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REVUE

ARCHÉOLOGIQUE

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION

ALEX.

DEMM.

BERTRAND

ET

G. PERROT

MEMBRESDE L'INSTITUT

TROISIÈME

SÉRIE.

- TOME

XXXII

JANVIER- JUIN 1898

ERNEST

PARIS

LEROUX,

ÉDITEUR

28, RUE BONAPARTE, 28

4898

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LÉGENDES

DES

LES

MONNAIES

SASSANIDES

Dans un précédent mémoire 4, j'ai donné, sous le titre^Ono-

mastique ar sacide, un

rois parthes tels qu'on les trouvesur les monnaies et chez les

historiens contemporains. Je me propose aujourd'hui de fairele même travailpour les monnaies sassanides2, mais à la différence

essai d'interprétation des noms propres des

que, pour les arsacides, je n'avais pas àm'occuper des légendes

autres que les noms propres,puisqu'elles sont en grec et que le

sens en est parfaitementconnu8, tandis que

sassanides sont toutes rédigées et écrites en pehlvi et qu'elles

comprennent une assez grande variété de protocoles, titres royaux, épithètes, dates dont il est intéressant pour l'histoire comme pour les collectionneursd'avoir le sens exact.

La langue est le persan. dans l'histoire de la langue

celles des monnaies

On distingue trois grandes époques persane:

Io La période achéménide qui est celle du vieux perse et qui va depuis Cyrus jusqu'à Alexandre. Il n'existe pas une mon- naie portant des légendes en vieux perse, si ce n'est les mon- naies des satrapes avec leurs noms en caractèresaraméens de la Mésopotamie et de l'Asie Mineure ; mais, à défautde monnaies

i.

2. Jene m'occupepas

VoirRevue numismatique,1895.

ducôté iconographique desmédaillessassanides qu'il

seraittrèsintéressantd'étudieretde

auxcaméesde cette époque. Je laisse également de côtéla question desate-

liersmonétairésdontla lecturen'est pastoujours certaine.

comparer aux bas-reliefs, aux intailleset

3. Jene

parlepas,

bien entendu, desroisdes provinces( moloûk et-taoudïf) tri-

butairesduGrand Roi, etdontles légendes sontencaractèresaraméens quirepré- sententla premièreépoque du pehlvi. Cesmonnaiesdela période arsacidedevront faire plustard,quand ellesserontmieux connues,l'objet d'uneétude spéciale.

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LES LÉGENDESDES MONNAIESSASSANIDES 63

avec épigraphes, les rois achéménides nous ont laissé des témoi-

gnages de leur langue dans les magnifiquesinscriptions cunéi-

formesde Behistoun, de

d'Alvend et de Suse ; la plus récente est celle d'Artaxerxès

Ochus (361-336). L'écriture employée pour cette époque, du moins pour les monuments, était l'écriture cunéiformeal-

phabétique, empruntée ou plutôt formée sur les caractères syllabiques des inscriptions babyloniennes,après les conquêtes de Cyrus. 11 n'existe pas de monnaies de l'époque achéménide légendes en caractères cunéiformes. 2° La période qui s'écoule entrela chute des Achéménides et l'invasionarabe et qui comprendprès de mille ans( - 332 à+640) ;

avec

Naqshi-Roustam, de Persépolis, de Suez,

c'est l'époque du moyenpersan et du pehlvi. 3° Enfinla période du persan moderne qui commence à l'inva-

sion

lexique par l'adoption d'un grand nombrede mots arabes. C'est à la seconde période qu'appartiennent les dynasties Ar- sacide et Sassanide. 11ne nous reste aucune inscription certaine des rois arsacides et aucune trace (puisque leurs monnaies sont

en grec) de la langue de Tlrân pendant une étendue de près de cinq siècles ( - 248 à + 225) ; mais, avec les Sassanides et même

déjà avec leurs prédécesseurs(la dynastiepersépolitaine1), un ca- ractère nouveau, tiré de l'alphabet araméen,,apparaît sur des

monnaies et dans

se formeune littératuremanuscriteconsidérable. Ce caractère

est ce qu'on appelle le pehlvi et la langue de ces monuments divers est la langue pehlvie.A côté du pehlvi proprement dit, les inscriptions et de rares médailles de cuivre nous ont révélé l'existence d'une autre écriture plus proche de l'alphabet carré araméen, et d'un dialecte moitié persan, moitié araméen qui était également employé en Perse, au moins chez certaines popula-

tions, dans les premiers temps de la monarchie, et sur la nature

musulmane et se modifie profondément au point de vue du

desincriptionslapidaires, et en même temps il

1. Jel'aiexclueà dessindu

présenttravail,parceque

les

légendes nesont

araméen.

