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Le tramway est un train dont on a réduit la taille, les nuisances sonores et soigné le look pour lui permettre de serpenter en ville sur des rails adaptés au paysage urbain. Très attendue par la population de Rabat-Salé et de Casablanca,son entrée en activité posera des problèmes juridiques; surtout qu'il va être mpliqué, et il le fut déjà, dans des accidents de la circulation. Quelle est alors la position du droit positif marocain actuel face à ce nouveau moyen de transport?

L e Code de la route (loi nOS2-0S) traite du problème du tramway, Du point de vue juridique, il a malheureusement laissé certains

problèmes en suspens, Il exclut de son champ d'application, les voies ferrées et les véhicules les empruntant et oblige, tout

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de même, les conducteurs du tramway à

«respecter les règles de circulation sur la voie publique fixées par l'administration». Parmi

ces règles, on peut citer les signalisations et l'adaptation de la vitesse aux circons- tances et aux lieux qui signifient, dans la plupart des cas, la réduction de la vitesse

JAOUAO ASSEM. ASSUREUR

et le cas échéant l'arrêt du véhicule.

Tram et Code la route

Par ailleurs, il a instauré la priorité de passage au tramway sur tout son réseau. Ainsi tous les usagers de la voie publique (les autres véhicules, les piétons et les

«IL EST ÉTONNANT DE CONSTATER QUE LE CODE DE LA ROUTE A CRÉÉ UNE «ZONE D'EXCLUSION ANIMALE» PUISQU'IL STIPULE QUE LA

animaux de trait) devront-ils lui céder le passage Si pour des raisons évidentes, il ne soumet pas le tramway au régime de l'immatriculation, il n'impose malheu- reusement pas de permis de conduire au conducteur de ce moyen de transport. En effet, l'une des nouveautés du Code est la tendance à la généralisation de l'obligation du permis de conduire. Son article 6 a instauré l'obligation du permis pour tout conducteur de véhicule et engin à moteur à usage agricole ou forestier (tracteurs ou moissonneuses-batteuses) ou utilisé dans les travaux publics. Mais cette mesure a été suspendue par l'article 311 qui stipule que

«les dispositions de l'article 6 de la présente loi entrent en vigueur selon les modalités et dans les délais fixés par l'administration». Le

règlement d'application n'a pas à ce jour été

CIRCULATION DES ANIMAUX DOIT «ÊTRE ÉLOIGNÉE

DE LA ZONE DE PASSAGE DU TRAMWAY DISTANCE DE DEUX KILOMÈTRES».

D'UNE

publié. I'entreprise exploitant le tramway délivrera certainement des certificats ou diplômes au personnel qu'elle aura formé pour la conduite de ses véhicules, mais le législateur devrait au moins imposer à ces derniers, comme document de base, le

permis de la catégorie «B". Cette solution permettra d'éviter toute équivoque et assu-

rera l'équité, devant la justice, de tous

conducteurs de véhicules, car elle donnera

policières et aux

la possibilité aux autorités

les

juges d'ordonner le retrait du permis ou de prononcer les autres sanctions pénales à l'encontre du traminot fautif. En circulant, le tramway emprunte tantôt sa plate-forme spéciale tantôt le passage à niveau. La plate-

forme du tramway est la voie qui lui est «ex- clusivement réservée». Le passage à niveau qui est l'intersection entre une route et une voie ferrée peut s'étendre, pour le tramway, sur une grande surface, surtout au niveau des carrefours aussi larges que ceux des places Mohammed V ou Bab El Had de Rabat dont la taille a été intelligemment réduite par les aménagements réalisés lors de la construction des voies. Carrefours, passages à niveau et arrêts de tramway constituent au sens du Code la route les «parties spéciales de la route» c'est-à-dire les lieux que tout conducteur de véhicule doit prendre en considération en doublant de vigilance. Il est étonnant de constater que le Code de la route a créé une «zone d'exclusion animale» puisqu'il stipule que la circulation des animaux doit «être éloignée

de la zone de passage du tramway d'une distance de deux kilomètres». Le marquage de cette zone a-t-il été fait et cette loi s'ap-

plique-t-elle

à tous les animaux? Lorsqu'il

est autorisé,

le dépassement du tramway

en mouvement doit se faire à droite et ne se fera à gauche que si, d'une part, la voie est à sens unique et que, d'autre part, cette manœuvre soit impossible à droite.

Tram et Code des assurances

Le Code des assurances (loi n017-99) n'im- pose l'obligation de l'assurance de respon- sabilité civile qu'aux véhicules terrestres à moteur non liés à la voie ferrée. Lentreprise qui exploite le tramway a la liberté d'assu- rer ou de ne pas assurer sa responsabilité civile; à moins que l'État et les collectivités locales ne lui imposent cette assurance dans le cahier des charges. Cependant, le tramway va jouir d'une faveur légale inestimable qui initialement était prévue pour le train (ONCF). C'est la manière avec laquelle le texte accordant cet avantage fut rédigé en 1984 qui permettra au tramway d'en tirer profit. En effet, l'article 26 du Dahir portant loi nOl-84-177 du 2 octobre 1984 relatif à l'indemnisation des victimes d'accidents causés par les véhicules terres- tres à moteur, a étendu le champ d'appli- cation de cette loi aux victimes d'accidents causés par les véhicules liés à la voie ferrée. Cerise sur le gâteau: cette loi a soustrait les entreprises du rail au paiement des

amendes de

10.000 à 100.000 •••

Du 15 ou 21 juillet 2011 -

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••• dirhams que pourrait infliger le ministère de l'Economie et des Finances aux sociétés d'assurance qui ne règlent pas à temps les indemnités à leurs bénéficiai- res. En France, la loi Badinter du 05 juillet 1985, qui a institué un régime particulier pour l'indemnisation des victimes d'acci- dents de la circulation dans lesquels est impliqué un véhicule terrestre à moteur stipule qu'elle ne concerne pas les trains et le tramway circulant en site propre.

