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ALAI N M U S S F T

LeMexique

@
ARMAND COLIN

) C l cti
-l ))c
1, Le morcellement de ltespace

Au Mexique, en I'espacecleqr.relques kilomètres,on passed'un bassinendo-


réique de type semi-aride à une zone montagneuse, couverte de forêts,
sr.rrpiombée par le cône enneigéd'un volcan. Sur l'autre versant,c'est déjà le
moncle tropical des teres chaudes : les bananiers apparaissent,on cultive la
canne à sucre, les fleurs, le riz, à plus de mille mètres d'altitude. I1 n'est pas
possible de traiter ici, de manière exhaustive, toute la variété des climats, des
reliefset des paysagesqui donnentà l'espacemexicaincetteimpressionde diver-
sité et de foisonnement si particuiière. C'est pourtant cette diversité qui fait le
Mexique, et qui influe sur la manière dont ses habitantsorganisentleur espace.II
est donc indispensable d'en dégager les traits essentiels, ailn de comprendre
comment chaque région a pu conserver, au fil du temps, et malgré des transfor-
mations récentes,ce qui la distingue des autres.

Lesterritoiresmexicains

Comparé à son voisin nord-américain,au Canadaou au Brésil, le Mexique est un


pays de taille moyenneen Amérique. Pouftant,avec ses 19'/2000 km2, il est grand
cornlrrequatre fois la France.Son territoire s'étend entre les 87'et ll7" degrésde
longitude ouest et les 14' et 32' clegrésde latitude nord. Selon les auteurs,ii f-ait
partie de I'Amérique centrale, ou clc l'Aménque du Norcl. l,es distances sont
grandes: plus de 3 000 krn entreTapachula,à la frontière du Guatemala,et Tijuana,
sur la frontière nord-erméricaine(fig. 2). De plus, au Mexique, les distancespluais-
sent toujours pius longues. Malgré un réseauroutier très étendu et d'assez bonne
=
.o il ne faut pas espérerrouler vite: les ares principauxsont encombrés,de
c1r-ralité,
Ë Ionguesfiles cie bus ou de carnions ralentissentle trafic, les routcs cle montagnes
ôa- sont dangcreuses.En saisondes pluies. des -ulissements de terrain peuventemporter
q)
,o le revêtement,surtout quand les pentes sont fortes. En plaine, il faut craindre lcs
.9
crueset les inonclaticlns,et en ville, notammentà Mexico, les ernbouteillages cles
I
tr heurcsde pointe. Pour accorrplir les 400 km qr-riséparentMexico d'Acapulco.six
6
c
o
c
ou septheuresétiiientnécessaires. avant la mise en scrvicede I'autoroute(hors de
.9 prix pour les Mexicainsl). De lvlexico à Oaxaca, par la Panantéricaine.
o
il faut
o
compterdix heules,alorscluele seulobstaclenatnrelestla Siena Mixteca.
È
o
c
o Heureusement.1'avion raccourcit le.spistances.Le résenuaérien s'étend sr"rr
s
J tout le territoire.et chaquccirpitalccl'EtlLt.chacluevil1e importante,possèdeson
i
o
aéroport.I\ztraisce réseauest consiammentengorgé,les retardssont fréquents,de
À nombreux vols sont annnlés.En outre, il faut tenir con-tptede la localisationdes
( aéroports.À Tuxtla Gutiérrez.capitaledLrChiapas.il est situé à plus d'une clemi-
1!,i heurede Ia ville, sur un plateanoù les brumesinterdisentsolrventle décollageou
l8 Le Mexiclueet lesMe.ricai.ns

I'atterrissagedes appareils.A Mexico, bien qu'il soit placé en plein centl'e,


I'engor-gementdu trafic contribue à rendre son accèsdifficile, à certainesheures.
Pourtant, grâce à l'avion, Mérida n'cst plus qu'à deux hettres de la capitale,
quand il faut deux jor-rrsau bus pour accomplirIa même distance.
L'étendue du ten'itoire mexicain a d'ailleurs conduit les autorités fédérales i\
adoptertrois zoneshorailes : I'horaire central (du Yucatân à la Siena Madre Occi-
denial); I'horairedes rnontagnes(Siena Mad\e Occidentalet Basse-CalifbrnierJu
Sud); I'horaire du Pacifique (Basse-Californiedu Nord). Ce dernier horaire est
slrrtoutjustifié par des considérationscl'orcirepolitique et éconornique: il s'agit de
lnettre Tiiuana. Mexicali et Ensenadaà i'heure de la Californie nord-arnéricuine.

Monumento206 32" 43' latitudenord

o
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s P

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Boca del Rio Suchiate 14'32' latitudeNord

2. - Distanceset coordonnéesextrômes.

Variété des paysages

Cetterelativeimmensitéfavorise
la diversité (photosI et 2).Ici,
despaysages
la monotonien'existepas,saufpeut-être
surleshautsplateaux
duNord,continua-
tion des grandesplainesdu Middle West américain.C'est la régiondes vastes
étendues planes,aux horizonsdégagés, à la végétationrare,qur laissele sol à nu.
Buissonsépineux,cactusdiversy trouventleur domainede prédilection: c'est le
matorral(fig. 3). Partoutailleurs,un relief vigoureuxet desclimatsétagéscontri-
buentà compartimenter le pays,et à multiplierlestypesde terroir.Aux désertsdu
Photo | . -- Le disert lu ('ltiltturlttrrt.
L'aridité du climat dansle nord du pays crée des paysagesdésertiques.Ici, desdunes de sable
parseméesd,une maigre végétationxérophiles'étendentsur des n.rilliersde km'.

Photo 2. - Le long du Rio Usumacinta.


L'exubérance de la végétation tropicale humide du Chiapas, refuge des derniers Indiens
contrasteavecles paysages
lacandons, aridesdu Nord.
20 Le Mexitpte et l.esMe.ricaitt.ç

Formalions Ioreslières

l::: Forèl tropicale


li'-'11=l perenne et semi-perenne
----l Fofêi opicale
f
I I caductfoliée
1.-ll Forêt tempéfée
fr_
' et de monlaqne

Formations arbustives et herbacées

Maloilal.ei
[:--:::l
loures eptneux
-
pastizat
Flll

I lfffi";o*'o*

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3.- Végétation.

Sonoraet de Basse-Californie, où la mer vientà la rencontredu sableet du rocher,


s'opposela côte du Golfe, où la végétationtropicalene connaîtpas,ou peu,de
saisonsèche.En plaine, on cultive le cacao,le palmier,le bananier.Sur les
versantsde la SierraMadre Oriental,le cafédomine.Dansla régiontotonaque,
autourdu sitede El Tajin, on exploitela plusparfuméedesorchidées, la vanille.A
l'époquepréhispanique, la côte du Golfe a servi de modèleaux populationsdes
hautsplateauxpour dépeindrele paradisde Tlaloc,le dieude la pluie,danstoute
saprofusionde fruits,de fleurset de coursd'eau.
Plusà l'est, on découvreles marécages et les richesplainesdu Tabasco,oir des
troupeauxde zébus,enfouisjusqu'aupoitrail,paissententreles nénuphars et les
jacinthes d'eau. Mais c'est aussi la granderégion productricede.pétrole, dont
I'exploitationa profondémentbouleverséles paysages tladitionnels.A cettecôteen
pleineffansformationindustrielle,il f'autcomparerla côteCaraibe,réputéepour ses
plagesde sableblanc,sa mer couleurturquoiseet sessitesmayas.Tousles guides
touristiquesmontrentdesphotosde Tulum, perchésur unefalaisede calcaireblanc
qui surplom.be la mer desCararbes. Ce n'est qu'en 1974que le QuintanaRoo est
devenuun Etat. Depuis,grâceau développement du tourisme,la régionde Cancûn
a supplanté Chetumal,la vieillecapitalefondéeen 1528parFranciscode Montejo.
À côtéde cesrégionsen plein développement, qui bénéficientde nombreuses
richesses naturelles, les zonesmontagneuses aridesdu Guerreroet du Oaxaca,au
relief escarpé,aux sols fragiles, apparaissent déshéritées. Les villages sont
pauvres,et les populationsdémuniesmettentdifficilementen valeur desnùlltcts
aux faiblesrendements. C'est aujourd'hui1arégionà problèmesdu Mexique.
f-e riton:ellentent de l'espdce ll

Tous les indicateurs socio-économiquesmontrent qu'une action ur-sente


s'irnpose: on a multiplié les plansde développementpour l'agriculturedanscette
zoue mais.jusqu'à présent.ils n'ont pas réussià la sortir de son enclal,ement.

