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Le Journal de l’Afrique N°13 Septembre 2015 Sommaire Editorial : Jeux et enjeux démocratiques Dossier

Le Journal de l’Afrique N°13

Septembre 2015

Sommaire

Editorial : Jeux et enjeux démocratiques

Dossier

Présidentielle ivoirienne : entre espoirs et craintes

Le président Alassane Ouattara s’arme jusqu’aux dents pour ne pas perdre le pouvoir

Par Sévérine Blé

Côte-d’Ivoire: l’Ambassadeur français demande le départ de M. Ouattara

Par Mireille Kouamé

Comment Boko Haram se finance-t-il. Enquête sur une multinationale du crime

Par François Bambou

Afrique : Moscou élargit la zone de déploiement de ses navires de guerre

Par Vitaly Ankov

« Il faut créer des Commissions nationales dans chaque pays anciennement colonisés pour obtenir des réparations »

Par Louis-Georges Tin & Jean-Marc Soboth

chaque pays anciennement colonisés pour obtenir des réparations » Par Louis-Georges Tin & Jean-Marc Soboth 2

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Editorial

Jeux et enjeux démocratiques

Le 25 octobre prochain, les Ivoiriens retourneront aux urnes pour élire leur nouveau chef de l’Etat. Un scrutin aux enjeux énormes tant pour les acteurs intérieurs qu’extérieurs. En 2010 déjà, ces enjeux avaient malheureusement primé sur le jeu électoral et la légion étrangère a eu raison de la volonté des Ivoiriens.

En effet, avec la bénédiction de l’ONU la France de Nicolas Sarkozy a renversé le président constitutionnel Laurent Gbagbo pour le remplacer par Alassane Dramane Ouattara (ADO). Pas moins de 3 000 personnes ont perdu la vie dans cette crise postélectorale. Cinq ans après, le contexte politique n’est plus le même. Gbagbo, son épouse Simone et plusieurs autres cadres du Front populaire ivoirien suivront la campagne électorale à la télé. D’ailleurs, tout dépendra de la magnanimité de leurs différents geôliers !

Mais l’éloignement des Gbagbo ne semble pas avoir ramené le calme et la sérénité dans l’esprit de M. Ouattara et ses thuriféraires. Comme un usurpateur qui vit dans la hantise du retour du propriétaire légitime, l’actuel occupant du Palais de Coccody, candidat à sa propre succession use de tous les moyens et de toutes les méthodes pour ne pas perdre son fauteuil à l’issue des futures élections. Le Journal de l’Afrique (JDA) vous donne des détails sur l’autre stratégie de préservation du pouvoir que ni M. Ouattara, ni les membres de son de campagne n’évoqueront tout au long de la campagne électorale en cours.

La question coloniale constitue l’autre grand sujet abordé dans cette édition du JDA. Au moment où les théories négationnistes et les discours sur « les bienfaits de la colonisation » font leur chemin en Occident, le président du Conseil représentatif des Associations Noires (CRAN) soutient que les pays colonialistes payeront des compensations financières pour ce crime. Cette édition du JDA revient également sur le financement de la secte islamiste Boko qui a fait allégeance à l’Etat Islamiste pour devenir Etat islamique en Afrique de l’ouest.

Carlos Sielenou & Olivier A. Ndenkop

à l’Etat Islamiste pour devenir Etat islamique en Afrique de l’ouest. Carlos Sielenou & Olivier A.

Brèves

Dakar : Hissène Habré enfin jugé

Brèves Dakar : Hissène Habré enfin jugé Photo DR 25 ans après sa chute, l'ancien président

Photo DR

25 ans après sa chute, l'ancien président tchadien (1982-1990) Hissène Habré a été jugé à Dakar au Sénégal mi- juillet 2015 par la Chambre africaine extraordinaire pour crime contre l'humanité. « A bas l'impérialisme. A bas le nouveau colonialisme », a dénoncé lors du procès M. Habré qui avait refusé de se rendre devant ce tribunal avant d’y être contraint manu militari. De l'autre côté de la salle, les associations des victimes ou leurs représentants attendaient impatiemment le verdict des juges qui ont renvoyé l’affaire à plus tard. Hissène Habré a été chassé du pouvoir en 1990 par Idriss Déby Itno qui dirige le Tchad d’une main de fer jusqu’aujourd’hui. Pendant plus de deux décennies, Hissène Habré a vécu sans inquiétudes dans la capitale sénégalaise, Dakar.

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Un vaccin contre le paludisme

Un vaccin contre le paludisme Après 30 ans de recherches, un vaccin anti paludisme a reçu

Après 30 ans de recherches, un vaccin anti paludisme a reçu l’avis favorable de l’Agence européenne des médicaments (EMA) cet été. Ce vaccin dénommé RTS, S, ou Mosquirix vise à prévenir le risque de paludisme chez les enfants âgés de 6 semaines à 17 mois. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) donnera son avis sur le Mosquirix au mois d’octobre prochain. Chaque année, le paludisme tue 600 000 personnes dans le monde avec 90% de morts en Afrique subsaharienne. La maladie est transmise à l’homme par la piqûre d’une mouche appelée anophèle femelle.

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Angola : le Yuan chinois devient la deuxième monnaie légale

Angola : le Yuan chinois devient la deuxième monnaie légale Afin de réduire sa dépendance vis-à-vis

Afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du dollar US, l’Angola a signé un accord moné - taire avec la Chine qui fait du Yuan la deuxième monnaie utilisable dans le deuxième pays producteur de pétrole en Afrique. L’information a été rendue publique le 3 août dernier par Rosa Paca, la ministre angolaise du Commerce. Cet accord va permettre à l’Angola d’importer plus de marchandises chinoises sans se référer au dollar étasunien. En retour, la Chine élargit la liste des pays utilisateurs de sa monnaie. Le Ghana, le Nige- ria, l’île Maurice, le Zimbabwe, et l’Afrique du Sud utilisent déjà le Yuan comme monnaie de règlement et de réserve.

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L’Algérie achète 14 hélicoptères russes

L’Algérie achète 14 hélicoptères russes Selon l’agence de presse russe Interfax, l’Algérie a commandé 14

Selon l’agence de presse russe Interfax, l’Algérie a commandé 14 hélicoptères de type Mil Mi-26 auprès du constructeur russe Rostvertol. Deux de ces appareils ont déjà été livrés à l’Algérie et deux autres devraient l’être avant la fin de cette année. Les contrats y afférents prévoient la livraison des appareils restants en 2016 et en 2017. et la formation des pilotes et techniciens algériens. Le Mil Mi-26 est l'hélicoptère le plus lourd et le plus grand jamais construit en série, avec un poids total à charge pouvant atteindre le double de celui de tout autre hélicoptère.

L’Algérie est confrontée depuis deux décennies aux menaces sécuritaires. Celles-ci se sont aggravées avec l’assassinat du Guide libyen Mouammar Kadhafi qui a débouché sur une insécurité généralisée dans le Sahel et le Maghreb.

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Maghreb. ………………………………………………………………………………………………… 7

Burundi : le président contesté forme son gouvernement

Burundi : le président contesté forme son gouvernement Après sa réélection controversée, le président burundais a

Après sa réélection controversée, le président burundais a formé son nouveau gouverne- ment fin août 2015. Conformément à la constitution, Pierre Nkurunziza a nommé 12 Hu- tus, 8 Tutsis et 30% de femmes dans cette première équipe de son troisième mandat contesté. Cinq proches du leader de l’opposition Agathon Rwasa entrent au gouverne- ment. La magistrate Aimée-Laurentine Kanyana, jusqu’ici membre de la Cour constitu- tionnelle devient ministre de la Justice. Alain-Aimé Nyamitwe garde les Affaires étran- gères, Léontine Nzeyimana reste ministre chargée des Affaires de la Communauté est- africaine (EAC), Tabu Abdallah Manirakiza reste aux Finances et au Budget et Côme Ma- nirakiza à l’Énergie et aux mines tandis qu’Emmanuel Ntahomvukiye conserve le porte- feuille de la Défense.

