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Systèmes optroniques passifs

L’œil et la vision

par Gilbert GAUSSORGUES

Ingénieur de l’École supérieure d’optique Président-directeur général de HGH Ingénierie Systèmes Infrarouges Ancien directeur du Laboratoire d’optronique de la Marine

1. L’oeil

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2. Morphologie de l’œil

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3. Dioptrique de l’œil

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4. Vision colorée et réponse spectrale de l’œil

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5. Réponse temporelle de l’œil. Vision des mouvements

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6. Acuité visuelle

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7. Vision binoculaire

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L e concept de passivité appliqué à un système optronique n’est pas néces- sairement lié à la réserve et à la discrétion de son caractère.

En effet, de la même façon qu’un auditeur de radio, dont le récepteur réputé passif peut recevoir une information et en tirer une ligne de conduite très active, par exemple quitter une autoroute à l’annonce d’une perturbation de trafic, les systèmes optroniques passifs écoutent les sources de rayonnement environ- nantes et peuvent en tirer des conclusions très actives, telles que la détection, l’alerte, la poursuite de certaines sources reconnues comme hostiles, ou pré- sentant un intérêt quelconque. La notion de passivité en matière de systèmes optroniques s’applique donc essentiellement à sa fonction optique qui consiste à recevoir du rayonnement émis par des sources ne faisant pas partie du système. Il s’agit des radiomètres, des pyromètres, des spectroradiomètres, des analy- seurs lignes, des caméras de télévision, des amplificateurs de lumière, des caméras thermiques ou de thermographie, des autodirecteurs TV et infrarouge, des systèmes de veille et de poursuite TV et infrarouge, des détecteurs d’alertes. Dans les systèmes optroniques passifs, le flux optique émis par la source de rayonnement observée est focalisé ou concentré par une optique sur le détecteur. Le flux optique entrant dans le système peut subir un prétraitement de codage spatio-temporel par balayage ou modulation des faisceaux, et un prétraitement spectral destiné à limiter l’étendue des longueurs d’ondes au moyen de filtrages appropriés. Le flux détecté est alors converti en signal électrique fonction du temps, ce qui revient à dire fonction des coordonnées d’espaces dans ce champ objet par le codage des lois de balayage ou de modulation des faisceaux. Ces systèmes produisent le plus souvent des images mono ou bidimension- nelles. Ils doivent satisfaire à un certain nombre de critères plus ou moins sévères selon les modes d’utilisations. Certains équipements sont destinés à une analyse purement qualitative des phénomènes optiques, il s’agit des caméras de télévision ou des caméras thermiques qui fournissent une image de luminance visible, c’est-à-dire dans le spectre de sensibilité de l’œil, d’objets pas nécessairement directement per- ceptibles par celui-ci.

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SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS

Dans l’infrarouge, le contraste de luminance visible restitué doit être propor- tionnel au contraste thermique des objets observés. La résolution thermique caractérise l’aptitude du système à déceler de faibles écarts thermiques dans la scène analysée. La résolution spatiale définit la dimension minimale des détails de l’objet qui sont à la limite de perception. Certains de ces systèmes donnent une mesure quantitative, ils doivent alors satisfaire à toutes les propriétés des instruments de mesure, telles que la pro- portionnalité et la fidélité ; il s’agit des radiomètres et photomètres qui mesurent respectivement les flux infrarouges et visibles intégrés dans leur champ, les spectroradiomètres et spectrophotomètres qui ajoutent une dimension spectrale, et les caméras de thermographie qui sont des radiomètres à balayages mono ou bidirectionnels (line scanner, caméras). Dans le secteur militaire, la passivité des systèmes optroniques autorise leur emploi à la navigation, au pilotage et à la conduite des armes avec une discrétion totale nécessaire lors des conflits imposant une situation de « silence radar » en évitant la privation des senseurs indispensables à la perception de l’environ- nement. En dehors de ce cas particulier, les systèmes optroniques passifs sont souvent complétés par des systèmes actifs dans la logique de la perception multisenseurs. Actuellement, le secteur industriel utilise fréquemment des systèmes optro- niques passifs pour la vision artificielle, véritable assistance aux procédés de fabrications et de conditionnement. Dans le domaine visible, des caméras de télévision CCD (Charge Coupled Devices) positionnent des outils ; dans le proche infrarouge, les lecteurs de code à barres reconnaissent et comptabilisent des produits, et dans l’infrarouge plus lointain, la notion de mesure de température permet la saisie et le contrôle des phénomènes thermiques associés à la majorité des processus industriels, et parti- cipe ainsi à l’amélioration de leur efficacité. Il sera naturellement fait une place importante au premier système optronique passif dont l’être humain ait disposé : son œil et sa vision. Certains capteurs optroniques modernes continuent de fonctionner avec l’assistance de l’œil humain : camescopes, viseurs amplificateurs de lumière, sur- veillance télévisuelle

