée. baraqué. un léger sourire creusant un peu plus la petite fossette sur sa joue droite. reprit-il. — Riley. justement. il était totalement excitant. Et son excitation se mua en boule douloureuse dans la gorge. mais pas trop . de ne pas se sentir à la hauteur. sa voix était également parfaite. M. presque cynique. Comme elle s'y attendait. elle commença à se sentir mal à l'aise. Il avait un regard pénétrant et une expression désinvolte. parce qu' elle en avait fichtrement besoin. L'évidence la frappa comme un coup de fouet : il ne la trouvait pas à son goût. Bref. — C'est mon deuxième prénom. mais pas musculeux . Bien sûr. II n'avait pas l'air du genre à papoter en toute amitié. Mon Dieu ! Si ça se trouve. referma derrière lui.. Parfait voulait Mme Parfaite.. Riley ? proposa-t-elle alors. Il pivota sur lui-même et croisa son regard. Et comme il ne bougeait pas non plus. Oui.

ce devait être son moyen de communication préféré. sur la cheminée. Elle ne put s'empêcher de le lui rendre. même quand on meurt d'envie de le virer à coups de pied dans le derrière. puis s'étendit sur tout son visage en creusant une fossette dans chacune de ses joues. — Soif ? Elle gloussa bêtement. il pouffa. avant d'avaler une grande gorgée de scotch et de poser son verre derrière lui. Même s'il était parfait. Et il avait toujours cette étrange expression de juge sur le visage. elle commençait à le trouver un brin pénible. — Juste nerveuse. même s'il était aussi un peu effrayant. Difficile. Il opina. . Décidément. — Donc.temps-là. Pourquoi était-il venu. Cette fois-ci. si c'était pour prendre cet air dégoûté ? Il n'avait qu'à partir s'il la trouvait aussi moche que cela ? D'autant qu'il n'avait pas l'air du genre à s'embarrasser de salamalecs. de se trouver en face d'un homme qui vous sourit sans en faire autant. les jarres de pots-pourris qui imprégnaient l'appartement d'une odeur étrange. ce qui n'arrangea pas l'image qu'elle avait d'elle-même en cet instant. Mélissa lui apporta son verre. ou plutôt une double fossette dans sa joue droite. sa collection de natures mortes — parfois un peu criardes sur les murs laqués de rouge —. Puis il resta planté là. — A votre santé. à la fois fraîche et chimique. commença-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine (qu'il aille au diable !). avant d'avaler la moitié du sien. sans même jeter un coup d'oeil pour s'assurer qu'il y en avait bien une. que pensez-vous des Red Sox ? Son sourire fut lent à venir. et un peu mystérieux. d'une manière exotique et sensuelle. Il leva un sourcil interrogateur. les mains plaquées sur les hanches sous son veston ouvert. dit-elle. Tom alias Riley fit le tour de la pièce en examinant les multiples bibelots de Rose. — Vous pensez qu'ils vont sortir vainqueurs de la saison ? poursuivit-elle en battant des cils. à la fixer d'un air entendu.

si elle n'avait pas décelé dans son regard une intelligence acérée. Autrement dit. Et puis elle avait pour principe de ne jamais embrasser un homme tant qu'il n'avait pas prononcé au moins quatre phrases complètes. manquant de le renverser. Mon Dieu. Car ce « ah bon ? » voulait dire « si ». le visage probablement blême. — Ah bon ? Elle releva brusquement la tête et le fixa droit dans les yeux. Peut-être n'aurait-elle pas aussi peur s'il se décidait enfin à parler. ce type serait capable de séduire une porte de prison ! Peut-être qu'après tout. — Je n'ai pas franchement l'habitude de faire cela. puis soudain envahi par un éclair de chaleur fulgurante. Il ne cilla pas. avant de se lever. que s'imaginait-if ? Elle aurait douté de ses capacités mentales. Mélissa but une autre gorgée de whisky. Elle recula d'un pas et agita son verre en direction du canapé. Mais bon sang. . il était persuadé qu'elle passait ses journées à inviter des inconnus pour qu'ils l'aident à explorer sa sexualité. Voudriez-vous. un peu chancelante. je vous prie. il la trouvait un petit peu à son goût. — Je vous demande pardon ? dit-elle d'une voix grinçante. du moins pas avant d'avoir compris l'étrangeté de son attitude. qui s'étendit à tout son corps. dont la têtière de dentelle parut plutôt déplacée derrière sa tête..Mélissa se figea. dont la chaleur ne fit qu'ajouter à l'effet que lui faisait l'incroyable sex-appeal de M. Mais l'heure n'était pas encore à l'intimité. Parfait. la mettant presque au défi. ne détourna pas le regard. — Pourquoi êtes-vous nerveuse ? Elle fut à deux doigts de s'étrangler avec son scotch. — Vous ne voulez pas vous asseoir ? Il s'installa dans le fauteuil à oreillettes bordeaux.. cesser ce style lapidaire et vous montrer plus précis ? Il se laissa aller contre le dossier du fauteuil. A moins qu'il ne se sente simplement tenu de respecter la promesse qu'il avait faite à Rose.

maquillage normal. — Regardez comme elle tremble. comme la paume est moite.. assez en tout cas pour lui arroser les genoux avec le contenu de son verre. répondit-il en se levant. puis son expression se modifia. s'il vous plaît. il la pensait parfaite ? — Mazette. elle n'allait pas s'émerveiller encore une fois. je me suis tuée à le mettre au point durant les dernières vingt-quatre heures afin d'être certaine que si le courant ne passait pas entre nous. je pense que vous le trouverez à deux doigts de la panique absolue. personne n'en ferait un plat. elle en aurait presque ri. Et si vous m'en disiez plus ? — Je ne suis pas très bavard. bref ni trop courte ni trop serrée. S'il n'avait pas dit cela d'un ton railleur. Vous êtes parfaite. blanc. Alors comme ça. Et dire qu'il avait été si. puisque je n'avais rien fait pour me montrer séduisante. lança-t-elle en pointant un doigt furieux sur les chaussures qu'elle portait. dites-moi exactement pourquoi vous êtes persuadé que je passe mon temps à faire ça ? Il plissa les yeux.. deux phrases à la suite.. puis en fai- . Quel sombre crétin ! On nageait en plein désastre. — Je vous présente mes excuses. et aussi parce que j'avais peur que vous soyez trop petit. Une jupe plissée bleu foncé qui arrive sagement au genou afin de ne pas vous dévoiler mon intimité en m'asseyant.. Un haut ordinaire.— Est-ce vraiment nécessaire ? Elle s'approcha de lui. Elle releva le bras et tint sa main devant elle. qu'elle se contenta cependant de poser bruyamment sur la table basse. pas même pour un parfait crétin ! — Vous voyez. Tout cela. Non.. Alors. Si vous voulez prendre mon pouls. cheveux pas trafiqués. lui donnait carrément l'air dévastateur.. très près. et si elle n'avait pas toujours été furieuse. Enfin. de terrifiant. sa bouche s'étira sur ce lent sourire sensuel qui. Pas pour un crétin. elles sont plates. et quelque chose qui ressemblait à de l'admiration se peignit sur son visage. Pour que vous ne me preniez pas pour une traînée.

. Il était juste derrière le bar.. Et retint son souffle.. son regard sur elle. sans qu'elle sût pourquoi. serait-elle jamais prête pour cet homme-là ? Cela faisait à peine deux minutes qu'ils se connaissaient. elle prit une profonde inspiration. je ne fais pas l'affaire. et il jouait déjà avec ses nerfs. Elle était à la fois sous le charme. pas trop fort. D'ailleurs. commença-t-elle sans oser se retourner vers lui. Alors si vous pouviez faire en sorte que cela se passe un peu mieux. — Ecoutez. honteusement exci- . dans sa proximité calculée. son intonation oscillait toujours entre le compliment et l'insulte. elle avait l'impression de se tenir en soutien-gorge au milieu de la pièce. N’importe quoi ! Elle vida son verre et s'en resservit un autre. — Vous êtes bien mieux que je ne m'y attendais. Mélissa sentit son pouls s'accélérer.. ou même d'en boire la moitié. à cette présence déstabilisante. Tout près. C'était là. Elle n'était pas prête. je vous en serais reconnaissante. En même temps. mais. dans son regard.. prisonnière et. Mais elle avait quelque chose dans les mains. quelque chose qui lui permettait d'échapper à ces regards inquisiteurs. Peut-être s'imaginait-il que cela faisait partie du jeu de la séduction ? A moins que donner des envies de meurtre à ses victimes ne soit pour lui qu'un agréable préambule.. elle ne lui offrirait pas une nuque aussi vulnérable. Riley.sant un pas vers elle. je ne suis pas très douée pour ce genre de situation. Au bord des larmes. mais assez pour qu'elle ne puisse lui échapper. Soulagée d'avoir réussi à tout mettre sur la table d'un coup. à l'évidence. Et son chemisier avait beau n'être que modestement échancré devant et derrière.. Elle percevait sa chaleur. Je suis bien meilleur dans d'autres domaines. elle reprit son verre et se dirigea vers la kitchenette de Rose. Si seulement elle n'avait pas coupé ses cheveux si court. Il fit courir ses mains le long de ses bras et les referma autour de ses poignets. tout en sachant qu'elle ne serait jamais capable de le terminer.. J'ignore ce à quoi vous vous attendiez.

furibonde. je ne suis pas si innocente que cela. poursuivit-il à voix basse. ça. Vous êtes une sacrée bonne femme. « Jolie ». Mélissa fit un pas de côté.. Désarçonnée. — Bon. disons..tée. Elle eut l'impression d'être enveloppée. Mais belle ? — Je me doutais que vous seriez désirable. En tout cas. Belle ? Mais non. soûle et bien d'autres choses. au but de la soirée.. euh. des tas de fois.. à celui où il avait murmuré dans ses cheveux : elle le désirait. ils pourraient peut-être oublier ces débuts pour le moins bizarres.. il faudrait commencer par revenir au. infatuée... — Je me doutais que vous seriez belle. non ? — Oui.. on lui avait déjà dit. Oui. Enfin.. comment est-ce que vous.. Elle dut s'y reprendre à deux fois pour retrouver son souffle.. « Mignonne ». réchauffée.. elle pourrait sans problème préparer des réserves de glaçons et de miel.. une si parfaite innocence. — Mais. une seule chose était devenue parfaitement claire à ses yeux au moment où il avait posé la main sur elle. Ce qu'on lui avait dit ? Rose la croyait-elle encore vierge. c'était bien l'homme qu'elle voulait — du moins dès qu'ils auraient apaisé cette étrange tension entre eux. liquéfiée par sa voix. Il fit remonter sa main sur son épaule et l'y laissa. Elle croisa les doigts avant de se lancer. après tout ce qu'on m'avait dit. D'habitude. dans ses cheveux. même si elle avait horreur de ça. histoire de mettre un peu de distance entre elle et cet être si perturbant. voilà comment elle se sentait. répondit-il dans un rire cynique. Pour cet homme-là. jamais je ne me serais attendu à. hum. même si je.. L'instinct de Rose ne l'avait pas trompée. Bien sûr. bref. Alors. mais comment aborder le sujet ? Tout d'abord. merci ! Je ne suis pas certaine de. pour l'avoir prévenu ainsi ? — Euh. un peu pour cela que vous êtes ici. c'est.. ? Enfin.. je . Jamais encore elle n'avait vécu demi-heure plus déroutante.

? Non.. Exaspérée. Salaud ! En se haussant sur la pointe des pieds. Elle pouvait l'embrasser. Elle ferma les yeux. Et l'excitait. elle garda l'ineptie qu'elle allait dire sur le bout de la langue. — J'ai dit : vous d'abord. Riley. bouche fermée.. elle lui planta un baiser sonore et juvénile. Je peux pas faire mieux. — Mais je. à dire vrai — et même si elle n'en était pas fière —. aussi. il avait réussi à se glisser sans bruit de l'autre côté du comptoir. elle le trouva toujours là. avec toujours cet étrange demi-sourire. Fallait le faire vous-même. haussa les épaules et battit innocemment des cils. Elle l'avait déjà fait. elle se demanda comment il allait réagir. à un centimètre d'elle. Mélissa écarquilla les yeux. Soudain. le regard toujours braqué sur elle.. Super.. La colère la gagna. Pendant qu'elle cogitait.. pendant qu'elle bafouillait. qui lui donnait envie de lui coller des gifles et de l'embrasser dans le même temps. Puis elle reposa ses talons par terre.... c'est vous qui êtes censé. C'était la première fois qu'elle se sentait aussi vulnérable en présence d'un homme.veux dire. se rapprocha. Pétrifiée. d'accord. avant de se rendre compte qu'il pourrait l'écraser comme une vulgaire mouche si jamais la fureur le prenait.. cet horripilant petit sourire en coin toujours plaqué sur le visage. vous voulez d'abord parler un peu ou. sur les lèvres. les yeux toujours plantés dans les siens. Bien sûr. H refusait de prendre la direction des opérations. non ? Et après ? Qu'il aille au diable ! En rouvrant les yeux. et cela la terrifiait. — Moi.. elle posa son verre et pivota. L'espace d'un instant. — Voilà. — Est-ce que ça ne serait pas plus simple de. cela la fascinait. Il avança encore. Enfin.. lui vint l'image de cet hom- . ? Il était là. qu'elle le pouvait. mi-provocateur mientendu.. quoi ? Il accentua son sourire. Il baissa lentement la tête vers elle. Je suis nulle. Bon. la dominant. — Vous d'abord. laissez tomber.

sombre silhouette solitaire devant le rideau agité par la brise. vous commencez à jouer avec mes nerfs. ? commença-t-il en plissant les yeux.. avec ses élucubrations ridicules. comme si vous me détestiez avant même de me connaître. que vous vouliez apprendre de moi ? — Non. — C'est ça. Ce sale type. la poitrine secouée de hoquets. Le cauchemar continuait. Elle voulut se détourner. Ce qui ne risquait pas d'arriver s'il la mettait K.me la saisissant et lui faisant l'amour là. Elle tenta de le repousser. Arrêtez ! Il recula d'un pas. Mais. ou comme s'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle tentait de lui expliquer.. . dont elle émergea presque punie. s'éloigna de quelques pas et s'en fut se planter devant la fenêtre. tout en se sachant incapable de l'empêcher d'arriver à ses fins. au bord des larmes. bon sang. alors. et ce serait plus ou moins sa faute à elle. avant de jurer comme un charretier. — Que voulez-vous dire ? Je suis pourtant la personne la plus limpide de la planète. de plus en plus épouvantable.. elle accrochée à ses épaules. ce malade allait la violer. — Arrêtez. les yeux remplis de larmes. — Qu'est-ce que. les jambes nouées autour de sa taille. Puis il la relâcha. Je ne comprends plus rien à rien. Et Mélissa ne fit rien d'autre que d'émettre d'étranges bruits de sanglots. comme si elle venait de lui parler en swahili. la souleva. pourquoi l'avez-vous fait ? Il la fixa de nouveau. brutal et vicieux. ce macho. humiliée. mais il la saisit par les bras. la flanqua sur la table de la cuisine et s'inséra de force entre ses jambes. au lieu de l'assommer pour le compte. Si vous ne vouliez pas venir. — Et que dirais-tu de ça ? — Vous êtes cinglé ! s'écria-t-elle.O. Vous arrivez. s'exclama-t-elle. l'air incrédule. debout dans la cuisine. C'est vous qui n'êtes pas bien. il l'attira à lui et lui donna un long baiser.. suffoquée.

. Dommage qu'elle n'eût pas la tête à rire devant ce lapsus. Elle se laissa tomber dans un vieux fauteuil à bascule et se moucha bruyamment. et tendit la main vers la boîte à Kleenex en laque de Chine de Rose.. pour la première fois depuis qu'il était arrivé. afin qu'ils puissent tout reprendre dès le début. sauf de son immense soulagement devant le fait qu'il semblait redevenu inoffensif.. sans plus se soucier d'avoir le nez rouge — sans plus se soucier de rien. Le premier à l'université. puis il posa ses mains sur l'extérieur de ses cuisses et. je suis juste sortie avec. la fixa d'un regard compréhensif. — Dites-moi ce que vous attendez de moi. presque tendre. qui lui donna envie de fondre de nouveau en larmes. Ce changement d'attitude. l'air de croire que de sa réponse viendrait l'éclaircissement d'un inextricable mystère. cette fois-ci. elle le perçut presque immédiatement. — Aucun autre ? Elle jeta son mouchoir dans la corbeille à papier. quelque chose lui disait qu'il y avait eu un malentendu entre lui et sa copine Rose. Il traversa la pièce et vint s'accroupir face à elle. Rose.. et voir si cela pouvait coller entre eux. — Deux seulement. car ses yeux et sa bouche s'adoucirent. malentendu qui lui avait fait prendre la pauvre Mélissa pour ce qu'elle n'était pas. Il hocha la tête et fixa sur elle un regard intense. Malgré son état de fébrilité. ils prirent une expression presque coupable. comme s'il prenait une décision. — Avec combien d'hommes avez-vous déjà couché ? — Hein ? Il répéta sa question. tout en la dévisageant avec attention depuis l'autre côté de la pièce. mais de soulagement. si épuisée qu'elle se moquait comme d'une guigne de dévoiler sa vie privée à un parfait étranger. rétablir la vérité.Elle se remit debout en pleurant. Pour m'amuser. secouée.. Et même si elle devait passer pour nulle à ses yeux. Beurk ! Et puis Bill. ça ne faisait plus mal. — Les autres. mais c'était toujours désagréable. elle voulait le faire changer d'avis.

Et je vous demande pardon. Sans courir aucun risque. Ce qui ne parut pas le perturber outre mesure. Elle l'écouta bouche bée. mais rien de douloureux ou de dégradant. Riley. mais j'aimerais bien avoir une aventure. presque comme un animal de laboratoire. les yeux toujours plantés dans les siens. — Je comprends. — C'est votre vrai prénom ? — Oui. pour une raison inconnue. Mélissa ? Elle inspira profondément dans l'espoir que l'apport d'oxygène allait lui permettre de rassembler ses esprits.. car j'ai fait une erreur. — Vous me preniez pour une simulatrice ? — Quelque chose dans le genre. cria-t-elle presque. avec l'absolue certitude qu'il ne devait pas s'excuser souvent — ce qui ne fit qu'accroître son respect pour lui. — Mais pourquoi ? Bon sang.. Ne pouvait-il jamais prendre les choses telles qu'elles venaient ? — D'accord. — Je… j'ai envie d'essayer de nouveaux trucs. dont vingt de nuits communes avec le même homme. oui. quels bobards Rose lui avait-elle donc racontés ? — J'ai cru que vous me jouiez la comédie. ce soir. Tout. Une dernière larme roula sur sa joue. fortes et rassurantes. Qu'attendez-vous de moi.— Je m'appelle Mélissa. qu'il fixa jusqu'à ce qu'elle . sauf cette fichue position du missionnaire. Quelque chose dont je pourrai me souvenir avec émotion quand j'aurai cinquante ans. — J'ai pour habitude de me fier plus à mon instinct qu'aux informations qu'on me donne. de très près. J'y ai pourtant dérogé. — C'est faux. reprit-il en l'observant de près. N'importe quoi. Il avait laissé ses mains monter vers ses hanches et les resserra autour de sa taille. Je vous le jure. que tout cela n'était qu'une comédie.

Elle se pressa contre lui. elle ne voulait plus rien percevoir que le désir provoqué en elle par cette caresse. en somme. pour mieux replonger en elle. et longèrent sa mâchoire jusqu'à son oreille. qui sécha la larme sur ses lèvres. elle mourrait aussi. Alors. s'arrêtant parfois. et prit le temps d'explorer gentiment sa bouche — un vrai baiser. puis émit un faible. Si elle avait conscience du fait qu'il la dévisageait. comme s'il comptait ne plus mettre un terme à leur baiser avant longtemps. ni brutal. sidérée par leur hardiesse et par sa propre effronterie. Ça alors. avant de venir les poser sur le tissu soyeux de son slip. Elle allait mourir. il la désirait ! Un homme aussi parfait que lui ! Elle avait du mal à y croire. voulut repousser sa venue et serra les cuisses pour l'obliger à ra- . Il fit lentement remonter ses mains sous la jupe. elle écarta sans vergogne les cuisses lorsqu'il infiltra une main incroyablement chaude. une excitation croissante la fit suffoquer et s'arquer vers ces mains. la remit sur ses pieds et l'embrassa. elle se nicha contre sa poitrine. Mais plus vite. Etait-ce son état de nerfs. que les sensations qu'il lui offrait. puissante et sûre sous le fin tissu. le soulagement consécutif à l'effroi qu'elle avait ressenti ? Jamais elle n'avait été excitée aussi vite et à ce point. Alors il se leva.arrivât au coin de sa bouche. langoureux. Les yeux clos. Cette simple main pressée contre elle lui coupait le souffle et la rendait folle. Sous le charme. ni vicieux. Elle se tortilla en sentant monter l'orgasme. D'un baiser qui n'était ni sale. Il la guida vers le canapé et l'attira sur ses genoux sans cesser de l'embrasser. sur ses cuisses. très faible. puis imprima un léger mouvement de va-et-vient à sa main. Et s'il ne le faisait pas. Rien n'exista plus que les doigts de cet homme qu'elle connaissait à peine en elle. gémissement de protestation lorsque les lèvres de Riley descendirent de sa bouche vers sa gorge. doux. stupéfaite de sentir son érection contre son ventre. Il glissa un doigt en elle tout en titillant son bouton du pouce. Un baiser léger. s'il la caressait. Et Mélissa perdit tout à fait la tête. D'un baiser qui n'avait rien à voir avec celui qu'il lui avait donné quelques instants auparavant. taquin.

mais aussi par la manière éhontée dont elle venait de se conduire. Constatation ridicule s'il en fut. encore empourprée par la passion. introduisit même un deuxième doigt en elle jusqu'à ce qu'elle rendît les armes et se laissât emporter par sa jouissance. cela ne me dérange pas. rétorqua-t-il avant de la remettre sur ses pieds et de lui repousser une mèche de cheveux derrière l'oreille. le corps secoué de frissons incoercibles.. enfin. très bien.. Comment avait-elle pu se laisser aller ainsi avec un quasi-inconnu ? Jamais encore une telle chose ne lui était arrivée. — C'était. — Quand nous revoyons-nous ? . presque timide. puis-je.. une main sur la poignée.. Elle se laissa alors glisser de ses genoux et retomba sur le canapé près de lui. Il intensifia sa caresse. — Ça va. Il s'immobilisa devant la porte. Elle se passa les mains sur le visage avant de lui sourire. Il faut que j'y aille. peux faire quelque chose pour vous ? — Non. — Ah ? Blessée par son brusque départ. merci. est-ce que je. Lorsqu'elle rouvrit les yeux. Mélissa croisa les bras sur sa poitrine. elle jeta un coup d'œil à l'érection qui gonflait son pantalon. je veux dire. Je peux. répondit-il en se levant pour se rajuster. Alors.. médusée. — Hum... qui provoqua chez Riley un sourire narquois. Qu'espérait-elle donc ? Des guili-guili câlins pendant deux heures ? — Oui. l'air incrédule et l'œil de nouveau spéculateur. — Vraiment. avant de se réprimander intérieurement. Mais il ne la laissa pas faire. il la fixait toujours.lentir. bien sûr. j'ai bien mérité de souffrir un peu. Comme je vous ai fait vivre un début de soirée infect. tant était grande son envie de se perdre à jamais dans cette marée d'émotions..

les yeux clos. me conviendrait tout à fait. non ? Elle avait réussi l'examen.. Mais non. Perle-Rare et elle-même. derrière la fenêtre de l'appartement d'une autre. D'accord. et vite ! — D'accord. Mais qu'avait-elle donc ? Elle aurait pourtant dû faire les pieds au mur en s'accordant les félicitations du jury. elle courut à la fenêtre pour le regarder descendre la rue d'une démarche féline et confiante. seule. approuva-t-il en souriant. elle restait plantée là. mélancolique. ta relation purement physique. non ? Elle noua de nouveau les bras autour d'elle. Au lieu de se réjouir. Mais après-demain. Elle tenta de prendre une attitude aussi détachée que possible pour une personne en train de programmer un rendez-vous sexuel avec un inconnu à qui elle venait juste de se livrer. la bouche étirée en un sourire aussi béat que bébête. en revanche. abandonnée et insatisfaite. Sur un dernier au revoir de la main.. tu l'as eue.. si elle suggérait demain ou après-demain ? Sans doute. Mélissa. bafouilla-t-elle. puis tourner le coin et disparaître. C'est bien ce que tu voulais. en rêvant que l'homme qu'elle appréciait justement pour sa non-implication re- .. elle referma la porte puis se laissa aller contre le battant. elle allait les explorer. sans aucune entrave. Ah non. c'est trop tôt ? Risquait-il de la prendre pour une obsédée.. A après-demain. pardon. Elle l'aurait. son expérience. alors que tout en elle avait envie de chanter à pleins poumons parce que cet inconnu voulait la revoir. tu l'as voulue. l'esprit en ébullition. mais combien de temps pourrait-elle supporter d'attendre avant de le revoir ? — Même heure demain ? Oh oui ! — Ça me paraît. malgré l'orgasme le plus stupéfiant qu'elle eût jamais vécu. Elle était désirable. et en ramener des tonnes de souvenirs sensuels qui lui seraient bien utiles quand la routine aurait tué tout désir entre M. alors.— Euh. ces fameuses hautes herbes. son aventure. Sous le coup d'une impulsion. pas demain : je travaille. Tout de suite.

vienne et lui fasse revivre tout cela. .

étira ses jambes ankylosées et jeta un énième coup d'œil à sa montre : elle n'était là que depuis trois quarts d'heure. il avait fini par céder lorsqu'elle lui avait fait du charme. où qu'il aille. Elle finit par replier le quotidien et le jeter sur la. D'ici quinze jours. Puis elle attendrait le prochain convoi. ou peut-être même un homme en mal de compagnie pour quelques jours. Il lui suffirait d'attendre la toute dernière seconde avant la fermeture automatique des portes pour sauter du train sans laisser le temps à d'éventuels poursuivants de descendre. annonça une voix dans les haut-parleurs de la gare. mais ne serait-ce pas là notre bonne copine Rose ? La voix nasillarde et inconnue qui s'éleva derrière elle lui fit dresser les cheveux sur la tête. et au sourire trop poli pour être honnête. et elle explosait. Elle fit volte-face.4 — Le train à destination de Middleboro partira à 8 h 10 de la voie G. elle essaierait de dénicher un hôtel pas trop cher. excédée. par exemple. elle appellerait le sénateur Bidule pour lui demander comment cela se passait à Boston. eh. l'autre les cheveux go- .. Ensuite. Si son patron avait renâclé devant sa requête. Peut-être qu'un magazine à scandales lui ferait trouver le temps moins long d'ici le départ de son train. la durée des vacances qu'on lui-avait accordées à Harvard lorsqu'elle y travaillait comme secrétaire. et se retrouva face à deux armoires à glace en costume-cravate.. table. Elle avait opté pour le plan le plus simple : l'un des arrêts sur la ligne de Washington. songea-t-elle en se dirigeant vers le kiosque. Une ligne de nouvelles en plus. Rose abaissa son journal. et répéterait l'opération jusqu'à être certaine de s'être perdue dans la nature. — Eh. Elle n'était pas décidée à quitter définitivement la ville. Deux semaines. et il devait bien y avoir un moyen de. L'un avait le nez bosselé.

juste une petite balade. Ne vous. et une petite conversation. rien de plus.. Bon sang. Gomina avança d'un pas.. Mais d'abord. réussit-elle à bredouiller d'une voix un peu trop aiguë.. — Je crois que nous avons un ami commun. elle tourna les yeux vers le lieu où elle avait vu disparaître ce Slate. Elle aurait été incapable de dire si elle ne rêvait que de fuir à toutes jambes.. s'extasia Nez Cassé. mais où était Lancelot du lac ? Car si elle ne voulait mettre personne en danger. ressemblant vaguement à un rire. les oreilles bourdonnantes. et plus peut-être. et lui empoigna le bras. — Eh bien. — Que me voulez-vous ? — Oh. elle avait quand même grand besoin d'un allié. — Allons. Rose ! Deux .. répliqua Nez Cassé en s'inclinant vaguement. elle agrippa son sac. ? répondit-elle en tentant de refouler la panique qui l'envahissait.. les nerfs en surrégime. Elle lui échappa avec un cri affolé. En un effort désespéré pour ne pas paraître trop affolée. — Ah.minés. — Ne me touchez pas ! Je vous préviens. mais un rire mêlé de panique. à faire semblant de ne pas savoir qu'ils allaient la menacer. Désespérée. ou si elle avait également envie de demander à ces guignols s'ils savaient qu'ils avaient l'air de stéréotypes. Rassemblant son courage. le sourire toujours aux lèvres. Mais elle se contenta de rester plantée là. En vain. je vais hurler. Et tout de suite.. la brutaliser. — Je vous demande pardon. — Comme c'est gentil. — Rose ! Attends. on aimerait bien que vous veniez faire un tour avec nous.. elle releva le menton et toisa son interlocuteur. Ce qui sortit de la bouche de Rose ne fut qu'un son étranglé. j'y crois pas ! C'est bien toi.. temporisa Gomina en souriant de plus belle. je suis venue attendre un ami. Rose.

mais avant de tourner les talons. Je travaille. Tant que ça. et face au visage souriant de messire Slate-Lancelot du lac. reprit-il en gonflant la poitrine avec fierté. — Euh. toi non plus. J'ai pris du grade.. je suis si contente pour toi. et lui plaqua deux gros baisers sonores sur les joues. J'avais toujours dit que j'y arriverais. on s'en allait. Il hocha la tête.. ce sont tes amis ? demanda-t-il en la serrant contre lui et en souriant aux deux comparses. Rose. maintenant. — Cinq ans. j'habite à Framingham. Tu es superbe. vraiment. bougonna Nez Cassé en reculant de quelques pas. — Toi. que sa présence rassurante. ou allaient-ils attendre ? A moins qu'ils ne voient clair dans la tentative de sauvetage de Slate. j'ai toujours eu le béguin.. je suis lieutenant. presque anéantie à force de soulagement. dans la police. siffla-t-il. Entre nous. mais.. puis la firent pivoter loin de son pire cauchemar. Prise de frissons. Désolé de monopoliser ce joli brin de fille. solide et rassurant. médusé... réussit-elle à coasser. et ne lui fassent également des ennuis ? — Moi. elle se détacha de Slate et lui offrit un pauvre sourire. il ajouta avec un sourire glacial : — A très bientôt.... tu te souviens ? — Lieutenant.mains puissantes lui encerclèrent la taille. Rose ! Ça fait combien de temps ? Cinq ans ? Tu n'as pas changé d'un iota ! M'attira à lui. non. après tout ce temps. mais ça me fait tellement plaisir de la revoir. Allaient-ils la laisser tranquille.. maintenant. Les mots me manquent. Elle les suivit des yeux tandis qu'ils traversaient la gare en direction de la rue. où ils allaient sans doute l'attendre. oublier l'existence même des deux autres malabars. — Merci. non.. Le regard bêtement fixé sur lui. merci. Gomina l'imita. tu n'as pas changé. je vis ici. elle ne voulait plus voir que lui.. . justement. mais que deviens-tu ? — Eh bien. tu y es arrivé ! — Elle lâcha un gloussement quasi hystérique — Oh. — C'est pas vrai. — Au fait.

Il plissa les yeux et l'examina avec intensité. ne vous gênez pas pour moi. en cet instant précis. il se pencha vers elle. sombre. oui. En fait. reconnut-elle. l'air soudain très sérieux. . répliqua-t-elle en faisant tourner la bouteille à moitié vide entre ses mains tremblantes. C'est ça le pire ! Je sais que ça a l'air ridicule. Je vais chercher quelque chose à boire. elle avait l'impression que ce bel inconnu était son seul lien avec l'humanité. — Auriez-vous des problèmes ? — Eh bien. même.. — Je sais que vous n'avez aucune raison de me faire confiance. Mais ils ne le savaient pas. Etes-vous vraiment policier ? — Pas du tout. Et si vous voulez vous offrir une crise de larmes. Glissant un bras sur le dossier du banc. c'est parfait. Slate s'installa à côté d'elle et la regarda boire. Merci. puisqu'il ne m'est encore rien arrivé. Fabuleux. Elle lui retourna un regard aussi honnête que possible en priant pour qu'il la crût.. — Je l'ignore. Asseyez-vous et essayez de vous détendre. sortit de sa poche la monnaie exacte pour une bouteille d'eau. Et si elle accepta volontiers et l'eau et l'attitude de Slate. mais c'est pourtant la vérité. Il hocha la tête. puis revint à grands pas. je n'en ai pas la moindre idée. au milieu de la cohue et du brouhaha de la gare. répondit-il en l'entraînant vers un banc.et abandonna son masque jovial pour la dévisager du haut de son mètre quatre-vingt-cinq. — Que voulaient-ils. Mais ils ne peuvent rien faire pour moi. J'ai sûrement vendu des petits pois qui ne voulaient pas cuire à quelqu'un . Sur ces mots. Rose ? Elle haussa les épaules. je. elle dut agripper la bouteille pour l'empêcher de se renverser. il s'en fut jusqu'au snack le plus proche. mais à qui. Car. — Etes-vous allée au commissariat ? — Bien sûr. — J'aurais peut-être dû vous prendre un truc plus fort. — Non. avant de se pencher plus près.

C'était tout à fait le travail qui convenait à son état d'esprit actuel.. Il avait dit cela d'une voix basse et calme. il fixa la planche qu'il avait entre les mains. Riley ajusta la planche de chêne sur son établi. vraiment.. au moins. Merci. mit sa scie en route et découpa proprement le bois.. faites ce que vous voulez. positionna les guides de coupe. Et pourtant. coupat-il tout en lui effleurant l'épaule. — Je ne peux pas vous demander de. Rose dut lutter contre les es qui affleuraient à ses paupières. — Oh non ! Incrédule. Vous voulez bien que je %vus aide ? Peu habituée à une telle gentillesse. Il venait de couper un devant de tiroir dans le bois qu'il avait déjà scié pour le flanc de la commode.. tout cela ferait un autre tiroir pour la commode qu'il fabriquait pour son neveu Léo. un angle bien droit.. il aurait dû savoir qu'il était inutile de se lancer dans une tâche exigeant de la concentration quand on était aussi bizarrement. La bouche de Slate s'épanouit sur un merveilleux sourire. Puis il contempla son ouvrage avec un sourire satisfait. per- . et qui lui donna envie de crier : « Oui. Il lui prit la bouteille des mains et la hissa sur ses pieds. Rose.mais j'aimerais vous aider. mais seulement si vous connaissez un endroit perdu au milieu de nulle part où je pourrais disparaître deux semaines. puisque je vous le propose. — Vous ne me demandez rien. s'il vous plaît. mais sortezmoi de cette gare en un seul morceau ! » — Et votre ami ? — Son train ne va plus tarder. mais il vient voir tout un groupe d'amis. Des lignes nettes. il ira dormir chez un des autres copains. rassurante... d'une voix capable d'amadouer un animal blessé. je connais l'endroit idéal. — Croyez-le ou non.. Impeccable. — Merci. J'accepte. Depuis combien de temps n'avait-il pas fait une boulette aussi ridicule ? Vingt ans.

à affronter la mort chez les Marines. deux fois plus attirante qu'il ne l'avait imaginé. Foutaises ! Elle l'avait mené en bateau presque toute la soirée. l'aventure sexuelle dont elle rêvait. Cette Rose l'avait déstabilisé dès la première seconde. car son naturel pour le moins inattendu la rendait deux fois plus belle. De lui offrir la sécurité dont elle avait besoin. Et quand. et cela alors qu'il était persuadé qu'une femme telle que Rose n'arriverait jamais à le manipuler ! Il était tombé amoureux. arracha ses lunettes de protection et sortit du garage. Jusqu'à ce qu'il eût pénétré dans l'appartement chichiteux et . En bref. de la faire sienne.. à savoir ce qu'il voulait de la vie.turbé qu'il l'était en ce moment. tout entraîné et discipliné qu'il fût. . il s'était laissé avoir par ses ruses éculées après l'avoir volontairement malmenée. à décevoir son père en laissant tomber Princeton pour faire le tour du monde sans un sou en poche. consterné. cette femme l'avait rendu fou. ce qui le poussait à avancer. jusqu'où on pouvait le titiller. et il errait sans but dans la maison comme un adolescent frustré.. il était incapable de gérer de tels retournements émotionnels. Parvenu sur le seuil de sa cuisine. Cela faisait deux heures qu'il était rentré de son rendez-vous avec Rose — ou quel que fût son véritable prénom —. Car. D'un geste rageur. il avait vu couler ses larmes. Il lui avait même donné un véritable baiser d'amant ! ricana-t-il. sentiment qu'il ne cultivait généralement pas envers les femmes. Cette mutation l'avait tellement sidéré qu'il s'était sauvé tout de suite après. il pila net et serra les poings. Cette fille était une véritable artiste en la matière. Oui. Il s'était bel et bien fait avoir comme un bleu. il avait appris à bien se connaître. Cette « innocence » avait éveillé en lui de la tendresse. jusqu'au moment où elle avait tombé le masque en ouvrant grand les jambes et en se laissant aller à son propre plaisir. peu fier de lui. il se connaissait à fond. Du moins. il avait éprouvé un besoin jaloux de la protéger. il balança la planche sur le tas de copeaux. Après toutes ces années passées à tant exiger de lui-même.

en lui donnant cette bise ridicule sur la bouche. de la manière la plus primitive. C'était probablement le seul sentiment authentique dont elle eût fait preuve au cours la soirée. Il se plongea dans ces exercices habituels et rassurants. bien décidé à chasser Rose de son esprit. jusqu'à ce qu'il perçoive sa terreur. puis provocatrice. Un peu de jogging lui ferait le plus grand bien. Mais l'approche de l'inconscience affaiblit ses défenses. ses murmures. Et l'espace d'un instant de folie. furieux. la plus arrogante qui fût. autour de son pénis. Car. à sa grande honte. Le réfrigérateur émit un grincement de protestation devant la violence avec laquelle il en ouvrit la porte. s'en rendre maître. Par la fenêtre ouverte. . étirements. promenant ses lèvres partout sur lui. Il la désirait. la dominer comme elle l'avait elle-même dominé. décida-t-il avant d'enfiler un short et de sortir. écrasa le carton. De retour chez lui.. bon sang ! Il la désirait encore. il s'était laissé aller à ce besoin primitif de domination. et elle revint. Mais aussi. course.. prit une douche et se glissa dans son lit tout en se raccrochant à cette discipline du corps et de l'esprit à laquelle il avait appris à se fier. Merde. le jeta dans la poubelle et partit dans sa chambre. un peu comme en cet épouvantable instant où il avait été à deux doigts de la violer. jusqu'à en avoir les mollets tremblants. sur son ventre. qui l'avait embobiné en moins d'une heure. il engloutit un demi-litre d'eau. Echauffement. Il projeta son poing contre la porte. Riley s'éveilla en sursaut et fixa le plafond.. assouplissement. Il avala un fond de jus d'orange. Détends-toi. Il fit le vide dans sa tête.. le rugissement occasionnel d'un moteur. vulnérable et secrète. elle l'avait provoqué. Il voulait la posséder. séductrice. Le sexe aussi dur que du granit. Avec ses sourires. le rire d'un voisin qui sortait son chien.surchargé d'une croqueuse d'hommes bécasse et manipulatrice. un courant d'air lui apporta la rumeur et les bruits de la rue.

