Vous êtes sur la page 1sur 28

SÉMINAIRE

LE CONTRAT
FORMATION – VALIDITÉ

Lecture des décisions suivantes, qui seront discutées


durant le séminaire.
CONTRAT ET ENGAGEMENT MORAL

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 23 janvier 2007
N° de pourvoi: 05-13189
Publié au bulletin Rejet

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Donne acte aux sociétés Camaieu SA et Camaieu International de ce qu'elles se sont désistées
de leur pourvoi en tant qu'il était formé contre la société Montrico ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 12 janvier 2005), qu'à la suite d'un premier litige de
contrefaçon qui avait opposé la société de prêt à porter Créations Nelson à ses concurrentes,
les sociétés Camaieu SA et Camaieu International, les trois sociétés ont, le 19 novembre 2001,
conclu un accord transactionnel aux termes duquel la société Camaieu International prenait
notamment "l'engagement en tant que de besoin, de ne pas copier les produits commercialisés
par Créations Nelson, sous la marque Comptoir des cotonniers ou tout autre marque qu'elle
commercialise", en précisant "que l'engagement visé au paragraphe précédent constitue un
engagement exclusivement moral dont tout éventuel manquement ne saurait être considéré
comme une inexécution des termes du présent protocole" ; qu'un autre litige de même nature
étant néanmoins né quelques semaines plus tard entre les mêmes, la société Créations Nelson
a demandé judiciairement de constater que les sociétés Camaieu SA et Camaieu International
avaient contrefait ses modèles de pulls ou tee-shirts, dénommés "Badi", "Danloux" et "Drap"
et sollicité la réparation de son dommage en fondant subsidiairement son action indemnitaire,
pour le cas où la contrefaçon alléguée ne serait pas retenue, sur la violation de l'engagement
souscrit par la société Camaieu International ; qu'après avoir rejeté l'exception d'irrecevabilité
soulevée par la société Camaieu SA, la cour d'appel a dit que le produit "Mésange" des
sociétés Camaieu SA et Camaieu International constituait une contrefaçon du modèle "Drap",
qu'en revanche le produit "Danloux" n'était pas susceptible de protection en l'absence de
nouveauté et d'originalité, mais que la société Créations Nelson était néanmoins recevable, sur
le fondement de l'engagement souscrit le 19 novembre 2001, à reprocher aux sociétés
Camaieu SA et Camaieu International d'avoir commercialisé le modèle "Glace", reproduisant
le modèle "Danloux", en cherchant de surcroît à créer, par association aux contrefaçons du
modèle "Drap", l'effet d'une gamme sous forme de déclinaison de modèles ;
Sur le premier moyen :
Attendu que les sociétés Camaieu SA et Camaieu International font grief à l'arrêt d'avoir
rejeté l'exception d'irrecevabilité soulevée par la société Camaieu SA, alors, selon le moyen :
1°/ que l'engagement, au demeurant purement moral, de ne pas copier les produits
commercialisés par la société Créations Nelson n'a été souscrit au terme du protocole litigieux
que par la société Camaieu International et non par la société Camaieu SA ; d'où il suit que la
cour d'appel, qui justifie l'intérêt que la société Créations Nelson aurait à agir contre la société
Camaieu SA par la seule considération que l'action de la société Créations Nelson était
fondée, à titre subsidiaire, sur la violation du protocole d'accord du 19 novembre 2001,
dénature en violation de l'article 1134 du code civil les termes clairs et précis de cet accord ;
2°/ qu'en statuant ainsi, la cour d'appel qui ne justifie pas, par des motifs pertinents et
opérants, la recevabilité de l'action exercée par la société Créations Nelson contre la société
Camaieu SA, dont l'arrêt constate par ailleurs qu'elle n'exerçait aucune activité commerciale
ni ne jouait aucun rôle dans la fabrication et la commercialisation des modèles, viole les
articles 31, 122 et 123 du nouveau code procédure civile ;
Mais attendu qu'ayant relevé que la société Créations Nelson fondait subsidiairement son
action indemnitaire sur une violation du protocole d'accord du 19 novembre 2001 dont la
société Camaieu SA avait été signataire, la cour d'appel, qui n'a ni dénaturé les termes clairs et
précis de cet accord ni violé les textes évoqués par la seconde branche, a, abstraction faite du
bien ou du mal-fondé de la prétention, souverainement apprécié que cette société justifiait
bien d'un intérêt direct et personnel à agir contre la société Camaieu SA ; que le moyen n'est
pas fondé ;
Sur le second moyen :
Attendu que les sociétés Camaieu SA et Camaieu International font encore grief à l'arrêt de
les avoir condamnées in solidum à réparer le préjudice subi par la société Créations Nelson,
alors, selon le moyen :
1°/ qu'un engagement purement moral ne peut juridiquement être sanctionné ; qu'en l'espèce,
si la société Camaieu International avait déclaré dans le protocole litigieux s'engager "à ne pas
copier" les produits commercialisés par la société Créations Nelson, il était précisé
immédiatement après que "l'engagement visé au paragraphe précédent constitue un
engagement exclusivement moral dont tout éventuel manquement ne saurait être considéré
comme une inexécution des termes du présent protocole" ; qu'en retenant que si le modèle
"Danloux" n'était pas protégeable au titre du droit d'auteur, sa reproduction au travers du
modèle "Glace" de la société Camaieu International constituait une violation de l'engagement
qu'elle avait souscrit au terme du protocole litigieux de ne pas copier les produits de la société
Créations Nelson, sans avoir égard à la réserve claire et précise du protocole en cause d'où il
résultait que l'engagement litigieux était purement moral, de sorte qu'il ne pouvait constituer
la source d'une action en responsabilité civile, la cour d'appel l'a dénaturé en violation de
l'article 1134 du code civil ;
2°/ qu'en faisant produire un effet juridique à une obligation à caractère exclusivement moral,
la cour d'appel a violé l'article 1134 du code civil et les règles régissant les obligations
naturelles ;
3°/ que la cour d'appel qui retient que les sociétés Camaieu SA et Camaieu International
auraient commis des actes de concurrence parasitaire en contrefaisant deux modèles de la
collection de la société Créations Nelson "Drap" et "Danloux", et ce en cherchant à créer un
"effet de gamme", sous la forme d'une déclinaison de modèles, justifiant leur condamnation
au titre d'un préjudice distinct, viole de nouveau l'article 1134 du code civil en justifiant la
faute consistant en la reproduction de l'un des modèles en cause ("Danloux") par l'engagement
qu'aurait contractuellement souscrit la société Camaieu International au terme du protocole
litigieux, lequel engagement était purement moral ;
Mais attendu qu'en s'engageant, fût-ce moralement, "à ne pas copier" les produits
commercialisés par la société Créations Nelson, la société Camaieu International avait
exprimé la volonté non équivoque et délibérée de s'obliger envers la société concurrente ; que
la cour d'appel, qui n'encourt aucun des griefs du moyen, en a donc exactement déduit que
cette clause avait une valeur contraignante pour l'intéressée et qu'elle lui était juridiquement
opposable ; que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
RTD Civ. 1995 p. 351
Les promesses politiques ne font pas naître d'obligations civiles...

Jacques Mestre, Professeur à l'université de droit, d'économie et des sciences d'Aix-Marseille;


Directeur de l'Institut de droit des affaires

Cette indication, donnée par la cour d'appel de Paris (1re ch. A, 18 oct. 1994, Belhomme c/
Parti socialiste et autres, inédit), rassurera le personnel politique en même temps qu'elle ne
surprendra ni les juristes ... ni les électeurs !