Un relief vigoureux

Si i'on veut comprendre la stmcture complexe du territoire mexicain, on peut


le rlécouperen trois grandeszones qui expliquent, en partie, ces disparités régio-
nales(fig. 4). Tout d'abord la moitié nord du Mexique : comme le fait remarquer
Clar-rdeBataillon, il s'agit de la continuation des grands traits structuraux de
l'Arnérique du Nord. D'ouest en est, on découvre la péninsule de Basse-
Californie et la Sierra Madre Occidental, au relief escarpé, formé de roches
volcaniques et métamorphiques.Face au golfe de Califomie, le Sonora dispose
d'une vaste plaine côtière oùrdominent des sédiments récents. Au centre, appa-
raissent ies hauts plateaux clont la monotonie est troublée par une successionde
petites chaînesfaillées. Dans cette région, au climat semi-aride, l'érosion est très
forte. Si ies deux tiers du ierritoire national en souffrent, les Etats les plus tottchés
sont la Basse-Californiedu Sud, le Coahuila et le Guanajuato.A I'est, le bour-
relet montagneux de la Sierra Madre Oriental, chaîne plissée souvent calcaire,
rkrmine l'étroite plaine côrière de la côte du Colfe. Les sédimentsqui la colnpo-
sent plongent sous la mer : on y trouve de grands gisementsde pétrole, comme all
Texas,dont ils ponrsuiventla géologie(fig 5).
Au centre,le long des 19"et 20" degrésde latitude nord, l'axe néovolcanique
vient perturberl'agencenent des hauts plateaux,et interrompt la ligne générale
du relief, orieniéjirsque-làselon un axe NNO. La structurede cette zone est plns
cornplere : je'-rne.d'origine volcanique,comme on peut le voir aux nombreux
cônes de lave qui m;lrquentie paysage,elle est faillée, hachée,cloisonnée.Vers
la côte pacifique,le soclesecondairefbnne un fiont montagneuxclui plonge dans
I'océan en un vasteescarpcnentcleligne de faille. Cependant,grâcei\ des plates-
l'ormestrasaltiqueset e\,Jespiémontsrégtrliers.ces montagnesne sont pas vrai-
Irent u11obstacleà la circLrlation.C'est la région la plus per-rplée du Mexique,
.o celle où s'est ciér'eloppée la culture clu mais à l'époque préhispaniclue. L'agricui-
!

=
c ture y bénél'iciecle sols riclres et variés et d'une grande variété de clirnats.
ï;o Au sucl-est,e-rrfin.la péninsuledu Yr-rcatein et les montagnesdu Chiapassont
O
o séparéesde I'axe néovclcaniqr-re par l'ensellemer.rt de I'isthme de Tehuantepec,
a
a o it s euis200 k nr s é p a re n 1t ' o c é i tnA tl a n ti q u cdu P i rci l i que.A u X i x' si e)ci e.ott a
:
e
c
iongternpspenséi\ creuscreir cet endroit un canal interocéaniqne.mais c'est ilna-
o
c l e r nentla z onec l ePa n a maq u i a c < té c h o i s i e .Au j ourd' hui , l ' i sthmebénéfi ci ecl el a
.9
o prrlrinrité des charnps de pétiolc du 'fabasco.La rouîe et le chemin de f-erclrai-
o
o nl-nt vers le port cle Saiina Cr"uz.sur le Percrfique.une grande parlie de la
o
c
a procil-rction. N'{aisplus qur' le Chiapas.dont le reiief leprend les traits générar"rx
a
f, clucI'on trouve au-delàde l'isthrne.ilvec un relief très rnarquéet un escarpelnent
4
a abruptclui Lrit luce à i'océan.c'est la plate-tblme cluYucatiin qui fait la pirrtict-t-
? larité du Sucl-Est.Iles hcrizons plats, si.lnsaucunetlace de volcanisrle, des sols
r caicrirc's très per:nréables. r"ecoLlu,erls d'r:ne forêi claire, h-iidonnent son unité et
cotttri bLreni it renftrrcer sr,l.lc:iractèreori nal.
-gi
w âïi;q,.
*,"",{ ; il:::iY;il""1;""Jiîi;:
Chiapas
f.-;_:] Déoressions f 1 Dépression du

n Altiplano

U Plaines
Chaîne piissée
Escarpement dê faille

Principauxvolcans
(altitudeen mètres)

1- Pico de Orizaha - 5747


2-
3-
4-
5-
Popocatepetl- 5452
lztaccihuatl- 5286
Nevado de Toluca - 4558
La Malinche - 4461
.+. Ë Sierra Madre
6- Nevado de Colima - 4330 0 200 km de Oaxaca

4. - Les grandesprovinces orographiques

. f cénoToique
L__l Sedimentsanciens meso/orque
t

ffi sédimenrs,"""*"
{;liJi!ii""
ancien"*
Rochesmetamorphiques
I {;:i,:';"
f andésites
f-'.--tj seç6s5 yql6aniquesrécenles
t *;fl:""
ffi nocnes intrusivesdu mésozoique- granite

"+'
N

0 200km

5. - Géologie.
.qiEr----*-

l,'ttl,",,ti, ttt, tti rl, l , tlt't', l3

Phot'ri. - i,'l--.tutt:ilututlet LePoltor:titeltetl


Au pieridcsdcux volcanstutélailesdu bassinde Mexico s'étendent de vastesplainesagricoles,
liie à 1acroissrncede la capitalen'a pasencofctouchées.
tlLreI'nrbanisration