Il se remit sur le dos et reprit ses exercices de relaxation habituels. il avait juste eu la sottise de se croire blindé. mains collées sur la tête comme pour en interdire l'accès à son rêve. Oui. attrapa une serviette. en rêvant d'y retrouver un peu de son odeur. Il ne pouvait même pas résister à son souvenir. . se caparaçonner. On se reprend. Comme elle n'était qu'une manipulatrice habituée à gober les hommes. Elle l'avait bien fait tourner en bourrique. la noua autour de ses reins. Merde. Il avait pour mission de retrouver un objet volé. Puis il retourna sous la douche. Mais. en commandant à son esprit de bannir Rose et de le laisser dormir. Elle avait gagné. C'est-à-dire aucun. en vue de la prochaine visite. Assez. un sourire aux lèvres. Moralité : il allait minutieusement se préparer. bientôt. maintenant. cette sorcière ! songea-t-il en portant la main à son aine. Il finit de se sécher et étendit avec soin le tissu-éponge sur son support. mais elle n'était pas la première . Riley. il allait se focaliser sur le portrait afin de mettre très vite la main dessus. pas de jouer aux pères-la vertu. et porta sa main à ses narines. Il renonça. les images refusaient de s'en aller. Il écarta violemment le rideau de plastique. têtues. en se souvenant de la manière dont elle avait cambré son corps mince contre lui. et se retrouva en train de donner de grands coups de reins au matelas. On arrête de se vautrer dans son erreur et on reprend tout dès le début. il pivota sur le ventre. Cette Rose n'était qu'une nouvelle péripétie qu'il allait devoir apprendre à maîtriser. d'un interminable orgasme. Non. l'épisode n'aurait plus la moindre importance. en souhaitant trouver apaisement et oubli sous l'eau tiède. Et.Le corps couvert de sueur. Il jouit presque immédiatement. et ne fut pas loin de s'esclaffer en apercevant sa tête dans le miroir. Cette femme n'aurait sur lui que le pouvoir qu'il voudrait bien lui accorder.

Ils avaient ensuite dévalé l'escalier du métro et entamé un périple échevelé — en métro. un pull et ses sandalettes à talon. Merci. Dehors. Ce qui était faux. Et si elle n'avait pas la moindre idée de la manière de rembourser quelqu'un qui vous a sauvé la vie. deux ou trois façons de distraire les hommes.. veiller à son apparence et à ses fréquentations. Il avait pris sa détresse en main. de récupérer la voiture de Slate. Heureusement qu'elle avait plu à Slate quand ils avaient failli se percuter au tourniquet. elle était descendue de la camionnette de Slate dans les ténèbres les plus absolues et avait inspiré avec extase l'air frais et parfumé. Elle lui devait énormément. Alors. La nuit dernière.. Rose n'avait pas envie de se réveiller. Slate n'aurait pas à regretter de l'avoir aidée. des responsabilités. puisqu'il était professeur. ce n'était pas aussi pénible qu'à Boston. les vagues bruissaient gentiment dans la baie. pas de ligne sur écoute. d'ailleurs. tout cela lui avait semblé appartenir à un cauchemar lointain. elle connaissait. la trahison probable du sénateur. Autrement dit. Slate. songea-t-elle. comme si c'était son métier. Rien à voir avec Cambridge. avant de remarquer les murs de frisette dorés par le soleil . pas de téléphone du tout. et de prendre l'autoroute. le cambriolage. il faisait si noir cette nuit qu'elle n'avait pas songé à tirer les volets. qu'il fallait prendre des décisions. vue du fond d'un lit. La vie était si belle et si simple. C'était en en sortant que cela se compliquait. en revanche. Peut-être même la vie. à pied et en taxi — avant de revenir à leur point de départ en hurlant de rire. Pas de camionnette de réparateur télé. Elle finit par se redresser en bâillant. ni d'électricité. enfila une de ses robes bain de soleil. bien sûr. Elle se laissa glisser hors du lit.Pelotonnée sous ses couvertures dans le chalet de Slate. une mésange chantait . En ne voyant pas son ami à l'arrivée du train. ici. il avait carrément entraîné Rose vers la sortie. Même si. n'en déplaise aux deux Pieds Nickelés. parce qu'elle n'avait rien d'autre sous la main que sa panoplie de blonde. . les deux malabars de la gare. tout le confort.

elle avait perçu en lui un pouvoir qui la fascinait. Le plus long rendezvous de sa vie. Tout comme la maison était nue. nu. Il aimait se . Parvenue à la porte de la chambre. Elle inspira et souleva le loquet. Bien. des dessins d'enfant poussiéreux — ceux de Slate. Trop bien. puisque le sol était propre. Il l'inspecta du regard. dit-il en emplissant deux assiettes d'œufs brouillés auxquels il ajouta des lamelles de jambon cru avant de les poser à côté de deux muffins. quelques coquillages couverts de toiles d'araignées reposaient sur les rebords de fenêtres . recouvrait le plancher de pin . sans âme. comme s'il avait passé sa vie à gravir des montagnes inaccessibles. la salua Slate en sortant la tête de la cuisine. elle se raidit. armure endossée. Rose marcha jusqu'au coin repas et s'y installa. Son chevalier servant devait connaître le balai. il s'était comporté comme s'il improvisait leur fuite au fur et à mesure. sans vie. cependant. terne. — Je peux vous donner un coup de main ? — Non. De l'autre. leva le menton et lui rendit son sourire. aux coins élimés. à combattre de dangereux adversaires et à regarder la mort en face sans même un clignement de paupières. — Bonjour. merci. largement eu l'avantage sur elle. Incapable de déchiffrer son expression. le petit déjeuner est presque prêt. Deux pleines semaines à passer au milieu de nulle part avec un beau mâle qu'elle voulait rendre heureux pour le remercier. Le salon ensoleillé. je meurs de faim. lui parut horriblement froid. de haut en bas. D'un côté. Asseyez-vous. si accueillant la veille. elle hésita. Elle redressa la position. Approbatrice ? Désapprobatrice ? Elle eût volontiers opté pour la deuxième solution s'il n'avait pas aussi bien su dissimuler ses sentiments. gris verdâtre.songea-t-elle en relevant ses cheveux sous la perruque et en se maquillant. la veille. lieu aussi lisse. — Ça tombe bien. Il avait. Voilà. tout va bien. Elle pénétra dans la cuisine. aussi impersonnel que le salon. sans les souvenirs et le charme qu'elle aurait dû avoir. Un vieux tapis tissé. sans doute — étaient accrochés de travers sur les murs.

Mais allez plutôt vous changer. elle se concentra sur son petit déjeuner. Elle allait devoir garder profil bas pendant son séjour. proposa-t-elle.. Il reste. — Laissez-moi au moins faire la vaisselle. Un homme responsable n'étale pas ses sentiments.. elle acquiesça poliment.. Rose nourrissant Slate de questions à propos de la propriété. elle se plaqua une expression attentive et souriante sur le visage. — Qu'aimeriez-vous faire. Prendre la direction des opérations. Il les lui tendit avant de débarrasser la table. Rose ? — Euh. Mais comme il ne voulait pas lui montrer son chagrin. précisa-t-il avant de s'éclaircir la gorge et d'enfourner une énorme bouchée d'œufs. à enjamber les arbres morts. Même si elle n'avait encore jamais fait ça vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Typique. de la mer. En réaction. — Il va falloir que je vous trouve quelque chose d'autre à mettre. ce qu'elle avait déjà cru remarquer la veille. aujourd'hui. Il allait adorer cela. Lorsqu'il s'assit en face d'elle... Le cœur un peu serré. avant de s'asperger de son propre parfum afin de faire oublier celui qui imprégnait ses vêtements.débrouiller seul. de la vie sauvage. à l'étage. quelques vêtements de ma mère que je n'ai pas encore jetés. même s'il avait paru apprécier sa proposition. — Demain. Si le jean et la chemise . elle lui adressa un signe de tête. Les types comme lui adoraient jouer les chevaliers servants. il n'y avait qu'une chose à faire. afin que nous puissions partir. j'aimerais bien que vous me fassiez découvrir le coin. l'aider à escalader les rochers. prête à parier qu'il allait trouver un goût infect à ses œufs. jeter son manteau sur les flaques de boue.. Il secoua la tête. Le genre responsable. en fait. regagna sa chambre et se changea. sans aide. Elle vient juste de mourir. Puis il monta chercher quelques vêtements imprégnés d'une odeur de cèdre et d'eau de Cologne. jouer les maîtres de maison. Obéissante. si vous voulez. vous pourrez me donner un coup de main. Ils terminèrent leur petit déjeuner.

estomaquée. tout en repoussant l'envie qu'elle avait de saisir ses faux cheveux et de se les recoller tout de suite sur le crâne. Il tendit de nouveau le bras et lui ébouriffa les cheveux. Il n'allait tout de même pas vouloir la voir gambader dans la forêt en sandalettes à talons ? Elle n'y arriverait jamais. déroutée. Dans cette nouvelle tenue. Elle hocha la tête. ou plutôt débraillée. même. elle le dévisagea. ils étaient chauds et confortables. les manches de la chemise... afin qu'il pût voir sa peau quand elle se pencherait. Elle roula les jambes du pantalon. puis noua cette dernière à la taille. les mains sur les hanches. 11 déposa la dernière assiette dans l'égouttoir avant de faire un pas vers elle. Le sourire de Rose se figea.. Tout en se demandant si elle arriverait à chiper quelques heures ici ou là pour redevenir elle-même. Rembourser celui qui vous a sauvé la vie pouvait se révéler épuisant. tête nue face à lui. Les tennis étaient juste à sa -Pille. indispensable. l'air maussade et indécis. reprit-il en fixant sur elle un regard bleu toujours aussi indéchiffrable. Ainsi vêtue. c'est mieux. constata-t-elle. un peu surprise.. Peut-être avait-elle mal compris ce qui l'atti- . pour lui faire comprendre l'importance qu'elle accordait à son avis. avant de retourner dans la cuisine. Mais quel prix minime à payer. — Là. — Cela vous plaît ? C'est mieux.. — Encore mieux.étaient un peu trop grands. non ? interrogea-t-elle Slate avec juste ce qu'il fallait d'anxiété. . Infiniment mieux. ou plutôt ce qui ne devait être qu'un amas graisseux après une journée passée sous la perruque et une nuit sur un oreiller. il avait levé les mains et lui avait arraché son postiche. se dit-elle avec un soupir. ou de. et elle allait devoir faire des efforts pour conserver l'air qu'elle avait alors : celui d'une femme en détresse — et le faire se sentir utile. Mains plaquées sur la tête. Avant même qu'elle ne l'ait vu bouger. Il faudrait que cela suffise.. elle perdait l'apparence qui avait attiré Slate à la gare. à moins de se tordre une cheville. en contrepartie de sa sécurité. elle se sentait vulnérable. qu'il posa sur le comptoir.

souffle coupé.K. aucun homme n'a jamais osé faire avec vous. — Rose. tendre la main et effleurer son torse par sa chemise ouverte. Allons-y. — Que. Mais alors. . commença-t-il d'une voix basse et cassée. si elle l'avait voulu. Elle en laissa retomber sa mâchoire. que voulez-vous faire ? Il se pencha encore plus près.. je pense qu'il est juste de vous prévenir : pendant votre séjour ici. elle le voulait. — O. avec une telle force qu'elle en fut stupéfaite. je vais essayer une chose qu'à mon avis. Il se rapprocha d'un pas. Aucune réponse convenable ne lui vint à l'esprit. je suis prête. ne pensait plus rien. près. si près qu'elle aurait pu.. Elle ne savait plus rien. — Découvrir votre bon Dieu de véritable personnalité. Et. Dieu lui vienne en aide. si près qu'elle perçut son odeur. et lui sourit..rait chez elle. sa chaleur. comme s'il allait lui dévoiler un sentiment dur à admettre. Peut-être préférait-il les filles ordinaires. pourquoi avoir dragué une blonde platinée en hauts talons ? Elle s'imposa un sourire. plus crispé que prévu.

elle faillit basculer en arrière. Rien. elle s'était surprise à y pénétrer et à acheter une panoplie de policier. Eh bien. Il était presque midi. comparé à son fantasme ? Comment avait-elle été assez chanceuse pour vivre une telle situation. que représentait son travail. Dire qu'il allait falloir attendre jusqu'à demain ! Elle avait fait l'emplette d'un magazine vantant les « Dix vilaines manières qu'il a de vous rendre folle ». tout l'excitait. s'étira et contempla le plafond. — Eh. tout en riant sous cape de la tête que ferait la vieille caissière si elle savait l'usage qu'elle comptait en faire...5 Tout en se balançant sur sa chaise de bureau. ça. C'était bien le. Elle aurait facilement pu imaginer neuf des manières dont il pouvait la rendre folle. elle ne trouverait peut-être jamais le culot de s'en servir. et elle n'avait encore rien fait. Mélissa fit courir un doigt rêveur sur son clavier. D'accord. mais avait ensuite passé une heure à discuter avec la libraire des conseils de décoration contenus dans ce même mensuel. La dixième. . Bien sûr. Enfin. en revanche. en passant devant un magasin de jouets. songea-t-elle en achevant sa lecture de l'article au titre racoleur.. mais les avoir. la sauvageonne en elle était encore un peu corsetée. Pourtant.. avec un tel homme ? Elle ne le saurait jamais.. Bon. rejeta la tête en arrière. l'excitait. quelqu'un m'aime ». mais elle voyait mal le Dieu qu'on lui avait inculqué lâcher ses obligations pour venir donner du peps à sa vie sexuelle. rien de rien. Mais. Mais alors. A vrai dire. Puis elle poussa un soupir. sauf si on comptait imaginer en détail un film érotique avec en vedettes elle et Riley.. devine quoi ! Sous le coup de la surprise. elle n'était pas sûre que son patron voulût en tenir compte. menottes incluses. on pouvait toujours ressortir le cliché « Là-haut.

. Celui qu'on n'a jamais retrouvé.— Dieu du ciel. — Je ne sais pas à quoi tu rêvassais. maintenant. mon frère qui est dans la police. Alors. ça fait quoi. à moi aussi. Elle jeta un regard étrange à Mélissa. Eh bien. Mélissa fit alors rouler sa chaise loin de son ordinateur inutile et décocha un sourire béat à son amie. parce que si c'est vraiment aussi extatique que ça en avait l'air. huit ans qu'on se connaît ? Et durant ces huit ans.. et qui est catalogué dans.. accouche. ne refais jamais ça ! Tu m'as fait une p… — Tu te souviens de ces fameuses miniatures que tous les musées du pays s'arrachaient. Penny fit le tour du bureau et jeta un regard entendu à l'écran de l'ordinateur. soupira Penny. et c'est le type le plus incroyable que j'aie ja- . Tu as quelque chose en tête. car quelle femme ayant une aventure avec un type aussi stupéfiant que Riley n'aurait pas envie de fanfaronner devant ses copines ? — Mélissa. — C'est cela. ou plutôt quelqu'un. . reconnut Mélissa. il y a quelques années ? poursuivit Penny en entrant dans le bureau. — Hou hou. ça pourrait m'être utile.. par exemple. j'étais un peu à sec. oui. Penny. Franck.... mais je vais le savoir.. Et tiens-toi bien. innocente. Et en rêvant de se faire tirer les vers du nez. m'a appris qu'une d'entre elles a refait surface ici. — D'accord. tu me dis son nom ? — Quel nom ? s'étonna-t-elle en cillant.. Bon. j'en suis sûre. — Mais de quoi parles-tu ? J'étais en train de préparer le discours que doit faire le grand patron ce soir. à Boston. Mélissa sentit le rouge lui monter aux joues. — Il s'appelle Riley. Mélissa ? — Hein ? Malgré ses efforts désespérés. tu n'as jamais réussi qu'à me cacher un seul de tes sentiments — ta peur que je n'aime pas le spectacle des Chippendales que tu m'offrais pour mes vingt-cinq ans.. sur lequel frétillaient des poissons multicolores. il paraît que ça serait le portrait qu'Hilliard avait fait de la reine Elizabeth sur ses vieux jours.

— Il est gentil. se justifia-t-elle. A court d'épithètes. peut-être trente-cinq ans. Et puis.... elle l'a appelé. Mais qu'es-tu en train de faire. persifla Penny. Le regard sceptique de Penny le devint encore plus. — Alors. non. — On s'est rencontrés une seule fois. Et il est magnifique. en quelque sorte. il est jeune. et puis. — Tu n'en sais rien ? s'étonna Penny... Tu comprends. eh bien. on y arrive. si j'ai bien tout pigé. elle en chercha pour le décrire. ce n'est pas comme si je l'avais rencontré dans un bistrot.. — Il est gentil. soudain consciente du fait qu'elle aurait du mal à décrire ce qui s'était passé sans paraître sordide. . — Eh ben voilà. dangereusement érotique furent les seuls qui lui vinrent à l'esprit. — Et tu ne m'en as rien dit ? — C'est arrivé tellement vite. mais ardent.mais rencontré. Rose. même Rose ne le connaît pas ! Mélissa se tortilla sur sa chaise.. s'exclama Penny en tirant une chaise à elle. par le biais d'une amie commune.. — Rose comment ? Elle lui jeta un regard vide. — Hein ? Cette Rose ? Celle qui sort avec tous les richards de la ville ? Celle dont tu m'as dit qu'elle devait avoir un problème ? Mais qui est-il ? Un croulant milliardaire et mafieux ? — Oh.. Mélissa ? Est-ce que cela a un rapport avec ce truc de coucher avec un inconnu dont tu parlais l'autre jour ? — Euh.. C'est l'ami d'une amie de Rose. Riley comment ? Son sourire s'évanouit. A ceci près qu'il ne s'agit pas d'un parfait inconnu. — Tu comprends. — Qui l'a appelé ? — Rose... Son nom ? — Euh.. ? — Ma voisine de palier. et le lendemain soir. Rose..

sans nom de famille — lequel débarque chez toi pour. alias Riley — et qui plus est. le plumard est par là ! » — C'est à peu près ça. Mélissa. a un problème puisqu'elle passe son temps avec de vieux débris — et tu lui demandes avec qui tu pourrais bien t'envoyer en l'air. — Tu m'as dit qu'il s'appelait Riley. au fait.. les mains sur les hanches. — Pas vraiment ? — Non. je veux dire. admit-elle à contrecœur. Elle s'exhorta à la patience. la coupa Penny en se levant. — J'étais partie. te dit : « Salut. — Et qui le connaît vraiment ? — Amanda. Enfin. — Mais je n'en sais rien ! Pourquoi toutes ces questions ? On croirait ma mère ! Tout ce que je sais. on reprend tout. pendant que tu poireautes là. Elle se tut. — Amanda comment ? l'interrogea Penny.. — O.— Pas vraiment. te fixe un rendez-vous avec l'ami d'une amie répondant au nom de Tom. et toi tu réponds : « Super ! Viens vite. Elle n'était pas là. selon toi. — D'autres trucs. quand elle a téléphoné. — De mieux en mieux ! Elle te fiche à la porte. ce que tu acceptes sans discuter. soucieuse.... qu'elle te déniche quel- ..K... c'est que Rose m'a parlé d'un ami très sexy d'Amanda. excédée. on a fait d'autres trucs. Si jamais elle disait à Penny que c'était Rose qui lui avait demandé de s'en aller.. Tu vas voir Rose Machin — qui. rectifia Mélissa en levant les yeux au ciel. l'amie de Rose. qui s'appelait Tom. — Ah booon ! Génial ! Donc. Tout ce scénario me donne la chair de poule.. Et qui te dit que Rose ne t'a pas tendu un piège ? Ça ne t'a pas paru bizarre. — Riley est son deuxième prénom. elle appelle Dieu sait qui. — Dans l'appartement de Rose. on n'en sortirait jamais. suspicieuse.. A ceci près qu'on n'a pas vraiment couché ensemble. C'est Rose qui.. Il. répéta Penny. et pendant ton absence. Elle appelle quelqu'un que tu ne connais ni d'Eve ni d'Adam et qui n'a pas de nom de famille. et. il se pointe chez elle.. non... je ne m'appelle pas Tom mais Riley ».

Ça nous fait une base. Mélissa ? Il s'est pointé en te prenant pour elle ? Elle fit la grimace.. à qui rien n'échappait. — Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Penny.. juste après m'avoir appelée Rose. temporisa Mélissa. Même si cela expliquait pourquoi Riley avait cru qu'elle simulait. si Mélissa est ton véritable prénom ? C'est votre véritable prénom ? Un souvenir vaguement désagréable lui revint. Aberrant. — Que s'est-il vraiment passé. ne peut avoir un seul et même nom ? — C'était un lapsus. non. — Euh. elle-même amie de Rose dont ce n'est certainement pas le vrai nom. dans cette histoire. En fait. peu encline à admettre cette éventualité. si tant est qu'elle s'appelle comme ça. parce que c'est exactement ce que Riley m'a demandé. « Elle gâche tout ». — Es-tu certaine que ce Tom-Riley connaît Rose ? insista Penny. Pourquoi il avait voulu connaître le nombre de ses . cet ami d'Amanda. L'impression vaguement déplaisante commença à se muer en impression carrément déplaisante. Parfait. — Parce qu'il t'a appelée Rose ! C'est incroyable quand même ! Pourquoi est-ce que personne.qu'un juste pour le lendemain ? Combien connais-tu de gens capables d'accepter ce genre de rendez-vous ? Oublie cette question. il sait que je ne suis pas elle. ce Tom tiret Riley — en admettant que ça se rapproche de sa véritable identité — ne sait pas où tu habites. soudain nauséeuse. Mais j'ai pensé qu'il serait de toute façon plus futé de ne pas dire à Riley où j'habitais. Ridicule. songea Mélissa. Mais dis-moi. Mélissa ? Enfin. — Ah. pourquoi diable aurait-elle voulu que tu fasses cela dans son appartement ? — Je n'en sais rien. Il te reste quand même un fond de bon sens. — C'est drôle. En résumé. Enfin.. elle est idiote. — C'est bien ça. donc. — Rien. ah ! triompha Penny. je ne crois pas qu'elle m'ait dit le connaître personnellement.

tu veux ? Ce n'est pas drôle.. j'aimerais bien que tu couches avec une de mes copines prénommée Mélissa » ? Enfin.. elle se sentait vraiment malade. — Attends une minute. Tu n'as pas son numéro? C'était probablement le jour le plus humiliant de son existence. les autruches ont plus confiance en leur charme que toi ! Tu racontes n'importe quoi. Aucun homme ne pourrait dire non à cette femme. appelle-le et.. pour elle qui avait toujours sagement suivi les rails.. — Oh.. — Eh bien. oh. avant de s'interrompre devant sa mine penaude. — Moi non plus. ne me dis pas. A moins que. pourquoi il n'arrivait pas à avaler mon inexpérience..... — Boucle-la. Tom-Riley. je n'arrive pas à imaginer qu'elle ait oublié ce détail.. Surtout qu'on a rendezvous demain. commença Penny. sourcils froncés. Mélissa. s'il te plaît. — Je sais. je veux dire. Mélissa perçut le refus qui montait en elle. Même si ça expliquait... reprit son amie. Peut-être n'était-ce pas le cas. Non. Même si c'était un parfait étranger. Tout en disant cela. ça éclairerait. non ! — Je parie que Rose lui a fait croire qu'il venait pour elle. il y a un seul truc primordial dans tout ce fatras : tu ne dois pas revoir ce type. Pire que. — En fait. Elle ne voulait pas renoncer à Riley. Et Penny n'arrangea pas les choses en éclatant de rire. certains trucs. Même si ça expliquait sa fureur devant le puéril baiser qu'elle lui avait donné. En fait. — Dieu du ciel ! j'aurais payé cher pour être une mouche et vous voir.. Et. Par exemple. Rose n'aurait-elle pas dit : « Allô. reconnut-elle.. et lui en train de se demander où était passée la star du X qu'il était venu voir.amants et n'avait pas compris qu'elle lui demandât d'être son professeur. en fait. toi sur les nerfs. âpre et féroce. Pire que celui où Bill lui avait dit qu'elle n'avait pas un poil de sexappeal comparée à Michelle Pfeiffer.. tout. l'heure était venue de sauter en marche.. .. Cette fois.

Salaud ! Il reposa le combiné sur son support. L'idée ne devrait pas trop le rebuter. Ce serait bête de le revoir. en s'efforçant de ne pas l'éc- . la tonalité lui apprit qu'il avait reçu un message. ni ses possibles suites. — Tu as raison. Elle lui dirait qu'elle n'était pas Rose. Riley attrapa le téléphone pour appeler sa sœur. et il composa le code d'accès à sa boîte vocale. Toute la journée d'hier. d'explorer les hautes herbes. cette nuit. avant que l'inévitable clôture barbelée ne se refermât définitivement sur la sage Mélissa.A voir la manière dont elle s'était abandonnée dans ses bras. l'innocente Mélissa. De ne pas songer à quoi elle ressemblerait. qu'il saurait libérer la créature sauvage qui rôdait depuis trop longtemps en elle. En fait. il s'était efforcé de ne pas penser à Rose. Aucun portrait découvert sur elle. elle était persuadée que Riley possédait la clé. il devrait même être soulagé d'apprendre qu'il avait affaire à elle. peu avant son retour à la maison après une enquête infructueuse. disait Slate. Bonne chasse. à ce qu'il éprouverait. de ne pas anticiper leur rendez-vous de ce soir. « Désolé d'appeler si tard. Le temps de laisser quelques mots sur le répondeur de Karen pour lui annoncer qu'il emmènerait Léo à l'aquarium dans la matinée. Rien que pour lui. Elle reverrait Riley. » Il dut fermer les yeux pour tenter de chasser un irrationnel accès de jalousie. La douce. Une voix enregistrée lui indiqua que l'appel datait de 2 heures du matin. Lui seul pourrait offrir à la bête une chance de déployer ses ailes. Mais que cette bêtise allait avoir bon goût ! Lorsqu'en terminant son café du main. Aussi simple et directe que pouvait l'être une gentille fille juste un peu en proie à de luxurieux démons intérieurs. Slate l'avait embarquée au milieu de nulle part. et verrait bien s'il était d'accord pour continuer. Et pendant tout cela. Rose est avec moi dans le Maine. à voir son excitation de la dernière fois. l'intègre.

Il y avait de grandes chances pour que celui-ci. Et. que les autres se contentaient d'une simple surveillance visuelle. Pour fouiller. de gesticuler. la sentinelle devant l'immeuble devait la croire dans les bras de Morphée. tout en déambulant ici et là. déjà intrigué en écoutant Rose et ce Tom au téléphone. Riley attendit d'avoir refoulé sa colère et reprit son sang-froid. il aurait dû être navré pour Slate. donc. il avait fait en sorte de ne pas être suivi : donc. Au lieu de vouloir lui casser la tête. quitte à tuer pour le ronger en paix. Assis sur le tapis du salon. Si Slate avait appelé à 2 heures du matin. son appartement était libre d'accès. laissât un morceau de cœur dans l'histoire. Réfléchissons. A cette heure-ci.rabouiller.. Qui Rose allait-elle devenir. loin de la fenêtre. d'apaiser son souffle précipité. Et s'il ne doutait pas que le FBI avait caché un micro quelque part. exit Rose. il ferait mine de chercher des vêtements dans le placard ou de quoi faire le petit déjeuner. il était persuadé. de rire. parfois hors de vue — mais l'œil toujours aux aguets. En revanche. pour allécher Slate et le faire renoncer à ses préventions envers les femmes ? Le prototype de la fille ordinaire. en revanche. hier soir. Il lui suffirait donc de faire semblant de lui parler. Elle avait son lit contre le mur. en parfaite opposition avec le charme juvénile de son ami ? Comment lui souriait-elle ? Gentiment ? De façon suggestive ? Il tenta d'assouplir ses muscles rigides.. puis sa rencontre avec le FBI. faite pour lui ? Une créature fatale et exotique. Peut-être même de se pencher pour l'embrasser. personne ne savait que Rose avait filé. il deviendrait la cible idéale pour quiconque était à la recherche du portrait. il trouverait le portrait ce matin. bien sûr. Dans le meilleur des cas. Au pire. Ce qui le tentait d'autant moins que les semblables d'Allston avaient la rancune tenace . cela signifiait qu'il n'avait pas pu quitter Boston après 8 ou 9 heures. et mettrait un terme à toute cette histoire avant son rendez-vous avec le capitaine Watson. Donc. si jamais lui-même décidait d'aller y fouiller. ils étaient du genre roquet qui ne lâche pas un os. Les gangsters n'oseraient pas y aller tant que la police surveillait l'immeuble. il ferait . Et.

. Et s'il n'avait pas eu également à découvrir quel rôle elle jouait dans toute cette histoire. Une rougeur que même la plus grande comédienne n'aurait jamais pu commander lui monta au visage. A tel point qu'elle se tortilla sur place.. ! — Rose. Mais pour l'instant. il n'avait plus qu'une chose en tête : elle n'était pas Rose. voulais vous demander. en fait j’habite ici.... » « Mélissa. Il l’eut volontiers embrassée. et j'espérais vous trouver avant que. — Je voulais vous voir. En repoussant le nouvel accès de rage que déclencha en lui cette éventualité. — Je crois savoir ce que vous vouliez me demander. Il se gara dans la rue adjacente.. bon sang. « Rose est avec moi dans le Maine. concentré sur sa tâche — et bien décidé à ne pas se laisser troubler par le souvenir de ce qui s'était passé la dernière fois qu'il était venu là. vibrante. puis s'en fut à grands pas vers l'immeuble. vous ne partiez au travail. du moins pas à ce point-là. sortit sur le palier. la gorge sèche. Mais. — Ah ? — Je vous aurais bien appelée. Riley. les yeux agrandis de surprise. Il n'y avait donc qu'une seule explication — une explication qui le ravissait : Mélissa n'était pas Rose. tout en sachant que Slate avait très bien pu coucher avec elle... l'interrom- . » — Je. et s'arrêta net : Rose s'avançait vers lui. que faites-vous là ? Riley la dévisagea. Il prit l'ascenseur.. « Réfléchis.. il monta dans sa voiture et conduisit jusqu'à Cambridge. Trouve quelque chose.. mal à l'aise... poursuivit-il. Il n'était pas fou.. Mais vous. lui répondit-elle. svelte.. c'est votre véritable nom ? » Il ferma un instant les yeux tant était grand son soulagement. Intensément. Mais que faites-vous ici ? — Euh.revenir Rose et reprendrait cette ridicule comédie. et elle voulait coucher avec lui.. Mélissa. mais je n'avais pas votre téléphone. s'il n'avait pas eu à trouver un énorme mensonge pour justifier sa présence.

hier. pas comparée à elle. comme elle connaissait beaucoup d'hommes. et pourquoi j'étais si. il . de rassembler les pièces du puzzle que je me suis rendu compte de votre possible méprise. elle... ils ne découvriraient rien. — Ce n'était qu'une impression. elle. les fédéraux auraient beau passer Mélissa à la moulinette. C'est Rose qui avait tout organisé. la suite n'est pas un secret pour vous. en principe. nerveuse. mal à l'aise. dit-il alors. — Plus que déroutante. et j'ignore pourquoi elle ne vous a rien dit. — Non... Elle perçut son sourire et rit de la plaisanterie. Il l'examina. Cette fille n'avait même pas une contravention impayée sur la conscience. enfin. à la recherche de la moindre trace de mensonge.. Comme il savait que. Je n'ai jamais essayé de me faire passer pour elle. Oh oui. Aucun subterfuge. Il s'obligea à reprendre un air dégagé. rendez-vous avec elle ? Si elle tressaillit et évita soigneusement son regard. même. déroutante.. tout en se gardant de montrer sa jubilation. Il opina. — Vraiment ? — Oui. il ne perçut en elle que du chagrin. En vain — Je vois. Mais je n'avais aucun moyen de vous joindre. reconnut-elle avec un soupir. dans le cas où je serais Rose. — Vous pensiez n'être pas assez attirante pour me faire venir ? — En tout cas. il savait la suite. parce que. répondit-elle... de vous expliquer. Vous voulez savoir si. et ce n'est qu'en essayant. mais je pensais que. pourquoi je vous ai dit m'appeler Mélissa.. Enfin. Il sentit sa mâchoire se contracter. J'ai sans doute été stupide d'aller lui demander de me recommander quelqu'un.pit-elle. je ne suis pas Rose. Il fut pris d'une envie de rire devant l'adjectif.. — Dois-je vous rappeler que je n'ai eu aucun plaisir ? — Vous. Vous ne saviez pas que j'avais. Elle a dû s'imaginer que vous auriez plus de plaisir à venir en pensant la rencontrer.

en était persuadé. Oui.. il l'accompagna jusqu'à l'ascenseur. bien sûr.. comme si cette simple phrase. un adorable plateau en tailleur beige. l'autre soir.. — On se voit bien ce soir ? s'enquit-il d'une voix égale. grâce à elle. Même pas besoin de prétexte pour retourner chez Rose. je ne. Que lui arrivait-il ? D'ordinaire. C'est. Elle laissa échapper un petit cri. Il lui emboîta le pas dans le vestibule et jeta un coup d'œil vers le .. il allait avoir l'alibi idéal pour retourner dans l'appartement de Rose. Il se rapprocha d'elle en souriant. en laissant sa langue malicieuse caresser ses lèvres. puis se rapprocha et attrapa délicatement sa lèvre inférieure entre ses dents. Il pressa le bouton du rez-de-chaussée et la suivit dans la cabine. se pencha vers elle et l'embrassa. j'espère que cela ne vous gêne pas. ils obtiendraient tous deux ce qu'ils voulaient. elle commençait à avoir le rose aux joues. en quelque sorte... si je ne veux pas être en retard. Elle respira plus vite. Je ne pense pas qu'elle m'en voudra. malgré ses désirs d'émancipation. tendit la main et effleura ses lèvres du bout des doigts. puisqu'elle n'a pas l'air d'être en ville ? — Oh. et je ferais mieux de filer. Parfait. si je ne suis pas Rose. Mais le nec plus ultra de l'affaire. si vous voulez qu'on arrête de se voir. Fraîche et propre dans son tailleur beige très professionnel. — Ce n'est pas votre nom qui m'a mis dans un tel état.. il interdit à ses mains de l'étreindre et recula d'un pas. — Oui. De nouveau maître de lui. Un éclair de tension érotique le foudroya.. qui savaient apprécier ses performances sexuelles et son cynisme. Ainsi. Ce qui n'était pas le cas de Mélissa. c'était que. — Voulez-vous que nous nous revoyions chez Rose. je comprendrai.. Il réprima un sourire. il aimait les femmes faites. ce simple geste avaient suffi à l'exciter. Elle hocha la tête et jeta un coup d'œil à sa montre. Son enquête lui était vraiment servie sur un plateau. je veux dire. Décontenancé. l'occasion rêvée.. — Je.

tableau de l'Interphone. M. Riley la regarda descendre la rue tout en souriant de plaisir. Il ne fut pas loin de rire. et affaire à une femme simple et adorable. il déposa un chaste baiser sur son front. D'ici quelques heures. Mais vous pourriez peut-être apporter la moitié du repas ? — Je pense. Joyce. Bingo. — Que diriez-vous d'une femme qui vous tient la porte ? — Je me sentirais libéré. Mais je peux m'en occuper. répondit-il en passant devant elle et en sortant — non sans se demander si elle l'avait fait exprès. une Mélissa Rogers sans plus . où il pénétra de nouveau pour inspecter les Interphone. R Sheppard. juste pour le plaisir. Il avait à peine eu le temps de déchiffrer deux noms quand elle se retourna dos au mur. H.. Rogers. il avait la situation bien en main. Car à présent. vous désirez quelque chose de spécial pour le dîner ? — Quelque chose de chaud et épicé. il attendit quelques instants. histoire de voir quel était son nom et le numéro de son appartement. Riley pressa le bouton de l'Interphone. Un sourire aux lèvres. Il avait perdu assez de temps à se torturer les méninges. A. donc. Après avoir flâné dans l'autre direction et passé le coin. puis revint vers l'immeuble. répondit-il avec un clin d'œil. Faloud. — A ce soir. qui bougeait magnifiquement dans un tailleur mijupe — et dont les fantasmes les plus pervers devaient se limiter à faire l'amour la lumière allumée. B. — Bonne journée ! Avant de s'éloigner. S. Une fois dehors. elle le regarda d'un air timide et demanda : — Au fait.. A moins que vous ne teniez à choisir vous-même le menu ? — J'ai quelques petites idées. Comment avait-il jamais pu croire que cette femme était autre que ce qu'elle paraissait ? Elle s'écarta de lui sur un entrechat. afin d'en informer les fédéraux.. puis lui adressa un petit signe de main. la tête devant le panneau.. l'avantage. Harriman. épaulé par le FBI. oui. Shute.

