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Laurent BRUGGEMAN Université Paris 1 – Panthéon – Sorbonne

DESS Economie de l’aménagement et du développement local

Le partenariat entre Chambres d’agriculture


et collectivités locales dans le développement territorial
en Rhône Alpes

Mémoire de stage réalisé suite à un stage à la Chambre régionale d’agriculture Rhône Alpes
sous la direction de Eric MAISONNEUVE

Directeur de mémoire : Gwénaël DORE Janvier 2003

1
SOMMAIRE

INTRODUCTION..................................................................................................................
p. 4

I AGRICULTURE, TERRITOIRE ET PARTENARIAT :


les représentations des acteurs comme déterminants de leur engagement...................... p.
6

A) RESPONSABLES SOCIOPROFESSIONNELS AGRICOLES : deux logiques


d’engagement dans des projets de territoire........................................................................... p.
5

1) le modèle « traditionnel » d’engagement de la profession agricole dans les politiques


territoriales............................................................................................................. p. 7
a) les politiques territoriales, un moyen d’améliorer la rentabilité économique
des exploitations
b) Une culture de la négociation dans les relations avec les collectivités locales

2) L’avènement d’un nouveau rapport au territoire.................................................... p.


9
a) La conviction en la nécessité de travailler en partenariat avec les
organisations non agricoles…
b) …qui implique l’établissement d’une nouvelle relation aux collectivités
locales

B) COLLECTIVITES LOCALES : un discours commun des élus et techniciens sur le


développement territorial mais des conceptions différentes de la coopération avec la
représentation professionnelle agricole................................................................................ p.
16

1) Une conception transversale du développement territorial.................................. p. 16

2) Une agriculture reconnue pour ses retombées positives sur le territoire............. p. 17

3) Une perception de la répartition des rôles entre Chambres d’agriculture et


collectivités locales fortement liée à l’expérience du partenariat ........................... p. 19

4) Une réputation inégale des chambres d’agriculture selon les territoires.............. p. 20

2
II) UNE TYPOLOGIE DES PARTENARIATS ENGAGES PAR LES CHAMBRES
D’AGRICULTURE
Les partenariats des CA, une résultante de l’expérience et des stratégies des
acteurs............................................................................................................................... p.
24

A) Projets agricoles et projets territoriaux : 2 types de partenariats opposés par leur finalité et
leur objet............................................................................................................................... p.
25

1) Projets agricoles................................................................................................... p.
25

2) Projets territoriaux................................................................................................ p.
25

B) Projets de développement globaux du territoire : un mode de structuration partenariale issu


de l’expérience .................................................................................................................... p.
27

1) la logique concertée............................................................................................. p.
27

2) La logique négociée............................................................................................. p.
28

CONCLUSION.................................................................................................................... p.
31

BIBLIOGRAPHIE................................................................................................................ p.
33

ANNEXES........................................................................................................................... p.
35

3
INTRODUCTION

Alors qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale l’agriculture avait reçu des
pouvoirs publics pour principale mission une augmentation de la productivité pour pouvoir
atteindre l’objectif d’autosuffisance alimentaire, la politique agricole de ces dernières années
promeut au contraire une agriculture extensive aux missions beaucoup plus larges que la seule
production de denrées alimentaires : gestion de l’espace, mise en valeur des paysages,
protection de l’environnement….
La réorientation des missions données à l’agriculture en faveur du territoire rejoint la
politique de décentralisation menée depuis une vingtaine d’années. La montée en puissance des
politiques territoriales et des actions concertées donne une place grandissante à la collaboration
entre acteurs locaux du territoire. Dans ce cadre, les chambres d’agriculture sont amenées à
établir des partenariats de plus en plus nombreux avec les collectivités locales.

Pour la représentation professionnelle comme pour les élus locaux, cette collaboration
n’est pas toujours facile. Basé sur une relation entre différents acteurs, le partenariat va
dépendre de différents facteurs influents sur la relation comme de l’objet du partenariat.
Ainsi, l’établissement d’un partenariat entre différentes structures nécessite en préalable
que chacune d’entre elles reconnaisse la légitimité de l’autre à s’exprimer ou à agir dans le
domaine concerné. De même, sans un minimum d’entente sur les finalités des actions qu’ils
veulent mener ensemble, sur les fonctions de l’agriculture ou le sens à donner aux politiques
territoriales, un accord entre partenaires apparaît difficile.
Aussi, pour analyser le partenariat entre collectivités locales et chambres d’agricultures,
un travail sur les représentations des acteurs permet-il de mettre en valeur les éléments
subjectifs influent sur un partenariat. L’analyse se base sur une vingtaine d’entretiens semi-
directifs, intégralement retranscris par la suite1. Elle permet de voir quelle conception ont les
représentants professionnels et les élus locaux du rôle de l’agriculture, des politiques
territoriales et du partenariat dans le cadre de projets territoriaux, mais aussi d’appréhender la
vision qu’ils ont de leurs partenaires.
Dans un second temps, nous confronterons les représentations des acteurs à des
exemples concrets de partenariat. Il s’agira alors de voir comment se structurent les
partenariats mis en œuvre par les chambres d’agriculture en Rhône-Alpes à partir de l’analyse

1
Cf. le guide d’entretien en annexe.

4
de 24 cas concrets, soit trois par département2. Pour cela, nous avons soumis nos exemples à
une grille de lecture composée d’une vingtaine de critères mettant à plat les caractéristiques
essentielles de chaque partenariat. Il en ressort une typologie différenciant les partenariats par
leur objet, le mode d’engagement des partenaires et le contexte territorial dont est issu chaque
projet. La matière nous a été fournie par les techniciens territoriaux ayant conduit les
partenariats en question pour les chambres. Pour affiner l’analyse, un cas de partenariat a été
choisi par département3. Pour chacun d’entre eux, ont été rencontrés, en plus du technicien,
l’élu professionnel et un corpus représentatif de partenaires ayant participé au projet. Au total,
ce sont donc une cinquantaine de personnes qui ont été rencontrées, soit une moyenne de 2 par
partenariat (4 pour les partenariats ayant fait l’objet d’une étude approfondie)4.

2
Cf., en annexe, le mode de sélection des partenariats étudiés.
3
Cf. les fiches descriptives relatives à chacun de ces partenariats en annexe.
4
Cf. la liste des personnes rencontrées en annexe.

5
I AGRICULTURE, TERRITOIRE ET PARTENARIAT :
les représentations des acteurs comme déterminants de leur engagement

L’analyse du discours des élus locaux et des responsables socioprofessionnels nous


permet de mettre en valeur des visions différentes de l’agriculture, des politiques territoriales et
du partenariat. Elle permet ainsi d’identifier de probables problèmes de coopération, liés tant à
des conceptions différentes des finalités des actions engagées en commun ou du mode de
coopération entre structures qu’à des préjugés sur les partenaires.
Alors que du discours des socioprofessionnels se dégagent deux logiques d’engagement
dans un partenariat clairement distinctes, le discours des élus locaux et techniciens de
collectivités locales sur le développement territorial apparaît plus homogène. Leur conception
du partenariat avec les chambres d’agriculture semble en revanche dépendre de leurs
expériences passées de partenariat.

A) RESPONSABLES SOCIOPROFESSIONNELS AGRICOLES : deux logiques


d’engagement dans des projets de territoire

Le lien entre activité agricole le territoire, comme la relation avec les collectivités
locales, sont appréhendés de manière très différente selon les responsables professionnels. La
manière dont les socioprofessionnels les conçoive est liée à leur conception de l’agriculture et
de ses fonctions. Elle implique également des modes d’appréhension du rapport aux
collectivités locales fondamentalement différents. Ainsi, deux positions extrêmes se dégagent
du discours des socioprofessionnels. Un premier groupe de professionnels essentiellement
préoccupé par la rentabilité économique de l’agriculture ne voit dans les politiques territoriales
qu’un moyen de financer le développement agricole. D’autres, au contraire, attribuant aux
fonctions non économiques de l’agriculture un rôle plus important, envisagent le
développement territorial comme le moyen de faire reconnaître le statut social de l’agriculteur.

6
1) le modèle « traditionnel » d’engagement de la profession agricole dans les politiques
territoriales

a) les politiques territoriales, un moyen d’améliorer la rentabilité économique des exploitations


Un premier groupe de socioprofessionnels va apprécier les politiques territoriales à
l’aune de leur incidence sur le développement agricole, considéré avant tout selon un angle
économique. Cette vision des choses se rattache à une conception de l’agriculture dont la
fonction économique prime sur les autres fonctions récemment mises en avant par les pouvoirs
publics (gestion de l’espace, environnement, maintien du lien social en zone rurale, etc.). Elle
insiste sur la nécessaire rentabilité de l’activité agricole en opposant une « agriculture
moderne », à forte productivité, à « une agriculture des années 60 », plus artisanale.
Le développement territorial va donc être considéré comme un moyen d’augmenter le
niveau de vie des agriculteurs par une amélioration de la rentabilité économique des
exploitations, plus rarement par la mise en place de services aux agriculteurs. : « Pour moi, le
développement territorial, c’est prendre en compte les attentes des agriculteurs sur la petite
région pour pouvoir en sortir des projets au niveau des exploitations agricoles. Ca peut être
pas mal de choses : au niveau agricolo-agricole, de nouvelles productions, des réorientations
économiques sur les exploitations ou prendre en compte l’amélioration de la qualité de vie
des agriculteurs au travers de services de remplacement… Et tout ça, ça peut rentrer dans le
cadre de projets territoriaux ».
Les politiques territoriales sont donc considérées en fonction des bénéfices, souvent
financiers, que peut en tirer l’agriculture : c’est un moyen de « mettre en place des actions en
direction des spécificités de l’agriculture […] par l’accompagnement en direction de
produits spécifiques et l’investissement collectif ». Si la profession doit s’engager dans des
procédures territoriales, c’est pour « obtenir des financements pour le développement
agricole ». Il n’est pas fait référence à un développement global du territoire, basé sur une
réflexion, un travail et un projet commun aux différents acteurs du territoire. On se situe dans
une logique où les politiques territoriales permettent le financement des initiatives du milieu
agricole.

b) Une culture de la négociation dans les relations avec les collectivités locales
Par conséquent, la relation suivie avec les collectivités locales dans le cadre de
procédures contractuelles est rarement considérée comme un partenariat. Sauf sur des
programmes d’occupation de l’espace où la représentation professionnelle doit s’entendre avec
les collectivités locales sur l’utilisation du sol, le partenariat avec d’autres structures dans le

7
cadre de politiques territoriales est associé au travail de conception d’un programme d’action
entre Organisations Professionnelles Agricoles, en amont de la discussion avec les élus.
Le fait de situer le partenariat dans le développement territorial au sein du monde
agricole plutôt qu’avec les collectivités locales est révélateur d’une conception de la relation et
de la répartition des compétences entre chambres d’agriculture et collectivités locales. Chacune
de ses structures se voit attribuer des rôles biens distinctifs, les premiers devant élaborer en
interne un programme de proposition en matière de développement agricole que les secondes
décident ou non de financer : « les élus locaux ont la décision en dernier ressort. On est là
pour apporter nos connaissances et nos propositions. On est rarement dans la phase de
décisions. »
On se situe par conséquent dans un processus de négociation avec les collectivités
locales. Il n’y a pas construction en commun mais négociation d’un programme d’actions
agricoles. Aussi, la relation avec les collectivités locales peut parfois tourner à la confrontation.
S’il appartient en dernier ressort aux élus locaux de décider, le rôle de la CA est, en cas de
nécessité, de faire pression pour qu’un maximum de ses propositions soient acceptées. Les élus
locaux sont alors distingués en fonction de leur bonne ou mauvaise volonté à vouloir écouter
et répondre aux préoccupations agricoles. Le discours sur les élus locaux répond, pour forcer
le trait, à une dichotomie amis/ennemis. Les premiers sont ceux qui connaissent les problèmes
de l’agriculture et sont favorable à son développement. Une autre partie des élus est considérée
comme « l’ennemi » : « il y a des élus qui ne sont pas favorables à l’agriculture qui s’est
développée. Ils veulent nous obliger à modifier nos comportements et faire revenir les
agriculteurs vers une agriculture moins évoluée, plus dans la tradition des années 60 ». Dans
le cadre de telle procédure contractuelle, « il y a une volonté politique que l’agriculture ne
profite pas en priorité des financements ».
Dès lors, pour ces responsables agricoles, la capacité de la profession à faire avancer
des projets va dépendre de son habilité à s’organiser en interne et à maintenir sa cohésion :
« Ce qui fait la force du monde agricole, c’est la capacité de concertation qui fait que les
autres membres du comité de pilotage ont du mal à détruire ce qu’on propose même s’ils en
ont envie ».

Cette approche des politiques territoriales et du rapport aux collectivités locales, que
l’on a qualifiée de traditionnelle, est remise en cause par une nouvelle génération de
responsables professionnels.

8
2) L’avènement d’un nouveau rapport au territoire
Une seconde logique d’engagement des élus professionnels dans les projets territoriaux
se dégage de nos entretiens. Ces derniers défendent une conception de l’agriculture et du
développement territorial se distinguant assez nettement des premiers. Plus perméables au
discours sur la multifonctionnalité de l’agriculture, ils envisagent le développement territorial
comme un moyen de faire reconnaître la place de l’agriculture dans la société.

a) La conviction d’une nécessité de travailler en partenariat avec les organisations non


agricoles…

Pour beaucoup d’élus professionnels, l’engagement de l’agriculture dans le


développement territorial est rendu nécessaire par les évolutions affectant les territoires ruraux
et les territoires en voie de péri urbanisation.

Compromis sur l’occupation de l’espace


Dans les territoires périurbains, la diminution du poids de l’agriculture dans l’activité
économique provoque une inquiétude certaine quant au devenir de la profession. Pour pouvoir
assurer à l’agriculture les moyens de subsister, il convient de lui préserver une réserve foncière
sur laquelle elle puisse se maintenir.
Ainsi, pour un élu professionnel que nous avons rencontré, « on ne peut pas dissocier
l’activité agricole et une occupation du territoire qui doit se faire de manière organisée et
pour lesquelles il faut qu’il y ait des garanties à long terme. Et ces garanties à long terme
sont apportées par les documents d’urbanisme, mais elles devraient être confortées dans les
POS, avec la délimitation des zones qui est très volatile parce qu’on change de conseil
municipal. On a dans notre secteur une pression urbaine galopante. Donc il y a cette
incertitude et il faut essayer d’obtenir des garanties qui aillent bien au-delà d’un conseil
municipal. Pour affirmer aux agriculteurs qu’ils ont l’assurance de conserver les terrains
qu’ils utilisent ».
Il s’agit donc d’établir un compromis avec les autres acteurs du territoire, basé sur la
recherche d’un équilibre entre activités :
« Je crois qu’il y a à prendre en compte dans le développement territorial un certain nombre
d’équilibres, liés à une densité de population. »
Cette recherche d’un équilibre implique une coopération entre agriculteurs et élus
locaux. A partir du moment où un arbitrage est rendu obligatoire par le contexte territorial, la
négociation devient indispensable :

9
« Il y a une question d’équilibre et on peut reconnaître que dans les communes où il y a eu
une bonne cohésion entre agriculteurs […]et collectivités, on a assuré un développement
relativement important de la population sans pour autant trop grignoter le territoire agricole.
Et ça, c’est le résultat d’une certaine cohésion entre les élus et les agriculteurs qui les
représentent ».
Comme toute entente avec des partenaires aux préoccupations différentes, ce contrat
passé avec le territoire implique de faire des concessions. Il est également porteur de bénéfices
pour l’agriculture :
« On sait bien qu’on sera obligés d’abandonner un certain nombre de surface, mais il faut
que ça puisse se faire dans une grande sérénité, dans une transparence et une confiance qui
permette aux agriculteurs actifs d’avoir une pérennité de leur support, le sol ».
« Je crois qu’il ne faut pas refuser l’évolution actuelle, parce que notre secteur est très
proche de l’agglomération, parce qu’il est revendiqué par un certain nombre d’activités, pas
seulement l’urbanisation pour la construction de logements mais aussi par des activités
industrielles, artisanales, tourisme et autres. Donc, je pense qu’on ne peut pas rejeter cette
idée, d’autant plus qu’il y a des retombées qui peuvent également être bénéfiques pour
l’agriculture, à travers les productions, le tourisme. Donc, il y a des retombées positives ».

