MAI 2015 / n°207 / 1,70 €

Loup, y-es-tu ?
Il sera question du loup dans cette édition de mai. Peu
d’animaux pourraient disputer au loup le triste privilège d’inspirer tant de haine et d’épouvante. Et pourtant, on constate
que grâce à sa domestication, il y a au moins 36 000 ans,
Homo sapiens aurait supplanté Néanderthal. Actuellement,
Ségolène Royal serait plutôt encline à autoriser les
« prélèvements » de loups pour soi-disant aider les bergers à
protéger leurs troupeaux. Si vous allez voir le film de JeanJacques Annaud, « Le dernier loup », vous serez émerveillés
par la somptuosité des images et vous serez révoltés par la
barbarie de quelques hommes qui vont massacrer les louveteaux dans leur tanière, sans considération aucune pour le
fragile équilibre naturel que respectaient les Anciens.
Et les loups en politique, me direz-vous ? Nous en avons
de beaux exemples à la tête d’EELV national, qui ont provoqué des réactions indignées chez les militants. Des CPR de
toutes les régions, remontent des motions pour demander à
nos représentants nationaux de cesser leurs luttes stériles et
de se concentrer sur les préoccupations de nos concitoyens.
Alors, à l’heure où nous sommes en train de préparer les
élections régionales, il est temps de nous rassembler, de cesser nos rivalités et de nous centrer, enfin, sur l’écologie !

Suzy Antoine
Membre du CLFV (1)

(1) Comité de lecture de la Feuille Verte

Sommaire

P 1 : Edito
P 2 : Ornans : une pratique militante d’un type nouveau ?
P 5 : Pour un désarmement unilatéral
P 6 : Réflexions critiques sur le terrorisme
P 8 : Crédit Impôt Recherche
P 9 : Science et écologie
P 11 : Et maintenant, sus aux louveteaux !
P 12 : Un mois, émois et moi
P 14 : Bulletin d’adhésion

Élections départementales

ORNANS : UNE PRATIQUE MILITANTE
D'UN TYPE NOUVEAU ?
2

On n'a pas beaucoup entendu parler du canton d'Ornans lors des récentes départementales. Pourtant il s'y est produit un petit événement passé presque inaperçu : dans un contexte politique national très défavorable, la gauche a été
présente au second tour, ce qui n'était pas arrivé depuis 20 ans sur ce territoire. On peut sans doute en tirer quelques enseignements et envisager des perspectives.

Une candidature tardive
Le nouveau canton d'Ornans est une
région très vaste qui va du voisinage de Besançon (Tarcenay) à la frontière suisse (Les
Alliés). Il regroupe trois anciens cantons :
Amancey, Ornans, Montbenoit, plus le Val
d'Usiers qui faisait partie de l'ex-canton de
Levier. En tout 65 communes rurales à tradition fortement conservatrice.
Vers la fin du mois de janvier, il n'y
avait toujours pas de candidature de gauche
et le risque étant grand que les électeurs
n'aient à choisir qu'entre la droite et
l'extrême droite. Christophe Garnier, maire
délégué de Doulaize, une petite commune
de l'ex-canton d'Amancey, contacte alors
l'équipe de Claude Jeannerot et prend son
bâton de pèlerin pour essayer de trouver les
trois autres membres du « quadrinome »,

si possible représentatifs de ce vaste canton.
La tâche se révèle difficile dans cette terre de droite.
Et dès le départ, la « majorité départementale » ne semble
pas très enthousiaste : à demi-mot, on comprend qu'il ne
faudrait pas que les candidats soient des opposants trop
déterminés à M. Longeot, sénateur-maire UDI d'Ornans.
C'est beaucoup plus tard, quand le soutien de celui-ci à
deux candidats PS de Besançon sera rendu public, qu'on
comprendra pourquoi…

