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MÉMOIRE SUR LE FONDEMENT DE

L’ARTICLE 8 DE LA CONVENTION DE
SAUVEGARDE DES DROITS DE L’HOMME

COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME

POUR :

Monsieur François MANDIL demeurant 7 Rue Emile Magnin à 25300


PONTARLIER

Ayant pour Avocat la SELARL UZAN-SCHWERDORFFER-WEIERMANN, dont


le siège social est Le Médiatic, 11 B Rue Huygens 25000 BESANCON

CONTRE :

L’Etat Français

Rappel des faits et de la procédure :

Monsieur François MANDIL a été ab initio relaxé pour des faits de destruction
grave du bien d’autrui en réunion (fauchage d’un champ d’OGM) par le Tribunal
Correctionnel d’ORLEANS le 9 décembre 2005 puis condamné par la Cour
d’Appel d’ORLEANS le 27 juin 2006 à deux mois d’emprisonnement avec sursis et
1.000 € d’amende.

Suite à cette condamnation devenue définitive par un arrêt de rejet de la Cour de


Cassation du 31 mai 2007 Monsieur MANDIL a été convoqué à l’initiative du
Parquet d’ORLEANS puis de celui de BESANCON auprès du Commissariat de
Police de BESANCON pour que soit effectué sur sa personne un prélèvement ADN
le 17 décembre 2007, et ceci en application des articles 706-54 et 706-55.3 du Code
de Procédure Pénale.

Monsieur MANDIL a refusé de se soustraire à la demande de prélèvement et a été


condamné à ce titre par le Tribunal Correctionnel de BESANCON le 4 avril 2008 à
une peine de 60 jours amande à 7 €, peine confirmée par la Chambre des Appels

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Correctionnels de BESANCON.

Monsieur MANDIL a interjeté pourvoi en cassation de la décision précitée, la Cour


de Cassation a rejeté le pourvoi considérant malgré le mémoire ci-joint qu’il
n’existait aucun moyen de nature à permettre l’admission du pourvoi.

DISCUSSION :

Sur l’esprit de la loi du 2 5 juin 2 0 0 8 :

Les dispositions spéciales relatives au prélèvement ADN ont été mises en place
spécialement par le législateur dans le but de lutter contre la délinquance
dissimulée.

L’infraction initiale de dégradation dont s’est rendu coupable Monsieur François


MANDIL avec 49 autres faucheurs était un acte public et revendicatif, bénéficiant
d’une très large publicité, et en aucun cas un acte dissimulé.

Le législateur Français a entendu lutter contre la délinquance dissimulée et surtout


la délinquance sexuelle mais en aucune façon de procéder à un fichage systématique
et purement automatique.

Les Juges du fond gardiens de la liberté individuelle doivent pouvoir exercer un


pouvoir d’appréciation sur l’opportunité du prélèvement ADN in concreto et ceci
notamment en prenant comme critère le caractère excessif ou inutile de la mesure
requise ; A défaut l’infraction de refus de prélèvement ADN serait d’ailleurs privée
de tout élément intentionnel pour être constituée ; le simple refus entraînant ipso
facto culpabilité.

Monsieur MANDIL estime que le prélèvement de son ADN ne correspond pas à


l’esprit du texte en cause : en effet ce dernier s’est opposé publiquement par des
faits de fauchage d’un champ d’OGM non conforme au droit dans un but de
sensibilisation de l’opinion public.

Pour corroborer cette analyse il y a lieu de constater que la loi du 25 juin 2008 (Loi
n° 2008-595) relative aux OGM a créé le délit spécial de « Fauchage d’OGM » et
que ce délit n’entre pas dans le champ d’application de l’article 706-55.3° du Code
de Procédure Pénale.

En effet, depuis ce texte les faucheurs condamnés ne peuvent pas se voir


prélever leur ADN sur ce motif alors qu’avant son entrée en vigueur cela était

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le cas, ceci crée donc pour des faits identiques un traitement pénal différent.

De plus les dispositions de la loi du 25 juin 2008 confirment que la volonté


constante du législateur n’est pas de prélever l’ADN des faucheurs d’OGM mais
que les délinquants visés dans le cadre de l’infraction de dégradation grave du bien
d’autrui sont les « casseurs » agissant masqués dans le cadre de manifestations
diverses (sportives – politiques – étudiantes ...) et non pas des faucheurs d’OGM.

Force est de constater en l’espèce que c’est en date du 17 décembre 2007 que
Monsieur MANDIL a été sollicité par le Commissariat de PONTARLIER pour être
l’objet d’un prélèvement biologique en vue de l’identification de son empreinte
génétique pour des faits datant du 14 août 2004 puis condamné définitivement le 31
mai 2007, date de l’arrêt de la Cour de Cassation rejetant le pourvoi qu’il avait
formé.

Monsieur MANDIL considère que la condamnation dont il a fait l’objet repose sur
une application d’un texte modifié depuis le 2 juin 2008 et qui est en contradiction
avec les dispositions de l’article 8 de la Convention de sauvegarde des Droits de
l’Homme en ce que le prélèvement ADN demandé constitue une violation de sa vie
privée manifestement excessive qui ne repose pas sur un impératif de sécurité
publique.

Le prélèvement ADN de Monsieur François MANDIL ne s’inscrit pas dans une


logique de sécurité publique ce dernier étant âgé de 31 ans n’ayant qu’une seule
condamnation à son casier judiciaire et pour les faits en cause (fauchage d’un
champ d’OGM) ne représente en soi aucunement une personne à risque nécessitant
son fichage dans les fichiers de la Police et de la Gendarmerie ; La logique du
prélèvement est donc contestée car manifestement en contradiction avec l’esprit des
textes répressifs nationaux et de l’article 8 de la Convention de sauvegarde des
Droits de l’Homme.

En conséquence,

Vu l’article 8 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme,

Dire et juger que la France en condamnant Monsieur François MANDIL au


titre du refus du prélèvement de son ADN et ceci par un arrêt de Cassation
définitif en date du 10 juin 2009 a violé les dispositions de l’article 8 de la
Convention.

Condamner l’Etat Français à payer à Monsieur François MANDIL la somme


de 1 €.

SOUS TOUTES RESERVES

Fait à BESANCON, le 15 février 2010

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Maître Randall SCHWERDORFFER
SELARL UZAN-SCHWERDORFFER-WEIERMANN

Pièces jointes :

1- Arrêt de cassation du 10/06/09


2- Déclaration de pourvoi en cassation du 23/01/09
3- Arrêt Chambre des Appels Correctionnels de BESANCON du 22/01/09
4- Mémoire ampliatif Cour de Cassation
5- Convocation devant le Tribunal Correctionnel du 17/12/07
6- Compte-rendu d’enquête après identification
7- Arrêt Chambre des Appels Correctionnels d’ORLEANS du 27/06/06
8- Jugement du Tribunal Correctionnel d’ORLEANS du 09/12/05
9- Article 706-55 3° du Code de Procédure Pénale