En l'occurrence, à la suite du décès, en 1976, de son fils, victime d'un accident de la


circulation, et des résultats d'une information pénale qui l'avaient profondément déçu, M.
Belhomme avait contacté François Mitterrand, alors député de la Nièvre, qui, en 1980,
l'adressa à Jean Glavany, délégué général auprès du premier secrétaire du Parti socialiste. Il
trouva alors auprès de ce dernier une réelle sympathie, qui se traduisit notamment par une
adhésion au comité de soutien qu'il avait constitué. Mais si, après le 10 mai 1981, il écrivit
encore plusieurs fois à François Mitterrand et à Jean Glavany, devenu chef de cabinet du
président de la République, pour leur demander de constater que la procédure pénale
concernant le décès de son fils avait été délibérément conduite pour masquer l'identité du
véritable auteur de l'accident et d'en tirer dès lors les conséquences qui s'imposaient, il n'obtint
plus alors les réponses qu'il espérait. D'où finalement, en 1992, sa décision d'assigner MM
Mitterrand et Glavany ainsi que le Parti socialiste en paiement de six millions de francs de
dommages-intérêts pour inexécution des engagements pris à son égard et souscription de «
promesses fallacieuses ». Et, pour conforter sa demande, il rappela que le Parti socialiste et
ses responsables avaient à l'origine répondu à son appel en publiant deux articles dans la
presse, et que lui-même s'était « investi à fond, financièrement, moralement et physiquement
» pour l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République ! Mais ces
arguments n'ont pas convaincu le tribunal de grande instance, puis la cour de Paris, qui l'a
débouté en ces termes : « considérant que si la douleur et le chagrin éprouvés par M.
Belhomme depuis le décès de son fils ne peuvent laisser insensible, il est constant cependant
que celui-ci agit en la cause pour obtenir le paiement de dommages-intérêts en raison du
préjudice moral qu'il affirme avoir subi du fait des promesses non tenues qui lui auraient été
faites par les parties intimées ; considérant cependant que, comme l'ont pertinemment
souligné les premiers juges, ces promesses ne constituant pas des obligations civiles, il y a
lieu de confirmer en toutes ses dispositions la décision déférée ».

La leçon est claire : les promesses politiques n'obligent pas civilement leurs auteurs envers
leurs bénéficiaires. Tout au plus, pourrait-on y voir - mais la question n'était pas ici posée -
des devoirs moraux constitutifs d'obligations naturelles ou encore des engagements
d'honneur ... au terme sans doute d'intenses réflexions car politique, morale et honneur
forment, il faut bien le reconnaître, un triptyque explosif.
NÉGOCIATIONS, RUPTURE DES POURPARLERS

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mercredi 26 novembre 2003
N° de pourvoi: 00-10243 00-10949
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, FINANCIERE ET
ECONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant :
Donne acte aux consorts X... et à M. et Mme Y... de ce qu'ils se sont désistés de leur pourvoi
n° B 00-10.949 en tant que dirigé contre la société Stuck, la société Les Complices et M. Z... ;
Joint les pourvois n° J 00-10.243, formé par la société Alain Manoukian, et n° B 00-10.949,
formé par les consorts X..., M. et Mme Y..., qui attaquent le même arrêt ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 29 octobre 1999), que la société Alain Manoukian a
engagé avec les consorts X... et Y... (les consorts X...),, actionnaires de la société Stuck, des
négociations en vue de la cession des actions composant le capital de cette société ; que les
pourparlers entrepris au printemps de l'année 1997 ont, à l'issue de plusieurs rencontres et de
divers échanges de courriers, conduit à l'établissement, le 24 septembre 1997, d'un projet
d'accord stipulant notamment plusieurs conditions suspensives qui devaient être réalisées
avant le 10 octobre de la même année, date ultérieurement reportée au 31 octobre ; qu'après
de nouvelles discussions, la société Alain Manoukian a, le 16 octobre 1997, accepté les
demandes de modification formulées par les cédants et proposé de reporter la date limite de
réalisation des conditions au 15 novembre 1997 ; que les consorts X... n'ayant formulé aucune
observation, un nouveau projet de cession leur a été adressé le 13 novembre 1997 ; que le 24
novembre, la société Alain Manoukian a appris que les consorts X... avaient, le 10 novembre,
consenti à la société Les complices une promesse de cession des actions de la société Stuck ;
que la société Alain Manoukian a demandé que les consorts X... et la société Les complices
soient condamnés à réparer le préjudice résultant de la rupture fautive des pourparlers ;
Sur le moyen unique du pourvoi formé par les consorts X..., pris en ses deux branches :
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt de les avoir condamnés à payer à la société
Alain Manoukian la somme de 400 000 francs à titre de dommages-intérêts alors, selon le
moyen :
1 / que la liberté contractuelle implique celle de rompre les pourparlers, liberté qui n'est
limitée que par l'abus du droit de rompre qui est une faute caractérisée par le fait de tromper la
confiance du partenaire ; que la cour d'appel, qui n'a relevé aucun élément à la charge du
cédant de nature à caractériser un tel comportement, contraire à la bonne foi contractuelle, a
privé sa décision de toute base légale au regard des articles 1382 et 1383 du Code civil ;
2 / que celui qui prend l'initiative de pourparlers en établissant une proposition d'achat de la
totalité des actions d'une société, soumise à plusieurs conditions suspensives affectées d'un
délai de réalisation, et qui ne manifeste aucune diligence pour la réalisation de ces conditions,
ne saurait imputer à faute la rupture par son partenaire des pourparlers, après l'expiration de ce
délai, de sorte que la cour d'appel, en statuant comme elle l'a fait, a violé les articles 1382 et
1383 du Code civil ;
Mais attendu, d'une part, qu'après avoir relevé, d'un côté, que les parties étaient parvenues à
un projet d'accord aplanissant la plupart des difficultés et que la société Alain Manoukian était
en droit de penser que les consorts X... étaient toujours disposés à lui céder leurs actions et,
d'un autre côté, que les actionnaires de la société Stuck avaient, à la même époque, conduit
des négociations parallèles avec la société Les complices et conclu avec cette dernière un
accord dont ils n'avaient informé la société Alain Manoukian que quatorze jours après la
signature de celui-ci, tout en continuant à lui laisser croire que seule l'absence de l'expert-
comptable de la société retardait la signature du protocole, la cour d'appel a retenu que les
consorts X... avaient ainsi rompu unilatéralement et avec mauvaise foi des pourparlers qu'ils
n'avaient jamais paru abandonner et que la société Alain Manoukian poursuivait normalement
; qu'en l'état de ces constatations et appréciations, la cour d'appel a légalement justifié sa
décision ;
Et attendu, d'autre part, que la cour d'appel ayant relevé, par un motif non critiqué, que les
parties avaient, d'un commun accord, prorogé la date de réalisation des conditions
suspensives, le moyen pris de la circonstance que la rupture des pourparlers aurait été
postérieure à cette date est inopérant ;
D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli en aucune de ses branches ;
Sur le premier moyen du pourvoi formé par la société Alain Manoukian :
Attendu que la société Alain Manoukian fait grief à l'arrêt d'avoir limité à 400 000 francs la
condamnation à dommages-intérêts prononcée à l'encontre des consorts X... alors, selon le
moyen, que celui qui rompt brutalement des pourparlers relatifs à la cession des actions d'une
société exploitant un fonds de commerce doit indemniser la victime de cette rupture de la
perte de la chance qu'avait cette dernière d'obtenir les gains espérés tirés de l'exploitation
dudit fonds de commerce en cas de conclusion du contrat ; qu'il importe peu que les parties ne
soient parvenues à aucun accord ferme et définitif ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a constaté
que les consorts X... avaient engagé leur responsabilité délictuelle envers la société Alain
Manoukian en rompant unilatéralement, brutalement et avec mauvaise foi les pourparlers qui
avaient eu lieu entre eux au sujet de la cession des actions de la société Stuck exploitant un
fonds de commerce dans le centre commercial Belle Epine ; qu'en estimant néanmoins que le
préjudice subi par la société Alain Manoukian ne pouvait correspondre, du seul fait de
l'absence d'accord ferme et définitif, à la perte de la chance qu'avait cette société d'obtenir les
gains qu'elle pouvait espérer tirer de l'exploitation du fonds de commerce et en limitant la
réparation du préjudice subi par la société Alain Manoukian aux frais occasionnés par la
négociation et aux études préalables qu'elle avait engagées, la cour d'appel a violé l'article
1382 du Code civil ;
Mais attendu que les circonstances constitutives d'une faute commise dans l'exercice du droit
de rupture unilatérale des pourparlers précontractuels ne sont pas la cause du préjudice
consistant dans la perte d'une chance de réaliser les gains que permettait d'espérer la
conclusion du contrat ;
Attendu que la cour d'appel a décidé à bon droit qu'en l'absence d'accord ferme et définitif, le
préjudice subi par la société Alain Manoukian n'incluait que les frais occasionnés par la
négociation et les études préalables auxquelles elle avait fait procéder et non les gains qu'elle
pouvait, en cas de conclusion du contrat, espérer tirer de l'exploitation du fonds de commerce
ni même la perte d'une chance d'obtenir ces gains ; que le moyen n'est pas fondé ;
Et sur le second moyen du même pourvoi :
Attendu que la société Alain Manoukian fait encore grief à l'arrêt d'avoir mis hors de cause la
société Les Complices alors, selon le moyen, que le seul fait pour l'acquéreur de garantir par
avance le vendeur de toute indemnité en cas de rupture des pourparlers auxquels ce dernier
aurait pu se livrer avec un tiers antérieurement constitue une faute dont l'acquéreur doit
réparation envers la victime de la rupture des pourparlers dès lors qu'une telle garantie
constitue pour le vendeur, et pour le profit de l'acquéreur, une incitation à rompre brutalement
des pourparlers, fussent-ils sur le point d'aboutir, sans risque pour lui ; qu'en l'espèce, la cour
d'appel a constaté qu'aux termes de la convention de cession liant les consorts X... à la société
Les complices, celle-ci s'était engagée à garantir les vendeurs de toute indemnité que ceux-ci
seraient éventuellement amenés à verser à un tiers pour rupture abusive des pourparlers ;
qu'en considérant néanmoins que la société Les complices, dont les juges du fond ont constaté
qu'elle avait profité des manoeuvres déloyales commises par les consorts X... à l'encontre de
la société Alain Manoukian, n'avait commis aucune faute envers la société Alain Manoukian,
victime de la rupture brutale des pourparlers qu'elle avait engagés avec les consorts X..., peu
important qu'il n'ait pas été démontré que la société Les complices avait eu connaissance de
l'état d'avancement de ces pourparlers, la cour d'appel a violé l'article 1382 du Code civil ;
Mais attendu que le simple fait de contracter, même en connaissance de cause, avec une
personne ayant engagé des pourparlers avec un tiers ne constitue pas, en lui-même et sauf s'il
est dicté par l'intention de nuire ou s'accompagne de manoeuvres frauduleuses, une faute de
nature à engager la responsabilité de son auteur ;
Attendu qu'ayant relevé que la clause de garantie insérée dans la promesse de cession ne
suffisait pas à établir que la société Les Complices avait usé de procédés déloyaux pour
obtenir la cession des actions composant le capital de la société Stuck, ni même qu'elle avait
une connaissance exacte de l'état d'avancement des négociations poursuivies entre la société
Alain Manoukian et les cédants et du manque de loyauté de ceux-ci à l'égard de celle-là, la
cour d'appel a exactement décidé que cette société n'avait pas engagé sa responsabilité à
l'égard de la société Alain Manoukian, peu important qu'elle ait en définitive profité des
manoeuvres déloyales des consorts X... ; que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE les pourvois
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 20 novembre 2007
N° de pourvoi: 06-20332
Non publié au bulletin Rejet

