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L’Haïti de l’après 12 janvier

2010 : Parlement, élections,


citoyens et Constitution.

Le violent séisme du 12 janvier 2010, entrainant derrière lui des dégâts à jamais
inestimables, a profondément bouleversé la donne politique en Haïti. Les
données de l’équation politique ont changé pour devenir naturellement plus
complexes. Conséquemment, la classe politique, la société civile, les groupes de
pression et les citoyens doivent à tout instant tenir compte de ce paramètre
d’importance dans leur moindre prise de décision.

L’année 2010 en Haïti, en plus d’être une année de catastrophes naturelles, de


deuil et de pertes matérielles colossales, est une année politiquement chargée.

La 48e Législature a pris fin le deuxième lundi du mois de janvier, soit le jour
même de l’inoubliable tremblement de terre. Ce même mardi 12 janvier, la 49e
Législature devait entrer en session. Malheureusement, la mauvaise tradition de
ne pas respecter le calendrier électoral en Haïti a empêché de remplacer à temps
la 48e par la 49e comme le veut la Constitution de 1987 encore en vigueur. Cela
a eu comme effet direct la transformation du Parlement bicaméral en un
Parlement manchot. La Chambre des Députés n’est pas renouvelée et le Sénat
« fonctionne » tout en étant privé d’un tiers de ses membres, puisque des
élections partielles n’ont pas été organisées pour le renouvellement partiel du
grand corps. Or, nous ne le répéterons jamais assez, sous le régime
constitutionnel de 1987, nous sommes en régime bicaméral. Donc, le Parlement
n’existe pas sans la Chambre des Députés ou le Sénat. L’institution
parlementaire est une addition des deux. Autrement, on est en situation
politiquement exceptionnelle et en dehors de la Constitution qui ne prévoit
d’ailleurs pas des cas où l’une des deux Assemblées du Parlement ne
fonctionnerait pas.
Malheureusement, c’est dans cette dérive que les autorités politiques du pays
s’enlisent depuis le mardi 12 janvier 2010 qui devait pourtant coïncider avec
l’entrée en fonction de la 49e Législature, car une Législature entre en fonction
le deuxième lundi de janvier coïncidant avec la fin de la 8e session de la
Législature en fonction, dit la Constitution de 1987.

En plus des élections législatives pour le renouvellement intégral de la Chambre


des Députés et le renouvellement partiel du Sénat, des élections municipales et
présidentielles ont été également prévues pour l’année 2010 en vue du
renouvellement des municipalités et de la présidence.

En effet, dans une démocratie, des élections ne s’organisent pas parce qu’il y a
de l’argent disponible dans le trésor public, parce qu’il n’y a pas de tremblement
de terre ou encore parce qu’il n’y a pas de catastrophe humanitaire. Le droit de
voter et d’organiser des élections est un attribut de la souveraineté permettant de
renouveler le personnel politique chargé de la représentation du peuple. Dans
une démocratie constitutionnelle comme la nôtre, les élections se doivent de
s’organiser suivant le cycle électoral prévu par la Constitution elle-même, sans
aucune autre considération politique, psychologique ou même économique.

A dire vrai, eu égard aux dégâts matériels, psychologiques et humains causés par
le violent séisme du 12 janvier, l’organisation des élections au cours de l’année
2010 s’apparente à une mission impossible. Cependant, cette impossibilité
apparente doit être contournée… Haïti est une démocratie représentative et les
représentants du peuple sont choisis par ce dernier à travers des élections. Les
élites dirigeantes actuelles de ce pays ont l’impérieux devoir historique de faire
travailler leurs méninges en vue de trouver la meilleure formule des opérations
de vote pour pouvoir convoquer le peuple en ses comices.

Haïti n’est pas un pays de transitions ; c’est un pays tout court. Les élites du
pays doivent enfin le prendre au sérieux… Nous ne pouvons pas nous en
remettre à un Gouvernement de transition après chaque période de crise. Il y
aura toujours des crises dans le pays et tous les grands pays ont connu des
moments de crise. Ce n’est pas une raison de prôner à chaque fois la mise en
place d’un Gouvernement de facto. Est-ce parce que des éléments de
l’intelligentsia ont du mal à conquérir le pouvoir en Haïti par le biais des urnes ?

En tout cas, les plus capables, ou tout au moins ceux qui prétendent l’être,
doivent cesser de se montrer moins intelligents que ceux-là qui rencontrent
généralement l’adhésion de la population haïtienne. Les élites doivent descendre
vers les masses pour les expliquer, sans jargon académique, leur programme
pour le progrès du pays et les convaincre, pour ensuite remonter la pente avec
elles afin de réaliser le nivellement par le haut dans la perspective d’améliorer
perpétuellement les conditions matérielles d’existence de la population. En ce
sens, on n’a pas besoin de peur du verdict des urnes…

En principe, les élections municipales et législatives devraient être déjà


organisées. Quant aux élections présidentielles, elles sont prévues pour le
dernier dimanche du mois de novembre 2010. Donc, il est clair qu’on est en
dehors de la Constitution. Cette dernière est un tout ; on ne peut pas prétendre la
respecter en partie.

Dans cette perspective, nous prônons un sommet national des élites du pays en
vue de penser la refondation de l’Etat haïtien sous le leadership du Président de
la République, monsieur René Préval. Nous ne pouvons pas faire l’autruche ;
nous sommes déjà en dehors de la Constitution. C’est le moment opportun pour
les élites du pays de se réunir autour de son Président pour penser la nouvelle
Haïti. Parmi les décisions qui auront été prises, nous proposons la refonte de la
Constitution de 1987 en vue d’une constitution plus adaptée à la sociologie
politique haïtienne. De plus, un plan de reconstruction du pays, prenant en
compte les mesures de la refondation de l’Etat, aura été dégagé par toutes les
forces vives du pays.
Le séisme du 12 janvier, répétons-le, a tout chambardé. Nous devons en tenir
compte. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire comme si tout allait bien.
Nous avons un Etat à repenser, c’est le momentum de la refondation et cette
dernière doit être pensée par des hommes et femmes haïtiens de pensée, avec la
participation de tous les secteurs vitaux du pays sous la direction légitime du
Président de la République, René Préval. Ce dernier doit se montrer à la hauteur
pour pouvoir assurer la coordination de ce sommet national des élites du pays.

Les nouvelles autorités politiques qui sortiront des élections générales en fin
d’année 2010 auront la charge de mettre en œuvre le plan de reconstruction
pensée par les élites du pays avec la participation des secteurs vitaux de la
Nation, sous l’égide de la nouvelle Constitution qui entrera en vigueur avec la
prise en charge du pays par les nouvelles autorités légitimes.

Nous devons avoir une Constitution que nous avons les moyens de respecter.
Ainsi, avec une Constitution applicable et adaptable la culture juridique
s’implantera plus facilement…

Me Destin JEAN, licencié en droit

Fait à Pétion-ville, le 06 mars 2010.