Ma- nirakiza à l’Énergie et aux mines tandis qu’Emmanuel Ntahomvukiye conserve le porte- feuille de la

Communiqué de presse

Le président de l'Assemblée nationale française, Claude Bartolone, s'oppose à l'ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara.

Deux membres du réseau « Justice pour Sankara justice pour l'Afrique » ont transmis à Claude Bartolone, ainsi qu’à tous les députés de l’Assemblée nationale, deux courriers, datés respectivement du 30 avril et du 5 mai 2015, l’un émanant de 25 députés du Conseil national de Transition du Burkina Faso, l’autre du chef du groupe parlementaire des organisations de la Société civile au nom des 25 députés de son groupe, demandant l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara.

Tout en affirmant « souhaiter que la lumière soit faite sur cette affaire », M. Claude Bartolone nous a répondu par la négative pour les raisons suivantes : « une telle commission d’enquête n’aurait aucun pouvoir pour conduire des investigations dans un autre Etat » et « la procédure judiciaire désormais ouverte au Burkina » lui semble « l’instrument juridique le plus approprié pour rechercher les responsables de cette affaire ».

Cette réponse amène de notre part, les commentaires suivants :

- Nous rappelons que les détails de l'assassinat de Lumumba ont pu être révélés en 2001 à la suite de l'ouverture d'une enquête parlementaire auprès du parlement belge, un assassinat qui ne s’est pas déroulé sur le territoire belge.

- Plusieurs témoignages font état d’une participation française à un complot international. C'est donc bien en France qu'il convient d'enquêter pour en vérifier la réalité, en parallèle à l'enquête ouverte au Burkina Faso.

- Seule l’existence d’une procédure judiciaire en France est à même, selon les règles de l’Assemblée nationale, d’empêcher une commission d’enquête parlementaire. Or, une telle procédure n’existe pas. A la suite de l’exhumation des dépouilles présumées de Thomas Sankara et de ses compagnons, et de la rencontre de Mariam Sankara avec des députés de l’Assemblée nationale, de nombreux organes de la presse française ont

de Mariam Sankara avec des députés de l’Assemblée nationale, de nombreux organes de la presse française

évoqué l’éventualité d’une participation française à un complot international à l’assassinat de Thomas Sankara (voir http://thomassankara.net/spip.php?article1775 et

Il est grand temps que la France cesse de fuir le questionnement sur son lourd passé en Afrique. Les dirigeants politiques de ce pays, rappellent à loisir, leur attachement aux bonnes relations d’amitié et de coopération avec le Burkina Faso. L’amitié avec ce pays et son peuple passera à l’avenir par la volonté française d’une introspection sur l’éventualité d’une participation française à cet assassinat, ce qu’une commission d’enquête parlementaire est parfaitement habilitée à faire. La France doit cesser de feindre qu’elle n’est pas concernée. C’est aussi l’un des moyens les plus appropriés pour « que la lumière soit faite sur cette affaire ».

Le réseau international « Justice pour Sankara justice pour l’Afrique » n’en restera pas là et prendra de nouvelles initiatives pour que la vérité sur une éventuelle participation française à cet assassinat soit connue.

En attendant nous appelons

- Les députés de l’Assemblée nationale signataires de la demande d’ouverture d’une enquête parlementaire sur l'assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons et les autres députés à les rejoindre.

- Tous les amis du Burkina Faso, toutes les personnes éprises de justice à signer et à faire signer massivement la pétition demandant l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons à

Fait à Paris, Ouagadougou, Dakar, Berlin, Madrid, Ottawa, Turin Le réseau international «Justice pour Sankara justice pour l'Afrique »

international «Justice pour Sankara justice pour l'Afrique » Contact : contactjusticepoursanakra@gmail.com 10

Dossier

Présidentielle ivoirienne : entre espoirs et craintes

Le 25 octobre prochain, les Ivoiriens retourneront aux urnes pour élire celui qui dirigera le pays pendant les cinq prochaines années. A quelques jours de l’échéance, pouvoir et opposition affûtent leurs armes, au propre comme au figuré. Fait nouveau, la France qui avait livré une guerre néocoloniale en Côte-d’Ivoire pour chasser le président Laurent Gbagbo du pouvoir et y installer Alassane Dramane Ouattara (ADO) semble avoir revu son choix. Pour mieux résister à une éventuelle nouvelle crise postélectorale, avec ou sans les Français à ses côtés, ADO déjà accusé d’ingérence dans le processus électoral a commandé des armes pour 60 milliards FCFA en violation flagrante de l’embargo onusien contre la vente d’armes à la Côte-d’Ivoire. Immersion dans les coulisses d’une élection présidentielle à hauts risques.

Par Olivier Atemsing Ndenkop

Alassane Ouattara achète des armes pour 60 milliards FCFA

Pour acquérir ce matériel de guerre constitué de munitions, d’armes légères, des hélicoptères de combat (livrés en pièces détachées), des missiles, des mines anti personnelles, le président ivoirien candidat à sa propre succession a usé des méthodes dignes de la maffia pour ne pas attirer l’attention des Ivoiriens et irriter l’Onu qui maintien la Résolution 2153 interdisant la vente d’armes à la Côte- d’Ivoire.

Par Sévérine Blé

l’Onu qui maintien la Résolution 2153 interdisant la vente d’armes à la Côte- d’Ivoire. Par Sévérine
Alassane Ouattara. Photo DR A quatre mois de l’élection présidentielle, Alassane Ouattara a peur de

Alassane Ouattara. Photo DR

A quatre mois de l’élection présidentielle, Alassane Ouattara a peur de perdre le pouvoir. Pour cela, son chef d’état-major particulier a réceptionné le 14 janvier 2015 au port de Cotonou des conteneurs d’armes d’une valeur de 120 millions de dollars US destinés en principe au Bénin. Ces conteneurs entreposés pendant quelque temps au Palais présidentiel ont atterri dans le hameau de Gamina, une zone d’extraction illégale de diamant au nord de la Côte-d’Ivoire. Les dédales de ces transactions sont minutieusement documentés par un rapport des renseignements généraux français supervisés par Alexis Bitaudeau, le chef de l’antenne de la DGSE de Cotonou. Violation de l’embargo, gros sous, corruption, blanchiment d’argent à travers diverses sociétés écran, recrutement de mercenaires… se mêlent dans cette affaire qui montre l’état d’esprit du régime qui est prêt à tout pour conserver le pouvoir.