1. L’œil

Malgré les progrès de l’optique, l’œil reste le système d’imagerie le plus performant en terme de nombre de pixels pour couvrir un champ de l’ordre de 200 × 130 o . Ce champ supérieur au demi-espace dans le sens horizontal explique la possibilité d’avoir une sensation diffuse lorsqu’une personne s’approche par l’arrière. La vision colorée due à la structure trichromatique de la rétine, particulièrement performante au voisinage de l’axe optique de l’œil, permet la perception d’environ 20 000 nuances colorées à luminance constante. Le pouvoir séparateur ou acuité visuelle défini par 10 dixièmes en ophtalmologie correspond à la discrimination de deux points angulairement distants d’une minute d’arc. S’agissant d’un processus physiologique, il existe une certaine dispersion de cette valeur. Une acuité visuelle particulièrement per- formante peut atteindre 15 à 20 dixièmes pour certains individus, et chuter à quelques dixièmes dans les cas d’insuffisance visuelle. L’œil est aussi très performant en matière de dynamique d’éclai- rements perceptibles. Il s’adapte à des éclairements de scènes observées étalées sur plusieurs ordres de grandeurs (de 10 5 lux

correspondant à l’éclairement d’une feuille de papier blanc au soleil

lux qui est l’éclairement d’une scène nocturne par nuit étoilée).

Enfin, la vision binoculaire, en raison de sa base télémétrique de triangulation fournit une perception du relief des objets et grâce à l’introduction de cette troisième dimension permet une évaluation des distances.

Dans l’antiquité, l’œil était considéré comme centre de la vision. Il était supposé émettre des rayons lumineux qui allaient « tâter » les objets et donner ainsi la sensation de leur présence. Au début du XVII e siècle, cette notion a laissé la place à l’expli- cation du phénomène lumineux par le transfert d’énergie depuis une source de lumière jusqu’à l’œil de l’observateur. Snell Van Royen, Descartes et Fermat ont décrit les principes de ce transfert en bâtissant les lois de la réfraction.

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2. Morphologie de l’œil

L’œil se présente comme un capteur d’image passif, constitué d’une chambre noire dont le fond est tapissé d’une membrane photosensible : la rétine (figure 1 ).

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F i g u r e 1 – M o r p h o l

Figure 1 Morphologie de lœil

La partie antérieure de l’œil est transparente ; il s’agit de la cornée derrière laquelle se situe un diaphragme variable de 1,5 à 6 mm :

l’iris, et une lentille : le cristallin, dont la convergence évolue avec l’accomodation. L’ensemble vaguement sphérique est rempli de liquides dont la pression (tension oculaire) est destinée à en main- tenir la forme. La plus grande partie de la convergence de l’œil est due à la convexité de la cornée et non au cristallin dont le rôle est de parfaire la mise au point en fonction de la distance d’observation. Le cristallin plus dense en son centre qu’à sa périphérie présente un indice de réfraction variable entre le centre ( n = 1,44) et le bord ( n = 1,36) qui donne une correction partielle de son aberration sphé- rique, les rayons marginaux étant moins déviés. C’est par modifi- cation de la courbure des faces du cristallin que se fait l’accommodation. La distance focale de l’œil humain est de l’ordre de 17 mm (figure 2 ). La rétine est constituée de cellules sensibles à la lumière. Au voi- sinage de l’axe optique de l’œil, c’est-à-dire dans la région sur laquelle le mouvement de l’œil amène spontanément les images

