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ART

GRATUIT

Francis Bacon
Janvier-Février 2010

& langages
magazine
Le spécialiste de la culture en ligne

Sculpter,
rien que des avantages !

peintures
Choisir des
de qualité
Une bonne toile
qu’est-ce que c’est ?

de la couleur
ART & langages magazine

Mettre
dans sa vie

Le réalisme de Francis

Bacon L’ABCdaire
simplifié
de la peinture
Édito
Janvier-Février 2010

Mettre de la couleur dans sa vie

S
Sigmund Freud écrit dans « Le Moïse de Michel-Ange » : et la dorure enluminer, tout à coup, un horizon maus-
En matière d’art, je ne suis pas un connaisseur mais un sade… L’existence n’est-elle pas d’ailleurs un véritable
profane… Les œuvres d’art n’en exercent pas moins sur kaléidoscope, constituée des
moi un effet puissant… Son concept de Psychanalyse Ap- facettes changeantes de tous
pliquée (à l’art), appelé aujourd’hui Art-thérapie, invite à les possibles. Et si la société
considérer le travail de l’artiste comme un révélateur de dite moderne combat facile-
traces mnésiques bien enfouies. Ainsi, une visite au Lou- ment les caractères supposés
vre ne laisse pas indifférent, même ceux qui semblent ne instables, reconnaissons que
rien avoir analysé en ne faisant aucun commentaire à la leurs côtés insaisissables de-
sortie. Ou encore un détour culturel époustouflant par le viennent un miroir sacrément
Musée Chabaud de Graveson dans le Vaucluse : indépen- inventif pour celui ou celle qui
damment de peintures qui se veulent les témoins d’une résiste à bouger. Finalement,
époque, celles-ci œuvrent à l’insu du chaland sur son ima- qu’est-ce que la couleur ? On
ginaire par la magie d’un pinceau qui a laissé sur la toile le sait depuis toujours, la ré-
une empreinte ; introjectée, elle devient le lien, dans une flexion de notre état d’âme du
journée apparemment banale, entre des états émotionnels moment. Mais, à l’instar du
plus ou moins bien maîtrisés et le sens à leur accorder. peintre qui peut utiliser le noir
C’est à l’identique que l’on peut mettre – entre autres – de comme la restitution de ses propres victoires sur lui-même
la couleur dans sa vie. Car, de par ces sortes de continuum (le thérapeute invitant de la sorte le patient à faire son
que nous ne tissons pas par hasard tandis que le temps deuil, c’est-à-dire à sublimer ses souffrances), colorer ses
s’écoule, nous devenons de plus en plus clairvoyants. Cet résistances amène, quoi qu’il en soit, à ne pas se laisser
état permet de créer et de re-créer à loisir notre quotidien. dominer par elles. De fait, la couleur ne représente jamais
Y compris lorsque le gel couvre d’argent (jolie ambiva- que le contour de joies dissimulées qui, un jour, ne man-
lence !) la nature. Mais ce métal peut aussi conduire à l’or queront pas de s’échapper pour mieux s’imposer.

Ivan Calatayud

Psychanalyste
Art-thérapeute
Vaucluse

Réveillez la créativité qui


sommeille en vous !
Renseignements et rendez-vous

http://buffet.centrepompidou.fr/0905_mailingadh/page/index.html & 04 32 61 09 06
213/ Signes & sens
Psychoportrait

Le réalisme
de Francis Bacon
Né à Dublin au tout début du XXème siècle,
en 1909 très précisément, Bacon va traverser
ce siècle étonnant avec génie. Autodidacte,
au plus profond de ses souvenirs, il retrouve
une attirance pour la peinture.