Obtention de subsides pour les retombées positives de l’agriculture


Dans les zones où l’agriculture n’est pas menacée par l’étalement urbain, la nécessité
d’un partenariat avec les autres acteurs du territoire est avancé sur la base d’un double
constat : le fait que les exploitations agricoles ne soient pas toujours économiquement
rentables et celui que cette agriculture non rentable a un impact positif sur le territoire.
C’est le raisonnement suivant qui explique la nécessité d’un partenariat entre la
profession agricole et les collectivités locales. Dans une économie libérale, l’activité
économique se doit d’être rentable économiquement, sans quoi le producteur sera amené à
arrêter son activité. Dans le cas de l’agriculture, ses retombées positives sur le territoire
justifient néanmoins une aide publique à cette dernière. Afin de ne pas enrayer les mécanismes
économiques, il convient toutefois d’éviter le recours à des aides directes qui modifieraient le
prix « naturel » du marché, déterminé par le rapport entre l’offre et la demande. Pour
permettre le maintien de l’activité agricole, il convient donc de rémunérer l’agriculteur pour les
services qu’il rend à la collectivité. A l’inverse, il incombe aux agriculteurs de payer pour les
impacts négatifs de leur activité sur le territoire :
« Une étude sur les élevages a été menée. Elle montre que les élevages intensifs s’en sortent
économiquement mieux que les élevages extensifs. Bien sûr, maintenant la question est de

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savoir quel impact ont-ils sur le territoire. Est-ce qu’on a intérêt à maintenir des types
d’élevage qui ne sont pas compétitifs dans le système libéral mais qui, par le sous-produit
qu’ils génèrent, sont plus rentables ? L’agriculture vend sur le marché. On doit la soutenir
par la qualité, par les appellations, par tout ce qu’on peut ; mais on doit laisser le prix tel
qu’il est. Par contre, l’activité de l’agriculteur a un impact positif ou négatif. S’il est négatif,
c’est à nous de payer. Par contre, s’il est positif, il doit être rémunéré. Et ce sont ces
prestations plus la vente de son produit qui vont faire vivre l’agriculteur ».
Le contrat qui doit alors être passé entre l’agriculteur et la collectivité est donc
directement lié à la prestation de service fournie par l’agriculteur. La collectivité, en tant que
cliente, définit un cahier de charges précisant ce qu’elle attend de l’agriculteur. Le contrat doit
également préciser la rémunération fixée pour le service rendu, ainsi que des modalités de
contrôle de la qualité de la prestation :
« Il faudrait ne plus parler de subventions et établir une relation de prestations pour ajuster
le travail fourni par l’agriculteur avec les besoins de la collectivité. Et donc, c’est à la
société de définir les prestations qu’elle veut obtenir de l’agriculture […]. La demande, pour
être valable, ne peut que venir de la collectivité. C’est à celui qui paye de définir le service.
Ce n’est pas à l’agriculteur de dire ce qui est bon pour la collectivité ».

Obtenir une plus-value de la « territorialisation » de l’agriculture


Pour la majorité de ces agriculteurs, la « territorialisation » de l’agriculture constitue
également une stratégie économique. La nécessité de rattacher l’agriculture au territoire
s’explique par le contexte de mondialisation qui interdit aux agriculteurs de rester
concurrentiels sur le plan de la compétitivité-prix. L’agriculture doit donc adopter une stratégie
de différenciation de ses produits par la qualité, grandement liée à l’image du territoire :
« Aujourd’hui, on est dans une perspective d’avenir agricole qui change complètement avec
la mondialisation. On va donc être complètement imperformants dans certains domaines
comme le lait ou les céréales, si on ne se démarque pas de ces produits. Donc, il ne faut pas
nécessairement casser les filières mais les restructurer. Chez nous, on a la qualité des
produits, la qualité de vie... C’est une région de montagne et on a des produits qui doivent
refléter la qualité du cadre de vie. Et donc il est possible de réorienter ces filières sur des
spécificités territoriales. Je pense que ce sera l’avenir de l’agriculture, cela en lien avec le
tourisme ».

A ces préoccupations économiques s’ajoute une volonté de redéfinir le statut social de


l’agriculteur.

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Garantir un statut à l’agriculture
Pour ces responsables professionnels, la nécessité d’inscrire l’agriculture dans une
démarche de développement territorial ne résulte pas d’une attitude opportuniste consistant à
participer aux politiques territoriales pour obtenir des financements. Elle se rattache à la
nécessité de redéfinir le statut social des agriculteurs quand leur rôle économique va déclinant
et que l’agriculture est montrée du doigt du fait de son action sur l’environnement :
« l’agriculteur n’a pas seulement besoin de satisfaction économique, il a aussi besoin
d’avoir une légitimité, donc c’est sa place sociale [qui est ici en cause] ». « Les agriculteurs
ont eu à un certain moment tort de se désintéresser de la question territoriale, car c’est une
de leurs justifications sociales. Le pacte avec la communauté nationale peut par exemple se
faire autour des CTE, avec les agriculteurs comme gardiens de l’environnement ».
« si on se rend utiles à la société et qu’on arrive à développer l’intérêt qu’on nous porte, à ce
moment, on peut se battre pour l’agriculture […]. Il faut se rendre indispensables ou utiles
par rapport aux autres acteurs et seulement après on pourra avoir [en compensation] nos
besoins, notamment des terrains agricoles ».

Le discours sur la nécessité d’ancrer l’agriculture dans le territoire va de pair avec


l’établissement de nouveaux rapports aux collectivités locales.

b) …qui implique l’établissement d’une nouvelle relation aux collectivités locales


Ce modèle d’engagement de la profession agricole dans les projets territoriaux implique
une conception du rapport aux autres acteurs du territoire fondamentalement différente du
modèle traditionnel de lobbying.
« Avant, on était plutôt demandeurs. On était plutôt sur le mode de fonctionnement syndical,
avec une certaine assise et une certaine force, avec plus d’élus agriculteurs dans les
communes. Aujourd’hui il n’y a plus un maire agriculteur dans le canton, donc, si on ne se
remet pas en cause par rapport à ces évolutions, on va droit dans le mur. »
« Avant, on avait l’habitude de travailler avec un élu qui était toujours agriculteur. Donc, il
était le correspondant local, départemental, régional et quelques fois national. Et ça, c’est
une mauvaise habitude parce qu’on n’a pas pris l’habitude de travailler avec eux »
Pour ces élus professionnels, un apprentissage du partenariat avec les collectivités
locales est rendu nécessaire par la raréfaction du nombre d’agriculteurs parmi les élus locaux.
La profession se doit alors de prendre en compte les préoccupations des élus et mettre en place

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des projets qui puissent à la fois à l’agriculture qu’aux autres secteurs d’activité et à la
population :
« Le fait qu’il y ait moins d’agriculteurs dans les conseils municipaux, c’est pas forcément
négatif. […] [Ca nous oblige à] utiliser d’autres arguments, on aborde les problèmes d’une
autre façon. Aujourd’hui, en ce qui concerne l’abattoir, on cherche à être très attentifs au
service rendu à la population, c’est-à-dire l’abattage familial, parce que ça ne touche pas
que les agriculteurs. Donc, on élargit le cercle des convaincus et on intervient plus en disant
quels services on peut rendre aux élus ou au Beaufortain pour ensuite avoir des retombées
pour l’agriculture. Aujourd’hui, on travaille sur les chemins de randonnée. Parce que ça
pose un problème aux agriculteurs en termes de franchissement de clôtures, mais aussi parce
que c’est important pour le tourisme. Et puis également parce qu’ils ne sont pas financés. Si
on résout un problème agricole en passant par le tourisme, c’est très bien.]
Le rapport aux collectivités locales et aux autres acteurs du territoire est également
perçu différemment. La confrontation avec l’Autre ne relève pas d’un combat, d’une joute
opposant l’agriculture et ses alliés à ses ennemis, mais d’une réelle concertation. Il ne s’agit
donc pas de « défendre » par tous moyens l’agriculture, mais d’arriver à un accord, voire à une
vision partagée de la situation : « si on ne fait pas l’économie du débat, qu’on rentre dans le
débat sans rentrer dans les gens, en étant constructifs, courtois, etc., assez rapidement vous
arrivez à exprimer des valeurs de bon sens […]. Ca permet d’expliquer un certain nombre
d’attitudes, de comportement, de façon de travailler. Ca permet de comprendre la façon de
voir des autres, voire éventuellement de faire un certain nombre de concessions. Il y a des
concessions qui ne sont pas très coûteuses, qui sont faciles à faire si par ailleurs vous obtenez
une légitimité pour discuter d’autres choses ».
Défendre la place de l’agriculture ne signifie donc pas rentrer dans un rapport de force
avec les partenaires extérieurs au monde agricole, à partir du moment où ces derniers ne sont
pas appréhendés selon un schème amis/ennemis : « On s’aperçoit que les agriculteurs sont
écoutés […]. On n’a pas en face de nous un bloc qui veut ou qui a les moyens d’imposer
toujours tout. Quelques fois, on arrive bien à faire passer des arguments même si on estimait
la discussion perdue d’avance ».

Le nouveau mode de discussion avec les collectivités locales s’accompagne d’une


redéfinition des rôles de chacun.

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Répartition des rôles : initiative partagée à la différence du premier modèle
Les responsables professionnels s’engageant dans ce type de démarche sont en général
favorables à une initiative partagée pour la conception d’un programme ou de projets
agricoles. Ils se distinguent ainsi du premier modèle qui préconisait une séparation stricte des
rôles entre collectivités locales et représentation professionnelle : « je ne revendique pas du
tout, en tant que président de groupement agricole, que tout ce qui soit agricole passe par le
groupement agricole 5. Il faut au contraire chercher à favoriser les autres initiatives : par
exemple celles des commissions agricoles ou des communes : quand ils ont des initiatives, à
nous de les épauler et de les pousser un peu et en retour, généralement, on nous confie la
maîtrise des tâches à accomplir et c’est une valorisation et une reconnaissance dans l’autre
sens. Et à d’autres moments, on doit être à l’initiative de démarches parce qu’on a des
idées. »
Si l’initiative et la mise en œuvre sont des responsabilités communes, il revient en
définitive aux élus de décider sans avoir à subir les pressions du monde agricole :
« Il y a un moment où le rôle du responsable professionnel s’arrête et où celui de l’élu
commence. Moi, j’estime qu’il ne faut pas être trop revendicatifs, il faut être force de
proposition, c’est vrai mais il faut laisser la place aux élus pour qu’ils puissent s’exprimer.
Et c’est eux qui doivent dire, après, s’ils veulent financer ou pas. Il y a un moment où on a un
projet, et ils suivent ou ils ne suivent pas. S’ils ne suivent pas, va essayer de les convaincre,
mais à partir d’un certain seuil, c’est eux qui décident. »

Avantages du partenariat
Cette remise en cause du mode de coopération avec les collectivités locales est
considérée comme une chance pour l’agriculture. Outre le fait de l’obliger à s’ouvrir vers
l’extérieur, elle permet aux groupes locaux d’agriculteurs d’être considérés comme de vrais
partenaires du développement territorial, dans la mesure où l’intermédiaire entre ces derniers et
la société, à savoir l’élu local-agriculteur, a sauté. Elle rend donc aux agriculteurs le pouvoir de
négocier en leur nom, sans passer par un intermédiaire :
« Maintenant, on veut être partenaires réels. L’avantage, c’est que maintenant, dès
qu’il y a aura un problème qui touche l’agriculture, on sera interpellé directement.
Auparavant, on interpellait l’élu qui était agriculteur. Et on le chargeait de s’occuper de
quelque chose. Donc, soit il prenait le travail, soit il le donnait à la Chambre, soit il ne lui
donnait pas de suite, soit il ne savait pas trop comment se débrouiller. A partir du moment où
on est réellement des partenaires, dans tout ce qui touche l’agriculture, on sera aux
5
Groupement d’Etude et de Développement Agricole

14
discussions. »
Enfin, l’abandon du modèle de lobbying améliore l’image de la profession agricole et lui
donne en définitive plus d’influence sure la décision politique : « Aujourd’hui, je suis
beaucoup plus à l’aise pour aller demander des subventions au SIVOM qu’il y a 10 ans en
arrière. A l’époque, c’était : « voilà les agriculteurs qui veulent encore de l’argent ».
Aujourd’hui, c’est les agriculteurs qui ont des projets. On regarde avec les élus sur quoi on
peut avancer. Aujourd’hui on est dans la même logique que les offices dut tourisme qui font
partie du paysage. Et on pèse autant qu’eux ».

Du côté des collectivités locales, on n’observe pas un tel clivage entre partenaires des
chambres d’agriculture.

15
B) COLLECTIVITES LOCALES, un discours commun des élus et techniciens sur le
développement territorial mais des conceptions différentes de la coopération avec la
représentation professionnelle agricole

1) Une conception transversale du développement territorial


Alors que les élus professionnels que nous avons rencontrés en ont des conceptions
assez différentes, on n’observe pas de grandes différences dans le discours des partenaires des
Chambres d’agriculture (élus et techniciens de collectivités locales) sur le développement
territorial.
De même que les élus professionnels, les élus locaux n’ont pas toujours une
connaissance profonde du développement territorial. Néanmoins, ceux que nous avons
rencontrés semblaient partager une vision commune des problématiques de développement,
que celle-ci fut appuyée par une connaissance théorique des concepts du développement
territorial ou non. De manière générale, le développement territorial est abordé de manière plus
transversale au sein des collectivités locales que des chambres d’agriculture, ce qui paraît
naturel compte tenu de leurs compétences plus larges en la matière. La définition qui en est
donnée se rapproche de celle communément admise. Il s’agit d’un développement « cohérent,
programmé et réfléchi dans le temps ». Il est rattaché à une « vision à long terme », se
rapprochant ainsi de la notion de développement durable : « la première des choses, c’est de
ne pas séparer [le] développement économique, [le] social et [l’] environnement,
contrairement à tout ce qui s’est fait jusqu'à maintenant ».
L’objectif de transversalité et d’équilibre entre les différentes facettes du
développement implique pour les collectivités locales une concertation avec tous les acteurs du
territoire. L’association de la représentation professionnelle et des associations doit permettre
d’arriver à un accord qui concilie les intérêts de chacun : « si on veut avoir un développement
harmonieux, équilibré, concerté, il faut que tous les acteurs en discutent. […] Tout ce qui est
imposé ne marche pas. Donc il faut une concertation où les intérêts des uns et des autres
soient bien compris et bien respectés pour que tout le monde adhère à la démarche ». La
participation de la société civile ne se limite pas à émettre un avis sur les projets de territoire.
En général, les partenaires attendent des chambres consulaires qu’elles s’impliquent également
dans la construction de ces projets en étant force de proposition, ce qui implique l’engagement
de ces dernières dans une démarche transversale :
« [Le développement territorial], ça revient à mobiliser les énergies et créer des passerelles
entre des acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Ca peut être entre
agriculture et environnement, entre agriculture et tourisme, entre agriculture et social. Ca

16
pourrait être arriver à trouver un projet où les acteurs trouvent leur place plutôt que de
partir d’un projet tout saucissonné, sur un seul thème, en oubliant certains aspects ».