) se trouvent en

très grand nombre des cellules en forme de cônes. Les cellules en cônes sont sensibles aux couleurs et répondent pour des éclaire- ments relativement importants ( vision photopique ). Chaque cellule est individuellement reliée à une fibre nerveuse, puis par un neurone vers le cerveau via le nerf optique. Cette région de la rétine nommée fovéa définit son maximum d’acuité, et occupe un angle visuel d’environ 1 degré. Le champ de vue périphérique est couvert par des cellules en forme de bâtonnets, dont la sensibilité est monochrome mais plus sensible dans les faibles éclairements ( vision scotopique ). C’est ainsi que l’observation visuelle d’une étoile de faible magné- tude, (de luminance peu élevée), se fera mieux en utilisant le champ de vision périphérique, c’est-à-dire en ne la fixant pas du regard mais en orientant l’axe de vision distincte légèrement sur le côté. Ainsi, l’image de l’étoile se forme sur la région rétinienne dite para-fovéale, plus riche en bâtonnets, donc plus sensible. Les cellules en bâtonnets sont reliées au cerveau par des neurones. Plusieurs cellules sont couplées sur la même fibre nerveuse. Ainsi, la contribution de plusieurs bâtonnets donnant une stimulation unique à une large tache de lumière permet d’abaisser le seuil de sensibilité. Les différents bâtonnets excités additionnent leur information au détriment bien sûr de la résolution spatiale, c’est-à-dire de l’acuité visuelle qui, maximale au voisinage de l’axe optique, diminue avec le champ dans la périphérie (figure 3 ). Pour la même raison, l’acuité chute quand la luminance obser- vée devient faible (figure 4 ).

des objets à détailler (observation précise, lecture

SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS

(observation précise, lecture SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS Figure 2 – Correction partielle de l’aberration

Figure 2 – Correction partielle de l’aberration sphérique du cristallin

partielle de l’aberration sphérique du cristallin Figure 3 – Acuité visuelle en fonction de l’angle de

Figure 3 – Acuité visuelle en fonction de l’angle de champ à partir de la fovéa

en fonction de l’angle de champ à partir de la fovéa Figure 4 – Acuité visuelle

Figure 4 – Acuité visuelle en fonction de l’éclairement

La rétine contient environ 6 millions de cellules en cônes et 120 millions de cellules en bâtonnets ; le tout est connecté sur 1 million de fibres nerveuses.

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SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS

Ces valeurs montrent que plusieurs centaines de bâtonnets peuvent être connectés sur la même fibre et que certains cônes sont également multiplexés. Les cônes de plus fine résolution occupent le centre de la fovéa

à raison de 147 000 cellules par mm

à 1,5 µ m : ailleurs, ils atteignent 2 à 2,5 µ m. Les bâtonnets sont répartis à raison de 160 000 à 80 000 dans la périphérie avec une dimension de 5 à 8 µ m. Rappelons à ce sujet que la résolution à 10 dixièmes de l’œil correspond à une séparation de 5 µ m sur la rétine ; la diffraction donnant une tache limite de 2,5

à 10 µ m pour des diamètres pupillaires de 8 à 2 mm. C’est l’influence des particules de lumière sur une substance chimique contenue dans les bâtonnets : la rhodopsine, qui serait à l’origine de l’influx nerveux. Les animaux nocturnes ont des bâtonnets plus longs, et contiennent donc davantage de rhodopsine. La chance d’absorber un photon est accrue, de ce fait la vision de nuit est améliorée. Cette particularité est souvent conjuguée avec une ouverture numérique plus grande de l’œil. La nature de la photo-absorption des cônes est moins claire. Il y aurait trois types de pigments différents responsables de l’absorp- tion sélective suivant les longueurs d’onde et par conséquent de la perception des couleurs. L’absorption d’un seul photon par la rhodopsine suffit à créer un stimuli ; cependant, le rendement global de l’œil n’est que de 10 % (absorption et diffusion par les milieux optiques de l’œil de l’ordre de 50 %, et la rhodopsine n’absorbe que 20 % des photons reçus). Le capteur visuel est associé au cerveau, processeur de signal très performant, suppléant parfois à certaines lacunes de la dioptrique physiologique. En particulier, le cerveau masque l’existence d’une zone « aveugle » de la surface sensible de l’œil située au départ du nerf optique par le remplissage des pixels inexistants en prélevant une information au voisinage de cette zone assurant ainsi une cou- verture continue du champ visuel. En effet, nous ne percevons pas de lacune dans le champ de vision et seule une expérimentation volontaire consistant, par exemple, à observer l’image d’une tache noire sur fond gris permet de tromper le cerveau lorsque l’image de la tache noire est amenée sur la zone aveugle de la rétine, celle-ci est « remplie » de gris par mimétisme avec son environnement faisant disparaître ainsi la perception de la tache noire (figure 5 ). De la même façon, le cerveau redresse les images qui sont inver- sées par la dioptrique de l’œil sur la rétine. Ici aussi, le fonction- nement du cerveau est étonnant car si l’on fait porter à un sujet des lunettes spéciales capables d’inverser les images, la rétine recevra une image droite et non plus inversée des objets observés. Le sujet, au début, perçoit le monde à l’envers puis, au bout de quelques heures, le cerveau rétablit la logique d’observation et finit par exploiter l’image droite comme telle. Le sujet retrouve peu à peu une vision normale. C’est en ôtant les lunettes d’inversion que tout recommence. Le sujet perçoit à nouveau le monde à l’envers puis tout rentre dans l’ordre après quelques heures d’adaptation. En vision binoculaire , il existe un antagonisme entre les deux champs visuels et les deux images rétiniennes qui ne sont jamais mélangées par le cerveau. L’observation d’une mire à traits verticaux pour l’œil gauche, et

