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SÉCURITÉ
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ENVIRONNEMENT

SÉCURITÉ ENVIRONNEMENT Gestion des déchets Réf. Internet : 42437 Actualisation permanente sur

Gestion des déchets

Réf. Internet : 42437

Actualisation permanente sur www.techniques-ingenieur.fr

3 e édition

Internet : 42437 Actualisation permanente sur www.techniques-ingenieur.fr 3 e édition Techniques de l'Ingénieur

Techniques

de l'Ingénieur

Les Sélections Techniques de l’Ingénieur La plus importante base scientifique et technique en français Une
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Les Sélections Techniques de l’Ingénieur

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III

Cet ouvrage fait partie du pack Environnement (Réf. Internet ti800) composé des bases documentaires suivantes :

Internet ti800) composé des bases documentaires suivantes : ICPE : réglementation intégrée Réglementation

ICPE : réglementation intégrée

Réglementation environnementale par secteur

Systèmes de management environnemental

Développement durable

Eaux industrielles

Réglementation et analyse de l'air

Traitements de l'air

Gestion des odeurs et des nuisances olfactives

Gestion des déchets

Gestion des sites et sols pollués

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IV

Cette base documentaire fait partie du pack Environnement (Réf. Internet ti800) dont les experts scientifiques
Cette base documentaire fait partie du pack Environnement (Réf. Internet ti800) dont les experts scientifiques

Cette base documentaire fait partie du pack Environnement (Réf. Internet ti800) dont les experts scientifiques sont :

Ismahane EL BAHLOUL

Consultante QSE/Management du risque. Auditrice IRCA.

Patrick ROUSSEAUX

Professeur à l'Université de Poitiers,, Directeur de l'IRIAF (Institut des Risques Industriels, Assuranciels et Financiers)

Jean-Louis ROUBATY

Professeur associé Université Paris-Diderot, Ancien directeur SGS Environnemental services, Ingénieur conseil

Pierre LE CLOIREC

Professeur, directeur de l'École Nationale Supérieure de Chimie de Rennes (ENSCR)

Jacques MÉHU

Professeur à l'INSA de Lyon

Pascale NAQUIN

Codirectrice de POLDEN INSAVALOR et coordinatrice scientifique du CEFREPADE

Xavier BONHOMMEAU

Hydrogéologue, spécialiste en sites et sols pollués (Ancien membre du service Hygiène, Environnement et Prévention des Risques de RENAULT)

Lionel POURTIER

Directeur Odeurs et Pollutions atmosphériques, GUIGUES Environnement

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V

Retrouvez dans cette base documentaire les contributions de :

Retrouvez dans cette base documentaire les contributions de : Gérard ANTONINI Pour les articles : G2050

Gérard ANTONINI

Pour les articles : G2050 – G2051 – G2053

Radu BARNA

Pour l’article : G2080

Rémy BAYARD

Pour l’article : G2060

Christine BAZIN

Pour l’article : G2030

Fabrice BELINE

Pour l’article : IN98

Gérard BERTOLINI

Pour l’article : G2300

Hervé BILLARD

Pour les articles : G2100 – G2101 – G2102

Denise BLANC

Pour l’article : G2080

Christophe BLAVOT

Pour l’article : G2008

Jacques BOURGOIS

Pour l’article : G2070

Gwénaëlle BRONS-LAOT

Pour l’article : G2150

Pierre-Émmanuel CHARPENTIER

Pour l’article : IN70

Jean-Marc CHOUBERT

Pour l’article : IN98

Catherine CLAUZADE

Pour les articles : G2042 – G2043

Céline DRUILHE

Pour l’article : IN98

Éric FABIEW

Pour l’article : G2410

Pierre FAUCHAIS

Pour l’article : G2055

Bruno FOURNEL

Pour l’article : IN80

Luc GERUN

Pour l’article : IN57

Sylvie GILLOT

Pour l’article : IN98

Rémy GOURDON

Pour l’article : G2060

Laurence GRELIER-VOLATIER

Pour l’article : G2030

Cyrille HARPET

Pour l’article : G2008

Robert HAUSLER

Pour l’article : G2070

Christophe JOUSSOT-DUBIEN

Pour l’article : IN80

Gérard KECK

Pour l’article : G2450

Anthony KERIHUEL

Pour l’article : IN58

Valérie LAFOREST

Pour l’article : G2070

Caroline LONDON

Pour les articles : G2020 – G2021

Jacques MÉHU

Pour les articles : G2150 – G2030

Alain NAVARRO

Pour les articles : G2000 – G2250

Laurent RIZET

Pour l’article : IN70

Anne ROUBAUD

Pour l’article : IN80

Solène TOUZÉ

Pour l’article : IN153

Cyril TROUILLET

Pour l’article : IN70

Émmanuel VERNUS

Pour les articles : G2150 – G2450

à

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VI

Gestion des déchets Réf. Internet 42437 SOMMAIRE 1 – Déchets : un enjeu économique et
Gestion des déchets Réf. Internet 42437 SOMMAIRE 1 – Déchets : un enjeu économique et

Gestion des déchets

Réf. Internet 42437

SOMMAIRE

1

– Déchets : un enjeu économique et écologique

Réf. Internet

page

Approche systémique des déchets

G2000

11

Écologie industrielle : gestion des matières premières secondaires dans le métabolisme territorial - illustrations

G2008

13

Approche socio-économique des déchets

G2300

19

Évaluation environnementale de l'utilisation de déchets en TP

G2150

23

Déchets et risques pour la santé

G2450

27

2

– Déchets : contexte réglementaire et juridique

Réf. Internet

page

Enjeux et perspectives des déchets

G2020

33

Textes réglementaires relatifs aux déchets

G2021

37

Classification réglementaire et écocompatibilité des déchets

G2030

43

3

– Valorisation et traitement des déchets

Réf. Internet

page

La R et D au service de l'industrialisation d'une filière de valorisation des déchets. Cas du département R et D d'Aliapur

G2042

49

Bilan environnemental des solutions de valorisation des pneus usagés non réutilisables (PUNR)

G2043

53

Traitements thermiques des déchets. Processus thermochimiques

G2050

57

Traitements thermiques des déchets. Procédés et technologies associées

G2051

61

Traitements thermiques des déchets. Annexes sur les procédés

G2053

65

Technologies plasma : applications au traitement des déchets

G2055

69

Traitement biologique des déchets

G2060

73

Traitements physico-chimiques des déchets industriels liquides

G2070

79

Stabilisation-solidification des déchets

G2080

85

Centres de stockage des déchets. Impacts et prospective

G2100

89

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VII

Centres de stockage des déchets. Conception

G2101

93

Centres de stockage des déchets. Exploitation

G2102

97

Déchets en cimenterie. Contexte général

G2250

103

Installation de traitement des déchets carbonés innovante

IN57

107

Valorisation énergétique de déchets graisseux en biocarburant

IN58

109

Oxydation hydrothermale de déchets organiques liquides

IN80

111

Techniques de fractionnement de la matière organique des déchets liquides pour la modélisation des bioprocédés

IN98

113

Traitement d'extraction des métaux lourds

IN70

117

Procédé innovant de traitement de la fraction fine de sédiments pollués

IN153

119

4 – Gisement de déchets spécifiques et filières dédiées

Réf. Internet

page

G2410

125

L'industrialisation d'une filière, la fabrication d'un métier : cas de la valorisation des pneus usagés en France

Gestion des déchets Réf. Internet 42437 1 1 – Déchets : un enjeu économique et
Gestion des déchets Réf. Internet 42437 1 1 – Déchets : un enjeu économique et

Gestion des déchets

Réf. Internet 42437

1

1 – Déchets : un enjeu économique et écologique

Réf. Internet

page

Approche systémique des déchets

G2000

11

Écologie industrielle : gestion des matières premières secondaires dans le métabolisme territorial - illustrations

G2008

13

Approche socio-économique des déchets

G2300

19

Évaluation environnementale de l'utilisation de déchets en TP

G2150

23

Déchets et risques pour la santé

G2450

27

2 – Déchets : contexte réglementaire et juridique

3 – Valorisation et traitement des déchets

4 – Gisement de déchets spécifiques et filières dédiées

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9

1

Avril 2003

Référence Internet

G2000

Approche systémique des déchets

par Alain NAVARRO

1

Professeur émérite à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon

1.

Le système déchets

G 2 000 – 2

2.

Les stratégies de gestion des déchets

4

2.1

Connaissance analytique des déchets

4

2.2

Stratégies de gestion des déchets

5

3.

Filières de traitement des déchets

6

4.

Filières dédiées et centres collectifs

8

5.

Dimensions non technologiques des déchets

8

6.

Conclusion

8

L a nécessaire maîtrise des impacts environnementaux est actuellement un

objectif capital au niveau de la gestion des activités industrielles. Il en va

d’ailleurs de même au niveau des collectivités locales qui ont en charge les conséquences environnementales des multiples activités liées à la vie urbaine. Cette contrainte résulte pour l’essentiel des évolutions constatées dans les activités de production et de consommation :

— forte augmentation quantitative de la production ;

— diversification qualitative avec le développement des matériaux synthéti-

ques et de produits de plus en plus complexes et, de surcroît, à courte durée de

vie ;

prise de conscience, au niveau des populations, des risques écologiques et

sanitaires et des impératifs de l’hygiène et de la sécurité. La maîtrise des impacts environnementaux est encadrée par un important arsenal réglementaire et elle nécessite d’importants moyens techniques ; de ce fait, elle a un poids significatif dans l’économie des activités industrielles.

Avant d’aborder les aspects techniques de la maîtrise des impacts, il est utile de rappeler que ces impacts peuvent être regroupés en trois catégories :

l’épuisement progressif des ressources naturelles renouvelables ou non :

combustibles fossiles, métaux, forêt

les désordres écologiques : les milieux physiques (eau, air, sol) et les

milieux vivants (animaux, végétaux) sont fortement perturbés, ce qui se traduit

par de nombreux effets négatifs qui vont de la perte de la biodiversité au chan- gement climatique, en passant par la déforestation et les différentes formes de la pollution urbaine et agricole ;

la dispersion de substances toxiques et/ou écotoxiques : ces substances

sont directement ou indirectement responsables de risques avérés pour la santé des individus. C’est dans ce cadre que la recherche de solutions a mobilisé, ces dernières décennies, une forte activité scientifique et technique, qui a donné naissance au secteur des éco-industries. Ce secteur occupe désormais une place très signifi- cative dans le paysage industriel. Cela va des bureaux d’études aux multinatio- nales en passant par un fort contingent de PME, couvrant un large spectre de

;

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G 2 000 1

11

Référence Internet

G2000

APPROCHE SYSTÉMIQUE DES DÉCHETS

spécialités. Enfin, les entreprises traditionnelles et les collectivités locales sont de plus en plus nombreuses à se doter de spécialistes à même de définir et de piloter, en interne, la stratégie et les actions à mener en matière de gestion environnementale.