P
Pourtant, il débute dans la vie professionnelle différent, Bacon ne permettra jamais le moindre em-
comme dessinateur, notamment dans le secteur du brigadement par un mouvement pictural quel qu’il
mobilier d’intérieur. Son show room est son atelier. soit. Sa soif d’indépendance le caractérise et consti-
À l’âge de 20 ans, il se met à peindre mais par tue une véritable marque de fabrique facilement
manque de conviction quand il regarde son travail, identifiable : le pinceau manifeste l’Homme dans
il l’abandonne, pour mieux le reprendre, mais jamais son individualité qu’il couple souvent avec un se-
réellement satisfait, il détruit globalement ses pre- cond personnage ; quant aux triades, sur une même
mières œuvres. toile, elles restent exceptionnelles dans l’œuvre.
Bacon restitue de façon grandiloquente une spiritua-
Une soif d’indépendance lité aux allures de détresse humaine mais sa singula-
Une vingtaine d’années plus tard, la prestigieuse ca- rité vient de l’intérêt et de la curiosité intellectuelle
pitale londonienne l’expose, puis ce sera New York qu’il porte à la religion. Cette idée de lien se retrouve
et Paris. Même si le Surréalisme ne le laisse pas in- dans les fondements mêmes de ses supports. Ainsi
« Bacon restitue de façon grandiloquente une spiritualité
aux allures de détresse humaine »

214/ Signes & sens 215/ Signes & sens


tourne en rond depuis la nuit des temps. Mais pour-
quoi pas, interroge-t-il avec ses créations déran-
geantes ? En atteste d’ailleurs un grand nombre de
ses tableaux au titre répété, de l’ordre de la récur-
rence inévitable : Étude du corps humain. L’Homme
garde, pour ce peintre, ce reliquat animalesque qui
en fait un être soumis mais, de facto, touchant.
Bacon s’éteint en 1992 à Madrid, cette patrie qui a
vu naître un autre génie de la peinture, Picasso, qu’il
avait découvert en 1927 lors d’une exposition pari-
sienne qui était, pour Bacon, sa première visite au
maître. Avec son décès sur cette terre espagnole,
Bacon boucle la boucle à la manière de ses sphères
prend-il souvent comme base de travail une œuvre tent. Du réalisme à bout de pinceau qui, implicite- célèbres qui poussent à entrevoir que, pour lui, la
célèbre le précédant : pour exemple, le Pape Inno- ment dans le génie du maître, prévient que rien ne mort, telle une invitation rassurante à retrouver le
cent X de Velásquez. Mais il peut également utiliser peut changer ici-bas. Combien même l’humanité se ventre maternel, est probablement plus douce et plus
comme induction un cliché photographique qu’il ne laverait-elle davantage encore de ses souillures trans- enveloppante que la vie…
choisit bien sûr pas au hasard. générationnelles, donc passées, ou présentes. Avec
Bacon et l’utilisation large de la couleur rouge,
Une arène immuable jusque dans la tauromachie, on ne peut oublier que
Les lieux de représentations de Bacon renvoient, en parce que le sang coule dans les veines de l’homo
règle générale, à l’intimité de l’être humain désabusé sapiens, celui-ci n’aura de cesse de le faire s’écouler
qu’il peut installer dans des latrines : effectivement, compulsivement. Pour Bacon, la vie est un combat
Bacon n’enjolive pas. Il pousse à réfléchir, créant dans une arène immuable, proche du fatalisme et
même du désordre, du chambardement, de l’intros- ainsi perdu d’avance ! Aucune vraie communication
pection chez celui qui regarde ses jaillissements ne devient alors possible avec son prochain. Il y a
contrastés et complexes. Pour lui, tel l’existentia- de la paranoïa chez Bacon mais qu’il sublime, sans
lisme, le monde et ses occupants, qui qu’ils soient, aucune complaisance pour lui-même. Une toile de Ivan Calatayud
absorbent, introjectent, expulsent, défèquent, projet- Bacon, c’est accepter avec humilité que l’Homme

216/ Signes & sens 217/ Signes & sens


Matériel

Une bonne toile,


qu’est-ce que c’est ?

