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INSTITUT ALGERIEN DU PETROLE, CORPORATE UNIVERSITY IAP- CU
INSTITUT ALGERIEN DU PETROLE, CORPORATE UNIVERSITY IAP- CU

INSTITUT ALGERIEN DU PETROLE, CORPORATE UNIVERSITY IAP- CU

École des Ingénieurs de Boumerdès UFR : Unité de Formation et de Recherches en HSE

Mémoire de fin d étude en vue de

L obtention d un diplôme d ingénieur d état spécialisé en

HSE

TThhèèmmee::

EEvvaalluuaattiioonndduurriissqquueecchhiimmiiqquueeddaannss

uunncchhaannttiieerrddeeffoorraaggee

Réalisé par :

O. BEN SELMA

Dirigé par :

A. BENAKLI

Promotion Mars 2012

Je remercie Allah Tout Puissant de m Avoir donné le

courage, la patience et la force pour accomplir ce

travail.

Je tiens de dédier ce travail à :

A mes très chers parents pour leur amour et sacrifices

A mes frères et s urs

A mes cousins

A tous mes amis

Remerciements

Remerciements

Cette étude a été réalisée en collaboration entre l Institut Algérien de Pétrole et l Entreprise Nationale de forage dans le cadre de la formation d Ingénieur Spécialisé en Hygiène, Sécurité, et environnement.

Je tiens tout particulièrement à remercier Monsieur A. BENAKLI, Enseignant à l IAP pour ses conseils, ses directives, et son suivi lors de l'élaboration de mon travail.

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Monsieur M. SANDJAK, Enseignant à l IAP et Chef de l UFR/HSE, de son aide inestimable tout au long de notre formation.

Par ailleurs, J'adresse également mes profonds remerciements à l Entreprise nationale de forage représenté par Monsieur le PDG D. Khaldi en général, et au Direction de Formation représenté par Monsieur A. KHEDIMI en particulier, Directeur de Formation à l ENAFOR de m avoir offris l occasion d être un élément de l ENAFOR, et pour leur suivi durant mes différents stages pratiques au sein de sonde école et d ENF 29.

Je tiens également à remercier tous les enseignants de département d Hygiène, Sécurité, et environnement pour leurs efforts fournir durant le cycle de cette formation.

Enfin, mes remerciements s adressent également à Monsieur M. DADOU, pour les nombreux conseils qu il m a prodigués.

Liste d abréviation

Liste d abréviation

C/M/F : Fin, Moyen, et Gros.

DS.IE : Emulsion Inverse à base de DIESEL.

EPI : Equipement de protection individuel.

E : Exposition.

FDS : Fiche de Données de Sécurité.

FE : Fréquence d exposition.

INRS : Institut Français de la Recherche de Sécurité.

NG : Niveau de gravité.

OBM : Boue à base de gaz-oil.

OP : Ouvrier de plancher.

WBM : Boue à base d eau.

Liste des figures

Liste des figures

Figure I.1 : Schéma du processus chronique 10 Figure I.2 : Schéma du processus accidentel 11 Figure I.3 : Courbes de risque d importances différentes 18

Figure II.1 : Pénétration par voie respiratoire

Figure II.2 : Pénétration par voie cutanée 24 Figure II.3 : Pénétration par voie orale 24 Figure II.4 : Passage dans le sang au niveau des capillaires 25

Figure III.1 : Evaluation de risque chimique selon la méthode de l INRS .36

Figure IV.1 : Schéma descriptif de l activité de forage

Figure VI.1 : Poste de fabrication et d entretien de la boue 75 Figure VI.2: Détermination des classes d exposition potentielle .80 Figure VI.3: Détermination de la classe de procédé et des scores associés .92 Figure VI.4 : Détermination de la classe de protection collective et des scores

associés

23

45

93

Liste des tableaux

Liste des tableaux

Tableau I.1 : Matrice de combinaison de niveaux de danger et d exposition

16

Tableau III.1 : Classes de danger en fonction des phrases de risque

37

Tableau III.2 : Calcul des classes de quantité

38

Tableau III.3 : détermination des classes de fréquence d utilisation

38

Tableau III.4 : Grille de détermination des classes d exposition potentielle

39

Tableau III.5 : Grille de détermination du score de risque potentiel

40

Tableau III.6 : Caractéristique des priorités en fonction du score de risque potentiel par

40

Tableau VI.1 : Classes de danger des produits chimiques utilisés au niveau de chantier

ENF # 39 76 Tableau VI.2 : Classes de quantité des produits chimiques utilisés au niveau de chantier ENF # 39 78 Tableau VI.3 : Classes de fréquence d utilisation des produits chimiques utilisés au niveau de chantier ENF # 39 .79 Tableau VI.4 : Détermination des classes d exposition potentielle .81

Tableau VI.5 : Détermination du score de risque potentiel

82

Tableau VI.6 : Classes de danger des produits chimiques utilisés au niveau de chantier TP # 194 .84 Tableau VI.7 : Classes de quantité des produits chimiques utilisés au niveau de chantier TP # 194 .85 Tableau VI.8 : Classes de fréquence d utilisation des produits chimiques utilisés au

niveau de chantier TP # 194

86

Tableau VI.9 : Détermination des classes d exposition potentielle .87 Tableau VI.10 : Détermination du score de risque potentiel 88 Tableau VI.11 : Les niveaux de risque des produits chimiques utilisés dans les deux puits 89 Tableau VI.12 : Score attribué à une classe de danger 90

Liste des tableaux

Tableau VI.13 : Détermination de la classe de volatilité des solides

Tableau VI.14 : Score attribué à une classe de volatilité .91

Tableau VI.15 : Grille de caractérisation du risque par inhalation

Tableau VI.16 : Analyse de risque chimique sur un poste de fabrication et de traitement

de la boue selon l ENAFOR 94

91

94

Sommaire

SOMMAIRE

INTRODUCTION

1

PROBLIMATIQUE

4

PARTIE BIBLIOGRAPHIQUE

7

CHAPITRE I : THEORIE DU RISQUE CHIMIQUE I.1. Introduction I.2. Définition du risque chimique I.3. Caractéristique du risque chimique I.4. Facteurs de mécanisme chronique 11

9

8

9

9

I.4.1. L exposition

I.4.2. Dommages

11

.12

I.4.3. Indice d exposition

.

13

I.4.4. Estimation finale du risque d exposition chronique

.15

I.5. Facteurs de mécanisme accidentel

16

I.5.1. Situation dangereuse .16 I.5.2.Événement dangereux 17 I.5.3. Estimation du risque accidentel 18 I.6. Bibliographique 19

CHAPITRE II : RISQUE D INTOXICATION

20

II.1. Introduction

21

II.2. Processus d intoxication 22

II.2.1. Arrivée du produit en contact avec l organisme .22

II.2.2. Passage des substances dans le sang

25

II.2.3. Fixation des substances dangereuses sur les organes

25

II.3. Intoxications et maladies professionnelles 26

II.3.1. Intoxication accidentelle .26

Sommaire

II.3.2. Pathologies professionnelles

II.4. Maladies professionnelles .28 II.5. Concentrations limites des substances toxiques dans l air 28

30

II.6. Bibliographie

27

CHAPITRE III : OUTILS D ANALYSE ET D EVALUATION DES RISQUES

PROFESSIONNELS III.1.Introduction III.2. Analyse des risques

PROFESSIONNELS III.1.Introduction III.2. Analyse des risques
PROFESSIONNELS III.1.Introduction III.2. Analyse des risques

31

32

32

III.3. Choix d une méthode de repérage des risques 33

III.3.1. Analyse des modes de défaillances et de leurs effets (AMDE)

33

III.3.2. Analyse préliminaire des risques (APR)

33

III.3.3. Méthode MOSAR (Méthode Organisée Systémique d Analyse des Risques) 34

34

III.3.5. Méthode HAZOP (HAZard OPerability) 34

III.3.4. L arbre des défaillances (ADD)

III.3.6. Méthode « Que se passe-t-il si » (« WHAT IF » Method)

35

III.4. Exposé de la méthode INRS

35

III.4.1. Les classes de danger

37

III.4.2. Les classes de quantité

38

III.4.3. Les classes de fréquence d utilisation

38

III.4.4. Les classes d exposition potentielle

39

III.4.5. Détermination du score de risque potentiel

39

III.5. Bibliographie

41

CHAPITRE IV : LE FORAGE ET LES FLUIDES DE FORAGE 42 IV.1. Introduction .43

IV.2. Description de l activité de forage

IV.3. Les fluides de forage 45

45

IV.3.1. Historique

IV.3.2. Choix, caractéristique, et rôle 46

IV.3.2.1. Densité

IV.3.2.2. Viscosité 46

43

46

IV.3.2.3. Caractère thixotrope

47

IV.3.2.4. Refroidissement et anti-fiction

47

Sommaire

IV.3.2.5. Filtrat

IV.3.2.6. Pression hydrostatique 47

47

IV.3.3. Les principaux produits de la boue de forage

48

IV.3.3.1. Produits viscosifiant

48

IV.3.3.2. Produits réducteur de filtrat

48

IV.3.3.3. Produits fluidifiant

49

IV.3.3.4. Contrôle de pH

49

IV.3.3.5. Précipitation de calcium

49

IV.3.3.6. Produits alourdissants

49

IV.3.3.7. Produits colmatants

50

IV.4. Types de fluides de forage

50

IV.4.1. Boues à base d eau

50

IV.4.1.1. Boue bentonitique simple

50

IV.4.1.2. Boue bentonitique aux extraits tannants 50

IV.4.1.3. Boue bentonitique au FCL/CL

51

IV.4.1.4. Boue au gypse

51

IV.4.1.5. Boue salée saturée aux amincissants minéraux

52

IV.4.1.6. Boue salée saturée aux amincissants organiques

52

IV.4.1.7. Boue à l eau émulsionnée

52

IV.4.1.8. Boue à l eau de mer

53

IV.4.1.9. Boue aux biopolymères

53

IV.4.2. Boues à base d huile

53

IV.4.2.1. Les boues à huile

53

IV.4.2.2. Les boues inverses

55

IV.5. Bibliographie

55

56

PARTIE EXPERIMENTALE CHAPITRE V : INVENTAIRE DES PRODUITS CHIMIQUES

57

V.1. Introduction

58

V.2. Inventaire des produits chimiques

58

V.3. Bibliographie

72

Sommaire

CHAPITRE VI : EVALUATION DES RISQUES CHIMIQUES SELON LA

METHODE DE L INR

73

VI.1. Introduction

74

VI.2. Description de post de travail

74

VI.3. Première cas : le puits EMLC#2

75

VI.3.1. Information de puits

75

VI.3.2. Profil de puits et type de boue

76

VI.3.3. Evaluation du risque chimique - santé sur le chantier ENF # 39

76

VI.3.3.1. Détermination des classes de danger

76

VI.3.3.2. Détermination des classes de quantité

77

VI.3.3.3. Détermination des classes de fréquence d utilisation

79

VI.3.3.4. Détermination des classes d exposition potentielle

80

VI.3.3.5. Détermination du score de risque potentiel

82

VI.4. Deuxième cas : le puits DM#607

83

VI.4.1. Information de puits

83

VI.4.2. Profil de puits et type de boue

83

VI.4.3. Evaluation du risque chimique - santé sur le chantier TP # 194

84

VI.4.3.1. Détermination des classes de danger

84

VI.4.3.2. Détermination des classes de quantité

85

VI.4.3.3. Détermination des classes de fréquence d utilisation

86

VI.4.3.4. Détermination des classes d exposition potentielle

87

VI.4.3.5. Détermination du score de risque potentiel

88

VI.5. Interprétation et discussion des résultats d évaluation des risques chimiques dans les

deux puits

88

VI.5.1. Calcul du score de risque par inhalation de la baryte, la bentonite et l avacarb

90

V.3. Bibliographie

95

RECOMMANDATION

96

CONCLUSION

99

ANNEXE

101

Introduction

INTRODUCTION

Introduction

Dès l Antiquité, les dangers liés au travail étaient connus et des mesures de prévention étaient déjà proposées. De nombreux documents et inscriptions anciens relatent les conditions pénibles et malsaines des travaux confiés le plus souvent aux esclaves. Un papyrus égyptien du IIe millénaire conseille de bien nourrir les esclaves et de leur accorder des temps de repos, pour qu ils puissent travailler et ne pas tomber malade.