pas envrai pehlvi; lescaractèressontencoredu

proto-pehlvi

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duquel on n'est pas encore bien fixé.On a donné à cette écriture

et à cette langue diverses appellations parmi lesquelles celle de chaldéo-pehlvi est la plus courante. Revenons au pehlvi.

« Dans l'histoirede la langue persane, ditJames Darmesteter,

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c'est le pehlvi qui est le moment important et principal. L'on connaît et Ton comprend le perse, l'on connaîtet l'on comprend le persan moderne; dans Tune et dans l'autre langue les formes phonétiques et grammaticales sontclaires etconnues d'une façon

précise. Mais entreles mots et

les formesdu persan, il y a un abîme : c'est le pehlvi qui doit le

combler et livrerl'intermédiaire.Malheureusementdes difficultés d'un ordre spécial, et dont l'équivalent ne se rencontredans au-

cun autre système de langue, compliquent infinimentla recher- che. Ces difficultéssont de deux sortes : les unes tiennentau

système d'écrituredans lequel sont rédigés les textes, soit ins-

criptions soit manuscrits ; les autres tiennentau

de la langue4. » Ce sont ces difficultés qui font qu'on a tantde peine à lire et à

traduireles textes pehlvis. Pour les inscriptions sassanides de Naqshi-Roustam, Naqshi-Radjeb, Taqi-Bostân, etc., à cettedif- ficulté première s'ajoute celle du mauvais état des copies dues aux anciens voyageurs, nos missionnaires modernes, MM. Dieu-

lafoy, de Morgan et autres ayant négligé de nous rapporter des estampages ou des photographies. Les pierres précieuses gravées que nous possédons par centaines offrentle plus sou- vent les mêmes embarras de lecture et d'interprétation.Quant aux monnaies, les titres royaux de la face et les inscriptions des revers constituentun nombre relativementrestreint d'inscrip-

tions, en sorte que les résultats sont plus satisfaisants, et si les

les formesdu perse, les mots et

caractèremême

14. - Jeme permettrai de

renvoyer d'unemanière généralepour le présent travailà monMémoiresurles

Monnaiesà

paru dansJaRevue archéologique en1886.

- Pourles

bliographie; à cet

gue des monnaiesarsacides , sassanides,etc., dressé par M. A. de Markoff,

Saint-Pétersbourg,in-8°, 1889.

1. Étudesiraniennes , in-8,Paris,1883,t. I,

légendes en pehlviqui autres ouvragescités,je

a

p.

suppose le lecteurau courantdela bi-

égard ontrouveraunelistetrès complète entêteduCatalo-

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caractères sont difficilesà lire quand les pièces ne sont pas en

trèsbon état, on est toujours sûr (sauf quelques exceptions) de leurs sens. Ces légendes sont généralementconnues; pourtant

leur interprétation

efforcé, à l'aide de nouvelles rechercheset de documentshisto-

riques et philologiques que mes prédécesseurs ont négligés ou n'avaient pas à leur disposition, soit de justifier les lectures pro-

posées, soit de présenter de nouvelles interprétations.

avait besoin d'être reprise et je me suis

Dans mon mémoire précité sur l'onomastique arsacide, j'ai

expliqué l'origine du mot pehlvi, pahlava qui est la

tion phonétique de parthava. Il signifiepour nous le persan moyen, c'est-à-direla langue perse de l'époque sassanide inter- médiaire entrele perse des Achéménides et.le persan moderne qui s'est modifié depuis la conquête arabe; mais, sous les Sassa-

nides, le mot pahlav [pahlavik d'Elysée) semble avoir

langue de la dynastieprécédente, c'est-à-dire de la dynastiepar- tileou arsacide, langue dans laquelle avait été expliqué l'A vesta, car on sait que Tavestique était ce que nous appelons aujour- d'hui à tortle zend et que le zend était le « commentaire » en

