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UNIVERSITÉ DE PARIS 1- PANTHEON SORBONNE

INSTITUT D’ÉTUDES DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL

Le « piège territorial »
de l’État-nation,
Pour une sociologie
politique des espaces
hydropolitiques
Le cas du Lesotho Highlands Water Project

Par Yannick Rousselot
Sous la direction du professeur Jean-Yves Moisseron

Master 2 Recherche : Sociétés en développement : recompositions politiques,
mobilités et territoires
SPÉCIALITÉ SOCIO-ANTHROPOLOGIE DU POLITIQUE

SEPTEMBRE 2013

Mohale Dam, LHWP, District de Maseru, Lesotho, Avril 2011.

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Je remercie également Vincent. M. je tiens à remercier ma famille et mes amis pour leur soutien tout au long de ce laborieux processus d’écriture. Et plus particulièrement encore Céline pour sa confiance inconditionnelle et son aide indispensable. Enfin.Kapa pour le temps qu’ils m’ont consacré lors de mon terrain au Lesotho. Lenka et M. pour ses encouragements.Je tiens à adresser mes remerciements à mon directeur de mémoire. Je souhaite transmettre toute ma gratitude à M. Dylan et Samuel pour leur relecture et leurs précieux conseils. Moisseron. -4- . Julien.

afin de mettre en avant les limitations inhérentes à certains postulats anhistoriques et universalistes des RI. Il sera mis en avant que cet espace est dominé par un certain nombre de postulats et de concepts hégémoniques qui instituent le LHWP comme une réussite.1 Résumé La préoccupation fondamentale qui sous-tend ce travail a trait aux formes du pouvoir. d’écologie politique. particulièrement dans un cas transfrontalier comme le LHWP. Une étude du cas du Lesotho Highlands Water Project servira à illustrer les formes autant discursives. Ce travail l’abordera au travers de différentes théories des Relations Internationales. ainsi que de sociologie politique dans l’optique de défendre une approche interdisciplinaire du pouvoir. Un premier développement servira à confronter les approches de RI avec la sociologie politique. symboliques. afin d’être outiller pour le saisir dans toute l’hétérogénéité de ses formes. une toute dernière partie servira à mettre en avant la contribution essentielle qu’offrirait une approche de sociologie politique des enjeux de transferts d’eau. avec des approches de géographie politique. ainsi que de paradigmes dominants dans l’analyse des enjeux d’eau. La notion gramscienne d’hégémonie va servir à saisir les dynamiques transnationales et internationales de diffusion de normes. matérielles qu’infrastructurelles que le pouvoir peut prendre. inspirées des RI. ainsi que de théories critiques de la sécurité.1. qui le catégorisent respectivement comme une coopération offrant des « bénéfices partagés » pour les parties prenantes. et de l’autre comme étant le « démon des Highlands » va permettre de déployer l’espace de lutte sur l’enjeu de l’interprétation du Projet. Après avoir brièvement conclu en revenant sur les différents points d’une analyse au travers des catégories du WD. mais de manière plus ciblée autour des enjeux de transferts d’eau et de politiques hydrauliques. L’étude du processus de négociations permettra de monter que des enjeux essentiels en termes de coalitions transnationales de soutien au Projet se sont noués à ce moment. Une question analogue se pose autour de l’enjeu plus spécifique de l’eau en confrontant les approches de l’eau. Puis une mise en perspective au travers d’une confrontation des discours hégémoniques et contre-hégémoniques à propos de ce Projet. Puis ce sera la trajectoire historique de l’Afrique du Sud qui va être abordée. L’étude du LHWP commencera par une contextualisation en termes d’historicité de la trajectoire de l’État du Lesotho. -5- .

......................5.............................................................................................. 48 3........................................................................................................................................1 Formes étatiques et hydropolitique............................................................................................1 Introduction .......................... 110 4............2.......................................................................................1................................................................................................................................................................. 63 4.......2.......................................................2......................1 Les extraversions hydrauliques ..........2 Vers une sociologie politique de l’eau ? ..2................................................ 75 4.....................2....................................................... 20 3.................................... 15 3............................................................2 La Nation Basotho contre l'État : Un nationalisme vernaculaire vs un nationalisme oligarchique ..............................................................................................14 3...........................1...... 72 4................................1 Trajectoires historiques des formes d’État-nation ..................1 La contre-hégémonie dans la contestation sur l'enjeu des Resettlements ............................................................................................................ 15 3................................................................................................ 116 4..................................................................................1..........................TABLE DES MATIÈRES 1.................................................................................2....... 31 3......................................................................................2 « Le démon des Highlands »......2 Hégémonies et Institutions internationales ............3 L’intenable dichotomie politiques domestiques/politiques extérieures ............................................... 5 Table des matières ........................................2.. Paix de l’eau ..........1 Le concept hégémonique des « bénéfices partagés » .........1 Relations Internationales et historicité de l’État-Nation . 120 4................3 La dépendance comme stratégie discursive et matérielle ..................1.............1 Déconstruction du stress hydrique (Water Scarcity) .................3............ 94 4..............................4................2.........................................................1.......... stratégies contre-hégémoniques .................. 82 4............. 109 4...............................2 De la géographie hydropolitique de l’Afrique Australe ................................................ 121 5 Conclusion ............................4 De la Gouvernance ....3 Processus de négociations pour le Traité de 1986 ................................. 7 3 Eléments théoriques .............2..............................2 L’espace hydraulique Sud-Africain ...4..3 Du LHWS au LHWP .......................................................2.1 Le « piège territorial » .. 66 4...........1.2 Sociologie politique de l’État en Afrique sub-saharienne ...................2....1...............3....................................2.........5............................................................................................................................................2....................................1 Un État néo-colonial..................1............4 Hégémonie et contre-hégémonie dans l’interprétation du LHWP . 66 4...................................5 Discussion ....1 Fracture des sociétés politiques vs « État-conteneur » ................................................1 Résumé ...............................2.......................................... 99 4..............................62 4................................... 20 3..2 Souveraineté territoriale et stratégies territoriales ...........................................................................................................131 -6- .................................................................2.......................... 42 3.........................2......2.........2............... 88 4.124 6 Bibliographie ............................................. 26 3.........2 « Water Discourse » et théories des RI ............... 116 4......2 Le complexe hydropolitique de l’Afrique austral ............2 Esquisse d’une Gouvernementalité néocoloniale ....................................... 78 4........ 55 3................................... 50 3.....3 Historicité des hégémonies du « Développement » ...............1.............2................................................................5.....................................................1............... 46 3................................................................................................................... 118 4... 106 4..................... 71 4............................ 59 4 Cas d’étude: le Lesotho Highlands Water Project ...126 7 Annexe: Draft de projet de thèse FNS ..............................2 Vers une sociologie politique de l’eau ........................................................ 33 3........................5.......................................................1...........................................................................................5.............................................................................4.............................. 118 4...1...............................................................................1 Trajectoire historique du Lesotho ........................................................................... 55 3.......................................2.........3 Processus d’hégémonie et hydropolitiques régionales .....2...2............................ 6 2 Introduction ........ 106 4......................1 Guerres de l’eau...................................................1 La « Mission hydraulique » de l'État sud-africain ...................................................2.........................................................

(Bayart. L’hypothèse centrale qui fonde cette réflexion postule que les formes du politiques peuvent être de deux types. plus fondamentalement pour exposer le caractère implicitement dépolitisant d’un certain nombre de formes culturelles du pouvoir. va nécessiter d’être abondamment étayée. si elle porte peu à controverse pour les formes culturelles. sans s’autoriser à considérer des logiques de hiérarchisation et -7- . de par la conception anhistorique et idéaliste positiviste de l’État-nation. Il n’est donc pas question de dresser une théorie ou une interprétation globale du « legs colonial ». pour les formes matérielles du pouvoir. mais de définir une démarche analytique et opérationnelle dans un contexte circonscrit. Le point essentiel qui fait l’intérêt de cette critique tient à ce qu’elle relève un double biais théorique crucial en terme de dépolitisation. par exemple dans celui d’un projet ou d’un programme de développement à l’échelle d’un terroir rural.2 Introduction On ne doute jamais trop. Cette hypothèse. La préoccupation fondamentale qui sous-tend ce travail a trait aux formes du pouvoir. mais par ailleurs. d’une ville. autant que celles du champ du développement. Cette tension quant à une dimension politique dont seraient investies des infrastructures hydrauliques pointe vers l’enjeu central qui va informer tout ce travail. de l’autre les formes matérielles du pouvoir. 2005:42). Sur l’État En revanche se dessine une méthodologie plus ou moins cohérente selon laquelle le gouvernement. Pierre Bourdieu. il est nécessaire de faire le parcours des approches des RI dominantes à partir du point de vue critique élaboré par Agnew. par contre. Sa critique en termes de « piège territorial » définit trois postulats géographiques que la synthèse néo-néo (néolibérale-néoréaliste) des RI véhiculent et qui la rendent essentiellement incapable de considérer d’autres acteurs que les états dans l’analyse des RI. d’un pays ou d’une sous-région. a forcément quelque chose à faire et à voir avec le passé colonial dont il est issu – ce rapport étant singulier d’une situation à l’autre. Ce travail se propose ainsi de déployer ce paradoxe non pas tant afin d’établir le caractère intrinsèquement politique des projets hydrauliques que. en l’espèce. quand il s’agit de l’État. Pour commencer. ce courant dominant des RI ne peut que concevoir des relations entre des entités étatiques formellement égales. sous la forme d’infrastructures hydrauliques de transfert interbassin. sous les notions d’hégémonie et de violence symbolique. y compris celui de l’aide au développement. d’un côté les formes culturelles du pouvoir. celui de l’évacuation de tous enjeux politiques internes au travers du postulat de l’« État-conteneur ». Car un certain paradoxe semble s’esquisser ici entre l’hypothèse que les projets hydrauliques sont des formes politiques – comme cela sera montré au travers des exemples tirés de l’étude de l’historicité de l’espace hydropolitique de l’Afrique australe – et la compréhension managériale et technocratique qui en est donnée dans les approches dominantes des Relations Internationales (RI).

sont autant de « boites à outils » extrêmement précieuses non pas seulement pour critiquer les carences et les dépolitisations en trompe-l’œil des approches dominantes en RI et dans l’étude des enjeux internationaux de l’eau. amplifiant ainsi les structures d’inégalité au sein -8- . L’analyse en termes de formes culturelles du pouvoir permet également d’éviter une lecture trop intentionnaliste en considérant une incorporation de celles-ci autant chez les acteurs qui les produisent que ceux qui les relayent. de Bertrand et de Anderson pour l’anthropologie. mais qu’elles auraient avantage à ouvrir leur horizon théorique. Cependant. à la suite de Furlong. en particulier. et les apports de l’écologie politique au travers de la géographie politique. au mieux. qu’illusoire. mais bien pour essayer de contribuer à un cadre d’analyse qui n’évacue pas les enjeux d’asymétries entre acteurs sociaux. les violences symboliques et physiques qui permettent à des acteurs de légitimer le redoublement de leur position dominante par des accès privilégiés à la ressource fondamentalement politique qu’est l’eau. Il est essentiel de se pencher sur ce travers dépolitisant au vue de l’influence déterminante que ces théories des RI ont sur le champ d’étude des transferts hydrauliques. notamment à travers des notions de vulgarisation du pouvoir et de transactions hégémoniques qui servent à décrire les processus d’hybridation des catégories politiques européennes importées durant la Rencontre Coloniale.des asymétries dans les relations entre les états. l’utilisation des approches historicistes de la sociologie-anthropologie politique. Cette approche processuelle et historiciste des formes culturelles du pouvoir permet à la fois d’évacuer toute notion d’universalité des pratiques de l’exercice du pouvoir au travers de l’État. au travers de Bayart. L’approche de Bayart en termes de trajectoire historique des Etats appuie la mise en question par Agnew de la pertinence d’approches universalisantes de l’État-nation. les logiques rentières et néo-patrimoniales englobées sous la notion de stratégie d’extraversion expriment de manière limpide l’inadéquation à la réalité africaine de la notion d’« État-conteneur ». Ce constat permet de défendre. ou les subissent. Cela montre qu’une conception dépolitisée de la relation de l’État avec la société n’est. Dans cette optique. elle offre des outils d’analyse des formes culturelles de pouvoir. que les approches des enjeux hydrauliques devraient chercher à renouveler leur cadre théorique non plus seulement à partir des RI. par Furlong. en considérant au contraire que l’historicité spécifique à chaque État exclut la possibilité d’une généralisation des formes étatiques. Une brève analyse de l’approche en termes de gouvernance – nécessaire dans la mesure où cette approche semble émerger comme approche dominante dans l’appréhension des relations sur la scène internationale – offre d’intéressantes pistes pour sortir du « piège territorial ». à partir de postulats tout à fait différents confinant à en faire un économisme. ou encore de Ranger pour l’histoire. en montrant le caractère clientélaire de cette forme de gouvernementalité. Par ailleurs. la « bonne gouvernance soulève le même problème d’être un cadre d’analyse dépolitisant.

Enfin.des « sociétés politiques » qui sont ainsi reproduites par ces projets. et la conception hégémonique des « bénéfices partagés » qui le représente comme un pur exemple de coopération entre acteurs formellement égaux et donc basée sur des motivations purement pragmatiques d’un intérêt mutuel à leur mise en situation d’interdépendance. L’analyse de ce cas va servir à mettre en perspective les limites des cadres théoriques inspirés du mainstream des Relations Internationales (RI) pour saisir toute la complexité des relations entre deux pays apparemment opposés en tout point : le Lesotho est un très petit pays d’un million d’habitants enclavé dans son immense voisin. en particulier les institutions internationales d’aide au développement. la Banque Mondiale (BM) en premier lieu. afin de pouvoir prétendre à appliquer les mêmes types de -9- . Son deuxième point critique a trait à la dichotomie relations extérieures/politiques intérieures. ainsi que son historicité marquée d’une élaboration sous le régime de l’Apartheid. notamment à les représenter et à défendre leurs intérêts sur la scène internationale. cette région du Gauteng. le cœur névralgique du pays. Avant d’exposer la nécessité pour de telles institutions de faire usage de ce type de modèles acontextuels. considérant que cela rend toute compréhension de potentielles rivalités internes entre l’État et des groupes sociaux qui contesteraient sa légitimité. il conteste la pertinence d’une approche de la conception de l’État en tant qu’ « État-conteneur ». Et cependant. Il achemine depuis une décennie déjà de l’eau depuis les Hauts-Plateaux du Lesotho jusqu’à la région du Gauteng en Afrique du Sud. là où nombres de conceptions contre-hégémoniques ont cherché à pointer les effets politiques et socio-économiques du Lesotho Water Highlands Projet. anhistoriques et apolitiques. L’exemple du Lesotho Highlands Water Project va permettre d’illustrer le paradoxe évoqué plus haut d’une tension entre l’hypothèse de ce travail. l’article « Territorial Trap » de Agnew va servir à élaborer une critique du caractère idéaliste et territorial de la conception de l’État-nation telle qu’elle est véhiculée par le mainstream des RI. Il décline son argument en trois enjeux de ce territorialisme. selon laquelle les infrastructures hydrauliques sont des formes politiques. il discute la postulation d’une souveraineté une et indivisible à laquelle tout État pourrait prétendre. L’argument principal de ce travail s’articule autour de ces trois éléments et il consiste en la critique de l’hégémonie de notions dépolitisantes et iréniques dans le champ de la coopération internationale et au sein des Organisations Internationales. Le Lesotho Highlands Water Project est un considérable complexe d’infrastructures hydrauliques qui débuté en 1986 et dont la construction est prévu de se poursuivre jusqu’en 2030. dépend intégralement de transferts d’eau transfrontaliers En première partie. comptant plus de 50 millions d’habitants. l’Afrique du Sud : plus grande économie du continent africain. En premier lieu.

fruit de la « vulgarisation du pouvoir » et de l’incorporation des catégories politiques importées. les travaux de Bayart sont utilisés pour montrer l’historicité ininterrompue du colonialisme aux politiques d’aide au développement contemporaines et leur lien organique aux logiques d’extraversion et qu’elles contribuent ainsi à perpétuer. en montrant qu’une caractéristique dominante. La notion d’ « invention de la tradition » élaborée par Hobsbawm et Ranger. malgré ces effets. Même si une institution de développement telle que la BM ne peut pas ignorer complètement les effets de ses politiques. ainsi que les notions de « nationalisme vernaculaire » et de « nationalisme oligarchique » utilisées par Anderson permettent également de montrer comment un territoire fruit d’une historicité marquée par le Moment Colonial. 2 -10- . 1990). autant la souveraineté que la séparation dite étanche des relations extérieures d’un État de ses politiques intérieures. Bayart permet ainsi de montrer que ces élites instrumentalisent les relations privilégiées vers l’extérieur que leur donne leur position de gatekeeper pour s’assurer des rentes à partir des flux provenant de l’aide au développement ou de toute autre source extérieure. Pour tenter d’esquisser les enjeux qui intéresseraient une sociologie politique de l’eau. peut être structuré selon des sociétés politiques distinctes voire antagonistes. « Parler de stratégies n’oblige pas à référer chaque action humaine à un projet mûrement réfléchi. le 1 (Ferguson. bien que certainement pas uniforme.« packages » de développement1 indépendamment du terrain et du pays « à développer ». mais également fruit de ce qui a persisté hors de cette « rencontre ». une forme de conditionnalité inversée qui la contraint à « développer ». des états en Afrique. Par ailleurs. pour conclure cette première partie théorique. Celle-ci va permettre d’alimenter la critique en particulier de la notion d’ «État-conteneur ». du fait qu’elles servent les stratégies d’extraversion qui à leur tour donnent les moyens d’une gouvernementalité clientélaire orientée en fonction des coalitions dominantes. 2008: 21-22). Cela permet de montrer l’inadéquation de l’approche idéaliste d’« État-conteneur » à la réalité de l’Afrique sub-saharienne. il est nécessaire d’étayer la critique de l’usage positiviste de l’idéal-type de l’État-nation d’Agnew par la notion de trajectoire historique de Bayart. Rentes qu’ils mettent à contribution dans des stratégies néo-patrimoniales de constitution de réseaux clientélaires. Les travaux de Bayart contribuent ainsi à étayer les trois critiques d’Agnew. ni surtout à accepter tel quel l’imaginaire économiciste de la délibération par calcul des coûts et des bénéfices escomptés » (Bertrand. du fait qu’elle est soumise à la nécessité de faire fructifier ses ressources financières en prêtant. comme l’historique sur le Lesotho va servir à l’illustrer. tient à l’utilisation par les élites de la souveraineté comme ressource pour leur stratégie2 d’extraversion. Et c’est précisément parce qu’elle est poussée par cette nécessité d’entreprendre qu’elle trouve usage à des modèles qui évitent de rendre compte des effets proprement politiques des projets qu’elle finance.

et en particulier le cas du Lesotho Highlands Water Project (LHWP). Cependant. dans le « piège territorial ». Le LHWP est également exemplaire de comment une appréhension en termes d’ « État-conteneur » de l’organisation d’un territoire national. va permettre de montrer que les transferts hydrauliques internationaux sont précisément des contre-exemples au « piège territorial ». de la sujétion d’une administration paraétatique à la volonté de cet État voisin. Puis. elle n’hésite pas à entreprendre des actions « musclées ». comme Swyngedouw l’avait montré dans le cas de l’Espagne franquiste. Les notions de « sécuritisation » . l’exemple du Complexe hydropolitique de l’Afrique australe. défendent que. c’est-à-dire non-discutée ou justifiée théoriquement. En premier lieu. Swatuk. la politique de grandes hydrauliques a été explicitement. l’Afrique du Sud. L’utilisation de la notion néo-gramscienne d’hégémonie permet dans le cas du WD de montrer comment il s’est constitué en approche incontournable lorsqu’il s’agit d’entreprendre ou d’analyser un quelconque projet de transfert hydraulique. ainsi que Blanchon. pris de part en part et de manière implicite. un retour sur Wittfogel et son étude du Despotisme [hydraulique] asiatique permet de soulever la problématique centrale de la relation entre les formes politiques et les modes de gestion et d’allocation de la ressource hydrique. Plus spécifiquement au domaine de l’eau. la notion de « complexe hydropolitique » est utile pour décrire la très importante interdépendance hydraulique qui caractérise l’Afrique australe. Toujours dans cette optique d’illustrer le « piège territorial ». En second lieu. est selon ces auteurs. et avec succès.« désécuritisation ». notamment la performation d’une pacification des relations régionales.deuxième champ d’illustration pour le « piège territorial » s’intéresse au caractère construit de la relation société-environnement au travers de la déconstruction de la notion de rareté (scarcity). l’enjeu des transferts d’eau occupe l’essentiel de la deuxième partie de ce travail pour deux raisons. un moyen au service de l’idéologie racialiste qui prévalait sous ce régime. le caractère sanctifié de la souveraineté et d’une séparation étanche des politiques extérieures et domestiques semblent difficilement pertinents pour expliquer les interventions d’un état voisin sous formes d’un coup d’État. Par exemple. Pour illustrer ce point. permettent de saisir des dynamiques discursives régionales à l’Afrique australe. d’une intervention militaire. liées aux approches critiques de la sécurité de l’Ecole de Stockholm. dans le cas du régime de l’Apartheid. voire l’esquisse d’un processus d’intégration. parce que le champ sous-disciplinaire des RI que du Plessis et Furlong nomment « Water Discourse » (WD). en rendant aveugle aux fractures qui caractérisent la société politique du Lesotho par la postulation d’une homogénéité de celle-ci et d’une relation dépolitisée de type gestionnaire -11- . de discuter la possibilité d’une désécuritisation plus que discursive de ce « complexe » permet de montrer que dès lors que l’Afrique du Sud se sent menacée dans ses intérêts « vitaux ». par la désécuritisation des discours. afin de préserver les acquis de sa position dominante et ainsi à perpétuer l’asymétrie des relations régionales.

du fait de la répartition très inégale des « bénéfices » provenant du Projet. derrière l’image d’une collaboration heureuse entre partenaires égaux. Une hypothèse de ce travail est de défendre qu’il ne saurait y avoir un hasard dans l’hégémonie de notions dépolitisantes et appartenant à un registre technocratiques dans le champ du développement. encore plus lorsqu’elles le font de manière implicite. la critique de l’aveuglement théorique qu’induit le « piège territorial ».entre l’État et la Nation. informent un champ très important de l’aide au développement. est loin de pouvoir être réduite à une simple dispute théorique interne à la discipline des RI. plus encore lorsqu’il s’agit de projets de grandes hydrauliques internationales. La notion de « Communauté d’interprétation » élaborée par Mosse dans l’analyse des projets de développement permet de décrire la coalition d’acteurs étatiques. Ainsi. -12- . c’est un enjeu politique essentiel. Dans la mesure où les approches qui le véhiculent. épistémiques. économiques qui s’est constituée autour du LHWP pour soutenir l’interprétation de sa réussite en tant qu’il a permis aux deux pays « partenaires » d’en retirer des « bénéfices partagés » du fait de cette coopération et de l’interdépendance que ce Projet a permis d’instaurer. Ainsi. peut-être l’un de ceux qui a le plus de répercussions directes sur les populations des « pays en développement ». souvent déjà marginalisées. qui seront le plus directement à subir ce genre de projets. Cette notion de l’intérêt mutuel des parties impliquées à participer à ce Projet a ainsi été constituée en « concept hégémonique » par les acteurs dont c’était l’intérêt de voiler les asymétries interétatiques et infranationales que le Projet n’a fait que reproduire. celui-ci a eu comme résultat une exacerbation des inégalités et des tensions entre groupes sociaux qui ont provoqué des soulèvements réprimés dans le sang. celui des grands projets d’infrastructure. voire à leur insu. dans la mesure où c’est la condition sine qua non de justification pour une non-inclusion dans leurs processus d’élaboration des populations. voire amplifier.

Sources et terrain au Lesotho Les sources de ce travail relèvent essentiellement de la littérature académique. le hasard des rencontres et des discussions informelles sur place en milieu urbain a offert des éléments de représentation du sens commun par rapport au Projet. centrée sur le LHWP. inspirées des RI. ainsi que la sociologie politique. -13- . Ce travail va être divisé en deux parties. cela a été l’occasion d’opérer un décentrement par rapport aux approches dominantes dans le domaine de l’eau. afin de mettre en avant les limitations inhérentes à certains postulats anhistoriques et universalistes des RI. Cependant. afin de consolider sa connaissance des enjeux liés au LHWP. mais autour de l’enjeu plus spécifique de l’eau en confrontant les approches de l’eau. Un second chapitre se consacrera à une question analogue. L’analyse des négociations occupera le chapitre suivant. une première partie théorique. commencera par une contextualisation en termes d’historicité de la trajectoire de l’État du Lesotho. puis une seconde partie qui sera consacrée au cas d’étude du LHWP. Au sein de la première partie. au travers d’une littérature intéressée par le Lesotho et plus généralement les formes étatiques et les enjeux hydrauliques en Afrique sub-saharienne à partir de disciplines marginalisées dans cette thématique. Certaines difficultés d’accès aux acteurs clés liés au Projet ont rendu nécessaire de chercher d’autres sources. faute de pouvoir aller interroger les populations basotho. particulièrement dans des cas transfrontaliers comme le LHWP. Qui sera suivi par une mise en perspective au travers d’une confrontation des discours hégémoniques et contre-hégémoniques à propos du Projet. faute de langue commune. une toute dernière partie servira à mettre en avant la contribution essentielle qu’offrirait une approche de sociologie politique des enjeux de transferts d’eau. un premier développement servira à confronter les approches de RI avec la sociologie politique. la conclusion générale de ce travail servira à rappeler son cheminement et éventuellement à ouvrir des pistes pour des suites à lui donner. Puis ce sera la trajectoire historique de l’Afrique du Sud qui va être abordée. Puis. Après avoir brièvement conclut en revenant sur les différents points qu’une analyse au travers des catégories du WD. La seconde partie. et afin de pouvoir recueillir des entretiens sur place. mais de manière plus ciblée autour des enjeux de transferts d’eau et de politiques hydrauliques. Au final. l’auteur a effectué un terrain de six semaines au Lesotho au printemps 2011. Par ailleurs. l’histoire. telles que l’anthropologie.

3 Eléments théoriques Pour une critique de la doxa dépolitisante To "provincialize" European history – to subject its universalizing claims to historical examination rather than use them as measures of other people's histories. Les débats sur la pérennité de l'État dans le contexte de la globalisation est très abondant. 2008:12-13).. thus. Considérer cette littérature hors de son contexte de production.. -14- . Il est essentiel de faire le parcourir critique du contenu dont les approches de RI investissent la notion d'État-nation.3 Pour ne pas se perdre dans des controverses stériles du fait de leur abstraction décontextualisées. à partir des points de vue de la sociologie historique de l'État et de la géographie politique de l'État. (Bayart. contingentes. 4 « From this perspective a 'state' is an ideal-type or logical object rather than any particular state and. Cependant. de leur contexte historique et géographique spécifique. 3 « [D]ebate has been overwhelmingly in terms of the presence or absence of the territorial state rather than in terms of its significance and meaning as an actor in different historical circumstances » (Agnew. (Cooper. l'approche des formes étatiques dans leur territorialité et leur historicité spécifique servira à rompre avec la conception positive de l'État-nation en tant qu'idéaltype4. cette controverse se pose dans des termes abstraits de disparition pur et simple ou de persistance de l'État-nation. 1994:54). ainsi que le « discours du développement. et reviendrait à ratifier l'hégémonie de l'État-nation comme seule forme possible d'organisation politique d'un territoire. 1994:58). Pour éviter cet écueil. comme un discours. au lieu de s'interroger sur la diversité des formes étatiques et la signification sociétale et politique de ces formes et de leur évolution. Il convient de « sauver l’histoire de la nation » [. autant que comme productrice. serait risque de faire une histoire de l’idée d'État-nation westphalien. dans le champ des relations internationales (RI). 1994:1544). pour appuyer le trait sur le caractère nécessairement contingent et contextuel des états dans leur forme concrète.] en rétablissant aussi bien l’hétérogénéité des terroirs que les pratiques d’extraversion et d’hybridation culturelles sous-jacentes à la formation de l’État. Cette démarche d’abord théorique va servir à définir un certain nombre de notions en rupture avec les contenus dont les investissent les approches des RI. dans la mesure où les analyses de la forme étatique sont productrices de sa réalité dans le même mouvement qu’elles cherchent à la décrire. states can be written about without reference to the concrete conditions in which they exist » (Agnew. il est nécessaire de considérer les formes d’État-Nation comme le produit. Afin de saisir les états africains dans leur historicité et leur territorialité situées. De ce point de vue. chaque forme d’État-Nation est idiosyncratique et contingente à la trajectoire historique dont elle est le résultat.

1 Le « piège territorial » Indeed. Moreover. 2006:454). (Agnew. de manière indiscutée et sur la totalité de celui-ci. has become something of an orthodoxy in American international relations » (Agnew. 1994:65). celui d'une dichotomie a priori entre les politiques publiques ciblant l'espace domestique et les politiques étrangères.1. des changements qui affectent les « situations d’usage» de telle pratique ou de tel discours qui se seraient formellement reproduits. The Territorial Trap. 2003: 134).[. -15- . Rien ne nous est dit. en considérant que la souveraineté territoriale caractérise la relation de tout État à son territoire. de la dimension morphologique de certaines permanences qui doivent parfois plus à la géographie qu’à la domination coloniale » (Bayart. chaque État est le contenant de sa société.3. Enfin.. selon le dernier postulat. Le postulat géographique du caractère fondamentalement territorial de la souveraineté de l'État proviendrait ainsi d'une réification de la souveraineté spatiale.6 The territorial state is not a sacred unit beyond historical time. Ce piège territorial se déclinerait en trois « postulats géographiques (geographical asssumptions) ». Le premier de ces postulats soutient que chaque État exerce une souveraineté spatiale exclusive sur son territoire national respectif.1 Relations Internationales et historicité de l’État-Nation 3. The state-centring of conventional renditions of international relations assumes precisely that. Still. axées sur les relations interétatiques. legs a-historique de cette dernière. those who govern states often operate within the logic of the territorial trap (Swatuk. (Furlong. in which that choice is constrained by the presence of anarchy beyond state borders. with a state-centred politics. the obfuscated daily realities of what water cooperation or conflict between states means for those dependent on the waters in question are far too important to be ignored. 1994:56). C'est peut-être l'un des grands mérites d'Agnew : d'avoir été l'un des précurseurs de ce qui est communément appelé le « spatial-turn » en sciences politiques. Agnew développe une critique des postulats territoriaux implicites que les RI véhiculent dans leur conception idéaliste de l'État-nation et à montrer les dangers d'une telle abstraction théorique anhistorique5 et décontextualisée. 7 « [A] neo-realist synthesis combining elements of liberalism. de la sociologie de ses légataires universels. Il trouve sa continuité dans le second postulat. Cet auteur entreprend une telle déconstruction au travers de la notion de « piège territorial (territorial trap) » qui selon lui caractérise cette conception idéal-typique de l'État-nation qui imprègne le mainstream des RI7. la conception abstraite de l'espace est de plus en plus discutée dans nombre de disciplines. qui serait au fondement de l’existence même d’une discipline des RI distincte des sciences politiques. the state as equivalent to a rational individual exercising free choice. 2009 : 27). 6 Depuis la publication de cet article. c'està-dire qu'il serait transparent et neutre en tant que représentant et défenseur des intérêts de la société 5 « A présentation a-historique de la situation coloniale.. the IR/IO approach does nothing to redress or critique this phenomenon but rather reflects (and perhaps propagates) the ideology through which it occurs. comme un universel propre à tout État.]des conditions de l’éventuelle transmission de cet héritage.

12 «[T]he security-spatial sovereignty nexus involves viewing the territorial state not in its historical particularity. S. Cette étroite association ne peut alors qu'entrer en conflit avec d'autres formes d'identifications politiques. 2005:17).12 Selon Bayart.13 Ainsi. auxquelles elles tendent à se limiter.11 Et cela revient à universaliser le principe abstrait selon lequel à un État correspond une nation.]It is 'common sensical' to see the territorial state as the container of society when the state is sovereign »(Agnew. c’est au travers de la « Rencontre Coloniale » et du processus d’appropriation des catégories politiques européennes qu’il désigne sous le terme de vulgarisation du pouvoir que c’est transmis « le legs territorial ou tout au moins le principe de la souveraineté territoriale d'institutions bureaucratiques en théorie représentatives.. genrées. et « territorial » se référer a priori plus à une matérialité géographique concrète. l'espace est considéré comme autant de blocs territoriaux découpés abstraitement. ce piège territorial peut s'expliquer par le fait que le terme même des Relations Internationales implique de s’intéresser avant tout aux relations entre les états. (1993). hors de tout contexte. moment où une équivalence formelle entre les diverses formes d'états européens a été de jure sinon de facto sanctionnée). (tel qu'il a été institutionnalisé par le Traité de Westphalie de 1648. 1994:71). Or. par exemple ethniques. 1994:62). Les RI seraient ainsi porteuse d'une géographie implicite qui postule l'association indissoluble entre l'État et son territoire en tant que son attribue ontologique. afin. 1994:57). as an idealised decision-making subject » (Agnew. 1994:63). 1998). 10 « [Both neo-realism and Marxisms are subject to] a widespread tendency to use transhistorical theorisations based upon sets of a priori categories which appear to take on an ontological autonomy » (Germain et Kenny. Gramsci. plutôt qu’à ce qui se passe dans leurs frontières. mais peut-être est-ce un contre-sens qui provient de la traduction en français. semble-t-il de dénoter un sens plus abstrait. le 8 (Agnew. 14 (Agnew. 10 Ainsi. ontology and the “Italian School”. 13 (Bayart & al.. c'est faire abstraction des trajectoires historiques contingentes de formation des états européens euxmêmes. écologiques. le caractère transcendant de la souveraineté par rapport à l'État-nation impliquant que la seule identification politique légitime s'articule au territoire national-étatique est un héritage de la Rencontre Coloniale.. Epistemology. Selon Agnew.8 En première instance. alors que « spatial » parait plus se référer à une abstraction physique (le cadre spatio-temporel kantien). 11 « The actual processes out of which different states have arisen are obscured in favour of an ideal-type territorial state » (Agnew. etc. Ce point étant soulevé. sur laquelle il exerce une souveraineté absolue. historical materialism and international relations. citant Gill. but abstractly. 1994:63). -16- . les relations entre les états sont l'objet des RI. utilisée par la macro-économie et en premier lieu par les RI. La répartition disciplinaire s'est faite ainsi : les relations politiques internes sont l'objet des sciences politiques. ne serait-ce que pour défendre leur pré-carré dans le champ de recherche des sciences politiques.sur laquelle il exerce son pouvoir. « This is the way in which the understanding of the sovereignty is shared by bureaucratic and popular cultures[. 21-48. les RI semblent considérer la relation des Etats à leur territoire comme acquise (granted). dans la représentation « territoriale »9 de l'espace. 9 La traduction littérale de « territorial » ne semble pas être très explicite dans ce que ce mot est sensé exprimer cela semble presque paradoxal de l'utiliser en opposition à spatial. « Territorial » sera cependant traduit par « territorial ». 14 Selon Agnew.

Ces formes d'identification adverses seraient ainsi évacuées des analyses de RI. dont découle son caractère monopolistique sur le territoire national.] S’intéresser aux idées [. 1994: 70-71). Par ailleurs. La possibilité d'une certaine variété de communautés politiques au sein des états sur des critères géographiques. involve the creation of unified and homogeneous spaces in which the various social practices . 2008: 22).16 C’est pourquoi il semble préférable de désigner ce principe d’homogénéisation culturelle sur un territoire national..mainstream des RI partage le plus souvent cette conception très étroite et stato-centrée de l'identité politique. -17- . historiques.] C’est aussi voir se confirmer cette évidence que curieusement les théoriciens des relations internationales négligent : la plupart des grandes idéologies de la formation de l’État et de la vulgarisation du pouvoir ont été portées par des institutions sociales et des mouvements culturels transnationaux" (Bayart.. to be distinct from or separable from the state. and language. avec la violence que cela implique sur les identités particulières locales en tant que projet nationaliste. que l’exclusivité dans le contrôle des institutions de socialisation par l’État est vital à l’exercice du pouvoir bureaucratique. geographically variegated.culture. knowledge. 1994:62) 16 « [. 1996:486). based on a circumscribed territory. et toujours en devenir. au nom de l'identification de toute atteinte à la souveraineté de l'État comme atteinte à sa sécurité par le principe d'identification de la souveraineté étatique à son emprise sur son territoire. et son caractère processuel. culturels n'est le plus souvent même pas considérée. La notion sera précisée plus tard dans le cas des nationalismes des états africains. en tant qu'elles peuvent être considérées comme menaces à la souveraineté étatique et donc au principe même de son autorité l'État même. that territory is no longer imagined by citizens of that state. d’universalités. c’est-à-dire qu’il ne le précéderait pas tant qu’il en participerait pleinement. forms of political community have been eliminated from consideration by the close association of security with spatial sovereignty » (Agnew.. Agnew semble décrire cette homogénéisation comme un processus consubstantiel au processus de formation de l’État-nation. 15 « In the dominant understanding. To the extent that a state’s rule over a piece of territory is institutionalized hegemonically. as opposed to territorially homogeneous.15 Actual territorial states. (Agnew. Cependant. de formation d’ « échelles de commensurabilités ». education. qui désigne des processus transnationaux de violence symbolique. thought processes. cet usage trop stato-centré de la notion d’hégémonie la détourne de son sens premier. Cela rejoint la notion de « monopole légitime de la violence symbolique » par l’État sur son territoire élaborée par Bourdieu. employment . (Lustick. il ne saurait s’achever avec la construction formelle de l’État. Making spatial exclusivity is vital to the incorporation of social practices under state regulation. Agnew précise un point décisif. in their everyday uncalculated apprehensions.. Deux traits qui caractérisent cette notion d’hégémonie culturelle de l’institution de l’État semblent ainsi devoir être relevés : sa participation intrinsèque au processus de formation de l’État. Il participe on ne peut plus fondamentalement à sa reproduction et donc à sa perpétuation.are rationalized and homogenized.

les délocalisations industrielles. les états restent considérés comme les nœuds de l'économie: The historically contingent nature of state-economy relations thus continues to be collapsed 'into a single abstract unity' in which the long-term complementarity of wealth. 1994:54). auxquelles participent.and powerseeking by territorial states is assumed a priori. etc.La confusion17 entre la Nation et l'État est contingente et le fruit de circonstances historiques. « even when rule is territorial and fixed. 17 (Agnew. 1994:70). politiques spécifiques à l'Europe moderne. 18 -18- . si les territoires des sociétés civiles des états européens coïncident avec les espaces sur lesquels les états ont des prétentions territoriales. Un tel découpage opère une abstraction homogénéisant qui nivelle les différentiels infra étatiques. Alors qu'il serait peut-être beaucoup plus pertinent de considérer les tensions et mises en concurrence trans-locales. 1994:65).18 Comme le souligne Agnew. le territoire des états n'a jamais cessé d'être « malmené » par des traités. Or. Précisément. économiques. c'est la conséquence des trajectoires historiques de formation de ces « Société-états territoriales (territorial state-societ[ies]) ». (Agnew. d'union monétaire. « The territorial state has been 'prior' to and a 'container' of society only under specific conditions ».19 De fait. dans les approches d'Economie Politique Internationale (EPI). 19 (Agnew. Agnew relève à ce propos que la plus grande part de ces flux sont intra-firmes et donc à ce titre peuvent difficilement être considérés comme participant de « guerres économiques » que se livreraient les états contemporains. C'est peut-être l'exemple le plus limpide de ce que le « piège territorial » de ces analyses stato-centrées peut induire comme trompe-l’œil en ne permettant de concevoir ces flux que comme des rivalités économiques internationales. Alors même que cette conception tend à entretenir la vision de l'économie mondiale comme une compétition entre économies nationales héritée du mercantilisme. Mais nul besoin de rappeler à quel point il s'agit d'une délimitation peu pertinente au regard des très importants flux internationaux de marchandises et financiers allant en s’amplifiant dans le processus de globalisation. (Agnew. des marchés communs. des accords d'assistance mutuelle. La notion d' « économie nationale » appartient à ce type de conception. 1994:63). territory does not necessarily entail the practices of total mutual exclusion which the dominant understanding of the territorial state attributes to it ». par exemple.

d’une dichotomie politiques extérieures/politiques intérieures et enfin d’État-conteneur participent de l’universalisation des catégories politiques européennes. -19- . L’utilisation d’une approche en termes historiciste de trajectoires historiques des Etats. excluant ainsi de réduire les « sociétés politiques » africaines à n’être que le reflet inachevé des État-nations européens. Mais par ailleurs cette approche se propose de répondre aux points d’aveuglement que le « piège territorial » ne manque pas d’induire par l’ethnocentrisme et l’idéalisme positiviste qu’il véhicule en déployant un regard qui part de la contingence et de la singularité de chaque trajectoire historique. que Agnew élabore à partir de la géographie politique. montre comment les catégories de souveraineté territoriale.Ce bref parcourt de l’approche critique des RI. telle que Bayart la développée. va permettre à la fois de déconstruire en quoi les catégories européennes sont le fruit d’une idéalisation des trajectoires historiques des états européens.

1.] la prise en considération des pratiques et des représentations culturelles. La notion d’extraversion permettra d’aborder les enjeux d’économie politique de la dépendance des élites politiques africaines aux rentes provenant de l’extérieure du territoire.2 Sociologie politique de l’État en Afrique sub-saharienne 3. alors même que les nationalismes africains ont servi à articuler une hétérogénéité d’acteurs autour du projet d’indépendance. de l’activité symbolique et […] saisies dans leur historicité.1. économiques et politiques des élites cooptées sous le gouvernement colonial. (Bayart.2. l’historicité des trajectoires étatiques ne permet pas d’imaginer une rupture radicale avec les stratégies d’extraversion culturelles. les travaux de Bayart vont permettre de montrer qu’elles ont été hybridées dans les pratiques gouvernementales nées du processus de « vulgarisation du pouvoir » concomitant du principe de gouvernement indirect qui prévalait sous l’ère coloniale.[.. est en effet un impératif [. chez Gramsci. c’est-à-dire que l’affirmation de la souveraineté de l’autorité d’un État sur son territoire sert bien souvent de moyens. Le concept d’hégémonie. d’exploitation ou de solidarité. si le postulat de l’ « État-conteneur » comme représentant neutre de l’intérêt collectif de la Nation en montrant n’est pas une notion pertinente épistémologiquement pour décrire la complexité et la diversité des trajectoires des états-nations africains.3. Au même titre. Il va s’agir ici de se pencher sur les formes culturelles du pouvoir en tant que résultat de cette « Rencontre coloniale ».. Bayart montre que la notion de souveraineté est une ressource d’extraversion. en revendiquant le rôle de l’Étatnation de représentant de l’Intérêt supérieure de la Nation.]cette dimension est bien constitutive des rapports de pouvoir. A partir des enjeux épistémologiques que Agnew a soulevé en termes d’universalisation abstraite et ethnocentrique des catégories politiques européennes. Ainsi.1 Trajectoires historiques des formes d’État-nation Disons d’emblée que la récusation systématique de l’approche et de l’idéologie culturalistes est la condition sine qua non de l’analyse politique des pratiques dites culturelles. -20- . en négligeant tant la matérialité que la corporéité des pratiques sociales. ne dit pas autre chose. par exemple. Cependant. Le deuxième risque porte sur le bonus indu que les cultural studies accordent au registre du discursif. 2008:13).. une forme culturelle du pouvoir. il reste cependant un instrument politique essentiel. en cherchant à les décrire dans leur performativité politique à travers la notion d’hégémonie.. Cette tension entre l’inadéquation des catégories politiques « classiques » et cependant leur instrumentalisation par les acteurs politiques est caractéristique des « sociétés politiques africaines » marquées par la Rencontre coloniale.