2) Une agriculture reconnue pour ses retombées positives sur le territoire


L’insistance sur la nécessité d’une démarche transversale va de pair avec un intérêt
pour une agriculture multifonctionnelle. La majorité des élus locaux a conscience que le
territoire ne pourra profiter des retombées positives de l’activité agricole que si elle est
économiquement rentable. Néanmoins, ce sont les « externalités positives » de l’agriculture qui
intéressent en premier lieu les partenaires des chambres d’agriculture.
En plus d’un intérêt pour les missions « classiques » de l’agriculture (gestion de
l’espace, entretien des paysages) permettant de préserver la qualité de vie et l’attractivité
touristique de leur territoire, les élus locaux confèrent à l’agriculture des missions plus
spécifiques.
En zone rurale à faible densité, l’agriculture est vue comme un élément indispensable au
maintien de l’activité et de la vie sociale : « Chez nous, on a encore une très forte proportion
d’agriculteurs même par rapport aux autres zones rurales isolées. Agriculteurs qui ont une
forte implication culturelle, par rapport à la préservation des anciens savoir-faire agricoles
et à leur implication la vie politique locale dans la vie associative, et notamment culturelle.
[...] Dans une douzaine de nos communes, l’agriculture est la dernière activité. Et rien que
par ça, ça fait une personne qui est présente pour raison professionnelle, qui circule, qui
génère du bruit. Et ça, c’est plutôt positif pour les gens qui habitent là, parce qu’il y a de la
vie. […]Si dans les deux tiers des villages concernés qui font moins de 50 habitants perdent
des actifs, c’est foutu, après on ne peut plus redémarrer. Parce que cet actif-là rend des
services : avec son tracteur, mais aussi quand il descend faire les courses, il peut remonter
les courses pour les retraités, etc., c’est un lien avec le bassin de vie encore vitalisé. »
En milieu rural comme en milieu péri-urbain, élus et techniciens de collectivités locales
attendent de l’agriculture qu’elle mette en valeur et préserve l’identité rurale du territoire :
« Quand on se présente à un autre territoire, on amène une bouteille de vin et un panier de
fruits. Et là, l’agriculture a un rôle très identitaire et très concret. Et je pense que si on le
perd, là un pourra dire qu’on sera devenu vraiment un territoire péri-urbain ayant perdu son
identité. Donc, on peut être un territoire péri-urbain tout en gardant sa spécificité ». Il est
donc demandé aux chambres d’agriculture des mettre en place des actions mettant en valeur le
lien entre qualité des produits agricoles et qualité du territoire : filières courtes, labellisation… :
« L’autre projet, ce serait que l’agriculture s’appuie sur la qualité du territoire, un projet qui
pourrait aller dans le sens d’une labellisation territoriale, d’une transformation sur place, et

17
aussi raccourcir les circuits. […] On a un certain nombre d’agriculteurs qui sont en train de
passer au bio et donc on a une évolution nécessaire de la production agricole qui compte à la
fois de la qualité des produit et de l’environnement ».
En zone péri-urbaine, l’intérêt pour le développement de filières courtes dépasse la
question du renforcement de l’identité du territoire. Il s’agit également de permettre la
rencontre entre néo-ruraux, agriculteurs et citadins pour faciliter la cohabitation :
« on a affaire à un territoire péri-urbain. Donc le programme de développement agricole va
être axé vers des marchés de proximité, vers des spécialisations de culture, vers des
coopératives agricoles qui vont apporter au territoire une plus value agricole, vers des
groupements avec des points de vents sur le site qui se développent de plus en plus. Alors, ça
va être 15, 20 fermes qui se mettent ensemble pour proposer une relation directe entre le
producteur et le consommateur et de plus en plus une transformation de produit. […] Je crois
que l’avenir de l’agriculture chez nous c’est une agriculture de proximité avec une relation
très proche entre citadins et agriculteurs au niveau de la consommation du produit […]. Il
s’est mis en place sur le Rhône des marchés de détail où les agriculteurs viennent proposer
leurs produits aux lyonnais […]. Ca, je pense que c’est une bonne chose. On a mis par
exemple en place « un dimanche à la campagne » où 15 fermes proposaient du pain jusqu’au
fruit. […] Et puis il y a des expériences collectives, comme les journées de l’agriculture où
tous les agriculteurs peuvent voir des non-agriculteurs et en deux jours sont quand même
passés 100 000 personnes. C’est à dire qu’il y a un habitant sur 15 du département qui aura
eu un contact direct avec ces gens-là. Un autre point très important aussi, c’est les fermes
découvertes. Il y a quand même 7000 gamins des villes qui sont passés l’an dernier pour
découvrir le milieu agricole. Je crois que la pénétration des milieux fait évoluer les
agriculteurs mais également les autres milieux. »

La relative homogénéité du discours des partenaires quant à leurs attentes vis-à-vis de


l’agriculture contraste avec l’hétérogénéité de conception de la répartition des compétences
entre collectivités territoriales et Chambres d’agriculture.

3) Une perception de la répartition des rôles entre Chambres d’agriculture et collectivités


locales fortement liée à l’expérience du partenariat
La vision qu’ont les partenaires du rôle de chacun des acteurs dans la conception et la
mise en place de projets agricoles ou territoriaux semble étroitement liée à leur expérience de
partenariat avec les Chambres d’agriculture.

18
Sur les territoires où la relation est conflictuelle, les élus locaux font une distinction très
nette entre les rôles de la représentation professionnelle et des collectivités locales : « la
chambre a une rôle de proposition et les collectivités de décision ». Si les propositions faites
par la CA sont reçues avec enthousiasme, il appartient aux élus locaux d’arbitrer entre les
différents projets et les différents secteurs d’activité, mais également d’impulser une dynamique
au territoire: « le rôle des collectivités locales, ce n’est pas seulement d’être des arbitres,
c’est aussi de fixer des grands mouvements, de grands objectifs. Mais une fois qu’on a défini
les grands objectifs, c’est important que les chambres consulaires puissent apporter des
propositions d’actions concrètes dans leur domaine ».
Les élus locaux ayant une meilleure expérience du partenariat avec les chambres
d’agriculture vont souhaiter une participation plus importante de la représentation agricole.
Elles leur demandent de n’être pas seulement force de proposition, mais également acteur de la
réflexion stratégique sur le projet de territoire :
« Les CA ont une réflexion à apporter au moment de l’élaboration […]. Si la profession n’est
pas capable de dire « moi je veux que le territoire soit organisé de telle façon », à terme, ça
pénalise la profession. Donc, je crois que c’est très important que la profession ait une
réflexion en amont avant d’aller vers les collectivité locales [...]. Et donc, ça me paraît
capital que la profession participe à l’élaboration des projets de territoire ».
Si dans ces deux premiers types de territoire, l’animation du monde agricole, l’expertise
et la mise en place d’actions agricoles sont confiées à la chambre d’agriculture, des collectivités
locales qui se sont déjà dotés de compétences en matière agricole disputent aux chambres
d’agriculture certaines de leurs responsabilités. Elles revendiquent alors leur légitimité à définir
les grandes lignes de la politique agricole locale. L’élaboration d’un programme de
développement agricole relève plus directement des élus locaux, ce qui n’interdit pas une
concertation et une consultation des représentants professionnels : « Nous, on est en charge de
définir un projet de territoire à travers une charte où on écrit ce qu’on attend de
l’agriculture. On l’écrit en ayant entendu le discours des socioprofessionnels, mais on est
quand même garants de l’écriture et des objectifs politiques qu’on assigne à l’agriculture
dans notre territoire. Donc, nous, on est chargé de la construction de la politique, mais en
prenant compte l’avis des professionnels. »

4) Une réputation inégale des chambres d’agriculture selon les territoires


En général, les CA sont plutôt bien perçues par les élus locaux. Leur capacité
d’expertise est reconnue par l’ensemble des élus locaux rencontrés. On reconnaît à la

19
profession agricole une réelle capacité d’organisation et on apprécie sa capacité à se placer
comme interlocutrice.
« Quand on est élu et qu’on travaille avec les différents milieux professionnels, l’agriculture
est certainement le milieu le plus organisé. Nous, je veux dire pour les collectivités locales
quelles qu’elles soient, l’agriculture a relativement une bonne image de marque ». Est
également apprécié leur capacité à défendre leur position :
« Sur mon territoire, [les élus professionnels agricoles] sont assez remarquables. La
difficulté des fois c’est que … Bon, un élu ne peut pas organiser le territoire qu’en fonction
de l’agriculture. »
Selon les territoires, la prise en compte du territoire est appréciée différemment par les
élus locaux. Certaines félicitent la représentation agricole pour son souci du territoire :
« Je trouve que la CA est certainement parmi les groupes professionnels, celle qui a le plus
conscience de la territorialisation, à la différence de la Chambre des métiers et la Chambre
du Commerce. »
D’autres partenaires regrettent le manque de territorialité de la représentation
professionnelle, la soupçonnant de vouloir faire appliquer des politiques établies à un niveau
national ou départemental au niveau local :
« Comment on fait ensemble, c’est moins évident, c’est un autre apprentissage. Et ça, on en
discute aujourd’hui, ça prend du temps, parce qu’à mon avis on n’a pas la même culture : les
CA ont l’habitude d’intervenir.... C’est un peu un pré carré des professionnels : il y a une
cogestion nationale qui se décline au niveau départemental. Et derrière on mettait en place
des plans locaux, certes, sur une petite région agricole, mais pas vraiment concertés avec les
acteurs locaux, c’était pas des groupes d’agriculteurs locaux. »
Tous les partenaires interrogés n’expriment pas de reproches à l’encontre de la
représentation professionnelle. Une bonne partie d’entre eux sont au contraire élogieux vis-à-
vis des responsables professionnels. Néanmoins, les remontrances exprimées sont assez
cohérentes entre elles.
Quelle que soit la place que les partenaires attribuent à la représentation professionnelle
dans l’élaboration de projets territoriaux, ils se réservent le droit de décider en dernier ressort,
étant les dépositaires de l’intérêt général. Il est ainsi parfois reproché à la représentation
professionnelle de préférer le lobbying à une démarche partenariale : « Un problème que l’on
rencontre à mon avis dans bien d’autres structures, c’est que le partenariat, ça s’apprend, et
je pense qu’on est sur des cultures différentes. Pour nous, on a des élus qui se posent en
médiateurs, en coordinateurs, alors qu’on a l’habitude du côté consulaire, en plus il y une
culture syndicale qui se greffe là-dessus, de revendiquer des choses et d’avoir un point de

20
vue, de le défendre, et parfois de l’imposer. Aujourd’hui, je crois que ce n’est pas le cas, sauf
peut-être deux-trois fois. Mais avec le président et le directeur [de la Chambre], je ne le
ressens pas, mais on sent que derrière eux, il y a un certain nombre de professionnels qui
sont encore dans ces réflexes. »
Dans certains territoires, les pressions que peut parfois exercer le milieu agricole sont
très mal perçues par les élus locaux. Pour une élue, la chambre ne reste pas dans son rôle de
proposition quand elle conteste les décisions prises par les élus : « je vous répète, il faut quand
même qu’ils comprennent bien que ce ne sont pas eux qui décident. Et ça c’est quand même
un peu leur défaut ». Dans ce type de relation conflictuelle, il est reproché à la représentation
professionnelle de ne pas tenir compte de l’avis de ses partenaires : « Les élus attendent plus
de compréhension de la Chambre. Le discours de la CA devrait être plus explicatif, plus
nuancé, moins monolithique pour prendre en compte les attentes des gens [...]. Quand un élu
fait une critique sur ce que dit la CA, il ne faut pas que la CA ait des réactions épidermiques
en disant : « vous êtes contre l’agriculture ». Donc, je crois que la CA aurait tout intérêt à
écouter les élus ».
Plus globalement, c’est une démarche plus pédagogique que les élus locaux en conflit
avec la chambre d’agriculture attendent des représentants professionnels : « Il y a des mairies
où l’on ignore totalement ce qu’est une chambre d’agriculture. Il faut expliquer aux conseils
municipaux ce qu’est une chambre d’agriculture [...]. Au début de chaque mandat politique,
les CA devraient communiquer pour présenter ce qu’est la CA. Les administrations font déjà
ça ».

Pour conclure cette première partie, nous pouvons mettre en parallèle les opinions et
représentations des différentes catégories d’acteurs sur les thèmes que nous avons abordés. La
comparaison des discours des différents types de socioprofessionnels et d’élus nous permet
d’identifier quelles sont les sous-groupes de chaque catégorie dont les visions se rapprochent
ou, au contraire, s’opposent.
Comme il a déjà été évoqué, le discours sur le développement territorial qui nous a été
tenu par les élus ou les techniciens de collectivités locales est moins diversifié que celui avancé
par les socioprofessionnels. On ne peut néanmoins conclure à une homogénéité d’opinion au
sein des collectivités locales quand aux conceptions du développement territorial et du rôle que
l’agriculture peut y jouer. N’ayant rencontré qu’un échantillon limité d’élus et de techniciens, il
semble difficile d’inférer sur les autres. De plus, il faut ici prendre en compte le statut de

21
l’enquêteur qui, effectuant l’étude pour le compte de la Chambre régionale d’agriculture, est
assimilé par les enquêtés à quelqu’un appartenant au réseau des chambres d’agriculture. Si la
position de l’enquêteur peut inciter à la confidence les socioprofessionnels agricoles, elle peut
en revanche constituer un frein à la libre parole de techniciens et d’élus de collectivités locales
tentés d’adopter un discours policé pour éviter le conflit avec les chambres d’agriculture.
Pour compléter le tableau suivant et mieux rendre compte de la réalité, on a donc
ajouté deux catégories d’élus et de techniciens de collectivités locales (modèles d’élus locaux
n°2 et 3) à celles que nous avions déjà définies. Elles correspondent à des partenaires que nous
n’avons pu rencontrer ou que nous n’avons rencontrés que brièvement, les personnes en
question ne nous ayant pas accordé plus de temps. Ces catégories sont donc plus à considérer
comme des hypothèses que comme des résultats sûrs de l’enquête. Le discours qui leur a
attribué aux partenaires correspondant procède à la fois de l’analyse d’entretiens succincts dont
se sont plus les non-réponses que le discours à proprement parler qui sont significatifs et,
d’autre part, de la vision d’autres acteurs sur les représentations des personnes en question.
.

