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T.

Piketty écrit : « L’inégalité séparant les détenteurs de patrimoine de ceux qui n’ont hérité que de leur
force de travail est la plus criante et la plus difficile à accepter des inégalités sociales. Il n’est donc pas
étonnant que les critiques les plus virulentes du capitalisme se soient concentrées pendant longtemps
sur cette opposition capital-travail, notamment depuis les travaux de K.Marx .( …)L’inégalité est ainsi
décrite comme une opposition entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui n’en possèdent pas et qui
doivent donc se contenter des revenus de leur travail . La source fondamentale de l’inégalité serait
donc l’inégale répartition de la propriété du capital , les deux termes de cette inégalité fondamentale ,
capitalistes et travailleurs , sont d’abord conçus comme des groupes homogènes comparés à tous ceux
qui les opposent : l’inégalité des revenus du travail ( pourtant très importante ) est considéré comme
secondaire .

Constat :
• au niveau macro-économique, les revenus du capital représentent la même part du revenu
national qu’il y a un siècle. Cette stabilité macro-économique de la part du capital s’observe
dans tous les pays sur longue période . Elle était d’ailleurs considérée par Keynes comme la
régularité la mieux établie de toute la science économique
• par contre, la concentration des patrimoines a fortement évolué : ainsi , si l’on prend la part
des 1 % des décès les plus fortunés dans le total des successions , ils représentaient :
- 55 % du total entre 1900 et 1914
- ont baissé de 55 à 42 % entre 1914 et 1920
- se sont stabilisés aux alentours de 42 % durant l’entre-deux guerres
- ont chuté durant la guerre pour atteindre 35 %
- se sont stabilisés entre 45 et 65 aux alentours de 35 %
- pour chuter continuement jusqu’à 18 % aujourd’hui
- donc entre 1914 et 2000 , la part du 1 % des décès les plus fortunés a été divisé par 3,5
.
• cela a conduit , selon Piketty , au passage : « d’une société de rentiers à une société de cadres
au cours du XX° siècle qui représente un bouleversement d’une importance comparable au
passage de la société aristocratique à la société bourgeoise qui avait totalement restructuré le
corps social et les perceptions des inégalités »
• Piketty peut alors en conclure : « le fait que les personnes vivant de revenus de patrimoines
accumulés dans le passé n’aient plus aujourd’hui qu’une importance symbolique et ne
constituent plus un groupe social en tant que tel explique dans une large mesure pourquoi le
capitalisme ne connaît plus les contestations radicales exprimées il y a un siècle . La fin des
rentiers a fortement contribué à légitimer les inégalités et à les rendre moins inacceptables : les
inégalités passent aujourd’hui principalement à l’intérieur du travail et peuvent être plus
aisément justifiées par des considérations méritocratiques que par le passé » .

Il n’en reste pas moins que les inégalités de patrimoine demeurent très fortes , beaucoup plus
importantes que les inégalités de revenu :12 p 185