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Progrès technique et croissance

Il y a trois points importants à mettre en valeur afin de comprendre cette relation :


- définition du progrès technique
- la relation entre le progrès technique et les cycles économiques
- l'idée révolution industrielle et l’émergence de la nouvelle économie
Définition : Le progrès technique au sens strict est l’ensemble des éléments qui permettent d’améliorer les
méthodes de production et d’augmenter la productivité. Le progrès technique se manifeste par des changements
de machines, des nouvelles organisations du travail. Le progrès technique est facteur de croissance.
Au sens large, on étend la notion de progrès technique aux innovations.≠

1. Le progrès technique est l'ensemble des innovations améliorant les performances d'un système productif

2. La place accordée au progrès technique dans l'analyse de la croissance a fait passer ce facteur d'exogène à endogène

1. L'analyse de la croissance considère d'abord le progrès technique comme un facteur exogène

2. Les nouvelles théories de la croissance conçoivent le progrès technique comme facteur endogène

3. Le progrès technique contribue à la richesse des nations

1. Le progrès technique permet d'importants gains de productivité

2. Les effets du progrès technique sur l'emploi sont mitigés

I - LE PROGRES TECHNIQUE: du résidu au processus

Pendant très longtemps, on a pensé que le progrès technique était un facteur de croissance que l’on assimilait à
un résidu : on a pensé que c'était ce qui reste de la croissance une fois que l'on a soustrait les autres facteurs de
la croissance (le capital et le travail).
Cette conception posait un énorme problème: on ne pouvait pas définir le progrès technique, sinon par défaut.
Depuis les années 1980, un nouveau courant de la pensée économique va résoudre le problème avec les théories
de la croissance endogène qui va répondre à deux questions :
- qu'est-ce que le progrès technique?
- quels sont les facteurs du progrès technique?

A. Le résidu
Les économistes mesurent la contribution à la croissance des facteurs w et k.
Entre 1967 et 1973, on constate que la croissance est de 6.2% par an et que les facteurs de croissance (k et w)
n'expliquent que 2.7% de cette croissance. Autrement dit, 3.5% de la croissance n'est pas expliqué par les
facteurs traditionnels. Cela représente le résidu qui reflète l'ampleur du progrès technique. Entre 1985 et 1989,
le progrès technique était de 1.5% par an alors que la croissance était de 3.4% par an. Le ralentissement de la
croissance est dû au progrès technique.
Au niveau de la terminologie, ce progrès technique comme résidu s'appelle également productivité globale des
facteurs (PGF). C'est le rapport entre la production et la quantité de facteurs utilisés pour la production. PGF =
P / (K+L+CI)
C’est la dernière colonne qui est la plus intéressante. Une grande partie de la croissance est dû à la PGF. Sur le
plan du progrès technique, la France est supérieure aux États-Unis (part de la PGF dans la croissance : 56 % en
France et 41 % aux Etats Unis sur la période 1963 / 1972). Il faut analyser cela en terme de gap : la France
devait rattraper le retard avec les États-Unis. Cette analyse permet de comprendre également la crise des années
1970.