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, FINANCIERE ET


ECONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 8 septembre 2006), qu'en 1998, M. X...,
dirigeant la société Centres de santé indépendants (CSI), détenue à 100 % par la société
Investors in Health Care (IHC) (les sociétés) a démarché la société MAAF santé (MAAF
santé) en vue du développement en commun de centres médicaux privés ; que les discussions
se sont poursuivies par des échanges de courriers, notamment par une lettre du 29 juillet 1999
adressée par MAAF santé à M. X... aux termes de laquelle cette société se déclarait prête à
participer au développement des activités de CSI sous réserve de vérifications, un protocole
d'accord pouvant intervenir le 20 septembre 1999 ; que ce courrier a reçu l'accord de M. X...
le jour même ; que le 13 septembre 1999, les sociétés ont remis les documents à MAAF santé,
laquelle après vérification, a fait état de réserves le 17 septembre 1999 et a annoncé par
courrier du 22 septembre 1999 qu'elle n'entendait plus poursuivre le projet de participation
précédemment envisagé ; que les sociétés ayant été mises en liquidation judiciaire, Mme Le
Y..., mandataire judiciaire, a assigné MAAF santé en dommages-intérêts pour inexécution des
obligations contractuelles et subsidiairement pour rupture fautive des pourparlers ;
Attendu que Mme Le Y..., ès qualités, fait grief à l'arrêt d'avoir rejeté ses demandes, alors,
selon le moyen :
1 / que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites ; qu'en
estimant que le courrier de la société MAAF santé du 29 juillet 1999, par lequel celle-ci
formulait une offre concernant sa prise de participation dans le capital de la société CSI sous
réserve de l'accord de sa partenaire avant le 31 juillet 1999, n'avait pas abouti à un accord
définitif des parties, tout en constatant que le représentant légal de la société CSI avait apposé
dans le délai utile la mention de son accord sur le courrier litigieux, qui comportait désormais
la signature des deux sociétés, d'où il résultait nécessairement que les parties s'étaient
accordées sur la prise de participation visée dans le courrier du 29 juillet 1999 et que la
société MAAF santé se trouvait irrévocablement engagée à cet égard, la cour d'appel n'a pas
tiré les conséquences légales de ses constatations et a violé l'article 1134 du code civil ;
2 / que la lettre de la société MAAF santé du 29 juillet 1999 comportait l'ensemble des
conditions nécessaires à l'entrée de cette société dans le capital de la société CSI, puisqu'elle
précisait le montant de la prise de participation (7 000 000 francs), les modalités de versement
de ce montant (deux versements : l'un de 5 000 000 francs au 24 septembre 1999, l'autre de 2
000 000 francs au 15 avril 2000), ainsi que le délai de signature par les parties du protocole
d'accord (20 septembre 1999 au plus tard), de sorte que l'acceptation de la société CSI,
matérialisée par la signature de son dirigeant sur le courrier, valait accord des parties sur les
conditions essentielles du contrat ; qu'en estimant cependant que les parties ne se trouvaient
pas engagées par la signature conjointe de ce document, la cour d'appel a dénaturé les termes
du courrier du 29 juillet 1999 et a violé l'article 1134 du code civil ;
3 / qu'est, en toute hypothèse fautive la rupture sans motif légitime de pourparlers contractuels
qui se trouvent à un stade avancé ;
qu'en relevant que la rupture des négociations était intervenue à l'initiative de la société
MAAF santé "à un stade avancé des pourparlers" tout en exonérant cette société de toues
responsabilité au motif que les vérifications comptables opérées auprès de la société CSI
avaient révélé, selon le cabinet Francis Lefebvre des "informations défavorables" et tout en
constatant qu'une "aggravation du poste actif net négatif de 19 millions n'aurait pas suffi à
justifier une rupture des pourparlers puisqu'une révision de prix était prévue dans ce cas là",
d'où il résultait nécessairement que les informations financières défavorables recueillies par le
cabinet Francis Lefebvre n'était pas de nature à justifier la rupture des pourparlers contractuels
à l'initiative de la société MAAF santé, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de
ses constatations et a violé l'article 1382 du code civil ;
4 / qu'en exonérant la société MAAF santé de toute responsabilité extracontractuelle au motif
que celle-ci se trouvait en toute hypothèse fondée à rompre les pourparlers pour des motifs
"tenant par exemple aux charges réelles de la société (CSI), à la régularité de son
fonctionnement et de celui des structures se trouvant sous son contrôle", la cour d'appel, qui
n'a pas identifié précisément la raison pour laquelle la société MAAF santé avait décidé de
rompre les pourparlers, a privé sa décision de toute base légale au regard de l'article 1382 du
code civil ;
Mais attendu, en premier lieu, que l'arrêt retient que la lettre du 29 juillet 1999 n'énonçait
qu'une éventualité et n'était qu'une étape dans la discussion entreprise par les parties ; qu'en
l'état de ces constatations et énonciations d'où il ressortait qu'il n'en était résulté pour MAAF
santé aucune obligation de contracter avec M. X... ou avec la société CSI, la cour d'appel a,
sans dénaturation du document litigieux, pu statuer comme elle a fait ;
Et attendu, en second lieu, que l'arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que la prise de
participation de la société MAAF santé dans le capital de la société CSI était conditionnée par
un résultat satisfaisant des vérifications prévues dans la lettre du 29 juillet 1999 lesquelles ont
révélé des informations défavorables tant juridiques que financières sur la situation de la
société CSI ; qu'ayant ainsi constaté que le désengagement de MAAF santé tenait aux charges
réelles de la société CSI, à la régularité de son fonctionnement et de celui des structures se
trouvant sous son contrôle et qu'il était intervenu les 17 et 22 septembre 1999, soit quelques
jours seulement après la remise le 13 septembre 1999 des documents pour les vérifications
prévues par la lettre du 29 juillet 1999, la cour d'appel a pu décider que la rupture des
pourparlers, certes à un stade avancé, à l'initiative de MAAF santé, était fondée sur une raison
légitime et n'était pas fautive ;
D'où il suit que le moyen n'est fondé en aucune de ses branches ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi
CONTRAT ET DROITS FONDAMENTAUX