La fin du désarmement n’a pas fait disparaître les peurs. A commencer par le chef de l’Etat lui-même dont le régime craint le retour des 18.000 ex-combattants surarmés et que ses services n’arrivent pas à localiser dans le pays. Mais Ouattara a d’autres peurs :

les infiltrations de Boko Haram. Ajouté à cela les tensions politiques et les risques d’une guerre de revanche, la présidence ivoirienne a décidé de se prémunir malgré l’embargo sur les armes en vigueur en raison de la résolution 2153 du Conseil de sécurité de l’Onu

malgré l’embargo sur les armes en vigueur en raison de la résolution 2153 du Conseil de

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du 29 avril 2014. Cette résolution reconduit en fait l’embargo sur les livraisons d’armes et de matériels militaires à destination de la Côte-d’Ivoire. Ainsi pour contourner l’embargo, le président a décidé de monter un stratagème avec son homologue du Bénin Yayi Boni, selon un rapport ultra confidentiel de l’antenne locale de la direction générale de la sécurité extérieure, la DGSE. Selon ce rapport très détaillé sur les tenants et aboutissants de cette affaire, le ministre ivoirien de la défense Paul Koffi Koffi et son homologue de la défense nationale du Bénin Théophile Yarou se sont rencontré à Abidjan le 13 avril 2014 pour discuter d’un pré- accord secret visant l’acquisition extrabudgétaire d’armes de guerre et de matériels militaires personnellement couverte par le Président Yayi Boni pour un montant total de 120 millions de dollars US soit 60 milliards de Francs CFA au profit des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Fin janvier 2015, cet accord verbal est acquis lors d’une rencontre à Cotonou, au Bénin, entre le général de brigade Diomandé Vagondo, chef d’état-major particulier du Président Ouattara et le colonel Coucouvi Amoussou, Directeur du cabinet militaire du Président Yayi. A la fin de cette séance de travail entre les deux proches des deux présidents, la société Agro-West Industries appartenant à Phillip Nakad un citoyen franco-turc est choisie pour démarcher les vendeurs d’armes. Phillip Nakad fait ainsi appel à Frédéric Laurent Bouquet, un trafiquant notoire d’armes et de stupéfiants de nationalité française. Frédéric Laurent est également un ancien bagnard qui a été incarcéré à de multiples reprises, et singulièrement courant 2011 au Venezuela pour trafic d’armes et de stupéfiants. Côté Palais ivoirien, le petit frère du chef de l’Etat Birahima Téné Ouattara qui est également ministre des affaires présidentielles est aux manettes. Selon les renseignements français, c’est lui qui inspire le système de financement de cette opération entre juin 2014 et janvier 2015 avec la complicité active du président béninois. Le 2 janvier 2015, le ministre des affaires présidentielles de Côte-d’Ivoire ordonne ainsi le versement de 57,5 milliards sur un compte numéroté à Hsbc Private Bank Genève en suisse appartenant en réalité à Yayi Boni. Cette somme constitue en fait la contrepartie financière nécessitée par l’amicale aide du président béninois décrit par les français comme « une personnalité cupide et mercantile».

Quatre ordres de virement des 120 millions de dollars US soit 60 milliards Fcfa sont ainsi fait au profit de deux sociétés écran de droit chypriote et dont les bénéficiaires ne sont

Fcfa sont ainsi fait au profit de deux sociétés écran de droit chypriote et dont les

autres que Marcel Souza et Chabi Yayi, respectivement beau-frère et fils du président béninois. Pour financer ces achats, la présidence ivoirienne met à contribution la filière café-cacao et singulièrement les sociétés détenues par les barons de la filière proches de Ouattara financées sur les fonds de souveraineté de la présidence ivoirienne. Il s’agit de Sonemat de Malick Tohé, proche de Guillaume Soro, Africa Sourcing de Loïc Folloroux fondée par le fils de la première dame, Agricutural Commodities de Ezzédine Yasser homme d’affaires ivoiro-libanais proche de Bédié et Agro West Africa de Zoumana Bakayoko, le frère aîné du ministre de l’intérieur Hamed Bakayoko. « La méthode choisie par la présidence ivoirienne pour financer ces acquisitions a essentiellement consisté à mettre la filière café-cacao à contribution à travers un système illégal de préventes aux majors de la filière, piloté par le Conseil du Café-Cacao, structure étatique chargée en Côte d’Ivoire de la Gestion de cette filière. Des acteurs locaux de la filière café-cacao proches du pouvoir ont été fortement impliqués dans le schéma de ces achats illégaux grâce à des entreprises créées et financées à partir du fonds spécial de souveraineté de la présidence ivoirienne pour réceptionner d’importants tonnages de produits bruts initialement acquis par ces majors lors de la campagne agricole 2014-2015 », accuse le rapport. Ces structures vont alors servir d’écran au cabinet présidentiel pour mobiliser plusieurs millions de tonnes de produits bruts auprès des majors américains du cacao, principalement ADM, CARGILL, OUTSPAN… Leur vente va permettre de faire, de février à mars 2015, des virements bancaires des 60 milliards au profit du président Yayi Boni et de trois de ses proches. Dès lors, le capitaine de vaisseau Randolphe Houenou, responsable de la Direction du matériel au ministère de la Défense nationale du Bénin est instruit par sa hiérarchie pour incorporer la commande de 60 milliards d’armes à la dotation des Forces Armées du Bénin (FAB). Le tour est ainsi joué. « Des munitions, des armes légères, des hélicoptères de combat (livrés en pièces détachées), des missiles, des mines anti personnelles sont ainsi livrés au Bénin avec la Côte-d‘Ivoire comme partie prenante non déclarée. Des centaines de milliers de dollars du fonds spécial de souveraineté de la présidence ivoirienne transitent alors par des comptes domiciliés en Suisse, au Luxembourg et au Portugal appartenant à des proches du Président Yayi Boni », note le rapport.

Selon le coordinateur du groupe d’experts de l’ONU, le hameau de Gamina où sont entreposés les conteneurs d’armes acquis grâce à l’intervention du président béninois

de Gamina où sont entreposés les conteneurs d’armes acquis grâce à l’intervention du président béninois 14

est également une zone d’extraction illégale de diamant et sert de base militaire aux anciens rebelles proches de Guillaume Soro. 500 mercenaires centrafricains de l’ex Séléka y sont logés et constituent une force parallèle aux FRCI. Selon ce rapport de la DGSE, ces 500 ex-Séléka ont été recrutés par la présidence ivoirienne elle-même et disposent d’une puissance de feu supérieure à l’armée régulière « dont Ouattara qui développe de plus en plus une espèce de complotite, pourrait se servir », notent encore les Français.

Les recommandations de la DGSE à la hiérarchie politique à l’issue de cette enquête

* Pour le Bénin, renforcer le dispositif de veille stratégique de ses importations d’achats d’armes et de matériels militaires.

*Pour la Côte-d’Ivoire, encourager la montée en puissance des Forces françaises en Côte- d’Ivoire pour neutraliser la milice parallèle au service exclusif du clan Ouattara au sein des FRCI.

*Travailler à l’identification des supplétifs centrafricains et la saisine du bureau du procureur de la CPI, pour une enquête officielle sur leurs activités en Côte-d’Ivoire.

* Exercer une pression réelle sur le président Ouattara pour une libération immédiate

et sans contrepartie des principaux opposants à son régime incarcérés pour des raisons politiques.

*L’accompagnement discret de la société civile ivoirienne dans ses efforts d’élaboration d’une alternative démocratique.

*Une analyse exhaustive de la situation sécuritaire en Côte-d’Ivoire, afin d’évaluer les risques encourus par les populations civiles faces aux diverses menaces auxquelles, elles pourraient être confrontées avec la tenue des élections générales dans le climat conflictuel qui prévaut en ce moment dans ce pays.

* Le maintien et le renforcement de l’embargo sur les armes à destination de la

d’Ivoire.

Titre originel : Selon un document ultra confidentiel de la DGSE française, Ouattara a acheté 60 milliards d’armes pour ne pas perdre le pouvoir.

Côte

Source : Aujourd’hui

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Côte-d’Ivoire: l’Ambassadeur Jean Marc Simon demande le départ de Ouattara et recommande même sa capture en douceur.

L’information a fait l’effet d’une bombe dont les déflagrations se font encore entendre, tant la lune de miel entre l’ambassadeur Jean Marc Simon et Alassane Ouattara, était parfaite. A tel point que l’ex-ambassadeur de France en Côte- d’Ivoire au moment de la crise post-électorale de 2010, n’hésitait pas à aller rendre visite chaque jour à son allié Alassane Ouattara, alors reclus à l’hôtel du Golf d’Abidjan, lequel attendait patiemment que la France et l’ONU capturent le Président Laurent Gbagbo pour l’installer, lui l’ami de Nicolas Sarkozy, au pouvoir.

