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Paul Claudel (1868-1955)
Haï-kaï

Journal II. 16 décembre 1936, p. 168.
Haï-kaï :
Comme un flocon de neige –
Le papier a résorbé l'écriture –
il n'y a plus rien.
Autre :
Le papier blanc comme un flocon de neige –
a absorbé le sens –
il reste écriture.

Paul Claudel
Cent Phrases pour éventails
= 百扇帖 [Hyakusenchō]
Composés de juin 1926 à janvier 1927
Calligraphiés par Ikuma Arishima [ 有島⽣生⾺馬 ]
Tokyo : Koshiba, 1927, 3 vol. (non paginé ) ; 30 x 11 cm.
3 vol. étroits in-4, leporello à la japonaise avec ais de carton recouverts de toile, peinture dorée et
argentée déliables à la manière des éventails, pièces de titres sur chacun des 3 vol., l'ensemble dans
chemise de toile bleue, pièce de titre, attaches en os, intérieur mouchetés de paillettes d'argent. Livres
entièrement lithographiés d'après le manuscrit de l'auteur (par Koshiba). 1/50 ex. numérotés en rouge
hors-commerce, d'un tirage total à 200 ex., tous sur papier Senga. La page, divisée en 3
horizontalement, présente des caractères japonais et les haïkus de Claudel. Les 172 phrases sont aussi

soi. l'âme. ce n'est pas ce papier offert.calligraphiées par le poète lui-même et les idéogrammes sont choisis par Yamanouchi et Yoshié et tracés par Ikuma Arishima. moi aussi. Le poëte va dans la direction de son lecteur. peut être le soleil. la montagne. etc. affichée. à chaque proposition verbale. un trou. Le mot. pourquoi la contrainte extérieure et mécanique du papier et de la prosodie ? Laissons à chaque mot. mais comme le peintre. On assiste à l'élan qui a noué les anneaux de cette chaîne. un zéro. l'index tendu. s'il ne surveille pas sa monture. À la vocalise continue une analyse lettre à lettre. et le poëte bientôt. les lettres. reprend inlassablement le même trajet. l'identité. est-ce que l'encre ne fait pas briller aux yeux du lecteur une triple goutte ? ). une bouche ouverte. Sa création se fait sous ses yeux au ralenti. œil. aussi tendu que la corde sous l'archet. Mais la lettre dans son analyse et report sur la ligne horizontale du concept imaginaire est à la fois figure et mouvement. Il a le temps. Mais qu'à la plume il ait substitué le pinceau. une île. pied. à la recherche de leur ombre. créent une espèce de pente qui entraîne. lentement dessiné et perpendiculaire à l'œil. n'est-elle pas dans le geste qui la lie à ses voisines quelque chose d'aussi animé et péremptoire que le sigle chinois ? Le caractère s'imprime d'un seul coup sur l'idée et la propose. M est la mer. tout change ! À l 'attelage incliné des trois doigts et du style se substitue une attention verticale. — la fonction de tout cela. l'espace — le temps — nécessaire à sa pleine sonorité. ? Le mot chez nous (qui signifie : acquis par le mouvement) est un ensemble obtenu par une succession. à sa dilatation dans le blanc. il émane encore dans cet arrêt du blanc qui le limite l'allure de la main qui l'a tracé. une poulie. que jadis au Japon. le spectateur et le critique de son œuvre. dégage le sens total des diverses efficiences qu'il coagule (et dans ce mot même que je viens d'écrire. un lac. rêve. sœur. qu'il soit fait d'un seul ou de plusieurs vocables. un arbre. PRÉFACE À CENT PHRASES POUR ÉVENTAILS de Paul Claudel C'est le recueil de ces poëmes aujourd'hui pour la première fois après seize ans prêts à s'envoler sous notre ciel de France. penchées toutes en avant. la mesure. aussi craquant que la soie. Et si de toutes ces bouches et barres ajoutées nous formons un mot. il recommence le parcours. qui est cette plume effrénée entre ses doigts. Seulement le papier est lisse. un spécialiste de la lettre ? Et la lettre occidentale. une ligne sous l'autre ligne. Dès lors. la lune. suivant sa jonction avec les autres traits alphabétiques. Le poëte n'est plus seulement l'auteur. la main. I peut être un dard. pourquoi ne pas retarder quand il le faut par un espacement calculé la . Qui m'aurait permis — ce n'est pas ce pinceau déjà vibrant au plus délié de mes phalanges. j'ai essayé effrontément de mêler à l'essaim rituel des haï kaï. immobilisée à la correspondance de la constellation graphique qu'il évoque autour de lui. l'affirmation de la personne et de l'unité. au fur et à mesure qu'il se voit lui-même en train de la réaliser. une colonne. Substituons à la ligne uniforme un libre ébat au sein de la deuxième dimension ! Et puisque c' est la pensée seule par une espèce de choc en retour qui solidifie les successifs éléments du mot. quel idéogramme plus parfait que cœur. ne s'occupe plus que du but et non pas des vestiges que laisse derrière lui sa course. même. puis revenant vers lui-même. toit. Il vibre encore. une roue. telle qu'au fil de notre pensée elle s'intègre en mots et en lettres. comme la plume à l'encrier. O. Que chaque groupe ou individu graphique prenne librement sur l'aire attribuée l'habile position qui lui convient par rapport aux autres groupes. une espèce d'engin sémantique. On va dans une direction qui est de gauche à droite. et la main. aussi moelleux que le brouillard — de résister à la tentation là-bas partout ambiante de la calligraphie ? Ne suis-je pas.

