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LA CONFESSION DE FOI RÉFORMÉE


BAPTISTE DE 1689 EST THÉONOMIQUE
par Tribonien Bracton1

Table des matières

1. Les clauses confessionnelles débattues .................................................................................. 1

2. La terminologie des théologiens réformés des XVIe-XVIIe siècles ....................................... 3

2.1. Distinction entre lois d'équité particulière et lois d'équité commune .......................... 3

2.2. Distinction entre lois proprement judiciaires et lois pas proprement judiciaires ....... 4

2.3. Présence d’éléments d'équité commune dans des lois d’équité particulière ............... 5

3. L’article 19:4 désigne les lois judiciaires d’équité particulière, et l’article 19:5 désigne les
lois judiciaires d’équité commune ............................................................................................. 5

1. Les clauses confessionnelles débattues

Prima facie, le chapitre 19 (intitulé La loi de Dieu) de la Confession de foi réformée baptiste
de 1689 semble adopter une catégorisation tripartite de la loi divine, où une seule
catégorie (la loi morale) serait encore en vigueur sous la Nouvelle Alliance – ce qui aurait
pour effet d’écarter la doctrine biblique de la théonomie2 :

¶ La loi morale qui est universelle et perpétuelle (articles 1, 2, 5, 6 et 7) ;



1
L’auteur, Canadien français, est réformé baptiste de conviction, et historien & juriste de formation.
2
La présente étude doit préférablement être lue conjointement avec cette étude complémentaire :
Tribonien Bracton, « “Noe Anabaptist” : Le kuypérianisme et la théonomie chez les premiers réformés
baptistes », Le Monarchomaque, http://monarchomaque.org/2016/03/12/noe-anabaptist, publié le 12 mars
2016.
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¶ La loi cérémonielle qui est expirée depuis la venue de Jésus-Christ (article 3) ;


¶ La loi judiciaire qui serait supposément expirée elle aussi (article 4).

Plus précisément, l’article 19:4 énonce ce qui suit :

Dieu leur a donné [aux Hébreux] aussi diverses lois judiciaires, qui ont
expiré en même temps que le peuple juif cessait d’être un État. Ces
lois n’ont plus aucune obligation de nos jours, leur équité générale
étant d’un usage moral seulement3.

Le libellé de l’article 19:4 de la Confession de 1689 reproduit mot pour mot le libellé de
l’article 19:4 de la Déclaration de foi et d’ordre Savoy4 (rédigée par les théologiens John
Owen et Thomas Goodwin et adoptée par les réformés congrégationalistes en 1658). Cet
article 19:4 de la Déclaration de Savoy, quant à lui, paraphrase l’article 19:4 de la
Confession de foi de Westminster (rédigée par l’Assemblée de Westminster et adoptée par
les réformés presbytériens en 1646), qui énonce :

Dieu lui a donné [à Israël] aussi, comme corps politique, diverses lois
judiciaires qui vinrent à expiration en même temps que le peuple
juif cessait d'être un État. Ces lois n'obligent personne maintenant
au-delà de ce que l'équité générale qui s'y trouve peut exiger5.


3
Collectif, Confession de foi réformée baptiste de 1689, Comité d’entraide réformé baptiste, St-Marcel
(Bourgogne), 1994, 96 p. Cette traduction est conforme à l’original anglais : Collectif, « 1689 Baptist
Confession – Chapter 19 », Association of Reformed Baptist Churches in America,
http://www.arbca.com/1689-chapter19, consulté le 17 juillet 2015.
4
Collectif, « The Savoy Declaration of Faith and Order of 1658 », Center for Reformed Theology and
Apologetics, http://www.reformed.org/master/index.html?mainframe=/documents/Savoy_Declaration/,
consulté le 17 juillet 2015.
5
Collectif, « Confession de foi de Westminster », http://erq.qc.ca/sample-page/confession-de-foi-de-
westminster/, Église réformée du Québec, consulté le 17 juillet 2015. Ce texte, paru dans la Revue Réformée,
Numéro 153, 1988, traduit à l’article 19:4 « body politic » par « code politique » ; or « body » se traduit par «
corps » ; comparez avec l’original anglais : Collectif, « Confession of Faith », Orthodox Presbyterian Church,
http://www.opc.org/wcf.html, consulté le 17 juillet 2015.
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Quoique le libellé de la Westminster, d’une part, et celui des Savoy & 1689, d’autre part, ne
soient pas identiques, ils sont de la même teneur. Conséquemment, nous pouvons étudier
ces deux textes comme étant, à la base, la même disposition. Le sens originel qui vaut
pour la Westminster vaut donc également pour les Savoy & 1689. Quel est donc le sens
originel de l’article 19:4 de ces trois confessions ? Cet article récuse-t-il la théonomie, ou
l’affirme-t-il ? La réponse se trouve dans l’examen de la terminologie utilisée à l’époque de
sa rédaction.