22
Modèle de Modèle de Modèle de partenaires n°1a et 1b Modèle de Modèle de
professionnels professionnels n°2 partenaires n°2 partenaires n°3
n°1
Rôle de essentiellement équilibre entre les Intérêt pour les fonctions non- agriculture essentiellement
l'agriculture économique fonctions économiques de l'agriculture considérée économique
économiques et non (gestion de l'espace, entretien des comme peu
économiques de paysages, maintien de la vie importante pour
l'agriculture sociale et lutte contre la le
désertification, préservation de développement
l'identité du territoire) du territoire
Culture du approche approche approche transversale approche approche
développem sectorielle transversale, quoique sectorielle ou sectorielle du
ent territorial plus orientée vers les approche développement
domaines touchant à attribuant une territorial
l'agriculture place
secondaire à
l'agriculture
Objectif de amélioration de
compromis sur développement transversal du donner une développement
l'engagement la rentabilitél'espace, territoire apparence de agricole
dans un économique rémunération des concertation (approche
partenariat des services rendus par clientéliste)
dans le cadre exploitations,l'agriculture, plus-
d'une amélioration de
value résultant de la
politique la qualité de territorialisation de
territoriale vie des l'agriculture,
agriculteurs redéfinition du rôle et
du statut de
l'agriculture dans la
société
Principaux cohésion entre attitude d'écoute de profession agricole soucieuse du bonnes
facteurs de OPA, élus part et d'autre: territoire et ouverte à la relations
réussite du locaux attitude modérée de discussion, profession agricole interpersonnelle
projet favorables à la profession, élus capable d'élaborer des s avec les
l'agriculture locaux ouverts à la propositions socioprofession
discussion nels
Rôle attribué CA: proposition implication conjointe implication CA: proposition
aux CL: décision des structures aux conjointe des CL: décision
différents différentes étapes du structures aux
acteurs projet différentes étapes
du projet
Vision de les élus locaux vision plutôt positive image positive vision d'un
l'autre sont classés en des élus locaux, le des élus monde agricole
deux dialogue est professionnels monolithique
catégories: considéré comme considérés adoptant une
ceux possible avec ces comme soucieux attitude de
considérés derniers si la du territoire lobbying et
comme étant profession agricole souvent peu
favorables à fait des efforts soucieux du
l'agriculture et d'explication territoire
les autres, le
dialogue avec
les seconds
apparaît voué à
l'échec

Ces différentes conceptions du rapport entre agriculture et territoire ou de la répartition des rôles entre
chambres et collectivités locales ont des répercussions sur la manière dont sont mis en oeuvre les partenariats
entre structures.
II) UNE TYPOLOGIE DES PARTENARIATS
ENGAGES PAR LES CHAMBRES D’AGRICULTURE
Les partenariats des CA, une résultante de l’expérience et des stratégies des acteurs

Au début de notre enquête, nous avions émis comme hypothèse que la structure des
partenariats engagés par les collectivités locales et les Chambres d’agriculture était directement
liée à la nature du projet pour lequel il était mis en place le partenariat. Nous avions alors été
amenés à considérer trois grands types de partenariats : les projets agricoles, relevant
essentiellement du développement économique, les projets de territoire, visant à trouver un
compromis entre les usagers du territoire, et les projets de développement global du territoire,
liés à la mise en place d’une politique locale de développement du territoire.
L’étude de terrain nous a permis non seulement de confirmer cette hypothèse mais
également de préciser la typologie en identifiant des sous types de partenariat au sein de
certaines des catégories précitées. Elle nous a également permis d’identifier quelles étaient les
caractéristiques essentielles de chacun de ces types de partenariat, ce qui permet de distinguer
les enjeux et les mécanismes influents sur la conduite de ces partenariats.
Les partenariats entre collectivités locales et profession agricole se distinguent
nettement par leur structure selon qu’ils s’établissent dans le cadre de projets territoriaux ou
agricoles. En revanche, les partenariats mis en place pour l’élaboration de projets globaux de
territoire se situant entre les deux modèles précités, vont emprunter conjointement à l’un et à
l’autre en fonction de la culture partenariale préexistante dans le territoire de projet.

A) Projets agricoles et projets territoriaux : 2 types de partenariats opposés par leur finalité et
leur objet
Avec des objets et des finalités bien distinctes, les partenariats pour la conduite de
projets agricoles et ceux visant à mettre en place des projets territoriaux se distinguent
fortement par leur mode de structuration (Cf. tableau page suivante).

1) Projets agricoles
Les partenariats ayant pour objet la mise en place de projets agricoles sont en général
initiés par la profession agricole. Ils résultent le plus souvent de la volonté d’un groupe
d’agriculteurs organisés en coopérative, en groupe local ou sous une forme informelle

24
d’apporter une plus-value économique à leur production. Il peut s’agir de la construction ou la
reprise d’un abattoir, la mise en place d’un atelier de transformation, d’un projet de
labellisation ou de différentiation d’une production agricole.
Le partenariat peut être engagé avec deux types d’acteurs extérieurs au monde
agricole : les collectivités locales ou les opérateurs économiques intervenant dans la
transformation et/ou la distribution de produits agricoles. Les collectivités locales sont en
général sollicitées pour apporter une aide financière nécessaire à la mise en œuvre d’un projet.
Leur engagement est lié aux retombées positives du projet sur le territoire : développement
économique, valorisation de l’image du territoire par la mise en place de produits de qualité ou
à forte valeur identitaire, consolidation de la rentabilité économique d’une agriculture garante
de la qualité de l’environnement et des paysages. Le partenariat avec des opérateurs
économique a pour finalité la recherche de débouchés pour la production agricole. Il peut être
mis en place pour prévenir un conflit avec des concurrents potentiels. C’est par exemple le cas
lors de la mise en place d’une filière courte avec vente directe aux particuliers qui peut faire
concurrence à des entreprises de distribution.
La relation partenariale dans des projets agricoles relève alors de la négociation : il
oppose en face-à-face deux types d’acteurs avec un intérêt au partenariat distinct. Pour les
partenaires de l’agriculture, la décision de contracter découle d’un calcul mettant en balance le
coût du partenariat (l’apport financier pour la collectivité locale) et son bénéfice attendu (le
développement économique du territoire, par exemple).

2) Projets territoriaux
Visant à promouvoir un développement agricole en harmonie avec le territoire, ils ont
pour objet principal la concertation entre les différents acteurs du territoire autour des
pratiques agricoles et de leur impact sur le territoire. Ils associent une grande diversité de
partenaires (collectivités locales, associations de chasse, de pêche, environnementalistes,…) et
aboutissent à un contrat entre la collectivité et l‘agriculture.
Ils s’inscrivent dans le cadre de différentes procédures élaborées par les pouvoirs
publics à un niveau national (Contrats Territoriaux d’Exploitation), régional (Plans Locaux de
Gestion de l’Espace) ou départemental (Chartes agri-environnementales) et sont souvent
associés à un financement public en dédommagement des efforts consentis par l’agriculture
(modification des pratiques agricoles et production de services d’intérêt général).
Ayant pour but d’arriver à un accord entre partenaires, ils relèvent avant tout de la
concertation et présupposent une volonté commune de s’entendre sur un sujet. Ils nécessitent
un travail sur le temps permettant la compréhension entre partenaires. Les débats en réunion

25
peuvent être accompagnés de rencontres informelles permettant une meilleure connaissance
entre partenaires.

Projets territoriaux et projets agricoles : deux partenariats aux structures biens distinctes
Projet territorial Projet agricole

Mode de discussion concertation négociation


entre partenaires
Objet du partenariat Multifonctionnalité agricole Mise en place de projets agricoles à finalité
économique
Intérêt pour la Compromis avec les autres usagers du obtention de financements pour le
profession agricole territoire, développement agricole,
Obtention de subsides en échange des recherche de débouchés,
impacts positifs de l'agriculture ou de la prévention de conflit vis-à-vis de
limitation de ses impacts négatifs concurrents potentiels
Initiative Conception de la politique: Profession agricole
collectivités locales et Etat plus rarement Collectivités locales
Initiative de la concertation:
collectivités locales et OPA
Partenaires des CA Collectivités locales, société civile (chasse, Collectivités locales et acteurs
pêche, environnementalistes, randonneurs,…) économiques intervenant dans la
transformation et la distribution de produits
Mode engagement plus institutionnel, initié par la forte dynamique agricole venant de la
d'engagement de la CA ou des élus socioprofessionnels base
profession agricole
Implication de la participation au débat (diagnostic et proposition et négociation
profession agricole propositions) en vue de la finalisation d'un
accord
Implication des participation au débat (diagnostic et négociation et financement,
partenaires propositions) en vue de la finalisation d'un plus rarement proposition
accord
Lieux d'échange et Comités de pilotage, rencontres informelles rendez-vous en face à face, invitation
de communication de sensibilisation d'élus locaux aux réunions de groupes
locaux ou d'agriculteurs en conseils
municipaux

Les structurations partenariales observées dans les projets agricoles et les projets
territoriaux se retrouvent dans les projets globaux de territoire

B) Projets de développement globaux du territoire : un mode de structuration partenariale issu


de l’expérience

Procédures contractuelles conçues à un niveau national (Pays et Parcs Naturels


Régionaux) ou régional (Contrats de développement Rhône-Alpes, Contrats Globaux de

26
Développement), les projets globaux du territoire visent à mettre en œuvre une politique locale
de développement encouragée par des financements publics.
Ils procèdent de la libre association de collectivités locales autour d’un projet commun
qui doit prendre en compte les différents aspects du développement (économique, social,
environnement). Prônant une démarche transversale, ils associent durant la phase de réflexion
et d’élaboration un grand nombre d’acteurs locaux : collectivités locales, chambres consulaires,
associations, voire simples citoyens. L’agriculture n’en est donc qu’une composante parmi
d’autres, même si elle peut dans certains territoires être placée au centre de la stratégie
territoriale.
Le mode d’engagement de la représentation professionnelle agricole va pouvoir relever
de logiques extrêmes, déterminées par un ensemble de facteurs parmi lesquels l’expérience du
partenariat dans le territoire, la culture de ses acteurs et la volonté d’élaborer un projet
commun. Si la majorité des partenariats que nous avons étudiés emprunte à ces deux logiques,
on peut néanmoins dégager une typologie qui, quoique schématisant une réalité plus complexe,
a l’avantage de donner des repères à l’action. S’opposent ainsi deux logiques de partenariat
dans la conception de projets globaux de territoire : une logique de concertation, liée à une
volonté de définir une politique agricole participant d’une dynamique territoriale, et une
logique de négociation plus tournée vers l’obtention de financement pour le développement
agricole.

1) la logique concertée
Souvent héritière de l’expérience de partenariats mis en œuvre dans le cadre de projets
territoriaux, les projets globaux dits concertés correspondent aux attentes des pouvoirs publics
qui les ont conçus et les financent.
Ils demandent une forte dynamique participative et sont le fruit d’une volonté de
construire un projet commun qui dépasse les intérêts de chaque structure. Un certain nombre
de facteurs favorisent cette construction commune. Si l’existence d’une forte identité
territoriale incite les acteurs à se mobiliser pour œuvrer en faveur d’un territoire qui leur est
signifiant, une expérience réussie de travail en commun fait la preuve de la possibilité de
dépasser les clivages. Enfin, l’existence de collectivités locales souhaitant travailler ensemble
apparaît comme un élément indispensable pour parvenir à un projet applicable à l’ensemble du
territoire concerné.
La participation de la représentation professionnelle agricole à ce type de démarche
s’apparente à celle de des projets territoriaux. S’inscrivant comme partenaire d’une réflexion
commune sur le territoire, la profession agricole établit un programme d’action agricole en

27
commission de travail mixte associant élus locaux et socioprofessionnels. Si la décision
appartient en dernier ressort aux élus locaux, le fait qu’il y ait une discussion collective sur les
propositions donne à la représentation professionnelle une certaine influence sur le programme
d’action final.
La prise en compte des spécificités du territoire et des préoccupations des collectivités
locales est facilitée par une représentation agricole au niveau institutionnel s’approchant
souvent des limites territoriales du projet. Dans la majorité des cas, le groupe local conduit le
partenariat pour un projet local, la CA mène le partenariat pour des projets départementaux,
une troisième solution résidant dans la conduite conjointe par les deux niveaux.
Enfin, le travail en commission thématique réunissant différents secteurs d’activité
facilite l’élaboration d’un projet global composé d’actions transversales répondant à un
diagnostic évaluant les potentialités du territoire plutôt qu’un catalogue d’actions sectorielles.

2) La logique négociée
La logique de négociation dans le cadre de projets de développement globaux du
territoire est souvent adoptée par défaut. L’absence d’identité territoriale ou de leaders
politiques locaux, les dissensions entre collectivités locales, l’absence d’intérêt des élus locaux
pour l’agriculture ou au contraire des socioprofessionnels pour une démarche territoriale ne
permettent pas la construction d’un projet concerté. La structure du partenariat va alors
s’approcher de celle mise en œuvre dans le cadre de projets agricoles.
Tant du côté des collectivités locales que de la profession agricole, l’intérêt principal de
la participation à la démarche réside dans la possibilité de capter des financements. En
l’absence d’un diagnostic partagé et de la définition d’objectifs communs sur la politique à
mettre en œuvre, le projet élaboré s’apparente à un catalogue d’actions sectorielles. Ce modèle
implique une stricte séparation des rôles entres la représentation agricole et les collectivités
locale. La première est chargée d’élaborer des propositions d’actions agricoles en interne que
les collectivités locales décident de retenir ou non. Cette logique atteint son paroxysme quand
des enveloppes financières ont été prédéfinies pour chaque secteur et que chacun d’entre eux a
toute latitude pour l’utiliser comme il l’entend.

28
Projets globaux de territoire : un mode de structuration partenariale issu de l’expérience

Mode de discussion concertation négociation


entre partenaires
Objectif de la profession Participation à une dynamique Obtention de financements pour le
agricole territoriale développement agricole
Réflexion sur le devenir agricole dans le Déclinaison du projet agricole
territoire départemental
Objectif des collectivités Construction d'un projet global de Captation de financements
locales territoire Mise en place d'un catalogue d'actions
Diagnostic partagé, OUI NON
définition d'objectifs
communs entre la
profession agricole et
ses partenaires
Implication des Proposition et décision Décision
collectivités locales
Implication de la Proposition, avec une participation plus Proposition
profession agricole ou moins importante à la décision

Niveau de S'approchant souvent des limites Dépassant souvent les limites du


représentation de la territoriales du projet: projet
profession le groupe local conduit le partenariat Négociation menée par un leader
pour un projet local; la CA conduit le départemental
projet pour un projet départemental; ou
encore le projet est mené conjointement
par les deux niveaux
niveau de concertation Collectivités locales, éventuellement Organisations Professionnelles
(principaux société civile Agricoles
interlocuteurs de la
représentation agricole)
Type d'actions mises en Actions transversales s'insérant dans un Actions de développement agricole
œuvre projet de développement global du
territoire
Contexte territorial Forte identité territoriale Absence d'identité territoriale
(facteurs favorisant tel Collectivités territoriales souhaitant Absence de leaders politiques locaux
type de structuration) travailler ensemble pour élaborer un ou dissensions entre les collectivités
vrai projet de territoire locales
Faible intérêt des élus locaux pour
l'agriculture
Avantages pour la Meilleure sensibilisation des partenaires Plus grande liberté dans l'affectation
profession agricole aux questions agricoles de l'enveloppe financière reçue
Rapprochement entre structures
Inconvénients pour la Démarche lourde, qui nécessite un fort Difficultés à mobiliser les partenaires
profession agricole investissement des partenaires sur d'autres dossiers
Résultats moins valorisants pour les Risque de dégradation de l'image de
représentants professionnels qui ne la profession
peuvent devant leurs pairs justifier de la
qualité de leur action par l’obtention
d’une enveloppe financière, d'où un
risque d'incompréhensions ou des
dissensions avec la base

29
CONCLUSION

Au terme de cette étude et au vu des exemples étudiés, il apparaît que la réussite de


projets partenariaux de développement territorial est intimement liée au positionnement des
acteurs par rapport au projet. Ainsi, si on a identifié que trois élément essentiels sont
nécessaires à l’élaboration d’un projet commun, à savoir un accord entre partenaires sur les
finalités du projet, un intérêt partagé pour le projet et une vision de l’autre positive ou toute au
moins suffisamment ouverte pour pouvoir dépasser le conflit, ce sont des considérations
d’ordre politiques qui sous-tendent chacun de ces éléments6.
Ainsi, un accord sur les finalité du projet est conditionné par la rencontre de visions
communes, ou tout au moins non exclusives l’une de l’autre, du rôle de l’agriculture dans le
développement territorial. De même, trouver un intérêt commun au projet présuppose d’être
en mesure de comprendre et d’accepter, voire de s’approprier les objectifs du partenaire, ne
serait-ce que pour pouvoir le persuader de son utilité en regard de ses préoccupations. Enfin,
nos entretiens ont montré l’importance des préjugés politiques sur le partenaire et leurs
conséquences sur la relation aux partenaires.