B. Le progrès technique comme innovation


Il s 'agit de définir le progrès technique afin d'en trouver les causes.
Il y a deux éléments importants :
- SCHUMPETER qui définit le progrès technique
- La croissance endogène : les conditions du progrès technique
• L 'analyse de Schumpeter
Thèse de Schumpeter : il y a un parallélisme entre les cycles d'innovation et les cycles de croissance
(Kondratieff). Il y a donc un lien étroit entre le progrès technique et les cycles de croissance.
Il associe le cycle des innovations au cycle économique. Les cycles longs sont constitués d’innovations
majeures suivies d’innovations mineures. La phase d’ascension est celle du progrès technique (expansion)
jusqu’il soit épuisé (dépression) donc recherche de nouveau progrès technique. On peut se référer aux cycles de
Kondratiev. Pendant la crise, on va mettre en cause l’innovation précédente (destruction) mais en parallèle il y a
une arrivée d’un nouveau progrès technique mais trop timide pour compenser la destruction. Pour Schumpeter,
la crise est source de destruction des anciennes innovations et créatrice de nouvelles innovations. La crise est
une destruction créatrice.
Il définit le progrès technique comme l’ensemble des causes de la hausse de la productivité.
Qu’est-ce qu’une innovation ? Quelle différence doit on faire entre une invention et une innovation ?
L’invention précède l’innovation. L’innovation est l’exploitation de l’invention dans le processus de
production. Une invention ne donne pas forcément une innovation car il y a des obstacles culturels et
économiques (risques pour l’entreprise) comme par exemple les goulots d’étranglement.
Forme d’innovations :
- création d’un nouveau bien ou produit
Il peut y avoir des innovations artificielles - mineures : emballages…
- nouveau procédé de production (comme le toyotisme).
- nouveau marché (Ex. : Entreprises qui s’internationalise)
- conquêtes ou découvertes de nouvelles sources d’énergie.
On peut penser que dans l’analyse de Schumpeter le progrès technique réside dans la recherche des
scientifiques. Or il n’en est rien. L’acteur principal selon Schumpeter est l’entrepreneur. C’est lui qui prend le
risque d’investir et d’innover. Un entrepreneur peut également acheter des brevets et utiliser les innovations des
autres.
Pourquoi un entrepreneur prend-il des risques ? L’entrepreneur prendra d’autant mieux des risques que
l’innovation lui sera rentable. En innovant, on provoque un monopole de fait (on est le seul) : c’est celui qui
décide de passer de l'invention à l'innovation. Par conséquent on peut imposer un prix. Mais la compétitivité et
la concurrence menacent l’innovation. Le brevet protège l’entrepreneur mais sur un temps relativement court.
Le brevet est censé motiver l’innovation.
Qu’est-ce qui favorise le progrès technique ? Qui innove le plus ? Est-ce que ce sont les petites ou les grandes
entreprises qui innovent ? Schumpeter va développer les 2 thèses. Dans La théorie du développement
économique (1919), il pensait que c’était l’entrepreneur qui innovait le plus. Dans Capitalisme, socialisme et
démocratie (1930), Schumpeter change d'optique. Ce sont les grandes entreprises qui innovent. Une innovation
revient moins chère à une grande entreprise car elle a plus de capacité d’amortissement qu’une petite entreprise.

• L’interaction avec la croissance : les conditions de l'innovation.


La croissance peut favoriser le progrès technique, l’innovation, les gains de productivité.
On parle de croissance endogène : la croissance est elle-même capable de développer les facteurs qui
développeront sa croissance. Dans cette analyse, on insiste sur l'effet de seuil : il faut une certaine croissance
économique pour favoriser le progrès technique.
Ex. : pour développer l’Internet , il faut d’abord disposer de lignes téléphoniques.

Cette analyse est donc intéressante sur deux points :

1. Les PED : pourquoi innovent-ils moins que les pays développés ? Pour innover il faut avoir un certain
niveau de croissance.
Pour cela, on peut effectuer un transfert de technologies qui permettra d’introduire de la technologie et de
rompre le cercle vicieux dans lequel ils se trouvent. Les PED achètent des brevets et peuvent ainsi développer
le PT et donc améliorer la croissance.
Problèmes :
- Si les pays développés transfèrent leurs technologies, ils perdent leurs avantages comparatifs. Cela risque
d'entamer leur compétitivité… Ainsi le développement des PED peut entraîner du chômage dans les pays
développés.
- La main d’œuvre n’est pas assez qualifiée pour pouvoir utiliser les machines. Une même machine peut donc
être moins productive.
- Les technologies ne sont pas gratuites et pour les introduire, les PED devront s’endetter sans être sur de
pouvoir les rembourser.
2. Il y a une autre solution pour passer l’effet de seuil : l'intervention de l’état. Il peut subventionner la
Recherche / Développement des grandes entreprises, aider à la création d’entreprises, mais surtout, tout
faire pour développer le capital humain. Un pays peut avoir le choix de développer ou pas le capital
humain en fonction de ses objectifs (par exemple : développement du système éducatif).
Les pays qui innovent sont des pays riches. Le progrès technique renforce l'avance de ces pays.