2. La terminologie des théologiens réformés des XVIe-XVIIe


siècles

À la fin du XVIe et au XVIIe siècle, les érudits réformés (dont les Westminster Divines)
utilisaient une terminologie qui n'est plus d’usage aujourd'hui mais qui est restée intacte
dans la Westminster, la Savoy et la 1689. Les arguments linguistiques qui suivent se
dégagent d’une étude rigoureuse des sources primaires6.

2.1. Distinction entre lois d’équité particulière et lois d’équité


commune

Les théologiens réformés continentaux et insulaires Thomas Cartwright, William Perkins,


François du Jon, George Gillespie, Heinrich Alting, Heinrich Alsted, Johannes Polyander,
Wilhelm Zepper, Francis Turretin, William Ames, Thomas Hall, Edmund Calamy, Daniel
Cawdrey, Herbert Palmer, Thomas Edwards et Anthony Burgess distinguaient tous entre
les lois d'équité particulière (juris particularis) qui sont propres au corps politique de
l'Israël antique et expirèrent avec cette entité, et les lois d'équité commune (juris

6 e
Steve Halbrook, God is Just : A Defense of the Old Testament Civil Laws, 2 édition, Theonomy Resources
Media, 2011, Appendice H par Vidiciae Legis : Understanding the Westminster Confession of Faith, Section
19.4, on the Judicial Law and General Equity, p. 533-561 sur 658 ; Marc Clauson, A History of the Idea of God’s
Law (Theonomy) : Its Origins, Development, and Place in Political and Legal Thought, Edwin Mellen Press,
Lewiston (New York) 2006, p. 137-149 sur 464. Clauson est professeur d’histoire et de droit au Center for
Political Studies de Cedarville University (une institution baptiste) dans la ville éponyme en Ohio.
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communis) — dites aussi d'équité générale ou d'équité morale — qui sont applicables à
toutes les époques dans tous les États. Les lois d'équité particulière sont intimement
attachées à la loi cérémonielle de par leur nature circonstancielle et préfigurative du
Messie. Les lois d'équité commune ou générale font partie intégrante de la loi morale de
par leur nature immuable et universelle. Dans la pensée de ces théologiens réformés, la
catégorisation correcte de la loi divine est bipartite et non tripartite.

En effet, la Bible établit clairement une distinction entre l'obéissance aux


commandements moraux et l'obéissance aux ordonnances sacrificielles (Psaumes 50 et 51,
etc.). En revanche, la Bible n’établit aucune distinction entre les lois morales et les lois
civiles. La catégorisation tripartite, quoique inventée dès l’Antiquité, fut surtout
popularisée en Occident par Thomas d'Aquin au Moyen Âge 7. Cette catégorisation
tripartite n’a aucun fondement biblique8.

2.2. Distinction entre lois proprement judiciaires et lois pas


proprement judiciaires

Les théologiens réformés continentaux et insulaires Daniel Cawdrey, Herbert Palmer,


William Ames, William Gouge, Thomas Edwards, Anthony Burgess, Thomas Hall, Paul
Bayne, Francis Cheynell et Johannes Piscator considéraient tous que les lois judiciaires
d’équité particulière sont « proprement judiciaires » et que les lois judiciaires d’équité
générale ne sont « pas proprement judiciaires ». En langage courant, les lois judiciaires
« à proprement parler » désignaient uniquement et systématiquement les lois judiciaires
d'« équité particulière » relevant de la loi cérémonielle, tandis que les lois judiciaires d'«
équité commune ou générale » désignaient les lois judiciaires relevant de la loi morale.