Que ce soit pour la peinture à l’huile


ou la peinture acrylique, la toile est au-
jourd’hui le support privilégié des ar-
tistes peintres. On raconte même que
pour remplacer le bois, les peintres vé-
nitiens auraient utilisé des toiles de na-
vire… *À écouter :
« Les couleurs, leur puissance et leur pouvoir »,
Marie-Claire Rossignol,
Ambre Éditions,
16,15 euros.

C
Composée de lin, de chanvre, de coton ou de fibres très serré et régulier. Plus économique, la toile de
synthétiques, la bonne toile, pour un artiste, est celle coton, s’étirant plus complètement, s’est popularisée
qui accueillera le mieux sa réalisation picturale. Gros avec l’emploi de la peinture acrylique. Elle est très
plan sur les différents choix possibles… intéressante pour réaliser des esquisses. Quant à la
toile de chanvre, moins onéreuse, Rembrandt et Ve-
Du naturel au synthétique làsquez, entre autres, y ont cependant eu recours
Plus particulièrement adaptée pour la peinture à pour y peindre des œuvres majeures… Pour ce qui
l’huile, la toile traditionnelle de lin est appréciée des est des toiles en fibres synthétiques, elles possèdent
professionnels en raison de sa très grande finesse et aussi leurs qualités. On distingue en général deux
la régularité de son grain. Ce qui explique son coût grandes familles de fibres. D’une part, les nylons :
relativement élevé. De couleur brunâtre et de texture ils offrent une grande résistance aux tractions. Leur
très résistante, on reconnaît un bon lin à son tissage souplesse et leur élasticité conviennent à la peinture
« Un peintre donne le meilleur de lui-même
si son matériel est de qualité »

218/ Signes & sens 219/ Signes & sens


Choisir des peintures de qualité
De la même manière qu’un musicien perfectionne son
art sur un bon instrument pensé et réalisé par un lu-
thier compétent, un peintre donne le meilleur de lui-
Stages de peinture
même si son matériel est de qualité. Ainsi, selon une avec hébergement et repas de qualité
pratiquante passionnée, une bonne peinture est celle
acrylique et d’autre part, la polytoile, à base de fibres Tous niveaux. Avec un professeur des beaux arts
qui contient les pigments les plus solides à la lumière,
de polyester projetées, pressées et soudées. Possé- les plus résistants aux UV. Il est bon aussi de vérifier Un des rares stages multi-matières !
dant un grain extrêmement fin, celle-ci, à condition sa capacité d’opacité ou son pouvoir de recouvre- *Pour en savoir plus :
qu’elle soit collée et non tendue, pourrait concurren- ment, son onctuosité à l’étalement qui est primordiale Tél 03 23 96 68 68
cer sérieusement les fibres végétales. Quoi qu’il en
soit, à chacun de choisir le produit adapté à sa sen-
pour le coup de brosse, sa siccativité (aptitude au sé-
chage), décisive pour une exécution enlevée et spon-
* www.ileauxpeintres.com
sibilité… tanée. On trouve aujourd’hui sur le marché de
nombreuses marques qui répondent à ces critères, tra-
Le châssis vaillant véritablement au service de l’acte créatif.
Les toiles que l’on trouve chez le fabriquant sont en
général prêtes à peindre. Elles sont parfois agrafées
sur un châssis, cadre en lattes de bois légèrement
biaisées de façon à ce que la toile ne soit en contact
avec le bois que par les bords. Les lattes constituant
le châssis ne sont ni collées ni clouées, mais simple- des règles à respecter afin que la toile peinte ne de-
ment emboîtées par tenons et mortaises. Des coins vienne pas, in fine, une mauvaise toile dans le sens
de bois ou clés sont introduits dans les angles des as- où elle perdrait son aspect originel. Pour exemple,
semblages, de manière à régler la tension de la toile respecter la règle du gras sur maigre évite à terme
à l’aide d’une pince à tendre. On peut aussi opter une peinture craquelée. Le principe en est simple :
pour des cartons ou des panneaux toilés, sous diffé- il suffit de diluer la peinture de fond avec de l’es-
rents formats. Certains puristes conseillent de passer sence de térébenthine, puis d’appliquer ensuite des
une couche de gesso de manière à éviter les petits couches de moins en moins diluées jusqu’à appli-
défauts. Le gesso est un apprêt que l’on applique au quer la pâte directement sortie du tube. Tout simple-
pinceau, au rouleau ou à l’éponge, pouvant être ment parce que la peinture maigre (diluée) sèche
poncé avec du papier émeri fin pour obtenir un fini plus vite que la peinture grasse (peu diluée). Peindre
bien lisse. Il est possible d’y appliquer une couleur dans les règles de l’art, pour le peintre Christophe
de fond, selon la technique choisie. Mais encore une Wehrung, c’est respecter les contraintes de la matière
fois, il n’y a aucune obligation. Ainsi, certains ar- pour la transformer à des fins spirituelles… et peut-
tistes comme Jackson Pollock ou Francis Bacon, être aussi durables. Les tableaux de Vermeer, pour ne
ainsi que d’autres peintres du mouvement Colorfield citer que cet artiste, n’ont nécessité aucune restaura-
Painting ou de l’Abstraction lyrique, peignent par- tion. Ainsi, une bonne toile est sûrement aussi une
fois sur une toile brute, sans gesso protecteur. D’au- œuvre pérenne…
tres ont leur recette personnelle. Le tout étant de
tendre vers l’effet désiré.

