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Collection des Études Augustiniennes

Série Moyen Âge et Temps Modernes - 51

L’EXÉGÈSE MONASTIQUE AU MOYEN ÂGE (XI e -XIV e SIÈCLE)

sous la direction de Gilbert DAHAN et Annie NOBLESSE-ROCHER

Institut d’Études Augustiniennes PARIS

2014

Ouvrage publié avec le concours de l’UMR 8584 (Laboratoire d’études sur les monothéismes, CNRS/EPHE) et de l’Université de Paris-Sorbonne

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© Institut d’Études Augustiniennes, 2014 ISBN : 978-2-85121-267-2 ISSN : 1159-4888

AVANT-PROPOS

Nous présentons ici les actes d’un colloque tenu il y a déjà quelques années et qui s’était révélé particulièrement novateur 1 . Depuis, la recherche a progressé, tant dans l’analyse du sujet même de la rencontre, l’« exégèse monastique au moyen âge », que du fait de l’édition de quelques nouveaux textes – mais, surtout, la plupart des chercheurs invités à présenter une contribution ont eux-mêmes notablement évolué dans leur propre réflexion. Certains de ces progrès sont ici enregistrés, mais on constate que le problème global lui-même continue de se poser dans les mêmes termes et l’on peut espérer qu’à son tour ce volume, qui ouvre nombre de pistes de réflexion, suscitera des travaux. On se propose ici de faire rapidement le point de la question 2 .

Dans L’amour des lettres et le désir de Dieu, Jean Leclercq consacrait des pages éblouissantes à l’étude des lettres sacrées au monastère. Il constatait que, entre le IX e et le XIII e siècle, la plus grande partie de la production exégétique provenait des milieux monastiques et esquissait une opposition entre lectio monastique et exé- gèse scolastique 3 . Bien que depuis ce maître-livre de nombreux travaux aient été consacrés à la culture monastique en Occident et qu’un certain nombre de textes aient été publiés, il semble que l’exégèse biblique en milieu monastique au moyen âge n’ait pas été l’objet de travaux spécifiques, comme a pu l’être l’exégèse des écoles ou l’exégèse universitaire 4 .

1. Colloque international « L’exégèse monastique de la Bible en Occident, XI e -XIV e siècle »,

Palais Universitaire, Faculté de théologie protestante, Strasbourg, 10-12 septembre 2007, organisé

par le GRENEP (rattaché maintenant à l’EA 4378), et l’UMR 8584, Laboratoire d’études des monothéisme/Institut d’études augustiniennes (CNRS et EPHE).

2. Gilbert Dahan a consacré à ce thème un séminaire en 2009-2010 et prépare un ouvrage

d’ensemble, qui sera davantage une synthèse qu’une étude ponctuelle des thèmes liés à l’exégèse

monastique, comme dans le présent ouvrage.

3. J. LECLERCQ, Initiation aux auteurs monastiques du moyen âge. L’amour des lettres et le

désir de Dieu, Paris, 1957 (2 e éd. 1963 ; 3 e éd. 1990), p. 70-86.

4. Dans les grands volumes collectifs sur la Bible au moyen âge, le sujet n’apparaît pas en tant

que tel, en dehors de la belle étude de A. M. PIAZZONI, « L’esegesi neomonastica », dans La Bibbia nel Medio Evo, G. Cremascoli et C. Leonardi éd., Bologne, 1996, p. 217-237. Voir également

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AVANT-PROPOS

Les questions préliminaires sont nombreuses et, d’abord, est-il légitime de parler d’une « exégèse monastique » ? La discussion a été engagée à propos d’une théologie monastique 5 ; on tirera profit de ses résultats, tout en sachant combien ils ont été controversés, et on posera la question d’une éventuelle spécificité de l’exé- gèse monastique. Dans une autre étude remarquable 6 , Jean Leclercq caractérisait la « théologie monastique » par ses sources (presque exclusivement chrétiennes :