Aujourd hui, la nécessité de maîtriser une industrialisation galopante qui recourt à des sources d énergie hautement et intrinsèquement dangereuses, des modes de transport et des technologies de plus en plus complexes, a mené au développement des méthodes beaucoup plus perfectionnées d évaluation et de gestion des risques. Anticiper, reconnaître, évaluer et maîtriser les risques, engendrés sur le lieu de travail ou en résultant, qui sont susceptibles de nuire à la santé et au bien-être des travailleurs constituent les principes fondamentaux de la méthodologie appliquée aux fins d évaluation et de gestion des risques professionnels. Leurs éventuelles conséquences sur les populations avoisinantes et sur l environnement en général devraient également être prises en considération.

Traduit par des différents textes officiels et internationaux « ISO 9001, ISO 14001, HACCP, ISO 22000, et OHSAS 18001, etc.», cette méthodologie représente une discipline qui traite de la prévention des lésions et des dégradations de la santé liées au travail ainsi que de la protection des biens et du milieu environnemental. Toutes ces normes ont apporté des améliorations considérables sur le plan des conditions de travail en général et la sécurité des biens, de la faune et de la flore en particulier.

Dans ce contexte, l Entreprise Nationale de Forage « ENAFOR » a adopté une politique QHSE émanant de la politique de groupe SONATRACH, dont ces principaux axes sont :

- Le respect des lois applicables et des pratiques pertinentes répondant aux standards industriels relatifs au HSE.

- La protection de la santé et la sécurité de ses employés sur les lieus de travail, ainsi que les tierces personnes concernées par ses activités (sous traitants et riverains).

- La prévention de la pollution de l environnement.

Introduction

Et à travers ces grands axes, ENAFOR a atteint des objectifs ambitieux, ayant pour conséquence ; la réduction des accidents de travail (216 accidents de travail en 1997 à 56 accidents en 2010), et la certification de son Système de Management Intégré (SM/QHSE) Qualité Santé Sécurité selon les normes internationaux ISO 9001-2000 (Qualité), ISO 14001-2004 (Environnement) et le référentiel OHSAS 18001-2007 pour la Santé et la Sécurité.

Problématique

Problématique

Problématique

Le nombre et la variété des produits chimiques présents dans notre société moderne ne cessent qu augmenter. Leur développement a contribué à rendre l activité des différents secteurs industriels plus facile, mais il a aussi fait naître de nouveaux dangers menace notre vie. Dans ce contexte, lors de développement de secteur de forage pétrolier, plusieurs produits chimiques sont développés pour assure le bon fonctionnement de cette activité sans prendre en compte de l aspect néfaste de ces produits sur la santé des travailleurs, ou bien sur l environnement.

Cependant, au cours de ces dernières années, et conscient de l importance des risques professionnels tant sur le plan économique que sur le plan social, les pouvoirs publics ont substitué plusieurs produits chimiques dans le secteur de forage dû à leurs effets négatifs sur la santé spécifiquement les produits à caractère cancérigène. C est dans cette optique que nous proposons de faire une évaluation de risque chimique dans cette activité afin de confirmer l accessibilité du risque chimique dans les chantiers de forage sur la santé des opérateurs.

Au cours de notre stage pratique, nous avons remarqués que les risques chimiques dans un chantier de forage peuvent être existés grâce à une exposition d une personne à un agent chimique pendant le fonctionnement habituel de l activité dans la totalité des cas. Cette exposition peut être directe ; lors de mélangeage des produits chimiques au niveau de mélangeur pour la fabrication ou bien le traitement de la boue de forage, ou bien indirecte ; due au contact des opérateurs avec la boue au niveau des bacs, du plancher, et du surface au cours des opérations routiniers ( mesure des caractéristique de la boue, nettoyage des tamis, connexion et déconnexion des tiges, . )

Dans notre travail, nous nous sommes focalisés uniquement sur l évaluation du risque chimique due à l exposition directe des opérateurs aux produits chimiques au niveau de mélangeur (poste de fabrication de la boue). Notre choix est dicté premièrement par la complexité de l exposition indirecte (comment estimer l effet de chaque produit ?, le faite que la boue sorte de puits à haute température donc présence de vapeur, cette vaporisation dépend de la profondeur du puits, et de la période d exposition , donc la nécessité de prendre des mesures pratiques), et deuxièmement par la disponibilité des données dans le cas du poste de fabrication de la boue (les quantités utilisés, la fréquence d utilisation, .).

Pour ce faire, nous avons procédé à l évaluation du risque chimique selon une méthode proposé par l INRS (institut français de la recherche de sécurité), une méthode d évaluation simplifiée, qui a été testée par des services de prévention des caisses régionales

Problématique

d assurance de maladie (française) qui l ont appliquée sur plusieurs secteurs ; industrie de la chimie, de mécanique, , dont les avis d experts ont été confrontés aux résultats fournis par la méthode. Cette méthode s applique dans le cas ou plusieurs produits chimiques sont utilisés d où la nécessité de la détermination de l ordre de priorité des mesures de prévention à mettre en uvre.

A cet effet, deux puits déjà réalisés ont été sélectionnés ; EMLC#2, et MD#607, pour faire l évaluation des risques chimiques, et en se basant sur les rapports journaliers pour déterminer les donnés nécessaires, ainsi que sur l avis des superviseurs boue.

Notre objectif est de mettre au point une évaluation préliminaire du risque chimique sur un poste de fabrication de la boue dans un chantier de forage pour estimer le niveau de ce risque, tout en respectant le déroulement réel des circonstances au niveau de ce poste sur la base des rapports journaliers, des avis des superviseurs boue, et notre stage pratique.

Partie bibliographique

Partie Bibliographique

Chapitre I : Théorie du risque chimique

CHAPITRE I :

THEORIE DU RISQUE CHIMIQUE

Chapitre I : Théorie du risque chimique

I.1. Introduction En matière de science du risque, le vocabulaire prend une importance décisive. Il existe en effet un grand nombre de concepts qui s y rattachent depuis les temps anciens, cette notion faisant partie de la vie quotidienne des hommes. Dès qu il a fallu introduire un peu de rationalité dans ce domaine, où le jugement subjectif domine, la nécessité de fixer le sens des termes employés s est imposée. Après des années d hésitations, notamment attribuables à la difficulté de trouver des équivalences entre les grandes langues scientifiques, une normalisation s est mise en place, sans être encore aujourd hui complètement aboutie. Les définitions qui suivent sont celles qui sont adoptées par les normes ISO 12100, ISO 14121. Le danger d un agent chimique est défini par le type de dommage qu il peut causer. La directive française 98/24 définit le danger comme une « propriété intrinsèque d un agent chimique susceptible d avoir un effet nuisible ». Il est important de retenir que le danger est propre à l agent chimique, indépendamment de ses conditions d utilisation. Les dommages possibles sont très variés. La classification, et en particulier l étiquetage réglementaire, ne vise principalement qu à informer sur les dangers des produits chimiques.

I.2. Définition du risque chimique Le risque chimique est celui qu engendre l utilisation ou le contact avec un ou plusieurs produits chimiques. La directive française 98/24 le définit comme « la probabilité que le potentiel de nuisance soit atteint dans les conditions d utilisation et/ou d exposition ». En tant que tel, il peut être estimé pour situer son importance, ce risque peut prendre une forme progressive ou accidentelle. La première regroupe les atteintes lentes à la santé (irritation, cancer ), la seconde les effets soudains et rapides, soit par action directe, comme avec les intoxications aiguës, soit par action indirecte, en raison des propriétés physico- chimiques des produits (inflammabilité, explosivité ). Le risque d incendie ou d explosion en fait donc entièrement partie, alors qu il est souvent considéré à part dans certains ouvrages. Le risque chimique est souvent compris comme risque toxique, qui n en est en fait qu un aspect.

I.3. Caractéristique du risque chimique L apparition d un dommage, qu il soit de type accidentel ou de type chronique, suit un mécanisme que l on peut représenter par deux schémas, qui constituent une modélisation, sachant que la frontière entre ces deux types peut parfois être floue. Ces schémas ne font

Chapitre I : Théorie du risque chimique

jamais que reproduire les arbres des causes généraux des accidents et maladies observés sur le terrain.

Le mécanisme chronique part d une exposition, c est-à-dire un contact de la personne, avec un agent chimique par voie respiratoire, cutanée ou digestive. Cet agent peut être présent dans l environnement sous forme liquide, solide ou gazeuse, mais aussi sous forme de vapeurs, d aérosols, de poussières ou même de dépôts sur des surfaces, etc. Il n y a pas de phénomène aléatoire dans ce cas et l exposition est directement observable à partir du moment où l agent chimique est identifié. Le passage au dommage, en l occurrence une pathologie, se produit obligatoirement, mais après un certain temps, temps nécessaire pour qu une quantité d agent chimique soit absorbée par l organisme, suffisante pour générer une pathologie. Cette quantité est variable selon les paramètres d exposition et les facteurs personnels. Ce processus peut être représenté par le schéma suivant :

processus peut être représenté par le schéma suivant : Figure I.1 : Schéma du processus chronique.

Figure I.1 : Schéma du processus chronique.

Le mécanisme accidentel part d une situation dangereuse créée par la présence d une personne dans la zone où un agent chimique peut constituer une menace. Cette « zone de danger » n est pas toujours facile à délimiter ou même à imaginer, puisqu elle découle d une certaine conscience de risque. En particulier, elle n est pas directement visible tant que l on ne s est pas représenté quel événement dangereux pourrait survenir. Le passage au dommage, en l occurrence une lésion, ne se produira qu après survenue de cet événement, qui peut être un scénario complexe, partant d un événement déclencheur suivi d un enchaînement de faits conduisant à un dommage final. On retrouve en fait la logique de la construction d un arbre des causes, après un accident. Ce processus peut être représenté par le schéma suivant :

Chapitre I : Théorie du risque chimique

Chapitre I : Théorie du risque chimique Figure I.2 : Schéma du processus accidentel. Dans les

Figure I.2 : Schéma du processus accidentel.

Dans les deux processus, le dommage peut être finalement évité ou réduit après le déclenchement de l exposition ou de l événement dangereux, si certains facteurs matériels ou humains sont présents.

