Vous êtes sur la page 1sur 1

REPORTAGE

DR
L’œil d’Agathe

Juste en face de l'île St Louis dans le quartier du Marais, une petite galerie d'art à la devanture rouge
interpelle les passants. A l'intérieur, une femme est assise derrière une petite table encombrée de papiers. Au-
tour d'elle, une exposition de photos en noir et blanc règne sur les murs de la pièce. Bienvenue dans la plus
ancienne galerie de photographie de Paris en présence de sa propriétaire : Agathe Gaillard.

Avant même que la photo avant-gardiste. gouvernementale provoqua le déclin de la


s'émancipe dans la société, Agathe Gail- Pari tenu. En 1980, Agathe Gaillard vit photographie improvisée.
lard prise de passion pour ce monde en ainsi la photo prendre de plus en plus Vint ensuite l'ère du numérique. Avec ce
images décide d'ouvrir en 1975 une pe1te d'ampleur dans la société. Les pe1ts pho- type d'appareils perme2ant de prendre
galerie afin d'exposer les œuvres de ses tographes qu'elle avait alors exposés en des photos sans compter et de les effacer
amis photographes. A l'époque, très peu ses débuts devinrent très vite populaires à volonté, le monde de l'image s'ouvrit à
de gens s'intéressait à l'art photogra- dans le milieu. C'est ainsi qu'elle put ac- beaucoup plus de personnes. Mais ce2e
phique, il était même mal reçu par les au- compagner dès leur début, de grandes fi- conséquence fit perdre de la notoriété
tres milieux ar1s1ques comme celui de la gures de la photographie telles que aux photographes. Agathe Gaillard le fait
peinture ou de la gravure. Il n'existait que Robert Doisneau, Bill Brandt, Edouard remarquer: "La presse qui auparavant a
deux galeries dans le monde avant celle- Boubat ou encore Henri Car1er-Bresson. beaucoup soutenu les photographes, ne le
ci. Une en Cologne et une à New York. "Le
milieu de la photo était un pet monde où
tous les gens se connaissaient" nous ra-
conte la propriétaire. Pourquoi prendre
alors un tel risque? Très proche des pho-
tographes, elle avait à cœur de faire en-
trer la photo dans l'histoire de l'art.
Agathe G. se jus1fie: "Ils étaient tous pas-
sionnés par ce qu'ils faisaient. J'étais
convaincue de leur succès".
© MARC RIBOUD

Des débuts promeeurs.


© BOUBAT

En tant que première galerie


photo à Paris, le choix des photographes
était plutôt large pour Agathe. La pro- fait plus. Le milieu est redevenu souter-
priétaire commença par exposer des ar- De nouvelles embuches... rain, il faut aller dans les galeries pour les
1stes qu'elle avait rencontrés Dès l'instaura1on du droit à connaitre."
personnellement. Le public, moins nom- l'image décidé par l'ancien premier minis-
breux quant à lui, se cons1tuait principa- tre Lionel Jospin, les photographes ne pu- Et aujourd'hui?
lement d’amateurs de photos ou de rent plus prendre de personnes en photos Alors qu'une jeune photographe
passionnés. Mais pe1t à pe1t le milieu sans leur accord. Cela devint un vrai pro- entre dans la galerie pour demander à la
photographique s'est imposé dans la cul- blème pour plusieurs d'entre eux qui propriétaire si il est possible d'y exposer
ture et Agathe put voir des gens du avaient l'habitude de réaliser leurs clichés ses photos prochainement, 
monde en1er venir dans sa pe1te galerie dans la rue et à la volée. Ce2e décision

04