La relation de l’État à la « société »24 sur laquelle il exerce son autorité est le point d’entrée de l’analyse et non pas une évidence intrinsèque au binôme État-Nation indivisible que la notion d’un « État-conteneur » implique. Notre paradigme [de l’extraversion] permet notamment de dépasser la distinction stérile entre la dimension interne des sociétés africaines et leur insertion dans le système international. [. (Bayart1999:105). This seems innocent enough. Ainsi. qui se déploie à l’interface entre les relations internationales ou transnationales et les processus internes des sociétés politiques. Si l’on suit Gramsci lorsqu’il décrit l’État comme l’addition de la société politique et de la « société civile ». 24 « 'society' means in international political economy what it means in most everyday usage: the social order or organization within the territory of a state. de type Plan d’Ajustement Structurel. Il serait tout-à-fait pertinent de se pencher sur la violence éthnicide dont ces nations considérées unifiées sont le résultat – intimement liée au processus de centralisation dont l’État moderne est le produit contingent. except that it endows the territorial state with the legitimacy of representing and expressing the 'character' or 'will' of the nation. 2009 :38). sans voir ce qui s’y dérobe. everything is subordinate to it » (Agnew 1994:68). sans prise en compte des rapports de pouvoir internes propres aux sociétés africaines. que ce soit par la mise en place d’une économie d’extraction.. 1994 :59). des conditionnalités liées à l’aide au développement.22 Même le concept de résistance ne laisse que peu de place pour concevoir un agir politique des colonisés qui ne soit pas univoquement orienté contre les colonisateurs.pour des acteurs « gatekeeper »20 placés à l’interface entre le territoire national et la scène internationale. 23 « The dyad of resistor/oppressor is isolated from its context.. 1999). 22 « En outre.23 In the political science literature the term 'nation-state' is often used as synonymous with territorial state. elles réduisent l’historicité de la société colonisée à son interaction avec l’État colonial. struggle within the colonized population […]is "sanitized". l’hétérogénéité des nations africaines en termes d’identités d’appartenances est ainsi le produit de processus complexes liés au « moment colonial ». il faut rompre avec l’imaginaire colonial qui vouait les colonisés à être les victimes réactives de la domination coloniale. ou plus récemment d’une énième « réforme » dans le « state-building » sous le couvert de la « bonne gouvernance ». are narrowed into a single framework » (Cooper.]This reinforces the totalizing power of the territorial state as a primal force. […] Le rapport de l’Afrique au monde […est] consubstantiel à sa trajectoire historique. ni la relation dialogique du rapport au champ colonial avec des durées sociales indépendantes » (Bayart. (Agnew. selon Bayart. cette dernière ne semble guère pouvoir prétendre à une autonomie 20 (Reno.21 Pour se donner les moyens d’appréhender cette hétérogénéité des « sociétés politiques » africaines. […] multi-sided engagement with forces inside and outside the community. 21 -21- . Il ne fait d’ailleurs qu’amplifier l’une des données fondamentales de la globalisation. 1994:1533). d’extraire une certaine rente à partir de relations qui précisément circonviennent à la notion d’exclusivité de l’autorité d’un État sur son territoire. Une telle hétérogénéité est certainement moins apparente dans les nations européennes.

plutôt que de se doter des outils pour caractériser ces formes étatiques. la notion de « société civile ». par exemple la caractérisation de ces trajectoires historiques en tant qu’échecs de « l’importation »26 de l’État. ou encore de « sociétés politiques » doivent être étudiées dans leur spécificité qu’une conception trop positiviste.:263. c’est risquer de ne pouvoir que constater le décalage par rapport à un modèle. le postulat a priori d’une homologie constitutive entre l’instance étatique et la Nation dans le canon de l’État-nation est l’un des postulats qu’il s’agit de déconstruire au travers de l’analyse des Etats dans leur historicité : D’une part. 27 « la colonisation n’a jamais été en mesure d’araser l’historicité propre des sociétés africaines ou asiatiques :[…] son gouvernement indirect supposait l’intermédiation de forces sociales et politiques indigènes dont elle a souvent conforté la mise » (Bayart. lorsque le discours développementaliste se contente de caractériser ces états de « failing states ». participerait à la légitimation de l’ordre étatique dans la mesure où elle participe de son hégémonie. Il n’y a pas eu de table rase des sociétés antérieures à cette Rencontre. à la colonisation. de rivalités entre des groupes sociaux africains. elles ne sont ni le pur produit d’une importation. irréductibles aussi bien à la fidélité à on ne sait quelle authenticité primordiale de l’autochtonie qu’à l’imitation mécanique de l’Autre. peut cependant nourrir des points de vue misérabiliste. les pratiques sociales des étrangers en les mélangeant à leur propre Weltanschauung et en donnant naissance à des « significations sociales imaginaires » spécifiques. les trajectoires historiques contingentes de constitution d’«états territoriaux ». si les trajectoires historiques des pays africains ont produit de nouvelles formes d’organisation de leurs « sociétés politiques » au travers et par-delà la « Rencontre Coloniale ». d’ « une greffe » des institutions occidentales. ou encore. les savoirs. et ce au détriment (ou en contradiction avec) d’autres groupes sociaux (ou d’autres sociétés politiques. stratégies politiques irréductibles à la domination coloniale et à son pendant réactif.25 Au contraire.27 25 (Gramsci. 1998 :15). (Bayart. L’État importé: l’occidentalisation de l’ordre politique. 1992. Fayard. Bertrand. du fait d’une quelconque inertie intrinsèque. Prison notebooks. Ainsi. les représentations culturelles. Elle pourrait même être taxée de contribuer à une certaine cécité par rapport à ces formes dans leurs spécificités historiques. Badie. ni les palimpsestes de formes traditionnelles résiduelles qui auraient résisté. Aussi. et conceptualisables en termes d’ « hybridation » ou de « métissage. Celle-ci a été le lieu de processus de luttes politiques. la résistance. L’analyse en termes d’historicité des sociétés politiques implique ainsi de considérer les filiations liées autant à des « hors-champs » propres aux sociétés africaines qu’à l’occupation coloniale. idéal-typique. 2009 :32) . cité dans (Germain et Kenny. Dans les deux cas. de l’État-nation n’est capable de décrire. Ainsi. des groupes sociaux ont instrumentalisé les nouvelles institutions politiques et ressources économiques au service de leurs desseins propres en matière d’accumulation de richesses ou de pouvoir. 26 -22- . comme les acteurs se voulant ses représentants.par rapport à l’État.) D’autre part. L’usage a-réflexif de ce modèle. 2008:5). s’il ne voue pas forcément l’analyse en termes d’État-nation à la contemplation de son propre reflet. ils se sont approprié les idées.

Ainsi. 29 « Les traditions inventées européennes se caractérisaient par leur inflexibilité. du pouvoir. (Ranger. […] est associée au rapport que les groupes sociaux entretiennent avec le pouvoir d’État et désigne plus particulièrement les stratégies de captation des politiques publiques par des groupes particuliers [. ils lui attribuaient naturellement les mêmes caractéristiques. pleinement « modernes ».. Ainsi. [ils pensaient que] la société africaine était profondément conservatrice : vivant selon des règles immémoriales et immuables.De nouvelles formes de gouvernementalité ont émergé. c’est-à-dire incorporées.] » (Bayart. au contraire. produits hybrides des rivalités internes aux sociétés colonisées. non pas comme une domination impériale univoque à laquelle les colonisés auraient réagi. Ranger affirme ainsi que les traditions africaines n’étaient non pas intrinsèquement des formes culturelles immuables et immémoriales. les registres discursifs dont ils usent fussent-ils « traditionnels ». mais également dans le processus d’hybridation des instances « traditionnelles » telles qu’elles se sont constituées dans la « rencontre coloniale ». 2008:20). La notion de vulgarisation du pouvoir28 cherche à saisir ces processus d’institution de l’État-colonial. autant que processus de résistance ou de cooptation des acteurs colonisés aux politiques coloniales. les acteurs des territoires colonisés n’étaient pas irrévocablement pris dans des traditions figées réagissant au « Progrès » colonial par inertie et incapacité à saisir l’opportunité de progresser. quand les Européens pensaient à la coutume en Afrique. Ce processus d’hybridation des rationalités politiques doit être analysé en termes de formes culturelles. Pour saisir cette complexité. -23- ... 2006: 269). la colonisation a été un moment de luttes politiques internes aux sociétés colonisées sur l’enjeu de la captation de rentes liées à la prise de position dans les institutions de l’État colonial. 2006 : 263). il est nécessaire d’esquisser certains principes ayant caractérisés le « moment colonial » et dont les sociétés politiques africaines contemporaines sont le produit historique. La manipulation de la coutume codifiée et réifiée par ces groupes qui défendaient leurs intérêts particuliers avait pour but d'affirmer ou de renforcer leur pouvoir. […]Dans ces circonstances. en considérant que les colonisés ont été des acteurs politiques à part entière de ces luttes. mais qu’au contraire cette forme rigidifiée est le résultat de la rencontre du néo-traditionalisme européen importé par les colonisateurs (son caractère « inventé » et formalisé le rendant intrinsèquement enclin à une certaine rigidité) et de comportements stratégiques d’acteurs « colonisés » qui ont pu y trouver une ressource de légitimation de leur position sociale.] Elle est également susceptible de recouvrir les stratégies d’investissement de la situation coloniale par les groupes sociaux autochtones[.La] tradition codifiée se durcit inévitablement en un sens qui avantageait les intérêts particuliers en place à l'époque de sa codification. mais. […]Le problème de cette approche est qu'elle faisait intervenir une conception totalement erronée des réalités de l'Afrique précoloniale » (Ranger. pour éviter l’écueil d’une lecture trop instrumentale et intentionnaliste des comportements stratégiques des élites politiques africaines.29 28 « La vulgarisation du pouvoir. contrairement à la représentation misérabiliste de traditions sclérosées qu’en a construit le discours colonial. [... conformément à une idéologie basée sur l'absence de changement.

2006 : 5-6). Ainsi. Autant la critique du postulat de l’État-conteneur des RI par Agnew que l’analyse en termes de trajectoires historiques mettent à mal toute conception consensuelle de la relation État et nation.. Ainsi. quand bien même dans sa forme. un lieu de pouvoir et donc un espace et un enjeu de lutte. cette « guerre de 30 31 « La vulgarisation du pouvoir. un processus hégémonique ne saurait être figé. 2008:20).. In the gramscian sense. Dans la mesure où les équilibres des différents groupes sociaux évoluent en permanence et où les coalitions peuvent donc à tout moment se reconfigurer en fonction des acteurs qui réussissent à imposer leurs « concepts hégémoniques ». il se doit de se revendiquer comme immuable évidence. que ce soit par l’entremise de processus d’invention de la tradition. implicitement. se légitime la « domination » des élites autochtones et allogènes et s’ « imagine » la nation comme « habitacle » de la servitude bureaucratique. (Bayart. 2008:20). stratégiquement impliqués dans l’émergence d’hégémonies30 lors du « moment colonial ». des projets nationalistes ou encore par l’incorporation du discours du Progrès. Certains ayant pu se légitimer dans le processus de cette réinvention du « matériel » culturel propre aux sociétés colonisée. des systèmes de croyance qui caractérisait la « rencontre coloniale ». Elle rejoint la notion gramscienne d’hégémonie en tant qu’elle recouvre les enjeux symboliques du pouvoir. » (Bayart. Elle partage certains traits avec la notion de gouvernementalité de Foucault. Les élites cooptées des pays colonisés ont ainsi été des acteurs à part entière. -24- .] recoupe la problématique gramscienne de l’hégémonie. cette « Rencontre coloniale » a été le lieu de projets universalistes de dépassement de ces « incommensurabilités » qui ont servi de terreau à la formation de l’État colonial par l’entremise de formes culturelles communes. La notion de vulgarisation du pouvoir permet de décrire ce processus d’hybridation qui a amené à la formation de l’État colonial. s’intéressant plutôt aux instruments de régulation.[. de l’ « invention de la tradition » par laquelle se noue la « rencontre » ou le « dialogue » colonial. comme ailleurs. (Sibille. L’État en Afrique a été et y est. Cette invention de la tradition n’est ainsi pas le pur produit d’une importation du néotraditionalisme européen. qu’aux luttes qui les ont fait naitre31. (Mumby 1997 : 365). hegemony describes a process of struggle rather than an existing state of consensual domination that is continually produced and reproduced.La vulgarisation du pouvoir […] nous parle alors. Cependant. c’est-à-dire que les historicités dans lesquelles s’inscrivent les colonisés sont irréductibles aux historicités des colonisateurs. Il est nécessaire de considérer cette hétérogénéité des historicités. c’est-à-dire le bras culturellement armé de la domination politique. Elle est le produit des rivalités entre les acteurs colonisés. les catégories politiques hybridées dans le processus de « vulgarisation du pouvoir ». quoi que celleci ne semble pas la plus à même de rendre compte des luttes inhérentes à des processus hégémoniques. l’approche historiciste exclut d’adhérer aux mythes d’une « innocence » des colonisés face à la colonisation ou d’une « innocence » de l’État comme représentant de la nation.

« il y a place pour la transaction. 2009 : 35). the destruction of formerly ideologically hegemonic concepts. or the emergence of new ones » (Trottier. marché ou « mission civilisatrice» ! (Bayart. They are presumptions that exclude outcomes. hégémonique. Zeitoun.32 La difficulté est alors d’appréhender simultanément l’irréductible incommensurabilité des durées constitutives des sociétés lors du moment colonial (ou postcolonial) et les processus de formation d’échelles de commensurabilité qui sont inhérents aux entreprises impériales.33 [This] group social group can become dominant and gather state power in its hands only if it succeeds in developing its hegemony within the civil society by persuading the subordinate groups to accept the values and ideas that it has adopted and by building a network of alliances based on these values. comment quelque chose peut le devenir et ce qui n’a pas de raison de l’être. ce que suppose au demeurant le concept d’hégémonie ». Le caractère processuel de la notion d’hégémonie implique de considérer ces « échelles de commensurabilité» comme les produits de « transactions hégémoniques » entre colonisateurs et colonisés et au sein des sociétés colonisées. sur un principe analogue à la notion de paradigme. fût-ce sous le glaive de la coercition. (Lustick. Ainsi. thus they advantage those elites well positioned to profit from prevailing cleavage patterns and issue definitions. Précisément. l’hégémonie. 2008 :806). la notion d’ « interférence discursive » rend également compte de résistance que tout projet de totalisation d’un espace social ne manque pas de rencontrer. ce cadre définit ce qui est dicible politiquement. options.position » permanente alimente « the persistence of ideologically hegemonic concepts. où son institutionnalisation est telle que les réponses à certains enjeux les plus importants pour ces élites ne sont précisément plus considérés comme problématiques et discutables collectivement. Ideologically hegemonic conceptions provide stabilizing distortions and rationalizations of complex realities and arbitrary distributions of valued resources. 1993 :121) Ainsi. c’est le processus de violence symbolique poussé à son maximum. -25- . l’hégémonie est un processus de légitimation de certaines conceptions et positions par rapport à des enjeux collectifs favorables à certaines coalitions d’acteurs politiques qui se légitiment en produisant ce discours institué. c’est-à-dire qu’elles ne sont pas le produit univoque de la domination coloniale. (Trottier. savoir colonial. 1995: 2). mais comme des évidences acceptées tacitement. 2005:63). quels que soient les concepts par lesquels on les désigne : recherche hégémonique ou hégémonie. 33 (Bayart et Bertrand. 32 « sanctioned discourse as ‘a normative delimitation separating the types of discourse perceived to be politically acceptable from those that are deemed politically unacceptable at a specific point in time’ » (Warner. or questions from public consideration. 2003:2) ] La notion de contre-hégémonie est utile pour décrire ces luttes dans le champ de légitimation de l’exercice du pouvoir politique. Dans une approche en termes de « narratives ». gouvernementalité.

ou « blocs historiques » ont été à même d’instituer des conceptions qui les ont légitimé dans leur captation de l’appareil étatique.2. 1981.La notion gramscienne d'hégémonie ne décrit pas un processus circonscrit au territoire national.’ (Swatuk.2 3. Les notions de nationalisme et d’extraversion. en tant que produit contingent de chaque trajectoire historique. 2007:5).e.1.35 Ainsi. Millennium. -26- .37 Malgré leur rôle en tant qu’éléments centraux de ralliement dans les luttes pour l’Indépendance. 35 « Gramsci (1971) describes this as the "constellation of social forces". en tant qu’elles seront étudiées dans leur caractère hybride. control." » (Cooper.10: 126155). 1994: 1538.1. les catégories européennes ainsi 34 « Only in mainstream schools of the discipline of International Relations is ‘hegemony’ understood in the state-centric fashion. Cela illustre la puissance hégémonique des catégories politiques européennes. (Cooper. "Postcoloniality and the Artifice of History").2. dans ce processus transnational d’émergence de la forme de l’État-Nation. The principal distinguishing feature of such forms are the characteristics of their historic blocs.citant Cox. 2009: 32).2. […] ‘distinctive forms of state. comme Bayart le souligne également. fruit de pratiques vont servir à illustrer comment certaines formes étatiques ont émergé suite à l’historicité des blocs historiques ayant monopolisé l’État. Une dimension importante à cette notion. 3. il ne faut pas perdre de vue cette contingence qui contredit la violence symbolique de réduction qu’exerce le modèle de l’Étatterritorial face à la diversité qui a émergé des trajectoires de vulgarisation du pouvoir propres notamment à l’Afrique sub-saharienne.34 au contraire du monopole de la violence symbolique tel que défini par Bourdieu. the configuration of social forces upon which state power ultimately rests. malgré le monopole de cette forme en tant que modèle de « société politique »36. 36 « "what European imperialism and third-world nationalisms have achieved together" is "universalization of the nationstate as the most desirable form of political community. 37 (Bayart. Where this constellation of social forces achieves consensus. Ainsi. il y a « universalisation de l’État-nation comme mode d’organisation et de souveraineté politiques » sur tout le continent africain. 2010 :521-22. a 'historic bloc' is said to emerge giving rise to a particular state form. » (Selby. fracturing and producing unities and reconfiguring resistances. citant Dipesh Chakrabarty. c’est l’idée que chaque bloc historique. donne lieu à une forme étatique spécifique. i.1 Esquisse d’une Gouvernementalité néocoloniale Nationalisme et Stratégies d’extraversion Even the counterhegemonic discourses of the colonial era and the subversions of European notions of modernity become enmeshed in concepts – the nation-state most prominent among them –that redeploy ideas of surveillance. and development within postindependence politics. Elle a trait aux processus culturels de pouvoir par lesquels différentes coalitions d’acteurs politiques. 1994 :1533).

en tant que forme d’allégeance territoriale. exerceraient une « domination sans hégémonie ». Nationalists. l’État-nation. participent cependant de l’hégémonie coloniale en véhiculant ses catégories politiques. -27- . aussi. les formes étatiques du continent Africain tendent à s’articuler autour de deux modalités de nationalisme et d’extraversion. En se risquant à faire une généralité. le nationalisme en tête. Cela peut s’expliquer 38 « In analyzing hegemonic struggle it is important to demonstrate the way in which discourses and actions can be simultanously resistant and consensual. continued to practice dominance without hegemony » (Cooper. 2008:7). En analysant les stratégies nationalistes déployées par les élites africaines. L’articulation d’une identité nationale unique par-delà les rivalités entre groupes sociaux dans ce processus de « vulgarisation du pouvoir » s’est soldée par un vernis nationaliste bien fragile pour recouvrir des sociétés politiques encore très hétérogènes. en étant la forme de société politique hégémonique dans le continent africain. avec la réserve de les considérer quand même comme des processus hégémoniques. la relative impopularité des nationalismes africains s’expliquerait par le fait que les nationalistes. Selon Cooper.détournées. mais contestés. elle n’en a pas moins été revisitée dans le processus de vulgarisation du pouvoir. ayant repris le flambeau des colonisateurs. Comme le précise Bayart. semble avoir échoué dans son processus d’incorporation populaire. telle que cette hégémonie coloniale. sous le couvert de ces catégories.38 L’hypothèse qui va être poursuivie ici est cependant de les considérer comme des catégories hybrides. Cependant. Une telle approche se méprend sur le processus de « vulgarisation du pouvoir » en voulant en faire un monument de pure rationalité stratégique. s’y seraient entreprises selon des manigances purement pragmatiques.40 Cooper semble utiliser la notion d’hégémonie dans sa définition stato-centrée. 39 (Bayart. seeking to displace colonial rulers without undermining their own authority. Aussi. se diffusent et s’imposent par l’entremise de processus d’incorporation et d’articulation à des systèmes de croyance dont ces élites ont été les acteurs à part entière dans cette vulgarisation des catégories politiques européennes. le nationalisme. fruits des « transactions hégémoniques » pour ne pas réifier une forme de l’État-nation et risquer de tomber dans le « piège territorial ».39 Le nationalisme des élites politiques africaines doit ainsi se comprendre comme le fruit de comportements stratégiques d’acteurs dont la subjectivation même est le produit des « transactions coloniales ». 40 « […C]olonial regimes seek legitimacy by hitching themselves to indigenous notions of authority and obedience. uniting and dividing. « Il n’est point de stratégie sans imaginaire». les élites africaines y ayant trouvé l’instrument au service de leur soif de pouvoir. il parait cependant pertinent de le suivre en caractérisant ces projets nationalistes. 1994:1531). radical and conservative » (Mumby. non sans remaniements et hybridations inhérents au processus d’importation. si l’hégémonie coloniale semble se perpétuer chez les élites africaines. il faut se préserver d’un travers intentionnaliste qui décrirait ces comportements stratégiques en termes de simple opportunisme et d’intérêts à investir ces catégories politiques « importées ». 1997:368). ne faut-il pas perdre de vue que les formes culturelles du pouvoir.

42 (Anderson. « In almost every case.par le fait qu’ils ont perpétué les formes politiques nées de la « Rencontre coloniale ». 1994:1539). il est extrêmement à-propos de relever qu’une logique analogue a prévalu en Europe au XIXème siècle. Dans cette idée de « provincialiser l’Europe » et d’illustrer l’idéalisation des trajectoires historiques des états européens dont le « piège historique » procède. le processus d’homogénéisation du champ social évoqué par Agnew n’a pas eu lieu et les temporalités« incommensurables » (qui sont également des espaces. 43 (Anderson. 2006: 90-92 . ces nationalismes officiels n’ont su ni former une identité nationale commune.43 La notion de « nationalisme oligarchique » – dans lequel l’intérêt national promu tend à se confondre avec les intérêts du bloc historique monopolisant l’appareil de l’État – semble adéquate pour rendre compte de ces nationalismes africains ayant émergé dans la lutte pour les Indépendances et s’étant étatisés suite aux indépendances. 42 Il serait difficile de trouver formulation qui met une lumière plus crue sur l’inadéquation de la catégorie d’ « État-conteneur » à saisir les trajectoires mêmes des états dont l’idéalisation a servi de modèle pour l’État-nation. Dans son analyse de l’émergence des nationalismes. ou de « communautés imaginées (Imagined Communities) » comme il les nomme. 41 « The public's nationalist sentiment was actually quite thin. 105 . Benedict Anderson utilise pour décrire cette période de l’histoire européenne les notions de « nationalisme oligarchique » et de « nationalisme vernaculaire ». lorsqu’il s’est agi. de s’approprier de manière opportunistes les nationalismes émergents en cherchant à se « naturaliser ». for his clientele. Ainsi. comme le principe de cooptation des élites traditionnelles. Ainsi. Cela n’aiderait que peu à saisir les logiques sous-jacentes à ces enjeux d’allégeance. for his class. Attempts at building national institutions were inevitably read as building up particularistic interests: for the leader's tribe. for himself » (Cooper. des échelles poussées aux marges) ne se sont pas épuisées dans ces projets nationalistes. 108). afin de s’assurer des soutiens de la part de réseaux clientélaires. official nationalism conceale a discrepancy between nation and dynastic realm ». Il semblerait vain de chercher à tracer la frontière entre un « nationalisme oligarchique » et un « nationalisme populaire » sur le critère de sa popularité. sur le modèle de l’indirect rule. -28- .41 Les luttes pour l’indépendance articulées autour de valeurs à portée universalistes ont contribué à exacerber ces tensions et n’ont pas manqué d’alimenter des revendications contre-hégémoniques de groupes lésés par les équilibres que l’État colonial avait institués et que les blocs historiques émergents de ces luttes n’ont pas manqué de perpétuer en leur faveur. Ces pratiques gouvernementales « particularistes » sont loin d’être favorable pour établir un sentiment populaire d’identification nationale. et de néopatrimonialisme. pour les dynasties régnantes. 2006: 113). ni lui donner un ancrage « territorial » sur les frontières héritées de l’ère coloniale – contrairement à ce que les « postulats géographiques » des RI auraient laissé espérer.

Les formes culturelles du pouvoir qui sont rendues hégémoniques au travers des projets nationalistes oligarchiques tendent ainsi à être autant produit et reproducteur de la prééminence du bloc historique. durant le Moment colonial. Les Africains ont été les sujets agissants de la mise en dépendance de leurs sociétés [. qui n’a pas été sans affaiblir par son principe même la légitimité de ces nationalismes dans les populations africaines. dont le principe n’a pas été fondamentalement modifié après les Indépendances. qui insiste sur la fabrication et la captation d’une véritable rente de la dépendance comme matrice historique de l’inégalité. ces projets tendent à structurer le champ politique en amenant la marginalisation de certains acteurs. 1999: 118). le principe d’exercice du pouvoir au travers des catégories « traditionnelles » d’autorité s’est perpétué par cooptation des élites. de la centralisation politique et des luttes sociales. un double principe de cooptation des élites et de remise en question de leur légitimité à exercer leur autorité a résulté en une dépendance mutuelle de l’État-colonial et de ces élites. continue d’être heuristique[…]. Ce faisant.] le paradigme de la stratégie de l’extraversion. conséquence de la perpétuation de ces logiques fruit des « transactions coloniales ». afin de pallier aux faiblesses en termes de ressources économiques. ainsi qu’à la consolidation de son économie politique rentière et à la fortune de ses gatekeepers. partant. alors même que le projet de « modernisation » de l’organisation politique affaiblissait de plus en plus la légitimité « traditionnelle » à mesure que le processus de bureaucratisation et de centralisation de l’État a progressé.. stratégie d’extraversion qui s’est perpétuée dans l’ère postcoloniale. […L]es chefferies historiques ou pseudo-traditionnelles cooptées par le colonisateur. 1999 :100). Ainsi. ou de l’ « Empire néo-libéral ». Comme le précisait Cooper. financières et de légitimité domestiques. les élites allogènes impériales et « transnationales » […] ont œuvré au jour le jour et contribué à la cristallisation du clientélisme de l’« État-rhizome ». ce principe d’extraversion qui caractérise les trajectoires historique des états africains a servi de compensation à la faiblesse de leurs ressources et à la fragilité de leur autonomie par rapport aux instances de l’Empire colonial. Ainsi. Sous le couvert de projets nationalistes. (Bayart.Il paraît plus pertinent de se pencher sur les coalitions d’acteurs que ces nationalismes sont à même de fédérer en s’articulant à leur mode de vie et leur système de croyance. de leur légitimité populaire. cette forme de gouvernementalité alimentée par l’extérieur est le fruit des trajectoires -29- . L’autre dimension qui caractérise cette gouvernementalité coloniale esquissée ici relève des relations vers l’extérieur pour lesquelles les acteurs cooptés par l’État-colonial avait su se donner un rôle de gatekeeper. Ainsi. Un tel processus peut potentiellement amener ces acteurs marginalisés à construire une contre-hégémonie légitimant leur forme de « société politique » qu’il semble légitime de désigner comme une forme de nationalisme vernaculaire. les états africains après les Indépendances n’ont pas rompu avec cette logique de cooptation des élites et d’appropriation des ressources extérieures à des fins clientélaires. (Bayart.

. les ressources économiques retirées de l’extraction de ressources autochtones à destination des marchés internationaux. 1999 :104-105). antithèse de son acception « territoriale » véhiculée par les RI. le postulat de la « souveraineté territoriale » est une catégorie politique dont la reproduction stratégique de l’hégémonie n’est pas sans affinité avec le projet nationaliste. Ce second type de stratégies a trait à ce qui est communément taxé de « malédiction des ressources ». l’historicité des formes étatiques africaines et la « continuité hégémonique » (voir ci-dessous) participent de cette reproduction des logiques propres nées dans la « Rencontre coloniale ». -30- . 44 « L’idée du « développement » ou celle du nationalisme […] sont des produits dérivés de l’hégémonie coloniale et concourent à sa reproduction » (Bayart. les stratégies d’extraversion. le nationalisme participe de ces stratégies d’extraversion sur un plan idéel. au même titre que cette « extraversion territoriale ». Extraversion financière. en premier lieu. le nationalisme peut être considéré. Cette citation permet de relever les deux types de stratégies d’extraversion dominant. au-delà de la dimension instrumentale du nationalisme sous la forme de la rhétorique de la nécessité de la poursuite des stratégies d’extraversion économiques et financières pour l’Intérêt National. conformément à ce paradigme de l’extraversion. participe d’une même souveraineté que l’on pourrait définir comme étant d’interface. En suivant Agnew sur l’argument que le « piège territorial » est incorporé par les acteurs politiques – et c’est bien là le problème de son caractère implicite dans les théories de RI. (Bayart.historiques des états africains. les mannes qui en sont retirées tendant effectivement à entretenir des réseaux clientélistes. l’utilisation rentière de ressources financières « importées » au nom de l’aide au développement. 2009:38). La question ne se pose pas en termes de continuité ou de rupture.] Extraversion économique. Un deuxième point essentiel relevé ici par Bayart tient à cette souveraineté elle-même reconduite et entretenue par et au travers de ces stratégies d’extraversion. […par l’extraction] des produits primaires du pays […C]es deux stratégies d’extraversion […] correspondent bien à notre modèle initial de l’exercice de la souveraineté par construction de la dépendance. ce qui nuit certainement au potentiel « multiplicateur » de ces ressources économiques. Ainsi. sous la forme d’une aide directe de la part des États amis et des institutions multilatérales [. Interface entre l’intérieur et l’extérieur du territoire. comme participant d’une forme d’extraversion discursive qui permet de comprendre les raisons d’une « continuité hégémonique »44 des catégories politiques européennes – et rend d’autant plus indispensable une « provincialisation » de ces catégories. dont le nationalisme serait une modalité. interface entre ce qui est dans l’État et ce qui lui est extérieur. de ce point de vue. en second lieu. en tant que principe d’autorité exclusif sur un territoire. Ainsi. qui ratifie ainsi un sens commun qui mérite tout au moins d’être discuté – dès lors. Autrement exprimé..

sociales et un mode de redistribution au travers de réseaux de pairs. autant de ressources potentielles d’extraversion par l’entremise de l’appareil étatique. Dans le parcours de l’historicité du mode de gouvernement néocolonial. il est défendu ici qu’il est plus adéquat d’utiliser une définition de l’hégémonie non restrictive aux acteurs étatiques et non circonscrite à un territoire national.2. 3. L’approche gramscienne de l’hégémonie défend ainsi que : « while there is hegemony in any geopolitical order.3 Historicité des hégémonies du « Développement » Hegemony is established and maintained at a trans-national level. L’hégémonie coloniale. fruit de la trajectoire d’un État. économiques. Des modes d’extraction par déplacement et par jeux sur la porosité des frontières politiques. comme le cas du Lesotho va permettre d’illustrer. contribuant ainsi à la « continuité hégémonique ». 2007:5). L’hégémonie globale contemporaine serait le libéralisme de marché. cohérent et formalisé de normes -31- . through classes. les notions de nationalisme vernaculaire et oligarchique ont été abordées pour se donner des concepts capables de saisir des éventuelles fractures. que le nationalisme cherche à rhabiller sous les atours de l’intérêt national. débouchant sur une véritable dichotomie de la société politique. en tant qu’il s’agit au contraire d’un phénomène transnational de fabrication du consentement. qui aurait succédé à l’hégémonie en termes de sécuritisation de la période de la Guerre Froide. peut être conçue comme un corpus plus moins diffus. au même titre que l’hégémonie développementaliste dont il va être question ici. selon des logiques clientélistes. légales. Le développement sur le concept de stratégies d’extraversion a également été l’occasion d’esquisser les notions de souveraineté d’extraversion dont le nationalisme oligarchique participe.1. hegemony does not require a hegemon but can come in the form of (and always comes with) an ideology that conditions the behaviour of actors in world politics ». consistant ainsi en l’une des formes de contrepartie internationale à ces stratégies d’extraversion. (Selby. Cette gouvernementalité est hérité des structures d’allégeances traditionnelles rigidifiées et confortées par les logiques de cooptation et d’invention de la tradition et le principe de gouvernement minimal.interface entre le légal et l’illégal. Chacune de ces notions justifie en soi une mise en question de l’analyse anhistorique et a-processuelle des formes de l’Étatnation dont le « piège territorial » en RI procède. Cette hypothèse d’une hégémonie internationale a déjà été explorée sous la dénomination du « Consensus de Washington » par Williamson. Ainsi. Elle a trouvé les moyens de sa perpétuation au travers des relations de dépendance que l’aide au développement a contribué à reconduire. ideologies and institutions which have all transgressed nation-state boundaries through processes of globalisation. voilà les deux faces de l’exercice de la gouvernementalité des états africains.

2001).47 Les problématiques de l’aide au développement sont elles-mêmes parties prenantes de la continuité hégémonique [. 47 « En outre. la fonction politique -32- . abstraite et ontologique. 2006:162). en tant que communauté épistémique adossée au champ du développement.. Comme cela a pu être impliqué dans la partie précédente. mais celle de l’enchaînement de l’historicité de l’un à l’historicité de l’autre » (Bayart et al.] elles actualisent le discours […] de la « mission civilisatrice » […] en promouvant […]la « bonne gouvernance ». 46 (Mehta. dont la BM est l’acteur. l’historicité des relations « nord-sud » ne se rompt pas avec la décolonisation. 2005:68). 50 (Bertrand. mais aussi et surtout de l’économie politique interne des Etats. intellectuellement46. hier des administrations coloniales. du rapport du postcolonial au colonial. comme les politiques de développement ne sauraient être considérées comme étant du seul fait des acteurs colonisateurs.50 Cette « continuité hégémonique » des politiques de développement informe ce travail du point de vue de ses effets internes à l’économie politique des pays décolonisés. aujourd’hui des instances internationales dominées par une culture commune technocratique49 et néo-libérale. les « stratégies d’extraversion » sont analysées comme consubstantielles aux trajectoires historiques des états africains.. Comme cela vient d’être montré dans le chapitre précédent. 51 L'État a toujours été conçu sous une forme mythique au travers de ces différentes théoriques économiques du développement.. dans ce sens... tant donateurs que donataires » (Bayart et Bertrand. (Bayart et Bertrand. ou plutôt la généalogie des paradigmes. En cherchant à esquisser l’hégémonie développementaliste. 2006 : 30 et suivantes). avec les Etats-Unis comme hégémon du système international. paradoxalement.45 Il est cependant intéressant de garder l’idée d’une culture internationale (soft-law) – performée par les fonctionnaires internationaux et autres experts des grandes institutions financières internationales. la vraie question n’est pas celle. Bertrand avait déjà cherché à décrire ce caractère dialogique de la « Rencontre coloniale » au travers de la notion de « transaction hégémonique ».51 45 Cependant. 49 « Fischer defines technocracy as “a system of governance in which technically trained experts rule by virtue of their special knowledge and position in dominant political and economic institutions” » (Davidsen. 2005:66-67). le Développement. s’adosse à une vision très stato-centrée des processus hégémoniques qui n’est pas la conception défendue ici.]elles fondent un langage tiers entre le centre de l’Empire néo-libéral et ses provinces qui prend la forme d’une « transaction hégémonique » massive. aussi le Développement s’inscrit de plein droit dans cette filiation.] elles contribuent au financement de la cooptation sur laquelle reposent les « révolutions passives » postcoloniales [.. porté par cette communauté épistémique qui va être développé. dominant. elles sont également le résultat de l’adaptation de ce cœur de doctrines (le Progrès. le paradigme des RI de la stabilité hégémonique internationale dans laquelle cette notion s’inscrit.48 Il importe de rappeler que les politiques coloniales. d’ordre discursif et matériel . Le dernier avatar en serait la « gouvernance » : « Mythes dont.internationales. la Bonne Gouvernance) aux comportements stratégiques des colonisés. Si elles sont le produit intellectuel et politique. […]la « société civile » [. c’est le paradigme. 48 « Les politiques publiques d’aide au développement […] ne relèvent pas seulement des relations internationales. la notion d’hégémonie n’est pas sans point commun avec la notion de soft-law.. 2010).

il s’agit ainsi de situer la notion de gouvernance par rapport à ces enjeux conceptuels autour de l’institution de l’État-Nation. D’un côté. mais le contenu par trop normatif de ce discours de la « bonne gouvernance » n’est pas sans pose des problèmes d’un point de vue analytique. Cox défend ainsi que les états sont le produit des processus hégémoniques globaux. D’un deuxième point de vue. elle est considérée comme une intéressante réponse à la perplexité des sciences politiques face à de nouvelles formes de spatialité entrant de facto en contradiction avec les approche utilisant les territoires nationaux comme unité fondamentale d’analyse. 52 « On assiste à une prolifération d'échelles. et ce de deux points de vue. (Petiteville. au travers des stratégies d’extraversion. -33- . 1994 :67). showing how the domestic and the foreign come together under different historical circumstances rather than separating them into permanent opposition becomes the overriding task. 1998 :128). l’État tendrait à ne plus n'est pas neutre. La globalisation se traduirait ainsi par une évolution dans les modalités de gestion des affaires publiques. Cette citation permet de prendre le contrepied de la conception territoriale de l’État-Nation développée plus haut. La globalisation a de fait contribué à augmenter le poids.2. 3. autant que des conditions matériels et idéels locales. 1998:43). il est nécessaire d’aborder la « bonne gouvernance » comme dernier paradigme en date de l’hégémonie développementaliste internationale. Dans la généalogie des doctrines ayant structurés les relations nord-sud.Cox suggests that territorial states are in a constant condition of reconstruction at the intersection of global and local material conditions. La notion de gouvernance a été la réponse à une perplexité théorique des analyses centrées sur l'État liée au contexte de la globalisation. ou du moins la visibilité donnée aux dynamiques transnationales et globales. […] Le paradigme néoclassique n'échappe donc pas malgré tout à la convocation d'un État mythique.1. vu le caractère hégémonique que la notion a acquis dans les deux dernières décennies dans le champ de l’ « aide au développement.4 De la Gouvernance Il est indispensable d’aborder la notion de gouvernance. Elle a contribué à provoquer un « spatial-turn » dans les sciences politiques auquel la notion de gouvernance a été une forme de réponse. construit pour les besoins de la cause ». reliées dans des hiérarchies enchevêtrées au lieu d'être simplement encastrées » (Jessop. dont les « postulats géographiques » identifiés par Agnew sont en quelque sorte la caricature. bien plutôt que comme une entité territorial strictement autonome. (Agnew.52 La gouvernance semble à même de saisir certains phénomènes pour lesquels les RI semblent quelques peu désemparées. L’historicité de l’État en Afrique illustre le rôle d’interface de l’État entre le local et le global. From this viewpoint. puisqu'ils ont tous contribué à déterminer les comportements des élites étatiques au Sud et à façonner plusieurs décennies de « politiques de développement.

Elle a été reprise dans le champ du développement. que ce soit un élargissement vers le « bas ». comme cela sera développé plus loin. la gouvernance semble être une notion adéquate pour dépasser le cloisonnement a priori entre les politiques intérieurs et les politiques extérieures54. Le « concept de régime international est la forme que prennent les arrangements internationaux dans des domaines spécifiques : a set of implicit or explicit principles. En particulier.. 1998 : 89). rupture par rapport au modèle stato-centré des processus d'action publiques.être l’acteur monopolistique dans l’élaboration des politiques publiques – s’il ne l’a jamais été. notamment du point de vue de leur monopolisation par l'État. Elle fait référence à un mode de gouvernement..55 L'approche libérale des RI a voulu remanier la conception d’une anarchie internationale d’Etats en permanence en État de guerre latent. avec une plus grande implication des acteurs du Tiers-secteur. mais également une intégration des acteurs privés.. Un des arguments centraux de la notion tient à l'idée d'une rupture dans le mode de gestion des relations entre le marché. rupture de son monopole de gestion des enjeux collectifs. 54 « le concept de gouvernance est « séduisant » car il permet de rompre avec la traditionnelle dichotomie politique domestique / internationale » (Smouts. 1998: 89-90).. principalement par la BM. Mais le discours de la nouveauté de ces processus n’est pas sans enjeu politique. Il pourrait ainsi être argué qu'il s'agit essentiellement d'un changement de regard. potentiellement. en partant d’une problématisation des processus d'action collective à partir d’une réflexion sur le rôle de l'État dans sa relation à l'économie et à la société. tel que le postule les RI néo-réalistes. puis s’est diffusé à la plus part des OI. mais là encore. des ONG locales. rules and decision-making procedures around which actors' expectations converge in a given issue-area of international 53 « Il est important de souligner que cette prétention à la rupture évoquée ci-dessus est un trompe-l'oeil dans la mesure où ce genre de pratiques de coordination marché – État a toujours existé sous des formes diverses.[. en cherchant à poser la question des conditions de possibilité de la coopération au travers du concept de régime international.[. ou que ce soit un élargissement vers le « haut » avec une prise en compte du poids normatif des grandes ONG internationales. -34- .53 Cette notion ouvre. La notion d'action publique a été élaborée pour rendre compte de cette évolution. des OI multilatérales. l'État et la société . 55 « [la gouvernance] permet de penser la gestion des affaires internationales non comme une activité interétatique mais comme un processus de négociation/interaction entre intervenants hétérogènes. aux légitimités différentes. 1998:36). l'adjectif public est le signe que cette notion perpétue la distinction entre espace publique et espace privé indissociablement liée à la figure de l’État-central comme administrateur du territoire national. Mais qu'elles ont été « marginalisée théoriquement et politiquement [pendant la période fordiste]» (Jessop. des pistes pour dépasser certains des postulats des RI évoqués plus haut. dans les processus de décision et d’élaboration de normes. domestiques ou internationaux. norms.]Elle fait une place aux rationalités multiples. » (Smouts. La notion de gouvernance a d’abord été élaborée dans le champ académique sur le modèle de la corporate governance. Elle semble sérieusement mettre en question l’idée de la souveraineté définie en tant qu’autorité exclusive d’un État sur un territoire en élargissant la gamme d’acteurs impliqués dans les processus de normation et de décision.].