Ayant jusqu'à présent tenté de rester tout à fait neutre par rapport aux options
politiques des partenaires locaux, nous aimerions terminer ce travail par une prise de position
plus personnelle. La réorientation par les pouvoirs publics des missions données à l’agriculture
en faveur du territoire replaçant la notion de concertation au cœur des partenariats entre
collectivités locales et agriculture, une modification des pratiques dans la conduite des projets
locaux de développement s’avère nécessaire. Ce changement, quoique se faisant avec plus ou
moins de facilités selon les territoires, semble néanmoins amorcé. Si, du coté agricole, certains
socioprofessionnels peuvent encore s’engager dans une optique revendicative, l’expérience de
projets territoriaux réussis basés sur la concertation amène à l’avènement de projets globaux
s’appuyant sur une réflexion stratégique sur le territoire.
Cette évolution, souhaitée par les pouvoirs publics, est portée dans le monde agricole
par une nouvelle génération de socioprofessionnels visionnaires, convaincus de la nécessité
6
Par considérations politiques, nous ne faisons pas ici référence à un quelconque clivage droite/gauche mais à
différentes options liées à des conceptions différentes du développement territorial, du rôle donné à
l’agriculture dans la société et du mode de coopération entre structures.

30
d’ancrer l’agriculture dans le territoire. Néanmoins, faire le constat d’une évolution positive ne
doit pas conduire à adopter une attitude d’optimisme béat. La profession agricole, on l’a vu,
reste très préoccupée par son avenir. Si la stratégie de concertation et les efforts consentis par
l’agriculture ne s’accompagnent pas de retombées positives directes pour les agriculteurs, le
retour à une attitude de lobbying est à craindre. Il appartient alors aux pouvoirs publics de
donner à l’agriculture les moyens de se pérenniser. Cela pourrait passer par l’adoption d’un
véritable statut de l’agriculteur qui reconnaisse financièrement les retombées bénéfiques de son
activité sur le territoire et lui assure la pérennité de son support, le sol.

31
BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

AMBLARD Henri, BERNOUX Philippe, HERREROS Gilles, LIVIAN Yves-Frédéric (1996),


Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Paris : Seuil.

BERRIET-SOLLIEC Marielle (1999), Les interventions décentralisées en agriculture, Paris :


L’Harmattan.

BOLTANSKI Luc, THEVENOT Laurent (1991), De la justification : les économies de la


grandeur, Paris : Gallimard.

GREFFE Xavier (2002), Le développement local, Paris : L’Aube.

PORTIER Nicolas (2001), Les pays, Paris : La Documentation française.

Articles

BERRIET-SOLLIEC Marielle (2002), « Décentralisation et politique agricole en France »,


Economie Rurale, n°268-269, pp. 13-23.

BEURET Jean-Eudes (1999), « Petits arrangements entre acteurs : les voies d’une gestion
concertée de l’espace rural », Nature Sciences Sociétés, n°1, vol.7, pp. 21-30.

CANDAU Jacqueline (1999), « Usage du concept d’espace public pour une lecture critique
des processus de concertation », Economie Rurale, n°252, pp. 9-15.

COIFFARD Agnès, BAYLAC Xavier, SCHLAIFER Michel (2002), « Du conseiller agricole


au chargé de mission territorial », Travaux et innovations, n°88, pp. 32-39.

DAMON Julien (2002), « La dictature du partenariat », Futuribles, n°273, pp. 27-41.

DELFAU Gérard (1991), « Développement et territoire, notion à réinventer : le partenariat


local sur un bassin d’emploi », Territoires, n°323, pp. 22-29.

MICHEL Frédéric (2002), « Les partenaires potentiels de l’agriculture sur nos territoires »,
Travaux et innovations, n°88, pp. 30-31.

PECQUEUR Bernard (1991), « L’avenir du local est-il dans le partenariat ? », Territoires,


n°323, pp. 30-33

Rapports, études

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les démarches territoriales », 12 décembre 1994

Conseil Régional Rhône Alpes/Orca-Cabinet Janvier, « Evaluation de la procédure des


Contrats Globaux de développement », 15 septembre 1999

32
Conseil Economique et Social Régional Rhône Alpes, « La participation des acteurs socio-
économiques locaux aux contrats locaux de développement et Pays », 16 juin 2000

UNCPIE/ Mairie-Conseils, « L’implication des agriculteurs dans la mise en œuvre des


compétences intercommunales aménagement de l’espace et environnement », novembre 1999

Guides méthodologiques

Association nationale pour le développement agricole, « Irri-Mieux/ Le partenariat : guide


pour un projet local », septembre 2001

CEDAG/ Ministère de l’Agriculture et de la Forêt, « Gestion concertée dans les espaces


ruraux », octobre 2000

Ministère de l’agriculture et de la pêche, Ministère de l’aménagement du territoire et de


l’environnement, DATAR, « CTE et territoire. Démarches territoriales : pour une articulation
entre le CTE et d’autres dispositifs », juillet 2001

Observatoire européen LEADER/AIEDL, « Organiser le partenariat local », Innovation en


milieu rural, Cahier n°2, mars 2002.

33
ANNEXES

34
SELECTION DES PROJETS ETUDIES
(échantillonnage)

L’échantillonnage élaboré au début de l’enquête partait de l’hypothèse que la structure


des partenariats engagés par les collectivités locales et les Chambres d’agriculture était
directement liée à la nature du projet pour lequel il était mis en place le partenariat. Nous
avions alors été amenés à considérer trois grands types de partenariats : les projets agricoles,
relevant essentiellement du développement économique, les projets de territoire, visant à
trouver un compromis entre les usagers du territoire, et les projets de développement global du
territoire, liés à la mise en place d’une politique locale de développement du territoire.
A partir de cette distinction, nous avons demandé aux techniciens de chaque chambre
d’agriculture de sélectionner un partenariat par catégorie précitée, en adoptant la répartition
suivante :

Répartition des types de partenariats sélectionnés par département


Dép. Etude de cas Etude CA
Ain Projet de développement global du Projet liant développement agricole et
territoire* développement territorial**
Projet de développement agricole***
Ardèche Projet de développement global du Projet liant développement agricole et
territoire* développement territorial**
Projet de développement agricole***
Drôme Projet de développement agricole*** Projet de développement global du territoire*
Projet liant développement agricole et
développement territorial**
Isère Projet de développement global du Projet liant développement agricole et
territoire* développement territorial**
Projet de développement agricole***
Loire Projet liant développement agricole et Projet de développement global du territoire*
développement territorial** Projet de développement agricole***
Rhône Projet de développement global du Projet liant développement agricole et
territoire* développement territorial**
Projet de développement agricole***
Savoie Projet de développement agricole*** Projet de développement global du territoire*
Projet liant développement agricole et
développement territorial**
Haute Projet liant développement agricole et Projet de développement global du territoire*
Savoie développement territorial** Projet de développement agricole***
* Projet de développement global du territoire : Pays et CGD essentiellement : Leader
éventuellement
** Projet liant étroitement développement agricole et développement territorial : PLGE,
produits de qualité en lien avec l’image du territoire, fermes communales, …
*** Projet de développement agricole avec des répercussions sur le territoire : organisation de
circuit court, filières localisées, opérations coordonnées, …

Les informations concernant les projets sélectionnés pour l’étude CA nous ont été
fournies par les techniciens territoriaux ayant conduit les partenariats en question pour les
chambres. Les partenariats sélectionnés pour l’étude de cas ont fait l’objet d’une étude

35
approfondie : pour chacun d’entre eux, ont été rencontrés, en plus du technicien, l’élu
professionnel et un corpus représentatif de partenaires ayant participé au projet.

36
LISTE DES PERSONNES RENCONTREES
dans le cadre des études de cas

AIN
Marie-Jeanne BEGUET, maire de Civrieux, Communauté de Commune Soane Vallée
Gilbert LIMANDAS, vice-président de la Chambre d’Agriculture de l’Ain, président de la
FRSEA
Patrick NIVOT, chargé de région, Chambre d’Agriculture de l’Ain
Patrick SORIANO, animateur du CGD Dombes-Val de Soane, Société d'Equipement du
Département de l'Ain

ARDECHE
Paul LEYNAUD, ancien membre de la Chambre d’Agriculture de l’Ardèche, ancien Président
du Syndicat des producteurs de châtaignes et marrons d’Ardèche
Thierry POULET, chef du service Mission territoriale, Chambre d’Agriculture de l’Ardèche
François ROUDIER, chef du service Développement économique, Chambre des métiers de
Tournon
Paul SAVATIER, directeur du service du Développement territorial et de l’Environnement,
Conseil général de l’Ardèche
Yves VERILHAC, directeur, Syndicat mixte du PNR des Monts d’Ardèche
Jean WIDENBERGER, directeur, Chambre de Commerce et d’Industrie d’Annonay

DROME
Olivier DURAND, responsable de la filière biologique, Chambre d’agriculture de la Drôme
Thierry GEFFRAY, Président de la Communauté de commune du Diois
Philippe MEJEAN, animateur agricole, Communauté de communes du Diois
Olivier REY, membre de la Chambre d’agriculture de la Drôme

ISERE
Dominique BATTAGLIA, Chargé de Mission, Syndicat d'Aménagement du Trièves
Alain HARET, président du groupe local d’agriculteurs SITADEL (Sud Isère Territoire
Agricole et Développement Local)
Jean-Paul SAUZET, conseiller en développement local, Chambre d’agriculture de l’Isère
Christine MERLE, Animatrice du CGD Sud Isère, Agence pour le Développement de la
Matheysine

LOIRE
Philippe MACKE, Conseiller général, Conseiller régional
Raymond VIAL, Vice-Président de la Chambre d’agriculture de la Loire, Président de la
FDSEA
Michel PATIN, conseiller territorial, Chambre d’agriculture de la Loire

RHONE
Claude BERGER, ancien Président de la Chambre d’agriculture du Rhône, président de région
agricole
Philippe BONNET, ancien chargé de région, Chambre d’agriculture du Rhône
Jean-Luc CORBAL, chargé de région, Chambre d’agriculture du Rhône
Paul DELORME, Conseiller Général, Président de l’Association du Pays des Coteaux du
Lyonnais pour l’Aménagement et le Développement (ACCOLADE),

37
Sylvain DUMAS, animateur du CDRA des Coteaux du Lyonnais, Association du Pays des
Coteaux du Lyonnais pour l’Aménagement et le Développement (ACCOLADE)

SAVOIE
Yvon BOCHET, Président du Groupement d’Etude et de Développement Agricole du
Beaufortin
Emmanuel HUGUET, animateur territorial, Chambre d’agriculture de la Savoie
Gilbert VIALLET, président de la coopérative laitière, ancien Président du SIVOM du
Beaufortain
Leopold VIALLET, Président du SIVOM du Beaufortain, maire de Beaufort

HAUTE SAVOIE
Francois CENA, animateur territorial, Chambre d’agriculture de la Haute Savoie
Jean-Christophe BLIGNY, responsable gestion des ressources en eau, Société des eaux
d’Evian
Jean FAVRE, ancien président de l’Association des Communes d’émergence de la source et de
l’impluvium, maire de Champanges
Michel GRIVEL, Président du Syndicat d’Intérêt Collectif Agricole du Pays du Gavot

38
GUIDE D’ENTRETIEN

I Représentations

A) Sur le développement territorial et le rôle de l’agriculture dans le développement territorial

1) « Aujourd’hui, on parle beaucoup de développement territorial. Pour vous, que


signifie cette expression ? »

2) « Pour vous, quel rôle l’agriculture peut-elle jouer dans le développement


territorial ? »

3) « Pour vous, quel rôle le développement territorial peut-il jouer pour l’agriculture ? »

B) Sur le partenariat et les partenaires

4) « Dans le cadre du développement territorial, quel est l’objectif d’un partenariat avec
d’autres structures ? »
Si la réponse se limite aux objectifs opérationnels du partenariat, relancer pour savoir quelles
finalités plus globales peut avoir le partenariat (financement, dynamique territoriale, etc.)

5) « Dans le cadre du développement territorial, quelles sont les responsabilités et les


compétences de votre structure ? »

6) « Dans le cadre du développement territorial, quelles sont les responsabilités et les


compétences de vos principaux partenaires ? »

7) « Rencontrez-vous des difficultés particulières dans vos partenariats » (stratégie,


responsabilités, compétences)

II Construction du partenariat (sur l’exemple de partenariat sélectionné)

PREALABLE A L’ENGAGEMENT

Réflexion interne sur l’engagement de la structure


Pourquoi votre structure s’est-elle engagée sur ce partenariat ? Quel est son intérêt ?
Selon vous, pourquoi vos partenaires s’impliquent-ils dans ce partenariat ?

Concertation entre partenaires


Y a-t-il eu une concertation entre les partenaires avant prise de décision ? Etiez vous d’accord
sur les enjeux ? Avez-vous définis des objectifs en commun ? Chaque structure a-t-elle
expliqué quel était son intérêt personnel à s’engager dans ce partenariat ou l’intérêt de chacun
est-il resté caché ?

ORGANISATION INTERNE (uniquement pour les élus professionnels et les techniciens


chambre)

39
Choix du professionnel et du technicien
Comment avez-vous été choisi pour représenter la structure dans le partenariat ? (critères de
choix, niveau de représentation : local ou départemental)

Lien avec la chambre, formation


Pour le professionnel :
Quel mandat vous a-t-on donné ? Quelles libertés avez-vous pour prendre des décisions et
représenter la structure ?
Y a-t-il un suivi de la part de la chambre ? Devez-vous rendre un compte-rendu auprès du
bureau ?
Avez-vous reçu une formation préalable (sur le développement local, sur la politique des
pays) ?
Pour le technicien :
Quelle mission la chambre vous a-t-elle donné sur ce partenariat ?
- précision suffisante de la mission
- appui technique de la Chambre suffisant
- aide, cadre de la chambre
Avez reçu une formation de la chambre ? Une formation sur certains aspects spécifiques de
votre métier vous serait-elle nécessaire ?

Relation avec le binôme (élu professionnel ou technicien)


Quel est votre rôle par rapport à celui de l’élu professionnel (du technicien) ?
- action de chacun
- distinction claire des rôles ?
- rencontres régulières ? Pour parler de quoi ?
- ce qui fonctionne bien ? Problèmes ?

STRUCTURATION DU PARTENARIAT

Initiative
Qui a initié le partenariat ?
Si c’est votre structure, a quel moment a-t-elle associé les partenaires ? Sinon, à quel moment
avez-vous été associés ? Auriez-vous préféré être associés à un autre moment ?
Aviez-vous des expériences précédentes avec les partenaires ?

Animation
Comment s’est passée l’animation ? Qui assure l’animation ? Quel est le rôle de l’animation ?
Y a-t-il eu une animation spécifique du partenariat ? Quelle est la fréquence de vos
rencontres ?

Niveau de contractualisation
Y a –t il eu contractualisation ? Est-ce que ça a été nécessaire ? Règles de fonctionnement,
comptes-rendus, contractualisation ? Quels étaient les responsabilité de chacun (financement
expertise, apport humain,..)

Pérennité du partenariat
Une fois l’opération terminée, le partenariat va-t-il se poursuivre ? Pensez-vous rester en
contact avec les autres partenaires ?

