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SÉMINAIRE 2

LE CONTRAT – EFFETS ET SANCTIONS DE


L’INEXÉCUTION

Veuillez procéder aux exercices suivants :

1) L’obligation de bonne foi


– analyse de Cass. com., 10 juillet 2007, Cass. 1re civ., 31
janvier 1995 et Cass. com., 8 mars 2005.

2) L’imprévision
– analyse de Cass. civ., 6 mars 1876, Cass. com., 3 novembre
1992 et Cass. 1re civ., 16 mars 2004 ;
– lecture de CA Nancy, 26 septembre 2007.

3) Les sanctions de l’inexécution du contrat


– analyse de Cass. 1re civ., 16 janvier 2007 et 20 février 2001.
4)

BONNE FOI

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 10 juillet 2007
N° de pourvoi: 06-14768
Publié au bulletin Cassation

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Vu l'article 1134, alinéas 1 et 3, du code civil ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que par acte du 18 décembre 2000, MM. X..., Y... et Z...,
actionnaires de la société Les Maréchaux, qui exploite notamment une discothèque, ont cédé
leur participation à M. A..., déjà titulaire d'un certain nombre de titres et qui exerçait les
fonctions de président du conseil d'administration de cette société ; qu'il était stipulé qu'un
complément de prix serait dû sous certaines conditions qui se sont réalisées ; qu'il était encore
stipulé que chacun des cédants garantissait le cessionnaire, au prorata de la participation
cédée, notamment contre toute augmentation du passif résultant d'événements à caractère
fiscal dont le fait générateur serait antérieur à la cession ; que la société ayant fait l'objet d'un
redressement fiscal au titre de l'exercice 2000 et MM. X..., Y... et Z... ayant demandé que M.
A... soit condamné à leur payer le complément de prix, ce dernier a reconventionnellement
demandé que les cédants soient condamnés à lui payer une certaine somme au titre de la
garantie de passif ;

Attendu que pour rejeter la demande de M. A..., l'arrêt retient que celui-ci ne peut, sans
manquer à la bonne foi, se prétendre créancier à l'égard des cédants dès lors que, dirigeant et
principal actionnaire de la société Les Maréchaux, il aurait dû se montrer particulièrement
attentif à la mise en place d'un contrôle des comptes présentant toutes les garanties de
fiabilité, qu'il ne pouvait ignorer que des irrégularités comptables sont pratiquées de façon
courante dans les établissements exploitant une discothèque et qu'il a ainsi délibérément
exposé la société aux risques, qui se sont réalisés, de mise en oeuvre des pratiques irrégulières
à l'origine du redressement fiscal invoqué au titre de la garantie de passif ;

Attendu qu'en statuant ainsi, alors que si la règle selon laquelle les conventions doivent être
exécutées de bonne foi permet au juge de sanctionner l'usage déloyal d'une prérogative
contractuelle, elle ne l'autorise pas à porter atteinte à la substance même des droits et
obligations légalement convenus entre les parties, la cour d'appel a violé, par fausse
application, le second des textes susvisés et, par refus d'application, le premier de ces textes ;
PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 14 mars 2006, entre les
parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
de Paris, autrement composée
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 31 janvier 1995
N° de pourvoi: 92-20654
Publié au bulletin Cassation.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique pris en ses deux branches, qui est recevable :
Vu l'article 1134, aliéna 3, du Code civil ;
Attendu qu'aux termes de ce texte, les conventions doivent être exécutées de bonne foi ;
qu'une clause résolutoire n'est pas acquise, si elle a été mise en oeuvre de mauvaise foi par le
créancier ;
Attendu que, par acte notarié du 3 février 1975, les époux X... ont acquis une maison
d'habitation, à l'aide d'un prêt de 200 000 francs que leur a consenti dans le même acte la
Banque hypothécaire européenne (la banque) ; que le remboursement devait s'effectuer sur 15
ans ; qu'en octobre 1983, M. X..., qui venait de perdre son emploi, a obtenu un délai jusqu'au
1er février 1984 pour s'acquitter des termes de novembre 1983, décembre 1983 et janvier
1984 ; qu'à l'expiration de ce délai, il n'a pu régler novembre et décembre 1983 ; que, par
lettre du 24 janvier 1984, la banque a avisé ses emprunteurs qu'elle se trouvait dans
l'obligation d'exiger le remboursement anticipé et intégral de sa créance ; qu'elle n'a cependant
pas mis immédiatement sa menace à exécution ; que, finalement, les époux X... ont réglé le
principal du solde de leur prêt ; que, le 2 juillet 1990, l'établissement financier leur a fait
commandement de payer la somme de 91 434 francs, représentant selon lui des intérêts et des
pénalités de retard ;
Attendu que, pour déclarer fondée la procédure de saisie immobilière initiée par ce
commandement, tout en prescrivant une expertise pour déterminer le montant exact de la
créance invoquée par la banque, l'arrêt attaqué se borne à énoncer que la totalité de l'arriéré
n'a pas été apuré à la date du 1er février 1984, de telle sorte que l'établissement financier était
fondé à se prévaloir de la clause résolutoire ;
Attendu qu'en statuant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si la banque était
créancier de bonne foi, alors, d'une part, que les époux X... avaient remboursé le montant
principal de leur prêt, et alors, d'autre part, que l'établissement financier avait attendu le 2
juillet 1990 pour délivrer commandement aux fins de saisie immobilière, bien que sa créance
fût exigible selon lui depuis le 1er février 1984, la cour d'appel a privé sa décision de base
légale ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 17 septembre 1992, entre
les parties, par la cour d'appel de Douai ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans
l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d'appel d'Amiens.
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 8 mars 2005
N° de pourvoi: 02-15783
Publié au bulletin Cassation.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, FINANCIERE ET


ECONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant :
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la société Fibronique (la société) a ouvert dans les livres de
la banque Leumi (la banque) un compte courant en février 1991, assorti d'une clause d'unité
de compte, subdivisé en deux sous-comptes assortis de deux numéros distincts, l'un pour les
transactions en francs, l'autre pour les transactions en dollars ;
que faisant valoir un débit persistant, la banque a dénoncé ses concours par lettre
recommandée le 9 mai 1997 en mettant en demeure la société de couvrir la position débitrice
du compte en dollars avec effet, pour la clôture du compte de sa cliente, au 9 juin 1997 ; que
le 27 mai suivant, elle a donné suite à une saisie conservatoire sur le solde créditeur du
compte en francs de 900 000 francs ; que, par sommation, le 20 juin suivant, elle a mis en
demeure la société de lui régler la somme de 2 845 240,49 francs, solde du compte après
fusion des comptes en francs et dollars ; que la société, assignée en paiement, a réclamé à la
banque des dommages-intérêts en soutenant que celle-ci avait engagé sa responsabilité
contractuelle en refusant d'exécuter des ordres de virement des 15 et 28 mai 1997 à
concurrence de 900 000 francs et 894 000 francs alors que, selon elle, la provision au crédit
du compte en francs le permettait ;
Sur le second moyen :
Attendu que la société fait grief à l'arrêt d'avoir rejeté ses demandes et fixé la créance de la
banque au passif de la société à la somme de 433 754,10 euros, montant du débit du compte,
au jour de la clôture, somme dont devront être déduits les intérêts calculés au taux
conventionnel qui devront être recalculés au taux légal en invoquant la violation de l'article
455 du nouveau Code de procédure civile ;
Mais attendu que ce grief ne serait pas de nature à permettre l'admission du pourvoi ;
Mais sur le premier moyen, pris en sa deuxième branche :
Vu l'article 1134, alinéa 3, du Code civil ;
Attendu que pour écarter la demande de la société, l'arrêt retient que la banque était en droit
de ne pas exécuter les ordres de virement de son client portant sur le compte en francs, dès
lors qu'elle pouvait ne se prévaloir de la convention d'unité de compte qu'au seul moment où
elle notifiait à sa cliente la clôture de son compte ;
Attendu qu'en statuant ainsi après avoir relevé que la banque avait mis en demeure la société
de payer le solde débiteur du seul compte en dollars et donné suite à une saisie sur les avoirs
figurant sur le compte en francs, ce dont il résultait qu'en dépit de la signature d'une
convention d'unité de compte, la banque, qui, en faisant fonctionner les comptes litigieux
comme des comptes indépendants, avait adopté un comportement incompatible avec
l'application de la convention litigieuse, dont elle a revendiqué ensuite le bénéfice, avait
manqué à son obligation de l'exécuter de bonne foi, la cour d'appel n'a pas tiré les
conséquences légales de ses constatations ;
PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du moyen :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 15 mars 2002, entre les
parties, par la cour d'appel de Paris ;
remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt
et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Versailles
IMPRÉVISION, CHANGEMENT DE CIRCONSTANCES

Extraits de l’arrêt « canal de craponne » (Cass. civ., 6 mars 1876)

Vu l'article 1134 du Code civil ;


(…)
Attendu que la disposition de cet article n'étant que la reproduction des anciens principes
constamment suivis en matière d'obligations conventionnelles, la circonstance que les contrats
dont l'exécution donne lieu au litige sont antérieurs à la promulgation du Code civil ne saurait
être, dans l'espèce, un obstacle à l'application dudit article ;
Attendu que la règle qu'il consacre est générale, absolue et régit les contrats dont
l'exécution s'étend à des époques successives de même qu'à ceux de toute autre nature ;
Que, dans aucun cas, il n'appartient aux tribunaux, quelque équitable que puisse
apparaître leur décision, de prendre en considération le temps et les circonstances pour
modifier les conventions des parties et substituer des clauses nouvelles à celles qui ont été
librement acceptées par les contractants ;
Qu'en décidant le contraire et en élevant à 30 centimes de 1834 à 1874, puis à 60
centimes à partir de 1874, la redevance d'arrosage, fixée à 3 sols par les conventions de 1560
et 1567, sous prétexte que cette redevance n'était plus en rapport avec les frais d'entretien du
canal de Craponne, l'arrêt attaqué a formellement violé l'article 1134 ci-dessus visé ;
Par ces motifs, casse, dans la disposition relative à l'augmentation du prix de la
redevance d'arrosage, l'arrêt rendu entre les parties par la Cour d'appel d'Aix le 31 décembre.
Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 3 novembre 1992
N° de pourvoi: 90-18547
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :


Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 31 mai 1990), que, le 2 octobre 1970, la Société française
des pétroles BP (société BP) a conclu avec M. X... un contrat de distributeur agréé, pour une
durée de 15 années, prenant effet le 25 mars 1971 ; que, par avenant du 14 octobre 1981, le
contrat a été prorogé jusqu'au 31 décembre 1988 ; qu'en 1983, les prix de vente des produits
pétroliers au détail ont été libérés ; que M. X..., se plaignant de ce que, en dépit de
l'engagement de la société BP de l'intégrer dans son réseau, cette dernière ne lui a pas donné
les moyens de pratiquer des prix concurrentiels, l'a assignée en paiement de dommages-
intérêts ;
Attendu que la société BP reproche à l'arrêt d'avoir accueilli cette demande à concurrence de
150 000 francs, alors, selon le pourvoi, d'une part, que, dans son préambule, l'accord de
distributeur agréé du 2 octobre 1970 prévoyait que la société BP devrait faire bénéficier M.
X... de diverses aides " dans les limites d'une rentabilité acceptable " ; qu'en jugeant dès lors
que la société BP était contractuellement tenue d'intégrer M. X... dans son réseau en lui
assurant une rentabilité acceptable, la cour d'appel a dénaturé cette clause stipulée au profit de
la société pétrolière et non à celui de son distributeur agréé, en violation de l'article 1134 du
Code civil ; alors, d'autre part, que nul ne peut se voir imputer une faute contractuelle de
nature à engager sa responsabilité sans que soit établie l'existence d'une inexécution de ses
obligations contenues dans le contrat ; qu'en ne retenant à l'encontre de la société BP que le
seul grief de n'avoir pas recherché un accord de coopération commerciale avec son
distributeur agréé, M. X..., la cour d'appel n'a relevé à son encontre aucune violation de ses
obligations contractuelles et ne pouvait dès lors juger qu'elle avait commis une faute
contractuelle dont elle devait réparer les conséquences dommageables, en violation de l'article
1147 du Code civil ; et alors, enfin, que nul ne peut être tenu pour responsable du préjudice
subi par son cocontractant lorsque ce préjudice trouve sa source dans une cause étrangère qui
ne peut lui être imputée ; qu'en jugeant dès lors que la société BP devait être tenue pour
contractuellement responsable du préjudice invoqué par M. X..., préjudice tenant aux
difficultés consécutives à l'impossibilité pour ce dernier de faire face à la concurrence, après
avoir pourtant constaté qu'elle était néanmoins tenue, en raison de la politique des prix en
matière de carburants, de lui vendre ceux-ci au prix qu'elle pratiquait effectivement, la cour
d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations de fait, en violation des
articles 1147 et 1148 du Code civil ;
Mais attendu, en premier lieu, que l'arrêt ne dit pas que la société BP était tenue d'intégrer M.
X... dans son réseau " en lui assurant une rentabilité acceptable " ;
Attendu, en second lieu, qu'ayant relevé que le contrat contenait une clause
d'approvisionnement exclusif, que M. X... avait effectué des travaux d'aménagement dans la
station-service, et que " le prix de vente appliqué par la société BP à ses distributeurs agréés
était, pour le supercarburant et l'essence, supérieur à celui auquel elle vendait ces mêmes
produits au consommateur final par l'intermédiaire de ses mandataires ", l'arrêt retient que la
société BP, qui s'était engagée à maintenir dans son réseau M. X..., lequel n'était pas obligé de
renoncer à son statut de distributeur agréé résultant du contrat en cours d'exécution pour
devenir mandataire comme elle le lui proposait, n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait,
dans le cadre du contrat de distributeur agréé, approvisionner M. X... à un prix inférieur au
tarif " pompiste de marque ", sans enfreindre la réglementation, puisqu'il lui appartenait
d'établir un accord de coopération commerciale entrant " dans le cadre des exceptions
d'alignement ou de pénétration protectrice d'un détaillant qui ont toujours été admises " ; qu'en
l'état de ces constatations et appréciations, d'où il résultait l'absence de tout cas de force
majeure, la cour d'appel a pu décider qu'en privant M. X... des moyens de pratiquer des prix
concurrentiels, la société BP n'avait pas exécuté le contrat de bonne foi ;
D'où il suit que le moyen, qui manque en fait dans sa première branche, est mal fondé pour le
surplus ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 16 mars 2004
N° de pourvoi: 01-15804
Publié au bulletin Rejet.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, PREMIERE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :


Attendu que la commune de Cluses a concédé, en 1974, à l'Association Foyer des jeunes
travailleurs (AFJT) l'exploitation d'un restaurant à caractère social et d'entreprises ; qu'une
convention tripartite a été signée le 15 octobre 1984 entre la commune, l'AFJT et la société
Les Repas Parisiens (LRP) pour une durée de dix ans ; qu'aux termes de cet accord, l'AFJT,
confirmée en qualité de concessionnaire a sous-concédé l'exploitation à la LRP, avec l'accord
de la commune ; que la LRP, obtenant de ses cocontractantes d'importants travaux
d'investissement, s'engageait à payer un loyer annuel à l'AFJT et une redevance à la commune
; que, par lettre du 31 mars 1989, la LRP a résilié unilatéralement cette convention, au motif
qu'elle se trouvait dans l'impossibilité économique de poursuivre l'exploitation ; que, par
ordonnance de référé du 25 avril 1989, l'AFJT et la commune ont obtenu la condamnation de
la LRP à poursuivre son exploitation ; que cette société a, néanmoins, cessé son activité le 31
juillet 1989 ; qu'invoquant un bouleversement de l'équilibre économique du contrat, elle a
saisi le tribunal administratif de Grenoble d'une demande en résiliation de cette convention et,
à défaut, en dommages-intérêts ; que, parallèlement, l'AFJT et la commune ont saisi le
tribunal de grande instance de Bonneville aux fins d'obtention, du fait de la résiliation
unilatérale du contrat, de dommages-intérêts pour les dégradations causées aux installations ;
qu'après saisine du Tribunal des conflits qui, par décision du 17 février 1997, a déclaré
compétente la juridiction judiciaire, s'agissant d'un contrat de droit privé, l'arrêt attaqué
(Chambéry, 5 juin 2001) a jugé que la LRP avait rompu unilatéralement le contrat et l'a
condamnée à payer à l'AFJT les sommes de 273 655,37 francs et 911 729,92 francs, au titre,
respectivement, des loyers et redevances dus au 31 juillet 1989 et de l'indemnité de résiliation,
et à la commune de Cluses la somme de 116 470,17 francs au titre des travaux de remise en
état des installations, et celle de 73 216,50 francs au titre de la redevance restant due ;
Sur le premier moyen :
Attendu que la LRP fait grief à l'arrêt d'avoir ainsi statué alors, selon le moyen, que les parties
sont tenues d'exécuter loyalement la convention en veillant à ce que son économie générale ne
soit pas manifestement déséquilibrée ; qu'en se déterminant comme elle l'a fait, sans
rechercher si, en raison des contraintes économiques particulières résultant du rôle joué par la
collectivité publique dans la détermination des conditions d'exploitation de la concession, et
notamment dans la fixation du prix des repas, les personnes morales concédantes n'avaient pas
le devoir de mettre la société prestataire de service en mesure d'exécuter son contrat dans des
conditions qui ne soient pas manifestement excessives pour elle et d'accepter de reconsidérer
les conditions de la convention dès lors que, dans son économie générale, un déséquilibre
manifeste était apparu, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard des
articles 1134 et 1147 du Code civil ;
Mais attendu que la cour d'appel a relevé que la LRP mettait en cause le déséquilibre financier
existant dès la conclusion du contrat et non le refus injustifié de la commune et de l'AFJT de
prendre en compte une modification imprévue des circonstances économiques et ainsi de
renégocier les modalités du sous-traité au mépris de leur obligation de loyauté et d'exécution
de bonne foi ; qu'elle a ajouté que la LRP ne pouvait fonder son retrait brutal et unilatéral sur
le déséquilibre structurel du contrat que, par sa négligence ou son imprudence, elle n'avait pas
su apprécier ; qu'elle a, ainsi, légalement justifié sa décision ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
Sur le second moyen :
Attendu que la demanderesse au pourvoi reproche encore à l'arrêt de l'avoir condamnée à
payer à l'AFJT une indemnité de résiliation de 911 729,92 francs alors, selon le moyen, que la
garantie assumée par la société LRP rendait indispensable sa participation au choix de son
successeur ainsi qu'à la négociation des conditions de reprise de l'exploitation ; qu'en
appréciant le montant du préjudice indemnisable à partir du manque à gagner mensuel subi
par les concédantes sans préciser dans quelles conditions le choix du successeur et les
conditions du nouveau contrat de concession d'exploitation du restaurant avaient été décidés,
ni rechercher si ces conditions étaient à tout le moins meilleures que celles offertes par le
successeur présenté par la LRP mais que la commune avait refusé d'agréer, la cour d'appel n'a
pas mis la Cour de Cassation en mesure d'exercer son contrôle de l'application des articles
1134 et 1147 du Code civil ;
Mais attendu que la cour d'appel a relevé, d'une part, que, selon le contrat litigieux, tout
éventuel concessionnaire présenté par la LRP devait reprendre l'intégralité des engagements
de cette société, laquelle demeurait solidairement tenue jusqu'à complet remboursement du
prêt, d'autre part, que le successeur présenté par elle ne satisfaisait pas à cette condition ; que
le moyen manque en fait ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi
La Semaine Juridique Edition Générale n° 20, 14 Mai 2008, II
10091