Pour comprendre l’émergence de la « bonne gouvernance ». La gouvernance n'est pas sans partager certains traits avec cette notion de régime. « Structural causes and regime consequences: regimes as intervening variables ». normes qui tendraient à s'institutionnaliser. circonscrits et déterminés par le cadre de l'État-nation. en tant que notion analytique. de procédures assurant la régulation d'activités traversant les frontières. de principes. La différence n'est pas de nature. its state as container/actor approach neglects the people represented (or unrepresented) within the states in question. tandis que la gouvernance est inséparable de l'ordre mondial et n'est pas limitée à des activités spécifiques» (Smouts.56 Ainsi. La gouvernance se veut. 2006:442). 2002:96).57 Cependant. » (Jessop. (De Senarclens. les régimes n'existent que dans des domaines bien précis. s'ils l'ont jamais été. de réseaux d’acteurs et de processus multi-niveaux. les approches libérales en RI partagent avec les approches néo-réalistes une réification de l'État-nation en une sorte d'individu singulier qui défend son intérêt propre sur la scène internationale. -35- . mais le dépassement de cette distinction du fait d'une mixité de plus en plus importante entre les deux modes de gestion des affaires publiques est indiscernablement autant prescriptive que descriptive dans ce discours très imprégné d'un arrière fond idéologique néo-libéral. 2007:3). la gouvernance est un ensemble de règles. 58 « L'opposition entre la gestion publique et la gestion privée est elle aussi remise en question par ce discours. Cette notion semble ainsi offrir des possibilités pour saisir les relations internationales.58 Il est notamment intéressant de constater que.Rosenau. la notion de régime cherche à décrire l'émergence de normes internationales qui favoriseraient la coopération entre états sur des enjeux circonscrits. Selon J. citant (Krasner. Cette notion permet d’esquisser une approche en porte-à-faux avec une conception exclusivement inter-étatiste de l’organisation de la scène internationale. en postulant également l'émergence de normes internationales au travers de la coopération. [La notion de gouvernance] a été utilisée par la Banque Mondiale de manière prescriptive.relations ». à rendre stables et prévisibles les comportements des acteurs sur la scène internationale. 1998:36). à travers cette notion. pour désigner les institutions et les pratiques politiques qui seraient en théorie nécessaires au développement de l'Afrique. à 56 (Hufty. 57 « By definition. régime qu'elle a défini en recourant à l'idée de bonne gouvernance. il serait nécessaire de faire une sociologie du contexte institutionnel dans lequel celui-ci a émergé jusqu'à atteindre le statut d’hégémonie en tant que modèle de gouvernement. mais en ouvrant les processus d'action publiques et en les considérant en termes d'horizontalité. International organization. mieux à même de saisir des modes de gestion de l'action publique qui de fait ne sont plus. 1998:86). Cependant. mais d'étendue. » (Furlong. (1982). non plus dans une approche étroite en terme de relations intergouvernementales et interétatiques. normes qui tendraient à s'institutionnaliser et à rendre stables et prévisibles les comportements des acteurs sur la scène internationale. contrairement aux approches dominantes des RI. Comme les régimes. 36(2): 185).

voire la privatisation des services publics. elle a toute les caractéristiques pour être considérée comme un énième avatar des discours réformistes de l’ « aide au développement ». 1998: 76). analogues à celles dont souffrait la notion de régime. cette notion pêche dans l’appréhension des enjeux politiques inhérents à tout processus de négociations et d’élaboration de normes à partir de postulats la confinant à un économisme. cependant. en particulier celui de ne pas s'interroger sur la nature de la régulation produite et de son adéquation aux problèmes de fond. dont la « bonne gouvernance » participe pleinement. notamment sous la forme de conditionnalités et des Programmes d’Ajustement Structurels. la notion de gouvernance a tendanciellement perdu son caractère analytique. Il est utilisé comme instrument d’analyse et d’action […] avec comme idéologie sous-jacente celle du libéralisme. déterminant qui est légitimement un acteur à part entière de cette scène et selon quelles modalités sa participation est possible. celle-ci restant à ce titre dans la continuité des politiques de développement antérieures. Ainsi. à travers un mode de décision analogue à celui du marché. Ce réformisme qui caractérise les politiques de développement. » (Hufty. il semble qu’il y ait eu une certaine continuité de principe dans les configurations entre les pays du « nord » et les pays du « Sud ». si cette notion de gouvernance ne souffre pas des mêmes limitations analytiques territorialistes que les RI. Son usage se réfère à ce qui «devrait être» et non à ce qui «est». Cette citation est importante. symboliques et « À la Banque mondiale. tend à considérer a priori qu'une gestion privée est plus à même d'éviter ce genre d'écueil. Au nom de cette « bonne gouvernance » sont promus les mêmes desiderata que la doxa néo-libérale. les « états prédateurs ». Cela irait à l’encontre de toutes les évidences historiques. une défiance par rapport à une gestion étatique des affaires publiques semblent se perpétuer dans cette conception. Aussi. la « corruption ».mesure de son usage de plus en plus généralisé par les Organisations Internationales. et son corollaire. Celle d’une ascendance politique. les « failing states ». car elle relève les faiblesses analytiques propres au discours de la gouvernance. la gouvernance est devenue davantage un outil politique de transformation des sociétés qu’une approche analytique. 2007b : 4). Il serait absurde de prétendre à une invariance dans les politiques d’aide au développement. qui la rende peu capable de saisir les enjeux d’historicité et de pouvoir. au profit d’un caractère normatif. ce sont son tropisme technocratique et sa prétention à gouverner en excluant le politique. La gouvernance permet de faire passer ce raisonnement de l’économique au politique. faiblesses concomitantes à l’efficacité prescriptive de la « bonne gouvernance » en tant que discours normatif dominant de la scène internationale. 2007b :1) -36- . (Kazancigil. Alors que le concept de gouvernance […] souffre cependant des mêmes problèmes que celui de régime. (Hufty. c’est-à-dire en tant qu’hégémonie. Ce que l'on peut reprocher à la gouvernance. notamment une absence de perception des enjeux de pouvoir. la doctrine de l’harmonie des intérêts […]. Dans la mesure où le discours de la gouvernance se veut en rupture par rapport aux dysfonctionnements antérieurement stigmatisés par les OI. tels les partenariats privés-publics.

constitutives d’une véritable « société civile ».60 Le caractère hégémonique que cette notion de gouvernance semble avoir acquis n’est pas sans relation à cette dimension dépolitisante. l’obstacle à franchir. La Compagnie des indes) mais c’est aussi une manière de concéder la nécessité d’ouvrir les processus de décision à une plus large palette d’acteurs qui avaient juste marginalisé dans les modèles hérités de la période fordiste. celle-ci étant non l’antipode de l’État. sans les démocratiser pour autant. 2008:124). comme le veut la vulgate néolibérale. c’est la société réelle. ses traditions. par ailleurs. en termes de filiation avec le « Moment Colonial ». à savoir l’ingénierie de la création institutionnelle. son obscurantisme. révélant ainsi une fois de plus sa filiation avec l’hégémonie coloniale. Aujourd’hui. en incluant des acteurs privés (ce qui n’est finalement que le retour du même. de la mise aux normes et de la réforme administrative. fondé justement sur leur imprécision. 60 (Hufty.59 Le fait. c’est-à-dire la transposition d’une forme européenne du tiers-secteur. avec. l’ennemi du progrès. Cette définition soulève un point essentiel. car elle amoindrit fondamentalement la portée d’une éventuelle ouverture « démocratique » que la « bonne gouvernance » impliquerait par son vœu d’inclusion de la « société civile » dans les processus de gouvernance. 2005: 29). excluant ainsi les autorités traditionnelles comme représentant légitimes de la société.économique des élites du « nord » sur les élites cooptées au Sud. la gouvernance reste dans la majorité des cas un signifiant flou[…]. (Bayart et Bertrand. Cette conception technocratique et développementaliste se traduit par une conception très étroite de la « société civile ». que les ONG locales dépendent de la certification étatique pour pouvoir être reconnue par les instances de l’aide au développement clarifie un état de fait : « la société. Cette polysémie permet le consensus ou tout au moins un «malentendu productif. Celle-ci semble avoir été une manière opportune d’entériner les moyens déclinants que les états occidentaux sont prêts à investir dans le développement. L’hypothèse serait que le déni de l’irréductible conflictualité politique de toute « sociétés politiques » que ce discours « neutralisé » performe participe de son 59 « Les élites sont également les mieux placées pour capter les rentes de l’extraversion propres aux relations avec les bailleurs de fonds. jadis la nation ou le prolétariat. les ONG.. par exemple. son égoïsme . c’est le peuple. semblant être le seul acteur légitime à la représenter. -37- . 2010 :32). alors même que l’on magnifie son hypostase. désormais la « société civile ». il fait partir de ces termes qui prennent des sens différents et qui permettent un consensus politique tactique […]. mais la société dans son rapport à l’État » (Bayart. qui semble heuristique également pour comprendre l’émergence du discours de la gouvernance. Aujourd’hui comme hier. Politiquement. au nom de la corruption qui régnerait dans ces instances perpétuant l’effet délétère du réformisme sur les structures traditionnels au profit des structures étatiques. économique et politique[…] en permettant la reproduction des classes dominantes » (Bayart et al. 2007:6).

la seconde est normative. Paris.[…]Elle tend à mêler dans un grand ensemble flou 61 «Le recours à un langage neutralisé s’impose toutes les fois qu’il s’agit d’établir un consensus pratique entre des agents ou des groupes d’agents dotés d’intérêts différents » (Bourdieu. 2008:8). 2009 : 7-8). les relations inter. au même titre que « l’irénisme développementaliste ». 67 (Petiteville. un idéal à atteindre » (Smouts.et trans-étatiques. la « bonne gouvernance » participe de cette vision techniciste de l'État en tant que gestionnaire. 2007a:5). -38- . leur faible capacité à contraindre les pratiques concrètes des acteurs sur le terrain sont une condition nécessaire à leur fonction consensuelle : ils produisent du silence et non du débat.accession à une reconnaissance universelle d’ordre hégémonique. (2001). 1990). semble étrangère à l'analyse de ces enjeux politiques ». »62 Cette conception qui « est présentée comme un bien à poursuivre. 64 « Une construction de consensus.65 Ainsi. Langage et pouvoir symbolique. 62 (De Senarclens. […]Cette proposition. les processus d’organisation et de décision. pourtant inhérent à celui-ci. en tant qu’elle les appréhende comme apolitiques. pour ainsi dire. « La notion de gouvernance. par conséquent.66 Les rapports de force qui structurent les relations internationales et la société « domestique » y sont conçus comme voués à être nivelé au nom de l'émergence d'une hypothétique horizontalité des relations sociales. 63 « Dans tous les cas. Mais si la première partie de cette idée est descriptive et analytique. fondée sur la coopération et le consensus entre les acteurs. 2002: 92). il existe une relation inverse entre l’extension de leur diffusion et de leur usage et la teneur de leur contenu » (Cartier-Bresson. pour la gouvernance. 1998 :105).61 «[Le choix de penser les relations internationales en termes de gouvernance] repose sur une représentation irénique de la vie sociale. des rapports de pouvoir et d'hégémonie. 65 (Ferguson. un idéal à atteindre » 63 fait ainsi consensus à partir d’une vision consensuelle de la société. permettant à divers protagonistes de s’accorder et de se ménager des marges de manœuvre dans ce qui devient un champ dépourvu de conflictualités […] La malléabilité de ces mots et. 2007a). des conflits politiques qui marquent l'évolution des relations internationales. La gouvernance par les réseaux remplacerait les solutions hiérarchiques et l'État se contenterait d'un rôle de « facilitateur ». (Hufty. cette dépolitisation que la notion de gouvernance a subie dans son appropriation par ces institutions internationales est précisément ce qui a permis l'usage très large de cette notion. P. minimise la dimension conflictuelle des sociétés humaines. Ainsi. et parallèlement les fonctionnalités des ambivalences qui en résultent. 66 (Bayart. ainsi qu’entre les acteurs domestiques d’un pays. Fayard.67 « Cette perspective de « gestionnaire » se dérobe nécessairement à l'analyse des intérêts sociopolitiques. Cette gouvernance se fait ainsi le véhicule d’une dépolitisation des enjeux de « développement » des « sociétés politiques ». cité dans (Hufty. c’est-à-dire que la puissance politique de ce discours provient de sa capacité à articuler des intérêts divers grâce à l’affirmation de la non-conflictualité des relations entre acteurs de la scène internationale. 64 Cela l’a fait converger vers le problème de fond qui occupe ce travail : les difficultés de certaines approches à saisir le caractère politique de leur objet. telle qu'elle a été développée jusqu'à ce jour.[la gouvernance] est présentée comme un bien à poursuivre. pour les RI. 1998 :88).

En évacuant ainsi toute dimension politique. celui de la reconduction des « stratégies d’extraversion ». est appropriable à souhait par les états néocoloniaux pour se justifier dans leur politique dépendantistes. La notion de « conditionnalités inversées » 68 permet de saisir l’interdépendance qui peut exister entre les corps d’experts et de fonctionnaires internationaux. la nature de leur apport spécifique aux structures de régulation. (Hibou. sur un autre plan. Cet intérêt à coopérer semble une hypothèse explicative puissante. voire un intérêt certain. Au même titre que le postulat des RI d’un « Étatconteneur ». elle rejoint également la conception « étroite ». le plus rapidement possible. Une telle conception idéaliste d’une société pacifiée ne permet pas de saisir les enjeux politiques comme élément structurant du champ sociétal. (Mosse. 2005:4). ces groupes partagent un intérêt commun. à l’hégémonie sans cesse reproduite de « discours du développement » à tendance technicisante et dépolitisante. Le paradoxe est que l’instrumentalisation [de symboles] ne peut produire de résultats que pour autant que ceux qui l’impulsent adhèrent à leur propre discours et cessent donc d’être simplement instrumentaux et manipulateurs. (Bertrand. en tant que communauté épistémique du développement. they enhance state capacity and expand bureaucratic power (particularly over marginal areas and people). du développement dont la BM se revendique au nom de ses principes fondateurs qui circonscrivent son mandat à des enjeux strictement économiques. Ce consensus autour de l’enjeu de développement sur le lit fertile d’un déni du politique. c'est-à-dire d'impérativement prêter. 2002:102). nécessiteuse qu'elle est de la mobilisation de ses avoirs financiers et. Cela la soumet à une sorte de conditionnalité inversée dans le sens où cela la rend elle-même dépendante de ses partenaires du Sud. [D]evelopment's rational models achieve cognitive control and social regulation. la « réussite » de cette notion doit beaucoup plus à sa capacité à articuler une diversité d’acteurs aux intérêts potentiellement divergents. leur influence politique. à l’image de l’Antipolitics Machine de Ferguson.tous les acteurs de la scène internationale. la Banque Mondiale est prise dans une forme de conditionnalité inversée. they reproduce hierarchies of knowledge (scientific over indigenous and society (developer over the “to be developed”). 68 Par exemple. sans hiérarchiser leur rôle. simplement en tant que banque. par son caractère flou et « neutralisé » qui lui permet de donner les apparences d’un consensus. bien que certainement pas suffisante. 1998). à la nécessité de faire circuler l'argent. et les élites africaines. Cela la pousse à entreprendre le plus possible de projet. Quel que puisse être sa pertinence analytique. (De Senarclens. -39- . cette conception est incapable de rendre compte de l’hétérogénéité des acteurs des « sociétés politiques africaines » et des relations asymétriques qui ne peuvent manquer de les structurer. Les élites africaines partageant un certain intérêt. à se faire le relais de visions « irénistes » des « sociétés politiques africaines ». 2008 :27). les rapports d'autorité et de force qui les relient. au nom de l’intérêt de la « nation » à se développer. son implication dans la mise en œuvre de projets de développement est en elle-même un moyen de se légitimer dans son mandat de partenaire au financement du développement des pays du Sud. économiciste. soumise comme elle est.

un modèle par trop intentionnaliste risque de tomber dans une simplification des enjeux qui structurent les rapports de développement. dont le « territorial trap » est exemplaire. Cela est patent en ce qui concerne le renforcement informel. La « bonne gouvernance » en se voulant la norme pour une forme nouvelle de cette rationalité gouvernementale 69 participe des « transactions hégémoniques » contemporaine et participe. Cependant. Le discours de [la BM] refuse de prendre en compte le politique et le complexe : de ce fait. institue une légitimité considérable à l’autorité épistémique des experts.. l'inversion des légitimités ou la diffusion du principe de privatisation des entreprises publiques aux modes de gouvernement. Ce chapitre a été l’occasion de confronter les théories de RI telles que Agnew les décrit au travers de sa notion de « piège territorial » aux conceptions de sociologie politique. rejoignant la performativité dépolitisante du postulat de l’« État-conteneur ».Ainsi. voire illicite. en permettant de considérer l’implication d’une très large palette d’acteurs dans les processus de décision et d’action publique. les rapports de pouvoir entre les acteurs. autant que internationaux et trans-locaux. partant. s’il est opportun pour les élites africaines de se faire les chantres de l’ « aide au développement ». Son opérabilité en termes d’appréhension de processus enchevêtrant une grande variété d’échelle et une grande hétérogénéité d’acteurs est un apport indiscutable. Elle procède ainsi à une dépolitisation des relations qu’elle considère. des régimes en place. elle se rend incapable de saisir les asymétries et.. Mais du fait du postulat d’ « horizontalité » de ces processus que la « bonne gouvernance » semble véhiculé. Ainsi. la notion de gouvernance permet de dépasser la « distinction stérile » entre politiques domestiques et politiques internationales. Ce faisait. associant ainsi le nationalisme à cette foi en le « développement ». et ainsi de sortir du « piège territorial » en offrant des outils pour l’analyse de processus transnationaux. c’est aussi par conviction que le « développement » est bien la seule voie possible pour leur pays d’accéder au statut d’acteur à part entière de la scène internationale. n'évacue ainsi pas l'aveuglement que la prééminence des catégories politiques européennes induit.] form a broad family of ways of thinking about and seeking to enact government. conceiving of that which is to be governed as a society of interdependent citizens and interlinked social and economic processes that are amenable to knowledge and planning » ( Rose & al. elle est incapable d'imaginer les effets de ses recommandations. dans son usage par la BM. la gouvernance permet cependant de se départir d’une conception trop territorialiste et stato-centrée de l’autorité. au même titre qu’une vision trop utilitariste des « transactions hégémoniques coloniales » risquerait de méconnaitre les dimensions « incorporées » de la Rencontre coloniale. (Hibou. par ailleurs. La notion de gouvernance. elle ratifie les équilibre en place et. Du point de vue du postulat de la souveraineté territoriale. d’anthropologie et 69 « Rationalities of government [. 2006:98). notamment en déniant son caractère politique au soutien de la gouvernementalité néocoloniale définie plus haut. -40- . 1998 :35).

pour tendre vers un économisme. loin d’être le fruit univoque de la domination coloniale a de fait pris la forme d’une « transaction hégémonique ».d’histoire. Il en ressort une vision extrêmement contrastée de l’État-nation entre la conception positiviste idéaliste du mainstream des RI et l’approche en termes de trajectoires historiques contingentes qui considèrent les formes toujours spécifiques d’états qui en résultent. dont son acception véhiculée par les OI. Les notions de « stratégies d’extraversion » et de « nationalisme » ont été articulées afin de tenter d’esquisser une gouvernementalité néocoloniale. . cependant. elle a grandement perdu de sa portée. -41- . fruit de ces « transactions ». dans son approche des processus de négociation et de prise de décisions collectives – en les considérant normativement comme relevant d’une horizontalité et d’une coordination heureuse entre acteurs formellement égaux – reniant le caractère intrinsèquement politique de ces processus. La notion de gouvernance a été également esquissée en tant que proposition de dépassement des limitations inhérentes au « piège territorialiste ». La « bonne gouvernance » doit être considérée à ce titre comme une dernière forme d’hégémonie postcoloniale participant d’une vision gestionnaire et technocratique du développement très prévalente dans les enjeux de l’eau. inenvisageable à partir du postulat de l’État-conteneur. La notion d’« hégémonie » a permis de montrer que l’omniprésence de l’État-nation comme forme d’organisation des sociétés politiques africaines est le produit de l’hégémonie coloniale. Mais que celle-ci. Si effectivement elle recèle un important potentiel de ce point de vue. La distinction entre un « nationalisme oligarchique » et un « nationalisme vernaculaire » va permettre de décrire des situations de division de la société politique d’un pays.

notamment à partir de la sociologie politique. 2000). (Syngedouw. -42- . cette déconstruction des postulats du WD se fonde sur le même cadre critique. L’intention de ce chapitre serait d’esquisser ce qu’une approche de sociologie politique des enjeux hydrauliques devrait être en cherchant à montrer les dimensions que les approches dominants le champ de l’eau n’analysent que partiellement ou inadéquatement.2 Vers une sociologie politique de l’eau ? Natural or ecological conditions and processes do not operate separately from social processes. C’est surtout par rapport au « discours de l’eau (Water discourse) ». and that the actually existing socionatural conditions are always the result of intricate trans formations of preexisting configurations that are themselves inherently natural and social. élaboré par Agnew. Ainsi. dont il va être question pour l’aspect critique de ce chapitre. du « piège territorial ». Il y sera référé sous l’acronyme WD. autant que de proposer de manière constructive des pistes pour les dépasser par une approche historiciste de l’État-nation. économistes) et de fonctionnaires internationaux ou nationaux directement impliqués dans la mise en œuvre de projets 70 (du Plessis. C’est pourquoi le chapitre précédent. la sociologie politique offre des outils inestimables pour dépasser les tropes gestionnaires et dépolitisants du WD du fait de son appropriation a-réflexive du cadre théorique du mainstream des RI. 2008). Le champ du Water discourse n’est pas un champ strictement académique dans la mesure où la communauté épistémique est en grande partie composée de praticiens (ingénieurs.70 en tant que sous-discipline des RI à portée plus opérationnelle. va également informer théoriquement le présent chapitre.3. 1999:445). hétérogènes et susceptibles d’être structurées selon des lignes de fracture incommensurables. A la suite de du Plessis (2000) et Furlong (2006 . en défendant d’analyser les « sociétés politiques africaines » en tant qu’elles sont contingentes. en établissant des notions à même de justifier la critique des « postulats géographiques » des RI.

caractérise extrêmement bien la dynamique propre au champ du WD. mais également à partir de la sociologie politique. Sans espérer pouvoir trancher. Cette notion de paradigme dominant marginalisant toute approche alternative. 2008 :70). la dynamique propre au champ du WD implique qu’une éventuelle frontière entre les études à visée pratique et la recherche académique sur la question de l’eau serait pour le moins poreuse. une prolifération d’objets qui tiennent à la fois de l’un et de l’autre. c’est-à-dire l’eau comme produit de l’historicité des asymétries socioéconomiques et politiques passées et présentes – en relation avec l’hydrologie d’un territoire. ils ne peuvent que rarement se prévaloir de compétences en RI ou en sciences politiques. va servir à montrer ce caractère construit. non pas seulement à partir de la géographie politique ou de l’écologie politique. Cela peut aider à expliquer le peu d’attention prêtée à la mise en question de cadrages théoriques « importés » des RI. si l’on regarde concrètement. d’approches critiques des RI néo-gramsciennes. » (Warner. ou stress hydrique. Dans le waterscape. D’où l’intérêt de mettre en perspective cette approche mainstream de l’eau à partir d’éléments extra-disciplinaires à même de renouveler le débat et d’élargir les perspectives. selon du Plessis. Il est cependant utile de le considérer comme un champ par référence à Kuhn. en même temps qu’elles en sont le produit symbolique. C’est bien souvent à partir de bagages techniques que nombres de chercheurs se saisissent de ces enjeux d’eaux transfrontalières. Zeitoun.72 L’enjeu central de ce travail est précisément d’élargir le répertoire théorique pour l’analyse des enjeux d’eau. économique. et Furlong à sa suite. politique. Les représentations de l’eau performent des modèles de relation d’une société avec elle-même et avec son environnement. 2008:802). Et lorsque des acteurs académiques y contribuent. ou de « science normale » dominante qui tend à assurer sa prééminence en marginalisant les approches alternatives. il ne 71 « The few studies conducted on international water relations tend to be written by geographers. il n’y a pas d’un côté un hydrosystème « naturel » totalement extérieur et un sociosystème indépendant mais. cursory attention at best to established IR theory or political science frameworks. Mais il est d’abord nécessaire de décrire quels sont les éléments théoriques de ce mainstream et d’étudier leur relation aux RI dont elles proviennent essentiellement. c’est-à-dire que l’eau est un hybride à la fois construit sociétal et élément naturel. La déconstruction de la rareté de l’eau (Water Scarcity). car cela permet de convoquer la notion de paradigme. les enjeux hydrauliques ne sauraient être considérés comme étant de simples donnés de la nature que la technique permettrait de gérer sans autre question. -43- .71 Aussi. (Blanchon. ainsi que les approches critiques de la sécurité de l’école de Stockholm. 72 (du Plessis.hydrauliques. Ainsi. toute en étant une logique peu favorable au pluralisme. civil engineers and experts of law paying. à partir du point de vue de l’écologie politique. il semble pertinent de se demander si ce n’est pas précisément le caractère hybride de son objet qui impliquerait que le WD se caractérise par une telle ambiguïté. 2000 :12).

is not only models of but also for human-nature. inspirée de Latour et de sa mise en question de la rupture Moderne Nature – Société73. de par sa rareté relative fonction de la configuration du tissu industriel. il y a une préoccupation commune pour le caractère politiquement construit de la relation d’une société aux ressources hydrauliques. L’investissement politique et symbolique de l’eau. l'économique. lui donne forme et sens. 2008. utilise la notion d’hybride hydropolitique.] in the approach to the study of water that we are advocating. même si. les deux structures se coproduisant mutuellement. précisément. La découverte. the classical symbols of water control. based on cultural constructions of water. Chez Wittfogel et Blanchon. en particulier par l’État peut prendre différentes formes. dans le sens d’un asservissement des ressources aux structures économiques et politiques.. and as such also the symbols for different types of political capital and moral 73 (Latour. Control of water is. les formes d’allocation de l’eau. le politique. climatiques. ou une extériorité de la société par rapport à la nature. dans son ouvrage L’espace hydraulique sud-africain. mais il y aurait également une forme de détermination de l'organisation politique de par la géographie construite des ressources et des besoins d'un territoire. and always has been. Our academic representations and analyses are themselves inevitably situated[.. est un précurseur dans la formulation d’une relation entre les formes d’approvisionnement hydrauliques et les modèles d’organisation politiques. la géographie de l'eau serait liée aux formes sociétales et politiques. détourner. une autre dimension. la production de la nature par la société. dans son ouvrage le despotisme oriental. le quadrillage institutionnel. Nous n’avons jamais été modernes. Paris. or rather more specifically state–society–environment relations. comme chez Marx. pour évoquer les infrastructures hydrauliques de grandes envergures qui structurent l’approvisionnement en eau d’une grande partie de l’Afrique australe. Ainsi. 1991). comme le régime de l’Apartheid l’a pratiqué assidument. elles sont le plus souvent naturalisées. Blanchon. de la concentration démographique jamais homogène. de par sa matérialité qui implique une certaine limitation des possibilités d'instrumentalisation du fait des déterminants topographiques. une « mise au pas » des ressources. sous un premier aspect matériel. (Fontein. -44- . Il ne postule plus. Aussi. concentrer ces ressources au travers d’un réseau sociotechnique. ou la privatisation de l’eau. Ce sont autant de modalités où l'eau est investie par le social. sur un territoire ne peuvent manquer d’être des enjeux politiques.faut pas l’oublier pour autant. par exemple sous la forme d'un nationalisme hydraulique. whilst at the same time it carries in itself values or ideologies. Wittfogel. 754). Dams. sous la forme d'infrastructures hydrauliques pour gérer. en tant que produits d’arbitrages politiques antérieurs ou présents. et donc les conditions d’accès à celle-ci. en même temps que celle-ci les contraint de par sa nécessité.

(Tvedt & Jakobsson. afin de montrer en quoi une approche de sociologie politique pourrait être une contribution à l’analyse des enjeux de l’eau. -45- . 2006:xx). have ideological connotations and signify particular development policies. c’est-à-dire le caractère fondamentalement politique de l’eau en société qui justifie de la considérer du point de vue de la sociologie politique. C’est ce caractère fondateur d’un être-au-monde collectif déterminé et déterminant des arbitrages entre les intérêts et besoins des acteurs composant le tissu social d’une société.authority. par exemple le « Water Resource Management ». Mais partir de cette hypothèse. c’est aussi risquer de se mettre en porte-à-faux avec toutes les approches gestionnaires et dépolitisantes contemporaines. et plus généralement le WD tel que du Plessis et Furlong le décrivent.

c’est-à-dire sa rareté. 2006:445). concealing the repeatedly neglected fact that water allocation and distribution more often than not are outcomes of socio-political choices. The common experience of water scarcity as ‘droughts for the poor and floods for the rich’ is a phenomenon that IR approaches to scarcity are ill equipped to expose.2. ou encore de stress hydrique. partant. Scarcity can also be discursively manufactured. it is their social production that is key to understanding patterns resource use and to expanding concepts of conflict especially in relation to the potential coalitions of actors involved. 2006:447-48). soit pour la coopération autour de cette ressource dans un continuum. Postuler cette causalité n’est pas sans soulever des problèmes dans la mesure où elle ne suffit pas à expliquer pourquoi la rareté de l’eau n’est ni une condition nécessaire. dans la mesure où notre environnement est le résultat de milliers d’années interactions entre les hommes et leur milieu naturel.1 Déconstruction du stress hydrique (Water Scarcity) ou la production d’un fait « de nature » The history of concepts of nature is the history of nature’s subjugation. making it an effective instrument in meeting political ends such as the building of large dams. comme relevant d’un phénomène strictement naturel sur lequel il s’agit de réunir des données quantitatives afin d’observer la distribution de la ressource et. il n’est dès lors pas possible de considérer la nature comme un donné extérieur à la société. 2006: 169). et plus particulièrement dans le WD74. (Furlong. In terms of water resources. Water scarcity is usually presented in absolute terms. Or. les « données » sur notre environnement ne peuvent être considérées comme de pures observations d’éléments naturels. le WD tend à utiliser des statistiques de stress hydrique comme variable explicative soit pour des conflits. these being mediated by power relationships. 2006:447). -46- . Ainsi. de constater son inégal répartition. ni suffisante pour qu’un conflit survienne. (Davidsen. se baser sur les données quantitatives de disponibilité de l’eau peut fausser la représentation. Il semble plus pertinent de considérer la rareté comme une construction sociétale. La notion de rareté. 2006:124-125). au 74 « For the water discourse. (Furlong.3. est typiquement considérée en RI. putting scarcity in context also puts many of the assumptions of the implicit IO theory into sharp relief: water availability as a purely physical variable that can be average over space is discredited » (Furlong. cultivation and destruction. en partant de la critique de l’écologie politique qui défend le caractère construit de la relation à notre environnement. Cependant. (Davidsen.

risque sinon de naturaliser les asymétries sociétales antérieures dont la structure d’allocation. de considérer la disponible en quantité d’eau par habitants d’un pays ne permet nullement de saisir une potentielle inégalité de répartition de l’accès à cette ressource sur le territoire pour des questions topographiques. contredisant une lecture simpliste de la grande hydraulique entreprise par un État en termes d’État-conteneur. il ne serait pas exclu d’arriver au constat contrefactuel selon lequel il y a une plus grande quantité d’eau dont la population générale d’un pays ou une région bénéficie suite à un projet. économiques. (Furlong. il serait possible de conclure qu’il s’agit d’un progrès en termes de de lutte contre le 75 « The deliberate construction of scarcity and its instrumentality fosters resource conflict while the illusion of plenty depoliticizes structural and environmental exploitation. l’eau est historicisée de part en part. alors que du fait de degré d’inégalité socio-économique et de structurent tarifaires héritées des investissements impliqués dans la construction de ces infrastructures la disponibilité réelle peut avoir diminué pour les populations défavorisés. d’urbanisme. n’évacue pas pour autant ce genre de problème. nor evenly experienced. centre démographique. rien ne permet de penser qu’un principe d’allocation autre qu’un simple reproducteur de ces équilibres ne soit mis en œuvre. 2008:807). Ainsi. Et. De considérer la disponibilité à partir d’une grille plus fine. faute d’un changement des équilibres sociaux et politiques. si une attention particulière n’est pas donnée à la structure de répartition et qu’une étude ne parle qu’en termes de disponibilité globale. plus directement lié à l’eau.75 Par exemple. mais bien le produit de l’historicité propre à ce territoire dans la mesure où les asymétries politiques et socio-économiques et les divisions sociales. etc. Le cas du Lesotho Highlands Water Project va servir à illustrer comment un tel résultat paradoxal peut ressortir d’une infrastructure hydraulique : l’exacerbation des inégalités infraétatiques. va permettre de l’illustrer. de nouvelles infrastructures peuvent augmenter en quantité absolue par habitant la disponibilité pour une région. Such scarcity must be recognized as a product of its contemporary and historical sociopolitical contexts. par exemple. par sous-région. économique et politique de l’Afrique du Sud. En suivant un tel raccourci. Zeitoun. représentée par les données de disponibilité. Dans la mesure où la disponibilité de l’eau dans une région par exemple fortement urbanisée et industrialisée n’est pas un donné naturel. de politiques de développement économiques. dans la mesure où il y a nécessairement des arbitrages politiques entre différentes modalités de répartition des nouvelles quantités d’eau disponibles et que. à un moment donné est le produit. géographiques. » (Warner. Ainsi. a straightforward path to politics. alors que seule une frange favorisée en tire réellement parti. idéologiques et raciales internes au pays ont concourus à la structuration du territoire en un espace très urbain au travers de bassins d’emplois. -47- . entre régions et entre groupes sociaux. comme la région du Gauteng. 2006:447). Importantly scarcity is neither a strictly biophysical phenomenon. etc. This means transcending the IR simplification whereby scarcity is taken as a neutralized biophysical variable in state interactions.

les stratégies etc. mais également de montrer comment l’appréhension de l’eau en termes de guerres de l’eau/coopération pour l’eau est devenue une hégémonie.2. [The WD is] susceptible to and remain entrapped by the language and assumptions of the neo-realism/neo-liberalism synthesis. il semble d’abord important de les suivre dans leur critique d’ordre 76 « Evénementialiser [une pratique consiste à] retrouver les connexions. Idéalement. les appuis. (du Plessis. and it indicates which accounts. voices and ‘reality’ are dominant (or marginalised and silent). les rencontres. 2000:28). Plus concrètement. alors même que ces conceptions relèvent d’une certaine inadéquation par rapport aux enjeux hydrauliques. (du Plessis. à un moment donné. Furlong et du Plessis vont permettre de pointer certains aspects tendanciellement dominant dans le WD. under conditions of both anarchy and complex interdependence. il s’agirait d’événementialiser76 ce discours.2 « Water Discourse » et théories des RI A genealogical perspective […]calls into question the picture that the discipline draws of itself and the self-image that dominates successive theoretical debates. notamment le stato-centrisme pour ce qui est des acteurs considérés comme pertinents pour les processus de négociations et de décisions de régimes internationaux liés à l’eau. notamment par une mise en question de la charge théorique que le « piège territorial » fait peser sur le WD. 3. and reflect variations of predominantly state-centred cooperation in pursuit of common security and sustainable development.. au nom même de la lutte contre celle-ci en tant que simple réponse technique à un problème naturel. qui ont. it reflects the political and theoretical agenda. nécessité » (Foucault. légitimant dans le même mouvement la reproduction des structures de stress hydriques existantes à travers la mise en place d’un nouveau projet. il va s’agir d’esquisser une généalogie des notions du WD provenant des RI. Mais avant d’aborder les enjeux en termes d’ontologie que ces approches soulèvent au travers de l’analyse du Lesotho Highlands Water Project. de dégager les logiques sociétales ayant présidé à l’institution en tant que paradigme dominant dans le WD des postulats et éléments d’ordre métathéoriques provenant des RI. -48- . as well as the normative concerns each categorisation produces. avec pour preuve le fait que ces termes appartiennent désormais au sens commun. alors que précisément le nouveau régime hydraulique ne fait que redoubler les inégalités socio-économiques existantes et reproduire les structures de pouvoir. les jeux de force. En accord avec la perspective de du Plessis. 2000:16). formé ce qui va ensuite fonctionner comme évidence. 1994 : 23). universalité. les blocages. ce qui vient à ratifier cette reproduction du statu quo en naturalisant ces statistiques. il va s’agir de considérer en quoi ces « postulats géographiques » structurent le WD et pourraient le desservir pour appréhender les enjeux liés à l’eau.stress hydrique.

ou plutôt des paradigmes théoriques des RI. Le débat sur la possibilité de la coopération entre états. 79 L’enjeu central de ce travail est précisément d’élargir le répertoire théorique pour l’analyse des enjeux d’eau. ‘[…]deals with the same features of world politics as are central to both the neo-realist and neo-liberal components of rational-ism. ce WD suit l’évolution des paradigmes dominants en RI. 78 Sont également communs aux approches dominantes des RI. mais également à partir de la sociologie politique. 79 Furlong. Furlong considère qu’il serait important de sortir l’analyse des eaux transnationales du. 78 -49- . en particulier les dimensions politiques de l’eau.77 Les fondements théoriques de ce WD alimenté théoriquement à partir du mainstream des RI ne doit pas pour autant être complètement déconsidéré. Au contraire de du Plessis qui souhaiterait que le WD s’oriente vers une approche constructiviste des RI. 2000 :18). pour l’alimenter à partir d’une source critique de géographie politique. il est nécessaire de mettre en relief les limites et points d’aveuglement que la constellation de notions « importées » peuvent avoir véhiculés dans le champ particulier du WD : l’étude des ressources hydriques transfrontalières.épistémologique notamment sur le caractère souvent implicite des éléments théoriques qui fondent ce champ. sur la base des critiques formulées par Agnew. 77 (Furlong. 2006 : 440-441). Ainsi. namely constructivism. ou au contraire sur le caractère inévitablement conflictuel des relations internationales semble reprendre presque point par point les controverses entre les approches libérales et les approches réalistes des RI. non pas seulement à partir de la géographie politique ou de l’écologie politique. tout en informant que rarement les controverses théoriques qui parcourent la discipline « mère » et en problématisant rarement l’adéquation a priori de ces postulats théoriques pour appréhender les enjeux d’une ressource transfrontalière. et chercher à proposer des outils théoriques provenant notamment de la sociologie politique et des approches critiques des RI qui pourraient répondre aux dimensions peu adressées de ces enjeux. fût-ce selon des nuances constructivistes. « The attempted rapprochement. 2006). and yet it is centrally concerned with both the meanings actors give to their actions and the identity of these actors) » (du Plessis. les modes d’appréhension rationalistes selon lesquels les acteurs des RI agissent en fonction de leurs intérêts. Cependant.

University researchers and graduate students have clearly played an important role here » (Trottier. Ce discours s'est développé dans des contextes aussi différents que le Moyen-Orient80 et l'Afrique Australe. et des populations locales qui en subissent les effets néfastes. le monde académique.81 Le paradigme des guerres de l’eau est une « conception hégémonique » en particulier dans les relations entre la Palestine et Israël sur la question de l'eau. pour devenir une sorte de discours de « Water peace ». Le WD est un champ hétérogène.2. dans le sens qu’il domine les discours politiques et médiatiques. dans sa représentation des relations internationales sur un même continuum de la guerre à la paix sur l'enjeu de l'eau. envisageant positivement la coopération entre états – grâce à l’apport critique du « projet constructiviste »82.1 Guerres de l’eau. des politiciens locaux aux chefs d'État. many members of civil society who do not benefit at all from the propagation of the water war idea have nevertheless contributed to its growth and maintenance. Il parait consistant de considérer le WD comme véhiculant des concepts hégémoniques. 1993: 737). Problématique dans la mesure où une homogénéisation des dynamiques internes des états est postulée à chaque « degré » de cette échelle. 2009). porté par des acteurs extrêmement divers : des chercheurs. par exemple. qui entreprend ou participe à un projet au nom de l’intérêt national. ainsi que le « sens commun ». both international and civil wars.2. 82 (Battistella. Le WD s'est fondamentalement « désécuritisé » en Afrique Australe. les acteurs locaux impliqués dans un projet transfrontalier de part et d’autres du transfert. mais à s’orienter vers des approches libérales. évolution analogue à celle qui a amené les approches dominantes des RI à ne plus exclusivement réfléchir en termes réalistes. Le WD peut être considéré comme une hégémonie. Le paradigme dominant du WD a d’abord privilégié une conception conflictualiste des relations entre états partageant une ressource hydrique. Alors qu’une situation de coopération entre les institutions étatiques de deux pays n’impliquent pas forcément une volonté de coopération et une pacification entre. (Gleick. voire de conflit entre un État. Paix de l’eau Statements about pending threats to international security – that in the 21st century armed conflicts. il est possible de constater un déclin relatif des approches en termes de « water wars » auxquelles se sont substituées des approches qui conçoivent plutôt l’eau comme un facteur incitatif de coopération entre des états partageant un cours d’eau. 1995: 8) « As for all hegemonic concepts. ou encore l’absence de dissension. Ainsi. ‘will be fought over water not oil’ – have become common place. Mais depuis les années 90. ce continuum exclut ces « nuances » qui font pourtant la différence entre la simple ratification du discours officiel et l’analyse des dynamiques dans toute l’épaisseur du champ 80 « The water war concept has been essentially developed using Middle East examples » (Trottier. des journalistes de quotidien au quidam. dès qu’il est question d’eau.3. 1995: 11). 81 -50- .

2006:178). d’agents réagissant au discours produit par les coalitions dominantes sans lieu à partir desquelles ils pourraient produire des positions singulières. international norms and hegemonic ideologies[…]. La notion d’hydro-hégémonie. 85 « Influences beyond regional power-relationships were not receiving consideration reflective of their influence on interstate water policy. (Furlong. interdependence and reciprocity do not address the experiences of individuals and communities residing in and around the basins. they are inattentive to more complex forms of conflict and cooperation that emerge when large-scale redevelopments of a region’s hydrosocial geography are at stake. Ces notions sont hégémoniques dans le double sens qu’elles affirment des « vérités » qui excluent un pluralisme dans le sens sociétal qui peut être donné à un projet par les acteurs impliqués et impactés. Ainsi.social et pas seulement la fine « couche » des relations interétatiques. la variable explicative pour la formation d’un régime structurant les relations entre les états. 2006:445). contribuant à la légitimation de leur position. en particulier la position d’un hégémon comme garant d’un certain ordre normatif comme condition sine qua non à la coopération. potentiellement en concurrence. and. in maintaining the ‘state as container’ model of analysis. and international social actors.86 Significantly. political values and policies seen as legitimate or having moral authority » (Davidson. notamment. -51- . national. and collusion among as opposed to competition between state representatives » (Furlong. Cependant. semble bien moins pertinente que 83 « soft power which creates the desirable effects by co-opting people rather than coercing them. 84 « well-entrenched hegemonic concepts […] distorted and rationalized unequal distributions of resources and specific distributions of power in various societies » (Trottier. 1995:12). 2006:812-813). à une échelle régionale. Soft power is often attached to intangible resources such as culture. other multilateral groupings.84 Cette notion de soft-law dans le WD semble réserver aux acteurs non-étatiques une position subalterne d’ « hégémonisés ». 85 Ce n’est qu’à la condition de ne pas souscrire à ce stato-centrisme et de ne pas considérer la question des conflits et des coopérations qu’entre acteurs étatiques qu’il devient possible d’envisager une multiplicité d’acteurs transnationaux véhiculant des concepts hégémoniques. Such a deconstruction shows that many social actors of both nationalities are advantaged or disadvantaged by the present water sharing and water discourse » (Trottier. shifts in relationships. en tendant à discréditer toute analyse alternative de la construction d’ « espaces hydrauliques » transfrontaliers. […as] historical relationships. l’approche en termes d’hydrohégémonie ne semble pas rompre complètement avec le caractère stato-centré qui caractérisait l’approche réaliste et tend à considérer l’hydro-hégémonie émanent essentiellement des Etats –au travers de soft-law83 au vue de la légitimation de la poursuite de leurs intérêts nationaux respectifs. 1995:10). mais elles performent une réduction de ce pluralisme également au sein même du WD. 86 « [The flaw of the water war theory] lies in the fact that it does not deconstruct the “competition for water” into the numerous conflicts and competitions opposing a great variety of local. a bénéficié de l’approche néo-gramscienne d’hégémonie en permettant de prendre en compte des éléments que l’approche réaliste en termes de stabilité hégémonique ne permettait pas de considérer.

notamment celle de Homer-Dixon. toute infrastructure hydraulique implique des arbitrages politiques pour l’allocation de la ressource. cela accentue le poids relatif d’acteurs internationaux dans le processus de légitimation de telles projets et donc la place donnée aux normes internationales et des idéologies hégémoniques au niveau global. ou de « Paix de l’eau ».88 Comme cela a déjà été vu. « In general the implicit theorization [of the WD] focuses on international water basin organizations as ‘regimes’ » (Furlong. 2008:812). L’approche « coopératiste ». 2010).91 Mais en postulant une causalité entre une 87 (Talbot. Ce mode d’appréhension ne permet aucunement de saisir des nuances internes à un territoire. 2000:20). du fait de la proximité87 spatiale et éventuellement institutionnelle. » (du Plessis. L’approche néo-libérale institutionnaliste institue ainsi l’État comme représentant univoque de la société. mais également pour l’allocation des bénéfices et répercussions négatives inhérente à une telle infrastructure. Le WD tend également à considérer les enjeux hydrauliques dans ces termes et à ce titre tend à négliger la question des intérêts servis par les stratégies poursuivies par les états impliqués. liées aux théories de l’interdépendance que Furlong évoque ici. Alors que précisément que. lorsqu’il y a remise en question de la légitimité d’un acteur régional important à entreprendre des projets hydrauliques impliquant d’autres acteurs régionaux du fait d’une co-dépendance par rapport à une ressource. This is where the problem of state collusion for the unequal benefit of groups within states gets overlooked. des acteurs régionaux. que ce soit dans les effets qu’une infrastructure ou une politique de l’eau peut avoir. pourtant essentiels pour saisir les dynamiques sociétales et les processus de politisation autour d’une ressource telle que l’eau. and none explicitly represent the alternative non-state viewpoint » (du Plessis. 89 « Most contributions [in the WD] tend to ‘speak’ from the vantage-point of state actors.90 Certaines approches. comme cela va être abordé plus loin dans ce travail. 90 (Furlong. Aussi. ont cherché à saisir ces enjeux en termes de conflits déterminés par la rareté des ressources. la conception irénique de la relation État-Nation qui prévaut dans le cadre d’analyse en termes de régimes ne permet pas de saisir ces enjeux politiques. Cependant. (Furlong. 2006:441). 88 -52- . du WD s’inscrit du point de vue théorique dans le cadre des approches en termes de régimes internationaux. comme la déconstruction de la notion de « stress hydrique » a permis de le monter. 2006:442).l’historicité régionale.89 Il soutient ainsi implicitement le postulat de l’ « Étatconteneur ». 91 « The Homer-Dixon thesis is subscribed to in respect of the causal relationship between water scarcity and societal violence. The ‘state as container’ model assumes that decisions of the state reflect the will and benefit of all within that state. voire politique. la « synthèse néo-néo » tend à considérer que l’État est le seul acteur pertinent en RI en tant qu’unité fondamentale de l’environnement anarchique international. 2000 :21).