Sous l’angle technologique, les principaux secteurs concernés par la maîtrise des impacts environnementaux sont ceux des économies d’énergie, de la dépol- lution des eaux, du traitement des effluents gazeux et de la gestion des déchets. C’est ce dernier secteur qui nous préoccupe ici.

1 Avant de l’aborder de la façon la plus exhaustive possible dans cette rubrique et sur le CD-Rom Déchets industriels, nous en ferons une présentation, dans une approche systémique, qui doit donner de la cohérence à un problème, souvent présenté comme foisonnant et démuni de toute logique.

En effet, alors que les économies d’énergie, les traitements de l’eau et de l’air, ont rapidement été rangés par les spécialistes dans des cadres méthodologiques structurés, force est de constater que la gestion des déchets est souvent abordée un peu « en aveugle », par tâtonnement. Cela tient probablement à plusieurs rai- sons : le mot même de déchet induit des connotations négatives qui n’inci- tent peut-être pas à une approche raisonnée comme c’est le cas pour l’eau ou l’air, éléments vitaux par excellence. En outre, contrairement à l’eau ou à l’air, les déchets ne correspondent pas à une typologie unique. La pollution de l’eau et de l’air résulte, pour l’essentiel, de l’apport de substances étrangères à un milieu bien identifié et, par conséquent, la dépollution consiste à extraire ces substances indésirables. C’est parfois très difficile à faire mais l’enjeu est clair.

À l’inverse, les déchets regroupent toute la variété des espèces chimiques minérales ou organiques, naturelles ou synthétiques, seules ou en mélange. On peut considérer que chaque famille, parfois chaque déchet au sein de la famille, constitue une entité spécifique. C’est probablement cette particula- rité qui complique une approche systémique des déchets. La tâche est encore accrue par le fait que les déchets relèvent pour l’essentiel du domaine des soli- des particulièrement propices à l’hétérogénéité. De surcroît, on est souvent dans « l’inutile, l’indésirable, la non-valeur ».

Tous les travaux scientifiques conduits ces dernières décennies permettent pourtant de proposer une approche systémique de l’entité déchet dans sa défi- nition la plus générale. Cette présentation doit permettre au lecteur de mieux s’orienter au moment de choisir entre les multiples stratégies et techniques qui lui sont proposées. Cela est également utile, dans le cadre des réflexions, au niveau de la conception même des produits et des procédés.

1. Le système déchets

La plupart des produits industriels sont issus de processus de plus en plus complexes. À l’origine, il y a toujours prélèvement de matières premières, d’eau et d’air et, à l’issue de chaque étape de la transformation, émission de sous-produits, d’eau et d’air plus ou moins pollués. De plus, chaque étape est consommatrice d’énergie. Au stade de sa consommation, le produit industriel, surtout lorsqu’il est complexe (cas de l’automobile, par exemple), est à son tour consommateur d’eau, d’air, d’énergie, de pièces de rechange, et tout cela contribue également à différentes formes de l’impact environnemental. Enfin, au stade ultime de son utilisation, le pro- duit devient à son tour un déchet dont il faudra assurer la gestion. Une vision globale se doit donc d’aborder les problèmes posés à tous les stades de ce que l’on appelle le cycle de vie :

— A : déchets et sous-produits de la fabrication ;

— B : déchets de la dépollution de l’eau et de l’air ;

— C : déchets associés à la vie du produit ;

— D : produits en fin de vie ;

— E : déchets du traitement des déchets.

À la fin de ce cycle, une fraction de ces déchets sera valorisée sous des formes diverses et rejoindra les circuits de production, la fraction restante sera soit rejetée dans le milieu naturel lorsqu’il n’y

pas de risques d’impact, soit confinée avec le statut de déchet ultime.

a

soit confinée avec le statut de déchet ultime . a ■ Déchets et sous-produits (A) On

Déchets et sous-produits (A)

On trouve, dans cette catégorie, tous les déchets qui ont participé

l’élaboration des produits mais qui ne se retrouvent pas dans le

produit final. Il s’agit des sous-produits de réaction chimique, des

résidus de certains traitements (peinture, traitements de surface ), des emballages plus ou moins souillés, des matières enlevées à

l’issue d’opérations mécaniques (usinage, moulage, polissage

des loupés de fabrication. On classe généralement ces déchets en trois catégories : les déchets industriels spéciaux (DIS) ou dange- reux, les déchets industriels banals (DIB) et les déchets inertes.

) et

à
à

Création du produit ---> Utilisation du produit ---> Fin de vie du produit

On observe, sur la figure 1, que les déchets apparaissent à tous les stades du cycle de vie, avec des natures très variées. On peut classer ces déchets en cinq familles principales :

Janvier 2011

´

Référence Internet

G2008

E cologie industrielle : gestion des matie` res premie` res secondaires

dans le me´ tabolisme territorial – illustrations

par Cyrille HARPET

1

Professeur associe´ de l’Institut National des Sciences Applique´ es de Lyon (INSA Lyon) Diploˆ me´ de l’INSA de Lyon (management environnemental)

Centre des Humanite´ s, laboratoire STOICA

´

E thique et de´ veloppement durable pour les inge´ nieurs

et Christophe BLAVOT

´

Ge´ rant-cofondateur d’E cologie Industrielle Conseil (EIC)

Inge´ nieur et MBA IMD (Lausanne) Entrepreneur en e´ cologie industrielle

 

´

1.

E cologie industrielle et territoriale (EIT)

Origine du concept d’e´ cologie industrielle et territoriale

Notions et principes scientifiques

De´ finition des e´ chelles et pe´ rime` tres

G 2 008 2

2

3

1.1

1.2

1.3

4

2.

Bilan et cartographie des flux matie` res-e´ nergie

6

3.

Des de´ chets aux ressources : les matie` res premie` res secondaires

10

3.1

Cas des de´ chets de la construction

10

3.2

Cas des synergies e´ nerge´ tiques

12

3.3

Cas d’une bioce´ nose industrielle

16

4.

Bouclage des cycles de production

18

4.1

Aboutissement d’une gestion territoriale inte´ gre´ e

19

4.2

La symbiose industrielle de Kalundborg

´

19

4.3

E coparcs industriels

21

4.4

Mode`le e´ cologique et e´ coconception des activite´ s industrielles

23

5.

Conclusion ge´ ne´ rale

23

Pour en savoir plus

Doc. G 2008

L ’e´ cologie industrielle et territoriale (EIT) s’applique a` l’ensemble des activi- te´ s humaines : il s’agit d’une approche globale et syste´mique. En

s’appuyant sur les principes de compre´ hension du fonctionnement des e´ cosys- te`mes naturels, l’e´ cologie industrielle et territoriale a pour ambition de transpo- ser ces principes par analogie au fonctionnement des syste`mes artificiels. Par « e´ cologie industrielle », il faut entendre au pre´ alable une application spe´ cifi- quement oriente´ e sur la sphe` re d’activite´ industrielle conc¸ue et e´ tablie depuis l’e` re industrielle de la fin du XVIII e sie` cle, dans le sens d’une concentration des moyens d’exploitation de ressources, de leur transformation a` hauts rende-

ments de production. La conse´ quence en est la production massive de de´ chets, d’effluents et plus ge´ ne´ ralement de polluants affectant l’ensemble des milieux naturels re´ cepteurs (atmosphe` re, aquife` re, lithosphe` re, biosphe` re), sur des e´ chelles de temps et d’espaces e´largis (processus de mondialisation). Le pro- cessus d’industrialisation est oriente´ essentiellement vers l’expansion d’une socie´ te´ de consommation et de de´multiplication des e´ changes e´ conomiques, couvert par la notion de « croissance » (dont l’indicateur principal est le PIB,

Toute reproduction sans autorisation du Centre franc¸ais d’exploitation du droit de copie est strictement interdite. – © Editions T.I.

13

G 2 008 – 1

Référence Internet

G2008

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E COLOGIE INDUSTRIELLE : GESTION DES MATIE RES PREMIE RES SECONDAIRES DANS LE ME TABOLISME TERRITORIAL – ILLUSTRATIONS

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produit inte´ rieur brut), en ne´ gligeant les limites propres aux e´ cosyste`mes natu- rels, tant sur le versant « ressources » que celui des milieux dits « re´ cepteurs ». L’e´ cologie industrielle et territoriale se prononce d’abord au titre d’une ne´ ces- saire ade´ quation entre « e´ cologie scientifique » et « activite´s e´ conomiques et industrielles », de fac¸on a` re´ tablir les niveaux de de´ pendance dans les capacite´ s de gestion de ces ressources, a` la fois sur le plan mate´ riel et immate´ riel. Le rapprochement entre « e´ cologie » et « industrie » proce` de de cette volonte´ d’inte´ grer, d’une part, l’e´ conomie a` l’e´ chelle de l’e´ cosyste`me global et, d’autre part, les parame` tres e´ cologiques dans la conception des syste`mes industriels.

1 Le pre´ sent article propose donc de situer l’e´ cologie industrielle et territoriale dans l’inge´ nierie de l’environnement en tant que domaine de conception et d’application en vue d’optimiser la gestion des ressources e´ nerge´ tiques et de matie` res premie` res, de re´ duire la production de de´ chets a` la source, de rendre syste´matique la valorisation des rejets en tant que matie` res premie` res secon- daires dans d’autres processus de production. La limite de l’exercice tient a` la fois a` la nouveaute´ de cette approche, du fait de travaux au demeurant re´ cents (depuis les anne´ es 1990), de la complexite´ des syste`mes industriels et territoriaux existants, lesquels n’ont, somme toute, pas eu cette vision inte´ grative de` s leur conception, enfin du nombre encore restreint d’expe´ riences re´ elles a` l’e´ chelle des territoires. Il faut toutefois souligner que, de`s a` pre´ sent, ce domaine de recherche et d’application trouve des de´ veloppements conse´ quents, du fait des tensions actuelles sur les couˆ ts des matie` res premie` res, des risques e´ cologiques globaux et majeurs (e´missions de gaz a` effet de serre, pollution des eaux, des sols, e´ ro- sion de la biodiversite´ ), voire des risques sanitaires lie´ s aux de´ gradations des milieux.