Appréciation du partenariat

40
« Qu’est-ce qui a facilité le bon fonctionnement de ce partenariat ? Ou au contraire,
qu’est ce qui lui a porté préjudice ? »

Sur l’échelle suivante, pouvez-vous juger de la qualité du partenariat

En ce qui concerne la relation avec les partenaires (entourez le chiffre correspondant) :

Partenaire n°1 :………………………………….


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Partenaire n°2 :………………………………….


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Partenaire n°3 :………………………………….


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Partenaire n°4 :………………………………….


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Partenaire n°5 :………………………………….


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

En ce qui concerne la réalisation des objectifs poursuivis :


Très mauvaise Très bonne
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

D’un point de vue général


Très mauvaise Très bonne :
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

41
FICHES PARTENARIAT
issues de l’étude de cas

42
Projet de développement global du territoire n°1
(Contrat Global de Développement)

Résumé : Construit sur un territoire qui avait été délaissé par les autres CGD, le partenariat ne
correspond pas à une volonté d’élaborer un vrai projet de territoire, mais plutôt de bénéficier des
financements liés à la contractualisation avec la région. L’absence de vision politique du territoire a été
compensée par le dynamisme de la Chambre, qui avait en amont préparé avec les OPA un programme
d’actions pour l’agriculture. Les propositions de la Chambre ont ainsi été reprises presque textuellement
dans le contrat d’objectifs, d‘autant plus que la chambre bénéficiait à la fois des soutiens de la structure
animatrice et du président de l’association porteuse du CGD, également député de la zone. La présence
d’un grand nombre d’agriculteurs parmi les représentants des communes a également joué un rôle
certain.

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Département divisé en régions (5 ou 6) sur lesquelles sont désignés un technicien et un responsable
professionnel, le président de région.
Une de ces régions correspondait pratiquement au territoire du CGD. Le technicien et le professionnel
correspondant ont donc été naturellement désignés pour le monter.
De l’avis de ces derniers, ce système de désignation est performant car les représentants de la Chambre
ont ainsi une bonne connaissance du territoire en question

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel
Les responsable professionnel semble jouir d’une liberté d’action d’autant plus importante qu’il est
également vice-président de la CA. Il n’a pas reçu de mandat précis mais doit travailler en cohérence
avec le projet agricole départemental. Il « prend l’avis des autres responsables professionnels » du
territoire concerné.

2) Technicien
Le travail du technicien pour ce partenariat s’inscrit dans la mission générale de chargé de région. Il n’y
a donc pas de mission précise. Il s’agit de « tout observer et de servir de relais ».

C) Formation
Absence de formation spécifique pour la conduite du partenariat. Le professionnel et le technicien ne
jugent pas cela nécessaire.

C) Concernant la collaboration entre techniciens et professionnels :


Réunions régulières selon le professionnel. Elles consistent en un échange de points de vue. Le
technicien a par la suite le travail de rédiger et de formaliser les décisions prises.
Commentaires du technicien :
. manque de temps pour faire un bilan de l’action qui a été menée, d’où la difficulté à améliorer la
qualité du travail
. il est difficile d’assurer la qualité de l’animation quand il s’agit d’animer ses propres patrons . Des
personnes extérieures devraient assurer ce travail d’animation.
. si la distinction des rôles entre technicien et professionnel est suffisamment claire, le technicien n’en
reste pas moins dans une position délicate quand il se retrouve seul dans un comité de pilotage. Il se
retrouve alors à représenter la profession sans mandat

II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

A) Préalables à l’engagement

43
1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour la CA
Selon le technicien : la décision stratégique de la CA de s’engager sur les programmes territoriaux
résulte de l’extension des pouvoirs des collectivités locales qui prennent de plus en plus en charge le
financement de l’agriculture
Selon le professionnel : il s’agit d’obtenir des financements

b) Pour les collectivités locales :


Selon le technicien : l’absence d’experts en agriculture dans les collectivités locales conduit ces
dernières à faire appel aux CA dont les compétences et la légitimité en la matière sont reconnues
Selon l’élue : la CA a été sollicitée car elle sait faire des propositions concrètes

2)Processus participatif:
La concertation entre les partenaires apparaît pour le moins limitée. Ceci tient à différents facteurs :
- la CA est arrivée avec des propositions toutes faites, les collectivités locales ne se sont donc pas
données la peine d’élaborer une vraie stratégie territoriale
- le territoire du CGD est relativement hétérogène, avec une zone en voie de peri-urbanisation et
une zone qui reste très fortement rurale. Par conséquent, il semble difficile de concilier les
intérêts et d’élaborer une stratégie globale de territoire
- La structure assurant l’animation n’est traditionnellement pas centrée sur le développement
territorial mais l’aménagement d’infrastructures. Elle n’a donc pas la culture de projet de
territoire telle que l’entendent la Région ou la DATAR. L’animateur a donc introduit très peu
de débat dans l’élaboration du CGD, considérant qu’un projet ne pouvait être réalisé
collectivement en comité de pilotage ou en commission thématique.
L’élaboration du volet agricole du CGD a donc suivi le processus suivant (en résumé) :
1° en interne, élaborations de propositions par la profession agricole
2° présentation des propositions de la CA en Commission thématique et discussion de ces propositions
3° passage au Comité de pilotage
Le fait que les traditionnels « opposants » à l’agriculture (environnementalistes, chasseurs) n’aient pas
été invités aux discussions a d’autant accéléré la prise de décision.

B) Structuration du partenariat

1) Initiative : les collectivités locales


Les partenaires avaient déjà travaillé ensemble sur des documents d’urbanisme ou à l’occasion de
rencontres organisées par la CA sur l’agriculture, ses problèmes et ses attentes.
Les partenaires se connaissaient donc déjà, ce qui a facilité la relation.

2)Animation
L’animation a été assurée par la une société d’économie mixte dont le Conseil général est le principal
actionnaire.
Comme il l’est mentionné plus haut, la structure animatrice a peu invité les partenaires au débat. Les
réunion en commission thématique et en comité de pilotage se déroulent sur deux heures. Elles ont été
peu nombreuses. Chacun présente ses propositions et l’ensemble des propositions est rassemblé, ce qui
ne permet pas l’élaboration d’une réflexion partagée. L’élue pense que la structure animatrice s’est
laissée déborder par l’agriculture, reprenant un bloc toutes ses propositions. En fait l’animateur
reconnaît lui-même avoir été très conciliant avec l’agriculture, par conviction personnelle mais
également pour suivre les instructions du président de la structure animatrice, à la fois député et
président de l’association porteuse du CGD. Il reconnaît ainsi avoir favorisé l’agriculture dans
l’orientation des débats, notamment en octroyant un large temps de parole à la CA.

3) Contractualisation : CGD donc oui

4) Pérennité du partenariat :

44
L’élue souhaite que le partenariat se poursuive. Le responsable professionnel, quand on lui pose la
question, pense immédiatement au partenariat qui devra se pérenniser avec les autres OPA pour la mise
en œuvre concrète des actions décidées.

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

A) Pour le technicien :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν une bonne connaissance entre élus et socioprofessionnels
ν le fait que la CA ait anticipé et arrive dès le départ avec une réflexion et des propositions
Facteurs négatifs :
ν l’absence d’élus pour porter un véritable projet
ν l’absence d’identité territoriale
Aspects positifs du partenariat :
ν la reprise dans le CGD de la grande majorité des propositions de la chambre
Aspects négatifs du partenariat :
ν l’absence de réflexion stratégique sur un véritable projet de territoire, ce qu’il explique par le fait que
les élus ne se seraient pas entendus
ν l’absence de dynamique territoriale : une manne financière est utilisée pour financer des projets

B) Pour le professionnel :
Le partenariat est apprécié en fonction des bénéfices qu’a pu en tirer l’agriculture
Dans cette perpective, le professionnel estime positif :
ν la réflexion en amont, avec les OPA qui a permis de présenter comme un bloc soudé. Ce qui explique
que les politiques non pas pu « détruire » ce que proposait la chambre
ν la connaissance du monde agricole de la CA et la force de proposition de cette dernière
Aspects négatifs : « il y a certainement des choses qu’on a pas mises et qu’on va regretter de n’avoir pas
mises »

C) Pour l’élue :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν une bonne connaissance entre élus et socioprofessionnels
ν le fait que la CA arrive avec une réflexion et des propositions
Facteurs négatifs :
ν l’attitude de la CA qui accepte mal l’arbitrage des collectivités locales et préfère entrer dans une
logique de rapport de force plutôt que de d’expliquer calmement ses préoccupations
ν absence de proposition de la part des autres chambres consulaires
ν la partialité de la CEDA, appuyée en ce sens par le député, également président de la SEDA et
voulant s’attirer les voix de l’agriculture
ν l’absence d’agriculteurs dans les conseils municipaux

D) Pour l’animateur :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν le fait que beaucoup d’élus soient proches du milieu agricole
Facteurs négatifs :
ν la présence de « 3 ou 4 élus un peu de gauche qui ont tapé sur l’agriculture subventionnée »

45
Projet de développement global du territoire n°2
(Parc Naturel Régional)

Résumé :. PNR construit sur l’initiative des castanéiculteurs, qui font appel à la CA puis à deux
conseillers généraux pour relayer leur projet. Importante concertation pour l’élaboration du projet.
Procédure PNR lourde qui, donne un rôle déterminants aux techniciens des différentes structures
engagées

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Le responsable professionnel était avant de devenir un élu CA, président du syndicat de
castanéiculteurs. Comme ce dernier était à l’origine du projet, il a été naturellement désigné pour
représenter la chambre.
Le technicien avait été choisi de fait de son expérience des projets globaux de développement du
territoire.

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel
absence de formation spécifique

2) Technicien
Mis à disposition à mi-temps par la CA auprès de l’association pour la création du Parc, le technicien
avait pour mission de faire entrer la CA dans le syndicat mixte porteur du PNR. Sinon, il jouissait d’une
relative liberté pour l’écriture de la Charte. Seul son premier article (qui reflétait l’essence de la
philosophie du parc) a été discuté et validé par le bureau de la CA.

C) Concernant la collaboration entre techniciens et professionnels :


Forte implication de l’élu professionnel tout au long du processus, très bonne entente entre les hommes

II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

A) Préalables à l’engagement

1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour la CA
Le groupe de castanéiculteurs à l’origine de l’idée du parc partait du constat de la désertification des
secteurs isolés de cette partie de l’Ardèche. Face à la déprise agricole et à l’abandon des secteurs les
plus difficiles, ils entendaient monter un projet de territoire qui, pour être efficace, devait associer
l’ensemble de ses acteurs pour promouvoir une dynamique globale de territoire associant agriculture,
artisanat et tourisme autour de du développement de produits de qualité. Du fait de ses retombées
positives sur le territoire, l’agriculture était considérée comme le support de ce projet. Pour les
collectivités locales :

b) Pour les collectivités locales


Vision de la CA partagée par les élus locaux, notamment les deux conseillers généraux qui se sont
emparés du projet

46
2)Processus participatif:
Concertation très large, en plusieurs étapes :
1° comité d’étude associant castanéiculteurs et présidents des structures intercommunales
2°Association de préfiguration avec élus locaux, castanéiculteurs, chambres consulaires, associations :
qui rédigent le premier article de la Charte : rôle moteur de la CA par rapport aux autres chambres
consulaires qui restent en retrait par rapport à la première
4° Réunions avec la population (réunions thématiques et réunions dans chacune des 6 régions du
territoire)

B) Structuration du partenariat

1) Initiative : les castanéiculteurs, suivis par la Chambre


Une partie des collectivités locales avaient travaillé ensemble à l’élaboration d’un contrat de pays. En
revanche, la chambre d’agriculture n’avait pas d’expérience de coopération avec les collectivités
locales. Au contraire la CA pâtissait d’une image très négative auprès des collectivités locales. Selon le
technicien, le travail de terrain des chargés de mission de la CA, envoyés à la rencontre des élus locaux,
a permis de modifier la vision qu’ils avaient de la chambre.

2)Animation
Compte tenu de la longueur du processus (10 ans) et du nombre d’étapes nécessaires à l’aboutissement
du projet, il est plus juste de parler des différents modes d’animation et de structuration qui se sont
succédés au cours du temps
Au sein de l’association de préfiguration du Parc, l’article premier de la Charte a vraiment été élaboré
par les représentants des différentes structures.
Les commissions ouvertes à la population, très nombreuses, ont permis l’expression de milliers
d’habitants.
Commissions transversales qui ont permis de dépasser des approches sectorielles.
Selon le technicien CA, le temps passé en concertation n’est cependant pas garant d’une réelle
participation des habitants au projet, même s’il permet d’obtenir leur adhésion. Durant les commissions,
les techniciens qui devaient en faire le compte-rendu, se trouvaient en fait en situation de devoir choisir
entre une multitude de propositions sans grande cohérence entre elles. De même, le projet politique
défini, en comité d’étude, les élus se retrouvaient plus en situation d’entériner le projet plutôt que de le
discuter (sauf dans le cas de l’article 1, ayant réellement fait l’objet d’une construction commune),
souhaitant faire accélérer la procédure.
En définitive, la lourdeur et la lenteur d’une telle procédure ont fait jouer un rôle prépondérant aux
techniciens.

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

Appréciation du partenariat

Ce qui a facilité le partenariat


Pour le responsable professionnel :
- une vision commune des choses entre les différents représentants de structure
- le fait que le projet ait été une initiative de la base agricole
- la mobilisation au départ de quelques élus, consulaires et associations motivées par le projet
Pour le technicien CA :
- le fait que la personne à l’initiative du projet soit un agriculteur, ce qui a mis la chambre en position de
force, lui permettant de faire accepter aux collectivités locales l’ouverture du syndicat mixte aux
chambres consulaires.
- un constat partagé entre élus et agriculteurs, sur la désertification de la zone et les remèdes à y
apporter
- le charisme des élus et professionnels qui ont su faire aboutir le projet
Pour le technicien du PNR:

47
- la présence d’une agriculture extensive sensible à une démarche de qualité impliquant le territoire
- les hommes
- la recherche d’une démarche transversale
Pour le technicien de la Chambre des métiers (plus particulièrement sur le partenariat entre les
chambres consulaires) :
- une bonne relation entre techniciens et la volonté d’établir des passerelles entre les secteurs d’activité
- une bonne relation entre présidents

Ce qui a nuit au partenariat


Pour le responsable professionnel :
- l’intervention de considérations politiciennes dans le système, en fin de parcours au moment de
l’élection du Président du Parc
- la multiplication du nombre d’études qui permettent aux responsables politiques de n’avoir pas à faire
des choix
- le fait d’avoir voulu faire appel en premier lieu à la population plutôt que de se diriger vers les élus, ce
qui a rallongé et alourdi la procédure
Pour le technicien CA :
- le fait de n’avoir pas suffisamment impliqué les « petits »élus locaux au départ (maires, présidents de
communautés de commune)

48
Projet de développement global du territoire n°3
(Contrat Global de Développement)

Résumé :.
CGD issu du regroupement de deux territoires historiquement opposés. Absence de concertation, les
deux territoires aux intérêts et ambitions différents, se regroupent au sein du CGD pour obtenir des
financements répartis en deux enveloppes égales pour chacun d’entre eux. Attendu que les élus locaux
de la première région au fort passé industriel, ont un intérêt limité pour l’agriculture, le partenariat se
limite pour la CA à une coopération avec la seconde région.

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Le technicien a été choisi car il animait déjà la structure locale agricole basée sur le territoire du CGD.
Le responsable professionnel, qui n’est pas un élu CA, représente l’agriculture comme président du
groupe local.
Pour le professionnel, la territorialité de la CA (techniciens territoriaux) constitue un avantage certain
pour la conduite de partenariats locaux.