Ces arbitrages reviennent le plus souvent à redoubler les relations asymétriques qui structurent une société et éventuellement contribuer à « produire » de la rareté pour certaines catégories d’acteurs. ce type d’approche ne permet guère mieux de saisir les dynamiques de compromis et de coalitions entre groupes sociaux et leurs comportements stratégiques en vue de la captation de ressources naturelles. alors que la question de « stress hydrique » avait permis de montrer que dans le cas de l’eau. mais au contraire de produire des « solutions » dans ce contexte donné. d’autant plus un enjeu politique majeur qu’il s’agit d’une ressource aussi essentielle à l’autonomie que l’eau. -53- . du fait qu’une ressource. explanatory and problem-solving nature ». La discussion théorique autour des RI dans le WD a permis de mettre en avant certaines dimensions transnationales. ainsi qu’économique pour lesquels les modèles dominants des relations internationales peinent à leur donner leur place légitime. implique des arbitrages politiques dans la mise en place de principes de répartition des ressources naturelles entre les différents groupes sociaux. il tend à ratifier ces constructions comme des conditions naturelles. and uses them as the framework for action » (du Plessis. (Furlong. et donc les « gagnants » et « perdants ». lorsqu’il s’agit de l’eau. Ainsi. communities and states. Following from this. politique. vu comme il s’agit d’un enjeu décisif pour la survie et l’autonomie de tous acteurs sociaux. 2006:445). Dans la mesure où « the water discourse is predominantly embedded in and representative of mainstream theorising of a positivist. il y a inévitable des « perdants » et des « gagnants » à toute politique public et cela comporte une saillance toute particulière pour l’eau. le caractère politique de la relation d’un État par rapport à la société qu’il domine est indéniable. Thus even where states cooperate. il ne s’agit pas de les questionner. 2000:19). selon lequel l’État aurait comme seul objectif la défense du bien-commun sous la forme de l’Intérêt National. Par ailleurs. par définition avec une disponibilité limitée.situation de stress hydrique et l’occurrence de conflits. l’adhésion au discours « libéral-idéaliste » des RI. including the prevailing social and power relationships and institutions. we must ask who (beyond the state as container) benefits and loses from such cooperation. « what Cox calls problem-solving theory: theory that takes the world as it finds it. 2000:12). the dynamics of international water cooperation and conflict produce new geographies of water that simultaneously reinforce and reflect distributions of privilege and disadvantage within and between households.92 Ce chapitre a permis de relever les difficultés des approches de WD pour se départir d’une vision monolithique de l’État-nation et prendre en compte des positions et des intérêts divergents entre l’État et la société. d’ordres culturel. qu’elles déterminent. Si l’accent mis sur les relations interétatiques des RI n’est pas sans poser 92 (du Plessis. risque d’occulter les dynamiques de luttes entre groupes sociaux pour la définition du concept hégémonique hydraulique qui instituera les logiques d’allocations.

elle accomplit sa fonction première qui est d’assurer un soutien pour la mise en œuvre d’une politique (policy). Il est considéré qu’un bloc historique est à même de participer à l’émergence d’un concept hégémonique dans la mesure où les intérêts. d’ingénieurs civils.94 93 (Swatuk. aux fonctionnaires internationaux. etc. Dans la mesure où une conception hégémonique réussit à articuler les stratégies et valeurs d’acteurs pouvant appartenir autant aux instances étatiques. elle est réellement pertinente. A ce premier champ orienté vers la production intellectuelle. de manière transversale entre les territoires nationaux et les échelles impliquées en une communauté d’interprétation très hétérogène. par rapport à l’hypothèse des dimensions politiques inhérentes aux enjeux hydrauliques qui sous-tend ce travail. Il a été également l’occasion d’avancer un certain nombre de notions qui vont permettre précisément d’analyser les processus d’émergence d’hégémonie sur des enjeux de l’eau. un autre champ de lutte déjà abordé dans la partie précédente. composée de scientifiques. Il est défendu ici que le WD doit être considéré comme un champ. Si cette notion est utile. success in development depends upon the stabilisation of a particular interpretation. cet accent semble encore moins adéquat pour analyser les relations intriquées entre. d’experts internationaux. A ce champ correspond une communauté épistémique qui participe aux processus de lutte dont résultent l’émergence ou la perpétuation d’un paradigme. tous les niveaux d’organisation sociétal qu’impliquent les enjeux inhérents à des ressources en eau transfrontalières. a policy model […] » (Mosse. le bloc historique. 2010). « As the critical analysts of policy discourse rightly argue. Le premier est précisément de « concept hégémonique » en tant que notion qui s’affirme comme unique conception légitime sur les enjeux d’eau prévalent dans une région à un certain moment. power lies in narratives that maintain an organisation's own definition of the problem – that is. que dans la mesure où elle ouvre la voie à la compréhension des processus qui amènent à certains discours de prévaloir. et de part et d’autres des frontières. 94 -54- . aux élites économiques. les systèmes de croyance et valeurs incorporée. caractérisé au même titre qu’un champ scientifique par la prédominance de paradigmes « normalisés » qui tendent à marginaliser toutes approches alternatives. auront des affinités avec des concepts prévalant dans le WD. de la « constellation de forces sociales »93dont il procède. Cette communauté épistémique a la particularité d’être hétérogène.des problèmes épistémologiques autant que métathéoriques pour la discipline dans son ensemble. 2005:8).

Swatuk (2010) défend également la notion que les formes étatiques. Mais ce 95 Sur un principe analogue à celui de l’Espagne franquiste (Syngedouw. thereby leading to the creation of a dominant paradigm for the water discourse. du processus de co-construction des hégémonies promues par le bloc historique découle des modèles d’infrastructures hydrauliques. the power. 2008:710). au travers des grands travaux hydrauliques et la production de territoires par la mise au pas de la ressource pour assurer la reproduction de la prééminence d’un bloc historique. 2000 :24-25). it is contended (explicitly) that the discursive elite […] act as ‘guardians’ or ‘gatekeepers’ in order to dominate. within which the ‘normal’ science of water is conducted. 2006: 22). 97 (Callon & Latour.3. legitimise and sanction the prevailing discourse.. (du Plessis. plus prosaïquement. les mutations des concepts hégémoniques hydrauliques participent de la modification des formes étatiques. of water. 2010). De manière analogue. Par ailleurs. comme l’a montré Wittfogel ou encore Swyngedouw (1999). des changements de paradigme dans l’hégémonie du développement et l’avènement de l’hégémonie globale libérale-de-marché ont mené à des mutations dans les formes étatiques et dans les « concepts hégémoniques ». (Swatuk.96 ‘water theory’ is in fact a constitutive of the reality it purports to explain. (Ekers & Loftus.3 Processus d’hégémonie et hydropolitiques régionales 3. Les phases de ces politiques sont considérées comme le reflet de l’évolution de la forme et la composition du bloc historique dominant. en tant que reflet du bloc historique sont produites par et productrices des formes hydropolitiques prévalant.2. l’eau peut être considérée comme instrument de construction de l’État. l’exemple de l’Afrique du Sud va servir à relever le caractère instrumental de l’hydraulique sud-africaine. 96 -55- . Ainsi. notamment dans une dynamique d’adaptation aux nouvelles donnes internationales. épistémiques d'y trouver matière à légitimer leurs pratiques et leur position.2. On the other hand.3. Un discours émergeant est ainsi celui qui a été propice à un allongement de la chaîne d'équivalence97. 95 Au travers d’un historique du WD régional.1 Formes étatiques et hydropolitique The literature on water treats the state as if it is a real entity that facilitates and imposes changes in the water sector. Ainsi.] It becomes clear that both water and the practices that are associated with water provision serve to distribute power through the capillaries of the water network.[.. Gramsci and Foucault turn this conception on its head through detailing how the state is constantly reproduced out of changing water practices. qui a permis à nombre d'acteurs hétérogènes : politiques. mais également des politiques domestiques et régionales. économiques. 1999).

Les raisons pratiques spécifiques à chaque champ académique. -56- . Identifying who benefits from the water war concept and who propagates it is worthwhile. les dynamiques spécifiques au champ politique et au champ du WD peuvent ainsi converger vers un intérêt commun de la part des membres de la communauté épistémique et des acteurs politiques dominants par exemple dans le processus de validation d’un projet. toujours en chantier et jamais acquis laisse des traces dans le discours. pour ne pas souscrire à une approche trop intentionnaliste100. formant ainsi ce que Mosse désigne sous le terme de communauté d’interprétation98 et du Plessis les élites discursives. opérationnel. The social groups that benefit from hegemonic concepts are not necessarily the ones that propagate and maintain the hegemony of these concepts. 2000 :24-25). le contraint. pour la formation de concepts hégémoniques validant socialement une interprétation instituant ce régime. and who can determine the nature. ou politique peuvent aussi impliquer que des acteurs participent à la diffusion de ces notions sans que leur position sociale en tire avantage immédiatement. 100 « Parler de stratégies n’oblige pas à référer chaque action humaine à un projet mûrement réfléchi. Il ne faut ainsi pas réduire les comportements des acteurs aux seules logiques internes qui présideraient au paradigme du WD. Ainsi. 2008: 21-22). they have to enrol a range of supporting actors with reasons “to participate in the established order as if its representations were reality » (Mosse. form and content of the prevailing water discourse (also known as the sanctioned discourse) » (du Plessis. Certaines logiques externes de positions sociales des acteurs impliqués dans sa production (performation) et sa mise en œuvre ont certainement des effets sur les modalités de son universalisation. 2005:8). La communauté épistémique productrice du WD du point de vue de l’expertise est en situation de co-dépendance avec les blocs historiques des pays impliqués dans un régime formé autour d’un enjeu hydraulique. ni surtout à accepter tel quel l’imaginaire économiciste de la délibération par calcul des coûts et des bénéfices escomptés.99 Il s’agit de coalitions transnationales constituées d’acteurs étatiques. 99 « The discursive elite – comprising those persons who are in a dominant position within bureaucratic entities. The same exercise needs to be carried out in the case of the water peace discourse. » (Bertrand. L’hégémonie qu’exerce un bloc historique sur un territoire national par exemple en termes de sécuritisation peut ainsi avoir des affinités avec des concepts hégémoniques au sein du champ du WD. ainsi que d’experts dépendants des rentes étatiques ou des donateurs internationaux. (Trottier. que la notion de 98 « Development projects need interpretive communities. 1995:11) Ainsi. C’est une violence symbolique dont la source est ainsi dédoublée épistémique et politique.travail d'articulation. Les coalitions d’acteurs les plus à même de légitimer leurs intérêts pourront le faire dans le cas de l’eau à travers la performation de concepts hégémoniques hydrauliques qui ratifient les structures de répartition existantes. il ne faut pas considérer que tout acteur qui contribue à la diffusion et à l’hégémonie de « concepts hégémoniques » agit de manière strictement pragmatiques et intéressées. autant qu'il contraint les acteurs qui s'y réfèrent dans le processus de co-légitimation du discours et des acteurs qui le prennent en charge.

to the exclusion of those most seriously affected by water insecurity. Il y a bien eu subjectivation de cette minorité autour de ces enjeux de préservation d’une identité afrikaner et d’affirmation de la puissance du régime par des politiques de grands projets. Il est juste nécessaire de garder pour le moment la notion que des acteurs contribuant à une communauté d’interprétation par leur participation à la production ou la diffusion d’une conception hégémonique potentiellement ratificatrice de leur position de ne le font pas purement par stratégies conscientes. Johnston 2002). On Security. 2005:14-15). citant Waever. et obtenant de ce fait un traitement hors du commun» (Battistella. il est indispensable de prendre en considération des processus d’incorporations qui déterminent l’adhésion de certains acteurs par des dimensions symboliques. (Mosse. en plus d’affirmer la prééminence d’un discours par rapport à des discours concurrents. grâce à la force performative du langage. De manière analogue à l’analyse faite plus haut sur les projets nationalistes. […T]he discourse of policy acts internally and has internal effects (it is donors who are disciplined by their own discourse. Policy primarily functions to mobilise and maintain political support that is to legitimise rather than to orientate practice. coalitions and consensuses they allow. ils sont « disciplinés par leur propre discours ». NY. Columbia University Press. such as the rural and peri-urban poor. -57- . Pour illustrer ce point. both within and between organisations. Une double notion de processus antagonistes est pertinente pour aborder ce nexus des formes étatiques et de l’hydropolitique. Cependant. […A]s material and physical conditions worsen for the poor and marginalized. ce processus. des croyances. mais ils peuvent aussi le faire par simple affinité avec un système de croyance. elites enjoy a high level of water security and continue to cooperate on large- 101 « Ce processus. il s’agit des processus discursifs de sécuritisation et de désécuritisation. « Securitization and desecuritization » in Lipschultz. La sécuritisation est un processus du même ordre que l’institution de concepts hégémoniques. établit une exceptionnalité qui justifie un traitement hors du commun du problème ainsi « sécuritisé ». 2009 : 528. parviennent à sécuritiser un enjeu social en le présentant comme relevant […] de la sécurité.101 It argues that discourses of « crisis » and « conflict” privilege high-level interstate planning and action. Elles étaient d’ordre idéologique (pour ne pas dire racialiste) et développementiste. 1995). les conceptions hégémoniques qui prévalaient sous l’Apartheid sont significatives. what alliances. Et le soutien massif dans les populations blanches d’Afrique du Sud que la ligne ultra-nationaliste pouvait revendiquer ne relevait pas que d’une adhésion pragmatique de la minorité blanche à un discours qui défendait ses intérêts. and (b) that development policy ideas are important less for what they say than for who they bring together.« concept hégémonique » recouvre et ces acteurs hétérogènes impliqués forment la « communauté d’interprétation » du Projet en question. L’enjeu de sécuritisation inhérent à cette période et de désécuritisation qui a suivi sera abordé plus en détail dans le chapitre suivant. c’est le processus de ‘sécuritisation (securitization) […]une question sociale devient enjeu de sécurité par la pratique discursive d’agents sociaux qui. des éléments de subjectivation.

a certainement une importance dans l’activation d’un tel levier de désécuritisation. Decisions taken with regard to TBWRM [TransBoundary Water Resource Management] therefore are not simply the joint decision reached by sovereign entities – they result. il s’agit pour le bloc historique prévalent de fabriquer du consentement au travers d’un discours de suspension des rivalités et de pacification au nom d’un intérêt commun à coopérer. il sera d’autant plus à même de faire prévaloir le concept hégémonique hydraulique qui institue. par exemple. ont des effets induits considérables. des acteurs cherchant potentiellement à interférer dans l’hégémonie prévalant se voient dénier leur légitimité à représenter un intérêt singulier. de violence symbolique par l’affirmation doxique que ces enjeux représentent des valeurs partagées. Cette affirmation de l’intérêt commun à coopérer neutralise également le politique. dans la mesure où dans les deux cas. networks. Dans le processus d'articulation des intérêts collectifs. un bloc historique réussira tendanciellement à infléchir les politiques comme les discours dominants par sa mainmise sur l’appareil étatique. Comme cela a été avancé précédemment. c’est-à-dire de l’État. la désécuritisation. que ce soit au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. toute rivalité et conflictualité interne. lorsqu’il y a sécuritisation du champ politique. en particulier la BM. (Swatuk. C’est cet 102 (Lautier. en tant qu’ils seraient menacés par des forces. ou au nom d’un bien supérieur collectif. sociaux. Dans les deux faces du processus de sécuritisation. not in the national interest at all.scale infrastructure projects that will in all likelihood be to their further benefit. from coalition building among variously empowered actors with diverse interests. relayée par les OI. d’autant plus difficile à contester qu’il se pare sous les atours d’un hypothétique Bien Commun. and people through space and time. ces éléments de discours. extérieures ou intérieures. en naturalisant. Une manière d’instituer de tels concepts hégémoniques passe par un processus de sécuritisation des enjeux politiques. a water transfer scheme planned ‘in the national interest’ is. in fact. idéologiques. Thus. (Swatuk et Vale. 2000:84). as often as not. ces « consensus »102. cette fois non pas au nom d’un agenda sécuritaire. à même de pacifier le monde social. elle se fonde sur l’affirmation d’un bien commun collectif qui dépasse et transcende tous les conflits idéologiques ou politiques pour permettre les échanges. hydrauliques. etc. entendez les échanges économiques. Dans son pendant inverse. les principes d’allocation qui servent son agenda. Ce registre de désécuritisation n’est pas sans affinités avec une forme d’économisme et le contexte de prévalence de l’hégémonie globale libérale de marché. une affinité avec la notion d’ « État-conteneur » pourrait être envisagée. technologies. Local interventions are global politics – they are the result of the complex interplay of ideas. Une telle sécuritisation des discours et de certains enjeux permet une dépolitisation au nom de l’Intérêt National en tant qu’il est soumis à des menaces et donc que sa préservation ne peut souffrir d’être débattue politiquement. 2007:7). -58- . 2010).

it seeks to be a leading player in development expertise and knowledge transfers in international development » (Mehta. ces idéologies hégémoniques ont un rôle dans la manière dont est conçu le management des rivières internationales. 103 La Banque opère une reconversion analogue à celle qu’elle avait mise en œuvre sous l’impulsion de MacNamara vers la lutte contre la pauvreté. 2006:443). exemplifiant ainsi comment le renouvellement de l’idéologie hégémonique a impliqué un changement radical dans la définition même de ce cours d’eau. these actors are most often powerful funding organizations like the World Bank […] In its involvement with international water resource projects. Cette citation montre l’apport essentiel de la BM au WD international et illustre de manière limpide comment cette institution véhicule notamment l’hégémonie du libéralisme de marché au travers de la commodification de la ressource eau et la privatisation de l’eau qu’elle promeut. ces institutions sont incontournables en ce qui concerne le financement. qui aurait succédé à l’hégémonie en termes de sécuritisation de la période de la Guerre Froide. the World Bank appears to be shifting away from its conventional role as the key loan provide for infrastructure projects. Ainsi.104 Une autre dimension de ce discours dominant est qu'il promeut une conception monétarisée et commercialisable de l'eau comme ressource naturelle. (Furlong. La BM elle-même s’oriente plus vers ces enjeux normatifs et de production intellectuelle dans la mesure où les financements privés tendent à la supplanter dans le marché du développement. 2001:188).3. selon certaines approches critiques de géographie politique. Furlong évoque par exemple un cas d’étude sur le Mékong qui montre comment ce fleuve est passé d’une représentation en tant que front à tenir face à la menace communiste.2.2 Hégémonies et Institutions internationales La question du rôle des institutions internationales pose l’enjeu de l’internormativité des normes produites à différents niveaux et l’importance de normes internationales. Dans le cas de l’eau. greater reliance on pricing and fuller participation by stakeholders’. 2006:443). defines the core of its approach as ‘the treatment of water as an economic good. à un couloir de commerce. L’hégémonie globale contemporaine serait le libéralisme de marché. combined with decentralized management and delivery structures. lorsque son mandat premier de reconstruction des pays ravagés par la Deuxième Guerre Mondiales avait été accompli.enjeu de normativité et de diffusion d’hégémonie par ces institutions internationales qui va brièvement être abordé dans ce qui suit. Instead. par opposition avec une autre conception possible de celle-ci comme un bien commun inaliénable : In the empirical ‘water discourse’. mais également de l’expertise. the World Bank for example. Il s'agit 103 « In recent years. 3. -59- . 104 (Furlong.

en naturalisant. Cela sera également l’occasion de soutenir l’hypothèse du caractère fondamentalement politique de l’eau à partir des outils de la sociologie politique et de géographie politique. L'écologie politique s'en fera la discipline la plus critique de cette conception de l'eau essentiellement promue par le discours techniciste. notamment au travers des acteurs qui la performent autant que dans les réalisations qu’elle légitime et des structures de distribution de ressources sociétales et naturelles qu’elle voile du vernis de l’évidence. Par contre.de la production sociale de la relation à l'eau. notamment au travers de l’exemple très explicite du régime de l’Apartheid. selon les termes de l’hégémonie libérale. et de montrer son caractère politique en l’historicisant. la notion d’hégémonie comme idéologie ou corpus de norme à la légitimité transnationale est beaucoup plus saisissable empiriquement. mais cette fois d'un point de vue économique. -60- . pour dénaturaliser l’espace hydraulique sud-africain. qui conçoit cette ressource comme exploitable et privatisable. alimentées de notions de l’écologie politique. va servir à illustrer ce processus de coproduction de l’espace hydraulique et d’une forme étatique. Au travers notamment des processus de sécuritisation (et de désécuritisation) il sera d’autant plus à même de faire prévaloir le concept hégémonique hydraulique qui institue. Mais l’étude d’une éventuelle généalogie des hégémonies globales dépassent de loin la prétention de ce travail. dans la contextualisation du cas du Lesotho Highlands Water Project (LHWP). Du fait qu’un bloc historique est à même d’infléchir les régimes discursifs par sa mainmise sur l’appareil étatique. Par ailleurs. les principes d’allocation qui servent son agenda. Cela sera l’objet de la partie de l’analyse du LHWP. en se tenant à l’extension géographie par exemple d’un bassin déversant ou d’une organisation régionale. Ces arbitrages reviennent le plus souvent à redoubler les relations asymétriques qui structurent une société et éventuellement contribuent à « produire » de la rareté pour certaines catégories d’acteurs. libéral et dépolitisant du Management intégré de l'eau. l’analyse historique de la géographie de l’espace hydraulique sud-africain. dans un premier temps.

Le cas du Lesotho Highlands Water Project va permettre d’illustrer le paradoxe, évoqué en
introduction, d’une tension entre l’hypothèse de ce travail – selon laquelle les infrastructures
hydrauliques sont des formes politiques et à ce titre lieu d’inscription d’agendas politiques,
idéologique, symbolique – et des conceptualisations de ces enjeux en des termes essentiellement
technocratiques et dépolitisants. Les notions développées dans la partie qui se précède vont servir à
mettre en exergue les lieux d’investissement politiques que les approches dominantes du WD se
montrent difficilement à même de saisir du fait des postulats qui présupposent des Etats territoriaux
et des dynamiques infranationales essentiellement dépolitisées. Cela sera l’occasion de relever que
les approches analytiques relevant du WD sont parfois difficilement distinguable des discours
politiques sur le Projet, notamment du fait que le « piège territorial » qui caractérise le WD est partagé
par les acteurs investis dans celui-ci. Par exemple, la tension entre la conception hégémonique des
« bénéfices partagées » qui représente ce Projet comme un cas exemplaire de coopération entre
acteurs égaux, basée sur un intérêt mutuel à leur mise en situation d’interdépendance, et les
conceptions contre-hégémoniques qui ont cherché à pointer les effets politiques et socio-économiques
du Lesotho Water Highlands Projet, ainsi que son historicité marquée d’une élaboration sous le
régime de l’Apartheid, est presque systématiquement résolue par un parti-pris en faveur des
conceptions hégémoniques dominantes, ratifiant ainsi la marginalisation des voix que la contrehégémonie représente. Cela permettra de mettre en lumière les faiblesses critiques de ses approches
dans le même mouvement que cela illustrera la pertinence des approches qui viennent d’être
développée ici, en tant qu’elles sont susceptibles de palier à ces carences et de proposer des outils
d’analyse très relevant pour ce qui est d’appréhender les dimensions politiques des infrastructures
hydrauliques, en tant que formes du pouvoir, doublement dissimulé derrière une technicisation et une
naturalisation des enjeux hydrauliques.

-61-

4 Cas d’étude: le Lesotho Highlands Water Project

Schéma des infrastructures hydrauliques du LHWP.

-62-

4.1 Introduction

Even between states conflict and cooperation are not so straightforward. Rather than an
either/or an evolutionary continuum, conflict and cooperation can co-exist, and be
oscillatory, and persistently partial phenomena. […] Looking beyond an interstate conflictcooperation framework, the LHWP exhibits strong evidence of collusion on the part of elites
across both countries to the benefit of the wealthy at the expense of more marginalized
citizens. There, cooperation and conflict are occasionally between, but consistently across the
states involved. (Furlong, 2006:455-51).

Le Lesotho Highlands Water Project est un très important projet d’infrastructures hydrauliques
entre le Lesotho et l’Afrique du Sud. Il est destiné à alimenter la région du Gauteng, centre
névralgique du pays, autant aux niveaux économique et politique qu’en termes de population. La
construction des premiers éléments d’infrastructure a démarré en 1986 après la signature du Traité
fondateur du Projet. Les deux plus importants barrages du Projet, le Katse Dam et le Mohale Dam,
sont déjà en fonction depuis une décennie. A son terme, prévu autour de 2020-2030, il est prévu que
des barrages soient construit sur tous les principaux cours d’eau du Lesotho et que près de la moitié
des flux soient détournés vers l’Afrique du Sud. Il couvre déjà à l’heure qu’il est près de la moitié des
besoins en eau du Gauteng. L’eau ainsi transférée de barrages en barrages, passe par un tunnel de près
de 50 km creusé au travers du massif des Maloti, pour atteindre une rivière côté sud-africain, avant
d’être à nouveau transférée par divers infrastructures hydrauliques jusqu’au Vaal Dam, principal
réservoir de la région et barrage mythique de la période de Grande Hydraulique d’avant-guerre. Cette
eau atteint la région de Johannesburg après près de 500km !
Il est nécessaire de faire une contextualisation historique qui exposera l’évolution du WD et du
processus de sécuritisation-désécuritisation dans la notion de transferts d'eau entre le Lesotho et
l'Afrique du Sud qui ont été mis à l'étude depuis les années 1950 déjà. Cela permettra d’illustrer plus
-63-

Par exemple. de la part des négociateurs représentant le Lesotho. Ces irrésolutions dans les dispositions mêmes du Traité sont mises en cause par Scudder (2005) dans l'échec des politiques de compensation qui seront mises en œuvre par la suite. et d’enjeux d’accès à l’eau.105 En cohérence avec l’hypothèse de ce travail. qui ont structurés l'élaboration et la mise en œuvre de ce projet. pour des enjeux et des populations marginalisées politiquement et symboliquement stigmatisées de par leur traditionalisme.concrètement en quoi des contextes discursifs et des circonstances politiques régionales radicalement différentes ont pu amener à des approches et justifications effectivement différentes d'infrastructures de transfert d’eau transfrontalière. il va être intéressant de relever qu’un trait est commun aux différents projets envisagés. Par la suite. ou d’une non-volonté. Cependant. traduit en termes de bénéfices que les deux pays parties au Traité doivent espérer en retirer. De telles carences dans ce Traité ont laissé la porte ouverte à l’ingérence de l’Afrique du Sud dans les volets développementaux du Projet. c’est-àdire d’un désintérêt. l'enjeu majeur du financement des politiques de mitigations et de prise en charge pour les populations qui ont perdu leurs terres est resté irrésolu. il s'agira de décrire le processus de négociation qui a débouché sur la signature du Traité du Lesotho Highlands Water Project en 1986 autour de certains enjeux particulièrement éclairant sur les relations entre les parties signataires du Traité. 2006:45). quoi qu’il en soit des déclinaisons particulières des bénéfices spécifiques que les acteurs espèrent en retirer. Le but de ce développement sur les négociations est de permettre de mettre en avant comment ce Traité est la condensation des intérêts et rapport de pouvoir entre les acteurs qui en sont parties. autant que de la part des négociateurs sud-africain. Cette communauté sera analysée en termes de convergence d’agenda et d’horizons d’attente dont les acteurs impliqués ont investis ce Projet. un concept hégémonique qui leur permet 105 « [Scudder believes] that the Bank’s resettlement policies. -64- . comme instance d’expertise. nommément le gouvernement d'Afrique du Sud. qui les amènent à la mise en œuvre d’un discours commun. alors que précisément ils étaient intimement liés à des enjeux politiques et idéologiques. are a major cause for an unsatisfactory resettlement process. along with the 1986 Treaty’s emphasis on “maintaining” living standards. ils sont présentés officiellement comme ne relevant que de questions techniques et économiques. C’est cet accord sur un intérêt commun. dont les premiers à en souffrir ont été les communautés rurales du Lesotho. cette « faiblesse institutionnelle » et cette réticence à s’engager dans le financement des politiques de compensation du Projet est considérée comme le signe d’une volonté. pour des nécessités purement objectives de lutte contre cette rareté. Cela sera une première occasion d’observer le principe de purification qui naturalise la configuration du stress hydrique en Afrique australe et entend y répondre de manière strictement technique. et a été un lieu central pour l’émergence d’une communauté d’interprétation soutenant le Projet. » (Thamae & Pottinger. du fait d'une réticence de la part des partenaires sud-africains. le gouvernement du Lesotho et la BM.

Dans un second temps. -65- . certains détails du Traité pourront être abordé lorsqu’il s'agira d’analyser les enjeux de prise en charge des populations contraintes à se réimplanter suite à la construction des barrages du Projet et de décrire les enjeux en termes de contre-hégémonie et de repolitisation du Projet que cette interprétation concurrente du Projet tente de performer. C’est cette rhétorique. elle se doit de rendre opaque l’économie des pratiques que leur comportement stratégique alimente.d’articuler leurs intérêts respectifs en instituant une rhétorique essentiellement indéterminée. Pour se faire. afin de permettre l’inclusion la plus large possible de acteurs hétérogènes et de voiler les tensions et agendas par ailleurs concurrents qui ne peuvent manquer d’exister au sein de cette communauté hétéroclite. cette interprétation qui va être analysée en tant que concept hégémonique des « bénéfices partagés » à partir des processus politiques et des coalitions qui ont présidé à son élaboration.

Ainsi. Cette mise en perspective historique permet de formuler un doute quant à la possibilité même que l’Intérêt National puisse être une notion qui ait un sens lorsqu’il s’agit du Lesotho. democratic. and discussed only at the centres of political power is testimony to the centrality of water in state-building and development. (Swatuk. Mais l’importance de la souveraineté par extraversion. que ce soit l’Afrique du Sud ou les institutions internationales. La trajectoire historique de la société politique du Lesotho va permettre d’illustrer les notions de processus de « transactions hégémoniques » et de contre-hégémonies qui peuvent leur être concomitantes lorsqu’il y a divergence. 2008:27). il va être montré ici que la trajectoire historique de ce pays est incompréhensible à travers la notion hypostasiée d’État-nation. comme c’est le cas au Lesotho entre deux logiques d’appartenance politique que les notions de nationalisme oligarchique et de nationalise vernaculaire vont permettre de saisir. notamment en termes de légitimité par rapport aux partenaires extérieures. est également renforcé par le déficit de légitimité interne de par les nationalismes divergents. Dans le cas -66- . and apartheid predecessors. these interests transcend the specific regime form: conversations around the LHWP were ongoing for most of the 20th century. across the region. est nécessaire pour pouvoir saisir les processus qui ont amené à une forme de « gouvernementalité néocoloniale ». 4.2. seems not to matter. définie précédemment sous les deux aspects du nationalisme (oligarchique) et des stratégies d’extraversion. or otherwise. through treaties and contracts) and discourses of mutual benefit to capture water resources for narrow social ends. undertaken in questionable circumstances. mais comme un assemblage lâche de lieux (ou de situations) où prévalent des régimes d’expérience différenciés – c’est-à-dire tel un univers à plusieurs plans.4. 2010 :531). Ainsi. Toute la panoplie de notions provenant de la sociologie politique. informée par l’histoire et l’anthropologie. What matters is the constellation of social forces. Whether the regime is authoritarian. Moreover.g. and in the world at large use state power (e. That Mandela and Asmal would declare as a success a project wrought by their colonial. le bloc historique du Lesotho se caractérise effectivement par un recours à des stratégies d’extraversion exacerbées du fait de la particulièrement grande dépendance du Lesotho à son voisin.2 De la géographie hydropolitique de l’Afrique Australe The LHWP illustrates quite clearly the way in which powerful social forces within the South African state. (Bertrand.1 Trajectoire historique du Lesotho De la relation entre l’État du Lesotho et la Nation Basotho […T]héoriser la « situation coloniale » non pas comme un monde social parfaitement unifié. pre-apartheid.

située dans les plaines à la bordure de la frontière avec ce qui sera l'Afrique du Sud. Ce peuplement des montagnes aura d'importantes conséquences politiques et culturelles en portant en lui les germes d'une construction identitaire « imaginée »107 pour laquelle l'État. and commensurate dispensation as acknowledged ruler of 'Basutoland'. incarné par le gouvernement de Maseru servira en quelque sorte d'horizon négatif . (Anderson. and. and in combining both diplomacy and military prowess. 107 -67- . financés par les bailleurs de fonds internationaux. l’Intérêt Nation risque tout au plus de ne pouvoir correspondre qu’au périmètre très étroit de l’intérêt des élites urbaines de Maseru. used it to distinguish the status of different Sotho chiefdoms. que ce soit avec l'Afrique du Sud. The critical factor in this history was the influence of the colonial forces who translated Moshoeshoe's model into their terms. (Quinlan. Moshoeshoe's success in building up a large following. secured him status as "majestic". 381). l’identité des populations rurales qui se construisent dans l’opposition à ce modernisme. avec d’un côté. reste-t-il à tester si ce doute se vérifie dans le cas de la mise en œuvre du LHWP au-delà de la seule rhétorique des « bénéfices partagés ». en s’octroyant ainsi le contrôle des rentes extérieures qu'il autorise . par opposition aux Highlands. Jusqu’à ce que le pays obtienne le statut de Protectorat anglais en 1884. le pays a perdu l’essentiel de ses terres fertiles de plaine et la population a dû s’installer dans les pâturages jusqu’ici saisonniers dans les Hautes-terres. Aussi. pour laquelle l'État du Lesotho ne serait qu'un parasite qui aurait fait déchoir cet idéal par son intrusion au nom de ce discours moderniste. se revendiquant d'une loyauté envers une nation Basotho. Meshoeshoe I. par une séparation géographique sur le modèle de binômes urbain-rural. 1996. in the process. Le Lesotho sera étudié sous deux aspects : la fracture sociale et les tensions sociales qui caractérisent les relations entre les populations rurales et les élites urbaines dominant la structure étatique telle qu'elle a émergé au cours de son histoire sous le Protectorat et après l'Indépendance . en quoi cette structuration conflictuelle est liée aux relations avec l'extérieur. montagne-plaine. a "stately" ruler" with "absolute" authority over a distinct "Basutoo"/"Basuto"/"Basutu" "tribe". Cette nation a été fondée par un chef. ainsi que du fait des projets de développement. avec de l’autre. 2006).du Lesotho. montagnes peu fertile et pauvres en ressources. cela alimentera une divergence en premier lieu politique. qui sont ainsi devenues le territoire où vit la majorité de la 106 (Quinlan. 1996: 385). du fait que les élites sont installées dans la capitale. 106 Suite à cette période caractérisée par des contentieux territoriaux avec la colonie hollandaise d’Orange. zones montagneuses qui forment désormais l’essentiel du pays. Il va s’agir d’esquisser la trajectoire historique du pays pour comprendre les dynamiques qui structure le Lesotho actuel. qui a su allier un nombre significatif de chefs sous son autorité et défendre l’autonomie du Royaume Basuto durant la période des guerres Boers. le projet moderniste d’un groupe social qui a su monopoliser l'appareil étatique.

Ces « comportements stratégiques » relèvent autant d’une stratégie conservatrice. celle-ci défendant l’incommensurabilité des institutions dont ils sont les légataires par rapport au modèle moderniste de l’État. dans la mesure où elle conforte les structures à l’avantage des élites « traditionnelles » en place. (Quinlan. Il n'y a pas eu « greffe » d'un modèle qui aurait été imposé de l'extérieur sous la domination des administrateurs coloniaux. 2006 : 30 et suivantes). Les autorités traditionnelles soutenaient la structure politique. in time. étatique. but.population rurale. Pour expliquer que ces politiques aient produits des modifications aussi importantes dans l'ensemble de la société politique 'basotho'. Les membres du clan héritier du Roi Meshoeshoe I y ont sans doute vu le moyen de se légitimer en tant qu'élites. Ainsi. Cette convergence des intérêts des administrateurs coloniaux et du clan au pouvoir a permis la connivence nécessaire à l'instauration d'un tel modèle 'inventé' de hiérarchisation des autorités traditionnelles. une défiance par rapport à l'appareil de l'État et en sa capacité à représenter autre chose que l'intérêt particulier d'un groupe social plutôt que la Nation basotho dans son ensemble a émergé.. Ce processus d’ « invention de la tradition » (voir supra) a ainsi consisté autant de logiques internes que de logiques d’adaptation à des forces externes. la période du Protectorat (1884-1966) donnera lieu à une dynamique de divergence entre la nation basotho et l'État. Put schematically. qui ne peuvent cependant être décrits univoquement comme une forme de résistance à l’oppression coloniale. established new boundaries within which Moshoeshoe's heirs were relatively free [. 1996 : 393). (Quinlan..] enabled these leaders to achieve a concordance between the state and national identity. politically significant local identities re-emerged. -68- . suite à cette réforme entreprise au nom de la rationalisation des structures traditionnelles. La tension entre les hégémonies « traditionnelles » et l’hégémonie « moderniste ». in 1870. […] Central to this 'revolution' were the colonial authorities who sought to align the chieftainship with their concepts of administration. local identities in terms of ethnic origins receded in the face of development of an overarching national identity. La rigidification des structures sociales et politiques traditionnelles face à la violence symbolique que les colonisateurs faisaient peser sur les colonisés a résulté en des « comportements stratégiques » de la part des autorités traditionnelles. Cependant. 1996 : 386). the colonial state. The creation of Basutoland. que de discours consensuel dans la mesure où cette rigidité est considérée comme inhérente aux sociétés 108 (Bertrand. il est indispensable d'invoquer l'agenda d'un groupe social qui y a vu le moyen d'affermir sa position déjà dominante. résultant des « transactions hégémoniques »108 produit de l’interaction des comportements stratégiques des colonisateurs et des comportements stratégiques de ces chefs cooptés. les chefs constituant les médiateurs d'une articulation entre le niveau d'organisation local et le cadre national. Une loyauté existait entre les populations basotho pour cet État incarné en la personne du souverain Meshoeshoe I.

en faisant des chefs des serviteurs de celui-ci au nom d'une logique de rationalisation et de modernisation a ainsi eu comme effet. les normes « importées » par les britanniques ont été instrumentalisées par une certaine élite. (Mumby 1997 : 368). Ces derniers ont pu y voir la réussite du transfert du néo-traditionalisme britannique. vu que plus d'un siècle s'est écoulé depuis ces réformes). mais c'est sans doute vrai que les pratiques qui avaient cours avaient souvent pour fins d'étendre l'influence du chef qui nommait les chefs sous son autorité. En confortant l’État colonial dans son projet moderniste. cette polarisation a participé à légitimer les colonisateurs dans la violence symbolique qu’ils ont exercée sur les formes « traditionnelles » de sociétés politiques. qui se sont revendiqués comme une forme d'aristocratie s'adaptant à des conceptions véhiculées par les administrateurs britanniques.109 Ainsi. et donc elle fait consensus. -69- . les descendants de Meshoeshoe I. radical and conservative. promu par les britanniques. d'amplifier encore la concentration de pouvoir qui prévalait déjà au profit de cette élite cooptée. qui consiste à coopter une classe dominante qui administre les territoires colonisés au nom de la Couronne britannique. alors basée sur l’autorité traditionnelle. de leur permettre d'étendre la représentation de leur clan en nommant des leurs. Le cas du Lesotho exemplifie bien comment l'existence d'une catégorie sociale indiscutablement dominante n'a bien souvent pas préexisté à l'intrusion coloniale. 1996 : 397). perde de son efficacité à mesure que la centralisation du pouvoir et sa bureaucratisation érodaient ces mêmes institutions traditionnelles. uniting and dividing.« indigènes » du point de vue des colonisateurs. en nommant des parents ou membres de son clan. du fait d'une certaine prédominance des héritiers de Meshoeshoe I dans l'appareil étatique. In analysing hegemonic struggle it is important to demonstrate the way in which discourses and actions can be simultaneously resistant and consensual. mais en a été le fruit. La subordination de l'institution de la chefferie à une reconnaissance par l'État. Cette concentration du pouvoir étatique au 109 « Concerned about judicial and administrative inefficiencies and abuse of power by some members of the chieftainship institution » (Quinlan. face à ces « primitifs » incapable de saisir l’opportunité de participer au « Progrès » et d’intégrer la grande marche vers la « Civilisation ». Une rhétorique qui ressemble étrangement au discours anti-corruption véhiculé par les institutions internationales contemporain (similitude pour le moins intrigante. Ainsi. Cette institutionnalisation d'une catégorie régnante a contribué à une concentration du pouvoir propice au principe d'administration coloniale du « gouvernement minimal (indirect rule) ». posant alors les ferments pour une scission dans la société politique du pays. du moins entre ces autorités traditionnelles et les élites coloniales. cela n’a pu se faire sans qu’à long-terme la légitimité de l’État. tout en permettant à certaines élites traditionnelles de se positionner opportunément du « bon » côté de cette dichotomie et s’accaparer des places de choix dans les structures étatiques. Les dynamiques internes aux incommensurabilités traditionnelles auront ainsi desservi la société politique basotho.

Celui-ci n'a pas su s'instituer comme représentant de la collectivité. -70- . un État central bureaucratique. Ayant cherché au travers d'un certain discours nationaliste à conférer à l'État cette patine. avec le processus de clivage que cela induit du fait de l'accaparement de l'appareil étatique par un clan particulier au nom de cette norme de rationalisation. la cooptation de cette élite instituée dans sa position dominante par son investissement de l'appareil étatique était aussi une manière de rendre plus adéquate la structure politique du pays pour une administration sur le principe de l'« indirect rule ». Mais ce processus de monopolisation s'est traduit dans une représentation populaire de l'État comme servant des intérêts particuliers.profit de ce groupe social a été d'autant plus effective que ce processus faisait coïncider les agendas à la fois des autorités coloniales. Le projet de rationalisation de la structure politico-administrative par les autorités coloniales anglaises. a provoqué le surgissement d’un nouveau bloc historique dans le même mouvement que l’émergence d’une nouvelle forme politique. les interventions étatiques n'ont cessé de désavouer un tel projet.