langue

tant

sanide, un sens archaïque et en quelque sorte religieux en

qu'idiome. Un peu plus tard, ce mot change de sens: les pahla - vân (au pluriel) indiquent les descendants de la famille royale arsacide, comme les Surên, les Karên,etc., qui avaient faitleur

soumission à Ardéshir^t représentaient la vieille noblesse de

l'Irân *. De même que nous ignorons l'expression exacte dontse

servaientles Sassanides pour

(que nous appelons ze?id), de mêmenous ne savons pas le terme qu'ils employaient pour désigner leur langue courante. Peut- être était-ce le mot pârsi (pers. mod. et arabe fârsi) qui avait du rester de l'époque achéménide, car dans les inscriptions

transcrip-

désigné la

pehlvi-parthe. Le mot pahlav avait donc, à l'époque

sas-

désigner la langue de l'Avesta

p. 242; Noeldeke, Tabari , p. 438;

J. Darmesteter,

dansla suitedes temps,d'acception, etc'estainsi qu'en osmanliil est pris en

mauvaise part et signifie « jongleur ».

1. V. Spiegel, Eran. Altertht. Ill,

Zend-Avesta III,

t.

,

Introd., p. xciv.Le mot pahlavan a changé,

IIIe SÉRIE, T. XXXII.

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cunéiformesde Darius et de ses successeurs, les souverains s'in-

khshâyathiya « roi de Perse », Parsa Parsahya

titulent Parsay

patra « Perse, fils de Perse ». Il faut remarquer toutefois que

sous les sassanides le mot Parsa semble avoir disparu et avoir

été remplacé par celui de lrânshatr « pays de l'Irân » (devenu Irânshehr ). Nous verrons plus loin que les habitants de l'Irân

s'appelaient eux-mêmes Airya

Quant à récriture pehlvie, aussi claire à l'origine qu'aucune autre écriture sémitique, elle devint indéchiffrable par la multi-

plication des caractères polyphones

fallutalors créer un nouvel

ainsi que fut créé l'alphabet zend qui est l'alphabet pehlvi des iveet vesiècles transformé pour les sons vocaliques sur le modèle

de l'alphabet grec *. Le présent travail porteraprincipalement sur les légendes des monnaies d'argent et des quelques rares médailles en or que nous ontlaissées les Sassanides. La monnaie de cuivre est très peu abondante, de petit module et en mauvais état. On ne s'ex-

alphabetpour les textessacrés et c'est

1 ;

et l'abus des ligatures. Il

plique guère la rareté de ce monnayagequi était pourtant néces- saire pour les besoins de tous les jours et qui a dû, par suite,

exister en grand nombre. Une autre particularité également inexplicable est l'absence de ce numéraireà partir du ivesiècle de notre ère. celui que nous possédons étant des six ou sept premiers souverains seulement. Il y aurait donc grand intérêtà

ne pas négliger, dans les trouvailles dB monnaies sassanides,

toutes celles qui sont en cuivre, au lieu de les

le fait d'ordinaire en Perse, où l'argent seul a du prix pour les

inventeurs. D'après les pièces de bronze qui nous sont parve-

nues du Haut-Empire, etdont quelques-unes ontété publiées par nous, on peut voir qu'il y en a 'qui présentent des légendes en

rejeter

comme on

i. Dansle Boundeheshl'Irânest

appelé Khvanîras (zend hvaniratha ), « le

pays central»

sentde même« l'Empire duMilieu». 2. J.Darmesteter,Zend-Avesta, t. Ill, p. xcivde l'Introduction.V. aussi

t. I, Introd., p. XL.

autour duquel sont placées lesautres contrées»; lesChinoisdi-

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pehlvi sassanide et en chaldéo-pehlvi et que leur étude peut donnerdes résultatsnouveaux et importants.

Ardéshir1 1 (226-241 de J.-C.)