CA Nancy, 2e ch. com., 26 sept. 2007, SAS Novacarb c/ SNC


Socoma : JurisData n° 2007-350306

Commentaire par Marie Lamoureux


docteur en droit
membre du Centre de droit économique à l'université Paul Cézanne
(Aix-Marseille III)
Sommaire
Un contrat de fourniture de vapeur pour la production de carbonate et de bicarbonate de soude a été conclu
en mars 1998. Depuis, la législation sur la protection de l'environnement a été modifiée par l'adoption du
Protocole de Kyoto le 11 décembre 1997, puis par la directive communautaire du 13 octobre 2003
établissant un système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre, directive qui a été transposée
en droit interne aux articles L. 229-7 et suivants du Code de l'environnement. Cette modification
législative, imprévisible pour les parties, impose une révision du contrat de fourniture. Cette révision est
non seulement dans l'intérêt des contractants, puisque le prix de vente de la vapeur devra augmenter en cas
d'insuffisance de quotas alloués au fournisseur, lequel a intérêt à ce que son client demeure concurrentiel,
mais également dans l'intérêt général, puisque la révision aura pour finalité de réduire les émissions de gaz
polluants. La doctrine majoritaire a d'ailleurs donné à l'obligation d'exécuter les conventions de bonne foi
une dimension nouvelle – éthique – en considérant qu'au-delà des intérêts particuliers, une recherche du
bien commun doit animer les cocontractants. Les parties sont donc invitées à renégocier leur contrat.
LA COUR – (...)
Motifs :
• Attendu que le contrat du 5 mars 1998 et ses avenants constituent un contrat de fourniture, régissant en
termes précis et non équivoques les conditions d'approvisionnement de la SAS Novacarb en vapeur de la
SNC Socoma ;
Qu'il est constant qu'à défaut d'être prévisible à la date de la conclusion du contrat, le système d'échange
des quotas d'émission de gaz à effet de serre, introduit en droit interne en 2004 et 2005, n'a pas pu être pris
en considération de manière spécifique dans le contrat de fourniture litigieux ;
Qu'il s'ensuit, notamment, que le sort du revenu tiré par la SNC Socoma de la vente de quotas
excédentaires n'est pas réglé et ne pouvait pas l'être par le contrat de fourniture puisqu'à l'époque, la
création de quotas négociables et transmissibles n'était pas prévisible ;
Vu les articles 1134, alinéa 3 et 1135 du Code civil,
• Attendu que la SAS Novacarb affirme sans être démentie que, pour l'exercice 2005, la revente du reliquat
des quotas de CO2, de l'ordre de 147 500, a procuré à la SNC Socoma un profit de 3 030 000 à
4 090 000 euros ;
Que la SAS Novacarb estime à 125 000 unités el nombre des quotas excédentaires pour l'année 2006 ;
Que, si, dans les prochaines années l'insuffisance des quotas alloués à la SNC Socoma obligeait à des
rachats, le prix en serait répercuté sur le prix de vente de la vapeur à la SAS Nocacarb donc sur le prix de
revient de sa production de carbonates, conformément à l'article 14.1 du titre IX du contrat de fourniture ;
Qu'il s'ensuivrait un déséquilibre significatif dans les résultats comparés des sociétés, déséquilibre qui n'a
pas pu être prévu et encore moins voulu au moment de la conclusion du contrat de fourniture du 5 mars
1998 ; (...)
• Attendu que l'appelante soutient avec raison que cette asymétrie, introduite par la nouvelle législation, se
heurte au principe d'équité auquel se réfère l'article 1135 du Code civil pour l'exécution des conventions,
non seulement en ce qu'il « y est exprimé » mais pour les « suites » qu'elles comportent ; or attendu que la
SAS Novacarb expose qu'elle est en situation défavorable dans un marché du carbonate de soude très
concurrentiel (...) ; que la situation sus-exposée risque de contraindre la SAS Novacarb à proposer à ses
clients importants des prix moins concurrentiels et de la rendre, de ce fait, plus vulnérable (...)
Qu'il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la SAS Novacarb a le pouvoir de fixer les périodes de
production de vapeur et les quantités nécessaires, ce qui est évidemment déterminant pour les économies de
quotas, génératrices de profit pour la SNC Socoma. (...)
• Attendu que la SNC Socoma a objecté avec pertinence qu'elle n'était pas liée avec la SNC Novacarb par
aucun pacte social juitifiant le partage des bénéfices ;
• Mais attendu que, par sa spécificité, la convention de fourniture litigieuse inclut une obligation de
coopération loyale et de solidarité qui n'interdit pas de tenir compte des efforts de chaque entreprise dans la
réduction des émissions de gaz nocifs pour répartir entre elles les profits tirés des ventes de quotas ; (...)
Qu'en résumé, en l'espèce, l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, conforme aux
engagements des États signataires de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques du 9 mai 1992 et du Protocole de Kyoto du 11 décembre 1997, peut être favorisé par deux
circonstances :
– les investissements réalisés directement ou indirectement par la SAS Novacarb et en tout cas financés par
elle,
– la fixation à l'initiative de la SAS Novacarb des périodes de fonctionnement de la SNC Socoma
conduisant à un minimum d'émission ;
Qu'au-delà d'une atteinte inéquitable aux intérêts particuliers de la SAS Novacarb, qui pourrait déjà justifier
un renégociation de la convention (...), l'économie du contrat litigieux et la pratique concertée des parties
ont aussi pour finalité de réduire les émissions de gaz polluants, ce qui profite évidement à l'intérêt général,
non seulement au plan national mais surtout au niveau planétaire, du moins en l'état actuel des
connaissances scientifiques majoritairement approuvées ;
Que la doctrine a, d'ailleurs, donné à l'obligation d'exécuter les conventions de bonne foi une dimension
nouvelle en considérant qu' « au-delà des intérêts particuliers de chacun, une recherche de l'intérêt commun
(voire du bien commun) doit animer les cocontractants » et que « l'éthique individualiste doit céder
partiellement le pas à une justice contractuelle faite de solidarité (...) ;
• Attendu qu'il est constant qu'en sa qualité d'exploitante de l'installation de cogénération, la SNC Socoma
est légalement la seule bénéficiaire des affectations des quotas correspondant à son fonctionnement ;
• Mais attendu que l'ordre public ne s'oppose nullement, en l'espèce, à ce que l'exploitant, titulaire des
quotas, rétrocède à l'utilisateur de la vapeur, tout ou partie des quotas économisés grâce à une politique
concertée ;
• Attendu d'ailleurs que les parties ont déjà engagé des négociations en ce sens de janvier à octobre 2005 ;
• Attendu que, pour tenter de corriger le déséquilibre contractuel exposé ci-dessus – ne fût-il que
temporaire et sans incidence vitale actuellement pour la SAS Novacarb – et dans l'intérêt général de la
réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'obligation – issue des articles 1134, alinéa 3 et 1135 du
Code civil, d'exécuter le contrat de bonne foi et en y incluant « les suites que l'équité [...] donnent à
l'obligation d'après sa nature » – devrait inciter les parties à reprendre, en toute connaissance de cause, les
négociations interrompues en octobre 2005 (...)
Qu'en cas d'échec de ces négociations, il appartiendra à la Cour, d'une part, de décider si le sort des profits
tirés de la vente des quotas de CO2 peut se déduire, sans dénaturation, de la commune intention des parties
exprimée dans le contrat initial ou d'une interprétation de clauses obscures ou ambiguës et d'autre part,
d'apprécier la responsabilité des parties dans le rejet des propositions adverses et de sanctionner un abus
éventuel par des dommages-intérêts ;
Par ces motifs : (...)
• Invite les parties à procéder à la négociation d'un avenant au contrat de fourniture de vapeur du 5 mars
1998 régissant les conséquences financières de l'entrée en vigueur de la loi n° 2004-237 du 18 mars 2004,
de l'ordonnance n° 2004-330 du 15 avril 2004 (intégrée aux articles L. 229-1 et suivants du Code de
l'environnement), du décret n° 2004-832 du 19 août 2004, du décret n° 2005-189 du 25 février 2005 et de
la loi n° 2005-1319 du 26 octobre 2005, déterminant, notamment, si la SNC SOCOMA devra rétrocéder
tout ou partie des bénéfices tirés de la vente à des tiers des quotas d'émission de CO2 excédentaires,
• Invite les parties à remettre au greffe une copie de l'avenant conclu,
• Précise qu'en cas d'échec des négociations, chaque partie devra verser aux débats, en son dernier état, la
proposition qu'elle aura formulée (...)
M. Moureu, prés., Mmes Pomonti et Deltort, cons. ; SCP Merlinge § Bach-Wassermann, SCP Millot-
Logier § Fontaine, avoués, Mes Joubert, Lebon, av.