Par Mireille (Mimi) Kouamé

Président Laurent Gbagbo pour l’installer, lui l’ami de Nicolas Sarkozy, au pouvoir. Par Mireille (Mimi) Kouamé
L’Ambassadeur Jean Marc Simon et M. Ouattara. Photo DR Aujourd’hui, la roue a bien tourné

L’Ambassadeur Jean Marc Simon et M. Ouattara. Photo DR

Aujourd’hui, la roue a bien tourné et les rapports de l’Ambassadeur Simon ont désormais pris le chemin inverse. Il est aujourd’hui question de la chute imminente de Ouattara. Le Président Laurent Gbagbo depuis sa cellule de la Cour pénale internationale, doit boire du petit lait, lui qui aime à dire que « le temps est l’autre nom de Dieu ». En effet, quel revirement spectaculaire.

Avec la désaffection de l’Ambassadeur Jean Marc Simon, c’est tout le régime Ouattara qui s’effondre brutalement comme un château de cartes. Et selon nos informations, c’est la panique généralisée dans le camp Ouattara.

C’est peu dire que le coup est extrêmement rude dans le camp du régime au pouvoir à Abidjan, où on commence sérieusement à prendre la mesure du naufrage annoncé. Car Jean Marc Simon était l’homme clé du Président Nicolas Sarkozy en Côte d’Ivoire en tant qu’Ambassadeur de France, mais aussi l’homme de tous les secrets. Toute l’exécution de la stratégie politique, diplomatique, et militaire du Président Sarkozy, consistant à diaboliser le Président Laurent Gbagbo et entrainer sa chute pour ensuite installer son ami Alassane Ouattara au pouvoir, reposait sur l’Ambassadeur Simon.

Cet honorable correspondant de la Direction générale des Services extérieurs (DGSE), officiellement Ambassadeur de France, vient dans un rapport ultraconfidentiel des services de renseignements adressé à l’Elysée, de recommander le départ d’Alassane

ultraconfidentiel des services de renseignements adressé à l’Elysée, de recommander le départ d’Alassane 17

Ouattara du pouvoir en 2015, pour incapacité notoire à réconcilier les ivoiriens et à gérer le pays. Le rapport lui propose une sortie honorable du pouvoir. En cas de refus, son départ du pouvoir par la force sera alors envisagé.

Les références de ce rapport confidentiel sont :

[ Réf : EA/SOR DGSE/00147 – 2015/ JMS Côte d’Ivoire : Election présidentielle 2015-07-31 Enjeu : Bilan économique, social, et politique. Synthèse de la réunion du groupe de contact du CAC40/SOR/DR/DGSE du lundi 16 mars 2015 De : Jean Marc Simon, Ambassadeur de France. C/SOR/DGSE. Destinataire unique : Thierry Lataste, Directeur de Cabinet du Président François Hollande].

Ce rapport de l’Ambassadeur Jean Marc Simon est un lâchage en règle d’Alassane Ouattara dont il fût le principal artisan de son installation au pouvoir.

Ce rapport fait des révélations à donner le frisson et montre que le divorce entre Paris et Abidjan est consommé et que pour la France officielle, Alassane Ouattara doit partir :

« depuis, quatre mois, tous les services de l’Etat, à l’Elysée, au Quai d’Orsay, aux finances, aux armées, à la Dgse, se sont employés à obliger Alassane Ouattara à admettre son manque de maîtrise de l’action politique qui se retrouve subordonné à la réconciliation nationale. Avec l’expérience des crises de 1999, 2002, et 2004, ils ont combiné leurs efforts pour que la parole ne soit donnée aux armes qu’en ultime recours », note l’Ambassadeur Jean Marc Simon dans son rapport, lequel montre la porte de sortie à Alassane Dramane Ouattara dit ADO.

Nous vous proposons l’intégralité du rapport de l’Ambassadeur Jean Marc Simon, dans lequel il retourne de façon spectaculaire sa veste, pour désormais militer fermement pour un départ d’Alassane Ouattara du pouvoir en 2015 car ce dernier s’apprête à violer les lois et la Constitution de son pays. Il n’hésite d’ailleurs pas dans son rapport à demander une intervention militaire directe de la France pour capturer Ouattara en douceur et l’écarter du pouvoir.

Titre originel : Côte d’ivoire: l’Ambassadeur Jean Marc Simon demande le départ d’Ouattara et recommande même sa capture en douceur

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Comment Boko Haram se finance-t-il ? Enquête sur une multinationale du crime.

Pour satisfaire ses énormes besoins financiers, la secte islamiste reçoit le financement des pétromonarchies du Golfe, mais tire aussi de substantiels revenus du business des otages.

Par François Bambou

revenus du business des otages. Par François Bambou Waza, 20 juin 2014. Une patrouille de la

Waza, 20 juin 2014. Une patrouille de la gendarmerie nationale, effectue une prise de taille. Deux hauts cadres du mouvement terroriste nigérian Boko Haram, sont interceptés sur une moto d’apparence banale alors qu’ils se rendaient au Tchad à la

nigérian Boko Haram, sont interceptés sur une moto d’apparence banale alors qu’ils se rendaient au Tchad

rencontre d’un fournisseur d’armes et de munitions. Si le conducteur de la moto réussit à s’évanouir dans la nature, le passager, le nommé Adji Issiaka, aide de camp du n°2 de Boko Haram, aura moins de chance. Une fouille permettra de trouver sur lui d’importantes sommes d’argent, en …euros. Ce détail éclaire à suffisance sur la parfaite organisation financière du groupe terroriste, qui fait ses courses en devises. Il faut dire que le mouvement islamiste, qui compte quelques 30 000 hommes, a d’énormes besoins financiers pour entretenir et équiper ses troupes. Les vidéos de leur gourou, Abubakar Shekau montrent bien que la secte est nantie et bien dotée en armes. Le leader des Boko Haram se fait généralement filmer devant des tanks et autres véhicules de combat de grand gabarit, comme pour montrer la puissance de feu de sa horde.

«Nos soupçons sont qu'ils survivent sur les activités criminelles très lucratives qui impliquent des enlèvements», déclarait le secrétaire d'État adjoint américain pour les affaires africaines Linda Thomas- Greenfield. Ces fous de Dieu sont donc avant tout de vulgaires criminels qui usent de la terreur et de brigandages pour amasser de l’argent. Avant de commencer à s’attaquer aux étrangers occidentaux sur le sol camerounais pour les retenir en otage, Boko Haram avait déjà une solide expérience dans la rentabilisation des enlèvements au Nigeria. Selon les services spéciaux américains, la secte islamique parvenait à tirer en moyenne un million de dollar de chaque otage pris dans les milieux de milliardaires nigérians. Au Cameroun, le business de la prise d’otage s’est avéré particulièrement juteux pour la secte. Le confrère Britannique The Week révèle que Boko Haram a reçu l'équivalent d'environ 3,15 millions de dollars américains (environ 1,5 milliard de francs CFA) comme rançon de la part des négociateurs français et camerounais en vue de la libération de la famille Moulin- Fournier.