Un principe de base : le gras sur maigre


Une fois la toile préparée à la convenance de l’ar-
tiste, il convient de connaître quelques astuces.
Comme toute technique d’art plastique, il y a en effet Danièle Annot

220/ Signes & sens


Sculpter, Passion

rien que des avantages !

Pratiquer la sculpture permet d’avancer dans


un processus d’harmonisation de l’être tout
entier. Le fait de pétrir la matière pour en
faire émerger une forme convoque à la fois la
réalité de la matière, l’imagination du prati-
quant et le désir d’apprendre des techniques
spécifiques.
*À lire :
« Cristaux essentiels »,
Simon & Sue Lilly,
Guy Trédaniel Éditeur,
288 p., 15 euros

I
Il y a véritablement tout à gagner en s’engageant thode est que les « repentirs » sont autorisés. En
dans cette discipline. Témoin Catherine, enseignante effet, la matière peut être retirée ou ajoutée à tout
en maternelle, qui confirme que depuis cinq ans moment. D’autre part, la souplesse du matériau (l’ar-
qu’elle s’adonne à cette activité, elle a non seulement gile, la cire, le plâtre et les pâtes à modeler diverses)
modelé la glaise, mais aussi son existence. La sculp- permet une grande liberté.
ture ouvre de nombreux champs qui ne la limitent - La taille : son principe consiste à soustraire, à l’aide
pas seulement au modelage. Gros plan sur une acti- d’un outil, des éclats dans une matière dure pour dé-
vité qui n’offre que des avantages… gager de sa gangue une forme. Il est possible de tail-
ler sans croquis préalable ni modèle. Il suffit de tenir
Des techniques plurielles compte de la forme originelle du bloc pour faire
- Le modelage : le principal avantage de cette mé- émerger une forme. Pour exemple, Guy avait récu- « L’art reste éducatif »