C'est ArdéshirI Bâbegân ou (Pâpekân), qui est le fondateur

de la dynastie ; il est ditfilsde Pâpek, petit-fils de Sâsân,etc. ; de Sâsân a été forméle pehlvi Sàsânikân les fils de Sâsân, grec

Sacav.xav (Agathias),

Sâsàniyân , « les

de ce nom, probablement très ancienne; la forme archaïque, qui remonte à l'époque achéménide, est Artakhshatra« qui a le

pouvoir ( khshatr )

monnaies et sur les inscriptionslapidaires

les formesaltérées Artashetr,Artakhtashr et Artasher.Par suite

de la transformation phonétique de tren hr , et de

de la gutturale, de son côté Arta

ainsi que s'expliquent les graphies Artasheret Ardéshir ; en grec

'ApTal;ápY)ç,'ApTaa^p,'Apxaaeipoç,'Apxaatpyjç(chez les Byzantins), armén. Artashir et Artashes (Artaxias de Tacite, 'ApTaÇiaç des monnaies), Talmud, Ardashir. Dans le Kârnâmak qui est l'his-

vne siècle) de ce roi, son nom est écrit

toire (en pehlvi

Artakhshîr.J'ai à peine besoin de dire que Artakhshatraest 1' 'Ap-

Ta^epÇrjç des classiques grecs, mais, étymologiquement, le mot grec paraît formésur le type de Xerxès [Khshayârsha) « puis- sant ». Ce serait un mot perse Artakhshayârshaqui ne nous a

arm. Sasanakan et Sasanean , pers. mod.

Sassanides »'. Ardéshirest la forme populaire

suprême » ; c'est celle que Ton trouve sur les

* ; on rencontreaussi

khshatrest devenu shahr , puis

la suppression shehr, et shir ;

s'est adouci en Arda , forme secondaire, et c'est

du

1. Afind'éviterdes

confusions,je rends toujourspar shnotrech français, car

celui-cin'a pastoujours cettevaleur.

2. Surla

1880,p. 476.

3.

1883,t.I, p. 68.

généalogie des premiersSassanides, v. Gutschmiddans ZDMG.t

,

deslet-

savait pas lire.V. J. Darmesteter, Étudesiraniennes

,

Les noms propres Artakhshatr Shdhpùhri, Auhrmazdconservaientleurs

d'autres mots,

formes archaïques surlés monuments, en mcme tempsque

comme pdtakhshatr(devenupâdishâh); maisils n'étaient comprisque

trés, carle peuple ne

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pas été conservé et dont on trouve l'analogue dans le susien Artakhtchaartcha, avec le même sens étymologique « qui a le

pouvoir suprême »*.

monnaies ďArdéshir appartiennent à deux époques :

la première, il est représenté avec son père Pâpek au revers ;

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Les

dans

dans la seconde, il figure seul ou avec son fils Sapor. Sur les monnaies du premiertype, le buste ďArdéshir est de face avec la légende Bagi Artashetrmalkâ « le divin A. roi ».

De l'autre côté, buste de Pâpek tournéà gauche de l'observateur avec les, mots : Bagi Pâpâki. Généralement les pièces sont trèsbien gravées, mais les légendes sontle plus souvent inintel-

ligibles et leur lecture a résisté aux en dehors des mots bagi, malkâ et

des noms propresqui sont

toujours reconnaissables, il fautrenoncerà rien tirerde certain du surplus des légendes ».Bartholomaei, du reste, qui était un savant distingué, a déclaré que ces caractères illisibles étaient

effortsde tous les savants :

des transcriptionsgrossières faites par des artistes ignorants et qui ne méritaient pas d'être prises en considération3.

Pâpâki et Pâpaki , nom du père ďArdéshir. D'après le Kârnâ - mak ce dernierserait le filsde Sâsân, berger au service de Pâ- pak, mais de la race royale de Dârâ et réduit à cette condi- tion obscure; sa mère était la fille de Pâpak qui éleva ainsi Ardéshiret devintson pèreadoptif. Le mot est devenu Bâbek en

arabe et, avec la terminaison persane ân ,

bekân « filsde Bâbek ». C'est ainsi : ArdéshirBâbekân ou Bâbe -

gân (pers. mod.) que ce souverain est toujours désigné chez les historiensmusulmans. Dans la seconde série de ses monnaies, celles où il est repré-

senté seul, le buste tourné à droite, avec

Ardéshira les titres de : Mazdaiasn bagi Artakhshetrmalkân malkâ AirânminotchetrimenYazdân « le mazdéen, le divinArdé-

signe de filiation, Bâ -

le pvrée au revers,

1. Surlesdiversesformesde Artakhshatretses nombreux dérivés, v. Justi,

in- 4, 1895,p. 34 et173.

plupart desvariantesdans JeZDAfG.,1865,p. 114.

,

354.