En quoi la croissance favorise-t-elle le progrès technique ?


Le "learnig by doing" : plus on pratique, plus on devient efficace et plus on augmente sa productivité. Mais,
surtout, plus on pratique, plus on apprend de nouvelles choses. La croissance va secréter de nouveaux savoirs,
qui sont facteurs d’innovation, de progrès technique. C’est en produisant plus que l’on apprend à produire
mieux.

Il existe d’autres arguments qui expliquent la croissance du progrès technique :


- La Recherche / Développement : Toute nouvelle invention, donc possible innovation, s’appuie sur des
inventions antérieures. Les économies qui ont une croissance économique qui leur permet d’avoir un niveau de
Recherche / Développement assez élevé, sont aussi celles qui ont le plus de chance d’inventer et d’innover.
On constate qu’aux USA et au Japon, l'effort de recherche est le plus fort, alors que le reste du monde est très
loin derrière. Cette Recherche / Développement les renforce dans leur compétitivité et ils ont de forts avantages
comparatifs. D'où la difficulté pour les autres pays de les rattraper.
- Le rôle du capital humain qui permet de comprendre le rapport entre la croissance et le progrès technique. La
croissance développe du capital humain. Grâce à cela, on a du progrès technique, de l’innovation.
- Le rôle des infrastructures de communication et de transport. Les pays développés peuvent s’assurer des
infrastructures assez importantes pour développer la propagation du progrès technique.

Conclusion :
Le progrès technique est donc l’innovation. Elle repose sur le rôle de l’entrepreneur. Il y a quatre conditions :
- Une certaine croissance
- Le capital humain
- Infrastructures de communication et de transport
- Le rôle de l’Etat.

II- Progrès technique et cycle économique

A. L’analyse de Schumpeter
Il a cherché à établir un lien entre l’évolution des innovations et les cycles économiques.
Comment le progrès technique peut-il à la fois créer de la croissance et être un facteur de crise ? En quoi le
progrès technique permet-il de comprendre le cycle KONDRATIEV ?

• Le processus de "destruction créatrice"


Le processus de "destruction créatrice" : nous savons que la productivité peut, à court terme, détruire des
emplois, mais à long terme, elle peut créer des emplois dans d’autres secteurs avec l'effet de déversement.
Pour Schumpeter, des innovations de produits ou de procédés apparaissent, cela signifie que, dans le même
temps, des entreprises vont se développer car elles bénéficient d’un monopole de fait alors que d’autres ne sont
plus compétitives. Elles sont éliminées car leurs produits ou leurs procédés sont obsolètes.
Il y a une déformation de l’appareil productif à cause du progrès technique.
Et cette "destruction créatrice" devient-elle un facteur de croissance ? Schumpeter distingue deux types
d’innovations :
- Le progrès technique provoque un effet de productivité
- Il fait la différence entre les innovations mineures et majeures.
La destruction créatrice doit provoquer l’usure des innovations majeures qui vont entraîner la créations
d’innovations mineures et pousser d’autres entreprises à innover.
Pour lui, la crise élimine les anciennes innovations et favorise l’apparition de nouvelles innovations.
Ex : Le chemin de fer (innovation majeure) apparaît lors de la crise du XIXe siècle.
Pour Schumpeter, le progrès technique est facteur de la croissance économique et facteur de crise. La crise des
années 70 est la crise de l’entreprise fordiste. Toute les innovations qui ont été faites dans le cadre du fordisme
(électroménager, auto…) sont en crise à partir de 1973. Les industries doivent licencier. Mais, par contre,
apparaissent de nouvelles entreprises dans le secteur de l’informatique (salaire fort).
Mais nous n’avons pas une croissance économique immédiate. L’innovation n’est pas majeure. Ce n’est que 20
ans après que l’appareil productif se sera développé pour que ces nouvelles innovations entraînent le reste de
l’économie. Nous sommes à partir de 2000 dans une phase A du Kondratiev.

