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À un niveau de synthèse, son syncrétisme présuppose une

volonté libre qui domine choix et actions, fortement étayé par
une vision empirique de la vie ; à un niveau littéraire ce
syncrétisme produit inévitablement des œuvres composites,
sans forme, qui en apparence défient le concept aristotélicien
d’ordre.
Pour la reine, la religion n’était pas une abstraction, mais un
organisme vivant développant des normes pratiques et
accessibles pour la conduite humaine ; si sa position ne peut
pas être fixée, c’est précisément parce qu’en essayant de
combler le fossé entre les thèses théologiques et les
expériences de la vie elle trouve elle-même une mobilité
spirituelle sans repose.
Cette infaillibilité de la foi crée une certaine a-religion, une
indifférence envers l’Eglise et la morale conventionnelle, qui à
son tour conduit à une liberté d’expression et à une sincère
description de la vie.
Une conciliation entre une foi absolue et solide obtenue par la
grâce et la condition relativiste et fluide de la vie est
naturellement tout à fait impossible.
L’âme platonique, l’amour idéal, l’amour chrétien, quel que soit
le nom qu’on lui donne, contraste toujours énormément avec la
vie observable de tous les jours ; en fait, un abîme existe entre
ces formes spiritualisées d’amour, qui échouent même au
moment où elles sont essayées, et la norme charnelle d’agir
humain. Même le mariage échoue dans l’Heptaméron, parce
que « amour vertueuse » demeure une denrée rare chez les
hommes.
Seule la foi véritable peut sauver l’homme, mais peu sont
éligibles, ou même ont la capacité de recevoir la grâce de Dieu.
La foi et la grâce de Dieu deviennent ainsi un autre idéal
inaccessible, étant donné la faiblesse fondamentale de
l’homme.

est avant tout un catalyseur pour une exposition de la conduite humaine. où tout est falsifié et en désintégration. la vie cependant apparaît totalement différente d’après elle. mais. L’amour dans l’H. le mariage. Dans l’H.Marguerite postule un ensemble d’idéaux – l’amour platonicochrétien. l’homme et la femme. la foi . alors sent qu’elle fait face à un univers qui ne peut pas être saisi. dans la mesure où les mots offrent leurs significations à multiples facettes. antinomie qui reflète l’esprit tourmenté et indécis de l’auteur. dans la vie l’amour est d’une autre nature. Il en résulte évidemment une tragique antinomie entre la vie telle qu’elle est et la vie telle qu’elle devrait viser à être. Le point de vue idéaliste est miné sinon éliminé par la discordance entre les faits de la vie et la rhétorique. . M. un langage érotique métaphorique qui par sa fréquence et par-dessus tout par sa réserve créatrice donne une importance dominante à l’amour terrestre. souvent contrastantes afin de dévoiler la duplicité et la multiplicité de la pensée et de l’action. règne un monde d’imposture. à cause de l’impossibilité de discerner les véritables faits ou motivations derrière l’agir humain.qui devraient servir de guide pour vivre . L’Heptaméron insiste sur le relativisme de la vérité et sur la difficulté que les gens ont à communiquer entre eux. Dagoucin introduit l’image de l’androgyne pour illustrer sa thèse que deux moitiés. adopte un vocabulaire pétrarquiste traditionnel et forge d’autre part. entre la pensée et l’expression. M. La première présentation théorique de l’amour platonique se trouve dans la discussion qui suit la huitième nouvelle . aussi bien que par les contradictions conscientes à l’intérieur des discussions. se cherchent constamment l’une l’autre en vue de réformer une union parfaite. régi par la contradiction entre l’intention et l’action.