Boko Haram collabore avec les syndicats du crime organisé pour ses opérations dans le trafic de drogue, les enlèvements, les braquages de banques, et la cyber escroquerie, sans oublier le vol. De plus, en terrorisant les civils dans les contrées dont ils ont le contrôle, ces terroristes parviennent à lever un impôt qui rapporte gros. Les services de renseignements américains estiment que, ces impôts aléatoires ont rapporté l’équivalent de 35 milliards de francs CFA entre 2006 et 2011.

estiment que, ces impôts aléatoires ont rapporté l’équivalent de 35 milliards de francs CFA entre 2006

Le soutien des pétromonarchies du Golfe

Pour Alain Chouet, ancien directeur du renseignement de sécurité à la DGSE (services secrets français), Boko Haram n'est pas le mouvement de fous furieux présenté par les médias, mais une organisation plus structurée largement soutenue financièrement par les monarchies pétrolières du Golfe. Pour lui, les rançons « c’est juste une partie du magot » : « Quand vous montez une armée — et Boko Haram commence à ressembler à une armée avec plusieurs milliers de personnes —, il faut avoir des revenus réguliers. Le brigandage et les prises d’otages ne le permettent pas. Il faut un fonds de réserve qui permette de payer les soldes en permanence et d’alimenter les troupes, ce n’est pas forcément très cher mais il faut que cela soit régulier. C’est là qu’interviennent les porteurs de valises, les intermédiaires, ce sont des Africains en général qui sont bien en cour auprès de certaines pétromonarchies. Ce sont des choses qui sont connues des services de renseignement, mais comme la tension monte, ce n’est pas tellement à la mode de le dire ».

Première piste pour ce financement international : le Qatar. Des informations de la Direction du renseignement militaire français (DRM), mettent régulièrement le riche émirat gazier du Qatar en cause dans le financement des groupes islamistes qui sévissent sur le continent, y compris Boko Haram. Le prince Hamad Ben Khalifa al-Thani étant présenté comme un grand allié des autorités françaises, personne n’ose lui faire de reproches. Il est bien trop riche pour qu’on se le permette.

Il est bien trop riche pour qu’on se le permette. Capture d’écran d’une vidéo de propagande

Capture d’écran d’une vidéo de propagande de Boko Haram

Le département américain du Trésor a également souligné l’année dernière qu’il y avait des preuves que Boko Haram a reçu le soutien financier d'Al- Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), une émanation du groupe djihadiste fondée par Oussama ben Laden.

d'Al- Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), une émanation du groupe djihadiste fondée par Oussama ben Laden.

Cette information des services américains a vite été confirmée en Juin 2012, lorsqu’un ressortissant nigérian a été appréhendé à Yassane, au Niger portant (dans son slip) la somme de 35 000 euros en différentes coupures et deux clés USB d’une capacité de 4G. Outre d’autres informations stratégiques, les agents de sécurité ont découvert dans les clés USB deux lettres de l'émir d'AQMI adressées au chef de la secte Boko Haram, Abubakar Shekau. Chaque jour, ils sont ainsi plusieurs passeurs de fonds professionnels à circuler à travers les frontières pour apporter des fonds au gourou sanguinaire de la secte ou pour collecter et repartir les fonds entre les différents théâtres d’opérations. Et en la matière, le groupe choisit souvent les femmes, pour une raison simple: dans les régions musulmanes, les check points sont tenus par des soldats de genre masculin qui, du fait de la religion, ne sont pas autorisés à fouiller ou à palper les femmes. Sous la burka ou la hijab, on peut souvent trouver des trésors de guerre inestimables. Lorsque la course est faite par les hommes ils sont souvent déguisés en riches commerçants, ou en conducteurs de camions de marchandises. Ils peuvent ainsi passer à la fois des armes et des fonds importants, camouflés sous des marchandises banales telles que des stocks de vivres.

Pour transférer l’argent au Nigeria, le groupe a plusieurs autres méthodes qui permettent de disposer directement de la monnaie locale. Certains de ses camps militaires disposent d’héliports pour des porteurs de valises qui viennent nuitamment déposer des mallettes d’euros ou de dollars venus d’Orient. Les financiers de Bako Haram utilisent des montages financiers complexes, pour transférer des sommes importantes de l’international jusque dans leurs différents quartiers généraux implantés dans les parties sahéliennes du Nigeria. Des sociétés fictives implantées parfois dans des pays insoupçonnés tels que le Sénégal, le Mali ou le Burkina Faso reçoivent des fonds de la part des Djihadistes basés en Asie ou en Amérique, qui sont reversés après divers mouvements de brouillage dans des comptes bancaires de certaines fausses ONG, qui au Nigeria, disposent de plusieurs comptes dans des banques situées dans les zones à forte densité d’activités terroristes.

LA GUERRE «LOW-COST»

Le modèle économique très pensé de Boko Haram consiste à pouvoir monter les forces en puissance en un laps de temps, pour commettre un maximum de dégâts avec un équipement minimal et à faible coût. Ce n’est pas un groupe qui achète une grande

un maximum de dégâts avec un équipement minimal et à faible coût. Ce n’est pas un

quantité d’armes sophistiquées de la même manière que certains des groupes djihadistes en Syrie ou plus au nord de l’Afrique. Ils peuvent mener une opération éclair avec des AK- 47, quelques grenades propulsées, et des bombes artisanales. La cruauté de leurs opérations, et leur capacité à semer la désolation sans respecter aucune règle classique de la guerre est leur principale force. Ainsi, même lorsqu’il est arrivé qu‘on stoppe momentanément leurs circuits d’approvisionnement en argent et en matériel, ils parviennent à garder quasiment intacte leur capacité de nuisance grâce à cette ingénierie de la guerre low-cost.

Et dès qu’ils peuvent, ils se servent directement dans les arsenaux nigérians. L’année dernière une centaine de ses combattants a pris d’assaut un avant-poste militaire dans les collines Gwoza dans l'Etat de Borno au nord du Nigeria. Ils ont ainsi pu emporter 200 obus de mortier, 50 grenades propulsées par fusée et des centaines de munitions. Une terrible moisson pour une seule razzia. Or ils en ont mené beaucoup d’autres, qui leur ont permis de disposer d’armes lourdes, d’importants stocks de munitions et de véhicules de combat surpuissants. Au Cameroun, les attaques de Boko Haram dirigées contre les camps d’Amchidé et de Kolofata visaient vraisemblablement le même objectif. Faire main basse sur l’armement camerounais, qui lui permet d‘infliger de lourdes pertes à la secte depuis le déclenchement de la guerre.

Titre originel : Comment Abubakar Shekau, le gourou de Boko Haram, trouve-t-il l'argent pour équiper et entretenir ses milliers de soldats? Enquête exclusive sur cette multinationale du crime.

Source : Camernews.com

et entretenir ses milliers de soldats? Enquête exclusive sur cette multinationale du crime. Source : Camernews.com

Afrique : Moscou élargit la zone de déploiement de ses navires de guerre.

Compte tenu de sa situation géographique la Russie a signé mi-juillet 2015 un accord avec la Guinée équatoriale. Cet accord permettra à Moscou de prendre position dans le Golfe de Guinée très convoité par les Occidentaux.

Par Vitaly Ankov

très convoité par les Occidentaux. Par Vitaly Ankov Des navires de guerre russes sont entrés mardi

Des navires de guerre russes sont entrés mardi [21 juillet 2015] dans le port de Malabo, le plus profond de l'Afrique équatoriale, en suivant une procédure simplifiée.

L'entrée libre de navires militaires russes dans les ports de la Guinée équatoriale leur permettra désormais de se réapprovisionner en eau, en carburant et en nourriture, ainsi que d'organiser le repos des marins sur la côte. Les détails de l'accord militaire ne sont pas encore divulgués, mais il n'est pas exclu que Moscou compte promouvoir la coopération militaire et technique avec ce pays. La Russie pourra proposer également, à des conditions mutuellement bénéfiques, de placer ses avions sur les aérodromes internationaux de Guinée équatoriale. À l'époque de l'Union soviétique, Moscou livrait

sur les aérodromes internationaux de Guinée équatoriale. À l'époque de l'Union soviétique, Moscou livrait 24

des armes à cette ancienne colonie espagnole et formait des militaires guinéens.