Les deux dimensions peuvent être dans les faits synergiques. L’appareil étatique est une ressource déterminante pour la « constellation de forces sociales » qui se sont articulées en un groupe social dans le processus même de formation de l’État-central. voire même d'en faire une structure au service de l'État en recourant à un discours de modernisation. it confronts the chieftainship not as a seemingly archaic obstacle. 113 Indeed. 1996: 398).. Le gouvernement du Lesotho (GoL)110 a poursuivi. Un tel processus peut potentiellement amener ces acteurs marginalisés à construire une contre-hégémonie légitimant leur forme de « société politique » qu’il semble légitime de désigner comme une forme de nationalisme vernaculaire. au contraire. c'est justement dans la relation très contemporaine aux institutions se revendiquant comme modernes que ce traditionalisme est utilisé comme contre-hégémonie par rapport à un État « alien » et prédateur. (Coplan. 113En cherchant à en exclure certains acteurs. though that is often the reified sentiment of government officials. le processus d'inféodation de la chefferie à l’État. Ainsi. 2008 : 216). il n’y a pas de contradiction entre le principe de formation d’un État central et la gouvernementalité néocoloniale comme le montre la trajectoire de formation de l'État du Lesotho.1 Un État néo-colonial The political and economic history of Basoth incorporated a process in which national identity was disassembled from the state. (Quinlan.] nationalists became caught up in the colonial regimes' categories » (Coplan. -71- . 1999:112).] la nature très personnelle et factionnelle des stratégies d’extraversion […] dans le cadre de ce que nous avons nommé l’« État-rhizome ».4. ou déstructurer le champ politique. The state and the nation have grown apart. 110 Goverment of Lesotho. après l’Indépendance. 1997: 46). 1996:383). L’articulation entre [. le sigle GoL est communément utilisé dans la littérature qui s'y réfère.. (Bayart. 1994:1539). in Lesotho the state is an alien power in relation to the populace (Turkon. focused on the Europeandefined boundaries and institutions.. 111 « as the current state attempts to impose its authority.2. de la part même de ceux que l'on voudrait reléguer à n'être que les tenants passifs de traditions archaïques.[.111 Les autorités du Lesotho indépendant ont ainsi fait sienne l’hégémonie territoriale en se faisant les chantres de l’Étatnation et de la modernité. 112 « the kind of politics that eventually took over colonial states was this nation centred one. et la centralisation bureaucratique ou politique.1. using ideas of social order inherited from the colonial regime and borrowed from the international context of modern nation-states. Il en sera fait usage pour parler du gouvernement du pays depuis son Indépendance. ces projets tendent à structurer. (Quinlan.112 Mais ce discours n'est pas sans contestation. on notions of progress shaped by capitalism and European social thought. alors que. afin de l'incorporer à l'appareil étatique..

oligarchique et un nationalisme vernaculaire ou populaire. leur projet nationaliste n’a que plus marqué la divergence entre le « nationalisme officiel ». elle est le fruit d'une construction historique. le nationalisme officiel masquait un décalage entre la nation et le territoire dynastique ». car ces notions sont inadéquates dans la mesure où la territorialisation des basotho et de la culture sesotho est précisément hors cadre nationale et non intéressée par les frontières. se présentent à l’observation tels des systèmes d’opposition qui reproduisent en les accentuant et en les simplifiant (parfois jusqu’à la caricature) les différences réelles entre les styles de vie » (Bourdieu. 108 . Il n’est pas pour autant pertinent de parler d'un nationalisme ethnique dans la mesure où ce qui sépare les deux populations n’est pas une distinction. sur une partie considérable des territoires sud-africains autour du Lesotho. Cela a posé les bases pour une nécessité. Ce qui est peut-être plus particulier à cette trajectoire historique. c’est-à-dire réputés tels : les représentations (mentales) que les différents groupes se font des représentations (théâtrales) que donnent (intentionnellement ou non) les autres groupes. qui perdure jusqu'à l'époque contemporaine. celuici a été utilisé comme réservoir de main-d’œuvre pour les mines sud-africaines. official nationalism a discrepancy between nation and dynastic realm » (Anderson.4. c’est que consécutivement au processus qui pourrait être décrit comme une forme de dénaturalisation des élites (en inversant la notion utilisée par Anderson pour parler au contraire de la tentative de naturalisation des familles régnantes européennes) au travers du processus de divergence et de fracture de la société politique basotho et de leur rejet hors de celle-ci. et en particulier l'Afrique du Sud. celle de devoir travailler en Afrique 114 (Anderson. 116 « Chaque groupe tend à définir les valeurs auxquelles il associe sa valeur par opposition aux valeurs des autres groupes. ethniques ou autres sont des modes d'appropriation et de partage des ressources. 115 -72- . 1994 :242).2 La Nation Basotho contre l'État : Un nationalisme vernaculaire vs un nationalisme oligarchique [Les consciences identitaires] sont des phénomènes historiques liés à des contextes précis et datés: essentiellement celui de la centralisation d'un État bureaucratique dont les appartenances religieuses. 2005:16-17). 2006 :90-92 . est indéniable. la renaturalisation après la rupture n’a fait que consommer la rupture entre le Lesotho. dans la mesure où les populations basotho se répartissent aussi bien. A l'époque du Protectorat. des registres nationalistes ont émergé au Lesotho comme ailleurs. ou Maloti. (Bayart & al.115 pour les élites de Maseru.116 Par ailleurs. étatisé et nationaliste-moderniste et les Highlands. La dépendance du Lesotho par rapport à l'extérieur. supérieurs et surtout inférieurs. il faut se garder de trop réifier le nationalisme basotho.2. « in almost every case. 2006 :113). Dans le processus d’accession à l’Indépendance.1. même si les divergences culturelles tendent à se creuser par le fait même des luttes politiques. cependant. de manière diffuse. traditionaliste-basotho. 105).114 Et de manière analogue aux dynasties européennes qui ont également cherché à se naturaliser et pour lesquelles cela a résulté le plus souvent par : « Dans presque tous les cas. et encore moins de le territorialiser.

plutôt que leur contenu qui détermine nécessairement une incompatibilité essentielle. si les populations des Highlands se pensent en termes d’autonomie culturelle. Ainsi. l’utilisation de la notion de nationalisme pourrait être discutée. in the life of both Basotho communities and their nation. -73- . c'est-à-dire immémoriale et donc préexistante à l'institution Etatique. du point de vue des populations des Highlands. en identifiant le Lesotho à Maseru et à toute intrusion de l’État dans le fonctionnement de ces terres. Elle est investie de ce rôle de rempart de par la valeur 117 Pour une analyse de la mystique du bétail. autant qu’avec son extraversion économique qui le détache tout à fait des réalités quotidiennes des basotho. d'ancienneté plus légitime que celui-ci. précisément. Aussi. Tout au plus. et donc que c'est le postulat de cette opposition qui détermine le contenu de ces discours. les frontières leur apparaîtront comme des obstacles surmontables dans leur déplacement régulier entre le Lesotho et l'Afrique du Sud du fait de la dépendance économique profonde de ce monde rural pour les revenus qui proviennent du travail accompli dans les mines sud-africaines. l'hypothèse est que cette opposition sert des fins politiques. The reality is that the Lesotho state has become an interference. albeit a powerful one. Ainsi. ainsi que du rôle de stockage de richesse que remplis chez les travailleurs transfrontaliers. Il va s'agir de considérer que cette incommensurabilité est fondatrice dans le sens qu'elle préside à la constitution de ces discours et de raisons à des pratiques. 1997: 56). L'institution de la chefferie joue symboliquement ce rôle. voir Ferguson. Ce sont deux logiques tout à fait antagonistes. 1990. et à ce titre. en tant qu'elle est « traditionnelle ». Il semble pertinent de considérer que cette opposition n'est pas ontologique. (Coplan. mais conséquence des postulats respectifs de ces deux discours. que l'un est l'horizon négatif de l'autre. Sinon. l'inscription d'une identité dans l'espace circonscrit du Lesotho est plus problématique qu’autre chose.du Sud pour une part très importante des hommes de la population Basotho. cela serait risquer de tomber dans le piège culturaliste d'une incommensurabilité fondamentale du « traditionnel » et du « moderne ». Dans le cas concret de l'opposition du discours moderniste produit par l'État du Lesotho et du traditionalisme dont se revendique les basotho. de leur terre laissée à la gestion des femmes. la figure du chef est elle aussi incontournable. Cela semble peu compatible avec l'inscription nationale que revendique l'État du Lesotho. leur horizon quotidien tend à se structurer autour du local. notamment parce que la catégorie de frontière n'est pas un critère relevant par rapport aux pratiques quotidiennes de ces population. son indépendance a par ailleurs été utilisée comme cas exemplaire par la doctrine du « développement séparé » qui est au cœur de la ligne politique de ce régime. de leur bétail117. Du point de vue politique.

The state.symbolique que lui prêtent les basotho. 1997: 48). Cette concurrence de définition est l'enjeu central des tensions qui structurent l'espace social du Lesotho. 121 autant dans ses 118 « The search for the essence of Sesotho and for a viable popular political platform." » (Chatterjee. notamment de la société basotho. particulièrement lorsque des actions politiques du gouvernement de Maseru montrent ostensiblement une volonté d'affaiblir cette institution. mais plus généralement la question d'un nationalisme est la cause d’une fracture considérable. même s'il est possible de montrer l'historicité de cette opposition. Ces acteurs politiques se veulent ainsi. -74- . la Nation Basotho. dans la marginalisation qu'elle a eu à subir dans le processus d’étatisation de la société. Nation and Its Fragments. en tant qu’État. ce qui se concilie mal avec la territorialité transnationale du vécu des Basotho. 120 « The wolf of the state clothed as the lamb of the nation » (Coplan. […]The struggle [over the chieftainship at the national level] ensures that the chieftaincy remains unfixed. However. même s'il faut considérer les chefs comme étant situés à l'interface entre la société « étatisée » et la nation basotho. (Quinlan. 119 « The chieftainship is in this sense the focal point of society. but which reflected the realities of people's existence on the margins of regional society » (Quinlan. and the affiliation of nation with state tenuous » (Coplan. 1997. an historical emergent through which Basotho imagine and define the nation. had little command over a population whose existence. moreover. 121 « "plural development of social identities" emerging from struggles with the colonial state "that were violently disrupted by the political history of the postcolonial state seeking to replicate the modular forms of the modern nationstate. national identity were based on the bonds between chief and subject. Ainsi. Nationalisme populaire qu'il s'agit d'opposer au nationalisme étatique véhiculé par les élites de Maseru. 156. and on links between rural home and urban South Africa. rather than on any substantive affinity with the state. qui revendiquent que le gouvernement de Maseru représente. (Cité dans (Cooper1994:1544)). est perçu comme intrusif et tout à fait étranger à la nation Basotho. 119 La question de l'inscription territoriale des identités. the country. en tant que membres composant l'appareil étatique les représentants de l'État-nation.120 Mais qui est cependant caractéristique de la gouvernementalité de l’État néocolonial. that expression of Basotho nationalism could not be sustained in the face of the incapacity of the state to improve the existence of its citizens. 1997: 49). ils sont cependant des éléments essentiels de l'imaginaire basotho. Cette reconstruction sert de point de référence idéalisé à partir duquel la société basotho contemporaine se définit. and their place in the world » (Coplan. 1996 :391). dont l'extraversion est ainsi habillée sous les atours d'un discours nationaliste qui articule la dépendance du pays avec la défense inconditionnelle de la souveraineté du pays. 1996 : 398). indeed. « The chieftainship became an expression of a national identity which did not depend on the existence of Lesotho as a state. Cette analyse historique visait à montrer que le caractère construit de ces discours est motivé par des enjeux politiques et donc que. L'État du Lesotho. cela ne rend pas ces discours moins pertinents comme éléments de justification d'une posture antagoniste. 48).118 Elle remplit ainsi une certaine fonction fédératrice en tant que symbole de cette culture basotho. continues to be focused on the chieftainship. and.

The state and the rural population do not in fact share the same definition of the nation. Aussi. This is nationalism out of the eye of the 'national' state. comme les différentes passassions de pouvoir plus ou moins violentes qui se sont succédées depuis l'Indépendance l'illustrent bien. vu l'extrême dépendance économique du pays par rapport à des sources extérieures.institutions. the Customs Union. (Coplan.] For them. voire géographiques qui l'alimentent... a fiction in an economic sense. 1997 : 52). [. Il ne semble plus nécessaire de justifier plus avant le fait de considérer que les élites qui accaparent la maîtrise de l'appareil étatique ont des intérêts distincts de la population. a protection the state. but externally dependent. 123 -75- . in the Lesotho Highlands Water Project. Cette citation soutient l’analyse en termes de stratégies d’extraversion de la part du bloc historique. Lesotho is politically distinct. political independence has value only in so far as it protects Sesotho and its resources. [. and the political economy of migrant labour. paradigme de l’extraversion dont le LHWP participerait. identitaires. the intervener in a chieftaincy that is the last political refuge of Sesotho. regardless of who governs it. politiques. Il ne s'agit pas pour autant de dire qu'il faut le considérer comme un groupe homogène. que dans sa situation socio-économique. Du point de vue des élites de Maseru.122 par opposition à l'État du Lesotho.. voire antagonistes. comme l'a bien montré l'exemple de la chefferie.] rural people want secure homes and independent communities governed by Sesotho: the means of survival at the region's margins. ou nation basotho comme la définissent Coplan & Quinlan. si le pays est indéniablement dépendant.1.. elle est aussi grandement déterminée par des dimensions économiques inextricablement liées à des acteurs extérieurs. is not worth the candle except to the small elites who have a vested interest in structures of government and patronage. Mais elle avance un point essentiel c’est que la situation de dépendance objective du pays.3 La dépendance comme stratégie discursive et matérielle But Lesotho's independent existence.123 Cette dichotomie n'est pas épuisée par les dimensions culturelles. [.] Lesotho is not the Basotho. selon à partir de quel groupe social la relation à l’extérieur est considérée. To the state. 1997: 54-55). voire même l’illusion de son indépendance n’a de sens que pour les élites qui retirent une rente de cette souveraineté d’extraversion. in practice seeks to withdraw. the neo-coloniser. de manière analogue. il est important de considérer les relations du Lesotho par rapport à l'extérieur de manière distincte. là où la dépendance vers l'extérieur de la nation basotho se définit en termes d'emplois dans les mines d’Afrique du Sud. la « rente de souveraineté » implique l’affirmation de 122 (1997).. En se posant la question en termes de source de revenu. 4. (Coplan. The state is now the alien power. le caractère « extraverti » de l'État du Lesotho le rend dépendant de ressources et de rentes d'origine externe.2.. il y a certainement des dissensions internes.

du Lesotho est une rhétorique nécessaire du point de vue des rentes extérieures. Alors précisément que du point de vue Basotho. justifiant les bailleurs internationaux dans leur jeu de dupe de considérer le GoL comme un partenaire dans la mise en œuvre de projets de développement au profit de la population. Il y a dépendance par rapport à l'Afrique du Sud aussi pour les communautés des Highlands. seront globalement perçues par ces populations comme des intrusions inopportunes caractéristiques de cet État prédateur. de prestige. la seule intervention de l'État qui pourrait être considérée comme non-nuisible serait de concourir à protéger cette autonomie des interférences extérieures. Il ne s'agit pas tant de laisser entendre que des individus vont accaparer au sens stricte ces ressources financières à des fins d'accumulation et de détournement. revendiquer la souveraineté de jure. Ce cheminement historique sur la constitution du Lesotho a permis de montrer l'hétérogénéité des allégeances et des normes qui prévalent entre la plaine urbanisée et son élite monopolisant l’appareil étatique. par un positionnement en tant que gatekeeper. cependant celle-ci n'est pas la conséquence positive de la souveraineté du Lesotho. mais plutôt d'y voir le moyen pour ces élites de se faire les gestionnaires de ces ressources. si celle-ci est plus que dérisoire politiquement et inexistante du point de vue de l'économie nationale. etc. sinon de facto. elle est plutôt un obstacle matérialisé sous la forme de frontière. et elles auront comme résultat une extension du quadrillage de ces communautés en marge. ce qui leur permet de transformer ces mannes financières en d'autres ressources. Cette gestion des dépendances du pays par ces élites fait le lien entre l'interventionnisme étatique et les déterminations externes induites par les bailleurs internationaux. contrairement aux élites de Maseru. peuvent se constituer en gestionnaire presque incontournables des flux qui proviennent de l'extérieur. de -76- . il sera considéré que toutes politiques destinées à intervenir dans la vie des populations Basotho. d'entretenir des réseaux clientélistes. au travers d'un appareil administratif-bureaucratique étatique ou paraétatique.l’indépendance nationale. Car. extraites au travers de l’appareil étatique et de l’existence du Lesotho en tant qu’acteur à part entière de la scène internationale. ce qui leur permettraient de monnayer des soutiens politiques. politiques. comme manière de s’affirmer comme représentant légitime de l’Intérêt de la nation du Lesotho. autant de l'Afrique du Sud que celles provenant d'acteurs internationaux. qu'elles proviennent du GoL ou d'organisations internationales. alors que justement il s'en fait le vecteur. Mais cette rhétorique n'a que peu de poids s’il s’agissait de performer une telle reconnaissance de la légitimité de l'État de Maseru par rapport à tout son territoire. intermédiaires avec l'extérieur. les bailleurs internationaux ou les ONG d'aide au développement. qui. Cela soutient l'hypothèse selon laquelle cette rhétorique nationaliste est surtout destinée à des acteurs extérieurs. Ce n'est donc pas une ressource aisément disposable. ayant incorporé les hégémonies coloniales en termes de modernismes. Afin de simplifier le propos.

cette divergence fondamentale des normes propres aux niveaux « Lesotho » et « basotho » ne manque pas de provoquer des rapports de force qui déterminent une certaine inimitié entre ces deux composantes du pays. bien que le LHWP soit essentiellement conçu pour subvenir aux besoins de l’Afrique du Sud (il a déjà été évoqué les asymétries qu’il reproduit même dans ce pays infiniment plus riche) il a été élaboré également en adéquation avec des logiques d’extraversion et de quadrillage du territoire au moyen des rentes obtenues ainsi caractéristiques de la gouvernementalité néocoloniale prévalent au Lesotho. The marginalisation of the people locally. Il ne s’agit pas pour autant d’une « domination sans hégémonie ». qui dans leur lutte. particulièrement dans ces zones jusqu’ici peu accessibles et donc relativement hors de portée pour Maseru. au nom de leur développement. 1997:46). Ainsi. ne feraient que ratifier les discours officiels. The Lesotho Highlands Water Project. Ce double référentiel fait ainsi l'impasse sur une identification nationale. D’où la nécessité d’une sociologie politique de l’eau. la persistance (catégorisée comme « inertie » intrinsèque à ces formes « archaïques ») de formes traditionnelles est la justification même d’un projet moderniste. (Quinlan. comme l’analyse de la trajectoire historique de l’Afrique du Sud. dans le domaine spécifique de l’eau. ces dimensions ne pourraient être saisies en faisant l’économie de décrire la trajectoire historique de l’État du Lesotho. Cependant. s’il ne s’agit pas de se contenter de rendre compte des concepts hégémoniques de la communauté d’interprétation comme pseudo-analyse des enjeux sous-jacents à un projet. A ce titre. liée à leur allégeance aux autorités traditionnelles et leur identification à une communauté transnationale « imaginée » qui s'étend indifféremment de part et d'autre de la frontière entre le Lesotho et l'Afrique du Sud. Ces enjeux culturels et symboliques montrent bien qu’il s’agit plutôt de rivalités entre hégémonies.conception territoriale de l’État-nation . le LHWP peut être analysé comme un médium et un amplificateur de cette logique d'extension de la présence étatique sur le territoire. L’asymétrie indéniable de ces rapports entre les communautés des Hautes-Terres. face aux communautés des Highlands qui sont pris dans une référentialité à la fois très locale. ce qui ne peut manquer de se traduire par un processus d'extension des interventions de l'État dans les régions marginalisées. of the country in the regional economy and in southern African politics. accentuée par les stratégies d’extraversion des acteurs dominants. va également permettre de l’étayer. Ces dimensions ont tous les risques de ne pas être saisies par les approches relevant du WD au vue des carences analytiques qui ont été relevées en première partie de ce travail. palliant le manque de ressource interne de l’État. is as apparent as ever. -77- . tout au contraire. exemplifies the yawning gap between an impoverished people and a corrupt administration. mais. au contraire. Cela montre la nécessité d’accomplir un profond changement de paradigme. agreed to by the Lekhanya government in 1986. n’ont pas pour autant fragilisé l’État. Ce non-recoupement des allégeances. qui.

c’est essentiellement dans leur conséquence sur les enjeux hydrauliques que ces différents champs seront abordés). […]. a trick mastered not only by state elites. économiques et sociales qui ont eu lieu. 2008:806). Cet aspect instrumental du processus de sécuritisation126 est un des traits essentiels du nationalisme sudafricain. but also by subaltern actors (which we’ll call ‘counter securitisation’) » (Warner. C’est bien tout le propos de ce travail de défendre que les considérations de politiques domestiques et les « guerres de position » dans la lutte pour la monopolisation de l’appareil 124 Ce chapitre est très largement inspiré de l’ouvrage de David Blanchon du même nom (2009). et du fait que chacun de ces champs se caractérise par une historicité et des logiques propres. idéologiques. notamment au travers du mythique paysan Boers menacé dans son mode de vie authentiquement afrikaner (clairement conçu comme une question de sécurité sociétale).125 Cette sécuritisation. ni dans leur contenu. Elle caractérise très largement les politiques du régime de l’Apartheid et lui a servi à le légitimer dans ses politiques de neutralisation de toute contestation domestique ou régionale. ne sont certainement pas à considérer comme strictement autonomes. 2009 :530. mais cet enjeu a progressivement été assimilé aux intérêts du pays et. 2006 :13). (Davidsen. La sécuritisation de l’eau a permis de dépolitiser cet enjeu en le soustrayant au débat politique en neutralisant les dissensions internes aux deux blocs historiques (miniers anglais et agriculteurs afrikaners) qui formaient la base du régime de l’Apartheid africaines au nom de l’intérêt supérieur de la nation (blanche).2 L’espace hydraulique Sud-Africain124 Sécuritisation et désécuritisation des enjeux hydropolitiques Turton affirms that exogenous water. supplied by means of inter basin transfers.127 Afin de saisir les changements de discours. dans la mesure où bien des éléments semblent s’être de facto perpétués.4. « Un régime à pluralisme limité ? À propos de la gouvernance démocratique ».2. malgré les ruptures discursives. politiques. ni dans leur temporalité. L’eau est depuis le début de la colonisation de l’Afrique du Sud un enjeu majeur. il est nécessaire d’esquisser une périodisation les politiques de l’eau sud-africaines. En toute conséquence. voire des pratiques. 126 (Battistella. 125 « ‘Securitisation’ makes us ask why some issues become non-negotiable and legitimise the overturning of normal rights and rules of engagement. durant l’ère de l’Apartheid. Pour alléger le texte. is the lifeblood of the South African economy which would simply collapse if this source of supply was no longer secured. Zeitoun. il ne sera pas toujours explicitement fait référence à celui-ci. 2004). Les deux registres des politiques domestiques de l’eau et les concepts hégémoniques prévalent dans le WD régional. intrinsèquement lié à sa forme de régime ségrégationniste à pluralisme limité. loin d’être spécifique au domaine de l’eau était d’ordre idéologique. a été même identifié aux intérêts de l’élite blanche. ces ruptures ne sauraient avoir coïncidé. -78- . en termes de conceptions hégémoniques prévalant dans la gestion de l’eau en Afrique australe au cours du siècle passé (avec tous les risques qu’une telle démarche peut comporter. Par ailleurs. note n°59). 127 (Hermet.

étatique – notamment pour le contrôle sur la grande hydraulique – comptent dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques extérieures d’un pays – ici. et plus généralement une analyse en termes d’historicité de la géographie hydropolitique de la région. comme le sens commun le laisserait penser dans la plus part des cas . Elle est par ailleurs soumise à un climat semi-aride. The history of the region has also resulted in a situation whereby Southern Africa’s geography of water use is virtually the inverse of its geography of water availability. la notion de construction de la rareté développée plus. La géographie de l’eau en Afrique du sud se caractérise ainsi par une radicale non-coïncidence entre le territoire de disponibilité hydrique et le territoire des besoins. Dans le cas de l’Afrique du Sud. La domestication de l’espace hydraulique tenait une place centrale dans le processus de colonisation. cela le serait à toute fin pratique de par les cadrages disciplinaires des sources et études utilisées. mais tout particulièrement pour l’Afrique du Sud. La construction de ces « pipelines of power. rôle qui s’est renforcé pendant le régime d’apartheid. 2006:447). la production des politiques régionales de l’Afrique du Sud – et inversement les contextes régional. si la distinction pourrait apparaître dans le propos qui est tenu ici. Aussi. international. cela s'explique historiquement par les besoins de main-d’œuvre sont -79- . et il est vrai que la plus grande part de la population mondiale est concentrée autour des littorales et des cours d’eau. 2008 :64). (Blanchon. La région du Gauteng est la zone de plus grande densité de population du pays. South Africa is responsible for 80% of the region’s water consumption. (Furlong. C’est pourquoi la question de l’approvisionnement en eau est un enjeu essentiel pour toute la région. est essentielle pour dénaturaliser ces enjeux et les réinscrire dans la trajectoire historique de l’État Sudafricain.et trans-étatiques (hypothèse que l’étude du LHWP va servir à vérifier). Au-delà des aspects techniques. dans la mesure où cela tend à la fois à mettre en relation et en dépendance des territoires locaux et ainsi contribuer à un enchevêtrement des échelles et des processus infra. A ce titre. et certainement pas pour souscrire à la partition étanche entre les politiques extérieures et les politiques domestiques discutées précédemment. Cette situation de décalage quasi complet entre l’espace de disponibilité en eau et l’espace de peuplement s’explique par le fait que la dynamique de sédentarisation qui a prévalu dans le pays n’a pour l’essentiel pas été déterminée par la disponibilité locale en eau. L’hypothèse serait même que la pertinence du postulat d’une dichotomie entre des processus internes au pays et des processus censés être circonscrits aux enjeux de relations extérieures est encore moins défendable dans le cas de transferts d’eau que cela peut l’être dans tout autre domaine. idéologique et normatif influent certainement sur les dynamiques internes au pays. […W]hile possessing only 10% of Southern Africa’s total water resources and one third of its population. concentrant également la plus grande part de la production industrielle et agricole du pays. ce système de régulation et de transfert d’eau a aussi une valeur symbolique d’ordre politique.

afin de sécuriser l’approvisionnement du centre névralgique du pays. entre les différents groupes sociaux: industriels. poverty alleviation and justice for all. La combinaison de la forte densité de population et de l’implantation de secteurs très demandeurs en eau ont amené à une situation de carence importante. la production industrielle et l’agriculture intensive destinée à l’exportation se sont implantées là où la main d’œuvre était déjà concentrée. est également l’occasion d’expliquer l’hétérogénéité de la structure de distribution de la rareté. and keeping white South Africa safe from communism and the 'black peril'. il faut garder à l’esprit le caractère hérité du stress hydrique dont souffre la région. de 1920 jusqu’à l’époque contemporaine. Moreover. 2010:528). 2010:522). Turton asserts that water security was during the years of Apartheid regarded as essential for the future economic growth and stability of South Africa. In the apartheid era. etc. de l’abondance. ou est projetée de l’être à relativement court-terme. le Gauteng. 2006 : 119) Le parcours historique des politiques de l’eau depuis la montée du nationalisme dans ce qui était alors l’ Union de l’Afrique du Sud. Il en résulte maintenant que cette région est devenue depuis aussi bien le centre industriel. dominant actors justified harnessing water in terms of economic development.les besoins de l’industrie extractive implantée à l’époque coloniale et qui ont dominé comme facteur de sédentarisation de la population. Cependant. Par la suite. building of the 'modern Western state'. 128 « From a dusty. si cette carence est effective.128 A cela s’est ajouté un processus de concentration de la population voulu par les autorités coloniales. C’est pour répondre à la demande croissante en eau. The dominant actors of the post-apartheid era have altered this narrative: harnessing water for economic development. financier. (Swatuk. dans une double logique de construction d’un État central et de concentration économique et démographique soutenue par cette grande hydraulique. conséquence de la croissance économique et de la tendance séculaire à la concentration démographique dans la région. contribuant à une densification démographique encore plus importante de la région. producteurs agro-alimentaires. en eau entre les différentes parties du pays et dans la région. afin de rééquilibrer la disponibilité régionale. Alors que cette territorialité très déséquilibrée de la relation offredemande en eau a servi de justification à la mise en place d’une logique de transferts généralisée. politique et économique de l'Afrique du Sud. ainsi que de la centralisation des plus importantes institutions et structures administratives de la colonie – nonobstant l'autre pôle important. populations blanches aisées. populations noires des townships. partant. -80- . agroalimentaire qu’administratif. que le gouvernement de Pretoria a mis en œuvre des projets d'infrastructures extensivement sur le territoire depuis déjà la fin du XIXème siècle. entre Johannesburg et Pretoria. ad hoc settlement developed around mining in Johannesburg‫ڈ‬s population had grown to a quarter of a million by 1914 » (Swatuk. le Cap – dans cette région. (Davidsen.

Les configurations économiques. eau. Colonial policies effected the dislocation of large segments of the indigenous African population onto marginal lands that are distant from water sources. il est nécessaire d'intégrer la dimension idéologique des politiques racialistes. à une conception large. telle celle élaborée par l’école de Copenhague. Et la seconde. si deux périodes doivent être définies à partir des années 1920. etc. que poursuit le régime de l'Apartheid. environnementale. qui conçoit une sécurité sociétale. également héritées de la « situation coloniale » ne suffisent pas à expliquer la continuité ségrégationniste entre les politiques coloniales et celles entreprises par le gouvernement de l'Union d'Afrique du Sud. etc. fusion de deux colonies qui s’inscrit directement dans l’hégémonie coloniale en s’organisant ainsi selon un régime à pluralisme limité. 2006:447). participant à la formation de l’État. Pour pouvoir comprendre ce processus. production alimentaire. -81- . The Making and Unmaking of the Politics of Exceptionality. du moins dans les discours. cette politique a fondamentalement contribué à cette concentration régionale de tous les capitaux et toutes les ressources (économiques. Au-delà de la simple nécessité de répondre à ces besoins croissants s’est profilée une véritable instrumentalisation de la Grande Hydraulique. Le passage d’une logique à l’autre a eu lieu entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990. the adoption of water intensive agricultural practices better suited to Europe than Southern Africa. si ce n’est dans les faits. sociaux. démographiques et ressourcielles. le processus de Sécuritisation et celui de désécuritisation ne sont pas exclusifs et apparaissent comme concomitant dans l’historicité des politiques hydrauliques sud-africaines. Ce parcours est décomposé en deux processus décrits en termes successifs pour simplifier le propos. concouru considérablement à l’accroissement des besoins en eau. mais également individuelle. cependant. 2006). ainsi que la ligne nationale-développementaliste. (Furlong. induisant une concentration économique et démographique exponentielle dans la région du Gauteng au cours du XXème siècle. and a segregated domestic water supply network that subsidized white households at the expense of the excluded indigenous population. Studying Processes of Securitisation and Desecuritisation in the Orange and Okavango River Basins. politiques. 129 (Davidsen. Cette coalition de deux blocs historiques culturellement distincts est elle-même le résultat de la trajectoire historique du pays. Phd. en des termes réalistes confinant presque à une militarisation des enjeux de l’eau.) et a été utilisée à cette fin pour structurer l'organisation socio-économique et politique du pays. Ainsi.Ainsi. la première période se caractérise par la « Mission hydraulique » que l’État sud-africain s’y donne et la sécuritisation des enjeux de l’eau sur la base de l’idéologie racialiste qui prévalait dans le régime de l’Apartheid. qui prévaut. qui a elle-même. en retour. explicable par la composition de la coalition soutenant le régime. par la logique de coopération régionale de « désécuritisation »129 autour des enjeux de l’eau. La désécuritisation peut être compris comme le passage d’une conception étroite de la sécurité.

(Swatuk. 2010: 531).While water was being harnessed to the needs of an industrialising. Celui-ci est à la source des dimensions idéologiques-racialistes de cette gouvernementalité.2. il est nécessaire de montrer que la « Mission hydraulique » participait du nationalisme-ségrégationniste du régime. it was being systematically denied to the vast majority of the people living in the country. 4.2. et probablement également de ses dimensions sécuritaires. Dans le sous-chapitre qui suit. produit des contingences historiques et géographiques en considérant que ce processus est indissociable des politiques hydrauliques qui l’ont accompagné. au nom d’un imaginaire afrikaner d’ordre 130 « The socio-political goals of water management led to the increasing interference of state-makers in irrigation schemes […]Hidden beneath this narrative of the state undertaking a 'hydraulic mission'. vu l’enjeu de sécurité sociétale liée à un horizon afrikaner mythique dont découle cette sécuritisation du champ hydropolitique. Cela peut être relevé notamment au travers des effets discriminatoires que cela a pu avoir en termes d’approfondissement des inégalités socio-économiques entre les populations « noires » et « blanches ». -82- . Car cette concentration des ressources s'est ainsi faite à la défaveur des régions conçues comme périphériques et dans une certaine mesure sacrifiables au profit des besoins du centre blanc. Pour justifier cette hypothèse. ainsi qu’avec les infrastructures qui en découlent. urbanising. mais également sur de considérables modifications des conceptions hégémoniques hydrauliques dominantes. Et cela n'est pas un hasard si tous ces projets d'infrastructures avaient en commun de permettre le transfert de ces ressources hydriques à destinations des deux régions où la minorité blanche était la plus représentée. l'État d'Orange et le Gauteng (anciennement connue sous le nom de WitsWaterRand sous le régime de l'Apartheid). 2010 :528). apartheid South Africa. is the profound impact and importance of race-based decision making » (Swatuk. une étude de cet « hydro-nationalisme » va être esquissée en tant que ce régime illustre extrêmement bien l’hypothèse qui sous-tend une approche de sociologie politique de l’eau : la relation motivée qu’il existe entre une forme étatique et une forme d’hydropolitique qu’elle poursuit.1 La « Mission hydraulique » de l'État sud-africain 130 Il s’agit de se pencher ici sur le processus de construction d’une forme spécifique d’État. Les dimensions idéologiques de cette Mission seront sensibles en montrant que les bénéficiaires ciblés étaient les bases rurales du régime. dominée par le bloc historique afrikaner. L’Afrique du Sud est également l’occasion de montrer comment les changements d’équilibre entre des blocs historiques dus à des changements de coalitions et de types de relations entre les forces sociales en présence ont pu déboucher sur un changement de régime politique. en termes de processus de sécuritisation-désécuritisation. Les politiques de gestion des ressources en eau ont ainsi été mis en œuvre pour servir les agendas des forces sociales soutenant la coalition au pouvoir.

sont considérés comme les représentants des fondateurs de l’identité nationale sud-africaine. est le premier barrage qui participe de cette logique d’infrastructures de transfert d’eau massives du Gauteng. les riches agriculteurs blancs étant alors la base électorale du Parti Afrikaner et du Parti Nationaliste alliés dans la fondation du régime de l’Apartheid.mythique construit autour du mode de vie des paysans boers. Un certain horizon mythique est associé à ces politiques de grands projets. Throughout colonial-era Africa. (Pietz. achevé en 1938. Le gouvernement nationaliste des années 1920-1930 a entrepris une politique keynésienne d’investissements. a process that reinforced the social and political hegemon of the state and of the white settler elite. (Forrest. Cette « communauté épistémique » surdétermine l’importance des enjeux agricoles et court-circuitent les 131 Cela tendrait à rejoindre l’hypothèse formulée par Bayart que la logique moderne de domination de la nature est le fruit de la colonisation qui associait la domination de la nature. c’est-à-dire la domination de la nature à la domination raciale. Cette « invention de la tradition » va de pair à un imaginaire productiviste et racialiste qui associe la domestication de l’eau. Et c’est donc à l’État sud-africain de les préserver de la disparition. […] government officials exercise their political and technological power to marshal water resources for use by white farmers. 2006 :151). water resources were managed in ways that benefited governmental elites and the colonially-controlled business sector. Cette idéologie nationaliste et productiviste est soutenue dans le domaine de l’eau par la progressive prise en main du ministère par des ingénieurs et des juristes afrikaners. In southern Africa. 2009:12). Le Vaal Dam. les grands projets de transfert d’eau deviennent les hauts-lieux de glorification du régime et de sa mission morale de préservation d’une racine culturelle et raciale pure. Cette idéologie nationaliste réunit en un seul faisceau le productivisme moderniste de domestication de la nature et la domination raciale au nom de la prééminence de la race blanche. Dès lors. 132 (Blanchon. Les paysans afrikaners. notamment au travers de sa « mission hydraulique ». Ainsi. 131 Cette politique atteint son sommet après la Deuxième Guerre Mondiale. environmental control and water resources. The exploitation of natural resources in southern Africa especially dramatized this close relationship among political power.132 “The attempts of the Nationalist government to undertake large water projects is quite into context with similar projects throughout the world during the mid-twentieth century – an era of profound belief in rearrange the muscular ability of governments to employ modern technology to rearrange the natural environment in order to promote agricultural and industrial development. élevés au niveau d’une figure légendaire. avec la domination des autochtones. les projets hydrauliques et la ségrégation raciale. with racial identification serving as the key social dividing line demarcating those who would and would not be privileged in terms of access to water infrastructure and thereby economic advancement. -83- . with rivers and underground water sources being harnessed largely to support urban-focused development. afin d’assurer la préservation de leur mode de vie rural « originel ». 2006:111). cet imaginaire afrikaner se fonde sur la relation essentielle entre l’agriculture.

discussions politiques sur le caractère prioritaire des besoins agricoles pour le développement
national. Priorité que le second bloc historique en termes d’influence – à cette époque du paroxysme
de la ligne ultra-nationaliste du régime – constitué de blancs anglophones urbains et industriels, trouve
discutable.133 Cependant, cette remise en question n’entrera pas avant des décennies dans l’agenda
politique de l’eau tant la « mission hydraulique » est bien implantée dans la classe politique afrikaner,
bien relayée par une bureaucratie qui lui est acquise et élevée au niveau d’un concept hégémonique
par cette conjonction de soutiens du bloc historique dominant et d’une communauté épistémique qui
partage ses vues et son idéologie, également grâce au consensus qu’ont permis d’instaurer au sein de
la minorité blanche les discours sécuritisés de menaces internes et externes, des périls des « noirs »,
des « rouges », dans un processus de sécuritisation de l’espace sociétal.134
Political power in much of southern Africa was literally reinforced through the management
of water resources so as to ensure the economic advantage of white farmer settlers and the
dis-empowerment of rural Black Africans. (Forrest, 2006 :153).

Au-delà des seuls enjeux de formes culturelles de pouvoir, certaines formes institutionnelles et
juridiques contribuent à une « path-dependancy » par rapport à l’ère coloniale dans l’allocation
privilégiée d’eau aux populations rurales blanches. Les « riparian rights », hérités de la jurisprudence
anglaise, permettent aux agriculteurs de revendiquer un droit illimité de prélèvement de l’eau d’un
cours d’eau, cependant, sans reconnaissance formelle d’un droit de propriété sur cette ressource
(configuration qui a tendu à mettre les milieux urbains en concurrence avec les territoires agricoles,
le régime de l’Apartheid tranchant les arbitrages toujours à la faveur des agriculteurs afrikaners dans
son projet idéologique. C’est tout particulièrement les « minorités » noires, en toute cohérence avec
le racialisme qui sous-tend le nationalisme afrikaner, qui ont subi en conséquence de ces arbitrages,
un accès limité aux ressources hydrauliques, institué par une loi régissant l’eau en 1956). Cette clé de
voute du cadre régulatif de l’eau a comme conséquence que le cadre institutionnelle se doit de suivre
la demande croissante et cela a résulté en une politique de gestion de l’eau axée sur l’offre. Cela a été
l’occasion d’une relance après-guerre de la politique de grands projets d’infrastructures, qui s’est
même accélérée dans les années 1960, en accord avec le développementalisme ambiant qui faisait
correspondre le « state-building » avec le développement d’infrastructures.135 Il serait possible
d'affaiblir l'argument d'une dimension raciale de ces politiques en faisant remarquer que le Gauteng
n'est pas que le territoire où les populations blanches sont le plus représentées, mais que c'est aussi le

133

« Between 1910 and 1994, South Africa’s state form was dominated by two distinctly different historic blocs, the first
led by English mining capital, the second by Afrikaner nationalist forces. » (Swatuk, 2010: 523).
134
« Under apartheid rule 'crisis' in the form of the 'black' and 'red' perils was constructed to elicit consensus among
the white minority. It drove all policy and justified among other things a high-modern hydraulic mission that included
free water for those in support of minority rule » (Swatuk, 2010:533).
135
(Swatuk & Vale, 2000:93).

-84-

lieu de la plus grande concentration de population noire du pays. Cependant, de parler ainsi en valeur
absolue, c’est sciemment ignorer que la logique d’allocation de la ressource est très asymétrique.
the current Prime Minister P. W. Botha launched the “Total National Strategy” for survival in
1980 which placed a heavy emphasis on South Africa’s security […] the securitisation of water
resources meaning that access to water, coupled with economic development, became a
matter of national security. (Davidsen, 2006:119).

C’est précisément dans ce contexte du bloc historique afrikaners en déclin, et d’un bloc historique
urbain, industriel de plus en plus influent par un élargissement de sa base électorale et intéressé par
un mode de gouvernement désidéologisé, que Botha lance une course en avant en termes de
sécuritisation. Cette sécuritisation de l’eau, que ce soit d'un point de vue de potentiels conflits
régionaux ou de l'accès à une ressource aussi indispensable pour l'économie Sud-Africaine était une
composante dominante des discours de l'eau dans le contexte du régime de l'Apartheid. Cependant,
des tensions et des contradictions entre les deux blocs émergent du fait que la base électorale du
régime ne coïncidaient plus avec les intérêts des élites urbaines et industrielles, anglophones, et
également de plus en plus afrikaners,136 qui prônent des politiques de développement industriel
nationales. Ainsi, un glissement intervient au sein même de l’appareil étatique, notamment visible par
une remise en question des « riparian rights » sur la base d’arguments d’ordre géopolitique, l’eau
étant alors considéré comme un facteur déterminant pour le développement économique d’une région.
Mais la création de la Water Research Commission, au début des années 1970, qui défend le passage
à une gestion par la demande, est également le signe d’une transition au sein même de la communauté
épistémique du WD régional. Un livre défendant la nécessité d’une telle transition dans le modèle de
gestion est même publié en 1986 (O’Keefe, The conservation of South African Rivers), mais cela reste
une position marginale dans le département de l’eau, – comme en témoigne, par une certaine ironie
du destin, l’année de sa publication, qui coïncide avec la signature du Traité qui marque le début de
la mise en œuvre du Lesotho Highlands Water Project, la plus grande infrastructure hydraulique
d’Afrique sub-saharienne, projet relevant précisément de la gestion par l’offre.
Cependant, avec la fin de l’Apartheid une certaine désécuritisation par rapport aux enjeux
hydrauliques intervient et l’approche par la demande acquiert une reconnaissance qui la met en
position dominante dans le ministère de l’eau (DWAF). « Ce changement a été transcrit dans
différents Livres Blancs et dans la loi sur l’eau de 1998 fondée sur la réparation des injustices
passées, le respect de l’environnement et la concertation avec tous les usagers ».137 'Some water, for
all, forever', ainsi que Mandela résumait ce tournant politique. Cependant, ce programme, exposé
dans le « livre blanc de l’eau », est attaqué par de nombreuses ONG locales comme ne répondant pas
136

« a consistent increase in the number of Afrikaners in 'white collar' jobs throughout the 1940s-1970s. It also led to a
decline in the number of Afrikaners on the farms,» (Swatuk, 2010:529).
137
(Blanchon, 2008 :67).

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aux problèmes d’inégalité dans l’accès à l’eau. Par ailleurs, les milieux capitalistes et industriels
continuent à défendre une approche pro-offres au service du développement économique du pays.
Ces tensions ne seront pas résolues. Et dans une logique de préserver une politique de solidarité
parallèlement à une politique de développement industriel, le gouvernement postapartheid reconduit
les politiques de transfert, mais désormais selon un WD de démocratisation de l’accès à l’eau.138
Mais cette relance des politiques de grands transferts interbassins (ITB) induit en elle-même
l’échec de cette volonté de démocratisation. En ôtant aux récipiendaires « naturels » de la plupart des
bassins déversant du pays ce droit d’usage tacite des ressources en eau, ces projets ont encore accentué
l’inégalité dans l’accès à ces ressources. Soudain, l'usage par exemple phytosanitaire de l'eau dans
une certaine région, même si celle-ci appartient à un autre bassin déversant que Johannesburg, cet
usage est mis concurrence avec sa « mise en valeur » industriel et agricole qui pourrait en être fait
dans le Gauteng. Le Département de l’eau adhère à la même logique, ainsi « Dans les arbitrages et
les prévisions futures qu’effectuent les services du DWAF, l’utilisation des critères économiques
induit des réorientations du système de transfert et la mise en concurrence de territoires » (Blanchon,
2008 :68). Cette mise en concurrence a des effets analogues au sein même du territoire urbain du
Gauteng, l’approvisionnement des banlieues blanches riches ou des industries étant nécessairement
favorisées par la privatisation du secteur de l’eau. Et les politiques de gestion par le prix tendent à
exacerber ces problèmes. Ainsi, ce contexte de désidéologisation et de désécuritisation est de facto
loin de favoriser un nivellement des inégalités de l’accès à l’eau.
Cette forme de mise en concurrence généralisée de tous les usagers du réseau des ressources en
eau du pays trouve encore une forme amplifiée de la privatisation des compagnies
d'approvisionnement en eau et la libéralisation du marché de l'eau entreprise dans les années 1990
dans l'ère postapartheid (par le successeur de Mandela à la tête de l’État Sud-africain et thatchériste
revendiqué, Mbeka). La logique de commodification139 a ainsi contribué à un creusement dans
l’inégalité de l’accès à cette ressource, notamment du fait du report des coûts des projets
d’infrastructures sur les utilisateurs.140

138

« Large dam-building and inter-basin transfer projects are once again on the planning table, for what everyone can
agree upon is more water for all. This marks continuity with past practice, albeit with the needs of the dispossessed and
disempowered now factored into the equation » (Swatuk, 2010:534).
139
« L’effacement de la ligne de partage des eaux par les transferts et l’adoption progressive de méthodes de régulation
fondées sur la valorisation de l’eau pourraient laisser croire que l’eau serait dorénavant gérée en Afrique du Sud comme
une marchandise (au sens de commodity), en fonction de critères purement économiques avec un recouvrement total
des coûts auprès des usagers »(Blanchon, 2008 : 69).
140
Et ce malgré le principe d’un quota minimum gratuit octroyé par habitation, ineffectif pour ce qui est d’atteindre ses
cibles, les populations pauvres, vu que ce sont précisément les ménages de ces tranches socio-économiques qui abritent
le plus d’individus et donc ces quotas sont insuffisants pour permettre de garantir un approvisionnement individuel
minimal.