phrase 20 Traduction des idéogrammes: Hana: fleur. phrase 22 Traduction des idéogrammes: Meimoku: fermer les yeux. phrase 23 . la marge étant réservée à ce qu'on peut appeler titre ou racine ou exclamation. Brangues. 1952.résolution du noir caillot intellectuel et prolonger l'insistance de l'appel qu'il articule ? Le poëme lui-même s'inscrit sur deux colonnes parallèles. 25 juin 1941* * Bien entendu je fais appel à l'indulgence du lecteur pour un calque typographique forcément imparfait. Moroi: fragile.

phrase 26 Traduction des idéogrammes: Hana: fleur. phrase 45 .Traduction des idéogrammes: Ware: moi. je. Kieru: disparaître. Aru: être.

Traduction des idéogrammes: Mekura: aveugle. phrase 87 . phrase 80 Traduction des idéogrammes: Token (autre nom de hototogisu): coucou. Yami: obscurité.

Minamoto: source. Dan: dialogue. phrase 93 Traduction des idéogrammes: Kei: torrent.Traduction des idéogrammes: Ogi: évantail. raconter. phrase 100 .

phrase 101 Traduction des idéogrammes: Moku: silence. Kome: riz. phrase 170 .Traduction des idéogrammes: Kon: aujourd'hui. phrase 130 Traduction des idéogrammes: Ume: prune. Myô: demain. Toki: temps.

5. 4. 9. Rei: âme. Kagami: miroir. cèdre " Jizô sur son piédestal " Une pauvre prière " Comme un tisserand " O tzuki sama " Tas de pierres " . " " " " " " " " " Tu m'appelles la rose " Au cœur de la pivoine blanche " Glycines " Glycine. 7. Cent Phrases pour éventails (DOC) 1. 2. phrase 171 Traduction des idéogrammes: Kami: dieu. 3. 6.Traduction des idéogrammes: Mizu: eau. 8.