L'aspect économique n'est pas oublié. La petite République possède de riches ressources en pétrole, en gaz, en or, en bauxites et en diamants. Les gisements pétrolifères mis en exploitation dans ce pays ont permis une croissance significative de son PIB ces dernières années, qui est maintenant l'un des plus élevés en Afrique par habitant (36.600 dollars en 2009). Cependant, l'implantation d'entreprises russes en Guinée équatoriale n'est pas, pour l'instant, envisagée.

La Guinée équatoriale est le troisième pays avec lequel la Russie a officiellement conclu un accord pour l'entrée simplifiée de ses navires militaires, après le Vietnam et le Nicaragua. Certains accords ont été atteints avec Chypre et selon le vice-commandant en chef de la Marine russe, Alexandre Fedotenkov, la Russie prépare également un document sur l'entrée simplifiée des navires de guerre avec l'Egypte, qui devrait être signé fin 2015.

guerre avec l'Egypte, qui devrait être signé fin 2015. La Russie et ses alliés ont prouvé

© Sputnik Photo Host Agency / Ekaterina Chesnokova

alliés ont prouvé que le monde ne se limite pas à l'Occident © Sputnik Photo Host

En général, quand la Russie demande une entrée simplifiée dans les ports internationaux pour ses navires de guerre, elle requiert aussi la possibilité de déployer ses avions à proximité. C'est le cas notamment pour la base navale vietnamienne de Cam Rahn. En mars 2015 déjà, les Américains s'indignaient du fait que les bombardiers russes à longue portée Tupolev Tu-95MS et Tu-160 effectuaient des vols "provocateurs" autour de la base militaire du Pentagone à Guam. Les Américains n'ont surtout pas aimé que les avions russes survolant Guam étaient ravitaillés en l'air par des Iliouchine Il-78 décollant de l'aérodrome vietnamien situé dans la baie de Cam Rahn. La Russie et le Vietnam n'ont fait aucun commentaire sur le sujet. Tout porte à croire que les forces aériennes russes effectueront de tels vols dans d'autres régions de la planète. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou avait déclaré en février 2014 que la Russie envisageait d'élargir sa présence militaire aérienne à l'étranger.

Selon le ministre, ‘’ il est extrêmement important que les navires russes puissent servir et être basés dans différentes régions, avec des possibilités d'entrée simplifiée". En outre, il est nécessaire d'assurer le ravitaillement des avions russes de longue portée à l'équateur et dans d'autres régions du monde.

Source : Spoutniknews.com

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« Il faut créer des Commissions nationales dans chaque pays anciennement colonisés pour obtenir des réparations »

Agrégé et docteur ès lettres, ancien élève de l'École normale supérieure de France, Maître de conférences à l'Université d'Orléans, enseignant à École supérieure du professorat et de l'éducation Centre Val de Loire, à l'École des hautes études en sciences sociales, président du Conseil représentatif des Associations Noires (CRAN) et du Cercle de Réflexion République et Diversité, etc., Louis-Georges Tin est sans doute l'un des descendants d'Afrique les plus brillants de notre époque. On s'oblige à l'écouter qu'on l'aime ou pas. On s'abreuve avec plaisir à l'érudition de ce Martiniquais âgé de seulement 41 ans. Rares sont les intellectuels noirs qui, comme lui, ont défait les liens de la lobotomie de l'establishment européenne pour aborder avec originalité les sujets qui fâchent et qui divisent en notre ère. Il évoque ici, avec la même pertinence et à l'aune de la dernière tournée africaine du président François Hollande, la question cruciale des réparations de la Traite négrière transatlantique par les Européens, fauteurs de ce crime multiséculaire contre l'humanité, crime le plus vaste de tous les temps mais aussi le plus esquivé par les négationnismes. Lisez.

Entretien mené par Jean-Marc Soboth

de tous les temps mais aussi le plus esquivé par les négationnismes. Lisez. Entretien mené par
Louis-Georges Tin Le président François Hollande a visité le Cameroun au début du mois de

Louis-Georges Tin

Le président François Hollande a visité le Cameroun au début du mois de juillet 2015. Ce pays d'Afrique centrale - où des nombreuses personnalités de la scène américaine se sont découvert une origine ethnique à partir de leur ADN - est le dernier à faire l'objet de découverte d'un site portuaire d'où furent déportés outre-mer un nombre important de captifs africains. La découverte du site de Bimbia, repéré à partir d'archives esclavagistes américaines, a été faite par la politologue Lisa-Marie Aubrey qui y a révélé des centaines de négriers dont certains battaient pavillon français. Mais contrairement à l'atmosphère dans les États caribéens, il n'en a même pas été question au cours de cette visite. Il n'en a jamais été question en Afrique manifestement. Qu'est-ce qui explique à votre avis l'absence presque totale, sur le sol africain, de débat ou de revendication sur la Traite négrière, l'absence de commémorations ou de débat sur les réparations?

ou de revendication sur la Traite négrière, l'absence de commémorations ou de débat sur les réparations?

Depuis très longtemps, sur ces questions, la stratégie des puissances européennes a été de promouvoir en Afrique l'oubli, et plus souvent encore la culpabilité. « Vous avez vendu vos frères », voilà le discours régulièrement servi aux Africains. Dans ces conditions, le sentiment dominant en Afrique Centrale et de l'Ouest a été non pas la colère, porteuse de mobilisation, mais la honte, propice à l'inaction.

Or il est essentiel de déconstruire les discours et de revenir aux faits. Qu'il y ait eu des chefs ayant collaboré avec l'Europe dans le cadre de la Traite négrière est un fait attesté. Mais il convient d'analyser l'histoire sans mauvaise foi. Permettez-moi à cet égard trois remarques successives.

D'abord, il est tout à fait impossible de coloniser ou d'asservir une région sans recourir à la collaboration de quelques individus sur place, désireux d'être chefs à la place du chef. En Algérie, les Français se sont appuyés sur certains groupes qui leur étaient favorables, et ce, jusqu'à la fin, avec les Harkis. En Amérique du Sud, les Espagnols ont fait de même ; en Amérique du nord, les Anglais aussi. Pour autant, personne ne songerait à dire que la colonisation de l'Algérie, c'est la faute des Algériens. Que le génocide des Amérindiens, c'est la faute des Amérindiens. Mais pour la Traite négrière, on affirme que c'est la faute des nègres. Voyez la mauvaise foi.

Encore faut-il noter que cette collaboration s'est faite dans un contexte de contrainte, et souvent même, de terreur. En effet, à partir du 16 e siècle, arrivent les premiers navires européens, qui mettent en place le commerce triangulaire, lequel est avant tout une guerre raciale asymétrique. Les vaisseaux sont remplis d'armes destinées à la chasse et à la capture des hommes et des femmes que l'on entend réduire en esclavage.

Entre 1796 et 1805, par exemple, créant un climat de violence exacerbée, l'Angleterre apporte en Afrique de l'Ouest 1 615 309 fusils, soit une moyenne de 442 armes à feu par jour, ce qui est évidemment considérable, surtout pour l'époque. La stratégie de l'Europe est de déstabiliser la région, et de profiter des rivalités existant entre chefferies diverses. Dans ces conditions, la plupart des chefs africains qui résistent sont successivement assassinés. D'autres, pour échapper à ce sort, s'engagent dans la voie de la collaboration, plus ou moins contrainte ou intéressée. Dans la version européenne de l'histoire, on dirait qu'il y avait de gentils marchands qui passaient au large de l'Afrique, et qui ont trouvé sur les rivages des personnes en vente avec des étiquettes, qu'ils se sont

de l'Afrique, et qui ont trouvé sur les rivages des personnes en vente avec des étiquettes,

contentés d'acheter et d'embarquer au passage. Non, ce n'est pas exactement comme cela que les choses se sont passées.