I.4. Facteurs de mécanisme chronique I.4.1. L exposition L exposition est définie comme le contact d une personne avec un agent chimique par voie respiratoire, cutanée ou digestive. Cette définition est largement admise aujourd hui dans le monde professionnel. Elle induit une conséquence évidente mais importante dans la pratique, c est qu il n y a pas d exposition en dehors de tout contact. Le contact en question est le contact des molécules de l agent chimique avec une partie quelconque du corps humain. Le premier cas de figure est le contact cutané. En dehors de circonstances accidentelles, il se limite en général, pour les liquides et les solides, aux mains et aux avant-bras. Mais cela peut s étendre au visage, voire à l ensemble de la tête, comme aux membres et au torse, pour peu que le travail soit très polluant et que la température ambiante conduise la personne à se dévêtir. L identification d une exposition cutanée doit tenir compte du fait que certains produits chimiques ne laissent ni dépôt visible ni sensation particulière sur la peau, ce qui peut conduire à ignorer, voire nier, toute exposition. Lorsque l agent chimique est volatil, sous forme de vapeurs ou de poussières fines, son contact avec le corps humain peut couvrir une large surface puisqu il peut passer au travers des vêtements. La transpiration peut aussi améliorer le contact, notamment pour les poussières. Les aérosols liquides réussissent encore mieux à se déposer sur la peau.

Chapitre I : Théorie du risque chimique

Le contact oculaire est un cas particulier en raison de la très grande sensibilité de la surface de l il, laquelle, par son humidité, facilite l adsorption des produits volatils. En processus chronique, le contact oculaire ne provient en général que de vapeurs et de poussières. À côté de la peau, ce sont les muqueuses qui peuvent entrer en contact avec les molécules d agents chimiques. Les plus exposées sont celles du système bucco-respiratoire, comprenant la bouche, les cavités nasales, la gorge et les voies respiratoires profondes, jusqu aux alvéoles pulmonaires. Pour que le contact soit possible, il faut que les molécules ou les particules soient transportées par l air inhalé. Sachant que, le débit respiratoire est compris entre 20 et 120 litres par minute, selon le niveau d activité physique. L exposition par voie respiratoire est au c ur de toute évaluation de risque chimique, car elle induit une grande vitesse de passage des substances en milieu sanguin. Pour situer le problème, un individu exposé à une pollution de 200 ppm de xylène en inhale 800 mg par heure. Les effets sur des organes cibles peuvent donc se manifester rapidement, ce qui n exclut pas des effets locaux, de l irritation à l ulcération, à tous les niveaux des voies respiratoires. La troisième voie habituellement évoquée est la voie digestive. En processus chronique, elle est présente surtout comme effet secondaire de la voie respiratoire, puisque toute déglutition en présence de vapeurs, poussières ou aérosols peut entraîner un agent chimique dans le système digestif. Elle est aussi envisageable dans des circonstances particulières :

manque d hygiène des mains, voire du visage, conduisant à des pollutions soit de nourriture, soit de la zone buccale au cours des repas ; consommation de tabac pouvant entraîner d une part une contamination buccale avec des mains souillées, d autre part des effets de toxicité aggravée par la pyrolyse dans la cigarette d agents chimiques présents dans l atmosphère.

I.4.2. Dommages Les dommages sur la santé humaine causés par des expositions chroniques sont très variés et dépendent évidemment de l agent chimique, mais aussi de la voie de pénétration. Ainsi, lorsqu il y a contact cutané ou oculaire, le premier type de dommage est local, c est-à- dire qu il se produit à la surface de la peau, de l il ou de la muqueuse touchée par le produit. Les effets possibles sont les suivants :

irritation ; dermite et dermatose ;

Chapitre I : Théorie du risque chimique

eczémas ;

ulcération ;

cancers. Ces effets peuvent être immédiats, comme l irritation, ou différés sur de longues périodes, comme le cancer. Hormis ce dernier cas, ils sont rapidement visibles et perceptibles et servent donc d alarme. Cependant, la peau présente toujours une perméabilité chimique qui permet aux agents de pénétrer dans son épaisseur, puis de passer dans la circulation sanguine.

Cette pénétration percutanée a une certaine cinétique qui dépend de nombreux facteurs, tels que les propriétés chimiques de l agent, sa concentration et sa température, la partie du corps touchée, l état de la peau et la réceptivité particulière de l individu. L inhalation d agents chimiques provoque aussi un contact avec les muqueuses de l appareil respiratoire supérieur qui conduit aux pathologies, mais plus spécifiquement des trachéites et des bronchites, éventuellement de l asthme. Sachant que les muqueuses sont beaucoup plus sensibles que la peau, à niveau de danger égal, les dommages sont plus graves. Ainsi, des inhalations de vapeurs corrosives, acides ou basiques, qui n auraient qu un effet modéré sur la peau, peuvent provoquer d abord de la toux, puis une insuffisance respiratoire, avec un risque d effets irréversibles.

.

I.4.3. Indice d exposition Outre par leur nature, les expositions diffèrent beaucoup par leur intensité, ce qui a une conséquence évidente sur la gravité des effets. L importance d un risque en général est

toujours liée à une combinaison de la probabilité et de la gravité du dommage. La probabilité

d apparition d une pathologie en cas d exposition chronique à un agent chimique est en fait

quasi totale, si le temps d exposition est suffisant, alors que sa gravité dépend principalement du niveau de danger de l agent chimique.

Mais il y a évidemment une influence réciproque de ces deux paramètres. En pratique, le facteur probabilité ne représente que le délai d apparition de la pathologie. Quand on parle

d apparition d une pathologie, on se réfère surtout aux symptômes, qui sont en général

postérieurs à la naissance de la pathologie. C est pourquoi la médecine du travail préconise

des examens et analyses spécifiques aux expositions présumées, dans le but d obtenir une

détection précoce des pathologies, en s appuyant en particulier sur les indicateurs biologiques.

L expérience et la théorie montrent que le délai d apparition d une pathologie d exposition est

en relation directe avec la dose reçue cumulée de l agent chimique. À dose reçue identique,

c est le niveau de danger de l agent chimique qui déterminera la gravité de la pathologie. Ce

Chapitre I : Théorie du risque chimique

principe nous fournit les deux paramètres fondamentaux de l estimation du risque d exposition chronique : dose cumulée et niveau de danger. La dose cumulée reçue est assez simple à concevoir ; elle est significative de l importance de l exposition, quelle que soit la voie de pénétration. En théorie, une dose reçue est le produit d une durée d exposition par un débit d absorption, supposé constant, d un agent chimique. Une durée cumulée est le produit d une durée d exposition élémentaire par la fréquence de cette exposition, toutes deux supposées aussi constantes. En réalité, les mécanismes d élimination font qu une exposition de deux heures n est pas équivalente à deux expositions d une heure, surtout si elles sont assez espacées. D autre part, ni les débits d absorption, ni les durées d exposition ne sont constants. Mais cette approximation ne remet pas en cause la validité de l estimation. Le débit d absorption est une fonction de la

concentration de l agent chimique, avec d autres facteurs physiques et biologiques. Dans le cas le plus simple, et le plus fréquent, de l exposition par inhalation, il est possible de relier l exposition à ces paramètres par la fonction :

Di = 0,06 * k * Tc * Ca * Dr

Di : dose inhalée pour une période donnée (en mg) ;

k : taux d absorption de l agent chimique ;

Tc

: durée cumulée d exposition pour la période (en heures) ;

Ca

: concentration atmosphérique au niveau des voies respiratoires (en mg/m3) ;

Dr

: débit respiratoire à considérer (en l/min).

En pratique, il ne serait pas réaliste de vouloir calculer une dose cumulée quotidienne, tant il y a de variables. Ainsi, même la concentration atmosphérique est assez difficile à déterminer, car elle varie dans le temps et l espace. La représentativité des prélèvements atmosphériques est d ailleurs un objet de débats classique dans ce domaine. Mais si le but de l estimation est strictement une comparaison, une grandeur relative est suffisante. Il suffit donc d utiliser une valeur théorique n utilisant que les deux variables les plus accessibles, durée (Tc) et concentration (Ca), pour classer les expositions par niveaux relatifs. D où l indice d exposition respiratoire quotidienne (Ierq) :

Ierq = Tc * Ca Cet indice n est valide que pour comparer, rappelons-le, des expositions respiratoires successives dans l espace ou dans le temps, quand on dispose des valeurs de la concentration atmosphérique. C est pourquoi il est préférable de se fixer un indice d exposition respiratoire (Ir) égal au produit durée cumulée (Tc) par un coefficient d exposition respiratoire (R) qui exprime la variable concentration atmosphérique en relatif, sur une échelle préétablie :

Chapitre I : Théorie du risque chimique

Ir = Tc * R Dans l estimation des expositions par voie cutanée, les variables influentes sont le taux d absorption, la durée cumulée, la surface de contact et la concentration du liquide ou du solide en produit actif. En réalité, seule la deuxième variable est accessible, car le taux d absorption, cutanée et percutanée, et la sensibilité des tissus sont largement dépendants de la localisation du contact sur le corps, de l état de la peau et plus encore de la lipo-solubilité du produit en question, pour ne citer que les principaux paramètres. C est pourquoi cette estimation ne peut être conduite qu avec l aide de personnes compétentes en la matière. Mais, même approximatif, un indice d exposition cutanée (Ic) est apte à classer relativement les expositions.

Ic = Tc * C

C : est un coefficient d exposition cutanée qui exprime l importance du contact, tous facteurs

confondus, pris sur une échelle similaire à celle de l exposition respiratoire. Une fois ces deux types d indices établis pour un ensemble d expositions, il suffit de les classer pour fixer des niveaux d expositions sur une échelle adéquate.

I.4.4. Estimation finale du risque d exposition chronique Il est possible de situer l importance relative d un risque d exposition à un agent chimique dès que l on dispose des quatre variables simples et relativement accessibles que sont :

le niveau de danger de l agent chimique ; la durée et la fréquence de l exposition ;

l intensité du contact, respiratoire ou cutané, avec l agent chimique, exprimée par les

coefficients d exposition R et C. Comment les combiner pour estimer le risque ? Il n y a pas de réponse unique, car le risque ne saurait être une fonction mathématique. Sachant qu il ne s agit que de classer les risques, il suffit d une fonction croissante avec les niveaux ou les valeurs des paramètres. Pour le niveau de danger, il existe le chiffre fixé par l INRS en fonction de la classification du produit. Pour la durée, la fréquence et parfois la concentration, des mesures sont possibles. Dans tous les cas, les coefficients R et C sont fixés par estimation avec une échelle. Les chiffres obtenus permettent alors d accéder aux indices d exposition Ir et Ic par les formules citées plus haut. Ces indices sont ensuite classés pour déterminer le niveau

d exposition sur l échelle choisie, qui peut aller de 3 échelons au minimum jusqu à 7, voire 10

si le nombre de risques le justifie.

Chapitre I : Théorie du risque chimique

En effet, pour éviter l accumulation de risques dans un même niveau, il faut

proportionner l échelle au nombre de risques étudiés. Signalons au passage que le choix du terme « niveau » plutôt que « classe » ou « cote », « catégorie », « indice », etc., permet de comprendre, sans confusion possible, que le plus important correspond au plus grand chiffre.

Il existe par contre beaucoup de classements inverses dans lesquels le 1 (voire le 0) signifie le

plus grave. Enfin, niveaux de danger et d exposition peuvent être à leur tour combinés avec une addition, une multiplication, voire des fonctions exponentielles ou polynomiales, selon ce qu auront décidé les personnes impliquées dans la démarche. Il est aussi possible d utiliser simplement une matrice de combinaison, telle que celle qui suit, limitée à trois niveaux :

Tableau I.1 : Matrice de combinaison de niveaux de danger et d exposition.