Note :

La présente décision est intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'elle constitue l'une des
premières décisions émanant d'une juridiction de l'ordre judiciaire concernant les quotas d'émission de gaz
à effet de serre. Ensuite parce que si on a beaucoup glosé sur la nature juridique de ces quotas, cet arrêt les
envisage essentiellement sur le terrain du droit des contrats, en se penchant sur la question de l'obligation
de renégociation en cas de changement de circonstances dans un contexte très original, qui permet ainsi de
renouveler quelque peu le débat.
En l'espèce, la SAS Novacarb est une entreprise produisant du bicarbonate de soude, production nécessitant
l'utilisation de vapeur d'eau. Après avoir pendant un temps produit cette vapeur par ses propres moyens
grâce à des chaudières à charbon et à gaz, la société décida de recourir à la technique de la cogénération.
Elle lança alors un appel d'offres, et un contrat de fourniture de vapeur fut finalement conclu en 1998 avec
la SNC Socoma qui exploite l'installation de cogénération. Le contrat de fourniture comporte une clause
prévoyant que la SNC Socoma supportera les coûts liés à l'entrée en vigueur, postérieure à la conclusion du
contrat, de dispositions concernant, notamment, l'environnement, en les répercutant sur le prix de vente de
la vapeur. Les parties avaient ainsi pris soin de prévoir les conséquences financières des évolutions
éventuelles de la législation environnementale, mais sans imaginer que celles-ci puissent, non pas faire
naître des charges nouvelles, mais être sources de profit. Or, quelques années plus tard fut mis en place le
système d'échange des quotas d'émission de gaz à effet de serre. En application de la législation nouvelle,
la SNC Socoma, en sa qualité d'exploitante de l'installation de cogénération, se vit attribuer un certain
nombre de quotas, qui s'avérèrent largement excédentaires et générèrent à son profit un bénéfice substantiel
de plusieurs millions d'euros grâce à leur vente massive.
Estimant que ce profit devait en réalité lui revenir, la SAS Novacarb engagea des négociations avec son
cocontractant, qui n'aboutirent cependant pas. La SAS Novacarb agit alors en justice contre la SNC
Socoma en vue d'obtenir la condamnation de cette dernière à lui « restituer » les bénéfices retirés de la
gestion des quotas en arguant, notamment, du fait que si, en vertu de la clause précitée, elle supporte les
coûts résultant de la gestion des quotas par la SNC Socoma, elle doit également recevoir les bénéfices
réalisés dans ce cadre. Or, l'argumentation de la SAS Novacarb a obtenu les faveurs de la cour d'appel de
Nancy qui, certes, n'a pas imposé à la SNC Socoma de reverser à son cocontractant les profits ainsi
générés, mais lui a en revanche enjoint, sur le fondement de l'obligation de bonne foi, de renégocier le
contrat devenu, selon elle, déséquilibré, au terme d'une motivation particulièrement riche. En substance, la
cour d'appel retient que la mise en place du système d'échange des quotas d'émission de gaz à effet de
serre, imprévisible au moment de la conclusion du contrat de fourniture, a été source d'un déséquilibre
contractuel (1) et que les profits imprévus générés par ce système imposent une renégociation du contrat
(2).
1. Le marché des quotas d'émission de gaz à effet de serre source de déséquilibre
contractuel

Afin de bien comprendre les données de l'espèce, il convient, avant d'examiner l'objet du déséquilibre
contractuel constaté (B), d'en préciser la cause (A).
A. - La cause du déséquilibre