d’un désordre spirituel. ici dans son sens physique – Cupidon – sur l’homme et de ce dernier l’impuissance et la faiblesse devant l’amour. restant plus importante que la dernière. « une maladie donnant tel contentement. Ou bien il enfante l’idée de dissimulation et de feinte. ce qui communique à l’amour le sens d’une vulgaire marchandise. En théorie. la guerre signifie la conquête de la femme par l’homme et les incessantes confrontations entre les deux afin de réaliser cette conquête. Commentaire d’un extrait : De plus.. Il est lié. ici la fièvre agit comme le noyau métaphorique central rattaché à l’humeur noire. veut mettre en relief l’irrésistible domination de l’amour. M. adopte l’interaction vie-mort. elle . changeant constamment de main . tout le langage figuré vibre autour d’un découvrir à double dimension (mettre à nu et trouver) et culmine ironiquement sur le banal marchand. cependant. en pratique. L’amour devient aussi l’équivalent d’une maladie. Pour elle. le concept de l’amour maladie devient le centre irradiant vers d’autres thèmes. la première. à l’interaction vie-mort. l’image de la guerre comporte un sens de conquête et de victoire dans le domaine de l’amour . Aussi cette image dans son rôle essentiel reflète la bestialité de l’homme et ses désirs charnels incessants. le dépeint comme une maladie ou une guerre. si répandue les nouvelles. Aux mains de M. en plus hyperboles habituelles ébauchant les sensations métaphoriques du cœur et des larmes.Suivant des lignes pétrarquistes typiques. fait un abondant usage des images du feu. ce langage personnifie et mythifie l’amour. ce sont deux images qui reviendront. à la mélancolie. par exemple. que la guérison était la mort ». causant un étant de dépression complètement hors de portée d’une cure humaine ou de la raison .

Avec les divergences au sein d’une même métaphore. qui vient de trouver son mari au lit avec la servante. elle survient pour rabaisser l’amour à un niveau matérialiste. Le feu. il détruit. Ce rajeunissement de mots-usés à son tour révèle une attitude anti parfait-amour. le feu apparaît et comme un agent purificateur. mais à un niveau linguistique les discussions stabilisent souvent de nouvelles significations des mots. il procure chaleur et subsistance. met le feu sous le lit. et comme un révélateur de vérité. Une épouse. Ainsi M. En plus de la torture et de la destruction. renouvelle les lieux communs métaphoriques du langage de l’amour en leur conférant soit une signification différente. mettre le feu et réveiller deviennent l’équivalent de ramener le mari à la raison. Quand succès il y a. elle le réveille en criant. et quand la fumée est sur le point de le suffoquer. soit une signification antagoniste de l’acception habituelle. il n y’a aucune contradiction ou faiblesse conceptuelle dans la composition narrative. Au niveau métaphorique.aboutit à retarder ou à anéantir les situations. sous son aspect négatif. souvent . tandis que la fumée garde sa connotation traditionnelle d’avertissement. Elles servent de table pour un exposé de valeurs éthiques et religieuses qui présente des opinions variables. seulement une ambivalence très consciente servant à accentuer les antinomies et la variété dans la conduite humaine. de vouloir exposer les deux côtés de la médaille. Les discussions qui suivent les nouvelles acquièrent une double dimension. sous son aspect positif. il purifie . En conformité avec le trait fondamental chez M. La seconde acception est plus fréquente que la première. le feu prend une consistance très impure ou une qualité feinte pour exprimer la basse nature de cet amour.

