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BiBliogRaphie cRitique

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de plus en plus fréquents, ce qui révèle une tendance croissante à « la réglemen- tation juridique des relations matrimoniales », avec le changement des mentalités

que

cela comporte. Six cas de contrat de mariage et deux procédures de divorce

illustrent son propos (p. 275-286). L’ouvrage fait une large place à la description de l’habitat rural et urbain, le premier prédominant nettement au xviii e siècle. Sous l’influence des Habsbourg, le village a connu, au moins dans certaines régions du département, « un processus de remodelage des structures résiden- tielles » (p. 304), mais il est resté lié à la capacité productive de la terre tout au long du dix-huitième siècle. Le très grand âge atteint par certaines personnes est l’un des points qui suscitent l’intérêt du lecteur. Selon l’auteur, dans certaines localités, « les per- sonnes ont approché et même dépassé les cent ans », et ce dans des proportions élevées (entre 3 % et 12 % des décès enregistrés dans les registres paroissiaux). Parmi les causes qui ont pu favoriser ces longévités sont mentionnées les condi- tions de vie, l’absence d’excès (alcool, tabac), l’influence des habitudes religieuses, l’hérédité. Cependant, la prudence incite à penser que d’autres observations seraient nécessaires pour confirmer l’existence de cette longévité exceptionnelle. Le volume inclut, dans ses annexes (p. 351-368), une série de cartes des localités du département et des graphiques, susceptibles de servir de modèles à

 

d’autres études du même genre. De même, la base de données démographique qu’il a construite (p. 19), pourra être aisément utilisée pour de nouvelles recherches.

Par

la richesse et la rigueur de ses analyses, cet ouvrage constitue un repère pour

la recherche démographique en Roumanie, même si l’auteur ne prétend pas avoir

 

été

exhaustif, et confesse que « la question n’a pas été épuisée ».

Dana-Maria Rus

Guido alfani et Vincent gouRdon (eds.), Spiritual Kinship in Europe, 1500-1900, Basingstoke (GB), Palgrave Mac Millan, 2012, 324 p.

 

Les coordinateurs du réseau de chercheurs Patrinus (dédié à l’étude du parrainage) offrent avec cette parution en langue anglaise le premier ouvrage collectif consacré exclusivement à la parenté spirituelle. Créée à l’occasion du parrainage de baptême, la parenté spirituelle constitue un objet d’observation

de long terme, présent de la fin de l’Antiquité à nos jours. Les contributions qui forment l’ouvrage, issues d’une rencontre à Lisbonne en 2008, couvrent un large spectre géographique et chronologique. La riche introduction ouvre de nom- breuses perspectives et engage le lecteur dans une histoire en construction. Synthèse d’acquis, elle crée le sentiment que les contributions qui suivent ne seront pas qu’une série d’études juxtaposées, mais autant de briques participant à la construction du savoir historique. Mis au fait de l’historiographie et des enjeux du parrainage dans l’histoire, le lecteur est prêt pour la découverte des

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études (riches de 43 tableaux et de 17 graphiques et figures), disposé à saisir