Écritures, Pères, liturgie), son objet (le mystère du Salut, l’union de l’homme avec Dieu) et sa méthode (une théologie concrète, fondée sur l’expérience). Cette caractérisation est-elle également vraie pour l’exégèse monastique ? Du reste, la typologie qui classe l’exégèse médiévale en exégèse monastique, exégèse sco- laire et exégèse universitaire 7 est-elle fondée ? Ne s’agit-il pas simplement d’une répartition dans le temps, puisque, apparemment, les trois genres ne font que se succéder ? Ou y a-t-il vraiment des traits propres qui permettent de caractériser comme « genre » l’exégèse monastique ? La place particulière de l’Écriture sainte dans la vie monastique, le statut spécifique de l’étude de la Bible, les formes littéraires des commentaires composés au monastère permettent sans doute d’in- dividualiser une exégèse monastique ; et la persistance jusqu’au XIV e siècle (et probablement au-delà encore) de commentaires fidèles, semble-t-il, aux démar- ches de cette exégèse monastique autorise à répondre à l’objection fondée sur une succession chronologique.

J. LECLERCQ, « From Gregory the Great to St Bernard », dans The Cambridge History of the Bible, t. II, The West from the Fathers to the Reformation, G. W. H. Lampe éd., Cambridge, 1969, p. 183-197 ; J. DUBOIS, « Comment les moines du Moyen Âge chantaient et goûtaient les Saintes Écritures », dans Le Moyen Âge et la Bible , P. Riché et G. Lobrichon éd., Paris, 1984 (Bible de tous les temps, 4), p. 261-298 (mais ne concerne pas vraiment l’exégèse). On est supris que le récent volume collectif The New Cambridge History of the Bible, t. II, From 600 to 1450, R. Marsden et E.A. Matter éd., Cambridge, 2012, ne fasse pas de place à l’exégèse monastique (ni du reste aux questions herméneutiques).

5. Voir notamment : J. LECLERCQ, Études sur le vocabulaire monastique du moyen âge, Rome, 1961 (p. 71-79, « Monachisme et théologie ») ; A. HÄRDELIN, « Monastische Theologie – eine ‘praktische’Theologie vor der Scholastik », Zeitschrift für katholische Theologie, 109, 1987, p. 400- 415 ; G. PENCO, « La teologia monastica : bilancio di un dibattito », dans Medioevo monastico, Rome, 1988 (Studia Anselmiana, 96), p. 537-548 ; F. GASTALDELLI, « Teologia monastica, teologia scolastica e lectio divina », Analecta Cisterciensia, 46, 1990, p. 25-51 ; R. GRÉGOIRE, La teologia monastica, Seregno, 1994 ; Ph. NOUZILLE, Expérience de Dieu et théologie monastique au XII e s. Étude sur les sermons d’Aelred de Rievaulx, Paris, 1999 ; A. NOBLESSE-ROCHER, L’expérience de Dieu dans les sermons de Guerric, abbé d’Igny (XII e s.), Paris, 2005.

6. J. LECLERCQ, « Saint Bernard et la théologie monastique du XII e siècle », Saint Bernard théologien = Analecta sacri ordinis cisterciensis, 9/3-4, 1953, p. 7-23.

7. Voir G. DAHAN, L’exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval, XII e - XIV e siècle, Paris, 1999, p. 75-120.

AVANT-PROPOS

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En partant de ce présupposé, qui a été l’objet de discussions, la réflexion s’est engagée sur un certain nombre de points. Tout d’abord, quelle est la place de la Bible dans la vie monastique ? Les commentaires de la Règle de saint Benoît donnent-ils davantage de précisions que les indications assez vagues de la Règle elle-même 8 ? Qu’en est-il dans les statuts des ordres nouveaux (chartreux, cister- ciens et autres ordres issus de la tradition bénédictine, ainsi que les prémontrés) ? Il est évident que le contact avec l’Écriture est constant au monastère, dans la liturgie d’abord 9 mais aussi à l’occasion de la collatio, étude collective, et de la lectio divina, étude plutôt individuelle. Malgré les éléments recueillis ici et là, l’enquête reste à mener 10 .