Des articles comestibles spécifiques. En même temps. ces traits linguistiques. tels que les confitures. A un niveau littéral. ou accentue des contradictions qui tournent en dérision les traditions littéraires. le boire demeure au niveau général de l’amour physique. les confitures apparaissent comme des offrandes de nourritures par une dame à un homme. L’imagerie animale qui a rapport aux moines fait toujours ressortir la suprématie ans leur esprit de l’amour du corps sur l’amour de Dieu – et un faux amour envers leurs prochains. Si la nourriture et le manger relèvent du langage. remplissent une fonction métaphorique dans le domaine ou du parfaite amour ou de l’amour charnel. avec un parallèle découlant d’une sombre condition humaine. en vue de rendre évidente la discordance entre l’homme ou la société telle qu’elle devrait être et telle qu’elle est réellement.rencontrée. des mots qui acquièrent de nouvelles dimensions de signification flirtent avec leur propre désintégration . ou des deux. Dans la formulation d’un langage érotique. adhère grandement au procédé qui consiste à juxtaposer la connotation édifiante ou spirituelle d’un mot une connotation vulgaire. correspondant formellement à une vision d’une insondable diversité dans les motivations humaines. ou encore en réaction à celleslà. Puisqu’il est un besoin physiologique. il est employé comme charpente de l’hypocrisie et de l’ironie. dans le langage imagé. Elle aime dépouiller un mot de sa dignité. M. les drogues et la salade. pour ainsi dire. cette signification unidimensionnelle vibre dans l’esprit du lecteur et le laisse intrigué. s’élève bien davantage contre la violence et la falsification de la vérité à dessein de réaliser les désirs . M. mais par la suite. Cependant. sauf quand il symbolise la prudence et la raison dans la recherche des satisfactions sexuelles. en fait.

il paraît mieux convenir aux saints qu’aux hommes et conséquemment voué à l’échec. Quant au parfait amour ou parfaite amitié à quoi elle se réfère fréquemment et qu’elle tente de donner en exemple dans certaines histoires et discussions. demeure sujet aux défaillances humaines. vu sous cet angle. de la bonne conscience. la vérité se désintègre. on ne peut jamais s’y fier entièrement . peu importe son degré de perfection. Peu importe jusqu’à quel point un chien peut être bien « dressé ». Ainsi. Les victimes d’une passion fatale incontrôlable. l’anticléricalisme de M. en quelque sorte à la Phèdre.de la chair que contre la validité et le caractère naturel de ces plaisirs. se fait l’avocat de la raison. . la méfiance et la dissimulation prévalent. les mots perdent leur significations originelles . n’implique pas nécessairement un anticatholicisme mais bien une vérification de la bestialité dans toutes les classes de la société. Dans le monde d’apparences. Les hommes en général ne se conduisent pas mieux que les moines . un amour. ce sont là les principes de conduite qu’elle préconise. Une femme qui a quitté son mari pour un prêtre à cause d’un désir inexorable est désignée sous le nom de la « bestialité » est mise spécialement en évidence dans la 70ème nouvelle. en amour comme dans la vie. reçoivent l’épithète de bestiales. de l’ordre et de la mesure . M. La façade religieuse est à dessein tout à fait transparente de telle sorte que la barrière entre le spirituel et le charnel n’existe guère.

mais il ne peut être assuré de la qualité du produit . Le résultat immédiat d’une telle vision est un brouillage. le livre apparaît comme un passetemps qui à son tour mène à un autre passe-temps. L’homme peut choisir de cultiver le sol. l’évanescence des mots traduit la duplicité des actions et des pensées de l’homme. « Et ne pensez pas que ceux qui poursuivent les Dames prennent tant de peine pour l’amour d’elles. Puisque les mots sont dits par des individus. et vice versa. voire même s’affiche-til comme un ornement ostentatoire. « il ne faut point donner tant de louange à une seule vertu. Le matérialisme falsifie des valeurs . qu’il la faille servir de manteau à couvrir un si grand vice ». Le pré figure comme une source de divertissement aussi bien que d’illusion pour eux et pour le lecteur. non à celle de l’homme. elles révèlent une vision variable et pessimiste de la condition humaine qui contraste avec la beauté de l’environnement.Pour M. même une inversion des termes riche et pauvres . Dans un monde d’apparence. c’est un écran trompeur pour les sentiments bas et stériles. les riches matériellement sont pauvres spirituellement. la beauté intérieure répond à la volonté de Dieu. la recherche des plaisirs de l’amour. parce que durant que les nouvelles constituent un passe-temps. le tout à l’intérieur d’un cadre trompeur qui consisterait à voir à et regarder. elle fractionne un mot en tous ses composants possibles qui font naître son impureté. les mots constituent une faible barrière entre le vrai et le faux. Car c’est seulement pour l’amour d’eux et de leur plaisir » . elle revient à son acception primitive. (La Rochefoucauld) Dans le pastiche suggéré. on ne peut pas plus s’y fier qu’aux personnes elles-mêmes. Pour exprimer cette faillite verbale. ou bien. .