La notion floue de majorité départementale
Disons-le d'entrée de jeu : le bilan de Claude
Jeannerot était globalement plutôt bon, avec des points
forts comme une politique sociale dynamique et ambitieuse, le soutien à l'investissement des communes, la
gratuité des transports scolaires, un engagement à la protection des rivières comtoises, etc., même s'il y avait eu,
pour les écologistes, un saccage environnemental important sur le Mont d'Or par l'installation destinée à fabriquer
de la neige artificielle. L'idée de continuer une politique
départementale de gauche pouvait donc se défendre et
même être au cœur d'une argumentation électorale.
Sauf que l'équipe de Claude Jeannerot ne parlait pas
de politique de gauche, mais seulement de « majorité départementale »… On va s'apercevoir très vite que cette
notion est beaucoup trop vague : la grande majorité des
personnes interrogées autour de nous ne savait même pas
si c'était la gauche ou la droite qui était aux commandes
du département du Doubs. Nous n'avons toujours pas
compris pourquoi l'équipe de Claude Jeannerot attribuait
à cette notion des vertus magiques… Il faudra attendre le
deuxième tour pour voir fleurir, à Besançon, des affiches
qui parlent clairement de l'objectif de conserver le département à gauche.
Signalons d'ailleurs qu'il y a eu une erreur stratégique de campagne. La politique nationale de François
Hollande est tellement décriée qu'on n'ose plus s'y référer,
et à juste titre la campagne a été recentrée sur les enjeux
départementaux, mais en même temps, on a fait appel à
des membres du gouvernement pour soutenir les candidats. Cherchez l'erreur…
Toujours est-il qu'il nous (1) a fallu batailler ferme
pour ne pas nous contenter de cette référence à la
« majorité départementale » et imposer notre slogan
« Pour un canton dynamique et solidaire », ajouter
« Divers gauche » sur l'affiche et la profession de foi et
passer du mot d'ordre trop paternaliste « Agir pour vous »
à quelque chose de plus participatif : « Agir avec vous et
pour vous ». Bien sûr, la bataille a été symbolique, mais
cela en dit tout de même long sur certains fonctionne-

ments politiques…

Une campagne riche d'enseignements
Ces points de friction ont, en quelque sorte, cristallisé deux conceptions de l'action politique : une conception
démocratique et citoyenne, qui part de la base, et une
conception « directive », qui part d'en haut et qui considère les militants surtout comme des colleurs d'affiches et
des distributeurs de tracts. En plus d'être un choix idéologique, l'expérience de notre groupe municipal d'Ornans
nous amène à penser que c'est la conception démocratique et participative de l'action politique qui est la plus
mobilisatrice et donc la plus efficace.
Une campagne électorale est aussi une bonne occasion de sortir des petits cénacles de l'entre-soi et de se
confronter à d'autres points de vue. Du côté des élus, ce
sont souvent les aberrations de la réforme territoriale qui
sont venues sur le tapis : organisation d'une élection avant
qu'on sache les compétences du département, découpage
dont on a du mal de comprendre la logique, même si le
souci de la parité et d'une plus grande égalité démographique était légitime. Comme il ne s'agit pas de gérer un
canton mais bien un département, l'instauration de la proportionnelle aurait été une solution bien préférable.
Nous avons aussi beaucoup entendu le désarroi des
électeurs de gauche des milieux populaires déçus par les
promesses non tenues et les dérives libérales. Il est d'ailleurs totalement invraisemblable que nos dirigeants n'entendent pas cette France qui souffre et qu'ils annoncent
qu'ils vont poursuivre la même politique, celle qui a déjà
fabriqué quelque 600 000 chômeurs de plus en 3 ans. Il
n'est donc pas étonnant que le taux d'abstention grimpe.
À cet égard, rendre le vote obligatoire ne ferait que traiter
les symptômes, pas les raisons profondes : la perte de confiance dans les responsables politiques, qui semblent déconnectés des réalités vécues au quotidien dans les milieux populaires.

3

Faire vivre un réseau citoyen
Il est donc nécessaire de repartir de la base et ce
sont ces principes que nous essayons d'appliquer. Dès le
départ, notre groupe municipal d'Ornans a joué un rôle
important. La candidate Colette Groleau et la remplaçante
Heidi Fontaine en font partie et le groupe a servi aussi de
soutien logistique à la campagne.