D’autre part, quel texte de la Bible copie-t-on dans les scriptoria des monastè- res ? Pour le XIII e siècle, on a parlé d’une opposition entre bible « parisienne » et bible « monastique » ; cette opposition correspond-elle à une réalité ? En quoi se distinguerait une bible « monastique » – par des éléments extérieurs seulement (et seulement en opposition à la bible « parisienne » ?) ou par des traditions textuelles ? On pourrait proposer, pour tenter de répondre à cette question difficile, de faire des sondages sur des bibles de provenance monastique, par exemple à partir des premiers numéros du fonds latin de la Bibliothèque nationale de France. D’autre part, le travail remarquable fait sur la Bible de Cîteaux sous la direction d’Étienne Harding a-t-il eu des lendemains à l’intérieur de l’ordre cistercien 11 ? En dehors même du texte, existe-t-il des bibles monastiques 12 ? Sont-elles spécifiquement monumentales (à l’opposé donc des « bibles de poche » du XIII e siècle) ? Sur ce

8. Dans la Règle, seul le chap. 48, « De opera manuum cotidinia », mentionne, par la bande, l’étude de l’Écriture : « Certis temporibus occupari debent fratres … in lectione divina. » Les chap. 16-18 concernent l’utilisation des Psaumes dans la liturgie ; le ch. 53, « de hospitibus reci- piendis », note qu’on doit lire la loi divine (lex divina) aux hôtes pour les édifier ; le ch. 73 affirme que toute parole de l’Ancien et du Nouveau Testament est la norme très droite de la vie humaine. Voir La Règle de saint Benoît, éd. et trad. fr. A. de Vogüé et J. Neufville, t. II, Paris, 1972 (Sources chrétiennes, 182), p. 598-599, 524-534, 612-613 et 672-673.

9. Cf. J. LECLERCQ, L’amour des lettres, p. 70 : « La liturgie … est le milieu dans lequel sont reçus la Bible et la tradition patristique. »

10. L’étude de M.-Chr. CHARTIER, « Présence de la Bible dans les Règles et Coutumiers », dans

Le Moyen Âge et la Bible , P. Riché et G. Lobrichon éd., Paris, 1984 (Bible de tous les temps, 4), p. 305-325, s’intéresse surtout à l’utilisation de la Bible dans cette littérature ; sa conclusion est surprenante (« Le moine ne paraît guère soumis à la Bible, il l’utilise plutôt pour justifier une habitude, un comportement… », p. 325).

11. Il semblerait que non, si l’on se fie aux résultats de l’étude précise de M. CAUWÉ, « La

Bible d’Étienne Harding. Principes de critique textuelle mis en œuvre aux livres de Samuel »,

Revue bénédictine, 103, 1993, p. 414-444.

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AVANT-PROPOS

plan, la première partie de ce volume apporte des éclairages assez passionnants 13 . Et la décoration de ces bibles répond-elle à des consignes précises 14 ?

L’orientation monastique des exégètes a-t-elle entraîné des choix herméneu- tiques ? Il semblerait qu’une place plus importante (en dehors même du cas exceptionnel de Guibert de Nogent 15 ) ait été accordée à la tropologie – tropologie ou bien générale (il s’agit de l’itinéraire intérieur de l’âme humaine) ou bien spécifiquement monastique (il s’agit de l’histoire personnelle du moine) ; une étude attentive des textes confirme-t-elle cette impression ? D’autre part, certains livres bibliques ont-ils été privilégiés ? Il semble que l’Ancien Testament soit plus commenté que le Nouveau ; en dehors du Cantique des Cantiques ou des Psaumes, d’autres livres de l’Ancien Testament ont-ils été aussi intensivement étudiés ? Et le choix même du Cantique est-il significatif d’options particulières ?