222/ Signes & sens 223/ Signes & sens


Les stages de sculpture

Certaines techniques de sculpture nécessitent


une durée d’apprentissage spécifique pour être
convenablement intégrées. C’est pour cela que
des ateliers proposent des stages sur plusieurs
jours. Méthodes et méthodologies y sont dispen-
sées dans les meilleures conditions possibles. Vi-
viane, à l’issue de ses cinq jours de stage sur le
travail du bronze, en est revenue pleine de pro-
péré un bloc de marbre dans une carrière qui lui fai- jets : Nous étions un groupe de cinq personnes,
sait penser à un pied. Prenant son propre pied pour guidées par un artiste expérimenté. J’ai vécu ce
modèle, il réalisa une œuvre d’une grande qualité. stage en étant de jour en jour plus concentrée
Pour les plus académiques, il préfèreront la taille sur mes productions. Au-delà des techniques,
avec mises au point, recopiant fidèlement un modèle j’ai appris à sortir d’un certain dilettantisme. Le
à partir de mesures exactes. résultat ? Je produis et travaille infiniment plus
- L’assemblage : cette technique est ouverte à une qu’avant le stage…
infinité de matériaux de récupération ; donc elle est
peu onéreuse. Fabrice utilise caoutchouc vieilli,
métal cousu, bois trempé, tissus, papiers, pour réali- confronter au monde de la subjectivité : la société.
ser de très originales sculptures pleines d’intelli- Pour cela, il existe aujourd’hui un outil fabuleux :
gence et d’humour. Internet. L’avantage de cette forme de communica-
Un autre avantage, et non des moindres, consiste à tion est qu’il suffit de présenter ses œuvres sur la
utiliser les trois méthodes à la fois. toile pour déclencher des réactions évolutives : ren-
contres, confrontations… Exposer est une possibilité
Le plaisir d’être soi de plus en plus abordable. Des associations existent
Comme l’explique le sculpteur Farzaneh Mehri, qui accepteront d’exposer vos œuvres et de les faire
sculpter est un plaisir… une façon d’être fidèle à soi- connaître. L’art rencontre actuellement un renouveau
même et de trouver de l’audace… Comme toute ac- et n’est plus réservé à une élite. Je ne sculpte pas
tivité artistique, la sculpture demande avant tout de pour être célèbre ou pour être riche, dit encore Far-
se faire le cadeau de la rencontre avec sa véritable zaneh Mehri. Ce qui ne l’empêche pas d’en être à sa
identité. Le résultat n’a pas automatiquement à cinquième exposition. Montrer ses sculptures relève
plaire, et s’il attire des louanges, c’est de surcroît. Se d’une offrande, d’une proposition loin d’être indé-
libérer du regard limitatif d’autrui est le premier cente puisqu’elle laisse l’observateur libre. Ce qui
concept à intégrer. Ce qui ne signifie pas qu’il faille constitue l’immense opportunité de l’expression ar-
se passer des praticiens plus expérimentés. Les pro- tistique. C’est assurément pour ces raisons que,
fesseurs, les maîtres vont apporter leurs techniques, comme le souligne le poète et musicien Gérard
leur point de vue, corriger les erreurs, mais l’essen- Yung, l’art reste éducatif…
tiel est à l’intérieur, comme la forme à l’intérieur de
la matière brute. Et personne d’autre que le sculpteur
lui-même ne peut la dévoiler. Sculpter est l’occasion
unique de développer ce rapport intime avec soi…
et avec quelques autres.

Sculpter et exposer
L’éthique du sculpteur étant posée, il pourra alors se Simon Elkaïm

224/ Signes & sens 225/ Signes & sens


Culture

L’ABCdaire simplifié
de la peinture
d’Ivan Calatayud

Aujourd’hui, la lettre « E »...

E comme Engebrechtsz, Ensor,


Ernst, Estève, Eworth...

E ngebrechtsz Cornelis (1468-1533)