´

1. E cologie industrielle et territoriale (EIT)

1.1 Origine du concept d’e´ cologie industrielle et territoriale

Le terme d’« e´ cologie industrielle » tel qu’accepte´ par la commu- naute´ des praticiens de l’e´ cologie industrielle trouve sa re´ fe´ rence dans la parution d’un article scientifique de la revue Scientific Ame- rican . Les auteurs, Frosch et Gallopoulos [1], formulent l’hypothe` se que la conception de notre syste`me industriel gagnerait a` s’inspirer du fonctionnement des e´ cosyste`mes naturels pour atteindre un stade « mature » d’e´ volution quant a` la gestion des ressources et a` la re´ duction des impacts environnementaux. L’association des deux termes « e´ cologie » et « industrielle », commune´ment perc¸us comme contradictoires, traduit la volonte´ de concilier deux domai- nes de´ veloppe´ s jusqu’a` ce jour avec des logiques inde´ pendantes, celui d’une science de l’environnement et celui des productions techniques d’origine humaine et susceptibles de de´ grader l’envi- ronnement. En re´ unissant ces deux termes, il s’agit justement de renverser les perspectives, en appre´ hendant les syste`mes indus- triels (appareil de production, de distribution, de consommation, services publics et prive´ s, agriculture, etc.) comme autant d’e´ cosys- te`mes particuliers en interaction entre eux et avec la biosphe` re. L’ide´ e soutenue par ces deux vice-pre´ sidents de recherche chez General Motors est que le mode`le industriel pourrait eˆ tre plus effi- cace s’il s’inspirait du fonctionnement des e´ cosyste`mes naturels. L’e´ cologie industrielle a commence´ a` eˆ tre reconnue a` partir d’un

colloque, organise´ sur le sujet par la National Academy of Science (Acade´mie Nationale de Science), en 1991, et la publication, de` s

1997, d’une revue spe´ cialise´ e intitule´ e The Journal of Industrial Eco-

´

logy , publie´ e par le MIT Press ( Le Journal de l’E cologie

Industrielle [2]).

La perspective de l’e´ cologie industrielle correspond a` un change- ment de paradigme, donc de syste`me de repre´ sentation de l’homme par rapport au monde industriel et a` l’environnement. En

effet, la nature servirait de mode`le dont on imite les cycles et le fonctionnement des e´ cosyste`mes, et ne serait plus conside´ re´ e comme un « re´ servoir » fournissant des ressources, mais imposant des limites biophysiques [3]. L’approche revendique´ e par les « e´ co- logues industriels » sort de l’approche conventionnelle qui se´ pare le monde de l’industrie de la biosphe` re, laquelle traite les impacts des activite´ s humaines en « bout de chaıˆ ne » (« end of pipe »), de fac¸on cloisonne´ e et line´ aire, par addition de dispositifs techniques et de manie` re incre´mentale, par petites ame´liorations graduelles, comme le souligne Suren Erkman [4]. Les limites de cette vision re´ ductrice du fonctionnement des syste`mes industriels sont de´ sor- mais observables, meˆme si des approches pre´ ventives de type

« analyse de cycle de vie des produits et proce´ de´ s », « e´ coconcep-

tion des produits », « technologies propres et sobres », les syste` - mes de gestion de type « management environnemental » concou- rent a` en corriger les effets. Car l’approche inte´ gre´ e, globale et

syste´mique qui repose sur la conception de bouclages des e´ chan- ges, de cycles complets des flux de matie` res et d’e´ nergie, de recherche de de´mate´ rialisation des fonctions de production et de consommation, sur la lutte contre la dissipation au cours de toute la chaıˆne extraction-production-consommation et sur la diminution de l’utilisation du carbone fossile ou des nitrates chimiques, exige une re´ vision radicale des complexes industriels et de l’organisation

G 2 008 – 2

Toute reproduction sans autorisation du Centre franc¸ais d’exploitation du droit de copie est strictement interdite. – © Editions T.I.

14

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––––––––––––––––– E

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Référence Internet

G2008

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COLOGIE INDUSTRIELLE : GESTION DES MATIE RES PREMIE RES SECONDAIRES DANS LE ME TABOLISME TERRITORIAL – ILLUSTRATIONS

TYPE I Ressources Déchets non limitées non limités TYPE II Énergie et Déchets ressources limitées
TYPE I
Ressources
Déchets
non limitées
non limités
TYPE II
Énergie et
Déchets
ressources limitées
limités
Composants de
Énergie
TYPE III
l’écosystème
(solaire)
industriel
Flux de matières quasi cycliques

1

Figure 1 – Repre´ sentation des e´ cosyste` mes industriels de type I, II et III de´ finis par Braden R. Allenby

territoriale des activite´ s humaines. Comment former des « bioce´ no- ses industrielles », inspire´ es des associations caracte´ ristiques d’organismes vivants, ou encore des « chaıˆnes trophiques » similai- res unissant des entite´ s industrielles d’extraction de ressources, de producteurs primaires et secondaires, puis de consommateurs et de de´ composeurs selon une autore´ gulation par des cycles d’e´ chan- ges a` faible entropie ? Comment concevoir un e´ cosyste`me indus- triel et territorial dont les se´ quences de transformations des res- sources et des sous-produits formeraient des cycles autore´ gule´ s, ou` tout de´ chet constitue une ressource ?

Mais loin de ramener syste´matiquement l’enjeu a` la dimension du secteur industriel, c’est aussi a` l’e´ chelle des territoires que l’approche de l’e´ cologie offre une re´ vision radicale de l’organisa- tion des activite´ s humaines. Que ce soit un espace forestier, un massif montagneux, une zone littorale, une tourbie` re, un site industriel, un quartier urbain, il s’agit dans tous les cas d’appre´ hen- der ces divers syste`mes naturels et artificiels comme autant d’e´ co- syste`mes dont le fonctionnement requiert des ressources, des organismes de production, de transformation, de consommation et de de´ composition.

Nous pouvons de´ finir un territoire a` partir de l’analyse de ge´ o- graphes [5] posant le « territorial » par diffe´ rence avec le niveau global. La notion de « territoire » recouvre ainsi trois dimensions diffe´ rentes mais comple´mentaires [6] :

– une dimension identitaire . Le territoire correspond alors a` une

entite´ spatiale dote´ e d’une identite´ propre. L’identite´ du territoire est caracte´ rise´ e par son nom, ses limites, son histoire et son patri- moine, mais aussi par la manie` re dont les groupes sociaux qui

l’habitent se le repre´ sentent, se l’approprient et le font exister au regard des autres ;

– une dimension mate´ rielle . Le territoire est conc¸u comme un

espace dote´ de proprie´ te´ s naturelles de´ finissant des potentialite´ s ou des contraintes de de´ veloppement, ou de proprie´ te´ s mate´ rielles re´ sultant de l’ame´ nagement de l’espace par les socie´ te´ s (armature

urbaine, re´ seau de desserte ). Ces proprie´ te´ s physiques des terri- toires sont caracte´ rise´ es par leurs structures et leurs dynamiques temporelles et spatiales ;

– une dimension organisationnelle. Le territoire est de´ fini comme une entite´ dote´ e d’une organisation des acteurs sociaux et

institutionnels, elle-meˆme caracte´ rise´ e par des rapports de hie´ rar- chie, de domination, de solidarite´, de comple´mentarite´

En outre, le territoire tel qu’il peut eˆ tre appre´ hende´ dans une de´marche d’e´ cologie industrielle, pourra eˆ tre de´ crit d’apre` s les flux d’e´ changes et les stocks de matie` res et d’e´ nergies selon les principes et les lois fondamentales de la thermodynamique. C’est graˆ ce a` Braden Allenby [7], l’un des premiers chercheurs a` explorer le concept d’e´ cologie industrielle, que l’on peut esquisser un sche´ma de fonctionnement et d’e´ volution de la socie´ te´ industrielle au regard de l’e´ volution de la biosphe` re.

Pour reprendre la terminologie de cet auteur, le processus d’e´ vo-

lution d’un syste`me suit trois principaux stades, ceux dits de type I,

par un pro- les de´ chets

sont produits de fac¸on illimite´ e sans aucun dispositif de re´ gulation ou de recyclage, pour finir dans l’environnement. Dans l’e´ cosys- te` me de type II, les entite´ s ou organismes vivants sont interde´ pen- dants et forment des re´ seaux d’interactions complexes. L’efficacite´ de cet e´ cosyste`me de´ passe le type I sans toutefois eˆ tre viable a` long terme : la diminution de ressources (matie` res premie` res) contraste avec l’augmentation inexorable des de´ chets. Enfin, un e´ cosyste` me de type III est forme´ par un processus cyclique ou` le principal intrant est l’e´ nergie solaire, ine´ puisable, et dont les trans- formations biophysico-chimiques sont compatibles avec les e´ co- syste`mes naturels.

II et III (figure 1). L’ e´ cosyste` me de type I se caracte´ rise cessus line´ aire dans lequel les matie` res premie` res et

Nous allons proce´ der de´ sormais a` l’examen des diffe´ rents concepts scientifiques ayant contribue´ a` forger une ve´ ritable appro- che scientifique des organisations innovantes que proposent les tenants de l’e´ cologie industrielle et territoriale.

1.2 Notions et principes scientifiques

L’e´ cologie industrielle puise ses concepts dans le lexique de

l’e´ cologie scientifique pour de´ crire et qualifier le fonctionnement

de syste`mes artificiels par analogies.

Aussi en reprenant la de´ finition de Ernst Haeckel (1866) : « L’e´ co- logie est la science qui traite des relations entre les organismes et leur environnement et plus ge´ ne´ ralement de toutes les conditions

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E COLOGIE INDUSTRIELLE : GESTION DES MATIE RES PREMIE RES SECONDAIRES DANS LE ME TABOLISME TERRITORIAL – ILLUSTRATIONS

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SOLEIL

ATMOSPHÈRE

ÉCOSYSTÈME

FEUILLE

LAPIN CHASSEUR

5 000 000

1 000 000

500 000

2 000

200

Figure 2 – Repre´ sentation du transit des flux e´ nerge´ tiques (en Kcal/ m 2 par an), quantification simplifie´ e

de vie », l’e´ cologie industrielle propose-t-elle d’e´ tudier l’ensemble des syste`mes, naturels et artificiels comme autant de syste`mes complexes a` travers lesquels circulent et transitent des flux de

1 matie` res et d’e´ nergie. Dans un e´ cosyste`me naturel, un transfert de matie` re organique s’effectue le long d’une chaıˆ ne alimentaire (chaıˆ ne trophique) d’une espe` ce a` l’autre (du producteur vers un consommateur par exemple), circulation re´ gie par l’e´ nergie. La pre- mie` re source e´ nerge´ tique, celle du soleil, fait transiter un flux continu et subit des de´ perditions au long des chaıˆnes organiques (figure 2 ). Trois phases de conversion correspondent a` chaque fois

a` une de´ perdition, lors du passage de l’e´ nergie solaire

(photosynthe` se), de la consommation par les herbivores

puis du transfert des consommateurs primaires vers ceux dits

« secondaires » (carnivores) [8].

Il est utile alors de rappeler les grandes lois d’organisation et

d’e´ volution de la physique qui s’appliquent aux syste`mes biologi- ques et e´ cologiques pour comprendre l’analogie constante mainte- nue dans l’approche en e´ cologie industrielle et territoriale. Parmi ces grandes lois, celles de la thermodynamique, et tout spe´ ciale- ment le second principe, jouent un roˆ le central.