En lien avec la question précédente, quelle est la part de l’« actualisation » dans les commentaires monastiques ? Le choix de la tropologie les empêche-t-il de s’ouvrir aux évolutions en cours de la société qui les entoure ? En somme, l’exégèse monastique est-elle « en circuit fermé » ou bien s’ouvre-t-elle à son temps 16 ?

Des éléments de réponse peuvent être fournis par une étude des formes et des méthodes : mais, d’une part, peut-on établir une liste de formes, de méthodes, de procédures qui soient propres à l’exégèse monastique 17 ? D’autre part, si la réponse

13. Voir ci-après les études de P. S TIRNEMANN , « Les bibles monastiques existent-elles ? » ;

P.-M. BOGAERT, « Les bibles monumentales au XI e siècle : autour de la Bible de Lobbes (1084) » ; et D. MIELLE DE BECDELIÈVRE, « Les bibles cartusiennes ».

14. Après les travaux de Y. ZALUSKA sur les bibles cisterciennes, notamment L’enluminure et le

scriptorium de Cîteaux au XII e siècle, Cîteaux, 1989 (elle avait également présenté au colloque une communication sur « Les bibles du scriptorium de Cîteaux »), l’étude qui suit de A. TRIVELLONE, « Images et exégèse monastique dans la Bible d’Étienne Harding », apporte des éléments très remarquables sur l’iconographie comme exégèse.

15. Voir ci-après l’étude de J. GOMES, « Le cas singulier de Guibert de Nogent ». Voir égale-

ment G. DAHAN, L’exégèse chrétienne, p. 84-85.

16. On trouvera un certain nombre de réponses dans plusieurs des études qui suivent :

P. B OUCAUD , « Exégète et prophète. Hervé de Bourg-Dieu († ca 1150), commentateur de la dernière vision d’Ezéchiel (Ez 40, 48-48, 35) » ; G. LOBRICHON, « L’exégèse au présent, ou l’interprétation monastique de l’actualité dans les commentaires cisterciens du XII e siècle » ; R. GRÉGOIRE, « L’exégèse de Bruno de Segni ».

17. Voir des éléments de réponses dans les études qui suivent de G. DAHAN, « Herméneutique

et procédures de l’exégèse monasique » ; A. PIAZZONI, « Exégèse vétéro-monastique et néo-monastique » ; A. NOBLESSE-ROCHER, « Les procédés exégétiques de quelques moines prédicateurs : Julien de Vézelay, Isaac de l’Étoile et Guerric d’Igny » ; B. PRÉVOT, « Le com- mentaire des Proverbes de Guillaume de Flay » ; R. GRÉGOIRE, « L’exégèse de Bruno de Segni » ; P. B OUCAUD , « … Hervé du Bourg-Dieu » ; et R. G UGLIELMETTI , « Il commento al Cantico di Gilberto di Stanford ».

AVANT-PROPOS

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est positive, on constate aisément la présence de formes, de méthodes et de procé- dures issues d’autres milieux, particulièrement des écoles (ne serait-ce que parce que de nombreux auteurs monastiques ont d’abord reçu une formation scolaire) ; quel est alors l’équilibre entre les deux séries d’éléments ? Est-on encore fondé à parler de commentaire monastique dans le cas d’un texte écrit au monastère mais utilisant principalement les techniques des écoles (c’est le cas, par exemple, de Bruno le Chartreux) ? Très précisément, quel est le rôle, quelle est la part de la rhétorique (en tant qu’instrument d’analyse, en tant que forme d’exposition) ?