Un voicanisrnetow!ours actif

I-n stabiliié de la platc-{bfineyucatèqueest une exccptioir,danriLln Mexiclue


périorliqLremeni se.olid par-{iestrenrbiernents(lc tcfrc ou des érr:ptionsvolcitni-
(lLlc:i: le-c séisilrcs des 1!r ct 20 septentbre 1985 I't:ttt bt'utalen']cntet
dlanraticlr:emeni rappeléà tor.iiela populationdc Mexico. En 1943.l'érlrpfion cl-t
'o P ar ic ut in( hiic i i o a c h n )i i \,,n i isl i s i rl L rs i e r-u ' s s p()urcngl or-rtil re vi l l age ci eS an
l roi
o
c . lr r an. , , \ ir joLrrri ' h {r-Lrn ip. rl rt e n c o r.' \' o i r l c s cl euxtours dc l ' égl i se qui i ,rntct' tcnl
iÀ t l' un c hr r n' Jr ir :i l .;e . i -' Iz ti i c c i h r,raetit l c Po p ocul épetl (5 4-52ut). cl uidonri trenti c
o
O bassinCe ii'l::.icr. 1'esti-liilourtiu.llles cleLrrvolcunslcs plus c()r.lnus cluNiericlr-re.
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È it r ûir its ; lr ' piLr:é i c v é .ri rrc :.L ri .i 7 -1 7n r. L ' s 1l .
c P i co cl cOri zuha{ l l l -i 3). l i n des
otu
( (lullftir-i-sr-1ein c:lpit:i!e.ti !'tcli'r,,:al.cloit son r.lonrà un charttp c1elave qui a
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: ic c or iv er luli 1 .rx 1 1i i çe i a .,' l i !é e e t l a l ' i l l e prej hi spani cl Lre de C Lri cui l co.i l v a
.9 r 'itii l- :,t,.
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l)l'r':(ltt\',.lclli
C r,;:-r:..i'rri
Porili:i:.it. rit septenrbrc'
ies s..iir,rs.ses ll lille cleNIericc.
198-5ont li'appt<
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?l r , t : i l i ' r 1 t ; , , 1 i ' r ' : i tit n t' i' :r ii.liil,r llItti. tlc' s tt()fntcs l rnl i si srl ti qtrc\ Il ()tl re\pr'cl cc\.
É tic: irrirrieliirics ccnstmitsà l'écononrie.i:al clésirr-lcloger l lipirlL-nie!tt
ri"i;a-l-.ri:-atil--ir-q
c:r:;ieii-ie-.rrpiii1:irrn.
liltrrlroi)uiii'rir);r ûussiclcsondesclcchoc particirliùtcntent
rt.tiris
: rlesil'ircllices.qlii oi.lt5ilriiiui irappé ie-siilmeuhlcs de 3 à i0 étages"111111'rv'lirtrqtié
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tlne fLiir:-iii-ririr,r plrri'éilcnl.
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les plus touclrésont c<té
lcs minis-
tèlrs, 1*i hripit:-rr-i:-:.
1e: tcrijel. 1esiogenrcntssocirtrr : ci' n e\i [r:ls un hl,sard.
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Lc l"[etittue et le.çÀfe.ritctins

Même la Place des Trois Cr-rltures.à Tlateiolco. véritable s.vmboledu nou.iel nrba-
r.iismemexicain,n'a pas été épargnée.Des urilliersde personnesont trouvéla n.tor'1
dans 1'effondrementdes immeubles coliectiih. I es coloricLspopulairesont.
-crands
c11esaussi, particulièrement souff-ert: à Tepito. olt dans ia Guen'ero, de
nonrbreusesvecinclarlesse sont écror-riées sur leurs habitants.Le tlentblernenl cle
terre a fi'appé surtolrt ie centre de la ville, selolt Ltn schéma qr,rel'on a\,ait déjà
expérirnentélors dr-rprécédentséismede 1957. Cel'tainsont cru discerner.clansie
chemin sr-rivipar 1esondes,le tracé des ancienscrnrux qrri u'aversaientla r,ille
préhispaniqr-re et coloniale. Il aurait sufti, selon gr-rx,de placer quelquesdallcs de
béton ar-r travers de ces canaux pour empôcher les olcies de se propager. Cetie
hypothèse,bien entendu,ne reposesur alrcunfondemcnt.l1 est vrai cependantquc
ie sol mou et mal consohdé,sur lecluela été bâti le cenlreclela vilie, a joué un rôle
important dans la destructiondes grands immeubles (en 1957 les géologLres
avaientpourtant aftirmé cluele séismeavait fait peu de dégâtsgrâce à la souplesse
de ce même sous-sol).Le drainagepenxanentdu bassinet ie pompageexcessil'des
nappesphréatiques,ont de rnême contribué à former des zones de faiblessequi se
sont eftbndréessousle poids des constructions.
Le tremblement de terre a eu des conséquencesdifficilement calculables :
peut-être50 000 morts, des dizainesde milliers de sans-abriqu'il a fallu reloger
dans des logements de fortune. Des mois durant, on a pu voir des baraquerr-ients
de plancheset de toile s'étendre le long des grandes avenuesou occuper les
jardins pubiics. Les ministères ont été désorganisés. Une grande partie de
I'infrastructure scolaire et hospitalière a disparu (comme 1'hôpital général, qui
s'est effondré sur les maladeset le personnelde service,provoquantla mort d'au
moins deux mille personnes).Mais s'il existe encoie des cicatrices de ces
destructions dans le tissu urbain, notamment dans le quartier des ouvrières du
textile, à San Antonio Abad, 1'organisrnechargé de la reconstruction a réussi i\
prendre en compte les intérêts des habitants. Dans des quartiers très popuiaires,
aux fortes traditions d'entraide, on a recréé des conditions de vie apparentéesaux
anciennesvecindades,où le lieu de vie n'est jamais séparédu iieu de travail, tout
en améiiorant les conditions d'hygiène. On a de même reparlé, lors de la recons-
truction, d'un vieux <<serpent de mer>:la décentralisation.Ceiie-ci aurait des
répercussionsimportantessur I'organisationde I'espacemexicain.Mais, jusqr-r'à
présent, seules certaines activités de 1'Etat fédéral sont concernées,comme le
montre l'installation de l'INEGI (Institut national de statistiques,géographie et
informatique) à Aguascalientes.

Tierracalienteet hauts plateaux

L'extrême diversité de l'espace mexicain se trouve pourtant souvent résr-urée


à une seule opposition: les hautes terres froides de I'intérieur, et les terres
chaudesde la côte. Entre les deux, ies tierras rempl.adas,comprises entre 500 et
I 500 m d'altitude,permettentIa culture d'une grandediversitéde produits agri-
coles et bénéficient d'un climat clément : Cuernavaca,capitale cle I'Etat du
Morelos, situéeà I 600 m d'altitude, a été surnommée<la cité de l'éternel prin-
temps>. Ce clivage recoupe une opposition bien antérieureà la colonisation.

Ë---
Le morcellenent tle I'espuce

I)?ià à i'époqr-repréhi,spanique,les principaux flux commerciaux


de grancie
échellereposaientsur l'échangeclesproduits des hauts plateaux (mais,
haiicots,
mais arissiprodr:its manufacturés: poteries, tissages,objets de vannerie),
contre
ceux-des teres chaudes(cacao, fruits, fleurs, coton, plumes ci'oiseaux
rares).
certains nranuscrits mexicains, comme Ie coclex Menàoza ou Ia Mqrrfcula
tle
tr.ibutos, en font soigneusement l'inventaire, afin cle recenser les tributs que
chaqueprovince devait à la capitale aztèque.
Les températures contribuent ainsi à individualiser les régions mexicaines.
Elles renforcent le clivage fondamental qui coupe le pays'en deux grandes
zones : le nord et le sud, avec des irrégularités dues aux zônes montagneuses.
La
carte des températuresmontre en effet qu'à un Mexique côtier tropical,
tourné
vers le sud, s'oppose un Mexique des hauts plateaux, piutôt froid (fig
6).