7
Jean-Marc Berthoud, Le règne terrestre de Dieu : Du gouvernement de notre Seigneur Jésus-Christ –
Politique, nations, histoire et foi chrétienne, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne (Romandie), 2011, p. 412 et
453 sur 615.
8
Pierre Courthial, De Bible en Bible : Le texte sacré de l’Alliance entre Dieu et le genre humain – Et sa vision du
monde et de la vie, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne (Romandie), 2003, p. 182-187 sur 203 ; Jean-Marc
Berthoud, « Brève note sur la théonomie et les trois aspects de la loi », Revue Réformée, N° 258, 2011, p. 109-
113.
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Ainsi, par le vocable « lois judiciaires », ces théologiens réformés ne désignaient pas la
totalité des lois judiciaires.

2.3. Présence d’éléments d’équité commune dans des lois d’équité


particulière

Les théologiens réformés insulaires Daniel Cawdrey, Herbert Palmer, Thomas Cartwright,
Samuel Rutherford, Thomas Edwards, Thomas Hall et William Gouge reconnaissaient
tous que certaines lois judiciaires d'équité particulière contiennent des éléments
d'équité commune qui demeurent valables sous la Nouvelle Alliance. Par exemple : la
peine capitale (équité générale) par lapidation (équité particulière).

3. L’art. 19:4 désigne les lois judiciaires d’équité particulière,


et l’art. 19:5 désigne les lois judiciaires d’équité commune

Lorsque les auteurs puritains de la Westminster, de la Savoy et de la 1689 affirmèrent à


l’article 19:4 que « diverses lois judiciaires [...] vinrent à expiration » ou que « diverses lois
judiciaires [...] ont expiré », puis que de « l'équité générale [...] s'y trouve » ou que « leur
équité générale [est] d’un usage moral », ils se référaient exclusivement aux lois
judiciaires d'équité particulière (lesquelles peuvent véhiculer des principes d’équité
générale). Ils ne se référaient absolument pas aux lois judiciaires d'équité commune
qu'ils considéraient à juste titre comme entièrement maintenue et reproclamée sous la
Nouvelle Alliance.

Une réécriture moderne (1975) de la 1689 l'expose sans ambigüité :

To the people of Israel God also gave sundry judicial laws which applied
as long as they remained a nation. The principles of equity which
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appear in them are still valid, not because they are found in Moses' laws
but in virtue of their unchanging character9.

Qu’en est-il des lois judiciaires d'équité commune ? Elles ne sont aucunement ignorées
par le chapitre 19 de ces confessions de foi. Puisqu’elles relèvent de la loi morale à laquelle
elles sont étroitement et inextricablement liées, elles sont couvertes par l’article 19:5 qui
traite de la loi morale. Ici, la Westminster, la Savoy et la 1689 ont exactement la même
formulation :

La loi morale oblige à l'obéissance pour toujours tous les hommes,


qu'ils soient justifiés ou non ; cela, non seulement en rapport à son
contenu mais aussi concernant l’autorité de Dieu le Créateur, qui l’a
donnée. Christ dans l'Évangile, loi de l'abroger, en a considérablement
renforcé l'obligation.

Il s’ensuit que la Confession de foi réformée baptiste de 1689 — tout comme la Déclaration
de foi et d’ordre de Savoy ansi que la Confession de foi de Westminster — sont des
standards doctrinaux (crédos) théonomiques.


9
Collectif, « The Baptist Confession of Faith of 1689 Rewritten in Modern English – Chapter 19 : The Law of
God », Founders Ministries, http://www.founders.org/library/bcf/bcf-19.html, consulté le 17 juillet 2015.

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