Le déséquilibre contractuel constaté par la cour d'appel de Nancy trouve sa source dans la mise en place du
marché des quotas d'émission de gaz à effet de serre qui résulte, en France, de l'ordonnance du 15 avril
2004 (Ord. n° 2004-330 : Journal Officiel 17 Avril 2004) portant création d'un système d'échange de
quotas d'émission de gaz à effet de serre, dont les dispositions ont été intégrées au Code de l'environnement
(C. env., art. L. 229-1 à L. 229-24), transposant la directive du Parlement européen et du Conseil
n° 2003/87 du 13 octobre 2003 (V. notamment Th. Revet, Les quotas d'émission de gaz à effet de serre :
D. 2005, p. 2632.– B. Le Bars, La nature juridique des quotas d'émission de gaz à effet de serre : JCP G
2004, I, 148.– P. Hubert et P. Bechmann, Les techniques de marché : les quotas d'émission de gaz à effet
de serre : Environnement 2006, étude 15). Le système est assez simple. Tout industriel exploitant une
installation classée rejetant des gaz à effet de serre dans certains secteurs déterminés doit obtenir une
autorisation d'émettre ces gaz. Chaque exploitant se voit alors affecter, pour une période déterminée, des
quotas d'émission de gaz à effet de serre qui représentent chacun un droit d'émettre une tonne de dioxyde
de carbone et sont qualifiés par l'article L. 229-15 du Code de l'environnement de « biens meubles
exclusivement matérialisés par une inscription au compte de leur détenteur dans le registre national » créé à
cet effet. À la fin de chaque année, l'exploitant doit restituer un nombre de quotas égal aux émissions
réalisées, sous peine de sanctions financières. Les quotas non utilisés peuvent être vendus, l'article L. 229-
15 du Code de l'environnement précisant qu'ils sont négociables et transmissibles par virement de compte à
compte, et ce non seulement aux exploitants qui en manqueraient parce qu'ils ont dépassé les émissions
autorisées et manquent donc de quotas à restituer à l'État, mais plus généralement à toute personne
physique ou morale. La dynamique du système est alors la suivante : il s'agit d'encourager les exploitants
concernés à investir dans des techniques de production peu polluantes en leur permettant en contrepartie de
céder les quotas ainsi économisés, dont on mise sur le cours élevé. La perspective d'un profit réalisé grâce à
la vente de ces quotas devrait ainsi conduire les industriels à un choix économiquement rationnel en faveur
d'installations plus respectueuses de l'environnement, dès lors du moins que celles-ci sont envisageables à
un coût raisonnable. La logique de l'économie de marché et donc la loi de l'offre et de la demande, l'offre
étant conçue pour être inférieure à la demande, sont ainsi mises au service des exigences
environnementales.
Comme le relève la cour d'appel, ce système n'a été créé que plusieurs années après la conclusion du
contrat de fourniture litigieux, lequel n'a donc pas fixé le sort des profits générés par la vente des quotas
excédentaires. Le déséquilibre contractuel invoqué trouve donc sa source dans une modification de la
législation, emportant modification du contexte économique dans lequel se situe la relation contractuelle,
qui était imprévisible lors de la conclusion du contrat. La constatation est importante lorsque l'on se
souvient que la première chambre civile de la Cour de cassation, dans un arrêt du 16 mars 2004 qui a fait
couler beaucoup d'encre quant à sa juste interprétation, a en tout cas clairement précisé qu'un déséquilibre
existant dès la conclusion du contrat ne peut être utilement invoqué pour obtenir du juge qu'il enjoigne au
cocontractant de renégocier le contrat en cours d'exécution (Cass. 1re civ., 16 mars 2004, n° 01-15.804 :
JurisData n° 2004-022828 ; Bull. civ. 2004, I, n° 86 ; D. 2004, p. 1754, note D. Mazeaud ; JCP E 2004,
737, note O. Renard-Payen ; Comm. com. électr. 2004, comm. 119, obs. Ph. Stoffel-Munck ; Rev. Lamy
dr. civ. 2004, n° 222, note D. Houtcieff ; RTD civ. 2004, p. 290, obs. J. Mestre et B. Fages ; adde
J. Ghestin, L'interprétation d'un arrêt de la Cour de cassation : D. 2004, p. 2239). Mais reste à savoir en
quoi la mise en place du marché des quotas d'émission de gaz à effet de serre a pu créer un déséquilibre
contractuel entre les parties au contrat de fourniture de vapeur.
B. - L'objet du déséquilibre

Deux éléments ont été déterminants pour la cour d'appel, étant rappelé qu'en vertu des dispositions
précitées c'est la SNC Socoma, en sa qualité d'exploitante de l'installation de cogénération, qui s'est vue
attribuer les quotas. Il apparaît tout d'abord que « la SAS Novacarb, seul acheteur de la vapeur produite, est
seul maître des périodes et de la durée de fonctionnement de l'installation de la SNC Socoma » et qu'elle
finance l'installation de cogénération, ce qui est évidemment déterminant du niveau de réduction des
émissions de CO2 permettant à son cocontractant de tirer profit de la vente des quotas. Ensuite et surtout, la
cour d'appel retient que si, en vertu des stipulations contractuelles, la SAS Novacarb doit supporter les
charges induites par la gestion des quotas, il serait équitable, par symétrie, qu'elle en perçoive également
les bénéfices. En effet, si ce marché n'a pas été spécifiquement envisagé par le contrat puisqu'il n'existait
pas au jour de sa conclusion, le contrat comporte en revanche une clause plus générale sur l'éventualité de
modifications législatives, mais uniquement en ce qu'elles seraient sources de coûts supplémentaires, en
prévoyant que ceux-ci seront supportés par la SNC Socoma qui les répercutera alors sur le prix de vente de
la vapeur. La cour d'appel constate ainsi qu'en application de cette clause, « si, dans les prochaines années
l'insuffisance des quotas alloués à la SNC Socoma obligeait à des rachats, le prix en serait répercuté sur le
prix de vente de la vapeur ». Sachant que la SAS Novacarb exerce son activité dans un secteur fortement
concurrentiel, il existe alors un risque qu'à l'avenir elle propose à ses clients des prix moins concurrentiels
qui la rendraient plus vulnérable.
Or, ce qu'il convient de bien remarquer et qui fait toute l'originalité de l'arrêt, c'est que cette analyse repose
sur un rapport coût/bénéfice dont seul le second terme est avéré, le premier n'étant qu'éventuel. Autrement
dit, il existe certes un risque que, dans l'avenir et en application des stipulations contractuelles, la SAS
Novacarb supporte les coûts générés par le système d'échange des quotas et que sa situation sur le marché
fortement concurrentiel du bicarbonate de soude en pâtisse. Mais il ne s'agit pour l'heure que d'un risque
éventuel, qui paraît en outre difficile à prédire et à évaluer avec précision. Par conséquent, ce système est
actuellement source de bénéfices pour l'une des parties sans que la situation économique de l'autre en soit
véritablement modifiée, tout au plus un manque à gagner pouvant actuellement être invoqué. Or, si l'on
comprend parfaitement que la SAS Novacarb, dès lors qu'elle est au moins pour partie à l'origine de ce
profit, estime que la récompense doit lui revenir, on perçoit alors l'originalité du contexte dans lequel la
cour a décidé d'imposer une obligation de renégociation.
2. L'obligation de renégocier le contrat en cas de profits imprévus
Selon la cour d'appel de Nancy, l'obligation de renégocier le contrat se justifie non seulement par l'intérêt
particulier du cocontractant (A) mais encore par l'intérêt général (B).
A. - L'intérêt particulier