Ce soir.aucun mystère serait un livre ouvert devant lui. Il sortit de l'immeuble et regagna sa voiture en sifflotant. il lirait entre les lignes de ce livre. .

malgré toutes ses bravades. alors qu'elle avait bondi sur l'occasion de ne pas le voir chez elle. Allez. et désireux d'accéder aux moindres de ses désirs. sinon qu'il était prêt à réaliser ses fantasmes les plus fous. Dur dur. une sombre excitation lui incendia les sens.6 Allongée sur le lit de Rose. un peu renfermé. soumise à Riley. admets-le. il y avait de fortes chances pour qu'il soit tel qu'il paraissait : un homme incroyablement attirant. Elle ferma les yeux et tenta d'imposer silence à son imagination en folie.. tout cela la rendait folle d'excitation. pas vraiment les chaussures. Ni se demander si elle ne risquerait pas sa vie ou même sa santé mentale en offrant des menottes à un inconnu. Elle était là. alliée à une vague incertitude concernant la personnalité de Riley. Alors. au lieu de perdre son temps en interrogations inutiles. Etre attachée. presque honteuse. de continuer à jouer les vamps dans ce cas-là. Mélissa. elle ferait bien de l'employer à s'imaginer enchaînée à ce lit. ll n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter. A cette idée. mais retirer des chaussettes était définitivement peu sexy.. . Elle avait décidé de ne pas porter de chaussures ce soir. Mais assez de questions ! D'ailleurs. Mélissa agita ses orteils nus. impuissante. qu'elle avait d'instinct tenté de lui dissimuler son nom ou le numéro de son appartement quand elle l'avait vu éplucher la liste de l'Interphone. livrée à un homme dont elle ne savait rien. à tirer des plans sur la comète en vue de lui confier son corps. c'est que cette sensation de danger. c'était trop embarrassant de les ôter. Oui. Et le fait qu'elle l'eût trouvé dès la première tentative équivalait à tirer le gros lot en achetant un seul billet de loterie. elle ne savait pas encore trop à quoi s'en tenir. Enfin. la mettait dans tous ses états. Elle se cacha les yeux derrière les mains. La vérité. bon.

— Entrez. elle ne serait qu'une petite obsédée. Eh bien. presque incrédule. Il n'allait plus tarder à arriver maintenant. on y va. Ou même juste envisager une agréable conversation. son côté maîtresse de maison reprenant le dessus malgré son état de nerfs. Mais comment diable commencer? — Aimeriez-vous boire quelque chose ? . Elle avait passé un samedi tout à fait ordinaire.Alors comme ça. Son cœur s'emballa dès qu'elle l'entendit frapper. un secret que personne ne croirait concernant la douce et innocente Mélissa. elle abandonna le lit et se mit à déambuler dans l'appartement. Peut-être devrait-elle évoquer son fantasme de glaçons. son pantalon de tergal noir et s'en fut répondre. elle ne pouvait plus attendre. de l'autre. — Le dessert. papoter avec les voisins. elle allait s'arranger pour être la meilleure dans ce domaine... sans jamais perdre de vue son secret.. Peut-être vaudrait-il mieux attendre un peu. Mélissa. le ménage. dans ce cas. définitivement mâle dans son pantalon kaki et sa chemise à manches courtes lui sourit. Elle lui fit signe de pénétrer dans l'appartement.. elle tremblait comme une feuille à l'idée de se retrouver face à lui.. D'un côté. En espérant que ce n'était pas un infect gâteau chimique.. Un Riley élancé. Elle se retourna en gloussant. précisa-t-il en clignant de l'œil. Allez. Soudain trop énervée pour rester immobile.. Un film. Ça irait mieux dès qu'ils auraient. pour les menottes. — Ah ? Super. sombre et élégant... Il frappa encore.. tant que durerait son aventure avec Riley. Mélissa. Bien sûr que ça irait mieux. Enfin. — Bonjour. Au bout de ses doigts pendait un petit sac. rajusta son chemisier de lin. commencé. à faire les courses. Une étude de la Bible. ou de miel. Elle se passa les mains dans les cheveux. Elle réussit à lui sourire.

Viens ici. — Assoiffé. — Merci. Il était distrait par quelque chose. il secoua la tête de droite à gauche. plus lentement. elle semblait s'être muée en Mme Bonnes-Manières. lui semblait même encore plus inconnu que jamais. Puis il recommença. à part elle. s'il arrivait à lâcher une phrase entière. Elle allait déjà avoir un mal fou à lui proposer de s'asseoir à côté d'elle sur le canapé. elle se réfugia dans la cuisine. elle pourrait s'asseoir près de lui. Et puisque. Allons.Elle-même n'y tenait pas plus que cela. Il avait repris son style lapidaire. Laisse tomber le miel. Oh. ça vous ira ? lança-t-elle d'une voix aussi glaciale que les verres. Penché vers la bibliothèque. — Non. le souffle . posa les mains sur ses épaules et la fit pivoter dos à lui. Juste impatient. fit-il après avoir avalé son verre cul sec et l'avoir posé. Juste impatient.. Elle revint dans le salon en bouillant de frustration.. qui souleva un peu la chape de désespoir qui pesait sur elle. de toute façon. Mais pour qui se prenaitelle ? Kim Basinger ? Laisse tomber les glaçons. Riley semblait fasciné par les lectures de Rose.... Laisse tomber les menottes. Elle avança d'un pas. Dans sa nervosité. Par quel miracle parvenait-il à faire sonner son « viens ici » comme un appel à la sensualité et non comme un stupide « viens ici » bien macho ? Il la débarrassa de son verre. Viens ici. Mais une goutte d'alcool l'aiderait peut-être à se détendre... Le corps pris de tremblements. non ! De plus en plus mal à l'aise. dirait-on ? A ces mots. un sourire sensuel étira les coins de la bouche de Riley . et leur camaraderie du matin semblait envolée. Elle serra les dents. tout en ayant l'impression d'évoluer dans de l'eau divinement tiède. Mélissa. elle éclaboussa le comptoir en versant le whisky sur les glaçons — qu'elle fixa d'un œil torve. — Du scotch irlandais. — Volontiers. Il pivota aussitôt sur lui-même et vint à elle avec un demi-sourire magnétique. répondit-il en jetant un coup d'œil dans la pièce. en examinant tout ce qui s'y trouvait. comme s'il n'était encore jamais venu.

dans lesquels ses seins n'auraient plus ressemblé à rien. les boutons de son chemisier. Bon sang ! Jamais encore elle n'avait porté un truc pareil. Elle s'étudia dans le miroir fixé au mur. elle jeta un coup d'œil à Riley.court. Elle baissa les bras. il lui donnait envie d'être nue. Elle croisa les bras devant sa poitrine. les mains tremblantes. Un soutien-gorge rouge ? Le visage en feu. et le vêtement tomba. Mais que diable fabriquait-il ? . Vexée. Quand il était ainsi.. Riley la fit tourner vers lui et recula d'un pas. — Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. Essaye plutôt cela. Riley —. elle releva le menton et partit en paradant vers le paravent qu'avait installé Rose dans un coin du studio. Et fut parcourue de délicieux frissons lorsqu'il posa sur sa nuque une bouche douce et chaude tandis que ses mains s'affairaient à déboutonner un à un.. elle attendit. se pencha un peu en avant. sans savoir qu'attendre. De beau. et assez large pour que les ficelles ne lui rentrent pas dans les hanches en lui boudinant la silhouette. en souriant à son soutien-gorge de coton beige en dentelle. elle ressemblait à la bonne vieille Mélissa dans des dessous affriolants — mais peut-être allait-il lui trouver un charme exotique et sensuel. mais cela valait mieux que des bonnets trop grands. Elle ouvrit la pochette et en extirpa un soutien-gorge de dentelle écarlate et un string assorti. Mmm…A ses yeux. Je veux voir comment ça te va. Le soutien-gorge était trop petit — merci. inexorablement. répondit-il en lui tendant son sac. En fait. Là. La déesse universelle de la Luxure en qui elle s'était allègrement muée grinça des dents. un autre choc sourd. c'était moins inconfortable qu'elle ne l'aurait cru. et découvrit la tête que fait un homme lorsqu'il pense d'une femme qu'elle n'aura jamais le culot d'enfiler des dessous sexy. — Pas de drôle. elle se déshabilla et enfila le microstring. Puis elle dressa l'oreille en entendant un chplonk retentir de l'autre côté du paravent. Un chuintement. Pas de questions. Défi relevé.

Riley se figea. non. Elle lâcha le châle.. Elle inspecta alors la pièce d'un œil soupçonneux. Il haussa un sourcil. — Je. Elle convoqua tout son culot. et de voir Riley se redresser derrière la girafe en boîtes. Alors. Eh oui.. Il laissa échapper un gloussement. Son courage enfla. soudain ravie — et prise d'une sensation de sécurité. — Prouve-le. Tant pis si on la taxait de poule mouillée : elle refusait de parader aux trois-quarts nue devant un inconnu.. comme s'il avait tendu un robuste filet de protection en dessous d'elle. elle comprit qu'il pensait en fait très. je suis prête.. On va y aller à ton rythme. Li n'en fallut pas plus à la petite dévergondée qui sommeillait en elle pour montrer le bout de son nez.. joli.. il l'examina de haut en bas. Euh. on dirait du bétail à la foire. Mélissa. Pas. avant de comprendre qu'elle n'en aurait jamais assez pour lâcher le châle et se présenter presque nue devant lui. à moins de commencer à se demander si Riley n'avait pas conçu un étrange béguin pour la girafe. — Joli. puis reprit le verre qu'il lui avait ôté des mains un peu plus tôt et vint se planter devant le lit.. pas comme ça. s'épa- . Bonne pour la fricassée. une vraie poule mouillée.. Combien de pervers sadiques diraient-ils des choses aussi gentilles ? Sous le regard intense de Riley.. — J'ai.Elle allait sortir de sa cachette lorsque son courage s'inscrivit sans crier gare aux abonnés absents. légèrement voilé. très. amusé et sceptique. A son ton. le culot lui revint en même temps que son excitation. Rien de bizarre.. Ça me va bien. Elle repéra un châle jeté sur une chaise. Elle compta jusqu'à trois avant de sortir. — Je refuse de t'obliger à le faire si tu ne veux pas. le saisit et s'en couvrit. D'accord ? « Plus d'une phrase ! Au moins dix mots ! » songea-t-elle...

— Tu es belle. Mais si Kim Basinger pouvait prendre un bain de glace. mêlée au froid du glaçon. il appuya le verre contre ses lèvres. Partout sur moi. sur sa poitrine et sous le soutien-gorge rouge. Mais. la repoussa en arrière sur le lit et entreprit de lécher langoureusement les gouttes sur ses seins. Il lui caressa les seins. — Dis-moi ce que tu attends de moi. Divine caresse. Bon. qu'elle n'avait jamais éprouvée avec Bill. Alors. Il passa le cube sur l'autre sein tout en fixant sur elle un regard brûlant. Elle se recula. Je veux savoir ce que ça fait. pas tout. en son pouvoir sexuel. Exquise brûlure. Il plaça son autre main sur le ventre de . Pas encore.nouit. puis pêcha un glaçon dans son verre et le lui tint contre les lèvres. la catapulta dans une confiance en elle. qui débordaient du soutien-gorge étriqué pendant que ses mains allaient le dégrafer. répondit-elle. Les yeux de Riley se voilèrent tandis qu'il poursuivait le voyage érotique de son glaçon. ronds et pleins. puis pêcha un autre glaçon qu'il lui pressa dans le cou. Elle savoura la chaleur du whisky. Puis il poussa le glaçon dans sa bouche. fit-elle en désignant son verre. tout en se rapprochant d'elle. avide de goûter ses lèvres. goûta le whisky près de sa bouche. en un ruisseau frais et incandescent. ce ne fut qu'une seule fois. Pas de menottes. Bien trop vite. Ses seins enfin libres s'épanouirent. puis son corps à elle. lui ôtant toute inhibition. de revivre ce tendre et étourdissant baiser qu'il lui avait donné la dernière fois. s'il l'embrassa. le souffle court. le pencha et fit ruisseler l'alcool sur son menton. jusqu'à ce qu'elle ne vît plus que lui. non ? — Des glaçons. d'accord. tout près. Avant de la faire asseoir sur le lit. — Tu aimes cela ? — Oh ! oui. Elle avança vers Riley. Il la suivit. fit glisser avec lenteur jusqu'à son mamelon. alors elle le pouvait aussi. lui posa les mains sur les épaules et leva le visage vers lui. Tout. Il lui jeta un regard perplexe.

de sa force. — Quel effet cela fait-il ? — Comme de faire l'amour avec un bonhomme de neige. Riley écarta le tissu rouge. — Oh. Tu n'as pas la moindre idée de. perdue dans un océan bouillonnant de sensualité. Que voyait-il ? Que cherchait-il ? Tout en fermant les yeux.. Le souffle haletant. la faisant haleter. se détendre. Il éclata de rire. la fit descendre vers le string. elle tendit les mains vers lui pour lui détourner le visage. Mais peut-être que j'en avais un peu marre de faire l'amour dans un congélateur. venait interférer dans les extraordinaires sensations qu'il lui procurait. murmura-t-il. d'un vrai rire. je crois bien. du magnétisme de sa présence. un cocon d'extase. qui parut même l'étonner. C'est de ma faute. — J'ai bien peur que. et vides. elle se sentit presque gênée par l'intensité de son regard. puis fit glisser le restant de glaçon sur son sexe. se détendre.Mélissa. — Je ne peux pas faire autrement. Se resserrer.. laissant derrière lui une traînée humide et froide. Se resserrer. son nombril. Cette conscience aiguë de lui. — Ne me regarde pas. purement érotique. puis se détendre.. — Parce que tu pensais que ce serait autrement ? lui répondit-il d'une voix douce et taquine. Elle amorçait un geste de protestation quand la pression s'accrut en elle. se resserrer sur son sexe humide. . qu'il n'ait fondu.. puis avait entamé une lente descente sur son ventre. dit-elle avec un petit frisson. Le cube de glace à moitié fondu s'était immobilisé entre ses seins. Et pourrait bien faire de cet instant primitif et magnifique une contrariante expérience émotionnelle. et leva des doigts trempés. Il fit glisser le glaçon de haut en bas entre ses cuisses. non ! s'écria-t-elle en se plaquant une main sur la poitrine. — C'est froid. Ce n'était pas tout à fait ce à quoi elle s'attendait. Et lâcher simultanément un petit gloussement. Tout ceci ne devait être que physique.

. Oh..Riley rit encore. sa taille. Tout en maintenant sa langue au même rythme. il s'installa sur le lit. puis la caressa... tu as envie de me réchauffer ? Son sourire se fit malicieux. quelques jours. il continua à faire courir langoureusement sa langue sur elle. en secouant la tête. mon Dieu. avec une extrême lenteur. quelques heures. sur la chaleur de sa bouche. elle tenta de garder les idées claires.. la fit asseoir à califourchon sur lui et entreprit de déboutonner sa chemise. — Tu es drôle. Ou mieux.. sa langue sur son sexe... puis deux en elle. Le corps parcouru d'un véritable feu d'artifice. puis se laissa aller en arrière.. — Vous. Mais il se pencha en avant en s'appuyant sur les bras et promena sa poitrine le long de son corps.. tant elle voulait voir ce qu'il ferait ensuite. inexplicablement déçue.. le visage entre ses cuisses.. tout en le parsemant de délicieux baisers. alors. inclinant parfois la tête pour refermer les lèvres sur son bouton et le sucer. pour l'instant. de son corps dur sur elle.. Seul l'inattendu devait présider à leurs rencontres. de le sentir se presser entre ses jambes. Il s'immobilisa. Bill ne. Et plutôt gelée. — Ça.. je n'ai jamais. puis passa. — Ça y est. il glissa un doigt. C'était exactement ce qu'elle ne voulait pas. heureuse et avide de sentir le poids de ce splendide torse. Elle ferma les yeux et tenta de se concentrer sur l'effleurement de sa fine toison sur sa peau. et elle perdit la raison en un fulgurant moment de pur délice. . Le dernier bouton défait. — Laisse-moi t'aider. Bien sûr. il jeta sa chemise au loin.. Elle lui attrapa la tête dans l'espoir de retarder l'instant. qu'il n'allait pas se coucher bêtement sur elle et le faire. Elle fit courir ses mains sur sa poitrine. ce qu'elle lui avait dit ne pas vouloir. avant d'être secouée par une inévitable jouissance. tant elle voulait éprouver cette sensation juste quelques minutes supplémentaires.. Sans se soucier de ces protestations hachées. Elle repoussa le plaisir éprouvé devant le compliment et cilla. Où il alluma un incendie.

comme l'apprentie reine des dévergondées qu'elle venait de devenir. je veux dire. Elle s'étira. je ne peux pas. je ne suis pas sûre. — Tu as déjà essayé ? — Euh. De se retrouver bêtement allongée. — Comme tu veux. et incapable de bouger. Pourquoi diable ne voulait-il pas la laisser essayer de lui donner à son tour du plaisir ? Comme s'il avait lu dans ses pensées. l'espace d'une étrange seconde.. qu'en as-tu pensé ? l'interrogea-t-il en se redressant et en s'asseyant sur ses talons entre ses jambes.. acquiesça-t-il en désertant le lit pour s'agenouiller par terre près d'elle.. — Peut-être. lois que tout le monde connaissait par cœur. — Pas déjà. — Et toi ? — C'est ton aventure.... et elle fut terrifiée à l'idée que son désir d'être allongée près de lui n'eût brisé une des lois du sexe fortuit. Elle leva les yeux au ciel. crois-moi. mais je ne veux pas avoir tout le plaisir. puis entre les deux. Cette idée de liaison était bien la meilleure qu'elle eût jamais eue. — Tu veux qu'on recommence ? Ou autre chose ? Il posa un baiser sur l'autre cuisse. pas avec.. répondit-il en lui caressant le ventre. Encore ? — Euh... si tôt. — Oui. toute seule sur ce lit. Elle voulut s'asseoir.. mais il la repoussa en arrière pour déposer un baiser à l'intérieur de sa cuisse. Mais qu'avait-il ? Il n'enlevait pas son caleçon pour se mettre à l'horizontale ? — Je ne voudrais pas te vexer. je. . Comme si elle allait partager sa minable expérience sexuelle avec un homme capable de faire s'entasser les femmes sur son paillasson d'un simple claquement de doigts.. puis posa les yeux sur l'entrejambe de Riley. enfin. Il se figea.Avant de reprendre peu à peu pied dans la réalité. mais j'ai un peu l'impression d'être un animal de laboratoire. — Et ça. il déclara : — J'ai du plaisir.. — Je crois que je pourrais m'y faire. mais. Riley.

Que diable savait-il d'elle.. sans rien d'autre ? Elle se raidit.. Au diable ses réticences. une femme.. Et.. pourquoi fais-tu cela ? — Parce que je suis comme ça. ce serait génial si tu m'enduisais tout le corps de miel et si tu le léchais. Bref. Qui pourrait l'en blâmer ? Pas elle. » Mais elle. Riley.. Mais à mon avis. et maintenant elle voulait tout. répondit-il. Le truc des glaçons n'était peut-être pas fabuleux. — Qu'est-ce que tu voudras faire. c'est tout. puisque c'était son fantasme à elle. elle avait survécu au premier round. tu l'as fait ? Elle enfouit sa tête dans l'épaule de Riley tout en pestant intérieurement.sauf elle.. les femmes ne peuvent pas vouloir de relations sexuelles sans sentiments ? — Je ne parle pas des femmes. un peu raide. il l'attira à lui et posa un baiser sur sa tempe.. comme un adolescent terrifié par ses possibles réactions. quand tu seras prête ? Mélissa lâcha un soupir en songeant que certaines auraient le culot de lâcher tout à trac : « Tu sais. — As-tu jamais. Mélissa se colla contre lui et lui prit le bras pour le poser autour de sa taille. une boule dans la gorge. Mais pourquoi veux-tu des relations sexuelles comme ça.. as-tu jamais versé du miel sur quelqu'un. désinvolte.. Il opina.. tu es épouvantablement loin. Mélissa ? — Tu trouves ça bête ? s'enquit-elle. bien sûr. Je veux dire. — Je veux dire. Elle repoussa son irritation. — Pourquoi fais-tu cela... je trouve même l'idée excitante. l'espace d'un éclair. elle crut qu'il n'allait pas lui répondre. pas un. Après une hésitation. — Et toi. — Non (il lui releva le visage pour l'obliger à le regarder). elle allait sans aucun doute se prendre les pieds dans le tapis. une femme. A vrai dire. mais elle avait tout bravé pour le lui demander... après tout . en tout cas. — Selon toi. je parle de toi. enfin. puis s'étendit près d'elle. A son grand soulagement. cela ne te ressemble pas.

une femme qui veut épouser un homme solide et responsable. pour m'amuser. — La vraie Mélissa ? — Oui. — Par exemple ? — M’habiller en cuir noir et aller seule dans un bar de nuit en envoyant tout le monde « se faire f. . La femme que tu as dans tes bras n'est pas vraiment moi. la vraie Mélissa porte des tailleurs. de la rage. Brailler en plein cinéma. Elle m'intrigue. elle n'avait parlé de cette étrange faille en elle. — J'ai parfois un sentiment étrange. Ma jumelle diabolique.. depuis qu'elle en avait pris conscience. qui me donne envie de faire des trucs dingues. C'est une personnalité que j'ai envie d'essayer. » Sauter en parachute.? — Je veux juste m'amuser un peu avant de me marier. Elle roula sur elle-même et contempla le plafond... avoir deux enfants et un camping-car. — Je vois. Peut-être par peur d'être aussitôt expédiée chez le psychanalyste. irresponsables. Il connaîtra trop bien la vraie Mélissa. ravie de le voir accepter ce qui pouvait paraître un délire absolu. — Dis-m'en plus sur cette femme diabolique que j'ai dans mon lit. mes perspectives d'avancement.. mais je veux juste essayer quelque chose d'autre tant qu'il est encore temps. Insulter publiquement les gens qui le méritent. Et qui est la vraie Mélissa ? — Eh bien. Jamais encore... en réalité. — Et pourquoi es-tu persuadée que tu n'épouseras pas un homme capable de réaliser tous tes fantasmes ? — Ce ne serait pas pareil. presque de la colère. Il gloussa. elle est toujours bien propre et bien polie. Cela ne me rend pas malheureuse. Envoyer sur les roses mon boulot. Il lui jeta un regard perplexe. et partir faire le tour du monde avec ce que j'ai en poche. C'est une femme douce et asexuée qui n'a jamais donné le moindre motif d'inquiétude à ses parents. non.

parcourut l'Egypte sur une felouque. son fantasme. son jouet. elle fit de la bicyclette en Provence.— Ça. Pas son problème. Avec lui. L'étalon de ses fantasmes. étaient restés sérieux. eux. banqueta à Hong Kong. dit-elle d'un ton léger. Excuse-moi. en train de tanguer sous un sac à dos trop lourd. Il lui raconta tout ce dont elle avait rêvé et qu'elle savait très bien qu'elle ne réaliserait jamais. Quand ? — Quand j'ai laissé tomber Princeton. Je t'avais apparemment imaginé tout droit sorti du magazine Playgirl. ou de discuter de Kant avec un professeur à bésicles. répéta-t-elle en reposant sa tête sur l'épaule de Riley et en plaçant sa main sur son cœur. — Sans blague ? s'écria-t-elle en se haussant sur un coude pour le dévisager. comme s'il ne voulait manquer aucune des nuances de son expression. Il la scrutait avec attention. du trekking au Népal. — De la page centrale ? Il avait posé la question en souriant. à dix-huit ans. du camping en Australie. Et repoussa ces images en faisant la grimace. il aurait été bon pour une gifle magistrale. Si jamais un homme lui avait dit un truc pareil. mais ses yeux. Il était sa passade. — Je suis vraiment désolée. Pourquoi se soucier d'autre chose ? — Ça a l'air fabuleux. Tandis qu'il parlait. Soudain. Parle-moi de ton tour du monde. histoire de le sentir battre. — Ça t'ennuie ? demanda-t-il à voix basse. elle comprit avec horreur qu'elle venait de se comporter comme une infâme sexiste. Pourquoi avait-il abandonné l'université ? Quitté le pays ? Fuyait-il des ennuis? Elle écarta ces pensées. Elle caressa son torse velu afin de ramener leur relation là où elle . je l'ai fait. — Je suis navrée. bouche bée. ses visions de pays lointains se muèrent en visions de Riley. à Princeton ? Elle l'imagina. Elle le contempla. — Quoi donc ? — Tout plaquer et faire le tour du monde.

Enfin. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que simplement vouloir apprendre ce qu'il y a ailleurs. Elle caressa la toison qui descendait sur son ventre.. de suivre du doigt le contour de ses muscles. Seul le coton de son caleçon les séparait à présent. il fallait le garder pour le genre d'homme avec qui on va dîner avant de passer voir ses parents.. Elle voulait que tout cela relève du domaine du fantasme. couvrit son visage et son cou de petits baisers. lui donnant la permission qu'elle attendait. tout en savourant la chaleur de son corps. et de rien d'autre. cette fois sous la ceinture de son pantalon. et pria pour qu'il réagisse. le sentit vibrer. — Mélissa.. Je pense que je. voulais fuir ma vie — ou plutôt celle que mon père avait planifiée pour moi. elle allait commencer à l'aimer. ça a plutôt été une période assez dure. en lui rendant ses coups de reins. c'est-à-dire sur un plan purement physique. avide de . En fait. puis se souleva juste le temps de défaire sa braguette. elle lui embrassa la gorge. S'il s'ouvrait ainsi. elle se glissa sur lui et fit bouger ses hanches contre les siennes. comme toi. elle perçut son sursaut. il l'agrippa et la fit passer sous lui. Elle hocha la tête sans cesser de faire courir sa main sur son ventre. Pourquoi refusait-il ses caresses ? Relevant la tête. Elle serra les lèvres quand il lui attrapa la main. S'il réagit. enfler encore. se pressa sauvagement contre elle. soupir qui ne l'en excita que plus. Ravie.. Mélissa accentua la pression. — Ça ne l'a pas été tant que ça. puis osa aventurer ses doigts sur son bas-ventre..devait rester. s'il lui dévoilait ses côtés vulnérables.. puis remonta langoureusement ses lèvres jusqu'à sa bouche. L'amour. Et elle s'y refusait. Et surtout sans oser respirer. Elle enroula ses bras autour de lui et l'étreignit. et non pas avec la passion qu'il avait déployée la première soirée. puis ses mains repartirent à l'aventure. avant de presser de nouveau son sexe contre le sien. Alors. ce fut avec prudence. Un soupir de frustration échappa enfin à Riley. fit doucement courir sa langue sur chacune de ses lèvres.

Je. le cœur battant. Il faudrait que cela suffise. elle desserra les doigts qu'il avait refermés sur le flacon. Cela suffisait. la fixa.. est-ce que. Alors. Je ne te ferai jamais aucun mal. tu te souviens ? Tu ne veux plus du bon vieux sexe à l'ancienne. son sexe. Mais elle . il traversa la pièce. Riley se figea soudain. Mais. il fit volteface et partit vers la cuisine. qu'y a-t-il ? Il pivota. de la raison pour laquelle il refusait de se laisser aller à ses pulsions sexuelles alors qu'il la désirait. Tu veux du miel. Tu me fais peur ! Comme réveillé par son cri. Sans une parole. s'écria-t-elle en tendant les mains pour arrêter le flot doré. envahie par un pouvoir douloureux qu'elle ne comprenait pas. ferma les yeux et inspira plusieurs fois. Après avoir craché ce dernier mot comme une insulte. Elle lui avait délibérément fait perdre son sang-froid afin qu'ils puissent explorer ensemble les frontières du plaisir partagé. jusqu'à ce qu'elle vît refluer un peu sa colère. Que combattait-il ? Et pourquoi si fort ? — Riley. il s'immobilisa.. soulagée. je n'y arrive pas. ton foutu miel ! — Arrête. tu entends ? Elle hocha la tête... marcha sur elle et fit couler un filet de miel sur son ventre. Arrête. Vraiment désolé. se planta dos à elle. demeura immobile un instant. Je suis navré de t'avoir fait peur. — Que fais-tu ? Il émergea de la cuisine. ses jambes.. — Le voilà. ? — Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui.le sentir en elle. qu'elle ne voulait ni comprendre ni analyser. Mélissa. un flacon de plastique en forme d'ourson entre les mains. sans avoir aucune idée de ce qui venait de se produire.. et enfin rajusta son pantalon. puis s'écarta d'elle.. A la fois excitée et paniquée. et en se dérobant comme sous l'effet d'une brûlure. — Qu. — Ce n'est pas ça que tu veux. à sa grande horreur. elle se redressa sur un coude.. pour une raison ou une autre. les épaules nouées.

. Veux-tu prendre une douche ? J'attendrai. admit-elle en jetant un coup d'œil au miel. car une partie d'elle-même voulait encore le voir s'allonger sur elle. et le vit venir vers elle à grands pas. et non contre elle. Ou de verser des larmes de dépit. avec zéro hanche et des gros seins. immense et magnifique. — Mélissa Elle se retourna. et s'unir à elle à la façon dont hommes et femmes s'unissaient depuis des millénaires. stupéfaite et éblouie. mais.. Peutêtre n'avait-il tout simplement pas l'habitude de femmes comme elle. une autre tempête. il devenait féroce et excitant lorsqu'il perdait son sangfroid.était persuadée qu'il n'avait cherché qu'une échappatoire à sa fureur. il se pencha et lui posa un baiser tendre sur la bouche. Et tant pis si elle avait frôlé la crise cardiaque. une paix empreinte d'une chaleur confuse. D'abord la tempête. Et un peu collante. Totalement maître de lui la plupart du temps. Et elle avait dans l'idée qu'il ne le perdait pas souvent. avec ce baiser. cueillit une goutte de miel sur son ventre et la porta à sa bouche. Elle opina avant de refermer la porte de la salle de bains. dangereuse. — Un peu secouée. Une fureur contre lui-même. paternelle ou sexuelle — genre la vierge et la putain. et qui la rendait nerveuse. Il devait fréquenter des filles style Vampirella. en étalant le miel entre leurs deux corps. comme après un ouragan à répétition. puis le calme. — Ça va ? s'enquit-il. Il avait donc fichtrement bien fait de tout gâcher ! Jamais encore elle n'avait connu un type aux réactions d'une telle intensité. Il tendit la main vers elle. . d'une telle passion. — Collant. torse nu. et ne savait-il pas quelle attitude adopter.. — Prends ton temps. penaud. et enfin la paix. et de se laisser aller contre le battant.. Elle acquiesça. mais délicieux. Arrivé à sa hauteur. puis fila vers la salle de bains avant d'empoisser les tapis persans de Rose.

afin de lui cacher qu'elle écoutait. Un étrange grincement lui parvint. Bon. de l'extaulard psychotique. mais je ne suis pas vraiment spécialiste en lingerie. se réprimanda-t-elle. Il avait juste dû heurter une chaise. le silence qui s'ensuivit n'eut rien de rassurant.Elle ôta son string. Tu étais fabuleuse en rouge. c'est qu'elle devait bien constater qu'elle se sentait un peu déçue. Riley tourna la tête vers elle. monta dans le bac. Pas vrai ? Bien sûr. en elle. alimentée par les élucubrations de Penny. soudain calme et sûre d'elle. Tous ces bruits étranges devaient avoir une explication logique. Comme si l'expérience fabuleuse qu'elle venait de vivre n'était pas assez excitante en elle-même. songea-t-elle en ouvrant sans bruit la porte. — Je cherchais l'inspiration pour toi. — Que fais-tu ? Il sourit lentement. Elle avait trop d'imagination. ou peut-être même d'un adepte de Jack l'Eventreur. Que faisait-il encore ? Bizarrement. tout en brandissant un minuscule bout de dentelle. Le pire. Et planta son regard dans le sien. avant de se figer : planté devant l'armoire de Rose. il restait l'éventualité du malade mental en fuite. Car si tout. . lui criait de se fier à lui. qu'en savait-elle vraiment ? « C'est ridicule ». Et grotesques. prit une douche rapide et s'enveloppa dans une serviette rose à fleurs. comme un grincement de bois. Comme s'il avait entendu ses pensées. Elle ouvrit le robinet du lavabo. Pourvu qu'il ne soit pas en train de chercher des riens en dentelle à emporter chez lui pour les essayer ! Même une garce lubrique avait ses limites. Riley inspectait méthodiquement tous les tiroirs. ait besoin de lui ajouter des aspects effrayants. après tout. L'air bête. même nue sous une serviette. Elle pénétra dans le salon. sans que son imagination. peut-être qu'elle devenait un brin parano. On dirait bien que c'est Rose l'experte. Car agresser une femme avec du miel n'était pas bien méchant. elle opina.

ou la troublante nostalgie qui l'avait prise les quelques fois où il l'avait embrassée avec tendresse. .A moins qu'elle n'ait ajouté ces aspects que dans l'espoir de faire taire ce sentiment de convoitise qui s'emparait d'elle lorsque Riley lui racontait sa vie.

elle avait relâché sa garde et repris un peu de naturel. où il avait regardé autour de lui et soudain vu la maison avec des yeux neufs. Cela faisait deux pleines journées qu'ils s'activaient. Elle avait des taches de peinture un peu partout et le visage concentré. Il plongea son pinceau dans le pot et reprit son travail. avec ses suggestions et sa volonté de mettre la main à la pâte sans craindre de se salir. Depuis ce premier après-midi. Rose s'était lancée dans le projet avec joie. Visiblement soulagée d'avoir quelque chose à faire tant qu'elle était loin de sa vie de plaisirs. Bien sûr. lessivaient. Ainsi absorbée par sa tâche. peignaient. impersonnelle. où elle lui avait proposé à brûle-pourpoint de l'aider à réaménager le chalet. il pensait avoir eu un aperçu de son véritable caractère — d'infimes éclairs de son esprit. Ecœuré. ravi de voir le bois gris reprendre une jolie teinte satinée blanche. ou de colère — qu'il voulait retenir en vue de découvrir enfin sa vraie personnalité. réparaient. occupée à barbouiller une fenêtre. il avait cessé d'y prêter attention. l'amère ironie de la chose était qu'elle avait dû se muer en une femme lisse et terne dans le seul but de lui plaire. elle le faisait littéralement tourner en bourrique. de faire éclater cette armure de fadeur dans laquelle elle s'était rencognée. et d'après Riley et le FBI. enfin dépourvu du sourire qu'elle y plaquait d'ordinaire. sous l'effet du chagrin. de l'autre côté du porche. Grise. elle lui avait été d'une aide précieuse. de la nécessité de soigner sa mère. poussiéreuse. Belle amélioration.7 Slate fit courir son pinceau enduit de peinture blanche le long du chambranle. Par moments. songea-t-il en tournant les yeux vers Rose. écaillée. il essuya une goutte de peinture sur le sol tout en se demandant comment il pourrait trouver irrésistible . Comment avait-il pu la laisser se délabrer ainsi ? Un jour. A part ça. Et depuis.

ça le faisait tourner en bourrique. Quant aux vêtements qu'il lui avait dénichés dans la garde-robe de sa mère. — Ah bon ? Je suis désolée. Il rangea son pinceau et s'en fut. lâcha-t-il en posant négligemment le doigt sur la peinture fraîche afin d'abîmer un peu son travail. C'est pas trop . il ne voulait pas de cet ersatz frelaté. comme il le faisait depuis deux jours. Slate. comme pour se cacher derrière un masque. c'était qu'il pourrait coucher avec elle.une femme sans caractère. du moins. dans l'espoir de lui faire perdre son calme. intelligente. s'il le voulait. — Ouais. Seulement voilà. quand elle s'oubliait au point de laisser entrevoir son cerveau. Li se couchait frustré tous les soirs en sachant qu'elle dormait à deux mètres de lui. elle. Il jeta un coup d'œil à la peau dénudée de sa taille. féminine et désirable. libre et naturelle.. ce qui lui permettait au moins d'espérer qu'elle l'envoyait au diable en son for intérieur. quoique pas tout à fait dans le même sens. elle les avait roulés et noués de manière à dévoiler le plus possible son corps. répliqua-t-elle en se relevant pour examiner son travail quasi impeccable. pas vrai ? Que ne fallait-il pas dire ? Peut-être devrait-il également se gratter le ventre et grogner pour faire bonne mesure. la regarder travailler. il n'en voulait pas. Peut-être devriez-vous vous occuper vous-même des fenêtres. — Vous avez loupé un coin. c'est vrai. elle se vengeait en se plâtrant le visage de maquillage. Et ce qui n'arrangeait rien. Mais les hommes sont en général meilleurs pour ces choses-là. Il la voulait. Si elle avait enfin laissé tomber son horrible perruque. — Je ne m'en étais jamais rendu compte. attirante. nonchalant. Ça aussi. vous avez un meilleur coup de pinceau.. venant à lui parce qu'elle le désirait. Les messages qu'elle lui envoyait en permanence étaient on ne peut plus clairs. Cette femme était belle. Elle avait gardé le visage baissé. même dans un pyjama en pilou défraîchi. et non parce qu'elle pensait que lui la désirait.