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et anrplitudethermiqLre.
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Siversité des cfi"mafs
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q Pouitant'ii n'est pas possibieclelimiter les contrastesré-{ionar-rx
j
du fuIelqLreà
ceite siimpleopposition.L'esp;rcemexicaia est plus
compiJre, pius riche, et il ne
se la:issepas réCuire ai,rssifaciiement. Au
ciomainedes hauies terr.estioicles,
-
a ccTltmele soni les bassinsde À,{exico. puebia
? de et cleTolr_rca.
correspondentdes
:tr telllperiltlrresmo}'ennesrelativementl-.asses
il9 clegréspoLrrùIexico); r_rnclimat
contiasfé.ertre Linesaisonsr\che<.1'octobre
e mai, eihumide ciejuin à septembre;
Le Me.riclue ct les ll4e.titttitt.t

des amplitudesthermiqllesjournalièresfbrtes. A l'inverse, les ten'esclriiuclescle


la côte du Golfe ont des températuresplus éler.,ées.Ies amplitr.rdesihermiques y
sont faibleset elles sont toujourshumides,malgré des pluies d'hiver moins abon-
dantes.Mais il s'agit là d'une caricature.Les teres chaudesne bénéficientpas
toutes du mêrne climat : Ia façade ouest dlr Mexique, à causede la prescnccde
I'anticyclone subtropical,est plus aride que la laçade orientale,mêrne sr aucun
véritabledésert,sauf au fond du golfe de Californie. ne s'étendsLrrson tenitoile.
la présencede har-rtes
De n-rêr.ue. monta-gnesjoue un rôle important sur l'éta-ee-
ment des climats et sur I'individualisationde chaquerégion. On peut ainsi très
nettementvoir les nuagesvenus de la côte du Golfe monter le iong de la Sierra
Madre Oriental, noyée sous Ie brouillarcl et souF la pluie, alors que. quelclues
kilomètrespius à 1'or,rest,les hauts plateauxsont brr-rles
par le soleil.
Les précipitations permettent alors de mettre en valeur de fortes disparités
régionales (fig. 7) : quand les Espagnols prirent possessiondu Mexique. au
xvt'siècle, leur étonnementdevant le régime des pluies du Nouveau i\{onde ne
connut pas de iimite. Au lieu de rencontrerles ten'esarides de la zona torriclu,
décrites par Aristote et Ptolémée, ils découvraient des régions chaudes et
humides,abondantesen pluies et en rivières.Plus encore,ces terresn'étaientpas
uniformes : une grande variété de climats semblaient les gouverner, du plus

Ml\,4d'eau pâr an

l-_-l < zso


f__l oezsoazoo
ffiS o" 7ooà rooo
f, rOetooo

50 jours de sécheresse
Pdr ar I

7. - Précipitations

a
l
r*
! ( tltt)t'c(!lentcnt de I' e,\tPLtae 71

chauclau plus fioid. cl-rplus sec au plus humide. Ar-rmilieu du XVI* siècle. un
grand humaniste comnle -Iuan Ginés de Sepfilveda, plus connu pollr sa contrû-
verse avec Bartolomé de Las Casas au sujet de la conquête des Indes, essayaii
cl'cxpliquer cet étrange phénomène: la variété des climats de la Nouvelle-
Espagneétait ciue norl seulementà la latitude mais aussi à la confïgurationclu
terrain. à i'exposition au soleil et à I'altitude, ce qui expliquait la présencesous
les tropiquesde hautesmontagnescouvertesde neige.
Mais un autre mystère aitendait les conquérants.Au Mexique, il pleut durant
les mois d'éié, au contraire de I'Espagne,où I'on connaît essentiellementdes
pluies d'hiver. Cette question a soulevéen son temps bien des polémiques.On
invoquait la main de Dieu, qLri faisait pleuvoir au moment le plus chaud de
l'année arfinde rendre ces terres habitabies.D'autres, comme le docteur Diego de
Cisneros, ar-rdébut du xvII" siècle, élaboraient un système complexe basé sur la
conjonction des planèteset sur certains signes célestes,qui se conjuguaient pour
aboutir à un climat chaud et humide en été et froid et sec en hiver. Quelques
années plus tôi, le père Acosta, de la Compagnie de Jésus, donnait une autre
explication : en été, Ia force du rayonnement solaire est telle, dans cette zone,
qu'elle fait s'évaporerd'immensesquantitésd'eau des océanstout proches.Cette
eau se condenseen altitude,au contact d'un air plus froid, et se déversesur les
ierrestropicalesen pluies diiuviennes.En réalité,ces piuies d'été sont des ph-ries
clc-convection, causéespar ia présenced'une zone de bassespressions sur toute
la tnoitié sud du Mexique. entre jr-rinet septembre.La circulation des mâsses
cl'rir prend son origine dans le golfe du Mexique ou dans certainesrégions du
Pacifique. Les aversessont souvent violentes, et les c1épressions se creusent
partbis aLrpoint de lormer des ouragans.Les pluies catastrophiquesqui se soni
abattuessur torit le sud du pays. les 5 et 6 septembre1988,ont causéla mort de
presquecent personnes.Quinze jours plr-rstard. le cyclone Gilbert frappait à son
tollr le Yucatân ct remontait ia côte clu Golfe en direction du Tamaulipas.Des
ventsdc plus de 300 lçu/h, accompagnésde pluies torrentielles,provoquèrentdes
clégâtsimportants: plus dri clLrarides hôtels de la côte caraïbeont éiL(cornplete-
lreilf oll paitiellenrentclétruits..i00 bateaux de pêche ont éte coulés, plus de
= 25 00() ha de -*oja.maïs et sorghc du Tamar-rlipas (le cluartde la récolte) ont été
.o
a perilLrs. Au totai. t)0 000 naiscns ont été endommagéesou détruites.Les voies de
c
l
a
cournrunicalionont particr"rlière;ncnt siiutïcrt, et l"on estilne ii plus cle 200 les
o
o pers()nnes qui ont péri noyf es. pans le lrkrrd.le Rfo Bravo a débcirrlé. provoquant
.o
'È clevastcsincnclations.et Ia ville cleMontc.r'reyaété traverséepat un ton'entd'eau
o
:( et dc boue. qui a emporté clescamionset des bns sur plusier-rrs kilontètres.
c
o
a Malgré ces tbrtes pluies d'été. qui sont fesréeslongtemps inerplicluées.une
a partie dti N{exiqiie rûalqlrç d'eau. ou soulfle cle I'irréguiarité chroniqLre
o -et'allclc-
o tltt r'éginte,jespluies.Le prcblème n'est pas aussigrave ici qr"recliinsle Norcleste
ô
q blttsilicn,peut-êtreà car:scde ciensitésde populationnroins fbries,mais la séche-
J t'csseilttertjit. clanstollt ie aord du Mexique. cle cultiver la terre sans pt'atiquer
l' ir ligaiion. L:r c o u rb e tl e s c i n q u a n tej o u fs de sécheresse par an. conrme l e
lllontre la cr.i-teclesprécipirations.isole un quart du territoiremexicain.Un fbnc-
-z
: tiotrtruire d'.i rninistèr'erl.. !'.{griculture clisait récemment que tout I'argent
,al r-lcrvc'r'scl
clansI'agric-ulturcne valait pas lrne bonneoluie.
28 Le Mcti qtrt' t't l c : l l 4t.ti t .ri t:t

Obstacles,voiesde passageet pointsd'ancrage

Comme on peut le voir, 1e Mexique ne connaît pas de ré-eioncorr.rplètentent


hostile. Si ccrtains tvpes de cultures ne peuvent pas se développer dans des
régionstrop froides,ou trop sèches,I'agriculture seraitpossiblepresquepartout.
grâce à I'irri.sation.Certainsfacteurs.pourtant,ont joué un rôle inrportantclans
I'organisationde l'espacemexicain,qui leur doit une partie de son originalité : le
peuplementdu Mexique reflète en effet I'influence du relief ou cle I'hl,drogra-
phie. Ce sont des f-acteursqu'il convient d'analysermaintenant.

Les montagnes: barrières ou points de contact?