Enfin, ces arguments visant à culpabiliser les Africains visent à faire oublier que les premières victimes de l'esclavage sont évidemment les Africains eux-mêmes. Il faut évoquer non seulement les 12 à 17 millions de personnes déportées, mais aussi tous ceux, deux à quatre fois plus nombreux, qui sont morts sur le sol africain en essayant de protéger leurs proches, femmes, enfants, amis, voisins, etc. Ceux-là sont les victimes africaines dont on ne parle jamais. Je vous laisse estimer le nombre des victimes au total. Et on parle encore moins de tous ces résistants comme la reine Zingha, en Angola, qui ont combattu les négriers et les colons. Les premiers « nègres marrons » sont les Africains, Victor Schœlcher lui-même le reconnaît, et il faut les célébrer dignement. Les premières victimes et les premiers héros de cette histoire, ce sont les Africains, qui doivent absolument s'approprier cette mémoire. C'est déjà le cas dans des pays comme le Bénin, le Sénégal, le Ghana, le Nigeria, et au niveau de l'Union africaine. Mais il faut aller plus loin. Toute l'Afrique est concernée par cette histoire.

En clair, les pays africains sont victimes des pédagogies négationnistes sur l'histoire de leur propre continent, lesquelles sont cyniquement centrées sur ces thèses collaborationnistes qui anéantissent toutes idées de réparations ou de recherches…

Absolument. Je profite de cette occasion, du reste, pour préciser que les réparations pour lesquelles nous militons ne concernent pas que l'esclavage colonial, mais la colonisation dans son ensemble. Quand on sait que la Colonisation au Congo belge a coûté la vie à plus de 6 millions de personnes (soit plus de la Shoah par exemple), quand on voit que l'esclavage colonial, aboli en France en 1848, a été remplacé par le travail forcé, qui a duré dans les colonies d'Afrique et d'Indochine jusqu'en 1946, et qui a concerné plus d'Africains encore qu'à l'époque de l'esclavage, je ne vois évidemment pas pourquoi il faudrait limiter la question des réparations à la période esclavagiste. Il y a encore en Algérie des régions sinistrées par les essais nucléaires, et tous les trésors pillés pendant la Colonisation, masques sacrés, trônes royaux, recardes et statues, se retrouvent aujourd'hui au musée du Quai Branly à Paris, au musée de Tervuren en Belgique, ou au British Museum à Londres. Et aujourd'hui encore, l'exploitation et le pillage se

Tervuren en Belgique, ou au British Museum à Londres. Et aujourd'hui encore, l'exploitation et le pillage

poursuivent en Afrique, sans honte ni vergogne. Pour tout cela, et pour le reste, nous demandons réparation.

Vous avez pris part au mois d'Avril 2015 à New-York à un important sommet international sur les réparations de la Traite négrière organisé par The Institute of the Black World et la Commission pour les Réparations des Caraïbes (CARICOM). Que s'est-il passé ? Quels sont les progrès enregistrés jusque-là dans

le processus ? Autour de quoi s'articule désormais l'action politique ou judiciaire

autour des réparations ? Quelles sont les forces en présences?

À ce sommet international sur les réparations participaient en effet la National African American Reparation Commission (NAARC), la Caribbean Reparation Commission (CRC) ainsi que la European Reparation Commission (ERC) que j'ai l'honneur de diriger. Nous avons pu échanger et mettre en place des stratégies gagnantes en faveur des réparations. Des collaborations intellectuelles, judiciaires et économiques sont en cours. Il faudra aussi mettre en œuvre des logiques de boycott contre certaines entreprises notamment. Il s'agit de leur montrer que certes, réparer coûte cher, mais que ne pas réparer peut coûter encore plus cher

Les États africains qui ont été directement pillés de la Traite négrière sont-ils pris

en compte dans la perspective et la comptabilité des réparations ?

Bien sûr. Mais nous aurions besoin d'être mieux coordonnés avec eux sur ce sujet, et plus encore, avec les sociétés civiles. L'idéal serait que dans tous les pays concernés se créent des Commissions nationales pour les réparations, à l'instar de celles qui existent déjà en Europe, dans la Caraïbe ou aux Etats-Unis. Cela faciliterait les échanges, et renforcerait les stratégies.

Y a-t-il

réparations de la Traite négrière transatlantique aboutissent un jour?

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pour

que

les

actions

envisagées

autour

des

Absolument. Je ne suis pas du tout l'avocat des causes perdues. Je vous assure. Au demeurant, plusieurs pays se sont déjà engagés dans la voie des réparations. Depuis les années 1970, plusieurs peuples autochtones ont reçu des réparations au Canada et aux Etats-Unis, comme récemment encore les Navajos, qui ont reçu en 2014, 554 millions de dollars. Le Royaume-Uni a payé il y a deux ans des réparations au Kenya, et l'Italie a payé des réparations à la Libye de Kadhafi. Il ne s'agit donc pas d'un combat utopique. Et je ne

a payé des réparations à la Libye de Kadhafi. Il ne s'agit donc pas d'un combat

vois pas pourquoi la France, soi-disant pays des droits de l'homme, serait le seul pays à ne pas pouvoir réparer ses crimes, le seul pays à échapper à cette exigence de justice.

Au cours de la commémoration du 70 ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau récemment, le président François Hollande a prôné la poursuite résolue de la recherche et toutes sortes d'enquêtes sur les tenants et les aboutissants de la Shoah déjà si abondamment documentée et faisant l'objet de réparations multiformes notamment de la part de l'État allemand. A contrario, son discours a brusquement basculé à l'inauguration du Mémorial ACT commémorant l'abolition de l'esclavage des Africains le 10 mai 2015 en Guadeloupe et, plus tard, lors de sa visite à Port-au-Prince en Haïti, ancienne colonie esclavagiste française libérée dans le sang puis reconquise par la dette et l'impérialisme américain. Là- bas, M. Hollande n'a pas prôné moins que l'oubli, le pardon, à l'exclusion claire des réparations. Que vous suggère une telle différence de traitement ?

Les réparations liées à la Shoah sont parfaitement légitimes. Celles liées à l'esclavage et à la Colonisation ne le sont pas moins. Il est certain que M. Hollande a manqué à toute dignité en reculant sur la question haïtienne. Dans un premier temps, devant plusieurs chefs d'Etat d'Afrique et des Caraïbes, il a annoncé le 10 mai 2015 qu'il s'acquitterait de sa dette, et ensuite, il a affirmé (comme si ses auditeurs étaient des idiots) qu'on avait mal compris ses paroles. Il faut peut-être à cette occasion rappeler ses propres mots « Mais a-t-on suffisamment souligné que quand l'abolition fut acquise, la question de l'indemnisation prit des proportions et surtout une orientation particulièrement surprenante puisqu'elle était réclamée à cors et à cris non pas par les anciens esclaves, mais par les anciens maîtres qui exigeaient d'être dédommagés pour la perte de la force de travail qu'ils avaient comptabilisée dans leurs écritures comme la valeur de leur cheptel. C'est, sous la monarchie, Charles X (1825), qui réclama même à la république d'Haïti une indemnisation d'Etat de 150 millions de franc-or afin d'indemniser les anciens colons qui le réclameraient. Certains ont appelé cette exigence la rançon de l'indépendance. Eh bien ! Quand j'arriverai à Haïti, j'acquitterai à mon tour la dette que nous avons» (applaudissements nourris).

Mais il a trahi sa parole. Permettez-moi de souligner que le fait de refuser des réparations revient à protéger les bénéficiaires de l'esclavage, c'est donc être coupable

de refuser des réparations revient à protéger les bénéficiaires de l'esclavage, c'est donc être coupable 32

de complicité de crime contre l'humanité. L'attitude de M. Hollande est donc très grave, moralement, juridiquement et politiquement.

Quoiqu'il en soit, nous poursuivons notre combat sur ce point comme sur tant d'autres, et c'est pourquoi, depuis le 10 mai 2013, nous avons assigné au tribunal l'Etat français sur cette question, justement pour que la rançon (qui s'élève tout de même à l'équivalent de 21 milliards de dollars d'aujourd'hui) soit restituée au peuple haïtien.