Cour de cassation
chambre civile 3
Audience publique du mercredi 6 mars 1996
N° de pourvoi: 93-11113
Publié au bulletin
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur les deux moyens, réunis :


Attendu que l'Office public d'aménagement et de construction de la ville de Paris (OPAC) fait
grief à l'arrêt attaqué (Paris, 19 novembre 1992) de le débouter de sa demande en résiliation
du bail consenti à Mme Mel Z..., pour hébergement de tiers, alors, selon le moyen, 1o que dès
lors que le bail stipulait que les locaux ne pouvaient être occupés que par le locataire et ses
enfants, ainsi que le relève l'arrêt, les juges du fond ne pouvaient considérer, à défaut d'autres
circonstances, que le père des deux derniers enfants de Mme Mel Z... n'était pas un tiers, d'où
il suit qu'en statuant comme ils l'ont fait les juges du fond ont violé l'article 1134 du Code
civil et, en toute hypothèse, dénaturé les stipulations contractuelles en leur donnant un sens
incompatible avec leurs termes ; 2o que dès lors que le bail stipulait que le preneur occupera
le logement exclusivement pour son habitation personnelle ou celle de ses enfants, pour
ajouter qu'il était interdit au preneur de prendre des initiatives pouvant avoir pour objet ou
pour effet de mettre l'Office en présence d'un autre occupant, les juges du fond, en statuant
comme ils l'ont fait, ont violé l'article 1134 du Code civil et, en tout cas, dénaturé les termes
clairs et précis du bail du 24 mars 1983 ; 3o que si l'hébergement peut être l'exécution d'une
obligation alimentaire, il n'a pas été constaté, au cas d'espèce, que Mme Mel Z... ou ses
enfants aient été débiteurs alimentaires de M. Y..., de sorte que l'arrêt ne peut être considéré
comme légalement justifié au regard des articles 205 à 211 du Code civil ; 4o que faute
d'avoir constaté que l'hébergement de Mlle X... était justifié au titre de l'obligation
alimentaire, les juges du fond ont privé leur décision de base légale au regard des articles 205
et 211 du Code civil ; 5o que si, en dehors de l'existence d'une obligation alimentaire, le droit
à une vie familiale peut autoriser l'hébergement temporaire de tiers, il n'implique pas le droit
pour le locataire d'héberger de façon permanente des tiers et ne rend pas illicites les clauses
qui interdisent un tel hébergement, d'où il suit que l'arrêt a été rendu en violation des articles 6
et 1134 du Code civil ;
Mais attendu que les clauses d'un bail d'habitation ne pouvant, en vertu de l'article 8.1 de la
Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, avoir pour
effet de priver le preneur de la possibilité d'héberger ses proches, la cour d'appel qui, pour
écarter l'existence d'un manquement du preneur à ses obligations, a relevé que Mme Mel Z...
hébergeait M. Y..., père de ses deux derniers enfants, ainsi que Mlle X..., sa soeur, a, par ces
seuls motifs et sans dénaturation, légalement justifié sa décision ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi.
Cour de cassation
chambre civile 3
Audience publique du mercredi 22 mars 2006
N° de pourvoi: 04-19349
Publié au bulletin

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, TROISIEME CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le moyen unique du pourvoi incident :
Vu l'article 8-1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Fort-de-France, 23 janvier 2004), que la Société Martiniquaise
d'habitations à loyer modéré (SMHLM) a donné en location un appartement à Mme Marie-
Josée X... et à M. Y..., le 28 novembre 1980 ; qu'après avoir quitté les lieux, M. Y... a fait
assigner Mme Pierrette X..., la fille de sa colocataire, pour obtenir son expulsion et que Mme
Marie-Josée X... est intervenue volontairement à l'instance ;
Attendu que pour accueillir cette demande et condamner Mmes Pierrette et Marie-Josée X...
au paiement de sommes à titre de dommages-intérêts, l'arrêt retient que Mme Marie-Josée X...
est à ce jour cotitulaire du bail, que, sauf enfant mineur, un des cotitulaires ne peut imposer à
l'autre la présence d'une tierce personne majeure alors que le bail stipule une clause
d'habitation personnelle prohibant toute sous-location, cession et mise à disposition gratuite
de l'appartement, et que Mme Marie-Josée X... maintient dans les lieux sa fille majeure dans
une situation illicite au regard du bail ;
Qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait relevé que Mme Pierrette X... avait établi sa résidence
chez sa mère qui occupait personnellement le logement et que les clauses d'un bail
d'habitation ne peuvent avoir pour effet de priver le preneur de la possibilité d'héberger ses
proches, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations,
a violé le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le moyen unique du pourvoi
principal :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 23 janvier 2004, entre les
parties, par la cour d'appel de Fort-de-France ; remet, en conséquence, la cause et les parties
dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
cour d'appel de Fort-de-France, autrement composée ;
Cour de cassation
chambre sociale
Audience publique du mardi 14 octobre 2008
N° de pourvoi: 07-40523
Publié au bulletin Cassation

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le moyen unique :

Vu l'article L. 120-2 devenu L. 1121-1 du code du travail, ensemble l'article 1134 du code
civil ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que Mme X... a été engagée le 26 janvier 2001 par la société
Pricewaterhouse en qualité de consultante, à temps complet, puis à temps partiel dans le cadre
d'un congé parental à compter du 6 juin 2003, que le contrat de travail prévoyait que le poste
était fixé à Marseille avec possibilité de déplacements en France et à l'étranger et qu'il pourrait
être demandé à la salariée d'effectuer des missions justifiant l'établissement temporaire de sa
résidence sur place ; que suite au refus de Mme X... d'accepter une mission en région
parisienne pour une durée de trois mois, l'employeur l'a licenciée par lettre du 26 février
2004 ; que la salariée a saisi la juridiction prud'homale de diverses demandes ;

Attendu que pour débouter la salariée de sa demande de dommages-intérêts pour licenciement


sans cause réelle et sérieuse, la cour d'appel a retenu qu'il résultait des pièces versées aux
débats que la société avait conservé une activité à Marseille, qu'à supposer que la suppression
du poste de la salariée ait été envisagée, celle-ci ne pouvait refuser la mission au prétexte que
l'employeur ne l'avait pas renseignée sur l'avenir prévisible du bureau de Marseille, que le
déplacement prévu était limité à trois mois à Paris dans une ville située à quelques heures de
train ou d'avion de Marseille et que la mauvaise foi de l'employeur n'était pas établie ;

Qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher si, comme le soutenait Mme X..., la mise en
oeuvre de la clause contractuelle ne portait pas une atteinte au droit de la salariée à une vie
personnelle et familiale et si une telle atteinte pouvait être justifiée par la tâche à accomplir et
était proportionnée au but recherché, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 30 novembre 2006, entre
les parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ; remet, en conséquence, la cause et les
parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, autrement composée
ORDRE PUBLIC

Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 13 décembre 2005
N° de pourvoi: 04-13772
Non publié au bulletin Cassation partielle