Niveau

de danger

élevé

moyen

faible

Niveau d exposition

faible

2

1

1

moyen

3

2

1

élevé

3

3

2

Les valeurs de 1 à 3 situent l importance du risque lié à l exposition. Ce tableau est

très important pour faire une bonne estimation comparée des risques d exposition, mais il constitue aussi un outil de prévention pour réduire l importance du risque en montrant qu il y

a deux paramètres sur lesquels on peut agir. Il permet en outre de corriger les approches plus

ou moins affectives qui privilégient toujours les dangers sur les expositions et qui conduisent

à prescrire les interdictions de substances avant d avoir examiné le problème des expositions.

Cette méthode comporte évidemment une certaine part d approximations qui peuvent faire douter de sa validité. La pratique démontre qu elle permet d atteindre l objectif d estimation, sa pertinence tenant à la logique qu elle apporte dans une démarche intuitive à défaut de méthode.

I.5. Facteurs de mécanisme accidentel I.5.1. Situation dangereuse La situation dangereuse est définie comme une localisation d une personne lui permettant de subir un dommage en cas d événement dangereux. Qui dit localisation dit

Chapitre I : Théorie du risque chimique

périmètre enfermant un espace que l on appelle zone dangereuse. Cet espace est forcément dépendant de l événement dangereux envisagé. Par exemple, il existe une possibilité de contact avec un liquide dangereux contenu dans une cuve de stockage, en cas de fuite soudaine de cette cuve ou de ses équipements immédiats, dans un périmètre déterminé par les points de chute les plus éloignés de cette fuite. Cette zone dangereuse est même perceptible intuitivement dans certaines situations. Qui n a jamais ressenti d appréhension en se trouvant au pied d une cuve de 50 m 3 d acide nitrique concentré ? Ou d un hydrogénateur sous haute pression en service ? D ailleurs, ce type de situation est généralement interdit. Plus généralement, une situation dangereuse est créée chaque fois qu il y a risque d écoulement, comme dans le stockage en hauteur, ou risque de projection, présent dès qu il y a pression. Ces deux cas sont d ailleurs liés. Il existe un autre type de situation dangereuse, plus subtil. Il s agit du risque créé par un défaut d information. C est le cas pour tout emballage non étiqueté, ou tout récipient ou organe dépourvu d une signalisation adéquate. Cette situation est en effet une porte ouverte aux erreurs humaines. En particulier certains accidents consécutifs à une réaction chimique intempestive, ou des intoxications par ingestion de produits dangereux, sont issus d une telle situation. S il existe une zone dangereuse, encore faut-il une présence humaine dans cette zone pour qu il y ait accident. Cette présence peut être permanente ou occasionnelle. Elle peut concerner une personne ou un groupe de personnes. Enfin, même si une personne est en zone dangereuse au moment du déclenchement de l événement, elle peut être hors d atteinte du champ d une projection par exemple. Ce sont autant de facteurs qui vont influer sur la probabilité du dommage, indépendamment de celle de l événement dangereux.

I.5.2.Événement dangereux L événement dangereux est défini comme un enchaînement de faits, partant d un déclencheur et aboutissant au dommage, suivant un scénario parfois complexe. La difficulté rencontrée est la capacité à envisager tous les événements dangereux possibles au niveau d un poste de travail. La liste de ces événements serait d ailleurs infinie si l on ne tient pas compte d une probabilité minimum de réalisation. Le terme d événement possible doit être compris comme relevant d une probabilité non négligeable. Le terme de négligeable est évidemment flou ; nous nous contenterons de l illustrer par l exemple du risque de chute d un avion sur un atelier. Ces risques n ont pas de probabilité nulle, mais si faible qu elle rend leur prévention irréaliste.

Chapitre I : Théorie du risque chimique

I.5.3. Estimation du risque accidentel L estimation du risque accidentel est une étape de l analyse encore plus indispensable que dans le processus chronique, en raison du nombre d événements dangereux que l on est amené à envisager. Elle s appuie toujours sur deux variables, la gravité et la probabilité du dommage, qui dépendent elles-mêmes de beaucoup de facteurs, différents selon la nature du dommage.

de facteurs, différents selon la nature du dommage. Niveau de gravité Les dommages peuvent se situer

Niveau de gravité Les dommages peuvent se situer sur une échelle de gravité assez classique quand ils sont corporels :

- Dommage réversible.

- Dommage irréversible avec incapacité légère.

- Dommage irréversible avec incapacité lourde.

- Décès. En effet, on peut observer que tout peut arriver dans un accident, de l absence totale de dommage jusqu au décès. Cela est dû au fait qu il existe un lien étroit entre la gravité et la probabilité, selon un courbe de variation classique, et l importance de risque dépend de position de ce courbe, comme nous montre la figure suivante.

position de ce courbe, comme nous montre la figure suivante. Figure I.3 : Courbes de risque

Figure I.3 : Courbes de risque d importances différentes.

Chapitre I : Théorie du risque chimique

Pour le risque lié à la réactivité, la gravité du dommage est à la fois fonction de la chaleur totale de réaction et du danger des substances volatiles formées, plus que de celui des réactifs, mais leur quantité est tout aussi influente sur cette gravité. Et souvent, la toxicité des substances formées est telle que le dommage le plus fréquent à considérer est le décès. Pour un risque d incendie/explosion, la gravité du dommage ne dépend plus du niveau de danger de l agent chimique, qui n est que le déclencheur, mais des circonstances et de l environnement présents à l instant du déclenchement. Ainsi la gravité du dommage sera fonction de la position de l individu par rapport à la source du phénomène, de son ampleur, du nombre d individus menacés, de la possibilité de projection d objets ou de produits chimiques, de celle d émanations massives, etc. La détermination d un niveau de gravité reste donc très intuitive, mais doit être guidée par la prise en compte des paramètres que l on vient d évoquer, surtout pour un classement relatif.

on vient d évoquer, surtout pour un classement relatif. Niveau de probabilité La survenance de l

Niveau de probabilité La survenance de l accident est essentiellement fonction du scénario, rappelons que ce scénario est un enchaînement de faits élémentaires, ayant chacun leur propre probabilité. La probabilité du dommage est donc une combinaison de toutes les probabilités intervenant à chaque étape.

I.6. Bibliographique Le risque chimique, Guy Gautret de la Moricière, Ed. Dunod, Paris, 2008.

Chapitre II : Risque d intoxication

Chapitre II :

Risque d intoxication

Chapitre II : Risque d intoxication

II.1. Introduction [1] Tout produit chimique qui, par un moyen quelconque, pénètre dans l organisme humain, possède à des degrés divers la faculté de perturber le fonctionnement normal de tel ou tel organe et ainsi porter atteinte à l intégrité et à la santé de l homme. C est le risque d intoxication qui se manifeste sous des formes variées et avec des conséquences très diverses. La bonne santé est la conséquence de l équilibre existant dans le fonctionnement normal des différentes parties du corps, et l introduction d une substance étrangère peut rompre cet équilibre et conduire à un dysfonctionnement susceptible d altérer temporairement ou définitivement la santé de l individu. Toute substance ou préparation présente donc un danger pour la santé, à des degrés divers. Celles qui agissent d une façon évidente sur la santé sont appelées substances et préparations dangereuses. On distingue neuf catégories de substances dangereuses pour l homme et une pour

l environnement. Très toxiques : substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée en très petites quantités, entraînent la mort ou des risques aigus ou chroniques. Toxiques : substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée en petites quantités, entraînent la mort ou des risques aigus ou chroniques. Nocives : substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peuvent entraîner la mort ou des risques aigus ou chroniques. Corrosives : substances et préparations qui, en contact avec des tissus vivants, peuvent exercer une action destructrice sur ces derniers. Irritantes : substances et préparations non corrosives qui, par contact immédiat, prolongé ou répété avec la peau ou les muqueuses, peuvent provoquer une réaction inflammatoire. Sensibilisantes : substances et préparations qui, par inhalation ou pénétration cutanée, peuvent donner lieu à une réaction d hypersensibilité telle qu une exposition ultérieure à la substance ou à la préparation produit des effets indésirables caractéristiques. Cancérogènes : substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peuvent produire le cancer ou en augmenter la fréquence. Mutagènes : substances ou préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peuvent produire des défauts génétiques héréditaires ou en augmenter la fréquence. Toxiques pour la reproduction : substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peuvent produire ou augmenter la fréquence des faits indésirables non héréditaires dans la progéniture ou porter atteinte aux fonctions ou capacités reproductives.

Chapitre II : Risque d intoxication

Dangereuses pour l environnement : substances et préparations qui, si elles entraient dans l environnement, présenteraient ou pourraient présenter un risque immédiat ou différé pour une ou plusieurs de ses composantes.

II.2. Processus d intoxication [2] Il se fait par phases successives :

arrivée du produit en contact avec l organisme ;

pénétration dans l organisme ;

transport par le sang ;

fixation sur les organes ;

action sur les organes et leur fonctionnement.

II.2.1. Arrivée du produit en contact avec l organisme Les substances et les préparations dangereuses entrent en contact avec le corps humain de la façon suivante :

les gaz et les vapeurs se diluent dans l air et arrivent au niveau du corps à l état plus ou

moins concentré. Ils peuvent pénétrer alors dans l organisme par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée.

les liquides émettent des vapeurs ; ces dernières atteignent le corps par dilution dans l air. À

l état liquide, il faut un contact direct, soit cutané (manipulation directe des produits avec les

doigts et les mains), soit buccal (ingestion orale). Une autre forme est l aérosol, formé de vésicules (très petites gouttelettes liquides) en suspension stable dans l air, formant un brouillard, obtenu généralement par pulvérisation, par forte agitation ou encore par chauffage du liquide ; l aérosol se comporte comme les gaz et les vapeurs.

les solides arrivent au niveau du corps, comme les liquides, par contact direct soit cutané,

soit buccal. Les rares solides qui émettent des vapeurs sont ramenés au premier cas. Les solides à l état très divisé (poussières fines) forment avec l air des aérosols stables qui, véhiculés par l air, arrivent au niveau des voies respiratoires, buccale et cutanée.

D une façon plus concrète, les gaz, les vapeurs et les aérosols (brouillards, poussières,

fumées) pénètrent dans le corps préférentiellement par la voie respiratoire ; les liquides et les

solides sont absorbés essentiellement par la voie cutanée et éventuellement par la voie orale.

Chapitre II : Risque d intoxication

II.2.1.1. Voies de pénétration Les substances et préparations dangereuses arrivent en contact puis pénètrent dans l organisme selon les trois voies suivantes.

Voie respiratoire Les produits gazeux (vapeurs et gaz), liquides (brouillards, fumées) ou solides (poussières, fumées) dilués dans Les produits gazeux (vapeurs et gaz), liquides (brouillards, fumées) ou solides (poussières, fumées) dilués dans l air respiré pénètrent dans l organisme par le nez ou la bouche, traversent les voies respiratoires supérieures (fosses nasales, pharynx, larynx), puis arrivent dans les poumons, au niveau des alvéoles pulmonaires où ils sont en contact avec les capillaires sanguins, là où se fait l échange vital : passage de l oxygène dans le sang. La totalité des polluants n atteint pas le sang ; une partie est rejetée à l extérieur par expiration. Si l essentiel des vapeurs et des gaz arrive au niveau des alvéoles pulmonaires, les vésicules liquides et les particules solides grossières (diamètre > 0,1 m) sont arrêtées par les voies respiratoires supérieures ; seules les particules et vésicules de petites dimensions, inférieures à 0,1 m peuvent atteindre les capillaires sanguins.

