Quand les Chinois modifient le génome humain

Anne-Laure Debaecker, Le Figaro, 24.04.2015

Le docteur Alexandra Henrion-Caude est directrice de recherche à l'inserm à l'institut imagine
de l'hôpital Necker et a publié de nombreuses publications scientifiques internationales.
FIGAROVOX. - Des scientifiques chinois ont fait savoir, dans une publication paru
dans le journal Protein & Cell, avoir tenté de modifier le génome d'embryons humains.
Comment cette équipe a-t-elle procédé?
Alexandra Henrion-Caude. - L'équipe du Dr Huang, de Sun Yat-sen University à
Guangzhou en Chine, aurait eu recours à des embryons humains récupérés dans des cliniques de
procréation assistée, choisis pour leur «non viabilité» dits «tripronucléaire» (dus à une mauvaise
gestion de noyaux), afin de tester sur eux une technique qui joue le rôle de fins ciseaux pour
couper le génome et remplacer une séquence déficiente choisie. Tout se passe in vitro et une fois
de plus, l'embryon humain est remisé au rang d'un matériel de laboratoire quelconque car les
conséquences de la technique utilisée dite de CRISPR-Cas9, sont encore mal comprises.
Cette technique est récente car elle ne date que de 2012. Le CRISPR sont des séquences
d'ADN qui se se répètent et ont été découvertes dès 1987. En 2007, on s'est rendu compte que ce
système permettait une immunité adaptative. Son association avec l'enzyme Cas9, destinée à
défaire de l'ADN étranger -comme ceux de bactériophages- permet de découper et changer de
l'ADN.
C'est un outil formidable dans notre travail, qui nous permet de comprendre à quoi
servent les différentes parties de l'ADN. Sa grande souplesse et son utilisation aisée permet de
modifier très facilement un gène, c'est pourquoi cette technologie est très largement utilisée.
La nouveauté apportée par la publication de l'équipe du Dr Huang réside en son application sur
des embryons humains.
Quelles sont les conséquences de cette pratique?
L'expérience de l'équipe chinoise avait pour but de tester la faisabilité du système sur des
embryons humains. Le résultat obtenu se trouve entre la réussite et l'échec: ces embryons ainsi
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avec une faible efficacité. À partir du moment où l'on procède à une modification génétique. en particulier dans la revue Nature. partiellement corrigés mais avec de nombreuses mutations. Celui-ci permet de comprendre que chaque partie du génome porte plusieurs informations. ce que nous sommes. L'échec de l'utilisation de cette technique sur l'embryon montre qu'on ne la maitrise pas suffisamment. récemment. sans que l'on comprenne ni leurs origines. pour limiter ces interventions génétiques craignant les effets non maitrisés sur les générations futures. qui fait que certaines parties du génome se verrouillent pour que l'on ne puisse utiliser toutes ses informations et inversement. est la résultante d'une interaction entre notre génome (notre génotype) et ce qui nous entoure (notre environnement). 2 . Celle selon laquelle. Mais ces modifications peuvent constituer une approche thérapeutique. on a pensé que l'on ne touchait qu'à celle que l'on connaissait. Les auteurs de la publication ont ainsi précisé que certains journaux auraient refusé de les publier pour des raisons éthiques. Une nouvelle avancée a fait découvrir l'ADN «non codant». Pendant longtemps. comme l'atteste les nombreuses mutations qui sont apparues. Pour l'embryon en développement s'y rajoute une forte interaction avec l'environnement. cela va modifier l'information A mais aussi probablement B. En effet. Le recours aux modifications génétiques constitue cependant une menace pour les individus concernés car il omet une des notions fondatrices en génétique. notre «phénotype». Donc quand on change un gène. qui est utilisée pour soigner diverses pathologies. la thérapie génique. Les modifications génétiques sont-elles donc une menace ou peuvent-elles être un bienfait en empêchant certaines maladies? Il n'est pas neutre de produire des modifications génétiques. C… Toutes Les informations qui sont portées par ce segment. Cette transgression n'a pas suscité l'approbation unanime de la communauté scientifique qui a réagi vivement. des scientifiques encouragés par des personnalités non scientifiques étaient intervenus. des organismes génétiquement modifiés ou chez l'homme à des visées thérapeutiques. ni qu'on sache les expliquer. et qui ont été retrouvées dans le génome de ces embryons.modifiés ont pu être. on touche à de très nombreuses informations. que ce soit dans des plantes. qui n'étaient pas anticipées.

. une régression pour notre humanité. S'achemine-t-on vers une société de «bébés à la carte»? Nous sommes entrés depuis bien longtemps dans une société de «bébés à la carte» depuis leur conception jusqu'à leur développement. permettant d'évaluer si cette matérialisation des bébés en «biens» représente un progrès ou comme je le crains. 3 ..Cette contribution de l'environnement est trop souvent laissée de côté dans nos considérations scientifiques car c'est une contribution que nous ne parvenons pas à maitriser. De fait. au niveau de chaque pays. Pourtant elle est bien réelle à l'échelle d'un individu. il serait grand temps de mener une réflexion anthropologique.

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