33. 31. mettez. 11. 34. 60. 46. 63.10. 14. 32. 30.lui deux cailloux " Nuit au sein de la nuit " La petite maman " Pas mes épines " Accroupi près du bocal " Quand je suis à genoux " Les deux mains derrière la tête " Je salue Monsieur mon Enfant " Le camélia rouge " Un rayon de soleil " Le camélia panaché " Trébuchant sur mes sandales de bois " Dans la lune morte " Plus d'inspiration " Des deux doigts " Le vieux poëte " En haut de la montagne " Au point du jour " Il apparaît un dieu " Dans le brouillard " . 24. 17. 40. 61. 53. 13. 48. 16. 62. 55. 26. 12. 59. 52. 29. 20. 39. " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " La nuit " La journée a été brulante " Approche ton oreille " Dit Dieu " La pivoine " Cette nuit il a plu " Cette nuit dans mon lit " Cette ombre " Je suis venu " Rougeur " Seule la rose " Un certain rose " Une odeur " Nous fermons les yeux " Voyageur ! " La rose n'est que la forme " Nous rouvrons les yeux " Éventail de la parole " La rose " Une rose d'un rouge si fort " Une pivoine aussi blanche " La neige " Au travers de la cascade " Au son de la flûte " Moins la rougeur " Le marcheur solitaire " Comment vous parler de l'automne " L'œil sous la ligne " Derrière la ligne " Avant que le premier éclair " L'encens comme ce vers " De l'encens il ne reste " Dans la forêt " Ah ! le monde est si beau " Jizô. 51. 44. 18. 37. 35. 49. 42. 43. 27. 36. 22. 25. 56. 19. 23. 28. 58. 47. 45. 41. 38. 21. 57. 54. 50. 15.

103. 99. 86. 104. 114. 70. 66. 109. je gémis " Un poëme qui roule de tous côtés " Il faut qu'il y ait " Brûlure en moi " Tout autour du poëme " Au centre de la pivoine " Cette abeille qui se meurt d'amour " Aucun nombre " Encre sève de l'esprit " Que le souffle de l'éventail " Par toutes les routes " . 94. 106. 105. 89. 78. 92. " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " La prêtresse du Soleil " Pour adorer le Soleil " Les premiers dieux " D'un côté du lac " Je salue en Monsieur mon Enfant " De la grande plaine des roseaux " Vite une larme " L'empereur ermite " Entre ce qui commence " Paravent " Toute la nature " Kwannon " Je conserverai cette belle journée " Éventail " Fin d'août " Celui qui ne regarde pas l'azalée " Le coucou " À l'un des bouts " Voile d'un petit bateau " Éventail ce ruban " Je tiens l'année " Éventail dans la main du poëte " L'automne " Dialogue " Éventail je puise l'air " Non pas trois mots noirs " En hiver un instant " Les iris pour m'amener jusqu'ici " Les iris indéfiniment " J'écoute le torrent " L'étoffe du monde " Tant de choses diverses " Le ruisseau devant et derrière moi " L'idée contre l'idée " Au plus profond de la forêt " Dans la noirceur " Entre le jour et la nuit " Chut ! " Je suis en pourparlers " Une belle journée d'automne " Fenêtre au lever du soleil " Le cèdre et la glycine " Un fût énorme et pur " Cèdre. 80. 83. 81. 69. 95. 115. 79. 112.64. 102. 85. 74. 72. 96. 93. 71. 110. 100. 90. 97. 84. 82. 68. 67. 98. 65. 73. 101. 116. 87. 77. 76. 108. 107. 111. 91. 117. 113. 75. 88.

125. 144. 166. 157. 145. 120. 130. 165. l'ange " Le Fouji à une hauteur " Le Fouji là-haut " Quatre heures du matin " Quatre heures du soir " Sous les pieds de la Lune " Comprends cette parole " J'écoute à mon oreille " Ride " Lève-toi assez tôt " J'ai aux poissons muets émiettés " Pour donner au riz " Une prune salée " Cette fleur jaune et blanche " Le Japon " Creuse ce jardin " L'amour et l'encens " Avec une brique " J'ai respiré le paysage " Guéri de la mer " Les îles autour de moi " À la fatale trompette " Je danse sur le monde " La danse du printemps " Encre joie " L'encre n'est que de l'or " La rivière sous les feuilles " La nature en grands vers " L'arbre de la chair " Une vapeur d'or " Bruit de l'eau " La pluie peu à peu " Dans une écuelle de terre " Après un long voyage " Temple " Départ " Sur une planche " Le souvenir déjà " Un pin la mer " Il a plu " Éventail c'est l'espace " Sur l'eau brune et trouble " Non. 169. 129. 141. 147. 122. 150. 156. 123. 138. oui de l'autel " C'est le messager " Œil oreille " L'automne au-dessus du ruisseau " Apprends que l'or " La goutte d'eau " La rose est plantée " Verse un vin pur " Entre ces paupières " Dieu une seconde " Le miroir Shintô " . 164. 136. " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " Le Fouji. 168. 121. 127. 160. 170. 153. 140. 143. 151. 152. 155. 161. 119. 149. 142. 146. 134. 128. 162. non une cloche " Oui. 158. 135. 137. 133. 171. 154. 167.118. 159. 163. 126. 132. 139. 124. 148. 131.