L e s c l euxgl ancl eschaÎnesmontagneuse\. qui r' r)crdrentl e tcrri toi renr exicair r .
ne sont pas à proprement parler un obstacle.D'altitudes moyennes,leur relief
tourmenté n'empêche pourtant pas le passage.Au contraire, l'étagenrentdes
climats que pennet leurprésencef'acilitel'existencede terroirsvariés,propicesà
drfférents types de cultures : l'acclimatation des plantes européennes,et notaln-
ment les arbres fruitiers, a pu se fàire grâce aux tenrpératuresclémentes dues à
I'altitude. L'axe néovolcaniqueqni traversele pays d'est en ouest n'est pas non
plus un obstacle aux communications. Les volcans qLri le parsèmerrtsont
contournésfacilement, grâce aux vastes plaines basaltiquesqui les eutourent.
Pour relier les bassinsde Pueblaet de Mexico, il n'est plus nécessairede gravir le
col situé entre le Popocatépetlet I'Iztaccihuatl, par le Paso de Cortés. Une auto-
route à quatre voies passe sur le flanc nord de l'Iztaccihuatl. Les pentes sont
raides, mais cette voie a définitivement supplanté la route coloniale qui passait
encore plus au nord, pour profiter d'un terrain complètement plat.
Malgré ces facilités de passage,la montagne mexicaine reste d'accès difTicile
en bien des endroits. Peu de routes pénètrent à I'intérieur des principaux massifs
qui restent isolés et enclavés,comme la Sierra Tarahumara. En fait, la montagnc
est une terre d'Indiens, une terre de refuge. Les conditions de vie y sont difficiles.
C'est dans ces régions que I'on trouve les plus fortes proportions de populations
monolingues qui ne parlent pas espagnol. Quand on traverse la Sierra Mixteca,
entre Pinotepa Nacional (côte Pacifique) et Oaxaca, on découvre des viliages où
les femmes portent le costume traditionnel, orné de splendidesbroderies. Tel est
aussi le cas des montagnesdu Chiapas, où les Indiens ont pu préserver,en grande
partie, des modes de vie préhispaniquesou coloniaux. Les montagnesnrexicaines
posent donc de graves problèmes d'intégration au gouvernement fédéral qui
essaie de les incorporer au tissu national, sans condamner à la disparition des
cultures dont elles ont assuré la survivance,jusqu'à aujourd'hui. Une des
ressourcesles plus importantes de ces régions montagneusesest Ia sylviculture.
Dans les forêts tempérées,qui représententprès de 70Vo cJesbois exploitables
(40 millions d'hectares),abondentcertainesespècesutiliséespour la menuiselie
ou pour la fabrication de pâte à papier: pins, chênes,cèdres,oyamel. La Sierra
Madre Occidental constitue près de 35 Vo de cette forêt de montagne. Environ
2 000 entreprisestravaillent dans I'industrie du bois, mais la production rnexi-
caine reste insuffisantepour couvrir tous les besoinsdu pays, Les imporl.ations
I

Le morcelletnent de I'espuce 29

allgmententrégr-rlièrement et le délicit de la balancecommerciales'accroîtde


presqlre40c/ochaqueannée.Dansle mêmetemps,on abatles arbresà un rythme
troprapideet sanspenserà la reforestation. L'érosiondessolssituéssurde fortes
pentess'aggrave,et I'on peut craindreque, d'ici quelquesannées,certaines
régionsde montagneseconvertissent en véritables L'usagede I'agricul-
déserts.
ture sur brûlis,encoretrèsrépanduchezles populations indigènes, contribueà
accélérer cetteévolutionet provoquele gaspilla-ee d'essences qui pourraientôtre
commercialisées. Deux groupes s'affrontentalors dans la montagne, pour le
contrôlede la forêt : les industrielsdu bois qui veulent
retirerde leur exploitation
Lrnprofit immédiat,et les communautés indiennesclui défendentieur milieu de
vie et leurstraditions.

Des fleuves médiocres

Commeles zonesmontagneuses, les fleuvesn'ont pascontribuéà désenclaver


le territoiremexicain.Comptetenude la structuredu payset de la faiblessedes
plainescôtières,iis présentent des possibilitésmédiocresde développement.
Généralement courts, ils ont un profil accidentéqui ne permetque rarementde
lesutilisercommevoie de commnnication. Ainsi le Balsassert-ilde cadreà une
coursenautiquecélèbrepour la duretéde sesrapides.Le versantpacifique,du
fait de la présence de l'escarpement de lignede faille de la SienaMadre,est le
moinsbien dtainé.Les fleuvessontplus courts,et leur tracémoinsrégulier.De
plus,ils ont un régimetrèscontrasté : presquesecsen hiver,ils charrienten été
clcstorrentsd'eau et de boue.Sur la côte Atlantique,seulela moitié du Papa-
loapanestnavigable et à peineplusdu tiersde I'Usumacinta. Les fleuveslesplus
importantsrestentde taille moyenne,sauf ie Rfo Bravo (Rio Grandepour les
Nord-Américains) qui draine un bassin de 188000 km2 et clLri atteintprescllle
3 000 km de long.Surie versantdu Pacifique. le Rio Lerma-Santiago dépasse à
peineles900km.
Loin d'êtreclesvoiesde communication on de pénétration, lesfleuvessontle
plussor,rvent desobstacles qu'il faut franchirou contollrner. CertesIe Rio Balsas
.o
E
(la rivièreclesradeaux)pe se franchitplus depuisiongternps sur un lit de cale-
= basses
c
videsservantde flotteurs mais, cle manière générale, les pontsmanqllellt
o crr.rellement. I.es transports routiers cloivent alorsfaire face à un véritablegoulot
o
.o cl'étranglement : l'ei-foncirelnent du pontsur le Rio Papagayo. il y a treizeans,a
'-
o longtemps coupéAcapulcoclePinotepaNircional,sr-rr la routela plLrsimportlLnte
f
G
c
ch"rlittoralpacifïqLre. Sr-u'liicôteAtlanticlue,.jLrsqr,r'à la constructiott récented'une
o
c loutcsituéeplusà I'intérieLrr desterres.la situation étaitencorepire,puisqu'il
o
o
o
fhllait prendretoute une série de bacspour franchirles bras dcs principaLrr
o
o lleuvescinGollè.Les retarcls éterientfi'écluents et. en saisondesplLries. le tra{ic
a
c
a était souventinterrompu.Raressont donc les fleuves qLri ont servi de point
6
J cl'ancrage peuplement
ar-r chrMcxiqLre et cluijouent un rôle important clansl'orga-
z_
ô nisationspatialeclu pays.Lcs portsfluviaux sont peu nombretixet letir traflc
a
z
rrécliocre , commeVillaherrnosa.situéesurle Rfo de Grijalva.Quelques portsont
E
polrrtant été installés dans cles estuaires : Tampico, le plus ancien. au débouché
iol clLrRfo Panucoimais ar,rssi, plus récerrrlent,Coatzacoalcos snr la rivière clu
-=rr

-10 Le h'fexiqLie et les Me.ricoin.t

lnême nom et Salina Criiz sttr 1e Rio de Tehuantepec.Sur le Balsas.la voionié


politlque du gouvernementa créé Ie pori de Lâzara Cârdenas,al-inde strytr de
pôie de dér'eloppementdans une ré-9iondépdmée.
En fait, les eaux flLrvialessont très inégalementrépartiessur 1'ensemblede la
républiqLre: le versanlatlantiqueen recueilieph-rsdes deux tiers.Le Tabascoet ie
sud de 1'Etatc1eVeracruz (10 7odu territoire)disposentde 50 7o cleseanx supeili-
cielles,grâceaux débitsimportantsdu Papaloapan,du Coatzacoalcos, du Grijalva
et de 1'Llsumacinta. A I'opposécleces grandsorganismes,de nonrbrçusesrégior-rs
du Mexique ne ciisposentd'auculrcours d'ean, colrrne le l'Joi'dor"rla péninsuledr,t
Yucatân. La stn"rctureparticulière du Merique a aussi favorisé l'exi-siencede
nombreusescuvettesendoréiques,dans lesquellesse sont parlbis fornés cleslacs.
Tcl est, par exemple, le cas de la Contcu'cctLctgunenr, à la lin-rite des Etais tle
Duran-eoet clu Coahuila, où r'iennent se perclreles eiauxciuRio Nazas,qui descen-
dent de la Sien'a i\4adre Occrdental.Le bassin de Mexico a une allirc origine : il
est né de la désorganisationdu réseauhydrographrqueancien,lors de la surrec-
tjon de I'axe néovolcanique.Les eaux qui s'écoulaientvers le Balsas ont été
piégéespar la naissancede la chaînede I'Ajusco, au sud de la valléc,et ont fon.né
une successionde lacs et de lagunes.C'est d'ailleurs souventautour de ces plans
d'eau que se sont installéesles plus fortes concentrations humaines"