Certes, pour imposer aux parties de renégocier le contrat, la cour d'appel a pris soin de relever que la mise
en place du système d'échange des quotas d'émission de gaz à effet de serre fait peser sur le cocontractant
un risque de dégradation de sa situation financière et concurrentielle. Mais elle reconnaît aussi qu'à l'heure
actuelle ce système n'a conduit qu'à un profit substantiel de plusieurs millions d'euros pour l'une des
parties, auquel prétend la seconde, et que la situation économique de cette dernière n'est pour l'heure pas en
péril puisqu'elle précise que le déséquilibre constaté est « sans incidence vitale actuellement pour la SAS
Novacarb ».
La précision est de taille au regard de la jurisprudence de la Cour de cassation. En effet, on sait que celle-
ci, et en particulier sa chambre commerciale, a consacré à quelques occasions l'existence d'une obligation
de renégociation du contrat, sur le fondement de l'obligation de bonne foi. Ainsi, dans l'arrêt Huard la
chambre commerciale de la Cour de cassation a estimé, s'agissant d'un contrat de distribution, que manque
à son obligation de bonne foi celui qui prive son cocontractant des moyens de pratiquer des prix
concurrentiels en refusant de modifier un système de prix qui, en raison d'un changement des circonstances
économiques, l'expose gravement à la concurrence (Cass. com., 3 nov. 1992, n° 90-18.547 : JurisData
n° 1992-002431 ; Bull. civ. 1992, IV, n° 338 ; JCP G 1993, II, 22164, note G. Virassamy ; Defrénois 1993,
art. 35663, p. 1377, obs. J.-L. Aubert ; RTD civ. 1993, p. 124, obs. J. Mestre). Dans le même esprit, dans
l'arrêt Chevassus-Marche la chambre commerciale a estimé que manque à son obligation de loyauté et à
son obligation de mettre l'agent commercial en mesure d'exécuter son mandat le mandant qui n'a pas pris
des mesures concrètes pour permettre à son mandataire en difficulté de pratiquer des prix concurrentiels
(Cass. com., 24 nov. 1998, n° 96-18.357 : JurisData n° 1998-004489 ; Bull. civ. 1998, IV, n° 277 ; JCP G
1999, II, 10210, note Y. Picod ; Defrénois 1999, art. 36953, p. 371, obs. D. Mazeaud ; RTD civ. 1999,
p. 98, obs. J. Mestre, et p. 646, obs. P.-Y. Gautier). Les commentateurs de ces arrêts n'ont néanmoins pas
manqué de relever le contexte particulier dans lequel ils se situaient, et la cour d'appel de Nancy s'inscrit
dans une certaine mesure dans cette optique en relevant, notamment, « que par sa spécificité, la convention
de fourniture litigieuse inclut une obligation de coopération loyale et de solidarité », et en évoquant à
plusieurs reprises une sorte d'intérêt commun des parties à une bonne gestion des quotas.
Mais dans tous les cas où la Cour de cassation a admis l'existence d'une obligation de renégociation, cette
obligation a été imposée alors que l'une des parties se retrouvait, du fait du changement de circonstances,
quasiment acculée à la ruine, l'exécution du contrat devenant pour elle à tout le moins excessivement
lourde et onéreuse, et c'est dans ce contexte que l'obligation de renégociation est, par ailleurs, parfois
consacrée (V. par ex. Principes européens du droit du contrat (Commission Lando), art. 6 :111(2),
exécution devenant « onéreuse à l'excès ». – Avant-projet de réforme du droit des obligations et de la
prescription (projet Catala), art. 1135-1, équilibre initial des prestations réciproques « perturbé au point que
le contrat perde tout intérêt pour l'une (des parties) »). L'obligation de renégociation est alors présentée, au-
delà d'une mesure de protection du contractant lui permettant de retirer l'utilité et la contrepartie attendues,
comme un moyen de préserver le lien contractuel en tentant de pérenniser l'exécution du contrat, promise
dans un futur plus ou moins proche à l'impossibilité sans renégociation de ses termes.
La cour d'appel de Nancy a donc franchi un grand pas en imposant une obligation de renégociation en
présence d'un risque financier et concurrentiel seulement éventuel, au profit d'un contractant dont la
situation économique n'est actuellement pas en péril, décision qui confère ainsi à l'obligation de bonne foi,
source de l'obligation de renégociation, une toute autre portée, dont il paraît bien incertain qu'elle soit
suivie par la Cour de cassation. En dépit des précautions prises par la cour d'appel on a en effet le sentiment
d'être bel et bien en présence d'une obligation de renégociation pour profit imprévu, une sorte d'imprévision
à l'envers, non plus ruineuse mais bénéfique. Néanmoins, probablement parce que le seul intérêt du
cocontractant pourrait, de ce fait, paraître insuffisant pour imposer une obligation de renégociation, la cour
d'appel a également eu recours à d'autres arguments.
B. - L'intérêt général