Y a-t-il une explication plausible au fait que chaque fois qu'on parle de Traite négrière, on ne parle que d'abolition et d'abolitionnistes suggérés des gouvernements anciennement esclavagistes alors que dans les autres cas de génocides on évoque surabondamment les faits quotidiens des crimes et des traitements inhumains?

Vous pensez sans doute à la Shoah. Il est certain que cette mémoire est en France mieux acceptée que la mémoire de la colonisation et de l'esclavage (même s'il a fallu des combats longs et difficiles pour la faire reconnaître, ne l'oublions pas). La raison principale est simple. La Shoah a été dans l'ensemble organisée et planifiée par l'Allemagne, «ennemi héréditaire». Quand on célèbre en France la mémoire de la Shoah, on est assez content de rappeler ainsi que l'ennemi allemand, vraiment, a été affreux (même si la France a évidemment joué un rôle dans cette déportation). En revanche, quand on célèbre la mémoire de l'esclavage, cela signifie que là, c'est la France qui a été affreuse. Ce n'est pas très agréable à assumer. Et du coup, plutôt que l'esclavage, on préfère évoquer l'abolition, plus glorieuse, en faisant comme si c'était la France qui avait aboli l'esclavage, alors que c'est d'abord, et avant tout, l'élan des Haïtiens (Toussaint Louverture en tête), des nègres marrons, des résistants africains aux Antilles et ailleurs, qui a permis de fait l'abolition de l'esclavage.

Comment explique-t-on que, contrairement à des pays comme les Etats-Unis d'Amérique où des archives esclavagistes sont accessibles à la recherche universitaire, la France ait, apparemment, bloqué l'accès des archives de la Traite négrière dont celles qui se trouveraient dans les villes de Nantes, Bordeaux, etc. ? Que veut-on cacher dans ce pays qui se veut encore «patrie des droits de l'homme» ?

Ce qu'on veut cacher, ce sont les noms des bénéficiaires de l'esclavage. Ceux qui devraient payer des réparations aujourd'hui. Mais cette attitude ne sert à rien. Elle nous

Ceux qui devraient payer des réparations aujourd'hui. Mais cette attitude ne sert à rien. Elle nous

retarde un peu, c'est tout. Mais nous avons malgré tout nos sources et nos informations. Récemment, par exemple, par des pistes diverses, patiemment explorées et recoupées, nous avons trouvé que M. Seillière, fondateur du Medef (syndicat des patrons de France) et de Business Europe (syndicat des patrons d'Europe), avait une fortune dont l'origine est liée en grande partie à la Traite négrière. Nous l'avons interpellé. Il a refusé tout dialogue sur les réparations. C'est pourquoi nous l'avons assigné au Tribunal de Grande Instance de Paris le 10 mai 2015. Cela a été annoncé dans tous les médias français et sur les sites d'économie. Le lendemain, le cours de son action a chuté de quelques points, et il a perdu 30 millions de dollars. Nous n'avons pas encore gagné, mais lui, il a déjà perdu.

Le combat que vous menez pour les réparations de la Traite négrière alors que vous êtes citoyens français n'est-il pas en soi un combat illégal et anticonstitutionnel et donc antirépublicain dans un pays dont le juridisme assimilationniste et anti-communautariste est notoire?

Bien sûr que non. La réparation est un principe de base du droit naturel. Tout crime appelle réparation. Il n'y a pas de justice sans réparation. Cela figure dans le droit français comme dans le droit international. La France a reconnu l'esclavage comme crime contre l'humanité avec la Loi Taubira en 2001. Et s'il y a crime, il y a bien des criminels, je suppose, à moins que ce ne soit le crime parfait. Et si les coupables sont morts depuis longtemps, il y a malgré tout des bénéficiaires, accessibles aujourd'hui, à commencer par l'Etat français lui-même. Mais pour l'instant, la France refuse de respecter sa propre législation. En ce sens, c'est l'Etat français qui est hors-la-loi, pas nous. C'est pourquoi, depuis 2013, nous avons pas moins de cinq procédures judiciaires en cours, contre l'Etat français, ou contre des entreprises, pour demander réparation.

Du reste, qu'il me soit permis de rappeler la résolution adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies en novembre 2014 dans le cadre de la décennie des personnes d'ascendance africaine (UN Resolution A/RES/69/16). Elle invite les États membres ayant pratiqué l'esclavage colonial « à prendre les mesures appropriées et effectives pour arrêter et supprimer les conséquences durables de cette pratique ». En d'autres termes, les Nations Unies demandent aux pays concernés de mettre en place des politiques de réparation en raison des crimes contre l'humanité dont ils sont responsables, et dont ils ont bénéficié. Donc vous le voyez, et le droit français et le droit international sont de notre côté.

et dont ils ont bénéficié. Donc vous le voyez, et le droit français et le droit

Vous semblez en discussion avec l'Union Africaine en qualité de diaspora africaine. Il existerait quelque idée de création d'une communauté africaine outre-mer reconnue à Addis-Abeba. Confirmez-vous cette information? Comment une telle idée est-elle concrètement réalisable à votre avis puisque l'on sait, entre autres, que de nombreux descendants africains aux Antilles n'assument pas leur origine africaine et vice-versa?

Il y a, c'est vrai, dans les Antilles françaises en particulier, certaines personnes qui souhaitent garder l'Afrique à distance. C'est leur droit le plus strict, bien que cette attitude soit le plus souvent liée à l'héritage colonial. On enseignait autrefois aux Antillais que l'Afrique, c'était la sauvagerie, que l'Europe, c'était la civilisation, et qu'il fallait se détourner de celle-là pour embrasser celle-ci. Ayant intériorisé cette domination raciale, beaucoup d'Antillais affirment même qu'ils n'ont rien d'africain, qu'ils ne sont pas noirs, qu'ils sont uniquement Français, etc. C'est l'un des effets les plus spectaculaires de la domination coloniale. C'est ainsi.

Cependant, ce n'est pas l'opinion de tous les Antillais. Loin de là. C'est en Martinique, avec Aimé Césaire, qu'est née la négritude, qui vise à rassembler tous les Noirs, et même au-delàs. Et rappelons aussi que l'idée même du panafricanisme a été conçue aux Caraïbes, à Saint-Thomas, avec Edward Wilmot Blyden, à Haïti, avec Anténor Firmin, à Trinidad avec George Padmore, en Jamaïque avec Marcus Garvey, etc. Sans vouloir nier la contribution majeure de l'Afrique au panafricanisme, évidemment, avec des personnalités comme Kwame Nkrumah, je tiens à rappeler que ce sont les Africains déportés qui, justement à cause de cet exil qu'ils ressentaient de manière douloureuse, ont le plus cherché à retisser ces liens. Si certains Antillais ont oublié leurs origines et leur histoire, s'ils ont oublié ce qu'ils doivent à leurs ancêtres, croyez-moi, ce n'est pas le cas de tous, loin de là, et ce n'est pas le cas du CRAN, qui travaille en effet à créer du lien au sein de la diaspora. C'est d'ailleurs pourquoi le CRAN n'est plus une organisation française. Nous avons désormais des entités au Maroc, au Bénin, au Sénégal, en Guinée, ou Gabon, au Congo, aux États-Unis, au Brésil, et bientôt, je l'espère, un CRAN-Cameroun également pourra voir le jour. Vos lecteurs peuvent évidemment nous contacter à ce sujet, nos coordonnées étant sur le site du CRAN, www.le-cran.fr.

Source : Cameroonvoice.com

nous contacter à ce sujet, nos coordonnées étant sur le site du CRAN, www.le-cran.fr. Source :