à traits horizontaux pour l’œil droit ne conduira pas à la sensation d’un quadrillage, mais à une juxtaposition de fragment de chaque image ( patchwork ) (figure 6 ). Enfin, en présentant aux deux yeux une image unique, faite d’un mélange par bandes verticales juxtaposées de deux images stéréo- scopiques (stéréogramme fragmenté ou autostéréogramme) ; le cerveau décrypte sous certaines conditions (déconvergence des yeux) une image en relief qui, a priori , n’existe pas comme couples stéréoscopiques sur la rétine puisque les 2 images rétiniennes sont strictement identiques. Il s’agit d’une image « cérébrale » . Dans ce cas, la stéréoscopie devient une activité de l’esprit qui procure une surprise étonnante lorsque le cerveau plonge dans une troisième dimension aussi inattendue (figure 7 ).

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avec une dimension de 1

aussi inattendue (figure 7 ). 2 avec une dimension de 1 Figure 5 – Mise en

Figure 5 – Mise en évidence de la tache aveugle de l’œil

5 – Mise en évidence de la tache aveugle de l’œil Figure 6 – Antagonisme des

Figure 6 – Antagonisme des champs visuels

de l’œil Figure 6 – Antagonisme des champs visuels Figure 7 – Autostéréogramme (document 3D-vision,

Figure 7 – Autostéréogramme (document 3D-vision, Lannoo)

Ces exemples montrent l’extrême puissance de fonctionnement du couple œil-cerveau dont on devra tenir compte lors de l’exploi- tation visuelle de systèmes optroniques.

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3. Dioptrique de l’œil

Les divers milieux réfringents de l’œil forment l’image des objets observés sur la rétine. Certains défauts peuvent affecter la qualité de cette imagerie.

Il y a tout d’abord les défauts de convergence, pour lesquels l’image formée est de bonne qualité mais se situe en avant ou en arrière de la rétine, créant ainsi un flou ou défaut de mise au point. Ces défauts, qui proviennent d’excès ou d’insuffisance de cour-

bure des dioptres oculaires (cornée, cristallin

le port de verres ou de lentilles, dont la convergence compense l’insuffisance des milieux dioptriques oculaires.

Ces défauts sont mesurés en dioptries (inverse de la distance focale complémentaire de correction exprimée en mètres).

La myopie correspond à un œil trop long , ou à des milieux

oculaires trop convergents. L’image se forme en avant de la rétine. Elle se corrige par le port de verres divergents.

L’ hypermétropie correspond à un œil trop court , ou à des milieux

oculaires trop peu convergents. L’image se forme en arrière de la rétine. Elle se corrige par le port de verres convergents.

La presbytie n’est pas à proprement parler un défaut de la qualité

optique de l’œil, mais provient de l’évolution physiologique du cris- tallin avec l’âge du sujet. En effet, aux alentours de 45 ans, le cristallin perd de sa souplesse ;

il a tendance à durcir et n’assure plus son rôle de lentille à conver- gence variable lors de l’accommodation, c’est-à-dire dans le passage de la vision d’objets à distances proches et éloignées.

Les sujets atteints de presbytie conservent une acuité visuelle nor- male, mais doivent porter des verres pour augmenter la convergence naturelle de l’œil, lorsque celui-ci observe des objets rapprochés, notamment dans le cas de la lecture. Les progrès de l’ophtalmologie et de l’optique lunetière permettent aujourd’hui l’emploi de verres dits progressifs dont la convergence varie de façon continue entre le haut (vision de loin) et le bas (vision de près). L’œil positionne son axe optique en fonc- tion de la distance d’observation dans la zone qui présente le maxi- mum de confort. Après une période d’adaptation, ce mécanisme devient un acte réflexe. Il existe par ailleurs des défauts de sphéricité des milieux oculaires introduisant de l’astigmatisme.

L’ astigmatisme , corrigé par le port de verres toriques, résulte de

sont corrigés par

),

l’existence de courbures différentes suivant les plans de sections méridiennes de l’œil. Le sujet atteint d’astigmatisme perçoit les points lumineux sous forme de petits traits allongés dans la direction de cette dissymétrie.