4

En ce sens, l'expérience des municipales a été réinvestie, avec le souci de rassembler tous les militants du
secteur, des sympathisants Front de Gauche aux quelques
rares adhérents PS en passant par les militants écolos. Mais
ces élections ont été aussi l'occasion de nouvelles rencontres sur l'ensemble du nouveau canton, jusqu'à la
Chaux-de-Gilley, où le remplaçant du ticket électoral, Gilles
Bolle-Reddat, est maire.
Dans cette campagne, on a vu peut-être se dessiner
une nouvelle forme d'engagement citoyen, avec très peu
de gens «encartés ». Pourtant la cinquantaine de personnes
qui se sont retrouvées pour faire le travail militant éprouvent toutes le besoin de se rassembler et de se coordonner

pour agir. Nous devons être attentifs à ces nouvelles
aspirations qui émergent. Les partis politiques doivent
respecter strictement l'aspiration à un fonctionnement
démocratique et unitaire, tout en donnant un coup de
main quand c'est nécessaire. Il reste à fédérer les nouveaux contacts pris pour en faire un réseau militant et
citoyen d'un type nouveau.
Mais un réseau militant actif ne doit pas fonctionner seulement au moment des élections. Il faut qu'il y ait
d'autres occasions, à intervalles plus ou moins réguliers,
d'échanges et de rencontres. À Ornans, les conseils municipaux sont systématiquement préparés par
10-12 personnes alors que nous ne sommes que 4 conseillers d'opposition. Nous avons aussi le projet de proposer, plusieurs fois dans l'année, des « cafés citoyens »
pour discuter de sujets variés (sociétaux, environnementaux, économiques et sociaux). Et nous avons déjà programmé deux conférences-débat plus ambitieuses, à
invitation plus large, sur des sujets très importants pour
la période : le 5 juin sur la transition énergétique et le 26
septembre sur le dérèglement climatique.

Gérard Mamet

(1) Un groupe s'est constitué pour organiser la
campagne avec le « quadrinome » réuni autour de
Christophe Garnier. À la base, des membres du groupe
municipal d'Ornans auquel j'appartiens (Ambitions et
Solidarité pour Ornans) et de l'association Pour un Canton vivant.

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine

Pour un désarmement unilatéral

LES ÉCOLOGISTES SONT-ILS ENCORE
DES PACIFISTES ?

« Nous pensons qu’il n’y a ni guerre sainte, ni guerre juste, ni bonne guerre.
Toute guerre est illégitime. » (Dominique Voynet, Oser l’écologie et la solidarité, éd. de
l’Aube, 1995, p. 103).

Voilà vingt ans qu’une parole officielle a été prononcée sur la guerre par une écologiste d’EÉLV.

encore un argument précieux dans le commerce de
la mort.

Depuis, il semble que d’autres soucis, parfois des
guerres picrocholines, aient mobilisé les militants, les
élus, les porte-parole d’une famille politique qui fut en
son temps le chantre du pacifisme.
La guerre est pourtant une brûlante actualité :
elle fait chaque jour des victimes directes, et envoie sur
les routes les plus désolées du monde un flot de réfugiés
que les nantis préfèrent ignorer.
La France est très impliquée dans les enjeux
militaires internationaux, par des interventions directes
en Afrique et par une activité florissante dans l’armement de différents protagonistes, au Moyen-Orient en
particulier. La vente récente d’avions Rafale à l’Inde,

5
Je ne viens pas ici argumenter une énième
fois sur l’aberration de l’armement nucléaire, criminel contre l’humanité, donc inutilisable, dangereux
par sa possession même, et très coûteux pour un
budget national en grande difficulté. Je demande
simplement qu'Europe Écologie Les Verts se prononce en faveur du désarmement unilatéral de la
France, et que les instances régionales en fassent la
demande au national.