" Poésie ". Hue. http://www. 42. Paris.rilune. 1985. pp. 1978. comportant la reproduction en fac-similé de l'édition originale japonaise. Cent Phrases pour éventails. Université de Nantes La publication de Cent Phrases pour éventails est en réalité l'aboutissement d'un processus dans lequel . Lyrique japonaise de Paul Claudel. sous la direction de M. n.net/bulletin/bulletin-de-la-societe-paul-claudel-n°196 YIN Yongda. le dialogue par le livre. Postel. Thèse de Littérature comparée. Machiko KADOTA « L'image de l'eau chez Paul Claudel et dans ses Cent Phrases pour éventails » (PDF) 1991 Cent Phrases pour éventails par Philippe Postel. 51-63.pdf Xiaofu DING « Cent phrases pour éventails ou un graphisme poétique : Claudel et l'art calligraphique » (PDF) Paul Claudel Papers. 129-143. Gallimard. Peyré. 1992.172. Paris. " Stèles mystérieuses. Paola. 8. Bernard. Paris. Bibliographie critique: D'Angelo. http://www. pp. Philippe. Centre de recherche Jacques-Petit (Littérature française XIXe et XXe siècles). Annales littéraires de l'université de Besançon. 3e trimestre. éventails mystiques ". Peinture et poésie. n°196. " Livre d'art ".org/mono8/12_Yin. 1996.paul-claudel. Yves. Bulletin de la Société Paul Claudel. 47-58. 13-44. " Si l'on veut me séparer " Bibliographie de Cent Phrases pour éventails Éditions: Edition critique et commentée de Cent Phrases pour éventails de Paul Claudel. « L'Idéogrammaticité de Stèles et la plasticité de Cent Phrases pour éventails » RiLUnE (Revue des Littératures de l'Union Européenne). Paris. Littératures et arts de l'Orient dans l'œuvre de Claudel. p. Bei HUANG : Le mouvement et la fixation : la pratique claudélienne de la calligraphie dans Cent phrases pour éventail. Les Belles Lettres. à l'Université de Paris IV-Sorbonne. dans Bulletin de la Société Paul Claudel. 2001. vol. par Michel Truffet. Paris. Publications de l'Université de Haute-Bretagne. 2008. octobre 2003. n° 171. Gallimard. volume 310. Vol 3. Klincksieck. t. Brunel. VIII. No 1 (2005) p.