à 0,1 m peuvent atteindre les capillaires sanguins. Figure II.1 : Pénétration par voie respiratoire [3].

Figure II.1 : Pénétration par voie respiratoire [3].

Ceci explique l importance de l état de division (tailles des particules) sur le risque d intoxication, la toxicité augmentant lorsque la taille des particules ou des vésicules liquides diminue.

Voie cutanée La peau n est pas étanche, elle respire ; les pores de l épiderme permettent La peau n est pas étanche, elle respire ; les pores de l épiderme permettent le passage des gaz, des liquides et même des aérosols qui peuvent atteindre les capillaires sanguins et passer dans le sang.

Chapitre II : Risque d intoxication

L absorption des produits toxiques par la voie cutanée n est pas à négliger ; dans certains cas, elle est même très importante. De nombreux produits liquides, pâteux voire solides peu volatils pénètrent préférentiellement dans l organisme à travers la peau :

nombreuses résines, solvants lourds (hydrocarbures, cétones). De tels produits n émettent pratiquement pas de vapeurs, ce qui rend leur détection difficile car les prélèvements atmosphériques ne permettent pas de les déceler.

atmosphériques ne permettent pas de les déceler. Figure II.2 : Pénétration par voie cutanée [3]. Voie

Figure II.2 : Pénétration par voie cutanée [3].

Figure II.2 : Pénétration par voie cutanée [3]. Voie orale ou digestive C est une voie

Voie orale ou digestive C est une voie de pénétration plutôt accidentelle, relativement peu fréquente, mais dont les conséquences peuvent être graves car les quantités absorbées sont souvent très importantes.

car les quantités absorbées sont souvent très importantes. Figure II.3 : Pénétration par voie orale [3].

Figure II.3 : Pénétration par voie orale [3].

Chapitre II : Risque d intoxication

Les produits ingérés, liquides ou solides, en plus de leur action au niveau des muqueuses de la bouche, du pharynx et de l sophage, se retrouvent dans l estomac avant de passer dans le sang, au niveau des parois abdominales et intestinales. Les gaz, les vapeurs et les aérosols peuvent également pénétrer par voie buccale et atteindre le système digestif.

II.2.2. Passage des substances dans le sang C est essentiellement le sang qui transporte les différents polluants plus ou moins transformés (métabolisés) à travers le corps humain. Quelle que soit la voie de pénétration des substances dangereuses dans l organisme, ces dernières passent dans le sang au niveau des capillaires sanguins qui irriguent tant les alvéoles pulmonaires, que la peau (au niveau du derme supérieur) et les parois de l estomac et des intestins.

supérieur) et les parois de l estomac et des intestins. Figure II.4 : Passage dans le

Figure II.4 : Passage dans le sang au niveau des capillaires [3].

Les parois des capillaires (vaisseaux sanguins très fins, plus fins que les cheveux), semi-perméables, laissent traverser les molécules et les toutes petites particules. Ainsi, avec l oxygène de l air, les substances dangereuses, sous forme gazeuse ou d aérosols, traversent les parois et pénètrent dans le sang ; le gaz carbonique contenu dans le sang ainsi qu une partie des molécules dangereuses sont rejetés hors de l organisme.

II.2.3. Fixation des substances dangereuses sur les organes Le sang des capillaires contenant les substances dangereuses irrigue l ensemble des organes du corps ; les molécules et les particules dangereuses atteignent les organes où elles peuvent se fixer et en perturber le fonctionnement ou encore traverser ces organes sans y porter de modifications. Il existe deux possibilités au niveau des organes ;

Chapitre II : Risque d intoxication

Le produit toxique se fixe préférentiellement sur un ou plusieurs organes sans avoir subi de transformations chimiques. C est le cas notamment de la plupart des solvants qui se concentrent dans les tissus gras comme le système nerveux en perturbant son fonctionnement

; tous les solvants sont neurotoxiques (encéphalopathies, troubles et polynévrites).

Le produit toxique subit des transformations chimiques complexes appelées métabolismes et ce sont les substances ainsi formées (métabolites), souvent plus réactives, qui sont à l origine des perturbations du fonctionnement des organes. Ces métabolites sont à l origine de nombreuses maladies professionnelles. Les produits toxiques, métabolisés ou non, soit se fixent sur les organes, soit s éliminent dans les urines (reins), dans les fèces (intestins) ou dans l air expiré (poumons).

Métabolisme Les transformations chimiques de métabolisme sont des réactions complexes d oxydation enzymatique par l intermédiaire des oxydases présentes dans le foie. Les métabolites sont essentiellement des molécules oxydées ou plutôt la forme oxydée de la substance dangereuse absorbée. Ces réactions, qui ont lieu principalement au niveau du foie, sont très complexes et encore mal connues. Par exemple, le benzène, hydrocarbure jadis utilisé couramment comme solvant, est métabolisé au niveau du foie en phénol, produit très toxique et agressif qui se fixe préférentiellement sur la moelle osseuse, là où se fabriquent les globules sanguins (hématopoïèse). Le dysfonctionnement induit se traduit par une altération de ces globules et

l apparition des cancers du sang (leucémies) mortels, le benzolisme.

des cancers du sang (leucémies) mortels, le benzolisme. II.3. Intoxications et maladies professionnelles [4] Une

II.3. Intoxications et maladies professionnelles [4] Une fois au contact du corps, il y a lieu de distinguer deux situations différentes par leurs conséquences tant médicales que réglementaires, à savoir :

l intoxication accidentelle qui est considérée comme un accident du travail. l intoxication chronique qui aboutit aux pathologies professionnelles dont les maladies professionnelles.

II.3.1. Intoxication accidentelle Elle s explique par la présence massive de produits concentrés très réactifs, très agressifs, qui attaquent les cellules vivantes au point de contact, en les détruisant ou en les

Chapitre II : Risque d intoxication

dénaturants. En effet, ces substances ont la propriété soit de déshydrater les cellules des tissus, soit de réagir avec les protéines cellulaires. Cette destruction est rapide. La soudaineté fait que ce type d action est considéré comme un accident et réparé comme tel. Le contact de ces produits avec l organisme se fait suivant :

des projections de liquides agressifs et corrosifs sur la peau et les muqueuses. Ces produits détruisent d abord le film gras (sécrétion sébacée) qui recouvre l épiderme, avant de s attaquer aux cellules de ce dernier, d abord en surface, puis en profondeur jusqu au derme. Ce sont les brûlures chimiques dont la gravité dépend de la nature et de la concentration des produits ainsi que de la durée du contact. l inhalation des gaz, vapeurs et aérosols agressifs par les voies respiratoire et orale. Ce sont les muqueuses des voies respiratoires supérieures, de la bouche et du pharynx qui sont attaquées en premier. En cas d absorption massive de produits agressifs, les effets de destruction peuvent aller jusqu aux poumons et estomac, avec des dégâts importants et irréversibles (brûlures internes, dèmes pulmonaires, destructions des parois).

II.3.2. Pathologies professionnelles L intoxication chronique s explique par l absorption régulière de petites quantités de produits nocifs ou toxiques qui se fixent sur les différents organes et perturbent leur fonctionnement. Cette agression peut aller jusqu à la destruction totale, la mort (nécrose) du tissu cellulaire de l organe. L intoxication chronique s explique soit par l action directe du produit toxique sur l organe, soit le plus souvent par l action des métabolites formés, soit encore par les deux processus à la fois. L intoxication chronique conduit à des maladies appelées pathologies professionnelles (pour les distinguer des maladies professionnelles à caractère réglementaire). Les pathologies professionnelles se manifestent sous différentes formes, en fonction de la nature chimique, voire même du mode d absorption. Ainsi, l amiante est très toxique par absorption à travers les voies respiratoires ; par contre sa toxicité est nettement moindre s il pénètre par la voie digestive. En pratique, les pathologies sont repérables d abord par un certain nombre de symptômes. Les substances absorbées, quelle que soit la voie, sont soit éliminées comme telles, soit sous forme de métabolites. Il est donc théoriquement possible de détecter et de doser ces substances, appelées indicateurs biologiques, dans les différents milieux physiologiques, principalement le sang et les urines. C est le rôle de la bio-métrologie, qui est

Chapitre II : Risque d intoxication

fondamentale en surveillance médicale. En effet, un certain nombre d indicateurs biologiques ont des valeurs limites indicatives, dont un exemple bien connu est celui du plomb. Les mécanismes d élimination, lorsqu ils existent, font que l organisme peut s adapter à une absorption chronique, tant qu elle ne dépasse pas une dose critique. C est cette dose limite que tendent à exprimer les VLEP. L élimination se produit selon une certaine cinétique, liée à la substance comme au système récepteur. Cela signifie que lorsque l exposition cesse, la présence et les effets des substances absorbées cessent aussi après un délai variable. Notamment, le cycle jour-nuit permet d éliminer efficacement les effets de la plupart des expositions modérées quotidiennes. Cela n est évidemment pas le cas des substances qui ne s éliminent pas, ou très peu, sur des temps très longs. On parle alors de bioaccumulation, phénomène dont les substances minérales sont souvent responsables, le meilleur exemple étant le plomb. Il existe d ailleurs une phrase de risque pour indiquer cette propriété : R 33, « danger d effets cumulatifs ». La cinétique d élimination explique aussi pourquoi une exposition de deux heures est plus grave que deux expositions d une heure, séparées par trois heures, par exemple

II.4. Maladies professionnelles [4] Les pathologies qui répondent à un certain nombre de critères fixés par la réglementation sont appelées maladies professionnelles et leur réparation est prise en charge dans sa totalité par les caisses primaires d assurance maladie. Ces critères sont rassemblés dans les tableaux de maladies professionnelles.

II.5. Concentrations limites des substances toxiques dans l air [3] L absorption des substances toxiques contenues dans l air à travers la voie respiratoire, reste encore le mode de pénétration le plus courant des produits chimiques dans l organisme. En effet, de très nombreuses substances et préparations chimiques émettent dans l air, dès la température ambiante, et en quantités variables, des vapeurs qui se mélangent à l air et sont inhalés, une partie de la quantité de l air aspiré est rejetée par l expiration, l autre partie se retrouve au niveau des alvéoles pulmonaires et passe dans le sang. De même, les aérosols (poussières très fines, vésicules liquides, brouillards) qui restent en suspension dans l air peuvent pénétrer dans l organisme par la voie respiratoire. Par conséquent, l air qui se trouve à proximité d un produit chimique est plus ou moins pollué tant par les vapeurs que par les aérosols émis. L importance du risque est

Chapitre II : Risque d intoxication

également liée à celles des quantités absorbées, autrement dit aux concentrations des polluants dans l air ainsi que la durée de respiration de cet air. Les concentrations en substances dangereuses ayant une grande influence sur l importance des risques, les hygiénistes des différents pays industrialisés ont défini des valeurs limites, concentrations à ne pas dépasser, afin de ne pas nuire à la santé des travailleurs. Autrement dit, toute atmosphère dont la concentration en polluant chimique est supérieure à la valeur limite, présente un risque d intoxication certain ; si cette concentration reste inférieure à la valeur limite, alors il y a peu ou pas de danger. On admet donc une certaine pollution de l air inhalé, à condition qu elle reste faible et acceptable. Ces concentrations limites ont été déterminées empiriquement, en tenant compte de différentes données techniques, toxicologiques, cliniques, épidémiologiques, voire économiques. Elles ne peuvent être considérées comme des valeurs absolues et scientifiquement exactes ; d ailleurs elles évoluent en fonction des nouvelles connaissances acquises sur ces produits. C est la raison essentielle pour laquelle ces valeurs ont seulement un caractère indicatif et sont recommandées par les hygiénistes et les organismes officiels sans qu elles soient rendues obligatoires.