-86-

Yet there is a central tension between neo-liberal treatment of water as an ‘economic good’ and an ‘internationalist’ humanitarian principle that sees access to water as a human right. ont augmenté la quantité d’eau disponible dans la région du Gauteng en valeur absolue. celui-ci s’étant vu redéfini comme un espace marchant dans l’ère post-Guerre Froide . 2006:453). ces grands projets. notamment les « principes de Dublin ». -87- . un réalignement par rapport à l’hégémonie libéralecapitaliste globale s’est instauré142. tel que le promeut la BM. 142 « Like the need to locate the water reform process within the context of historical conti-nuities. 2002:12). we must also consider the degree to which current global ideological trends de-termine both the regional process of reform and its likely outcome » (Swatuk. dans les deux cas de l’Asie du sud-est et de l’Afrique australe. et reportés sur les factures aux consommateurs. 141 « In Johannesburg where the water is being received. which is reflected in debates over reform of water governance. notamment sous l’influence d’acteurs incontournables dans le WD global et dans le financement de grandes infrastructures hydrauliques. telle que la BM. mais loin d’avoir permis d’élargir la population ayant accès à l’eau. Ce phénomène est encore amplifié par la mise en œuvre du LHWP. ils ont au contraire diminué la population pouvant bénéficier d’un accès suffisant. un élément important pour expliquer cet échec des dimensions distributives des politiques de l’eau de l’ère postapartheid se situe précisément dans l’incohérence du cadre régulatif du fait de la tension entre les politiques publiques et la « commodification » de l’eau par alignement sur les normes internationales. celles-ci restent en grande part lettre morte. dans le respect de l’environnement. ce qui aurait comme effet de creuser encore les disparités dans l'usage de l'eau au Gauteng. le LHWP en tête. (Mapaure. Ainsi. In fact. Au-delà de la noblesse des déclarations d’intention. Cette désécuritisation des enjeux hydrauliques et ce nouveau cadrage essentiellement économique de l’eau sont analogues au réalignement des représentations du Mékong. comme la contribution de l’écologie politique permet de le déconstruire. it is mainly directed to already well-served high-income areas. alors même que la quantité disponible dans cette région a pu être significativement augmentée au travers de ce projet.141 du fait que le coût de son financement. selon lesquelles cette ressource doit être conçue comme un bien économique à valoriser au mieux. essentiellement pris en charge par la Rand (fondée au début du siècle pour répondre aux besoins des mines et des colons). Ainsi. 2009 :117). 2009:742). the project has actually hindered water access for Johannesburg’s urban poor » (Furlong. due to the project’s high cost combined with user-pay full-cost recovery policies for water services. l’emporte de plus en plus sur la direction naturelle » (Blanchon. « La direction anthropique de l’eau (l’argent et le pouvoir).

2 Le complexe hydropolitique de l’Afrique austral Il s’agit ici de prendre plus de distance et de chercher à prendre en compte les dynamiques régionales de désécuritisation. cependant. 2006:449). les concepts hégémoniques hydrauliques émergents dans la région doivent être conçus comme le résultat d’un processus complexe où de multiples échelles et de multiples acteurs sont en lutte pour faire prévaloir la définition qui les légitimera. il y a trop de méfiances et de craintes de la part des pays environnants et un manque de soutien interne. c’est-à-dire : « un ensemble d’unités dont les processus primordiaux de sécuritisation et /ou de sécuritisation sont si étroitement liés que leurs problèmes de sécurité ne sauraient être analysés ou résolus les uns sans les autres ».144 Ce « complexe hydropolitique » constitue un espace d’ampleur subcontinentale. Une interconnexion matérielle s’est parallèlement constituée au travers de la « grande hydraulique » et de tous les transferts qui structurent l’allocation des ressources en eau dans la région. 145 (Furlong. permet de réfléchir en termes de relations régionales et d’éviter le stato-centrisme des approches réalistes de la sécurité. Il est intéressant de voir l’Afrique australe sous l’éclairage de la notion de complexe de sécurité. Ainsi.143Cette notion. 2008:67). Ce complexe hydropolitique a produit autant qu’il est le produit de processus concomitant de sécuritisation et de sécuritisation autour de l’eau. pour qu’elle puisse prétendre légitiment à un tel rôle. 2009:530. Un WD régional restructuré autour des concepts hégémoniques qui ont triomphé grâce au soutien des coalitions de forces sociales qui ont prévalues. selon certains. où toute action sur l’un des hydrosystèmes a des conséquences sur l’ensemble du réseau et dans lequel la notion même de bassin-versant perd de sa pertinence. de Wilde.2. 145 Aussi. 144 (Blanchon. citant Buzan. où la plupart des bassins versants sont interconnectés. 2008: 65). comme cela a été esquissé ci-dessus. 1998: 210).4. A New Framework for Analysis. waever. c’est l’occasion de constater une certaine rupture dans le WD par rapport à des conceptions strictement territoriales (dans le sens des « postulats géographiques » d’Agnew). Security. Lynne Rienner. autant qu’international. -88- . (Blanchon. Boulder. il ne faudrait pas imaginer une horizontalisation des relations entre les différents 143 (Battistella. elle ne peut être assimilée à un rôle d’hégémon . évolution régionale qui esquisserait une voie vers l’intégration. Elle permet également de considérer les processus de sécuritisationdésécuritisation comme des dynamiques complexes et co-dépendantes entre les acteurs de l’Afrique australe et ainsi de ne pas se limiter à l’analyse des politiques internes de la Réplique sud-africaine. dans cette définition inspirée des approches critiques de la sécurité.2. Si l’Afrique du Sud y tient certainement un poids considérable. « Turton a proposé l’expression de « complexe hydropolitique » dans lequel l’eau est à la fois une ressource naturelle. un enjeu économique et un instrument pour affirmer un pouvoir politique ». Quoi qu’il en soit.

These have led to a perceived ‘danger of [South Africa’s] over-exploitation of limited water resources’ and accusations of it acting as ‘the de facto upstream state’. Avec le passage à la démocratie en Afrique du Sud. qui s'inscrit opportunément pleinement avec le discours de la « gouvernance » en tant que celui-ci aussi considère que les relations internationales tendent vers une horizontalisation des rapports entre 146 « experience has shown that South Africa so far has been able to intricately balance its self in-terests with the interests of the other countries. 2006:449). » Cette transition dans le discours sud-africain par rapport à ses relations régionales est liée à une transformation de la ligne politique de l'Afrique du Sud. spécialiste sud-africain des transferts interbassins. comme définit par Turton.acteurs régionaux. dont l'hydro-hégémonie peut être une des modalités. signe explicite du changement d’équilibre entre les deux blocs historiques blancs. cependant. de bénéfices partagés et de la création de régimes internationaux de Management de l'eau. celui-ci se recomposant autour des notions de coopération. Déjà la passation de pouvoir entre la ligne politique la plus dure. -89- . 173). Cependant. au profit du gouvernement plus modéré de De Klerk. qui a trouvé son achèvement en la fin du régime de l'Apartheid. Nevertheless. allant de pair avec une nouvelle volonté d'intégration régionale. Il y a bien hiérarchisation des relations. Des projets de constitution d'une forme d’intégration en Afrique australe se sont incarnés au travers de diverses Unions régionales. c'est-à-dire qu'il y a une construction sociale du rapport à l'eau. ce discours de la « coopération » a été l'occasion de dénier cette asymétrie régionale pourtant indéniable. ultranationaliste. avait posé les premières bases d'une normalisation de l'Afrique du Sud avec les états de la région. un certain discours de désécuritisation prévaut dans le contexte postapartheid pour caractériser les relations régionales. l’Afrique du Sud échoue dans l’achèvement (closure) d’un éventuel projet d’hydrohégémonie où ses partenaires régionaux considéreraient la préséance de ses intérêts dans la forme que prend le complexe hydropolitique comme légitime. Ainsi. une désécuritisation du discours est intervenue. 146 Si ce discours n’est pas tout-à-fait « sanctionné ». Cela n'a guère été que des lieux d'entérinement de la dominance régionale de la République par rapport à ces partenaires régionaux (Blanchon. (Furlong. ce discours des bénéfices partagés fait partie d'un discours d'hydropolitique. 2009). Ainsi. avec la République d’Afrique du Sud qui tend à placer les intérêts qu’elle défend devant ceux de ses « partenaires ». d’abord sur une base idéologique sous la forme d’un front anti-Apartheid qui réunissait tous les pays de la région. comme la notion de « bonne gouvernance de l’eau » pourrait le laisser entendre. puis évoluant vers des unions douanières (autre exemple de désécuritisation et de la pénétration de l’hégémonie libérale suite à cette désidéologisation des politiques régionales) et des enceintes de négociation sur les enjeux de l’eau. this kind of hegemonic stability does only disclose that there is no overt conflict and how this stability is assessed depends on how happy the hegemonized are with the benefits to be reaped through maintenance of the status quo in the basin » (Davidsen.

Cela constitue une rupture par rapport au mythe des guerres de l'eau qui est corollaire de la rupture que constitue la désécuritisation. 149 « The way in which the discourse of goodness crystallizes in contemporary debates on international river basin management is perhaps best captured by the concept of hydrosolidarity[.148 Cette coopération internationale dans la gestion de l'eau serait ainsi prétendument nonconflictuelle. Turton parle même « d'hydro-solidarité ». 1998:42). herein maintaining asymmetrical relations of power as well as lopsided access to and control over water resources.. comme des exemples de coopération dont tout le monde serait bénéficiaire. Cela participe de ce discours dominant relatif aux transferts d'eau en Afrique Australe. notamment par l'effet pacificateur de la mise en place de tels régimes internationaux de management de l'eau. even expand its hegemonic bloc by claiming that benefit sharing is up and working well in the basin. ». A cette notion très dépolitisée qu'est l'« hydro-solidarité ». South Africa can continue to exercise its hegemony. Ce discours de l' « hydro-solidarité » a en commun avec « [le choix de penser les relations internationales en termes de gouvernance] une représentation irénique de la vie sociale. (Davidsen.147 A ce titre. (Davidsen.150 The concept [of Benefit sharing] is easily co-opted and thus contributes to the preservation of the status quo. Cette évolution vers un discours neutralisé et consensualiste va de pair avec une revendication des « bénéfices partagés » que peuvent retirer les pays de l'Afrique australe d'une coopération avec la République Sud-africaine dans la gestion concertée des ressources hydriques. 2007:5).les Etats. The absence of pressure from below might in fact have made it easier for state elites.] as “reconciliation of conflicts of interest with a solidarity-based balancing of human livelihood interests”. 147 (Smouts. Il a élaboré cette notion par analogie avec le Contrat Social rousseauiste. to initiate and embark on large scale infrastructure projects perceived to benefit river basin stakeholders and domestic electorates. 150 (Davidsen. 2006:182). le « discours de la coopération » dans le management de l'eau (Water Management) et du discours de la gouvernance ont comme caractéristique commune de s'articuler autour d' «une proposition fondée sur la coopération et le consensus entre les acteurs. 2006 :171). 148 -90- . 2006:179). (Hufty. 2006 :171). en montrant par exemple que le LHWP est présenté comme le lieu d’un engagement librement et volontairement consenti entre acteurs égaux.149 il semble préférable celle d'une « goodwill between the hydropolitical elite in the respective basin states ». consensuellement perçue comme bénéfique. [qui] minimise la dimension conflictuelle des sociétés humaines ». When the logic of difference is invoked through benefit sharing in the Orange River Basin. Ces notions convergent dans leur performativité dépolitisante vers les postulats des relations internationales. Hydrosolidarity represents ethically based water resource management » (Davidsen. chiefly in Pretoria.

2006:10-11). Ces transferts sont le produit historique des politiques coloniales et des 151 « . le fait que des « acteurs hégémoniques telle que l’Afrique du Sud revendiquent qu’ils représentent l’intérêt général »152 ne saurait être mis en question à partir d’une appréhension en termes de régime. ONG locale ou internationale. Cela a permis d’illustrer le caractère hautement instrumentalisé de ces transferts. Cette lecture consensualiste est d’autant plus puissante que « le discours du Bien convoque des valeurs universelles que la plupart des acteurs peuvent endosser.Ainsi. […] The power of the discourse lies in its capability of portraying challengers as egoistic » (Davidsen.I]ndicators such as the ratification of environmental treaties or participation in international environmental regimes remain poor measures of meaningful cooperation. (Davidsen. dans la mesure où cela le place en situation de défenseur d’un intérêt particulariste face à un projet entrepris au nom du Bien Commun – aussi creux et indéfini qu’une telle notion puisse-t-elle être. ces relations régionales sont très orientées et hiérarchisées en fonction de l’acteur indiscutablement dominant de la région. 2006:179). telles que l’empathie. qu’il soit acteur local. Ainsi. c’est précisément ce caractère de signifiant vide qui lui permet d’articuler la plus grande diversité d’acteurs en leur permettant de l’investir des contenus symboliques et politiques qui leur sied. both the form and the content of that cooperation is critical. comme cela été esquissé précédemment. d’un projet. It is not enough just to cooperate. selon laquelle la coopération dans l’élaboration d’un projet s’explique par des intérêts communs et une volonté de coopérer entre des acteurs égaux. cette notion véhiculant. 2008:806). la solidarité et la coopération […] La puissance du discours tient à sa capacité à représenter ses contestataires comme égoïstes ». tout « challenger ». -91- . 152 « Hegemonic actors like South Africa purport to represent the general interest » (Warner. solidarity and cooperation. the discourse of goodness displays universal values that most actors can support such as empathy.. et de se constituer en une communauté d’interprétation à même de légitimer le projet autour duquel elle s’est articulée. Ce parcours historique de l’enjeu des transferts d’eau en Afrique australe a permis de montrer que très loin de pouvoir être analysées « naïvement » en des termes de coopération entre partenaires égaux pour le plus grand bien de tous. Zeitoun. l’Afrique du Sud. des éléments métathéoriques d’ordre technocratique et économiciste qui tendent à concevoir la coopération dans le cadre d’un traité. est en première instance discrédité dans son éventuelle mise en question d’un projet de transfert d’eau.151 Ainsi. irréductibles à n’être que des infrastructures techniques. la notion de « bénéfices partagés » accède au niveau de discours naturalisé qui en fait un concept hégémonique (il sera également référé à ce concept également sous le terme de « discours de la coopération » en référence à l’approche néo-libérale des RI en termes de régimes). déniant ainsi toute asymétrie entre les parties impliquées. Ce concept véhicule une vision irénique des relations internationales et sociétales. comme la preuve d’une suspension des jeux politiques au profit de modalités purement gestionnaires en oubliant que : [.

From the water discourse perspective. la République sud-africaine n’a pu se passer d’acteurs internationaux. (Furlong. et ils participent à la reproduction de la structure des inégalités socio-économiques des territoires mis en relation par l’entremise de ces médiums. Ce parcours de l’espace hydraulique de l’Afrique australe permet de voir ces phénomènes de diffusion entre hégémonies globales et régionales. whose political power partially rests on satisfying commercial and (agro)industrial interests. these largescale projects would be interpreted as building interdependence in the SADC. Le WD s’est effectivement alignée avec les normes internationales et l’hégémonie libéral-capitaliste. -92- . le spectre des « water wars ». comme instances de légitimation. Les coalitions dominantes gagnant en crédibilité sur la scène internationale en se faisant les sujets et les acteurs médiatisant ces hégémonies globales et normes internationales. Alors que dès lors que la politique régionale de la puissance dominante de l'Afrique australe a évolué vers un discours de désécuritisation. mais. 2002:15. 2010:450). par ailleurs. La notion de WD régionaux permet de voir comment la dynamique de l'inter-normativité entre des normes et discours élaborés au niveau international.153 ‘Strategically important’ in the South African context and are the focus of donor funding regarding water scarcity in the region. 2007:6). dans le cadre académique et l’évolution des discours et des politiques de l’eau a pu être très liée aux différentes formes qu’a prises l’État sudafricain durant sa trajectoire historique. Ces processus d’inter-normativité et de diffusion de normes sont analogues aux « transactions hégémoniques ». Cela peut à ce titre être considéré comme une forme de stratégie d’extraversion. et de rareté. water resource decisions reflect this interplay of interests and needs » (Swatuk.politiques racialistes qui ont pris leur suite. pour sa politique de Grande hydraulique dans l’ère Postapartheid. était privilégiée par l'Afrique du Sud lorsque sa politique extérieure relevait d'une optique de sécuritisation régionale. telle la BM. citant un membre du Département de l’eau de l’Etat sud-africain (DWAF)). et de financement. des modes de coordination autour de la ressource hydrique. les « faits » semblent pointer vers une reproduction du statu quo. avec des rentes en termes de réputation et de crédibilité et non pas sous une forme pécuniaire quelconque. la gestion régionale des ressources n'était plus appréhendée qu'en termes de coopération et des « bénéfices partagés » que les partenaires pouvaient en retirer. Le rôle des OI et des normes internationales154 dans la formation des régimes régionaux de gestion de l’eau – en plus de toutes les remises en question du principe 153 « Given that influential actors are urban animals (though they may have one or more farms somewhere). policy and practice which can be recast to meet the specific conditions of South Africa but South Africa’s own efforts to address water policy in a structured and principled way have attracted great interest » (Swatuk. Ils sont le produit. not only is there a large amount of international thought. 154 « As a result. Et quand bien même une coupure radicale a pris place avec la fin de l’Apartheid dans les objectifs politiques que ces transferts devaient contribuer à poursuivre. Il est par exemple intéressant de voir comment l'appropriation de l'approche en termes conflictualistes.

156 L’évocation des processus de sécuritisation et de désécuritisation illustre bien que dans les deux cas. the regime will require the influence of external actors for its establishment » (Furlong. mais essentiel. C’est à cette seule condition de procéder à ces généalogies et historicisations. « Where relationships are good and the local hegemon is credible in a leadership role. 2006:443). il a été possible d’éviter la facilité d’une appréhension homogénéisante des dynamiques sociales internes aux Etats comme le postulat de RI de l’ « État-conteneur » en procédant à un fastidieux. tant des discours que des luttes. sociale. Par exemple. etc.. ainsi qu’à de toutes aussi fastidieuses fouilles pour dégager les trajectoires historiques des états impliqués dans ces infrastructures de transfert internationales. militaire. une forme de dépolitisation intervient : d’un côté au nom de l’exceptionnalité d’un enjeu avancé au nom d’une menace symbolique. malgré le poids gigantesque de l’Afrique du Sud dans la région (son économie pèse dix fois celles de tous les autres pays de la région combinées)155 il s’agit pourtant d’un hégémon inachevé. de l’autre la suspension du politique agit au travers des concepts hégémoniques de relations de coopération « win-win » qui excluent la mise en question de la part des acteurs sociaux pouvant être lésés en vouant toute opposition à être réduit à être catégorisés comme des acteurs égoïstes défendant des intérêts particuliers face au Bien Commun supérieur. qui leur sont sous-jacentes comme à l’instauration de formes étatiques évolutives que l’affirmation du caractère politique de ces enjeux d’eau peut être avancées. des ONG internationales – semble soutenir l’hypothèse que.même des transferts d'eau par des acteurs locaux du Tiers-secteur. 156 -93- . Where the hegemonic relationship is under question. 2006:448). 155 (Furlong. it fol-lows from Agnew that such a hegemon’s range of actions would be limited to adherence with the dominant hegemonic ideology. travail de généalogie des discours et hégémonies. des pays « partenaires ». Les approches développées dans ce travaille ont permis au contraire de ne pas être dépourvu face à des conceptions hégémoniques efficaces dans la performation d’opacifications et de naturalisations d’asymétries héritées et reproduites.

vu que ce problème d’érosion n’avait à la fois rien de nouveau et peu de rapport avec le bétail basotho. afin de voir concrètement quelle forme le passage d’un discours sécuritiser à une désécuritsation des enjeux hydrauliques prend dans le cadre d’un projet envisagé entre les deux pays. ». Le gouvernement colonial de ce qui était alors le Protectorat Basutoland a pris ces menaces au sérieux. Ainsi.2. très majoritairement peuplé par des paysans afrikaners. 2006 :172). Aussi.4. alors directeur du département de l’eau et des forêts (DWAF) « South Africa would not have been where it is today without the Orange River » (Pyke 2005).157 Cela donne une idée de l’importance primordiale que ce fleuve. puis ravivé sur une période de près de 40 ans. Ainsi. en tant que source essentielle d’eau pour le Gauteng. relevait d’une « nécessité » suffisante pour que l’intervention massive de l’État au travers d’un projet « pharaonique » soit envisagée. Il est nécessaire de rappeler que le territoire du Lesotho concentre la plus grande part des précipitations de l’Afrique australe. sous le nom de Lesotho Highlands Water Scheme (LHWS) servant d'argument contre un discours assimilationniste de l’Afrique du Sud. peut avoir pour le gouvernement sud-africain. afin de palier à ce problème de sédiment. il faut entendre ici « blanc ». qui tire sa source des montagnes Maloti dans le Lesotho. -94- . dans la mesure où le projet envisagé n’était. something which has had and still has strong implications for the kind of benefits to be derived from the river. Cette critique sur la perte de qualité de l’eau participe du projet idéologique du régime de l’Apartheid. mais l’État Libre d’Orange. pas destiné à la région du WitsWatersRand (ancien nom de la région du Gauteng). ce projet était envisagé pour participer à la préservation du mode de vie mythifié des boers. un tel enjeu dont la mise à l’agenda avait des fondements essentiellement idéologiques. alors. This statement depicts how the river has served as an important nodal point of post colonial development in South Africa. et a engagé des bureaux d’étude du Cape. en toute logique. l’État sud-africain a depuis le début du siècle lorgné sur cet « or blanc ». afin qu’ils élaborent une proposition de projet. afin de préserver la « pureté (Pristine)» immaculée de l’eau provenant des montagnes du Lesotho de la déprédation des sols et l’érosion que causerait le surpâturage du bétail basotho. la solution d'un projet de barrage et de transfert transfrontalier était promu par le Lesotho comme argument pour défendre sa souveraineté de par sa capacité à gérer 157 (Davidsen. le Lesotho Highlands Water Scheme.3 Du LHWS au LHWP Il est utile de faire un bref détour par l’ancêtre du LHWP. Il a été imaginé d’abord par l’Afrique du Sud au nom d’un problème de sédiments dans l’eau qui nécessiterait l’intervention de l’homme. Ce « Scheme » a déjà envisagé dès les années 1950. Peter Pyke. Et ainsi que le soulignait à propos du fleuve Orange. participant du projet nationaliste du Parti afrikaner. ainsi que l’annexion du Lesotho.

du fait de son climat semi-désertique. Development. Il s'inscrit dans une approche de l'approvisionnement en eau orientée 158 « Donors' disillusion with the dismal record of large-scale rural development projects directed attention to the development of physical infrastructure and other non-agricultural projects » (Matlosa.l'eau. Cependant." Depoliticization and Bureaucratic Power in Lesotho. (LHWP). souvent associé à une approche économiciste des enjeux hydrauliques. l’enjeu a disparu de l’agenda politique en Afrique du Sud. celui-ci pouvant permettre de mettre en œuvre des systèmes d’irrigation. Cela permit de débuter une phase de consultation. dont le pays est totalement dépourvu (aujourd’hui encore. 1986). Ainsi. dans un second temps. la justification du projet s’est orientée vers des justifications d’ordre nationaliste. comme vu précédemment. L’Afrique du Sud s’est réapproprié l’idée d’un tel transfert entre les deux pays à la fin des années 70. son transfert vers la région du Gauteng. alors que le LHWS trouvait encore du soutien au sein du gouvernement colonial. Ainsi. le Lesotho Highlands Water Project. le LHWP se fonde sur une certaine désillusion des institutions de développement par rapport à la possibilité de mettre en œuvre de tels projets agricoles 158 au Lesotho – suite à la débauche de projets de développement agricole échoués au Lesotho dans les années 1970-80 (Ferguson. puis de négociation qui déboucha par la signature du Traité fondateur du Projet en 1986. la région de Gauteng. l'Afrique du Sud a investi ce projet d'une nouvelle nécessité économique et non plus idéologique. permettrait de retirer des bénéfices mutuelles considérables : « By far the most promising financial prospect for Lesotho is the exploitation of its abundant water ressources » (WB. sous une forme toutefois profondément remaniée. notamment au travers d’un travail de lobbying de la part des experts qui avaient été engagés pour élaborer le projet. autour d’une communauté d’interprétation associant quelques ingénieurs de génie civil et le gouvernement colonial. Ainsi. les impulsions pour ce premier projet d’infrastructure procédaient d’enjeux qui avaient été sécuritisés pour prendre des formes nationalistes de part et d’autres de la frontière. malgré les milliards dépensés en infrastructures hydrauliques) et ainsi promouvoir le développement d’une agriculture plus productive. Le LHWP a commencé à prendre forme à la fin des années soixante-dix avec les premières études de faisabilités mises en œuvre par des bureaux d'études mandatées par les deux pays et sous l'hospice de l'expertise de la Banque mondiale. soumise à un stress hydrique important. étant la seule ressource exploitable du pays et celle-ci ne pouvant être fructifiée à l'intérieur du pays. Ces considérations d’ordre économique et en termes de bénéfices que le Lesotho peut espérer tirer de ce projet est exemplaire du processus de désécuritisation. 1990) – et sur l'idée que l'eau. -95- . ce qui procède d’un processus de désecuritisation comme cela a été défini précédemment. the Anti-politics Machine. 1999:14). Du côté du Lesotho. Ce projet avait comme but de répondre à la demande sans cesse grandissante en ressources hydriques du centre névralgique de l'économie sud-africaine.

qui ont amené à la construction extensive de barrages et de grandes infrastructures à travers tous les continents dans les décennies cinquante et soixante. “unstable” and “in need of protection” are that Pretoria can continue to exercise its hegemony in the country. c’est que certains éléments discursifs qui informeront le concept hégémonique des « bénéfices partagés » : l’intérêt propre du Lesotho à participer pour son développement économique – il semblerait presque que c’est à son avantage exclusif…– sont déjà présents aussi tôt dans le processus. tant dans sa forme que dans le discours qui le justifiait était idéalement conçu pour être en adéquation avec les conceptions hégémoniques de l’époque du régime de l’Apartheid. military or hydropolitical.(Davidsen. 2006:121). economic. “fragile”. be it political. comme cela a été montré précédemment. 1986:19). Mais cette rémanence d'une conception développementaliste est particulièrement caractéristique de la trajectoire historique de l’Afrique du Sud. avec les besoins croissants des milieux urbains et industriels du Gauteng ou encore avec l’extraversion des élites de Maseru.sur l’offre. The wider discursive implications of portraying Lesotho as “primordial”. The main reason for the Association's participation in the engineering project is the conviction that the implementation of LHWS is in the best economic interests of Lesotho (WB. Ce projet est la démonstration d’une certaine pérennité des conceptions développementalistes en Afrique du Sud. Cette citation est essentielle. du régime de l’Apartheid. Il est probable que cette justification de la part de la Banque pour le financement d'un tel projet dans le contexte politique international de l'époque relève d’une forme rhétorique destinée à masquer le bénéficiaire réel du Projet. Cela permet à l'institution internationale de justifier ainsi de transgresser les sanctions internationales en constituant officieusement un trust « l’Association » ad hoc créée afin de rendre opaque le un montage financier. et qui ont permis à une communauté d’interprétation d’acteurs régionaux et internationaux d’articuler des concepts hégémoniques en adéquation avec le WD désécuritisé qui émergeait à l’époque. Il serait défendable de les considérer comme des éléments fondateurs de l’appareil discursif qui accompagne le Projet. 1995:3). et sa logique d’offre.159 Mais ce qu’il importe de relever. parce qu’elle met en lumière le fait que les avantages économiques que le Projet laisse augurer pour le Lesotho sont avancés comme « principale raison » de la mise en œuvre de ce Projet. -96- . le LHWP. l’Afrique du Sud de l’Apartheid. dans la lignée de grandes infrastructures hydrauliques que le régime de l'Apartheid a construit extensivement à travers tout le pays. réalignée depuis la prise de pouvoir de la junte vers une relation d’ « amitié » avec l’Afrique du Sud. avec la grande hydraulique. 159 « The justification for World Bank support of the project [despite the international sanctions against the Apartheid regime] was that Lesotho's revenues from water exports to the water-hungry industrial heartland of South Africa would be paid into a development fund » (Horta. Dans ce sens. the latter impossible not to see in relation to negotiations over further phases of the Lesotho Highlands Water Project.

il serait peu approprié de considérer que l'eau puisse être un facteur suffisant en soi pour amener à un conflit ouvert. mais elles étaient cependant clairement teintées idéologiquement. D’ailleurs. il ne peut pas être interprété en excluant complétement une dimension proprement idéologique qui le sous-tendrait. Pourtant. et si la rareté de l'eau. (Furlong. Ou. Le fait que cette variante soit internationale est défendu que comme relevant d’un élément annexe. il a un usage ségrégatif de ces politiques. Le régime de l'Apartheid a ainsi entrepris des politiques développementalistes. mais juste comme un payement pour les économies que le choix de cette variante a permis par rapport à un tracé qui aurait été intégralement en Afrique du Sud. ses grands projets d'infrastructures semblent plus encore que tous autres avoir été des vecteurs d'intentions politiques. Il ne faut pas omettre que. Ainsi. ce qui irait dans le sens d'une stabilisation et d'une pacification des relations régionale. redoubler le déterminant racial de la ségrégation en utilisant l'accès aux ressources hydrique comme levier pour amplifier la différenciation entre les groupes sociaux. ni même que cela soit l'enjeu qui a pu motiver les acteurs dominants. et que du point de vue de l'Afrique du Sud. dans la mesure où il s'inscrit pleinement dans la continuité de ces projets entrepris sur le territoire sud-africain. considèrent que ce Projet a comme avantage d'augmenter l'interdépendance de deux pays. From the economic perspective of the World Bank. inspiré en cela par des théories néo-libérales de l’interdépendance. dans un processus de mise en adéquation avec l’hégémonie libérale concomitant à la désécuritisation du climat politique régional. en toile de fond au discours de la coopération. creating interdependence and thus cooperation on Africa’s international water systems involve ‘maximizing system values’ – the economic value of water over the whole basin system – generally through investment in large-scale hydro-developments. Le Projet n’est conçu que comme une variante plus économique pour approvisionner le Gauteng par rapport à d’autres tracés d’infrastructures qui ont été envisagés. ou une gestion égoïste de l'eau par un pays en amont a servi de justification pour de tels conflits. manière de la justifier en creusant les disparités. il n'est que l'extension du système hydropolitique qui quadrille tout le pays. il y a toujours le spectre plus ou moins explicitement invoqué des « guerres de l'eau ». Le LHWP. du moins. cette hypothèse a été démentie par les faits. en quelque sorte. ce projet est avant tout conçu comme un projet de -97- . Annoncé par nombres de commentateurs de tout bord comme la conséquence inévitable de la rareté de cette ressource et de la pression que cela fait peser sur les structures sociales et la tension que cela induit dans les relations transfrontalières. les royalties ne sont pas conçues en tant que telles. 2006:444). Un conflit dépend toujours de multiples facteurs. cela ne veut pas dire que cela en soit effectivement l'élément déterminant. les politiques développementalistes de l'Afrique du Sud sous la forme de projets extensifs d'infrastructures ont été utilisées pour. Le WD. Mais quoi qu'il en soit des dimensions racialistes. l'influence des élites économiques de l'Afrique du Sud a été déterminante dans l'élaboration et la mise en œuvre de ce projet. En particulier.Comme cela a été évoqué précédemment.

devant atteindre la capacité de transfert de 7 milliards de mètre cube par année. Celui-ci ne pouvait compter sur la possibilité d'obtenir des financements d'aide au développement contrairement au reste des pays en développement qui. l'eau au Lesotho. mais aussi due aux politiques de l'administration chargée de la gestion des ressources naturelles. et la politique de l’offre a été essentiellement reconduite. -98- . les installations sont tous juste maintenues en fonctionnement par de l’entretien ponctuel minimal. un changement d’approche a semblé s’esquisser dans l'ère Postapartheid. Alors même que. et pragmatique d'éviter ces gaspillages considérables. mais la coalition « pro-offre » évoquée juste ci-dessus. et l'autre qui en manque. notamment concernant les transactions financières. pour répondre à cette demande en progression exponentielle. la construction de déjà trois barrages. composée d’acteurs hétéroclites tels que les ONG locales et les milieux industriels du Gauteng. permis le transfert annuel de plus de 2 milliards de mètre cube d'eau par année à destination de l'Afrique du Sud et il est prévu de s’étendre jusqu'en 2025. Cependant. le pays était sous le coup de sanctions internationales contre le régime de l'Apartheid. l'État extrêmement vétuste du réseau provoquerait 50% de perte par fuite. the need for water from the LHWP could be alleviated through the reparation of much of Johannesburg’s leaky apartheid era infrastructure. Le Departement of Water And Forest (DWAF) a extensivement poursuivi une politique de orientée sur l'offre. La question des financements peut apporter quelques éléments qui aideraient à comprendre pourquoi le choix apparemment paradoxal de cette solution plutôt que la solution semble-t-il plus immédiate. toujours plus loin. cependant sur une justification d’ordre sociale et non plus racialiste.développement économique qui permettra aux deux pays partenaires de bénéficier de l'échange libre et égal d'une ressource que l'un à en excès et qui ne trouve pas d'usage productif. (Furlong. du 160 Il a nécessité des investissements de plusieurs milliards. a réussi à faire valoir son intérêt. plutôt que d'investir dans la réfection des installations et du réseau de la région de Gauteng. le choix a été fait de favoriser les investissements dans des projets permettant d'accaparer de nouvelles sources d'eau. selon les propos du principal opérateur privé dans le domaine de l'eau de cette région. la RAND. sans plan général de remise à neuf. une part importante du réseau de la région n'a pas été changée depuis des décennies. Mais le financement d'un projet d'une telle envergure160 par des bailleurs de fond internationaux ne saurait se justifier uniquement pour répondre à des problèmes internes d’approvisionnement en ressources dans l’environnement politique dans lequel se trouvait l’Afrique du Sud à cette époque. Il est censé permettre de répondre à sa demande grandissante due à une croissance économique et démographique importante. but given the high cost of the dam there is little money for such repairs and little incentive for demand side management when the dam costs are to be recovered through water sales. Aussi. De fait. Il soulignait cela en précisant que la réfection complète du réseau permettrait d'économiser des quantités d'eau qui correspondrait à l'apport total du LHWP. désormais. 2006:453). plutôt que de chercher à réguler cette dernière.

-99- . (Davidsen. 2006:125). c'est une présentation clairement fallacieuse. la BM y a participé. étaient inondés de financements par les pays du Nord. avant la crise de la Dette. Such offers do. pour quels « bénéfices partagés »? By contrasting “water-rich” and economic poor Lesotho with “water-poor” and economic rich South Africa and by further claiming that the LHWP will create a win-win situation for both countries “which would both be losers otherwise” puts an irresistible offer on the negotiating table. 2006). Il s’est établi en tant que concept hégémonique indiscutable au travers de ce réseau de coalition d’acteurs qui voient leur intérêt ou leur espoir en ce discours de « bénéfices partagées » décliné d’un côté en un volet de 161 Ces négociations sont restées très discrètes et opaques. contrairement au LHWP. ainsi que des éléments du Traité. en tant que projet de transfert. des agendas qu’ils semblent avoir poursuivi au travers de ces négociations. 4. Pretoria n'aurait pu espérer un financement international de la réfection de son réseau d'eau. en considérant ces négociations comme un lieu de confrontation d’agendas. Firstly. mais quoi qu'il en soit. Ce discours unificateur a été institué par les acteurs de la communauté d’interprétation. the fact that not all people in Lesotho have benefited from the project in the same way. Cette analyse a été grandement inspirée des travaux de Scudder un informateur d'autant plus exceptionnel et une source de toute première main du fait qu'il a travaillé en tant qu'anthropologue comme expert pour la BM auprès de ce projet de son élaboration. de normes et d’hégémonies. engagements et désengagements : des concepts hégémoniques communs. Ainsi. et les conséquences de leur interprétation vont être utilisés pour essayer de rendre compte des acteurs impliqués.3 Processus de négociations pour le Traité de 1986161 Asymétrie des acteurs. Mais plus fondamentalement. however. La RSA ne pouvait espérer de tels apports directs cependant le LHWP ouvrait la possibilité d'être présenté officiellement comme un projet de développement centré sur le Lesotho. C’est un bon exemple du poids décisif que la performation d’une conception hégémonique peut avoir pour la mise en œuvre de ce Projet. mais il a également été relayé par tous les acteurs qui avaient des affinités avec les intérêts qu’il a permis de nouer. Ainsi. Les quelques informations qui ont pu être obtenus sur ces négociations. cela a été également un lieu d’émergence d’un discours neutralisé qui a permis d’articuler les intérêts des acteurs en présence. often come with side effects […] concealed through the aforementioned discursive manoeuvre.moins jusqu'à peu. jusqu'à ce qu'il démissionne en 2002 (Scudder. ces éléments devraient permettre de tirer quelques conclusions sur la composition de la communauté d’interprétation qui s’est constituée autour de ce projet et dont ces négociations a été un moment décisif. notamment du fait du contexte politique par rapport au régime de l'Apartheid. alors même que. Elle a même mis toutes ses forces de travail pour essayer de trouver une solution pour contourner les blocages financiers internationaux.

Ainsi. justifiant le régime en tant qu'il répond effectivement au problème pour lequel il a été élaboré. Tout d'abord. celle-ci se limitant à des représentants des deux états impliqués. l'analyse des répercutions infra-étatiques du Projet est nécessaire afin de ne pas se s’en tenir aux enjeux explicitement problématisés par les acteurs étatiques ou épistémiques impliqués en termes de de la coopération entre les deux pays. En particulier. Cette nouvelle représentation a l'avantage de montrer sous un nouveau jour la préséance de la puissance régionale de l’Afrique du Sud en considérant qu'une coopération régionale ne peut a priori que prévaloir. qui définit les relations interétatiques de l’Afrique australe en terme de coopération. antérieurement à la signature du Traité (JPTC)). tel que l’organe exécutif du Projet. Ce caractère strictement interétatique de ce Projet est un des éléments qui montre la nécessité d’utiliser les éléments critiques développés en premier parties. sans aucune participation des populations qui ont été le plus directement impactées par le Projet. A ce titre. il y aurait au contraire que des avantages pour tous à la coopération en tant que partenaires. Cela se justifie notamment du fait de ses institutions pérennes et de la poursuite de sa mise en œuvre malgré son statut controversé. ainsi que des experts de la BM. ou simplement Water Commission (WC) (anciennement Joint Permanent Technical Commission on Transfert. c’est un point essentiel dans la structure du Projet qui a eu des répercussions majeures en permettant à l’Afrique du Sud de faire durablement et légitiment faire sentir le poids de l’asymétrie qui lie les deux pays. toutes les notions esquissées précédemment vont être nécessaire. Cela comporte le risque de fermer le propos dans une tautologie stérile. durant la période d’élaboration du Projet. mais également d’un certain nombre de réajustements et de renouvellements des interprétations à donner à ces dispositions. en suivant Scudder. le Lesotho servait de refuge aux membres de l’ANC) pour rendre les relations régionales aussi belliqueuses que dans l'ère précédente. vu qu'il n'y a plus d'antagonisme idéologique (contrairement à la période précédente où. Il s’agit d’une instance interétatique. la Lesotho Highlands Water Commission. la composition de l’équipe ayant participé à la négociation est flagrante à ce titre.« développement » destiné au Lesotho et l’approvisionnement de la République sud-africaine assoiffée. Comme cela a déjà été discuté. suite à la fin de l'Apartheid. de l’autre. prises comme elles le sont de manière intéressées dans le « piège territorial ». une nouvelle hégémonie désécuritisée prévaut. un important dysfonctionnement du Projet est lié aux -100- . comme une approche appartenant au WD tend à le faire. Nulle nécessité de faire remarquer que cela aurait comme seul résultat de ratifier les asymétries qui ont présidé à la mise en place de cette coopération. afin d’être armé pour saisir les enjeux que les structures étatiques impliquées ne manqueront pas d’occulter. par exemple. Il peut être intéressant de considérer le LHWP du point de vue d’un régime international liant le Lesotho et l'Afrique du Sud dans un partenariat stable. à partir des modalités définies par le Traité.