Antoinette Gillet
les déclarations de François Hollande sur la défense nucléaire, la valorisation du Laser Mégajoule (1)
par un discours euphorique du Premier ministre (malgré
la signature par la France du traité de non-prolifération
des armes nucléaires), tout laisse à penser que nous vivons une ère « belliqueuse », et que l’arme nucléaire
redevient, comme au temps du général De Gaulle, l’outil
mythique de la grandeur de la France, et sans doute plus

(1) Le Laser Mégajoule (LMJ) a été mis en
service fin 2014, avec une première campagne de
physique des armes. C'est une installation majeure
du programme Simulation. Il sert à étudier, à toute
petite échelle, le comportement des matériaux dans
des conditions extrêmes similaires à celles atteintes
lors du fonctionnement nucléaire des armes

Point de vue

REFLEXIONS CRITIQUES SUR LE TERRORISME
Les attentats de janvier à Paris ne doivent pas déformer notre perception : ce sont les populations civiles
des pays musulmans qui sont les premières touchées par
les exactions des islamistes. Dans Le Monde Diplomatique
d'avril, Alain Gresh, qui
est un spécialiste du
Moyen-Orient,
livre
quelques explications
sur les conditions qui
favorisent le développement du terrorisme.

soulevés : nous luttons contre « l'empire du Mal » et
la seule solution tiendrait donc dans l'élimination
physique des barbares. Entre 2001 et 2013, le
nombre d'attentats a triplé. Ne faut-il pas s'interroger
sur les conséquences des politiques menées par les
États-Unis et leurs alliés depuis plusieurs décennies
en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Pakistan… et plus
généralement au Moyen-Orient ?

Question de vocabulaire

6

Rien ne peut justifier les actes de barbarie
comme la décapitation de journalistes ou d'otages. Mais il
est important aussi de ne pas oublier la terreur semée par
les drones et les bombardiers américains ni les innombrables « bavures » qui alimentent la haine contre
l'Occident dans les populations touchées. Ensuite, selon le
camp auquel on appartient, on n'utilise pas le même langage : on parle de résistants ou de barbares, de combattants de la liberté ou de délinquants, etc. Le qualificatif de
« terroriste » s'applique toujours à l'Autre. Le Hamas est
qualifié de « terroriste » pour avoir tué 3 civils israéliens
pendant la guerre de Gaza de l'été 2014, mais pas l'État
d'Israël qui, avec ses chars et ses avions, a pourtant tué
entre 800 et 1 000 civils, selon l'armée israélienne ellemême, dont plusieurs centaines d'enfants. La notion de
« guerre asymétrique » est sans doute plus appropriée
que celle de « terrorisme ».

En effet, selon Alain Gresh, le concept flou de
« terrorisme » tend à dépolitiser les analyses et par là à
rendre impossible toute compréhension des problèmes

« Chaos constructif » ?
C'est l'expression employée en 2005 par
Condoleezza Rice pour justifier la politique de Bush
dans la région. Chaos est bien le mot qui convient
pour parler du résultat des politiques occidentales :
« L'État libyen a disparu, l'État irakien sombre dans le
confessionnalisme et la guerre civile, le pouvoir
afghan vacille, les talibans n'ont jamais été aussi puissants au Pakistan. »(1)
Et la lecture religieuse que certains dirigeants
occidentaux, autant que les islamistes, veulent nous
imposer est très dangereuse parce qu'elle alimente la
« guerre des civilisations » chère aux néoconservateurs américains et à Netanyahou. Alain Gresh fait
référence à un livre écrit par un ancien de la CIA,
Graham Fuller : Un monde sans islam (2).

L'auteur résume lui-même sa conclusion : « Il
existe un douzaine de bonnes raisons en dehors de l'Islam
pour lesquelles les relations entre l'Occident et le ProcheOrient sont mauvaises : les croisades (une aventure économique, sociale et géopolitique occidentale), l'impérialisme,
le colonialisme, le contrôle occidental des ressources du
Proche-Orient en énergie,
la mise en place de dictatures pro-occidentales, les
interventions politiques et
militaires occidentales sans
fin, les frontières redessinées, la création par l'Occident de l'État d'Israël, les
invasions et les guerres
américaines, les politiques
américaines biaisées et
persistantes par rapport à
la question palestinienne,
etc. Rien de tout cela n'a de rapports avec l'Islam. » En
fait, compte tenu de la prégnance du fait religieux dans
cette région, il n'est pas surprenant que les réactions
soient, effectivement, reformulées en termes religieux ou
culturels. Mais ce n'est pas l'islam qui est à l'origine des
conflits.