Enfin, il peut se produire une opacification du cristallin chez les personnes âgées. Le cristallin, lentille très limpide chez le sujet jeune,

a tendance à jaunir avec l’âge, estompant peu à peu la perception

des teintes violettes et bleues intenses absorbées par le jaune. Cette dégénérescence du cristallin peut aller jusqu’à sa perte de transparence, il s’agit de la cataracte.

La cataracte s’opère par ablation du cristallin en le remplaçant

par une lentille artificielle ou implant dioptrique calculé de façon à compenser les effets indésirables de la presbytie.

Les sujets opérés de la cataracte retrouvent généralement les couleurs violettes et bleues avec la saturation qu’ils connaissaient dans leur jeunesse.

Les forts éclairement diaphragment sévèrement la pupille de l’iris

et

contribuent à diminuer les effets des défauts optiques de l’œil par

augmentation de la profondeur du champ.

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Il est ainsi normal que ces défauts se manifestent davantage en basse lumière. L’œil est doté par exemple d’une myopie nocturne en raison de l’ouverture pupillaire dont l’aberration sphérique dimi- nue sa focale. Lors de l’utilisation de systèmes optroniques de visée ou d’obser- vation, les défauts de convergence de l’œil sont corrigés par le réglage de la position des verres de l’oculaire. Celui-ci a pour effet d’ajouter ou de retrancher les dioptries nécessaires à une vision cor- recte. La mise au point se fait ainsi avec une variation de ± 4 dioptries (85 % de la population pourrait se satisfaire de ± 2 dioptries).

4. Vision colorée et réponse spectrale de l’œil

La vision des couleurs est liée à la structure trichromatique des cellules en cônes de la rétine. L’être humain possède trois types de cellules en cônes capables d’absorber respectivement le rouge R, le bleu B et le vert V. C’est par combinaison linéaire de ces trois composantes fondamentales que sont reconstituées toutes les teintes observées. Une luminance colorée L est obtenue par la pondération :

L = α R + β B + γ V

Cette relation permet la restitution de n’importe quelle couleur par le choix des coefficients α , β et γ , à l’exception des teintes jaunes pour lesquelles le coefficient β devrait être négatif. La nature ayant bien prévu les choses, cette condition est remplie artificiellement par la superposition d’un filtre jaune sur la rétine. Cette membrane située sur l’axe optique de l’œil donne au centre de la surface rétinienne une surface jaune appelée fovéa , ou tache jaune . Une luminance colorée donnée, devient alors :

L = α R – κ B + γ V

La composante bleue, absorbée par le filtre jaune parvient à la rétine avec une pondération relative pouvant être négative. Dans le monde animal, très peu d’espèces sont dotées de la vision colorée. Contrairement à certaines légendes, les taureaux ne voient pas les couleurs. La perception des couleurs correspond en général à un besoin fonctionnel. L’abeille par exemple possède une vision trichroma- tique avec des composantes fondamentales différentes de celles de l’homme : ultraviolet-bleu-vert. Cette extension vers l’ultraviolet est utilisée par l’abeille pour se guider lorsque, posée sur un pétale de fleur, elle veut trouver le centre de la fleur. Il existe un gradient décroissant de sève le long du pétale à partir du centre de la fleur. L’abeille se guide alors vers les gradients croissants de sève perceptibles par une variation de réflectivité dans l’ultraviolet. La vision des couleurs peut être entachée de défauts. Tout d’abord, un œil normal présente de l’aberration chromatique qui le rend légè- rement hypermétrope pour le rouge et myope pour le violet. Cette constatation montre que le choix de ces couleurs pour les feux de signalisation dans les chemins de fer n’est pas particulièrement judicieux, surtout la nuit où les pupilles de l’œil, fortement ouvertes exaltent l’aberration chromatique par manque de profondeur de champ. Certains sujets sont affectés par des troubles de la vision colorée :

les daltoniens pour lesquels il y a disparition d’un récepteur primaire conduisant à une colorimétrie à deux degrés de liberté. Ainsi les pro- tanopes, deuteranopes et tritanopes sont privés respectivement du rouge, du vert et du bleu (figure 8 ).