Sur le chemin inégal. où ils escaladèrent ensemble les rochers. Il semblait qu'il ait réussi à énerver un peu Mile Rose. Il haussa un sourcil. il lui fit signe de passer devant en se demandant si elle ferait encore semblant de trébucher. ensuite un éclair de vexation. — Vous vous sentez peut-être fatiguée. Michael Slater. elle écarta une branche et traversa le carré de framboisiers sans se soucier des épines qui griffaient ses mollets ridiculement dénudés. Il pouvait presque les imaginer. Il prit soin de donner à sa voix une intonation condescendante. allons-y. Enfin. Le sujet ne paraît pas réceptif. avide d'exploiter son avantage et navré de devoir ainsi la torturer. Mais on s'en fout de ce que je veux.. Elle avait le souffle court. Rêvait-il.. mais veiller à supprimer futures chutes inutiles. Il se contenta de hocher la tête. Etait-ce une trace . — Vous voulez faire une pause ? Descendre manger un morceau sur la plage ? — Bien sûr. il comprit qu'elle n'était pas juste « un peu ennuyée ». — Eh bien. de fureur. pourtant. Alléluia. Devant lui. quand il lui avait fait visiter la propriété. Dimanche 2 juillet. vous ? dut-il se retenir de hurler. Alors. Il pressa le pas. mais carrément à cran. Encore en phase de soumission. dossier AB364. celle qu'emploient les hommes habitués à faire retomber leurs propres erreurs sur les femmes — et eut l'amère satisfaction de voir tiquer Rose. il lui avait sèchement conseillé de se relever toute seule. mais incapable de trouver un autre moyen de parvenir jusqu'à elle. comme le premier jour.ce que vous voulez. Dès qu'il avait compris que-ce n'était qu'un numéro.vilain.. Il la rattrapa sur le rivage. Le genre chute spectaculaire sur un tout petit caillou de rien. et puis l'astucieux cerveau redéfinissant ses stratagèmes. mâle. bien. le teint coloré. pour une femme.. ou avait-il perçu une pointe de mordant dans son ton ? Bien. C'était à ce moment-là qu'il avait eu un premier aperçu de la vraie Rose : d'abord l'étonnement. si vous en avez envie. qu'est .

comme pour parler. Il la voulut avec une intensité qu'il n'avait pas éprouvée pour beaucoup de femmes. l'attrapa et la fit pivoter vers lui. Je suis même étonné que les moustiques ne vous aient pas dévorée toute crue. Je suis vraiment navrée de n'être pas celle que vous voulez que je sois. — Ne faites pas ça. en proie à un fol accès de désir. un salopard. comme d'habitude. Dites-moi ce que vous pensez de moi. Mais non. Rose. sautez-moi à la figure. toute vie désertant son visage et ses yeux. Ça vous apprendra à rouler votre jean jusqu'au genou. Allez-y. murmura-t-il. Tu ne crains rien avec moi. Lorsqu'elle parla sa voix était douce. je m'en remettrai. A ces mots. Insupportablement dépité. étudiée avec soin. Rose. un sourire forcé plaqué sur le visage. Rose. lâchez-vous ! Elle ouvrit les lèvres et prit une brève inspiration. les yeux étincelant de rage. mais je ne vois absolument pas ce que vous voulez dire. mais je n'y peux rien. — Allez-y. — Foutaises ! cracha-t-il avec violence. Slate. Allez-y. Allez. en s'obligeant à se détendre. je l'ai vu. — Je suis navrée. Je ne comprends pas pourquoi vous niez la femme fabuleuse que vous êtes. Quelle femme splendide ! songea-t-il. les poings serrés. Peut-être même aucune. Il se pencha sans réfléchir. Vous avez l'air persuadé que je vous cache quelque chose. elle se détourna et fixa l'océan en inspirant la brise de mer. Que je suis un porc. Je n'y comprends même rien du tout. sur ses cils ? — Vous vous êtes éraflée. Vas-y. elle lui fit brutalement face. que je suis différente de la femme que vous voyez. constata-t-il en désignant son mollet strié de rouge vif. Je le sais. Il attendit. Ne vous enfuyez pas. il la vit se fermer. incapable de résister à cette occasion de briser la carapace qu'elle lui offrait. puis reprendre ce masque qu'il en était venu à haïr.d'humidité. Dites-moi ce que vous avez sur le cœur. . Vous êtes bien plus que cela.

Rose. — Qu'est-ce que c'est. Et derrière lui.. avant de se fondre dans une incertitude qu'elle éradiqua. ou de courir cinquante kilomètres sans s'arrêter. n'importe qui. — Eh ben voilà. je veux que vous soyez vous-même. la vie étincela de nouveau sur son visage. n'importe quoi. Comment être plus explicite ? Lui dire qu'il ne voulait ni une vamp ni une cheftaine scoute. Elle serra les lèvres et referma ses bras sur elle. sur sa bouche trop rouge et trop proche. — Mais je suis moi-même. Les mouettes décrivaient de grandes arabesques dans le ciel en riant. Etait-il seulement possible de l'atteindre ? S'autoriserait-elle jamais à écouter. un point c'est tout. on y arrive ! répondit-il. la marée montante léchait gentiment les rochers. A ses pieds.. celui d'une simple conversation. tête blanche sur corps sombre.L'espace d'une seconde.. les îles verdoyantes illuminées par le soleil. Il se détourna. Qui d'autre pourrais-je être ? Il fixa son regard sur son visage. mais écouter vraiment ce qu'il lui disait ? Il avait un mal fou à supporter ce gâchis. J'ignore comment être ce que vous voulez que je sois. Au loin grondaient des moteurs de bateaux. — Je sais. et fut gagné par une épouvantable déception. autour d'une tasse de thé. — Ça. — Je ne sais vraiment pas ce que. pris de l'envie de jeter quelque chose au loin. Et j'aimerais tant que ce ne soit pas vrai. c'est vraiment un truc dégueulasse à dire à quelqu'un. Rose. Il pivota de mauvais gré vers ce qu'elle lui indiquait. déployait ses immenses ailes en . se récriat-elle avec un petit rire qui sonnait faux.. je suis toujours moi-même. Je ne veux rien de tout cela. que cela fait si longtemps que vous n'êtes pas vous-même que vous ne savez même plus comment le redevenir. Slate ? s'enquit-elle d'un ton léger. sur ses yeux vaguement teintés d'angoisse sous les couches de Rimmel. Un oiseau. Mais il se contenta de laisser son regard errer sur la baie. de flanquer une beigne à quelqu'un. Rose gardait le silence. mais la Rose libre et pleine de vie dont il avait seulement eu de torturants aperçus ? La Rose qu'il ne pouvait encore qu'imaginer ? — Je pense.

Elle ne sentait plus cet horrible parfum douceâtre mais la peinture et le pin. — Et. Il se rapprocha. ensuite ? Les aigles. Pris d'un accès de désir comme il n'en avait plus connu depuis des années. acceptant à contrecœur son calumet de paix. mais pas la guerre. reprit-elle en cessant de sourire.. — Ah. Les cheveux de Rose malmenés par la brise lui chatouillèrent la joue. — C'est un aigle. Un mâle.... Dans cet arbre. oui ! Ça y est. — Sans blague ? Elle tourna vers lui des yeux bleus fascinés. il se sentit happé par ce regard. là-bas en face. — Ils reviennent tous les ans.. Aussitôt. pour toute la . — Et voilà Mme Aigle. certains peuvent atteindre deux mètres d'envergure. Il se remit debout près d'elle. Voilà qu'en dix secondes. — Juste là. une femelle. à côté de celui qui est presque mort et qui a un toupet de feuilles au sommet. — Montrez-moi. un deuxième rapace s'envola des arbres pour l'accueillir. Il se pencha et pointa le doigt afin qu'elle pût le suivre du regard.suivant le vent. comme si elle pouvait lire la faim dans son regard. On peut même voir le nid quand on sait où regarder.. Quand l'aigle parvint aux abords de l'île. c'est génial ! Il secoua la tête et sourit. S'il vous plaît. La bataille était peut-être perdue. Et aussi pour répondre au besoin qu'il avait d'être près d'elle. vous la voyez ? — Oui ! s'écria Rose en tapant des mains comme un enfant ravi et en laissant échapper un rire naturel. Il y en a un couple qui a nidifié sur Jonas Island. — Ils s'unissent pour la vie. authentiquement ravis. je le vois. et posa les mains sur sa taille svelte et nue. son irritation céda devant l'émotion qu'il ressentait toujours devant ces extraordinaires créatures. Slate. si près qu'il dut baisser la tête vers elle. Oh.. et ajoutent toujours quelques brindilles au nid . deux oiseaux venaient de réussir là où il échouait depuis des jours. exubérant.

vie. Pas après qu'elle eut souillé cet instant si beau entre eux. presque paniquée. Sans masque. Oui. Cette femme-là. puis. elle renversa la tête en arrière et fit une moue à la Marilyn Monroe de bazar.. étourdi et heureux. qui voulaient tout d'abord le repousser. Slate. Il n'allait certainement pas jouer les galants énamourés maintenant. Il la lâcha. Elle était si douce. Slate. embrasse-moi encore. Slate. presque secouée de sanglots. la regarda et enregistra avec une certaine satisfaction le désarroi et le dépit qu'elle affichait. Tout ce que tu voudras. Ce fut elle qui arrêta le baiser pour enfouir sa tête dans son épaule. Puis son triomphe mourut en même temps que son sourire. Au milieu. souffla-telle. il avait réussi ! — Ça va ? M'obligea à relever le menton et lui sourit avec tendresse en voyant ses yeux immenses et égarés. tourna les talons et remonta le chemin à grands pas. le corps encore plein de l'authentique communion qu'il venait de vivre. Non. — Oh. il n'en voulait pas. Si douce. sans jamais avoir une chance de pénétrer la surface polie pour voir ce qu'il y avait derrière. Slate. Slate. à la grande horreur de Slate. Durant ces quelques secondes dans ses bras. Les mains de Rose. il plaqua ses mains sur un cèdre incliné. son visage reprit son masque inexpressif Les yeux mi-clos. Rose l'avait véritablement embrassé. Il la souleva de terre et tourna sur lui-même tout en l'embrassant. Vivre avec cette version-là de Rose équivalait à se trouver devant un miroir. Puis il l'attira à lui et l'embrassa comme s'il avait attendu ce baiser toute sa vie. les dévoilant tels qu'ils étaient vraiment. se pressa contre lui et lui passa les bras autour du cou. Il la reposa à terre et lui caressa le dos comme on réconforte un enfant. se détendirent contre son torse. férocement triomphant. Une passion aussi sincère que limpide s'était emparée d'eux. Il l'avait effrayée. Dieu soit loué. embrasse-moi encore. Il acheva de remonter le chemin à grandes foulées.. Elle déglutit plusieurs fois . Oh. Ni . se pencha. le souffle court. puis elle lui répondit.

plus déroutant. contrairement à Boston. puisqu'il y avait longtemps que sa mère ne la reconnaissait même plus. cette semaine. Le tout premier jour. persuadée qu'il sauterait sur l'opportunité de se précipiter à son secours. Alors . Mais cette lettre hebdomadaire lui donnait au moins l'impression de garder le lien.artifice. Mais voilà que la machine à cogiter venait de redémarrer. ce qui vaudrait mieux pour eux ? Et la camionnette. elle avait trébuché sur un rondin enfoui sous les feuilles et avait imploré son aide du regard. Ces mille et une questions importaient peu. comme s'il ne venait pas de vivre la plus extraordinaire fusion de sa vie. non pas que cela eût une grande importance. Il aimait visiblement ça. Il ne réagissait jamais comme elle l'avait prévu. Elle n'avait même pas écrit à sa mère. porter secours. comme il aurait dû. il reprit son pinceau. Slate. D'accord. Mais non. décidé à poursuivre son ouvrage comme si de rien n'était. c'était la patience. l'air un peu excédé. Allait-elle bien ? Tom et elle s'étaient-ils plu ? Est-ce qu'ils se voyaient toujours chez elle. Il lui avait juste fait signe de se relever toute seule. Car s'il y avait une chose dont il ne manquait pas. était-elle encore garée devant chez elle ? Le sénateur Mason avait-il des ennuis ? L'employeur de Nez Cassé et de Gomina les avait-il punis quand ils avaient perdu sa trace ? La cherchaient-ils encore ? Risquaient-ils de la trouver ? Elle serra les poings. Cet avant-goût d'elle n'avait qu'accru son désir d'explorer le reste. Impossible de trouver le sommeil. Tôt ou tard. même si depuis son arrivée ici elle dormait comme une pierre. Une seule la préoccupait vraiment. Puis vint Mélissa. le miroir se briserait. Rose enfouit son visage dans l'oreiller après s'être retournée pour la millième fois dans son lit. Peut-être l'avait-elle mal évalué. ou chez Mélissa. Arrivé sous le porche. à voir la manière dont il avait offert l'hospitalité à une femme dans le besoin. Jamais encore elle n'avait rencontré homme plus compliqué.

désinvolte. aboyé des ordres. à montrer son mauvais caractère. elle fixa l'obscurité. Et puis il avait pris la direction des travaux de rénovation. donner l'apparence qu'ils contrôlaient tout en faisant perdre leur sang-froid aux autres. Elle avait parfois l'impression qu'il la titillait. accepté ses propositions d'amitié. qu'il essayait volontairement de la faire sortir de ses gonds. Le pire. Slate ne rentrait pas non plus dans ce moule. Et ça. Et. Chose qu'elle n'avait plus faite depuis la cinquième. ni à sa manière à-prendre-ou-à-laisser. Elle ne comprenait plus rien à Slate. elle ne savait plus ce qu'était perdre son sang-froid. perplexe et épuisée. l'air choqué par son outrecuidance. Puis le désir l'avait en- . ça lui collait une trouille d'enfer. Elle le désirait vraiment. Vouloir quelque chose à ce point signifiait : soit on l'avait et on tremblait de le perdre un jour. Mais le pire restait à venir. Car elle n'avait pas le sentiment que ça l'amusait d'essayer de la rendre folle. avait proposé de réaménager la maison. En un mot. moins encore à celle je-m'en-foutiste. quand Roger Doldens avait traité sa mère de marie-salope. depuis le matin jusqu'au soir. Jamais encore elle n'avait voulu rien ni personne à ce point. elle n'en avait jamais connu un avec qui elle n'ait pas pu s'entendre ou qui n'ait pas. le paradis. Lorsqu'il l'avait embrassée. Comme elle n'avait jamais désiré personne. Il avait regardé autour de lui. Depuis.elle avait essayé une autre tactique. elle avait eu un aperçu de ce que serait la vie avec lui. Ils étaient sa spécialité. Certains hommes aimaient jouer de leur pouvoir. Mais qui était donc cet homme ? Il la déstabilisait complètement. son domaine de prédilection. jusqu'à présent. Et voilà qu'au milieu de ces tentatives ahurissantes pour rendre leur cohabitation agréable. Cependant. s'était affirmée. Et elle n'avait pas l'habitude d'être déstabilisée. sa lassitude. soit on ne l'avait pas et on en souffrait toute sa vie. Sur le dos. c'était qu'elle s'était mise à le désirer. elle avait commencé à craquer. où elle s'écroulait dans son lit.. Et pas à sa manière joueuse. Surtout par les hommes.. critiqué son travail à elle. au moins.

Car même si elle en était venue à adorer ce coin de côte. cet endroit était sinistre la nuit. La panique la prit. ni tenté de découvrir sa vraie lumière intérieure. Trop calme. mais sans risquer de souffrir. Comme si elle le dégoûtait. Aujourd'hui. elle voudrait qu'il la prenne . Près de la maison. Car alors. Il savait. comme si elle s'était soudain muée en monstre hideux. Soudain nostalgique de la foule. il la terrifiait ! Une larme perla au coin de ses paupières closes. s'il y avait quelque chose derrière les apparences. Elle la repoussa d'un geste de la main et s'efforça de reprendre son calme. Il était tellement à l'écoute. elle tendit l'oreille. L'avaient-ils retrouvée ? Étaient-ils tapis dehors. il avait menacé de lui faire perdre la tête. Quelque chose se déplaçait dans le sous-bois. et elle avait dû le combattre. Le faire reculer. Mais il l'avait aussitôt rejetée. aucun homme ne s'était demandé qui elle était vraiment. Les nerfs en pelote. Dieu du ciel. une brindille craqua. plus proche. tellement réceptif et sensible qu'il percevait exactement ce qu'elle était.vahie. paniquée et vulnérable. impérieux. Un autre craquement. sur les rochers. régulier. de l'électricité et du téléphone. Trop désert. prêts à lui bondir dessus ? Des pas ! Cette fois. Et trouver le moyen de lui offrir encore les baisers qu'il voulait d'elle. Elle ne pouvait pas monter voir Slate maintenant. Le moindre bruit la faisait sursauter. il avait approché la vérité. Une chouette ulula au loin. malgré ses tentatives pour retrouver son calme. Quelque chose de gros. Elle sauta du lit et courut jusqu'à la porte puis s'immobilisa. afin de pouvoir se réfugier dans l'absence de sentiments. Pas un seul n'avait cherché derrière le masque. Rose tressaillit. Personne ne l'entendrait si elle hurlait. il n'y avait pas de doute : c'était bien un bruit de pas. Depuis dix ans. s'en libérer. même s'il lui rappelait douloureusement son Midwest natal. Pas dans cet état. et quand elle voulait le lui cacher. prise de tremblements. Suivi d'un bruissement.

de son corps dur. son bras autour d'elle. Elle l'entendit descendre l'escalier. mais d'affreuses larmes. de bouger. son corps au-dessus du sien. . C'est bon. Non pas de belles larmes inoffensives. De grâce. son poids sur le lit. énormes.. d'épouvantables sanglots.. Le clair de lune illuminait les troncs d'arbres et créait d'étranges ombres sur le sol. Elle perçut son exclamation. Rose. Elle se laissa tomber sur le lit et enfouit son visage dans l'oreiller. Tout va bien. Alors elle s'abandonna.dans ses bras en lui disant qu'il n'y avait rien à craindre. Elle saisit une lampe de poche et se faufila près de la fenêtre tout en retenant son souffle. Elle ravala sa panique et alluma sa lampe. avant de lâcher un gloussement. On bougea. Sa voix murmurant son prénom. tout va bien.Il y avait de grandes chances pour que ce soit un animal. Il ouvrit. Une main plaquée sur la bouche. ça allait. n'est-ce pas ? Elle entrebâilla le volet et jeta un coup d'œil dehors. Tout va bien. Un porc-épic ! Elle se laissa aller contre le mur jusqu'à ce que son corps voulût bien la ramener dans sa chambre. Près de la maison. Oui. — Tout va bien. Arrivée à quelques centimètres de son lit. Quelles étaient ses chances de cacher une demi-heure de larmes à Slate. Au lieu de quoi. s'assit et se nicha contre lui. Elle était en sécurité. dans ce minuscule chalet ? Aucune. marcher sur le parquet grinçant. Tu es en sécurité avec moi. que se passe-t-il ? s'enquit-il derrière la porte. comme à Boston. bien en sécurité. il lui donnerait sans doute un revolver et lui ordonnerait de se débrouiller toute seule. Incapable de répondre. elle secoua la tête. se blottit plus près de lui. elle s'arrêta. de son odeur. elle tenta de faire cesser ses tremblements. Et les larmes jaillirent. Tant qu'il serait là. lui répéta-t-il encore et encore tout en lui caressant le dos de ses grandes mains apaisantes. Elle hocha la tête contre sa poitrine. de grâce. — Rose. qu'il s'occupait de tout.

Mais pas à la fantaisie... à l'intuition. et le meuble impeccable.. de joie. De la peinture vive ? Des dessins au pochoir ? Des autocollants ? Il devrait peut-être demander conseil à sa sœur. patraque ces temps-ci. Près d'elle. Mais du diable s'il n'allait pas essayer. le mensonge. ce neveu qu'il adorait. mais il tenait à lui offrir un meuble agréable. Le gosse avait besoin d'un homme dans sa vie. à ceci près qu'elle se faisait assez de souci pour Léo. Mais quoi ? Comment lui donner un aspect plus juvénile. Hélas. ne lui en voudrait pas. trop adulte. Et cette commode ne ferait que renforcer l'impression qu'avait Léo de ce contraste adulte-enfant que Riley ne parvenait pas à effacer entre eux. de faire la grimace quand sa lubie du glaçon ne lui avait pas procuré la sensation escomptée. Il savait que Léo. Il était déjà suffisamment chagriné de constater que l'enfant veillait à bien se tenir en sa compagnie. Puis il se renfrogna en songeant à Léo. Soudain l'image de Mélissa s'imposa à lui. d'énergie. Elle aussi. bras croisés.. ni assouplir leurs relations. fantaisiste ? Il n'en avait pas la moindre idée. Et lui-même avait probablement besoin de lui. elle saurait quoi faire. si débordante de vie. Quelque chose clochait. plus. lui parut soudain trop rectiligne. aux lignes pures et élégantes. Elle était si authentique. Il la revit en train de rire. Et lui proposerait sans doute cent idées de but en blanc. pour arranger et la commode et ses relations avec son neveu. Riley recula d'un pas pour admirer son ouvrage. trop rigide.8 Une fois la couche de vernis posée sur la commode brun rouge de Léo.. Joli travail. un peu comme lui au même âge lorsqu'il suivait son vénérable oncle Norman.. il ne savait fichtrement pas comment agrémenter son meuble. Son neveu n'avait que six ans. la fourberie. Il fixa la commode. il . lui qui avait l'esprit entraîné à la logique.

Riley composa aussitôt un numéro. pas la moindre idée de ce qu'elle possède. une commode. Rose n'a.. ravi d'apprendre que le flic la croyait toujours là. Mettez sa piaule à sac. moi. il me paraît bien pressé de retrouver le portrait. Si vous voulez les accélérer. qui sonnait.. à mon avis. — S'il y est. je le trouverai. conclut le capitaine avant de raccrocher brutalement. pour que le mouchard mette la main dessus ? Ce portrait sortirait de notre juridiction en un clin d'œil. Le chef menace de me les couper et de les faire frire. répondit-il. — Riley Anderson.. — Mais qu'est-ce que vous lambinez. on va pas y passer le mois. Il s'efforça de ne pas laisser transparaître la colère dans sa voix. Cette gonzesse ne vous a encore rien dit ? — Non. tout en notant la panique sous-jacente dans celle de Watson. tiens. — Ça nous fait une belle jambe. Un « Vraiment » qui n'indiquait pas la surprise. — Vraiment. lugubre. FBI. Riley ? — Je vous demande pardon ? répliqua-t-il en se demandant si le capitaine prenait parfois la peine de se présenter. Rigide. — C'est ça. — Ted Barker. Intéressant. Et j'ai d'autres chats à fouetter. Depuis quand un type aussi puant que lui se souciait-il des humeurs de son chef ? — Le fait d'être chez elle en sa présence ralentit un peu les choses.. Il jeta un ultime regard noir au meuble avant de décrocher son téléphone. un poil trop adulte. Contentez-vous de finir le boulot. rétorqua Watson après avoir lâché une bordée de jurons. — Il y est forcément. Ce type-là devait avoir ces trois lettres tatouées sur les parties.avait l'impression d'être. procurez-vous un mandat et envoyez vos gars perquisitionner. — Son appartement n'est pas plus grand qu'un timbre-poste. bon sang. songea-t-il. tous . Watson vient de m'appeler.

Mélissa insistait vraiment pour . en attendant sans doute que vous lui trouviez la miniature. mais au moins ils s'étaient bien amusés. Sans doute pour occuper Watson pendant qu'ils enquêtaient sur lui. tendu. A vrai dire. Mélissa serait peut-être déçue qu'il mette fin de manière si abrupte à leur liaison. Il y avait un truc qui puait autour de Charles Watson. S'éclaircir les idées.. son travail à lui s'arrêtait là. Le type se tient tranquille en ce moment. — Pourquoi ? — Nous avons pratiquement bouclé l'enquête sur la fuite au commissariat. Il se raidit. — Comme ça. un truc qu'avait reniflé le FBI. On le remerciait. — Nous voulons que vous arrêtiez les recherches. Anderson. Bien. C'était donc cela. Il saisit les pinceaux qui traînaient sur un banc et les fourra dans un pot de diluant. et donc à filer tout droit là où on l'attendait. il y a des chances pour que quelqu'un s'énerve et fasse une boulette. le FBI allait attendre que la souris aux yeux pâles et aux cheveux filasse vienne mettre la patte dans le piège.. Et puis. Maintenant.. Pour dire la vérité.. Riley avait fait sa part du boulot.. alors il avait en effet besoin de retrouver le portrait avant que les flics et/ou les fédéraux ne mettent légalement la main dessus et n'en privent Allston. Watson devait commencer à se sentir aux abois. il était un peu soulagé de ne pas avoir à continuer à lui mentir. Quoi qu'il en soit. vous n'aurez plus besoin d'aller à d'autres. il allait pouvoir se consacrer à ses autres affaires. son rôle prenait fin. Slate et lui. il était même stupéfait que le FBI les ait laissés fouler ses plates-bandes quelques jours.. A partir de maintenant. reprit Barker en toussant poliment. Peut-être même allait-elle continuer avec un autre. Si vous arrêtez. Ce qui voulait dire. D'autant que sous la pression d'Allston. Riley raccrocha.sens en alerte. le combiné collé à l'oreille. On se tient au courant. Si c'était lui la fuite. songea Riley. qui devait amèrement regretter d'avoir corrompu le sénateur en lui offrant la miniature. rendez-vous. Pas étonnant. elle en avait peut-être appris assez pour ne pas lui en vouloir.

Depuis ce besoin cauchemardesque de lui ouvrir son passé — passé dont elle n'avait logiquement que faire — jusqu'à cet épouvantable instant où il s'était rendu compte qu'il n'avait qu'une envie. Pareil. puis qu'elle l'avait surpris en train de fouiller. Et de ce sentiment sous-jacent. Il la voulait. Il vérifiait la pointe d'un pinceau quand il s'aperçut qu'elle tremblait. parce qu'il n'avait plus de raison valable pour la voir. Il voulait la caresser. Et cette fin désastreuse. Il la voulait encore plus maintenant.le voir partager son plaisir. Pas très professionnel. Mais alors. parler avec elle. la protéger de tous ceux qui pourraient la blesser si elle poursuivait cette quête sexuelle. . Il tendit l'autre main. Dommage que Slate ne soit pas là. Les pinceaux retombèrent dans le pot. Encore et toujours. de cette peur d'avoir à jamais brisé leur relation bizarre et ténue. quand il s'était laissé emporter. puis se laissa descendre en position accroupie. au moins. Et pas seulement son corps. de sa crainte d'avoir bousillé sa couverture. Il aurait eu l'impression de passer les bornes s'il s'était autorisé plus de plaisir qu'il n'en prenait déjà à voir s'épanouir la sexualité de la jeune femme. croisa les doigts et pencha la tête. Parce qu'un appel de Barker avait fait voler ses prétextes en éclats. Habillés ou non.. de l'énergie démentielle qu'il lui avait fallu pour la cacher. conscient de ce qui allait se produire.. elle. Merde. peu importait. Il ferma les yeux au souvenir de sa panique. Il recula jusqu'au mur derrière lui. Mélissa ne voulait que du sexe. tout ça. songea-t-il avec un ricanement amer. la tenir serrée. Leur rendez-vous de la veille n'avait pas été loin de finir en catastrophe. Il la voulait. rire avec elle. Bizarre. Il la voulait. Lui. Il prit une profonde inspiration et attendit. Il était fichu. complètement fichu. lui faire tendrement l'amour. et il n'aimait pas mélanger plaisir et travail. Elle voulait faire des expériences avec lui en tant qu'étalon non identifié. non. ou plutôt les pathétiques excuses derrière lesquelles il se cachait. et avait dévoilé son désir. Du choc qu'allaient lui infliger des émotions refoulées.

qu'elle recule. d'habitude. Comme elle n'avait pas la tête à s'attarder. à leur prochain rendez-vous. Peut-être pourrait-il lui offrir la liaison qu'elle voulait.saurait le faire redescendre sur terre. sait-on jamais. un beau blond qu'elle avait toujours convoité en secret. Elle l'écarta en riant et les salua tous de la main. sauta sur ses pieds. Il n'était pas persuadé que du sexe sans rien d'autre puisse faire le bonheur d'une femme telle que Mélissa. lui entoura la taille et tenta de la persuader de rester. Même l'intérêt soudain — et. on reprend tout et on recommence l'examen. et quelles qu'en soient les péripéties. les gens commençaient déjà à rassembler les reliefs de leur pique-nique pour rentrer chez eux. Lui montrer ce qui devrait vraiment être entre un homme et une femme. ma foi. Pourtant. Mais il se pourrait bien aussi qu'elle lui décoche ce sourire aussi timide qu'explosif. Bon. décida-t-il en se redressant pour quitter son sous-sol confiné. elle aimait se fondre dans la foule en liesse unie par l'amour de la fête sinon par celui . Riley Anderson comptait bien demander à Mélissa Rogers de sortir avec lui à l'ancienne mode. Le bouquet final du feu d'artifice sur la Charles River tira un soupir à Mélissa tandis qu'autour d'elle. fort agréable — de Brad n'avait pas réussi à la convaincre de rester faire la fête. Capituler devant cet étrange besoin et lui faire l'amour comme il en avait envie. De toute façon. elle adorait le 4 Juillet. vite ! Que ferait un collégien-amoureux/vierge-outragée dans ce cas-là ? Il sourit. qu'elle soit au supplice et se trouve une excuse. celui qui le rendait fou. elle saluait déjà ses amis d'université quand Brad. Il se pourrait que Mélissa panique. marée humaine refluant vers la cité. Un plan. et qu'elle dise oui. il saurait brocarder ce cocktail de vierge outragée et de collégien amoureux qu'il était devenu. lui donner plus de plaisir que toutes les perversions du monde. puis lui prouver qu'elle faisait fausse route.

Si elle regardait les choses en face. Mais aussi. des questions. ces interrogations. elle n'en voulait pas. ces doutes. — Ça vous dirait. elle ne pensait qu'à Riley. elle ne valait pas un clou. Au bonheur qu'elle avait lorsqu'elle avait réussi à le faire rire. E lui adressa un clin d'oeil doublé d'un sourire ravageur. celui d'un jeune homme brun et agréable. assouvir ses besoins physiques sans s'impliquer émotionnellement ? Il suffisait à Riley de l'effleurer. Qui concernaient toutes Riley.du pays.. d'attendre que le plus gros soit passé ? On s'est fait une petite place par là. Il haussa . Elle n'avait que faire des sentiments. Seulement voilà.. de poser ses mains sur elle pour qu'elle devienne folle. Mais elle se sentait bizarrement solitaire. au lieu de se laisser emporter par la fabuleuse intensité physique de l'expérience. agglutinés sur une couverture. Faisait-il lui aussi la fête. En relevant les yeux.. taraudée par des incertitudes. Côté déesse de la luxure. maintenant. Interloquée. proposa-t-il en désignant un groupe de jeunes gens. Et ça. au frein qu'il mettait à sa vigueur. A son admiration devant le cran qu'il avait eu de laisser tomber sa vie bien tracée pour faire le tour du monde et s'enrichir. s'était-elle réellement imaginé posséder même un tiers de la féminité de Rose ? Avait-elle vraiment cru qu'elle pourrait se servir du corps d'un homme pour le jeter ensuite. ou sourire. et qui lui donnait l'impression d'être à la fois à l'abri et en danger. pris comme elle dans la foule du départ. cette expérience se révélait un véritable désastre. alors qu'elle-même n'avait jamais pu trouver le culot nécessaire. principalement de sexe mâle. je sais ce qu'éprouve le bétail à la foire. dans la trentaine. Mélissa croisa un regard noisette très intéressé.. ce soir ? Où ça ? Pensait-il à elle ? De quelle façon ? Et flûte ! Ce n'était pas parce qu'il était la personnification de tous ses fantasmes que le contraire était vrai. ce soir. elle sourit et déclina l'offre avec politesse. ça n'avait absolument pas sa place dans son équipée vers les hautes herbes. — Bon.

. dans le square. elle faillit percuter l'adonis qui vivait à l'étage du dessous. Peut-être que sa liaison avec Riley j'avait vraiment changée. Une demi-heure plus tard. peut-être valait-elle un tout petit clou en tant que déesse de la luxure. Une fois sortie du gros de la foule. Et en piquant un fard. il pivota soudain vers elle. Il était fichtrement mignon. Il la salua. et finit par décider de regarder la cassette de Sex and the City qu'on lui avait prêtée. devint pivoine et finit par sortir en marmonnant un vague « bonne nuit ». ce type. le premier choc passé. en plus. se ravisa. Peut-être qu'elle n'était pas si désastreuse que ça. et à qui elle avait deux ou trois fois trouvé le courage de sourire dans l'ascenseur. elle regarda les portes se refermer derrière lui. Stupéfaite. elle réussit à s'insérer dans une rame bondée et s'en fut cahin-caha jusqu'à son arrêt. Nom d'une pipe ! Il avait été sur le point de l'inviter. L'ascenseur parvenu à son étage. ouvrit la bouche pour dire quelque chose. incapable de réprimer un sourire. Toute répugnante que fût cette anecdote. elle se serait peut-être laissé tenter. surexcitée.les épaules et disparut dans la cohue sous ses yeux ahuris.. Parvenue en haut des marches. puis ce type. elle ne put que se la rappeler. D'abord Brad. elle sortit de la cabine et se précipita chez elle. Qu'elles lui sautaient carrément dessus. Si elle n'avait été aussi bizarrement lunée. d'accord. tout à fait son genre. Il lui avait juré qu'elles pouvaient le sentir sur lui. . Bon. Un homme qu'elle n'avait même pas le cran de regarder en face. Mais que se passait-il ? Arrivée à son étage. Peut-être s'était-elle condamnée un peu prématurément. Un ami lui avait confié un jour que les femmes savaient quand il sortait d'une belle nuit d'amour.. Elle erra dans son appartement à la recherche d'un exutoire à son trop-plein d'énergie. « Est-ce que ça vient juste d'arriver ? » Ça n'arrivait jamais avant.. elle rejoignit ceux qui se dirigeaient vers la station de métro. accorda son pas au sien et l'escorta en bavardant jusqu'à leur immeuble.

Puis elle rangea sa brosse et contempla son reflet dans le miroir. au lieu de rester un simple spectateur. Elle repousserait ces ineptes accès de sentimentalisme dont elle ne voulait pas et se concentrerait sur le lit. la seule chose qui lui avait paru normale avait été son désir qu'il lui fasse l'amour de tout son coeur. Elle le voulait avec elle. Pas quelqu'un qui la mettrait dans tous ses états dès qu'il serait dans . ordinaire. Mais alors... cette convoitise qui les poussait à se dérober tout en rêvant d'aller plus loin. Était-ce pour cela qu'il reculait. elle ferait tout pour que les choses leur soient agréables à tous deux. se refusait. Ha ! C'était donc ça. elle se décocha une grimace dans le miroir. Elle verrait Riley demain soir. non ? Un jour. elle rembobina la cassette et l'éjecta d'un geste théâtral.Une heure et demie plus tard. Du dentifrice plein la bouche.... en elle. la vie vers laquelle elle se dirigeait. elle aimerait quand même bien que Riley. Il résistait. elle se laisserait aller à ces sentiments avec l'homme près de qui elle se réveillerait jusqu'à ce que la mort les sépare. Cette liaison avec Riley ne serait que le début de la marée vers un océan de satisfaction sensuelle. sur elle. Sauf que samedi dernier. plus. Après leur presque échec de samedi dernier. qu'il devenait agressif envers ce pauvre nounours-miel ? . A moins. les parages.. De ce lien. participe un peu plus.. Un homme un peu comme elle — plus gentil. pourquoi s'obligeait-il à cette neutralité ? Souffrait-il de pudeur névrotique ? De voyeurisme ? D'une hideuse déformation ? Elle faillit s'inonder de dentifrice en pouffant.. Et alors ? Ce n'était jamais qu'un instinct naturel. Cela dit. Elle partit se brosser les dents. Pas un Superman. rayonnante et sûre d'elle. uniquement le lit. Quelqu'un qui la trouverait aussi fascinante qu'elle le trouverait captivant. comme s'il était asexué ou impuissant. à moins qu'il n'eût peur de la même chose qu'elle. ce qui n'était objectivement pas le cas au vu de la boursouflure de sa braguette quand il la caressait.

Oserait-elle jamais demander à Riley de lui mettre les menottes ? Elle fit jouer la lumière de sa lampe de chevet sur le métal poli. entrevit soudain une tout autre possibilité. qu'il lui enseigne toutes les manières de lui en donner. Elle voulait que Riley ait son propre plaisir. Elle ne voulait qu'un seul changement. elle heurta du pied une boîte qu'elle ouvrit en souriant.être ne faisait-il que ce qu'elle lui avait demandé au départ — éviter la sacro-sainte et barbante position du missionnaire. mais alors très vilaine chose. En allant au lit. ou alors peut-être que maman lui avait dit de ne jamais jamais refaire cette vilaine. Elle obtenait de lui ce qu'elle en voulait. tant qu'elle tirerait de leur relation ce qui l'intéressait et se concentrerait sur le plaisir. Peut. elle garderait le contrôle de la situation et la maintiendrait là où elle devait rester. La panoplie de policier. Ou que la pénétration était contraire à sa religion. elle allait trouver Mel Gibson et Harrison Ford en train de se battre sur son paillasson. retourna dans sa chambre et enfila un Tshirt. ou alors aux robinets de la douche. Ça. comme il le faisait pour elle. Peut-être qu'il avait juste oublié ses préservatifs. Elle s'essuya la bouche. De toute façon. un pour lequel la déesse de la luxure qu'elle serait de nouveau demain devrait peut-être insister. Son sourire se fit malicieux. Et demain. Une inspiration. .C'est ça. ça ne la regardait pas. Et il n'allait plus rien comprendre. Elle qui avait rêvé de voir Riley l'attacher au lit. elle aurait le culot de le faire. Tant qu'elle resterait aussi égoïste que possible. Ou qu'il était marié.

Le soleil. Il entendit Rose se lever. Sur la mer. Elle s'était. Au moins. Je n'avais jamais compris le terme « purée de pois » jusqu'à avant-hier. — La côte du Maine est aussi réputée pour ses homards que pour la densité et la ténacité de ses brouillards. les bouées scintillaient telle de la pacotille tandis qu'au-dessus d'elles. l'heure où le jour s'est déjà levé sur l'extrémité de la péninsule mais n'a pas encore traversé les grands pins jusqu'ici. et tenta de mettre un frein à l'espoir qu'il avait de la voir surgir encore ébouriffée. Slate s'étira. ils étaient parvenus à un modus vi- .9 Une tasse de café à la main. T-shirt décolleté et pull en coton. Pantalon corsaire moulant. comme d'habitude. enfin de retour après deux jours d'épais brouillard. placardée la figure de fond de teint. Je vais vous chercher du café. — Bonjour. Elle lui sourit et désigna la baie. Naturelle. Il la salua de la tête et s'obligea à sourire tout en notant qu'elle portait les vêtements neufs qu'ils avaient achetés la veille. C'était l'heure qu'il préférait. les yeux pleins de sommeil. — Merci. depuis la nuit où il l'avait trouvée en pleurs. dans la vieille robe de chambre qu'il lui avait prêtée. Dans la cuisine. il emplit une tasse de café et coupa une tranche du gâteau qu'ils avaient acheté la veille. répondit-il en se levant. tout ce qui était susceptible de cacher la pureté des traits de Rose était de trop pour lui. avec peutêtre — s'il ne rêvait pas — la main un peu plus légère aujourd'hui. De toute façon. annonçait une matinée radieuse. le ciel virait peu à peu au rose pâle. — On dirait bien que ceux qui nous avaient volé la vue ont décidé de nous la rendre.