Des côtes repoussoirs

Jusqu'au début du xx' siècle, ia côte de Veracruz a été considéréecomtne le


cimetière des Européens.Après un voyage de plusieurs semaines,1espassagers
débarquaientdans une région de marécages,au climat chaud et humide. traversé
en automne et en hiver par des vents froids et violents, venus des grandesplaines
américaines'. les Nortes. Ils étaient nombreux à être atteintsde dysenterie,quand
ce n'était pas de la malaria ou de la fièvre jaune. Dès le début de la Colonie. cette
situation a rendu nécessairela construction d'un hôpital sur la route de Veracrr-rzà
Mexico, à la hauteur du Cofre de Perote. Là, à l'entrée des hauts piateaux,
pouvaient se reposer ou mourir les voyageurs épuiséspar les maladies.Le climat
malsain de la côte a justifié pendantdes sièclesun quasi-abandon.SeuleVeracruz,
qui reliait la Nouvelle-Espagneaux ports de la métropole, jouissait d'un certain
dynamisme. Pourtant, la côte du Golfe avait vu se développer de brillantes civili-
sations préhispaniques: ies Olmèques d'abord, dont le centre de La Venta a fait
rayonner la première grande culture mésoaméricaine,mais aussi, des centaines
d'annéesplus tard, les Totonaques,qui bâtirent la très belle cité du Tajin, fameuse
pour sa Pyramide des Niches, qui fonctionnait comme un gigantesquecaiendrier.
Quant à la côte Pacifique, elle semble avoir été encore plus déf-avorisée: zone
mal contrôléepar I'Empire aztèque,elle a été délaisséepar l'occupant espagnol.
Môme le pon d'Acapulco n'a longtemps été qu'une bourgadequi ne s'animait
que pour l'arrivée de la Nao de China, venue des Phiiippines. Là encore. un
climat dur, et la présence endémique de maladies infectieuses ont justifié cet
isolement. Dans ces régions vides d'hommes se sont installées, dès le
xvr siècie,des coloniesde nègresmarrons,qui fuyaient l'esclavageet le travail
des mines. Ce sont eux qui ont donné aux populations de ia côte du Guerrero et

I
t
-X-
I-e tnort'ellenretû tle l'esptu e 3l

clu Oaraca des caractèresnoirs très marqués.Il existe clansla Mixteca Baja un
village constrlrit;\ la mocleafricaine,avec des casesrondes de pisé, complète-
nrenl atypiquede l'habitat traditionneiindigène.
r\r-rjourd'hui,les côtes mexicainesconnaissentun renouveau,même s'il est
inégalement réparti. Le Golfè bénéficie d'un développementfbndé sur cles
cultures commercialesd'exportation. 1'élevage,la pêche, et surtout le pétrole.
Sur ia côte Pacifique,le tourismejoue un rôle important : à Acalpuco, bien sûr,
nrais aussi clans des centres pius récents et plus à la mode auprès dri public
étlanger : Zihuatanejo. Puerto Vallarta, Puerto Angel, Puerto Escondido, et tout
r'écemment,Huatulco. L'éradication de ia maliiria et le cléveloppementdes voies
cle communication ont f-acilité cette relative intégration économique de côtes
jLrsciue-làmal exploitées. Par la création de grands ports industriels (Lâzaro
Cirrdenas, Salina Crttz, Manzanillo), on tente aussi de favoriser un décoilage
économique qui se lait toujours attendre.Mais 1'absencede centres urbains
proches, et ie poids des montagnes déseftes qui dominent une plainte côtière
étloite, limitent la portée de ces efforts : le déséquilibreentre le versant atlantique
et la côte Pacifiquene s'est pas estompé,bien au contraire.

La mer: un n onde à conquérir

Ce long abandon des côtes explique l'un des principaux paracloxesdu


Mexique. Malgré plus de 100(n kilomètres de littoral, malgré une zone écono-
rriclue exclusive de prescluetrois millions de km2, fondée sur la limite des
200 milles, la mer restele parentpauvre du développementmexicain.Depuis les
ternps préhispaniquesjusqLr'ànos jours, I'océan semble avoir rebuté toutes les
tentativesde mise en valeur. On sait que I'empereur lvloctezumamangeait du
poissonfi-ais.pêchésur la côte cluGolfe, grâce aux courcllrsqui se relayaientsur
le chcmin de N'lexico.mais la mer restait un monde mystérieux et redoutabie
porlr ceux iiui s'y aventuraient.D'après ce que disent les chroniqueurs dtt
xvl" siècle, les anciens N4exicainspensaientque la mer et lc ciel étaient faits
cl'Ltnemôme malière, clui e'trtourait[a terre comme un écrin. Teriotl, <l'eau
È c liv incr > , ayjlhu
t i r' â n tl ,< < e l:.tl u i s ' e s tu n i e a u ci el > , tel s sont l es noms donnéspar
o
o
q le:s6.160,t"r à I'océan.l,lévangélisationclesindigènesa, cn partie,clésacra]isé le
l

o
tt.roncle marin. mais n'a pirs contribué à le rendre plus accessible. Durant toute
o
a l'épocluecoloniale. on a cnnsomnté surtoui cles poissonsd'eau douce, pêchés
4
o chrrsles lacs ei les rivières de I'intérreur.Leg Relationsg,éogruSthiques de 158{)
l
G signalcritqu'au N'lichoaciur les populirtionscCitières faisaientvenir leurs poissons
a
o
clLtlac clePâtzcuaro.situetà plus cle2 000 mètresd'altitude, et à presgue200 km
a
q cluPacitiqtie. Elrcoreaujourrl'hui.la naje'.irepartie clc-s prisesclecei Eiat se fait à
o
o l ' int ér ieur d a n s l e l ac cl ebarragede E l i nfl erni l l o.
dest e rre s .e s s c n ti c l l e tre trt
o
c
c: Jusqn'ar-r clébr-rtclesannées1970.la pôcheétait consiclérée colnlre une activiTé
: itnncxetlans i'écononticclu pays.L'autoconsomrnation était très impoftaute.tandis
i
clu'Llnepartie.lesfessources nrariiresétait directementenvoyéeai"rxEtats-Unis.La
= cr'éiitiiu du ininistèrecieia Pêchepernrit all sectelrrcleprenclrcut.tnoulel essor.I)es
1
cr-éclits iurent clebioiiués.et l'Etlrt participail;reciementi\ la proclLrction, sutit)ritsllr le
littoral pacifiqtie.qLrisoLrffraitr-l'unmancluerf inf-rastmctures ct c1elno)'ens.En 1993,
]FY