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, PREMIERE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :
Attendu que la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a consenti à M. et Mme X... deux
prêts immobiliers aux termes desquels l'emprunteur s'engageait "à habiter personnellement et
continuellement l'immeuble faisant l'objet du prêt et à ne pas le vendre ni le louer sans
l'accord du prêteur" et qui stipulaient que "dans le cas où l'immeuble serait loué ou vendu en
tout ou en partie, sans l'accord du prêteur", toutes les sommes dues par l'emprunteur seraient
exigibles de plein droit; que les emprunteurs ayant loué le bien objet des prêts sans en avertir
le prêteur, la CDC a réclamé l'application de la clause d'exigibilité des sommes dues au titre
du prêt non soldé ;
Sur le premier moyen, pris en ses quatre branches :
Attendu que la CDC reproche à l'arrêt attaqué (Fort-de-France, 13 février 2004) d'avoir fait
droit à la demande des époux X... qui contestaient la validité des clauses litigieuses, alors,
selon le moyen :
1 / qu'en décidant que les clauses litigieuses portaient atteinte au droit du propriétaire de
disposer de son bien de la manière la plus absolue et que la CDC ne saurait revenir
unilatéralement sur le contrat de prêt tout en constatant que la clause litigieuse ne procurait
aucun avantage particulier à l'une des parties et sans en déduire qu'elle ne pouvait donc pas
être qualifiée d'abusive, la cour d'appel a violé l'article L. 132-1 du Code de la consommation;
2 / que, subsidiairement, en affirmant que des clauses qui prévoyaient les effets de la décision
de l'emprunteur de vendre ou de louer le bien faisant l'objet du prêt sans l'accord du prêteur,
portaient atteinte au droit de propriété de ce dernier, la cour d'appel a dénaturé le sens de ces
clauses méconnaissant ainsi l'article 1134 du Code civil ;
3 / qu'à titre infiniment subsidiaire, en prononçant la nullité de ces clauses du fait qu'elles
méconnaîtraient le droit de propriété alors que les clauses d'inaliénabilité ne sont pas
nécessairement nulles, la cour d'appel a violé ensemble les articles 6, 900-1, 1134 et 1172 du
Code civil ;
4 / qu'en affirmant qu'il résulterait des stipulations du contrat de prêt que la CDC se serait
réservée le pouvoir de revenir unilatéralement sur le contrat prétexte pris d'un changement
dans la situation de l'emprunteur, la cour d'appel a dénaturé les clauses des articles 10 et 12 du
contrat de prêt qui ne prévoient aucune faculté unilatérale de la CDC en violation de l'article
1134 du Code civil ;
Mais attendu que l'arrêt retient que les clauses du contrat de prêt relatives à l'interdiction de
location sans accord du prêteur sous la sanction de l'exigibilité anticipée de ce prêt qui ne
procurent aucun avantage particulier à l'une des parties, sont prohibées au regard des articles 6
et 1172 du Code civil en ce qu'elles constituent une atteinte au principe constitutionnellement
reconnu et énoncé à l'article 544 du même Code de disposer de son bien de la manière la plus
absolue et également une condition affectant les modalités d'exécution de l'engagement
contracté, prohibée par la loi ; qu'ainsi, la cour d'appel, qui n'a pas fait application de l'article
L. 132-1 du Code de la consommation et qui n'a fait qu'appliquer sans les dénaturer les
clauses claires et précises du contrat de prêt, en a justement déduit que de telles clauses étaient
contraires à l'ordre public ; que le moyen, qui manque en fait en sa première branche, est mal
fondé en ses autres griefs ;
Mais sur le second moyen, pris en ses deux branches :
Vu l'article 1382 du Code civil ;
Attendu que la défense à une action en justice ne peut, sauf circonstances particulières qu'il
appartient au juge de spécifier, constituer un abus de droit, lorsque sa légitimité a été reconnue
par la juridiction du premier degré, malgré l'infirmation dont sa décision a été l'objet en appel;
Attendu que pour condamner la CDC à payer à M. et Mme X... des dommages-intérêts pour
procédure abusive, l'arrêt infirmatif attaqué retient, d'une part, une légèreté blâmable dans le
suivi du dossier avant engagement de la procédure et, d'autre part, la délivrance d'un
commandement de payer postérieur de près de trois mois au paiement de la somme mise à la
charge des emprunteurs par les premiers juges et que la CDC avait reconnu comme soldant
intégralement la dette ;
Qu'en statuant par de tels motifs insusceptibles de caractériser les circonstances particulières
constitutives d'un abus de droit, dès lors que la légitimité de l'action de la CDC avait été
reconnue par la juridiction du premier degré, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a condamné la CDC à payer à M. et Mme
X... la somme de 7 622,45 euros à titre de dommages-intérêts, l'arrêt rendu le 13 février 2004,
entre les parties, par la cour d'appel de Fort-de-France ;
remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Basse-Terre ;
Cour de cassation
chambre sociale
Audience publique du mercredi 25 mars 2009
N° de pourvoi: 07-41894

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Rennes, 15 février 2007), que Mme X... a été embauchée par la
société Cabinet Saint-Gilles immobilier le 5 janvier 2004 en qualité de négociatrice
immobilière ; que, le 5 octobre 2004, elle a remis sa démission à effet du 20 octobre suivant ;
que l'article 13 du contrat de travail comportait une clause de non-concurrence de six mois,
assortie d'une contrepartie financière ; que la salariée a saisi la juridiction prud'homale pour en
demander le paiement, ainsi que celui d'un rappel de commissions ;

Sur le premier moyen :


Attendu que l'employeur reproche à l'arrêt de l'avoir condamné à verser à Mme X... une
somme au titre de la clause de non-concurrence, alors, selon le moyen :
1°/ que rien n'impose à un employeur au courant d'un changement d'adresse du salarié, sans
toutefois avoir été avisé par ce dernier de sa nouvelle adresse, de notifier à l'intéressé une
dispense de son obligation de respecter la clause de non-concurrence à une adresse où il sait
que le salarié n'habite plus ; qu'en considérant le contraire, la cour d'appel a violé l'article
1134 du code civil ;
2°/ qu'en toute hypothèse, les parties sont libres d'aménager contractuellement les règles de
preuve comme elles le souhaitent dès lors que la preuve n'est pas impossible à rapporter ;
qu'en l'espèce, les parties avaient convenu qu'en contrepartie de l'obligation de non-
concurrence insérée à son contrat de travail, Mme X... recevrait une indemnité financière à
charge pour elle de justifier par tout moyen de l'absence de violation de son obligation, tel
qu'une attestation Assedic ou un bulletin de salaire permettant d'apprécier les nouvelles
fonctions de l'employée ; que la preuve clairement identifiée était parfaitement aisée à
rapporter par la salariée, de sorte que la clause aménageant la règle de la preuve sur la
violation de la clause de non-concurrence trouvait à s'appliquer ; qu'en considérant néanmoins
qu'une telle clause était inopérante et qu'il appartenait à l'employeur de rapporter la preuve
d'une éventuelle violation de la clause de non-concurrence, la cour d'appel a violé les articles
1134 et 1315 du code civil ;

Mais attendu, d'abord, que la cour d'appel a relevé à bon droit que rien n'empêchait
l'employeur de notifier la dispense à la dernière adresse connue de la salariée qui avait bien
reçu certains courriers de novembre 2004 ;
Attendu, ensuite, qu'il appartient à l'employeur de rapporter la preuve d'une éventuelle
violation de la clause de non-concurrence et que la cour d'appel a décidé à bon droit que la
clause contractuelle disposant du contraire était inopérante ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

Sur les deuxième et troisième moyens : (…)

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 28 mai 2002
N° de pourvoi: 00-16857
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en ses quatre branches :