Le premier principe de la thermodynamique affirme la conserva-

tion de l’e´ nergie pour tous les syste`mes. L’accroissement de l’e´ ner-

par celui-ci. Le

second principe indique qu’un syste`me isole´ (sans aucun e´ change

d’e´ nergie et de matie` re avec le monde exte´ rieur au syste`me) e´ volue spontane´ment vers un e´ tat d’e´ quilibre qui correspond a` l’entropie maximale, c’est-a` -dire au plus grand de´ sordre. Sur la base de ces deux principes de la thermodynamique classique, nous pouvons

de´ crire la plupart des syste`mes.

Nota : en thermodynamique, l’entropie est la mesure du degre´ de de´ sordre d’un sys- te`me au niveau microscopique ou de variation d’une fonction d’e´ tat a` un niveau macro- scopique (mesure´ e en joule/kelvin).

L’e´ cologie industrielle et territoriale applique ces deux principes a`

l’e´ chelle de l’ensemble des e´ cosyste`mes naturels et artificiels, conside´ rant que la biosphe` re fonctionne comme un syste`me ferme´ qui voit la conservation de l’e´ nergie (aux rayonnements absorbe´ s moins les rayonnements e´mis apre` s) sur une e´ chelle de temps de longue dure´ e. Le principe de limite bioge´ ophysique glo- bale sert de postulat selon lequel toute activite´ humaine tend a` dis- siper un stock d’e´ nergie de dure´ e limite´ e (d’origine fossile) [9]. Le principe de limitation des ressources, admis dans la communaute´

gie au sein du syste`me

ve´ ge´ tale

en e´ nergie

est e´ gal a` l’e´ nergie rec¸ue

scientifique, ne tient pas seulement compte des quantite´ s disponi- bles (meˆme si certains minerais et matie` res fossiles constituent des stocks limite´ s) mais vise les perturbations observe´ es en termes de capacite´ d’absorption des pressions anthropiques et de restaura- tion des e´ quilibres des e´ cosyste`mes (re´ silience).

Nota : la re´ silience est la capacite´ d’un e´ cosyste`me, d’un habitat, d’une population ou d’une espe` ce a` se reconstituer, a` retrouver un fonctionnement et un de´ veloppement nor- mal apre` s avoir subi une perturbation importante.

Par ailleurs, toute activite´ des organismes vivants tend a` connaıˆ-

tre une dissipation e´ nerge´ tique qui les ame` ne a` se

terme. Le deuxie`me principe de la thermodynamique affirme la de´ gradation de l’e´ nergie : l’e´ nergie d’un syste`me passe ne´ cessaire- ment et spontane´ment de formes concentre´ es et potentielles a` des formes diffuses et cine´ tiques (frottement, chaleur, etc.). Il introduit ainsi la notion d’« irre´ versibilite´ » d’une transformation et la notion d’« entropie ». Il affirme que l’entropie d’un syste`me isole´ – laisse´ livre´ a` lui-meˆme donc – augmente.

de´ composer a`

`

A

l’e´ chelle des organisations vivantes, la croissance en organisa-

tion, la formation de structures et de fonctions complexes et diffe´ - rencie´ es pourraient constituer, dans l’hypothe` se de l’e´ cologie industrielle et territoriale, un processus susceptible de re´ duire

l’entropie thermodynamique, voire d’en inverser le sens

(ne´ guentropie). Les biologistes semblent s’entendre sur le fait que

le

the´ ore`me d’accroissement d’entropie s’applique a` l’ensemble de

la

biosphe` re et qu’aucun syste`me vivant ne peut eˆ tre assimile´ a` un

syste`me isole´, mais plutoˆt a` un syste`me ouvert, e´ changeant de

l’e´ nergie et de la matie` re avec le monde exte´ rieur. L’accroissement

d’entropie du syste`me complet serait parfaitement compatible avec

la diminution d’entropie au sein du syste`me vivant se formant lors

de la formation de structures organise´ es. Le concept de « ne´ guen- tropie » a e´ te´ introduit par le physicien autrichien Erwin Schro¨ din- ger (1944) pour expliquer la pre´ sence de l’« ordre » a` l’inte´ rieur des eˆ tres vivants, puis de´ veloppe´ avec les travaux de Claude Shannon

par le physicien franc¸ais Le´ on Brillouin [10]. Les auteurs de l’e´ colo- gie industrielle s’appuient sur ces the´ ories qui ont servi a` constituer l’approche syste´mique retrouve´ e en sciences de la communication, en biologie, en e´ cologie, et plus fondamentalement dans la the´ orie des syste`mes complexes.

Nota : la ne´ guentropie est le facteur d’organisation des syste`mes physiques, et e´ ven- tuellement sociaux et humains, qui s’oppose a` la tendance naturelle a` la de´ sorganisation :

l’entropie (ou de´ sordre d’un syste`me).

Les syste`mes industriels et territoriaux forment des ensembles plus ou moins complexes dont les entite´ s, organismes ou e´le´ments (usine de fabrication de paˆ te a` papier, site de production d’e´ nergie e´lectrique, station d’e´ puration, centrale thermique, etc.) coexistent dans un espace de´ fini. Par analogie, les e´ cologues industriels utili- sent parfois pour les de´ signer le terme de « bioce´ nose industrielle », au sens de « ensemble des eˆ tres vivants qui peuplent un e´ cosys- te`me donne´ ». Lorsque les e´ changes entre ces entite´ s cre´ ent une interde´ pendance forte entre elles, les e´ cologues industriels emploient le terme de « symbiose » (relation e´ cologique obliga- toire qu’entretiennent des organismes d’espe` ces diffe´ rentes vivant en contact direct les uns avec les autres). Autrement dit, au niveau du fonctionnement des syste`mes, le lexique des e´ cologues sert a`

de´ signer la nature et la force des relations et interactions e´ tablies

entre les organismes ou entite´s :

– relations de mutualisme (association be´ ne´ fique entre deux

espe` ces vivantes, facultative dans le cas d’une proto-coope´ ration,

ou obligatoire dans la symbiose) ;

– relation de concurrence (interaction indirecte, de type compe´ ti- tion pour une ressource insuffisante pour deux espe` ces occupant une meˆme niche e´ cologique) ;

– relation de commensalisme (association entre deux espe` ces

dont une seule tire profit sans pour autant nuire a` l’autre) ;

– relation de parasitisme (association e´ troite entre deux espe` ces

vivantes dont l’une de´ nomme´ e l’hoˆ te

ses de´ pens au plan trophique) ;

he´ berge la seconde qui vit a`

– relation de neutralisme (absence d’interaction concurrentielle

ou mutualiste entre deux espe` ces ; ni le be´ ne´ fice, ni le de´ triment

d’une espe` ce sur l’autre ne sont mesurables).

niveaux d’inte´ gration de relations

d’e´ changes que peuvent adopter les e´ cosyste`mes industriels, cor- respondent a` des niveaux de « maturation » selon notamment la the´ orie d’Allenby [7]. Les trois niveaux de maturation, dits de type I,

Comme de´ crits plus haut, les

II

et III caracte´ risent une e´ volution marque´ e par la formation de

re´

seaux d’interactions complexes jusqu’a` un stade dit « mature »

ou` les cycles d’e´ changes sont quasi complets et ferme´ s. C’est alors qu’un e´ tat dit d’« e´ quilibre instable » des syste`mes peut eˆ tre qualifie´ de « niveau climacique », a` l’image du climax des e´ cosys- te`mes naturels. Ce concept, e´ nonce´ par le ge´ obotaniste danois

Eugenius Warming [11], de´ signe l’e´ tat d’aboutissement d’une suc- cession e´ cologique d’organismes vivants, la formation la plus varie´ e et la plus apte a` se perpe´ tuer, a` rester stable.

Nota : le climax de´ signe

l’e´ tat final (the´ orique) d’une succession e´ cologique, l’e´ tat le

plus stable dans les conditions abiotiques existantes.

1.3 De´ finition des e´ chelles et pe´ rime` tres

Pour entreprendre une analyse en e´ cologie industrielle et territo- riale, force est de s’en tenir non seulement aux principes et concepts e´ nonce´ s dans les domaines de la physique et de l’e´ cologie, mais aussi a` ceux requis en ge´ ographie. L’un des crite` res essentiels dans

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COLOGIE INDUSTRIELLE : GESTION DES MATIE RES PREMIE RES SECONDAIRES DANS LE ME TABOLISME TERRITORIAL – ILLUSTRATIONS

la me´ thode est de de´ finir d’emble´ e l’e´ chelle d’analyse des flux et stocks « matie` res-e´ nergie » susceptibles de servir la mise en place de synergies. La pertinence de l’e´ chelle choisie peut eˆ tre relative aux zones d’activite´ s, mais aussi a` la taille, a` la densite´ et a` la spe´ ci- ficite´ d’acteurs e´ conomiques pre´ sents. L’inventaire des ressources et gisements disponibles, de l’ensemble des composantes d’un sys- te`me peut s’e´ tablir a` une e´ chelle nationale (politiques et program- mes d’un pays), a` l’e´ chelle d’une re´ gion (dans le cadre d’un plan de gestion de de´ chets), au niveau d’un bassin de vie et d’emploi, au niveau enfin d’un site industriel ou d’activite´ agro-forestie` re. Les tail- les des pe´ rime` tres varient en fonction de la finalite´ de l’e´ tude. Il est classique de distinguer trois grands niveaux d’analyse :

– macro-e´ cologique ;

– me´ so-e´ cologique ;

– micro-e´ cologique.

Pour le niveau dit « macro », ce peut eˆ tre a` l’e´ chelle d’un pays, d’une re´ gion ou d’un e´ tat (d’un La¨ nder en Allemagne), voire d’un continent. Pour le niveau « me´ so », ce peut eˆ tre a` l’e´ chelle d’un bassin d’activite´, d’une zone industrielle, d’une zone portuaire. Pour le niveau « micro », ce sera a` l’e´ chelle d’un site industriel, voire d’un atelier ou d’une chaıˆne de production. Selon Robert U. Ayres et Leslie Ayres [12], le de´ coupage peut

s’ope´ rer

– a` l’e´ chelle re´ gionale/globale : il s’agit d’ame´liorer l’efficacite´ mate´ rielle et e´ nerge´ tique dans l’ensemble de l’e´ conomie

selon les niveaux suivants :

(production et consommation). C’est la perspective globale de l’e´ cologie industrielle ; – a` l’e´ chelle interfirmes : cela concerne la symbiose industrielle (parcs e´ co-industriels), le cycle de vie des produits et toutes initiati- ves au niveau du secteur industriel ; – a` l’e´ chelle de la firme ou des unite´ s de production : il est ques- tion des chaıˆnes de proce´ de´ s de production et fabrication de pro- duits en inte´ grant une approche d’e´ coconception, de proce´ de´ s pro- pres et sobres, voire de meilleures technologies disponibles (MTD).