La notion de concentrations limites conformément aux directives européennes a subi plusieurs modifications, actuellement et, on parle de valeurs limites d exposition professionnelle (VLEP). On distingue :

des valeurs limites indicatives (VL), à caractère non obligatoire mais dont le respect est vivement conseillé. des valeurs limites réglementaires (VR), donc à caractère obligatoire. On distingue deux types de valeurs limites réglementaires indicatives :

les valeurs limites court terme (VLCT), qui correspondent aux anciennes valeurs limites d exposition (VLE), concentrations en polluants dans l air à ne pas dépasser pour une exposition inférieure à 15 minutes ; VLCT et VLE sont équivalentes. les valeurs limites pour une exposition de 8 heures, correspondant aux anciennes valeurs moyennes d exposition (VME) ; ces concentrations limites ne doivent pas être dépassées pour une exposition de 8 heures, soit la journée.

D une façon générale, ces VLEP sont données pour des substances pures, supposées seules présentes dans l air respiré. En pratique, l air des ateliers contient un grand nombre de polluants et l effet global reste encore mal connu ; une convention d additivité a été établie

Chapitre II : Risque d intoxication

mais elle est loin d être exacte. Globalement, le respect des VLEP est de nature à réduire le risque d intoxication à moyen et à long terme, sauf pour les produits cancérogènes pour lesquels des concentrations limites sont difficilement définissables.

II.6. Bibliographie [1]: Elkins, The Chemistry of Industrial Toxicology, Wiley, New York, 1963. [2]: Harris et Cralley, Patty s Industrial Hygiene and Toxicology, Wiley, NY, 1994. [3] : Google image, http://www.google.fr/image. [4]: Les Maladies professionnelles Régime général, Aide-mémoire TJ 19, INRS.

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

Chapitre III :

Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

III.1.Introduction

Repérer des risques consiste en fait à relever toutes les situations dangereuses et les expositions présentes aux postes de travail. Cela nécessite une observation attentive du travail des opérateurs et des équipements. En effet, on ne peut identifier un risque que pour un poste, une action, ou encore un geste précis. Le repérage est en fait une prise de conscience d un risque. Le risque est souvent tellement bien intégré dans les gestes du métier qu il faut d abord apprendre à le voir. Ainsi, pour les expositions, le contact avec le produit n est pas forcément perçu par les opérateurs, en particulier lorsque le produit n est pas visible, n a pas ou peu d odeur, n est pas irritant ou piquant. L absence de perception sensorielle conduit souvent à nier le contact. De même, une situation n est perçue comme dangereuse que si des accidents ou des incidents se sont déjà produits, que ce soit dans les mêmes lieux ou ailleurs, et dans la mesure où la mémoire collective les a conservés. Il faut donc une méthode pour repérer les risques pas à pas.

III.2. Analyse des risques [1] Il s agit en fait d élaborer une séquence listant toutes les actions ou phases successives, pour pouvoir ensuite repérer les risques présents pour chacune d elles. C est une analyse séquentielle de l activité. Il y a trois méthodes possibles pour la réaliser. Une première méthode consiste à suivre un opérateur tout au long de l exécution de ses différentes tâches. Il faut alors les lister, ainsi que les différentes phases qui les constituent, en observant longuement et en questionnant, car on oublie facilement les tâches rares, et des variantes peuvent exister selon les circonstances. C est pourquoi ce repérage doit se faire avec un groupe de travail constitué à cette occasion, dont l opérateur fait évidemment partie.

Une deuxième méthode consiste à prendre un procédé bien délimité, et à observer toutes les interventions d opérateurs à chaque phase de ce procédé. On entend par procédé un ensemble d opérations avec des produits, du matériel et un mode opératoire bien définis, qui vise à produire un produit ou une famille de produits, ou à utiliser une technique particulière. Le procédé peut d ailleurs être l ensemble délimitant l analyse. Généralement, un procédé fait intervenir plusieurs opérateurs et on peut trouver des phases opératoires identiques ou communes à plusieurs procédés. Une troisième méthode consiste à suivre un agent chimique tout au long de sa vie dans l entreprise, depuis son entrée jusqu à sa disparition ou son élimination, pour repérer toutes les situations de travail dans lesquelles il est présent. Cette méthode est souvent

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

considérée comme la plus difficile, mais elle est probablement la plus riche en informations méconnues, notamment sur les phases d arrivée dans l entreprise et celles de son élimination. Un produit donné peut être utilisé par plusieurs opérateurs, et dans plusieurs procédés. Cette méthode permet en outre de dresser un bilan matière de chaque produit, ce qui conduit généralement à des découvertes ou, du moins, à de fortes interrogations. C est un véritable outil de gestion, qui s avère très utile dans la prise en charge des problèmes d environnement.

III.3. Choix d une méthode de repérage des risques [2] Le choix de la méthode de repérage des risques se fait en fonction de l activité et de l organisation de l entreprise. Ainsi, dans les petites entreprises qui utilisent un nombre de produits relativement faible, l approche par l activité des personnes (poste de travail) est préférable. Lorsque l activité de l entreprise est relativement complexe et repose sur des procès, c est évidemment l approche procédé qui est préférable. La recherche des événements dangereux possibles pour un procédé s inscrit dans l ensemble des études de risques qui sont exigibles avant le démarrage de ce procédé. Depuis longtemps des méthodes ont été développées et normalisées dans ce but. Il existe deux types fondamentaux d analyses des risques. L une est appelée méthode déductive et l autre méthode inductive. Dans la première, le dommage final est présumé et les circonstances qui pourraient provoquer cet événement sont ensuite recherchées. Dans la méthode inductive, la défaillance d un élément est présumée. L analyse qui suit détermine les événements que cette défaillance pourrait provoquer. Les principales méthodes utilisées dans ce contexte sont ;

III.3.1. Analyse des modes de défaillances et de leurs effets (AMDE) L AMDE est une méthode inductive dont l objectif principal consiste à évaluer la fréquence et les conséquences de la défaillance d un élément, appelée « événement redouté ». Elle va donc jusqu à l estimation du risque.

III.3.2. Analyse préliminaire des risques (APR) L APR est une méthode générale utilisée au stade de la conception d un équipement, d une installation ou d un projet, en particulier dans l industrie chimique. Elle nécessite dans un premier temps d identifier les éléments dangereux, qui peuvent être des produits chimiques, des fluides, des équipements, des opérations. L APR cherche ensuite à identifier

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

toutes les situations dangereuses générées par ces éléments, en imaginant des enchaînements de faits, pour en déduire des mesures de prévention.

III.3.3. Méthode MOSAR (Méthode Organisée Systémique d Analyse des Risques) La méthode MOSAR est une démarche qui comporte dix étapes. Le système à analyser (procédé, installation, etc.) est considéré comme formé de sous-systèmes en interaction. Une grille est utilisée pour identifier les phénomènes dangereux, les situations dangereuses et les événements dangereux. L adéquation des mesures de sécurité est étudiée à l aide d une deuxième grille, puis

d une troisième grille prenant en compte leur interdépendance. Ceci conduit à la construction

de scénarios d accidents. Les scénarios sont classés, par consensus, dans une grille de gravité.

Une grille de correspondance, établie elle aussi par consensus, relie la grille de gravité aux objectifs à atteindre par les mesures de sécurité et spécifie le niveau de performance des mesures techniques et organisationnelles. Les mesures de sécurité sont alors intégrées aux arbres logiques et les risques résiduels sont analysés au travers d une grille d acceptabilité définie par consensus.

III.3.4. L arbre des défaillances (ADD) L ADD est une méthode déductive menée à partir d un événement jugé indésirable qui permet à son utilisateur de trouver tous les chemins critiques conduisant à cet événement. Les événements dangereux ou sommets sont tout d abord identifiés. On représente ensuite toutes les combinaisons de défaillances élémentaires qui pourraient se traduire par un événement indésirable sous la forme logique d un arbre des défaillances, similaire à l arbre des causes.

III.3.5. Méthode HAZOP (HAZard OPerability) Cette méthode a été conçue pour les risques liés au procès. Elle est donc bien adaptée à l industrie chimique, en particulier pour le risque de réaction incontrôlée. Son principe est de choisir un système, de lister tous ses paramètres influents et d examiner tous leurs écarts possibles. Les paramètres du système sont typiquement :

température ;

pression ;

concentration ;

Les écarts possibles de ces paramètres sont passés en revue à l aide de mots guides tels que :

trop de ;

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

pas assez de ; Ce qui génère des hypothèses telles que : température trop haute, pas assez de poids A, etc.

III.3.6. Méthode « Que se passe-t-il si » (« WHAT IF » Method) « Que se passe-t-il si » est une méthode inductive. Pour les procédés relativement simples. À chaque étape, on se demande ce qui se passe si tel dysfonctionnement se produit et on répond en décrivant les effets des défaillances de matériel ou des erreurs de procédure sur l apparition de dommages. Pour les procédés plus complexes, la méthode utilise une « check-list » pour balayer tous les dysfonctionnements et divise le travail de façon à confier l étude de certaines phases aux personnes qui ont la plus grande expérience ou habileté à évaluer ces aspects. Elle est assez voisine de la méthode HAZOP, mais exige une certaine compétence des personnes qui la pratiquent

Toutes ces méthodes sont utilisées pour repérer les risques en cas de dysfonctionnement. Pour des situations de travail « standard », le contact de l opérateur avec le produit chimique peut être soit visible, lorsque le produit est utilisé au niveau du poste de travail, ou invisible lorsque le produit contenu dans l atmosphère du travail, mais l exposition existe toujours. Pour estimer le risque engendré par cette exposition, on fait appel à d autres méthodes pour avoir une première opinion sur le risque existant dans ce poste du travail, et déterminer les moyens de prévention nécessaire à intégrer à ce poste. L une des principales méthodes adaptées par les entreprises des produits chimiques dans ce contexte, c est la méthode proposée par l INRS (institut français de la recherche de sécurité).

III.4. Exposé de la méthode INRS [3] Cette méthode, décrite pour la première fois en 2000, a évolué pour aboutir à la version 2005, sous la référence ND 2233-200, disponible sur le site de l INRS. Elle consiste à établir une hiérarchisation des risques chimiques, dans une entreprise ou un atelier. Elle distingue toutefois trois grands volets dans le risque chimique, qui sont à traiter séparément :

les volets santé, sécurité et environnement. En fait, le volet sécurité se limite au risque incendie/explosion. En outre, la méthode comporte deux grandes étapes. La première est un classement rapide établi à partir d un inventaire des produits pour obtenir une « hiérarchisation des risques potentiels ». La seconde étape est la véritable évaluation des risques, qui est déroulée en respectant les priorités définies à l étape précédente.

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

Comme dans la plupart des méthodes d évaluation du volet santé, le risque est considéré comme une combinaison du danger et d une exposition. Pour l INRS, le danger s évalue à partir des phrases de risque quand elles existent, mais aussi à partir des valeurs limites d exposition professionnelle (VLEP) quand les produits ne sont pas classés, bien que dangereux. C est le cas notamment des produits libérés par l activité, tels que les poussières, fumées et aérosols.