:-
:l

32 Le Mexirlueet les Me.rir:uin.t 'a:

80 % des bateauxde pêche apparlenaniau secteurpublic exerçaientleur activité sur


1ePacifique,malgré un désengagement certainrie l'Etat qui contrô1aità peine plus de
400 unités (conire 3-5000 appaftenarltau secteursocial et pius de 38 000 alr sectelrï
prir,é).Malgré les progrèsr'éalisésall cours des vingt dernièresannées,la pêchereste
un secteuratomiséqui en est souventrestéau stadeartisanai,notammentsur la côte
du Golfe et dans la région Sud-Pacifique(fig. 8). I-'imporliince acquise dans ce
domainepar la région Nord-Ouests'explique en partie par 1apénéiraiiondes navires
étrangers(asiatiqi"respour la plupart), cpri déchareentleur cal-uaisonrlans les ports
situésde 1'autrecôté du Pacifique,mais dont les prisessont enregistréespzules anto-
rités nexicaines et intégréesaux statistiquesnationales.L'opposition traditionnelle
entrela côte Atlantique (plus traclitionnelle,moins industrialisée)et Ia côte PacifiqLre i:
'!t

(plus moderne,mieux équipée)doit donc être relativisée.De plus en plus, pourti.rnt, :J


i
le Mexique se toume vers la trer : 1e nonbre des batehux de péche est passéde ..:
21 000 en 79ll à plus de 73 000 en 1993.Dans la même période,le pordsdes prises
vives a doublé,passantde 600 000 à I 200 000 tonnes,aprèsavoir atteintun somlnet
en 1989 (1 500 000 tonnes).Les porls s'aggandissent, la flotte marchandeprenclde
l'importance et la pêche se moderrise. La croissanceindustrielledes côtes (surtoLrt
dansla région du Golfe) a, sansaucundoute,joué un rôle danscet intérôtrécentpour
les ressourcesmarines. La mer. trop longtemps négligée,peut se rér,élerpour lc
Mexique un nollveau facteur de développement, comme le montrent les progrès
réalisésDaries chercheursmexicainsdansIe domainede l'aquaculture.

Tonnesdébarquées
(en milliersde tonnes)
15 000
1ea
u.-\
/ z---., ) e0
\( ^ )/ 20
'\()/ e,5
6 000

2 000
1 000

Nombred'employés
/^./ trt.t
^^n^ôrnô\

f J > s ooo
f l oes oooà 10ooo
f-l oeto oooà rs ooo
ffi oets oooà 30ooo 0 200 km
I . as 0o0

- de la mer (1994),
Les ressources
l . ( i n ()t (e l l rtn (ttl tl e l' es!tttt e 33

Un peuplement en vallées

Malgré la croissancerécentedes côtes, les zones tbndamentalesciu peuple-


rxent mexicain se situent généralementà des altitudessupérieuresà 1 000 m, et
souvent à 1 500 m, dirns les valiées ou les bassinsendoréiques.De Oaxaca au
Valle cleMetzquital,c'est là que se sont développéesles principalesciviiisations
préhispaniques.Au Cl-riapas,ce phénomènes'explique par la présence,à cette
altitLrcle,de zones non touchéespar la malaria, etcemalgré des sols médiocres.
AilleLrrs,nous I'avons vu, c'est la conjonctionde plusieursfacteurs(géologiques
et climatiques) qui ont favorisé le développement des hauts plateaux. Au début
de l'ère chrétienne,les habitants de Teotihuac6n, dont l'influence s'est fait sentir
jLrsqu'au Guatemala, ont élaboré quelques-uns des traits fondamentaux des
cultnres mésoaméricaines.Parmi ceux-ci, le culte de Tlâloc, dieu de la pluie, était
Vpique d'une société agrairefbndée sur la fameuse trilogie maïs, courge, haricot.
A lir même époque, les Zapotèques bâtissaient, dans la vallée de Oaxaca, les
villes de Monte Alban et de Mitla. Après ia chute des grandescivilisations classi-
qlles. et notamment de Teotihuacân, vers le VIII' siècle de notre ère, c'est encore
dans les vallées d'altitude de I'axe néovolcanique que I'héritage culturei est
repris par des populations venuesdu nord, à Tula tout d'abord, puis dans la vallée
de PLreblaet le bassin de Mexico. Parmi les derniers arrivants, une tribu de
cltit'ltimèc1ue.rn'allait pas tarder à se rendre maître d'une grande partie du
Mexique central : ies Aztèques. ou IVlexica.
Après la conquête de ia viile de Mexico, en 1521, c'est dans ces mêmes
bassinsau climat froid ori ternpéréque se sont installés les conqLristadores espa-
gnols. Le choix d'Hernan Cortés de construire la capitale de la Nouvelle-
Espagnesur ies ruines de tr'ancienneTenochtitlâns'est d'ailleur:strès vite révélé
clésastreux. Bâtie au centre d'une lagune, cotrrmeune Venise située à plus de
cleirx mille rnètres ci'altitucie,la ville indienne était conçue pour vivre en
synrbioseavec cet environnementlacustre.Tel n'était pas le cas de la vilic espa-
gnole, qui s'est trouvée en conf-lit avec son rnilieu naturel clès la première
inondationquil'a fiappée,en i,55,5.Après trois sièclesd'eflbrts. le dilenime n'a
pu être résoluque par la riestrr-rction de ce milieu naturelétrangeraux Espagnols.
.o rra is indis pens ab l àe l a s u r,,' i ed e s c u l tu re si n d i gènes(voi r dossi er: L' homme et
o
c ,vorrtniLiettnalurel, le drai.itdgede la vallée de Mexic'tt,p. 34).
l

o Lc Yucatdnapparaîtfuns ee contextecomme une exception: les altitudessont


o
.o basses.la chaleur est écrasante.et poru'tantles Mayas ont construit dans cette
'- réqion plusie-urscentresurbiiins importants.dont les plus connus sont LIxmal.
c)
c Chichen ltzir et Cobâ. Sur cette piate-formeaux sols très perméables,le clrainage
c
o
c cleseaux de sr,rperficie esi presqueincxistant.La nappephréatiqLre n'apparaîtque
.9
o lrar encirtrits.quand la r.r:ùïecalcirire s'ef-fondrepour ibrmer Lrnc'enote.Ces puits
() rlaturcrls
o
J: llellvent atteindredix ou vingt mètresde protbndeur.comrne le fameux
I ('(tloîc sacréde Chrchen ltzli. Leur iocalisationexpliclueles noyaux clepeuple-
o
J
G
i l s ont cri stal l i sé
n re ni c le la pénin s u l e . p ri n c i p a u r'p o i n ts d ' e a u accessi bl c' s,
ûi.ltollrcl'eux les établissemenlshumains et permis le développementdes centres
..
Ê turbains piéhi:;paniques" prçiscoloniaux.
: Cc:penclanî.r.nalgréf irnportance qile peut avoir sur un pavs son milieri
,j
pltvsiciue.le Mexique î'est pas né de sesseulcsrichesseset contraintesnaturelles.
34 Le 14exiqueet les Mexicains

Ce sont les hommesqui ont constrllit le territoire mexicain et façonnéses


paysages(le cas du desagiiede la vallée de Mexico en est la preuve,portée
jusqu'àl'absurcle) qui le traversent
et lesdéséquilibres sontlesfruitsde I'histoire
aussibienquede la nature.