Pour repre´ senter les trois niveaux d’e´ chelle d’appre´ hension des e´ cosyste`mes industriels et territoriaux, selon une approche inte´ - gre´ e, nous recourons au cas d’une huilerie en Afrique.

Dans une approche « ascendante » ( bottom up ), il s’ave` re utile de conside´ rer un premier niveau, celui des fonctionnalite´ s des proce´ - de´ s (figure 3). C’est le niveau ide´ al sur le plan technique d’une de´marche d’e´ cologie industrielle car les flux vont rester inchange´ s (hors dissipation) d’un proce´ de´ a` l’autre. Mais, il est pratiquement inge´ rable de par la multiplicite´ technique et la structuration des acteurs socio-technico-e´ conomiques. Dans le sche´ma pre´ sente´, il est a` noter qu’un bouclage de flux est re´ alise´ a` ce niveau en utili- sant les coques de graines de coton pour alimenter une chaudie` re a` combustion.

Le deuxie`me niveau (figure 4 ) est celui des sites d’usines qui pre´ - sentent une unite´ manage´ riale et technique cohe´ rente. Les opportu-

une plus

nite´ s d’e´ changes de flux matie` res-e´ nergie ressortent avec grande clarte´ et lisibilite´.

1

Réception (pesage et stockage) Eau de Graines 51 504 t forage de coton Graines de
Réception
(pesage et stockage)
Eau de
Graines
51 504 t
forage
de coton
Graines
de coton
Stockage
coques de coton
179 882 m 3
44 611 t
Production
Coques de coton
Cendres
Nettoyage - Décorticage
21 750 t
160 t
Cendres
d’utilités
?
58 t
Graines
de coton
décortiquées
Linter
Eau chargée
Déchets
22
768 t
Vapeur
Turbine
solides
Hexane
Écailles
process
électrique
?
?
Préparation - Pressage
(Aplatissage - cuisson -
111m 3
Granulés
?
pressage - granulation)
Huile brute
Pellets
?
Extraction
?
Pelletisation
16
717 t
pression
(tourteaux)
?
Farines
Huile
brute
?
Pieds de presse
Filtration
7 807 t
extraction
111m 3
Ammoniaque
Gâteaux de filtration
Hexane
réutilisé
Acides
?
gras
Polyéthylène
HD / BD
Étiquettes, colle,
?
136 t
savon, carton
Solution
131 t
Raffinage
de soude
Huile de coton
(Neutralisation -
Huile
?
Conditionnement
5
700 t
décoration -
raffinée
raffinée
Eau
? désodorisation)
chaude
Eau usées
17,3 t
34,53 t
65,6 t
Eau chargée
Réservoirs de
Emballages
Emballages
Terre de
stockage
neufs
recyclés
décoloration
d’huile raffinée

´

Figure 3 – Repre´ sentation des e´ chelles d’e´ cosyste` mes industriels : niveau I (source : E cologie Industrielle Conseil (EIC) – Nioto (Togo) – 2005)

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E COLOGIE INDUSTRIELLE : GESTION DES MATIE RES PREMIE RES SECONDAIRES DANS LE ME TABOLISME TERRITORIAL – ILLUSTRATIONS

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`

´

ATMOSPHÈRE Pluie (dont 13 300 m 3 récupérables) Fumées Chaleur Hexane Graines coton (NordTogo, Burkina
ATMOSPHÈRE
Pluie
(dont 13 300 m 3
récupérables)
Fumées
Chaleur
Hexane
Graines coton
(NordTogo, Burkina Faso)
Amandes de karité
44
611 t
Coques de coton
9
148 t
18
323 t
(Lomé)
1
(Nord Togo, Ghana, Burkina Faso, Mali)
Farine de karité
Polyéthylène HD/BD
(Yougoslavie)
Soude
(Europe)
Hexane
(Europe via Côte d’lvoire)
Terres de décoloration
(Europe)
Lubrifiant
(Lomé)
Ammoniac
(Belgique via France)
Graisse
(Lomé)
8
349 t
136
t
(Lomé)
131
t
? Déchets de nettoyage
t
Déchets
(Lomé)
Sous-produits
Matière
111
m 3
solides
Linter
? t
(Lomé)
66 t
20
m 3
220 t
Gâteaux de filtration
(Non contrôlé)
8,1 t
Déchets de filtration
?
t
USINE NIOTO
3,7 t
(Non contrôlé)
Électricité
Togo Électricité (TE)
4 259 600
kWh
Oxygène
3
392
m
Stocks
(Lomé)
Énergie
Bâches
Acétylène
Eaux usées
3
107
m
Bâtiments (78 000 m 3 )
Véhicules
? m 3
(Lomé)
(Lomé)
Gazole
Effluents
140
m 3
Arbres
(Lomé)
13 998 m 3
Eau pompée
179 882
Eau salée (osmose)
(Lomé)
3
(Lomé)
m
Eau
Eau
Togolaise des Eaux (TdE)
2625m 3
Autres territoires
Autres territoires
Beurre
Huile
Pellets
Cendres
Acides
de karité
de coton
gras
Afrique
Europe
Togo
de l’Ouest
MARCHÉ
7
386 t
63 000 m 3
7
350 t
7 m 3
16
717 t
7
160 t
111m 3
? t

´

Figure 4 – Repre´ sentation des e´ chelles d’e´ cosyste` mes industriels : niveau II (source : E cologie Industrielle Conseil (EIC) – Nioto (Togo) – 2005)

Le troisie`me niveau (figure 5 ) est celui de la re´ gion ou du terri- toire, niveau ou` s’expriment le mieux les pouvoirs politiques et les acteurs socio-e´ conomiques. La diversite´ des initiatives des territoires et des variations d’e´ chelles d’applications en e´ cologie industrielle rend la taˆ che encore difficile a` ce jour de de´ finir l’e´ chelle pertinente. Sabrina Brullot [13] a toutefois recense´ une quinzaine de projets de fac¸on a` les ordonner dans un tableau exposant a` la fois les niveaux d’e´ chelles et les initiateurs de de´marches relevant de l’e´ cologie industrielle (tableau 1).

2. Bilan et cartographie des flux matie` res-e´ nergie

1 ). 2. Bilan et cartographie des flux matie` res-e´ nergie Cette phase spe´ cifiquement analytique

Cette phase spe´ cifiquement analytique et descriptive consiste a` appliquer le principe d’un bilan des flux et stocks de matie` res et d’e´ nergies transitant par le syste`me conside´ re´.

Les spe´ cialistes invoqueront le terme de « me´ tabolisme indus- triel » en re´ fe´ rence a` la terminologie des e´ cologues, et recourent a` ce qu’il est commune´ment admis d’appeler une analyse des flux matie` res e´ nergie (AFME).

La finalite´ vise´ e est de comprendre la dynamique du fonctionne- ment du syste`me, depuis l’origine des ressources mate´ rielles (matie` res premie` res), de leur extraction a` leur transformation en produits finis, jusqu’a` leur retour et dissipation dans les processus bioge´ ochimiques ou les milieux re´ cepteurs.

processus bioge´ ochimiques ou les milieux re´ cepteurs. Le bilan dit « AFME » s’e´ tablit

Le bilan dit « AFME » s’e´ tablit en cinq e´ tapes majeures :

– conduire

inventorier les acteurs du territoire dans le pe´ rime` tre pre´ de´ fini ;

une se´ rie d’entretiens individualise´ s avec les repre´ -

se´ rie d’entretiens individualise´ s avec les repre´ - Une fois de´ finis les niveaux d’e´

Une fois de´ finis les niveaux d’e´ chelle d’application de la de´mar- che d’e´ cologie industrielle et territoriale, la seconde e´ tape consiste a` e´ tablir un bilan et une cartographie des flux de matie` res et d’e´ ner- gies. L’e´ tude dite du « me´ tabolisme industriel » constitue une e´ tape de´ cisive. En effet, l’inventaire de´ taille´ de l’ensemble des composan- tes biophysiques du syste`me industriel permet de dresser la « carto- graphie des flux physiques ».

sentants des activite´ s du territoire (sur site industriel, aupre` s des

s du territoire (sur site industriel, aupre` s des collectivite´ s locales) ; – dresser la

collectivite´ s locales) ; – dresser la liste des rubriques de matie` res et de ressources e´ ner- ge´ tiques potentielles ; – identifier les usages des ressources mate´ rielles et e´ nerge´ tiques ; – e´ tablir la synthe` se des flux et stocks des activite´ s.

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Janvier 2004

Référence Internet

G2300

Approche socio-économique des déchets

par Gérard BERTOLINI

1

Économiste Directeur de recherche au CNRS, laboratoire d’analyse des systèmes de santé (LASS), université de Lyon-I

1.

Le déchet : définition, fondements économiques et logiques en œuvre

G 2 300 - 2

2.

Ordures ménagères

— 3

2.1

Tendances d’évolution

— 4

2.2

Modes de traitement

— 5

2.3

Incinération des ordures ménagères : situation mondiale et analyse

— 5

2.3.1 L’incinération est-elle le fait des pays riches ?

— 5

2.3.2 L’incinération est-elle le fait des pays densément peuplés ?

— 7

2.3.3 L’incinération avec récupération d’énergie est-elle le fait des pays pauvres en ressources énergétiques ?

7

2.3.4 Avantages et inconvénients de l’incinération

— 7

2.4

Les « bons choix »

— 8

3.

Récupération de matériaux

9

3.1

Ordures ménagères : voies de valorisation matière

9

3.2

Collectes sélectives auprès des ménages

9

3.3

Commerce extérieur européen de matériaux et produits de récupération

11

4.

Aspects sociologiques

11

4.1

Le Nimby

12

4.2

Collectes sélectives : aspects sociologiques

13

4.3

Aspects sociaux, à travers l’emploi

13

5.

Coûts de collecte et de traitement

14

5.1

Ordures ménagères : coûts et emplois

14

5.2

Déchets industriels

15

6.

Marchés et opérateurs

15

6.1

Grands groupes

15

6.2

Ordures ménagères

16

6.3

Élimination et récupération

16

6.4

Déchets industriels spéciaux ou dangereux

17

7.

Financement et régulation

17

7.1

Financements relatifs aux ordures ménagères

17

7.2

Jusqu’où dépolluer et rendre les normes plus sévères

18

7.3

Instruments de régulation

18

Pour en savoir plus

Doc. G 2 300

E n premier lieu, la définition du déchet est elle-même problématique et

source de controverses ; actuellement, le point de vue réglementaire ne corres-

pond pas à l’acception économique (valeur négative).