Oui, il faut dénoncer les discours de haine
propagés par certains prêcheurs musulmans radicaux, mais entrer dans une problématique d'affrontement religieux ou de guerre de civilisation serait
faire le jeu des islamistes et de l'extrême droite. Et
de notre côté, nous devons nous battre pour infléchir les politiques occidentales qui alimentent, depuis des décennies, le chaos et la haine.

Gérard Mamet

(1) Pour en finir (vraiment) avec le terrorisme, Alain
Gresh, Le Monde Diplomatique, avril 2015, p. 17.
(2) A World Without Islam, Little Brown and Co, New
York, 2010. Cité par Alain Gresh.

7

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Chèque à l’ordre d’EELV-FC, à adresser à :
EELV-FC — 14, rue de la République — 25000 Besançon

Crédit Impôt Recherche

CARAMBA, ENCORE RATÉ !
Sans vouloir alimenter de manière excessive le
Hollande bashing, sans vouloir toujours crier au loup et
renforcer la désespérance et les craintes d'un avenir non
pas bleu marine mais noir de rancœur, il nous faut bien
regarder en face des faits.

8

L'association « Sciences en marche », qui avait
été, au mois de juin 2014, à l'initiative d'une marche pour
défendre la recherche publique et avait demandé la réorientation de 4 milliards du Crédit d'Impôt Recherche
(CIR), sur les 6 qu'il coûte, vers les organismes de recherche et les universités, a été auditionnée par une
commission sénatoriale et a publié un rapport : CIR et
Recherche & Développement : efficacité du dispositif depuis la réforme de 2008 (1).
Certes, le CIR n'a pas été mis en place à l'arrivée
de Hollande à la présidence de la République, mais sa
dérive s'est poursuivie et amplifiée depuis le début de
son mandat.

Son coût est passé d'environ 1 milliard d'euros en
2008 à 6 milliards en 2014 ; pour quels résultats ? Le rapport indique : « Il n’existe aucune corrélation entre la
création d’emplois en R&D et la créance de CIR » pour
l'ensemble des entreprises (p. 9). Certes, des emplois ont
été créés par les entreprises de moins de 500 salariés (ce
qui était la cible visée), mais les entreprises de plus de
500 salariés, qui bénéficient de 63 % des sommes en jeu,
n'ont créé que 18 % des emplois. Pire, les secteurs les
plus gourmands en crédit (Sanofi par exemple) ont détruit 2 400 emplois. Pire encore, le CIR a créé un effet

d'aubaine, une fraude avérée (p. 21). Pour le dire vite,
des emplois classiques sont déclarés comme emplois
« Recherche et Développement » pour bénéficier de la
manne publique. : « Le CIR a visiblement déclenché un
comportement opportuniste chez certaines entreprises ,qui tentent d’en bénéficier sans réellement investir
dans la recherche ou l’innovation » (p. 28) ; coût du détournement : 6 milliards d'euros.
Autrement dit, les grandes entreprises se gavent
d'argent public sans réel effet sur la recherche et l'emploi. Nous sommes dans la même logique que le CICE (2),
dans l'absence de conditionnalité et de contrôle. Et cela
finit par coûter cher aux finances publiques ! Et à la
dette.
Dans le même temps, la jeunesse, dont François
Hollande voulait faire une priorité, cette jeunesse qui
s'est investie dans des formations doctorales, se retrouve
sans perspectives d'emploi, que ce soit à l'université (gel
des postes) ou dans les organismes publics, tel le CNRS
qui recrute de moins en moins ; cette jeunesse se précarise de petits contrats en petits contrats.
Et à long terme, la baisse du nombre d'étudiants
désireux d'investir le monde de la recherche aura probablement un effet catastrophique sur nos capacités à produire non seulement de l'innovation, mais aussi de la
connaissance.
Alors, quand « Sciences en marche » demande
que, sur les 6 milliards du CIR, 2 soient consacrés aux
PME et 4 à la recherche publique (le tout à budget constant, donc sans effet sur la dette), pourquoi n'est-elle pas
écoutée ? Il ne s'agit même pas d'être plus à gauche,
juste de regarder en face les faits et d'avoir le courage de
bouger la ligne pour répondre à l'attente : celle de jeunes
chercheurs ou futurs chercheurs, celle des chercheurs en
place qui n'en peuvent plus de chercher de quoi faire de
la recherche.