Attendu, selon l'arrêt déféré (Saint-Denis de La Réunion, 3 mars 2000), que Mlle X... ayant
assigné les sociétés Arkopharma, Arkochim et Homéopathie Ferrier en paiement d'une
indemnité de rupture des contrats d'agence commerciale l'ayant liée à ces sociétés, la cour
d'appel a accueilli la demande ;
Attendu que les sociétés Arkopharma, Arkochim et Homéopathie Ferrier reprochent à l'arrêt
d'avoir ainsi statué, alors, selon le moyen :
1° que conformément aux principes de sécurité juridique et de liberté contractuelle, les parties
à une convention peuvent en déterminer librement le contenu, sauf si une loi limite ce droit,
notamment en prévoyant que certaines clauses seraient nulles ; que selon le Conseil
constitutionnel, le législateur ne peut porter à l'économie des conventions et contrats
légalement conclus une atteinte d'une gravité telle qu'elle méconnaisse manifestement la
liberté découlant de l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme ; que par suite, le juge
ne peut déclarer nulle une clause d'un contrat si la loi n'a pas expressément prévu cette
nullité ; que la loi du 25 juin 1991 relative aux rapports entre les agents commerciaux et leurs
mandants, qui prévoit que l'agent commercial a droit à une indemnité en cas de cessation de
ses relations avec le mandant, sauf si la cessation du contrat est provoquée par la faute grave
de l'agent, ne prononce pas la nullité des clauses ayant pour objet de définir la faute grave ;
que par suite, les parties à un contrat régi par la loi du 25 juin 1991, qui sont toutes les deux
des professionnels, peuvent définir contractuellement la notion de faute grave ; qu'en l'espèce,
les contrats souscrits par les sociétés mandantes et Mlle X... précisaient que le non-respect des
objectifs constituait une faute grave ; qu'en déclarant non écrite cette clause, la cour d'appel a
violé les articles 4 de la Déclaration des droits de l'homme, 1123 et 1134 du Code civil et 13
de la loi du 25 juin 1991, ainsi que le principe de sécurité juridique ;
2° que la méconnaissance par l'agent des objectifs contractuellement fixés constitue une faute
grave le privant de toute indemnité compensatrice ; qu'il n'est pas contesté qu'en 1996 Mlle
X... a réalisé pour la société Arkopharma un chiffre d'affaires de 3 362 622 francs au lieu de 4
300 000 francs prévus, un chiffre d'affaires de 323 598 francs pour la société Arkochim au
lieu de 700 000 francs prévus et un chiffre de 124 543 francs pour la société Homéopathie
Ferrier, au lieu de 400 000 francs ; qu'en décidant néanmoins que Mlle X... n'avait pas
commis de faute grave, la cour d'appel a violé l'article 13 de la loi du 25 juin 1991 ;
3° que l'indemnité compensatrice n'est pas due à l'agent commercial lorsque la cessation des
rapports contractuels lui est imputable ; qu'il résulte des constatations même de l'arrêt que
Mlle X... a refusé de signer le nouveau contrat que lui proposait la société Arkopharma en
faisant valoir que l'ancien contrat s'était poursuivi au delà de son terme et s'était ainsi
transformé en contrat à durée indéterminée ; que la cour d'appel a écarté cette argumentation,
de sorte que la rupture des relations contractuelles était imputable à Mlle X... ; qu'en décidant
néanmoins que cette dernière avait droit à des indemnités à la suite de la rupture du contrat, la
cour d'appel a violé l'article 13 de la loi du 25 juin 1991 ;
4° qu'une indemnité ne peut être fixée conformément à un usage et doit être évaluée en
fonction du préjudice réellement subi ; que, dès lors, en décidant de fixer le montant de
l'indemnisation de Mlle X... à deux années de commissions brutes " conformément à l'usage ",
la cour d'appel a violé l'article 12 de la loi du 25 juin 1991 ;
Mais attendu, d'une part, qu'après avoir justement retenu que les articles 12 et 13 de la loi du
25 juin 1991 sont d'ordre public et qu'en l'absence de définition légale, il appartient au seul
juge de qualifier de faute grave les faits qui lui sont soumis, l'arrêt en déduit à bon droit que
les parties ne peuvent décider qu'un comportement déterminé constituera une faute grave et
que la clause contractuelle, qui définit la non atteinte du chiffre d'affaires minimum à réaliser
comme une faute grave justifiant le non-renouvellement du contrat sans indemnité doit être
réputée non écrite par application de l'article 16 de la même loi qui répute non écrite les
clauses contrevenant notamment aux articles 12 et 13 ;
Attendu, d'autre part, que l'arrêt relève que si le chiffre d'affaires réalisé est inférieur au quota
fixé, le groupe a engagé deux agents pour remplacer Mlle X... qui avait attiré son attention sur
les difficultés rencontrées, notamment les conditions de vente moins avantageuses que celles
de la concurrence ; qu'il relève encore que le contrat passé avec la société Homéopathie
Ferrier n'a duré qu'un an, délai trop court pour être probant ; qu'en l'état de ces énonciations et
constatations, desquelles il résulte que le défaut de réalisation des objectifs n'était pas
imputable à Mlle X..., la cour d'appel a légalement justifié sa décision ;
Attendu, ensuite, que l'arrêt retient que la société Arkopharma a clairement manifesté sa
volonté de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée finissant le 31 décembre 1996 la
liant à Mlle X... par lettre du 14 novembre 1996 et que son comportement postérieur au 31
décembre 1996 ne démontrait aucunement sa volonté de revenir sur sa décision ; qu'ainsi, la
cour d'appel, qui a fait ressortir que le refus de renouvellement du contrat n'était pas imputable
à une faute grave de l'agent, a légalement justifié sa décision ;
Attendu, enfin, que, loin de se borner à fixer le préjudice conformément à un usage, l'arrêt a
justifié son évaluation par une appréciation concrète et détaillée en retenant que le préjudice
résulte de la perte des ressources tirées de la clientèle, établie par le revenu imposable, et qu'il
fixe souverainement, compte tenu de la durée des contrats, à deux années de commissions
pour deux sociétés et à une seule année pour la troisième ;
D'où il suit que le moyen n'est fondé en aucune de ses branches ;
Par ces motifs :
REJETTE le pourvoi.
LA CAUSE

Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mercredi 3 juillet 1996
N° de pourvoi: 94-14800
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en ses deux branches :


Attendu que la société DPM fait grief à l'arrêt attaqué (Grenoble, 17 mars 1994) d'avoir
annulé, pour défaut de cause, le contrat de création d'un " point club vidéo " et de location de
cassettes conclu avec M. et Mme Y..., en retenant que la cause, mobile déterminant de
l'engagement de ces derniers, était la diffusion certaine des cassettes auprès de leur clientèle,
et que cette exploitation était vouée à l'échec dans une agglomération de 1314 habitants, alors
que, d'une part, dans un contrat synallagmatique la cause de l'obligation d'une partie réside
dans l'obligation de l'autre partie, et qu'en l'espèce la cause de l'engagement des époux X...
était la mise à leur disposition des cassettes vidéo, et que, d'autre part, les motifs déterminants
ne peuvent constituer la cause du contrat que dans le cas non relevé par la cour d'appel où ces
motifs sont entrés dans le champ contractuel ;
Mais attendu qu'ayant relevé que, s'agissant de la location de cassettes vidéo pour
l'exploitation d'un commerce, l'exécution du contrat selon l'économie voulue par les parties
était impossible, la cour d'appel en a exactement déduit que le contrat était dépourvu de cause,
dès lors qu'était ainsi constaté le défaut de toute contrepartie réelle à l'obligation de payer le
prix de location des cassettes, souscrite par M. et Mme Y... dans le cadre de la convention de
création d'un " point club vidéo " ;
Que l'arrêt est ainsi légalement justifié ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi.
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 27 mars 2007
N° de pourvoi: 06-10452
Non publié au bulletin Rejet