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leur portée et invité à aller au-delà grâce à la copieuse bibliographie finale. La première partie est consacrée aux deux premiers siècles de l’époque moderne en milieu catholique. La construction de liens sociaux par le parrainage est abordée en milieu rural, à partir de Nonantola (petite ville proche de Modène, dans le nord de l’Italie), conjointement par Guido Alfani et Cristina Munno, spécialistes du sujet. Dans un secteur où se maintient la partecipanza agraria, forme de dotation agraire collective assortie de nombreux droits, les conflits liés à la possession foncière sont nombreux. Les modifications de ce système foncier, introduites à la fin du xvi e siècle, entraînent de nouveaux équilibres et suscitent un réaménagement des liens sociaux par le mariage, le parrainage et le compé- rage. Le traitement informatique poussé permet non seulement l’analyse précise des réseaux sociaux, mais encore de montrer comment ils se réorganisent en fonction du nouvel ordre juridique et socioéconomique. Chez les catholiques, le parrainage ecclésiastique, qui consiste à choisir un clerc comme parrain, est une pratique déjà attestée au Moyen Âge et qui reste possible après le concile de Trente. Après avoir examiné le sujet du parrainage, tel qu’abordé dans la littérature religieuse en Espagne suite aux nouvelles régu- lations tridentines, Antonio Irigoyen Lopez se penche sur le parrainage ecclé- siastique à Murcie du xvi e au xviii e siècle, où il constitue une pratique minoritaire mais variable (de 1,8 % à 12,8 % selon les échantillons). Ce choix permet à des familles migrantes ou à des individus isolés (comme de nombreux enfants trou- vés, voire même des esclaves au début du xvii e siècle) de bénéficier d’une pro- tection. Toutefois, il se superpose aussi, et de plus en plus, à une parenté préexistante. Le parrainage par un prêtre apparaît plus marginal à Lyon, dans le cas de la paroisse centrale de Saint-Nizier exposé par Etienne Couriol. Dans l’ensemble, le choix des parents spirituels lyonnais résulte d’un équilibre entre trois paramètres principaux : la volonté propre des parents, les conditions pra- tiques et les règles usuelles. Sans pour autant être l’apanage des nouveaux venus, l’extension du réseau de relations hors de la ville est surtout le fait des migrants qui cherchent à maintenir des liens avec leur village d’origine. Le comportement des étrangers et des immigrés, souvent si délicat à percevoir, est observé par Guido Alfani à Ivrea aux xvi e et xvii e siècles, en particulier de 1588 à 1610. Dans cette cité piémontaise du duché de Savoie, le groupe très endogame des marchands savoyards fait peu appel à des parrains ou marraines locaux, mais s’attache néanmoins des marchands ou d’autres immigrés afin de bénéficier de protections ou de faciliter leurs affaires. Inversement, les originaires du village voisin de Montalto ne se vivent pas comme une communauté migrante à part. L’analyse des comportements par origine des migrants permet de démontrer l’existence de comportements différenciés. La deuxième partie de l’ouvrage porte sur les xviii e et xix e siècles. À partir de onze villages du Val de Bagnes, vallée suisse du Valais, Sandro Guzzi-Hebb observe la parenté spirituelle au xviii e siècle en tant que moyen de coopération sociale et économique. Elle contribue à renforcer des réseaux de relations qui

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s’expriment sur le plan politique déjà à cette époque et surtout au xix e siècle, dans le cadre de l’opposition entre conservateurs et réformateurs du mouvement « La jeune Suisse ». Le parrainage apparaît comme un lien faible mais flexible, pouvant s’exprimer dans des solidarités politiques ou de parenté et servir à créer des liens avec des familles encore non apparentées. Le rôle de la parenté dans la sélection des parrains et marraines est étudié par Vincent Gourdon dans le Paris du xix e siècle. Face au maintien d’objectifs traditionnels, on voit apparaître la diversité des motivations et l’émergence de nouvelles préoccupations, que ce soit selon le niveau social ou selon la confession. L’analyse menée dégage des ten- dances qui, au-delà d’une histoire du parrainage, ont une portée sur l’histoire de la famille et l’histoire sociale des villes du xix e siècle. Le parrainage chez les réformés est abordé dans une troisième partie, d’abord par Kari-Matti Piilahti avec l’exemple d’une paroisse du sud de la Finlande (Valkaela) dans la première moitié du xviii e siècle. L’observation précise des comportements selon la proximité géographique, le niveau social et les liens de parenté ou d’affinité met en évidence la diversité des facteurs de choix. La mino- rité étrangère et luthérienne de Paris est étudiée par Tom Ericsson à partir des registres de l’ambassade suédoise, conservés pour la période 1755-1804. L’Église suédoise, pour laquelle le parrainage est une coutume ancienne, considère les parrains et marraines d’abord comme de simples témoins. Dans une situation d’éloignement géographique, la parenté est peu mobilisée, et ce malgré la possi- bilité de contourner l’obstacle en se faisant représenter. Inversement, l’auteur souligne le rôle du voisinage immédiat et de la proximité socioprofessionnelle (en particulier pour les artisans et les marchands de gros) dans la décision parentale. Enfin, la quatrième partie nous éclaire, d’une part sur la Russie orthodoxe, d’autre part sur la situation très particulière des Français de San Francisco au moment de la ruée vers l’or. Les caractéristiques de la Russie orthodoxe sont abordées par Marianna G.Muravyeva, qui interroge le rapport entre loi et cou- tume. D’abord sous influence de l’Église byzantine au Moyen Âge, il est montré par quelles voies l’Église russe met en forme ses spécificités dans le premier xvii e siècle puis au début du xix e siècle, sous l’influence maîtrisée des pratiques coutumières. Celles-ci sont précisément étudiées à partir de trois villages et d’une forteresse des environs de Saint-Pétersbourg, à des moments clés entre 1722 et 1804. L’analyse détaillée de ces exemples (niveau social, statut matrimo- nial, âge) révèle les nombreuses fonctions du parrainage en Russie et fait émerger un système qui renforce des liens plus qu’il n’en crée de nouveaux. L’étude, si elle se veut une simple introduction à l’histoire du parrainage en Russie, se hisse au rang d’une synthèse sur ce terrain jusqu’ici méconnu. La situation califor- nienne permet enfin d’étudier un exemple de minorité à la fois linguistique et religieuse. Arrivés à partir de 1848, les quelque 2 000 Français de San Francisco bénéficient d’un lieu de culte catholique et francophone en 1856 qui permet de baptiser une soixantaine d’enfants chaque année jusqu’en 1868. Annick Foucrier