Il est fort probable que ce peintre néerlandais ait fré-
quenté l’atelier de Colijn de Coter : celui-ci restait fi-
dèle à la peinture traditionnelle de son époque. Les
premières toiles d’Engebrechtsz restituent cette maîtrise
Ensor James (1860-1949)
Tout petit, ce peintre belge se passionne pour le dessin. Ses parents
lui font d’ailleurs donner des leçons dans cette matière. Puis, l’Aca-
démie de Bruxelles l’accueille. Jan Portaels, qui dirige cette Aca-
démie, l’initie à l’orientalisme. Malgré une difficulté à adhérer à
picturale spécifique du XVème siècle. On trouve dans ses toutes une certaine rigueur de la transmission picturale, Ensor « croque »
premières œuvres une application qui limite un peu le peintre, qui volontiers et avec application les maîtres, tels Rembrandt, Goya,
le bride même. Mais une réinterprétation plus personnelle de la re- Turner, Daumier… Cet apprentissage lui donne une force certaine
présentation s’impose peu à peu, comme en témoigne la Cruci- que l’on retrouve dans des Autoportraits. L’artiste, après quelques
fixion, datée aux environs de 1508 : il s’agit d’un triptyque qui sera années qu’il nomme volontiers sa « période sombre », revient vers
rapidement suivi d’un autre triptyque – Descente de Croix – qui 1882 à une palette plus lumineuse. Il prétend que la ville d’Ostende
expriment, tous deux, un gothique tardif. L’artiste excelle dans les baigne dans la superficialité et, de fait, connaît la solitude. Jusqu’à
styles précieux et matérialistes. Ses œuvres ne laissent rien au ha- sa rencontre avec un couple de collectionneurs qui lui redonnent
sard et libèrent une harmonie mêlée d’élégance : si Engebrechtsz une grande confiance en lui ; il s’agit de Mariette et d’Ernest Rous-
accorde beaucoup d’importance aux détails, il n’en délaisse pas seau, véritables mécènes. Pourtant, Ensor n’arrive pas vraiment à
moins les couleurs, utilisant beaucoup le violet qui crée un climat imposer son talent, malgré le fait qu’il devienne en 1884 membre
énigmatique. Dans un registre différent, le peintre accorde une fondateur du groupe des Vingt, groupe qui boude souvent aussi le
place tout aussi prépondérante aux paysages : le Sermon sur la travail du peintre ! D’autant que les masques qu’il peint avec achar-
montagne en est un témoignage probant. nement ne sont jamais qu’un clin d’œil psychologique narquois et