Bibliographie

Le livre cleClaude Bataillon donne un panoranlacomplet des milieux nuturels.Ilien quc'trai-


tant de I'ensemble de la lVlésoamériqr.re, Le tome I du Handltook oJ lt4itldleAnre'rittut
Indians âpportenombre d'inlormations très utiles.
On por"rraconsulter,pour plus de pr'écision,
\
GeRct,q(.8.) et al., Aspectosclinttitico.gde las zonasdriclasdel norte tle la ultiltltmicie nreti-
cana,Mexico, Boletindel Institutode Geograffan' 15.p. 4I-74, 1985.
RzEDowsKY(J.) et HUERTAM. (L.), Vegetaciônde Méricr.t,Mexico, Ed. Limusa, 1978.
del agua de la RepûLtlicaMexicana, México, 1976.
SARH, Ar1a.ç

Dossier

L'homme et son milieu naturel. Le drainage de la vallée de Mexico

Le cas du drainagede la vallée de Mexicoest le parfaitexempled'une catastrophe


écologiquesoigneusemeni préparée.Quand les Espagnolsarrivèrentdans ce bassin
endoréique, situéà plusde deuxmillemètresd'altitude, ils se crurenttransportés
dansun
de ces romansde chevalerieque beaucoupd'entreeux avaientlus, et que certains
gardaient dansleursbagages:devantleursyeuxs'étendaient des lacsauxeauxclaires,et
reliéesà la terrefermepar des chausséesde
sur ces lacsse dressaientdes villes-jardins,
pierrescouvertesde stuc blanc,des villesbrillantescommede l'argent.Deux ans plus
tard,aprèsla chutede la capitaleaztèque,Cortésdécidaitde construiresur son emplace-
mentla Mexicocoloniale,ce qui n'allaitpas tarderà poserde gravesproblèmes.En effet,
Tenochtitlânétait situéeau centred'une zone lacubtre,où tout un systèmede digues,
chaussées,écluseset barragespermettaitle contrôlede l'eauet son utilisationrationnelle
pourl'agriculture (chinampas).les transports,la chasse,la pêche.Mais la ville espagnole
n'étaitpas adaptéeà ce milieu.Mauvaishydrauliciens, les conquérantsignoraientle fonc-
tionnementdes diguespréhispaniques et redoutaientque les Indiensn'utilisassentcontre
eux leursconnaissances. C'estpourquoi, à peinevingians aprèsla Conquête, la munici-
palitédécidade relierMexicoà la terrefermepar un cordonininterrompu de maisons,le
longde la chausséede Tacuba,par le cheminle pluscourt.Ce fut l'originede l'un des
premiersgrandsaxesde développement vers l'ouestde la ville.Avec la premièregrande
inondation en 1555,qui provoquala mod de centainesd'habitants,
coloniale, les Espa-
gnolsprirentréellement peur des lacs qui les entouraient car, chaqueannée,les fortes
pluiesd'étéfaisaientdangereusement monterleur niveau.lls tentèrentdans un premier
temps d'utiliserles méthodesindigènes:construction de digueset renforcement des
chaussées d'accès.Maisles inondations périodiques leurfirentchoisirune solutionplus
radicale,le desagùede la vallée.
Lestravauxcommencèrent en 1607,sousla direction d'unpèrejésuite,JuanSânchez
Vaquero,et d'un imprimeur-cosmographe d'origine
allemande, EnricoMartinez.Le but de
I'ouvrage étaitde percerun tunnelversle norddu bassin,pourdonnerune issueaux eaux
Photo 4. - Le Rio de Cuautitltin.
A la hauteur de Huehuetoca,au nord ciu bassin de Mexico, 7e desagiie du xvlt" siècle
fonctionne toujours. Les fortes aversesde Ia saisonclespluies accélèrentl'érosiond'un sol
fragile et donnentun aspectlunaire au paysage.

qui s'accumulaient dansses partiesles plusbasses.Devantl'ampleur des dépenses envi-


sagées,on décidadans un premiertemps de détournerhors de la valléele Rio de
Cuautitlan, jugé le plus dangereux. Grâceau travailde milliersd'lndiens,le tunnelfut
terminéen quelques mois,maisil n'empêchapasla grandeinondation de 1629,quimaintint
Mexicosousles eauxpendantcinqans. En 1632,EnricoMartinezmeurt.prématurément
usé par le chagrin,le travailet lesattaquesdirigéescontrelui.Ce sontlesfranciscains qui
= reprirentla directionde l'ouvrage,
.o avecun nouveauprojet:fairedu tunnelde Martinezun
!
= canalà cielouvert,pourfaciliterle passagedes eauxen crues(photo4). Aprèsla mortdu
c

plus illustred'eqtreeux, ManuelCabrera,en 1680,les autorités civilesse chargèrent du


o
o desagûe.Les thvaux continuèrent épisodiquement durant tout le xvttt"siècle,sans
.9
ô résoudrele problèmedes lnondaticrns. Finalement,c'estsous PorfirioDiaz,à la fin dLt
5
6
xtx"siècle, que l'on ouvrit
un deuxième grand canalde drainage,plusà l'estque celuide
c Martinez,enire Zumpangoet Tequixquiac, reprenanten cela un projetqtri avail éte
c
. 9 présenté troissièclesplLrstôt.En 1900,lestravauxétaientternrinésel le trop-pleirr
cieslacs
o
o se déversait de la valléede Mexico.Maisplusrécemrnent,
à l'extérieur en 1967,la situation
o
o étaittellequefut décidéeIa construction d'undrainage profondqui permettraitl'évacuation
c
o de toutesles eaux.Dix ans plustard,ce systèmes'ajoutait à ceuxde EnricoMartinezet
6
J PorfirioDiaz: les égoutsde la capitalese déversent directement dansIe Rio de Tula,puis
o
: dansle Rio Panuco,et se jettentdansIe golfede Mexicoà la hauteurdeTarnpico (fig.9).
a
ô Les conséquences encoreaujourd'hui
de ces travauxde drainageaffectent I'ensemble
E du bassin.Leurseffetssur l'environnement puisqu'ils
ont été désastreux, oni accéléréle
o processusde destruciion
d'unécosystème lacustreparticulièrement
fragileet déjàébranlé
JO Le Me,riclueet lct Mc.ticains

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) \/ 0 15km
.)
^ ../- t.n

f---l Étendues au xvles.


lacustres
l - --l +2400m
O Desagiie
deEnrico (xvre
l\4artinez s)
@ Grancanal
d€Desagrie(xrxe
s.)
O profond
Drainage (xxes,)
Limite
dubassin
deMexico
-.-,v

9. -Le desagùe
del ValledeMéxico.

par I'arrivéedes Espagnols: I'usagede la charrue,la déforestation,I'exploitation des


versants,ont provoquéune érosionintensedes sols. La boue charriéepar les eaux de
ruissellement venaits'accumuler dansle lit des lacset lescomblaitpeuà peu.Aujourd'hui,
les marécageset les étendueslacustresont disparu,et aveceux la flore et la faunetypi-
ques de la vallée.Ne subsistentque les chinampasde Xochimilcoqui serventde lieu de
récréationdominicalaux Mexicainset aux touristes.Du vaste lac de Texcoco,on n'a
conservéqu'unegrandemare,menacéepar l'expansion urbaineet I'aéroportinternational,
malgréles effortsde la SEDUE(ministèrede la Croissanceurbaineet de I'Environnement)
pourpréserverce qui rested'un écosystèmericheet original.Avec la disparitiondes lacs,
le climatest devenuplus sec et les pluiesplus brutales.De vastesétenduesde terrains
chargésde sel ont été dégagées.En été, ce sont des marécages.En hiver, les vents
soulèvent des nuagesde poussière alcalinequi viennents'abattresur Mexico,les tolva-
neras.Tandisque la capitales'enfoncedans un sous-solmal consolidé,et que l'on
continueà soutirerde l'eauà une nappephréatique agonisante,des quarlierspauvres
s'étendent sur le lit des ancienslacs: CiudadNezahualcoyotl, à I'estde la ville,compte
déjàplusde deuxmillions et ne disposepasde tout-à-l'égout"
d'habitants,

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