IranischesNamenbuch

,

2. Moidtmanna relevéla

3. Bartholomaei,Quatrième lettrea M. Dorn 1858, p.

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LES LÉGENDESDES MONNAIESSASSANIDES

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shir, roi des rois de l'Irân, rejeton de race divine ». Dans Tinscription trilingue de Naqshi-Roustam le texte grec est ainsi rédigé : TOTTO TO nPOCCOnOM {sic) MACAACNOT ©60T APTAIAPOT BACIA€OCBACIAEGONAPIANCON€Kr€NOTC GCONTIOT ©OT nATTAKOTBACIA6COC « Ceci est l'image

du mazdéen le divinAr taxerxès, roi

divine, filsdu divin Pâpak roi » et dans les deux textes pehlvi

et chaldéo-pehlvi : patkali zana mazdaiasn bagi Artakhshatr , malkân malkâ Airân minotchetrimen yaztâny bara bagi Pâpaki

malkâ ; dans le texte chaldéo-pehlvi le mot persan bagi (divin) est remplacéparle sémitique correspondant alaha l. Sur ses monnaies, Ardéshir prend ďabord simplement le titre

de malkâ Airân « roi de l'Irân », puis le titre de malkân malkâ

« roi des rois » quand il eut vaincu successivementtous les rois (malkâ) arsacides dontle dernierfutArlaban le Pehlvi en 227 de J.-C. ; enfinles mots minotchetrimen yaztân ne se trouvent que sur les monnaies de la dernière époque, ce qui ferait supposer

que Tinscription de Naqshi-Roustam qui contientces motsest de la findu règne. Mazdaiasn , adorateur ( iasn ou yasn) d'AhuraMazda ou Ormazd,

« le souverain créateur ( Afiara ) omniscient (Mazda) », le dieu su-

prême dansl'Avesta. La formezende étaitMazda-Y

vers la findes Sassanides, on se servait surtout de l'expression pehlvie Veh-dînou Beh-dîn , en zend Vanahi daêna « fidèle, de

la bonne religion » pour désigner le zoroastrien,par opposition aux infidèles. Sur les intailles on trouve Vohudîn qui a même sens. Le mot Beh-dîn est encore aujourd'hui employé chez les Parsis de l'Inde. Comme équivalents de mazdaiasn , les monnaies

des rois des Ariens, de race

asnô ; plus tard,

1809, a déchiffrél'écri-

ture pehlvie des

de

p.670), il faudrait lire:

de l'Irân qui est (ké) de semencedes dieux »»;minuseraitnonle zendmanus

« ciel », maisle pronom relatifaraméenman hou, « lequel >> que lesPersesli-

1.

Onsait que c'estde Sacyqui, le premier, en1793et

monumentsetdes monnaies.V. monMémoiresurl'Histoire

shdhdnshâhErdnkétchithroaz yazatdn «

,

Vêpigraphiesassanide,'m-8,Louvain, 1828. - D'aprèsMarquart(ZDMG.,1895,

roidesrois

saient ke, de même qu'ils lisaientaz au lieudemen etskdhdnshdhau lieude

malkdn malkâ; v. infra surcette question de lecture.

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nous présentent deux autresdérivésdu nom divin, savoir Mazdaï,

nom de plusieurs satrapes perses de l'époque achéménide et qui avait évidemmentle sens de mazdéenou de « voué à Mazda », et Mazdavân que Ton trouve au revers de certainesmonnaies indo-scythes et dontle sens est « qui possède Mazda »'

Bagi « divin, Dieu » ( alaha en chaldéo-pelhvi), zi alahia sur les monnaies de la Perside, expression qui correspond au ôeoç des Séleucides: les souverainsont de tout temps aimé à se considérer comme des dieux ou toutau moins d'origine divine. C'était le

dieu qui, au moment de la

pour jeter la semence divine. Les mots pehlvis mino tchetrimen

conception matérielle, intervenait

Yasdân sont très explicites

à cet

égard : mino, minû est le ciel

(zend mantis), tchetri (zend tchitra) 2 est la semence, shihar en

chaldéo-pehlvi; min est la particule sémitique « de » (en persan az). Le roi de Perse est divin et de semence céleste des dieux