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19

G 2 300 1

1

Référence Internet

G2300

APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES DÉCHETS

Les ordures ménagères constituent un gisement en croissance. Parmi les modes de traitement, la mise en décharge est de moins en moins acceptée. L’incinération aussi est contestée et la récupération connaît diverses limites ou contraintes. Les déchets industriels sont également considérés. Le déchet renvoie à un ensemble complet (un système complexe) de valeurs socioculturelles. Son devenir s’accompagne de réactions négatives, notam- ment à travers le Nimby (refus des populations d’accueillir dans leur voisinage

de nouvelles installations de traitement) ou positives, en particulier à travers des collectes sélectives à des fins de valorisation. L’amélioration des modes de traitement se traduit par un alourdissement sensible des coûts (elle est cependant créatrice d’emplois), conduisant à rechercher de nouveaux modes de financement. Quant au débat sur la privatisation, il se double d’un débat sur la concentration d’entreprises, avec des groupes devenus multinationaux. Les marchés présentent des caractéristiques oligopolistiques, voire monopolis- tiques. Une meilleure gestion appelle le développement d’instruments de régula- tion ; les conditions de leur efficacité sont examinées.

1. Le déchet : définition, fondements économiques et logiques en œuvre

Le déchet est une marchandise à part. Au plan juridique, la loi-cadre française du 15 juillet 1975 et la directive européenne adop- tée le même jour le définissent par référence à l’abandon : « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’uti- lisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’aban- don ».

Les règles applicables sont différentes suivant :

— qu’il est considéré comme dangereux ou non ;

— qu’il est destiné à être valorisé ou éliminé. Dans ce second

cas, le principe de proximité et d’autosuffisance prévaut, contrairement au principe de liberté des échanges commerciaux ; le déchet doit alors être traité autant que possible près de son lieu

de production ;

— que les transferts font intervenir ou non des États membres

de la Communauté européenne ou de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), suite à la convention de Bâle sur les mouvements transfrontières de déchets du 22 mars 1989 : listes verte, orange et rouge de l’OCDE fixant,

suivant les catégories de déchets, les règles applicables aux échanges.

Les conditions dans lesquelles un déchet peut devenir un non-déchet, une marchandise, sont encore floues. La jurispru- dence, tant française qu’européenne (arrêts Moline de 1983, Bou- hours de 1986, Lorban de 1991, arrêts de la Cour de justice des communautés européennes dans les affaires Vessosso et Zanetti en 1990, etc.), a souligné jusqu’alors que les objets ou substances en question, même réemployables ou recyclables, même destinés à être valorisés et même s’ils ont une valeur économique, mar- chande, restent des déchets [1]. De plus, le concept de recyclage est mal défini, tant au plan juridique qu’au plan économique.

Il convient de souligner l’ambivalence du résidu : rebut ou ressource ? Selon la sagesse populaire, « le déchet des uns fait la

fortune des autres ». Le statut de déchet et son devenir dépendent de nombreux facteurs : circonstances, lieu, état de l’économie et de la technologie, contexte social, réglementaire, etc. De même, la notion de déchet ultime introduite par la loi française du 13 juillet 1992 renvoie aux conditions techniques et économiques du moment.

Alors que la réglementation européenne est marquée par la volonté d’assurer un contrôle aussi étendu que possible, une alter- native raisonnable ne consiste pas, en contrepoint, à prôner le libre-échange des déchets, mais à revoir les conditions pour qu’il perde ce statut. Le ministère de l’Environnement a publié en mars 1997 un guide méthodologique proposant des critères de nature à garantir le non-abandon. Il convient également que la nouvelle uti- lisation respecte un haut niveau de protection de l’environnement et de la santé.

D’un point de vue économique, un bien (ou une substance) n’est pas un déchet s’il a soit une valeur d’usage (une utilité) pour son détenteur, soit une valeur d’échange reconnue, correspondant à une valeur d’usage pour son destinataire final.

Pour qu’il ne s’agisse pas d’un déchet, la valeur d’échange doit être positive. En d’autres termes, entre les deux parties, le flux phy- sique de marchandise et le flux monétaire en contrepartie vont en sens inverse, tandis que pour des déchets, ils vont dans le même sens (figure 1).

Dans ce second cas, le paiement par le détenteur correspond à une prestation de service assurée par le receveur. L’offreur de déchet devient demandeur de service. S’agissant des ordures ménagères, ce service est assuré par les collectivités locales ; il cor- respond à un service public, financé surtout par des impôts locaux. Hors service public (ou sous couvert de service public, lorsque les opérations sont confiées à des prestataires privés), le prix à payer résulte du jeu de l’offre et de la demande. Cependant, vis-à-vis de mécanismes concurrentiels, les marchés des différents déchets pré- sentent des caractéristiques monopolistiques, pour des raisons réglementaires ainsi qu’économiques : libre-entrée limitée, prix du « ticket d’entrée » élevé, effets de seuil, économies d’échelle, etc.

L’offre de service peut elle-même n’être qu’une offre intermé- diaire, dans le cadre d’une chaîne ou cascade d’opérateurs succes- sifs de filières d’élimination ou de valorisation. Dans ce dernier cas, la chaîne de qualité s’accompagne d’une chaîne de valeur.

G 2 300 2

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20

Référence Internet

G2300

APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES DÉCHETS

Détenteur Receveur a marchandise, non-déchet Détenteur Receveur b déchet flux physique flux monétaire
Détenteur
Receveur
a marchandise, non-déchet
Détenteur
Receveur
b
déchet
flux physique
flux monétaire

Figure 1 – Flux physique et flux monétaire des échanges

Au plan microéconomique, la figure 2 illustre le profil théorique de trois types d’entreprises :

— entreprise classique de production ;

— entreprise spécialisée d’élimination ;

— entreprise de recyclage.

D’une façon générale, les activités de récupération se traduisent en premier lieu par un écrémage des gisements les plus intéres- sants. Lorsque l’on vise une mobilisation plus poussée des gise- ments, les coûts de collecte et de préparation, à la tonne, tendent à croître, parce qu’il s’agit de fractions plus dispersées et plus hétérogènes ; en d’autres termes, le coût marginal de récupération est croissant. Cependant, ce qui n’est pas récupéré doit être éliminé ; il en résulte un coût. L’élimination fournit ainsi à la récu- pération un autre référentiel et la possibilité d’une rémunération sur une double base : la vente des produits récupérés et une rému- nération correspondant à une prestation de service, ou coût évité par rapport à une solution d’élimination. De plus, la tendance à l’accroissement des coûts d’élimination joue en faveur de la récu- pération. La figure 3 en fournit une illustration, pour des mâchefers d’incinération (donc des sous-produits de traitement primaire).

Le recyclage permet en outre d’atteindre simultanément deux objectifs : réduire à la fois les quantités à éliminer et les prélève- ments de ressources naturelles. Aux aspects monétaires s’ajoutent des aspects environnemen- taux et sociaux. À l’avenir, ces derniers seront de plus en plus inté- grés dans les coûts économiques (tendance à l’internalisation des coûts externes, selon le langage des économistes). Un autre débat concerne la hiérarchie éventuelle entre :

— réutilisation pour le même usage ;

— réemploi (pour un autre usage) ;

— recyclage en boucle (pour le même type d’application) ou en cascade (pour un autre type d’application) ;

— valorisation énergétique.

Dans une optique de développement durable (voir le système déchets [G 2 000]) et pour limiter l’entropie du système matière (et énergie), le réemploi permet de conserver, au moins pour partie, la forme initiale, et il est préférable de valoriser les matériaux sur la base de leurs propriétés spécifiques (valorisation de la matière), plutôt que sur la base de propriétés communes telles que la capa- cité calorifique ou le pouvoir fermentescible. De plus, réutilisation et recyclage en boucle renforcent l’autonomie des sous-systèmes productifs.

2. Ordures ménagères

L’appellation « ordures ménagères » regroupe plusieurs caté- gories de déchets (en gras dans le tableau 1). Elles sont composées de (% en masse) :

p Input Output à classique prix positif q 0 1 Input gratuit Output à valeur
p
Input
Output à
classique
prix positif
q
0
1
Input gratuit
Output à valeur négative
a
entreprise classique
p
Input
classique
Input gratuit
q
0
Input traité
moyennant
paiement
(pour le service)
Output
à valeur
négative
Output sans valeur
et ne nécessitant
pas un paiement
(neutralisé)
b
entreprise spécialisée d'élimination
p
Input
Output à
classique
valeur positive
Input gratuit
q
0
Input moyennant
paiement pour
le service (comme
pour l'élimination)
Output à valeur négative
(nécessitant un paiement)
c
entreprise de recyclage
p
prix
q
quantités
Les intrants physiques (input) sont comptés négativement, les extrants (output)
positivement.
Le bilan matière complet, pour chaque entreprise, inclut des intrants ou/et des
extrants à prix nul (cas des biens libres, comme l'air, en l'absence de rareté). Il
doit être équilibré, donc Σq i = 0
i
En termes monétaires, les figures s'appuient, pour des raisons pédagogiques,
sur une hypothèse de profit nul. Dès lors, pour chaque entreprise : Σ (p i x q i ) = 0
i

Figure 2 – Profils théoriques d’entreprises

— matières putrescibles

— papiers, cartons

— verre

— plastiques

— métaux

— textiles

— « fines »

— divers

30 % ; 25 % ; 10 % ; 9 % ; 5 % ; 3 % ; 10 % ; 8 %.

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G 2 300 3

21

1

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G2300

APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES DÉCHETS Coûts ( /t) Coût de mise en CET 2 60 Différentiel
APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES DÉCHETS
Coûts
(
/t)
Coût de mise en CET 2
60
Différentiel de coût
45
en faveur de la
valorisation
30
Coût de préparation
des mâchefers
pour leur valorisation
15
0
Années
1980
1990
2000
CET 2 : centre d'enfouissement technique de classe 2
Les coûts représentent l'équivalent en euros par tonne
des coûts en francs par tonne.

Figure 3 – Économie associée à la valorisation des mâchefers

(0)

Tableau 1 – D é chets par cat é gories en 2000 (d’après l’Ademe et
Tableau 1 – D é chets par cat é gories en 2000 (d’après l’Ademe et

Tableau 1 Déchets par catégories en 2000 (d’après l’Ademe et l’IFEN)

Déchets des ménages :

Déchets collectifs (collectivités) :

déchets despaces verts

déchets de voirie et marchés

boues de stations d’épuration

Déchets dactivités de soins à risques

puration D é chets d ’ activit é s de soins à risques D é chets

Déchets inertes :

Total ordures ménagères

y compris encombrants

3 Mt

0,5 Mt

10 Mt

0,15 Mt

28,5 Mt soit environ 430 kg/(habitant · an)

33,5 Mt

déchets ordinaires

20 Mt

encombrants dorigine domestique

5 Mt

boues de lassainissement individuel

10

Mt

Déchets industriels :

banals (DIB)

105

Mt

dont collectés avec les OM

5

Mt

spéciaux (DIS)

10

Mt

des mines et carrières

100

Mt

de construction et de démolition

24

Mt

Déchets agricoles

400

Mt

Les emballages représentent un tiers en masse (et la moitié en volume) des ordures ménagères (OM) présentées à la collecte.