Michel Boutanquoi

(1) http://tinyurl.com/mgnocmn
(2) Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.

Science et écologie

RETOUR DE L'OBSCURANTISME,
DOMESTICATION DU LOUP
ET ECONOMIE COLLABORATIVE
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.

1. Le réveil de l'obscurantisme
Au XVIIe siècle, par le postulat d'objectivité, Galilée et Descartes avaient libéré la science du joug de la
théologie et de la religion. Depuis quatre siècles s'est donc
construite la nécessaire distinction entre savoir et croire.
Or aujourd'hui, des mouvements inquiétants se développent autour du créationnisme. Les créationnistes, qui
sont particulièrement actifs aux État-Unis et en Arabie
saoudite, cherchent à ravaler la science de l'évolution au
rang de simple discours hypothétique en concurrence
avec la thèse créationniste. (La Recherche n°498, avril
2015, pp. 56-59)

Commentaire : La construction de la science ne
s'est pas faite sans résistance. Ce sont les découvertes, les
observations et les expériences qui ont progressivement
fondé la science et sont venues à bout des explications
théologiques. Les créationnistes du « dessein intelligent » (1) rétablissent la confusion entre croire et savoir.
On revient quatre siècles en arrière, aux formes de superstition et de fanatisme. Cette guerre idéologique se
joue contre la science, mais aussi contre la liberté de penser, au profit d'une régression intellectuelle, sociale et
politique. Il s'agit donc d'intégrisme politique autant que
religieux, qui vise à interdire la liberté de pensée et d'expression.

2. L'évolution de l'homme sur la piste du
loup
Le chien est un loup domestiqué et il n'y a que
0,2 % de différence génétique entre les deux espèces.
Par ailleurs, le loup est le premier animal a avoir été
domestiqué par l'homme, il y a au moins 36 000 ans,
bien avant le cheval ou le mouton, par des tribus nomades de chasseurs-cueilleurs. Entre – 40 000 et –
30 000 ans, les Homo sapiens ont supplanté les
Néanderthaliens. L'idée avancée par certains chercheurs, c'est que l'utilisation du loup domestiqué
comme auxiliaire de chasse aurait donné un avantage à
Homo sapiens, qui aurait pu ainsi mieux nourrir ses
enfants et l'emporter au niveau démographique sur les
Néanderthaliens. (La Recherche n°498, avril 2015,
pp. 60-65)

9

Commentaire : Les causes de la domestication

Commentaire : L'économie de la location peut

du loup ont été l'aide à la chasse et la garde du camp. L'utilisation pour la garde des troupeaux n'est venue que près
de 25 à 30 000 ans plus tard, avec l'apparition de l'élevage.
L'intérêt de nos ancêtres pour cet animal a sans douté été
sa capacité de coopération dans la meute pour chasser
collectivement le gros gibier et pour se défendre contre les
grands prédateurs. Ce compagnonnage particulier entre le
loup et l'homme est un argument supplémentaire en faveur la protection de cet animal.

aussi pousser à la consommation et nuire à l'environnement. Par exemple, les loueurs de téléphone poussent
leurs clients à changer d'appareil tous les ans. Il y a une
incitation à accélérer le cycle de consommation et
d'innovation. Autre exemple : le covoiturage, qui peut
devenir une réelle concurrence pour le train parce que
la voiture partagée est moins chère que le rail. Mais cela
vient d'une distorsion de concurrence parce que la voiture, contrairement au train, ne finance pas des infrastructures onéreuses. Les politiques publiques peuvent
agir sur le verdissement de l'économie collaborative en
mettant en place des outils financiers et fiscaux adéquats.

3. Le partage des biens n'est pas toujours
écologique
L'économie de partage décolle surtout parce
qu'internet offre, à grande échelle, des services de prêt, de
location et de revente. Une étude récente évalue l'économie collaborative à 12 milliards d'euros par an dans le
monde, mais cela reste un marché de niche, comme
l'exemple emblématique BlaBlaCar (2). L'effet peut être
positif sur l'environnement, à condition que les biens partagés soient de meilleure qualité et réellement durables.
On réduit alors l'utilisation de ressources et la production
de déchets. (La Recherche n°498, avril 2015, pp. 78-81)

Gérard Mamet

10
(1) Le dessein intelligent est une théorie créationniste
prétendant que la complexité du vivant résulte d'une
intelligence supérieure : Dieu.
(2) BlaBlaCar : site de covoiturage ; on réserve et on
règle sa participation par internet.

