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20°Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Strat égiques et de l’Armement

Conférence N°16? « Risques sur l’environnement mar itime, surpêche et protection des espèces»

Date : 03/02/2010 – Bruxelles – Commission européenne

Conférencier : M. J.C. CUEFF – Chef d’unité politique pêche et aquaculture

Sujet : Présentation des enjeux liés à la définition et la mise en œuvre d’une politique communautaire commune sur les secteurs de la pêche (et de l’aquaculture).

1- Points forts de la conférence à retenir

C’est dans les années 1970 que sont posés les premiers jalons d’une harmonisation des politiques de pêches en Europe : Mise en commun des ressources halieutiques et définition de l’exercice du droit de pêche au travers d’une « politique commune de la pêche ».

Chaque année, la Commission propose et soumet un texte au Parlement et au Conseil qui le discutent avec l’objectif d’atteindre un accord sur un dossier extrêmement sensible. Ces accords prévoient notamment des quotas alloués par espèces (selon les orientations scientifiques et des mesures techniques) associés à une clé de répartition par état qui ont pour but de réguler les captures et réduire l’effort de pêche ayant une incidence trop forte sur les stocks. Cependant, depuis peu a été intégré un « volet environnemental » de protection des espèces (thon rouge, etc.) et de veille de l’impact des engins de pêche, une mesure vertueuse qui alourdit pourtant un peu plus le fragile dispositif européen.

Par ailleurs, la mise en œuvre de la dite politique, c'est-à-dire l’exercice du contrôle, revient aux Etats membre qui disposent de ressource largement insuffisantes. En réalité seules les actions de contrôle des dispositifs de contrôle nationaux sont effectuées par les « inspecteurs communautaires » dont le nombre est par ailleurs très réduit. Une agence de contrôle européenne existe néanmoins à Vigo (Espagne), qui se réunit tous les 2 mois et définît des « joint deployment plans » pour l’exécution de la mission.

Tous les 10 ans, un bilan est dressé sur la base d’observations de la situation. La logique de la CE s’inscrit plus dans une logique de gestion des stocks que de protection des espèces. Le secteur de la pêche (et de l’aquaculture) est aujourd’hui une compétence exclusive de la communauté européenne. Il représente 7 millions de tonnes de poissons consommés (dont un pourcentage élevé est importé), les zones maritimes européennes étant insuffisamment poissonneuses. Un des paradoxes réside dans le fait que la majorité des prises s’effectue au nord de l’Europe alors que les principaux pays consommateurs sont au sud du continent européen (Espagne 35kg/an, Portugal 45kg/an). Un certain nombre de clivages d’intérêts non convergents entre pays complexifie les décisions et la mise en œuvre d’une politique des pêches cohérente et raisonnable.

Les réserves de poisson étant essentiellement localisées en Europe du nord, l’accès à ces zones est géré sur la base d’un « libre accès », ainsi les Français ont accès aux eaux britanniques (qui offrent 70% des captures). On comprend aisément que « l’ombrelle communautaire », malgré ses imperfections, garantit une libre circulation indispensable au maintien des équilibres et des intérêts nationaux.

Certains Etats membre ne respectent pas véritablement les quotas alloués (l’Espagne par exemple ?)

L’aquaculture apparaît de son côté clairement comme une filière d’avenir et de secours pour la pêche européenne, susceptible de garantir les besoins alimentaires européens dans l’avenir. Paradoxalement, elle ne semble pas articulée selon des mécanismes dynamisant. Tout d’abord elle ne concerne que très peu d’espèces (saumon, loup/bar, et truite en eau douce), sans compter les cultures d’huitres (à 98% consommées en France) et de moules. Après une phase de relatif développement, cette filière est en stagnation alors qu’était prévue une croissance annuelle de +2%.

Les facteurs de ces freins au développement semblent être de plusieurs ordres :

- juridiques : par exemple en aquaculture les œufs appartiennent à l’aquaculteur, se pose

donc la question de la propriété des poissons lorsque ceux-ci sont exploités en « pacage

marin » avant de rejoindre l’exploitation.

- touristiques : certaines zones littorales acceptent mal la présence de fermes aquacoles dans leurs parages pour des raisons.

- économiques et financiers : l’opportunité de développer l’aquaculture off-shore se heurte à des problèmes coût très importants qui freinent les investissements.

- corporatistes : entre les pêcheurs et les aquaculteurs pour l’accès au marché.

2-Intérêts pour le thème de la session « La sécurisation de l’espace maritime méditerranéen »

La pêche fait figure de dossier dont on comprend rapidement la sensibilité, qui présente des enjeux stratégiques pour l’espace méditerranéen (probablement insuffisamment abordé par le conférencier). Les perspectives de développement de l’Union pour la Méditerranée PM ne semblent pas au cœur des préoccupations de cette Unité de la Commission. La Chine semble se positionner comme un nouvel acteur majeur (en substitution des Européens ?) pour la pêche en Méditerranée. Le Maroc occupe une position centrale dans les équilibres nord-sud puisqu’il fait l’objet d’accords sur la pêche particuliers avec l’Europe, ceux-cis faisant l’objet de tergiversations chroniques. Là encore la Chine peut-être une menace (la guerre du poulpe ?) L’exercice des opérations de contrôle de pêche semblent être un talon d’Achille des ambitions européennes.

Rédacteur : Nicolas ROGIER – GARRULUS CONSULTING

Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques

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