Le pouvoir calorique inférieur (PCI) est denviron 1 800 kcal/kg, soit 7 536 kJ/kg (variable suivant les collectivités et la saison).

2.1 Tendances d’évolution

Il est possible de dégager les tendances passées et de prévoir les tendances futures de l’évolution de la production des OM en général, et de certains types de déchets en particulier (emballages, résidus organiques, produits électroniques, « encombrants », etc.).

Par le passé, on constate une forte augmentation de la produc- tion dOM par habitant et par an : quasi-doublement de 1960 à 2000 et en particulier :

fort accroissement de la part des emballages (quadruplement

du tonnage de 1960 à 2000), dabord du verre (en raison de la régression de la consigne), puis surtout des plastiques (leur part

était très faible en 1960), et accroissement encore plus marqué en volume ;

pour les matières putrescibles, sans doute un accroissement

en valeur absolue, mais une diminution en part relative dans la composition des OM ;

fort accroissement des « encombrants » dorigine domes- tique.

Pour le futur, la prospective prévoit un accroissement de la pro- duction de déchets (dores et déjà, la production dun Américain moyen est près du double de celle dun Français), en particulier :

accroissement de la production de déchets de produits de santé, en raison du vieillissement de la population ;

accroissement du nombre dunités demballages, notamment

en raison de la réduction de la taille des foyers ;

diminution des résidus organiques de préparation des repas,

mais accroissement des déchets verts (tontes, etc.), en raison du développement de la rurbanisation ;

accroissement des résidus de produits dentretien et de

bricolage (en raison dun accroissement du temps libre) ;

accroissement du gisement de produits électriques et électro- niques en fin de vie ;

développement des collectes sélectives, à des fins de valori-

sation ou de dépollution du gisement à traiter ; développement et accroissement du nombre de filières dédiées ;

multiplication des déchetteries (500 en 1992, 2 500 en 2000,

5 000 attendues en 2005) et des quantités collectées par cette voie.

Dautres tendances (pour tous types de déchets) sont à prévoir :

sensibilité croissante à la protection de lenvironnement et

exigences croissantes en matière de santé publique ; demande de

transparence et renforcement des attentes en matière de garanties écologiques ;

approches plus globales (écoproduits ), systémiques ; déve- loppement doutils globaux d’évaluation ;

responsabilité élargie de ceux qui mettent les produits sur le

marché ;

intérêt croissant accordé à la prévention (qualitative et quan- titative) ; écoconception ;

coûts d’élimination croissants, ce qui joue en faveur, sinon de

’é limination croissants, ce qui joue en faveur, sinon de la pr é vention, de la
’é limination croissants, ce qui joue en faveur, sinon de la pr é vention, de la
’é limination croissants, ce qui joue en faveur, sinon de la pr é vention, de la

la prévention, de la récupération et du recyclage (logique du coût

concentration industrielle croissante du secteur des déchets

évité ) ;

meilleure gestion des déchets diffus ;

—

et internationalisation accrue (en particulier, rôle des groupes fran- çais du déchet – § 6.1 , aux profils diversifiés, permettant une offre globale ) ;

poursuite du débat déchet/non-déchet (coproduit, sous-pro- duit, matière première secondaire ).

En ce qui concerne les coûts et leur nancement, un alourdis- sement est à envisager. Pour leur nancement, il y a passage

Janvier 2007

Référence Internet

G2150

Évaluation environnementale de l’utilisation de déchets en TP

par Gwénaëlle BRÖNS-LAOT

et

Docteur « Sciences etTechniques du Déchet » Ingénieur de recherche INSAVALOR division POLDEN

Emmanuel VERNUS

Docteur « Sciences etTechniques du Déchet » Chef de projet INSAVALOR division POLDEN

Jacques MÉHU

Directeur INSAVALOR division POLDEN Professeur à l’INSA de Lyon

1

1.

Retour d’expérience

G 2 150 — 2

2

3

3

1.1

Quels déchets ?

1.2

Quelles utilisations ?

1.3

Dans quelles conditions ? (Selon quels cahiers des charges ?)

— —

2.

Méthode d’évaluation

4

2.1

La norme NF EN 12920

4

2.2

Méthode d’évaluation environnementale proposée

4

2.2.1 Question, résultats attendus

4

2.2.2 Admissibilité du déchet, et descriptions du matériau alternatif et du matériau routier

5

2.2.3 L’ouvrage routier envisagé

5

2.2.4 Caractérisation environnementale des matériaux routiers au laboratoire

6

2.2.5 Modélisation du comportement à la lixiviation

6

2.2.6 Validation du modèle comportemental

7

2.2.7 Conclusion

7

3.

Cas d’application

8

3.1

Mise en œuvre de la méthode d’évaluation

8

3.1.1 Question, résultats attendus

8

3.1.2 Description du déchet, du matériau alternatif et du matériau routier

— 8

3.1.3 L’ouvrage routier envisagé

9

3.1.4 Caractérisation au laboratoire

9

3.1.5 Résultats préliminaires

9

3.1.6 Étude à l’échelle lysimétrique

9

3.1.7 Étude à l’échelle terrain

10

3.2

Synthèse des résultats

11

3.2.1 Aspects physico-chimiques

11

3.2.2 Évaluations écotoxicologiques

13

3.2.3 Conclusion

13

4.

Synthèse générale

14

Pour en savoir plus

Doc. G 2 150

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite. © EditionsT.I.

23

G 2 150 1

Référence Internet

G2150

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE DE L’UTILISATION DE DÉCHETS EN TP

E n France, le Génie civil utilise, depuis de nombreuses années, des millions de tonnes de résidus industriels (cendres volantes de charbon, laitiers de

) qui font l’objet

de normes d’usages, mais en dehors de toute réglementation environnemen- tale. Seules les utilisations de trois types de déchets sont couvertes par des tex- tes réglementaires (ou assimilés) : les sables de fonderie (Arrêté du 16 juillet 1991), les mâchefers d’incinération d’ordures ménagères (Circulaire du 9 mai 1994) et les cendres de charbon (Circulaire du 11 octobre 1996). Dans les deux 1 premiers cas, la réglementation se base sur l’utilisation de l’essai de lixiviation NF X 31-210 (essai de conformité français utilisé pour l’acceptabilité des déchets en décharge avant d’être remplacé par l’essai européen EN 12457).

Le durcissement des réglementations environnementales dans le domaine de la mise en décharge et des stockages internes, ainsi que les incitations réglementaires à la valorisation des déchets, a généré dans les dix dernières années un flux considérable de nouveaux « candidats » à l’utilisation en TP (lai- tiers et scories métallurgiques, cendres volantes d’UIOM traitées L’utilisation généralisée et dispersée de ces résidus n’est pas acceptable sans l’établissement de cahiers des charges environnementaux précis et exigeants pour les nouveaux déchets proposés, aussi bien que pour les résidus utilisés tra- ditionnellement. Le développement de la norme NF EN 12920 du CEN TC 292 fournit un cadre méthodologique incontournable à l’évaluation environnemen- tale qui en découle. Ce dossier a pour objectifs de dresser un premier bilan méthodologique de l’évaluation environnementale de l’utilisation de déchets en travaux publics (TP) et de décrire une méthode permettant d’évaluer si un déchet peut être utilisé en technique routière sur la base d’un certain nombre de critères de qualité environ- nementale des milieux. Cette méthode est dans un premier temps décrite, puis illustrée par un cas type d’application.

hauts fourneaux, schistes houillers, matériaux de démolition

1. Retour d’expérience

Les travaux publics (TP) sont des très grands consommateurs de matériaux. Le réseau routier français s’étire sur près de 750 000 km et l’on estime que, pour 1 km de route d’une largeur de 6 m, de l’ordre de 18 à 20 000 t de matériaux sont nécessaires.

En France, l’extraction des graviers dans le lit même des cours d’eau a souvent provoqué des modifications quasi irrémédiables des écosystèmes fluviaux. Aujourd’hui, ce mode d’extraction s’est raréfié mais les carrières et les gravières des plaines alluviales se sont largement étendues selon les besoins des chantiers envi- ronnants.

Or, l’occupation de terrains fertiles, la défiguration du paysage, les difficultés de réhabilitation des sites sont de plus en plus au cœur des préoccupations des pouvoirs publics et des collectivités. La valorisation des déchets enTP pourrait ainsi contribuer à diminuer le nombre de carrières et de gravières, à préserver les ressources naturelles du pays, tout en préservant les paysages et les éco- systèmes, sous réserve que ces déchets soient traités de manière à limiter leur potentiel polluant à un débit de fuite écocompatible, y compris à long terme.

1.1 Quels déchets ?

Les matériaux/déchets sont choisis en fonction de leur aptitude à être utilisés selon l’un des trois usages suivants :

— comme granulat utilisé seul ou avec un liant. Cela représente,

et de loin, les tonnages les plus importants. Les matériaux sont choi-

sis essentiellement en fonction de leurs propriétés mécaniques et géotechniques ;

— comme liant hydraulique (ou plus rarement hydrocarboné) à

action rapide (de type ciment), ou plus généralement à action lente (caractère pouzzolanique) ;

— comme primaire de fabrication intégré directement aux autres constituants lors de l’élaboration de matériau.

Les principaux déchets utilisables enTP sont de trois origines :

les déchets issus des TP : ce sont principalement les excédents

de déblais et les fraisats d’enrobés (résidus bitumineux issus de la réfection de chaussées). Ces déchets constituent le plus gros gise-

ment de matières premières secondaires puisque 20 Mt sont recy- clées annuellement au niveau national. Le taux de recyclage de ces matériaux continue de progresser ;

les déchets de production industrielle : il en existe une grande

variété déjà utilisés dans la route, tels que les cendres volantes de charbon, les laitiers cristallisés de hauts fourneaux, les sables de

La plupart d’entre eux sont utilisés pour

leurs propriétés géotechniques (propriétés mécaniques des sols en relation directe avec la construction d’ouvrages), lorsque le gise- ment disponible est suffisant et que leur utilisation présente un inté- rêt financier par rapport à l’emploi de matériaux traditionnels ;

les déchets entrant dans la composition de matériaux inno-

fonderie, les mâchefers

vants, tels les pneus dont le broyage permet, notamment, la réalisation de sols amortissant, de sols sportifs et d’enrobés routiers.

G 2 150 2

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24

Référence Internet

G2150

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE DE L’UTILISATION DE DÉCHETS EN TP

ENVIRONNEMENTALE DE L’UTILISATION DE DÉCHETS EN TP Figure 1 – Coupe d’une route et exemples de

Figure 1 – Coupe d’une route et exemples de déchets utilisables pour les différentes couches

1.2 Quelles utilisations ?

Une route est un ouvrage multicouche, dans lequel chaque cou- che a une fonction spécifique qui répond à des exigences mécaniques liées aux sollicitations extérieures supportées et au ter- rain naturel dans lequel elle est implantée. Les critères de compor- tement mécanique exigés sont directement reliés à sa fonction dans l’ouvrage. Les déchets peuvent être utilisés en tant que matériaux alternatifs dans les différentes couches, selon leurs caractéristiques géotechniques (figure 1).