226/ Signes & sens 227/ Signes & sens


caustique qu’il adresse à la société belge qu’il dénigre
Fleuve Amour le restitue. Il affine de plus en plus cette la force même d’un tableau. Si le bois est son matériau
bien volontiers. Sa toile, devenue célèbre – Masques se
technique de frottage, allant jusqu’à réaliser des romans- de prédilection, l’artiste aime travailler le cuivre et même
disputant un pendu –, fait partie de l’humour morbide
collages : la Femme 100 têtes, Une semaine de bonté. l’acier. Jusqu’à nos jours, les graveurs émérites se succè-
dont Ensor a le secret, en dépit de ce qu’en pense son en-
Max Ernst ne connaît plus de limites, alliant les matériaux dent et ce, dans le monde entier. Ainsi Gauguin et Munch
tourage. Son audace ne cesse de croître comme en attes-
les moins complémentaires qui soient… Du côté de ses apprécient cette technique artistique. Les grands peintres
tent sa Tentation de Saint Antoine (1887) et la Chute des
toiles, une sorte d’art onirique se dessine : Vieillard, s’y adonnent d’ailleurs en général sans modération,
anges rebelles (1889) ou encore l’Entrée du Christ à
femme et fleur est un véritable chef d’œuvre du genre. Le comme Chagall et Matisse…
Bruxelles. Ensor ose, bannissant par là-même la plus pe-
contexte politique de la fin des années 30 aggrave les an-
tite idée pratique de séduction… Avec une palette excep-
goisses du peintre. La mort semble rôder au bout du pin-
tionnelle, il dénonce l’hypocrisie flamande. Tout se marie
ceau, ce qui finit par pousser inconsciemment Ernst Estève Maurice (1904 – 2001)
paradoxalement à merveille dans l’œuvre du peintre : les
jusque vers les États-Unis en 1941. Les jeunes artistes Âgé d’à peine 15 ans, ce peintre né à Culan, dans le Cher,
masques carnavalesques, la compromission, la morale
peintres américains sont fascinés par la créativité perpé- ne jure qu’en Paris pour intégrer le milieu pictural. C’est
bien-pensante, qu’il combat à sa manière. Mais Ensor en
tuelle de Ernst ; il leur fait découvrir le « dripping », ainsi qu’il arrive dans la capitale en 1919 et qu’il com-
profite pour peindre inlassablement et cette haine qu’il
jusqu’au moment où l’amour paisible frappe à sa porte mence à gagner sa vie dans la typographie. Montparnasse
développe contre son peuple devient son moteur de pro-
en la délicieuse personne de Dorothea Tanning. Le couple le fascine et il devient un observateur fidèle des peintres
duction ! Ce qui ne l’empêche pas de peindre, avec tou- preinte des auteurs romantiques qui ont accompagné son
vit désormais en Arizona, heureux, ce qui permet à Ernst dont il cherche à percer le mystère, ce qui ne l’empêche
jours plus de talent, des paysages qui n’appartiennent adolescence. Mais c’est dans la ville de Bonn qu’il fran-
d’avoir une productivité époustouflante. En 1953, c’est pas d’être assidu aux cours dispensés dans des académies
décidément qu’à son style inimitable. Aquafortiste à ses chit un cap décisif. Effectivement, il se lie d’amitié avec
le retour en France. La sculpture devient une sorte d’exu- libres. Quatre ans plus tard, on retrouve Estève en Es-
heures, Ensor manie le blanc avec une rare habileté, qu’il Macke. C’est ainsi qu’il s’enthousiasme pour l’Expres-
toire pour l’homme qui peine à trouver la sérénité. Mais
peut tout à coup opposer au noir. L’artiste peint avec ses sionnisme. Très vite, ses toiles s’inspirent de ce mouve-
la peinture ne le quitte pas non plus…
émotions et son authenticité. Ensor invente car il s’in- ment novateur. Dès 1913, il expose à Berlin, puis ce sera
Quoi qu’il en soit, Max Ernst s’est im-
vente et se réinvente lui-même constamment. Mais, fati- quelques mois plus tard Bonn et Cologne qui l’accueille-
posé tout au long de sa carrière comme
gué de mener autant de combats perdus d’avance, Ensor ront à bras ouverts. La guerre éclate et bien qu’il se refuse
un vecteur sublime de l’art du XXème
finit par consolider l’ensemble de son œuvre et de ses pul- alors à ranger ses pinceaux, il développe une tendance
siècle.
sions picturales. Et ce, à partir du tout début du XXème mélancolique. S’ensuit une espèce de réaction que cer-
siècle. C’est d’ailleurs à cette période que son pays com- tains psychanalystes pourraient taxer de maniaque tant
mence à lui accorder sa reconnaissance… Toujours aussi l’artiste se révèle fécond. En 1914, il fonde la « Centrale Estampe
rebelle dans l’âme, le peintre délaisse peu à peu ses pin- W/3 », aidé de Arp et de Baargeld. Le Dadaïsme l’en- Il s’agit de l’impression d’une image
ceaux pour… improviser au piano ! Peu compris sur l’en- thousiasme, les collages aussi. En 1920, Ernst est invité dessinée ou gravée sur de la matière :
semble de sa carrière, il est pourtant précurseur du à Paris par Breton. Il expose rapidement dans un style bois, pierre etc. La gravure se décline
Surréalisme et de l’Expressionnisme. surréaliste, comme son œuvre célèbre le dévoile, Ubu im- selon deux grands axes : la gravure en
perator, datée de 1923. Le Dadaïsme s’amenuise, laissant relief, encore nommée taille
Ernst dans une interrogation encore plus mélancolique : d’épargne, et la gravure en creux que
Ernst Max (1891-1976)
l’on peut également trouver sous l’ap-
On dit de ce peintre français, né en Rhénanie, qu’il est un Sigmund Freud (et ses travaux) commence à faire parler
pellation taille douce. Si l’estampe
des pionniers de la Nouvelle Réalité. Il est vrai que son de lui, l’inconscient fascine l’artiste, jusqu’à se pencher
s’est imposée en Europe dès le XVème
imaginaire débordant s’inscrit à merveille dans une sur la matière cosmique ; il peint la Grande Forêt en 1927
siècle, les Hommes ont toujours eu une
époque où les courants picturaux quittent un classicisme où le minéral s’expose. Mais le paradoxe s’impose car les
propension à graver le bois, jusque
qui s’essouffle. L’art moderne passionne Ernst car les fossiles peuvent côtoyer chez Ernst des symboles de li-
dans les forêts ! Le maître en matière
techniques du siècle qui redémarre sont au service des ca- berté, que l’on retrouve dans son tableau Aux 100 000 co-
de gravure reste incontestablement à
ractères artistiques qui désirent repousser toujours plus lombes (1925). Ernst est inventif et ne conçoit l’art que
aujourd’hui Dürer ; son travail d’habile
loin les limites. Max Ernst bénéficie pour cela de l’em- comme ne pouvant se passer de techniques sans cesse
améliorées. C’est ainsi qu’il frotasse ses toiles, comme le composition finit par donner à l’œuvre