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel : indépendant de la CA

2) Technicien
Mission sur ce partenariat pas définie précisément. S’insère naturellement dans la mission générale
d’animateur territorial.

C) Formation
Absence de formation spécifique pour la conduite du partenariat. Le professionnel et le technicien ne
jugent pas cela nécessaire.

C) Concernant la collaboration entre techniciens et professionnels :


Réunions régulières. Le technicien propose des idées au responsable professionnel et présente ces
propositions au bureau du groupe local si elles ont été bien accueillies par le professionnel. Il y a donc
connivence entre le professionnel et le technicien.
Le technicien traite les aspects technique du partenariat et est chargé de la mise en forme. Sur le
partenariat, le technicien semble également occuper une fonction de représentation politique, le
représentant professionnel refusant d’avoir des contacts directs avec les élus politiques (sauf s’il y a
nécessité d’aller au « Grand’messe politique »). Le technicien est donc là pour « arrondir les angles avec
les partenaires »

49
II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

A) Préalables à l’engagement

1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour la CA
Le technicien comme le professionnel s’entendent pour dire que l’intérêt des agriculteurs à participer à
ce partenariat venait de la possibilité de financer des programmes agricoles.
Le technicien insiste sur le fait que la motivation financière primait sur les autres considérations,
ajoutant que pas une seule action n’avait pour but de faire travailler ensemble différentes structures ou
secteurs économiques. Ceci en dépit du fait que le responsable professionnel a un discours très porté sur
la nécessité pour l’agriculture de se tourner vers les autres acteurs du territoire.

b) Pour les collectivités locales :


La technicienne d’une communauté de commune indique que l’intérêt de ce partenariat était l’apport de
financements, en ajoutant que c’était aussi un moyen de faire réfléchir les acteurs du territoire aux
différents axes de développement possible.
Le technicien de l’autre communauté de commune indique que le partenariat avec la CA était
indispensable compte tenu de l’importance de l’agriculture sur son territoire.

Il ajoute que sa communauté de commune confie à la CA les problématiques agricoles du territoire.

2)Processus participatif:
Des avis divergents selon les personnes enquêtées :
Selon l’animatrice du CGD, il n’y a pas eu de diagnostic réalisé dans le cadre du CGD, mais des
diagnostics avaient déjà eu lieu peu de temps auparavant.
Selon l’animateur bis, un diagnostic global a été réalisé, cependant le CGD n’a pas servi à faire
remonter les besoins qui avaient déjà été identifiés auparavant.
Par la suite, la commission agricole, (dont les membres étaient les mêmes que le groupe local agricole),
a fait des proposition au Comité de pilotage qui décidait en dernier recours.
1° commission agricole composée d’agriculteurs et d’élus intéressés par l’agriculture élabore des
propositions (composition de la commission agricole identique à celle du groupe local, présidé par un
élu non agriculteur)
2° Négociation plutôt que discussion des propositions en comité de pilotage
⇒ la discussion n’a pas permis de parvenir à un point de vue commun et les élus non connaisseurs de
l’agriculture n’ont pas été sensibilisés à ses problématiques
Il n’y a pas eu de vrai concertation selon le technicien de la seconde structure intercommunale, la seule
personne que nous ayons rencontrée qui travaillait déjà sur le dossier à l’époque. La commission
agricole, composée d’agriculteurs et d’élus intéressés par l’agriculture, faisait des propositions qui
étaient négociée plutôt que discutées en comité de pilotage. Autrement dit, la discussion n’a pas permis
de parvenir à un point de vue commun et les élus non connaisseurs de l’agriculture n’ont pas été
sensibilisés à ses problématiques.

B) Structuration du partenariat

1) Initiative : le conseiller général de l’un des cantons


Les partenaires avaient déjà travaillé ensemble.

2)Animation
Un binôme technicien-élu a été désigné dans chaque commission pour organiser la concertation. Le
rapporteur de la commission agricole faisait part aux des propositions de la commission au Comité de
pilotage
Le comité de pilotage était animé par l’animatrice officielle du CGD, également technicienne d’une des
communautés de communes associée, un second animateur, au rôle officieux, ayant également été
désigné pour représenter la seconde communauté de commune.

50
4) Pérennité du partenariat :
Pour le technicien CA : sceptique sur la pérennité du partenariat. « On attend pas le CGD pour mettre
en place des partenariats »
Pour le technicien de la première structure intercommunale: oui, ça va continuer
Pour le technicien de la seconde structure intercommunale: risque de rupture entre les deux territoires. A
une question concernait l’intérêt de sa propre structure au montage d’un groupe d’agriculture local sur
son territoire, en cas de divorce entre les territoires, l’intéressée répond : « pour l’instant, je ne sais pas »

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

A) Pour le technicien CA :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν ...
Facteurs négatifs :
ν la séparation du territoire en deux unités distinctes
ν le manque d’intérêt des élus de la première structure intercommunale pour l’agriculture
ν le fait que les agents ne restent pas longtemps à leur poste

B) Pour le professionnel :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν le positionnement territorial de la CA qui passe par la nomination d’un animateur territorial
Bénéfices :

C) Pour le technicien de la seconde structure intercommunale :


Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν La qualité du réseau de techniciens (la bonne entente entre techniciens)
Facteurs négatifs :
ν Programme agricoles peut ouverts vers l’extérieur
ν Difficulté à voir l’importance du CGD pour l’agriculture qui obtient des financements de différentes
parts
ν Le manque de concertation et de débat : seuls participaient à la commission agricole les élus au fait
de la question agricole alors qu’il aurait été intéressant que les élus ignorants de la question agricole
y participent.

51
Projet de développement global du territoire n°4
(Contrat Global de Développement)

Résumé :. La construction du CGD résulte du regroupement de quatre communautés de communes


pour faire face à la structuration d’une importante intercommunalité, dans un contexte de péri
urbanisation.
L’élaboration du projet de territoire a été l’objet d’une intense concertation entre acteurs, jugée
bénéfique par tous. Néanmoins, les élus sont restés les maîtres du jeu tout au long du processus,
notamment en obligeant les chambres consulaires à apporter une réflexion territoriale plutôt que
sectorielle. L’acceptation des ces conditions par les responsables agricole a été en dernier ressort
bénéfique à l’agriculture, lui permettant de renouer le dialogue avec les élus locaux..
Il en résulte un projet basé sur des axes transversaux, et répondant assez bien aux préoccupations
agricoles

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Technicien et responsable professionnel sont tous deux responsables à leur niveau respectif du comité
de développement agricole englobant l’ensemble du territoire périurbain.

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel
Ancien Président de Chambre.

2) Technicien

Très bonne entente entre le professionnel et le technicien ayant ensemble construit le CGD

C) Formation
Le technicien CA, anciennement responsable filière, qui s’occupe du dossier depuis quelques mois, n’a
pas reçu de formation sur le fonctionnement des politiques territoriales. Selon lui, il lui aurait été
bénéfique d’être formé sur la gestion des projets territoriaux et le « fonctionnement territorial ». Il
exprime sa difficulté à saisir la mission concrète du chargé de région

C) Concernant la collaboration entre techniciens et professionnels :


Pour le technicien, la principale difficulté de sa mission réside dans la relation avec les élus
professionnels. Il regrette tout d’abord le manque de consignes de la part du professionnel, évoquant la
difficulté de travailler sur un projet territorial sans avoir connaissance des orientations suffisamment
claires et précises de la profession sur le territoire (le professionnel évoque lui-même la difficulté de la
profession à fixer des orientations).
Une seconde difficulté est relative à la position du technicien qui en l’absence de son responsable
professionnel, peut-être amené à représenter l’agriculture face aux partenaires en comité de pilotage du
CGD sans aucune légitimité. Cette position devient selon lui « intenable » quand il se retrouve face à
des élus locaux également responsables syndicaux agricoles.
Ces problèmes nécessiteraient selon lui une réflexion de la CA en interne. Il pourrait s’agir de clarifier
les rôles distinctifs du professionnel et de l’élu, et de définir une règle de conduite que devront adopter
les techniciens quand ils se retrouvent dans une telle situation.

II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

A) Préalables à l’engagement

52
1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour les collectivités locales :


Le partenariat avec la CA pour l’élaboration du CGD est présenté comme un élément indispensable
pour parvenir à un projet cohérent. Pour le président de la structure porteuse du Contrat global,
l’agriculture constitue effectivement l’élément fédérateur entre les quatre communautés de communes.
Or la CA apparaît comme l’interlocuteur le plus à même de représenter les agriculteurs et de négocier
pour ces derniers.

b) Pour la CA
La participation de la CA au CGD constituait un véritable enjeu pour l’agriculture. Elle lui permettait
notamment de discuter et de négocier la question foncière.
Selon l’élu professionnel, les élus locaux ont conscience de l’intérêt de l’agriculture pour leur territoire,
utilisant cette dernière comme « un paravent pour se protéger de l’urbanisme »

2)Processus participatif:
Selon l’ensemble des acteurs, la construction du CGD a fait l’objet d’une intense concertation entre élus
et représentants agricoles, dont chacun se félicite.
Le rôle de chacun des acteurs a dès le début été clairement défini par les collectivités locales : aux
socioprofessionnels de faire des propositions, aux élus de décider.
L’élaboration du CGD s’est faite à différents niveaux :
1° Etat des lieux de l’agriculture réalisé par la CA, avec trois chapitres : I Données générales ; II
Diagnostic foncier ; III Diagnostic par filière
2° Travail en commission thématique « agriculture et environnement », dans laquelle participent deux
élus par communauté de Commune et les socioprofessionnels, présents au titre d’experts et non de
décideurs
3° Etude stratégique du territoire réalisée par un cabinet de consultants
4° Assemblée plénière ( séminaire de trois jours associant collectivités locales, chambres consulaires,
associations et habitants ; travail sur les valeurs et la vision du territoire.

Selon le technicien CA, on s’éloigne donc d’une démarche par laquelle les élus proposent une enveloppe
financière globale à l’agriculture dont les responsables on toute latitude pour décider. Si la démarche
utilisée est jugée plus efficace et sur le long terme plus bénéfique à l’agriculture (elle permet notamment
aux professionnels de d’argumenter et de convaincre sur l’importance de l’agriculture, ce qui permet de
recevoir un véritable appui des élus locaux sur la question foncière, mais également les projets agricoles
rejoignant les préoccupations des élus), ce type de fonctionnement est moins valorisant pour les
professionnels qui ne peuvent devant leurs pairs justifier de la qualité de leur action par l’obtention
d’une enveloppe financière, ce qui risque de provoquer des incompréhensions ou des dissensions avec la
base syndicale.

B) Structuration du partenariat

1) Initiative : les élus locaux qui ont fait appel à la CA

2)Animation
Un animateur spécifique a été embauché par les élus locaux pour mener le CGD. Il était chargé
d’impliquer les partenaires et d’organiser la concertation, pour ensuite mettre en forme le projet de
territoire.

3) Contractualisation :
La démarche de concertation et de construction du CGD a fait l’objet d’une faible contractualisation.
Pour l’animateur du CGD, ce faible niveau de contractualisation a été favorable à la concertation dans
la phase de préparation du contrat (cf. théories selon lesquelles un faible niveau de formalisation permet
aux acteurs de se détacher des intérêts de leur structure, de « quitter leur casquette » pour chercher des
solutions plus globales qui dépassent leurs intérêts propres).

53
4) Pérennité du partenariat :
Les différentes parties pensent que le partenariat est bénéfique à tous et souhaitent qu’il se poursuive.
Le technicien CA pense par exemple que les discussions engagées pendant la construction du projet ont
permis aux élus locaux de prendre conscience des problèmes agricoles. Selon lui, la prise en compte des
préoccupations agricoles dans les SCOT est une conséquence directe de la concertation engagée lors du
CGD.
L’élu local souligne que le partenariat ne peut continuer qu’à la condition que chaque acteur joue bien
son rôle, les chambres consulaires ne devant empiéter sur les prérogatives des collectivités locales, qui
ont seules légitimité à décider en dernier ressort (cf. conflit sur la composition du syndicat porteur du
CGD)

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

Appréciation du partenariat

Ce qui a facilité le partenariat


Pour le responsable professionnel :
- l’attitude du Président de l’association porteuse du CGD et d’un certain nombre d’élus locaux
- une importante concertation entre partenaires grâce à laquelle l’agriculture pourrait trouver le moyen
de se renforcer
Pour l’élu local :
- une bonne connaissance entre élus et le partage d’une même vision politique
- l’attitude du responsable professionnel qui avait l’avantage d’appartenir au territoire et de le connaître
parfaitement
- la qualité de l’animation
- l’association de la société civile, quia activement participé au contrat par le biais de ses associations
apportant des projets
- l’absence de jeu politique entre élus
Pour le technicien CA :
- le fait que le président de la commission agricole ne soit pas un agriculteur. Il n’a ainsi pas pu être
suspecté de vouloir défendre ses pairs.
- l’intervention d’un bureau d’études qui confirme l’analyse de la CA et a ainsi renforcé sa position
- le contexte de péri urbanisation et l’arrivée en force des promoteurs
- la nécessité de construire une unité territoriale pour faire face au Grand Lyon
- attitude responsable des élus agricoles
Pour l’animateur du CGD :
- la relation de confiance entre technicien et entre politiques
- l’importante concertation
- le fait que la CA se soit laissée imprégner du territoire, qu’elle n’ait pas avancé avec une enveloppe en
tête mais qu’elle ait accepté de travailler sur un projet de territoire plutôt que de se concentrer sur une
approche par filière
- la recherche de transversalité

Ce qui a nuit au partenariat


Pour le responsable professionnel :
- la complexité administrative
- l’insuffisance de mesures concrètes : « il aurait fallut faire partager nos projets aux élus, aller plus loin
que des déclarations d’intention et montrer qu’il y a une volonté commune. Par exemple que les jeunes
agriculteurs qui veulent s’installer soient vraiment portés par la commune. Que quand il y a une
installation, que ce soit annoncé en conseil municipal, par exemple ».

Pour le technicien CA :
- au départ, la vision des élus et des socioprofessionnels que l’agriculture est exogène au développement
territorial (mais évolution des mentalités, donc bénéfice du partenariat ?)
- l’absence de projet agricole et de concertation entre agriculteurs ; le risque que les agriculteurs ne se

54
retrouvent pas dans un projet si peu agricolo-agricole, d’où un risque de scission entre les responsables
professionnels et les autres exploitants
- l’absence de lieu pérenne de discussion régulière

Avenir du partenariat :
L’animateur CGD attend de la CA qu’elle évite de se positionner en prestataire. La prochaine étape sera
la définition d’une convention d’objectifs pour « caler » le mode de coopération » (« il y aura des
actions menées par la CA, d’autres où elle sera très impliquée même si ce sera mené par les collectivités
locales »)

55
Projet agricole n°1
(Consolidation d’une filière viande de proximité)

Résumé :.
Un groupe d’agriculteurs décide de créer et gérer son propre abattoir pour faire face à la fermeture de
l’ancien devenu obsolète. Le projet découle de deux motivations : la volonté de faire face aux surcoûts
qu’engendrait le transport des bêtes à abattre vers l’abattoir de la ville la plus proche et la nécessité de
diversification de la production agricole sur un territoire essentiellement laitier (en cas d’éventuelle crise
laitière).
L’opposition de la majorité des acteurs agricoles (CA, DDA, syndicalisme…) estimant que la taille
modeste de l’abattoir le rendrait structurellement déficitaire, est compensée par la motivation et
l’implication des agriculteurs locaux. L’engagement financier de ces derniers à hauteur de 50% du
projet débloque la participation du SIVOM et permet au projet d’aboutir.