Tram contre voitures

En ce qui concerne le préjudice matériel causé aux véhicules automobiles, les assureurs lui réservent un traitement de faveur marqué en général par la célérité du règlement et ce grâce à la Convention d'indemnisation directe (CID). Aux termes de celle-ci, la compagnie d'assurance du véhicule automobile non fautif ou partielle- ment fautif, s'engage à nommer son propre expert et à indemniser directement son client au lieu et place de l'entreprise d'assu- rance du véhicule responsable du sinistre et ce, en respectant un barème préétabli qui fixe le degré de responsabilité des différents véhicules dans la survenance de l'accident. La CID s'applique aux accidents matériels mais aussi aux accidents corporels, à la double condition que le propriétaire du vé- hicule non fautif ou partiellement fautif, ne soit pas blessé et qu'on ne déplore pas le dé- cès de l'un des conducteurs impliqués dans l'accident. La CID exclut de son domaine d'application les accidents mettant enjeu le tramway en mouvement. Cependant, si l'un des véhicules automobiles impliqués dans un accident de la circulation entre en collision avec un tramway en stationne- ment, la CID s'appliquera. La CID est un acquis important pour les assurés mais ne constitue guère une panacée en matière de règlement juste des sinistres puisqu'elle souffre du problème général de l'exper- tise des dégâts matériels et du bas niveau du plafond des dommages fixé à 20.000 dirhams, plafond au-delà duquel elle ne s'applique pas automatiquement. Pour éva- luer les dommages aux véhicules, certains experts déduisent la vétusté pour tous ceux qui ont plus d'un an d'âge et appliquent cette vétusté parfois sur des pièces qui ne s'usent pas comme le pare-brise. Un pare-brise est ou n'est pas en bon état. Appliquer la vétusté en matière d'assurance de responsabilité civile, c'est faire supporter à la personne lésée une franchise camouflée. Le client non responsa- ble du sinistre n'a pas à supporter la vétusté de son véhicule, c'est au fautif de supporter

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- Du 15 au 21 juillet 2011

«LE TRAMWAY EST UN BIEN INESTIMABLE ET ON NE RISQUE PAS DE TROUVER SES PIÈCES DE RECHANGE À LA FERRAILLE DE SALMIA

».

les conséquences de ses actes. Lorsque la CID n'est pas applicable, le recours direct contre l'assureur du tramway risque de ne pas aboutir rapidement. L'arrivée du

tramway

augmentera donc le nombre

d'assurés

en proie à des difficultés d'in-

demnisation. Il s'agit d'automobilistes qui se trouvent impliqués dans les accidents causés par les auteurs de délits de fuite, qui se sont multipliés après l'entrée en vigueur du Code de la route et les non assurés. Il en va de même des véhicules immatriculés à l'étranger assurés dans l'un des pays adhé- rents au système de la Carte verte. Celui-ci est géré convenablement par le Bureau central marocain des sociétés d'assurances (BMCA) qui délègue la gestion de certains sinistres survenus au Maroc à des corres- pondants qui sont constitués actuellement par des intermédiaires d'assurances, une compagnie d'assistance et des sociétés de services. Certains de ces correspondants, par excès de zèle, et avec le consentement tacite des assureurs étrangers pour le compte desquels ils agissent, proposent presque systématiquement un partage de responsabilité à des assurés non respon- sables et ce, après avoir pris beaucoup de temps, à l'âge de l'Internet, pour vérifier la validité du contrat d'assurance de base auprès de l'assureur européen. Convertie

en dirhams, cette offre de transaction limi- tée en général à 50% de l'indemnité réelle- ment due constitue pour les assureurs de la zone euro une aubaine puisqu'au cours actuel de l'euro, elle représenterait 43% du montant réel du dédommagement sans tenir compte du faible coût de la répara- tion au Maroc. Enfin l'entrée en service du tramway, poussera les experts qui seront chargés de l'évaluation des dommages qu'il subirait à la suite d'un accident, à s'imprégner du langage propre au monde de ce nouveau moyen de transport en commun: une rame, un carénage, des sa- blières, un gong, un L.A.C. (ligne aérienne de contact), une caisse, un bogie, un chas- se-pierres, etc. La réparation du dommage subi par le tramway à la suite d'un sinistre causé par un véhicule automobile coûtera très cher à son auteur ou à son assureur. Le tramway n'est pas réparable chez le tôlier

du coin et ses pièces sont certainement chères. Ne dit-on pas que ce qui est rare est cher? Le tramway est un bien inestimable et on ne risque pas de trouver ses pièces de

rechange à la ferraille de Salmia

ces problèmes sont surmontables et rien ne peut égaler le déplacement à bord du tramway qui restera toujours un moyen de transport sûr et respectueux de l'environ-

nement .•

Tous