Interview La Côte le squat janvier 2013

Existe-t-il des conditions spécifiques et préalables
à l'émergence de squats dans un environnement
donné?
Non, on ne peut pas dire exactement cela. Les
occupations illégales (ou les squats) sont des
formes de luttes que l’on retrouve sous toutes les
latitudes et, probablement, depuis que la propriété
privée existe.
Mais à notre époque… il faut d’abord qu’il existe
des logements vides… et des personnes qui ont
besoin de logement et qui n’en trouvent pas à leur
bourse.
Quels facteurs entrainent généralement leur
disparition?
Genève était dans les années 80 probablement la
Ville la plus squattée d’Europe (en pourcentage de
sa population). C’était dû au fait que la spéculation
immobilière avait laissé de très nombreux
logements vides. A la fin des années 2000, une fois
les logements réhabilités, les squats ont fermé les
uns après les autres. Il n’y a plus de lieux à occuper
à Genève aujourd’hui.
La pénurie et le prix des logements dans la région
sont évoqués par les squatteurs pour expliquer
leur mode d'habitation. Mais il est également soustendu par d'autres facteurs (volonté de vivre en
communauté / créer du lien social). Avez-vous
"listé" les types de motivation?

Chaque individu connaît ses raisons pour squatter
(être à la rue, vouloir sortir de chez ses parents,
rejoindre une personne ou un groupe, être en crise
personnelle ou en rébellion contre le système etc.).
Mais, le squat exprime surtout un désir de vivre
dans une « communauté élective », d’une
communauté que l’on se choisit), pour lutter contre
l’individualisme et la solitude des sociétés
modernes. Quand l’occupation se fait « lutte
urbaine », elle se fait généralement contre un
aménagement urbain, contre la spéculation
immobilière et pour l’expression de nouvelles
formes communautaires de contre-cultures.
Vos observations couvrent la période allant du
milieu des années 70 à aujourd'hui. Avez-vous noté
une évolution du phénomène?
Oui, les squats prennent des formes différentes en
fonction des conditions sociales (le niveau de
pénurie, de pauvreté) et des conditions politiques
(les différents alliés politiques, syndicaux,
associatifs, que le mouvement est obligé de se
trouver pour durer, les relations entre propriétaires
et locataires).
Les squats flirtent souvent avec la marginalité.
D'après vos observations, les squats sont-ils
générateurs de délinquance?
Squatter est un délit ! Une illégalité, que d’un
certain point de vue idéologique on peut trouver
légitime, mais cela reste illégal. Il est donc bien
« normal » qu’il se situe à la marge et attire une
marginalité, plus ou moins délinquante.

Les squats peuvent également devenir des
générateurs de culture (musique, théâtre, danse).
Sans aucun doute ; les squats genevois ont produit
une contre-culture d’une belle originalité. Elle s’est
parfois institutionnalisée depuis.
Le long de l'arc lémanique, c'est à Genève que l'on
trouvait la plus forte concentration de squats.
Aujourd'hui, migration du phénomène vers d'autres
villes? Trouve-t-on encore des lieux en Suisse avec
un véritable mouvement squat?
Pas à ma connaissance, mais cela peut renaître.
Aujourd’hui, la population dans l’arc lémanique
augmente plus vite que la construction de
nouveaux logements. Il n’y a que très peu
d’immeubles à squatter. Par contre des populations
misérables, sans logis, sans travail, déclassées en
Suisse ou Europe ou en provenance de Roumanie,
par exemple, squattent aujourd’hui dans nos parcs,
sous nos ponts ; c’est l’expression de la misère
urbaine dans les Villes riches. Ils ne squattent pas
sous tente ou dans des cabanes dans des bois, sur
des terrains agricoles ou industriels ou encore en
montagne. Ils prétendent au droit à la Ville.
Qu'en est-il du mouvement en Europe? Y-a-t-il des
pays plus cléments que d'autres en la matière?
Non, je ne crois pas, mais cela dépend, je l’ai dit,
des époques et des conjonctures économiques…
Après les subprimes, il doit faire bon squatter aux
Etats-Unis, et après la crise des dettes
souveraines, peut-être bien sur la Costa Brava…

Les coopératives immobilières ont-elles pris le
relais des squats?
Elles en ont pris le relai idéologique (pour le
contrôle de l’environnement construit, antispéculation par la propriété collective et
communautaire, pour certaines comme la Codah).
Mais les coopératives luttent dans la légalité, alors
que la spécificité du squat est de lutte hors de la
légalité. Quant il fait mouvement, le squat est
révolutionnaire !