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Le technicien a été choisi car le projet se situait sur un territoire recoupant son secteur.
Le responsable professionnel n’est pas un élu CA. Il intervient sur ce partenariat en tant que président
du groupement agricole local.

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel
Comme président du groupe local, le responsable professionnel est indépendant de la CA. Le groupe
local a effectivement toute légitimité pour décider du projet.
Peu favorable au projet, la CA est peu intervenue dans le processus. Si un technicien CA a
effectivement travaillé sur le projet, c’est en tant que personnel mis à disposition du groupe local contre
rémunération. Le responsable professionnel regrette de n’avoir pu bénéficier d’un soutien technique,
estimant que l’aide d’un conseiller filière viande lui aurait été nécessaire.

2) Technicien
Mission technique peu définie. Cf. supra.

II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

A) Préalables à l’engagement

1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour le groupe local


motivations financières et nécessité de diversification de l’activité agricole

b) Pour le SIVOM:
Conscience de l’importance du maintien de l’agriculture pour l’activité touristique, et par conséquent de
la nécessité d’une diversification de l’agriculture au cas où la filière laitière connaîtrait des difficultés

2)Processus participatif:
Comme il y avait dès le départ accord sur les enjeux, l’essentiel de la négociation a porté sur le montage
financier. Après plusieurs avoir déposé plusieurs dossiers rejetés, la décision des agriculteurs de
financer le projet à 50% a débloqué la situation, : les agriculteurs ayant fait un effort, le SIVOM a
accepté de financé les 50% restants.

56
Dès le départ, élus et agriculteurs se sont entendus sur la responsabilité de chacun : au SIVOM la
charge de construire l’abattoir, à la profession la responsabilité de le gérer.

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

A) Pour le technicien :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν La présence de leaders locaux pour mener l’action (un élu local et un responsable professionnel)
ν Le contexte politique de petite région avec des acteurs ayant l’habitude de travailler ensemble

B) Pour le professionnel :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν L’habitude de travailler avec les collectivités locales
ν L’effort financier consenti par les agriculteurs qui a mis dans de bonnes dispositions les partenaires,
conscient de l’engagement des premiers
Facteurs négatifs :
ν la difficulté à impliquer financièrement la majorité des agriculteurs
ν le manque d’appui technique de la CA

C) Pour l’élu :
Facteur positif :
ν le fait que les agriculteurs aient financé 50% de l’abattoir

57
Projet agricole n°2
(renforcement de la filière biologique)

Remarque : absence de partenariat

Résumé :. La situation conflictuelle entre la CA et la communauté de commune (CC)


Arrivée de néo-ruraux dans les 70/80’s
Développement d’une agriculture extensive qui, sans en avoir le label, se rapproche de l’agriculture
biologique
Volonté dans les années 90 de lui faire bénéficier du label biologique
Initiative de la démarche : coopératives agricoles qui mettent en place un comité de développement de
l’agriculture, avec l’appui de la communauté de communes et de la CA. Présidence tournante.
Composition : coopératives, Communauté de communes et CFPPA. Création motivée par l’arrivée de
financements pour l’agriculture biologique. But : développer l’agriculteur biologique sur la région.
Programme d’action mis en place
1997 : création par le Conseil général d’une association départementale par laquelle transiteront les
subventions.
Déclin du pour différentes raisons :
- rôle du comité de développement peu à peu repris par l’association départementale, d’autant
plus que les principaux membres du comité de développement se rencontrent déjà dans le cadre
de l’association départementale pour
- les programme qui avaient été engagés au départ sont réalisés, d’où un désengagement des
coopératives
Le comité de développement arrivant en sommeil, la CC entreprend une politique volontariste en matière
agricole (ou, selon d’autres, s’arroge le droit de définir la politique agricole qui est censée être menée
par la CA). Différentes explications :
- absence de groupe local d’agriculteurs pour définir une politique locale agricole, CA très peu
territorialisée
- volonté du président de la CC, lui-même agriculteur, de peser sur la politique agricole locale
- nécessité de trouver du travail à l’animateur du comité de développement, employé par la
commune.
Parallèlement, compte tenu de l’importance de la culture bio sur la Drome, la CA décide de créer en son
sein une commission bio, d’où un conflit de compétence entre CC et CA
Difficultés actuelles entre CA et CC :
- conflit de compétences : la CA étant en train de se territorialiser, il convient de définir les
compétences de chacun, chaque structure pensant avoir légitimité à définir et mettre en place la
politique agricole
- - conflit culturel ?; sur les objectifs de la politique agricole ??? Le président de la communauté
de commune est un néo-rural arrivé une vingtaine d’année auparavant sur le territoire pour
s’installer comme agriculteur. Les agriculteurs qui le soutiennent auraient le même profil ( ?) et
s’opposent ainsi aux agriculteurs natifs du territoire, soutenant l’élu CA ???
Résolution du conflit en négociation, une convention définissant le rôle respectif de chacun étant en
préparation. Commune avantagée pour la négociation, dans la mesure où elle dispose d’un technicien à
mi-temps sur place.

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


En l’absence de groupe local d’agriculteur, le représentant socioprofessionnel représente les agriculteurs
du territoire en tant que membre de la Chambre. Le technicien apporte son expertise en tant que
technicien filière.

C) Formation

58
Absence de formation spécifique pour la conduite du partenariat (inexistant). Peu de connaissance des
politiques territoriales, qui s’explique probablement par l’inexpérience de la CA en la matière.
Connaissance faible des problématiques territoriales.

59
Projet territorial n°1

Résumé :.
Le partenariat résulte du souci d’un industriel en eau minérale de préserver la qualité de sa matière
première. Souhaitant négocier avec des interlocuteurs représentatifs, elle encourage le regroupement des
communes de l’impluvium au sein d’une association, et demande à la chambre d’organiser le
regroupement des agriculteurs de la zone en une SICA. Le partenariat qui en résulte entre les trois
structures a un double objectif : l’adoption de mesures environnementales pour protéger la qualité des
eaux et la mise en place d’actions de développement de la zone. L’ensemble de ces mesures est financé
par l’industriel, qui utilise le financement d’actions de développement agricole comme monnaie
d’échange pour obtenir des agriculteurs et des collectivités locales de bonnes pratiques
environnementales. Le partenariat a donc été facilité par la position de l’industriel, non seulement
généreux donateur, mais également négociateur conciliant vis-à-vis de l’agriculture pour éviter tout
esclandre. Néanmoins, les bénéfices du partenariat ne se limitent pas à l’aspect matériel : il a été un
moyen de renouer avec les collectivités locales et de faciliter les négociations sur des sujets autres que la
qualité des eaux. L’ouverture d’esprit du responsable professionnel et sa conception citoyenne de
l’agriculture ont sans doute également été des éléments fondamentaux dans la réussite de ce partenariat.

I ORGANISATION DES CA

A) Choix du responsable professionnel et du technicien


Le technicien a été choisi car le projet se situait sur un territoire recoupant son secteur. L’intérêt du
technicien pour la démarche a également joué un rôle certain.
En ce qui concerne le responsable professionnel, la personne rencontrée n’est pas un élu CA, mais le
président de la SICA, pressenti par le président de la CA pour emplir cette fonction.
Pour le technicien, la force de la CA est d’avoir une importante assise territoriale, « la CA n’ayant pas
cédé à la tentation de tout miser sur les techniciens filière dans les années 80 »

B) Encadrement, suivi du responsable professionnel et du technicien par la Chambre

1) Responsable professionnel
Comme président de la SICA, le responsable professionnel est indépendant de la CA. La SICA a
effectivement toute légitimité pour décider du projet. Le rôle de la CA se décline sous deux formes : un
apport en moyens humain pour l’animation (effectuée par le technicien) et l’expertise technique,
facturés à la SICA, et un appui politique auprès du Conseil Général.

2) Technicien
Le rôle du technicien est de faire le lien entre l’agriculture et le reste. Il jouit selon ses propres dires
d’une importante autonomie dans son travail tant que les agriculteurs sont satisfaits et qu’un minimum
d’interventions est facturé.

A noter : une très bonne entente entre le président de la SICA et le technicien

C) Formation
Absence de formation spécifique pour la conduite du partenariat. Le professionnel et le technicien ne
jugent pas cela nécessaire.

D) Concernant la collaboration entre techniciens et professionnels :


Le technicien assure en interne le suivi des actions, il rédige les comptes rendu des réunions de la SICA.
Vis-à-vis de l’extérieur, il n’a pas pour mission de défendre la profession mais de jouer le rôle de
médiateur entre l’agriculture et les partenaires. Sur le partenariat, il semble également occuper une
fonction de représentation politique, le représentant professionnel CA apparaissant plutôt en retrait

II) CONSTRUCTION DU PARTENARIAT

60
A) Préalables à l’engagement

1) Réflexion interne sur l’engagement de chacun

a) Pour la CA
La SICA s’est engagée sur le partenariat car l’industriel souhaitait avoir un interlocuteur représentant
l’ensemble des agriculteurs implantés sur la zone d’impluvium. Les agriculteurs avaient tout intérêt à
s’engager dans ce partenariat du fait des financements qu’ils pouvaient en tirer.
La motivation n’est cependant pas uniquement financière : sur une zone où l’agriculture est devenue
minoritaire, le responsables agricoles ont pris conscience de l’intérêt d’entrer dans un processus de
concertation avec les autres acteurs du territoire. La participation au partenariat a également un intérêt
stratégique : elle permettait de renouer le débat avec les élus , ce qui permettrait de défendre la place de
l’agriculture sur d’autres sujets.
Pour le technicien, la décision de la chambre relève également d’une attitude citoyenne : dans un
territoire comme la Haute Savoie où les agriculteurs ne sont plus majoritaires depuis longtemps, la CA
a été obligée de « s’ouvrir vers l’extérieur ».

b) Pour les collectivités locales :


Le partenariat avec l’industriel avait deux intérêts : la pérennité de l’entreprise, premier employeur
local, ainsi que la manne de financement apportée par la société. Cette dernière avait donné pour
condition au projet que l’agriculture y participe pleinement.

Chacun des acteurs avait connaissance des intérêts de chacun

2)Processus participatif:
La concertation entre partenaires a été volontairement limitée par l’industriel (2 réunions par an).
Effectivement, toute publicité sur la volonté de la société d’adopter une politique de prévention des
risques écologique pouvait nuire à son image, les consommateurs pouvant penser que les mesure
adoptées sont liées à des problèmes de qualité des eaux déjà existants. Dans cette mesure, l’industriel a
demandé à l’agriculture de leur proposer un programme que l’industriel a immédiatement accepté. Le
programme se composait de deux parties, dotées d’enveloppes financières égales. Une première partie
était liée à des mesures de prévention visant à protéger la qualité des eaux ( mise aux normes des
bâtiments d’élevage, remplacement de l’atrazine dans le désherbage du maïs,…) et une seconde à des
actions de développement agricole, cette dernière constituant une monnaie d’échange pour que les
agriculteurs acceptent la mise en place des mesures environnementales.
Ce programme, accepté par l’industriel car « raisonnable » au niveau de l’équilibre entre mesures
environnement ales et développement agricole, a été par la suite négocié avec les collectivités locales,
qui l’ont accepté grâce à l’intervention de la société et des agronomes de l’INRA, qui lui apportaient une
caution scientifique (les CL étaient par exemple réticente à ce que l’épandage se fasse en été, période
touristique, plutôt qu’en hiver).

La négociation a été facilitée par les éléments suivant :


- entre l’industriel et les agriculteurs : le partage d’une même culture d’entreprise et de stratégie
économique et la volonté de ne pas faire de remous de la part de l’industriel, ce qui allait de
paire avec un discours très posé (« voyez ce que vous pouvez faire et surtout pas arrêtez de
produire du maïs »)
- entre l’industriel et les élus locaux : l’importance de la l’industriel pour l’économie locale
- entre les agriculteurs et les élus locaux : l’intervention de l’industriel et la caution scientifique
apportée par l’INRA aux propositions agricoles

B) Structuration du partenariat

1) Initiative : l’industriel

61
Le partenariat a été initié par l’industriel, qui souhaitait traiter avec les interlocuteurs pertinents. La
société a ainsi regroupé l’ensemble des communes au sein d’une association. Elle s’est ensuite adressée
à la CA pour que celle-ci organise collectivement les agriculteurs de la zone au sein d’une SICA.

2)Animation
L’animation des réunions regroupant agriculture et collectivités locales a été assurée par l’industriel,
également arbitre des décisions, étant donné qu’elle était le principal financeur du programme d’action.
Comptes-rendus et invitations formelles ont été rédigés et envoyés systématiquement.

De son côté le technicien Chambre animait les réunions de la SICA et rédigeait comptes-rendus, etc.

3) Contractualisation :
L’ensemble du programme d’action a fait l’objet d’une contractualisation. La répartition de l’enveloppe
financière avait été décidée préalablement par l’industriel : 2/3 pour les collectivités locales et 1/3 pour
l’agriculture. 95% des agriculteurs ont contractualisé pour les actions concernant l’agriculture.
Le président de la SICA estime cependant que plus de contractualisation serait nécessaire. Il n’existe à
ce jour aucun moyen de vérifier quel emploi les agriculteurs ont fait des subventions qui leur avaient été
accordées. Vis-à-vis de l’industriel, il pense donc que, par souci de transparence, les agricultures
devraient tenir un état des parcelles avec le bilan des plans d’épure et d’épandage îlot par îlot. Il estime
qu’aujourd’hui grâce à l’introduction d’un certain contrôle au travers de la procédure CTE, de telles
mesure pourraient être acceptées des agriculteurs (ce qui n’était pas nécessairement le cas auparavant
selon le professionnel).

4) Pérennité du partenariat :
L’ensemble des partenaires s’accorde pour dire qu’ils se sont engagés sur un projet à long terme.
Comme l’eau de pluie ne devient utilisable qu’au terme de 15 à 25 ans, le programme actuel n’aura
d’effet qu’à l’issue de cette période. Techniciens et professionnels notent également que le partenariat
les a permit de se rapprocher des collectivités locales, et donc d’intervenir en coopération avec ces
dernières sur d’autres dossiers, tel que celui du partage de l’espace. L’élu local ajoute cependant que
tout changement électoral peut modifier la donne, le renouvellement des maires pouvant entraîner une
évolution de la position des communes.

III) APPRECIATION DU PARTENARIAT PAR LES PARTENAIRES

A) Pour le technicien :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν La simplicité des objectifs
ν Le thème
ν Le fait de gérer un budget, ce qui implique des choix à faire et donc mobilise les acteurs
ν L’appel à un intervenant extérieur, l’INRA, intervenant comme expert, dont l’impartialité a
convaincu les élus locaux
Facteurs négatifs :
ν La méconnaissance de l’agriculture par les partenaires
Aspects positifs du partenariat :
ν Le rétablissement du dialogue avec les collectivités locales

B) Pour le professionnel :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν l’enveloppe financière apportée par l’industriel
ν la position de l’industriel, obligé d’être conciliant avec l’agriculture pour ne pas faire de bruit
ν une culture commune d’entreprise entre l’industriel et les agriculteurs
Bénéfices :
« on se retrouve en meilleure position par rapport aux communes pour traiter d’autres sujets tels que
l’occupation des sols. Ca nous a permis d’entamer de nouveau le dialogue avec les collectivités locales
et de faire valoir nos positions »

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C) Pour l’élu :
Facteurs ayant facilité le partenariat :
ν Le fait que les partenaires avaient conscience de ce qu’ils voulaient
ν Un respect mutuel entre partenaires
ν Le fait que tous les acteurs aient été considérés comme des partenaires égaux
Facteurs négatifs :
ν le manque de souplesse de la L’industriel , privilégiant l’aspect environnemental au détriment du
développement de la zone

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