[yastân); c'est le exyovoç Oewvde l'inscriptiontrilingueprécitée. Yasdân ou Yastân (le signe pehlvi avait une prononciation intermédiaireentrele t et le d ) est le pluriel du yast%yazata' ce

sont les y zeds ou izeds de TAvesta. Ce mot remplacequelquefois minûdans les composés ainsi : yezdi-tchetri « de divinesemence », Yezdegerd (yezdi-karta), « de formationdivine », etc. On trouve

aussi sur les monnaies le composé inverse tchetri-yezdân « se- mence des dieux ». Dans les inscriptions sanscrites du roi de

l'Inde,

223 av. J.-C.), ce monarque prend l'épithète de dêvanâmpriya

« cher aux dèvas » et Ton sait que les empereurs de la Chine,

commeles Hioung-nou et tous les souverains tartares, s'intitu- laient depuis une haute antiquité « filsdu Ciel » (tien-tse). Les rois kouchans de l'Inde, plus particulièrement connus sous le nom de Touroushkas, dont nous avons de nombreuses mé-

Piyadasi, qui régnait cinq siècles avant Ardéshir (264 à

i. Journal asiatique,juin1895,p.

221.

520. - Le mot mazdayasn, adorateurde la

daevayasn, adorateurdesdévaou

vraie religion,était, dans l'Avesta,opposé à mauvais génies, c'est-à-direlesinfidèles.V. J.

p.

buch> p. 191.

Darmesteter,Zend-Avesta

, t. III,

2. Surles nombreuxdérivésduzendmanustchitra

, v.

Justi, Iran. Namen-

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LES LÉGENDESDES MONNAIESSASSANIDES

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dailies, ont, dans leurs inscriptions sanscrites, le titreindien de dêvaputra « filsde dieu » qu'ils avaient apporté sans doute de la Haute- Asie, leur pays d'origine. C'est seulement deux siècles

plus tard que la même appellation apparaît sur les monnaies d'Ardéshir,et, commeelle étaitinconnueaux Arsacides (du moins on ne la rencontre pas sur leurs monnaies) et aux Achéménides,

il n'y a rien d'impossible à ce qu'elle ait une origine scythique. De même pour l'expression perse Baga-puthra « fils de Dieu » devenue plus tard Bagpur puis Fagfur chez les historiens persans pour désignerl'empereur de la Chine, et qui a dû être créée à ïa même époque, au nie siècle de notreère. Ces faits laissent sup-

poser des rapports Chine et l'Inde dès

d'affaireset de commerce entrela Perse, la

les premierstemps de l'ère chrétienne1.

Malkân malkâ « roi des rois »; ces mots sont la traductiondu

BAZIAEÍ1Z BAIIAEON des monnaies parthes. Ce titren'était pas seulementune pure gloriole, une imitationdu Adon malkimdes

Ptolomée, du melekmelakim des Babyloniens; il répondait à un état de choses qui a réellementexisté. On sait en effet que l'em-

pire arsacide n'était que la réunion de plusieurs malkân ou princes feudataires qui régnaient chacun sur sa province pour

les affaires intérieures, mais qui devaient concourir à la défense générale, fournirde l'argent et des troupes au Grand Roi dontla

capitale était Ctésiphon sur le Tigre. Ces petits princes avaient le droitde frapper monnaie, mais à la condition que les légendes

fussenten pehlvi, que la tête du Grand Roi fût représentée d'un côté avec la tiare arsacide et que le vassal ne prîtque le titrede

simplemalkâ,

C'est ainsi, comme je l'ai dit plus haut,qu'Ardéshir, au début de son règne, n'était qu'un simple malkâ Airânet qu'il ne prit le titre

de malkân malkâ qu'après avoir successivementvaincu tous les

différents gouverneurs de provinces, les moloûk et-taouâïf, comme les appellent les historiensarabes.

sans autrecoiffure qu'un diadème ou un bandeau *.

I.V.

2. V. monarticleLa Numismatique araméenne ,

J.DarmesteterdansJournal asiatique, août 1887,p

68.

etc.dansleJournal asiatique,

1889, etmonMémoiresurlesMonnaiesà légendes en pehlvi, 1886.