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SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS Figure 8 – Sensibilité spectrale des daltoniens Il existe pour ces sujets qui

Figure 8 – Sensibilité spectrale des daltoniens

Il existe pour ces sujets qui ne perçoivent qu’une douzaine de nuances colorées, une confusion entre un certain nombre de ces cou- leurs situées le long de droites dans le triangle des couleurs de Maxwell appelées droites de confusion . Le triangle de Maxwell est une représentation graphique de la relation :

L = α R + β B + γ V

Les trois couleurs primaires sont réparties aux sommets d’un triangle équilatéral. La lumière blanche étant obtenue pour α = β = γ = 1 situé au centre de gravité du triangle des couleurs. La courbe C circonscrite au triangle donne la limite d’existence des couleurs ; le périmètre correspond aux longueurs d’onde du spectre visible (figure 9 ). La dépistage des anomalies de la vision colorée se fait par l’observation des mires de points colorés par différentes teintes choisies le long de telles droites qui, bien sûr, paraîtront mono- chromes pour le sujet daltonien. Enfin, certains sujets très peu nombreux ont un seul récepteur primaire et n’ont pas de vision colorée ( achromatopsie ). La réponse spectrale de l’œil est différente suivant l’éclairement. Une normalisation de cette réponse est faite pour deux niveaux de lumière.

La réponse photopique V ( λ ) centrée et normée à 1 sur le vert

( λ = 0,555 µ m) correspond au fonctionnement des cellules en cônes pour des éclairements diurnes. Les limites de perception à 10 3 de la valeur maximale couvrant un spectre de moins d’un octave s’étendent de 0,410 µ m vers l’ultraviolet à 0,720 µ m vers l’infrarouge. La nature faisant bien les choses, cette sensibilité spectrale est cen- trée sur la luminance solaire, corps noir à 6 000 K qui, d’après la loi de Wien, donne un maximum d’émission à 0,555 µ m (figure 10 ).

Au-delà des valeurs limites définies à 10 3 , la sensibilité s’estompe rapidement mais n’est pas nulle. Helmoltz, par exemple, était parvenu à voir dans le proche infrarouge avec un monochro- mateur puissant dans l’obscurité totale (jusqu’à 1,050 µ m pour

V ( λ ) = 10 13 ).

De même, le proche ultraviolet peut être perçu par des sujets jeunes.

La réponse scotopique V ’( λ ) centrée vers le bleu correspond au

fonctionnement des cellules en bâtonnets pour des éclairements

nocturnes.

des cellules en bâtonnets pour des éclairements nocturnes. Figure 9 – Domaine d’existence des couleurs Figure

Figure 9 – Domaine d’existence des couleurs

nocturnes. Figure 9 – Domaine d’existence des couleurs Figure 10 – Réponse spectrale normalisée de l’œil

Figure 10 – Réponse spectrale normalisée de l’œil

Les faibles niveaux de lumière décalent le spectre de sensibilité de l’œil vers les courtes longueurs d’onde. Cette observation a per- mis au cinéma de simuler les scènes nocturnes par application d’un filtre bleu (nuit américaine). Dans la vision photopique, l’œil amplifie fortement les longueurs d’ondes centrales du spectre de sensibilité, c’est-à-dire la couleur verte au détriment des couleurs marginales qui sont le bleu et le rouge. Cette particularité fait apparaître en vert la majorité des végétaux. En effet, la diffusion de la lumière blanche solaire par les feuillages se fait essentiellement dans le rouge et dans le vert (le vert étant diffusé par la chlorophylle). L’amplification exagérée de la composante verte par la sensi- bilité de l’œil pour cette couleur donne une dominante dans cette teinte. Le monde végétal nous paraît vert alors qu’une émulsion photographique couleur à réponse spectrale plate représenterait la verdure en rouge. En automne, lorsque la chlorophylle disparaît des feuillages, la dif- fusion de la composante verte diminue. La diffusion résultante vire au rouge malgré la réponse de l’œil dont le gain d’amplification dans le vert ne suffit plus à créer le déséquilibre chromatique.

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5. Réponse temporelle de l’œil. Vision des mouvements

L’œil, organe physiologique, a une constante de temps de per- ception des phénomènes lumineux. Le retard à la sensation d’un éclairement instantané est relativement court et dépend du temps de transit de l’information dans le système nerveux de liaison entre l’œil et le cerveau. Il est à noter que ce temps est variable en fonction de la longueur d’onde reçue. Ainsi, la sensation verte parvient plus rapidement au cerveau que la sensation rouge. Cette constatation peut faire apparaître des phénomènes chroma- tiques singuliers en lumières pulsées. Par exemple, un feu orange clignotant contenant des composantes chromatiques vertes et rouges peut donner lieu à un très bref instant de perception verte

à chaque allumage avant la sensation orangée.

À l’extinction, le retard de réaction est plus important en raison

du phénomène de persistance rétinienne.