de fleurs et d'oiseaux (kachô-ga). Claudel décide de prolonger ce mode de travail qui allie un peintre et un poète en concevant pour la première fois le 6 juin 1926 des "phrases" (voir Journal. du commerce à proprement parler (voir dans la bibliographie Michel Lefèvre. C'est pourquoi Claudel dispose en regard d'un côté deux kanji (idéogrammes chinois empruntés par la langue japonaise). bien évidemment. 16 et 63 du recueil définitif) écrits au pinceau de la main de Claudel. le 25 juin 1941.on peut distinguer quatre étapes au cours desquelles l'esprit du recueil a sensiblement évolué. mais où l'on peut déceler une logique d'expansion conformément au principe de 'l'imitation " de la nature que Claudel associe à l'artiste japonais. comportent bien souvent deux des caractéristiques formelles du haïku. avec le plus souvent. p. considéré en Occident comme représentatif de la culture japonaise. repose sur le principe de "l'émulation" (voir préface) : il ne s'agit plus de fondre deux pratiques. 200 exemplaires ainsi que 2 exemplaires d'auteur et 3 exemplaires de grand luxe. L'inspiration est multiple: le "livre de dialogue" entre un peintre et un poète dans la tradition occidentale (voir Yves Peyré. Claudel puise son inspiration dans le séjour au Japon en tant . I. 721) qu'il continuera de composer jusqu'en janvier 1927. le tout constituant 36 éventails. Cent Phrases pour éventails. Le dessin a donc disparu. sous la forme de trois accordéons de papier de 29 cm sur 10 cm. peinture (japonaise) et poésie (française). tout d'abord publié au Japon. idéal de la peinture lettrée. dans le même temps. mais aussi. Claudel a composé d'autres "phrases" qu'il avait écartées de sa sélection des 4 poèmes de Souffle. 114). Cent Phrases pour éventail comporte non pas 100. Il ajoute alors une préface signée de Brangues. des quatre saisons (shiki-e) et naturellement la peinture pour éventails (senma-ga) —. Entretien avec Paul Claudel. Peinture et poésie). outre la brièveté qui les définit. "Çà et là"). Quinze ans après l'édition japonaise. Claudel s'oriente vers un autre projet que les conférences publiées dans ces années (en particulier "Idéogrammes occidentaux" de 1926 et les autres textes des Œuvres en prose mentionnés dans la bibliographie) précisent et que le dernier état du recueil. Le contenu du recueil trouve dans la plupart des cas son origine dans une expérience directe dont Claudel consigne parfois la trace dans son Journal. une ou quelques lettres occidentales faisant incursion du côté japonais. d'une part 16 poèmes de la main de Claudel mais présentés seuls sans dessin en regard (ce qui élève le nombre de poèmes à 20) et d'autre part 16 dessins de Tomita Keisen. par opposition à la "copie" (voir Connaissance de l'Est. t. ou encore en japonais " Kojo-ju-ni-kei ". p. placés dans une "boîte de toile grise mouchetée d'or à fermeture d'ivoire" (Truffet. et tracés par le calligraphe Ikuma Arishima. chez Gallimard. Souffle renvoie également au genre du haïku. outre les quatre dessins-poèmes de Souffle. 1922). dans l'esprit de Claudel. pour ensuite travailler ce matériau brut jusqu'à la formulation de la "phrase". titre japonais : Shi-fu-jô). titre japonais: Hyaku sen chô. Le fait de séparer les dessins japonais des textes français éloigne l' esprit de la publication de l'idéal de fusion entre les caractères ou lettres du poète et les traits du peintre. 106. à travers ce que Claudel nommera "l'exclamation" dans la préface du recueil définitif. tant du point de vue de la structuration globale du recueil divisé en quatre saisons que du point de vue de la structure singulière des phrases qui. mais à prouver que les lettres. Mais. p. 8 cm. Les trois premières publications se font au Japon et ne relèvent pas. Après avoir collaboré avec le peintre japonais Tomita Keisen (1879-1936) à propos du poème intitulé "La Muraille intérieure de Tokyô" (ou "Les Douze Vues de la Muraille intérieure" ou "Poèmes au verso de sainte Geneviève". Cent Phrases pour éventails (1927. et plus généralement la "peinture lettrée". puisqu'on ne cherche pas à dire la continuité possible entre la chose (représentée globalement dans le dessin) et le mot. Il publie tout d'abord Souffle des quatre souffles (octobre 1926. édition Koshiba. à condition de créer un art calligraphique propre aux lettres occidentales. peuvent comporter en eux-mêmes cette continuité. qui comportent. Il s'agit de quatre poèmes (phrases 69. le "mot-césure" (kireji). mais 172 poèmes où la structuration initiale selon les saisons n'est plus visible. et de l'autre une "phrase". comme les idéogrammes tels que Claudel et son époque les conçoivent. fixe. également séparés. en 1942. le recueil se présente comme un livre d'Extrême-Orient. titre japonais: Chiketsu-shû). Par ailleurs. le tout disposé sur la forme d'un éventail en papier de lin bistre de 20. 3 cm sur 52. 18). les mots et les "phrases" françaises. Claudel décide de publier de façon plus large le recueil. Enfin. Il reprend donc le projet en lui donnant un premier infléchissement: ce sont les Poëmes du Pont-des-Faisans publiés le mois suivant (novembre 1926. choisis par "messieurs Yamanoushi et Yoshié". juxtaposés à quatre dessins à l'encre de Chine et à l'aquarelle de Tomita Keisen. mais de faire aussi bien (en français) que les poètes-calligraphes japonais ou chinois. de paysages (fukô-ga). le "mot-saison" (kigo) et. certaines traditions picturales dont Tomita Keisen est spécialiste — la peinture des lieux célèbres (meishô-e). littéralement "recueil ou cahier de cent éventails"). Edition critique.