En découvrant la sotte nature de leur conquête. le vrai coupable est la langue. l’intention. ne pas faire du bruit signifie cacher. Le langage ordinaire échoue. ils décident d’affronter la dame libidineuse. En fait. tout à fait de la façon que La Rochefoucauld observe chez les gens . A un niveau littéral. la crainte de faire du bruit gouverne actions et pensées. Autrement. ils couvrent un vice foncier d’une vertu apparente. L’individu lui même vit dans la crainte d’être incompris ou découvert ou bien il ne vit jamais tout à fait en conformité avec une apparente bonne réputation.Un paradoxe de plus souligne le sourire laconique de l’auteur quand les soupirants heureux « se vantent de leur prison ». L’incertitude du langage crée un abîme entre ce que les mots disent et ce qu’ils signifient. Puisque leur souci principal est de cacher leur moi intime. la 79 ème nouvelle. Ici un amour est détruit. quand le silence est un succès. la discordance voulue entre le fait et l’action. seul élément visible aux yeux des hommes. parce qu’il mène au désastre. chacun portant une chaîne autour du cou. l’évidence se poursuit. les histoires elles-mêmes et les discussions qui les accompagnent deviennent les agents qui exposent la comédie humaine et essaient de démêler la vérité derrière un voile. Qu’il suffise de mentionner un cas exemplaire. Leur lien visible marque la liberté qu’ils viennent de recouvrer sur une dame apparemment possessive . c’est qu’il dissimule une faute ou fait abus d’une doctrine religieuse. signifiant à la fois langue [muscle physique] et langage. Ici un amour est détruit parce qu’un jeune homme a dit le nom de sa bienaimée . Si cette prépondérance de la dissimulation reflète une vision d’un monde criblé de fausseté et de fourberie.

affirme à maintes reprises qu’il existe un seul Voyant infaillible. en dépit de toutes leurs limitations et faillites. Seuls ceux qui ont reçu la grâce de Dieu n’ont rien à cacher et demeurent dans une pure nudité constante. M. Puisque l’homme recouvre ses faiblesses et ses bas appétits. A l’intérieur des histoires courtes. elle examine malgré tout la vue et le jugement humains. la fenêtre tient lieu de moyen de communication. narre les histoires de telle façon que nous pouvons. seule la déception s’offre au spectateur. vérité et beauté. parce que le bonheur n’existe pas dans le présent. d’occasion propice à une action douteuse et vilaine. parce que si un homme refuse d’accepter la Lumière vraie dans toute sa splendeur. nous lecteurs. est en étroite corrélation avec conscience. de fuite d’un péril détourné. et il s’ensuit qu’une interaction métaphorique de lumière et de noirceur peut inverser ce concept ou jongler avec lui. La fenêtre est un point d’attente illusoire dans le temps et dans l’espace. voir. Une vue claire. et par conséquent notre propre conduite.autour de lui. même s’ils ne sont pas les meilleurs. mais par leur nombre minime. Dans des nouvelles. De cette fenêtre. mais dans un passé statique et lointain ou dans un futur inaccessible. il doit s’en remettre à ses propres moyens d’atteindre des solutions pratiques. La dialectique de lumière/obscurité avec son corrélatif vue/cécité forme une très importante partie métaphorique . d’autres tentent de les voir. Dieu . de catalyseur du désir. donc. ils ne constituent certes pas la norme. parce qu’elle affecte leur bonheur et leur vie quotidienne. observer et juger la conduite des autres. pour découvrir la vérité. En conséquence. les personnages veulent voir. Et M. la notion de voir occupe une place importante dans les nouvelles.

et elle se révèle une technique narrative heureuse. . la dissimulation à la divulgation.de l’esthétique de M. Cette dialectique oppose l’amour idéal à la luxure. le royaume terrestre et le jugement divin.

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