Nos trois candidats en lice pour les régionales
Cécile PRUDHOMME

Éric DURAND

François LOTTEAU

Tanières

ET MAINTENANT, SUS AUX LOUVETEAUX !

Précisons-le tout de suite pour éviter les malentendus : non seulement on veut bien admettre que la cohabitation entre les troupeaux d'ovins et le loup ne soit pas
toujours évidente à gérer par les éleveurs, mais on est également favorable aux diverses subventions destinées à les y
aider. Comme le rappelle justement l'ASPAS (1), « le salaire
des bergers, l'achat de clôtures, de chiens de protection et
de leur nourriture sont subventionnés à 80 % ».
On est déjà nettement moins emballé - et c'est un
euphémisme ! - par le fait que les pertes de moutons soient
indemnisées à l'éleveur même dans les cas où celui-ci n'a
pas pris les nécessaires mesures de protection de son troupeau, et même si on ne peut pas affirmer que l'attaque est
due au loup : cela s'est passé il y a quelques années dans
ma commune haut-jurassienne, le sous-préfet ayant immédiatement accusé un loup d'avoir croqué quelques brebis,
et cela en l'absence de toute trace génétique probante. Il
faut préciser que dans le cas d'une attaque par Canis lupus,
l'indemnisation est immédiate, alors que si on incrimine un
ou des chiens errants, l'éleveur a intérêt à être patient...
Et on apprécie encore moins que tant de responsables d'associations d'éleveurs, oubliant que l'élevage ovin
est subventionné de toute façon à 50, voire à 80 %, déclarent à qui veut les entendre qu'ils ne veulent plus être indemnisés, mais « vivre de leur métier », ce que le loup, à
les entendre, leur interdirait.

Quand en plus ces (ir)responsables réclament,
comme en novembre dernier, qu'on « fasse appel à l'armée » (2) pour dézinguer l'animal honni, ou déclarent ce fut le cas fin avril - qu' « il faut aller prélever les
jeunes loups dans les tanières » (3), on peut légitimement se demander au nom de quoi l'argent public (c'està-dire le nôtre) devrait subventionner les lobbys agricoles et cynégétiques les plus bornés, alors que les
fonds en question aideraient tellement mieux les éleveurs responsables qui cherchent à adapter leurs méthodes à la présence des grands prédateurs.
Si tant est qu'elle est encore capable d'entendre
des paroles sensées, il serait grand temps que Mme
Royal, au lieu de fayoter auprès des pires ennemis de la
faune sauvage, en prenne conscience et interdise toutes
les mesures visant au « prélèvement » (!!) de loups, mesures qui ont, de toute façon, largement montré leur
inanité (4).

Gérard Roy

(1) Association pour la Protection des Animaux sauvages
– www.aspas-nature.org
(2) René Laurens, président de la FDSEA des HautesAlpes.
(3) Yves Derbez, président de l'association Éleveurs et
Montagnes.
(4) Sans parler de leur illégalité, le loup étant une espèce
protégée.

11

UN MOIS, ÉMOIS ET MOI
Ne pas confondre. À Kaboul, une jeune
femme accusée (à tort, en plus !) d'avoir brûlé un coran
est lynchée, jetée d'un toit et brûlée par la foule. Rappelons que ce regrettable excès n'a rien à voir avec
l'islam.

Pas d'amalgame. Les Chabab revendiquent
le massacre de quelque 150 étudiants, presque tous
chrétiens, dans une université kenyane au nom de la
lutte « contre les infidèles ». Rappelons que ce regrettable excès n'a rien à v... Ah ! merde, je l'ai déjà dit.

Nulle. Non seulement elle ne lit pas, mais elle
fait aussi de la pub sur Twitter et Instagram pour qu'on
prenne des selfies dans les musées. Rappelez-moi : elle
est ministre de quoi, déjà, Fleur Pellerin ?