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livre des exemples originaux de parrainages, en particulier celui de la famille Maubec qui relie par ce moyen Bordeaux, Valparaiso et San Francisco, montrant l’adaptabilité d’un rite religieux et social qui n’en finit pas de se renouveler et d’élargir son champ d’application. De façon tout à fait convaincante, la synthèse liminaire et le corps de l’ouvrage montrent que la thématique soulevée, en apparence délimitée, s’inscrit à la conjonction de l’histoire sociale, religieuse et de la famille. La parenté spirituelle et le parrainage constituent des portes d’entrée pour comprendre l’organisation sociale dans le domaine symbolique, et le moyen de décliner toute une série de questions relatives à la parenté et à la structuration de la société.

Vincent Cousseau

Yves denéchèRe, Des enfants venus de loin. Histoire de l’adoption internationale en France, Paris, Armand Colin, 2011, 407 p.

Après avoir consacré quatre articles à l’étude de l’histoire de l’adoption inter- nationale d’enfants (1) , Yves Denéchère, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, propose avec cet ouvrage un véritable inventaire, en trois grandes parties divisées en neuf chapitres, des pratiques françaises liées à ce phénomène global d’une grande complexité. S’appuyant notamment sur les archives du ministère des Affaires étrangères et de l’association Terres des hommes France ainsi que sur les témoignages d’un certain nombre d’acteurs, l’historien trace un panorama à la fois chronologique, social, politique et juridique de l’adoption internationale en France. Il s’agit d’un ouvrage bien documenté et pionnier en la matière au sein de l’historiographie française. Dans la première partie, « Le temps des pionniers », l’auteur centre son analyse sur ce qu’il considère comme les premiers pas de l’adoption d’enfants étrangers en France, entre les années 1940 et 1960. Sources à l’appui, Denéchère démontre que certaines formes de pratique ont vu le jour en France, d’une part comme réponse humanitaire et caritative face à la détresse des populations enfantines à l’issue de la deuxième guerre mondiale et à celui des enfants dits du Tiers Monde à partir des années 1950, et d’autre part comme mesure de redressement démographique du pays. Ainsi, en zone d’occupation française en Allemagne, entre 1945 et 1949, les forces militaires et civiles françaises sur place procédèrent à l’identification des enfants franco-allemands orphelins ou aban- donnés, assurèrent leur prise en charge et, dans certains cas, leur rapatriement en France, puis leur adoption. On peut cependant se demander s’il s’agissait alors d’une véritable adoption d’enfants étrangers, étant donné qu’ils étaient fils ou

(1) Yves Denéchère, « Pour une histoire de l’adoption internationale en France », Vingtième siècle, Revue d’histoire, n° 102, 2009, p. 117-129 ; « La diplomatie française face à la nouveauté des adop- tions internationales d’enfants », Revue d’histoire diplomatique, 2009, n° 1, p. 61-75 ; « Des adoptions d’État : les enfants de l’occupation française en Allemagne (1945-1952) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 57(2), 2010 ; « Nouvel acteur et nouveau phénomène transnationaux : Terre des Hommes et l’adoption internationale (1960-1980) », Relations internationales, n° 142, 2010.

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