Chaque fois. S'il pourrait. Il secoua la tête. Mais bon sang. Il l'avait. elle lui demandait de la protéger. de lui offrir. D'autant qu'il n'était même pas sûr d'être à la hauteur si. en voulant la faire renoncer au système de défense qui lui réussissait si bien. soudain mise à nue. Lui offrir quoi ? L'achèvement ? La complétude ? La beauté de l'autoactualisation ? Se croyait-il soudain devenu expert en psychiatrie New Age ? Capable de révéler sa vraie personnalité — sans que ni lui ni elle soient peut-être en mesure de composer avec ce qui en sortirait. il était bloqué au même endroit. Il entretint un agréable bavardage pendant qu'elle mangeait. bizarrement. luttant contre son désir et un irrépressible besoin de l'aider. quand elle se leva pour débarrasser son couvert. ni de l'honorer et ni de la chérir.. ce soir-là. un peu comme s'il lui avait refusé le droit . constata-t-elle en ouvrant le robinet de l'évier. Puis. qu'est-ce qu'il rêvait de la voir libérée de son carcan ! La voir telle qu'elle était. Il lui présenta son petit déjeuner avec un sourire volontairement amical. De la soulager du fardeau qu'elle semblait porter. — La maison est vraiment agréable maintenant. Ce à quoi il opina en jetant un coup d'œil alentour. Rangé. poncé. le chalet avait retrouvé la grâce qu'il avait du temps de sa mère. avec son vrai caractère. récuré. soit dit en passant ? Non ? Alors. de vraies émotions et un corps libre: Savoir enfin s'ils iraient aussi bien ensemble qu'il le présumait. il la suivit comme un chien fidèle tout en se demandant s'il pourrait supporter de la laisser reprendre sa vie d'avant comme si de rien n'était.vendi acceptable.. ne lui avait promis ni de l'aimer. bercée une heure contre lui. cette transformation le dérangeait plus qu'elle ne le réconfortait. Bien plus pimpante qu'à notre arrivée. Sa maison lui paraissait à présent artificielle. sinon confortable. retourner à la sienne en pensant à elle jour après jour. repeint. lui. il faisait preuve d'un certain égoïsme. D'ailleurs. à elle — et au défilé d'hommes à qui elle s'ingénierait à plaire. Mais. pourquoi insister ? Il ne s'était pas engagé vis-à-vis d'elle. irrespectueuse.

l'histoire de la famille. qu'est-ce que j'en sais.. ou alors des trucs ramassés sur la plage. Je ne sais pas. L'histoire de la maison. Elle ne me reconnaît même plus. — Pourquoi ne récupérerions-nous pas deux ou trois objets. Il ne voulait pas se rappeler ce à quoi le chalet ressemblait du vivant de sa mère.. Pourtant. Rose vint se planter derrière lui et lui posa les mains sur les épaules. il fit volte-face et partit d'un pas raide vers le porche. — Oui. symbolisées par du bois sculpté. On ne va rester ici qu'une semaine de plus. tout en sachant ce qui allait suivre. La maison paraît tellement inhabitée. — Slate.de mourir à la suite de ses parents.. de la décoration. dans ces foutus cartons. des plumes ou Dieu sait quoi d'autre. le héla Rose. Toutes les années de sa vie. des dessins que tu aurais faits. ou des cambrioleurs. . Pourquoi l'exhumer et prétendre que rien n'avait changé ? — Pas question. Quelque chose dans son intonation le poussa à se rapprocher d'elle. Il perçut la chaleur de ses doigts au travers de l'épaisse flanelle de sa chemise . Sur ces mots. ou des souris. moi. C'était peut-être un peu tiré par les cheveux. il dut combattre son envie de fuir sa compassion. je lui écris toutes les semaines. — Slate. Il ne voulait pas les déballer. mais il ne pouvait s'empêcher de penser que cette rénovation avait en quelque sorte nié la disparition de sa mère. — Ta mère devait bien avoir d'autres choses dans la maison. des vases. Il se figea. penchée sur l'évier.. — Elle emballait toujours tout à la fin des vacances. Toutes ces étagères vides. Elle était morte et enterrée. Pour les protéger de la poussière.. — Des choses ? s'étonna-t-il. ma mère est atteinte de la maladie d'Alzheimer.. Tous les précieux bibelots de sa mère.. des bibelots. soigneusement déballés chaque année et remis à leur place. à présent réduite à lui seul. pour les disposer ici ou là ? Ce serait bien plus joli. dans l'espoir de clore le sujet. des céramiques. soigneusement remballés et rangés en septembre avant leur départ. il devait bien y avoir quelque chose dessus. des poteries.

sans la moindre trace de son habituelle légèreté. Comme ça. Et je suis ravi que tu aies trouvé une solution acceptable. les yeux étincelant de rage. Je ne veux pas de souvenirs. Je crois que je continuerai à le faire. Mais ce lui fut impossible. Ce n'est pas difficile à comprendre. Car. Tu seras étonné de constater à quel point les choses qui lui appartenaient peuvent la rendre plus proche. comme pour lui arracher les mots. Dis-le ! — Non ! s'écria-t-elle. — Tu es persuadée que j'ai tort. — Je n'ai pas besoin de souvenirs. sur un ton haché.une longue lettre que lui lit l'infirmière. non ? Rose ouvrait la bouche pour protester. dit-il. Dis-le. — Merde. Il resserra sa prise sur ses épaules. Tu es persuadée que je me goure complètement. tu as raison. Elle dit tout cela à voix basse. — Oui. Rose. Il se tourna pour lui faire face. Je suis désolée. Et tu avais raison. — Essaye. furieuse. Tu n'es pas d'accord. insista-t-elle. tout ça parce que tu es si fichtrement parfait et efficace ! . elle est toujours vivante pour moi. elle venait de bien plus se livrer qu'en une semaine. même après sa mort.. elle va revenir ? Peutêtre même te sens-tu coupable de n'avoir pas pu la sauver alors que tous les spécialistes du monde n'y pouvaient plus rien. baissa la tête et se recomposa une attitude. — Je suis navré pour ta mère. Il lui empoigna les épaules. — Bon. dis-le ! Elle releva la tête. — Tu n'es pas désolée. d'accord. Je te mets au défi de le dire. Tu veux vraiment savoir ce que je pense ? Je pense que tu l'as enterrée mais que tu refuses de la laisser mourir.. Il eut vaguement envie de la pousser à poursuivre. Tu t'imagines peut-être qu'en niant sa mort. oubliant sa peine. en quelques instants. Rose. — Je ne suis pas chez moi. puis elle se ravisa. Pas sur ce sujet.

Elle se planta l'index dans la poitrine. et si son expression se chargea de mépris. ces paroles blessantes entre nous. je refuse de me dépouiller plus de ma mère que le destin ne l'a déjà fait. Muet de stupeur. . alors que tu passes ton temps à te dépouiller de toi. — Tu vois. tu te retrouveras ici. elle vint planter un doigt furibond dans sa poitrine à lui. elle tourna les talons. Tu n'es jamais qu'un homme parmi d'autres. Cette rage. et tu te demanderas comment tu as jamais pu penser qu'écarter ta mère de ta vie allait la faire vivre pour toujours au fond de ton cœur. Rose. Elle inspira profondément. à la fois émerveillé par sa vigueur — bien plus grande qu'il ne l'avait rêvé — et terrassé par une peur déconcertante. du son de sa voix ou de son odeur.Il laissa retomber ses mains. — Oui. — Eh bien moi. Tu n'es pas Dieu. Alors. il la contempla d'un œil rond. Et. avant d'éclater d'un rire amer . — Je n'ai pas besoin que tu m'apprennes à quoi ressemble ma vie. je commence à en avoir ras le bol des hommes. je déteste ça. Tu crois que c'est mieux ? Il opina lentement. tu l'as eu. dans ce joli vide que tu as créé. Il se pencha vers elle. C'est à ça que ressemble parfois la vie. et moi pas un disciple. si tu veux tout savoir. reprit-elle. Tu prétends ne pas vouloir te dépouiller de ta mère. — Moi. Les paroles de Rose étaient comme de l'alcool sur une blessure à vif. le faisant reculer d'un pas. l'angoisse qu'elle dissimulait. il perçut la confusion. Michael Slater. ce que tu voulais tant. elles la rouvraient et en extirpaient la douleur et la culpabilité qu'il pensait avoir maîtrisées. — Parce que c'est vrai. ouvrit la porte à la volée et disparut en courant dans le bois. tout en s'extirpant peu à peu de son étrange désespoir. comprendre. avec l'espoir de le lui faire accepter. Un jour. C'est moche et pénible. quand tu auras du mal à te souvenir à quoi elle ressemblait. je le pense. au bord des larmes. Sur ce.

le souffle erratique. Il l'avait poussée au-delà de ses limites. sa courtoisie. Attendre. cet aveu de faiblesse que même les mouettes ou les vagues ne devaient pas voir. Elle dévala une falaise abrupte en trébuchant sur les cailloux. mains plaquées sur le chambranle. Il voulait regarder en elle comme dans un livre et voir si ce qu'il y avait dedans valait le détour. Vers le rivage. sa paisible détermination à tirer d'elle ce qu'il pensait le meilleur. Tout en lui la tentait. son corps. soit définitivement fermée pour lui. elle se planta là. Les poumons et les muscles douloureux. pressée d'échapper au confinement du bois. Ne t'arrête pas ! Elle sautilla quelque temps jusqu'à ce que la douleur se calmât. Il voulait tout.Il bondit sur le seuil. A gauche. luttant contre les larmes. puis se ravisa. et la regarda disparaître. Mais elle poursuivit sa course vers la mer. des exigences de Slate. et reprit sa course. Elle fut obligée de ralentir l'allure au travers des broussailles et des ronces. Il était allé trop loin. du chalet. avide de se perdre dans le spectacle infini des flots. Une douleur fulgurante lui traversa la cheville quand elle se prit le pied dans une racine. soit libre et ouverte. Il exigeait trop d'elle. ne promettait rien. Rose parcourut la route qui traversait les bois derrière chez Slate au pas de course. folle de convoitise. S'il la suivait maintenant. Rose devait faire cela seule. elle ne pouvait s'arrêter. Et il n'avait plus qu'une chose à faire — ne pouvait plus faire qu'une chose. C'était l'homme le . Parvenue sur la berge. ses sanglots étouffés par l'indifférence de la forêt. Ses yeux. regard braqué sur l'océan. il la perdrait à jamais. et parvint à une clairière regorgeant de myrtilles et de fraises sauvages. les poumons en feu. Il rentra donc. Folle de rage. des toiles d'araignées se plaquaient sur son visage entre les taillis. Ses pieds frappaient le chemin caillouteux ou s'enfonçaient dans la mousse. Prendre une décision là-bas dans la forêt et puis revenir. Il la rendait folle. soudain bien plus vieux que ses trente-trois ans.

Sous le coup d'une impulsion. le maquillage qui avait dû couler. Elle en ramassa un autre. Et si elle ne pouvait pas être ce qu'il voulait qu'elle soit ? Et si ce qu'il voyait en elle n'existait même pas ? — Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ? hurla-t-elle à la mer. en un flot irrépressible. Dieu du ciel. Salaud. et continua jusqu'à se tordre de rire. hors d'haleine. Les cormorans reprirent leur partie de pêche interrompue. et elle qui ne savait plus si elle devait pleurer ou rire. Elle recula en tremblant. pris de panique. la douleur que lui avait infligée Rose — il s'en était sorti pour l'encourager. Mais pourquoi ne la laissait-il pas tranquille ? Les larmes jaillirent alors. se rattrapa tant bien que mal. elle. ne fut pas loin de glisser. pour la tirer au premier plan. Pour finir. les jeta plus vite. se prit le pied dans une anfractuosité et tomba sur les fesses. La brise se calma.. trébucha. elle ramassa un galet. les mains écorchées. puis un plus gros. intégrité. de poussière et de larmes. jusqu'à en avoir mal aux bras. . Au loin. avant de passer une nuit torride. Même enfoui dans sa propre douleur. poussa un véritable cri de guerre et laissa choir son projectile qui. à elle.plus séduisant qu'elle eût jamais connu. le visage maculé de sueur. Le premier qui y arrivait. Il avait fait voler son calme et son sang-froid en éclats. confiance. Un groupe de cormorans s'envola à tire-d'aile. le projeta au loin et le regarda amerrir dans un plouf des plus satisfaisants. car tout en lui proclamait sécurité. en traitant Slate de tous les noms d'oiseaux qui lui passaient par l'esprit.. Le salaud. son chagrin — son chagrin pour sa mère. Un éclat de rire hystérique se mêla à ses sanglots. quel tableau elle devait offrir ! Couverte de poussière et de sueur. pour lutter au nom de ce qu'il croyait qu'elle était. parut emporter avec lui sa rage. une mouette salua l'exploit en riant. Salaud. en frappant bruyamment l'eau en contrebas. Le genre de type qu'on ramenait chez maman pour dîner. un rocher si lourd qu'elle put à peine le soulever. L'océan se referma sur ses projectiles. plus loin. Il lui avait fait ça. Plouf après plouf. Elle tituba alors vers le bord.

Hop. Pas ce mélange angoissant de peur et de défiance. empoigna le bras et pompa. Tomber amoureux. Elle emplit sa main en coupe et s'aspergea le visage. Si elle avait la tête claire et fraîche. Le flot devint plus dru. Elle se fourra le visage sous la fontaine en riant et le frotta de sa main libre. sur Jonas Island. Elle était folle de lui. il y avait une vieille pompe à main. Tout en s'abritant les yeux de la main. Elle s'en approcha.. Elle la trouva enfin au centre d'une petite clairière. ainsi que le reste de ses vêtements. Mais pas maintenant. Un mâle. se dépouilla de son T-shirt et l'envoya sur la mousse. Un autre chemin partait vers une petite colline moussue.Salaud. pompa. Rose reprit la poignée en main. Quelque part par là. escalada les rochers. c'était censé être aussi simple que cela. sous lequel elle plaça sa main en riant.. elle se redressa et examina la pompe. Tôt ou tard. Soudain jaillit du bec un filet d'eau claire. la route. brutale et impérieuse : elle arracha son pull et le jeta au loin. Un oiseau solitaire s'éleva dans le ciel et prit la direction de son nid. Comme son T-shirt ne tarda pas à être trempé. L'eau était fraîche et claire. fraîchement repeinte de noir et montée sur une plate-forme de bois. Rose laissa retomber sa tête en arrière. pour toute la vie. hop. plus constant. Pas avant d'avoir réussi à trier ses émotions. il lui faudrait bien rentrer et lui faire face. regagna la forêt. souffle coupé par l'eau glacée. Alors l'envie la saisit. une femelle. lui arracha un petit cri de surpri- . elle le suivit du regard. souillé de poussière. pas encore. elle avait toujours le corps en sueur. Elle se remit debout sur des jambes tremblantes et rebroussa posément chemin. petit point noir volant à l'horizon. vidée de corps comme d'esprit. toujours raccordée au réseau d'eau mais inutilisée depuis l'installation d'une pompe au diesel. Le soutien-gorge suivit le même chemin. Le froid de l'eau la fit hoqueter. Ils s'unissent pour la vie. Elle l'emprunta à pas lents. Une allégresse naturelle. hop. bref elle reprit l'itinéraire suivi lors de sa course folle. Hop. à évaluer les risques.

enfila ses vêtements encore humides et partit entre les arbres vers la maison où elle savait qu'il l'attendait. Qu'y avait-il en lui pour que ces paroles paraissent si nobles. Plus claire. se lever. La brise tiède la réchauffa. les étendit sur un rocher ensoleillé et se coucha sur la mousse. lui donnait la sensation d'être vivante et en sécurité. elle ne correspondait pas à ce qu'il voulait ? Dépouillée de son maquillage.. que restait-il ? Une fois qu'on s'était donné aussi totalement à un autre. si idylliques. La façon dont il avait posé sur elle des yeux implorants ce matin. Etait-ce cela qu'il voulait d'elle ? Pouvaitelle prendre le risque de chercher si elle pouvait lui donner autant ? Et si. elle rinça ses vêtements. fraîche et propre. Et écarlate. Elle resta étendue là tandis que séchaient ses vêtements. comme si elle pouvait arranger tout ce qui n'allait pas dans son univers à condition de bien vouloir essayer. se frotta partout. Alors. Elle repensa à Slate. . puis laissa l'eau couler sur ses épaules. tandis que le matin faisait place à l'après-midi. ici. Elle autorisa alors ses pensées à revenir vers Slate. A la manière dont il l'avait embrassée. son dos. . puis elle finit par se rasseoir. plus propre que jamais dans sa vie. et peut-être un peu brûlée par le soleil. qui donnait à sa vie bostonienne un relent de toc et d'artifice ? Un mâle. de ses charmes. Un mâle. à cause du froid. pour toute la vie.se. Elle se planta dessous en grelottant. si tentantes ? N'était-ce pas simplement la magie de ce lieu étonnant ? La magie de cet homme étonnant. comme si elle était son enfant chérie. de son mystère. la caressa. après tout cela. à la manière dont il l'avait bercée contre lui l'autre nuit. comme si elle représentait son idéal absolu de la femme. elle prit sa décision. ses jambes jusqu'à se sentir nette et légère. Ensuite.. ses seins. une femelle. que diable pouvait-il bien rester ? Le soleil frappait sa peau. la réchauffait. Se remit debout. Une femelle. . dans les bois. la sécha.

il n'y aurait bientôt plus de forêt du tout . juste des tas de rondins empilés un peu partout. Parce qu'il voulait qu'elle revienne. Une déprime pareille.. elle avait besoin de temps.. s'était assis sous la véranda au moins six ou sept secondes. de nouveau maculé de sueur et de sciure. en lui disant être fatiguée des hommes. histoire d'être décent quand elle reviendrait. Peutêtre s'était-elle perdue dans les bois. Peut-être allait-elle se faire bonne sœur.. sans pouvoir.. à moins qu'il ne l'ait plus effrayée qu'il ne le croyait. . mais était-ce à ce point difficile ? Lui avait-il fallu toutes ces heures pour décider qu'en fin de compte. Mais où donc était-elle ? Bon. tout en gardant un œil sur les bois. avait grignoté à midi. une serviette autour des reins. Il avait passé la matinée à débroussailler. douché.Les muscles endoloris. Et si elle avait fait une chute. Peut-être avait-elle fait du stop pour rentrer à Boston et se trouver un type moins exigeant. Il grimpa dans sa chambre et enfila des vêtements propres. Slate sortit de la douche pour la deuxième fois de la journée. Ou lesbienne. maintenant qu'il avait coupé assez de bois pour chauffer tout le Grand Nord ! Si elle ne revenait pas très vite. arracher des arbres morts et débiter du bois de chauffage à un rythme frénétique et vengeur. d'éloignement et de je ne sais quoi d'autre pour trier ses sentiments. avait fini par reprendre sa tronçonneuse et s'était de nouveau épuisé. merci pour tout et bye-bye. comprendre la profondeur des sentiments qui le poussaient ? Mais prenait-elle seulement une décision ? Peut-être avait-il tout faux depuis le départ. Assez ! Déjà qu'il avait l'air fin. Puis il s'était arrêté. Peut-être ne l'avaitil pas touchée autant qu'il le pensait. en guettant Rose. Peut-être était-elle sincère. il ne valait pas le risque ? Ses efforts pas vraiment subtils pour la percer à jour l'avaient-ils rebutée ? N'avait-elle pas pu voir plus loin. il n'en avait plus vécu depuis qu'il avait reçu la lettre de Sue l'informant qu'il y avait un autre homme dans sa vie. d'accord.

pourquoi n'était-il pas tombé amoureux d'une fille toute simple ? D'une fille pas compliquée. et planta dans le sien un regard direct et interrogateur. tout en sachant qu'ainsi. plus aucune femme ne lui avait importé. parce que je ne savais pas quoi faire d'autre. J'ai trouvé un travail de secrétaire à Harvard. un sourire tremblant sur les lèvres. avec qui il aurait des enfants. seule et vulnérable devant le mur de pin blond. Muet. qu'elle confirme la mutation qu'il percevait en elle. Elle referma posément la porte derrière elle. il attendit qu'elle parle. Je ne leur ai . croisa les mains et resta là. n'importe quoi et tout ce que je pouvais mettre par écrit. Il savait à présent ce qu'il voulait. Alors. et de préférence avec Rose. une vie tranquille ? Une qui ne soit pas hantée par des démons. qui n'aurait pas peur d'être elle-même ? Bref. autant qu'elle l'a pu. transporté. L'adolescent rêveur n'existait plus. et je me défendais plutôt bien dans le domaine. des journaux. Il était en train de redescendre quand il l'entendit revenir à travers bois. Moi. doublé de travaux rédactionnels en free-lance. des idées. J'ai aussi découvert que j'avais le même talent que ma mère en ce qui concernait les hommes. L'air d'un père t'asvu-l'heure. Elle entra d'un pas tranquille. à ceci près que je n'ai jamais dépendu d'eux. — Je m'appelle Alice Rose Katzenbaum. Jusqu'à Rose. Et il n'aimait pas cela. je suis partie à Boston. elle avait jeté le masque. Rose était revenue. Illinois. Des articles ou des nouvelles. il dévala l'escalier et se planta derrière la porte. Le visage débarrassé de tout maquillage. Après le départ de mon père — j'avais deux ans — ma mère a accepté tous les amants qui se présentaient. et je suis née en 1975 à Normal. il aurait plutôt l'air ridicule. Voilà que maintenant. songea-t-il. A dix-huit ans. Elle était aérienne.Depuis. une famille. j'étais une gamine solitaire. une fille qui ne passerait pas sa vie à consommer la population mâle de Boston. Je m'en suis sortie en écrivant des histoires. comme elle. Bon sang. C'était tout ce qui comptait. Illuminée de l'intérieur. une femme avait de nouveau son cœur entre les mains. Et il était raide dingue d'elle.

— Est-ce ce que. toi. sans vraiment savoir comment réagir. Ce cadeau. Oui. puis se redressa et le fixa de nouveau. au contraire d'elle. — Tu n'as aucune idée. c'est ce que je veux. dit-il en souriant devant ses fabuleux yeux bleus frangés de cils sombres. si naturelle et si consentante contre sa poitrine. et cela importait plus que tout.. — Jusqu'à toi. . tu veux ? — Tu es impossible. Elle se laissa aller contre le mur. l'embrassa encore. Je ne pourrais pas être plus « moi » que cela. Slate ! répondit-elle dans un petit rire hoquetant. heureux de l'étreindre.. Alice Rose Katzenbaum. posa un baiser sur sa bouche tiède et parfumée aux myrtilles. — Rose. Alors. Et je ne sais pas si c'est ce que tu veux. — C'est bien moi. l'attira entre ses bras et rit.rien donné de moi. Elle écarta un peu les bras. Je gardais toujours le contrôle de la situation. sa peau translucide. du plaisir que j'ai à te connaître enfin. dit-elle. comme pour mieux se montrer. J'ai travaillé dur pour y parvenir. Slate avança très lentement vers elle. détourna le regard. il tendit les mains vers elle. mais bien décidé à lui montrer combien le touchait cet aveu. si fraîche. effleura son visage net et lisse.

mais avec une touche indubitablement féminine. Il avait bien choisi. il nota un changement. La minijupe noire moulait ses cuisses et ses hanches juste ce qu'il fallait. Mélissa revint de la cuisine avec un vase d'où jaillissaient les roses. Elle avait d'ailleurs ridiculement prolongé le silence à l'autre bout de la ligne avant de bougonner son accord. plus d'assurance. — Je les adore. et la détailla afin d'en trouver la source. Elles sont. un éclair de détermination étincelait dans son regard .10 Un bouquet de roses rouges sous le bras. Il lui tendit les roses écarlates. elle avait de toute évidence un nouveau but. dont le rouge profond offrait un plaisant contraste avec les teintes neutres de la pièce. Riley frappa en souriant à la porte de Mélissa. Elles sont splendides. Cela lui évoquait sa propre maison.. Jusque-là. Rien à voir avec le capharnaüm de Rose. il voulait maintenant supprimer peu à peu les protections qu'elle avait érigées entre eux. — Oh. Il pénétra dans le salon tout en remarquant les teintes fondues et l'élégance discrète de la décoration. merci. c'est pour toi. Comme presque tout en elle. L'accepter chez elle ne voulait pas forcément dire l'accepter dans son corps ou dans sa vie.. si l'appartement anonyme et trop décoré de Rose était parfait au début. Riley sourit devant sa confusion. Elles sont vraiment belles. répondit-elle en s'empourprant. et aussi devant le fabuleux spectacle de ses cuisses alors qu'elle filait vers la cuisine. Il lui avait proposé de la retrouver chez elle car. Fascinant. — Tiens. . Le haut sans manches crème soulignait la sveltesse et la fermeté de ses bras. mais c'était déjà un début.. En revanche. rien de neuf. Si elle lui ouvrit avec ce sourire qui chaque fois l'ensorcelait.

mais sans la langue. — D'accord pour Tarzan. Et encore plus ravi par l'accès de testostérone provoqué en lui par la confiance de Mélissa en sa force. Il lui ramena les bras derrière le dos. Car il voulait continuer à la prendre au dépourvu. Il a dû rester allongé une bonne heure avec une poche à glace. Vas-tu me porter jusque-là. — Où veux-tu faire cela ? lui murmura-t-il dans la nuque avec une émotion non dissimulée. — Dans la chambre. mais il s'est presque fait une hernie. Après un bref instant de tension. Par là. Cette femme pourrait lui donner l'impression d'être Superman. Une étrange et lancinante brûlure crût en lui au contact de leurs lèvres. mon copain a essayé. répondit-il en se rapprochant d'elle. ravi de leur plénitude sous ses mains. . Il sourit devant la réaction immédiate de son propre corps. même si elle ne savait pas comment le demander. mais sans le cri. — Je m'en rends compte. s'esclaffa-t-elle en lui nouant les bras autour du cou.. elle se détendit et lui fit face. la pressa plus encore contre lui et l'embrassa avec lenteur et volupté. A lui d'équilibrer le romantique et le charnel. Il fit courir ses mains le long de ses bras et se pencha jusqu'à ce que sa bouche ne fût plus qu'à quelques centimètres de sa nuque. Tarzan ? J'en ai toujours rêvé. les enferma dans sa main. il préférerait être Riley. toute son assurance retrouvée. Un jour. et l'attira contre lui. confiant dans le fait qu'elle finirait par obtenir plus qu'elle n'avait demandé. Elle pouffa et attendit.. — Comme c'est romantique ! Il pressa rythmiquement les hanches de Mélissa contre lui. A lui. mélange de prescience d'un chagrin imminent et de joie délirante. A ceci près qu'avec elle. — Je suis prêt.— Comme toi. Les roses avaient fait leur travail. maintenant — mais à pas comptés — de lui faire comprendre qu'elle pourrait obtenir de lui bien plus qu'une simple relation sexuelle.

répliqua-t-elle en cherchant et en évitant à la fois son regard. tendres et langoureux jusqu'à ce qu'elle se dérobât et enfouît son visage contre sa poitrine. il voulait qu'elle en soit également la proie. puis s'assit près d'elle et lui passa un doigt sur la bouche. — Ah. C'est l'heure du cours d'art plastique. — Qu'est-ce que c'est. s'extasia-t-elle. Des diamants ? Il pouffa. Il la déposa sur le lit tout en sachant à quel point il devait être agaçant. Comme lui. expliqua-t-il. . recula un peu la tête et l'embrassa encore.. tendrement. — Ah ? — Oui.. ah. — J'ai un autre cadeau pour toi.Elle tenta d'intensifier leur baiser. — Si j'avais pu imaginer un truc sexy à faire avec des diamants. avant de lâcher un petit rire gêné.. ça ne me disait rien. — L'autre fois. Elle le dévisagea. j'en aurais acheté pour toi.. alors ? Dans un geste théâtral. Si. Et il rêva un instant qu'elle ne fût pas seulement retournée. Puis il la souleva dans ses bras et la dévisagea tandis qu'il l'emportait vers la chambre. — Ah bon ? Il sourit devant son air perplexe. Il poursuivit ses baisers incessants.. heureux qu'elle l'ait remarqué. — Pourquoi m'as-tu embrassée comme ça ? — Comme quoi ? — Comme tu viens de le faire.. de libérer ses poignets. la dernière fois. — Parce que j'en avais envie. le souffle court. qu'il avait acheté un prix exorbitant. Riley tendit la main vers sa poche arrière et en sortit un épais pinceau de martre soyeux.. mais il ne la laissa pas faire. — Tu ne m'as pas du tout embrassée. mais secouée. Il voulait prolonger cette sensation. Elle lui retourna un regard perplexe. — Ooohh. et se pencha plus près. Et ravi de lui-même.

Elle se rassit et enleva son corsage. Riley soutint son regard en secouant la tête. Il dut faire appel à tout son arsenal de contrôle mental pour s'empêcher de lui faire sans plus tarder l'amour. il dut empoigner le dessus-de-lit à pleines mains alors que Mélissa lui sourit. son sexe nu. le front. l'effleurant à peine. De lui offrir des roses rouges tous les jours. souffla-t-elle. explora le bras sur toute sa longueur. et ferme les yeux. Pas avant qu'elle ne soit prête à admettre à voix haute qu'elle voulait faire l'amour avec lui. un peu nerveuse. — Déshabille-toi. puis finit par hocher la tête. et les ramena contre ses cuisses. dévoilant son ventre nu. bien qu'il ne perçût en elle pas la moindre trace de soumission. elle se tortilla sur le lit. révélant des seins pleins et. Cette femme le grisait. paupières closes. tout en se persuadant . et qui ne la méritait pas du tout. qu'elle en rêvait. tu te souviens ? Elle demeura figée un instant encore. suivit le contour de la clavicule et de l'épaule. Cette fois-ci. pris de l'envie de s'emparer de son énergie. Elle se laissa aller en arrière. Il fit alors descendre le pinceau le long de sa gorge. Ne bouge pas.maître. Le souffle coupé. Il s'installa au creux de sa taille et lui passa le pinceau sur les lèvres. peignit chaque doigt délicatement. — Toi d'abord. souleva les hanches et fit glisser la minijupe sur ses cuisses. il se rendit compte que ses mains partaient vers elle. songea-t-il. et réussit à sourire à son tour. qu'elle ne se soit lassée de jouer. les joues. de son arôme si joyeux et de les serrer fort contre lui. fut-il soulagé — et stupéfait — de s'entendre dire sur un ton calme et naturel. De ne pas la laisser s'avilir avec le sinistre crétin qu'elle pensait mériter. — Me suis dit que ça gagnerait du temps. Mélissa s'allongea sur le dos. nus. — C'est moi le maître. Le regard plus sombre. Elle gloussa. — Très efficace. mutine et très fière d'elle.. Pas avant qu'elle ne se soit lassée du pinceau..

— Quel effet ça te fait ? Question inutile s'il en fut. Mais il voulait entendre sa voix. puis remonta vers l'intérieur des cuisses. — Tu veux essayer ? Il secoua la tête. puis posa deux doigts sur ses paupières pour les lui faire refermer. attendit quelques interminables secondes. Après s'être assis près de ses jambes il fit courir le pinceau sur son ventre. percevoir si elle était prête à cesser de jouer.. Elle ouvrit les yeux. décida de la faire patienter et traça la longueur des deux jambes. Mélissa ? . Il serra les dents. Il interrompit son geste en la voyant se cambrer et gémir. comme le voulait la nature. soulignant le nombril. qu'il n'y avait aucune raison d'être jaloux comme un tigre d'une touffe de poils d'animal.. c'est bon. — C'est comme la plus douce des caresses imaginables. Il soutint son regard tout en haïssant ce rôle de spectateur.qu'il s'agissait d'un travail technique et précis. dit-elle d'une voix basse et rêveuse. en inscrivant dans ses yeux tout ce qu'il avait envie de lui faire. à s'offrir à lui. puis fit courir le pinceau autour de la petite pointe de corail. Elle haussa les hanches pour lui ouvrir grand son sexe. puis de haut en bas en partant de l'aréole et en encerclant chaque sein. Il fit remonter le pinceau jusqu'à ses seins. plus haut. avide de sentir le baiser du pinceau entre ses cuisses. — Mmm. — Pas encore. Pas avant qu'elle l'ait accepté comme amant. il dut combattre une violente envie de jeter le pinceau par la fenêtre et de la prendre tout de suite. — Riley ? Elle releva la tête pour lui jeter un coup d'œil interrogateur. la réponse était évidente sur son visage et son corps. Elle s'ouvrit à lui. — Que veux-tu. puis en cercle autour de son pubis. la balayant à petites touches soyeuses. la faisant gémir de plaisir. Yeux fermés.

Sa question fut imprégnée d'un sens qu'elle pouvait percevoir, ou
refuser. Elle écarquilla les yeux, ouvrit grand la bouche. Pour dire
: « Toi », s'imagina-t-il. Il se l'imagina même si fort qu'il put presque entendre le pronom. Il darda sur elle un regard intense, la poussant à admettre ce qu'il avait désespérément envie d'entendre.
Mais elle pointa le doigt sur le pinceau.
—Je veux ça. Je veux que tu me fasses jouir avec ça. Et puis je
veux te faire la même chose.
Il détourna les yeux afin qu'elle ne puisse y lire sa déception, lui
écarta plus encore les jambes et passa le pinceau sur son sexe. Tel
un artiste, il le plongea en elle, la peignit, se concentra sur le centre de son plaisir, plongea et caressa, encore et encore.
Ça le rendait malade.
Elle gémit, ondula, haussa les hanches, les baissa. Les haussa, les
baissa, tout en secouant la tête. Puis elle lança la main vers son
bras, attrapa une épaule et l'attira vers elle.
— Riley.
— Oui ?
Le cœur affolé, il accéléra ses coups de pinceau, résolu à provoquer ses aveux. Mais elle continua à le tirer vers elle. Par saccades. 11 se figea telle la pierre, ralentit ses gestes, retarda l'orgasme. Allez, Mélissa.
— Dis-moi.
— Non, reprit-elle enfin en se couvrant le visage de ses mains.
Rien. Continue. Continue.
— Qu'y a-t-il ? Que veux-tu ?
Tendu vers elle, immobile, il s'efforça de conserver une voix aussi
égale que possible.
— Rien... continue.
— C'est tout ?
— Oui, fut la seule réponse qu'il obtint, sonnant faux et désespéré.
Oui.
Alors, il se pencha, plaça sa tête à hauteur de ses seins, afin d'entendre son souffle court et précipité.
— Veux-tu que je te fasse l'amour, Mélissa ?