Ce temps peut se mesurer en faisant tourner une source lumineuse fixée à l’extrémité d’un bras animé en rotation. En imprimant à celui-ci une vitesse de rotation de plus en plus rapide, la source, qui paraît occuper un arc de cercle en raison de la persistance rétinienne, se boucle totalement pour faire apparaître un cercle lumineux continu lorsque le temps mis par le bras pour faire un tour est égal au temps d’intégration de l’œil. C’est grâce à la persistance rétinienne qu’il est possible de percevoir la succession d’images fixes enchaî- nées ou de balayage d’un point comme le déroulement d’une scène continue. C’est le principe utilisé au cinéma et en vidéo. Chaque image fixe est renouvelée à la fréquence de 24 images par seconde pour le cinéma, 50 images par seconde pour la vidéo au standard européen, et 60 images par seconde pour la vidéo au standard américain et japonais. La constitution complète d’une trame vidéo se fait avec 2 images entrelacées, ce qui donne 25 ou 30 trames par seconde suivant les standards.

À ces fréquences, le temps d’intégration de l’œil est suffisant

pour éliminer le papillotement ou flikker .

Toutefois, les cellules en bâtonnets qui couvrent le champ de la vision périphérique sont plus sensibles au résidu de papillotement. Afin d’avoir des images parfaitement exemptes de modulation, les tubes images cathodiques des moniteurs TV de haut de gamme sont balayés à 100 Hz par duplication successive de chaque image. Le temps d’intégration de l’œil permet également une amélioration de la détection du rapport signal sur bruit dans une image électronique. Les fluctuations dues au bruit entre chaque image sont intégrées pendant la persistance rétinienne, contribuant à une diminution du bruit aléatoire contenu dans l’image au profit des motifs contenus dans l’image statistiquement stables. Le phénomène de persistance rétinienne est aussi utilisé en stro- boscopie. Dans ce cas, un objet en mouvement ou en rotation rapide est éclairé par une succession d’impulsions lumineuses cadencées

à une fréquence identique à celle existant dans le mouvement.

Lorsque cette condition est satisfaite, l’objet apparaît comme immo- bile. Il est ainsi possible de visualiser les déformations d’aubes de turbines, de pneumatiques, de pales d’hélices d’avion, etc. La perception du mouvement des objets par l’œil provient d’un phénomène complexe dans lequel la détection du déplacement de l’image sur la rétine n’est pas le seul critère. En effet, il est possible d’observer un objet fixe en déplaçant la ligne de regard ; l’image de cet objet parcourt la rétine et pourtant l’objet est bien perçu comme immobile. Inversement, un objet mobile par rapport à l’œil fixe peut avoir une image ayant le même parcours sur la rétine et être perçu comme mobile. Les deux causes différentes : mobilité de l’œil ou mobilité de l’objet ont donc deux effets identiques en terme d’images rétiniennes.

Cependant, en raison des informations supplémentaires reçues par le cerveau, liées au déplacement de la tête et des globes ocu- laires, tout se passe comme si une centrale gyroscopique traitait en absolu ces mouvements relatifs. La discrimination entre une source lumineuse fixe ou mobile est beaucoup plus difficile en l’absence de repère extérieur (source lumineuse ponctuelle dans l’obscurité totale). De plus, les forces de Coriolis dues à la rotation de la Terre ont une influence parasite sur la centrale gyroscopique cérébrale. Les cellules visuelles ne sont pas sensibles à des flux continus. Au centre de la rétine, les cellules en cône sont affectées d’un microbalayage par une vibration du globe oculaire à une fréquence de l’ordre d’une centaine d’hertz. Cette vibration appelée micronystagmus balaye environ 2 à 3 cellules. Les cellules sensibles au flux modulé donnent alors une réponse. Ce microbalayage peut s’atténuer, voire disparaître, chez les sujets atteints de fatigue après, par exemple, une attention longuement soutenue. Il y a alors trouble, voire disparition de la vision. La récupé- ration de la vision normale se fait après un repos suffisant. L’abus d’alcool est également une cause de dérèglement du micronystag- mus et crée des troubles visuels. Le champ de vue périphérique, qui, pour les êtres vivants, est davantage un champ d’alerte qu’un champ d’observation, est très sensible au mouvement. Ainsi, en fixant le regard droit devant soi, il est difficile de per- cevoir son bras tendu sur le côté, mais le moindre mouvement de la main est immédiatement détecté. Cette propriété permet l’acte réflexe d’intervention lorsque un danger se présente en vision latérale dans le cas de la conduite auto- mobile par exemple. En terme de détection de mouvements, l’œil est sensible à un déplacement angulaire de l’ordre de 10 secondes d’arc dans une plage de vitesse située entre 1 à 2 minutes d’arc par seconde pour les mouvements les plus lents, et 200 degrés par seconde pour les plus rapides.