Enfin, il semblerait que l’exégèse produite dans le cadre monastique fasse éclater les catégories ; bien sûr, on ne parle pas seulement des formes autres que le commentaire (le sermon est évidemment un lieu d’explication de la Parole divine

– mais cela est commun à toute l’exégèse médiévale) mais surtout de l’utilisation,

au service de l’exégèse, de formes provenant de genres radicalement différents 18 :

on relève, par exemple, des exemples frappants de dramatisation de la matière ; cela a-t-il un rapport avec la dissémination à partir des milieux monastiques du drame liturgique (une simple étude de la littérature exégétique des centres de production des drames liturgiques pourrait donner des indications) ? De même, le rôle de la narration peut-il être mis en relation avec l’essor des formes narratives dans la production littéraire de certains monastères (vies de saints, chroniques…) ? Il serait passionnant de dresser au moins des inventaires…

Une dernière précision concerne le champ chronologique : nous annonçons « du

XI e au XIV e siècle » ; nous avons de la sorte renoncé au haut moyen âge (notam- ment à la période carolingienne), période pendant laquelle l’exégèse biblique (et en général la production culturelle) se fait presque exclusivement dans le cadre monastique ; mais la problématique est assez différente et il nous a paru préférable de commencer au moment où les choses se compliquent, précisément au moment où les écoles urbaines fleurissent à côté des écoles monastiques. Le XII e siècle constitue également une période d’essor de la production monastique

– avec toujours la concurrence (ou concomitance) des écoles. Le XIII e et le XIV e

siècle permettent de poser dans toute son acuité la question chronologique : au moment où l’exégèse universitaire impose sa domination, la production monasti- que n’est-elle qu’une survivance du passé ? Continue-t-elle à manifester des traits qui lui sont propres ? L’exemple du commentaire des Psaumes de Ludolphe le Chartreux tendrait à montrer la vitalité de l’exégèse monastique en même temps qu’une évolution dans ses formes et ses méthodes ; peut-on en dire autant d’autres auteurs ? Mais le lecteur de ce volume constatera que, par la force des choses, c’est le XII e siècle qui est largement privilégié : non seulement du fait de la richesse de

18. Voir notamment l’étude de A. NOBLESSE-ROCHER, « Les procédés exégétiques de quelques moines prédicateurs ».

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AVANT-PROPOS

la production monastique 19 – les ordres nouveaux ont immédiatement une activité littéraire d’une grande qualité –, mais aussi parce que les moines jouent dans la société un rôle tout à fait important 20 . Précisément, ce rôle est l’objet de discussions passionnées : les moines doivent-ils s’enfermer dans leurs cloîtres, se consacrer exclusivement au service de Dieu et à la prière ? Les chanoines prétendront avoir certaines prérogatives (cela est vrai par exemple pour la prédication) et reproche- ront aux moines de sortir du cloître. C’est peu à peu que beaucoup se résigneront à cela : les consignes données par les chapitres généraux des cisterciens concernant les études sont significatives à cet égard. Sans doute cela explique-t-il que dans l’étude de la Bible les commentaires monastiques soient moins abondants dès le XIII e siècle.

Nous disions en commençant que ce volume rassemblait les actes d’un colloque tenu à Strasbourg en septembre 2007. Il nous plaît de remercier les institutions qui nous ont permis de mener à bien notre projet : la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg et son doyen d’alors Christian Grappe, qui nous avaient accueillis dans la belle salle Tauler, le GRENEP et son directeur Matthieu Arnold, le Laboratoire d’études des monothéismes (UMR 8584) et son directeur d’alors, Philippe Hoffmann, l’Institut d’études augustiniennes, présidé par Jean- Claude Fredouille puis par Vincent Zarini, la section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études, dont le doyen était alors également Philippe Hoffmann. Nos remerciements vont également à Nicole Bériou, aujourd’hui direc- trice de l’IRHT, qui avait assuré les conclusions du colloque, à Olivier Boulnois, actuel directeur du LEM, et à Hubert Bost, actuel doyen de la section des sciences religieuses de l’EPHE, qui l’un et l’autre ont soutenu la publication de ces actes.