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Grammaticalement,l'expression malkân malkâ se compose de deux mots sémitiques dont le premier a la formedu pluriel perse

ân , et le second a l'état emphatique en a d'après la grammaire araméenne. Dans la version chaldéo-pehlvie de l'inscription de

Hâdji-âbâd, commesurles monnaiessassanides en cuivre que j'ai

publiées dans la Revue numismatique 1 et qui ont des légendes en chaldéo-pehlvi,l'expression estmalkînmalkâ , c'est-à-direavec le pluriel araméen en in au lieu du pluriel perse. Ce titre royal

était prononcé tantôt malkân malkâ , tantôt shâhânshâh sui- vant les contrées; nous ne savons rien de positif à cet égard;

mais il semble probable (ainsi qu'en témoigne le saansaa d'Am- mien Marcellin) que la prononciation officielledevait être shâ-

hânshâh dans tout l'Irân, tandis que la prononciation sémitique étaitlimitée aux provinceslimitrophes de la Mésopotamie2. L'expression shâhânshâh « shâh des shâhs » ou « roi des rois »

est le représentant de l'ancien khshâyathiyakhshâyathiyânâm

de l'époque aohéménide. On ne peut

moment l'altération phonétique s'est produite, mais à coup sûr elle existait déjà au premier siècle de notre ère, ainsi qu'en té- moignent la légende shâhanano shâh des monnaies de Kanishka et de ses successeurs et le titre de shâhi qu'ils prennent dans

pas savoir au juste à quel

leurs inscriptionsrédigées en sanscrit1.Celle de Samoudra-goupta à Allahâbâd (vers 380 de J.-C.) renfermele titre de shâhi shâ -

hânashâhi. Le titrede

cour des rois de Perse; il fait encore partieaujourd'hui du pro- tocole de Mozafer ed-dîn, le souverain actuel. Ardéshirs'intitule« roi des rois de l'Irân ». Disons, en passant,

shâhânshâh est toujours resté usité à la

1. SousletitredeMonnaiessassanidesinédites 1895.

,

2. Ceci se rattacheà la question, fort controversée, surla manièredontles

Persanslisaientet prononçaient les mots sémitiquesqui se trouvaientdans

les textesécrits.Je renverrai, à cet égard, à

pehlvies,p. 39 du tirage à part, età

Origin andnature of the pehlvi, dansleBab. Or.Record 1887.V. aussiNoel-

deke,ZDMG.>1877,pp.

monMémoiresurlesmonnaies

unarticletrès complet deM. de Harlez,

,

1879, pp. 5ii et689.

indo-scythes dansla Revue numismatique,

212.

147-559et

3. V. monMémoiresurles rois

1888,p. 56 etsuiv.du tirage à

part, etRevue archéologique, 1885,I,

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LES LÉGENDESDES MONNAIESSASSANIDES

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que c'est la première fois que l'on voit le nom du pays indiqué les monnaies ; ce n'était pas, en effet,l'usage ni chezles Grecs, ni chez les Achéménides, ni chez les Arsacides, pas plus que dans l'empire romain et byzantin. L'innovation introduite par Ardéshirn'a pas eu d'imitateuren Orient, si ce n'est beáucoup plus tard. L'Irân ( Airân ) désigne non seulement la province de Perse ou du Farsistân, mais toute la vaste contrée qui s'étend du Tigre à l'Indus et que Ardéshiravait conquise province parprovince ; ce

sur

mot paraît formédu génitifpluriel perse Aryanâm ou Ariyân, d'où est sortiele grec APIANflNdes inscriptionstritingues et la formeAPEANflN des monnaies de Gotarzès1. Dans les inscrip- tions cunéiformes, les Achéménides s'intitulent « Aryen, de

semence aryenne », Ariya, Ariya tchitra. La prononciation Irân (ou mieux Èrân) est toute moderne; sous les Sassanides, les Perses s'appelaient eux-mêmes Airya et l'on a vu que, dans le texte grec de l'inscription de Naqshi-Roustam, Ardéshirest dé- signé par les mots roi des rois des Ariens (APIANON). Sous le

règne de son successeur, le titre s'augmente des mots « et des Anariens », qui ne durent que très peu de temps et disparaissent du protocole sousBahrâm IY. Le motIrân lui-mêmedevientde

plus en plus rare et disparaît à son tour sous Yezdegerd II. La légende monétairese simplifie encore : le titrede malkân malkâ

ne reparaîtplus à partir de Péroze;àdater de ce prince et jusqu'à

la finde la dynastie,

même le simple

paraître que sur les monnaies indo-sassanides. Mais le mot Irân

reste,bien entendu, le nom typique de l'empire(Irânshehr*) et on le trouvedans les composésirânanbarak-pet « chefdes magasins

les rois ontseulementleurnom sans yajouter

titrede malkâ , que l'on ne voit plus alors réap-

V. Marquart,Beiträge zurGeschichteund Sage

i.