). hommage dans l'esprit et dans la forme. On peut donc considérer l'ouvrage comme un hommage au Japon. Quatre d'entre eux sont directement repris de Souffle des quatre souffles.u-tokyo. séparées elles aussi. qui renvoie au nom de la résidence de l'ambassadeur de France à Tokyo). séparées. "Stèles mystérieuses. celles où il est question de serpents. intitulée Souffle des quatre souffles. 42. un reflet. ou du moins à l'ExtrêmeOrient : le haïku.um. I. qui portaient chacun une phrase calligraphiée de Claudel. dont les éditions courantes actuelles laissent rarement soupçonner l'intérêt. publiée en 1985 par le Centre de recherches Jacques Petit. intitulée Poëmes du pont des faisans. en japonais mono no aware). qui se poursuit dans le Yamato.jp/DM_CD/DM_CONT/CLAUDEL/INTRO_F. les Poëmes du Pont-des-Faisans. la calligraphie. le recueil que nous connaissons aujourd'hui sous le titre de Cent phrases pour éventails a connu plusieurs versions successives.ac. de nagâs ou d'hydres par exemple.HTM On s'est appuyé ici sur l'introduction de Michel Truffet à son édition critique du fac similé de Cent phrases pour éventails de 1927. En effet le recueil met en scène un Japon lumineux et glorieux. et présenté ici. fermé par des aiguilles d'ivoire. L'esprit des Cent Phrases pour éventails. il ne s'agit pas pour Claudel de renoncer à son identité de chrétien occidental. et Keissen Tomita seize images. C'est un exemplaire de ce dernier tirage qui est conservé à l'Université de Tokyo. Ce voyage donne du reste lieu à trois textes qui éclairent l'esprit dans lequel les Cent Phrases ont été composées : Le Poëte et le vase d'encens. comme nous l'avons vu. une "allusion" à la vérité ultime chrétienne : on peut lire en effet un parcours spirituel proprement chrétien dans le recueil (voir Philippe Postel. site célèbre composé d'un lac. Dans sa première version. mais de plus. de Kyoto. le recueil se composait d'une enveloppe contenant quatre éventails ayant pour thème les quatre saisons du Japon. La publication occupe les derniers mois du séjour de Claudel dans un pays dont il a dit qu'il n'était pas loin du paradis. Annales Littéraires de l'Université de Besançon. vol. avec une traduction en japonais des phrases de Claudel. 522 et passim. t. essentiellement les séjours d'été (juillet-août 1922. précise-t-il dans une note. Claudel y a ajouté seize nouvelles phrases. nous l'avons dit. puisqu'elle réunit trente-six éventails de papier (55cm de longueur aux pointes extrêmes et 21cm de largeur aux bords obliques ) . la calligraphie. (1) Cette version est d'une tout autre ampleur que la précédente. Le recueil a été tiré à 240 exemplaires. où il retrouve son ami peintre Tomita Keisen. Composé par Paul Claudel à Tokyo de juin 1926 à janvier 1927. et qui se termine par un dernier séjour à Chuzenji-ko. les autres bistre. 200 avec quatre illustrations en couleurs. il emprunte à plusieurs traditions propres au Japon. ainsi qu'un certain rapport à la nature et au monde (que Claudel nomme l'ahité. juillet 1923 et juillet-août 1926) à Chuzenji-ko. est celui de "l'émulation " : le recueil est un défi lancé par un poète occidental à la tradition extrême-orientale sur un terrain qui lui semble a priori réservé. puis un nouveau voyage en février 1925 (voir Journal. par la visite de Nara. est la dernière que Claudel verra paraî tre au Japon avant son départ. Marianne Simon Poëmes du Pont-des-Faisans Notice http://www. On sait que le poète avait d'abord songé au titre Poèmes de la maison des faisans: « c'est le nom du local occupé par l'Ambassade de France à Tokyo». le Japon paradisiaque n'est somme toute qu'une belle image. Toutefois. entre novembre 1921 et février 1927 (ce qui explique le titre choisi pour le second recueil. et associent une phrase et son illustration. . Enfin. en particulier la visite des temples d' Angkor au Cambodge les 3 et 4 octobre 1921. de temples et du mont Nantaï. contenus dans un emboî tage de toile bleue (64x38cm) . une illustration par le peintre Keissen Tomita. p. Mais ce sont surtout les voyages effectués à l'intérieur de l'archipel nippon qui ont nourri l'imaginaire de Cent Phrases pour éventails. certaines traditions picturales extrême-orientales. éventails mystiques"). Le Poëte et le shamisen et Jules ou l'homme aux deux cravates. Par ailleurs.qu'ambassadeur. et datée de 1926. sont aussi à l'origine de certaines phrases. La seconde version. les voyages qu'il a faits en Indochine. 40 avec les illustrations rehaussées en couleurs. et encore davantage la croisière dans la Mer Intérieure en avril-août 1926.