Lors de l étape d inventaire, les donnés collectées sur les produits chimiques sont les suivant :

Référence ou nom de produit.

Quantité utilisée (année, mois, ).

Fréquence d utilisation.

Informations sur les dangers issus de l étiquetage (pictogrammes, phrases de risque ). Informations issues de la fiche de données de sécurité (dangers, propriétés physico- chimique ).

L évaluation des risques consiste ensuite à déterminer : les classes de danger, les classes de quantité, les classes de fréquence d utilisation, et les classes d exposition potentielle. Ensuite la combinaison des valeurs des classes de chaque paramètre permet de calculer un score de risque potentiel, celui-ci fixe les priorités d évaluation de risque pour un atelier ou un post de travail.

évaluation de risque pour un atelier ou un post de travail. Figure III.1 : Evaluation de

Figure III.1 : Evaluation de risque chimique selon la méthode de l INRS.

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

III.4.1. Les classes de danger

La classe de danger est déterminée en priorité à partir des informations mentionnées

dans la fiche de données de sécurité (FDS) ou, à défaut, sur l étiquetage.

L attribution d une classe de danger à un produit repose sur les phrases de risque R, en

présence de plusieurs phrases de risque, c est la classe de danger la plus élevée qui sera

sélectionnée.

Tableau III.1 : Classes de danger en fonction des phrases de risque.

Classe de danger

Phrases de risque

Pictogramme

1

Aucune

Aucun

 

R36, R37, R38, R36/37, R36/38, R36/37/38, R37/38,

  R36, R37, R38, R36/37, R36/38, R36/37/38, R37/38,

2

R66

3

R20, R21, R22, R20/21, R20/22, R20/21/22, R21/22, R33, R34, R40, R42, R43, R42/43, R68/20, R68/21, R68/22, R68/20/21, R68/20/22, R68/21/22, R68/20/21/22, R48/20, R48/21, R48/22, R48/20/21, R48/20/22, R48/21/22, R48/20/21/22, R62, R63, R64, R65, R67, R68

R68/20/21/22, R48/20, R48/21, R48/22, R48/20/21, R48/20/22, R48/21/22, R48/20/21/22, R62, R63, R64, R65, R67, R68

4

R15/29, R23, R24, R25, R29, R31, R23/24, R23/25, R23/24/25, R24/25, R35, R39/23, R39/24, R39/25, R39/23/24, R39/23/25, R39/24/25, R39/23/24/25, R41, R45, R46, R48, R49, R48/23, R48/24, R48/25, R48/23/24, R48/23/25, R48/24/25, R48/23/24/25, R60, R61

R39/23/24/25, R41, R45, R46, R48, R49, R48/23, R48/24, R48/25, R48/23/24, R48/23/25, R48/24/25, R48/23/24/25, R60, R61

5

R26, R27, R28, R32, R26/27, R26/28, R26/27/28, R27/28, R39, R39/26, R39/27, R39/28, R39/26/27,

R39/26/28

5 R26, R27, R28, R32, R26/27, R26/28, R26/27/28, R27/28, R39, R39/26, R39/27, R39/28, R39/26/27, R39/26/28 Page

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

III.4.2. Les classes de quantité Pour établir les classes de quantité, il est indispensable de fixer en premier lieu le référentiel temporel de consommation approprié : quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel La détermination des classes de quantité s effectue sur la base du référentiel temporel utilisé, en prenant la quantité consommée (Qi) de l agent chimique considéré rapportée à la quantité de l agent le plus consommé (Qmax). Selon l approche souhaitée, ces classes peuvent être calculées par atelier et/ou pour la totalité de l entreprise. Tableau III.2 : Calcul des classes de quantité.

Classe de quantité

Qi/Qmax

1

< 1%

2

Entre 1% et 5%

3

Entre 5% et 12%

4

Entre 12% et 33%

5

Entre 33% et 100%

III.4.3. Les classes de fréquence d utilisation Pour déterminer les classes de fréquence d utilisation, le référentiel temporel doit être identique à celui retenu pour la détermination des classes de quantité : journalier, hebdomadaire, mensuel, annuel Les classes sont déterminées à partir du tableau suivant.

Tableau III.3 : détermination des classes de fréquence d utilisation.

Utilisation

Occasionnelle

Intermittente

Fréquente

Permanente

Jour

< 30 min < 2 h < 1 jour

30 - 120 min 2 - 8 h 1 - 6 jours

2 - 6 h 1 - 3 jours 6 - 15 jours

> 6 h > 3 jours > 15 jours

Semaine

Mois

Année

< 5 jours

15 jours - 2 mois

2 - 5 mois

> 5 mois

Classe

1

2

3

4

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

Classe 0 : L agent chimique n est plus utilisé.

III.4.4. Les classes d exposition potentielle Pour un agent chimique l exposition potentielle résulte de la combinaison des classes de quantité et de fréquence d utilisation. Généralement, plus la quantité et la fréquence d utilisation d un agent chimique sont élevées, plus la probabilité d exposition des salariés est importante. Les classes d exposition potentielle sont déterminées à l aide de la grille proposée au tableau suivant.

Tableau III.4 : Grille de détermination des classes d exposition potentielle.

Classe de

 

quantité

5

0

4

5

5

5

 

4

0

3

4

4

5

3

0

3

3

3

4

2

0

2

2

2

2

1

0

1

1

1

1

           

Classe de

0

1

2

3

4

fréquence

III.4.5. Détermination du score de risque potentiel Le risque potentiel résulte de la combinaison des classes de danger et de l exposition potentielle. Il traduit la probabilité d observer un risque, compte tenu des conditions générales d utilisation (quantité, fréquence) d un agent chimique dangereux.

La détermination du risque potentiel est menée à l aide de grille présentée au tableau III.5. Les scores sont additionnables afin de permettre la hiérarchisation de différentes entités entre elles.

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

Tableau III.5 : Grille de détermination du score de risque potentiel.

 

Classe

 

d

exposition

potentielle

 

5

100

1000

10000

100000

1000000

 
 

4

30

300

3000

30000

300000

 

3

10

100

1000

10000

100000

 

2

3

30

300

3000

30000

 

1

1

10

100

1000

10000

           

Classe de

1

2

3

4

5

danger

La priorité de prise en compte d un produit est déterminée à partir de grille décisionnelle présentée au tableau suivant.

Tableau III.6 : Caractéristique des priorités en fonction du score de risque potentiel par produit.

Score HRP/ produit

Priorité

10000

Forte

100 10000

Moyenne

< 100

Faible

Cette étape permet de classer les agents chimiques dangereux et de déterminer le groupe des produits nécessitant une évaluation prioritaire et approfondie du risque chimique. En cas de scores égaux, la priorité sera donnée à l agent chimique dont la classe de danger est la plus élevée.

Chapitre III : Outils d analyse et d évaluation des risques chimiques

III.5. Bibliographie [1] : Jacques TONNER, guide de prévention du risque chimique, CRA : Caisse Régionale d Assurance Maladie d'Ile-de-France, 2003. [2] : Le risque chimique, Guy Gautret de la Moricière, Ed. Dunod, Paris, 2008. [3] : Méthodologie d évaluation simplifie du risque chimique, INRS, 2005.

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

Chapitre IV :

Le forage et les fluides de forage

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.1. Introduction [1] Le forage pétrolier est l'ensemble des opérations permettant d'atteindre les roches poreuses et perméables du sous-sol, susceptibles de contenir des hydrocarbures liquides ou gazeux. L'implantation d'un forage pétrolier est décidée à la suite des études géologiques et géophysiques effectuées sur un bassin sédimentaire. Ces études permettent de se faire une idée de la constitution du sous-sol et des possibilités de gisements, mais elles ne peuvent préciser ou non la présence d'hydrocarbures. Seuls les forages pourront confirmer les hypothèses faites et mettre en évidence la nature des fluides contenus dans les roches. L'incertitude quant à la nature des fluides piégés dans le sous-sol et la complexité des dépôts sédimentaires expliquent le nombre encore élevé de forages d'exploration négatifs (un sondage d'exploration productif pour une dizaine négatifs) et la part importante des forages dans le coût de la recherche.

Les objectifs des forages pétroliers sont donc toujours les mêmes :

- atteindre la profondeur souhaitée par les géologues

- avoir la possibilité de tester ou de mettre en production le réservoir.

IV.2. Description de l activité de forage [1] Le forage est un trou effectué par un outil animé d'un mouvement de rotation. L'outil de forage ou trépan est généralement formé de trois molettes en acier très résistant qui, en roulant sur les roches, par des percussions multiples et rapides, les désagrège. L'outil est fixé à l'extrémité inférieure d'une colonne de tiges cylindriques creuses vissées les unes au bout des autres. A la partie supérieure, l'élément de surface qui est suspendu au derrick par un moufle, est de section carrée, c'est la tige carrée. C'est par l'intermédiaire de cette tige que le train de tiges reçoit son mouvement de rotation; pour cela, il traverse une table appelée table de rotation et dans laquelle il peut coulisser librement. Dans les nouvelles installations, l ensemble de la tige carré, et la table de rotation est remplacé par un équipement qui en plus d assurer la rotation de la garniture de forage, comporte plusieurs autres options comme l injection de la boue, c est le top drive.

Au fur et à mesure que le trépan entame la roche au fond du trou, on laisse descendre le train de tiges en agissant sur le frein du tambour du treuil. Un appareil enregistre en permanence la tension s'exerçant sur le câble, ce qui permet, connaissant le poids des tiges, de

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

régler à chaque instant le poids appliqué sur l'outil. Grâce à la tête d'injection, on peut injecter la boue de forage à l'intérieur des tiges.

Cette boue descend à l'intérieur du train de tiges et débouche de l'outil par des trous aménagés dans le corps même de l'outil. Cette boue va refroidir et lubrifier l'outil .Elle va également, en remontant, entraîner avec elle par l'espace compris entre l'extérieur des tiges et la paroi du trou les débris de roche broyée. Ces débris sont évacués en surface sur des tamis vibrants; la boue ainsi libérée de ces débris revient vers des bassins à boue et sera de nouveau injectée à l'intérieur des tiges. La boue fait ainsi un cycle fermé.

Cette boue servira pour maintenir une certaine pression sur les parois du trou pour éviter les éboulements et une certaine pression au fond du trou pour contrebalancer la pression du gisement en cas de découverte.

Les débris qui remontent sont en permanence examinés par le géologue de chantier qui aura ainsi une indication sur la nature des terrains traversés et sur leur épaisseur. Si des indices pétroliers sont détectés par le géologue il sera alors nécessaire d'effectuer un prélèvement du réservoir traversé à l'aide d'une fraise à diamants mise à la place de l'outil de forage qui, n'attaquant la roche que sur sa périphérie laisse intacte la partie centrale appelée carotte.

Au fur et à mesure de l'avancement du forage on descend des tubes vissés les uns aux autres pour éviter les éboulements. Pour assurer une protection vraiment étanche, le tubage est complété par une cimentation qui consiste à injecter du ciment liquide sous pression, par la base du tubage, pour remplir l'espace entre les tubes et le trou.

Chapitre IV : Le forage et l es fluides de forage

Chapitre IV : Le forage et l es fluides de forage Figure IV.1 IV.3. Les fluides

Figure IV.1

IV.3. Les fluides de forage

: Schéma descriptif de l activité de forage [2 ].