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, FINANCIERE ET


ECONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Agen, 31 janvier 2005), que M. X... a conclu avec la société
MDM multimédia (la société MDM) "un contrat de création d'un point de location de
cassettes vidéo", aux termes duquel, moyennant une somme convenue, il disposerait, pour une
durée de 10 mois renouvelable, d'un lot de 120 cassettes ; que M. X... n'ayant pas réglé les
sommes convenues, la société MDM a obtenu une ordonnance d'injonction de payer contre
laquelle il a formé opposition en sollicitant l'annulation du contrat ;
Attendu que M. X... reproche à l'arrêt d'avoir rejeté sa demande en nullité de ce contrat et en
dommages-intérêts et de l'avoir condamné à payer à la société MDM la somme de 5 437,83
euros outre les intérêts à compter du 26 juin 2002 et jusqu'à parfait paiement avec
capitalisation des intérêts dans les conditions prévues par l'article 1154 du code civil, alors,
selon le moyen :
1 / qu'en écartant l'allégation de dol sans répondre aux conclusions de M. X... qui soutenait
que la société MDM ne lui avait pas révélé qu'elle avait fait signer un contrat du même type à
un restaurateur installé à 13 km, la cour d'appel a violé l'article 455 du nouveau code de
procédure civile ;
2 / qu'en se bornant à relever, pour écarter l'allégation de dol à raison de la non révélation de
l'ancienneté des films et de la mauvaise qualité des cassettes, que M. X... a souscrit un
abonnement sur des prestations connues de lui, sans rechercher si les caractéristiques lui
avaient été révélées, la cour d'appel a privé son arrêt de base légale au regard de l'article 1116
du code civil ;
3 / que la cause de l'obligation d'une partie est constituée par la réalité de la prestation que lui
doit l'autre partie ; qu'en se bornant à relever de manière générale que M. X... n'établit pas
l'impossibilité qu'il allègue de pouvoir réaliser la location de cassettes vidéo à l'occasion de
l'exercice de ses commerces sur des objectifs qu'il a lui-même fixés dans un contexte que sa
situation de commerçant installé lui permettait de définir, sans rechercher si concrètement
dans un village de 180 habitants (160 pour la cour d'appel) celui-ci avait une chance de louer
un nombre de cassettes suffisant pour réaliser des bénéfices, compte tenu du prix de la mise
en place de ces cassettes de 1 326,67 euros sur 10 mois, la cour d'appel a privé son arrêt de
base légale au regard de l'article 1131 du code civil ;
Mais attendu, en premier lieu, qu'après avoir retenu qu'il résulte des éléments
contradictoirement débattus que c'est M. X... qui a souscrit de lui-même un abonnement
auprès de la société MDM sur des prestations connues de lui et qu'il ne peut donc faire relever
du dol la médiocrité par lui alléguée des films qu'il proposait par ailleurs de louer à sa propre
clientèle, la cour d'appel, qui n'était pas tenue de suivre M. X... dans le détail de son
argumentation, a pu en déduire que la société MDM n'avait pas commis de dol à l'égard de ce
dernier ;
Attendu, en second lieu, que l'arrêt retient que l'absence de cause ne se conçoit que si
l'exécution du contrat selon l'économie voulue par les parties est impossible en raison de
l'absence de contrepartie réelle ; qu'il constate encore que M. X..., sur lequel repose la
démonstration d'une telle situation, n'apporte que des éléments insuffisants à établir
l'impossibilité qu'il allègue de pouvoir réaliser la location de cassettes vidéo à l'occasion de
l'exercice de ses commerces sur des objectifs qu'il a lui-même fixés dans un contexte que sa
situation de commerçant installé lui permettait de définir ; qu'en l'état de ces énonciations,
constatations et appréciations, la cour d'appel a légalement justifié sa décision ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 15 février 2000
N° de pourvoi: 97-19793
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :


Attendu, selon l'arrêt confirmatif déféré (Angers, 27 mai 1997), que M. X... s'est engagé
envers la société DCM (la société de publicité), pour une durée de quatre années, à diffuser
dans son officine de pharmacie des publicités vidéo graphiques, sur un matériel fourni par
cette société et financé en crédit-bail par la société CMV (le crédit-bailleur), pour une période
de même durée ; que la société de publicité ayant cessé ses prestations de diffusion et M. X...
ne percevant plus les redevances publicitaires qui lui servaient à s'acquitter des loyers envers
le crédit-bailleur, a cessé de payer le coût de la location du matériel devenu inutilisable ; que
le crédit-bailleur a assigné M. X... en paiement des loyers lui restant dus ;
Attendu que le crédit-bailleur reproche à l'arrêt d'avoir prononcé la résiliation du contrat de
location alors, selon le pourvoi, d'une part, que, comme le faisait valoir le crédit-bailleur, dans
ses conclusions d'appel, le contrat de location avec option d'achat n'a été proposé par elle que
le 12 février 1991 et signé par M. X... le 6 mars 1991, de sorte que dénature ce contrat qui
était régulièrement versé aux débats, et viole l'article 1134 du Code civil, la cour d'appel qui
énonce que " le 15 janvier 1991, M. X... a signé son acceptation du contrat de location avec
option d'achat " et que M. X... aurait, " dans le même temps ", adhéré au réseau, signé la
commande du matériel, et souscrit le contrat de location pour en déduire une prétendue "
interdépendance " avec le contrat de fourniture de services signé soi-disant le même jour par
M. X... ; alors, d'autre part, que les contrats dont l'objet a un rapport direct avec l'activtié
professionnelle exercée par le cocontractant du fournisseur de biens ou de services ne relèvent
pas de la législation sur les clauses abusives ; qu'il en est ainsi du contrat de location du
matériel télé-informatique souscrit par un pharmacien pour la promotion de ses ventes dans
son fonds de commerce, de sorte que viole l'article L. 132-1 du Code de la consommation, la
cour d'appel qui, énonçant que la clause selon laquelle le locataire reste " tenu de régler les
loyers jusqu'au terme de la convention, même au cas où le contat d'exploitation conclu par
ailleurs avec la société de publicité ne serait pas exécuté ou sera résilié ou annulé " aurait pour
finalité " de la faire échapper aux conséquences de l'interdépendance des contrats ", refuse
d'en faire application, comme étant abusive ; et alors, enfin, que l'autonomie de la volonté
permet aux parties de répartir comme elles l'entendent la charge des risques, notamment en
matière commerciale ; qu'en l'espèce, le crédit-bailleur faisait valoir dans ses conclusions
d'appel que le pharmacien avait expressément accepté d'assumer le risque de la défaillance du
prestataire de services en signant le contrat de location qui précisait, dans les conditions
particulières, que le locataire restait tenu de payer les loyers même au cas où le contrat
d'exploitation conclu avec la société de publicité serait résilié, de sorte qu'en refusant de faire
produire effet à cette stipulation claire et précise et, partant, d'appliquer le système de
répartition des risques tel qu'il résultait du contrat de location, la cour d'appel a violé l'article
1134 du Code civil ;
Mais attendu, en premier lieu, qu'après avoir constaté que, le 15 janvier 1991, M. X... a signé
avec la société de publicité le contrat de diffusion et le bon de commande du matériel, l'arrêt
relève, hors toute dénaturation dès lors que, par le bon de commande, il a également choisi le
mode de financement du matériel, que, le même jour, il a signé " son acceptation du contrat de
location avec option d'achat dudit matériel ", précisant que le crédit-bailleur a donné son
agrément " ultérieurement " et, par ailleurs, que le contrat avec la société de financement a été
signé " le 6 mars 1991 " ;
Attendu, en second lieu, que, par motifs propres et adoptés, l'arrêt retient que le crédit-bailleur
était informé que le matériel pris à bail était destiné à être exploité par la société de publicité,
qu'en tant que de besoin le crédit-bailleur autorisait cette exploitation, qu'il s'agissait d'un
matériel très spécifique et que la seule cause du contrat de crédit-bail était constituée par le
contrat de prestations d'images, ce dont il déduit que les deux contrats étaient interdépendants
et, par suite, que l'exploitation devenant impossible du fait de la défaillance de la société de
publicité, la résiliation du contrat de crédit-bail devait être prononcée ; qu'ainsi, et dès lors que
le texte de la clause invoquée était en contradiction avec l'économie générale du contrat, la
cour d'appel, abstraction faite du motif erroné critiqué par le moyen, a légalement justifié sa
décision ;
D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli en aucune de ses trois branches ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi.
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 22 octobre 1996
N° de pourvoi: 93-18632
Publié au bulletin Cassation

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le premier moyen :


Vu l'article 1131 du Code civil ;
Attendu, selon l'arrêt infirmatif attaqué, que la société Banchereau a confié, à deux reprises,
un pli contenant une soumission à une adjudication à la société Chronopost, venant aux droits
de la société SFMI ; que ces plis n'ayant pas été livrés le lendemain de leur envoi avant midi,
ainsi que la société Chronopost s'y était engagée, la société Banchereau a assigné en
réparation de ses préjudices la société Chronopost ; que celle-ci a invoqué la clause du contrat
limitant l'indemnisation du retard au prix du transport dont elle s'était acquittée ;
Attendu que, pour débouter la société Banchereau de sa demande, l'arrêt retient que, si la
société Chronopost n'a pas respecté son obligation de livrer les plis le lendemain du jour de
l'expédition avant midi, elle n'a cependant pas commis une faute lourde exclusive de la
limitation de responsabilité du contrat ;
Attendu qu'en statuant ainsi alors que, spécialiste du transport rapide garantissant la fiabilité et
la célérité de son service, la société Chronopost s'était engagée à livrer les plis de la société
Banchereau dans un délai déterminé, et qu'en raison du manquement à cette obligation
essentielle la clause limitative de responsabilité du contrat, qui contredisait la portée de
l'engagement pris, devait être réputée non écrite, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 30 juin 1993, entre les
parties, par la cour d'appel de Rennes ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans
l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d'appel de Caen.
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 9 juin 2009
N° de pourvoi: 08-10350
Non publié au bulletin Cassation partielle