19. Les auteurs spécifiquement étudiés dans la troisième partie appartiennent tous au XII e siè- cle : Guibert de Nogent (étude de J. GOMES, dont la thèse de doctorat porte sur cet auteur), Guillaume de Flay (étude de B. PRÉVOT, qui prépare l’édition et traduction du commentaire des Proverbes de cet auteur), Bruno de Segni (étude de R. GRÉGOIRE, dont on connaît le beau livre Bruno de Segni, exégète médiéval et théologien monastique, Spoleto, 1965), Hervé du Bourg- Dieu (étude de P. B OUCAUD , auteur de plusieurs études sur cet auteur) et Gilbert de Stanford (étude de R. GUGLIELMETTI, qui a publié le commentaire du Cantique des Cantiques de cet auteur, Gilberto di Stanford. Tractatus super Cantica Canticorum, Florence, 2002). — On notera aussi qu’au colloque avait été lue une étude de J. VAN ENGEN, « Wrestling with the Word: Rupert’s Quest for Exegetical Understanding », parue dans Rupert von Deutz. Ein Denker zwischen den Zeiten, H. Finger, H. Horst et R. Klotz éd., Cologne, 2009, p. 185-199 ; on connaît également sa monographie devenue un classique, Rupert of Deutz, Berkeley, 1983. M. MORARD avait présenté une communication sur « L’exégèse cartusienne des Psaumes ».

20. Voir l’étude de A. PIAZZONI sur le « vétéro-monachisme » et le « néo-monachisme ».

AVANT-PROPOS

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Le temps est passé trop vite : l’un des intervenants n’est plus aujourd’hui : le P. Réginald Grégoire, bénédictin, est décédé le 26 février 2012 dans son monastère de San Silvestro, à Fabriano. Très lié à dom Jean Leclercq, qui sera constamment évoqué dans les pages qui suivent, il nous avait fait profiter de sa connaissance de l’intérieur du milieu monastique et de Bruno de Segni, dont il était le spécialiste. En mettant au point le texte qu’il nous avait confié, nous croyons rendre hommage à sa mémoire.

Gilbert DAHAN et Annie NOBLESSE-ROCHER

TABLE DES MATIÈRES

Gilbert DAHAN et Annie NOBLESSE-ROCHER, Avant-Propos

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PREMIÈRE PARTIE : LES BIBLES DES SCRIPTORIA

Patricia STIRNEMANN, Les bibles monastiques existent-elles ? Pierre-Maurice BOGAERT, Les bibles monumentales au XI e siècle :

19

autour de la Bible de Lobbes (1084)

27

Dominique MIELLE DE BECDELIÈVRE, Les bibles cartusiennes

57

Alessia TRIVELLONE, Images et exégèse monastique dans la Bible d’Étienne Harding

85

 

DEUXIÈME PARTIE : UNE HERMÉNEUTIQUE MONASTIQUE ?

Gilbert DAHAN, Herméneutique et procédures de l’exégèse monastique

115

Ambrogio PIAZZONI, Exégèse vétéro-monastique et néo-monastique

143

Annie NOBLESSE-ROCHER, Les procédés exégétiques de quelques moines prédicateurs : Julien de Vézelay, Isaac de l’Étoile et Guerrric d’Igny Guy LOBRICHON, L’exégèse au présent, ou l’interprétation monastique

157

de

l’actualité dans les commentaires cisterciens du XII e siècle

173

TROISIÈME PARTIE : DES AUTEURS

João GOMES, Le cas singulier de l’exégèse de Guibert de Nogent

195

Brigitte PRÉVOT, Le commentaire des Proverbes de Guillaume de Flay

209

Réginald GRÉGOIRE, L’exégèse de Bruno de Segni

229

Pierre BOUCAUD, Exégète et prophète : Hervé du Bourg-Dieu († ca. 1150), commentateur de la dernière vision d’Ézéchiel (Ez 40, 48-18-35) Rossana GUGLIELMETTI, Il commento al Cantico dei Cantici

251

di

Gilberto di Stanford

289

340

TABLE DES MATIÈRES

INDICES

319

Index des citations scripturaires

321

Index des manuscrits

325

Index des auteurs anciens et médiévaux

329

Index des auteurs modernes et contemporains

333

TABLE DES MATIÈRES

339

COLLECTION DES ÉTUDES AUGUSTINIENNES SÉRIE MOYEN ÂGE ET TEMPS MODERNES 51

L’exégèse monastique au moyen âge (XI e -XIV e siècles), sous la direction de Gilbert DAHAN et

Annie NOBLESSE-ROCHER.