1895,p. 628et sq.,

Dans

desIraniens.

vonErandansle ZDMG

oùlesdifférents passages desauteursancienssontrelevés.

l'épopéepersane,Airyu(Airik), undestroisfilsde Féridoun, estle père

2. V. J. Darmesteter, Lettrede Tansarau roidu

Tabaristan, l»y4,p. ni.

Le motIrdnshehrest souventrenduen arabe par l'expression albilâd« les

pay3 » ; v. Noeldeke,Tabarinp. 5.

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REVUEARCHÉOLOGIQUE

de Hrán », irândapir-pet « chef des scribes », irânspah-pet

« chefde l'armée », et autres dignités dontles appellations nous ont été conservées par les légendes des intailles sassanides, ou

par les auteurs arméniens, ou enfin par les auteurs byzantins

contemporains.

Si le protocole disparaît des monnaies, il est conservé dans les

de Perse entretenaientavec

relations diplomatiques que les rois

l'Inde, la Chine, les Kouchans et les Ephthalites, puis les Turcs

de la Transoxiane et enfinavec l'empire de Constantinople. Fir- dousi nous a conservéle texte de la lettre adressée par Bahrâm Gour au Fagfour de la Chine et qui renfermeces mots : « De la part du roi du monde qui porte hautlatête,la couronnedes grands,

seul roi des rois, incomparablepar sa bravoure et sa majesté, maîtrevictorieux du monde, portant la tête plus haut que lous les rois. » Nous trouvonsd'autre part chez les auteurs latins et

grecscontemporains une série de protocoles usités par les Perses dans leurs rapports avec la cour de Byzance. Celui qu'emploie Chosroès II Parviz dans une lettre qu'il adresse à Bahrâm Tchou-

bin, et dont Théophylacte Simocatta nous a conservé la traduc- tion grecque, est particulièrement intéressant1. Il existe de rares monnaies de bronze et d'argent frappéespar

Ardéshirà la finde son règne avec le buste de Sapor son fils*. Les légendes sont trèscourtes: d'un côté simplement Artakhshetr malkâ ; de l'autre Shâhpoutri malkâ. Nous avons là une forme

archaïque du nom de Sapor, nous y

d'autres pièces des mêmes princes les légendes sont illisibles. Au reversde ses monnaies et à gauche ou à droite du pyrée,

reviendrons plus loin. Sur

I.V. Lebeau Saint-Martin, Histoiredu Bas-Empire, t.X,p.

302. - V. aussi

monMémoiresurlesmonnaies pehlvies, p. 40; et surlesHuns Ephthalites,

p.

Inscriptions, 1868, p.

effet que, à râge de

soixante-huit ans, Ardéshirassociasonfilsà l'empire. Par contre, le mômeau-

teur raconte,VI, p.

naiesaunomduministre qui luiavaitannoncécet événement, ce qui estinexact.

Pourle

28.

- Ed. Thomasa relevécesdivers protocoles dansson Early Sassanian

33.

2.

Firdousi, Livredes Rois , VI, p. 302,nousditen

275,qu'après la naissancede

Sapor, il fit frapper des mon-

type avec Sapor au revers, il n'enexiste qu'unexemplaireconnu, c'est

629.

celuidécrit parBartholomaei, Mél. asiatiques, 1859,p.

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LES LÉGENDESDES MONNAIESSASSANIDES

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on trouveavec le

l'avons dit, une légende

« le divin », Dorn et Mordtmann: nûvâzi « l'adorateur » ; mais

Noeldeke a trouvéla vraielecture: nûrâ zi « le

nûr est le mot araméen à l'étatconstruit nûrâ, zi (araméen) estla

particule

exprimer la possession (on la trouvedans les inscriptions), c'est-à- dire« le feu ou le pyrée consacré par Ardéshir*. » Dans ce cas, au

lieu de lire comme MordtmannArdeshirnûvâzi , il faut lire nûrâ zi Ardeshir. On retrouvele même mot sur les monnaies des suc- cesseurs, mais toujours suivi du nom du souverain : nûrazi

Shâhpuhri , nûrâ zi Auhrmazdi , etc., jusqu'à Sapor III; à partir

de

on trouve simplement nûrâ s<