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X..., en qualité de liquidateur judiciaire de la société
Colo, a vendu à M. et Mme Y..., par l'intermédiaire de la société Must immobilier (la société
Must), le fonds de commerce de bar-restaurant de celle-ci ; que quelques jours après la vente,
les acquéreurs ont appris que le commerce n'avait jamais obtenu l'autorisation d'ouverture en
raison d'un avis défavorable de la commission communale de sécurité et que la terrasse n'était
pas conforme au permis de construire ; que l'établissement ayant fait l'objet d'une fermeture
administrative et que le bail ayant été résilié, M. et Mme Y... ont assigné M. X..., ès qualités,
la société Must et son assureur, la société Axa France (la société Axa), en résolution de la
vente et en responsabilité ;

Sur le premier moyen, pris en sa première branche qui est recevable :

Vu les articles 1131,1147 et 1150 du code civil ;

Attendu que pour écarter toute responsabilité du vendeur, l'arrêt retient que les clauses de
dispense concernant la réglementation de sécurité qui figurent dans la promesse d'achat et
dans l'acte de vente du fonds de commerce sont valables dès lors qu'elles traduisent
l'acceptation par les acquéreurs d'un aléa ou d'une obligation qu'ils étaient en mesure
d'identifier ;

Attendu qu'en statuant ainsi, alors que M. X..., ès qualités, qui avait comme obligation
essentielle de délivrer le fonds de commerce pourvu d'une autorisation d'ouverture, ne pouvait
s'en exonérer par une clause élusive de responsabilité qui, contredisant la portée de son
engagement, devait être réputée non écrite, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;

Et sur le second moyen, pris en sa seconde branche :

(…)

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a rejeté toutes les demandes de M. et Mme
Y... à l'encontre de M. X..., en qualité de liquidateur judiciaire de la société Colo, de la société
Must immobilier et de la société Axa France, l'arrêt rendu le 20 février 2007, entre les parties,
par la cour d'appel de Montpellier ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties
dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
cour d'appel de Montpellier, autrement composée
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mercredi 3 novembre 2004
N° de pourvoi: 02-10880
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, PREMIERE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :


Sur le moyen unique, pris en ses quatre branches, tel qu'exposé au mémoire en demande et
reproduit en annexe :
Attendu que, par contrat du 21 janvier 1992, M. X..., candidat de l'association Front national
aux élections régionales du 22 mars 1992, s'était engagé, en cas de succès, à verser à
l'association, sous forme de règlements mensuels, une somme de 180 000 francs, montant des
dépenses engagées par elle au plan national, mais directement liées à la campagne menée dans
la circonscription considérée ; que M. X..., élu, n'ayant effectué aucun versement, l'association
l'a assigné en paiement de la somme totale ; qu'elle a été déboutée pour nullité de la
convention ;
Mais attendu, sur les deux premières branches, que, saisie d'une reconnaissance de dette dont
les énonciations contradictoires rendaient l'interprétation nécessaire, la cour d'appel (Paris, 12
novembre 2001) après avoir souverainement établi que la cause de l'engagement souscrit était
en réalité l'investiture du candidat par l'association et l'exercice des fonctions électives sous
son étiquette, a retenu à bon droit qu'une telle cause était illicite comme portant sur un objet
hors commerce ; que le moyen tiré d'une méconnaissance des articles 1128, 1131, 1134 du
Code civil est donc mal fondé ; sur la troisième branche, que les juges ne sont pas tenus de
s'expliquer sur les éléments de preuve qu'ils décident d'écarter et sur lesquels aucun moyen
n'est spécifiquement articulé ; et sur la quatrième branche, que la chose antérieurement jugée
entre les mêmes parties avait porté exclusivement sur la compétence territoriale ; que ces deux
dernières branches ne peuvent donc qu'être écartées ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi
Observations sous l’arrêt frappé du pourvoi :

RTD Civ. 2002 p. 89


L'octroi par un parti politique de l'investiture à un scrutin public est hors commerce
(Paris, 1re ch. A, 12 nov. 2001, Schmerber c/ Association Le Front national

Jacques Mestre, Doyen de la Faculté de droit et de science politique d'Aix-Marseille


Bertrand Fages, Professeur à l'Université Paris-Val-de-Marne (Paris XII)

Décidément, politique et droit des contrats ne font pas bon ménage. Déjà il y a quelques
années, la Cour d'appel de Paris (1re ch. A, 18 oct. 1994, RTD civ. 1995.351) avait indiqué
que les promesses politiques ne faisaient pas naître d'obligations civiles au bénéfice de ceux
qui les avaient reçues et éventuellement ratifiées par leur vote ! Aujourd'hui cette même
juridiction s'attaque, si l'on peut dire, au mandat d'investiture délivré par un parti en lui
déniant le droit de constituer l'objet d'une convention au sens de l'article 1128 du code civil.
En l'occurrence, un candidat du Front national, qui avait été élu conseiller régional, se voyait
réclamer par son parti l'exécution d'un accord passé lors de sa désignation comme candidat et
dont l'article 1er était ainsi rédigé : « Le candidat, ayant reçu et accepté l'investiture officielle
du Front national pour l'élection de référence, reconnaît par les présentes que la quote-part le
concernant des dépenses directement liées à la campagne dans sa circonscription mais
engagées au plan national par le Front national relativement à l'élection à venir s'élève à 180
000 F. Cette somme s'entend de toutes dépenses indirectes, qu'elles résultent des frais de
secrétariat, publicité, affichage, promotion, conseil, organisation de réunions publiques de
portée nationale, des relations avec la presse, édition ou diffusion nationale de tous
documents, livres, tracts, circulaires et généralement de toutes les activités politiques
autorisées par la loi ».

En effet, si aux termes de l'article 2 de ce même accord le Front national déclarait abandonner
sa créance à l'égard du candidat qui « ne serait élu à aucun moment de la mandature », le
candidat heureux s'engageait en revanche, aux termes de l'article 3, à rembourser la somme
sous la forme d'un virement bancaire mensuel de 2 500 F. L'accord était donc à cet égard des
plus clairs, et se trouvait, au demeurant, complété par d'autres dispositions : notamment, un
article 5 aux termes duquel le Front national renonçait au solde de sa créance « en cas
d'interruption du mandat par suite de décès, démission comportant résiliation du mandat, effet
de la loi », et un article 7 prévoyant que la dette souscrite par le candidat continuerait, en
revanche, d'être exigible au cas où, postérieurement à son élection, il croirait devoir quitter le
groupe politique ou cesserait d'appartenir au Front national pour quelque cause que ce soit.

Mais, si le Tribunal de grande instance de Paris a fait droit à la demande du parti, la cour
d'appel déboute ce dernier en se référant à l'article 1128 du code civil. Elle observe d'abord
que l'objet de la convention est bien l'investiture du candidat et non le remboursement de
dépenses de campagne prises provisoirement en charge par le parti : « il résulte des clauses
contenues dans les articles 2, 3, 5 et 7 de la convention, que l'obligation de remboursement est
liée, non pas aux dépenses de campagne dont les candidats seraient systématiquement
redevables du seul fait qu'elles auraient été engagées mais directement et exclusivement à
l'exercice du mandat électoral obtenu sous l'étiquette du Front national, la reconnaissance de
dette étant intégralement ou partiellement non avenue à défaut de mandature ». Et elle conclut
alors « qu'il s'ensuit que la cause déterminante de l’engagement de M. S... n'est pas celle
exprimée à l'acte du 21 janvier 1992 et que l'opération litigieuse est, en réalité, relative aux
conditions de présentation au suffrage des électeurs d'un candidat à une élection politique
lesquelles sont hors du commerce ».

Ainsi, au moment où les clientèles civiles paraissent définitivement abandonner le champ de


l'hors commerce (RTD civ. 2001. 130), l'investiture politique y entre ... et rejoint, dans un
superbe pêle-mêle dont le droit a seul le secret, le sang, le corps humain, les sépultures, les
souvenirs de famille, les décisions administratives, l'emplacement sur un marché public ou
encore ... la commission d'un abus social.