Après les discussions sur l’existence d’une « théologie monastique », voici un volume qui propose une série de réflexions sur l’exégèse pratiquée par les moines en Occident chrétien. Tout en étant sensibles aux qualités littéraires et à la spiritualité intense des commentaires bibliques des moines du moyen âge, les études qui suivent proposent une approche nouvelle de cette riche matière, favorisant les considérations herméneutiques. Riche matière, dont en réalité seule une petite partie est connue et a fait l’objet de travaux : si les textes de Bernard de Clairvaux, de Rupert de Deutz ou d’Isaac de l’Étoile nous sont familiers, la grande masse des commentaires monastiques reste méconnue et souvent inexploitée. En dehors des grands représentants du monachisme, le présent volume s’attache ainsi à des auteurs aussi divers que Hervé du Bourg-Dieu, Guillaume de Flay, Guerric d’Igny ou Gilbert de Stanford, dont il s’efforce de révéler les richesses. En dehors même de cet élargissement du corpus, le volume présenté ouvre de nouvelles pistes dans la recherche, en s’efforçant de répondre à la question : l’exégèse monastique des XI e -XIV e siècles possède-t-elle des caractères qui lui soient propres, notamment par rapport à l’exégèse des écoles, qui se développe dès la fin du XI e siècle, et à l’exégèse de l’Université, qui naît au début du XIII e siècle ? La réponse qu’apportent toutes les contributions est, avec des nuances diverses, positive. Elles montrent que l’exégèse monastique se caractérise notamment par une appropriation forte des textes (surtout d’Ancien Testament), par un souci d’actualisation et par une approche globalisante qui intègre le monde et la Bible. Plusieurs contributions examinent également les aspects matériels des bibles monastiques, y compris leur iconographie, qui est particulièrement significative.

Following discussions on the existence of a “monastic theology”, this volume offers a series of reflections on the exegesis practiced by monks in the Christian West. Sensitive to the literary qualities and the intense spirituality which qualify the biblical commentaries of medieval monks, the present work offers a new, hermeneutical approach to this rich material. In reality, only a small portion of these texts is known and has been the object of careful study. Indeed, while we are well familiar with the texts of Bernard of Clairvaux, Rupert of Deutz and Isaac of Stella, the vast majority of monastic commentaries remains little known, and often unexplored. In addition to the major representatives of monasticism, this volume explores the richness of authors as diverse as Hervé of Bourg-Dieu, William of Flay, Guerric of Igny, and Gilbert of Stanford. Extending the known corpus, the present volume also opens up new avenues of research, striving to answer the question: does the monastic exegesis of the eleventh to fourteenth centuries possess unique characteristics of its own, notably with respect to the exegesis of the schools, which develops in the late eleventh century, and the exegesis of the University, born at the beginning of the thirteenth century? The response brought by all the contributions in this volume is affirmative, with various nuances. They show that monastic exegesis is characterized by a strong appropriation of biblical texts (especially the Old Testament), by a concern for contemporary relevance and a holistic approach that integrates the world and the Bible. Several contributions also examine the material aspects of monastic bibles, including their iconography, which is of particular importance.

Liste des volumes de la Collection, série Antiquité et série Moyen Âge et Temps Modernes, en fin d’ouvrage

Diffusion exclusive : Brepols www.brepols.net

ISBN : 978-2-85121-267-2 ISSN : 1159-4888 50 €