162 (Hibou. 163 -101- . L’approche technocratique et décontextualisée qui tend à prévaloir dans ce cadre. pour la plus part. Aucun accord final n'ayant pu être trouvé. illustre bien le fait que ces négociations se sont jouées entre des acteurs très inégaux dans leur poids politique respectif et que cela n'a pas manqué de conditionner le contenu de ce Traité. les contradictions et les conflits entre groupes sociaux. mais seulement de dommages collatéraux qu’il s’agit de minimiser. celle-ci « évacue l'analyse des contextes historique et politique. du point de vue des régimes internationaux. Pour la plus part. sont des consultants extérieurs mandatés par chaque gouvernement pour faire les études de faisabilité du Projet et pour mener les négociations. les dépendances financières et technologiques » (De Senarclens. Cette incomplétude des dispositions sur un enjeu aussi déterminant que le financement semble l'indice d'une tension dans le processus de négociation entre les parties du Traité. notamment dans les analyses de la Banque Mondiale. comme on aurait pu s’y attendre. 1998 :35). la question de la résolution de ce point de contentieux a été ajournée à une date ultérieure. dans l'idée de mitiger ses conséquences néfastes d'un point de vue socio-économique pour les zones rurales où le Projet a été mis en œuvre. les membres des délégations. qui a débouché sur la signature du Traité en 1986. et sous les hospices de la BM. Cet échec. la structure des échanges internationaux. 2002 : 100-101). A ce titre.163 Une autre cause à cette problématique tient au fait qu'il n'y ait pas eu de clause dans le Traité établissant de manière claire et contraignante ce que seraient les sources de financement pour ce qui est des projets de développement. des experts internationaux et des ingénieurs civils sud-africains. Ainsi. « Au niveau domestique aussi. aussi bien sud-africaines que du Lesotho. Ceux-ci étaient cependant formellement prévus par le Traité. malgré cet « arbitre » de poids. mais la ligne de fracture se situe entre la BM et les représentants des deux gouvernements et non pas. Il est intéressant de relever que cela n’appartient pas à la catégorie des « bénéfices partagés » qu’il faudrait attendre du Projet. cette négociation. en particulier les deux acteurs dominants de cette table de négociation : la Banque Mondiale et l'Afrique du Sud. Cela pourrait expliquer le peu de diligence de la part des gouvernements impliqués à se sentir concernés. sur tous les plans. est l’occasion de constater que dans une négociation bipartite comme celle-ci où l'Afrique du Sud écrase comparativement son vis-à-vis. notamment les hiérarchies de pouvoir. ce qui les laissent désarmées lorsqu’il s’agirait de saisir des enjeux politiques pourtant inhérents à de tels projets. entre ces deux gouvernements. le Lesotho. ils participent de la Communauté épistémique qui produit et se situe dans le cadre d’analyse du WD.problèmes de compensation des populations qui ont été relocalisées et à l’échec des objectifs de développement des régions impactées par les principales infrastructures.162 les rend peu susceptibles d'être particulièrement outillés pour saisir les aspects socioéconomiques d'un tel projet et encore moins enclins à être au courant du contexte socio-politique tendu dans lequel il allait s'inscrire. cette négociation ne semble que difficilement pouvoir correspondre au modèle d’une coopération entre partenaires égaux. Ainsi.

résultats dramatiques ayant provoqué de nombreuses critiques de la part du Tiers secteur dans les pays où elle a participé au financement de ces projets. Autant dire que les dispositions mêmes qui ont été introduites dans le Traité sous l'instigation de la Banque Mondiale ont été neutralisées par cette irrésolution du volet financement. s’il en est. Cela permet de nuancer une représentation très courante de la Banque Mondiale comme étant presque omnipotente dans le champ du développement en général et des grands projets hydrauliques en particulier. la présence de telles dispositions fait office de « conditionnalité » sine qua non pour que la Banque engage son nom et son expertise financière dans l'élaboration et la mise en œuvre du LHWP 166. au final le Traité a été signé sans que cela soit défini. ces quelques éléments permettent de comprendre son rôle dans cette négociation. Les experts représentants la BM ont fait pression pour qu'apparaissent dans le Traité des clauses destinées à définir les modalités de prise en charge des population qui allaient être délogées par la construction des infrastructures du Projet et pour la compensation des pertes que le Projet allait provoquer. sa réputation et des garanties qu'elle peut faire valoir dans ce domaine. cela lui a fourni un levier puissant dans cette négociation. Bien qu’effectivement elle puisse sans aucun doute prétendre à un certain poids dans des négociations de ce type. vision idyllique de la coopération.165 Si la Banque Mondiale n'avait eu que son capital d'expertise à faire valoir en la matière. d'autant plus pour un projet d'infrastructure d'une telle ampleur : plusieurs milliards d'investissements sur 164 ces experts se sont conformés ainsi à une ligne de conduite poursuivie par la BM en réponse aux conséquences souvent catastrophiques pour les populations des régions ciblées par des projets du même type. en étant relayés sur la Scène Internationale par des ONG internationales. Ainsi. mais du fait que celle-ci cumulait à ce premier rôle celui de « facilitateur » pour les financements qui allaient être nécessaires pour le Projet. 165 (Devitt & Hitchcock). qui. ainsi que.164 Le fait que cette préoccupation n'ait trouvé de traduction formelle dans le Traité que sous la pression d'une partie non-signataire est significatif en soi du peu d'importance qui était accordée à cette problématique. Mais la délégation sud-africaine a fait obstruction à toute possibilité de compromis sur la question du financement de ces politiques de compensation et de développement. 2001). De fait. probablement que cela n’aurait pas eu autant de poids. à laquelle les théories des régimes semblent adhérer. Mais le fait est que la Banque perd du levier du fait de conditionnalités inversées. 166 Elle jouera d’ailleurs cette carte en bloquant le financement des dernières opérations avant le remplissage du Katse Dam mettant dans la balance la construction de villages où se réinstaller pour les personnes sur le poids de voir toutes leurs possessions disparaitre sous l’eau. ont écorné l'image de la Banque et l'ont amenée à définir certains principes de précaution dans la mise en œuvre de tels projets. C’est un cas exemplaire de l’importance de sa fonction normative en tant que « Banque de savoir » (Mehta.où chacun est mu par son intérêt propre à se mettre en situation d’interdépendance. -102- . elle a imposé le principe que cet enjeu doit apparaître dans le Traité. bien sûr de son expertise financière. incitée comme elle l'est par sa logique interne de souscrire à un projet de développement presque malgré tout.

est l’objet de contentieux avec des ONG locales et internationales qui se faisaient les « porte-paroles » des populations lésées. Il y a eu prise en compte des suggestions. produit l’image d’une réciprocité qui a prévalu. Le développement sur cet aspect des négociations. Ainsi. au contraire. en montrant qu’elles ont été le lieu de rapports de force autour de ces questions primordiales pour les populations des Highlands qui ont depuis subi la construction du LHWP permet de mettre en perspective le concept hégémonique des « bénéfices partagés ». Le fait que ce soit un concept hégémonique qui dénie précisément ces asymétries par son principe et qui. du fait précisément que la conception idyllique de la coopération évoquée ci-dessus est une utopie. C’est d’autant plus important que l’enjeu des « resettlements » et des politiques de développement. Ainsi. est indispensable à la pérennité de l’ensemble. Cette dépendance croisée entre les deux partenaires les plus imposants à la table des négociations a ainsi donné comme résultat que des dispositions du Traité prévoient effectivement un engagement des deux pays signataires par rapport aux populations qui seront relocalisées et la mise en œuvre de projets de développement ruraux connexes dans les zones concernées. mais cependant elles ont été contournées. une échelle de commensurabilité telle qu’un concept hégémonique est à même de produire. cautionne cette interprétation de son rôle d’opacification des rapports de force et de la réalité des pratiques. C’est précisément le rôle que Mosse donne aux « Policy ». Mais quoi qu’il en soit de ces contentieux internes aux négociations. Quant à la perception du Projet par la population du Lesotho. par cette inachèvement qui ouvre la voie à des contentieux et des ingérences qui n'ont effectivement pas manqué d'avoir lieu. l’émergence d’une communauté d’interprétation est d’autant plus nécessaire afin de soutenir un concept hégémonique qui valorise et légitime la mise en œuvre du Projet du fait des tensions internes au régime. afin qu'elles n'aient en tout cas pas à subir de perte de niveau de vie suite au Projet. de l’asymétrie qui caractérise fondamentalement les relations entre les partenaires. appuyées. de la Banque mondiale. la dépendance croisée des parties prenantes et la production de conceptions communes et de confiance entre eux sont des conditions favorables pour qu’une communauté d’interprétation émerge. nommé à ce titre -103- . afin de soutenir l’émergence d’un consensus permettant de former une coalition de soutien pour le Projet. performant ainsi un certain consensus. de fait. sur des arguments de sécurité sociétale. ces enjeux ont évidemment joué un rôle essentiel dans la stigmatisation du Projet. et à la mise en œuvre du Projet. et le rôle de la communauté d’interprétation est de reproduire la rhétorique de ces Policy en les préservant des pratiques en maintenant une paroi étanche entre ces deux registres. fût-ce-t-il sur des engagements aussi peu consistants que les « bénéfices partagés ». dans un activisme teinté de populisme.plusieurs décennies. destinées à mitiger les répercussions sur la région d’implantation du Projet. Mais ces dispositions ne prévoient pas expressément à qui reviendra la responsabilité financière de la mise en œuvre de cet aspect du Traité. environnementale et humaine.

et non pas représentant d’une hypothétique nation basotho n’apparaissant sur aucune carte. pour les communautés rurales. Cette structuration du champ socio-politique très conflictuelle ne saurait avoir été sans effet dans la manière avec laquelle les termes du Traité ont été négocié par la délégation du Lesotho. évoquée ci-dessus. 167 Eléments provenant du terrain mené sur place par l’auteur durant 6 semaines en mars-avril 2011. comme cela a été développé précédemment) et de l’Afrique du Sud perçue comme venant se servir et leur arracher leur eau sans condition. Ce discours accomplit ainsi une double opacification des rapports de force en présence. tout en les faisant rentrer dans le giron de la Nation. la mise en œuvre d’un tel projet servant l’Intérêt national ne saurait être bloquée par crainte de léser ces populations marginalisées politiquement autant que géographiquement. de se préserver une autonomie politique et pour l’État de se justifier dans son projet de modernisation des structures traditionnelles. en tant que représentant l’État.« démon des Highlands » comme caractéristique de l’interventionnisme du Lesotho (alors que ces populations se revendiquent comme n’appartenant pas à cette entité. à toutes fins de légitimation d'une différentiation. -104- . a comme résultat la stigmatisation. cette dialectique où les groupes sociaux tendent à se définir en des termes irréconciliables.167 Cela participe de l’élaboration d’une contre-hégémonie qui interfère avec l’hégémonie dominante. incorporée par les populations basotho. Aussi. par rapport aux intérêts particuliers de quelques communautés périphériques – d’autant plus qu’elles sont considérées comme figées dans un archaïsme dont l’État a comme mission de les arracher. alors qu’il serait bien difficile de concevoir ce que cela pourrait représenter dans un pays à ce point fracturé. Pourtant. plus fondamentalement. des Highlands comme marges reléguées hors de la modernité. Et c’est également cette divergence de loyauté nationale et. et son résultat : la dichotomie qui fracture la société politique entre deux nationalismes concurrents. tout en étant tout aussi peu nuancée et instructive d’un point de vue analytique que cette dernière. La coalition de forces sociales urbaines et modernistes que représente le bloc historique du Lesotho reproduit le modèle de l’État-territorial en souscrivant à la rhétorique de l’intérêt supérieur de la Nation. de culture que l’État du Lesotho dénie au nom d’un hypothétique Intérêt National dont il serait le représentant. et n’ayant donc pas droit à la page. il naturalise le caractère construit de la position en marge du territoire et du pouvoir dans laquelle ces communautés s’inscrivent. En premier lieu. L’apparente « légèreté » de l’implication des négociateurs représentants le Lesotho sur les enjeux des compensations pour les populations subissant le Projet s’explique par la trajectoire historique du Lesotho. Ce processus de marginalisation est le fait de transactions hégémoniques entre les Highlands et l’État de Maseru dans la mesure où chacun des champs culturels bénéficie de la ressource que représente l’Autre en tant qu’horizon négatif de l’identité collective qui s’affirme ainsi dans un mouvement de différentiation dialectique ayant comme fonction.

au-delà des seules déterminations liées à la position de faiblesse intrinsèque à cette délégation. la relation entre l'élite au pouvoir et les communautés des Highlands semble pouvoir être un facteur explicatif pour ce désintérêt que paraît figurer l'absence de prise de position significative de la part de la délégation dans ces négociations. -105- .Ainsi.

4.4. la question de l’interprétation qui est faite du Projet est un enjeu essentiel pour un projet. health facilities.4. the project brings improved security of water supply…Lesotho enjoys the benefit of new infrastructure including roads. au sein du ministère des gouvernements locaux et des chefferies. Maseru. mais également pour sa poursuite. for the good of the whole nation ! […] it’s a national project for the benefit of the whole country 168 The President of South Africa. plutôt qu’une interprétation. Thabo Mbeki. [a propos du LHWP] “…the pure white gold…the economic destinies of our people and countries are inextricably linked together…the Lesotho Highlands Water Project…great potential to bring long term benefits that could be shared by both countries…from both sides of the border we have already seen the benefits in terms of job opportunities and the gift of ‘cold water to a thirsty soul’ of industries and homes in South Africa…For South Africa. improved water supply and sanitation”. à partir de là. Mais de l’interprétation qui va en être donné dépend également sa reconnaissance dans la communauté épistémique du WD et. Il est important de faire le parcours des deux conceptions. expanded communication and electricity systems.1 Le concept hégémonique des « bénéfices partagés » Ou de la « réussite » d’un Projet The LHWP […] It depends of the central government. économiquement que conceptuellement. 2006:123). (Davidsen. Plus de place est donnée à la contre-hégémonie dans la mesure où le concept hégémonique des « bénéfices partagés » a déjà été abordé à plusieurs reprises. car il faut garder à l’esprit qu’il est prévu encore de construire des infrastructures pendant deux décennies !).4 Hégémonie et contre-hégémonie dans l’interprétation du LHWP Il est question dans ce chapitre de confronter deux interprétations concurrentes qui ont été faites du LHWP : le concept des « bénéfices partagés » par opposition à la représentation du LHWP comme « démon des Highlands ». au-delà d’un compte-rendu trop descriptif axé sur ses conséquences. sans chercher à donner une compréhension de ce processus. job opportunities. de ce que ce Projet est. autant politiquement. afin d’utiliser l’appui de ces deux interprétations très polarisées pour tenter d’esquisser une analyse. Lesotho. la possibilité pour ce projet 168 Extrait d’un entretien avec le directeur du département des chefferies (chieftainship). -106- . Comme cela a été évoqué dans le chapitre qui précède. en termes de signification. dans la mesure où cela détermine les soutiens politiques et économiques sur lesquels il va pouvoir compter (indispensable pour son fonctionnement au quotidien.

du fait qu’elle est soutenue par une très large palette d’acteurs : états. milieux industriels. Ces bénéfices 169 « The Chief Executive of the Lesotho Highlands Development Authority. Elle donne une image de ce Projet comme une indéniable réussite. a policy model […] (Mosse. as commonly cited by project authorities. voilà le cœur du concept qu’elle a su rendre hégémonique pour représenter ce projet. (Cité dans Davison. BM. voilà comment l’instance chargée de mettre en œuvre et de gérer le Projet au Lesotho. permettant de faire de cette ressource un « or blanc » pour le Lesotho au travers de cette mise en valeur. Junior Potloane. en particulier des théories de l’interdépendance qui considèrent toute mise en interdépendance comme facteur de pacification et de coopération des relations entre des états. etc. making water “Lesotho’s White Gold” (LHDA/TCTA 2001).de devenir un cas exemplaire ou. experts internationaux. success in development depends upon the stabilisation of a particular interpretation. Par exemple. is a “win-win” situation where all parties benefit. 2005:8). gives an account of the LHWP at the World Bank Water Week in 2005 “[…creating] a win-win situation for Lesotho & RSA”» (Davidsen. dans l’ensemble. la réussite ou l’échec d’un projet relève d’un enjeu d’interprétation et la stabilisation de cette interprétation dépend elle-même de la capacité de la communauté d’interprétation du Projet à faire valoir sa conception. (Davidsen. la communauté d’interprétation du LWHP revendique que celui-ci a été le lieu d’une mise en interdépendance accrue et bénéfique pour les deux parties prenantes. selon Mosse. 2006:50). une coopération pour des « bénéfices partagés (Win-Win) »169 exemplaire de l’influence implicite de contenus métathéoriques « importés » des RI. 2006:123). Ainsi. avec comme contrepartie ces royalties et de l’hydro-électricité . power lies in narratives that maintain an organisation's own definition of the problem – that is. avec quelques conséquences malheureuses. are summarised by nodal points such as “peace and prosperity” and “good neighbourliness”. mais marginales et inhérentes à ce genre de Projet. The benefits accrued because of the river and the project. Celle-ci est très clairement dominante. on retrouve ici les éléments relevant du principe de « valorisation » de l’eau tels qu’ils sont promus par la BM. creating a win-win situation for both countries. […] As the critical analysts of policy discourse rightly argue. the LHWP becomes a way of assuring security of supply to Gauteng where current and future levels of consumption can be maintained. Ainsi. la Lesotho Highlands Development Authority (LHDA) formule ce concept hégémonique : The Treaty also involves hydropower generation for Lesotho on the basis of royalties from South Africa for the next 50 years. What is usually more urgent and more practical is control over the interpretation events. The conclusion. For [South-Africa]. autant de modalités d’extraversion au profit des élites urbaines. -107- . qui n’occulte en rien le triomphe de la coopération entre deux états autour d’une ressource transfrontalière. voire de cette vente. meaning costs saved by the two respective governments by choosing cooperation instead of non-cooperation. au contraire un projet décrié. 2006:124) Ainsi.

dont le Lesotho pourrait profiter, en même temps que l’eau dont l’Afrique du Sud est si « assoiffée »
et que ce projet va lui permettre de recevoir, sont autant d’affirmation d’un bien commun qui exclut
la contestation en tant que discours du Bien.
The power of the discourse of goodness can be derived from the factuality that it builds on
asymmetry. […T]he discourse of goodness displays universal values that most actors can
support such as empathy, solidarity and cooperation. The power of the discourse lies in its
capability of portraying challengers as egoistic, cynical or perhaps even evil. Therefore, its
effects are paralysing since it builds on common sense, and to common sense there is no
alternative. (Davidsen, 2006:179).

Ce discours consensualiste du Bien performe ainsi un processus d’hégémonisation, pas seulement
dans le WD régional, ou dans la littérature qui en traite, mais également politiquement en vouant toute
contestation à être réduite à un particularisme, un égoïsme face au bonheur collectif. Ce concept
hégémonique permet ainsi de promouvoir la désécuritisation des enjeux de l’eau au nom de l’intérêt
régional collectif et de la prospérité partagée qui passe par la coopération. Là où le discours hydronationaliste du régime de l’Apartheid permettait de défendre l’intérêt supérieur de la Nation face aux
intérêts personnels et factionnels au nom de l’exceptionnalité de la menace, ce discours de la
coopération promeut l’intérêt régional comme valeur suprême. Il ne devrait pas être nécessaire de
souligner que ce concept hégémonique du WD est ainsi l’instrument d’une opacification des rapports
très hiérarchisés qui dominent la région au nom d’un quelconque intérêt mutuel et collectif qui a
pourtant toutes les chances de n’être de facto essentiellement le fruit des intérêts dominants en
présence – du fait même de cet effacement des enjeux d’asymétries entre les acteurs ainsi devenu
interdépendants – ici les besoins de l’industrie et de l’agriculture intensive, là, les projets territoriaux
et modernistes d’un gouvernement en déficit de loyauté et de reconnaissance de sa légitimité par la
population de son territoire. Cependant, comme le souligne très justement un membre de l’ONG
International Rivers Network, un déséquilibre économique et politique indéniable persiste entre le
Lesotho et l'Afrique du Sud et précisément, ce concept hégémonique fonde une représentation où
« This is a situation where apparently benign cooperation is hiding glaring asymmetries of power
and inequity.

170

Une telle prise de position performe une interférence discursive (ou contre-

hégémonie) qui circonvient à la soi-disant horizontalisation des relations interétatiques que laisse
entendre la rhétorique dépolitisante du WD sous son concept de « bénéfices partagés » en contestant
qu’il s’agisse d’une collaboration entre partenaires formellement égaux. Cette mise à mal de l'image
d'une simple convergence d'intérêts qui aurait amené les deux pays à coopérer. Sans adhérer à l’idée
d’un diktat de l'Afrique du Sud quant à ce projet, il est important de souligner que le Lesotho reste
immanquablement en position de faiblesse par rapport à son partenaire dans ce projet.

170

(Horta, 1995 :1).

-108-

4.4.2 « Le démon des Highlands », stratégies contre-hégémoniques
the ordinary Basotho citizens are not gaining any benefits from the current relations between
the two countries. If anything, they argue, Basotho are forced into conditions of untold
poverty and destitution by the country’s nominal independence which benefits the political
and bureaucratic elite. (Kapa, 2007: 130).

La seconde interprétation du Projet est très marginalisée dans le WD régional. Elle est
essentiellement le fait du Tiers-secteur international et local, en Afrique du Sud et au Lesotho, ainsi
que de certaines voix critiques dans le monde académique appartenant généralement au champ de
l’anthropologie. Du côté du Lesotho, cette interprétation défend, au contraire de l’hégémonie
prépondérante, que ce Projet a eu essentiellement des effets néfastes pour les populations des
Highlands, qu’il n’a pas tenu les promesses en termes d’emplois et de développement que la
construction des infrastructures étaient sensées amener. De ce point de vue, il est considéré comme
le fait de la volonté unilatérale de l’Afrique du Sud qui l’a imposé au Lesotho, afin de s’approprier
cette précieuse ressource qu’est l’eau des Highlands. Des critiques du côté sud-africain ont également
mis en avant que les populations pauvres, urbaines et rurales ont vu leur condition d’accès à l’eau se
dégrader suite à ce projet, alors qu’il alimente par contre les populations les plus riches et les
industries destinées à l’exportation. Ces éléments critiques trouvent cependant un accord plutôt
favorable dans l’opinion publique occidentale, au travers de forts relais internationaux comme l’ONG
International River Network, du fait que cette contre-hégémonie fait écho à une forme de contrehégémonie anti-développementaliste particulièrement véhémente dans la critique des grands projets
d’infrastructure dans les pays en développement.
Some NGOs claim that the project is a relic of the old Apartheid and Military Governments.
This is strongly denied by both governments who fully support the project. […]There are some
who criticize the Bank's role in bringing phase IA to fruition in the regional political climate
that prevailed in the mid 1980's. (WB, 1998:19).

Selon ces critiques et comme plusieurs acteurs interrogés sur place l'ont défendu171 le projet serait
encore largement héritier des régimes qui lui ont donné naissance. Comme cela a été établi
précédemment, les transferts d’eau sont toujours des lieux investis politiquement, vu l'importance des
enjeux infra- et internationaux qui caractérise les questions de l'accès aux ressources hydriques, tout
particulièrement dans une aire géographique soumise au stress hydrique comme l'est toute l'Afrique
Australe (à la notable exception du Lesotho jusqu’ici). Or, comme l’analyse de la trajectoire
historique du Lesotho a permis de le montrer, les relations entre Maseru et les Highlands ne sauraient

171

Notamment M. Lenka Thamae (lors de plusieurs entretiens ayant pris lieu à Maseru en Mars 2011), à la tête de la
section Water Justice au sein de l'ONG locale Transformation Resource Center, organisation la plus importante dans le
soutien, notamment juridique, aux communautés ayant subies les répercussions du LHWP.

-109-

être considérées comme anodines et relevant de la relation typique d’un État avec sa nation, tel que
le postulat de l’ « État-conteneur » la conçoit. Tout au contraire, n’importe quelle intervention de
l’État du Lesotho dans les Maloti est considérée comme une intrusion illégitime et probablement mue
par des intérêts personnels et pour nuire aux basotho.

4.4.2.1 La contre-hégémonie dans la contestation sur l'enjeu des
Resettlements
The issue of compensation is a controversial one where the Lesotho Government and the
LHDA claim that affected communities have been sufficiently reimbursed and are in fact
better off now than before the project commenced, while organisations such as the
Transformation Resource Centre in Maseru argue on behalf of affected communities that the
compensation is too little or has not been satisfactorily effectuated. (Davidsen, 2006:125).

Un point de contentieux essentiel par rapport à ce projet est lié à l’enjeu, déjà évoqué dans la
discussion sur les négociations, des politiques de compensation pour les populations relocalisées
(resettled). Ainsi, cette question de la relation entre les pertes occasionnées et les compensations que
cela impliquait, parallèlement à des projets de développement ciblant les communautés des Highlands
dès le premier barrage, a joué un rôle essentiel dans la manière dont le LHWP a été perçu dans les
Highlands.
Il paraît nécessaire d'exposer plus précisément les bases légales relatives à ces mesures de
mitigation dans le Traité de 1986, puis dans une directive élaborée par la Lesotho Highlands Water
Authority (LHDA, instance chargée de toute la mise en œuvre du Projet sur le territoire du Lesotho),
la Compensation Policy telle que le Gouvernement du Lesotho (GoL) l'a promulguée en 2002
(LHDA, 2002). Le Traité définit les dispositions relatives à cette question des populations 172 et des
zones affectées par le Projet sur deux plans. En premier lieu, des compensations prévues pour cibler
les ménages directement touchés par la mise en œuvre du projet et, sur un deuxième plan, des
dispositions prévoyant la mise en œuvre de projets de développement dans les Highlands, afin de
promouvoir un développement de plus long terme et de permettre ainsi d'atteindre l'objectif premier
concernant ces communautés affectées : que leur niveau de vie ne subisse pas de diminution par
rapport à leur niveau antérieur au démarrage du projet suite à sa mise en œuvre du projet.
The objective of the compensation policy and regional development plan would be to ensure
that the affected population is given the opportunity to be economically self-sustaining within
the shortest time possible or, at the very least, ensure that living standards match those
enjoyed before resettlement. (WB, 1986:25).

Cette insistance sur le seul maintien de leur niveau de vie au niveau antérieur au Projet n'est pas

172

Une population affectée très loin d'être négligeable, vu que : « The total project-affected population for the first two
phases (IA and 1B) was estimated at 15,800 », (WB, 1991 :10).

-110-

1998:37-38). cela signifie qu'ils peuvent faire valoir le droit de se faire reconstruire une habitation de même taille au frais de la LHDA (seule autorité compétente en la matière des mesures de compensation). auquel cas. était constitutives au contexte politique au moment de l'élaboration du projet.. ni l'un ni l'autre de ces engagements n'ont pu être tenus. inheritance has value that far exceeds money or consumption values accepted by conventional markets » (Matlosa. que ce soit à un niveau affectif ou symbolique. ce qui devrait signifier une augmentation du niveau de vie global de la population du Lesotho. ainsi qu'en terme d'héritage et de continuité familiale.the military in Lesotho and apartheid regime in South Africa . afin d'ouvrir des 173 Nombres d'entre elles étant bien sûr pas quantifiable.. Tout d'abord par rapport aux engagements de la Banque dans ce Projet. consultation. cela devrait signifier qu'une attention particulière devrait être donnée pour qu’en premier lieu. accountability and transparency » (Matlosa. -111- . Les politiques de compensation se déclinent à leur tour en différentes modalités selon si elles ciblent des foyers ayant subi la perte soit de leur habitation. 1998:40).174 The LHDA has embarked on a two-pronged strategy: short-to-medium term compensation and a long-term Rural Development Program (RDP) [. Or. Les politiques destinées à cibler les populations affectées par le Projet se déclinent en deux moments déjà évoqués ci-dessus : un volet de compensation et un volet de développement rural. 1991:51).sans poser quelques problèmes. Matlosa l'explique notamment par une absence de culture de la participation et une logique stato-centrée qui. notamment parce que cette logique de compensation ne saurait tout à fait compenser la perte de la sécurité qu'offrait la propriété de terres cultivables pour ce qui est de la nourriture. Les dysfonctionnements qui peuvent être mis en cause à ce propose seront évoqués à nouveau par la suite. celle-ci a soutenu ce dernier au nom du potentiel d'amélioration des conditions économiques du pays qui pourrait en découler. comme cela a été évoqué. The governments that signed the treaty . Mais avant cela. local communities find themselves powerless and unable to exert the necessary influence or pressure on the authorities to uphold this commitment. il s'agit encore de définir comment ces dispositions très générales ont été traduites en mesures politiques concrètes. mais aussi d'augmenter leur niveau de vie.were not given to the culture of popular participation. Mais plus impérativement encore. Cette inadéquation des compensations par rapport aux problèmes et aux attentes que cela a engendrés chez ces communautés. 174 « As a result.]The project offers an opportunity to improve rural welfare in the project area through the implementation of a comprehensive rural development plan (WB. Ce Development Fund avait donc comme but de permettre aux zones rurales affectées par le projet de bénéficier de programmes spécifiques d'aide au développement. « In Basotho culture. Ces modalités de compensation ont provoqué d'importantes tensions entre la LHDA et les communautés concernées. encore moins compensables. les populations qui subissent des pertes dues à ce Projet bénéficient de mesures à même de non pas seulement compenser ce qu'elles subissent comme pertes173.

(Horta. It became an instrument of political patronage unable to deliver benefits to the affected people in the Lesotho Highlands. C’est un exemple flagrant de stratégie d’extraversion et de clientélisme où les acteurs utilisent une source extérieure de revenu pour alimenter leur réseau de soutien politique. The Development Fund suffered from a crippling mix of politics and patronage. (Devitt & Hitchcock. (Matlosa. 2004). solution qui reste lettre morte du moins dans la première phase vu la rareté des terres disponibles dans le pays. 1998 :2). notamment en relation avec de nouvelles guideline sur les enjeux de relocalisation de populations. et assurer l'équilibre budgétaire de l'État. Toutes les royalties versées par l'Afrique du Sud comme contrepartie au transfert d'eau passent par le Fond. nouvelle appellation du Development Fund] was highly politicized due to the leading role that members of Parliament played in the identification of projects and beneficiaries in their constituencies.176 The LHRF [Lesotho Highlands Rural Fund. As soon as it was taken up by the people as a serious possibility some senior LHDA officials felt the reins of control slipping from their grasp. Matlosa explique que de très vives controverses et débats politiques ont été provoquées par l'utilisation du Development Fund à des fins détournées de ses finalités de promotion du développement des Communautés des Highlands par le Parlement. 2010:82). que ce soit pour des questions de manque de capacités institutionnelles de la part de la LHDA pour pouvoir mettre en œuvre de telle projet. les obstacles que l'Afrique du Sud a pu instaurer contre ces projets ou encore les problèmes de politisation et de corruption liées à la gestion même de ce Fond par le GoL. -112- . 175 176 (WB.175Se penchant sur l'un des volets du Lesotho prévus pour amoindrir les effets négatifs sur les populations touchées par le projet. pour après être redistribuées dans un second temps selon deux axes : des programmes de développement rural. qui constitue le mandat principal du Fond. Mais cela n'a jamais vraiment pris forme.opportunités pour les communautés concernées. La réinstallation dans les lowlands du côté sud-africain de la frontière aurait été une solution envisageable et qui intéressait de nombreux ménages. 1991:97). (WB. à la suite de cette première phase qui est très largement considérée dans la littérature comme catastrophique du point de vue des mesures d'atténuation des conséquences socio-économiques du projet pour les communautés des Highlands de nouvelles normes ont été établies. Ces dysfonctionnements ont amené la Banque Mondiale à demander pour un audit de la gestion du Fond pour finalement que sa dissolution en soit décidée. Ainsi. de soutenir des initiatives volontaristes dans le domaine agricole. 1995:4). Devitt & Hitchcock soulignent que la forme de compensation qui provoquent le plus d'adhésion et qui semble la plus satisfaisante du point de vue des communautés reste le remplacement des terrains noyés par d'autres terrains.

179 La principale critique faite à l'ensemble de ce projet par les auteurs de ce document – ainsi que par les ONG locales. a interféré dans la marche courante des affaires de la LHDA. au travers de la Water Commission. et internationale. afin d'informer les membres des communautés sur la teneur du projet et ses répercussions sur leur mode de vie. 178 -113- . une certaine inquiétude de la part du gouvernement de Maseru. alors même que cette même autorité est profondément contestée symboliquement par une part considérable de leurs « citoyens ». 179 (Devitt & Hitchcock. ce qui a contribué à la dispersion de ces communautés et à leur dislocation. 178 Ces auteurs mettent ainsi en avant une certaine animosité de la part des différentes instances de pouvoir qui gravitent autour de ce projet par rapport à une logique participative. 2010:87). ils mettent en avant une divergence importante entre les normes intégrées au projet dans son élaboration et leur mise en œuvre lors de son implémentation. des « Area Liaison Commity ». Il donne une intéressante perspective sur comment l'Afrique du Sud. Scudder (2005) montre que nombre des échecs dans les Programmes de Développement Rural ne sont pas seulement à mettre sur le compte du manque de capacités et de personnes suffisamment compétentes que peut faire valoir la LHDA ou le GoL. 2010:99). aurait elle aussi contribué à affaiblir l'effectivité avec laquelle la participation a pu se trouver légitimée. however. questions regarding whether or not participation has resulted in significant social gains. ainsi que des « Community Liaison individuals ». cela a incité à faire ce choix. celle-ci était censée être seulement le 177 (Devitt & Hitchcock. Cette réaction a eu comme conséquence de fragiliser la confiance que les membres des communautés pouvaient avoir pour ce discours de la participation concernant leur future réimplantation et concernant le positionnement des chefs et des autorités locales comme représentant de leur intérêt. due in part to failure to engage with issues of politics and power». 2010:75). telle le Transformation Ressource Center. outrepassant ainsi ses compétences. du fait que la réimplantation à plus grande distance donnait droit à une compensation plus importante. (Devitt & Hitchcock. de nouvelles structures furent mise en place au niveau local. ainsi que sur les populations en aval des barrages. Par ailleurs. une forme de représentation s'est progressivement imposée au travers des ONG à mesure que l'implémentation de la phase 1B du projet avançait et qu'elles se révélaient des intermédiaires utiles avec les communautés. « There are. Cependant.177 Par ailleurs. que cette logique participative et de collaboration pourrait affaiblir la centralité de son autorité centralisée. Par ailleurs. A ce titre.Cela semble être une illustration frappante des conceptions « territoriales » de l’autorité et de la souveraineté que les acteurs politiques du gouvernement du Lesotho semblent véhiculer. comme le International Rivers Network – a trait aux dysfonctionnements des politique de mitigation des effets négatifs de l'ensemble du projet sur les populations déplacées.

lieu de négociation entre les deux pays pour s'accorder sur les stratégies à long-terme. à la va-vite de construire des habitations de substitution.184 Et de fait. 181 -114- . 2010. 2006:45). Mais le problème provient. Ce n'est que sous la pression de la Banque Mondiale qui refusait d'autoriser la finalisation du barrage de Katse tant que l'obligation de reloger les personnes forcées d'être relocalisés n'était pas remplie. notamment. que la LHDA a entrepris. Cela peut s'expliquer par la conditionnalité inversée de la Banque qui lui impose de toujours prêter et faire circuler l'argent.[. 183 (Thamae & Pottinger. Cette conviction de la délégation sud-africaine l'a amenée à s'opposer à nombre de projets de développement dont l'implémentation dans les zones affectées par le projet avait été étudiée. 2006:42). the Bank did not provide adequate technical support for improving rural welfare from the proceeds of water sales.. with the exception of education.183 « Although the LHWP succeeded in generating sustained export revenue for Lesotho. 2001 La Banque maintient pourtant un soutien sans faille à la poursuite des prochaines étapes du Projet.23. 1991:14) ». other Bank assistance programs were ineffective » WB. (WB. 2010:10). JPTC is the instrument by which the two governments' Interests are safeguard.52). comme elle ne peut ignorer que le Projet a été entrepris avant tout pour répondre aux besoins de l’Afrique du Sud en eau.181 Ce désintérêt s'est très immédiatement traduit dans les faits par l'absence.182 C'est un exemple significatif qui montre que bien que la BM a joué un rôle important par son agenda d’amoindrissement des conséquences négatives pour les populations subissant le projet. du fait que la question de l'origine du financement des réinstallations n'ait pu être réglée préalablement à la signature du Traité de 1986. même lorsque les résultats en termes de coût humain et de réussite ou d'échec des projets mis en œuvre ne correspondent pas à ses propres directives. 2006 :48). 182 (Devitt & Hitchcock. 184 (Thamae & Pottinger. (Devitt & Hitchcock. Cela ne doit pas pour autant être 180 (Thamae & Pottinger. alors même que la nécessité de son extension par rapport aux besoins en eau de l'Afrique du Sud permettrait tout au moins d'en retarder la mise en œuvre et sans même parler de ses conséquences socio-économiques potentielles sur les populations qui vont encore être expropriées. à l'origine déjà. la BM ne peut ignorer cet État de fait. 180 Notamment du fait d'une croyance au sein de la Water Commission qu'une politique de compensation pourrait suffire à atteindre les buts définis dans le Traité en termes de maintien du niveau de vie des communautés affectées.] Finally. Elle semble reconnaitre ce dénivelé de manière relativement clair: « [LHDA] main responsibility is to agree on and to monitor the implementation and operation of the project in all matters related to the delivery of water to RSA. de construction de quelconques habitations de réimplantation pour les communautés qui allaient voir leur habitation noyée par la montée des eaux du Katse Dam de la phase 1A du projet..

-115- .considéré comme une démonstration d’une forme de rupture de collégialité au sein de la communauté d’interprétation. il y a inévitablement des tensions et des incompatibilités de points de vue au sein de cet assemblage hétéroclite d’acteurs. C’est précisément le rôle d’une conception hégémonique que d’affirmer qu’il y a un accord consensuel qui transcende ces particularismes. Au contraire.

presque au même titre qu’une intervention de l’Afrique du Sud. Même s’il est vrai que cette fracture n’est plus étatiquement reconduite selon une idéologie raciale depuis la fin de l’Apartheid. 4. comme cela a été relevé.5. Dans le cas du Lesotho.5 Discussion Water appropriation as a focal point for resistance can also be seen at a number of levels. (Furlong. alors que précisément ce projet a exacerbé des tensions déjà existantes dans le Lesotho. il n’a fait qu’accentuer une fracture sociale immense. or local economy and community versus national scale rationalisation […]. Elle est le fruit d’une toute autre trajectoire historique que celle de son voisin et elle n’est aucunement fondée sur les éléments racialistes. For its part national government will often see that local concerns must be sublimated to the nation or at least regional interest: river basin management. le LHWP a été entrepris à l’époque du régime. cependant. voire provoqué des conflits internes à celui-ci. 2006:450). qui se traduit par la perception de toute intervention de l’État central dans ces régions comme l’intrusion d’une force étrangère. C’est pourquoi il est nécessaire d’en faire à nouveau le parcours pour relever les éléments les plus saillants pour ce qui est de l’illustrer. qui est un phénomène majeur de la vie sociale et politique du pays. ne permettent de concevoir un conflit qu’entre états. Son analyse n’en est pas moins un élément indispensable pour comprendre le climat de défiance qui existe entre l’État de Maseru et les communautés des Highlands. opposition is not aimed at a foreign power. L’élément le plus fragrant d’incompatibilité entre les approches du WD informées théoriquement par le mainstream des RI et les pays impliqués tient au fait déjà abondamment explicité des fractures internes à leur société politique. Ainsi. largescale power generation.. 2006 :xxv-xxvi). Cependant. Cette incapacité du WD à saisir de tels enjeux du fait de conceptions anhistoriques et idéalistes de l’État-nation a été le fil conducteur de cette étude du LHW.4.1 Fracture des sociétés politiques vs « État-conteneur » When it comes to large scale technosocial reproductions of national and international waterscapes. (Tvedt & Coopey. cette caractéristique commune aux deux pays d’avoir des sociétés -116- . Cette citation met le point sur l’élément central qui a amené à choisir le LHWP comme objet d’étude : le fait que les approches dominantes des théories des RI. une fracture fondamentale existe également. The city versus rural communities. but rather the power of the national over the local.. states and powerful actors may in fact collude with violent repercussions for particular social groups within the supposed represented societies. qui fait de la République sud-africaine l’un des pays les plus inégalitaires du monde.1. et avec elle le WD. etc. par ses effets en termes d’accès à l’eau. dont l’extrême violence urbaine est sans doute un signe.

de l’autre. A travers ce modèle. bien médiocres par rapport à la perte en termes d’attachement clanique à des terres ancestrales. est une configuration de la relation État-société rendue opaque par l’utilisation implicite du postulat géographique de l’ « État-conteneur » par le WD. qui permettront d’opacifier ces asymétries au nom d’un hypothétique Bien Collectif. ou d’intérêts. alors qu’il s’agit d’une modalité propre de la gouvernementalité néocoloniale. le WD se rend incapable de concevoir qu’il puisse y avoir une telle divergence de loyauté. comme la répression dans le sang des soulèvements périodiques secouants une à deux fois par décennie Maseru en témoigne. Tout au plus une telle démarche permettrait de faire le diagnostic usuel de la corruption des élites africaines et des faiblesses institutionnelles des états africains pour expliquer ces circuits rentiers. illustre également bien les bénéfices très inégaux que les différents acteurs du Lesotho ont pu obtenir de ce Projet. Alors que d’un côté. c’est-à-dire d’ordre structurel. les royalties liées au Projet ont permis d’alimenter les caisses de l’État de Maseru. et non pas le fait de quelques individus malveillants isolés. ainsi qu’être « orientées » par les membres du Parlement par l’entremise de projets de développement pour s’assurer des soutiens politiques. comme dans le cas de l’opposition entre les nationalismes oligarchiques et vernaculaires au Lesotho. une telle hétérogénéité sociétale qui alimente un climat de défiance. voire de conflits ouverts avec les forces de l’État.hétérogènes où l’État ne peut prétendre représenter un Intérêt National sans que cela ne puisse incidemment n’être qu’un parti-pris en faveur d’un groupe social ou d’un autre. Or. quoi qu’il en soit. Cela montre encore à quel point une analyse de tels enjeux à partir du point de vue de l’État-conteneur ne permet pas de comprendre les relations contentieuses entre les bénéficiaires supposés des bénéfices annoncés et les élites qui se les approprient de facto. Que l’Intérêt National soit une notion au mieux ambiguë. les enjeux disputés des compensations et des programmes de développement destinés aux zones des Highlands impactées par le Projet. Sur des enjeux plus directement liés au LHWP. Cette question illustre on ne peut mieux comment l’allocation des « bénéfices partagés » du Projet s’est fait selon des critères indéniablement politiques et clientélaires. les compensations et les remplacements des terres noyées sous les eaux par le Projet sont souvent restées insuffisantes et. qui ne peut s’instituer sans travail d’hégémonisation au travers des processus de sécuritisation ou de désécuritisation. entre les élites blanches minières ou agro-industrielles et les populations noirs les plus pauvres en Afrique du Sud. -117- .

en grande partie dictés par les évolutions internes à la société politique sud-africaine. qui a contribué à une détente des relations de l’Afrique du Sud avec ses voisins.4. A nouveau. par opposition à leur territoire. Ces changements de registre. dans la mesure où sa conception implique qu’il y a nécessairement correspondance entre le territoire national et le territoire sur lequel l’État peut revendiquer une autorité souveraine. le WD ne peut pas saisir de telles stratégies territoriales. Ainsi. les Maloti. les mettre en relation avec le « marché ». montrent à quel point le postulat d’une étanchéité entre les enjeux politiques intérieurs et les relations extérieures d’un pays paraît hors de propos dès que l’on se penche sur la trajectoire historique d’un État. Le parcours historique du complexe hydropolitique sud-africain a permis de montrer que les -118- .5. du point de vue des populations basotho.5. il peut adhérer à ce développementaliste teinté d’étatisme sans arrière-pensée. Comme cela a été abordé.2 Souveraineté territoriale et stratégies territoriales L’État du Lesotho et la BM ont des velléités à développer les Highlands. de la sécuritisation à la désécuritisation. ainsi que faire rentrer « leurs » citoyens récalcitrants dans le giron de l’État. au moins sur un plan symbolique.1.3 L’intenable dichotomie politiques domestiques/politiques extérieures Les changements considérables dans les coalitions au pouvoir en Afrique du Sud durant le siècle passé ont eu des effets considérables sur les formes étatiques. dans la mesure où ils les considèrent comme des zones reculées. déconnectées. Alors que cela vient d’être évoqué. de par la conception de l’État-territorial qu’il véhicule. un processus de désécuritisation a émergé avec la fin de l’Apartheid. pour finir sur la démocratie de l’après-Apartheid qui cherche les outils de la déségrégation. 4.1. Mais ces changements brusques ou progressifs ont également contribué à des changements dans la manière de concevoir les politiques avec les pays voisins. il s’agit explicitement de stratégies territoriales intrusives sur un territoire sur lequel ces populations ne reconnaissent pas sans discussion l’autorité du Lesotho. ratifiant ainsi les conceptions « territoriales » que les acteurs étatiques défendent également. il y a une forme de revendication d’autonomie territoriale par rapport à Maseru. les enjeux de transferts hydrauliques. partant. Ainsi. Ils souhaitent par l’entremise des infrastructures construites pour les barrages et l’extension de l’appareil administratif corrélative à cette modernisation des Highlands. du nationalisme-fordiste de l’entredeux-guerres à l’ultra-nationalisme ségrégationniste du régime de l’Apartheid. comme ils nomment les citoyens des plaines.