La plus ou moins grande épaisseur des traits. et des idéogrammes calligraphiés par Ikuma Arishima. La seconde version. elle oblige le lecteur à un déchiffrement. rythme formel de la spatialisation. L'émulation. (10) On voit bien alors le rôle confié au lecteur: à lui de lier le signifiant et le signifié. ils s'entre-croisent et dialoguent. L'écriture. écrit Claudel dans un texte conservé dans ses archives. le choix de l'éventail. chaque phrase s'impose cependant comme un tracé dont les formes font sens.» (7) Au lecteur de recoller cet « Osiris typo-graphique» . à partir d'éléments différents mais rendus indissociables. la forte mise en valeur de la matérialité du livre. et l'on peut légitimement y lire un hommage de « l'ambassadeur-poète» au pays où il vient de passer plus de six ans. de l'emboî tage. engin métaphysique aussi. tantôt reproduites sur le même éventail que le texte. ont leur style propre. avec Cent phrases pour éventails.. réalisées au lavis. corporelle. « si franchement revendiquée par le poète confronté aux rituels scripturaux de l'Orient».. par la récurrence d'éléments graphiques ou thématiques. l'Europe et le Brésil. Elle reproduit cent soixante-douze phrases manuscrites. la voix et la peinture ne sont donc pas redon-dantes... Les versions antérieures à 1927 se trouvent ainsi difficilement accessibles. qu'on feuillette de droite à gauche. « Ce petit livre s'inscrit trop clairement dans un réseau cohérent de réflexions et d'expériences pour n'être qu'une oeuvrette marginale.La troisième version. L'écriture d'abord. la récurrence de termes renvoyant à la réalité ou à l'art japonais.. Au moment où il compose son recueil. est aujourd'hui proposée à un plus grand nombre. elles témoignent. et rappelle ses liens avec l'idéographie. Les illustrations de Keissen Tomita. la japonerie élégante et fantaisiste répond à un projet plus ambitieux que l'acclimatation amusée d'un exotisme». Mais l'univers poétique de Claudel et le monde pictural de Keissen Tomita ne sont pas juxtaposés. La compositon de Cent phrases pour éventails est contemporaine des réflexions de Claudel sur le livre. d'une cohérence qui leur est particulière. la coupure des certains mots à un endroit inattendu. témoignent tous de l'univers dans lequel fut élaboré le recueil. Jizo. puisque le visible n'est jamais que signe de l'invisible. car en français comme en chinois la forme extérieure des lettres n'est pas étrangère à l'expression d'une idée» . dans le texte même. publiée en 1927 après le départ de Claudel. et en repartira en février 1927.. plus spectaculaire encore. Mais hommage n'est pas soumission. ) je coupe le mot ailleurs qu'à l'articulation des syllabes. réservées aux heureux possesseurs de ces oeuvres devenues rares. Poëmes du pont des faisans. soit que l'illustration reprenne certains mots du texte claudélien. Tracée au pinceau. son séjour au Japon touche donc à sa fin. lune brouillard. « L'écriture ( . rythme élocutoire de la dispersion textuelle et de la dislocation verbale. (4) Objet physique ou l'énoncé soit inséparable de son support et des conditions de sa réception. et il faut plutôt envisager leurs relations comme une superposition mouvante et complexe de plusieurs rythmes: « rythme gestuel et organique de la calligraphie. Essentiellement peintures de Jizo ou de paysages. tantôt séparées. avec ses moyens propres. Claudel est nommé ambassadeur au Japon. intime. toute prête à propager le souffle» (6) et. Elles ne se recoupent que partiellement. à la fois objet physique et « engin métaphysique». (2) ne doit pas induire en erreur. (8) de « voir et (de) penser ce qu'il était en train seulement de lire» . Il y arrive en novembre 1921. rythme intellectuel même. une interprétation graphique des relations entre le blanc et le noir. ) joue un grand rôle. La collaboration avec un artiste japonais.». à partir de 1942. la disposition des mots dans l'espace de « cette aile qu'est l'éventail. « Si par une amusette typographique ( . entre le vide et le plein. et porte pour la première fois le titre de Cent phrases pour éventails. se présente sous la forme de trois accordéons de papier. transforment la lecture du texte en aventure de l'esprit et de la parole. réunies dans La philosophie du livre entre autres. a voulu fabriquer un livre. L'ambition de Claudel n'est pas d'imiter. ou encore. si nous savons déceler dans ses expériences formelles et sa variété thématique la gravité persistante d'une recherche maintes fois exposée. de la récurrence des motifs. (3) Claudel. (5) Pas encore mise en regard de véritables idéogrammes. le texte et l'image. d' adapter ni même de transposer la poésie japonaise en français. remplaçant le texte de Claudel par une transcription typographiée. (9) La peinture ensuite. et le soin apporté par le poè te à la confection matérielle de son oeuvre témoigne de son souci de construire un livre total. Après la Chine. réunis dans un emboî tage. Si nous le situons dans un contexte moins occasionnel que le séjour d'un ambassadeur de France en poste à Tokyo. Regard et parole ne sont plus séparés: c'est l'apparence des mots qui crée « la tension de l'esprit qui les profère» . auxquelles le poète aussi réfléchit. à lui de donner sens à l'alternance des phrases et . comme dans l'édition de 1927. reprendront cette dernière version. soit qu'elle propose. Les éditions suivantes. de l'écriture manuscrite. il en résulte une espèce d'hémorragie du sens inclus.