• Progrès technique et cycle Kondratiev :


Les cycles Kondratiev durent en moyenne 50 à 60 ans. Ils sont composés de deux phases ; une phase A
d’expansion, une phase B de récession. La crise reste l’événement marquant le passage d’une phase à une autre.
Depuis le début du XIXe siècle, il y a eu de nombreuses vagues d’innovations qui ont été à l’origine de cycles
Kondratiev.
- Machine à vapeur (première révolution industrielle) : 1780-1840
- Chemin de fer : 1840-1890
- Électricité (deuxième révolution industrielle) : 1890-1930
- Pétrole et automobile (30 glorieuses / crise depuis 1973) : 1930-1980
Ainsi, chaque vague d’innovations est à l’origine d’un cycle Kondratiev. La phase B du dernier cycle
Kondratiev commencerait vers 1980-2000. Cela veut dire qu’à partir de 2000 et pendant 20 ans, on connaîtrait
une phase A, celle des TIC : technologies de l’information et de la communication.
Les limites de l'analyse Schumpeter pensait que dans la phase B d’un cycle Kondratiev, il y avait un
fléchissement de l’innovation (ralentissement de progrès technique). Kuznets insiste sur l’idée qu’il n’y a pas
nécessairement épuisement du progrès technique en phase B du Kondratiev. Cet économiste met en cause
l’analyse de Schumpeter sur le rôle du progrès technique. C’est d’ailleurs suite à cela qu’apparaît le courant
néo-schumpetérien auquel Mensch appartient. Ce courant abandonne l’analyse de Schumpeter pour se baser sur
le concept de système technique. Ainsi, ils réhabilitent la relation qui existe entre progrès technique et cycle.

B. Effet récessif / effet progressif

• Effet récessif
Le progrès technique peut entraîner la récession.
Selon l’analyse néo-Keynésienne, le progrès technique est source d’obsolescence à un rythme rapide. Le
entreprises, pour rester compétitives, sont amenées à investir de plus en plus. C’est à dire qu’elles doivent faire
un amortissement accéléré. Les entreprises doivent s’endetter pour remplacer leurs machines, ce qui pèse sur la
rentabilité.
Plus l’innovation est rapide, plus le phénomène d’obsolescence est important. Face à cela, les entreprises
doivent investir pour renouveler leur parc de production. Elles doivent donc amortir. Or, comme elles doivent
renouveler leur parc de production, très souvent, elles n’ont pas le temps d’amortir ; ce qui pèse sur la
rentabilité de l’entreprise. Elles n’ont pas le temps de récupérer les profits nécessaires.
La crise économique, qui a eu lieu à partir des années 70, aurait, selon l’analyse Schumpetérienne, été
provoquée par un ralentissement du progrès technique.
Qu’est-ce qui peut expliquer le ralentissement de ce progrès technique ?
• Fin du rattrapage du progrès technique de la France par rapport aux Etats Unis
• Il faut un temps pour qu’émerge des innovations capables de relancer la croissance. Ce temps est un
temps d’adaptation qui peut être plus ou moins long. Exemple : fordisme (crise des années 30)
(destruction créatrice).
• Loi de Verdoon : Les gains de productivité dépendent du rythme de croissance. Il y a moins de
croissance et donc mois de progrès technique. La moindre croissance des années 70 explique
l'essoufflement du progrès technique.
• Théorie de la croissance endogène : Pour qu’il y ait progrès technique, il faut un certains nombre de
facteurs liés à la croissance ainsi il faut faire de la croissance pour avoir du progrès technique.
• le cycle de vie d’un produit. L’arrivée d’un nouveau produit provoque une hausse du chiffre d’affaire du
fait de la situation de monopole. Mais le succès du nouveau produit peut attirer de nouveaux
entrepreneurs (imitateurs) provoquant la saturation du marché. Donc baisse des profits. Par conséquent,
l'innovateur peut de retirer du marché et innover ailleurs, il peut chercher à améliorer le produit ou
encore disparaître.
On ne sait donc pas quelle analyse est valable. Le ralentissement du progrès technique peut être responsable de
la faible croissance, mais le ralentissement de la croissance peut être à l’origine de l’essoufflement du progrès
technique.

• Effets processifs