Elle se figea, ôta ses mains de son visage et tourna vers lui des
yeux circonspects.
— Pourquoi me demandes-tu ça ?
— Parce que j'ai besoin de le savoir. Parce que je pense que tu pourrais le vouloir.
Elle déglutit tout en le dévisageant comme s'il pouvait se muer en
monstre d'un instant à l'autre.
— Non, non, pas du tout.
Foutaises ! D'un mouvement fluide, il se positionna sur elle, l'embrassa avec une passion non simulée, se pressa entre ses jambes.
— Non ? Ce n'est pas ça que tu veux ? Tu n'as pas envie de me
sentir en toi ?
— Non ! s'écria-t-elle d'une voix enrouée, proche des larmes. Ce
n'était pas censé devenir...
— Je sais ce que ce n'était pas censé devenir, l'interrompit-il en
lui embrassant le visage, la bouche, en se demandant pour quelle
raison elle luttait tant. Mais pourquoi ne pas modifier la donne, si
nous le voulons tous les deux ?
— Je ne veux rien changer. Je veux que ça reste comme ça.
Il se recula pour la fixer droit dans les yeux.
— Je n'arrive pas à y croire.
— Riley, je t'en prie...
— As-tu peur ? demanda-t-il alors, soudain prêt à risquer le tout
pour le tout. Peur de ce que tu pourrais éprouver, si je te faisais
l'amour ?
— Ne fais pas ça, l'implora-t-elle, paupières closes.
Une impression de triomphe, doublée d'une tendresse déchirante,
monta en lui.
— Mélissa, jamais je ne ferais ceci si je n'avais pas le sentiment
que ça te donnerait infiniment plus de satisfaction que ces jouets
que tu veux me voir utiliser.
Elle rouvrit les yeux et le regarda, la mine indéchiffrable. Il n'y lut
ni la reddition qu'il avait rêvée, ni l'opposé non plus. C'était un peu
comme si elle prenait une décision qui ne le concernait pas.
Soudain, elle le repoussa sur le dos, de nouveau maîtresse d'elle-

même. Quoi qu'elle ait pu penser, sa décision était prise. Et quand
elle entreprit de déboutonner sa chemise, il fut quasiment certain
d'approuver son choix.
En se laissant aller en arrière, il lui donna toute liberté sur son
corps. Mélissa paraissait illuminée de l'intérieur, comme si leurs
quelques rencontres lui avaient permis de se muer en incarnation
de cette sensualité qu'elle voulait tant explorer.
Elle était si magnifique qu'il dut lutter contre son instinct de mâle
arrogant, son envie de la faire sienne tout de suite. Cet instant
n'était qu'à elle. Qu'elle prenne donc les choses en mains un moment.
Elle lui parsema le torse de baisers tout en extirpant son bras de la
manche de chemise et en lui repoussant la main au-dessus de la tête, contre un tissu soyeux drapé sur la tête de lit. Elle la maintint
là, traça une ligne de baisers le long de son bras jusqu'à cette main.
Yeux clos, il se laissa emporter par la douceur de cette bouche tiède sur son biceps, son avant-bras, son poignet. Au travers de son
plaisir, il perçut soudain un contact froid et métallique contre son
poignet, puis entendit un déclic et sentit le froid du métal sur sa
peau. Piégé.
Sous le coup d'une bouffée d'adrénaline, il tendit l'autre main pour
comprendre ce qui le ligotait.
— Qu'est-ce que... Clic. Et de deux.
Alors, le visage de Mélissa reparut au-dessus de lui. Les joues
empourprées, l'œil étincelant, l'air à la fois effrayé et victorieux,
elle ne semblait pas vraiment croire à ce qu'elle venait de faire.
Lui non plus.
— Mais qu'est-ce que tu fous ? l'interrogea-t-il d'une voix volontairement égale.
Car il ne voulait surtout pas lui montrer sa réelle contrariété. Etre
réduit à l'impuissance l'horripilait, surtout par une femme qui avait
déjà réussi à entamer à ce point son sang-froid.
— Je veux te rembourser.
— De quoi ?
— De tout le plaisir que tu m'as donné, répondit-elle avant de

tout en testant la solidité du métal autour de ses poignets. — Sans ça. répliqua-t-elle en faisant courir sa bouche sur son ventre. d'ignorer le plaisir. murmura-t-il à grand-peine. victime de ses caresses. cette langue. Et il commença à perdre les pédales. sans lui avoir fait admettre qu'elle le voulait en elle. chacune de ses tentatives pour l'oublier. la sensualité de la bouche de Mélissa pénétrait chacune de ses pensées. lui prendre tout. Il était censé la séduire. Pas en étant ainsi entravé. Alors. Il devrait arriver à en briser au moins un. Il aurait pu en prendre avec elle. Pas très solide. abattre les barrières qu'il avait lui- . Ce n'était pas ce qu'il voulait. Puis ses doigts chauds et fureteurs furent sur lui — sur. tripotaient la ceinture de son pantalon. — Non. il détestait le fait de pouvoir éventuellement perdre la bataille et se donner à elle ainsi. sur toute la longueur de son sexe érigé. ouvraient la fermeture Eclair. Il tira sur les chaînes avec l'espoir de les briser. Elle s'agenouilla entre ses jambes et le prit entièrement dans sa bouche tandis que ses mains lui caressaient les bourses. tira sur ses liens et tenta de repousser le plaisir que lui procuraient ces lèvres. Même dans les pires circonstances. Il détestait tout cela. les mains de Mélissa descendaient le long de son ventre. Il se contracta. — Ne fais pas ça. Il sursauta. si elle l'avait laissé lui faire l'amour. Pendant ce temps. Mais pas comme ça. en vain. Rien n'allait plus selon ses prévisions. probablement un jouet. et puis sous son caleçon. dégrafaient. pas de cette manière. — Détache-moi. déchiré entre l'excitation et la terreur. il braqua son regard sur le plafond et tenta de se concentrer. jamais il n'aurait ainsi dépouillé Mélissa de son autonomie. Il détesta cette partie de lui qui voulait la voir continuer. se mit à transpirer.couvrir son torse de baisers langoureux. et nous pourrons le faire ensemble. lui donner du plaisir. J'ai envie de faire cela. Mais la douceur. tu ne me laisserais jamais faire. — Mélissa. Atteindre l'orgasme ensemble. cette vulnérabilité.

il resta étendu là. à l'examiner. à cacher sa vulnérabilité. — Riley. Maintenant. — Non ! s'écria-t-il en attrapant Mélissa et en la tirant vers lui. Comme il avait essayé de le faire avec elle. grâce à ses incomparables talents. déconcertée.. Il se poussa une fois. le réduisant à ce qu'il avait de plus basique. à tenir bon. elle avait bien renversé les rôles. Au diable tout ça ! Battu. Bref. quel crétin vaniteux ! S'imaginer qu'il était le maître. à ne pas céder.. de sa dignité s'il ne la voyait plus. Dieu du ciel. Elle se pencha de nouveau et lui donna un petit coup de langue. plusieurs petits coups de langue. Qu'elle aille au diable. Ah. mais conscient de mener une bataille perdue d'avance. Qu'il aille. tout à fait incapable de réen- . dans l'espoir de se raccrocher aux lambeaux de son sang-froid. alors qu'il était persuadé qu'elle voulait plus. Il lui rendit son regard. Et il fut perdu. Jusqu'à ce qu'un dernier vigoureux effort finît par en briser un. Mélissa parvint enfin à se dégager et à le regarder. contre son ventre et jouit piteusement sur elle. mais il lui maintint la tête contre son torse. qu'il pourrait. et à ses dépens en plus. Tout en donnant des coups de reins réguliers vers elle. sans rien lui laisser pour se couvrir. de trouver un coin de bouclier derrière lequel se protéger. Un grognement de frustration lui échappa lorsqu'elle fit glisser sa bouche sur toute la longueur de son érection puis l'abandonna. deux fois. au diable. en refermant ces menottes sur ses poignets. il tira sauvagement sur ses liens. secoué par une indésirable extase. Elle tenta de se dégager. pris par le besoin de retrouver ses esprits. Il ferma les yeux. puis referma encore une fois sa bouche sur lui. en rejetant son offre et en l'incluant dans le jeu. de plus humain. humilié. Elle venait de le mettre à nu. lui apprendre tout d'elle-même. du bas jusqu'en haut. — Chuut. Merde. lui. il ne lui restait plus qu'à sauver la face. Elle venait de les trahir tous les deux. Celle qu'elle mettait à nu avec sa bouche et sa langue.même érigées.

Non. je. Alors il la regarda. Mon Dieu. — Que se passe-t-il ? répondit-il aussitôt. ça ne va vraiment pas. debout devant lui.. Tu me regardais comme si j'avais prévu de t'émasculer. commença-t-elle en se mordillant la lèvre. nue et magnifique. — Viens avec moi. — Léo.. que ça serait drôle. Je pensais que tu. . que se passe-t-il ? — C'est mon neveu. de faire un truc ridiculement masculin. — Riley. — Quel problème ? Tout est fichtrement clair à mes yeux. c'est Karen. La sonnerie de son portable retentit.. de partir n'importe où. — Riley. laconique. — Je ferais mieux d'y aller. de se reprendre. — Riley.. il est à l'hôpital. — Riley. Tu peux m'y rejoindre ? — J'arrive. du genre monter sur un ring et cogner. s'il te plaît. de retrouver un équilibre. Il faut que j'y aille. avec dans les yeux une inquiétude qu'il n'y avait jamais lue — l'inquiétude pour un enfant inconnu d'elle — et prit une décision sans même s'en rendre compte. Je l'emmène aux urgences. Il roula sur lui-même... pris de l'envie de fuir.dosser son légendaire masque d'indifférence. Riley. — Non ! s'écria-t-elle.. — Non. alerté par la voix de sa sœur. Il coupa la communication. Elle sauta sur ses pieds et lui empoigna le bras. répondit-il. referma son pantalon. Pas avant que nous ayons réglé ce problème. le ventre tordu d'angoisse. attrapa deux Kleenex et les lui lança afin qu'elle s'essuie le ventre. — C'était bien. Il sortit son appareil de sa poche..

. Tous les parents présents tour- . Et lui. elle paniquait. il aurait le droit de s'étonner. Il l'avait complètement désarçonnée. déchiffrer tous les sentiments inopportuns. d'atteindre l'orgasme avec lui. et toujours mortifiée par la manière dont sa prétendue prise de pouvoir — sa décision de prendre les choses en. enveloppée dans la chaleur et la force de son corps. à un de ces jours. de lui dire : « Je croyais que tu ne voulais que du sexe. bouche — s'était retournée contre elle. c'était génial. il n'y aurait plus de séparation facile. elle avait regardé défiler les rues de la ville. Ils n'avaient pas dit grand-chose durant le trajet en voiture. Qu'est-ce qui te prend. Plus de Salut. elle serait fichue. Riley ne dirait pas poulette. Mélissa flottait dans un curieux état de tension et de total épuisement. Une porte s'ouvrit sur un médecin.. La déesse de la luxure Mélissa serait piétinée à mort par un assaut de ses émotions de femme ordinaire. En deux mots. Un besoin de l'avoir sur elle. puis en insistant tellement pour lui faire l'amour. incapable de savoir comment le réconforter. merci pour l'orgasme. Et puis quoi. en elle. Dieu merci. De son excitation sexuelle avait émergé un besoin si pressant qu'elle avait eu du mal à le repousser. ensuite ? Une fois qu'elle se serait donnée ainsi à lui. car Riley s'était refermé sur lui-même. d'abord avec ces délicieux baisers qui avaient provoqué en elle une explosion d'émotions trop puissantes et trop effrayantes pour les nommer. poulette ? » A ceci près que.11 Assise près de Riley et de Karen dans la salle d'attente de l'hôpital pour enfants. Comme s'il avait pu lire en elle. tous les désirs qui la consumaient alors qu'il la caressait de son pinceau. Alors. Après une telle expérience. Cela faisait une heure et demie qu'ils attendaient depuis que le petit Léo avait été admis pour une appendicectomie en urgence.

elle manipulait. Et qui pourraient peut-être même rendre envisageable une possible relation entre eux. — Oui. irrépressible. il marqua une hésitation avant de répondre : — Je suis détective privé. Près d'elle. qui s'efforçait de rester fort pour sa famille. des choses à quoi se raccrocher.nèrent des yeux implorants vers lui. inquiet. elle pourrait se le représenter dans un bureau. Ainsi. et pourtant on s'y fait. Car pendant qu'ici. Mélissa se laissa aller contre le dossier de sa chaise avec le sentiment qu'elle n'était qu'un cran au-dessus de la limace dans la chaîne de l'évolution. mais un grand frère chaleureux et protecteur. dans mon travail. — Que fais-tu ? s'enquit-elle à voix basse pour que sa sœur n'entende pas — car la question pouvait choquer si on imaginait qu'ils batifolaient nus quelques heures auparavant. qui avait arraché à Karen les larmes qu'elle avait jusqu'ici réussi à refouler. S'il sourit. Et elle ne put soudain continuer à prétendre qu'il ne s'agissait que d'une aventure purement sexuelle avec un étranger. Et fut soudain prise d'un besoin violent. elle s'amusait avec quelqu'un tout en refusant ses véritables sentiments. elle jouait. étalon à louer. — Le pire. Combien de temps encore allait-elle se prendre pour une autre alors qu'elle n'en avait pas l'étoffe ? Lorsqu'en arrivant ils avaient rejoint Karen et Léo. mais il s'adressa à un couple qui n'était pas Riley et Karen. des gens luttaient contre la mort. au téléphone. Riley avait enfermé sa soeur dans une étreinte aussi puissante que réconfortante. Bref. acquiesça Riley. au lieu de l'imaginer en Superman volant au secours du monde. de l'ancrer dans une réalité tangible. . Et Mélissa s'était retrouvée dans l'incapacité de détourner son regard de lui — non plus Riley. c'est d'attendre. Riley croisait et décroisait les jambes . de savoir. sa sœur feuilletait un magazine sans le lire. Elle se rendit alors compte qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il faisait. constata Mélissa. affûtant des crayons ou dictant des mémos. effrayé.

. c'est pour.. ce n'est pas la police. il ne pouvait pas être comptable ? Ou consultant financier ? Quelqu'un qui passait ses huit heures au bureau avant d'emmener sa petite famille chez McDo ? Quelqu'un avec qui elle aurait pu partager ses désirs d'enfants et de soirées à jouer en famille ? Quelqu'un qui aurait trouvé la non-déesse de la luxure Mélissa excitante... enfin. — Ce n'est pas toujours aussi macabre. c'est souvent monotone.. Riley. la réalité s'avérait plus délirante que le fantasme. peu pratique... . qui se charge des affaires criminelles ? Nom d'une pipe. Et voilà ! Au moment où elle était sur le point d'admettre qu'elle voulait en finir avec les jeux.. — Quoi alors.. plus fort cette fois-ci. non.. — Alors. — Je ne. elle se retrouvait en face de James Bond. précisa-t-il d'une voix anodine.. En fait. ensorcelante. — Est-ce que ça te gênerait ? Mélissa en laissa retomber sa mâchoire. Karen referma son magazine et se leva.. — Mais. mais en l'examinant de plus belle. Parfois. Il serra les lèvres une fraction de seconde avant de préciser : — Ils doivent opérer selon la loi. dangereux. Dans l'appartement de Rose. je veux dire.. des meurtres. c'est elle qui me demande mon aide. ça devient. Tous ces bruits. Au moment où elle commençait à entrevoir en Riley un véritable ami et amant. le genre « Est-ce que mon mari me trompe » ou « Mais qui donc vole le papier toilette de la société » ? — Pas tout à fait. Elle se concentra sur lui en tâchant de mettre de l'ordre dans son esprit embrouillé. du moins au départ. digne de fonder une famille ? — Certains de mes clients ne veulent pas que la police s'en mêle. Elle hocha la tête. une boule dans l'estomac. ce qui peut parfois se révéler.. Mais parfois. reprit-elle. C'est pour ça que tu farfouillais dans les dessous de Rose.— Oh ? Tu veux dire. des kidnappings ? Il plongea son regard dans le sien..

apprécier ou partager. ça se tenait. j'ai fabriqué une super- . il possédait sans doute un pistolet. Il avait une vie. même James Bond pouvait être le petit frère de quelqu'un. je suis bête. dans son travail. Vu sous cet angle. C'était un homme dur au métier dangereux. bougonna-t-il. as-tu libéré un pays de la dictature. Pas étonnant qu'elle ne puisse se détendre vraiment près de lui. il flirtait avec l'illégalité quand c'était nécessaire. Mélissa le contempla. aujourd'hui ? Oh. alors qu'elle travaillait dans le marketing. parfait. tu enquêtais sur Rose ? — Plus ou moins. Bonsoir. si elle ne pouvait même pas se fier à ses amis — Comment cela ? — Je ne peux pas te le dire. Cette inclination naturelle à garder ses pensées. comme la manipulation. — Non. Le mensonge devait lui venir naturellement. — Alors comme ça. Qu'est-ce qu'un homme tel que lui pouffait bien faire d'une femme comme elle ? Pas étonnant qu'il ait mal réagi aux menottes. Ce qui n'était qu'un jeu pour elle devait relever des choses sérieuses pour lui. Mais. sa retenue. — Bien sûr. merci. Quand Riley secoua la tête. ou l'improbable mariage. Un détective privé.— Excusez-moi. son front marqué de rouge à lèvres. Son air de se méfier de tout. Quelqu'un veut-il du café ? Je n'en peux plus d'être assise là sans rien faire. ses cheveux hirsutes. acquiesça-t-elle avec un sourire triste. ses émotions pour lui. Pendant que tu n'étais pas là. chéri. sa sœur lui posa un baiser sur le front et lui ébouriffa les cheveux. et peut-être même la violence. a une explication logique. une existence qu'elle ne pouvait comprendre. A ce propos. répondit Mélissa en lui souriant. Pauvre Rose ! Pas étonnant qu'elle ait voulu fuir. Fourbe et subversif. mais je ne pense pas avoir besoin d'entendre cela. Pas surprenant qu'elle ait l'impression d'être un papillon épinglé sous son œil d'entomologiste. après tout. sans parvenir à y croire. même si tout. Che Guevara et Nadine de Rothschild.

juste avant que son épouvantable boulette à elle ait tout ruiné. La prochaine fois que nous serons dans un lit. très amusante. — Ce n'était tout simplement pas ce que toi et moi avions envie de faire. mal à l'aise : — Tu sais. Ça m'avait paru une idée sexy. Il l'inclut dans la conversation avec une aisance déconcertante.. En un éclair. Mélissa fut parcourue de frissons. après être arrivé. Oui. Mélissa. Elle fit une brève pause. . Une tête vulnérable.be décoration de table avec ces vieilles grenades offensives que tu gardais à la cave. de voix. Et la façon dont il avait étreint sa soeur. mais il y avait la manière dont il l'avait embrassée ce soir. il avait changé de posture. et tout ce genre de choses. bien sûr. . Humaine. Et la tête qu'il avait faite en voyant son neveu partir sur un brancard. — Que tu vas m'exposer sans tarder. — Je disais justement à Mélissa que la commode que je fabrique pour Léo a besoin d'être égayée un chouia... le coupa-t-elle en se préparant au pire. terrifiée. Quand tu n'attaches pas les hommes sur ton lit. de retour avec son café. — C'était une idée sexy. avant de reprendre. . Elle n'a pas fonctionné pour une seule et unique raison. je suis l'assistante du directeur marketing du musée d'Art moderne. — Oh. Plus de jeux. — Plus de joujoux ? s'étonna sa sœur. Mélissa. tout à l'heure. je suis vraiment désolée pour les menottes. lâcha-t-il à voix basse en lui effleurant la joue — et en redonnant vie à ses espoirs perdus. au départ. Il n'avait pas cillé. de développer des programmes pour les groupes scolaires. Il se pencha un peu plus et darda sur elle un regard toujours aussi magnétique. très amusante. Plus de joujoux. Pas bafouillé. de conversa- . A pleurer. — Et toi. il n'y aura que toi et moi. c'est de rendre les expositions aussi attrayantes que possible pour le public. que fais-tu ? s'enquit-il en se penchant vers elle pour lui repousser une mèche de cheveux. moi. Mon travail.

. L'avez-vous déjà vue. carré.tion.. Dieu soit loué ! s'écria Karen en se précipitant dans les bras de son frère.. Mais au moins. Je pense qu'il sera d'aplomb d'ici une semaine. cet homme. Karen. Qu'elle exigeait. L'air un peu moins. riant et pleurant à la fois. — L'opération s'est bien passée.. il n'avait pas de pistolet. Riley. — Vraiment ? répliqua Karen en jetant un coup d'œil à Mélissa. Mélissa se sentait désorientée. Avait-elle loupé un épisode ? Soudain. il m'en a parlé et m'a dit à quel point elle lui semblait. Mais Riley a.. carrée. Et jamais elle ne l'avait surpris à fouiller dans les dessous d'une autre. — Oh. chez un homme. Il y avait des choses qu'elle admirait. Lorsqu'un jeune médecin avenant passa la porte et se dirigea vers eux. il était un peu terne. — Ah bon ? Je croyais pourtant que tu la trouvais parfaite. Sa sœur fixa sur lui un regard pensif. Il semblerait que vous soyez la bonne personne pour l'aider à égayer ce meuble. Ni même vaguement déconcertée. — Elle n'est pas assez.. Du sexe à l'ameublement. Quelle intéressante nouvelle. Mélissa ? — Euh. hum. Riley et Mélissa se levèrent en chœur. D'accord. — Je pense que tu as raison. comment dire. Nous allons garder Léo quelques jours sous antibiotiques.. Un Bill si foncièrement honnête qu'il n'avait même pas pu sortir avec une autre sans l'en aviser. Il leur adressa un sourire rassurant. prise d'une envie irrépressible de quitter cet hôpital. jeune pour un enfant.. reprit Karen. Comme il avait dû le faire quand elle l'avait surpris à fouiller chez Rose. de retourner à la rassurante routine de Bill. Il lui faudrait une touche de fantaisie. Son frère lui décocha un sourire espiègle. — Eh bien. Changement de personnalité à la demande. non.. un demi-sourire au coin des lèvres. avant de revenir sur son frère.. pas encore. même. Et elle ne pouvait même pas se souvenir s'être sentie une seule fois perturbée en sa présence. ..

Malade. son cœur et sa gorge se serrèrent. Si leur amour n'avait pas été impossible. Et elle n'était pas le bon numéro pour lui. je pense que la reine aurait dû dire au vieux chnoque d'aller se faire voir et annuler le mariage. Riley lui décocha un immense sourire par-dessus l'épaule de sa soeur. Lorsqu'il rouvrit les yeux. — Th ne crois pas au coup de foudre. eh bien moi. elle et Will auraient aussi bien pu se rendre compte qu'en fait. Plus elle était près de cet homme. Mélissa appuya sur la télécommande pour rembobiner la cassette de Shakespeare in Love. L'amour. son visage éperdu d'amour. il me suffit de brancher le journal télévisé. déclara Penny en plaquant son bol de pop-corn vide sur la table basse. des valeurs communes. plus elle le désirait. plus cela lui devenait difficile d'être près de lui.Mélissa relâcha un souffle qu'elle ignorait avoir retenu. — Va savoir. son sourire mourut. L'aventure devait s'achever. épuisée. Si je vais au cinéma.. Il était temps de laisser s'évanouir le rêve. et plus il lui paraissait hors de portée. Alors. ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. répondit-elle. ses bras autour de Karen. le pouce maladroitement levé. — Bon. perdue. des expériences. tant pis si elle se sentait investie de tous les pouvoirs en sa présence. Je veux dire. c'est justement pour éviter tout ça. et sourit. comme ça Viola et Will auraient pu vivre heureux pour toujours. Elle réussit à le lui rendre. d'affronter la réalité de qui elle était. si je veux voir des horreurs. il est impossible de savoir si on est vraiment amoureux en se basant uniquement sur l'attirance physique. de ce qu'elle voulait. C'est vrai. il n'était pas le bon numéro pour elle. de joie et de soulagement. grandissait peu à peu au fil du temps partagé.. le vrai. Tant pis s'il lui donnait l'impression d'être une femme extraordinaire quand ils étaient ensemble. Viola est peut-être mieux sans lui. Elle observa Riley. Je déteste les films qui se terminent mal. toi ? . quoi.

. Penny lui jeta un regard de commisération.. — Mon Dieu ! Tu es amoureuse de lui ! — Non. du désespoir. et bousillé tout le film. Je suis complètement dingue de ce type. — Possible.. Je ne pense plus qu'à lui. mais je n'aurais pas espéré un futur basé sur cette émotion initiale. Je pense seulement que des sentiments sauvages et passionnés ne sont pas une base stable pour bâtir une vie à deux. Regarde-moi. — Bon sang. Ça en devient ridicule. ça avait été puissant. tu serais pas plutôt en train d'essayer à toute force de t'en persuader ? Et est-ce que tout ça n'aurait pas un lien avec le match Bill le ronfleur contre Tom-Riley 007 ? Mélissa haussa les épaules d'un air dégagé. — Non. ma belle. peut-être se révélera-t-il meilleur qu'elle ne le pense. toute la journée. Ce sont des sensations nées de l'insécurité. c'est. répondit Mélissa en bannissant de sa mémoire cette première fois où elle avait vu Riley. Je pleure quand j'en parle. je ris bêtement. je me conduis comme une idiote.— Absolument pas. Tu as vraiment l'art de les choisir. c'est ce qui reste quand tous les trucs gnangnan ont disparu.. Viola ne risque pas d'être déçue. Ce n'est pas de l'amour. de la maladie mentale ! — Tu veux dire un désastre. Mélissa. — Tu aurais donc viré Will dès le premier rendez-vous. Le véritable amour. pas de l'amour.. D'accord. Au moins. qui sait. se récria aussitôt Mélissa. je me languis. Et. — Dis donc. et mille fois moins dangereux que ton James Bond ? Comment peux-tu bâtir une théorie sur un échantillon statistique aussi riquiqui ? — Parce que c'est la vérité. t'est-il jamais venu à l'esprit que la plupart des types sont cent fois plus rigolos que Bill. mais ce n'était pas de l'amour. avec son balourd de mari. explosif. Et c'est justement là qu'est le problème. — Mais pourquoi ? Pourquoi es-tu si certaine que mariage et passion ne vont pas de pair ? — Je ne dis pas que c'est impossible.

Elle n'allait pas pleurer. d'accord. — Bon. Pas assez. Penny. d'accord. que nous sommes tout à fait mal assortis. il me semble. pas plus tard qu'hier ? — Si. surtout en face de Penny. en effet ? railla Penny. si on oublie mes sentiments. L'instant d'après. Quant à lui. Pour savoir la tête qu'il fait selon son humeur. c'est un as au lit... ajouta-t-elle en faisant les cent pas dans la pièce.. Elle dut faire un effort pour garder une contenance... — Deux fois. Tu es amoureuse. comment il réagit en cas de. Quand il est en colère. Nom d'une pipe. euh. Ni admettre à quel point elle aimait Riley.— Je ne l'ai pas choisi. — Qu'entends-tu par « assez » ? — Assez pour le connaître. Pour rompre. elle lâchait un sanglot et s'effondrait sur le cana- . il n'est pas près de me choisir. — Tu l'as vu en colère. — Comment pourrais-je être amoureuse.. Primo. Tercio. qu'on puisse décider quoi faire. Et puis aussi. tu es amoureuse de lui. — Bon. Deuzio. Tu es deux fois trop bien pour lui. pas souvent. tu es trop bien pour lui.. Mais il reste le fait qu'il me perturbe totalement. il n'y a aucune raison pour qu'un homme aussi exceptionnel veuille d'une femme comme moi. Mélissa. rien que ça ? — Tu sais très bien ce que je veux dire ! Bon. Quoi qu'il en soit. j'ai compris. quand il.. Bon.. qu'est-ce qu'une femme comme moi pourrait bien lui offrir ? — A part un amour-propre au rabais. je ne vois pas. alors qu'on n'a jamais fait que des trucs bizarres ? Je n'ai même jamais discuté avec lui. il frôle chaque jour le danger.. — Vas-tu le revoir ? — Une dernière fois. — De crise ? Est-ce que nous ne nous serions pas retrouvés dans un service d'urgences hospitalières. quand même. Mais je ne sais pas comment il maîtrise les situations de stress.. même si tu n'en as aucune idée. il a fait le tour du monde. hurla-t-elle. — Je ne suis pas amoureuse. Reconnais-le. conclut son amie. Enfin.

Voilà. — Non. Riley n'avait rien dit à Amanda. vaincue : — D'accord... Tout en pariant qu'elle connaissait ce fameux ami. A cet instant. mais je crois l'avoir entendue dire qu'elle s'en allait. Une voix grave et féminine lui répondit.. un coup retentit contre la porte. en se demandant si Riley avait parlé d'elle à cette femme. Personne n'a plus entendu parler d'elle depuis le jour où elle était censée rencontrer un de mes amis qu'elle ne connaissait pas. initiatrice de cours d'éducation sexuelle pour Rose. Mélissa ouvrit grand la porte à une jolie jeune femme arborant une crinière d'un roux flamboyant. expliqua-telle. Non pas à la manière confiante de Riley. — Ah ? s'exclama Mélissa.. — Ça ne lui ressemble pas. Depuis le temps que je rêve de la rencontrer ! Tout en lui faisant signe de se taire. . — Qui est là ? demanda-t-elle à travers le battant. — Eh. gloussa Penny qui s'était plantée derrière son amie dans l'entrée. amie personnelle de Tom/Riley. mais je me demandais si vous aviez vu votre voisine récemment. eh. Le traitement ne peut commencer que si on a diagnostiqué la maladie.pé. Penny avait gagné ! Cela ne servait à rien de se leurrer plus longtemps... Parfois. je me dis qu'il. Et si sa visiteuse savait que Riley enquêtait sur Rose. — Parfait. Ravalant ses larmes.. mais avec une sorte de discrétion timide. qui bien sûr devient Mélissa. elle déclara. de partir sans prévenir. Maintenant. Donc. répondit Mélissa. Elle s'appelle Rose. Et comment sa vie avait pu devenir un tel méli-mélo. — Je suis navrée de vous déranger.. Mélissa partit dans le couloir. — Je m'appelle Amanda. Je suis une amie de Rose. es-tu certaine que cet homme ne t'aime pas ? — Je n'en sais rien. Amanda Sans-Nom. je suis amoureuse de lui.

Un hoquet étouffé monta dans le dos de Mélissa. Elle avait pris soin de bien articuler.. cette fois-ci. Pas très grand.. Deuxième hoquet dans le dos de Mélissa. Tom est coiffeur... comme si elle avait peur d'être espionnée. Tom et moi. vous savez bien. Ce qui voulait dire qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'il était. et mordillés. la totale. en pure perte. ni de ce qu'il voulait d'elle.. il prétend n'avoir pas réussi une bonne coupe de cheveux en trois jours. Elle secoua la tête dans l'espoir de s'éclaircir les idées. non. quoi. dans l'espoir de ne pas rendre l'âme en bafouillant dans l'explosion imminente de son univers. Selon lui. enfin. Tom n'était pas Riley..— On commence à être inquiets. persuadée que le sol allait se dérober sous elle. — Je ne pense pas. Pourquoi ? L'horreur lui cloua le bec. Nous sommes associés. c'est un type superbe. H lui a carrément fait peur.. reprit la femme en montrant ses ongles laqués. — Je. — A quoi. ressemble-t-il ? demanda Mélissa. Qu'avait donc dit la soeur de Riley ? Ah oui. Le regard vide. pas du tout... précisa-t-elle en prenant une pose maniérée. horrifiée... Mais il n'est pas. mais avec ce qu'il faut de muscles là où il faut. je l'aurais peut-être vu dans le coin.. il y . Elle agrippa les montants de la porte. Le soir du rendez-vous. Ce qui voulait dire que Riley n'était pas Tom. Blond aux yeux bleus. et voyez ce que je me suis fait. Mélissa se demandait si Riley n'avait pas pour couverture un travail de. qui eût fait écho au sien s'il ne s'était pas bloqué dans sa gorge. — Une coupe de cheveux ? — Bien sûr. Je suis manucure.. Tom s'est fait coincer par un voyou qui lui a conseillé d'oublier Rose. et pourtant Tom n'est pas du genre poule mouillée. — Oh. curieuse. je pensais que. plus fort. ce devait être un mafioso. répondit Amanda en la dévisageant. Mais alors.. euh. C'est un imposteur. Quant à Tom. — Je le savais ! gémit Penny. répliqua Amanda en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule. ni très baraqué. à quoi Tom.

J'ai besoin que vous forciez la porte de mon amie Rose pour voir si elle n'est pas morte. reprit Amanda. passait son temps libre à entretenir sa bouée de comptoir. Ça se tenait toujours. si. — Police. Riley n'était pas Tom . mais pas forcément dans le mauvais sens. visiblement. Enfin. oui. Ni se sentir menacée. — C'est moi. — J'ai demandé à la police de venir me rejoindre ici. au cas où il serait arrivé quelque chose à Rose. et qu'il continuait à la voir malgré sa méprise initiale. La porte de l'ascenseur venait de s'ouvrir sur un homme qui. Tout à fait possible. la mine sombre. Peut-être que Riley avait été surpris par l'attirance qu'il éprouvait pour elle. Riley avait écarté Tom ce fameux soir. Peut-être gardait-il certains détails pour lui tant que l'enquête n'était pas bouclée. Donc. Il sortit de sa poche un tube de Rennie qu'il agita vers Mélissa. Vous n'avez pas remarqué d'odeur bizarre sur le palier ? — Non. Exact ? Jusqu'ici. tandis qu'une veine saillait sur son front. et il avait eu Mélissa à la place. pas de quoi se torturer les méninges. — Vous habitez ici ? Hochement de tête. Bien sûr. Exact ? Amanda lui posa une main sur l'épaule. répondit Amanda en tapotant sa poitrine volumineuse. . Laquelle de vous est Amanda ? Il laissa courir son regard d'Amanda à Mélissa tout en brandissant un badge. Si la curieuse teinte bleu pâle de ses yeux glaça Mélissa. Reprenons. Personne n'a eu de ses nouvelles depuis une semaine.avait toujours une explication logique à son travail. pour venir lui-même enquêter sur Rose. Il se dirigea vers elles. capitaine Waston. Exact ? Elle se plaqua les mains sur les tempes. sans doute. au moins fut-elle certaine qu'il était du bon côté de la loi. répondit Mélissa en reculant d'un pas. mais ça ne voulait pas forcément dire qu'il n'était pas ce qu'il prétendait être. pas de problème. — Est-ce que ça va ? — Oui. Le policier s'empourpra peu à peu.

Dis-lui. vous ne l'avez pas vue ? poursuivit-il en enfournant deux pastilles. pas de doute. déclara Penny derrière elle. Mais dangereux . eh bien. Mélissa était devenue le point de mire du flic — flic dont elle commençait à penser qu'en dehors des frites et de la bière.. environ trente-cinq ans. elle m'a dit qu'elle comptait partir quelque temps.— Et vous non plus. ses yeux lançaient des éclairs meurtriers. je. Lorsqu'il retrouva enfin son souffle. Elle l'a vu.. mon Dieu. car il faillit s'étrangler avec ses pastilles.. répondit Penny en rendant son coup à Mélissa. il venait me voir.. Cette fois. brun. le policier virait au grenat. — Aucune d'entre vous n'aurait vu un type rôder dans les parages. Cela fait quelque temps que nous le traquons. — La dernière fois que je l'ai vue.. Intense. Face à elle. la semaine dernière. Cette fois. — Mais pas trace de Rose ? H n'a jamais rencontré Rose chez elle ? — Non. Bouche bée. l'esprit encombré d'images de Riley. yeux marron. — Ecoutez-moi bien. Mystérieux. — Hein ? s'exclama le policier. — Vous l'avez vu ? — Je. Penny. Une éructation rageuse suivie d'un chapelet d'obscénités échappa alors au capitaine. — Oh. déclara-t-il à Mélissa en lui posant une main pesante sur l'épaule. Puissant. sous le regard médusé des trois femmes. Ce type est extrêmement dangereux. Mélissa ! glapit Penny.. ce fut au tour de Mélissa de s'étouffer.. par hasard ? Grand. — Oui. il devait adorer dévorer les enfants — Je. Eh bien. Il est dangereux ? Mélissa lui donna un coup de coude dans l'estomac — Je t'en prie.. Un paquet de fois. La nouvelle avait dû lui faire un choc. ce qui attira aussitôt l'attention du flic. bien bâti ? Bel homme. Mélissa contempla le policier.

livide. les emmène au lit. tout ce qu'il a fait. Je veux savoir absolument tout ce que vous trouverez sur elle. Même chose pour Rose. Quoi que ce fût. Je le savais ! — Qu'a fait Riley ? réussit à demander Mélissa. compris ? Ne le laissez pas entrer. ni l'un ni l'autre. Penny réprima un hurlement. Amanda s'étrangla. Peut-ête avait-il enfreint une ou deux lois en poursuivant des criminels ? Ou alors un peu trop de contraventions ? Traversé en dehors des clous ? — Je ne voudrais pas vous affoler.. . Tout ce que vous savez sur cette Rose.. L'homme passa une main sur son crâne bientôt chauve et soupira. et où elle a bien pu aller. répliqua-t-elle en agrippant le bras flasque du policier et en le fixant dans les yeux. et sur sa cachette. cela ne pouvait être si terrible. Ne le laissez pas vous approcher. Il pointa un doigt boudiné sur elle pour ajouter : — Et surtout. comme s'il s'apprêtait à accomplir une tâche déplaisante. — J'ai besoin de savoir. Il me faut savoir ce qu'il a fait. Sautez sur le téléphone et appelez-moi. précisa le gros homme au visage bouffi. là ! geignit Penny en se cachant le visage entre les mains. Il vaudrait mieux que vous me disiez tout. en profite quelque temps. j'exige que vous me disiez tout ce qu'il vous a dit. madame. Mélissa récupéra brusquement sa main et resta plantée là. vous me prévenez immédiatement si jamais il se pointe de nouveau dans le coin. Je savais bien qu'ils n'apporteraient rien de bon. — Il fait le joli cœur auprès des femmes.? — Maintenant.. — Oh ! là. Et puis il les tue. — C'est un psychopathe.

des chauves-souris pressées étiraient leurs longues ailes sous les étoiles. et que cette Rose. si l'on exceptait cette étrange absence de passion. elle avait bien fait de descendre une couverture. ne plus le respecter. Il faisait frais. redeviendrait Alice Rose Katzenbaum ? Qui eût bien pu imaginer qu'après sa longue histoire en dents de scie.12 Rose s'étira voluptueusement tout en admirant la profusion d'étoiles dans le ciel. en mûrissant. A tel point qu'elle avait l'impression de pouvoir envisager un futur avec lui. en train d'appeler ses contacts professionnels. Même quand il la rendrait folle — péripéties inhérentes à tous les couples — elle savait que ces trois aspects-là primeraient. En deux mots comme en cent. et aussi pour lui en faire connaître d'autres encore. Là-haut. Pourquoi diable ne la rejoignait-il pas ? Tout allait si bien entre eux. Ou l'avoir près d'elle. décidé à découvrir sa véritable personnalité Un hoquet de plaisir lui échappa lorsqu'une étoile filante traversa le firmament. Qui eût pensé de la petite Alice Rose Katzenbaum qu'elle deviendrait Rose. sous la couverture et en train de lui faire l'amour. Et en était la première étonnée. au lieu qu'il soit là-haut. là maintenant. les vagues léchaient gentiment les rochers. ne plus se fier à lui. Plus bas. Elle regretta que Slate ne fût pas là pour partager son émerveillement. elle était amoureuse. Le simp- . Il lui semblait impossible qu'un jour elle puisse ne plus l'aimer. Seule une chose aurait pu rendre cette journée plus idéale qu'elle n'était : s'être réveillée près de Slate ce matin. un homme saurait la faire revenir à ce qu'elle était ? Un homme au sourire facile et à la détermination sans faille. tout s'était fabuleusement bien passé entre eux. Aurait-on pu rêver journée plus parfaite ? Elle cala sa tête contre les rochers. Depuis qu'elle s'était ouverte à lui de son passé.

avança sans bruit sur le tapis de verdure. gravit le côté de l'escalier qui ne grinçait pas en réprimant son envie de rire. Tant de travail et si peu d'amusement rendaient Rose solitaire et Slate sinistre. peutêtre annonciatrice de pluie. où la haute silhouette de celui-ci se découpait par la fenêtre de la cuisine. Mais. d'instinct. quand elle parvenait à capter son regard. C'était trop tentant. mais tant pis. La brise forcit tandis qu'une traînée de nuages voilait le ciel. « Et alors ? » aurait dit sa copine Amanda. songea-t-elle en remontant vers la maison. il avait le téléphone collé à l'oreille. elle craignait d'imploser. Parfois. . Elle éteignit sa lampe. Chaque jour. et supplier un pêcheur de copuler avec elle.le fait de le voir l'incendiait. plaquer les mains sur sa braguette et lui faire perdre contenance au téléphone. en dépit de ses tentatives peu subtiles pour lui faire perdre les pédales. se releva et projeta le rai lumineux de sa lampe de poche sur sa montre : minuit passé. La sonnerie aigrelette du portable de Slate parvint jusqu'au rivage. l'obsédait. Mais. elle savait qu'elle ne pourrait désirer un autre que Slate. elle sentait son érection lorsqu'il l'embrassait. Quand il la caressait. elle avait le temps d'y remarquer sa faim d'elle avant qu'il ne la dissimule. Il suffisait à cet homme de lui sourire au-dessus de son petit déjeuner pour la rendre folle. Rien de tel que passer quelques semaines loin de la civilisation pour constater à quelle vitesse elle vous rattrape. Elle frissonna. en tout cas. il l'émerveillait. il la repoussait gentiment en marmonnant qu'il y avait un temps et un lieu pour tout. peut-être. la rendait dingue d'un besoin bien plus intense que le simple désir physique. Puéril. Dos tourné. Peut-être même plus jamais. Un sourire espiègle se dessina sur le visage de Rose. là-bas sur la baie. Se glisser en douce derrière lui. Juste histoire de se prouver qu'elle en était capable. Pas comme ça. Rose était prête à nager jusqu'à un des bateaux. Et alors. se coller contre son dos. Mais lui ? Parfois.

qui avait fait en sorte de devenir tout pour elle ? Elle fut secouée de sanglots silencieux. si du moins ce quelque chose existe. avec — non moins miraculeusement — la cachette rêvée dans sa poche ? Qui l'avait enlevée. puis pianoter sur le combiné en égrenant un chapelet de grossièretés. La moitié de son esprit criait à la trahison. et ce salaud les avait déglinguées. en fait. Elle commence tout juste à me faire confiance. mais fais gaffe. soudain paniqué. Tout dévoré. — Je ne pense pas qu'elle sache quelque chose mais je.— J'ignore combien de temps je pourrai la garder ici. elle se pressa une main sur la bouche. reprit-il avec un rire sans joie. Bien sûr. ? Oui. à présent. On risque d'avoir des problèmes si. Riley. ce prince charmant qui s'était miraculeusement matérialisé à la gare. au bout de deux semaines. Mais quelle idiote ! Comment avait-elle pu le laisser abattre des défenses minutieusement érigées année après année ? C'était tout ce qui lui restait. Mais pour qui l'avait-elle pris. Ils la menaçaient. Riley ! Elle l'entendit couper la communication. Il va falloir que je fasse très attention à ne pas.. l'autre ricanait à ses dépens. elle veut rentrer chez elle. Ça aurait vraiment été le bouquet. Pétrifiée.. ? Tu les connais. Seigneur ! Et elle.. Hein. Le souffle court. et lui arrivait à la rescousse sur son beau cheval blanc. — Riley ? s'écria Slate.... Je pourrais peut-être tirer quelque chose d'elle. vas-y. elle l'entendit marcher au-dessus d'elle vers la rambarde. elle cessa de respirer. se glissa sous la terrasse et s'accroupit contre un tas de rondins. — J'avais cru l'entendre rentrer. il devait travailler la main dans la main avec Gomina et Nez Cassé. à grandes bouchées voraces. il se mit à arpen- . Puis l'instinct reprit le dessus.. elle redescendit à pas prudents l'escalier. Attends une seconde. L'estomac retourné. qui avait tout gobé. Tremblante. hébétée. Mais elle n'est pas bête. terrifiée à l'idée de révéler sa présence en vomissant juste en dessous des pieds de Slate..