La désécuritisation partage également des affinités avec des notions de RI. comme dans le champ du développement. mais comme cela a été montré. Ce parcours va servir de justification à la nécessité d’une sociologie politique de l’eau pour être à même les enjeux de pouvoir dans toutes leurs formes contingentes et historiques. l’analyse de ces deux processus à partir d’une approche du WD trop marquée par le « piège territorial » n’offre que peu de potentiel en termes de décentrement dans la mesure où elle partage nombre des prémisses sousjacentes à ces processus. le WD est dépourvu de points d’appui qui lui permettrait de défendre un point de vue critique par rapport au discours des bénéfices partagés. à plus de chance d’être infranational qu’international. Or. pour ce qui est de la sécuritisation. Il va s’agir dans le chapitre suivant d’esquisser une analyse de sociologie politique des trajectoires hydropolitiques. Que ce soit au nom d’un État d’exception justifié au nom d’une quelconque menace extérieure. dans le registre de la coopération à partir de la théorie des régimes. en tant que traduction des intérêts des coalitions les plus influentes sur le plan transnational. Or. intimement liés au déploiement d’une forme de gouvernementalité fondée sur les enjeux de l’eau. c’est que dans les deux. Ainsi. cette notion est marquée par des éléments « territorialistes ». malgré l’utilité que cela a pu avoir afin de faciliter la compréhension des dynamiques hégémoniques régionales de l’Afrique australe et en servir l’analyse. une dépolitisation des enjeux prend place.processus de sécuritisation/désécuritisation sont plus concomitants qu’ils ne sauraient l’être strictement analysés en termes successifs. dans la mesure où le WD désécuritisé partage nombre des prémisses liées à ce discours. C’est pourquoi il est nécessaire de tenter de reconstruire les agendas poursuivis par ces coalitions ayant participé à la communauté d’interprétation du LHWP. Aussi. Mais cela sera également un lieu de critique du caractère positiviste et idéaliste de ces approches qui ne permet pas de concevoir que l’axe de conflictualité d’un projet tel que le LHWP. comme complément aux RI. les deux processus de requalification des enjeux hydrauliques performent une neutralisation des processus politiques. avant qu’il ne s’agisse de conclure l’ensemble de ce travail sur une réflexion sur le caractère dépolitisant des approches dominantes des RI. ce qu’il est intéressant de relever. ou la fermeture de tout débat et toute contestation par l’affirmation que le nouvel ordre établi participe au Bien Commun à l’exclusion de tout autre alternative. -119- .

and the South African National Defence Force (SANDF) lost no time in proceeding to the project area.49 South African interests. les discours se crispent et les réactions se durcissent. ces deux modalités de gouvernement doivent être perçues comme deux faces d’un même principe d’extraversion sous-jacent qui sert de matrice aux élites discursives des régimes de l’eau. have now expanded to embrace the Lesotho Highlands Water project. Cette citation relève bien le cœur des enjeux liés au Lesotho Highlands Water Project. comme il se doit. of course. 186 « [The military intervention of 1998] was motivated largely by South Africa’s own national interests. Mais dès lors que l’intérêt de ces élites semble pouvoir être menacé.. Eliding security and development through a ‘potential conflict’ narrative brings empowered elites to a bargaining table where resources are further ‘captured’. mais d’une coopération « à pluralisme limité »185. cela s’est effectivement établi entre les blocs historiques dominants de chaque pays. en me permettant de détourner les réflexions de Hermet à propos du modèle de démocratie que la gouvernance propose implicitement. 2000: 95).2 Vers une sociologie politique de l’eau Il s’agit d’esquisser les grands traits d’une gouvernementalité hydraulique dont les formes. la face « dure » du régime hydropolitique du LHWP. (Swatuk & Vale. autant que les moyens.5. Par exemple. De manière tout à fait analogue que la forme de gouvernementalité néocoloniale. celle de stratégies d’extraversion et de discours du Bien Commun – en lieu et place des projets nationalistes évoqués alors.4. L’hypothèse qui va être poursuivie ici est que ce projet est bien le lieu d’une coopération.186 The LHWP was a crucial component providing such state or national security. despite their being framed by a state-centric language of ‘benefit sharing’. 2007 : 127) -120- . montrant le vrai visage de ce régime à double vitesse : coopératif entre gens de bonne compagnie et prédation par rapport aux populations historiquement marginalisées.. avec la bénédiction de la communauté internationale. ces mêmes élites performent une représentation consensuelle et idyllique de partages et de bénéfices collectifs. [. Cette hypothèse aide à expliquer la tension et l’ambivalence des processus de sécuritisation/désécuritisation. Bien que ce Projet soit indéniablement un instrument de « capture » d’une ressource au profit d’une élite urbaine étrangère pour des bénéfices relatifs et eux aussi « capturés » par les élites urbaines du Lesotho. security and securitisation. Cette gouvernementalité va être abordée. c’est-à-dire dont les fameux « bénéfices » sont réservés à une élite. (Davidsen. South Africa’s hydraulic mission pre as well as post 1994 shows that to capture and protect are to sides of the same coin. Seen against the incident at the Katse Dam.]It is beyond dispute that democratic South Africa acted to protect its own interests as did its apartheid regime predecessor » (Kapa. à pluralisme limité. au travers des notions centrales développées en première partie. 2006 :119) 185 C’est un collectif très exclusif. le registre nationaliste n’étant plus d’actualité sous l’hégémonie globale libérale-demarché. dépassent les logiques et le cadre de l’État-territorial. Car s’il y a effectivement eu détente des relations régionales en termes de « haute politique ».

ces élites. -121- . les acteurs de chaque extrémité du transfert. La forme hybride de transfert d’eau ne pourrait mieux représenter et perpétuer ces stratégies Ainsi. en fonction de la trajectoire historique dans laquelle ils s’inscrivent. C’est un glissement intéressant. and is an exemplar of interstate water cooperation and dispute settlement. Par exemple. l’une d’ordre hégémonique. obscures the uneven distribution of cost incurred and benefits accrued from the project. mis en situation d’extraversion réciproque avec les acteurs de l’autre côté de la frontière-ressource. de par leur rôle de gatekeeper. soudain. 1999). l’extraversion et la dépendance structurelle du Lesotho sont devenues des sources de bénéfices et de réciprocité. Au contraire. réussissent à articuler une forme d’interdépendance avec des élites sudafricaine. the LHWP brings much needed revenues and electricity to economically stressed Lesotho. s’il y a bien un collectif pour lequel ce concept hégémonique des « bénéfices partagés » a un sens. Par ce procédé de transfert. supplies equally needed water for South Africa’s industrial heartland in Gauteng. l’extraversion du bloc historique trouve un nouveau médium sous la forme du LHWP (dans une période de déclin des flux d’aide au développement.5.4. utilisation de la violence à des fins d'accumulation tant politique qu'économique. organisation sociale autour d'une économie de traite et de prédation » 187 Cette situation d’extraversion englobe deux dimensions. Cette appropriation d'une ressource dans l'idée d'obtenir l'entrée de flux financiers réguliers à destination du Lesotho est 187 (Bayart. une telle coalition transnationale n’a pas pour autant des intérêts homogènes. par la production d’un discours officiel et dominant où les bénéfices sont présentés comme des bénéfices collectifs. (Furlong. Aussi. il s’agit d’une « instrumentalisation de la dépendance économique extérieure pour un meilleur contrôle politique intérieur.1 Les extraversions hydrauliques Nationalisme hydraulique et extraversion par extraction de l’eau From a state scale perspective. Cette hypothèse d'analyse du Projet permet de dépasser la représentation consensualiste élaborée par sa communauté d’interprétation et de voir celui-ci comme un moyen d'accaparement d'une ressource naturelle qui participe de cette logique d’« économie du pillage ». It also obscures the complex realities of conflict and cooperation by restricting their domain to interstate relations. Constraining analysis to the state scale. sans qu’il soit possible de prétendre à une absence d’asymétrie dans ces relations d’extraversion entre les élites respectives des deux pays. car il opère en identifiant les intérêts du bloc historique avec les Intérêts Nationaux. mettent en œuvre des modalités spécifiques du paradigme d’extraversion. du côté Lesotho du LHWP. Cependant.2. De l’autre. il s’agit d’un collectif transnational d’élites qui en retirent des bénéfices certains. however. suite à la fin du régime de l’Apartheid et de la perte du rôle idéologique de bastion de liberté au cœur du régime de l’Apartheid). 2006:452).

de l’autre. par ailleurs les débits au travers des infrastructures du LHWP sont limités. articulant du clientélisme aux processus d’interface dont consistent ces stratégies d’extraversion. C’est en confondant l’État et le territoire que l’on peut conclure que la globalisation est une ère de déterritorialisation. par le contrôle des destinataires de ces nouvelles ressources. transnationales. globale et régionale. face à des élites qui servent un mythique Intérêt Commun justifiant et naturalisant cette dépossession au nom d’un intérêt supérieur. en lui permettant de se greffer à des investissements qu’il ne pourrait même pas imaginer et d’opérer un découplage-recouplage des populations basotho des Highlands en faveur du découpage territorial de l’État-nation du Lesotho. Ce processus peut être considéré comme une commodification de l’eau des Highlands en tant que cette ressource est destinée à l’exportation. il y a deux limitations aux excès liés à une économie extractive. ce qui pourrait signifier le passage à une économie d’extraction : avec tous les travers (la malédiction des ressources) que l’on connait. Cette forme de commodification participe des transactions hégémoniques contemporaines dans la mesure où cela renouvelle les stratégies d’extraversion sur un modèle néolibéral de valorisation maximale de cette ressource par sa vente au plus productif. mais également politique. elle n’est pas plus déterritorialisée que la gouvernementalité coloniale ne l’a été. C’est une manière de renouveler la gouvernementalité néocoloniale du Lesotho. régionales produites de trajectoires historiques. Cependant. de remarginalisation et de dépossession des marges. Bien que cette gouvernementalité ait en commun avec les transactions hégémoniques du Moment Colonial d’être transnationale. respectivement des deux côtés.également un outil politique. soit comme une opportunité pour l’État d’affirmer son contrôle par sa présence dans des lieux autrefois presque inaccessibles et ainsi l’opportunité d’étatiser ces populations récalcitrantes. plutôt que le territoire basotho. mais en étant connectés à l’Afrique du Sud pour les emplois dans les mines. Ainsi. mais très loin d’être infinie à un temps donné et. mais aussi de géographies locales. les transferts d’eau sont le cas paradigmatique de relations translocales188. à l’heure de l’émergence extensive de régionalismes. bien qu’ils n’aient pas encore atteints leur débit maximum. la fracture qui caractérise l’espace politique du Lesotho est perçue. au nom de projets modernistes. et socio-économique. dans le sens d’un « vécu » partagé de la dépossession. dans le sillage du Projet. L’une des modalités de cette gouvernementalité tient à des politiques territoriales de découplage des marges par rapport aux territoires pour lesquelles elles ne sont précisément pas des marges. Tout au contraire. Cette gouvernementalité doit être analysée à partir des notions théoriques développées 188 Les « localités » des milieux urbains pauvres du Gauteng se voient mis en relation avec les communautés des Highlands du Lesotho. peut-être à leur insu à tous. pour opérer un recouplage rapatriant ces dissidences sous l’autorité de l’État central. -122- . il s’agit d’une ressource renouvelable. cette opportunité est précisément perçue comme une intrusion dans leur espace basotho dont ils revendiquent l’autonomie par rapport à l’État et dont ils vivaient le découplage par rapport à Maseru. celui de la communauté d’interprétation qui accomplit cette violence symbolique. Voilà une nouvelle ressource provenant de ce Projet profitable du point de vue de l’État central de Maseru. Soit.

fera concorder avec l’intérêt collectif. à poursuivre son intérêt. A partir de cette topologie de l’espace social. Ainsi. ce cadre d’analyse se propose de partir du postulat d’un espace hiérarchisé déterminant des relations asymétrique qu’il s’agit de déployer : en termes d’asymétrie entre les Etats. afin d’illustrer sa capacité en termes de dévoilement des rapports de pouvoir et de dénaturalisation des positions marginalisées. comme l’exemple a permis de le montrer. la violence symbolique de se revendiquer du Bien Commun ne se fait plus au travers des catégories nationalistes. Ainsi. ou un éventuel régime. celles de stratégies d’extraversion. dévoilant les arbitrages politiques qui ont participé à la reproduction des asymétries de l’espace hydropolitique. l’appréhension des processus hégémoniques qui participent à la performation de ces naturalisations et dépolitisation de ces formes politique de production de l’espace. il s’agit au travers des notions articulées dans ce travail. Comme ce travail a cherché à le montrer. une analyse des processus de transactions hégémoniques entre coalitions d’acteurs alliées ou opposées. Cela permet de reconstruire les principes d’allocation naturalisés derrière la notion de « stress hydrique ». Ce chapitre a servi à mettre en œuvre ce à quoi une sociologie politique de l’eau pourrait ressembler. partant. c’est un intérêt collectif non-excluant qui est promu au travers de cet économicisme. mais au travers de l’affirmation de l’intérêt collectif de tout individu. au nom d’intérêts convergents. notamment le postulat de l’ « État conteneur » et de la « souveraineté territoriale. en permettant de déconstruire les rapports de subordination centre-périphéries entre les territoires et de décrire des phénomènes de marginalisation. Ainsi. contrairement à l’appréhension homogénéisante des territoires nationaux des théories de RI. confondu. A l’heure des discours désécuritisés. à l’espace hydropolitique que cet État cherchera à produire. dont procède toute infrastructure hydraulique. de modes de subjectivation communs. d'asymétries internes aux sociétés politiques. Poursuite que la main invisible. Cette approche permet de saisir les espaces hydropolitiques dans leur historicité et leur naturalité construite. et c’est bien là l’apport décisif d’une approche de sociologie politique. A ce titre la géographie politique a également été d’une aide précieuse. dans des processus de contre-hégémonie. d’affirmer la nature politique des formes matérielles du pouvoir. une approche en termes de sociologie politique de l’eau offre des outils permettant de saisir l’hétérogénéité sociétale et politique des territoires. plus encore lorsqu’il s’agit de transferts transfrontaliers. mais également.en première partie. Par ailleurs. ou au contraire construits dans l’opposition symbolique. -123- . permet de décrire les dynamiques politiques qui président à la forme étatique prévalent et.

qui oublie que. Ainsi. elles produisent. les représentations dépolitisées de l’espace social véhiculées par ces institutions très influentes en termes de production de connaissance. peut s’expliquer de la part de ces institutions. doivent entreprendre. voire niant. afin de continuer les pratiques que les nécessités bureaucratiques leur dictent. L’impulsion première qui a porté ce travail tenait à une certaine frustration par rapport à l’omniprésence. il ne peut se faire dans le champ de la recherche qu’avec les -124- . En rendant compte des sociétés politiques qu’elles « développent » au travers de notions incapables de saisir la nature politique des relations sociale. (Hibou. structuration sociale des secteurs économiques. en particulier la Banque Mondiale. par définition. dans la vulgate des Organisations Internationales et des institutions d’ «aide au développement ». Cependant. de discours et d’approches ignorant. doivent « développer » aussi.5 Conclusion En ignorant la réalité de l'environnement dans lequel elles agissent (conflits socio-politiques. 1998 :24-25). Cela étant. dans la mesure où ces instances. malgré elles. du politique et s'insèrent dans les jeux locaux. influences politiques dans les différentes activités). les bailleurs de fonds s'empêchent de voir les effets réels de leurs actions. la frustration qui alimente ce travail tient à cette conviction que ce trope dépolitisant ne saurait avoir d’équivalent… plus politique. nul hasard à cela. Si une telle logique de chercher à maintenir les apparences. agissent comme des faire-valoir aux stratégies de détournements et de dépossessions des acteurs dominants existants dans toute société en autorisant la naturalisation des rapports de pouvoir au nom d’une hypothétique égalité formelle entre les états. entre les individus. le caractère fondamentalement politique de leur mandat. Aussi. ce déni du politique est la condition sine qua non pour pouvoir poursuivre sans trop se charger de la responsabilité des effets des politiques. Or. en tant que lutte stérile et opportuniste. la participation à l’élaboration et la perpétuation de notions dépolitisantes de la part du champ académique semblent beaucoup plus difficilement justifiable. participe de la vision libérale d’une société d’individus égaux en droit. si tant est qu’un tel idéal soit atteignable. Il semblerait au contraire que la fonction première de la recherche et de toute production intellectuelle devrait être d’expliciter ce qui est voilé et de rompre les apparences brandies pour cacher des réalités bien moins heureuses. Cette propension générale sur la Scène Internationale à dénier le politique. mais bien une modalité essentielle de la vie en société. une société organise les relations entre des acteurs aux ressources inégales et tend à reproduire les asymétries qui en résultent. Aussi. ces instances internationales jouent un jeu de dupe qui institue et autorise incidemment des rapports de pouvoir d’autant plus déchainés qu’ils sont rendu opaques et inintelligibles. le politique n’est pas une activité superfétatoire. de politics.

Par cette démarche réflexive. Ce n’est qu’à la condition d’acter ces prérequis épistémologiques. et donc de leur singularité irréductible. par exemple. Ce travail avait comme objectif parallèle d’illustrer à quel point ces catégories ont toutes les chances de rendre inintelligible l’analyse de configurations politiques extra-européennes. et ainsi de faire cette démarche que la recherche peut espérer jouer son rôle de déconstruction des évidences tacites et des constructions sociétales naturalisées. il serait alors peut-être possible de concevoir un regard moins empreint de condescendance.armes que celui-ci offre. dans la mesure où ce n’est pas directement l’objet de cette conclusion. Un dernier point reste à aborder. et à rendre intelligible les processus qui président à l’évolution de ces formes. que du territorialisme des approches stato-centrées. du fait de nos catégories ethnocentriques. afin de chercher à rompre avec le dénivelé intrinsèque des rapports de force noués lors du Moment Colonial. dans la production d’un espace hydropolitique. Voilà pourquoi il semble nécessaire de souscrire à un projet de provincialiser les catégories européennes. C’est au nom de cette profession de foi en ces prérequis de la recherche que le paradoxe qui caractérise les approches dominantes des enjeux de l’eau de ne pas être équipées conceptuellement pour rendre compte des dimensions intrinsèquement politiques de leur objet. -125- . pour les sciences politiques de montrer le pouvoir sous toutes ses formes. L’objet de ce travail a été de mettre en lumière quelques-unes des innombrables formes que prend ce pouvoir dans les espaces hydrauliques. voire déontologiques et éthiques. Ce qui importe. qui semble problématique. La question de la prédominance des catégories politiques européennes. comme cela été vu. mais au contraire fondé sur le postulat de la contingence essentielle de toutes formes du politiques. en dévoilant leur caractère politique. que de l’irénisme de la « bonne gouvernance ». Une telle rupture permettrait de les analyser dans leurs logiques propres en essayant de se tenir à distance tant de la naïveté du populisme méthodologique. Celle-ci a fait la preuve de sa capacité à rendre sensible les formes du pouvoir. Et ces armes sont l’explicitation des partis-pris métathéoriques et la démarche explicite de discussion des postulats inhérents à tout cadre théorique. afin de montrer incidemment autant de points d’aveuglement de la part de ces théories et discours de l’eau dominants. partant. faute d’une démarche d’explicitation et de discussion des postulats « importés » des RI. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin dans la considération du caractère intéressé que peut avoir l’usage politique de telles approches. même les mieux déguisées sous les atours du naturel. que ce soit dans le champ académique autant que dans le sens commun. afin d’articuler une coalition d’acteurs derrière un projet ou une « policy ». Cela a été également l’occasion de montrer comment l’utilisation instrumentale et politique de ces approches est d’autant facilitée par leur refoulement du politique. c’est de relever les moyens dont une approche théorique peut se doter pour se préserver de telles appropriations instrumentales et c’est ce que ce travail a tenté de proposer en esquissant une approche de sociologie politique de l’eau.

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le cas du fleuve Limpopo 1 Résumé Cette recherche sera le lieu d'étudier les processus de régionalisation et de rescaling en Afrique australe dans la période postapartheid du point de vue des processus de construction et de reconfiguration d’échelles. ni aux approches urbaines (bottom-up) mais tenter de décrire et analyser les enjeux d'échelles en termes de relations entre ces échelles. international des approches hydropolitiques. pour ne pas laisser la question de a régulation des ressources hydrauliques soit aux études de sécurité et aux approches régionalistes (top-down). en particulier par le surgissement de nouveaux niveaux d’organisation : la SADC (organisation régionale de l'Afrique Australe) et le management intégré par bassin versant. L’émergence d’échelles intermédiaires. notamment sur les enjeux d’allocation des ressources. mais bien au contraire doivent être analysées en tant que ressources instrumentales autant pour l'Etat que pour les différentes échelles et acteurs dans les enjeux politiques. -131- .7 Annexe: Draft de projet de thèse FNS Rescaling et hydropolitique : l'émergence du "bassin versant" comme enjeu sociospatial. au travers du cas du bassin versant du Limpopo va servir de cas d'étude pour vérifier les hypothèses du caractère fondamentalement politique des enjeux sociospatiaux de rescaling. Ce qui permettra d’analyser les enjeux transnationaux de management de l’eau et le bio-régionalisme. à l'opposé. Ce projet de doctorat sera l’occasion de sortir du cadrage urbain des approches d’écologie politique et. On cherchera à montrer que ces dynamiques de rescaling ne doivent pas tant être considérées comme un signe de déclin de l’Etat.

1999). Pour poursuivre l’importation de notions propre à Bayart. La mise en relation entre cette problématique du « rescaling » et le nationalisme semble pertinente. l’«extraversion » peut servir à décrire en quoi une échelle peut être une ressource pour un acteur politique. pour des acteurs « gatekeeper »190 placés à l’interface entre le territoire national et la scène internationale. La notion gramscienne d'hégémonie a trait aux processus culturels de pouvoir par lesquels différentes coalitions d’acteurs ont été à même d’instituer des conceptions qui les ont légitimé dans leur captation de l’appareil étatique." » (Cooper.2 Plan de recherche 2. Par exemple. que ce soit par la mise en place d’une économie d’extraction. la particularité du nationalisme est de revendiquer une légitimité à la monopolisation de l’échelle nationale (-étatique) à définir le champ de relations entre toutes les échelles du territoire. ces acteurs retirent des échelles qu’ils mobilisent en termes identitaires. en tant que reflet des coalitions d’acteurs dominant une société. il est pertinent de voir ce processus de monopolisation de l’échelle nationale comme exemplaire d’un processus de construction historique d’une échelle. Ainsi.ou transnationales. n’est pas sans être soumis à des contraintes et des contestations. économiques et de dévalorisation des échelles « concurrentes ». le processus transnational d’émergence de la forme de l’État-Nation. c’est-à-dire que l’affirmation de la souveraineté de l’autorité d’un État sur son territoire sert bien souvent de moyens. au travers de mobilisation sur des échelles infra. Cependant. il est nécessaire de considérer les formes d’État-Nation comme le produit. Elle soulève la question de quels rentes symboliques. Ainsi. ou plus récemment d’une énième « réforme » dans le « state-building » sous le couvert de la « bonne gouvernance ». sont produites par et productrices des formes hydropolitiques prévalant.189 En effet. politiques. de type Plan d’Ajustement Structurel. de leur contexte historique et géographique spécifique. c’est-à-dire où le territoire national est devenu l’échelle dominant indiscutablement toutes autres échelles pour ce qui est de l’action politique. Swatuk (2010) défend la notion que les formes étatiques. en termes de relation. tout en étant la forme de société politique hégémonique dans le continent africain. 1994: 1538. qui en retirent des rentes. cela semble un élément déterminant de reconfiguration entre échelles. voire indiscernable du processus de formation de l’Etat sur ces mêmes territoires nationaux. par le « haut » au travers des politiques d’aide et des Organisations internationales. le nationalisme est considéré à titre d’hypothèse comme un exemple de politique d’échelle. citant Dipesh Chakrabarty. autant que comme productrice. Ainsi. dont le monopole de cette forme en tant que modèle de « société politique » résulte. "Postcoloniality and the Artifice of History"). des conditionnalités liées à l’aide au développement. l’État-nation. 190 (Reno. Cette notion de « gatekeeper » permet de décrire le rôle de certains acteurs à l’interface entre des échelles.1 Etat de la recherche et contribution Du point de vue de la géographie politique. dont la légitimation par rapport à tout autre échelle est poussé jusqu’à son maximum. d’extraire une certaine rente à partir de relations qui précisément circonviennent à la notion d’exclusivité de l’autorité d’un État sur son territoire. et donc participent à un niveau essentiel des dynamiques de rescaling. les mutations des concepts hégémoniques hydrauliques participent de la modification des formes étatiques. Dans une certaine mesure. de définition et de traçage de 189 « "what European imperialism and third-world nationalisms have achieved together" is "universalization of the nationstate as the most desirable form of political community. Bayart montre que la notion de souveraineté est une ressource d’extraversion. en termes de légitimation. Il s’agit cependant d’un processus perpétuellement en cours. -132- . mais également par le « bas ». c’est-à-dire le monopole légitime de définition des configurations d’échelles et donc de définition de ces échelles. il pourrait être considéré qu’il s’agit de de modalités d’un même enjeu de relations entre échelles. processus concomitant.

Mollinga. 2008 . et donc les conditions d’accès à celle-ci. ainsi que sur les apports de l’écologie et de la géographique politique. politique. Pour illustrer ce point. selon l’hypothèse de l’extraversion comme caractéristiques première des Etats-nations en Afrique de Bayart (1999). les formes d’allocation de l’eau. -133- . précisément. un moyen au service de l’idéologie racialiste qui prévalait sous ce régime par production du territoire. d’économie politique qu’une infrastructure ou une politique de l’eau peut avoir. les RI seraient porteuse d'une géographie implicite qui postule l'association indissoluble entre l'État et son territoire en tant que son attribue ontologique. les acteurs locaux impliqués dans un projet transfrontalier de part et d’autre du transfert. Aussi. Une approche concurrente s’est construite dans la critique de ce courant dominant des Water Studies. 2008). par exemple. Ces processus de reconfiguration. ne sont pas pour autant un retrait de l’Etat. Une ressource. Loftus. même si. que ce soit dans les effets spatiaux. dans le cas du régime de l’Apartheid. en même temps qu’elles en sont le produit symbolique. 2008 . implique des arbitrages 191 Selon Agnew (1994). comme Swyngedouw l’avait montré dans le cas de l’Espagne franquiste. C’est problématique dans la mesure où une homogénéisation des dynamiques internes des états est postulée à chaque « degré » de cette échelle. ainsi que Blanchon. Aussi. c’est-à-dire que l’eau est un hybride à la fois construit sociétal et élément naturel. excluant de l’analyse toutes les dynamiques inter-échelles qui structure l’épaisseur du champ social et pas seulement la fine « couche » des relations interétatiques. Swatuk. Le premier saisit l’enjeu des ressources hydrauliques transnationales en termes de sécurité et d’étude des conflits. Thus even where states cooperate.1 Politiques d’Echelles et hydropolitiques Les représentations de l’eau performent des modèles de relation d’une société avec elle-même et avec son environnement. comme le montre les approches d’écologie politique. qui entreprend ou participe à un projet au nom de l’intérêt national. elles sont le plus souvent naturalisées et comme productrices de ce territoire. 192 « Following from this. the dynamics of international water cooperation and conflict produce new geographies of water that simultaneously reinforce and reflect distributions of privilege and disadvantage within and between households. Cela s’inscrit dans la problématique générale des formes d’Etat-nation dans leur relation à l’eau (Ekers. même s’ils impliquent un décentrement par rapport aux logiques antérieures de monopolisation à l’échelle nationale des processus de décision. ce mode d’appréhension en termes de théories de la Sécurité permet difficilement de saisir des nuances internes à un territoire. ce continuum exclut toute l’hétérogénéité des échelles impliquée.192 Ainsi. il semble peu pertinent de considérer un territoire homogène191. mais au contraire des stratégies. défendent que. Ainsi. 2. Une de ses critiques les plus fondamentales du mainstream tient à sa représentation des enjeux transnationaux de management de l’eau sur un même continuum de la guerre à la paix sur l'enjeu de l'eau. mais au contraire de chercher à analyser les relations entre des échelles inégalement dotées en ressources et qui de fait sont prises dans un réseau de concurrence et d’alliance entre échelles. sur un territoire ne peuvent manquer d’être des enjeux politiques. Un retour sur Wittfogel et son étude du Despotisme [hydraulique] asiatique permet de soulever la problématique centrale de la relation entre les formes politiques et les modes de gestion et d’allocation de la ressource hydrique. par définition avec une disponibilité limitée. Swatuk. Alors qu’une situation de coopération entre les institutions étatiques de deux pays n’impliquent pas forcément une volonté de coopération et une pacification entre. des ressources de relégitimation par reformulation en termes naturalisés/technocratiques de l’intervention de l’Etat. en tant que produits de l’historicité des asymétries socio-économiques et politiques passées et présentes – en relation avec l’hydrologie d’un territoire et des arbitrages politiques antérieurs ou présents. c’està-dire une hétérogénéité de relation de conflit/coopération qui structure le territoire national. voire de conflit entre un État.1. deux champs de recherche sont en confrontation. we must ask who (beyond the state as container) benefits and loses from such cooperation » (Furlong. Alors que précisément que. communities and states. sociétaux. 2006:445). ni le signe d’une « ère post-nationale ». Du point de vue des théories des RI de l’eau. la politique de grandes hydrauliques a été explicitement. Elles semblent considérer la relation des Etats à leur territoire national comme acquise (granted). et des populations locales qui en subissent les effets néfastes. ou encore l’absence de dissension. et avec succès.frontière. elle se fonde sur la critique néo-gramscienne des RI. économique.

2. mais sur le terrain de la géographie politique. de l’agriculture ou du développement économique (Swatuk. en termes interscalaires. En imaginant un gradient allant du positivisme au constructivisme. Such a deconstruction shows that many social actors of both nationalities are advantaged or disadvantaged by the present water sharing and water discourse » (Trottier. (Blanchon. Ainsi. 2010) dans le cas des bassins versant serait également peu adéquate. tels que ceux chargés des ressources naturels. des acteurs marginalisés peuvent être amené à se mobiliser et à réussir à construire une contre-hégémonie légitimant leur échelle et participant de la construction d’espaces politiques propres. une conception strictement performative de la notion d’échelle (Harris. Notamment. De même. une prolifération d’objets qui tiennent à la fois de l’un et de l’autre. enjeu et espace de coopération et de confrontation par essence inachevé dans sa définition et sa relation à d’autres échelles. à l’autre extrémité d’une telle conception naturalisante. associé au bassin versant. en tant qu’elle pourrait être le lieu d’articulation pour des rapports politiques basés sur des arbitrages politiques et des périmètres nouveaux (Nahrath et al. des concurrences peuvent émerger entre les échelles usuelles : nationales. 2009). régionales et locales et une telle échelle émergente telle que la notion de bassin versant. il sera considéré que ces processus de « rescaling » tendent à structurer le champ politique en amenant la marginalisation politique et géographique de certaines échelles. si l’on regarde concrètement. contribuant à la légitimation de leur position. la notion gramscienne d'hégémonie. 1995:12).2 Bassin versant Dans le waterscape. un processus « socionaturel » (Swyngedouw. d’autant plus un enjeu politique majeur qu’il s’agit d’une ressource aussi essentielle à l’autonomie que l’eau. 193 -134- . 2009).politiques dans la mise en place de principes de répartition des ressources naturelles entre les différents groupes sociaux. 2008 :70). en tant que nouveau périmètre « [The flaw of the water war theory] lies in the fact that it does not deconstruct the “competition for water” into the numerous conflicts and competitions opposing a great variety of local. risque d’être perçu comme un empiétement sur leur prérogative par des ministères historiquement influents. en considérant l’inscription territoriale de ces acteurs et ainsi d’analyser les dimensions socio-spatiales de ces dynamiques de conflits. mais également pour l’allocation des bénéfices et répercussions négatives inhérente à une telle infrastructure. mais elles ont également été influencées par Gramsci. à celui du management intégré de l’eau (IWRM). Une concurrence peut également émerger entre cette « nouvelle » échelle (Molle. Il sera nécessaire de se pencher sur les coalitions d’acteurs que chaque échelle est à même de fédérer en s’articulant à leur mode de vie et leur système de croyance. 2008 . national. ce management intégré par bassin. Ce faisant. s’est révélée pertinente pour saisir des processus transnationaux d’émergence de normes. and international social actors. L’échelle du bassin versant ne doit pas être considérée comme un fait de nature. Des approches discursives des enjeux hydropolitiques ont trouvé leur source dans les approches critiques de la sécurité. toute infrastructure hydraulique implique des arbitrages politiques pour l’allocation de la ressource. De manière intrinsèque à ce processus de Rescaling. notamment lorsqu’il s’agit d’analyser un waterscape régional (Zeitoun. Elle permet de considérer une multiplicité d’acteurs trans. mais également sur et dans lesquels elle s’inscrit. il n’y a pas d’un côté un hydrosystème « naturel » totalement extérieur et un sociosystème indépendant mais. les lieux et espaces que chaque échelle institue. en termes d’échelles. du fait qu’elle ne décrit pas un processus circonscrit au territoire national. 2008). et à ce titre étant l’apanage de ministères de l’environnement et d’ONG prenant en charge une ligne de protection de la nature. potentiellement en concurrence. qui plus en est dans des bassins versants transnationaux. 2009) et les découpages territoriaux et les « silos » sectoriels des politiques publiques. plus écocentrés que les paradigmes hydrauliques antérieurs. Ainsi. Du fait de tensions entre des conceptions du Waterscape: du paradigme de la « mission hydraulique » associé à l’échelle nationale.et internationaux véhiculant des discours et des conceptions de l’eau.1. 2010). Molle. Allan. Dans la mesure où les déterminants hydrologiques et les structures de répartition de l’accès et de l’usage de l’eau sont des traits qu’il est essentiel de caractériser – sans toutefois réifier leur importance en les naturalisant – il est ainsi nécessaire d’étudier le bassin versant non pas tant comme un donné naturel. mais plutôt comme le fruit d’un processus politique. sociétal et écologique.193 Ce projet de recherche sera l’occasion d’exploiter cette notion.

les usagers et ainsi les échelles les plus lésées et celles plus favorisées en termes d’allocation. 2005). c’est-à-dire qui n’ont pas su articuler leur intérêt à des échelles ayant permis des mobilisations politiques instaurant des rapports de force en leur faveur. par exemple locaux. Le processus de production de ces échelles s’inscrit nécessairement dans l’histoire nationale et régionale. 2003) dans le waterscape international. racialistes sous le régime de l’Apartheid (Blanchon. mobilisent des stratégies reconfiguration d’échelles (rescaling) comme ressources pour articuler leurs intérêts locaux à l’échelle plus large du bassin ou régionale. permettant ainsi d’évaluer le caractère intégré du management par bassin. -135- . Ce principe de gestion peut sembler contradictoire par rapport aux processus de régionalismes dans leur forme de transferts interbassins – ceux-ci étant particulièrement nombreux. c’est-à-dire essentiellement des acteurs étatiques. 1993). il ne coïncide le plus souvent pas avec les échelles déjà instituées sur des critères politiques. données et méthodes 2. car il peut tout aussi bien être poursuivi comme stratégie concurrente par des acteurs étatiques pour démobiliser les acteurs locaux. de rescaling. administratifs. ce qui permettrait d’appréhender les enjeux politiques que l’allocation de la ressource soulève en esquissant les territoires. Aussi. Pour ne tomber ni dans un irénisme naïf – d’une relation symbiotique entre les sociétés locales et les écosystèmes dans lesquels elles s’inscrivent – piège qu’un certain retour en grâce de la gestion des ressources en communs.2 Objectifs. 1990). Le régionalisme en Afrique Australe. Antheaume. promut par l’hégémon régional qu’est l’Afrique du Sud. stratégie que l’approche intégrée du management par bassin pourrait favoriser. d’un territoire vierge. alors qu’ils ont pu être lésés en termes d’allocation et d’accès à la ressource. 2008. matériels et naturels dont ces échelles sont le produit et l’inscription territoriale. Et ce alors que le paradigme de management à l’échelle du bassin versant. est une forme de « saut d’échelle » spécifique à l’ère postapartheid par rapport à la période antérieure où l’échelle nationale dominait les logiques d’organisation. 2003. Cela pourrait permettre d’analyser le cadre institutionnel et légal qui a trait à cette ressource. 2007). au travers d’un discours technocratique tendant à délégitimer les échelles locales au nom de sa naturalité (Graefe. des Inerties spatiales liées aux politiques territoriales et hydrauliques antérieures complexifient les processus (Giraut.d’intervention. 2. Ce « rescaling » à l’échelle du bassin ne doit pas pour autant être idéalisé au travers d’un quelconque populisme méthodologique. Ce principe de gestion par bassin promeut des reconfigurations des échelles et des lieux où les processus de décision concernant l’eau sont sanctionnés. ou culturels déjà instituées. il est essentiel de se pencher sur les processus politiques. selon le principe du IWRM. 2009. et structurant des flux hydrauliques. a ouvert. L’eau est considérée au sein de l’organisation régionale de l’Afrique australe comme un outil indispensable de développement régional. Cette démarche est indispensable notamment pour éviter une naturalisation de l’échelle du bassin versant. Cela permettra également de repérer les acteurs « invisibles ». Il serait intéressant de faire un repérage des conflits d’usages potentiels au sein d’un bassin versant au travers de la grille du Régime Institutionnel des Ressources naturelles (Knoepfel et al. 2005).1 Cas d’étude Pour contextualiser les paradigmes qui structurent les enjeux hydrauliques régionaux il est nécessaire d’historiciser le waterscape régional.2. 2007) et le potentiel réagencement des logiques d’allocation découlant d’un recadrillage du waterscape en termes de bassins versants. est devenu un « concept hégémonique » (Trottier. afin de montrer son caractère « construit » à des fins politiques. Cependant. cela peut se traduire par des tensions inhérentes à ces processus de reconfiguration d’échelle. Giraut. l’élaboration de la carte des bassins versants en Afrique du Sud n’a pu partir d’une table rase. après que la thèse de la « tragédie des communs » de Harding ait été fortement contestée (Ostrom. ni tomber dans l’agenda sécuritaire que véhicule le discours dominant des « guerres de l’eau » (Gleick. Par exemple. Il s’agit de se doter d’outil pour pouvoir cartographier les potentielles rivalités d’usages et les enjeux politiques que ne manquera pas de soulever des changements dans les échelles et acteurs « pertinents » (Hufty. Il sera intéressant d’étudier si certains acteurs. en Afrique Australe – qui brouillent les frontières entre les bassins versants et impliquent nécessairement des acteurs extra-bassins. 2011).

intra. l’Afrique du Sud. une des hypothèses fondamentales que ce projet de thèse se donne comme objectif de vérifier postule que les échelles urbaines des différents pays partageants le bassin versant du Limpopo tendent à dominer les autres échelles : régionales. puis de considérer les échelles trans. poursuivant de ce point de vue une logique de gestion par l’offre. La « mission hydraulique » qui caractérisait le « waterscape » sud-africain sous l’Apartheid trouve une continuité dans les transferts d’eau transnationaux favorisée par le régionalisme qui s’instaure depuis le changement de régime. Elle serait possible à entreprendre à l’échelle plus restreinte par exemple d’un bassin versant. en considérant son hydrologie. Or. Ainsi. Bassins versants. A l’inverse. celle du bassin versant. voire. ici. c’est-à-dire comme espace de confrontation et de coopération entre des acteurs inscrits à des échelles hétérogènes. Cette hypothèse s’appuie sur un trait considéré comme essentiel dans la littérature sur le « rescaling ». par ces enjeux d’eau. en tant qu’il est conçu en des termes de production de valeur économique. les différents systèmes de régulation de l’eau spécifiques à chaque pays. il s’agira de décrire l’espace hydraulique du Limpopo. pour saisir les processus contemporains qui réorganisent le waterscape de l’Afrique australe. leur discours et leurs ressources. mais également dans les autres pays d’Afrique australe.comme transnational. ainsi que de l’analyse des différentes politiques de décentralisation et déconcentration qui ont modifié les relations entre les échelles infranationales. et non pas d’une question d’enchâssement d’échelles. nationales. l’espace de peuplement ne coïncidait pour ainsi dire pas du tout avec l’espace de disponibilité « originel » de la ressource. Cette « path-dependancy » semble en tension avec l’émergence du modèle de management par bassin versant qui a présidé à la mise en place d’agences locales de gestion par bassins. Les aires de peuplement de l’Afrique du Sud ont été déterminées par l’exploitation des ressources minières.2. de gestion transnationale de l’eau.2 Objectifs et méthode : Il s’agira de commencer par une analyse des trajectoires historiques de chaque état concerné par la gestion du bassin versant du Limpopo. précisément. D’abord. Une tension structure le waterscape régional de l’Afrique australe entre la prévalence de l’IWRM comme modèle de pratique et la réalité des transferts interbassins promus et conçus comme essentiels au développement régional. est susceptible de soulever des problématiques intéressantes en termes de (bio-) régionalisme. Ce travail va servir à poser certaines hypothèses spécifiées par rapport à chaque échelle et pays qu’il s’agira de tester sous la forme d’entretiens semi-directifs auprès d’acteurs inscrits à différentes échelles. SADC. Les relations entre ces échelles seront intéressantes à étudier. A partir de là. acteurs institutionnels. le cas du Limpopo parait un choix pertinent dans la mesure où il s’agit d’un basin relativement « petit » pour la région. le Zimbabwe et le Mozambique. c’est qu’il s’agit essentiellement d’un enjeu de relations entre échelles. ONG. du fait qu’il traverse quatre pays. ainsi que les usages structurants spécifiques aux régions rurales et urbaines. il sera nécessaire de décrire comment le principe du IWRM été formalisé au sein de l’SADC comme forme régionale de gestion de l’eau et de décrire les acteurs. Le projet de constitution d’un « international peace park » centré autour de ce fleuve pourrait servir de point de comparaison en tant qu’échelle distincte sur un espace coïncidant partiellement. De ce point de vue. il tend à représenter les intérêts économiques des espaces métropolitains. du local au national. ce développement. il faudra tenter d’esquisser une représentation des logiques d’allocation de la ressource qui permette de décrire les échelles favorisées par la « mission hydraulique » et/ou par le IWRM. Par ailleurs. au sein de l’Afrique du Sud. Cette double logique en première lecture contradictoire va être étudiée comme enjeux de politique d’échelles. le Botswana. 2008). locales.Les ensembles urbains sont les récipiendaires privilégiés de ces politiques de grande hydraulique dans la région pour répondre à des besoins historiquement en explosion. Mais une telle tâche ne saurait se faire à l’échelle immense de l’Afrique australe. Ces entretien cibleront un panel d’acteurs s’étant visibilisé/mobilisés dans des processus de construction d’échelle : autorités traditionnelles. ce fleuve. mais sur un principe justificateur tout à fait différent. 2. pour ce qui est de définir les priorités en termes d’allocation de la ressource hydrauliques (Musemwa.et supranationales qui ont émergé dans l’ère postapartheid : Peace Parks. pour tester les hypothèses des formes et enjeux de -136- . qui sont concernés. il sera aussi utile de tester l’hypothèse selon laquelle le IWRM peut être instrumentalisé comme forme concurrente d’hégémonie par des acteurs qui mobilise ce paradigme de gestion de l’eau pour (ré-) instituer les échelles locales face aux échelles urbaines et macro-régionales. étatiques etc. orientée sur une gestion de la demande. Puis.

D’où l’intérêt d’un terrain à un stade plus avancé de la recherche. 2009). il serait d’autant plus indispensable d’accomplir un second terrain. d’échelles. l’émergence d’un nouveau paradigme de gestion qui promeut un redécoupage des espaces de management de l’eau ne peut qu’être un enjeu d’importance. afin de confronter de telles typologies aux jugements des acteurs concernés. à même de légitimer leur droit d’accès de cette ressource au nom de sa durabilité et de par le caractère systématiquement transnationale de celle-ci dans cette région – qui en fait habituellement la chasse gardée des RI. et c’est ce que ce projet de recherche se propose de faire. il sera nécessaire d’identifier une diversité de terrains et d’acteurs.leur mobilisation dans les processus de rescaling. mais également à partir du matériel en termes de représentation et de performation d’échelles qu’auront fourni les entretiens.5 Importance des lieux de travail Au vue de l’importance. notamment contre l’échelle nationale. mais également d’acteurs (gatekeepers) « rentiers » de ces processus de rescaling ou au contraire marginalisés. -137- . Une véritable recherche de terrain sur cette nouvelle hydropolitique du bassin versant du point de vue des enjeux sociospatiaux reste à faire. Si cet objectif devait se révéler accessible. politiques. notamment les études sur les dynamiques macrorégionales des massifs montagneux (par exemple. de relations entre elles. mais également des enjeux territoriaux en Afrique du Sud. Bien sûr. Dans la mesure où il pourrait augurer des changements d’importance entre les échelles. ce management intégré par bassin versant est un cas de reconfiguration d’échelle (rescaling) qui impose de s’y intéresser avec les outils de la géographie politique. cela ne s’est que peu fait dans la région et plutôt en usant de la discipline pour argumenter sur des enjeux méthodologiques et théoriques. Une des ambitions de cette recherche serait d’élaborer certaines typologies : de relations entre échelles. 2. L’étude du régionalisme en Afrique australe s’inscrit dans les mêmes approches que les recherches menées au sein de l’institut de géographie de l’université de Genève. du point de vue du bio-régionalisme (Giraut et al. Dans un « waterscape » d’une telle complexité.3 Importance du projet & 2. peu de régions peuvent prétendre à représenter une telle diversité de configuration entre les pays les plus demandeurs en eau (l’Afrique du Sud) et les pays les mieux pourvus (par habitants : le Lesotho). mais également afin de tester leur validité heuristique pour saisir des configurations d’échelles potentiellement peu perceptible au travers des seuls éléments formels ou légaux. l’imprévisibilité et le nombre de cours d’eau transnationaux en Afrique Australe. Or. afin de chercher à représenter au maximum l’hétérogénéité du bassin versant. alors même que les équilibres économiques. notamment entre les milieux urbains et ruraux. 2011). à partir des éléments historiques et formels. culturels sont souvent tout autres. 2005 . cette diversité sera soumise à des contraintes de temps et de connaissance des lieux et des acteurs dans le premier terrain. pour avoir le temps de conceptualiser les limites rencontrées en termes de méthodes et d’accès aux acteurs de cette première confrontation à la réalité du terrain. Debarbieux. Fall. A cette fin.

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