OEuvre poétique.. (7) Paul Caudel.um. 1967.HTM 16 éventails retouchés par Paul Claudel > http://www. coll. op.ac. (5) Ibid.ac. (10) Ibid. (9) Michel Truffet. 1967. coll. p1149. p6. (6) Paul Claudel. Tokyo University Digital Museum Paul Claudel. Souffle des quatre souffles : Quatre phrases sur les quatre saisons du Japon. (4) Ibid. p39. préface à l'édition de 1942. se succéder. (8) Ibid.cit . coll.HTM . p19.u-tokyo. p144. (2) Michel Truffet.jp/DM_CD/DM_CONT/CLAUDEL/IMAGES/4/INDEX. (3) Ibid. p38. p19.HTM 16 éventails retouchés par Keissen Tomita [ 富⽥田渓仙 Tomita Keisen ] > http://www. Cent phrases pour éventails.um. Notes (1) Paul Claudel. Introduction. mais aussi à l'ordre dans lequel les éventails doivent.ac. p16.jp/DM_CD/DM_CONT/CLAUDEL/IMAGES/3/INDEX. Bilbliothèque de la Pléiade.um.. op. Bibliothèque de la Pléiade. A lui de faire de cet objet qu'est Poëmes du pont des faisans un livre.jp/DM_CD/DM_CONT/CLAUDEL/IMAGES/2/INDEX.. ou peuvent.cit. oeuvre poétique. Bibliothèque de la Pléiade. à leur répartition.u-tokyo. avec 4 dessins de Keissen Tomita [ 富⽥田渓仙 ] > http://www.u-tokyo. oeuvres en prose. p699.des illustrations. 1965..

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