6. Acuité visuelle

L’observation de détails dans le champ visuel fait appel au critère de résolution ou d’acuité de l’œil. L’œil « nu » permet la séparation de détails angulairement distants d’une minute d’arc, c’est-à-dire d’environ 75 µ m à la distance minimale d’observation de 25 cm. Cette valeur correspond à une acuité visuelle de 10 dixièmes, géné- ralement admise comme convenable pour un œil moyen. Cette réso- lution dépend de l’éclairement de la scène observée (figure 4 ). En utilisant un instrument optique ou optronique d’observation, la performance globale de résolution dépend bien sûr des perfor- mances respectives de l’instrument et de l’œil. D’une façon générale, les fortes luminances favorisent la résolu- tion oculaire. De même, une meilleure acuité est obtenue par filtrage monochromatique en raison de la suppression de l’aberration chromatique de l’œil. Enfin, l’observation de réticules ou de verniers donne à l’œil une acuité d’alignement bien supérieure à sa limite de résolution. La majorité des individus peuvent aligner les traits d’un vernier avec une précision de 5 secondes d’arc, donnant une lecture de mesure angulaire de 10 secondes d’arc, valeur 5 à 10 fois supérieure à la résolution typique de l’œil. Dans les instruments optiques de visée ou d’alignement, la meilleure précision est obtenue par des réticules à double ligne pour encadrer une ligne image, ou par des croix de réticule (figure 11 ).

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SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS

SYSTÈMES OPTRONIQUES PASSIFS Figure 11 – Réticules La limite de finesse d’une ligne noire sur fond

Figure 11 – Réticules

La limite de finesse d’une ligne noire sur fond clair détectée par l’œil correspond à une seconde d’arc. Cette constatation montre la sensibilité de l’œil aux câbles de transport d’électricité dans un pay- sage qui sont perçus distinctement, alors que leur dimension angu- laire est souvent très inférieure au critère de vision correcte à 10 dixièmes. Dans le cas d’une ligne brillante sur fond noir, l’acuité de percep- tion se fera en fonction du bilan d’énergie lumineuse parvenant sur la rétine. En pratique, 50 à 100 quanta sont nécessaires au niveau de la cornée, seulement quelques pour-cent atteignant la rétine après les diverses absorptions des milieux oculaires.

7. Vision binoculaire

Pour chaque œil, le champ de vision nasal est moins étendu que le champ temporal. Le champ visuel binoculaire correspond à la zone de recouvrement des champs relatifs à chaque œil (figure 12 ). La vision binoculaire fournit une base télémétrique qui permet la perception de la troisième dimension. Un objet donnera l’impression d’être vu sous forme d’une image unique en relief, si les deux images de cet objet se forment sur des points dits correspondants des deux rétines (figure 13 ). Si le point A est perçu sous forme d’une seule image, ses images rétiniennes a 1 et a 2 sont sur des points correspondants. Le point B, donnant des images rétiniennes b 1 (confondu avec a 1 ) et b 2 qui ne sont plus des points correspondants, est perçu dédoublé ( diplopie ). L’acuité de perception stéréoscopique repose sur la disparité des deux images rétiniennes donnant une légère différence de pers- pective pour chaque œil.

une légère différence de pers- pective pour chaque œil. Figure 12 – Champ visuel binoculaire Figure

Figure 12 – Champ visuel binoculaire

pour chaque œil. Figure 12 – Champ visuel binoculaire Figure 13 – Perception du relief La

Figure 13 – Perception du relief

La vision binoculaire donne une grande précision de séparation en profondeur pour deux objets rapprochés dans le champ visuel. Un écart de 0,4 mm est décelé à une distance de 1 m. À distance éloignée, il est encore possible de faire la différence entre 2 600 m et l’infini. Les instruments optiques d’observation et de visée binoculaire doivent satisfaire à un certain nombre de critères afin de conserver les propriétés de confort et d’acuité de la vision stéréoscopique. Le réglage de l’écart des axes optiques doit s’adapter à l’écart des yeux morphologiquement différents suivant les individus. La dispersion du grossissement de chaque voie ne doit pas conduire à des images rétiniennes trop différentes. Un écart 0,5 à 2 % maximal est toléré. Le parallélisme des axes optiques est indispensable pour la fusion des images et le confort d’observation (tolérance de 0,25 à 0,5 dioptrie prismatique). Enfin, un réglage de mise au point oculaire s’impose sur chaque voie pour compenser les hypermétropies ou myopies individuelles de chaque œil.

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