1.3 Dans quelles conditions ? (Selon quels cahiers des charges ?)

D’une manière générale, le comportement des déchets et des matériaux susceptibles d’être placés dans des conditions de lixivia- tion à l’eau relève de deux approches normatives et réglementaires complémentaires, dénommées dans la directive 1999/31/CE relative à la mise en décharge : « Essais de conformité » et « Caractérisation de base ».

L’essai de conformité consiste en une mesure d’une fraction lixi-

viable dans des conditions arbitraires de contact solide/liquide, sans objectif ni de simuler une situation réelle, ni de comprendre les paramètres du comportement, ni a fortiori de prévoir le comporte- ment à long terme des déchets dans un scénario donné de contact avec l’environnement. Les résultats de ces essais sont destinés à être comparés à des valeurs limites réglementaires. Cette approche « douanière » est celle des tests réglementaires (test AFNOR X 31- 210 aujourd’hui remplacé par l’essai européen EN 12457-2 (X 30-

402-2), X31-211 pour les monolithes

utilisés pour l’admission en

décharge des déchets dangereux et la valorisation en travaux publics des mâchefers d’incinération d’ordures ménagères (circu- laire du 9 mai 1994).

La « caractérisation de base du comportement à la lixiviation »

fait l’objet de la norme européenne EN 12920 du CEN/TC292 WG6

)

sur le comportement à long terme des déchets et des matériaux. Dans cette approche, on cherche à caractériser les paramètres du comportement dans des conditions spécifiques de mise en œuvre.

Pour les applications relatives à la technique routière, dans la pre- mière approche, il s’agit uniquement de vérifier la conformité du déchet aux seuils réglementaires, en vue d’une valorisation en tech- nique routière. En l’occurrence, les seules valeurs réglementaires existantes sont celles définies par la circulaire du 9 mai 1994, rela- tive aux conditions d’utilisation des mâchefers d’incinération d’ordures ménagères.

Cette circulaire classe les mâchefers en trois catégories selon leur taux d’imbrûlés, leur fraction soluble et leur potentiel polluant :

— V comme valorisable : le mâchefer peut être valorisé dans les

conditions imposées par la circulaire du 9 mai 1994 mentionnées ci- après ;

— M comme maturable : le mâchefer doit subir une période de

maturation d’au moins trois mois pour réduire son potentiel polluant ;

— S comme stockable : le mâchefer doit être stocké en décharge pour déchets non dangereux et ne peut être valorisé.

Cette circulaire stipule qu’un mâchefer classé V peut être utilisé en technique routière avec quelques restrictions mineures (en dehors des zones inondables et des périmètres de protection rapprochés des captages d’eau, à une distance minimale de 30 m de tout cours d’eau

Pour le classement dans l’une de ces trois catégories, la cir- culaire se base sur les résultats du test de conformité NF X 31-210 aujourd’hui remplacé par l’essai européen EN 12457-2 (X 30-402-2).

En l’absence de réglementation relative à l’utilisation des autres déchets en travaux publics, l’application de cet essai de conformité s’est vite généralisée. Il a ainsi été maintes fois utilisé à tort pour répondre à d’autres objectifs (au-delà de la stricte vérification de la conformité à des seuils pour laquelle il a été développé), notam- ment pour l’étude du comportement environnemental, ou pour répondre à la compatibilité de la valorisation avec la protection de l’environnement.

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G 2 150 3

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1

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ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE DE L’UTILISATION DE DÉCHETS EN TP

À ce choix inadapté de moyens mis en œuvre, s’ajoutent souvent des difficultés lors du suivi des chaussées expérimentales (au niveau de l’instrumentation, du choix des éléments à analyser, de l’absence de bilan hydrique, etc.), ainsi que des difficultés d’inter- prétation des données ce qui conduit globalement à des difficultés pour conclure en réponse à l’objectif initial.

Ce dossier a donc pour objectif de décrire une démarche globale pour caractériser le comportement à la lixiviation d’un déchet (ou matériau à base de déchet) et évaluer le comportement, à long 1 terme, dans un scénario de technique routière, l’objectif final de la mise en œuvre de cette méthode étant de conclure quant à l’accep- tabilité environnementale des déchets dans le scénario considéré.

2. Méthode d’évaluation

2.1 La norme NF EN 12920

— les essais mis en œuvre pas forcément justifiés au regard des

facteurs d’influence identifiés ;

— la mise en œuvre de l’étape de modélisation n’aboutissant pas

toujours à un modèle comportemental pertinent vis-à-vis des don- nées et des facteurs d’influence, ni exploitable ;

— des essais de validation très souvent mis en œuvre mais leur

interprétation ne permettant pas toujours d’atteindre les objectifs

visés, à savoir valider le modèle comportemental.

Au regard de ces différents points, des recommandations ont été émises, comme par exemple :

• la redéfinition de l’étape de description du scénario en différen- ciant la description de l’application visée de la description d’un modèle conceptuel qui constituerait une simplification et une sché- matisation de cette application ; • la mise en œuvre de deux niveaux de validation du modèle com- portemental, le premier niveau validant le modèle à l’échelle du modèle conceptuel et le second validant le modèle à l’échelle de l’application choisie.

La norme NF EN 12920 définit une méthodologie pour la détermination du comportement à la lixiviation d’un déchet/ matériau dans des conditions spécifiées.

Si le déchet subit un traitement ou participe à la formulation d’un matériau avant utilisation dans le scénario visé, l’évaluation du comportement doit porter sur le déchet traité.

Cette norme définit une méthodologie itérative, décomposée en plusieurs étapes, qui vise à garantir la prise en compte des proprié- tés intrinsèques du déchet et des conditions spécifiques liées au scé- nario pour la détermination du comportement à long terme. Les facteurs prépondérants du scénario considéré font l’objet de la mise en œuvre de tests, dits paramétriques, visant à évaluer leur effet spécifique sur le relargage des polluants.

Des tests de simulation (ou multiparamétriques) sont également utilisés à l’échelle du pilote de laboratoire, voire du pilote instru- menté en hall d’essai ou en chantier expérimental, et une modélisa- tion du comportement est proposée. Sur cette base, une prédiction du relargage peut être établie à une échelle de temps fixée pour cha- que scénario (souvent de l’ordre de quelques dizaines d’années).

L’utilité de cette norme est une évidence au vu des nombreuses

situations au sein desquelles des déchets (ou autres sources de pol- luants) sont exposés à la lixiviation en contact avec le milieu naturel. Par ailleurs, un retour d’expérience de l’application de cette norme (principalement en France), sur les cinq dernières années (voir étude Bilenv-ADEME, 2005 et Bröns-Laot et al., 2006), a montré que la méthodologie décrite a permis, dans la plupart des cas, d’aboutir à une décision positive concernant l’utilisation future d’un déchet dans une application spécifique, mais aussi d’aboutir à d’autres types de résultats tels que la définition de valeurs seuils pour des applications spécifiques (cas des valeurs seuils pour l’acceptabilité des déchets en décharge dans l’annexe II de la directive

« Décharge », par exemple).

2.2 Méthode d’évaluation environnementale proposée

La démarche d’évaluation de l’utilisation de déchets en techni- ques routières présentée ci-dessous est le fruit de l’expérience acquise par les auteurs, dans le cadre de travaux de recherche & développement mis en œuvre en France ces dix dernières années. Cette expérience concerne le plus souvent des résidus de procédés thermiques en scénarios de travaux publics selon la démarche de la norme NF EN 12920 dans le cadre de programmes impliquant (voire à la demande de) l’ADEME ou des industriels du secteur, produc- teurs et opérateurs du TP. Elle vise à donner un cadre méthodologi- que permettant de soutenir la valorisation des déchets dans le respect de la qualité environnementale des milieux environnants.

D’une manière générale, la démarche proposée pour l’évaluation environnementale, basée sur la méthodologie définie dans la norme NF EN 12920, fait appel à deux échelles d’expérimentations, laboratoire et lysimètre et/ou chaussées expérimentales, selon la nature des déchets concernés et des scénarios envisagés. L’objectif global est de démontrer l’absence d’émissions incompatibles avec le respect d’objectifs de qualité des eaux définis pour les milieux avals.

La démarche proposée est schématisée dans la figure 2.

Les paragraphes suivants déroulent la méthodologie à appliquer selon ce schéma.

2.2.1 Question, résultats attendus

Cette étape consiste à nommer les éléments constitutifs de la question posée, à commencer par le déchet brut et les matériaux à base de ce déchet.

Il n’en demeure pas moins que l’utilisation de cette méthodologie
Il n’en demeure pas moins que l’utilisation de cette méthodologie

a absolument besoin d’être encadrée à deux niveaux :

— pour la constitution d’un guide des bonnes pratiques, en

matière de cohérence entre les étapes et de justification des choix de méthodes ;

En ce qui concerne les matériaux contenant les déchets, on distin- gue le matériau alternatif du matériau routier :

le matériau alternatif est un matériau élaboré à partir de

déchets et destiné à être utilisé comme un matériau routier ;

— — par l’apport de la compétence et de l’expérience des équipes
— par l’apport de la compétence et de l’expérience des équipes

chargées de mettre en œuvre ces différentes étapes et méthodes.

En effet, certaines difficultés récurrentes de mise en œuvre ont été mises en évidence, telles que :

— la description du scénario considéré et le lien avec le choix des facteurs d’influence étudiés, très souvent mal explicités ;

le matériau routier est un matériau alternatif, ayant (ou non)

subi un traitement ; il est utilisé dans une application de technique routière.

Concernant l’application envisagée, la question doit contenir la

),

ainsi que l’échelle de temps retenue pour la prédiction du comporte- ment.

mention à la couche routière considérée (remblai, fondation,

Juillet 2000

Référence Internet

G2450

Déchets et risques pour la santé

par Gérard KECK

et

Professeur de toxicologie à l’École nationale vétérinaire de Lyon

Emmanuel VERNUS

Docteur en Gestion et traitements des déchets Division POLDEN (Pollution, Déchets, Environnement) de l’Institut national des sciences appliquées (INSA Lyon Développement)

1

1.

Notions générales de toxicologie

G 2450 - 2

2

2

3

3

1.1

Toxicité aiguë

1.2

Toxicité chronique

1.3

Toxicité spéciale

1.4

Phénomène de biomagnification. Notion de chaînes alimentaires

— —

2.

Métaux lourds

3

2.1

Origine et forme chimique

3

2.2

Devenir des métaux lourds

5

2.3

Toxicité

10

3.

Principaux polluants minéraux non métalliques