Bébé.

Alain
Joyandet, qui se voit déjà
président de BourgogneFranche-Comté, raconte
à qui veut l'entendre
qu'il est né, à Dijon, « sur
la table de la salle à
manger de ses parents ».
S'ils avaient pu se douter
de ce qu'il deviendrait, ils
en
auraient peut-être fait le gigot du dimanche…

Caoutchouc. Un groupe chinois rachète le fabricant de pneus Pirelli, l'un des fleurons de l'industrie italienne. Le calendrier préféré des routiers ne montrera
désormais plus que des Pékinoises à poil.
Trafic. 8 000 euros et une BMW (d'occase, d'accord, mais quand même) pour acheter un bébé rom à
Marseille. Ça fait bien cher pour être emmerdé après pendant des années par un sale gosse.

Patrimoine. Une enquête de l'INED (1) le prouve :
épouser un ou une riche héritière est une utopie. Depuis
le temps que je cherche, je me disais bien, aussi...

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Bye ! Après la déculottée des départementales, Christophe Perny, ex-président PS du Conseil général du Jura, annonce son retrait de la vie politique. Si
on m'avait dit qu'un jour j'applaudirais une décision de
Perny...!

Pratique. L'Inde commande à Dassault 36 Rafale
« prêts à voler ». D'habitude, le Rafale, c'est comme le
Meccano : tu achètes une boîte de pièces et tu montes
tout avec ton petit tournevis.

JVP. « Incontestablement, nous donnons une
mauvaise image de la politique », reconnaît
Jean-Vincent Placé à propos des bisbilles au sein d'EÉLV.
Orfèvre en la matière...

Rafale en pièces détachées !!!

Gaulois. 63 % des Français seraient « favorables à
une limitation de leurs libertés individuelles au nom de la
lutte contre le terrorisme ». Les mêmes qui gueulent
qu'« on n'a plus le droit de rien faire » parce qu'ils doivent
aller fumer dehors ou rouler à 90 maxi.

Réunion. Un ado qui surfait dans une zone inter-

Bécasses. En

dite à la baignade se fait bouffer par un requin. Moi, je
serais requin, vu l'extermination qui se prépare, je me
grouillerais d'en becqueter un maximum, des surfeurs.

Savoie, une association de chasse au
féminin,
L’Chasse,
proteste contre le
nouveau statut du
renard, retiré dans
ce département de la
l i s t e
d e s
« nuisibles ». Dans le
domaine de la connerie, la parité progresse plus vite
qu'en politique.

Craintes. Le député UMP Pierre Lellouche
s'inquiète de voir la loi « Renseignement » « tomber un
jour dans de mauvaises mains ». C'est vrai qu'avec le
retour probable de la droite en 2017...
Sarko II. L'ex-UMP va s'appeler « Les Républicains ». Non seulement c'est là « une scandaleuse opération de détournement politique » (2), mais vu le fonctionnement monarchique de notre fichue Ve, « Les
Royalistes », ce serait plutôt mieux, non ?

Najat. Un nouveau calendrier scolaire aux petits
oignons pour le lobby des sports d'hiver. Je sais pas vous,
mais moi, un tel souci pédagogique, ça m'émeut...

Bagnole. Il se vend des voitures de plus en plus
grosses, de plus en plus sophistiquées, de plus en plus
chics et chères (gros boum sur les SUV), à des acheteurs
de moins en moins nombreux. L'égalité progresse à pas
de géants.

Fléau. La rage tue chaque année 59 000 personnes dans le monde. Dommage que leur rage ne tue
pas les électeurs du Front national.

Variétoche. Après Demis Roussos, Richard
Anthony : 2015 a mal commencé pour la grande chanson
à texte. Pourvu que Céline Dion ne nous lâche pas !

Chutes. Les églises parisiennes sont si délabrées
que plusieurs ont déjà perdu des morceaux de portail ou
de clocher. Morceaux jamais tombés sur personne ! Et y
a encore des mécréants pour ne pas croire aux miracles !

Gérard Roy

(1) Institut national d'Études démographiques.
(2) Jean-Noël Jeanneney, dans Le Monde du 15 avril.

13

14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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