IV.3.1. Historique [3] L utilisation de la b oue pendant le forage est passée par toute

travers plusieurs périodes, o u la première fois était au Texas, par le c apitaine Lucas. Sa

histoire peut être résumée com me suit :

une progression à

étaient constitués

essentiellement d eau et aucune importance n était attachée à ces fl uides. De 1901 à 1928 «péri ode empirique » : dans cette période on n a ttache d importance qu à la densité (mesu rée par pesée directe à l aide d une balan ce ordinaire), à la viscosité (appréciée vi suellement). De 1928 à 1955 « période expérimentale » : dans cette ph ase de nombreux chercheurs se penchèr ent sur l étude expérimentale des fluides de f orage et les progrès deviennent très vite co nsidérables, cette période fut marquée par :

Avant 1901 «pério de artisanale » : Les fluides de forage

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

- En 1929, la bentonite fut utilisée pour augmenter la viscosité et le phosphate pour la

diminuer.

- En 1930, l apparition des viscosimètres Marsh et Stormer.

- En 1935, la boue à base d huile a été utilisée pour la première fois.

- En 1936, l attapulgite était utilisée pour augmenter la viscosité de la boue salée.

- En 1945, l apparition du viscosimètre Fann qui mesure les caractéristiques rhéologiques des boues de forage. A partir de 1955 «période technique » : Les progrès sont devenus très rapides et les produits dont on dispose actuellement permettent de faire face à peu près à tous les problèmes.

IV.3.2. Choix, caractéristique, et rôle [4] Le fluide de forage, appelé aussi boue de forage, est un système composé de différents constituants liquides (eau, huile) et/ou gazeux (air ou gaz naturel) contenant en suspension d'autres additifs solides minéraux et/ou organiques (argiles, polymères, tensioactifs, déblais, ciments, ) Le choix du type et des caractéristiques de la boue conditionnent la vitesse d avancement instantanée du forage par sa capacité de nettoyage du font de puits. D autre part, une pression de fond, créée par le fluide de forage, supérieure à la pression de formation est toujours néfaste pour les performances. Aussi, l ajustement optimale des paramètres de la boue joue un rôle important, en terme de ;

IV.3.2.1. Densité C est par la loi d Archimède, c est-à-dire « la flottabilité » des déblais que le paramètre densité a une influence vis-à-vis de la remontée des déblais. Mais on ne modifier pas ce paramètre dans le but d améliorer ce rôle.

IV.3.2.2. Viscosité La vitesse de remontée du déblai peut être considérée comme la différence entre la vitesse du fluide de forage dans l annulaire et la vitesse de sédimentation des déblais. Cette vitesse de sédimentation est fonction de la taille, de la forme, de la masse des particules, de la rhéologie du fluide et plus particulièrement de sa viscosité. Une valeur de viscosité minimale sera nécessaire pour faire coïncider au mieux la vitesse de la boue par rapport à la vitesse de remontée des déblais.

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.3.2.3. Caractère thixotrope Pour permettre les ajouts de tige de forage, il faut stopper la circulation du fluide de forage. Pendant ce temps, les déblais en cours de remontée dans l annulaire ne sont plus soumis au courant ascensionnel et peuvent sédimenter. C est le caractère thixotrope du fluide de forage qui retient les déblais en suspension, par sa gélification lorsqu il n est plus en mouvement. Pratiquement tous les fluides visqueux sont thixotrope.

IV.3.2.4. Refroidissement et anti-fiction La circulation du fluide de forage joue le rôle de liquide de refroidissement, l échangeur étant les bacs de surface du quartier boue. D autre part, le fluide de forage diminue le coefficient de frottement entre la garniture de forage, et la paroi de puits. On améliore cette fonction par l addition des tensioactifs spéciaux.

IV.3.2.5. Filtrat La filtration dans les formations perméables de la phase liquide de la boue de forage, dépose un film de particules colloïdales sur les parois de trou. Ce film est appelé cake, ce cake consolidé par des produits spécifiques dits réducteurs de filtrat isole les formations perméables de trou foré, et permet des hauteurs de découvert plus importantes en limitant la déstabilisation des terrains.

IV.3.2.6. Pression hydrostatique Le fluide de forage exerce une pression hydrostatique P h = 9,81.Z.d (en kPa). Si cette pression reste supérieure à la pression des fluides de formations, il n y aura pas de venues dans le puits. La boue de forage est considérée comme le premier obturateur permettant de contrôler les pressions du fond du puits. Après avoir cité les principaux rôles résultent de quelques paramètres de la boue, il apparait nécessaire de rappeler que tous les autres paramètres non mentionnés jouent aussi d une part ou d autre un rôle dans; la stabilisation, l aspect, et les applications particuliers (forage dirigé, carottage, ).

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.3.3. Les principaux produits de la boue de forage [4] IV.3.3.1. Produits viscosifiant

Dénomination

Rôle secondaire

Domaine d utilisation

Argile pour eau douce

Lit filtrant efficace

Boues douces, teneur

(bentonite)

en Cl - < 25 g/l

Argile pour eau salée

Boues salées

(attapulgite)

Biopolymère

Fluidification au cisaillement

Boues à faible teneur en

solides, à faible densité

IV.3.3.2. Produits réducteur de filtrat

Dénomination

Rôle secondaire

Domaine d utilisation

Amidon

Viscosifiant

Boues salées saturées

température < 150 °C

CMC technique

Teneur en Ca ++ < 500 mg/l

Basse viscosité

Léger viscosifiant

Et

Haute viscosité

Fort viscosifiant

Teneur en Cl - < 30 g/l

CMC raffiné

Teneur en Ca ++ > 500 mg/l

Basse viscosité

Léger viscosifiant

Et

Haute viscosité

Fort viscosifiant

Teneur en Cl - > 30 g/l

Polymère polyanionique

Viscosifiant, stabilisation

des argiles

Boues à eau de mer

Huile émulsionnée

Lubrification

Boues émulsionnées

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.3.3.3. Produits fluidifiant

Dénomination

Rôle secondaire

Domaine d utilisation

Tanin

Boues douces

Teneur en Ca ++ <300 mg/l

Teneur en Cl - < g/l

FCL (lignosulfonate de fer et

de chrome)

Réducteur de filtrat

Inhibiteur de gonflement des

argiles à concentration plus

élevée

Boues douces salées

Boues au FCL pH > 9

Température < 200 °C

LC (lignites ou lignites

Renforcent l action des FCL

chromées)

Température élevées

IV.3.3.4. Contrôle de pH NaOH (soude) : En plus de contrôler et de maintenir le pH de la boue à base d eau constant, il permet la précipitation de calcium, et donc l augmentation du rendement des argiles.

IV.3.3.5. Précipitation de calcium Na 2 CO 3 : augmentation du rendement des argiles.

IV.3.3.6. Produits alourdissants Baryte (BaSO 4 ) : densité moyenne 4,3. Hématite (Fe 2 O 3 ) : 4,9 < d < 5,3 Sidérite (FeCO 3 ) : 3,7 < d < 3,9. Alourdissant soluble dans l acide chlorhydrique, donc utilisé principalement dans les fluides de complétion. Galène (PbS) : 6,7 < d < 7. Alourdissant pour des situations spéciales. Carbonate de calcium (CaCO 3 ) : 2,6 < d < 2,8. Pour les fluides de faibles densités et pouvant être acidifiés.

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.3.3.7. Produits colmatants Ces matériaux sont utilisés pour colmater les zones perméables. Il y en existe de plusieurs types :

Colmatants granuleux : produits durs et calibrés en coquilles de noix, noyaux d abricot, cerise, olive, Colmatants fibreux : destinés à tramer entre les colmatants granuleux, fibres de bois, de canne à sucre, cellulosiques, . Colmatants lamellaires : pour un recouvrement des précédents colmatants, déchets de cellophane, mica,

IV.4. Types de fluides de forage [4]

IV.4.1. Boues à base d eau

IV.4.1.1. Boue bentonitique simple

Composition

Caractéristiques

Stabilité aux

Domaine

moyenne (/m 3 )

contaminants

d

utilisation

Bentonite : 40-60 kg

CMC : 0-5 kg

Densité initiale

faible: 1,03 à 1,05

Faible

Boue de démarrage

Peu de problèmes de

contamination

IV.4.1.2. Boue bentonitique aux extraits tannants

Composition

Caractéristiques

Stabilité aux

Domaine

moyenne (/m 3 )

contaminants

d

utilisation

Bentonite : 40-60 kg

pH < 11

Moyenne

Profondeur < 3000 m

Tanin : 2-4 kg

Filtrat : 2 à 4 cm 3

Ca ++ < 300 mg/l

Zones à faibles

CMC : 1-5 kg

Cl - < 20 g/l

contaminations

Soude : 0,5-1 kg

(gypse, anhydrite,

argiles)

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.4.1.3. Boue bentonitique au FCL/CL

Composition

Caractéristiques

Stabilité aux

Domaine

moyenne (/m 3 )

contaminants

d

utilisation

Bentonite : 50-60 kg

pH > 9

Bonne

Profondeur :

FCL: 20-40 kg

Bonne résistance en

Cl - de 50 à 70 g/l

5000 à 6000 m

Soude : 2-4 kg

température 200 °C

Large domaine

CMC : 0,5 kg

d utilisation : réglage

Plus éventuellement

des concentrations en

LC : 10-20 kg

fonction des

problèmes de

contamination

(gypse, anhydrite,

argile)

IV.4.1.4. Boue au gypse

Composition

Caractéristiques

Stabilité aux

Domaine

moyenne (/m 3 )

contaminants

d

utilisation

Bentonite : 50-70 kg

pH < 9

Bonne

Horizons gypse ou

FCL: 12-15 kg

Bonne résistance en

Cl - de 60 à 70 g/l

anhydrite

Soude : 3-4 kg

température 200 °C

Horizons argileux

CMC : 5-10 kg

Horizons faiblement

Eventuellement LC

salifères

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.4.1.5. Boue salée saturée aux amincissants minéraux

Composition

Caractéristiques

Stabilité aux

Domaine

moyenne (/m 3 )

contaminants

d

utilisation

Sel : 300 kg

d > 1,20

Bonne par rapport au

Horizons salifères

Argile : 50 kg

Résistance moyenne

gypse et anhydrite

Zones argileuses peu

(boues salées)

en température 130 à

Moyenne par rapport

ou moyenne ment

Amidon : 30-40 kg

140 °C

à l argile

dispersantes

Chaux : 0-10 kg

IV.4.1.6. Boue salée saturée aux amincissants organiques

Composition

Caractéristiques

Domaine

moyenne (/m 3 )

d

utilisation

Sel : 350 kg

d > 1,20

Horizons salifères

Argile : 50 kg

Corrosive

Zones argileuses

Amidon : 20-30 kg

IV.4.1.7. Boue à l eau émulsionnée

Composition

moyenne (/m 3 )

Caractéristiques

Domaine d utilisation

Boue à l eau + 5 à

10% d huile

Diminution de filtrat

Pouvoir lubrifiant

Augmentation de la

tenue des marnes

Diminution de

frottement

Diminution des risques

de coincement

Chapitre IV : Le forage et les fluides de forage

IV.4.1.8. Boue à l eau de mer

Composition moyenne

Caractéristiques

Domaine d utilisation

(/m 3 )

Bentonite : 75-100 kg

d = 1,10 à 1,15

Offshore pour :

Argile : 30-80 kg

pH = 9,5 à 10,5