Il jura de nouveau et frappa du pied. Et tenta d'éprouver quelque chose. comme si ses émotions avaient enfin retenu la leçon et s'étaient claquemurées. — Barker ? Michael Slater à l'appareil. et lui assurer qu'il était impossible de deviner qui ils étaient avant qu'ils vous aient réduit à l'état de cadavre. Deux ou trois types inconnus. nulle douleur. Bien aimable. Nulle joie. Vérifiez d'abord chez lui.. Elle avait toujours été une boule d'incertitude et de contradictions en face de lui. en gros trois minutes après avoir admis qu'elle était amoureuse de lui. elle n'arrêtait pas de se retourner. Riley n'avait pas téléphoné. . Donc. Mais ne s'ouvrit en elle qu'un grand vide. aucune chance d'être de nouveau trahie. visiblement malade d'inquiétude à propos de ce Riley. c'était qu'elle était dingue de lui. Mélissa se demanda combien de temps la contemplation des fissures du plafond allait l'empêcher de se colleter avec l'Infâme Vérité. Non. Nul bonheur. Pourquoi donc s'en faire ? Ce qui la perturbait vraiment. je ne sais pas où. Elle leva les yeux vers la sombre silhouette qu'elle apercevait au travers des interstices du caillebotis. De la compassion. d'accord.. au moins. Allongée dans son lit. Nul amour. de contradictions ? Non pas que cela fasse une grande différence. en dépit des avertissements de Penny. mais elle savait qu'elle serait tendue tant qu'il ne l'aurait pas fait. Penny avait déjà appelé plusieurs fois pour lui raconter des anecdotes à propos de sociopathes pêchées sur Internet. Que diable pourrait-elle lui dire.ter la terrasse. et qu'elle trouvait au capitaine autant de charme qu'à un lézard. Mais. Et alors ? Alors. elle avait appris qu'il risquait de l'assassiner. N'importe quoi. alors qu'elle n'était plus qu'une boule d'incertitude. De la rage. Incapable de dormir. Riley vient d'être passé à tabac. Appelez-moi dès que vous avez du nouveau. Et qu'elle serait encore plus tendue après. Oui.

Génial. Elle roula encore une fois sur elle-même pour enfouir sa
tête dans l'oreiller. Voilà qu'elle pensait avec ses hormones, et non
avec sa cervelle. Sage décision, Mélissa. Très sage.
Lorsque le téléphone sonna, elle le contempla, puis enfonça plus
encore sa tête dans l'oreiller, osant à peine respirer.
Ça y était. Il l'appelait. 11 allait falloir discuter, parler à l'homme
qu'elle aimait et qui pouvait préméditer sa mort — ou peut-être
pas — et puis appeler le capitaine Watson et le trahir. Car si Riley
était violent, il ne serait peut-être pas très malin de lui demander
sa propre version des choses.
Non. Elle ne pourrait pas. Elle, qu'un vulgaire pickpocket terrifiait, comment pourrait-elle faire assaut d'amabilités avec un homme susceptible de la tuer pour le plaisir ?
La sonnerie retentit de nouveau. Et si, en n'obtenant pas de réponse, il s'inquiétait pour elle et venait vérifier ? Elle émit un hoquet
d'effroi, rejeta les couvertures et tendit la main vers le combiné.
— Allô !
— Mélissa, grâce à Dieu, tu es là ! C'est Rose.
Pas Riley, Rose ! Les jambes coupées, elle se laissa choir sur le
tapis.
— Je suis aux abois, reprit Rose. Pas moyen de joindre un de mes
amis. Sa ligne est toujours occupée, et je ne sais pas combien de
temps je peux parler sans risque. Amanda n'est pas chez elle non
plus, et j'ai préféré ne pas lui laisser un message. Tu es la seule autre personne en qui j'aie confiance.
Mélissa hocha la tête avec lassitude. Bien sûr. La confiance. Facile à trouver.
— Où es-tu ?
— Quelque part dans le Maine. J'ai été enlevée. Est-ce que tu pourrais appeler cet ami et lui dire où je suis ?
Enlevée ?
— Appelle plutôt le 911, Rose.
— Non, ce serait sa parole contre la mienne. Je suis venue de
mon plein gré, avant de m'en rendre compte. Il dira à la police que
je suis hystérique, ou folle de lui, ou je ne sais quoi — je ne peux

pas courir ce risque. Ce type arriverait à te convaincre que tu portes un faux nom.
— En fait, je sais exactement ce que tu veux dire, répondit Mélissa en tressaillant.
— Mon ami me croira, lui. Il m'enverra de l'aide. Mi peux faire ça
? S'il te plaît !
Elle laissa aller sa tête contre le lit. Elle avait promis au capitaine
Watson de l'informer si elle avait des nouvelles. Si elle acceptait
d'aider Rose, elle se sentirait tenue de le faire. Moralité, elle trahirait sa confiance. Mais si elle ne retransmettait pas ce qu'elle avait
appris, il se pourrait qu'elle fasse obstruction à la justice.
— Je t'en prie, insista Rose. Tu es mon seul espoir. Pauvre Rose !
Son faible pour les hommes avait fini par la coller dans le pétrin ;
elle avait vraiment l'air désespérée. Mélissa ne pouvait pas ignorer
un tel appel au secours. Surtout pas maintenant, alors qu'il lui était
si facile d'imaginer un renversement de rôles.
D'accord. Mais après, quand tout serait terminé, elle irait finir sa
vie en méditation chez les bouddhistes.
— Oui, bien sûr. Je vais faire ce que je peux.
— Oh, merci, Mélissa. Dépêche-toi de prendre des notes. Je ne
suis pas certaine de l'endroit, mais je vais essayer.
Après avoir trouvé un stylo et un bloc, elle inscrivit ce que lui dictait Rose à voix basse, et le numéro de son ami.
— O.K., c'est bon. J'appelle tout de...
— Je crois qu'il revient, murmura Rose, avant de couper la ligne.
Mélissa composa le numéro donné par son amie aussi vite que ses
doigts tremblants le lui permirent. Mais, nom d'une pipe, qu'allaitelle bien pouvoir dire ?
La ligne était occupée. Elle raccrocha et fit quelques pas dans la
pièce avant de retenter sa chance. Toujours occupé. Tout cela
n'avait aucun sens. Et elle commençait à en avoir plus qu'assez de
cette histoire. Seulement voilà, il lui fallait aider Rose. Si c'était
bien Rose qui avait appelé. Si elle avait vraiment été enlevée. Si
Rose était son vrai nom. Si le ciel était vraiment bleu, si le soleil
continuait à se lever tous les jours... Comment pouvait-on être cer-

tain de quoi que ce soit ?
Elle tenta sa chance une troisième fois. Et faillit laisser tomber le
combiné quand une voix profonde à l'accent étranger répondit. Elle expliqua succinctement la situation en tâchant de paraître rationnelle.
Un long silence s'ensuivit.
— Je... suis navré pour elle. Sincèrement navré. Hélas, toutes mes
énergies sont mobilisées ailleurs pour l'instant. Transmettez, je
vous prie, toutes mes sympathies à Rose.
Clic.
Sidérée, elle contempla le combiné, incapable de croire que son
interlocuteur venait vraiment de décliner son appel à l'aide comme
une vulgaire invitation à dîner. Avec des amis comme ça, Rose
était bien lotie.
Par malheur, cette réaction laissait tout espoir de sauvetage reposer sur ses épaules impuissantes. Ce qui ne lui laissait plus qu'une
solution : le lézard, autrement dénommé capitaine Watson.
Elle composa son numéro de portable, la mine dégoûtée. Peut-être n'était-ce que la teinte étrange de ses yeux, mais ce type lui filait la chair de poule. Ce qui, ironie suprême, la faisait se méfier
de lui à cause de la couleur de ses yeux — et regretter Riley, alors
que ce dernier planifiait peut-être déjà la manière dont il allait l'étrangler.
— Watson, répondit une voix pâteuse, ensommeillée.
— C'est Mélissa Rogers. Rose vient de m'appeler. Elle a été enlevée. Elle n'était pas certaine de l'endroit où elle se trouve, mais elle me l'a indiqué en gros.
Le grognement de triomphe que poussa Waston ne fit rien pour
arranger son état de nerfs, et c'est avec de moins en moins d'enthousiasme qu'elle lui transmit les indications. Lorsqu'il les lui répéta, elle eut l'impression de l'entendre saliver d'avance à l'idée de
tuer son ennemi.
— Parfait. Je m'en occupe. Vous avez bien fait.
Après avoir raccroché, elle se laissa aller sur le lit en tentant de se
persuader qu'il avait raison. Elle avait bien fait, n'est-ce pas ?

Combien de fois n'avait-elle pas regardé un film, lu un livre, en
ayant envie de hurler aux personnages : « Ne va surtout pas vérifier ce bruit inquiétant dans le grenier alors que quelqu'un rôde
chez toi, imbécile ! Appelle plutôt les flics ! » Eh bien, elle avait
suivi son propre conseil. Et mis les choses qui concernaient la justice dans les mains de cette même justice.
Elle se leva, alla à la fenêtre, écarta le rideau et se perdit dans la
contemplation de la nuit. Il fallait qu'elle se détende. Peut-être une
douche, une longue et bénéfique station sous l'eau chaude, l'aiderait-elle à se débarrasser de l'impression persistante qu'elle aurait
mieux fait d'appeler Riley.
Riley s'efforça pour la millième fois de libérer ses mains des cordes qui les entouraient. Un faux mouvement, et la douleur le transperça de nouveau, le fit hurler sous son bâillon. Il laissa retomber
sa tête et serra les dents, le souffle court. Il devait avoir une bosse
de la taille du Kansas sur le crâne. Le nez pas beau à voir. Et il
était certain qu'il n'aurait pas envie d'aller danser pendant une semaine ou deux.
Les sbires d'Allston. Forcément. Trois gaillards déterminés, qui
l'avaient qualifié de traître. Ils avaient découvert quelque chose.
Qu'il travaillait avec le FBI ? Qu'il n'avait pas rencontré Rose ?
Watson l'avait-il percé à jour ? Tout se mélangeait dans sa tête.
Mélissa.
Il recommença à se débattre comme un beau diable, et grimaça
sous l'assaut d'une vague de nausée. Il fallait qu'il la prévienne. Au
cas où Watson l'aurait découverte. Au cas où ils la soupçonneraient d'être au courant de quelque chose.
Dans la pénombre de l'entrepôt où il était venu enquêter sur une
fraude à l'assurance, il vit un rat l'observer prudemment. Son téléphone se trouvait sous une étagère, là où il l'avait lancé quand les
types lui avaient sauté dessus. Il fallait le récupérer avant que la
batterie ne meure. Ou avant que lui ne meure.
Hé, mon pote. Passe-moi mon portable. Le rat détala.

Yeux fermés, Riley tira sur ses liens. Tira, tira...
Il ouvrit brusquement les yeux. Il y avait un léger mou. Il tira plus
fort, ignorant la douleur et sa peau à vif.
Mélissa.
Enfin, il fut libre.
Il arracha le bâillon et détacha ses chevilles. Des fourmillements
dans les bras et les jambes, il se traîna vers l'étagère métallique et
tendit la main vers son appareil en grognant sous l'effort.
Dieu merci, la batterie fonctionnait encore ! Il s'efforça de retrouver le numéro. Ce foutu téléphone avait bien trop de noms en mémoire ; lui-même avait beaucoup trop de doigts. Il devait souffrir
d'une commotion cérébrale. Cela faisait déjà plusieurs fois qu'il
tombait dans les pommes.
Occupé. Il chercha la touche bis, et finit par la dénicher.
Occupé. Que diable fichait-elle au téléphone à cette heure-ci ?
Il avait les mains qui tremblaient, la tête qui tournait. Merde, réponds !
Encore occupé.
Il eut envie de pleurer. Pourquoi ne raccrochait-elle pas ? Il allait
tourner de le sentait venir, ce trou noir vorace qui voulait l'engloutir. Mais avant, il devait lui parler, la prévenir, la... il devait...
Il rouvrit les yeux dans un sursaut. Avait-il tourné de l'œil ? Longtemps ? Mélissa.
« Appelle. Encore une fois. » Il atteignit la touche bis au deuxième essai. Le téléphone sonna, sonna, sonna. Pas de réponse. Le répondeur se déclencha. Riley attendit impatiemment, tout en repoussant les ténèbres.
Merci de laisser un message après le bip. Biiiip.
— Mélissa, commença-t-il en se plaquant une main sur le crâne.
Tiens bon. Tiens bon. Juste le temps du message. Il lui fallait tenir, lui parler de ses agresseurs, de Watson, la savoir en sécurité.
Les ténèbres lui embrouillaient l'esprit.
— Sois prudente... ne laisse entrer aucun homme... Watson...
Veux pas que tu... souffres.
Il sentit le téléphone lui glisser des mains, sentit ses lèvres formu-

ler un juron, puis s'affala lentement sur le sol et laissa le trou noir
l'engloutir de lui.

Ça y était. ? « Veux pas que tu. dans sa voix. Elle ne put supporter que Watson lui ait fait si peur qu'elle n'avait pas essayé de joindre Riley. Cliqueta encore. Mélissa contempla son répondeur. souffres. » Elle hoqueta. Watson ? Que. ahurie. » Des larmes de terreur jaillirent de ses yeux. de l'abandonner alors qu'il avait besoin d'elle. Elle était morte. La machine cliqueta. comment Riley avait-il.. « Sois prudente. Il allait la tuer. puis avait regardé un film à la télé sans prendre la peine de s'habiller. Rose.13 Enveloppée dans une serviette. Jamais elle n'aurait dû le laisser entrer. à peine reconnaissable. Riley ? Elle avança prudemment. et de la douleur... Emit quatre bips pour signaler la fin du message.. Lui était-il arrivé quelque chose ? Etait-il blessé ? Elle ne put supporter de l'imaginer en train de souffrir. Silence. La voix de Riley. Mélissa se jeta sur l'appareil et fit repasser le message. ou quelqu'un.. souffres... Il la prévenait. monta de la bande magnétique... » De l'inquiétude. » Il la mettait en garde contre quelque chose. « Veux pas que tu.. encore ? Penny ? Elle se mordit la lèvre. « Watson... Qui l'avait appelée ? Elle avait passé une éternité sous la douche.. » Elle cessa brusquement de pleurer et fixa le répondeur.. encore moins entreprendre quelque chose avec un inconnu. et appuya sur le bouton de lecture. Watson ? . prise entre répulsion et espoir.. rauque.. comme si on avait fourré des mines antipersonnel sous le tapis. « Ne laisse entrer aucun homme.

Il la réconforterait. souffres. A moins que ce ne soit contre Watson. sans être certaine de ce qu'elle allait faire. La lumière de la rue conférait à la peinture tape-à-l’œil une teinte brique. Peut-être. Elle ferma les yeux. effleurant des objets maintenant familiers. la réprimanderait gentiment et lui donnerait un avis solide et attentif. de lui expliquer la situation dans toute son horreur et de le laisser prendre les choses en mains à sa manière rationnelle et détachée.Ou lui-même ? Peut-être haïssait-il ce qu'il était. Selon Penny. D'un geste décidé. à l'ampoule rose. Une telle tendresse dans cette voix épuisée. elle décrocha la clé. La douleur arriva.. Trahir Rose. en somme. violente. Là où tout avait commencé. Elle alluma une lampe posée à terre. et l'avertissait-il de se mettre en sécurité. Comme s'il se souciait vraiment d'elle... Elle y déambula. Cette version-là lui sembla bien plus attirante... certains assassins rêvaient d'être pris . et se dit que l'endroit ressemblait encore plus à un lupanar que dans la journée. Elle eut envie de pleurer. Comment savoir ce qui était vrai ? Elle se débarrassa du drap de bain et s'habilla rapidement. Riley.. ils détestaient ce qu'ils étaient obligés de faire. Puis elle alla jeter un coup d'œil par le judas de sa porte. Comment savoir lequel disait vrai ? Elle eut soudain envie d'appeler Bill. mais les larmes refusèrent de couler.. Veux pas que tu. alors Riley l'avertissait de ne pas faire ce qu'elle venait justement de faire. Pourquoi aurait-elle voulu faire un truc qui lui ressemblait si peu ? Qui ressemblait si peu à la Mélissa qu'il connaissait. Monotone. vers celle de Rose. A ceci près qu'il serait incapable de passer sur son envie d'une aventure purement sexuelle. Le trahir. Il lui aurait annoncé dès le départ qu'elle allait s'attirer des ennuis.. Si c'était Watson le tordu. Le salon rouge. traversa le palier et pénétra dans l'appartement de Rose. se . mais sûre qu'il lui fallait bouger.

D-B. elle déballa l'objet. L'animal vacilla en dépit de ses maladroites tentatives pour le rattraper. Riley ! En train de fouiller les tiroirs de Rose ! Etait-ce cela qu'il cherchait ? Elle arracha le couvercle et en sortit un petit paquet enveloppé avec soin dans du coton et de la gaze.R. Elle l'examina plus attentivement.. elle heurta la girafe du coude. et pourtant étrangement vieillis. Etrange sculpture. Au lieu d'être soudé comme les autres. et s'écroula sur le nez dans un fracas de métal.. Soudain. . le couvercle était emboîté. qui n'était pas aussi bien peinte que les autres . et à moins de demander à Randstetler de la réparer. comme si elle était furieuse d'avoir dû frayer avec les parties génitales d'une girafe.. Etrange personnage. Sur la toile.E.rappelant l'excitation. son cœur fit un bond. la sculpture ne valait plus gr. impossible. au cadre incrusté de pierres précieuses — diamants. Le cœur battant. émeraudes et rubis. Récemment. Etrange monde. Randstetler s'était enchaîné à la grille d'une entreprise de cosmétiques coupable d'expérimentation animale. Une canette se détacha de son derrière et roula vers elle selon une trajectoire bizarre..O. Elle caressa du doigt les minuscules bijoux.E. Et Mélissa ne fut pas surprise par le choc sourd qu'elle entendit en la secouant. Rose avait-elle caché quelque chose là-dedans ? De la drogue ? Un bijou ? Quoi qu'il en soit. la surface de verre. la couleur avait été appliquée à grands coups de pinceau négligents. la passion. Elle souleva la canette. son corps d'aluminium peint. C. En voulant aller à la fenêtre. On pouvait même encore distinguer la marque à travers le jaune. Et en eut le souffle coupé. les traits familiers. Du corned-beef ? Randstetler aurait utilisé une boîte pour laquelle était morte une vache ? Non.E. Etrange. C'était un extraordinaire portrait miniature.. de la reine Elizabeth I d'Angleterre jetaient à Mélissa un regard courroucé. Comment son fantasme avait-il bien pu se muer en cauchemar ? Elle tapota la girafe en canettes.. Voyons voir.N. son nez. comme si quelque chose la déséquilibrait.

Il avança avec mille précautions vers elle en la dévisageant de son œil encore ouvert. la joue droite violacée et enflée. Elle allait décrocher le téléphone quand il lui saisit le poignet. — Ils n'étaient pas contents de moi. incapable de savoir si elle devait courir à lui ou le fuir. ne l'avait-elle pas refermée ? Elle fourra la reine dans sa poche. elle hurla et se dégagea brusquement. Prise de panique. — Dieu merci. tu vas bien. Comme la porte de Rose poussée d'une main douce. et l'emmener dans un endroit public où elle pourrait se sentir en sécurité pendant qu'elle essaierait de comprendre. pivota sur elle-même et laissa échapper un cri. Elle resta là où elle était. Je ne voulais pas te faire peur.. Riley. les poignets à vif. Je vais appeler une ambulance. Qui ? — Les nervis d'Allston. Qui était Allston ? Mystère. — Non. Riley ! Avec l'air d'être passé sous un camion. elle préférait ne jamais le savoir. Mon Dieu. reprit-il en portant une main à sa tête. avant de . précisa-t-il comme s'il avait entendu ses pensées. On aurait dit qu'il ne pouvait plus contrôler sa vue. J'ai eu peur qu'ils ne soient venus chez toi. qu'il n'était plus lui-même.. c'était de soigner Riley. Comme un déplacement d'air. Il avait cette même voix rauque que sur le répondeur. le faire sortir d'ici. Il se laissa tomber dans le fauteuil à oreillettes de Rose. Un bruit retentit derrière elle. l'œil gauche tuméfié. Ce devait être le fameux portrait dont le frère de Penny avait. ou plutôt un glissement. Et si tabasser les autres était ce qu'il faisait quand il n'était pas content. — Tu devrais aller à l'hôpital. Tout ce qui comptait pour l'instant.Exquis. Il avait la lèvre et la chemise maculées de sang. — Je suis désolé. mais sans la voir vraiment.

tout ce qu'elle disait.. Le pire. Que tu séduis les femmes avant de les assassiner. Il y a autre chose. Il méritait une réponse. comme pour essayer de lire en elle. une explication. l'apparence de Riley. sa manière de la regarder. hasarda-t-elle en ravalant un sanglot. Riley la dévisagea. Comment pouvait-on jamais s'habituer à cela ? Il lui jeta un regard inquisiteur.. l'air incrédule. Le fait qu'on ait attaqué Riley. — A quoi bon ? Les psychopathes ne sont-ils pas réputés être des . Aussi resta-t-elle là. d'admettre ce qu'on lui avait dit et à quel point elle l'avait cru. je le sens. — Watson.. Ça faisait mal. — Mon Dieu. dont ne sortit qu'un minable couinement. je ne suis pas un serial killer. Tout faisait mal. Que t'a-t-il dit ? Comment le savait-il ? Elle ouvrit la bouche. De quoi s'agit-il ? Elle s'obligea à respirer.se tenir la main comme sous l'effet d'une brûlure. c'était qu'il semblait considérer cette violence comme normale dans son travail. Que je te dise : « Ne t'inquiète pas. la rendait malade d'horreur. — Ce n'est pas tout. — Il a dit que tu es un psychopathe. n'est-ce pas ? Que je te rassure. — C'est mon visage qui te fait peur ? Elle opina — d'autant que ce n'était pas faux. répondit-elle enfin d'une voix atone. Au secours. » — Ce serait gentil. — Et tu l'as cru ? Mélissa sentit une larme rouler sur sa joue. qu'il ait failli mourir. de découvrir ce qu'elle savait. Mélissa.. de confesser sa peur. muette. incapable d'expliquer quoi que ce soit. Tout ce qu'elle pensait. Comment lui dire ? Que dire ? Que lui feraitil si elle lui disait ? — Mélissa. Mélissa chérie. tu as peur de moi ? Elle lui retourna son regard. mais. — Tu veux que je te dise que ce n'est pas vrai. mais elle n'en trouvait aucune qui ne les blesserait pas encore plus tous les deux. lâcha alors Riley d'un ton méprisant. Elle était à bout de nerfs. de peur de s'évanouir devant lui.

ses espoirs étaient sens dessus dessous. elle se sentait complètement perdue. d'un ton monocorde. Riley émergea de la salle de bains au moment où elle raccrochait. j'ai une côte cassée. Juste dormir un jour ou deux et tenter de retrouver un sens à sa vie. et en rêvant de son lit. A tout le moins entendre sa version des faits. — Riley. Il la soupçonnait d'être en possession d'une . Comment avait-elle pu se bercer d'espoir. juste un taxi. Ou alors utilise mon portable. Elle comprit soudain qu'en dépit de leur intimité passée. Elle appela une centrale de taxis en bafouillant. — Ils ont dit dix minutes. face à lui. Tu n'en sauras rien jusqu'au matin où tu te réveilleras avec mes mains autour de ton cou. appelle qui tu veux. Son monde. Il hocha la tête. sans doute une commotion cérébrale. Il l'avait toujours été. il ressemblait à un guerrier de l'ancien temps. de ne pas le croire. il était un inconnu. Il fallait dire quelque chose. J'ai mal. ils ne pouvaient se séparer ainsi. répondit-il sans ouvrir les yeux. Elle se laissa choir sur le bord du canapé. Elle n'avait pas écouté. se rassit dans le fauteuil et se laissa aller contre le dossier. Mélissa. — Appelle. Pas écouté son cœur. Nous autres serial killers sommes des pros. Mais pas d'ambulance. et le contempla. Au pire.. trop lourde de désespoir pour rester debout. Elle s'en fut vers le téléphone tandis qu'il se traînait jusqu'à la salle de bains et ouvrait l'eau dans le lavabo. donne ce coup de fil.. Exact ? N'est-ce pas ainsi que tu vois les choses ? — Riley. ses sentiments. ses valeurs. — Pourquoi enquêtais-tu sur Rose ? — Watson me l'avait demandé.. Même débarrassé de la crasse et du sang. — Vas-y. Tout en elle lui hurlait de ne pas se fier à Watson. je t'en prie. Mélissa.. croire qu'un miracle rendrait les choses possibles entre eux ? Pourtant.as du mensonge ? Tu te crois capable de déceler la vérité dans mes paroles ? Impossible.

. contre cet homme. mais je ne peux te jurer que je ne te ferai jamais de mal.. — Watson. ni James Bond. Dieu du ciel. Elle lui prit la main et pressa le portrait dans sa paume. — Je ne vais pas te dicter ta décision. Car reconnaître qu'il n'était pas Superman. — Parce qu'il y a un mouchard d'Allston au commissariat. Mélissa. ni maintenant ni jamais. Quand ils me passaient à tabac. Elle s'était tant battue. Et l'avait sans doute toujours su. ma première pensée a été pour toi. elle suivit du doigt le contour de sa mâchoire ferme sans croire qu'il était possible de se sentir aussi mal. Elle l'avait compris avant même qu'il ait fini de parler. s'agenouilla à ses pieds et passa les mains sur ses cuisses et autour de sa taille. Elle hocha la tête. Au moins . Une preuve offerte par le patron du crime à un politicien aux multiples relations susceptibles de faveurs politiques. t'empêcher de. — Sa parole contre la mienne. — Riley. reconnaître qu'il était un homme ordinaire qui avait un travail à faire. C'est tout ce que je t'offre. Riley lâcha un juron. te protéger.. geste familier à présent. se leva. Ou plutôt un œil.preuve dont les fédéraux ont besoin pour établir le lien entre un VIP du Massachusetts et Allston. signifiait qu'elle devrait arrêter de vivre dans une dramatique télévisée et affronter la vérité : elle aimait un homme qui ne s'insérait pas plus dans sa vie qu'elle ne s'insérait dans la sienne. Le portrait ! — Pourquoi Watson n'a-t-il pas envoyé ses propres hommes ? Il se décida enfin à ouvrir les yeux.. faiblement. quand je suis revenu à moi après leur départ. il l'aimait ! La main tremblante. si longtemps. Et devine qui c'est. ni un sinistre malade mental. Les larmes jaillirent plus fort. comment je pourrais te joindre. les joues baignées de larmes. murmura-t-il.

et son cœur ne fut pas loin d'exploser. en disant qu'elle avait été kidnappée. lui sourit. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée. — Depuis combien de temps l'as-tu ? — Vingt minutes.. Elle m'a indiqué l'endroit.. . et lis-lui ça. Le rire de Mélissa mourut. — Bien. — Pardonne-moi.. conclut Riley en fouillant dans sa poche. — Merci. Je vais descendre . — Lui as-tu précisé qu'elle n'était pas certaine de ses indications ? Hochement de tête. Il en sortit son portable. puis un immense sourire se dessina sur son beau visage meurtri. — Rose va être anéantie. Riley.pouvait-elle lui montrer sa foi en lui. Il cilla. Elle pouffa. — Où était-il ? — Dans le. alors j'ai téléphoné à Watson. — C'était un accident. — Je crois que tu sauras quoi en faire. cul de la girafe. Je ne savais pas quoi faire. détourna le regard et replia les doigts sur la miniature. — Parfait. Rose m'a appelée. — Oh. Riley. . J'ai fait tomber la sculpture. dit-il en raccrochant. Dis-lui que Rose vient juste de te donner de nouvelles instructions.. Il releva la tête. — Et pourquoi cette passion soudaine pour le cul d'une girafe ? Elle laissa échapper un éclat de rire hystérique. Tout ceci est tellement. discuta un instant avec un dénommé Barker et inscrivit quelques mots sur le bloc rose qu'elle approcha de lui. Il prit une profonde inspiration. Mais je sais que tu feras bon usage du portrait. Riley jura entre ses dents.. peut-être. bizarre pour moi. le teint de plus en plus grisâtre. sans être tout à fait sûre. composa malhabilement un numéro. Rentre chez toi et rappelle Watson.. Rose. — Quand ? — Il y a une heure ou deux.

Qu'elle s'assure qu'il allait bien. n'est-ce pas ? Je l'ai bien vu quand je t'en ai parlé. elle songea qu'elle n'avait rien à faire dans ses bras.. Renoncer à ton prince charmant bureaucrate et sinistre. quelque chose me dit que je vais en prendre plein la gueule. poursuivit-il d'une voix exténuée. puisqu'elle n'en avait pas l'intention. Tu ne pourras rien faire. songea-t-elle en saisissant le bloc. les fédéraux vont coincer Allston. Elle le fixa. et tout sera fini.attendre ce taxi. plus que tout à l'heure. toi et moi. — Tu ne peux toujours pas renoncer à cet idéal étouffant que tu t'es programmé. malheureuse.. — Riley. si tu veux. Elle ne pouvait le laisser partir comme ça. Il recula d'un pas et lui souleva le menton. Nous allons faire revenir Rose. Tu ne tiens plus debout. Il faudrait qu'elle l'accompagne. . ou de penser. Ma participation à l'enquête. — Ça veut dire que c'est terminé. il vint à elle et la serra contre lui. reprit-il en s'adossant au mur. regarde-toi. — Je viens avec toi. Riley. Elle se mordit la lèvre. Riley. Ils vont me soigner. tu as besoin d'un médecin. Elle n'avait pas le droit d'y rester. Reste ici et appelle Watson. Maintenant. Tu viendras me voir dans la matinée. à l'hôpital. — Non ! Dis-le-moi tout de suite. — Ton taxi. Elle l'implora du regard. — Je suis comme ça. L'heure n'est vraiment pas à. Presque incapable de respirer. Je t'en prie. Comment rejeter un homme qui venait de vivre un tel enfer ? — Mélissa.. je t'en prie. pas maintenant.. Nous reparlerons de tout ça quand tu te sentiras. Alors. — C'est mon travail qui te déplaît. Prends un peu de repos. Mélissa. en sachant qu'ils ne se reverraient plus jamais. le front entre les mains. Il se leva. — Non. ça va pouvoir démarrer. On t'a roué de coups la moitié de la soirée.

Elle s'éclaircit la gorge avant de poursuivre d'une voix raffermie : — Je ne veux pas connaître le monde dans lequel tu travailles. transporté à l'hôpital ou à la morgue. même routine jour après jour avec Bob Grattepapier. même boulot. Une expérimentation. jusqu'à ce que ni toi ni lui ne puissiez dire en quelle année vous vivez. Toi et moi venons de différentes planètes. tant il la pressa entre ses mains. Elle eut beau s'exhorter à tenir bon. justement ? — Elle n'était qu'une toute petite partie de moi. Et peut-être as-tu raison. Je veux vivre entourée de franchise. Je veux des gens normaux. mais au moins. intensément. et ravis de l'être. il lui donnait le sentiment d'avoir été prise en flagrant délit de mensonge. mais n'avait réussi qu'à marmonner piteusement. corrects les uns vis-à-vis des autres.. Ce n'est pas parce que la laideur existe dans le monde que j'ai envie de la laisser pénétrer chez moi. Peut-être penses-tu que je vis à Disneyland. il s'approcha d'elle. — Même maison. Il la laissa terminer. Au moins. et que ta vie se termine. Je veux de l'optimisme et parfois de l'idéalisme. Pour savoir si on t'a mis les menottes. Je ne suis pas heureuse dans sa peau. l'attira vers lui et l'embrassa langoureusement. la Maffia ou les flics. On eût dit que Riley craignait que sa tête explosât. C'est ça que tu veux ? — Peut-être que ça te paraît sinistre.. le pouvoir de ces yeux était trop fort. Sans rien dire. — Vraiment ? Et que fais-tu de cette Mélissa qui veut faire le tour du monde ? Qui veut s'habiller en cuir noir et explorer le plaisir physique pour le plaisir. Cela ne marcherait pas. Mais la plupart des gens sont comme ça.Elle avait voulu parler d'un ton ferme et définitif. de confiance. . Bob Grattepapier pourra rentrer à la maison après sa journée de travail et me raconter honnêtement ce qu'il fait. puis fixa son regard sur elle jusqu'à la faire tressaillir. je n'aurai pas à attendre tous les soirs qu'on toque à la porte pour aller voir si c'est toi. une aventure. nous aspirons à des choses différentes. Eliot Ness. lui ramena les poignets dans le dos.

incertaine. — Pas juste ? Il colla son corps au sien. Je ne peux pas. — Pourquoi ? Parce que ça te rappelle ce que tu éprouves pour moi ? — La luxure ne compte pas. à la vieille manière que tu méprises tant ? — Riley. Il l'embrassa encore. — Ton taxi. — Ne fais pas cela. d'un baiser très doux qui fit exploser un volcan d'émotions en elle. Des baisers ne pouvaient construire une vie. Comme si elle était encore perturbée. je tiens à peine debout. Elle secoua la tête. Mélissa. Après.... Sa bouche tiède et sûre lui parut douloureusement familière. — Et ça. Avec un soupir. Il faut que tu ailles à l'hôpital. l'Interphone de Rose la fit sursauter. tu décideras. il la lâcha et recula d'un pas. M'avait embrassée. malgré une faim de lui presque insupportable. — Pourquoi ? — Parce que. en toi. — Laisse-moi te faire l'amour. Imperturbable. — Pourquoi ? Au beau milieu de cet échange à voix basse. Mais pas pour de bon. c'est tout. Mais laisse-moi au moins faire ça... murmura-t-elle en détournant la tête. — Pourquoi ? — Parce que ce n'est pas juste. parsema son front de baisers. — D'accord. je m'en vais. Tu as besoin de temps ? Prends-le. c'est de la luxure ? Etait-ce la luxure. impérieux. L'Interphone retentit de nouveau.comme il l'avait fait deux jours plus tôt. Mélissa. — Non ! réussit-elle à protester. qui te donnait envie de m'avoir sur toi. dit-elle.. Pas ce soir. Mais je ne renoncerai pas à toi tant . comme si elle avait besoin de s'éclaircir les idées. Des baisers ne changeaient rien à rien. Riley continua à la dévisager.

Elle avait fait ce qu'elle devait faire. ce soir. Deuzio. elle rentra chez elle en se promettant d'appeler régulièrement l'hôpital pour avoir de ses nouvelles. Elle détourna le regard. téléphoner au capitaine Watson et lui débiter un gros mensonge.que nous n'aurons pas eu l'occasion d'essayer. elle avait des choses à faire. Mains resserrées autour du papier qu'il lui avait donné. dans l'art de se mentir à elle-même. . Les portes de l'ascenseur se refermèrent sur le visage tuméfié et figé de Riley. Mélissa l'accompagna sur le palier. heureuse de ne pas s'être lancée dans une relation vouée à l'échec. Primo. Mais d'abord. incapable de maîtriser le désespoir de le voir définitivement disparaître. et regarda sa superbe silhouette endommagée tituber vers l'ascenseur. Et même si elle devait souffrir comme une damnée. étouffer dans l'œuf cette crainte insistante d'être passée maîtresse. le cœur ensanglanté. elle finirait tôt ou tard par être libérée de ses regrets.