228/ Signes & sens 229/ Signes & sens


Signes & sens magazine

Les annonces
pagne : il a parcouru un joli chemin dans la mesure où qui en fait le peintre officiel de la cour. Malheureuse-
Art
il est responsable d’un atelier de dessins destinés à l’art ment, les époques se succèdent mais ne se ressemblent
du tissu. Poussé à nouveau vers la France, il réintègre pas toujours. Aussi, l’arrivée d’Élisabeth Ière lui vaudra
Paris, plus sûr de lui, quelque temps plus tard. Cette as- d’être délaissé un temps… Ceci dit, on retrouve sa patte
surance lui permet de fréquenter l’Académie Colarossi. en 1570 où lui sont confiés les décors des fêtes de la
Puis les expositions se succèdent, notamment à partir cour ! Eworth marque toutefois son époque, notamment
de 1927 : Salons d’automne, des Tuileries et des surin- avec deux toiles toujours considérées comme des chefs-
dépendants. Petit à petit, le peintre se fait une renom- d’œuvre : Duchesse de Suffolk et Adrian Stoke, au point
mée et se voit confier ainsi, notamment, la décoration que Nicolas Hilliard n’aura de cesse de laisser émerger
des pavillons de l’Aviation et des Chemins de fer pour l’empreinte d’Hans Eworth dans son travail.
l’Exposition internationale de Paris. Estève présente
une grande qualité : il a la capacité de s’inspirer habi-
lement des grands courants picturaux de l’époque, tout
Rejoignez le répertoire
en y mêlant une subtile réinterprétation. Certes, ses œu-
vres s’enrichissent du talent de Cézanne et de Gauguin,
entre autres, mais Estève manie l’art de la synthèse,
des spécialistes de l’art
comme en témoignent l’Embarquement pour Cythère
ou encore le Canapé bleu. Les années passant, l’artiste
et
éprouve le besoin de laisser progressivement les tech-
niques figuratives, ce que confirme l’Homme de barre.
bénéficiez
Mais les formes géométriques l’interpellent, il s’en em-
pare avec volupté : sa Nature morte fond jaune restitue de votre remise
une rigueur dans la construction de ses nouvelles toiles.
À la fin des années 1940, Maurice Estève trouve vrai- « annonces Art »
ment son style auquel il restera désormais fidèle.
en contactant dès maintenant Philippe
Eworth Hans ( ? ? – Londres ?)
au 04 90 23 51 45 ou 06 18 34 29 84
L’état civil au XVIème siècle, du côté d’Anvers, ne per- et dites « annonces Art » !
met pas d’identifier facilement les dates de naissance
et de décès de ce peintre flamand. On trouve sa trace
en 1540 en tant que franc maître à la Gilde de Saint-
Luc, puis en Angleterre en 1549, pays dans lequel il ré-
side a priori jusqu’en 1573. Mais qui était Hans

V
Eworth ? ous êtes coach, psychothérapeute, vous di-
Il s’agit d’un homme au talent remarquable qui a laissé rigez un centre de formation Psy, vous dé- LES AVANTAGES Signes&sens magazine
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