La cour d'appel retient qu'étant donné les enjeux essentiels qui sous-tendent le système d'échange des
quotas d'émission de gaz à effet de serre, il relève de l'intérêt général que le contrat de fourniture soit
renégocié pour permettre à la SAS Novacarb d'être intéressée aux bénéfices. En effet, « l'économie du
contrat litigieux et la pratique concertée des parties ont aussi pour finalité de réduire les émissions de gaz
polluants, ce qui profite évidemment à l'intérêt général, non seulement au plan national mais surtout au
niveau planétaire ». Le système d'échange des quotas d'émission de gaz à effet de serre poursuit en effet,
grâce aux techniques de marché, un objectif supérieur de préservation de l'environnement. Or, selon la cour
d'appel, si l'on comprend bien son raisonnement, puisque les stipulations du contrat font de la SAS
Novacarb le maître de la décision de faire fonctionner l'installation de cogénération peu polluante exploitée
par son cocontractant, légalement attributaire des quotas, plutôt que sa propre chaudière à charbon
nettement plus polluante, il convient de l'encourager à recourir à la première source d'énergie plutôt qu'à la
seconde. Et puisque pour parvenir à concrétiser l'objectif supérieur de sauvegarde de l'environnement le
système d'échange repose sur le postulat selon lequel il revient aux acteurs des secteurs concernés de faire
un choix économiquement rationnel en optant, lorsque cela est possible à un coût raisonnable, pour des
investissements dans des installations peu polluantes contre une vente profitable des quotas excédentaires,
il conviendrait que celui qui est en réalité le maître de cette décision en perçoive, au moins pour partie, la
contrepartie financière, faute de quoi il ne serait plus encouragé à procéder à ces investissements et la
législation manquerait son but. L'argument ne manque pas de bon sens et semble effectivement s'accorder
avec la ratio legis, bien que la loi fasse de l'exploitant l'attributaire des quotas d'émission de gaz à effet de
serre (– à moins que ce ne soit la preuve du manque de rationalité du système mis en place –).
La référence à l'intérêt général nous rapproche alors de la jurisprudence administrative puisque le fait que
celle-ci se montre réceptive à la théorie de l'imprévision est souvent justifié par l'intérêt général. La
présente décision atteste alors de ce que cette justification tenant à une opposition entre les contrats de droit
privé qui ne concerneraient que des intérêts privés et les contrats administratifs qui concerneraient à
l'inverse l'intérêt général, est caricaturale (V. par ex. en ce sens B. Fauvarque-Cosson, Le changement de
circonstances : RDC 2004, p. 67.- Plus généralement, Cf. M. Mekki, L'intérêt général et le contrat, préf. de
J. Ghestin : LGDJ, 2004). Néanmoins, il convient de rappeler que même en droit administratif, une
indemnité d'imprévision ne peut être obtenue qu'en cas d'évènement imprévisible créant un déficit réel et
actuel important, ce qui n'était pas le cas en l'espèce (Cf. not. CE, 30 mars 1916, Gaz de Bordeaux :
D. 1916, jurispr. p. 25, concl. P. Chardenet ; S. 1916, 3, p. 17).
Où l'on voit en tout cas l'intérêt particulier d'un contractant et « l'intérêt général planétaire » se rencontrer,
et la bonne foi contractuelle, sollicitée par appât du gain, finalement appelée à la rescousse du droit de
l'environnement. Décidément, si l'on peut sur certains points discuter du bien fondé de cette décision, elle
ne manque en tout cas pas d'audace et soulève à l'analyse de fort belles questions théoriques. De manière
plus pratique, on peut également gager que les enjeux financiers considérables actuellement générés par le
marché des quotas d'émission de gaz à effet de serre, bien mis en lumière par cette décision, seront sources
d'autres litiges...
LES SANCTIONS DE L’INEXÉCUTION

Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 16 janvier 2007
N° de pourvoi: 06-13983
Publié au bulletin Cassation

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :


Vu les articles 1134 et 1142 du code civil, ensemble les articles 4 et 12 du nouveau code de
procédure civile ;
Attendu que la partie envers laquelle un engagement contractuel n'a point été exécuté a la
faculté de forcer l'autre à l'exécution de la convention lorsque celle-ci est possible ; que le
prononcé de mesures d'interdiction et de retrait, sous astreinte, destinées à assurer une telle
exécution et le respect des engagements souscrits, entre dans les pouvoirs des juges du fond
tenus de trancher le litige, tel que déterminé par les prétentions des parties, conformément aux
règles de droit qui lui sont applicables ;
Attendu que par contrat du 7 février 2005, la société Michel Lafon publishing (Michel Lafon)
a cédé à la société Librairie générale française (LGF) le droit d'exploiter dans la collection du
"Livre de Poche", pour une durée de cinq ans, l'oeuvre de Ian Y... et Dustin Z... intitulée "La
règle de quatre", s'interdisant, pendant la durée du contrat, de publier ou de laisser publier cet
ouvrage dans une collection à grande diffusion dont le prix de vente ne serait pas au moins
deux fois et demi supérieur à celui du livre de poche ; qu'ayant appris qu'en dépit de ses
engagements la société Michel Lafon s'apprêtait à commercialiser l'ouvrage dans une
collection dont le prix n'excédait pas 10 euros, la société LGF l'a assignée en référé en
interdiction, sous astreinte de la poursuite des actes de commercialisation et en retrait de la
vente des exemplaires mis sur le marché ; que le juge des référés ayant renvoyé l'affaire au
fond, par application de l'article 811 du nouveau code de procédure civile, le tribunal de
grande instance a accueilli la demande ; Attendu que pour annuler la décision des premiers
juges et débouter la société LGF de ses demandes, l'arrêt attaqué énonce qu'en interdisant à la
société Michel Lafon la poursuite de la commercialisation de l'ouvrage litigieux, alors qu'aux
termes de l'article 1142 du code civil, toute obligation de faire ou ne pas faire se résout en
dommages-intérêts, en cas d'inexécution de la part du débiteur, et que le prononcé d'une
mesure d'interdiction ressortit exclusivement au pouvoir conféré au juge des référés par
l'article 809 du nouveau code de procédure civile, les juges du fond ont excédé leur pouvoir et
méconnu les dispositions des articles précités ;
Qu'en statuant ainsi, alors qu'en sollicitant le prononcé d'une mesure visant à interdire, sous
astreinte, la poursuite des actes de commercialisation entrepris par la société Michel Lafon en
méconnaissance de ses engagements, la société LGF n'avait fait qu'user de la faculté reconnue
à toute partie contractante de poursuivre l'exécution forcée de la convention lorsque celle-ci
est possible, de sorte que le prononcé d'une telle mesure, en ce qu'elle tendait à l'exécution
forcée de la convention, relevait des pouvoirs du juge du fond, la cour d'appel a violé par
fausse application l'article 1142 du code civil et par refus d'application les autres textes ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 5 avril 2006, entre les
parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
de Paris, autrement composée
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 20 février 2001
N° de pourvoi: 99-15170
Publié au bulletin Cassation.

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :


Vu les articles 1134 et 1184 du Code civil ;
Attendu que la gravité du comportement d'une partie à un contrat peut justifier que l'autre
partie y mette fin de façon unilatérale à ses risques et périls, peu important que le contrat soit
à durée déterminée ou non ;
Attendu que la société Europe expertise (la société) a confié, pour une période de trois ans à
compter du 25 septembre 1995, à M. X..., expert en automobiles, la réalisation d'expertises
préalables à la reprise par le constructeur de tous véhicules sur lesquels avait été consentie une
vente avec faculté de rachat à un loueur professionnel ; que la société a résilié leur convention
le 25 octobre 1995 ;
Attendu que pour rejeter la demande de M. X... en indemnisation des conséquences de la
rupture unilatérale du contrat par la société, l'arrêt attaqué retient par motifs propres et adoptés
que le manquement par M. X... à ses obligations contractuelles pouvait entraîner la rupture
prématurée des relations contractuelles ;
Attendu qu'en statuant ainsi sans rechercher si le comportement de M. X... revêtait une gravité
suffisante pour justifier cette rupture, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa
décision ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 8 mars 1999, entre les
parties, par la cour d'appel de Bastia ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
de Montpellier.