14

Après avoir posé le petit mot sur son oreiller, Rose s'en fut à pas
de loup dans la cuisine, et tendit l'oreille afin de savoir si Slate ne
s'était pas réveillé en l'entendant. Au cours de la soirée précédente,
il s'était miraculeusement rendu compte qu'il devait aller réamorcer la pompe à eau, laps de temps dont elle avait aussitôt profité
pour s'emparer de son téléphone et appeler Mélissa.
Son intention première était alors d'attendre que celle-ci envoie
son ami Rajid à sa rescousse, comme elle le lui avait demandé. Pourtant, au retour de Slate, Rose avait compris qu'elle ne pourrait
continuer à lui jouer la comédie un jour de plus. Jamais elle ne
parviendrait à dissimuler une blessure aussi profonde. Même elle
n'était pas assez bonne comédienne pour cela.
Il valait mieux s'en aller. Faire croire qu'elle en avait assez de lui,
et qu'elle avait filé en douce pour éviter une scène. Après tout, les
femmes comme elle ne restaient jamais longtemps avec le même
homme, pas vrai ? Les femmes comme elle voulaient des relations
agréables, insouciantes et interchangeables, un peu comme des repas tout préparés. Elle allait se trouver quelqu'un, faire du stop jusqu'à Boston, récupérer quelques affaires et disparaître. Facile. Les
'femmes comme elle retombaient toujours sur leurs pieds.
Ignorant le nœud dans son estomac, elle tourna la poignée, ouvrit
la porte, poussa l'écran moustiquaire avec mille précautions afin
d'éviter tout grincement, et retrouva enfin la liberté, loin de toute
trahison, de toute douleur, de tout amour.
Un quart d'heure plus tard, pourtant, elle ne put empêcher les larmes qui lui obstruaient la gorge de jaillir. Alors, elle s'écarta de la
route et s'affala dans l'ombre des pins, où elle se laissa aller à ses
sanglots tout en maudissant la douleur qui lui vrillait la poitrine.
Soudain, un bruit de moteur, une lueur de phares lui imposèrent
silence. Slate ! Il avait déjà découvert sa fuite et la poursuivait !

Le souffle court, elle s'aplatit au sol. Le faisceau puissant d'une
torche la survola, la dépassa ; le ronflement du moteur s'atténua
peu à peu.
Elle sauta sur ses pieds et se mit à courir. Seize kilomètres de route poussiéreuse. Seize kilomètres pour arriver à la prochaine ville,
à moins d'intercepter un pêcheur lève-tôt partant au travail. Les
hommes vous aidaient toujours quand on savait les prendre.
Quand on savait avec lequel flirter, avec lequel jouer à la fille, la
mère, la sainte ou la putain. Rose savait. Tel était son don.
Elle se représenta un honnête pêcheur pourvu d'une petite famille
et d'un bon emploi. Celui-la lui viendrait en aide. Mais ils lui venaient tous en aide. Ils l'avaient toujours fait. Et le feraient
toujours.
Le dégoût s'abattit alors sur elle, si violent qu'elle se figea au milieu de la route, stupéfaite. Au diable les hommes, tous autant
qu'ils étaient ! Au diable leurs besoins, leur ego susceptible et
leurs gros corps velus ! Elle rejoindrait l'arrêt à pied, paierait son
billet et regagnerait seule Boston. Là, elle récupérerait quelques
affaires et repartirait, en quête d'un autre lieu où s'installer. Peutêtre un endroit comme ici, puisqu'elle en était venue à adorer cette
côte. Une petite ville où elle connaîtrait ses voisins, s'intégrerait à
la communauté, trouverait un travail, reprendrait des études, peutêtre... Oui, elle tirerait la leçon de son amour pour Slate, réparerait
son cœur brisé, et deviendrait plus forte. Bref, elle serait de nouveau elle-même.
Le corps parcouru de frissons, au beau milieu des forêts du Maine, elle serra les poings, les leva et poussa un hurlement de triomphe.
Alice Rose Katzenbaum était bel et bien de retour.
En atteignant la route, Slate fit un demi-tour serré, ses roues projetant des gravillons sous la caisse. Merde ! Quand était-elle partie
? Heureusement que le vent avait fait battre une branche contre sa
fenêtre ce matin, sinon il serait peut-être encore sous la couette à

l'heure qu'il était — loin de se douter que Rose s'était envolée.
Il n'avait pas dû dormir plus de trois heures. Trois heures au cours
desquelles elle avait eu le temps de rejoindre la route principale. A
moins qu'elle ne se soit cachée en entendant sa voiture. Seize kilomètres, dont à peu près cinq à travers bois. Autant dire qu'il cherchait une aiguille dans une meule de foin.
Elle avait aussi pu faire de l'auto-stop et se faire emmener par un
pêcheur de homards, ils étaient toujours debout dès le point du
jour. Et Dieu sait que Rose pouvait se faire emmener par n'importe
quel homme sur terre.
Un accès de jalousie fulgurante le transperça à cette idée, comme
s'il venait d'avaler du fil de fer barbelé. Exactement comme quand
il avait lu cette foutue note, et compris qu'elle l'avait quitté.
« Cher Slate,
» J'ai décidé de m'en aller. Je pense que je n'ai pas le droit de te
mettre plus longtemps en danger en restant chez toi. Ton aide m'a
été plus que précieuse ; j'ai apprécié ta patience et ton amitié.
Peut-être pourrons-nous nous revoir un de ces jours, quand tout
cela sera terminé, et prendre un pot en bavardant.
» Affectueusement,
Rose »
— Qu'est ce que ça veut dire, Rose ? hurla-t-il en vain en écrasant
son poing sur le volant.
Elle ne pouvait connaître le danger qu'elle courait, ou alors elle
était folle de ne pas en tenir compte. En supposant que les acolytes
d'Allston aient coincé Riley après avoir découvert que celui-ci les
doublait en coopérant avec le FBI, ils ne s'arrêteraient pas tant
qu'ils n'auraient pas eu Rose. Gentille comme elle l'était, elle ne
devait avoir aucune idée de la manière dont opéraient ces types-là.
Et bien sûr, elle ne chercherait même pas à couvrir ses traces. A
tous les coups, elle allait rentrer à Boston et leur tomber toute rôtie
dans les bras. Et Dieu seul savait ce qu'ils risquaient de lui faire
s'ils la soupçonnaient d'être en possession du portrait !

n'était rien comparée à sa peur de la perdre. surpris par la lumière. Et si ce n'était pas le cas ? Si elle avait entendu une partie de la conversation ?. quand Riley avait rappelé. Peut-être un peu distante. Comment avait-elle pu partir après ce qu'ils avaient vécu ensemble ? Le traiter comme n'importe lequel de ses épisodiques compagnons ? Elle nourrissait de véritables sentiments envers lui. trop insistant. et le fait de maintenir leur relation platonique tant qu'elle n'était pas prête à l'accepter totalement avait exigé toute sa volonté.. mais ne l'était-il pas lui-même. il ralentit et tourna un œil attentif vers les bois. ne pouvait simuler. Elle avait juste paru fatiguée. Il avait alors été certain d'avoir entendu marcher dans le bois. Mais comme il n'avait pas vu sa lampe de poche et que le vent se levait. Avait-elle fait montre d'un quelconque déplaisir ? De tension ? Non. si mordante fût-elle. pila. à regarder les étoiles. il en était certain. C'était vrai qu'il avait fait preuve d'impatience. Mais il y avait le facteur temps. incapable de lui dire pour qui il se faisait du souci. pas même elle. Il était tellement inquiet pour Riley qu'il n'avait pas remarqué si elle avait changé d'attitude au cours de la soirée. il en avait déduit qu'il s'était trompé.Dents serrées. si différente des premiers jours.. et coupable de ne pas pouvoir le faire ? Elle était dehors. Des sentiments que personne. Et supposé le pire quand il avait dit qu'il la retenait près de lui ? La sueur inonda son front.. Il tressaillit en distinguant un mouvement dans les phares. Il fallait absolument qu'il la retrouve . Mains resserrées sur le volant. Et merde ! Ce n'était qu'un renard. Peut-être s'était-il montré trop dur à son égard.. il appuya sur l'accélérateur. de l'avoir entendue revenir. Quand le goudron fit place à la terre battue. il se remémora les détails de la veille. si naturelle. Slate lâcha un juron. Peut-être lui avait-il fait peur. qu'il l'avait peut-être trop pressée de procéder à des changements qu'elle n'était pas encore prête à effectuer. Rose lui avait semblé si heureuse. Une fois encore. Qui espérait-il leurrer ? La peur du danger qu'elle courait.

appeler Barker. peut-être qu'il suffirait de donner un bon coup de pied aux bonnes vieilles habitudes pour en faire quelque chose de neuf et de plaisant. mais après toutes ces années ensemble. un peu moins naturel cette fois-ci. jusqu'à ce qu'il la retrouve. Mais ça. Bon. tous les bons moments qu'ils avaient vécus. écumé les boutiques. Il accéléra. se dit-elle avec un nouveau sourire. qui sait ? Peut-être cela pourrait-il marcher. Elle s'adressa un sourire dans le miroir avant de s'attribuer les félicitations. A cette idée. D'abord. Bill méritait bien une nouvelle chance. d'autant plus belle qu'elle avait pris sa journée. il avait rappelé sa bonne vieille Mélissa pour lui dire à quel point elle lui manquait. et tiendrait parole Alors pourquoi sa main tremblait-elle au point qu'elle faillit se mettre du Rimmel dans l'œil ? Elle reposa le tube en ravalant ses larmes. qu'il fasse en sorte qu'elle croie à sa sincérité envers elle. Tu vois. Et puis. et la repoussa. jeter quelques affaires dans un sac. trois jours plus tôt. ce n'était . Elle s'était promis de ne plus penser à lui. Car c'était son premier vrai sourire depuis qu'elle avait vu Riley disparaître dans l'ascenseur. et devait sortir ce soir avec Bill. Elle lui adressa un sourire. La vie était belle. D'accord. Qu'il lui explique tout. Car la nouvelle Mme Parfaite ne s'étant finalement pas révélée aussi parfaite que cela. Ensuite.avant les autres. fermer la maison et chercher. ça manquait un peu de passion tout ça. chercher. Trois jours au cours desquels l'effroyable imbroglio s'était résolu en faveur des gentils. mais en plus. savoir s'ils avaient trouvé Riley. le bijou allait à ravir avec l'écarlate de son corsage flambant neuf. l'oublier n'allait pas être facile. d'accord. l'image de Riley s'imposa à son esprit. Non seulement il allait adorer. Mélissa ajusta autour de son cou le collier en argent que lui avait offert Bill. Non. droit sur le chalet.

concéda-t-il. blond. Et flûte ! Il la détailla du haut en bas — Salut. Bon ! Calme. les yeux bleus. Ce serait si bon de le retrouver. Et d'avoir effectué le bon choix. Elle lui fit signe d'entrer. elle planta les œillets n'importe comment dans son plus grand vase. Dis donc. — Ça te plaît ? — Ça va. Bill avait toujours exactement cinq minutes de retard. gangsters et corps tuméfiés. elle jeta un coup d'œil à sa montre et leva les yeux au ciel en souriant. Semblable à lui-même. les changements. Plus calme à présent. tu as changé. et s'empressa d'aller mettre les fleurs dans l'eau. elle alla ouvrir.. Lorsque la sonnette retentit. Peut-être aurait-elle dû attendre d'avoir oublié Riley pour revoir Bill.. Mélissa. Notre table habituelle. Ça serait rigolo d'aller ailleurs. Sois responsable. — Pourquoi ne pas essayer un nouveau restaurant ? — Pour quoi faire ? — Je ne sais pas.. un énorme bouquet d'œillets blancs à la main. 6 h 05. Mélissa. j'ai réservé à La Cucina. elle aurait évité toute comparaison. accepta et les œillets et la bise sur la joue. au début. Ainsi. rassurée de se savoir en sécurité et ravie de le voir. Elle se contracta malgré elle. . Et puis.pas un scoop. Ce qui comptait. Tout doux. souriant timidement sous une nouvelle moustache. De sortir des vieilles ornières. Solide et ordinaire. A propos. pleurer quelques semaines ne la tuerait pas. si. De prendre un nouveau départ. pas trop grand. Bill attendait sur le palier. confiance et sécurité valaient toujours mieux que voyous. Tout en tressaillant encore une fois. même si ce n'était pas agréable. Mais tu sais que je n'aime pas beaucoup le changement. si.. c'était d'avoir agi comme il le fallait.. et cet effrayant sentiment qu'à partir de maintenant sa vie ne serait plus qu'une routine aussi prévisible qu'étouffante..

C'est à toi de me le dire. conclut-elle. — Mais non. non ? Double flûte ! — Mmm. fit-il en relevant la tête. On peut aller ailleurs. bien sûr. — Tu es sortie avec un autre ? Les yeux écarquillés. rassurée et ravie. on se commande une pizza et on se regarde un film cochon.. — Et alors ? Ils ne vont pas en mourir. on va boire une bière au pub et après. Il la dévisagea plus intensément.. je. un peu d'imprévu pour fêter nos retrouvailles. . Ils nous attendent. je suis toujours pareille.. on le fera. — Je ne crois pas. Était-ce si évident ? — Je. On y va ? — J'ai une meilleure idée. et se tourna vers lui. Il se plaqua les mains sur les hanches — signe qu'il était contrarié et s'efforçait de le cacher. Mélissa. bon. Bill. Tu n'es plus la même. Et il n'y serait pas arrivé si ce n'était rien. proposa-t-elle alors dans un élan d'espoir. Il y a juste que la table est réservée. Parce que c'était exactement ce qu'elle voulait. — Super. Bill. Qu'est-ce qui te fait dire ça ? — Il t'a changée. c'est bon.. elle ravala un hoquet. Les yeux fermés. Sourcils froncés. on file danser. On oublie la réservation. — Ouaouh ! Quel programme ! — Et? — Eh bien.. afin de ne pas le comparer à Riley. il l'examina — Il s'est passé quelque chose. Puis on rentre ici. — Que... Il l'embrassa à pleine bouche. Elle fila aux fleurs une dernière tape un peu vicieuse. Un de ces soirs. elle se concentra sur la douceur des lèvres sous la moustache irritante. On n'y va pas. ce n'était rien. sur le bonheur d'être calme..Pourquoi faisait-elle cela ? — Oui. Pourquoi aurais-je changé ? — Je l'ignore. Allez. — Ça me fait vraiment plaisir de te revoir.

l'index planté dans sa poitrine. elle se désigna elle-même. très impressionnante. J'ai essayé d'endosser une personnalité qui n'était pas la mienne... Lorsqu'elle était avec Bill. je ne suis pas vraiment surpris. il la détailla d'un long regard appuyé.. rigide. — Moi ? Im.. Mais avec Riley. Parce que si ce n'était pas totalement. puis rétorqua : — Je ne serais pas aussi affirmatif à ta place. plus de place. Il fallait que les choses soient claires pour Bill.. Je n'ai jamais eu l'impression d'être assez pour toi. Une fois encore. Elle se plaqua les mains sur les hanches — signe qu'elle était contrariée et s'efforçait de le montrer. absolument clair à leurs yeux à tous les deux. — Que veux-tu dire ? — Tu as toujours eu ce côté sauvage en toi. Oui. précisat-il en baissant les yeux.— Non. el- . plus de sexe. J'ai dû suivre une thérapie à ce sujet. et ça ne m'allait pas. Tu es. Qu'elle soit claire sur ce point... alors il se pourrait bien qu'elle ait fait la plus incroyable boulette de son existence — ce qui. A peine avait-elle prononcé ces mots que leur signification la frappa comme un éclair. Plus de choses. à voir la réaction de Bill et la sienne. commençait à devenir possible. Impressionnante ? Elle en bégayait ! — Voyons. elle se sentait la femme la plus ordinaire de la planète. Ta nouvelle personnalité a l'air de t'aller comme un gant. De tout ce qu'aurait pu dire — Sauvage ? Moi ? — Tu voulais toujours plus.. C'est pour ça que je réagissais d'une manière. Elle en resta bouche bée de stupéfaction. il n'y a pas plus ordinaire que moi sur la planète. Bill. Secouant énergiquement la tête. Que répondre à cela ? Et comment lui expliquer ce qui s'était passé depuis leur dernier entretien ? — En fait. — Je me suis changée. au contraire. Bill. plus de gens.

dans le genre. Elle le dévisagea. s'efforçant de ne pas avoir l'air aussi emballé qu'elle l'était. mal à l'aise — Parce que j'avais envie de croire que j'étais ce genre de type. Pourquoi diable avait-elle mis si longtemps à le comprendre ? — Impossible. — Tu sais quoi ? Je crois bien que oui. articula-t-elle finalement. mais deux grosses larmes tracèrent un sillon sur ses joues. la justesse de toute la situation. en s'habillant. Mais je ne le suis pas. entre rire et sanglots. spirituelle. Elle s'effondra dans ses bras. Elle tenta de parler. Je me suis trompé en pensant que je pourrais revenir. Mélissa. Voilà. quoique parfois un peu déroutée. vivante et libre. — C'est un détective privé. Il l'enveloppa dans une chaleureuse et réconfortante étreinte. Riley passa un ultime coup de papier de verre sur la crinière du lion avant de lui sourire. — Oh. installer le tout au-dessus de la commode et. Même pas de loin. ce qu'elle éprouvait. sidérée. la justesse de ces paroles. A l'aide d'un fin ciseau à bois il entreprit de creuser les délicats sillons qui lui donneraient un aspect animé. — C'est visiblement l'homme qu'il te faut.le se sentait envoûtante. quelqu'un qui vit bien plus dangereusement que moi. — Oui. Aussi douce que le satin. — Pourquoi es-tu resté avec moi si longtemps ? Il se frotta la nuque. il te faut un homme qui te ressemble plus. Léo se . Bill. — Parle-moi de lui. Tu es exceptionnelle. Il allait fixer un miroir au centre. Toi. Impossible. incapable de croire ce qu'elle entendait. demanda-t-il d'une voix cassée. — Genre Mike Hammer ? Elle lui sourit.

et ils l'ont mise dans le train pour rentrer ici. Barker vient d'appeler. tendue. — Ah non ? fit son ami avec un rire sans joie. Ils l'ont trouvée à Framingham. Si seulement il avait pu en dire autant de son humeur ! Comme promis. Slate rit encore. il posa son ciseau en repoussant l'espoir que ce fût elle. il n'était pas retourné voir Métissa. Quand le téléphone sonna. Slate ? Où es-tu ? — J'étais en planque devant chez Rose. le temps de prendre une décision les concernant. — Ce n'est pas de chance dont tu as besoin. Riley tenta de réprimer un éclat de rire que ne comprendrait pas son ami. cette invincible unité qui aidait les pays étrangers à préserver leur démocratie. ce duo. amoureux. Et de quoi donc ? — De couilles. Il avait encore des maux de tête. songea ce dernier.. cette équipe qui aidait le FBI à abattre l'empire criminel d'Allston et à mettre à genoux un sénateur véreux. il lui avait laissé le temps de la réflexion. La ligne fut perturbée par un bruit de voiture.. — Que se passe-t-il. — Riley ? Il y avait autre chose.. quoi d'autre ? Souhaite-moi bonne chance. deux jours qu'il en avait eu l'idée et se sentait assez bien pour s'y mettre. Mais qu'il détestait cette impuissance. perdu. conscient que Mélissa pourrait le blesser plus encore qu'il ne l'avait jamais été. Cela faisait deux jours que Riley y travaillait sans cesse. Un Slate à la voix nerveuse. comme s'il était lui-même un lion. à la merci de deux femmes ! — Que comptes-tu faire ? — Aller la chercher au train. le corps endolori.. Bref.verrait au centre de la crinière. en train de rendre visite à sa mère. Quelque . soudain tendu. Ce n'était que Slate. d'un rire où perlait l'angoisse. Quelle paire ! Les Gémeaux. sans la moindre trace de sa nonchalance habituelle. mais la guérison approchait. ce sentiment inhabituel d'avoir placé son destin dans d'autres mains que les siennes ! Il se sentait vulnérable. Slate. quasi obsédé.

Il en avait. Encore à la maison. O. il m'aurait fallu te rafraîchir la mémoire. Le flot de jalousie qui submergea alors Riley le laissa sans voix. il coupa son cellulaire et prit un virage serré tout en éclaboussant un piéton malchanceux.chose qu'il n'allait pas aimer. pour les couilles. et il sortait en trombe de chez lui. il raccrocha brutalement. Peut-être n'était-ce qu'un vieil ami monté boire un vrai dernier verre chez elle.. — C'est Slate... J'ai ce qu'il faut. Et du diable s'il permettait à la femme qu'il aimait de les lui couper. — T'inquiète pas.K. reprit Slate avant de s'éclaircir la gorge. et se dirigea vers l'escalier qu'il grimpa quatre à quatre. je ne sais pas. Parce que si tu n'étais pas parti. Sur ce simple mot. — Est-ce qu'elle a. — Parfait. ou en route pour faire un truc stupide ? — En route. Bien sûr. moi. — Ouais. il allait lui prouver qu'elle se trompait ! Il traversait la cité en voiture quand son portable sonna. Si Mélissa s'imaginait qu'il allait sagement attendre en laissant un autre la caresser. Avec un type.. . un frère ? — Non. il devait y avoir une explication. Le temps d'empoigner ses clés. Sur un au revoir. — Mélissa vient juste de rentrer chez elle.

Rose la remercia. Elle laissa aller sa tête contre la vitre. Celle-ci émit un son guttural et fixa sur elle de grands yeux bleus d'enfant. lui était intolérable. maman. de voir sa mère si vide. De vraies larmes. chose qu'elle ne faisait jamais. Tel un pantin. Et comme toujours. un sourire inutile à sa mère.. ce mois qui avait commencé par le cambriolage de son appartement et s'était achevé. hier soir. . elle regardait ailleurs. hier. un dénommé Allston avait envoyé les deux malabars de la gare .. sincères. au même stade de la maladie d'Alzheimer. Les voleurs cherchaient un truc que le sénateur Mason avait dissimulé dans la girafe . elle adressa. si terriblement seule. la vieille femme laissa retomber sa tête. le fait de partir. après tout. sinon abandonnée. Deux heures plus tard. Difficile de croire que ce mois de cauchemar était enfin terminé. — Au revoir. elle aussi. et Slate. elle contemplait les gouttes de pluie sur la vitre du wagon.15 Rose embrassa sa mère tout en la redressant dans son fauteuil roulant. Mais soudain. L'infirmière sourit. Elle avait déjà pleuré toutes les larmes de son corps à l'hôtel. avec son interception par les fédéraux. Comme toujours. la camionnette de réparation télé appartenait aux flics. de douloureux sanglots qui s'étaient taris en même temps que ses émotions et l'avaient laissée en paix. — On va prendre bien soin d'elle. je reviendrai bientôt. Mais. Encore dix minutes avant d'arriver à Boston. Slate avait tout fait pour la protéger. s'en fut vers la porte et se retourna. il lui mettait de la musique et lui parlait de choses et d'autres. Elle jeta un coup d'œil à l'autre occupante de la chambre. Son mari était près d'elle. qui pouvait affirmer que tout cet amour était inutile ? Avant de sortir.

Lorsque le train s'immobilisa. ça allait. Autant d'émotions qu'elle ne se sentait même plus le courage d'affronter tant elle était fatiguée. elle ne baisserait pas les bras. elle prit ses bagages et suivit le flot humain. Le geste l'obligea à se rapprocher d'elle. glissa son ticket dans la fente.. Et merveilleux. La bandoulière de son sac s'accrocha à la barre de métal. . Rien à faire. marcher droit devant. Elle refusait de regarder autour d'elle. elle se l'était promis. Se retrouver face à lui serait épouvantable.. si près qu'elle put percevoir son odeur. pas simplement pour fuir l'ancienne. il lui emboîta le pas. — Besoin d'un coup de main ? Le souffle coupé. je l'ai. Il posa sur elle ses yeux bleus perçants et magnétiques. exaltant. Elle traversa la gare. Pourtant. — Non. falloir le revoir.. elle en avait assez de se cacher. penser droit devant. brûler du désir de le caresser. et surtout. merci.. d'attendre ou de rêver quoi que ce soit. en fin de compte. elle recula pour en essayer un autre. C'était comme si ses sentiments pour Slate lui pesaient sur la poitrine. et grimaça de douleur. bien sûr. — Non. épuisant. Lorsqu'elle franchit le tourniquet voisin. elle vit Slate se pencher pour décrocher son sac. Elle allait regarder droit devant elle. C'est bon. Ce fichu machin était bloqué ! Elle repassa le ticket.. Avec un soupir. Elle se tourna vers lui pour ajouter avec un sourire timide : — On dirait bien que tu m'as protégée. descendit l'escalier du métro. de se souvenir de la dernière fois où elle était là. le regard braqué sur la personne qui la précédait. répondit-elle en repoussant cette envie.Il allait. Elle n'avait pas les moyens de continuer à fuir.. poussa plus fort. donna un coup de hanche dans le tourniquet. D'espérer. confuse et déroutée. — J'espère que les fédéraux ne t'ont pas trop embêtée. soulignés de cernes. Et son prochain mouvement serait pour pénétrer de plain-pied dans sa nouvelle vie. l'empêchaient de se projeter dans l'avenir.

éperdue d'amour et de tendresse. plus d'équilibre. — Merci. — On dirait bien. annonça-t-il alors. elle n'avait plus de souffle. Elle voulait Slate. Rose. plus sa tête. plus de jambes. sourit et se passa une main dans les cheveux. Elle suivit du doigt les dessins délicats du vase. Elle voulait croire qu'elle pourrait être avec lui tout en conservant ce sens de l'individualité qu'il avait tant voulu lui inculquer. mais il la maintint contre lui et l'embrassa encore et encore. D'un geste si preste qu'elle n'eut pas le temps de protester. Elle tenta de le repousser. Si c'est bien ce que tu veux. Mais elle ne pouvait le faire juste pour lui faire plaisir.. d'effacer cette terrible vulnérabilité de son regard. Quand Slate se redressa enfin. — C'est pour les étagères. aussi mâle. j'ai besoin d'un temps d'indépendance. au chalet. Elle devait d'abord penser à elle. deux fois plus violente que tout ce qu'elle avait jamais pu imaginer. Et elle fut incapable de dire quoi que ce soit d'autre à cet homme qui n'avait pas le droit d'avoir l'air aussi fort. Rose le dévisagea. il l'attira contre son torse et l'embrassa passionnément — embrasant leurs deux corps enlacés. De trouver ma . chargea et déchargea des passagers. Il lui tendit le sac de plastique. dans lequel elle fourragea. commencer à installer nos propres souvenirs sur les rayonnages. J'ai pensé que nous pourrions repartir de zéro. les mains tremblantes.Il posa le petit sac en plastique qu'il avait à la main. avec cette passion qu'il lui avait refusée. — Slate. Il lui avait tant manqué ! — J'ai quelque chose pour toi. Un train entra en rugissant dans la gare. puis s'en fut en rugissant de nouveau. se retrouver et vivre pour elle-même. aussi fichtrement irrésistible au moment même où elle venait de décréter qu'elle pouvait très bien vivre sans lui. avant d'en sortir un ravissant petit vase en terre cuite émaillée.. Mais elle voulait aussi du temps pour être seule avec Alice Rose Katzenbaum. rêvant de lui donner la réponse qu'il voulait.

libre. referma la porte et poussa . Il poussa un soupir résigné. puis lui sourit. essaye de comprendre. lui laissa voir dans son regard tout l'amour qu'elle ressentait. — Mmm. Coupe-moi les jarrets. et je patienterai le temps qu'il faudra. je suis bon perdant. que tu choisisses toute seule ta vie. Mais pas tout de suite. — Je n'ai pas l'intention de te bousculer. Est-ce que dix ou vingt minutes te suffiraient ? Elle éclata de rire. elle se jeta à son cou et l'embrassa de toute son âme. Je suis patient. On va y aller doucement. Par exemple. on se marie. — Six mois. je le veux. puis tu rentrerais seule pour la nuit. Ensuite. Trop long. passe-moi une laisse autour du cou. Mélissa fit au revoir de la main à Bill. — Bien sûr. Tout ce que je te demande. répondit-il en regardant sa montre. Je veux que tu deviennes indépendante. — Pas question. répondit-elle en serrant le vase contre elle. Tout entière ? Pour toujours ? Rien que pour moi ? — Moi toute entière. émerveillée par la facilité avec laquelle les mots lui venaient. Pour toujours. c'est d'en faire partie. — De mois ? Il l'attira à lui et l'embrassa encore. — D'accord. Rose. — Je pensais plutôt en termes d'années. Slate. — Je tiendrai bon sur ce point. Je t'en prie. Rien que pour toi. Je t'aime. Donne-moi juste six mois pour être seule et me trouver. Il lui darda un regard aussi frustré que sensuel. Tu veux attendre ? Nous allons attendre. Slate. Elle rit encore. A ces mots. Et le jour suivant.voie. on pourrai dîner ensemble demain soir. d'accord. tu pourras m'avoir. Je suis à toi. — Moi aussi. fit-il en laissant ses mains courir sur elle. — D'accord.

le souffle court. un homme qu'elle pourrait aimer passionnément le restant de sa vie. Occupé. mais chargé d'amour. — Slate. le cœur battant d'excitation. — Riley à l'appareil. Il était là. Elle s'était soumise à la glorieuse possibilité d'avoir trouvé le véritable élu de son cœur. et elle savait qu'elle l'aimerait toujours d'un amour amical et paisible — comme elle avait toujours pensé que devait être l'amour qu'on éprouve pour un mari. elle courut au téléphone et composa le numéro de Riley. La porte à peine refermée. avant de décrocher de nouveau le combiné. Au moins dix minutes. Alors. Elle reposa le combiné avec une moue déçue. l'œil lançant des éclairs. On tambourina à sa porte. Comment avait-elle pu imaginer que se remettre avec Bill était l'idée du siècle ? Oui. Elle avait bien cru qu'il ne partirait jamais ! La soirée avait été agréable. de bonheur. Celui qui accepterait tous ses côtés — le sauvage comme le propret.un ouf de soulagement. Ça sonnait sur le palier. impatiente. elle coupa la communication et ouvrit. Deux sonneries. Occupé. Un amour qu'elle ne serait pas près d'accepter avant un bon million d'années. Soudain. Une sonnerie. ce n'était pas la peine de se rendre folle en insistant ainsi. Fit les cent pas une minute. Mieux valait attendre qu'il ait terminé sa conversation. Bizarre. elle avait rendu les armes. les cheveux et le Tshirt trempés par la pluie.. de tout ce qu'elle pouvait éprouver. il entra dans l'appartement et de- . Il sentait bon la nuit d'été et le fantasme. l'ordinaire comme l'extraordinaire — et les aimerait tous. Appela de nouveau. Bon. — Riley ! Ce fut tout ce qui sortit de sa bouche — un seul mot.. Pourtant. c'est toi ? Allô ? Mais qui est-ce ? entendit-elle Riley crier de l'autre côté de la porte. au lieu de lui répondre. sur le palier. elle se leva pour aller ouvrir. se promit-elle. Et de peur. Le téléphone collé à l'oreille. elle se figea.

et lui désigna le sien. — Qu'avais-tu à me dire ? — Que. pour de vrai. inquiète et émue à la fois par sa jalousie et sa force. presque violente. — Il était là ce soir ? Avec toi ? — On a dîné. Pour toujours. Malgré sa maîtrise apparente. Elle venait à peine de se redresser. si ça se trouve. il planta son regard dans le sien. l'œil sombre et affamé.. Alors.. sur son ventre nu.. passa la main sur le tissu de son corsage. — Maintenant ? — Oui. . Résistant à l'envie de jeter l'appareil par-dessus son épaule. C'est un ami.. Juste pour le plaisir ? — Non. — Une expérimentation ? reprit-il en se rapprochant. elle le déposa sur une table. s'allongea contre elle..manda avec une férocité tranquille qui la stupéfia : — Où est-il ? — Il ? répéta-t-elle sottement. la fit remonter vers ses seins. — Regarde. elle brandit le téléphone qu'elle tenait encore à la main... Rien de plus. je veux être avec toi. Peu à peu. — Pose ça.. répondit-elle. c'était moi qui t'appelais. sauf ces dessous que j'avais apportés. déclara-t-elle. que Riley la cueillait dans ses bras et l'emportait dans la chambre. — Avec des joujoux ? Elle fit non de la tête. As-tu acheté ce corsage pour lui ? — Je le croyais. rangea son téléphone portable dans sa poche. Mélissa frémit. Dès qu'il est parti. se débarrassa de son T-shirt humide. il la déposa sur le lit. elle vit sa colère se muer en circonspection. Là. ? Il referma la porte derrière lui. sans la quitter de ce regard intense et furieux. Et pour prouver sa bonne foi. Tu veux dire Bill ? Comment astu. il se dégageait de lui une émotion intense. le souffle court. — Je ne t'ai encore jamais vue porter du rouge.

la caressaient délicatement au travers de la dentelle du soutien-gorge. Mélissa. les bras refermés autour d'elle comme s'il voulait que leurs corps ne fassent plus qu'un. Il la laissa le caresser un instant. Un désir violent. le repoussa lentement. il suivit sa jambe depuis la cheville jusqu'à son sexe. savoura la fermeté de ses muscles.. Elle referma les cuisses sur son avant-bras. puis de le faire glisser le long de ses bras. — C'est tout moi. — Un signe ? Elle referma ses bras autour de son cou. protégée et folle de désir. posé les questions après. — Mais je viens tout juste de me rendre compte qu'en fait.Les doigts de Riley. — Oh. c'était un signe. Ainsi. tout en poussant les mêmes petits gémissements de plaisir qu'elle. glissa les mains vers sa braguette. Des larmes de bonheur dans les yeux. elle se sentit aimée. il la fit rouler sur le côté pour lui enlever son pantalon. submergea alors Mélissa. Un signe que Bill a compris avant moi. en prenant tout son temps. avant de passer au soutien-gorge. ouvrit son jean. fit de même avec le caleçon. — Fichtrement vrai. et libéra enfin son érection de ses doigts fureteurs. souffla-t-il avant de s'étendre sur elle et de l'embrasser. Il poussa à intervalles réguliers son sexe contre le . j'aurais tiré d'abord. jusqu'à ce qu'il atterrisse à son tour sur le sol. En la rendant folle d'impatience et de désir. son slip.. mais salissant. son bras toujours enfoui entre les jambes serrées. De sa main. elle lui caressa le dos. S'il avait été encore là. — Romantique. ça. Sans cesser de sourire. sauvage. tu es si douce. la caresse de la toison de son torse sur ses seins. tièdes et sûrs. puis la glissa entre ses jambes. Puis il se dévêtit à son tour et s'allongea sur elle. Que j'appartiens à un autre. Il lui ôta le corsage et le jeta par-dessus son épaule. de le dégrafer. — Disant que je ne suis plus la femme qu'il a connue.

. le sentit jouir en elle. Ses cris à elle furent mêlés de larmes. sans même regretter ce retour à la conscience puisqu'elle savait déjà que l'avenir s'offrait à eux. les battements à l'unisson de leurs cœurs.sien. la taquina jusqu'à ce qu'elle perde la tête de désir.. progressivement. Il releva la tête et lui donna un doux et langoureux baiser. que cet échange de leurs corps. mêlés d'émotions plus puissantes que tout ce qu'elle avait jamais imaginé. — Quoi ? Il se hissa sur un coude. plaquait son corps sur le sien. elle le lui rendit de toute son âme. que cette union totale. de leur passion. Yeux clos. Riley. et elle oublia tout. de leurs cœurs. — Pourquoi ? — Mélissa. l'union de leurs corps. — Attends. Puis il se mit à bouger. l'enveloppa. elle eut envie de retenir l'instant pour l'éternité. l'implora-t-elle alors en tendant la main pour le guider en elle. — Oh. Et elle qui n'avait plus peur. Il se recula. Elle l'étreignit de toutes ses forces. la précipita dans un interminable moment d'extase flamboyante. — Riley. se glissait en elle et s'immobilisait. que rien ne pourrait jamais être aussi bon que ceci. l'entendit murmurer son prénom en frissonnant de tout son corps. Puis. ondula sous lui. . qui n'éprouvait plus le besoin de prendre de la distance. — Je voulais juste savoir si la position du missionnaire te fatiguait déjà ? Elle demeura bouche bée une fraction de seconde. avant d'éclater de rire devant son sourire espiègle. Tout ce qui n'était pas lui et cette certitude absolue qu'elle partait pour le grand voyage. L'orgasme monta peu à peu en elle. la sensation éblouissante d'être pleine de lui. Je t'aime tant ! Toute malice déserta alors son regard alors qu'il l'embrassait. elle redescendit des hauteurs qu'elle avait atteintes.

Avec lui ! — Alors. — Je dis que ça me paraît tout à fait comme toi. A une condition. Sous le choc. — Cependant. Et je ne te demanderai jamais rien de tel. — A moins que cela ne te contrarie ? Si ça la contrariait ? Renoncer au marketing et au train-train du musée pour partir à l'aventure. — Tu veux dire que je dois donner ma démission. je n'ai pas envie de renoncer à mon travail. je suis disposé à prendre quelques vacances. roula sur le dos en l'emmenant avec lui et la nicha sous son bras. je veux essayer. une jambe enroulée autour de la sienne. trop bon pour y . par exemple ? s'esclaffa-t-elle. il l'interrompit. D'un doigt levé. Si cela implique. découvrir une nouvelle vie. — Et je pense que je pourrais supporter de refaire ça de temps en temps. — Je sais. Il lui caressa la lèvre du pouce... Tant que tu n'en as pas pour plus d'une heure.. — Et si je te marquais sur mon agenda après avoir sauvé le monde du désastre ? — Ça m'irait. — Mélissa. Mélissa.. elle se redressa dans le lit. — Qui est ? demanda-t-elle. — Attends ! Tu es sérieux ? — On ne peut plus sérieux. de nouvelles perspectives. Même si je suis consciente que ce sera dur parfois. surprise par la proposition. Le soupir de bonheur qu'elle lui offrit en guise de réponse le fit sourire.— Je t'aime. J'aime ce que je fais. qu'en dis-tu ? Que pouvait-elle dire ? Elle referma les bras autour de son cou et l'attira à elle. Il jeta un coup d'œil à sa montre. M'embrassa encore. — Que tu fasses le tour du monde avec moi. — Quand.

tu l'as déjà fait.. tendit la main vers lui et le caressa. — Oh. . sentit son propre cœur éclater d'amour et de bonheur. Elle l'embrassa.. — Je voulais donner de la réalité à ton fantasme. — Crois-moi. perçut la réponse de son corps.résister ! Il sourit en lui repoussant une mèche de cheveux. Riley.

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